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[Fanfic] Numéro 3 ~ Ruth

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 Auteur Message
Tazz MessagePosté le: Ven 19 Mai 2017 12:36   Sujet du message: [Fanfic] Numéro 3 ~ Ruth Répondre en citant  
[Kankrelat]


Inscrit le: 13 Juil 2016
Messages: 2
Spoiler


Prologue
La fille qui rêvait d'horizon


Ses dernières certitudes se lézardaient aussi vite que les regards fuyants des passants qui ne lui accordaient définitivement pas la moindre once d'attention, la plus misérable molécule en suspension dans l'atmosphère écharpant un bref instant la rétine humide de ces orbites peu compatissantes leur aurait fait plus d'effet que ce pauvre bougre assis à même le sol et se tortillant sur place pour ne pas laisser échapper la préciosité contenue au sein de ses entrailles. Il est vrai qu'il n'était pas doté d'un physique attrayant, ce qui renforçait l'aveuglement des quidams face à ce spécimen du « parfait exemple de l'épave sociale » ou encore du « clochard qui mérite amplement ce qui lui arrive ». Le jeune homme en question se prénommait Ruth, un prénom somme toute assez courant dans le coin mais généralement attribué à la gente féminine. Or, l'individu qui regardait d'un œil vide le tourbillon de piétons désireux de gagner un point ou l'autre de la ville était bien un garçon, même s'il ne portait plus d'être humain que le nom. C'était un écorché de la vie, un vrai, et on lui aurait donné facilement la trentaine alors qu'il n'avait même pas encore atteint la majorité. Ce décalage entre l'âge réel et l'âge apparent s'expliquait par la corpulence de Ruth, un colosse, sans abus de graisses ni de muscles pourtant. Il était juste une de ces curiosités de la nature, de ceux qui grandissent très vite à partir de la puberté. Non seulement le gain de centimètres avait été fulgurant mais il s'était aussi prolongé pendant une bonne partie de son adolescence, avec un bon mètre quatre-vingt-dix comme résultat final, à quelques millimètres du deux mètres en réalité... Ce qui le vieillissait aussi, c'était sa barbe qui recouvrait entièrement son menton, l'avant de son cou et une grande partie de ses joues. Plusieurs qualificatifs pouvant être utilisés pour décrire cette pilosité impressionnante pour un gamin de dix-sept ans. Cette barbe était vraiment... foisonnante, rêche et mal entretenue, ce dernier point étant d'ailleurs valable pour l'entièreté des parties externes – ou même internes – du corps de Ruth. Ça fonctionnait avec tout : pilosité mal entretenue, habits mal entretenus, foie mal entretenu, et la liste pourrait continuer de cette manière pendant de longues minutes. Seuls ses cheveux roux, coupés très courts, paraissaient propres mais ce n'était qu'une illusion de plus. S'ils avaient été longs, les gens n'auraient pas manqué de remarquer que Ruth n'avait plus vu le moindre shampoing depuis longtemps. Les lèvres gercées par le froid, le menton rongé par la gale et le nez brûlé par le soleil, il avait le corps d'un rescapé, celui qui avait dû affronter les aléas de la vie, de la vraie vie, pas celle que certains menaient dans leurs appartements luxueux, coupés de la réalité du peuple qui suait chaque jour pour leur apporter les quotas exigeants de denrées qu'ils réclamaient sans cesse.

C'est vrai qu'il fallait faire tourner la ville, cette capitale du vice qui accueillait chaque jour des milliers de parieurs, prêts à mettre en danger leur fragile existence pour connaître à leur tour le grand frisson. Tout être vivant savait qu'il allait frôler la mort ici-même, dans ce lieu aussi maudit que sacré, concrétisé par un nom ridiculement simple : Veelox. C'était tout, un mot pour résumer des siècles d'existences fragmentées, abstraites, dissoutes par l'haleine charbonneuse des bouffeurs de minerais et par la sueur perlant sur le front des gamines employées dès leurs plus jeunes âges dans toutes sortes d'établissements plus ou moins fréquentables. Alors qu'il s'apprêtait à se lever, à changer de pavé nauséeux, les oreilles de Ruth sifflèrent, ses tympans vrillèrent d'une intensité rare pendant une fraction de seconde avant qu'il ne soit capable de percevoir le message transmis à l'intégralité des petites fourmis qui grouillaient au sein de la scandaleuse cité. Car c'est ça qu'ils étaient après tout, de misérables insectes destinés à attendre les ordres de leur reine pour qu'enfin elle donne un sens à ces milliers de destins qui n'attendaient qu'une chose : la consigne ultime, celle qui était censée faire basculer ce foutu château de cartes fait de manipulations et diverses stratégies militaires, tout ce qui a pu être construit peu à peu par les conseillers démoniaques de la souveraine elle-même.

Chers citoyens de Veelox, bonjour.

Cette voix. Apaisante. Reposante. Cristalline. Si douce et grave à la fois...

Je voudrais dire à toutes les filles de faire attention à elles mais surtout à certains dangers publics dont un en particulier. Hier soir, Elsa, nom d'emprunt pour le témoignage anonyme que nous allons diffuser publiquement pour le bien de la communauté, a été victime d'une agression... ce qui est intolérable dans une société comme la nôtre, celle qui promulgue avant tout des valeurs comme l'entraide, la fraternité ou encore la supériorité des Insoumis sur les autres habitants de la cité. Je vous laisse écouter son témoignage.

« Je suis sortie dans les quartiers secondaires, déclara une voix aussi tremblante que fluette malgré la robotisation programmée pour conserver l’anonymat promis, alors que de base ce n'est pas vraiment dans mes habitudes mais mes amies ont insisté et j'y suis allée pour leur faire plaisir. L'odeur, les gens, l'architecture, tout est si différent, c'est ce qu'on m'avait toujours dit. Je n'ai vraiment pas mis longtemps à m'en rendre compte par moi-même. Une fois là-bas, je ne me suis plus sentie à ma place et j'ai donc bu pour oublier... ou plutôt pour faire taire toutes ces pensées qui parcouraient allègrement mon esprit, dévorant tout sur leur passage jusqu'à la moelle, comme un chien qui ronge avec tant de férocité un os que son maître n'est pas capable de récupérer. Après quelques verres et me pensant en sécurité entourée de toutes ces copines de longue date, j'ai commencé à réellement apprécier la soirée. Ces néons colorés, cette piste endiablée, la mélodie entraînante qui fait tomber les dernières barrières de pudeur qui subsistent en chacun de nous et ces cris de joie qui font oublier tous les soucis du quotidien... Entre deux shots de liquide orangé, sucré, mais fortement alcoolisé, une amie, fraîchement gradée, me présente un de ses potes « du quartier », un de ceux qu'elle avait l'habitude de fréquenter avant de rejoindre les quartiers prioritaires. Il est comique ce gars, on rigole un peu et on se croise deux-trois fois dans la soirée mais rien de plus. Après, la dernière chose dont je me souviens c'est mon amie en train de demander à son pote de me raccompagner pour que je ne fasse pas le trajet seule en étant saoule comme je l'étais. Je me réveille le lendemain nue dans un lit que je ne connais pas, seule, vraiment toute seule. Je me sens mal. Vraiment mal. Douleurs au bas-ventre... et ailleurs. Je vomis. Une fois. Deux fois. De la bile, brune, ainsi que la fameuse mixture orangée agrémentée des grains de maïs picorés au souper. J'ai des flashs qui me reviennent, lentement d'abord mais tout s'assemble rapidement, le mec d'hier en train d'essayer de me garder éveillée pour qu'il puisse tirer son coup, j'essaie vainement de résister mais il est trop fort et moi trop saoule pour faire quelque chose... Je tombe inconsciente, avant d'émerger une seconde fois. Mains entravées par des courroies en cuir de cerf, il m'a carrément attachée avec ce que je fabrique tous les jours ce salaud. Un liquide visqueux dégouline de sa bouche, je hurle mais personne ne m'entend. Un coup au visage, puis deux. Je m'accroche aux courroies et serre les dents, en espérant ne pas rester attachée ici jusqu'à ce que la faucheuse daigne pointer le bout de son nez. Ses hanches sont lourdes, elles cognent contre les miennes avec une violence inouïe. Mais plus rien au matin, je suis libre de mes mouvements, les lanières de cuir ont disparu... tout comme le reste, seul le mal-être persiste, ainsi que tous ces signaux envoyés à mon cerveau pour signaler que mon corps ne va pas bien, qu'il va bientôt lâcher si je ne fais pas le nécessaire. Heureusement, j'ai les seringues avec moi, comme toujours, cinq doses dans mon sac à main.

Je fais un piètre garrot avec ce qu'il reste du drap déchiré pour faire ressortir mes veines et, sans plus tarder, m'injecte le contenu des petits tubes plastifiés. Je n'avais jamais fait ça toute seule, c'était toujours ma mère, j'essaie de me souvenir des gestes pour ne pas commettre un impair. Mes doigts tremblent, l'aiguille aussi et en particulier au moment où elle doit s'enfoncer sous ma peau. Je revois les quelques images que j'ai comme "souvenirs" de cette soirée... Je suis dégoûtée, je ne sais pas combien de fois je me suis lavée après ça, sans jamais me sentir mieux. Quand je me suis vue dans ce miroir crasseux, la morsure au cou m'a directement sautée aux yeux, j'étais donc bien tombée sur un dépeceur. Et ce n'était pas un rêve. Les songes, aussi réalistes soient-ils, ne laissent pas de marques. Très vite, un nouveau constat : quelques millilitres de sang, je sais que ce n'est pas assez, j'ai besoin de plus, beaucoup plus. Sur le rebord de la fenêtre entrouverte, un chat somnole. Je n'ai pas eu le choix... c'était ça ou une mort certaine. J'ai donc bafoué une des règles sacrées : ne jamais ingérer de sang. Je suis rentrée dans les beaux quartiers, j'ai passé tous les contrôles avec le pass nominatif que mon agresseur n'a pas jugé utile de ramasser et je suis restée en position fœtale dans ma chambre pendant une durée indéterminée. Je n'osais en parler à personne, j'avais tellement honte. Il n'a jamais essayé de me contacter par après, ne s'est jamais excusé sachant que lui n'était pas saoul au moment des faits, je ne l'ai pas vu boire un seul verre de la soirée et, pour cause, il est fiché comme alcoolique récidiviste et n'a plus accès aux bars. Je l'ai croisé une fois dans la rue, le jour où je suis retournée sur place pour tenter de retrouver une boucle d'oreille égarée – prétexte pour revoir les lieux, me mutiler intérieurement une nouvelle fois – et il était trop tard pour changer de trottoir au moment où je l'ai aperçu. Il est venu me dire bonjour comme si de rien n'était avec un petit sourire malsain aux lèvres alors que moi, je n'ai même pas trouvé le courage de le regarder dans les yeux. Comme presque tous les garçons maintenant. Il a ruiné ma vie : je ne dors plus, je ne vais plus travailler, je m'éloigne de mes proches qui ne comprennent pas ce qui se passe et je n'ose pas en parler à mes parents parce que j'ai honte, du mal que j'ai pu faire. Je fais semblant d'aller bien, de sourire à la vie à pleines dents pour ne pas qu'ils s'inquiètent. Le pire, c'est de ne pouvoir en parler à personne tellement la culpabilité me ronge alors que c'est lui qui devrait être mal. Merci à toi, profiteur sans scrupule, d'avoir ruiné le peu de confiance que j'avais en moi, j'ai fait un test aujourd'hui et il était positif : mon hémoglobine est définitivement contaminée, tout ça à cause d'un stupide chat qui avait probablement bouffé un de ces rats pourris qui transportent la maladie, celle qui nous fauche tous les uns après les autres. Alors, aujourd'hui, j'espère qu'on te reconnaîtra et que tu seras exécuté très vite. Tous les jours je me demande si c'était la première fois ou si tu te rendais compte de ce que tu faisais. Est-ce que tu vas à des soirées et que tu les repères ? Est-ce que tu as une copine après ça ? Alors les filles, s'il vous plaît, faites attention, même les mecs que vous connaissez peuvent vouloir en profiter. Et vous les garçons, une fille bourrée qui ne tient plus debout n'est jamais consentante, elle n'est plus en état de penser "normalement". Pour tous ceux qui seraient en mesure de m'aider, voici le signalement de ce détraqué : âgé d'environ 25 ans et mesurant approximativement un mètre quatre-vingt, de corpulence mince mais relativement musclé néanmoins. Il a le visage fin, quelques cicatrices sur les joues ainsi que sur l'arcade sourcilière gauche et des cheveux blonds coiffés en pointe avec une hideuse mèche mauve qui se situe juste au-dessus du front. Cet individu est dangereux, il est connu des services de l'ordre pour avoir déjà manifesté par le passé son mépris face au régime mis en place par notre reine. »

Merci Elsa... Quant à toi, humain, sois vigilant et dénonce tout acte suspect à l'agent de quartier. Tourne et retourne la parole de tes leaders en tous sens car tout y est renfermé, elle seule te donnera la vraie science. Il y a un moment pour tout et un moment pour chaque chose dans le ciel : un temps pour engendrer et un temps pour mourir, un temps pour planter et un temps pour arracher. Un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour gémir et un temps pour danser. Un temps pour lancer des pierres et un temps pour les ramasser, un temps pour s'embrasser et un temps pour s'abstenir. Vieillis dans cette optique, crois en ces déclarations et ne les abandonne jamais. Grandis. Apprends. Obéis. Mais surtout, n'oublie pas : Hell is empty and all the devils are here...

Ruth soupira. Cette annonce n'était pas encore pour lui, il serait donc inutile... une nouvelle fois. Il n'avait malheureusement pas conscience de son identité au sein de ce monde plus que jamais mis en péril par cette puissance que tous s'appliquaient à décrire sans pour autant y parvenir. Sournoisement glaciale disaient certains, alors que d'autres se la jouaient dramatiques avec des tournures plus alambiquées telles que un vrai maelström d'angoisse aspirant toute humanité sur son passage ou encore ce gaz vicieux émanant des braises incandescentes qui s'insinue dans les narines des plus talentueux scientifiques pour éteindre cette ultime lueur de lucidité persistant dans l'un ou l'autre recoin des méandres cérébraux si chers à ces messieurs.



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Par les vitres de la petite remise, qu'aucun regard n'avait plus traversées depuis une quinzaine années, le sexagénaire eut une vision apocalyptique de son jardin, mauvaises herbes à profusion et mares de boue dans lesquelles s'amusaient les petits vandales du quartier. D'ailleurs, il y en avait encore un en ce moment même, empiétant sur cette propriété privée avec son petit ciré jaune et ses bottes Mickey qui s'embourbaient au fur et à mesure de ses sauts de lapin, à pieds joints dans chaque flaque pour saloper un maximum ce pantalon tout neuf que sa mère avait économisé pour acheter. Mais c'est pas grave, on le laverait et il sera à nouveau comme neuf, oui, comme neuf car toute saleté part au nettoyage... sauf les souvenirs, aussi crasseux soient-ils, qui s'entassent, s'accumulent, débordent. Le vieil homme regarda une nouvelle fois les murs de la remise, celle de sa femme, cette pièce interdite d'accès depuis son départ. Il tendit les doigts vers les nombreuses photographies accrochées sur le papier peint fleuri et représentant toutes la même personne : cette belle brune, au sourire ravageur et à l'air aguicheur, de la plus petite enfance à l'adolescence. Un cliché en noir et blanc la représentait de profil, à l'âge de quatre ans, sur le dos d'un poney qui n'était sans doute pas beaucoup plus âgé que la fillette. Elle tirait la langue, grimaçant face à ce photographe qui tentait de capturer cet instant pour le placarder à ce fameux mur, celui qui lui est dédiée. Son premier poisson attrapé, sa première dent tombée, ses victoires au foot et les balades en tricycle le dimanche, tout y est passé. Au début, elle était seule sur tous ces clichés. Mais très vite, un jeune homme apparut. Un jeune sportif aux cheveux bruns et à la mine songeuse, presque bougonne, qui peinait à prétendre d'être heureux sur les photos. En y repensant, le maître des lieux se dit que le jeune garçon n'était sans doute pas très réjoui de poser à côté de la fillette... qui l'invitait pourtant partout, du cinéma au zoo sans oublier le stade qui était sans hésiter son endroit préféré. La famille du petit athlète n'étant pas spécialement ouverte aux loisirs, le jeune garçon ne refusait aucune proposition de sa camarade et en particulier quand ça touchait leur passion commune : le football. Quelques médailles, vestiges de cette période, étaient abandonnées sur l'étagère à la peinture écaillée. Rouillées par le temps, elles témoignaient de la piètre qualité des matériaux qui avaient été utilisés lors de la conception de ces « joyaux », ces gemmes inestimables pour l'enfant qui voulait être au centre de l'attention de tous. Le papa de la gamine se rappela avec tristesse que la date gravée sur la médaille d'or marquait un tournant pour la petite tribu. L'année 1998 ne les avait pas épargnés, perte d'emploi en janvier et la mère de la petite évaporée en février. Après ça, plus rien n'avait jamais été comme avant. Elisabeth arrêta la compétition dans un premier temps, plus de match le dimanche matin. Bientôt, ce fut au tour des entraînements de passer à la trappe. Elle arrêta le sport mais le père aimant continua la photographie. Elle voulait être belle et il voulait juste qu'elle ait des souvenirs, des morceaux de papier colorés à afficher sur ses classeurs, dans des albums, sur sa table de nuit le jour de son accouchement... mais il n'était pas à la hauteur, il le sentait. Sa fille était trop belle pour un simple amateur, elle était faite pour luire sous les flashs crépitants des grands de ce monde. Il l'imaginait déjà poser pour les marques les plus prestigieuses, rapporter beaucoup d'argent, de quoi lui assurer une retraite confortable et, à force de courir les castings, la chance lui sourit.

« Regardez-moi ces magnifiques éphélides sur les ailes du nez, s'enthousiasma Romero, l'artiste parisien le plus en vogue du moment et ami de la famille depuis peu, les taches de rousseur sont tellement à la mode en ce moment ! Et ce teint de porcelaine, c'est vraiment ce qu'il me faut. Je signe mon cher Jean-Pierre, votre fille est un vrai bijou. »

À quatorze ans, Elisabeth Delmas se réveillait chaque jour de la même manière, les rayons du soleil printanier – estival, hivernal ou automnal selon la saison – venant lécher ses traits gracieux dès l'aurore à travers la vitre ébréchée de sa chambre... ou son cocon comme elle se plaisait à l'appeler. Cet endroit où elle n'avait pas à prétendre à une quelconque popularité et où elle n'avait pas à essuyer les critiques acérées de ses camarades sur son QI, son caractère bien trempé ou encore son physique qui ne laissait personne indifférent... que ce soit dans un sens ou dans l'autre d'ailleurs. La plupart des garçons appréciaient ses yeux noisette et ses joues légèrement rebondies qui lui donnaient un air de... chipmunk à en croire le dernier inconnu qui avait tenté de la séduire. En revanche, la majorité des filles ne se privaient pas quand il était question de critiquer son cou de poulet, ses bras trop maigres ou ses cuisses pas assez fermes. Du coup, elle exposait ses pseudo-défauts dès qu'elle le pouvait pour prouver qu'elle n'en avait cure de ces remarques incessantes, même si évidemment ça la blessait, mais ça personne ne le savait. Elle avait alors décidé de porter toujours la même tenue alors qu'elle en avait une bonne trentaine dans son dressing. Avec ce top rose pourvu de manches très courtes, ses camarades pouvaient critiquer autant qu'ils voulaient ses coudes peu élégants ou ses veinules qui ressortaient légèrement sur le biceps, trait que certains mecs jalousaient secrètement tout en se moquant allègrement. Au moins, elle prétendait d'être à l'aise avec l'entièreté de son corps... et à force de prétendre, on finit par adhérer à son propre mensonge. Le deuxième avantage considérable de ce court T-shirt, c'est qu'il lui permettait de mettre en avant son ventre... qu'elle détestait tout autant pour la petite cicatrice qui se présentait dans la continuité du nombril, encore une trace du passé qu'elle aurait préféré faire disparaître à jamais. Mais elle ne pouvait pas, personne ne le pouvait... excepté une poignée de chirurgiens spécialistes mais elle n'était pas sûre d'avoir 100% envie de franchir ce cap parce que l'effacement, c'est aussi le premier pas vers l'oubli... et elle tenait à conserver certains souvenirs, comme cette séance photo qui avait forgé son caractère. Ce fameux shooting où Romero lui proposa une bonne dizaine de fois de « se mettre à l'aise parce qu'il fait tellement chaud dans cet atelier » et qu'elle refusa de se laisser traiter comme du vulgaire bétail.

Son père savait tout cela. Il avait beau se cogner le petit orteil contre le clou déchaussé de l'embrasure de la porte de la remise, les regrets n'arrivaient pas. Quand sa fille avait été trouver la police, toute seule comme une grande, il savait qu'elle n'avait déjà plus besoin de lui. À partir de ce jour, son comportement changea du tout au tout. Et, encore une fois, c'était visible sur ces souvenirs accrochés au papier peint fleuri, décrépi, à la limite de la faute de goût, de cette remise qui s'était transformée en un sanctuaire à la gloire de Delmas junior. Sur un autre pan du mur s'étendaient des clichés la représentant à l'adolescence, maquillée comme une traînée et ayant abandonné le foot depuis longtemps. C'est à cette période-là que Jean-Pierre avait réalisé qu'il ne pourrait jamais vraiment l'aimer, elle commençait à trop ressembler à sa mère, ce qui n'était pas un compliment, bien au contraire.

Fébrile, il détourna le regard pour s'attarder sur ces carreaux, sales et ébréchés, qui lui offraient une vision restreinte sur ce jardin affadi qui n'en portait plus que le nom. Les parterres de fleurs n'étaient plus entretenus depuis le début de sa « maladie » qui le vidait jour après jour... mais ça c'était avant. Aujourd'hui, il se sentait mieux. Depuis qu'il tenait entre ses doigts osseux le nom du responsable de cette déchéance corporelle, il savait qu'il mourrait en paix. Car il aurait sa vengeance avant de s'abandonner à ce plaisir dispersé mais sensuel du dernier jour sur Terre. Il aperçut un bref instant son reflet dans la vitre légèrement embuée mais il laissa aussitôt tomber ses paupières pour retrouver le doux voile obscur qu'il chérissait tant, cette délicieuse couleur noire qui l'empêchait de voir le monde tel qu'il était. En réalité, il ressemblait tellement à son père défunt qu'il ne pouvait plus se voir dans une glace sans pleurer, c'était au-dessus de ses forces. À cet instant, il comprit que la folie n'avait eu de cesse de le dévorer depuis la visite du petit blondinet. Cet ancien élève qu'il n'avait jamais espéré revoir et qui lui avait fait la surprise de s'introduire dans la vieille demeure, un soir d'orage où Sissi s'était absentée pour une sortie entre copines, prétexte bidon pour ne pas avoir à avouer à son père qu'elle passait une nuit sur trois à faire des heures supplémentaires pour subvenir aux besoins des gosses qu'elle avait engendrés ici et là. Belpois l'avait pris de vitesse avec cette visite impromptue et il fallait impérativement agir, il avait peu de temps devant lui. Sans trembler, il dégaina son cellulaire et composa un numéro qu'il n'avait jamais réussi à effacer de sa mémoire. Une sonnerie, deux, trois, une voix rauque se fit entendre au bout de la quatrième tonalité électronique.

« Allô ? »

L'ancien proviseur de Kadic se frotta la barbe du bout de ses phalanges crasseuses tout en arborant un petit sourire satisfait que son interlocuteur n'était pas en mesure de voir. Ainsi donc, après toutes ces années, les ténèbres n'avaient toujours pas englouti le cœur de ce vieux briscard...
_________________
http://zupimages.net/up/17/21/kfni.gif
En vrai, je suis la réincarnation de Satan.
Si j'suis si petit c'pour être plus proche de l'enfer.


Dernière édition par Tazz le Mar 23 Mai 2017 14:22; édité 1 fois
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Ikorih MessagePosté le: Ven 19 Mai 2017 14:43   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Localisation: Sûrement quelque part.
Citation:
si j'arrive à esquiver le lock bien entendu

Je crois qu'on m'a appelée (a)

Annonçons la couleur directement : ça m'a franchement plu. On a pas beaucoup de dystopies sur la section, et la tienne a un style pas dégueux du tout. Les descriptions en particulier ont retenu mon attention, parce que je les trouve très porteuses de sens et d'émotions, que ce soit celle de Ruth ou celle de Jean-Pierre (les réflexions sur le gosse qui patauge dans le jardin, etc).
Le prologue plante bien l'ambiance, il n'y a pas à redire. On va passer rapidement sur le tout :
Ruth, qui pour le moment ne paye pas de mine, mais le titre laisse suggérer des pistes intéressantes pour cet OC. Le numéro laisse évidemment songeur : il doit y avoir quelque part un numéro 1 et 2. Quant à savoir dans quel contexte on lui a attribué...moi ça m'évoque des projets de recherche louches mais ça c'est mon propre univers qui déborde un peu je pense donc y a tout à fait moyen que ça parte ailleurs. On sera vite fixés!
Quant au premier personnage de CL qu'on retrouve, on ne s'y attend pas. Sacré Odd, toujours à faire des conneries (a). Il a l'air d'avoir assez mal tourné, en même temps c'est dans la veine de l'histoire, mais on ne sait pas tout. Peut-être y a-t-il des circonstances atténuantes à sa déchéance...ou pas!
Le focus sur Jean-Pierre était à mon sens le plus réussi des deux du début. Le travail sur l'histoire d'Elisabeth, sur la présence d'Ulrich sur les photos, le fait qu'elle aime le foot, les descriptions sur son physique d'ado et tout, ça donne vraiment vie aux personnages. Là encore j'ai particulièrement apprécié les descriptions. C'est toujours chouette quand on arrive à créer un background bien détaillé aux personnages de l'animé, et je pense que tu as bien réussi ton coup ici.
Dans le côté dystopie, la dégénérescence de la relation entre Sissi et son père est discrètement montré avec le " Jean-Pierre avait réalisé qu'il ne pourrait jamais vraiment l'aimer" qui détonne totalement avec ce que le dessin animé montrait. Bon après la fin du focus de Jean-Pierre lance le scénario mais comme c'est difficile de voir ce qui va se tramer après, on va attendre que tu balances le premier chapitre...

Il m'a semblé reconnaître XANA juste avant l'image de transition, que ce soit le vortex placé là ou la description qu'il illustre, les spectres de XANA me semblent bien à l'oeuvre, quoique de façon un peu discrète peut-être comparé à ce qu'on attendrait dans une dystopie (où il est logiquement dans les chefs).
Et sinon on a également l'intrigue sur cette histoire de maladie et de sang qui est mentionnée, là-aussi je suppose qu'on en saura plus par la suite mais du coup la maladie a l'air d'être transmissible par le sang (SIDA coucou?). D'ailleurs la fille a l'air de se faire des transfusions toute seule, avant même d'avoir contracté la maladie via le chat. Y a donc pas que cette histoire de maladie qui joue. Pareil, la morsure qui fait vampire (Odd qui boit le sang d'une fille? Mh) pourrait expliquer pourquoi elle a perdu du sang mais du coup, ça n'a pas l'air d'être un phénomène isolé puisqu'elle est prête à gérer les conséquences et que sa mère lui a déjà fait des injections...

Enfin bref, pour conclure, bienvenue sur le sous-forum des fanfics, je pense que tu as bien rentabilisé ton premier post en ces lieux! On sent que tu as bien bossé ton projet (bon plan d'avoir bientôt fini l'écriture, ça réduit de beaucoup le risque d'abandon XD) et je suivrai ça avec beaucoup d'attention. A la prochaine j'espère!
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Icer MessagePosté le: Jeu 06 Juil 2017 23:07   Sujet du message: Répondre en citant  
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Inscrit le: 17 Sep 2012
Messages: 2109
Localisation: Territoire banquise
Tu as reçu un satisfecit public d'Ikorih et un plus privé de Zéphyr. Tu as posté ton prologue le jour de mon dernier oral, un poil trop tôt pour moi donc, et je suis passé au travers. J'ai corrigé la chose aujourd'hui.
Je suis, pour l'avoir lu ensuite, globalement en accord avec ce qui a été dit dans le message précédent et je ne vais pas répéter ce qui se dit. Niveau scénario, ma marque de fabrique, hé bien, évidemment c'est toujours dur à dire après un simple prologue, mais on a l'air de s'orienter un peu vers du Minho, même si l'angle d'attaque n'est pas le même, la surenchère en moins, ça me plait. Quoique même lui avait l'air calme au début...
Bon l'idée principale de mon passage ici, c'est de t'apporter un encouragement supplémentaire, y a vraiment moyen que ça tue. Comme en plus tu sembles avoir quasiment fini en interne, c'est une excellente nouvelle. Mais comme d'habitude, gare à la sortie de Ruth... Mr. Green

Bon elle vient la suite ? Sad

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« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Tazz MessagePosté le: Dim 16 Juil 2017 12:46   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kankrelat]


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Eh bien voilà, je suis finalement de retour. Merci beaucoup pour vos commentaires Ikorih et Icer, je ne m'attendais pas à une telle réaction pour un simple prologue. C'est encourageant en tout cas ! Du coup, je pense que la meilleure réponse que je pouvais faire était de publier le premier des cinq chapitres de cette fanfic, voilà qui est chose faite ! Petite précision : les évènements racontés ici se déroulent trois mois après le prologue, qui était vraiment là pour planter l'ambiance. Rapide mot sur la suite : le chapitre deux est en phase finale de relecture, l'étape qui me prend le plus de temps. Il sera assez rythmé et précisera un peu plus le contexte de cette dystopie. J'espère quand même avoir évité la fameuse sortie de Ruth avec ce premier épisode posté, si ce n'est pas le cas n'hésitez pas à me le faire savoir pour que je puisse rectifier le tir ! Bonne fin de week-end à tous et à bientôt...






Chapitre 1 ~ Loin d'eux



Tout a commencé avec une fille…
Un jour, dans la salle de bain, en sortant de ma première douche avec mademoiselle, après m’être essuyé et rhabillé, je m’apprêtais à quitter la pièce pour rejoindre la chambre.
« Tu ne te nettoies pas les oreilles avec un coton-tige ? », m’envoie-t-elle.
« Euuh… non… — Quoi, mais c’est sale ! Moi, je le fais tous le temps, je suis accro ! » Je lui répondis d’un hochement de tête en me munissant de l’arme en coton, avant de l’insérer dans mon orifice auriculaire, pour la première fois depuis bien longtemps.
« C’est vrai que c’est agréable », lui rétorquai-je. Malheureusement, je ne savais pas encore, à ce moment précis, dans quoi j’allais m’embarquer…
Ce geste, certes simple, mais mêlant l’utile à l’agréable, commença à se répéter désormais à chaque fois que ma dulcinée prenait possession de mes quartiers. Après la douche commune, un regard, un sourire et la boîte de cotons-tiges s’ouvrait pour nous laisser goûter à nouveau à ce petit plaisir occasionnel.
La surprise fut de taille lorsque, quelques semaines plus tard, s’exilant discrètement entre quatre yeux lors d’une soirée entre amis, elle me révéla qu’elle portait sur elle, dans son sac à main, un paquet flambant neuf de cotons-tiges.
« Tu en as même amené ici... mais… pourquoi ? »
Mon étonnement, couplé au loufoque de la situation, me laissait sans voix.
« Bah qu'est-ce que t'as ? Grâce à ça je peux rester propre en permanence, c’est important tu sais, les oreilles propres ! Tiens, prends-en un ! »
Après une hésitation de quelques secondes, je me décidais à m’armer du précieux bâtonnet.
« Haha franchement, je ne m’en lasse pas, tu as raison ! », lui répondis-je en train de me curer le pavillon.
Bien malgré moi, toute cette rigolade n’était en réalité que le début d’une atroce addiction. Le temps passait et, même sans la présence de ma concubine, cette envie qui me prenait initialement tous les quatre ou cinq jours commença à s’emparer de mon quotidien. Il m’était désormais impossible de quitter la salle de bain sans passer par la case « coton-tige ».
« Ça fait quand même tellement de bien », me répétai-je en reprenant machinalement le procédé désormais récurrent.
Aujourd’hui, je suis séparé de cette fille, mais cette addiction fait malheureusement toujours partie de ma vie. Les boîtes de cotons-tiges se vident par dizaines et, bien que mes oreilles n’aient jamais été aussi entretenues, je suis détruit par le manque à chaque fois qu’un de mes soldats de plastique manque à l’appel.
On ne le répétera jamais assez, mais la morale de l'histoire est criante de vérité : ne faites pas n’importe quoi par amour !


Sissi referma le journal intime de son père avec un brin d'inquiétude. Il délirait de plus en plus souvent et ses crises atteignaient un niveau d'intensité inquiétant. Chaque matin, il s'installait à son bureau avec une tasse de café bien noir, seul un demi-sucre venait gâcher cette parfaite composition. Le bureau était très encombré, des canettes de sodas aux babioles les plus diverses jonchaient la planche de bois de manière exponentielle. Recouverts d'une épaisse couche de poussière, on pouvait relever un petit hibou de verre, un dictionnaire des synonymes édition 82, la carte de visite d'un notaire véreux du coin, une agrafeuse vidée de toute munition, un cochon-tirelire argenté qui n'émettait pas le moindre son quand on le secouait, une mappemonde recouverte de punaises colorées et un vieux cadre au creux duquel on pouvait observer la photographie d'une élégante vieille femme vêtue d'un veston abricot et qui possédait une ressemblance frappante avec l'ancien proviseur de Kadic.

Quand elle ne travaillait pas, Elisabeth observait son paternel de loin avec sa verveine citron qu'elle absorbait couramment pour tenter de se détendre. Chaque jour, c'était quitte ou double. Certains matins, Jean-Pierre ronchonnait dans sa barbe à la recherche d'une inspiration divine, ce crâne miteux avec lequel il voulait s'unir, ongles encrassés rongés par la nervosité ambiante. Ces matins-là, on n'en tirait rien de bon. À peine quelques lignes, ponctuées de ratures ici et là. Sa fille lui proposait gentiment de réessayer plus tard dans la journée mais l'ancien proviseur de Kadic refusait catégoriquement. « Le crâne sacré de l'inspiration, il n'apparaît qu'aux aurores ! Si on s'évertue à le chercher par après, il s'effrite au fil de la journée jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un petit tas d'os souillés par l'immonde plume de l'écrivain contre-nature qui s'efforce à gratter son papier sans grande conviction, juste pour remplir les trous et se donner l'impression d'avancer ! » Depuis peu, Delmas se prenait pour un grand écrivain. Il voyait ce crâne, orné d'un bandeau violet selon ses propres dires, lui sourire et l'inviter à se plonger en lui chaque matin. Parfois, il restait inaccessible, parfois, il se tenait à portée de main. Sissi était toujours admirative devant ces moments où son père écrivait sans relâche, possédé par une force supérieure qui dirigeait la plume d'une main de maître. Aujourd'hui, il s'était levé à trois heures du matin. C'était pourtant bien avant le chant du coq, réveil naturel que son père conservait depuis longtemps, mais le crâne lui était apparu en songe. Il savait qu'il devait se mettre à coucher sur papier ce qui lui avait été enseigné pendant la nuit. De trois heures quart – une fois le café fait – à onze heures et demie, rien ne l'arrêta, même pas les besoins primordiaux de tout être humain normalement constitué. Et puis, il stoppa. Net. Avec une étrange lueur dans le regard. « Le crâne me défie de son sourire grimaçant, il s'édente au fil du temps. Bientôt, il ne lui restera plus qu'une canine, inutile si elle est seule. Quelle heure est-il ma chérie ? » C'est là que sa fille comprit qu'il n'allait pas bien. Jean-Pierre Delmas ne l'appelait plus « ma chérie » depuis des années, plus précisément depuis le jour où elle avait provoqué la fin de sa carrière.

« Onze heures et demie.
— Précisément ! Un peu de rigueur s'il te plaît.
— Onze heures et demie, répéta Elisabeth d'une voix sombre, la grande aiguille est bien arrêtée sur le trente.
— Ce n'est pas possible... Le crâne ne se manifeste jamais aussi tard, la seule fois qu'il m'a inspiré aussi tardivement il était onze heures vingt-quatre et j'en ai payé le prix par après... Revérifie, il ne peut pas être aussi tard, répéta-t-il en louchant sur la montre de sa fille.
— Tu n'as qu'à vérifier toi-même, siffla Sissi en le dévisageant d'un air glacial pour masquer son inquiétude. Je dois aller bosser, pas le temps pour tes conneries. »

Au fond d'elle, la belle brune sentait que ce n'était pas la bonne solution de laisser son père s'enfoncer chaque jour un peu plus dans les méandres de la folie. Elle ne pouvait évidemment pas savoir que l'impact destructeur de Jean-Pierre Delmas ne se limiterait pas au domicile familial, bientôt il s'en prendrait aux citoyens, innocents ou pas. Mais Sissi préférait fuir plutôt que d'avoir à revivre une scène d'agonie, celle de l'auteur qui se voit filtré peu à peu de toute son inspiration, ce précieux nectar qui relevait à la fois du fantasme et du pire cauchemar pour tout gratteur de première catégorie. Elle quitta le bureau et s'adossa à la porte, retenant ses larmes dignement. La jeune femme voulait partir, le quitter une bonne fois pour toutes afin qu'il se débrouille seul avec ses propres problèmes. Mais elle ne pouvait pas faire ça. Ça restait son père... même s'il devenait de plus en plus cinglé. Il cria. Une fois. Deux fois. Trois. Elisabeth tenta de couvrir au mieux ses oreilles alors que des petites perles humides commençaient leur longue descente sur ses joues recouvertes de taches de rousseur. Elle plaça son index gauche dans le court interstice qui séparait le bas de la porte et le sol, comme une main tendue vers un proche qui ne voulait plus d'elle. À l'intérieur du bureau, la situation ne faisait qu'empirer.

« Le crâne... le crâne, hurlait le retraité, il se fissure ! Tu as interrompu ce déferlement d'énergie créatrice, sois maudite ma fille ! Va brûler en enfer, c'est là que ta mère t'attend ! »

Jean-Pierre quitta du regard son précieux manuscrit pour se concentrer sur la porte derrière laquelle, il le savait, sa fille s'était réfugiée. Comme à chaque fois. D'habitude, il se calmait dans les vingt secondes. Mais aujourd'hui, c'était différent. Il s'empara de la chaise sur laquelle il reposait la plupart du temps et la balança virulemment à travers la pièce. Il crut entendre les protestations de sa fille mais ça ne lui suffit pas. Puisqu'il ne pouvait pas lui faire mal – elle provenait quand même de ses testicules malgré tout –, Jean-Pierre allait devoir trouver un autre moyen de canaliser cette fureur... et il ne réfléchit pas très longtemps. Sa main droite, les doigts acérés comme des griffes, s'éleva à la hauteur de son front. Il enfonça ses cinq ongles pointus dans la chair et ouvrit une poignée de petites rigoles sanguinolentes, le sang coula dans ses sourcils, sur ses paupières, de chaque côté de son nez pour arriver aux lèvres blêmes. Il se gifla alors la joue de sa main gauche, assez fort pour que le choc entre sa paume et la peau du visage se manifeste sous la forme d'un claquement assez horrible à entendre. Folle d'inquiétude, Sissi finit par entrer dans la pièce et elle trouva son père torse nu, en pleine automutilation, des griffes immondes s'étendant sur son ventre et sur le haut du dos, là où il s'amusait à enfoncer ses doigts dans la chair en vue de toucher ses omoplates.

« Papa, ça... ça suffit. Je vais te faire interner, ça ne peut plus continuer comme cela. »

Dans un accès de rage ultime, Jean-Pierre émit un grognement ignoble avant de se jeter sur sa fille qui hurla aussitôt. Mais il ne comptait pas lui faire trop de mal, pas encore, il se contenta de la pousser sans ménagement hors de la pièce. Elisabeth s'empêtra les pieds dans le tapis du corridor et sa mâchoire alla cogner violemment le mur d'en face. Elle sut qu'une de ses incisives s'était cassée avant même d'avoir eu le temps de retrouver ses esprits totalement. Une dent, ce n'est rien... Elle s'attendait à ce que son père lui saute dessus d'un moment à l'autre mais il se contenta de fermer la porte du bureau à clé, de l'intérieur bien entendu, l'isolant du reste du monde une nouvelle fois. Cette fois, elle savait qu'il ne pourrait pas s'en tirer comme si de rien n'était... mais le gros problème était qu'il le savait sûrement aussi, malgré sa folie de plus en plus marquée.

« C'est pour lui que je dois faire ça » murmura-t-elle de manière à ne pas être entendue. À vrai dire, elle ne savait pas très bien si cette phrase résonnait si fort dans sa tête qu'elle avait juste l'impression de l'entendre en vrai ou si elle était vraiment en train de la chuchoter dans le couloir au sol ravagé par l'eau... L'eau ?!

« Papa, coupe ce robinet tout de suite !!! »

Un déclic. Un bout de métal dans la serrure qui libère les dernières angoisses. La clef tourne et un Jean-Pierre souriant apparaît, le petit évier fixé au mur gauche de la pièce ne laisse plus échapper aucune molélule d'H2O. Sissi regarda droit dans les yeux son père, les nuages ont disparu, les traits sont détendus, sur le front ruisselait encore un peu de fluide corporel qui ne devrait pas se trouver là mais c'est pas grave, l'orage est passé, c'est tout ce qui compte. Elisabeth se mit à trembler mais réussit à refouler les sanglots qui s'apprêtaient à l'inonder à nouveau. Jean-Pierre l'enlaça, tout en passant ses doigts humides dans les longues mèches de sa fille, collées entre elles à la racine par un mélange de transpiration due à l'adrénaline et à la sueur froide émise. Il se colla à elle, quitte à sentir à plein nez son parfum enivrant et lui chuchota ces quelques mots à l'oreille : « On va prendre un nouveau départ ma chérie. Notre reine, dans sa plus grande miséricorde, m'a doté d'un talent inouï... et je compte bien le rentabiliser. On sera heureux, tu verras... Oh oui tu verras comme on sera heureux ma belle. »




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Quelle est la différence entre un homme et un scarabée ?

Vous ne savez pas ?

...

Le scarabée tient parce qu'il a une carapace qui empêche tous ses organes de s'éparpiller. Ce qui le structure, ce qui le définit, ce qui le délimite, ce sont ses élytres. Pelez un scarabée, il s'épanchera en une grosse masse informe et répugnante. Cela ne lui fera pas du bien et ça servira tout juste à apaiser votre appétit de psychopathe en devenir.

Contrairement à ce coléoptère, l'homme tient parce qu'il a un squelette autour qui le fait tenir debout et avancer. Celui-ci ne limite en rien l'homme, il lui permet de se mouvoir, d'agir, de poser un acte qu'il finira peut-être par bénir pour le restant de ses jours.

Ainsi en va-t-il des valeurs. Conditionnez quelqu'un, imposez-lui des valeurs de l'extérieur et il deviendra un scarabée et, à la première remise en question, il n'en restera rien. Allumez la flamme qui lui sert de conscience, aidez-le à réfléchir au sens de l'existence humaine et il se construira petit à petit un squelette autour duquel il s'édifiera. L'homme fera tellement de grandes choses, si on lui en donne les moyens, si on ne le cloisonne pas en misérable scarabée, si on le laisse épancher ce subconscient intérieur qui finira un jour ou l'autre par éclabousser son quotidien.

N'oubliez jamais que, au cœur de la colonne vertébrale, la moelle épinière tellement cruciale est fragile comme la flamme d'une bougie qu'un rien peut souffler... C'est cette épine de vie que vous devez impérativement entretenir au quotidien, laissez-la germer et elle contaminera vos proches de ses valeurs essentielles au bon fonctionnement de notre société.

N'oubliez jamais de me vénérer, moi, votre reine, ainsi que mes fidèles lieutenants qui ont activement participé à la dynamisation de la cité. Priez, écoutez et implorez, seul cela pourra vous sauver une fois la nuit tombée... À demain, si vous êtes encore parmi nous, ce que je vous souhaite du plus profond de mon âme.


Ruth attendit, tout seul dans son caisson, les tubes au nez et aux creux des bras. Il savait que l'avis de recherche allait suivre, une voix masquée par la promesse d'anonymat allait bientôt retentir dans sa tête. Depuis que la première fille s'était fait violer, le message quotidien de la reine était accompagné du témoignage d'une nouvelle victime. Chaque jour, on n'y manquait pas. Un discours, un témoignage. Cela faisait exactement deux semaines et demie qu'il était retenu contre son gré et que sa seule distraction quotidienne se résumait à écouter attentivement ces mots précieux avant qu'ils ne se délabrent sous l'effet du temps.

« À toi, sombre connard n°1 qui a gâché ma vie, commença la jeune fille de son timbre caractéristique. Tu n'es certainement plus étudiant en première année vu ton âge, à moins que tu ne sois carrément débile, et là j'exclus chaque senior de la fac ayant simplement repris des études pour leur soif de connaissances, mais j'ai besoin de te hurler que, enfin, je t'ai dénoncé. Enfin, après tout ce temps, mon entourage sait ce que tu m'as fait subir cette fin d'après-midi de novembre alors que je retournais tranquillement rejoindre l'homme que j'aime à notre appartement. Tu m'as détruite, tu m'as fait avoir honte de moi, je me suis sentie sale, misérable, gênée. Je n'ai jamais osé dire à qui que ce soit tout ce que tu m'as fait subir. J'ai menti à tout mon entourage, j'ai repoussé l'homme que j'aime parce que le souvenir de tes mains sur mon corps me rendait malade.

Aujourd'hui, j'ai parlé. Trop tard, j'ai perdu celui que j'aime et j'en souffre presque autant que tout ce que tu m'as fait. Mais je te promets une chose : tout ce que j'ai perdu ne sera rien face à tout ce qui t'attend. J'ai enfin retrouvé la force de me battre et j'ai foi en la milice : on va te retrouver et tu regretteras tout ce que tu m'as fait subir et peut être aussi à d'autres.

À vous mesdemoiselles qui avez rencontré un homme dans la vingtaine et mesurant approximativement un mètre quatre-vingt, de corpulence mince mais relativement musclé néanmoins. Il a le visage fin, quelques cicatrices sur les joues ainsi que sur l'arcade sourcilière gauche et des cheveux blonds coiffés en pointe avec une hideuse mèche mauve qui se situe juste au-dessus du front. Cet individu est dangereux, il est connu des services de l'ordre pour avoir déjà manifesté par le passé son mépris face au régime mis en place par notre reine. Manifestez-vous s'il vous a infligé le même traitement que ce qu'il m'a fait subir. Ne vous taisez plus, ne vous sentez plus sale et battez-vous.

Et à toi, sombre connasse n°2, j'ai presque envie de te dire merci. Merci à toi, salope sans cœur, de m'avoir droguée et de m'empêcher de me souvenir de tout ce que tu as pu me faire avec ce malade mental. Mais le vrai merci, c'est de m'avoir donné le courage d'enfin parler.

On peut, mais on ne devrait pas, se taire une fois. Mais pas deux. Les filles, pitié, même sous le choc, même sans aucun souvenir... ne vous taisez pas. Ne vous lavez pas, allez a l'hôpital et portez plainte tout de suite.

Et si vous n'avez pas eu le courage sur le moment même, pitié, il n'est jamais trop tard. Sachez dès à présent, chers Della Robbia et Ishiyama, que vous êtes activement recherchés. Pour cette dernière, pas besoin de description. Nous avons une photo de cette étrangère et elle sera affichée partout dès demain avec ses différentes mensurations et caractéristiques. Je n'ai qu'une hâte : me délecter du spectacle que sera votre supplice lorsque notre reine aura votre destin entre ses mains. Œil pour œil, dent pour dent, j'ai hâte d'appliquer la procédure pour me venger de l'abjecte agression que vous m'avez imposée. Retiens bien ça mon petit Odd : Les femmes sont capables du meilleur comme du pire... mais c'est dans le pire qu'elles sont les meilleures. À très bientôt j'espère ! »



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Déjà, les nuages roses s'estompaient pour laisser place à une noirceur bienvenue. L'abbaye en ruines l'encerclait de ses murailles délabrées. Il était seul, se tenant au gré du vent glacial au centre de la bâtisse, des rafales s'insinuant aisément au travers les murs qui peinaient à tenir debout. Ses jambes tremblaient légèrement, le froid... ou la peur ? Il se résumait en ce moment même à ce qu'il avait toujours été. Un camé. Un camé qui tenait à peine debout mais qui sentait pourtant une énergie bienvenue lui parcourir les veines. Il avait eu sa dose. Comme le vieillard qui s'accroche désespérément à sa morphine pour profiter pleinement de la douce brume de cette réalité qu'il voyait déjà s'enfuir au loin, ce misérable petit tas de sable glissant entre les doigts et qui finit inéluctablement au sol. Comme le nymphomane qui sait qu'il va vider ses couilles à nouveau, salivant devant la chair si tendre qu'il s'apprête à posséder. Comme le toxico prêt à s'enfoncer une nouvelle fois cette seringue délicieusement terrifiante qui le faisait tant bander, mais une fois à l'intérieur, l'aiguille va se briser et le pauvre camé restera avec un affreux bout de métal dans le bras. Mais peu lui importait ce détail, du moment que le liquide céleste se mélangeait à sa source de vie, s'insinuant dans le creux de son bras pour échouer dans un recoin sordide du corps, là où la déflagration de sensations colorées allait pouvoir naître.

Ruth Portland examina ses bras et vit, dans le creux de ses coudes, des taches violettes et ocre qui se superposaient, avec un trou rempli de sang noir au milieu de chacune. Il ne savait pas ce qui lui était arrivé. Il se souvenait vaguement de son dernier emplacement, au croisement de la rue des souffre-douleurs et de l'avenue Belpois, mais rien d'autre. Enfin, si. La faim, la soif, la crasse, la préciosité qui s'échappe peu à peu de ses entrailles sous forme de longs filets rouges s'évadant poussivement de tous les orifices possibles. Les marques sur ses poignets, d'un orange pâle, ne laissaient pas place à une multitude de scénarios. Il avait été ramassé par les Déchiqueteurs, ces ombres somptueusement flottantes mais pour le moins inquiétantes qui vadrouillent sans relâche dans les divers sentiers de la cité, ramassant au passage les plus faibles de ce monde. Peut-être qu'ils l'avaient cru mort. Peut-être qu'ils avaient vu en lui un esclave qui pourrait s'avérer utile au vu de sa taille impressionnante. Ruth ignorait pourquoi les Déchiqueteurs l'avaient attrapé, aux portes de la mort, pour le foutre dans un caisson suintant mais pour le moins revigorant. Et maintenant, il se retrouvait là, dans cette vieille abbaye, avec ces sempiternelles interrogations qui valsaient dans son esprit.

Peu de temps avant qu'on ne vienne placer Ruth ici, un duo de... stylistes – il ne savait pas comment les nommer autrement – l'avait équipé d'une sorte de costume bleu marine, moulant à souhait, parfaitement uniforme et descendant jusqu'aux chevilles. La disparité de cet ensemble impeccable se situait au niveau des coudes et des rotules, protégés par une sorte de caoutchouc pourpre qui contrastait avec le bleu marine uniforme. De ses affaires personnelles, il n'avait gardé que son caleçon, sale et usé par le temps. On l'avait affublé d'un casque kaki portant le numéro trois, son chiffre préféré gravé en blanc. Ça ressemblait un peu à un casque de moto car ça lui recouvrait l'entièreté du visage, à l'exception qu'il n'y avait pas de visière. Seul un renfoncement pour les yeux était disposé sur le... masque de Dark Vador car c'est plus à cela que ça ressemblait après réflexion, quoi qu'il soupçonnait un peu son imagination de s'emballer un poil trop rapidement. On lui avait aussi fourni une sorte de fusil à pompe, inoffensif tant qu'on laissait le petit loquet de sécurité bien en place. La paire de chaussures qu'ils lui avaient imposée n'était pas à sa pointure, son gros orteil droit souffrait le martyre tandis que le gauche était tout aussi à l'étroit. Ruth aurait volontiers échangé ses baskets blanches inconfortables contre la paire de vieilles bottines endommagées jusqu'aux semelles qu'il avait l'habitude de porter. Dernière chose notable, il avait aussi été équipé d'un petit talkie-walkie bien épinglé au niveau de sa poitrine, on lui avait assuré qu'il n'était pas nécessaire de le sortir de là pour communiquer avec tel ou tel interlocuteur. Néanmoins, Ruth n'aimait pas ça. Ce manque de contrôle ne lui plaisait guère car il aimait être le seul maître et il lui semblait évident qu'un bon talkie-walkie devait être plus facilement manipulable au sein de ses paumes crasseuses plutôt que suspendu dans les airs à un bon mètre et demi du sol.

Alors que notre numéro trois examinait toujours sa tenue du jour, un autre personnage fit son apparition. Tellement obnubilé par la petite tache qu'il venait de découvrir sur son uniforme à hauteur de sa côte gauche, Ruth ne remarqua pas tout de suite l'arrivée de cet intrus. Ce n'est qu'au moment où le nouvel arrivant se racla la gorge que le roux constata qu'il avait un partenaire de jeu. Quand il le vit affublé des mêmes protections que lui, Ruth comprit qu'ils étaient sans doute dans la même... équipe, à moins que cette ressemblance était justement destinée à les tromper. Le pseudo-partenaire était plutôt trapu, plus petit que Ruth donc mais il semblait tout de même assez costaud. Il se déplaçait de manière féline et semblait se mouvoir sans difficulté malgré le poids de la tenue moulante. Il pouvait lire l'avertissement dans ses yeux dorés, message aussi clair que l'eau de roche : « J'fais peut-être 1m53 mais j'casse des gueules. En vrai, je suis la réincarnation de Satan. Si j'suis si petit c'pour être plus proche de l'enfer. »

« Salut. »

Les cordes vocales de Portland avait finalement laissé un mot s'échapper mais le ton que prit cette salutation était complètement différent de d'habitude. À la place de son expression nasillarde habituelle, Ruth constata avec surprise qu'il parlait désormais comme un robot ! Sûrement le casque...

« Yo » répondit l'autre... motard sur un ton tout aussi dénué d'émotion. « J'te flinguerais pas la gueule si tu joues pas au leader, c'est pas paske que tu portes un chiffre plus élevé que tu dois te sentir pousser des ailes gros. » Surpris par cette menace, Ruth Portland constata bien assez vite que son acolyte était le numéro quatre, à en croire la trace blanche peinte sur le haut de son casque. « C'est bizarre, j'aurais juré que mon chiffre avait été gravé à même le casque depuis belle lurette et on dirait que le tien... vient d'être fait à la va-vite avec un pot de peinture et un pinceau tenu par un gosse de cinq ans. » Numéro quatre rit, hennissement saccadé et dément qui semblait non pas venir de ce visage robotique mais plutôt d'un ventriloque qui était en train de lui faire la blague de l'année. « Ça y est, tu prends déjà la grosse tête wesh. T'es sûrement en train de penser que je n'étais pas prévu au scénario. Mais écoute-moi bien ptit merdeux, j'ai pas besoin d'une gravure pour me sentir important moi. » Décidément, Numéro quatre avait du tempérament malgré sa petite taille. Ça amusa beaucoup Ruth qui n'était pas habitué à ce que quelqu'un réagisse à ce qu'il pouvait bien exprimer en tant que clodo de la cité. D'habitude, ce qu'il pensait n'avait aucune importance et personne ne l'écoutait. Portland se fit donc la réflexion qu'il allait plutôt la jouer franc jeu avec Mister 4, même s'il allait tout de même tenter de le surveiller de près et de s'assurer qu'ils jouaient bien dans le même camp. Enfin, à supposer que la fameuse mission qu'ils avaient été chargée d'accomplir se faisait bien en équipe et non pas en individuel...

« Salut les mecs, ça gaze ? » fut prononcé par une splendide jeune fille élancée, même si les « mecs » en question n'étaient pas en mesure de mater la nouvelle arrivante aussi bien qu'ils l'auraient voulu. De toute façon, pour ce qu'ils en savaient, elle pouvait être moche comme un pou en dessous de son costume. Mais rien que l'intonation, moins robotique que les deux autres, promettait déjà du lourd. Sans oublier sa tresse aux mèches foncées qui émergeait de son casque et son arrière-train moulé de façon à attirer tous les mâles des environs. À côté de Miss numéro deux, qui portait des protections roses sur le tissu bleu marine désormais traditionnel, se trouvait un autre individu armé, cette fois pourvu de protections grises et flanqué du numéro un. Ruth fut immédiatement surpris face à la stature du nouvel arrivant car il était aussi grand que lui, chose rare pour le colosse roux qui trouvait peu de rivaux à sa taille. Subitement, il espéra que son intuition de base se confirmerait et qu'ils seraient tous dans la même team... Comme avec le casque de Numéro quatre, il était possible de distinguer les yeux du colosse en question, de teinte noisette et un regard de fouine, deux iris aux aguets trahissant un tempérament nerveux sans pour autant pouvoir être considéré comme agressif. C'est là que Ruth eut un doute. Jusque-là, il ne s'était même pas posé la question : un tel colosse ne pouvait être qu'un garçon. Mais pourtant, il y avait quelque chose d'étrangement féminin dans ce regard. À moins qu'il était tout simplement en train de se faire des idées, une fois de plus...

« On devrait faire un tour des prénoms, proposa Numéro deux. Moi c'est Sandy et v...
— ¡Hola! ¿Qué tal? »

Le discussion entamée tourna court. Ils venaient d'être rejoints par deux numéros supplémentaires : Numéro cinq qui ne parlait visiblement pas français et... Zéro, le vrai chef. Double fusil, uniforme noir orné de différents décorations, on voyait directement qu'il était le vrai leader. Lui. Et personne d'autre. Contrairement au reste du groupe, il ne portait pas de masque. Une différence de plus pour un être d'exception. Ses cheveux commençaient à grisonner mais il était toujours en forme, il avait l'allure de quelqu'un qui avait perdu pas mal de poids en très peu de temps. Dentition très blanche encadrée par de grandes gencives, sourcils broussailleux, nez bien dessiné et menton anguleux. Sandy eut l'étrange impression que leur leader sortait tout droit d'un dessin animé à tendance asiatique alors qu'il était visiblement d'origine européenne, à en croire sa couleur de peau en tout cas. Un bandeau blanc aux bords rouges enserrait sa chevelure qui tirait légèrement vers le haut, plus ébouriffée que réellement en pointe mais cela lui attribuait un résultat capillaire un peu similaire aux personnages de mangas. Un pansement beige était soigneusement appliqué sur une courte zone de peau, juste en dessous de son œil gauche. Sur son col se dégageaient aisément deux signes : une bulle verdâtre qui représentait le chiffre zéro – ça tout le monde l'avait bien compris – et ce qui semblait être des initiales JM, dans la même teinte que le premier symbole.

« Bonjour à tous. J'espère que vous êtes prêts à faire de votre mieux pour sortir sains et saufs de cette nouvelle arène. Pour les nouveaux, voici vos instructions. »

Ruth s'efforca d'écouter. Mais très vite, son attention diminua. Comme toujours. Il lui était impossible d'écouter un interlocuteur pendant plus de trente secondes. Passé ce délai, son cerveau lui disait stop et se cassait bien loin avec son amie l'ouïe, le laissant seul avec son meilleur atout : l'observation visuelle. Il voyait bien que les lèvres de Zéro allaient et venaient dans le vide mais il refusa d'y concentrer son attention. À la place, il reporta le peu de concentration qu'il lui restait sur ses étranges camarades. Il y avait quelque chose de singulier qui se détachait de ce petit groupe. Sans oublier l'étrange composition : les deux colosses rivaux, la fille sexy, l'hispanique qui ne comprend rien à sa vie et le trapu un peu wesh wesh. Ça semblait presque... programmé. Surtout que, pour la première fois depuis longtemps, Ruth se sentait plutôt bien entouré. Il avait l'étrange impression que ces six minuscules minutes ne pouvaient résumer la fusion qui émanait déjà de la petite bande, comme s'ils se connaissaient depuis bien plus longtemps que ces ridicules trois cent soixante-deux secondes qu'on avait bien voulu leur laisser. Il avait compté dans sa tête. C'était un tic, ou une petite manie selon les cas. Il en avait plein. Inscrire dans un livre, juste en dessous du titre, les dates de lecture de la première et dernière pages d'un ouvrage était une des nombreuses habitudes qu'il avait prises avec le temps. De cette manière, il savait exactement que tel bouquin avait accompagné telle période de sa vie. Dans les bons moments, il y avait toujours une œuvre de fiction... fantastique. Ruth avait essayé d'autres genres mais tous s'étaient accompagnés d'une saloperie au quotidien : infection avec la romance, mauvaise rencontre avec le réalisme et même un bain forcé lorsqu'il cachait un grand drame historique de Hugo dans sa besace. Mais quand il lisait du fantastique, tout lui semblait un peu plus merveilleux, une plume d'oie blanche recouvrant la morosité ambiante de son manteau soyeux. Et, même s'il était à la rue, il trouvait toujours de quoi occuper ses rétines, trésors qu'il conservait précieusement dans une cache aménagée en dessous du deuxième plus grand pont de la ville. C'est difficile de demander aux gens des denrées alimentaires ou financières, qu'elles qu'en soient la nature, mais des livres, ça, c'était encore relativement facile. Faut dire que le quidam est rassuré, il est certain d'avoir accompli sa BA du jour en donnant un bouquin à un clochard pour l'éduquer. Celui qui lit s'instruit. Et celui qui esquive les lignes dactylographiées est à la tête d'un palace car trop occupé pour se vider la tête avec un « ouvrage inutile » telle qu'une fiction. Triste réalité.

« Numéro trois, tu m'écoutes ? »

Numéro trois... Il dépendait totalement de cette appellation désormais. Plus d'insulte pour l'interpeller, plus de surnom débile et, encore mieux, plus d'emploi du ridicule prénom que ses abrutis de parents lui avaient attribué.

« Comme je le disais, reprit l'instructeur d'une voix neutre au possible tout en laissant apparaître un masque d'autorité sur ses traits disgracieux, il va être temps de faire vos preuves. Comme vous le savez... à peu près tous, vous êtes en période de test. Sauf qu'ici, il n'y aura pas forcément de ticket gagnant. Pour ce que j'en sais, vous êtes tous perdants avant même de commencer cet exercice. Ici, nous ne gardons pas le moins mauvais parce qu'il est le seul à sortir du lot. Non. Nous testons vos capacités et si l'un de vous se révèle être bon, tant mieux pour lui. On gravera ça sur sa tombe. Car nous ne gardons pas non plus les bons éléments, ni même les meilleurs. Ce qui intéresse mon employeur, c'est les balls. Prouvez que vous en avez... et vous serez présent au prochain round.
— Ça risque d'être compliqué pour moi, plaisanta Sandy en ricanant entre ses dents. Je ne sais pas si votre employeur est gay mais... »

La puissante détonation empêcha Ruth d'entendre le reste de la dernière phrase de Sandy. Elle ne prononcerait plus le moindre mot, même pas la moindre syllabe pour donner son avis sur ceci ou cela. De la fumée grisâtre s'échappait du canon de l'arme de l'instructeur et Sandy était déjà à terre, prête pour une dernière sieste prolongée, tandis que les premières fourmis géantes aux alentours se claquaient déjà les mandibules par pure délectation. La chair humaine, c'était comme du porc en fin de compte, gras à souhait en fonction de la zone désirée. Le projectile l'avait atteinte au front, en plein entre les deux yeux, et aucune goutte rougeâtre n'émergeait du masque. C'était propre comme travail, fallait bien le reconnaître. S'il avait s'agit d'un vrai casque de moto comme Ruth le pensait au début, la visière se serait inévitablement recouverte d'une marmelade peu ragoûtante qui aurait renforcé le côté dramatique de la scène. Mais là, non, c'était juste... impeccablement bien foutu, comme si Sandy venait délibérément de s'allonger après s'être fait piquer par une légère bestiole au gré du crépuscule.

« Mais c'est... c'est... » articula péniblement Numéro quatre, ses cordes vocales s'étant transformées en papiers de verre qui s'entrechoquaient fébrilement sans pour autant parvenir à prononcer un son assez continu pour établir une phrase complète. L'instructeur le fit taire immédiatement grâce à un fameux éclair lancé dans sa direction. Au sens figuré. Son regard, aussi intense que celui du plus puissant hypnotiseur et aussi sombre que l'âme de son employeur, cloua Numéro quatre sur place. Il y avait tellement de haine, de fureur, une légère démence qui transpirait à grosses gouttes sur les pupilles de Zéro que personne n'osa plus faire le moindre bruit. Même lorsque Ruth constata que l'instructeur possédait une tenue légèrement souillée par les taches du dentifrice matinal, il garda le silence alors qu'il n'aurait pas manqué de faire la remarque en temps normal. Numéro un, l'autre colosse, ferma les yeux. Son cerveau s'activait à plein régime, des petits bonhommes de l'esprit lui criant tout et son contraire. « Quel connard ! » hurlait Neurone Conscience, « Butons-le ce bâtard ! » vociférait Neurone Revanchard mais, au fond de lui, il ne pouvait ignorer Neurone Opportuniste qui murmurait : « Plus que trois... » Et c'était vrai. À ses côtés, un trio d'aventuriers, comme lui. Mais ça ne voulait pas dire qu'il y aurait un vainqueur, l'instructeur l'avait bien précisé...

Numéro cinq, le prétendu latino, réfléchissait aussi bien en français que vous et moi. Il avait prétendu parler une autre langue et il ne savait toujours pas vraiment pourquoi d'ailleurs. Sans aucun doute une certaine forme de stratégie se cachait derrière cette tromperie... mais serait-elle payante ? Soudain conscient de son geste prolongé, il réalisa qu'il avait porté la main à son cœur au moment même où la collision entre la balle et le front acnéeux de Numéro deux s'était réalisée. Faut dire qu'il s'était passé quelque chose, quelque chose de pas si anodin en apparence. Au moment où Sandy avait rendu l'âme – puisqu'il estimait qu'elle était morte sur le coup, pfiout comme une bougie qu'on souffle un peu trop tôt – il avait ressenti une pulsation étrange au niveau de sa poitrine. À l'instant précis où le dernier souffle s'échappa de l'interstice buccal que l'on appelait couramment lèvres, Numéro cinq avait eu cette étrange sensation de perdre une partie de lui-même... ou d'en gagner une. Ghinzu – le prénom de Numéro cinq qui était aussi hispanique que son propriétaire – s'était soudain senti différent. C'est comme s'il avait pu tracer une ligne bien rectiligne depuis sa naissance, représentant son existence, et que la trajectoire avait subitement basculé. Itinéraire modifié à cause de ce point x donné, que l'on pourrait nommer « L'immense tragédie qu'est la perte de Sandy » ou pour les moins romantiques « Mort 1 : celle de la pétasse de la bande ». Ligne droite. Point x. Impact. Ligne incurvée. C'était aussi simple que cela... bien que Ghinzu ne comprenait absolument rien à la situation actuelle. Pour le reste de la mission, il n'aurait donc aucun mal à maintenir son rôle d'ahuri qui ne pète pas un mot de français.

« Elle avait dit son nom. »

Cinq mots. Pour justifier un tel acte. L'instructeur avait prononcé cette phrase sur le même rythme morne que « Sortez vos crayons, on va commencer la leçon. Aujourd'hui, cette question : pourquoi Sandy a été butée comme une merde avant même de pouvoir faire ses preuves ? » Il leur avait pourtant affirmer qu'ils auraient tous l'occasion de lui montrer l'étendue de leurs talents...

« Elle vous avait confié son prénom » répéta Zéro, du même ton que l'institutrice qui tente d'expliquer au reste de la classe pourquoi Toto a été puni. Les punitions sont mortelles ici, car les parents de Toto ne sont pas en mesure de contacter le directeur pour se plaindre d'une quelconque maltraitance subie. « Chaque douleur mentale est une veine qu'il est riche de remonter, jusqu'à ce que la sensation disparaisse dans le processus. Pour vous, l'élimination de Sandy ne doit être qu'un... travail de vacances, pour vous apprendre à localiser cette faiblesse qu'est la tristesse. Une fois que vous savez où elle se trouve, il ne vous reste plus qu'à appuyer sur ce putain d'interrupteur pour l'éteindre à jamais. Plus de larmes, plus de problèmes. Purger les pleurs, c'est restaurer en chacun sa dignité humaine... »

Ruth eut soudain l'envie de jouer lui aussi au professeur, d'expliquer à cet instructeur que l'exécution de Numéro deux n'était pas vraiment utile pour le pseudo-enseignement qu'il essayait de transmettre. S'il essayait de les endurcir, de leur faire oublier définitivement leur tristesse, c'était inutile de tuer un des leurs aussi tôt. En effet, aucun d'entre eux n'avait eu le temps de s'attacher à cette pauvre Sandy. Ils n'étaient donc pas attristés par sa mort mais plutôt... abasourdis. Et craintifs, face à la tournure des évènements, le début d'un maelström bien dégueulasse qui s'annonçait à l'horizon.

« Arrête de braire, rugit Zéro en salivant d'une rage aussi soudaine que préméditée. Sinon tu recevras la deuxième balle en pleine poire. Et j'en ai encore trois en réserve... En plus, cette salope ne s'appelle pas Sandy mais Cindy. Elle vous a tous trompés, dès le début. Définitivement pas une grande perte.
— C'est mes allergies, bredouilla Numéro un tout en continuant à renifler comme un porcelet souillé. Cette saloperie de pollen, ça a dû s'introduire dans mon casque par les trous d'aération. »

Ruth observa à nouveau les visages masqués de ses camarades. Il y avait bien des trous d'aération dans les différents casques, détail plutôt logique qu'il n'avait pourtant pas remarqué auparavant. Mais, chose étrange, ceux-ci n'étaient pas situés au niveau de la bouche – qui était emplie par cette sorte de modulateur de voix électronique – ni au niveau du nez, la surface du masque restant parfaitement lisse à cette hauteur. Chaque personne semblait respirer... via le bas des joues, du moins c'est là que l'air semblait rentrer si l'on se fiait aux nombreux petits trous qui se trouvaient à cet endroit. À moins que Ruth n'ait absolument rien compris au fonctionnement de ce masque et que cette « grille d'aération » possédait en réalité une toute autre utilité, peut-être qu'il se fourvoyait donc totalement...

« Hum, c'est bon pour cette fois » concéda Zéro, à la grande surprise de ses petits soldats en herbe. Numéro un parut soupirer de soulagement mais son regard restait toujours autant aux aguets, iris bruns voletant d'un numéro à l'autre, un brin plus agressif qu'auparavant. Ruth se fit la réflexion qu'il l'avait sans doute sous-estimé. La peur qu'il pensait voir dans les yeux de Numéro un était sûrement le reflet de ses propres craintes, du coup il s'efforçait de penser que ses adversaires subissaient les mêmes tourments. Eh oui, il les considérait maintenant tous comme des « adversaires » alors qu'il avait préalablement pensé qu'ils formeraient ensemble une équipe forte et soudée. Pensée candide, naïve, étonnamment naïve d'ailleurs pour un gars qui avait passé sa vie à se méfier des autres.

« Je suppose que vous mourrez d'envie de savoir ce qu'on fout tous ici » déclara ironiquement Zéro en jetant un bref regard à la dépouille de Sandy qui n'avait toujours pas été évacuée par une quelconque seconde main planquée dans le décor. Ce qui renforça Ruth dans son idée qu'ils étaient vraiment seuls dans cet endroit effrayant, où les ombres des ruines s'allongeaient plus que nécessaire. Seuls, face à un sacré psychopathe qui était prêt à les éliminer un par un ou tous ensemble selon son envie. C'est un geste subtil de Numéro quatre, le premier co-adversaire que Ruth avait rencontré, qui lui fit penser un bref instant qu'une alliance était possible. Une alliance, c'est bien. Mais contre qui ? Zéro bien sûr. Ils étaient quatre échantillons humains encore debout, si l'un d'entre eux dégainait son arme et la pointait vers l'instructeur, les autres suivraient. Zéro ne pourrait pas se défendre contre quatre tirs simultanés, c'était impossible. Mais un problème de taille subsistait : personne ne savait comment fonctionnaient ces fusils, ni même s'ils étaient chargés.

« Tu m'écoutes enculé ? » Cette injonction était clairement adressée à Ruth, d'ailleurs celui-ci le ressentit immédiatement. Sa rotule gauche se déplaça dans un craquement atroce, sa jambe s'effondra... ainsi que le reste de son corps. Il venait de se faire déboîter le genou, comme ça, d'un claquement de doigt... même pas puisque Zéro n'avait pas accompli le moindre geste. C'était juste sa volonté qui l'avait poussé à... La tenue moulante qu'il portait. C'était ça qui l'avait brisé de l'intérieur, son instinct lui hurlait de se déshabiller au plus vite, de se débarrasser de cet amas de pièges diaboliques mais la douleur lancinante musela le cri alarmant qui s'apprêtait à sortir. Il mordit la poussière, concrètement, face contre terre, il pouvait presque sentir sur son palais le goût volcanique de cet épais sable foncé qui recouvrait l'entièreté du sol. Pourtant, cette surface sablonneuse ne pouvait pas envahir son masque, impossible vu l'épaisse paroi du casque et le modulateur de voix. Mais, peu à peu, du sable parvient à s'insinuer entre la paroi collée du masque et le bas de son cou, puis remonta, lentement, très lentement, jusqu'à son menton rongé par la gale. Le contact du sable noir avec cette saloperie qui lui dévorait la peau jour après jour provoqua l'effet d'une bombe au sein de son organisme. Il voulut laisser échapper sa douleur via les décibels d'un long cri lugubre... mais aucun son ne sortit. Pour cause, des grains de sable commençaient déjà à s'insinuer dans le fond de sa gorge, dans le creux de ses narines, irritant ses paupières tout en s'approchant dangereusement des tympans. Des spasmes irréguliers s'emparèrent rapidement de ses longs doigts sinueux, tous les tendons de son corps se contractèrent et il eut soudain l'impression qu'une centaine d'aiguilles crevaient simultanément la peau qui entourait ses avant-bras. Alors, à cet instant précis, le hurlement s'évada des cordes vocales endommagées de Ruth.

« Jim ! »

C'est le dernier mot que Numéro trois entendit avant de sombrer dans l'inconscience la plus totale. Avec ou sans lui, la grande bataille allait avoir lieu... et l'assaut ennemi était sur le point de commencer.
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En vrai, je suis la réincarnation de Satan.
Si j'suis si petit c'pour être plus proche de l'enfer.
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Ikorih MessagePosté le: Lun 17 Juil 2017 09:01   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


Inscrit le: 20 Oct 2012
Messages: 1419
Localisation: Sûrement quelque part.
Eh bien puisque tu es de retour, on va prendre la peine de lâcher un com' o/
Qui a dit que cette intro était à chier?....

Bon, j'avoue avoir fait mon listing des points importants un peu vite fait hier soir, il se peut donc que j'oublie des trucs. Pour autant, ce chapitre m'a semblé plutôt conforme à ce que laissait espérer le prologue, donc c'est cool.

Au niveau de Delmas, j'ignore si ce passage se situe avant ou après le précédent, et ça peut un peu influer sur la nature du coup de fil qu'il passe à la fin du prologue (selon la chronologie, ça peut être un coup de fil pour s'éviter l'internement...). Mais a priori, Jean-Pierre semblait plus en forme dans le prologue que maintenant, donc je dirais que tout est dans l'ordre chronologique.
Je ne suis pas certaine de l'impact du passage en bleu dans le récit, mis à part peut-être cirer les pompes d'Icer via la couleur employée pour l'écrire.
Décidément, ton interprétation des Delmas me plaît de plus en plus. Jean-Pierre en écrivain cinglé, c'est un angle sous lequel on avait jamais vu le personnage, et c'est une façon très sérieuse de le traiter comparé à la majorité des textes (en même temps tu avais l'air de sous-entendre qu'il serait ton personnage principal alors...). Là encore on note le soin apporté aux détails (c'est marrant de décrire un bureau hein?) et à la maniaquerie du vieux. J'aime aussi beaucoup l'idée qu'il ait été viré de son poste à cause de Sissi. J'imagine que le détail sera donné plus tard, mais en attendant, ce n'est effectivement pas déconnant qu'il perde son boulot à cause de sa fille qui est présentée comme son talon d'Achille dans le dessin animé.
Citation:
Elle ne pouvait évidemment pas savoir que l'impact destructeur de Jean-Pierre Delmas ne se limiterait pas au domicile familial, bientôt il s'en prendrait aux citoyens, innocents ou pas.

Je me permets de relever cette discrète petite phrase qui me semble préfigurer la suite.

Petit saut par l'intrigue d'Odd : on découvre que Yumi l'assiste. Cet élément est moins anodin qu'il n'y paraît, après tout, Yumi n'est pas connue pour sa propension à la délinquance. Par conséquent, sa présence peut contribuer à légitimer l'action de Della Robbia, comme quoi il y aurait peut-être une plus grande motivation derrière tout ça que juste l'envie de faire du mal. Maintenant, tous les Lyokoguerriers vont-ils apparaître? Va-t-on découvrir que la reine est en fait Aelita qui en avait marre d'être juste princesse? Razz
Je me permets de relever le fait que la nuit est manifestement risquée dans ce monde, mais pourtant, l'occupation des lieutenants de la reine c'est "dynamiser la ville"? Ils n'ont donc rien de plus urgent à faire, genre maintenir l'ordre etc etc?

A côté de ça, la partie de Ruth m'a un peu moins captivée mais garde son lot de trucs cools. L'ambiance est simplement très différente, un peu moins propice aux détails, mais la caractérisation des personnages masqués est assez réussie, et ce n'est pas simple quand on a pas beaucoup d'informations sur leur physique pour nous y aider. Il me semble un peu tôt pour commencer à émettre des théories sur les cinq encore vivants, on va donc se concentrer plus spécifiquement sur Ruth.
L'utilisation d'un personnage avec un trouble de l'attention est assurément une bonne façon de filtrer l'information, et de frustrer le lecteur au passage. Bien joué. Et d'ailleurs, je note que Ruth a un comportement très intéressant dans le sens où il casse l'ambiance que Jim s'efforce d'instaurer, par exemple au moment où il se dit que ce n'était pas très intelligent de tuer Sally/Cindy maintenant. Les personnages dans ce goût-là sont plutôt rares.
Petite question : Ruth connaît le prénom de Jim...était-il à Kadic dans sa jeunesse ou un truc du genre?
Bon allez, vite fait quand même, un point sur numéro 4. Il est dit qu'il a peut-être été prévu à l'arrache, mais c'est assez étrange : rien de tel n'est mentionné pour les casques de numéro 5 et 6. Ce serait extrêmement bizarre d'avoir prévu tous les numéros de 1 à 6 sans le 4, il doit donc y avoir une autre explication quant au fait que son casque est juste peint à l'arrache. (Ah et numéro 4 a la classe, sûrement parce qu'il est petit)

Bon, je ne vais pas m'étendre sur le fait que leurs combinaisons sont super sympa (8D) ou quoi, mais bien évidemment...on veut la suite.
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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*Odd Della Robbia* MessagePosté le: Lun 17 Juil 2017 12:48   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kongre]


Inscrit le: 14 Sep 2008
Messages: 1304
Localisation: Sur le territoire Banquise entrain de faire de l'overboard
chapitre intéressant.
Delmas semble avoir quelque problèmes mentaux.
avec ce que l'on apprend du monde actuel (sous contrôle d'une personne), le pseudo viol commit par Odd pourrait s'expliquer (propagande et mensonge anti rebelle par le pouvoir en place)
Il semblerai que le monde soit devenu un sorte de dictature dirigé par une reine et peut être accompagné d'un roi.
dans le premier cas cela pourrait être XANA et dans le deuxième Aelita et Jérémie qui pour X raisons ont tourné psycho assoiffé de pouvoir (ce qui pourrait expliquer l'avenue au nom du blondinet).

Le nouveau groupe semble intéressant et hétéroclite (j'aime bien les combinaisons moulantes hightech).

Et Jim Morales apparait finalement dans un rôle qui lui va comme un gant.
Je pense que Ruth et les autres ont été probablement enrôlé dans l'armé rebelle (j'ai du mal a voir Jim travailler pour la reine, ou l'armée de la reine dans une ruine pareil) et que l'employeur de Jim pourrait bien être Odd (Etre a la tête des rebelles pour expliquer tout le tapage médiatique pour lui mettre la main dessus a tout prix).

J'ai hate de voir le prochain chapitre.

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