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[One-Shot] La tombe du vent

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 Auteur Message
Ikorih MessagePosté le: Ven 15 Aoû 2014 23:24   Sujet du message: [One-Shot] La tombe du vent Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


Inscrit le: 20 Oct 2012
Messages: 1419
Localisation: Sûrement quelque part.
Voilà longtemps que je ne suis plus passée sur cette section...mais le texte que j'amène l'oblige.

C'est une sorte d'OVNI. Entre lyrisme et n'importe nawak (lorsque les persos parlent notamment..) avec une métaphore gore (parce que je reste Ikorih), et un scénario fantastique. C'est un texte à kassdédi que j'ai commencé y a cinq (maintenant six x)) jours. Kassdédi à qui, me demanderez vous? Une idée née le dix août à 2h du matin, en vocal Yu-Gi-Oh, et vu l'heure, je devais être dans un état..douteux. XD
Pour finir, ce texte est une kassdédi à Zéphyr et à Shaka. Shaka l'a lu en avant-première, Zéphyr n'en a jamais entendu parler. Mais il est temps de rectifier les choses...
Ah et pour l'occasion, j'vais faire un effort de mise en forme o/ (Mais vraiment un tout petit)




La tombe du vent


Et si vous voulez une petite musique, c'est par ici

Un voile noir de nuages presque gris couvrait le ciel. Le grondement lointain du tonnerre annonçait avec un roulement de tambours l’arrivée prochaine de l’orage. Le vent sillonnait la plaine de part en part, ne laissant pour éphémère preuve de sa présence que des dessins tracés sur l’herbe jaune. La nuit approchait également à grand pas alors que le soleil disparaissait lentement derrière les arbres. Une main en visière, j’observai les derniers rayons parer brièvement les nuages de couleurs sanglantes. La bourrasque, venue de tout droit devant moi, agita l’étoffe de mes vêtements. Un frisson me parcourut, et je regrettai un peu d’être sorti sans veste.
Le coucher de soleil transformait les lieux. L’herbe, normalement un peu jaunie, se parait de reflets dorés, comme si on avait soufflé sur une couche de poussière qui la recouvrirait. La forêt un peu plus loin s’octroyait une auréole de lumière. Une étendue dorée sous un ciel rouge. Une image prouvant une fois encore que la nature était capable de beaucoup de choses.
Je savais que j’aurais dû commencer à rentrer. Mais l’appel de cet orage était trop fort. J’aimais les cieux zébrés par des lignes irrégulières sans cesse changeantes, le bruit du tonnerre, ce son grave et puissant qui vous faisait vibrer l’âme. J’aimais les grands vents déchaînés hurlant comme des démons échappés de l’enfer, le martèlement des innombrables gouttes de pluie sur ma peau, cette sensation d’avant-goût du déluge. Et c’était pour ça que je me promenais ici et maintenant. Un orage vu de derrière une vitre n’est pas aussi transcendant que vu en vrai.
Soudain, rideau. Le dernier petit rayon de soleil s’échappa, vaincu par sa timidité, et se cacha derrière les arbres. Le changement fut radical. La plaine retrouva son état d’étendue un peu jaunie par les fortes chaleurs des jours précédents, la forêt auréolée de gloire redevint un simple amas d’arbres des plus ordinaires, le ciel gorgé de sang tourna au noir, comme s’il coagulait. Et j’étais seul avec l’orage approchant.
Localisant une pierre peu éloignée, je m’y assis en tailleur, le nez levé vers les nuages. Lequel craquerait le premier ? Lequel laisserait s’échapper les précieuses gouttes d’eau, et lesquels le suivraient ? Quand se décideraient-ils à bombarder ces lieux assoiffés ?

Assoiffé, je l’étais tout autant, au sens métaphorique du terme. Je me gorgerais des sensations procurées par cet orage autant que la terre craquelée se gorgerait du moindre millilitre. Le zéphyr s’agitait, et j’avais l’impression d’être dans le même état que lui. L’attente impatiente de ce moment où tout se déclencherait. Où la menace planante deviendrait plus concrète.
Tout était plus ou moins gris, maintenant. Un grondement de tonnerre donna le signal, et puis le doux clapotis de la pluie commença. Ce bruit suffisait à lui seul à vous donner une impression de fraîcheur. Je l’adorais. Je fermai les yeux, me concentrant uniquement sur le roulement des gouttes sur ma peau, dans mes cheveux (bien qu’ils soient assez courts), les petits sillons humides qu’elles y traçaient. Le son, qui devait sonner comme le glas de la libération pour les brins d’herbe. J’étais un brin d’herbe, dans l’immédiat.
Petit à petit, l’orage me trempait. Mes vêtements me collaient à la peau, froids et mouillés. J’entrais dans un état second, où le rhume que je chopperais le lendemain n’avait aucune importance. Je voulais juste m’asseoir là et profiter, là où n’importe qui serait rentré en courant, limite en slalomant entre les gouttes. Mais je n’étais pas n’importe qui.
Le souffle du vent m’assourdissait, crépitant à mes oreilles. J’y entendais une douce chanson qui me disait de rester, qu’on était bien ici. La bourrasque faisait les voix, le tonnerre les basses, la pluie la mélodie. La musique de l’orage était probablement la plus jolie qui existe.
Rien qu’à travers les sons, je pouvais visualiser l’endroit tellement je connaissais par cœur les moindres bruitages. Pas la peine de connaître l’endroit. J’entendais la plaine jaune terne et le vent qui couchait les brins d’herbe, la pierre sur laquelle la pluie faisait un son plus net, alors que la goutte se brisait comme le plus fragile des cristaux.
Le tonnerre revint. Je rouvris les yeux, basculai la tête vers le ciel. Ils commençaient à se dessiner. Comme de sinistres lacérations faites par les ongles de créatures insensées tapies dans les nuages, les éclairs déchiraient la toile des cieux qui se morcelait, se recousait à leur disparition, et se morcelait à nouveau. Ou alors, je voyais des dragons, révélés par la magie de l’orage, qui se matérialisaient brièvement dans les cieux. Le monde céleste qui se dévoilait en partie. C’était beau. Le mot semblait presque trop modeste, mais les autres étaient trop clinquants pour faire honneur à la beauté grise d’un tel orage. J’aurais pu rester là des jours, pourvut que la pluie continuât. La lumière déclinait toujours plus alors que le temps avançait, main dans la main avec la pénombre jusqu’au plus noir de la nuit.
Les rafales de pluie gagnaient en puissance, entraînées par un infernal zéphyr qui les faisait onduler, uniquement révélées par le bref flash des éclairs. C’était le vent qui donnait son caractère à un orage. Il pouvait être agressif, changeant régulièrement de sens de façon chaotique, envoyant de quasi-lames de fond de pluie, mais aussi triste et monotone, tombant à la verticale sans énergie. Ou encore ce mouvement régulier qui apparaissait comme tranquille. Même dans le chaos, on pouvait trouver le calme. Cet orage n’était pas vraiment violent. Juste énergique.

Le vent tourna. Il ne venait plus d’ouest, mais du Nord. Il en émanait une froideur nouvelle, à laquelle je fus bien plus sensible, comme si l’air pouvait me transpercer jusqu’aux os. Comme si je n’étais déjà plus qu’un squelette. Déroutant. L’envie de traîner sous la pluie était déjà moins forte. L’orage s’agitait. La magie de l’instant se brisait.
Je frissonnai, me frottai les avant-bras pour tenter de leur communiquer un peu de chaleur. Il était temps de rentrer.
Alors que je m’apprêtai à descendre de la pierre pour reprendre le chemin de la civilisation, je notai une forme sombre sur le décor sombre. La pluie battante m’empêchait de bien voir, si bien que je crus avoir rêvé. Je n’étais pas totalement rassuré, de là à dire que j’avais peur…qu’est-ce que quelqu’un viendrait faire ici sous la pluie à une heure pareille, à moins d’aimer particulièrement les orages ?
Je tendis l’oreille, tentant de discerner le bruit de pas sur l’herbe mouillée. Rien ne me vint. Je haussai les épaules, bannis cette vision insolite de mon esprit et quittai ma pierre grise. Ma chaussure s’enfonça un peu dans le sol. Mon sang se glaça un instant avant que je ne fasse le lien entre ce sol désormais boueux et la terre assoiffée quelques heures plus tôt. Je devais être un peu nerveux à cause de cette histoire, tout irait mieux une fois rentré, avec éventuellement un bon chocolat avant d’aller dormir. Cette simple perspective me motivait.
Je fis quelques pas avant de remarquer à nouveau cette forme noire. Et j’étais presque sûr qu’elle avait bougé. Qu’elle était plus près. Je clignai des yeux, m’attendant à la perdre du regard, mais non. Non elle était toujours là. Et bien réelle.
-Hé ! Y a quelqu’un ? lançai-je, constatant avec dépit que ma voix avait tremblé.
Aucune réponse ne me parvint. J’avais l’impression d’avoir affaire à quelqu’un qui était vêtu d’un long vêtement à capuche noir, de sorte que je ne puisse rien voir de lui. Déroutant, vraiment. Son habit ne semblait en aucun cas affecté par le vent, ou par la pluie qui aurait dû le tremper. Tout ceci était très déroutant. Les bourrasques du Nord continuaient à me glacer au sens propre, et cette silhouette le faisait au sens figuré.
Je ne pouvais que constater, immobile, que la distance entre nous se réduisait. Que se passait-il ? Il ne donnait pourtant pas l’impression de marcher. Ni même de bouger. Je ne battais même plus des paupières, retenant mon souffle, attendant de voir ce qui allait se passer. L’orage était passé au second plan de mes préoccupations, mais s’y rappela par un éclair tonitruant. La silhouette avait enfin exécuté un mouvement. Elle me tendait la main.
C’est à la lumière blanche, crue et brève que je vis que cette main n’avait ni chair ni peau. Une main morte, dont il ne restait que les os. Je devais être aussi pâle que les ossements en question, à ce moment précis. Que me voulait-il ?
-Voici venue l’heure de ta damnation éternelle…
-Comment ça ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? m’inquiétai-je, avec plus d’assurance que je n’en avais.
D’un autre côté, j’étais face à un squelette encapuchonné qui me promettait la damnation éternelle. La situation était tellement irréaliste…
Le revenant fit retomber sa capuche (encore légère malgré les trombes d’eau) sur ses épaules, dévoilant son crâne lustré et jauni par l’âge, poli comme un miroir, ses orbites plus vides que des trous noirs, la grimace figée qui donnait l’impression de dissimuler une trappe sans fond, les deux fentes qui étaient les seuls vestiges du nez qu’on aurait cru arraché par un typhon.
-Bon mais mec tu te rends pas compte que t’as pourri mon effet, là ?
Je ne savais pas trop quoi lui répondre. La situation, si elle était irréaliste, devenait grotesque. M’excuser serait-il un bon début ? Peut-être. Je pouvais espérer me sortir de ce mauvais pas.
-Euh….je..désolé ?
Le squelette, s’il avait pu, aurait froncé les sourcils avec une mine perplexe.
-Hum. Ben écoute ouais mais c’est pas ça qui va t’empêcher de subir la damnation éternelle ! dit-il en prenant sur la fin des intonations théâtrales. C’est que j’ai des ordres, moi.
-Des ordres ?
-Bah ouais.
Il me fixa de son regard d’outre-tombe et je sentis un léger changement dans son attitude. La période de flottement grotesque était finie. Il recommençait à dégager cette aura effrayante et je me rappelai que mine de rien, j’étais face à un squelette. A quelque chose qui n’appartenait pas à ce monde. Il venait d’ailleurs, et il avait un ordre qui me concernait. La peur était de retour.

Je sursautai en sentant la poigne du mort se refermer sur mon bras. Ses os étaient glacés, et semblaient dégager ce froid au même titre que nous autres vivants dégagions de la chaleur. Je tentai de me dégager, mais le terme « rigidité cadavérique » devait pouvoir s’utiliser dans ce cadre aussi. Impossible d’ébranler l’étau dur qui me donnait l’impression d’aspirer mon énergie vitale. Pour la première fois, je me demandai si j’allais mourir. Si c’était ça, l’ordre. Je ne savais même pas qui pouvait m’en vouloir. Ni pourquoi.
Si j’avais su que cet orage m’apporterait autant d’ennuis…peut-être aurais-je dû réprimer mes pulsions. Non par peur d’une grippe ou d’un rhume, mais par peur de ce qui rôdait autour des malades, plus ou moins près : la Mort.
Le squelette se tourna vers le Nord, de là où venait toujours le vent (j’avais réussi à l’oublier, tout comme la pluie qui me martelait). Il leva sa main libre et prononça un mot, apparemment sans s’adresser à quelqu’un en particulier :
-Namaste !
Le sol trembla. Je frissonnai, autant de froid que d’épouvante : qu’allait-il se passer ? Je m’attendais au pire. Aux hordes de ses semblables émergeant des ténébreuses profondeurs de l’enfer, à l’ouverture d’une fissure qui nous engloutirait tous les deux, voire à ce que la foudre me frappe, transperçant mon organisme de son énergie céleste et m’envoyant dans l’autre monde de la plus belle des façons : en emportant mon esprit transcendé loin de mon corps brûlé vif.
La terre commença à se déchirer. La théorie de la faille nous avalant me semblait tout d’un coup beaucoup plus crédible. Mais à bien regarder, on eut dit qu’une force supérieure tirait la peau de la terre, l’arrachant à elle-même, pour dévoiler la chair à vif qu’il y avait en dessous. La couche de sol s’amoncelait un peu plus loin, libérant un passage.
Le sol était noir, s’approchant ainsi plus du terreau gorgé d’eau que des plaques craquelées et claires qui composaient la lande quelques heures plus tôt…si ce n’étaient des siècles. Une volée de marches blanchâtres, qui semblaient faites en os sans qu’il y ait moyen d’en être sûr. Les os de la terre, pour poursuivre la métaphore ? Et une porte, au bout. Une simple porte rectangulaire composée de deux battants sobres, dans le même matériau que les marches. Il m’entraîna à sa suite jusqu’à l’entrée, et toucha l’édifice. Dans un gémissement sépulcral, les panneaux pivotèrent, dévoilant un tunnel plus noir que ce qui pouvait être imaginé. Le vent s’y engouffra, ajoutant son sifflement au spectacle sonore, et ce sifflement qui me plaisait tant en temps normal devint une torture. Comme s’il se mourait à petit feu. Je ne pouvais m’empêcher de faire le parallèle avec cette main glaciale qui m’entravait.

Nous entrâmes. Lorsque les portes claquèrent derrière nous, je sentis une froide sueur me couler le long de la nuque. Ce n’était pas une goutte de pluie dégringolant de mes cheveux, non. Au cœur des ténèbres, j’avais l’impression que je ne reverrais plus jamais la surface. Je me retournai pour tenter de grapiller une dernière parcelle d’éclat, mais il était déjà trop tard.
Mes seules sensations étaient l’oppressante moiteur du tunnel, le froid toujours grandissant, la main qui m’enchaînait à la mort et me traînait vers elle, le sol en pente sous mes pieds. Oui, traîner était le mot. Je trébuchais, tentant tant bien que mal de me repérer à une paroi avec ma main libre, m’écorchant parfois le crâne sur des stalactites trop basses ou des pierres qui dépassaient. Tout ceci était de la folie. A présent, un peu de sang se mêlait à la pluie et à la transpiration. Je titubais. Et le squelette qui continuait à m’entraîner inexorablement vers la fin…la fin de quoi ? Du tunnel ? De cette histoire ? Ou…de ma vie ? Peut-être bien les trois à la fois. Que pouvais-je espérer ?
Me réveiller, peut-être. Découvrir que j’étais bien au chaud dans mon lit, que tout ceci n’était pas réel. Juste un mirage, un cauchemar qui tentait de déchirer le voile le séparant de la réalité, sans y parvenir. Et pourtant, là, j’avais l’intuition qu’une griffe avait fini par traverser. Peut-être au moment de l’orage, l’orage que l’on pouvait qualifier de rêve devenu réalité. Alors peut-être que le cauchemar s’était sournoisement glissé derrière le rêve, avant que le portail ne se referme. Avant que je ne puisse réagir et tout arrêter. Ou alors était-ce moi qui étais tombé dans le monde de l’irréel.
L’obscurité se dissipait. Par quel procédé, je l’ignorais, car aucune source lumineuse n’apparaissait. Mais j’y voyais plus clair. Je m’habituais au contact du squelette, qui n’était plus si froid, au fond.
Mon échine frissonna, comme si elle tentait de s’arracher de moi pour ramper vers la sortie à la façon d’un sinistre serpent. Elle préférerait me laisser là, le dos en sang et le corps flasque, plutôt qu’avoir à subir la proximité de la mort.
Le tunnel débouchait sur une grande salle, ou plutôt sur un pont qui surplombait un gigantesque fossé, large et profond, qui s’étendait à perte de vue. Ce fossé, de ce que j’en voyais, était jonché d’ossements. Un vertige me prit, et si le spectre ne m’avait pas fermement tenu, je serais peut-être tombé. Le pont était un pont en bois gris, en arc de cercle, avec de petites rambardes comme n’importe quel pont poétique au-dessus d’une petite rivière claire. Mes pas résonnèrent sur les planches, un bruit sourd et à la fois rassurant, un bruit qui s’ancrait dans l’univers réel. Ça faisait du bien. Presque assez pour ne pas remarquer que le squelette, lui, ne produisait pas ce son en marchant.

Le pont passa. Des couloirs en pierre grise se succédèrent, mais aucun boyau transversal ne trouva d’intérêt aux yeux de mon guide. Je n’arrivais plus à prononcer le moindre mot, trop assommé par tout ce qui se passait, et par l’inquiétude.
Finalement, il s’arrêta. Je levai les yeux vers la nouvelle porte. Celle-là était massive, imposante. Tout en fer, ou en acier, avec deux grandes barres pour la fermer. Plusieurs mètres de haut, beaucoup plus menaçante que la première que nous avions franchie. De fins sillons dans le métal traçaient des scènes de bataille… un nain défiant un géant, le premier tenant un bâton et le second une énorme massue…là, une souris étrange foudroyant un hélicoptère…un chat tourmenté par une bourrasque…et tout au sommet de cette fresque, gravé au sommet de la porte, une forme imprécise qui étendait les mains, non pas pour calmer tous ces conflits, mais pour les dominer encore plus. Je baissai le regard après quelques instants, sans comprendre ce qui m’y forçait inconsciemment.
Qu’attendions-nous pour entrer ? Je l’ignorais. Peut-être, tout bêtement, l’ouverture de la porte.

Les barres disparurent soudain, comme si elles n’avaient jamais existé. Les deux battants se mirent à coulisser sur les côtés, et une impression de chaleur me vint. Enfin. Mais ce n’était pas une chaleur réconfortante, loin de là, plutôt du genre qui brûle. Après tout, rien ne devait être vraiment agréable dans cet endroit. On était…dans le monde des morts. J’en étais quasiment sûr maintenant, et j’avais du mal à m’y faire. Une onde de choc traversa le tunnel alors que les portes achevaient leur mouvement. Le squelette me lâcha, et j’eus la même impression que lorsque le sang revient dans un endroit non-irrigué pendant quelques temps. Accompagnée d’une sorte de soulagement.
Je vis dans un premier temps une grande volée de marches vers une plateforme circulaire située en hauteur, au-dessus d’un puits qui semblait sans fond. Un trône au haut dossier se découpait dans la pénombre. Une faible lueur émanait des profondeurs, blanchâtre et blafarde. Morbide à tout point de vue.
Le squelette commença à se reculer. Me laisserait-il seul ? Qu’étais-je censé faire ? Monter ?
Je m’apprêtais à m’exécuter (comme si j’avais le choix, c’était la seule option pour découvrir le fin mot de l’histoire) quand je remarquai un personnage assis dans l’escalier. Il s’agissait d’ailleurs plus d’une silhouette que d’un personnage. Comme si on avait pris un bout d’obscurité et qu’on l’avait façonné pour lui donner la silhouette d’un jeune garçon. Il se leva. Aucun trait de visage ne se distinguait, aucun détail. Juste un contour et du noir. J’avais l’intuition étrange qu’il s’agissait de la source de la chaleur de tout à l’heure, sans pour autant pouvoir le prouver. Un bref geste de sa main m’incita à le suivre, et je m’aventurai dans l’escalier, tentant de ne pas regarder en bas. Toute chute risquait de revêtir un caractère…définitif.
Le trajet était long. Chaque marche me permettait de mieux voir le grand trône, sans que je sache si c’était une bonne chose. Chaque pas m’approchait du dénouement. Un mélange d’exaltation et de crainte m’animait, comme à la fin d’un bon thriller. Le seul inconvénient étant peut-être que j’étais piégé à l’intérieur de ce thriller…mais la sortie était trop loin derrière moi.
Le trajet était dur. Chaque marche était plus difficile à franchir pour mes muscles éprouvés. Chaque pas me donnait l’impression d’allumer des flammes dans mes jambes, et je ne pouvais qu’espérer ne pas m’écrouler avant la fin. A côté, l’ombre ne devait rien ressentir de ces affres et je l’enviai pour ça. Un coup d’œil au-dessus de mon épaule, vers la porte, me suffit à constater qu’elle était fermée. Je me mordis la lèvre, inquiet malgré toutes les tentatives que je pouvais faire pour me calmer.
Le trajet était fini, enfin. Le souffle court, plié en deux, je m’efforçai de le reprendre. De me reprendre. L’étrange silhouette noire animée fila derrière le trône, et ne reparut pas. Le froid revint. J’étais seul face au maître des lieux.

Sur l’imposant fauteuil se tenait une femme. Enfin, si on pouvait encore appeler ça une femme. Elle, comme tous les êtres que j’avais vus ici, n’était qu’un cadavre sans chair ni peau. Juste les os jaunis. Il restait encore ses cheveux blanchâtres relevés dans une coiffure des plus glauques, où se promenait une énorme araignée. Peut-être la responsable des toiles qui ornaient sa robe et son cou, créant dans ce dernier cas une sorte de fraise. Sur ses genoux, un chien qui semblait tout aussi mort qu’elle, et dans le même état (robe exceptée). Alors c’était elle, la raison de ma présence ici ?
-Qui êtes-vous ? interrogeai-je avec toutes mes bribes de courage modérées.
Aucune réponse ne me vint. Je déglutis, mal à l’aise. Que se passait-il ? Je m’apprêtai à demander ce que je faisais là, sans grand espoir d’obtenir une réponse, quand je remarquai quelque chose.
De derrière le trône émergeait une grande forme. Peut-être deux mètres. Comme le squelette à la base, elle était entièrement vêtue d’un large habit noir à capuche. On distinguait vaguement une main qui semblait constituée de fumée, ou de quelque chose de spectral comme ça. Elle était reployée sur une…faux. Une grande faux, encore plus haute que son propriétaire, avec le manche en bois noir et la lame argentée. Quelques runes étaient gravées par-ci par-là. Avec un attribut pareil, il y avait peu de doute sur l’identité de celui qui se tenait face à moi. Je remarquai que son ombre était trop petite pour être vraiment projetée par lui, et compris qu’il s’agissait du garçon qui m’avait accompagné pour monter les escaliers.
-Pas la peine de parler à Maggie, cte vieille peau. C’est moi qui t’ai fait venir ici.
Ah, bon, alors la vieille n’avait aucune importance. Je l’avais un peu senti en voyant son arrivée à lui, mais…
-Bon. Faut qu’on mette les choses au point.
-Euh… ?
La Mort eut l’air tentée de faire un facepalm.
-Ok va donc falloir que je te rafraîchisse la mémoire. Tu te souviens du mec qui s’est tiré avec ta copine ?
Je fis la grimace. Qu’est-ce que la Mort pouvait en avoir à foutre, de cette histoire ?
-T’as jamais fait le lien avec la boîte de chocolat que t’as reçue un peu avant, et que t’as jamais mangée ?
Je clignai des yeux. Décidément, toute cette histoire était proche du délire hallucinatoire. C’était n’importe quoi.
-Ils étaient empoisonnés. T’aurais dû crever ce jour-là. Sauf que tu les as pas bouffés donc t’es pas mort. Et tu m’as mis une pièce au cul.
-Ah.
Apprendre que j’aurais dû mourir n’était pas vraiment le genre de chose qui remontait le moral. Mais dans l’état actuel des choses, ça passait presque au second plan. On allait enfin arriver au pourquoi de ma présence ici.
-Et comme mettre une pièce au cul à la Mort ça le fait moyen, je me suis dit qu’il fallait un peu arranger ça. Voilà. Des questions ?
Quelle ironie. Des questions, j’en avais trop, mais je ne voyais pas laquelle poser en premier. Je devais avoir une mine assez déconfite puisque mon interlocuteur ajouta :
-Non mais c’est pas contre toi hein mais si je prends pas de mesures je passe pour quoi, moi ?
-Mais…mais c’est pas juste !
Une misérable plainte digne d’un enfant de cinq ans. Je n’avais pas mieux à opposer pour ma défense ? Si, peut-être…il fallait essayer.
-Enfin, je veux dire, ce genre de choses arrive à tout le monde, ce n’était absolument pas dans mon intention de vous mettre une pièce au cul, je ne savais pas, bien sûr vous avez raison mais…
Mon discours modéré n’eut pas l’air de marcher non plus.
-Y a pas de mais. T’es mort.
-Quoi ?
-Eh oui. C’est quand même moi qui décide si t’es vivant ou pas, non ?
Le choc était assez important. Je vis la Mort sortir une pièce et la lancer en l’air, la rattraper, et recommencer son manège quelques fois. Probablement la pièce au cul que je lui avais mise. Je baissai les yeux, et constatai avec effroi que ma peau disparaissait lentement, comme grignotée par quelque chose d’invisible, et idem pour la chair en dessous. J’allais devenir un squelette, moi aussi. Mon regard s’emplit d’effroi, enfin si j’avais encore des yeux. La grimace de Margaret, assise sur le trône, fut ma dernière vision de vivant.
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Zéphyr MessagePosté le: Sam 16 Aoû 2014 14:47   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1013
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
Bon, comme la kassdédi m'est destinée en partie, ça mérite bien un commentaire rapide.

Beaucoup de descriptions. J'aime. Particulèrement quand c'est pour causer de mon élément préféré. Des envolées lyriques très belles et agréables donc.

Scénaristiquement, pas grand-chose à dire. Je dirais juste que le cheminement du personnage jusqu'à la mort définitive reste assez dans la vision commune. Les Enfers sous la surface de la terre, le froid, la brûlure aussi, la porte d'accès auxdits Enfers, mais surtout la Mort ayant l'apparence d'un squelette armé d'une faux et vêtu d'un habit noir à capuche. Ça m'a rappelé ce livre que j'ai terminé il y a quatre jours de cela, « La voleuse de livres », où la Mort elle-même est la narratrice. Et à un moment, elle fait remarquer qu'elle ne comprenait pas cette manie de la représenter sous une forme squelettique avec longue toge et faux o/. Bref, aucun rapport avec ce post, ou plutôt, j'essaie de signifier que ça aurait pu être cool aussi de faire preuve d'un poil plus de singularité dans la manière d'aborder le cheminement jusqu'à la Mort définitive.
Mais finalement, la fin du texte apporte cette petite touche d'originalité qui t'es propre et qui manquait un peu. Cette bonne vieille Maggie, le dialogue décalé, la pièce au cul, les chocolats, ça m'a fait sourire.

En somme, une lecture de minuit tout à fait sympathique.

Le vent ne meurt jamais.
_________________
http://i.imgur.com/Z94MNN5.png

« Jérémie avait fait un superbe travail. Ce dernier voyage sur Lyokô promettait d'être inoubliable. »
Un jour, peut-être.
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