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[Fanfic] Numéro 3 ~ Ruth

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 Auteur Message
Tazz MessagePosté le: Ven 19 Mai 2017 12:36   Sujet du message: [Fanfic] Numéro 3 ~ Ruth Répondre en citant  
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Spoiler


Prologue
La fille qui rêvait d'horizon


Ses dernières certitudes se lézardaient aussi vite que les regards fuyants des passants qui ne lui accordaient définitivement pas la moindre once d'attention, la plus misérable molécule en suspension dans l'atmosphère écharpant un bref instant la rétine humide de ces orbites peu compatissantes leur aurait fait plus d'effet que ce pauvre bougre assis à même le sol et se tortillant sur place pour ne pas laisser échapper la préciosité contenue au sein de ses entrailles. Il est vrai qu'il n'était pas doté d'un physique attrayant, ce qui renforçait l'aveuglement des quidams face à ce spécimen du « parfait exemple de l'épave sociale » ou encore du « clochard qui mérite amplement ce qui lui arrive ». Le jeune homme en question se prénommait Ruth, un prénom somme toute assez courant dans le coin mais généralement attribué à la gente féminine. Or, l'individu qui regardait d'un œil vide le tourbillon de piétons désireux de gagner un point ou l'autre de la ville était bien un garçon, même s'il ne portait plus d'être humain que le nom. C'était un écorché de la vie, un vrai, et on lui aurait donné facilement la trentaine alors qu'il n'avait même pas encore atteint la majorité. Ce décalage entre l'âge réel et l'âge apparent s'expliquait par la corpulence de Ruth, un colosse, sans abus de graisses ni de muscles pourtant. Il était juste une de ces curiosités de la nature, de ceux qui grandissent très vite à partir de la puberté. Non seulement le gain de centimètres avait été fulgurant mais il s'était aussi prolongé pendant une bonne partie de son adolescence, avec un bon mètre quatre-vingt-dix comme résultat final, à quelques millimètres du deux mètres en réalité... Ce qui le vieillissait aussi, c'était sa barbe qui recouvrait entièrement son menton, l'avant de son cou et une grande partie de ses joues. Plusieurs qualificatifs pouvant être utilisés pour décrire cette pilosité impressionnante pour un gamin de dix-sept ans. Cette barbe était vraiment... foisonnante, rêche et mal entretenue, ce dernier point étant d'ailleurs valable pour l'entièreté des parties externes – ou même internes – du corps de Ruth. Ça fonctionnait avec tout : pilosité mal entretenue, habits mal entretenus, foie mal entretenu, et la liste pourrait continuer de cette manière pendant de longues minutes. Seuls ses cheveux roux, coupés très courts, paraissaient propres mais ce n'était qu'une illusion de plus. S'ils avaient été longs, les gens n'auraient pas manqué de remarquer que Ruth n'avait plus vu le moindre shampoing depuis longtemps. Les lèvres gercées par le froid, le menton rongé par la gale et le nez brûlé par le soleil, il avait le corps d'un rescapé, celui qui avait dû affronter les aléas de la vie, de la vraie vie, pas celle que certains menaient dans leurs appartements luxueux, coupés de la réalité du peuple qui suait chaque jour pour leur apporter les quotas exigeants de denrées qu'ils réclamaient sans cesse.

C'est vrai qu'il fallait faire tourner la ville, cette capitale du vice qui accueillait chaque jour des milliers de parieurs, prêts à mettre en danger leur fragile existence pour connaître à leur tour le grand frisson. Tout être vivant savait qu'il allait frôler la mort ici-même, dans ce lieu aussi maudit que sacré, concrétisé par un nom ridiculement simple : Veelox. C'était tout, un mot pour résumer des siècles d'existences fragmentées, abstraites, dissoutes par l'haleine charbonneuse des bouffeurs de minerais et par la sueur perlant sur le front des gamines employées dès leurs plus jeunes âges dans toutes sortes d'établissements plus ou moins fréquentables. Alors qu'il s'apprêtait à se lever, à changer de pavé nauséeux, les oreilles de Ruth sifflèrent, ses tympans vrillèrent d'une intensité rare pendant une fraction de seconde avant qu'il ne soit capable de percevoir le message transmis à l'intégralité des petites fourmis qui grouillaient au sein de la scandaleuse cité. Car c'est ça qu'ils étaient après tout, de misérables insectes destinés à attendre les ordres de leur reine pour qu'enfin elle donne un sens à ces milliers de destins qui n'attendaient qu'une chose : la consigne ultime, celle qui était censée faire basculer ce foutu château de cartes fait de manipulations et diverses stratégies militaires, tout ce qui a pu être construit peu à peu par les conseillers démoniaques de la souveraine elle-même.

Chers citoyens de Veelox, bonjour.

Cette voix. Apaisante. Reposante. Cristalline. Si douce et grave à la fois...

Je voudrais dire à toutes les filles de faire attention à elles mais surtout à certains dangers publics dont un en particulier. Hier soir, Elsa, nom d'emprunt pour le témoignage anonyme que nous allons diffuser publiquement pour le bien de la communauté, a été victime d'une agression... ce qui est intolérable dans une société comme la nôtre, celle qui promulgue avant tout des valeurs comme l'entraide, la fraternité ou encore la supériorité des Insoumis sur les autres habitants de la cité. Je vous laisse écouter son témoignage.

« Je suis sortie dans les quartiers secondaires, déclara une voix aussi tremblante que fluette malgré la robotisation programmée pour conserver l’anonymat promis, alors que de base ce n'est pas vraiment dans mes habitudes mais mes amies ont insisté et j'y suis allée pour leur faire plaisir. L'odeur, les gens, l'architecture, tout est si différent, c'est ce qu'on m'avait toujours dit. Je n'ai vraiment pas mis longtemps à m'en rendre compte par moi-même. Une fois là-bas, je ne me suis plus sentie à ma place et j'ai donc bu pour oublier... ou plutôt pour faire taire toutes ces pensées qui parcouraient allègrement mon esprit, dévorant tout sur leur passage jusqu'à la moelle, comme un chien qui ronge avec tant de férocité un os que son maître n'est pas capable de récupérer. Après quelques verres et me pensant en sécurité entourée de toutes ces copines de longue date, j'ai commencé à réellement apprécier la soirée. Ces néons colorés, cette piste endiablée, la mélodie entraînante qui fait tomber les dernières barrières de pudeur qui subsistent en chacun de nous et ces cris de joie qui font oublier tous les soucis du quotidien... Entre deux shots de liquide orangé, sucré, mais fortement alcoolisé, une amie, fraîchement gradée, me présente un de ses potes « du quartier », un de ceux qu'elle avait l'habitude de fréquenter avant de rejoindre les quartiers prioritaires. Il est comique ce gars, on rigole un peu et on se croise deux-trois fois dans la soirée mais rien de plus. Après, la dernière chose dont je me souviens c'est mon amie en train de demander à son pote de me raccompagner pour que je ne fasse pas le trajet seule en étant saoule comme je l'étais. Je me réveille le lendemain nue dans un lit que je ne connais pas, seule, vraiment toute seule. Je me sens mal. Vraiment mal. Douleurs au bas-ventre... et ailleurs. Je vomis. Une fois. Deux fois. De la bile, brune, ainsi que la fameuse mixture orangée agrémentée des grains de maïs picorés au souper. J'ai des flashs qui me reviennent, lentement d'abord mais tout s'assemble rapidement, le mec d'hier en train d'essayer de me garder éveillée pour qu'il puisse tirer son coup, j'essaie vainement de résister mais il est trop fort et moi trop saoule pour faire quelque chose... Je tombe inconsciente, avant d'émerger une seconde fois. Mains entravées par des courroies en cuir de cerf, il m'a carrément attachée avec ce que je fabrique tous les jours ce salaud. Un liquide visqueux dégouline de sa bouche, je hurle mais personne ne m'entend. Un coup au visage, puis deux. Je m'accroche aux courroies et serre les dents, en espérant ne pas rester attachée ici jusqu'à ce que la faucheuse daigne pointer le bout de son nez. Ses hanches sont lourdes, elles cognent contre les miennes avec une violence inouïe. Mais plus rien au matin, je suis libre de mes mouvements, les lanières de cuir ont disparu... tout comme le reste, seul le mal-être persiste, ainsi que tous ces signaux envoyés à mon cerveau pour signaler que mon corps ne va pas bien, qu'il va bientôt lâcher si je ne fais pas le nécessaire. Heureusement, j'ai les seringues avec moi, comme toujours, cinq doses dans mon sac à main.

Je fais un piètre garrot avec ce qu'il reste du drap déchiré pour faire ressortir mes veines et, sans plus tarder, m'injecte le contenu des petits tubes plastifiés. Je n'avais jamais fait ça toute seule, c'était toujours ma mère, j'essaie de me souvenir des gestes pour ne pas commettre un impair. Mes doigts tremblent, l'aiguille aussi et en particulier au moment où elle doit s'enfoncer sous ma peau. Je revois les quelques images que j'ai comme "souvenirs" de cette soirée... Je suis dégoûtée, je ne sais pas combien de fois je me suis lavée après ça, sans jamais me sentir mieux. Quand je me suis vue dans ce miroir crasseux, la morsure au cou m'a directement sautée aux yeux, j'étais donc bien tombée sur un dépeceur. Et ce n'était pas un rêve. Les songes, aussi réalistes soient-ils, ne laissent pas de marques. Très vite, un nouveau constat : quelques millilitres de sang, je sais que ce n'est pas assez, j'ai besoin de plus, beaucoup plus. Sur le rebord de la fenêtre entrouverte, un chat somnole. Je n'ai pas eu le choix... c'était ça ou une mort certaine. J'ai donc bafoué une des règles sacrées : ne jamais ingérer de sang. Je suis rentrée dans les beaux quartiers, j'ai passé tous les contrôles avec le pass nominatif que mon agresseur n'a pas jugé utile de ramasser et je suis restée en position fœtale dans ma chambre pendant une durée indéterminée. Je n'osais en parler à personne, j'avais tellement honte. Il n'a jamais essayé de me contacter par après, ne s'est jamais excusé sachant que lui n'était pas saoul au moment des faits, je ne l'ai pas vu boire un seul verre de la soirée et, pour cause, il est fiché comme alcoolique récidiviste et n'a plus accès aux bars. Je l'ai croisé une fois dans la rue, le jour où je suis retournée sur place pour tenter de retrouver une boucle d'oreille égarée – prétexte pour revoir les lieux, me mutiler intérieurement une nouvelle fois – et il était trop tard pour changer de trottoir au moment où je l'ai aperçu. Il est venu me dire bonjour comme si de rien n'était avec un petit sourire malsain aux lèvres alors que moi, je n'ai même pas trouvé le courage de le regarder dans les yeux. Comme presque tous les garçons maintenant. Il a ruiné ma vie : je ne dors plus, je ne vais plus travailler, je m'éloigne de mes proches qui ne comprennent pas ce qui se passe et je n'ose pas en parler à mes parents parce que j'ai honte, du mal que j'ai pu faire. Je fais semblant d'aller bien, de sourire à la vie à pleines dents pour ne pas qu'ils s'inquiètent. Le pire, c'est de ne pouvoir en parler à personne tellement la culpabilité me ronge alors que c'est lui qui devrait être mal. Merci à toi, profiteur sans scrupule, d'avoir ruiné le peu de confiance que j'avais en moi, j'ai fait un test aujourd'hui et il était positif : mon hémoglobine est définitivement contaminée, tout ça à cause d'un stupide chat qui avait probablement bouffé un de ces rats pourris qui transportent la maladie, celle qui nous fauche tous les uns après les autres. Alors, aujourd'hui, j'espère qu'on te reconnaîtra et que tu seras exécuté très vite. Tous les jours je me demande si c'était la première fois ou si tu te rendais compte de ce que tu faisais. Est-ce que tu vas à des soirées et que tu les repères ? Est-ce que tu as une copine après ça ? Alors les filles, s'il vous plaît, faites attention, même les mecs que vous connaissez peuvent vouloir en profiter. Et vous les garçons, une fille bourrée qui ne tient plus debout n'est jamais consentante, elle n'est plus en état de penser "normalement". Pour tous ceux qui seraient en mesure de m'aider, voici le signalement de ce détraqué : âgé d'environ 25 ans et mesurant approximativement un mètre quatre-vingt, de corpulence mince mais relativement musclé néanmoins. Il a le visage fin, quelques cicatrices sur les joues ainsi que sur l'arcade sourcilière gauche et des cheveux blonds coiffés en pointe avec une hideuse mèche mauve qui se situe juste au-dessus du front. Cet individu est dangereux, il est connu des services de l'ordre pour avoir déjà manifesté par le passé son mépris face au régime mis en place par notre reine. »

Merci Elsa... Quant à toi, humain, sois vigilant et dénonce tout acte suspect à l'agent de quartier. Tourne et retourne la parole de tes leaders en tous sens car tout y est renfermé, elle seule te donnera la vraie science. Il y a un moment pour tout et un moment pour chaque chose dans le ciel : un temps pour engendrer et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour arracher. Un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour gémir et un temps pour danser. Un temps pour lancer des pierres et un temps pour les ramasser, un temps pour s'embrasser et un temps pour s'abstenir. Vieillis dans cette optique, crois en ces déclarations et ne les abandonne jamais. Grandis. Apprends. Obéis. Mais surtout, n'oublie pas : Hell is empty and all the devils are here...

Ruth soupira. Cette annonce n'était pas encore pour lui, il serait donc inutile... une nouvelle fois. Il n'avait malheureusement pas conscience de son identité au sein de ce monde plus que jamais mis en péril par cette puissance que tous s'appliquaient à décrire sans pour autant y parvenir. Sournoisement glaciale disaient certains, alors que d'autres se la jouaient dramatiques avec des tournures plus alambiquées telles que un vrai maelström d'angoisse aspirant toute humanité sur son passage ou encore ce gaz vicieux émanant des braises incandescentes qui s'insinue dans les narines des plus talentueux scientifiques pour éteindre cette ultime lueur de lucidité persistant dans l'un ou l'autre recoin des méandres cérébraux si chers à ces messieurs.



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Par les vitres de la petite remise, qu'aucun regard n'avait plus traversées depuis une quinzaine années, le sexagénaire eut une vision apocalyptique de son jardin, mauvaises herbes à profusion et mares de boue dans lesquelles s'amusaient les petits vandales du quartier. D'ailleurs, il y en avait encore un en ce moment même, empiétant sur cette propriété privée avec son petit ciré jaune et ses bottes Mickey qui s'embourbaient au fur et à mesure de ses sauts de lapin, à pieds joints dans chaque flaque pour saloper un maximum ce pantalon tout neuf que sa mère avait économisé pour acheter. Mais c'est pas grave, on le laverait et il sera à nouveau comme neuf, oui, comme neuf car toute saleté part au nettoyage... sauf les souvenirs, aussi crasseux soient-ils, qui s'entassent, s'accumulent, débordent. Le vieil homme regarda une nouvelle fois les murs de la remise, celle de sa femme, cette pièce interdite d'accès depuis son départ. Il tendit les doigts vers les nombreuses photographies accrochées sur le papier peint fleuri et représentant toutes la même personne : cette belle brune, au sourire ravageur et à l'air aguicheur, de la plus petite enfance à l'adolescence. Un cliché en noir et blanc la représentait de profil, à l'âge de quatre ans, sur le dos d'un poney qui n'était sans doute pas beaucoup plus âgé que la fillette. Elle tirait la langue, grimaçant face à ce photographe qui tentait de capturer cet instant pour le placarder à ce fameux mur, celui qui lui est dédiée. Son premier poisson attrapé, sa première dent tombée, ses victoires au foot et les balades en tricycle le dimanche, tout y est passé. Au début, elle était seule sur tous ces clichés. Mais très vite, un jeune homme apparut. Un jeune sportif aux cheveux bruns et à la mine songeuse, presque bougonne, qui peinait à prétendre d'être heureux sur les photos. En y repensant, le maître des lieux se dit que le jeune garçon n'était sans doute pas très réjoui de poser à côté de la fillette... qui l'invitait pourtant partout, du cinéma au zoo sans oublier le stade qui était sans hésiter son endroit préféré. La famille du petit athlète n'étant pas spécialement ouverte aux loisirs, le jeune garçon ne refusait aucune proposition de sa camarade et en particulier quand ça touchait leur passion commune : le football. Quelques médailles, vestiges de cette période, étaient abandonnées sur l'étagère à la peinture écaillée. Rouillées par le temps, elles témoignaient de la piètre qualité des matériaux qui avaient été utilisés lors de la conception de ces « joyaux », ces gemmes inestimables pour l'enfant qui voulait être au centre de l'attention de tous. Le papa de la gamine se rappela avec tristesse que la date gravée sur la médaille d'or marquait un tournant pour la petite tribu. L'année 1998 ne les avait pas épargnés, perte d'emploi en janvier et la mère de la petite évaporée en février. Après ça, plus rien n'avait jamais été comme avant. Elisabeth arrêta la compétition dans un premier temps, plus de match le dimanche matin. Bientôt, ce fut au tour des entraînements de passer à la trappe. Elle arrêta le sport mais le père aimant continua la photographie. Elle voulait être belle et il voulait juste qu'elle ait des souvenirs, des morceaux de papier colorés à afficher sur ses classeurs, dans des albums, sur sa table de nuit le jour de son accouchement... mais il n'était pas à la hauteur, il le sentait. Sa fille était trop belle pour un simple amateur, elle était faite pour luire sous les flashs crépitants des grands de ce monde. Il l'imaginait déjà poser pour les marques les plus prestigieuses, rapporter beaucoup d'argent, de quoi lui assurer une retraite confortable et, à force de courir les castings, la chance lui sourit.

« Regardez-moi ces magnifiques éphélides sur les ailes du nez, s'enthousiasma Romero, l'artiste parisien le plus en vogue du moment et ami de la famille depuis peu, les taches de rousseur sont tellement à la mode en ce moment ! Et ce teint de porcelaine, c'est vraiment ce qu'il me faut. Je signe mon cher Jean-Pierre, votre fille est un vrai bijou. »

À quatorze ans, Elisabeth Delmas se réveillait chaque jour de la même manière, les rayons du soleil printanier – estival, hivernal ou automnal selon la saison – venant lécher ses traits gracieux dès l'aurore à travers la vitre ébréchée de sa chambre... ou son cocon comme elle se plaisait à l'appeler. Cet endroit où elle n'avait pas à prétendre à une quelconque popularité et où elle n'avait pas à essuyer les critiques acérées de ses camarades sur son QI, son caractère bien trempé ou encore son physique qui ne laissait personne indifférent... que ce soit dans un sens ou dans l'autre d'ailleurs. La plupart des garçons appréciaient ses yeux noisette et ses joues légèrement rebondies qui lui donnaient un air de... chipmunk à en croire le dernier inconnu qui avait tenté de la séduire. En revanche, la majorité des filles ne se privaient pas quand il était question de critiquer son cou de poulet, ses bras trop maigres ou ses cuisses pas assez fermes. Du coup, elle exposait ses pseudo-défauts dès qu'elle le pouvait pour prouver qu'elle n'en avait cure de ces remarques incessantes, même si évidemment ça la blessait, mais ça personne ne le savait. Elle avait alors décidé de porter toujours la même tenue alors qu'elle en avait une bonne trentaine dans son dressing. Avec ce top rose pourvu de manches très courtes, ses camarades pouvaient critiquer autant qu'ils voulaient ses coudes peu élégants ou ses veinules qui ressortaient légèrement sur le biceps, trait que certains mecs jalousaient secrètement tout en se moquant allègrement. Au moins, elle prétendait d'être à l'aise avec l'entièreté de son corps... et à force de prétendre, on finit par adhérer à son propre mensonge. Le deuxième avantage considérable de ce court T-shirt, c'est qu'il lui permettait de mettre en avant son ventre... qu'elle détestait tout autant pour la petite cicatrice qui se présentait dans la continuité du nombril, encore une trace du passé qu'elle aurait préféré faire disparaître à jamais. Mais elle ne pouvait pas, personne ne le pouvait... excepté une poignée de chirurgiens spécialistes mais elle n'était pas sûre d'avoir 100% envie de franchir ce cap parce que l'effacement, c'est aussi le premier pas vers l'oubli... et elle tenait à conserver certains souvenirs, comme cette séance photo qui avait forgé son caractère. Ce fameux shooting où Romero lui proposa une bonne dizaine de fois de « se mettre à l'aise parce qu'il fait tellement chaud dans cet atelier » et qu'elle refusa de se laisser traiter comme du vulgaire bétail.

Son père savait tout cela. Il avait beau se cogner le petit orteil contre le clou déchaussé de l'embrasure de la porte de la remise, les regrets n'arrivaient pas. Quand sa fille avait été trouver la police, toute seule comme une grande, il savait qu'elle n'avait déjà plus besoin de lui. À partir de ce jour, son comportement changea du tout au tout. Et, encore une fois, c'était visible sur ces souvenirs accrochés au papier peint fleuri, décrépi, à la limite de la faute de goût, de cette remise qui s'était transformée en un sanctuaire à la gloire de Delmas junior. Sur un autre pan du mur s'étendaient des clichés la représentant à l'adolescence, maquillée comme une traînée et ayant abandonné le foot depuis longtemps. C'est à cette période-là que Jean-Pierre avait réalisé qu'il ne pourrait jamais vraiment l'aimer, elle commençait à trop ressembler à sa mère, ce qui n'était pas un compliment, bien au contraire.

Fébrile, il détourna le regard pour s'attarder sur ces carreaux, sales et ébréchés, qui lui offraient une vision restreinte sur ce jardin affadi qui n'en portait plus que le nom. Les parterres de fleurs n'étaient plus entretenus depuis le début de sa « maladie » qui le vidait jour après jour... mais ça c'était avant. Aujourd'hui, il se sentait mieux. Depuis qu'il tenait entre ses doigts osseux le nom du responsable de cette déchéance corporelle, il savait qu'il mourrait en paix. Car il aurait sa vengeance avant de s'abandonner à ce plaisir dispersé mais sensuel du dernier jour sur Terre. Il aperçut un bref instant son reflet dans la vitre légèrement embuée mais il laissa aussitôt tomber ses paupières pour retrouver le doux voile obscur qu'il chérissait tant, cette délicieuse couleur noire qui l'empêchait de voir le monde tel qu'il était. En réalité, il ressemblait tellement à son père défunt qu'il ne pouvait plus se voir dans une glace sans pleurer, c'était au-dessus de ses forces. À cet instant, il comprit que la folie n'avait eu de cesse de le dévorer depuis la visite du petit blondinet. Cet ancien élève qu'il n'avait jamais espéré revoir et qui lui avait fait la surprise de s'introduire dans la vieille demeure, un soir d'orage où Sissi s'était absentée pour une sortie entre copines, prétexte bidon pour ne pas avoir à avouer à son père qu'elle passait une nuit sur trois à faire des heures supplémentaires pour subvenir aux besoins des gosses qu'elle avait engendrés ici et là. Belpois l'avait pris de vitesse avec cette visite impromptue et il fallait impérativement agir, il avait peu de temps devant lui. Sans trembler, il dégaina son cellulaire et composa un numéro qu'il n'avait jamais réussi à effacer de sa mémoire. Une sonnerie, deux, trois, une voix rauque se fit entendre au bout de la quatrième tonalité électronique.

« Allô ? »

L'ancien proviseur de Kadic se frotta la barbe du bout de ses phalanges crasseuses tout en arborant un petit sourire satisfait que son interlocuteur n'était pas en mesure de voir. Ainsi donc, après toutes ces années, les ténèbres n'avaient toujours pas englouti le cœur de ce vieux briscard...
_________________
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Hell is empty and all the devils are here...


Dernière édition par Tazz le Mar 23 Mai 2017 14:22; édité 1 fois
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Ikorih MessagePosté le: Ven 19 Mai 2017 14:43   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Citation:
si j'arrive à esquiver le lock bien entendu

Je crois qu'on m'a appelée (a)

Annonçons la couleur directement : ça m'a franchement plu. On a pas beaucoup de dystopies sur la section, et la tienne a un style pas dégueux du tout. Les descriptions en particulier ont retenu mon attention, parce que je les trouve très porteuses de sens et d'émotions, que ce soit celle de Ruth ou celle de Jean-Pierre (les réflexions sur le gosse qui patauge dans le jardin, etc).
Le prologue plante bien l'ambiance, il n'y a pas à redire. On va passer rapidement sur le tout :
Ruth, qui pour le moment ne paye pas de mine, mais le titre laisse suggérer des pistes intéressantes pour cet OC. Le numéro laisse évidemment songeur : il doit y avoir quelque part un numéro 1 et 2. Quant à savoir dans quel contexte on lui a attribué...moi ça m'évoque des projets de recherche louches mais ça c'est mon propre univers qui déborde un peu je pense donc y a tout à fait moyen que ça parte ailleurs. On sera vite fixés!
Quant au premier personnage de CL qu'on retrouve, on ne s'y attend pas. Sacré Odd, toujours à faire des conneries (a). Il a l'air d'avoir assez mal tourné, en même temps c'est dans la veine de l'histoire, mais on ne sait pas tout. Peut-être y a-t-il des circonstances atténuantes à sa déchéance...ou pas!
Le focus sur Jean-Pierre était à mon sens le plus réussi des deux du début. Le travail sur l'histoire d'Elisabeth, sur la présence d'Ulrich sur les photos, le fait qu'elle aime le foot, les descriptions sur son physique d'ado et tout, ça donne vraiment vie aux personnages. Là encore j'ai particulièrement apprécié les descriptions. C'est toujours chouette quand on arrive à créer un background bien détaillé aux personnages de l'animé, et je pense que tu as bien réussi ton coup ici.
Dans le côté dystopie, la dégénérescence de la relation entre Sissi et son père est discrètement montré avec le " Jean-Pierre avait réalisé qu'il ne pourrait jamais vraiment l'aimer" qui détonne totalement avec ce que le dessin animé montrait. Bon après la fin du focus de Jean-Pierre lance le scénario mais comme c'est difficile de voir ce qui va se tramer après, on va attendre que tu balances le premier chapitre...

Il m'a semblé reconnaître XANA juste avant l'image de transition, que ce soit le vortex placé là ou la description qu'il illustre, les spectres de XANA me semblent bien à l'oeuvre, quoique de façon un peu discrète peut-être comparé à ce qu'on attendrait dans une dystopie (où il est logiquement dans les chefs).
Et sinon on a également l'intrigue sur cette histoire de maladie et de sang qui est mentionnée, là-aussi je suppose qu'on en saura plus par la suite mais du coup la maladie a l'air d'être transmissible par le sang (SIDA coucou?). D'ailleurs la fille a l'air de se faire des transfusions toute seule, avant même d'avoir contracté la maladie via le chat. Y a donc pas que cette histoire de maladie qui joue. Pareil, la morsure qui fait vampire (Odd qui boit le sang d'une fille? Mh) pourrait expliquer pourquoi elle a perdu du sang mais du coup, ça n'a pas l'air d'être un phénomène isolé puisqu'elle est prête à gérer les conséquences et que sa mère lui a déjà fait des injections...

Enfin bref, pour conclure, bienvenue sur le sous-forum des fanfics, je pense que tu as bien rentabilisé ton premier post en ces lieux! On sent que tu as bien bossé ton projet (bon plan d'avoir bientôt fini l'écriture, ça réduit de beaucoup le risque d'abandon XD) et je suivrai ça avec beaucoup d'attention. A la prochaine j'espère!
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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