CodeLyoko.Fr
 
 Dernières news  
[IFSCL] IFSCL 3.4.0: Trailer
[Code Lyoko] Un Youtubeur vous offre u...
[Code Lyoko] La Renaissance de l'île S...
[IFSCL] IFSCL : 7 ans déjà !
[IFSCL] IFSCL 3.3.0: trailer + voix offi...
[Créations] Code Lyoko : Un live ce samedi !
[Code Lyoko] Nouveau dossier : Serial ...
[Site] Les trouvailles du Père Dudu 201...
[Créations] Notre Communauté fait le plein d...
[Créations] Code lyoko Relight : Dans les co...
 
 Derniers topics  
[Divers] Usine Renault : construction...
[Jeu Code Lyoko] IFSCL - 3.4.0
Remake : Aelita aux pays merveilles
William est la marabounta
Map Minecraft de tout l'univers de la...
Map minecraft - [1.10] - Code lyoko -
New Aelita Renders/Recreations
Nouveaux Membres : Présentez-vous !!!
[Fanfic] Bouffon du Roi
[Fanfic] Projet Renaissance
 
     
 Accueil | Règles du forum News | FAQ | Rechercher | Liste des Membres | Groupes d'utilisateurs | T'chat | Retour au site 
  Bienvenue, Invité ! (Connexion | S'enregistrer)
  Nom d'utilisateur:   Mot de passe:   
 

[Fanfic] Projet Renaissance

Forum Code Lyoko | CodeLyoko.Fr Index du Forum -> Vos Créations -> Fanfictions Code Lyoko


Page 3 sur 3

Aller à la page Précédente  1, 2, 3





Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet


Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant 
 Auteur Message
Pikamaniaque MessagePosté le: Sam 03 Juin 2017 11:25   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


Inscrit le: 30 Jan 2011
Messages: 474
Localisation: Norende.
DIMENSIO EST LÀ HAHAHAHAHAHAHAHAHHAAGHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA

Chapitre 14 : Vent d’Ouest


    Ruines du Temple des Gardiens, Thiercelieux. Aube d’un premier jour plein d’espoirs.

    L’herbe n’avait jamais été aussi verte que ce matin-là. Les gens, habituellement terrés chez eux, à l’affût du moindre danger, avaient envahi la Grande Place de la Cité, les marchés et les boutiques d’artisans. La peur ne plombait plus l’atmosphère des avenues et des artères les plus fréquentées. Quelque chose, dans l’air, avait changé. Pour la plupart d’entre-eux, ils ne savaient pas quoi, mais alors que jusqu’ici, ils vivaient résignés dans la terreur de ce vortex prêt à les engloutir, ils se sentaient maintenant différent. Ils avaient l’impression, pour la première fois de toute leur existence, que quelque chose était possible. Que tout cela n’était pas une fatalité. Ils avaient retrouvé quelque chose de fondamental : l’espoir d’un jour nouveau. Celui de voir, enfin, et après tant de temps, l’aube du jour d’après.

    « Ton retour a considérablement changé les choses à Thiercelieux, Alexandre, j’ignore si tu t’en rends compte. » Commenta son oracle, dans les ruines d’un vieux bâtiment ancien que le temps avait bien amoché. Son Gardien, toujours dans le costume trois pièces, sembla apaisé par la remarque.
    « Partout où je vais, les gens me disent cela. Vous comprendrez que je peux difficilement imaginer comment c’était avant.
    — Cela fait tellement longtemps, que je ne sais même plus à quand remonte notre dernière rencontre. Je n’arrive pas à m’en souvenir… Commenta le vieux Hence Schœneck, sondant sa mémoire le plus sérieusement du monde.
    — Vous ne vous en souvenez donc vraiment pas ? » S’enquit le jeune homme, visiblement soucieux de cette amnésie. Quand son professeur lui confirma que non, sa mine ne put s’empêcher de s’assombrir.
    « Je vois. » Se contenta-t-il de répondre, laconique. « Vous aussi, alors… » Laissa-t-il planer en suspension.

    Le sexagénaire ne comprit pas forcément, et ne chercha pas à poser la question. Schwartz avait l’habitude de diluer les informations comme il le voulait, s’il avait voulu être explicite, il l’aurait été. En l’espèce, il valait mieux qu’un Gardien conserve ses sources plutôt qu’il se dévoile à n’importe qui.
    « Et donc, vous me disiez que vous me pensiez mort, et que ce garçon là… Florent, avait été activé pour me remplacer ? Demanda-t-il soudain en amont.
    — C’est exact. Plusieurs personnes ont affirmé t’avoir vu… Exploser. Dans un laboratoire. » Alexandre conserva un silence religieux et impassible à la lumière de cette information. Il ne laissa rien transparaître de ce qu’il pouvait bien penser, encore moins ressentir.
    « Ce garçon n’est pas un Gardien. Je ne comprends pas comment un homme de votre expérience a pu le croire. 
    — Je comprends ton scepticisme, Alexandre. Pourtant, je t’assure qu’il a maîtrisé devant moi les deux principaux piliers du Gardien. Il a été immunisé au retour vers le passé alors que rien ne l’en protégeait. Il m’a semblé aussi, à plusieurs reprises, de la même pureté que toi à notre rencontre… Termina Hence en filigrane, plongeant son interlocuteur dans une réflexion intense.
    — Je ne vous en porte pas grief, Professeur. » Finit-il par dire avec un sourire bienveillant. Il posa sa main gantée sur son bras. « Ce qui se passe ici est terriblement malsain. Cette influence perverse n’épargne personne.
    — Veux-tu dire que Florent pourrait être le Dimensio dont tu as parlé au sommet de la Tour d’Astronomie ? » Interrogea subitement l’oracle, comme si cette idée n’avait pas pu être crédible dans son esprit ne serait-ce qu’une seconde.

    Le Gardien conserva pourtant le silence, prenant une grande inspiration alors qu’il se releva du banc en pierre. Tout paraissait plus coloré, plus vif à présent. Une lumière du soleil comme jamais il n’y en avait eu auparavant éclairait une partie des ruines du bâtiment. Le garçon s’en approcha alors, pas à pas, parce que c’était le chemin à prendre pour quitter l’endroit. Il s’arrêta dans l’interstice de la sortie.
    « Cela fait tellement longtemps que vous vous battez ici, Professeur. Depuis l’arrivée de cet homme venu d’ailleurs, Gabriel Oswald, les choses se sont beaucoup accélérées à Thiercelieux. Pourtant, après tout ce temps, et malgré tout ce que vous avez vécu ici, vous ne vous êtes jamais interrogé sur le pourquoi. Vous avez été dans la réaction, vous avez été dans les confrontations. Alors, je me permets de vous le demander, moi, Professeur Schœneck. » Schwartz pivota sur ses talons. Son visage apparaissait plus solennel que jamais. « Vous souvenez-vous pourquoi vous en êtes arrivés là ? Vous rappelez-vous, de ce que vous faisiez, à la veille du premier jour de chaque cycle ? ».
    Hence ne parvint pas à répondre. Troublé, il tenta à nouveau de se remémorer ce qui s’était passé avant l’entrée dans le cycle sans fins de Termina. Que faisait-il juste avant ? Il n’en savait rien. Il n’arrivait pas à remettre, concrètement, le doigt sur ses souvenirs.

    « Inutile de me répondre, Professeur. Je connais déjà la réponse, de toute façon. Vous n’arrivez pas à vous en rappeler. » Vint clore Alexandre, avec une voix calme, mais dont la gravité ne cherchait pas à être masquée. Tournant de nouveau les talons, il se mit à regagner les ruelles ensoleillées de la cité, sans prendre le temps d’écouter ce que son mentor avait à répondre.
    « Je dois aller voir ce Florent. J’ai des choses à discuter avec lui. ». À nouveau, et comme il en était coutumier, l’oracle avait plus appris de son élève, qu’il ne lui avait enseigné quelque chose. Malgré le mystère entourant la question de ses souvenirs, visiblement verrouillés, c’était avec une émotion certaine que le protecteur retrouvait enfin, après tant de recherches, celui qu’il considérait déjà comme le plus grand Gardien de tous les temps. Il allait faire des miracles.

    ***


    Le Hall de Sécurité, Thiercelieux. Matin d’un premier jour plein d’espoirs.

    « Guerrier de la Lumière, as-tu entendu tout ce que cet usurpateur disait ? » Interrogea la conscience de Florent, après lui avoir fait écouter toute la conversation qu’Alexandre venait d’avoir avec son Oracle. « Cet usurpateur tente déjà de te retirer ton mentor, il s’approprie petit à petit la confiance de tous ici, parce qu’il détient des pouvoirs hors normes, mais ta conscience sait que ce n’est pas le vrai Gardien. Ta conscience sait que tu dois, au contraire, les protéger de lui. C’est de ta responsabilité, toi, ô Guerrier, qui détiens la puissance de la lignée des Gardiens. » Insista-t-elle, avec la même bienveillance, laquelle se dégageait autrefois du garçon croisé au Hall de Sécurité.
    « Je… Je n’en sais rien. » Se répéta-t-il à lui-même, parce que, à l’évidence, il parlait seul. « Il avait les mains brûlés, et il a réussi à lancer un retour vers le passé. C’est un prodige que seul le vrai Gardien pourrait faire, et moi… Moi, je n’en suis pas capable. » Fit-il en serrant les lèvres, et en fermant le poing.
    « Guerrier de la Lumière, tu es bel et bien le héros de légende. Il ne peut y avoir deux Gardiens ensemble, si l’un est activé, c’est que l’autre est forcément mort. Ton amie, chevalière du temps, n’était-elle pas morte depuis longtemps, lorsque, sous les traits d’un Cavalier de l’Apocalypse, elle a voulu briser le cycle temporel de Thiercelieux ? Interrogea cette voix, plus que lucide quant à la situation.
    — Je… Je n’en sais rien… Mais… Ce n’est pas juste… Bafouilla-t-il.
    Ô, Gardien, les arrivées providentielles sont toujours les plus mystérieuses, les plus secrètes. Alexandre Schwartz était un Grand Gardien, mais il est d’ores et déjà tombé au combat, contre le Fléau. Pourquoi serait-il revenu maintenant ? Pourquoi à cet instant ? » Les questions posées avaient la force de leur pertinence. L’adolescent ne sut pas quoi répondre. « L’influence perverse du Fléau se répand insidieusement dans Termina. Je ne peux décider à ta place ce que tu dois faire, évidemment, mais, ô, Gardien, ta mission ne doit pas être abandonnée. Au fond de toi, tu sais déjà ce qu’il te reste à faire. Parce que je le sais, parce que nous sommes qu’un… » Laissa pendre sa conscience, en suspension.

    Hämälaïnen poussa une grande inspiration, rouvrant les yeux, et se remettant sur ses deux jambes. Il était déjà midi, et il n’avait pas quitté le Hall de Sécurité. Visiblement, personne n’avait pris le soin de venir le déranger. Il se demanda s’ils avaient peur de lui, ou s’ils avaient compris que hormis pour Samuel, il n’existait plus de marges de négociations.
    Poussant la porte de l’entrée, le garçon se hissa à l’extérieur du laboratoire. Il passa les couloirs déserts, remonta les escaliers jusqu’au centre de contrôle du calculateur.

    Anselm se trouvait assise sur le siège, seule. Elle triturait ses mains comme si celles-ci la gênaient. Lorsqu’elle vit son ancien ami apparaître, son teint devint plus livide.
    « Tu es enfin sortie de ta chambre. Lâcha-t-elle, mauvaise.
    — Pas pour te parler. » Lui répliqua le jeune homme, cinglant, se dirigeant vers le monte-charge de sortie. La rousse quitta son siège en trombe et s’interposa sur son chemin.
    « Qu’est-ce qui se passe ici ? Florent, nous étions amis. Je t’en prie, prends le temps de m’expliquer. » L’intéressé lui jeta un regard noir. Il chercha à passer, en la contournant, mais celle-ci continua de se mettre sur son chemin.
    « Laisse-moi passer, Anselm.
    — Florent, il n’y a plus personne ici. Samuel est parti, je ne sais pas où il est. Il n’est pas revenu. Flora… Flora, il n’existe plus aucune trace d’elle, elle a comme été effacée, définitivement. Gabriel ne me répond pas, il n’est pas encore arrivé, alors que d’habitude il est toujours là…
    — Et quoi, tu veux que je te dise quoi ? Bravo, tu es toujours chef de la Desmose, mais il n’y a plus qu’un membre dedans à l’évidence. » Lui cracha-t-il au visage, sarcastique. La lycéenne serra les poings. Une remonte d’acide corrosif voulait sortir verbalement de sa bouche. Elle n’en fit toutefois rien, parce qu’il lui fallait surtout comprendre maintenant.
    « Tu as entendu comme moi… Ce garçon, il a dit que nous étions dans une prison, pris au piège avec le plus grand sadique de l’univers. Est-ce que c’est vrai ? » Cette question agaça le brun au plus haut point, mais pas tant contre son ancienne amie que contre cet Alexandre. Il mentait, c’était obligé. Arrivant de nulle part, et prétendant professer la bonne parole, aux dépens des années de travail entrepris par son groupe, puis par son parcours, certes court, aux côtés de son protecteur. Il n’avait pas le droit de lui retirer cela, surtout pour un mensonge aussi grotesque.

    « Anselm, non, juste non. Ce n’est pas le vrai Alexandre, ce n’est pas celui qu’on traquait il y a encore quelques semaines. Il se fait passer pour le vrai Gardien, mais je suis le vrai Gardien, et je te dis que ce type a une influence perverse sur tout le monde ! » Grommela-t-il. La scientifique parut surprise d’une telle agressivité, en même temps que plus rassérénée. Peut-être s’était-elle sentie misérable l’espace d’un instant, mais elle venait de sentir comme une faille sous sa carcasse de petit-garçon-capricieux-et-parfait.
    « Oh, wow. » Commença-t-elle, plus victorieuse. « Pourtant, tu as jeté un œil aux caméras de la ville ? Tu as enregistré ton journal comme tu savais si bien le faire ? » Commença-t-elle, inquisitrice. Son interlocuteur s’agaça de son impertinence, mais se contenta de tirer une mine fermée au premier abord. « Si tu l’avais fait, tu aurais pu constater que… tout ou presque a changé à Thiercelieux. C’est une belle journée comme nous n’en avons rarement eue jusqu’ici. Les oiseaux chantent, les roses fleurissent, il fait un beau soleil, que le vortex ne parvient pas à masquer… On dirait bien que quelque chose cloche ici, parce que les gens sont heureux. Alexandre ne semble pas y être pour rien. » Conclut-elle, venimeuse.
    C’en fut trop pour le prétendu Gardien, lequel ne put pas s’empêcher de la pousser virulemment contre le mur. Ses gants blancs masquaient toujours ses mains carbonisées. Il en retira un pour faire bonne mesure.
    « Alexandre n’est pas le Gardien. Il n’est plus le Gardien, le Gardien est mort, tu as compris ?! Il est mort, et ça, c’en est la preuve ! » Désigna-t-il en montrant sa main.

    Dans le même temps, les portes du monte-charge s’ouvrirent. Samuel Parsons, le visage éteint, s’avança sans prendre la peine d’étudier la situation de violence dans laquelle se trouvait “ses deux amis“. Anselm, au sol, ne prit pas longtemps pour se relever, palpant de ses mains un retour sur ses deux jambes.
    « Le pouvoir te monte à la tête Florent, c’est pathétique. Regarde-toi, tu pètes plus haut que ton cul maintenant que tu es Gardien, et tu refuses d’accepter que t’as juste vécu une erreur de casting ! »
    Furibond, le garçon balança contre son amie un geste plein de haine, que ses pouvoirs ne maîtrisèrent pas, et qui griffèrent au sang la poitrine de la Desmose-guerrière. Ce râle de souffrance en fut trop pour Parsons, qui venait d’arriver à leur niveau.

    « Assez ! » Hurla-t-il dans un élan de voix qu’on ne lui connaissait pas, alors que sa meilleure amie d’enfance s’était jetée sur l’autre lycéen. Ceux-ci s’interrompirent, et lui jetèrent un regard circonspect.
    « Flora est morte. Elle a rejoint Daniel. Ayez un peu de respect pour les défunts au lieu de vous battre comme des gosses. » Le visage de Dubois s’assombrit. Celui de Hämälaïnen resta impassible.
    « Je sais… Je n’ai… Toujours pas compris ce qui lui est arrivée. Elle a tenté de me tuer, et puis… Elle a disparu.
    — Il faut suivre un peu Anselm. » Corrigea le blond, excédé. « T’étais à nos côtés au sommet d’la tour. T’sais qu’un Cavalier de l’Apocalypse l’a possédé, c’tait pas ce que tu as vécu toi aussi Florent ? Elle était plus elle-même, ça faisait longtemps qu’elle était morte. L’vrai coupable, c’est Gabriel. Il l’a tuée, et ce monstre après s’en est emparé… » Lui lâcha-t-il, agressif. Leur leader de plus en plus contestée monta au créneau.

    « Vous diabolisez Gabriel, toujours Gabriel, bientôt Gabriel sera responsable de la pluie aussi. Beugla-t-elle virulemment, posant une main contre ses plaies.
    — Oui, sur ce point Anselm a raison. Gabriel n’y est pour rien, ce n’est pas parce que la copie conforme d’Alexandre Schwartz l’a dit que vous devez le croire comme si c’était le messie. » Termina le garçon, en serrant un peu plus le gant autour de son poignet.
    « Sérieusement, tu m’as écorché pour me donner raison ensuite… » Fit-elle avec un sourire rageur. Samuel leva les yeux au ciel, et tourna les talons pour rejoindre sa chambre sans rien dire de plus. Florent, quant à lui, s’approcha de la rousse, et posa une main sur son ventre. Elle ne voulut pas se laisser faire, aussi se débattit-elle, mais avec son autre bras, il bloqua ses gestes de furie. Au bout d’une minute, ses plaies superficielles finirent par disparaître.

    D’un coup de bras, la scientifique se retira de son emprise.
    « N’espère pas que je te dise merci. » Lui balança-t-elle, assassine, tandis que le prétendu Gardien se releva.
    « Je n’en attendais pas moins de toi Anselm. Mais je ne suis pas comme toi, heureusement, moi quand je blesse les gens je sais m’excuser. Prends ceci comme un cadeau d’adieu, et comme le fait que je ne veux plus jamais te revoir. » Affirma-t-il en se retournant pour regagner le monte-charge.
    « Et toi, étouffe-toi bien dans ta haine contre le vrai Gardien ! » Répliqua-t-elle en guise de dernier poison.

    Cette remarque énerva sincèrement l’intéressé. Comment cette espèce de pauvre truie hystérique et nymphomane osait-elle ? Il ne lui devait rien, de toute façon. Oui, il ne lui devait rien. Cette pensée le conforta lorsqu’il entra dans la cabine, parce que lui était la justice.

    ***


    Hôpital de la Providence, Thiercelieux. Midi d’un premier jour plein d’espoirs.

    Antonin se tenait aux côtés de Gabriel Oswald, dans un petit ascenseur de service miteux. Celui-ci descendait à vive allure les étages souterrains du complexe hospitalier de la Providence dans un silence religieux. Lorsque celui-ci ouvrit ses portes, il fit apparaître un corridor sale, mal entretenu, aux lumières de morgues déprimantes. Différents gardes municipaux se trouvaient tout au long des portes contigües à cet espace.
    D’un geste de main, le valet du Maire invita l’étranger à le suivre dans cet endroit glauque à souhait. Ils parcoururent plusieurs mètres avant d’arriver à la dernière salle du complexe, où trois gardes surveillaient l’entrée avec zèle. Les contrôles d’identité effectués, le service d’ordre se retira de la porte et leur permit d’entrée.

    La pièce dans laquelle ils pénétrèrent était sombre à souhait. Il n’y avait aucune source de lumière, seule une petite bougie allumée laquelle permettait de distinguer les contours de ce qui s’y trouvaient. Un lit d’hôpital, ainsi qu’un bureau où une fleur fanée n’avait vraisemblablement jamais été changée depuis longtemps, ainsi qu’un homme, affaibli, considérablement diminué, vautré au fond de son matelas.
    « Qui… Qui est là… ? » Demanda-t-il, la voix fatiguée et méconnaissable. Antonin s’approcha du vieil homme aux cheveux poivre-et-sel, et lui prit sa main pour la serrer et la réconforter.
    « Francis, c’est moi, Antonin. Je t’ai amené Gabriel comme tu me l’as demandé. » Dans un râle de fatigue, le bourgmestre racla sa gorge. Grayson s’approcha un peu plus, et constata que son patron portait des lunettes de soleil.
    « Qu’est-ce qui vous est arrivé… ? » Interrogea alors prudemment le garçon, lequel s’attira les foudres de son valet, tandis que l’interpellé respira fortement à l’écoute de la question.
    « Gabriel, allons en discuter à l’extérieur.
    — Non… Non… Ce n’est pas la peine… » Expira difficilement le quinquagénaire, qui, la main tremblante, approcha ses doigts de ses lunettes pour les retirer.

    Gabriel retint son souffle, mais lorsqu’il vit les bandages sur les yeux du politicien, il resta un temps interdit. Comme pour demander une confirmation béate, il finit par lâcher une question. La question.
    « Vous êtes devenu aveugle ? ».
    Il y eut un nouveau temps de silence. La question du vingtenaire touchait au but, mais ne comprenait pourtant qu’une partie de la réponse. « Pas exactement. » Finit d’ailleurs par lâcher Underwood, plus fermement, et moins hésitant. « Antonin… Dites-le-lui… ».
    Le valet du maire hocha la tête, capta le regard de son interlocuteur. Il ne semblait avoir aucune confiance en lui, et pourtant, ne se permettait pas de remettre en cause les ordres de son maître. Quelque part, le terrien se demanda s’ils étaient pareils tous les deux, ou s’ils projetaient.
    « Francis n’a plus d’yeux. Ce matin, nous l’avons retrouvé à terre, dans son bureau, souffrant énormément. Il a été transféré immédiatement à l’hôpital de la Providence, mais nous avons arrêté de financer l’hôpital il y a trois mois, quand nous sommes arrivés à court de liquidités. Ses yeux, eux… Ont totalement disparu. Ils ont été comme désintégrés, et il ne se souvient plus de rien. » Déclara calmement Antonin, qui ne pouvait cependant pas cacher son inquiétude.
    « Antonin… Laisse-nous seuls s’il te plaît… Je dois m’entretenir avec M. Oswald. » Celui-ci parut surpris, et observa les deux hommes tour à tour. Pourquoi ne pouvaient-ils pas rester, lui qui était si proche du Maire ? « Antonin, ne rends pas les choses plus difficiles qu’elle ne sont. » Déclara le politicien dans une quinte de toux. Ce dernier hocha la tête, et, le pas lent, finit par se retirer hors de la chambre d’hôpital.

    « Gabriel… Approche mon grand… » Demanda le vieil homme en lui tendant le bras. Le franco-canadien, visiblement mal-à-l’aise, eut un temps d’hésitation, mais finit par le rejoindre sur les bords du lit.
    « Monsieur. Se contenta-t-il de dire, laconique.
    — Gabriel… J’ai menti… » Commença-t-il par dire. Par réflexe, le vingtenaire regarda derrière lui pour vérifier que personne n’écoutait. « Je me souviens de tout, Gabriel… Mais je ne vois plus rien… Je ne visualise plus rien… J’ai oublié tout ce qui pouvait être le fait de voir… Et pourtant… Je sais ce qui s’est passé… Je sais ce qui s’est passé, même après ma mort… J’ai récupéré tous mes souvenirs… Gabriel… Il y a quelque chose ici… Je… Je n’y croyais pas… Mais…
    — Alexandre Schwartz a raison ? Cet endroit est une prison ? » Underwood expira longuement l’atmosphère de la chambre. Il prit le temps de réfléchir, baladant ses mains pour trouver le contact physique auprès de son protégé.
    « Oui… Je l’ai rencontré… Gabriel… Je l’ai vu… Mais je ne le visualise plus… Alors que pourtant… Je l’ai vu… Je l’ai aperçu…
    — C’est lui qui vous a fait cela… » Conclut Grayson, glacé. Son patron se racla la gorge, hocha la tête pour l’affirmer. Sa barbe mal rasée et sa peau en carton semblait toutefois rendre son état plus faible encore qu’on ne le pensait.

    « Pourtant, il y a quelque chose qui a changé ici, monsieur. Je n’ai jamais vu Thiercelieux aussi coloré, et aussi vivant, heureux depuis mon arrivée ici.
    — Ce n’est que le calme avant la tempête… Si Alexandre Schwartz est revenu, si le Vrai Gardien que nous avons vus mourir toi et moi est sorti de sa tanière… ce n’est pas une bonne nouvelle. C’est, au contraire… Que la situation est plus grave que jamais…
    — Mais pourquoi vous a-t-il permis de vous souvenir de tout cela ? Quels sont ces pouvoirs infinis que cette chose semble avoir ? Et puis… Pourquoi est-ce qu’il y a deux Gardiens maintenant ? Interrogea l’étranger, d’une voix plus vive et sincèrement plus inquiète.
    — Il y a … Des sous-sols, là où se trouve l’hyperclaculateur… Des trappes, plusieurs trappes. Elles mènent à une sorte de caisson… Comme celui que tu m’avais montré… »
    Oswald parut outré de cette révélation. Il se recula un instant, pris de doutes sur les intentions de son patron.
    « Oh… Gabriel… Je sais ce que tu te dis… Mais… Je viens à peine de m’en souvenir… Je l’avais découvert quand je me réveillais dans cette salle… Mais à chaque fois, je l’oubliais. Et maintenant… Je me rappelle de tout… » Cette explication ne convint le terrien qu’à moitié. Il avait appris au cours des dernières vingt-quatre heures, que le Maire avait été retrouvé mort dans la salle de l’hypercalculateur, c’était qu’il avait su y accéder en-dehors des horaires habituels. Bien qu’il n’avait pas osé poser de questions à ce sujet, pourquoi était-il allé là-bas ? Il ne peut s’interdire de poser la question, laquelle plongea Underwood dans un silence confus.

    « Gabriel… Est-ce que tu me fais… confiance ? » Demanda-t-il en se rehaussant, sur son matelas, les bras à la recherche d’un contact physique. Oswald se mordit les lèvres. Il n’était pas venu pour cela, à l’origine. L’espace d’un instant, il se remémora le Projet Renaissance, la Terre, tous les gens qui l’avaient côtoyé. Son ancien monde le manquait. La terre, Paris, Dublin, l’Allemagne, les zones contaminées. De tout ceci, il avait l’habitude, mais ici, tout était différent. Il ne retrouvait rien de ce qu’il avait connu auparavant, à part les choses les plus étranges et les plus détestables de son ancien monde, comme ces calculateurs quantiques, ces caissons, ou cet étrange fonctionnement à l’énergie vitale pour la Grande Arche et les machines de l’hypercalculateur.
    « Tu doutes… » Finit par conclure le quinquagénaire après que son garçon n’ait pas répondu. « Tu doutes, parce que tu penses à ce que tu faisais avant… Parce que je suis plus faible, maintenant… Mais… » Commença-t-il dans une quinte de toux. « Tu peux être mes yeux et mes oreilles Gabriel Oswald. Mon cerveau lui, est resté intact. Et… J’ai besoin de toi. ».
    Cette dernière phrase arriva à faire fondre, quelque part, le bloc d’indifférence que le vingtenaire s’était forgé à force des fausses compassions. L’estime était pourtant, et pour lui-même, une chose bien plus importante.

    « Non, mais, bien sûr que je suis à vos côtés monsieur. Vous avez besoin de moi comment ? ». 

    Un sourire contenté apparut sur les lèvres du bourgmestre. Tendant son bras frêle, il chercha à l’enlacer, puis tenta de se relever, se posant près de son oreille.
    « Je vais t’expliquer… Il faut vite que tu retournes au Palais Municipal… Avec Antonin, pour lancer l’enregistrement du discours ce soir… C’est absolument capital… ».
    Grayson se montra plutôt surprit par une telle requête. Un discours, d’habitude, n’était jamais très important. Le fait que son patron lui exige d’y aller lui sembla fumeuse, d’autant qu’il ne s’agissait visiblement pas d’une mission-suicide, surtout vu le contexte actuel et les dernières révélations. Il y avait bien plus important !
    « Gabriel… » Geint-il en serrant son bras. Cela sortit l’intéressé de sa torpeur. « Je t’en prie… Il n’est pas temps de réfléchir… Fais ce que je te dis… C’est très important… C’est même vital. Absolument vital. » Rajouta-t-il, plus inquisiteur.
    Le jeune homme inspira grandement, et confirma son intention de mener à bien cette mission, aussi baroque lui apparaissait-elle.

    ***


    Grande Place de Thiercelieux. Après-midi d’un premier jour plein d’espoirs.

    Attablés à la terrasse d’un café de la Grande Place, Florent se triturait les méninges, le visage cerné, alors que Camille, en face de lui, prenait un plaisir certain à accompagner son nouvel ami dans cet endroit. Cela faisait plusieurs heures qu’ils discutaient maintenant, se remémorant leurs rencontres, apprenant à mieux se connaître, parce qu’au fond, après plusieurs jours passés ensemble, ils restaient des inconnus l’un pour l’autre. Par ailleurs, la facilité déconcertante avec laquelle il comprenait maintenant ce qu’elle mimait avait grandement fluidité leur échange.
    « Peux-tu au moins considérer que le retour d’Alexandre est vraiment surprenant à plein d’égard ? » Tenta-t-il alors d’insister, tandis que la fille aux cheveux blancs avait fait botté en touche chaque fois que le sujet fût évoqué.
    « Je ne m’y attendais pas, c’est vrai. Mais je ne pense pas qu’il te soit hostile, Florent. Au contraire, ceci est très surprenant, et cela ne remet pas en cause ce que tu es. » Dit-elle avec bonhomie.

    Tout autour d’eux, il y avait une certaine foule, laquelle se plaisait en des distractions moyenâgeuses. Des troubadours chantaient, des forains commençaient à rempiler leurs affaires, il y avait beaucoup de monde dans toutes les brasseries, parce qu’une force inédite leur procurait cette sérénité que maintenant, tout irait pour le mieux. Personne n’était épargné, et malgré tous ces visages vagues aux traits oubliés, Hämälaïnen devait reconnaître que cet endroit n’avait pour le moins rien à voir, avec celui qu’il avait côtoyé jusque-lors.
    « Ce n’est pas possible. Il y a vraiment quelque chose qui clôche Camille. Je t’en prie, il faut que tu me croies. Moi aussi je voudrais vraiment penser qu’Alexandre est revenu, ce garçon dégageait une telle aura quand j’étais dans la tanière des enfants perdus… Mais… Il a quelque chose de différent, et puis. » Il se mordit les lèvres, jaugeant que tout n’était pas non bon à dire. « Puis, quelque chose me fait avoir la véritable conviction que ce n’est pas le garçon que l’on connaît ».

    Camille posa sa main sur celle de Florent. Ce geste affectif l’agaça de nouveau, il détestait ce genre de manières infantilisantes et tellement faibles.
    « Regarde Florent, c’est formidable. Jamais Thiercelieux n’avait été aussi heureux. Jamais nous n’avions été aussi insouciant, et cela a un côté étrange je le reconnais. Mais c’est aussi reposant de prendre une pause, pour une fois. Le vortex est protégé, moi je suis parfaitement sereine maintenant. Je vous aiderais quoi qu’il en soit à retrouver ce Dimensio. 
    — Oh, assez ! » Déclara le garçon en frappant contre la table. « Tu es trop naïve, Camille. Je t’aime beaucoup vraiment tu es une de mes amies proches, mais il se passe quelque chose ic… » L’adolescent ferma son clapet.
    Il venait de voir, derrière elle, la silhouette d’Alexandre. Il portait toujours ce costume au nœud Windsor. Déglutissant un peu, son interlocutrice comprit que quelque chose clôchait. À son tour, elle se retourna. Un soupçon d’émotion se figurant sur son visage.

    « Qu’est-ce que tu fais ici ? » Interrogea le nouveau Gardien, le ton péremptoire. Schwartz se rapprocha d’eux, la mine toujours aussi sereine qu’à l’accoutumée.
    « Je voudrais parler avec toi, Florent. » Déclara-t-il simplement, posant son bras sur l’épaule de la femme aux cheveux blancs, comme pour la saluer après un temps infini passé loin de l’autre.
    « Lâche-la ! » Hurla-t-il alors comme un enragé. Camille, très surprise, se dégagea de l’emprise de son ami et se recula un peu brutalement contre une autre tablée contigüe à celle où elle venait de boire un soda. Surpris d’une telle virulence, le garçon à la cravate se montra circonspect et analytique.
    « Je te trouve bien familier avec moi, alors que nous ne nous connaissons pas.
    — Ahah ! » Fit-il alors dans un rire dément. « Bien sûr que l’on se connaît, on s’est déjà rencontrés. Si tu étais vraiment Alexandre, si tu étais vraiment le Gardien, si tu étais vraiment la justice, c’est une chose que tu saurais ! ».
    Les sourcils d’Alexandre devinrent alors plus sévères. Il conserva cette manie silencieuse de réfléchir, laquelle rendait son esprit impénétrable. Le lycéen profita de ce silence pour l’apostropher derechef. « Tu vois, Camille. Tu vois, c’est exactement ce que je craignais, c’est exactement tout ce que je te disais ! Cette chose n’est pas Alexandre, il essaie de vous le faire croire depuis le début, mais… » Il sentit son cœur battre plus intensément. « Il ne me trompe pas, moi. ».

    L’autre Gardien parut alors fasciné, mais se contenta toujours du silence. Il adressa un regard à son amie, laquelle semblait visiblement perdue. Les arguments avancés par Florent, à force d’être répétés, devenaient de plus en plus crédibles, au moins pour lui accorder un doute et non pas une confiance absolue.
    « Tu n’es pas le Gardien de l’Équilibre des Forces, Florent Hämälaïnen. » Finit-il par déclarer, laconique, comme à son habitude. Ce propos outra furieusement le jeune homme, lequel devint rouge de colère. Cependant, il voulut se contenir, parce que des gens se trouvaient tout autour de lui, parce qu’il n’était pas prêt à combattre ce qu’était cette chose.

    « Ô, guerrier de la lumière, entends ma prière. » Manifesta alors sa conscience. « Tes intentions se vérifient bel et bien, et tu as maintenant le devoir de protéger Termina. Cet être polymorphe n’est pas Alexandre, ma lucidité me permet de te le dire. » Commenta-t-elle plus avant. Troublé par ses pensées internes, le regard absent, Schwartz remarqua immédiatement le changement d’attitude du garçon, lequel se manifesta chez lui par un regard de plus en plus curieux, plus autiste d’une certaine manière.
    « Il y a quelque chose qui est en train de te parler, Florent Hämälaïnen, je le sens… » Interrogea-t-il au bout d’une minute. Camille assistait à toute cela sans trop comprendre. Elle ne savait par ailleurs, pas qui croire et à qui faire confiance.
    « Ça non plus, tu ne sais pas ce que c’est… » Répondit-il avec un rire mauvais. « Tu te prétends après être Gardien ? Mais tous les Gardiens sont censés entendre cette voix, tous ! Et toi tu ne l’entends pas ? Mais… je ne sais pas ce que tu es, mais tu ne m’auras pas, tu ne nous auras pas ! » Continua-t-il de beugler de plus en plus colérique.

    Le regard de son interlocuteur s’assombrit. Florent ne comprit pas immédiatement pourquoi, aussi s’arrêta-t-il de parler, jusqu’à ce qu’il ne reste que le silence de la terrasse de café. Un silence pesant, lequel mettait le lycéen plus que mal-à-l’aise.
    « Florent. » Commença-t-il au bout d’un court moment. « Les Gardiens de l’Équilibre n’entendent pas de voix. Ils n’entendent jamais de voix. Aucun d’entre-eu n’en a jamais entendu. » Les traits de l’adolescent se défigurèrent.
    « Menteur ! » Hurla-t-il. « Menteur ! Menteur ! Menteur ! Menteur ! » Des plaques rouges apparurent sur sa peau, comme s’il fût au bord de l’apoplexie. De ses bras, il prit la petite table carrée sur laquelle il avait consommé des boissons avec Camille, et la balança sur le côté, nonobstant ceux qui pouvaient se trouver à côté. Ce geste de violence terrifia la jeune fille, qui se mit à reculer jusqu’à la fontaine de la Grande Place. Alexandre jeta un œil derrière lui pour vérifier qu’elle était en sécurité, mais recentra immédiatement son attention.

    « Je ne mens pas. » Se contenta-t-il de répondre, un brin circonspect, tentant de se rapprocher, les bras levés pour anticiper toute action violente « Florent, tu es un garçon intelligent, quoi que tu entendes, cela ne te veut pas du bien. » L’intéressé se mit à respirer plus fortement, et lâcha un rire nerveux.
    « Ô, Guerrier de la Lumière, ne te laisse pas abuser par la toxicité du Polymorphe. Ce sont des ennemis puissants. Ô, Gardien, contrôle-toi, il te faut trouver une solution. Il te faut trouver des Alliés, tu ne peux l’affronter ! » Celui-ci serra les poings. De plus en plus fort, tentant du mieux qu’il put de maîtriser sa colère. Il réfléchit à toute allure, devant trouver une solution sans délai pour récupérer le contrôle de la situation.

    « Tu es complètement à côté de la plaque, quoi que tu sois. C’est normal que tu ne saches pas que les Gardiens entendent des voix, c’est une tradition sacrée et secrète de toute notre race. Tu n’en as juste pas conscience, mais oui ! » Répondit-il dans une nouvelle salve de rires.
    Cette remarque n’amusa absolument pas Schwartz, dont la sévérité remplaçait la satiété habituelle de son visage.
    « Les Gardiens ne sont pas une race à part. Ce sont des humains, investis d’une puissance qui leur confèrent le devoir de protéger l’humanité. Être un Gardien est une damnation, pas un sacerdoce. » Déclara-t-il en saisissant le poignet de Hämälaïnen. Ce dernier fut alors pris d’un mal de tête intense qui lui fit fermer les yeux.

    « Ô, Guerrier de la Lumière, tu dois t’en aller d’ici et repartir, réfléchis, toi que la politique intéresse tant, quel serait le seul moyen pour arrêter le Polymorphe. Tu le sais, j’en suis convaincu, je vais t’aider à trouver la lumière. Ta confiance en ta conscience est le guide, ô, Gardien ! » Indiqua la voix murmurant à son esprit. « Je peux te protéger de son influence malsaine, mais je ne pourrais pas le faire longtemps, il faut t’en aller, et maintenant ! Puis, je te montrerai. Je te montrerai ce que tu dois voir pour combattre cette créature… » Insista-t-elle pour le protéger.

    Une idée lumineuse vint alors à l’esprit du garçon. Celui-ci se concentra de toutes ses forces. Pour le bien de Termina, pour le bien de Thiercelieux, et finit par disparaître, visiblement téléporté ailleurs par la puissance de son pouvoir de GARDIEN.

    À présent seul sur la terrasse du café, Alexandre prit le temps de la réflexion. Camille vint le rejoindre à ses côtés, maintenant que tout danger était écarté.
    « Je m’inquiète pour Florent. » Lui dit-il en faisant glisser ses doigts sur son bras, comme pour vérifier qu’il était bien réel et non-hostile. L’intéressé tourna alors la tête vers elle, l’air désolé.
    « Tu ne sais pas quoi penser. » Déclara-t-il simplement. Cela n’apparaissait visiblement pas comme une question, aussi la jeune femme préféra se taire, parce qu’elle avait honte d’avouer ne pas savoir où placer sa confiance. L’homme à côté d’elle avait beau lui inspirer le calme, la sérénité, « son » ami immémorial, le comportement de Hämälaïnen avait quand même une certaine légitimité.
    « Si je devais être un méchant, pensa-t-elle à haute voix, je ferais exactement ce que Florent dit à ton sujet. » Finit-elle par avoir pour seule réponse.

    Schwartz lâcha alors un soupir désolé. Il tourna les talons, et commença à s’éloigner. Il semblait hésiter, mais comme d’habitude, son visage demeurait impénétrable.
    « Je ne peux pas te convaincre que je suis bel et bien l’Alexandre que tu connais. » Commença-t-il par dire. « En revanche, tu ne peux pas non plus me convaincre que tu es la Camille que je connais. C’est formidable. » Fit-il avec une voix ironique. « Si seulement tu prenais le temps de regarder autour de toi. Pourquoi ne vois-tu pas ce que je vois ? Regarde, partout autour de toi, observe bien. Quelque chose clôche ici, mais tu ne le vois pas. Il suffirait que tu regardes attentivement, mais même ainsi… Tu ne le verras pas. » Baragouina-t-il comme si cela l’affectait. Le lien qui l’unissait à cette fille aux cheveux blancs paraissait plus fort que celui qu’il avait avec son oracle, mais c’était également impalpable.

    Toute troublée qu’elle était, et malgré sa bonne volonté, elle ne remarqua d’ailleurs rien de ce qu’il avait bien pu dire à l’instant en scrutant tout autour d’elle. Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier ? Les oiseaux chantent, la verdure verdoie, les gens rient, pleurent, au loin, le visage vague.
    « Alexandre, explique-moi… Demanda-t-elle en agitant ses mains.
    — Je ne peux pas, je regrette. Comme je te l’ai dit, tu ne peux pas me prouver que tu es la Camille que je connais. » Dit-il pour simple constat. Son interlocutrice serra la mâchoire, visiblement blessée.
    « Comment pourrais-je te convaincre ? » Interrogea-t-elle alors la mort dans l’âme.

    Le Gardien se retourna alors brusquement, et la regarda avec une sévérité grave.
    « Quand tu seras capable de me dire ce que tu faisais avant l’entrée dans le cycle des trois derniers jours de Termina. 
    Mais je m’en souviens, de cela ! » Répondit-elle avant de se rendre compte qu’elle n’en savait en fait plus rien. Tous les cycles écoulés dans cet endroit, elle s’en souvenait clairement. Son alliance avec Hence, la recherche d’Alexandre, la rencontre avec la Desmose. Tout ceci ne lui échappait pas, mais elle s’effraya à cet instant, en réalisant que tout ce qui s’était passé avant ne trouvait plus de place dans sa mémoire.

    ***


    Hôpital de la Providence, Thiercelieux. Crépuscule d’un premier jour plein d’espoirs.

    Gabriel rentra à vive allure dans la chambre d’hôpital de Francis Underwood. Celui-ci en sursauta, tellement, lorsqu’il ouvrit la porte en trombe, celle-ci claqua contre la paroi du mur. Antonin se releva, furieux.
    « Mais vous êtes malade ! » Hurla-t-il le plus fermement du monde, tandis que le quinquagénaire, semblait désorienté, au regard de sa cécité.
    « Il faut que vous partiez, et vite ! » Se justifia le jeune homme, tandis que le maire se releva, visiblement inquiet.
    « Que se passe-t-il ? Interrogea le valet.
    — Quand je suis arrivé au Palais Municipal… Le Conseil des Oracles était présent. Ils… Je crois qu’ils sont sur le point de mener un coup d’état. Ils ont évincé Kalinda. Je sais comment fonctionnent les coups d’état, ce n’est pas différent ici de chez moi, et je vous assure qu’ils…
    — Assez. » Annonça froidement le bourgmestre, coupant la parole à son exécuteur de basses œuvres. « C’était exactement pour cela que tu aurais dû immédiatement lancer l’enregistrement de mon discours. Tu crois que je les ai fait arrêter pour faire joli ? Sinistre incapable. » Le vingtenaire resta glacé par une telle remontrance. Bien que considérablement diminué, la voix d’Underwood restait effrayante lorsqu’il se mettait à crier.
    « Je… Je suis désolé…
    — Tes excuses ne servent à rien, il faut absolument… ».

    La télévision de la chambre d’hôpital venait de s’allumer toute seule. Une espèce de vieux modèle qu’Oswald reconnaissait, parce qu’il s’agissait de ceux présents dans les années 80. Une petite silhouette crépue, dans une toge bleu océan, se trouvait dans le Bureau Doré, là où habituellement, le bourgmestre prenait ses décisions.
    « Antonin, que se passe-t-il ? Demanda le vieil homme.
    — Francis, reste calme… C’est Abraham, dans le Bureau Doré. » Voulut dire le valet, pour rester factuel et flegmatique.

    ***


    « Aux alentours de dix-sept heures aujourd’hui, le Conseil des Oracles, conscient de sa responsabilité auprès de la nation thiercelloise, a mené avec le soutien du nouveau Gardien de l’Équilibre des Forces, une opération pour mettre fin à l’administration Underwood.

    Au moment où nous parlons, le général Kalinda Sharma a été mise aux arrêts pour Haute Trahison. Les Gardes Municipaux ont été réquisitionnés, en vue d’assurer une transition en douceur pour laquelle aucun d’entre-nous ne souhaite faire couler le sang de nos concitoyens.

    L’ancien Maire de la ville, Francis Underwood, fait l’objet d’un mandat d’arrêt avec effet immédiat. Nous lui demandons de renoncer sans plus attendre à ses fonctions, afin de ne pas provoquer de résistance inutile, laquelle initierait des troubles déjà suffisamment graves au sein de notre cité, dont le seul objectif est de retrouver la cohésion face à l’Apocalypse qui nous attend. …
     »

    Le son de la télévision ne s’arrêtait pas, que d’ores et déjà, Gabriel se saisit de ses armes pour abattre la totalité des Gardes Municipaux présents dans les couloirs de l’Hôpital de la Providence, avant qu’ils n’apprennent la sécession de l’armée et le congé de leur chef d’état-major. Il ne fallait pas perdre une seconde pour exfiltrer le Maire.
    Celui-ci, accroché au bras d’Antonin, commença à marcher vers la sortie. Chacun d’entre-eux se demandait bien où aller. Alors, Grayson leur indiqua qu’il connaissait un endroit, temporairement.

    « … Par ailleurs, au moment où nous parlons, un quarteron de membres du Directoire du Conseil des Oracles, procède à l’arrestation d’une dangereuse créature Polymorphe. Ce monstre, particulièrement redoutable, semble être sans aucun conteste, l’un des chefs des factions ennemies, que nous allons interroger sans plus attendre, et dont nous attestons la mise en accusation dès demain matin au cours d’un procès public, retransmis en direct sur les ondes. »

    La nuit tombait lentement sur Thiercelieux. La lumière du jour, remplacée par un kaléidoscope de couleurs propres aux animations de la cité nocturne, éclairait jusqu’aux plus petites ruelles de la ville. Les ruines du temple des Gardiens, où Alexandre Schwartz se trouvait dans l’attente de son oracle, n’y faisait pas exception.
    Dans la pénombre du temple, le garçon au costume-crevette ne repéra pas immédiatement les quatre petites silhouettes encerclant sa présence. Lorsqu’il les vit, il se montra plus curieux qu’apeuré. À tort, puisqu’une onde électrique d’une puissance inouïe vint le paralyser, des quatre axes où ces hommes se situaient. Sortant de leur propre silhouette, Ishtar, Michel, Aziraphale et Abraham tenaient un long bâton de bois, dont la puissance semblait annihiler complètement les pouvoirs du Gardien. Aux côtés des quatre hommes, Florent Hämälaïnen se fit alors remarqué. Le visage triomphant.
    « Alexandre Schwartz, vous êtes en état d’arrestation pour usurpation d’identité, haute trahison, tentative de complot contre la Cité. Conformément aux nouvelles législations en vigueur, et sur ordre du Président du Conseil des Oracles, vous serez écroué au quartier de Haute Sécurité de la Tour Tykogi, jusqu’à votre procès, demain à 8h30. » L’interpellé venait de s’agenouiller par terre, tellement la douleur l’empêchait de rester debout. Souffrant plus que de raisons, fermant un œil et inspirant fortement, cette situation de faiblesse contenta énormément son ennemi, se délectant de la situation. Peut-être pas suffisamment à son goût, pour que la dignité habituelle du Dernier Espoir de Thiercelieux ne s’évapore, mais qu’importe ! Ce polymorphe était piégé dorénavant.

    « Quoi que tu sois, n’oublie jamais que je suis là pour veiller. Que moi, Florent Hämälaïnen, je suis la justice, et que je protégerai jusqu’à mon dernier souffle tous les gens qui se trouvent ici, même s’ils ne se rendent pas compte du danger devant lequel ils se trouvent ! » Rajouta avec bonhomie l’ancien Desmose-Guerrier, une expression de sincère soulagement au creux de son visage.

    Au loin, Hence Schœneck observait la scène, impassible, discret. Le mal que semblait ressentir Alexandre, pour ce qu’il connaissait de lui, ne le laissa pas indifférent, mais il ne pouvait intervenir maintenant. Le coup d’état mené par les prophètes du savoir, visiblement avec le concours du nouveau Gardien, avait de quoi être suffisamment inquiétant pour ne pas apparaître dès le premier soir comme leur opposant. Il lui fallait, à son tour comprendre, comment démêler le vrai du faux, et surtout, le fondement de leurs accusations.

_________________
« Si tu y crois de toutes tes forces, un mensonge peut devenir réalité. Alexandre Schwartz … Le savait mieux que quiconque. »
— Chapitre 12 (Projet Renaissance).
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Visiter le site web de l'utilisateur MSN Messenger
 
Pikamaniaque MessagePosté le: Sam 10 Juin 2017 13:22   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


Inscrit le: 30 Jan 2011
Messages: 474
Localisation: Norende.
Liste des personnages


https://img4.hostingpics.net/thumbs/mini_882102PRTimelineCH15.png


Avant-propos : Cette liste contient potentiellement des éléments de spoils des factions, et des personnages en présence du Projet Renaissance. Elle est tenue actualisée au début de chaque chapitre.

    I. Team Desmose.

  • Anselm Dubois [CHEF DE FACTION] : Adolescente & major de promotion du prestigieux lycée de Hardewick, Anselm Dubois coordonne les actions de la Desmose, et a fait rentrer aux côtés de ses amis, le monde de Termina dans une boucle de trois jours en vue d’arrêter la fin du monde. Proche de Gabriel, ses liens avec le reste de son groupe se délitent à mesure que la Mairie et les actions du Gardien scindent et clivent certains de ses amis qui ne veulent plus être sous le joug de ses comportements dictatoriaux.
    Elle est à présent la dernière membre active du groupe après la mort de Flora Parsons.
    Anselm Dubois ne déviera pas. — 2 à 4, 6 à 9, 11 à 14.

  • Samuel Parsons : Adolescent & diplômé du prestigieux lycée de Hardewick, Samuel Parsons est le meilleur guerrier de la Desmose. Il entretenait auparavant une relation amoureuse avec sa sœur, Flora Parsons, et considérait Florent comme son meilleur ami. Auparavant très loyal à son groupe, il commence à se mettre en retrait depuis sa rencontre avec Alexandre et ne supporte toujours pas la mort de Flora dont il impute directement la responsabilité à Anselm. — 2 à 4, 6 à 9, 11 à 14.

  • Flora Parsons † : Adolescente & diplômée du prestigieux lycée de Hardewick, Flora Parsons était la meilleure alliée des Desmose-guerriers. Auparavant petite-amie de Samuel Parsons, elle décède, assassinée par Gabriel Oswald et effacée de la mémoire du Calculateur. Toutefois, son corps est récupéré par le Cavalier de l’Apocalypse de la Mort, en vue de sacrifier Gabriel sur l’autel du vortex du temps. Arrêtée par Alexandre Schwartz, elle disparaît définitivement du monde de Termina. — 2 à 4, 6 à 9, 11 à 13.

  • Daniel Leroy † : Adolescent & diplômé du prestigieux lycée de Hardewick, Daniel Leroy est retrouvé mort par Florent dans l’asile de Holbein, la tanière des Enfants Perdus. — 5.

    II. Team Mairie.

  • Francis Underwood [CHEF DE FACTION] : Maire historique de Thiercelieux, le bourgmestre contrôle les actions de la Desmose depuis la mise en place du cycle infini par le groupe d’Anselm. Il recrute Gabriel Oswald à des fins d’espionnage en vue de retrouver à son tour le Gardien, et pouvoir s’enfuir du monde de Termina.
    Underwood, après avoir soutenu l’Ascension d’un nouveau Gardien, se fait pourtant assassiner dans la salle de l’hypercalculateur, après avoir perdu définitivement l’usage de ses yeux. Considérablement diminué, sa main de fer était de toute manière de plus en plus contestée.
    Francis Underwood ne déviera pas. — 1, 7 à 14.

  • Gabriel Oswald-Grayson : Variable d’ajustement. Gabriel Grayson a été désigné Dernier Espoir de l’Humanité dans le cadre du Projet Renaissance, mis en œuvre en 2076, 70 ans après la chute de Carthage et le début d’un hiver nucléaire sur la Terre (Bataille pour l’Espoir). Avec pour dessein de faire en sorte que Carthage ne voit jamais le jour, le voyage temporel mobilisé par la communauté humaine se passe mal, et le fait se réveiller à Thiercelieux. Proche de la Desmose dans un premier temps, il finit par prêter allégeance au Maire Underwood. Une force inconnue semble le persécuter et lui répéter en permanence qu’il fait face à une terrible destinée.
    Gabriel Oswald-Grayson ne déviera pas. — 1 à 3, 6 à 14.

  • Général Kalinda : Chef de l’État-Major des armées de Thiercelieux, Kalinda dispose de toute la confiance du Maire. Subordonnée à son autorité, elle n’est pas matrice en matière de prise de décisions, mais fait preuve d’une loyauté hors normes et semble disposer d’une certaine sensibilité depuis le dernier cycle.
    Général Kalinda dévie de plus en plus vers Team Gardien. — 7, 9, 12, 13.

  • Antonin Peus : Valet du Maire Underwood, ces deux personnages semblent entretenir une grande complicité, et s’appellent par leur prénom. Attaché sentimentalement et professionnellement au bourgmestre, il n’a jamais été question pour Antonin de dévier et il ne déviera pas.
    Antonin Peus ne déviera pas. — 7 à 9, 11 à 14.

    III. Team Gardien.

  • Hence Schœneck [CHEF DE FACTION] : Oracle de formation, ancien membre des Prophètes du Savoir, Hence a remplacé Gerald Weygand-Sarrabuckeer en tant que professeur des nouveaux Gardiens de l’Équilibre. Très attaché à son ancien élève, Alexandre Schwartz, il essaie de prendre les décisions les plus matures en fonction des intérêts spirituels qui se présentent. Accompagné par Camille, il décide de former Florent Hämälaïnen après que celui-ci ait été visiblement activé.
    Hence Schœneck ne déviera pas. — 3, 6 à 9, 11 à 14.

  • Camille : Fille aux cheveux blancs, le cœur sur la main et la bonté d’âme par-dessus tout, elle est muette depuis un certain temps déjà. Très proche d’Alexandre, elle se rapproche aussi de Florent pour qui elle dispose d’une sincère empathie.
    Camille ne déviera pas. — 7 à 9, 11 à 14.

  • Florent Hämälaïnen : Ancien Desmose-Guerrier, la vie de Florent bascule lorsqu’il est déclaré être le nouveau Gardien. Investi de la puissance des anciens, il essaie de mener une cérémonie pour rendre la mémoire à ses concitoyens, mais celle-ci échoue. Affaibli par cette défaite, l’adolescent est alors perdu, mais se raccroche à ses valeurs et son passé aux côtés de la Desmose et du lycée de Hardewick pour reprendre la bataille. Très intelligent, il est passionné d’Histoire et d’économie, cependant il ne faisait pas preuve d’un grand courage jusqu’à devenir un Gardien. Son passif demeure difficile.
    Florent Hämälaïnen dévie très dangereusement. — 2 à 9, 11 à 14.

  • Alexandre Schwartz : Gardien de l’Équilibre des Forces.

    IV. Non-alignés

  • Les Prophètes du Savoir / Le Conseil des Oracles : Abraham, Ishtar, Aziraphale, Michel, Léïa, Agnès, Maximilien, Donovan. — 12 à 14.

_________________
« Si tu y crois de toutes tes forces, un mensonge peut devenir réalité. Alexandre Schwartz … Le savait mieux que quiconque. »
— Chapitre 12 (Projet Renaissance).
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Visiter le site web de l'utilisateur MSN Messenger
 
Pikamaniaque MessagePosté le: Sam 10 Juin 2017 13:26   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


Inscrit le: 30 Jan 2011
Messages: 474
Localisation: Norende.
Je suis Dimensio, le Charmant Magicien, et je sponsorise ce chapitre MOUAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAH

Chapitre 15 : Le Fait du Prince


    Palais Municipal, Thiercelieux. Aube du deuxième jour.

    « Ô, Guerrier de la Lumière, toutes mes félicitations. » Déclara sa conscience, alors qu’il préparait les derniers documents à charge pour le procès d’Alexandre. Il n’avait que très peu dormi cette nuit-là, après la journée mouvementée à laquelle il avait pris part. Sa déclaration liminaire au Conseil des Oracles, tout d’abord, où il leur avait révélé le piètre état dans lequel se trouvait Francis Underwood, puis ses suspicions à l’égard du retour de l’ancien Gardien, alors que manifestement, lui était maintenant activé. Sa connaissance de la situation politique de la ville était, il fallait le dire, particulièrement importante. Pour toute personne intéressée par le sujet, il était de notoriété publique que le Maire de la cité se trouvait de plus en plus menacé par les ultraconservateurs du Conseil Municipal, frange politique immanent directement du prestigieux Conseil des Oracles. Fort de ce constat, motiver un coup d’État à un tel moment charnière pour Thiercelieux se révéla plus facile qu’il ne l’avait alors imaginé.

    Pour autant, vers quelle stabilité tout ceci allait-il mener ? Maintenant transfuge, de la Desmose à Hence Schœneck, il agissait maintenant dans l’ombre de l’institution la plus corrompue de Termina. Il n’avait pas grande estime pour ces vieux schnocks délavés, en particulier pour Abraham, leur Président, mais aussi pour Ishtar, compromis dans les plus piètres scandales financiers ou de trafic d’influence. En définitive, il lui était donc certain que ce ne serait pas cette Congrégation qui ramènerait la paix au sein de leurs contrées, mais il avait maintenant et au moins, un pied au cœur du pouvoir suprême. Les Prophètes du Savoir savaient bien ce qu’ils devaient à ce garçon, et il gageait bien le leur rappeler au moment le plus critique. Du moins, c’était ce qu’il imaginait faire, à présent qu’il avait la voie libre pour incarner la justice.

    « Monsieur Hämälaïnen, avez-vous terminé ? » Interrogea soudain une voix. Le lycéen se retourna. Le prophète du savoir Aziraphale se trouvait là, accompagné d’un petit panier de chocolatines.
    « Presque, répondit-il avec assurance.
    — Nous devons partir pour la Tour Tykogi, où se tiendra le procès. Les caméras sont déjà en place, et vous tenez le rôle de Procureur Spécial de la République Municipale. Il faut impérativement que vous soyez prêt, Abraham est d’ailleurs déjà sur place. » Commenta la petite voix aigüe de cette octogénaire aux cheveux poivre-et-sel. Levant sa main pour indiquer qu’il n’allait pas tarder à les rejoindre, Hämälaïnen demanda encore quelques minutes, ayant bien l’intention de soutirer à cette créature polymorphe des informations sur le vortex du ciel.

    « Une belle initiative. » Telle que lui rappela sa conscience. « Ô, Guerrier de la Lumière, ton pouvoir croît de la plus inexorable des manières. Bientôt, tu seras en mesure d’accéder au dernier Pilier des Gardiens, n’ais crainte, et lors de ce moment, ô Gardien, il faudra que tu libères ton peuple de ses souffrances, pour accomplir la Cérémonie que tu désirais tant réaliser.[/i] » Le rappel de cet échec vint au plus mauvais moment pour Florent, dont le visage se défigura au rappel de ce ridicule rituel qui avait tourné au cauchemar. Il savait pourtant bien que c’était la priorité, et qu’il devrait tôt ou tard la recommencer, mais il lui fallait être sûr, d’abord, d’éliminer la seule personne en capacité de le réussir à sa place.
    Venait-il vraiment de penser cela ?

    Bien sûr que non. Le Cœur d’un Gardien est pur… Haha !

    ***


    Tour Tykogi, Thiercelieux. Matin du deuxième jour.

    Les caméras s’étaient braquées sur Alexandre Schwartz en tenue de prisonnier — laquelle consistant en un pyjama rayé blanc et bleu —, où il attendait en grande sérénité au centre de la pièce de marbre que son procès commence. Située au pied de la Tour Tykogi, cette salle avait abrité les jugements les plus importants de toute la ville de Thiercelieux. Elle avait condamné par le passé le Dr. Héloïse Leroy, ou encore, avait entamé une procédure de destitution contre Underwood avant que celle-ci ne soit brisée par décret au début de la Guerre. Composée de grands tableaux épiques, symbole de la continuité institutionnelle de la cité, elle avait le même apparat de noblesse que le Palais Municipal, à ceci près que la Tour Tykogi avait le poids du temps, en tant qu’ancienne résidence de la Municipalité d’une part, et en tant qu’ancien dojo des Gardiens d’autre part.

    « Alors que le convoi du nouveau Maire de Thiercelieux est arrivé à la Tour Tykogi, l’accusé, les cheveux hirsutes, le visage pâle, et l’air démoniaque, attend les fers aux pieds que débute ce procès hors normes encore imprévu vingt-quatre heures auparavant. » Commenta la seule journaliste accréditée par le Palais. Une espèce de vieille folle aux cheveux noirs, avec une seule mèche blanche particulièrement mal assortie au reste de sa tenue. Un malheur, sachant que sa voix criarde allait être retransmise sur toutes les ondes radiophoniques et télévisées de Termina.
    « Usurpation d’identité, haute trahison, complot contre la cité, tant de charges pèsent sur ce garçon aux boucles brunes qui nous rappelle comme deux gouttes d’eau l’ancien Gardien en poste, présumé décédé depuis l’avènement du nouveau Gardien : Florent Hämälaïnen, désigné Procureur Spécial de la République pour les audiences à mener. Suspecté d’être une créature polymorphe, qu’il s’agisse du véritable Alexandre Schwartz ou non importe en soi bien peu. Haï de tous pour avoir, soit abandonné son peuple comme un lâche, soit être mort dans le déshonneur, le véritable Alexandre ou son clône polymorphe n’intéressent ici personne : nous savons d’ores et déjà qu’il sera reconnu coupable, et nous espérons tous qu’il soit condamné à la peine capitale. Voilà une réussite que l’administration Abraham n’aura pas à envier à l’administration Underwood ; honte à l’ancien Maire de ne pas s’être encore rendu dans un moment si critique pour notre cité. » Reprit la reporter, en duplex depuis la Salle des Actes, dont la baie vitrée donnait directement sur la chair du tribunal.

    De plus en plus de gens commençaient à arriver dans le vestibule. Le Conseil des Oracles au grand complet, certes, mais aussi le Procureur Spécial dans sa tenue traditionnelle de Gardien, ou encore, le nouveau Chef d’État-Major, le Général Kori. Toute cette agitation prit une bonne matinée à se mettre en place, et tandis que l’on festoyait de la capture du mis en accusation, que l’on buvait, que l’on mangeait, lui restait immobile, les yeux fermés, donnant l’impression de méditer. Il était toutefois impossible de deviner ce à quoi il pensait, ou même s’il ressentait de la peur, tant il gardait un contrôle total sur ses expressions faciales, au grand désespoir d’Adélaïde Brooke, la journaliste qui se plaisait à dépeindre son air de tueur froid et sanguinaire.
    « Il est encore impressionnant… » Reprit-elle pour meubler le silence de ces directs interminables. « … que moins d’une journée après le renversement de l’administration Underwood, tant de gens se soient déjà ralliés à l’administration Abraham. Il faut dire toutefois qu’avec une côte de satisfaction à 18%, l’ancien Maire était profondément impopulaire. » Continua de justifier la vieille cougar, sans remarquer qu’au détour de son laïus, le nouveau bourgmestre venait d’arriver sur le siège du magistrat suprême, en tant que juge officiant sur ce dossier.

    Tandis qu’elle continuait à baragouiner, et maintenant que la salle était bien pleine, le procès allait enfin commencer. Entouré d’un collège de magistrats de la société civile, des secrétaires du cabinet, ou des haut fonctionnaires – pour le peu qu’il y en avait –, tout le gratin de Termina était réuni, et il revenait au très honorable nonagénaire Abraham, d’entamer l’audience de la Haute Cour.

    « Mes chers concitoyens. » Commença-t-il, la voix toute cassée. « Nous sommes réunis ce jour, pour juger le prénommé Alexandre Schwartz pour les chefs d’accusations suivants : usurpation d’identité, attentat contre la nation thiercelloise, tentative de coup d’état, complot contre la cité, crimes contre l’humanité, et manquement à la dignité manifestement incompatible avec ses fonctions. » Énonça-t-il de sa voix fatiguée de vieillard impénitent, tant et si bien qu’il n’avait d’ailleurs presque plus de cheveux. « Accusé, levez-vous ! » Exigea-t-il alors d’une voix plus autoritaire. Schwartz, dans une posture très digne, se rehaussa sur ses jambes. Il portait plusieurs lots de chaînes, autour des jambes d’une part, mais aussi à chaque bras d’autre part. Celles-ci semblaient catalyser ses pouvoirs, en plus de les brider totalement. Il ne pouvait rien faire pour se défendre ou sortir de cette situation.

    À cet instant, le Procureur Spécial entra en scène. Florent Hämälaïnen, goûtant visiblement beaucoup à ses nouvelles fonctions, allait pouvoir démontrer au monde qu’il avait raison au sujet de ce monstre qui se faisait passer pour un lâche.
    « Comme on se retrouve. » Déclara-t-il, un sourire soulagé aux lèvres. Le Gardien ne fit pas l’effort de lui répondre, ni même de lui prêter attention. Face à ce silence quelque peu gênant, le magistrat suprême intervint.
    « Accusé, c’est le moment pour vous de faire votre déclaration préliminaire. » L’intéressé répondit alors par un air de contentement. Il ne paraissait pas spécialement inquiet, mais son aura de calme habituelle n’arrivait pas à ressortir, probablement à cause de ces mailles qui contenaient l’énergie positive qu’il avait en lui.
    « Accusé, quelle est votre déclaration préliminaire ? » Insista le juge.
    Le garçon se pencha à son micro, le geste sûr, et pas tremblant pour un sou.

    « Je n’ai rien à déclarer. » Eut-il pour seule réponse. Cela fut interprété comme un signe de provocation, l’assemblée se montra d’ailleurs profondément outrée par un tel comportement. L’honneur que lui faisait la cité en lui permettant de se défendre, voilà comment il le recevait. Eh bien tant pis, il faudrait passer à la suite. Le réquisitoire s’en chargerait avec joie.


    ***


    Le Hall de Sécurité, Thiercelieux. Matinée du deuxième jour.

    « C’est une véritable mascarade ! » S’exclama Underwood, furieux, alité dans une couchette du dortoir de la Desmose. Une radio à côté de lui, il écoutait depuis le début des audiences, le procès d’Alexandre Schwartz. « Non mais écoutez-moi ce vieux schnock à vous dire comment parler et ce que vous devez faire alors que la nature aurait dû le planter depuis des décennies déjà. Un ladre apeuré par la mort qui vient vous faire des leçons de courage, mais vous y croyez vous ?! » Vociféra le maire déchu, comme il faisait maintenant depuis plus d’une heure. À ses côtés, le valet Antonin observait tout ce qui se passait pour lui communiquer les petites anecdotes, les petits faits et gestes amusants de la noblesse thiercelloise en plein exercice d’hypocrisie. Cela semblait faire au bourgmestre une catharsis, laquelle épongeait autant que faire se peut le handicap que représentait sa présente cécité.

    « Je n’en reviens pas, on se croirait dans un repère de la résistance. » S’amusa de son côté Anselm, au centre de contrôle. Gabriel était assis à ses côtés, observant ses manipulations informatiques et ses accès au caméra de sécurité, révoqués les uns après les autres par l’entreprise des directives de la nouvelle municipalité selon toute probabilité. Samuel Parsons, de son côté, n’avait pas désiré se manifester auprès d’eux. Il restait enfermé dans l’ancienne chambre de Flora, comme happé par la nostalgie de sa présence, ainsi que celle de Florent, de Daniel, l’époque où ils formaient un véritable groupe soudé. L’ambiance avait tellement changé, maintenant que Gabriel était là.
    « Je n’ai aucune sympathie particulière pour Alexandre, et j’avoue que je ne sais pas trop si ce que dit Florent est vrai, mais ton ami est tellement pathétique que j’ai presque de la peine pour Alexandre, même si c’est juste une espèce de créature démoniaque. Plaisanta Oswald sur un ton badin.
    — Beurk, t’as rêvé, ce n’est pas mon ami. Cela ne l’a jamais été. Regarde-le, on voit presque ses veines sur son visage tellement c’est un furieux. » Répondit la rousse, non moins amusée.

    « Bordel, quand je pense qu’ils tiennent Kalinda. J’aime cette femme plus que les requins aiment le sang, si je croise un de ces oracles, je suis prêt à l’égorger moi-même ! » Continua de pester le politique, au loin, sans prendre en compte le fait qu’il n’y voyait plus rien.
    « Je me demande pourquoi personne n’est encore venu nous arrêter. » Demanda alors le terrien à la cantonade. Antonin, qui se tenait non loin, en profita pour venir au siège de contrôle maintenant que son Francis avait l’air plus… détendu, ou en tous cas, porté sur autre chose que sa vue.
    « M. Oswald, ne sous-estimez pas la force de loyauté et de terreur que représentait Underwood pour la Garde Municipale. Je ne serais pas surpris qu’ils nous imaginent lourdement armés en plus d’avoir quelques scrupules, d’autant que la plus grande partie du contingent protège actuellement la Tour Tykogi, qui est déjà un espace de haute sécurité en soi. » Informa Antonin Peus. Cette explication parut tout-à-fait rationnelle à ceux qui l’avaient entendu.
    « Ils devraient pourtant savoir que tant que je ne serais pas mort, je représente pour eux la plus grande menace. » Aboya le quinquagénaire, au loin, pour rajouter son grain de sel.

    Une alarme se mit alors à crier dans tout le Hall de Sécurité. Par réflexe, Gabriel se saisit immédiatement de son arme de poing, et se précipita dans le dortoir pour protéger son patron. Anselm, sur le qui-vive, se releva alors de son siège pour observer efficacement toutes les les caméras.
    « Quelqu’un arrive. » Commenta-t-elle. « Il est tout seul, visiblement. ». Le bruit des sirènes fit d’ailleurs sortir Samuel de sa chambre, le blond visiblement contrarié qu’il y ait un tel boucan, et visiblement peu inquiet à l’idée de vivre une autre péripétie, comme si sa déprime avait eu le pas sur le reste de sa résilience.
    « Il appelle le monte-charge. » Rajouta Dubois par-dessus, alors que l’ascenseur commençait à monter. Toutefois, elle reconnaissait de plus en plus la silhouette. Jusqu’à ce que le déclic se fasse.
    « C’est… C’est l’oracle de Florent. Qu’est-ce que… Qu’est-ce que je fais ? Gabriel ? Je verrouille l’ascenseur ? » Interrogea-t-elle, visiblement un peu inquiète et sur les nerfs. Ce ne fut toutefois pas la voix du vingtenaire qui lui répondit, mais celle du politicien en personne.
    « Laissez-faire… » Lâcha-t-il avec une voix un peu sévère.

    L’adolescente se recula alors du tableau de contrôle, pour se positionner en face de l’ascenseur, dont les portes s’ouvrirent moins d’une minute plus tard. À l’intérieur du caisson, un homme aux cheveux poivre-et-sel apparut, une canne à la main. Hence Schœneck, le visage fermé, les lunettes positionnées sur son nez aquilin, avança à l’intérieur de la pièce.
    « Qu’est-ce qu’on peut faire pour vous ? Demanda très poliment le valet d’Underwood.
    — Je veux aller récupérer Alexandre Schwartz, et je veux aller le récupérer tout de suite. » Déclara froidement l’interpellé.

    Son interlocuteur le plus proche croisa les bras, tandis que les Desmose-guerriers se regardèrent visiblement incrédules. D’aucuns n’osa lui répondre immédiatement, mais l’ancien Maire, lui qui avait la fine oreille, ne se fit pas prier.
    « Allons, Hence, soyez sérieux, la Tour Tykogi est un lieu totalement inaccessible dans l’immédiat. Pourquoi ne viendriez-vous pas écouter le spectacle avec moi ? Interrogea-t-il avec cynisme.
    — Francis, ce n’est absolument pas drôle. Et si je suis venu ici, c’est pour que vous jouiez votre rôle, et que vous lanciez un retour vers le passé, qu’on en finisse. ».
    Tous les visages s’obscurcirent. Anselm, surtout, échangea un regard confus auprès du professeur.
    « On peut plus lancer de retour dans le temps. » Informa alors Samuel, en brisant la glace. Les pupilles du nouveau venu s’écarquillèrent.
    « Comment ça, vous ne pouvez plus lancer de retour vers le passé ?
    — Hence, vous ne m’avez pas cru lorsque je vous ai dit que c’était moi qui leur avais prêté ce local, à l’insu de leur propre gré ? Vint rajouter le politicien, plus cynique que jamais.
    — J’imagine que Florent nous a coupés tous les accès… Nous n’avons plus assez d’énergie pour le lancer. » Constata alors le chef de la Desmose, très embarrassée.

    Le sexagénaire vint passer une main sur son visage, visiblement excédé.
    « Puis, quand ils en auront fini avec Alexandre, ils s’en prendront à vous, vous en avez conscience quand même ? » Conjectura Schœneck au bout d’un moment. Gabriel et Samuel haussèrent les épaules, tout aussi indifférents l’un que l’autre.
    « Allons, Hence… Si vous veniez plutôt me voir plutôt que de tyranniser ces pauvres gamins, qu’en pensez-vous ? » À cette invitation, l’oracle ne se fit pas prier. Il passa devant chacun des individus présents ici, sans leur accorder la moindre attention, jusqu’à la petite chambre exigüe dans laquelle se trouvait l’autre quinquagénaire, loin des fastes habituels de la Mairie.

    La première chose qui frappa son attention fut alors les bandages autour de ses yeux. Il comprit immédiatement.
    « Par la barbe de Merlin, Francis, que vous est-il arrivé ? Demanda-t-il pour faire bonne mesure.
    — Il semble que j’ai croisé la mauvaise personne, au mauvais moment, quelle ironie…
    — Dans cet autre laboratoire dans lequel vous êtes allé, et dont on ne sait même pas pourquoi vous y êtes allé à ce moment précis. Ne croyez-vous pas qu’il faille vous mettre à table, Francis ? – Ce lot d’expressions sembla quelque peu perturber son interlocuteur.
    — Je n’ai rien à vous dire de spécial, Hence.
    — Bien au contraire. Ce laboratoire pourrait avoir un autre supercalculateur par lequel nous pourrions lancer un autre retour dans le temps pour sauver Alex…
    — Allons, arrêtez, voulez-vous. » Trancha net son interlocuteur sans le moindre amusement, cette fois. « Ce laboratoire est inaccessible. Si j’y suis allé ce jour-là, à ce moment-là comme je m’en souviens maintenant, c’est parce que je savais que quelqu’un l’aurait ouvert, et quand je parle de quelqu’un je parle bien de la force dont parlait votre élève au sommet de la Tour d’Astronomie. Il est fermé autrement et j’ignore comment l’ouvrir, comme d’habitude. Je ne peux même plus m’y réveiller le matin, et maintenant que je n’ai plus d’yeux de toutes façons… Mais, allez, Hence, profitez du spectacle avec moi. Venez écouter cet étrange procès. »
    Le sexagénaire leva la main en l’air, comme excédé. Il n’était pas venu ici pour se prêter à cette tartufferie, et dans ces moments il portait une antipathie des plus franches à cet ancien roi déchu.

    Toutefois, lorsqu’il entendit son nom être prononcé dans les haut-parleurs de la petite radio, il ne put s’empêcher d’écouter, à défaut d’autre chose.


    ***


    Tour Tykogi, Thiercelieux. Fin de matinée du deuxième jour.

    « Alors, accusé, dites-nous quelle est la poésie que doit apprendre par cœur un Gardien lorsqu’il atteint l’âge de la majorité ? Demanda Florent, plus inquisiteur que jamais.
    — Je ne sais pas. » Répondit de nouveau Alexandre, comme il le faisait depuis le début de ses audiences. Tout un chacun se regardait, comme convenant de la culpabilité évidente de cet être polymorphe à mesure que l’interrogatoire avançait. Hämälaïnen, pourtant, n’en démordait pas.
    « En quelle année a été construit le Temple des Gardiens, où l’on sacrait jusqu’à Eliot Winchester, chacun des nouveaux élus ?
    — Je ne sais pas. Répéta machinalement l’interpellé.
    — Comment pouvez-vous ne pas savoir ?! Tout le monde sait quand a été construit ce Temple, parce qu’il est là où a péri le tout premier Gardien de la lignée. Comment pouvez-vous l’ignorer ?! Comment ?! » S’emporta l’inquisiteur. Il n’obtint aucune réponse. Le juge Abraham observait tout cela avec des yeux sévères, aussi tranchants que des lames chaque fois qu’il croisait le regard de l’accusé.
    « Accusé, si vous ne répondez pas aux questions, nous allons devoir appliquer sur vous des interrogatoires poussés, voilà qui serait bien malheureux, vous ne trouvez pas ? Intervint le nonagénaire.
    — Pas de commentaires. » Eut l’intéressé pour simple réponse. Soupir généralisé, on n’en tirerait rien.
    « Quelle preuve encore faudra-t-il apporter ! Que cet homme est au mieux un imposteur, au pire un traître qui a conspiré contre sa cité, et l’a abandonnée au moment où elle avait le plus besoin de lui, et qui a dit monts et merveilles à ceux qui l’ont croisé pour leur faire croire qu’il reviendrait ? La cité ne vous mérite pas, monsieur Schwartz ! » Fit le Procureur Sépcial dans un élan de lyrisme. Là encore, aucune réaction, rien ne trahit l’émotion que ressentait Alexandre en cet instant, dans son pyjama rayé.

    À son grand désarroi, le bourgmestre dut alors se lever, la démarche vacillante, pour signer l’autorisation des bourreaux de la Tour Tykogi de soumettre l’adolescent à la question. Tout le monde paraissait tétanisé que son procès doive en arriver là, et qu’il ne prononce pas la condamnation immédiatement. Il fallait pourtant, encore, trouver le moyen de fermer le vortex dans le ciel, et on imaginait tous que l’accusé le savait, et le cachait à toute l’assemblée.
    « Je vais devoir vous répéter une nouvelle fois la question, Alexandre Schwartz, et ce pour faire bonne mesure. Comment fermer le vortex du temps ? » Redemanda alors l’illustre prophète du savoir.

    Schwartz prit une grande inspiration, parce qu’il savait que tout ce qui se passerait ensuite ne serait pas une partie de plaisir. Puis, il s’approcha du micro, et répondit.
    « Je ne sais pas. ».

    Une salve électrique d’une puissance inouïe se conduisit dans les chaînes du Gardien. Il n’exprima toutefois, et sur le coup, aucune douleur, semblant encaisser toute la violence de ces pulsions mortifères parcourir les méandres de sa peau.

    ***


    Le Hall de Sécurité, Thiercelieux. Midi du deuxième jour.

    « C’est assez. » Lâcha Hence Schœneck, lorsqu’il vit son élève en train de rôtir sur son espèce de chaise électrique. Il quitta la couchette, pour rejoindre le centre de contrôle. « Je veux que nous allions libérer Alexandre immédiatement. » Marqua-t-il, sur le ton de l’injonction.
    « Hence, ne vous couvrez pas de ridicule, vous n’avez aucun moyen de pénétrer la Tour Tykogi.
    — Oh, Francis, ne me faites pas croire qu’en tant que Maire de cette foutue ville depuis plus d’une décennie, vous ne savez pas exactement comment entrer dans vos bâtiments institutionnels, je n’y croirais pas une seule seconde.
    — Mais bien sûr que je saurais rentrer secrètement dans la salle d’audience, mais vous avez vu le nombre de Gardes Municipaux ? Tous les gens qui se trouvent à l’intérieur ? Hence, vous êtes un homme de raison, vous n’avez pas les pouvoirs de débarquer au milieu de cet endroit et de libérer votre protégé même si vous le vouliez plus que tout. » La voix d’Underwood monta de plus en plus en crescendo, et cela sembla profondément agacer son interlocuteur confronté à ses propres limites, tant et si bien qu’il finit par répondre : « Bien sûr que j’en ai les moyens. » Un nouveau rire du politique se fit entendre dans le laboratoire.

    Personne n’osa intervenir dans l’échange. Ni Gabriel, ni Antonin, ni Samuel, ni Anselm, laquelle essayait de se concentrer sur le Calculateur pour préserver le moindre de ses accès.
    « Pourquoi tout ceci est tellement important pour vous, Hence ? Vous avez bien vu, votre élève est incapable de se souvenir des bases qui constituent ce monde, à croire que ce n’est pas la même personne. Peut-être qu’ils ont raison après tout, qu’est-ce que vous en savez ?
    — Francis, je suis son oracle, son professeur, je sais que c’est bel et bien lui qu’ils sont en train de faire cuir comme une vulgaire entrecôte ! » Cette dernière phrase provoqua un certain silence.

    Oswald avait du mal à y croire.

    « Et qu’est-ce que j’y gagne, moi ? Demanda alors le maire, d’une voix plus intéressée.
    — La tête d’Abraham. » L’aveugle, dans toute sa cécité, se mit à exploser de rire. Un rire long, qui ne finit par se tarir qu’au bout d’un certain temps.
    « Vous, le saint Hence Schœneck, pour qui la justice est plus importante que la raison d’état, me propose de le voir… enfin de l’entendre ! tuer Abraham. C’est grotesque. Balaya le magistrat déchu, d’un revers de main.
    — Pas moi, mais votre exécuteur de basses œuvres, Gabriel. Il va venir avec moi. Comme le petit blond là-bas, et votre valet. Ils vont m’accompagner, je vais sauver Alexandre, votre Gabriel va tuer Abraham, et nous serons tous les deux satisfaits. » Déclara l’oracle le plus sérieusement du monde.

    Il y eut dès lors un nouveau silence. Pas un silence gêné, ou annonciateur d’une crise de rire, mais plutôt la réflexion d’une vraie stratégie à cette proposition, pour laquelle le vingtenaire ne semblait toutefois pas très emballé.
    « J’en suis… » Informa Underwood, d’une voix à la fois fascinée et enjouée, à l’idée de prendre sa vengeance et de récupérer son siège arraché de force.
    « Mais, monsieur. Je ne peux pas vous…
    — Gabriel, tu iras avec Hence Schœneck. Antonin aussi, tu es le seul à connaître les codes des souterrains. Je vais rester avec la gamine et je vous guiderai à partir de là.
    — Euh, et on m’a demandé mon avis à moi ? Intervint subitement Anselm, comme si tout le monde l’avait oubliée.
    — Oh, fais pas genre que ça te plaît pas, tu rêves de crever Florent toi aussi. » Lui rétorqua immédiatement Grayson. Il n’avait pas tort, et par une petite moue du visage, elle sembla convaincue. Après tout, elle n’avait rien de mieux à faire.
    « Reste cependant qu’même sous translation, on n’aura pas l’puissance nécessaire. » S’inquiéta Samuel, que la situation semblait amusée tel un suicidaire prêt à n’importe quel risque pour un peu d’adrénaline.

    « La puissance, j’en fais mon affaire. Je vais aller récupérer à tous ces vieux schnocks, la puissance qu’ils gardent bien enfouis dans leur Conseil des Oracles. » Balaya le professeur d’Alexandre d’un revers de main, comme si cette difficulté n’était absolument pas un problème. Cela étonna toutefois beaucoup le frère Parsons.
    « Mais m’sieur, c’pouvoir est réservé au Gardien. Si vous l’absorbez, vous risquez d’en mourir. Toute cette énergie, tout ce savoir… Vot’métabolisme le supportera pas.
    — Peut-être bien, mais il le supportera au moins suffisamment longtemps pour éviter qu’Alexandre ne meurt sous la torture de ces cinglés.
    — Quel sens du dévouement, Hence ! » S’amusa le Maire au loin.

    « C’est assez. » Arrêta toutefois le sexagénaire. « Chaque minute que nous perdons est une minute en moins pour nos objectifs respectifs. Alors préparez-vous, nous ferons un crochet par le Conseil des Oracles pour récupérer la puissance de la lignée des Gardiens. Et je peux jurer devant Dieu, que je vais éliminer de l’équation tout ce qui se mettra entre Alexandre et moi. » Le dévouement de Schœneck émut Anselm dans une certaine mesure. Tout ce que cette personne si sage s’apprêtait à sacrifier pour le bien d’un seul être humain, c’était un sacrifice dont elle était incapable. D’une certaine manière, elle trouvait cela pathétique, mais peut-être qu’il lui manquait des éléments pour comprendre le lien qui les unissait. Une mécompréhension qu’elle partageait avec le principal intéressé, incapable d’expliquer pourquoi cet instinct paternel prenait le dessus sur la raison, en regardant son élève, son prodige souffrir jusqu’à la mort sur la chaise du tribunal.

    Lui le connaissait mieux que quiconque, et savait qu’en cet instant, il allait très mal, et supportait très mal cette torture. Lui savait lire que derrière son visage digne, en cet instant, le Gardien avait besoin de son Oracle pour le sauver. C’était le moment où tout pourrait basculer.

    ***


    Tour Tykogi, Thiercelieux. Après-midi du deuxième jour.

    Une odeur de chair brûlée rendait l’atmosphère nauséabonde. La toux avait remplacé les petits sourires patelins, l’admiration avait remplacé le dédain, pour cette étrange personne qui subissait depuis plusieurs heures, une torture à laquelle tous auraient fini par céder. À chaque question, le même mécanisme. Les courants électriques se tarissaient, l’accusé répondait qu’il n’en savait rien. Abraham les relançait, plus puissants que jamais, commençant à briser d’ailleurs l’armure d’indifférence d’Alexandre Schwartz. Son visage affichait de plus en plus la douleur, et il se mordait les lèvres au sang pour ne pas crier. Cela se voyait, mais il ne leur lâchait toujours rien, et il ne leur lâcherait probablement rien, dut-il en mourir, au plus grand désarroi de Florent qui voulait voir cet homme souffrir, souffrir, souffrir et encore souffrir avant d’expier son dernier souffle.

    « Mais tu vas parler oui ?! » S’emporta le Procureur Spécial, remontant sur l’estrade pour prendre possession de la puissance des électrodes. Il les mit à leur maximum, lançant un voltage indicible à l’encontre de sa cible, pris de spasmes et de sursauts, le sang giclant de ses narines et de sa bouche. Hämälaïnen avait un véritable plaisir à regarder cela, à voir cette créature polymorphe se décomposer sous ses yeux, impuissante, comme un animal enchaîné qu’il allait égorger jusqu’à ce qu’il n’en reste rien. Un sourire carnassier s’en était même dessiné sur son visage alors que le pauvre Gardien souffrait le martyr, et paraissait sur le point de rendre l’âme.

    Au loin, toutefois, une fillette aux cheveux blanc s’était levée du public, et l’interpellait par de grands gestes qu’il comprit immédiatement. « Arrête, Florent, tu n’es pas un monstre ! » disait-elle. Bien sûr qu’il n’était pas un monstre, mais troublé par cette interpellation, il en avait oublié de réguler la machine, Abraham avait dû intervenir pour l’arrêter avant que le prisonnier ne décède. Ce qui n’était pas encore le temps, puisque la sentence n’avait pas été prononcée.
    « Bon… Euh… Nous allons faire une suspension de cinq minutes… » Annonça le juge, en tapant d’un coup de marteau sur son bureau marbré. « Le temps que l’accusé… reprenne ses esprits. » Commenta-t-il en regardant le corps inanimé du Gardien, lequel paraissait être comateux. Il demanda d’ailleurs à plusieurs huissiers de palper son pouls, mais il était bien encore vivant, ce qui apaisa la crainte du magistrat suprême.

    De son côté, Florent venait de rejoindre Camille dans le public, alors que la plupart des invités d’honneurs quittaient la salle pour respirer, ou pour s’en aller, alors que toute une aura malsaine s’était répandue partout autour d’eux.
    « Camille, je ne comprends, pourquoi dis-tu que je ne suis pas un monstre ? Je le sais, puisque je suis la justice ! » Fit-il tout souriant. Son amie le serra dans ses bras, à sa grande surprise, et ses pommettes devinrent toutes rouges.
    « S’il te plaît, Florent, ne cède pas à la colère. Je t’ai vu… Tu souriais, tu ne devrais pas sourire.
    — Je souris parce que depuis cinq heures que ce procès a commencé, nous avons vu qu’Alexandre était un menteur. Il ne connaît rien à nos traditions, il ne connaît rien à ce qu’est le fait d’être un Gardien. Ce n’est pas le garçon que tu connais. En tous cas, on le tient, tu n’as plus rien à craindre. » Lui assura-t-il avec un sourire bienveillant, la tenant contre lui.
    « Mais… » Commença-t-elle. Elle fut toutefois interrompue par le nouveau Maire en personne, accompagné d’Ishtar et Donovan, qui venaient d’arriver à leur niveau.
    « Florent, nous devons te parler. Viens. ». Le brun obtempéra, et fit une petite bise sur la joue de la muette, pour lui dire de ne pas s’en faire, et qu’il reviendrait quand tout ceci serait fini. Il passa une nouvelle fois le sas de sécurité, lequel empêchait quiconque de pénétrer dans la zone à proximité de l’accusé, pour sa propre sécurité et pour prévenir toute tentative de libération.

    « Nous venons d’apprendre que Hence Schœneck avait récupéré le pouvoir de la lignée des Gardiens.
    — Quoi ? Mais c’est totalement idiot, cela va le tuer, pourquoi fait-il cela ? » Interrogea Hämälaïnen, plutôt surpris par la nouvelle, mais inquiet à l’idée qu’il vienne le tuer lui.
    « Nous ne savons pas exactement, mais nous pensons qu’il s’apprête à mener un contre-coup d’état avec Underwood. Une activité anormale a été repérée près de la Mairie, et nous avons dépêché un contingent sur place. Mais, Florent, tu devrais y aller toi aussi. Nous allons en finir avec lui et le condamner à mort, il ne faut surtout pas que le pouvoir nous échappe. » Cette nouvelle contraria beaucoup le lycéen, lequel aurait voulu s’amuser encore longtemps avec leur captif. Cependant, il comprenait l’urgence de la situation, parce qu’il avait le sens de l’état, aussi accepta-t-il sans mal de partir immédiatement pour le Palais Municipal.

    ***


    Souterrains Municipaux, Thiercelieux. Milieu d’après-midi du deuxième jour.

    « Notre leurre a visiblement fonctionné, bien joué gamine. » Commenta Underwood, dans l’oreillette par laquelle ils communiquaient avec Hence, Antonin et Gabriel.
    « Ils sont convaincus que nous attaquons le Palais ? Interrogea le valet pour confirmation.
    Oui. » Assura Anselm, sans relever le commentaire infantilisant du Maire. « Vous devriez bientôt arriver, et sur votre droite, vous aurez une porte avec digicode.
    Je compte sur toi pour bien l’ouvrir, Antonin.
    — Pas de soucis là-dessus, Francis. » Rassura l’intéressé, alors qu’ils arrivaient maintenant au pied de la Tour Tykogi. À leur droite, se trouvait effectivement une porte verrouillée, avec un pavé numérique sur le mur d’à côté. Aucun Garde ne s’y trouvait, parce qu’il s’agissait d’un des passages secrets construit pour le Maire, par l’administration Underwood.

    Gabriel était fasciné du nombre de souterrains exploitables au sein de Thiercelieux, il y en avait pratiquement un à chacune de ses péripéties, mais cela rajoutait un peu du peps à cette mission, comme lorsqu’il avait dû se rendre au Moyen-Orient du temps de sa fringante jeunesse.
    « Vous pensez vraiment que le gamin va s’en sortir contre Florent ? » Demanda-t-il d’ailleurs à la cantonade, évoquant Samuel resté seul au Palais Municipal pour ralentir le nouveau Gardien aussi longtemps que durerait la mission d’extraction.
    « Ce sera là notre seul fenêtre de tir, plus il est loin, mieux ce sera. » Commenta le politicien, pour réponse, alors qu’Antonin achevait le déverrouillage de l’entrée. L’accès était maintenant dégagé, pour entrer dans la salle des audiences, laquelle grouillait de monde comme les deux Hommes restés au Hall de Sécurité pouvaient le constater.
    « Il y a foule de monde, soyez prudents. On dirait que le procès va reprendre, et qu’ils vont prononcer la sentence. L’assesseur vient de rentrer. Indiqua la scientifique.
    Quelle mission intéressante ! À chacun son objectif, tuer Abraham, tuer Florent, sauver Alexandre. Cela en dit long sur les mentalités de nos deux factions, n’est-ce pas gamine ? » Continua de charrier le vieux briscard. Cela ne fit pas rire du tout la concernée, mais qu’importe. Ces carabistouilles devaient cesser à présent.

    « Très bien, cela signifie que nous devons agir sur-le-champ. » Intervint Schœneck inopinément. Son cœur battait la chamade, il avait très chaud, son regard s’obstruait par moments, mais il tenait bon, à l’aide de sa canne, et de sa volonté.
    « Attendons que Samuel nous confirme la présence de Florent. Voulut tempérer le Maire.
    — Non, nous n’allons pas attendre, j’ai confiance en leur ami. Moi, j’interviens instamment, parce qu’Alexandre ne tiendra pas plus longtemps. » Tonna alors le sexagénaire, et rien ne semblait pouvoir l’arrêter, alors qu’il s’élançait dans le passage ouvert par Antonin.

    ***


    Palais Municipal, Thiercelieux. Fin d’après-midi du deuxième jour.

    Dans le silence du Bureau Doré, Florent Hämälaïnen venait d’entrer. Il était allé le plus vite possible, conscient de sa responsabilité en tant que Dernier Espoir de l’Ordre Ancien, si jamais il devait se confronter à son éphémère professeur. Toutefois, à son arrivée, ce ne fut pas celui-ci qui l’attendait, assis confortablement dans le siège du Maire de la cité. Sa surprise n’en fut d’ailleurs que plus grande. Cheveux blonds aux yeux bleus, tenue de translation blanche et noire, avec petit foulard gris autour du cou, son ancien ami Samuel Parsons se trouvait à cette place, un sourire amusé sur son visage.
    « Samuel, mais qu’est-ce que tu fais là ? » Interrogea le Gardien, bien démuni face à cette personne qu’il n’attendait pas. Son meilleur ami se releva du siège en cuir sur lequel Underwood avait posé ses fesses pendant dix ans, et se mit à contourner le bureau pour se rapprocher du nouvel arrivant, visiblement sur ses gardes.
    « Mais la terre refusa de mourir… » Commenta paisiblement le Desmose-Guerrier. « T’connais pas ça toi, je parie. Mec regarde où t’en es. Regarde ce que t’as fait. Est-ce que c’vraiment toi ? ».

    Le brun croisa les bras, visiblement mécontent que ce gosse incestueux vienne lui faire la leçon, mais d’un certain côté aussi, il ressentait une peur jusqu’ici jamais ressentie. Un sentiment d’oppression qui lui écrasait le cœur.
    « Je ne vois pas du tout ce dont tu veux parler, maintenant je voudrais que tu me dises ce que tu fais dans le bureau du Maire. Je ne te le redemanderai pas deux fois.
    — En théorie, tu viens de le dire une deuxième fois. » Déclara l’adolescent dans un rire franc. Puis, reprenant sa contenance vu la gravité de la situation, il s’excusa. Le blond se trouvait maintenant à moins d’un mètre du Procureur Spécial.
    « Ne me fais pas perdre mon temps, Samuel. J’exige de savoir ce que tu fais ici, et sur-le-champ. » Déclara ce dernier dans un nouveau sursaut autoritaire. Son interlocuteur lui saisit alors les mains comme il en avait l’habitude, parce que Parsons était quelqu’un de très tactile.
    « Aide-moi à t’aider. Lui demanda-t-il comme une imploration.
    — Mais… mais qu’est-ce tu racontes ? » Rétorqua Hämälaïnen alors qu’il sentait une colère et une fureur lui monter de plus en plus au cerveau. « Tu es venu ici pour faire un coup d’état, je ne te laisserai pas faire. Si tu n’es pas avec moi, alors tu es contre moi, souviens-t’en bien… » Poursuivit-il en faisant trembler ses lèvres comme s’il était pris de spasmes nerveux.
    « Oh non… Florent… Florent… Cher Florent… Il n’a jamais s’agi de toi. Une fois encore tu penses que tout est toujours lié à toi mais il n’en est rien. » Obtint-il alors pour réponse, de manière très surprenante.

    « Qu’est-ce que tu veux dire ? Qu’est-ce que tu fais ici ? Bordel réponds-moi… » La voix de Florent trahissait maintenant une exigence de plus en plus pressente, et celui-ci avait retourné les mains de son ami pour les serrer de plus en plus fort, faisant d’ailleurs esquisser une petite douleur sur les traits du concerné.
    « J’dis juste… Qu’t’es tombé dans le panneau, mec… T’imagines même pas… On s’fout de toi… On s’fout de ce Bureau… C’pas ça qu’on est venus voir… » Cette phrase marqua un déclic dans son cerveau. Repoussant brutalement le Desmose-Guerrier contre le bureau, l’adolescent utilisa d’un coup de main ses pouvoirs pour allumer la télévision. La diffusion avait été coupée inopinément, la chaîne d’information généraliste repassant en boucle l’éclair coruscant qui avait provoqué le bogue de la caméra, ainsi que toutes les théories s’y rapportant.

    Le gardien avait été piégé. Un rire nerveux s’éprit de lui, tandis que le sang sembla lui monter à la tête. Celle-ci devint en effet rouge écarlate, à tel point que certaines de ses veines transparaissaient sur sa peau violacée.
    « Comment as-tu osé ?! » Apostropha alors le garçon en faisant pivoter ses yeux à quatre-vingt dix degrés. « Comment as-tu osé ?! » Hurla-t-il encore plus fort, en faisant apparaître un éclair dans sa main gauche, éclair qu’il lui balança dessus à une vitesse sonique. Samuel n’avait pas eu le temps de réaliser ce qui venait de lui arriver qu’il se trouvait déjà dans un scanneur du Hall de Sécurité, inconscient.

    « Ô, Guerrier de la Lumière, entends ma prière. Annonça alors sa conscience.
    — Ce n’est pas le moment, fous-moi la paix, et en plus je suis le Gardien, pas un Guerrier de la Lumière, Le Gardien, Le Guerrier de la Lumière, pas un. Je suis le seul et unique, alors respecte-moi un peu, tu as compris ?!
    Ô, gardien, nous n’avons pas le temps de discuter de cela. Le collaborateur du Polymorphe, le garçon que tu viens de croiser, a vérolé ton système immunitaire. Je le sens, un mal indicible se répand partout en toi. Il t’a privé de la téléportation, et tu dois rejoindre la Tour Tykogi sans attendre.
    — Je vais le tuer, je vais le tuer, le tuer, le tuer, le tuer, le tuer ! » Beugla Hämälaïnen à haute voix, sans même plus faire semblant de penser ou réfléchir pour quiconque l’entendait au loin.
    Ô, Guerrier de la Lumière, son heure viendra, mais nous ne pouvons pas laisser échapper le Polymorphe, alors je t’en conjure, rends-toi à la Tour Tykogi, ou toute la cité sera en grand danger, et tu es le seul, ô gardien, à pouvoir les protéger, parce que toi, ô Chevalier de Lumière, tu es la justice.
    — Oui, je ferai ce que je dois faire… Oui, je vais le faire, je vais le faire… » Se répéta l’adolescent à lui-même, alors qu’il venait de tourner les talons, puis sortir en trombe pour courir sans perdre une seconde.

    ***


    Tour Tykogi, Thiercelieux. Crépuscule du deuxième jour.

    Le combat avait été bref. Hence Schœneck, investi de la puissance de la lignée des Gardiens, avait terrassé par ses orbes de lumière, la plupart de ceux qui lui opposèrent une résistance. Les Gardes Municipaux périrent, certains nobles de Thiercelieux périrent, et les attaques ininterrompues du contingent de la Mairie pour protéger la tenue du procès se confrontèrent aux contre-offensives d’un oracle plus déterminé que jamais à sauver son élève, à tel point que la priorité avait été mise à la protection d’Abraham, plutôt qu’à celle du détenu. Un objectif là encore échoué, sachant que Gabriel Oswald avait abattu d’une balle dans la tête, le nonagénaire en quête de protection.

    « Samuel a été abattu, Florent ne va pas tarder à revenir. Vous devez évacuer le plus vite possible. Informa Anselm au groupe d’intervention.
    — Roger. » Se contenta de répondre le terrien, alors qu’il se préparait à retourner dans les souterrains de la cité.

    Le professeur d’Alexandre, quant à lui, se trouvait au côté de son élève, dont les chaînes commençaient à peine à céder, après qu’il eut mis presque toute sa puissance dans leur destruction. Le Gardien respirait difficilement, son nez était plein de sang, il faisait peine à voir, mais il y avait une expression de contentement sur son visage, de sincère satisfaction à voir la personne qui se trouvait à ses côtés. Ses yeux en brillaient. De son côté, son sauveur avait plus chaud que jamais, son corps en tremblait tellement toute la force qu’il détenait le consumait de l’intérieur.
    « Schœneck, vous vous en sortez ? Interrogea le vingtenaire, visiblement pressé par le temps.
    — Non, ces chaînes sont quasiment indestructibles. Je ne sais pas comment faire pour l’en libérer… » Le franco-canadien arqua un sourcil. Il dégaina son pistolet, s’éloigna, tira. Aux jambes, aux bras. Le métal n’avait pas tenu au choc de la balle. Particulièrement bon viseur, il n’y eut aucune écorchure à déplorer.
    « Je constate que l’énergie positive n’est pas la réponse universelle. » Commenta le vieil homme à la cantonade, alors qu’il enroula son bras autour du corps de Schwartz, encore plongé dans un semi-coma inconscient.

    « Veuillez ne plus perdre de temps. J’aimerais que vous reveniez en un seul morceau. Hämälaïnen sera bientôt là, et il va tous vous massacrer si vous êtes encore ici.
    — Compris. » Répondit Antonin, en se précipitant vers les sous-sols du bâtiment. Grayson le suivit sans attendre, tandis que l’oracle resta sur place, les yeux fermés.
    « Ce n’est pas le moment de dormir, Hence ! » Pesta Underwood dans l’oreillette.
    « Messieurs, je vous remercie pour votre aide, mais je ne viens pas avec vous. Je dois mettre Alexandre à l’abri, et ça, il n’y a que moi qui puisse s’en charger. Alors, partez, je m’occupe du reste. » Déclara-t-il en retirant le petit interphone de son oreille. Il n’entendit même pas la réponse qu’on lui formula, parce que de toute évidence, il fallait avancer, ne pas perdre une seconde, et que les autres venaient déjà de partir, comprenant que leur alliance n’avait été que pour un moment précis.

    À présent seul dans le charnier de cadavres de la Tour Tykogi, le sexagénaire ne semblait pas pressé de partir. Le Gardien accroché à son cou, il le tenait comme un père tiendrait son enfant, et les petits yeux de celui-ci finirent par s’ouvrir, son poing se serrer, pour bégayer au-delà de ses forces, une simple question.
    « Pourquoi… ? » Schœneck ne s’était pas attendu à ce qu’il se réveille de si tôt, aussi fut-il surpris et ne sut-il pas quoi répondre dans un premier temps. De plus, la question semblait suffisamment vague pour ne pas borner le sujet précisément. « Professeur… » Insista-t-il pourtant. « Je vois en vous… Tout ce qu’il y a… Je sais ce que vous voulez faire… Ne le faites pas… » Le cœur du prophète poursuivit son accélération, et une bouffée de chaleur le mit particulièrement mal-à-l’aise, réaction émotive décuplée au fait qu’il ne parvenait pas à lui cacher ses intentions.
    « Alexandre, il le faut. Si je ne le fais pas, il te tuera.
    But the Earth refused to die… » Accoucha difficilement son interlocuteur. Hence eut alors la désagréable sensation de comprendre cette phrase, alors même que cette langue lui était complètement inconnue. « Vous commencez à vous souvenir… Je le sens… Alors… Je vous interdits de mourir…
    — Si je ne meurs pas maintenant, cette énergie va me consumer. Alors, à choisir entre mourir maintenant, et te sauver la vie, mon choix est vite fait. Je vais l’utiliser pour détruire ce monstre que j’ai contribué à créer. » Commenta le professeur d’allemand, la voix sévère, comme s’il se condamnait lui-même pour l’erreur qu’il avait faite en faisant croire à Florent qu’il était un gardien. Il sentit alors une petite main parcourir son cou. Le gant en cuir venait de tomber par terre, et sur sa joue, le charbon des doigts d’Alexandre vint s’appuyer contre sa pommette. Il comprit très bien ce que cela signifiait.
    « Arrête ce que tu fais… Arrête tout de suite…
    — Non… Vous n’allez pas mourir, je vous l’interdits… » Lui rétorqua son élève, les larmes aux yeux. « Ici… et maintenant… je vais récupérer la puissance qui me revient de droit… Et parce que je vais m’évanouir, vous allez nous téléporter loin d’ici… Parce que vous n’aurez plus la puissance nécessaire de tuer Florent. C’est à moi que revient cette mission. Je ne referai pas la même erreur qu’on a faite en se séparant la dernière fois… ».

    Cette phrase impacta beaucoup l’oracle. Elle résonna en lui comme une réminiscence, comme un souvenir bloqué qui n’arrivait pas à sortir. Il n’arrivait pas exactement à le resituer, tout ceci était très vague, mais il se souvenait, au loin, dans une région avec des arbres, de nombreux arbres, et des étoiles partout dans le ciel, ce qu’il n’y avait pas ici. Un mur, un grand mur. Des grandes bâtisses, des îles, une femme blonde au broshing parfait, et aux tailleurs souvent bleus, ainsi qu’un nom : Westbury. Tout ceci lui faisait chauffer la cervelle, en même temps que cela semblait le soulager, parce que peu à peu, ce trop-plein d’énergie s’évacuait, il le sentait quitter doucement son corps.
    « Alexandre…
    — Chut… Chut… Ne dites rien… Vous allez bientôt tout comprendre, mais là pour le moment, pour le moment… il faut… pa… partir… » Termina Schwartz en sombrant dans l’inconscience.

    Il venait de récupérer tout le pouvoir de la lignée des Gardiens.

    ***


    Tour Tykogi, Thiercelieux. Nuit du deuxième jour.

    Dans l’obscurité de la nuit, Florent pénétra à l’intérieur de la Tour Tykogi. Il était essoufflé, le visage sombre, dans l’atmosphère pesante du tribunal où ne subsistait plus âme qui vive. Comme il s’en doutait, et à cause de Samuel, il était arrivé trop tard. Sa cible venait de s’échapper, les chaînes de son siège brisées par terre, non loin du charnier de cadavres de la Garde Municipale. Il sentit une boule au fond de son être, une contrariété dont la puissance de feu paraissait maintenant à son apogée. Si la haine de cet échec lui revenait en pleine figure, au même titre que l’échec de la cérémonie, elle s’accompagnait maintenant par un autre sentiment, celui de la vengeance. Lui, le gardien, parce qu’il était la justice, n’avait maintenant plus aucune alternative pour mettre en exergue ses principes les plus fondamentaux, que celui d’une élimination systématique et irrévocable de toutes les personnes représentant une menace pour le bien-être de la Cité. Les règles étant truqués, les dés étant pipés, pourquoi respecter les procédures d’un État à la dérive, dont les valeurs ne pouvaient plus coexister avec les menaces qu’il rencontrait ?

    « Oh… Florent, vous êtes encore en vie. C’est un miracle. » S’exclama alors la voix, plus au loin, d’Aziraphale. La vieille oracle venait de surgir de ce qui devait ressembler à une cachette secrète, au sein de laquelle tous les autres prophètes du savoir s’étaient réfugiés, à l’exception du défunt Abraham. Ils parurent tous les uns après les autres, rassurés de voir le gardien auprès d’eux. Donovan, Ishtar, Aziraphale, Michel… Ils se présentèrent tous les sept à celui qu’ils considéraient comme leur caution, en même temps que leur redevable allié.
    « Nous sommes très heureux de vous revoir. Annonça Léïa, une moue d’apaisement au visage.
    — Abraham a été abattu par le chienchien du Maire, il nous faut maintenant envisager sa succession, heureusement que vous êtes revenu pour sécuriser notre retour au Palais, grand Florent ! » Rajouta avec emphase Maximilien.

    Tout ceci, pourtant, ne fit qu’assombrir plus encore la silhouette de Hämälaïnen. Quelque chose de macabre se lisait à présent sur les traits de son visage. Un regard haineux et absolument pas conciliant se trouvait maintenant associé à des tremblements nerveux.
    « Vous êtes des lâches. Vous êtes des ennemis de Termina. » Lâcha-t-il à l’endroit de chacun des sept gérontocrates auxquels il faisait face. Ceux-ci restèrent interdits l’espace d’un moment. « Vous faites partie des pestilences les plus abjectes de Thiercelieux. Vous êtes les gardiens d’un système corrompu. Et vous n’avez même pas eu le courage de vous dresser contre la libération d’une créature polymorphe extrêmement dangereuse, c’est inadmissible ! » Rajouta-t-il complétement furieux, le ton de plus en plus élevé.
    « Florent, je vous prie de ne pas nous parler comme ça. Ce n’est pas acceptable ! » Intervint alors Agnès, d’une voix sévère, celle des professeurs pour lesquels la discipline est plus importante que le fondement même du cours.

    D’un geste de bras, le cou de l’oracle se brisa, sa respiration se tarit, son corps s’effondra par terre. Le gardien venait de l’assassiner de sang-froid, devant tous ses autres collègues. Chacun d’entre-eux se regarda, consterné, tandis que le lycéen se mit à rire, d’un rire complétement perdu dans la névrose.
    « On ne me dit pas ce que je dois faire, mégère. » Ses veines noires se voyaient de plus en plus sur son visage écarlate. « Elle n’a eu que ce qu’elle méritait, d’ailleurs… Comme vous devriez tous avoir, pour votre lâcheté ! » Un éclair partit contre Aziraphale. « Pour votre incompétence ! » Un débris transperça le cœur de Donovan. « Pour la décadence que vous représentez ! » Michel se mit à hurler plus que de raisons, du sang gicla de ses oreilles, de son nez, de sa bouche, des bouts de cervelle s’échappèrent de toutes ses cavités. « Pour la haine que vous colportez ! » Apeurée, Léïa sentit sa peau se carboniser, brûler de plus en plus, tomber comme des tranches de viande jusqu’à ce que ses organes s’effondrent les uns après les autres, et qu’elle en lâche un râle de supplication dans un dernier effort de survie.

    « Vous représentez tout ce que je hais dans cet endroit, et vous n’êtes pas dignes de la réputation que vous entendez honorer. Vous n’avez aucun droit sur les Gardiens de l’Équilibre, et vous n’en aurez maintenant plus jamais, parce que je l’ai décidé, parce que je suis la justice, parce qu’à présent, je vais m’occuper moi-même de tout ce que vous avez pitoyablement raté ! » Vociféra Hämälaïnen comme un dément, sans se rendre compte de la violence avec laquelle il venait d’exterminer le Conseil des Oracles.

    Ne restait, à terre que le pauvre Ishtar, à genoux, en attendant son heure, le cœur frappant contre sa poitrine comme un petit animal en détresse. Cette image aurait presque pu l’émouvoir, si, lorsqu’il posa le regard sur lui, il ne ressentit pas l’exact contraire. Quelque chose avait changé chez lui, parce que désormais, sa seule réaction fut le dégoût, et le désir d’en finir au plus vite. Posant sa main sur les cheveux de l’octogénaire, il tira d’un coup sec. La tête se décrocha du corps, un liquide rouge vif s’échappa sur le sol déjà sanguinolent, tandis que le tronc du prophète se mit à s’agiter dans tous les sens, le système nerveux privé de repères.
    « Même dans votre mort, vous avez été des incapables… Ahah… » Fit-il en balançant négligemment le crâne sur le côté.

    Il n’y avait à présent plus personne dans la Tour Tykogi, et le silence remplaça les exclamations folles du gardien de l’équilibre des forces. Son ensemble blanc immaculé ressemblait maintenant plus à une tenue de boucher qu’à la pureté de sa fonction, le kaléidoscope de nuances rouges occupant plus d’espaces que ce qui restait de blanc sur sa toge sacro-sainte.

    « Ô, Guerrier de la Lumière, mes sincères félicitations. » Entonna alors sa conscience, le ton triomphant. Les joues du garçon ne purent s’empêcher de rosir. On le félicitait si peu. « Tu es devenu tout ce que j’espérais de toi, et maintenant, plus rien ne pourra t’arrêter. C’est tout bonnement formidable ! » Il sentit alors comme une présence près de lui, quelque chose de plus physique qu’il n’avait expérimenté jusque-lors au cours de ces échanges privilégiés avec la meilleure conseillère de la lignée des gardiens.
    «
    Tu détiens dorénavant une puissance quasiment illimitée, ainsi que toutes les clefs de la cité. Tu es devenu, le Prince de Termina, je suis si fier de toi. » La voix marqua une pause, dans un contentement jamais aussi assumé jusque-lors. « Toi et moi, nous allons accomplir de grandes choses dorénavant. ».

_________________
« Si tu y crois de toutes tes forces, un mensonge peut devenir réalité. Alexandre Schwartz … Le savait mieux que quiconque. »
— Chapitre 12 (Projet Renaissance).
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé Visiter le site web de l'utilisateur MSN Messenger
 
Icer MessagePosté le: Mer 21 Juin 2017 20:55   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


Inscrit le: 17 Sep 2012
Messages: 2103
Localisation: Territoire banquise
Il semble que moi je me sois arrêté au chapitre 10 j'ai donc repris à partir de celui-ci. Il est vrai que le titre du chapitre était assez aguicheur. De même pour le flash-back qui est l'occasion pour toi de te faire plaisir sur les allusions politiques.
Toutefois, faire un rapport entre l'oubli de l’écriture manuscrite et le choc de simplification, c'est sacrément osé XD

Citation:
Nintendo AE


IT'S EUNEU GAYME


On a enfin un petit peu plus d'infos sur le charmingmagicien.exe et je n'ai pas été deçu. Plus largement, la connexion entre ce monde apparut de nulle part avec celui de BpE commence à se faire plus concrètement.


Citation:
« Il y a cru, lui. »


http://i.imgur.com/Mc4WJkE.png


Citation:
Il allait prendre son envol, quand, au détour du croisement de l’avenue adjacente, il tomba nez-à-nez avec Gabriel Oswald. Le genre de rencontres qui n’intervenait que dans les mauvais livres, écrits par de mauvais scénaristes stéréotypés en quête d’une narration réactive.


Oui je crois que je vois ce que tu veux dire :

http://i.imgur.com/eL5hzpp.png


Citation:
« Attention du chemin sur lequel tu t’engages, Samuel.
— Sinon quoi ? On est enfermés je te rappelle. Tu vas être bien obligée de… »

Sans crier gare, elle se jeta sur lui


http://i.imgur.com/Sxulea6.png
« Oui oh c'est le vieux syndrome de la succube... »


À la fin du chapitre 12, c'était tellement le bordel et y avait un tel air d'apocalypse final que je me suis demandé comment tu allais tenir 26 chapitres. Mais comme la fin du 13 se termine par un retour dans le temps fait à la main, j'imagine qu'on va revenir, comme par hasard au milieu de la fiction, à une situation plus calme, mais néanmoins différente.

Ah bonne idée cette liste de personnages, je me demande qui te l'a donné, mais c'est sûrement un professionnel Mr. Green
Elle m'apparaît d'autant plus indispensable que comme tu es dans un univers très différent de celui de la série, tous les noms sont nouveaux. Tu devrais profiter des vacances d'été pour la foutre aussi sur les chapitres précédents non ? Moi avant qu'ils ne prennent des chemins différents, je confondais tous les membres de la Desmose.

Le débat posé par le début du 14 est haletant. Si effectivement il ne peut y avoir de vrai gardien, qui est alors l'imposteur ? Alexandre est le plus suspect mais justement, les indices à son encontre sont presque trop évidents, notamment la vidéo de sa mort.
Par contre, le coup des mains brûlées pour se prouver que l'on est un vrai Gardien... ça m'évoque les juifs après l’holocauste pour obtenir un maximum de compassion (et donc d'avantages financiers, entendons-nous bien).

Globalement je ne peux m'empêcher de remarquer que Gabriel s'est progressivement effacé de l'univers dans lequel il a été plongé. Au début de la fanfic, il avait tout du personnage central, un élu envoyé en dernier espoir dans un endroit inconnu, il est fort, intelligent et – quoique ça c'est moins cliché – sans pitié. Mais depuis qu'Underwood lui a mis la main dessus, il est devenu une version un peu améliorée d'Antonin. J'aime bien ce cassage de code, et de la même façon que BpE nous avait sorti petit à petit du cadre de la série, tu as bien géré la chose. Reste à savoir si l'on va terminer par là où ça a commencé.

Lorsque l'on a fini de lire le chapitre 15, il semble sous-entendu qu'Alexandre était le vrai et que Florent est en réalité manipulé par Dimensio (lui-même ersatz d'un X.A.N.A parlant en rouge sombre !!??). C'est sûr que la fic a pris une toute autre Dimensio (mdr) à partir du milieu, et maintenant que les protagonistes sont clairs dans ma tête, je ne suis pas largué et je suis dedans. C'est de l'excellent travail.

June is the end of May.

http://i.imgur.com/oxT50qR.jpg
« J'ai pour projet de renaître hein. »


P.S : J'ai repéré quelques coquilles en passant :

- Encore un peu éprouva par sa semaine (Chapitre 10)
- Protesta vigoureusement Flora […] il (Chapitre 12)
- costume-crevette (Chapitre 14)
- Une balise italique mal refermée (Chapitre 15)

_________________
http://i.imgur.com/028X4Mi.pnghttp://i.imgur.com/dwRODrW.pnghttp://i.imgur.com/mrzFMxc.pnghttp://download.codelyoko.fr/forum/avataricer.gifhttp://i.imgur.com/h4vVXZT.pnghttp://i.imgur.com/gDzGjSF.pnghttp://i.imgur.com/x46kNev.png

« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Montrer les messages depuis:   

Forum Code Lyoko | CodeLyoko.Fr Index du Forum -> Vos Créations -> Fanfictions Code Lyoko Page 3 sur 3
Aller à la page Précédente  1, 2, 3

Poster un nouveau sujet
 Réponse rapide  
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 
Répondre au sujet



Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure

Sauter vers:  
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum




Powered by phpBB Lyoko Edition © 2001, 2007 phpBB Group & CodeLyoko.Fr Coding Dream Team - Traduction par : phpBB-fr.com
 
nauticalArea theme by Arnold & CyberjujuM
 
Page générée en : 0.1196s (PHP: 72% - SQL: 28%) - Requêtes SQL effectuées : 20