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 Auteur Message
Icer MessagePosté le: Sam 25 Aoû 2018 09:28   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


Inscrit le: 17 Sep 2012
Messages: 2178
Localisation: Territoire banquise
Eh bien, quel coup de théâtre ! Minho et Sorrow ne font qu'un ! Qui s'y attendait ? L'assistance vient de prendre un sérieux coup de... Tazz-heure Wink
Cela dit, Odd avait prévenu : Mieux vaut être un corbeau qu'une grue. C'est sans doute ce qui explique ton idée...

Restons sur le fond. Je reprends au chapitre 9. Je suis toujours aussi passionné par les relations si particulières que les membres de la bande des LG entretiennent entre eux, et notamment la vision de Jérémie. Mais également, le cas de conscience posé par l'attirance de Yumi envers Sissi est magnifiquement retranscrit.

Le plan de Jérémie avec Odd pour tenter d'avancer dans la recherche de son père était génial ! De façon plus globale, je trouve que les motivations et l'attitude de Jérémie et de Jeanne sont très bien menées, je suis à fond dedans. C'est peut-être Clara qui m'emballe moins, mais on ne sait pas encore tout de ses objectifs. On dirait bien que le prochain chapitre va nous aider à y voir plus clair...

Puisqu'on est sur la fin, laisse-moi te prévenir : si elle est du même niveau que l'ensemble du texte, tu nous signes là un petit bijou qui tendra à prouver qu'il vaut peut-être mieux garder Sorrow que Minho, qui semble rester Bloké à un niveau inférieur... sans vouloir Minhorer ses talents bien entendu Mr. Green

Sur la forme, j'adhère totalement, j'ai vraiment l'impression de retrouver à l'écrit l'ambiance que posait le court-métrage de GK, ce qui ironiquement peut nous faire dire que ça ferait presque plus efficacement crossover avec Lain qu'un texte se voulant précisément être un crossover avec Lain... mais je m'égare (Rolling Eyes) . Ne reste qu'à voir la fin pour juger l'ensemble des éléments du fond.

Bon courage !

_________________
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« Les incertitudes, je veux en faire des Icertitudes... »
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Minho MessagePosté le: Lun 03 Sep 2018 16:31   Sujet du message: Répondre en citant  
[Blok]


Inscrit le: 29 Jan 2016
Messages: 100
Spoiler

Chapitre 13
Le Pouvoir du Mal


— Odd, Yumi, Ulrich, interpela Jérémie depuis la Terre. Je viens de virtualiser Clara. Vu l’instabilité de Xanadu, difficile de dire où elle arrivera, mais elle vient vous prêter main-forte.
Odd était assez surpris que Clara se soit montrée en de pareilles circonstances. Il aurait cru qu’elle chercherait à enfoncer le groupe qui l’avait trahie, mais peut-être qu’elle valait mieux que ça, et qu’elle était prête à les aider à sauver le monde. De toute manière, ce n’était pas le moment de cracher sur l’aide qui pouvait leur être apportée.
— Odd, Yumi, corrigez votre trajectoire vers l’Est, prévint encore le petit génie. Vous vous en sortez bien, accrochez-vous.
— T’inquiète pas Jérémie, répondit la japonaise avec un air concentré. On a la situation en main.
Lorsqu’une créature tenta de l’atteindre en surgissant devant elle, la combattante virtuelle ne prit même pas la peine de lancer son arme, préférant l’utiliser pour l’éventrer. Odd termina le travail de quelques flèches laser, et ils reprirent leur progression entre les arbres. Le félin aurait bien voulu tenter la méthode Clara et grimper dans les branches pour y progresser, mais il n’était pas certain que le feuillage soit un environnement extrêmement accueillant en ce moment.
Malgré la situation catastrophique, Odd estimait qu’ils avaient leurs chances. Ulrich était toujours là, alors il devait avoir atteint la tour depuis le temps. Quant à lui-même, son duo avec Yumi montrait une efficacité rarement atteinte, certainement du fait de ses récents progrès. Ensemble, ils pouvaient réussir à surpasser la fin tragique qui les aurait attendus. N’est-ce pas ?
— Odd, derrière toi ! prévint son équipière.
— Ha, je l’avais vu venir à des kilomètres ! répliqua le blondinet avec suffisance en atomisant l’ombre.
— Pas mal ! reconnut-elle avec un sourire. Mais reste vigilant, on ne sait jamais.

Ils continuaient à progresser, triomphant des embûches de Xanadu les unes après les autres. Finalement, Yumi s’exclama :
— Je vois la tour, là-bas !
— Il fout quoi Ulrich, il aurait déjà dû l’atteindre non ? s’inquiéta Odd.
— Quelques difficultés, répondit simplement Jérémie. Mais il est toujours dans la course. Attention, vous avez un client plus sérieux qui vous suit…
Le sol commençait effectivement à trembler. Odd vit un arbre tomber au loin, puis un deuxième. Il aurait volontiers pâli si Xanadu l’avait permis.
— Merde, on se bouge !
Ils avaient beau courir, le grondement ne faisait que se rapprocher. Le spectre allait les rattraper, et ce ne serait sans doute pas une bonne nouvelle. Ce constat fait, Odd s’exclama :
— Yumi, tu pars devant, je m’occupe de le retenir !
— T’es malade ? Tu n’arriveras pas à le battre tout seul !
— Sans doute pas, mais c’est pas ça l’objectif. Il faut qu’au moins l’un d’entre nous arrive à rejoindre Ulrich. Si je te donne le temps de fuir, il perdra ta trace et tu l’auras semé. C’est moi le moins bon du groupe, je sers aussi à ça. Allez, dépêche-toi ! conclut-il en pilant pour faire face à la chose qui les poursuivait.
— Tâche de t’en sortir alors ! lui cria-t-elle en disparaissant entre les arbres.
Odd ferma les yeux et inspira un grand coup, s’efforçant de calmer sa peur et son orgueil qui se disputaient férocement le monopole de son état d’esprit. Il avait fait du chemin depuis le début de cette aventure. Il pouvait arriver à dompter les deux.
La créature qui arriva sur lui quelques minutes plus tard ressemblait à un gigantesque mastodonte quadrupède. Munie de sabots, le monstre était également plein de crocs et devait bien mesurer ses trois mètres de haut. Souplement, le félin esquiva un coup de pied qui lui était très nettement destiné, et escalada l’arbre le plus proche à l’aide de ses griffes. S’il parvenait à se laisser tomber sur son dos, alors peut-être…
Le spectre frappa dans le tronc. Des éclats de bois volèrent, et un craquement sinistre se fit entendre. Odd grimpa encore plus vite, mais le deuxième coup fit s’écrouler son perchoir. Il parvint à se rattraper au flanc de la créature, qui rugit et s’ébroua pour le faire valser. Il tint bon, mais la peau (fourrure ?) de la chose se métamorphosa, tentant de l’agripper avec des appendices peu ragoutants. Sa stratégie se retournait contre lui. Il mitrailla ses flèches laser pour se dégager, et y parvint. La conséquence logique fut son retour brutal à même le sol, et son squelette virtuel protesta. Ce fut juste avant de recevoir un coup de sabot dans la figure et de valser en une volée de pixels.


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Ulrich était véritablement paralysé sur place. Il n’avait jamais imaginé qu’on puisse ressentir une terreur pareille sans en mourir. Depuis qu’il avait eu connaissance de ce Supercalculateur de malheur, il avait souffert, c’était certain. Des créatures cauchemardesques peuplaient les lieux, des plaines sinistres, quand ce n’était pas des marais atrocement ravagés. Mais là, au détour d’une cavité, il s’était retrouvé face à une effroyable difformité. Il sprintait vers la tour et avait eu la très mauvaise idée de passer par les tranchées intérieures des montagnes pour aller plus vite. Malheureusement, à l’intérieur même de la roche, Jérémie ne pouvait le guider car les nombreux sentiers n’étaient point représentés sur son écran. Le chemin qu’il avait choisi d’emprunter était un aller simple pour l’Enfer. Il avait foncé droit vers le garde du corps personnel de Ludwig qui l’avait aussitôt attaqué… et il ne devait son salut qu’à une immense panthère qui avait surgi de nulle part pour vaincre la créature à coups de crocs et de griffes.

Le combat avait beau être terminé depuis quelques instants, Stern ne parvenait pas à reprendre le contrôle de ses émotions face à la vision effroyable de cet être dantesque. Le monstre qui gisait sur le flanc, plié en deux dans une mare d’un fluide jaune verdâtre d’une viscosité de goudron, mesurait près de neuf pieds, et la panthère avait arraché tous ses vêtements et une partie de la peau. Il n’était pas tout à fait mort, et se convulsait en silence, par à-coups tandis que sa poitrine se soulevait, étonnamment accordée aux cris déments des engoulevents d’ombres qui attendaient leurs proies en dehors des sentiers rocheux.
Il serait banal et inexact de dire qu’aucune plume humaine ne saurait le décrire, mais on peut avancer avec raison que pour se le représenter avec quelque vérité il ne faut pas associer trop étroitement les notions d’aspect et de contour avec les formes vivantes ordinaires de cette planète et avec les trois dimensions connues. Il était partiellement humain sans aucun doute, avec ses mains et sa tête d’homme, et sa face de bouc sans menton. Mais le torse et le bas du corps relevaient d’une tératologie fabuleuse au point que seuls d’amples vêtements avaient pu lui permettre de se déplacer sans être interpellé ou supprimé par les ombres. Au-dessus de la taille il était semi-anthropomorphe, bien que sa poitrine, que la panthère attentive tenait toujours sous ses griffes, fût recouverte d’un cuir réticulé comme celui d’un crocodile ou d’un alligator. Le dos bigarré de jaune et de noir évoquait vaguement la peau squameuse de certains serpents.

Au-dessous de la ceinture c’était bien pire ; car toute ressemblance humaine cessait, et commençait la totale fantasmagorie. Il était couvert d’une épaisse et rude fourrure noire, et de l’abdomen pendaient mollement vingt longs tentacules gris verdâtre munis de ventouses rouges. Ils étaient bizarrement disposés selon les symétries de quelque géométrie cosmique inconnue de la terre ou du système solaire. À chacune des extrémités, profondément enfoncé dans une sorte d’orbite rose munie de cils, s’ouvrait ce qui semblait un œil rudimentaire ; en guise de queue, une espèce de trompe ou d’antenne marquée d’anneaux violets et qui selon certains indices devait être l’ébauche d’une bouche ou une gorge. Les membres, à part leur fourrure noire, ressemblaient grossièrement aux pattes de derrière des sauriens géants de la terre préhistorique ; ils se terminaient en bourrelets nervurés d’arêtes qui n’étaient ni sabots ni pattes.
Quand la créature respirait, sa queue et ses tentacules changeaient de couleur au même rythme, comme par un phénomène circulatoire normal, dans la branche non humaine de son ascendance. Ceci s’observait dans les tentacules par un assombrissement de la teinte verdâtre, tandis que dans la queue un aspect jaunâtre alternait avec un blanc grisâtre malsain entre les anneaux violets. Il n’y avait pas de sang à proprement parler ; rien que la fétide humeur jaune verdâtre qui suintait et formait dès lors une flaque visqueuse, laissant derrière elle une étrange décoloration. Science sans conscience ne peut être que ruine de l’âme, et il aurait mieux valu pour tout le monde qu’une telle horreur n’existe jamais.

— Willow, murmura Jérémie à travers son micro. Il était donc toujours vivant… après toutes ces années.
— Tu peux m’expliquer c’est quoi cette abomination Jérémie ?
— La fierté de mon père… il était censé être le gardien de ce monde, un être magnifique.
— Mais putain soit ton père était bon à enfermer soit c’était l’Einstein de ce siècle ! Jusqu’à quel point pouvait-il représenter quelque chose qui n’existe pas dans notre réalité ?
— Malheureusement Ulrich, il n’y a pas que les paysages qui ont muté lors de la chute de Xanadu… Lui aussi, Willow, en a subi les frais. Il se cachait, malgré son apparence actuelle… ce n’est pas un monstre, il était de notre côté je pense. La preuve, il ne vous a jamais attaqués. Qu’est-ce que tu as fait Clara ?
Ulrich constata alors avec grande surprise que le félin qui était venu lui prêter main forte n’était autre que… son ex, qu’il avait pris pour une panthère de premier abord. Il faut dire que la jeune fille n’arborait pas grand-chose d’humain dans l’obscurité de la grotte.
— J’ai simplement défendu ton meilleur combattant, répliqua Loess. Enfin, après moi bien sûr !
— Mais comment as-tu pu arriver jusqu’ici aussi vite ? s’énerva Stern.
— Jérémie maîtrise de moins en moins le processus de virtualisation, le Supercalculateur déconne… faut croire qu’il voulait que je sois déposé près de toi ! L’occasion de se battre ensemble comme au bon vieux temps, ça ne te réjouit pas plus que ça ?
— J’ai pas besoin de ton aide, grogna le samouraï, tu peux retourner d’où tu viens Clara.
— Arrêtez de… attention, quelque chose se dirige vers vous ! hurla Jérémie. Ils sont plusieurs, sortez de là au plus vite !

Ulrich enclencha son supersprint et, après quelques détours, arriva à flanc de montagne plutôt rapidement. Clara le rejoignit assez vite et constata, comme lui, qu’ils venaient d’arriver à moins de vingt mètres de la tour. Mais Xanadu avait encore évolué. D’enfer naturel crasseux, c’était maintenant passé à une sorte de cour pavée à peine éclairée par de faibles lampadaires.
— Comment est-ce possible ? murmura Jérémie. Xanadu ne peut pas se transformer à ce point, c’est impossible… à moins que…
— C’est une zone que nous n’avons pas encore explorée, une partie cachée du monde virtuel, affirma Ulrich. Je crois qu’on ne pouvait y accéder qu’en traversant cette putain de montagne de l’intérieur.
— Objectivement, et vu la map qui vient de se débloquer, le territoire a l’air bien plus élaboré que tout ce que nous avons vu jusqu’à présent… c’est peut-être là que se trouve… Enfin ne nous emballons pas, la bonne nouvelle c’est que vous avez semé vos poursuivants.
Jérémie n’avait pas terminé sa phrase précédente. Il n’en avait pas besoin. Tout le monde avait compris.
— Jérémie… il y a un halo de couleur autour de cette tour.
— Quelle teinte ?
— Bleu marine. Tout est en train de se fissurer autour de nous.
Un silence de mort plana quelques instants. Et puis, la sentence tomba.
— Ce n’est pas celle qui était sur ma carte… On dirait bien qu’il y a deux tours instables. Urich, rentre dans la tour bleue et essaie de régler tout ce bordel. Clara, monte la garde à l’extérieur en attendant Yumi et quand tu la vois dis-lui de s’occuper de l’autre tour, ma communication avec elle a été rompue. Je vais laisser Odd aux commandes… il faut que je voie ce halo de mes propres yeux.


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Odd se releva. La tête lui tournait un peu, comme si on venait de lui assener un violent coup. Ses doigts frêles passèrent sur son visage, l’explorant comme s’ils ne l’avaient jamais connu, craignant une mutilation immonde. Il avait beau savoir que les blessures de Xanadu ne subsistaient pas, il y avait toujours le précédent de Clara, et puis, le monde virtuel semblait si proche du leur désormais…
Là. Juste là, ça faisait mal. Sa pommette n’était pas mouillée de larmes, pour changer, mais de sang. Il se remémora les images qu’il avait volées à l’aide de son don, il se remémora Clara et sa balafre ensanglantée. Ainsi, il avait si bien pris sa place que cela ? Non, ce n’était qu’un énorme hématome violacé…

Subitement, la fine pellicule sanguinolente qui recouvrait ses doigts s’envola en une nuée de pixels rouges. Ils disparurent par une des fenêtres, là-haut, baignés dans la lumière d’un rayon de soleil. Le soleil, cette douce pluie qui dorait le métal du laboratoire. Il ne se serait pas attendu à voir ça, parce que c’était beau, et qu’il s’attendait à ne trouver que la désolation et la mort. L’usine était même…plutôt calme. Est-ce que même la fin du monde pouvait être belle ? Ou bien était-il déjà au paradis, libéré de tous ses tourments, et béatifié pour sa clairvoyance au sujet du Supercalculateur ?
Cette première impression lui fut ôtée par la vue d’ombres qui flottaient dans la salle. Elles étaient complètement léthargiques, errant avec la lenteur des âmes en peine. Comme si elles ne savaient plus où aller une fois sorties de Xanadu. Peut-être que d’habitude, seuls les spectres les plus agressifs sortaient, et que les autres n’avaient aucune idée de comment agir sur Terre ? A les observer, Odd ressentit subitement une profonde tristesse, une grande douleur, dont il ne comprenait plus l’origine. Qui étaient ces pauvres choses égarées ? Quels étaient ces êtres en détresse, abandonnés, embarqués dans une histoire qui ne les concernait pas ? Il contempla encore leur errance, pris de l’envie insensée de leur tendre la main, avant de se ressaisir. Il allait finir comme Jeanne s’il empruntait ce chemin. Une idiote prête à tendre la main à toutes les choses brisées qu’elle rencontrait, et qui…
Oh. Il eut l’intuition d’avoir compris.

Les mains dans les poches, il descendit lentement les escaliers, comme si ce n’était pas la fin du monde, comme si tout se passait bien, malgré la multitude de sentiments qui le traversaient à la vue de ce triste tableau. Il suivit du regard une des volutes sombres qui hantaient l’usine, aussi déboussolées que lui l’avait été la première fois, et ne prit pas la peine de s’en écarter, sachant qu’il n’avait rien à craindre d’elle.
Sans s’annoncer, Odd passa la tête dans l’antre de Jérémie, et le trouva appuyé sur sa console, les mains à plat, les lunettes basses sur le nez, sa raie effacée par ses propres cheveux. Il paraissait si vieux. Etait-ce à ça que Ludwig Belpois avait ressemblé en son temps ? Ce spectre pâle et diaphane, qui risquait de tomber en poussière si on l’effleurait ? Odd percevait tous les tourments d’adulte de Jérémie, peut-être pour la première fois. Jérémie avait cessé d’être un enfant. Être un adulte, c’était se tourner à la recherche d’une grande personne pour régler le problème, et découvrir avec effroi qu’il n’y en avait pas.
— Où est Jeanne ? fit Odd, surpris de ne pas la voir.
— Elle a réussi à raccompagner ma mère chez elle. J’imagine qu’elles sont hors de danger, lâcha Jérémie d’un ton morne.
Un silence.
— C’est la merde, n’est-ce pas ? s’enquit Odd, d’un ton qui ne charriait aucun reproche, aucune hostilité. Presque de la compassion, en fait.
C’eut été simple de se moquer de lui. De crier à quel point Odd avait eu raison de dire que Xanadu était dangereux et qu’il fallait s’en éloigner à tout prix. Mais est-ce que ça aurait vraiment changé quelque chose ? Est-ce que ça aurait sauvé le monde, de s’en prendre à leur chef en panique ? La gifle que Yumi lui avait administrée tout à l’heure avait peut-être fait plus de chemin que prévu dans son esprit.
— Oui.

Juste ce tout petit mot, à la mesure des espérances qui subsistaient. Jérémie n’était plus que lassitude et désespoir. Le génie ajouta, chaque mot semblant tomber de ses lèvres comme du plomb :
— Tu sais Odd, je ne me suis jamais senti aussi impuissant, sauf un jour, qui ressemblait beaucoup à celui-là. Un jour qui aurait dû être routinier. Je me souviens que le soleil brillait exactement comme aujourd’hui. Il était tellement beau, et moi j’étais tellement fier de rester enfermé sans aller le voir… J’assistais mon père lors de sa virtualisation, il est entré dans une tour pour vérifier je ne sais plus quoi, et puis…plus rien. Pas un adieu, aucun signe avant-coureur, il avait juste disparu. Et je ne pouvais rien faire pour le retrouver. C’était lui le génie, pas moi. Comment je pouvais espérer réussir là où il avait échoué ? Aujourd’hui encore, la situation échappe à mon contrôle, et les conséquences risquent d’être bien plus graves. Tu sais, quand j’étais gosse, je rêvais de rentrer dans l’histoire. Je me voyais avec mon Prix Nobel de physique, être le prochain Einstein. Newton, Schrödinger, Turing, Dirac, Belpois. Mais si le monde meurt maintenant, l’histoire ne sera pas écrite.
— Nous n’avons pas encore perdu, Jérémie. L’histoire ne s’arrête pas aujourd’hui, répondit tranquillement Odd.
Le blondinet était impressionné par la façon dont son homologue avait choisi de se confier à lui. Il ne s’y serait pas attendu, mais la situation n’avait rien d’habituel. Belpois, lui qui avait été le moteur acharné et plein d’espoir de la recherche de son père, était désormais brisé.
— C’est ce que Yumi croit aussi. Je ne lui ai pas dit que tu avais été dévirtualisé. Je ne lui ai pas dit qu’Ulrich n’arriverait sûrement pas à maintenir le lien avec la tour. Je ne veux pas qu’elle comprenne que je l’ai fait se battre pour rien.

Odd avait la sensation que Jérémie portait désormais tout le poids du monde sur ses épaules. Mais c’était faux : il en portait le double. Un rire sinistre échappa à Jérémie, qui paraissait conscient de cette réalité :
— Mon père doit tellement avoir honte de moi. Je n’ai rien su accomplir, et je ne l’ai même pas retrouvé. Sa création va ravager le monde, et je ne peux rien faire pour l’arrêter. Il a activé une tour bon sang ! Tu sais ce que ça signifie ? Il ne veut pas qu’on réussisse. Et contre ça, on ne peut rien y faire. Il est bien plus malin que nous. Et puis au fond, c’est ça Xanadu… un monde à l’image d’un esprit qui se dégrade et qui se situe dans la plus grande des confusions. Son œuvre est à la fois un ressassement artistique ainsi que le tombeau de ses illusions perdues. Je voulais à tout prix le retrouver… mais il n’a jamais voulu qu’on vienne à son secours, j’aurais dû le comprendre depuis longtemps. Par mon obstination, nous sommes tous condamnés.
L’espace d’un instant, Odd se figura la destruction du monde. L’Apocalypse, dont ils auraient été les quatre cavaliers. La fin de Kadic, des collégiens infâmes qui s’abreuvaient du désespoir des autres, la fin des guerres qui enflammaient le monde, la fin de la pourriture de l’âme humaine, la fin des souffrances pour tous, la flamme purificatrice qu’on laisserait brûler.
Et au-delà, il vit ses souvenirs heureux. Le jour où il avait réussi à faire approcher ce lapin sauvage de la carotte, le jour de Noël où il avait reçu Kiwi, le jour où il avait eu le droit de rester seul à la maison pour la première fois, le jour où il avait appris à faire du snowboard. Et alors qu’il énumérait, il vit la perspective jaillir face à lui.
— Tu sais quoi ? Il y a quelque chose que je rêvais de faire depuis longtemps.

Sans lui laisser le temps de mieux réfléchir, Odd attrapa Jérémie par l’épaule et lui mit une droite. Incrédule, Belpois passa une main sur sa lèvre éclatée, et fixa le visage du blondinet qui ne trahissait qu’un sourire qui tenait à la fois de la satisfaction et du profond désespoir. Un nouveau souvenir heureux dans cette Apocalypse naissante.
— Reprends-toi, ordonna Odd. Je ne t’ai pas mis cette baffe juste pour me venger de tout ce que tu m’as fait subir. Le monde est menacé de destruction, et tu es l’une des dernières personnes à pouvoir y faire quelque chose. Oui, ton père aurait honte de te voir abandonner. Oui, Yumi croit encore qu’on peut s’en sortir, elle compte sur toi. Et tu sais…ça me ferait bien chier d’avoir été ton souffre-douleur tout ça pour que tes efforts ne mènent nulle part. Prouve-moi que tu avais raison, Jérémie, dans tout le mal que tu as causé. Prouve-moi que tu peux vraiment sauver le monde et retrouver ton père, ou alors c’est moi qui aurait gagné. J’aurais prouvé que le Supercalculateur aurait dû rester éteint, parce qu’il met le monde en péril. Mais je n’ai plus envie d’avoir raison, pas sur un tas de ruines. C’est trop tard désormais pour que ça m’apporte la moindre satisfaction. Alors Jérémie ? Tu acceptes enfin de perdre contre l’être insignifiant que je suis, moi qui suis si bête et si impulsif ?
Odd marqua une pause, et se remémora ses deux dernières visions. D’une part, le Noyau si débordant de vie et de lumière, d’autre part, cette tour subitement submergée par les ombres. Le point commun avait été à chaque fois une silhouette blonde. Peut-être qu’au moins une de ces prémonitions représentait leur futur. Pour autant, il n’eut pas envie d’en parler à Jérémie. Il se souvenait parfaitement de l’acharnement qu’il avait eu à tenter de lui arracher ces visions, à vouloir les exploiter pour son compte. Odd ne les lui livrerait pas en pâture maintenant. Il en retirait une satisfaction mesquine.
— Odd…tu es une anomalie, annonça tranquillement Jérémie, qui paraissait avoir gommé son accès de découragement. Tu craques quand on ne s’y attend pas, et quand on s’attend à ce que tu craques, tu es parfaitement serein et tu donnes des leçons. Je t’ai mené la vie dure, et tu m’encourages à aller jusqu’au bout de mes objectifs. Un coup tu es un gamin pleurnichard, un coup un vantard prêt à humilier les autres pour te faire une place dans le groupe, et maintenant tu te poses tranquillement et tu trouves les bons mots pour continuer à me faire avancer, moi qui t’ai fait tant de tort. Tu me rappelle tout le mal que j’ai fait, et tu me demandes d’aller au bout ? Je ne te comprends pas. Comment peux-tu passer par autant d’états d’esprit ? Tu as un dédoublement de personnalité ? s’enquit très sérieusement le génie, déconcerté.

Son vis-à-vis rit franchement, surpris par l’idée. Son rire s’envola au milieu des spectres de Xanadu, parfaitement à sa place. Un fou rire d’enfant, dans un monde d’enfants. Car l’enfance recèle les pires cruautés au même titre que les meilleurs élans de bonté. Jérémie, lui, n’était capable ni de l’un ni de l’autre.
— Je ne suis pas une anomalie. Je ne suis pas schizophrène. Je suis un être humain. Tu ne comprendras peut-être jamais ce que ça signifie, et ce n’est pas le moment d’y réfléchir. Je crois que tu as quelque chose à accomplir, Jérémie, conclut Odd.
Jérémie poussa un soupir et s’avança vers la sortie de son terrier informatique. Il regarda les spectres perdus, conscient que le monde pouvait basculer dans peu de temps. Jérémie était un adulte. Il ne voyait que les problèmes et les complications, là où Odd s’était senti résonner en harmonie avec eux. Un lourd tremblement vint secouer l’usine, laissant entrevoir les paysages de Xanadu. Le fils de Ludwig faillit avoir les larmes aux yeux, de voir l’œuvre de son père si proche de lui. C’était la toute première fois qu’il la voyait ailleurs qu’à travers un écran…
Il tourna la tête vers Odd, et il lui sembla voir, de façon fantomatique, son accoutrement de chat. Il trouva cela ridicule.
— Tu comptes éteindre le Supercalculateur en mon absence, n’est-ce pas ? soupira Belpois, conscient que son adversaire aurait le champ libre.
— Je ne me permettrais pas. Je ne sais même pas comment on fait, fit Odd, sincère.
Sourire hautain de Jérémie. Heureusement, oui, qu’Odd ne savait pas comment on faisait. Davantage sûr de lui, le jeune génie gravit une à une les marches, montant vers les scanners. Il ne se retourna pas, oubliant déjà cet être si épineux, dont l’existence même l’avait si longtemps horripilé. Il avait, comme d’habitude, des choses plus importantes à faire, et désirait effacer cette main qu’Odd lui avait tendue.
La plateforme était baignée de cette lumière dorée qui chutait des fenêtres, leur donnant un aspect un peu magique. Il était temps qu’un adulte parte pour le Pays Imaginaire.


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Ulrich cligna des yeux une fois, deux fois, rien n’y fit. Il ne voyait rien. La tour bleue s’était muée en terrible abysse de noirceur, un vide horrifique où il lui semblait que rien n’arrivait à survivre. Ou bien était-ce lui ? Xanadu l’avait-il rendu aveugle ? Pris de panique, il chercha à tâtons son sabre et le dégaina. La lueur bleue de la lame le rassura, jusqu’à ce qu’il voie au-delà. La tour n’était pas un abysse. Elle était vivante. Les parois, éteintes, ruisselaient de spectres qui ne paraissaient même pas l’avoir vu. Il resserra nerveusement les doigts sur le manche de son arme. Il regarda derrière lui, et s’écarta précipitamment de l’entrée. La même substance noire coulait droit vers les profondeurs de la tour. Une goutte chuta sur la lame pixellisée de son sabre, se désagrégeant en une volée d’étincelles à son contact.
Tout était silencieux. Il avança, n’entendit pas le bruit de ses pieds. Est-ce que la tour était morte ? Est-ce qu’elle allait refuser de le laisser se connecter ? Est-ce que leurs espoirs étaient déjà submergés dans cet océan de ténèbres ?
« Respire Ulrich, il n’y a pas de raison que ça ne marche pas »
Il y avait des milliers de raisons pour que cela ne marche pas. Mais les autres comptaient sur lui. A l’aveuglette, il chercha l’interface. Elle devait bien être là, quelque part. Elle devait être éteinte, elle aussi. Foutu hologramme, comment était-il supposé le trouver maintenant ?!

Après ce qui lui sembla une éternité de recherches, une faible lueur bleue vint faire écho à celle de son arme. Soulagé, il s’empressa de plaquer sa main dessus, avant de sentir la brûlure des spectres. Il se recula, la main parcourue d’étincelles, et réalisa que la substance noire avait dégouliné jusque sur l’écran. Fébrile, il enleva ce qu’il put avec son sabre, et se dépêcha de recommencer l’opération avant que l’interface ne soit de nouveau engloutie.
« Connexion à la tour initialisée »

Ulrich ferma la porte de la salle de bain à clef. Sa chambre n’avait pas de verrou : son père s’y opposait. Or, ils avaient besoin de ne pas être dérangés.
D’une manière ou d’une autre, nous saurons.
Il traînait, encore et toujours, avec sa voisine du même âge, qui n’était autre que Elisabeth Delmas. La rentrée était encore assez lointaine pour sembler irréelle, et les journées leur appartenaient. Depuis le début de l’été, ils s’étaient amusés à jouer au célèbre « Cap ou pas cap ? » instauré par une génération de gamins il y a des lustres de cela.
Aujourd’hui, ils affrontaient une de leurs plus grandes frayeurs. Un mythe. Qui pouvait s’avérer dangereux selon eux. Guillaume Stern, le tonton d’Ulrich qui trempait dans un tas d’affaires louches, avait disparu du jour au lendemain. Fuite volontaire d’un quotidien à risques ? Enlèvement ? Meurtre ? Accident ? Suicide ? Personne ne le savait. Pour justifier cette soudain absence, le cousin d’Ulrich s’était mis à raconter tout un tas d’histoires, mais une, particulièrement récurrente, avait hanté Stern durant toute son enfance. La légende de Bloody Mary, vierge sanglante à l’âme tortueuse, est simple et complexe à la fois. Lorsqu'on est dans une pièce sombre en pleine nuit, devant un miroir après réalisation d’un court rituel et que l'on prononce "Bloody Mary" treize fois de suite, un visage de femme ensanglanté fait son apparition dans le miroir pour parfois s'attaquer à ceux qui l'ont appelé.
Il existerait néanmoins plusieurs façons d’invoquer l’entité pour différents résultats, plus on répète son nom et plus c’est dangereux évidemment. A ce que l'on dit, la créature est vraiment effrayante : son visage est recouvert de sang et ses mains cherchent à vous cogner, étrangler, déchiqueter. Pour quelques croyants, cette femme ne veut que vous effrayer en bondissant de l'avant, vers vous. D'autres affirment que la Vierge sanglante vous attaque littéralement, vous laissant vous aussi en sang si vous ne réussissez pas à vous enfuir.
Cette légende a tellement été prise au sérieux qu'en 1978, aux États-Unis, la folkloriste Janet Langlois décida d'écrire un essai sur cette histoire… qui donnera par la suite naissance au film d’horreur Candyman, que Sissi avait déjà regardé en cachette avec ses copines.

Beaucoup pensent que Bloody Mary est la Vierge Marie en personne venue vous avertir de ne pas jouer avec son nom, ni le nom de son Fils, Jésus. D'autres racontent qu'elle serait une sorcière jadis brûlée vive par les habitants de son village pour sorcellerie et que quiconque invoque son nom en vain sera frappé par la malédiction par laquelle elle menaça ceux qui l'ont brûlée. Une minorité disent que c'est l'esprit d'une femme décédée avec son fils dans un accident d'auto quand la voiture s'enflamma, laissant sans vie la mère et le petit.
La dame de l’ombre décida alors de vivre à jamais dans les miroirs, pour se venger de ceux qui ont tué son enfant. Tant d'histoires, laquelle croire ?
Ulrich sortit le saladier de pierre du placard à serviettes où il l’avait caché tandis que Sissi sortait de son cartable les ingrédients du rituel. Un par un, elle plaça les objets dans le bol. Ils connaissaient tous deux le rituel. Nombreux étaient ceux qui en avaient entendu parler, même s’ils étaient rares à oser l’accomplir. Tout devait bien évidemment être déposé dans un ordre particulier. Il avait été aisé de trouver une plume noire dans la forêt, vu que les corbeaux y pullulaient. Pour la perle, ça avait été encore plus facile, son père lui avait justement offert un magnifique collier récemment. La boule de poils, qui constituait le troisième élément essentiel au rituel, avait été plus compliquée à dénicher. En effet, ni Ulrich ni elle n’avait d’animaux de compagnie. Et la règle précisait bien qu’il ne fallait prendre que des poils tombés naturellement, pas d’arrachage volontaire ! Ils avaient songé au chat des grands-parents Stern mais le petit matou tigré était un félin à poils courts qui ne laissait aucune trace sur son passage.

Finalement, Sissi avait bravachement été frapper à la porte de la vieille ferme qui se situait à l’orée du village de sa tante, ils avaient en effet plusieurs molosses qui gardaient le domaine pour certains et aiguillaient le bétail pour d’autres. Sissi leur avait exposé sa demande en prétextant un exposé pour la rentrée. Ils avaient accepté bien volontiers – personne ne se méfie d’une jolie jeune fille et puis Delmas était assez douée pour obtenir tout ce qu’elle voulait –, ce qui lui avait valu de repartir avec une touffe multicolore de la taille d’une balle de golf. Elle s’était en effet hautement dépassée pour racler les divans avec ses ongles pour en récupérer le plus possible, tout en pestant intérieurement contre l’odeur de l’endroit ! Ulrich écoutait toutes les explications de la belle brune d’une oreille plus ou moins attentive, jusqu’au moment où il la vit ouvrir une vieille boîte de pellicule photo et qu’elle la renversa au-dessus du bol. Une goutte translucide en tomba. Il savait pertinemment ce que c’était. Une larme. L’avant-dernier ingrédient. Bizarrement, pour celui-ci et contrairement aux autres, elle ne précisa pas du tout la provenance de la larme. Ulrich se demanda alors si la goutte de souffrance condensée venait véritablement de celle qui semblait tant sourire à la vie, ou si elle avait usé d’un stratagème pour l’extirper à quelqu’un (il n’était en effet pas précisé que la larme devait appartenir à un des sacrifiés). Les deux solutions lui semblaient difficiles à envisager, lui qui n’avait jamais vu pleurer Sissi et en même temps il s’imaginait mal une boîte de pellicule photo collée sous la pupille d’une autre personne.

Finalement, pour l’ultime « objet », Elisabeth pencha la tête sur le côté et se coupa une petite mèche de cheveux avec ses ciseaux à ongles, puis invita Ulrich à faire de même, mêlant ainsi châtain et teinte plus foncée. Une fois cela fait, Sissi afficha une mine satisfaite en constatant qu’Ulrich n’avait pas tremblé durent l’opération, lui qui était mort de trouille intérieurement mais qui faisait un minimum d’efforts pour ne pas le montrer.

— Et le sixième ingrédient, annonça fièrement Sissi en brandissant un briquet qu’elle activa aussitôt. Le feu.
— Tu es certaine que c’est une bonne idée de faire un feu à l’intérieur ? objecta-t-il dans l’espoir vain de dissuader sa camarade. Mais il n’obtint comme seule réponse un puissant regard agacé qui voulait clairement signifier : « Arrête de jouer les poules mouillées ! »

Légèrement énervé par cette réprimande muette – il était le garçon et elle se trouvait chez lui après tout ! –, il lui arracha le briquet des mains et approcha la flamme du bol. Les poils de chien prirent feu aussitôt, suivis par la plume, les cheveux et la perle (qui commençait doucement à fondre tel le vulgaire plastique qu’elle était en réalité). Sissi se mit à tousser.

— Bloody Mary, viens me chercher ! déclama-t-il en souriant comme si c’était une bonne blague.
Sissi répéta la phrase huit fois... un poil trop fort au goût de son partenaire.
— Tais-toi, murmura-t-il, je te rappelle qu’il y a des gens qui dorment... et que tu n’es pas censée être ici en plus. Ton père me tuerait s’il savait que je t’ai invitée à minuit chez moi. Allez, c’est préférable que tu retournes dans ton lit de toute façon.
— On en a pas fini ! protesta Sissi en contemplant son reflet d’un œil attentif. Faut le dire treize fois face au miroir avant que les flammes ne s’éteignent. Bloody Mary, allez, sors de ta planque !
— Sissi, ça suffit !
— Bloody Mary, tu ne me fais pas peur ! Quoi ?! rétorqua-t-elle face au regard noir de Stern. Ulrich, je veux te prouver que ce sont juste des racontars. Le mystérieux n’est que de l’inexploré, il n’y a aucun stress à avoir. Bloody Mary, on t’attend !
— Ce n’est pas la peine, je ne veux plus jamais entendre parler de cette légende débile !
Elle le regarda droit dans les yeux, avec ce léger sourire provocateur au coin des lèvres, puis prononça avec une lenteur délibérée :
— Bloody Mary, je ne crois pas en toi !

Ulrich cessa aussitôt de respirer. Quelque chose de terrible allait se passer. Il le sentait. Pire... il le savait. Une rafale secoua la fenêtre et agita furieusement les branches à l’extérieur. Il bondit sur ses pieds et regarda au-dehors, comme si ça pouvait lui permettre de voir arriver la catastrophe. Le chat de paille, déco de sa grand-mère, avait disparu, il n’était plus derrière la vitre. Les secondes s’écoulèrent les unes après les autres. Ulrich resta tendu, il ne pouvait s’empêcher de penser à son tonton.
Rien ne se passa.

— Tu vois ! minauda Sissi en se levant. Dans le bol, la flamme s’est déjà éteinte... je voulais juste te montrer qu’il n’y avait rien à craindre.
Ulrich expira lentement. Il ne put retenir un rire nerveux. Elle l’imita, et Stern comprit alors qu’elle était soulagée elle aussi.
— Tu y croyais ! lui reprocha-t-il. Malgré tout ton baratin, tu y croyais !
Elle arqua le sourcil droit et arbora un air narquois au possible.
— Juste un tout petit peu, ricana-t-elle, sans qu’il ne sache déterminer si elle se moquait encore de lui ou pas. Mais c’était drôle, non ?
Elle lui donna un coup de poing en riant.
— Je faisais juste semblant d’avoir peur pour t’effrayer, tenta Ulrich.
— Mytho mytho myth...
On frappa à la porte. Les deux enfants sursautèrent au son de la voix qu’ils reconnurent pourtant bien vite.
— Ulrich ? demanda sa mère. Tout va bien ?
En un clin d’œil, les complices se comprirent et Sissi se planqua dans le petit interstice qui séparait la commode et la cabine de douche, Ulrich eut juste le temps de placer l’imposante manne de linge devant sa compère avant d’aller ouvrir la porte d’un air faussement naturel.
Sa mère se tenait là, décoiffée, en robe de chambre. Ordinaire, ennuyeuse comme toujours, mais néanmoins rassurante. Sa présence avait brisé le charme. La sensation de terreur s’évanouissait lentement, comme à la fin d’un cauchemar.
— Avec qui parlais-tu ? demanda-t-elle d’un air soupçonneux.
— J’étais au téléphone en mode haut-parleur, mentit-il avec un faible sourire. Quelqu’un m’a appelé pendant que j’étais dans la salle de bain.
— A cette heure-ci ?
Il haussa les épaules d’un air innocent.
— Oui.
— T’as bien de la chance que ton père t’ait acheté ce portable pour te réprimander même à distance. Si ça n’avait tenu qu’à moi...
— Maman, on a déjà eu cette discussion cent fois. Est-ce qu’on peut passer à autre chose ?
Comme d’habitude, c’était un dialogue de sourds. Elle ne semblait même pas porter attention à ses réponses.
— Ça sent le brûlé, remarqua-t-elle en reniflant.
Il prit un air étonné, décidément tous ses talents d’improvisateur étaient mobilisés ce soir !
— Peut-être que quelqu’un a brûlé des feuilles dans le champ. La fenêtre est ouverte.
Elle était trop fatiguée pour insister. Ulrich lorgna sur le ventre arrondi de sa maman. Le petit être qui était là-dedans lui puisait toute son énergie… mais bon, il avait fait de même avant lui. Ou elle, puisque ses parents avaient décidé de conserver la surprise jusqu’à l’accouchement. De quoi mettre un peu d’imprévu dans leurs vies si rodées.
La matriarche bâilla. Ulrich remarqua alors à quel point elle avait l’air vieille, il ne s’en était jamais aperçu jusque-là.

— Excuse-moi de t’avoir réveillée.
— Ce n’est pas grave, assura-t-elle d’une voix douce. Pourquoi es-tu encore debout à cette heure-ci ?
— Je n’arrive pas à dormir.
— Tu veux que je te prépare quelque chose ? Une tasse de lait chaud pour t’aider à te détendre ?
Sa gentillesse lui brisa le cœur. Il se prit à souhaiter pouvoir tout lui raconter. Il aurait voulu lui parler du rituel, de la fille dans la salle de bains, lui dire qu’il n’allait pas faire une fugue comme elle le craignait quand le père plongeait dans ses colères terribles, l’assurer que rien qui n’arriverait n’était de sa faute, qu’elle avait fait de son mieux.
Mais elle n’aurait pas compris. Impulsivement, il la prit dans ses bras. Il ne la touchait plus depuis longtemps mais elle lui rendit son embrassade comme si c’était la chose la plus naturelle au monde.

— Je suis désolé maman, avoua-t-il, oubliant presque la présence de Sissi à quelques mètres de là. Je suis désolé de te causer autant de soucis. Tu aurais mérité mieux.
— Ulrich ! Ne dis pas des choses pareilles, je te l’interdis. Je suis très fière de toi. Et ton père aussi, même s’il ne le dit jamais… je sais qu’au fond de lui, il le pense. Qu’est-ce qui te prend ?
— Je ne sais pas…
— Tu sais, tu ne seras plus le seul enfant à la maison, c’est vrai. Mais cela ne veut pas dire qu’on t’aimera moins, bien au contraire.
— Je ne me sens pas très bien à vrai dire… c’est peut-être la fatigue, rien à voir avec Léo maman, c’est promis.
Elle écarta sa frange et toucha son front pour voir s’il était malade. Typique. Elle était pleine de bonnes intentions mais qui tombaient toujours à côté.
— Arrête de l’appeler Léo. Tu sais très bien qu’il y a une chance sur deux pour que ce soit une fille.
— Ce sera un garçon ou rien.
— Bon Ulrich, soupira-t-elle, autant par lassitude que par épuisement. Tu devrais essayer de dormir. Tu es certain de ne pas vouloir de lait chaud ?
— Non, c’est bon. Je vais aller me coucher.
— D’accord. Alors bonne nuit mon fils, fais de beaux rêves.
— Bonne nuit.
Il la suivit du regard tandis qu’elle rejoignait sa chambre qui se trouvait heureusement à l’étage supérieur, puis il retourna dans la salle de bains et ferma lentement la porte derrière lui.
— Au revoir maman, chuchota-t-il.

Il savait que sa vie serait prise ce soir, qu’il ne verrait pas le soleil se lever. Il avait compris. La même situation s’était produite chez son tonton. Là, c’était son fils qui avait débarqué à la fin du processus, qui l’avait surpris comme sa mère venait de le faire, et il avait tout raconté à Ulrich. Le miroir, le bol, l’odeur de fumée. Aucun doute à avoir, son tonton avait lui aussi accompli le rituel. Il fut surpris. Et Bloody Mary était arrivée plus tard. Dans le cas de Guillaume Stern, au cours de la nuit suivante. Et pour lui ? Quand viendrait-elle ?
Le rituel n’était qu’une requête. Une invitation. Bloody Mary viendrait quand elle en aurait envie. Cette nuit, ou demain. Peut-être même dans une semaine, ou jamais. Et si elle acceptait, si elle choisissait quelqu’un pour jouer à son horrible jeu, elle venait terroriser le pauvre bougre sans retenir son plaisir. La menace immédiate semblait s’être dissipée mais Stern ne s’y trompait pas. Il avait invité l’obscurité à venir s’emparer de lui. Ce n’était plus qu’une question de temps.
— Sissi ? demanda le petit garçon. Tu es encore là ?
— Où veux-tu que je sois d’autre ? s’agaça la brune.
Toutes les lumières s’éteignirent.

Chuchotements. Sueurs froides. Presque le noir complet. Heureusement, quoique, un rayon de lune pénétrait par la fenêtre, et murs et objets avaient pris une teinte fantomatique, blanc et bleu. Toute chaleur avait quitté la pièce. L’évier, la cabine de douche, les vêtements froissés baignaient dans la pénombre. Ulrich fourra les mains dans ses poches d’un air tout à coup crâneur, d’apparence bien moins impressionné que pendant le rituel.
— Alors là... le moment est bien choisi !
Mais son ton de plaisanterie n’était pas entièrement convaincant. S’il s’agissait d’une coïncidence, elle était un peu forte.
— On n’aurait peut-être pas dû faire ça en fin de compte, glapit Sissi.
— Du calme, murmura Ulrich d’une voix qui se voulait aussi rassurante que possible malgré le nœud qui se formait à l’estomac, ce sont juste les plombs qui ont sauté. Ce n’est pas la première fois !
Il demeura un instant indécis, puis comprit ce que le propriétaire des lieux était censé faire dans une situation de ce genre :
— Je vais descendre à la cave et rallumer.
Sissi secoua frénétiquement la tête.
— Très mauvaise idée. Elle vient quand on est seul.
— Qui ?
— Bloody Mary. Elle vient quand on est seul. C’est ce que tout le monde dit.
Il la regarda fixement. De façon assez (peu) prévisible, les rôles s’étaient inversés. Ce n’était pourtant pas le moment de flancher.
— Ce sont juste les plombs, répéta-t-il, refusant au mieux d’envisager une autre explication.
Elle se tut, chose rare mais faut croire que tout arrive en situation de crise, remarqua mentalement Stern.
Le petit garçon se dirigea vers la porte, saisit la poignée, hésita.

Ne sors pas. Reste là où tu es. En sécurité.

Non. Il ne pouvait décemment pas faire figure d’éternel poltron face à Elisabeth Delmas, il en avait déjà trop montré. En plus, ça faisait très longtemps qu’il n’avait plus peur du noir. En grandissant, il y a des hontes que l’on tapit à double tour au fond de soi. C’était clairement le moment de prouver qu’il n’était pas une « couille molle qui fait pipi au lit », contrairement à ce que son père lui répétait à longueur du temps. Il n’avait pourtant pas besoin de lumière quand il s’évadait dans les champs les nuits d’été pour contempler les étoiles, les lampes de poche très peu pour lui ! Malgré tout, ce n’était pas l’obscurité qui l’effrayait. Il avait plutôt l’impression d’avoir fait quelque chose de terrible... d’irréparable.
— J’en ai pour une minute.
Les phalanges des doigts de Sissi se contractèrent à un point encore jamais atteint jusque-là et la gamine ne put que retenir de toutes ses forces un sanglot d’angoisse. Néanmoins, elle savait qu’il fallait le laisser partir, il se débrouillerait mieux dans le noir lui qui connaît la maison, c’est lui l’homme merde et.... et puis surtout, elle ne voulait absolument pas mettre le moindre doigt de pied dans la cave. Ses pensées étaient aussi désordonnées que des oiseaux affolés, elle avait bien du mal à rassembler ses esprits. Il fallait qu’elle fixe un point dans l’espace, se concentrer sur un détail. La seule chose qu’elle réussissait plus ou moins à bien voir était son propre reflet. En effet, le rayon de lune éclairait le miroir selon un angle presque trop parfait, de manière à faire ressortir le pâle reflet de l’obscurité. Sissi avait néanmoins du mal à se reconnaître. Certes, son visage était toujours le même : un teint de poupée de porcelaine, une bouche parfaite, des traits fins et assurés, de lourds cheveux foncés légèrement ondulés rassemblés en deux couettes sous sa casquette rose. Mais c’était comme si ce visage ne lui appartenait pas. Comme s’il s’agissait d’un sosie imitant tous ses gestes de l’autre côté du miroir... Et le revoilà, le rictus digne d’un automate démoniaque, souriait-elle inconsciemment à son reflet ou... ? Cette pensée lui déplut. Elle tourna la tête.

Il y a des gens qu’il ne faudrait jamais voir, il faut les fuir, ils sont nocifs. Ils laissent comme un arrière-goût... encore le lendemain, on ne se sent pas bien. Comme après avoir vu un mauvais film ou entraperçu les pages d’un horrible bouquin. Une sensation comme celle de la langue pâteuse que laisse un mauvais repas... Leur contact est salissant, ces parasites ont tous quelque chose d’atrocement avilissant en commun. Son reflet était de ceux-là. Il lui rappelait qu’elle était cette petite princesse brune au ton naturellement hautain. Elle se détestait. Si ça ne tenait qu’à elle, si elle avait été seule dans cette maudite baraque, si seulement elle en avait un jour le courage... elle mettrait fin à la vie de son double maléfique. Égratigner ce monstre face au miroir jusqu’à ce que son visage ne soit plus qu’une bouillie de chair et de sang.

Sissi était à deux doigts de perdre sa maîtrise, de s’effondrer en larmes, d’avoir la pire crise de nerfs de sa courte vie. Mais elle ne pouvait pas se laisser aller. Pas elle, pas maintenant. C’est pas un spectre tout moisi qui allait réussir à faire peur à Elisabeth Delmas quand même ! Elle ferma les yeux et éloigna peu à peu cette image mentale terrifiante qu’elle se faisait de Bloody Mary. Elle essaya de la tourner en ridicule, l’imaginant dans des situations plus cocasses les unes que les autres... jusqu’au moment où elle entendit ce ploc ploc, comme des gouttes de sang qui s’échappent peu à peu d’un corps fraîchement assassiné.

La salle de bains donnait sur un palier qui dominait le salon. Ulrich avait refermé la porte derrière lui mais n’avait pas encore bougé d’un poil. Le silence l’enveloppait de son étreinte glaciale. Une petite lucarne dans le plafond lui montrait la lune, ponctuellement recouverte de nuages.
C’est juste un problème de fusibles. Il suffit d’aller rallumer le disjoncteur et tout ira bien.
Lentement, précautionneusement, il avança vers les escaliers en s’agrippant à la rampe. Une odeur étrange flottait dans l’air : aigre, métallique. Le ciel semblait gronder, peut-être un orage se préparait-il.
Dans le salon, quelque chose bougea. Il s’immobilisa. Tendit l’oreille. Une rafale siffla au-dessus du toit et secoua la lucarne. Puis, silence à nouveau dans le salon. Ça devait être son imagination. Il descendit les marches une par une, les yeux fixés sur la pièce du bas. Les meubles luisaient sous la lumière de la lune. Au-delà, il n’y avait que le noir, le vide. Il allait devoir traverser la pièce pour atteindre la cuisine et la porte de la cave. Le chemin lui parut soudain très long.
Allez, dépêche-toi, qu’on en finisse, s’incita-t-il. Il s’arma de courage et se précipita vers le bas des escaliers avant de pouvoir changer d’avis. Il entendit alors un léger cliquetis provenant du palier, le bruit de petites pattes griffues, comme celles d’un rat. Il leva les yeux juste à temps pour voir une silhouette de taille réduite passer en flèche en haut des escaliers. Son cœur bondit dans sa poitrine.
Qu’est-ce que c’est que ça ?!

Tout s’était passé trop vite pour qu’il ait la certitude d’avoir vu quelque chose. Ça aurait pu être un reflet, une ombre. Mais le bruit... Il était certain d’avoir entendu du bruit. Il songea à Sissi, toujours là-haut, dans la salle de bains. Que penserait-t-elle de lui s’il faisait demi-tour maintenant ?
Non. Il ne pouvait pas faire ça. Il avait beau avoir peur, il ne reviendrait pas en arrière. Il mit le pied sur la moquette étrangement humide du salon et traversa la pièce d’un pas aussi ferme que possible. Il savait que quelque chose allait lui sauter dessus d’un moment à l’autre. Il passa devant la télévision, devant le canapé, en direction de la cuisine. L’attaque pouvait venir de n’importe où...
Mais elle ne vint pas. Il atteignit la cuisine sain et sauf.
Cette pièce était longue et étroite, bordée d’un large plan de travail sur la droite. Tout au bout, une porte entrouverte conduisait à la buanderie. Après avoir vérifié que rien ne se trouvait en dessous du plan de travail, Ulrich se sentit un peu plus rassuré. Il n’y avait aucune cachette ici, aucun recoin obscur susceptible de dissimuler quelque chose.
C’est alors qu’il entendit le lent grincement d’une porte qui s’ouvrait, quelque part dans la maison. Cette fois-ci, il n’y avait pas de doute possible. Il était certain d’avoir bien entendu. Il s’aperçut que sa respiration était entrecoupée et qu’il tremblait. Le goût métallique dans sa bouche s’était accentué. Il avait l’impression que l’air était chargé d’électricité et que tout allait exploser d’ici peu.
Sissi ! Ce ne pouvait être qu’elle ? Elle avait dû s’ennuyer, ou prendre peur, et sortir de la salle de bains. Pourtant, le bruit venait d’en bas...
La lumière. Il fallait absolument qu’il rallume la lumière. Il ne pouvait plus supporter cette pénombre. Il traversa rapidement la cuisine et pénétra dans la buanderie. Celle-ci contenait toutes sortes de choses : des boîtes de clous, des tubes, de vieux outils appartenant à son père. La machine à laver, à demi pleine, jouxtait la porte donnant sur la cave. La clef était sur la serrure. Le disjoncteur se trouvait tout de suite à l’intérieur. Il n’aurait qu’à tendre le bras, sans avoir à descendre l’escalier dans le noir complet.
Ses yeux se posèrent sur une lampe de poche. La lampe de son père, égarée parmi ses outils sur une étagère. Toujours dans la buanderie, il s’empara vivement de l’objet qui allait pouvoir le sauver, cette lampe de poche si peu utilisée en temps normal. Il appuya avec une certaine anxiété sur le bouton d’activation. De la lumière, enfin ! Une lumière électrique, froide, qui faisait finalement barrage à cette obscurité dévorante. Stern promena le faisceau tout autour de lui pour s’assurer qu’il était bien seul, puis tendit la main vers la clef de la porte. Un long vagissement s’éleva de l’autre côté.
Le sang d’Ulrich se figea dans ses veines. Il demeura paralysé, la main sur la clef. Il y avait quelque chose dans la cave. Quelque chose qui se mit à gratter la porte.
Crr, crr.
Ulrich fit un pas en arrière, horrifié.
— C’était une blague, murmura-t-il. Je ne veux pas que tu m’emmènes. C’était juste pour rire.
Un coup sur le palier à l’étage. Le raclement cessa, et de l’autre côté de la porte s’éleva un cri à faire pitié. Soudain, Stern comprit ce qu’était ce bruit et fut saisi d’un rire nerveux. S’il n’avait pas été aussi effrayé, il aurait deviné tout de suite.
Un chat ! Il y avait un putain de chat prisonnier dans la cave. Ulrich tendit la main et tourna la clef. Le long miaulement se prolongea, s’intensifia et se transforma en un atroce rire rauque. L’enfant poussa un cri et bondit en arrière tandis que la porte s’ouvrait lentement. Sa lampe illumina l’entrebâillement et, pendant une fraction de seconde, il distingua une créature pleine de cornes, d’os, de crocs.
Une lueur vive l’éblouit, et il se mit à hurler. La porte s’ouvrit en grand... mais il n’y avait rien derrière. Il resta immobile, les yeux fixés sur la cave. Aucun monstre ne l’y attendait. Juste des marches, des ténèbres, une odeur de renfermé.
— Ulrich, c’est toi ? On a une panne de cour...
Madame Stern n’acheva pas sa phrase. Elle venait de dégringoler dans les escaliers en colimaçon. En un instant, Ulrich venait de rater à tout jamais la possibilité d’être grand frère.
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Icer MessagePosté le: Ven 07 Sep 2018 12:18   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Et sinon au lieu de faire des flash-back à rallonge, tu fais avancer l'intrigue un peu ? Razz

Bon après, encore un chapitre du niveau du reste, et la rétrospective sur Ulrich, si elle ne comporte pas de scène sur Xanadu, est parfaitement dans l'ambiance GK que tu as su poser jusqu'ici, donc ça va je valide Mr. Green
Le côté "Il ne s'est rien passé, mais la peur qu'il se passe quelque chose l'a provoqué", j'aime beaucoup, et d'ailleurs je suis assez de cet avis dans la vie de tous les jours...

Bon par contre pour le prochain, on veut la virtualisation de Jérémie, et pas un chapitre qui explique comment Clara a reçu le nom de Clara ! Evil or Very Mad

Termine nous tout ça en beauté stp !

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« Les incertitudes, je veux en faire des Icertitudes... »
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Ikorih MessagePosté le: Mar 11 Sep 2018 18:48   Sujet du message: Répondre en citant  
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Chapitre 14
Lève-toi et meurs


Yumi arrivait enfin en vue de la tour. Son halo bleu marine soutenu n’avait rien de rassurant. D’ordinaire, ils étaient les seuls à pouvoir les activer… Elle pensa à Jérémie, derrière son écran, et se demanda comment il gérait la nouvelle.
Son regard nota une forme sombre, accroupie sur un rocher à flanc de montagne, qui paraissait à deux doigts de lui sauter dessus. L’éventail partit sans qu’elle se pose de question. La créature esquiva d’un bond ample, et alors que Yumi se préparait à exécuter une seconde attaque, elle protesta :
— Eh ! T’as grillé un boulon ou quoi ? C’est moi !
— Clara ? Mais…
La japonaise ne parvenait pas à assimiler que cet aspect monstrueux puisse appartenir à une humaine. Clara aurait beau faire, elle ne la convaincrait pas que cet avatar déformé pouvait être associé à quelque chose de positif.
— Quoi ? T’aimes pas ce que tu vois ? Désolée, j’essaierai d’avoir un air un peu plus joli la prochaine fois, grogna Clara avec hostilité. Ta reconnaissance me va droit au cœur.
— Qui me dit que tu n’es pas venue te venger de nous ? Je ne me rappelle pas t’avoir vue te préoccuper du destin du monde ! Je ne te fais pas confiance, j’espère que c’est clair.
Clara garda le silence, sa tête dodelina. Elle se murmura quelque chose à elle-même, un vague rire lui échappa, puis elle acquiesça :
— C’est vrai. Je ne vois pas pourquoi je me donne du mal pour vous, quand on voit la façon que vous avez de me récompenser. Merci de m’avoir ouvert les yeux, Yumi. En fait, le monde peut crever, et vous aussi.
Yumi raffermit sa prise sur ses éventails, et comprit l’erreur qu’elle venait de commettre. Trop tard pour que ce soit possible de la réparer, évidemment. Il émanait désormais de la rouquine une hostilité qu’elle n’avait pas perçue auparavant. La meilleure amie de Jérémie recula d’un pas, sans même remarquer que la montagne s’était couverte d’arbres et de vert sombre.
— Tu es complètement folle. Regarde-toi. Même Xanadu l’a senti.
Clara, dans sa position quadrupède habituelle, leva les yeux vers Yumi. Quelques rayons de lumière filtrèrent au-delà des ténèbres sous sa capuche, révélant un visage qui tendait dangereusement vers le bestial. Yumi en venait à ressentir de la pitié pour cette pauvre âme corrodée par elle-même. Mais elle avait beau la plaindre, Clara essayait désormais de les empêcher de sauver le monde.

— Allez, dédouanez-vous, gronda Clara. Essayez d’oublier votre part de responsabilité. Vous faites ça si bien, n’est-ce pas ? Quand Xanadu tue des gens, ce n’est pas votre faute, les survivants ont même eu la chance que vous soyez là. Quand je me fais mutiler, ce n’est pas votre faute, j’aurais dû faire attention en allant sur Xanadu. Quand Odd perd les pédales, ce n’est pas votre faute, il n’avait qu’à encaisser mieux que ça. Peut-être qu’il serait temps de vous rendre compte que si le monde va disparaître, c’est de votre faute !
Elle tira son cimeterre du fourreau dorsal, rivant son regard rouge droit dans les yeux de son adversaire. Yumi leva une main, et ôta l’épingle qui retenait son chignon. Ses cheveux noirs vinrent lui voiler la vue, créant une barrière supplémentaire entre elle et Clara. Elle ne se laisserait pas atteindre. Jamais. Elle faisait partie des Kids depuis trop longtemps pour ignorer que la foi est le plus puissant des moteurs. Si elle croyait, si elle se battait pour ce qu’elle défendait depuis le début, alors elle ne pourrait pas être vaincue.
Son éventail fendit l’air, mais Clara n’était pas restée pour l’attendre. Elle avait disparu dans les branches avec un rire mauvais, consciente de l’avantage que lui procurait le terrain. Yumi récupéra son arme et resta aux aguets, attendant le moindre bruit, le moindre bruissement qui pourrait trahir une attaque surprise.

Là, à gauche !
Elle se concentra, et une branche s’effondra. Clara heurta le sol avec un feulement contrarié, et dévia l’éventail qui lui était destiné avec la lame de son cimeterre. Elle effectua une pirouette pour se remettre debout, mais sa silhouette restait voûtée, et la prise sur le manche de son arme avait quelque chose de bizarre. Comme si elle avait oublié comment la tenir.
— Clara, c’est ridicule. Tu ne peux même plus marcher correctement, fit simplement remarquer Yumi.
— Qu’est-ce que ça peut te faire, hypocrite ? rétorqua Clara en bondissant jusqu’à elle.
Yumi ploya pour éviter la lame rouillée, roula vers l’arrière, se jeta sur un côté puis sur l’autre, guettant l’ouverture. Elle n’était pas douée en combat au corps à corps, et Clara le savait parfaitement. Alors qu’elle se relevait et allait lui opposer le tranchant de son éventail, la japonaise fut surprise par un coup de griffe de la main gauche de Clara. Quelques pixels volèrent, et Yumi enchaîna encore les esquives acrobatiques. Les coups de cimeterre fusaient, l’œil visible de Clara semblait rougeoyer davantage à chaque fois qu’elle ratait une attaque. Subitement, la japonaise lui donna un coup de pied dans le poignet, et sa prise fragile laissa échapper le cimeterre. Yumi parvint à le saisir et à s’éloigner de la mêlée, le souffle court.
Elle réalisa enfin que la forêt avait disparu. Elle était debout dans une salle de l’usine, une vieille chaîne de montage à l’abandon. La mousse s’était changée en rouille, les arbres en piliers de métal, les racines en câbles anarchiques. Les machines agglomérées autour du tapis roulant étaient éteintes, leurs bras mécaniques tristement abaissés. Le silence régnait.
L’éventail entre les doigts de Yumi était flou, difficilement tangible, comme vaporeux. Elle baissa les yeux sur sa tenue de geisha, qui laissait apparaître par-dessous sa tenue du jour. Que se passait-il ?

La douleur explosa dans son dos. Par réflexe, elle mit un coup de ce cimeterre intangible qu’elle avait volé, mais la forme noire de Clara était déjà hors de portée. Elle, en revanche, ne paraissait pas avoir changé. Toujours cette posture voûtée, animale, et ces griffes. Toujours ce pull à capuche noir et ce bermuda déchiré. Toujours les ténèbres sous la capuche, et cette marque d’infamie gravée sur sa joue. Depuis qu’elle avait vu son avatar pour la dernière fois, une sorte de fumée noire était apparue autour, lui donnant un aspect fantomatique, comme si c’était un quelconque croque-mitaine.
Au fond, c’était un peu ça. Clara était leur croque-mitaine.
Yumi avait l’impression de perdre le fil. N’étaient-elles pas sur Xanadu ? Si, leurs tenues en témoignaient. Alors pourquoi le cadre de l’usine ? Et pourquoi discernait-elle son propre sang à ses pieds ?
— Intéressant. On dirait que Xanadu peut infliger des blessures réelles. Quelle surprise ! lança Clara avec sarcasme. Vous n’étiez pas au courant de cette mécanique je suppose ?
— C’est…c’est impossible, murmura Yumi, le regard rivé sur ce liquide rouge qui tachait le sol.
Sans réfléchir, elle rangea l’éventail qui occupait sa main gauche et palpa à tâtons son dos. Elle y sentit des sillons humides et en souffrance, et sa main était souillée de sang lorsqu’elle la ramena à elle.
— On dirait que c’est le destin, sourit Clara. Tu penses que tu vas finir comme moi ? Que cette cicatrice va te détruire le dos à jamais ?
Elle marcha jusqu’à sa cible, qui était toujours sous le choc, et lui effleura le visage d’une main griffue. Son contact était froid, mais presque douloureux, comme un spectre de Xanadu.
— Imagine Sissi passer ses doigts sur ta peau, et ne sentir que ces crevasses ignobles…imagine son regard dégoûté et interloqué à la fois…
— Tais-toi ! cria Yumi, qui tenta à nouveau de l’atteindre avec l’arme qu’elle lui avait prise.

Une fois encore, Clara avait sauté en arrière, bien trop loin pour le fil de la lame. Elle avait conservé sa détente exceptionnelle. Yumi avait envie de vomir. L’image que lui avait soufflée Clara se chevillait chaque seconde davantage à son imagination. Comment pouvait-elle être au courant ? Sissi était convaincue qu’elle l’espionnait…était-il possible que la rousse ait assisté à leur baiser ? Se figurer cet instant magique souillé par son ennemie lui était insupportable. Sa télékinésie arracha un des bras mécaniques pour le projeter sur Clara, qui sauta encore pour l’éviter avec une agilité déconcertante.
— Si prévisible, Yumi !
Un bond, un bond, encore un autre, et Yumi ne savait plus où donner de la tête. Elle lança précipitamment son éventail, qui ricocha malencontreusement sur un tuyau qu’elle n’avait pas repéré, et Clara lui tomba dessus. Elle lui saisit le poignet, le tordit pour la déposséder du cimeterre qu’elle remit dans son fourreau, et la plaqua au sol, coinçant l’autre bras avec son genou.
— Allez, du calme, on a tout notre temps après tout, sourit encore la rousse.
— Lâche-moi ! protesta vainement Yumi.
— Vu la position où on est ? Ne fais pas semblant, tu aimes ça. Tu sais, ça m’a étonnée d’apprendre que tu préférais les filles, lança Clara sur le ton de la conversation. J’ai toujours pensé que tu avais le béguin pour Jérémie, que les petits intellos timides avec des lunettes c’était ton truc. Pour que tu te laisses mener à la baguette comme ça, ça devait te plaire de te faire dominer. Mais en fait, tu aurais préféré que ce soit Sissi…

Yumi rua pour essayer de se dégager, mais ne parvint à rien. Elle tenta de mobiliser son pouvoir de télékinésie, mais ce furent ses pensées qui volèrent dans tous les sens, et non des objets. Sissi s’imposait à son esprit, et le malaise de voir Clara creuser dans ses pensées les plus secrètes la rongeait.
— Ne fais pas cette tête, tu n’es pas à blâmer. Sissi a de quoi déchaîner les fantasmes, et pas que les tiens. Essaie d’imaginer le nombre de garçons de Kadic qui ont eu les mêmes idées que toi, fit Clara avec l’ombre d’un sourire démoniaque. Connaissant Ulrich, il aurait bien eu envie de se la faire aussi…
— Tu es un monstre, cracha la japonaise.
— T’es qui pour dire ça ? répliqua Clara d’un ton froid. Qui t’a donné le droit de me juger, pauvre déchet ? Tu protèges Jérémie Belpois, un gosse qui en a torturé un autre de sang-froid. Tu craques sur Sissi, qui n’hésiterait pas à détruire la vie de quiconque ne lui revient pas. Est-ce que tu sais vraiment ce qu’est un monstre, ou est-ce que tu te laisses leurrer par mon avatar ?
Clara se pencha un peu plus vers elle, ses mèches rousses touchant presque la peau de Yumi.
— Je vais te faire une confidence : j’étais prête à vous aider à sauver le monde. Puis tu as eu la bonté de me rappeler ce que vous valiez, ce que le monde allait valoir. Vous avez été les premiers à me regarder avec dégoût, mais vous n’avez pas été les seuls. Et ce n’est pas vous que la société traitera de monstres, c’est moi. Tu ne crois pas qu’il y a une erreur quelque part ?
— Oh ça y est, la société maintenant ? Tu fais ta crise d’ado, c’est ça ? rétorqua Yumi.
Le ton se voulait tranchant, la voix sortit hachée. Elle ne pouvait s’empêcher d’avoir peur de la créature qui la maintenait au sol, et dont les mots semaient tant de trouble. Clara ne se mit pas en colère, sans doute tranquillisée par la sensation de supériorité qu’elle éprouvait. Dans l’état actuel des choses, Yumi ne pouvait rien lui faire. Elle ne parvenait pas à se concentrer assez sur sa télékinésie, et n’avait pas la force pour se dépêtrer d’elle.
— Bien sûr, tu ne comprends pas. Tu n’as pas vécu ce que j’ai vécu, après tout. Ressortir du scanner le visage en sang, défigurée, voir ton petit ami reculer avec un air dégoûté, comprendre que l’on inspirera plus que la répugnance. Devoir cacher la vérité à ses parents, parce que le Secret prime. Tu as idée du fossé que ça a créé entre eux et moi ? Non, bien sûr, tout va si bien dans ta famille que vous pouvez vous permettre d’héberger les épaves comme Jérémie. Et finalement, devoir se faire à l’idée que les responsables de tout ça ne seront pas punis ?


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Il était tard. Assez pour qu’il soit l’heure d’envoyer les enfants au lit. La lumière du salon filtrait doucement sous la porte de la cage d’escalier. Une petite silhouette rousse en pyjama était assise contre le mur, parfaitement silencieuse. Des pansements recouvraient la moitié de son visage, lui donnant l’air d’une momie échappée d’un film d’horreur. Ses longs cheveux roux l’enveloppaient comme le manteau du petit chaperon rouge.
— Qu’est-ce qu’on doit faire à ton avis ? Elle n’a pas dit un mot sur ce qui s’est passé…on devrait appeler l’école, fit une voix féminine.
— Je l’ai déjà fait, ils ne savent rien. Elle n’avait pas l’air d’avoir d’ennemis…
— Notre fille s’est fait agresser, Charles, comment est-ce qu’ils peuvent ne rien savoir ? Où veux-tu que ça lui soit arrivé ?!

Bien sûr. Une mère avocat et un père auto-entrepreneur, rentrant tous deux à huit heures du soir, ne pouvaient pas soupçonner que leur fille faisait des heures supplémentaires après les cours. Ils n’avaient aucune idée des noms ou des visages de ses amis. Ils étaient si loin du secret, et pourtant, ils venaient de découvrir l’existence de ce kyste mystérieux.
— Le psychologue de l’hôpital a suggéré que peut-être…peut-être qu’elle s’était fait ça toute seule. On l’a retrouvée à la maison, le…le sang avait déjà eu le temps de sécher sur son visage, souviens toi, répondit son père d’une voix tremblante.
— Elle était en état de choc ! s’indigna son épouse. C’est évident qu’elle n’a pas pu se faire ça toute seule, il faut qu’on aille trouver la police, qu’on porte plainte, qu’on…
Un silence. Peut-être qu’ils étaient en train de s’enlacer à l’heure actuelle, incapables d’en dire plus sous l’effet du chagrin.
— On trouvera ce qui lui est arrivé, je te le promets, reprit Charles d’une voix plus douce. Mais dans l’immédiat, le plus important, c’est de s’assurer qu’elle aille bien. Je pense que Clara a besoin de voir un psychologue.
Derrière le mur, la fillette en avait assez entendu. Elle se leva sans un bruit, retourna dans sa chambre. Alors elle était folle ? Elle avait besoin d’aller chez un psychologue ? Elle se mutilait ? Comment ses propres parents pouvaient-ils ne rien voir à ce point ? Ce n’était pas elle qui allait mal !
Elle referma la porte, marcha jusqu’au lit qu’elle était supposée occuper. Elle chercha à tâtons jusqu’à trouver Capitaine Carotte. Le lapin en peluche, malgré sa couleur orangée très criarde, avait toujours été un compagnon très doux, et très efficace pour aider à s’endormir. Mais au travers des bandages de sa joue, elle ne le sentait plus.

Quelques minutes plus tard, elle entendit sa mère monter. Avait-elle fait un bruit suspect en décampant ? La lumière dans le couloir, le bruit de pas qui s’arrête devant le battant. Le silence de nouveau. A moitié enfouie sous ses couvertures, Clara retenait son souffle. Nouveau bruit de pas.
— Qu’est-ce qu’il y a ? murmura la voix de son père.
— Je…je n’y arrive pas. Je sais que je devrais aller lui dire bonne nuit, mais je ne peux pas ouvrir cette porte et la voir dans cet état.
— Ce n’est pas grave Cécile, je vais le faire.
Alors que sa mère fuyait vers sa chambre, un mince rai de lumière signala l’ouverture de la porte du couloir. Clara fit mine d’avoir été réveillée à l’instant, la tête pleine de toutes les phrases des adultes qu’elle avait épiés.
— Bonne nuit Clara, sourit la silhouette de son père. Fais de beaux rêves.
— C’est maman qui dit bonne nuit, d’habitude, fit remarquer Clara.
— Elle est fatiguée aujourd’hui, elle a eu une grosse journée, mentit Charles avec aplomb.
Clara serra Capitaine Carotte dans ses bras. Juste avant qu’il ne referme la porte, elle demanda :
— C’est parce que je lui fais peur, c’est ça ? Je suis un monstre ?
Charles s’interrompit, puis marcha jusqu’au lit de sa fille pour lui caresser les cheveux.
— Mais non. Tu n’es pas un monstre, tu es notre petite fille, on t’aime. Maman n’a pas peur de toi, elle se fait juste du souci. Mais tout s’arrangera, je te le promets.
Charles l’ignorait encore, mais il avait menti.



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Clara posa sa main sur la joue de Yumi avec douceur, considérant ce visage si parfait, si pâle, avec des traits si fins et des yeux si noirs.
— Dis-moi Yumi, est-ce que tu peux imaginer ?
Yumi allait ouvrir la bouche pour répondre, mais Clara secoua la tête.
— Non, tu ne peux pas. Ce n’est pas grave, je vais t’y aider.
Le hurlement de la japonaise déchira la salle froide de l’usine, sans tomber dans l’oreille de personne susceptible de l’aider. Concentrée, Clara lui laboura lentement la joue, laissant perler le sang dans son sillage. Ses griffes descendirent jusqu’à son cou, qu’elles fendirent de la même façon jusqu’à la clavicule. C’était froid. C’était brûlant. C’était comme de l’acide venant lui ouvrir la chair. Elle hurla jusqu’à ce que ses poumons soient vides, et sentit les larmes de souffrance monter. Clara les essuya délicatement, et reprit d’un ton compatissant :
— Je sais. Mais on se comprend maintenant. Tu verras ce que c’est, d’être moi. C’était sans doute le dernier contact que subira ta joue, si ça peut te consoler. Même Sissi n’y posera plus les doigts.
Clara fut subitement projetée en arrière, alors que les divers machines présentes étaient broyées par une poigne invisible. Yumi se releva, dégoulinante de sang, et le regard haineux. Un rire satisfait sortit de sous la capuche de Clara.
— Oui ! Enfin tu me comprends ! Enfin tu sais ce que ça fait ! Si seulement j’avais su…j’aurais fait ça tellement plus tôt…
A quatre pattes, sa tête retomba brusquement sur sa poitrine, le regard fixé vers le sol. Sa respiration était hasardeuse, entrecoupée de tremblements nerveux.
— Enfin vous allez me comprendre…
L’éventail de Yumi lui ouvrit l’épaule. La giclée de sang et la douleur semblèrent lui faire reprendre conscience, et elle dégaina son cimeterre une fois de plus. La lumière semblait se tarir dans l’usine, magnifiant l’éclat rouge de ses cicatrices et de son seul œil visible.

— Oh. Je vois, tu veux me tuer. Tu es sûre de vouloir faire ça ? Je sais ce que ça fait de traverser une épreuve que personne ne peut comprendre. Tu veux affronter le monde toute seule ? Alors viens ! Essaie de me tuer, pour voir ! Comme ça tu saisiras pleinement tout ce que j’ai enduré ! La solitude, les pulsions meurtrières envers la personne responsable ! J’espère que tu es prête à assumer les conséquences, parce que tu sortiras changée à jamais de tout ça, Yumi. Devenir une tueuse, c’est lourd à porter.
Yumi la foudroya du regard. Elle serra le poing, et Clara se sentit soulevée du sol, sans plus pouvoir bouger. Elle fut forcée d’ouvrir les doigts, et son cimeterre tomba au sol. La japonaise marcha jusqu’à l’arme, la ramassa, et fixa son adversaire réduite à l’impuissance.
— J’ai déjà porté le poids du secret. Je pourrai porter celui-là en plus, déclara-t-elle froidement.
Et alors que sa joue pleurait du sang, elle passa le cimeterre en travers du corps de Clara. Cette dernière toussa une unique fois, crachant une giclée d’hémoglobine. Yumi relâcha son pouvoir, et elle s’écroula au sol. Son avatar commençait doucement à s’effacer, laissant place à son corps agonisant. Sous la capuche, Yumi vit un sourire, et une larme.
— Merci.
Ce fut le dernier mot de Clara Loess. Son cimeterre s’évapora. L’éventail de Yumi s’évapora. L’avatar de Yumi s’évapora. Il n’y avait plus que deux adolescentes, une flaque de sang, et l’usine. Yumi venait de tuer quelqu’un pour de bon. Peut-être était-ce cela qui l’avait déconnectée de Xanadu.
Le meurtre n’existait pas dans un monde d’enfant, n’est-ce pas ?


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Jérémie me paraît être de ces sortes d’esprits supérieurs qui trouvent dans l’opposition leur assurance. Il ne supporte pas que quiconque puisse prendre l’ascendant sur lui et, plutôt que de céder devant l’influence extérieure, il regimbe. Mais aujourd’hui, c’est sans doute à moi de mettre fin à tout ça. Si je ne me jette pas à l’eau, qui le fera ? C’est ce que je me suis répété au moment d’approcher le Supercalculateur, j’ai dû me fermer à la réalité pour parvenir au plus près de cette machine de malheur. Cet état de semi-transe est de plus en plus facile à acquérir pour moi, entraînement oblige. J’accepte tous les matins de demeurer, une heure durant, dans cet état de demi-sommeil où les images qui se proposent à nous échappent au contrôle de notre raison. Elles se groupent et s’associent, non plus selon la logique ordinaire, mais selon des infinités imprévues ; surtout, elles répondent à une mystérieuse exigence intérieure, celle même qu’il m’importe de découvrir ; et ces divagations d’un enfant m’instruisent bien plus que ne saurait le faire la plus intelligente analyse du plus conscient des sujets. Bien des choses échappent à la raison, et celui qui, pour comprendre la vie, y applique seulement la raison, est semblable à quelqu’un qui prétendrait saisir une flamme avec des pincettes. Il n’a plus devant lui qu’un morceau de bois charbonneux, qui cesse aussitôt de flamber. Cette sensibilité, doublée de cet inconscient, ils sont là pour nous servir, à condition de s'autoriser à les écouter, quoi qu'ils aient à nous dire.
Et maintenant, que j’ai suivi mon instinct, qui me hurlait de détruire l’origine du mal plutôt que de le fuir, je me suis laissé prendre au piège. De cette usine. De ces ombres. De cette empreinte Belpois qui souille inévitablement les lieux. J’ai approché la bête, commencé à chipoter au hasard aux (trop) nombreux boutons et c’est là que le pilier s’est effondré. Comme si c’était calculé. J’ai plongé pour l’éviter, mais il était trop tard… Au moins avais-je pu sauver ma vie mais pour combien de temps ? La masse de béton venait de s’écraser sur ma jambe gauche et j’étais condamné à rester ainsi, immobile, à un mètre de la source de tous nos ennuis. Et c’est là que les émotions déferlent. La douleur d’abord, cette putain de drogue qui te chope à nouveau, car on s’y habitue, pas encore au point d’y prendre du plaisir mais pas loin. Car si ça arrivait, c’était pour une bonne raison non ? Peut-être que notre monde était condamné à mourir pour que Xanadu puisse vivre.
Viennent ensuite, respectivement, la consternation, le doute le plus total et le désespoir. Mais après, une étincelle. Celle de mes visions. Flammèche bien mince mais qui me laisse espérer que tout n’est pas encore fini. Si Odd n’y croit plus, qui y croira ? Je me suis mis alors à penser aux paysages à venir… aux nombreux paysages qu’il me reste encore à découvrir. Réels. Pas virtuels.
Il nous arrive à certains moments de notre vie de rencontrer des épreuves. De traverser des zones de turbulences. D’être paralysé par nos émotions, nos peurs, nos doutes.
De se sentir impuissant. De perdre l’espoir des meilleurs jours.
On a le sentiment que ça ne passera pas. Qu’on ne va pas pouvoir la passer, cette vague-là. Mais si on s’accroche, si on y croit très fort, tout ce qui se trouve autour de nous se déforme… jusqu’au moment où on y voit plus clair.
Et c’est là, paralysé sur place, dans le sous-sol d’une usine abandonnée, croulant sous la douleur, que j’ai fini par comprendre. Comprendre quoi ? Tout d’abord que l’individu est fondamentalement un être désirant mais la difficulté, c’est qu’il ne sait pas nécessairement quoi désirer et au fond, l’individu est trop faible pour pouvoir déterminer ses propres désirs. La plupart du temps, il s’enferme dans le désir d’autrui. Concrètement, l’individu se réfère à un tiers, qui lui désigne l’objet de son désir, le sens de sa vie, comme Jérémie qui a toujours vécu à travers les grands projets de son père.
Et maintenant que je vois tout ce qui bruisse autour de moi, je comprends. Enfin. Je comprends pourquoi Ludwig a dédié son existence à créer un autre monde, une alternative à cette atmosphère humide et morne qui caractérise les lieux.
Mais maintenant, c’est différent. L’endroit n’est plus mort désormais. Il grouille de vie. D’Ombres. Plus noires et sinueuses les unes que les autres. Mais c’est impossible de communiquer efficacement sur ce sujet. Il faut le voir pour y croire, c’est tout.

— Même Ulrich est meilleur acteur quand on lui demande le nom de sa copine actuelle et qu'il te sort l'excuse du célibataire à vie alors qu'il passe son temps à chasser de la femelle... Tes cauchemars n'appartiennent pas vraiment au passé, c'est ça ?
— J'en fais encore de temps en temps.
— Toujours avec ces foutues ombres ?
— Je t'ai parlé de ça ?


On voudrait reproduire au premier mot tout ce que ces apparitions offrent de merveilles, de magnificences, de sombres horreurs, de gaietés inouïes, afin de frapper ses auditeurs comme par un coup électrique ; mais chaque lettre vous semble glaciale, décolorée, sans vie. J’ai essayé avec Jeanne, j’avais voulu à un moment donné lui partager ce fardeau qui devenait bien trop lourd pour mes épaules maigrichonnes. Mais la réponse était toujours la même.

— Ça passera, affirma la jolie brune avec vigueur, ton moral ira mieux, les cauchemars cesseront et tes notes vont remonter c'est une certitude ! Je t'aiderai, on se fera des séances bibli tous les deux et tu constateras bien vite que ce n'est pas si compliqué les maths !
— Désolé de vous déranger les tourtereaux, mais on va avoir besoin de toi Odd.


Avoir besoin de moi, oui, ça on peut dire que c’était récurrent. Odd Della Robbia, parfait petit soldat, toujours au front pour se faire dégommer la gueule. A servir ces bâtards comme s’ils le méritaient. A donner sans compter, à combattre sans souci des blessures, à travailler sans chercher le repos, à me dépenser, sans attendre d'autre récompense que le sourire satisfait de Jérémie à la fin d’une bonne exploration virtuelle. Mais ce sourire n’arrivait pas. Rien à faire. Ça ne convenait jamais. Principale raison évoquée ?
« Odd est trop... Odd, on n’en tirera jamais rien de bon. Mais maintenant qu’il est embarqué là-dedans, il est trop tard pour reculer. » Quitte à être toujours le dernier, je me suis alors concentré sur mon poids d'existence, que ma prétendue nullité n'ébranla pas d'un iota. On ne fait pas toujours ce que l’on veut, mais du moment qu’on fait tout ce qu’on peut… il devient dès lors possible de se regarder dans le miroir à la fin de la journée.

— Odd, tu ne peux pas rester silencieux. Tu dois en parler, sinon ça ne s’arrêtera pas. Même s’ils t’ont forcé à ne rien dire ! Les adultes peuvent te protéger, et moi aussi…

Est-il possible d’arrêter le temps, juste un instant ?... N’est-il pas possible de faire le tour de tout cela ?
Un ensemble d’émotions que tu ne peux contrôler, qui n’a pas laissé une trace, mais rien qu’une caresse...
Elle tourne autour de toi, dans une charmante robe blanche, elle court dans ton esprit, elle est vive et proche, elle s’arrête un instant, tu captures une image, et elle finit par disparaître en tournoyant, elle danse pour oublier et sourit pour le cacher, n’est-ce pas dans ce que nous faisons le mieux que nous sommes les plus beaux ? La voilà sur le sol encore et encore regardant au fond des étoiles, un regard rempli de lumière, mais elle est filante, comme la joie qui se noie bien vite dans l'amertume du regard translucide. Elle dessine, les croquis défilent et tu restes là, à regarder les illustrations s’accumuler à tes pieds sans jamais rien tenter. Pourtant, dès les premières lueurs de l'aube, tombant tel la rosée sur les douces pensées du parterre, son poing rencontrera ta porte à trois reprises, signifiant avec fracas, l'arrivée de cette muse que tu n'as eu de cesse de rechercher. Quand elle aura pénétré à l'intérieur de ton domicile, ce petit "chez toi" qui t'est si précieux, un sulfureux et enivrant venin parcourra tes veines des pieds à la tête. Elle est là, juste devant toi. Prends les devants gros bêta. Ne te dispute pas avec cette fois, contiens ta rage car elle ne la contiendra pas.

Concentre-toi sur cette image, si désirée et repoussée à la fois, rappelle-toi qu’elle a tourné autour de toi et a laissé une empreinte indélébile... Elle court dans tes songes, elle court dans ton cœur, elle file au-delà de ton cœur, elle fait face à ce combat qui te ronge, elle prend peur aussitôt et pourtant elle ne fuit pas, cette fois-ci, la lumière remplace l’obscurité... Tourne et tourne encore.
Tu es paralysé et elle continue de tourner, tu fermes les yeux et tu sens sa main sur ton visage, tu aimerais faire pareil mais tu ne peux pas, tu fonds dans ses yeux, tu t’enfonces et tu vois l’éternité si profilée, elle est là tout au fond… Mais elle se met à fréquenter un autre garçon, et la sourde fureur en toi ne fait que grandir, cancer de tes nuits et de tes jours.
Tu finis par tenter de l’oublier mais tu la vois tout de même encore tournoyer, bien vite au travers de cette vitre, il n’y a plus qu’une lueur au loin, cette étoile est devenu ton empreinte.
La caresse d’une étoile, marquant la fin d’un doux rêve, dont tu as tout oublié dès le réveil. Mais au-dessus de toi, cette lumière brille et sans que tu le saches, chaque soir, elle viendra caresser ton cœur, pour l’apaiser. Ou pour te rappeler, avec une cruelle malice dans les pupilles, que tu l'as perdue. À tout jamais. Car c’est à Ulrich qu’elle appartient désormais.
La pièce est froide, humide et sent le moisi. Des gouttes d’eau tombent du plafond et forment des flaques, faut que je me concentre sur ça, la peinture est écaillée et le so... mais non, Jeanne Crohin finit toujours par revenir me hanter bordel !
La douleur fait réfléchir, même si il est difficile de déterminer avec précision si le mal rend l’être humain lucide ou complètement fou. Et si je dois mourir dans les prochaines minutes, autant être clair avec moi-même. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je sors mon portable. Pas de réseau, habituel dans cette partie de l’usine. Tant pis, j’écris mon texto. S’il ne s’envoie pas… peut-être que quelqu’un tombera quand même dessus. Un jour ou l’autre, dans un futur plus ou moins proche...

Au final, Jeanne, j’espérais que cette amitié un peu spéciale finirait par aboutir à quelque chose d’autre. Si je l’écris ici, en sécurité au sein de mon propre téléphone et non pas à voix haute comme j’en ai pourtant eu l’occasion, c’est parce que, sincèrement, je ne sais pas si je veux que tu saches tout ceci. Mais d’un côté, j’ai besoin de te le dire, au moins par écrit, il paraît que les âmes les plus complices sont connectées et, au point où j’en suis, autant tout essayer. J’espère que, d’une manière ou d’une autre, tu sauras ce que je ressens et je sais que tu te reconnaîtras à travers ces mots. Voilà quelques saisons que nous nous rapprochons... Et je ne te comprends pas. Je ne te comprends pas, car tu ne nies pas notre attirance mutuelle ni cette alchimie entre nous, et pourtant, tu refuses de l’accepter. Parfois, je me demande si c’est un jeu pour toi, ou bien si tu as simplement peur de te mettre avec quelqu’un de moins beau qu’Ulrich Stern...
Je risque d’en passer énormément, mais quand je repense à tous ces moments où tu poses ta tête sur mon épaule, ces moments où tu te colles contre moi, je pense à ce soir où nous nous sommes tenus la main et tu as refusé que je lâche la tienne, ce soir où tu as posé ta tête sur mes genoux alors que tu t’endormais et c’est aussi ce soir-là que mes lèvres ont pu toucher les tiennes... J’ai supposé que tu avais besoin de temps, j’ai compris que te presser ne servirait à rien... Mais je ne comprends pas comme tu as fait pour nier tout ce qu’il se passait entre nous, comment tu as pu jeter ton dévolu sur mon bourreau, parce que, quand je repense à tout ça, je n’arrive pas à m’imaginer qu’il pourrait y avoir une part de « faux » dans tout ce qu’on a vécu. Je voudrais juste terminer en te disant que si c’était juste un baiser « fun » entre potes pour toi, sache que ça signifiait bien plus pour moi.


— Odd ?

Un prénom. Qui résonna dans la salle quelques brefs instants. Et puis, la source du son apparut. Et là, peut-être pour la première fois de sa vie, Della Robbia ne sut plus quoi dire. Il avait cru, un bref instant, qu’on lui accordait une seconde chance. Mais il n’en était rien. Devant lui se trouvait la japonaise, le costume traditionnel en lambeaux, la face en sang… il ne mit pas longtemps à discerner le sillon qui lui traversait le visage de part en part.

— Qu’est-ce qui s’est passé ici ?! Ne me dis pas que tu as essayé de…
Et là le blondinet craqua. Toutes les émotions qu’il essayait de contenir au mieux volèrent en éclats et il se mit à sangloter, comme le gosse qu’il n’avait jamais cessé d’être au fond de lui.
— Libère-moi Yumi, je t’en supplie… ce pilier me broie la cuisse, s’il te plait fais quelque chose.
La jeune fille se concentra – ou fit semblant de se concentrer – mais le pilier ne bougea pas d’un pouce. Elle eut beau plisser les yeux, rien n’y fit, Odd restait prisonnier de la masse de béton.
— Qu’est-ce que tu branles ? s’énerva le blond. Je crève de mal, ne commence pas à me torturer à nouveau avec tes manipulations !
— Je te jure que je fais de mon mieux Odd, mais… c’est comme si j’étais privée de ma source d’énergie. Zéro signal, plus rien ne fonctionne !
— Pourtant le Supercalculateur est toujours en activité.
— Tout se détraque, j’en ai vraiment marre de…
Un deuxième pilier s’effondra, manquant de peu de l’écraser. Cette fois, la situation devenait véritablement critique. Le plafond n’étant soutenu que par cinq piliers, il était bien clair que les trois restants ne feraient pas long feu. Les parois se fissuraient à vitesse grand V et un éclair bleu marine fit tressaillir le moteur de vie de Xanadu. Les ombres se multipliaient, elles aussi, la noirceur dégoulinait des murs et ne tarderait pas à parvenir aux pieds d’Odd.

— Eteins-le Yumi. Mets fin à tout ça… c’est ce que Jérémie voulait.

En quelques mots, Odd Della Robbia venait de s’engager dans le plus grand mensonge de son existence. L’enfer est pavé de bonnes intentions, au fond de lui, il se persuadait qu’il agissait pour le bien de tous. Que vaut une poignée de vies si on les met en balance avec la survie de l’humanité ?

— Où est-il ? s’agaça Yumi. Où est-il, monsieur Jérémie Belpois, lui qui nous envoie toujours au front mais qui n’est pas là pour nous soutenir quand on revient mutilé du combat ?!
— Il a dû partir… il est rentré, il fallait bien raccompagner sa mère, la rassurer, la convaincre de ne pas appeler les flics. Il m’a chargé de prendre les commandes, de communiquer avec toi sur Xanadu, de te guider… mais j’ai échoué. Lamentablement. Je ne suis pas un héros Yumi, je ne comprends toujours pas pourquoi il m’a confié toutes ces responsabilités. Mais maintenant… il faut couper tout ça… c’est la seule chose qui reste à faire. Le seul bon moyen d’en finir avec ces atrocités. Si on ne le fait pas, tout va s’effondrer sur nos têtes.
— Et Ulrich ? Il est sorti de la tour ?
— Il a été dévirtualisé, et il nous a lâchement abandonnés. Il s’est barré avec Jeanne, il n’en a rien à battre de nous.
— Je ne peux pas croire qu’il ait fait ça, il n’y a pas plus loyal que lui !
— N’oublie pas que Jérémie l’a viré du groupe… C’est dans l’adversité qu’on voit les vrais visages, on est seuls là-dedans Yumi. Soit on agit, soit on crève.
— Je ne peux pas me résoudre à… tu imagines la masse de travail que cet ensemble de câbles représente ? On ne peut pas tout réduire à néant, pas comme ça.
Un grondement sinistre retentit. Une partie du plafond s’effondra, pile entre les deux guerriers. Un amas de poussière obscurcit la vue de Yumi, mais elle sut ce qu’il lui restait à faire. Elle ne pouvait pas crever aussi bêtement.
— Toujours décidée à mourir écrabouillée ?
— Ta gueule Odd, je vais le faire c’est bon ! T’avais qu’à pas louper ton coup aussi, c’était tout con, suffit de taper un code et là… la manette apparaît, et est susceptible d’être abaissée.

Effectivement, tout se passa comme la japonaise venait de le décrire. Il ne restait plus qu’à presser vers le bas une manette, et elle romprait avec l’abominable noirceur virtuelle à tout jamais. Peut-être qu’Odd lui mentait, peut-être qu’il n’était qu’une ombre de plus dans cet échiquier infernal. Elle y pensa une fraction de seconde. Cette simple idée lui tordait le ventre, intestin perforé des aiguilles tranchantes de la culpabilité. Elle voulut craquer, elle y était bien tentée… Mais elle ne pleurait jamais. Elle renfermait toutes ses émotions en elle-même et laissait le chagrin l’empoisonner. Elle ne pouvait pas faire autrement. Elle n’avait pas le choix, tout comme aujourd’hui, la mort n’étant pas une option dans une telle situation. Que dirait Hiroki si elle flanchait au moment de buter le boss final ? Il la traiterait de grosse craignos… à ce moment précis, elle se rendit compte que rien ne lui ferait plus plaisir que d’entendre à nouveau cette insulte sortir de la bouche de son petit frère.
Au moment de tendre la main vers ce détonateur, celui qui ferait exploser un monde entier, Yumi ne put s’empêcher de penser à Ludwig Belpois, la voix résonnant dans sa tête sur un ton de lyrisme propre à la désillusion la plus totale.

— Autant être honnête, je vais avoir besoin de toi dans les mois qui viennent Yumi. Il est bon que tu le saches, dès à présent. Car une abomination est si vite arrivée. Une urgence aussi.
— Je ne comprends pas de quoi vous voulez parler... Pourquoi avez-vous besoin de moi ?
— Pour quelque chose de très important. Tu sais, un secret au fond a plus d’importance dans ce qu’il cache que dans ce qu’il révèle. Et je pense que tu comprendras très vite tout ce qui se dissimule derrière cette phrase bien énigmatique.


Est-ce pour détruire l’œuvre de sa vie, la finalité de sa carrière de chercheur, qu’il avait tant besoin d’elle ? Yumi Ishiyama ne le saurait jamais avec certitude. Mais ces paroles avaient au moins le mérite de la conforter dans son action, si peu honorable soit-elle quand on savait que Jérémie Belpois et Ulrich Stern étaient toujours sur le monde virtuel.
Sans ciller, la japonaise abaissa le levier.


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Jérémie eut le réflexe de chercher à respirer, pendant plusieurs secondes. Puis il oublia, et regarda Xanadu tout autour de lui. Il y mettait les pieds, enfin, lui qui avait toujours eu peur de s’y aventurer depuis la disparition de son père. Il ne savait pas où il était arrivé, mais la tour était en vue, pas trop loin, alors il supposa qu’il était là où il fallait.
C’était l’hiver.
Il ne l’avait pas vu sur ses écrans, mais c’était l’hiver. La noirceur apocalyptique avait cédé le pas au blanc du givre, comme par la magie d’un conte de fée. Pourquoi ? Il y avait encore tant de choses qu’il ignorait au sujet de ce monde vivant. Peut-être que c’était sa façon de l’accueillir ?
Par curiosité, il baissa les yeux sur sa propre personne. Il se trouva vêtu dans des tons bleus et gris, un costume simpliste et très dénué d’imagination. Le seul point distinctif se trouvait au niveau de son cœur, où une sorte de gerbe de métal jaillissait. Jérémie eut un rictus ironique. Le message de Xanadu était plutôt clair.

Enfin, Jérémie s’aperçut qu’il était seul. Il avait beau être en vue de la tour, ni Clara ni Yumi n’étaient visibles. Il n’avait pas de nouvelles d’Ulrich, mais ce dernier devait avoir échoué à établir le lien avec la tour. Il allait devoir tout faire lui-même… Le jeune génie était bien conscient qu’il ne pourrait pas désactiver cette tour, pas quand il s’opposait peut-être à la volonté même de son père tout puissant. Mais il y avait encore une chose qu’il pouvait essayer, parce que personne ne l’avait réussie avant lui.
L’objectif de Belpois junior, c’était le Noyau.
Ses pas crissèrent dans la neige d’une façon tellement réaliste. Ça lui rappela ce fameux voyage en Norvège. Par nostalgie peut-être, il leva les yeux, et crut apercevoir un ruban multicolore aux confins du ciel. Bien sûr. Bien sûr que Ludwig avait prévu les aurores boréales. Comment aurait-il pu ne pas y penser ? Chaque mètre le ramenait des années en arrière.
Entrer dans la tour lui sembla parfaitement intuitif. Là où Ulrich avait eu l’obscurité et les cauchemars, Jérémie trouva les doux tons bleus habituels, et l’interface bien à sa place, là au bout de la plateforme. Assuré, convaincu d’être chez lui, il alla y poser sa main.
« Initialisation de la connexion au Noyau. »
Jérémie vit les câbles s’élever un peu partout autour de lui. Il inspira profondément, et sentit la douleur irradier un peu partout quand ils le transpercèrent. Il perdit connaissance.


Il se réveilla sur une petite île flottante. De l’herbe lui chatouillait le nez. Il se remit à quatre pattes, regarda le grand vide noir qui s’étendait en bas, et leva les yeux vers la lumière éblouissante du soleil.
Non, ce n’était pas le soleil. C’était une gigantesque boule d’énergie bleu clair, presque blanche, qui rayonnait. Tout paraissait graviter autour. L’île minuscule sur laquelle il se trouvait, mais bien d’autres encore. Il comprit alors qu’il avait atteint le lieu qu’il avait cherché pendant tout ce temps.
Le Noyau de Xanadu.
Jérémie se remit debout, et regarda plus attentivement autour de lui. Chaque île semblait avoir été arrachée à un endroit de Xanadu, comme une collection de petits fragments de la grande œuvre de son père. L’une d’entre elles était en partie occupée par un petit cours d’eau claire, qui allait se jeter dans les ténèbres en contrebas. Une autre était rongée par les profondes racines d’un arbre trop grand pour elle. Là, plus haut, une troisième était recouverte de givre. Il avait l’intuition que c’était elle qu’il devait atteindre, sans que rien de concret ne vienne étayer ce sentiment. Pas de trace de son père. Mais s’il devait le trouver quelque part, ce serait forcément en plein hiver.

Il était en train de réfléchir au meilleur trajet, doutant quelque peu de ses capacités à bondir d’îlot en îlot, quand il remarqua qu’ils semblaient s’aligner pour former un escalier disparate mais praticable. Comme si le Noyau avait répondu directement à ses attentes. Jérémie sauta, se raccrocha au bord d’une île volcanique tapissée de cendres, et se hissa. Il constata avec émerveillement que cela laissait des traces grises sur son avatar. Son père avait donc poussé le réalisme de la programmation jusque-là ?
Les racines de l’arbre lui furent utiles pour escalader la suivante. Il craignit qu’elles ne se rompent sous son poids, mais Jérémie était petit et léger.
« Ne regarde juste pas en bas » songea-t-il avec détermination.
Mangrove, marais, montagne, forêt, plaine, ville en ruine, il traversa les moindres recoins de Xanadu en quelques instants. Alors qu’il jetait un œil derrière lui, il vit un oiseau rouge vif s’envoler de l’arbre de l’île aux racines et aller se perdre dans l’obscurité. Même ici, il y avait de la vie. Pas trace encore de spectres.
Finalement, il parvint à ce petit coin hivernal qu’il avait repéré, et qui gravitait désormais bien plus près de ce grand soleil bleu du centre de la salle. Il ne trouva rien de particulier, et s’apprêtait à soupirer sa déception, quand une seconde île attira son regard. Assez similaire à la sienne, elle était presque à contrejour de l’orbe d’énergie. Et elle était habitée. Une grande ombre humanoïde percée de deux yeux bleu foncé le fixait. Jérémie retint son souffle.

— Ludwig ? osa-t-il demander, complètement paralysé.
L’ombre ne lui répondit rien, et s’effaça lentement. Plus exactement, elle se dissolvait petit à petit en filaments noirs et bleu qui plongeaient droit vers le Noyau. La teinte de l’étoile changea, passant du bleu clair à un indigo profond.
— Ce n’est qu’une projection incomplète que je peux grossièrement piloter sur Xanadu. Ma vraie conscience demeure ici.
Cette voix…il n’y avait aucun doute possible. C’était son père. Après tout ce temps ! Les émotions se bousculaient de partout en Jérémie. L’euphorie prit un coup de coude de l’amertume, l’incompréhension marcha sur le pied de l’admiration, alors que le sentiment d’abandon se roulait en boule dans sa gorge. Pourquoi tout ça ? Ce fut sans doute la question que ses yeux renvoyèrent, puisque la voix de son père reprit :
— Assieds-toi, je vais en avoir pour un moment.
— Qu’est-ce qui s’est passé ? questionna Jérémie. Pourquoi tu as disparu, ce jour-là ?
— Xanadu est un monde intimement connecté à l’inconscient. Je sais que tu n’aimes pas Freud, mais Jung était en partie d’accord avec lui à ce propos.
Jérémie hocha la tête. Il savait ça.
— Ce que j’aimerais en reprendre pour t’expliquer Xanadu, poursuivit Ludwig, c’est cette idée d’une sorte d’abysse insondable au fond de nous, peuplé d’émotions brutes et de choses qui nous dépassent, là derrière le filtre de l’esprit conscient. Une énorme mer noire bouillonnante qui sort, parfois de façon incontrôlée. Ferme les yeux. Est-ce que tu visualises ça ?
L’adolescent hocha la tête, paupières closes comme on lui avait ordonné. Il laissa Ludwig le guider vers le fin mot de l’histoire.
— Tu as déjà eu l’occasion de constater l’impact de l’inconscient. L’avatar de cette Clara s’est dégradé au fil de ses virtualisations, plus elle perdait pied en elle-même. Ce que tu as raté, en revanche, c’est que Xanadu ne se contente pas de transcrire votre inconscient en avatar. Il s’en imprègne également un petit peu à chaque virtualisation. Même chose lorsque vous vous connectez à une tour : il passe en revue votre inconscient, et en fait souvent rejaillir des choses qui vous effraient ou que vous auriez préféré oublier. Mais il garde en mémoire tout ça. Il est conscient, et il est très plastique.
— Donc Xanadu peut se modifier selon les gens qui s’y virtualisent, il se construit en fonction des inconscients qu’il rencontre ? s’enquit Jérémie.
— C’est bien ça. Mais cela pose alors un souci. De nos jours, rares sont les personnes dont l’inconscient est en paix, d’où cette image de mer noire déchaînée. A ton avis, comment peut aller un monde qui se nourrit de cela ? Ma première virtualisation a été un véritable électrochoc pour Xanadu. C’est cet évènement qui a tout déclenché, toute la première modification de Xanadu. A l’époque, je n’en avais encore aucune idée, mais me retrouver assimilé par le Noyau m’a permis de mieux comprendre ma propre création. Xanadu m’a ouvert les yeux, Jérémie.

La vérité frappa subitement Jérémie, comme un pavé jeté dans la mare. La tête lui en tourna. Ce n’était pas possible. Il avait vraiment été stupide.
— Donc…à chaque virtualisation, Xanadu absorbe davantage d’émotions, c’est ça ? souffla Jérémie, n’osant lever les yeux vers le Noyau.
— En effet, confirma Ludwig, sans développer davantage.
— Et plus il en absorbe, plus il perd en stabilité ?
— C’est malheureusement le constat auquel je suis arrivé. Tu as compris ce que cela implique, n’est-ce pas ?
Bien sûr qu’il avait compris. Depuis le début, il avait l’impression que Xanadu se dégradait tout seul, malgré leurs utilisations des tours pour purger les ombres. Mais cela n’avait été que traiter les symptômes du mal. A court terme, cela fonctionnait. A long terme, ils avaient contribué à empoisonner Xanadu encore davantage. Ce paradis numérique aurait dû rester éloigné de toute présence humaine. Une cruelle fable écologiste, sans doute. Egologiste aussi, d’ailleurs.
— C’est ma faute, énonça piteusement Jérémie. C’est moi qui ai mené à cette situation. C’est moi qui ai tout détruit. Je suis désolé, ajouta-t-il d’une toute petite voix. Je voulais tellement te retrouver, je n’ai pas pensé que…
— Et maintenant, qu’est-ce que tu comptes faire ?
Ludwig était aussi tranchant qu’à son accoutumée. Jérémie serra les dents. Il n’en avait aucune idée. Il avait retrouvé son père, mais ne pouvait pas le ramener. Il avait ravagé Xanadu, mais ne pouvait pas le restaurer.
Le restaurer…
— Tu as forcément une sauvegarde originelle de Xanadu, déclara subitement le jeune génie. C’est l’œuvre de ta vie, il doit y avoir une copie quelque part. Tu n’aurais jamais risqué de perdre tout le monde virtuel sur un bête bug. Peut-être qu’il y aurait moyen de se servir de ça pour tout arranger.
— Belle idée, mais tu sacrifierais tout ce qui a évolué chez Xanadu. Tu supprimerais notamment ce Noyau. Dans le cas contraire, la corruption finirait par ressurgir.
— Pas si personne ne remet plus jamais les pieds ici. En conservant le Noyau, tu resterais en vie, et on remplacerait tout le reste qui a dégénéré, pour tenter de le faire évoluer d’une autre manière, à distance ! s’exclama Jérémie en se levant. On conserverait des traces de cette version corrompue, mais on ne mettrait plus l’humanité en danger ! Tu te rends compte ? On pourrait faire des progrès énormes sur les systèmes évolutifs et l’intelligence artificielle, à travers un nouveau Xanadu ! Le système de connexion à l’inconscient est extrêmement puissant, si on parvient à le sécuriser pour que ça ne corrompe pas le système ! Je sais que je peux y arriver ! Peut-être pas maintenant, mais dans quelques années, quand j’aurai grandi…

Ludwig ne répondit rien. Difficile de dire ce qu’il pensait, quand il n’était plus qu’une voix désincarnée. Jérémie croisa les bras, prit un air contrarié.
— Quoi ? Tu penses que je n’y arriverais pas ? Si on travaille à deux ? Toi à l’intérieur, moi à l’extérieur !
— Je ne peux pas conserver un état aussi conscient tout le temps. Parfois, le Noyau m’engloutit dans tout ce qu’il a absorbé de nocif. Tu n’as pas idée de ce à quoi ça ressemble, là-dedans. Nous ne serions pas si souvent deux.
Belpois junior fronça les sourcils, agacé que son père refuse de soutenir son projet. C’était pourtant sa propre création, merde ! Il ne voulait donc pas choisir cette voie qui permettrait de sauver les deux mondes à la fois ? Mais pourtant, il était tellement fier d’avoir trouvé la solution du problème !
— Alors quoi, tu abandonnes ? reprocha-t-il vertement. J’ai tout gâché, j’ai fait tout ce chemin pour rien, et toi tu vas te laisser avaler par Xanadu ? C’est ça que tu veux ?
Ça le dégoûtait de voir Ludwig abandonner, alors qu’il éprouvait un tel respect pour lui. Il continua, résolu à ne pas le laisser faire :
— Et puis, moi aussi j’ai réussi à découvrir des trucs ! Les liens entre Xanadu et le monde réel, la façon dont certaines blessures peuvent subsister…regarde, je suis sûr que la perception que Xanadu a de l’automutilation est intéressante d’un point de vue psychologique ! Le fait que les blessures auto-infligées se répercutent sur le sujet au retour de la virtualisation, ça ne te fascine pas ?! C’est tellement vaste ! Alors je suis convaincu qu’on peut encore faire tellement plus ! Puisque tu as activé cette tour, tu n’as qu’à purger Xanadu pour cette fois, ça me donnera le temps d’aller chercher ta sauvegarde, et…
— C’est trop tard, Jérémie.
— Mais non ! Comment tu peux…
— La procédure d’extinction du Supercalculateur vient d’être enclenchée, annonça Ludwig.

Jérémie resta paralysé d’horreur face à ce qu’il venait d’entendre. Comment…non, il savait comment. Odd. Par un quelconque miracle, Odd avait réussi à trouver la bonne marche à suivre. A moins qu’il n’ait juste fait semblant de l’ignorer, que Clara lui ait tout dit. Le jeune génie fut saisi aux tripes par ce sentiment d’injustice profonde, de désespoir, d’impuissance. Il avait réussi à trouver comment sauver Xanadu, il n’avait qu’à retrouver cette sauvegarde, son père lui aurait dit où elle était…mais Odd avait tout gâché, une fois de plus. Il serra les poings. Comment avait-il pu se laisser avoir aussi facilement par quelqu’un d’aussi stupide ? Pourquoi les autres n’avaient rien fait pour l’en empêcher ? Ce trop plein de questions ne trouverait
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
http://i39.servimg.com/u/f39/17/09/92/95/signat10.png
Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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