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[Fanfic] Ethereal World

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Zéphyr MessagePosté le: Mar 11 Oct 2016 21:29   Sujet du message: [Fanfic] Ethereal World Répondre en citant  
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Dernière édition par Zéphyr le Lun 11 Sep 2017 22:16; édité 10 fois
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Zéphyr MessagePosté le: Mar 11 Oct 2016 21:39   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


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Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
https://i.imgur.com/nL8Yo4E.png




- Ulrich t'es prêt ?
- Roger Jérémie.
L'adolescent brun présentait une expression aussi hermétique que le scanner fermé devant lequel il se tenait. Il s'était fait une raison quant à la qualité de sa journée.
- Parfait, alors logiquement tu devrais arriver direct dans le Cinquième territoire, juste entre Odd et Yumi.
L'explication s'accompagna de l'ouverture du tube métallique.
- Heu Jérémie, t'es sûr de ton coup là ? demanda Ulrich sans entrer dans l'appareil, trahissant ainsi sa perplexité.
- Ouais. Enfin, à quatre-vingt dix-huit pourcents.
« Génial, ça fait donc deux pourcents de chances que ça déraille… »
Tout bougonnement mental gardé pour lui, le cobaye de virtualisation se mit en position pour faire ce pour quoi il était là. Sans transition, celui qui était aux commandes entama le processus de numérisation, accompagnant les étapes d'une voix placide et laconique, témoin de l'habitude d'exécution de l'exercice :
- Transfert Ulrich. Scanner Ulrich. Virtualisation.
L'adolescent brun disparut du scanner, dans un flash blanc que nul ne devait pouvoir constater, pas même lui puisque ses yeux étaient fermés. Le lancement du processus s'était fait sans accroc, comme – presque – toujours. Ne restait plus qu'à constater l'arrivée du testeur sur Lyokô et célébrer le succès de la virtualisation directe sur le Cinquième territoire. Toutefois, Aelita, Odd et Yumi, les yeux levés sur le plafond de l'Arena, ne virent pas l'ombre d'un samouraï se matérialiser dans l'espace aérien de la demi-sphère. À moins que le programme de Jérémie n'ait rendu Ulrich invisible sans le vouloir ni le prévoir, ce qui était possible au vu de ses antécédents, l'affaire commençait déjà à tourner à peine entamée. Les trois avatars présents le sentirent immédiatement, poussant le seul mâle virtuel sur place à lancer :
- Bah alors ? Il a loupé sa correspondance ou quoi ?
- Pour moi, le transfert a bien eu lieu, précisa la voix de la régie. Il aurait dû apparaître à côté de vous.
Ce que tout le monde avait deviné se confirma en une fraction de seconde : l'expérience avait foiré.
- Il a peut-être été transféré au mauvais endroit… suggéra Aelita, dans une tentative d'endiguer les potentiels emportements et panique.
- Bon, je lance une recherche, mais ça m'étonnerait.
Quelques instants plus tard, l'informaticien fit son constat :
- Oh non ! Nan c'est pas possible !
- Quoi, qu'est-ce qui se passe ? envoya Yumi, bien trop rapidement pour que sa façade calme reste crédible.
- Je… je l'ai même plus sur mes écrans.
L'ambiance déjà bien refroidie accusa un nouveau choc. Pour la seconde fois, la Gardienne de Lyokô usa de sa technique orale la plus travaillée, soit la relativisation d'une situation par la suggestion de travail et de conservation d'espoir :
- Si tu veux, on fouille le Cinquième territoire. On va essayer de le repérer !
- C'est ça… fit Jérémie d'un ton quasi-ironique. Pour que Xana profite de la situation pour manigancer un sale coup. Non non, je vais lancer les recherches depuis le labo. Et vous, il vaut mieux que vous reveniez. Allez, je vous rematérialise !
Le trio virtuel afficha une mine consternée à cette annonce, qui perdura une fois de retour au laboratoire, pendant que l'ordinateur s'attelait à la localisation de leur ami perdu. Le sang-froid fut de mise le temps que la machine livre ses résultats, ce qui prit quelques minutes tout de même.
- Rien sur le territoire des Montagnes, rien dans l'Arena, rien dans la Voûte Céleste, rien dans le Cœur de Lyokô, et rien dans le Cinquième territoire ! délivra le responsable informatique, disant tout et rien à la fois.
- Bon en clair ? cracha sèchement Yumi.
Jérémie baissa la tête pour éviter le regard accusateur de la jeune fille, et dit d'un air fataliste :
- En clair Ulrich a… a disparu. Et je ne sais pas quoi faire.


https://i.imgur.com/I1KDy1N.png


Un bruit d'eau versé avec fracas, plutôt agréable, fit émerger Ulrich de ce qui ressemblait à une perte de conscience. Un magnifique ciel bleu parsemé de nuages immaculés et duveteux s'offrit à ses yeux tout juste ouverts. Son esprit prit un instant pour se rendre compte de l'incohérence. Il ne pouvait pas se trouver à l'extérieur au vu des derniers évènements qu'il gardait en mémoire, soit sa virtualisation en direction du Cinquième territoire. Brusquement, il passa de la position allongée à celle assise en tailleur, comme si le geste avait le pouvoir de le tirer d'un éventuel songe qu'il vivrait. Si la manœuvre ne fonctionna pas, elle eut le mérite de permettre au jeune homme de découvrir son environnement.
Il était sur un petit cercle de verdure, cerné par une bande de sable tout aussi petite. Autour de cet îlot s'épanouissait une étendue d'eau d'un bleu qui n'avait rien à envier aux fameuses cartes postales, tandis que son bord voyait une modeste portion de ponton en bois s'insérer. Ulrich ne put s'empêcher de légèrement ouvrir la bouche au fur et à mesure de son analyse du décor, ce qui lui permit de comprendre instinctivement qu'il était dans un monde virtuel, grâce à son souffle coupé depuis plusieurs minutes. Il n'avait jamais vu d'environnement numérique pareil sur Lyokô : au milieu du fameux ciel bleu et cotonneux flottait une demi-sphère parfaite aux parois de verre épaisses, dans laquelle la précieuse eau à l'apparence pure clapotait. Toutefois, le récipient n'était visiblement pas assez grand pour contenir le liquide, qui s'échappait en cascades par endroits. À la surface, des îlots similaires à celui sur lequel se trouvait le Lyokô-guerrier étaient posés, dans une configuration les alignant en majorité, quand ils n'étaient pas collés, créant de fait une espèce de chemin praticable pour qui était capable d'exécuter des petits bonds pour passer d'un ponton à l'autre.
À la gauche du samouraï, une fraction rocheuse s'encastrait dans un quart du bol marin, offrant du relief avec trois niveaux de hauteur différents, dont le plus haut permettait à une cascade de s'écouler dans un bassin qui se finissait lui-même en cascade, plus large et s'effondrant dans la surface aqueuse principale. L'accès à la fraction se faisait par une langue de sable près du bord du bol et qui se poursuivait sous le niveau de l'eau pour créer différents reliefs sous-marin en collaboration avec la falaise miniature. Enfin, pour compléter le tableau estival, une dizaine de palmiers étaient plantés à divers endroits, achevant de rendre le lieu exotique.
Au terme de cette longue observation qui l'avait distrait un moment de sa situation, Ulrich se repencha sur celle-ci, pour vite marmonner dans sa barbe la conclusion qui s'imposait à lui :
- Quatre-vint dix-huit pourcents Jérémie hein… Tu parles !
Ce programme de virtualisation directe sur le territoire central de Lyokô pouvait largement être qualifié de plus gros échec de Belpois depuis la Marabounta, puisque loin d'avoir fonctionné, il avait emmené le cobaye dans… une autre dimension virtuelle ? Du moins c'était la seule hypothèse qui inspirait Stern.
- T'es perdu p'tit brun ?
Ulrich, qui ne pensait pas entendre d'autres sons que ceux de la nature virtuelle, se releva en sursautant. Immédiatement, il dirigea ses yeux vers la source de la parole, à sa droite. Sur un îlot tout en longueur se présentait un jeune homme non-identifié, adossé à un palmier. Petite particularité : il flottait à quelques centimètres au-dessus du sol, au diapason avec la lance ouvragée à côté de lui. L'inconnu en lui-même était plutôt grand – en tout cas bien plus qu'Ulrich – avec un look cohérent, c'est-à-dire un T-shirt gris sur lequel un symbole bleuté s'inscrivait, associé à un short immaculé et des chaussures foncées légères. Combiné à son visage avenant, il ne donnait pas une impression de malaise ou de danger.
- Hé, t'es qui toi ? lança le samouraï après avoir observé un instant l'arrivant.
- On m'a donné plein de surnoms : Vult', The Firmament, Rapace… mais « Toi » est une première. Je préfère de loin que l'on m'appelle par mon nom, Phi.
Non seulement il n'avait pas vraiment répondu à la question, mais il s'était aussi rapproché de l'orangé en lévitant sur quelques mètres, sa lance le suivant de près. À cette vision, le Lyokô-guerrier réagit naturellement et dégaina son sabre, envoyant un message clair. Le dénommé Phi s'arrêta net, pour faire mine de passer une main dans ses courts cheveux châtains foncés et déclarer :
- J'imagine que te proposer un rafraîchissement virtuel ne sera pas nécessaire du coup. Ça tombe bien, je n'avais rien prévu puisque je n'attendais pas de visiteurs dans l'Aire de Détente aujourd'hui. Enfin, pour être honnête, je n'en reçois jamais, ce dont je ne me plains pas. La tranquillité à ses avantages.
Ce fut visiblement le monologue de trop pour Ulrich.
- Bon sang, mais qu'est-ce que je fais ici moi ? lâcha-t-il d'un ton excédé. C'est pas possible, je dois rêver si j'ai pas atterri sur Lyokô !
Cette fois-ci l'individu volant n'émit aucune remarque. À en croire son expression, sa curiosité semblait avoir été piquée, tout comme sa parole puisqu'il garda le silence, ce qui pouvait paraître étrange au vu du premier point. De son côté, Stern songeait à se faire hara-kiri, histoire de voir si ça le faisait retourner dans le scanner, avant de se dire qu'il n'avait aucune garantie de ce côté. S'informer sur les environs restait la solution la plus sage.
- Ce serait possible que tu m'éclaires sur cet endroit et les raisons pour lesquelles j'y suis ? demanda-t-il à Phi, tout en rangeant son sabre pour montrer patte blanche.
Une fois encore, pas de réponse immédiate de la part de celui habillé pour l'été. À la place, il agrippa sa lance, qui perdit son pouvoir de lévitation à ce contact.
- Je peux t'informer effectivement, répondit-il enfin, mais pour être le plus précis possible, j'aurais besoin de recueillir plus de données sur toi. Rassure-toi, ça ne prend qu'un instant et c'est sans danger pour ton avatar.
Il s'approcha alors un peu plus d'Ulrich puis une fois assez proche, rapprocha la pointe de sa lance du samouraï.
- Hé qu'est-ce que tu comptes me faire avec ce truc ? paniqua le principal concerné.
- Ne me dit pas que tu as l'esprit aussi mal placé ?
Pris de court par la réplique et son imaginaire adolescent, le collégien ne sut quoi répondre et se mura dans un silence gêné.
- C'est bien ce que je pensais. Et au risque de me répéter : c'est sans danger pour toi.
D'un geste vif et mesuré, il posa le bout de son arme sur le bandeau frontal de l'égaré.
- Écho.
Visuellement parlant, il ne se passa rien. Ce n'est que lorsque la voix de Phi, devenue mécanique et inhumaine, se manifesta à nouveau quelques secondes plus tard que tout s'expliqua plus ou moins :
- Sujet humain mâle. Ulrich Stern. Assimilation des données de l'avatar. Erreur. Enveloppe virtuelle incomplète. Erreur. Dissociation de l'esprit et du corps. Recherche du réceptacle d'origine. Erreur. Localisation impossible. Vérification de l'intégrité de l'esprit. Paroi protectrice opérationnelle détectée. Analyse mémorielle...
Sur le moment, Ulrich ne fit pas tellement attention aux mots prononcés, mais plutôt à leur émetteur, qui malgré une apparence humaine, ne le paraissait plus du tout. Sa méfiance reprit quelque peu le dessus, qu'il mit à profit dès que Phi acheva son recueil de données et remit sa lance en lévitation :
- J'en demande peut-être déjà beaucoup, mais j'aimerais savoir avant tout ce que tu es précisément.
Le visage du concerné ne trahit aucune forme de réaction à la demande, contrastant avec l'impression première qu'il avait pu donner. Peut-être n'avait-il pas complètement récupéré de l'analyse précédente.
- Cela fait beaucoup d'informations à transmettre en un seul coup. Par chance, elles ont toutes un lien. Je peux toutes les traiter d'une traite, si ça te convient.
Hochement de tête de haut en bas du garçon virtualisé.


- Actuellement, nous nous trouvons dans mon domaine, l'Aire de Détente, qui n'est qu'une fraction d'un domaine plus grand : la Matrice, du monde virtuel Lyokô pour être précis. Elle peut être vue comme un espace de création virtuelle, aussi bien de l'intérieur que depuis une interface extérieure. C'est ici que tous les éléments constitutifs de Lyokô ont pris forme avant d'y être concrétisés par Franz Hopper – que tu connais si j'en crois les données. Plus secondairement, elle fait office d’entrepôt de créations numériques non-abouties. Il faut également savoir que la Matrice est la composante principale du cœur de Lyokô, où elle se trouve donc, et qu'elle est assez fragile. Sa destruction implique la disparition du cœur, par extension du monde virtuel.
Ulrich accusait déjà le coup de ces premières révélations et évita de poser des questions, afin de ne pas couper le narrateur. En outre, il avait l'impression que Phi simplifiait pas mal ce qu'il racontait. Probablement pour ne pas perdre son auditeur.
- Cet endroit ne craignait théoriquement pas grand-chose. Les moyens d'y accéder étant minimes et compliqués, s'attaquer au réceptacle physique protégé était plus rentable. Même l'intelligence artificielle Xana, la plus redoutable qu'ait créée Franz Hopper, n'avait et n'a aucune emprise ici. Cependant, comme tu le sais, Xana est parvenu il y a quelque temps de ça à s'emparer des clés du monde de Lyokô, dont le pouvoir est plus étendu que ce qu'on pourrait croire au premier abord. Une des choses qu'elles permettent de faire est l'activation simultanée des tours de passage de Lyokô, qui permet à la fois de s'échapper du supercalculateur, mais aussi d'ouvrir l'accès à la Matrice. Et si tu as bien suivi mes explications, tu devrais deviner pourquoi.
Le samouraï ne s'attendait pas à participer à la séance explicative, pensant qu'elle serait unilatérale. Pour le coup, il eut l'impression d'être interrogé pendant d'un cours, ce qui l'empêcha pas de répondre prudemment :
- Détruire Lyokô de l'intérieur pour marquer son départ ?
- Exact ! Au cours des quelques instants où il bénéficiait du pouvoir des tours de passage, Xana est parvenu à gagner un certain contrôle sur la Matrice et à y générer automatiquement et en boucle des entités pour la ravager. Évidemment, Hopper ne l'a pas laissé faire et a récupéré le contrôle des tours. Toutefois, il n'était pas en mesure d'endiguer l'invasion de la Matrice seul. C'est là que j'interviens, ou plutôt, qu'on est quatre à intervenir. Moi et trois autres sommes des intelligences artificielles antérieures à Xana, jugées inaptes à accomplir les buts du concepteur. Toutefois, ce dernier avait eu la bonne idée de stocker nos données dans les territoires de Lyokô et de créer un système pour nous ramener, au besoin. Comme il avait les quatre tours de passage activées, il a détourné le processus d'origine pour nous réanimer dans la Matrice et nous faire nous occuper de l'envahisseur, tâche que nous avons plutôt bien remplie.
Dans la lignée de l'impression scolaire précédente, Ulrich ne put s'empêcha de lever la main à hauteur de son visage.
- Une question ?
- Si activer toutes les tours de passage permettait de te ramener toi et tes frères (?) pour vous utiliser, pourquoi Xana n'en a pas profité ? Et si vous avez vraiment repoussé Xana ici, pourquoi est-ce que Franz Hopper vous laisse libres dans un endroit si important pour Lyokô ?
Le combattant virtuel était plutôt fier de ses questions, lui qui n'excellait pas spécialement dans les débats oraux.
- Pour Xana, répondit Phi en gardant son aplomb, il y a plusieurs explications possibles. Soit il était trop obnubilé par la destruction de Lyokô pour faire attention à nous, soit il ne nous voyait aucun intérêt et avait confiance en ses propres troupes, soit – personnellement, je penche pour ça – je pense qu'il ne se fiait pas à nous. Va savoir pourquoi. Peut-être la répulsion familiale.
Encore une fois, Stern eut cette impression de prise de raccourci par celui qui éclairait sa lanterne, en particulier pour les derniers mots prononcés.
- Et on a beau dire, Hopper ne se met pas souvent en action, mais quand il y va vraiment, c'est toujours à fond. En nous ramenant, il a pris ses précautions : sortir de la Matrice nous est impossible. Du coup, tu te doutes bien que pour rester vivants, nous avons dû participer à la Xanamachie qui s'est tenue ici. Quant à la raison pour laquelle on est toujours là, c'est parce qu'il reste des traces du passage de Xana, le virus générant automatiquement les créatures missionnées pour détruire ce lieu, entre autres. Notre rôle et intérêt est donc que la Matrice reste intacte, en échange de quoi Hopper nous laisse profiter d'une certaine forme de liberté, et même d'avantages, sur ces terrains.
- J'ai quand même du mal à croire que tout ce que tu me racontes s'est passé pendant les minutes qui ont suivi la récupération des clés de Lyokô par Xana, avoua Ulrich.
- Tout ce qui touche aux concepts d'écoulement et de perception du temps est instable ici. Sans compter que Xana avait déjà programmé son plan d'invasion de la Matrice à l'avance, il n'a eu qu'à l'appliquer une fois les clés en main.
Le Lyokô-guerrier restait moyennement convaincu des justifications du programme, chose naturelle. Toutefois, il n'avait aucun intérêt à prolonger la discussion sur l'historique de la Matrice et ses particularités. Son cas personnel n'avait même pas encore été abordé, alors mieux valait ne pas trop s'éterniser. Phi sembla lire dans ses pensées, puisqu'il enchaîna :
- Maintenant que je t'ai exposé les bases, on peut en venir à toi. Comme je te l'ai dit plus tôt, les moyens d'entrer dans la Matrice sont limités et compliqués, impossible avec un programme de virtualisation conventionnel et hors de portée d'un avatar humain isolé. C'est là que ton problème arrive. Les données que j'ai récoltées sont complètement fiables dessus : tu es un humain désincarné. Seul ton esprit est entré dans la Matrice.
Un flottement survint, durant lequel Ulrich ne réagit pas, prenant conscience des mots prononcés. Ce n'est qu'ensuite qu'il se tâta les bras et le visage, puis effectua quelques petits bonds sur place, afin de s'assurer de sa solidité. Aucune partie de son corps ne traversa quoi que soit.
- Tu m'as bien vu ? Répliqua-t-il alors à Phi. Je ne suis pas un fantôme ou un esprit ou un je-ne-sais-quoi. Tu te plantes !
Le programme en tenue de vacances regarda l'humain avec une expression interrogative, ne semblant comprendre cette réaction. Après quoi, il formula une nouvelle réponse :
- Selon tes souvenirs, tu étais le testeur d'une virtualisation directe dans le territoire central de Lyokô. L'hypothèse la plus probable est qu'il ait dysfonctionné ou ait été incomplet, provoquant la dissociation de ton corps et ton esprit, qui seraient toutefois bien arrivés sur Lyokô. Il n'est alors pas exclus que la Matrice ait capté ton esprit ou que le programme de virtualisation l'y ait projeté suite à la séparation. J'ai beau ne m'appuyer que sur des suppositions, je reste formel quant au fait que tu n'es actuellement qu'un esprit et que ton vrai corps se trouve ailleurs. Quant à ta solidité actuelle, je te rappelle que la Matrice est un espace de création qui à ses propres règles, est-ce si impensable que ça qu'il ait donné corps à ton esprit ?
Apparemment, l'intelligence artificielle voulait avoir le dernier mot, et l'obtiendrait s'ils continuaient ainsi. Ulrich songea que traiter avec Xana était moins éprouvant et compliqué, puisque consistant majoritairement à se mettre dessus, pas à parler. Cela ne signifiait pas qu'il était entièrement convaincu par toutes ces justifications. Néanmoins, il lui fallait bien avancer, puisque la précision de ce qu'il vivait excluait largement la piste du rêve. Comme si ça ne pouvait pas être aussi simple...
- D'accord admettons, lança-t-il d'un air vaincu. Je fais comment pour sortir de là ? Il y a une pilule bleue à prendre ?
- Tu es un jeune esprit bien grivois, lui fit remarquer Phi.
- Mais nan c'était une… laisse tomber.
Le silence retomba sur la plage, permettant au non-humain de méditer les dernières paroles prononcées et aux bruits d'eau de se faire entendre à nouveau. Ulrich, lui, préféra en profiter pour ignorer son opposant et balayer du regard les cieux, dans l'espoir d'y trouver une éventuelle issue. Excepté l'incomparable ciel bleu, ses nuages et un autre relief flottant bien plus en hauteur, plus grand que celui sur lequel il était, sa recherche fut infructueuse. Il songea alors qu'être un esprit hypothétique rendait la vie encore plus complexe que dans un corps physique.
- Ce n'est pas comme ça que tu risques de trouver la sortie, glissa Phi. En plus, tu n'as même pas de DMA.
Pour toute réponse, il eut droit à une ignorance affichée de l'épéiste orangé, qui dut se rendre à l'évidence qu'il avait encore besoin des lumières du cousin volant de Xana. Pour le lui faire comprendre, il tourna sa face résignée dans sa direction.
- Franz Hopper était dérangé, c'est un fait, reprit tranquillement l'être à la lance. Il a fait en sorte qu'entrer dans la Matrice soit plus simple que d'en sortir, probablement pour gêner d'éventuels intrus humains – même s'il aurait fallu qu'ils y aillent franchement pour arriver jusque-là. Excepté les cas comme le mien, il existe une procédure pour « se créer » une clé de sortie, divisée en cinq fragments. Une fois récupérés, il suffit de se rendre dans un lieu de la Matrice, l'Arène-Sas : sortie assurée et quasi automatique !
Le samouraï n'était pas dupe : sa journée avait commencée de manière pourrie, sa présence dans ce monde coupé de Lyokô en était la preuve, alors elle devait continuer de la manière la plus compliquée et contraignante possible.
- Enfin, c'est comme ça que la notice présente le concept, ça n'a jamais pu être testé, pour les raisons que tu connais.
« Bingo ! J'aurais dû jouer au Loto aujourd'hui, pour voir. », se dit le jeune homme maudit, qui en profita pour soupirer.
- Allez, dis-moi tout, on est plus à trois explications près...
- Honnêtement, tu as du bol d'être tombé dans l'Aire de Détente et sur moi. Ailleurs tu te serais fait lapider directement sans comprendre quoi que ce soit à ta situation. Bref, comme on ne savait pas trop quoi faire des fragments, ils ont été répartis entre nous. J'en ai un en ma possession, que je te céderais en toute amitié. Mes compatriotes en ont trois autres. Quant au dernier, il est en possession du gardien de l'Arène-Sas – une ultime brillante idée du vieux fou.
Ulrich était partagé entre motivation et envie de pleurer face à l'ampleur de la tâche qui s'annonçait. N'avait-il pas meilleur temps d'attendre que Jérémie le ramène depuis le laboratoire, tranquillement installé en bord de mer ? D'ailleurs, il n'avait pas vraiment pensé à ses amis depuis son réveil dans la Matrice. Dans quel état se trouvaient-ils ? Avaient-ils trouvé son corps inanimé quelque part sur Lyokô et déduit qu'il était mort au cours du transfert ? Il n'osait imaginer les conséquences d'une telle conclusion sur le groupe. Finalement, il valait peut-être mieux quitter le cœur du monde virtuel au plus vite et réintégrer son corps avant que la situation ne s'envenime dans la réalité. En clair, il n'avait pas d'autre choix, d'autant plus qu'il n'avait dans le fond aucune chance qu'on le retrouve dans un endroit si isolé.
- Phi, demanda-t-il au matricien en le regardant droit dans les yeux, est-ce que tu peux me donner ton fragment de clé et me dire rapidement ce que je dois faire pour récupérer les autres ?
Le concerné eut une ébauche de sourire. Était-il content d'être autant sollicité ?
- Bien sûr. Avant toute chose, il va falloir t'octroyer un DMA et que tu apprennes à le manier.
- C'est quoi encore cette merde ? envoya Stern, moins patient que prévu avec les digressions orales de l'intelligence artificielle.
En guise de réponse, il sentit son corps se décoller du sol depuis les pieds, poussés par une force propulsante inconnue. Il exécuta un bond à trajectoire courbe droit dans l'eau.


Tout en crachant l'eau qui s'était infiltrée dans sa bouche sous le coup de la plongée, Ulrich agrippa un ponton de l'îlot le plus centré de l'étendue aqueuse pour s'extraire de ce dernier et s'avachir un bon coup sur le sol. Une certaine fatigue psychologique venait de le prendre suite à son vol plané. Échanger avec une intelligence artificielle comme Phi, qu'il considérait instable, était une épreuve en soi. Cumulé avec toutes les explications qui venaient de lui être faites, ça commençait à faire beaucoup. Il avait besoin de souffler cinq minutes. C'était visiblement trop demander dans la Matrice.
- Tu optes pour l'option « Vacances » finalement ? Remarque, vu que tu n'as pas l'air à l'aise avec le DMA...
- Tu me l'as envoyé par surprise ! s'emporta le jeune garçon humain, sans daigner tourner le regard sur son interlocuteur, qu'il devinait devant lui en train de planer, certainement dans les deux sens du terme. Le pire c'est que j'ai toujours pas compris ton truc...
C'est alors qu'un hexagone blanc encadré d'un trait épousant sa forme se matérialisa sous ses yeux, pour disparaître prestement.
- Dispositif de Mobilité Aérienne, raccourci DMA, connu comme étant une plateforme de rebond et parfois surnommé Flipper ou, en hommage à tu-sais-qui, Grass-Hopper. Il s'agit du principal et unique moyen de se déplacer dans les différents espaces de la Matrice. Sans ça, même pas la peine de songer à quitter cet endroit.
Le programme avait adopté un ton sérieux. Ne pouvait-il pas simplement se conformer à une attitude pour simplifier la vie de tout le monde ? Cependant, son changement d'air permis au Lyokô-guerrier de retrouver une contenance, notamment par une assise en tailleur et un soupir.
- Je ne vais pas t’assommer avec de nouvelles et longues explications, continua Phi. Le mieux à faire et de te laisser d'entraîner avec. Ça devrait te plaire, c'est très intuitif.
Soulagement pour le concerné direct, qui commençait à saturer un peu au niveau des informations à prendre en compte.
- Au lieu de modifier ton enveloppe virtuelle actuelle pour y ajouter le DMA, je vais directement te donner le mien, pour aller plus vite.
- C'est… généreux de ta part, fit Ulrich. T'es sûr de toi ?
- Je sais voler.
Argument en béton. Suivi par une nouvelle prise en main de sa lance par le matricien. Le samouraï devina ce qui allait suivre et décida de prendre de court celui qui se jouait de la gravité :
- Ça ne prend qu'un instant et c'est sans danger bien sûr ?
- Les humains apprennent vite.
Pour la seconde fois, il orienta la pointe de son arme sur le centre du bandeau de l'esprit égaré, avant de prononcer :
- Transfer. Bound.
À nouveau, il sembla ne rien se passer. Ulrich ne ressentit aucun changement ou marqueur de modification en lui, sans mettre en doute l'acquisition du fameux DMA. Le passation de pouvoir achevée, l'adolescent resta planté sur place, attendant probablement une nouvelle intervention orale de Phi.
- Bah alors ? fit ce dernier. Je t'ai parlé de t'entraîner à utiliser ce pouvoir non ? Ce n'est pas parce qu'il est intuitif à l'activation qu'il est facile à manier !
Face à l'air un peu perdu du collégien, l'intelligence artificielle comprit que tout ne coulait pas de source pour lui :
- Essaie de te focaliser sur la paume de la main – ou les deux ça fonctionne aussi – pour y faire apparaître une petite sphère blanche. Une fois cela fait, concentre-toi sur le point où tu veux « poser » ta plateforme – au sol ou dans les airs, à ta guise – elle obéira. Ensuite, c'est parti pour les super-sauts.
Stern aurait pu tenter d'appliquer ce début de conseil, à l'instar d'un élève appliqué, mais il attendait encore plus de détails de la part de Phi, dont le visage exprimait la pensée : il ne savait quoi faire d'autre, estimant que ses précédentes paroles étaient suffisantes. Faute de mieux, il prit la tangente :
- Je pense que le mieux est de te laisser t'exercer seul. La Plage Cascade t'offre déjà pas mal de reliefs pour différentes mises en situation, ça devrait te faire la main sur les subtilités du Flipper. Quand tu estimeras que tu le maîtrises suffisamment, rejoins-moi au sommet des Terrasses Célestes, là-haut. Le parcours pour l'atteindre te permettra de mettre en application ton entraînement. Bien sûr, je te donnerais mon fragment de clé et t'indiquerais la marche à suivre si tu y arrives. Bon courage !
Sur ces dernières explications, il s'éleva en direction de l'île flottante au-dessus de la plage.
- Attends, je…
Trop tard pour Ulrich, il était déjà trop haut dans le ciel, sa lance le suivant docilement.
- Enfoiré.


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Odd Della Robbia avait presque honte d'avoir bien dormi la nuit passée, alors qu'aucune nouvelle sur Ulrich n'était arrivée. Bien sûr, avant de sombrer dans le sommeil, il avait tourné la situation dans tous les sens, avant de se dire, certainement sous le coup de la fatigue, qu'il ne pouvait rien faire à son échelle. Seuls Jérémie et Aelita avaient les compétences pour intervenir. Lui ne pouvait que rester sur le côté à attendre les résultats pour éventuellement agir ensuite sur le terrain. Sa visite matinale à Jérémie en compagnie d'Aelita avait confirmé ce point : toujours rien de concret sur leur ami perdu. Comment pouvait-on perdre quelqu'un à la virtualisation d'ailleurs ? Se retrouver coincé dans le monde réel et virtuel, ça s'était déjà vu, mais disparaître purement et simplement ? Odd n'arrivait pas à voir quelle astuce pouvait se cacher là-dessous et ce n'était, à son grand regret, pas son rôle.
Cependant, une idée lui était venue à la sortie de la douche et il comptait bien l'appliquer. S'il ne pouvait rien faire pour Ulrich, virtuellement parlant, il pouvait tout à fait agir par rapport à sa situation scolaire du moment, du moins officiellement parlant, grâce à son statut de délégué de classe. Simplement plaider son cas au conseil trimestriel ne serait pas suffisant, et surtout pas crédible, du fait de sa position de meilleur ami du concerné. Ce qu'il fallait pour éviter à Ulrich une troisième allégée, c'était le soutien d'un professeur autre que Hertz. Odd avait déjà positionné son choix là-dessus, le seul possible à vrai dire : Jim. De tout le corps enseignant, il était certainement le seul qui n'ait pas matière à se plaindre de son ami, au niveau formel et noté de la chose. Sans compter que globalement, il avait des rapports plutôt bons avec lui, même si certains moments particuliers pouvaient être déclarés. Le jeune homme à la coiffure en pointe pria pour que le GI soit dans un bon jour.
Il dut attendre que sa cible sorte de sa chambre pour établir la prise de contact. Par chance, Jim sortait toujours de son antre à la même heure, que Odd, en bonne commère, connaissait. Le second coup de chance se trouvait en la savonnette que Nicolas avait placée devant sa porte, dans le but affiché de faire chuter le surveillant-professeur. Dès que la porte de la chambre de ce dernier s'ouvrit, le camarade d'Ulrich put faire jouer ses talents d'acteur dramatique et crier d'une voix lancée :
- M'siiiiieur ! Attention sous votre pied !
Jim baissa les yeux alors que son pied était levé juste au-dessus du dangereux piège. L'intervention d'Odd lui permit d'éviter le pire pour ses reins et son dos. Après avoir ramassé l'objet nettoyant sous le regard déçu de Nicolas, encore dissimulé dans un angle du couloir, l'homme au survêtement rouge s'adressa à son sauveur :
- Merci Della Robbia, tu me sauves la mise sur ce coup.
Il prit d'un seul coup un ton soupçonneux :
- Bon, qu'est-ce que tu veux ? Tu ne fais jamais rien pour rien toi.
- Moi m'sieur ? Je croyais vous avoir prouvé que j'étais au-dessus de ces pratiques avec l'histoire de vous-savez-quoi, répliqua le Lyokô-guerrier avec théâtralité.
- Justement...
- Bon, j'avoue tout, j'ai bien quelque chose à vous demander, mais pour une fois, ça me concerne pas. C'est pour Ulrich.
Jim fronça encore plus les sourcils.
- J'écoute.
- Bah en fait, il a des soucis avec Madame Hertz. Il pense qu'elle va le faire transférer en troisième allégée au conseil de classe de cet après-midi, à cause de ses mauvaises notes.
Étonnamment en regard du C.V du personnage, le professeur d'E.P.S comprit rapidement où l'élève voulait en venir :
- Donc il a besoin que quelqu'un défende son cas c'est ça ?
- Exactement !
- Désolé, mais si Suz… Madame Hertz pense ce qu'elle pense, c'est pas moi qui vais la faire changer d'avis.
- Justement, si ! Vous êtes plus proche des élèves que n'importe quel autre professeur, vous êtes le meilleur pour ça ! Vous vous souvenez de ce que je vous disais en début d'année ? Que l'école sans les copains c'était moins drôle ? Changer Ulrich de classe ne va pas arranger ses notes, comme le pense Madame Hertz. Je le connais, ça va être l'inverse. Et je compte même pas ses parents dans le lot, qui vont lui en faire baver à cause de ça !
Les paroles d'Odd eurent l'air de faire réfléchir Jim, qui, vu son expression, semblait plus se demander s'il n'était pas victime d'une énième farce que réfléchir véritablement le problème.
- Je vais voir ce que je peux faire, lâcha-t-il finalement de son habituel air mi-bourru mi-ennuyé. Je ne promets rien pour Ulrich.
- Merci m'sieur, j'ai toujours su que vous étiez le meilleur d'entre nous !
- Tu peux arrêter ta comédie maintenant.
- Moi, une comédie ? fit Della Robbia avec une mauvaise foi évidente.
Le surveillant décida de laisser couler cet échange, pour lequel il ne se sentait pas la capacité nerveuse de soutenir. Au lieu de quoi, il posa une ultime question à l'adolescent violet qui lui faisait face :
- Sinon, pourquoi c'est pas ton p'tit camarade qui me parle de tout ça directement ?
- Je suis délégué de classe, c'est un peu mon rôle de m'occuper de ce genre de cas ! Et puis vous connaissez Ulrich m'sieur, il est trop fier pour parler de ce genre de chose. Vous devriez le voir en ce moment, il est comme désincarné à cause de cette histoire !


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Ulrich avait largement pris le coup avec la plateforme de rebond. Malgré des débuts lents et hésitants, il trouvait ce pouvoir très agréable et pratique à utiliser, aussi bien en hauteur qu'en longueur. En prime, il se combinait incroyablement bien avec son Supersprint, qui permettait d'augmenter l'amplitude des sauts effectués. Comble de son succès : même ses problèmes de vertige avaient décidé de rester au placard. Ça faisait au moins une chose de bienvenue pour cette journée. Par ailleurs, contrairement à celui que lui avait montrée Phi, le DMA d'Ulrich prenait une forme singulière : un cercle plein central entouré d'un jumeau périphérique et tous deux dévorés au milieu par un barre intempestive. L'ensemble émanait une douce lumière blanche et formait avec ses sillons le même symbole que sur le T-shirt de l'habitant de l'Aire de Détente.
Estimant qu'il avait passé assez de temps à l'entraînement, Ulrich décida de passer à l'étape supérieure, dans les deux sens du terme. Les Terrasses Célestes étaient désormais à sa portée. Pour les atteindre, il généra une plateforme DMA, à capacité de bond maximale, au centre de l'îlot ou il s'était éveillé et qui se trouvait au bord du bol aquatique. Puis, il se dépêcha de prendre suffisamment d'élan, en se plaçant sur un îlot presque à l'opposé, séparé du premier par l'eau, le tout avant que son assistance au saut ne disparaisse. Effectivement, le Lyokô-guerrier avait découvert au prix d'une comique chute dans l'eau que les DMA étaient très éphémères une fois générés, malgré le fait qu'ils n'aient pas vraiment besoin de support physiques pour être apposés.
- Supersprint.
Fonçant en ligne droite, Stern traversa l'étendue aquatique en courant simplement à sa surface. Une fois la plateforme magique atteinte, tout en essayant de ne pas perdre son élan, il y prit appui à pieds joints pour enfin décoller. Littéralement. Il sentit le Flipper accompagner son mouvement et augmenter drastiquement sa puissance, lui permettant un grisant envol. Ainsi, tel une fusée laissant une traînée orangée derrière lui, Ulrich fonçait sur l'île flottante aux Terrasses. Cependant, il se rendit bien vite compte que son bond ne serait pas suffisant pour atteindre le plus bas niveau de son objectif, notamment par sa perte effrayante de vitesse. Même s'il restait mauvais en physique, son entraînement avait eu le mérite de lui donner un assez bon sens d'estimation des distances et des puissances de saut à avoir pour les franchir. En l'occurrence, il allait louper de peu l'objectif, ce qui ne remettrait pas en cause ses capacités nouvellement acquises, mais n'allait pas l'aider à ne pas se faire rattraper par la gravité. Le samouraï ne se démonta pas dans cette situation – lui faisant songer que s'il avait eu le vertige virtuel, il aurait été fichu – et généra simplement de ses deux mains autant de DMA, placés sur sa trajectoire de vol. Ceux-ci avaient la particularité de provoquer une propulsion instantanée et non-contrôlable par l'impulsion des jambes au moindre contact, à l'instar de celui que lui avait présenté premièrement Phi. À peine Ulrich toucha le premier qu'il regagna de la vitesse comme par magie, alors que celle-ci était à un instant de mourir. La seconde plateforme étant placée de manière presque superposée à sa jumelle, cela permit d'en démultiplier l'effet.
En définitive, l'élan de l'esprit vagabond fut tout juste suffisant pour qu'il atterrisse souplement sur le niveau inférieur des Terrasses.


- Rhôôô, encore de la flotte ? grogna l'explorateur virtuel en constatant qu'il avait les pieds dans l'eau.
Après la mer, la mare, ou plutôt la pataugeoire selon Ulrich. Il se trouvait sur un plateau circulaire accolé à un flanc de relief montagneux évoquant un crayon de couleur vert géant par sa forme. Ledit plateau était légèrement creusé afin d'accueillir l'élément liquide sans risque de débordement. Des nénuphars dispersés erratiquement lui apportaient une touche de couleur et de naturel. Il y avait également des espaces praticables hors de l'eau, se présentant d'abord sous l'apparence d'une grande plateforme herbue en forme de cercle sur laquelle trois bancs étaient posés de manière régulière sur ses bords. Elle était liée à d'autres plateformes similaires, plus petites, par de courts pontons en bois. Le tout formait évidemment un chemin, qui menait jusqu'à un escalier immaculé qui paraissait flotter en l'air par l'absence d'appui autre que le flanc de la montagne-crayon sur lequel il était également collé.
La suite de l'aventure devenait évidente pour le visiteur venu de Lyokô. Toutefois, il n'eut aucune envie de prendre le sentier battu, préférant continuer de s'exercer au Flipper. Par conséquent, toujours les pieds immergés, il sprinta jusqu'à se rapprocher du seul élément terrestre isolé sur le plateau : un socle circulaire herbu de taille modeste sur lequel un arbre épais et aussi haut que les escaliers était planté. Un saut assisté plus tard, l'orangé se tenait à son sommet, le style graphique très joyeux et coloré du végétal transformant dans la virtualité ses feuilles en véritable amas solide sur lequel il était possible de marcher. À nouveau, Ulrich créa une plateforme de rebond, au bord du feuillage, puis effectua un saut en longueur afin d'atteindre le surplomb où débouchaient les marches. Étonnement, il se révéla aussi plat et herbu que sans intérêt. Ce n'était qu'un lieu de transition pour la suite, qui prenait place quelques pas à gauche seulement après la fin de l'escalier : une vallée cul-de-sac formée par les accolements de montagnes en forme de crayons, ouvrant sur le vide. Il fallait préciser que le parcours n'était pas si bloqué qu'il n'en avait l'air : il n'y avait impasse que si l'on restait au niveau du surplomb. La montagne du fond, plus haute que les autres, possédait un sommet plat et non taillé en pointe, suggérant un troisième niveau de Terrasse. Quant au vide, il était comblé par la présence de ce qui ressemblait à des nuages, avec un design très lisse et immaculé, dispersés ça et là dans l'espace de la vallée, à diverses hauteurs. Perplexe face à ce spectacle et moins certain de sa maîtrise du DMA que plus tôt, Ulrich joua la carte de la prudence :
- Triplicata.
Comme toujours, ses deux doublures parfaites apparurent, chacune d'un côté.
- Toi là ! ordonna-t-il à celui de gauche. Saute sur le nuage le plus proche !
« Mince, je me mets à parler à mes clones, ça craint. », pensa-t-il immédiatement après.
Docile et obéissant, le double bondit sur le nuage le plus proche, pour y atterrir comme sur un support solide. L'original estima alors qu'il pouvait y aller à son tour l'esprit tranquille, à moins bien sûr qu'il ne faille avoir le cœur pur pour être en mesure de marcher sur les nuages, auquel cas il avait des chances d'être fichu. Dans tous les cas, il se lança après avoir fusionné avec ses deux jumeaux. Le résultat fut le même que lors du test. Galvanisé par ce résultat, Stern enchaîna les sauts de nuage en nuage, se gardant même d'utiliser le moindre pouvoir. Le parcours nuageux s'arrêtant toutefois à distance du mur cul-de-sac, il n'eut d'autre choix que de générer un DMA en l'air, à mi-chemin entre le dernier nuage et le mur, puis de sauter dessus à pieds joints en Supersprint. Il ne s'appuya sur sa plateforme lumineuse qu'un instant pour l'appui avant de rebondir dans une trajectoire en tour de Pise, lui permettant d'atteindre la nouvelle strate des Terrasses. En la découvrant, Ulrich sentit que la fin du parcours était proche.
Cet énième espace circulaire n'était pas aussi grand que celui du niveau inférieur, mais était assurément plus verdoyant. Et ce n'était pas seulement dû à l'arbre planté sur le bord qui n'avait rien à envier au premier. Sur la pelouse, autour d'une fontaine basique, des fleurs de toutes les couleurs s'épanouissaient. Point notable : il y avait du vent à cette altitude. C'était probablement pour en profiter qu'un banc avait été posé au pied de la structure crachant l'eau, selon un angle stratégique qui permettant certainement d'avoir un beau panorama. En temps normal, Ulrich aurait profité de la vue, mais il préféra l'ignorer pour le moment, car il aurait bientôt l'occasion de la contempler au plus haut. Le sommet des Terrasses se profilait devant lui, sous forme d'une des éternelles montagnes évoquant un gros crayon de couleur. Cette dernière était toutefois plus singulière que ses sœurs : elle était isolée du reste du territoire, flottant seule dans l'espace nuageux, en plus d'avoir des dimensions plus généreuses que les précédentes. Des nuages de même consistance que ceux empruntés plus tôt s'accumulaient à son sommet, masquant sa pointe verte par la formation de ce qui ressemblait à espace d'observation... en terrasse, encore. L'accès à ce poste en hauteur s'effectuait grâce à une rampe de nuages en colimaçon autour de la montagne, atteignable par saute-nuages à une altitude non-alignée à la plateforme où se tenait le Lyokô-guerrier. La configuration étant similaire à celle de son point de départ, le garçon bondissant s'éleva à nouveau au sommet de l'arbre pour atteindre son objectif. Un Supersprint sur nuages en spirales plus tard, il atteignit le sommet le plus haut de l'Aire de Détente, arrivant par une ouverture pratiquée sur le sol de la plateforme cotonneuse.


La terrasse finale était plus spacieuse que ce que les yeux du voyageur spirituel avaient cru estimer. Se pliant à la silhouette géométrique la plus répandue des alentours, elle était constituée, du sol aux barrières, de nuages d'une blancheur éclatante, percés en leur centre du sommet montagneux, qui prenait bien trois mètres de diamètre. Les seuls éléments qui semblaient discorder avec ce décor « ambiance nature » étaient les télescopes fixés au sol. Deux étaient orientés vers des directions voisines, pour une raison inconnue, tandis que le dernier, plus à l'écart, adoptait un angle presque droit par rapport à ses confrères. Phi était occupé à regarder à travers l'objectif de l'instrument le plus proche d'Ulrich, donc de l'accès à la passerelle en colimaçon, sur sa gauche. Il paraissait absorbé par ce qu'il voyait et n'en avait pas remarqué l'arrivant. Aussi, le samouraï décida d'attendre que le non-humain retrouve son attention en jetant le regard sur le paysage, comme il se l'était promis. C'était décevant. À part voir depuis le haut les endroits par lesquels il était passé, aucun vraie innovation ne s'offrait à lui. Pire encore : de là où il était, impossible de détailler un peu plus du regard tout ça, sans compter la dissimulation de la Plage Cascade par les reliefs, ce qui enlevait encore plus d'intérêt à la chose. Le concepteur de ce point d'observation n'avait pas de quoi être Phier. Justement, ce dernier daigna enfin remarquer Ulrich.
- Oh, tu as fait vite, dit-il simplement.
Le concerné se demanda sérieusement si on se fichait de lui ou si c'était juste parce que l'autre était perturbé.
- Bon, je peux avoir ce que tu m'as promis ? J'ai déjà perdu pas mal de temps à m'entraîner au DMA, alors j'aimerais rentabiliser maintenant.
- Tu ne veux même pas profiter de la vue ?
- On a fait mieux.
- Pourquoi penses-tu qu'il y ait des télescopes ?
Le samouraï rongea instinctivement son frein. S'énerver ou frapper l'intelligence artificielle ne lui permettrait – hélas – pas de mieux faire son affaire.
- Étrange, fit subitement Phi.
Il regarda son interlocuteur dans les yeux.
- Lorsque tu me parles, tu exprimes beaucoup d'empressement et d'irritation quant à ta situation. Pourtant, lorsque je t'ai regardé escalader les Terrasses, je ne me suis pas fait la même observation te concernant. Pourrais-tu m'éclairer là-dessus ? J'ai dû mal à saisir ces différences d'attitude.
« Regardez qui parle », râla mentalement Stern, sans chercher à répondre.
Toutefois, il devait admettre que l'intelligence artificielle avait tapé juste. Il s'était tellement concentré depuis qu'il avait été laissé seul sur la Plage Cascade qu'il n'avait plus pensé à rien, mêmes à ses problèmes les plus immédiats, virtuels comme terrestres. Il pouvait même s'avouer qu'il avait pris un certain plaisir à prendre en main le pouvoir de rebond, puis à appliquer son entraînement à travers le parcours des Terrasses. Sa situation n'était pas à prendre à la légère, pourtant il était parvenu à en faire fi et même à s'amuser un peu. Le pire de tout, selon lui, était qu'il n'arrivait pas à se sentir honteux de ça, alors que ses amis devaient être morts d'inquiétude sur Terre. Un furtif, mais non moins délicieux sentiment d’égoïsme traversa Ulrich, très rapidement repris par sa raison :
- J'ai pas envie d'en parler, désolé. S'il-te-plaît, j'ai vraiment besoin que tu m'aides là.
Phi le dévisagea avec curiosité, essayant de comprendre cette nouvelle réaction. On pouvait presque sentir les séquences de réflexion tourner dans son esprit de programme.
- Très bien. Si tu as encore un peu de patience et d'attention à m'accorder, je vais encore t'expliquer certaines choses. Mais avant ça...
De nulle part, il fit apparaître au creux de ses mains ce qui s'apparentait à un morceau de cristal transparent et basique de bonne taille. Traversé par la lumière, il libérait un spectre lumineux de toute beauté.
- Voici mon fragment de clé. Prends-le.
L'aventurier virtuel ne se fit pas prier. Dès qu'il entra en contact avec le morceau de roche, celui-ci s'anima et rentra littéralement dans sa poitrine. Sous le coup de la surprise, Ulrich toucha la zone d'impact, pour la constater parfaitement intacte. Ça ne faisait qu'une bizarrerie de plus. Il en était à un stade où il n'arrivait plus à s'inquiéter d'un tel événement. C'était le signe d'une inquiétante adaptation aux pratiques de la Matrice. Il allait devoir faire vite avant que… avant il-ne-savait-quoi, mais il ne tenait pas à savoir à vrai dire.
- Regarde là-dedans à présent, reprit Phi en désignant le télescope central.
Visiblement, le matricien était dans une attitude professionnelle, chose appréciée par le visiteur de Lyokô, qui colla son œil sans attendre sur l'instrument. Il manqua de sursauter face à ce que lui montra la lunette : baignée dans un ciel d'encre parsemé d'une foule d'étoiles, une large vallée paraissant sans fin se présentait. Flottant en l'air, entre ses deux parois, un volcan en éruption cerné d'un disque tout aussi ardent. Surplombant tout cela, ce qui devait être une montagne enneigée, glacée et volante faisait sa vie de son côté.
- Voici l'Aire de Survie, expliqua la voix de Phi. Il y a deux fragments là-bas. Dans le même ciel, plus loin si tu tournes sur la gauche le télescope, il y a l'Aire de Combat et un autre fragment. Elle n'est pas vraiment visible d'ici à cause des intempéries, mais depuis la zone de Survie, tu n'auras pas de mal à trouver.
Après confirmation visuelle, Stern se décolla de la longue vue et demanda :
- Et le dernier fragment ?
- Mes semblables t'indiqueront.
Ça avait le mérite d'être clair et net. L'espace d'un instant, Ulrich fut tenté de retourner à son hôte la question personnelle qu'il lui avait posée juste avant. En-dehors de son envie de ne pas s'éterniser, la perception d'un mouvement sur sa droite l'empêcha de passer à l'acte. Plantée dans le massif rocheux qui dépassait, la lance de Phi, qui s'était faite oublier jusque-là, accueillait malgré elle un intrus debout sur son manche et qui avait apparemment débarqué du néant. Faisant la moitié de la taille moyenne humaine, le dernier arrivant était grossièrement humanoïde, avec une tête, des bras et des jambes très sommaires. Tout son corps était noir et paraissait visqueux à vue de nez. Seuls deux grands yeux blancs et une silhouette fine lui permettaient de ressembler à quelque chose. Le Lyokô-guerrier eut l'impression de faire face à une version virtuelle des spectres qu'utilisait parfois Xana pour ses attaques. D'un seul coup, alors qu'elle était restée immobile depuis son apparition soudaine, la créature fondit. Plus précisément, elle se liquéfia afin d'adopter la forme de la lance.
- Burst. Double.
L'amas noirâtre éclata soudainement en un millier de petites gouttes qui s'éparpillèrent instantanément. Ulrich se tourna vers Phi, le responsable certain. Son expression était plutôt dégagée, le phénomène qui venait d'avoir lieu devait être commun dans la Matrice.
- Ils t'expliqueront mieux que moi sur l'Aire de Survie, précisa l'être virtuel. Ces entités y sont plus nombreuses.
L'égaré numérique se sentit d'un seul coup moins assuré que pendant son parcours d'obstacles. L'Aire de Détente avait bien porté son nom globalement, du moins pour son environnement, le propriétaire étant autre chose. Par conséquent, il était presque certain que les Aires de Survie et de Combat allaient être cohérentes avec leurs titres également.
- J'ai une dernière recommandation à te transmettre, Ulrich Stern.
Selon ledit Ulrich, se faire appeler par son nom complet sonnait inaccoutumé en regard de tout ce qu'il s'était déjà passé. Il se sentit obligé d'annoncer :
- Tu sais Phi, tu n'es pas obligé d'être aussi formel avec moi, ni d'adapter ton attitude en fonction de mes réactions. Tu m'as suffisamment aidé pour considérer qu'on est familiers toi et moi.
Il allait peut-être regretter d'avoir prononcé ces paroles. Seulement, même envers un organisme qui n'était pas humain, il n'était pas ingrat. De plus, l’irrationalité de l'attitude qui lui faisait face l'usait bien plus que les excentricités ou paroles décalées. Il préférait ça à la multipolarité.
- Je prends en compte cette donnée, déclara simplement le concerné, qui avait repris un ton plus naturel. Pour en revenir à ma recommandation, tu dois savoir que même si la Matrice t'a conféré une enveloppe concrète pour héberger ton esprit, celle-ci ne fonctionne pas comme l'avatar que tu as l'habitude de manipuler.
Froncement de sourcils pour le garçon en tenue orange. Son cas n'était pas entièrement perdu : il arrivait encore à s'irriter d'une énième restriction cumulée.
- Vois ton corps physique actuel comme une projection solide de ton esprit, lequel ne possède pas de points de vie en temps ordinaire. En théorie, la moindre attaque est susceptible d'endommager ton esprit. Cependant, il semble que la Matrice ne t'as pas laissé démuni : une protection, à valeur de cinquante points de vie, t'enveloppe. Si ce compte arrive à 0, la protection disparaîtra et ton esprit « solidifié » sera vulnérable. À partir de là, chaque choc ou attaque capable d'endommager une enveloppe virtuelle te fera perdre la partie atteinte. Entends par là que tu peux tout à fait perdre un bras, les deux jambes, voire la tête et quand même rester conscient. Cela dit, dans ce dernier cas, je ne peux t'assurer une pérennité mentale, le cerveau et le cœur restent les points vitaux virtuels de base après tout...
Si Ulrich avait déjà perdu en assurance depuis son arrivée au sommet des Terrasses, toute survivance d'enthousiasme venait d'être refroidie. La nouvelle le toucha visiblement, car il ne parvint même pas à exprimer oralement son indignation. Non seulement il ne pouvait pas espérer d'aide extérieure, mais il devait en bonus risquer gros pour s'en sortir seul. C'était rageant. Phi en rajouta une couche :
- Si tu ne te sens plus l'âme de sortir d'ici de toi-même, tu peux toujours attendre ici. Même s'il est faible, le pourcentage de recevoir une assistance externe existe. Dans le pire des cas, tu resteras coincé dans la Matrice, avec nous.
Les derniers mots provoquèrent un déclic chez l'esprit perdu. Soudainement, la perspective de rester enfermé dans le supercalculateur l'effraya. Yumi avait partagé avec lui son expérience de blocage virtuel, en mettant l'accent sur bon nombre d'aspects négatifs. Ça l'avait convaincu de ne jamais se retrouver dans cette situation. Le virtuel lui convenait, mais seulement par petites doses. Il n'était pas Aelita, prêt à passer un temps indéterminé enfermé dans l'attente d'un quelconque espoir. L'action étant plus son fort, quitte à prendre un risque, autant le faire de lui-même cette fois, pas parce qu'un hasardeux tirage au sort l'aura décidé.
- Je vais y aller et me tirer de ce coin qui craint, lâcha-t-il.
Aucune réaction faciale de la part de Phi, qui se contenta de poursuivre son rôle de guide :
- Dans ce cas, autant commencer par la partie volcanique de l'Aire de Survie. Là-bas se trouve Sigma, qui sera la plus difficile à convaincre je pense. Plus généralement, les trois autres ne seront pas tellement accueillants et cool, il faut dire que ce n'est pas dans notre nature première.
- Pourquoi t'es sympa du coup ? tilta soudainement Ulrich.
Du pouce, le matricien désigna le logo sur son T-shirt.
- Tu arbores mon symbole sur ton bandeau, le phi grec. Un peu de solidarité égocentrique ne fait pas de mal.
À cette réponse, qu'il ne s'imaginait pas si spontanée, le samouraï ne put s'empêcher de rire, sous le regard interrogatif de l'individu volant. Cela lui fit franchement du bien. Les prises de tête relatives à la Matrice lui parurent moins déprimantes. Décidant de profiter de cet instant de légèreté, il demanda :
- Avant d'y aller, je peux regarder les autres télescopes ?


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Désormais, le Lyokô-guerrier possédait des bases sur la géographie de la Matrice. Outre les trois aires principales et la mystérieuse Arène-Sas de sortie, deux aires secondaires existaient. La première, l'Aire Noire, était la zone la plus à l'écart de tout ce micro-univers. Son apparence se limitait à une sphère de modeste taille d'un noir profond, victime de légères ondulations à sa surface, à l'instar de l'eau sous la poussée du vent. Quant à la seconde, l'Aire-Mitage, elle rassemblait trois petites « planètes » sur lesquelles se retrouvaient respectivement des assemblages de blocs turquoises en mouvement de réorganisation constant, un immense arbre hébergeant une lueur indescriptible au creux de ses branches, et enfin une scène des plus lugubres du point de vue d'Ulrich : trois Mister Pück regardant l'horizon ensemble. L'un des lutins n'avait pas de visage. Détournant les yeux du spectacle, le jeune homme demanda du regard une explication à celui qui vivait dans les environs :
- Hopper…
La réponse ne voulait pas dire grand-chose, tout en en sous-entendant beaucoup. Suite à cet interlude moins reposant qu'il ne l'aurait voulu, Stern décida d'enfin se mettre en route pour l'Aire de Survie. Ce n'est qu'en scrutant le ciel parfaitement bleu et nuageux qu'il se rendit compte qu'il n'avait aucune indication visuelle pour s'orienter, exceptée la vague direction pointée par le télescope dédié. Par réflexe, il exposa le problème à Phi, ce qui lui fit retirer sa lance plantée dans la roche et apporter la solution au passage :
- Si tu t'y accroches, elle t'emmènera à destination.
Ni une, ni deux, Ulrich suivit les instructions et empoigna fermement l'arme à deux mains. Il se rendit alors compte que la séparation avec le programme était arrivée.
- Merci pour tout Phi, vraiment, envoya-t-il sobrement.
Étrangement, le récepteur de la réplique esquissa un léger sourire, ce qui n'était pas forcément signe de sentimentalisme, vu son passif.
- Au revoir Ulrich l'esprit égaré. Ça va aller vite, alors attention à ne pas lâcher la lance sur le chemin, sinon n'espère même plus rentrer chez toi.
- Quoi !?
- Speed. Triple.
Le javelot partit instantanément, laissant une traînée bleutée dans son sillage, entraînant fatalement avec lui son passager suspendu, dont les hurlements indéchiffrables déchirèrent quelques instants l'atmosphère sereine de l'Aire de Détente, avant que le calme ne reprenne définitivement place.


À suivre : Partie II – Errements spirituels


Dernière édition par Zéphyr le Lun 11 Sep 2017 20:45; édité 6 fois
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Theoph69 MessagePosté le: Mer 12 Oct 2016 14:39   Sujet du message: Répondre en citant  
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Localisation: Sûrement devant mon pc, à tuer du kevin !
Sympa !
Mais détaillons un peu !
On a une première partie de chapitre classique un spin off (je ne sais pas si c'est le bon mot, ce que je veux dire c'est que c'est un rappel quoi) du début de l'épisode "Desincarnation". On plante donc le decor et la situation initial, le cadre spaciotemporel est donc définie, bien. Le rappel est très bien introduit, et on comprend directement ou on est.

Puis c'est le bo**el, On a Ulrich qui est virtualisé sur "l'aire de détente" paradisiaque avec un Phi un programme multi-agents qui apperement est le plus cool des 4, qui alterne entre "phase ou je comprend pas les expression à la William², et phase ou je t'éxplique comment t'es arrivé la, ou t'es et comment tu sors"
Après le virtuel est coupé par une scène sur terre, classique avec un Odd (le meilleur) qui tente de soutenir son ami auprès de Jim, avec des arguments plutôt convainquant, il faut l'avouer ! On sent qu'il est triste et qu'il veut faire le max' pour aider son ami, même indirectement : il se rend compte à quel point son amitié avec Ulrich est importante ! Au moins il passe pas pour un gros lourd/insensible comme dans 87.254% des fics (résultat approximatif arrondi au millième près)
Les descriptions sont abondantes (et c'est bien) comme dans toute tes fics, j'ai l'impression que c'est un peu ta marque de fabrique, on retrouve les même dans l'engrenage ^^ (PS j'attend la suite de l'engrenage moi aussi Razz).
On retrouve un Ulrich intelligent (utilisation du triplicata pour la détection de piège etc...) mais qui a toujours cette facheuse tendance a en venir au mains plutôt qu'a la discussion (mais bon c'est Ulrich).
D’ailleurs si cette fic est centrée sur lui ça va pas plaire à une certaine association Razz, et j'en connais deux qui vont râler héhé.
J'aime beaucoup le coté matrice, ça done plus de profondeur au monde virtuel, et c'est bien ! Les allusions a Matrix que Phi ne comprend pas sont hilarantes Mr. Green, Matrix étant le meilleur film du monde, je ne pouvais qu'aimer de toute façon !
Plein d'info sur comment Xana a été conçu, on sait qu'il y a eu 4 prototypes, dont phi. Mais du coup, on peut supposer que les 4 sont des version de Xana, je m'explique :
On la version de Xana que l'on connais :
XANA 1.0.0
Mais peut être que les trois autres ont été créé a différents moments :
Sigma V0.8.0
Proto n°2 V0.7.0
Proto n°3 V0.6.0
Phi V0.5.0

Pourquoi cet ordre ? Peut être que si Xana a été la version jugé "aboutis", celle d'avant comportaient plusieurs de ses défauts, et que donc c'est pour cela que Sigma est la version la plus difficiles à convaincre et Phi la plus facile ! Mais je dis peut être n'importe quoi, mais on peut emmètre des hypothèses la dessus ^^.
Bref j'aime bien et je lirais la suite avec joie !
Bonne journée !
Theoph69.

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Repose en paix Nastia, la Lyokofan la plus gentille partie trop tôt. Je ne t'oublierai pas.
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Idris2000 MessagePosté le: Mer 12 Oct 2016 15:06   Sujet du message: Répondre en citant  
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Spoiler

Bonjour à toi.

Dans un effort de me faire pardonner de t'avoir envoyé des questions stupides en MP, j'ai décidé de commenter ta fanfic.

Theoph69 a écrit:
D’ailleurs si cette fic est centrée sur lui ça va pas plaire à une certaine association, et j'en connais deux qui vont râler héhé.


Effectivement, la météo prévoit un vent violent (lol...) M.A.N.T.A-esque sur ta fanfic. *sors*

Je ne suis pas surpris par Ulrich intelligent, et pour cause: Quand il veut, il peut se démontrer fin stratège. (Sans lui, Yumi et William n'auraient jamais pu vaincre les Ninjas dans l'épisode 10 de CLE...Bon, Jim est aussi une cause, mais voilà quoi.)

Ellana approuve.

Zéphyr a écrit:
Enfin, ce texte présente un grand nombre d'inspirations, hommages, pompages et influences de Super Mario Galaxy, au cas où ce qui suit ne serait pas assez clair. Mr. Green


http://i.imgur.com/OTV7ujA.png


En même temps, ces hommages, pompages et influences se "crient" dans ce texte.

Après, j'ai bien aimé l'idée de passer par l'épisode "Désincarnation", l'histoire y trouve facilement sa place.

Theoph69 a écrit:
Au moins il passe pas pour un gros lourd/insensible comme dans 87.254% des fics (résultat approximatif arrondi au millième près)


Quelque part, ces fanfics respectent ce qu'il est devenu dans les saisons 2, 3 et 4, c'est-à-dire:

Theoph69 a écrit:
un gros lourd/insensible


Cependant, j'ai franchement aimé le Odd de cet fic, tout comme Theoph69 (Dont je rejoins majoritairement l'avis mais passons...)

Theoph69 a écrit:
mais qui a toujours cette facheuse tendance a en venir au mains plutôt qu'a la discussion (mais bon c'est Ulrich).


Crois-moi, il n'y a pas que lui (*tousse 2 fois et murmure "William", avant de se retirer.*)

Theoph69 a écrit:
Matrix étant le meilleur film du monde, je ne pouvais qu'aimer de toute façon !


Approved.

Odd a écrit:
Vous devriez le voir en ce moment, il est comme désincarné à cause de cette histoire !


Juste...Non. Cette phrase n'était aucunement nécessaire, genre Odd qui conseille à Jim d'aller voir Ulrich qui a disparu pour rappel. (Et puis le jeu de mots est pourri, mais bon, tu ne sors pas car c'est ta fic.)

Ulrich a écrit:
C'est quoi encore cette merde ?


Référence au premier post d'Icer sur CharmingMagician.exe?

En conclusion, j'ai franchement aimé cette fanfic, voir Ulrich évoluer dans un univers complètement nouveau, interagir avec des personnages complètement nouveaux, et essayer de comprendre ce qu'il fout ici au lieu d'être dans le Cinquième Territoire.

Voili voulu, fin du com'.

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Silius Italicus MessagePosté le: Mer 26 Oct 2016 09:37   Sujet du message: Répondre en citant  
[Blok]


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Ethereal World


Bonjour cher Zéphyr,
Rêveriez-vous d’un charme bucolique ?

Qu’avons-nous là dans le fond ? Un voyage initiatique. En effet, le héros, Ulrich Stern, va devoir passer un certain nombre d’épreuves dans des endroits divers, prouver sa valeur pour atteindre son objectif, à savoir sortir de là, le tout dans un monde qui lui est radicalement étranger. D’une part, ce n’est pas le monde qui lui est naturel, le monde matériel, d’autre part Phi a bien insisté sur le fait que les règles de la Matrice sont instables, peu fiables. Deux autres considérations accréditent l’interprétation de ce récit comme voyage initiatique. Tout d’abord le titre dont une traduction en français donnerait quelque chose comme « Monde Éthéré ». C’est-à-dire que l’on est dans l’onirisme, à l’écart de la réalité. Or la mise à l’écart, entre parenthèse du monde réel et souvent la sortie symbolique hors de ce monde est un élément central et commun à toutes les initiations, religieuses ou d’accès à l’âge adulte. Le deuxième élément qui vient en renfort de cette thèse, c’est l’aspect fortement mythique ou épique de ce texte.
Le monde de la matrice ressemble énormément à l’idée que l’on peut se faire du paradis, ou du jardin originel. Un monde de nature verdoyante et ondoyante, loin de tout soucis, loin du monde, tant au sens physique qu’au sens de la foule. On apprend par la suite l’existence des autres aires de ce monde. Le manque de cohérence, et de systématisme plaide en faveur d’un monde mythique ou les forces et les concepts primordiaux se côtoient, presque à l’état pur. On notera que les différents mondes mentionnés, ces parties de la matrice, sont assez proche des mondes de la métempsychose.
Dans le même ordre d’idée, Phi est assez proche d’une déité. Instable sans raison accessible à l’homme, doté de pouvoir extraordinaire. Sans compter la multiplicité de ses noms. Or la multiplicité des noms est un élément récurrents des épopées et des mythes. L’un de ces noms en particulier est remarquable. « Vult' » en effet peut être entendu comme un raccourci de « Vulturnus », ce qui fut l’un des pseudonymes de l’auteur de ce récit. Il y a donc une incarnation de l’auteur dans ce récit, incarnation qui fait pendant à la désincarnation du héros. Rendre présent l’auteur a supposé de rendre falot, éthéré, le personnage principal. Mais il y a un autre renseignement à tirer de ce nom et du personnage venteux qui le supporte. En effet, il y a quatre gardiens de la matrice. Si l’on ajoute à cela le fait que la paratexte mentionne le texte Pôle Lyokô, il devient extrêmement attirant de penser que chacun des gardiens de Hopper est l’incarnation fictionnelle, mais aussi mythifié d’un membre du pôle fanfiction de ce royaume. Reste alors l’identité du mystérieux gardien de l’Arène-Sas. Mais gardons-nous de systématiser plus avant alors que l’on manque de faits probants.

Venons-en donc à d’autres points. Les deux titres de chapitres connus sont assez intéressants. Le premier « Phinomènes » fait référence au gardien d’une part et d’autre part à la mention de phénomène. Ce mot à deux sens, d’une part il désigne ce qui sort de l’ordinaire. Chose qui s’applique finalement à tous les éléments de l’aventure d’Ulrich, que ce soit ce qui lui est arrivé ou le personnage de Phi. D’autre part un phénomène est littéralement une apparition et désigne dès lors ce qui apparaît, par opposition à ce qui est. Or qu’est Ulrich ici si ce n’est une apparition, un pur esprit qui se donne une forme ? Encore que paradoxalement il apparaisse — décidément — dans ce qui justement est la substance derrière l’apparence de Lyokô.
Ce titre crée aussi un relief intéressant avec celui de la deuxième partie, « errements spirituels ». Ce titre fait d’abord mention à un voyage d’Ulrich. Ce dernier étant un esprit sans corps, ses déplacements sont littéralement spirituels. En un deuxième sens, à confirmer plus tard, on peut y voir la mention de troubles de l’esprit, de crise personnelle. Le voyage d’Ulrich pourrait donc faire écho, être l’incarnation d’évolutions et de réflexions au sein de sa pensée, ce qui viendrait en renfort de la thèse du voyage initiatique. Enfin, en un troisième sens de ce titre, l’errement spirituel est aussi une étape, un passage de la mystique. Or la mystique s’oppose au phénomène. En effet la mystique permet — pour ceux qui y adhérent et la vivent — un accès direct, non-médiat, à la réalité des choses et des êtres. Autrement dit, elle permet de passer outre les phénomènes. Dans le fond, Ulrich va se promener — errer — dans le cœur de Lyokô, par-delà les apparences donc.

En somme, il reste encore des choses à voir et à analyser, mais en l’absence d’un texte accompli, ce ne serait que bavardage oiseux.

Au plaisir de continuer à explorer en votre compagnie.
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AMDG

Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.
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Icer MessagePosté le: Mer 02 Nov 2016 13:15   Sujet du message: Répondre en citant  
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Hum, passer après Silius... Il va falloir pondre un bref commentaire abrupt pour compenser sa grandiloquence.

Yo'. J'ai trouvé ce texte particulièrement dégueulasse pour une première partie.

Cool, j'ai capté ton attention.
Oui je suis un sale petit enfoiré. Mais c'était pour l'hommage.

Citation:
une nouvelle fanfiction, au titre bien perché


J'en sais rien, je parle pas anglais.

Citation:
ce texte déforme honteusement les événements d'un épisode pour les réorganiser comme ça l'arrange.


On s'en fou, ça va nous débloquer une nouvelle catégorie à terme, et ça c'est cool. Wink
Même si tu aurais pu finir l'Engrenage d'abord Sad

Honnêtement l'idée de base est excellente. Que ce soit le concept même de Matrice dans le cœur de Lyoko, la passerelle avec Pôle Lyoko (C'est à dire où les vieux programmes ont été foutu) ou profiter du contexte de l'épisode #62 pour y balancer Ulrich. C'est à cela qu'on reconnait les grands. De fait, tu as un peu subi le Lyoko-guerrier de l'histoire mais Ulrich est sûrement un meilleur acteur qu'Odd, Yumi et évidemment Aelita, pour ce genre de plan.
Cependant je remarque un déséquilibre évident entre Phi, qui occupe le rôle de mentor spirituel et qui récupère le logo du texte, et les trois autres. Finalement, cette première partie aurait pu attendre le 25 novembre non ? Razz

Là où j'ai été davantage surpris c'est dans l'introduction d'une séquence terrestre. Tu ne te limites donc pas à l'exploration de ce qui a pu arriver hors cran à l'esprit d'Ulrich. J'anticipe le fait possible que tu ré-écrives le conseil de classe. Ça sera marrant !

Bref, la suite enculé, t'es très bien parti là.

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« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Zéphyr MessagePosté le: Dim 06 Nov 2016 18:48   Sujet du message: Répondre en citant  
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Dernière édition par Zéphyr le Dim 06 Nov 2016 20:22; édité 2 fois
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Zéphyr MessagePosté le: Dim 06 Nov 2016 18:48   Sujet du message: Répondre en citant  
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http://i.imgur.com/4ObXPOa.png




La bouillie visuelle que parvenaient à capter les yeux d'Ulrich passa du clair au sombre, même s'il n'y accorda aucune forme d'importance, préférant s'accrocher littéralement à la vie. Le virtuel présentait l'avantage de ne pas permettre le ressenti de la tétanisation des membres ou la douleur de serrer trop fort un objet. Toutefois, il n'empêchait pas le glissement des mains du jeune homme le long du manche de la lance, ce qui poussait l'inconfort du moyen de transport à son paroxysme. Au moins avait-il arrêté de crier passée l'adaptation à la vitesse, supérieure à celle employée en Supersprint. En définitive, sa prière d'arrêt rapide du voyage fut exaucée puisque la lance ne prit même pas la peine de ralentir et s'arrêta brutalement. La brutalité de la manœuvre permit à la physique de prendre le relais : le choc fit instantanément lâcher le Lyokô-guerrier et poursuivre son déplacement horizontal. Son déboussolement fut tel qu'il n'eut même pas le réflexe de crier cette fois, même lorsqu'il perdit logiquement en vitesse et vit son regard s'approcher d'un sol rougeoyant et légèrement ondulant. Quelques mètres avant impact, un objet s'interposa pour stopper net sa chute et, plus surprenant, exerça une force contraire qui poussa son corps dans un rapide mouvement curviligne droit vers ce qui avait la texture de la terre ferme. Du moins, c'est ce que rapportèrent les fesses d'Ulrich lorsqu'il toucha son point d'atterrissage. Enfin positionné de manière stable, il nota que ce qui venait de lui éviter la découverte de la nature du sol flamboyant n'était autre que l'éternelle lance de Phi, qui avait de gros progrès à faire en tant que véhicule. Comme s'il s'adressait à un être intelligent, Stern ne put s'empêcher de faire remarquer de façon explicite ce dernier point à l'artefact :
- Aïe !
Pour toute réaction à la remarque, le bâton volant se para d'une aura bleutée et prit congé, disparaissant à une vitesse qui valait au moins le double de celle qui avait déposée Ulrich. Ce dernier profita de l'instant pour soupirer un grand coup. Non pas qu'il se formalisait de s'être fait snober par un bout de métal mais quelque chose lui disait que le faire tout de suite aurait le mérite de lui épargner cette tâche plus tard. Après quoi, il se concentra sérieusement sur le décor, logiquement volcanique. Le télescope qu'il avait utilisé plus tôt n'avait pas su rendre justice à la taille de l'endroit, nommé – à en croire le cours express de Phi – Disque Phlégéthon. Comme son nom l'indiquait, le constituant majeur du lieu était un épais et parfait disque de lave en suspension dont le rougeoiement ne semblait pas prêt de s'arrêter. Son tour dépassait largement celui de la Plage Cascade, avec toutefois une largeur dans sa bande de matière en fusion pas si impressionnante, nature géométrique oblige. Effectivement, le trou circulaire central était bien plus imposant que sur n'importe quel disque, prenant une bonne moitié de la surface qu'aurait pu obtenir le cercle en étant plein. Les dimensions de la fosse se justifiaient par la présence d'un imposant volcan flottant. Sa base, placée en-dessous du niveau du disque, formait comme un noyau gigantesque pour ensuite devenir une cheminée toujours plus étroite jusqu'au sommet, à l'ouverture ridiculement étroite par rapport à son envergure totale. Cela n'empêchait pas les éruptions ponctuelles d'être impressionnantes, même si la majorité de la lave coulait presque comme de l'eau sur les bords de la montagne avant de se perdre dans le vide, sans avoir eu la chance d'adhérer ou d'être expulsée sur le cours de substance ardente.
« Bon, où est-ce que je peux trouver une intelligence artificielle dans un décor pareil ? » s'interrogea l'esprit vagabond.
Son investigation visuelle n'avait accroché sur aucun élément porteur d'indice de ce côté-là. Cependant, contrairement à l'Aire de Détente, il n'y avait pas énormément d'options de planque : derrière le volcan, ou à l'intérieur. Secrètement, Ulrich espéra que la première option était la bonne, préférant ne pas prendre le risque de se faire cracher dessus une matière certainement dangereuse pour son enveloppe du moment. Faire le tour du disque était la première chose à faire, la configuration de sa surface invitant à une telle entreprise : présents de manière suffisante, des morceaux de terre de couleur sombre, cousins de celui sur lequel le jeune homme s'était fait lâcher, étaient incrustés erratiquement. Tous émanaient ce qui s'apparentait à un champ de force bleu-violet, pour quelque raison mystérieuse.
Avec habileté, Stern entama un parcours bondissant long et peu passionnant. Même s'il jetait des coups d’œil attentifs à son environnement à la recherche de la cachette de la fameuse « Sigma », il ne put s'empêcher de penser au monde réel. Probablement la conséquence d'évoluer au milieu d'une rivière de lave sous un ciel nocturne paré d'une multitude d'étoiles. Il n'arrivait plus à évaluer à quel moment de la journée la Terre devait être. Faisait-il aussi nuit ? Ou au contraire, était-il midi ? Dans ce cas-là, ses amis devaient être en train de manger, à moins qu'il ne soient trop absorbés par sa disparition pour ça. Peu probable avec Odd. Il y avait aussi le conseil de classe qui devait se tenir, à moins qu'il ne soit déjà passé. Aucune importance, puisqu'il allait inévitablement affecter son destin scolaire. Ce n'était pas plus mal d'être bloqué dans une dimension virtuelle en fin de compte. Ça offrait à Ulrich une dernière bulle de liberté avant que le cours de son existence tourne mal. D'ailleurs, pourquoi se déprimer avec des considérations aussi terre à terre alors qu'il se frottait à l'Aire de Survie, qui devrait tout autant capter son attention ? La faute en revenait à la monotonie du décor, qui au-delà de son étendue de lave, ne donnait pas l'impression de devoir rester sur ses gardes. À moins bien sûr qu'il ne s'agisse là de toute l'astuce de l'endroit : faire baisser la garde pour mieux mettre à l'épreuve la faculté à rester en vie. Il était vrai que le samouraï se sentait incapable de retrouver son point de départ ou encore d'estimer quelle fraction de disque il avait déjà parcourue. De fait, cela signifiait que malgré sa progression constante, il se trouvait réduit au simple statut explorateur. Pas perdu mais pas très orienté non plus.
À partir d'un certain temps, son chemin trouva véritablement un éclairage. Il faillit même le rater à vrai dire. Les grandes torches rouges étaient plutôt discrètes au milieu de l'environnement volcanique. Fixées sur le flanc de la montagne, à l'encadrement d'une ouverture à échelle humaine positionnée au niveau du terrain en fusion, Ulrich les avait aperçues uniquement parce qu'une coulée de lave avait soigneusement évité leur zone d'implantation, de manière peu naturelle. Finalement, c'était bien dans l'édifice principal qu'il fallait chercher, ouvrant la voie à toujours plus de lave, perspective qui n'enchantait pas vraiment le garçon à l'avatar orange. Bon gré mal gré, il finit par générer une suite de DMA pour traverser l'espace aérien le séparant de la suite de son aventure. Il se hâta pour éviter la surprise d'une éruption au-dessus de sa tête.


D'entrée de jeu et de volcan, le visiteur venu de Lyokô dut faire face à un choix : prendre à droite ou à gauche. Deux voies possibles qui ne présentaient visuellement aucune différence et ne promettant qu'une obscurité certaine, que la lumière venant de l'entrée ne percerait certainement pas jusqu'au bout. L'instinct s'imposa dans la prise de décision et pencha pour la gauche. C'est ainsi que l'esprit perdu se retrouva à tâtonner dans un tunnel au sol et aux parois accidentées, qui lui valurent quelques trébuchements. S'il avait été dans son corps de chair, les égratignures auraient aussi été au rendez-vous. Ces désagréments premiers cédèrent au bout d'un moment la place à l'adoption d'un rythme de marche par Ulrich : à pas mesurés, les mains placées autour de lui afin de pallier l'absence de vision, il avançait de manière régulière, s'adaptant automatiquement à toute originalité du parcours, telles de légères montées, descentes, ou virages. Il n'avançait dans le noir plus que machinalement, comme si son enveloppe charnelle du moment assurait automatiquement la dynamique du déplacement. Au sein de l'organisme de la montagne de feu, il était avalé par l'obscurité dominante qui s'était donné pour tâche de tout étouffer. Lumière, sons, conscience du corps, temps, impressions et pensées n'avaient plus court dans le boyau souterrain. Une coquille vide évoluant dans un ventre avide était l'image pouvant résumer l'état de l'individu qui s'appelait encore Ulrich Stern plus tôt, qui avait logiquement subi l'influence du lieu. Privé de la quasi-totalité de ses sens qui court-circuitaient toute analyse par son cerveau, il n'aurait plus su dire ce qu'il faisait exactement. Au moins ses membres, toujours sous l'effet d'une quelconque autonomie, le savaient-ils.
Puis, le passage d'une courbe, au bout d'une durée impossible à mesurer, changea tout. La vue comme les idées du samouraï furent percées par un point de lumière, symboliquement au bout du tunnel. Ce fut un véritable électrochoc : il reprit conscience de lui-même et de ses objectifs. Galvanisé par cette avancée, il accéléra le pas, que le sol irrégulier arrivait tout juste à ralentir. Atteindre l'espace éclairé demanda un petit moment, que n'avait pas prévu Ulrich, l'obscurité ayant largement faussé son estimation de distance. Finalement, il déboucha dans un espace où il pouvait un peu mieux respirer, pas aussi grand que son imagination le lui avait suggéré. Il se trouvait sur un balcon en terrasse, incrusté dans une niche taillée à cet effet dans la paroi du puits volcanique, situé à seulement quelques mètres au-dessus du fond dans lequel ronronnait le magma, source évidente de la luminosité générale prête pour une nouvelle expulsion. L'endroit aurait pu tenir de la simple plateforme d'observation s'il n'y avait pas eu d'ameublement. Dans un coin, un fauteuil à l'aspect confortable traînait, devant lequel une interface, identique à celles de Lyokô, flottait à la juste hauteur. Ailleurs, une imposante table, placée de manière plutôt aléatoire, faisait office d'élément principal de la place. Des dizaines d'interfaces, en version miniature, étaient placées en suspension au-dessus, affichant du contenu ressemblant à des plans et des notes. Ironiquement, la large surface de l'espace de travail ne servait à l'accueil que d'un seul et unique élément : un ballon rond de chimie bouché, rempli d'une matière noire inidentifiable et posé sur son support associé. Ulrich ne se sentait pas à sa place dans cet environnement, en grande partie à cause de cette fenêtre ouverte sur la roche en fusion qui n'excluait pas de déborder sur l'espace-terrasse. Aussi, il choisit d'agir vite et s'approcha de la balustrade de métal, au style tout à fait classique, pour interpeller l’humanoïde femelle qui s'y appuyait :
- Excusez-moi ?
L'être se retourna complètement, appuyant cette fois son dos sur la barrière. Sigma, si c'était bien elle, était bien plus petite que l'esprit en balade, ce qui en combinaison avec son expression faciale caractéristique lui donnait un air teigneux. L'impression visuelle se voyait renforcée par le sweat à capuche rouge porté par la concernée, élément qui ressortait le plus de son look plutôt basique, avec pantalon et chaussures noires en accord avec une queue de cheval ordonnée. Comme prévu, la matricienne était moins avenante que son voisin détendu.
- Vous êtes bien Sigma ? Je m'appelle Ulriiiiiiiii...
Le Lyokô-guerrier s'interrompit précipitamment à cause la gerbe enflammée visant sa tête que Sigma lui envoya sans sommation. Ses réflexes de Supersprint lui permirent d'effectuer une esquive digne des plus grands élus, par torsion de la partie supérieure du corps. L'attaque de feu alla s'écraser contre un mur, sans avoir causé de dommages.
- Mais ça va pas ? lança Stern tout en reculant et adoptant une position de garde.
- Sigma, c'est le nom que m'a donné ce vieux sadique. Hors de question de l'adopter. En attendant d'en trouver un qui me convienne mieux, ce sera Amgis pour toi.
Ulrich comprit alors deux choses, une tout de suite, l'autre en un peu plus de temps. D'abord, Phi n'avait pas exagéré en disant que cette Sigma serait difficile à convaincre pour le fragment de clé. Sa réaction pour un simple nom montrait clairement que discuter avec elle était un exercice complexe. Ensuite, elle confirmait son statut de programme par un singulier manque d'imagination, son renommage temporaire en miroir se passant de commentaire – par conséquent de gerbe de feu supplémentaire. Désireux d'étouffer le poisson, le jeune homme reprit :
- C'est noté, d'accord. En fait, j'ai atterri dans la Matrice par accident et pour en sortir j'ai besoin… enfin, Phi m'a parlé de vous et…
- Phi n'est qu'un bêta, le coupa Amgis. Pas question que j'aide un humain, de surcroît à l'air aussi crétin.
Clair, net et précis. Il n'avait eu aucune possibilité de manœuvre.
- Allez, dégage d'ici maintenant. Si je te revois, je te crame sérieusement.
Choqué par le refus sec et le caractère de son hôte, le demandeur d'aide ne trouva pas la force de répondre. Au lieu de quoi, il préféra se réfugier dans l'obscurité du tunnel.


Ulrich effectua le chemin-retour dans un état proche de celui de l'aller, dans un premier temps du moins, où il était à nouveau un simple zombie traçant sa route. Ce n'est que dans un second temps qu'il parvint à se reprendre. Il ne savait plus comment ni pourquoi, mais il avait pensé qu'il avait bien fait de partir sans insister. Outre une position de force qui n'était pas à son avantage, il lui restait un espoir sûr pour rentrer chez lui : retourner à l'Aire de Détente et supplier Phi d'intervenir pour dénouer la situation. C'était probablement la solution la plus rapide. La plus facile aussi accessoirement. Sans qu'il ne s'en rende compte tout de suite, il arriva déjà à l'intersection-entrée et manqua de continuer sur sa lancée en prenant l'autre chemin. Ce n'est qu'au bout de quelques pas qu'il percuta le ratage de la sortie du volcan. Logiquement, il entama une manœuvre de demi-tour et retourna en arrière. Il était à deux doigts d'appliquer son idée initiale, avant de se raviser, sa curiosité piquée par l'autre boyau. Si au bout de l'autre se trouvait l'espace personnel de Sigma – enfin, Amgis – sur quoi débouchait celui-ci ? Peut-être un moyen de faire céder l'occupante des lieux ? Malgré l'improbabilité de la chose, Stern sentit une bouffée d'excitation curieuse l'envahir, alors qu'il était dans un état second quelques minutes avant. Définitivement, la forme spirituelle faisait faire des montagnes russes à ses ressentis et émotions. Cependant, il ne fonça pas si rapidement que d'habitude dans la galerie, pesant en amont la décision. Il y avait peu de chances que Sigma le prenne sur le fait, puisqu'elle n'avait même pas détecté son arrivée plus tôt et qu'elle semblait terrée au fond de son volcan. Le seul vrai risque se trouvait donc dans ce qui se trouvait au bout de la nouvelle voie d'exploration, constituant au passage tout le piment de la chose. Tout coulait de source finalement.
L'impétueux se lança donc dans un nouveau trajet-découverte, qui s'avéra très court. L'obscurité n'avait même pas eu le temps de lui faire un quelconque effet. Cette fois-ci, il découvrit une caverne en cul-de-sac, aux dimensions d'une grande chambre à coucher et à l'éclairage industriel. Son regard accrocha tout du suite le gros bouton rouge, cliché à souhait, placé dans un boîtier fixé contre le mur du fond. L'enthousiasme qu'avait éprouvée l'esprit inquisiteur retomba, déçu par l'absence de grandiose de cette trouvaille. En revanche, sa curiosité ne le quitta pas. S'il était passé par cette pièce d'abord, il aurait certainement rebroussé chemin sans rien toucher. Toutefois, il sortait d'un échange peu fructueux et agréable avec une intelligence artificielle qui l'avait congédié sans ménagement. Il n'avait par conséquent pas à avoir d'état d'âme à faire pression sur un simple bouton, même si celui-ci, par son aspect, n'inspirait pas forcément confiance. Cela n'arrêta pas Ulrich, qui considéra qu'une vengeance mesquine lui convenait tout à fait.
Il s'avança. Arrivé à un tiers du chemin, il manqua de se faire rôtir pour la deuxième fois de la journée par la série de lance-flammes qui se déclencha entre lui et son objectif. Lors de son mouvement de recul-réflexe en Supersprint, ils se désactivèrent. Tirant une conclusion instinctive sur cette base, le Lyokoïte prit un maximum d'élan, se réengageant quelque peu dans le tunnel d'accès. Puis, il généra un DMA à propulsion instantanée dans les airs, à hauteur de sa poitrine, juste avant la zone où les appareils cracheurs de feu se déclenchaient. Enfin, il s'élança à vitesse maximale. L'action dura une seconde à tout casser. Dès qu'il entra en contact avec le symbole flottant relatif à son bandeau frontal, sa vitesse prit en ampleur et il fut propulsé à l'horizontale droit dans le mur, littéralement. La faute au léger surdosage de puissance du DMA, qui l'avait catapulté face contre paroi. Faisant fi de ce mauvais calcul, le samouraï bondissant vit le positif dans l'histoire : le choc frontal n'avait pas été assez important pour endommager son enveloppe du moment et surtout, il était passé sans avoir été brûlé.
Juste après s'être redressé, il enclencha l'emblématique interrupteur, qui vira au bleu. Parallèlement, les lance-flammes, qui étaient restés actifs malgré passage de l'autre côté de la caverne, s'éteignirent. Aucun autre effet visible ne se manifesta, pas plus qu'une voix n'annonça l'activation d'une procédure aux effets surprenants. Ulrich songea alors qu'il s'était peut-être fait avoir : la caverne faisait croire à une quelconque importance du bouton, alors qu'il n'avait que pour fonction de désactiver le système de sécurité qui le protégeait. C'était bien le genre d'idée tordue pouvant émaner d'intelligences artificielles créées par un homme à la santé mentale déclinante.


L'heure était venue de s'asseoir un coup pour celui qui crapahutait dans la Matrice. Le but recherché était bien évidemment un repos psychologique et non physique, celui-ci étant toujours opérationnel. Un des îlots de petite taille posé sur la rivière de lave fut tout indiqué pour ce rôle. Tout en regardant l'imposant volcan du Disque Phlégéthon, l'esprit en vadrouille refit un point sur ses options, à commencer par celle impliquant de retourner dans l'Aire de Détente, qui était la plus séduisante du lot. Néanmoins, sa situation n'était pas nécessairement oblitérée par le refus de Sigma. Il y avait encore deux matriciens à rencontrer, potentiellement moins obtus que celle qu'il venait de quitter et plus même de lui fournir une double aide. Quoique, l'inverse était aussi une possibilité, mais puisqu'il avait rencontré deux extrêmes d'attitudes à son encontre, il allait bien tomber sur un entre-deux. Oui, c'était décidé, il allait partir à la recherche de l'autre habitant de l'Aire de Survie. La pause était terminée.
Seulement, lorsque le garçon en orange se leva dans le but de programmer son prochain itinéraire, logiquement orienté sur le relief glacé volant au-dessus de sa tête, il remarqua que quelque chose clochait dans la zone volcanique. Le volcan n'avait plus craché d'élément en fusion depuis un certain temps déjà et le disque ne rougeoyait plus aussi intensément qu'à son arrivée, paraissant de fait refroidir. La rapprochement avec l'actionnement du bouton rouge s'effectua assez vite dans la tête d'Ulrich. Finalement, ce n'était pas une simple farce, mais probablement un système d'extinction du Disque Phlégéthon. Immédiatement, le Lyokô-guerrier pensa à Sigma. Si elle ne s'était pas déjà rendu compte de la métamorphose de son secteur, nul doute que cela ne tarderait pas et que lui n'était pas assuré d'en sortir indemne. Même si la perspective d'avoir à combattre face à un avatar de gamine ne l'effrayait pas non plus des masses, il savait qu'il ne possédait pas le luxe d'endommager son enveloppe virtuelle. C'est pourquoi il opta pour une retraite prudente et furtive. Estimant qu'atteindre la zone hivernale céleste ne rentrait pas dans ces critères, il enchaîna plateforme de rebond sur plateforme de rebond afin d'atteindre le sommet d'une des deux parois bleu sombre formant la vallée dans laquelle s'élevait le Disque. Pendant le trajet, qui demanda un petit moment, il releva que le fond de la fameuse vallée était un patchwork de parties noires – de toute évidence praticables à pied – et de lave, insoumise au mécanisme activé plus tôt par le samouraï.
Parvenu à son but, Ulrich dédaigna la plaine s'étendant jusqu'à l'horizon pour s'allonger à plat-ventre sur le bord de la falaise, en position de sniper. Quelques minutes durant, il porta son regarda sur le Disque, afin de relever toute évolution, ou une poursuite de sa personne. Néant. Plutôt rassuré sur la situation immédiate, il roula sur le dos et contempla le ciel étoilé, qui proposait un spectacle que la Voûte Céleste en personne ne pouvait égaler. Le territoire glacé, par sa position aérienne immobile et excentrée par rapport à la partie volcanique, donnait l'impression d'être une embarcation ayant jeté l'ancre dans un océan galactique. La Matrice était paradoxale en cela : attrayante et effrayante, belle et repoussante, dangereuse et paisible. Cela dépendait surtout du positionnement adopté selon Ulrich. Dans un rôle de spectateur, l'ensemble était plaisant, alors que dans un rôle plus actif, les mauvais côtés se décelaient facilement.
Sa réflexion lui rappela qu'il ne pouvait se targuer d'être dans la première position et qu'il avait tout intérêt à se remettre en mouvement. Les formes noires aux yeux blancs qui apparurent dans son champ de vision lui donnèrent raison.


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La porte du gymnase fut ouverte dans une brusquerie ferme qui témoignait de l'habitude du geste. Jim Moralès était littéralement sur son terrain, à l'inverse à Suzanne Hertz qui lui y avait donné rendez-vous au dernier moment. Pourtant, c'est bel et bien celle-ci, positionnée à côté de l'entrée, qui prit l'initiative orale quelques pas après l'arrivée de l'homme, le tout en s'approchant de lui :
- Ah, mon cher Jim. C'est bien toi qui m'a dit avoir été danseur de salon professionnel à Buenos Aires ?
La question, posée de manière franche et quasi-rhétorique, surprit le professeur d'E.P.S. Y-avait-il vraiment besoin d'organiser une rencontre dans un tel endroit pour demander ça ? Néanmoins, afin de garder sa réputation sauve, il répondit logiquement :
- Heum, oui.
- Alors tu es bien l'homme qu'il me faut, en conclut sa collègue. Depuis que tu m'as parlé de tout ça, j'ai une folle envie d'apprendre le tango !
Pour accompagner la fin de sa déclaration, elle posa ses mains sur le ventre de Jim, dans un geste qui se voulait familier et révélateur de sa volonté de danser. Elle était étonnamment enthousiaste, fait rare à observer. Quant à celui qui portait un survêtement rouge, il n'en menait pas large intérieurement. Pour la première fois, il savait que sa phrase signature ne le sauverait pas. Les limites de son pouvoir avaient été atteintes. Cependant, même sans ça, il avait encore un peu de ressource.
- Une minute Suzanne ! Je voulais d'abord te parler du cas d'Ulrich Stern.
Heureusement que Odd Della Robbia était venu lui en parler plus tôt, sans quoi il n'aurait pas eu l'inspiration pour se frayer un chemin de sortie. Il allait utiliser le conseil de classe des troisièmes pour digresser du sujet de la danse, ensuite seulement il pourrait prétexter avoir une surveillance quelconque à préparer ou à faire afin de partir en coup de vent. Sur le court terme, c'était le crime parfait.
- Olala, non non, ce n'est pas le moment. On verra tout ça à l'heure du conseil de classe, ça peut attendre, pas vrai ?
Le plan improvisé était presque mort-né avec une réponse pareille. S'il répondait négativement, il n'allait réussir qu'à l'irriter, il la connaissait. Et il n'était pas assez doué pour construire une argumentation sans y avoir réfléchi en amont – ce qui lui demandait un bon effort. Ne sachant que dire, Jim laissa planer le silence, interprété par Suzanne comme un « oui », qui reprit comme si le changement de sujet n'avait jamais existé :
- Je dois voir Pedro dimanche après-midi au thé dansant et je dois absolument savoir danser le tango argentin sinon c'est à peine s'il daignera me regarder.
Au moins la nouvelle lubie du professeur de physique-chimie s'expliquait-elle. Le « danseur professionnel » ne connaissait ce Pedro que de nom mais en cet instant, il aurait juré que celui-ci était l'unique responsable du pourrissement de sa vie.
- Alors ? s'empressa la femme. Tu veux bien me faire un cours accéléré ? Vu que le temps presse, le mieux serait de commencer tout de suite, avant le conseil de classe, et de poursuivre après.
Jim se sentit piégé, son adversaire avait tout prévu. À sa façon de parler, elle n'envisageait pas un seul instant que le service lui soit refusé. Pourtant, son discours présentait une faille : le temps.
- Tu sais, s'engagea prudemment le surveillant, en à peine un jour, c'est impossible de réussir à danser correctement. Même mes élèves les plus talentueux ont eu besoin d'un peu plus longtemps.
- Ce n'est pas grave ça ! J'ai bien conscience que je ne maîtriserais pas le tango d'ici demain, mais en se concentrant uniquement sur les bases ça devrait être réalisable et je pourrais garder la face dimanche.
Elle avait réponse à tout. Il ne restait au pauvre homme qu'une seule carte à jouer :
- Hum, je suis pas convaincu...
- Tu ne veux donc même pas qu'on fasse un essai ? Pas étonnant que tu n'aies pas insisté quand tu as parlé d'Ulrich Stern.
Ça tournait mal, sa voix avait adopté des accents cassants. Son regard s'était accordé avec, et révéla au passage une certaine suspicion.
- C'est que… mon tango philippin est complètement rouillé depuis le temps, fit Jim en sortant les rames.
- Argentin. Jim Moralès...
Elle venait de prendre son ton sévère inimitable. Il était foutu.
- As-tu vraiment été danseur de salon professionnel, peu importe le pays ?
Le concerné garda le silence et baissa même un peu les yeux. Il savait que ça ne servait plus à rien de patauger plus, sa collègue l'avait déjà grillé.
- As-tu au moins une expérience amateur en danse de salon ?
Toujours une réponse muette.
- T'es-tu dis qu'à force de nous raconter « ta vie », tu ferais perdre leur temps aux autres, moi comprise ?
Les questions n'étaient plus là que pour faire se sentir bête et honteux le fabulateur, qui ne cherchait plus qu'à éviter les yeux furieux et accusateurs. La manœuvre l'empêcha de voir la gifle arriver, qui précéda la départ furieux de Suzanne.


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Plusieurs bras sans mains allèrent au contact d'Ulrich, pour s'y liquéfier instantanément et démarrer un enrobage de son corps. Logiquement, ce dernier se débattit avec panique, sans parvenir à se dégager de l'étreinte des êtres aux yeux blancs ni à se débarrasser de la matière noire qui s'étalait de plus en plus sur lui. Il se sentait l'âme d'une pauvre mouette prisonnière du pétrole après une marée noire. Outre ce ressenti physique, ce n'était pas vraiment ça non plus psychiquement : la sensation d'être fouillé dans une optique d'engloutissement était forte. À ce niveau-là, le parallèle avec la tentative de xanatification dont il avait été victime quelques mois plus tôt s'établissait naturellement. Stern sentit sa conscience vaciller tandis que son visage se recouvrait.
Puis le poids qui lui pesait dessus s'éparpilla brusquement, accompagné d'une étonnante impression, proche de celle qui suivait la sortie de la tête de l'eau après une immersion plus longue que prévue.
La vue dégagée, il constata la disparition totale de la petite poignée de formes sombres qui le cernaient un instant plus tôt. Néanmoins, lorsqu'il se releva, ce fut pour remarquer la présence d'un nouvel individu, d'apparence masculine plutôt sobre avec des baskets blanches, un pantalon noir et une chemise bleue. Point positif : son air mi-amusé, mi-attentif lui donnait un aspect moins hostile que Sigma. De toutes façons, il l'avait libéré de la masse d'entités noires, un plutôt bon signe.
- Un conseil, p'tit brun, dit-il à Ulrich une fois repéré par celui-ci. Pour regarder le ciel, fallait aller sur l'Aire de Détente, pas te frotter à celle de Survie. Le coin n'est pas conçu pour accueillir chaleureusement les débutants.
Le Lyokô-guerrier n'était décidément pas au bout de ses peines. Après la demande de prise de congé sans délicatesse, le dérivé d'avertissement. Il n'était pas certain de tenir nerveusement si ce genre de choses s'accumulait.
- Merci de m'avoir sauvé, marmonna-t-il.
- C'était pour éviter d'avoir un problème plus grave que toi à vrai dire, pas vraiment pour la charité.
Sur ce coup-là, le samouraï n'avait pas trop les moyens de répliquer comme il en avait l'habitude, puisqu'il n'avait pas été très malin de s'être laissé aller en zone inconnue. C'est pourquoi il se raccrocha au contenu de la dernière réplique :
- Ah bon ? Il se serait passé quoi si ces créatures étaient allées au bout de leur… intrusion ? Déjà, elles sont quoi ? Des genres de monstres ?
- La politesse voudrait plutôt que tu m'expliques ce qu'un être virtuel inconnu comme toi fait par ici.
Interloqué par le renvoi de ses questions à la figure, Ulrich ne réagit pas tout de suite.
- Ouais, à ce rythme-là, on y arrivera pas, s'empressa l'interlocuteur sans nom. J'ai toujours ma partie en cours moi… On va faire plus simple : suis-moi.
Sur ces paroles, il tourna les talons et s'avança sur la plaine lisse et sombre sous fond étoilé qui s'ouvrait devant lui. L'être humain hésita à faire de même, avant de déceler un mouvement sur sa droite. Le souvenir encore frais des créatures informes motiva un pas rapide et motivé derrière son bienfaiteur.


Ils marchèrent si peu qu'une fois arrêtés, le Disque Phlégéthon qui dépassait du rebord de falaise était encore visible. En revanche, le terrien avait un gros doute quant à l'endroit où ils avaient stoppé leur avancée, qui ne présentait aucune forme de singularité par rapport au reste. L'anonyme s'adressa à lui :
- Ici, c'est l'entrée de ma base secrète. Comme je suis le seul à avoir droit d'y accéder, je vais autoriser ton passage, donc te laisser seul ici un instant. Compte jusqu'à soixante-quatre à partir du moment où je serais entré, puis vas-y.
Devançant les interrogations d'Ulrich, il se jeta à pieds joints sur une portion de sol tout à fait banale et raccord avec le reste. Pourtant, il la traversa aisément, disparaissant sous terre. Seules traces de son prodige : des ondulations circulaires blanchâtres rappelant l'eau suite à une perturbation. Moins surpris de la chose que prévu, Ulrich commença un décompte mental. Parallèlement, il ne put s'empêcher de tourner la tête dans un maximum de directions, guettant d'éventuelles créatures. Se retrouver seul dans un décor nocturne et vierge n'était pas des plus rassurants. Plus de stress que de danger finalement, l'esprit voyageur traversa l'ouverture sans encombre et comme demandé.
Une chute de quelques mètres plus un atterrissage plus tard, il découvrit la planque de son sauveur. L'espace s'étalait dans un dôme de la taille d'une grande chambre et proposait sur ses parois une multitude de cristaux bleus incrustés, donnant du même coup un éclairage. Le samouraï eut besoin d'un temps d'adaptation à cette clarté particulière, qui donnait l'impression d'être dans un aquarium. Cette étape nécessaire surpassée, il se rendit compte que les murs n'étaient pas si nus que ça. D'étranges objets y étaient accrochés, évoquant tous des manches modernes et stylisés d'armes blanches, sans lames. Stern ne se posa pas la moindre question et rejoignit celui qu'il avait suivi, installé à son exact opposé sur un siège moelleux, placé devant un bureau épousant la forme du mur. Pour une prétendue base secrète, la décoration restait minimaliste. Le propriétaire recherchait peut-être plus l'isolement qu'une véritable cache à cachotteries. Son absorption par la large interface flottant sous ses yeux renforçait cette hypothèse. L'écran en question affichait une partie d'échecs en cours, ainsi qu'une icône à l'effigie d'un micro dans le coin supérieur gauche.
- Vas-y, dis-nous tout, fit-il à l'attention d'Ulrich sans détourner le regard. Moi et le type de l'autre côté du micro t'écoutons.
Malgré sa curiosité quant au second interlocuteur, le concerné s'exécuta et raconta son périple jusqu'à lors, parallèlement à la poursuite du jeu de pièces. Le récit achevé, le personnage en chemise ne trouva rien de mieux à dire que :
- Phi chier.
Impossible de dire si le fond de sa réplique concernait ce qu'il venait d'entendre ou les mouvements sur le plateau aux cases noires et blanches.
- Encore une preuve que l'autre gamine est incompétente, au moins autant que l'autre planeur. Laisser le mécanisme de glaciation être activé…
La remarque provenait de l'interface – bien qu'aucun haut-parleur ne fut présent – formulée par une voix aux accents durs et assurés.
- Ce n'est pas pour me déplaire personnellement, renvoya celui qui était assis au bureau. Ça rend le cours des choses plus intéressant.
- Dites, se risqua enfin l'intrus virtuel, c'est quoi l'intérêt de refroidir la zone volcanique ?
- Tu n'auras pas besoin de cette information pour sortir, je te rassure. Si Phi ne t'as pas exposé toutes les subtilités et histoires de la Matrice, c'est pour te faire gagner du temps. Concentre-toi sur ce qui peut débloquer ta situation.
Le message avait beau être clair, Ulrich ne put s'empêcher de répondre sur un ton légèrement provocateur :
- J'imagine que ça inclue les créatures noires aussi.
Pour la première fois depuis qu'ils étaient dans le repaire souterrain, le matricien tourna la tête pour regarder dans les yeux son invité, lequel soutint le geste malgré sa brusquerie. Puis, sans raison apparente, il ricana. Enfin, il annonça :
- Enchanté Ulrich Stern. Tu peux m'appeler Psi. De l'autre côté de la ligne, c'est Thêta.
Il se tourna à nouveau vers l'écran, l'air détaché.
- Pour toi, ce sera Monsieur Thêta et rien d'autre, précisa d'un seul coup le non-présent physiquement.
Ces présentations tardives donnèrent un nouveau coup de barre au Lyokô-guerrier, le murant dans un silence devenu nécessaire pour ne pas craquer nerveusement. Pendant ce temps, des mouvements supplémentaires furent effectués sur l'échiquier numérique, juste avant une reprise du dialogue par Thêta :
- Quand même, ce Phi…
- Quoi encore ?
- Tu te souviens de ce que je t'ai dit sur lui ?
- Je suis une intelligence artificielle qui jouit d'une certaine influence sur la Matrice de Lyokô.
Silence de l'autre côté du fil. Soit la réponse lui avait cloué le bec, soit il en analysait la portée et l'humour. En définitive, l'incident ne l'empêcha pas de poursuivre :
- Il n'était pas comme ça… avant. Déconnecté de nous. Il s'est retiré dans cette immonde Aire de Détente depuis la fin du combat contre Xana et la seule caricature de contact qu'il nous envoie, c'est un gamin déguisé en samouraï orange ? Je suis intimement persuadé que quelque chose ne va pas chez lui.
Ulrich prit pour lui la remarque peu glorieuse le concernant et, faute de pouvoir s'immiscer, se renfrogna en conséquence.
- Cette question a déjà été traitée, répondit Psi. Nous n'avons rien trouvé d'anormal ou de douteux sur lui et à moins d'admettre qu'il puisse nous tromper tous les trois… Il ne faut pas confondre ceux que l'on était lors de notre naissance et ceux que nous sommes actuellement. Même si je n'arrive pas à m'expliquer pourquoi on nous a laissé la mémoire de « l'autre époque », je me sens différent par rapport à celle-ci. Dans le fond, ce fondement-là est purement personnel et ne tient pas sur des bases concrètes. Pourtant, il m'arrive d'y revenir quand j'aborde la question. Là se trouve ma différence par rapport à antan.
Le garçon humain, dans sa position de spectateur, ne comprit pas grand-chose aux paroles de son hôte mais ne put s'empêcher de trouver son raisonnement étrange. C'était ce genre de choses qui lui rappelait qu'il avait affaire à des programmes et non à des semblables.
- Échec et mat. 1200 à 1217 pour moi.
- J'aurais dû te mettre le timer quand tu es sorti tout à l'heure, comme le stipulaient nos règles officielles. Officieusement, la victoire est mienne.
- Comme d'habitude avec toi, grande gueule petite b…
Thêta interrompit l'élan de Psi par l'insulte, que Stern ne parvint à saisir malgré son statut de collégien. Par voie de conséquence, l'appel fut théâtralement coupé.
L'ambiance retrouvant ainsi sa tranquillité, Ulrich jugea bon de remettre ses idées au clair. Depuis qu'il avait été déposé dans l'Aire de Survie, il n'avait pas avancé dans ses objectifs, pourtant clairs. Il se laissait beaucoup trop entraîner, malgré lui, dans le jeu de la Matrice et ses occupants. Ce n'était pas en regardant une intelligence artificielle entrer d'obscures données sur son interface qu'il retrouverait Lyokô – encore moins son corps.
- Hé Psi, fit-il de sa voix la plus résolue. T'as raison, ce qui se passe ici ne me concerne pas, je veux juste sortir de là.
- Inutile de te répéter, je le sais. C'est pour ça que j'ai donné rendez-vous à Sigma au bord de la falaise.
- Quoi !?
- Elle doit être furax à l'heure qu'il est. Vos retrouvailles vont être très intéressantes…
La situation avait au moins le mérite d'amuser quelqu'un, même si le voyageur spirituel s'en serait bien passé. Cela dit, il tenta d'en tirer avantage :
- Si tu me donnais ton fragment de clé, ça me motiverait pas mal à revoir ta congénère. Vu les risques que je vais prendre, le spectacle mérite bien ce petit salaire, non ?
- Ça ce n'est qu'un bonus, balaya d'un revers Psi. Je ne te donnerais certainement pas mon propre fragment gratuitement, je tiens à obtenir une distraction à la hauteur auparavant ! Rhoo, ne me regarde pas comme ça, si tu relèves le challenge que je te lancerai tout à l'heure, ce sera ta récompense. Avant, il va falloir que tu prépares une défense béton pour que Sigma ne te pulvérise pas au premier regard.
Pourquoi la vie dans un monde virtuel devait-elle être aussi compliquée ? Le karma devait certainement être impliqué selon Ulrich. Il commençait d'ailleurs à être sacrément corsé depuis sa dernière matinée sur Terre. Le retour avait intérêt à valoir le détour, parce qu'à la longue, tant de poisse était blasant. Cela devait se lire sur son visage, puisque Psi lui dit :
- Allez, puisqu'on a encore un peu de temps avant de retrouver notre amie, je peux bien t'éclairer, en allant à l'essentiel, sur les entités noires qui se baladent dans la Matrice et qui t'ont attaqué tout à l'heure.
Le Lyokô-guerrier, pour rester en accord avec sa déclaration première, manqua d'exprimer son indifférence quant à cette information arrivant trop tard. Cependant, elle aurait le mérite de le faire se concentrer sur autre chose que la confrontation avec l'habitante du volcan, ce pourquoi il laissa faire l'être à la chemise bleue.
- La raison même de notre existence dans la Matrice en tant que programmes est la lutte contre l'envahisseur. Mais à quatre contre une légion de sbires de Xana, nous n'aurions certainement pas gagné. Nous avons donc détourné une des expériences de Hopper : un système multi-agents laissé en suspens, basé sur un principe de prolifération continue en plusieurs petites entités agissant comme une communauté. Le temps de la Xanamachie, elles nous ont servies de soldats inépuisables pour tenir tête à ceux de notre ennemi, qui se renouvelaient également constamment. Évidemment, nous avons fini par gagner. L'armée n'avait alors plus la moindre utilité. La majorité a alors été rassemblée et renvoyée à sa source, à savoir l'Aire Noire. Le reste n'a pu être rattrapé à temps, leur laissant le temps d'évoluer au niveau de l'autonomie et l'indépendance – ce n'est pas pour rien si cette expérience était « archivée ». Désormais, ces entités-filles du système multi-agents errent principalement sur les reliefs rocheux qui forment la vallée de l'Aire de Survie, à la recherche d'un être virtuel à parasiter. Même si elles continuent de se multiplier, nos précautions font que cette faculté se dégrade de génération en génération et à mesure de son utilisation. En revanche, lorsque leur population est régulée par nos soins, on en laisse toujours quelques unes en liberté. Observer leur comportement est assez fascinant.
Il y avait donc une espèce de rationalité derrière ces créatures. Ulrich était un peu déçu sur ce coup, il s'attendait à quelque chose d'inexpliqué et de propre à la Matrice. Enfin, ça avait le mérite d'être rassurant, dans une certaine mesure.
Psi se leva d'un seul coup.
- Allez, on décolle.


Le duo être virtuel plus humain se contenta d'effectuer le chemin inverse pour tomber sur une Sigma aux bras croisés et au regard en disant long. Précautionneusement, le samouraï se glissa quelques pas derrière son accompagnateur, comptant sur sa présence comme rempart, même éphémère.
- Sérieusement, je fais le médiateur physique ? fit l'intelligence artificielle neutre dans le débat à venir.
Silence.
- Inutile de prendre tes distances, déclara la semblable du dernier intervenant. Je ne compte certainement pas t'exterminer avant d'avoir obtenu un dédommagement. Est-ce que tu sais à quel point c'est galère de relancer le volcan ?
Ulrich partit au quart de tour :
- T'es pas gênée toi. Si tu avais pris deux secondes pour m'écouter tout à l'heure, on n'en serait pas là. En quel honneur je te dédommagerais ?
- Celui de ne pas brûler vif.
- Je me sens franchement plus confiant que tout à l'heure. Mon enveloppe protectrice est encore intacte, mes réflexes et ma vitesse sont plutôt bons. Si je me jetais sur toi avec mon sabre, là tout de suite, je pense être assez sûr de m'en tirer. On teste ?
La déclaration tenait en partie à du bluff, vu qu'il n'était pas au courant des capacités de son adversaire, mais la tentative se valait. Afin d'augmenter ses chances, il se décala un peu sur le côté, sortant de l'ombre de Psi, pour regarder Sigma plus directement avec un air sérieux. Il pouvait remercier sa pratique du façonnage d'expression faciale, datant de l'entrée au collège. L’humanoïde femelle garda le silence face à la dernière annonce, paraissant réfléchir. Son équivalent mâle, lui, ne trouva rien de mieux que d'éclater de rire.
- Bon, vous n'avez plus besoin de moi pour continuer je pense, dit-il en se reprenant. Je vais aller préparer le terrain pour le jeu, rejoignez-moi quand vous aurez fini de papoter.
Là-dessus, il généra une plateforme de rebond en forme de pentagone et s'envola pour le Disque Phlégéthon déjà refroidi à moitié. Tandis qu'Ulrich le voyait s'éloigner presque à regret, son vis-à-vis reprit la parole :
- Soit, je veux bien être conciliante. Tu as de la chance que Psi te trouve distrayant.
Dans sa tête, l'esprit expira de soulagement.
- Il n'y qu'un seul moyen pour que je te passe le refroidissement de ma zone et accepte de te céder mon fragment de clé.
Elle pointa la main à sa gauche, en direction d'une masse dense, brumeuse et nuageuse à l'horizon, étonnamment visible à cette distance et sous ciel nocturne.
- L'Aire de Combat. Je n'ai pas le droit d'y poser un pied, en vertu d'un pacte de non-invasion réciproque avec le responsable de l'endroit, Thêta, avec qui je n'entretiens pas des rapports très fraternels. C'est là que tu interviens : je veux que lors de ton passage là-bas, tu captures pour moi une des créatures créée par Xana. Il n'y a que là-bas que l'on peut en trouver à l'état sauvage, puisque le foyer – endigué – de génération automatique y est resté.
- Heu, fit le visiteur de Lyokô avec perplexité, je suis pas sûr d'être capable de capturer un Mégatank ou un Blok avec mes compétences actuelles, encore moins de les transporter après.
- Je ne sais pas à quoi font référence les appellations que tu utilises, mais ce que je vise est le plus petit modèle, monté sur quatre pattes et avec une forme particulière.
- Le Kankrelat ?
- Si tu le dis. Quant à la capture et au transport, tu utiliseras ceci.
Elle lança un petit objet rond à Stern, qu'il identifia immédiatement après l'avoir attrapé :
- Une Pokéball, sérieusement ?
- Parfait, tu connais déjà, ça m'évite de t'expliquer le fonctionnement. Accroche-la à ta ceinture pour ne pas la perdre, elle est conçue pour y tenir seule.
Avec l'objet sous sa forme réduite attaché à la ceinture, Ulrich venait de gagner le statut de dresseur-samouraï. Il n'aurait jamais pensé que ça pouvait lui arriver un jour dans la virtualité.
- Le boulot est plutôt simple finalement, lâcha-t-il. Je pensais que j'aurais droit à quelque chose de plus dur.
Sigma adopta une posture dédaigneuse.
- Ce que je te demande provoquera chez Thêta un degré d'embêtement au moins équivalent au mien avec l'extinction du volcan, c'est tout ce qui importe. Un « Kankrelat » contre un fragment, pouvons-nous considérer notre accord comme scellé ?
Soudainement, l'environnement de l'Aire de Survie imposa sa présence : une lumière se fit remarquer en un point du Disque Phlégéthon, précédant une onde de choc circulaire ressentie jusqu'à la falaise où se trouvaient l'humain et le programme. Le calme retomba presque immédiatement, permettant d'admirer la mutation du territoire ardent. Si le volcan avait gardé le même aspect, extinction non-comprise, la fameuse rivière de lave circulaire, elle, était devenue pure glace. L'endroit reflétait une image moins vivante qu'à l'arrivée d'Ulrich, mais tout aussi inhospitalière.
- Toujours chaud ? lança alors narquoisement Sigma.
- Ouais. Pas le choix.


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À partir du moment où il vit Madame Hertz fusiller sans retenue Jim du regard, Odd comprit que son plan de sauvetage scolaire tombait à l'eau. Qu'avait donc bien pu bricoler le surveillant pour la mettre en rogne de façon aussi visible ? Le démarrage du conseil de classe un peu plus tôt que prévu, qui l'arrangeait, avait été trop beau pour être vrai. Les petits coups de bol dissimulaient toujours de gros morceaux de guigne.
Pour en rajouter un peu plus, le cas-par-cas de la classe avait démarré dans l'ordre alphabétique, retardant l'abordage d'Ulrich. Si jamais Della Robbia était sollicité par Jérémie pour une urgence avant ça, son camarade de chambre serait définitivement fichu. Sachant qu'il ne pouvait plus compter sur une réussite de Jim, il ne restait que la carte du délégué défenseur du collègue à jouer, aux chances de réussite ridicule.
Odd croisa les doigts pour que son portable reste, le temps nécessaire, aussi silencieux que le mode sur lequel il était.


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- Dommage, tu y étais presque. L'important, c'est d'essayer, pas vrai ?
Ulrich avait de quoi être dégoûté. Perdre le jeu de Psi, donc ne pas obtenir son fragment de clé, pour une simple subtilité dans les règles. Pourtant, tout avait bien tourné avant les dernières secondes. Le fameux divertissement virtuel consistait à faire le tour du Disque glacé en trois minutes maximum, sous une pluie de boules de feu et de glace envoyées aléatoirement par les intelligences artificielles positionnées au bord du cratère central. L'exploit était parfaitement dans les cordes de l'avatar du jeune homme et techniquement, il avait réussi le défi. Seulement, sous le feu – véritable – de l'action, il avait oublié de passer entre les deux stalagmites d'où il était parti une fois le tour effectué. Or, c'était une des règles de la partie pour valider le record, non-négociable selon Psi qui s'était révélé intraitable là-dessus. La défaite du Lyokô-guerrier était de fait définitivement confirmée. Celui-ci exprima sa frustration en raclant avec force le sol du talon.
- Je suis beau joueur ne t'en fait pas, déclara l'organisateur de l'épreuve. Tu pourras tenter ta chance auprès de moi autant de fois que tu le souhaiteras, je ne crache pas sur les occasions de me distraire. La capacité d'éprouver l'ennui n'est pas la plus pertinente que nous ait donnée Hopper.
- Un seul nouvel essai me suffira pour réussir cette fois, renvoya belliqueusement le vagabond spirituel.
- Évidemment, hors de question que tu fasses le même jeu à chaque fois, ce serait trop facile. J'en veux pour mon fragment et par conséquent, ce sera un autre jeu, avec de nouvelles règles.
Stern grommela sans chercher à être discret. Il commençait à désespérer de pouvoir sortir de la Matrice un jour. Cette histoire s'éternisait trop en longueur, à un tel point qu'une retranscription à l'écrit mettrait certainement le rédacteur sur les nerfs.
- Il va me falloir un petit délai pour préparer le terrain pour la prochaine partie, enchaîna Psi.
- Ce qui te laisse largement le temps d'aller sur l'Aire de Combat, compléta Sigma non sans sous-entendu.
Un sentiment de flemme envahit de manière fulgurante l'occupant de l'avatar orangé, qui commençait à saturer en déplacements virtuels. Pourquoi son corps du moment ne pouvait-il pas ressentir de la fatigue, histoire de lui donner un bon prétexte pour s'allonger, ou dormir, luxe dont il commençait à rêver et qui lui était impossible dans cet état ? Il ne chercha même pas à cogiter la question, ça ne l'aiderait pas à en finir.
La mort dans l'âme, il se mit en rebond.


http://i.imgur.com/I1KDy1N.png


La pluie se déversait allègrement sur l'Aire de Combat, qui offrait une visibilité globale aussi incertaine que ce que la masse brumeuse et nuageuse l'entourant supposait. Positionné au sommet d'une petite montagne d'objets métalliques présentant différents degrés d'usure, Ulrich avait du mal à se faire une idée de la taille complète de la zone. Depuis le bord où il avait atterri, il ne voyait qu'une décharge de métaux en tous genres s'étendre par-delà le brouillard. Les nombreux tas comme celui sur lequel il se tenait formaient un ensemble complexe et irrégulier de chemins permettant de se déplacer à pied aisément. Au-dessus de sa tête, parmi les nuages d'un gris profond se dessinait un vortex aux bords violets, tache inquiétante au milieu du ciel virtuel ressemblant plus à un œil qui scrutait tristement le monde humide et riche en fer du dessous.
Pour autant, l'ensemble de ces éléments lui donnèrent une idée grossière de la topographie de l'Aire. L'espace terrestre exclusivement métallique devait avoir une forme circulaire, à l'instar des endroits précédemment visités par Stern. L'amas de ferraille occupait la majorité de l'espace disponible mais n'était certainement pas la seule composante du lieu. En effet, le vortex, à vue d’œil, paraissait centré. Selon l'intuition de l'explorateur virtuel, les chances qu'un élément important autre que la décharge soit aligné verticalement avec la spirale céleste étaient élevées. En conséquence, il se remit en mouvement.
Sur le chemin, il ne rencontra pas âme qui vive, seuls la rouille et la pluie accompagnèrent sa marche. Cela dit, il préférait ne pas avoir affaire aux fameux montres de Xana errants immédiatement, le terrain n'étant pas des plus avantageux. Mais d'un autre côté, l'ambiance commençait à le faire frissonner et il n'aurait pas dit non à une petite baston pour l'oublier. Le secteur tenait dans le fond plus de la morte-terre avec ses airs inhabités et lugubres. Difficile de croire qu'il s'agissait d'un lieu de « Combat », à moins qu'il ne s'agisse d'une référence à la guerre contre Xana bien sûr.
Au bout d'un moment, une forme se détacha dans la brume, haute et imposante, qui rappela immédiatement à Ulrich les tours de Lyokô, aux dimensions largement supérieures. Lorsqu'il s'en rapprocha, il découvrit un édifice cylindrique en acier rutilant, visiblement non-concerné par les problèmes d'oxydation. À son sommet, des fenêtres faisaient le tour de la paroi, laissant passer un peu de lumière, premier signe de vie que constatait le jeune homme dans le coin. Poussé par ce résultat encourageant, il se rapprocha encore plus, pour déboucher sur un espace agréablement dégagée de tout déchet métallique. Quelques mètres plus loin, un grillage était disposé de manière à encercler la tour. L'occupant devait être bien méfiant pour pousser la sécurité jusque-là, mais pour qui possédait un DMA, cet obstacle n'était qu'une formalité.
Des cliquètements interpellèrent celui qui s'apprêtait à commettre une violation de domicile : un trio de Kankrelats débarqua dans le champ libre de déchets en métal. Le Lyokô-guerrier écarquilla les yeux. Il n'aurait jamais pensé dire ça des créatures de Xana, mais c'était certainement son plus gros coup de bol depuis qu'il était dans la Matrice. Le timing était parfait. Saisissant sa chance et la Pokéball qu'il agrandit d'une pression du bouton central, Ulrich lança l'objet de capture en direction du groupe de monstres, qui ne l'avait pas encore remarqué et qui se situait à distance idéale. Ce fut un désastre. La sphère rouge et blanc termina sa course quelques centimètres à peine à côté des cibles, lesquelles se tournèrent instantanément vers le dresseur novice. Logiquement, les Kankrelats ouvrirent le feu. Dégainant son sabre, le garçon para les premiers lasers, avant de profiter d'une ouverture pour se décaler de côté en Supersprint. Puis, sans laisser le temps à ses ennemis de se réaligner, il leur fonça dessus, toujours à vitesse maximale. Il faucha le cafard le plus à droite et après avoir freiné, lança son arme sur un deuxième, qui n'eut pas le temps de se retourner, contrairement au dernier, qui renchérit sur une offensive classique et directe. Évitant les lasers en se contorsionnant, l'esprit sans corps remarqua du coin de l’œil la Pokéball à deux pas de lui. Il se décida à conclure l'affaire. Pour cela, il généra une plateforme de rebond instantané juste sous les pattes de sa cible, qui décolla verticalement. Ensuite, il se servit de son artefact de capture comme d'un ballon de football, qu'il récupéra habilement du pied et fit même rebondir une fois dessus.
- Pokéball, go ! annonça-t-il pour le style.
Il tira dans l'objet. La rencontre avec le Kankrelat volant pendant sa chute se fit au moment idéal, activant le mécanisme d'emprisonnement caractéristique. La sphère retomba au sol, bougeant de droite à gauche à la manière d'un pendulier quelques instants avant immobilisation complète et effacement de la lueur rouge sur son point central. Capture effectuée avec succès.
- Yes !
Ulrich ressentit une joie proche de celle du joueur ayant enfin réussi à avoir Mewtwo ou tout autre Pokémon légendaire pénible à obtenir, alors que dans le fond il venait de venir à bout de l'équivalent d'un Rattata et associés.
Une fois le goût du succès dissipé, il partit récupérer son sabre planté dans le sol de métal. Quant à la Pokéball, ce fut une autre main qui la ramassa, appartenant à un être humanoïde de taille moyenne vêtu d'un costume sombre ayant pour seul touche de couleur une cravate jaune. Il lança au jeune dresseur un regard soupçonneux et sévère avant de lui demander, d'une voix qu'il reconnut puisqu'entendue derrière l'écran de Psi :
- Puis-je savoir ce que cela signifie ?


Quatre secondes et quinze dixièmes fut la durée pendant laquelle le jeune homme en orange choisit de se taire. Suite à quoi, il vendit Sigma sans l'ombre d'un remords et avoua tout à celui qu'il devinait être le fameux Thêta.
- Cette morue ose rompre le pacte qui sépare l'intelligence artificielle de l'animal, proféra-t-il avec gravité pour lui-même. Contourner notre accord en faisant s'introduire quelqu'un sur mon territoire dans ses seuls intérêts est scandaleux. Elle va voir…
- Heu, je peux récupérer ma Pokéball ? demanda alors timidement Ulrich.
Le programme le regarda d'un œil se demandant ce qu'il faisait encore là. Cependant, il parut avoir une idée et répondit :
- Seulement en échange d'un service.
« Et merde ! », jura mentalement le principal concerné, qui se sentit un peu plus entraîné dans un engrenage vicieux. De son côté, Thêta avait activé un mécanisme sur son poignet gauche, qui projeta un hologramme d'interface, aux dimensions plus réduites que la moyenne. Il manipula des données à la vitesse de celui qui était habitué à ce type de manœuvre, puis pressa un bouton qui devait tenir lieu de « Valider ». Une nouvelle Pokéball, aux coloris noirs avec mécanisme d'ouverture doré et un trait circulaire rouge sur le dessous, se matérialisa sous ses yeux avant de tomber par terre dans un bruit sourd. Faisant disparaître son écran, il la ramassa pour la présenter avec sa sœur au visiteur humain.
- Libère le contenu sur le Disque Phlégéthon et ne fais rien de plus. Nous serons alors quittes.
Surpris qu'il lui restitue le Kankrelat capturé avant que le service soit concrètement rendu, Ulrich s'empara avec précaution des artefacts sphériques.
- Autre chose, ajouta Thêta, si jamais il te venait à l'idée de ne pas appliquer mes instructions par rapport à cette Pokéball : son contenu est programmé pour te traquer dans toute la Matrice s'il n'est pas libéré au bon endroit ou si tu mets un temps anormalement long à le faire sitôt l'Aire de Combat quittée.
Voilà qui répondait au moins à une question, tout en ajoutant un travail risqué obligatoire à effectuer sur la liste des tâches. Définitivement, l'adolescent était loin de la fin du parcours et des misères, points confirmés par le reste de conversation qu'il relança :
- Du coup, je suis aussi venu ici pour discuter du fragment de clé…
- Effectivement, j'ai entendu le résumé de ta situation précaire pendant l'appel avec Psi. La charité voudrait que je te le laisse mais d'un autre côté, le mérite du travail bien fait doit être encouragé.
Le Lyokoïte songea qu'il aurait eu mieux fait de demander directement ce qu'il devrait faire pour avoir ce cinquième de passe pour sortir. À titre de réponse, l’humanoïde en costume ressortit son interface portable et y effectua de nouvelles manipulations. Cela déboucha sur la matérialisation d'un appareil blanc plat et circulaire à écran vert quadrillé et avec un bouton proche de ceux des chronomètres sur le sommet. Sitôt créé, sitôt confié à Ulrich.
- Il y a actuellement sur mon domaine un certain nombre de créatures affiliées à Xana, la dernière fournée en date. Ce détecteur couvre toute l'Aire, il te permettra de savoir combien il y en a et où elles sont afin que tu les élimines toutes. D'ordinaire, je fais ça moi-même mais il s'avère que j'ai un discours à préparer pour mon grand retour à venir. Effectue ce travail à ma place et je te rétribuerai en conséquence.
Après l'intelligence artificielle joueuse, celle qui déléguait le travail à un tiers pour pouvoir faire autre chose. Franz Hopper était sacrément atteint le jour où il avait imaginé la clique des quatre.
- Juste une question, demanda le samouraï-dresseur-technicien de surface, pourquoi un truc aussi peu pratique à transporter et pour combattre ? La version pour œil, c'était pas possible ?
Effectivement, le détecteur offert précédemment monopolisait au minimum une main de Stern, ne laissant l'autre que pour tenir le sabre devant éliminer les monstres, coupant donc toute possibilité de DMA au combat. D'une pirouette orale, Thêta répliqua :
- Tout ira bien jeune homme, tu vas très bien t'en sortir ! Ton avenir est entre tes mains. Je viendrai te retrouver une fois que tu auras terminé. En attendant, je retourne là-haut.
Une pression sur sa montre plus tard, il se volatilisa dans un éclat lumineux jaune, laissant Ulrich pantois et à nouveau livré à lui-même. Celui-ci resta planté sur place deux bonnes minutes, son esprit avait décidé de déconnecter pour faire le vide et se reposer. Le bruit des gouttes de pluie sur le métal fut particulièrement propice à cet effet, lui permettant à l'émergence d'être plus calme et d'avoir les idées plus claires. Suite à quoi, il alluma le radar en forme de montre à gousset géante, à l'utilisation très instinctive. Vingt-trois monstres au total furent comptabilisés, répartis aux quatre coins de la décharge grisâtre et cuivrée. Devant l'ampleur du travail à effectuer, le collectionneur de fragments de clé prit une grande inspiration.
- C'est parti pour le grand ménage…
Il s'engagea alors à pleine vitesse dans le dédale d'acier, prêt au combat.


À suivre : Partie III – Knock-Out


Dernière édition par Zéphyr le Mer 01 Mar 2017 11:01; édité 6 fois
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Icer MessagePosté le: Sam 07 Jan 2017 20:29   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Localisation: Territoire banquise
Citation:
Je ne me suis rendu compte que le logo sur le bandeau d'Ulrich formait à peu près la lettre grecque phi qu'au moment où j'ai graphé celui-ci, à l'époque de Pôle Lyokô je n'en avais même pas connaissance. Le texte ne fait pas mention de ce point par hasard, c'est vraiment anecdotique !


J'avoue, je n'avais pas vue la chose sous cet angle. C'est le genre de coïncidence qu'on trouve et qui fait vraiment plaisir quand on est auteur, c'est une des joies de l'écriture !

Citation:
Le « danseur professionnel » ne connaissait ce Pedro que de nom mais en cet instant, il aurait juré que celui-ci était l'unique responsable du pourrissement de sa vie.


Habile image pour décrire à quel point la diaspora portugaise peut être source de maux...

Citation:
- Phi chier.


Génial...
Il y en a d'autres du même genre qui se valaient aussi. En même temps, cette seconde partie était bien plus marrante que la première, c'est logique vu les protagonistes - en prime, on a dégagé le modéré. En tout cas, on peut dire que les protagonistes de Pôle Lyoko ont été recyclé d'une façon qui ferait pâlir Nelbsia de jalousie.
C'est vrai qu'Ulrich semble être pris dans un engrenage (comme par hasard) sans fin, notamment entre Sigma et Thêta. J'imagine qu'après une éventuelle démission de Psi, déclarant qu'il ne s'amusait plus, le retour héroïque de Phi permettra à Stern de retourner chez lui.
Chez lui justement parlons-en. Car je ne vois pas du tout où le vrai Jim va pouvoir nous conduire à l'inverse, tu as sans doute un plan. À moins que tout ceci ne soit pas une diversion...

Puisqu'on est sur du virtuel, je termine en espérant que la partie III ne soit pas à la partie II ce que Matrix Revolutions est à Matrix Reloaded !

_________________
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« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Fenrir MessagePosté le: Dim 08 Jan 2017 13:57   Sujet du message: évident... Répondre en citant  
[Kankrelat]


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Messages: 12
Localisation: Sur les traces de Wotan.
Mon premier com' sur une fic ! Yeah !
Et quoi de mieux qu'une fic super pour un premier com' ? Bon, après, le héros est Ulrich, pas forcément celui que j'aime le plus dans la série... Ce qui ne m'empêche pas de l'apprécier (la fic, pas le héros). En même temps, les description sont bien faites, l'univers est super intéressant, et le récit bien monté ne nous laisse pas le temps de nous ennuyer (avec quelques petites blagues en prime qui ont manqué de m'achever avant la fin de ce commentaire^^). En bref ― oui c'est possible de faire plus court que mon commentaire ― , j'attends la suite avec impatience, tout en espérant qu'elle sera aussi tordante et intéressante que les deux autres parties !



PS : J'ai failli mourir de rire en lisant ces passages !
Citation:

- D'accord admettons, lança-t-il d'un air vaincu. Je fais comment pour sortir de là ? Il y a une pilule bleue à prendre ?
[...]
- Une Pokéball, sérieusement ?

PPS : Maintenant que je l'ai terminé, je constate à quel point mon com' est vraiment court Laughing
_________________
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« L'âme d'un loup se dissimule souvent sous la laine d'un mouton. » Proverbe danois.
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Silius Italicus MessagePosté le: Lun 06 Mar 2017 18:49   Sujet du message: Répondre en citant  
[Blok]


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Messages: 174
Localisation: à l'Est d'Eden
Bonsoir cher Zéphyr,

Il y a deux aspects marquant dans cette partie, d’une part le jeu vidéo et d’autre part, la référence au Pôle.

Cette dernière ne fait, et c’est logique, que se renforcer par rapport au chapitre précédent. Au point que le ballottage d’Ulrich entre les intelligences artificielles peut être lu comme une longue métaphore tissée du parcours de l’écrivain débutant en ce royaume, à l’incohérence près de la rencontre avec Thêta dira-t-on. Ici, le fait de connaître ce royaume, du moins en apparence, tend à desservir l’objectivité de la lecture et à masquer d’autres thèmes éventuels. C’est un peu dommage. En tout cas, Ulrich représente assez bien l’écrivain débutant perdu entre les injonctions diverses et variées données par les référents du Pôle. Tout cela vient redoubler la perspective du voyage initiatique mentionnée à propos de la première partie.

L’autre grand aspect de ce texte, c’est le jeu vidéo. Outre les références directes à pokémon, c’est surtout le parcours d’Ulrich, la division en mondes (feu, glace…) et les missions confiées par chaque maître qui renforcent l’idée que Lyokô n’est jamais qu’un vaste jeu. Étrangement, c’est Odd plus qu’Ulrich qui est associé à cette idée dans les différents récits. Là où la première partie pouvait laisser l’idée d’un jeu tel Mario, relativement linéaire, où l’on passe de monde en monde dans un certain ordre, on est plus ici dans le jeu de rôle virtuel avec ses personnages non-joueurs, ses quêtes… Battre monstres et boss finaux, éviter des jets de feux pour accéder à un interrupteur, recevoir des missions ne faisant aucun sens… tout cela ressemble fort à un jeu vidéo.

Une autre vision de la chose reste cependant possible. Ulrich est à ce moment censé être mort pour ces amis. Présentement il évolue entre différents mondes ayant chacun leurs styles et objectifs, leur nature propre. Le but ultime d’Ulrich ici est de retrouver son corps : la réincarnation. Dès lors on peut lire l’ensemble de ces territoires comme autant de destinations post-mortem symboliques. Dans certains courants bouddhistes, les êtres après leur mort sont répartis dans l’un des six mondes existants : le monde des hommes, le monde infernal, le monde des fantômes, le monde des bêtes, le monde des guerriers et le monde des dieux, autrement dit le paradis. Sans qu’il s’agisse d’une copie conforme de ce type de tradition, on peut rapprocher les différents îlots de la Matrice de cette idée, d’autant plus que la matrice est originellement un lieu de mort. Si tant est que l’on puisse parler de mort dans le cas de programmes informatiques : un îlot paradisiaque, un enfer, une arène… Cela vient renforcer la dimension initiatique. En effet l’âme d’Ulrich traverse les différents états de la mort à la recherche de son retour. Il lui faut donc triompher, vaincre la mort, thème puissant. Ulrich traverse donc les mondes inférieurs à la manière d’Orphée. C’est une ordalie exceptionnelle, et dans la littérature grande en est la récompense. Pour lui, ce sera d’éviter le passage en section professionnelle…

Au niveau du style, cela reste très léger et accessible, en fait c’est une lecture très agréable et reposante plus proche de ce que vous aviez pu faire en guise de nouvelles que de l’Engrenage.

Au plaisir de parcourir encore le cycle de samsara à vos côtés.
_________________
AMDG

Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.
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