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[One-shot] Astérisme

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 Auteur Message
Ikorih MessagePosté le: Sam 20 Aoû 2016 20:32   Sujet du message: [One-shot] Astérisme Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


Inscrit le: 20 Oct 2012
Messages: 1438
Localisation: Sûrement quelque part.
Spoiler


http://i.imgur.com/rFRVKGY.png



La bibliothèque du collège Kadic était un endroit calme et paisible. Comme il les aimait. Il avait souvent rêvé de s’y installer, et avait sauté sur l’occasion pour s’approprier les lieux, son bureau lui semblant trop agité. Le soleil se couchait déjà, la faute sans doute à la période plutôt hivernale de l’année. Il se tenait debout au milieu d’une allée, près d’une table équipée de deux chaises et d’une petite lampe de bureau.
La porte s’ouvrit, déchirant le silence. Un adolescent blond se montra. Il portait une paire de lunettes, un pantalon brun trop court et un pull bleu. Jérémie Belpois. Lui ne l’avait jamais rencontré personnellement, mais il observait le jeune homme depuis un moment à travers son dossier.
-Ah et bien bonsoir Jérémie, se présenta-t-il. Tu me reconnais peut-être, je suis Mr Simone, le psychologue du collège.
-Bien sûr oui ! Alors dites, c’est vrai ? Vous comptez me faire envoyer dans un collège pour surdoués ?! Rah génial, c’est mes parents qui vont être contents !
Le psychologue retint un certain étonnement, et se fendit d’un rire gêné. Il ne lui avait pas semblé…oh tant pis, ce n’était pas grave. Il avait bien le droit d’être un peu exubérant.
-Oui eh bien on va déjà voir ça tous les deux si tu veux bien…alors pour commencer je vais d’abord te soumettre un petit QCM. Tu vois c’est une sorte de…
Mr Simone eut envie de se mettre une gifle. Quelle maladresse. Sous-estimer la culture générale de son sujet était probablement une grave erreur et risquait de le vexer. Vite, vite, corriger ça.
-Oh, excuse-moi, évidemment tu connais ça.
-Ben, non…
Le psychologue scolaire se mordit la lèvre, désarçonné. Bon, ce n’était pas grave…tout allait bien se passer…il voulait y croire. C’était le premier sujet qu’il repérait à Kadic, mais c’était le bon. Il le savait, ses professeurs le lui avaient assuré.
Il tendit les feuilles à Jérémie puis s’assit face à lui. Le blond sortit un stylo, commença à remplir les pages une par une. Le temps s’étira. Le psychologue prit son sac posé sur la chaise d’à côté et en sortit un Rubik’s Cube pour passer le temps. Au bout d’une face ou deux de déplacées, il fronça les sourcils, un peu perdu. Il avait du mal à saisir les dynamiques de ce si petit objet. C’était tellement frustrant. Il ne comprenait pas ceux qui les terminaient en à peine quelques secondes…
Au bout d’un moment, il finit par jeter l’éponge et posa le jouet devant lui avant de laisser son regard dériver sur les rangées de livres, s’égarant dans quelques petites rêveries.



La cuisine était blanche. Le carrelage impeccable permettait presque de s’y refléter. Les murs étaient blancs eux aussi, tout comme l’électroménager, les plans de travail, les placards, le frigo, la vaisselle dans les placards, l’évier, la table près de la fenêtre, les deux chaises près de ladite table, et jusqu’à la lumière rasante qui pénétrait dans la pièce par la vitre.
Seule une tâche subsistait. Devant la machine à café, un petit enfant brun, peut-être cinq ou six ans. Coiffé avec une raie au milieu, des lunettes sur le nez, un pull marron de mauvais goût et un pantalon de la même couleur. Il fixait la machine en train de fonctionner, les mains dans le dos. A côté de lui, posé sur un plan de travail, un plateau blanc. Lorsque le ronronnement de la machine cessa, le petit garçon se hissa sur la pointe des pieds pour récupérer une tasse (blanche également) dans laquelle clapotait un liquide brun, presque noir. Avec précaution, il la porta jusqu’au plateau, puis saisit ce dernier pour sortir précautionneusement de la cuisine.
Puis vint le grain de sable dans l’engrenage. Ses frêles mains d’enfant vacillèrent, le café se renversa. Dans un bruit cristallin d’une rare beauté, la tasse chuta au sol et vola en éclats. Echo qui se perd dans l’ivoire des lieux. Tâche brune sur le carrelage blanc. Quelques projections atteignirent l’enfant, lui arrachant un cri de douleur. Les larmes montèrent, pourtant il se précipita pour chercher la pelle et la balayette afin de nettoyer les traces de sa bévue. Alors qu’il s’agenouillait pour s’exécuter, il sentit une ombre menaçante le surplomber.


http://i.imgur.com/cNKQodT.png


Il avait fermé la fenêtre. C’était une belle matinée lumineuse par laquelle les élèves rêvaient surtout de s’arracher à leurs salles de cours. Dehors, les oiseaux chantaient, et la cacophonie de leurs voix stridentes ne cessait de lui agresser les tympans. Malgré cet apparent souhait d’isolement, il avait tout de même laissé le volet relevé, pour qu’un peu de lumière tombe sur les pages qu’il étudiait. Il n’aimait pas quand il faisait complètement noir…
Son bureau était un endroit calme, au sol recouvert de moquette gris ardoise (pour étouffer le son, détail qu’il appréciait) avec simplement une chaise, une table agrémentée d’un sous-main en cuir d’un brun chaleureux, et une placide étagère où il empilait tous ses dossiers sans qu’elle proteste. Pas de fioriture du type plante verte, ni d’affiches sur les murs. Sobre. Rien d’autre que la compagnie de ses meubles de travail. Les couleurs restaient dans les tons très règlementaires, toujours sans fantaisies : gris sombre, plus clair pour les murs. L’endroit était situé dans un couloir au fin fond du troisième étage. Un lieu un peu isolé, discret, où il se faisait oublier. Il était plus à l’aise pour travailler ici. Personne ne venait le déranger. On pouvait y voir un petit côté grenier, mais pour lui c’était un peu comme une pièce cachée dans un donjon, reclus, un sanctuaire de paix et de tranquillité. Le rêve, pour quelqu’un comme lui.
Avec un doux bruissement, qui caressait le silence sans le fracturer, il tourna une page, poursuivant son exploration. De petites formes noires sur le papier blanc : les informations de base sur un élève. Notes, remarques, attitude en cours, situation familiale… tout ce que l’établissement savait, il le savait aussi, et ajoutait éventuellement ses propres observations, griffonnées sur une feuille à part. Il y avait aussi une photo de l’élève. C’était un détail important à son sens. Ça aidait à rendre son boulot plus humain. Se dire qu’il n’évaluait pas que des mots sur du papier. Il avait affaire à un regard, une coupe de cheveux, un support physique pour ces informations. Et même parfois une attitude trahie par le visage. Inquiet, stressé, joyeux, dépressif, méfiant, ouvert, sérieux...une infinité de profils. Une infinité d’adolescents différents, tous uniques, qu’il était en train d’étudier. Mais se dire qu’il réduisait des êtres humains à un dossier, à un condensé de données, pire, un objet d’étude destiné à une froide analyse…cela le dérangeait aussi.

Alors oui, bien sûr, il finissait par les avoir face à lui. Voir leurs réactions, interagir avec eux, établir un contact, confirmer ou infirmer le profil qu’il semblait dégager avec le dossier. Mais avant ? N’allait-il pas les juger que sur ce que leur établissement disait d’eux, s’il ne les observait pas lui-même ? Ne pourrait-il pas en éliminer qui seraient pourtant de bons atouts, qui auraient pu se révéler face à lui tandis que le reste du monde ne verrait pas en quoi ils étaient exceptionnels ?
Il remua légèrement son café, noir. Presque hypnotique. Une couleur comme un puits sans fond qui appelait quelques réminiscences.
« Ding ! »
La cuillère tinta contre les bords de la tasse, produisant un son clair qui résonna quelques secondes. Il tressaillit. Désagréable. Une perturbation dans la calme harmonie de son espace de travail. Elle subsista brièvement. Malgré tout, il but une gorgée du breuvage. Il était froid, mais tant pis, il y survivrait. Il y avait des choses bien pires dans la vie qu’un café froid.
Il reposa sa tasse et s’assura soigneusement qu’aucune goutte n’avait roulé sur son dossier, gondolé la feuille, marqué de ses pigments bruns le papier. C’eut été dommage. Il tenait beaucoup à ses dossiers, malgré ce qu’il avait pu leur trouver de négatif. Et son intention n’était pas de les souiller ou de les détériorer d’une quelconque façon que ce soit.
Son regard passa rapidement sur sa montre : 10h. La récréation des élèves se terminerait bientôt. C’était donc ça, la légère rumeur qui montait de la cour. Il n’avait pas prêté attention à la sonnerie, contrairement aux collégiens qui devaient redouter le moment où le glas fatal chanterait à nouveau. Dans une heure environ, il avait rendez-vous avec l’une d’entre eux. Dont il ferait peut-être mieux de relire le dossier, d’ailleurs... Le tout dans l’optique d’être le plus prêt possible. Avoir toutes les cartes en main, ou plutôt en tête, et savoir avec la plus grande précision comment pourrait se comporter celle qu’il attendait. Presque savoir anticiper. Et avec le profil théorique en tête, il était autrement plus facile d’y comparer ce qu’il verrait, et ainsi de pouvoir apporter les corrections à la vision qu’il avait d’elle.

Il referma ce qu’il consultait, et se leva, repoussant sa chaise à roulettes noire, pour marcher jusqu’à son étagère. Toute l’opération se passa dans un silence quasi-religieux, et il remercia intérieurement sa moquette. Dire qu’il aurait pu avoir un parquet grinçant au possible, le genre de chose qui l’horripilait au plus haut point. Un grincement à chaque pas, ou comment être repéré aisément même depuis les étages d’en dessous…une horreur, pour lui qui aimait à la fois se faire oublier et vivre dans le calme.
Il rangea le document, parfaitement à sa place au milieu de ses frères, puis fit courir son doigt sur les tranches, à la recherche d’un nom. Il le trouva vite, ayant classé par ordre alphabétique. Organisé, précis, il était fier de son rangement méthodique. C’était selon lui une des bases d’un bon travail : être soigneux. Il se saisit du document, et relut pour lui-même les deux mots inscrits au sommet de la première page. Pour se rappeler qu’il n’évaluait pas que des caractères assemblés sur une feuille, justement.
« Stellie Almageste ».
Il retourna se rasseoir, rajusta la petite pancarte qui indiquait son nom à l’avant du bureau : « Mr Simone ». Lui aussi avait un nom. Quelque chose qui, peut-être, servait à s’ancrer un peu plus dans la réalité.
Mr Simone, donc, commença à parcourir, une fois encore, les lignes qu’il connaissait bien. Il les avait souvent lues, puisqu’il portait un grand intérêt au sujet. Autrement, il ne l’aurait pas convoqué dans son bureau…
Stellie. Assurément intelligente, mais de nature plutôt discrète et effacée, ce qui l’empêchait de vraiment montrer toutes ses capacités. De ce qu’il avait observé, la jeune fille aimait beaucoup s’isoler avec son Rubik’s Cube dans la cour de récréation et se mélangeait peu à ses camarades. Un comportement intéressant : il avait d’ailleurs souligné cette phrase en rouge. Si l’utilisation du Rubik’s Cube était très fréquente, il pourrait éventuellement relier ça à une forme d’autisme. Peut-être. Au moins un petit trouble obsessionnel. Il attendrait de voir comment réagirait l’adolescente face à lui. Le simple fait qu’elle emmène l’objet serait bon à noter. En tout cas, ces symptômes pouvaient être représentatifs du profil qu’il recherchait…
Il continua sa relecture, de façon à se remémorer les autres points importants. Ce serait ceux qu’il tenterait de creuser à l’avenir. Et sur lesquels il se focaliserait durant sa prise de notes. Bien sûr, il avait aussi un dictaphone pour ne rater aucune information importante, mais la prise de note à vif était déjà un bon moyen de synthétiser la séance. Retenir le principal. C’était sa façon de travailler, élaborée au fil de la pratique, et il espérait qu’elle fasse ses preuves dans ce cas de figure-ci. Il ne savait pas trop ce que ça renvoyait comme image. Faisait-il figure de sérieux ou se demandait-on s’il dessinait dans son calepin ? Mais ne prendre aucune note pouvait faire croire qu’il ne s’intéressait pas à ce qu’on lui disait, ce qui était faux. Il avait donc dû trancher en faveur du calepin.

Une fois le dossier intégralement parcouru, il s’appuya contre celui de sa chaise et s’accorda quelques instants à fixer distraitement le plafond, pensif. Malgré tous ces renseignements, il n’arrivait pas encore à estimer à quoi il allait avoir affaire, preuve qu’on ne pouvait pas réduire un être humain, complexe, à un ensemble de mots sur du papier. Trouver le mot juste était déjà un exploit pour déterminer un trait donné, car y avait un grand nombre de nuances difficile à saisir. Comment réagirait-elle face à ses questions ? Serait-elle nerveuse ? Inquiète ? Ou bien plutôt sur la défensive ? Il ne savait pas vraiment, et c’était là qu’il sentait son manque d’expérience dans le métier. Entre autres. Après tout, il travaillait dans un collège de la banlieue de Toulouse…pas exactement l’endroit le plus réputé. Mais il fallait bien commencer quelque part, il n’avait pas eu beaucoup de pratique avant. Il se faisait les dents. Peut-être qu’on l’affecterait ailleurs après. S’il montrait de quoi il était capable… Des rêveries d’écoles plus prestigieuses le hantaient déjà, suggérant une existence plus aisée et surtout, une meilleure reconnaissance de ses capacités. De l’attention, une forme de respect de la part des autres. Bref, leur démontrer qu’il était capable de faire quelque chose de bien.
Il se força à se reconnecter à la réalité. Rêvasser ne l’aiderait pas à préparer cette entrevue. C’était peut-être le tournant de sa carrière ! Il regarda sa montre à nouveau. Déjà 10h40. Le temps passait tellement vite. Il choisit d’exploiter celui qui lui restait pour ranger le dossier de Stellie (le laisser en évidence sur la table n’était pas une bonne idée pour la mettre à l’aise) et finir tranquillement son café froid, histoire d’avoir la tête bien aérée. Parallèlement, il vérifia avec une maniaque méticulosité que son crayon était bien taillé, ouvrit son calepin à une page blanche où il nota le jour de la séance et le nom de l’élève observée. Car il s’agissait bien de ça : observer. Observer et évaluer, c’était là tout le contenu de son travail. Noter, recenser, et surtout, repérer.
10h47. Elle ne tarderait sans doute plus trop. Il se leva, alla entrouvrir la porte et en profita pour vérifier qu’elle n’attendait pas déjà dans le couloir : rien. Elle était peut-être en cours, et auquel cas elle n’arriverait qu’une fois la sonnerie passée.
La sonnerie…un moment douloureux pour les oreilles quand elle était trop forte. Combien de fois s’était-il fait déchirer les tympans par les sirènes au collège ? La subtilité artistique n’avait jamais été le fort de ces grossiers instruments. Le but était surtout de produire un son puissant et reconnaissable. Personne n’avait dit agréable. Il avait heureusement obtenu qu’il n’y ait pas de haut-parleur trop près de son bureau. De toute façon, il n’avait pas besoin d’entendre la fin des heures de cours, et il avait une montre.

La vague sonore traversa le collège. Quelques notes du premier mouvement de la sonate au clair de lune de Beethoven. De discrets triolets, un peu énigmatiques et mélancoliques à la fois, ponctués de notes plus aigües et marquées sur les temps. Une sorte de quiétude magique accompagnait cette onde. Mais pas seulement. C’était le genre de son à pouvoir fasciner l’esprit, faire en sorte que les autres pensées s’éloignent, pour ne laisser que son égoïste beauté. Tellement loin de la vulgarité des vieilles sonneries des autres établissements. La direction avait au moins ce goût, et peut-être ce souci d’épargner les oreilles.
Elle s’évanouit lentement dans le lointain, remplacée par un son tout aussi régulier mais moins poétique : des pas. La personne qu’il attendait allait-elle se montrer ? Non, se reprit-il, pas des pas. Une sorte de claquement. Un élément que l’on ferait pivoter pour le mettre en place peut-être. Il avait un peu de mal à définir ce qui pouvait produire ce bruit inhabituel. Clac. Clac. Très léger. Si quelqu’un marchait, il devait être vraiment silencieux.
Mr Simone comprit lorsque Stellie s’arrêta devant la porte, le claquement continuant malgré tout. Il l’invita à entrer, et elle poussa le battant du pied. Elle avait les mains prises, et sans surprise, par son Rubik’s Cube. La source des claquements. Elle-même avait dû marcher à pas furtifs et légers. Il le releva : cherchait-elle à faire le moins de bruit possible ? En cela, ils se ressemblaient sans doute. C’était intéressant. Les enfants qu’il recherchait aimaient rarement le bruit et préféraient l’éviter dans la mesure du possible.

La jeune fille était en bleu foncé, assorti aux yeux qu’elle rivait sur le casse-tête. Un blouson à capuche, un pantalon un peu long qui couvrait une partie de ses baskets trouées. Ses cheveux noirs tombaient de façon désordonnée sur son front et ses épaules, à l’exception d’une mèche maladroitement retenue par une barrette. Pas de soin particulier apporté à son apparence, manifestement, et très peu d’expressions sur le visage. Elle était un peu coupée du monde. Après quelques secondes, elle releva la tête, et croisa le regard du psychologue scolaire.
-Bonjour Stellie, fit-il d’un ton paisible pour engager la discussion. Tu veux t’asseoir ?
Elle eut l’air de prendre la question comme un ordre, ou une invitation, et s’exécuta sans pour autant lui répondre. Le claquement de l’objet qu’elle tenait dans les mains résonna une fois encore, et elle le posa finalement sur la table. Chaque face était d’une même couleur. Ce n’était pas vraiment étonnant qu’elle sache le résoudre, au vu du temps qu’elle passait dessus…et c’était d’ailleurs un excellent angle d’attaque pour une conversation.
-Tu joues souvent avec ? demanda-t-il encore, ne désespérant pas d’entendre la voix de la jeune fille.
-Oui.
La réponse était froide, laconique et brève, mais c’était une réponse. Peut-être avait-il brisé la glace. En tout cas, il l’espérait. C’était une ouverture, et il comptait bien l’exploiter : un patient bavard était toujours plus intéressant qu’un patient muet. Les paroles en apprenaient tellement sur celui qui les prononçait…au-delà des mots, il y avait aussi le ton, et les rares expressions que l’échange pouvaient tirer.
-Pourquoi il t’intéresse autant ? poursuivit-il patiemment.
En général, ils aimaient parler de leurs centres d’intérêt, alors autant jouer sur cette corde. Le psychologue souhaitait ardemment lui délier la langue, et il sentait que ce cube était un point clé pour comprendre la jeune fille qu’il avait en face de lui. Et c’était pour le moment la seule petite aspérité sur laquelle il pouvait s’appuyer pour progresser. Un peu comme s’il était face à une paroi à escalader, et au sommet se trouvait la compréhension de sa patiente. Alors il fallait exploiter les bonnes prises.
-C’est un cube, répondit-elle comme si c’était une évidence. Constitué de cubes plus petits. Le cube est un solide régulier.
Elle attrapa ledit solide et désorganisa en un tour de main les faces qu’elle s’était acharnée à harmoniser. Le résultat resta en suspens entre ses doigts, pour que le psychologue puisse observer, puis elle explicita d’un ton solennel :
-Il est chaotique. Mais il attend de trouver un ordre.


http://i.imgur.com/q2anJgW.png


Stellie marchait dans les rues de Toulouse. Un quartier un peu morne et triste. Elle fixait ses pieds, son cartable sur le dos, son Rubik’s Cube dans les mains. Clic, clac. Aujourd’hui elle avait eu un dix-huit en maths, ce qui arrivait rarement (elle était trop dans la lune pour vraiment bien retenir les rédactions), et un onze en technologie. On avait vu mieux.
Elle ne faisait pas vraiment attention à son environnement, pour preuve, le lampadaire qu’elle manqua de percuter. Mais elle rectifia le tir au dernier moment, avant de tourner pour s’engager dans l’impasse où elle vivait. Il pleuvait, ses cheveux noirs collaient à ses joues et à sa nuque, trempés. Tout autour d’elle, du gris. Des maisons grises, un ciel gris, un sol gris. Pas d’échappatoire à cet univers terne.
Elle se résigna à ranger son cube une fois arrivée devant la froide porte de l’immeuble. Elle fouilla dans sa poche avec ses doigts gourds, cherchant le métal froid de sa clé. Elle l’attrapa, l’inséra dans la serrure, tourna. La routine. La porte claqua derrière elle.
Une sinistre cage d’escalier, à l’odeur douteuse, avec des tags dans les coins. Elle la voyait tous les jours, elle ne s’en rendait même plus compte. Un pied après l’autre, elle commença à monter. Premier étage, là où vivait une vieille folle entourée de chats. Classique. Et en face, un vieux portugais porté sur la bière qui beuglait parfois des insultes dans la cage d’escalier le soir. Classique également. Deuxième étage, un couple d’étudiants. Toujours plus classique. Et en face, chez elle.
Elle ouvrit la porte et fut submergée par une cacophonie. Des braillements d’enfants, la voix de sa mère qui haussait le ton pour les faire taire. Après avoir essuyé ses pieds sur le paillasson, elle franchit le seuil et laissa glisser son sac de ses épaules. En silence, elle retira ses chaussures, les aligna dans un coin au milieu d’autres chaussures, une demi-douzaine de paires au moins. Stellie reprit son sac et le traîna jusqu’à sa chambre. Elle passa devant le salon, vit la télé allumée sur un quelconque dessin animé et deux enfants de trois ans devant. Deux petites tignasses noires. Deux de ses frères.
Sa chambre. Enfin, celle qu’elle partageait avec ses deux sœurs. L’une était plus grande, déjà au lycée, l’autre était encore à l’école primaire. Elles étaient toutes deux à leur cours de danse ce soir. Elle marcha jusqu’au coin de la pièce qui lui était dévolu, posa son sac près de son lit, accrocha sa veste à un portemanteau. Puis elle revint vers la porte de la chambre, mécaniquement, la ferma, puis s’assit en tailleur sur son lit avec son cube. Ce bruit apaisant était le seul qui lui vide efficacement la tête.
Stellie grandissait au milieu d’une famille nombreuse. Trois frères, même si l’un d’entre eux avait quitté le foyer l’an dernier, deux sœurs. Les deux jumeaux, les derniers, étaient le fruit d’un nouveau mariage de sa mère, que le père de Stellie avait quittée il y avait quelques années de cela. Son beau-père était veilleur de nuit, peu présent, et sa mère devait gérer les cinq enfants qu’elle avait sur les bras. Dans toute cette agitation, une petite aussi discrète passait presque à la trappe.
Le temps s’écoula à la fois vite et lentement. Il se mit à pleuvoir, les gouttes martelant le carreau sans sembler atteindre les oreilles de l’adolescente, le regard rivé sur les couleurs qui dansaient sur ses genoux. Les portes claquaient dans la maison, de brusques allées et venues qui tentaient de l’arracher à sa transe. Son beau-père partant au travail. Sa mère partant chercher ses sœurs et laissant la marmite de pâtes sur le feu. Elle était seule à la maison pour gérer les deux petits. Mais elle était hypnotisée par le cube. Elle n’entendit pas le moment où la main de Raphaël entra en contact avec les flammes de la gazinière et où il se mit à pleurer. Sa bulle était impénétrable. Lorsque sa mère rentra, elle ne vint pas l’enguirlander pour son manque de vigilance après s’être occupée du petit. Comme si elle avait oublié sa présence.
L’heure du repas vint. Ils furent six autour de la table. Les deux petits, fermement surveillés par la mère, Stellie, la grande sœur et la petite sœur. Au centre, les pâtes. Un bout de beurre, un fond de paquet de gruyère. Le repas se passait en silence, sauf du côté des jeunes qui piaillaient. Il semblait n’y avoir qu’une seule éternelle bande-son dans cet appartement. Là, elle était juste agrémentée de quelques tintements de couverts dans les assiettes. Une des sœurs de Stellie, l’aînée, se mit à raconter sa journée dans une tentative de meubler. Elle avait eu un contrôle d’histoire sur la mémoire de la Seconde Guerre Mondiale, à midi un de ses amis avait fait une blague débile, puis en sortant elle avait croisé leur grand frère qui revenait de la fac, il avait pris des nouvelles…
Stellie n’écoutait pas vraiment. Le repas s’étira, encore et encore. Elle aida à débarrasser, sans entrain, puis retourna dans son coin de chambre. Il avait cessé de pleuvoir, et désormais la nuit tombait lentement. Elle se rassit sur son lit et ressortit son cube, qui claqua jusqu’à ce qu’elle tombe de fatigue et se recroqueville finalement dans ses draps après avoir enfilé son pyjama à la va-vite.


Ils étaient à nouveau face à face. Les entrevues s’étaient quelque peu multipliées ces derniers temps, et il avait pu affiner son jugement sur l’être qui lui faisait face. Il y avait beaucoup réfléchi ces derniers mois, mais à présent il était convaincu de pouvoir franchir le cap. Il avait également obtenu le feu vert…
-Stellie, commença-t-il avec une légère hésitation anxieuse qu’il s’efforça de masquer.
Ses yeux bleus prirent une teinte interrogative. Elle ne formula pas sa question, attendant simplement qu’il poursuive. Au moins avait-il davantage de facilités pour saisir son intérêt maintenant… Plus qu’à trouver la tournure exacte, sans être trop direct ou tourner autour du pot. Il prit encore quelques secondes pour affiner, raffiner ses bouts de phrase dans sa tête, puis se lança une bonne fois pour toutes :
-J’ai constaté que tu ne te sentais peut-être pas vraiment à ton aise ici, dans ce collège. Et j’ai également conscience que ta situation familiale est…délicate. J’ai donc une proposition à te faire. Je connais un établissement à Lyon où il y a un internat, et surtout où ils forment beaucoup d’élèves très intelligents, comme toi. Une école pour surdoués, en somme.
Voilà, ça y était. C’était dit. Il attendit de voir sa réaction, car après tout c’était une condition incontournable. Une fois les enjeux sommairement pesés, elle posa sur lui un regard plus intéressé qu’il n’aurait cru. Aurait-il raté un brin d’ambition dissimulé au fond de la personnalité de la jeune adolescente ?



Paris était une belle ville, c’était certain. Il y avait de superbes monuments, et une balade nocturne dans ses rues était un excellent moyen d’occuper une soirée, quand bien même le ciel noir restait déserté des étoiles. Mais surtout, on y trouvait les meilleurs établissements et les plus grandes écoles, même avant le niveau universitaire. Le fameux lycée Louis Le Grand, pour n’en citer qu’un. Il avait souvent rêvé d’être muté là-bas, mais les opportunités ne s’étaient pas présentées. Peut-être n’avait-il pas le prestige suffisant, ou assez de compétence…il devait faire avec. Le collège-lycée privé Kadic n’était certes pas le meilleur de Paris, mais la qualité restait tout à fait bonne. C’était plaisant d’avoir affaire aux enfants et adolescents qui y étudiaient, souvent bien élevés, et à leur équipe éducative. Tout le monde était professionnel et le niveau était largement acceptable. Ce n’était pas un si grand nom, mais il y avait tout pour se plaire.
Pourtant, il y avait certaines choses que sa mutation à Kadic lui faisait regretter terriblement. L’une d’entre elles occupait le bureau voisin du sien.
Et malheureusement pour lui, elle avait aujourd’hui choisi de se déplacer jusqu’ici.
-Alors comme ça, tu as suggéré que Jérémie Belpois soit transféré dans un collège pour surdoués ?
Cette voix…
Il soupira, levant le nez des tests dudit Jérémie. Il avait horreur d’être interrompu dans son travail, et tout particulièrement par cette mégère. Margaret Dorade, la conseillère d’orientation de Kadic. Une imbuvable bonne femme, avec ses tailleurs et sa moue perpétuelle, ses talons qui claquaient dans les couloirs, son ton de poissonnière, sa manie de commenter tout ce qui lui passait sous la main, de préférence de façon négative, son ignoble petit garçon tout aussi invivable (en même temps quand on s’appelait Etienne Dorade….) dont une photo traînait sur son bureau, et par-dessus tout, l’habitude de fouiner partout où elle pouvait. Pour ensuite tout commenter. Comme à cet instant précis.
-Je lui ai fait passer des tests oui. S’il a de bons résultats, il pourra changer d’école, admit-il d’une voix calme.
S’il ne cherchait pas le conflit, elle lui ficherait peut-être la paix plus vite. Et il pourrait de nouveau se concentrer sur son travail… Vain espoir. Visiblement, elle n’apprécia pas la réponse et lui rétorqua d’un ton pompeux et sec :
-Pourtant, de mémoire, c’est moi la vraie conseillère d’orientation. Il me semble que tu n’es qu’adjoint. En tant qu’adjoint, tu ne devrais pas prendre d’initiatives.
Elle avait dit ça avec un visage s’apparentant réellement à celui d’une baudroie. Du moins c’était la comparaison qui lui venait à l’esprit. Il s’était beaucoup documenté en ichtyologie depuis qu’il fréquentait Margaret. C’était un passe-temps comme un autre, et trouver des insultes sophistiquées lui donnait l’illusion d’avoir l’ascendant. Un jour peut-être oserait-il en prononcer une à voix haute, mais ce jour n’était pas encore arrivé…et n’arriverait sans doute pas de sitôt. Il se contenterait donc de les formuler dans sa tête pour évacuer une partie de son agacement. A chacun son mantra.
-Tu t’y opposerais ?
Il avait inconsciemment adopté ce petit ton servile qu’il détestait lui-même, mais qui la faisait toujours grimacer d’aise. Il se désespérait. Il aurait pu dire lui claquer un « Moi au moins je bosse ! » hautain au visage, lui tenir tête, mais non ! Incapable de rassembler un minimum de cran pour la virer de son bureau maintenant, elle qui pourtant lui faisait perdre du temps et de l’énergie. Un jour…
-Je ne sais pas, minauda-t-elle, peut-être. Tu aurais dû me consulter avant d’émettre ton idée.
Elle était vraiment infecte. Comme ces morues (haha) qui le tourmentaient au collège. Et il ne se sentait toujours pas de riposter. Certaines choses n’avaient décidément pas de fin. Quand donc atteindrait-on une limite d’énervement suffisante pour qu’il l’envoie balader ?
« Larve. » grogna-t-il intérieurement, en colère contre lui-même. Pourtant extérieurement, ce fut de nouveau la voix servile et complaisante, osant à peine s’imposer. Il eut même la vague impression de trembler, ce qui n’était pas pour lui faire plaisir.
-Je suis désolé. Mais quand bien même, ce n’est pas toi qui décidera de ce qu’il fera…
-Si tu conseilles mal les parents dans mon dos, je ne risque pas de pouvoir les aiguiller, en effet, le coupa-t-elle sèchement, sans attendre.
Elle ne le laissait même pas finir ses phrases. Comment espérer dialoguer et travailler avec une femme pareille ? Il fut tenté de l’imaginer nageant dans un aquarium, pour évacuer un minimum de rage. Avec quelques soles, oui, ça faisait l’affaire. Si on l’écrasait contre la vitre, elle aurait sensiblement la même allure. Ces analogies le détendaient au moins un minimum et l’aidaient à surmonter ces échanges interminables et répétitifs. C’était bien la seule petite parcelle de rébellion dont il pouvait faire preuve. Si elle soupçonnait le quart de ses images aquatiques, elle crierait sans doute au scandale.
-On est supposés coopérer, je te rappelle, ajouta-t-elle sur le même ton que précédemment, l’arrachant à ses rêveries sous-marines.
-Très bien, je te tiendrai au courant. Je peux retourner à mon étude des tests ?
Il aurait voulu être froid et cassant, lui afficher tout le mépris qu’il éprouvait pour elle, mais il y avait un net décalage entre ce qu’il voulait exprimer et ce qu’il avait réellement dit. Et cette réplique relevait plutôt de la servilité et de la crainte. Voilà qu’il lui demandait la permission de bosser…il se désespérait. Et pourtant, tout au désespoir et à son énervement contre lui-même, il s’écrasait, encore et encore, et la laissait le piétiner. Elle dut avoir ce sentiment aussi, puisqu’elle lui signifia de s’exécuter d’un ton dédaigneux tout en sortant du bureau, ses talons produisant un vacarme insupportable.
Dieu qu’il haïssait le bruit…


Maintenant qu’il pouvait étudier de plus près ses tests en silence, il s’y consacra autant que possible. Vite, vite, avant que quelqu’un d’autre ne revienne le déranger, avant que d’autres sons désagréables ne l’arrachent à sa bulle.
Il fronça les sourcils, et se pencha de plus près sur la feuille. Il devait mal lire, non ? Cette réponse était tellement bizarre qu’il ne saisissait pas comment Jérémie avait pu la cocher. C’était un garçon intelligent, normalement… Mais non, il n’était pas vraiment tard, il ne fatiguait pas et ne se connaissait pas de trouble de vision qui ne soit pas corrigé par ses lunettes, aucune excuse : la croix était bien dans la mauvaise case. C’était pourtant une question simple…voire même la plus simple du test… Enfin allez. A la décharge de Jérémie, la soirée était bien avancée quand il avait entamé ses tests, et le garçon manquait sûrement de sommeil. Il était fréquent de le voir avec des poches sous les yeux, il devait faire régulièrement des nuits trop courtes. Une erreur d’attention était si vite arrivée…
Il rajusta ses lunettes, poursuivit sa lecture, la tête appuyée dans la main et priant pour trouver la preuve qu’il ne s’était pas trompé sur le compte de Jérémie. Pourtant, il allait de déconvenue en déconvenue. Les bourdes se succédaient, inexplicables.
-Ce n’est pas possible, murmura Mr Simone, les yeux rivés sur le papier, incrédule.
Lentement, il laissa échapper le test de ses doigts et le sentit glisser sur le bureau, inerte. A ce stade, l’inattention n’était plus une option. C’était trop gros, trop chronique. Il se laissa aller dans son dossier, levant les yeux vers le plafond. Il tenta de comprendre ce qui avait cloché, en vain. Comment se faisait-il que Jérémie, qu’il pensait pourtant si brillant, ait raté ? Il avait de grands espoirs pour ce garçon. Pour être honnête, il le voyait même déjà dans le train pour Lyon. Il était pratiquement sûr, lorsqu’il avait remis le questionnaire à l’élève, qu’il le lui rendrait en peu de temps, complété et sans trop de fautes. Il avait espéré retrouver en lui le génie des plus grands, caché sous ses cheveux blonds sans que l’on s’en doute. Une perle rare comme on en croisait rarement.
A bien y réfléchir…peut-être s’était-il trompé. C’était la seule solution. Une amère solution, bien sûr, mais il fallait se rendre à l’évidence. L’attitude du garçon lors du test avait été…inhabituelle pour un supposé génie comme ceux qu’il traquait. Cet enthousiasme immature, cette ignorance de la notion de QCM…ses observations ne lui avaient pas permis d’entrevoir ça. S’il avait pu, jamais il n’aurait remis le questionnaire à l’adolescent. Il se demandait d’ailleurs aussi comment il avait pu se fourvoyer à ce point sur sa personnalité. Il avait juste vu un garçon qui avait l’air tellement génial qu’il s’était décidé à lui donner le test sans avoir jamais fait le moindre entretien avec lui, comme ça, sur un coup de tête. Au moment du test, il n’avait pas fait attention à cette attitude, pensant sans doute que ce n’était qu’un détail mineur. Il s’était laissé emporter par son enthousiasme, et maintenant il était déçu. C’était peut-être son plus gros revers. Pire que faire chou blanc, il y avait faire chou blanc alors qu’on était persuadé de tenir quelque chose. La déception le minait, creusant un vide en lui. Il eut un moment de flottement face à son dossier, le temps d’encaisser sa bourde.
Il soupira, se passa la main dans les cheveux, refusant au fond de lui de céder face à l’adversité. Il fallait qu’il se remotive. Il ne devrait plus reproduire cette erreur à l’avenir. C’était primordial pour la réussite de son travail. Jérémie avait échoué, il était normal. Mais peut-être que dans ces murs se cachaient de vrais élèves remarquables, et c’était à lui de les débusquer. Correctement. C’est-à-dire sans se précipiter, en restant vraiment professionnel. Plus d’action sur un coup de tête pour mettre le grappin sur un prétendu génie. D’abord assurer les bases.
Il écarta la feuille, la glissant dans le dossier de Jérémie Belpois, qu’il referma. Tant pis, l’affaire était close pour lui. Il se leva et alla ranger ledit dossier parmi les autres, pour ne plus jamais le rouvrir. Il fallait se remettre et passer à autre chose, tant pis pour le temps investi. Il y avait d’autres petits génies à débusquer.
Mais avant, et quand bien même il n’avait pas encore fait le deuil de sa déception, il fallait qu’il réfère de cela à son contact... C’est avec une certaine nervosité qu’il sortit son portable et alla retrouver le numéro désiré dans son répertoire. Il visualisait déjà le savon qu’il allait prendre pour cette erreur d’appréciation.
« Allez, un peu de courage » songea-t-il, tout en se rappelant de toutes les fois où il avait fallu ‘’un peu de courage’’ et où il n’avait pas été fichu d’en faire preuve.
Ce n’était qu’un mauvais moment à passer… Avant d’appeler, il ferma la fenêtre du bureau (ouverte pour des raisons d’aération, malgré le bruit incommodant que cela créait) et s’assura que la porte était elle aussi close. Certaines choses ne devaient pas sortir de ces murs, et tant pis s’il agissait de façon quasi paranoïaque. Et enfin, il prit une grande inspiration et appuya sur le bouton d’appel.
La tonalité résonna dans son oreille. Vide. Si le silence avait un son, c’était bien celui-là. Ou bien la solitude. Le long bip de la solitude. Ça sonnait presque bien.
La tension augmenta, le psychologue s’essuya une main sur son pantalon, nerveux, puis il se mit à pianoter sur un coin de son bureau pour évacuer le stress. Allait-il décrocher ? Peut-être serait-il trop occupé, non ? Son contact était quelqu’un qui avait sûrement pas mal de travail…ou alors peut-être qu’il n’entendrait pas la sonnerie de son propre téléphone…
Au bout de trois sons, trois sons interminables qui semblaient s’étirer dans le temps sans vouloir se taire, la voix de son interlocuteur se fit entendre. Il ressentit une pointe de déception. Jusqu’au dernier moment il avait espéré tomber sur le répondeur, et ce n’était pourtant pas la première fois que l’autre lui faisait le coup…
-Oui ?
Un ton froid, sûr de lui. Tranchant. Comme d’habitude. Un ton qui appelait à la brièveté et à l’efficacité, qui semblait dire « Dépêchez-vous, j’ai dix fois mieux à faire que vous écouter. ». Le psychologue n’eut aucun mal à se rappeler de pourquoi il n’aimait pas appeler ce numéro.
-Je viens faire mon rapport sur Jérémie Belpois. Je dois vous avouer que je me suis trompé, avança-t-il d’un ton hésitant et craintif.
Un silence. Tranchant lui aussi. Au moins, pour une fois, il employait son ton effrayé à bon escient, en total accord avec ce qu’il ressentait. Il y avait de réelles raisons de craindre la colère de son interlocuteur.
-Comment ça ?
Cette fois, il était accusateur, presque menaçant. Le psychologue scolaire déglutit. GG était certes un surnom amusant, mais il cachait un personnage que l’on pouvait aisément rapprocher d’un serpent. Un côté inexorable, glacial, létal. Insensible, aussi. Venimeux. Non, plutôt étouffant d’ailleurs. Il avait conscience d’avoir un peu plus de mal à respirer.
-Eh bien, répondit-il en sentant sa voix vaciller, Jérémie a échoué aux tests. J’étais pourtant convaincu que c’était un génie, je suis allé trop vite. J’ai été trop enthousiaste. Je suis désolé.
Il avait accéléré sur la fin, crachant tout ce qu’il pouvait avant de ne plus rien oser dire. Il était en train de se liquéfier en excuses. La discussion lui échappait de plus en plus…s’il l’avait jamais eue en main… Encore un silence, un moment où GG se ménageait une petite tension avant de répondre. Et puis une énième temporisation, un petit « tt tt » désapprobateur.
-Monsieur Klotz…ce n’est pas très professionnel. Je pensais que vous seriez plus apte à vous maîtriser. Votre travail exige un minimum de réflexion et de retenue. Ne vous laissez plus emporter. Je vais passer l’éponge pour cette fois… Mais vous avez intérêt à rapidement me débusquer une perle. Et à en trouver un certain nombre avant la prochaine erreur... C’est bien clair ?
Direct. Bref. GG avait l’air de chercher à s’épargner la moindre minute de conversation inutile.
-Oui oui, très clair. Merci de votre indulgence. Je me replonge dans les dossiers tout de suite, s’écrasa immédiatement le psychologue.
Il imaginait aisément le petit sourire satisfait de GG à l’autre bout du fil, ce côté dominateur, victorieux. Ou peut-être qu’il se faisait des idées et que personne dans son entourage n’était vraiment dominateur. C’était peut-être lui qui était trop faible ? Il ne savait pas…et ne savait pas s’il saurait un jour. Ses réflexions furent interrompues, comme d’habitude…
-Bonne initiative, le salua GG, toujours aussi froid.
Et puis il raccrocha, laissant juste la tonalité du téléphone résonner contre l’oreille de Mr Simone. Cette tonalité, ce son bien vide, qui faisait se sentir si seul. Le son du désespoir, aussi. Quelque part, il était convaincu que GG les adorait. Qu’il prenait son temps pour décrocher à chaque fois, et raccrochait brusquement, uniquement pour que son interlocuteur entende ces longues notes creuses, témoignage d’une poignante solitude. Ça renforçait son aura à lui. Son côté mystérieux et inquiétant. C’était presque sa signature. Le psychologue se devait de reconnaître que c’était efficace et bien trouvé. Il ne savait pas si on pouvait vraiment considérer ça comme de l’admiration, mais il était d’accord pour dire que GG imposait le respect.
Le psychologue rangea son portable, qu’il avait gardé dans la main comme un imbécile. Il n’avait plus qu’à rapidement trouver un nouveau prodige pour s’éviter les foudres de GG… Kadic était un grand collège-lycée. Il avait peut-être ses chances.


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Elle s’éveilla en sursaut, haletante. L’image était encore vive dans son esprit. Le feu. Ses ombres rouges et or, ses flashs lumineux, le bruit du bois qui craque. La fumée, les difficultés pour respirer.
Dans un coin de la pièce, une ombre sembla percevoir son trouble. Silencieusement, le chat se faufila jusqu’à son lit et s’approcha de son visage. Elle eut un pâle sourire, passa une main dans ses poils. Seuls ses yeux luisaient à la lueur des quelques rais de lune qui parvenaient à traverser le volet. L’adolescente prit le temps de respirer, puis se laissa retomber sur ses oreillers. Encore ce cauchemar. Elle ne savait plus depuis combien de temps il la hantait. Depuis combien de temps elle se réveillait en sursaut, depuis combien de temps elle prenait des cours par correspondance.
Elle referma les yeux, tentant de se rendormir avec la douce présence du chat à ses côtés. Quelques secondes plus tard…
Le réveil. Il venait lui vriller les tympans sans aucun préavis. Agacée, elle l’éteignit avec une brutalité qui fit bondir le chat vers l’arrière, et sortit de son lit pour aller ouvrir les volets, inondant la chambre de lumière. Un grand tapis pourpre circulaire occupait le milieu du parquet clair, dans un coin une étagère avec des livres. L’un d’eux était ouvert sur le sol, mal rangé. Quelques jeux de société s’empilaient dans une caisse dans un coin. Sa tante les lui avait sortis du grenier, mais ce n’était pas pour autant qu’elle avait quelqu’un avec qui y jouer. Occasionnellement, elle prenait le jeu d’échecs et se faisait une partie toute seule, sur son tapis.
Sur la couette, au milieu de quelques animaux en peluche, le chat passa de noir à roux, et ses yeux jaunes se plissèrent. Il sembla avoir une moue agacée et se roula en boule. C’était plutôt le chat du voisin, un campagnard amateur de chansons paillardes, mais ce dernier était actuellement en voyage au Vietnam et leur avait laissé pour la période. On l’entendait souvent le désigner par l’appellation « Monsieur le chat », et on avait fini par supposer qu’il s’agissait effectivement de son nom.
La lumière tomba également sur le visage de l’adolescente, dévoilant des yeux noisette d’une rare froideur, des cheveux tirant sur le bordeaux et des traits fins peu expressifs. Elle portait un pyjama violet. Dehors, des arbres verdoyants et un chemin de terre : pas d’amas de buildings gris, pas de voitures. La campagne. Il pleuvait, le vent agitait les branches et les gouttes frappaient le carreau. Elle regarda à l’extérieur encore quelques minutes, puis se dirigea vers son armoire pour s’habiller.
Quelques instants plus tard, Talia descendait l’escalier pour prendre son petit-déjeuner. Dans la cuisine, elle trouva sa tante qui faisait ses mots-croisés à côté de son bol de thé. Son oncle était déjà parti.
Elle marmonna un « bonjour » et s’empara du pain et du couteau, commençant à se préparer ses tartines. Sa tante lui sourit. Elle avait peut-être la cinquantaine, des cheveux bruns grisonnants, des lunettes ovales retenues par une petite chaînette, et déjà quelques rides.
-Bien dormi ma chérie ?
-Non, répliqua simplement l’adolescente sans lever les yeux de son futur repas.
D’autres auraient pu se laisser démonter par cette réponse abrupte et conclusive, mais Aurélie Duchêne avait l’habitude du caractère revêche de sa nièce.
-Tu sais, ton oncle et moi réfléchissions…on pense que te re-scolariser serait une bonne façon d’aller de l’avant.
-Mh.
Talia tendit la main pour s’emparer de la confiture, tout en s’asseyant enfin en face de sa tante. C’est à ce moment que Monsieur le Chat choisit de grimper sur la chaise d’à côté et d’observer la table d’un air très intéressé, louchant notamment sur un bout de bacon qui traînait sur le coin de l’assiette de Mme Duchêne. Cette dernière gratifia l’animal d’un regard d’avertissement, et ajouta :
-N’oublie pas qu’on n’hésite pas à te faire prendre l’air si tu es trop pénible !
Il n’était en effet pas rare de voir passer quelqu’un avec le chat sous le bras, se dirigeant vers la porte dans la ferme intention de le balancer dehors. L’animal revenait ensuite s’installer sur le rebord des fenêtres jusqu’à ce qu’on lui ouvre.
-Donc, reprit la tante en reportant son attention sur l’adolescente. Qu’est-ce que tu en penserais ?
-Si tu veux, marmonna-t-elle en mordant dans sa tartine d’un air désintéressé.



Il porta un regard apaisé sur l’adolescente. Elle avait les yeux rivés sur les feuilles, un stylo noir en main. Presque couchée sur le bureau, elle cochait une par une les cases, d’un geste mécanique, imperturbable. Un grand calme émanait de sa personne. A côté d’elle, posé, non, trônant sur la table, ce cube multicolore qui l’accompagnait partout et dans toutes les épreuves. Elle l’avait symboliquement réordonné avant de se mettre au travail, comme si de la même façon elle réordonnait ses idées, et chacune de ses faces dégageait une harmonie reposante. Presque magique… Peut-être qu’il prenait une valeur de talisman. En cet instant, il s’accordait à merveille avec sa détentrice.
Même le Bic ne faisait pas beaucoup de bruit. Le silence régnait, à son plus grand bonheur. Pas de son d’écriture. Comme si une force invisible avait décidé d’un consensus pour tous les objets de la pièce, une sorte de minute de silence. Mais en beaucoup plus long. C’était pour ça aussi qu’il appréciait la forme du QCM pour ces tests, et saluait l’initiative de la hiérarchie d’en utiliser. Quoi de plus agaçant qu’une plume griffant le papier et frappant la feuille à chaque fois qu’elle se repassait dessus ? Pourquoi se compliquer la vie en graphies indéchiffrables ? Une croix était tellement plus simple.
Il se surprit à éprouver une certaine empathie. Il espérait vraiment que Stellie réussirait. Elle méritait de changer de vie, de rejoindre d’autres enfants comme elle, de quitter ce collège de banlieue toulousaine qui n’était pas à la mesure de son talent. Cette existence, même, qui n’était pas à sa mesure non plus. Il pensa à la famille de l’adolescent, sa famille qui ne saisissait pas son potentiel. Ils n’avaient pas le droit de s’occuper d’un tel enfant, à son avis. Les gens qui ne comprenaient pas ce qu’ils avaient entre les mains, qui ne savaient pas saisir la chance qu’ils avaient, le psychologue ne les aimait pas. C’était un peu pour ce genre de situations qu’il avait accepté ce travail. Les aveugles ne pouvaient saisir la beauté d’un diamant.
Un bruissement de pages, tout doux. Un des rares sons tolérables dans cette atmosphère. Elle passait à la seconde feuille, complètement absorbée, enfermée dans son monde. Il ne se lassait pas de les observer travailler, tous. Cette forme de transe, cette force surnaturelle qui guidait leur main et qu’il ne fallait briser sous aucun prétexte, sous peine qu’ils ne la retrouvent jamais. C’était aussi pour ça que le silence était nécessaire. Toute question, toute parole pouvait rompre le charme. Leur faire perdre le fil de leur pensée, de l’élan de génie qui se mettait en branle sans qu’eux-mêmes en saisissent totalement la portée, et les larguer douloureusement dans la réalité sans qu’ils saisissent où et comment ils étaient allés. Il les enviait au fond, d’avoir ces dons hors du commun. Il n’était pas comme eux. Mais c’était aussi ce qui faisait qu’il travaillait avec eux. L’étranger fascine, et ce petit côté surnaturel était hypnotique. Il brûlait d’envie de lire sur leurs traits cette concentration, cette absence, de voir ce mur invisible s’ériger entre eux et le monde. C’était pourtant lorsqu’ils se coupaient du monde qu’ils étaient le plus à même de saisir ses finesses…
Au bout d’un temps qu’il ne sut mesurer (peut-être s’était-il lui aussi égaré quelque part dans sa tête), Stellie posa son crayon et tendit la main vers son Rubik’s Cube, brisant l’ordre établi et l’harmonie de la pièce avec un clac sonore, qui marqua également la désorganisation des faces monochromes.
Elle avait fini.



La pièce était noire. Noire comme la plus sombre caverne issue d’un cauchemar d’enfant. Un rai de lumière filtrait sous la porte, éclairant très faiblement la pierre. Toute la pièce était en pierre.
Il se tenait recroquevillé dans un coin, en position fœtale. De petits crissements se déplaçaient aux alentours. Mais pas dans le couloir, non. Dans la pièce. De petits couinements, une ombre à fourrure passa devant le rai de lumière, qui seul permettait de la voir. Des grattements. Des bruits de cavalcade. Une présence, là, juste à côté de lui. Dans un sursaut, il donna un coup de pied à l’aveugle, le visage baigné de larmes.
-Allez-vous en, geignit-il, dans un filet de voix.
Il répéta sa supplique, mais les sons continuaient. Le silence seul lui apporterait la paix, car cela signifierait qu’il serait seul. Seul dans le noir, mais seul. Mais le silence ne venait pas. Quelque chose lui frôla la jambe, il sursauta et se recroquevilla un peu plus sur lui-même. Il voulait sortir d’ici. Il savait qu’il ne le méritait pas, mais il voulait sortir quand même.
Après ce qui lui sembla une éternité, la porte s’ouvrit. Une silhouette se dessina dans la marée de lumière qui fit fuir les rats.
Sa mère.
-Alors, tu as compris la leçon cette fois ?


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Il faisait sombre autour d’elle. Seule une odeur bizarre lui arrivait aux narines, une odeur qu’elle connaissait sans pour autant arriver à mettre la main dessus. Le parquet en bois grisâtre grinça sous ses pieds. Une latte un peu moisie était à éviter, quelques pas plus loin. C’était le grenier de la maison de ses parents.
Elle vit des jouets abandonnés, recouverts de poussière, prenant la teinte grise et triste des lieux. Un petit train coloré. Des caisses de lego. Un vieux cahier de vacances fripé qui n’avait jamais servi à personne. De vieux livres d’enfant aux couleurs autrefois vives. Au milieu, une peluche. Une raie Manta en peluche, violette sur le dos et blanche sur le ventre. Elle haussa un sourcil, commença à marcher vers elle. C’était son doudou…
Brusquement, l’obscurité devint lumière. Le gris devint couleur. Une flambée de rouge, d’orange, de jaune et de blanc explosa dans le grenier. Elle se tenait désormais au cœur d’un cercle de flammes. Il rongeait le bois, le noircissait puis le blanchissait, comme indécis. Le feu avançait vers les jouets, elle voyait déjà les premiers lego fondre dans le cœur bleuté du brasier. Elle regarda autour d’elle, paniquée : pas d’échappatoire. Pas d’issue visible à la pièce. Elle crut entendre des cris, des voix connues, puis comprit quelle était l’odeur : celle de la fumée. Elle avait pourtant apprécié la sentir quand ils faisaient un barbecue à la campagne chez sa tante, mais aujourd’hui elle ne lui inspirait que la terreur.
Elle toussa. Dans les flammes se dessinaient des formes monstrueuses, des démons aux griffes acérées, des dragons gigantesques, de sinistres spectres tentant de la lacérer. Elle recula vers le centre du cercle, comme pour s’accorder quelques minutes de plus, sachant pertinemment que c’était vain. Elle allait brûler ici. Son cœur battait à tout rompre, le sang rugissait à ses oreilles à l’unisson des flammes.
« Talia ! Talia ! »
Elle entendit ses parents. Blême, elle plongea de nouveau son regard dans les flammes, pour y voir leurs visages torturés. Ils lui parlaient, mais elle ne comprenait pas ce qu’ils disaient. Leurs lèvres ardentes articulaient des sons qui ne prenaient aucun sens dans ses oreilles, et elle ne lut dans leurs yeux vides que la terreur et la souffrance.
Son pied s’enfonça dans le sol. La latte moisie, elle avait marché dessus. Une écharde lui perçait la cheville, elle réprima une grimace et tenta d’arracher son pied de ce piège. Mais les mâchoires acérées du grenier ne la laissaient pas repartir. Elles se resserraient toujours un peu plus, jusqu’à lui broyer les os, et à travers le rideau flou des larmes, elle vit les langues de feu progresser vers elle, comme attirées. Elle essaya de crier, rien ne sortit de sa gorge. Une poutre enflammée tomba près d’elle, manquant de peu de l’assommer. Elle tira encore sur sa cheville, mais trop tard, le feu l’atteignait…
Elle lâcha enfin le cri qui ne voulait pas sortir. Sa tante ouvrit la porte de la chambre quelques secondes plus tard.
-Talia ? Tout va bien ?
Silencieuse, l’adolescente se laissa retomber sur son oreiller.


Talia lisait sur son banc, toute seule. Le Maître des Tempêtes. L’univers créé par Bottero était certainement plus palpitant que la cour de récréation. Depuis son arrivée au matin, elle n’avait ressenti qu’un profond ennui dans cette école. Son air blasé avait visiblement découragé les curieux de venir lui parler. Une bande un peu bizarre comportant un type fringué tout en violet l’avait regardée un peu bizarrement, mais elle les avait ignorés. C’était quoi, son arrivée en cours d’année ? Sa couleur de cheveux ? Être regardée comme un animal de foire l’agaçait rapidement. D’où sa volonté de lire pour s’extraire de cet endroit.
Et pourtant même dans les tréfonds de son livre elle ne parvenait pas à s’extraire, elle les sentait presque. Elle entendait les murmures, les regards en coin. Elle avait entendu une fille de la classe chuchoter qu’elle était orpheline à son voisin. Visiblement, ça n’avait pas traîné. Tout le collège serait bientôt au courant. Et elle attirerait encore plus les regards, peut-être même la compassion. Elle ne voulait pas de leur compassion. Elle préférait avoir la paix.
« Le plus chaleureux des accueils » avait dit le proviseur. La bonne blague. Heureusement pour elle, le froid ne l’avait jamais affectée. Elle tourna une page, et la cloche sonna. Avec un petit soupir agacé, elle referma son livre avec un claquement sec, ramassa son sac et retourna en cours. Une paillasse au premier rang, devant Mme Hertz : c’était la solution pour n’avoir personne à côté de soi. Ils s’installèrent dans un brouhaha agaçant, et elle sentit encore des regards posés sur elle. Elle s’efforça d’en faire abstraction et sortit son cahier pour prendre des notes, regardant d’un air un peu absent l’enseignante prête à foudroyer les cancres.
Cette année serait terriblement longue.


Dernière édition par Ikorih le Sam 20 Aoû 2016 20:50; édité 1 fois
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Ikorih MessagePosté le: Sam 20 Aoû 2016 20:47   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Localisation: Sûrement quelque part.
« Mesdames et messieurs, nous arrivons en gare de Lyon Part Dieu, le terminus de ce train. Avant de quitter votre place, assurez-vous de ne rien oublier à bord. La SNCF et l’équipe TGV vous souhaitent une bonne fin de journée. »
Elle se dressa avec une vivacité fébrile tandis que l’annonce était répétée en anglais, et alla récupérer sa valise. Sa veste bleu marine était déjà sur son dos. Un instant, elle glissa la main dans sa poche à la recherche de la présence rassurante de son cube, et ses doigts se refermèrent sur le vide. Elan de panique. Mais très vite sa mémoire brida la pulsion première, rassurante, et elle se tranquillisa. Mentalement, elle se remémora les instructions du psychologue.
« Quelqu’un sera là pour te récupérer sur le quai et te conduire à l’internat. Ne t’inquiète pas, tout se passera bien. »
A bien réfléchir ce n’était pas forcément ce qu’on pouvait qualifier d’instruction. Peut-être de conseil rassurant. D’indication des évènements futurs.
Le train ralentissait lentement. Ils étaient passés sur un pont quelques minutes avant, et elle s’était demandé s’il s’agissait du Rhône là en dessous. Un large fleuve, occupant presque tout l’espace, une sorte de force tranquille. L’image était jolie, et elle se la remémora, la préférant aux mornes bâtiments. Dans l’espace entre les deux voitures, elle pianota sur la poignée de sa valise, nerveuse. Dans ses oreilles, l’album Discovery de Daft Punk, qui ne suffisait pas à l’apaiser totalement. Elle retira un écouteur pour faire bonne figure tandis que le quai défilait. A la fois trop vite et à la fois avec une lenteur désespérante.
Le train s’arrêta enfin. La porte s’ouvrit, et elle s’arracha à la carcasse de métal. Le ciel était un peu gris au-dessus de sa tête, et autour d’elle, les gens se dispersaient en suivant les lignes de champ d’un aimant immatériel. Celui de l’existence. Ils étaient comme appelés ailleurs.
Elle, elle était perdue, petit neutron dans le flot. Déboussolée, seule, elle remit encore machinalement la main dans sa poche, pour se rappeler de l’absence de l’objet qu’elle recherchait. Et elle songea que treize ans, c’était jeune pour être là. Que le monde était encore trop vaste pour elle, et elle eut envie de faire marche arrière, de remonter dans le train. De repartir. Et plus que tout, viscéralement, elle avait envie d’entendre le claquement familier de son cube. Ce claquement qui indiquait que tout était sous contrôle, que tout se passait bien, qu’elle avait une emprise sur la situation. Il lui manquait. C’était un simple cube, et il lui manquait.
Sous ses doigts, le vide. Lentement mais sûrement, elle sentait la boule dans sa gorge gonfler. Définitivement, elle se sentait perdue. Définitivement, elle eut l’impression d’être dans la gueule d’un gigantesque monstre prêt à l’avaler.

-C’est toi, Stellie ?
Elle sursauta, leva les yeux vers la personne qui l’interpelait. C’était un homme, habillé en noir, le nez enfoui dans le col de sa veste, probablement à cause du vent. C’est vrai qu’il ventait. Elle ne l’avait presque pas remarqué, perdue dans ses pensées. Une casquette tenait bravement sur sa tête malgré le temps, et ses yeux marron la dévisageaient avec une certaine neutralité froide.
-Oui, confirma-t-elle d’une voix hésitante.
-Je m’appelle Fred, se présenta-t-il. C’est moi qui te récupère.
Il sembla douter un instant, puis lui tendit une main sortie de sa poche. Elle la considéra à son tour, puis la serra. Encore une fois, elle se sentit toute petite, une insignifiante petite feuille dans le grand vent du monde. Puis, sans rien ajouter, Fred replongea les mains dans son manteau et commença à remonter le quai en direction de la douce pente qui menait au hall principal. L’adolescente se pressa à sa suite. Ils retournaient vers la cohue, et elle ne voulait surtout pas le lâcher. Trop peur de se perdre. Sur sa gauche, elle vit un groupe de jeunes qui avaient peut-être cinq ou six ans de plus qu’elle, et entendit vaguement un « Youhouh, une pente ! » qui lui fit hausser un sourcil. Les gens du vaste monde étaient un peu étranges.
L’adulte devant elle fendait tranquillement la foule, jetant de temps en temps un œil par-dessus son épaule pour s’assurer que la gamine qu’il devait accompagner ne se perdait pas. Ce n’était pas le cas, même si ses grands yeux bleus s’attardaient avec une certaine fascination tout autour d’elle. Un rien semblait suffire à l’émerveiller, maintenant que la peur passait doucement. Elle était légèrement à la traîne, mais rien d’insurmontable à son avis.
Il pressa un peu le pas, pressé de se sortir de tout ce monde. Ça inciterait sans doute la petite à faire de même. Lorsque les portes vitrées donnant sur l’extérieur se profilèrent, il les passa avec soulagement. Ils se retrouvaient sur la place devant la gare. Stellie, trottinant derrière, prit quelques secondes pour observer encore un peu cette ville qu’elle découvrait. Son regard s’égara sur l’enseigne du Quick sur sa droite, puis elle remarqua qu’elle s’était fait distancer et se dépêcha de rattraper son accompagnateur.
Ce dernier la mena à une voiture brun foncé, qui avait au moins le mérite d’échapper au noir des clichés. Il ouvrit pour sa part la portière conducteur et la laissa s’installer à l’arrière du véhicule, sa valise sur le siège d’à côté. Puis il parla, pour la première fois depuis qu’ils s’étaient rencontrés sur le quai.
-On va en avoir pour quelques temps. Y a des embouteillages aujourd’hui, et le complexe est à l’autre bout de Lyon. Installe-toi bien, conseilla-t-il.
Elle boucla sa ceinture et se cala dans le siège aussi confortablement que possible. Sa nervosité avait un peu décru, mais elle ne tarderait pas à remonter aussitôt qu’ils arriveraient à sa nouvelle école. Pour l’instant, elle se concentrait sur l’extérieur, toujours dans une optique de découverte, tandis que Fred démarrait et que le doux ronronnement du moteur gagnait l’habitacle. La tempe contre la vitre, elle regarda passer le paysage, plus ou moins vite en fonction de la circulation. Lyon…pour elle qui n’était jamais sortie de Toulouse, ça changeait.

Fred jetait régulièrement de discrets coups d’œil à la gamine dans son rétroviseur. Il se dit qu’elle était assez peu bavarde, ce qui ne le dérangeait pas forcément. Lui ne l’était pas beaucoup plus, il ne se formalisa donc pas de son côté coupé du monde. Après tout, il fréquentait des gosses parfois beaucoup plus dérangés, à l’institut. Fred était arrivé à la conclusion que souvent, le génie avait un prix. Il avait vu passer à peu près tous les modèles. Les grands perturbés, alignant deux phrases par jour, qui sortaient à peine de leur chambre et recevaient les cours autrement. Les maniaques qui tentaient à tout prix de définir un ordre à des éléments incontrôlables, ou de répéter un rituel pour se rassurer. Certains névrosés qui pouvaient communiquer normalement mais étaient sujets à des émotions beaucoup plus intenses que la moyenne. Et au milieu de ça, quelques enfants qui avaient l’air totalement normaux, qui te parlaient normalement, mais qui étaient juste capables de saisir les plus grandes notions scientifiques de la planète. Et eux étaient en général difficilement intégrés également, car dès qu’on leur parlait, on commençait à sentir le décalage entre eux et le monde. Oui, Fred avait vu beaucoup de jeunes génies différents, et s’était largement habitué à les côtoyer. Celle-là ne devait pas être des pires, si elle avait réussi à faire le trajet en train seule…
Il soupira, attendant patiemment que la file avance. Apparemment, un chauffard au volant d’un bus avait semé la pagaille lors une course-poursuite avec la police, et ça se ressentait désormais dans la circulation…foutue agglomération.

-On y est, annonça-t-il en garant la voiture sur le parking privé du complexe.
Elle descendit, oubliant sa valise pour quelques temps, et regarda tout autour d’elle de ses grands yeux émerveillés. Au-delà de la barrière du parking, un espace un peu à part. Il y avait deux grands bâtiments, à peu près identiques, dont le design prenait un petit côté futuriste. Un espace vert mangeait la place entre les deux, et l’enceinte était délimitée par une grille en fer forgé. De l’entrée principale partaient trois chemins : l’un menait au parking, les deux autres aux bâtiments susdits.
Pendant qu’elle étudiait l’endroit, Fred lui descendit son bagage. Il la laissa observer encore un peu, puis lança :
-Allez, viens.
Elle récupéra sa valise et le suivit sans protester. Stellie nota qu’il semblait tout de même plus à l’aise que lorsqu’ils étaient dans le Grand Lyon. Il se dirigea vers le bâtiment de gauche. Et puis pour la première fois depuis qu’ils s’étaient rencontrés, il lança une banalité :
-Tu sais, on a vachement pensé l’architecture. Y a des angles droits partout, des rapports précis entre les dimensions...en général, les élèves préfèrent. Ils peuvent être très sensibles. Mais quand ils se rendent compte de ce genre de petits détails, ils sont contents. Ou alors parfois ils s’en foutent.

Stellie cligna des yeux, enregistra l’information, puis reporta son attention sur le reste du monde. Fred haussa les épaules. Ce n’était pas rare qu’ils réagissent comme ça. Le manque de réaction de la gamine ne signifiait pas forcément qu’elle se désintéressait de ce qu’il avait à lui raconter.
Alors qu’ils arrivaient devant le bâtiment de gauche, l’internat, ils tombèrent sur un jeune d’environ quinze ou seize ans, affecté à la partie « lycée » donc. Il avait les cheveux bruns, quelques tâches de rousseur. Une paire de lunettes, somme toutes un peu cliché, traînait devant ses yeux verts, agrémentée de quelques rayures sur les verres. A son poignet, une montre digitale semblait bénéficier de beaucoup plus d’attentions. L’adolescent salua le surveillant avec un sourire.
-Bonjour Fred ! On a une nouvelle venue ?
L’interpelé hocha la tête, puis fit les présentations rapidement.
-Stellie, je te présente Jean. C’est un de nos élèves.
Elle considéra Jean un instant, ne sachant pas trop comment le saluer. Ce dernier jeta un regard vif à sa montre avant de déclarer avec un grand sourire :
-11h11 ! Bienvenue Stellie.
Il lui tendit chaleureusement la main, qu’elle serra timidement.
-Bon, je vais l’installer. Vous parlerez plus tard, déclara Fred, coupant le début de discussion amicale.
Et il entra dans la zone des chambres d’un pas un peu pressé. Le complexe avait tenté de minimiser au maximum le nombre d’occupant par chambre pour des raisons d’intimité et de calme (éléments souvent nécessaire à certains phénomènes), mais ils n’avaient pu descendre à moins de deux pour cause de place. Ainsi, la plupart étaient pensées pour deux élèves, quand bien même l’internat n’était pas tout à fait plein.
-Pourquoi 11h11 ? finit par demander Stellie alors qu’ils marchaient dans un couloir.
-Parce que Jean est à cheval sur certaines choses. Tout ce qui ressemble à une suite de chiffre intéressante attire son attention. Pas que l’heure. Certains numéros de page de ses bouquins ont été entourés au crayon à papier. Des trucs comme 248, 246, 456…mais évidemment aussi celles qui reprennent plusieurs fois le même numéro. Et si le chiffre est répété autant de fois que lui-même, il est aux anges. Par exemple, il adore 22, 333 et 4444. Ce n’est pas le seul à avoir de petites manies comme ça. Toi, tu n’as pas quelque chose qui te fascine et à quoi tu pourrais passer des heures ?
La réponse vint sans qu’elle eut à réfléchir. Et lui laissa un petit poids sur le cœur.
-Mon Rubik’s Cube. Mais je l’ai…oublié.
Fred coula un regard à la gamine. Elle avait l’air sincèrement triste. Il n’était pas toujours très à l’aise avec les enfants, même avec ces petits génies qu’il côtoyait chaque jour, mais il lui ébouriffa quand même les cheveux.
-On t’en retrouvera un.
Il sourit, puis s’arrêta devant une porte.
-Chambre 17. Pas de problème avec le numéro ?
-Non, répondit-elle avec un regard un peu étonné qui l’amusa.
-Impec’ alors. Pose tes affaires, et moi il faudra que j’aille te récupérer la clé à l’administration… C’est une chambre encore vide, mais c’est pas impossible qu’on te colle un colocataire un jour. Tu as le week-end pour t’adapter à l’endroit, commencer à faire connaissance avec d’autres gamins, et puis on te calera dans une classe. Je pense que tu n’auras pas de mal à rattraper…au pire, tu demanderas à Jean de t’expliquer. Il t’a rencontrée à 11h11, il t’aime déjà.
Stellie ne sut pas vraiment si Fred était sérieux ou pas. Il ne lui laissa pas le temps de lui demander et s’éclipsa chercher la clé, la plantant avec un air perplexe sur le visage.


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Il savait qu’il ne devait pas se tromper, mais aussi qu’il avait intérêt à être rapide. Productivité serait le maître mot. Alors il saisit une rafale de dossiers au hasard dans ses étagères et les étala en éventail sur son bureau dans le but de les étudier, ou plutôt de les lire en diagonale à la recherche d’un élément intéressant.
Alix Walden. En quatrième. Il observa la photo un bref instant, une jeune fille avec les cheveux noirs coiffés en queue de cheval et une écharpe bleue autour du cou. Puis il commença à lire ce qu’il était écrit entre les pages de papier. Résultats scolaires corrects, pas exceptionnels, une fille un peu sans histoires. Il n’avait pas noté de tic spécial, apparemment, détail qui aurait pu contribuer à identifier un de ses génies. Le dossier fut transféré sur une pile à droite qu’il inaugura, tandis qu’un autre prenait sa place devant le psychologue.
Véronique Fayolle. En sixième. Une petite fille blonde avec des couettes façon manga japonais, qui arborait un sourire joyeux. Dynamique, rayonnante, mentionnaient les professeurs. Un grand enthousiasme. Agitée, un peu hyperactive, incapable de tenir en place pendant les cours, aussi. Une des élèves préférées de Gustave, apparemment, ce qui n’avait rien de surprenant. Il regarda les notes, tant les siennes que celles données par les enseignants. Il l’avait vue grimper à un arbre pendant la récréation pour récupérer un ballon de foot égaré, mais ça s’arrêtait là pour les remarques spéciales. Quant aux résultats scolaires, ils n’avaient rien de particulier non plus, même si elle avait de très bonnes notes en arts plastiques.

Tandis qu’il bougeait le dossier, son regard tomba sur le cube multicolore posé sur un coin de la table. Ses faces étaient chargées de plus petits cubes de nombreuses couleurs différentes. Malgré ses essais, il n’avait jamais été capable de le résoudre…
David Abergel. Des cheveux bruns courts, sur la photo il portait une chemise rouge. Celui-là était un peu plus âgé, en troisième d’après la feuille. Passionné d’échecs, point que Mr Simone releva, il ne témoignait en dehors de ça d’aucun trait bizarre. Un élève assez discret en cours, très impliqué en histoire mais avec des notes calamiteuses en sciences. Pas vraiment le type de profil qu’ils recherchaient. Tant pis pour lui. Dossier suivant.
Nicolas Poliakoff. Le psychologue n’alla pas plus loin et mis le dossier de côté. Pas la peine de creuser pour savoir que ce garçon était un attardé. Rien à en tirer.
Par le plus grand des hasards, il se retrouva juste après avec le dossier d’Hervé Pichon, un camarade de classe de Nicolas, et un de ses meilleurs amis (voire le seul). Malgré tout, Hervé était surtout une des têtes de classe, juste après Jérémie.
Il garda le dossier sous le coude. Hervé était un cas à surveiller, mais rien n’empêchait de continuer à se promener dans sa documentation. Sur la photo de l’élève suivante, elle aussi dans la même classe (décidément…), il vit une jeune fille avec des cheveux bordeaux encadrant un visage en forme de cœur. Dans ses yeux toutefois, une sorte de grande froideur, comme si elle tentait de percer à travers la photo d’un pic de glace. Ce regard mit la puce à l’oreille du psychologue. Inhabituel. Il parcourut la suite, et constata qu’il avait affaire à un cas intéressant… Orpheline, avait déménagé sur Paris suite au drame, inscrite récemment... Très bons résultats, mais très peu d’interactions sociales avec ses camarades. Pourquoi ? Trop froide, trop blasée ? Ou tout simplement le poids des souvenirs ? Il n’aurait pas su dire… Mais il tenait indéniablement quelque chose. Son intuition le lui hurlait, et il comptait bien l’écouter malgré son récent fiasco. Elle, il se devait de la rencontrer.



-Bonjour, Talia.
-Bonjour.
Elle s’assit face à lui, le fixant d’un regard quasi inexpressif, dur. Il essaya d’imaginer ce qui se tramait dans sa tête. Se demandait-elle ce qu’elle fichait là ? Etait-elle disposée à coopérer avec lui, ou allait-il galérer pour la convaincre de lui parler ? Cela faisait déjà plusieurs fois qu’il la rencontrait, mais il n’arrivait toujours pas à bien cerner sa personnalité. Une énigme. Il avait cependant bien établi au premier rendez-vous qu’il était totalement inutile d’essayer de la faire parler de ses parents.
-Comment vas-tu aujourd’hui ? poursuivit-il sur le ton de la conversation.
Elle haussa les épaules.
-Rien de spécial.
Elle était donc en mode bavarde, songea-t-il ironiquement. Il allait peut-être avoir du mal, mais il fallait passer par là. Il prit une grande inspiration :
-J’ai quelque chose à t’annoncer.
Il marqua une petite pause, le temps de voir sa réaction. Haussement de sourcils, elle attendait avec son air désintéressé. Il en faudrait plus que ça… Avec en tête l’image de ses résultats au test, il croisa les doigts et annonça la couleur :
-Je pense, mais c’est à négocier avec toi et tes tuteurs, que tu serais mieux dans un collège pour surdoués qu’à Kadic. Tu m’as l’air d’avoir du mal à t’intégrer ici, et je pense que tu serais mieux dans un endroit avec des enfants comme toi…je comprendrais que tu te plaises ici mais je voudrais que tu réfléchisses à ma proposition…
-C’est d’accord.
Elle n’avait même pas hésité. Dès la fin de sa phrase, une réponse, directe. Il cligna des yeux, désarçonné.
-Je…bon et bien tu peux prendre congé, appelle tes tuteurs pour leur en parler et je m’occuperai des formalités de transfert…
Elle le planta là, au milieu de son bureau.



Cela faisait de longs mois qu’il n’avait plus remis les pieds à Kadic. Son employeur avait eu besoin de lui sur un autre dossier, et il avait donc été contraint de s’absenter. Mais maintenant il était de retour, presque avec la sensation de revenir de voyage. Son bureau n’avait pas bougé, surprenant mais arrangeant.
Il pouvait reprendre les affaires en cours. Après Talia…il avait repéré un autre nom. Il alla voir ses dossiers et retrouva presque immédiatement celui qui l’intéressait. Hervé Pichon. Souvent qualifié de « Jérémie Belpois bis », l’adolescent souffrait forcément de la comparaison avec son camarade. Cependant, si Hans Klotz avait pu déterminer que Jérémie n’était pas digne d’intérêt, il ne perdait rien à s’intéresser quelque peu à Hervé. Peut-être n’étaient-ils pas si similaires que ça, au fond ?


-Vous vouliez me voir monsieur ? demanda Hervé en passant la tête dans l’embrasure de la porte.
-Oui va-y, entre ! sourit le psychologue.
Un peu moins boutonneux que dans ses souvenirs, l’adolescent était désormais en troisième, où il s’en sortait très bien. Cela faisait quelques séances qu’ils discutaient, et Hans avait le sentiment qu’il ne reproduirait pas le fiasco de Jérémie. Hervé s’assit sur la chaise face au conseiller d’orientation et attendit.
-Je voulais discuter un peu avec toi au sujet de ce que tu fais l’an prochain…
Dans le fond d’un tiroir, les feuilles de test sommeillaient paisiblement.


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Hans avait son diplôme.
C’était un grand accomplissement pour lui. On avait souvent répété que la faculté de psychologie était réservée aux bons à rien, que ce n’étaient pas des études sérieuses. Sa mère n’avait pas approuvé, mais il avait tenu bon et aujourd’hui, il récoltait les fruits de son acharnement. Il pouvait se fendre d’un « je suis psychologue ». Peut-être pourrait-il espérer ainsi mieux comprendre le monde qui l’entourait.
En marchant vers la sortie du bâtiment (dans lequel il ne remettrait peut-être plus jamais les pieds !) il réalisait encore mal tout ce que signifiait ce diplôme. L’entrée dans la vie active, le réel « âge adulte », cette marche inexorable du temps qui le happait toujours plus loin. La nécessité de trouver un travail, de préférence qui paye et où il serait heureux. Peut-être qu’il finirait secrétaire, auquel cas son diplôme se fanerait, inutilisé et triste. Mais peut-être qu’il mettrait vraiment ses compétences nouvelles à profit, qu’il aiderait des gens à régler leurs soucis intérieurs…
Il était euphorique, il devait le reconnaître. Il ne se projetait pas encore dans la perspective de la vie réelle, ce qui comptait pour l’instant, c’était les grandes espérances qu’il nourrissait pour son avenir. Devant la porte de l’université, un type avec un tas de prospectus. Probablement un de ces démarcheurs pour une quelconque mutuelle, ou pour une ONG, qu’en savait-il…
Le type l’arrêta. Physique banal, vêtements banals, rien qui le sorte de cette masse ordinaire de gens.
-Excusez-moi, vous êtes diplômé de la faculté de psychologie ?
Avec une grande fierté, il ne put s’empêcher de répondre :
-Oui.
-Je représente une organisation qui a du boulot à vous proposer. Tout est là.
Il lui glissa un papier dans la main, que le jeune psychologue se sentit obligé d’accepter, puis se dirigea vers une autre personne. Tout en continuant à marcher vers son petit appartement, le nouveau diplômé déplia la brochure. Du recrutement de psychologues capable de déceler les « talents cachés » de la « nouvelle génération ». Le bas de la page était marqué d’un logo en forme d’oiseau. Un numéro de téléphone, une adresse pour passer les entretiens, la date de ces derniers…
Il eut un sourire. C’était pile le genre de travail qui l’intéressait…



Il regarda l’adolescente devant lui. Elle avait sa valise à côté d’elle, les mains dans ses poches et ses yeux bleus rivés sur le bleu tableau des départs. Son train pour Lyon n’était pas encore annoncé, mais il ne tarderait sans doute plus. Il était tôt, la gare était encore peu fréquentée. Bientôt les gens qui allaient au travail arriveraient et sauteraient dans les TER, empressés qu’ils étaient. Mais ce n’était pas encore le moment. Et il n’y avait pas encore trop de bruit.
Elle sortit son cube et commença nerveusement à jouer avec. Si ça pouvait la détendre, pourquoi pas…
Le psychologue espérait que le trajet se déroulerait bien, que Fred récupèrerait correctement la gamine, qu’elle s’intègrerait sans souci à l’école. Beaucoup de paramètres pouvaient accrocher, et elle était jeune. C’était un peu le moment fatidique où ils devaient tenir le choc de changer de vie, un peu comme le faisaient de nombreux jeunes. Cinq ans plus tard. Le changement serait sans doute un peu rude…même s’il doutait que les parents de Stellie lui manquent beaucoup. Ou en tout cas, il doutait qu’elle leur manquât.
-A quoi ça ressemble, là-bas ? finit-elle par demander entre deux claquements.
Elle cherchait des informations pour se rassurer. C’était compréhensible pour lui, la jeune fille allait manquer de repères. Et s’il avait l’occasion de lui en donner quelques-uns de plus, ce ne serait pas plus mal.
-C’est grand. Plein d’enfants comme toi. Et on apprend beaucoup de choses.
Il se sentit stupide. Ça n’avait rien d’une information concrète, et il lui avait sans doute déjà dit lors de leurs entrevues dans son bureau. Néanmoins elle hocha la tête distraitement, continua à triturer son jouet presque comme s’il n’avait rien dit. Elle hésitait. Quelque chose lui brûlait la bouche, il le sentait mais il ne voyait pas ce que ça pouvait être. Alors il ne dit rien et attendit qu’elle parle plutôt que de se fatiguer à essayer de deviner pour potentiellement répondre à côté de la plaque.
Les claquements s’interrompirent. S’était-elle décidée ? Il posa les yeux sur l’adolescente, et constata qu’elle avait arrêté de jouer et qu’elle lui tendait l’objet. Il ne comprit pas.
-Qu’est-ce qu’il y a ?
Si elle s’agaça, elle ne le montra pas, et maintint son geste.
-Prends-le. En souvenir.
Il cligna des yeux, surpris. Il n’aurait pas pu s’y attendre. Qu’elle envisage de se séparer de son jouet était quelque chose d’inconcevable pour lui… jusqu’à maintenant.
-Tu es sûre que tu veux me le donner ? Il ne te manquera pas ?
L’idée de la priver de cet artefact qui la tranquillisait tellement ne le rassurait pas. Ce n’était pas le moment de l’en séparer, elle aurait à faire face à beaucoup de stress, et le cube était un moyen sûr de l’évacuer…
-Je veux que tu le prennes ! répéta-t-elle résolument, sa petite main tremblant légèrement cette fois.
Il choisit de ne pas insister plus, et prit l’objet qu’il rangea dans une de ses propres poches. La gamine sourit. Il lui rendit son sourire avec hésitation et une certaine maladresse. Il avait encore du mal à comprendre.
-Merci.
« Le train TGV numéro 6859, à destination de Lyon Part-Dieu, départ 6h42, partira voie 7. »



Il était de retour chez lui. Mr Simone retira ses chaussures dans le hall, puis gagna le salon de son appartement. Il posa le Rubik’s Cube sur la table basse, retourna accrocher sa veste dans l’entrée, puis s’assit dans son fauteuil, observant l’objet, songeur. On était un samedi, il ne travaillait pas au collège, alors il aurait largement eu le temps de récupérer de sa nuit un peu courte. Mais ce n’était pas vraiment dans son intention. En fait, il n’en avait pas envie. Il préféra aller dans la cuisine, observa un peu le dallage bleuté en se faisant un café. Pas grand-chose d’autre à voir dans sa cuisine, car son chez-lui était à l’image de son bureau…bien rangé, et sans personnalité exprimée. La question qui se posait était de savoir si le bureau était lui-même à l’image de son maître.
L’odeur du liquide en train de chauffer lui rappela son enfance. Un frisson courut le long de son échine, un passage furtif des souvenirs. Quelques images ressurgirent. Il préféra les enfouir, nerveux. Un regard par la fenêtre lui montra une ville en train de s’éveiller, quelques pigeons perdus sur les toits, qui avaient l’air aussi groggy que les rares passants. Il bailla. Peut-être aurait-il dû finir sa nuit, finalement.
Une fois son café prêt, il choisit de retourner le boire au salon. Pensif, il observa les volutes de fumée s’échappant du liquide sombre, attendant qu’il refroidisse jusqu’à une température acceptable. Son appartement était assez vide et dépouillé, même pour un homme célibataire. Pas de photo de famille ou d’amis, pas beaucoup de petites marques de personnalisation. Pas de poster, pas non plus de collection de disques dans un coin par exemple, il préférait souvent le silence. Pas d’animal de compagnie pour combler la solitude. Un chien ferait trop de bruit, un chat serait trop distant, un rongeur quelconque un peu trop bête. Alors on en restait à cet état de….d’abandon ?
Un peu comme si l’appartement était habité par un fantôme.

Le téléphone sonna en fin de matinée, rompant la creuse monotonie d’une journée pleine d’ennui. Il décrocha, et reconnaître la voix froide de l’autre bout du fil lui donna un coup de fouet bien plus puissant que le café. Elle était unique, après tout.
-Bonjour, monsieur Klotz, énonça GG avec ses airs de serpent.
Evidemment, il le mettait immédiatement en position d’infériorité en lui rappelant que lui connaissait son nom, son véritable nom. Simone n’était qu’un nom d’emprunt pour le boulot, une précaution prise par ses employeurs. Le psychologue, quant à lui, se voyait obligé de le désigner par un alias. GG aimait quand les choses étaient claires. Et quand il avait l’avantage. En bref, GG aimait souvent ce qui n’arrangeait pas Hans.
-Bonjour, GG, répondit-il néanmoins, se demandant avec une certaine appréhension ce qui pouvait bien amener son contact à l’appeler.
Le ton se fit un chouïa plus chaleureux par rapport à ce dont Hans avait l’habitude. Surprenant, lui qui s’attendait à être flagellé par son employeur pour une quelconque raison.
-Je tenais à vous féliciter pour le cas de la petite Almageste. Fred est convaincu qu’elle s’intègrera très bien. Je pense que votre période d’essai peut se terminer…vous allez avoir droit à une affectation un peu plus sérieuse qu’un collège toulousain. La capitale, ça vous parle ?
Evidemment que ça lui parlait…alors l’organisation avait enfin confiance en lui ? Il ne put s’empêcher de ressentir un peu de fierté. La traque aux génies continuait, avec les mêmes règles et les mêmes buts. Juste un terrain un peu plus grand et prestigieux. Il allait s’emballer lorsque GG reprit :
-N’oubliez pas que votre travail contribuera à terme à l’avancée de la science. C’est l’avenir de la recherche que vous nous ramenez. Le Projet Carthage n’est rien sans les gens comme vous.
Même quand il adressait des félicitations ou des encouragements, GG avait cet air froid et supérieur qui calmait tout enthousiasme. Ce serait pour plus tard, lorsque le combiné aurait regagné sa poche.
-Pour ma mutation… ? s’enquit-il, curieux.
Mais encore une fois, GG coupa net à toute question indésirable, presque comme s’il n’avait rien entendu.
-Je ne suis qu’un messager. Je fais l’annonce, et elle prendra effet dans quelques temps. Préparez-vous quand même à bouger, monsieur Klotz. Je ne voudrais pas que vous soyez trop…dépaysé.
Et il raccrocha, laissant sonner la tonalité dans le vide. Ses effets de mise en scène…
Hans Klotz baissa les yeux sur son café. Il était froid.


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Hervé considéra la valise sur son lit. Il y avait déjà empaqueté le linge et arrivait maintenant au choix difficile de considérer quels objets chers à son cœur il emporterait. Et lesquels il laisserait derrière lui… Assez rapidement, il prit son prototype de robot pic-vert. Enfin, c’était plutôt un pic-bleu. Il avait rêvé de cette machine un jour, et s’était ensuite acharné à la reconstruire, pour une raison qui lui échappait un peu. Cependant, il était plutôt satisfait du résultat. Quatre petites pattes, un œil, une fine tige inoffensive en guise de bec, des ailes et une queue bleues. Il ne volait pourtant pas très bien, c’était un point sur lequel Hervé souhaitait encore travailler. Le petit oiseau s’ajouta donc au bagage.
Il fut rapidement rejoint par un ouvrage de physique quantique. Il avait entendu dire un jour que Jérémie s’y intéressait, et avait voulu se renseigner sur le sujet pour pouvoir lui tenir tête dans le domaine. Depuis, il avait réellement accroché à la matière. Bien sûr, son ordinateur et le matériel informatique associé se joignirent au tout. Il y ajouta un ou deux tomes d’Artemis Fowl, une série de livres qu’il appréciait particulièrement. Surtout pour le personnage principal.
Hervé s’arrêta devant la photo de Sissi, discrètement glissée entre deux livres sur son bureau. Il hésita. Même si elle était une peste, elle savait avoir ses bons moments…oui, mais il partait. Vers un avenir radieux. Il ne pouvait pas vraiment s’encombrer avec les affres du passé. En plus, elle n’avait jamais vraiment fait attention à lui. Il n’avait rien à espérer d’elle. Trop focalisée sur Ulrich…surtout depuis qu’il lui avait dit qu’ils pouvaient être amis. Emporter cette photo serait assurément un frein à sa liberté. Il ne voulait pas conserver un ancrage à son ancien collège-lycée, c’était trop contraignant, et… Oui mais voilà, c’était Sissi…
Finalement, il se décida à la laisser là, symboliquement. Peut-être qu’un jour il serait un grand chercheur en physique quantique et qu’il trouverait mieux. Ou qu’elle changerait et reviendrait vers lui. Mais il trouvait cette seconde éventualité peu probable. Elle n’avait jamais su apprécier la science. Soupir.
Son paquetage bouclé, il le transporta dans le hall. Il vit sa mère lui sourire d’un air fier, un peu comme son père le faisait quand il ramenait ses copies de physique. Ce dernier n’était actuellement pas là, il avait une conférence aux Etats-Unis et n’avait pas pu se libérer même pour le départ de sa progéniture. Le père d’Hervé était chercheur, et son fils avait beaucoup d’admiration pour lui. Sans doute son intérêt pour la science était-il parti de là…
Il consulta sa montre. Dans une dizaine de minutes, ils partiraient pour la gare de Lyon. Et ensuite, le train, l’inconnu. Il avait hâte. Il ne savait pas exactement ce qu’il trouverait là-bas, mais il n’était pas effrayé. Plutôt…exalté. Il allait enfin pouvoir rencontrer des gens de son envergure (si on faisait abstraction de Jérémie qui n’avait manifestement pas très envie de lui parler), fini de devoir traîner avec Nicolas parce que personne d’autre ne voulait avoir affaire à lui ! Et d’ailleurs, il n’aurait plus à souffrir l’ombre déplaisante de Jérémie. Loin de son principal concurrent, peut-être serait-il capable de tirer son épingle du jeu…
Enfin…



Hans Klotz leva les yeux vers le portail du complexe et prit quelques secondes pour l’observer. Il n’y avait plus mis les pieds depuis un moment, et ça lui avait peut-être manqué. Cet endroit respirait un certain bien-être, on avait envie d’y rester, et pas que pour le côté érudition. Malgré les quelques perturbés qui résidaient entre ces murs, bien d’autres y vivaient normalement...alors qu’ils n’auraient peut-être pas réussi ailleurs. C’était un havre pour les grands esprits. Une belle image, vecteur de belles valeurs.
Fred vint le réceptionner à l’entrée. Le pion avait laissé son manteau au placard et prenait un air beaucoup plus décontracté dans son T-shirt rouge et son jean, tenue plus estivale. Il ressemblait au surveillant que tout le monde aurait voulu pour son internat, ce qu’il était sans doute malgré son côté un peu bourru et renfermé dans le monde extérieur. Il avait toujours eu du mal à prendre contact. Mais au fil des années, et surtout entre ces murs, ça semblait s’arranger. Hans se doutait qu’il était aussi de plus en plus à l’aise avec les petits surdoués, et ce n’était pas pour lui déplaire. Il aimait savoir ses perles (et celles de ses confrères) en lieu sûr. Les deux hommes se serrèrent la main. Pouce au-dessus pour Fred.
-Comment ça va ? Fait un bon voyage ?
-Pas trop mal, admit Hans. Et eux, comment ils vont ?
Il sautait tout de suite à ses priorités : ses protégés, ou plutôt ex-protégés. Ceux qu’il était venu voir. Il se rappelait de leurs visages à tous, il les avait débusqués et amenés ici. Il se rappelait aussi leurs expressions lors de l’entrée dans son bureau, la première fois. Discrète, froide ou bien curieuse, ils avaient tous eu une réaction un peu différente et il s’était souvent félicité de les avoir trouvés, tous les trois. Et espérait qu’eux-trois se félicitaient de l’avoir trouvé.
-Très bien. Ils seront contents de te voir je pense, surtout Stellie, ça fait bien trois ans maintenant ! Viens, je crois qu’ils se sont installés dans la salle informatique pour jouer à Starcraft.
Logique, on était un samedi, ils n’avaient pas cours. Un samedi, comme lorsque Stellie était arrivée, nota le psychologue. Il n’était pas spécialement étonné que ses derniers génies se soient regroupés entre eux. Hervé et Talia se connaissaient de base, au moins de vue, et ils avaient pu chercher à se raccrocher à un élément familier. Qu’ils aient rencontré Stellie et aient passé du temps avec elle, c’était déjà plus surprenant, mais pourquoi pas, peut-être que Talia s’était retrouvée dans la chambre de Stellie... Tout était possible. Il en saurait sans doute plus lorsqu’il leur demanderait de leurs nouvelles.
-Je te suis ! répondit-il enfin, après cette vague de pensées.
Tandis que Fred ouvrait la voie dans le bâtiment des salles de cours, Hans mis la main dans sa poche, caressant du bout des doigts un vieil objet. Il était temps. Au fond, il était persuadé que le cube attendait ça aussi. Si jamais le cube était capable de penser.

A l’intérieur, les tons étaient principalement gris. Sur les murs, quelques affiches scientifiques placées régulièrement : là une formule topologique d’une molécule particulière, ici la schématisation d’un organe quelconque. Ils étaient vraiment baignés dans la science. Il regarda à travers la baie vitrée du couloir, observant le terrain du complexe tout en marchant. Même la pelouse avait l’air accueillante.
Ils croisèrent un des élèves. Ce dernier, absolument silencieux, semblait déconnecté du monde extérieur. Un des cas les plus graves… Hans eut un léger frisson, et se demanda l’espace d’un instant ce que ça faisait d’en trouver un comme ça. Se sentait-on heureux, ou frustré de ne pas pouvoir appréhender le fond de sa pensée ? Ou triste de le voir claquemuré au fond de sa propre tête ? Il le suivit du regard alors que l’autre s’éloignait sans faire attention à eux, conscient du petit côté asile de fous que pouvait prendre son cher havre.
Fred finit par s’arrêter devant une porte grise étiquetée « Salle informatique » (logique, au vu de leur destination) et l’ouvrit discrètement pour ne pas perturber ceux qui travaillaient à l’intérieur. Enfin, travaillaient…
Absorbés par l’ordinateur, aucun des membres du trio ne les avait entendus. Sur l’écran, un jeu aux graphismes vieillissants où de petits personnages s’agitaient autour d’une pyramide jaunâtre. Devant le clavier, une jeune fille aux cheveux rouges tirant sur le rose. Assis à côté d’elle, un garçon de son âge avec des lunettes, les cheveux noirs et un pull vert, et pas loin, debout, une adolescente d’environ seize ans, aux cheveux noirs. Ils étaient plus longs que lorsqu’elle était jeune, nota le psychologue. Elle faisait plus adulte, maintenant assez éloignée de l’image qu’il en avait gardée. Les autres aussi, mais c’était beaucoup plus flagrant chez Stellie : trois ans s’étaient écoulés, et ils suffisaient bien pour changer quelqu’un…

Fred se racla la gorge, faisant sursauter les génies.
-Je crois que quelqu’un veut vous rendre visite, vous devriez mettre ça en pause.
Hervé s’exécuta et se retourna en même temps que les autres. Un même sourire illumina leurs trois visages. Une grande impression d’unité se dégageait de ce petit trio, et pourtant ils étaient très différents les uns des autres aux yeux de Hans. Ils avaient chacun une histoire particulière et une personnalité singulière…
-Bonjour !
Un silence, moment de flottement durant lequel personne ne sut quoi dire. Pour ces gamins, il était tout de même l’homme qui avait transformé leurs existences…et eux avaient changé la sienne, quelque part. Et aucun d’eux quatre n’était doué pour engager les conversations.
-…Vous avez grandi, tous les trois, finit par dire le psychologue, manquant d’assurance dans ces retrouvailles. Stellie ?
Elle le regarda d’un air interrogateur, et il sortit de sa poche le vieux cube dont les faces étaient désordonnées, pleines de couleurs différentes. Un des motifs de sa visite. Et un vieil ami commun. Elle le reconnut immédiatement. Elle n’avait pas pu l’oublier.
-Je pense que je devrais te le rendre, avoua-t-il. Je ne sais vraiment pas m’en servir.
Il sentit différents regards sur lui, et notamment celui dubitatif de Talia. Presque méprisant, mais ce n’était pas étonnant venant d’elle. Elle pouvait être très froide quand elle voulait. C’était sa nature, et il s’en accommodait.

La lycéenne marcha jusqu’à lui, prit l’objet dans ses mains. Elle avait grandi, réalisa-t-il une seconde fois, l’image actuelle se superposant au souvenir qu’il avait de la petite jouant avec son Rubik’s Cube. Il avait du mal à associer la personne qu’il avait face à lui à la collégienne timide et renfermée qu’il avait connue autrefois à Toulouse. Elle avait certes un côté plus assuré, les cheveux plus longs, l’air plus épanouie…mais certaines choses ne changeaient pas. Elle restait toujours aussi adroite au Rubik’s Cube. En quelques instants, les faces étaient monochromes, le chaos et le malaise dissipés.
-Y a des solutions sur Internet, non ? commenta-t-elle avec un petit air amusé.
Elle se moquait de lui, maintenant…quelle évolution. Il ne trouva rien à répondre et dût ranger le cube, sans rien ajouter de plus, partageant malgré lui son petit sourire. Il y eut un petit temps de silence, puis il s’enquit :
-Comment vous allez, tous ?
La relance de la conversation fut efficace.
-Très bien, et vous m’sieur ? lança Hervé, comme s’ils s’étaient quittés hier.
-Oui, ça va, répondit Talia avec un air plus neutre.
Stellie se contenta d’un demi-sourire. Le psychologue prit une chaise, tandis que Fred sortait en douce, appelé à d’autres occupations, et désireux de les laisser entre eux. Il avait assez traîné dans l’embrasure de cette porte.
-Allez-y, racontez moi ce que vous devenez. Surtout vous deux, je ne vous ai pas vues depuis longtemps…

Ils commencèrent à deviser sur leur vie. Stellie raconta son intégration progressive, et comment elle avait passé beaucoup de temps avec Jean jusqu’à son entrée au lycée environ. A ce stade, elle avait fait la connaissance de Talia, plus jeune qu’elle, qui s’était fait installer dans sa chambre comme Fred l’avait supposé deux ans avant. Sans doute l’administration avait-elle dû la sentir assez à l’aise pour se permettre la colocation. Ou alors, elles avaient pu être regroupées car suivies par le même psy ? Peu importait, elles avaient sympathisé. Ensuite le passage en première, assez évident puisque l’établissement était très spécialisé : uniquement la S, et on se choisissait une spécialité dès le départ. Stellie s’était lancée dans la physique, avec des accointances en biologie. Elle expliqua son intérêt naissant pour le système nerveux et l’astronomie, avec cet air qu’ils prenaient lorsqu’ils se passionnaient pour quelque chose. Intérieurement, il souriait en l’écoutant.
Ensuite ce fut le tour de Talia, deuxième plus ancienne au centre. D’un ton plus calme, voire plus froid (qui avait une désagréable tendance à lui rappeler GG), elle résuma rapidement son intégration au sein du complexe et sa scolarité de quatrième. Comment elle avait reconnu Hervé un an et demi après, et comment il s’était donc accroché à leur « bande ». Elle évoqua brièvement qu’elle aimait les maths, mais ne pensait pas avoir grand-chose à dire donc elle retourna bien vite dans le silence. Hervé ne trouva pas énormément pour compléter non plus.
Le psychologue observa ces trois génies qu’il avait dénichés, et songea qu’ils méritaient vraiment d’être là. Et qu’ils étaient indéniablement plus épanouis que lorsqu’il les avait rencontrés. Alors il eut une bouffée de joie qui lui rappela que même si son travail consistait principalement en l’épluchage de dossiers, en la classification de gamins, en sélection des plus intelligents de façon arbitraire, en quelques froids coups de fil avec GG…il y avait quand même une finalité humaine à ça. Et c’était tant mieux pour son moral. Il était capable de faire des choses bien.


http://i.imgur.com/22MhgAg.png


Un homme se tenait devant la baie vitrée de son vaste bureau vide, dans un immeuble de Bordeaux intégralement occupé par le mystérieux Projet Carthage. Bras croisés, silencieux, il devait avoir une trentaine d’années. Cheveux courts, d’un blond sombre, il avait un regard vert glacial, comme celui d’un serpent. C’était un animal auquel on le comparait souvent. Très souvent.
Il observait la ville. Le cours du fleuve passait paresseusement au travers de la civilisation, imperturbable, et pourtant, un millier de petites ondes le perturbaient sans altérer la direction principale. C’était en observant l’eau qu’il songeait que les interférences mineures ne pouvaient pas intervenir sur l’objectif à long terme. Elles n’étaient, au pire, que des retards. Un collaborateur qui tarde ? Il savait le prendre avec calme. Mais ensuite mettre la pression suffisante pour que ce soit fait. Curieusement, ses collaborateurs tardaient de moins en moins.
Son portable sonna. Une sonnerie tout à fait classique, peu personnalisée, révélatrice d’une envie de professionnalisme. Pas le temps pour les fioritures. Il prit son temps pour décrocher, une boucle ou deux comme d’habitude, puis finit par laisser tomber le mot de ses lèvres, l’appareil contre l’oreille.
-Oui ?
La voix qui parla lui était inconnue. C’était une voix masculine, un peu nasillarde par moments, et qui avait un ton un peu supérieur très agaçant.
-Bonjour, « GG », lança une voix de l’autre côté du fil. J’ai conservé quelques contacts au projet Carthage, et j’ai entendu parler de votre travail…
Ledit GG ne laissa rien paraître d’un éventuel étonnement. Après tout, le sang-froid était une de ses principales caractéristiques. Il répliqua donc calmement :
-Que me voulez-vous ?
La voix ne sembla pas davantage impressionnée que lui. Ce n’était pas un simple sous-fifre qu’on pouvait faire taire d’un mot.
-Allons, nous n’avons même pas encore fait les présentations ! Je suis un ancien du projet. Vous n’avez pas besoin d’en apprendre plus pour l’instant. J’aurais souhaité savoir si vous étiez pleinement satisfait de votre condition…on peut toujours gagner plus, et superviser quelques psychologues maladroits n’est pas adapté à une personne de votre intelligence. N’est-ce pas ?
L’employé de Carthage prit le temps de considérer cette proposition très directe. Il était vrai que ça avait une certaine allure. Il suivit du regard un pigeon qui traversa le ciel bleu parcouru de nuages blancs. Un tableau presque idéalisé de la ville… Mais GG n’était pas du genre à se laisser distraire par le paysage.
-C’est possible en effet, admit-il. Mais il faudra être plus clair.
Il perçut un léger grognement étouffé à l’autre bout du fil, et un sourire satisfait étira ses lèvres. Il reprenait l’avantage. Il rechignait un peu, juste assez pour ne pas refuser, et juste assez pour ne pas accepter tout de suite son offre comme ce qu’espérait l’autre.
-J’ai besoin d’hommes de confiance, et intelligents. Je pense que vous êtes qualifié pour ce que j’aurai à vous proposer, et qu’une collaboration fructueuse pourra être menée.
-J’aimerais un nom, trancha l’agent de Carthage, refusant de perdre pied dans l’échange.
Il obtint ce qu’il demandait, et ce n’était pas pour lui plaire : il tiqua lorsque l’autre mentionna son prénom.
-Allons Guilhem, pas la peine d’être aussi abrupt. Je vous propose un rendez-vous pour qu’on en discute un peu plus clairement. Bien sûr, ceci reste entre nous pour le moment. Je le saurai si vous avez divulgué l’information, ce n’est pas dans votre intérêt. Gardez à l’esprit qu’il s’agit de quelque chose d’énorme, impliquant par exemple un supercalculateur quantique. Loin de moi l’idée d’étaler mon génie mais…
-Très bien. Donnez-moi un lieu et une date, coupa-t-il, fatigué de ces palabres, et lui refusant l’occasion de fanfaronner.
Il s’entendit avec l’individu, et raccrocha, pensif. C’était peut-être une opportunité, oui. Superviser des psychologues devenait ennuyeux à force, et Carthage ne lui trouvait rien de mieux à faire. Alors Guilhem Graven comprit qu’il était temps de changer de métier.
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"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Idris2000 MessagePosté le: Dim 21 Aoû 2016 10:45   Sujet du message: Mon avis Répondre en citant  
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Localisation: Dans une ville, dans un pays, dans un continent, sur une planète, dans l'univers...
Récemment revenu de vadrouille dans les provinces françaises, ce commentaire tentera désespérément d'être étoffé. Mr. Green

Commençons par l'histoire. Je la trouve particulièrement intéressante, en particulier le personnage de Stellie qui m'a intrigué de A à Z.

Ikorih a écrit:
Sachez tout d’abord que l’OS gravite autour du personnage du psychologue de l’épisode 11


J'ai failli arrêter de lire à un moment, je ne sais pas pourquoi. La seule raison pour laquelle j'ai fini cette fic est...Stellie Mr. Green.

Ikorih a écrit:
et le plan doit avoir l’air un peu bordélique de l’extérieur car ce n’est pas totalement du chronologique.


Je connais pire en matière de bordel chronologique, crois-moi...

Et ce n'est rien comparé à ça...

Un passage de la fic a énormément attiré mon attention:

Citation:
Il espérait vraiment que Stellie réussirait. Elle méritait de changer de vie, de rejoindre d’autres enfants comme elle, de quitter ce collège de banlieue toulousaine qui n’était pas à la mesure de son talent. Cette existence, même, qui n’était pas à sa mesure non plus. Il pensa à la famille de l’adolescent, sa famille qui ne saisissait pas son potentiel. Ils n’avaient pas le droit de s’occuper d’un tel enfant, à son avis. Les gens qui ne comprenaient pas ce qu’ils avaient entre les mains, qui ne savaient pas saisir la chance qu’ils avaient, le psychologue ne les aimait pas. C’était un peu pour ce genre de situations qu’il avait accepté ce travail. Les aveugles ne pouvaient saisir la beauté d’un diamant.


http://img.codelyoko.fr/galeries/william_renders/william_360.png

Vous ne comprenez pas mon interprétation? Je vais être plus précis:

Citation:
Icer espérait vraiment que William réussirait. Il méritait de changer de vie, d'avoir son potentiel exploité au maximum dans cette fanfic, de quitter cette série qui n’était pas à la mesure de son talent. Cette existence, même, qui n’était pas à sa mesure non plus. Il pensa aux scénaristes, scénaristes qui ne saisissaient pas son potentiel. Ils n’avaient pas le droit de massacrer ce personnage qui disposait d'un pouvoir cheaté, à son avis, de le dévirtualiser de manière complètement ridicule. Les gens qui ne comprenaient pas ce qu’ils avaient entre les mains, qui ne savaient pas saisir la chance qu’ils avaient, le référent fanfic ne les aimait pas. C’était un peu pour ce genre de situations qu’il avait fondé le M.A.N.T.A. Les aveugles ne pouvaient saisir la beauté d’un diamant.


Maintenant, vous comprenez. Mr. Green

Citation:
Nicolas Poliakoff. Le psychologue n’alla pas plus loin et mis le dossier de côté.


J'ai éclaté de rire à ce moment.

Plus sérieusement, j'ai vraiment apprécié le développement des personnages, tu les as tous rendus attachants. Je les ai tous aimés, ils ont leurs problèmes, leurs imperfections, et leur qualités. Mention spéciale pour Stellie, car tu as réussi à éviter la typique Mary-Su tout en montrant son potentiel.

En conclusion:

Ikorih a écrit:
Le concept de l’OS en lui-même se résume au fait de créer des connexions, d’où le titre et la thématique graphique qui va avec.


Ben tu as franchement réussi sur ce coup-là. Mais alors réussi à un tel point...

_________________
Je suis quelqu'un d'observateur. L'avis des autres m'intrigue et m'intéresse.

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Je suis un Pro-Laura et Pro-CLE.

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Dernière édition par Idris2000 le Mar 30 Aoû 2016 22:01; édité 10 fois
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Lhetho MessagePosté le: Dim 21 Aoû 2016 10:53   Sujet du message: Répondre en citant  
[Frelion]


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Localisation: Une chose est sûre, c'est sur Terre !
Yop Smile . Après environ une heure de lecture (il faut dire que comme tu l'as spécifié, cet OS est copieux), il est temps de donner mon retour sur celui-ci.

Dans un premier temps, le choix du psychologue comme protagoniste m'a beaucoup plu. C'était un personnage qui restait très mystérieux car il n'apparaissait que dans un seul épisode, mais le développement moral que tu as mis en place dans l'intégralité de cet OS est travaillé.
Ensuite, sachant que cet OS se base sur une chronologie plus que variable, comportant des retours en arrière et des projections post-saison 4, tu développes également les histoires parallèles d'autres personnages de la série, et également d'autres que l'on ne connaît pas spécialement. J'avoue avoir particulièrement apprécié la description de l'enfance de Talia et du mystère qui régnait sur elle lors du visionnage de l'épisode 12 si je ne me plante pas dans les chiffres.

En outre, pendant les deux-tiers de l'OS, on se concentre sur la vie monotone du protagoniste sans avoir une révélation assourdissante. En effet, le personnage alterne phases de repérage avec phases de réflexions sur des éléments qui ne touchent pas forcément à son travail.
MAIS, il y a bien sûr la révélation qui chamboule un peu tout : Simone travaille pour Carthage. Et là tu intègres quelque chose que je n'avais jamais vu dans une fic et que je n'avais même jamais pensé, le côté recrutement de jeunes talents pour l'organisation. Ce côté-ci me fait beaucoup penser à Cherub dans la manière d'agir, même si ici ce sont des adultes qui supervisent les choses. Et puis on n'oublie pas le personnage qui vient se rajouter au récit par le biais de cette supervision, le fameux GG (ça fait un peu bizarre dit comme ça mais bon). Je l'aime bien lui. Il possède une caractéristique que l'on retrouve souvent dans tes écrits, c'est-à-dire le côté supérieur, l'homme qui se fout des intérêts des autres.

Enfin, on ne reviendra pas sur les jeux de mots avec les poissons Very Happy . Pas mauvais tout de même sachant que j'aime bien les jeux de mots pourris Very Happy .

Bref, en conclusion, un OS qui place au centre du récit un personnage original qui est bien décrit moralement durant l'intégralité de l'OS. Le lien avec Carthage est subtil et dévoile un autre aspect peu exploré de l'organisation.

Voilà voilà. Bonne journée.

PS: Je reviens sur un truc sur lequel je ne suis pas d'accord :

Citation:
Il y avait des choses bien pires dans la vie qu’un café froid.


Non ! C'est la pire chose qu'il puisse t'arriver avant même les petites filles qui s'extasient sur des lapins parce qu'elles trouvent ça trop mignon !
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"La politique est un art, l'art de faire le bien quand c'est possible et de faire le mal quand c'est nécessaire" Machiavel


Dernière édition par Lhetho le Mar 23 Aoû 2016 11:14; édité 1 fois
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Icer MessagePosté le: Mar 23 Aoû 2016 10:51   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Localisation: Territoire banquise
Vu le thème du One-Shot qui consiste à faire des liens, on peut dire que c'est plutôt réussi. Surtout quand on prend comme personnage principal un type tellement flou que son nom n'est pas le même à l'écran que dans les papiers. En tout cas, ça a déjà été dit, mais je trouve également que le choix du personnage est magnifiquement bien trouvé ! Par contre un jour va falloir faire plus original que Stellie pour les prénoms hein ? Razz
Ikorih oblige, il fallait que Carthage soit de la partie Mr. Green Mais d'ailleurs en passant, elle aurait fait quoi Léana là-dedans ? Je n'ai pas vu de prises de tête amoureuses Mr. Green
D'une manière générale, tes derniers écrits courts sont plus plaisants, avec un vrai travail sur un thème original mais bien maitrisé - Bref, une bien belle réalisation à froid. (a)

Idriss2000, avec quelle poudre ton café ? Razz

_________________
http://i.imgur.com/028X4Mi.pnghttp://i.imgur.com/dwRODrW.pnghttp://i.imgur.com/mrzFMxc.pnghttp://download.codelyoko.fr/forum/avataricer.gifhttp://i.imgur.com/h4vVXZT.pnghttp://i.imgur.com/gDzGjSF.pnghttp://i.imgur.com/x46kNev.png

« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Ikorih MessagePosté le: Dim 28 Aoû 2016 18:38   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Messages: 1438
Localisation: Sûrement quelque part.
Coucou, tant que c'est d'actualité, une réponse aux coms? Mr. Green

Commençons avec Idris2000.
Citation:
J'ai failli arrêter de lire à un moment, je ne sais pas pourquoi. La seule raison pour laquelle j'ai fini cette fic est...Stellie

C'est dommage, le personnage de Hans n'est peut-être pas extrêmement charismatique mais c'est pourtant lui qui porte tout le texte, Stellie n'a pas un rôle si prépondérant dedans Razz
Mais au moins ça confirme qu'il est bien dépeint dans son rôle de perso trouillard et mal à l'aise...le seul héritage de personnalité légué par Enragés. :')

On me murmure que Terminator Genisys n'est pas si bordélique que ça, par contre, et je suis un peu sceptique sur ton interprétation williamesque de mon texte...je veux bien concéder que j'apprécie Icer mais de là à ce que tous mes écrits soient des métaphores de sa parole, il y a un pas non?

Citation:
Mention spéciale pour Stellie, car tu as réussi à éviter la typique Mary-Su tout en montrant son potentiel.

Pas sûre qu'il y ait vraiment eu risque de Mary Sue ici. Je veux dire, Stellie est un personnage qui s'impose très peu et qui était pensé dès le départ comme la gamine silencieuse et coupée du monde (un peu autiste sur les bords en fait), et donc n'avait pas trop de chances de se retrouver avec les personnalités charismatiques des Mary Sue...

Citation:
P.S.: Tu t'es trompée sur le nom de famille du psychologue qui n'est pas Simone mais Klotz, juste pour dire.

PS : Relis l'OS tu as visiblement raté des trucs, juste pour dire. Mr. Green


On continue avec Lletho o/
Citation:
Dans un premier temps, le choix du psychologue comme protagoniste m'a beaucoup plu. C'était un personnage qui restait très mystérieux car il n'apparaissait que dans un seul épisode, mais le développement moral que tu as mis en place dans l'intégralité de cet OS est travaillé.

Cool merci, c'était un des buts principaux du texte. J'ai revisionné ses apparitions en listant quelques traits qui pourraient être exploités. A la base, son passé familial était beaucoup plus travaillé mais...c'était Léana qui était chargée de la rédaction de cette partie huhuhu. Du coup la phobie des rats est expliquée en une ou deux scènes et on en parle plus, mais ça devait être plus important à la base...

Citation:
J'avoue avoir particulièrement apprécié la description de l'enfance de Talia et du mystère qui régnait sur elle lors du visionnage de l'épisode 12 si je ne me plante pas dans les chiffres.

Episode 10 à vrai dire!
Moi ce qui m'a plu dans cet OS c'était aussi de pouvoir offrir une "porte de sortie" à Talia, une raison qui fasse qu'elle disparaisse totalement de la série.

Citation:
Et puis on n'oublie pas le personnage qui vient se rajouter au récit par le biais de cette supervision, le fameux GG (ça fait un peu bizarre dit comme ça mais bon). Je l'aime bien lui. Il possède une caractéristique que l'on retrouve souvent dans tes écrits, c'est-à-dire le côté supérieur, l'homme qui se fout des intérêts des autres.

Pour le coup c'est pas ma faute, Graven est décrit comme un enfoiré dans CLE (a) réemployer l'expression de gamer (GG, good game, tout ça) m'a fait marrer pour le nom de code, parce que ça tranchait avec l'aura chaleureu...non, glaciale tout court en fait du personnage.

(Revenir sur les jeux de mots de poissons est secondaire en effet, ce n'est pas un des grands points du texte (a) quant au café froid, j'ai un pote qui m'a dit que son grand-père en buvait régulièrement, ça doit pas être si horrible (a))


On termine avec Icer! (qui avec mon souci relatif de la présentation ne sera pas quoté en bleu, notamment parce que cette gamme de couleur craint plus que le rouge)
Citation:
Vu le thème du One-Shot qui consiste à faire des liens, on peut dire que c'est plutôt réussi. Surtout quand on prend comme personnage principal un type tellement flou que son nom n'est pas le même à l'écran que dans les papiers.

Venant du spécialiste du scénario, c'est pas rien! Merci Mr. Green
Pour la petite histoire, c'est un des points déclencheurs du texte : "Pourquoi ce mec donne un fake nom à Jérémie?". Et de là s'est échafaudée tout ce bordel.

Citation:
Par contre un jour va falloir faire plus original que Stellie pour les prénoms hein ?

Mais, c'est le prénom d'un perso aux cheveux bleus...certes pas le plus captivant de la série mais quand même quoi, son prénom est cool Crying or Very sad
http://www.mangas.fr/upload/programmes/albator-le-corsaire-de-l-espace/personnages/stellie.jpg


Citation:
Mais d'ailleurs en passant, elle aurait fait quoi Léana là-dedans ? Je n'ai pas vu de prises de tête amoureuses

Comme dit, y avait pas mal de rab' au niveau de l'enfance du psychologue (une prise de tête amoureuse était au programme!!!) mais comme j'ai récupéré le truc, j'ai pas mal tronqué XD Globalement elle gérait aussi tout ce qui était emmerdes familiales des protagonistes.

Citation:
Bref, une bien belle réalisation à froid. (a)

Eh merde, je ne peux que t'approuver, mon écriture se refroidit et s'améliore dans la même dynamique D8 La cohérence de mon personnage s'effrite à vue d'oeil....
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"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Anneauthier MessagePosté le: Mar 30 Aoû 2016 21:50   Sujet du message: Répondre en citant  
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Localisation: Sous la pluie.
    Yop(lait) !

    Sur cette entrée en matière plus que pertinente, entamons le commentaire d’un OS –le premier que j’ai lu depuis mon retour il y a une semaine, en fait- qui m’a plutôt plu o/ ! Je t’avoue tout d’abord que l’idée d’alterner entre différentes intrigues, qui parcourent différentes bornes chronologiques toutes liées entre elles, est une agréable surprise. En revanche, je t’avoue que je dois être le seul con qui faisait des allers-retours entre le texte et la légende étant donné que j’oubliais à chaque fois quelle couleur était associée à quelle intrigue (mais ça c’est surtout que je suis con).

    En deuxième point, je t’avoue être un peu déçu d’une chose, qui toujours n’est due qu’à moi, c’est qu’en arrivant sur le topic par le dernier message, j’ai trouvé ingénieux l’idée de remonter tout le topic pour profiter ainsi des éventuels spoilers tels que « Guilhem Graven ». Du coup, le petit mystère autour du nom de « GG » en était tout sauf un vu que j’ai réussi à me le faire spoiler avant même d’avoir démarré la lecture. On peut donc conclure sur un GG Nono (aha lol). Autre petite anecdote inutile, je me suis d’abord demandé si Hans Klotz, alias Dr Simone, n’était pas aussi Graven (vu qu’on est passé du design dessin dans CL aux acteurs dans CLE, on aurait pu fermer les yeux sur le changement physique), mais bon, vu qu’il a passé un coup de fil audit GG, c'était bien deux personnes différentes donc (ou un scizophrène, au choix). Et en écrivant à l’instant, je viens de me souvenir que Graven rencontre Jérémie au début de l’épisode 18. Donc en fait tout mon soupçon est démonté par moi-même. Génialement productif.

    Bien, outrepassons ma stupidité affligeante et poursuivons ce commentaire qui s’égare o/ ! Tout comme Idris2000, j’ai bien apprécié Stellie, bien qu’elle n’ait pas un rôle prépondérant (mais je crois que tu l’as fait remarquer quelque part), mais elle permet quand même l’immersion de certains éléments. M’enfin c’est surtout le choix d’Hans qui m’a plu -comme tous les autres je crois- ! J’ai été surpris dans un premier temps, parce que au vu de sa réputation qui le précédait après son passage dans le DA, je voyais pas comment tu allais arriver à le rendre intéressant o/. Mais, au fil de la lecture, tu es parvenue à me le faire apprécier. Good job.

    Par ailleurs, tu t’es beaucoup concentrée sur les ressentis de chaque personnage, le regard qu’ils portent sur leur environnement, etc. J’avoue en être ressorti presque aussi autiste qu’eux, à force de croiser des personnages de cette trempe o/ Petite mention à Jean et son complexe sur les chiffres, c’est un truc qu’on a en commun je crois –enfin, peut-être moins prononcé pour ma part :’)-. Petite mention² aussi pour le nom Stellie, vu que je ressors de vacances où un de mes cousins se faisait l’intégral d’Albator (du coup j’arrêtais pas d’imaginer une fille aux cheveux bleus avec son Rubis’Kube, my bad).

    J’ai trouvé le personnage de Hans Klotz assez fidèle à celui de dessin-animé, tout comme celui de Talia. En fait, ce que j’ai adoré par-dessus-tout (mais je pense que c’est là aussi un peu le but de l’OS), c’était cette façon d’expliquer certains points du DA et comment tu es parvenu à justifier les comportements de tels ou tels personnages en leur créant un passé, un avenir, des tourments, toussa (genre l’enfance d’Hans, la mort des parents de Talia). L’idée que tu as eu pour justifier l’arrivée en plein milieu d’année de Talia, élément tout aussi inhabituel que son départ précipité, est vraiment crédible, surtout que les épisodes Enragés et Créature de rêve sont succins dans la série je crois. Donc en gros, on peut résumer ce paragraphe en une seule phrase : GG (décidément) ce scénario est trop crédible.

    J’ai trouvé amusant que tous ces personnages aient un peu ce trait "Je m’en fous de ce qui m’entoure", ou tout du moins une certaine indifférence, surtout retrouvé avec Stellie et Talia (et comme l’a fait remarqué Lhetho, pour avoir rapidement parcouru tes autres récits et de ce que tu en avais raconté, ça m’a l’air d’être un trait récurrent de tes personnages :’) –mais qui serais-je pour faire des suppositions en ayant lu qu’un seul de tes OS ?).

    Petit pouce vert pour le café qu’on retrouve tout au long de l’OS, ça m’a fait rire. Ça et comment tu as travaillé la psychologie des personnages et certains « besoins » dû à leur histoire et qui les rend plus profond (le Rubi’s Kube, le besoin inlassable de silence, la manière d’agir de Graven, etc.).

    Et pour ce qui est de « bordel chronologique », j’en doute, j’ai trouvé ça bien ficelé et on comprend vite (sauf le code couleur que j’oublie tout le temps, mais ça reste entre nous hein ?). Puis ça nous a permis de tomber sur Margaret Dorade, le genre de connasse qui me fait penser à ma prof d’anglais tout aussi désespérante, et de redécouvrir le champ lexical des poissons et des fonds marins. Le point le plus intéressant de cet OS à vrai dire. Mr. Green

    Ce mélange d’intrigues m’a un peu fait penser à Cloud Atlas (sauf que le mélange d'intrigues et de chronologies est pour une tout autre raison), même si le film est pour le coup un bordel un peu embarrassant o/ (quand est-il du livre j'en sais rien oui)

    Puis +1 pour Discovery, Daft Punk c’est beaucoup trop bien. Voilà c’est sur cette remarque très constructive que je touche à la fin de mon post –je t’avouerai que j’ai lu ton OS avant-hier entre deux rédactions et le fond sonore de mon père qui s’exclamait devant Secret Story pour le plus grand bonheur de son niveau intellectuel–. Et j’avoue être déçu, je m’attendais à des dialogues dégoulinant d’amour quand tu as prononcé le mot Léana (a).

    Blague à part, bravo pour cet écrit –j’avoue ne pas avoir eu l’occasion de juger autres de tes travails, mais vu que j’ai bien apprécié ton style d’écriture, je pense que je vais m’y atteler donc- ! Je finirai juste sur ça :
Idris2000 a écrit:
P.S.: Tu t'es trompée sur le nom de famille du psychologue qui n'est pas Simone mais Klotz, juste pour dire.

http://i.imgur.com/f0yB8Lq.gif

    (Oh, et petite question, est-ce que les différents astres que tu as dessiné ont des significations ? (a))

_________________
http://u.jimdo.com/www70/o/s00bfd32df2b318be/img/ice4dc991ee4af341/1415722412/std/image.png

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Silius Italicus MessagePosté le: Lun 06 Mar 2017 18:42   Sujet du message: Répondre en citant  
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Bonsoir chère Ikorih,
Des constellations dans Code Lyokô ?


C’est un texte assez intéressant, surtout au regard du reste de vos publications. Il tranche par deux aspects. Tout d’abord par le côté inachevé de son histoire, et ensuite par le côté achevé du style.

Développons un peu. La chronologie n’est pas si emmêlée. Même sans utiliser les indications du paratexte on s’y retrouve grâce au code couleur. Mais ce qui est plus troublant, c’est le fait que les différentes trames soulèvent des questions, par exemple par rapport aux traumatismes passés de Hans Klotz, qui ne sont pas élucidés, ou par rapport au fait que Carthage réunisse des génies potentiels. Il y a comme un arrière-goût amer dans ce manque de courant fort et aboutit au sein de l’intrigue. Alors qu’en général vos écrits sont animés de raisons et intentions bien plus prégnants. Pour autant, chacune de ses lignes temporelles est valable par et pour elle-même.

La structure du récit est en accord avec cette idée des liens lâches qui unissent le passé, le présent et les autres. Elle a l’avantage de mettre en valeur à égalité chacune de ses bulles isolées. Car c’est là un paradoxe : à la lecture ce sont des bulles se reflétant et non des liens qui ressortent. Il s’agit moins des liens plus ou moins hasardeux unissant des personnages dans le vaste monde, la constellation, l’amas de relation qui relie et forme un individu, que la manière dont ces monades se reflètent.

Pour ce qui est du style, c’est, autant que je puisse en juger, le plus abouti que vous ayez montré. Le choix des termes, des images et du lyrisme, montre une maîtrise certaine. Ce qui n’est pas sans rapport avec le fait que ce soit une nouvelle divisée en plusieurs lignes distinctes. Le côté clôt de chacune de ces monades vous ayant amené à ciselé le style. Non qu’il n’y a pas eu d’effets de style dans vos autres récits, mais on sentait que ceux-ci étaient toujours pressés et emportés par l’intrigue plutôt que d’en faire partie. C’est un récit très prenant et bien posé, qui offre une multitude de portraits et réfléchi à la difficulté à définir, à cerner les individus et leur être, d’autant qu’il y a le temps et avec lui, les changements. Il me semble que le cœur de ce récit est là. In fine, le portrait du psychologue tel que réfracté par les différentes lignes, n’est autre qu’une absorption du référent par la référence : c’est bien plus l’impossibilité du lien et de la sortie qui est mise en valeur que les graphes de relations. C’est le rôle du rubik’s cube de souligner cela.

Là où l’on ne peut que vous rejoindre, c’est qu’il s’agit effectivement, et très certainement de votre meilleure nouvelle.

Au plaisir de contempler à nouveau les reflets dans votre écriture.
_________________
AMDG

Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.
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