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[Fanfic] Projet Renaissance

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 Auteur Message
Pikamaniaque MessagePosté le: Lun 19 Mar 2018 14:47   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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Nous y sommes.

Projet Renaissance est officiellement de retour après près de quatre mois de vacances.

MISE AU POINT À LIRE


L'écriture du chapitre 19 a été compliqué. Le chapitre 19 est un tournant dans la fiction, qui introduit l'arc final de la fiction. Autrement dit, le chapitre 19 est le début de la fin. Dimensio, plus puissant que jamais, est sur le point de s'enfuir, et Alexandre, plus affaibli que jamais, n'est pas en mesure de l'arrêter.

Si cela n'était pas clair, lorsqu'Alexandre s'enfuit dans le portail dimensionnel créé dans la Forteresse, c'est dans le monde de CharmingMagician qu'il arrive. CharmingMagician est la continuation directe, pour Alexandre, du chapitre 18. Dans cette fiction, si vous ne vous en souvenez pas, Alexandre est de plus en plus affaibli. Cela a commencé dans la Forteresse Dimensionnelle ( chapitre 17 et 18 ), mais ses pouvoirs s'épuisent parce qu'il les a trop utilisés. À la fin de CharmingMagician, Slimane, qui est un alias de Dimensio, le piège dans son laboratoire et fait exploser entièrement le complexe qu'il avait utilisé pour torturer Denys.
Alexandre, depuis la fin de CharmingMagician, est donc réputé mort. Dans le chapitre 19, nous revenons donc sur les personnages que nous avons laissés derrière nous au chapitre 16, avant que Florent envoie Alexandre et Hence dans le « passé » de Thiercelieux — qui s'est révélé être l'extérieur de la bulle virtuelle que Dimensio a créé et conçu comme un théâtre de marionnette.
Cependant, c'est un chapitre encore très différent de ce à quoi je vous ai habitués jusqu'au 16.


Je vous recommande vivement de prêter grande attention aux détails de ce chapitre, qui a été écrit et relu expressément, et qui va commencer à faire véritablement le lien entre tout ce qui a été mis en place depuis BPE, jusqu'à CM et maintenant jusqu'à PR.

Pour Silius, je t'avais donc répondu sur Skype à tes interrogations. J'espère que tu trouveras plus de réponses à tes questions dans ce chapitre.

_____________________________________________________________


Chapitre 19 : Requiem des Esprits


    La pièce était plongée dans la pénombre. Aucune fenêtre, aucune aération, si ce n’est une porte close à double-tour. Par terre, un homme d’une vingtaine d’années gisait là, inconscient. En-dehors de la pièce, on percevait des bruits de pas qui martelaient le sol vivement. La silhouette famélique ouvrit péniblement les yeux, mais il ne vit devant lui que l’obscurité. Il tenta de se relever, prit appui sur une sorte de table qui se trouvait derrière lui. Son corps était meurtri, entaillé, affamé. Il avait le tournis, et avançait péniblement vers la porte d’où émanait une lueur. Soudain, une lumière froide et brutale éclaira toute la pièce, qui révéla des murs en forme de coussins et des angles arrondis, que le garçon percevait avec beaucoup de difficultés. Titubant une bonne minute, comme déconnecté du réel, il eut l’impression que ses yeux n’avaient pas vu le soleil depuis des années. Le fait de penser au soleil l’apaisa. Attiré brutalement hors de ses pensées, la porte coulissa en produisant un horrible bruit métallique. Celui-ci lui perça les oreilles, et le contraint à s’affaisser sur lui-même, le mettant à terre. Un homme très grand, vêtu d’une combinaison noire, entra alors dans la pièce, en compagnie de plusieurs blouses blanches.

    « Bonjour Gabriel, comment te sens-tu aujourd’hui ? » Demanda l’homme avec une voix faussement compatissante. Le corps de l’interpellé se mit à trembler, et celui-ci chercha alors à se relever. Toutefois, les infirmiers l’empoignèrent fermement et le maintinrent au sol. Une aiguille pénétra son bras tandis qu’une camisole fut serrée autour de lui. Le patient sentit que le peu d’énergie qu’il avait retrouvé lui était comme aspiré par cette aiguille, laquelle ralentissait tout son corps. Jetant faiblement un regard sur son bras, plusieurs palpitations cardiaques le figèrent. Il remarqua avec effroi que ses veines ne ressemblaient plus à rien, que son bras semblait avoir vécu un siècle, et sur cette pensée, il ferma les yeux, et s’endormit dans l’ombre d’une femme, qui observait tout au loin.

    ***


    Lorsque ledit Gabriel se réveilla, il se trouvait au centre d’une cage en verre. Il ne sentait plus aucun vêtement sur lui, et sa vision demeurait éblouie. Par les drogues qu’on lui faisait prendre, ou par l’éclairage extrêmement violent que l’on avait braqué sur lui, il n’aurait su dire, il ne se sentait plus vraiment en état de réfléchir.
    « Gabriel Grayson. Est-ce que vous m’entendez ? » Interrogea soudain une voix au loin, restituée avec des interférences comme s’il s’agissait d’une voix de microphone. Le concerné chercha alors à appuyer sur ses bras pour se relever, mais il ne sentit plus aucune force en lui. Il ne se rappelait de rien, tellement de temps s’était passé. Une heure, un jour, une semaine, un an peut-être ? Sa seule certitude, maintenant, c’était son sentiment de faiblesse.
    « Gabriel Grayson. Est-ce que vous m’entendez ? » Répéta la voix. Celle-ci lui transperça les oreilles, et péniblement, il hocha la tête.
    « Savez-vous qui je suis ? » Redemanda la voix, alors que l’éclairage baissa considérablement. Des flashs lumineux obscurcissaient encore la vision du prisonnier, mais il arrivait maintenant à distinguer un lustre accroché au plafond, hors de sa cage en verre, ainsi qu’un bureau. Un large bureau en bois marbré, dans un style victorien qui s’accompagnait d’une petite cheminée au loin. Enfin face à lui se trouvait un inconnu à la stature imposante. Tâtonnant malgré son aveuglement, Oswald chercha à se rapprocher pour mieux voir. Le souvenir de son vrai nom de famille l’apaisa, et il puisa au fond de l’énergie qui lui restait pour se souvenir de cette personne. Un éclair le frappa soudain.
    « Do… Docteur…
    — Oui, M. Grayson, je suis votre docteur. Le Dr. Héloïse Leroy. Je suis ici pour vous aidez, vous comprenez ? » Fit son interlocutrice en se rapprochant de la cage en verre.

    Aider... De quoi cette folle pouvait bien parler ? Ce devait être en ce moment les pensées du jeune Gabriel. Tout se bousculait encore plus ou moins dans son esprit.

    « M. Grayson, vous avez manifesté un épisode psychotique d’une rare intensité. La direction de notre hôpital psychiatrique a dû prendre des mesures drastiques pour vous protéger, vous, nos patients et notre personnel. Est-ce que vous vous en souvenez ? » Le médecin avait parlé lentement et distinctement. Chaque syllabe était hachée, pour que le concerné puisse bien comprendre les informations qu’on lui communiquait. L’intéressé mit un certain temps avant d’assimiler toutes les informations. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait, et des larmes se mirent alors à couler de son visage. Non par tristesse, mais par frustration. Il ne comprenait rien à ce qui pouvait bien se passer ici. Un bruit inattendu le fit d’ailleurs se recroqueviller sur lui-même. Deux infirmiers avaient ouvert la cage, et l’avaient empoigné par le bras pour le poser sur le canapé qui jouxtait le bureau de madame Leroy. Le vingtenaire était terrifié quand celle-ci s’assit à côté de lui.
    « M. Grayson, est-ce que vous vous souvenez ? » Demanda-t-elle en passant sa main près de l’oreille de sa victime. Des tremblements plus importants se firent alors sentir. Il n’y avait plus d’oreille. Une partition très aigüe se joua alors dans la mémoire du malade. Des bribes remontèrent à lui. Une ville, une mission, un héros, le dernier espoir de l’humanité.

    « M. Grayson. » Répéta lentement le Dr. Leroy, qui semblait percevoir les réminiscences de son patient. « Restez concentré sur ma voix. » Lui somma-t-elle. Elle approcha sa bouche de la seule oreille qui lui restait. « Vous êtes gravement malade. » Fit-elle très calmement. « Vous êtes interné dans notre institut depuis votre enfance, et nous avons déjà eu cette conversation à plus d’une reprise. À chaque fois, vous vous souvenez… À chaque fois, vous réalisez. » Le canadien posa ses mains sur sa mâchoire, comme interdit.
    « Je… » Prononça-t-il avec difficulté. « Je suis… malade… » Répéta-t-il bêtement. Héloïse confirma, l’air grave.
    « Vous êtes interné dans une unité psychiatrique de haute sécurité pour des troubles de la personnalité schizophrène. Vos épisodes psychotiques, de plus en plus nombreux, vous ont créé un monde imaginaire dans lequel vous interagissez en tant que sauveur d’un endroit appelé Thiercelieux. Cet endroit n’existe pas et n’existe que dans votre tête, M. Grayson. » Le déséquilibré lâcha alors un violent hurlement. Son cœur frappait contre sa poitrine à la manière d’un petit animal effrayé. Il était terrorisé. « Je suis ici pour vous aider, M. Grayson. » Répéta le docteur en posant sa main contre la sienne. « Ensemble, nous travaillons à vous faire aller mieux. » Acheva-t-elle avec un sourire béat sur son visage. Elle croyait fortement en la rémission de sa victime.

    Gabriel, quant à lui, ressentait un puissant mal de crâne. Mais face à lui se trouvait sept boîtes de plusieurs comprimés à prendre chacun avec un verre d’eau.
    « Vous allez de mieux en mieux, M. Grayson. » Poursuivit le psychiatre, en tendant le premier comprimé à Oswald. Celui-ci s’en saisit, tremblant, et commença à les avaler l’un après l’autre. « Il y a deux semaines, après les énormes progrès que nous avons fait, vous avez pris en otage un de nos infirmiers, et vous l’avez égorgé. » Le détraqué manqua de s’étouffer avec la dernière gélule. Ses yeux en lâchèrent quelques larmes, et il posa son regard frêle sur la silhouette androgyne de son médecin. « À cette occasion, poursuivit-elle, vous vous êtes mutilé l’oreille parce que vous pensiez être en plein délire. Vous vouliez accomplir une espèce de rituel. ». Elle se releva. « Mais le délire, M. Grayson, c’est votre monde. Thiercelieux, qui n’est qu’un jeu de cartes. Frank Underwood, le Maire, qui est un personnage de fiction d’une série appelée House of Cards. Le vortex menaçant d’engloutir la cité, Dimensio, ce super-ennemi que vous auriez à affronter. Tous ces monstres viennent d’un jeu appelé Super Paper Mario, sorti sur une console appelée la Wii. Vous comprenez ce que cela signifie, M. Grayson ? » Rappela-t-elle d’une voix grave.

    Le trouble du missionnaire de l’humanité crut d’autant plus qu’il commençait à se rappeler distinctement des derniers événements encadrant Thiercelieux. Sa fuite à travers la pleine de Termina, « un élément du jeu Zelda Majora’s Mask. », sa capture par la Task Force du Prince Florent. Il croupissait actuellement dans les geôles du Palais Municipal, où le Kindestod avait survécu. « Ce monstre de la série télévisée Buffy Contre Les Vampires ne fait pas non plus partie du monde réel, M. Grayson. » Tonna plus durement le thérapeute.
    « Vous lisez dans mes pensées… ? Demanda le rachitique.
    — Non, M. Grayson, vous pensez à haute voix. ».

    Cette nouvelle plongea la pièce dans un silence qui n’était rompu que par le crépitement du feu de cheminée.

    « Pitié… Aidez-moi… Je veux guérir… » Geint alors le petit être qui n’avait pas encore pris connaissance de son état général. Le spécialiste hocha la tête et retourna derrière son bureau. « J’ai déjà augmenté votre posologie générale, M. Grayson. Votre traitement fonctionne, vos hallucinations ont fortement diminué, mais seul un suivi thérapeutique vous permettra de vous en sortir. Nous allons faire le nécessaire pour vous, je vous le promets. » Assura Héloïse d’une voix empathique et bienveillante. Peut-être trop.
    « Attention, M. Grayson. » Intervint-elle soudain. « Ne sombrez pas dans la paranoïa. Ce que vous dites, je l’entends, vous n’êtes pas conscient de la gravité de votre état.

    Sur ses mots, plusieurs infirmiers pénétrèrent dans la pièce, une chaise roulante avec eux.

    « Nous allons maintenant vous ramener dans votre chambre et vous sortir de l’isolement. Vous guérirez, Gabriel. Je vous le promets. ». Une nouvelle aiguille se planta dans son bras. Un nouveau coma l’attendait. Cette fois-ci, celui-ci serait peut-être moins long que le précédent.

    « Dr. Leroy… message… Madame la Directrice… s’est échappé… Prudence absolue… ».

    ***


    Plusieurs caméras observaient en permanence le moindre mouvement de Gabriel Oswald. Dans sa chambre ne se trouvait qu’un lit fixé au sol. Il était surpris d’avoir encore droit à un lit après toutes les horreurs qu’il avait faites. Le temps continuait de passer inexorablement, et chacune de ses séances avec son psychiatre le rapprochait de la guérison. Il en était convaincu.
    « Aujourd’hui, avec le docteur, nous avons reparlé de mon enfance. Je me suis rappelé des choses dont je n’avais plus aucun souvenir. J’ai été un orphelin, abusé sexuellement, violenté à plusieurs reprises par mes tuteurs. Je n’ai jamais eu personne pour moi, et j’ai vécu une violence si extrême que je me suis réfugié dans un monde imaginaire que j’ai appelé Thiercelieux. Le Dr. Leroy m’aide à aller mieux, et m’a dit que ce n’était pas ma faute si j’avais tué ce pauvre infirmier. Je ne suis pas responsable de mes actes, je l’ai compris. Je me consacre maintenant à la lecture, à l’écriture. Je fais parfois des rechutes, mais maintenant qu’ils ont changé d’hôpital mon voisin de chambre, Florent Hämälaïnen, que je prenais pour un Prince diabolique, et que je ne croise plus aucun autre patient, les plus grosses hallucinations sont derrière moi. J’ai d’ailleurs recommencé à m’alimenter, à manger, ma courbe de poids ne cesse d’augmenter. Merci à toute l’équipe médicale pour cela. Je commence à aller mieux, maintenant, je le sens. ».

    La porte de sa chambre s’ouvrit. Un infirmier rentra à l’intérieur, avec un chariot de médicaments.
    « M. Gabriel Grayson ? Je vous apporte vos comprimés. » Ce nouveau soignant officiait dans l’hôpital depuis seulement quelques semaines, et se montrait particulièrement gentil avec lui. C’était d’ailleurs son seul contact social en-dehors du docteur, le seul qui prenait vraiment de ses nouvelles et qui revêtait véritablement un intérêt à sa rémission.
    « Impressionnant, il y en a beaucoup aujourd’hui Daniel !
    — C’est vrai, tu en as quatorze à prendre, au lieu d’onze. Le Dr. Leroy pense que ce serait mieux pour toi d’en consommer plus avant les prochains examens que tu vas passer au centre hospitalier.
    — Tu as un peu de temps pour discuter aujourd’hui, Daniel, comme je te l’ai demandé ? » La blouse blanche hocha à l’affirmative.
    « J’ai même reçu l’autorisation du Dr. Leroy. Elle pense que c’est très bénéfique à ta rémission. » Affirma-t-il, les dents brillantes.

    Les deux hommes se posèrent en tailleur sur le carrelage froid de la chambre. Ils jouèrent ensemble aux cartes et passèrent un bon moment.
    « Gabriel. » Entama l’autre jeune homme à l’air juvénile, comme s’il allait annonçait quelque chose d’important. « Que sais-tu du monde dans lequel tu te trouves ? » Le canadien se montra plutôt désarçonné par la question. Maintenant qu’il y pensait, il ne savait pas exactement où il se trouvait.
    « J’imagine que nous sommes quelque part au Canada. C’est vrai que je n’ai jamais pensé à demander.
    — Tu penses que nous sommes au Canada ? As-tu déjà vu le Canada ?
    — J’y suis né, et je n’ai jamais voyagé que je sache. Sauf… » L’intéressé se tut, et ravala ce qu’il allait dire. Le programme des Nations Unis, au titre du dernier espoir de l’humanité, tout ceci n’existait pas. « Non, je n’ai jamais voyagé.
    — Nous sommes en quelle année, selon toi ? » Demanda l’infirmier avec bienveillance. La question plongea Gabriel dans une profonde réflexion.
    « Je ne me souviens pas.
    — Gabriel, je ne veux surtout pas te faire peur, et j’aimerais que tu conserves un calme olympien au regard de ce que je vais te dire. » Le stress du garçon commença à fortement croître. « Je ne m’appelle pas Daniel, je m’appelle Frisk, et je suis ici pour t’aider. Pour te faire sortir d’ici. Pour te faire accomplir une mission. ».
    La réaction de l’intéressé fut brutale. Le patient se hissa sur ses deux jambes et alla se coller contre l’angle d’un mur en hurlant. Heureusement, la pièce était insonorisée, et les caméras venaient de s’éteindre. Tout l’asile venait d’être plongé dans le noir, et une alarme rouge résonna très fortement dans tout le bâtiment.

    « Gabriel, il faut que tu sortes d’ici et que tu le préviennes.
    — De qui tu parles ?!
    — Du héros de légende. » L’intéressé posa ses bras contre ses oreilles, et se mit à hurler de toutes ses forces comme s’il était dans un mauvais rêve. Le cri transperça les tympans de son interlocuteur. Tout laissait à penser qu’une nouvelle hallucination s’éprenait de lui, et que ce qu’il entendait n’avait rien de réel. Comme une bête, il se jeta contre les comprimés. Il en sortit une dizaine, qu’il tenta de tous mettre dans sa bouche. Il les avala d’une traite.

    Il sentit une dose d’apaisement se répandre au sein de son cœur.

    « Pitié… Ne dis rien… Ne dis rien… Ne dis rien du Héros de Légende… » Ce fut les derniers mots qu’il entendit de la bouche de Frisk.

    ***


    Gabriel se trouvait maintenant sur le sofa contigu au bureau du Dr. Leroy. Plusieurs semaines avaient dû se passer depuis l’incident au cœur de sa chambre. Il ne se souvenait plus très bien ce qui s’était passé pendant. L’isolement, encore, mais il se retrouvait maintenant au point d’arrivée, comme s’il revivait sans cesse la même scène, encore et encore.
    « Pouvons-nous, M. Grayson, reparler de ce qui s’est passé dans votre chambre ?
    — Oui… Je vous l’ai dit… Nous jouions aux cartes avec l’infirmier. Puis, tout-à-coup, il m’a dit s’appeler Frisk. Il voulait m’aider… à m’enfuir… Je… Puis j’ai entendu une alarme. J’ai entendu une alarme. » Répéta le jeune homme, sanglotant. « Tout est devenir noir, puis rouge, noir, puis rouge. Je ne me suis jamais senti aussi mal. Je croyais pourtant que j’allais mieux. ». On pouvait mesurer à sa voix toute la déception qu’il sentait contre lui-même.
    « M. Grayson… » Commenta la vieille femme en soupirant. « Vous avez agressé cet infirmier. Vous avez tenté de l’étrangler, et ensuite, vous vous êtes jeté sur vos médicaments. Il n’y a jamais eu d’alarme, et rien de ce qu’il a dit n’était vrai. Tout s’est passé dans votre tête, et bien qu’il n’aurait jamais dû passer du temps avec vous, cela a constitué une nouvelle agression sur votre dossier. ».

    Les propos du psychiatre troublèrent beaucoup le schizophrène. En effet, il se rappela que lorsque Daniel rentra dans sa chambre, celui-ci lui avait dit qu’il avait reçu l’autorisation de madame Leroy pour passer du temps en sa compagnie.
    « Tout va bien, M. Grayson ? » Demanda le thérapeute, inquiet de cette absence. Un soupçon d’angoisse monta en lui. « A-t-il parlé de quelque chose d’autre ? 
    — Comment va-t-il ? » Désarçonnée par la réponse, son interlocutrice haussa les épaules. « Pour ne rien vous cacher, il est en arrêt maladie. Il a subi un violent traumatisme que le temps cicatrisera avec difficultés. ».
    Un nouveau silence s’accompagna dans la pièce. « M. Grayson, vous avez fait une rechute, mais nous vous soignerons, je vous le promets. Pour l’heure, j’ai décidé d’augmenter votre posologie. Nous allons essayer un traitement plus fort, lequel tarira, je l’espère, définitivement vos crises hallucinatoires.
    — Il a parlé d’un héros de légende. Madame Leroy, il a parlé d’un héros de légende. Cela me pourrit la tête depuis qu’il me l’a dit ! » Gabriel se fixa sur sa réaction. Elle avait semblé défaillir un instant, mais c’était peut-être son esprit qui lui jouait des tours, parce qu’à présent, il ne disposait plus d’aucune certitude.
    « Il n’existe aucun héros de légende, M. Grayson. Que des hommes, que des femmes. Ne vous troublez pas avec cela. Ce Frisk ne vous causera plus jamais d’ennuis. Je vous le promets. ».
    Le canadien ressentit un certain mal-être. La manière dont elle avait dit cela, il lui semblait que cela signifiait une liquidation de l’individu en question. Pour autant, avec la rechute qu’il venait de faire, il pouvait interpréter n’importe quel signal menant à un énième délire psychotique.

    « Docteur. » Commença-t-il soudain, comme s’il avait eu une nouvelle preuve que tout ce qu’il imaginait dans sa tête était réel. « En quelle année sommes-nous ? Où sommes-nous ?
    — Vous le savez, M. Grayson. Vous me l’avez déjà demandé par le passé. Nous sommes le 29 avril 1986. Répondit le soignant du tac-au-tac. Cette réponse, à moins qu’elle ait été anticipée, ne pouvait qu’être honnête.
    — Et… Nous sommes où ? Insista-t-il, visiblement désorienté.
    — Nous sommes au Middlewood Hospital, dans le South Yorkshire. Au Royaume-Uni. » Le cœur de Gabriel commença à s’accélérer.

    Il ne se souvenait pas être né au Royaume-Uni. Il était canadien. Il était né à partir du début des années 2050, dans un monde en plein hiver nucléaire. Il n’avait pas de parents, et il avait été intégré à un programme gouvernemental en vue de sauver…
    « Non, M. Grayson. » Interrompit inopinément Héloïse, comme si elle avait la capacité de lire dans ses pensées. « Rien de tout cela n’existe. Vous êtes malade. S’il vous plait, faites-moi confiance, prenez vos médicaments, et vous irez mieux. ».
    Sur ces mots, plusieurs infirmiers rentrèrent dans le bureau. Le crépitement du feu de cheminée le ramena à sa dure condition. Il allait probablement passer sa vie dans cet hôpital psychiatrique, parce que sa folie n’avait aucune limite. Son esprit partait complètement à la dérive, et seulement ces drogues qu’il ingérait lui permettaient de garder la tête hors de l’eau. Drogues de moins en moins efficaces, à en juger par les rechutes qu’il faisait régulièrement, de nature à augmenter sa posologie, et donc à diminuer l’efficacité de celle-ci.

    ***


    Au cœur de la nuit, le schizophrène se trouvait sanglé à son lit. Mesure de précaution, comme toutes les nuits, pour éviter les effets néfastes des cauchemars et des réveils en panique, bien que ceux-ci aient été profondément diminués par la prise de somnifères et de psychotropes au coucher. Cependant, malgré autant de médicaments, les insomnies se multipliaient ces derniers jours, accompagnées par des hallucinations de l’esprit que le garçon souhaitait contrôler. De manière systématique, depuis qu’il avait retrouvé sa chambre après l’agression de l’infirmier, une silhouette l’observait depuis le hublot de sa chambre. Il était impossible de distinguer son visage, mais le malade distinguait nettement que quelque chose l’observait, et que quelqu’un en avait après lui. Souvent, cela s’arrêtait au bout d’un bon quart d’heure, mais au cours des deux dernières nuits, il avait eu l’impression que la porte essayait de coulisser, que cette chose essayait de pénétrer à l’intérieur. Peut-être pour le tuer ? Il n’en savait rien, mais son cœur frappait contre sa poitrine à mesure qu’il remarquait un interstice se dessiner.

    Ce soir-là, à sa grande terreur, la silhouette parvint à entrer. Sans faire le moindre bruit, elle se rapprochait du jeune homme, tétanisé et impuissant. Il faisait si noir, il ne pouvait rien distinguer. Les lumières du couloir ne suffisaient pas, la nuit, à distinguer autre chose que des formes au sein de l’hôpital.
    « Toi… » Chuchota soudain l’ombre, laquelle se trouvait à seulement un mètre de lui. Il pouvait mieux la voir, mais cela ne le rassura pas pour autant. Interdit et muet, il sentit qu’une nouvelle crise approchait, et qu’il ne pouvait rien faire contre.
    « Toi, écoute-moi. Je ne suis pas ton ennemi. Je m’appelle Daniel Leroy. Je suis ici pour sauver tous les patients de cet asile. Tu dois m’écouter, et rester calme, j’ai besoin de toi parce que tu es spécial ici. Il se passe des choses terribles ici, tu dois me faire confiance. ».
    Comme Oswald le craignait, une nouvelle hallucination commençait. Il devait lutter de toutes ses forces pour ne pas écouter la voix de cet adolescent.
    « Non, tu n’existes pas… Tu n’existes pas… Si je ne te vois pas… Tu ne peux pas me contrôler… » Psalmodia-t-il en fermant les yeux et en se mordant les lèvres. Il sentit les liens de ses sangles se desserrer. Est-ce qu’il n’était pas en train de se débattre lui-même pour s’évader ? « Mes médicaments… Je dois…
    — Non, non, tu ne dois pas prendre ces médicaments. Ce sont des drogues fabriquées par le Dr. Leroy pour nous garder sous son contrôle. C’est ainsi qu’elle manipule ton esprit et te fait croire que tu es fou. Cet hôpital n’est pas un vrai hôpital, il est désaffecté depuis des années ! » S’agita le lycéen, visiblement tendu. « Je suis un membre de la Desmose, une organisation qui cherche à arrêter la fin du monde. Le Dr. Leroy est une prédatrice qui en sait plus qu’elle ne veut bien le dire. Tu dois me faire confiance ! ».
    Gabriel, de nouveau libre de ses mouvements, roula en boule par terre, et tomba sur ses genoux, faisant tomber au passage ses comprimés. Il chercha, le geste vif, à les retrouver, mais il sentit une main se poser contre lui et le bloquer sur un mur.

    La Desmose, ce nom lui disait bien évidemment quelque chose. C’était ce groupe de lycéens qu’il avait inventé, censé arrêter un vortex dans le ciel. Il était devenu le super-héros de ce monde, Thiercelieux. Tout ceci n’était pas réel.
    « Tu n’es pas réel ! Tu n’es pas réel ! Se mit-il à crier de toutes ses forces, posant ses mains contre ses oreilles, en tous cas sur celle qui restait.
    — Je ne sais pas qui tu es, mais je suis venu ici pour trouver la seule personne qui puisse nous sauver ! Tout indique que tu es important pour Héloïse. Elle te garde la plupart du temps enfermé dans son laboratoire privé où elle fait sur toi tout un tas d’expériences. Il se trame des choses horribles dans les sous-sols de ce laboratoire. Il n’y a pas d’infirmiers, il n’y a pas tant de patients que cela. Nous sommes tous ses prisonniers, tu comprends ça ?! » L’agita plus fortement le Desmose-guerrier. Derrière, Grayson eut l’impression qu’une alarme venait de se déclencher. Une nouvelle fois, il aperçut cette lumière rouge et noir.
    « Merde. Putain, qui que tu sois, il faut que tu te réveilles maintenant. Ne prends plus tes médicaments je t’en conjure. Et, regarde, où sont les fenêtres ? As-tu déjà vu des fenêtres ? Des fenêtres ?! » Lui indiqua ledit Daniel en le secouant.

    « Maman… Où est ma maman… ? » Un murmure au loin leur glaça le sang. Cette question, elle était familière. Sa psychose reprenait le dessus, mais un doute pouvait se lire sur son visage, alors que des larmes perlaient sur les yeux du canadien.
    « Où sommes-nous… ? Quel jour sommes-nous… ? » Demanda-t-il alors à son interlocuteur, qui s’était relevé, et qui s’apprêtait visiblement à partir.
    « Je ne sais pas. Mais c’est ici que je dois le trouver. Que nous devons tous le trouver, pour le salut de nos âmes.
    — Qui… Qui… ?!
    — Le Héros de Légende.
    — Alexandre… Alexandre Schwartz… Commenta bêtement Oswald.
    — Le Gardien de l’Équilibre des Forces. » Compléta Daniel, en se jetant hors de la chambre, et en se mettant à courir, laissant dans sa léthargie le pauvre Gabriel.

    Un temps infini passa, pendant lequel une lutte avait commencé dans son esprit, pour se convaincre que ce monde dans lequel Daniel voulait le renvoyer n’était qu’une nouvelle fois la manifestation de son esprit malade. Pour autant, Anselm ne lui avait-elle pas dit que leur ami, Daniel Leroy, était disparu dans des circonstances mystérieuses ? Après tout, tout ceci faisait du sens. Il se trouvait peut-être piégé dans la gueule du loup, dans l’endroit que Florent avait décri, traumatisé, à son retour des coordonnées mystérieuses qu’il avait saisies dans le calculateur.

    « M. Grayson ? M. Grayson, vous m’entendez ? » Une petite lumière se focalisa sur sa pupille. Tiré de sa torpeur, celui-ci remarqua le Dr. Héloïse Leroy accroupie près de lui. Un infirmier se tenait au-dessus d’elle, l’air absent.
    « Vous avez fait une crise M. Grayson, est-ce que vous m’entendez ?
    — Oui… Il… Il y avait quelqu’un dans ma chambre…
    — Non, M. Grayson, personne n’est rentré dans votre chambre. » L’intéressé eut un nouveau haut-le-cœur. « M. Grayson, prenez vos médicaments. » Rajouta le thérapeute avec urgence.
    « Ils sont tombés, là… par terre… » Le médecin se tourna vers la gauche, et se mit à quatre pattes pour récupérer les gélules manquantes.

    Cependant, lorsqu’elle quitta son champ de vision, Grayson vit alors un enfant, avec un masque à gaz de la première guerre mondiale collé à son visage. Il ne put s’empêcher de hurler, et par réflexe, se jeta sur lui en le frappant de toutes ses forces. Il chercha alors à lui retirer son masque, et ce qu’il vit lui glaça le sang. L’enfant avait la peau en lambeaux, calcinée. Ses yeux crevés laissaient place à deux trous béants, et à des dents jaunes jusqu’à la racine, mêlant la pourriture à la pâleur de son visage monstrueux.
    Quand il sentit une aiguille se planter dans son cou, il sentit qu’il ne se trouvait pas en sécurité, et par réflexe militaire, se retourna et décocha un coup de poing qui fit fracasser le Dr. Leroy contre le lit. Celle-ci, sonnée, laissa découvrir son badge de sécurité dont le vingtenaire se saisit immédiatement.

    Gabriel se mit alors à courir de toutes ses forces. L’hôpital ne ressemblait plus à rien de ce qu’il connaissait. Les murs, délavés, rouillés, dégageaient une odeur nauséabonde, et des hurlements s’entendaient dans tout l’établissement. Tout paraissait désaffecté, et alors qu’un violent mal de tête apparut, il se rappela de ce que lui avait dit Daniel. Les fenêtres, où sont les fenêtres ? Il avait beau jeté des regards à droite, à gauche, il avait beau essayé de voir à travers les chambres qui n’étaient plus que des cachots difformes, il n’y avait aucune fenêtre dans cet espace.
    « Maman, où est ma maman » Devant, derrière, il lui semblait entendre cette phrase de partout. Tout ceci n’était-il qu’une hallucination collective ? Si oui, qu’est-ce que Gabriel hallucinait ? L’hôpital, ou son monde imaginaire ?
    À ce stade, le garçon ne savait plus où il courait. Il traversait les portes, les couloirs, il cherchait à fuir les monstres qu’il avait vus dans sa chambre. Il ne croisa aucun autre infirmier, il n’entendait plus que des hurlements, encore et encore. Récupérant une barre de fer, gisant dans les décombres d’une pièce à l’odeur de charnier, son cœur battait comme il n’avait jamais battu.

    Dans sa quête, et à force d’accéder à des zones de plus en plus protégées, il finit par trouver le bureau du Dr. Leroy, dans lequel il pénétra, essoufflé. Un système de verrou se trouvait dessus, et de l’intérieur, il activa un blindage qui normalement devait lui permettre d’être tranquille et de prendre un temps pour respirer. La cage dans laquelle il se réveillait habituellement après une psychose se trouvait au centre de la pièce, mais elle n’était pas constituée de verre. Elle ressemblait à des barreaux de prison, eux aussi rouillés, et comme Daniel le lui avait dit, aucune fenêtre ne se trouvait sur les murs de la pièce.
    Il ne trouvait aucune trace de cheminé. Le bureau de marbre, bien que présent, avait une quantité indigeste de documents vieillis. L’odeur surannée des vieux livres émanait également de la bibliothèque devant laquelle gisait le siège en bois et grinçant de son médecin traitant. Cette pièce, il y avait passé énormément de temps, mais il avait l’impression de la redécouvrir alors que son violent mal de tête ne diminuait pas.
    Cherchant à se rapprocher d’une source de lumière, il se saisit d’une espèce de lampe à pétrole, puis tenta de décrypter les documents présents sur le bureau. Malheureusement, la plupart d’entre-eux n’avaient aucune inscription spéciale. Pour ainsi dire, ils étaient vierges, comme si personne n’avait jamais écrit dessus, comme s’il s’agissait de feuilles de papier, mises ici pour la scénographie. Il se disait que peut-être, les livres lui offriraient un meilleur aperçu du lieu dans lequel il se trouvait.
    « Présentation de l’asile de Holbein. », « La Bataille des Séraphins. », « Madame Dubuc ». Des romans de littérature se mêlaient à des ouvrages descriptifs sur cet hôpital psychiatrique, qui ne portait pas le nom que lui avait donné son psychiatre. Au contraire, le nom de cet asile était précisément celui que Florent lui avait décrit, lorsqu’il l’avait torturé avec Anselm.

    Dans quelle espèce de délire psychotique se trouvait-il ? Est-ce qu’il devenait complètement fou ? En feuilletant les ouvrages, il se rendit compte que ceux-ci étaient vierges. Cela signifiait que son esprit ne parvenait pas à émuler leur contenu, donc qu’il délirait. D’un côté, cela le rassurait, mais de l’autre, cela l’inquiétait, parce que cela signifiait que jamais il ne recouvrirait sa santé mentale.

    « M. Grayson, vous m’entendez ? » Demanda une voix par haut-parleur. Celui-ci se trouvait en haut des étagères de la bibliothèque. « Je suis le Dr. Héloïse Leroy, et je suis en compagnie de la Directrice de l’établissement. Je vous en prie, M. Grayson, ouvrez-nous, nous œuvrons pour votre bien. » Cette phrase le rendit dingue. De rage, il balança tout ce qui se trouvait sur le bureau par terre. Il donna de violents coups contre la bibliothèque, laquelle s’effondra près de l’entrée et fit une barricade supplémentaire.
    « M. Grayson, ne sombrez pas dans la folie. Je vous le demande, écoutez ma voix. Concentrez-vous. Regardez autour de vous. » Sur ces mots, le vingtenaire ressentit un puissant mal de tête, lequel dévoila soudain un bureau moderne lorsqu’il rouvrit les yeux. La cage en ferrailles s’était transformée en cage de verres, et les papiers, vierges étaient devenus des documents lisibles l’espace d’un instant.

    À l’évidence, le canadien sombrait dans une puissante folie, face à laquelle il ne pouvait rien faire. Il se jeta dans les tiroirs du bureau délavé, et trouva plusieurs comprimés qui ressemblaient exactement à ceux qu’il prenait d’habitude. Il fallait que cela s’arrête, pour lui, pour sa santé. Il n’aurait déjà pas dû aller si loin. Combien de morts avait-il laissé derrière lui ? Ce carnage devait s’arrêter sur-le-champ, et tandis qu’il approcha sa bouche des gélules, il ouvrit les yeux. Il réalisa. Il devait en avoir le cœur net.

    ***


    Le Dr. Héloïse Leroy se tenait au-dessus de Gabriel, lequel était sanglé à une table d’opération. Il y avait partout autour d’eux, un important dispositif médical. Des scalpels, des lames de rasoir, des cathéters, divers moyens d’incubation. Le tout ressemblait à une salle d’opération chirurgicale. Lorsque son patient ouvrit les yeux, la blouse blanche se montra satisfaite et rassurante. Elle passa sa main sur le corps rachitique du garçon.
    « M. Grayson, votre dernière crise a beaucoup inquiété l’équipe pluridisciplinaire qui vous suit. » L’intéressé chercha à bouger, mais les liens le contraignaient fortement. « Nous avons décidé de vous opérer en urgence pour que plus jamais cela ne se reproduise. Nous ne voulions arriver à cette extrémité qu’en dernier recours, mais vous avez malheureusement tué un autre de nos patients dans la nuit. Il nous faut intervenir, et vite. Vous comprenez, M. Grayson ? » Ce dernier paraissait si faible, si fragile. Aussi facile à casser qu’une poupée de marionnette.
    « Quelle… Quelle opération vous allez faire, docteur ?
    — Je vais devoir pratiquer une opération appelée la lobotomie. C’est dans votre intérêt, M. Grayson. Je vous promets qu’ensuite, vous n’aurez plus jamais aucune hallucination. » Elle marqua une pause. « Regardez tout autour de vous. Tout est idyllique, non ? Des chirurgiens m’assistent, nous avons un matériel à la pointe de la technologie. Tout ira bien, M. Grayson. ».

    Le regard du patient commença à s’assombrir. Sa folie, à ce stade, ne pouvait plus être une allégation. Tout autour de lui, il voyait bien que se trouvait des masques à gaz de la première guerre mondiale. Il n’y avait pas d’anesthésiant, le matériel avait vieilli. Tout était complètement rouillé. Quant aux chirurgiens qui assistaient Leroy, il s’agissait ni plus ni moins que d’enfants perdus, avec leur air menaçant et oppressant. Tout ce qu’il pensait vivre dans un délire psychotique se révélait être vrai depuis le premier jour.
    « Vous mentez, Dr. Leroy. » Lui répondit-il avec gravité et solennité. Son air avait d’ailleurs changé, on ne lisait plus aucune indécision sur son visage. Il embrassait maintenant sa réalité imaginaire avec toute la puissance de la pire crise psychotique qu’il avait faite avant son internement en psychiatrie. Du moins, c’était là la rhétorique de son médecin lors de ses premières séances de thérapie.
    « Vous savez, M. Grayson, la différence entre vous et moi, elle est simple. Vous ne serez jamais certain, plus jamais certain d’être dans la bonne réalité. Parce que vous êtes un esprit malade, et moi je suis un soignant. Je vais donc vous soigner.
    — Non, je ne vais pas vous laisser faire.
    — Et qu’est-ce que vous pourriez bien faire, attaché, drogué, en plein délire hallucinatoire ? J’ai dû accélérer mes plans, je ne pensais pas devoir en arriver à la lobotomie maintenant, mais c’est vous qui ne me laissez pas le choix. ».

    Gabriel n’avait pas consommé les médicaments qu’il aurait dû prendre dans le bureau d’Héloïse. En pleine possession de ses moyens…

    « En pleine possession de vos moyens, n’est-ce pas ? Vous êtes en train d’halluciner complètement. Vous avez perdu toute prise avec la réalité. Vous croyez quoi, que je suis une espèce de monstre capable de lire dans vos pensées ? Vous êtes juste malade. Vous le savez comme moi.
    — Non ! Non ! Non ! Non ! Je ne suis pas malade, je suis même sûr de ce que je suis ! » De toutes ses forces, le canadien commença alors à tirer sur ses sangles. Celles-ci, bien que très serrées, affichèrent un affaiblissement.
    « Je vous déconseille fortement de faire cela. » Dit-elle en plantant une aiguille à l’intérieur de sa vaine. Cet acte fut cependant celui de trop. N’étant sous l’effet d’aucune pilule, et sa survie étant menacée, le système qu’on lui avait implanté à la Division pour l’Espoir décupla son énergie, et lui permit de se dégager de son emprise. Avec une violence hors-normes, il balança la table en acier contre Héloïse Leroy.

    Qui était-il vraiment ? Gabriel Grayson, un garçon interné dans un hôpital psychiatrique du South Yorkshire, en train de sombrer dans la pire des folies, ou Gabriel Oswald, le missionnaire de l’humanité, envoyé par la Division de l’Espoir pour sauver le monde ? Quelle importance cela avait, maintenant qu’une haine pure et dévastatrice l’habitait, et qu’avec la hache que le Dr. Leroy comptait utiliser, il massacrait et éviscérait chacun des enfants perdus qui l’assistait. Transformé en bête assoiffé de sang, il ne lui restait maintenant plus qu’à achever ce savant-fou qui l’avait autant torturé. Elle allait payer cette garce, cette salope. Alors qu’il allait lui porter le coup fatal, un flash lumineux le fit cependant défaillir.
    Des hommes, des femmes, égorgés, baignaient dans leurs organes. Ou des enfants perdus, monstrueux et épouvantables ? Les deux images s’affrontaient dans sa tête.

    « M. Grayson, par pitié, revenez-à-vous, je vous en supplie ! » Ses pulsations cardiaques avaient probablement dépassé les deux cents battements par minute. Il ne savait pas quoi faire, pourquoi ce stimuli le bloquait ? Pourquoi conservait-elle autant de pouvoirs sur lui ?
    « Vous vouliez me lobotomiser ! Hurla-t-il.
    — Non ! Non, non ! M. Grayson, jamais. Jamais. Arrêtez ! Je voulais vous aider, nous voulions juste vous faire passer une I.R.M !
    — Les I.R.M n’existent pas dans ce monde, pétasse, comment peux-tu être au courant que là d’où je viens il y a des I.R.M ?! Je vais te tuer ! Tuer ! Tuer ! Nous sommes en 1986, en 1986 tout ce dont vous me parlez n’existait pas ! C’est la preuve que vous montez, pauvre conne !
    — Non, M. Grayson, ayez pitié. Vous êtes malade. Je peux vous aider. Je vous jure que je peux vous aider. S’il vous plaît ! S’il vous plaît ! ».

    L’entrée de la salle d’opération s’ouvrit inopinément. Contre toute attente, et malgré le carnage de l’endroit, la personne s’avança d’un pas lent, un sourire non dissimulé sur les lèvres. Malgré l’état de rage dans lequel se trouvait Gabriel, il ne trouva pas en lui la volonté de se retourner et de la tuer. Comme il aurait fait pour n’importe qui d’autres.

    « Le show est terminé. » Prononça la femme qui se tenait maintenant derrière lui.

    L’intéressé tourna les talons. Il s’agissait d’une adolescente aux cheveux violacés, laquelle lui rappelait Aelita Schaeffer. « Mais où sont passées manières ? Je me présente, je suis Taelia Rose. La directrice de l’établissement Holbein. ».
    La chair de poule s’éprit du vingtenaire. Il faisait face à une personne d’une puissance immense, dont il ressentait toute l’aura à travers sa peau. L’atmosphère de la pièce devint alors beaucoup plus pesante. Jamais il n’avait ressenti une telle peur de toute sa vie, au plus loin des tortures qu’il avait subies dans cet asile.
    « Tu es… Tu es… Lui… »  L’adolescente aux cheveux roses explosa de rire, et s’inclina devant le sieur Oswald.
    « En effet, je suis Dimensio, le Charmant Magicien. Cette créature que vous pourchassez tous. J’ai cru comprendre que tu connaissais mon ami Frisk ? » Dit-elle alors en changeant brutalement de sujet.

    En une fraction de seconde, le corps pendant de l’infirmier qui l’avait abordé une nuit tenait entre les mains de Taelia. Il était mutilé, torturé de la pire des manières. Il n’avait plus d’humain que les endroits que j’avais bien laissé intact pour qu’on le reconnaisse. Cela ne manqua pas.
    « C’est… C’est le garçon dans l’hypercalculateur.
    — Ah ! Merci, je ne savais pas trop quoi en faire. Tu m’as encore donné la réponse. C’est marrant, l’espace-temps, hein ? » Le terrien se mit à déglutir, et regarda derrière lui. Héloïse Leroy avait disparu.
    « J’ai appris, par le biais de Héloïse, que tu comptais appeler le Gardien à l’aide. Sais-tu que c’est une très mauvaise idée ? Que cela m’a mis vraiment en colère ? » À mesure qu’elle parlait, sa voix partait parfois dans les aigües, la rendant plus oppressante que jamais. Dans le même temps, des bribes de souvenirs commençaient à lui remonter. Gabriel avait pris la décision de fuir Thiercelieux. Avec Anselm, Samuel, Frank, Kalinda et Antonin. Ils avaient voulu quitter la ville après le coup d’état de Florent, devenu le Prince de Thiercelieux. Après, tout est cependant devenu flou. Il n’arrivait pas à remettre les informations dans le bon ordre.
    « Je n’ai jamais voulu prévenir Alexandre Schwartz. On m’a demandé de le faire.
    — Qui ?
    — Ce garçon, Frisk. » Répondit le missionnaire de l’humanité, nerveusement.
    « Il y en a un autre n’est-ce pas ? J’arrive à le lire dans tes yeux. Les humains, n’essayez pas de me mentir. Surtout quand vous êtes face à moi.
    — Oui, madame, il y en a un autre… » Finit-il par dire, gageant qu’il n’avait rien à gagner en taisant des informations.
    « Tu es un spécimen très intéressant Gabriel Oswald. » Dimensio se rapprocha de lui. « Tu n’es pas une variable que j’avais prévue au sein de cet endroit. Tu es comme un virus qui prolifère dans un écosystème sain. En somme, tu ressembles à Alexandre, et c’est pour cela que j’ai pris soin de te faire étudier.
    — De ce que je connais de cet endroit, fit-il en la coupant, il devrait y avoir un autre Gardien. Eliot Winchester. Si tout ceci s’est passé avant, pourquoi n’est-il pas encore là ? » Demanda Grayson, en se rendant compte d’une totale paralysie.

    La mémoire continuait de lui revenir. À l’extérieur de Thiercelieux, dans ce que l’on appelait la plaine de Termina, il n’y avait rien. Seulement une vaste étendue de neige, et un vortex plus inquiétant que jamais. Petit-à-petit, il avait réalisé que quelque chose n’allait pas chez ses compagnons. Comme s’ils commençaient à disparaître. Leurs mouvements devenaient plus irréguliers, leurs propos plus incohérents, et après un certain temps passé hors de la ville que l’on ne percevait même plus de là où ils étaient, il se retrouva seul dans un froid sibérien. Toutes les personnes qui l’avaient accompagné n’existaient plus, volatilisées comme des données de jeu vidéo. Il avait alors erré longuement dans la neige de Thiercelieux. Rompu aux techniques de survie, et grâce à son matériel, il avait pu survivre longtemps, mais…

    « C’est un spectacle de marionnette, chéri, et nous arrivons bientôt à la fin. Le dernier acte a officiellement commencé. Il est maintenant trop tard pour m’arrêter. Il ne s’agit plus de savoir comment je vais sortir d’ici, mais quand. ».

    Dans le froid glacial de la forteresse dimensionnelle, il avait trouvé cet asile. Il était rentré à l’intérieur, et il avait compris où il avait mis les pieds. L’antre des enfants perdus, celle que Florent avait longuement raconté à Anselm et lui lorsqu’ils l’avaient torturé. Quand il avait cherché à s’enfuir, il était déjà trop tard. Il s’était retrouvé pris au piège, dans un endroit au sein duquel le temps se distordait. Il l’avait réalisé lui-même, cet endroit, véritablement labyrinthique, contenait tout un dédale de salles et de pièces sans lien les unes avec les autres. Il n’avait pas réussi à résister, et in fine il s’était fait piéger.

    Une explosion brutale projeta un millier de débris sur Taelia Rose. Cependant, les briques en pierre se transformèrent en poussière à mesure qu’elles se rapprochaient d’elle. Gabriel, cependant, avait été protégé de l’explosion, et une main avait saisi son poignet. Ensemble, et avec quelqu’un qu’il ne connaissait pas, ils couraient à travers l’asile de Holbein. Le terrien reprenait à peine ses esprits, maintenant que les réminiscences commençaient à se tarir. Il tenta de comprendre ce qui se passait, et se rendit compte que Daniel courait à ses côtés. Celui qui avait voulu le prévenir dans sa chambre d’hôpital, celui qu’il n’avait pas cru au moment où il aurait dû savoir que oui, il était le héros, oui, il était le dernier espoir de l’humanité.
    « Que se passe-t-il ?!
    — Je n’ai pas le temps de t’expliquer, Gabriel, tout ce que j’ai compris, c’est que tu es quelqu’un d’important, alors je dois te sauver !
    — On ne peut pas s’enfuir d’ici, cette femme, Taelia, c’est…
    — Le prisonnier de Thiercelieux, je sais. Je mène l’enquête depuis que la Desmose a commencé le cycle des trois jours. J’ai fini par réaliser que j’étais moi-même une sorte de programme qui n’existait que par la volonté de Dimensio. J’ai compris que je n’avais rien à attendre des autres, d’autant que si tu veux mon avis, il y a un traître dans notre groupe. » Daniel semblait savoir où il allait. Ils traversèrent plusieurs cachots au sein desquels se trouvaient des enfants perdus. L’alerte n’avait pas encore été donnée.
    « Un traître ?!
    — Oui, je pense que ce monstre qui se fait appeler Dimensio a plusieurs enveloppes corporelles. Florent, Flora, Samuel, Anselm, l’un des quatre, je suis sûr qu’il s’agit d’un alias de Dimensio. C’est pour ça que tu dois absolument prévenir le Héros de Légende ! Il doit venir ici, sinon nous sommes tous perdus. » Oswald jeta plusieurs regards derrière lui, inquiet à l’idée que Taelia ne les rattrape.

    « Tu pourrais tout aussi bien être un alias de Dimensio toi aussi. Après tout, tu es arrivé au moment le plus propice, et je vois qu’il ne nous a toujours pas rattrapés ! » Son interlocuteur lâcha un sourire fier alors qu’il lui faisait descendre plusieurs escaliers.
    « Tu as entièrement raison. Sauf que cet endroit n’est pas comme Thiercelieux. Ce n’est pas un lieu que Dimensio contrôle. Thiercelieux est contenu dans un ensemble plus vaste qui s’appelle la Forteresse Dimensionnelle. Cette forteresse dimensionnelle est une prison, fondée sur-mesure par le culte des Gardiens pour protéger l’univers de cette créature. L’asile de Holbein est son point le plus fragile, et ses dédales mènent aux autres dimensions connectées entre elles par le vortex. Autrement dit, l’enchevêtrement dimensionnel est ici si fragile qu’il change tout le temps, comme un labyrinthe qui ne cesse de se reconfigurer. Même pour lui, ce sera dur de nous retrouver ! » Lâcha-t-il d’un dernier souffle, lorsqu’il arriva à un carrefour menant sur plusieurs couloirs. « Je n’ai aucun moyen de te certifier que je ne suis pas Dimensio, alors c’est à toi de voir si tu veux me faire confiance. Je n’ai pas beaucoup de temps alors écoute-moi bien. De ce que j’ai compris, Alexandre Schwartz n’appartient pas à l’univers de Dimensio. Il vient d’un autre univers, alors nous devons trouver un moyen de communiquer à travers les mondes pour y parvenir. Le seul endroit que je connaisse ici pour y arriver est la salle de l’hypercalculateur, au cœur de Thiercelieux ! » Un hurlement strident se fit entendre dans tout l’asile, comme si le Charmant Magicien beuglait à l’intérieur de la tête de chacun des individus présents en son sein.

    « Merde… Putain, il va nous trouver… Gabriel, tu dois lancer un puissant retour dans le temps, le plus puissant possible, et transmettre à Alexandre Schwartz un S.O.S. Tu dois provoquer une rupture dans l’équilibre des forces pour qu’il la sente, et qu’il vienne ici le plus vite possible ! Le temps n’a plus de sens dans cet endroit…
    — Daniel. Alexandre est déjà venu ici. Il a déjà rencontré Florent. Il a déjà rencontré ta… » Oswald se tut. Un sourire apaisé apparut sur le visage de Daniel.
    « Ne t’inquiètes pas, je sais que je vais mourir ici. Personne ne peut échapper à son créateur. Personne ne peut quitter la Forteresse Dimensionnelle s’il n’existe pas. » Il marqua une pause. « Nous pourrions très bien rencontrer Alexandre en cet endroit toi et moi, dans ce cas, mais son arrivée ne se produira jamais si tu ne la provoques pas. Ce serait un paradoxe temporel, capable de fracturer le temps et de libérer Dimensio. C’est tout ce qu’il attend ! Je ne sais pas pourquoi j’ai toutes ces connaissances, j’ai comme l’impression d’avoir brisé le quatrième mur, tu vois ? Tu es réel, et pas moi. C’est pour ça que tu es notre seule chance ! Alors dépêche-toi ! Le couloir de gauche mène à la salle de l’hypercalculateur, c’est Frisk qui s’est sacrifié pour nous qui me l’a indiqué. Il n’y a pas de héros ici, nous serons tous perdants si tu n’agis pas maintenant. Je compte sur toi, Gabriel ! » Tout s’était passé tellement vite. Un papier dans la main, contenant les coordonnées de l’asile, Grayson hocha la tête. « Compris. ».

    Quand Gabriel Oswald se rendit compte qu’il courait à travers un couloir, sur les suggestions d’un inconnu, pour réaliser une quête épique et héroïque à la hauteur du plus grand déséquilibré de l’hôpital psychiatrique de Saint-Anne. Il se demanda s’il n’avait pas vraiment un grain dans la tête. Toutefois, il était visiblement trop tard pour faire marche arrière, d’autant que Daniel lui protégeait le passage. Du moins, pour un temps limité. Un temps suffisamment long pour qu’il passe par la porte qu’on lui avait indiquée, et qu’il lance le programme de retour vers le passé.
    Toutefois, cette partition n’était-elle pas trop prévisible ? À la manière d’une marionnette, et parce qu’un sombre inconnu le lui disait, inconnu dont l’existence dépendait uniquement de leur plus grand ennemi, il allait passer le seuil de cette porte où on lui promettait l’hypercalculateur ? Non, ce n’était pas logique, ce n’était pas ce qu’il fallait faire. À la manière d’un virus dans un écosystème sain, une myriade de questions passa dans l’esprit de Gabriel à la vitesse de la lumière. Ce qu’on attendait d’un programme informatique était un pattern. Un schéma récurrent permettant d’anticiper ses actions. Ainsi, Dimensio savait toujours où frapper, et il savait, parce qu’il est très intelligent, que le canadien était un suiveur. On lui avait appris à obéir, et si pour ce monstre le seul moyen de se débarrasser de lui était de lui faire passer cette porte, alors ce serait l’humanité entière qui aurait perdu. En vérité, Dimensio ne pouvait rien lui faire dans la salle d’opération, pas plus qu’il ne pouvait lui faire de mal en manipulant Daniel. Or, en passant cette porte, tout serait peut-être différent, et ce serait dans un nouveau monde que l’on entrerait. Un monde régit par les lois de Dimensio, le monde de Thiercelieux. Il ne pouvait prendre cette décision.

    Courageusement, le soldat de la division de l’espoir tourna les talons. Le couloir contenait autant de portes qu’il s’enfonçait en dix mètres de profondeur. Comment Héloïse Leroy avait-elle réussi à lui faire voir une réalité qui n’existait pas ? Comment avait-elle réussi à le blesser et à lui faire du mal dans cet endroit où visiblement, Dimensio lui-même n’avait qu’une prise limitée ?
    La réponse lui sauta soudain aux yeux. Chaque fois que ses hallucinations avaient pris le dessus, ce fut par la volonté. La volonté d’y croire, à force de médicaments, la volonté de voir ce que l’on voulait qu’il voit. Cette phrase se mit alors à résonner en lui. « Si l’on y croit de toutes ses forces, un mensonge peut devenir réalité. ». Que se passe-t-il alors, si l’on cherche à croire de toutes ses forces en une vérité ? Celle de retrouver Alexandre Schwartz, le Héros de Légende.
    À ce stade, la croyance était la seule donnée sur laquelle il pouvait s’appuyer, ainsi que sur le hasard.

    Il existait des méthodes de prise de décisions très sérieuses fondées uniquement sur le hasard. Il décida alors de s’y remettre.

    Reculant de la porte qu’il devait ouvrir, il se dirigea vers celle qui l’inspirait le plus. Cet instinct, si humain, si imprévisible, que l’on ne peut ni contrôler, ni définir. Ce sale espoir, qui lui donna la force, malgré la gravité de la situation, d’ouvrir la porte. De sortir.

_________________
« Il ne faut jamais perdre espoir ! » Alors qu’Alexandre était sur le point de tout abandonner, une voix familière résonna au plus profond de lui-même. « C’est ce que tu dirais, n’est-ce pas ? ».
Chapitre 26, Le Héros Légendaire.


Dernière édition par Pikamaniaque le Lun 19 Mar 2018 14:53; édité 1 fois
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Pikamaniaque MessagePosté le: Lun 19 Mar 2018 14:50   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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    Laboratoire de Slimane, South Yorkshire. 7 décembre 1984.

    Lorsque Gabriel passa le seuil de la porte, il se retrouva dans un laboratoire qui ressemblait beaucoup au supercalculateur de l’usine Renault. Désorienté, son rythme cardiaque s’accéléra. Il ne comprenait pas bien où il était, mais il remarqua à ses pieds un boitier, sur lequel un compte-à-rebours défilait seconde par seconde. Formé à cette vieille technologie utilisée pendant la guerre froide, le garçon comprit immédiatement qu’il s’agissait d’une bombe. Celle-ci allait exploser dans quelques secondes. Il ressentit évidemment l’envie de retourner immédiatement par là d’où il venait, mais au loin, penché sur un écran d’ordinateur, il aperçut sa silhouette.
    Celle du Héros de Légende.

    « Et merde… » Lorsque le Gardien prononça ces mots, cela fit comme un déclic dans l’esprit d’Oswald.

    « Alexandre ! Tout va péter ! Viens, par là, par là ! » Hurla-t-il pour attirer son attention. Le garçon à la veste de marin se retourna immédiatement. Tout se passa trop vite pour que le terrien comprenne, mais alors qu’il ne restait plus qu’une poignée de secondes, une main gantée en cuir se saisit de son bras. Il n’avait pas compris ce qu’il venait de voir, une téléportation, un manque d’attention lié à ses médicaments. Tout ce dont il pouvait être certain, c’est qu’accompagner du véritable dernier espoir de l’humanité, il venait de traverser de nouveau la porte vers l’asile de Holbein.

Note de bas de page : un appendice à la séquence 7 de CharmingMagician.exe a été ajouté. L'appendice est disponible en
rose et découle directement des actions de Gabriel.

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« Il ne faut jamais perdre espoir ! » Alors qu’Alexandre était sur le point de tout abandonner, une voix familière résonna au plus profond de lui-même. « C’est ce que tu dirais, n’est-ce pas ? ».
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Pikamaniaque MessagePosté le: Sam 19 Mai 2018 12:20   Sujet du message: Répondre en citant  
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Chapitre 20 : Hymne du Vide


    Il y eut d’abord un sentiment d’apaisement profond. Ce sentiment d’apaisement profond, il ne sut le délimiter. Ni comment, ni pourquoi, ni grâce à quoi. Il se sentait juste bien, et plus rien ne lui paraissait avoir d’importance.

    Après ce sentiment, une souffrance terrible. Quand l’air pénétra dans ses poumons, il souffrit comme il n’avait jamais souffert. Chaque inspiration était comme des coups de poignard assénés sur son corps meurtri.
    Le garçon était visiblement désorienté. Il ne savait pas où il était, il ne voyait rien. Peut-être qu’il n’y avait aucune lumière là où il se trouvait, mais peut-être aussi qu’il n’avait pas recouvré la vue. Il faisait tellement chaud à l’intérieur de ce petit espace, dans lequel il agita ses membres. Il frappa contre les rebords, en haut, à gauche, à droite, tout était exigüe. Pourtant, il y avait quelque chose de doux qui appuyait sa nuque endolorie. Lui-même ne se sentait d’ailleurs contraint de rien. Il pouvait mouvoir ses jambes et ses bras, mais une sensation désagréable qu’il ne parvenait pas à contrôler lui brûlait la chair de l’intérieur. Son instinct de survie commençait d’ailleurs à prendre le dessus. Il frappa, encore et encore, de toutes ses forces, contre les parois du caisson dans lequel il se trouvait enfermé. Tout son corps était en ébullition, et pris de spasmes violents, il sentit des larmes couler sur son visage. Il se déchaîna alors contre ce mur qui n’avait pas l’air si solide. Il hurla, sentit sa gorge vibrer, et un haut-le-cœur décupla son adrénaline.
    Le point de rupture fut rapidement atteint. Son poing traversa la paroi qui le séparait de sa liberté. Son rythme cardiaque était si élevé,, les brûlures qu’il ressentait étaient si intenses, tout le mal-être qui l’habitait au niveau de ces sensations désorientées, des sons très aigus que son oreille entendait jusqu’à ses capacités visuelles inexistantes, tout ceci le conduisit à exploser dans un éclair de colère. Dès lors, cet adolescent qui s’attendait à se sortir d’ici, à pouvoir bouger comme il le voulait, comme il l’attendait, se braqua contre le couvercle de son caisson. Lui qui se pensait sorti d’affaires, une tonne de terre envahit son sarcophage. La peur au ventre, animé par une incroyable force surhumaine, il eut alors l’impression que la paroi vola en éclats, et il leva son bras jusqu’à la surface. La minute d’après, le jeune homme rampait sur de la terre fraîche, avec une respiration toujours aussi forte, et une peur toujours terriblement puissante.

    La luminosité environnante l’aveuglait, mais alors même que ses yeux reprenaient le contrôle, des tâches floues l’empêchaient de bien voir. Son œil était comme sali, et lorsqu’il chercha un point de repère dans ce qui devait être la nuit noire, il se tourna, à tâton, jusqu’à toucher un morceau de pierre. Il le palpa, gémissant de douleur, et se recula un peu. Quelque chose était écrit dessus, et il avait bien du mal à le distinguer. Alors il fit des efforts, les lèvres tremblantes.

    « Alexandre Schwartz.
    1968 – 1990.
    He saved the world a lot. ».


    ***


    Alexandre revint à lui brutalement, le visage en sueurs, comme réveillé d’un mauvais rêve. Une couverture se trouvait sur lui, à côté de laquelle un tissu plein de sang séché baignait dans une bassine d’eau. Non loin de lui, Gabriel Oswald colmatait la porte d’acier derrière laquelle ils se trouvaient. Alerté par le cri d’effroi poussé par celui qui était censé le protéger, le terrien se retourna.
    « Tu es enfin réveillé, toi ?
    — Oui… » Exprima-t-il doucement. « Je crois que j’ai fait un cauchemar.
    — Bon eh bien c’est triste mais il va falloir t’en remettre, parce que là nous sommes loin d’avoir le temps d’en discuter. » L’agressivité du canadien, inhabituellement forte, s’expliquait sans doute par la fragilité relative dont il continuait à faire preuve après tout ce temps passé en captivité dans l’asile. Les effets de toute cette drogue qu’il avait prise continuaient à brûler son organisme de l’intérieur.
    « Où sommes-nous ? » Se contenta de répondre le Gardien, visiblement désorienté.
    « À l’asile de Holbein. » Stressé, il poursuivit. « Je crois que c’est le Q.G de ce monstre dont tu nous parlais au sommet de la tour d’astronomie. S’il nous trouve, on va mourir. J’ai été sauvé in extremis tout-à-l’heure, mais c’était moins une… Et puis, j’ai rien compris à ce qui s’est passé, mais tout ce que je sais, c’est que j’ai suivi mon instinct, que je t’ai retrouvé, et que je t’ai sauvé. Maintenant tu vas nous aider à sortir d’ici, pas vrai ? ».

    Il y eut un silence.

    « Gabriel Oswald, à l’heure où je te parle, j’ai épuisé l’intégralité de mes pouvoirs. Je suis mourant. » Affirma-t-il, d’une voix paisible, comme s’il avait annoncé la météo. Les yeux de son interlocuteur s’écarquillèrent. Aussi, et pour éviter de perdre du temps, l’intéressé préféra poursuivre. « Cependant, tu n’as pas d’inquiétudes à avoir. Cet endroit est un catalyseur de la puisssance de Dimensio, mais paradoxalement, cela l’empêche d’y rentrer. Tu as probablement rencontré une de ses projections astrales ; ce n’était pas le vrai Dimensio. » Grayson se racla la gorge. Il se souvenait pourtant du malaise qu’il avait ressenti face à cette femme aux cheveux roses qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à Aelita Schaeffer. Elle avait eu l’air si vraie, prête à le tuer sur place.

    « Est-ce que je suis réel ? » Demanda le canadien, à la surprise de Schwartz. Celui-ci cligna des yeux, son esprit n’était plus aussi impénétrable. Il se demanda s’il avait compris, lui aussi.
    « Tu es probablement réel. » Affirma-t-il en se relevant. « À vrai dire, je n’en suis pas certain, je ne suis plus suffisamment puissant pour en être sûr, mais tu étais accompagné la dernière fois que nous nous sommes rencontrés.
    — Oui ! Francis Underwood, Antonin, Anselm, Kalinda et Samuel. On fuyait à la sortie de la ville, et quand on a réussi à sortir, ils ont tous disparu dans une violente tempête de neige. Ils se sont volatilisés, d’un coup, sans crier gare. » Cette remarque plongea la veste de marin dans une forme de torpeur. Il se montra sans doute plus distant, cherchant à marcher vers l’autre extrémité de la pièce où se trouvait une porte qui n’avait pas été barricadée.
    « Eh ! Attends, tu ne peux pas partir comme ça ! C’est dangereux dehors. »

    L’interpellé s’arrêta net. Tout le sang dans la bassine lui appartenait, il avait coulé de ses narines lorsqu’il avait puisé au fond de ses dernières forces pour passer le portail dimensionnel.
    « Tu sais, si tous les autres ont disparu et que tu es le seul survivant, cela veut soit dire que Dimensio ne t’accompagnait pas dans ta fuite, soit que tu es Dimensio, mais que tu n’en as juste pas conscience. Cependant, quand bien même tu ne serais pas Dimensio, je n’ai aucune raison de faire confiance à quelqu’un comme toi.
    — Si cette chose voulait nous trouver, elle l’aurait déjà fait, non ?
    — Oui, et c’est pourquoi elle se trouve peut-être juste en face de moi.
    — Tu sombres dans la paranoïa ! Je suis venu te sauver d’une mort certaine ! » Alexandre eut comme un soupir de désespoir. Ce jeune homme n’avait pas tort, il sombrait dans la paranoïa, mais il était aussi plus faible que jamais.
    « Et puis Dimensio c’est probablement enfui maintenant. Sa « prison » comme tu disais est une passoire, regarde moi-même j’ai pu en sortir, et je trouverai peut-être un chemin vers mon monde si j’y retourne. » Cette remarque attira particulièrement l’attention de son interlocuteur, lequel se retourna brutalement et chercha à se rapprocher de lui.
    « Cet endroit n’est pas seulement le catalyseur de sa puissance, c’est aussi l’endroit le plus instable de toute notre réalité. Le temps est entremêlé ici, j’arrive encore à le sentir. Ce n’est pas un endroit comme les autres, au contraire. Le passé et le futur sont complètement mélangés ici, mais oui, c’est plus clair maintenant… » Oswald ne comprit pas très bien où il voulait en venir, mais cela n’avait aucune espèce d’importance.

    Il se rapprocha du Gardien pour prévenir de toute chute, parce qu’il lui apparaissait particulièrement chancelant.
    « Donc, il a pu s’enfuir ? Interrogea le jeune homme.
    — Non, il faut concevoir cet endroit comme un tunnel. Les voitures peuvent y passer. J’ai pu y passer parce que je suis très affaibli, mais Dimensio est comme un camion. Il est trop puissant pour passer, il doit faire un trou bien plus gros qu’un trou de souris. Il est encore piégé ici, tout n’est pas perdu. » Cet éclair de génie emplit d’espoirs le vingtenaire. Celui-ci n’avait cessé de penser qu’il était trop tard, et que sa défaite au laboratoire de Slimane l’avait complètement mis hors course.
    « D’autant que tu es déjà venu ici, tu vas trouver le moyen d’en sortir ! » Affirma Gabriel d’une vive voix. Face à la tête interrogative de son locuteur, il prit soin de développer. « Quand tu as sauvé Florent dans cet asile. » Le britannique posa sa main en-dessous de son menton, et investit une profonde réflexion.
    « Gabriel Oswald, je n’ai jamais rencontré Florent Hämälaïnen dans cet endroit puisque c’est la première fois que j’y viens. Conclut-il, d’une voix laconique.
    — Cela signifie qu’il se trouve aussi ici.
    — Auquel cas, je le tuerai, je ne vois aucune raison rationnelle à ce que je le sauve.
    — Putain mais non, tu ne comprends pas ! » Fit-il en se rapprochant de lui. « Merde, c’est toi qui es censé tout comprendre. Tu viens de le dire, le passé et le présent se mélangent ici. Ta rencontre Florent l’a profondément changé, il n’a plus jamais été le même après. C’est là que tout a commencé à dérailler, si on quitte l’asile sans que tu ne l’aies vu, tu imagines les conséquences que ça pourrait avoir ? Est-ce que ça ne provoquerait pas une méga-fissure ?
    — Ah. Oui. » Fit le garçon, pour le moins confus, comme s’il avait été désorienté par ses remarques. Il avait en tête le cadavre de sa sœur Alice gisant sur le sol du Palais Municipal. « Je vais donc aller chercher quelque chose qui m’appartient ici, et que je peux sentir. Merci de m’avoir aidé, Gabriel, mais notre chemin se sépare ici. ».

    Ce petit péteux était-il sérieux ? Une couleur sourde remonta du fond de ses tripes, alors que son compagnon d’un soir avait commencé à tituber jusqu’à la sortie. Il décida de s’interposer.

    — Tu en es toujours à me dire que tout est de ma faute, comme tu as fait au sommet de la tour d’astronomie la première fois qu’on s’est rencontrés ?! » Cette remarque laissa son interlocuteur de marbre, d’autant qu’elle venait de nulle part. Il se contenta de l’observer, droit dans les yeux, avec un regard devenu plus dur.
    « Je suis le Gardien de l’Équilibre des Forces. Ce qui m’a amené à Thiercelieux est la rupture primitive de cet équilibre, la première fissure qui a fracturé le temps et l’espace. Mon arrivée au sein de la Forteresse Dimensionnelle est entièrement de ta faute parce que tu es le premier à avoir créé cette fragilité. Cependant, ce n’est pas à toi, Gabriel, que j’en veux. Individuellement, tu es une coquille vide, une enveloppe charnelle passée entre les mains de je-ne-sais-quel Maître. Tu n’existes pas en tant que Moi. Ce qui me répugne, chez toi, c’est la race que tu représentes. La race humaine dans son ensemble, égoïste et mégalomane, a catalysé en toi tout ce qu’il y a de cancérigène. Tu es la lie de l’humanité précisément parce que tu représentes à toi seul tout ce qu’il reste de l’humanité. Tu es peut-être le dernier espoir de ton peuple, mais tu es le fossoyeur de tous les autres. C’est ma conviction. ».

    La violence du propos aurait pu laisser Gabriel sur le carreau, mais elle l’emplit au contraire d’une détermination inédite. Après tout, ne venait-il pas de se rebeller contre ses Maîtres avant de venir le sauver ? N’avait-il pas décidé de ne pas obéir, de suivre son instinct de liberté ?

    « Oui… Tu as peut-être raison, mais regarde-toi. Tu n’es plus le Gardien de rien, tu as perdu tous tes pouvoirs, et moi je suis peut-être un squelette famélique, mais on m’a appris à être comme ça, et à survivre comme ça, alors dans ce lieu, je suis ton seul espoir. Laisse-moi t’aider.
    — Non… » En finissant sa dénégation, une douleur força Alexandre à poser un genou à terre.
    « Les Enfants Perdus sont partout, je ne donne pas cher de ta peau si tu restes seul ici.
    — Il y a un moyen… Je le sens…
    — Alors laisse-moi t’accompagner. Laisse-moi te prouver que je peux faire mes propres choix.
    — Tout ce que tu fais… C’est te trouver un nouveau Maître… » Bégaya-t-il difficilement, tentant de maintenir une voix ferme. Sauf qu’il fallait bien qu’il se rende à l’évidence, sans Oswald, il ne pourrait rien accomplir. Alors, quand celui-ci lui tendit la main, il l’observa. À contre-cœur, il s’en saisit alors. Si ce terrien avait la moindre importance dans l’échiquier malsain de Dimensio, il finirait bien par le savoir. Enfin, cela leur permettrait de discuter et de mieux comprendre tout ce que le Gardien a manqué à Thiercelieux.

    ***


    À l’intérieur des cachots froids de l’asile de Holbein, Alexandre s’avançait avec une démarche inhabituellement humaine. Il traversait les couloirs les plus sombres, progressant de plus en plus vers cette puissante source d’énergie dont il voulait se repaitre, tel un animal affamé en quête de quelques denrées. Les Enfants Perdus étaient sur le qui-vive, mais aucun d’entre-eux ne parvint à repérer Oswald, lequel s’était juré de défendre le Gardien de l’Équilibre coûte que coûte. Ensemble, ils progressaient et rien ne semblait pouvoir les arrêter. Leur ennemi gagnait toutefois en puissance, et ils pouvaient maintenant sentir jusqu’aux tréfonds de leurs âmes à quel point sa malveillance ne connaissait plus aucune limite. Certes, il ne pouvait toujours pas s’enfuir de sa forteresse dimensionnelle, pas plus qu’il ne pouvait venir à leur rencontre pour les narguer. Toutefois, il répandait ses miasmes purulents dans tout leur être et dans chaque cellule composant leur frêle corps. Alexandre lui-même, ce chérubin, n’y pouvait rien. Son esprit devenait une passoire où il était de plus en plus facile de comprendre ce qui le motivait. Ce garçon n’était plus que l’ombre de lui-même, les pouvoirs, faisant jadis sa puissance, ne représentaient plus maintenant qu’une vague intuition qui lui permettait de s’accrocher à l’odeur du pouvoir. Une faible énergie de lumière, telle une petite flamme allumée en pleine tempête, représentant le dernier feu de l’humanité.

    « Gabriel… » S’exprima le jeune homme à la veste de marin, en s’appuyant contre le mur. L’interpellé se retourna, et s’approcha de lui pour le soutenir alors qu’il était prêt à s’effondrer. « La puissance de Dimensio est sans commune mesure. Je sens qu’il s’apprête à pénétrer mon esprit. Comme il l’a déjà fait avec toi. Je suis sans doute le seul être humain sur terre dont il n’a jamais pu percer les pensées », exprima-t-il en prenant de grosses inspirations.
    « Merde… Et nous sommes encore loin ? » Demanda le terrien, en passant son bras sous son épaule. Celui-ci hocha la tête négativement, mais son état se dégradait à mesure qu’ils passaient du temps à l’intérieur de l’asile.
    « Cet endroit… Il est connecté au mal le plus primitif. C’est une bombe à retardement. Il catalyse toute la puissance du Fléau. Paradoxalement, il le maintien à l’extérieur, mais pour combien de temps encore ? Nous sommes proche de l’objectif, Gabriel, poursuivons. » Tonna-t-il avec détermination, alors que Grayson le fit grimper sur son dos parce qu’il était à présent incapable de marcher.

    Cet asile labyrinthique, dans lequel s’enchevêtrait un amas de couloirs, escaliers, cachots, se reconfigurait à mesure que la puissance de Dimensio croissait. À moins de disposer de compétences exceptionnelles, on ne pouvait pas se repérer à l’intérieur.

    « Je le sens… Ce que nous cherchons est ici. » Annonça Alexandre au-devant d’une porte qui semblait particulièrement bien protégée.
    « Tu sais ce qu’il y a derrière cette porte ? » Interrogea le soldat de la Division de l’Espoir. L’intéressé refusa de répondre, mais cela ne fit aucun doute : avec un pincement au cœur, il savait ce qui se trouvait derrière cette porte particulièrement difficile à ouvrir. « Sans matériel adéquat, nous n’y arriverons jamais, commenta Gabriel.
    — Pas besoin. » Se contenta d’affirmer le Gardien. Alors que ses jambes retrouvèrent le contact du sol, le canadien fit attention à ce qu’il ne perde pas l’équilibre. Celui-ci s’approcha de l’ouverture. Il venait de retirer ses gants en cuir.

    « S’il vous plaît, ouvrez-moi. » Demanda-t-il en frappant plusieurs fois contre la porte blindée. « C’est moi. ». Ce bruit fut particulièrement retentissant, dans toute cette zone de l’asile.
    « Putain mais t’es malade, tu vas nous faire repérer ! » Se mit alors à vociférer le dernier espoir de l’humanité. « Tu vas ramener toutes ces monstruosités, bordel ! ».
    Cette problématique ne l’émut pas particulièrement. Son regard s’était d’ailleurs embué, au moment où la porte avait commencé à coulisser.

    « Maman… Où est ma maman ? Je t’ai entendue maman, je vais te trouver… ».

    Cette phrase glaça d’effroi le jeune Oswald, qui se retourna vers Alexandre. Ce dernier venait de pénétrer à l’intérieur d’une petite pièce exigüe, au sein de laquelle un homme, particulièrement vieux, particulièrement maigre, particulièrement fragile, se trouvait là, desséché, enchaîné au mur. Gabriel n’était pas certain de qui cela pouvait bien être, mais le Héros de Légende, lui, en avait une idée très précise.
    Pendant ce temps, un premier Enfant Perdu parut à l’extrémité du couloir. Armé de sa barre de fer, le terrien s’élança et le frappa d’un coup vif qui l’envoya contre un mur. Cependant, une horde de créatures s’approchait. Ils n’avaient aucune chance de s’en sortir s’ils ne s’en allaient pas très vite. Déjà qu’ils se trouvaient dans un cul-de-sac, s’ils se faisaient assaillir de toute part, alors tout espoir serait définitivement perdu. Grayson ne pouvait le tolérer.

    « Je vous avais promis que je reviendrai, Professeur... » Accusa Schwartz, d’une voix faible, maintenant qu’il s’était agenouillé devant lui. Le vieillard n’était plus que l’ombre de lui-même. Il n’avait ni dents, ni langues, ses yeux avaient été crevés, ses jambes sectionnées, ses doigts coupés. Il n’avait plus qu’une oreille, et ne ressemblait plus qu’à un hématome géant, où des boyaux débordaient d’un ventre morcelé. Quand son compagnon prit conscience de la personne à qui il parlait, il se sentit désemparé. Le sort qu’avait réservé Dimensio à Hence Schœneck le glaça d’effroi.
    « Alexandre… C’est toi… Mon fils… Tu es revenu… » Exprima le débris, après que son élève posa ses mains sur ses tempes. Sa voix résonnait maintenant dans tout le corridor.
    Un sanglot ébranla le calme légendaire d’Alexandre.

    « Je vous avais promis que jamais vous ne perdriez votre lucidité... Je vais vous sortir de là, Professeur.
    Non… Tu n’es pas venu pour ça Alexandre, et tu le sais.
    — Nous allons tous nous en sortir, le corps est quelque chose de tellement superficiel. J’ai préservé votre âme, et on va s’en sortir, ensemble ! ».

    Le militaire luttait de toutes ses forces contre les Enfants Perdus. Il leur assénait des coups les plus violents pour les repousser.
    « Alexandre, je ne tiendrai pas très longtemps ! On doit partir, vite ! Tant pis !
    — J’ai besoin de temps Gabriel. Laisse-moi un peu de temps, supplia le garçon.
    Du temps… C’est ce dont tu n’as pas… On n’a pas beaucoup de temps… Tu dois récupérer ce que tu m’as donné… Je n’avais pas réalisé que j’avais entre mes mains l’essence de ton pouvoir…
    — Je… Je ne veux pas aborder ce sujet, Professeur.
    Il va falloir l’aborder pourtant ! » Tonna l’esprit du vieillard avec une puissance inouïe. Des dizaines de monstres à masque à gaz commencèrent à faire leur apparition. Le canadien se sentait débordé.

    « Alexandre, écoute-moi… À chaque génération, un Gardien vient au monde parce qu’une bande de types qui sont morts il y a des milliers d’années ont fixé les règles du jeu. À chaque génération, le Professeur formait un garçon destiné à l’abattoir. Ces hommes étaient puissants. Mais toi, Alexandre… » Il marqua une pause. « Tu es l’Homme le plus puissant qui n’ait jamais existé. Alors changeons les règles du jeu. Je n’ai plus rien à t’apprendre. Tu sais déjà tout ce que tu as à savoir sur ta mission. J’ai rempli ma charge. Tu es maintenant prêt. » Oswald commençait à battre en retraite. Ils étaient trop nombreux. « Ma captivité m’a permis de redécouvrir ce qu’était vraiment le troisième et dernier pilier des Gardiens. Celui que j’avais essayé d’enseigner à Florent, du temps où j’avais cru à ta mort. » Cette révélation bouleversa son élève, qui tenait dans ses bras le cadavre agonisant de son mentor.
    « Alexandre, je détiens désormais l’essence pleine et entière de ton pouvoir. Je détiens l’arme qui te permettra d’anéantir Dimensio, le pilier le plus puissant de la triforce du Gardien. Il t’incombe le devoir de récupérer ton pouvoir, pour le salut de l’Humanité…
    — Mais… Professeur… Vous n’y survivrez pas… Je ne peux pas vous perdre.
    Oui, mais nous avons vécu les meilleurs moments. Tu es ma plus grande fierté… C’est de toi qu’il s’agit, le Héros Légendaire ! Il est temps pour toi de devenir un adulte. Ta formation s’achève aujourd’hui. ».
    Les mains tremblantes, Alexandre enfonça alors ses tempes à l’intérieur du cerveau de Hence Schœneck alors que Gabriel se fit pulvériser contre un mur par sa propre barre de fer.

    ***


    Un instant, tout devint clair. Extirpé de l’asile de Holbein, Schwartz se trouvait dans la salle de classe du lycée de Westbury, en Angleterre, là où il avait rencontré Hence pour la première fois. À l’époque, il s’appelait Alexander Hensley. Son amie, Alice Schwartz, qui se révélerait être sa sœur, avait été kidnappée par Il Dottore, le premier ennemi qu’il avait eu à affronter. Ensuite, il vivrait une centaine d’aventures. Contre le Docteur Mysterio, contre des clowns tueurs, contre des vampires, des loup-garou, des démons, des fantômes. Il lutterait contre le mal et contre sa propre famille, lycéen le jour, et sauveur du monde la nuit. En tous ces instants, son Professeur veilla sur lui. Il le guida, incarna cette figure paternelle qu’il n’avait jamais eue.
    Il sentit maintenant qu’il était prêt, dans cette salle de classe où il avait pris pour la première fois conscience de son destin.

    « Tu veux vraiment tes derniers instants parfaits, pas vrai ? » Interrogea Hence Schœneck, qui se trouvait assis sur le fauteuil de l’enseignant, une tasse de thé à la main. « Cet endroit, une bulle dimensionnelle créée par ton besoin de me dire adieu. N’avons-nous pas déjà suffisamment fait nos adieux ? » Alexander tourna les talons.
    « Je ne l’ai même pas contrôlé. Je n’ai juste pas envie de vous dire au revoir.
    — Il le faut, pourtant.
    — Je sais, et j’y suis prêt. Je voulais juste la voir au moins une fois. » Le sourire de son protecteur s’élargit. Il se leva, et s’approcha de son élève.
    « Quelle puissance tu détiens entre tes mains maintenant. » Commenta-t-il, sibyllin. « Cela aurait pu être un orbe de lumière surpuissant, ou une cape d’immortalité, mais le pouvoir le plus ancien de la lignée des Gardiens est tout autre.
    — J’y vois clair, maintenant, Professeur. Nous allons gagner. ».

    Le sexagénaire marqua une pause, et s’approcha de la fenêtre du Churchill High School.
    « Tu détiens maintenant le pouvoir de connaître la nature profonde des gens. De chaque être vivant dans l’univers, tu pourras voir la corruption, la bienveillance, la maladie, le mensonge. Tu verras ce qu’ils sont au plus profond d’eux-mêmes, et ainsi, tu seras en capacité de reconnaître les alias de Dimensio.
    — Il ne peut plus se cacher, c’est terminé. » Conclut paisiblement le Gardien de l’Équilibre des Forces, un sourire apaisé sur le visage comme il n’avait pas eu depuis longtemps.

    « Le temps presse, Alexandre. Maintenant, tu dois partir. Chaque seconde que tu passes ici te sépare de Dimensio, le vortex est à son apogée. Son ouverture est imminente. Il y a des gens qui t’attendent là-bas. » Exhorta alors le Professeur, d’une voix plus sévère.
    « Oui, il est temps. Je vais retourner à Thiercelieux, et trouver Dimensio. Je crois qu’il est maintenant temps pour nous de nous dire au revoir. Je me sens prêt à me séparer de vous, à jamais.
    — Non, Alexandre, nous nous reverrons une dernière fois. Je te le promets. Quand tout sera terminé. » Aucune tristesse ne transparut sur le visage du garçon. Au contraire, cette fois il se sentit prêt.

    Il avait maintenant retrouvé sa puissance, et détenait le dernier pilier des Gardiens. Son Professeur allait partir en paix, préservé mentalement des tortures de Dimensio. Tout allait aller pour le mieux.

    « Au revoir, Professeur.
    — Au revoir, Alexandre. ».

    Et sur ces mots, la bulle virtuelle disparut. Une puissance incandescente retourna au Gardien, son propriétaire.

    ***


    Gabriel allait mourir. D’une manière bien pathétique. Malgré sa transformation en Hulk, une référence culturelle que personne n’apprécierait dans ce monde, les Enfants Perdus le maintenaient bien fermement, et les orbites de l’un d’entre eux avaient quitté son visage pour venir aspirer toute la sève de sa vie. Ce fut toutefois sans compter sur un Deus Ex Machina, une lueur d’espoir dans cet océan de chaos. De multiples orbes de lumières fusèrent de part et d’autre du petit cachot duquel Alexandre se trouvait. Pris d’une terrible douleur, l’onde de choc fit s’effondrer la plupart des monstres assaillant le terrien. Oswald crut à un miracle, et se retourna, le visage balafré, les yeux tout ronds face à son sauveur.
    « Tu… Tu es revenu… Tu as récupéré tes pouvoirs…
    — Oui, Gabriel. » Commenta le protagoniste, scrutant avec grande attention celui qui l’aidait depuis la fuite du laboratoire de Slimane. « Je détiens maintenant le pouvoir qui me permettra de vaincre Dimensio. Je vois au plus profond de chaque être vivant dans cet univers ce qui se trouve au fond de leur conscience. Je parviens à lire comme dans un livre ouvert sur la nature profonde de tous ces gens. Je te vois, Gabriel, tel que tu es. » Commenta le jeune homme à la veste de marin, visiblement absorbé par ce qu’il voyait. Le terrien eut la désagréable sensation d’être analysé, étudié. Sa réaction fut avec condescendance.
    « Tu peux voir en chacun de nous, super, c’est pas ça qui arrêtera Dimensio. Il est dorénavant surpuissant, ça ne suffira pas. » À cette remarque, son interlocuteur prit un sourire apaisé. Ces sourires qui emplissaient de chaleur le cœur de ceux qui le voyaient. Ce sentiment de sécurité propre à Alexandre Schwartz, qui faisait que quand on se trouvait à ses côtés, rien ne pouvait nous arriver.

    « Je vois ce que tu es Gabriel. Il y a, au fond de toi, un milliard d’éclats. Tu as été brisé, malmené tellement de fois. Je me tiens en face de toi, et je sais que tu n’es pas l’ennemi que je recherche. Pourtant, il y a quelque chose en toi, qui ne t’appartient pas, et que je ne comprends pas. » Il marqua une pause et s’approcha de lui, posant sa main en cuir sur son épaule. « Tu es un humain, tout ce qu’il y a de plus banal. Tu ne possèdes aucun pouvoir, et pourtant… Oui… Pourtant, c’est avec toi que tout finira. » Exprima-t-il comme s’il était en transe. « Tu es bel et bien le fossoyeur des mondes. Toutes les lignes temporelles sont reliées à toi, tout mène à toi… Mais pourquoi ? ».
    Sur ces mots, un cri strident se fit entendre. Un cri qui n’appartenait pas aux Enfants Perdus, et qui annonçait un danger bien plus prégnant. Cela sortit le vingtenaire de sa torpeur.
    « Écoute, écoute, je ne sais pas ce que tout ça veut dire, mais ne restons pas là. Ce qui approche n’a pas l’air commode.
    — Je n’ai pas peur.
    — Oui… Mais… Mais tu n’as pas fait tout ce que tu avais à faire ici. Tu n’as pas encore rencontré Florent, et tu n’as pas vaincu la créature qui a tenté de le tuer. Il ne faut pas que l’on s’en aille maintenant, sinon Florent va mourir dans cet endroit, il ne te rencontrera jamais, et il ne fera jamais la cérémonie qui t’a permis de revenir à Thiercelieux ! » Les remarques de Grayson rencontrèrent un écho particulier au fond du Gardien. Il avait raison, d’une certaine manière, mais c’était sans compter sur un mensonge. D’un geste vif, et sans transitions, il attrapa la main de son compagnon. Tous deux disparurent dans l’obscurité de l’asile.

    ***


    Lorsqu’Alexandre et Gabriel réapparurent, ce dernier se jeta au sol, vomissant tout ce qui lui restait dans l’estomac, et sans doute le reste des pilules que le Dr. Leroy lui avait fait prendre durant sa captivité. Il jeta un bref regard autour de lui, et constata qu’il se trouvait à l’endroit même où, quelques heures, quelques jours, quelques mois auparavant, il dut faire un choix difficile. Au centre de la pièce, une série de corridors menait à différentes portes, elles-mêmes reliées à d’autres dimensions connectées par le vortex de la forteresse dimensionnelle.

    « Que faisons-nous là, Alexandre ? » Interrogea le canadien, en se retournant face à l’homme qui le surplombait. « Nous n’avons pas une minute à perdre, Florent pourrait être n’importe où.
    — Tu ne viens pas avec moi, Gabriel. Florent n’a jamais évoqué ta présence à l’asile de Holbein, et j’ai des choses à terminer seul. Par ailleurs, j’ai impérativement besoin de ton aide à Thiercelieux. » Commença-t-il, professoral. « Au cours de notre téléportation, je t’ai transmis une infime partie de mon pouvoir. Cela te semblera étrange sur le moment, mais cela te permettra de te défendre contre la malveillance de Dimensio, le temps que je te rejoigne et que je mette un terme à la cabale macabre du Fléau. » Oswald ne comprit pas très bien ce qu’il l’attendait de lui. Pire encore, il lui sembla que le Gardien l’envoyait à l’abattoir.
    « Qu’attends-tu de moi exactement ?! M’éloigner du seul mec qui peut me sauver la vie, ça me pose un gros problème. J’ai envie de voir comment tout ça finit.
    — Ça finira avec toi, j’en ai la certitude, alors n’ai crainte. Anselm, Samuel, le Maire, Kalinda, Antonin. L’un d’entre eux est un alias de Dimensio. Je le découvrirai dès que j’en aurai terminé ici, mais pour ça, tu dois d’abord les retenir le plus loin possible du vortex. J’ai besoin de toi, Gabriel Oswald. ».

    Alexandre Schwartz possédait ce don mystique, qui faisait qu’on finissait toujours par abonder dans son sens. Tout son plan avait toujours l’air aussi parfait, alors qu’il restait tellement de questions en suspens. Comment ferait-il pour retrouver Florent, si au moins leur théorie était exacte ? Qu’est-ce qu’il lui restait à faire de si urgent ici pour se débarrasser de lui ? Ces questions traversèrent bien l’esprit du terrien, mais se sentant investi d’une mission, il décida d’accepter, d’aller au-delà de ses doutes, et d’accepter la quête que lui avait confié cet homme en qui il aurait remis sa vie. Peut-être parce que Grayson avait toujours été conditionné à obéir, que ce soit à des scientifiques fous, un pervers narcissique, ou un héros autoproclamé.
    « La porte qui se trouve derrière toi te ramènera à Thiercelieux. Le garçon à qui tu as parlé l’autre jour, il t’a bien dit la vérité. Je peux le sentir maintenant. On ne peut plus me mentir. Je me demande ce qu’il est advenu de lui, maintenant. Il pourrait tout aussi bien être Dimensio qu’un programme conscient de sa captivité. Je dois poursuivre mes recherches ici, mais nous nous reverrons. Sois fort, Gabriel. ».

    Le vingtenaire aurait bien voulu répondre, mais à peine avait-il terminé sa phrase que celui-ci avait disparu, à nouveau, laissant le terrien avec sa nausée et cette impression que quelque chose d’infiniment puissant se trouvait en lui. Il lui fallait maintenant regagner Thiercelieux, et faire quelque chose de bien, pour une fois.

    ***


    « La solitude est un sentiment particulier. » Exprima Alexandre au fond de ses pensées, comme s’il cherchait à communiquer avec quelqu’un. « J’ai récemment pris conscience de beaucoup de choses. Ma charge de Gardien a toujours représenté quelque chose que personne ne comprenait. » Avec beaucoup de tranquillité, la veste de marin examinait avec attention tous les mouvements des Enfants Perdus. Ceux-ci se massaient depuis un certain temps déjà, au cœur de l’asile de Holbein, comme si une quelconque alarme de sécurité leur sommait de se rendre à cet endroit. « Dire au revoir à mon Professeur a été la chose la plus émouvante de toute ma vie, mais c’était de beaux adieux, et je sais qu’il s’en est allé en paix. » Il suffisait de suivre ces créatures pour comprendre que dans une guerre, les ennemis se massaient toujours là où se trouve l’énergie ; le pouvoir. « Cela a aussi été pour moi l’occasion de m’émanciper une bonne fois pour toute. Cet homme était ma seule faiblesse, et Dimensio le savait. J’ai sacrifié tous mes pouvoirs pour le sauver, j’ai bien failli y rester, mais je suis sûr maintenant qu’autre chose me protège. » À en juger par les hurlements, le Prodige naviguait à vue dans les donjons. Il savait, cependant, qu’aucun de ses cris n’était réel, et le Fléau ne s’était jamais donné la peine d’essayer de le duper ainsi. Avec lui, le Premier Mal avait toujours dit la vérité. Il était donc proche de ce qu’il cherchait, Florent. Il lui manquait encore une pièce pour comprendre le rôle qu’il jouait dans cette tragédie. Que devait-il réaliser ici pour que sa ligne temporelle ne soit pas altérée, et qu’il puisse venir à Thiercelieux ? Quelle révélation manquait-il ?

    « Maintenant, je touche du doigt la vérité. Je ne suis pas seul. Dimensio l’a compris bien avant moi, mais quelle est cette torpeur qui dirige nos cœurs ? Je suis maintenant seul au monde, mais j’ai toujours été seul au monde. Plus que jamais, je suis prêt à l’affronter, et je vois maintenant si clair en chacun de nous. ».

    Schwartz entendit une voix se faire de plus en plus forte. Il touchait au but.

    « Non… m’abandonner ! Tu n’as pas le droit ! Non ! Non ! Non ! » Il ne connaissait pas cette voix, et pourtant, maintenant qu’il se trouvait juste derrière la porte de ce cachot-ci, il entendit plus distinctement la personne qu’il cherchait depuis tout ce temps.
    « Tu n’es plus Daniel. Je ferai ce que je peux pour revenir, je te le… ».

    « Florent est un des trois gardiens de la Forteresse Dimensionnelle. Lui plus que quiconque avait le pouvoir de l’arrêter. Bien que je ne le voie pas, je peux déjà savoir ce qu’il y a au fond de lui. C’est pour ça que je ne comprends pas. » Alexandre posa une main sur la porte coulissante de la prison. Les Enfants Perdus étaient en train d’assassiner celui qui avait aidé Gabriel, et il ne fit rien pour l’aider, trop perturbé par ce à quoi il pensait. « L’essence de Florent Hämälaïnen est encore plus pure que celle de mon mentor. Alors, j’ai peur de comprendre mon rôle dans cette histoire. ».

    Des supplications fusèrent de tout part. Daniel perdait la vie, on la lui aspirait, alimentant par la même la source de désespoir que constituait cet endroit. Les Enfants Perdus allaient bientôt s’en prendre à Florent, et si le Gardien ne les arrêtait pas, s’il n’était pas le sauveur de ce garçon ici, et maintenant, le temps serait si fracturé que Dimensio n’aurait plus besoin d’un vortex pour s’enfuir. Telle était la tragédie du temps et du destin.

    « Et si, finalement, c’était moi le fossoyeur des mondes ? »

    Le jeune homme de la vingtaine se tint immobile dans l’interstice de la porte. Son corps svelte, emmitouflé dans sa veste de marin et son écharpe noire, rayonnait sous la couche de vêtements élégante qu’il portait. Un air de majesté se dégageait de lui, et juste en face, la silhouette chétive de Florent, effrayé par ce qu’il voyait, tétanisé à l’idée de mourir, avait l’air si pathétique par rapport au monstre qu’il avait été lors de leur dernière rencontre. Pour ce dernier, c’était bien sûr la première fois qu’il rencontrait Alexandre, et il fallait pour celui-ci conserver le mystère entourant sa venue.
    « Je suis dans les cellules… Tout s’explique… » Commenta-t-il faussement.

    « Et si, finalement, c’était à moi qu’il revenait la tâche impardonnable d’obscurcir le cœur de Florent ? ».

    Il s’avança au niveau de l’adolescent, sans même lui adresser la parole, alors que les masques à gaz se rapprochèrent dangereusement à leur niveau. Il leva la main, et avec une grande maîtrise, il orchestra leur exécution. Un liquide visqueux coula de leur visage, puis ils s’effondrèrent à terre. Tous, sans exceptions. Un exploit dont il n’aurait jamais été capable un peu plus tôt. La scène s’était passée très vite, le Gardien de l’Équilibre avait sauvé le tueur de sa sœur. Le regard qu’il reçut du thiercellois était empli d’une admiration béate, presque enfantine. Schwartz comprit enfin pourquoi Hence avait pu croire à s’y tromper qu’il s’agissait du nouveau Gardien. Il avait l’air si innocent. Il était si innocent. Il respirait la candeur et la bienveillance.
    « Vous. Vous êtes le Gardien. » Fine observation. Alors même qu’au plus profond de lui, Florent ne résultait que de la personnalisation par un esprit pervers d’un gardien de ce même esprit, il lui avait implanté la capacité de croire en un nouvel espoir, celui du sauveur qui les extirperait du piège de Termina. Le sadisme de Dimensio n’avait aucune limite. L’espoir, le sale espoir.
    « Vous m’avez sauvé… ? Renchérit l’adolescent terrifié. Que répondre à ça ?
    — Non. Je ne suis pas là pour toi, Florent. Il y a des choses qui sont plus importantes que toi. Lui asséna-t-il d’un ton si léger, alors qu’il mentait, et qu’en cet instant, rien n’était plus important que le jeune Hämälaïnen.
    — En tous cas… vous… vous m’avez sauvé, alors merci. ».
    Le doute éprit le Gardien. Serait-il capable de faire du mal à cet enfant ? Était-ce bien à lui de faire en sorte que les événements se déroulent comme prévu ? Ne pouvait-il pas changer le cours des choses ? Quelle pièce manquait-il pour comprendre ce puzzle ?

    « Je ne t’ai pas sauvé. Si ce n’était pas sur ma route, je t’aurais laissé où tu es. Je n’aide pas les gens qui essaient de me dresser. » Alexandre lui-même se trouva trop dur. La colère consécutive au meurtre barbare de sa sœur, Alice, au Palais Municipal, l’avait visiblement trop ému. Le souvenir de Hämälaïnen le faisant rôtir sur la chaise électrique d’un tribunal fictif avait achevé de maintenir son calme, et il avait dérapé. Cela plongea l’intéressé dans une grande détresse, évidemment. Pour autant, il avait visiblement relié cette phrase à un autre événement dont il se sentait coupable. Ce n’était pas plus mal.
    « Je suis désolé, m’sieur. Je suis vraiment désolé. Je suis mort à cause de ça. Je voulais pas. Je. Pardon. » De quoi pouvait-il bien parler ?

    Le Héros de Légende eut une demi-seconde d’hésitation. Une demi-seconde pendant laquelle il se passa beaucoup de choses dans sa tête.
    D’abord, il comprit enfin. Hence lui en avait parlé. Lors du premier retour dans le temps dont son Professeur avait pu se souvenir, ce dernier avait prétendu que son élève agissait auprès de ceux qui étaient restés au Hall de Sécurité, pour les intimider et les empêcher de le piéger si jamais la puissante énergie dégagée par Anselm avait permis de créer réellement un passage pour ramener Alexandre à Thiercelieux. En somme, il avait cherché à éviter que son protégé ne tombe entre les griffes de la Desmose. Cela avait provoqué la colère de leur chef de bande, la rouquine, laquelle avait froidement assassiné Florent, après qu’il se soit interposé pour sauver son mentor.
    Sauf que lorsqu’il se remémora cet événement, il réalisa aussi qu’à aucun moment il n’avait pu intervenir pour les arrêter, contrairement à ce que la Desmose prétendit après le premier retour dans le temps. Cela ne pouvait vouloir dire qu’une chose, le retour vers le passé avait été lancé par quelqu’un d’autre qui avait besoin de maintenir la boucle temporelle de Thiercelieux. Un individu suffisamment puissant pour générer un monde imaginaire et y figurer en tant que protagoniste. Un individu qui laissait une marge de manœuvre à ses pantins, tout en gardant la main sur la fin de la partie, et qui ne voulait pas qu’elle ne soit brisée si vite.
    Celui qui avait menti et qui avait affirmé le rencontrer dans la Salle du Calculateur ne pouvait être que celui qu’il cherchait depuis tout ce temps. Il n’avait pas une minute à perdre, et devait retourner le plus vite possible à Thiercelieux, parce qu’une question était soulevée de ses déductions. S’il voulait quitter Termina, pourquoi aurait-il empêché le vortex d’atteindre son apogée ? Cela ne pouvait vouloir dire qu’une chose et le Gardien le savait très bien : le retour vers le passé nourrissait la faille de la forteresse dimensionnelle. Cette révélation lui fit si froid dans le dos.

    « Tes excuses ne valent rien. » Commença-t-il par dire, pour ne pas se laisser absorber dans ses pensées. « Tu devrais plutôt sortir d’ici. Je ne sais pas où c’est, mais en tous cas, ce n’est pas sur le chemin que je m’apprête à suivre. » Son unique objectif était maintenant de regagner le plus vite possible la cité de Termina, qu’importe que Florent survive ou non à sa rencontre, tout ceci n’était qu’un nouveau moyen de perdre du temps et de le tenir éloigné de l’essentiel.
    « Au bout de ce corridor, il y a un petit sas. À droite, ce sont de grandes salles, je ne sais pas ce qu’ils y font. Mais plus loin, c’est un cul-de-sac qui mène à… des cadavres. Des tas de cadavres. Avec plein de pustules partout au visage. Puis ça ce sont des cellules. Il faut…
    — Merci Florent, mais je n’ai pas le temps pour eux. Leur âme a sombré dans la folie, je ne peux rien faire. Toi non plus. Rentre chez toi, cela vaut mieux. » Fit Schwartz dans une nouvelle tentative pour couper court à la conversation, et s’éclipser le plus dignement possible. Il ne pouvait pas prendre le risque de tout bouleverser maintenant, parce que chaque acte était comme un jeu de mikado qui pouvait entraîner des conséquences irrémédiables et funestes. Avec noblesse et dignité, il s’était donc remis à marcher, et avait fini par passer le pas de la porte. Lorsqu’il l’avait refermée, son air froid et distant se dissipa, et il lâcha un lourd soupir, les larmes plein les yeux. Il devait partir maintenant, et pourtant on lui avait dit qu’il ne pouvait pas.

    «
    Tu crois que je vais te laisser partir comme ça ? » Interrogea alors la voix d’une silhouette qui venait d’apparaître juste à côté de lui. Immédiatement, Alexandre se recula et se mit sur la défensive. « Arrête de faire comme si j’allais te tuer, ne vois-tu pas à quel point c’est marrant ce jeu auquel nous jouons ? » Avec sa main en cuir, le britannique vit apparaître le reflet de lui-même à quelques mètres de là où il se trouvait. Sauf que ce reflet était loin de dégager la même aura. Ce double puait la malveillance, la destruction, le chaos, les pulsions de mort. C’était à vomir. « Allez ! Parle-moi ! Tu as raison, tu sais, je ne peux rien faire dans cet endroit. Tu devrais en profiter, on pourrait prendre une tasse de thé toi et moi, discuter de comment je vais détruire le monde, entre gays. Ce serait cool, non, ma petite tapette d’Alexander ?
    — Je constate que ta santé mentale continue de décliner. Répondit-il de manière laconique.
    Tu penses que je suis fou ? C’est peut-être vrai, ma foi. Un dingue prêt à pulvériser l’univers et tout ce qui s’y trouve, il faut bien qu’il soit frappaldingue. »

    La silhouette se rapprocha. Elle était impalpable. «
    Mais tu vois, Alexandre, il est déjà trop tard. J’ai gagné, et tu as perdu. Au crépuscule du dernier jour de ce dernier cycle, je ne lancerai pas de retour vers le passé depuis ma bulle virtuelle. Le vortex a atteint son apogée, et il ne reste plus que quelques heures pour m’empêcher de m’évader. Et le plus délectable, et c’est pour ça que je voulais le dire avec ton corps et ta voix, c’est que tu ne pourras pas arriver à temps. » Le visage de son interlocuteur se raidit. « Tu commences à comprendre, chaton. Je suis devenu si puissant que j’arrive à lire ton esprit, autrefois si scellé. Dans cet endroit, rien n’a de secret pour moi. » Il marqua une pause, puis continua. « Alors, c’est vrai. Maintenant, je ne peux plus me cacher de toi. Mais ça n’a aucune importance, Alex, parce que tu es piégé. Échec et mat. Si tu quittes cet asile sans avoir corrompu le cœur de cette merde de Florent, l’ordre du temps sera bouleversé et brisé. Ce qui signifie que je m’échapperai. Si tu restes dans cet institut bucolique, tu n’as qu’une très maigre chance d’arriver à temps. Mais tu en as une quand même, en écrasant la vie de deux personnes. » Le Gardien n’exprimait plus aucune émotion, mais son cerveau était en ébullition. Ses efforts religieux pour conserver la propriété de ses pensées empêchèrent votre serviteur de vous les décrire, mais il en résulta une puissante frustration, et un sentiment d’impuissance qui vous délecterait au repas.

    « Tu bluffes.
    Chiche.
    — Pourquoi perdrais-tu tout ton temps à me dire ça ? Demanda-t-il comme s’il connaissait déjà la réponse, comme s’il ne voulait que le faire parler.
    Parce que je veux te donner un rendez-vous pour le début de l’Apocalypse, et crois-moi tu as intérêt d’être à l’heure. À six heures du matin, à l’aube du jour d’après, je t’attends au sommet de la tour d’astronomie de Thiercelieux. Ce sera ta seule chance de m’arrêter, parce que tu vois le seul reproche qu’on a jamais pu me faire, ça a été d’être un menteur. Enfin, encore faudrait-il que tu retrouves ce garçon et que tu accomplisses ce pour quoi tu es là. » Sur ces mots, le faux Alexandre tourna les talons, en riant à pleine dents.

    Le poing du Gardien de l’Équilibre des Forces se ferma. À l’intérieur, et sans crier gare, un éclair de lumière transperça son double maléfique. Un hurlement catatonique s’éprit de sa cible, qui disparut la seconde d’après.
    C’est à moi, Dimensio, de reprendre le contrôle de cette histoire. Tu croyais pouvoir me piéger, mais j’avais pris ma décision bien avant que tu ne viennes à ma rencontre. Je fixe les règles du jeu, je suis ta balle d’argent, et je vais t’arrêter. Je ferai ce que j’ai à faire, parce que la Mission, c’est ça l’important. Et si je dois écrabouiller le cœur de toute l’humanité pour ça, je le ferai. Alors, quand Florent a quitté les donjons, j’ai mémorisé son odeur, et je sais maintenant exactement où il est. Eliot Winchester, un des autres gardiens de la prison, est avec lui. Alors qu’il en soit ainsi, je vais faire d’eux des monstres, mais je peux te promettre que tu ne seras pas sur mon dos pour voir ça. Ceci est aussi mon histoire.

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« Il ne faut jamais perdre espoir ! » Alors qu’Alexandre était sur le point de tout abandonner, une voix familière résonna au plus profond de lui-même. « C’est ce que tu dirais, n’est-ce pas ? ».
Chapitre 26, Le Héros Légendaire.
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Pikamaniaque MessagePosté le: Sam 26 Mai 2018 16:29   Sujet du message: Répondre en citant  
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Chapitre 21 : Ode de l'Appel


    Alexandre se trouvait dans cette cave de schizophrène. Le corps étendu de Florent Hämälaïnen, à quelques mètres de lui, gisait encore dans l’inconscience. En face de lui, une chose en imperméable noire flottait au-dessus du vide. Elle avait une tête pâle, pâle comme la mort, et de grosses pupilles noires, cernées. Le sourire carnassier, elle semblait attendre quelque chose.
    « Merci de l’avoir retrouvé. » Commenta le Gardien, le visage sévère et imperméable. Il était désormais impossible de pénétrer son esprit.
    « Je suis votre serviteur, Maître Schwartz. Répondit la créature, sans bouger les lèvres. Sa voix flottait dans la torpeur de la pièce.
    — J’ai encore une ultime chose à te demander, Gardien de la Forteresse. » Il lia ses mains en cuir entre elles. « Je t’ai prouvé que j’étais le dernier Gardien de l’Équilibre des Forces, le dernier de toute la lignée. Je possède en moi un pouvoir que jamais mes prédécesseurs n’ont eu entre leurs mains. Nous sommes face à un péril imminent, et je dois agir vite.
    — Je vous écoute, Maître. » Répondit la sentinelle de la prison de Dimensio.

    À ces mots, le britannique avança d’une démarche froide et sans émotions. Au niveau de son interlocuteur, il présenta ses mains au niveau de ses tempes.

    « Gardien de la Forteresse, merci pour tout ce que tu as fait. » Sur ces mots, Schwartz appuya contre son crâne. Une douleur indicible traversa cet être, comme s’il subissait soudain un millier de tortures. Le hurlement fut tel, qu’il commença à tirer le thiercellois hors de sa torpeur. Jugeant que c’était suffisant, le Gardien se retira. Le regard vide, son allié ne ressemblait désormais plus qu’à l’ombre de lui-même.
    « Sauras-tu me pardonner… » Soupira-t-il en revenant près de l’entrée. Il se savait coupable d’avoir traqué Florent dans tout l’asile, de l’avoir attiré dans un piège où une fausse légende, écrite à partir de ses connaissances sur la mythologie du Gardien, lui permit de le capturer. Lui, Alexandre Schwartz, censé incarner le bien dans un combat épic, avait traqué tel un chasseur une proie faible et sans défense, mais ce n’était pas ce qu’il aurait voulu. Cette remarque lui permit de ne pas défaillir, lorsqu’il provoqua, d’un geste de main, le réveil du garçon. La comédie pouvait continuer.

    Il allait d’abord considérer cette créature comme Elliot Winchester, le plus célèbre Gardien de tous les temps. Le Gardien de la Forteresse, conditionné en ce sens, le provoquerait, et lui permettrait d’apparaître pour Hämälaïnen comme un sauveur. Cette mise en scène savamment orchestré devait permettre d’éliminer le second protecteur de la prison, afin de respecter le cours des événements que lui avait si souvent conté Hence Schœneck. Les choix difficiles qu’il avait à faire aujourd’hui constituaient cette seule alternative pour ne pas fracturer le temps davantage qu’il ne l’était déjà. Il se répugnait à faire une telle chose bien sûr, mais si Dimensio avait été suffisamment puissant pour transformer les anges gardiens de l’univers en des diables que l’on devait chasser et persécuter, il était suffisamment puissant pour retourner leur propre puissance contre eux. Peu importe la manière dont la problématique se posait, leur exécution était la seule alternative, les événements avec Taelia en attestaient.
    « Tu es le dernier, n’est-ce pas ? » Demanda subitement l’ancien Gardien. Cette question faillit toutefois faire défaillir le plan si parfait d’Alexandre, lequel réalisait que ses pouvoirs, en dépit de leur puissance, ne savaient produire un résultat parfait. Cet être se souvenait de sa véritable nature, et il lui faisait encore une totale confiance. Timidement, le Héros hocha la tête.
    « Merci… » Un mouvement d’hésitation s’empara de lui. Il jeta un bref regard à celui qui, plus tard, pour la mission, tuerait sa sœur. Il ne pouvait pas l’empêcher. « …de comprendre. » S’empressa-t-il de rajouter. « Tu ne pouvais pas. C’était fini. » Lâcha-t-il en des termes cryptiques.
    « Cela ne suffira pas. » Exprima soudainement le tout premier Cavalier de l’Apocalypse. « Il en reste encore deux. La Mort, et Dieu. Ils sont arrivés. Toutes les lignes sont reliées entre elles. Mais il n’y a pas qu’eux. Je sais que tu le cherches. » Une panique s’éprit du jeune Schwartz. Son pouvoir lui permit de comprendre qu’au plus profond d’Elliot, Dimensio utilisait toute son influence pour corrompre son cœur davantage qu’il ne l’était déjà. Il lui transmettait par ailleurs un message. « Mais tout mène à Thiercelieux, Gardien : et je te le répète : cela ne suffira pas. ».

    Le cœur d’Alexandre s’accéléra. Il regarda autour de lui. Il considéra l’adolescent un temps, puis perdit ses yeux sur les différentes parois de la cave. La lumière continuait de scintiller en ce lieu, alors qu’une noirceur profonde se déversait tel un magma dans toutes les cellules de la créature.
    « Puisses-tu reposer en paix, je suis désolé pour toi. » Affirma-t-il avec une colère blanche, avant d’abattre sa poigne sur son crâne. L’enveloppe charnelle commença à convulser dans tous les sens tandis qu’une énergie blanche fit crever œil par œil puis tomber dent par dent. Le spectacle fut absolument dégoûtant et horrible à voir. Il dura une bonne minute, jusqu’au moment où le jeune homme lâcha sa poigne. Le corps sans vie d’Eliot Winchester tomba à terre.

    Le Gardien était intérieurement bouleversé. Dimensio, bien que chassé de l’Asile, avait réussi à revenir. Il continuait de tenter le maximum pour le briser psychologiquement.
    « Alors, tout est fini ? » L’interrogea soudain Florent, dont il avait oublié la présence sur le moment. Des larmes perlaient aux coins de ses yeux.
    « Oui, tout est terminé, répondit simplement son interlocuteur avec un calme olympien.
    — Mais. Pourquoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ? » Le moment tant attendu arrivait enfin. Sa proie se trouvait à portée de mains. Elle avait été témoin de la mort du premier Cavalier de l’Apocalypse, sans être conscient d’en être devenu un lui-même en tant que Gardien de la Forteresse. Il ne lui restait plus qu’à faire le nécessaire. Poser ses mains sur ses tempes, et en finir avec la pureté et l’innocence de ce jeune homme. Cette idée lui apparut pourtant si répugnante. Il commença à marcher pour regagner les escaliers. Était-ce vraiment à lui de le faire ? Et s’il décidait simplement de retourner à Thiercelieux ?
    « Tu n’as pas besoin de le savoir. » Commenta-t-il brusquement, traduisant le conflit intérieur que cet enfant ne pouvait pas comprendre. Tout lui apparaissait si compliqué à présent.
    « Non, attends ! Vous’avez pas le droit de partir comme ça ! » Cria Hämälaïnen tandis que son exclamation se brisa sous ses pleurs. Schwartz s’arrêta net. Il réalisa l’erreur monumentale qu’il s’apprêtait à faire. Comme un signe du destin, la fragilité du lycéen traduisait toute la bienveillance qui germait en lui, même après avoir été traumatisé par les charniers de cadavres de cet endroit. Il pouvait le sonder au plus profond de soi-même. « Je vous en supplie, ne me laissez pas. » Poursuivit-il, pathétique. « Je viens de vivre des choses incompréhensibles. Je suis seul. J’ai perdu un ami aujourd’hui, et j’ai appris que c’était l’Apocalypse. J’ai appris qu’il y avait des Cavaliers, qu’Eliot Winchester s’était transformé en monstre sans pitié ! Vous n’avez pas le droit de me dire ça. J’ai trouvé le carnet de Gérald Weygand-Sarrabuckeer. J’ai passé des heures à m’en rendre dingue ici, j’ai fait ce que vous m’avez dit. J’ai cherché à sortir, et je suis tombé sur… ça. Je pense que vous vous êtes servis de moi, parce que sinon il ne se serait pas montré ! ». Piqué au vif, le Gardien se retourna. Il tenta de conserver une mine fermée, alors que les petites perles d’eau humectaient les joues de l’autre adolescent. Vu qu’aucune réponse n’arrivait, ce dernier décida alors de continuer envers et contre tout.
    « J’ai merdé avec Anselm. Je n’aurais jamais dû vous forcer à quoi que ce soit. Je suis désolé. Je suis tellement désolé, mais je vous en prie. Vous êtes un héros. Vous êtes un héros pour moi. Vous êtes le héros légendaire ! Aidez-moi... » Supplia-t-il en fléchissant les genoux. Il tomba à terre, posa les bras devant sa tête.

    Alexandre le regarda, particulièrement affaibli dans sa pugnacité. Dimensio se jouait de lui depuis le début. Existait-il une alternative ? « Je ne suis pas une légende, quoi que tu en penses. Je ne peux pas exaucer tous vos vœux. Je ne suis pas non plus tenu de le faire.
    — Alors qu’est-ce que vous êtes, Alexandre ? » Répliqua-t-il en relevant la tête. Cette question rencontra un puissant écho auprès de son destinataire, lequel se mit à serrer les poings. « Pourquoi est-ce que vous ne cherchez pas à nous aider à arrêter le vortex ? Pourquoi est-ce qu’on ne vous voit jamais au front ? J’ai tellement de questions, et tout ce que je voudrais, c’est juste vous les poser, et savoir. Je ne cherche qu’à espérer… » Son interlocuteur posa une jambe à terre pour s’accroupir près de lui. Il posa un bras sur ses épaules. Florent ne s’était pas attendu à cette soudaine familiarité.
    « Florent Hämälaïnen. Tu vaux mieux qu’Anselm Dubois, ou que tous les autres gens de ton groupe. Je voudrais pouvoir te rassurer et te dire que tout va s’arranger, mais je n’en suis pas certain moi-même. Vous pensez que je vous ai abandonnés, mais c’est faux. Je fais de mon mieux pour vous aider, vous ne le voyez juste pas. » Le chaud contact du gant en cuir sur le coup du petit garçon suffit à lui transmettre la force dont il manquait pour relever les yeux. Il se serra ainsi fort aux bras du Gardien avec qui il partagea une étreinte aussi étrange que bienveillante le temps d’une minute.
    Sans qu’il ne s’en aperçoive, Schwartz venait de retirer son gant de la main droite. Elle dévoila une main brûlée au troisième degré.

    Il était venu pour lui le temps d’accomplir l’acte le plus difficile de sa vie. Briser la vie innocente de Florent Hämälaïnen, comme il avait laissé celle de Damien, le garçon de l’univers de Slimane, disparaître dans le repère des enfants perdus.

    Sans crier gare, il posa deux doigts sur le front du thiercellois. Celui-ci le remarqua au dernier moment.

    Sur le coup, il ne se passa rien, et l’adolescent rouvrit les yeux, clignant plusieurs fois sans comprendre ce qui lui arrivait. Il ne se trouvait plus dans l’asile de Holbein, mais dans une pièce aux murs blanc immaculé. Le Gardien le tenait dans ses bras.
    « Où… Où suis-je ?
    — Tu es dans un espace intermédiaire que l’on appelle le Void. Ce lieu se trouve entre deux réalités différentes, en l’occurrence celle de l’asile où nous nous trouvions toi et moi, et celle de Thiercelieux dans laquelle je vais te renvoyer. Quand tu te réveilleras, tu ne te souviendras pas de cette conversation. » Conclut-il, le regard triste. Hämälaïnen se racla la gorge. Pourquoi l’avait-il emmené ici ?
    « Je voudrais te poser une question, Florent, et c’est ce qui m’a d’abord amené ici. J’ai besoin que tu y répondes, est-ce que tu peux faire cela pour moi s’il te plaît ? » Poursuivit-il avec une voix très douce. Le gamin hocha timidement la tête.
    « Tu as rencontré mon Professeur, Hence Schœneck, dans un entrepôt abandonné au sein du monde de Thiercelieux. J’ai besoin de savoir, et cette question est capitale, lequel d’entre-vous a ensuite prétendu m’avoir rencontré au Hall de Sécurité ? » Interrogea calmement le britannique.

    Ce dernier allait enfin comprendre lequel des personnages de Thiercelieux était en fait un alias de Dimensio. Ce serait cette personne qu’il devrait prioritairement arrêter lorsqu’il regagnerait ce monde. Depuis le début, cette information était à portée de mains, tout aurait pu s’arrêter bien plus tôt s’ils avaient alors compris, dès le début, que l’intérêt du Fléau allait dans le sens des retours dans le temps. Ceci aurait donné du sens au fait qu’un des Desmose-guerriers l’ait rencontré dans la salle du calculateur. Cela aurait pu être comme ici, à l’asile, dans le futur d’Alexandre. Ce fut, en tous cas, à l’époque, ce qu’il avait pensé. Maintenant, dans les derniers instants de l’univers, il comprenait enfin qu’il avait été trompé.

    « C’était… C’était Samuel Parsons… Mais pourquoi est-ce si important ? »

    Trompé par un adolescent blond aux yeux bleus, une nouvelle fois. Comme Slimane.
    La veste de marin renforça son étreinte. Il y eut un silence, et puis il reprit, sans lui répondre.

    « Je voulais ensuite te présenter des excuses, Florent, pour ce que je m’apprête à te faire subir. » Commença-t-il, avec gravité. Le lycéen sentit ses dents claquer, et il voulut se dégager, mais il était fermement retenu.
    « Que… Que voulez-vous dire ? Je. J’ai peur. Ne me faites pas de mal, je vous en prie. Qu’est-ce qui se passe ?
    — Florent, écoute-moi, je n’ai pas beaucoup de temps. » Fit-il en le pressant plus fermement. Celui-ci se tut, le visage larmoyant. « Je vais essayer de te sauver d’une mort certaine. Je ne veux pas me soumettre au sadisme du Fléau, pas cette fois. Notre univers n’est pas binaire, il y a une troisième voie. » Il vit bien, en constatant la moue du garçon, que celui-ci ne comprenait pas un traître mot de ce qu’il racontait. « À la fin de ta ligne temporelle, lorsque tu devras rencontrer ton destin, tu retrouveras le fragment d’humanité que tu as perdu. À ce stade de l’histoire, lorsque je te rencontrerai la prochaine fois, je saurai que tu possèdes au fond de toi cette humanité. Je la verrai, et je te promets que je te sauverai. Ce n’est pas à Dimensio de définir les règles du jeu. » Une forme de panique monta dans le corps de Florent. Cet homme qu’il trouvait si rassurait, lui apparaissait maintenant si menaçant. Qu’allait-il devenir ?

    Pourtant, alors qu’il se débattait de toutes ses forces pour sortir de son emprise, une chaleur éprit son corps. Plus que jamais, et à la manière d’un grand frère, le Héros de Légende l’apaisa de son aura. S’il avait pu, il aurait voulu l’aider dès maintenant. Cependant, il avait un rôle à jouer à Thiercelieux.
    « Je ne veux pas devenir quelqu’un de mauvais… » Geint-il alors dans un ultime spasme. La main d’Alexandre se retrouvait de nouveau sur son front.
    « Chut, tout ira bien. Mais, s’il te plaît… » Tenta-t-il avec faiblesse. « Je voudrais que tu veilles sur ma sœur, Camille. N’oublie pas son nom, qu’il te permette de la protéger. » Affirma-t-il en lui faisant fermer les paupières. Il ne se rendit pourtant pas compte qu’en lui demandant cela, il serait à l’origine de l’obsession que ressentirait l’adolescent pour Alice Schwartz, le rendant par là-même, responsable de sa mort. C’était toutefois l’hypothèse la plus logique, parce que cet homme pouvait-il être d’une telle froideur qu’il venait de condamner sa sœur au nom de sa mission en parfaite connaissance de cause ?

    Personne ne peut échapper à son destin.


    Un terrible hurlement déchira les entrailles d’Alexandre. Hämälaïnen venait de disparaître, laissant la veste de marin étendu sur le sol, écœuré par ce qu’il venait de faire, mais avec l’espoir, maintenant, que tout allait pouvoir se régler. Il remarqua, au loin, une trappe entrouverte. Il le sentait, cette trappe menait directement au Hall de Sécurité, dans le monde de Thiercelieux. Son apparition, à cet endroit précis, ne relevait en rien du hasard. Tout cet univers se construisait en fonction des puissants désirs cognitifs de ceux y vivant, mais pas seulement. Quelque chose d’autre veillait sur son parcours, il en avait la conviction profonde. Quelque part, des individus voulaient qu’il rejoigne Termina le plus vite possible, encore plus que lui ne le désirait. Dans l’atmosphère, il ne ressentait pas la présence du Fléau, cela le conforta dans cette optique qu’une bonne étoile le guidait. Plusieurs bonnes étoiles, lesquelles lui permirent de se dresser devant ce portail.

    Il était temps de retourner là où tout a commencé.

_________________
« Il ne faut jamais perdre espoir ! » Alors qu’Alexandre était sur le point de tout abandonner, une voix familière résonna au plus profond de lui-même. « C’est ce que tu dirais, n’est-ce pas ? ».
Chapitre 26, Le Héros Légendaire.
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Pikamaniaque MessagePosté le: Sam 26 Mai 2018 16:30   Sujet du message: Répondre en citant  
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    ***

    Le Hall de Sécurité, Thiercelieux. Crépuscule du dernier jour.

    Lorsqu’Alexandre Schwartz arriva dans la pièce centrale du Hall de Sécurité, il trouva Anselm Dubois, prostrée contre le poste de contrôle. Elle pleurait toutes les larmes de son corps. Elle tremblait, convulsait, et Gabriel, qui se tenait près d’elle, tentait de la tenir et de la raisonner. L’ambiance était apocalyptique. Un puissant séisme avait ravagé le laboratoire, lequel empêchait quiconque d’entrer ou de sortir.
    « Oh, Alexandre, tu es enfin là ! » S’exclama le canadien, lorsqu’il le vit depuis le couloir menant au calculateur quantique. Ce dernier ne répondit rien. Il s’imprégnait de la malveillance qui se manifestait dans chaque atome de ce lieu. Avant, elle était si puissante qu’il pouvait la sentir sans maîtriser le dernier pilier des Gardiens. Dorénavant, à la manière d’un être humain plongé la tête la première dans les égouts, cette puanteur lui prenait au nez et lui donnait la nausée. Par la suite, il vit la rouquine. Il n’y avait rien au fond d’elle. Il s’agissait d’une création de Dimensio, probablement un Enfant Perdu qu’il avait modelé comme un être humain au cœur de cette bulle virtuelle. Elle ne représentait rien, sinon la perversion du Fléau dont la fuite était imminente. « Alexandre ! Ce qui se passe ici est incontrôlable ! » S’exclama Oswald. Cela tira son interlocuteur de sa torpeur. « Nous sommes coincés dans le Hall de Sécurité. On ne peut plus sortir, et Samuel… Samuel… Il s’est enfui. Il s’est matérialisé quelque part avec le calculateur, il l’a détruit en partant. On ne peut plus l’utiliser, on ne peut plus lancer de retour vers le passé, on ne peut plus rien faire, merde ! ».
    Pauvre Gardien. Même s’il n’affichait aucune émotion sur son visage, il se sentait probablement défaillir au fond de lui-même. Dans cet univers qu’il ne contrôlait pas, pensait-il pouvoir encore le tenir à distance ?

    « Ce n’est pas tout. Il a volé tous les documents que j’avais avec moi au moment où je suis arrivé ici. Il m’a dépossédé de tout ce que j’avais.
    — Cela n’a aucune importance, Gabriel. Il les a probablement copiés dès la première fois que tu as pénétré dans ce lieu et que tu les as laissés sans surveillance. » Répondit le garçon à la veste de marin, l’air dépité. « Cela signifie juste qu’il veut faire savoir qu’il a volé tes documents.
    — Mais… pourquoi… à quel but ? Interrogea le dernier espoir de l’humanité, dans l’incompréhension la plus profonde.
    — Samuel a prétendu m’avoir rencontré en cet endroit, lors du tout premier cycle réalisé par Dimensio. C’était un mensonge que nous n’avons pas vu venir, parce que je pouvais simplement supposer que cela surviendrait plus tard dans ma ligne temporelle, comme ma rencontre avec Florent à l’asile. Ce garçon était en fait un alias de Dimensio, celui que je cherchais depuis le début en arrivant au sommet de la tour d’astronomie, lors du quatrième cycle.
    — J’aurais jamais dû… tout est de ma faute… Je lui ai fait confiance. » Geint soudain Anselm, en tremblant. Grayson adressa un regard au Gardien de l’Équilibre. Il lui avait tout dit. Elle savait pour le monde virtuel, pour le théâtre de marionnettes. Elle n’avait juste, pas encore réalisé sa propre nature.

    « L’équilibre des forces a été rompu. Le vortex est sur le point de s’ouvrir, et nous ne pouvons rien faire pour l’arrêter. Le retour dans le passé que j’ai lancé était simplement le fruit de ma volonté, mais la volonté du Fléau surpasse maintenant celle de toutes les autres. » Il marqua une pause. « Je reconnais mon échec. Samuel s’est enfui, probablement vers ton univers, et il va faire en sorte que tout se produise. Je connais moi aussi ton histoire Gabriel. Le scénario que je redoutais le plus est en train d’arriver. ».

    Sur ces mots, un nouveau séisme d’une violence inouïe provoqua de puissants éboulements partout à travers le Hall de Sécurité. Gabriel protégea Anselm du mieux qu’il put, tandis qu’Alexandre, lui, ne bisqua pas d’un iota.
    « Tout n’est pas clair dans le plan de Dimensio. Il manque encore une zone d’ombre qu’il se fera un plaisir de nous expliquer. Gabriel, nous avons toi et moi rendez-vous au sommet de la tour d’astronomie. Le jeune homme rouvrit les yeux.
    « Et comment est-ce que l’on va sortir d’ici ?
    — Gabriel Oswald, il n’y a rien ici. » Il frappa violemment dans ses mains. L’espace d’une seconde, l’humain vit la neige à perte de vue, et remarqua que sous son corps se trouvait un Enfant Perdu, vêtu de son sempiternel masque à gaz. Cette vision d’horreur le fit se reculer, jusqu’au moment où il aperçut une tour s’élever au loin. Le froid glacial ne dura pas, et ils retournèrent au siège de la Desmose.
    « Qu’est-ce… Qu’est-ce que c’était ?
    — Ce qu’est vraiment Thiercelieux, une illusion. Rien de tout ceci n’existe, pas plus que les obstacles qui se dressent sur notre chemin, pas plus que cette créature que tu tiens dans tes bras. » Fit-il en désignant Anselm avec mépris. Sans un mot de plus, il se dirigea vers la sortie. Lentement, il commença à traverser les décombres. Le terrien se releva, abasourdi. Il regarda l’adolescente, laquelle lui adressa un regard implorant.

    « Qui… Qui suis-je ? Que suis-je… ? » Se lamenta-t-elle. « Tout le monde m’a abandonné. Je ne suis plus rien. Je ne suis même pas réel. » Bredouilla-t-elle, traumatisée. Un éclair d’énergie blanche la transperça. Il mit à bas son apparence, et la fit fondre de douleur dans d’atroces hurlements.
    « Non ! » Hurla Gabriel instinctivement, mais une puissante énergie l’empêcha de se mouvoir. Au fond, cela traduisait l’affection qu’il avait eue pour cette fille.
    « Dimensio est capable de lire dans l’esprit de chaque Enfant Perdu. La laisser près de nous, c’est l’occasion pour lui de se délecter de ton désespoir. Toi et moi sommes les derniers êtres humains vivants en ce lieu. Les autres n’existent pas. » Affirma le Héros de Légende, avec beaucoup de solennité. Il tendit la main, et invita Oswald à le rejoindre, lequel se racla la gorge et pris sur lui. Après tout, ce n’était pas la première personne qu’il perdait dans la vie. Il était impressionnant de voir comme tout avait changé depuis qu’il était arrivé ici. Une curieuse impression continuait de vivre au fond de lui.

    Avenue du Général Underwood, Thiercelieux. Nuit du dernier jour.

    Jamais personne n’avait pu voir Thiercelieux au plus proche de l’Apocalypse. La nuit du dernier jour recelait le pire de ce qu’un humain pouvait voir. Des hordes d’araignées géantes massacraient le tout-venant. Des dragons détruisaient les bâtiments. Des hordes de démons violaient les habitants, les tuaient, les éventraient. Ce spectacle aurait suffi à terroriser n’importe qui pour toute sa vie, mais lui, Alexandre, restait imperturbable. Gabriel aussi, mais pour d’autres raisons. Il s’était habitué à voir le pire, il n’avait peur de rien. Il connaissait trop bien les films d’horreurs pour cela. Il s’agissait de ses Disneys à lui.

    « Rien de ce que tu vois n’est réel. » Ajouta le Gardien, alors qu’ils marchaient vers la tour d’astronomie. « On finirait par y croire tant c’est fourni de réalisme, mais Dimensio n’a rien inventé. Il connait juste trop bien l’être humain pour savoir comment lui faire peur, et n’importe qui finirait par y croire, rendant ses créatures réelles. » Il marqua une pause, une gargouille se tenait devant lui, prêt à le frapper. « Pourtant, regarde. » D’un geste de main, celle-ci explosa en un million de pixels. « Ils ne sont rien. Ils n’ont jamais été rien d’autres que les délires cognitifs de ton esprit, et des Enfants Perdus qu’il a piégés ici. » Cette remarque suscita beaucoup de réflexion au sein du vingtenaire. Le monstre des cachots n’existait pas, celui qui avait failli les tuer au fond des geôles du Palais Municipal, et qui lui avait fait rejoindre le clan Underwood non plus. Toutes les horreurs rencontrées au sein de cet endroit, lors de la cérémonie, lors du combat à la Tour Tykogi, ou même lorsqu’il arriva ici, et que cette ordure de Samuel lui montra le Dr. Héloïse Leroy alors qu’ils arrivaient au Hall de Sécurité pour la première fois, rien de tout ceci n’avait jamais existé.
    « Il est donc fort probable que ce soit Samuel qui ait crevé les yeux d’Underwood et l’ait rendu aveugle après le fiasco de la cérémonie. N’est-ce pas ?
    — Absolument. Il a provoqué une détresse si extrême qu’elle m’a ramené ici, par le plus long chemin. » Commenta-t-il en réponse à sa question. Un nouveau séisme vit s’effondrer la plupart des bâtiments encore debout, à l’exception de la tour d’astronomie que l’on voyait encore scintillante ans cet océan de chaos. Plus loin, des édifices commençaient, eux aussi, à se décomposer, aspirés par le vortex qui n’avait jamais eu l’air aussi menaçant qu’en cet instant.

    « Je connais ce vortex. » Affirma Gabriel Oswald. « Plus j’y réfléchis, plus je trouve qu’il ressemble à celui que Jérémie Belpois décrivait avec Aelita dans les boîtes noires de la Grande Arche. » Le canadien se perdait dans ses pensées. Il sentit une culpabilité commençait à l’envahir, pour tout ce qui se produisait en ces lieux.
    « Nous y sommes enfin. » L’interrompit Schwartz, la voix neutre, lequel avait pourtant été très attentif. Ils se tenaient à la base de la tour d’astronomie, au centre de laquelle se trouvait la salle de l’hypercalculateur, traditionnellement verrouillée. « Nous allons d’abord nous arrêter au siège de l’hypercalculateur. Il y a une dernière chose que je dois faire là-bas avant de mettre un terme à cette histoire.
    — Tu penses que c’est la fin ? Interrogea subitement son compagnon.
    — La fin est proche, oui. ».

    Siège de l’Hypercalculateur, Thiercelieux. Nuit du dernier jour.

    Le temps passait inexorablement vite.
    Comme le Gardien de l’Équilibre des Forces s’y attendait, la porte d’accès à l’hypercalculateur était ouverte. Seul endroit préservé du chaos, l’ordinateur apparaissait toujours en parfait état. Cette pièce éveillait beaucoup de souvenirs au soldat de la Division de l’Espoir. Par le passé, avant le commencement du quatrième cycle, il s’y était réveillé avec Francis Underwood. Celui-ci lui avait révélé que chaque matin, il se réveillait à cet endroit, et prenait conscience du rôle qu’il jouait dans cette histoire en lisant les documents de l’ordinateur. Ensemble, ils virent le Héros de Légende exploser dans le laboratoire de Slimane, à l’endroit même où, pourtant, Grayson était intervenu pour le sauver. Comme s’il lisait dans ses pensées, Alexandre se retourna vers lui et le regarda avec ce sourire si apaisant qu’il savait prendre dans les pires moments. Ce sourire pouvait apaiser n’importe quelle âme tourmentée.

    « Gabriel, je crois que tu es le seul d’entre-nous à détenir les réponses. » Affirma-t-il en arrivant au niveau du poste de contrôle, et particulièrement sous la trappe de celui-ci. « Tes pensées, dans cette bulle virtuelle, ne sont pas les tiennes. Dimensio et moi arrivons à les lire, parce que tu es trop faible pour t’en protéger. » Il posa ses gants en cuir sur une petite manivelle permettant d’ouvrir la cloison du caisson. « Dans ta conversation avec Dimensio, à travers le Maire, tu as fait d’importantes révélations, et ces révélations ont effrayé la créature que nous pourchassons. » La trappe s’ouvrit enfin. Un garçon apparut, vêtu d’un vieux tee-shirt sale, en caleçon et sans pantalon, dont les bras étaient plein de cathéters et de crocodiles, partout sur les membres de son corps. Un casque sur sa tête l’empêchait de voir, et le rendait à la merci de quiconque ouvrait cette porte.
    « Cet imprévu l’a forcé à modifier ses plans, parce qu’il s’est senti menacé. Il a donc effacé une partie de tes données. » Poursuivit Schwartz, en posant ses mains sur le casque d’Asriel. Il le retira le plus délicatement du monde. « La question que je me posais sans cesse depuis mon passage dans la Forteresse Dimensionnelle, c’était comment Dimensio faisait pour interagir avec nous. Quelle puissance mobilisait-il pour alimenter son pouvoir ? » Avec difficultés, le visage tuméfié du prisonnier commença à apparaître. Il ne bougeait toutefois pas, parce qu’il était mort, et que Termina se trouvait plongée dans le chaos. « J’ai fini par comprendre. »
    Le visage d’Asriel apparut enfin. Il ressemblait exactement au visage de Denys, que le Gardien n’avait pu réussi à sauver dans l’univers de Slimane.
    « Le désespoir qu’il tire de ses victimes lui sert de source d’énergie. Les esprits qu’il vole par le biais des Enfants Perdus lui permettent d’alimenter continuellement sa puissance, et de garder une trace de chacun d’eux, comme un clone qu’ils pourraient torturer à jamais. Anselm, Daniel, Francis, Kalinda, Antonin. Ils sont tous d’anciennes victimes du Fléau, condamnés à le divertir pour toujours, partout où il a semé le malheur avant d’être enfermé dans la prison de nos ancêtres. » Une moue triste apparut sur son visage. « Une prison qui n’est plus qu’une passoire à présent. ».

    Un énième tremblement de terre fit sérieusement tanguer la tour d’astronomie. Tout menaçait de s’effondrer. Pourtant, à nouveau, Schwartz conserva un calme olympien, tandis que Gabriel ne put s’empêcher de vomir. Tout commençait à devenir trop pour lui. Il avait l’impression d’être dans un mauvais rêve, comment tout ceci pouvait-il être réel ? Il ne savait que dire, tant tout ceci le dégoûtait. Ce pauvre adolescent, accroché comme Léopold à une source d’énergie, qui n’avait plus connu que la souffrance et la terreur, quelle terrible fin.

    L’hypercalculateur se mit soudain à faire raisonner une alarme. C’était celle d’un appel entrant. Cela les surprit tous les deux, d’autant qu’il n’y avait aucune raison de penser que de véritables lignes téléphoniques existaient en ce lieu.
    « Je connais cette sonnerie… » Constata pourtant Grayson. « Je l’ai entendu… La première fois que je suis arrivé ici… À Thiercelieux… » Il s’approcha du poste de contrôle pour répondre à l’appel. Son cœur frappait très fort dans sa poitrine. La tension était évidente, d’autant que le Gardien conserva un silence religieux. « J’étais dans une maison, et là… J’ai pas décroché… Et j’ai entendu le message vocal. Cette fois, je veux savoir. » Oswald voulut appuyer sur entrée. Il retint son souffle.
    « Non. » Arrêta son compagnon de route brutalement. Il venait de s’interposer. La sonnerie passa. Le message se lut, automatiquement, comme la première fois.

    « Ça y est… je crois… qu’il… parti. » Lâcha une voix au milieu de beaucoup d’interférences. « Non, attendez… Qu’est-ce que c’est que ça ?! » Un crissement sourd accompagna cette seconde réplique. La voix lui était familière. Un ronflement sourd se joignit à des halètements. « Non… non… non… non ! » Une autre voix féminine hurla à s’en arracher les oreilles. Il la reconnut. C’était celle de Kiichi. Ses yeux s’exorbitèrent. « À l’aide… au secours… pitié… » Des gémissements. Des larmes. Il y avait des cris de panique. Puis soudain, le silence revint. Un silence de mort, où pas même la moindre respiration, la moindre interférence ne venait troubler la sérénité tranquille.

    « Jeunes garçons, vous êtes confrontés à une terrible destinée, n’est-ce pas ? »


    « C’est exactement le même message. » Bégaya Gabriel, profondément troublé. Un gant en cuir venait de se poser sur sa joue. À la place de la peur qu’il ressentit la première fois, ce fut au contraire une grande détermination.
    « Ces gens sont importants pour toi. Constata son interlocuteur.
    — C’est ce qui s’est passé… Juste après mon départ. C’est vraiment vrai, tout est de notre faute. » Fit-il en faisant perler des larmes au coin de ses yeux, comme s’il réalisait que toute la race humaine ne récoltait que ce qu’elle semait. Comme précédemment, tout commençait à devenir un trop-plein pour lui.
    Petit à petit, les hurlements bestiaux disparurent. Tout le grabuge qu’ils entendaient au loin se dissipa. Seules des cloches se mirent à raisonner. Cela brisa la solennité du moment, parce qu’il fallait maintenant se remettre en route.
    « Gabriel, nous devons maintenant rejoindre le sommet de la tour d’astronomie. La Nocturne de l’Ombre a commencé. Le vortex sera à son apogée dans quelques minutes, nous ne pouvons plus trainer. » Fit-il en lui prenant la main pour l’amener vers l’ascenseur. Cet ascenseur ne fonctionnait bien évidemment pas, mais à l’aide de ses pouvoirs, le britannique parvint à faire appeler le monte-charge.

    Bouleversé, le soldat de la Division de l’Espoir se remit profondément en question. Il multipliait les réflexions de ce genre, depuis sa mésaventure au cœur de l’asile de Holbein, mais maintenant plus que jamais, il lui semblait que la fin était arrivée. La boucle se bouclait, en compagnie du véritable dernier espoir de l’humanité, il s’apprêtait à monter pour faire face au Fléau. Ensemble, côte-à-côte, les deux garçons se tenaient comme les deux seuls survivants d’un charnier de cadavres. Ils comprendraient enfin toute la vérité.

    ***


    Sommet de la Tour d’Astronomie, Thiercelieux. Fin du dernier jour.

    Spoiler


    Que le spectacle commence !

_________________
« Il ne faut jamais perdre espoir ! » Alors qu’Alexandre était sur le point de tout abandonner, une voix familière résonna au plus profond de lui-même. « C’est ce que tu dirais, n’est-ce pas ? ».
Chapitre 26, Le Héros Légendaire.
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Silius Italicus MessagePosté le: Dim 03 Juin 2018 20:33   Sujet du message: Répondre en citant  
[Krabe]


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Bonsoir très cher Pikamaniaque,

Ainsi, le dénouement est proche ?

Commençons par ce qui vous tient le plus à cœur : le retournement de situation. En effet, j’ai lu l’encart mis en balise de spoiler dans le chapitre 21 sans attendre la publication du chapitre 23. Pour une raison simple. Si cet encart est là, c’est à ce moment qu’il appartient, à cette borne dans la chronologie et l’ordre de la lecture. Advienne que pourra.

Malheureusement, et pour diverse raisons, je suis l’une des personnes les moins bien placées pour vous en parler. En fait, le scénario, son analyse, et son jugement qualitatif ne font pas partie de l’arsenal de mes maigres talents. Aussi ne suis-je capable de répondre avec suffisamment de pertinence à la question de savoir si ce « twist » est surprenant, bouleversant…

Je pourrais vous dire qu’il ne m’a pas surpris. Non que je l’eusse anticipé, ou qu’il fît partie de mes hypothèses sur les chemins de votre récit, mais juste parce que mes intérêts et l’angle de mes lectures m’amènent à une certaine indifférence en la matière. Comprenons-nous bien, cela ne veut dire que ce passage est raté, décevant, ou autre, juste que je ne suis pas celui qui saura le mieux rendre justice à vos interrogations en la matière.

En tout cas, ces derniers chapitres lèvent les derniers doutes que l’on pouvait avoir sur la méthode de Dimensio. Celui-ci est adepte des gambit dits « de Xanatos », autrement dit il fabrique des situations telles que ses opposants ne peuvent que choisir des options menant à sa victoire et non à la leur. Qui plus, en cela il est fidèle à l’archétype qu’il est censé être, ces choix sont construits de manière à torturer durablement l’opposant : il ne s’agit pas juste de le piéger ou de le désespérer, mais bien de le voir s’auto-détruire. D’où la recherche par Alexandre d’une troisième voie. Las ! Il est caractéristique de ce genre de situation que de laisser l’esprit de la victime prisonnier et concentré sur l’existence de deux seules solutions, mutuellement exclusives.

Mais ce qui était le plus surprenant dans ces chapitres était sans doute la récurrence de schèmes très classiques : ainsi de la mise en scène de la maladie psychique, du rôle de l’innocence et de la corruption, du mort enterré vif… Il s’agissait là d’éléments relativement courant et connu en narration. Alors même que Thiercelieux, son rythme imposé par les retours vers le passé, et le plan même de Dimensio pour subvertir les gardiens étaient, dans les chapitres précédents d’une certaine originalité. Disons qu’il était étrange, après ces éléments de retomber sur des choses qui pour être efficaces et sans failles sont autant de rappels, d’idées récurrentes dans notre culture.

De fait, le motif du faux hôpital psychiatrique et du faux malade était très réussi. Les hallucinations en particuliers et les mouvements de l’esprit balançant entre deux pôles de croyances très bien rendus et stimulants à lire. Il est presque regrettable que cela n’ait pas duré plus longtemps. Mais : « the show must go on ».

Le point intéressant ici, est d’ailleurs développé ultérieurement, se situe dans le discours du Docteur Leroy : elle mentionne et explicité les références parcourant votre récit, ce qui est d’ailleurs un fort bel exemple de méta-texte, très bien intégré, à l’exception d’au moins une pourtant non-négligeable : Lyokô. Mais il y aura des occasions pour en reparler.

Autre mention intéressante en rapport, l’idée d’un traître parmi les programmes, qui n’est pas sans faire écho à Xana.

Enfin, le point central des chapitres 19 et 20 était de boucler la boucle et de résoudre la question du paradoxe temporel. Paradoxe qui est lui-même pris dans les boucles temporelles de Thiercelieux.

En même temps, les chapitres 20 et 21 amorcent l’arc final. Clairement, ils marquent la fin de l’initiation d’Alexandre. Celui qui jusqu’alors enquêtait se doit maintenant d’agir, et cela lui laisse un goût de cendre. C’est là l’enjeu autour de la mort de son mentor. Mort qui est une transmission sacrificielle. Il s’agit là d’un autre thème particulièrement prégnant dans notre culture.
Ces chapitres prenaient dès lors une saveur étrange pour du Pikamaniaque. Plus que tout autre auteur en ce Royaume, vos écrits sont des écrits réalistes, anti-idéalistes. Pourtant, la question de l’idéalisme ne cesse de traverser ces derniers chapitres, en conjonction avec la question du solipsisme et de l’être.

Alexandre est un idéaliste. Clairement, de là ses réflexions autour de l’innocence et de la corruption, et de là sa propre corruption. À ne plus vouloir voir que la fin, il ne pense plus aux moyens, perds de vue ce qui le justifie. C’est bien ce que lui fait remarquer Florent. Les rôles entre le Bien et le Mal sont inversés : le Vrai n’accompagne plus le Bien qui perd alors ses raisons.
Alexandre, c’est l’idéaliste avec les méthodes du réaliste, en un mot, un fanatique.

Un fanatique qui s’est laissé prendre au jeu d’ombre de son adversaire : ne nous leurrons pas, Alexandre est au bord du solipsisme. Toutes ses interrogations sur l’être, la réalité et l’identité, auxquelles il ne répond pas montrent bien qu’il s’est détaché du réel. Ce qui est assez ironique lorsque l’on repense au chapitre 19, où Gabriel était dans un hôpital psychiatrique.

Cela nous mène au rôle de Gabriel. Ce dernier est l’ancrage dans le réel. Il est l’un des rares éléments vrais dans ce théâtre du monde. Et pourtant… Et pourtant, Alexandre le dénonce à juste titre comme tout aussi faux : il n’est jamais qu’une création, la création de la Division de l’Espoir. Jugement sévère. Surtout, jugement que l’extrême fin du chapitre 21 vint à contredire radicalement et assez étrangement : d’où vient cette empathie étrange de Gabriel. Empathie d’autant plus surprenante qu’elle était censément un attribut régulier et porté à son acmé d’Alexandre.

Ce point est d’autant plus étrange que Gabriel est égoïsme : en cela il ressemble à ce qu’Alexandre est devenu. Il fut façonné pour la survie et l’accomplissement de sa mission, rien d’autre ne devait lui importer. Un sommet d’égoïsme en somme, et bien plus encore en considérant sa mission : fossoyeurs de mondes, arrogant qui joue avec le temps.

Étrange duo que ce porteur d’espoir et ce héros légendaire. De manière intéressante, et ce pourrait bien être l’ultime inversion de ce récit qui en compta plein, Alexandre incarne bien plus le porteur d’espoir que Gabriel pour le moment.

Ultime motif à mentionner, celui du garçon blond aux yeux bleus qui fait beaucoup penser à Jérémie. Il pourrait y avoir là une pierre intéressante à ajouter à l’ensemble de votre construction.

Pour finir, il faut mentionner le style. Je vous ais rarement vu aussi bon que dans ces chapitres, avec deux passages en particuliers. Tout d’abord la maladie de Gabriel, et ensuite la description particulièrement réussie pour son lyrisme de l’Apocalypse au chapitre 21. Apocalypse qui n’est pas sans rappeler le livre biblique. Mais ce motif a déjà été discuté dans les premiers chapitres.

Au plaisir de vous retrouver pour la Bataille pour l'Espoir.
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AMDG

Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.
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