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[Fanfic] Le futur nous appartient

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 Auteur Message
Silius Italicus MessagePosté le: Lun 06 Mar 2017 18:42   Sujet du message: [Fanfic] Le futur nous appartient Répondre en citant  
[Krabe]


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Spoiler


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Le futur nous appartient




À proprement parler, pour un conditionné, il ne peut pas y avoir une série successive de conditions, de conditions existant simplement à titre de conditions et ne servant qu’à expliquer le dernier conditionné. En réalité, la série est toujours une série alternative de conditionnés et de conditions : chaque fois que l’on a remonté un chaînon, la chaîne se trouve interrompue et les exigences du principe de raison sont complètement satisfaites : puis la chaîne recommence dès que l’on considère la condition comme un conditionné.
Schoppenhauer, Le monde comme Volonté et Représentation, Appendice : critique de la philosophie kantienne.

Spoiler


Chapitrage


Prologue : Ouverture de champ
Chapitre 1 : Sibérie m'était contée
Chapitre 2 : Culturniet
Chapitre 3 : Pousser un coureur.
Chapitre 4 : Il y a loin de la coupe aux lèvres


Prologue :
Ouverture de champ



États-Unis, District de Washington, Base aérienne d’Anacostia-Boiling, 24 février 2007.

Il sortit de son bureau et s’engagea dans le couloir. Les rayons de soleils qui coulaient par les fenêtres et resplendissaient sur les murs blancs semblaient se moquer de lui, de l’inquiétude provoquée par les dernières dépêches. Il dépassa quatre portes sur sa gauche et s’arrêta devant la cinquième. Le temps de prendre une inspiration et de rassembler son courage. Dire qu’à une époque il avait été content d’avoir ce travail. Il toqua, et sachant qu’il était inutile d’attendre, entra.
La pièce était assez grande, une quinzaine de mètres carrés, mais encombrées. À voir le nombre de dossiers qui s’empilaient et s’étalaient dans un chaos étudié, le maître des lieux était un homme des plus occupés. Mais un homme dont c’était le bureau depuis de longues années. Le prouvaient les libertés qu’il avait prises avec le règlement intérieur. Des photos d’amis ou d’événements marquants étaient accrochées sur les murs, côtoyant diverses cartes politiques et d’état-major, ainsi que des clichés satellites. Trois ordinateurs d’âges variables étaient posés sur des meubles de rangement adossés au mur à droite. À gauche de la porte d’entrée deux fauteuils encadraient une table basse sur laquelle, outre divers documents et rapports, étaient négligemment posés des bouteilles de Gin et de cognac. Un vaste bureau occupait le fond de la pièce. Tout aussi en désordre que le reste de la salle, sa surface de bois polie et autrefois cirée semblait ployait sous le poids des dossiers et d’un ordinateur dernier cri. Deux tasses de café fumant en équilibre instable menaçaient cet écosystème délicat. Un cendrier plein de cendre était placé à l’un des coins de la table. Cela faisait bien vingt ans que nul n’avait plus fumé ici, mais d’après la légende cela faisait encore plus longtemps qu’aucun membre du service de nettoyage n’avait osé bravé le maître des lieux.

« Mon général, nous avons perdu le contact avec Fort Meaws, entama l’intrus. »

Il était inutile de perdre du temps face à l’orage.
Le Général Abbeis ne daigna pas relever les yeux du dossier qu’il était en train de lire et se contenta de répliquer sèchement à sa nouvelle ordonnance :

« Précisez, Jasper. »

Le major tressaillit sous le reproche implicite et répondit.

« Ce matin à 03h18, toutes les communications ont été coupées. Nous sommes dans l’incapacité d’entrer en contact avec aucun des hommes présent là-bas. Ni les officiers ou hommes du rang, ni les civils. Et nous avons perdu les accès à leur système informatique. Il fau-
— Il est encore un peu tôt pour que vous cherchiez à me conseiller, aboya le Général. »

Il reprit contenance et se rasséréna avant de continuer.

« Cela ne fait qu’un mois que vous êtes en fonction à mes côtés. Avez-vous pris connaissance du projet Einstein et de l’importance de Fort Meaws ? Vous avez les accréditations pour ouvrir une partie de ce dossier.
— Pas encore, mon Général. Je suis désolé, mais…
— Il y a eu plus urgent, hum ? Il y a toujours plus pressé que les dossiers tranquilles. Félicitation Jasper, vous venez de gagner du travail pour vos soirées. Donnez l’ordre de mettre la base de Fort Meaws en quarantaine. Vous allez vous rendre sur place avec deux de nos commandos et toutes les précautions. On ne sait pas ce qui a pu se passer, mais cette base est un sujet très sensible. Ah ! Passez le message à nos amis de Fort Meade, ce projet les intéresse. Ils ont des recherches similaires au projet Einstein, peut-être apprendrons-nous quelque chose. »

George Abbeis se replongea dans sa lecture. Le major Gale comprenant qu’il avait ses ordres sortit discrètement préparer son départ pour le Nouveau-Mexique. Finalement l’orage avait tourné court, mais on ne savait jamais avec son supérieur. Mais un jour, ce serait lui la tempête soufflant dans les bronches de subordonnés incapables.


États-Unis, District de Washington, Base aérienne d’Anacostia-Boiling, 20 mars 2007 :

Le général Abbeis s’inquiétait. La situation était de plus en plus compliquée, et de nombreux éléments lui échappaient. Or son travail était justement de garder les choses sous contrôle. Il sonna son ordonnance.
Moins d’une minute plus tard, le major Gale apparut. Abbeis n’était pas trop mécontent de lui. C’était un garçon intelligent, et en deux mois il s’était adapté à sa manière de faire. En plus il avait l’art de sympathiser avec les gens.
« Major, Fort Meade, ce matin…
— Mon Général, je me suis dit que cela vous intéresserait. J’ai fait jouer quelques contacts. Un accident dans le projet orbe céleste. »
Jasper tendit un rapport d’incident à son supérieur.
« Un accident ? »
Le général fronça les sourcils.
« Des plus étranges, oui. Seul le projet à subi des dégâts à ce qu’il semble. Et il n’y a aucune trace mise à part ces dégâts. »
Il lui montra un rapport à la couverture marquée du sigle « Top-secret », comme en fait tous les autres dossiers dans la pièce.
« Pardon ? Dans la station spatiale internationale ? s’anima Abbeis en insistant sur le “dans”.
— Aucun signe d’intrusion ou d’abordage. Les satellites n’ont détecté aucun engin en approche. Pas plus de vol ou de détérioration de matériel.
— Donc c’est l’orbe qui était visé et seulement elle, grommela le général.
— Sauf qu’on ne sait pas ni qui est entré, ni comment. Malgré leurs efforts, les petits gars de Fort Meade n’ont pas pu mettre de caméra à l’intérieur de la station. De toute façon ils pensaient avoir trouvé l’un des lieux les plus sûrs possibles. Inatteignable sans qu’ils le sachent.
— Ça leur apprendra, rétorqua le Général, satisfait de savourer un échec de ces civils arrogants. »

Il se reprit et replongea dans le rapport :

« Aucune approche, donc cela venait de l’intérieur. Mais dans ce cas, pourquoi avoir attendu que l’engin soit monté, plutôt que de l’avoir piégé lors de son ascension ? Cela aurait été plus facile.
— Vous pensez qu’il y a une taupe à Fort Meade ?
— C’est presque certains, mais le mode d’action reste des plus étranges. Comme pour nous au Nouveau-Mexique. À un mois d’intervalle ce n’est pas une coïncidence. Quelqu’un cherche à nous mettre des bâtons dans les roues. Minute ! Une chaîne de fabrication, des objets robotiques inidentifiés ? C’est quoi ce bordel ?
— C’est ce que les astronautes nous ont rapportés après voir fait le tour de la station. Ils ne savaient pas pour l’engin. Quand ils ont annoncé que ce dernier était hors-service, ils en ont pris pour leur grade sans trop comprendre. Les “robots”, ajouta Gale en grimaçant, ont été trouvés après l’engin. Ils ont pensé que c’était une autre cachotterie du renseignement.
— Et vous Jasper, qu’en pensez-vous ? »

Le major laissa transparaître sa surprise. C’était bien la première fois que son officier lui demandait son avis. En fait il pensait bien que ce grognon n’en viendrait jamais là. Il devait être secoué. En même temps il y avait de quoi puisque cette affaire ne faisait aucun sens. Un commando avait réussi à s’infiltrer dans une station spatiale au nez et à la barbe du réseau guerre des étoiles, sans laisser aucune trace, et ils se mettaient bêtement en pleine lumière en ratant la couverture de leur sabotage. C’en devenait absurde. Ils ne laissaient aucune trace de leur passage, sauf les signes évidents de sabotage. Le major comprenait que cela inquiétât le Général. La perspective d’un groupe ayant les moyens d’infiltrer l’un des lieux les plus inaccessibles de la planète sans laisser de trace le faisait frissonner. D’autant que l’on ne savait rien de ce nouvel ennemi.

« Les robots n’étaient pas un cadeau de la NSA. Ils sont tout aussi étonnés que nous. Nous n’avons pas encore d’analyse précise qui nous mettrait sur une piste. Je vois mal pourquoi un ennemi s’amuserait à installer une ligne de montage dans la station pour détruire l’orbe céleste. C’est trop compliqué, trop grand et cela laisse trop de trace. Je pense qu’il s’agit de deux trames différentes. Ou qu’un autre service a réussi à contourner les plans de la station.
— Bien vu. Vous aussi vous reliez cela à ce que nous avons trouvé à Fort Meaws ?
— Oui mon général. Dans les deux cas on a trouvé des chaînes de travail tantôt modifiées tantôt qui n’auraient pas dû exister. Dans les deux cas, des dégâts, mais aucune trace d’intrusion. Donc la méthode était la même. L’objectif des intrus aussi à ce qu’il semble. Et maintenant on sait que quelqu’un s’amuse allègrement à pénétrer nos projets et systèmes les plus secrets, et à se servir de nos installations. Nous et Fort Meade.
— Pas des amateurs, hum ? Ils ont infiltré le plus haut niveau de nos services et nous ont manipulés. Bordel ! Explosa le général en tapant du poing sur la table. Même les russkofs n’ont jamais réussi un tel coup. Ils n’auraient même pas oser en rêver et pourtant il nous la mettait bien profond en matière d’informations et de renseignement. »

Un silence gêné suivi cette tirade. Le seul bruit audible était celui du café qui coulait d’une tasse renversé sur une pile de dossier. Le major se rendit compte que c’était bien la première fois qu’il entendait son supérieur, pourtant homme raffiné, jurer. Mais lui-même était bouleversé : tout leur service, et les autres aussi, compromis, jusqu’à la moelle. Trop jeune il n’avait pas vraiment connu la guerre froide, les services de renseignement russes paralysant la CIA. Mais là s’était pire encore, puisque les responsables étaient inconnus. Au moins avec les soviets on savait contre qui être en colère, contre qui on allait riposter, et on avait le petit espoir d’une bonne guerre pour se venger.

Le Général s’agitait, grommelait sans fin :

« Deux… Infiltrés… Fabriquer des robots… NSA… Espace… »

Il semblait au bord de l’apoplexie et Jasper allait appeler l’infirmerie, quand son chef reprit contenance :

« Jasper, Hurla-t-il.
— Oui, oui mon Général »

Allons bon qu’allait-il encore lui reprocher ?

« Qu’est-ce que vous avez dit déjà ? Ils ont pénétré nos systèmes ? L’analyse de notre machine, c’en est où ?
— Pardon, mon Général, la machine ?
— La nôtre oui, gronda-t-il, celle de Fort Meaws. Les analyses !
— Ah. Oui. Ils ont fini. Rien. Elle a bien été détruite avec une arme tranchante. De manière méthodique. Le responsable voulait qu’on ne puisse pas la remonter avec les mêmes éléments. Quant aux disques… Rien. Le néant. D’après les techniciens c’est comme s’ils n’avaient jamais servis. Ce qui est impossible : on ne peut pas effacer toutes traces de données d’un disque. Normalement il en reste toujours.
— Donc on a des gusses qui infiltrent les services de renseignements et détruisent leur matériel de pointe. Pourquoi ne pas le voler dans ce cas ? Bon Dieu ils peuvent entrer et venir sans laisser de trace et ils s’amusent à laisser des débris gros comme le nez au milieu de la figure. Pas logique ça.
— Sauf si on a deux groupes…
— Ben voyons, répliqua avec sarcasme le Général, deux groupes capable de se payer notre tête ? Et de se livrer bataille dans nos bases ? Un c’est déjà impossible mon cher. Tch, à quoi ça sert d’être les maîtres du monde sinon.
— C’est la seule…
— Assez. Ne prenez pas de libertés parce qu’on vous a demandé votre avis. »
À nouveau le silence se fit. Gale, embarrassé par la réprimande, attendit que son officier eût fini de réfléchir. Il se demandait de quel coup tordu son supérieur allait lui confier l’exécution.
L’affaire, il est vrai, était délicate. Il se rappelait parfaitement de son inspection à Fort Meaws. Il s’était rendu sur place avec vingt hommes du DCS. Comme pour la station spatiale, il n’y avait aucun signe d’intrusion. Les lieux étaient déserts, au moins autant que la région choisie pour accueillir le projet Einstein. Pas un chat. Les membres du personnel de la base n’avaient jamais été retrouvés. Un des gars du labo avait suggéré que les cuves de liquide chimique au sous-sol avaient servis à faire disparaître les corps. Malheureusement il n’y avait pas de trace de violence à cet étage, rien qui n’aurait confirmé cette hypothèse.
Ils étaient entrés, avaient sécurisé les premières salles, puis s’étaient rendus dans la salle de surveillance pour essayer de récupérer des bandes vidéo ou audio. Là encore il n’y avait rien eu à se mettre sous la dent. Tout avait été effacé. Par la suite les gars du labo en avaient sauté au plafond. Selon eux il était physiquement impossible de rendre intégralement vierge un disque dur. Le seul moyen de s’assurer qu’un ennemi ne pût trouver des données résiduelles c’était de fracasser l’appareil avec une masse puis de le brûler jusqu’à ce qu’il n’en reste que des cendres. Depuis Jasper était harcelé par ces laborantins qui désiraient à tout prix mettre la main sur le procédé qui avait permis un effacement aussi parfait des données. Un tel secret offrait des perspectives incalculables d’après eux.

Ils avaient poursuivi leur prudente exploration de la base abandonnée. En s’approchant de la salle central du projet Einstein, ils avaient trouvé ce qui semblait être des traces de combat. Du moins, des espèces de robots. La plupart avaient été victimes d’entailles latéral. D’après le labo, des coups d’épées. Sauf que les entailles étaient d’une netteté absolue. Il n’y avait aucune strie dans le métal, qui était parfaitement lisse. Là encore les laborantins criaient à l’impossible. Des coups pareils auraient dû laisser des traces.
Les autres robots étaient tout simplement grillés de l’intérieur, sans trace d’impact externe ou de pénétration. D’après les gars en blouse, ce genre de chose était possible si l’on avait une sorte de canon à micro-onde ou de rail-gun. Mais là encore des détails ne collaient pas, outre le fait que de telles armes n’existaient pas encore sur terre.
Le général avait fini de réfléchir.

« Bon. On est dans la mouise. Je vais devoir remonter cela à Maples… qui remontera au DNI et au CNS par-dessus le marché.
— À…
— L’affaire est trop grave. »
Il soupira.
« Vous cultivez toujours vos petites relations ?
— Vous me donnez quartier libre ce soir ? »

Le général sourit.

« Allez-y.
— Bien Monsieur. Quel plafond ?
— Pour cette affaire… aucun.

Le major sentit sa mâchoire se décrocher.

« Tout ?
— Tout. L’affaire va remonter au plus haut niveau. C’est POTUS qui choisira qui sera en charge. Nos amis de Fort Meade ne savent pas grand-chose de ce qui s’est passé en février. Mais ils sont inquiets et pressés, donc ils sont prêts à parler. Ils n’ont pas encore eu le temps de faire une enquête vraiment approfondie. Dès demain on saura qui sera officiellement en charge. Si c’est eux, nous devrons tout leur dire, sans rien récupérer en retour, à part la fierté du devoir accompli. Autant donner un peu maintenant. Ils n’ont rien pour l’instant, à part une catastrophe. Donc ils vont éviter d’en parler. Je vais les prendre de vitesse pour essayer de rafler la mise.
— Je vois. Je vais réserver mon dîner. Autre chose, Monsieur ?
— La Colombie. Ça se bisbille chez les Farcs à ce qu’il semble. Le Département d’État voudrait en savoir un peu plus. Ils ont peur que cela n’entraîne une nouvelle vague de prise d’otage. Le CNS nous a refilé l’affaire à cause de nos contacts avec les paramilitaires locaux.
— On a récupéré des infos…


La nuit était tombée. Malgré la date, on était plus sur la queue de comète de l’hiver qu’au printemps. Le restaurant était presque vide, et les rares clients étaient plutôt silencieux, voir secret. Cela faisait six mois que le patron avait ouvert. Il avait vite compris que sa clientèle aimait la discrétion. Il avait fait en sorte de satisfaire. Les différentes tables étaient toutes enferrées dans des boxes, comme un chapelet d’îles parsemant l’océan. Le personnel était à l’image des lieux, muet, discret et efficace. Tous ces éléments avaient assuré une certaine notoriété à l’établissement. Un mafieux local avait voulu en tirer parti. En bon entrepreneur, il n’avait par mâché ses efforts pour récupérer le sang et la chair, les secrets et les informations. Bien mal lui en avait pris. Du jour au lendemain la Cupola l’avait abandonné, et toutes les informations publiques à son sujet avaient disparu. Il vivait encore, mais aux yeux de l’État et des administrations il n’existait plus. Deux jours plus tard, un de ses anciens lieutenant l’avait abattu et réclamé sa place en échange d’un abandon des vues sur ce petit restaurant et de quelques concessions importantes.

Jasper était un peu en retard. Ce n’était pas inhabituel, et si ce n’était lui c’était son interlocuteur. La malédiction des temps intéressants en somme. Le serveur préposé aux arrivants le prit en charge dès son entrée. Étant un habitué, le major se fendit d’un sourire et se laissa guider à sa table habituelle.

Edgard était déjà là. Il sirotait un bourbon. C’était un homme particulièrement imposant. Il mesurait plus de deux mètre et avait de fortes épaules. La plupart des gens se sentaient ridiculement insignifiant face à lui. État aggravé par le peu d’expression dont semblait capable son visage. Il avait un nez crochu qui lui donnait un profil en lame de couteau. Mais pour l’observateur accompli, le pire était peut-être de croiser son regard. Il avait des yeux violets perpétuellement injectés de sang.

« Jasper ! Le vieux t’a retenu.
— Ce brave Fidel nous fait une petite frayeur, du coup les grosses têtes veulent qu’on recompile tout. »

Edgard eut un rire bref.

« On vous a eu sur ce coup-là. On avait refait nos analyses il y a peu.
— Elles vous disent quand ce vieil enquiquineur rendra l’âme ?
— Mon patron en rêve toutes les nuits, mais on n’a pas encore de modèle pour ça. Et toi, qu’est-ce qu’ils nous font les révolutionnaires ?
— Ils arrêtent de cultiver leur jardin d’opium.
— Pas de chance.

Un serveur vint les interrompre pour prendre leur commande. D’un commun accord, les deux hommes choisirent des entrecôtes et s’en remirent au choix du sommelier pour le vin.
Ils attendirent que le serveur revint avec leur apéritif avant de reprendre leur discussion.

« J’aime bien ce restaurant, mais le choix de faire une carte des vins à la française… »

Le major soupira.

« Que veux-tu ? Ça fait chic et justifie d’avoir besoin d’un sommelier. Je ne sais pas toi, mais je préfère dire que j’ai dégusté un Sancerre, plutôt qu’un cabernet-sauvignon. C’est plus impressionnant.
— La vanité nous perdra tous. Cela dit, je n’ai jamais eu que du bon vin ici, quoiqu’un peu cher.
— C’est sûr qu’au vu de ta maigre solde de militaire…
— Vous n’êtes pas mieux loti ! riposta Jasper.
— Tu veux vraiment jouer à qui a la plus grosse ? »

Tous deux éclatèrent de rire. Les chamailleries entre agences avaient toujours un côté assez bas. Le tout étant de ne pas en être dupe. Elles permettaient de remplir le quotidien. Bien sûr cela participait du chaos ambiant. Mais sans ce chaos, ni le militaire ni le civil ne seraient en train de partager un bon repas autour d’une bouteille au frais de l’État.

« Au fait, comment va ta famille ? Cela fait longtemps que je ne les ai croisés.
— Tu sais, major, tu devrais te marier, répondit Edgard. La famille… elle illumine ma vie et fait tomber mes cheveux blanchis avant l’âge… »

Il avait dit cela sur un ton particulièrement théâtral, ce qui créait un effet de contraste violent avec la rigidité de son visage. Cette emphase leur tira un nouvel éclat de rire, avant que l’homme de Fort Meade ne reprit.

« Tu manques à ma femme, tu sais ?
— Qu’est-ce… »

Le major s’était étouffé dans son vin en entendant cela.

« Rappelle-toi pour qui je travaille. Tu croyais vraiment qu’on ne le saurait pas ?
— La politique de la maison c’est de ne pas en parler aux intéressés.
— Je ne l’ai su que par hasard. Une fille du nom de Mandy qui me faisait du gringue m’a sorti ça pour me convaincre. À te voir, c’était vrai.
— Écoute… j’ai jamais…
— J’en ai discuté avec ma femme. Ne te vexe pas, mais je continue à lui faire plus confiance qu’à toi.
— Depuis combien de temps sais-tu ?
— Un mois. Mais ce n’est pas vraiment de cela que l’on devrait parler. Je ne vais pas te convoquer en duel, ni te filer un poing. Je l’aurais déjà fait. Tu lui manques. Passe la voir. Pour ce soir… il y a d’autres choses dont on peut parler. »

Jasper pesa ses mots avant de répondre. Était-ce une invitation à aborder la vrai raison de cette rencontre informelle ? Edgard était-il en train de pousser un avantage sous couvert de magnanimité ? Ou bien il enterrait vraiment cette affaire. Le major avait toujours su qu’il avait franchi un Rubicon. Cultiver un partenaire était une chose, se rapprocher de sa famille c’était risquer de tout perdre, réputation y compris. Dieu sait que l’apparence était importante pour s’aventurer dans les eaux boueuses de la communauté. Il ne pouvait laisser s’éterniser le silence. Il choisit cependant de garder le principal pour le dessert, comme de tradition.

« Ah oui, rebondit-il sarcastiquement ?
— Je ne t’ai pas parlé de cette ancienne amie de fac ? Tu sais, tu devrais songer à te caser. On ne tient pas longtemps dans notre boulot sans ça. On ne monte pas non plus.
— J’aime bien ma vie de célibataire. Et puis je ne garde pas un bon souvenir de mes frères et sœurs. Alors fréquenter à nouveau des enfants.
—« Fréquenter » ! Alors qu’on bosse soixante heures par semaines ? Les enfants… au début ils sont tout mignons, toujours pendus à vos basques ou à vos bras. Puis on se retourne et on les trouve adultes ou désireux de l’être. »

Edgard s’interrompit un instant.

« Ma fille m’a présenté un garçon.
— Abby ? Déjà ?
— Tu étais comment avec les filles à dix-sept ans ? »

Jasper eut un sourire narquois.

« Je vois. Donc, ce… prétendant ?
— Tu sais, je m’étais juré que je ne serais jamais comme mon beau-père lorsqu’il m’a rencontré. Que ma fille ne serait pas ma princesse… Que je saurais lui faire confiance sur ses choix, et que je ne dirais rien lorsque viendrait le temps. Je ne pensais pas que ce serait si tôt.
— Qu’est-ce que tu as fait à ce pauvre idiot de gamin ?
— Le coup du papa flic. Je crois que je l’ai terrorisé.
— C’est facile. Tu terrorises tout le monde au naturel.
— J’ai eu le droit à un regard noir de ma femme. Depuis je dors dans le canapé… cela fais dix jours. Faut que tu reviennes la voir, mon dos ne supportera pas ça plus longtemps. »

Le major Gale ne put se retenir d’exploser de rire devant la mine déconfite de son ami.

« Sérieusement. Le bouledogue de Fort Meade est viré de son lit par sa femme.
— Ma femme est un dragon, un tyran domestique.
— Et ta fille ? demanda Jasper mi-figue, mi-raisin.
— Elle est allée pleurer dans sa chambre en voyant ce que j’avais fait à son pauvre petit-ami. Qui est d’ailleurs monté la rejoindre. Pendant ce temps, Beth m’assommait à coup de poêle à frire.
— Heureusement que tu n’es pas général. Parce que là…
— J’ai perdu sur toute la ligne… Ça va, je sais. Le couteau, la plaie… tout ça, tout ça… »

Ils devisèrent ainsi gaiement pendant le reste du repas. Ce n’est qu’à l’arrivée du dessert que tout deux redevinrent sérieux. Jasper étant l’hôte et l’initiateur de la rencontre, c’était à lui de faire l’ouverture. Au vu des événements, tant professionnels que personnels, il préféra ne pas tourner autour du pot. Cela ôtait une bonne part de plaisir, mais parfois il fallait bien s’en passer.

« Nous avons entendu parler de soucis dans le projet « Orbe Céleste ». Tu sais sans doute que de notre côté nous menons une opération, le projet « Einstein », qui est assez similaire — enfin, de ce que l’on m’en a dit. « Einstein a eu quelques soucis assez particuliers lui aussi. Honnêtement, on est dans une jolie purée de pois. »

Edgard grimaça.

« Vous aussi ? On ne sait pas grand-chose de ces incidents autour de votre projet. Vous avez bien couvert les choses. Donc vous voyez un lien entre les deux.
— Peut-être. Si nos informations ne sont pas bidons.
— Jouons cartes sur table.
— Toi d’abord.
— Ça ne va pas. Je ne me promène pas nu au milieu de Bagdad.
— Tu préfères Kaboul…
— Pour l’instant, c’est vous qui en savez assez pour voir un lien. Sans ça, je ne peux rien te donner.

Jasper hésita, grommela, soupira. Malheureusement, son comparse avait raison. Pour recevoir, il faut d’abord donner.

— D’accord. Notre projet était installé dans une base militaire. On a perdu le contact. Quand on est arrivé, on a trouvé le projet en morceau. Mais aucune trace d’intrus. Pas de marques de pas, pas d’empreintes. On ne sait même pas avec quelles armes ils ont opéré. Du côté des caméras, c’est la même chose.
— Comment vous savez qu’il y a eu intrusion alors ?
— Ce n’est pas une surchauffe ou un problème technique. On dirait que quelqu’un est passé à coup de sabre. Sauf qu’il n’y a pas de traces. Pas plus que d’armes capables d’infliger le style de dégâts observés.
— Je vois pourquoi vous avez vu un lien. C’est la même chose chez nous. Des intrus venus de nulle part, invisible et qui ont visé spécialement notre projet.
— Vous avez des indices ?
— On est diablement inquiet, oui. À quoi ça sert de compiler le monde entier, si des inconnus nous échappent et continuent de nous narguer… Mais, il y a peut-être un truc. Il paraît que vous êtes bien calés au Brésil.
— Ça dépend pour quoi…
— On a des échos qui nous laissent à penser qu’ils ont eu un problème… similaire… Enfin, peut-être. On ne sait pas grand-chose encore, et ce n’est pas trop notre champ. Du reste on est assez sûr que ce n’est pas un gros joueur qui a fait ça. Or à part eux… Si vous aviez déjà un lien entre les deux affaires, c’est que vous aller remonter tout cela au DNI ?
— Exact.
— J’espère que vous récupérerez l’affaire plutôt que nous.
— Sauf que ces projets c’est plutôt votre domaine de compétences.
— Les commandos invisibles qui s’infiltrent dans des lieux ultra-sécurisés… C’est Langley ou vous ça. Nous on est des cols blancs. Et puis, si tu veux mon avis, cette affaire sent mauvais. Rien de bon n’en sortira.
— Nous ? On n’est pas une agence de terrain.
— Certes. Certes. Et nous, on espionne que ceux qui ont des choses à cacher.

Cet échange de boutades leur tira un sourire, suivi de quelques gorgées de vin. Suite à quoi ils échangèrent encore quelques banalités autour de la fin du dessert.

Ils se séparèrent dans la nuit, chacun rentrant avec le cœur joyeux et l’estomac plein. Enfin, c’est ce qui aurait du être. Mais un sentiment d’inquiétude s’était emparé de Jasper. Ce sentiment relégué au second plan le plaisir de la fin de soirée. Il avait comme un arrière-goût amer dans la bouche. Que ce soit sa vie personnelle ou son travail, il se sentait en porte-à – faux. Digérer les nouvelles de ce dîner et trouver la bonne conduite à prendre risquait de demander du temps. Un temps qu’il n’avait plus. Il avait bien compris les messages, plus ou moins voilés de son ami. Le premier ne posait guère de problèmes pratiques dans l’immédiat, du moins aucun qui n’ait été donné a priori. Après tout, il ne s’agissait que d’essayer de se remotiver pour renouer une idylle qui avait perdu un peu de son charme de faute. Que retenir du reste du repas ? Visiblement, une partie de la communauté était toute prête à partager ce qu’elle savait. Ce qui voulait dire qu’ils n’avaient ni pistes, ni espoir. En somme ils étaient bien contents de refiler la patate chaude aux autres et de les regarder s’ébouillanter avec. L’autre hypothèse était que la hiérarchie d’Edgard faisait un billard à trois bandes et espérer pouvoir retirer les marrons du feu sans s’impliquer. Ce qui n’était possible que s’ils avaient compris de quoi cela retournait mais que le poisson était trop gros pour eux, ou trop technique pour les autres. Cela dit, Edgard avait paru assez ouvert à la discussion. Peut-être avaient-ils tellement peur qu’ils désiraient réellement se débarrasser de l’affaire.
Rendu à ce niveau de réflexion, Jasper sut qu’il était inutile de continuer plus avant sans avoir plus d’informations. La seule conclusion à peu près sûre qui émergeât était que sa boîte allait se faire avoir, et que la facture risquait d’être lourde. Une autre trame de pensée lui apparu alors. Abbeis était un vieux de la vieille. Les coups tordus entre les têtes de l’hydre, les affres de la politique étaient des choses familières pour lui. Il avait forcément vu tout ce que son adjoint venait d’analyser. Alors pourquoi prenait-il les devants ? Une telle attitude rendait très probable le fait que cette affaire lui échoit. Qu’il prenne un tel danger ne cessa d’intriguer son aide de camp.
La question tourna dans sa tête toute la nuit, remplaçant le sommeil.

À suivre : Sibérie m'était contée.
_________________
AMDG

Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.


Dernière édition par Silius Italicus le Mer 16 Mai 2018 15:28; édité 5 fois
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Ikorih MessagePosté le: Lun 06 Mar 2017 20:54   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Localisation: Sûrement quelque part.
Bonsoir, Sinus Italicus,
Ainsi donc vous avez des projets pour l'avenir de la section?

Petit saut sur la forme : les accords au singulier et au pluriel semblent connaître pas mal de difficultés dans le texte, que ce soit du côté des verbes ou des adjectifs. Dommage. De même, Jasper Gale semble avoir été renommé Ellis à un moment du texte sans raison apparente.

Arrêtons-nous néanmoins sur le texte de façon plus approfondie. Il se dégage un côté très jubilatoire lorsqu'on suit les échanges des personnages sur les sabotages, puisque le lecteur est placé en position de supériorité : il sait ce qu'il s'est passé, et pas les personnages qui imaginent des théories qui, aux yeux de l'averti, semblent bien farfelues. Le côté peu professionnel des LG lors des sabotages est bien accentué et cet accent est bien pensé au vu de l'âge des protagonistes. Apparté sur le projet "orbe céleste" : référence aux fameuses bouboules de l'épisode 87 manifestement, qu'on pensait du fait de XANA. Il faut croire que non.
Cette bonne vieille citation en préambule du texte n'est guère surprenante quand on connaît l'auteur, mais du peu que je démêle de ce style touffu propre aux philosophes, elle porte sur la notion de cause et de conséquence. Très bon reflet des thématiques du texte, où les protagonistes se retrouvent face à une conséquence (un conditionné donc) et cherchent à en remonter la cause (la condition). Ce que je comprend également vaguement, c'est qu'il n'y a pas plusieurs causes qui entraînent une conséquence, puisque les chaînes semblent décrites sous la forme Cause-Conséquence-Cause-Conséquence et non Cause-Cause-Conséquence-Cause. Ce dernier point me semble moins clair et j'ai très bien pu taper à côté. Tant pis o/

Pour ce qui est de l'écriture, je salue également le style moins dense que d'ordinaire, je faisais partie de ceux qui avaient du mal à s'y immerger dans vos OS : le problème est ici résolu. Je note d'ailleurs des éléments de contexte politico-historiques disséminés au fil du texte, ce qui contribue à le solidifier et ravira certainement les amateurs de géopolitique et d'histoire contemporaine (il paraît qu'il en traîne par ici).
Du côté des personnages, ils sont bien vivants et expressifs, on les apprivoise plutôt vite et c'est un atout certain. La relation entre le général et son adjoint est assez drôle, marquée d'un certain respect mutuel mais également d'un côté grognon et bourru pour l'un, et légèrement craintif pour l'autre. On notera que dans le cas du général, ce côté grognon et bourru contribue à faire oublier le fait qu'il soit très alerte aux intrigues de pouvoir comme le suggère la fin du texte. Il donnait davantage une image de vieil ermite jusqu'alors.
De même pour la discussion entre Edgard et Jasper, on a un côté très humain qui se dégage alors qu'on s'attendait plutôt à un échange formel sur les mystérieux sabotages. En fait, la majorité de la discussion porte sur la famille d'Edgard (dont Jasper fait plus ou moins partie, disons...) qui se déploie très facilement et paraît elle aussi bien vivante alors qu'on ne fait qu'en parler. Elle en dit davantage sur le personnage d'Edgard que sa description ou son verbe, en fait.

Je ne peux décemment pas envisager une conclusion avant de partager quelques menues réflexions inspirées par les titres. A défaut d'avoir vraiment incisé dans le texte pour en faire un commentaire au sens littéraire du terme, je me contenterai de disséquer un peu plus de ce côté là.
Tout d'abord, le titre de la fiction. Pour le moment, il dissone avec ce qu'on a du texte, bien que ce ne soit pas grave à ce stade : le titre en appelle nominément au futur alors que les personnages remuent des évènements passés. A titre personnel et humoristique, il m'a évoqué une des légendes de ce sous-forum, qui n'a pourtant pas grand chose de commun avec ce texte...
Le titre du prologue, quant à lui, m'évoque au choix l'idée d'un espace vaste et dégagé avec énormément de visibilité (cohérent avec la nature des organisations ici, qui sont plutôt omniscientes, mais ironique puisqu'elles sont face à quelque chose qui parvient à se cacher dans ce champ ouvert), ou, en tirant un peu plus sur les mots, l'ouverture d'un champ de bataille contre cet ennemi invisible (puisque c'est bien l'action d'ouvrir qui est mentionnée et non pas un champ déjà ouvert).
Enfin, le titre du premier chapitre me laisse perplexe, en dehors du petit jeu de mot avec l'expression qui est plaisant. Il renvoie assurément à la quatrième base sabotée, ce qui semble sous-entendre qu'elle a une importance bien plus grande que les autres. Autrement je ne vois pas comment justifier son exclusion du prologue, puisque les trois autres ont été évoquées. Donc cela indiquerait que le chapitre se recentrerait sur la Sibérie et donc, logiquement, sur des russes, puisque je vois assez mal les américains aller enquêter là bas ou même avoir connaissance des faits. De là, on peut être amené à se demander "Et les personnages du prologue alors?" puisque, si vraiment on s'en éloigne géographiquement et scénaristique à ce point, on est pas près de les revoir...


Au vu de ce prologue, le récit ne soulève pas encore d'éléments neufs, dans le sens où il ne s'agit pour le moment que de conséquences de faits de la série. Du coup, le lecteur n'a pas de questionnement précis à méditer ou de mystère qu'il souhaite élucider, il est cantonné à un rôle où il doit attendre de voir ce qui se passe. Qui sait, cela changera peut-être au fil des chapitres. En tout cas, il est certain que le changement de format a été plutôt bien réussi, et que cette fiction a du potentiel.
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*Odd Della Robbia* MessagePosté le: Mar 07 Mar 2017 18:51   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kongre]


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Localisation: Sur le territoire Banquise entrain de faire de l'overboard
intéressant.
Donc les services secret américains ont découverts (sans connaitre les responsables) à propos des bidouillages de XANA et les sabotages des LGs.
Sa pourrait sentir les ennuis pour ulrich et surtout pour Odd, depuis que c'est notre félin qui a pénétré les zones les plus sécurisé et indirectement saboté les gros projets américains.

Par contre je suis un peu perdu a propos du rapport sur la base abandonné et les robots.

les personnages on l'air intéressant, surtout edgard. fun la petite scène à propos de sa famille et son mode papa protecteur terrorisant les garçons. Sa donne du réalisme aux personnages.

Je peux pas attendre sa réaction et celle des autres quand il va découvrir que le saboteur est principalement un gamin déguisé en CHAT.

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Silius Italicus MessagePosté le: Jeu 16 Mar 2017 00:17   Sujet du message: Répondre en citant  
[Krabe]


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Messages: 203
Localisation: à l'Est d'Eden
Bonsoir,
J’espère que vous allez bien ?

Avant de continuer sur le premier chapitre, je tiens à remercier mes commentateurs. C’est une étrange expérience de voir ce que l’on a écrit sous le regard d’un autre, et les commentaires ci-dessus étaient très intéressants de ce point de vue.
Vous trouverez, si cela vous intéresse, une réponse plus détaillée ci-dessous.

Spoiler



Chapitre 1 : Sibérie m’était contée.





États-Unis, District de Washington, Base aérienne d’Anacostia-Boiling, 16 mai 2007.

Il était dix heures du matin lorsque le major Gale reçut un coup de fil sur son téléphone de bureau.

« Gale. J’écoute.
— Jasper, entonna Edgard avec une note de surexcitation dans la voix, tu te rappelles de l’affaire des intrusions en milieu ultra-sécurisés ? Dans la station et à Fort…
— Je ne m’en souviens que trop, grogna son interlocuteur.
— Alors accroche-toi. On a peut-être du nouveau.
— Sans blague ! Trois mois après…
— Eh, c’est pas le premier avril tu sais. On a eu une petite… indiscrétion.
— Bordel ! Vous avez mis lesquels d’entre nous sur écoute ?
— Je croyais que tu n’avais rien à cacher, ironisa platement l’homme de Fort Meade.
— Les Russes, les japs ou les paks d’accord. Les européens aussi. Mais vos propres collègues…
— Arrête de râler, tu sais bien que les têtes de l’hydre aiment se dévorer. Et prépare-toi à me payer un resto. J’ai eu l’info par un ami qui a déjeuné en Virginie.
— À Langl…
— C’est ça. Ils ont reçu des infos bizarres. Ou plutôt, ils ont justement cessé de les recevoir. En provenance de la Sibérie profonde.
— Vu. Je passe ça au boss et il transmettra au Conseil. »
Edgard explosa de rire.
« Je voudrais voir la tête des petits gars de l’Agence lorsqu’ils devront cracher leur source. C’est pas souvent qu’ils en ont chez les Russes.
— Tu m’étonnes. On vérifie ton tuyau, et je compte les étoiles que ça te vaudra. »

Sur ce le major raccrocha le téléphone, en essayant de ne pas emmêler les fils. Le progrès n’avait pas encore atteint certaines parties de l’armée américaine : les téléphones de bureau étaient encore filaires.
Cette nouvelle agaçait Jasper ; le troublait aussi. Il eût préféré enterrer cette affaire à mesure que se noyant sous l’écume des événements quotidiens, elle disparaissait de sa mémoire. Il pressentait que cette toute nouvelle piste ne serait rien de mieux qu’un pétard mouillé. Une nouvelle impasse à verser dans un dossier à la fois brûlant et désespéramment inanimé. « Devoir quand tu nous tiens… »

Ces considérations l’accompagnèrent alors qu’il sortait de son bureau pour aller rendre compte à son supérieur. Lequel jugea qu’un petit voyage en Virginie s’imposait pour avoir des réponses dans un temps raisonnable. Au pire, ils servaient de faire-valoir dans un coup tordu de plus au sein de l’éternelle guerre des services. Mais la possibilité d’aller miner des informations, quelle qu’elles soient, chez les autres, ne se refusait pas. Aussi le Major se retrouva à monter dans un avion, quelques heures à peine après le coup de fil de son ami civil, pendant que le Général envoyait une impérative requête de coopération.

Le siège, aussi appelé campus, de l’Agence Central du renseignement, plus connue sous l’acronyme CIA, ne se distinguait pas d’un quelconque village d’affaire ou du siège social d’une multinationale, si ce n’était en un point : les gardes à l’air particulièrement féroce à l’entrée. Une fois passée celle-ci, les rares visiteurs autorisés pouvaient admirer, derrière une imposante pelouse, par ailleurs parfaitement entretenue, un bâtiment en béton des années 60. Tout en largeur et haut de six étages — et se prolongeant sous terre le savait le Major — un préau posé, devant l’entrée, sur quatre piliers dans ce style rétro-futuriste alors très en vogue, protégeait les voitures des arrivants et la montée du double escalier permettant d’accéder au hall d’entrée. Bien sûr, il s’agissait là du vieux siège du plus important service de renseignement civil au monde. L’accroissement constant des activités de l’agence depuis sa création avait mené à la construction d’un autre bâtiment, à l’architecture plus moderne avec ces verrières, derrière le premier, dans les années 80. Des rumeurs couraient aussi quant à la création d’un troisième bâtiment.
Le Major entra dans le hall et se dirigea de suite vers le mur nord, situé à gauche de l’entrée. Sur ce mur, entre deux drapeaux des États-Unis d’Amérique et de la CIA, se trouvait une écritoire en forme de pupitre surmontée de cent dix-sept étoiles gravées dans le marbre « en l’honneur de ceux des membres de l’Agence Centrale du Renseignement qui ont donné leur vie au service de leur pays. ». Jasper Gale s’arrêta le temps d’un hommage funèbre, à la fois par respect de la tradition et des hommes et dans un élan de camaraderie à l’idée qu’un jour peut-être il aurait à commettre ou à ordonner ce suprême sacrifice. Se retournant pour se rendre auprès du service d’accueil, son œil repéra une inscription sur le mur au-dessus du comptoir : « Et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libre (Jn 8, 32). » Il reconnut bien évidemment la devise, non-officielle, de l’Agence. Alors qu’il traversait la pièce et foulait du pied les carreaux de marbres alternativement noir et blanc ainsi que le célèbre logo de l’agence, une tête d’aigle surmontant un bouclier orné d’une étoile à 16 branches, il se mit à penser que l’accent prophétique de cette citation allait assez bien avec le zèle inspiré dont faisaient preuve ses collègues civils.

Après avoir, une fois de plus, décliné ses noms, identités et qualités auprès du service d’accueil, une hôtesse entreprit de le guider au sein d’une longue succession de couloir, d’ascenseur et de portes. L’Agence avait beau avoir été l’une des premières organisation à adopter le principe des bureaux à espaces ouverts, elle n’avait jamais poussé aussi loin que d’autres cette pratique. Le nécessaire cloisonnement entre les services et les obligations de secrets l’avaient empêché. Enfin, ils arrivèrent dans une salle située au croisement de plusieurs couloirs. Au vu de l’ameublement, il s’agissait d’une salle de détente destinée à faire patienter les rares visiteurs, et à permettre aux agents de prendre une pause café.
Le Major déclina toutes les offres de nourriture et de boisson proposées par son hôtesse. Puis commença la grande épreuve consubstantielle à toute bureaucratie : l’attente. Une rumeur tenace, mais jamais scientifiquement éprouvée, voulait que celle-ci soit proportionnelle à la qualité de celui qui recevait, et inversement proportionnelle à celle de l’invité. En tout cas, au vu du temps qu’il passa auprès de cette machine à café — assez pour rattraper la première des quinze semaines de retard qu’il avait accumulées dans la lecture du Times — il lui fut possible de se faire une idée de l’estime qu’on lui portait. À savoir pas grand-chose.

Enfin, alors que ses muscles s’ankylosaient, une femme parut et marcha sur lui.

« Major Gale ? Je suis Helen Frankin. Navrée de vous avoir fait attendre.
— Je vous en prie. Ma visite était un peu impromptue. »
Il prit la main qu’elle lui offrait et la serra.
« Autant ne pas vous faire perdre plus de temps. Je vous propose de nous rendre dans mon bureau pour traiter de ce qui vous amène ici. Ensuite, au vu de l’heure, vous accepterez sans doute de partager mon déjeuner ?
— C’est un bon programme. »

Il ne lui resta alors plus qu’à la suivre. Il en profita pour dresser son portrait. En effet, son départ quelque peu précipité — fichu général — ne lui avait pas laissé le temps de se renseigner sur son interlocutrice. Grande — elle le dépassait de deux têtes à peu près — et sanglée dans son tailleur gris comme dans un uniforme. La seule touche de couleur venait de sa chevelure d’une éclatante rousseur. Son visage, de ce qu’il avait pu en saisir, était plutôt anguleux, avec un front haut et des yeux d’un bleu saisissant. Cela accompagnait une forte carrure. À la manière dont elle se déplaçait, ou plutôt chargeait au travers du couloir, il était possible de deviner un corps endurant et entretenu avec rigueur en même temps qu’une absence de temps mort. Il fallait aller vite et fort. Dans l’ensemble, il y avait un grand contraste entre son corps qui suggérait un caractère volontaire, passionné, et le morne de ses vêtements.

Il ne leur fallut pas longtemps pour arriver dans un bureau. Service de renseignement obligeant il n’y avait pas de plaques indiquant le propriétaire de cette pièce ou sa titulature. La pièce était relativement grande, une quinzaine de mètres carré, et surtout claire du fait de la couleur crème des murs et de deux larges fenêtres orientées plein sud et sises en face de la porte Quelques armoires métalliques à moitié ouvertes et remplies de dossiers soigneusement classés, ainsi qu’un bureau en bois foncé tout aussi strictement ordonné complétaient l’ensemble. Jasper ne pouvait s’empêcher de comparer au bureau du Général, ce qui n’était pas en faveur de ce dernier. À quoi bon avoir un bureau de ministre si l’on ne pouvait admirer l’essence rare dont il était fait ?

« Désirez-vous un peu de café ? Oh, et mettez-vous à l’aise.
— Très volontiers. Avec un sucre peut-être ?
— Bien sûr. »

Elle s’attela auprès d’une cafetière placée sur l’une des armoires basse. La présence de cet objet était des plus intéressantes. Avoir un tel appareil dans un bureau privé signifiait deux choses : que vous étiez suffisamment haut placé pour que se rendre dans le couloir soit vu comme une perte de temps ou que vous receviez, officiellement, beaucoup. Cela dit, cela montrait aussi que son hôtesse n’était pas non plus en haut de l’Olympe puisqu’elle n’avait pas de personnel pour lui apporter le café. Du moins il en allait ainsi dans l’armée. Chez ces civils, les règles pouvaient être fort différentes, plus anarchiques.

De plus ce petit échange en révélait long au regard du temps qu’il avait passé à attendre. Il était certes un importun, mais on lui accordait une certaine considération au vu du déploiement de politesse. Il se serait plutôt attendu à ce que l’on en vienne directement au but, voire qu’on ne lui donne qu’une liasse de papier à consulter dans une quelconque salle de réunion. Au lieu de quoi il avait droit à un entretien dans un cadre un peu plus privé et avec quelqu’un de raisonnablement haut dans la hiérarchie. En somme l’attente n’était qu’une expression de la rivalité entre service, et la seule forme de résistance qu’ils avaient trouvés face aux ordres venus d’en haut. Ou bien il s’agissait d’une tentative de matriochka, dissimulation de stratagèmes à l’intérieur de manœuvres.
Le silence s’étira le temps que le café coulât. Ce ne fut donc qu’une fois les tasses pleines que les deux agents qui entre-temps s’étaient jaugés attaquèrent.

« Nous avons reçu une… demande… assez urgente de la part de vos services, à propos de l’affaire « Percée invisible ». J’ignore à peu près tout de cette affaire, si ce n’est qu’elle a la priorité maximale et que nous avons ordre de tout faire pour vous faciliter la tâche. Au passage, ce genre de choses ne relève habituellement pas de mon domaine d’expertise.
— Votre domaine ? Comme vous l’avez fait remarquer, cette rencontre a été organisée… sous pression. De mon supérieur. Quant à moi, je n’ai sans doute pas plus que vous toutes les clés.
— C’est agaçant. C’est toujours comme cela, mais cela ne cesse d’être agaçant. Enfin. Mes ordres sont de collaborer avec vous, mais je ne vois pas vraiment ce qui pourrait vous intéresser. Votre affaire concerne le territoire américain ? Le truc, c’est que ce qui vous amène c’est déroulé en Yakoutie. À en croire ce que vous m’avez dit. J’avoue ne pas trop voir le lien.
— En Yak… quoi ? En fait cette affaire a déjà eu des développements… inattendus. Aussi j’aimerais bien que vous m’en disiez un peu plus.
— En Yakoutie. C’est le nom d’une région de Sibérie orientale. Au bon vieux temps de la Guerre Froide, les soviets avaient installé un certain nombre de bases dans le coin. Surtout pour se prémunir d’une invasion russe et protéger la ligne de train entre Moscou et Vladivostok. D’ailleurs, ils ont toujours des stocks faramineux d’armes et de matériel parfaitement entretenu. On dit qu’il y a assez de T-34 pour s’emparer de toute l’Eurasie. D’autres de ces installations étaient plus mystérieuses… placées à l’écart. Certaines ont continuées à fonctionner, parfois par intermittence, après l’effondrement du début des années 90. L’une de ces installations a coupé le contact il y a peu. Sans raison apparente.
— Un défaut de vos correspondants ?
— Du tout. Les Russes eux-mêmes ne savent pas ce qui s’est passé. Du moins, c’est ce que nous arrivons à comprendre malgré le cloisonnement. Non, ce laboratoire, situé près de la route des os a juste cessé d’émettre.
— « La route des os » ?
— Construite sur le sang et les os du goulag. C’est un des axes routiers entre l’Oural et le pacifique. Ce laboratoire était situé dans une zone montagneuse à peu près désertique, mais non loin de cette route, pour des besoins d’approvisionnement. Nous avons un homme à nous dans les équipes d’inspection du Ministère des Sciences russe. Il ne sait pas grand-chose, mais à accès à pas mal d’installations. Il a pu placer des micros dans certains recoins de ce laboratoire. Pas dans les zones sensibles, mais c’est mieux que rien. Il y a quelques semaines, le système de communication de cette base a grillé. Les Russes ne s’en sont pas inquiété au début. Les contacts étaient rares, pour préserver le secret. De plus les conditions climatiques, et un matériel peu fiable faisaient qu’un silence un peu long n’ait rien d’inquiétant. De notre côté, nous n’avons rien vu.
— Et vos micros ?
— L’agent les avait déposés par principe. Nous n’avons pas le temps et les moyens de tout écouter. Nous ne nous sommes penché sur l’affaire que lorsque les Russes ont commencé à s’agiter. Ils ont envoyé une patrouille. Qui n’est jamais revenue à ce qu’il semble. À partir de là, l’affaire est sortie du giron du Ministère des Sciences pour celui du BRI. C’est à ce moment qu’on s’est penché sur les bandes sonores de nos micros. Notre agent a pu récupérer des enregistrements datant du moment où le contact avait été perdu. Il nous a aussi rapporté quelques bruits de couloir. Comme quoi, le cloisonnement s’est relâché.
— Et ces enregistrements ? Des choses intéressantes ?
— Rien. Les micros étaient surtout placés dans des lieux de vie. Cantine, salles de détentes… notre agent n’a pas accès aux parties secrètes. C’est aussi pour ça que nous ne faisions pas attention. Les résidents de ce genre de base savent bien qu’il ne faut pas parler à tort et à travers.
— Comment ça rien ?
— Eh bien… du jour au lendemain, tout est devenu silencieux. Plus de conversation, de rires ou de bruits de couverts. Pschitt… plus personne à écouter. Lorsque les Russes sont arrivés sur place, il n’y avait plus personne. Pas un chat. Pas de cadavre non plus. Du coup ils cherchent à couvrir l’affaire. Ce qui n’est pas très difficile dans le coin.
— Autre chose ?
— Oui. D’abord, il y a des voix sur les derniers enregistrements. Mais ce n’est pas du russe. Et il n’y a aucun signe d’effraction. C’était une base secrète, en Sibérie. Les accès aux bâtiments sont solidement verrouillés, à la fois pour le secret et pour le froid. Là, on sait que des gens se sont introduits, mais on a aucune trace d’effraction. Des signes de combats en revanche. Enfin, c’est la conclusion que nous tirons de l’empressement des Russes à verrouiller l’affaire.
— Je vois. Il y a des similitudes avec « Percée Invisible ». Pouvez-vous nous transmettre les bandes audios ? Nous aimerions mener des comparaisons.
— Bien sûr. Je peux espérer que vous nous préviendrez si vous obtenez des informations sur cette base et ses recherches ?
— Entendu. J’en toucherai un mot à mon supérieur.
— Parfait. Il est midi et demi. Que diriez-vous d’aller manger avant de repartir ? Il me reste encore quelques détails à vous donner, et vous avez sans doute des questions.
— Excellente idée. Je vous suis.


Deux jours plus tard, le major reçut un rapport préliminaire sur les enregistrements de Yakoutie. Après avoir pris connaissance des conclusions, il se rendit chez le général.

« Le tuyau était bon, et a porté du fruit. Langley est effectivement tombé sur une affaire très similaire à « Percée Invisible ».
— Bien. Et quel est ce fruit ?
— Du français. Il n’y a rien sur les bandes, sauf à l’extrême fin. Ce qui laisse à penser qu’il s’agit de nos intrus. D’après les techniciens, ils parlent français.
— Vraiment ? »
Le général haussa un sourcil.
« C’est étrange, Jasper. Enfin, pas plus que tout le reste de cette satanée affaire. Bon, je vais demander des infos sur des actions françaises en Sibérie. Mais franchement, je n’y crois pas. Enfin, au stade où nous en sommes… il n’y a pas de pistes négligeable.
— Il y a peut-être autre chose. La CIA n’a pas vraiment voulu fouiller l’affaire. Ils ont peur que ce soit un coup du contre-espionnage russe pour identifier leurs agents.
— Les Russes les ont plumés tellement de fois qu’ils sont devenus archi-paranos.
— Certes, mais du coup, il n’y a pas eu de réelle enquête. Or les bandes nous ont donné des noms. Et puis, ce serait bien dans le style des Russkofs de tendre un appât aussi tordu.
— Pardon ! Faites faire une deuxième analyse, avec un autre interprète pour vérifier ça. En même temps, demandez à la NSA de rentrer ces noms dans leurs ordinateurs. Pour une fois que leurs longues oreilles vont pouvoir nous servir. Autre chose ? »

Voyant que son adjoint n’avait rien à ajouter, il reprit :

« Alors, à l’ordre du jour… »


Quelques heures plus tard, Jasper Gale fut appelé par le service des traductions qui confirma en tout point la première version des bandes, et lui envoya une version imprimée. Le major fit lançer de suite une recherche sur les termes les plus susceptibles d’intérêt : « Aelita », « Odd », « Delmas », et « proviseur ».
Il ne fallut qu’une trentaine de minutes pour voir arriver des résultats sur son écran : le Collége-lycée privé Kadic, en France. C’était une bien étrange piste. Néanmoins, le major demanda une enquête approfondie sur cet établissement et sur les personnes identifiées, tout en priant pour qu’il ne s’agît pas juste de noms de codes choisi justement pour induire en erreur. Kadic était un établissement pilote dans le cadre d’expérience du Ministère français de l’Éducation Nationale. L’expérience en question portait sur l’implémentation au sein d’établissement scolaire de logiciels de gestion informatique : absence, devoirs… Le logiciel testé, Furgrade, avait été écrit par une société américaine, Egoutware. Son président directeur général eût donc le plaisir de recevoir une visite d’agent fédéraux demandant à inspecter les données de ses clients. Autant le dénommé Odd Della Robia, le couple Delmas Père et Fille, où les multiples Jérémie ne révélèrent rien qui ne sortit de l’ordinaire, autant le dossier d’Aelita Stones fut intéressant. En effet, celle-ci était, d’après son dossier scolaire, Canadienne. Mais une rapide enquête mené par les antennes américaines de la communauté du renseignement américain révéla que le gouvernement canadien n’avait jamais entendu parler d’une Aelita Stones. Ni scolarisation, ni certificat de naissance, ni famille… rien. Cela mena le Major à demander une autre enquête. Cette fois-ci auprès des compagnies aérienne et des douanes. Enquête tout à fait officielle et légale côté américain et canadien, au titre des divers traité et lois de luttes contre le terrorisme, et moins légale côté européens. Mais à quoi ne se plierait-on pour continuer à faire des affaires avec les États-Unis. La conclusion fut sans appel : aucune Aelita Stones n’était jamais sorti du sous-continent Nord-américain ou n’était rentré dans l’Union Européenne. C’était plus qu’assez d’indice pour procéder à une analyse plus précise des différentes pièces du dossier d’Aelita Stones. L’obtention de photos permit de comparer son visage aux enregistrements des aéroports, confirmant que la jeune fille n’était jamais sortie ou rentrée sur le continent Nord-américain au cours des cinq ou six dernières années. Bien sûr, il n’y avait que peu d’informations disponibles sur les entrées maritimes, et l’on ne pouvait exclure divers circuits clandestins. Mais le simple fait de commencer à avoir ces pensées était en soi révélateur. Suffisamment pour diligenter une enquête plus approfondie.
Deux semaines furent nécessaires à la réunion d’un dossier à peu près complet.

Le 29 mai, le Major rendit compte des progrès de sa piste.

« Mon général, j’ai peut-être un progrès dans l’affaire « Percée Invisible ». La piste du collège Kadic semble probante au vu de deux éléments. Tout d’abord, l’un des noms que nous avons relevés sur les enregistrements de Yakoutie. Aelita Stones. Il se trouve que c’est le nom d’une élève, mais une élève qui n’a aucune existence administrative antérieure à son arrivée à Kadic il y a un peu moins de deux ans. Elle est censée être canadienne, mais il n’y a aucune trace d’elle au Canada. Pas même un certificat de naissance. Or ils ne plaisantent pas avec ça au nord. De même, nous n’avons trouvé aucune trace de sortie du Canada ou d’entrée en Europe. Enfin, tous les papiers qu’elle a fournis pour son entrée dans ce collège français sont faux. Elle est censée être la cousine d’un dénommé Odd Della Robbia, lui aussi élève à Kadic, mais Della Robbia est fils de parents enfants unique, et ce sur plusieurs générations. Il n’y a aucune branche collatérale, encore moins canadienne. Bref, un jour cette jeune fille est apparue, sortant de nulle part, pour s’inscrire dans un collège. Il n’y a pas non plus de traces d’adoption. Autrement dit, les pistes du trafic d’enfants ou d’organe ne peuvent être retenues.
— Étrange. Très étrange. Mais comment diable se serait-elle retrouvée en Sibérie ? Vous avez noté des absences à des dates intéressantes ?
— Non. Oh, il y a bien quelques heures de séchées, mais aucune au moment des événements nous intéressant.
— Donc, on a rien en réalité. Votre deuxième élément ?
— Il y a quelques années, Fort Meade avait… neutralisé… un programme français. Le projet Carthage, qui faisait concurrence aux efforts de la NSA en matière de contrôle des communications. On n’en sait guère plus, mais dans les bribes d’archives récupérées, il est fait mention d’une opération à Kadic en 1994. De ce que l’on en sait, le projet Carthage menait des recherches, entre autres choses, sur la perturbation de communications militaires. En somme ce qui s’est passé dans le cas de nos caméras de surveillances et des ordinateurs sur les lieux de « Perçée Invisible », en plus… évolué.
— Étrange. Cela commence à faire beaucoup pour un pauvre établissement scolaire. Tout le monde n’a pas les moyens de créer une fausse identité sortie du néant. Même si c’est fait de manière un peu rustique. Je vais demander un peu plus de détail sur ce Projet Carthage. C’est notre seule piste après tout. 94 ? C’est suffisamment vieux pour que l’information ne soit plus considérée comme très sensible. Bien, laissez-moi le temps que je passe les coups de fils appropriés.

Le lendemain, le Major entra dans le bureau de son supérieur pour le rendu de son rapport quotidien. Il eut la surprise de constater la présence d’un lit de camp dans la pièce. Il n’avait jusqu’alors jamais soupçonné qu’une des armoires put contenir ce type de matériel. Son supérieur était bien connu pour son respect maniaque des horaires. Plus rigide et exact qu’un banquier anglais, il arrivait invariablement à huit heures et quarante-cinq minutes le matin et repartait à dix-sept heures passé de cinquante-trois minutes le soir, quoi qu’il en fût de la situation extérieure, ou des dossiers en cours. Une rumeur disait que même la chute du Mur de Berlin ne l’avait vu modifier ses manières. Fallait-il que quelque chose l’intéresse et l’attire pour qu’il ne quitte pas son bureau de la nuit !

« Ah ! Jasper ! Dites-moi, avez-vous déjà pris votre petit-déjeuner ?
— Je suis navré, mais oui, mon Général.
— C’est dommage. Car vous allez en prendre un second avec moi. Allez à l’intendance et demandez-leur de nous monter de quoi faire, voulez-vous ?
— Bien Monsieur. Thé ou Café ?
— Du thé. Noir. J’ai abusé du café cette nuit.
— Bien monsieur. Que…
— Nous en parlerons autour du repas. »

N’ayant pas besoin de s’entendre congédié, le Major sortit du bureau pour aller commander.
Lorsqu’il revint, son supérieur avait fait un peu de rangement dans les piles de papiers et dossiers qui jusqu’alors décoraient son bureau. Il avait pu ainsi dégager un espace suffisant pour un repas en têt-à-tête de part et d’autre de son massif bureau en acajou. Aussi purent-ils tout deux s’attabler lorsque que leur repas leur fut apporté.

« Voyez-vous, Jasper, entonna le Général en beurrant une biscotte, j’ai obtenu les renseignements que je voulais sur le Projet Carthage, et quelques autres sujets attenants. On a même eu la gentillesse de m’envoyer un porteur avec les dossiers papiers. Ce fut une lecture assez intéressante. Le point central pour nous, c’est que ce Projet était assez mystérieux. Peu au sein des institutions françaises étaient au courant : autonomie et hermétisme étaient des maîtres-mots. Il semble que le projet soit entré en déliquescence après la désertion de l’un des chercheurs : Waldo Schaeffer. En tout cas l’activité a ralenti. Puis, tous les membres du projet ont commencé à disparaître ou à être tué les uns après les autres. Carthage était une technologie absolument révolutionnaire d’après nos informations. Du coup la NSA a tenté de débaucher Schaeffer. Il leur a fallu des années pour retrouver sa trace. Il avait pris un nouveau nom, Franz Hopper, ainsi qu’un poste de professeur de physique dans un collège en région parisienne.
— Kadic ! S'écria le Major alors que son supérieur s'interrompait pour manger un bout de croissant.
— Vous imaginez ma surprise. Je crois aux coïncidences. La NSA a tenté de l’appréhender. Ils voulaient jouer un numéro de sauvetage pour le « convaincre ». Mais il a disparu. Sans laisser de trace. Quant à Carthage, nul n’en a plus entendu parler. Du moins jusqu’à l’an dernier : les derniers membres du projet, du moins ceux que nous connaissions, ont tous été tué assez mystérieusement. Les autres étaient morts des années plus tôt, dont un certain nombre dans des conditions tout aussi mystèrieuses.
« Récapitulons : nos terroristes utilisent une technologie produisant des effets similaires à ceux qu’aurait le Projet Carthage : ils perturbent les communications et systèmes de surveillances électroniques. Des impulsions électro-magnétiques en plus évolué en somme. Il n’y a donc rien à récupérer derrière eux. En fait, les enregistrements sibériens sont un coup de chance extraordinaire. Ils parlent un français pur, et mentionnent des éléments très précis qui nous mènent à Kadic. Schaeffer a été enseignant à Kadic jusqu’à sa disparition. Il habitait juste à côté de l’établissement. Cela fait suffisamment d’éléments convergents pour motiver une enquête. Même si ce pourrait n’être que coïncidence.
« Il y a eu des morts récemment je vous l’ai dit. Les deux derniers membres que nous connaissions du projet Carthage. L’un des deux bossait pour notre pays. Un projet confidentiel. L’équipe dont il était membre était sous surveillance permanente. Coupée du monde. Il est mort. Et ses équipiers avec. Sans que l’on sache qui a fait le coup. D’autres savants et responsables militaires sont morts dans des circonstances… Bref. En haut lieu on s’affole. Car ceux qui sont touchés… avaient tous, de près ou de loin, un rapport avec le bouton rouge. On sait que les Anglais et les Chinois ont des soucis similaires. En fait, il semble que peu ou prou, l’ensemble du système nucléaire mondial soit… détraqué.
— Les Russes seraient derrière tout ça ?
— La Guerre Froide, c’est fini. Et ça ne colle pas avec la Sibérie. Bien sûr, il pourrait s’agir de deux trames différentes. Mais si c’est le cas, on est encore plus dans la mouise. De toute façon, il n’y a qu’une seule piste.
« Je vais vous envoyer en France. Avec une équipe. Vous allez prendre contact avec certains de nos honorables correspondants. Nos attachés militaires et culturels à l’ambassade de Paris ont été priés de se mettre à votre disposition. Commencez par visiter la maison de Hopper. Elle devrait être abandonnée. Fouillez. En parallèle, vous surveillerez Kadic. Essayez de repérer nos cibles, cette gamine et les autres personnes mentionnées sur les bandes, et tenez-vous au courant. C’est compris ?
— À vos ordres, mon Général !
— Bien. C’est la première fois que je suis satisfait que vous sachiez parler français. Vous avez carte blanche. Le président n’aime pas l’idée qu’un autre que lui puisse lancer la Révélation. Au vu du haut niveau d’accréditation de cette mission, vous allez passez par la section com. Ils vont vous remettre un appareil à cryptographie quantique. Vous en connaissez le principe ? »

Voyant son subordonné hocher la tête, il reprit :

« Évitez quand même de vous faire repérer. Les Français sont loin d’être des branquignoles en matière de protection ».

Pékin, Siège du Guanbou, 30 mai 2007.

« Da Xiao, le directeur de l’unité 31398 est en ligne.
— Merci Shutian, je vais le prendre. Occupez-vous de ça, voulez-vous ? Répondit Hu Zongren en lui tendant une liasse de dossiers.
— Bien Da Xiao. »

Sitôt qu’elle fut sortie, le Da Xiao prit son téléphone et composa la combinaison de boutons permettant de prendre les appels en attente.

« Allô ! Zhong Xiao Li Futang ?
— Bonsoir Da Xiao. Je suis navré de vous avoir fait attendre.
— Ce n’est rien. J’avais quelques questions à propos du dernier dossier que vous nous avez transmis.
— Les écoutes de la NSA que nous avons pu intercepter ?
— Tout à fait. Il y est fait mention d’une affaire assez étrange. Notamment des événements qui ont eu lieu il y a deux mois dans la station spatiale. L’administration d’État pour la science est assez frileuse et se demande s’il n’y a pas là quelque chose susceptible de ralentir la mise en place de notre nouveau réseau de communication.
— Les satellites à chiffrement quantique ?
— Zhong Xiao, Je vais vous faire une fleur. Je n’ai rien entendu ; vous n’avez rien dit ; pas d’enquête. »
La réponse, prononcée de la voix dure d’un juge.
« Je… heu… Merci Da Xiao, répondit le hacker d’une voix blanche. Vous… Vous vouliez me demander quelque chose.
— J’aimerais que vous recherchiez dans vos archives d’autres occurrences de cette affaire, et de l’autre affaire mentionnée.
— Très bien. Je pourrais sans doute vous dire ce soir si nous sommes susceptibles d’avoir des informations en plus pour vous.
— C’est compris. J’attendrais avec impatience.

Sur ce, Zongren raccrocha. Il resta un instant pensif à son bureau après avoir reposé le combiné. La journée s’annonçait longue et il était déjà si fatigué. Ce nouveau dossier l’agaçait au plus haut point… Tout ce cirque en perspective parce que quelques savants avaient l’oreille de membres du comité central…

En soupirant il se leva, ouvrit un tiroir et en sortit un paquet de cigarette. Vide. Grognant, il se pencha pour aller chercher, dans l’un des casiers de son bureau de style Mazarin, une barre de paquets. Il en sortit un paquet neuf qu’il ouvrit. Il se releva et se rendit à sa fenêtre qu’il ouvrit. Au moins le temps était beau et sec. On avait les consolations qu’on pouvait. Il fuma sa cigarette tout en réfléchissant. Les hommes des troisième et quatrième bureaux de l’Armée de Libération Populaire étaient rarement des lumières. Trop de temps passé devant des écrans sans doute. Cela leur ôtait tout sens commun. Mais même Futang avait fait carrière malgré tout ; il devait avoir compris le sous-entendu derrière les ordres. Donc, Zongren était assuré de voir un dossier de plus arriver sur son bureau ce soir ; de quoi expliquer aux huiles du Comité Central qu’on protégeait la patrie. À moins que tout cela ne soit un coup pour discréditer son service et ses protecteurs.

Mais cela serait-il suffisant ? Le gradé en doutait. S’il y avait quelque chose — et il y aurait quelque chose—, une enquête de terrain approfondie serait exigée. Il soupira et alluma sa deuxième cigarette : la politique… Pour un peu il regrettait le temps de la Révolution Culturelle. Sa ferveur le nourrissait à l’époque. Il avait inlassablement parcouru les campagnes pour en expurger les déviances. Avec ses compagnons ils avaient remis le pays sur sa juste voie. Contrairement à tant d’autres, il avait su faire valoir ses actions. Les portes de la police armée de l’armée s’étaient ouvertes pour lui, et il avait pu faire carrière sans avoir besoin d’un protecteur. Ce n’est que bien plus tard qu’il avait dû se plier au grand jeu. Et encore, il n’était pas dans des branches exposées. Enfin il y avait des compensations se rappela-t-il : la maison, le confort, l’accès aux chaînes occidentales câblées, les secrétaires, le pouvoir, enfin quelques gouttes de ce délicieux nectar. Et la perspective pas si éloignée ou improbable de se voir rappeler ce passé de Garde Rouge, ou quelque autre faux pas qui l’amènerait dans une prison d’état secrète.
Il en était là de ces pensées lorsqu’il termina sa troisième cigarette. Le monde n’attendait pas : fin de la pause.

Quelques heures plus tard, sa secrétaire lui transmis le dossier tant attendu. Il avait été faxé depuis Shanghaï. Le Da Xiao l’ouvrit et commença à lire en diagonale. Ses ordres avaient été bien compris. Tout ce qui pouvait avoir trait, de loin ou de très loin, à l’affaire en cours avait été ressorti des archives. Il trouverait bien de quoi justifier une opération extérieure la-dedans. Du moins c’est le parti qu’il prit en rédigeant son rapport à l’intention de son chef.

Dans le lointain une horloge sonna dix-huit heures. Zongren s’ébroua. Il était temps de partir. Une journée de plus derrière lui. Il rangea rapidement son bureau et s’assura, comme chaque jour, de bien le fermer à clé derrière lui. Il allait demander à sa secrétaire de venir avec lui lorsqu’elle s’éclaircit la voix.

« Da Xiao, je… vous êtes convoqué par le secrétaire d’État Li Xia, dit-elle en rougissant, « immédiatement » a-t-il dit.
— Que… Bien. Merci. À demain, répondit brusquement Zongren. »

Il n’y avait que peu de raisons pour être convoqué aussi brutalement et à une telle heure. Et aucune n’était de bon augure. Un coup d’œil attentif à sa secrétaire confirma son angoisse. Elle ne s’attendait pas à le revoir demain, même si elle essayait de le masquer derrière l’impassibilité de rigueur.
Zongren hésita plusieurs secondes avant de sortir, tout en essayant de garder un visage neutre. Lorsqu’il eût enfin retrouvé l’attitude attendue en toute occasion d’un officier de son rang, il passa dans le couloir et salua ses collègues sur le départ. Sa peau avait pris la couleur de l’ivoire sale.

Se rendre au travail ce 30 mai rappela à Li Shutian avec plus d’insistance qu’habituellement qu’elle n’était qu’une fourmi dans les rouages de cette immense machine, l’Armée Populaire de Libération. Insignifiante pièce, elle n’en était pas moins satisfaite de sa position de secrétaire pour la Police Armée. Être employée par une administration centrale avait ses avantages : salaire, respect, et surtout une protection certaine face aux autorités et administrations locales. En même temps, elle n’était pas à un poste où elle risqua grand-chose en raison de la politique nationale ou internationale.
La pensée de ce qui l’attendait ce matin ravivait son sentiment de petitesse. Elle avait vu le visage de son patron la veille au soir. Elle avait passé de longues années au Ministère pour la Sécurité d’État, elle savait ce que pareille convocation pouvait vouloir dire : elle ne reverrait pas le Da Xiao. Non qu’elle l’appréciât particulièrement, mais il était moins demandeur de ses soirées et de ses nuits que certains des hommes qu’elle avait eu à servir. Moins exigeant et humiliant aussi. Discipline obligeait, elle devait quand même être à son poste ce matin et se comporter comme si son supérieur allait venir, alors même que tout le monde savait que ce ne serait le cas — car ce genre de nouvelles voyageait vite — et que sous peu des membres du service de sécurité interne viendraient la chercher pour un interrogatoire à l’issue duquel elle reconnaîtrait les charges à l’encontre de son défunt supérieur. Un nouveau poste lui serait alors confié. Elle se demandait comment serait son nouveau référent. Elle espérait qu’il serait vieux. Passé la cinquantaine les hommes devenaient moins exigeants et plus faciles.
Laissant planer ces pensées, elle commença à trier les nouvelles du jour et à classer les dossiers en cours. Soudain, la porte du bureau s’ouvrit dans un grand fracas. Le battant alla tapa contre le mur avant de repartir.

Le Da Xiao Hu Zongren parut.

De petite taille, à peine un mètre et cinquante centimètres, un mince filet de barbe et des vêtements froissés attestaient qu’il n’était pas rentré chez lui cette nuit. Supposition confirmée par les valises sous ses yeux. Ces derniers semblaient concentrer l’agacement sans fin que les convenances militaires et révolutionnaires ne lui permettaient décemment d’exprimer en public. Il avait visiblement baisé les verges. L’autocritique était un exercice difficile à avaler.

« Mademoiselle Li ! initia-t-il en contenant avec peine un hurlement. Le dossier envoyé par le troisième bureau de l’état-major hier. Sur mon bureau. »

Une veine palpitait le long de son cou, et le rougissement colérique de ses joues accentuait les ombres de ses rides : son visage ressemblait à la peau craquelée d’un écorché vif.
Il traversa la pièce en deux enjambées et claqua la porte de son étude derrière lui.
Surprise et déboussolée, Li Shutian entreprit de ressortir le dossier en question, de vérifier son intégrité.

« Ça vient, oui ! »

Elle se pressa de l’apporter. Tremblante, elle tendit le dossier au Da Xiao par-dessus son bureau. Il avait une cigarette dans une main et se servit de l’autre pour prendre le dossier. Au moment où elle s’apprêtait à lâcher la liasse, elle vit le regard de son supérieur s’arrêter sur sa tenue, revenir sur son visage, puis lentement redescendre le long de sa taille, de ses hanches, puis s’attarder sur le haut de sa jupe.

« Je passerai vous prendre ce soir ».
Un instant elle n’avait eu peur qu’il ne la demande maintenant, dans ce bureau.
« Bien Da Xiao.
— Qu’est-ce que vous faite encore là. Vous avez du travail, et on ne vous paye pas à bayer aux corneilles. Du vent ma fille ! ».

Elle sortit en courant presque. Si tant est que ce fut possible sur une aussi courte distance. Elle espéra que l’orage qui grondait chez son supérieur se dissiperait d’ici à ce soir. Elle espérait.
Mais elle prit mentalement note de passer à la pharmacie durant sa pause déjeuner.

Zongren fulminait. S’il avait pu, il aurait englouti tout de suite quelques verres d’alcool fort. À la place il n’avait comme maigre calmant que de misérable cigarette. « Même pas des américaines. » pensa-t-il. Il devait se concentrer. Il était passé trop près du gouffre hier soir. Il avait bien crû sa vie finie… Et maintenant, il devait monter une opération à la poursuite d’un fantasme, d’un fantôme. Il n’avait pas la moindre idée de ce qu’il devait faire chercher. Ni même du lieu où chercher. Il jura abondamment. Il y avait des limites à la paranoïa quand même. Il était visiblement tombé tout à côté d’une affaire d’État de la plus haute sensibilité. À la pensée des questions qui lui avaient été posées hier soir il se remit à trembler. Ils allaient voir ! Il allait se battre ! Mais contre quoi au juste ? Il enrageait de peur. De sa peur. Heureusement que la secrétaire était là. Lui hurler dessus l’avait un peu calmé ; penser à ce soir l’avait apaisé.
Restait à reprendre en détail ce dossier, son rapport, et trouver ce qui avait bien pu motiver les… événements… d’hier soir. Qu’est-ce que c’était que ces trucs quantiques pour qu’on y prêtât autant d’attention ? En revanche, des assassinats au sein de la branche nucléaire de l’Armée Populaire de Libération, ça il comprenait.

Par-dessus tout, il comprenait qu’il était un cafard insignifiant pris au sein de machinations et de brigues le dépassant. Quantité négligeable. Pion à sacrifier.

Quelques heures plus tard, il pensait avoir une idée. Un moyen pour se sortir son cou du sang des secrets d’État à défaut de donner satisfaction. Les Américains avaient diligenté une enquête à Paris en réponse à ces foutus affaires. Si on n’en croyait les maigres renseignements de ces falots d’informaticiens. Il ne savait pas pourquoi. Mais ça, se serait le rôle de l’officier de renseignement qu’il allait envoyer sur place que de le découvrir. Au pire, il faudrait suivre pas à pas les diables et leur mettre des bâtons dans les roues.
Il posa ses doigts sur le clavier de son ordinateur, eût alors une pensée pour sa secrétaire. Il avait hâte que la nuit tombât. Puis il se mit à écrire un ordre de mission pour la Shang Wei Ge Mingtai.


À suivre : Culturniet
_________________
AMDG

Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.


Dernière édition par Silius Italicus le Jeu 06 Avr 2017 21:28; édité 1 fois
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*Odd Della Robbia* MessagePosté le: Jeu 16 Mar 2017 04:13   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kongre]


Inscrit le: 14 Sep 2008
Messages: 1320
Localisation: Sur le territoire Banquise entrain de faire de l'overboard
chapitre interessant.
donc les ricains ont identifié les LGs (du moins odd et aelita depuis qu'ils sont sur les enregistrements sibériens) ainsi que le lien des incidents avec l'ancien projet carthage et vont donc enquêter a kadic.
Les morts, sont un nouveau twist au événements canons ou se serait des gens tué par green phoenix?
et d'autres différences par rapport au canon, comme le fait qu'il n'y a jamais eu de fratries dans la famille della robbia (et donc fait sauté la couverture d'aelita) ou l'apparition des chinois qui ont aussi un projet quantique qui aurait été perturbé et donc vont probablement aussi envoyé des gens a kadic.

pressé de voir la suite, qui au vu du titre va aller rendre visite au pays de la vodka et des goulags.

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Zéphyr MessagePosté le: Sam 18 Mar 2017 16:45   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1044
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
C’est tellement frustrant de constater qu’on peut rapidement perdre la main dans la rédaction de commentaires. Enfin, gardons contenance.

Effectivement, le style d’écriture est ici bien plus accessible que pour tes One-Shots (même les passages un peu techniques restent à la portée des néophytes tels que moi). Pour moi, cette allègement du style s’explique par un traitement des personnages moins psychologique et beaucoup plus porté par les dialogues et descriptions entourant ceux-ci.
Point amusant : la mention précise des alcools consommés par les personnages (alcools placés dès que possible dans tes textes) constitue selon moi, un des éléments qui permettent de reconnaître ta plume parmi celles du sous-forum, et me tire toujours un sourire. Détail qui tue aurais-je dis cinq ans plus tôt.
Je me suis permis de relever dans le chapitre 1 – à la va-vite – quelques extraits qui ont besoin d’une petite retouche de forme. Je ne te fais pas l’affront de proposer la correction appropriée :


Spoiler


Le prologue et le chapitre proposé publiés à l’heure actuelle proposent une histoire séduisante, qui offre un flou dans l’esprit du lecteur quant au chemin qui va être emprunté (plus sa destination logiquement). À l’heure actuelle, j’ai dû mal à me représenter un schéma directionnel (en vrai, je n’ai pas l’impression que la fanfiction va être portée sur la longueur, maudite intuition), même si la prochaine étape est déjà assez entendue du côté de Gale, avec les investigations à Kadic. En fait, je ne saurais dire pourquoi, mais j’ai presque l’impression que ce passage est prémonitoire :

Citation:
Il pressentait que cette toute nouvelle piste ne serait rien de mieux qu’un pétard mouillé. Une nouvelle impasse à verser dans un dossier à la fois brûlant et désespéramment inanimé.


Cela dit, il est très probable que je me trompe, Aelita est déjà plutôt cernée à l’heure actuelle (et tu ne me paraît pas appartenir à cette catégorie d’auteurs qui règlent leurs soucis à coups de retour vers le passé !).
Rebond sur la parenthèse tout juste fermée : le mot « futur » placé dans le titre de la fanfiction, couplé aux informations du texte déjà posté, tournent mon interprétation de ce que sera ce texte du côté du supercalculateur de l’usine. En y réfléchissant bien, l’enquête menée par Jasper tourne en partie autour des moyens autour de la « Percée invisible » et par ailleurs, on peut affirmer sans trop se mouiller que le supercalculateur de feu Waldo Schaeffer est supérieur technologiquement à tout ce qui s’est vu dans l’univers des Réplikas. Avec tous les outils dont dispose cette machine (monde virtuel vaste et complet avec réseau de tours, scanners, retour vers le passé, etc), on peut penser que celui qui la possède pourra « modeler le futur », par une maîtrise du présent. Voilà comment j’interprète le titre à l’heure actuelle : comme un conflit à venir visant le contrôle de l’ultime œuvre terrestre du père d’Aelita.
Enfin, si ça se trouve, le titre ne s’applique qu’aux Lyokô-guerriers, dans une optique de fin de vie héroïque et de concentration sur l’avenir et l’amitié…

Bien, maintenant que la phase d’enquête est suffisamment entamée, il est temps de revenir aux sources de toute cette affaire, à savoir Kadic et ses alentours, en espérant que ce soit toujours aussi frais et captivant !
_________________
http://i.imgur.com/Z94MNN5.png

« Jérémie avait fait un superbe travail. Ce dernier voyage sur Lyokô promettait d'être inoubliable. »
Un jour, peut-être.
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L'astronaute MessagePosté le: Dim 19 Mar 2017 17:43   Sujet du message: Répondre en citant  
[Je suis neuneu]


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Messages: 8
Localisation: Dans ma station spatiale virtuelle, en orbite du deep web
Ha ben dis donc en voilà une sacrée histoire ! Les services secrets américains les ont détectés !? Je trouve que le supérieur du major prend assez facilement l'information des lycéens possiblement impliqués dans des secrets classifiés mais sinon c'est une fic impressionnante de réalisme ! Chapeau ! Et pour les prochains épisodes le KGB va rejoindre la partie, une tasse de thé avec 007 et le MIS et un peu de patriotisme avec nos agents de la DGSE ? J'attends la suite avec impatience ! Et tant qu'à faire, moi qui projette l'écriture d'une fic, j'avais pensé à mettre des noms réels, tu pourrais faire la même chose avec des entreprises qui font dans l'informatique quantique (non c'est pas une blague ça existe ! Mais ne prend pas les QC D-Wave, je réserve leur utilisation, XD)
Je me demandais juste : j'ai du zapper l'endroit où t'as mis les bornes chronologique de l'histoire parce que je sais pas quand ça se passe mais ce serait super fun si c'était après l'extinction du SC pour voir la réaction des héros aux conséquences de l'existence de XANA et de l'existence des réplikas dans les supercalculateurs du monde entier ! Entre les gouvernements, les entreprises type Google (ouais ils ont un SC quantique, un D-Wave) et les bases de recherche scientifiques, ça promet d'être un boxon planétaire !

Sur ce, bonne continuation, ça promet d'être palpitant !
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Silius Italicus MessagePosté le: Ven 07 Avr 2017 05:44   Sujet du message: Répondre en citant  
[Krabe]


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Messages: 203
Localisation: à l'Est d'Eden
Bonjour,
J'espère que vous allez bien ?

Ce fut un peu laborieux, mais voici le deuxième chapitre de ce récit, sans fanfares ni trompettes, ainsi que quelques éléments de réponse aux différents commentateurs. Je vous remercie d'avoir pris le temps d'écrire et de pointer ce qui vous semblait ou manquer de clarté ou être intéressant.


Spoiler





Chapitre 2 : Culturniet.




France, Aéroport D’Orly, 31 mai 2007.



Ge Mingtai était d’une humeur déplorable. Massacrante même. Encore que peu auraient su le voir. Elle n’était pas spécialiste de l’infiltration pour rien. Elle avait été arrachée à sa permission, si longtemps attendue, pour être envoyée à l’autre bout du monde, à charge pour elle d’accomplir une mission si floue et idiote que c’était comme si on l’avait envoyée au casse-pipe. Encore heureux qu’il y eût quelques points positifs dans cette histoire, à savoir la permission de se fournir en armes à feu, et un joli petit mot contresigné par un secrétaire d’État lui donnant autorité sur les personnels militaires de l’ambassade à Paris de la République Populaire de Chine.
Bref, toute cette affaire sentait mauvais. Au moins autant que la fosse à purin de son enfance, celle qui était située derrière l’étable de sa grand-mère. Au moins autant que l’aéroport français dont elle passait les contrôles en ce moment. Elle détestait être prise pour une touriste, et plus encore avoir l’impression que l’on ne voyait qu’elle. Rançon de la visite en une terre longtemps étrangère à sa race, et plus encore réflexe d’officier de renseignement. Un espion sur lequel tous les regards se portent est au mieux inutile, le plus souvent un mort en sursis. Elle ricana de cette pensée. La mort était leur lot à tous. Mais elle y aurait bien envoyé ce gradé qui l’avait forcé à venir dans ce trou à rat.
Une fois passée la douane, elle arpenta le hall de l’aéroport à la recherche de son contact. Bousculant touristes et autochtones dans sa hâte, elle ne leur prêta pas plus attention qu’aux unes en tête de gondole des maisons de la presse, ou aux articles de seconde page : « Un collégien expulsé ! Émoi national ! ».

Elle arriva au lieu de rendez-vous prévu, y trouva un contact et fut emmenée à l’ambassade. Là elle fit la connaissance de l’attaché militaire et reçue des instructions complémentaires qui avait été envoyées par le truchement de moyens sûrs. La mission était aussi simple qu’un coup de billard à trois bandes. Il s’agissait de suivre et d’espionner une équipe d’espion états-uniens, et de piquer le résultat de leur enquête sous leur nez sans se faire repérer. Mais on ne savait pas qui étaient ces Américains. Ils ne logeraient sans doute pas, ni ne se rendraient à l’ambassade. Quant à contrôler les entrées américaines dans les aéroports français, c’était tâche impossible. L’été commençait, et avec lui la saison touristique. En prime, les étages supérieurs de la maison ne voulaient pas lui dire sur quoi portait au juste l’enquête américaine. Des actes de sabotage à ce qu’il semblait. Ils restaient anormalement vagues sur le sujet, même pour des membres de sections de renseignements, biberonnés qu’ils étaient à la paranoïa et au cloisonnement de l’information.

À son cœur défendant, l’agente eut à s’ouvrir de sa mission auprès de l’attaché militaire. Ce dernier était un prince rouge qui n’avait su faire carrière et s’était donc retrouvé dans une quasi-sinécure en occident. C’était un homme de grande taille. Un très léger reste de ventre indiquait qu’il avait bien mangé et fait trop peu d’exercice dans sa jeunesse. Sa corpulence montrait qu’il se pliait au règlement militaire et maintenait son corps en forme. Il avait un visage mangé de taches de rousseur et ne cessait de passer sa langue sur ses lèvres pour les humidifier. Son caractère était à l’image de son physique, pris entre deux natures : Sérieux et opiniâtre, mais sans envergure ni considération.
Pourtant, Mingtai eut à supporter cet homme pour le bien de sa mission.
« Vous demandez beaucoup, Shang Wei. Et avec trop peu d’indications.
— Vous en savez suffisamment. Il n’est pas bon de chercher à en savoir trop.
— Certes, certes. Mais quand même. Cette ville n’est pas immense, mais quand même… repérer trois ou quatre hommes sous couverture confine à l’impossible. Notre réseau d’honorables correspondants est assez réduit ici. Comme tout le reste.
— Les triades ?
— Si vous pouvez faire débloquer suffisamment d’argent. Leur spécialité ici, ce sont les faux passeports pour les États-Unis. »
Il se passa la langue sur les lèvres.
« nous avons de bons contacts avec elles. Mais sera-ce suffisant ? Le… hmm… service que vous souhaitez, risque de coûter cher. ajouta-t-il.
— Je vais voir avec la hiérarchie. Comme cette fichue mission leur tient visiblement à cœur…
— Je vois. Vous n’avez rien d’autre ?
— Ces Américains, leur enquête est liée à un nom de code. K. Dick. Un littérateur il me semble.
— Bon, je vais regarder. Mais si la maison mère n’avait rien de plus clair, je ne vois pas ce que je vais pouvoir faire. »
Il humecta de nouveau ses lèvres.
« En attendant, vous êtes la bienvenue, ainsi que les membres de votre équipe qui vont arriver. Nous pouvons vous arranger un logement sous couverture si vous souhaitez. »
— Je vais sans doute avoir besoin de matériel et de support, pour une planque ou de l’observation. Il faudra pouvoir agir vite.
— Nous ne sommes qu’une petite antenne, et on n’est pas au pays. Mais je pense pouvoir vous fournir, ainsi qu’à votre équipe de fausses identités d’électriciens. Pour une planque, c’est plus délicat sans savoir le lieu. Et louer prend du temps dans ce pays. »
Il passa un coup de langue sur ses lèvres avant de reprendre :
« En vérité, nous ne savons même pas si vos cibles sont déjà arrivées ou non… »
Il soupira longuement, avant de reprendre :
« Enfin, pour la gloire de l’État et l’émancipation des peuples. »
C’est à peine si Mingtai lui jeta un regard en sortant de l’étroite pièce qui servait de bureau à l’attaché militaire.
« Il n’y a rien à attendre de lui » pensa-t-elle. Mais elle n’avait pas le choix : en terrain inconnu et avec aussi peu d’éléments et de cartes en main quant à sa mission elle ne pouvait que se reposer sur ce lourdaud. En attendant, son français était un peu rouillé. Quelques bains de foule lui feraient le plus grand bien, tout en lui donnant un bon accès à l’humeur du pays.



France, Aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, 31 mai 2007.



Le major Jasper Gale, était assez préoccupé à lors de son atterrissage à Roissy. Outre qu’il n’aimait guère voler, et ne savourait pas les formalités nécessaires à l’entrée ou à la sortie d’un pays occidental par voie aérienne, sa mission lui paraissait trop éthérée. Pour ne pas dire fumeuse. En sus, s’il aimait la France, il en détestait les habitants, ou trop sophistiqués, ou trop vulgaires, mais jamais populaires.
Oh, s’il y avait bien quelque chose en rapport avec ce « Carthage », ou mieux les activistes responsables des attentats, cette mission deviendrait la chance de sa carrière. Prendre, d’ici quelques années, le fauteuil rouge de son supérieur ne serait plus une simple spéculation rêveuse. C’est que ce fauteuil, outre qu’il en imposait et apportait son lot de privilèges et du pouvoir, avait l’air particulièrement confortable. Le major essaya de se cramponner à cette idée le temps d’endurer le passage des douanes. Moment long plus qu’inquiétant. Les faux-papiers fournis par le service étaient parfaits. Comme toujours. C’était l’avantage de travailler pour un service avec des moyens et de l’expérience. Un logement avait été préparé pour lui et ses hommes juste à côté des cibles. Ils y trouveraient des vivres et du matériel. Le reste de son équipe allait s’y rendre en ordre dispersé, en usant de moyens de transports différents, afin de tromper une éventuelle, quoi qu’improbable, surveillance.
Franchement, fouiller une maison a priori abandonnée, y retrouver d’hypothétiques indices sur des opérations secrètes datant d’une dizaine d’année et faire la surveillance d’un établissement scolaire… Il imaginait la tête de son agent de liaison lorsqu’il allait lui annoncer ça…

« Ils ont pété un câble ? »
L’auteur de cette exclamation à peine outrée, d’après Jasper, était un homme d’une cinquantaine d’année. Il avait revêtu un costume gris anthracite assez chic. Au vu de sa bedaine et de son assurance, un touriste de passage dans ce café, le George V, l’aurait pris pour un député en exercice, ou un homme politique du même acabit. En réalité, il faisait profession d’escroc. Il tenait même le haut du pavé en la matière. Il servait de point de contact et d’articulation entre différents groupes mafieux et semi-mafieux de la capitale. Il touchait aussi de généreux émoluments en récompense de ses services comme honorable correspondant pour les services américains : ses renseignements étaient toujours très fiables et importants, ce qui faisait de lui un pilier du renseignement américain en France, même si la plus élémentaire psychologie faisait que jamais on ne le lui dirait.
Étant donné que c’était le premier contact entre le major et son partenaire, c’était ce dernier qui avait fixé le lieu. Il avait choisi un lieu public et luxueux. Il y avait visiblement ces habitudes. Peut-être même était-ce son lieu de travail principal. C’est donc sous les dorures et le cristal de Bohême, entre deux semi-mondaine et trois écrivains ratés qu’était apparu tout le ridicule de cette nouvelle mission.
« Non. Parce que franchement… »
L’escroc s’interrompit le temps d’avaler deux gorgées de rouge-cassis.
« … vous avez peut-être mieux à faire que de me demander des renseignements sur un établissement scolaire. »
Claquant du doigt, il interpella le garçon qui vint lui apporter un deuxième verre.
« enfin, c’est vous qui voyez. Après tout, vous payez.
— Fort cher qui plus est. Mais ne vous préoccupez pas de cela. Nos motifs nous regardent.
— Certes, certes, répliqua l’informateur d’une voix onctueuse.
— Pour l’instant, fournissez-moi les dossiers suivants, continua le militaire en tendant une petite feuille de papier couvertes de noms. Ce sont tous des élèves ou des membres du personnel de Kadic. Trouvez-moi tout ce que vous pouvez sur eux et sur l’établissement. »
l’escroc parcourut du regard la liste de noms.
« Je ne vois personne que je connaisse.
— Nous n’aurions pas besoin de vous si c’était le cas, le coupa sèchement le major.
— Certes, certes. Vous voulez ça pour quand ?
— Maintenant ? Jasper affichait un sourire mi-figue mi-raisin.
— Hmm. Je vais mener mon enquête. Mais… il y aura sans doute des frais.
— Si les résultats sont à la hauteur.
— C’est que…
— Si les résultats sont à la hauteur. »
Comprenant qu’il n’aurait rien de plus, l’informateur se renfonça dans le cuir de son fauteuil. Tout en suçotant sa boisson il réfléchissait déjà à ce qu’il allait pouvoir tirer de cette histoire, et la manière d’accroître ses bénéfices. La vie était si chère dans la capitale, un homme avec ses modestes compétences devait songer à toutes les opportunités. Il se renfrogna en songeant qu’il ne voyait pas qui pourrait bien s’intéresser à un établissement scolaire tout à fait quelconque, et même plutôt cossu.
Le major héla le garçon de café pour demander l’addition. En bon parisien, ce dernier le fit attendre avant de prendre sa demande. Puis se renfrogna en voyant qu’ils avaient l’intention de payer par carte bancaire. La vue d’une carte américaine acheva d’éteindre le sourire du serveur. C’est avec la démarche et la fermeture de visage d’un assistant de pompes funèbre qu’il se rendit à son piquet dans la salle pour prendre l’appareillage nécessaire au paiement.



Russie, district fédéral central de Moscou, Place de la Loubianka, 31 Mai 2007.



Il faisait fort chaud à Moscou en cette fin de printemps. Les moscovites, désireux de savourer la caresse du soleil et le souffle de ces 16 degrés Celsius, allaient et venaient d’un pas vif, le col de leur chemise déboutonné. Ils avaient laissé manteaux et pulls chez eux. Cela étant, aucun ne s’arrêtait pour prendre un peu de bon temps sur cette grande place largement piétonne, la Loubianka. Au centre de la place, le terre-plein s’ornait d’une multitude de drapeaux, outre de multiples exemplaires du fanion de la Fédération de Russie, on trouvait les emblèmes de toutes les républiques constitutives de la Fédération, rappel pour le moins intéressant de l’unité nationale.
Surtout, aucun marcheur n’osait lever les yeux vers le splendide bâtiment qui occupait à lui seul le plus large pan de cette agora, si ce n’est quelques téméraires touristes étrangers, et sans doute peu innocents. Pourtant, c’était un bâtiment splendide. Construit dans un style rappelant la sécession viennoise mâtiné d’influence néo-classique. Haute de neuf étages, dont les deux premiers étaient en pierre grise, tandis que les étages supérieurs brillaient, leur mur d’un beige doré reflétant les rayons du soleil. Une horloge coiffait le bâtiment. Elle ne sonnait qu’au rythme du glas. On entrait en empruntant un escalier large comme quinze hommes et long d’une dizaine de mètres. Le porche était surmonté d’un tympan datant d’une ère révolue. On y voyait un ouvrier et un militaire gardien attentif de ces lieux. Si l’entrée était libre, ressortir était rien moins qu’assuré en revanche.
Cela ne découragea pas un jeune homme en costume gris et pantalon de flanelle. Il avait rendez-vous et nul doute que son interlocuteur ne trouvât qu’il était en retard, quand bien même, il s’en fallait de vingt minutes avant que ne sonnassent les beffrois.

Ievgueni Varakov était impatient. Et cela n’avait rien à voir avec l’ingestion de sa huitième tasse de café en l’espace de deux heures. Ses yeux revenaient sans cesse sur la carte physique et politique de la Fédération de Russie qui ornait l’un des murs de son bureau. Cette carte en relief était une splendeur en soi : douze mètres de long et deux de large, un ratio qui permettait un rendu excellent du territoire russe, plus long que large. Un point particulier de cette carte soutenait l’intérêt du maître des lieux. Quelque part dans les montagnes au-dessus d’Iakoutsk. Il laissa ses doigts tapoter le sous-main en verre qui recouvrait son bureau. C’est très consciemment qu’il se laissait aller à trahir ainsi sa nervosité. Il ne servait à rien d’enfermer toute faiblesse dans une verge de fer. Tel est fort qui ne fait que préparer son implosion.
Coincée entre le bois de bouleau du bureau et le verre se trouvait une autre carte. Une carte du monde, avec Moscou pour centre. C’était une carte politique. Un constant rappel de la charge et des enjeux. Non que ceux-ci soient moindres que dans le passé. Mais les moyens pour y faire face avaient, eux, bien changés. Ne restait que l’expertise. Fragile atout. Si difficile à conserver, exercer, transmettre. C’était l’apanage de la culture, dans un monde si rétif.

Un son délicat se fit entendre, une sorte de tintement joyeux. Il provenait d’une horloge sises sur une cheminée en marbre. Cette horloge était une véritable œuvre d’art. Fabriquée peu après le retour de Pierre le Grand en Russie, à la suite de son voyage européen. Une horloge à poids de cuivre. Les aiguilles étaient d’or, de même que le tour du cadran. Le mouvement des flèches, d’heure en heure, minutes après minutes, jetait des reflets fauves sur le bois de noyer qui faisait le corps de l’appareil. Il s’agit d’une mécanique extraordinaire qui n’avait été ouverte et réparée qu’à deux reprises aux longs des siècles. Fruit d’un art perdu, fille d’une grandeur naissante et fracassée, elle symbolisait le combat des maîtres des lieux : elle avait survécu aux guerres, aux catastrophes, aux révolutions. Mais il ne restait plus personne qui sut la réparer. À elle seule, elle symbolisait les combats d’Ievgueni. À quoi bon survivre, témoigner, si vous n’êtes plus qu’un artefact, si vous n’avez plus rien à dire ou à transmettre ? Il ne faut pas juste se sauver : la rédemption n’est pas affaire solitaire.
Un à un les tintements s’égrenèrent, jusqu’à onze. C’était à cette heure que les informations de Luc arriveraient, traduites et analysées sur son bureau. À peine pensait-il cela que la porte s’ouvrit. Un homme rentra.
Il s’arrêta, se figea et salua par respect pour les insignes de son interlocuteur : trois étoiles moyennes en une seule rangée sur de larges épaulettes dorées : Un général-colonel.
« Repos. Vous êtes ?
— Vladimir Korlianov. Mon général.
— Monsieur suffira, dans la mesure où vous êtes un civil. Le rapport sur Luc ?
— Avec nos conclusions. Les informations du taureau sont remarquables aujourd’hui, Monsieur, ajouta-t-il avec un temps de retard. »
Ievgueni retint un sourire. Il était rare qu’il ait à fréquenter des individus aussi frais et naïfs. Visiblement, ce jeune homme ne savait pas qui recevait son rapport. Bien assez vite il le saurait. Quel dommage. Il aimait bien cette hésitation chez son interlocuteur, le fait que ce dernier considéra qu’ils étaient sur un pied d’égalité. C’était le signe d’un esprit douloureusement sceptique et critique qui n’avait pas cru les rumeurs. En un sens, c’était triste. Voir, une fois de plus, un esprit ouvert s’effondrer à mesure que la vérité apparaîtrait. Enfin, un peu d’espérance n’aurait su faire de mal. Peut-être que ce jeunot en aurait dans le cœur. « du taureau », il avait su voir cela. Kulturny. C’était devenu si rare. Peut-être, songea le militaire, pourrait-il transmettre à cette recrue. Il cherchait en permanence ceux qui avaient su résister à la table rase, ceux qui avaient appris à se souvenir, à conserver. On ne pouvait bâtir sur rien. Il n’y avait pas de ligne de départ. C’était courir au néant que de croire le contraire. Il avait vu au cours des années le résultat de pareils postulats : ruine, effondrement, implosion. On ne construit que parce que l’on est tributaire. On ne voit loin que parce que les épaules des autres, de nos prédécesseurs, ces géants sont là pour vous porter ; nous les nains. Kulturny.

Grand et mince, même si on devinait à son maintien un avachissement futur, qu’accentuerait un embonpoint pour le moment naissant, Vladimir Korlianov n’était que récemment entré au service de sa patrie. Ses cheveux blonds étaient coupés court par respect pour la discipline militaire, ainsi il ne pouvait masquer un front large et haut qui contrastait fort avec des yeux profondément enfoncés dans leurs orbites. Son nez était tronqué. Ses lèvres boudinées l’empêchaient de sourire. En un mot comme un cent, le jeune homme dégouttait. Repoussant plus que laid, il devait à ce divin hasard de s’être hissé à la force de son intellect, depuis les rives du district autonome de Nénétsie jusqu’à la Loubianka. Brillant étudiant en histoire et en science militaire, et par ailleurs auteur de recherches en géopolitique, ses travaux avaient tôt fait d’avoir suscité un vif intérêt de la part des autorités. À son insu il servait donc indirectement sa patrie depuis des années. C’est à ce titre qu’un poste d’analyste lui avait été proposé au sein de la Direction Générale des Renseignements de l’État-major. Ayant accepté, il avait appris avec surprise qu’il était sous l’œil de services de sécurité intérieurs au titre de son potentiel futur. De là, après de rigoureuses, longues et éprouvantes enquêtes et vérifications, il avait été autorisé à titre exceptionnel à être détaché au Service Fédéral de Sécurité de la Fédération de Russie, plus redouté sous l’acronyme FSB. Il était l’un des rares civil à avoir eu cet honneur.
Après quelques stages d’entraînements et des missions secondaires, il s’était vu attribuer un poste ingrat d’analyse de la situation et des renseignements en Sibérie Orientale. C’est à ce titre qu’il avait été mêlé à l’étrange affaire de la base de Mirhangelsk. Ses remarques et analyses sur cette affaire lui avaient valu un changement de poste, presque une promotion, dans la mesure où il avait hérité de l’étude des mouvements de certains services de renseignements chinois.
Or il se préparait des choses étranges au sud de l’Amour. C’est pourquoi son chef avait demandé à recevoir au plus vite et en mains propres les derniers rapports de Luc. L’évangéliste servait de nom de code à une source interne et bien placé au sein des institutions chinoises.
Vladimir ne savait rien à propos de son supérieur hiérarchique. Il y avait plusieurs mois qu’il était sous ses ordres, à quelques échelons près. C’était un homme nimbé d’une aura de crainte au moins autant que de mystère. Il occupait la très mystérieuse fonction de second adjoint au directeur du Service Fédéral de Sécurité. L’organigramme du service était disponible publiquement : le directeur Patrushev n’avait pas d’adjoint. Enfin, c’était un secret de polichinelle que l’existence de son adjoint, surtout depuis la mort du précédent occupant de ce poste, qui s’était noyé lors de l’inspection d’un port militaire. Néanmoins, officiellement comme officieusement, il n’y avait pas de second adjoint. En fait, jusqu’à son passage sous ce commandement, Korlianov n’avait pas même entendu de rumeur à ce sujet. Certes, ses nouveaux collègues de bureau lui avaient fait par de rumeur : maigres et trop grandes pour le réel. Autrement dit, on ne savait rien de ce second adjoint, jusqu’à son pseudonyme qui restaient inconnu. Et puis, un secret de polichinelle au sein des services de renseignements de la Fédération de Russie n'en restait pas moins un secret excellemment bien gardé pour le reste du monde.
D’une certaine manière, Vladimir était déçu en bien par cette rencontre. Le croque-mitaine existait donc, lui dont la seule mention suscitait des tremblements chez ses subordonnés. En revanche, l’homme ne semblait pas si impressionnant. Juste préoccupé. C’était un homme de petite taille – un peu moins de cent soixante centimètres –, aux cheveux d’un noir de jais, et au rasage incomplet : des poils affleuraient çà et là, survivants des glisses rageuses d’une lame élimée. Des cernes alourdissaient ses yeux d’un vert bouteille et son visage était mangé de tavelures, hommage à son talent et à son intelligence. Rares en effet étaient les Russes qui, travaillant dans cette branche professionnelle, avaient droit aux injures de l’âge. Ses bras tremblaient, ses doigts tapotaient anxieusement son bureau. La pièce résonnait du claquement des ongles rayant le verre. Au regard, bien loin d’une incarnation de Phobos, Ievgueni Varakov était un fragile vieillard. Un Nestor qui portait comme son dû un uniforme et un grade qui faisait de lui l’une des personnes les plus influentes de la Fédération. C’était sur les doigts de la main que se comptaient ses supérieurs, hiérarchiques ou non.

Mais un homme de goût autant que de pouvoir. Des bas-reliefs en bois sculpté ornaient tout le pourtour de la pièce, faisant échos aux caissons arborant tantôt un piquetage d’étoiles, tantôt une représentation du banquet des dieux. Une splendide carte en relief du pays recouvrait l’un des murs. Un autre servait de support à une cheminée en marbre rouge. Deux objets étaient posés au-dessus de cet âtre inutile, une horloge et un buste. Cette sculpture représentait un homme au visage rond. Mais l’artisan n’avait réussi à masquer les bajoues qui tiraient ses traits vers le bas et donnaient au sourire du modèle un air de mépris. La hauteur du haut du visage faisait ressortir une nette conscience de sa supériorité que n’entachait que les rainures de vices au coin des yeux. Un nom ornait la base de ce buste : Le Vice. Juste en dessous, en petites lettres, on lisait ceci : Charles-Maurice. Vladimir connaissait suffisamment son histoire et de France et de la littérature pour savoir d’où venait la référence et qui était l’illustre personnage. Sa présence ici donnait un éclairage neuf au maître des lieux. Homme de pouvoir et des ombres, mais aussi patriotes, attachés à certaines idées : kulturny. Il ne s’agissait pas d’un vulgaire, quelconque, apparatchik avide de politique. Pour autant, il connaissait les risques de sa conduite, les jugements de ses pairs et la nécessaire corruption.
« Qui sont ?
— Pardon ?
— Vos conclusions, docteur Korlianov ? Développa le vieil homme tout en sortant un fume-cigarette en ivoire cerclé d’or.
— Hem… envoi d’une équipe à Paris. »
Le jeune homme se racla la gorge.
« Oui ?
— C’est. Je… je ne suis pas docteur… »
Donc ce jeune homme outre un cerveau, avait une colonne vertébrale, et un peu d’ambition. L’ancien sourit :
— Ah ? Eh bien il va falloir arranger cela très vite. Mon service, mes surtout ce pays a besoin de gens compétents, et surtout cultivés. Si vous avez l’accréditation « Complètement Secret », c’est que vous n’en êtes pas loin. Continuez sur cette voie, et vite.
— Je… bien Monsieur. Je vous remercie.
— Bon, asseyez-vous. On va nous apporter du thé, et vous allez me dire ce que vous pensez de cette histoire. Vous êtes nouveau parmi nous ? s’enquit-il en appuyant sur un bouton pour signaler au secrétariat qu’un plateau de thé aurait déjà dû être arrivé.
— C’est cela.
— Bien, bien. Pourquoi envoyer des hommes à Paris ?
— Hmm. D’après la source, c’est ce que les Chinois vont faire.
— Et pourquoi devrions-nous faire de même ?
— Les Chinois y vont parce que les États-uniens s’y rendent. C’est à propos d’une affaire en Sibérie.
— Da. Vous avez eu ce dossier ?

Le militaire laissa volontairement passer cet indice. Peut-être que cela donnerait du grain à moudre à cet analyste. En tout cas, cela faisait un bon test pour déterminer sa valeur.

— Partiellement, Monsieur. »
Donc il en savait beaucoup, mais était suffisamment malin pour se douter que ce n’était ni suffisant, ni assez.
— Continuez…
— Eh bien. Nous avons des services secrets étrangers en train d’enquêter sur une affaire qui a eu lieu chez nous, au moins en partie. Et, ils trouvent cela suffisamment important pour dépêcher des groupes d’intervention. Donc… ils ont des noms. Ou ils ont peur. Dans les deux cas, nous devons agir pour protéger nos intérêts, sachant que nos rivaux estiment avoir suffisamment d’informations pour envoyer des hommes de l’Action et non du Renseignement »
« Devons » plutôt que « Devrions », pensa le général. C’était le signe que l’analyste était plus que sûr de son rapport et de la conduite à tenir. C’était un autre signe de courage. Ievgueni aimait bien ce trait de caractère. Bien entendu, ce pouvait être une manifestation de témérité. Il faudrait examiner cela avec grand soin. Mais servir ferait son œuvre.
— Et puis, il y a une autre raison, avait continué Vladimir. Nous n’avons pas d’autre cas d’affaire similaire à Mirhangelsk. Or deux nations étrangère se mettent en mouvement à ce sujet. Comme ils ne le font pas par bonté d’âme, il est logique de penser qu’ils ont repérés d’autres activités similaires ailleurs. D’autant que le mode opératoire à Mirhangelsk est trop bien rodé pour qu’il s’agisse d’un coup d’essai. Ceux qui ont fait cela, et ce ne sont sans doute ni des Américains ni des Chinois, même si ce n’est pas impossible, ceux qui ont fait cela ont sans doute d’autres opération ou en cours ou finies ailleurs.
— Ce n’est pas trop mal raisonné. Mais nous pourrions les laisser travailler à notre place, et nous contenter de récupérer les cibles a posteriori grâce à des sources comme Luc.
— Oui et non, Monsieur.
— Ah ?
— Eh bien. S’il s’agit de personnes. Si ces équipes viennent enlever des personnes, et que c’est en rapport avec des installations en Sibérie, ou il s’agit de russes, ou de gens capables de pénétrer notre territoire nationale et d’infiltrer certains de ces secrets, il nous faut les récupérer, ou empêcher les autres de le faire. Vous avez mentionné qu’il y avait un dossier à ce sujet.
— Et donc ?
— J’en déduis que vous savez des choses. Et si vous le savez c’est sans doute important. Par conséquent, il faut avoir des hommes sur place. Ou pour nous protéger d’une fuite, ou pour récupérer des informations importantes sur des agresseurs. D’autre part, c’est un bon moyen de repérer des agents adverses. Sachant qu’ils seront concentrés sur leur enquête ou cible, ils ne feront pas assez attention. Surtout si nous faisons monter la tension entre eux. »
Le général-colonel resta silencieux un moment.
— Et que ferait l’équipe sur place ?
— De l’observation. Autant que d’autres prennent les risques à notre place. Or il y aura deux équipes. La doctrine chinoise est de se servir soi-même. Quant aux Américains, ce sont eux qui ont diligenté cette enquête en premier, et mis autant de moyens… autant qu’ils les utilisent. À notre profit. Nous pouvons même essayer de leur mettre des bâtons dans les roues.
— Pour quoi faire ?
— Autant qu’ils s’épuisent et que nous empochions la mise. En leur révélant discrètement la présence des Chinois, nous faisons monter artificiellement les enjeux. Ils parieront plus. Et surtout, ils se disperseront. Cela créera des opportunités de les doubler.
— Se servir des autres, et jouer sur les rivalités. Il y a de l’idée. Bon. Laissez vos créances au secrétariat en partant.

Comprenant qu’il était licencié, l’analyste se leva et salua. Il essaya de partir avec dignité, mais en lui d’exaltation le disputait à la peur. Son corps trahissait ses troubles, donnant à sa démarche une allure chaloupée, et à ses pas un rythme haché.

Le général était on ne peut plus satisfait. il faudrait jeter un coup d’œil attentif au rapport d’information, et au dossier de cet analyste, mais il était tombé tout près du cœur de doctrine des sections Action et Protection des services secrets russes. Il tenait peut-être un bon matériau. Lui donner accès au dossier complet serait peut-être une bonne idée.
Tous les formateurs essayaient d’inculquer à leurs nouvelles recrues ces notions de laisser les autres ramasser le renseignement, de se servir des services étrangers comme informateurs plutôt que d’entretenir des correspondants, mais peu de recrues comprenaient. Elles écoutaient, mais n’entendaient pas. La force brute, ou la débauche de moyens, c’était là tout ce qu’ils utilisaient, leur seul mode de raisonnement. Même si tout le monde n’était pas destiné à monter dans la hiérarchie, ne le pouvait pas, cet état des lieux désespérait les vieux routiers. Voir un civil sans expérience tomber si près de la doctrine officielle en disait cependant long sur les bureaux de recrutements. Ievgueni hésita. Un esprit comme celui de cet analyste était trop rare pour qu’on ne l’exploitât point. Il pouvait devenir un atout important pour le service dans les années à venir. Pourtant, leurs deux esprits avaient visiblement une tournure similaire. Or le général-colonel avait besoin de conseiller capable de lui tenir tête, d’avoir des avis et des vues contraires. D’un autre côté, laisser un tel diamant brut s’écailler dans la bureaucratie serait un gâchis sans nom. Conserver et transmettre. Il avait en son temps hérité. Il avait combattu, combattait encore pour maintenir, pour éloigner l’abysse. Des décennies à servir son pays l’avait fatigué, mais non émoussé. C’était bien dommage. Une mauvaise vieillesse l’aurait poussé à chercher un successeur. Mais s’il avait été de ceux qui vieillissaient mal, il ne serait jamais devenu vénérable.
Il s’ébroua, mécontent du tour que prenaient ses pensées. Il avait encore tant à faire… avoir fait en sorte que son pays ne passât pas sous les verges était insuffisant, même s’il n’avait pas l’espoir d’accomplir meilleure et plus grande action. Plus d’ambition ne pouvait seoir qu’à plus excellent que lui.
Le vieil homme se donna encore quelques minutes pour réfléchir puis décrocha son téléphone.
« Allô ? Nikolaï ? Comment ça va de ton côté ?… Oui, je vois… Dit, j’aurais besoin que tu me rendes un service. Tu as bien une section de Zaslon qui est disponible ?… D’accord. Je voudrais te les emprunter. Pour un petit tour en France, je te communiquerai les détails… Hmm, oui, il me reste un peu de la cuvée 83. Trois bouteille ça t’ira ? Ah, au passage, j’ai un petit jeune, je voudrais qu’il parte avec la section pour qu’il tâte de ses propres conseils… Merci mon vieil ami. On se retrouve dans ta datcha. Oui, vendredi soir, après le ballet. »
Ievgueni Varakov raccrocha. Il composa immédiatement un autre numéro :
« Allô ? Sergueï ? Je viens prendre des nouvelles de notre opération de déception à Paris… Ah, tout marche bien ? La bombe est prête ?… Oui, je sais que ça fait une paye que vous l’aviez dans les cartons… Parce qu’on va avoir plus de monde que prévu… Oui, des troubles-fêtes. Du coup je vous envoie des gars de chez nous… non pas que des gros bras. Je pense m’en servir comme test pour un jeunot… Bien. Tout sera prêt pour les accueillir ?… Parfait. Je vais demander à la compta de vous virer le surplus de fond nécessaire.

À nouveau il raccrocha.
Il venait de lancer une opération de plus. Même après tant d’années et de pratiques, il éprouvait le même sentiment que le joueur qui, dans la fumée, l’alcool et la mollesse du casino, parie son dernier sou sur un jet de dé. Abolira-t-il le hasard ?
Il avait l’impression de s’engager dans une affaire irréméable.

À suivre : Pousser un coureur.
_________________
AMDG

Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.


Dernière édition par Silius Italicus le Dim 06 Mai 2018 21:58; édité 2 fois
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L'astronaute MessagePosté le: Ven 07 Avr 2017 21:02   Sujet du message: Répondre en citant  
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Excellent ! Merci de m'avoir rappelé que le KGB avait été démantelé, je me disais bien que sur le moment, je disais une bêtise ! En revanche, il existait déjà des calculateurs quantiques fonctionnels en 2007 (Wikipedia, Section Historique de la page Calculateur Quantique) dans le public on ne développait encore que des puces d'une demi douzaine de qu bits mais à voir le niveau d'implication des états cités, je doute que leurs recherches n'étaient pas plus avancées que ça surtout avec l'existence du SC des lyokoguerriers ! Et quand bien même la DGSE/DGSI ne te paraît pas assez efficace, compétente ou influente on parle quand même ici de secrets d'états (en plus, ce sont les services secrets d'une puissance nucléaire, économique, politique, scientifique, spatial, etc... dont on parle quand même !) La France a beau être d'à peine 1/16 des É-U, elle se situe au même niveau à l'international (je parle pas de la quantité mais de la qualité, on dirait que selon toi, plus c'est gros, mieux c'est, comme les É-U la Russie et la Chine FAUX !) Et en plus c'est sur son propre territoire ! Quant au manque de réactions sur le fait que j'ai parlé du MI6 dois je en conclure que tu vas les faire venir dans la partie ? Ah mais tes pas vrai ! C'est comme si tu invitait tous tes potes à faire la plus grosse party du siècle chez un collègue qui t'as confié les clés quand il est en vacances ! Au fait, 31 mai, ça veut dire trois semaines après l'élection de Sarkozy, on va le voir dans la fic ? Sinon, excepté le manque flagrant de patriotisme XDDD ta fanfic est toujours aussi exceptionnelle ! Bon courage !
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Silius Italicus MessagePosté le: Dim 07 Mai 2017 23:50   Sujet du message: Répondre en citant  
[Krabe]


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Bonsoir.
J'espère que vous allez bien ?

Spoiler



Chapitre 3 :
Pousser un coureur.




France, Paris, huitième arrondissement, vendredi 1 juin.


L’ambiance était électrique ce soir-là dans l’arrière-salle du Cardigan. Les vapeurs d’alcools tournoyaient, se mêlant à la fumée des cigarettes. Mais les badauds n’en avaient cure. Boire, séduire, payer, jouer, c’était là leur seule obsession. Pour autant, il ne s’agissait pas de la faune ordinaire : ici, point de collègues venus se détendre ou faire connaissance le temps d’une petite soirée, plus ou moins encadrée, après le boulot, point de groupes d’amis venus se ressourcer ou refaire le monde autour d’un énième verre, point de vétérans engagés dans un marathon dont ce bistrot n’eût été qu’une étape de plus.
Les clients étaient soit des habituées, soit des hommes en quête d’un réconfort, plus cette part irréductible d’égarés en quête d’un peu de chaleur et de lumière. Poussant la lourde porte, ils passaient le seuil, et comme toutes les âmes perdues venaient s’accouder au comptoir. Mais surtout, les joueurs étaient là.
Un coin de la salle était séparé du reste par une barrière. Un serveur se tenait en permanence auprès de celle-ci pour contrôler les allées et venues. Du moins, c’était l’habitude. Mais ce soir-là, comme une fois par trimestre, le jeu était libre, quoi qu’illégal. N’importe qui pouvait demander à être admis à l’une des cinq tables de jeu, et tenter son talent et son intelligence à l’une des quatre variantes de poker pratiquées. À mesure que la soirée avançait, le prix du ticket d’entré à ces tables grimpait. Vers vingt-trois heures, il variait entre dix mille euros à une table sans entrain et deux cent mille à l’autre extrême. La foule s’était rassemblée pour contempler ces impétueux amateurs qui risquaient la faillite, voire pire encore s’ils avéraient qu’ils eussent menti et ne fussent capable de rembourser leurs dettes.

Cette excitation, propre à cette soirée particulière, permit à Ge Mingtai de pousser la porte sans qu’aucun regard ne s’appesantît sur elle. Du moins, en apparence. En effet, l’espionne détonnait au milieu de cette assemblée. Pas du point de vue ethnique, mais du fait de son sexe et de sa stature. Même si son assurance, mêlée aux techniques d’occultation qui lui avaient été enseignées des années auparavant eût dilué l’étonnement de voir quelqu’un comme elle entrer dans cette gargote. Petite, presque chétive en apparence la chinoise faisait en effet pâle figure entre les gros bras qui composaient l’essentiel de la clientèle. Mais la chance la servait, et les esprits se concentraient plus sur les extravagants sommes d’argent en train de changer de main que sur l’adjonction d’un client de plus.
Ge se rendit au bar où elle commanda un dry martini à base de Noilly Prat au très grand étonnement du barman. L’oreille exercée de celui-ci s’était étonnée d’entendre une étrangère commander quelque chose d’aussi typique, quoique fort daté. La jeune femme prit le temps d’inspecter les environs pendant la préparation de son cocktail. Dans l’atmosphère enfumée autant qu’enténébrée du bar elle repéra assez vite les videurs, et surtout leurs collègues armés, chargé de maintenir une discipline très particulière. Deux serveuses circulaient entre les tables avec leurs plateaux chargés de bières. Du fait d’un remarquable sens de l’équilibre, elles parvenaient à éviter les effleurements des clients sans perdre une seule goutte de précieux liquide. Mais rien ne pouvait les sauver de leur uniforme : dès lors qu’elles se penchaient pour distribuer les verres, elles étaient trahies par l’échancrure du vêtement qui attirait, sans aucune habileté, les regards, ce qui en retour stimulait les mains en cycle sans plafond.
Tout en continuant à observer la faune locale, et ses mœurs finalement très similaires à ce qu’elles étaient au pays, Ge entreprit d’allumer une cigarette et offrit à sa voisine d’allumer la sienne. Ou plutôt, elle se vit mettre une cigarette à allumer sous les yeux. La militaire n’était pas de ceux qui refusassent pareille offre de la part d’une femme aussi gironde. Grande, hautaine sous la fatigue et mutine sous l’accablement, elle avait le maintien des habituées. Pilier de bar, elle n’en affichait pas moins une forme de réserve mise en valeur par sa robe noire bordée de rouge. Des cheveux mi-long achevait ce tableau si typique. Cependant, plus que la figure avenante, ou la tournure de la taille, ce fut le décolleté symbolique qui attirât Ge. Prise qu’elle était, elle offrit un verre à sa compagne d’infortune, et commença à échanger quelques banalités, sortes de prolégomènes non-marchands.

Ambiance, alcool et fumée faisant leur effet, Ge se prit à regretter sa permission écourtée… mais elle était ici pour le travail, non pour batifoler. Presque à regret, elle se leva et se rendit à l’une des tables de jeux. Celle-ci était sise dans un coin du bar, tout à droite de l’entrée. La partie allait bon train, ses intérêts accrus par les paris des spectateurs sur le vainqueur de chaque manche. Il se trouvait même des spectateurs pariant sur ses paris. Au bout du compte l’argent tournait : cœurs, têtes et mains… régnait la fièvre des casinos. Ge dû jouer des coudes pour approcher. Sa petite taille la forçait à se mettre au premier rang pour regarder. Elle attendit la fin de la manche en cours, puis paria. Au risque réel du ridicule, elle posa deux billets de cinq euros, et une pièce de deux sur la table. Elle jouait en croyant à la victoire du joueur le plus enfoncé dans son coin. De type asiatique, grand et patibulaire, il eût un sourire mauvais en voyant le paris et la parieuse. Il perdit. Cette manche-ci, puis la suivante, et les deux d’après. Néanmoins, Ge Mingtai continuait à parier, quoique de moins en moins : neuf, puis six euros. Au début de la quatrième manche, l’homme qui faisait office de croupier fit un signe. Deux hommes en costumes noirs sortirent de l’ombre. Fendant la foule ils prirent l’espionne par les bras :
« On joue sérieusement ici, petite. Alors tu vas t’en aller sans faire de bruits et laisser les vrais hommes s’amuser. Sauf si tu es prête à faire monter la mise… »
Disant cela, il la balaya du regard.
« Encore que… c’est pas comme s’il y avait de quoi jouer avec toi… Virez-moi cette grognasse vous deux… »
N’ayant pas besoin de se le faire dire deux fois, les deux videurs soulevèrent la jeune femme par les bras et l’emmenèrent avec eux. Dans l’arrière-boutique. Ils la reposèrent, mais continuèrent leur route au sein d’un dédale de cours, de couloirs et d’escalier en la tenant fermement. Enfin, ils arrivèrent devant une porte ordinaire, au fond d’un couloir délabré. Ils ouvrirent et la projetèrent dans la pièce. Entraînée comme elle l’était Ge ne trébucha qu’à peine.
« Asseyez-vous. »
La voix provenait de l’autre côté de la petite salle. Son détenteur qui restait dans l’ombre désignait une chaise et une table face à lui. Le tout était très faiblement éclairé par un cône de lumière qu’émettait une lampe un peu faiblarde sous son plafonnier.
« Je ne vous connais pas, reprit l’homme une fois que son interlocutrice se fut assise, mais si vous avez su me trouver, c’est que vous n’êtes pas n’importe qui. Que pouvons-nous pour vous ? ».
— Simple, j’ai besoin d’informations, et je paye.
— Que désirez-vous savoir ?
— Des amis américains à moi sont dans le coin. J’ai besoin de les trouver. Ce ne sont pas des représentants de commerce à la recherche de nouveaux contacts.
— Difficile. Vous avez une idée du nombre d’américains en visite à Paris…
— Allons, ce genre de clients est assez particulier. Et nous payons en conséquence.
— Comprenez que cela fera des frais. Incompressibles. Quel que soit le résultat. Vous savez comment nous payer ?
— Je sais. Un acompte a déjà été versé. Des informations plus précises vont suivre, si vous acceptez.
— Nous avons reçu l’acompte. Nous acceptons, mais sans obligation de résultats, bien sûr. Il est toujours agréable de faire affaire avec des gens du pays. Mais… n’en abusez pas. »
La discussion était close, tous deux le savaient.
« Au fait, entonna Ge Mingtai en se retournant, la fille au comptoir…
— Allez-y. Elle est à vous pour la nuit… vous êtes bon payeurs. Voyez ça comme un geste commercial. Je peux aussi mettre une chambre à votre disposition.
— Je me débrouillerai. »
L’espionne ressortit d’un pas amène. Finalement, sa soirée allait bien se finir.



France, quelque part en périphérie de Paris, 2 juin 2007.


L’ambassade avait fourni une cachette au détachement Zaslon en mission, au 15 boulevard Pereire. Un appartement de grande taille, dans un quartier tranquille de Paris et à proximité d’une station de train de banlieue tout autant que du métro. C’était un quartier haussmannien typique de la capitale, mais qui n’avait pas souffert de l’embourgeoisement, du moins point trop. Il était étrange de penser que ce fameux dix-septième arrondissement ait gardé par endroit une nette coloration populaire. Mais Vladimir Korlianov n’avait pas eu le temps de se pencher sur l’urbanisme français. Il tentait plutôt de remettre de l’ordre dans ses pensées, suite aux événements du mâtin.
À sa grande surprise, il avait été mandé chez le Second adjoint, quelques heures à peine après son premier passage. Répondant à cette convocation, il avait écopé d’un ordre de mission : prendre l’avion, sous couverture, pour la France, et se mettre à disposition du capitaine Andropov. De plus amples informations seraient communiqués une fois sur place.
Il avait été accueilli à son arrivée à l’aéroport par le chef du détachement, le capitaine Andropov, arrivé avec ses hommes quelques heures plutôt. Les passeports fournis par le ministère de l’intérieur Estonien, sans que cela eût été porté à sa connaissance, avaient fait merveille auprès des douaniers. Sitôt cette formalité remplie, Vladimir avait été embarqué dans une voiture en direction d’une banlieue quelconque et paisible de la ceinture parisienne. « Ce sont les ordres » s’était borné à dire le capitaine devant la surprise de l’analyste. Ils avaient roulé pendant deux heures à peu près, avant de se garer devant un petit pavillon. Sans sonner — ils étaient visiblement attendus — ils étaient rentrés. En guise de hall, il n’y avait qu’un couloir particulièrement encombré. Livres, rapports, documents et liasses de papiers formaient de hasardeuses collines. Des boîtes diverses : biscuit, gâteaux… supportaient ces colonnes instables. Des fiches, formant une sorte de système de classements, pendaient du plafond. À droite de la porte, un téléphone à roulette noire trônait, seul concession à la modernité des temps. Juste à côté de cette touche de couleur, Vladimir aperçu un document étrangement intitulé, « contrat entre Dieu et la Terre ». Il y était, semblait-il, question du versement de royalties par les gouvernements les plus importants à une partie appelée « Dieu ».
Quelques photos et encarts étaient accrochés sur les murs… enfin, sur les rares espaces qui n’étaient obstrués par tant de lectures. L’une d’elle représentait un groupe d’individus à posant devant ce qui devait être l’entrée d’un château. Le sous-titre indiquait : « Inverloch Castle, 1986 ». Une autre photo représentait une famille juive, costume noire, foulards et barbes blanches, devant l’entrée d’une maison typiquement américaine, « un avant-goût de la fin du monde, Brooklyn, 1980 ». Mais le regard de l’espion glissa rapidement sur cette décoration. En effet le maître des lieux venait d’arriver. Il devait avoir la soixantaine, un solide embonpoint, mais un visage jovial, et des manières enjouées. Plutôt court sur pâtes, il avait des cheveux gris bien coiffés, ce qui avait le malheur de dégager un front bien ridé, et de mettre en valeur ses bajoues.
« Ah, vous devez être les envoyés de Monsieur Korlianov… Diable, si je m’attendais à le voir me recontacter, vingt après cette affaire en Finlande… Oui, oui, je sais que vous êtes impatients. »
Il s’en était retourné dans ce qui devait être un salon… encore plus encombré que ne l’était l’entrée. Il en était revenu en tenant un porte-vue.
« Voilà. Ce que vous désiriez… étrange affaire… vraiment. Qu’est-ce qui peut pousser autant de services à se presser autour d’un lieu aussi anodin… Je me le demande ».
Par réflexe le regard du capitaine s’était durci à ces mots, ce que ne manqua pas de remarquer le petit homme.
« Allons, je sais comment cela marche. Et monsieur Korlianov connaît la qualité de mon travail. Je reste à votre disposition si vous avez besoin d’autres renseignements. »
Les espions avaient grommelé de vagues paroles de salutation, puis s’en étaient allés.
« C’est pour vous. Le patron m’a dit que vous deviez lire ce dossier, puis en discuter avec moi une fois à la planque, affirma brusquement Andropov une fois qu’il eût démarré la voiture. »
Intrigué, l’universitaire c’était plongé dans la lecture du porte-vues. Avec une perplexité croissante :
La cité scolaire Kadic est un établissement privé sous contrat qui va de la maternelle jusqu’au lycée et accueillait 930 élèves en 2004. Fondé en 1557, en périphérie de Paris par des membres de la Compagnie de Jésus. Il devint rapidement un établissement de haute renommée, équivalent par exemple au Collège de La Flèche, tenu par le même ordre religieux. Établissement prestigieux, le bannissement de la Compagnie hors du royaume de France en 1762 ne l’affecte pas, un groupe d’oratoriens s’établissant pour permettre la continuité de l’enseignement ; il en alla de même lors de la dissolution de la Compagnie de Jésus en 1773. Durant la révolution, l’établissement dut sa survie à la protection que lui accordèrent ses anciens élèves : plusieurs membres des Comités de Salut Public étaient des anciens du collège Kadic. L’avènement du Directoire puis l’ascension de Napoléon Bonaparte virent la confirmation des privilèges de l’établissement. En 1814, lors du rétablissement de la Compagnie de Jésus, le collège repassa sous contrôle religieux, à ceci près que le directeur resta un laïc, alors même que tous les autres établissements sous la responsabilité de la Compagnie étaient dirigés par l’un de ses membres. C’est ce statut particulier qui sauva l’établissement lors des expulsions de 1880 et de 1901. Durant tout le 19e siècle, l’établissement sert de pilote pour la mise en place de nouveauté pédagogique, tout en conservant son statut d’établissement d’élite.
Lors du retour de la Compagnie de Jésus en France à la suite de la Grande Guerre, un modus vivendi se forme autour de l’administration de Kadic. Le directeur et ses aides restent des laïcs, mais le conseil d’administration est composé de membres de la Compagnie. Les bâtiments, le parc et les financements sont assurés par l’ordre.
En 1934, des membres de la Communauté Saint-François Xavier obtiennent l’usage du parc et de certains des bâtiments attenants, qu’elles partagent avec certains services diocésains. Les membres de l’ordre deviennent une part active de la vie de l’établissement, en particulier en tant que professeur, à l’exemple de Marguerite Léna, enseignante en philosophie.
En 1970, l’établissement réduit le nombre de Classe Préparatoires aux Grandes Écoles pour ne conserver que les filières juridiques et économie-gestion.
En 1975, la composition du conseil d’administration est modifiée. Il est désormais composé à un quart de parents d’élèves, à un quart d’enseignants, à un quart de membres de la Compagnie de Jésus, et à un quart de membres de la communauté Saint-François Xavier.
En 2007, la cité scolaire Kadic reste à la pointe de l’innovation pédagogique et sert d’établissement pilote pour la mise en place du renouveau de la pédagogie jésuite, initié par le P. Pascal Sevez, préfets des études du Lycée Sainte Geneviève et pressenti pour occuper ce poste à Kadic. L’établissement reste l’un des meilleurs et des plus élitistes de France, une enquête réalisée sous l’égide de l’EHESS ayant révélé un écart de quatre points de moyenne entre les notes donnée par des établissements publics dans la moyenne et les enseignants de Kadic. Fidèle à l’esprit des écoles Charles Péguy l’établissement est gratuit et prodigue des bourses aux élèves méritants.


S’ensuivaient des pages de rapport sur l’emplacement géographique, les résultats, la composition des classes… Vladimir poursuivait sa lecture d’un œil discret pendant que son esprit tentait d’accorder ce qu’il venait d’assimiler à ce que lui avait dit le grand patron peu avant son départ :
« Conformément à vos suggestions, une section va partir pour la France. Et vous avec. Nous avons de bonnes raisons de penser savoir où les Américains vont se rendre. Voyez-vous, les chinois ont fait le travail pour nous, en nous révélant que quelqu’un avait interféré avec des projets américains et piraté leurs réseaux.
— Comme en…
— Comme à Mirhangelsk, oui. Ça plus la France, cela nous a donné une idée de la piste potentielle des Américains. L’un de nos honorables correspondants a pu confirmer que leur point d’intérêt était similaire à ce que nous avions en tête.
— Comment ?
— En se renseignant sur les activités d’un correspondant américain à Paris. Bref. Les Américains se penchent à nouveau sur le projet Carthage à ce qu’il semble.
— Le projet… Carthage ?
— Un projet de développement de certaines technologies. Le projet a été annulé lorsque leur plus éminent chercheur a décidé de prendre la tangente, il y a des années de cela. Ils n’ont pu aboutir à rien sans lui, et il semble que leurs travaux n’aient pas été couronnés de succès. La traque a été longue. Ce fugitif s’était finalement réfugié près de Paris, sous une fausse identité. C’est alors qu’il a définitivement disparu. Or, il y a des éléments dans les événements de Mirhangelsk qui ressemblent au peu que nous savons à propos de ce projet Carthage. Les États-uniens ont visiblement eu une réflexion similaire, et peut-être des éléments plus concrets. Toujours est-il qu’ils ont, semble-t-il repris l’enquête là où elle s’était arrêté.
« Pour l’instant, les Chinois avancent dans la brume. Cela pourrait vous être utile. Une fois que vous serez à Paris, quelqu’un vous prendra à l’aéroport et complétera vos instructions. Compris ? »

Revenant au présent, Vladimir se tourna vers son compagnon et chauffeur :
« J’avoue être un peu perdu là. Je ne vois pas vraiment le rapport entre ces documents, et ce que je sais de notre mission.
— C’est vous l’analyste, grogna Andropov, servez-vous de votre grosse tête.
— Eh bien elle me dit de vous interroger.
— Je ne sais pas de quoi parlent ces documents.
— Vous saviez pourtant ce que nous étions venus chercher.
— Non. Mes ordres étaient de vous prendre avec moi et d’aller rencontrer un informateur.
— Rien d’autre ?
— Le patron vous l’a dit aussi. D’autres ordres suivront.



France, Boulogne-Billancourt, lundi 4 juin.


L’avantage des missions prioritaires, résidait dans le fait que toutes les difficultés, économiques, pratiques ou autres s’en trouvaient levées : ainsi, il n’avait pas fallu longtemps pour que le personnel de l’ambassade, et les divers réseaux parisiens d’informateurs et d’agents des États-unis trouvassent un appartement idéalement placé pour abriter le major et son équipe. Situé au dixième étage d’un condominium, ce six pièces avait l’avantage de permettre l’observation simultanée et de l’établissement scolaire et de la bicoque abandonnée où Schaeffer avait été vu pour la dernière fois.
Les hommes, sous le commandement du major Gale s’était réparti les périodes de veille et d’observations. Avant d’aller fouiller la maison, l’officier préférait s’assurer que personne n’y vivait, ne s’y rendait, ou ne surveillait les lieux. Il se donnait donc quelques jours avant de se rendre sur les lieux pour une inspection en règle. Même s’il ne voyait pas très bien ce qu’il pouvait bien rester d’intéressant dans un bâtiment abandonné depuis plus de dix ans.

L’équipe du Major était composé de spécialistes de l’infiltration. Ils avaient rapidement pu faire le point sur la cité scolaire Kadic et les moyens d’y rentrer en toute discrétion. Mais cela tenait plus de la discipline que d’un intérêt réel. Même si les rares indices justifiant cette opération pointaient vers cet établissement, il semblait évident qu’il n’y avait rien à en tirer : pourquoi diable des membres d’une organisation para-militaire secrète se dissimuleraient-ils dans un tel endroit ? Le peu d’adultes présent sur place offrait cependant l’avantage de réduire les possibilités quant à l’identité des potentiels ennemis.
Pour le moment, rien d’intéressant n’avait frappé l’œil des observateurs américains. L’établissement scolaire vivait paisiblement sous les vertes frondaisons de juin, recours bienveillant face à la chaleur. En fait, l’humeur semblait fort peu besogneuse. Encore que cela dépendît du sens que l’on donnât à ce mot. Il y avait bien eu pendant le week-end quelques visiteurs venus squatter l’Ermitage. La chose avait été dûment consigné. Mais selon toute probabilité il s’agissait juste de drogués ou d’adolescents à la recherche d’une sorte de cabane secrète.
En observant le flot d’élèves qui allaient et venaient toute la journée dans la cours, les hommes du Major avaient repérés les squatters de l’Ermitage, ce qui renforçait la théorie des enfants à la recherche d’un endroit secret. La surveillance avait à peine commencé que l’équipe d’espion se sentait frustré comme après des semaines d’attente. Cette mission étrange pesait sur leurs nerfs. Ils s’étaient engagés pour servir et protéger, pas pour jouer les baby-sitters. Deux jours seulement. Deux jours calmes, deux jours d’une planque susceptible de durer longtemps, jusqu’à ce qu’outre-Atlantique quelqu’un jugea bon d’annuler cette mission. Deux jours à se nourrir de pizzas, à monter et entretenir des armes à feu, et à regarder une télévision mise en sourdine. Deux jours à vivre à cinq dans un appartement surpeuplé… Mais tous étaient des professionnels. C’était leur boulot, et la patience le lot de tout bon agent.
Néanmoins, les oreilles se tendirent avec plus d’avidité lorsque le téléphone du major sonna en fin de journée.
« J’écoute .
— Monsieur, lui répondit la voix de l’informateur, j’ai peut-être quelque chose pour vous.
— De plus intéressant que les dossiers du personnel et la carte des dealers du coin, cette fois-ci, contra le major sarcastiquement.
— Vous n’avez pas lu les journaux ?
— J’aurais dû ? La politique française ne me passionne pas, entre un nain et une nitouche… »
Cependant, le major prit un exemplaire du monde qui traînait sur la table basse du salon et commença à le parcourir.
« Hem… il y a… une affaire… potentielle en rapport avec ce que vous m’aviez demandé.
— Dans quel sens ?
— Immigration clandestine.
— Et ?
— Eh bien… vous souhaitiez enquêter.
— Je ne vois pas en quoi une sombre affaire d’immigration est en rapport avec mon enquête.
— Elle a pour cadre un établissement scolaire privé et catholique.
— Et alors…
— Nous sommes en période électorale. Et l’immigration est un thème important… surtout au vu des scores du Front National. Si on ajoute le laïcisme affirmé de l’Éducation Nationale, l’affaire risque fort de monter, de faire la une demain ou après-demain. Surtout si l’on glisse quelques bon mots. Il va y avoir une enquête à Kadic. Enfin, il pourrait… si vous le vouliez.
— Vous pensez pouvoir nous infiltrer dans l’établissement sous couvert d’une enquête ?
— Tout à fait. Il me faudra une journée pour vous forger de fausses accréditations, mais cela vous donnera toute latitude pour fouiller l’établissement, interroger le personnel et les élèves.
— Admettons. Je ne comprends pas très bien ce que le statut de l’établissement a à voir dans cette histoire et pourquoi il y aurait polémique, mais bon… Laissez-moi réfléchir… Vous avez un moyen d’empêcher de vrais inspecteurs de se pointer ?
— Je peux y faire. Idem pour le rapport de fin d’inspection.
— Mmmh… De toute façon, il aurait fallu aller voir sur place. Autant le faire maintenant. Combien de temps ?
— Une journée. Vous pourrez être dans la place le six au matin.
— Bien. Procédez. Je vous paierai un tiers à la livraison, et les deux tiers restants si tout se passe sans anicroches.



France, Paris, quatrième arrondissement, mardi 5 juin.


Le téléphone sonna. Une fois, puis deux. Un grognement ensommeillé lui répondit. Ge Mingtai décrocha tout en claquant l’auteure du grognement. Elle jeta un coup d’œil sur le réveil. Il était tout juste minuit. Elle s’extirpa des draps sans jeter un coup d’œil à la compagne qu’elle s’était trouvé dans ce bar, il y avait presque une semaine de cela
— Allô ?
— Shanghai ? J’ai reçu des nouvelles pour vous. De la part de vos amis des triades. Ils ont demandé un supplément, que j’ai accepté de donner en votre nom. »
Un mauvais point pour toi, pensa la jeune femme. Il ne fait pas bon d’être dispendieux de l’argent du peuple. Même à bon escient.
— J’espère que cela en valait la peine.
— Ils pensent avoir localisé vos hommes. Ils seront sous l’identité de faux inspecteurs d’académie dans un établissement scolaire… Le collège Kadic.
— Pardon ? Kadic ?
— Cela sonne étrangement proche de vos indices, n’est-ce pas ?
Ge grogna intérieurement. Que cet incapable d’aristo ait vu cela et s’en vantât… Quel goût de bile sur sa langue.
— Suffisamment en tout cas. Préparez notre matériel, voulez-vous. Je préviens mes hommes. Il nous faudra des voitures. Et trouvez-nous une planque. Où est-ce ?
— Bien, Shang-wei. C’est en banlieue, à une petite heure de votre position actuelle en voiture, répondit avec obéissance son interlocuteur qui attendit un peu avant de raccrocher ».
Pourtant, elle sentait la déception dans sa voix… Il s’attendait à être féliciter pour avoir fait son boulot comme on l’attendait de lui. Qu’elle en avait assez de ces gosses du parti…
Elle s’assit sur le lit. Elle avait un peu de temps devant elle. Si elle devait être demain matin devant cet établissement… Elle coula un regard sur la partenaire maintenant réveillée. Oui, elle pouvait bien prendre un peu de temps pour elle, pensa-t-elle en se penchant un sourire affamé aux lèvres.



France, Paris, 15 boulevard Pereire, mardi 5 juin.


« Korlianov.
— Monsieur ?
— Votre séjour se passe bien ? J’ai des nouvelles pour vous. Nous avons lancé une petite opération de désinformation pour vous. Elle va faire sortir vos opposants du bois. Après… à vous d’exploiter a maxima cette opportunité.
— Je ne suis pas sûr de bien comprendre…
— Simple, je vous ai laissé un peu de temps pour que vous enquêtiez et vous familiarisiez avec Paris. Pendant ce temps, je préparais le piège. C’est simple, nous avons posé un appât que les Américains et peut-être les chinois ont pris. C’est ce que nous a appris un informateur américain que nous avons retourné. Vos proies seront à Kadic demain matin, sous couverture. Je vous laisse juger du reste.
— Je… Bien monsieur. »
À peine avait-il terminé sa réponse que la liaison coupa. Korlianov s’assit au bord du lit que lui avaient attribué les services de l’ambassade. Il passa quelques minutes à réfléchir. Puis enfin, il comprit. Le puzzle se reconstitua tout seul ou presque. Il savait que son patron avait plus d’informations que lui, d’idées en tout cas sur cette affaire. Kadic était central ici. Comme couverture. Quelqu’un s’était dissimulé sous l’identité d’un employé de ce centre scolaire. Le patron le savait. Il savait aussi que les Américains le savaient et iraient enquêter ici. Le problème était d’une part qu’ils baissent leur garde, d’autre part qu’ils s’exposent.
Vladimir avait pu lire les journaux. Il eût vite fait d’en déduire ce que son chef avait fait, et quel mouvement cela provoquerait chez les Américains. Il allait pouvoir les cueillir juste en allongeant le bras. À condition d’être sur place et bien installé. Pour cela la nuit ne serait pas de trop.

Il se leva et alla toquer à la porte d’Andropov à qui il exposa une partie des événements.
« Donc, vous voulez qu’on aille repérer des Américains en vadrouille dans un établissement scolaire.
— Da.
— Mouais…
— Vous savez mieux que moi gérer ce genre d’opération. On doit être là-bas avant qu’ils ne puissent nous détecter.
— Où est-ce ?
— À une petite heure de route.
— Il faut qu’on arrive avant l’aube. En groupe séparé, mais avec du matériel. Il y a un van dans les magasins de l’ambassade. Un reste de la vieille époque. On peut aussi leur emprunter du matériel.
— Nous avons juste besoin de surveiller l’entrée officielle de l’établissement.
— Pourquoi cela ? demanda, sceptique, le capitaine ?
— Ils vont entrer sous couverture par la grande porte.
— Ah… je vois pourquoi vous jugez que cela sera facile. Ils se sont donné une couverture d’officiels…
— C’est cela.
— Je vous suis. Je vais demander le matériel à l’attaché militaire. Pouvez-vous aller réveiller mes hommes ?
— Bien sûr.

Vladimir ressortit de la chambre de son plus ou moins subordonné, descendit quelques étages, se rendit au sous-sol et trouva ceux qu’il cherchait. Alyosha, Kolya et Lev partageait une chambre commune. Ils étaient en train de regarder un film quelconque sur la chaîne nationale.
« Bonsoir Messieurs. »
Une vague de grognements informes lui répondit. En fait, ils ne quittèrent pas l’écran des yeux.
« Hem. J’ai du nouveau. On bouge. »
Un autre succès d’estime accueilli cette révélation.
« Très bien. On a des amerloques à choper. Du moins si vous êtes des hommes et que vous en avez. Sinon, il faudrait bien qu’un faiblard d’analyste s’en charge en laissant votre chef ici à jouer les baby-sitters. »
En même temps que cette déclaration convenue, il s’approcha de l’homme le plus proche, Lev, un grand blond aux yeux rieurs, lui saisit le menton et le gifla. Une fois. Alors que sa main allait repasser, l’autre lui saisit le poignet, appuya sur le nerf pour le couper ses réactions et lui balaya violemment les jambes. Vladimir s’effondra sur le lit, le souffle coupé, tandis que l’autre le saisissait à la gorge.
« Tu te prends pour quoi là, l’intello ?
— Et toi ? Tu veux mourir ?
— Comme si…
Distrait par la bravade de son vis-à-vis, il avait failli ne pas protéger ses parties à temps contre le coup de poing qui les menaçait.
« OK, t’en a un peu dans le ventre finalement. Au moins assez pour qu’on te donne un répit. N’est-ce pas les gars ? »
Kolya et Alyosha approuvèrent d’un éclat de rire sardonique. Rire qui disparut lorsque la porte s’ouvrit violemment.
« Eh bien ? Il m’a semblé entendre du bruit là-dedans.
— Capitaine ! Le titre sortit d’un seul trait des gorges des trois soldats qui se mirent au garde-à-vous.
— Ce n’est rien capitaine. Je leur expliquais la mission.
— À de pareille tête de lard ? Vous êtes optimistes, Korlianov. Mais, vous êtes tout rouge. Un souci ?
— Non pas. Je vous assure. Nous discutions des détails de la surveillance. Ils ont gentiment accepté de veiller cette nuit à notre place.
— Je vois. Généreux de votre part messieurs. Bien. Qu’est-ce que vous attendez, aboya l’officier, on se prépare !
D’un ton plus doux, il reprit :
« Korlianov, puis-je avoir votre avis sur le matériel prêté par l’ambassade ?
— Euh… oui. Je vous suis, Capitaine.



France, Boulogne-Billancourt, Cité scolaire Kadic, mercredi 6 juin 2007.



Jean-Pierre Delmas contemplait le paysage d’un air soucieux. Mais la verdeur ou le soleil ne l’apaisaient pas. Les pingouins n’avaient pas plus fait effet. Le proviseur se savait assis sur un baril de poudre. Cette affaire tombait très mal. D’un autre côté, ce genre de chose ne tombait jamais bien. Le seul point positif était la proximité des vacances scolaires. Cela donnerait aux élèves le temps de digérer les événements. Mais ni lui, ni l’établissement ne s’en tireraient à si bon comptes. Il y aurait une enquête. Il le savait. Il savait aussi pourquoi.
Alors qu’il ne cessait de ratiociner de la sorte, on toqua à la porte de son bureau.
« Monsieur Delmas ? Des visiteurs pour vous. Du ministère.
— Merci, Nicole. Faites-les entrer. »

Trois hommes firent alors irruption sans attendre dans le bureau. Quoique choqué par ses manières de hussard, Delmas fit signe à sa secrétaire de quitter la pièce. Lui-même s’assit dans son fauteuil. Il désigna d’un geste les chaises situées en face de son bureau pour inviter ses interlocuteurs à le rejoindre.
« Bonjour Messieurs. Que puis-je pour vous ?
— Bonjour monsieur Delmas, répondit l’homme assis le plus à droite. Je suis Jean Pichenet, et voici mes collègues Auguste Laroux et Armand Durant. Nous avons été dépêché par le Ministère de l’Éducation Nationale pour enquêter au sujet de cette affaire « M’Bala ». Des soupçons ont vus le jour quant à la régularité de votre établissement. De ses méthodes et contenus d’enseignements, et de ses usagers. Ainsi que nous le permet votre statut d’établissement sous contrat, nous allons donc procéder à quelques vérifications. »

Tout en disant cela, il tendit au proviseur une liasse de papier. Jean-Pierre Delmas la parcourut. Il s’agissait d’ordres de missions et de papier prouvant l’identité de ces interlocuteurs. Tout avait l’air en l’ordre. D’autant qu’il s’attendait à pareille visite. Elle servait bien trop d’intérêt. Des conservateurs qui tentaient d’arraisonner la liberté de l’enseignement catholique à leurs agenda politiques, aux laïcards du ministère qui ne s’étaient jamais remis de l’échec de Mitterrand. Et lui devait payer pour les louvoiements du secrétariat. Il ne pouvait rien faire désormais. Non qu’il eût quelque chose à cacher, ou qu’il soit en infraction avec le contrat. Mais qui cherchait, trouvait. Aussi savait-il que toute inspection trouverait quelque chose de suffisant à reprocher. Il ne pouvait qu’essayer d’anticiper pour se défendre. En même temps, il lui fallait aussi discuter avec le psychologue de l’école des événements, et avec les enseignants, afin de se mettre d’accord sur ce qu’il convenait de dire aux élèves. Mais c’était la partie facile.
Les soutiens de Christophe M’Bala allaient venir. Il faudrait là aussi louvoyer tout en fermeté. Lui qui pensait ne plus avoir à se préoccuper que des examens de fin d’année, conseil de classes, et de sa fille…

Il regarda à nouveau les trois hommes. Jean était brun, avec des yeux noisettes. Son visage fermé indiquait l’habitude du commandement, mais aussi un certain manque… comme s’il n’osait, ou ne pouvait aller au bout de cette qualité. Il était grand, avec des épaules menues, mais, sous veste et chemise, on le devinait musclé. Auguste était plus chétif, mais tout en nerf. À le voir, on pensait à un tapir attendant la détente du serpent. Son regard sombre sautait sans cesse d’un coin à un autre de son environnement. Mais ce côté alerte lui pesait. Une lassitude certaine se lisait dans la courbure de ses épaules, et dans le manque de lustre de ses cheveux d’un brun délavé. Il portait une moustache fine et chic qui détonnait brutalement avec le reste de son apparence. Du reste, il portait un costume en tweed marron assez classique, quoi qu’inattendu sur un fonctionnaire de son niveau.
Restait Armand. Petit, trapu. Sec et cassant. Un visage tout en angle, un regard tranchant mais qui semblait ne jamais vouloir voir au plus loin. Loin d’être détendu, il s’était assis dans son fauteuil comme dans un piège et paraissait prêt à en bondir en permanence, les mains serrant les accoudoirs, le dos décollé du dossier.

« Bien, je vais mettre une salle à votre disposition messieurs. L’intendante passera vous donner des cartes de cantine si vous le désirez. Par quoi voulez-vous commencer ?
— Nous déjeunerons à l’extérieur. Armand va s’occuper de la partie administrative avec votre comptable, puis jettera un coup d’œil à la tenue de vos dossiers et de ceux des élèves. Auguste va inter… discuter avec votre personnel. Je ferais le tour des classes en attendant.
— Entendu. Je fais prévenir les personnes concernées. Nicole vous indiquera où vous rendre. Bonne chance, messieurs. »

En sortant du bureau, le Major Gale s’étonnait de l’air vaincu du proviseur. Que pouvait bien signifier de si grave cette inspection ? Franchement, que la hiérarchie envoie des fonctionnaires jeter un œil sur les pratiques en cours au sein d’un établissement, quoi de plus banal ?
Enfin, ils étaient dans la place et allaient pouvoir tout inspecter de fond en comble. C’était, semblait-il, une position idéale que la leur. Il espérait cependant qu’Andrew en aurait vite fini. D’autant qu’il ne connaissait rien à la gestion administrative d’un établissement scolaire. Ce n’était pas là le style de détail abordé durant la formation d’un commando para-militaire. Déjà, c’était à peine mentionné aux officiers, alors que cela représentait le plus clair de leur temps.




France, 55 rue du Faubourg Saint-Honoré, mercredi 6 juin 2007.


La salle était grande, mais ne le paraissait pas du fait de la grande table qui en occupait le centre. Une table tout en longueur. Une chaise de style Louis XV, au dossier tout en dorure à chaque extrémité. Six chaises de chaque côté de part et d’autres de deux fauteuils à accoudoir, place réservées du Président et du Premier ministre. Une horloge bifrons trônait en milieu de table, de sorte que les deux illustres élus eussent toujours un rappel de l’heure sous les yeux. De la table elle-même on ne pouvait dire grand-chose, du fait de la nappe en soie verte qui la recouvrait jusqu’à masquer ses pieds… étrange héritage victorien. Buvards, sous-mains fauves et verres sont disposés, en fonction du nombre de visiteurs attendus.
Les murs étaient tendus de céladon et encadré de dorure en style dorique, c’est-à-dire sans guère de fioritures, conformément aux goûts de l’impératrice Eugénie. Deux grandes fenêtres donnaient sur un jardin à l’air agréable : au loin on apercevait un enfant installé sous les frondaisons pour profiter de la brise et du soleil estival.
Un lustre en cristal de Bohème, et des lampes disposées sur tout le pourtour de la pièce assuraient un éclairage parfait : tantôt une fine lampe en métal noir et d’une élégance classique, tantôt des petites trapues perchées sur d’anciennes tables en marbres contreplaqué d’or.
Six portes permettent d’entrer dans cette salle. Le spectateur perdu dans la contemplation de l’enfant endormi et des lions le veillant aurait deux portes à sa droite donnant sur un bureau vaste, officine, antre et écrin de l’ombre. Les deux portes auxquelles le spectateur tourne le dos donnaient sur deux antichambres en style empire, avec fauteuils en acajou. On trouvait dans l’une d’elle une fort renommée sculpture de samouraï en Bronze et une série de portraits d’illustres personnages. Ces deux antichambres étaient le domaine des huissiers. Militaires, graves et implacables maîtres du protocole, mais aussi formés à toutes les subtilités du combat à main nue, malgré la gêne occasionnée par leur frac et par la lourde chaîne argentée terminée par un médaillon où était gravé RF, constant rappel de la dignité toute particulière des lieux.
Restaient deux portes. Gardées tantôt par un autre huissier, tantôt par un garde plus conventionnel. La cloison était particulièrement fine à cet endroit. Des éclats de voix, conclusions d’une homérique dispute s’en échappait, donnant l’occasion aux infortunés visiteurs d’apprendre à tout le moins un vocabulaire dont ils se seraient passés.
Pierre Bousquet de Florian retint un soupir sous les ors de la République. Il se doutait bien que c’était sans doute l’une des dernières fois qu’il pourrait contempler ses salons du luxe et du pouvoir. Il recevrait sans aucun doute un coup de téléphone lui annonçant sa démission peu après les législatives. Autant dire qu’il commençait, lentement et à son cœur défendant, à se désintéresser des affaires courantes. Humaine, mais détestable réaction. À la hauteur cependant des sentiments que lui inspirait son hôte.
Le nouveau et bouillonnant président de la République, Monsieur Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa, sorti du Salon Doré — son Salon Doré désormais — lui fit face et le toisa d’un air goguenard. « Bientôt j’aurais ma revanche, tu ploieras et je te briserai aussi bas que terre », voilà tout ce que clamait l’attitude du chef de l’État. Non qu’il ne manifestât plus d’estime pour les autres participants à cette réunion. Il n’y avait guère que Snif qui ne faisait pas l’objet de ce dédain généralisé. Essentiellement parce que le nouveau président ignorait encore l’identité de ce subordonné.
Le directeur de la Direction de la Surveillance du Territoire balaya une fois de plus l’assemblée du regard. Le président, assis sur un canapé crème, et qui savourait un bourbon. À sa droite Claude Guéant, le nouveau secrétaire général de l’Élysée, un intime, mais surtout un communiquant. Venait ensuite, dans le sens des aiguilles d’une montre, le directeur central des Renseignements Généraux, Joël Bouchité, un commissaire principal de la Direction de la Surveillance du Territoire et une capitaine issue du Service National d’Information Fonctionnelle. Aucun membre de l’actuel gouvernement n’était présent. C’était en partie lié à la période particulière — entre les élections présidentielles et les élections législatives — mais aussi un signe du style nouveau que le président récemment élu entendait donner à sa fonction. Restait un dernier membre. Il n’était présent que par le biais d’un antique microphone.
« Qu’attendons-nous au juste ? J’ai cru comprendre que cette affaire était urgente et je n’ai pas que cela à faire, entama le chef sanguin de cette assemblée.
— Je vais laisser le Commissaire Didier vous présenter les circonstances, répondit Bousquet de Florian
— Je vous remercie, Monsieur le directeur. Mes services ont reçu, Monsieur le Président, continua le Commissaire en soufflant comme un phoque, des signes inquiétant il y a peu, laissant à entendre que des opérations d’envergure étaient sur le point d’avoir lieu en région parisienne…
— Des attentats ? avec combien de terroristes ? Le coupa Nicolas Sarkozy
— Islamistes ? intervint le secrétaire, on va pouvoir communiquer dessus ? Ce serait parfait pour la campagne.
— Je crains que non, souffla le Commissaire. Il s’agit d’opérations menées par des puissances étrangères. Avec des forces para-militaires…
— On parle de quoi là au juste ? L’interrompit le Président de la République, des bataillons, des explosifs ?
— Des commandos plus probablement, Monsieur le Président, nous…
— Comment savez-vous cela ?
— C’est que…
— Eh bien, on n’a pas toute la journée. C’est pas parce que l’autre incapable de Ségolène est revenu pleurer chez l’autre gros qu’on n’a pas un pays à gagner.
— Les douanes…
— Quoi ? Des immigrés clandestins comme ce… N'Guerra, N'Gana, N'Clama…
— M’Rama, Monsieur le Président, intervint le secrétaire.
— Oui, c’est ça. C’est un terroriste manipulé par des puissances étrangères ? On peut l’arrêter ? Ah, vous l’avez déjà fait. Alors pourquoi cette réunion. Au but, Commissaire. Au but.
— Des équipes d’espions étrangers se sont infiltrées sur le territoire national, et enquête sur un lycée privé de la capitale, Kadic, intervint la Capitaine.
— Bien voilà. Vous ne pouviez pas le dire Commissaire ? Rétorqua le président, en jetant un regard noir à Florian.
— Mais, commença l’homme des renseignements généraux, comment le savez-vous ?
— Les douanes nous ont appris, Monsieur le Directeur, que certains entrants leur paraissaient suspect. Comme d’habitude on a pris note. Mais nous ne pouvons surveiller tout le monde, et des espions ou des réseaux, il y en a déjà pas mal à Paris.
— D’accord, repris Joël, mais ensuite ?
— Nous avons un accord avec les Triades. On leur laisse un peu de marge de manœuvre et ils nous renseignent. Comme ce sont les seuls fournisseurs de fausses identités de la Capitale, ils connaissent pas mal de choses. Ils nous ont appris que des gens, a priori des Chinois menaient une étrange enquête. Nous avons pu recouper cela avec un informateur qui travaille pour les Américains. De fil en aiguille, on a appris que deux groupes d’espions s’intéressent de prêt au lycée Kadic. Les Américains sont même entrés ce mâtin dans l’établissement sous l’identité d’inspecteurs académiques venus à la suite de l’affaire M’Bala.
— M’Rama vous voulez dire Commissaire, le reprit le président. D’accord. Mais encore ? Que viennent foutre des espions dans un lycée français ?
— Le Commissaire s’est rappelé qu’il avait eu affaire à ce lycée dans le temps, poursuivit la Capitaine et nous avait passé la main. Sous Balladur. Il avait cédé la main à nos services à l’époque, et nous avions mené une opération conjointe avec les Renseignements Généraux, dit-elle en inclinant de la tête envers le chef cette institution.
— Pourquoi vous ? demanda Claude Guéant. Et d’ailleurs, vous êtes qui ?
— Capitaine Corinne Ygrek. Cette affaire concernait un savant français, or la protection de la recherche française et de ses intérêts est un des attributs de notre service.
— Attendez, sur le registre du Palais, il y a indiqué que vous travaillez au service de mécanographie de l’Armée de Terre ? »
Un silence consterné suivit cette remarque de l’ambitieux secrétaire. Le président se lécha les lèvres avant de répondre :
« Claude, mon ami. Je pense qu’il faudrait que vous alliez voir Jean-François. Je ne pourrais sans doute pas le recevoir dans une heure.
— Mais, Nicolas…
— Claude, chuchota doucereusement le président. »
L’homme de lettres savait à quoi s’en tenir. Le président ne devenait jamais si calme… si ce n’est avant de se transformer en tempête dévastatrice. Mieux valait fuir maintenant, rester, c’eût été risquer son poste, sa carrière, et sa réputation. La dernière fois qu’il avait entendu ce ton-là, il était question de Clearstream et de Villepin. Guéant avait trop de soupçon pour avoir besoin de poser des questions.
Une fois que le communiquant s’en fut allé, du fait de sa démonstration d’incompétence, les différents agents secrets présent se permirent un petit sourire en coin.
— Bien. Reprenons Messieurs, reprit le Président, et Madame, ajouta-t-il avec un temps de retard. Je n’ai pas besoin de tout les détails, et vous ne me les donneriez pas. Donc, vous avez une vieille affaire, qui a eu pour cadre ce lycée. Et qui semble recommencer. C’est cela ?
— Tout à fait, Monsieur. Sauf que le protagoniste principal, le savant en cause, est porté disparu depuis dix ans. Donc, nous ne voyons pas très bien ce que les Américains viennent faire. Surtout que nous pensons que ce sont eux qui ont fait disparaître notre homme.
— Qu’est-ce qu’il faisait là ?
— Il se cachait, sous une identité de professeur.
— Des enfants, de la famille ? Intervint le directeur des Renseignements Généraux
— Une femme et une fille. Elles aussi disparues. Et notre brève enquête sur place n’a encore rien déterrée.
— Des papiers, une maison…
— Déjà fouillé il y a longtemps. Mais nous allons recommencer vu que nos alliés s’intéressent à nouveau à ce lycée.
— Bon, pourquoi avoir besoin de moi alors, demanda Nicolas Sarkozy. Allez faire votre boulot, puis revenez.
— Ces hommes sont nombreux, et armés, répondit Corinne. Il ne s’agit pas pour eux d’une banale mission de renseignement. Sinon ils auraient pris leur temps, et nous n’aurions rien vu venir. Ils veulent quelque chose de précis. Et c’est extrêmement important pour eux. Même si nous ne voyons pas ce que c’est.
— Allez tous les cueillir alors, si vous savez qui ils sont, et que ce qu’ils veulent est important. Pourquoi tout ce cirque, Snif ?
Une voix métallique jaillit du microphone :
— Parce que vous êtes le seul à pouvoir autoriser ou non une opération de cette envergure dans un établissement scolaire, Monsieur le président. Si c’est ce que vous voulez. Mais nous préférerions observer et comprendre. Connaître l’identité de ses espions pourrait être utile à l’avenir. Nous avons longuement enquêté sur la disparition de ce savant, il y a des années. Les Américains et leurs comparses ne trouveront rien. Nous n’avons donc pas intérêt à dévoiler notre présence.
— Admettons, Snif, mais quand même… réfléchit le Président, je n’aime pas l’idée d’avoir des espions batifolant dans un lycée français. Et j’aime beaucoup l’idée de l’attentat démantelé. Vous n’avez rien à dire, Messieurs, ajouta-t-il en balayant du regard le reste de l’assemblée.
— Monsieur le Président, répondit le chef des Renseignements Généraux, je peux communiquer à mes collègues les informations relatives à Kadic à mes collègues, et mettre mes ressources locales à leur disposition. Mais ce genre d’affaire dépasse les compétences de mon service.
— Il en va de même pour la DST intervint Bousquet de Florian. Certes, il s’agit d’une opération P, de Protection, plus que de Renseignement ou d’Action. Je peux fournir des hommes, mais avec l’organisation des élections… Je ne peux vous en fournir qu’une petite poignée, issus de l’anti-terrorisme. Et puis, nos collègues de la mécanographie connaissent déjà les lieux et le contexte.
— Qu’en dites-vous Capitaine ? intervint la voix métallique.
— Si la DST accepte une opération conjointe. Je n’ai plus guère d’agents disponibles. Il faudrait que je consulte mes collègues des sections R et A, mais leurs hommes ne sont pas vraiment faits pour ce type d’opérations.
— Bien, les interrompit Nicolas Sarkozy. Faites une opération conjointe. Mais tenez-vous prêt à tous les coffrer. Je ne veux pas de pertes civiles. Non plus une prise d’otage. Ça m’a réussi une fois, mais je n’ai pas envie de recommencer. Je ne suis plus tout jeune, reprit-il en se passant la main dans les cheveux. Et faites vite. Compris ? Bon. Sur ce, j’ai à faire. Je ne vous retiens pas.



France, Boulogne-Billancourt, Cité scolaire Kadic, vendredi 8 juin 2007.


Jasper Gale était un homme patient, enfin la plupart du temps. C’était une qualité indispensable dans son métier. Autant que de savoir se fondre dans le paysage. Mais, se savoir retenu dans des tâches administratives, alors que son pays était menacé, avait de quoi l’agacer. Passablement. Ce qu’il avait vu, et voyait lui paraissait éminemment normal : des élèves, des professeurs, des religieuses, un surveillant.
Bon, les religieuses c’était assez étonnant. Mais leur présence était discrète, en fait, s’il n’avait eu à prétendre regarder le budget et quelques autres détails de ce genre, il n’eût jamais soupçonné leur présence en ces lieux. Mais jouer les garde-chiourmes n’était pas dans son caractère. Pour tout dire, la perte de temps que représentait cette enquête lui pesait. Encore plus en sachant qu’il avait dû déléguer la fouille de la bicoque à ceux de ses hommes qui n’était pas au collège.
Autrement dit, il commençait à broyer du noir. Soudain, son téléphone sonna :
— Chef !
— Andrew. Quelque chose d’intéressant.
— La fouille n’a rien donné. La maison avait déjà été retourné, et à plusieurs reprises à ce qu’il semble.
— Alors pourquoi cet air joyeux ?
— Eh bien. On est resté en embuscade au cas où, et pour fonctionner si le matos filé par l’ambassade marchait vraiment.
— Mais encore ?
— On a vu un gamin…
— Qui vient se droguer ou s’isoler… normal.
— Moins quand il sort par une porte dérobée, située au fond du jardin, qui n’apparaît sur aucun plan.
— Bizarre.
— Le truc, c’est que le gamin est sorti comme s’il connaissait parfaitement les lieux. Il a refermé derrière lui, puis et rentré dans la maison. À l’intérieur, il a tourné comme une âme en peine. En fait, il paraissait somnambule. C’est à ce moment que la fille l’a rejoint. La gamine aux cheveux roses. Aelita.
— Hein ? Ça deviendrait presque intéressant là.
— Elle a paru surprise de le voir. Très surprise. D’autant qu’elle ne l’avait pas vu arriver. Elle était au courant pour la porte dérobée. En revanche, elle était surprise que lui la connaisse, puisque les autres ne lui en avaient jamais parlé.
— Quels autres ?
— Elle n’a pas précisé. On a l’enregistrement pour vous chef. Bref, ils se sont disputés. C’était assez dur à suivre. Il était question de monstres, de secrets… on aurait dit un jeu vidéo. Mais la manière dont ils en parlaient… comme des soldats, par certains aspects. Le truc important, c’est que le gamin à l’air assez fragile et perturbé. On vous envoie la photo. Mais c’est un interne du lycée.
— Parfait, je vais pouvoir le convoquer. En attendant — il est toujours là ?
— oui, chef.
— Gardez un œil sur lui. Au cas où. Ah, et cette porte dérobée… elle donne sur quoi ?
— John a été voir. Les égouts.
Sur ce, le major raccrocha et réfléchit. Ses indices semblaient se recouper. La fille connaissait l’ermitage. Et visiblement, pas comme un squat. Lorsqu’il reçut la photo faite par son subordonné, il reconnut un des élèves dont il avait parcouru le dossier : William Dunbar. Il y avait dans son dossier scolaire des remarques sur un état psychologique étrange, presque instable. Ce qui donnait au major une prise pour le faire convoquer, et obtenir un peu plus d’informations. Mais il ne pouvait le faire maintenant, à cinq heures passé. Il était inconcevable qu’un bon fonctionnaire français comme lui travaillât encore à cette heure. Cela attendrait donc lundi. En attendant, ils allaient surveiller attentivement ces deux enfants.



Les hommes du Guoanbu avaient aisément repéré les Américains, à la grande satisfaction de Ge Mingtai. Elle devait avouer que le tuyau des triades s’était avéré être très bon. En revanche, elle ne comprenait toujours pas ce qu’ils venaient faire dans un établissement scolaire. En deux jours, ils avaient agi conformément à leurs couvertures. Cela avait laissé le temps à la chinoise de disposer ses hommes de façons à surveiller tous les mouvements des américains. Ils avaient aussi pu se familiariser avec les lieux. Pour l’heure, ils se cachaient dans le parc, en attendant qu’un mouvement suspect ne révélât les véritables ambitions américaines.

C’était ainsi qu’ils eurent la chance de découvrir deux agents américains de plus. Qui visiblement étaient trop concentré sur leur filature pour faire correctement attention. À leur décharge, il était deux heures du matin.

Ces deux agents en avaient après un adolescent. Grand, brun… il avait dû être beau, d’une beauté d’arrogance et d’assurance, mais qui s’était brisée. « Dommage, pensa Ge, il aurait été intéressant ». Elle se ressaisit vite. L’heure n’était pas à ces bagatelles. Une chose était nette. Les Américains s’intéressaient à ce gamin. Donc, elle devait aussi se pencher sur lui. Mais avant cela, il fallait d’abord le mettre à plat ventre.
Mais la chance lui souriait. Ce gamin était un matinal. Il se levait tous les jours très tôt pour aller se promener à ce qu’il semblait. Un enlèvement au point du jour lui paraissait tout indiquer. Après tout, elle n’était pas une vampire, même si ses plans pour le garçon se rapprochaient des envies d’un vampire.
Perdue dans ces pensées, Ge ne vit que trop tard qu’une autre personne traînait dans le parc du collège à cette heure. Surprise, elle replongea dans le fourré où elle se camouflait. Mais elle fut trop vive, et cela s’entendit : un bruissement supplémentaire, un bruit de feuille agitées.
L’ombre qui avait tant perturbée l’espionne s’arrêta sur place, et se baissa. Aux aguets elle s’accroupit, puis tourna sur elle-même, inquiète, à la recherche de la cause de ce boucan. Une longue minute s’écoula. Puis l’ombre se remit en marche. Il s’agissait visiblement d’une jeune fille, même si la nuit noire empêchait d’en être sûr. Elle reprit sa route.
Ge lâcha un soupir de soulagement. Elle n’aurait pas aimé avoir à justifier sa présence dans une propriété privée à cette heure. En fait, elle aurait sans doute assommé l’importune présence avant de se demander que faire de ce fardeau.
Soulagée, Ge se prépara à partir discrètement, afin d’aller prévenir son équipe de l’évolution de la situation. Mais un événement survint.
L’un des agents américains avait entendu la jeune fille. Se croyant suivi, il s’efforça de disparaître dans l’ombre. Mais lui aussi fut trop brusque. Une branche de bois mort rencontra son pied. Le craquement qui s’ensuivit déchira la nuit. Des têtes se tendirent. Des muscles se bandèrent. Des armes furent sorties. Mais le plus surprenant pour tous ces professionnels de l’espionnage fut de voir que l’ombre réagit encore plus vite qu’eux. Elle courut. Elle était affolée. Ce qui pouvait se comprendre. Les présences obscures dans les parts étaient rarement bons augures. Entraînés comme ils l’étaient, les agents la suivirent.
Et la perdirent.
L’ombre était passé derrière un bosquet, et l’instant d’après n’était plus dans la clairière.
Ge eût bien voulu mieux comprendre ce qui s’était passé. Mais il y avait trop de monde dans ce parc.
Non, il valait mieux aller rendre compte.
Et puis… elle avait un enlèvement à organiser.

À suivre : Il y a loin de la coupe aux lèvres.
_________________
AMDG

Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.


Dernière édition par Silius Italicus le Dim 06 Mai 2018 21:58; édité 3 fois
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Minho MessagePosté le: Lun 08 Mai 2017 08:29   Sujet du message: Répondre en citant  
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Hola,

Cela fait un moment que je m'étais promis de commenter le début de cette fanfiction, prometteur d'ailleurs mais pouvait-il en être autrement de la part de ce cher Silius ? Même si, comme Zéphyr l'a dit, les textes proposés dans ce topic jusqu'ici sont assez différents de ce qui a pu être montré lors de précédents OS dans ce Royaume qui vous tient tant à cœur. S'il est vrai que « le style d’écriture est ici bien plus accessible » (tout en gardant un niveau certain d'opacité nécessaire, entendons-nous bien), le fond est plus complexe, ardu à cerner et cette impression est renforcée par le format long de ce type de texte. Eh oui, qui dit fanfiction dit inévitablement plusieurs chapitres et tant mieux, traiter un tel sujet en format court aurait plus facilement déforcé le propos et l'impact mondialiste n'aurait pas pu être aussi largement exploité. Parlons-en d'ailleurs de cet aspect, le conflit entre les grandes nations de ce monde est récurrent au forum (au même titre que le passé/futur des Lyoko-guerriers ou de la backstory Carthage plus ou moins élaborée) même s'il n'est pas aussi fréquent que le contexte post-saison 4 immédiat... et heureusement d'ailleurs. Dans le cas de ce genre officiel et assumé au sein du sous-forum, il y a ceux qui excellent en construisant avec plus ou moins de facilité une crédibilité à une réalité qui est pourtant relativement éloignée de notre quotidien – les manigances gouvernementales par exemple – alors que d'autres peinent à esquisser un semblant de visage à cette facette de la société que nous connaissons surtout via la fiction... à moins que vous ne m'ayez menti sur votre véritable profession et que vous êtes en réalité le nouveau président de la République, dans ce cas je n'ai aucun doute sur vos capacités à rendre compte des évènements internes et tumultueux du train-train politique et j'en profite aussi pour remettre le bonjour à cette chère Brigitte.

Trève de plaisanterie, dans ces deux catégories d'écrivains propres à ce genre, vous semblez appartenir à la première : celle qui fait preuve d'un réalisme à couper le souffle en écrivant des scènes qui se situent dans un environnement relativement abstrait pour le commun des mortels. Pour moi, c'est le grand point fort de ce qui est proposé ici : le côté vrai donné d'emblée à cette histoire qui se déroule dans des bureaux inaccessibles de notre point de vue de simple spectateur de Code Lyoko. Pourtant, force est de constater que la translation a soudainement (ré)impliqué ces grandes puissances et vous faites donc un parallèle avec ce que nous connaissons tous indéniablement : « En fait, les enregistrements sibériens sont un coup de chance extraordinaire. Ils parlent un français pur, et mentionnent des éléments très précis qui nous mènent à Kadic. » Et c'est vraiment là que se situe le grand enjeu de cette fiction selon moi : jusqu'où va aller ce lien entre l’établi du canon et l'abstrait rendu réel, autrement dit quel sera l'impact de cette attention mondiale sur Kadic ? Évidemment, ce n'est pas la seule question, on peut aussi se torturer l'esprit à tenter de prévisualiser l'équilibre des forces nationales au fur et à mesure de l'avancement du récit. Intéressant de noter que vous avez aussi inclu la Chine, qui a vraiment sa place dans l'histoire, il est indéniable que notre planète ne se résume pas à la courbe USA-France-Russie et ce dernier pays n'est vraiment pas le seul membre du BRICS à présenter un intérêt certain en fiction de ce genre. Tant que j'y pense, voilà une phrase qui mériterait d'être relue par vos soins : « Pourtant, elle sentait la déception dans sa voie... » ainsi que celle-ci : « Bien, Je vais mettre une salle à votre disposition messieurs. » qui comporte une majuscule abusive et dont le pauvre guillemet de début ne se referme jamais.

Au niveau des personnages, j'ai moins à dire parce que... j'attends de voir, j'ai un peu de mal à m'identifier à la majorité d'entre eux (pas forcément votre but premier sans doute) mais ça semble se délier un peu au fil des chapitres. Dans les gens d'en haut, Jasper Gale est très prometteur et semble se démarquer (tout comme son nom que j'apprécie beaucoup by the way). Sur le terrain, je suis déjà tombé amoureux de Ge Mingtai, en voilà une qui n'a pas peur de se salir les mains ! Je dois vous avouer que c'est le seul personnage, pour le moment, dont la mort m'attristerait vraiment. J'ai d'ailleurs hâte qu'elle donne un grand coup de pied bien placé à ce fameux place to be : l’établissement de Delmas... qui risque de se faire amputer provisoirement d'un de ses élèves dans le chapitre à venir. Un bon vieux kidnapping, toujours aussi jouissif et efficace !

Au plaisir d'en voir plus !
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Icer MessagePosté le: Sam 27 Mai 2017 16:38   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Il était plus que temps que je passe laisser un commentaire.
Il me semble que j'avais déjà lu le prologue et le chapitre 1 que tu m'avais filé en interne. J'ai quand même tout relu, ce n'est pas un moindre mal vu le niveau de l'écrit.
Autant jouer cartes sur table : J'ai toujours trouvé tes OS chiant à mourir, et ne pouvant satisfaire que des condamnés s’apprêtant à passer sur la chaise, histoire de les réjouir en se disant que la mort les délivrera à jamais de ton style. C'est tout l'inverse pour ce qui est de ta fiction, alors tu imagines mon choc. Un grand écart pareil en est presque douteux...
A...attendez, ne me dîtes pas que votre art est...

Spoiler


Bon mais il n'est pas rare qu'une histoire qui mentionne le Président des États-Unis dès le prologue soit alléchante cela dit.
Déjà, on part d'un post saison 4 classique qui est pourtant parti d'un postulat encore non traité (Je reconnais avoir totalement éludé la question) et pourtant tellement évident : Les conséquences de la lutte virtuelle sur les bases, notamment celle du Nouveau-Mexique et évidemment, l'ISS, où les scénaristes de CL s'étaient attaqués à du trop gros gibier. Ton talent a également permis d'inclure les deux autres. Puisque cela semblait trop facile, j'attends l'allusion à la base avortée d'un "réplika montagne" dont on ne connait que le décor réel. Suffisant pour toi non ? Mr. Green

L'implication des agences américaines est donc, je le disais, logique, et l'arrivée dans le jeu des deux autres orges mondiaux est opportunément le fruit de l'espionnage classique. En deux chapitres, tout ce beau monde est déjà à Paris.


Spoiler


Finalement, la glorieuse administration française s'en mêle aussi. On est bien parti pour faire mieux que L'Affaire Tournesol, même si on se demande ce que les latins vont pouvoir faire face à tout ce beau monde. Tant qu'ils ont l'avantage du terrain, ils peuvent faire semblant de suivre mais après, j'imagine qu'ils vont s’effacer logiquement. La fin du chapitre 3 n'a encore provoqué qu'une faible escarmouche. On peut considérer qu'il s'agit de la fin du cycle introductif, et que le prochain chapitre va entrer bien davantage dans le vif du sujet. Vivement.

Puisque tu es dans le réalisme assumé, je me demandais si Ge Mingtai avait débarqué de Chine ? Si oui, j'ai du mal à croire qu'elle puisse arriver à Orly, mais je ne serais pas surpris que tu m'annonces qu'elle vienne d'Alger pour brouiller les pistes...

En tout cas j'ai vraiment hâte de pouvoir lire la suite, et tu as plus qu'intérêt à aller au bout de cette histoire très prometteuse. Évidemment je suis bien conscient du niveau de travail nécessaire à pareil écrit, donc nul couteau sous la gorge pour l'instant. Pour l'instant. Le futur t'appartient. Et c'est vrai que ça fait vachement Yumimi ce titre, quelle ironie vu la différence de catégorie...

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« Les incertitudes, je veux en faire des Icertitudes... »
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L'astronaute MessagePosté le: Mer 31 Mai 2017 14:02   Sujet du message: Répondre en citant  
[Je suis neuneu]


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Localisation: Dans ma station spatiale virtuelle, en orbite du deep web
*L'astronaute de retour de l'espace heu... des révisions voit le nouveau chapitre sorti*
Eh bah voilà ! L'entrée des services de renseignement Français ! ´tain, si ils étaient pas dans l'histoire alors que ça se passe juste à deux ou trois arrondissements de leurs QG ça aurait été inquiétant ! Fabuleux chapitre une fois de plus avec des transitions cohérentes á la perfection entre le point de vue russe américain chinois et maintenant Français, j'apprécie également l'apparition dans l'histoire de William et aelita, j'espère que une partie de chapitre où on verra les choses de leur point de vue sera également au programme sous peu et voir comment ils appréhendent les interviews de l'enquête menée par les imposteurs ! J'ai peut-être raté le moment où tu l'as expliqué mais comment ont-ils empêché les inspecteurs de venir à Kadic ? Je ne crois pas avoir autre chose à ajouter donc je vais vous laisser ici et te souhaiter une bonne continuation Silius !
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Sorrow MessagePosté le: Jeu 07 Déc 2017 22:44   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kankrelat]


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Localisation: Sur un arbre perché
Bonsoir à vous,

Au vu de l'impeccable présence dont vous faites preuve sur mon écrit, j'estime qu'il est normal de venir vous rendre la politesse. Je n'aurai certainement pas la finesse de vos analyses mais rien ne m'empêche d'essayer ! J'aurai au moins le mérite de ne pas vous laisser vous encrouter dans ces six mois d'inactivité.

Je ne me sens pas la foi de détailler spécifiquement les trois chapitres et le prologue, mais sachez que l'ambiance est mise en place très facilement et qu'on se plonge très vite dans le récit. Les personnages, notamment Ge Mingtai ou le major Gale, passent vite du statut de parfaits inconnus à figures familières. Et il est plaisant d'avoir des figures familières dans un univers si éloigné de celui de la série ! Le chapitre 3 amorce la collision entre les deux mondes mais j'y reviendrai ultérieurement, pour tenter de sauver le peu de cohérence qu'aura mon commentaire.
Je dirais qu'une des principales raisons pour cette familiarité vite acquise, c'est le soin de la description. Le portrait physique des personnages fonctionne bien sur les détails qu'il pointe, et leurs répliques sont assez personnelles malgré le contexte professionnel où elles sont prononcées. On arrive à les cerner alors qu'on ne les voit que dans l'environnement du travail, qui plus est au sein de l'armée ou des renseignements : un monde assurément peu perméable aux véritables traits de personnalité. Ainsi, on peut s'interroger sur ce qu'on voit d'eux et si cela correspond réellement à ce qu'ils sont, ou si tout ceci n'est au fond qu'un vaste bal masqué (dont vous êtes coutumier si je ne me trompe pas ! ). La plupart des protagonistes dégage également un charisme bien appuyé par le texte, ce qui aide évidemment à donner de la consistance même à ceux qu'on ne voit pas aussi régulièrement (le supérieur de Gale, et Varakov par exemple).

On retrouve ce même soin pour la description des lieux et des faits. Les recherches sont criantes de vérité, et cela crédibilise largement le contexte géopolitique. La profusion de noms de villes, d'institutions, de titres, contribue à la fois à perdre un peu le lecteur et à rendre le tout plus vivant et plus tangible. Je regrette à titre personnel que vous n'ayez poussé le vice jusqu'à orthographier les noms chinois avec les quatre tons traditionnels. En l'état, impossible de dégager une quelconque étymologie, alors que les noms sont des outils tellement amusants pour disséquer un personnage !
Dans la même veine, je constate que vous êtes capable d'enchaîner de très longs dialogues et de très longues descriptions. Les deux se mélangent finalement assez rarement, du moins c'est l'impression que j'ai eue après ma relecture. D'ordinaire, l'enchaînement de tirets de dialogues sans narration donne un aspect plat à l'échange, pourtant le défaut n'est pas présent ici. Je pense que c'est à relier à cette personnalité dont les personnages font preuve quand ils s'expriment, et que je mentionnais déjà tout à l'heure.

Spoiler


En ce qui concerne le scénario, car il faut bien en parler, la convergence des intérêts des pays sur Paris donne un effet de miniaturisation de l'action. Du monde entier, on a zoomé sur une seule agglomération, où pas moins de cinq camps sont en lice (les Lyokoguerriers et les quatre pays). Il se pourrait que le zoom se poursuive jusqu'au Supercalculateur directement, mais je ne vois pas l'intrigue finir dans l'atmosphère intimiste de l'usine. Le Supercalculateur ne sera en fait qu'un zoom implicite à mon sens : bientôt il sera présent dans tous les esprits.
Les jeux d'espionnage mutuels entre les différents partis tracent une sorte de grande toile d'araignée complexe mais non chaotique (bravo pour ceci, ce n'était pas forcément évident) où chaque petit mouvement déclenche des vibrations qui se répercutent partout : en venant à Paris, les américains ont tout de même réussi à faire bouger les services secrets de trois pays ! Un second phénomène se dégage malgré tout, une sorte de jeu de poupées russes (n'est-ce pas le cas de le dire ?) : les américains sont surveillés par les russes, eux mêmes surveillés par les chinois, eux mêmes surveillés par les français. Celui qui se trouve au sommet de la pyramide est supposé avoir le pouvoir, mais les chinois sont tout de même ceux qui m'ont l'air le mieux partis dans cette histoire.

L'histoire annonce la collision entre la sphère des Lyokoguerriers et celle des espions pour très bientôt, entre l'enlèvement de William planifié par les chinois et le Lyokoguerrier qui disparaît dans le parc sous leur nez... Il est d'ailleurs très frustrant de n'avoir de nouvelles des Lyokoguerriers que depuis les yeux des autres protagonistes, qui en sont très éloignés : cette affaire entre Aelita et William dont le major Gale prend connaissance nous semble de fait très floue, alors que le somnambulisme de William semble mériter davantage de détails. Je ne doute pas que nous y viendrons.
Une fois cette collision enclenchée, comptez vous écrire du point de vue des Lyokoguerriers également, ou conserver cette distance gouvernementale qui jalonne la fiction depuis le départ ?

Ceci conclura mon premier commentaire sur la section. En espérant ne pas avoir été trop ennuyeux, je vous salue bien bas, et vous souhaite bonne route jusqu'à notre prochaine rencontre.

Votre timide visiteur ailé,

Sorrow.
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Silius Italicus MessagePosté le: Dim 06 Mai 2018 22:22   Sujet du message: Répondre en citant  
[Krabe]


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Messages: 203
Localisation: à l'Est d'Eden
Bien le bonsoir,

Cela fait presque un an, jour pour jour, que ce récit n’avait avancé. Je tiens à m’en excuser auprès de mes lecteurs. La vie m’a tout simplement ralenti dans mes projets. Cependant, ce récit ira bien jusqu’à son accomplissement. Par ailleurs, et pour des raisons diverses, ce chapitre fut compliqué à rédiger, même si je pense que cela ne se verra guère au premier regard.

Spoiler



Chapitre 4 :
il y a loin de la coupe aux lèvres




Lundi 11 juin, 7h00, abords de la cité scolaire Kadic.


Ge Mingtai était plutôt fébrile à l’approche de la cité scolaire Kadic. Outre la tension inhérente au fait de projeter un enlèvement en territoire ennemi, ou assimilé comme tel, elle subissait le contre-coup d’une pression hiérarchique soudainement accrue. Cela se doublait de la très désagréable impression que la situation lui échappait. Pourtant, en deux jours son équipe avait eu le temps de faire le point sur la cible. Le jeune homme — elle avait son nom sur le bout de la langue, sans trop savoir comment — avait pour habitude de se lever tôt et de sortir par le parc avant que les cours ne commençassent. En fait, sa grande chance avait été que ce délicieux garçon restât à l’internat le week-end durant. Certes, elle n’avait pas eu autant de temps qu’elle l’aurait souhaité pour préparer son opération. Mais bon, il faudrait faire avec. De toute façon, elle émargeait à la section Action, non au Renseignement ou à la Protection. Dans sa partie des services, on ne posait pas trop de question : « Droit au but et sans histoires » comme disait le grand chef. Cela marchait. Neuf fois sur dix en tout cas. En effet, l’attente et l’observation mettaient en jeu un autre type de risque. Celui de se faire repérer ou prendre. Risque décroissant passé un certain temps, il est vrai. En revanche, prendre son mal en patience permettait des opérations propres, nettes, et sans bavures. En somme tout était affaire de calculs de risques, de tempéraments et de l’état de la situation globale.

À condition du moins que la victime respectât les règles du jeu et acceptât d’avoir une vie à peu près réglée. Selon Ge, c’était un point trop incertain. De fait, aucun individu assez intéressant pour que l’on veuille l’enlever, l’exploiter puis l’exécuter — même un idéaliste ne relâcherait une personne qu’il venait de capturer et d’interroger — n’avait une vie monocorde : hommes d’affaires, syndicalistes, barons de quelques trafics, espions… tous à des degrés divers échappaient à la monotonie. Les opérations bien planifiées laissaient donc bien trop de place au risque et à l’incertitude : pour monter une embuscade, il fallait d’abord avoir l’assurance que la victime tournerait à gauche et non à droite !

C’est pourquoi Ge avait adopté la philosophie de son service… ou y avait été adopté. C’était difficile à dire. Un peu de reconnaissance, une évaluation des différentes portes de sortie, puis une action rapide et brusque. Si échec il y avait, il y aurait toujours le temps et la possibilité de revenir plus tard.

En ce moment précis, le charmant jeune homme était une cible compliquée. En bon étudiant, il n’était pour ainsi dire jamais seul. Jamais assez au goût de Ge Mingtai. Que lui importait qu’il n’eût pas d’amis et fut toujours seul. Il n’en restait pas moins qu’il serait toujours ou en cours, ou au milieu d’une cours de récréation, ou dans une chambre partagée. Malheureusement, au vu de l’insistance de la hiérarchie, il n’était pas envisageable d’attendre une semaine de plus. De même, sa faible dotation en homme et en matériel ne rendait pas possible l’idée de le capturer avec son colocataire dans leur chambre. S’ils avaient été des femmes, elle aurait peut-être pu s’accorder avec ses contacts locaux, qui versaient dans la traite des blanches, mais non, la cible était un plaisant garçon.

Il fallait donc l’avoir maintenant. En pariant sur cette habitude de promenade matutinale dans le parc de l’établissement.

Cela donnait une excellente occasion de s’emparer de lui et de le jeter dans une voiture. Bien sûr, il était possible qu’il ne respectât pas ce schéma de comportement. Auquel cas elle disposait quand même d’une marge suffisante pour rentrer dans l’internat, et s’emparer de lui au lit. Ce qui était le plus mauvais plan envisageable. En effet, il faudrait alors se préoccuper de son camarade de chambrée, puis des forces de l’ordre.
Visiblement Kadic n’était pas mono-éthnique. Pour autant, les Asiatiques y étaient rares, et donc tous étaient connus et repérables. Et quand bien même : en dépit de son aspect poupon, de son visage de porcelaine et de l’impudente innocence de sa bouche charnue, nul être censé n’aurait pu prendre Ge Mingtai pour une élève. Physiquement, cela aurait presque pu se faire. Mais il y avait dans ses yeux… des yeux trop vieux pour sembler être ceux d’un étudiant au sein de cet établissement cossu : elle avait vécu. Vu des choses qui auraient brisé ces mignons adolescents. Les avait infligées aussi. Après tout, il n’y avait meilleurs bourreau que les victimes.

Un obstacle supplémentaire rendait bien aléatoire le fait d’aller chercher la cible dans son lit. Certes, ils avaient pu repérer sa chambre, avec une raisonnable certitude. C’était la seule dont la lumière s’était allumée ce samedi matin, et une nouvelle fois le dimanche. Deux occurrences suffiraient pour avoir une certitude. Au pire les journaux mentionneraient l’intrusion d’un pervers dans un internat respectable. Non, le problème était sexuel.

La cible était un garçon. L’internat ne pouvant pas ne pas séparer les sexes, arriver jusqu’à cette chambre supposait de s’introduire dans une partie du bâtiment utilisée par la gent masculine, et donc interdite à celles qui ressortaient du sexe féminin. Non que violer ce type de tabous gênât l’agente chinoise, mais il était probable que sa présence ne serait pas admise, pour quelque raison que ce soit. Et connaissant la piètre qualité des hommes sous ses ordres, elle préférait ne pas confier ce genre de tâches délicates à leur balourdise.

Quoique, au vu de la promiscuité qui avait cours dans l’Occident décadent…


C’est pourquoi, il valait mieux pour elle qu’elle n’eût pas à employer cette seconde option. Le plan était donc simple. Tendre une embuscade à quatre. Assommer la cible, puis l’embarquer dans une voiture conduite par le dernier membre du groupe.

Mais elle avait dû in extremis faire varier son plan.

Le quartier tout entier était bouclé.

Ambulance, voiture de police, hélicoptères… la totale. Il ne manquait que l’armée et les médias. Lesquels ne sauraient manquer de se précipiter. Du moins, après l’écoute des émissions matinales à la radio. Le Nabot comptait plus qu’un lycée.

Du peu qu’elle avait pu comprendre de la situation, il y avait eu une série d’accidents de voitures, et des comas soudain en pleine rue. Pire que tout, certains de ces événements avaient eu lieu juste devant Kadic. En conséquence, aucune voiture ne pouvait circuler librement.

Deux des membres de son équipe était à compter au titre des victimes de cette vague d’événements. Ils ne s’étaient tout simplement jamais réveillés. Deux morts incompréhensibles… Du moins sans cause que l’espionne put identifier. Sa formation en la matière était pourtant extensive, tant dans la pratique que dans la théorie. Ils les avaient juste trouvés là, dans Leurs lits. Leurs corps avaient comme… cessé soudainement de fonctionner : quelqu’un avait trouvé et tourné le bouton « off ». En soi, cela eût mérité une enquête… mais la mission passait avant tout.

Il s’ensuivait qu’elle disposait de moins de matériel que prévu au regard de son plan initial. Un vieux proverbe disait qu’aucun plan de bataille ne tenait au-delà du premier coup de feu. Mais là, son plan était en lambeau avant même qu’un début d’hostilité ne se soit matérialisé. Au point que c’en était suspect.

Enfin, les ordres étaient les ordres.

Aussi étrange et absurde qu’ils pussent lui apparaître. Mais elle n’était qu’une exécutante. La vision d’ensemble, ce plateau de billard aux multiples bandes n’était pas son affaire. Sauf à vouloir rejoindre ses racines avant l’heure.

Et les ordres disaient qu’il fallait couper l’herbe sous le pied des Américains. La situation était simple. Les Américains en avaient après le mignon. Ils allaient sans doute le convoquer dans la journée, ou le lendemain. Elle estimait qu’il y avait une chance sur deux pour qu’ils le fassent disparaître de suite. Elle s’était laissé dire qu’il y avait un scandale en cours dans l’établissement. Une histoire d’émigré clandestin rattrapé par la police alors qu’il était scolarisé. Un certain…_M’Rama… Non, ce n’était pas ça.
Ah, voilà. M’Bala, Christophe M’Bala. De Côte d’Ébène — obscur pays d’Afrique occidentale dont elle ignorait l’existence jusqu’alors. Toujours était-il que les Américains, au vu de leur couverture, pouvaient utiliser cette affaire pour extraire le mignard et le faire disparaître. Vu l’efficacité consubstantielle à la bureaucratie, personne ne s’en rendrait compte de suite. Quant à Ge Mingtai, il ne lui resterait plus alors pour seule option que l’attaque du convoi enlevant le jeune homme. Or, une chose était un plan bancal pour enlever par surprise un jeune garçon, une autre de reprendre un prisonnier à un groupe de professionnels.


Bien sûr, raisonnait-elle, il se pouvait qu’ils se contentassent de le garder à l’œil. Mais alors elle ne pourrait plus s’emparer de lui sans griller sa couverture : cette option la faisait passer de chasseur à proie. Chose qui ne lui était ni familière, ni désirable. Donc, sa meilleure chance c’était de s’emparer de la cible maintenant.


Toujours est-il qu’elle devait faire avec trois personnes, elle incluse, et non cinq. En théorie, cela restait faisable. Un homme s’emparait de la cible, un autre faisait le guet, et le dernier préparait la sortie de terrain. En pratique, alors que le quartier était paralysé et toute voiture fouillée, la manœuvre était plus compliquée.

En substance, elle ne pouvait plus se servir de la voiture pour quitter le théâtre des opérations directement. En même temps, il lui était — c’était l’évidence — impossible de se promener avec un lycéen inconscient sur l’épaule. Elle ne pouvait pas non plus jouer le coup de l’ambulance pour évacuer. Il lui restait par chance une voie de sortie. Les égouts. Le système de retraitement des eaux était aménagé de manière peu habituelle : accès aisé, voies larges et hautes. Elle comptait donc escamoter la cible par les égouts, sortir du quartier dans un endroit discret et récupérer la voiture préalablement garée à côté d’une plaque. Bref, ces égouts étaient un don du ciel, pour un peu elle eût été prête à croire qu’ils avaient été creusés pour faciliter ce genre de déplacements secrets.


Elle avait donc envoyé l’un de ses hommes avec la voiture. Il les rejoindrait en route dans les égouts, au cas où des renforts seraient nécessaires. Évidemment, dans le cadre de l’enlèvement d’un lycéen, c’était prendre bien des précautions. Mais au regard de cette extraordinaire collusion de contingences, elle estimait que trop de précautions ne saurait trop nuire.

Elle était loin de se douter que ses contingences étaient des nécessités.

Ge Mingtai et Da Qi s’enfoncèrent dans l’obscurité rance des égouts. Il leur faudrait quelques minutes pour accéder à la sortie sise dans le parc de la cité scolaire Kadic. Ensuite, ils se fondraient dans les buissons et tendrait leur embuscade. Il ne resterait plus qu’à repartir. L’affaire ne devait donc pas prendre plus d’une demi-heure.
Elle ne pouvait s’empêcher de penser aux deux hommes qu’elle avait perdu. Il était assez inhabituel de perdre des hommes dans son arme. En perdre deux en une nuit, sans cause connue suffisait à la faire frissonner.


Même jour, horaire similaire, semblable lieu.


Vladimir avait pu faire l’expérience pratique de la vie d’espion, enfin, de celle des membres de service action. De l’observation et de la tension. Beaucoup de tension, à l’approche du moment fatidique. Les hommes qui lui avaient été donnés étaient des professionnels, élite parmi les élites. Ils n’avaient eu aucun soucis à identifier les agents infiltrés dans l’établissement — à priori les Américains — et les agents qui rôdaient autour, notamment dans le parc — sans doute les Chinois.

Bien sûr, il était plutôt difficile en temps normal d’identifier des espions… C’est là que l’art russe était rentré en action. L’astuce pour faire sortir les loups du bois était tout simplement de leur présenter une opportunité…

Quoi de mieux en la matière qu’une inspection administrative. On provoquait des vagues autour d’une histoire montée de toute pièce d’immigration illégale, ce qui ouvrait la porte de l’établissement scolaire à des personnes extérieures… Pour ceux qui avaient été identifiés comme États-uniens, c’était une merveilleuse occasion. Cerise sur le gâteau, elle leur permettrait d’exfiltrer leur cible, quelle qu’elle fut, de l’établissement, sous le prétexte de vague de vérifications d’identités.

Pour parer à cela, leurs concurrents devraient agir les premiers. Dans des délais réduits. Or la précipitation était rarement bonne conseillère.


Le problème était plus de savoir que faire à partir de là. Les Américains avaient établi ce qui semblait être une surveillance assez large. Autrement dit, il ne savait pas vraiment ce qu’ils recherchaient. Du moins au début. En fin de semaine et le week-end durant, leur surveillance s’était concentrée sur le parc, et sur une certaine partie du parc en particulier. Du moins s’il fallait en croire les observations faites sur les mouvements des Chinois.

Mais il était difficile d’être plus précis que cela. L’intervention de la Fédération avait été trop tardive et trop brusque. C’était d’ailleurs sans doute ce qui avait motivé l’envoi d’une équipe action plutôt que d’agents du renseignement proprement dit. Autrement dit, Vladimir et son équipe étaient mal implantés. Le trop grand nombre d’espions sur leur garde les empêchaient de s’infiltrer à leur tour pour mener une enquête en bonne et due forme. À la place il fallait se contenter de surveiller la surveillance que les Chinois faisaient des Américains. En somme, les yankees étaient les maîtres du jeu : leur prochain coup déterminerait la cascade de réaction. Le problème était de savoir qu’est-ce qui était un coup. Partant de là, une autre difficulté surgissait, celle de savoir quelles seraient les réactions. Isolés en terrain hostile, Vladimir et ses hommes avaient véritablement besoin de se livrer à ce jeu d’échec mental au terme duquel ils pourraient dégager les voies les plus sûres.


Un autre problème était de savoir s’il fallait viser les Américains proprement dit ou les Chinois au moment où ils auraient ravi l’initiative. La surprise ne marchait qu’une fois, et n’atteignait que les chefs, multipliant par trois leur temps de réaction.
En sus de quoi, il n’était pas impossible que les autochtones aient vent de certaines choses. Après tout, les Français à défaut des moyens avaient le talent pour jouer dans la cour des grands. Jouant à domicile, leurs moyens étaient étendus bien au-delà de ce que les autres forces en présence étaient en mesure de supporter. La conclusion de cette suite de prémices était simple : pour tous, il fallait agir vite et avec vivacité. Vite pour échapper au risque de détection et surprendre, avec vivacité pour ne pas laisser aux indigènes l’occasion de se mettre en branle. Vladimir estimait que le prochain coup se jouerait en milieu de semaine. Le capitaine Andropov, en bon commando, penchait plutôt pour le tout début de la semaine. Une bouteille de vodka reconnaîtrait celui qui aurait raison.

En attendant, il fallait maintenir une surveillance serrée. L’équipe avait donc été divisée en deux. Un groupe surveillait les Américains. Un autre s’était embusqué dans le parc autour des Chinois. Ces derniers avaient visiblement mené une reconnaissance extensive des environs au cours des deux derniers jours. Cette reconnaissance s’était centrée autour d’un point particulier.

Un jeune homme. Un lycéen tout ce qu’il y avait de plus banal. Tant Vladimir qu’Andropov en avaient vu des centaines comme lui chez eux. De taille moyenne, aux cheveux de jais. Il était plutôt beau, le port altier, l’allure de quelqu’un qui se sait maître. Son visage était tout aussi banal. Celui d’un adolescent déchu, qui avait découvert que le monde ne se plierait pas à lui, ne lui ferait pas de place. En somme, il avait déchanté, ce que tout un chacun finissait — certains tôt, d’autres tard — par faire. Il n’y avait rien concernant ce garçon dans l’enquête sur Kadic qu’avait pu lire Vladimir. Il n’était donc a priori pas une célébrité, ou le fils de quelqu’un de particulièrement important. Il s’ensuivait que les mouvements chinois et américains étaient suspects. Au point que Vladimir envisageât toute cette opération comme une intoxication. Éventualité qui restait plus spéculative qu’autre chose. Après tout, elle aurait requis une alliance, même de circonstance, entre la Chine et les États-Unis d’Amérique. Chose qui paraissait hautement improbable. Mais, c’était en examinant jusqu’aux possibilités les plus folles que l’on pouvait se prémunir de la surprise. C’était ainsi que les agents russes étaient devenus suprêmes dans leurs arts.

Il n’en restait pas moins que le centre d’intérêt des Chinois, et a fortiori des Américains était un jeune lycéen. Il était difficile de voir le lien avec l’affaire en cours. Sauf à supposer que ce jeune homme ne fut à la tête d’une organisation internationale d’envergure. Quoiqu’il en fut, Vladimir n’avait pas les moyens et le temps de mener une enquête dans les règles et d’agir en fonction de cela. Pourtant, c’était la clé du succès en matière d’espionnage. Ils allaient donc devoir agir dans la précipitation, et ce alors que tout le quartier était en proie à un chaos paniqué.


« Enfer ! Pensa-t-il, nous n’avions pas besoin de cela, pas plus que de perdre deux hommes du jour au lendemain ».

C’était sa première opération, et il avait déjà à renvoyer deux cadavres à la Mère Patrie. Et deux lettres à écrire.

« Mouais… je laisserai Andropov s’en charger, après tout, c’est lui leur officier supérieur, marmonna-t-il dans sa barbe. »

Il continuerait bien à se passer cet exercice pendant encore quelques décennies. Le médecin légiste de l’ambassade, contacté en urgence, s’était déclaré incompétent. Toujours était-il qu’une mystérieuse épidémie de cadavre affectait les alentours de la cité scolaire Kadic au vu de ce qu’ils avaient pu saisir de la situation.

Le problème n’était même plus de rester discret, mais de garder un certain contrôle sur les cibles alors que des attroupements se formaient et se dissipait sans cesse. Ce ruissellement de gens, se croisant et se recroisant, tel un fleuve s’épuisant en une multitude de cours d’eau, voici son ennemi ! La veille il n’aurait pas eu assez d’homme pour faire face à une telle situation.

« Réfléchis… après tout, tes adversaires évoluent dans les mêmes conditions… sauf s’ils ont volontairement organisé pareille situation… »

Hypothèse qu’il pouvait raisonnablement éliminer. Si cela avait le cas, les autres seraient déjà passé à l’action. Or, pour l’instant, ils ne l’avaient fait.

La conclusion, c’était qu’ils n’avaient pas de support parmi les multiples intervenants. Il leur fallait donc ou reporter leurs activités jusqu’à des jours plus calmes, ou entrer et sortir dans une absolue discrétion.

Les égouts… puis une voiture. Ce devait être le plan chinois.

« Capitaine ? Votre avis sur notre situation ? »

Un grognement lui répondit.

« Mauvaise. Le mieux serait de nous replier.
— Avec de forte chance de perdre nos pistes actuelles, sans garanties de pouvoir sauver la mission ultérieurement.
— Mais avec des chances tout aussi élevées de nous faire prendre. Nous ne pouvons à la fois jouer les observateurs, fracasser les plans ennemis, et échapper aux regards, pas alors que le quartier semble bouclé. Plus encore. Nous avons déjà perdu des hommes sans savoir ni comment ni pourquoi. La situation est trop délicate, dangereuse et instable pour continuer.
— Nous avons déjà reçu confirmation de mener l’enquête jusqu’au bout suite à ces morts : Papa est d’avis que c’est le signe que nous ferrons dans le bon bassin.
— Vous voyez un commissaire politique ici ?
— Quand bien même, reprit Vladimir, si nous étions réellement repérés, nous serions déjà tous mort ou en fuite.
— Faire retraite… pardon, prendre la fuite, serait pourtant la chose à faire.
— Papa a déjà tiré un joker de son chapeau pour nous donner cette opportunité.
— Alors, marchons. À quoi pensez-vous que nous devrions renoncer ?
— Je parie sur les Chinois, lui répondit Vladimir.
— Et non les amerikki ? Demanda Andropov, intrigué.
— Nous avons établi qu’ils ne pensaient pas intervenir si tôt.
— Un plan ça s’effondre et se change. Dès le premier coup de feu. Et là, il y en a eu des coups de feu à ce que l’on dirait.
— Hmm… Contrairement à nous ou au Chinois, ils sont déjà introduits dans la place. Ils n’ont donc pas besoin de se presser. Au contraire, ils n’ont rien à faire à cette heure dans les parages de Kadic.
— Da, sauf que nous ne sommes pas chez nous… ces Français sont… indolents. Ils ne feront pas attention à ce type de détails.
— Mais les États-uniens, si.
— Hum ?
— Les Américains sont comme nous. Des agents envoyés en zone étrangère pour une opération ponctuelle. Ils sont sur leur garde… et feront attention à ces détails.
— Ah. C’est bien vu. »

Le capitaine Andropov hocha la tête d’un air approbateur. Il se laissait convaincre par ce jeunot. Son dernier point était loin d’être idiot, même si du point de vue de son aîné c’était une hypothèse peu fondée. Hypothèse dont il allait se servir pour justifier la suite de l’opération.

Non qu’ils eussent beaucoup de choix en la matière. Le vieux spetsnaz avait d’ailleurs apprécié que son interlocuteur sût se jouer le jeu tout à l’heure. Si les choses tournaient au vinaigre — ce qui était toujours possible — ils pourraient tout deux rapporter en toute bonne foi que la question de reporter l’action avait été débattu et que c’était un ordre du supérieur direct qui avait clôt ce sujet. Ainsi, un seul porterait le blâme.

Il reprit :

« Les Américains ne sont donc pas vraiment un souci. L’idée reste donc de pirater l’opération chinoise.
— C’est mon intention. Le plan reste similaire à ce que nous avions déjà envisagé ces derniers jours.
— Sauf que la situation n’est pas la même. Avec autant d’agitation, il va être difficile de repérer l’ennemi, plus encore de l’intercepter.
— Le terrain joue autant contre nous que contre eux. Nous connaissons leur cible. Et leur méthode.
— Ils n’ont pas l’habitude des visites de courtoisie, ces barbares, agréa le Capitaine.
— Il leur faut donc un moyen sûr de repartir avec leur colis. Je pense avoir une idée.
— Les égouts ? Cette plaque dans le parc.
— Oui, c’est mon avis.
— La présence de cette plaque est étrange d’ailleurs. J’aurais aimé pouvoir plus l’inspecter.
— Ah ? s’étonna Vladimir.
— Peut-être que les Français font les choses différemment, mais chez nous les urbanistes n’ont pas pour habitude de placer des plaques d’égouts au milieu des espaces naturels, quand bien même ceux-ci sont en ville.
— Peut-être bien, mais quelles conclusions en tireriez-vous ?
— Dites, l’analyste, ce n’est pas censé être vous, se moqua gentiment le militaire. Il n’y a pas, reprit-il, trente-six mille raisons. Quelqu’un voulait un moyen d’entrer ou de sortir discrètement.
— Entrer dans Kadic ? Ou en sortir ? Étrange, ce n’est qu’un lycée après tout.
— Un lycée qui a attiré l’attention de trois services de renseignements en même temps, et dont l’un des élèves est devenu cible d’un service action. Mais, peut-être que nous nous focalisons trop sur Kadic. Après tout, cette grille se sert peut-être pas à se déplacer en fonction de Kadic, mais à rentrer ou sortir d’un autre lieu sans rapport avec cet établissement scolaire. Enfin, dans ce cas je ne vois pas l’intérêt du gamin. »


L’universitaire prit le temps de réfléchir sur les perspectives que son compagnon d’opération venait de lui ouvrir.

« Lui, ou certains de ses amis, peuvent être des témoins de l’usage de cette grille.
— Mais en ce cas, pourquoi les Chinois et les amerikki se concentrent-ils la-dessus plutôt que sur la grille et le chemin auquel elle donnerait accès.
— En effet. »

Il marqua une pause avant de reprendre :

« Je pense que nous faisons fausse route. Cette grille est suspecte, mais sans doute pas dans notre affaire. De toute façon, un tien vaut mieux que deux tu l’auras. Le garçon est une piste sûre, pas la grille, et nous n’avons pas les moyens de mener deux opérations de front. »

En somme, ils étaient revenus à la case départ. Néanmoins, ils avaient évalué leur situation et leurs possibilités, aussi étaient-ils loin d’avoir perdu du temps.

« En somme, nous capturons le garçon, puis on voit venir.
— Da, répondit Vladimir, la principale difficulté, c’est de faire en sorte que l’on ne puisse nous savoir qu’il s’agit de nous.
— Ce n’est pas quelque chose sur quoi nous avons main. Peut-être qu’ils mènent une déception à notre encontre. Si c’est le cas, ils savent forcément, ou du moins se font une certaine idée des poissons présent dans la mare. Dans le cas contraire, ils ne peuvent avoir de moyen de savoir qui leur a mis des bâtons dans les roues, sauf à ce que l’opération foire.
— Du coup, Capitaine, votre avis ?
— On n’y va. Un tien vaut mieux que deux tu l’auras, et surtout le pied dans la fourmilière révèle les fourmis.
— Bien. Vos hommes sont prêts ?
— Oui, mais avec notre… baisse récente d’effectifs, je vais avoir besoin que vous preniez part à l’opération. »
Vladimir ne put s’empêcher de lui rendre un regard inquiet et interloqué.
— Rassurez-vous, éclata de rire le militaire, je sais que vous n’êtes pas formé pour ce genre d’actions. Mais vous savez conduire une voiture. À tout prendre, il vaudrait mieux éviter de mêler le personnel de l’ambassade à nos histoires.
— Bien. Donc vous avez une idée de plan ?
— Toujours, sourit le vieil homme. »


Lundi 11 juin, 7h10, avenue de Stalingrad.


Le brigadier Paul Durand maudissait sa malchance. Celle-ci était presque légendaire au sein du corps de police. Ou qu’il aille, cet homme se trouvait confronté à toutes les tracasseries possibles et imaginables :

« Vous allez voir, Rodez, une préfecture de montagne paumé, il ne s’y passe jamais rien… »

Résultat, courses-poursuites sur l’autoroute avec des dealers de drogues espagnoles. Des semaines de planques, des opérations musclées. Ainsi qu’une rétrogradation. Enfin, était-ce sa faute, si les gars avaient décidé de brûler toute la saisie de cannabis en plein champ ? Était-ce de sa faute si le vent s’était alors levé plein ouest, vers le village voisin ?

Il avait parcouru le Sud, d’inondation en glissement de terrain, en passant par les antifas ou les skinheads. Où qu’il allât, un problème grave survenait dans les quelques semaines.

Désespéré, il avait fini par se résigner, et commettre une hérésie.

Il avait demandé une mutation au nord de la Loire.

Six mois plus tard, la région parisienne lui ressortait viscéralement par les yeux. Rien n’y faisait. Il faisait trop froid, trop humide… Le seul point positif était le peu de problèmes ethniques, comparé au Var ou à l’Hérault. Enfin, six mois… peut-être en avait-il fini avec la poisse ? Il s’était pris à espérer.

Jusqu’à ce lundi de juin.

La situation n’était pas nette. Plusieurs morts, juste devant un lycée. Et des accidents de voitures. Bref, une pagaille monstre qui paralysait tout le quartier. S’y ajoutait des manifestants… La totale. Mis à part une attaque à la bombe, il ne voyait pas très bien comment sa situation aurait pu empirer.

« Mon brigadier !
— Eh bien, qu’y’a-t-il, Serge ? »
Il lui fallait en plus se coltiner des bleus pour assurer la sécurité. Au milieu de tout ce bazar, il semblait être le seul à ne pas avoir perdu le nord.
— Sur… l’avenue, répondit le gamin en haletant…
— Eh bien quoi ? Le reprit-il brusquement. On n’a pas toute la journée tu sais.
— Des manifestants… ils tentent de forcer le barrage.
— Nom de… Va dire à Ramirez de prendre sa section, qu’ils aillent contenir ça. Puis signale à Paul qu’il faut qu’il se sépare de trois bonhommes qui vont aller faire la circulation et dresser un barrage puis une dérivation. On bloque l’avenue. Sur cinquante mètres de chaque côté. »

Serge, jeune stagiaire tout frais émoulu de l’école, ne se le fit pas dire deux fois et fila, tout en se demandant ce qui le mettait dans cet état le vieux schnock.

« Claire ! Rugit ce dernier. Ces ambulances ! C’est pour demain ou pour la Noël !
— Elles arrivent, chef !
— Eh bien dis-leur… »

Le Brigadier fut alors interrompu par une vieille femme. Les traits durs, la soixantaine bien passée, elle semblait pourtant largement capable de mettre à terre toute la section de Paul et d’en redemander.

— Quoi encore ! Hurla-t-il… Oh, pardon, mon Capitaine.

La femme avait tranquillement sorti une carte plastifiée. Outre un portrait, ce qui avait capté l’attention du policier n’était autre que la mention suivante : « Obligation faite à toutes les autorités civiles et militaires de faciliter l’exécution des missions du titulaire ».

« Bien le bonjour Brigadier. Je vais avoir besoin d’installer un poste opérationnel ici. Une camionnette devrait arriver sous peu, conduites par mes hommes. En attendant, quelle est la situation au juste ?
— Mais, vous vous prenez pour qui ? Ce n’est pas une stupide carte à la noix…
— Certes, certes, mais, et je pèse mes mots, vous allez bientôt recevoir des instructions de la part de votre hiérarchie. Combien de morts ? Et comment ? »

Paul durant avait fait l’armée. Il y avait croisé toutes sortes d’hommes, depuis la vieille baderne indifférentes jusqu’au sergent instructeur d’un autre temps. Ils avaient cependant tous en commun ce ton de commandement. Ils n’exigeaient pas d’être obéis. Non, que leurs ordres soient accomplis était leur dû. Une obligation sans contestation possible.

Mais Paul n’était plus dans l’armée.

Alors qu’il allait répondre sèchement à cette outrecuidante, il fut interrompu.

« Quel est donc la cause de toute cette anarchie ? Entonna un homme courtaud en soufflant comme un phoque.
Le commissaire Didier de la DST. Paul Durand avait eu l’occasion de le croiser lors d’un cours donné aux officiers à l’école de police.
— Commissaire. C’est un plaisir de vous voir.
— Vous êtes déjà ici… ces moustaches… vous êtes toujours très fort pour arriver vite.
— Nous avons nos moyens, éluda la capitaine Ygrek.
— Enfin, je vous ai connu plus discret…
— Ce désordre, je pèse mes mots, a précédé mon arrivée.
— Alors que faites-vous ici, à empiéter sur nos affaires.
— Ainsi qu’il avait été convenu mercredi, cette opération serait conjointe.
— Je ne vois ici, que désordre de voitures et anarchie de manifestants. Rien qui n’ait à voir avec votre domaine.
— Alors pourquoi êtes-vous là aussi, Monsieur le Commissaire ? »

Les deux se jaugèrent du regard. Cela faisait des années qu’ils se croisaient au gré des missions et des aléas du service. Tous deux avaient passé leur vie à servir la France. Dans l’ombre pour l’une, plus près de la lumière pour l’autre, souvent en rivalité dans tous les cas.

De toutes ces rencontres, le commissaire avait retenu une chose. Depuis que l’autre plaisantin avait contaminé Corinne, il n’avait jamais réussi à emporter une joute verbale.

« Pour la même raison que vous, je pense, plaida-t-il donc. Brigadier ! Que se passe-t-il. Et où sont vos officiers ?
— Je suis le seul en charge pour le moment, monsieur. Nous avons pas moins d’une quarantaine de morts confirmés, et peut-être plus. Pour certains, aucune blessures apparentes. Pour d’autres accidents de voitures. Pour l’instant, on ne sait pas à quoi sont du ces accidents.
— Je vois, grogna le commissaire à la manière d’un phoque.
— Vous avez fait bouclé, et je pèse mes mots, le quartier ? Intervint la militaire.
— Oui, mon capitaine. Enfin, nous essayons. Pour l’instant, nous bouclons l’axe principal devant l’établissement scolaire. C’est là que se trouve le gros des dégâts. Il y a d’autres zones d’accidents, mais plus loin, sous la charge d’un autre commissariat, et une sur le côté du lycée. Mais je n’ai pas assez d’homme pour boucler efficacement le quartier et empêcher les manifestants de se répandre.
— Les manifestants, releva le commissaire Didier ?
— Contre l’expulsion de M’Bala, je suppose.
— Oui mon capitaine.
— C’est rapide comme mobilisation. Un lundi si tôt dans la journée en plus ?
— On ne peut rien exclure, commissaire, répondit Corinne, mais pour autant il n’y a là — je pèse mes mots — rien de tangible.
— Mais trop de coïncidence.
— Oui. La presse ne va sans doute pas tarder. Je préférerais ne pas être aperçue.
— Brigadier !
— Oui, commissaire ?
— Nous allons devoir investir votre voiture et vos communications pour le moment. Débrouillez-vous pour maintenir la foule à distance, et faites venir ces ambulances.
— À vos ordres, commissaire.
— Une minute, intervint la vieille femme, comment se fait-il que vous soyez à ce point en manque d’hommes ?
— Eh bien… je ne sais pas très bien. Beaucoup manquent à l’appel. Nous avons pu joindre certaines de leurs femmes…
— Et donc ?
— Toutes la même réponse. Morts. Leurs maris sont tous morts dans leur lit, sans aucune raison apparente.
— Bon, des attaques cardiaques, rien de bien étonnant, grogna le commissaire à la manière d’une orque.
— Vraiment, Didier ? Intervint Corinne. Brigadier. Combien manquent à l’appel ?
— Quinze hommes, Mon Capitaine.
— Vous trouvez toujours que ce n’est pas étonnant, Didier ? commenta la militaire en se tournant vers son collègue.
— Quinze hommes ? La même nuit ?
— Alors qu’il se passe des évènements suscitant notre présence. Il n’y a pas de coïncidence dans notre métier.
— Cela n’explique pourtant rien, Corinne.
— Si. Quelqu’un voulait — Je pèse mes mots — la désorganisation.
— Pour une manifestation et des accidents routiers ? pondéra le commissaire. »

Les deux agents se turent un moment. L’affaire avait en effet de quoi les laisser perplexes dans sa tournure. C’est pour cette raison qu’ils firent ainsi que tout officiers face à une situation inattendue et surprenante.

Ils ordonnèrent à leurs subordonnés de prendre en main.

Ce n’était qu’une fois déchargés du tout venant qu’ils pouvaient prendre le temps de réfléchir… enfin, d’attendre que les hommes de terrain apportassent indices et réponses. Pour autant, en vieux routiers qu’ils étaient, tant le commissaire divisionnaire que la capitaine savaient que le temps jouait contre eux. Leurs options étaient limitées.

C’était pourquoi, trente minutes après leur arrivée à proximité de Kadic, le commissaire tenta une manœuvre d’ouverture envers sa collègue.

« Corinne, entonna le commissaire Didier, nous nous connaissons depuis de longues années. Sans entrer dans les détails, vous avez dit que votre service avait déjà opéré ici. Quelle fut la conclusion ? »

Ils étaient tout deux assis à l’intérieur d’une camionnette banalisée. Deux fauteuils, une cafetière, des tasses fumantes, et un fatras d’informatique et de matériel de communication formait leur environnement immédiat. Scène dont ils avaient déjà vécu d’infinis variations au cours de leurs longues années de services.

« Notre homme a disparu.
— Il vous a glissé entre les doigts ou vous l’avez fait bouger ? »
Le commissaire était pour le moins surpris. Il connaissait le haut niveau d’excellence du SNIF.
— Nous ne parlons pas de Roche-Verger. Cet homme était vraiment, et je pèse mes mots, un fugitif.
Le capitaine fronça des sourcils et reprit d’un ton âcre :
« Il nous a échappé, mais plus encore, il a tout simplement disparu. Nous connaissions ses voies de retrait. Nous manquions de personnel pour créer un encerclement hermétique, mais là… il s’est volatilisé.
— Et si quelqu’un était en train de nous refaire ce coup-là ?
— Notre cible s’était évaporé par un jour tout à fait ordinaire. Rien de comparable à aujourd’hui.
— Pour autant, il y a trop de coïncidence ici. Le lieu, les acteurs cachés ou non…
— Votre idée, Didier ? Interrogea Corinne, soucieuse d’aller au but.
— Deception.
— Quelle cible ?
— Kadic. »
La militaire prit le temps de peser ses mots avant de répondre.
« Pour rentrer ou pour sortir ?
— Cela ne change pas grand-chose à notre réaction.
— Boucler les sorties ? Cela change la direction de nos hommes. Hmm… Ils visent les deux, entrer et sortir. Ils veulent quelque chose à l’intérieur.
— Donc, ils savent que nous sommes là.
— Nous ou d’autres.
— Et ils sont pressés.
— Notre fenêtre de tir est donc, je pèse mes mots, étroite.
— Les arrêter maintenant, ou ferrer plus dans le futur ?

Tous deux s’interrompirent. Le choix, sans être cornélien, n’en restait pas moins délicat.

« Il n’y a pas tant d’options que cela, reprit la Capitaine. Ils viennent chercher quelque chose. Ce peut être ou un équipement de notre savant, ou notre savant lui-même, ou un résident local.
— Je concours. Ce doit être quelque chose qu’ils ne peuvent aller chercher qu’ici. Mais, vous connaissant, vous aviez déjà fouillé tout l’établissement, d’une manière ou d’une autre suite à vos… déboires.
— Nous avons pu manquer la cible.
— Et d’aucuns viendraient la chercher des lustres après ? À mon avis, c’est un élément nouveau, et précis. Sinon, ils auraient pris le temps d’enquêter.
— Ils l’ont peut-être, je pèse mes mots, pris.
— Qu’importe. Il nous faut les empêcher de partir avec ce quelque chose.
— Je ne suis pas d’accord, Didier. Il se peut que les laisser partir en gardant l’œil ouvert soit une meilleure option.
— Il y a eu mort d’homme, Corinne. Des agents de polices, des automobilistes… Et même au sein de vos agents.
— Rien n’est encore prouvé.
— Qui me parlait de coïncidence tout à l’heure ? »

Ils se défièrent du regard un long moment avant que Corinne ne renâclât.

« Bien. Vu l’état de congestion du lycée, je ne vois qu’un endroit pour sortir et rentrer en discrétion. Les égouts. »

Le commissaire releva un sourcil.

« Les tunnels d’évacuation sont particulièrement larges et anciens dans ce secteur. Ils permettent de circuler aisément. Il y a un passage entre les égouts et la chaufferie du lycée. Nous pensons que notre cible s’en servait pour aller et venir discrètement. Ce passage n’est pas sur le cadastre. Cependant, il ne mène pas non plus à l’ancienne maison de la cible qui se trouve de l’autre côté du parc.
— Si vous m’en parlez, c’est que vous avez déjà un homme qui guette.
— En effet, annonça Corinne en souriant. Elle a vérifié que le passage existait toujours et se tient en surveillance. Mais, elle n’a relevé aucune activité. La porte est ouverte à tout vent, et l’éclairage actif. Certains dominos ont été changés par des modèles assez récents. En tout cas postérieur à la fuite de notre cible précédente. »

Sous la moustache du commissaire, un grand sourire se fit jour. Ce n’était pas tous les jours qu’il arrivait à obtenir une confidence du SNIF, à leur faire cracher une de leur cachotterie, même pour une opération conjointe. Ils avaient toujours poussé un peu loin la rivalité entre services.

La capitaine continuait :

« Puisque nous en sommes là, je propose que vous alliez rendre visite au proviseur de Kadic, Capitaine. Pendant ce temps, mes hommes vont cerner et surveiller.
— Bien, je laisse un groupe en action rapide. »
Se tournant vers un communicateur, la militaire appuya sur un bouton :
« 342, au rapport. »
Pendant ce temps, le commissaire commença à organiser ses troupes tout en surveillant que ce fichu brigadier ne faisait pas trop de gaffes. Un attaché de presse allait aussi être nécessaire au rythme où allaient les choses.


Lundi 11 juin, 7h50 sous Kadic.


« Ô Fortuna […] toujours tu croîs et tu décrois ». Ge Mingtai était mal à l’aise en formulant cette prière. Mais, comme tout bon espion, elle ne pouvait de Fortune nier l’existence, l’influence, la puissance. Un bon agent, c’était un agent chanceux. Ou un ambitieux violeur. Elle-même hésitait encore sur la catégorie où on l’aurait rangée. En l’état, elle devait reconnaître qu’elle avait été plus que bien servie. Elle en salivait presque. Après tout, ce n’est pas tous les jours que vos souhaits s’accomplissent, que votre repas marchait tout seul vers vous.

Mal en point d’ailleurs le repas. Pour tout dire, il n’avait pas l’air très stable et sain d’esprit. Il était même un poil effrayant. Après tout, il n’était pas normal que la cible d’un kidnapping impromptu connût et attendit ses agresseurs. Non ?

Son subordonné et elle s’étaient dissimulés dans les buissons. Le plan initial était simple. La cible devait passer entre eux. À ce moment, ils sortaient des fourrés, l’un devant, l’autre derrière. En effet, le réflexe immédiat de toute personne face à un individu menaçant était de se retourner et de fuir. Le plan exploitait donc ce réflexe pour prendre à revers le mignon et s’en emparer.

Tout avait bien commencé. La cible était arrivée à leur dite. Alors que Ge commençait à se demander s’il ne valait mieux pas passer au plan 2, aller chercher la cible dans son lit (ou mieux, dans sa douche).

Mais non, le garçon c’était présenté. Il avait marché droit dans le piège. Arrivé pile à équidistance entre les deux chinois, il avait légèrement tourné le buste, en sorte que son regard se posât à peu de choses près sur la cachette de l’espionne. Il avait marqué une pause, l’air anxieux. Puis il avait fait un pas de plus.

À ce moment Da Qi était sortit du bois. Au même instant, Ge Mingtai jaillit, faisant face à sa proie.

Le garçon se recroquevilla. Ses yeux, enfoncés dans leurs orbites, s’agitèrent frénétiquement. La crainte s’y lisait. Soudain. Ils semblèrent arriver à une décision, croisèrent le regard de la femme, et s’emplirent de désespoir.

La terreur s’empara de lui. Ses jambes amorcèrent un bien étrange mouvement. Elles commencèrent par tourner sur elles-mêmes comme pour fuir, avant que leur ancien propriétaire ne s’effondrât sur place. Son regard restait fixé dans celui de Ge Mingtai, comme s’il était transpercé sur place. Un tremblement irrépressible le prit. Une plainte résignée franchit ses lèvres :

« Gemaîtressemingtaiencoreattendutoujourscombienencorepitiéayeznoircauchemarenferéchappéeprisonnier… »

Un ensemble décousu de mots accolés les uns aux autres. Ce récital fut interrompu par la matraque de Da Qi.

Ge Mingtai était sûr d’avoir entendu son nom franchir à plusieurs reprises les lèvres de son prisonnier.

« Parano ! Comment pourrait-il le connaître. Il a juste déraillé, pensait-elle ».

Mais, elle était troublée. Ce petit ne ressemblait pas à celui qu’elle avait vu quelques jours auparavant. Loin de là. Il ressemblait plus à…

Un souvenir remonta du fond de l’abysse mémoriel : Elle avait treize ans alors. Son grand-père l’avait emmené. C’était sa punition, pour un mensonge véniel. Une tentative d’échapper à une corvée. Ils étaient partis, avaient marchés pendant deux heures. Enfin, ils étaient arrivés à une clôture. Barbelés en haut, miradors à intervalles réguliers. Des hommes en uniformes rayés.

« Laogai », avait dit son grand-père.

Elle avait vu ces êtres brimés. Leurs corps harassés de travail. Leur regard, non pas vide, ni vidé, mais terrien, aussi bas que le sol. Cette scène l’avait marqué au fer rouge. Un des travailleurs c’était approché d’elle, de l’autre côté du grillage. Il l’avait tout d’abord à peine regardé, puis son regard s’était posé, longuement, sur elle. Un regard bas, tourné vers le sol.

Elle avait baissé les yeux, pour savoir ce qu’il… rouge. Une tache rouge sombre, poisseuse, s’étendait sur le devant de son pantalon, et semblait continuer à s’étendre.
Le prisonnier avait souri. Un sourire sans âme, sans faim de vie. La honte, une honte inconnue, sans qu’elle en eût su la raison, l’avait envahie, marquant au fer rouge dans son âme cette scène.

Le mafieux rangea son arme et chargea le paquet sur son épaule.

Il ne restait plus qu’à redescendre par la bouche d’égout située à quelques mètres. L’affaire était presque jouée. Un « presque » détestable. C’était toujours à ce moment que déraillaient les choses. Jamais dès le début ou à la toute fin d’une opération. La planification était là pour y veiller. En particulier, cette phase était rendue délicate par le fait qu’ils étaient maintenant chargés, ce qui d’évidence les ralentissait. Il n’en fallait pas moins se déplacer avec célérité. Le temps de savourer et les moments de repos viendraient ensuite.


Lundi 11 juin, 8h00, dans les égouts.


Alyosha et Andropov attendaient. Seul le bruit des gouttes troublait pour la quiétude morose de ces lieux. Étrangement, il n’y avait pas d’odeur particulière. En revanche, la moisissure avait trouvé à s’incruster dans la pierre des quais et par endroit semblait pouvoir s’accrocher au métal. Des lignes nettes laissaient à deviner qu’un entretien plus ou moins régulier des lieux avait cours.

Ils usaient de l’ombre des égouts pour se dissimuler. Ils avaient repéré le trajet de sortie de leurs ennemis, ils se tenaient donc en embuscade à une intersection. Leurs armes étaient prêtes. Il s’agissait de faire un carton, mais sans atteindre le paquet des Chinois. C’est pourquoi ils auraient recours à des seringues hypodermiques plutôt qu’à des munitions classiques. Les hommes avaient grommelé, mais le capitaine avait décidé que c’était l’occasion de faire un gros coup.

Les Chinois devaient arriver sur la gauche. Si tout se passait bien, ils continueraient tout droit en passant sur une espèce de passerelle qui devait faire dans les trois mètres de long.

Alyosha se sentait moins à l’aise. À trop vouloir, on ne récoltait que du vent. Il doutait que l’affaire se présentât si bien. D’autant que leurs effectifs étaient déjà sévèrement endommagés. En fait, eussent-ils été sur un champ de bataille, dans le Caucase par exemple, qu’ils auraient déjà été retirés du front : avec un tel pourcentage de pertes, une unité militaire n’était plus opérationnel. Sauf dans les situations les plus graves.
Soudain, des pas.

Discrets, mais dans le calme sous-marin de ces tunnels, ils étaient comme le souffle d’air qui actionné par une touche montait le long du tuyau d’orgue, et dont une note grave et sourde sortait.

Alyosha sentit le capitaine se raidir pendant une petite seconde. Puis ses muscles se relâchèrent. Il cala sa respiration sur le bruit des pas. À défaut de pouvoir voir monter et descendre la pomme d’Adam de ses ennemis, il faisait avec sa mauvaise fortune.
Les pas se rapprochaient.

Le spetsnaz aurait aimé dire que la tension était palpable. Mais, si cela avait été le cas, cela aurait signifié que l’ennemi s’attendait à une embuscade… Il retira le cran de sécurité de son arme.

Les pas se rapprochaient.

Il mit en joue.

Il avait passé des heures à s’entraîner pour ce genre de situation. Des embuscades à l’arme légère dans les lieux les plus improbables.

Il entrevit les silhouettes. Il fallait qu’elles avancent encore un peu. L’optimum ici était de tirer lorsqu’ils seraient au milieu de la plateforme, bien en vu, sans couvert possible.
Ça y était.

Il pressa la gâchette. Un étrange grondement de roue résonna à ce moment dans les tunnels.

BANG !

Trois détonations retentirent à peu près simultanément. Deux visaient la plus petite des cibles.

Mais ce fut la troisième qui sembla atteindre son objectif. La plus grande des deux silhouettes chancela et mit un genou à terre.

Ge Mingtai sentit deux traits de douleurs s’enfoncer dans ses côtés. Elle n’eût pas le temps ni l’occasion d’approfondir cet état de fait. Les réflexes gravés dans son corps, tel un contrat de sang et de sueur, prirent le relais. Dans un seul mouvement fluide, elle sortit son arme et se jeta ventre à terre.

Elle savait que les coups venaient de ses flancs. Ils ne pouvaient venir de derrière, du fait de la configuration des lieux, et elle n’avait rien vu au-devant.

Elle se contorsionna pour pointer son arme sur la droite, même si elle savait qu’il s’agissait d’un pari. Rien ne lui permettait de dire où précisément se trouvait l’ennemi. Mais il lui semblait évident que le mal ne pouvait venir que de la droite. Elle entendait comme un grondement de roues qui semblait se rapprocher.

Alyosha commença à bouger. C’était à lui qu’incombait la charge d’aller récupérer le paquet, afin d’éviter qu’il ne tombât au fond de l’eau.

Il sortit donc des ténèbres pour basculer dans la pénombre. Voyant que la plus grande des cibles semblait résister au sommeil, il lui tira dessus une fois de plus avec son .22 Long Rifle.

Un instant après, il sentit comme une déchirure au niveau du poumon gauche, et s’effondra dans un râle de douleur.

La Chinoise avait eu la chance de voir un ennemi se précipiter vers elle. Elle n’était pas de celles qui refusent les cadeaux de Fortune. Se faisant, elle avait roulé sur le côté, la moitié du corps suspendue au-dessus de l’eau.

D’autres coup de feu retentirent. Le son se réverbérait sur les murs, amplifiant l’impression que plus d’une dizaine de gens se battaient dans une fusillade digne des combats de Grozny.

Soudain, une silhouette montée sur un skateboard apparu dans le champ de vision de Ge Mingtai.

La seconde d’après, elle se prit la planche lancée à toute vitesse dans la figure. Le propriétaire du jouet avait envoyé la planche vers l’avant à toute vitesse.

Kolya avait vu son ami de toujours se faire descendre sous ses yeux. En tout cas, il s’était pris une balle. Voilà ce que cela donnait de se battre avec des somnifères. Ses trucs n’étaient pas instantanés et un ennemi bien entraîné pouvait se mithridatiser. À ses yeux, rien ne valait un bon vieux gros calibre. Dans l’idéal avec suffisamment de force pour décapiter la cible. Mais bon, on ne faisait qu’assez peu de modèle portable et compact de ce genre d’armes. Il fallait se contenter de moins.

Enfin, Kolya était un dur. Il avait enduré le pire, et y avait survécu. Il avait survécu à la Tchétchénie, aux conflits larvés dans l’ancien Turkestan. Des amis, même proche, fauché comme les blés par la mort ou par ses anges les snipers, il en avait vu. Son cœur s’était à chaque fois pincé, mais pour autant, il n’avait pas ressenti l’envie de s’imbiber d’alcool ou de monter à l’ennemi pour délivrer une juste et vengeresse colère.

Pourtant, pour la première fois, il se demanda si le chagrin ne le rendait pas fou.
Il vit une silhouette, mince et petite, presque un enfant, montée sur un skateboard et charger droit sur les Chinois. Le skate parti en avant. La silhouette continua. Elle s’arrêta brièvement face au deuxième Chinois, puis, tournoyant sur elle-même l’atteignit à la tempe avec un formidable coup de pied tourné.

Le Chinois et le paquet basculèrent dans l’eau. La silhouette les suivis, s’empara du paquet et se mit à nager. Ses gestes étaient dignes de ceux d’un nageur-sauveteur expérimenté.

« Bon sang, La cible, pensa le Capitaine Andropov. »

Il mit en joue l’imprudent gamin qui avait joué du skate au milieu d’une fusillade.

À ce moment, il cria de douleur.

Un éclair blanc venait d’illuminer violemment les lieux.

Péniblement, l’officier rouvrit les yeux et tenta de déchiffrer la situation malgré les points noirs rémanents devant ses pupilles.

Il vit Kolya s’élancer à la poursuite de la cible… et se faire faucher un plein vol par ce qui semblait être une boule de foudre de couleur… violette. Il remonta à la source de cette incongruité et vit une sorte de…

Il n’avait pas vraiment de mots pour cela. L’être avait une main en l’air qui semblait générer ou maintenir une sphère lumineuse qui éclairait violemment les lieux. L’être semblait avoir quatre oreilles. Deux humaines. Deux félines sortant de sa tête et de couleur violette. Des traits de camouflages s’étendaient entre sa mâchoire et ses pommettes, d’un mauve tirant vers le rose. Ses sourcils étaient surmontés de deux autres traits violets.

Il portait une combinaison en lycra moulant. Au centre haut de sa poitrine, s’étendait une sorte de blason jaune contenu dans un cercle fuchsia. Trois lignes, fuchsia elles aussi, partaient de ce cercle Deux allaient en direction d’épaulettes à tête de chien. La troisième descendait vers la taille. Au niveau des côtes, deux encoches jaunes et fuchsia venaient briser le moulage du costume en creusant le tissu, tel un ravin déchirant la terre. Les cheveux jaunes de la chose, dressé sur sa tête, semblait plus raides que des barres d’aciers.

Un spectacle improbable, et surtout d’un absolu mauvais goût, même au regard de la décadence actuelle de la jeunesse occidentale.

« En fait, pensa Andropov, cette apparence est sans doute l’arme la plus puissante de cette chose ».

Il venait de voir son subordonné se relever. Ce qui laissait à penser que les éclairs de la chose n’étaient pas mortels, et n’assommait pas, du moins pas les gens entraînés.
Il n’empêche, la chose recommença. Un éclair sortit de son poignet, enfin, plutôt une sorte de boule, de projectile d’énergie. Andropov eût tout juste le temps de se baisser pour esquiver. Visiblement, il faudrait en finir par la manière forte, et surtout en vitesse, puisque la cible était en train de se faire la malle pendant ce temps.

Kolya grogna. Il avait l’impression qu’un camion était passé sur son crâne. Il ramassa son arme, visa, et tira sur la chose violette qui l’avait frappé.

Enfin, il supposait que c’était elle, vu qu’elle venait de tirer une sorte d’éclair violet sur son supérieur.

Il toucha la cible au bras. Il avait visé la tête. Visiblement il était plus atteint par le coup qu’il ne l’avait pensé.

Il vit le bras tendu de la chose se brouiller, comme s’il implosait, avant de se stabiliser à nouveau. La boule de lumière qu’il maintenait avait clignoté avant de se maintenir. La chose ne parut pas plus affecté que cela. Elle émit une nouvelle salve d’énergie ciblant tout ce qui se tenait debout dans le tunnel.

Kolya jura.

Il le sentait mal ce combat.


Lundi 11 juin, 7h45 avenue de Stalingrad.


Corinne Ygrek allait rentrer dans la cité scolaire Kadic lorsqu’un bruit d’agitation se fit entendre. Une jeune femme en uniforme, visiblement une employée des égouts tentait d’expliquer quelque chose à l’un des policiers posté en faction.

L’espionne se rapprocha.

« … Mais puisque je vous dis qu’il y a des gens suspects et armés qui sont descendus dans les égouts… Enfin, faites quelque chose !
— C’est n’importe quoi et surtout, ce ne sont pas nos oignons votre histoire, ma petite, Allez, circulez, il n’y a rien à voir. »

L’employée avait l’air bien jeune. Mais il était souvent difficile de le savoir avec les génotypes asiatiques. Après tout, la taille ou les hanches n’étaient pas très probants dans ces cas-là. Cependant, le port et les yeux ne mentaient pas.

Corinne avait appris à se fier à ces éléments. En face d’elle, malgré une figure enfantine, et un corps qui ne respirait pas la volupté, la jeune femme avait la manière de se tenir d’une adulte, d’une personne qui a des responsabilités, ou y a fait face. Il n’y avait rien là des rondeurs de l’enfance. De même, dans ces yeux noirs on ne lisait pas la futilité des enfants qui n’avaient pas encore vécu.

Et puis, cette histoire l’intriguait.

« Excusez-moi. Que se passe-t-il ?
— Rien dont il faille vous occuper, mon capitaine, répondit le policier.
— Je crains bien que si. Madame, pourriez-vous me redire ce dont il s’agit.
— Eh bien, je suis employée des égouts, je venais pour faire une inspection pas loin d’ici. Les tunnels sont larges et moisis. Au moment où j’arrivais près de la plaque, j’ai vu des types louches y entrer. Ils étaient armés.
— Où se situe cette plaque ?
— Là, dans le parc du lycée. »

Ces mots furent comme électrochoc pour l’espionne.

« Bien, je vous remercie, votre avertissement va nous être très utile, conclut la capitaine en s’éloignant vivement. »

Elle se précipita vers la camionnette et faillit rentrer dans le commissaire Didier.

« J’ai la confirmation. Il y a bien des suspects dans les égouts.
— La chaufferie de Kadic ?
— Non une plaque dans le parc.
— Bon Dieu ! Allez-y avec vos hommes. Je prends les miens pour passer par les autres plaques à proximité.
— Bien. Bonne chance, commissaire. »


Lundi 11 juin, dans les égouts.


Cette fusillade commençait à s’éterniser. Les inconnus se canardaient entre eux, les uns à coup d’énergie violette, les autres avec des armes à feu plus classiques. Ge Mingtai était dans un état trop précaire pour courir, aussi faisait-elle profil bas.

Soudain, la lumière qui illuminait les environs vacilla puis disparu. C’était sa chance. Elle se leva péniblement. Elle rebroussa chemin sur le pont et prit la tangente sur sa gauche. Un éclair de chaleur frôla sa joue. Elle s’abaissa immédiatement, juste à temps pour voir un autre éclair, puis une balle frapper le mur là où sa tête se trouvait un instant auparavant.

Furieuse, elle sortit son arme et répliqua sur le violet.

La balle le toucha en plein torse, mais il ne semblait pas plus affecté que cela. Il riposta en tirant une salve doublée. Ge Mingtai se précipita en avant pour esquiver.
Il fallait qu’elle avance. Ces tunnels se transformaient en piège mortel.

Andropov tira une fois de plus sur le violet. Sans effet. Kolya était visiblement K-O, et Alyosha n’avait pas l’air plus dans son assiette. Le capitaine éprouvait une répugnance certaine à abandonner ses hommes, mais il ne lui restait plus guère que cela au vu du fiasco actuel.

Seulement, tous ses mouvements de sortie étaient contrariés par le violet qui canardait sans répit tout ce qui bougeait. Ce truc n’était définitivement pas humain. Sauf si humain allait avec le fait de pouvoir encaisser plus d’une dizaine de balles dans le torse et continuer à se tenir debout.
« Bordel ! Même avec un gilet pare-balle il devrait être au tapis depuis longtemps. »

Soudain, le violet s’évapora.

Tous les agents encore conscients et présent se demandèrent si c’était le signe de leur victoire. Mais ils ne se posèrent pas cette question longtemps.

Se tournant sur sa gauche, Andropov mis en joue son adversaire inconnu qui tentait visiblement de filer à l’anglaise.

L’inconnu avait fait de même.

Entre eux, l’eau coulait mollement vers le fleuve. Seuls quelques râles étouffés venaient agiter le silence.

Andropov se servit de son maigre français :

« On en a assez fait pour aujourd’hui, non ? Vous avez perdu votre objectif, et moi aussi ».

Il attendit. Le temps pour son cœur de battre une trentaine de fois.

« Si je vous mets hors service, et vous ramène, cela atténue cet échec.
— Dans votre état ? Vous étiez déjà en train de nous quitter… Si je tire, vous ne pourrez sans doute pas repartir… pas sans attirer l’attention.
— Si je suis mourante, il ne me reste qu’à vous avoir. »

Une voix de femme. Jeune visiblement. Andropov se faisait petit-à-petit une idée de son adversaire. Une vieille aurait déjà ou tiré ou accepté sa proposition. Celle-ci, il faudrait plus pour la convaincre. Quelques mètres à peine les séparaient, et il avait encore son couteau de lancer.

« Si c’était le cas, vous auriez déjà tiré. J’ai déjà deux hommes à terre. Je voudrais les récupérer et repartir. Un échec est un échec, autant en rester là.
— Rien à faire. »

Andropov se baissa lentement.

« Je lâche mon arme dans le fleuve, vous baissez la vôtre, et on s’en va chacun de notre côté. Cela vous va ?  »

Ge Mingtai hésitait. Ce qu’il avait dit été vrai. Elle n’était pas sûre de pouvoir l’avoir du premier coup, encore moins de survivre à sa riposte. Qui plus est, il était improbable qu’il ait vu son visage et puisse faire un portrait-robot. Mais, rentrer au pays avec un tel échec… La punition ne se ferait pas attendre, et personne ne croirait jamais l’histoire de ce qui venait de se passer.

Son bras commençait à s’engourdir. Ce qu’vint opportunément résoudre son dilemme.

« J’accepte. »

Elle le vit lâcher son arme dans l’eau. Mais, en plissant les yeux, elle pût constater que son autre main avait saisit quelque chose dans sa poche.

Elle lâcha son arme, pariant sur le fait qu’il ne se servirait pas de son couteau.
Il ressortit sa main, et se traîna vers une silhouette étendue tout près, sans plus faire attention à elle.

L’espionne entreprit de se remettre debout puis de partir.

Sitôt qu’elle fut sur ses pieds, des lumières se firent voir devant elle.

Elle se retourna, d’autres arrivaient par-derrière.

Elle était piégée. La fusilla de avait attiré l’attention des forces de l’ordre, même dans un endroit aussi reculé.

« Police ! Rendez-vous ! Vous êtes cernés ! »

Ge Mingtai obtempéra. Elle s’assit, le temps d’attendre que les flics viennent à elle.
Sa journée risquait d’être bien longue.
_________________
AMDG

Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.
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