CodeLyoko.Fr
 
 Dernières news  
[IFSCL] IFSCL 3.4.0: Trailer
[Code Lyoko] Un Youtubeur vous offre u...
[Code Lyoko] La Renaissance de l'île S...
[IFSCL] IFSCL : 7 ans déjà !
[IFSCL] IFSCL 3.3.0: trailer + voix offi...
[Créations] Code Lyoko : Un live ce samedi !
[Code Lyoko] Nouveau dossier : Serial ...
[Site] Les trouvailles du Père Dudu 201...
[Créations] Notre Communauté fait le plein d...
[Créations] Code lyoko Relight : Dans les co...
 
 Derniers topics  
William est la marabounta
Map Minecraft de tout l'univers de la...
Map minecraft - [1.10] - Code lyoko -
New Aelita Renders/Recreations
[Jeu Code Lyoko] IFSCL - 3.4.0
[Divers] Usine Renault : construction...
Nouveaux Membres : Présentez-vous !!!
[Fanfic] Bouffon du Roi
[Fanfic] Projet Renaissance
Remake : Aelita aux pays merveilles
 
     
 Accueil | Règles du forum News | FAQ | Rechercher | Liste des Membres | Groupes d'utilisateurs | T'chat | Retour au site 
  Bienvenue, Invité ! (Connexion | S'enregistrer)
  Nom d'utilisateur:   Mot de passe:   
 

[Fanfic] New Wave_ [Terminée]

Forum Code Lyoko | CodeLyoko.Fr Index du Forum -> Vos Créations -> Fanfictions Code Lyoko


Page 11 sur 12

Aller à la page : Précédente  1, 2, 3 ... , 10, 11, 12  Suivante





Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet


Voir le sujet précédent :: Voir le sujet suivant 
 Auteur Message
Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:29   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1012
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
Chapitre 48 :

Épisode 147 : Déception_



Aelita ne prononça aucun mot durant toute la durée du trajet de retour vers Lyokô, et ce malgré les questions incessantes de Stéphanie et de Yumi, folles d'inquiétude. Seul Jérémie parvint à faire preuve de plus de réserve, sans réussir toutefois à dissimuler l'air de profonde inquiétude sur son visage.

Elle n'avait conscience ni du paysage grandiose du Réseau défilant autour d'eux, sous la forme de colossaux buildings renversés noyés dans leur étendue d'eau azur électrique, ni de sa nouvelle apparence, plus lumineuse, aux imposantes ailes roses dans son dos. Une seule chose remuait encore et encore dans sa tête : le visage de sa demi-sœur, Taelia, si semblable au sien, déformé dans un masque de démence et de haine envers sa famille.

A peine le Hopper amarré dans le garage du Cinquième Territoire nouvellement reformé, Aelita ordonna d'un ton sec à Yumi de les rematérialiser et la japonaise, à demi effrayée par l'attitude de la jeune fille aux cheveux roses, préféra ne pas discuter, entrant les codes du programme complexe avec l'aide d'Ulrich.

Lorsque la porte du scanner coulissa, libérant l'adolescente, elle fit de son mieux pour ne pas vaciller, émergeant du caisson d'un pas vif malgré les étoiles dansant devant ses yeux, tout droit vers le monte-charge, sans prendre la peine d'attendre que Jérémie et Stéphanie, de nouveau en chair et en os, aient repris leur souffle.

Durant l'élévation de l'ascenseur vers l'étage supérieur, aucun mot ne fut prononcé entre les trois adolescents. Seul le tapotement des ongles multicolores de Stéphanie contre la paroi de bois venait rompre le silence de plomb qui s'était pesé sur l'habitacle, au rythme de son inquiétude grandissante.

Alors que la jeune fille, n'y tenant plus, s'apprêtait à tenter de questionner une nouvelle fois Aelita au sujet de ce qu'elle avait appris dans le repère de la Green Phoenix, la porte coulissa de nouveau, étouffant ses paroles dans un raclement sonore, et l'adolescente aux cheveux roses sortit dans la salle de commande du Supercalculateur, se laissant happer par sa lueur verdâtre.

Sans prêter le moindre regard à Yumi et Ulrich, tous deux réunis autour des écrans, et à William, légèrement en retrait occupé à fusiller du regard un Odd et un Mathieu à l'air coupable, sans se formaliser de l'absence d'Eva dans la vaste pièce poussiéreuse et encombrée, Aelita se dirigea d'une traite vers la seule et unique personne avec laquelle elle avait envie de parler en cet instant précis.

Anthéa, qui commençait petit à petit à reprendre connaissance, s'agrippait à une série de câbles épais sortant du mur pour se redresser, la respiration sifflante suite au savant coup asséné par la japonaise, le visage perdu.

Lorsque ses prunelles d'un bleu de glace croisèrent celles, vert émeraude, de sa fille, elle ne put s'empêcher de retenir son souffle, choquée. L'air sombre qu'arborait Aelita, le visage plus fermé que jamais, lui conférait une aura particulièrement menaçante.

- Depuis quand est-ce que tu le sais ? questionna simplement la jeune fille, sans plus de préambule.

Sa voix était très calme, presque un murmure, et le reste des adolescents présents se surprirent à retenir leur souffle, en attente de la confrontation à venir.

Anthéa, consciente des regards emplis de suspicion et de reproches posés sur elle, ne chercha même pas à feindre l'ignorance.

- Cela fait plusieurs mois que j'ai quelques doutes, répondit-elle finalement, la tête basse, honteuse, je n'avais que des souvenirs vagues de Taelia jusqu'à présent… Comme tu le sais, la rétribution de mes souvenirs n'a laissé de ma période « Memory » qu'une empreinte très imprécise dans ma mémoire…

- C'est pour cela que tu as envoyé Madame Hertz enquêter, la coupa Aelita, indifférente à ses explications, et quand tu as appris son assassinat probable et que je t'ai parlée du retour de la Green Phoenix, tu n'as pas tardé à faire le lien. C'est pour cela que tu as été si prompte à te décider à nous soutenir dans nos actions malgré le danger, pas vrai ?

Il s'agissait là plus d'affirmations que de réelles questions. Depuis son entrevue avec sa demi-sœur, Aelita n'avait cessé de réfléchir et le tableau lui était apparu avec plus de netteté que jamais durant sa traversé de la Mer Numérique. Petit à petit, tout les éléments avaient fini par se lier dans son esprit jusqu'à cette terrible conclusion : celle selon laquelle le désastre de cette mission était en partie du à l'action de sa propre mère.

Plus bouleversée que jamais, Anthéa, les jambes tremblantes, acquiesça d'une signe de tête, confirmant ses soupçons.

- J'avais l'espoir que, en vous aidant, je serais en mesure de la contacter une nouvelle fois, de la retrouver… Je voulais savoir ce qu'il était advenu d'elle après qu'Hannibal me l'ait arrachée !

- Et donc, dans cette optique, tu t'es arrangée pour que la rencontre entre elle et moi ait lieu en bonne et due forme, poursuivit Aelita à sa place, la voix vibrante de colère, tu as organisé toute la mission d'aujourd'hui dans le simple but de pouvoir entrer en contact avec cette Taelia, quitte à nous faire risquer nos vies à tous ! Tu savais pertinemment que, avec ce plan, la mission échouerait quoi qu'il arrive !

- Vous ne risquiez rien avec le Hopper que j'avais programmé ! protesta Anthéa avec véhémence, les yeux révulsés, comme folle, recouvrant soudainement la même énergie endiablée avec laquelle elle avait repoussé Jérémie un instant plus tôt, et j'avais volontairement choisi de n'envoyer qu'un effectif réduit sur Endo ! Je savais que Taelia ne te ferait aucun mal, qu'elle voudrait te parler…

- Et Mathieu alors ? l'interrompit Aelita, glaciale, les poings serrés sous l'effet de la rage qui menaçait de nouveau de déborder à chaque instant, et Angel ? Tu y as pensé ? Notre but est avant tout de venir en aide à ce garçon avant qu'il ne soit trop tard et que la Green Phoenix ne se débarrasse de lui ! Au cas où tu ne l'aurais pas réalisé, coincée dans ton petit univers égocentrique, ce garçon est en danger de mort !

Elle criait presque à présent. Autour d'elle, tous restaient interdits, trop choqués par sa colère pour oser réagir.

- Aelita, elle ne pensait pas à mal, tenta maladroitement Stéphanie, intimidée, elle voulait juste retrouver sa fille… Ta… Ta sœur.

Le regard que lui envoya l'adolescente aux cheveux roses suffit à la faire taire, et la jeune fille préféra amorcer un pas de recul en direction de William, baissant ses yeux aux reflets violets vers le sol.

- Très bien, répondit Aelita, de nouveau aussi froide que la glace, dans ce cas pourquoi avoir attendu une année entière avant de se mettre à sa recherche ? Pourquoi avoir choisi de profiter de nous sans tenir compte du malheur d'un autre dans ce seul but ?

Elle s'était retournée vers sa mère en posant cette question, le regard impérieux, en quête de réponse. Muette, la pauvre femme ne trouva rien à répondre, le visage plus pâle que jamais.

- Parce que tu avais trop peur d'assumer cette part de ta vie, n'est-ce pas ? souffla Aelita, la voix chargée d'amertume, tu ne voulais pas briser le monde parfait que tu t'étais créé tant qu'aucune occasion ne se serait présentée à toi. Je te suffisais et, en conséquence, cette pauvre fille a été délaissée et a du tirer ses propres conclusions, faisant d'elle ce qu'elle est aujourd'hui. J'en viendrais presque à la plaindre sincèrement.

- Je n'avais aucune idée qu'elle en arriverait à de telles extrémités, souffla Anthéa, produisant un ultime effort pour regarder sa fille dans les yeux, les lèvres tremblantes, je n'ai jamais souhaité…

- Peu importe, l'interrompit de nouveau Aelita, toute trace de sympathie disparue de son visage, par ta faute, ce n'est pas seulement notre vie à Angel ou à nous qui est menacée, mais bien celle de l'humanité toute entière.

Le regard d'Anthéa était désormais masqué par un voile de larmes, ruisselant sur son visage creusé et éprouvé par les années en un ruisseau discontinu. N'y tenant plus, Stéphanie se précipita à son secours, la soutenant alors qu'elle s'apprêtait à s'effondrer de nouveau face à la brutalité des paroles de sa fille.

Tous, désormais, dévisageaient Aelita comme s'ils avaient affaire à une toute autre personne. Insensible à ce changement d'atmosphère, l'adolescente délaissa sa mère, se tournant vers le reste des Lyokô-guerrier, ses sourcils roses froncés en une expression ferme.

- Peu importe les détails, mais, comme nous le soupçonnions, Taelia compte détruire Lyokô dans le but de mettre la main sur le Projet Carthage, énonça-t-elle d'une voix forte, imperturbable, dans ce but, elle souhaite se servir d'Endo, dirigé par l'intelligence artificielle conçue à partir de l'esprit d'Angel, en le faisant fusionner avec Lyokô par le biais de la Faille. Si nous ne faisons rien pour l'arrêter, d'ici deux semaines, la Green Phoenix n'aura plus besoin d'Angel et pourra le supprimer de leur Supercalculateur… Définitivement.

Mathieu ne put retenir un haut-le-cœur tandis qu'Odd, tendu, resserrait sa prise sur sa main, dans un geste rassurant. Les paroles d'Aelita, ainsi que leur dureté inhabituelle avaient rendu l'urgence de la situation plus réelle que jamais aux yeux du jeune homme, qui, suite à l'échec de la mission du jour, sentait le désespoir le gagner de plus en plus à mesure que les secondes s'écoulaient. Pour un peu, il en aurait presque oublié les larmes d'Eva, fuyant son baiser avec Odd dans la salle des scanners.

- Tu es sûre de ce que tu avances ? insista Yumi, dubitative, tout en s'éloignant du poste de contrôle. L'attitude blessante de son amie ne lui disait rien qui vaille, cette Taelia n'aurait-elle pas pu te mentir, tout simplement ?

- Elle s'est montrée entièrement honnête avec moi du début à la fin, et cela concorde avec les données recueillies au sein de la Tour Noire la dernière fois, balaya Aelita d'un ton impartial, il n'y a aucune hésitation à avoir. Si nous ne contre-attaquons pas très vite, alors plus rien ne sera possible pour sauver Angel et Lyokô. Cette fois, la situation dépasse le simple sauvetage, c'est le sort de l'humanité toute entière qui est en jeu.

- On se croirait revenus au temps de XANA, souffla Ulrich dans un frisson tandis que William déglutissait bruyamment depuis sa place, qu'est-ce que tu proposes ?

Silencieuse, Aelita prit quelques secondes pour dévisager le regard de ses compagnons d'arme. Sur chacun d'entre eux, la fatigue et le choc étaient clairement visibles. Sa propre tête commençait à lui tourner, ployant sous le poids des révélations des dernières heures et de son surplus d'émotions. Elle finit par soupirer, capitulant.

- Pour ce soir, prenez tous du repos, répondit-elle d'un ton de nouveau très doux, s'attirant la mine soulagée de ses amis, la journée a été rude… Pour ma part, je vais tenter de mettre les choses au clair et d'élaborer une stratégie afin de libérer Angel le plus tôt possible. Une stratégie avec de véritables chances de succès cette fois-ci, quitte à me baser sur la prédiction de Mathieu pour cela… Bonne nuit à tous !

Se retournant soudain vers sa mère, toujours au sol dans les bras de Stéphanie, elle durcit de nouveau son regard tandis que le reste du groupe se hâtait vers le monte-charge, s'y accumulant tant bien que mal.

- Quant à toi, lâcha-t-elle dans un souffle, je ne veux plus te voir t'approcher du Supercalculateur ou même tenter quoi que ce soit pour nous empêcher de faire ce que nous avons à faire pour corriger tes erreurs. Adieu.

Et, sans rien ajouter de plus, elle fit volte-face à son tour et s'éloigna de sa mère à grands pas, sans un regard en direction de ses larmes de désespoir, sourde à ses sanglots et à ses supplications.

Le temps des pardons était depuis longtemps révolu.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Une paisible tranquillité régnait sur le réfectoire ce soir-ci, contrastant avec la tension présente à la table des Lyokô-guerriers. Seuls quelques rares internes, disséminés aux quatre coins du préfabriqué, échangeaient quelques mots fatigués dans un murmure, comme afin de ne pas troubler la quiétude ambiante et Rosa, la cuisinière, sifflotait doucement, son visage potelé et avenant baigné dans la lumière du soleil couchant filtrant à travers les vitres impeccables, nimbant le lieu d'une douce chaleur de fin du mois de mai.

A l'inverse, un silence pesant s'étirait depuis quelques minutes déjà au dessus d'une petite table dans un recoin sombre du réfectoire, à laquelle s'étaient installés les combattants de Lyokô, la mine soucieuse. Même Odd, habituellement si prompt à la plaisanterie et à faire honneur aux plats de Rosa, avait à peine touché à son assiette, lançant de temps à autre de petits coups d'œil désolés à l'attention de Mathieu, soigneusement positionné à quelques places de lui dans une volonté d'isolement méditatif.

Ulrich, dont la nervosité s'exprimait par un tapotement incessant du pied sur les carreaux du préfabriqué, n'y tenant plus, finit par repousser son plateau, s'attirant le regard de ses camarades –William y comprit.

- Tout de même, je n'arrive pas à croire que Taelia soit la dirigeante de la Green Phoenix, s'exclama-t-il suffisamment bas cependant pour que sa voix ne porte pas jusqu'aux tables des autres étudiants, une telle coïncidence…

- Je ne pense pas qu'on puisse vraiment parler de coïncidence, répliqua Jérémie d'un air sombre, mordillant son steak du bout des dents, sans grande conviction, je l'ai fréquentée pendant quelques mois à l'Institution Stendhal et, croyez-moi, c'est une fille pugnace et entêté. Même sans avoir croisé la route de Bringa, elle aurait fini par retrouver notre trace. Ce n'était qu'une question de temps !

- C'est tout de même de ma faute si les choses ont tourné de la sorte, grommela Odd, laissant enfin ce qu'il avait sur le cœur sortir de sa poitrine, si je n'avais pas été aussi égoïste à l'époque…

Le reste de sa phrase se noya dans un flot confus de paroles et il préféra avaler le reste de son verre d'eau d'une traite, désespéré. Un peu plus tôt dans la soirée, juste avant qu'ils ne descendent manger, Jérémie avait organisé un débriefe dans sa chambre durant lequel il avait pris soin de leur passer l'enregistrement de la conversation entre Taelia et Aelita, soigneusement sauvegardé sur son I-pad. Depuis, le groupe était demeuré étonnamment muet, ressassant encore et encore dans leur cerveau ankylosé les révélations de la dangereuse jeune femme aux cheveux pourpres.

- Quoi qu'il en soit, finit par lâcher William au bout d'un moment, je trouve qu'Aelita a été un peu dure avec sa mère tout à l'heure. La pauvre en a vraiment bavé avec toute cette histoire de Green Phoenix. Décider de se servir de nous pour retrouver sa fille a du vraiment être éprouvant pour elle. Sans oublier qu'elle n'a jamais vraiment voulu de cet enfant, je me trompe ?

- Taelia est le fruit d'un viol, il n'y a pas d'autres mots, répondit Jérémie d'un ton sombre, je ne pense pas qu'une seule personne ici présente soit en mesure de comprendre les sentiments contradictoires qui doivent animer le cœur d'Anthéa en ce moment. Comment aimer la fille du monstre qui nous a maintenue prisonnière pendant des années ? Comment détester son propre enfant, qui n'a jamais demandé à se retrouver mêler à tout ça ? N'était-il pas plus simple de faire comme si de rien n'était ? Je pense que je peux un petit peu me mettre à sa place quelque part…

Incapable de porter sa fourchette à sa bouche tant les dernières révélations lui donnaient la nausée, Jérémie préféra la reposer dans son assiette, déjà froide depuis longtemps. Anthéa avait du mener un combat bien plus terrible que le leur au cours des derniers mois, luttant contre ses désirs inavouables et ses pensées coupables jusqu'à finalement céder. Si ses actions n'étaient en rien justifiables, il ne pouvait s'empêcher de se sentir désolé pour elle. Après tout, c'était avant tout dans le but de protéger Aelita qu'elle lui avait caché la vérité pendant si longtemps, et il avait suffi d'une simple erreur pour perdre la confiance de ses deux filles.

William, étouffant un soupir, préféra dévier la conversation, mal à l'aise face à l'ambiance pesante qui étouffait le groupe petit à petit.

- Quoi qu'il en soit, cela ne change rien au fait que la mission d'aujourd'hui est un échec, énonça-t-il, serrant les dents de frustrations, Angel est toujours prisonnier de la Green Phoenix et même nos nouvelles tenues et ma montée de niveau n'ont pas suffi à lutter contre lui !

- Sans compter que, à présent, on sait qu'on n'a plus que deux semaines pour lui venir en aide, compléta Mathieu d'un ton abattu, à supposer que Taelia n'ait pas menti à ce niveau, bien entendu…

Un silence de mort répondit à cette annonce, terrifiante de vérité. Odd, n'y tenant plus, changea précipitamment de chaise pour se rapprocher de son bien-aimé, serrant la paume de sa main crispée dans un geste qui se voulait rassurant.

Face à cette vision, William ne put contenir une grimace outragée qui n'échappa pas au coup d'œil furtif d'Ulrich.

- Il y a un problème ? grinça ce dernier à son attention.

Le ténébreux jeune homme, bien loin de se laisser démonter, darda un regard noir dans sa direction.

- Oui, Mathieu et Odd ! affirma-t-il d'un ton sec, arrachant un sursaut de surprise aux deux adolescents, ça dure depuis combien de temps votre petit jeu à tous les deux ?

Sans comprendre, les deux adolescents échangèrent des regards stupéfaits tandis qu'un Jérémie embarrassé se réfugiait derrière un verre d'eau. William, bien que parfois taquin à l'encontre de Mathieu, ne s'était jamais montré si véhément face à ce dernier.

- Tu as un problème avec leur homosexualité peut-être ? commença Ulrich, le timbre de sa voix vibrant de colère.

L'adolescent aux cheveux noirs, cependant, se contenta de balayer sa réplique d'un geste de la main.

- Ne soit pas ridicule, trancha-t-il, je me moque de leur orientation sexuelle, je te parle de leur relation ! Tu trouves ça normal toi, la façon dont ils se voient alors qu'Odd est supposé sortir avec Eva ? Ne me dîtes pas que vous étiez tous au courant et que pas un seul d'entre vous n'a songé à réagir !

- Il y a plus urgent comme discussion quand même, tu ne crois pas ? tenta de tempérer Jérémie, redressant ses lunettes d'un geste malhabile, Angel…

- Tu te trompes, Jérémie, c'est extrêmement important, au contraire ! coupa le jeune homme une nouvelle fois, abattant son poing sur la table avec violence.

Le bruit du choc fit sursauter deux collégiennes à la table voisines qui, effrayées, s'empressèrent de débarrasser leurs plateaux. Mathieu, soudain très pâle, en profita pour dégager sa main de l'étreinte d'Odd, le regard fixé sur le sol.

William, observant sa réaction du coin de l'œil, eut un rictus dédaigneux avant de tourner la tête vers son camarade de première au béret violet. Ce dernier, très droit sur sa chaise, soutint son regard.

- Est-ce que tu as réfléchi à ce qu'Eva pouvait ressentir ? questionna le Terminale d'un ton sombre, incapable de se contenir, depuis des mois, elle affronte sa plus grande peur sur Lyokô, la raison de tous ses cauchemars... Pour toi ! Parce que tu as envie d'aider Mathieu et que toute cette histoire te tient à cœur, même si elle, personnellement, préférerait n'être mêlée à rien de tout cela. Elle fait ça parce qu'elle tient à toi et parce qu'elle a peur de te perdre, quitte à affronter son traumatisme. Et toi au lieu de la soutenir, tu préfères la trahir ? Est-ce que tu réalises au moins à quel point tu as du lui faire mal tout à l'heure en embrassant Mathieu devant elle ?

Touché en plein cœur, Odd ne put retenir un tic nerveux de la paupière. Embarrassé, il se mit à jouer avec son béret, crispé entre ses doigts, ses mèches blondes étincelantes de reflets ocre à la lueur des néons.

- Je ne voulais pas qu'elle l'apprenne de cette façon… parvint-il seulement à marmonner. Cela ne suffit cependant pas à apaiser la rage de William, écumante et bouillonnante à travers l'atmosphère du réfectoire.

- Ça n'excuse rien, trancha-t-il, furibond, ça fait des mois que ta copine et moi discutons de nos cauchemars, de nos peurs, et de notre dégoût face à Lyokô. Crois-moi quand je te dis que je comprends probablement bien mieux ce qu'elle ressent en cet instant précis que toi-même. Ce que tu lui as fait en la trompant, que ce soit avec un garçon ou autre, c'est une blessure dans son cœur qui ne guérira jamais. Je tiens à ce que tu le réalises, et à ce que tu assumes les conséquences de tes actes, parce que moi non plus, en temps qu'ami d'Eva, je ne suis pas prêt de te pardonner.

Un silence lourd de sens s'abattit sur le groupe tandis que William reprenait peu à peu son souffle, la respiration sifflante. Odd, aussi pâle que Mathieu désormais, avait à son tour baissé la tête. Ulrich lui-même, s'il s'était tenu prêt à défendre son camarade de chambre un instant plus tôt, semblait incapable d'ouvrir la bouche, médusé par l'attitude de son camarade Lyokô-guerrier.

- Eva n'est pas descendue dîner ce soir, fit Mathieu d'une voix blanche au bout d'un moment, est-ce que quelqu'un l'a vue depuis qu'elle a quitté l'usine tout à l'heure ?

Un nouveau mutisme général, empli de malaise, lui répondit jusqu'à ce qu'Odd, n'y tenant plus, ne fasse glisser sa chaise en arrière dans un raclement, se redressant brusquement, livide.

- Je vais aller lui parler, affirma-t-il en se gardant bien de croiser le regard de l'élu de son cœur, les joues rouges d'embarras.

Tournant les talons vers la porte de sortie, il s'immobilisa soudain dans un instant d'hésitation avant de se retourner vers William, la mine déconfite. Ce dernier, qui l'avait toujours bien apprécié depuis son arrivée à Kadic, s'était dissimulé derrière un masque d'impassibilité qui n'avait rien à envier à celui de Yumi.

- Je suis sincèrement désolé, parvint simplement à articuler Odd avant de prendre la fuite, disparaissant rapidement dans l'obscurité dans laquelle baignait le parc de Kadic à cette heure tardive.

L'élève de Terminale suivit sa silhouette violette des yeux un instant avant de passer une main négligente dans ses cheveux trop longs, poussant un profond soupir de lassitude.

- Quant à toi, reprit-il tout à coup, attirant l'attention d'un Mathieu qui semblait prêt à se décomposer à chaque seconde, j'espère que tu sais ce que tu fais en t'impliquant au milieu de cette relation. Si tu fais souffrir à la fois Odd et Eva par pur caprice et que cela te retombe dessus, tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même…

- Fiche-lui la paix, William, soupira Ulrich cette fois-ci, retrouvant la parole, d'un air las, il a assez encaissé pour la journée je pense.

Cependant, sa mine assombrie trahissait ses véritables pensées. Lui aussi, comme son ancien rival, ne pouvait s'empêcher de se demander jusqu'où s'arrêtait la sincérité des sentiments de Mathieu pour Odd, et où commençait son amour inconditionnel pour Angel.

A cet instant, la porte du réfectoire coulissa dans un brusque courant d'air frais, tirant les jeunes hommes de leurs pensées moroses, tandis que la couette unique de Stéphanie virevoltait à sa suite à l'intérieur du préfabriqué.

- Me revoilà, fit-elle d'un ton enjoué, les repérant rapidement au milieu du bâtiment pratiquement vide, tirant l'ancienne chaise d'Odd vers elle avant de s'asseoir, je viens de raccompagner Yumi chez elle et je voulais m'assurer que tout allait bien pour vous avant de rentrer chez moi.

Un rapide coup d'œil circulaire de sa part suffit à lui arracher un haussement de sourcils soupçonneux face aux mines atterrées de ses compagnons. Aucun ne prit la peine de répondre.

- Où sont Odd et Eva ? fit-elle en toute innocence dans une tentative d'engager la conversation, vous les avez perdus en cours de route ?

Un grincement de pieds en métal la fit tressauter tandis que Mathieu, incapable de se retenir, se relevait brusquement à son tour, son plateau encore plein entre ses mains tremblantes.

- La journée a été rude, je vais me coucher, bafouilla-t-il, dissimulant à grand peine ses émotions, bonne nuit à tous.

Et, sous le regard stupéfait de son amie de Sainte Bénédicte, l'adolescent s'éclipsa rapidement, ses grands yeux d'un bleu azur luisant de larmes refoulées.

- J'ai raté quelque chose ? murmura la jeune fille, stupéfaite, à la cantonade.

Seul un haussement d'épaules indifférent d'Ulrich lui répondit. La situation était suffisamment complexe sans qu'ils aient besoin d'impliquer Stéphanie, et son tempérament bien trop protecteur envers Mathieu. Lui donner plus de détails risquait de déclencher une nouvelle dispute à l'encontre de William, et le groupe avait plus que jamais besoin d'unité en cet instant précis.

Grimaçant, l'adolescente finit par baisser les bras avant de se servir négligemment une banane dans le plateau de son ténébreux camarade de classe malgré son regard de vive protestation, l'entamant avec appétit.

- Allez, je sais que c'était une rude journée, mais ce n'est pas la fin du monde ! tenta-t-elle de lancer d'un ton joyeux, quelque peu atténué par sa bouche pleine, pas encore tout du moins… On a encore deux bonnes semaines pour sauver Angel, et on n'a jamais été aussi près du bus qu'aujourd'hui ! Sans compter que, maintenant, avec la découverte de l'identité de Scarlet, on sait à quoi s'attendre. Il n'y a plus aucun point d'ombre sur cette histoire, juste des solutions à trouver, alors essayez de positiver !

Malgré l'agacement qui commençait à taper contre son crâne, Jérémie sentit une bouffée de calme chasser peu à peu ses pensées négatives de son esprit suite au discours de la jeune fille. Stéphanie s'exprimait parfois sans réfléchir et en termes simplistes que son cerveau de scientifique ne pouvait approuver, mais il devait bien admettre que son optimisme à tout épreuve avait un effet revigorant sur les nerfs de tous.

- Stéphanie, puisque tu es là, commença-t-il subitement, une vague idée prenant peu à peu racine au fond de ses pensées, je suppose que tu es venue en vélo ? Si c'est le cas il y a un endroit où je voudrais que tu m'emmènes avant de rentrer…


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Odd avançait à pas lents le long du couloir du dortoir des filles, l'esprit à la dérive, à peine conscient du bruit feutré de ses chaussures contre le sol. Par moments, les néons antédiluviens se mettaient à grésiller au dessus de sa tête, l'éblouissant légèrement. Le lieu était désert à cette heure, et, si le jeune homme venait à croiser par malheur un surveillant, nul ne doutait des ennuis qu'il risquait de s'attirer. Cependant, il avait bien d'autres choses en tête que de simples heures de colle. Des choses hautement plus importantes.

William avait raison, se répétait-il sans cesse depuis plusieurs longues minutes, le crâne douloureux et l'estomac de plus en plus contracté à mesure qu'il approchait de la porte de la chambre d'Eva. Il avait fait preuve d'un égocentrisme incroyable en choisissant d'embrasser Mathieu sur le pont ce fameux soir, cédant enfin à ses pulsions. Pire encore, il avait choisi de laisser cette union improbable perdurer sans se soucier des sentiments de celle qui avait renoncé à son pays natal pour lui, sans réfléchir aux conséquences de ses actes, et à la guerre contre la Green Phoenix qui se profilait petit à petit à l'horizon. L'espace d'un formidable instant, n'avait plus rien importé d'autre que la frêle silhouette de Mathieu serrée contre ses bras chaleureux, leurs lèvres se mêlant avec une ardeur qu'il n'avait encore jamais connue. Pendant un moment, l'azur du ciel des yeux du jeune homme avait remplacé l'eau claire de ceux de sa petite amie dans son cœur. Il en payait le prix désormais…

- Eva, souffla-t-il en arrivant finalement face à la porte de la jeune américaine, la respiration serrée sous le coup de l'angoisse.

Incapable de trouver quoi dire, il se contenta de frapper trois petits coups contre le battant bleu avant d'attendre, désespéré. Aucune réponse ne lui parvint. Une angoisse sourde battant contre ses tempes, il renouvela son approche, appelant plus fort le nom de sa petite amie, sans plus de succès. Au dessus de sa tête, une lampe émit un bref tintement métallique, comme pour se moquer de son sort. De frustration, il tenta d'abaisser la poignée et de pousser, sans succès. La porte était manifestement verrouillée.

- Eva, ouvre, s'il-te-plaît… insista-t-il, laissant sa tête choir doucement contre le battant fermant les yeux de tristesse, le tissu de son béret éraflant doucement son front, il faut qu'on parle.

Une fois de plus, seul le silence assourdissant du couloir lui répondit. Une vague d'angoisse l'envahit subitement tandis qu'une multitude de folles et sinistres pensées lui traversaient l'esprit. Qui savait jusqu'où Eva était capable d'aller après une telle trahison de sa part ? Soudain rongé par l'inquiétude, il se mit à tambouriner à la porte, prêt à faire usage de la force pour obtenir une réponse si nécessaire.

Alors que l'idée de forcer le passage commençait à se frayer un chemin dans son esprit submergé par l'inquiétude et la culpabilité, une faible voix, en grande partie étouffée par le panneau, lui parvint, claire et distante.

- Va-t-en, Odd.

- Eva… murmura-t-il, sa voix mêlant soulagement et désespoir, calmant aussitôt ses assauts avant de se reprendre, s'il-te-plaît, j'ai besoin qu'on discute de ce qui s'est passé tout à l'heure dans la salle des scanners.

- Je n'ai rien à te dire.

Le ton de la jeune fille paraissait lourd de tristesse et de colère mêlées. Ce n'était plus la Eva arrogante et sûre d'elle qu'il avait l'habitude de côtoyer désormais. Ce n'était plus qu'une jeune fille déchirée par le chagrin et la rancœur, dont la simple voix suffisait à le faire trembler. Pour la première fois depuis son baiser avec Mathieu sur le pont de l'usine, il mesurait pleinement la conséquence de ses actes sur son entourage.

- Eva…Je t'en prie… articula-t-il une nouvelle fois, bouleversé, abaissant mollement la poignée de la porte, en vain, il faut qu'on parle.

Il y eut un nouveau long silence. Un de ces silences interminables dont chaque seconde semblait entailler son cœur sur son passage un peu plus. Puis, enfin, l'ultime réponse, implacable.

- Il n'y a plus rien à dire, Odd, fit Eva avec toute la froideur dont elle était capable, maintenant va-t-en avant que je ne prévienne un surveillant de ta présence à l'étage des filles.

Vaincu, le jeune homme laissa son poing tendu s'affaisser le long de son corps, les dents serrées d'amertume. Une fois de plus, il avait tout ruiné par son incapacité à se contrôler. Pour la première fois depuis de longues semaines, il réalisait que la seule fille qu'il avait jamais vraiment aimée était désormais hors d'atteinte, et qu'il méritait ce retour de flamme plus que jamais.

Le cœur gros et le dos voûté, il finit par s'éloigner après de longues secondes appuyé contre le battant à ruminer les sensations contradictoires se bousculant dans sa poitrine. Il avait espéré que sa rupture avec Eva lui rendrait la vie plus aisée, pourtant ce fut avec un goût d'amertume qu'il s'enfonça de nouveau dans la pénombre, laissant son ancienne petite amie désormais seule dans sa chambre pleurer leur relation pour deux.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Eva attendit que les pas d'Odd à travers le couloir se furent atténués pour enfin se laisser glisser le long de sa porte, les jambes fauchées par l'émotion, tremblante de tout son corps. Au fond de son cœur, bouillait un sentiment nouveau qu'elle n'aurait jamais cru être en mesure de contenir sans voir son être tout entier se déchirer de l'intérieur. Une forme de rage incontrôlable l'électrisait toute entière, remplaçant petit à petit son sourd désespoir tandis que l'image d'Odd embrassant Mathieu hors de son scanner se répétait encore et encore face à ses yeux, brûlant sa rétine.

Des larmes de feu coulant le long de ses joues, diluant petit à petit son mascara, elle se sentait incapable de se contrôler, comme si son esprit tout entier devenait fou. Il lui avait fallu produire un effort insurmontable afin de parvenir à chasser celui pour qui son cœur meurtri avait un jour battu, et il lui semblait qu'aucun autre mot ne pourrait plus jaillir de ses lèvres tremblantes désormais.

La respiration saccadée, elle se força à se relever, titubant jusqu'à son lit où elle se laissa lourdement tomber, aveuglée par son incroyable colère, enflant dans sa poitrine, coulant dans ses veines tel un poison ardent. Elle avait l'impression de littéralement brûler de l'intérieur.

Se recroquevillant en position fœtale dans le but d'atténuer l'insupportable douleur, Eva ne put retenir un sanglot étouffé.

Elle avait beau se forcer, s'imaginer encore et encore le visage souriant de celui qu'elle avait aimé plus que tout au monde jusqu'à seulement quelques heures de cela, l'image du regard narquois d'un Mathieu diabolisé par son esprit éperdu ne cessait de s'imposer à elle, lui donnant l'envie de hurler sa haine au reste du monde. Il n'y avait plus d'amour dans son cœur, plus de place pour le pardon. Rien qu'une incroyable colère, embrasée, flamboyante et indomptable.

Son regard, autrefois du bleu calme et limpide d'un ruisseau aux eux claires, n'était plus que cendre et furie dévastatrice. De ses lèvres entrouvertes de douleur, ne sortait qu'un silence insoutenable, lui asséchant la gorge, tant le tourment de ses sentiments la rendait muette.

Ce ne fut qu'une fois la nuit tombée depuis de longues heures à l'extérieur, plongeant sa chambre dans la pénombre, que sa crise d'hystérie silencieuse s'apaisa légèrement, la laissant abattue et recroquevillée entre ses draps, son beau visage ravagé par les larmes.

Le feu de sa colère avait peu à peu laissé place à un océan de dévastation et elle se surprit à se retrouver incapable de ressentir la moindre sensation. Ne restait au creux de son ventre qu'un vide immense et croissant, l'engloutissant peu à peu tout entière telle une créature vorace et impitoyable.

Le corps si lourd qu'elle se sentait lestée de plomb, l'américaine parvint cependant à se redresser, la tête ballante, les épaules voûtées, ses cheveux sales et emmêlées trempés de larmes et de sueur froide collant contre son front. D'un regard vide de tout sentiment, Eva détailla un à un ses vêtements, éparpillés au sol durant sa crise de colère sourde, ne la laissant qu'en légère robe d'été pourpre, froissée. Elle se sentait sale, contaminée par l'image écœurante d'Odd embrassant Mathieu, imprimée à jamais au fer rouge dans son cerveau et n'avait plus qu'un seul désir : se précipiter sous une longue douche glacée. Peut-être le filet d'eau hésitant des douches de Kadic suffirait-il à panser son cœur et à nettoyer les blessures de son être ?

Mais, alors qu'au prix d'un nouvel effort surhumain elle se redressait en vacillant légèrement, elle s'interrompit brusquement, son regard se posant sur son ordinateur dont l'écran, constamment en veille, luisait faiblement dans la pénombre. Une idée venait de lui traverser l'esprit. Une idée inavouable qu'elle avait refoulé tant bien que mal des mois durant et que la trahison de son petit ami avait fini par libérer, brisant ses chaînes avec fracas. Plus rien ne la retenait d'exprimer sa haine désormais.

Les doigts tremblants sous l'effet d'une excitation malsaine, Eva tira à elle sa chaise à roulette avant de s’asseoir dessus, rallumant rapidement le portable dernier cri d'une pression sur un bouton. Très rapidement, un document texte vide s'afficha à l'écran, son interface nimbant son visage blafard et souligné de lourds cernes de reflets roses.

Lentement, d'un geste précis, l'américaine commença alors à taper, laissant ses doigts crispés se détendre peu à peu à la surface du clavier à mesure que son texte s'écrivait, ligne après ligne, filant hors de sa tête à travers ses ongles manucurées avec une ferveur croissante. Plus rien ne pouvait l'arrêter désormais, et une impatience d'une rare violence commençait à battre contre ses tempes, déformant sa vision, la rendant folle. Oui, elle avait raison d'agir ainsi. Ils l'avaient tous les deux mérité après tout, après tous les sacrifices auxquels elle avait consenti, Odd devait payer.

Sans même se relire, elle fit glisser les quelques paragraphes qu'elle venait d'inscrire dans une autre fenêtre, joignant le fichier à un nouveau mail dont le destinataire restait à définir.

Un sourire cruel étira ses lèvres pulpeuses tandis que ses doigts s'animaient de nouveau, désormais fermes. Plus aucune hésitation, plus aucun remord ne l'animaient désormais. Rien qu'un désir de vengeance insatiable, grondant au creux de son ventre telle une bête affamée. Du trou noir gravé à jamais dans son cœur, avait soudain jailli un monstre répugnant, que pour rien au monde elle n'aurait songé à chasser. Cette créature de colère et de chagrin n'était pas son ennemi après tout. Celui qu'elle voulait faire descendre, celui qu'elle tenait responsable de tous ses malheurs était Mathieu, il en avait toujours été ainsi, elle le comprenait désormais, et l'admettre la galvanisait d'une formidable sensation de jouissance. Bientôt, tout serait terminé pour lui.

Le regard froid, dépourvu de toute émotion, elle appuya sur le bouton d'envoi avec impartialité tandis que le prénom de « Milly Solovieff », la destinataire de son mystérieux mail, clignotait en lettres cursives sur son écran.

Un rire franc et glacial lui échappa, empli de nervosité. Sa vengeance était en route désormais, et plus rien ne pouvait l'arrêter.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Le visage d'Aelita, fermé, baignait dans la lueur bleuâtre émise par son ordinateur personnel. L'horloge digitale de son réveil dans son dos projetait les chiffres « 23 :03 » contre les murs de sa chambre, étendant leur silhouette verte clignotante à travers la pénombre ambiance, seulement troublée par les rayons de lune filtrant à travers les persiennes. Elle s'était accordée quelques heures de sommeil en rentrant de l'usine, terrassée par son surplus d'émotion, et jouissait désormais d'un formidable regain d'énergie.

Frottant ses yeux rougis à force d'avoir tant fixé l'écran, la jeune fille aux longs cheveux roses repoussa la chaise sur laquelle elle était assise depuis plusieurs minutes désormais d'un léger coup de pied nu contre son bureau. Elle n'arrivait pas à ce concentrer et se sentait prête à imploser, confinée de la sorte à l'intérieur de sa minuscule chambre, qu'elle avait pris le soin de soigneusement verrouiller en rentrant. Sa mère, dont elle avait entendu le pas hésitant à peine quelques instants plus tard, n'avait pas cherché à venir lui parler, évitant scrupuleusement sa porte, à son vif soulagement. Animée par la répulsion et la colère comme elle l'était, elle n'aurait guère donné cher de la peau d'Anthéa si cette dernière s'était mise en tête de justifier ses actions. Elle avait, par ailleurs, bien plus urgent à régler.

Rejetant en arrière ses mèches roses trop longues, la jeune fille, dans un profond soupir, tenta de se concentrer une nouvelle fois sur les informations défilant à la surface de son écran.

Tournant en boucle, se répétait sans cesse l'enregistrement de son entrevue avec Taelia – sa demi-sœur, comme elle devait l'appeler désormais – en alternance avec la dernière mystérieuse prédiction de Mathieu.

Un haut-le-cœur la saisit tandis que la voix, détestablement froide et dépourvue de toute émotion, de la dirigeante de la Green Phoenix répétait pour la énième fois « Ainsi, tous pourront mesurer les conséquences des erreurs de leur gouvernement qui, d'égoïsme en égoïsme, aura conduit l'erreur que je suis à mener à bien ses desseins ».

Écœurée, l'adolescente coupa le discours de cette jeune femme si semblable à elle-même. Il était inutile de se torturer plus avant : elle connaissait la situation par cœur à présent. C'était d'une solution pour sauver Angel qu'elle avait besoin pour le moment, le reste pouvait bien attendre. Qu'importaient ses sentiments personnels ?

- L'ingénu devra plonger pour sauver le perdant et alors seulement tout sera terminé pour lui, énonça à son tour pour la millième fois la voix étrangement monocorde de Mathieu, déformé par ses écouteurs.

Le funeste présage la fit frissonner de plus belle. Ils n'étaient pas de taille à lutter contre Angel et la Green Phoenix pour le moment, c'était certain. Le programme de virtualisation évolutif peinait à faire ses preuves et ils avaient manqué de jugement en se lançant dans une nouvelle mission de sauvetage à l'aveuglette. Il lui fallait analyser leurs atouts depuis le début, quitte à repartir à zéro s'il le fallait.

D'un simple clic, Aelita ouvrit une nouvelle fenêtre, affichant sur son ordinateur l'historique de leurs derniers combats, faisant défiler les complexes lignes de code devant ses yeux épuisés et révulsés d'un glissement de molette.

William était monté de niveau au cours de son combat contre Angel et semblait désormais prêt à l'offensive. C'était déjà une bonne chose. Elle-même, semblait-il, avait fait preuve d'un gain d'expérience suite à son accès de rage face à Scarlet sous sa forme translatée. Elle n'avait pas eu le temps de tester l'évolution de son avatar mais nul ne doutait que le moindre bonus de puissance était à saisir dans leur lutte contre la Green Phoenix.

- Odd semble aussi avoir développé un nouveau pouvoir… commenta à voix basse la jeune fille, soulignant d'un trait de souris une ligne chiffrée ressassant la soudaine prise de contrôle du félin virtuel sur une Manta. Un don qui n'était pas à négligé non plus, loin de là.

Perdue dans ses intenses réflexions, un brusque coup à sa porte la fit soudain sursauter violemment, manquant de la faire dégringoler de sa chaise.

Arrachant ses écouteurs de ses oreilles, la jeune fille se tourna vers le battant verrouillé, les sourcils arqués en une expression de profonde colère.

- Je ne veux pas te parler, maman ! s'écria-t-elle avec hargne, il n'y a plus rien à dire après ce que tu nous as fait aujourd'hui, laisse-moi travailler.

- Aelita ? fit soudain une voix étonnamment grave à travers la porte, c'est Jérémie… Est-ce que tu peux m'ouvrir s'il-te-plaît, il faut qu'on parle.

De surprise, l'adolescente lâcha ses écouteurs qui tombèrent sur le parquet dans un tintement sourd. Que faisait son ancien petit-ami dans son appartement ? Sans doute sa mère, désireuse de faire la paix, s'était-elle empressée de le laisser entrer.

Submergée par l'hésitation causée par le choc d'entendre la voix inattendue de Jérémie à travers sa porte, Aelita finit néanmoins par céder, franchissant les quelques pas la séparant du loquet, grimaçant face à la désagréable sensation de ses jambes, engourdies par sa position maintenue trop longtemps.

Un petit cliquetis plus tard, et sa porte coulissait légèrement, laissant pénétrer la lumière du couloir à l'intérieur de sa chambre, la forçant à cligner des yeux. Face à elle, la haute silhouette longiligne de Jérémie la dévisageait désormais, le visage grave, le reflet de la jeune fille aux cheveux roses étincelant à la surface de ses lunettes.

- Tu as cinq minutes, abdiqua l'adolescente, s'effaçant pour le laisser entrer avant de vite refermer la porte derrière lui, désireuse de ne pas laisser à sa mère la moindre occasion d'engager la discussion.

Cette dernière, restée en retrait dans le salon tout ce temps, réprima un sanglot que sa fille, ignorant tant bien que mal, fit taire en verrouillant de nouveau sa serrure.

- Qu'est-ce que tu veux ? souffla-t-elle en se retournant vers Jérémie, croisant les bras en une expression de défis, je te signale que j'essaye de travailler sur un nouveau plan qui pourrait nous permettre de libérer Angel, alors…

- Dans cet état-là, tu n'arriveras à rien, la coupa sèchement Jérémie, lui faisant écarquiller ses grands yeux verts de surprise, tu es trop bouleversée pour réfléchir et tu as besoin de parler avec quelqu'un alors… Me voici !

Estomaquée, Aelita ne put que rester coite, littéralement stupéfaite par les propos de son camarade de classe. Son arrogance dépassait les bornes cette fois-ci. Comment osait-il se présenter à sa porte après tout ce qui s'était déroulé entre eux et espérer polémiquer sur ses sentiments profonds tout en lui faisant la morale, comme autrefois ? De nouveau, elle sentait la rage incontrôlable qui l'avait animée face à sa mère la submerger, nimbant sa vision d'une teinte rouge sanguine.

- De quel droit… ? fulmina-t-elle, serrant les poings, incapable de se contrôler, Jérémie, si c'est tout ce que tu avais à me dire je préfère t'affirmer qu'il vaut mieux que tu partes sur le champ ! J'ai bien mieux à faire que d'écouter tes sornettes. Au cas où tu ne l'aurais pas entendu tout à l'heure, il reste seulement deux semaines avant qu'Angel ne soit supprimé définitivement d'Endo, et…

- Et nous allons avoir besoin que notre leader soit au mieux de ses capacités pour éviter cela, l'interrompit de nouveau Jérémie, inébranlable, tu crois que le sort de ce garçon ne m'importe pas ? Je tiens autant que toi à le libérer des griffes de la Green Phoenix mais, pour cela, il faut que tu te calmes.

Un nouveau silence stupéfait lui répondit tandis qu'Aelita, sous le choc, peinait à trouver ses mots. L'adolescent, le cœur battant à tout rompre sous l'effet de l'angoisse que lui évoquait la jeune fille bouillante de rage face à lui, en profita pour poursuivre, d'un ton rapide.

- Aelita, quoi que tu puisses en dire, la découverte de ta demi-sœur ne peut pas t'avoir laissée de marbre. Tu aurais du t'entendre face à ta mère tout à l'heure, je ne t'avais jamais vue aussi folle de rage. Je ne veux pas que tu te laisse emporter par tes sentiments, il y a trop en jeu pour cela.

Fermant ses lèvres tremblantes, Jérémie se tut, en attente de la sentence de son ancienne petite amie. Il s'était laissé emporter en demandant à Stéphanie de l'amener jusqu'ici et, à présent, peinait à exprimer ce qu'il avait sur le cœur.

- Et il y a plus, murmura-t-il d'une voix presque indistincte, baissant la tête au moment où Aelita, rouge de colère, s'apprêtait à répliquer, te voir souffrir à ce point… est insupportable pour moi, même après tout ce temps.

De surprise, l'adolescente en oublia momentanément ses remontrances. Pour la première fois depuis très longtemps, Jérémie, bien que maladroitement, lui faisait part de son inquiétude face à elle. Malgré l'obscurité ambiante, elle crut même discerner sur les joues de son vis-à-vis une légère coloration rosée, témoignant de son embarras.

Un profond soupir lui échappa tandis que, soudainement, toute trace de rancœur s'atténuait au creux de sa poitrine, laissant place à une profonde lassitude.

- Je suppose que tu pensais à bien en venant ici, lâcha-t-elle enfin, arrachant un sourire soulagé à Jérémie, et je te remercie de te faire du souci pour moi, ça me touche vraiment. Néanmoins, j'ai dû affronter bien pire dans ma vie et, crois-moi, je suis capable de faire face à cette situation. En tout cas, j'en serai capable tant que toute cette histoire avec la Green Phoenix ne sera pas terminée. Il le faut.

Le jeune homme fit mine de redresser ses lunettes, dissimulant un rictus. Une fois de plus, Aelita faisait preuve de son entêtement légendaire. Peu importait son discours, elle était déterminée à montrer sa force jusqu'au bout, quitte à souffrir en silence, et cela lui tordait le cœur. Néanmoins, son air légèrement apaisé suffisait à le rassurer quelque peu.

- Dans ce cas, répondit-il au bout d'un moment, sérieux, pardonne à ta mère ses erreurs. Je ne peux qu'imaginer à quelle point sa trahison doit être dure pour toi, mais, quoi qu'on puisse en dire, elle avait ses raisons d'agir et a elle aussi traversé des épreuves insurmontables. La dernière chose dont elle a besoin, c'est de ta colère. Tout comme la dernière chose dont tu as besoin, c'est de te retrouver seule et sans famille une fois de plus.

Une légère toux l'anima tandis qu'il tentait de se reprendre, gêné face à son accès de sentimentalisme. Aelita, troublée par ses paroles, le laissa terminer.

- Ce que je veux dire, poursuivit-il d'un ton plus neutre, c'est que quelle que soit la situation, nous aurons besoin de ses compétences pour secourir Angel. Elle est bien plus douée en terme d'informatique que nous deux réunis, et tu le sais.

Aelita eut une moue contrariée. Elle n'avait même plus la force de protester à présent.

- Oui, je le sais, murmura-t-elle dans un souffle à peine audible, bloqué au fond de sa gorge sèche, je veux dire… J'arrive à me mettre à sa place, j'arrive à comprendre ses motivations et pourtant… Pourtant je n'arrive pas décolérer ! Je n'arrive pas à faire appel à la raison dans cette situation et c'est ça qui m'effraie.

De rage, elle se retourna vers son ordinateur, jetant un regard empli de haine vers l'enregistrement de sa conversation avec Taelia. Jérémie, silencieux, suivit ce manège en se gardant bien de tout commentaire.

- J'arrive aussi à la comprendre, reprit Aelita, d'un ton véritablement troublé cette fois-ci, Scarlet je veux dire… Ma demi-sœur. Elle a été abandonnée par ses deux parents et l'une s'avère être l'un des meurtriers de l'autre. La situation dans laquelle elle est plongée est aussi complexe et dépourvue de sens que celle dans laquelle j'étais lorsque j'ai fini par en apprendre plus sur mes origines, il y a des années de cela. Je devrais pouvoir la comprendre et vouloir l'aider, et malgré cela…

- …Malgré cela, tu ne peux pas t'empêcher de la haïr de toutes les fibres de ton être, compléta Jérémie d'un air attristé, risquant un pas vers son ancienne petite amie, malgré tout ce que ta logique te dicte, tu n'arrives pas à faire taire ces sentiments qui hurlent en toi, mettant tes pensées sans dessus dessous… Je me trompe ?

Incapable de nier, Aelita se contenta de hocher la tête en signe de dénégation, vaincue. Elle se sentait pitoyable en cet instant précis. Pitoyable de laisser cette colère incompréhensible la submerger, obscurcissant la douceur et la tolérance qui la caractérisaient d'ordinaire. En cet instant précis, elle peinait à reconnaître la jeune fille aux cheveux roses dont son écran d'ordinateur lui renvoyait le reflet, le visage tordu en un masque de douleur blafard. Elle se sentait sur le point de céder.

Et puis soudain, sans crier gare, Jérémie fit la dernière chose qu'elle se serait attendue à le voir faire. D'un brusque pas, il franchit les quelques mètres les séparant et, sans ciller, l'enlaça brusquement, lui arrachant un tressautement de surprise.

La chaleur de l'étreinte eut un effet étrange sur Aelita qui, presque aussitôt, sentit sa colère s'évanouir au profit d'une franche surprise. Elle aurait voulu crier, se dégager et montrer à Jérémie qu'elle était suffisamment forte pour gérer ses propres émotions sans son support. Pourtant, il n'y avait là rien de désagréable à profiter du réconfort des bras du jeune homme entourant ses frêles épaules, absorbant petit à petit la noirceur de son âme jusqu'à ne laisser qu'un vide étrangement apaisant. Il n'y avait rien d'amoureux ou de passionnel dans cette étreinte pour la première fois depuis longtemps. Rien de plus qu'un franc soutient amical, le plus intense qu'elle avait jamais été en mesure de ressentir.

- Tu n'as pas à endurer tout ça par toi-même, murmura Jérémie au creux de son oreille, un trémolo bouleversant de sincérité au creux de la voix, je peux être là si tu en ressens le besoin. On peut tous être là. Tu n'as pas à réprouver ce que tu ressens : la colère, la haine… Tout cela, ce n'est rien de plus qu'un réaction normale à la situation, alors ne t'en veux pas trop pour ça, je t'en prie.

L'espace d'un instant, tout s'effaça autour d'eux tandis que, pour la première fois depuis de nombreux mois, Aelita réalisait à quel point elle était loin d'être seule.

Et puis, aussi soudainement qu'il était venu, cet instant magique se brisa et la jeune fille, le visage dur, s'écarta doucement.

- Inutile de t'inquiéter, Jérémie, ça va aller, fit-elle d'une voix plus forte qu'auparavant, je vais… Me remettre au boulot ! C'est très gentil d'être passé. Ça m'a surprise bien sûr, mais c'était gentil.

Pendant un bref moment, l'adolescent eut l'air tiraillé entre son désir de rester pour la prendre de nouveau dans ses bras et celui d'obéir à son injonction. Puis, finalement, son regard retrouva sa neutralité habituelle et il inclina la tête, vaincu.

- Très bien, je vais te laisser, fit-il, non sans regret, tout en saisissant la poignée de la porte, mais avant cela, je veux que tu me promettes d'avoir une discussion avec ta mère. Une vraie discussion d'adulte à adulte.

Détournant les yeux, Aelita se garda bien de répondre, faisant mine de pianoter sur le clavier de son ordinateur portable, l'air faussement indifférente. Jérémie, lui, ne bougea pas d'un pouce, attendant sa réponse.

- C'est important pour vous deux, Aelita, insista-t-il, intransigeant.

Un long soupir s'échappa des lèvres de la jeune fille aux cheveux roses. Les yeux clos et les mains serrées contre le dossier de sa chaise, elle se laissa un instant absorber par ses pensées, le front plissé dans une attitude méditative. Puis, brusquement, ses orbes vertes s'ouvrirent de nouveau, se tournant vers Jérémie tandis qu'un pâle sourire peu convaincu étirait sa bouche.

- Entendu, affirma-t-elle de mauvaise grâce, la voix grinçante, je vais essayer de discuter avec elle… Maintenant file avant qu'un surveillant ne s'aperçoive de ton absence à Kadic !

C'était là tout ce qu'il attendait. Inclinant la tête, Jérémie poussa enfin la poignée et sortit dans le couloir, disparaissant rapidement à son angle en direction de la sortie de l'appartement. Silencieuse, Aelita tendit l'oreille, guettant les bruits de pas du jeune homme, de plus en plus diffus le long du corridor, jusqu'à ce que ceux-ci ne s'évanouissent derrière le claquement de la porte d'entrée.

Soupirant derechef, la jeune fille releva la tête, juste à temps pour capter le fragment d'éclat bleu du regard de sa mère, vrillant sa chambre avec douleur avant de disparaître derrière une cascade de cheveux roses pâles, sur le canapé du salon. Face à cette vision, Aelita ne put empêcher son cœur de se serrer dans sa poitrine, étouffant momentanément sa colère. Jérémie avait raison, repousser la discussion fatidique ne servait à rien. Il était temps d'aller de l'avant.

Réunissant son courage à deux mains, l'adolescente céda finalement et, d'un pas raide, sortit à son tour de sa chambre, prête à affronter les lourds secrets de sa mère.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:30   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1012
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Le jour pointait son visage timide alors que, sur Kadic, la fraîcheur toute relative du mois de mai déposait son manteau sur les hauts bâtiments de pierre ancienne. Les étudiants s'éveillaient doucement au rythme des rayons du soleil et le chant des oiseaux les plus braves, tandis qu'une nouvelle pénible et harassante journée de cours s'apprêtait à débuter. Le mois de juin était à leur porte et, avec lui, la promesse de vacances d'été bien méritées – pour les non-bacheliers tout du moins.

Lorsqu'Odd, vêtu d'un simple T-shirt mauve, jaillit dans la cour à la suite d'une poignée d'autres internes, son air épuisé témoignait du mal qu'il avait eu à trouver le sommeil, perturbé par les reproches de William et sa culpabilité face à ce qu'il avait infligé à Eva. Ulrich, sur ses talons, se gardait bien de tout commentaire, réservant son jugement pour lui-même.

Il n'avait jamais été réellement féru de l'américaine plantureuse et devait reconnaître que la fin de leur histoire était sans aucun doute la meilleure chose qui pouvait arriver à son compagnon de chambre depuis longtemps. Néanmoins, la véhémence de William de la veille avait fini par semer le doute dans son esprit. Tout sympathique qu'était Mathieu, il était évident qu'il était le genre de personne à susciter une compassion proche de la déraison. Lui-même était tombé dans ce piège, et devait bien reconnaître qu'il appréciait particulièrement le jeune homme et se sentait prêt à défendre ses intérêts bec et ongle, ne serait-ce que par pures convictions personnelles. Stéphanie, de par leurs forts liens d'amitié, était sans nul doute du même avis et il était évident qu'Odd le premier avait succombé à cet étrange pouvoir que le jeune homme aux grands yeux tristes suscitait chez les autres, lui révélant l'existence de l'usine de prime abord. Restait désormais à déterminer dans quel mesure Mathieu était sérieux dans ses sentiments.

Sa nouvelle relation avec Odd, en effet, posait un gigantesque point d'interrogation sur ses sentiments personnels, et notamment sur ceux relatifs à Angel qui l'avaient tant perturbés au cours de ses quelques mois passés à Kadic. Il était alors juste de se demander quelle place réelle le jeune homme au béret violet occupait dans son cœur déjà plein à ras-bord ? Odd ne risquait-il pas de souffrir plus encore en la compagnie de Mathieu qu'en celle d'Eva ?

Se mordant la lèvre inférieure, Ulrich se jura d'avoir une petite discussion avec les principaux intéressés dés que l'occasion se présenterait.

Tandis qu'ils convergeaient vers le réfectoire, la silhouette mince de Mathieu se joignit à eux, l'air aussi pâle et abattu qu'Odd. La nuit avait manifestement été courte pour tout le monde, et l'absence de Jérémie, probablement encore au fond de son lit, en disait long sur les pensées qui avait pu les torturer tous les deux.

Tandis que le compagnon de chambre d'Ulrich adressait un maigre sourire à l'élu de son cœur, Mathieu se contenta de détourner un regard embarrassé, au fond duquel la culpabilité était clairement lisible. Le fait qu'Eva ait surpris leur baiser la veille le tourmentait visiblement plus encore que le jeune homme au béret, au point de le voir se poser de nouvelles questions quant à la justification de ses actes. A l'instar d'Ulrich en effet, Mathieu avait fini par se demander jusqu'à quel point ses sentiments pour Odd étaient sincères. Bien entendu, la présence de l'adolescent auprès de lui constituait un véritable réconfort et la chaleur qu'il lui procurait valait bien toute la haine d'Eva, mais William avait soulevé un point essentiel au cours de la dernière soirée, et la sensation de profond désespoir qu'il avait éprouvé lors de leur dernier échec quant à la libération d'Angel lui intimait de prendre ses distances, ne serait-ce que pour un temps.

Il était déjà tard pour le début de la matinée, et la plupart des élèves quittaient le réfectoire au lieu de s'y rendre, bavardant gaiement, un exemplaire du dernier numéro des « Echos de Kadic » roulé sous le coude, un croissant à la main, indifférent aux tourments des Lyokô-guerriers croisant leur route.

Néanmoins, Mathieu ne put s'empêcher de constater que d'étranges murmures précédaient leur passage, et les regards semblaient se détourner sur leur trajectoire pour une mystérieuse raison.

Tandis qu'un haussement de sourcils curieux l'animait, Odd fit mine de pousser la porte du préfabriqué le plus proche, désireux de se jeter sur le copieux petit-déjeuner que leur avait concocté Rosa histoire d'oublier momentanément ses problèmes.

A cet instant précis, la silhouette d'un jeune homme bien bâti et mal rasé jaillit en trombe du réfectoire, percutant de plein fouet l'adolescent tout de violet vêtu, lui arrachant un « ouf ! » de surprise juste avant de le projeter violemment à terre.

- Odd… ? s'exclama William, visiblement surpris de l'avoir ainsi bousculé et en proie à la plus grande confusion.

Se retournant vers le reste du groupe, il pâlit soudain avant d'amorcer un pas de recul, bredouillant de manière confuse.

- Ah, vous êtes tous là… fit-il d'un air franchement nerveux, écoutez, vous feriez mieux de ne pas entrer dans le réfectoire tout de suite. Il faut que je vous informe de quelque chose avant cela…

Tout en aidant Odd à se relever, Mathieu constata subitement que William lui aussi dissimulait un exemplaire des Echos de Kadic, le journal de l'école, au creux de sa main. Suivant son regard, le jeune homme s'empressa de le dissimuler derrière son dos mais avec une fraction de seconde de retard. Stéphanie, qui venait de pénétrer dans le parc, avait suivi l'échange de loin d'un œil intéressé et venait de lui arracher le papier des mains, un sourire taquin sur le visage.

- Bah alors Willy, qu'est-ce que tu essayes de nous cacher ? fit-elle avec familiarité, son regard aux reflets mauves étincelant de malice tandis qu'elle entreprenait de feuilleter le magazine, sans tenir compte des yeux emplis de détresse de son camarade de classe.

Au détour d'une page, elle se figea brusquement néanmoins avant de pâlir tout aussi subitement, arborant une coloration à peu près similaire à celle du ténébreux jeune homme.

- Oh non… murmura-t-elle, les doigts tremblants tandis que ses yeux parcouraient le mystérieux article avec frénésie avant de brusquement rougir de colère, la garce ! L'immonde et abominable petite…

Elle n'eut pas le temps de finir qu'Odd lui arrachait à son tour l'exemplaire des mains, tendu. Ulrich, intrigué, se pencha sur son épaule tandis qu'il entamait lui aussi sa lecture. Stéphanie, de son côté, s'était murée dans le silence, fixant Mathieu avec une rare intensité. Très vite, Ulrich leva la tête à son tour, soudain blême, avant de porter un regard consterné vers l'adolescent, de plus en plus inquiet.

- Qu'est-ce qui se passe à la fin ? articula le jeune homme en question, ses yeux bleus sautant d'une personne à l'autre tandis qu'Odd, stupéfait, demeurait figé face au journal, incapable de réagir, qu'est-ce qu'il y a d'écrit de si sensationnel dans les Echos de Kadic ?

- Mathieu, quoi qu'il arrive, ne lit surtout pas ça… souffla Stéphanie, profondément choquée tandis que William détournait le regard de honte.

Mais le mal était déjà fait. N'y tenant plus, Mathieu avait à son tour arraché la publication des mains de son bien-aimé, profitant de sa torpeur. Une vague d'appréhension le submergeant, il n'eut besoin que de poser les yeux sur le titre de l'article pour comprendre, interdit. Face à lui, s'étirait en grosses lettres l'en-tête suivant :


« Le lourd passé de Mathieu Scillas, l'étrange nouveau venu à Kadic, enfin dévoilé ! »


Juste en dessous, sous forme de sous-titre, s'alignaient les mots « Sa tragique histoire d'amour impossible dévoilée au grand jour », comme pour le narguer de plus belle.

Il lui sembla brusquement qu'une tonne de plomb venait de s'abattre sur son estomac. Vacillant, le regard brouillé, il lâcha le journal sans s'en rendre compte, laissant ce dernier tomber au sol dans un bruit de papier froissé. William, toujours incapable de se prononcer, lui lançait un regard désolé tandis qu'Ulrich amorçait un pas inquiet dans sa direction. Il n'avait pas besoin de lire l'article plus avant pour deviner son contenu : quelqu'un avait dévoilé à Milly ou Tamiya l'incident qui l'avait poussé à quitter Sainte Bénédicte, en profitant pour révéler au lycée tout entier son homosexualité dont il avait tant honte. C'était comme si le monde s'était subitement effondré sur ses pieds. Partout où il regardait désormais, il avait l'impression de croiser le regard haineux, empli de moquerie condescendante de ses camarades, comme si subitement Kadic tout entier s'était changé en un ennemi repoussant et monstrueux. Il n'était plus chez-lui désormais dans la cour de cette école. Une fois de plus, il se retrouvait complètement perdu et dévasté.

- C'est forcément cette saleté d'américaine ! fulmina Stéphanie, mise au courant des derniers événements par Jérémie lors de leur trajet jusqu'à l'immeuble d'Aelita le soir dernier, elle a trouvé le parfait moyen de se venger ! Quelle espèce de pourriture…

William, d'habitude si enclin à défendre sa consœur de cauchemar, se trouva incapable de répliquer quoi que ce fût. Tout disposé à admettre que l'attitude d'Odd et Mathieu avait été déraisonnable qu'il était, la cruauté dont faisait preuve Eva ici en dévoilant à tous ce dont l'ancien élève de Sainte Bénédicte avait le plus honte était au-delà de toute justification.

Odd, resté figé sur place tout ce temps, semblait désormais bouillir littéralement de colère, le visage déformé par une rage incontrôlable, qui ne cessait d'enfler au creux de sa poitrine. Une simple lecture de l'article diffamatoire avait suffit à balayer toute trace de culpabilité de son cœur, laissant place à une furie intense dont il ne se serait jamais cru capable, et certainement pas envers son ancienne petite amie.

- Odd… murmura Ulrich, bien conscient de l'état de son compagnon de chambre et prêt à intervenir si besoin était.

A cet instant cependant, un éclat de voix retentit dans leur dos, accompagnés de rires moqueurs. Se retournant, le petit groupe des Lyokô-guerriers fit soudain face à Thomas Jolivet, l'ex-petit-ami d'Aelita, quelques anciens fidèles de la bande à Sissi ricanant méchamment derrière lui. Tous dardaient un regard féroce vers Mathieu qui ne pouvait s'empêcher de trembler de tout son corps.

- Hey, Scillas ! l'apostropha le jeune homme brun, agitant un exemplaire des Echos de Kadic devant le visage de l'adolescent éperdu, moqueur, alors comme ça il parait que tu es PD ? 'Faudra que tu me présentes ceux qui t'ont roué de coups jusqu'à ce que tu quittes ton précédent lycée à l'occasion, je pensais les féliciter !

- Thomas, tu ferais mieux de lui foutre la paix... grogna Ulrich, prêt à se dresser face au groupe d'élèves remplis de haine.

Stéphanie, de son côté, avait serré les points et s'apprêtait elle aussi à intervenir lorsqu'Odd, contre toute attente, repoussa brusquement Thomas, sans la moindre somation et à la surprise générale. Mathieu, incrédule, releva la tête vers le jeune homme aux cheveux blonds, dont le regard d'un gris perlé étincelait désormais de colère farouche.

- S'il y en a un qui a un problème avec Mathieu, qu'il s'adresse directement à moi ! s'écria-t-il, vociférant, je me ferai un plaisir de le remettre à sa place avec les formes.

Et puis, sans crier gare, il saisit brusquement la main de l'intéressé, lui arrachant un sursaut de stupeur tandis que le groupe de Thomas écarquillaient de grands yeux effarouchés.

Ulrich, soudain déterminé, fit à son tour un pas en avant, ses épais sourcils arqués en une expression menaçante, faisant bouclier de son corps devant ses deux amis.

- Et s'ils n'en ont pas eu assez avec Odd, ils peuvent aussi venir me voir après ça ! affirma-t-il d'un ton très calme, faisant distinctement craquer ses jointures avec panache.

Stéphanie, galvanisée par le courage de ses comparses Lyokô-guerriers, vint à son tour se ranger à leur côté. Si l'effet demeurait moins impressionnant que celui procuré par la haute silhouette et les muscles saillants d'Ulrich et Odd, l'aura sombre qui émanait d'elle suffit à faire amorcer un nouveau pas de recul au groupe d'adolescents, échangeant désormais des regards craintifs.

William, après un bref instant d'hésitation, finit par soupirer, joignant la barricade humaine d'un pas leste, un rictus mauvais sur le visage.

- Vous avez compris ? siffla-t-il, dardant son regard sombre sur chacun des lycéens, déguerpissez avant qu'on ne s'énerve vraiment !

Marmonnant de frustration, le groupe de Thomas finit par obtempérer, estimant que l'idée de taquiner un adolescent pour son homosexualité était négligeable par rapport au risque de s'attirer le courroux de trois des garçons les plus sportifs de l'école, et de la jeune fille la plus teigneuse que Kadic ait jamais connu.

Bouleversé, Mathieu ne parvint pas à articuler la moindre syllabe jusqu'à ce que Thomas et les autres aient disparu sous les arcades, ses doigts continuant de trembler au sein de la prise ferme de la main d'Odd.

Ce ne fut que lorsqu'il fut certain d'être en sécurité que le surplus d'émotion finit par déborder et que de lourdes larmes s'écoulèrent de ses yeux, ruisselant le long de ses joues en silence, tandis que sa respiration se faisait sifflante. L'espace d'un instant, il s'était cru de nouveau face à la bande d'Angel, déterminée à lui faire payer son baiser impromptu le soir du bal de l'école, et les anciennes douleurs de son corps s'étaient subitement réveillées, le terrassant sur place.

Choquée, Stéphanie fut la première à l'entourer de ses bras, l'arrachant momentanément à l'étreinte d'Odd, caressant son dos dans une attitude rassurante.

- Ça va aller, souffla-t-elle tandis que le jeune homme cédait face au poids de ses douloureux souvenirs, ravivés par l'attitude agressive de ses camarades de classe, on ne les laissera pas te faire de mal à nouveau, tu as ma parole. Ce n'est plus comme à Sainte Bénédicte ici, tu ne seras jamais seul.

« Merci » fut le seul mot que Mathieu parvint à murmurer entre deux sanglots, tandis que William et Ulrich lui administrait une petite tape gauche sur l'épaule, compatissants et mal à l'aise face à son bouleversement, « merci infiniment… ».

Odd, de son côté, s'était entièrement désintéressé de la situation. Au loin, son regard venait de s'arrêter sur la chevelure rousse d'une collégienne qui, soudain embarrassée, avait brusquement tourné les talons au lieu de se diriger vers le réfectoire, comme cela avait été son intention première.

- Occupez-vous de le rassurer, ordonna soudain le jeune homme d'une voix sourde, j'ai quelques comptes à régler…

Ramassant le journal tombé au sol, Odd s'éloigna rapidement du groupe sous leur regard surpris, avançant d'un pas vif vers Milly qui n'eut d'autre choix que de se figer, l'air nerveux, jusqu'à ce qu'il n'atteigne son niveau.

- Je peux savoir ce qui t'as pris de publier un tel article !? fulmina-t-il en lui flanquant l'exemplaire des Echos de Kadic sous le nez sans autre forme de civilité, est-ce que tu as simplement la moindre idée de ce que Mathieu va endurer à présent à cause de toi ?

- Écoute, Odd, entama Milly d'un ton qui se voulait apaisant mais au travers duquel perçait un vif embarras, la liberté de la presse fait que notre collège-lycée a le droit d'avoir accès à la moindre forme d'information sur ses étudiants. Qui plus est, je n'ai jamais eu le droit à l'interview décente que je voulais de lui lorsqu'il est arrivé, alors je me suis dit qu'une histoire aussi croustillante…

La gifle partit d'elle-même sans qu'Odd fut capable de se contenir un tant soit peu, résonnant longuement à travers les platanes de la cour. De nombreux regards éberlués se tournèrent dans leur direction tandis que le jeune lycéen, fulminant de rage, contournait la collégienne pour se précipiter vers les dortoirs, sans plus de cérémonie. Personne ne songea à se mettre en travers de sa route. Même Milly, trop choquée pour réagir, se contenta de frotter doucement sa joue endolorie, consciente pour la première fois d'être allée trop loin cette fois-ci.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Lorsqu'Odd parvint enfin face à la chambre d'Eva, écumant d'une rage sans nom, la sonnerie annonçant le début des cours résonnait déjà à travers les couloir. Elle ne suffit cependant pas à masquer la violence de ses tambourinements contre la porte de la jeune fille, tandis qu'il la sommait de lui ouvrir à pleins poumons.

Un cliquetis se fit rapidement entendre et, l'instant d'après, le battant pivotait, dévoilant la silhouette toutes en courbes de l'américaine, un sourire perfide au coin des lèvres.

- Oui ? questionna-t-elle d'un ton innocent, s'écartant pour laisser Odd pénétrer à l'intérieur de la chambre.

Ce dernier, hors de lui, s'empressa de jeter l'exemplaire des Echos de Kadic, désormais passablement froissé, aux pieds de son ex-petite-amie, avant de prendre la parole, la voix vibrante de colère.

- Je peux savoir ce que ça signifie !? tempêta-t-il, hors de lui, et ne prétends pas ne pas savoir de quoi je parle, c'est forcément toi qui est responsable de cet article !

Écartant le reste de journal d'un léger coup de pied dédaigneux, Eva se contenta de contourner son ex-petit-ami en silence, se dirigeant vers sa commode afin d'y farfouiller d'un air indifférent.

- Je n'ai fait que réagir comme il le fallait face à la trahison que vous m'avez infligée, finit-elle par répondre calmement, sans prendre la peine de défier le regard d'Odd, vous avez choisi de me faire souffrir, je vous ai rendu la pareille. Rien de plus naturel !

- Tu n'avais pas à t'en prendre à lui, répliqua le jeune homme d'un ton si sombre qu'on aurait cru les rayons du soleil à l'extérieur atténués par la simple puissance de sa voix, tu avais tous les droits de me haïr pour ce que je t'ai fait, pour ne pas avoir pris la peine de t'en parler et t'infliger une telle chose… Mais tu n'avais pas à te venger sur Mathieu, il ne méritait pas cela.

- Il est tout aussi coupable que toi, affirma Eva du même timbre indifférent, extirpant de son armoire deux ensembles qu'elle jeta pèle-mêle au sein d'une grosse valise rouge posée à même son lit, et je suis certaine qu'au fond de lui il est conscient de mériter ce que je lui ai fait subir. Sinon, ce serait lui qui serait dans cette chambre en train de me faire des reproches, pas toi.

Fauché sur place par l'argument, Odd prit soudainement conscience du remue-ménage de l'américaine. Pourquoi y avait-il une valise ouverte face à elle ? Que comptait-elle faire exactement ?

- Tu t'en vas quelque part ? commenta-t-il d'un ton railleur tandis qu'Eva enfonçait tant bien que mal un coûteux manteau entre deux paires de jeans slim.

- Je quitte Kadic pour être précise, répliqua-t-elle simplement.

Cette déclaration eut l'effet d'un coup de tonnerre pour Odd. Momentanément, la colère s'évanouit de son visage pour laisser la place à une franche incrédulité. Peu à peu toute la haine, toute la rancœur qu'il avait éprouvé envers elle jusqu'à présent se volatilisa pour ne plus laisser place qu'à une seule absurde et inconcevable pensée. Eva allait partir.

- Tu… Quoi ? bégaya-t-il, perturbé par la nouvelle et le flot de sentiments contradictoires qui se battaient désormais au creux de sa poitrine, mais…

- J'ai appelé mes parents aux Etats-Unis pendant la nuit, expliqua l'américaine sans se formaliser le moins du monde du visible trouble de son ex-petit-ami, ils sont d'accord pour me rapatrier chez moi le plus tôt possible et m'ont même payé l'hôtel en attendant que mon billet d'avion soit prêt. Ne me reste plus qu'à aller voir Delmas pour régler les dernières formalités.

Tout cela était si soudain ! Plus encore qu'au moment du départ de Jérémie. Odd, sous le choc, se trouva incapable d'admettre la réalité de la situation. Si Eva disait vrai, il était en train de voir son visage, de lui parler pour la dernière fois, et son cœur ne s'était pas préparé à un tel bouleversement.

Ignorant sa mine décomposée, Eva jeta un ultime coup d'œil circulaire à sa chambre avant de fermer sa valise, tirant la fermeture éclaire avec brusquerie.

- Alors tu nous abandonnes ? parvint enfin à lâcher Odd, amer, tu te contrefiches d'Angel et de ce qu'on s'apprête à subir face à la Green Phoenix ! Tu préfères nous laisser tomber à l'instant crucial pour une simple querelle d'amoureux ?

Un rire sardonique échappa à la sublime américaine. Le genre de rire glacial capable de transpercer son interlocuteur de part en part, aussi acéré qu'une pointe.

- Tu n'as toujours pas compris, n'est-ce pas ? lâcha-t-elle, laissant pour la première fois l'émotion transparaître au fond de sa voix, il y a des choses plus importantes que votre pauvre petite guéguerre virtuelle dans ce monde. Tout cela ça n'a pas le moindre sens pour moi, et je prie sincèrement pour qu'un jour toi aussi, Odd, tu réalises à quel point votre complexe du héros est ridicule.

Et, fermant la bouche définitivement, Eva souleva sa valise et franchit la porte de sa chambre d'un pas décidé, laissant derrière elle un Odd dévasté, incapable de faire le moindre geste pour l'arrêter, se contentant d'écouter le faible crissement des roues de la malle s'éloigner le long du couloir.

Cette fois-ci, les discours ne suffisaient plus. Trop de non-dits avaient été accumulés et Odd prenait conscience pour la première fois que, par son attitude, il venait de perdre une personne bien plus chère à son cœur qu'il ne l'avait réalisé au cours des derniers mois.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Aelita se frotta les yeux avec lassitude, épuisée par la lueur blafarde des quatre écrans du Supercalculateur face à elle. Jérémie, afféré sur sa tablette depuis plusieurs heures et l'air tout aussi éreinté, se tenait silencieusement prostré contre l'ancien appareil de Retour dans le Temps, en attente de son verdict.

Malgré le peu d'heures de sommeil qu'il avait pu emmagasiner au cours de la nuit, l'appel d'Aelita tôt dans la matinée juste avant le réveil des étudiants l'avait convaincu d'enfiler une chemise et un jean par-dessus son pyjama avant de descendre prestement dans les égouts afin de la rejoindre directement au cœur de l'usine.

Anthéa, légèrement en retrait derrière eux, l'air humble, avait refermé le capot de l'ordinateur de sa fille et attendait également que cette dernière prenne la parole, désireuse d'éviter un nouvel accès de colère de sa part.

Leur discussion forcée par Jérémie au cours de la nuit avait été fructifiante. Beaucoup de mots avaient été échangés, plus ou moins violemment. Il y avait eu des cris, des aveux déchirants jusqu'à ce qu'enfin les deux femmes n'éclatent en sanglot vers quatre heures du matin, tombant dans les bras l'une de l'autre.

Depuis, elles avaient tant bien que mal séché leurs larmes et, si tout n'avait pas été pardonné, Anthéa avait fini par admettre qu'Angel constituait une priorité sur son désir de revoir sa fille. C'était donc une trêve tacite qui avait été signée entre les deux femmes aux cheveux roses. Trêve qui se devait de durer jusqu'à la libération du prisonnier de la Green Phoenix, après quoi la question de Taelia se soulèverait de nouveau, nul n'en doutait. Néanmoins, durant ce laps de temps, Anthéa avait fait la promesse de mettre tout son talent au profit de leur mission de sauvetage, faisant fi de ses sentiments personnels, fait qu'Aelita ne pouvait s'empêcher d'admirer secrètement.

Se massant le front, la jeune fille retourna son fauteuil monté sur rail vers ses deux compagnons d'infortune.

- Je pense que c'est la seule solution viable, confirma-t-elle au bout d'un long moment de silence, c'est extrêmement dangereux, bien entendu, et rien ne pourra se faire sans l'accord des autres. Mais je pense néanmoins que, si on veut avoir une chance de libérer Angel, il faut prendre ce risque.

Elle parlait de l'ébauche de plan d'action que les trois informaticiens, après d'inlassables calculs de probabilités et études des avatars des Lyokô-guerriers ainsi que de l'infrastructure d'Endo de la Green Phoenix avaient fini par mettre laborieusement au point, malgré leur manque de sommeil chronique.

- Je pense aussi que c'est là l'interprétation la plus probable et la plus viable de la Prophétie de Mathieu, acquiesça gravement Jérémie, reprenant la parole.

- Ce qui signifie, poursuivit Anthéa, hésitante, que nous avons pour la première fois un véritable plan pour libérer Angel.

Aelita hocha doucement la tête, sans oser se laisser aller à sourire pour autant. Le combat était loin d'être gagné d'avance, malgré l'évident optimisme de sa mère. Leurs épreuves ne faisaient que commencer.

Sur l'écran principal, derrière elle, continuaient à tourner en boucle les paroles de Mathieu, répétant encore et encore sa mystérieuse Prophétie tel un glas funèbre :


« Le dénouement approche. L'ange en cage et l'ange innocent devront se battre et l'un d'entre eux tombera au terme. L'ingénu devra plonger pour sauver le perdant et alors seulement tout sera terminé pour lui. Un choix s'imposera alors à lui et de ce choix dépend la survie des mondes en fusion. »

« Puisse-t-il faire le bon… »
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:30   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1012
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
Chapitre 49 :

Épisode 148 : La chute de l'Ange_



Une alarme tonitruante résonnait à travers les couloirs glacés du repère de la Green Phoenix. Scarlet, de son habituelle démarche intransigeante, battait la mesure au rythme de ses talons claquant sur le sol de pierre tandis qu'elle gagnait la salle de gestion de son Supercalculateur, où régnait une rare agitation.

- Ils sont arrivés, n'est-ce pas ? s'enquit-elle face à son informaticien en chef, un homme étonnamment jeune aux cheveux bouclés, dont la blouse avait été visiblement enfilée avec précipitation.

Un sourire cruel animait dors et déjà ses lèvres dans l'attente de la réponse.

- C'est exact, répondit le jeune homme, le crâne ruisselant de sueur, l'un d'entre eux a réussi à pénétrer dans la Zone Noyau d'Endo et se rapproche dangereusement d'Angel… Nos Rampants n'ont rien pu faire pour l'arrêter !

- Ils sont piles à l'heure au rendez-vous… Comme cela ne me surprend pas

Exaltée, la dirigeante de la Green Phoenix écarta son employé d'un geste, se dirigeant jusqu'à l'écran de contrôle principal à la surface duquel une présence étrangère clignotait avec virulence sous la forme d'un minuscule point de couleur, progressant rapidement jusqu'à la Tour Noire, activée par leur soin. Un nouveau sourire lui échappa tandis qu'elle reconnaissait les données du mystérieux envahisseur, seul cette fois-ci.

- Voyons ce que tu m'as contactée, ma chère sœur, susurra la ténébreuse jeune femme d'un ton taquin, tremblante d'impatience, je me suis préparée à ce moment depuis bien plus longtemps que tu ne peux l'imaginer, crois-moi.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Aelita avançait d'un pas sûr le long de l'interminable pont de matière noire menant au noyau du 5ème territoire d'Endo, le menton levé en une attitude de défi. Ses ailes, gigantesques désormais, flottaient doucement dans son dos, pulsant d'une lueur rose de plus en plus vive à mesure qu'elle s'enfonçait dans les ténèbres du cœur de l'univers virtuel jumeau à celui de son père, éclairant sa route.

A peine avait-elle posé le pied au sein de l'étroit corridor menant à la Salle de la Tour Noire que, déjà, le pont derrière coulissait à nouveau de sorte à s'encastrer dans la paroi, lui coupant toute retraite possible. Elle s'y était préparée.

Laissant la légère lueur de son avatar, désormais d'un blanc immaculé à peine ponctué par quelques nuances de tissus virtuel d'un rose pâle, éclairer son chemin, la jeune fille poursuivit sa route sans se laisser démonter jusqu'à finalement déboucher au sein de la salle circulaire minuscule, envahie par son espèce de corail irisé.

Un simple coup d'œil au centre de la pièce suffit à confirmer ses craintes. La silhouette luminescente emprisonnée derrière les racines de la Tour Noire, autrefois si semblable à Angel, n'était plus qu'une sphère d'énergie, le symbole de son créateur pulsant d'une lueur malsaine à travers la pénombre à sa surface. La copie était complète désormais, et ce n'était probablement plus qu'une question de temps avant qu'il ne soit trop tard pour Angel.

Aelita tenta de se ressaisir en jetant un coup d'œil au halo enveloppant le haut pilier cylindrique au dessus du Cœur, désormais stabilisé, toujours aussi sombre, signe de son activation. La Green Phoenix n'en avait pas encore fini avec Angel, ce qui lui confirmait qu'elle avait encore le temps de le sauver, même si le processeur d'effacement avait déjà du commencer.

Patiente, elle se tint prête sur place, attendant que l'alarme qu'elle avait du déclencher en pénétrant au sein du 5ème territoire atteigne le gardien des lieux.

Elle n'eut guère à patienter bien longtemps. En effet, à peine avait-elle fait un nouveau pas en avant que la surface de la Tour se ridaient d'ondulations bleutées, permettant à la silhouette d'Angel d'en émerger lentement, son aile unique se déployant avec grâce dans son dos, sa faux d'or menant la marche.

En une fraction de seconde, le jeune homme possédé par la Green Phoenix était à terre, lui faisant face d'un air méfiant, son arme luisant de son habituelle lueur mordorée, prête à frapper.

- Parfait, à nous deux, souffla l'adolescente, produisant un effort de concentration des plus intenses afin de parvenir à calmer sa nervosité croissante.

Déployant brusquement ses propres ailes, Aelita s'élança subitement dans les airs, laissant les cadrans sur ses mains marquer leur première position, générant deux puissants champs de force rosâtre devant ses paumes.

- Je vais te libérer, Angel, ici et maintenant ! s'écria-t-elle en bombardant le jeune homme, déclenchant le combat sans plus attendre.

D'un revers de lame, l'ange déchu para l'attaque avec une facilité désarçonnante avant de s'élever à son tour à son nouveau, son aile unique battant l'air avec insistance.

Aelita n'attendit pas sa contre-attaque pour plonger, amorçant un roulé-boulé impeccable dans les airs avant de projeter un nouveau Champ de Force qu'il para tout aussi aisément dans sa direction.

Rendu néanmoins prudent par son apparente agressivité, Angel ne tarda pas à battre en retraite, sa faux levée en position défensive, son regard doré méfiant suivant les mouvements de son adversaire avec attention.

L'elfe virtuelle, tout aussi prudente, fit cliqueter les cadrans sur ses mains, en attente de la prochaine action du jeune homme, les filaments s'en élevant dansant doucement autour de ses bras. Prête à poursuivre ses assauts, elle darda ses yeux d'un vert flamboyant sur l'adolescent possédé.

Changeant brusquement d'attitude, ce dernier leva soudain sa main restée libre face à elle et une sorte de minuscule vortex d'énergie bleue s'y forma presque aussitôt dans un sifflement diffus.

- Je vois, tu passes au niveau supérieur dés le début cette fois-ci, grimaça Aelita tandis qu'une première Manta jaillissait dors et déjà de la paume tendue d'Angel, ses contours gracieux se dessinant pixel après pixel face à elle, prête à faire feu, dans ce cas j'ai moi aussi une surprise pour toi…

Et, sans plus attendre, Aelita leva à son tour les mains, laissant son chant de création emplir l'atmosphère, surpassant le cri des Mantas, virtualisées l'une après l'autre face à elle.

De son habituelle sphère d'énergie rose de Synthétisation, d'étranges contours se dessinèrent brusquement, adoptant lentement à leur tour une forme mouvante et bien connue de la jeune fille, dont la texture se remplissait peu à peu dans un éclat de pixels luminescents. L'instant d'après, une superbe Manta aux ailes irisées de lumière jaillissait de sa main, l'ancien symbole de XANA suivant avec grâce la courbe de son dos jusqu'au bout de sa queue, sa gueule effilée luisant d'un rayon d'énergie bleue.

Très vite, le laser de sa création fusa droit vers la première invocation d'Angel qui, trop surprise pour s'écarter, explosa aussitôt de plein fouet en une nuée de particules numériques, bien vite remplacée par deux de ses comparses, leur extrémité respective rougeoyante de colère. Les tirs commencèrent à pleuvoir tandis qu'une deuxième, puis une troisième Manta jaillissaient du néant sous l'effet du champ de création d'Aelita et, très vite ses créatures se retrouvèrent à effectuer un formidable ballet aérien contre les monstres d'Angel, déviant leur trajectoire d'un battement d'ailes furieux, parant leur laser d'un rouge malveillant de leur propres rayons bleutés, leur doux cris harmonieux s'opposant aux hurlements strident de leurs adversaires. C'était une guerre de Mantas, ni plus ni moins, qui emplissait l'espace restreint de la Salle du Cœur désormais, laissant le champ libre aux deux adolescents pour se jauger l'un l'autre.

Angel, s'il fut surpris par la nouvelle faculté de son adversaire, n'en témoigna aucunement et fendit aussitôt l'air d'un geste agressif de sa faux, prêt à revenir à une méthode de combat plus traditionnelle.

- Si tu penses avoir l'ascendant sur moi au corps à corps, répliqua Aelita face à sa provocation, un léger rictus au coin des lèvres, j'ai aussi une nouvelle parade pour ça.

Et, tandis qu'Angel n'attendait pas la suite de sa réplique pour foncer vers elle à toute allure, la jeune fille aux cheveux roses stoppa le mouvement incessant de ses cadrans sur un mystérieux quatrième curseur, apparu à l'occasion de sa montée de niveau lors de son dernier passage sur Endo.

Il ne fallut qu'une fraction de seconde pour qu'une nuée de particules roses ne s'assemblent au creux de sa main, s'allongeant dans un grésillement numérique jusqu'à former une véritable faux d'énergie à la lame tranchante, d'une composition étonnamment similaire à celle de ses Champs de Force.

Raffermissant sa prise sur son arme nouvellement formée, Aelita effectua un brusque mouvement de volte-face, laissant sa création s'entrechoquer violemment avec la lame tendue d'Angel, projetant des étincelles roses et or partout à travers la salle.

Ils étaient à armes égales désormais.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Les deux queues d'Odd battaient l'air nerveusement dans son dos tandis que de lourds nuages de pixels noirs, chargés d'éclairs, avançaient dangereusement au dessus de leur tête.

Sa mine inquiète, nimbée par les reflets bleus de la coque du Hopper amarré à une Tour non loin de là, se leva en direction du ciel, ses oreilles de chat frétillant d'appréhension.

- Anthéa, vous êtes sûre que choisir le Territoire du Ciel pour se dissimuler était la meilleure option ? questionna-t-il tandis qu'Ulrich le rejoignait, la mine renfrognée, la partie tranchante de son katana, déjà sorti de son fourreau, luisant d'une faible lueur verte.

- Certaine, répondit l'informaticienne à travers son micro, vous êtes suffisamment proches de la Mer Numérique pour que les nuages forment une barrière efficace entre vous et les éventuels Monstres de la Green Phoenix, autant visuelle que physique.

Odd émit un grognement, ses griffes tapotant nerveusement l'embout de ses Catguns. Il était loin d'être rassuré par les dires de la mère d'Aelita.

- Je m'inquiète plus de ce que les éclairs pourraient nous faire à nous plutôt qu'aux monstres, marmonna-t-il avant de donner un coup de pied dans une petite pierre brune au sol, l'envoyant valser jusqu'au bord du plateau rocailleux.

- Le champ magnétique du Hopper devrait pouvoir nous protéger tant qu'on est à proximité. C'est une fois que le combat sera engagé qu'il faudra commencer à s'inquiéter !

La voix de Jérémie avait jaillit de derrière un rocher dans son dos. Se retournant, Odd dévisagea le jeune homme à l'armure d'un blanc irisé, ses lunettes numériques sondant le terrain avec attention.

- En tout cas c'est ce que mon pouvoir me confirme, affirma-t-il avant de baisser la tête vers ses comparses, atténuant légèrement le flot de données devant ses yeux.

Encore plus sur le qui-vive que ses compagnons, Jérémie semblait espérer pouvoir éviter l'affrontement avec les monstres de la Green Phoenix, peu accoutumé à l'atmosphère du monde numérique. Pourtant, et selon le plan qu'il avait lui-même conçu avec Aelita et Anthéa, sa présence sur Endo était cruciale. Il en venait presque à maudire l'amélioration considérable de ses équipements virtuels suite à son passage à la virtualisation évolutive.

Un bruit de pas dans son dos lui fit faire brusquement volte-face, son bâton brandit. Il se détendit cependant quelque peut en reconnaissant Mathieu, ses oreilles de lapins soulevées doucement par les tourbillons de vents virtuels projetés par les nuages de pixels au dessus de leur tête. La tête basse, son regard d'un bleu intense empreint de la plus profonde inquiétude, le jeune homme semblait incapable de tenir en place, allant et venant d'un bout à l'autre du plateau dans un ballet nerveux quelque peu hypnotisant.

Odd, bien qu'inquiet à son sujet, se retint de l’interpeller, la mine morose. Depuis le départ d'Eva de Kadic, deux semaines plus tôt, leurs rapports s'étaient quelques peu détériorés, l'un se sentant responsable pour l'article publié dans les Echos de Kadic, l'autre culpabilisant pour son intrusion dans l'histoire d'amour du premier.

Une main puissante se referma soudain sur son épaule, le tirant de ses sordides pensées. Ulrich, ses épais sourcils froncés à la surface de son front, eut un discret signe de tête en sa direction.

- Reste concentré, lui intima-t-il doucement, veillant bien à ce que Mathieu ne perçoive rien de leur conversation, on n'a pas le droit à l'erreur cette fois-ci.

Étouffant un nouveau grognement, le nekomata virtuel se força néanmoins à suivre les conseils de son camarade de chambre, reportant son attention sur les éclairs numériques grondant au dessus de leur tête au sein des nuages de pixels. La tension était à son comble désormais.

Depuis le Cockpit du Hopper, Amarré par un filament de particules roses à la Tour la plus proche, Stéphanie semblait littéralement bouillir d'impatience sur son plot, son unique couette ondulant au rythme de sa nervosité difficilement contenue. William, à l'autre bout de l'habitacle, affichait une allure faussement décontractée, néanmoins trahi par le tapotement nerveux de ses doigts sur le fourreau de sa nouvelle épée.

- Anthéa ? s'enquit Yumi, la dernière restée au niveau du poste de contrôle, les bras croisés avec sécheresse autour de son kimono virtuel, où en est Aelita sur le 5ème territoire ? J'aurais vraiment aimé qu'au moins l'un d'entre nous l'accompagne face à Angel…

- Nous en avons déjà discuté, Yumi, répondit la meneuse d'un ton las, nous devons nous fier à la prophétie de Mathieu le plus fidèlement possible si nous voulons avoir une chance. Qui plus est, Aelita est la seule dont les pouvoirs sont actuellement en mesure de faire face à ceux d'Angel : vous ne feriez que la gêner en l'accompagnant.

- Fais-lui confiance Yumi, je suis sûre qu'elle va s'en sortir ! affirma Stéphanie d'un ton tremblant de nervosité néanmoins, arrachant une grimace dépitée à la japonaise.

A cet instant, les écrans à la surface translucides du cockpit se tintèrent brusquement de rouge tandis qu'une alarme tonitruante emplissait l'entièreté de l'habitacle. Le signal agit comme un électrochoc sur la japonaise qui redressa brusquement sa posture, crispant ses doigts contre la console de commande.

Esquissant un sursaut, Stéphanie se précipita contre la paroi du cockpit, scrutant le plateau en contrebat d'un œil nerveux. Déjà, à travers la brume opaque de pixels, l'œil rougeoyant des monstres convergeant dans leur direction commençait à pointer.

- Ça commence ! s'époumona-t-elle à l'adresse de ses compagnons à l'extérieur, préparez-vous !

Le cri parvint jusqu'à Jérémie qui, soudain tendu, entreprit de dégainer maladroitement son bâton, prêt à jouer son rôle.

- Enclenche la démarche, maintenant ! lui intima Ulrich, dont le katana pulsait d'une lueur sauvage, prêt à frapper, il ne faut pas que le Hopper prenne le moindre dommage, et la Green Phoenix a l'air d'avoir envoyé le paquet cette fois !

Approuvant d'un air grave, le jeune informaticien de génie enclencha son pouvoir, laissant les calculs complexes courir le long de ses lunettes interactives.

A mesure que ses doigts commençaient à effleurer la surface de son arme suivant les indications des données avec subtilité, des contours bleutés commencèrent à se dégager de l'embout, serpentant dans les airs jusqu'à la structure métallisée du Hopper.

Au moment où le premier Block émergeait du brouillard, une volée de pixels jaillit du bâton tendu de Jérémie et vint recouvrir la texture de sa création. A peine les lasers commençaient-ils à pleuvoir, qu'une gigantesque cage enveloppait le vaisseau dans son intégralité, le protégeant derrière une véritable gangue de multiplications du bâton interactif de Jérémie. Il était désormais invulnérable et totalement impénétrable.

- Une bonne chose de faîte, grogna l'informaticien en se retournant vers la véritable armée de Blocks et de Frôlions qui commençaient à jaillir des nuages dans un vrombissement de fin du monde, maintenant, à nous de tenir notre position jusqu'à ce que le moment soit venu…

Tandis qu'il dégainait ses Catguns, se préparant au combat, Odd ne put s'empêcher de risquer un regard à l'adresse de Mathieu dans son dos. Ce dernier, bien que visiblement nerveux, s'affairait à conserver un visage de marbre, dans une volonté inébranlable de paraître plus fort qu'il ne l'était. Cette vision fendit le cœur virtuel du Lyokô-guerrier : le plus dur était encore à venir pour le jeune homme et, en cet instant précis, son corps tout entier semblait lui crier de le saisir dans ses bras, de le rassurer du mieux qu'il le put. Cependant, l'image du regard plein de haine d'Eva, quittant Kadic de sa longue enjambée, semblait agir comme une barrière entre eux et il n put s'y résoudre, se contentant de fouetter l'air de ses queues d'un geste de dépit.

- Ramenez-vous… ! marmonna-t-il à l'adresse des créatures, le regard luisant de colère et de détermination alors que son horizon commençait à s'emplir de lasers furieux.

Au sein du cockpit du Hopper, désormais masqué au Territoire du Ciel par la gangue squelettique formée par Jérémie, Stéphanie et William rongeait leur frein tandis que Yumi, affairée, achevait les derniers préparatifs depuis sa console de commande. A travers la structure protectrice, les bruits de la bataille qui venait de débuter se faisait diffus, lointain, comme si leur petit groupe s'était soudainement trouvé à des années-lumière du conflit.

- Nous sommes parés pour la Translation, finit par lâcher la japonaise dans un soupir, maîtrisant les tremblements nerveux de ses longs doigts pâles à grand peine. Si l'un d'entre vous préfère rester ici plutôt que d'affronter la Green Phoenix en chair et en os, il est encore temps de renoncer.

Aucun de ses deux amis ne broncha et Yumi se garda bien d'insister. Tous trois savaient bien qu'en dépit de ses paroles il était désormais bien trop tard pour faire machine arrière. Leur décision avait été prise des jours auparavant et resterait inébranlable, quel que puisse en être le prix à payer.

- Nous sommes prêts, Anthéa ! finit par lâcher l'adolescente à l'interminable chevelure d'un noir de jais, envoyez-nous sur Terre.

-La procédure est initiée, leur répondit la mère d'Aelita dans un trémolo à peine contenu, bonne chance à vous.

A peine avait-elle fini sa phrase, qu'une vive lueur s'élevait des plots respectifs des trois adolescents. L'instant d'après, leur corps numérique s'évanouissait en une nuée de particules grésillantes, précipitant leur consciente à des lieux du combat.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Stéphanie dut secouer la tête plusieurs fois avant de recouvrer le plein contrôle de ses sens. Une sensation étrange emplissait son bas-ventre et il lui semblait percevoir son environnement comme à travers un voile de brume éthéré. Seule certitude au sein de son esprit, encore embrumée par la Translation, le couloir sombre et glacial dans lequel elle venait d'atterrir n'avait rien à voir avec Endo.

- Vous allez bien ? s'enquit une voix familière et chuchotée sur sa droite, la Translation a de quoi... désarçonner la première fois !

Clignant ses grands yeux violets, Stéphanie reconnut la silhouette de Yumi, toujours cintrée dans son magnifique kimono blanc et pourpre, flottant doucement dans un halo léger malgré l'absence de courant d'air. Non loin d'elle, se tenait William, l'air manifestement étourdi, sa large épée segmentée luisant à travers la pénombre d'une étrange lueur électrique. La jeune fille ne put s'empêcher d'entrouvrir la bouche de stupeur, déconcertée par le contraste entre la tenue virtuelle de ses amies et l'aspect si réel, si vivant de leur environnement. Elle se sentait si légère, si instable dans ce corps artificiel constitué de minuscules particules électriques vibrantes d'énergie qu'il lui semblait que sa présence toute entière dans le bâtiment n'était qu'une gigantesque anomalie, sur le point d'être effacée. La vision de ses aiguilles dans leur fourreau, illuminée de la même lueur électrique que le zanbato de William, suffit néanmoins à la rassurer quelque peu.

- Où est-ce qu'on est ? questionna-t-elle d'une voix curieuse, légèrement plus vibrante qu'à l'accoutumée.

-- D'après Anthéa, dans un vieux couloir désaffecté du repère de la Green Phoenix,repéré par Aelita lors de son dernier passage, répondit sobrement Yumi en s'approchant d'une porte épaisse, à travers laquelle filtrait de vagues raies d'une lumière pâle et artificielle. On est juste à côté du bureau de Taelia, menant à la salle du Supercalculateur, ce qui nous facilite grandement la tâche.

- Ça change quand même bien les choses de venir préparés, commenta William, qui commençait à se faire à son état de spectre électrique, cette fois-ci, il sera facile d'éviter un maximum de gardes !

Yumi eut une profonde inspiration. Son ex-petit-ami avait beau dire, il était clair que la bataille était loin d'être gagnée et elle ne pouvait s'empêcher de se dire qu'elle aurait été bien plus à l'aise en compagnie de Lyokô-guerriers pus habitués à la Translation que les deux nouveaux venus dans le groupe. Néanmoins, la présence de William et de Stéphanie sur Terre constituait un point capital de leur plan et elle n'était parvenue à soulever aucune objection lors de la constitution des groupes par Aelita, Jérémie et Anthéa, quelques jours auparavant.

- Vous savez ce que vous avez à faire, prononça-t-elle, prenant d'office la tête des inspirations, Stéphanie, est-ce que tu penses pouvoir t'en sortir seule de ton côté ?

- Ne t'en fais pas ! lui répondit son amie avec un large sourire, une fois qu'elle eut fini d'admirer la surface parcourue d'interférences de ses doigts, je suis sûrement la mieux placée dans le groupe pour créer une diversion ! Crois-moi, quand il s'agit d'attirer l'attention, je sais m'y prendre. Concentrez-vous sur votre partie de la mission plutôt.

- Arriver dans la Salle du Supercalculateur en un seul morceau… Un jeu d'enfant, répliqua William dans une grimace avant de se reprendre, esquissant un pauvre sourire qui n'avait rien de convaincu, bon courage à toi, Stéphanie.

Pendant un long moment, les deux adolescents échangèrent un de ces interminables regards qui semble à la fois tant exprimer et tant taire. Puis, sans réfléchir plus avant, la jeune fille tourna les talons, l'ourlet de sa jupe plissée ondulant sur son mouvement, son corset de cuir se teintant de lueurs électriques.

- Préparez-vous, Green Phoenix, je suis à vous dans un instant ! ricana-t-elle en dégainant une aiguille chargée d'énergie face à la porte.

- N'oublie pas surtout, lui lança Yumi en guise d'ultime recommandation, faire face à de véritables êtres humains peut être effrayant mais tu n'es qu'une masse d'énergie en cet instant précis. Non seulement tu ne risques rien physiquement mais tout ce que tes armes seront capables de faire seront de transpercer le corps des gardes d'une décharge électrique suffisante pour les étourdir… Bonne chance !

La gothic lolita eut un hochement de tête grave avant de finalement faire coulisser la porte du couloir désaffecté et de se jeter à travers l'ouverture, se mettant à courir à toutes jambes, laissant ses deux amis seuls derrière elle. Le battant eut à peine le temps de se refermer que, déjà, les premiers cris des gardes retentissaient, rapidement suivis de violents coups de feu, arrachant un haut-le-cœur à William.

Tout aussi révulsée bien que sachant que Stéphanie ne courrait aucun danger, Yumi dut faire dos à la porte jusqu'à ce que le tumulte de la fusillade ne s'éloigne, signe que leur amie parvenait à repousser ses assaillants. Par mesure de précaution, elle attendit une minute de plus avant de faire coulisser la poignée à son tour, jetant un rapide coup d'œil à travers l'entrebâillement.

- La voie est libre, murmura-t-elle à l'adresse de William avant de s'engager dans le couloir, lui faisant signe de la suivre.

Ignorant à grand peine la peur qui commençait à lui étreindre l'estomac, le ténébreux guerrier se lança à sa suite et, bien vite, les deux Lyokô-guerriers se retrouvèrent à déambuler au sein d'un corridor désert, leur présence fantomatique projetant des ombres hésitantes à la surface des murs étroits de l'ancien bunker.

Yumi avait prit le temps de mémoriser par cœur le plan de l'ancienne bâtisse avant le lancement de la mission, sous les conseils d'Anthéa, et ce fut donc tout naturellement que ses pas la portèrent vers un embranchement en pente douce menant – elle le savait – dans les profondeurs du bâtiment, là où était enfoui la salle glaciale du Supercalculateur.

Dans son dos, le souffle rauque de William faisait écho aux cris lointains des membres de la Green Phoenix au dessus de leur tête, à qui Stéphanie semblait donner du fil à retordre. Yumi ressentit une brusque pointe de culpabilité l'affliger tandis que l'idée de courir rejoindre son amie afin de lui prêter main forte la traversait. Elle s'en voulait de devoir la laisser seule en proie ainsi à la Green Phoenix, néanmoins la mission de William sur Terre était trop importante pour qu'elle puisse se permettre le moindre sentimentalisme. En cet instant précis, c'était lui qui avait le plus besoin de protection.

Dans une sensation qu'il aurait été aisé de qualifier de vertigineuse, la somptueuse geisha réalisa subitement qu'il s'agissait là de la première fois où elle et William se retrouvaient seul à seul depuis leur rupture. Même après son retour dans le groupe –bien contre son gré, les deux anciens petits amis n'avaient guère échangés plus que le minimum syndical en guise de politesse, et les démons qui hantaient son passé tumultueux avec le jeune homme commençaient à ressurgir, comme attisés par la pression ambiante.

Après une série de coups d'œil en biais silencieux à l'adresse du guerrier clair, elle ne put résister plus longtemps et laissa sa voix surgir, rompant l'oppressante quiétude les environnant.

- William, je me demandais… Tu es sûre que tout va bien ? lança-t-elle maladroitement, cette mission de Translation…

- Ça va, Yumi, la coupa-t-il, un peu plus sèchement qu'il ne l'aurait souhaité sans doute puisque sa voix s’adoucit presque aussitôt, je pensais me mettre à angoisser en toute honnêteté mais… Cet air froid qui nous environne… La sensation de ce sol dur et métallique sous nos pieds… Les bruits distants des discussions… Je suis habitué à tout ça et je pense que je me sens bien plus dans mon élément ici, sur Terre, que dans le monde virtuel. Tout est tellement plus… Simple. Plus logique.

C'était la stricte vérité. Si l'univers de Lyokô ou d'Endo ramenaient encore de pénibles souvenirs à la surface de sa mémoire à chaque virtualisation, la Translation semblait avoir ôté de ses épaules comme un immense poids, à sa grande stupéfaction. Si la pression de sa mission était bien là, il devait reconnaître que le fait de se retrouver ainsi sur Terre gorgé des pouvoirs et des capacités physiques hors du commun que lui avait attribués le monde virtuel avait quelque chose d'étonnamment rassurant. Non, rassurant n'était pas le mot. Il aurait eut mieux fait de parler d'exaltation !

« Le même genre d'exaltation que tu as ressenti lors de ta première visite sur Lyokô, et tu te souviens de ce à quoi cela t'as mené, se fustigea-t-il intérieurement en prenant conscience de cette triste vérité, reste sur tes gardes… »

Yumi, cependant, n'avait guère était apaisée par son discours et, tandis qu'ils approchaient enfin d'un lourd panneau noir faisant office de porte, elle finit par se retourner vers lui, n'y tenant plus.

- En réalité… lâcha-t-elle sans parvenir à bien trouver ses mots, je me demandais si tout allait bien à une échelle plus globale ! Je veux dire… Je sais que toute cette histoire avec Lyokô ne te plaît pas et à quel point c'est dur pour toi en ce moment, et le fait de me fréquenter tous les jours à cause de ça…

- …Ne me dérange pas plus que cela ! répliqua-t-il une fois de plus trop rapidement avant de se mordre la lèvre de dépit.

Intriguée par sa réponse, la japonaise ne put que cligner des yeux pour l'enjoindre à continuer.

- Tu sais, j'ai vraiment essayé de te détester, Yumi, finit par capituler William, ralentissant légèrement l'allure, la mine sombre, je crois même avoir très sincèrement réussi pendant un moment. Je me sentais tellement trahi… Et pourtant, maintenant qu'on se retrouve tous ensemble fourrés dans ce guêpier, j'en viens à me demander si toute cette haine avait réellement un sens.

Il s'agissait là d'un étonnant revirement de situation pour le jeune homme, toujours prompt à se camper sur ses émotions, aussi la jeune femme ne put-elle retenir un souffle surpris.

- Pour ma part j'estime aujourd'hui… lança-t-elle au moment où ils s'arrêtaient enfin devant la porte, j'estime que tu avais toutes les raisons du monde de m'en vouloir.

Elle avait énormément réfléchis à la question au cours des dernières semaines, muent par l'attitude étonnamment ouverte de Stéphanie face au jeune homme et à l'évolution évidente au sein de son comportement dont elle était témoin. Il lui avait fallu faire preuve d'une abnégation étonnamment puissante avant d'enfin parvenir à la conclusion qu'elle avait refusé d'admettre jusqu'à présent. Néanmoins, en cet instant précis, alors que leur histoire s'apprêtait à connaître leur dénouement, elle avait envie, pour la première fois, de soulager ce qu'elle avait sur le cœur depuis bien trop longtemps.

Ce fut donc d'une voix étrange que cette minuscule phrase s'échappa de ses lèvres spectrales. Une phrase trop longtemps contenue et pourtant chargée d'un sens si profond et si fort pour William qu'elle sentait qu'il était inutile de le contenir une seconde de plus. Malgré l'urgence de la situation, ou peut-être en raison de cette dernière, elle prit la décision de capituler.

- Je suis profondément désolée, William, dit-elle dans un souffle, désolée de ne jamais avoir prêté l'oreille à ce qui te perturbait quant j'en avais l'occasion. Désolée de ne pas avoir cherché à comprendre tes sentiments et à m'entêter à vouloir faire ce que j'estimais être mieux pour toi au lieu d'engager une simple discussion avec toi lorsqu'il en était encore temps. Désolée de m'être montrée si froide, si cruelle, à cause d'une simple erreur de ta part, quant j'en ai moi-même commis des dizaines à ton égard. Désolée de ne pas t'avoir fait confiance, pas une seule seconde. Je suis désolée.

Pendant une fraction de seconde, la froideur qui avait jadis durci les traits de William s'évanouit entièrement de son visage, au profit de la plus profonde des surprises. Ces simples paroles : « je suis désolée », l'avaient touché au plus profond d'un cœur qu'il n'était plus sûr d'avoir intact, avec une violence qu'il n'aurait jamais cru ressentir. Il s'était juré de ne jamais pardonner à la japonaise ce qu'elle lui avait fait subir, de ne jamais cherché à comprendre ses actes. Et pourtant, l'incommensurable force de ces trois simples mots suffit à faire vaciller cette volonté qu'il avait crue inébranlable. Peut-être n'avait-il, tout simplement, jamais cherché qu'à les entendre prononcés, ne serait-ce qu'une fois ?

Le souffle rauque, les deux adolescents furent tirés de leurs pensées tourmentés par de brusques éclats de voix à travers le panneau de métal, tandis qu'un mécanisme d'ouverture se déclenchait en grinçant à travers la cloison.

- On en discutera plus tard si tu veux bien, lança William en relevant son épée à la hâte, il y a plus urgent à faire pour le moment !

En effet, à peine avait-il prononcé ces mots qu'une porte à plusieurs mètres d'eux se dérobait, laissant une véritable armada de gardes ornementés du symbole du phénix vert déferler dans le couloir, l'arme au poing.

- Derrière moi, William ! s'exclama Yumi, recouvrant le contrôle de la situation en une fraction de seconde.

Elle eut à peine le temps de déployer son ombrelle entre elle et les gardes que, déjà, une pluie de balles s'abattait sur eux, ricochant avec fracas à la surface du bouclier d'énergie luminescent formé par son arme.

- A mon tour ! glapit le jeune homme, qui sentait ce qui tenait lieu de sang au sein de son avatar électrique bouillir dans ses veines.

Fendant l'air de son arme, il laissa plusieurs segments de sa lame se détacher sur la trajectoire, les laissant fuser en direction de la masse des hommes en noirs, leur arrachant un concert de hurlement de douleurs. Les projectiles, chargés en électricité, avaient traversé la peau de plusieurs gardes, les assommant sous le coup de la douleur.

- Couvre-moi ! rugit Yumi dont l'ombrelle commençait à ployer sous les tirs, je dois ouvrir la porte !

Dans un mouvement parfait, les deux adolescents échangèrent leurs places, William parant les balles avec difficulté à l'aide de son épée réduite.

Se concentrant sur le système d'ouverture à reconnaissance digitale, représenté par un simple panneau tactile à droite de la porte, Yumi brandit soudain son ombrelle à la manière d'un javelot avant de le planter profondément à l'intérieur dans un concert d'étincelles.

Il lui suffit de se concentrer un moment pour parvenir à activer son pouvoir de lévitation, auréolant son arme d'un halo vibrant de particules rougeâtres.

A cet instant, une balle ayant échappé à la vigilance de William perça subitement sa défense et vint transpercer de part en part l'épaule de la jeune fille, lui arrachant un cri de douleur et de surprise mêlé. Le picotement glacé qu'elle avait ressenti avait suffi à lui faire perdre sa concentration et le halo électromagnétique commença à décroître.

- Désolé ! s'excusa William entre ses dents en se permettant d'envoyer un nouveau bout de sa lame vers le responsable, faisant valser son arme au loin, mais si tu pouvais te dépêcher un peu Yumi… Je crois qu'ils ne vont pas tarder à tenter une percée !

Effectivement, la pluie de tris semblait s'être quelque peu atténuée et la poignée de gardes restantes avait entamé une conversation à voix basse depuis l'autre bout du couloir, pesant manifestement le pour et le contre quant au fait de foncer sur deux spectres électriques d'adolescents dont ils ne savaient rien.

Profitant de ce court instant de répit et ignorant la réplique cinglante de William, Yumi redoubla d'effort de concentration et laissa son pouvoir s'imprégner des circuits électriques du panneau, perturbant leur schéma de son mieux.

- Allez, allez… siffla-t-elle, ignorant la douleur à son épaule grésillante, Anthéa avait pourtant garanti que ça suffirait à contourner le mécanisme de défense ! On avait fait des tests dans l'usine !

A son immense soulagement, il y eut un brusque déclic et, comme pour obéir à ses supplications désespérées, la paroi pivota brusquement, libérant l'accès au bureau de Scarlet.

- William, à l'intérieur ! s'écria-t-elle, pressante, se jetant littéralement à travers l'ouverture.

Dans une ultime pirouette afin de repousser les balles qui recommençaient à pleuvoir sur lui, le jeune homme s'exécuta et se précipita presque instantanément à la poursuite de la jeune fille, lui laissant extirper son bâton du panneau mural à demi transpercé dans une nouvelle pluie d'étincelles. Un nouveau coup sur l'écran intérieur, et la porte se refermait au moment où le premier garde se précipitait à leur suite, lui coupant la route de justesse. Pour faire bonne mesure, Yumi s'empressa de bloquer le mécanisme de son ombrelle avant de s'éloigner précipitamment sous les coups des hommes de main, menaçant de faire rompre le panneau, qui tint cependant bon.

Derrière eux, la vaste salle immaculée au simple bureau paraissait entièrement vide.

- On est entrés, Anthéa ! souffla la japonaise, s'accordant un court moment de jubilation tout en aidant William, dont le genou gauche tremblotait doucement suite à une balle perdue, vous aviez raison ! Ça a marché ! Et Stéphanie a vraiment assuré en distrayant la majorité des employés de la Green Phoenix pour nous.

- Formidable ! leur répondit l'informaticienne d'un ton franchement soulagé, mais ne criez pas victoire trop vite : vous avez tous les deux perdu une vingtaine de Points de Vie dans la ruade et je ne peux pas garantir l'intégrité de vos corps spectraux éternellement, vous le savez. Alors de traînez pas !

Brusquement rappelée à la réalité, la jeune femme recouvra son visage de marbre, indiquant de la pointe du menton l'ouverture menant à la Salle du Supercalculateur d'après le rapport d'Aelita à son compagnon d'infortune.

- On y va, lança-t-elle sombrement, le dernier acte est sur le point de se jouer.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


La salle du cœur d'Endo, autrefois plongée dans le calme et l'obscurité, résonnait désormais des entrechocs métalliques des faux respectives des deux anges, occupés à se livrer à un ballet aérien mortel dans une pluie d'étincelles multicolores. Autour d'eux, telle une garde rapprochée, les Mantas se livraient à une véritable bataille de grâce et d'ondulation, échangeant lasers bleus et rouges dans un concert de hurlements rauques et envoûteurs.

Aelita, intraitable, le visage aussi fermé que celui de son adversaire possédé, effectua soudain une rotation parfaite dans les airs, envoyant Angel valser sur le côté d'un revers d'aile. Recalibrant prestement ses cadrans sur leur première position, elle changea presque instantanément sa faux d'énergie en une sphère d'un rose lumineux qu'elle propulsa aussitôt en direction du jeune homme, désarçonné par son coup de surprise.

D'un calme olympien, l'ange déchu absorba l'attaque sans broncher d'un coup de lame mordorée avant de reprendre le contrôle de sa trajectoire, ses yeux d'or flamboyant à travers l'obscurité.

- Il en faut plus pour t'impressionner, hein… ? lança échapper Aelita dans un souffle, ses oreilles d'elfe frémissant sous l'effet de la tension, très bien, dans ce cas…

Levant brusquement la main, elle focalisa l'attention de deux de ses créatures qui, délaissant leur opposante, virèrent brusquement de bord, pointant leur gueule illuminée de bleu vers le jeune homme à l'aile unique.

- Feu ! glapit-elle, se protégeant des tirs de Manta qui recommençaient à pleuvoir sur elle d'un champ de force protecteur.

Les lasers d'azur fusèrent à travers la voûte, forçant Angel à effectuer une nouvelle parade, aveuglant son champ de vision momentanément sous une pluie d'étincelles bleues et ors. Aelita n'hésita pas.

Fendant l'air en piqué, l'elfe virtuelle fit de nouveau pivoter ses cadrans sur leur quatrième segment, invoquant sa faux qui s'abattit sur Angel en une fraction de seconde. Surpris par la rapidité de l'action, le jeune homme eut tout juste le temps de se laisser tomber pour esquiver le coup. Néanmoins, l'arme d'énergie entailla profondément son aile unique, en arrachant une poignée d'étincelles. Un sourire triomphant étira les lèvres d'Aelita. Elle était enfin parvenue à lui faire perdre quelques Points de Vie. Il commençait à faiblir !

A cet instant, deux lasers rouges frôlèrent ses joues de peu et elle eut tout juste le temps de faire volte-face avant de se faire canarder par les Mantas de son adversaire, parant la pluie de tir d'une danse habile de sa faux, les faisant ricocher à travers toute la salle.

Inspirant profondément, la gardienne de Lyokô se concentra de nouveau pour faire barrière avec ses propres Mantas, engageant le combat de monstre de nouveau. Cette perte de Points de Vie n'était qu'une maigre victoire et Angel était loin d'être vaincu. Il lui fallait rester sur ses gardes si elle souhaitait mener sa mission à bien.

Dans un cri de rage, elle effectua un salto dans les airs avant de fuser de nouveau vers son adversaire qui leva sa propre faux de métal prestement depuis le sol où il s'était posé, le visage figé en un masque de calme profond et insondable, prêt à engager un nouveau combat au corps à corps.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Les cieux, habituellement d'un noir obscur à ce niveau de profondeur du Territoire du Ciel, avait viré au rouge tant les lasers pleuvaient sur les adolescents, entravant leurs mouvements.

Face à une véritable armée de Blocks, Mathieu, dissimulé à grand peine derrière un grand pic rocheux, ne pouvait qu'absorber tir sur tir avec ses armes sans parvenir à répliquer, de peur de se faire toucher.

Ulrich, juché sur son Overbike en état de lévitation, laissant vrombir l'unique roue de son véhicule d'un air menaçant, faisait office d'une véritable barrière entre les Frôlions et la cage de bâtonnets englobant le Hopper.

Quant à Odd, cela faisait bien longtemps qu'il avait délaissé son Overboard pour se jeter sur un Block isolé, enfonçant profondément les deux pointes au bout de ses queues au sein de l'un de ses hideux globes oculaires, transformant le symbole d'Angel en un sigle en forme de patte de chat sous l'effet de son pouvoir de contrôle. Armé de ses Catguns, il s'en donnait à cœur joie, bombardant les créatures de la Green Phoenix de Flèches Lasers, mêlés aux cercles de feu de sa monture.

- Anthéa ! rugit-il à travers le tumulte assourdissant de la bataille, évitant un tir croisé d'une habile courbure de l'échine, où en est Jérémie dans ses manipulations au sein de la Tour ? Ça commence à urger !

En effet, cela faisait plusieurs minutes que le petit génie avait fait disparaître se chevelure blonde à travers la paroi de l'immense pilier au halo vert, laissant le reste des Lyokô-guerriers de charger de le couvrir.

- Il progresse, répondit simplement l'informaticienne sans plus de précision, mais même lorsqu'il aura fini de lancer notre programme clef, nous ne pourrons rien faire tant qu'Aelita n'aura pas réussi sa partie de la mission, alors tenez bon d'ici là !

Grimaçant de dépit, Odd obtempéra néanmoins et défoula sa frustration en gelant toute une rangée de monstres d'un laser bleuté de son Block.

A cet instant, un violent éclair jaillit d'une agglomération de pixels au dessus des pics rocheux, manquant de peu d'atteindre Mathieu. Surpris par la détonation, ce dernier se retrouva propulsé hors de sa cachette, à la merci des monstres.

Le sang virtuel d'Odd ne fit aussitôt qu'un tour. Délaissant sa monture, trop lente, qu'il expédia dans le néant numérique d'une salve de Flèches Lasers bien envoyée, le nekomata se précipita à la rescousse de son compagnon, ses queues fouettant l'air dans son dos.

Il eut à peine le temps de les croiser entre eux et les créatures de la Green Phoenix, activa son X-shield, que les tirs commençaient à pleuvoir, manquant de peu de les désarçonnés.

Encore sonné par le coup de tonnerre, Mathieu parvint néanmoins à recouvrer ses esprits suffisamment longtemps pour permettre à Odd de l'entrainer de nouveau vers une surélévation rocheuse protectrice, couvrant leur trajectoire sous les coups d'une partie de tirs qu'il avait engrangés.

- Mathieu, je sais que tu as la tête ailleurs et que la mission qu'on est en train de vivre pose énormément de pression sur tes épaules, s'exclama Odd, oubliant momentanément qu'ils étaient en froid depuis le départ d'Eva, mais il faut vraiment que tu te ressaisisses si tu veux qu'Angel puisse être libéré selon le plan ! On a encore besoin de toi pour un petit moment ici, alors tâche de ne pas te faire dévirtualiser !

Surpris par le ton inhabituellement hargneux de son compagnon, Mathieu ne trouva rien à répondre, se contenta de le fixer d'un regard hébété, le cœur gros. Sentant soudain une vague de culpabilité l'envahir, Odd tenta de se reprendre d'un raclement de gorge, les oreilles de chat sur sa tête s'affaissant d'un air penaud.

- Tu n'as rien au moins ? s'enquit-il d'une voix infiniment plus douce, son regard gris empli de tristesse.

Un simple hochement de tête lui répondit. Mathieu, trop tourmenté par les événements, peinait à exprimer le tourment de sensations contradictoires qu'il éprouvait en cet instant précis.

Tandis qu'une dizaine de lasers brûlant fusaient au dessus de leur tête, les forçant à se baisser, les oreilles de chat d'Odd se dressèrent brusquement, aux aguets. Cette réaction s'accompagna d'un froncement de sourcils soupçonneux de la part du nekomata.

- Tu n'as pas entendu comme un bruit… ? s'enquit-il en redressant lentement un Catgun, comme s'il s'attendait à ce qu'une nouvelle menace leur tombe dessus d'un instant à l'autre.

Surpris, Mathieu se força à se concentrer à son tour, guettant le moindre son suspect. Très vite, un faible roulement lui parvint, à peine audible à travers le chaos généré par les monstres de la Green Phoenix. Un roulement métallique à travers la surface graveleuse du Territoire du Ciel…

Odd fut le premier à comprendre, un air d'effroi assombrissant soudain son visage.

- Des Mégatanks ! s'écria-t-il en se redressant brusquement, en dépit des lasers pleuvant autour de lui.

A peine avait-il prononcé ce sombre présage, que déjà les nuages de pixels les plus bas s'écartaient, laissant transparaître l'approche de deux gigantesques sphères de métal noir, fendu en deux sur leur longueur.

Sans même se préoccuper de leur présence, les deux nouveaux Monstres, la carapace encore chargée des éclairs qu'ils avaient essuyés en traversant la barrière nuageuse, roulèrent à toute allure à travers le plateau. L'arc de cercle qu'ils décrivirent pour les éviter ne laissant ni à Odd, ni à Mathieu le loisir de les canarder et ils ne purent qu'observer leur progression, horrifiés, tandis que les deux Mégatanks fusaient à toute allure en direction de la Tour activée par les soins d'Anthéa.

- Ulrich ! glapit le nekomata virtuel en bondissant à la suite des monstres, laissant un Mathieu désemparé derrière lui, il faut les arrêter ! S'ils parviennent à abattre la Tour, s'en est fini de la Translation de Stéphanie, Yumi et William comme du programme de Jérémie et il n'y aura plus aucun espoir !

Mais le samouraï vert, cerné par un véritable essaim de Frôlions, fut incapable de se dégager à temps pour empêcher le Mégatank le plus proche, dont la carapace venait de se scinder en deux, dévoilant son œil répugnant dans ses entrelacs de matière organique et de câbles électriques, lancer la première décharge de son laser elliptique droit sur le mince édifice.

La détonation d'un rouge sanguin eut pour effet de faire trembler l'ensemble de la Tour et le Hopper, bien que solidement amarré, oscilla légèrement. Le mince filin de fumerolles roses qui le maintenait au pilier parvint néanmoins à tenir.

A l'intérieur, Jérémie, soudain désarçonné, manqua de passer par-dessus la plateforme en forme du symbole d'Angel sur lequel il se tenait.

- Pas maintenant, jura-t-il entre ses dents après un bref coup d'œil en direction de la paroi dont les dossiers électroniques semblaient avoir été quelques peu secouées par le tir, encore quelques minutes, par pitié…

Dans son dos, à la surface de l'interface translucide flottant au centre de la Tour, la silhouette bleuté d'un avatar tournoyait paisiblement, insensible au chaos l'environnant.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Yumi et William avançaient silencieusement le long de l'obscur couloir bordé de câbles électriques, la tension ambiante semblant augmenter d'un cran à chacun de leurs pas. A mesure qu'ils avançaient, les rumeurs de conversations effrayées leurs parvenaient, leur confirmant que leur arrivée dans la tant redoutée salle du Supercalculateur serait loin d'être accueillante.

Lorsqu'enfin ils débouchèrent sur la vaste salle de pierre, ce fut en effet pour face à une ribambelle de scientifiques, l'air apeurés, massés derrière une rangée de gardes à l'air patibulaire. En tout et pour tout, une dizaine de pistolets étaient pointés sur eux, menaçant, prêts à les renvoyer d'où il venait.

Nerveux, William fit mine de lever son épée mais Yumi le contint d'un geste bref, le visage fermé. La partie commençait à peine.

- Nous demandons à parler à Scarlet, votre dirigeante ! lança-t-elle d'une voix forte à la cantonade, maîtrisant la peur qui lui saisissait l'estomac derrière un ton d'une neutralité typiquement japonaise.

Elle avait laissé son ombrelle derrière elle afin de bloquer la porte et l'absence d'arme dans ses mains la rendait nerveuse, néanmoins, elle se força à soutenir le regard des gardes, qui semblaient hésiter quant à la marche à suivre. Sur le front de l'homme le plus proche, une perle de sueur coula lentement, dessinant les courbes de son menton.

Enfin, après un instant qui sembla durer une éternité pour les deux adolescents, une voix s'éleva depuis le fond de la salle, forte et moqueuse.

- Me voici !

Il ne fallut guère plus d'une seconde pour que la machine bien rodée qu'était la garde personnelle des scientifiques ne s'écarte brusquement d'un air solennel, laissant apparaître la silhouette mince de leur dirigeante, cintrée dans un sourire cruel, sa blouse noire semblant trancher l'air glacé comme un couperet.

Yumi, qui avait affaire à la dirigeante de la Green Phoenix pour la première fois, fut stupéfaite de la ressemblance qu'elle portait avec Aelita. Seuls ses yeux froids et sombres, à des lieux du vert pétillant de son amie, suffisait à dompter la supercherie, aussi fut-il facile pour elle de se focaliser sur ce regard, défiant la jeune femme d'une mine fière.

- Nous venons vous implorer une dernière fois, clama-t-elle avec plus de rigueur que jamais, relâchez Angel maintenant où vous en payerez les conséquences.

Un rire franc et tranchant comme une lame de rasoir jaillit des lèvres de Taelia, bien vite rejoint par les ricanements moqueurs des gardes, toujours occupés à les tenir en joue. William, nerveux derrière sa camarade de classe, leur lança un regard mauvais mais parvint à retenir ses pulsions meurtrières. Il devait rester calme jusqu'à l'exécution du plan, où tous leurs efforts seraient réduits à néant en l'espace d'une poignée de balles.

- Libérer Angel, vraiment ? siffla Taelia au bout d'un moment, moqueuse, et pourquoi agirais-je de la sorte ? Le programme cœur de mon monde virtuel est en place… Il ne m'est plus d'aucune utilité ! Ma victoire est à portée de main !

Tout en parlant, la jeune femme aux courts cheveux pourpres écarta les bras, à la manière d'une conquérante, un air de franche jubilation sur le visage. La colère que William contenait à grand peine semblait sur le point d'imploser : cette femme lui apparaissait comme l'incarnation du mal.

Yumi, plus posée, se contenta de continuer à parler, dominant ses émotions avec brio.

- Justement, le tuer ne vous avancerait à rien de plus que le relâcher, argumenta-t-elle, suivant à la lettre le discours soigneusement rédigé pour elle par Anthéa, libérez-le… Et nous serions prêts à arranger une entrevue avec votre mère.

La proposition sonna avec tant de discordance que, pendant un bref instant, Taelia ne trouva rien à répondre, le visage figé en une expression mêlant effroi et stupeur. Puis, lentement, ses sourcils fins s'arquèrent en une toute autre émotion. Celle d'un amusement hilare et moqueur, qui se traduisit bien vite par un nouvel éclat de rire, fou cette fois-ci, incontrôlable. Les scientifiques attablés devant leurs écrans derrière elle, terrorisés, conservaient le silence, observant leur meneuse rire ainsi aux éclats face à la Lyokô-guerrière, dont le visage demeurait de marbre.

Enfin et, aussi soudainement qu'il était venu, le rire se tue pour laisser place à une nouvelle froideur acerbe. Ce fut sur un ton brûlant de dédain qu'elle lui répondit, la voix sifflante d'un dégoût parfaitement assumé.

- Vous croyez vraiment que j'ai encore quelque chose à faire de cette femme ? raya-t-elle, incapable de contenir sa fureur, cette étrangère qui a choisi de m'abandonner des années auparavant ? Ce serait si facile n'est-ce pas, si je n'étais qu'une psychopathe en manque d'affection ? Vous pensiez pouvoir me raisonner avec de bonnes intentions… Quelle stupidité de vôtre part !

Brandissant soudain une télécommande, la meneuse de la Green Phoenix alluma l'écran principal de son ordinateur d'une pression, dévoilant une carte en trois dimensions d'Endo. A sa surface, symbolisés par de minuscules points verts au milieu d'une nuée de sigles rouges, Mathieu, Odd, Ulrich et Jérémie apparaissaient comme cernés de toutes parts par plus de monstres qu'il ne fut possible d'en dénombrer. Sur une fenêtre annexe, à côté de la carte, défilait l'image en basse résolution d'un visuel du combat opposant Angel et Aelita.

Yumi ne put retenir un frisson face à la violence des coups qu'échangeait son amie avec le jeune homme possédé, frôlant la dévirtualisation à plus d'une reprise.

William, de son côté, n'avait pu s'empêcher de remarquer la barre décroissante affichée aux côtés de l'avatar de l'ange déchu, amorçant sa procédure d'effacement. A en juger sa vitesse, il ne leur restait guère plus d'une quinzaine de minutes pour le libérer, après quoi, il serait à jamais trop tard.

Déglutissant, le jeune homme jeta un bref coup d'œil à l'adresse des deux scanners, luisant des reflets luminescents de leur liquide intérieur, incrustés dans un mur au fond de la salle et désespérément inaccessibles.

Triomphante, Taelia se retourna vers eux, un air goguenard planté sur son visage émacié.

- Je m'attendais à bien mieux pour votre ultime tentative de libération, je dois l'avouer, raya-t-elle de son insupportable voix mielleuse, pourtant si proche de celle de sa demi-sœur, mais il faut croire que vous ne savez rien faire de plus que foncer dans le tas encore et encore jusqu'à ce que quelqu'un vous mate une bonne fois pour toutes.

Yumi ne répondit rien, se contentant de serrer les poings silencieusement. Insensible à son trouble, la surnommée Scarlet poursuivit son discours avec force, sous le regard admiratif de ses hommes de main.

- Vous n'êtes rien de plus que des adolescents effrayés, persuadés de contrôler une situation dont ils ne comprennent en réalité rien ! Vous pensez tout pouvoir régler avec vos belles paroles et votre conviction que l'amour – sa voix se fit cassante à cet instant – supplante tout. Preuve en est de votre ridicule requête. L'amour d'une mère pour la vie d'un jeune homme… Quel genre de marchandage est-ce là ? Et qui plus est…

Sa voix s'étiola jusqu'à ne plus devenir d'un murmure indistinct, empli d'une suffisante cruauté.

- Pourquoi me contenterais-je d'une mère… ? souffla-t-elle, alors que je m'apprête à posséder le monde ?


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Assise seule dans l'immensité de la Salle de Contrôle de la vaste et froide usine poussiéreuse, Anthéa pleurait silencieusement, les paroles de sa fille résonnant en boucle à son oreillette. En cet instant précis, une douleur plus forte que toute sa détermination avait pris place au fond de son cœur, supplantant toute forme de bon sens.

Ses grands yeux bleus et pâles, dont les contours commençaient à s'affaisser sous le poids des années, noyés de larmes, peinaient à demeurer concentrés sur les quatre écrans lui faisant face.

Elle s'y était pourtant préparée, consciente au plus profond de son âme que jamais la proposition de Yumi n'atteindrait le cœur de glace du fruit de son union forcée avec Mark James Hollenback. Au fond, peut-être avait-elle-même souhaité que ce rejet se produise. Tout était tellement plus simple désormais : elle n'avait plus à se soucier de son devoir de mère, sa fille avait fait le choix de s'opposer à eux, et elle ne pouvait se permettre de sacrifier le monde pour une personne aussi diabolique, qu'elle n'avait par ailleurs jamais souhaité.

Néanmoins, et sans qu'elle puisse se l'expliquer, les paroles de Taelia venaient de lui déchirer le cœur.

- Anthéa, vous avez entendu ? résonna la voix triste et lointaine de Yumi à travers ses oreillettes, nous lui avons laissé sa chance, selon vôtre volonté et elle l'a rejetée. Nous ne pouvons plus faire machine arrière à présent.

Malgré la sincère compassion qui émanait de la geisha virtuelle, l'intransigeance dont elle savait faire preuve s'en trouvait indissociable.

Tremblante, Anthéa sécha ses larmes amères d'une main incertaine. Elle avait raison, bien entendu. Qu'importait la douleur hurlant au fond de son âme. Elle n'avait plus le choix désormais.

- Adieu, Taelia, murmura-t-elle pour elle-même avant de presser le bouton de son micro.

Face à elle, l'icône représentant sa fille légitime s'illumina, signe de sa sélection. Ce fut d'une voix éraillée qu'elle lança son ordre final, incapable d'en faire plus.

- Aelita ? souffla-t-elle d'une voix si faible qu'elle peinait à traverser la membrane du micro, il est temps d'en finir… Dévirtualise Angel.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


L'ordre résonna à travers la voûte du noyau avec l'intensité d'un coup de semonce. Le visage soudain grave, Aelita se jeta en arrière, échappant d'un coup d'aile à un énième revers de faux de son adversaire. Angel, surprit par sa manœuvre, elle qui avait été si prompte au contact jusqu'à présent, se tint sur place, méfiant.

- Fini de jouer, lança-t-elle tandis que son avatar tout entier semblait s'illuminer peu à peu de son énergie, trop longtemps contenue, maman a raison… Il est temps d'en finir.

Levant soudain ses mains débarrassées de sa faux, Aelita ouvrit brusquement la bouche, les yeux mi-clos, laissant le traditionnel chant de création s'échapper de ses lèvres.

Angel, prenant soudain peur, levant à son tour sa paume restée libre, laissant la sphère bleue en son sein flamber de plus belle. L'activation de son pouvoir agit comme un brusque système de rappel auprès des Mantas qui, délaissant leurs adversaires, convergèrent comme un seul homme dans sa direction, l'enveloppant dans un véritable bouclier de créatures volantes, ondulant dans de longs cris rauques de défis.

Sans y prendre garde, Aelita se contenta de fixer la masse grouillante des Mantas à travers laquelle le regard or d'Angel était toujours visible. Puis, sans crier gare, elle referma le poing, faisant taire du même coup son chant de synthétisation. Presque aussitôt, les dizaines de créatures ailées restantes au dessus de sa tête qu'elle avait invoquées s'évanouirent en une flopée de pixels, tombant au dessus de ses longs cheveux roses comme une étonnante neige virtuelle.

- C'est fini, souffla-t-elle.

Et, sans rien ajouter de plus, elle rouvrit le poing, libérant toute l'intensité de son pouvoir. En une fraction de seconde, une lueur rose se mit brusquement à pulser au milieu de la barrière de Mantas, leur arrachant des râles aigus surpris. Et puis, avant même qu'elles aient eu le temps de s'écarter, un gigantesque congloméra de corail pointu en jaillit, transperçant chacun des monstres de part en part sans leur laisser la moindre chance de s'échapper tout en enroulant leurs racines noueuses autour du corps d'Angel, lui enserrant tour à tour chevilles, tailles et poignets.

Une série d'explosions de particules rouges plus tard, et le jeune homme possédé se retrouvait seul au pied de la Tour Noir, soigneusement maintenu en place par la prison créée par Aelita et dépourvu de son armée, le regard flambant de colère. Sa main encore serrée sur sa faux se débattait de toutes ses forces, tentant vainement de se dégager du corail phosphorescent, en vain. Il était pris au piège.

Silencieuse, Aelita laissa ses ailes la porter jusqu'à Angel, posant ses pieds au sol avec grâce avant de s'avancer lentement vers lui, le visage de marbre. Les cadrans sur ses mains, qui s'étaient emballés jusqu'à présent sous l'effet de son pouvoir, ralentirent petit à petit jusqu'à s'immobiliser sur le quatrième cadran, virtualisant sa faux d'énergie rose.

La lueur ainsi dégagé vint éclairer le regard mordoré d'Angel, toujours vide de toute expression, malgré sa situation.

- Je vais te ramener sur Terre, Angel, souffla-t-elle pour la seconde fois, préparant sa lame d'énergie d'un air solennel, ici et maintenant.

Mais, alors qu'elle levait sa faux, prête à frapper, une sensation froide la transperça soudain de part en part et lui coupant le souffle.

Incrédule, elle eut tout juste le temps d'entrapercevoir la main auréolée de bleu d'Angel désintégré ses entraves avant de suivre le manche de l'arme du jeune homme, disparaissant a creux de sa poitrine de laquelle se dégageait déjà de pleines poignées de pixels.

L'instant d'après, sa silhouette s'évanouissait dans le néant, laissant le jeune homme possédé déployer son aile unique en signe de victoire.

Ils avaient échoué.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:31   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1012
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Odd eut tout juste le temps de plonger sur le côté avant que le laser elliptique du second Mégatank ne balaye tout le terrain, manquant l'une de ses queues de peu.

Roulant à terre, il tenta une nouvelle salve de Flèches Lasers à l'adresse du Monstre, sans succès. Ce dernier s'était déjà replié au sein de sa carapace et semblait le narguer de ses yeux sans vie.

Ulrich, qui était enfin parvenu à se dégager de l'essaim de Frôlions à coups de Duplicata, roulait désormais à toute allure vers le premier Mégatank, les dents serrées et le sabre levé.

- Stop ! rugit-il tandis qu'un nouveau mur de feu heurtait la Tour avec violence, menaçant une fois de plus l'intégrité de son activation.

D'un bond, il abandonna son Overbike, le laissant s'écraser contre un pic rocheux tout en se réceptionnant juste en face de la Créature, son sabre luisant d'une lueur menaçante.

- Toi mon gros tu ne lèveras plus un seul laser contre cette Tour ! S'écria-t-il.

Pour toute réponse, le monstre s'ouvrit en grand de nouveau, déchargeant un énième mur d'énergie en direction du jeune homme. Campant sa position, le samouraï brandit son sabre et intercepta le laser titanesque de son katana. Ployant sous la puissance de l'impact, il tint néanmoins sa position, activant son Supersprint afin de repousser ne fut-ce que de quelques centimètres le terrible tir elliptique, des étincelles d'émeraude et de rubis volant de l'impact.

Jérémie, qui était resté réfugié à l'intérieur de la Tour tout ce temps, en profita pour sortir, se précipitant vers Odd avant même que les rides à la surface du cylindre ne se soient affaissées.

Grimaçant, le nekomata le protégea juste à temps d'un tir du second Mégatank, les réfugiant tous deux derrière son bouclier jaune cruciforme.

- Est-ce que le programme est lancé !? rugit-il en ployant sous l'effort, le visage déformé par la concentration qu'il devait maintenir pour ne pas céder.

- De mon côté, tout est OK ! s'exclama le génie, dégainant son bâton pour lui venir en aide, déployant une structure de bouclier autour d'eux, il faut juste qu'Aelita valide depuis l'interface centrale du 5ème territoire maintenant.

Un puissant rire sardonique s'éleva soudainement à leurs oreilles, les faisant grimacer. C'était comme si la voix de Taelia, reconnaissable entre mille, s'était subitement étendue à travers toute la surface du Territoire du Ciel. Au dessus d'eux, les éclairs grondaient d'un air menaçant.

- Si c'est le cas, j'ai bien peur que votre petit plan soit voué à l'échec, s'exclama-t-elle d'un ton hilare, s'attirant le courroux d'Odd.

Plongeant de nouveau sur le côté afin d'échapper à la pression du laser du Mégatank, il se releva prestement, Jérémie toujours protégé dans son dos et décocha un nouveau tir de son Catgun dans la direction de son adversaire. Cette fois-ci, sa rage eut raison de la rapidité de la créature qui implosa violemment sous le choc, touché en plein cœur. Odd attendit que le nuages de particules rougeâtres se fut dissipé avant de relever la tête, ses dents pointues serrées avec colère.

- Qu'est-ce que vous voulez dire !? s'exclama-t-il à l'adresse du ciel grondant, incapable de se contenir.

- Je veux dire, répondit Taelia d'un ton posé, que ma chère demi-sœur n'est plus des nôtres sur Endo, malheureusement. Angel vient juste d'avoir raison d'elle.

- Quoi… ?

L'exclamation avait échappé à Ulrich. De surprise face à l'annonce de la dirigeante de la Green Phoenix, il relâcha son attention une fraction de seconde. Cela suffit au Mégatank qui, en l'attente d'une ouverture depuis plusieurs minutes, en profita pour redoubler d'intensité, dégageant une nouvelle pulsation d'énergie de son œil unique.

Le samouraï eut tout juste le temps de relever la tête avant de se prendre le laser titanesque de plein fouet, incapable de l'éviter. Dans un souffle, il fut littéralement projeté en arrière sous les cris de ses comparses et n'atteint jamais le sol, disparaissant dans les airs en une traînée de pixels avant d'avoir put émettre le moindre geste.

Au même moment ses trois clones, accrochés à la structure protégeant le Hopper et occupés à repousser les assauts des Frôlions à coup de salves d'énergie vertes, grésillèrent un instant avant de s'évanouir à leur tour, laissant libre court aux monstres ailés qui s'en donnèrent aussitôt à cœur joie pour bombarder le vaisseau.

- C'est pas vrai ! gémit Jérémie, catastrophé par la tournure des éléments.

Mais Odd, déjà à des lieux de la dévritualisation d'Ulrich, s'élançait déjà vers la Tour de toute la force de ses pattes.

- Il faut stopper le Mégatank ! s'écria-t-il, s'il touche la Tour encore une fois on peut dire adieu à la Translation… !

Mais il se trouvait beaucoup trop loin et il était à présent trop tard pour agir. Déjà, la monstrueuse créature sphérique s'ouvrait de nouveau, l'œil rougeoyant, prête à donner le coup de grâce aux Lyokô-guerriers. Tout à sa besogne, elle ne prit pas consciente de la minuscule boule de métal clignotante, roulant doucement dans sa direction.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Trépidante de jubilation, Scarlet coupa la communication avec Endo et se retourna vers les deux Lyokô-guerriers, toujours tenus en joue par ses gardes. Leur mine si solennelle lui arracha un nouvel éclat de rire hystérique. Elle se délectait de sa victoire.

- Admettez-le, tout est perdu ! s'exclama-t-elle tandis qu'Angel faisait négligemment tournoyé sa faux à l'écran dans son dos, ma chère sœur vient de subir son dernier échec, et ce n'est plus qu'une question de secondes avant que votre précieux vaisseau numérique ne soit réduit en charpies, vous offrant un voyage sans retour. Si je le voulais, je pourrais même vous renvoyer sur Endo d'un simple claquement de doigt ! Il suffirait de quelques balles, et vos petits airs de défi si arrogants s'évanouiraient de ma vision à jamais.

Autour d'eux, des dizaines de pistolets cliquetèrent, arrachant un frisson aux deux adolescents. Une fois de plus, Scarlet se fendit d'un sourire cruel.

- Mais pourquoi gâcher des balles ? reprit-elle avec dédain, mon Mégatank aura tôt fait de vous renvoyer dans le monde virtuel de toute manière. Une fois de plus, c'est game over pour vous.

Mais, à sa grande stupéfaction, un sourire étira subitement les lèvres de Yumi. Elle qui s'était montrée si neutre, si calme jusqu'à présent, laissait subitement transparaître un tout autre visage.

- Pourquoi cet air narquois ? siffla la dirigeante de la Green Phoenix, irrité par l'attitude de la japonaise, vous pensez encore avoir une chance ? Reconnaissez-le : vous êtes finis !

- Je pense au contraire que vous vous trompez lourdement, Taelia, répliqua la geïsha virtuelle avec fougue, insistant volontairement sur le véritable nom de leur opposante.

Autour d'eux, des murmures surpris se rependirent. Manifestement, le personnel de la Green Phoenix n'était pas dans le secret dans son intégralité. Indifférente aux rumeurs, la jeune femme amorça un pas vers la Lyokô-guerrière, dominant son regard avec fureur. On pouvait néanmoins lire, au fond de son regard glacé, que le doute commençait à s'insinuer. Cette simple constatation suffit à faire rire intérieurement la jeune fille qui put alors reprendre la parole avec plus de courage encore, se risquant même à amorcer à son tour un pas en avant, malgré la menace des armes.

- Très sérieusement, Taelia, vous pensiez que nous ne nous dirigerions vers votre repère sans un plan solide ? Qu'il serait aussi simple de se débarrasser de nous ? Je crois que vous nous sous-estimez grandement depuis le début.

- Et pour cause, répliqua Scarlet, désormais à quelques centimètres à peine de la japonaise, vos échecs face à mes desseins sont incalculables !

Loin de se départir de sa fougue, Yumi étira encore un peu plus ses lèvres maquillées en cœur tandis que William, dans son dos, accordait un regard de défis envers l'assemblée.

- Vous avez raison, Scarlet, nous avons échoué par le passé, souffla-t-elle doucement, d'un ton étonnamment calme, et nous échouerons encore et encore. Mais vous savez ce qu'il y a de bien avec les échecs ?

Elle retint sa respiration un instant, pesant le poids de ses mots avant de poursuivre, presque dans un souffle, à la manière de leur ennemie.

- Ils vous font progresser jusqu'au jour où, enfin, à force d'essayer, vous parveniez à les surmonter.

A cet instant, un grand bruit d'explosion retentit un dessus d'eux, leur faisant relever la tête juste à temps pour voir trois fines aiguilles de métal jaillir de la voûte et se planter dans le sol dans un bruit sourd, à quelques centimètres seulement des pieds de la dirigeante.

- A terre ! rugit un garde dont le symbole du phénix vert luisait d'une lueur plus éclatante que celui de ses comparses sur son poitrail.

Grand bien lui en prit car, l'instant d'après, tout un pan du plafond s'effondrait dans une multitude de poussières et de gravats, suivie de peu par la couette d'une brune pétillante, ses yeux violets étincelants dans la pénombre.

Profitant de la cohue, William projeta le reste des segments de son épée sur les gardes à terre tandis que Yumi se précipitait sur les aiguilles de Stéphanie, s'en donnant à cœur joie sur les hommes de mains restés debout, trop effarés pour tirer.

- Je n'ai pas été trop longue ? s'enquit la gothic lolita en se dépoussiérant, le choc de sa chute absorbée par son enveloppe spectrale.

- Tu es pile à l'heure ! lui répondit la japonaise en lui jetant ses aiguilles qu'elle réceptionna au vol, tandis que les scientifiques, effrayés, se pressaient vers le fond de la salle, la diversion s'est bien passée ?

- Au poil, comme vous l'aviez prévu, ils n'avaient aucune information sur moi. Les prendre par surprise avec mes facultés s'est révélé un jeu d'enfant !

Et, avant même que les gardes n'aient eu le temps de retrouver leurs esprits, Stéphanie joignit ses mains devant elle avant de s'écrier « Pixoflame ! ».

Son pouvoir s'activa quasi instantanément et à l'instant où un premier coup de feu retentissait, une gerbe d'étincelles rouges et brûlantes jaillir en de ses paumes tendues, forçant les gardes à reculer dans un hurlement de douleur. Non seulement les minuscules particules incandescentes les empêchaient de s'approcher, mais la vive lumière émise les mettaient dans l'impossibilité de viser !

Triomphante, Yumi fit volte-face, faisant danser son kimono au passage, en direction de Scarlet, restée de marbre sur place, de l'autre côté des gravats. Cette fois-ci, le sourire s'était évanoui de son visage.

- Cela ne change rien, trancha-t-elle d'un ton cassant, resserrant néanmoins nerveusement les pans de sa blouse noire, plus personne n'est en mesure de s'opposer à Angel désormais, et son niveau de suppression aurait atteint sa totalité d'ici un instant.

En effet, le décompte initié à la surface de l'écran s'approchait désormais dangereusement des 0% et le jeune homme possédé, resté seul au milieu de la salle du noyau, sembla soudain vaciller, comme étourdi par une force mystérieuse. Ses doigts, soudain engourdis, laissèrent échapper sa faux d'or qui tomba au sol dans un « clang » retentissant, retransmis par les haut-parleurs de la salle.

- Moins d'une minute ! s'exclama Taelia, c'est tout ce qu'il reste avant que votre précieux Angel ne disparaisse à jamais ! La partie est terminée !

- Oui, terminée pour vous, répliqua simplement Yumi.

Au moment précis où elle se taisait, une alarme tonitruante se mit à retentir à travers la salle, vrillant les tympans des personnes présences.

- Mademoiselle Scarlet ! la héla l'une des informaticienne encore à son poste, blême de peur, ils…

Mais Taelia avait déjà eut le temps de faire volte-face afin de juger elle-même de la situation, un air profondément horrifié déformant ses traits parfaits. A la surface du gigantesque écran tactile, au beau milieu du visuel, Angel venait de se figer, son regard d'or exorbité. Au milieu de son torse, transperçant de part en part le blason ornementé de son symbole, une faux d'énergie rose venait de se planter avec violence.

Dans un soupir, l'adolescent ferma les paupières tandis que son corps s'effaçait pixel après pixel, son aile s'affaissant d'un geste las.

Il ne fallut que quelques secondes à sa silhouette pour disparaître entièrement, laissant enfin apercevoir le responsable de sa chute.

La main serrée autour de sa faux, le regard d'un vert étincelant semblant défier Scarlet à travers l'écran, Aelita se tenait droite, miraculeusement intacte.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


L'elfe rose laissa son arme se désagréger, le souffle court, tandis qu'un silence de mort tombait sur la minuscule salle du noyau d'Endo.

Elle avait réussi. Elle peinait à y croire mais enfin, l'ange déchu était libre de ses entraves, tombées sous sa faux.

Il lui avait été aisé de se substituer, dans la confusion de l'invocation des Mantas, à un double de sa composition, une ruse dont elle avait déjà fait usage à de maintes reprises face à XANA par le passé. Profitant de peu d'attention que lui portait Angel, trop concentré sur l'activation de son pouvoir, elle était parvenue à se frayer sans peine un chemin jusqu'à la Salle aux Interfaces supérieure, où elle était demeurée dissimulée tout le long du combat.

Le plus difficile avait été de manipuler son clone efficacement afin de mener un combat suffisant pour tenir tête au jeune homme tout en incrémentant le programme que lui envoyait Jérémie depuis sa Tour sur l'une des Interfaces.

Épuisée par l'effort qu'elle avait du fournir, autant physiquement qu'au niveau de l'utilisation de ses pouvoirs, dont elle avait largement dépassé la limite, la jeune fille se laissa glisser au sol, savourant cette courte accalmie, les plumes rosées de ses ailes se balançant doucement au grès d'un vent numérique inexistant. Dans son dos, la Tour unique, jadis auréolé de noir, avait servi de prison à Angel durant tout ce temps vira progressivement au bleu le plus neutre, signe que sa mission était terminée.

Lorsque les Rampants, hors d'eux, déboulèrent dans la salle, leur gueule béante chargée de lasers, Aelita n'eut même pas la force de se redresser pour leur faire face et ce fut avec un sourire bienveillant qu'elle se laissa dévirtualiser, comme dans une ultime moquerie à l'adresse de la Green Phoenix.

Alors que son corps virtuel disparaissait progressivement, au creux de sa tête, les paroles de la prédiction de Mathieu, désormais réalisées, résonnaient encore et encore, avec l'effet d'une berceuse.


« Le dénouement approche. L'ange en cage et l'ange innocent devront se battre et l'un d'entre eux tombera au terme. »


Finalement c'était bel et bien Angel qui était tombé, pas elle.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


- C'est impossible ! s'égosillait Scarlet à perte de voix, courant d'un écran à l'autre, repoussant ses informaticiens pour pianoter furieusement à la surface des claviers, vous n'avez pas pu…

Elle écumait littéralement de rage et ses yeux, emplis de colère, n'étaient plus que deux fentes, lui donnant l'allure d'un serpent, prêt à mordre.

Yumi, plus calme que jamais, se contentait de la dévisager, laissant à William et à Stéphanie le soin de contenir les gardes.

Soudain, alors que l'avatar d'Angel achevait sa disparition à l'écran, ses Points de Vie au nombre de 0 clignotant doucement, l'un des scanners se mit subitement à vrombir, son liquide intérieur s'illuminant de reflets électriques de plus en plus puissants.

Figée sur place, Scarlet se laissa aller subitement à l'un de ses sourires cruels.

- Vous n'avez pas gagné, vous en avez conscience ? persifla-t-elle à l'adresse de la Lyokô-guerrière, tandis que le son de sa voix se faisait presque entièrement recouvrir par le vacarme produit par l'appareil, tout ce que vous avez réussi à faire, c'est de ramener Angel dans nos scanners ! Le programme que vous souhaitez lancer à échouer ! Vous n'avez pas réussi à transmettre sa présence dans votre propre Supercalculateur !

- Cela n'a jamais été notre but, répliqua sombrement Yumi, ses interminables cheveux battant l'air dans son dos, vous savez aussi bien que nous que, pour une tâche aussi complexe, nous aurions du accéder à vos sous-dossiers depuis l'interface terrestre de votre Supercalculateur. Les codes sources d'Angel étaient impossibles à atteindre depuis Endo.

- Dans ce cas vous avez perdu votre temps ! lui cracha Scarlet, cassante, votre pitoyable tentative d'intrusion a été immédiatement interceptée et, même si Angel sera de nouveau de chair et d'os d'un instant à l'autre, aucun de vous ne parviendra à le faire sortir d'ici.

- Sur ce point, vous avez raison, abdiqua la japonaise d'un humble hochement de tête, ni William, ni Stéphanie, ni moi ne pourront sortir du complexe sous notre forme translatée. Ce processus dépend directement du Supercalculateur où la Tour est activée et il ne faudrait guère plus de quelques minutes à nos corps pour se désintégrer, Anthéa a été formelle à ce sujet.

A mesure que la discussion s'étirait, Taelia semblait regagner le contrôle d'elle-même. Il lui apparaissait clair à présent que, malgré ce premier véritable échec essuyé, la situe des événements ne s'avérait guère en faveur des Lyokô-guerriers.

- Vous avez donc simplement choisi de ramener Angel sur Terre pour nous permettre de l'exécuter dans son monde natal, lança-t-elle avec froideur, quelle charmante attention…

- Bien sûr que non ! répliqua Stéphanie, incapable de se taire plus longtemps et dont le flot d'étincelles commençait à tarir, nous avons sélectionné la personne idéale pour secourir Angel ici même, celle qui aurait du voler à sa rescousse dés le début !

Et, à la profonde stupeur des scientifiques de la Green Phoenix qui n'avaient pas encore pris la fuite, une nouvelle fenêtre s'ouvrit brusquement à la surface de leurs écrans, leur imposant la vue d'un nouvel avatar, tournoyant lentement sur lui-même à l'emplacement qu'avait occupé Angel jusqu'à présent. L'avatar d'un jeune homme aux yeux bleus, emmitouflés dans une étrange combinaison aux oreilles de lapin.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


La bombe explosa sous le Mégatank au moment précis où son tir commençait à émerger de son œil. En une fraction de seconde, une couche de glace bleutée l'enveloppa tout entier, le figeant littéralement sur place dans une posture grotesque, dessinant les contours de son début de rayon à peine entamé.

Abasourdis, Odd et Jérémie tournèrent la tête en direction de Mathieu qui émergeait désormais de sa cachette, l'une de ses armes à ses poignets manquantes.

- Une chance que j'ai eu le temps d'absorber quelques lasers gelant de Blocks avant l'arrivée des Mégatanks, pas vrai ? grimaça-t-il timidement en rejoignant ses comparses.

L'informaticien de génie, incapable de trouver quoi répondre et le souffle coupé par le stress provoqué par la dernière succession de rebondissement, se contenta de se retourner vers la Tour au halo vert, l'analyser de pieds en cap à l'aide de ses lunettes interactives.

- Tu es intervenu juste à temps, fit-il remarquer en décryptant les données, je crois bien qu'Aelita a reçu mon programme et a réussi à l'injecter à l'intérieur des codes d'Endo.

- Aelita ? Elle n'a pas été dévritualisée ? s'étonna Mathieu, qui s'était momentanément senti submergé par le désespoir à l'annoncer de Scarlet.

- Taelia a été simplement dupée leur annonça la voix distante d'Anthéa, et j'ai une autre bonne nouvelle : Aelita vient de réussir à dévirtualiser Angel.

La nouvelle eut l'effet d'un coup de poing sur Mathieu. Pour la première fois depuis des mois, au creux de son estomac, le minuscule bille d'espoir qu'il s'était acharné à préserver s'était mise à enfler, menaçant de le faire imploser de bonheur. Tout à coup, le décor cataclysmique du Territoire du Ciel ne lui semblait plus qu'un havre de paix et un rire plein de joie, incontrôlable, s'éleva doucement de ses lèvres.

Odd jaugeant ce revirement d'attitude du coin de son œil gris, sentit pour sa part comme une pointe lui transpercer le cœur. Une pointe qu'il s'était pourtant défendu de ressentir coûte que coûte.

- Dans ce cas, sourit Mathieu béatement, le regard un peu fou, transporté par l'annonce inespérée, il ne me reste plus qu'à accomplir ma part du boulot.

Et, sans mot dire, d'un pas serein, il se dirigea vers l'armée de Blocks fonçant de toute la force de leurs petites pattes vers eux, laissant sa seconde sphère se démagnétiser et tomber au sol dans un entrechoc de fin du monde.

- Mathieu, attends ! implora Odd, incapable de se contenir.

Jérémie, prêt à se dresser entre les deux jeunes hommes, n'eut finalement pas à intervenir. Une véritable rafale de tirs s'était mise à pleuvoir sur Mathieu, le heurtant en plusieurs points, si bien que son corps tout entier n'était plus qu'étincelles.

Impuissant, Odd ne put que regarder l'amour de sa vie commencer à se désagréger sous les lasers.

A cet instant, se produisit un phénomène que ni les Lyokô-guerriers, ni la Green Phoenix n'auraient su anticiper. Au moment précis où le flot de pixels le dévirtualisant atteignait son cou, Mathieu se retourna vers ses amis, leur arrachant un sursaut. Son regard, habituellement d'un bleu limpide, était désormais illuminé de cercles colorés en constante mouvance.

- Le libérer est la seule solution, eut-il le temps d'énoncer, de l'étrange voix rauque qui caractérisait ses prédictions avant de disparaître entièrement, laissant derrière lui un Jérémie et un Odd profondément stupéfaits.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


- Qu'avez-vous fait !? s'exclama Scarlet tandis que le second scanner commençait à s'illuminer à son tour, faisant vibrer les dizaines de câbles plantés à sa surface avec violence.

- Vous ne devinez pas ? répliqua Yumi avec amusement, se délectant de la rage de leur adversaire, se procurer le fragment humain d'Angel à partir de vos ordinateurs était trop complexe depuis Endo, aussi le programme que nous avons lancé depuis la Tour du Territoire du Ciel ne visait pas à récupérer des codes, mais plutôt…

- …A en implanter, réaliser subitement Scarlet, blêmissant à vue d'œil, vous avez… Vous avez connecté l'un des vôtres à nos propres scanners pour lui permettre de rejoindre notre repère en chair et en os et l'aider à transporter Angel hors d'ici !

- Tout juste ! ironisa Stéphanie, incapable de contenir la nuance de triomphe au fond de sa voix.

A cet instant, le flot de ses étincelles se stoppa définitivement, laissant de nouveau le champ libre aux gardes de la Green Phoenix. Scarlet, désormais hors d'elle, n'hésita pas à sauter sur l'occasion.

- Débranchez les scanners ! ordonna-t-elle d'un ton sec, se précipitant d'elle-même vers les containers, et abattez-moi ces satanés Lyokô-guerriers !

- Oh que non ! s'écria Yumi, se précipitant vers la dirigeante de l'organisation maléfique dans le désir insensé de la stopper, William, à toi !

Et, juste avant que les coups de feu ne se mettent à pleuvoir, le jeune homme brandit soudain la main en l'air, laissant échapper de son corps une colossale sphère d'énergie électrique blanche qui se mit à pulser à toute allure au dessus de sa tête.

En une fraction de secondes, les gardes, les informaticiens et même Scarlet se retrouvèrent figés sur place, l'air légèrement ahuri, la bouche entrouverte, leur regard vide rivé sur la boule d'électricité.

William, ses sourcils arc-boutés en une expression concentrée, ne put retenir un rictus victorieux. Si son nouveau pouvoir, sur le monde virtuel, ne servait que d'irrésistible appât pour les monstres de la Green Phoenix, son effet, une fois sur Terre, prenait des proportions hautement plus intéressantes.

- Monolight, murmura-t-il simplement.

Mais plus personne dans la salle n'était à présent suffisamment maître de son esprit pour l'entendre.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Lorsque Mathieu revint à lui, dans une violente convulsion, son corps tout entier le faisait souffrir, comme si on s'était amusé à le transpercer de centaines de minuscules aiguilles. Suffoquant, il tenta de prendre une profonde inspiration mais ne parvint qu'à ingurgiter une bonne quantité de liquide, manquant de s'étouffer. Il était plongé dans une sorte de bassin et la lumière qui lui parvenait semblait lui déchirer la rétine.

Incapable de respirer, il sentait ses forces le vider et se débattait vainement contre les parois du scanner lorsqu'une main forme plongea brusquement au sein du liquide et vint l'en tirer avec vigueur. A peine fut-il à l'air libre qu'il avala une grande goulée d'air, suffoquant et crachotant, mais bel et bien en vie.

Sa vue lui revint peu à peu et il finit par reconnaître la silhouette aux contours flous de Stéphanie penchée sur lui, vêtue de sa tenue de gothic lolita et la mine inquiète.

- Tout va bien Mathieu, tout va bien, tenta-t-elle de le rassurer en l'aidant à descendre du caisson, les jambes flageolantes, le plan a fonctionné exactement comme prévu… C'est incroyable !

Mais le jeune homme ne l'écoutait déjà plus, derrière elle, déjà adossé contre la paroi de son propre scanner, reposait le corps inerte d'Angel, ses yeux de soleil liquide clos. Le cœur de Mathieu, tambourinant dans sa poitrine suite à sa rematérialisation, sembla rater un battement face à la vision surréaliste de ce jeune homme dont il avait tant rêvé des mois durant, sans oser espérer pouvoir le revoir un jour.

Et pourtant, il était bel et bien là, ses superbes cheveux noirs trempés de liquide emmêlés contre son front large, sa poitrine musculeuse se soulevant doucement au rythme de sa respiration, ses larges épaules affaissées contre la paroi glacée du caisson duquel il avait été prisonnier pendant si longtemps. En cet instant précis, il semblait à Mathieu qui plus rien n'existait en dehors de ce visage envoûtant et paisible, miraculeusement en vie.

Son émerveillement se changea néanmoins rapidement en gêne lorsqu'il constata, à sa plus grande stupeur, que le jeune homme était entièrement nu et un rougissement intempestif s'empara de ses joues, lui attirant un petit ricanement moqueur de la part de Stéphanie.

- Ne perdons pas de temps, les fustigea Yumi en s'approchant d'eux d'un grand pas vif marqué par le claquement régulier de ses talons hauts, la main serrée autour de son ombrelle qu'elle venait manifestement juste de récupérer.

Se frayant un passage à travers les scientifiques mesmérisés par le pouvoir de William, elle s'empressa de se pencher sur Angel, tâtant son pouls avec attention.

- Il est simplement endormi, commenta-t-elle, normal après tant de moi passés sous formes de données numériques… Même Aelita nous était parvenue inconsciente dans les scanners le jour de sa première rematérialisation.

Tout en parlant, elle plaça son bâton fermement entre les mains de l'adolescent, ignorant sa nudité avec superbe avant d'activer délicatement sa capacité de Lévitation, le faisant s'envoler de quelques centimètres dans les airs. Une grimace lui étira les lèvres. Son ancienne faculté de Télékinésie aurait été bien plus utile en cet instant précis que cet ersatz de pouvoir, mais il allait falloir s'en contenter si elle souhaitait parvenir à soulever Angel jusqu'à la sortie du repère de la Green Phoenix.

- Tu as récupéré, Mathieu ? s'enquit-elle fermement, on ne peut pas se permettre de perdre une minute de plus ! Les ondes électromagnétiques envoyées par Angel pour perturber les ondes cérébrales des personnes présentes dans le bâtiment ne vont pas durer éternellement.

- Je confirme, lança le lycéen en arrière-plan d'un air crispé, alors que la sphère de lumière au dessus de sa tête désenflait à vue d'œil, bougez-vous ! Toucher l'ensemble du bâtiment me demande énormément d'effort, et j'ai beau m'être entraîné à ne pas toucher les ondes de Mathieu à l'usine toute la semaine, je ne suis pas sûr de pouvoir maintenir un tel niveau de précision encore longtemps.

- Oui, se reprit Mathieu tout en se forçant à détourner le regard d'Angel, dont la présence parmi eux lui semblait toujours tenir plus du rêve qu'autre chose, on y va Yumi, Stéphanie !

- On ne pourra t'accompagner que dans un rayon de vingt mètres autour de l'ancien bunker, rappela la japonaise en ouvrant la marche, se mettant aussitôt à courir, le corps du prisonnier de la Green Phoenix enfin libéré flottant dans son sillage, après cela, tu seras seul.

Sans rien répondre, le jeune homme se contenta de lui emboîter le pas, non sans un ultime regard envers Taelia, paralysée par le Monolight de William. Ses yeux, révulsés, semblaient en cet instant exprimer toute la haine du monde et le hantèrent jusqu'à ce qu'enfin Yumi, Stéphanie et lui, accompagnés par le corps d'Angel, émergent à l'air libre, trois étages plus haut, sous la lueur resplendissante du clair de lune.

Dans le crâne du jeune homme désormais, ne résonnaient plus que les paroles de sa propre voix désincarnée, répétant inlassablement cette phrase qu'il avait mis tant de temps à comprendre.


« L'ingénu devra plonger pour sauver le perdant et alors seulement tout sera terminé pour lui. »


L'ingénu, il le comprenait désormais, n'avait été autre que lui-même tout ce temps. Quant à son histoire, elle s'achevait bel et bien.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:32   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1012
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
Chapitre 50 :

Épisode 149 : Une nuit sans fin_



Lorsqu'Angel commença à reprendre conscience, ce fut pour se retrouver plongé dans la plus profonde perplexité.

Il se sentait comme un étranger au sein de son propre corps, curieusement ankylosé, et une fatigue étonnamment lourde pesait sur ses épaules.

Les idées confuses, il se força à entrouvrir les yeux et dut presque aussitôt les refermer face au mal de crâne qui lui traversa subitement la tête. Que lui arrivait-il ?

Un mouvement sur sa droite le força à ouvrir les paupières de nouveau, avec plus de prudence cette fois-ci. Tout d'abord, il ne parvint à rien discerner à travers la pénombre qui l'environnait. Puis, peu à peu, ses yeux s'habituèrent à l'obscurité et il put constater qu'une lampe de chevet, si petite qu'elle tenait plus de la lampe de poche, brillait faiblement à la surface d'un bureau d'allure moderne au fond de la pièce, l'aidant à y voir plus clair.

De ce qu'il parvenait à discerner au sein de ce mélange complexe d'ombres mouvantes, il se trouvait dans une sorte de chambre aux dimensions respectables et qu'il ne reconnaissait pas. On l'avait positionné sur un lit unique, aux draps propres et bien pliés, et le mobilier consistait en tout et pour tout en une petite table basse, une armoire d'aspect exceptionnellement neutre, deux chaises et un grand miroir, accroché juste en face de la couchette. Ce dernier lui renvoya son regard, dont les nuances dorées semblaient avoir gagné en intensité à la lueur de la lampe minuscule. Il fut surpris de l'air de profonde lassitude que son reflet lui adressa.

Rejetant les couvertures d'un coup sec du pied, sa surprise s'accentua lorsqu'il constata que les vêtements qu'il portait n'avait rien à voir avec ceux qu'ils avaient l'habitude d'enfiler. Son habituel jogging avait fait place à une sorte de pantalon de coton beige et, en guise de T-shirt, c'était un sweat à capuche étonnement étroit qu'il arborait, lui coupant la respiration.

Triturant le col et jugulant à grand peine la confusion dans laquelle il régnait, il tentait vainement de se souvenir de ce qu'il faisait avant d'atterrir dans cette chambre lorsqu'une vision le glaça subitement sur place. Là, fasse à lui, à moitié affalé dans la pénombre sur l'une des chaises et occupé à sommeiller, se tenait une autre personne.

De stupeur, le jeune homme, ne put contenir un mouvement de réflexe, heurtant violemment une étagère qu'il n'avait pas vu dans son dos dans un joyeux vacarme.

Ses jurons de douleur eurent pour effet de sortir son observateur mystérieux de sa torpeur dans un sursaut et Angel, les yeux plissés, put enfin distinguer son visage à la lueur de la lampe. Un visage qu'il aurait souhaité ne jamais revoir de sa vie.

- Toi… ? lâcha-t-il d'une voix curieusement éraillée, sous le choc.

Mathieu, ses yeux d'un bleu limpide mêlant supplication et infinie tristesse, ne put que balbutier quelques mots incohérents, incapable de trouver les paroles susceptibles de rassurer le jeune homme face à lui.

Des mois durant, il avait rêvé de ce moment, où Angel serait enfin libre face à lui, à l'abri de la Green Phoenix. Et, pourtant, à présent qu'il se retrouvait dans cette situation, il était incapable de trouver la moindre phrase à formuler, comme si tout le courage qu'il avait engrangé depuis son arrivée à Kadic s'était subitement volatilisé à la vue de ce regard mordoré si envoûtant.

- Qu'est-ce que tu fais là… ? gronda Angel en tentant de se redresser malgré son corps endolori, c'est toi qui m'a emmené ici ?

Une pensée horrible lui traversa subitement l'esprit et son expression de dégoût se changea subitement en une profonde terreur.

- Tu… Tu ne m'as pas kidnappé, n'est-ce pas ?

Cette phrase agit comme un déclic dans l'esprit de Mathieu qui, paniqué, s'empressa de se relever, manquant de trébucher.

- Non ! s'exclama-t-il le plus bas possible, tentant de rester discret, non pas du tout Angel. Je t'en prie, essaye de te calmer.

Il se sentait tellement embarrassé de lui parler ainsi que son visage tout entier lui semblait avoir pris feu. Néanmoins, le regard de glace que lui renvoya le jeune homme suffit à le refroidir et une bille de plomb se mit à peser sur son estomac.

- Me calmer… ? répéta l'adolescent aux cheveux sombres, je ne crois pas non ! Pas tant que tu ne m'auras pas expliqué ce que je fais ici ! C'est un de tes plans de tordus sexuels, pas vrai !? Je ferais mieux de filer maintenant !

Et, sur ces paroles, le jeune homme tenta de se hisser hors du lit pour subitement trébucher à terre, ses jambes, étonnamment faible, se dérobant sous son poids avant même qu'il ait eu le temps de faire un pas vers la porte.

Catastrophé, Mathieu fit mine de se précipiter pour lui prêter main forte mais le regard franchement effrayé que lui renvoya Angel l'en dissuada.

Les larmes aux yeux, l'adolescent, poussé à bout, ne put que lancer une seule et unique phrase, en désespoir de cause :

- Angel, écoute… Est-ce que… Est-ce que tu ne te souviens vraiment de rien ?

Les sourcils froncés, le jeune homme, bien que récalcitrant, tenta un effort de remémoration intense, une ride concentrée plissant son front. Il se sentait trop épuisé pour lutter plus avant.

- Je me souviens avoir attendu le bus, comme d'habitude, après les cours… marmonna-t-il de sa voix profonde et troublée, passant des doigts tremblants entre ses mèches sombres, et puis ensuite… Il y a eu la voiture.

Comme dans un flash, il se souvint des étranges hommes en noir, l'empoignant solidement, plaquant un mouchoir contre sa bouche jusqu'à ce qu'il perde connaissance, incapable de se débattre. Sur leur poitrail, l'emblème d'un oiseau vert stylisé, étincelant à la lueur de la pluie battante, avait été la dernière image qu'il avait pu percevoir avant de sombrer dans l'inconscience.

- J'ai bel et bien été enlevé… murmura-t-il, incapable de croire ses propres souvenirs.

- Et après ça ? insista Mathieu, encouragé par les progrès de celui qui avait occupé son cœur pendant si longtemps, sans oser s'approcher pour autant, rien d'autre ?

Produisant un nouvel effort de concentration, Angel finit par se remémorer de nouvelles images. Des images insensées, dans lesquelles son corps, métamorphosé, semblait incapable de lui obéir. Une grande aile noire, dans son dos, projetait son ombre menaçante sur une salle mystérieuse, semblant tout droit sortie d'un décor de jeu vidéo. A sa main, une faux d'un métal brillant fendait l'air, transperçant de part en part le corps d'une jeune fille aux étranges cheveux roses, curieusement engoncée dans un costume d'elfe. Et, derrière elle, comme paralysé de terreur, se trouvait Mathieu. Ce Mathieu qu'il haïssait tant pour tout ce qu'il représentait, qu'il avait prit tant de plaisir à faire souffrir, vêtu d'une ridicule tenue de lapin, le dévisageant d'un regard implorant.

Sous le choc, Angel sentit sa tête lui tourner et un haut le cœur lui venir. Inquiet, Mathieu fit mine de s'approcher mais il le repoussa d'un geste violent, trop ébranlé pour se laisser aller à la moindre tolérance.

- Qu'est-ce que c'était… ? souffla-t-il d'un ton intransigeant, une sueur froide coulant le long de son dos, ce monde… Qu'est-ce que c'était ? C'était réel, n'est-ce pas ?

Pendant un instant, le jeune homme à l'air terrorisé face à lui se mura dans un silence hésitant. Puis, lentement, ses lèvres de délièrent, libérant la phrase fatidique, celle qu'il redoutait tant de l'entendre dire.

- Oui… C'était réel. Je suis désolé, Angel.

Cette affirmation eut l'effet d'un boulet de canon sur le jeune homme. Tout à coup, il eut l'impression que le monde se dérobait sous ses pieds. Plus rien n'avait le moindre sens dans son esprit. Comment pouvait-il prêter foi aussi facilement à un homosexuel comme ce Mathieu, qu'il abhorrait tant ? Un garçon qui n'avait pas hésité à violer son intimité durant une fête, le ridiculisant face à l'entièreté de l'école. Sans doute la personne qu'il détestait le plus au monde, en cet instant précis.

Il aurait voulu s'énerver, se mettre à lui hurler dessus, à lui sommer de lui donner des réponses, à le frapper jusqu'à ce qu'enfin, il lui explique la raison de leur présence à tous les deux dans cette chambre mystérieuse.

Au lieu de cela, ce fut un simple filet de voix qui s'échappa de sa bouche, formulant un unique mot. Un mot qui semblait supplanter toute autre question à l'intérieur de sa tête.

- Pourquoi… ?

Une fois de plus, le silence fut sa seule réponse.

Le cœur battant la chamade sous l'effet de la peur et de la colère mêlées, Angel se redressa brusquement en dépit de ses étourdissements, dominant Mathieu de toute sa hauteur. Terrorisé, le jeune homme ne put qu'amorcer un pas de recul.

- Je veux savoir ! insista-t-il d'un ton si sombre qu'il sembla éteindre la lueur de la lampe vacillante à lui tout seul, qu'est-ce que c'était que cet endroit dans lequel je me suis retrouvé ? Qu'est-ce qui m'est arrivé ? Qui étaient ces gens qui m'ont enlevé et, surtout, pourquoi est-ce que toi, parmi toutes les personnes que j'aurais pu croiser, tu te retrouves ici, bordel !?

Les lèvres tremblantes, Mathieu dut produire un effort titanesque afin de parvenir à surmonter les relents de peur qui lui enserraient la poitrine, l'empêchant de prononcer le moindre mot. Le souvenir des brimades infligées par Angel était encore trop présent dans son esprit.

Ce fut néanmoins d'une voix étonnamment pesée qu'il reprit la parole, invitant doucement l'élu de son cœur à regagner le lit, d'un doigt légèrement tremblant.

- C'est… Une très longue histoire, commença-t-il, si complexe que je ne suis pas certain de la comprendre moi-même. Et surtout, particulièrement difficile à croire… Alors, si vraiment tu veux savoir toute la vérité, tu ferais mieux de t’asseoir.

Et d'une traite, sans reprendre son souffle, sans même chercher à dissimuler les détails les plus difficiles, Mathieu se mit à raconter.

Il raconta, face à un Angel médusé, les circonstances de sa rencontre avec Odd, Aelita et Jérémie, lors de son arrivée à Kadic. Il évoqua, des trémolos dans la voix, le moment où il avait appris, par Stéphanie, son enlèvement par la mystérieuse Green Phoenix. Il se souvint, non sans difficulté, de sa première visite à l'usine mystérieuse, au milieu du fleuve, et la découverte de ce Supercalculateur fantasque, gardien d'un monde dépassant ses rêves les plus fous.

Il parla de la peur qu'il avait ressentie, lors de sa première plongée sur Lyokô. De la terreur qui l'avait paralysé au moment de son premier voyage sur Endo, après avoir découvert que la Green Phoenix l'avait capturé.

Morceau après morceau, il lui expliqua, du mieux qu'il le put, ce qu'ils avaient fini par comprendre du plan de la mystérieuse Scarlet. Comment elle l'avait soigneusement sélectionné, lui, Angel, parmi tant d'autres, pour servir de modèle à son Intelligence Artificielle, destinée à diriger le monde virtuel capable de mettre fin à Lyokô lui accordant enfin l'accès au Projet Carthage, son but ultime, lui garantissant ainsi le contrôle du monde entier.

Enfin, il acheva son récit avec difficulté par leur mission de sauvetage du jour même, terminant au moment où Yumi et Stéphanie, après l'avoir aidé à s'échapper du repère de la Green Phoenix, s'étaient subitement évanouies dans les airs, le laissant seul et désemparé au milieu de la nuit avec le corps inconscient d'Angel sur les bras. Sortir du repère, avec l'influence étonnamment puissante du pouvoir de William, s'était révélé curieusement aisé. Rejoindre le lycée Stendhal, en revanche, avait été un des moments les plus éprouvants et les plus angoissants de la vie de Mathieu qui, à chaque pas, Angel pesant lourdement sur ses épaules, avait eu l'impression que les agents de la Green Phoenix s'apprêtaient à jaillir de derrière un arbre et à l'intercepter. La simple évocation de ce souvenir, encore frais dans sa mémoire, suffisait à le faire frissonner de tout son être.

Lorsqu'enfin il eut terminé, le jeune homme qui lui faisait face n'avait pas prononcé une seule parole. En revanche, son visage s'était décomposé progressivement jusqu'à arborer l'effrayante pâleur d'un zombi.

- Angel… ? questionna Mathieu, incapable de supporter ce silence tendu, je sais à quel point c'est difficile à croire tout ça, mais…

- "Difficile" ? ironisa le jeune homme, retenant un petit rire mesquin, ce n'est qu'un ramassis de conneries, oui ! Tout ce que tu me racontes n'a pas le moindre sens !

- Et pourtant, tu t'en souviens ! explosa finalement Mathieu, les nerfs à bout, à la grande surprise de son interlocuteur, je sais que la Tour Noire est toujours quelque part au fond de ton esprit… Qu'Endo est toujours dans ta tête ! Tu te forces simplement à ne pas y croire, parce que la réalité est trop effrayante pour être acceptée, mais c'est pourtant le cas… Je suis désolé.

Angel, une fois de plus, ne répondit rien, terrassé par la stupeur désormais. Mathieu, qu'il avait toujours considéré comme un pleurnichard égocentrique, facile à manipuler et prompt à la fuite, arborait un tout nouveau visage qu'il ne lui connaissait pas. Cette colère, qui grondait subitement face à lui, n'avait rien à voir avec le jeune homme qu'il avait quitté avant les vacances de Noël…

A cet instant, une brusque réalisation lui vint soudain à l'esprit. Ses derniers souvenirs dataient d'à peine quelques jours après la reprise des cours, suite aux festivités de fin d'année. Pourtant, pour autant qu'il puisse en juger, une agréable chaleur régnait sur la chambre.

- Combien de temps ? lâcha-t-il, soudain profondément angoissé, depuis combien de temps est-ce que je suis captif de cette… Cette Green Phoenix ?

Mathieu ne put s'empêcher de tiquer face à la mention du nom de l'organisation. Au moins Angel, s'il était toujours sous le choc, se refusait à nier la réalité plus avant, du moins pour l'instant. Sa question, néanmoins, n'en demeurait pas moins préoccupante.

- Angel… commença-t-il, tentant de trouver ses mots.

Mais le jeune homme, cédant à l'impatience, l'interrompit presque aussitôt, le regard luisant d'un éclat mauvais.

- Quel jour sommes nous ? articula-t-il avec colère, détachant chaque syllabe.

Un soupir douloureux échappa à l'adolescent. Il était contraint de lui dire la vérité, aussi douloureuse puisse-t-elle être.

- Nous sommes le 11 juin, lâcha-t-il enfin, quelques minutes après minuit, si je ne me trompe pas.

Hébété, Angel ne put que cligner des yeux, parfaitement incapable d'assimiler l'information que lui procurait l'être qu'il détestait tant.

Puis, soudain, incapable d'en supporter plus, il capitula, se laissant tomber en arrière contre le matelas, terrassé par l'émotion.

- Cinq mois… murmura-t-il d'un ton tremblant, je suis resté enfermé dans cet… Cet ordinateur… Pendant plus de cinq mois !

Plus il le répétait, et plus cette situation lui paraissait absurde, presque risible. Subitement, il eut envie d'éclater de rire. Un rire fou, tranchant et incontrôlable, comme une échappatoire à ce monde de dément dans lequel on venait de le projeter. Au lieu de cela, il demeura silencieux, fixant le plafond d'un air interdit. Mathieu, incapable de trouver comment réagir, se contenta de le dévisager sans un bruit, son cœur martelant sa poitrine avec violence.

De longues minutes s'écoulèrent, sans qu'aucun des deux adolescents ne prononce le moindre mot. Puis, subitement, au moment où Mathieu se sentait sur le point de craquer face à la tension ambiante, un long râle de dépit s'échappa des lèvres d'Angel, rompant le silence pesant.

- Tout cela est tellement ridicule… souffla-t-il, dissimulant son visage sous son bras, tellement, tellement ridicule…

Quelques secondes supplémentaires de silence s'écoulèrent avant que le jeune homme ne reprenne la parole, d'un ton triste.

- Et donc… ? lança-t-il, où est-ce qu'on est exactement ? Tu ne me l'as toujours pas expliqué.

Soulagé de pouvoir avoir une conversation plus calme avec l'adolescent, Mathieu s'empressa de répondre.

- Nous sommes dans l'ancienne chambre de Jérémie –un ami à moi- dans le lycée local, expliqua-t-il consciencieusement, il avait gardé la clef et me l'a filée pour l'occasion. Heureusement, il avait raison en devinant que la chambre n'avait pas encore été occupée de nouveau… Ça n'a pas été facile de te transporter seul jusqu'ici, mais la nuit a bien aidé.

Malgré lui, Angel se surprit à éprouver un soupçon d'admiration pour la détermination de ce garçon. Les introduire tous deux en douce dans un établissement scolaire, en dépit des menaces qui pesaient sur eux avait quelque chose de relativement impressionnant, à des lieux de ce qu'il aurait cru le faible Mathieu qu'il connaissait capable de faible.

A présent qu'il prenait le temps de l'observer à travers la pénombre, il lui semblait que ces cinq mois qui s'étaient écoulés avait eu un étrange effet sur l'adolescent, qu'il peinait désormais à reconnaître. Même physiquement, le jeune homme paraissait plus mûr, plus solide qu'auparavant.

Surprenant son regard en coin, Mathieu ne put retenir un rougissement et Angel, le souvenir de leur baiser forcé revenant à sa mémoire, s'empressa de se rembrunir.

Mal à l'aise, il recommença à triturer le col de son sweat-shirt, qui semblait lui rentrer dans le cou à chaque mouvement. Surprenant son geste, son vis-à-vis eut une grimace désolée.

- Excuse-moi pour les vêtements, prononça-t-il doucement, ils auraient du me servir de rechanges à la base mais quand j'ai vu qu'ils t'avaient… Dénudé, avant de te passer dans le scanner… Je me suis dit qu'il valait mieux te les laisser. Ils sont sûrement un peu à l'étroit mais je n'avais rien de mieux sous la main.

Tout en parlant, Mathieu désigna les restes d'un petit sac imperméable, roulé en boule dans un coin de la pièce, qui avait du servir à transporter les vêtements en questions.

Un profond soupir de lassitude échappa à Angel.

- Donc tu m'as vu à poil en plus ? Super… grogna-t-il, incapable de s'énerver néanmoins, trop sonné par les dernières révélations pour réagir.

En temps normal, il aurait été probablement fou de rage mais, pour la première fois, il remarqua que Mathieu, campé sur sa chaise, grelottait doucement et que des gouttes d'un liquide légèrement bleuté perlait lentement de ses propres vêtements, imbibés jusqu'à la corde.

Une étrange sensation au creux de l'estomac, il préféra se murer dans un nouveau mutisme, empli de lourdes réflexions. Respectueux, Mathieu conserva également le silence, trop effrayé par la possible réaction de celui qu'il avait tant aimé pour oser intervenir.

Il avait tant espéré de ces retrouvailles… Peut-être avait-il même cru, en son for intérieur, que la libération d'Angel l'aiderait à assumer ses sentiments, voire même à les partager. Mais la réalité était toute autre, et il se rendait compte à présent d'à quel point il avait idéalisé ce jeune homme si irrésistible à ses yeux. Si se trouver seul à seul dans la même pièce que lui constituait une véritable torture, il ne pouvait nier que le regard intensément glacial que lui lançait l'adolescent de temps à autre le mettait profondément mal-à-l'aise, comme s'il se rappelait, subitement, face à qui il avait réellement affaire. Ce n'était pas l'Angel, beau, mystérieux et parfait en tous points qui avait hanté ses pensées des mois durant qui lui faisait face, mais plutôt l'Angel froid et intransigeant qui n'avait pas hésité à liguer toute son école contre lui pour un simple baiser qui refaisait doucement surface. Ce retour à la réalité, si brusque, après des mois de douces et intenses rêveries, avait un arrière-goût des plus amers.

Tandis qu'il ruminait ces sombres pensées, le jeune homme s'était retourné sur son lit, fuyant son regard.

- Tu es certain qu'on ne risque rien ici… ? finit-il par lâcher, incapable de se contenir plus longtemps, je veux dire… Cette Green Phoenix a l'air sacrément… Déterminée !

- Tu ne leur es plus d'aucune utilité, répondit Mathieu d'un ton sombre, d'après les autres, ils ne se donneront pas la peine de nous poursuivre pour si peu de résultats, surtout dans un lieu aussi fréquenté qu'une école. Crois-moi, cette Académie Stendhal est sans doute le lieu où on sera le plus en sécurité pour la nuit dans le coin.

S'interrompant un bref instant, le jeune homme releva la tête en direction de l'unique fenêtre au fond de la pièce, à travers laquelle un rayon de lune docile filtrait contre le parquet.

- J'espère qu'ils vont bien, murmura-t-il plus pour lui-même que pour Angel, je n'ai pas pu les joindre depuis la bataille… Mon portable est complètement mort à cause du liquide de leur scanner.

Angel ne put retenir une grimace en réalisant que son propre portable avait été probablement perdu des mois auparavant.

« De toute manière, pensa-t-il sombrement, qui aurais-je eu à appeler ? ».

- Dis-moi, céda-t-il une nouvelle fois, réprimant à grand peine sa répulsion quant à parler à un être aussi abject à ses yeux que Mathieu, est-ce que… Quelqu'un d'autre que toi m'a recherché durant ces cinq mois ? Ma tante peut-être… ?

Une fois de plus, Mathieu dut contenir la pointe glacée qui lui transperçait le cœur face au ton dédaigneux qu'employait Angel en le mentionnant. Ravalant sa douleur, il se contenta d'un bref hochement de tête en signe de dénégation.

- Stéphanie a demandé à son oncle policier, bien entendu, lâcha-t-il, mais, apparemment, ta tante s'est assez rapidement désintéressée du dossier et, passés quelques jours, n'a plus cherché à contacter les forces de l'ordre. Je crois que… La Green Phoenix t'avait justement sélectionné pour… Pour les chances qu'il y avait de t'enlever sans risquer de faire trop de vagues.

Il avait préféré jouer la carte de l'honnêteté et le regretta presque aussitôt. En effet, de façon fugitive, le visage de marbre d'Angel s'était brusquement fissuré, dévoilant une douleur profonde tout au fond de son regard qui l'avait hanté tant de nuits.

Sans un bruit, le jeune homme se retourna de nouveau sur sa couchette, fermant ses paupières un instant. Rongé par la culpabilité, Mathieu ne put s'empêcher de tenter une nouvelle approche, d'une voix faible.

- Et… Tes parents ? s'enquit-il malgré lui, est-ce que tu ne penses pas qu'ils auraient pu chercher à te retrouver ? J'ai cru comprendre que tu vivais chez ta tante, mais pour le reste…

- Mêle-toi de ce qui te regarde, l'interrompit-il sèchement.

Et Mathieu, découragé, s'exécuta, renonçant à engager la conversation plus avant. La simple vision de ce jeune homme, enfin si proche et pourtant si lointain face à lui, suffisait à le ronger à petit feu. Néanmoins, tout au fond de son être, une petite voix lui recommandait de ne pas chercher à en savoir davantage et de lui laisser le temps de digérer les derniers événements. Après tout, ce qu'il venait de lui expliquer était particulièrement difficile à admettre.

Angel, les yeux clos, laissait ses pensées dériver. Devant ses yeux, les images de fantasques batailles dignes d'un jeu vidéo défilaient, accompagnés en fond sonore des récits de Mathieu, qu'il peinait toujours à admettre.

Plus la réalité de la situation s'imposait à lui, de plus en plus lourde et douloureuse, et plus il se sentait sombrer.

Et maintenant ? finit-il par lancer d'une voix étonnamment triste, c'est quoi le programme ?

Mathieu se laissa aller à une profonde inspiration avant de répondre, jugulant son propre stress à grand peine.

- Eh bien… Selon Anthéa –la mère de la fille qui a réussi à te ramener sur Terre, tu dois t'en souvenir à présent- la priorité est de quitter cet endroit le plus vite possible. On va prendre un peu de repos mais, dés demain à la première heure, il faudra prendre le train pour rejoindre la Ville de la Tour de Fer.

Face au haussement de sourcils circonspect d'Angel, Mathieu crut bon de préciser sa pensée :

- C'est la ville dans laquelle je vis et où se trouve mon lycée, expliqua-t-il, le gouvernement garde un œil dessus depuis les événements de l'année dernière avec la Green Phoenix d'après les autres, ce qui fait qu'on y sera définitivement en sécurité. J'ai des billets dans mon sac pour le train de 6 heures, tout a été arrangé mais il faudra faire vite.

- Et une fois là-bas ? questionna Angel, non sans une certaine brusquerie.

- Une fois là-bas… Libre à toi de faire ce qui te plait, répondit finalement Mathieu sans parvenir à dissimuler la nuance de tristesse au fond de sa voix, tu pourras appeler ta tante j'imagine, expliquer à la police ce que tu souhaites sur les raisons de ta disparition, même si je te déconseille de mentionner la Green Phoenix… Les forces de l'ordre auraient du mal à te croire ! En tout cas, une fois à la Ville de la Tour de Fer, tu seras enfin tranquille et débarrassé de moi, si c'est ce qui te préoccupe.

Il avait ajouté cette dernière phrase sans parvenir à se retenir, plus par amertume qu'autre chose. Bien entendu, il ne s'était pas attendu à des effusions de reconnaissances de la part du jeune homme, mais constater une telle froideur, une telle agressivité de sa part après tant de temps passé à se donner corps et âme à sa libération avait un effet profondément négatif sur son moral.

Une nouvelle fois, Angel releva l'étonnante franchise de Mathieu sans dire un mot. Il avait raison, bien entendu. Le fait d'avoir été secouru par la dernière personne qu'il aurait souhaité revoir avait quelque chose de blessant pour son égo et il ne pouvait nier que la perspective de pouvoir se débarrasser de sa présence d'ici quelques heures l'aidait beaucoup à tenir.

Néanmoins, le visage ravagé par la peine de l'adolescent, doucement éclairé par la lampe de chevet, avait un étrange effet sur sa personne et son estomac ne pouvait s'empêcher de se contracter face à cette vision. Comme si, tout au fond de son âme, derrière les couches de rancœur et de haine, un soupçon de culpabilité s'était mis à émerger.

Furieux contre lui-même, il ravala ce début de sentiment si indésirable et rabattit les couvertures de nouveau sur ses épaules, renonçant à lutter. Même si son corps lui hurlait de prendre la fuite dés maintenant, sa raison lui imposait la patience. Il avait beau haïr Mathieu de tout son être, il ne pouvait nier que, en cet instant précis, il avait de bien meilleure chance de s'en sortir en restant à ses côtés qu'en se lançant dans une fugue irréfléchie à travers la nuit, au sein d'une ville dont il ne savait rien.

- Je vais éteindre la lumière pour nous laisser un peu de sommeil, proposa Mathieu en se relevant, ne t'inquiète pas, je te laisse le lit et je dormirais par terre… Je ne me sens pas vraiment d'humeur à me reposer de toute manière.

Un simple grognement lui répondit et se fut la mort dans l'âme qu'il pressa le bouton de lampe, les plongeant tous deux dans l'obscurité.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


La nuit sembla s'écouler avec une lenteur insoutenable pour les deux adolescents et ni Angel, ni Mathieu ne parvinrent à réellement fermer l'œil, se contentant de micro-sommes, sursautant au moindre craquement du parquet ou souffle de vent à l'extérieur.

Lorsqu'enfin, le premier rayon de soleil se mit à pointer à travers les volets étroitement fermés, ils décidèrent qu'il était inutile de feindre le sommeil davantage et, d'un accord silencieux, rassemblèrent les maigres affaires de Mathieu et sortirent de la chambre sur la pointe des pieds.

L'heure était exceptionnellement matinale et, pourtant, une petites foules d'élèves du lycée Stendhal émergeaient déjà de leurs chambres, trop ensommeillés pour prêter attention à leur présence suspecte au sein du bâtiment.

Mathieu et Angel, bien que terrassés par la nervosité, en profitèrent pour se mêler au mouvement de foule, se glissant à travers le vaste couloir bordé de baies vitrées. La nuit passée, l'adolescent aux yeux bleus était parvenu à s'infiltrer à l'intérieur des dortoirs par le biais d'une porte de secours défectueuse, indiquée par Jérémie, et ce fut par cette même porte que les deux jeunes hommes s'échappèrent de l'établissement, sans jamais croiser le moindre surveillant, à leur grand soulagement.

Mathieu, qui savait que Taelia, lorsqu'elle ne jouait pas à la dirigeante de la Green Phoenix, logeait en ces lieux, et qui s'attendait à la voir surgir au détour d'un couloir d'un instant à l'autre, ne se détendit qu'une fois qu'ils eurent descendu le long escalier de métal les emmenant directement au sein du vaste parc de la prestigieuse école pour surdoués.

- Il vaudrait mieux qu'on évite l'entrée principale si on ne veut pas se faire repérer, expliqua Mathieu d'un ton coupable tandis qu'Angel, qui n'avait pu trouver de chaussures à sa taille dans les affaires de rechanges de son comparse d'infortune, grimaçait sous l'effet des cailloux s'enfonçant à travers ses chaussettes, par ici… D'après Jérémie, la gare n'est pas loin.

Fort heureusement, Anthéa avait prit le temps de lui procurer une carte des environs au format papier avant le début de la mission et, en dépit de l'encre qui avait quelque peu bavé sous l'effet du liquide du scanner, il ne leur fallut guère plus de quelques minutes pour parvenir à rejoindre la civilisation, débouchant soudainement dans une rue pavée bordée de hauts immeubles d'un triste gris. Les feux de signalisation, autour d'eux, alternaient leur cadence vainement face à une route pratiquement déserte et les quelques rares passants, profitant de la douceur de cette matinée de début d'été, semblaient trop plongés dans leurs pensées pour leur prêter attention.

Par précaution néanmoins, Mathieu préféra dissimuler son visage derrière la capuche de son blouson et Angel, bien déterminé à éviter les ennuis, l'imita sans discuter.

- D'après la carte, la gare est juste la fin de ce boulevard, commenta l'adolescent, plus pour faire la conversation qu'autre chose, allons-y.

A chaque minute qui s'écoulait, Mathieu se sentait de plus en plus nerveux, s'attendant à voir surgir un homme en noir et derrière un bâtiment d'un instant à l'autre, prêt à les intercepter. Derrière lui, marchant à bonne distance, comme profondément dégoûté à l'idée de pouvoir être associé à une personne comme lui, Angel restait coi, plongé dans ses pensées tortueuses.

Enfin, et après avoir frôlé l'arrêt cardiaque à de nombreuses reprises en croyant repérer le sinistre insigne en forme d'oiseau vert sur les vêtements des riverains, les deux adolescents arrivèrent au pied d'un gigantesque escalier, conduisant tout droit vers un bâtiment tout de verre et de métal, de dimensions imposantes. Contre toute attente, ils étaient parvenus à trouver la gare sans que personne ne les interpelle.

A partir de cet instant, sans doute sous l'effet conjugué de leur début de soulagement et de leur fatigue trop longtemps accumulée, les événements semblèrent se succéder avec une étonnante rapidité.

Tandis que Mathieu partait composter les billets auprès de la machine automatique d'un jaune atrocement discordant, Angel lui empruntait sans gènes de la monnaie afin de se servir une barre chocolatée au distributeur le plus proche, littéralement affamé par ses longs mois d'emprisonnement, même sous forme virtuelle.

Tout en mâchonnant avec délice la friandise, il se laissa aller à dévisager son reflet à la surface de la vitre de l'appareil, s'étonnant une fois de plus de son apparence. Lui qui se sentait si faible et fragile depuis la veille se retrouvait stupéfait par l'apparente vigueur de son corps, en tout point semblable à celui dans lequel il s'était endormi, cinq mois auparavant – à l'exception de ses cheveux emmêlés et des cernes monstrueuses sous ses yeux. Avait-il réellement séjourné si longtemps à l'intérieur d'un ordinateur ? Tout cela avait beau lui paraître invraisemblable il ne pouvait nier que, affichée en grosses lettres à la surface des panneaux digitaux accrochés un peu partout dans le hall de la gare, la date du 11 juin lui souriait moqueusement de toutes parts.

- Le train arrive ! l'interpella sobrement Mathieu, le tirant de sa contemplation dubitative.

Récupérant sa monnaie, le jeune homme s'empressa de le rejoindre. Malgré l'heure matinale, le quai commençait à se remplir à mesure que le TGV de métal fuselé entrait en gare, et il ne put s'empêcher de dénoter un certains nombres de regards suspicieux à son encontre, s'arrêtant sur ses pieds nus et ses vêtements trop courts et trop serrés à maintes reprises.

Sentant une colère sourde monter en lui, il préféra se dissimuler au reste du monde derrière sa capuche et, dans un mutisme rageur, emboîta le pas à Mathieu, pénétrant à sa suite au sein de l'un des compartiments du train.

Trouver leur place, avec le peu de bagages qu'ils transportaient, fut un jeu d'enfant et tous deux accueillirent le confort de leur siège avec un soupir de satisfaction. Bien entendu, Anthéa n'avait pu faire autrement que de leur acheter deux places côte à côte et il aurait été difficile de déterminer lequel des deux adolescents était le plus gêné en cet instant précis.

Ignorant non sans difficulté les regards en coin que lui lançait Mathieu de temps à autres, Angel choisit de s'appuyer négligemment contre la vitre du compartiment et se mura dans ses pensées jusqu'à ce qu'enfin les roues du véhicule se mettent en mouvement, prenant peu à peu de la vitesse jusqu'à les arracher au paysage urbain de la gare, les précipitant vers l'inconnu dans un grondement de rails.

De longues minutes durant, un silence pesant régna entre les deux adolescents, à peine rompu par le bruit sourd de l'air fusant le long de la carrosserie ou les discussions à voix basse de leurs compagnons de compartiment. Au bout d'un moment, Mathieu, épuisé par le surplus d'émotions auquel il avait du faire face au cours des dernières heures, finit par se surprendre à somnoler, sa tête dodelinant contre son dossier avec douceur.

Au moment où, enfin, il se sentait glisser vers le sommeil, la voix d'Angel s'éleva soudain à nouveau, interrompant sa transe avec brusquerie.

- Pourquoi ? lança-t-il simplement, comme s'il s'était agi de la question la plus naturelle du monde.

Les yeux gonflés de fatigue, Mathieu se contenta de le fixer jusqu'à ce qu'il daigne enfin se retourner vers lui, ses fins sourcils sombres arqués en une expression irritée.

- En toute honnêteté, j'ai encore du mal à croire ne serait-ce qu'au quart de tout ce que tu as pu me raconter, reprit-il avec nervosité, ces histoires de mondes virtuels, de programme ultra-secret... Ça n'a absolument aucun sens pour moi ! Cependant, et d'après ce que j'ai compris, tu as passé cinq mois à me rechercher sans relâche, allant jusqu'à risquer ta vie… Merde, Scillas, tu t'es même rendu dans le repère ultra-secret d'une putain d'organisation démoniaque toute droit sortie d'un film américain pour me porter secours ! Alors je me demande… Pourquoi est-ce que tu as fait tout ça ?

A cet instant, un tunnel happa leur compartiment, les noyant momentanément dans une obscurité relative. Mathieu, pesant les paroles d'Angel, attendit qu'ils soient de nouveau à l'air libre pour répondre, se forçant à soutenir le regard mordoré de son interlocuteur.

- Je pense que tu connais déjà la réponse à cette question, fit-il simplement, d'un ton plein de douleur, avant de détourner la tête.

Cette fois-ci, c'était à son tour de se murer dans le silence, trop éprouvé pour parler.

Secoué par sa réponse, Angel ne chercha pas à en tirer plus et se tut à son tour, se contentant de regarder défiler le paysage durant les heures qui suivirent.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Lorsqu'ils atteignirent la gare de la Ville de la Tour de Fer, le soleil brillait à son zénith et midi, qui s'apprêtait à sonner, apportait avec lui une insupportable sensation de faim aux deux adolescents.

Maladroitement, et incapable de réaliser qu'ils étaient arrivés sur place en un seul morceau, Mathieu fut le premier à descendre sur le quai, les jambes tremblantes. Il faisait un peu plus frais au sein de cette gare que dans celle qu'ils venaient de quitter et son corps tout entier amorça un frisson tandis qu'il inspirait profondément, savourant la sensation de liberté qui commençait à l'imprégner. Ils avaient réussi. En dépit de sa peur et de la menace de la Green Phoenix pesant sur eux, ils étaient parvenus à revenir sans encombre !

Tandis qu'une curieuse sensation d'euphorie se mettait à enfler dans sa poitrine, une voix débordante de joie l'interpella et, l'instant d'après, une masse de cheveux bruns s'écrasa sur lui de tout son poids, l'étreignant avec force.

Trop sonné pour protester, Mathieu rendit son étreinte à Stéphanie, retenant à grand peine un sanglot tandis que la pression qu'il avait accumulée depuis la veille quittait enfin définitivement ses épaules. Il était en sécurité.

- Tu es sain et sauf, répétait inlassablement son amie, tremblante de tout son corps, tu es sain et sauf…

Derrière eux, Angel venait de descendre du TGV à son tour et contemplait la gare à ciel ouvert avec appréhension.

Parvenant enfin à se dégager de Stéphanie, Mathieu put alors constater, tandis qu'une véritable vague de bonheur l'envahissait, que tout le groupe s'était réuni pour les accueillir, le sourire aux lèvres.

En première ligne, Aelita, l'air épuisé mais intacte, dardait ses grands yeux verts dans leur direction, ses cheveux roses flottant au vent se mêlant à ceux de sa mère, apparemment encore plus éreintée qu'elle mais profondément soulagée.

Derrière elles, venaient ensuite Jérémie, emmitouflé dans une veste épaisse, puis William, Yumi et Ulrich, étonnamment proches tous les trois. Odd, quant à lui, son sempiternel béret vissé devant ses yeux, fermait la marche, incapable de jeter un œil aux deux adolescents qui lui faisaient face.

Angel, silencieux, dévisagea ce curieux groupement à mesure qu'il avançait vers eux, surpris de discerner des traits familiers au sein de ces visages inconnus. Sans doute avait-il déjà du faire face à certains d'entre eux au sein de sa prison virtuelle… C'était là une curieuse sensation que de faire face à des personnes dont il ne savait rien et qui pourtant l'avaient, semblait-il, recherché pendant des mois.

Remarquant enfin sa présence à travers ses larmes de soulagement, Stéphanie, la seule dont il reconnaissait le visage à 100%, lui adressa un étrange regard avant de s'écarter légèrement. Manifestement, cinq mois n'avaient pas suffis à faire disparaître leur vieille inimitée.

Le reste du groupe, interdit, semblait le dévisager à la dérobade, comme s'il avait été une sorte d'être supérieur et surréaliste envers qui il aurait fallu faire preuve de déférence. Ces regards pesants avaient un effet désagréable sur lui et il se surprit à souhaiter prendre ses jambes à son cou jusqu'au moment où, enfin, la seule adulte du groupe, aux étonnants longs cheveux d'un rose très pâle, ne prenne la parole.

- Angel, n'est-ce pas ? murmura-t-elle à son attention, se risquant à un sourire, ravie de te rencontrer… Comment te sens-tu ?

Cette question le prit au dépourvu et, incapable de dénicher une réponse sensée dans la confusion qui régnait dans son esprit, il s contenta d'entrouvrir la bouche, muet.

Avisant la jeune fille aux cheveux roses, si semblable à l'adulte qui accompagnait le groupe, un souvenir le remonta brusquement à la mémoire. Celui d'une étrange elfe munie d'une faux, transperçant son corps numérique de part en part.

- Tu… lança-t-il, hésitant, tu es la fille qui m'a libéré, n'est-ce pas ?

Ces paroles avaient franchi ses lèvres sans qu'il parvienne à les contrôler. Dans un désir de se montrer rassurante, l'adolescente amorça un début de sourire, conservant néanmoins une certaine distance avec celui qui avait été leur ennemi pendant si longtemps.

- Je m'appelle Aelita Stones, expliqua-t-elle doucement, et je suis effectivement en partie responsable de ton retour sur Terre, même si chaque personne que tu vois ici a joué son rôle dans cette affaire.

Mathieu, de son côté, semblait avoir totalement oublié Angel, trop occupé à subir les câlins de soulagement de ses amis, l'étreignant à tour de rôle. A présent, il réalisait à quel point ces quelques heures loin de ceux qu'il considérait désormais comme sa famille avait été éprouvantes. Même Odd, malgré sa gène première, finit par le serrer entre ses bras puissants, le gardant prisonnier de son étreinte une longue minute de plus que le reste des Lyokô-guerriers.

- Vous êtes tous intacts… parvint-il finalement à lâcher une fois qu'Ulrich eut gentiment fait comprendre à son compagnon de chambre qu'il pouvait le lâcher désormais, comment est-ce que ça s'est passé, après mon départ ?

Une grimace échappa à Jérémie qui, pour une fois, avait renoncé à jouer la distance.

- C'était exceptionnellement juste, expliqua-t-il, Taelia est devenue complètement folle lorsque le pouvoir de William a cessé d'agir et je crois que je n'ai jamais vu une telle marrée de monstres sur Endo. Lorsqu'on a enfin réussi à rejoindre la Mer Numérique, les Lasers avaient endommagés une bonne partie des boucliers et on a bien failli laisser le reste de nos défenses lorsque la Green Phoenix a réussi à envoyer des monstres sous-marins à notre poursuite à travers le Réseau.

- Jérémie a été formidable, admit Yumi avec un frisson, comme tu le sais, le Hopper n'avait pas de système d'armement. On pensait que Taelia ne maîtrisait rien au concept du Réseau mais il faut croire qu'elle a trouvé comment surpasser cette limite depuis notre dernière visite… Heureusement, Jérémie a rapidement réussi à repérer un Hubb et à nous envoyer loin de la bataille, au moment où notre barre d'énergie chutait dans nos derniers pourcents.

- C'était terrifiant, confirma William, hochant la tête gravement, je ne pensais pas recevoir autant de balles en une seule fois avant de me faire dé-translater. En tout cas, plus question de regagner Endo par le biais de la Mer Numérique non plus à présent.

- Ce qui faisait vraiment peur après coup, surenchérit Stéphanie sombrement, c'était l'absence de nouvelles… Je crois que ces minutes à attendre le train sur le quai ont été les plus longues de toute ma vie ! On ne savait pas si la Green Phoenix avait réussi à vous rattraper ou pas, tu comprends ?

Odd, toujours aussi silencieux, se contenta d'approuver gravement. En proie à une véritable crise de panique, il n'avait pas pu fermer l'œil de la nuit et, sans le soutien sans faille d'Ulrich à ses côtés, sans doute aurait-il cédé à la folie avant le matin.

Les sourcils froncés, son compagnon de chambre en question se contentait de garder un œil sur Angel, occupé à échanger quelques mots intimidés avec la famille Stones.

- Et pour lui alors ? finit-il par questionner, inquiet, tout s'est bien passé ?

Un soupir échappa à Mathieu, brusquement ramené à la réalité.

- Je lui ai raconté la vérité, comme convenu, expliqua-t-il, ignorant le pincement au cœur qui le saisissait à la mention de l'envoûtant jeune homme, il a eu du mal à me croire mais je crois qu'il se souvient de l'essentiel de ce qui s'est passé sur Endo, malgré sa possession. En revanche, je ne sais pas trop ce qu'il compte faire à présent.

- Je peux parler de son retour à mon oncle, suggéra Stéphanie sans parvenir à dissimuler la hargne au fond de sa voix, on prétend qu'il a fugué, il rejoint sa tante une bonne fois pour toute et hop ! On n'en entend plus parler.

- Après tout ce qu'il a traversé ? protesta Mathieu, que la perspective de voir Angel disparaître de sa vie si soudainement après sa libération semblait torturer, tu sais très bien que, même s'il le voulait, il ne pourrait pas oublier tout ce que la Green Phoenix a fait… Sans compter l'histoire du Projet Carthage !

Yumi, drapée dans son chemisier blanc, laissa échapper un profond soupir de dépit.

- La situation est compliquée, lâcha-t-elle en jetant un regard sombre en direction d'Angel, pour le moment, Aelita et Anthéa ont accepté de le prendre chez elles, mais cette situation ne va pas pouvoir durer éternellement… Il va falloir avoir une sérieuse discussion avec ce type.

A cet instant, les deux Stones se retournèrent vers leur groupe et, sans un bruit, les rejoignirent, Angel sur leurs talons, les mains dans les poches.

- Nous avons décidé de laisser à Angel quelques jours chez nous pour réfléchir à la situation, expliqua Anthéa, dés qu'il sera prêt, nous pourrons appeler sa tante, et tout rentra dans l'ordre.

- Si je peux me permettre, lâcha subitement l'adolescent derrière eux, d'un ton étrange, je tenais… Je tenais à dire quelque chose.

Stéphanie lui adressa un regard mauvais mais Angel, visiblement trop concentré sur ce qu'il s'apprêtait à dire, ne lui accorda pas la moindre forme d'attention. Le cœur battant la chamade, Mathieu baissa la tête, en dépit de l'air réprobateur d'Odd à ses côtés.

- Si j'ai bien tout compris, tous autant que vous êtes, vous avez aidé à ma… Ma libération, reprit le ténébreux jeune homme, pesant chacun de ses mots, dévisageant les inconnus face à lui de son regard de soleil liquide, si c'est bien le cas, alors je tenais à vous, le plus sincèrement possible… Merci.

Lorsque l'ultime mot tomba, implacable, il fut difficile de déterminer qui de Stéphanie ou de Mathieu eut l'air le plus interloqué.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Un calme fébrile régnait sur le bunker de la Green Phoenix. Au sein de l'antre glaciale abritant les dizaines de caissons constituant les Supercalculateurs Scarlet, silencieuse, arpentait les allées de métal d'un pas lent, sa blouse virevoltant dans son sillage sous l'effet des courants d'air chaud soufflés en continue par les calculateurs. Derrière elle, une sueur froide coulant le long de son crâne dégarni, un petit homme lui emboîtait le pas, l'air profondément angoissé.

- Mademoiselle Scarlet, risqua-t-il pour la énième fois, malgré les foudres qui risquaient de s'abattre sur lui, je persiste à penser que nous aurions du poursuivre les deux jeunes hommes s'étant échappés de nos scanners, leur présence dans la nature…

- …N'a pas la moindre importance, répliqua la dirigeante de la Green Phoenix d'un ton étonnamment calme, aucun d'eux ne signifie quoi que ce soit dans nos plans. Ils ne valent pas la peine de gaspiller du temps et de l'énergie. Laissons-les courir.

Du bout du doigt, elle effleura la surface légèrement vibrante du caisson le plus proche, faisant crisser son ongle négligemment contre le métal.

Retenant une grimace, son assistant revint aussitôt à la charge, toujours aussi dubitatif.

- Mais songez à l'image que nous renvoyons ! protesta-t-il, notre négligence nous a aujourd'hui coûté un prisonnier crucial ! Imaginez si sa présence parmi nos ennemis constituait un avantage stratégique…

- Ce n'est pas le cas, l'interrompit une nouvelle fois Scarlet, avec plus de sécheresse cette fois-ci, nous n'avons pas pu supprimer le modèle original de notre programme multi-agent, soit. Et après ? En quoi cela impacte-t-il nos plans ? Ce pauvre imbécile est probablement trop perdu pour comprendre ce à quoi il a affaire de toute manière.

- Mais si le gouvernement a vent de cette affaire…

Un rire glacé, dépourvu de toute joie échappa à Taelia qui, cette fois-ci, daigna accorder un regard à son assistant. L'homme sembla se liquéfier sur place.

- Le gouvernement n'en saura rien ! lança-t-elle avec dédain, les Lyokô-guerriers ont autant à cacher que nous sur ce point, ils ne se risqueront pas à les prévenir, même maintenant qu'Angel Mower est libéré, soyez rassurés à ce niveau. Quant à la police, qui voudrait bien croire, parmi eux, l'histoire de cet adolescent ?

Se taisant, la redoutable jeune femme aux éclatant cheveux pourpres fit mine de reprendre sa marche, sous le regard désemparé de son employé.

- Laissez-les savourer leur victoire, affirma-t-elle avec un sourire cruel, le projet ENDO est désormais complet, et c'est tout ce qui importe. D'ici peu, le Projet Carthage sera entre nos mains et, alors, leur soulagement ne sera plus qu'un lointain souvenir.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


A des lieux de l'ancien bunker, sans qu'il puisse en expliquer la raison, Angel ressentit subitement comme un frisson au creux de l'échine. Il avait beau être libre, une sensation désagréable continuait à peser sur sa poitrine. C'était comme si, au fond de lui et malgré l'ambiance si calme du quai de cette gare lointaine, la conviction intime que son histoire était loin d'être terminée venait de s'imposer à lui.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:33   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1012
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
Chapitre 51 :

Épisode 150 : Le Choix_



Angel se retourna sur le canapé qui lui servait de lit, incapable de trouver le sommeil. Au sein du salon des Stones, étroit mais étonnamment chaleureux, la nuit était tombée depuis bien longtemps et la lueur des lampadaires se reflétait doucement sur le parquet de l'appartement, parfois traversé par un raie de lumière supplémentaire, renvoyé par le passage solitaire d'une voiture au sein de la rue en contrebas.

Douché, un T-shirt à sa taille prêté par le prénommé « William » passé par-dessus ses épaules et le ventre plein, le jeune homme ne parvenait à sortir de sa tête les souvenirs de l'inconcevable journée qui venait de s'écouler.

Au retour de la gare, l'incompréhensible et disparate groupe dans lequel il s'était retrouvé projeté avait tenu à fêter sa libération autour d'un bon repas et tous s'étaient retrouvés assis autour d'une table dans un petit établissement au milieu de la ville, du nom de « Kiwi Bleu ».

Malgré l'euphorie générale, il était resté muré dans un silence plein de réflexions, refusant de se mêler à ces étrangers qui semblaient pourtant tout savoir de lui. Mathieu, assis en face de lui, avait suivi le même schéma, restant bouche close tout le long du repas.

Ensuite, estimant qu'il était temps qu'il se retrouve seul avec lui-même, histoire de digérer les derniers événements, la femme aux cheveux roses l'avait poussé à prendre congé du groupe, l'entraînant avec la jeune fille qu'il avait combattu la veille, dans cet étrange monde virtuel, vers un immeuble délabré au cœur du centre-ville.

Dans un état quasi-second, il avait laissé la mère et la fille lui transmettre un sac d'affaires et le guider à travers leur appartement, leurs paroles glissant sur lui sans l'atteindre.

Et c'était ainsi qu'il s'était retrouvé allongé sur ce canapé qui n'était pas le sien, laissé seul avec ses tourments, tandis que la nuit nimbait cette mystérieuse Ville de la Tour de Fer de son voile d'obscurité.

Embarrassé par son drap, il le rejeta soudain violemment, incapable de trouver le sommeil, avant de glisser ses pieds mollement vers le parquet, laissant ses pas le porter vers la baie vitrée menant sur le balcon. Légèrement entrouverte, le souffle de vent qui perçait à travers suffisait à soulever doucement les rideaux de voile transparent, les faisant danser dans le salon comme d'étranges silhouettes fantomatiques.

La tête bruissant de pensées confuses, Angel se plongea dans la contemplation des lumières de la ville, s'effaçant peu à peu à travers la nuit. Quelque part, au loin, Mathieu avait certainement regagné son école, en compagnie de son groupe d'amis, insensible au trouble qui l'habitait.

Ses doigts, étonnamment pâles à la lueur de la lune, se crispèrent peu à peu à la surface du verre, tandis que les voix sournoises au fond de sa tête gagnaient en intensité.

Cinq mois. Cela faisait cinq moi qu'il était prisonnier d'une histoire de fou sans en être conscient et, durant tout ce temps, le monde avait suivi son cours, comme si de rien n'était, laissant les journées défiler, indifférentes à sa détresse. Il avait été arraché à sa vie si confortable contre son gré et, à présent que l'être le plus exécrable qu'il eut jamais connu l'avait tiré de ce guêpier contre toute attente, sa vie semblait continuer à le fuir, comme pour le tourmenter un peu plus.

Pas un seul de ses amis, pas une seule de ses connaissances n'avait daigné lever le petit doigt pour le retrouver. Bien sûr, sa tante avait signalé sa disparation à la police, mais pour quel résultat ? Avait-elle seulement espéré le revoir un jour ? Il commençait à en douter.

Non, au lieu de voir ses proches voler à son secours, il s'était retrouvé libéré par deux des personnes qu'il haïssait le plus au monde, ainsi qu'un mystérieux groupe d'inconnus, aussi fous que cette Green Phoenix qui l'avait enlevé, et cela le plongeait dans une colère et une détresse insurmontable.

Il se sentait si faible, si inapte à reprendre le contrôle de sa vie en cet instant précis que chaque parcelle de son corps semblait l'enjoindre à crier sa rage au monde entier, à briser ce verre si fragile face à lui de toute la force dont il était capable, ne serait-ce que pour extérioriser cette douleur qui le dévorait de l'intérieur.

Alors que ses épaules s'affaissaient, tremblantes d'émotion, un glissement dans son dos lui fit tourner la tête dans un sursaut. Engoncée dans un pyjama léger, l'étrange jeune fille aux cheveux roses qui l'avait accompagné jusqu'à cet appartement le dévisageait, l'œil ensommeillé.

- J'allais juste me chercher un verre d'eau, justifia-t-elle dans un murmure afin de ne pas réveiller sa mère, endormie dans la pièce d'à côté, tu n'es pas couché ? Est-ce que tout va bien ?

Pendant un bref instant, Angel crut que sa colère allait imploser à l'encontre de cette pauvre adolescente, libérer ses chaînes. Et puis, au moment où ses lèvres s'entrouvraient, prête à laisser exploser sa rage, contre toute attente, un sanglot lui échappa. L'instant d'après, sans parvenir à comprendre ce qui lui arrivait, il était en larmes, incapable de se retenir, de lourdes perles salées s'échappant de son regard mordoré tandis que son corps tout entier le trahissait, soudain secoué de tremblements incontrôlables.

Il avait fini par craquer. Lui, qui avait mis un point d'honneur à faire bonne figure au cours de la journée, agissant comme s'il parvenait à gérer la situation grotesque qui s'était imposée à lui avec tant de violence, avait finalement atteint ses limites. L'adolescent si fier, si pompeux derrière lequel il se dissimulait depuis des années n'était plus qu'un ruisseau de larmes intarissable, ponctué de sanglots étouffés.

Désemparée, Aelita resta figée un moment au milieu du salon avant de doucement l’entraîner jusqu'au canapé, s'asseyant avec lui afin de l'enjoindre à pleurer tout son soul, se contentant d'une caresse apaisante à la surface de son dos musculeux en guise de réconfort.

- Ça va aller, murmura-t-elle à de nombreuses reprises, tentant de rassurer cette figure masculine si imposante d'ordinaire, visiblement brisée, je sais à quel point c'est dur pour toi mais tout est fini, tout va bien se passer à présent, tu verras.

Malgré la détresse qui avait pris le contrôle de son être, Angel ne put retenir un ricanement moqueur entre deux sanglots.

- Tu sais… ? répéta-t-il, , balayant la remarque d'un geste dédaigneux, comment est-ce que tu pourrais ne serait-ce que commencer à comprendre ce que je ressens ? Je viens de perdre cinq mois de ma vie dans un ordinateur pour une histoire à dormir debout !

- Je sais, affirma patiemment Aelita, ignorant le ton agressif du jeune homme, quant à moi, ce sont dix années de ma vie que j'ai perdues dans un ordinateur pour la même histoire. Crois-moi, s'il y a une personne en mesure de comprendre la détresse dans laquelle tu te trouves en ce moment, c'est bien moi.

La remarque était si percutante que, pendant un moment, Angel oublia de pleurer, ouvrant de grands yeux stupéfaits en direction de la jeune fille. Cette dernière, ses longs cheveux roses balayés doucement par le souffle de l'air nocturne, avait perdu son regard vert dans le vague, une expression neutre sur le visage.

- Pardon… ? lâcha Angel, incapable de se contenir, tu… Dix ans ?

- Quel âge est-ce que tu me donnes ? répondit simplement Aelita, plantant ses orbes vertes dans les prunelles d'or de son ancien ennemi.

La question prit le jeune homme au dépourvu et il lui fallut plusieurs secondes pour se reprendre, hasardant une réponse :

- Je ne sais pas moi… 16 - 17 ans ?

- 27 ans, répliqua-t-elle presque immédiatement, lui coupant le souffle, c'est l'âge corporel que j'aurais dû avoir si mon père, l'instigateur de toute cette « histoire de fou », ne m'avait pas enfermée dans son ordinateur avec lui, dix longues années durant.

Rendu muet par la déclaration, Angel eut soudain l'impression que le visage de la jeune fille qui lui faisait face avait changé du tout au tout. Comme si, par ce simple aveu, il avait soudain été en mesure de la discerner sous un tout nouvel aspect, insoupçonné jusqu'à présent. Un aspect plus mature, mais également paré de souffrances soigneusement dissimulées en surface.

- Je n'essaye pas de me plaindre ou de ramener ta situation à la mienne, s'empressa de corriger Aelita, gênée par son silence, ce que j'essaye maladroitement de te dire c'est que… Je comprends ce que tu ressens. Tu as l'impression de n'être plus à ta place dans ce monde. Que, contre ta volonté, tout s'est mis à changer autour de toi et que tu ne seras jamais en mesure de retourner en arrière, même si tu le souhaites de toutes tes forces. Tu n'arrives pas à saisir pleinement ce qui t'arrive mais, au fond, tu sais que tu as mis les pieds, bien malgré toi, dans quelque chose qui te dépasse et dont tu ne pourras pas te défaire facilement. Tout cela… Je l'ai ressenti, et bien plus encore. Je sais à quel point c'est dur.

Une profonde inspiration souleva la poitrine d'Angel. A présent qu'Aelita exposait avec tant de facilité ses faiblesses, ces sentiments qui le tourmentaient avec tant de violence, il se sentait honteux de s'être dévoilé aussi aisément, surtout face à une inconnue.

- Si tu sais si bien ce que je ressens, lança-t-il avec hargne, ravalant ses ultimes larmes, je suppose que tu as aussi une solution à me proposer à tout cela.

Un silence hésitant lui répondit durant lequel Aelita, le regard rivé vers le sol, caressa la paume de sa main d'un air pensif.

- Je n'ai pas de solution spécifique à te proposer, finit-elle par avouer, cependant, je mentirais en te disant que j'ignore ce qui serait en mesure d'apaiser ta colère et ta frustration. Néanmoins, la solution que je m'apprête à te proposer, je ne la recommande à personne.

Angel, soudain très calme, la laissa poursuivre.

- J'aimerais te dire que le temps suffira à panser tes blessures, que le soutien de ton entourage pourra t'aider à surmonter tout cela, mais ce ne serait que mensonges… fit-elle sombrement, la vérité, c'est qu'une seule sensation est capable de supplanter la peine d'avoir perdu tant de choses contre son gré. Une sensation plus forte que l'amour elle-même.

- Quel genre de sensation ? insista Angel, frustré par la façon de parler de la jeune fille, pleine de détours.

Le visage fermé, Aelita releva la tête dans sa direction, plantant le vert de ses yeux dans les siens. Cette fois-ci, toute trace de compassion avait disparu de son regard.

- "La vengeance", fut sa seule réponse, froide et laconique.

Il y eut un grand moment de vide, durant lequel ni le jeune homme, ni l'adolescente ne parlèrent, Angel digérant avec difficulté ce que cette mystérieuse jeune fille aux cheveux roses venait de lui asséner. Puis, presque mécaniquement, un petit rire s'échappa de ses lèvres, froid et amer.

- Tu plaisantes, pas vrai ? ricana-t-il, toi, la gentille petite héroïne digne d'une série télévisée, tu enjoins la victime à la revanche contre ses agresseurs ? C'est un peu facile, tu ne trouves pas ?

- C'est la seule solution que j'ai à te proposer, répliqua doucement Aelita, inébranlable, en dépit du ton cinglant de son interlocuteur, je ne prétends pas que tu te sentiras bien si tu laisses libre cours à ta haine et à ton envie de revanche, mais je sais, par expérience, que lutter pour faire payer les responsables est un excellent moteur, lorsqu'il s'agit de donner un sens à sa vie sur laquelle on a l'impression d'avoir perdu toute prise. Si je n'avais pas eu cette haine envers la Green Phoenix au fond de moi, je ne serais probablement plus ici pour t'en parler.

Elle hésita un bref instant avant de reprendre, une nuance de culpabilité au fond de la voix.

- Je sais aussi que je ne suis pas la seule à ressentir les choses de cette manière, ajouta-t-elle, William – le garçon qui t'a donné ce T-shirt – a également dû faire face à un emprisonnement des mois durant au sein du Supercalculateur, et ce souvenir cuisant le hantait toujours jusqu'à récemment, moment où il a décidé de reprendre les choses en main et de s'opposer aux responsables indirects de tout cela, histoire de mettre fin à toute cette histoire une bonne fois pour toute. Tout ça pour dire que tu es le seul à pouvoir te sauver, et que laisser ce rôle à n'importe qui d'autre ne pourra jamais te satisfaire.

- Alors quoi ? lâcha Angel dans un rictus, tu me suggères de rejoindre votre petite bande pour faire tomber les responsables de mon enlèvement ? Tu pensais sincèrement que, après tout ce qui m'est arrivé, il suffirait de quelques belles paroles sur la vengeance pour m'enjoindre à vous donner un coup de main ? Très peu pour moi, merci… Cette histoire ne me concerne pas et je préfère mille fois faire preuve de lâcheté et regagner ma vie plutôt que de risquer ma peau une nouvelle fois.

Aelita s'était relevée durant son discours. Sans un mot, sans un bruit, elle se dirigea vers le lavabo de la cuisine et se servit un verre d'eau. Ce ne fut qu'après en avoir avalé la dernière goutte, avec lenteur, qu'elle se retourna vers le jeune homme, un voile de tristesse nimbant son regard vert à présent, brillant dans l'obscurité.

- Tu ne m'as pas bien écouté, dit-elle, je ne t'ai jamais conseillé de suivre une telle voie. C'est même tout le contraire : je te supplie de ne pas faire la même erreur que William ou moi. Je tenais simplement à faire preuve d'honnêteté quant aux options qui s'offrent à toi désormais.

Tout en discourant, elle leva un premier doigt en l'air, joignant le geste à la parole afin d'énumérer les possibilités.

- Petit un, énonça-t-elle, tu appelles ta tante, feint la fugue, retourne chez toi comme si de rien n'était et tente de rayer de ta mémoire tout ce qui vient de t'arriver. Petit deux…

Le second doigt se leva, avec plus de fermeté cette fois-ci. Angel, assis sur le canapé, ne put retenir une déglutition.

- Petit deux, reprit Aelita, tu choisis de faire face, et tu restes avec nous. Dans les deux cas, la situation sera extrêmement difficile pour toi, et j'en suis désolée. A présent cependant, je ne peux que te laisser faire ton choix. A toi de voir de quelle façon tu comptes régler ce problème.

Et, sans rien ajouter, la jeune fille traversa le salon jusqu'à la porte de sa chambre, n'accordant pas même un regard à l'adolescent désemparé sur le canapé.

Tandis que sa main s'apposait sur la poignée de métal, l'adolescente prit néanmoins le temps de se retourner brièvement, les sourcils froncés en une expression réprobatrice.

- Une dernière chose, lança-t-elle, Mathieu a beaucoup sacrifié pour te tirer des griffes de la Green Phoenix et je n'ai pas vraiment apprécié le dédain avec lequel tu l'as traité toute la journée… Il ne le mérite pas et tes préjugés ne devraient pas avoir le dessus sur la reconnaissance qui lui est due, aussi je te demande de réfléchir à ton comportement à ce niveau, pour lui comme pour toi. Bonne nuit.

Et, closant enfin ses lèvres, l'adolescente disparut au sein de sa chambre, laissant derrière elle un Angel éperdu. Un souffle de vent vint faire danser ses cheveux sombres tandis qu'il réalisait à quel point la rage profonde qui grondait au fond de lui s'était étiolée depuis le début de cette conversation.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Les yeux mi-clos, Mathieu laissait le soleil de ce début d'été baigner son visage avec douceur, son T-shirt flottant doucement sous l'effet de la brise matinale balayant la cour de Kadic.

Autour de lui, les conversations des lycéens bruissaient gaiement sans l'atteindre, comme s'il s'était trouvé perdu au sein d'une dimension parallèle, spectateur invisible d'un monde étrange. Depuis le départ d'Eva, les choses s'étaient quelques peu calmées pour lui et le soutien sans faille que lui avaient apporté ses amis – et notamment le populaire Ulrich et l'effrayant William – avait évité que les rumeurs colportées par les Echos de Kadic ne lui porte trop préjudice. Bien entendu, les regards en coin et les murmures l'avaient précédé quelques jours durant jusqu'à ce que Milly, sans doute sous la pression d'Odd, ne publie un nouvel article fascinant au sujet du passé secret du X, qui n'avait pas tardé à détourner l'attention des élèves, le laissant respirer quelque peu.

Néanmoins, ce n'était pas cette soudaine quiétude, malgré la révélation de son homosexualité auprès de toute l'école, qui le plongeait dans cet étrange état, proche de la transe. Malgré la bonne nuit d'un sommeil profond qui venait de s'écouler pour lui, il avait eu l'impression, le matin même, de s'éveiller au sein d'un rêve, comme si le monde qu'il avait retrouvé au réveil avait été à des lieux de celui dans lequel il s'était endormi la veille.

Au fond de ses pensées, un seul élément importait désormais, tournant en boucle et en boucle dans son esprit curieusement serein. Angel était libre.

Vingt-quatre heures avaient beau s'être écoulées depuis cet incroyable événement, il peinait toujours à y croire et une étrange sensation de vide avait commencé à s'emparer de ses entrailles, au fur et à mesure que cette étonnante vérité s'imposait à lui. Maintenant que le but qui l'avait aidé à tenir des mois durant était atteint, qu'adviendrait-il de lui ? Il peinait à le déterminer et l'avenir lui paraissait désormais plus flou que jamais ; plus encore à présent qu'il se trouvait perdu au milieu de cette foule d'étudiants ordinaires, insensibles à ses tracas. Comment pourrait-il jamais retrouver une vie normale après une telle aventure ?

En proie à ces profondes interrogations, il ne sentit pas Stéphanie approcher et la jeune fille, faisant preuve de son habituelle espièglerie, en profita pour le prendre par surprise, bondissant de derrière le réfectoire en lui arrachant un cri effrayé.

- Eh alors ? On rêvasse ? le taquina-t-elle en lui administrant un petit coup de poing affectueux sur l'épaule, j'imagine qu'un certain brun ténébreux au regard doré est au fond de tes pensées, pas vrai ?

- Bonjour à toi aussi, répliqua Mathieu d'un ton faussement grincheux, sans parvenir pour autant à réprimer son début de sourire, j'avoue que j'ai encore du mal à y croire… Tu imagines ? Angel n'est qu'à quelques mètres de Kadic désormais ! Et il est sain et sauf !

Le regard aux nuances mauves de l'adolescente s'assombrit rapidement face à la lueur d'enchantement qui avait brièvement traversé le visage de son ami. Elle sentait, au fond d'elle, que cette libération inespérée ne serait que la source de nouvelles souffrances pour Mathieu et hésitait à aborder le sujet avec lui, de peur de le contrarier dans son bonheur nouveau. C'était en effet la première fois depuis des mois qu'un sourire sincère apparaissait sur les lèvres de son ami, et savoir qu'Angel était de nouveau le responsable de cette joie lui brisait le cœur. Elle avait bien remarqué, en effet, la distance dont avait fait preuve le détestable jeune homme la veille.

- Tu n'es pas avec Jérémie ? s'étonna-t-elle, préférant changer de sujet pour le moment. Il était encore trop tôt pour faire disparaître ce sourire, c'est ton compagnon de chambre pourtant ! Et Odd, où est-ce qu'il est ?

- Parti avant que je ne me réveille ! bailla une voix maussade dans leur dos, les poussant à se retourner, je ne sais pas où il a pu passer.

Ulrich, ses cheveux drus en bataille sur son front, s'avançait vers eux d'un air ensommeillé.

- Pareil de mon côté pour Jérémie, surenchérit Mathieu d'un ton songeur, j'imagine qu'ils sont allés à l'usine vérifier quelque chose… Après tout, la lutte contre la Green Phoenix est loin d'être terminée !

- Je ne comprends pas, répliqua Stéphanie, haussant un sourcil surpris, maintenant qu'Angel est libéré, on devrait en avoir fini avec eux, non ?

- Pas vraiment.

C'était la voix d'Aelita qui avait fusé cette fois-ci. La jeune fille, son sac de cours sur l'épaule et l'air reposé, s'avançait vers eux depuis le portail grand ouvert de l'école. Une mine inquiète barrait ses traits.

- Angel est peut-être libre, mais la Green Phoenix a eu le temps de copier entièrement son code-séquence au sein du Cœur d'Endo, expliqua-t-elle en baissant d'un ton par précaution, les rejoignant en quelques enjambées, cela signifie que la mise au point de leur programme multi-agent n'est plus qu'une question de temps désormais. Une fois cela fait, rien ne les empêchera de lancer leur assaut sur Lyokô et de le réduire à néant. Et alors…

- Alors, le programme Carthage sera à portée de main pour eux, compléta Ulrich d'un air sombre, je dois avouer que ça a de quoi faire paniquer…

Un grand silence songeur suivit ses paroles, durant lequel Yumi et William les rejoignirent furtivement dans un concert de salutations étouffées.

Angel se porte bien ? s'enquit le ténébreux ex-XANA-guerrier, visiblement inquiet pour son sort du fait de sa propre expérience d'emprisonnement virtuel.

Esquissant un demi-sourire à la pensée de leur conversation de la nuit passée, Aelita se contenta d'une réponse évasive :

- Il est un peu perturbé par tout ce qui lui tombe dessus, bien entendu, annonça-t-elle, mais, pour l'instant tout du moins, il se montre étonnamment coopératif. Ma mère a pris quelques jours de congés pour veiller sur lui, histoire qu'il ne fasse pas une véritable fugue, mais ça n'a pas l'air d'être dans ses intentions. Pour l'instant, il se repose tranquillement chez nous.

Une fois de plus, Stéphanie observa du coin de l'œil la réaction de Mathieu et sentit une boule lui nouer la gorge en voyant son visage s'éclairer de nouveau. La présence d'Angel parmi eux avait un effet étrange sur son comportement et elle espérait qu'il parviendrait à garder ses idées en place le moment venu.

- Il aurait pu se montrer plus reconnaissant quand même, ne put-elle retenir dans une moue de dépit, on lui a quand même sauvé la vie à nos risques et périls !

- Tu t'attendais à ce qu'il saute de joie ? répliqua William, haussant un sourcil dubitatif, le pauvre type a perdu cinq mois de sa vie dans un ordinateur quantique, laisse-lui le temps de digérer !

Elle faillit répliquer que, avec ce qu'il avait fait endurer à Mathieu à Sainte Bénédicte, cinq mois n'étaient pas chers payés mais se contint juste à temps, dissuadée d'un simple regard de Yumi. Si William, qu'elle appréciait énormément la plupart du temps, avait touché un point sensible, l'heure n'était pas à la dispute.

Un nuage passa au dessus de leur tête, obscurcissant momentanément l'azur du ciel de son voile cotonneux et un frisson lui échappa. Avec leur victoire de la veille, ils auraient du se sentir soulagés, pourtant une vague tension persistait parmi les Lyokô-guerriers, s'insinuant dans leur veine tel un liquide froid en dépit de l'agréable chaleur estivale.

A cet instant, une paire de voix les interpella, rompant le silence pesant. Odd et Jérémie, des cernes soulignant leur regard, se dirigeaient vers eux à pas vifs. Haussant un sourcil, Mathieu constata que la direction dont ils émergeaient menait directement sur le parc de l'établissement.

- On a fait un petit tour à l'usine avant le début des cours, se justifia son compagnon de chambre, confirmant ses soupçons par la même occasion, j'ai envoyé Odd sur Lyokô, histoire de faire un point rapide sur la situation.

- Alors ? s'enquit Aelita d'un ton pressant, manifestement aussi inquiète que le jeune homme quant à la prochaine initiative de la Green Phoenix après leur récent coup d'éclat.

Ce fut Odd, après avoir soigneusement prit le soin de placer le plus de personnes possibles entre lui et Mathieu, qui répondit, d'un ton qui se voulait rassurant mais au travers duquel l'anxiété pointait.

- Pas grand-chose de neuf, annonça-t-il mollement, la Faille n'a pas bougée du Territoire de la Forêt et reste stable… Mais, d'après Jérémie, on ne devrait pas tarder à avoir des nouvelles de la Green Phoenix maintenant qu'ils ont leur programme multi-agent.

- Alors c'est quoi le plan pour la suite ? céda Stéphanie, qu'est-ce qu'on peut mettre au point pour prévenir leur attaque ?

Surprise, Aelita fit danser son regard de la jeune fille à Mathieu avant de répondre, d'un ton ferme :

- Vous, vous ne faites rien du tout, fit-elle, implacable, Angel est libéré et votre rôle s'arrête là. En ce qui concerne la Green Phoenix, c'est à nous de nous en occuper désormais, vous n'avez rien à voir avec cette histoire et je me refuse à vous faire courir davantage de risques.

La déclaration prit Stéphanie et Mathieu de court. Avant même qu'ils n'aient eu l'occasion de protester, profondément choqués, la cloche retentissait à travers Kadic, annonçant le début des cours. Aelita en profita pour se détourner, replaçant sa sacoche confortablement contre son épaule.

- C'est dans votre intérêt que je dis ça, souffla-t-elle doucement tandis qu'une foule d'élèves commençaient à se déverser dans la cour depuis le réfectoire, les cernant de toutes parts, pour votre propre sécurité, ne vous mêlez plus de Lyokô et du reste.

Cette fois-ci rien dans son ton ne laissait entendre qu'il y avait là matière à discuter.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


En dépit de toute sa bonne volonté, Ulrich sentait progressivement ses paupières s'alourdir tandis que, face à lui, s'écoulait avec une lenteur frôlant l'indécence le cours d'anglais le plus soporifique auquel il lui eut été donné d'assister.

Assis seul au fond de la classe de Première Littéraire, son regard semblait préférer la vue de la cour ensoleillée à travers la fenêtre à la vision de son austère enseignante, dont les cheveux courts et roux à la teinture trop prononcée tranchaient horriblement sur le tableau d'ardoise.

Tout en faisant mine de prêter attention à une tirade particulièrement longue dont il ne comprenait pas la moitié des mots, le jeune homme laissa ses yeux se poser négligemment sur une place vide non loin du premier rang. Une place habituellement occupée par Sissi qui, ce matin-là, brillait par son absence. Sans doute était-elle occupée à régler un ultime détail administratif auprès de son père, en prévision de leur départ à tous les deux. Toujours était-il que, sans la plantureuse jeune fille, la salle de classe paraissait bien morose à Ulrich.

Tandis qu'il se préparait à se plonger de nouveau dans une longue contemplation du paysage extérieur, le regard d'Ulrich fut attiré par un détail mouvant en contrebat. Un petit point violet en forme de béret qu'il ne connaissait que trop.

Haussant un sourcil broussailleux et intrigué, le jeune homme suivit son camarade de chambre jusqu'à ce que celui-ci disparaisse au niveau du portail de l'école, laissé sans surveillance à cette heure de la journée. Que pouvait faire Odd hors des cours à un moment comme celui-ci ?

- Excuse-me, miss ? lança-t-il en levant la main brusquement, prit d'une soudaine inspiration, je ne me sens pas très bien… Est-ce que je pourrais aller à l'infirmerie, s'il-vous-plaît ?

Son maigre vocabulaire d'anglais avait été épuisé dés la première phrase, néanmoins il n'eut aucun mal à feindre la maladie tant le discours de l'enseignante lui avait donné la migraine.

Cette dernière, habituée aux caprices de ses lycéens, ne leva même pas un sourcil en lui indiquant obligeamment la porte de sortie qu'il s'empressa de franchir avant de dévaler les escaliers menant sur l'extérieur.

Par précaution, Ulrich préféra longer les bâtiments, demeurant à l'abri du préau jusqu'à être certain qu'aucun de se professeurs ne pourrait l'apercevoir si l'idée leur prenait de soudain jeter un coup d'œil par la fenêtre. Après cela, il pressa l'allure, dépassant rapidement les platanes verdoyant en cette période de l'année et le petit bâtiment de pierre abritant l'unique distributeur de boissons de Kadic pour enfin rejoindre le portail.

Une fumée de cigarette, développant ses volutes grisâtres à la surface du ciel bleu derrière le grillage, suffit à démasquer la présence d'Odd, aussi Ulrich prit tout son temps pour le rejoindre, un demi-sourire en coin.

Le jeune homme, dissimulé derrière un buisson et négligemment assis contre le muret de pierre cernant les bâtiments, ne releva la tête de sa cigarette que lorsque son compagnon de chambre ne fut plus qu'à quelques pas, esquissant une grimace de dépit.

- Hey, l'apostropha simplement Ulrich, se laissant glisser jusqu'à son niveau, tout va bien ? Qu'est-ce que tu fais ici à une heure pareille ?

- Ça va super, grogna Odd avec un peu trop de brusquerie pour donner crédit à sa déclaration, ce n'est pas la première fois que je sèche un cours je te signale !

- Peut-être, admit Ulrich, mais c'est la première fois que tu le fais depuis le retour d'Angel, je me trompe ?

Le regard lourd que lui adressa son compagnon de chambre suffit à lui confirmer qu'il avait visé juste. Avec un sourire plein de sympathie, le jeune homme lui enlaça l'épaule, en signe de réconfort. Odd, occupé à tirer de sa cigarette les derniers centimètres de tabac, se laissa faire, signe qu'il était plus que temps d'avoir une discussion avec lui.

- J'imagine que ça ne va pas fort avec Mathieu en ce moment, hasarda Ulrich, j'ai remarqué que tu étais distant avec lui ce matin et le jour de la mission… Tu as peur qu'il se passe quelque chose avec Angel ?

Odd souffla un ultime nuage de fumée de ses narines avant de répondre, les traits tirés.

- Pour être honnête, je ne suis même plus sûr de savoir où en est notre relation, lâcha-t-il enfin, cédant au désir de se confesser, depuis le départ d'Eva, tout est devenu plus compliqué entre nous… Ça aurait dû être bien plus simple, au contraire. On aurait dû officialiser notre couple et assumer ce que les Echos de Kadic racontaient. Au lieu de ça, il s'est soudain mis à s'éloigner, comme si… Comme si je ne lui suffisais plus. J'ai l'impression…

- Tu as l'impression d'avoir servi de bouche-trou le temps qu'Angel soit libéré, termina Ulrich à sa place, devinant le fond de sa pensée, Odd…

- Ne prétend pas que je me trompe, railla le jeune homme, amer, tout en jetant le mégot encore fumant de sa cigarette au loin dans un geste de rage, tu as vu la façon dont il le regarde depuis qu'il est de retour ? J'aurais dû m'y attendre je suppose… Je savais très bien ce que Mathieu ressentait pour Angel, j'ai juste choisi de l'ignorer afin de laisser libre cours à mes propres sentiments… Quelle bêtise !

Ulrich se mordit négligemment la lèvre, en quête de mots réconfortants. Il ne pouvait nier que, derrière les paroles blessées de son ami, un fond de vérité sonnait. Depuis qu'Angel et Mathieu étaient descendus de ce train la veille, l'adolescent aux grands yeux bleus avait semblé quelque peu différent, comme obnubilé par ce jeune homme qu'il avait tant rêvé secourir au cours des derniers mois, ce en dépit de l'attitude plus que glaciale de ce dernier.

Angel avait donné une première impression de profonde antipathie à Ulrich lors de leur premier face à face en chair et en os. Froid, silencieux et le regard arrogant, il en était presque venu à lui regretter sa version possédée par la Green Phoenix, un adversaire qu'il avait pourtant profondément détesté au cours des dernières semaines.

A en juger l'amertume au fond du regard d'Odd à la mention de son nom, il était évident que son compagnon de chambre avait eu la même impression lors de sa rencontre avec Angel, si ce n'était à un degré plus élevé. De plus, ses sentiments plus que sincères à l'égard de Mathieu semblaient ne rien arranger et il était presque possible de lire sur son visage la cruelle bataille de sentiments qui tenait place au fond de son cœur. Devait-il lutter pour conserver l'amour de Mathieu, ou au contraire laisser l'adolescent vivre sa vie, comme il se l'était promis le jour où il lui avait révélé l'existence de l'usine sur le lac ? Un dilemme cornélien probablement impossible à résoudre seul.

- Si tu veux mon avis, commenta doucement Ulrich en arrachant une poignée d'herbes à ses pieds, Mathieu est aussi confus que toi en ce moment et tu vois les choses de façon bien trop manichéenne. Il t'aime sincèrement, Odd. Il lui faut juste le temps de faire du tri dans ses sentiments, maintenant qu'Angel est de retour dans la donne. Après tant de temps, je pense qu'il avait fini par perdre espoir de le revoir un jour et commençait vraiment à passer à autre chose avec toi. Le retour d'Angel a peut-être réveillé de vieux et puissants sentiments en lui, mais cela ne change rien au fait que, selon moi, il sache pertinemment bien ce qui est mieux pour lui.

- Reste à savoir "qui" est effectivement mieux pour lui, répliqua Odd d'un ton sombre.

Ulrich lui administra un regard éloquent.

- Tu en doutes vraiment ? lâcha-t-il d'une voix emprunte de suspicion.

Incapable de répondre, Odd préféra se murer dans son silence. Ulrich, inquiet face à l'attitude de son ami, préféra insister.

- Odd, même si les sentiments de Mathieu pour Angel son réels, il n'y a aucune chance pour que ce dernier les lui retourne un jour, fit-il, tu as vu toi-même son attitude hier ! Ce type se contrefiche de Mathieu. Tout ce qui lui importe, c'est d'être libre. S'il s'entête, Mathieu va finir blessé, et puis c'est tout. Il n'y a pas d'autre issue possible à leur relation.

- Je suppose que tu as raison, admit Odd, non sans difficulté, mais ça ne change rien au fait que je ne puisse en aucun cas forcer Mathieu à me choisir moi plutôt qu'Angel.

Une ombre de tristesse passa sur son visage et Ulrich, à cette vision, sentit une boule lui nouer la gorge. Odd et lui étaient meilleurs amis depuis si longtemps désormais que la simple vue du jeune homme souffrant suffisait à l'enjoindre à tenter le maximum pour lui remonter le moral.

- Je suis sûr que Stéphanie saura lui parler, tenta-t-il de le rassurer sans grande conviction, de toute manière il va avoir le temps d'y réfléchir désormais, maintenant qu'Aelita leur a annoncé que leur rôle était terminé…

Odd eut l'impression de sentir son estomac se tordre à la mention de l'incident survenu en début de matinée.

- C'est vrai, souffla-t-il, c'est drôle, mais j'avais fini par m'habituer tellement à leur présence à tous les deux que j'en étais venu à oublier complètement qu'à la base toutes ces histoires de Green Phoenix et de Supercalculateur ne les concernaient pas.

- Oui, ils ne se sont mêlés à nos aventures que dans l'optique de secourir Angel à la base, se souvint Ulrich avec une pointe de surprise, j'imagine que, maintenant qu'il est de retour, pas mal de choses vont changer pour nous.

Son compagnon de chambre ne put qu'acquiescer tristement, laissant le vent emporter au loin les derniers relents de tabac, en même temps que ses pensées tortueuses.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Avec un grognement endolori, Angel se hissa hors du canapé où il avait passé la majeure partie de la matinée. Anthéa était sortie il y avait de cela une heure et le petit appartement des Stones, une fois vidé de ses habitants habituels, lui paraissait bien trop vaste et silencieux pour sa santé mentale.

Au fond de son esprit embrumé de sommeil, la conversation échangée avec Aelita au cours de la nuit se répétait en une boucle sans fin, étrangement lancinante, les deux choix s'offrant à lui qu'elle lui avait présentés martelant son crâne avec un peu plus de violence chaque seconde.

Terrassé par une soudaine sensation d'oppression, le jeune homme se laissa glisser jusqu'au balcon, où il aspira à pleins poumons l'air chaud et sec de ce début d'été. En contrebas, les couleurs, pourtant chamarrées, de la Ville de la Tour de Fer se mêlaient en une grisaille triste et mélancolique à ses yeux. Il ne se sentait pas à l'aise dans cette cité dont il ne connaissait rien et, malgré son sentiment d'étouffement, l'extérieur de l'appartement lui paraissait plus détestable encore que l'intérieur.

Regagnant le salon, le jeune homme posa son regard bien involontairement sur le téléphone fixe familial, trônant fièrement sur un petit meuble de bois, une loupiote clignotant doucement à son sommet, comme dans une forme d'appel à l'utilisation.

Incapable de résister, Angel se laissa porter par ses pas jusqu'à l'appareil qu'il décrocha d'un geste brusque. Les doigts crispés sur le combiné, prêts à composer le numéro qu'il connaissait par cœur, il hésita néanmoins, en proie à la plus grande confusion. Était-il bien prudent d'appeler sa tante – la seule famille qui lui restait – à un instant pareil, alors qu'aucun de ses sauveurs n'était là pour approuver son choix ? N'aurait-il pas été la moindre des courtoisies de faire part de sa décision à ces étrangers, après tout ce qu'ils avaient traversé pour lui ?

Un à un cependant, lentement, ses doigts se délièrent et les chiffres s'inscrivirent l'un après l'autre à la surface de l'écran du téléphone jusqu'à ce qu'enfin, la première tonalité retentisse, tonitruante dans l'angoissant silence pesant sur l'appartement. Il ne pouvait plus attendre, il devait sortir d'ici au plus vite et regagner sa vie de tous les jours avant de sombrer dans la folie.

Réprimant un frisson de panique, il colla donc le combiné contre son oreille et attendit, une sourde angoisse battant contre ses tempes. Entre chaque tonalité, le temps d'attente semblait s'étirer à l'infini, achevant d'user ses nerfs déjà mis à rude épreuve.

Enfin, une voix de femme monocorde s'éleva à l'autre bout du fil, faisant rater à son cœur un battement. La seule voix familière qu'il lui eut été donné d'entendre au cours de ces cinq derniers mois.

- Allô ? lança-t-elle de ce ton plein de dépit qu'il lui avait été donné d'entendre à de maintes reprises durant les dernières années de sa vie, qui est à l'appareil ?

- A-allô… ? put-il simplement lancer tout bas avant que sa voix ne s'étrangle dans sa gorge, pour une mystérieuse raison.

Lui qui n'avait jamais réellement eu à faire face au stress ou à l'angoisse par le passé se retrouvait tétanisé, littéralement paralysé à l'écoute de cette simple voix qu'il connaissait pourtant par cœur. Pourquoi ne parvenait-il plus à s'exprimer avec la désinvolture qui l'avait autrefois caractérisé ? Il lui semblait que, au fond de lui, ce timbre monocorde avait brisé le peu de volonté qui lui restait.

- Qui êtes-vous ? répéta sa tante avec impatience, je suis très occupée alors si vous pouviez faire vite…

- C'est… C'est moi ! tenta-t-il dans un regain de bravoure, sans parvenir toutefois à en prononcer plus.

Il y eut un bref silence, durant lequel le cœur d'Angel sembla s'arrêter de battre. Puis, la voix de sa tante résonna de nouveau à travers le combiné, de forts accents de lassitude en émanant comme autant de poignards dans sa poitrine.

- « Moi » qui ? insista-t-elle, avec l'air d'une femme dont la patience était mise à rude épreuve, je n'ai pas que ça à faire.

Et puis, tout à coup, la réalité frappa Angel avec la force d'un boulet de canon. Sa tante ne le reconnaissait pas. Bien qu'il n'ait été enlevé que cinq mois auparavant, elle avait déjà eu le temps d'oublier le timbre de sa voix et d'effacer toute trace de son existence de sa propre vie, sans doute avec une forme de soulagement. Désormais, il n'avait plus nulle part ou aller.

- Tante Muriel… bredouilla-t-il tandis que sa vision se troublait et que le sol semblait se dérober sous ses pieds, tentant une ultime approche, c'est moi… Angel !

- Angel ?

Le jeune homme tendit l'oreille, en quête d'une quelconque pointe d'inquiète, de soulagement, ou ne serait-ce que de colère dans la voix de sa tutrice, en vain. A travers cette question, ne pointait qu'une sombre intonation d'indifférence, plus blessante que n'importe quel acte de cruauté.

Sans même prendre la peine de se justifier ou d'ajouter le moindre mot, le jeune homme laissa choir son bras, pressant avec absence le bouton permettant de raccrocher. Aelita avait raison après tout : regagner sa vie d'antan était un combat perdu d'avance. A présent, quel choix lui restait-il ?

Au moment ou un rictus plein de mépris lui étirait les lèvres, la porte d'entrée pivota à l'autre bout du couloir, laissant place à un joyeux tintamarre.

- Angel ? l'interpella la douce voix d'Anthéa avant de débarquer dans le salon, les bras chargés de paquets, tout va bien ? Je reviens tout juste d'une petite virée shopping ! Je tenais à t'acheter de nouveaux vêtements décents pour fêter ton retour. J'ai bien peur que mon budget ne soit pas très élevé et d'avoir dû me rabattre sur le premier prix mais j'espère néanmoins que tu trouveras ton bonheur dans mes achats…

Affairée à déballé les sacs remplis à craquer de vêtements neufs sur la table du salon, l'ancienne informaticienne ne perçut rien du trouble qui balaya subitement le visage du jeune homme.

- Anthéa… ? murmura-t-il, lui faisant enfin relever la tête de ses paquets, puis-je vous parler un instant ?

- Angel ? s'étonna la femme aux cheveux roses, soudain inquiète, repérant le téléphone entre ses doigts, est-ce que tout va bien ?

Un hochement de tête lui répondit, indécis.

- Pourriez-vous m'emmener auprès des autres ce soir ? questionna-t-il au bout de quelques secondes, j'ai quelque chose à leur annoncer.

Dans ses yeux, luisait la lueur d'une résolution nouvelle, encore faible mais bien présente. Son choix était finalement fait.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Le soleil se couchait sur Kadic lorsque, à l'orée du portail de fer dessinant l'entrée de l'établissement, un étrange petit groupe commença à se masser, attirés par un seul et même SMS. Petit à petit, William, Yumi et une Stéphanie arborant un air méfiant furent rejoints par Ulrich et Odd, puis par Aelita et Jérémie, émergeant tout juste du bâtiment des sciences, un sac plein de livres sur leur épaule respective. Fermant la marche, Mathieu fut le dernier à se joindre la bande, une nervosité incontrôlable clairement lisible sur son visage, ses cheveux, habituellement en bataille, plus ébouriffés que jamais à force de se passer la main sur la nuque, sous l'effet de l'angoisse.

Face à eux, leur silhouette se découpant à la surface du disque rougi par le crépuscule qu'était le soleil, se tenaient Anthéa et Angel côte à côte, l'air grave. Le jeune homme, son regard mordoré brillant d'une faible lueur à travers le début de pénombre environnante, arborait une toute nouvelle tenue enfilée pour l'occasion.

Mathieu, malgré la pression ambiante, ne put s'empêcher de le détailler avec avidité, s'arrêtant sur son T-shirt noir à manche longue dessinant ses muscles saillants avec harmonies, sont jean slim et sombre passant par-dessus une paire de mocassins à damiers, et le keffieh qu'il avait passé autour de son cou massif, flottant légèrement au vent dans son dos. Ainsi engoncé, Angel avait l'air d'un homme neuf, comme régénéré après de longs jours de perdition et même Odd, dont la haine pour le jeune homme semblait s'accroître de minute en minute, dut reconnaître que l'adolescent paraissait bien plus imposant ainsi que quelques jours plus tôt.

- Merci d'avoir pris le temps de vous réunir ici, lança Anthéa une fois qu'elle se fut assurée que les derniers étudiants de Kadic en train de traîner devant le portail se furent éclipser à l'autre bout de la rue, Angel tenait à vous parler en tête à tête afin de vous faire part de… De sa décision finale quant à la suite des événements pour lui.

Un silence tendu fondit aussitôt sur le groupe tel un oiseau de proie tandis que tous les regards se tournaient vers l'adolescent en question. Mathieu, au comble de la tension, ressentit soudain l'irrésistible besoin de s'enfuir au loin, et seul le désir ardent de connaître le fin mot de l'histoire parvint à le faire rester.

- Salut, grogna le jeune homme, manifestement aussi stressé que son auditoire, dans un premier temps, je ne pense pas avoir eu l'occasion de tous vous remercier pour votre implication dans mon sauvetage alors je me permets de le faire maintenant… Merci à tous, du fond du cœur.

Pendant un bref instant, ses orbes dorées se posèrent sur Mathieu et il y eut un moment de flottement entre les deux adolescents, durant lequel le jeune homme aux yeux bleus sentit le rouge lui monter aux joues. La seconde suivante cependant, Angel s'était détourné, la trace de son regard ne laissant qu'une agréable sensation de fourmillement au sein de l'estomac de Mathieu.

- En ce qui concerne ce que je compte faire pour la suite, reprit-il d'un ton égal, je dois admettre avoir pensé jusqu'à aujourd'hui retourner chez moi et faire de mon mieux pour oublier toute cette histoire. Pour être parfaitement honnête, je ne me sentais pas prêt à faire face à toute cette menace que vous combattez constamment, c'était trop pour moi et je ne suis pas certain de m'y être fait encore aujourd'hui à dire vrai.

Une profonde inspiration interrompit son discours, le temps pour lui de retrouver ses mots. Personne, dans les rangs des Lyokô-guerriers, n'osa l'interpeller.

- J'ai cependant fini par réaliser, poursuivit Angel, que, peu importe à quel point je pourrai essayer, je ne parviendrai jamais à retrouver ma vie d'antan. Pas après tout ce qui s'est passé. Je sais aussi que je ne pourrais pas trouver la paix tant que toute cette histoire ne sera pas terminée, aussi j'espérais, avec votre permission et notamment celle d'Anthéa… Rester dans cette ville plutôt que de rentrer chez moi, le temps pour ces affaires de lutte contre cette "Green Phoenix" de s'achever tout du moins.

Mathieu ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux de stupeur, terrassé par la déclaration. Tout cela était si inespéré. Subitement, la présence d'Angel à leurs côtés, jusqu'à présent éphémère et incertaine, venait de se concrétiser. Odd, bien loin de partager son ravissement, échangea un regard sombre avec Ulrich tandis que William, grave, hochait la tête d'un air compréhensif. Lui-même avait traversé pareil dilemme et devait reconnaître qu'à la place d'Angel, sa propre décision aurait probablement été similaire.

- Tu es sûr de ton choix ? s'enquit Aelita en amorçant un pas vers le jeune homme, les sourcils froncés, si tu tiens à te mêler à nos affaires, il n'y aura plus de retour en arrière possible et tu devras surtout jurer de garder le secret, sans concession. Est-ce clair ?

- Très clair, répondit Angel avec la même fermeté, et je suis prêt à prendre ce risque, si vous êtes prêts, de votre côté, à m'accepter parmi vous… C'est là ma décision finale.

Stéphanie, la mine renfrognée, resta coite derrière le reste du groupe des Lyokô-guerriers. Si le courage dont faisait preuve Angel en renonçant à sa vie passée forçait son admiration, elle ne pouvait nier que ce soudain revirement de situation la laissait perplexe. A présent, l'avenir de Mathieu lui paraissait plus incertain que jamais et ce fut avec une certaine appréhension qu'elle porta son regard violacé vers l'adolescent à ses côtés. Ce dernier, des étoiles plein les yeux, semblait à des années-lumière de ses préoccupations.

Une seule chose importait à ses yeux désormais.

Angel allait rester.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:33   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1012
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
Chapitre 52 :

Épisode 151 : Ultime coin d'ombre_



Pour Angel, les jours qui s'écoulèrent suite à sa prise de décision furent loin d'être de tout repos. Déterminé à couper définitivement les ponts avec son ancienne vie, qu'il n'éprouvait que peu de regrets à quitter au final, il dut néanmoins, face à la demande pressante d'Anthéa, se présenter à la police afin de justifier une bonne fois pour toute sa disparation et rendre la suite des événements plus facile pour lui.

Ainsi, ce fut un beau vendredi soir qu'Angel, tremblant de nervosité, emboîta le pas de Stéphanie pour venir se présenter à son oncle policier, dévoilant enfin son grand retour. Sous le choc, l'homme finit, après de nombreuses questions entrecoupées de cris de reproche par l'emmener au poste le plus proche, où Angel put répéter une nouvelle fois l'histoire qu'il avait soigneusement concoctée avec l'aide des Lyokô-guerriers, afin de se rendre crédible face aux enquêteurs et de ne pas avoir à mentionner l'existence de la Green Phoenix et du Supercalculateur. Il réalisa cette tâche avec un aplomb que même Stéphanie, pourtant revêche à l'idée de complimenter le jeune homme qu'elle ne portait guère dans son cœur, qualifia d'impressionnant et, au bout de longs jours éprouvants d'enquête et de questions harassantes, il devint clair dans l'esprit de tous qu'Angel n'était rien de plus qu'un adolescent en quête d'indépendance face à une tante intolérante, qui n'avait pas hésité à dissimuler sa propre fugue derrière une fausse lettre d'enlèvement, rédigée par ses soins. Il avait par la suite, selon ses propres dires, vivoté dans la rue pendant de longs mois, passant d'un squat à un autre avant d'abandonner et de se rendre jusqu'à la Ville de la Tour de Fer afin d'y retrouver ses « amis » du lycée : Stéphanie et Mathieu. Ces deux derniers furent appelés au poste afin de témoigner et la jeune fille fit preuve d'une habilité au mensonge impressionnante en présence de son oncle. Quant à Mathieu, dont le comportement semblait altéré par la présence d'Angel, il avait pour une fois mis de côté sa retenue et avait affirmé, devant plusieurs officiers, que c'était lui-même qui avait poussé Angel à mettre fin à sa cavale et à se rendre.

Bien entendu, la tante du jeune homme fut prévenue dés le soir où Angel entra en contact avec le poste de police mais ne prit aucunement la peine de se déplacer durant l'entièreté de la procédure. Angel finit par confier un soir auprès d'Anthéa et Aelita, chez qui il semblait être parti pour s'établir pour un petit moment, qu'elle était probablement vexée de s'être ainsi faite bernée et n'avait même pas cherché à lui parler depuis son retour.

Au final, et après de longues heures de procédure harassantes étalées sur plusieurs jours, la police finit par clore le dossier et Angel, suite à l'accord donné sèchement par sa tante auprès des autorités, fut en mesure de rejoindre officiellement le foyer des Stones pour un temps, après qu'Anthéa eut donné ses coordonnées à l'oncle de Stéphanie, dans un échange de courtoisie.

Par mesure de précaution, le petit groupe conserva profil bas durant quelques jours, le temps pour la situation de se calmer et les adolescents ne commencèrent à se détendre qu'une fois que Stéphanie eut rapporté que son oncle lui avait avoué au détour d'une conversation à table qu'il avait toujours soupçonné la lettre d'enlèvement d'être une fausse.

« Franchement, prétendre avoir été enlevé par une organisation criminelle appelée « Green Phoenix »… Ton copain ne manque vraiment pas d'imagination ! » s'était-il exclamé avant de partir dans un grand éclat de rire.

A partir de cet instant, les choses se calmèrent légèrement pour le groupe et les Lyokô-guerriers purent de nouveau se focaliser sur leur véritable problème : la menace imminente que constituait Endo pour Lyokô.

De fait, tandis que la plupart de leurs camarades de classe se lançaient dans une révision fébrile en vue des épreuves du baccalauréat approchant à grands pas, les jeunes adolescents s'absentaient de plus en plus à chaque heure de libre, disparaissant au fond du parc de l'école pour n'en ressortir que tard le soir, de lourds cernes sous les yeux.

En dépit des protestation de Stéphanie, ni elle, ni Mathieu n'avaient été en mesure de les suivre à l'usine jusqu'à présent et ils devaient bien souvent se contenter de ronger leurs freins, fixant les places vides de leurs amis lorsque ceux-ci venaient à sécher les cours, de fantasques inquiétudes plein la tête.

« - J'imagine qu'ils ont raison de nous mettre à l'écart, avait osé prononcer Mathieu, à contrecœur, après un énième rejet d'une étonnante sécheresse de la part d'Aelita, que l'avancée des jours semblait tendre de plus en plus, après tout, on n'a jamais vraiment compris dans quoi on s'embarquait, et Angel est libre à présent…

-Ne me dis pas qu'après tout ce qu'on a vécu tu peux te contenter de ça ? avait objecté Stéphanie avec colère tandis que la cloche s'était mise à résonner en trame de fond, annonçant la reprise des cours, en ce qui me concerne, il est évident que je compte me battre jusqu'au bout, peu importe ce qu'en pensent les autres ! Salut. »

Les entrailles tordues d'indécision, Mathieu s'était trouvé incapable de répliquer et avait dû se contenter de la regarder s'éloigner d'un pas furibond vers sa propre salle de classe, sa longue couette fouettant l'air avec furie dans son sillage. S'il refusait de l'admettre et faisait profil bas le soir lorsque Jérémie regagnait leur dortoir, il devait bien reconnaître que Stéphanie avait touché un point sensible. Si le retour d'Angel sur Terre et sa décision de rester auprès d'eux avait suffi à le transporter de joie quelques jours durant, il avait fini par ressentir à son tour une forme d'amertume face aux rejets constants de ses amis.

Même Odd, curieusement froid depuis qu'Angel s'était joint à leur groupe, avait refusé de leur donner le moindre indice quant aux développements de leurs opérations de défense face à Endo et avait même fini par clairement les éviter, fuyant leur présence à travers les couloirs à chaque fois qu'il leur arrivait de se croiser.

Quelque part, l'attitude de ce jeune homme duquel il avait cru être si proche, soudainement si différente, l'avait bien plus blessé qu'il ne voulait bien l'admettre.

Ce fut ainsi qu'un mardi soir, le cœur rempli de tourments, Mathieu posa son regard sur le siège vide en face de lui, habituellement partagé par le séduisant jeune homme aux yeux d'un gris profond, absent pour la énième fois.

Autour de lui, le reste de la classe d'art plastique conversait à voix basse, leur visage flou et indistinct échangeant blagues et potins comme si de rien n'était. Malgré tous les efforts qu'il déployait, Mathieu ne parvenait plus à se sentir à sa place parmi ce groupe de lycéens innocents et inconscient des dangers qui les guettaient, dont les seules préoccupations tournaient autours de leurs examens finaux en ce moment-même. Chacune de ces interminables semaines à lutter contre une organisation démoniaque en tant que combattant virtuel avait fini par avoir raison de la partie vacillante de lui-même qu'il considérait comme appartenant à la « normalité » et il lui était désormais plus que jamais impossible de s'identifier au rôle de banal étudiant.

Incapable de se concentrer sur son dessin, l'adolescent profita d'un moment d'inattention de Monsieur Chardin pour lancer un regard pensif vers le parc en contrebas à travers la fenêtre. Les feuilles de la cimes des chênes oscillaient paisiblement au gré du vent, indifférentes aux manigances qui se tramaient en son sein sans que Mathieu ne puisse y accéder.

Retenant un soupir, il se remémora la seule conversation concrète qu'il avait pu avoir au sujet de la Green Phoenix avec l'un des membres des Lyokô-guerriers depuis qu'Aelita avait décidé de les mettre à l'écart.

« - On n'est pas vraiment plus avancés qu'avant, avait fini par lâcher William après s'être fait pourchasser plus d'une dizaine de fois par une Stéphanie furibonde à la fin des cours, acculé contre le mur d'un couloir, tout ce que je peux vous dire, c'est que la Faille a l'air de s'agrandir et qu'elle couvre maintenant l'ensemble des Territoires de Lyokô. En dehors de ça, Taelia n'a pas l'air décidée à attaquer pour le moment. Elle se contente d'envoyer quelques monstres éclaireurs de temps à autres comme des Kankrelats qu'on a tôt fait de détruire. Et maintenant, si vous voulez bien m'excuser, il faut vraiment que j'aille rejoindre les autres ! ».

Depuis, et en dépit des efforts répétées de sa camarade de classe aux prunelles violettes, ni elle ni Mathieu n'avaient été en mesure de lui soutirer la moindre information supplémentaire, le ténébreux jeune homme s'arrangeant pour quitter sa salle de classe dés les premiers retentissements de la sonnerie annonçant la fin des cours. Toutefois, Mathieu avait cru déceler sur son regard, à l'occasion d'un repas, comme une brève nuance de culpabilité. Une nuance qu'il retrouvait par ailleurs aisément chez Ulrich, et même chez Jérémie, lorsque ce dernier, tard le soir, s'aventurait à poser les yeux sur son lit, le croyant probablement endormi. Il était clair que, sans Aelita pour les maintenir dans le droit chemin, la plupart des Lyokô-guerriers se seraient laissés aller à les impliquer et il ne parvenait pas à savoir s'il devait leur en être reconnaissant ou non.

L'image de la Brèche purulente au sein de Lyokô flottant devant son regard, il quitta la salle d'art plastique sans même s'en rendre compte dés que Monsieur Chardin leur eut donné le feu vert, laissant ses pas distraits le guider vers la sortie du bâtiment.

Parmi toutes ces histoires de batailles virtuelles, un élément en particulier ne cessait de le hanter depuis les dernières semaines. La facilité avec laquelle Aelita avait accepté qu'Angel rejoigne leur groupe, en dépit de sa soudaine distance face à eux. Certes, l'élu de son cœur avait toutes les raisons du monde de vouloir faire montre de sentiments vengeurs face à la Green Phoenix, mais il n'en restait pas moins une victime de leurs actes, étranger à leur combat qui plus était. Pourquoi, dans ce cas, avait-il été si facile pour lui de rejoindre les Lyokô-guerriers tandis que lui-même, qui avait combattu à leurs côtés des mois durant, n'hésitant pas à risquer sa vie, n'avait désormais même plus le droit de rejoindre l'usine ? Il ne pouvait s'empêcher, en dépit de ses sentiments pour Angel, de ressentir une forme d'injustice face à ce dénouement de situation.

« Reprends-toi, songea-t-il en secouant la tête, une fois arrivé en bas des marches du bâtiment, voilà que tu commences à faire preuve de jalousie ! Ils essayent simplement de te protéger… Et puis, ils ne feraient pas courir de risques inconsidérés à Angel. Pas après tout ce qu'il a traversé ! ».

Perdu dans ses pensées, il s'apprêtait à pousser la porte de verre menant sur l'extérieur lorsqu'un regard mordoré se planta soudainement devant lui, manquant de lui arracher un cri de surprise. Avec stupéfaction, il reconnut la silhouette d'Angel, les bras croisés sur sa poitrine musculeuse et une moue boudeuse fendant son beau visage. Que faisait-il ici à Kadic ? Depuis son emménagement chez les Stones, Mathieu n'avait eu que peu d'occasions de l'entrapercevoir et leur niveau d'interaction s'était réduit à un bref hochement de tête de loin en guise de salutation, depuis l'autre côté de la grille du lycée.

- Salut, lança Angel, le regard fuyant et manifestement embarrassé, j'espérais ne pas avoir manqué la fin des cours… William m'a dit que je pourrais te trouver ici à cette heure.

Voilà qu'il lui adressait soudain la parole. C'était bien plus que tout ce que Mathieu avait osé espérer depuis le retour du jeune homme et il sentit presque instantanément ses joues s'embraser sous l'effet de l'embarras. Autour de lui, il lui sembla subitement que certains élèves s'étaient stoppés dans leur marche, échangeant de brefs chuchotement avant de retenir quelques ricanements. Manifestement, et si le soutien de ses amis avait suffi à contenir les rumeurs, l'article de Milly concernant sa sexualité n'était pas encore prêt de disparaître de l'esprit des Kadiciens.

- Allons dehors, parvint-il par suggérer, sa conscience du regard des autres finissant par l'emporter face à la torpeur que la vue d'Angel avait déclenchée chez lui, on sera plus à l'aise pour discuter.

Manifestement surpris par son initiative, le jeune homme aux cheveux sombres et laqués lui emboîta néanmoins le pas avant de prendre les devants de nouveau, marchant en silence vers la sortie de l'école, les mains négligemment fourrées dans les poches de son jean.

Incapable de trouver quoi dire et brûlant de curiosité, Mathieu se contenta de se concentrer sur les battements désordonnés de son cœur depuis l'arrivée d'Angel, tentant tant bien que mal de calmer ses ardeurs jusqu'à ce qu'ils aient tous deux atteints les grilles séparant Kadic du reste de la ville de la Tour de Fer. A la lueur sanguine du soleil couchant, le métal se nimbait de délicate teintes oranges pastel, scintillant doucement comme pour annoncer la venue du crépuscule, et une douce brise venait rafraîchir la chaleur du soleil estival.

Visiblement mal à l'aise, Angel tritura un instant son keffieh avant d'oser prendre la parole, sous le regard à la fois curieux et empli d'inquiétude de Mathieu.

- Désolé de débarquer à l'improviste comme ça, commença-t-il, ce qui suffit à faire écarquiller les yeux de son interlocuteur de surprise, je me suis simplement dit qu'il était temps de régler certaines choses entre nous. Certaines choses dont on n'a pas pu discuter depuis que tu m'as… Enfin, tu sais… Sauvé la vie !

Trop stupéfait pour répliquer, Mathieu laissa l'adolescent poursuivre gauchement, sa voix profonde teintée d'hésitation.

- Enfin bref, disons pour être honnête que je préférais éviter certains sujets mais qu'une de tes amies a fini par me convaincre que je ne pouvais continuer à les fuir éternellement… Voilà pourquoi je voulais discuter avec toi ce soir. Tu comprends ?

- Pas… Pas vraiment, tu m'as un peu perdu, admit Mathieu, que la simple présence du jeune homme empêchait de raisonner correctement, de quoi est-ce que tu comptes parler exactement ?

Un profond soupir s'échappa des lèvres finement dessinés d'Angel. Ces lèvres que, sous l'effet impromptu de l'alcool, il avait osé embrasser il y avait de cela une éternité. Embarrassé, l'adolescent s'empressa de chasser ces pensées de sa tête, produisant un nouvel effort de concentration afin de contrôler les divagations de son esprit embué de sentiments amoureux.

Insensible à ses tourments internes, Angel se contenta de se racler la gorge de dépit.

- Hum, écoute, répondit-il, ce n'est pas évident d'en parler comme ça devant ton école alors je me disais… Ça te tente un petit verre avec moi au Kiwi Bleu ? Anthéa ne travaille pas ce soir et on y sera plus tranquille pour discuter.

Cette fois-ci l'incrédulité fut telle pour Mathieu qu'il fut incapable de la dissimuler de son visage, manquant de peu de laisser choir sa mâchoire sous l'effet de la stupéfaction. Angel était-il réellement en train de… L'inviter à un rencart ? Il peinait à croire ses propres oreilles.

- Je… fut le seul mot intelligible qu'il parvint à prononcer avant que ses paroles ne se perdent en borborygmes indistincts sous l'effet de la confusion.

Finalement, il se contenta d'acquiescer d'un léger signe de tête, les joues rouges d'émotion, incapable de formuler la moindre phrase convenable en guise de réponse.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Il avait fallu plusieurs longues minutes emplies d'un silence tendu avant que les deux adolescents ne rejoignent le Kiwi Bleu, pourtant Mathieu, dont la tête était plus vide que jamais, avait l'impression que le trajet avait à peine duré quelques secondes.

Assis tous deux au comptoir d'étain à une distance raisonnable, environnés des conversations bruyantes émanant des occupants du bar, ils regardaient leur boisson pétillante respective d'un air songeur, sans en prendre une gorgée.

Entre deux minuscules remous de bulles colorées autour de sa paille, Mathieu se risquait à lancer un regard en coin à Angel qui, s'il demeurait en apparence impassible, laissait clairement transparaître sa nervosité sur son visage. Jamais il n'avait paru aussi humain face à l'adolescent qu'en cet instant précis. Il n'avait plus rien à voir avec l'implacable créature virtuelle manipulée des mois durant par la Green Phoenix, mais il y avait également une autre forme de changement, à peine discernable, chez le jeune homme. C'était comme si le masque qu'il avait arboré durant tous ces jours à se côtoyer au lycée Sainte Bénédicte avait fini par se fissurer.

Afin de se donner du courage, Mathieu se força à avaler une gorgée de son cola, grimaçant légèrement lorsque la sensation piquante caractéristique vint lui brûler la gorge avant de se retourner une nouvelle fois vers Angel, le regard empli d'insistance cette fois-ci, si bien que le jeune homme n'eut d'autre choix que de cesser de l'ignorer et de relever la tête à son tour.

- Et donc ? questionna Mathieu d'un ton plus ferme qu'il ne se serait cru capable d'employer face à celui qui avait tant hanté ses rêves, tu voulais me parler de quelque chose en particulier… ? Tu te fais à ton nouveau statut de Lyokô-guerrier ?

Il n'avait pas pu s'empêcher de poser cette ultime question mais était néanmoins parvenu –de justesse- à contenir le ton acerbe qui menaçait de pointer à travers ses propos. Angel n'eut, dans un premier temps, qu'un haussement de sourcils surpris avant que son regard d'or liquide ne s'illumine soudain de compréhension.

- Lyokô…Oh, tu veux parler de votre « monde virtuel », c'est ça ? questionna-t-il, j'ai encore du mal avec tous ces termes… La forme m'importe peu à vrai dire, même si je dois avouer que cette foutue usine me fout vraiment les jetons. Mais pour répondre à ta question, Aelita ne me laisse pas mettre les pieds sur « Lyokô » pour l'instant, je pense qu'elle se méfie. Je me contente de regarder et d'essayer tant bien que mal de comprendre dans quoi j'ai bien pu mettre les pieds, mais je t'avoue que tout est encore un peu confus pour moi.

Alors que Mathieu s'apprêtait à reprendre la parole, Angel l'interrompit d'un geste, rendu plus assuré par ce début de conversation.

- Avant que tu ne me poses davantage de questions, sache qu'Aelita m'a formellement interdit de parler de tout ça avec toi ou cette Stéphanie, reprit-il avec fermeté, qui plus est, ce n'est pas pour te parler de la Green Phoenix et tout le reste que je voulais discuter avec toi. C'est pour une raison plus…Personnelle.

Rendu de nouveau silencieux par l'aveu, Mathieu se contenta de clore ses lèvres, sentant ses rougeurs ressurgirent au coin de ses joues. La situation devenait de plus en plus embarrassante et de folles pensées commençaient à lui traverser l'esprit. Il avait suffit d'une remarque d'Angel pour lui faire oublier, en l'espace d'un instant, toute trace de préoccupation liée à Lyokô et Endo.

- Oh, lâcha-t-il en dissimulant son rougissement derrière une nouvelle gorgée de soda, eh bien… Je t'écoute ?

Angel se mordit la lèvre un instant avant de poursuivre. Il était clair, à lire son regard aux nuances de soleil liquide, qu'il était tiraillé par ce qu'il s'apprêtait à dire. Ce fut néanmoins d'un ton légèrement plus fort et assuré qu'il reprit la parole, sans oser quitter son verre –toujours plein- du regard pour autant.

- C'est au sujet de… Ce qui s'est passé en décembre dernier. Au sujet de… Notre baiser, finit-il par abdiquer, laissant sa phrase frapper Mathieu telle une nappe de plomb, ou plutôt, du baiser forcé que tu m'as infligé.

- J'étais bourré ! crut bon de se justifier l'adolescent, profondément embarrassé, je sais que j'ai eu tord de faire ça sans ton consentement – et devant toute l'école qui plus est – mais…

- Oh, bon dieu, Scillas ! tonna soudain Angel sans crier gare, interrompant son vis-à-vis d'un regard foudroyant, tu ne peux pas te taire une minute ? Laisse-moi aller jusqu'au bout s'il-te-plaît. C'est déjà assez difficile comme ça…

Le souffle coupé par l'inattendue agressivité du jeune homme, Mathieu préféra suivre son injonction et laissa le reste de sa phrase s'évanouir dans le néant. Il fallut à Angel quelques secondes de profondes inspirations avant que les traits de son visage ne se décrispent.

- Désolé, marmonna-t-il, penaud, ce que je voulais dire par là c'est que… Ce n'est pas à toi de t'excuser, bien au contraire. C'est à moi de le faire. Mathieu, je suis profondément désolé pour ce que j'ai pu te faire subir.

La sincérité à travers ses propos était si forte que, l'espace d'un instant, l'adolescent aux grands yeux bleus écarquillés de stupeur eut l'impression de suffoquer. Une fois de plus, Angel lui offrait plus que ce qu'il n'avait jamais espéré entendre de sa part, depuis le début de cette interminable quête pour le sauver. Pour la première fois depuis cette sombre nuit de bal, il lui sembla qu'un poids immense sur ses épaules venait soudain de relâcher quelque peu son emprise.

Pourtant, en même temps que cette nouvelle légèreté, Mathieu ne put s'empêcher de sentir une nouvelle et étrange sensation croître au creux de son estomac. Comme si l'espace libéré par le soulagement engendré par les excuses d'Angel avait permis à des sentiments trop longtemps réprouvés d'enfler subitement au fond de lui.

- A dire vrai, j'ai beaucoup eu l'occasion de discuter avec Aelita depuis que je vis sous son toit, expliqua Angel sans réaliser à quel point le visage de Mathieu s'était subitement durci, je ne suis pas le genre de personne à vouloir ressasser mes émotions et passer des heures à y réfléchir pour essayer d'y mettre de l'ordre mais… Elle a fini par me faire réaliser qu'après tout ce que tu avais fait pour moi, il était nécessaire de me remettre en question… Et de te montrer le respect que tu mérites.

Une fois de plus, Mathieu demeura silencieux face à cette nouvelle tirade. Doucement, de l'autre côté des parois de verre encerclant le Kiwi Bleu, les rayons du soleil commencèrent à disparaître à l'horizon tandis que les tâches de lumières générées par l'éclairage public se multipliaient et que les silhouettes massives des voitures traversant la rue adjacente se raréfiaient.

- Je ne te déteste pas tu sais, finit par lâcher Angel après de nouvelles longues secondes d'un silence tendu entre les deux adolescents, enfin, pas toi personnellement. Je voulais que tu le saches et, en raison de ce que je te dois à présent, je pense… Je pense que tu es en droit de savoir.

Le séduisant jeune homme inspira profondément, comme pour puiser au plus profond de ses entrailles le courage de poursuivre.

- Il y a une raison pour laquelle je réagis si violemment face aux P… Face aux gays dans ton genre, avoua-t-il enfin, parvenant à arracher un haussement de sourcils surpris à son interlocuteur, c'est lié à mon enfance et je n'en avais jamais parlé à personne alors essaye de m'écouter jusqu'au bout sans m'interrompre, s'il-te-plaît.

Soudain soucieux, Mathieu se contenta d'un hochement de tête en signe d'approbation. La curiosité avait fini par l'emporter sur l'anxiété que la présence d'Angel lui imposait jusqu'à présent. A en juger l'air profondément troublé du jeune homme, ce qu'il s'apprêtait à lui raconter méritait qu'on y prête une oreille attentive.

- Par où commencer… ? grommela Angel, peinant à trouver ses mots.

Ses puissantes mains vinrent gratter l'arrière de sa nuque avec embarras, dérangeant son impeccable coiffure aux reflets ambrés avant que son regard d'or ne s'illumine brièvement d'un éclair décidé.

- Je sais, reprit-il d'un ton sombre avant de se tourner de nouveau vers un Mathieu rongé par les interrogations, est-ce que tu t'es déjà demandé pourquoi est-ce que je vivais seul avec ma tante jusqu'à présent ?

Entrouvrant la bouche pour répondre, l'adolescent constata avec surprise qu'il ne s'était effectivement jamais posé la question. Trop subjugué par ce qu'Angel représentait pour son cœur tout ce temps, il n'avait jamais pris le temps de s'interroger sur son passé, ou même sur sa simple vie en temps que personne, en dehors du camarade de classe populaire au charme indéniable qu'il avait côtoyé.

Un rictus vint animer les lèvres du jeune homme en question face au silence mortifié de Mathieu. Sans attendre la vaine tentative de réponse qu'il tentait de construire au fond de son esprit pour se justifier, il reprit la parole, l'air sombre. S'il comptait révéler l'une des plus lourdes empreintes de son passé à celui qui lui avait sauvé la vie, il lui fallait tout laisser sortir d'une traite, en essayant d'ignorer tant bien que mal la pointe douloureuse qui commençait à lui transpercer le cœur.

- Tu sais comment certains adultes, mariés et avec des enfants, se retrouvent parfois à questionner leur sexualité au beau milieu de leur mariage ? C'est ce qui est arrivé avec mon père, parvint-il enfin à lancer, la fin de sa phrase s'effaçant en un souffle sous l'effet du choc.

Jamais il n'était parvenu à en dévoiler autant à qui que ce fut et l'air profondément perturbé qu'arborait désormais Mathieu ne rendait pas la tâche plus aisée. Néanmoins, et dans un sursaut de courage, il parvint à trouver la force de poursuivre, laissant ses paroles meurtries couler à flot de sa bouche, trop longtemps restée close.

- Je n'avais que sept ans lorsque mon père s'est rendu compte du jour au lendemain – ou tout du moins c'est comme ça que ça s'est ressenti – qu'il était homosexuel. Un divorce a suivi dans la foulée et en l'espace d'un mois, il avait disparu de ma vie, fuyant avec son amant en laissant derrière lui les restes de ma famille détruite. Ma mère n'a jamais réussi à accepter son départ. Elle était profondément amoureuse de lui, en dépit de tout ce qu'il lui avait fait subir.

Il lui fallut de nouveau une profonde inspiration pour continuer. Mathieu, le souffle coupé par la révélation, réalisa subitement que le regard, habituellement si perçant, d'Angel, s'était soudain voilé de larmes à grand peine refrénées.

- Elle a mis fin à ses jours environ un an après, quelques jours seulement après le nouvel an, parvint-il enfin à avouer, la voix plus faible que jamais, ses mains serrant son verre encore plein avec tant de force que son contenu tremblait, j'ai eu le temps de la voir sombrer petit à petit dans la dépression avant cela mais je n'ai pas su réagir. J'étais encore un enfant, incapable de comprendre pourquoi sa vie volait en éclats… J'ai été incapable de lui porter secours avant qu'il ne soit trop tard.

Durant un bref instant, Angel dut se réfugier derrière une gorgée de soda avant de pouvoir continuer, manquant de peu de s'étouffer sous le coup de l'émotion. Profondément choqué, Mathieu se trouvait incapable de déterminer comment réagir face à une telle révélation. Devait-il présenter ses excuses ? Tenter de prendre le jeune homme dans ses bras dans une étreinte réconfortante ?

Mais avant qu'il n'ait eu le temps d'agir, Angel avait déjà voilé ses émotions derrière un masque de composition, sombre et figé, dépourvu de toute expression.

- Ma tante était la sœur de ma mère, ainsi que ma dernière famille en vie, reprit-il d'un ton étonnamment plus calme, après son suicide, elle n'eut d'autre choix que de m'accepter dans son foyer, en dépit du profond dégoût que je lui inspirais. Pour elle, je n'étais rien de plus que l'écho de mon père, le salopard qui, par son égocentrisme, avait précipité sa sœur vers un abîme dont elle ne fut jamais capable de ressortir. Elle ne me l'a jamais avoué mais j'ai toujours senti qu'elle ne pouvait s'empêcher de me détester pour les actes de mon père. En temps qu'enfant, cette réaction de rejet eut un effet dévastateur sur moi. Je venais de perdre tout ce que j'aimais en ce monde, tout ça pour une stupide histoire « d'amour » entre deux hommes.

Son regard, auparavant mouillé de larmes contenues, venait soudain de s'embraser de colère et Mathieu ne put contenir un mouvement de recul. Pendant un bref instant, il avait cru reconnaître l'Angel violent qui l'avait persécuté jusqu'à son départ de Sainte Bénédicte.

- Je n'ai jamais revu mon père depuis son départ, poursuivit-il, le souffle court du fait de sa rage étouffée à grand peine, il n'a jamais cherché à renouer avec la famille qu'il avait lâchement abandonnée… Avec son propre fils ! Et ce n'est probablement pas plus mal pour ce dernier point, puisque je l'aurais sans nul doute tué de mes propres mains s'il avait eu l'audace de se montrer sur le pas de la porte de ma tante un beau jour. Au fil des années, l'incompréhension qui m'habitait face à son abandon se changea en une colère, une haine démesurée envers cet abject individu. Plus les jours passaient, et plus l'enfant que j'étais devenait adulte et comprenait petit à petit ce qui avait conduit ma mère au suicide. J'étais dans une perpétuelle boucle de ressentiments et de bouleversements. Chaque jour, j'avais l'impression de suffoquer un peu plus sous le poids de mes propres sentiments et personne –et surtout pas ma tante- ne semblait disposer à prêter l'oreille à ce que vivais.

Tandis que les mots continuaient à se déverser de ses lèvres, ricochant contre le comptoir d'étain avec violence jusqu'aux oreilles abasourdies de Mathieu, sa voix se fit petit à petit plus calme jusqu'à ce que son regard ne s'éteigne, recouvrant son habituelle teinte mordorée à la fois envoûtante et mystérieuse.

- A mon entrée au lycée, j'avais pris une décision, acheva-t-il d'un ton neutre, après avoir vidé d'une traite les restes de sa boisson, j'avais choisi d'abandonner mon passé derrière moi et de cesser de laisser libre cours à mes émotions. Plutôt que de les affronter, j'ai choisi de les faire taire en ignorant mes ressentiments. Pour la première fois, j'apprenais à cesser de réfléchir et à laisser mon corps me guider petit à petit à travers l'interminable vie de souffrances qui s'imposait à moi. Je préférais demeurer sourd à toute raison et poursuivre silencieusement ma route comme si de rien n'était plutôt que d'admettre que j'étais encore profondément perturbé. De la trahison de mon père, ne restait qu'un profond dégoût envers toute forme d'homosexualité masculine.

A cet instant, sa voix flancha légèrement et il se risqua à un regard en biais envers Mathieu. Ce dernier n'avait pas prononcé un mot depuis le début de sa logorrhée, se contentant d'assimiler avec difficulté les révélations qu'il lui assénait avec la force d'une gifle.

- Tu sais, souffla Angel, je pense qu'au fond de moi, j'ai toujours su que mon attitude face aux gays était puérile. Je ne pouvais pas blâmer une communauté toute entière pour les erreurs d'un seul homme, comme ma tante le faisait si bien avec moi. Pourtant, et jusqu'à il y a peu, c'était le seul chemin logique qui s'offrait à moi. Je pense que j'avais peur de réfléchir suffisamment pour remettre de l'ordre dans ma tête et tempérer mes ardeurs. Ou plutôt, je n'en avais tout simplement pas envie. Haïr une chose de toutes mes forces m'aidait à oublier, aussi illogique cela puisse-t-il paraître. C'est la raison pour laquelle, ce fameux soir où tu m'as… embrassé… Je n'ai pas pu me contenir. Je t'ai frappé.

Il y eut un silence pesant durant lequel l'écho du coup de poing échangé dans l'impétuosité mêlée de l'alcool et du trauma sembla retentir au loin. Puis, d'une voix cette fois-ci étonnamment coupable, Angel reprit la parole.

- Comme je te l'ai dit, je me refusais à rationaliser à ce moment-là. A mes yeux, tu venais simplement d'incarner tout ce que je haïssais le plus au monde. Je crois que, inconsciemment, j'ai fini par projeter mes démons sur toi et, probablement plus par esprit de vengeance envers mon père qu'autre chose, je me suis laissé aller à te persécuter… Injustement.

Un trémolo vint déformer sa voix tandis que le dernier mot s'arrachait à sa gorge, laissant enfin se déverser le flot de culpabilité qu'il avait trop longtemps contenu avec douleur.

- Ce que j'essaye de dire, Mathieu, souffla-t-il en se mordant la lèvre, incapable de soutenir le regard d'un bleu limpide de son interlocuteur, c'est que, durant un instant de pure folie, j'ai oublié que je faisais face à un être humain. Pour moi tu n'étais rien de plus que l'incarnation de tout ce qui clochait dans ma vie… je crois. Mais je réalise aujourd'hui qu'en agissant de la sorte, en te rendant responsable de mon malheur à cause d'un simple baiser, je me retrouvais pris au piège de tout ce que j'aurais dû vouloir fuir. En l'espace d'un instant, j'avais franchi le pas et commis la même erreur que ma tante avait faite envers moi-même, en dépit de toute la souffrance que cela avait pu m'infliger. Mais c'est aussi la raison pour laquelle je suis, aujourd'hui, à même de comprendre à quel point je t'ai fait du mal… Non, j'ai même été pire que ma tante pour le coup.

Mathieu ne trouva rien à répondre. Face à lui, l'imposante silhouette qui constituait Angel, cette figure si solide, si indestructible qui avait toujours rayonné face à ses yeux se disloquait petit à petit, laissant voir ses faiblesses au grand jour. Ce n'était plus le lycéen populaire et charismatique qui avait eu raison de son cœur qui lui faisait face désormais, mais un simple adolescent, rongé par le remord et détruit par son passé.

- En toute honnêteté, sans cette histoire de fou avec la Green Phoenix et sans ton intervention dans mon sauvetage, je n'aurais probablement jamais trouvé le courage de remettre mes actes en question, avoua Angel avec difficulté, ma vision était si profondément déformée par la haine que je vouais à mon père et ce qu'il représentait que j'étais persuadé d'avoir agi au mieux. Cependant, au cours des dernières semaines, je n'ai eu d'autres choix que de faire face à mes démons, principalement avec l'aide d'Aelita. Et puis, il y a quelques jours, j'ai fini par accepter l'inacceptable. A force de le haïr, je suis devenu un monstre pire encore que mon père.

Le jeune homme dut marquer un arrêt avant de pouvoir poursuivre, rendu muet par l'émotion. Mathieu, toujours aussi silencieux, sentait un étrange sentiment enfler au sein de sa poitrine, remuant ses entrailles au point de le rendre nauséeux. Le simple fait de regarder Angel suffisait à lui brouiller la vue.

- Non seulement j'ai eu l'audace de piétiner tes sentiments sans même y réfléchir, mais j'ai en plus osé te blesser… Physiquement, bégaya le jeune homme aux yeux d'or troublés, éperdu et désormais incapable de contenir ses émotions, ce que j'essaye de dire c'est que… Qu'aucun mot ne saurait exprimer à quel point je m'en veux pour tout ce que j'ai pu t'infliger et à quel point je voudrais être en mesure de me racheter afin d'obtenir ton pardon. Mathieu, je suis un abruti… Et je suis profondément désolé de t'avoir fait tant de mal.

A peine eut-il fini sa phrase, que son corps tout entier sembla s'affaisser. Ce qu'il avait sur le cœur depuis des jours avait enfin fini par sortir, libérant la pression accumulée en lui depuis trop longtemps d'un seul coup. Il se sentait particulièrement faible et la tête lui tournait.

Insensible à sa soudaine baisse de tension, Mathieu demeurait silencieux, digérant petit à petit les ultimes propos d'Angel.

A mesure que leur réalité se forgeait une place dans son cerveau, l'adolescent réalisa à quel point son visage s'était tendu durant le discours de celui qu'il avait tant cherché à libérer des mois durant.

Produisant un sérieux effort sur son propre corps, il força sa tête à pivoter jusqu'à plonger ses yeux d'un bleu azur dans ceux, mordorés et suppliants, d'Angel, visiblement en attente de sa réponse.

- Angel écoute, murmura-t-il, encore sous le choc de ses dernières révélations, ce qu'a fait ton père… Abandonner ta famille sans un au revoir, sans une explication simplement pour vivre sa vie… C'était profondément égoïste et ce que tu as vécu après ça est… Tout simplement horrible, il n'y a pas d'autres mots pour le décrire. Pour ça, tu as toute ma sympathie et je suis sincèrement désolé d'apprendre que ton enfance a été aussi difficile. Si j'avais su… Non si j'avais pris le temps de savoir à l'époque, j'aurais sûrement fait preuve de plus de retenue. Et, concernant tes excuses…

Mathieu marqua une brève pause, le temps de dévisager le jeune homme qui lui faisait face, son visage, habituellement si séduisant, ravagé par la culpabilité et l'épuisement causé par ses aveux. Nul ne doutait qu'il n'avait jamais osé parler de son passé de façon si intime avec qui que ce fut et, pour une raison qui lui échappait, bien loin de ce sentir honoré par cette marque de confiance, l'adolescent se sentait honteux d'en être le témoin. Comme si les circonstances qui y avaient mené ne pouvaient le satisfaire.

Ainsi, et à sa propre surprise, le reste de sa réponse s'imposa à lui-même avec une incontrôlable puissance. Une force renfermée au fond de son cœur depuis trop longtemps déjà.

-Je suis désolé Angel, lâcha-t-il d'un ton nettement plus sombre qu'il ne s'y était attendu, comme si une toute autre personne avait soudain pris possession de sa voix, mais en dépit de ton passé, je suis incapable de te pardonner immédiatement pour tout ce que tu m'as fait vivre. Je regrette.

L'incrédulité qui se refléta au sein des prunelles d'Angel fut telle qu'elle eut l'effet d'un nouveau coup de poing pour Mathieu. Néanmoins, bien loin de modérer ses propos, ce dernier les laissa couler à flot, incapable de maintenir ce que son esprit, aveuglé par l'amour, avait trop longtemps contenu.

- Certes, j'ai eu tord de t'embrasser à l'improviste, confessa-t-il, j'ai, par mon attitude, violer ton intimité et tu étais en droit de réagir avec colère. Cependant… Cependant toutes les excuses que tu pourras me soumettre, et tout l'amour que je peux ressentir pour toi ne suffiront pas à panser certaines cicatrices gravées à jamais dans ma chaire, et je ne parle pas de façon métaphorique.

Et, sans crier gare, Mathieu releva brusquement son T-shirt, indifférent à la présence des autres clients du Kiwi Bleu autour de lui, arrachant un cri de stupeur à Angel.

Au niveau de ses côtes maigres et de son mince abdomen, se dessinaient les profils argentés de longues cicatrices, luisant faiblement sous l'éclairage au néon du pub.

- Tu sais ce que c'est, j'imagine… ? souffla-t-il en dardant son regard sur Angel qui semblait désormais se liquéfier sur place.

Aucun des deux garçons n'avaient besoin de prononcer le mot pour se comprendre. Les marques de coups de couteaux étaient suffisamment parlantes d'elles-mêmes.

- Je… bredouilla Angel qui, avec surprise, se retrouvait incapable de regagner contenance, je n'ai jamais voulu ça… Je n'ai jamais fait ça ! Ce sont mes potes de l'époque qui ont dû…

- Ça ne change rien, trancha Mathieu en relâchant son T-shirt, laissant les pans de tissus bigarrés masquer à nouveau ses balafres qu'il avait su dissimuler à ses amis jusqu'à présent, tu n'étais peut-être pas physiquement présent lors de mes agressions, mais tu en étais l'instigateur. A cause de toi, je ne pouvais plus marcher seul nulle part sans avoir peur de me faire insulter ou pire encore. J'ai vécu l'enfer pendant des semaines et même mes parents n'ont pas pris la peine de me protéger. J'ai perdu tous mes amis de l'époque, à l'exception de Stéphanie, à cause des rumeurs que tu colportais, au point de devoir fuir Sainte Bénédicte… Et même ma ville natale, dans le but de retrouver un semblant de vie normale. J'ai été profondément traumatisé pendant des mois par tout cela, Angel, et aucun mot, aucune justification de ta part ne pourra changer ça. A cause de toi, j'ai tout perdu.

Ce déferlement de colère était loin de lui être familier et Mathieu lui-même ne parvenait à se reconnaître dans ses propres propos. Après tant de longues semaines à espérer, à supplier le ciel pour qu'Angel lui revienne et lui pardonne, après des mois à lutter contre un amour impossible le rongeant de l'intérieur, quitte à lui faire oublier toute forme de violence commise à son égard, il se retrouvait en cet instant précis, alors que tout semblait tourner en sa faveur, incapable de franchir le pas final. Son attitude débordait de contradictions avec la ferveur qui l'avait habité tout le long de sa recherche virtuelle à la poursuite de celui qu'il avait jusqu'à présent considéré comme son âme sœur, néanmoins se retrouver ainsi, physiquement face à face avec celui qui avait hanté ses nuits, éclairait la situation sous un tout autre jour. Chaque fantasme, chaque illusion soigneusement forgés par son esprit durant ces longues semaines d'espoir et de désillusions s'étaient effrités petit à petit face aux aveux d'Angel ne laissant place qu'à la froide réalité de la situation.

Il aimait toujours le jeune homme au regard d'or de tout son être, et lui asséner d'aussi blessantes paroles lui brisait le cœur. Cependant, chaque nouveau mot, chaque nouvelle phrase décochée avec violence s'imposait à lui avec ferveur comme étant le reflet de ses propres sentiments, niés jusqu'à présent dans une vaine tentative de faire face à son trauma.

Il ne pouvait plus taire son ressenti profond désormais, pas même à lui-même. Il était impératif qu'Angel et lui confrontent leurs propres démons dans leur implacable réalité, quitte à se blesser mutuellement une fois de plus.

- C'était dur tu sais, soupira-t-il, submergé par une vague déferlante d'émotions, t'aimer à ce point tout ce temps, être prêt à me sacrifier en dépit de tout ce que les autres pensaient de mon obsession envers toi alors qu'au fond de moi j'avais bel et bien conscience de la justification de leurs propos. Au fond de moi, une part de mon être ne pouvait s'empêcher de te détester et même aujourd'hui, même après que tu m’aies ouvert ton cœur et que j'ai pu parvenir à mieux cerner tes motivations, je réalise que, contrairement à ce que je pensais, je n'ai pas la force de passer l'éponge sur ce que tu m'as fait subir.

- Mathieu…

Aveuglé par la colère qui l'avait animé jusqu'à présent, l'adolescent sentit la tension sur son corps s'affaisser face à la voix emplie de remords d'Angel. Avec surprise, il constata que ce dernier, bien loin d'être énervé par ses propos, semblait désormais profondément choqué, ses épaules voûtées en une attitude coupable. Durant un bref instants, leurs deux regards –l'un bleu et ferme, l'autre doré et voilé de tristesse- se croisèrent.

Ce fut à cet instant que Mathieu réalisa à quel point l'enlèvement d'Angel par la Green Phoenix avait transformé leur vie mutuelle. Il y avait à peine quelques mois de cela, jamais il n'aurait osé tenir tête ainsi au séduisant jeune homme, ou encore moins lui parler de façon aussi décomplexée. Quant à Angel, Mathieu n'avait aucun doute quant à la réaction violente qu'il aurait pu avoir par le passé s'il avait osé, à l'époque, parler aussi ouvertement de ses sentiments et le remettre à sa place. Néanmoins, courage et humilité semblaient s'être forgés un chemin au sein de leurs cœurs respectifs.

Sous la lumière tamisée du comptoir du Kiwi Bleu, il eut soudain l'impression que deux personnes très différentes du Angel et du Mathieu qu'il avait quitté à Sainte Bénédicte se côtoyaient désormais. Un sentiment qui se transforma bien vite en un étrange malaise au creux de son ventre. Était-ce le fait d'être passés tous deux si près de la mort qui les avait ainsi métamorphosés, ou la compagnie des Lyokô-guerriers avait-elle eu un impact significatif sur leur état d'esprit ? Une question à laquelle il était bien incapable de répondre.

- Mathieu, reprit Angel, que les paroles de l'adolescent semblaient avoir bien plus blessé qu'il ne l'avait escompté, je sais que… J'ai conscience d'avoir été un être abominable par le passé. Je suis colérique, névrosé, et je déteste par-dessus tout faire face à mes sentiments. Mais, pour tout ce que tu as fait pour moi, je suis prêt à essayer de changer. Je te le promets.

Il y eut un nouveau silence durant lequel Mathieu prit soigneusement le temps de jauger la sincérité transparaissant à travers les propos du jeune homme. A l'extérieur, la nuit était tombée sans que les deux adolescents ne le réalisent, et le trafic routier avait perdu en intensité, laissant leur souffle, rendu rauque par ces échanges à cœur ouvert, se répercuter avec plus de puissance à la surface des baies vitrées dans leur dos.

- Je le sais, finit par admettre le jeune garçon aux yeux bleus, inclinant la tête, et j'apprécie tes efforts. Vraiment, cela compte beaucoup pour moi et l'honnêteté dont tu viens de faire preuve ce soir… Je pense que j'en avais besoin, plus que jamais. Ce n'est pas que je ne veux pas te pardonner pour tout ce que tu as fait, tu sais ? J'en suis simplement incapable pour le moment… Laisse-moi un peu le temps de digérer.

Et, comme pour clore la discussion, Mathieu se laissa glisser de son tabouret, se réceptionnant habilement à la surface du parquet laqué parcourant le Kiwi Bleu.

Trop épuisé par l'effort qu'il avait dû fournir pour révéler son passé et les jambes fauchées par les paroles de Mathieu, Angel fut incapable de faire le moindre geste pour le retenir. Son cerveau lui hurlait de supplier l'adolescent de reconsidérer ses propos, de tenter de lui pardonner, mais il sentait bien, au fond de lui, que de telles supplications seraient vaines. Il l'avait trop blessé par le passé et faire amende honorable était désormais sa seule façon de se racheter, il en avait toujours eu conscience depuis son retour sur Terre. Cela ne l'empêchait pas pour autant de ressentir comme une douleur au creux de sa poitrine, écrasée de culpabilité.

- Je vais faire de mon mieux moi aussi.

La phrase prononcée par Mathieu lui fit brusquement relever la tête de surprise. Le jeune homme avait profité de son moment de flottement pour regagner la porte de sortie et sa main était déjà posée sur la poignée. Néanmoins, et dans un sursaut de bonne conscience sans doute, il avait préféré se retourner une dernière fois dans sa direction, un sourire hésitant au coin des lèvres.

- Tu as fais de ton mieux pour surmonter tes à-priori et venir me demander pardon, expliqua Mathieu d'un air de nouveau teinté de timidité, alors… Moi aussi, je vais faire de mon mieux pour oublier ce que tu m'as fait subir et te pardonner. Après tout, j'ai traversé trop de choses dans le but de te sauver pour ne pas fournir un petit effort supplémentaire.

Les sourcils arqués en une expression stupéfaite, Angel sentit soudain comme la pointe d'un nouveau sentiment au creux de ses entrailles. Une forme de reconnaissance qu'il n'avait jusque là jamais éprouvé pour qui que ce fut. Peut-être était-ce tout simplement dû au fait que Mathieu était la première personne à tenter de voir au-delà des apparences face à lui et à essayer de le comprendre pour ce qu'il était réellement ?

Dans un bref regain de fierté, il parvint néanmoins à ravaler sa gratitude et se contenta d'une esquisse de sourire à son tour, un rire gêné lui échappant.

- Tu sais quoi… Tu as pas mal changé, Scillas, souligna-t-il en guise d'adieux, je ne te pensais pas capable d'une telle force.

- Je te retourne le compliment, finit par lâcher Mathieu mystérieusement après une pause de quelques secondes surprises, bonne soirée, Angel. Ah, et avant que j'oublie : merci pour le verre.

Et ce fut sur cette étonnante banalité que les deux jeunes gens se séparèrent, l'adolescent aux cheveux auburn laissant la porte de verre du Kiwi Bleu se refermer sur ses pas dans un doux tintement.

Des sentiments conflictuels plein la tête, Angel paya sa consommation et accorda quelques minutes à Mathieu pour s'éloigner avant de se préparer à quitter le café à son tour, non sans ravaler un soupir dépité. Il avait espéré que la discussion puisse se dérouler plus simplement, mais il devait bien reconnaître que le sujet de sa relation avec le jeune homme était trop complexe pour qu'un seul verre au bar puisse permettre d'en dénouer les nœuds.

Il s'était fait violence pour surpasser son angoisse et inviter son sauveteur au Kiwi Bleu et, si ses reproches, ainsi que l'image de ses cicatrices résonnaient encore avec hargne contre son crâne endolori, il avait néanmoins l'impression qu'un premier pas vers la rédemption avait été achevé ce soir.

Sentant une vague de morosité l'envahir, il préféra ne pas s'attarder et s'empressa de quitter le Kiwi Bleu à son tour après avoir salué le barman, laissant la nuit l'engloutir, les mains dans les poches.

Soulagé d'être ainsi parvenu à se confier à Mathieu, il était loin de se douter que cet échange n'avait été que la première étape d'une épreuve infiniment plus difficile à traverser, pour lui comme pour le jeune homme.

En effet, dans cette même pénombre au sein de laquelle il venait de s'aventurer, au cœur d'un ancien bunker glacial perdu en pleine forêt à des kilomètres de là, la bataille finale pour Carthage se préparait à voir le jour.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


- Où en est la mise à niveau de notre programme multi-agent ?

La voix froide de Scarlet avait fusé à travers la gigantesque salle de pierre de façon impérieuse bien avant que ses talons ne viennent en fouler le sol de leur claquement régulier.

Sur son sillage, deux gardes du corps à l'air patibulaires se déplaçaient, jetant des coups d'œil méfiants aux scientifiques aux uniformes estampillés du logo de la Green Phoenix qui déambulaient autour des dizaines d'ordinateurs à travers la pièce. Ces derniers, trop affairés à leurs propres tâches, leur accordèrent à peine un regard avant de se replonger dans leur monceau de données à traiter. Cela faisait plusieurs jours que l'activité, au sein du bunker réaménagé en centre d'opération pour l'organisation maléfique, tournait à plein régime et, si les cernes se multipliaient à vive allure sous les yeux des informaticiens, il en était de même pour leurs sourires de triomphe.

- Mademoiselle Scarlet, salua généreusement le scientifique en chef de la semaine, occupé à coordonner les opérations depuis l'écran central, le programme F.E.N.I.X. est un franc succès. Jusqu'à présent, la mémoire du jeune Angel a pu être intégralement récupérée et compilée de sorte à compléter nos algorithmes. Je peine moi-même à le croire mais notre intelligence artificielle commence à donner des résultats à ses tests d'aptitude particulièrement encourageants.

- Je sais lire un rapport numérique, répliqua Taelia d'un ton glacial, vrillant son regard si semblable à celui d'Hannibal Mago sur son employé, néanmoins, je vous félicite pour votre travail. Quand pensez-vous que F.E.N.I.X. sera prêt à l'emploi ?

Embarrassé par l'attitude plus que sèche de sa dirigeante, l'informaticien prit le temps de faire défiler quelques lignes de code à la surface de sa tablette avant de répondre, le front luisant de sueur en dépit de la froideur ambiante.

- Comme vous le savez, nous sommes limités par l'installation des pare-feux de contrôle au sein de la mémoire centrale de F.E.N.I.X., commença-t-il, comme dans une justification, il s'agit qu'il obéisse soigneusement à nos instructions lors de l'attaque et qu'il n'en vienne pas à prendre d'initiatives personnelles. Nous ne voulons pas d'un second XANA après tout, et c'est également la raison pour laquelle se servir du jeune Angel seul ne pouvait suffire… Pour le reste, l'implémentation au sein du Cœur d'ENDO ne devrait pas prendre plus d'une à deux journées, le temps d'ouvrir les accès au réseau à F.E.N.I.X. et de le laisser accéder au mainframe de l'univers virtuel.

- Une semaine donc, si l'on compte cette histoire de contrôle, déduisit Scarlet, affichant pour la première fois depuis longtemps un franc sourire, parfait… Continuez, je me joindrai à vous demain en fin d'après-midi afin d'accélérer les travaux.

Lorsqu'elle tourna les talons, sa sempiternelle blouse noire fendant l'air avec grâce, un véritable sentiment de toute-puissance l'habitait. Une semaine seulement, et tout serait terminé.

Dans son dos, à la surface du gigantesque écran central, la silhouette stylisée d'un phénix tournait lentement sur elle-même en scintillant d'un vert maléfique à travers la pénombre.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:34   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1012
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
Chapitre 53 :

Épisode 152 : Fusions_



Un ciel d'un bleu infini s'étendait au dessus de la tête de Mathieu et Kadic jouissait d'une rare quiétude en cette fin de matinée. L'ultime semaine de juin avait fini par tirer sa révérence dans une inhabituelle discrétion et l'été semblait en avoir profité pour déposer sa nappe de chaleur sur l'établissement. Plus qu'une poignée de jours, et les Kadiciens seraient enfin libérés des supplices des révisions et des heures de cours sans fin pour accueillir avec enthousiasme les délices de vacances bien méritées. Néanmoins, en cet instant précis, l'ambiance était loin d'être à la détente parmi les lycéens et une délicate fébrilité semblait avoir pris possession des adolescents, plongeant les salles de classe et l'internat dans un anxieux calme tout relatif. En effet, les épreuves du Baccalauréat s'apprêtaient à commencer pour les élèves de Terminale, et la libération promise par la venue de l'été semblait aussi inaccessible -sinon plus- que des mois auparavant.

Portant la main à la bouteille d'eau qu'il avait posée à côté de lui sur l'herbe fraîche longeant l'orée du parc, Mathieu en avala une gorgée désaltérante, laissant ses yeux bleus se promener un instant à travers l'épais feuillage de l'arbre protégeant sa peau pâle du soleil ardant au dessus de sa tête. La chaleur ambiante était telle qu'il avait préféré laissé son habituel sweat-shirt dans sa chambre le matin-même, troquant les épaisses rayures colorées contre un simple T-shirt blanc à col en V et aux bordures azures. Un reliquat de sa vie passée à Sainte Bénédicte qu'il avait retrouvé au fond de ses affaires quelques jours auparavant, suite à son entretien avec Angel. Leur discussion l'avait comme libéré d'un poids et c'était avec une énergie nouvelle qu'il s'était enfin décidé à faire le tri parmi les affaires de son ancienne vie, vidant les cartons accumulés contre son armoire depuis janvier et triant ses mails avec ardeur. Maintenant que les choses étaient claires entre lui et le beau jeune homme, le désir de tourner une nouvelle page de sa vie avait fini par le saisir et Jérémie, trop heureux de le voir s'accrocher à autre chose qu'aux mystérieuses conspirations des Lyokô-guerriers, avait même tenu à lui prêter main forte.

Néanmoins, à présent que ses pensées lui paraissaient plus claires, Mathieu avait vu son anxiété croître de jour en jour à l'idée du défi qui attendait ses amis –sans compter Angel qui, en dépit de tous ses efforts pour rattraper son comportement passé, s'était montré étonnamment loyal face aux Lyokô-guerriers et avait continué à omettre le moindre signe de plan de défense face à la Green Phoenix. Ainsi, le jour des Épreuves Anticipées de Français était arrivé pour les élèves de Première de Kadic sans même que Mathieu ne le réalise et il avait passé la majeure partie de l'écrit à griffonner distraitement un symbole en forme d'oiseau stylisé sur sa feuille de brouillon, ne prêtant aux complexes textes d'époque tournant autour du romantisme qu'une distraite attention. Si le reste de ses camarades avait vécu le passage de leur première épreuve du Bac dans un incroyable entremêlement d'anxiété et d'excitation, Mathieu s'était lui-même senti comme étranger à cet univers. Lui qui avait toujours accordé aux études l'importance qui leur était due, rédiger des pages et des pages d'analyse de poèmes lyriques d'une autre époque lui avait soudainement paru bien dérisoire en comparaison de ce qui se tramait dans les profondeurs de la vieille usine abandonnée au centre du fleuve.

Cette épreuve datait déjà de plusieurs jours, pourtant, Mathieu ne parvenait pas à oublier les regards éloquents qui s'étaient échangés Aelita et Jérémie entre deux coups d'œil à leur feuillet, avant de s'éclipser rapidement de la vaste salle réservée aux élèves de Première Scientifique, bien avant que la fin de l'épreuve n'ait sonnée. Tout comme lui, les deux adolescents s'étaient montrés incapables de se focaliser sur leur Baccalauréat mais eux, au moins, avait conscience de ce qui se tramait dans l'ombre. Mathieu, de son côté, avait l'impression d'être piégé entre deux mondes, dépourvu du courage nécessaire pour faire face à Aelita et demander à rejoindre le combat de nouveau, et incapable de faire de nouveau face à l'existence d'un lycéen ordinaire.

Depuis cette dure journée, les couloirs de l'internat s'étaient vidés progressivement et la partie réservée aux lycéens s'était faite subitement plus calme, entre l'absence des étudiants externes de Première, le départ prématuré des élèves de Seconde et l'intensité des révisions qui occupaient à présent les Terminales à plein temps. La vie à Kadic semblait avoir subitement décidé de ralentir son rythme, comme pour retenir son souffle en prévision des événements qui ne tarderaient pas à s'abattre sur les Lyokô-guerriers, nul n'en doutait.

Soupirant face à la solitude qui lui étreignait le cœur, Mathieu se tira hors de ses sombres pensées et fit l'effort de se relever, éparpillant les quelques brins d'herbe grasse coincés dans les plis de son jean. Depuis qu'il n'avait plus à transporter son sac de cours d'un point à l'autre de l'établissement, il se sentait étonnamment léger et ce détail contribuait à renforcer la sensation de malaise qu'il ressentait depuis le début des épreuves du Baccalauréat. Où était sa place, à présent ?

Une brise de vent frais bienvenue vint doucement faire danser ses cheveux auburn, devenus trop longs au fil du trimestre, tandis que son esprit dérivait au rythme de ses pas aveugles en direction d'une autre insoluble problématique. Avec la venue des vacances d'été, l'internat de Kadic n'allait pas tarder à fermer ses portes et bon nombre de ses camarades de classe étaient déjà retournés chez leurs parents dés la fin des épreuves de Français, en attendant les dates de la partie orale. Lui-même, en revanche, n'avait aucune idée de ce qui l'attendait une fois les grilles de fer du lycée fermées pour de bon.

La simple idée de devoir rejoindre ses parents une fois les cours clôturés lui semblait presque aussi invraisemblable que le fait de devoir se comporter en bon petit lycéen ordinaire. Il ne leur avait plus adressé la parole depuis son arrivée à Kadic et eux-mêmes n'avaient jamais cherché à le contacter dés lors. Bien entendu, il avait pris soin de vérifier en triant ses mails, à tout hasard, si sa mère ou son père avait pris le soin de prendre de ses nouvelles, mais en dehors de banale transaction d'argent correspondant au strict minimum pour lui permettre de vivre en internat, aucun autre mot n'avait été échangé depuis janvier. Cette réalisation, bien que loin d'être surprenante, avait suffi à rouvrir une plaie au fond de son cœur qu'il avait cru cicatrisée depuis longtemps, probablement occultée jusqu'à présent par le tourbillon de sentiments au sein duquel Angel et son enlèvement l'avaient plongé.

En proie à ses questions sans réponse possible, Mathieu fit un instant abstraction de la chaleur environnante, laissant ses pas le guider vers le préau menant aux salles de classe. L'heure de déjeuner ne tarderait pas à sonner mais l'éventualité de devoir, une fois de plus, occuper une table seul pendant que le reste de ses amis étaient occupés à mettre au point un plan pour défaire la Green Phoenix ou à réviser pour leurs épreuves n'avait rien de réjouissant.

Le fil de ses pensées s'interrompit brusquement lorsque la porte du Foyer des étudiants s'ouvrit brusquement devant lui, manquant de peu de le heurter avec fracas.

Son cœur battant la chamade sous l'effet de la surprise sembla soudain sombrer au fond de sa poitrine lorsque l'individu qui avait failli le propulser en arrière dans sa précipitation se révéla devant lui, la visière de son béret mauve étincelant des rayons du soleil à son zénith.

- O-Odd ! bredouilla-t-il, stupéfait de se retrouver nez-à-nez avec le jeune homme, qui avait tant œuvré à l'éviter au cours des derniers jours.

L'écarquillement qui troubla un instant le regard de son camarade fut suffisant pour lui faire comprendre à quel point la surprise était partagée. Manifestement, Odd avait cru bon de se dissimuler dans le Foyer jusqu'à l'heure du déjeuner de peur de devoir lui faire face, une fois de plus.

- Mathieu… ! s'exclama l'adolescent en faisant mine de refermer la porte derrière lui pour éviter son regard, le ton de sa voix un peu trop suraigu pour faire croire à une manifestation de bonne humeur, excuse-moi, je ne m'attendais pas à te croiser ici… Euh, ça va ?

- Bien ! répondit le jeune homme, incapable d'agir naturellement après l’ambiguïté qui s'était installée entre eux depuis le retour d'Angel, oui, plutôt bien… Tu… Les épreuves de français se sont bien passées pour toi ?

Mathieu s'administra une claque mentale. Avec toutes les questions qu'il avait, la frustration qu'il contenait terrée au fond de lui depuis de longues et interminables semaines, il n'avait rien trouvé de mieux à aborder comme sujet que le baccalauréat, qui l'avait pourtant laissé foncièrement de marbre jusqu'à présent !

- Ça allait, grinça Odd, trop heureux de pouvoir s'en tirer avec un sujet de conversation aussi léger, en L on est tombés sur le théâtre et c'était ce que j'espérais, alors… Si tu veux bien m'excuser, il faudrait que j'y aille en fait, je suis un peu pressé.

Dans un hochement de tête vaguement compréhensif, Mathieu fit mine de s'écarter pour le laisser poursuivre son chemin, la mine déconfite. Néanmoins, au dernier moment, ses sentiments canalisés depuis trop longtemps prirent soudain le dessus et il surprit sa main à se refermer sur le poignet d'Odd, l'empêchant brusquement de continuer.

Stupéfait, le jeune homme ne fit même pas l'effort de tenter de se dégager, se contentant de vriller Mathieu d'un regard empli d'incrédulité. Cette soudaine confrontation était aussi inattendue pour l'un que pour l'autre. A croire que sa discussion avec Angel avait fini par l'enhardir.

- Odd, je suis désolé mais… Il faut qu'on discute ! parvint à lâcher l'adolescent aux cheveux auburn, désormais incapable de se contenir.

- Mathieu…

Odd arborait un air déconfit sur le visage, comme s'il avait été tiraillé entre deux émotions d'intensité extrême. Parler à Mathieu de ses sentiments, de sa jalousie… Ou faire comme si de rien n'était et se concentrer pleinement sur la Green Phoenix, comme il l'avait fait jusqu'à présent –ou avait fait semblant de le faire tout du moins.

Ses tripes lui hurlaient de se dégager de la poigne – étonnamment forte – de son ami et de s'enfuir en courant, évitant la confrontation mais son cœur… Oh, son cœur ! Si seulement ce dernier avait pu l'aider à rendre les choses plus claires. Mais au milieu de ces battements désordonnés, de l'étau qui l'écrasait petit à petit un peu plus chaque jour, chaque nuit, ne demeurait qu'une intense confusion. Une confusion qui le paralysait sur place, l'empêchant d'échapper au terrifiant regard, si envoûtant, de l'adolescent qui lui faisait face, le visage à la fois grave et implorant.

Bien déterminé à ne pas le laisser retrouver ses esprits et aussi surpris qu'Odd de le voir ainsi rester sur place, Mathieu se reprit rapidement et ouvrit la bouche, prêt à déverser tout ce qui l'avait tracassé au cours des dernières semaines. Il était temps de parler.

- Odd, écoute… Qu'est-ce qui se passe avec toi en ce moment ? souffla-t-il, je ne te reconnais plus. On s'est à peine adressé la parole depuis quelques semaines et on dirait que tu m'évites. Je sais que la lutte contre la Green Phoenix est importante et qu'Aelita refuse qu'on y participe avec Stéphanie mais…

- Elle a raison, le coupa Odd, parvenant enfin à regagner suffisamment de lucidité pour dégager son poignet d'un geste sec, cette fois-ci ça vous dépasse… Pour autant que je sache, ça NOUS dépasse même plus que ce qu'on aurait pu imaginer, alors il n'est pas question de vous laisser risquer vos vies. Pas après tout ce que vous avez déjà traversé pour Angel.

L'amertume qu'il avait adoptée en prononçant le nom du jeune homme fit tiquer Mathieu mais il ne se laissa pas démonter pour autant, croisant ses bras désormais libres sur sa maigre poitrine, une colère bouillonnante enflant peu à peu au fond de lui.

- Ça te va bien de dire ça, toi qui a été le premier à me mettre sur la piste de l'usine, grinça-t-il avec ironie, mais ce n'est pas de ça dont je voulais parler. Même si je désapprouve votre inquiétude, je la comprends, contrairement à Stéphanie. Ce dont je voulais te parler, c'était de notre relation… Notre relation à tous les deux.

Deux collégiens sortirent du foyer dans leur dos à cet instant, étouffant des pouffements de rire. Comprenant enfin qu'il lui était inutile de tenter de s'esquiver, Odd finit par soupirer profondément avant d'entraîner Mathieu sous les arcades en direction du bâtiment des sciences, un endroit à l'écart et plus tranquille pour discuter à une heure de la journée où la plupart des élèves étaient réunis au réfectoire.

Ils ne s'arrêtèrent, le cœur battant sous l'effet de l'anxiété, qu'une fois arrivés au niveau des escaliers de secours, le métal jalonnant les marches à moitié envahi par la rouille et enseveli sous une dense végétation à laquelle l'été avait rendu toute sa vivacité.

- Bien, fit Odd après avoir nerveusement pris place sur une des marches, l'une de ses jambes tapotant le fer sous ses pieds dans un tintement anxieux, tu voulais me parler je t'écoute. Qu'est-ce que tu as à dire sur notre relation, exactement ?

Désarçonné par la franchise du jeune homme qui avait été si prompt à le fuir quelques instants plus tôt, Mathieu cligna des yeux un instant, le temps de remettre de l'ordre dans ses pensées. Puis, l'image de la chaise vide d'Odd en cours d'Art Plastique lui revint en tête et sa colère, jusqu'à présent contenue légèrement par la bonne volonté de son ami, recommença à bouillir en son sein de plus belle.

- Je veux savoir où on est exactement, lâcha-t-il enfin, les poings serrés, depuis le retour d'Angel… Non ! Depuis qu'Eva a quitté le lycée, on dirait que tu fais tout pour me fuir. Est-ce que… Ces baisers échangés entre les cours n'étaient qu'un passe-temps pour toi dont tu t'es lassé ?

- Bien sûr que non, soupira Odd, trop las pour trouver en lui-même la force de s'insurger contre les accusations de celui dont la simple pensée suffisait à le torturer nuit et jour.

D'embarras, il porta la main à sa nuque, et un rayon de soleil vint rebondir quelques instants à la surface de l-pod Nano violet lui faisant office de montre. Tout était si confus dans sa tête depuis quelques semaines. Son cœur ne cessait de lui dicter des signaux contradictoires tandis qu'Aelita, plus déterminée que jamais à faire face à la Green Phoenix, les tuaient à la tâche en les poussant à s'entraîner à la maîtrise de leurs avatars évolutifs jusqu'à ce que même leurs corps numériques crient grâce. Il était épuisé, aussi bien mentalement que physiquement, avait perdu du poids au cours des dernières semaines, et n'avait surtout pas la force pour une confrontation avec Mathieu en cet instant précis.

- Dans ce cas, quoi ? poursuit l'intéressé, sans se rendre compte de la fatigue qui perçait à travers le regard perlé du beau jeune homme blond, pourquoi est-ce que tu m'évites comme ça ? Qu'est-ce que tu ressens pour moi exactement ? Est-ce que… Même notre amitié ne signifie plus rien pour toi ?

- « Amitié » ?

L'emploi de ce terme si singulier après tout ce qu'ils avaient vécu depuis cette fameuse nuit sur le pont de l'usine fit pulser une soudaine vague de colère à travers les veines d'Odd. Il en avait assez de cette situation ambiguë et sans avenir. Ulrich avait beau dire que Mathieu avait besoin de temps pour remettre ses idées en place après le retour d'Angel, lui ne pouvait plus se permettre ce luxe.

Dans un tintement métallique, il se leva des marches d'acier, dominant Mathieu depuis son piédestal d'un regard foudroyant. Pour la première fois, l'adolescent pris peur face à ces pupilles grises qu'il avait su autrefois trouver si envoûtantes.

- Je pense avoir été très clair sur les sentiments que j'éprouvais pour toi, Mathieu, lança Odd d'un ton cassant, laissant ses pieds fouler de nouveau l'herbe folle au bas de l'escalier de secours, je pensais qu'un baiser au clair de lune, qu'assumer notre relation publiquement en te défendant après la parution de l'article à ton propos sur les échos de Kadic suffirait à te prouver ma sincérité mais, puisque cela ne semble pas être le cas, je vais te le répéter une dernière fois. Je t'aime, Mathieu.

Il s'était rapproché de sortes que son souffle ne soit plus qu'à quelques centimètres des lèvres de son interlocuteur. Troublé, l'adolescent aux cheveux auburn tenta de maîtriser tant bien que mal les tressautements électriques qui lui parcourraient l'estomac face à cette soudaine proximité, soutenant le regard d'Odd à grands peines.

- Je suis amoureux de toi, profondément, affirma une nouvelle fois le Lyokô-guerrier, d'un ton plus affirmé qu'il ne l'avait jamais été, et j'ai déjà fait mon choix entre celle que je pensais être faite pour moi depuis de longs mois, et toi. Maintenant, à tout tour de faire le tient.

Le temps pour Mathieu de parvenir à assimiler les paroles que venaient de lui asséner Odd sans ménagement, ce dernier l'avait déjà contourné, laissant ses pas le guider de nouveau vers la cour principale.

- O-Odd… ! parvint à bredouiller l'adolescent, comme pour l'arrêter.

Mais le reste de ses mots restèrent coincés au fond de sa gorge. Il ne savait que répondre face à une telle déclaration. Il était loin d'être idiot, bien entendu, et avait bien compris à qui Odd avait fait allusion. Néanmoins…

- Mathieu.

Le jeune homme tressauta. A sa grande surprise, l'adolescent au béret avait répondu à son injonction, tournant la tête vers lui d'un air triste.

- Tu as le droit de prendre ton temps pour répondre mais… Ne me laisse pas sans réponse, s'il-te-plaît, murmura-t-il si bas que Mathieu dut tendre l'oreille pour l'entendre, j'attendrai.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Une brise légère faisait danser avec volupté les longs rideaux translucides de la bibliothèque, et les rayons de soleil fragmentés à la surface du tissu semblaient se livrer à un ballet ardent à la surface des tables de bois, pleines à craquer d'élèves de Terminale plongés dans un inhabituel silence.

Leur première épreuve du Baccalauréat, la très controversée Philosophie, était programmée pour l'après-midi et en dépit de l'ambiance toute estivale émanant de la douce tiédeur pesant sur la salle et du bleu du ciel insondable à travers les fenêtres, les vacances semblaient encore à des lieux des bacheliers, plongés dans leurs révisions de dernières minutes. Ne venait rompre cette étrange et pesante atmosphère que le tapotement régulier et nerveux du pied de quelques élèves contre les dalles au sol ou, de temps à autre, le bruit feutré d'un surligneur venant mettre en avant un ultime point à retenir à la surface d'une note quelconque.

Yumi, William et Stéphanie, assis au bout de la table la plus longue, juste en dessous d'une des hautes fenêtres cerclée de pierre, ne faisaient pas exception à la règle. La japonaise, plus studieuse encore qu'à son habitude, avait rejeté ses longs cheveux d'ébène dans son dos et s'appliquait à relire pour la troisième fois une recueil de citations fourni avec la pile d'annales qu'elle avait pris le soin d'apporter, alignant soigneusement les petits fascicules à côté de sa trousse avec une précision qui trahissait manifestement son anxiété, à l'inverse de son visage d'ivoire, aussi impassible qu'à l'accoutumé. Ses yeux en amande, tachetés de reflets roux par l'éblouissant soleil extérieur, demeuraient obligeamment fixés à la surface du papier glacé, refusant de n'esquisser ne serait-ce qu'un tressaillement en direction de Stéphanie, envers qui elle s'était appliquée à n'entretenir que des rapports strictement liés aux études depuis la décision d'Aelita de la tenir à l'écart.

William, bien loin d'être aussi organisé que son ancienne petite-amie, farfouillait frénétiquement dans ses notes éparpillées sur son coin de table à la recherche d'une référence bien précise, déchiffrant à grand peine sa propre écriture, tachetée d'encre bavée et de gribouillis quelconques qu'il regrettait à présent d'avoir un jour effectués. De temps à autre, prétextant de dégager ses cheveux trop longs de devant ses yeux, il se laissait aller à jeter un bref coup d'œil aux cours de Stéphanie à sa gauche.

Cette dernière, trônant en bout de table, peinait à se concentrer pleinement sur ses révisions, son regard dérivant constamment des lignes de notes qu'elle relisait sans cesse sans en retenir le contenu pour se plonger dans une contemplation songeuse de ses deux camarades Lyokô-guerriers. Son pied, chaussé de ses éternelles bottes épaisses et compensées, battait la mesure du cœur de plus en plus rapide d'inquiétude du reste des étudiant tandis qu'une toute autre forme de tension la rongeait.

En effet, ce n'était pas le bac de Philosophie qui occupait tout l'esprit de Stéphanie en cet instant précis, mais bien ce qui se tramait au sein de la mystérieuse usine au centre du fleuve à laquelle on lui avait désormais interdit l'accès. En son fort intérieur, aucun grand penseur grec n'égalait l'intérêt trépidant que lui suscitait le plan, soigneusement dissimulé, des Lyokô-guerriers afin de contrer la Green Phoenix.

Mal à l'aise, elle se surprit à tirer les manches de son débardeur noir, comme pour dissimuler ses bras à ses camarades. Elle avait lutté jusqu'au dernier jour mais avait fini par céder et troquer son sempiternel pull raccommodé pour une tenue plus légère et surtout plus adaptée à la nappe de chaleur qui s'était subitement abattue sur Kadic. Elle n'appréciait de dévoiler son corps, dont elle n'appréciait guère les rondeurs qu'elle s'acharnait tant à dissimuler, et se surprenait régulièrement depuis à soupirer à la pensée de la silhouette sculpturale de son avatar virtuel, dont les yeux d'un intense violet commençaient à lui manquer. Il n'y avait que sur Lyokô, au fond, qu'elle se sentait parfaitement en phase avec elle-même, et se retrouver ainsi privée de cet échappatoire la rendait folle.

Incapable de faire semblant de réviser plus longtemps elle se laissa aller en arrière sur sa chaise, la mine boudeuse, prenant bien soin au passage de laisser les pieds de métal grincer contre le sol avec hostilité.

Soudainement happée hors de ses notes par le désagréable bruit, Yumi eut un sursaut surpris avant de relever la tête d'un air intrigué vers son amie qui avait désormais croisé ses bras contre sa poitrine. William, pressentant un nouvel éclat de colère de sa part, fit mine de souligner un passage de son cours avec précipitation.

- Qu'est-ce qu'on fait encore ici ? souffla Stéphanie, suffisamment bas pour que le reste des élèves de Terminale ne se soucient pas de son soudain changement de comportement mais avec assez d'énergie néanmoins pour faire comprendre à ses amis qu'elle n'était pas d'humeur à plaisanter, on est en train de réviser pour un examen stupide et dont la note sera de toute manière totalement arbitraire alors que, en ce moment précis, la Green Phoenix et cette timbrée de Taelia sont sûrement en train de réunir leurs forces pour anéantir Lyokô et mettre la main sur le Projet Carthage ! Comment est-ce que vous pouvez supporter de rester enfermés dans cette bibliothèque avec ce qui pèse sur nos épaules !?

Un léger soupir s'échappa des lèvres parfaitement dessinées de Yumi. Si elle avait su faire preuve de plus de force de conviction que William jusqu'à présent, Stéphanie n'avait pas manqué de la harceler à la moindre occasion quant au problème de la Green Phoenix et elle commençait à se sentir lasse face à ses tentatives répétées d'en savoir plus sur leurs prises de décision. Qui plus était, le stress engendré par l'approche du bac n'aidait guère sa patience, de plus en plus mince, à subsister.

- On en a déjà parlés, Stéphanie, répliqua-t-elle aussi bas que son amie mais avec un calme soigneusement mesuré dans le fond de sa voix, Aelita tient à vous garder, Mathieu et toi, à l'écart de toute cette histoire maintenant qu'Angel est de retour. Et, très sincèrement, je suis d'accord avec elle sur ce point. Je ne veux pas vous voir impliqués plus longtemps dans cette folie, cela devient trop dangereux pour des débutants, même avec vos quelques mois d'expérience sur Lyokô. Fais-nous simplement confiance quand on te dit que la situation est sous contrôle.

- Comment est-ce que je suis supposée vous faire confiance si vous refusez de me dire quoi que ce soit… ? grommela Stéphanie, vexée par le ton condescendant de son amie japonaise, et je pense que c'est à moi de juger si je veux faire face au danger ou pas ! Je sais ce que je risque depuis le temps, Yumi, et je tiens à aider, peu importe mon implication directe ou indirecte avec les événements.

- Justement, non, tu n'as pas conscience des risques encourus, siffla Yumi, d'un ton nettement plus ferme cette fois, pas totalement en tout cas et je ne peux pas endosser la responsabilité de te laisser risquer ta vie, simplement parce que tu estimes en être capable.

Tentant d'apaiser sa colère, Yumi laissa ses longs doigts d'ivoire parcourir une mèche de ses interminables cheveux, mordillant sa lèvre inférieure. Elle détestait avoir à se disputer avec Stéphanie, sa seule véritable amie depuis longtemps… Néanmoins, son comportement impatient et spontané l'inquiétait et elle devait se résoudre à se ranger du côté d'Aelita pour le coup.

- Qui plus est, ajouta-t-elle dans une tentative de distraction, l'épreuve de Philosophie du bac est loin d'être sans importance. Dans notre filière Littéraire, je te rappelle qu'elle est notée coefficient huit. S'il venait à nous manquer ne serait-ce qu'un point de trop, notre réussite entière au baccalauréat pourrait être compromise ! Commençons à assurer notre propre futur avant de penser à celui du monde, tu veux bien ?

Ignorant l'argument avec superbe, Stéphanie darda son regard furibond vers William qui, incapable de prétendre rester concentré sur ses notes plus longtemps, fut bien obligé de relever la tête, une moue d'appréhension surmontant sa barbe mal rasée.

- Ne me dis pas que tu tiens le même discours, toi ! s'exclama la jeune fille, dont la colère semblait se déverser hors d'elle à flots désormais, en m'interdisant ainsi l'accès à l'usine pour « mon propre bien » elle agit exactement comme avec toi lorsque le Supercalculateur a été rallumé ! Tu l'as détestée pendant des semaines à cause de ça et tu n'as même pas hésité à mettre fin à votre relation en conséquence, alors ne fait pas semblant de ne pas comprendre ce que je ressens !

Le souffle de Yumi se fit rauque à la gauche de Stéphanie mais elle fit bien garde de ne pas prêter attention à son visage outragé. Ramener sur le tapis une histoire aussi douloureuse pour les trois adolescents était certes un coup bas de sa part mais il s'agissait là de son dernier recours.

Étrangement calme en dépit de la brûlure infligée au fond de son cœur par le brusque rappel de la trahison de la japonaise à son égard, William pris soin de refermer son porte-documents avant de vriller ses pupilles sombres au sein du regard enflammé de sa camarade de classe.

- Je suis désolé, Stéphanie, lâcha-t-il enfin, même si je comprends ta colère, je ne peux que me ranger du côté de Yumi pour le coup. Tu ne peux pas remettre les pieds à l'usine dans ces conditions.

De surprise, la jeune fille se retrouva incapable de répliquer quoi que ce fut. Même la japonaise ne put retenir un haussement de sourcil surpris face à la réponse, plus qu'inattendue, de son ex petit-ami.

- Stéphanie, écoute, poursuivit William, profitant de ce bref moment d'accalmie, je comprends que tu veuilles aider et tout le reste… Mais je pense que tu ne t'intéresses pas à Lyokô et à la Green Phoenix pour les bonnes raisons. Pour toi c'est… Un jeu, ou un moyen d'échapper à la réalité ! Et crois-moi, je comprends tout à fait à quel point toute cette histoire peut être… Envoûtante. Néanmoins, c'est aussi la raison pour laquelle je sais que tu ne dois pas retourner sur Lyokô. Je ne veux pas te voir commettre les mêmes erreurs que moi, tu comprends ?

Muette de stupeur, Stéphanie sentit le rouge lui monter aux joues. Que pouvait bien savoir William de sa détermination et de son sérieux face à la Green Phoenix ? Comment osait-il émettre un tel jugement sans avancer la moindre preuve ?

Elle devait bien admettre –à regret- que chaque virtualisation avait été pour elle un moment de réel plaisir –une libération même. Néanmoins, son attachement à cet univers virtuel fantasque, sa volonté de faire partie de toute cette histoire allait bien au-delà de tout ce que ses deux prétendus amis semblaient pouvoir imaginer.

Incapable de contenir sa rage plus longtemps, elle ferma son trieur d'un coup sec, faisant légèrement tressauter les deux adolescents.

- J'ai besoin de prendre l'air, cracha-t-elle, peinant à dissimuler à quel point l'accusation de William avait pu la blesser, à tout à l'heure pendant l'épreuve.

Ce fut d'un pas empli de furie sauvage qu'elle quitta la bibliothèque. Aveuglée par la colère et encore sonnée par les paroles de ses camarades de classe, elle prit à peine garde au chemin qu'elle empruntait et, alors qu'elle atteignait enfin la porte de sortie, laissant la lumière du soleil incandescent au dessus de sa tête l'éblouir, quelque chose de dur la heurta brutalement à l'estomac, manquant de l'envoyer valser à la renverse. Son sac orné de personnages de manga encore ouvert dans son départ précipité libéra son contenu en bas des quelques marches menant à la bibliothèque dans un bruit sourd tandis que Stéphanie, sous le choc, tentait tant bien que mal de reprendre le contrôle de sa respiration sifflante.

Sa rage, déjà bien enflammée, ne fit que croître lorsqu'elle parvint enfin à identifier le regard mordoré de l'obstacle qui avait subitement stoppé sa course. Angel, visiblement aussi surpris qu'elle par ce choc frontal, se tenait les côtes avec une grimace de douleur.

- Minerve… ? fit-il tandis qu'elle se précipitait négligemment vers ses livres de révision, en ne prenant la peine de lui accorder qu'un regard dédaigneux, qu'est-ce que tu fous ici ?

- C'est mon lycée je te rappelle, répliqua-t-elle froidement, peu encline à faire preuve de patience en cet instant précis, par contre, j'ai la sensation que cette question te concerne bien plus. Qu'est-ce que tu fais à Kadic ?

Le beau visage d'Angel se teinta momentanément d'un froncement de sourcils agacé. En dépit de son soutien face aux mensonges qu'il avait dû fournir à la police, Stéphanie n'était jamais parvenue, depuis son retour, à dissimuler la franche aversion qu'elle continuait à éprouver pour lui et cette attitude commençait à user sa patience.

- Jérémie m'envoie chercher quelque chose dans sa chambre, répondit-il en faisant négligemment scintiller une petite clef de dortoir au soleil, il ne voulait pas prévenir Mathieu pour ça… Apparemment, la Faille sur Lyokô montre des pics d'activité marqués depuis ce matin et il voudrait récupérer quelques programmes d'analyse complémentaire.

La facilité avec laquelle Angel semblait être parvenu à s'intégrer à l'incroyable monde dans lequel Stéphanie elle-même peinait à trouver pied depuis des mois acheva de la mettre hors d'elle. Elle ne pouvait plus supporter l'arrogance avec laquelle ce garçon, qu'elle avait toujours peu apprécié, se pavanait désormais entre l'usine et le lycée, en contact constant avec les Lyokô-guerriers en dépit de tous les problèmes qu'il leur avait causés tandis qu'elle-même n'avait plus droit à la moindre trace d'information.

- C'est injuste, persifla-t-elle, incapable de se contenir, tu ne devrais pas avoir accès à l'équipement de Jérémie ou même te retrouver ne serait-ce qu'à dix mètres du Supercalculateur tandis que Mathieu et moi sommes coincés ici, impuissants et mis à l'écart.

- Aelita pense que c'est ce qu'il y a de mieux pour vous, répliqua Angel, répétant pour la énième fois la phrase que Stéphanie avait dû s'entendre dire des dizaines de fois au cours des derniers jours, et pour ce qui est de mon rôle, je suis essentiel au plan qu'elle a concocté avec Jérémie et sa mère pour venir à bout de la Green Phoenix, donc…

- Le plan ! Le plan !? explosa Stéphanie, littéralement incapable de se contenir plus longtemps, laissant à nouveau tomber ses affaires au sol sous l'emprise de la colère, ce fameux foutu plan dont personne ne veut rien me dire, hein !?

Amorçant un pas en avant sur les marches, elle leva un index menaçant qu'elle pointa contre la poitrine d'Angel, le prenant au dépourvu, son grand regard teinté d'éclairs mauves.

- Ecoute-moi bien, Mower ! grinça-t-elle entre ses dents serrées de rage, tu as peut-être réussi à berner les autres –y compris Mathieu, avec ton petit numéro de sympathie au Kiwi Bleu d'après ce qu'il m'a rapporté- mais tu ne m'auras pas aussi facilement ! Mathieu est peut-être aveuglé par ses sentiments, mais je n'ai pas oublié tout ce que tu lui as fait subir avant qu'il ne quitte Sainte Bénédicte. Je n'ai pas oublié le genre de monstre ingrat et égocentrique que tu étais à l'époque et je ne compte pas l'oublier de sitôt ! Si je n'ai pas ma place parmi les Lyokô-guerriers, alors ce n'est certainement pas ton cas non plus ! Parce qu'au fond, je sais que, quelles que puissent être tes belles paroles, tu vas finir par te défiler et tout faire capoter…

Le flot de colère intarissable s'écoulant de la bouche de Stéphanie était si intense qu'Angel se retrouva incapable de répliquer. Le regard fuyant, il se contenta de hausser les épaules tandis que la jeune fille, presque à sa taille du haut de ses marches, tremblait d'émotion.

- Peu importe ce que tu penses de moi, Minerve… marmonna-t-il en la contournant, honnêtement, je me moque de ta petite crise de jalousie. Tout ce qui m'intéresse, c'est d'en finir avec cette histoire au plus vite.

- Tu sais que j'ai raison ! lui cria Stéphanie d'un ton mauvais tandis qu'il fuyait ses paroles emplies de haine à travers le couloir, ravalant à grands peines sa fierté, tôt ou tard, ta vraie nature finira par éclater au grand jour ! Et cette fois-ci, il sera vraiment trop tard pour faire amende honorable.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Lorsque l'heure de l'épreuve de Philosophie sonna, la colère de Stéphanie avait à peine désenflée et ce fut en prenant bien soin de mettre le plus de distance entre elle et Yumi et William qu'elle prit place dans la file d'attente des étudiants anxieux de Terminale L, frétillant d'une impatience fébrile sous les arcades de Kadic, insouciants face à ses tracas intérieurs.

La tête haute, elle éteignit son portable d'une pression un peu trop brusque sur un bouton, comme l'exigeait la règle, et le laissa choir au fond de son sac tandis que les surveillants du lycée les encadraient d'un œil sévère.

Elle avait à peine mangé durant la pause de midi, l'estomac trop torturé par ses excès de rage, et mêmes les encouragements de Mathieu face à l'épreuve qui l'attendait n'avaient pas suffi à la dérider. En réalité, elle ne pensait pas s'être jamais sentie aussi peu encline à philosopher quatre heures durant devant une feuille de papier qu'en cet instant précis.

Enfin, et alors qu'il semblait clair que certains élèves de sa classe n'étaient pas loin de perdre connaissance face à l'anxiété accumulée au cours des dernières heures, la sonnerie de l'école se mit à résonner et les portes de la salle réservée aux épreuves officielles s'ouvrirent en grand, dévoilant un large espace carrelé et constellé de bureaux individuels, soigneusement séparés par une distance de sécurité calculée au millimètre près.

« Impossible de reculer maintenant », soupira-t-elle mentalement avant de suivre la cohue à travers l'ouverture béante et menaçante, sa convocation officielle et sa carte d'identité sous la main.

Très rapidement, un petit tas de sacs abandonnés se forma au pied de l'estrade surplombant la salle, sous le regard vigilant de Mademoiselle Soprano, plus ferme que jamais. Entre ses mains griffues, un volumineux paquet de feuilles sous scellé, estampillé du logo officiel de l'établissement et de l’Éducation Nationale semblait luire d'une aura mauvaise et menaçante.

Malgré elle, Stéphanie, qui n'avait jamais prêté grande attention aux études, sentit son estomac se retourner dans son ventre à cette vue et prit rapidement soin de détourner le regard, se dirigeant d'un pas pressé vers le bureau qui lui était assigné, à en juger l'étiquette estampillée de son numéro de bachelière officielle sur le coin droite.

Posant sa trousse –seule objet qu'elle avait été autorisée à emporter jusqu'à sa place- devant ses poignets raidis, la jeune fille sentit un frisson la parcourir en dépit de la chaleur moite régnant sur la pièce.

Avec une lenteur et une diligence exaspérante, chaque étudiant prit peu à peu place à son tour autour d'elle, jusqu'à ce que Yumi et William ne s'assoient enfin à quelques rangs devant son propre bureau, contre le mur. Pendant un bref instant, les trois adolescents échangèrent un regard empli à la fois de peur et d'encouragement et il leur sembla, durant une merveilleuse et précieuse seconde, qu'aucun de leur différent ne subsistait face à ce soudain regain de solidarité.

Et puis, ce moment de félicité s'évanouit soudain comme il était venu et tous trois tournèrent la tête vers le tableau, les poings crispés contre le bois ancien de la table. Ils étaient prêts. Entre leurs rangs, mademoiselle Soprano, ainsi qu'un surveillant, avait commencé à circuler, disposant tour à tour une copie du sujet gardé jusqu'à présent secret sur chacune des tables, face retournée.

Stéphanie sentit son pouls s'accélérer lorsque sa propre liasse de papiers s'abattit devant elle, accompagné d'un rectangle de papier rose en guise de feuille de brouillon si outrageusement vif qu'il en paraissait moqueur.

- Vous connaissez les règles, clama mademoiselle Soprano de sa voix de stentor une fois toutes les copies distribuées et un silence religieux instauré sur la salle. Vous avez quatre heures pour l'épreuve et n'avez pas le droit de quitter la salle avant au minimum une heure de travail, sous peine de recevoir une note éliminatoire. Les informations nécessaires pour remplir votre en-tête sont au tableau, et n'oubliez pas de numéroter scrupuleusement vos pages…

Solennelle, l'enseignante tira soudain sa montre, scrutant les aiguilles avec ferveur. Stéphanie retint son souffle.

- Il est 13h45. Vous pouvez commencer.

En un instant, une cacophonie de bruissements de feuilles précipitamment retournées vint emplir la vaste salle, comme un gong funeste. Les mains moites et la pensée de Lyokô sérieusement atténuée au fond de son esprit désormais, Stéphanie tira à elle sa propre copie, inspirant un grand coup avant de lancer un coup d'œil aux sujets tant redoutés.

« L'art… La conscience… et la politique », déchiffra-t-elle à travers les circonvolutions linguistiques complexes de chaque intitulés, « aucun ne m'inspire vraiment, mais j'imagine que je dois pouvoir broder quelque chose avec la dissertation ».

Relevant brièvement la tête afin de noter le numéro de l'épreuve sur sa copie, elle surprit William étouffer un soupir de dépit devant elle, sa main puissante grattant ses cheveux noirs emmêlés avec fureur. Yumi, deux bureaux derrière lui, avait déjà commencé à rédiger furieusement ce qui ressemblait à une amorce de plan sur son brouillon et son visage arborait désormais le type d'expression concentrée de laquelle – elle le savait pour l'avoir trop souvent observée au cours des deux derniers trimestres – il était vain de tenter la tirer. Au moins semblait-elle avoir quelque chose à dire.

Tapotant doucement sa tête de l'embout de son critérium, Stéphanie se mit à son tour à réfléchir, mais aucune pensée cohérente ne lui vint. A chaque fois que des bribes de cours semblaient se frayer un chemin à travers les méandres de sa mémoire, l'image de la sombre usine au centre de son îlot resurgissait inéluctablement dans sa tête, lui faisant perdre sa concentration.

Et soudain, alors qu'enfin sa mine de crayon commençait mollement à effleurer le papier, une faible alarme se mit à retentir.

Tout d'abord, incapable d'en identifier la source, Stéphanie faillit se joindre aux murmures agacés de ses camarades de classe avant de subitement réaliser, en se figeant brusquement sur place, que le minuscule « bip » à répétition émanait de son poignet ou, plus précisément, de l'I-Pod Nano qu'elle portait machinalement depuis des mois sans y prendre garde, en guise de montre.

Interdite, et incapable de retrouver le fil de ses pensées, la jeune fille tourna le petit écran dans sa direction, les yeux écarquillés d'effroi, d'un geste comme ralenti par les mauvais pressentiments qui venaient brusquement de la submerger. Et puis, inéluctables, ses craintes se confirmèrent en la forme d'un symbole constitué de cercles concentriques réunis en une forme d'œil menaçant, clignotant doucement d'une lueur lugubre. Un symbole auquel elle n'avait plus pensé depuis des semaines mais qui avait pourtant autrefois été marqué d'une importance vitale.

Petit à petit, l'effroyable réalité se fraya un passage jusqu'à son cerveau, l'empoisonnant d'une horreur absolue. Une attaque était en cours sur Lyokô depuis la Faille.

- Mademoiselle Minerve, veuillez éteindre l'alarme de votre montre je vous prie ! Vous déconcentrez les autres bacheliers.

La voix courroucée de Mademoiselle Soprano la rappela à la réalité en un sursaut et, rouge de confusion, elle s'empressa d'exécuter son injonction, tripotant tant bien que mal les boutons de son I-pod jusqu'à enfin parvenir à faire taire la sonnerie discordante en émanant.

Confuse, elle jeta un coup d'œil précipité en direction de William et Yumi. Tous deux avaient porté la main à leur propre poignet où leur montre personnelle était solidement ancrée, et arboraient le même air livide et terrifié qu'elle. Aucun doute possible, il s'agissait d'une alerte générale.

Songeant brusquement aux paroles d'Angel concernant les étranges signaux mesurés par Jérémie au niveau de la Faille quelques heures plus tôt, Stéphanie se retrouva incapable de nier la vérité plus longtemps, soufflée par sa force avec violence. L'attaque de la Green Phoenix sur Lyokô avait commencé. D'un instant à l'autre, Lyokô et Endo ne feraient plus qu'un et, alors, mettre la main sur le Projet Carthage ne serait plus qu'une question de secondes pour la diabolique organisation.

Ce ne fut cependant qu'en baissant les yeux sur la copie, encore en grande partie vierge, sur son bureau, qu'elle réalisa pleinement à quelle point la situation était désespérée.

L'épreuve de Philosophie venait de commencer et, à ce stade, quitter la salle pour se précipiter vers l'usine était absolument inenvisageable pour chacun des trois Lyokô-guerriers présents. Au sein de son crâne douloureux, les paroles prononcées par Yumi un peu plus tôt s'égrainaient avec la violence d'un boulet de canon.

« La Philosophie est notée coefficient huit », avait-elle clairement énoncé « S'il venait à nous manquer ne serait-ce qu'un point de trop, notre réussite entière au Baccalauréat pourrait être compromise ».

« Vous n'avez pas le droit de quitter la salle avant au minimum une heure de travail », avait ajouté il y avait à peine quelques minutes sa professeur de Philosophie en personne, « sous peine de recevoir une note éliminatoire ».

« En d'autres termes », songea Stéphanie avec horreur « si on quitte cette salle maintenant, notre bac tout entier est fichu. »

Yumi avait eu tord tout compte fait. Il allait bel et bien leur falloir choisir entre l'avenir de ce monde et leur propre avenir.

Et puis, alors que cette terrible pensée s'imposait à elle, Stéphanie réalisa brusquement ce qui la dérangeait vraiment depuis que l'alarme à son poignet s'était déclenchée. Ni William, ni Yumi ne s'étaient levés de leur siège. Ils avaient reçu la même alarme qu'elle, elle en était certaine, et pourtant…

Pourtant, aucun des deux Lyokô-guerriers n'avait fait le choix de se lever.

William, le visage tordu d'indécision, demeurait crispé sur sa chaise, son poing si serré autour de son stylo que celui-ci semblait sur le point d'éclater en une pluie d'encre et de plastique. Quant à Yumi, elle s'était de nouveau hâtivement penchée sur sa copie, renonçant à ses notes pour écrire furieusement sur la version définitive de son rendu, les joues marbrés d'un rouge honteux accentué par l'effort de sa main, désormais si rapide qu'elle en paraissait flou.

Dans un premier temps, Stéphanie se contenta de les dévisager, interdite, avant d'enfin admettre ce que son cœur refusait de croire. Ses amis avaient fait leur choix. Entre leur vie de lycéen, et Lyokô, c'était finalement leur réalité quotidienne qui avait triomphé sur leur devoir de héros.

Scarlet avait, sans doute aucun, parfaitement choisi son moment pour agir. En lançant son attaque lors d'une épreuve aussi cruciale, elle privait leur groupe de trois éléments cruciaux.

« Ou du moins c'est ce qu'elle pense ».

Sans même réaliser ce qu'elle faisait, Stéphanie avait laissé ses jambes se déplier d'elle-même, soulevant son corps engourdi au dessus de la tête des bacheliers, plongés dans leurs dissertations. Quelques murmures surpris agitèrent la salle tandis que sa main tremblante saisissait sa copie blanche et qu'elle laissait ses pas la guider lentement, comme hypnotisée, vers le bureau des surveillants.

Même Mademoiselle Soprano semblait ne pas savoir comment réagir face à son visage livide et muré dans une expression illisible.

Alors qu'elle frôlait la table de Yumi, Stéphanie crut entendre la japonaise lui souffler un « non ! » empli de supplication tandis que sa main gracieuse fusait pour lui agripper le bras. Mais il était trop tard. Tout comme ses deux amis avaient fait leur choix, elle-même était arrivée à sa propre décision.

- Mademoiselle Minerve, chuchota l'enseignante alors qu'elle atteignait enfin l'estrade, la vision trouble sous le coup du déferlement d'émotions contradictoires qui s'agitaient en elle, vous avez conscience que, si vous me rendez votre copie maintenant, je ne suis pas autorisée à vous accorder le moindre point ?

Sans répondre, la jeune fille réunit ses dernières forces pour laisser tomber sa liasse de papier vierge, uniquement ornementée de ses nom et prénom à la surface du bureau avant de faire volte-face vers la porte de sortie.

Sa main happa nonchalamment la hanse de son sac dépassant de la pile au passage et, les oreilles sifflantes et les doigts engourdis, elle parvint enfin à pousser le double-battant, laissant le soleil déferler sur son visage fermé. Derrière elle, les rumeurs et les regards déconcertés semblaient ne plus avoir la moindre importance.

Néanmoins, ce ne fut que lorsque la porte se fut refermée derrière elle, la laissant seule face au gigantesque préau entièrement vide de Kadic, qu'elle sentit enfin le terrible poids pesant sur ses épaules se relâcher.

- Ma décision est prise… Plus de retour en arrière possible maintenant, se murmura-t-elle à elle-même, comme pour se donner de courage.

Et, après une ultime caresse pensive à la surface de son I-pod Nano, elle se mit brusquement à courir en direction du parc, laissant la vitesse réduire son champ de vision jusqu'à ce que seules ses pensées, défilant à toute allure dans sa tête, ne comptent. Sous ses pieds, la terre brunie par le soleil giclait en tout sens et sa couette unique fouettait l'air avec vigueur à mesure que l'adrénaline gorgeait ses veines d'un courage nouveau, effaçant petit à petit la douloureuse pensée de ce à quoi elle venait de renoncer pour ses propres convictions.

Non, Lyokô n'était pas qu'un jeu pour elle. Plus maintenant. Quitte à vouloir jouer les héroïnes, elle comptait bien aller jusqu'au bout et faire enfin ses preuves.

Petit à petit, alors que le feuillage du parc s'épaississait autour d'elle, un petit rire se mit à fuser de sa bouche haletante, jusqu'à se métamorphoser en une incontrôlable hilarité, résonnant à travers les branchages avec force. Jamais, de toute sa vie, elle ne s'était sentie si vivante.

- Attendez-moi Green Phoenix, s'exclama-t-elle, transcendée par la détermination, un immense sourire fendant ses lèvres, je viens vous botter le derrière !


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Les halètements de Mathieu emplissaient les parois des égouts d'échos confus et précipités tandis que sa silhouette, courbée sous l'effet de l'effort, fusait à travers les reflets nauséabonds de l'eau souillée qui clapotait doucement sur son passage.

Par intermittence, la lumière de sa montre venait projeter le silhouette de l'ancien Œil de XANA sur les surfaces incurvées des labyrinthiques tunnels souterrains.

Lorsque cette dernière s'était mise à sonner, seulement quelques minutes plus tôt, tirant Mathieu de la lancinante torpeur dans laquelle il s'était laissé doucement sombrer, bercé par la chaleur estivale depuis son dortoir, le jeune homme s'était retrouvé saisi d'effroi en réalisant la situation. Angel et William avaient bien mentionnés quelques intrusions de monstres éclaireurs sur Lyokô au cours des derniers jours, mais aucune n'avait, jusqu'à présent, déclenché une alarme aussi affolante, aussi forte. Dans l'esprit de l'adolescent, il n'y avait aucun doute : la Green Phoenix venait de lancer son assaut final sur le Supercalculateur de l'usine par le biais de la Faille.

Cette alerte aussi subite qu'inattendue à son poignet avait eu tôt fait d'effacer de son esprit toutes les vaines excuses qu'il avait tenté de forger au reste des Lyokô-guerriers pour justifier sa mise à l'écart. En un bond, et sans même y penser, il s'était rué hors de sa chambre, manquant de peu de bousculer un de ses camarades de classe, avant de se précipiter vers l'escalier, le souffle court. Peu importait les dangers contre lesquels Aelita l'avait mis en garde désormais ; seul le combat à venir importait dans son esprit. Rester impassible au lycée en sachant que ses premiers véritables amis risquaient leur vie au même instant à l'usine s'était révélé purement et simplement inenvisageable.

Il ne lui avait fallu qu'une poignée de secondes pour atteindre, essoufflé et éreinté, la discrète plaque d'égout du parc, dissimulant le passage secret reliant Kadic au fleuve.

Faisant taire son appréhension grandissante face à la possible réaction de ses camarades lorsque ceux-ci le verrait arriver à l'usine, il s'était laissé glisser le long de l'échelle et s'était emparé, sans la moindre hésitation, d'une des anciennes trottinettes abandonnées par le groupe des années auparavant.

En dépit de la poussière et de la rouille faisant grincer les roues à chaque virage, le véhicule –un peu trop petit pour lui- s'était révélé suffisamment résistant pour supporter son poids et le trajet vers le fameux pont suspendu au dessus du fleuve sembla défiler en un éclair.

Alors que les grilles débouchant sur le canal se profilaient à l'horizon, laissant percer la lumière éblouissante du jour à travers le boyau obscur et putride du tunnel, Mathieu crut brusquement distinguer une silhouette familière en bas de l'échelle.

De surprise, il actionna la pédale de frein à l'arrière de la trottinette et se laissa ralentir jusqu'à s'arrêter à quelques centimètres à peine du visage rayonnant de malice de Stéphanie.

- Toi aussi tu n'as pas pu t'en empêcher, hein ? sourit-elle, visiblement transcendée de joie par sa présence, je t'ai entendu arriver alors que j'atteignais les échelons… Pas bête d'avoir utilisé une de ces bécanes pour gagner du temps !

- Stéphanie… ? bredouilla Mathieu, profondément surpris par la présence de la jeune fille, mais… Tu n'es pas censée être en pleine épreuve du bac ? Tu…

Sa voix s'éteignit tandis que son regard se posait sur l'I-pod nano de son amie, scintillant du même symbole menaçant que le sien à travers la semi-obscurité. Elle aussi avait été alertée, de toute évidence. Un sourire penaud étirait à présent les lèvres de l'adolescente.

- Ce n'est pas le moment de s'inquiéter de tout ça, trancha-t-elle d'un ton à la fois évasif et ferme, il n'y a pas une minute à perdre ! Les autres sont sûrement déjà sur Lyokô à l'heure qu'il est à lutter contre l'invasion de la Green Phoenix. On ne peut plus les faire attendre.

Gravir l'échelle fut étonnamment rapide et, en l'espace de quelques secondes, les deux anciens étudiants de Sainte Bénédicte avait traversé l'ensemble du pont, se retrouvant face à l'entrée béante et lugubre de la vieille usine désaffectée au sein de laquelle une formidable bataille s'apprêtait à être livrée. Probablement la dernière de leur existence.

Le visage tordu d'appréhension, Mathieu et Stéphanie échangèrent un regard tandis que leurs pieds s'arrêtaient à une poignée de centimètres du vide, au milieu de l'épaisse couche de poussière en suspension régnant en permanence sur la salle cathédrale. Les rayons d'or du soleil filtrant à travers les carreaux crasseux et brisés de la vaste pièce conférait à l'ensemble une ambiance étonnamment paisible.

- Ensemble ? proposa doucement Mathieu en saisissant deux des câbles pendouillant du plafond devant eux avant d'en tendre un obligeamment à Stéphanie.

- Ensemble ! confirma-t-elle dans un sourire.

Et, sans un mot de plus, les deux adolescents se laissèrent glisser le long des cordes métalliques avec souplesse, plongeant main dans la main vers le destin qu'ils s'étaient eux-mêmes forgés.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:35   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1012
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


De violents éclats de voix parvinrent à Stéphanie et Mathieu bien avant que la lourde porte de fer ne coulisse afin de les libérer de l'étroit habitacle du monte-charge de l'usine.

Anthéa, assise sur son fauteuil pivotant, l'air plus maladif que jamais à la lueur verdâtre des écrans, tenait sa tête entre ses mains, ses cheveux roses pâles dégringolant en cascade devant ses yeux désespérés. Sa fille, face à elle, déambulait d'un bout à l'autre de la pièce, son téléphone collé à son oreille, sous le regard d'un Jérémie éperdu.

- Ulrich et Odd ne devraient pas tarder à ramener Angel, souligna Aelita en coupant brusquement la communication, j'ai enfin réussi à les avoir ! Je ne sais pas ce qui s'est passé mais…

Elle s'immobilisa soudain, incrédule, alors que ses yeux se posait sur les deux intrus qui venaient des pénétrer à l'intérieur du laboratoire. Gauches, Mathieu et Stéphanie esquissèrent un sourire gêné tandis qu'Anthéa et Jérémie joignaient Aelita dans son regard choqué.

- Qu'est-ce que vous faîtes ici ? clama-t-elle, on n'a vraiment pas le temps pour ça ! La Green Phoenix…

- Est en train d'attaquer, on sait, la coupa Stéphanie en tapotant son I-pod nano d'un geste désabusé, c'est précisément pour ça qu'on est ici justement. Tu ne croyais tout de même pas qu'on allait rester au lycée à se tourner les pouces alors que la folle furieuse qui te sert de demi-sœur est en chemin pour mettre la main sur le Projet Carthage !

- Techniquement parlant, on a encore un peu de marge, répliqua Jérémie derrière l'écran de sa tablette, dissimulant son expression dans un halo de lumière, la Faille est définitivement en train de s'étendre à un rythme alarmant, d'où les alertes sur nos montres, ce qui ne peut signifier qu'une chose : l'attaque finale de la Green Phoenix est en marche. Néanmoins, nos systèmes de surveillance ont réussi à repérer la menace à temps… Ça devrait nous laisser le temps nécessaire pour mettre notre plan de défense en place.

- Ça aurait dû, rectifia Aelita avec amertume, si seulement ils n'avaient pas choisi d'attaquer en plein milieu des épreuves du bac ! Taelia a parfaitement choisi son moment : sans Yumi et William, on perd deux précieux atouts pour cette bataille et on ne peut pas se le permettre.

- Ça tombe bien, risqua Mathieu, hésitant, avec Stéphanie on est deux justement ! Quel que soit votre plan, on est prêts à…

- C'est hors de question, l'interrompit la jeune fille aux cheveux roses d'un ton sec, on en a déjà discuté à de multiples reprises : ce n'est plus votre affaire. Toute cette bataille… C'est trop dangereux pour impliquer d'autres innocents. Vous devriez…

La fureur au sein de ses yeux verts s'éclipsa brusquement en un battement de cils tandis que l'adolescente dévisageait Stéphanie pour la première fois depuis son arrivée, un air hébété pendu à son visage en forme de cœur.

- Tu… fit-elle à l'adresse de l'élève de Terminale, incapable de se contenir, tu ne devrais pas être en pleine épreuve du bac, à cette heure-ci ? Ne me dis pas que…

Mais avant que la jeune fille à l'interminable couette brune n'ait eu le temps de confirmer ses soupçons, la porte du monte-charge dans leur dos coulissa une seconde fois dans un chuintement sinistre, laissant transparaître à travers les panaches de poussières déplacées les silhouettes bien bâties d'Ulrich et Odd, encadrant un Angel vaguement intimidé tels deux gardes du corps d'aspect loufoque.

- Oh… murmura le garçon brun, haussant un sourcil broussailleux en poussant ses deux camarades à l'intérieur de la salle, figés sur place de stupeur face à la présence de Stéphanie et Mathieu devant eux, voilà qui est inattendu…

- Ce n'est pas le moment de faire de l'esprit, Ulrich, lâcha son colocataire en reprenant brusquement le contrôle de son corps, empoignant Mathieu par le bras comme pour le tirer à l'écart, je peux savoir ce qui te prend ? Qu'est-ce que tu fous ici ?

Mais, bien déterminé à ne pas le laisser le prendre de court comme plus tôt dans la journée, l'adolescent se dégagea brusquement pour rejoindre Stéphanie, le regard flamboyant, à la grande surprise du jeune homme au béret.

- Je suis là parce que c'est ici que j'ai envie d'être en ce moment, clama-t-il d'une voix plus forte et plus fière que jamais, à vos côtés, en train de combattre pour sauver notre monde. Peu importe les risques. Cela fait des mois que nous avons appris à vous connaître, à connaître votre combat et à y prendre part. Nous voulons être là jusqu'au bout et, en ce moment précis, vous avez besoin de nous… Alors ne nous rejetez pas, s'il-vous-plaît.

Aelita eut un profond soupir. Les regards déterminés mêlés de Stéphanie et Mathieu semblaient faire resurgir en elle les sentiments coupables qu'elle s'était forcée à enfouir tant bien que mal au cours des dernières semaines.

Anthéa profita de ce court moment d'accalmie, durant lequel tout le monde semblait retenir son souffle, pour se racler discrètement la gorge, attirant l'attention sur elle.

- Aelita, souffla-t-elle en pointant l'écran principal du doigt, je suis désolée mais nous n'avons vraiment plus le temps de discuter… L'alerte est au maximum, le point de fusion entre Endo et Lyokô risque d'arriver d'un moment à l'autre. On ne peut pas se permettre de perdre plus de temps !

En effet, une fenêtre tressautait désormais devant l'informaticienne, représentant deux sphères ne cessant de s'entremêler et de se démêler en un ballet incessant. Si la communion entre les deux univers virtuels semblait demeurer instable pour l'instant, les moments où les deux images se superposaient paraissaient gagner en fréquence à chaque seconde et une alarme, clignotant sur l'écran de droite, se déclenchait avec un peu plus de force à chaque fois.

Un simple coup d'œil dans la direction du panneau de contrôle suffit à faire comprendre à Aelita l'urgence de la situation.

- Tu sais que vous avez besoin de nous, Aelita, murmura doucement Stéphanie, et nous vous proposons notre aide volontairement et en toute connaissance de cause alors… Laisse-nous prendre part au combat.

Jérémie et la jeune fille aux cheveux roses échangèrent un regard lourd de sens. Ils n'avaient plus le choix.

- Très bien, lâcha l'adolescente, arrachant au jeune homme au béret une mimique horrifiée, maman, fais chauffer les scanners ! Jérémie, Ulrich et Odd, descendez à l'étage inférieur et filez sur Lyokô. Mieux vaut prendre un peu d'avance, je vais briefer les nouveaux sur le plan.

- Aelita… Non ! s'exclama Odd, incapable de se contenir tandis que son colocataire et celui de Mathieu s'empressaient de se diriger vers la trappe dissimulant l'échelle menant à la salle des scanners, je… C'est trop dangereux ! Tu étais la première à le dire ne serait-ce que ce matin, ils ne sont pas prêts !

- Ce matin, je ne savais pas encore que Taelia comptait attaquer aujourd'hui même en profitant du bac pour réduire nos effectifs, trancha la jeune fille, son regard vert étincelant à travers la pénombre, maintenant file rejoindre un scanner. C'est notre seule option viable pour le moment.

Confus, l'adolescent la dévisagea un instant, incapable de réunir ses pensées, avant de subitement céder et de se jeter dans les bras de Mathieu, l'enserrant dans une étreinte plus forte que jamais. Angel, resté en arrière-plan adossé contre la porte du monte-charge, retint à grand peine une grimace de dégoût tandis que le jeune homme aux cheveux auburn sentait ses joues s'embraser malgré lui.

- Je t'en supplie, n'y va pas… murmura Odd au creux de son oreille, la voix tremblante, cette fois-ci, ce ne sera pas comme nos dernières batailles… Les deux mondes vont entrer en collision, ce sera un chaos total et tu risques de tomber dans la Mer Numérique à chaque instant ou… Ou pire, de te faire capturer par une Méduse et effacer à jamais de l'univers numérique. Je ne peux pas te laisser prendre ce risque… Je t'aime, Mathieu.

Le cœur de l'adolescent se mit à battre la chamade. Pourtant, ce fut avec douceur, mais fermeté qu'il s'arracha à l'étreinte d'Odd.

- Écoute Aelita et va rejoindre les scanners, Odd, fit-il calmement en détournant la tête, s'il-te-plaît.

Pendant un bref instant, les regards des deux adolescents se croisèrent, mêlant perle et azur en un complexe tourbillon de sentiments contradictoires.

Sans rien ajouter, incapable de quitter des yeux l'homme qu'il aimait, Odd amorça quelques pas en arrière vers la trappe menant à la salle des scanners. Lorsque l'ultime trace violette de son béret, illuminé par la vive lumière en contrebas s'évanouit enfin à l'intérieur du trou béant, Mathieu était parvenu à contourner la tête, réprimant à grands peines la désagréable sensation de vide au creux de son estomac. Il aurait souhaité que les circonstances lui laissent l'occasion de discuter avec Odd plus avant de ses sentiments et de sa volonté, mais le temps pressait.

- Très bien, lança Aelita tandis que sa mère s'activait docilement devant son clavier. En fond sonore, résonnant avec force sous leurs pieds, le coulissement métallique des portes des scanners leur parvint dans un grincement lugubre, puisque nous n'avons pas d'autre choix que de vous intégrer à notre plan de défense, je pense qu'un petit topo s'impose avant votre virtualisation. Angel, cela vaut pour toi aussi.

Tendus, Mathieu et Stéphanie hochèrent doucement la tête en signe d'acceptation. Ils avaient obtenu ce qu'ils désiraient et le moment de faire des vagues était passé. Ce fut donc avec une étonnante diligence qu'ils écoutèrent le discours de leur meneuse, débité à toute allure dans la pénombre des profondeurs de l'usine, un bruit d'alarme rythmant la mesure de ses paroles.

- Comme vous le savez déjà, Endo a été conçu pour servir d'antagoniste parfait à Lyokô, récita-t-elle, chacun de ses Territoires a pour but, lors de la Fusion par le biais de la Faille, de détruire l'un de ceux protégeant le noyau de Lyokô contenant le projet Carthage. Si les Territoires de la Green Phoenix parviennent à prendre l'ascendant sur les nôtres, ce sera la fin.

- Sur quoi va se jouer le rapport de puissance dans ce cas ? interrogea Mathieu, inquiet, je veux dire… Endo n'est qu'une copie de Lyokô réalisée à partir de ses versions beta laissées par ton père ? Elle devrait au mieux être de puissance égale et imploser en même temps que Lyokô lors de la Fusion ou je me trompe ?

- C'est grossièrement résumé mais en théorie tu as raison, approuva gravement la jeune fille aux cheveux roses, cependant, c'est là qu'Angel –ou plutôt sa copie numérique sous forme de programme- vient jouer en notre défaveur.

L'interpellé releva la tête, sourcils froncés en une expression sauvage, mais Aelita ne lui laissa pas le temps de répliquer, poursuivant très vite ses explications.

- En le copiant, la Green Phoenix est sans doute parvenue à concevoir un programme multi-agent suffisamment performant pour diriger l'attaque d'Endo contre Lyokô, fit-elle, en clair, la copie numérique d'Angel au cœur d'Endo sera à même d'activer les Tours des Territoires pour renforcer leur puissance et ainsi assurer la victoire de Taelia. Et, ne possédant pas les clefs d'Endo, je serai dans l'incapacité de les désactiver, comme pour la Tour Noire de leur Cinquième Territoire.

Un silence macabre s'abattit sur le petit groupe. En arrière-plan, la silhouette en fil de fer de trois guerriers numériques achevait de se charger à la surface des écrans multiple, leur halo vert illuminant les cheveux d'Anthéa de nuances malsaines.

- Mais c'est là que j'interviens, pas vrai ? lâcha soudain Angel dans un rictus, attirant l'attention sur lui.

Aelita lui répondit d'un sourire doux.

- Exact, affirma-t-elle, ce ne sont que des spéculations de notre part, mais en nous laissant libérer Angel, je pense que la Green Phoenix a commis une erreur. En effet, leur programme multi-agent a été calqué sur la signature numérique d'Angel, ce qui en clair signifie…

- …Qu'Angel est en mesure de désactiver les Tours d'Endo ! compléta Stéphanie en plaquant la main sur sa bouche, suivant son train de pensée. Voilà pourquoi tu étais si prompte à accepter sa venue dans le groupe par rapport à nous ! Son rôle est crucial dans votre plan.

- Tu as tout compris, approuva une nouvelle fois l'adolescente, voilà donc notre plan : chaque Lyokô-guerrier va se charger de défendre un Territoire sur cinq. Coupez les câbles d'alimentation des Tours d'Endo, abattez-les… Bref, faites tout ce qui est en votre pouvoir pour empêcher la Green Phoenix de maintenir leur ascendance sur Lyokô. Pendant ce temps Angel, sous la protection de l'un d'entre vous, parcourra l'ensemble du monde numérique pour désactiver les Tours Noires en parallèle. C'est là notre seule chance de faire pencher la balance en notre faveur et de parvenir à détruire Endo avant qu'il ne nous détruise nous.

- Attendez un peu ! répliqua Mathieu tandis que Stéphanie commençait à frétiller d'impatience à ses côtés à l'idée de partir au combat, ça ne vous parait pas un peu bancal comme plan ? La Green Phoenix va sûrement nous envoyer des tas de Monstres pour nous empêcher de progresser ! Et puis rien ne nous garantit que Lyokô puisse tenir suffisamment longtemps pour nous permettre de résister ! Combien de Tours devrons-nous désactiver ? Six ? Sept…

Aelita eut un regard sombre.

- Pour être franche, je pense plutôt que la Green Phoenix n'hésitera pas à activer chacune des Tours de leur monde virtuel. Autrement dit, pas moins de Quarante-et-une Tours au complet, en comptant celle du Cinquième Territoire.

Le nombre si impressionnant vint assommer les deux adolescents étrangers au plan sur place. Il était beaucoup trop élevé ! Comment pourraient-ils parvenir à désactiver chacune de ces Tours avant la destruction totale de Lyokô ? Cela paraissait impossible, et leur petit nombre face aux armées de Monstres de la Green Phoenix ne jouait pas en leur faveur. Plus Aelita en dévoilait, et plus il leur paraissait que ce bel étalage de paroles décrivait plus une mission-suicide qu'autre chose. Ils comprenaient à présent les réticences de leurs amis.

- Mais… Vous pouvez activer des Tours de votre côté, pas vrai ? fit judicieusement remarquer Stéphanie en se remémorant le halo vert enveloppant les édifices lors de leurs précédentes Translations, avec le Hopper ou depuis votre panneau de contrôle ! Il n'y aurait pas moyen d'équilibrer la balance le temps pour nous de prendre l'ascendant ?

- La puissance d'un opérateur depuis sa console n'égalera jamais celle d'un programme multi-agent, répliqua sombrement Aelita, en détournant l'énergie du Supercalculateur, il nous serait peut-être possible d'activer deux ou trois Tours, mais rien de plus. Mais ne vous inquiétez pas pour cela ! Même si Lyokô est privé de XANA depuis longtemps en guise de programme guide, nous avons notre propre plan pour pallier à ce manque.

- Aelita ! l'interpella subitement Anthéa depuis son siège, les scanners sont libérés et les dernières défenses environnant Lyokô sont prêtes à céder. Il faut les envoyer dans le monde virtuel maintenant avant que tout ne devienne trop chaotique !

La jeune fille eut un soupir. Ils ne pouvaient plus reculer désormais.

- Vous avez entendu ? lança-t-elle à l'adresse des trois adolescents, figés sur place, filez en salle des scanners ! Il faut que l'un d'entre vous se dévoue pour remplacer William qui devait s'occuper du Territoire du Désert. Quant à Yumi, elle était chargée de servir d'escorte à Angel. Il est bien trop important dans ce plan pour risquer une dévirtualisation trop rapide. Qui veut bien prendre sa place ?

- Si ça ne vous embête pas, je préférerais que ce soit Mathieu qui m'accompagne.

La déclaration aussi abrupte qu'inattendue d'Angel fut accueillie avec une silence incrédule. Mathieu, incapable d'en croire ses oreilles, dut cligner des yeux plusieurs fois avant d'admettre que c'était bel et bien lui que le beau jeune homme désignait du regard, les muscles saillants de son corps soigneusement découpés par l'éclairage tamisé de la pièce. De surprise, il ne put contenir un rougissement involontaire.

- C'est une bonne idée, approuva Anthéa en hochant doucement le menton, Mathieu est la personne à posséder les pouvoirs les plus défensifs du groupe. Il serait parfait pour le rôle.

- Ça vous va ? questionna Aelita, plus réservée, l'histoire du passé tumultueux entre les deux jeunes garçons encore fraîche dans son esprit, Stéphanie, tu te sens prête à défendre un Territoire toute seule ?

- S'il le faut, je veux même en défendre deux ! affirma l'adolescente avec fougue, non sans un ultime regard mauvais à l'adresse d'Angel, de toute façon on n'a plus vraiment le temps d'en discuter… Vous êtes prêts les garçons ?

D'un geste, les deux adolescents approuvèrent avant de se précipiter vers la trappe menant à la salle des scanners, Mathieu menant la marche.

Ce ne fut que lorsqu'il eut disparu derrière les échelons que Stéphanie saisit de ses longs ongles colorés l'épaule d'Angel, dardant un regard violacé menaçant en direction du jeune homme.

- Tu n'as pas intérêt à profiter de la situation pour lui faire du mal, je te préviens, souffla-t-elle si bas que seul l'adolescent aux cheveux sombres put l'entendre, il y a beaucoup plus en jeu que tes bêtes préjugés.

Avec un grognement, le jeune homme se dégagea avant de s'accroupir lui-même face à la trappe.

- Je ne suis pas idiot, Minerve, railla-t-il d'un ton insolent, commence par montrer si tu es à la hauteur de ta propre tâche avant de t'inquiéter de mes possibles erreurs.

Sans rien ajouter et après s'être délecté un dernier instant du regard furibond de la jeune femme, l'adolescent se laissa à son tour glisser le long des échelons, laissant la lueur mordorée émanant des scanners le happer.

Il était temps pour lui de faire ses preuves à son tour.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Un calme olympien régnait sur la salle des scanners, baignée dans sa douce lueur jaune. Depuis le caisson au sein desquels Stéphanie, Mathieu et Angel avaient respectivement pris place, les sons extérieurs leurs parvenaient comme atténués, diffus et ils avaient l'impression d'être prisonniers d'un cocon de sérénité, à des lieux de l'alarme menaçante résonnant toujours à l'étage supérieur.

Sentant la nervosité le gagner, Mathieu eut un faible regard à l'adresse de Stéphanie qui se contenta de lui adresser un bref sourire peu convaincant. Angel, curieusement raide au sein de son propre scanner, conservait son regard obligeamment braqué en direction du plafond, comme pour fuir ses propres inquiétudes. Sa présence au sein de cet espace sacré pour les Lyokô-guerriers après l'avoir combattu durant si longtemps leur paraissait surréelle.

- Vous êtes en place ? résonna la voix d'Anthéa à travers les haut-parleurs grésillants de la haute pièce, une fois sur Lyokô je vous ouvrirai un canal de communication afin de vous permettre de garder le contact entre vous si vous le souhaitez durant la bataille.

- Et Aelita ? s'enquit Mathieu, comme dans une ultime tentative pour retarder l'inévitable.

La réponse qui lui parvint était enrobée de mystères :

- Elle a son propre rôle à accomplir sur le Cinquième Territoire, trancha l'informaticienne avant de se mettre à pianoter sur son clavier, allez, je lance la procédure… Bon courage à tous les trois.

Et, dans un sinistre chuintement, les portes en arc-de-cercle des caissons se mirent à coulisser avant de se joindre en un claquement abrupt, coupant toute retraite aux trois jeunes Lyokô-guerriers.

L'habituelle lueur douce qui avait tant manqué à Stéphanie au cours des dernières semaines se mit à pulser doucement le long des parois.

« Je suis prête », songea-t-elle dans une ultime once de détermination, sourde au monotone sempiternel décompte d'Anthéa depuis ses hauts-parleurs.

Mathieu, les poings serrés, laissa le disque de lumière s'élever de la pointe de ses pieds jusqu'à la racine de ses cheveux analysant pour la dernière fois –ou tout du moins l'espérait-t-il- sa structure moléculaire.

« Si c'est pour protéger Angel et ce monde, alors je suis prêt à sacrifier ma vie dans un autre s'il le faut » tenta-t-il de se convaincre à travers une dernière pensée, les dents serrées d'anticipation.

Angel n'avait pas cillé durant toute la durée de la procédure. Néanmoins, son cœur se mit à battre la chamade involontairement lorsque la vive lumière se dégagea du socle, l'enveloppant petit à petit tout entier dans un halo intangible.

« Non, souffla-t-il en son for intérieur, je me suis fait une promesse. Ne plus fuir, quelles que soit les circonstances. Je veux faire ce en quoi je crois réellement pour une fois, me montrer digne de ceux qui m'ont secouru ».

Et puis, à mesure que le corps des trois adolescents s'évanouissait en une vive déflagration, une seule et unique pensée leur vint à l'esprit, résonnant à travers les parois vibrantes des scanners dans une indicible harmonie.

« Je viendrai à bout de la Green Phoenix ».


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Ce fut sous un ciel d'un jaune aride que la silhouette translucide de Stéphanie se virtualisa. Pixel après pixel, son avatar virtuel de plantureuse gothic lolita vint prendre forme avant que la force mystérieuse qui la maintenait dans les airs ne relâche enfin son emprise, la laissant chuter vers le sol.

Dans une pirouette souple, l'adolescente parvint à se réceptionner avec agilité sur ses bottes de cuir, les trois aiguilles accrochées à sa cuisse tintant doucement.

Les sourcils froncés au dessus de son regard violet, intensifié par la virtualisation, Stéphanie se redressa et inspecta les alentours, détaillant le paysage qu'elle ne connaissait que peu avec intérêt. Elle se trouvait sur un long plateau ocre et nu à perte de vue, à l'exception de quelques vagues formations rocheuses d'aspect coupant sur sa droite.

A sa gauche, des câbles mi-électriques mi-organiques s'entremêlaient avec fougue, plongeant et émergeant du sol jusqu'à une Tour non loin de là, dont le halo bleu désactivé tranchait étrangement sur la vivacité du soleil numérique.

Il n'y avait aucun doute, elle était bel et bien arrivée sur le Territoire du Désert.

Plissant ses paupières virtuelles, elle tenta un bref instant de repérer au loin le doux clapotis de la Mer Numérique orangée lorsqu'une violente secousse ébranla tout le plateau, la projetant au sol de surprise.

Stupéfaite, la gothic lolita releva la tête vers le ciel avec précipitation pour repérer, avec une grimace d'horreur, l'origine de ce tremblement de terre.

Là, perchée au dessus du Territoire telle une immonde lésion infectée, la Faille colorait le ciel d'un rouge sanguin, se profilant à perte de vue sous formes d'horribles veinules boursouflées. Fendant sa surface, une longue plaie d'un noir si profond qu'il semblait absorber la lumière, pourtant radieuse, du Territoire paraissait la toiser d'un air moqueur.

- Ça craint, siffla-t-elle entre ses dents en dégainant instinctivement ses armes, c'est bien pire que la dernière fois que je me suis rendue sur Lyokô ! On dirait que le ciel est prêt à exploser !

Une nouvelle pulsion vint ébranler le sol sous ses pieds sans parvenir à la désarçonner néanmoins. Le monde virtuel tout entier semblait ravagé par les séismes, comme s'il était sur le point de s'effondrer sur lui-même et, pour la première fois depuis qu'elle avait pris la décision de se battre, Stéphanie se surprit à prendre peur.

La sensation de bourdonnement dans ses oreilles, l'absence de sensation au bout de ses doigts, sa poitrine immobile face au souffle d'air inexistant… Tout cela ne suffisait plus désormais à lui ôter de l'esprit que la situation dans laquelle elle se trouvait n'avait rien d'un jeu. Cette fois-ci, c'était sans conteste sa vie qu'elle allait risquer.

- Stéphanie, je t'envoie un véhicule par précaution, lui fit au loin la voix d'Anthéa tandis qu'un grésillement de virtualisation parvenait à ses oreilles, j'ai également entamé un décompte : la Fusion aura officiellement lieu d'ici moins de trois minutes. Bon courage.

Jugulant à grand peine le stress causé par la durée de temps à présent clairement énoncée, la jeune fille préféra se concentrer sur son moyen de transport. Une grimace de déception vint lui barrer le visage lorsqu'elle reconnut les formes arrondies et métallisées de l'Overwing. Elle aurait préféré faire usage du véloce Overbike en ce moment de crise, mais sans doute Ulrich avait-il préféré faire usage de sa propre moto plutôt que de la lui céder.

Acceptant son sort à regret, la gothic lolita enfourcha le véhicule volant, sa jupe plissée ondulant sur son passage dans une vague de drapés rouges avant de se concentrer de nouveau sur l'horizon, au centre duquel la Faille pulsait avec de plus en plus de férocité, déterminée à briser les défenses de Lyokô.

Loin de l'effrayer, cette vision l'emplit soudain d'une colère sourde. Elle ne pouvait pas se laisser aller à la peur qui la taraudait : pas face à la Green Phoenix. Elle était prête à lutter jusqu'au bout.

- Ramenez-vous avec vos Monstres, persifla-t-elle en faisant tournoyer l'une de ses aiguilles du bout du doigt dans un sifflement aigu, je vous attends de pied ferme !

Sous le coup de la détermination qui la transcendait désormais, elle ne remarqua pas les pixels d'or illuminant son avatar tandis que la forme translucide d'un nouvel étau se dessinait au niveau de son bras droit. Lorsque sa montée de niveau s'imposa enfin à son esprit, un nouveau set de trois aiguilles avait déjà fait son apparition pour compléter sa tenue, comme pour la préparer au défit qui l'attendait.

Ce fut donc avec un sourire plein de confiance qu'elle regarda la voûte céleste virer petit à petit au noir le plus sombre sous l'influence grandissante de la Faille.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Jérémie, la pâle silhouette de son avatar illuminé par la douce lueur émanant des cubes bleutés l'environnant, faisait nerveusement les cents pas au sein de la salle circulaire dans laquelle il se trouvait. De temps à autre, les reflets d'une lueur mystique au dessus de sa tête venaient ricocher sur son armure, sans qu'il n'y accorde la moindre importance. L'entièreté de son cerveau était désormais canalisé sur la tâche faramineuse qui l'attendait, mais également sur le rôle que sa bien-aimée Aelita s'apprêtait à endosser.

Combien de fois au cours des derniers jours avait-il tenté de la dissuader de prendre un tel risque ? Néanmoins, l'entêtement de la jeune fille aux cheveux roses avait toujours triomphé face à ses inquiétudes et il n'avait pu que se résoudre, la mort dans l'âme, à se plier à son plan.

Stoppant sa marche au milieu du Cinquième Territoire de Lyokô, le jeune homme leva ses lunettes analytiques vers la voûte de la salle, délimitée par une large plateforme circulaire ornementée de cercles concentriques. Juste au dessus de sa tête, il le savait, se trouvait l'Aréna, l'unique zone de virtualisation possible de ce mystérieux Territoire où Aelita allait probablement être envoyée d'un instant à l'autre pour le rejoindre.

Naturellement, comme happé par sa vive lueur, son regard dévia en direction de la sphère lumineuse perchée juste en dessous de la Voûte, flottant avec grâce dans les airs.

Protégé derrière deux barrières mouvantes en forme de cubes, le Cœur de Lyokô, parfaite réplique miniature du monde virtuel et de ses Territoires, oscillait doucement, insensible au danger qui le guettait.

Jérémie se laissa un instant absorber dans la contemplation de ce joyau virtuel avant qu'un soudain battement d'ailes ne le tire de sa rêverie.

Aelita, de nouveau sous sa forme d'ange rose pâle aux oreilles pointues, venait de jaillir d'une ouverture circulaire à même le sol, plongeant droit dans les abysses du Territoire. Elle avait dû faire le tour depuis l'Aréna tandis qu'il était perdu dans ses pensées.

Sans un mot, l'elfe laissa ses ailes l'élever en direction du Cœur tandis que Jérémie lui emboîtait le pas tant bien que mal, escaladant les parois saillantes de la salle formant comme une sorte d'escalier en colimaçon le long des murs sous la forme d'un assemblage complexe de cubes.

Lorsque Jérémie, légèrement essoufflé, parvint enfin au sommet, Aelita avait déjà fait usage de son pouvoir de création pour générer une mince plateforme sous le Cœur de Lyokô sur laquelle elle se tenait désormais, pensive, la lueur rosée émanant de ses ailes se mêlant à la blancheur nacrée de la sphère si précieuse. Son regard d'un vert profond, perdu dans ses pensées, semblait s'être égaré à travers ses méandres fantasques.

Sans un bruit, Jérémie s'avança le long de la plateforme pour rejoindre son ex petite-amie, une sourde appréhension battant contre ses tempes.

- Tu te sens prête ? souffla-t-il tandis qu'une faible secousse en provenance de l'extérieur faisant trembler le support sous leurs pieds.

Aelita prit une profonde inspiration. Elle s'était jurée de ne pas laisser son cœur flancher mais à présent qu'elle se trouvait ici, virtuelle, face à son destin, ses vieilles peurs longtemps réprouvées menaçaient à chaque instant de la submerger de nouveau sous leur ombre.

- Sans intelligence pour le guider et activer ses Tours, Lyokô n'a pas la moindre chance face à Endo, raisonna-t-elle pour se rassurer, il faut que je le fasse, Jérémie. Je suis la seule à posséder les Clefs de Lyokô ici. Mon père avait sans doute pensé à une situation pareille en me conférant des pouvoirs m'offrant une telle symbiose avec son univers numérique. Je suppose que le temps est venu pour moi de remplir mon rôle.

Un instant de flottement passa entre les deux adolescents, tandis que tous deux se perdaient dans la contemplation des mouvements subtils du Cœur au dessus de leur tête. A l'extérieur, les grondements en provenance de la Faille s'intensifièrent.

- Je ne peux pas attendre plus longtemps, se reprit soudain Aelita en secouant sa tête, à moi de jouer.

Écartant doucement les bras, l'elfe virtuelle déploya ses ailes et décolla de quelques centimètres, laissant ses pieds flotter au dessus du sol avec délicatesse. Les minces filaments reliés aux cadrans de ses mains ondulaient avec harmonie autour d'elle dans une danse somptueuse.

Fasciné, Jérémie émit un pas de recul, réprouvant tant bien que mal la peur qui le tenaillait.

Lentement, toujours aussi gracieuse, Aelita ouvrit la bouche et laissa son chant de création déferler de ses lèvres. Mystique, pur, exaltant, il emplit peu à peu tout l'espace, résonnant au-delà du Cinquième Territoire même, emplissant Lyokô d'une douce mélodie plus puissante qu'elle ne l'avait jamais été.

L'adolescent à l'armure irisée retint son souffle, son poing serré contre son bâton, tandis qu'Aelita s'élevait progressivement dans les airs au rythme de son chant, jusqu'à faire face au Cœur de Lyokô.

- Non, murmura-t-il dans un ultime élan d'appréhension, tendant vainement la main vers la silhouette, de plus en plus lumineuse, de sa bien-aimée.

Mais il était trop tard pour faire machine arrière.

En un souffle, un vif flash tirant sur le vert vint englober Aelita et le Cœur, les unissant en une seule et unique entité de lumière éblouissante.

Jérémie sentit le sol trembler sous ses pieds sous la puissance de la déflagration, cette fois-ci causée par quelque chose de bien plus puissant que la simple Faille de Lyokô.

Lorsqu'il parvint à rouvrir les yeux, un spectacle incroyable l'accueillit, lui coupant le souffle.

Flottant à quelques mètres au dessus de sa plateforme, les bras en croix au centre de la salle, se tenait Aelita, irradiante de beauté. Sa tenue comme ses cheveux, habituellement d'un rose vif, étaient désormais d'un blanc éclatant et, tout autour d'elle, des dizaines de filaments ondulaient le long de son corps, comme autant de fines barrières. L'œil de Lyokô, autrefois au centre du Cœur, étendait désormais ses cercles concentriques au sommet de son front, ses branches pulsant d'une délicate lueur barrant ses yeux mi-clos, desquels filtrait un intense éclat vert.

Dans son dos, deux paires d'aile d'un blanc nacré, de deux fois l'envergure de la jeune fille, se déployèrent avec volupté, emplissant l'espace avec prestance. A présent, Aelita et le Cœur de Lyokô ne faisaient plus qu'un.

- Son niveau ne cesse d'augmenter, scanda la voix anxieuse d'Anthéa à travers la voûte, Vingt…Vingt-et-un… ! Sa puissance est incommensurable ! Elle n'aura aucun mal à activer les Tours pour nous à ce rythme.

- C'est incroyable, murmura la jeune fille d'une étrange voix pleine d'échos, comme si son esprit s'était trouvé à des kilomètres de distance, je peux ressentir Lyokô à travers chacune de ses racines, de ses fragments de pixels. Il souffre… La Faille le fait souffrir.

Le visage impassible en dépit de ses paroles emplies d'émotion, Aelita leva sa main, désormais dépourvue d'arme, et une lueur verte s'en échappa presque aussitôt, générant comme un minuscule vortex d'énergie.

L'instant d'après, sous l'air stupéfait de Jérémie, des dizaines de sphères lumineuses jaillirent des doigts de l'adolescente, fusant à travers les murs du Territoire pour disparaître au loin à toute allure.

- Toutes ces Créatures à ma portée… Les virtualiser est si facile ! lâcha Aelita du même ton étrange, lointain. Je… Je suis Lyokô !

Jérémie se retint de déglutir. Cette vision, bien que d'une beauté envoûtante, que lui offrait l'élue de son cœur l'emplissait d'une irrépressible crainte.

Sans oser lui répondre, il se contenta de positionner son bâton face à lui à l'horizontal, le laissant flotter à quelques centimètres de lui avant de se mettre à pianoter à sa surface hexagonale, un froncement de sourcils concentré barrant son front. Petit à petit, des dizaines de copies de son armes jaillirent de ses extrémités, s'assemblant et s'arquant dans un ballet soigneusement calculé jusqu'à s'organiser en une sorte de cage circulaire autour d'Aelita et du Cœur qu'elle renfermait à présent en son sein. Elle était désormais protégée.

- Je ne les laisserai pas t'atteindre, Aelita, souffla Jérémie d'un ton déterminé, tandis que le regard de la jeune fille se perdait de nouveau dans le lointain, concentré sur la tâche faramineuse qui était la sienne, tu as ma parole.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Mathieu et Angel observaient avec angoisse le ciel nocturne du Territoire de la Banquise virer peu à peu au rouge sanguin sous l'influence de la Faille, transperçant la Voûte de milliers de zébrures écœurantes, pulsant d'une lueur malsaine.

L'ange de la mort, sa faux à la main, faisait mine de rester impassible, mais le guerrier numérique virtuel aux oreilles de lapin ne pouvait s'empêcher de dénoter le léger tremblement de ses doigts face à ce spectacle cauchemardesque. De son apparence virtuelle attribuée par Endo, presque rien n'avait changé pour le jeune homme à l'exception de la sphère d'or ornant son plastron, à la surface de laquelle son symbole si atypique avait désormais disparu. Du reste, son aile unique et ses drapées noires demeuraient, tranchant sur le paysage d'un bleu glacé du Territoire.

- Ça va aller ? s'enquit timidement l'adolescent aux oreilles de lapin, soucieux, tu n'as pas encore vraiment l'habitude d'évoluer dans un monde numérique après tout…

Surpris d'être ainsi interpellé, Angel eut un bref instant d'hésitation avant de lui accorder un sourire gauche. Au dessus de leurs têtes, le Chant de Fusion d'Aelita emplit soudain de nouveau l'atmosphère tandis que des dizaines de sphères d'un vert lumineux se mettaient à fuser aux quatre coin du territoire, prenant petit à petit la forme d'anciens Monstres de XANA, cette fois à leur service. Des alliés inattendus dont ils ne pouvaient se passer face à l'armée de la Green Phoenix qui s'apprêtait sans nul doute à déferler sur Lyokô.

- J'ai eu le temps de m'entraîner depuis ma libération, répondit d'un ton évasif le ténébreux jeune homme, balançant sa faux d'avant en arrière comme pour chasser ses inquiétudes, ne t'en fais pas pour moi et contente-toi de te focaliser sur ta mission : à savoir, me garder en vie le plus longtemps possible.

Soudain, une secousse bien plus forte que les précédentes vint ébranler tout le plateau, manquant de peu de les précipiter au sol. Lorsque les deux adolescents relevèrent la tête, ce fut pour se retrouver face à un spectacle de cauchemar. Au dessus d'eux, le ciel semblait s'être déchiré et une obscurité morbide s'était subitement abattue sur le Territoire, nimbant la Mer Numérique en contrebas, bouillonnante, de reflets noirs.

- On dirait bien que c'est le moment, souffla Angel, tu es prêt, Mathieu ?

A la grande surprise de l'adolescent, l'ange déchu lui tendit soudain la main, comme dans un désir d'étreindre la sienne en un geste réconfortant face à l'épreuve qui les attendait.

Pendant un bref instant, Mathieu sentit ses entrailles le tirailler à la pensée de la réaction d'Odd face à cette sympathie inattendue. Néanmoins, les pupilles d'or du bel Angel finirent par obscurcirent ses doutes et il se retrouva à joindre ses doigts dans les siens sans le souhaiter, peut-être autant sous l'effet de la peur que des sentiments interdits qui le tenaillaient depuis si longtemps.

- Tout va bien se passer, se murmurèrent-ils mutuellement avant de tourner la tête d'un même mouvement vers le ciel déchiré de toutes parts, sur le point de s'effondrer.

Non loin d'eux, le halo bleuté de deux Tours virèrent peu à peu au plus intense des blancs sous l'influence d'Aelita, se répandant à travers Lyokô telle une traînée de poudre.

Et puis, sans crier gare, le monde virtuel implosa en un incommensurable chaos, leur faisant perdre pied.

La Fusion entre Endo et Lyokô venait de commencer et la bataille finale pour la protection du Projet Carthage n'allait pas tarder à battre son plein.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:36   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1012
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
Chapitre 54 :

Épisode 153 : First Round (Collision)_



Odd se tenait vigilant sur le Territoire qui lui avait été attribué – celui des Montagnes – son regard gris aux aguets, une patte sur son Overboard. A perte de vue, s'étendaient entre de minces filets de brumes bleutées de longs sentiers sinueux d'un violet vif reliant divers plateaux circulaires et surplombés de pics rocheux bombés. Par endroit, de petits arbres aux fausses allures de bonsaï venaient parsemer le flanc des monts flottant dans le vide autour de la Mer Numérique. Cette dernière, habituellement d'un bleu très pâle, écumait désormais sous la forme de grosses bulles noires furieuses, tant et si bien qu'il devenait difficile de la distinguer du ciel obscurci par la Faille en pleine expansion.

Ses deux queues frétillant de nervosité dans son dos, le jeune homme aux cheveux blonds regarda au loin une Tour encastré entre deux pics mauves virer peu à peu au blanc nacré. Aelita devait avoir réussi à fusionner avec le Cœur de Lyokô avec succès… Ce qui signifiait également que Mathieu devait avoir été virtualisé de son côté lui aussi.

Une inquiétude sourde se mit à gronder au fond de lui et Odd sentit ses oreilles de chat se dresser sur le sommet de son crâne à la pensée de l'élu de son cœur.

- Tout le monde est en place, prévint la voix d'Anthéa, aussi tendue que le jeune homme, Mathieu se charge de la protection d'Angel et la Fusion entre Aelita et le Cœur de Lyokô s'est déroulée sans encombre. Elle est en train d'envoyer des Monstres pour se battre à vos côtés sur les différents Territoires. Tenez bon !

Effectivement, tout un tas de billes de lumière fusaient à présent à travers l'aube nimbant le ciel pour venir se déposer ça-et-là sur les flancs des montagnes alentours.

A quelques pas d'Odd, une sphère verdoyante tourbillonna un instant sur elle-même avant de prendre la forme cubique caractéristique d'un Block, ses petites pattes cliquetant un instant dans les airs avant qu'il ne se pose délicatement à terre, soulevant un petit nuage de pixels sous son poids. La créature adressa au Lyokô-guerrier un bref salut de la tête, plantant l'un de ses quatre yeux ornementés de l'ancien symbole de XANA dans sa direction avant de s'orienter diligemment ver le ciel couvert de zébrures, vigilant.

- Tu assures, princesse, murmura Odd entre ses dents pointues avant de dégainer ses Catguns, se concentrant tant bien que mal sur son objectif.

Si l'idée de Mathieu, livré à lui-même avec ce satané Angel, suffisait à le rendre malade, il lui fallait à tout prix parvenir à se focaliser sur la mission. Une fois la Fusion entre Endo et Lyokô initiée, la moindre perte d'attention pourrait lui être fatale.

L'image du doux regard azur de celui qu'il aimait de tout son être dissimulée au fond de son esprit, le Nekomata virtuel se campa sur sa position tandis que d'autres Monstres venaient le rejoindre dans un concert de couinements et de délicats cliquetis.

La griffe sur la gâchette d'un de ses pistolets, il le pointa lentement en direction de la Faille, gigantesque au dessus de sa tête féline, prête à imploser à tout instant. Le combat s'annonçait long et périlleux.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Ulrich courrait à toute allure entre les arbres aux cimes interminables du Territoire de la Forêt, une traînée verte dessinant son passage. Tout autour de lui, Tarentules et Frôlions prenaient doucement forme sous l'effet du Chant Invocateur d'Aelita, de plus en plus puissant et cristallin au sein du monde virtuel.

- En voilà une autre, souffla-t-il en percevant au loin d'un étroit sentier une longue Tour dont le halo venait de virer progressivement au blanc laiteux, dépêchons.

Sans prendre la peine de ralentir, il se concentra et laissa son pouvoir s'activer, négligeant les tremblements de plus en plus forts sous ses pieds et l'obscurcissement du ciel.

En un flash de lumière verte, une copie conforme de lui-même se sépara de la traînée de son Supersprint pour bifurquer vers la Tour, sabre levé.

Laissant son double prendre position face à l'édifice numérique à l'importance si cruciale, le samouraï poursuivit sa route jusqu'à une grosse souche d'arbre creuse sous laquelle il se stoppa enfin, à peine essoufflé en dépit de l'effort qu'il venait de fournir.

A sa gauche, parfaitement alignée avec la Faille fendant le ciel de part en part d'un rouge boursouflé, se trouvait la Tour de Passage du Territoire, point d'accès vers les autres lieux de Lyokô et, surtout, clef de voûte de la Forêt dont il avait la défense à charge. Si l'attaque de la Green Phoenix devait commencer quelque part, ce serait sans nul doute par ce point.

S'avançant prudemment sous le halo blanchâtre du pilier à demi-organique, Ulrich prit le temps de se concentrer un instant afin de s'assurer que chacun de ses clones étaient en position. Il en dénombrait six en tout, le nombre maximum qu'il était parvenu à atteindre depuis sa dernière montée en niveau, chacun positionné non loin d'une Tour à un point stratégique du Territoire. Lorsque l'attaque de la Green Phoenix débuterait, il tenait à ce que ses arrières soient couverts. Néanmoins, en s'incluant dans le compte, seules sept des Tours de la Forêt étaient protégées par ses Dupliquas et son esprit ne parvenait à s'apaiser face à cette pensée.

- Vous là-bas ! s'écria-t-il à l'adresse d'une petite escadrille de Kankrelats envoyés par Aelita qui déambulaient gauchement sur le plateau d'à côté, rendez vous du côté des Tours laissées sans protection et tâchez de les couvrir au mieux ! Ramenez d'autres Monstres s'il le faut, nous ne pouvons pas permettre à la Green Phoenix de prendre l'avantage ne serait-ce qu'un bref instant.

Un nouveau tremblement de terre, d'une rare violence, ébranla le tronc des arbres alentours ce qui n'empêcha pas les créatures, en braves petits soldats numériques qu'ils étaient, d'obéir à celui qui avait su si facilement endosser le rôle de commandant qu'on lui avait attribué.

Suivant leur activation frénétique d'un regard scrupuleux, Ulrich laissa un bref instant ses pensées dériver en direction de Yumi, prisonnière de sa salle d'examen en cet instant précis.

En dépit du caractère très égocentrique de son attitude face à son épreuve de Philosophie, il ne pouvait s'empêcher de se mettre à la place de la belle japonaise. Après tout, lui aussi avait, par le passé et lors d'une période scolaire difficile, préféré laisser primer ses études sur Lyokô et, si une telle attitude avait bien failli coûter cher au groupe, les sentiments de l'adolescent anxieux de son avenir qu'il avait été ne pouvaient s'empêcher d'entrer en résonance avec ceux de la jeune fille.

Yumi... Sans doute serait-elle furieuse de découvrir qu'Aelita avait fini par céder et par autoriser sa mère à virtualiser Mathieu et surtout Stéphanie en pleine bataille numérique. Il espérait que cet ultime revirement de situation ne viendrait pas pencher en leur défaveur une fois le moment venu de se battre.

Alors qu'il s'apprêtait, toujours perdu dans ses pensées, à enfourcher l'Overbike que venait de lui faire parvenir Anthéa après quelques vagues paroles emplies d'inquiétude, un bruit de cassure résonna soudain avec fracas au dessus de sa tête, manquant de lui fendre le crâne sous sa puissance.

Il eut à peine le temps de se cramponner à son guidon que le Ciel au dessus de sa tête, autrefois d'un beau rouge crépusculaire, implosait en un vortex cauchemardesque, comme happé tout entier par la Faille, béante, qui venait de s'ouvrir avec brusquerie.

Grimaçant sous la puissance de l'impact qui ébranlait le Territoire tout entier tel une onde de choc, Ulrich enclencha le mode volant de sa moto par précaution et prit un peu de hauteur, les mains crispées sur ses poignées sous l'effet de la tension environnante.

Sous ses pieds battant l'air, la Mer Numérique semblait écumer de rage, de lourdes bulles noirâtres s'élevant de sa surface en un furieux typhon. Et puis, soudain, la rupture finale se fit et, dans un déchirement de fin du monde, les ultimes barrières de Lyokô s'effondrèrent.

Tout se déroula à une vitesse prodigieuse sous le regard horrifié du samouraï. En une fraction de seconde, de l'infâme vortex tranchant les cieux crépusculaires, de longs plateaux d'un gris de cendre commencèrent à émerger, heurtant avec fracas les plateaux verdâtre de la Forêt les plus éloignées dans une pluie de pixels. Un à un, devant lui, les arbres s'effondrait en direction de la Mer Numérique pour venir faire place à de hauts cratères bouillonnant de lave rougeâtre.

- Anthéa, ça a commencé ! rugit Ulrich, incapable d'appréhender le spectacle cauchemardesque se déroulant devant ses yeux, le Territoire du Volcan vient d'émerger face à moi… Et il n'est pas seul !

En effet, à la surface des plateaux se rapprochant dangereusement, jaillissant des crevasses par centaines, des Monstres de toutes sortes et de toutes tailles émergeaient en un furieux fracas, leurs yeux et bouches rougeoyants prêts à cracher leurs lasers mortels sur leurs défenses. A la surface de leurs cuirasses, clairement visible en dépit de la distance, se dessinait le symbole d'ange propre à la Green Phoenix.

- Ne vous laissez pas déconcentrer ! s'exclama Anthéa à travers son micro, sa voix à peine audible derrière le chaos ambiant, Lyokô tient le coup pour le moment grâce à l'activation des Quarante-et-Une Tours par Aelita mais il faut à tout prix que l'équilibre soit maintenu, ou mieux, penche en notre faveur ! Repérez un maximum de Tours noires et abattez-les dés que possible !

L'ordre de l'informaticienne agit comme un coup de fouet sur l'esprit tétanisé du samouraï.

Faisant brusquement rugir sa moto, Ulrich se précipita en direction des plateaux propres au Volcan, son regard aiguisé de guerrier scrutant le Territoire avec attention. A ses côtés, deux longues Mantas ornementées du symbole de XANA vinrent l'encadrer dans une ondulation gracieux, telles des gardes du corps aérien.

- Allons-y ! s'écria-t-il à pleine voix, sabre brandit.

Et, tandis que la roue unique de son véhicule heurtait la surface d'un gris sale du Territoire ennemi, une première salves de lasers rouges se mit à pleuvoir sur lui, comme pour lui bloquer l'horizon. Cette fois-ci c'était sûr : la guerre venait bel et bien d'éclater.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Stéphanie n'avait pas cherché à retenir la flopée de jurons qui avait fusé de sa bouche lorsque le Ciel de Lyokô avait brutalement explosé au dessus de sa tête, manquant de peu de happer son propre véhicule à l'intérieur de l'inquiétant vortex généré par la Faille, désormais ouverte.

De ses remous infâmes, jaillissaient à présent une quantité impressionnante de Frôlions et de Mantas, s'éparpillant peu à peu à la surface des larges plateaux sablonneux en contrebas. Néanmoins, l'apparition qui vint attirer le regard d'un violet furieux de la jeune fille, fut avant tout celle des hauts buildings d'un gris uni émergeant des multiples fissures rougeoyantes à la surface de la Voûte Céleste.

Le Territoire de la Ville semblait descendre lentement des cieux pour venir s'écraser dans toute sa géométrique majesté sur le Désert, sans lui laisser la moindre chance.

Déjà, nombre d'immeubles virtuels se retrouvaient transpercés de pics rocheux en un choc sourd, permettant aux pattes tranchantes des Krabes et Blocks de se déverser lentement sur les plateaux alentours, envahissant Lyokô à une vitesse affolante.

- Je ne vais pas vous laisser faire aussi facilement, grinça Stéphanie avant de propulser son Overwing en avant, un set d'aiguilles étincelant au sein de son poing à la lueur des lasers rouges et bleus qui s'entrecroisaient désormais de toutes parts.

D'un geste brusque, elle fendit l'air, libérant l'une de ses lames qui vint se ficher droit dans le Frôlion ennemi le plus proche, le clouant à l'immeuble le surplombant dans un écœurant bruit de crissement.

Cette intervention valut à la gothic lolita une pluie de lasers vengeurs qu'elle parvint à grand peines à parer d'une danse habile de ses aiguilles géantes. Le reste des coups fut encaissé difficilement par l'épaisse coque de son véhicule qui, s'il grésilla un instant sous ses pieds, parvint à tenir bon.

- Merde ! jura l'adolescente en virant de bord, zigzaguant à toute allure entre les buildings renversés qui envahissaient désormais le ciel afin de semer ses opposants ailés, ils sont trop nombreux ! Je ne peux pas me permettre un combat au corps à corps !

- Laisse ça aux Monstres d'Aelita, lui conseilla Anthéa tandis qu'elle trouvait refuge dans le renfoncement d'un bâtiment en forme de L, ton rôle est de repérer les Tours adverses et d'empêcher les nôtres de tomber.

- Compris, soupira la jeune fille, jugulant à grand peine son désir de se jeter corps et âme dans la bataille. Autour d'elle, tout n'était plus que lasers brûlants et éclats de pixels noyés sous un vacarme apocalyptique, vous avez une direction particulière à me donner ?

Il y eu un léger silence, durant lequel Stéphanie parvint de justesse à renvoyer le puissant tir d'un Krabe, perché à l'envers sur le plateau de la Ville qui fut instantanément détruit par le coup renvoyé.

- L'Holomap a du mal à gérer le paradoxe de la Fusion stabilisée entre les deux univers, finit par répondre l'informaticienne d'un ton soucieux, néanmoins, je crois qu'il y a une Tour noire à quelques blocs de toi, vers l'ouest. Les ennemis sont trop occupés à foncer sur notre Territoire pour réellement te prêter attention, c'est le moment ou jamais de foncer !

Obéissant avec diligence, la gothic lolita amorça un superbe demi-tour en direction des coordonnées indiquées par la mère d'Aelita, non sans jurer abondamment contre le peu de maniabilité de son appareil. Comment Yumi parvenait-elle à s'en tirer avec un véhicule aussi encombrant ?

Ses pensées s'éclairèrent néanmoins rapidement lorsque, conformément aux prédictions hasardeuses de l'Holomap, le halo noirâtre d'une Tour renversée se dévoila soudain à elle, perché au sommet du plus haut gratte-ciel environnant.

- Je vois la Tour, s'exclama Stéphanie tout en dégainait l'une de ses nouvelles aiguilles, qu'elle coinça entre ses dents afin de conserver une meilleure balance sur l'Overwing, il faut que che vige les rachines, ch'est cha !?

Mais, alors qu'elle s'apprêtait à lancer son véhicule droit sur les câbles entrelacés le long des murs du building, un mouvement en contrebas attira son attention. Son regard se glaça lorsqu'elle parvint à distinguer ce qui se déroulait sur le plateau du dessous.

Au fond d'un canyon, fièrement dressée dans un halo de fumée blanche, une de leur propre Tour était en ce moment précis assaillie par pas moins de trois Mégatanks, occupés à la mitrailler de toutes parts de leurs redoutables lasers elliptiques. Quelques braves Blocks aux tirs bleus caractéristiques des créations d'Aelita tentaient vainement de riposter, mais leurs propres attaques faisaient bien pâle figure face à l'impénétrable cuirasse des sphères métalliques.

Le sang numérique de Stéphanie ne fit qu'un tour. La Green Phoenix n'avait mis que peu de temps avant de comprendre la raison de leur inattendue résistance et de chercher à la contrer.

- Anthéa !? Une de nos Tours est sous attaque, qu'est-ce que je fais !?

- Je ne sais pas ! lui répondit très honnêtement l'informaticienne d'une voix à peine audible sous les bruits de cliquetis en provenance de son clavier. Elle était manifestement débordée par sa propre tâche de coordination des troupes de son côté, à toi de choisir entre la Tour Noire et la Tour Blanche ! L'essentiel est de surtout prendre garde à ce que ton Territoire conserve au moins 50% de puissance par rapport à celui de la Green Phoenix. Si notre nombre de Tours activées descend en dessous de ce seuil, on pourra lui dire adieu... Et il en va de même pour le leur !

Stéphanie sentit sa tension augmenter en flèche tandis que son esprit réalisait enfin le cruel dilemme auquel elle allait devoir faire face désormais. Protéger Lyokô ou détruire Endo ? Tels étaient les deux uniques rôles disponibles pour elle à présent, et elle seule pouvait faire le choix crucial entre l'un et l'autre.

Dans un hurlement de rage et de frustration, elle se crispa sur place avant de brusquement lâcher les commandes de son Overwing, laissant son corps numérique chuter doucement vers le plateau ocre du Désert en contrebas.

Rattrapant son aiguille d'un geste vif, elle amorça un splendide tourbillon dans sa chute, prête à lutter. Pour la première fois de sa vie, entre l'attaque et la défense, c'était le choix de la prudence qui avait prévalu sur son esprit partagé. Sans doute la situation était tellement sérieuse à présent qu'elle en venait à changer sa nature profonde.

Profitant d'un instant de flottement durant lequel l'un des Mégatanks se désintéressait de sa tâche pour abattre une poignée de Kankrelats trop collants, la jeune fille fit vriller l'air d'une de ses aiguilles aiguisées, fauchant son œil unique à découvert au centre de ses lambeaux de chair en un coup parfait.

Son explosion ébranla la terre sous ses pieds tandis qu'elle se réceptionnait avec souplesse sur le sol, deux nouvelles aiguilles entre les doigts, jupette et couette ondulant sous l'effet de la déflagration. Son regard violacé, luisant d'un éclat nouveau, ne laissait entrevoir aucune hésitation quant à ce qu'elle comptait faire des deux autres créatures.

Ce fut donc dans un ultime cri de colère, les Kankrelats survivants couvrant ses arrières sous une pluie de lasers bleus, qu'elle fonça vers le second Mégatank, prête à le dévirtualiser à son tour. Elle n'allait pas laisser la Green Phoenix s'en tirer à si bon compte !


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


- Mathieu, tout va bien !?

Sonné, le jeune homme aux oreilles de lapin cligna un instant des yeux avant de réaliser que ses pieds pendaient au dessus de la Mer Numérique bouillonnante, prêts à chuter à tout instant.

Pris de peur, il manqua de lâcher un cris avant de constater – non sans un mélange subtil entre soulagement et embarras – qu'Angel avait refusé de lâcher se main et s'efforçait désormais de le maintenir au dessus du niveau des eaux mortelles, son aile unique battant l'air furieusement.

- Oui, désolé, s'exclama l'adolescent en se laissant guider jusqu'au sentier de glace brisée le plus proche, s'y réceptionnant de justesse, la Faille vient de s'ouvrir, c'est ça ?

- Sans rire ? grinça l'ange déchu en désignant d'un doigt narquois les silhouettes informes qui émergeaient petit à petit des remous violents de la Mer Numérique, dans un tourbillon d'écume noir.

Plissant les yeux, le guerrier aux oreilles de lapin reconnut les formes organiques d'un vert de vase du Territoire des Abysses, dont les écœurantes algues s'entrelaçaient avec fracas autours des glaciers de la Banquise, menaçant de précipiter plateau après plateau vers le bas. A la surface des sentiers sous-marins, des dizaines de Rekins et Kongres ondulaient avec puissance, battant leurs queues dans les airs afin de se propulser jusqu'aux blocs supérieurs. Ils étaient au beau milieu d'une véritable attaque organisée !

- La vache, grimaça Angel en jetant un œil par-dessus bord, heureusement que je ne t'ai pas lâché… Ça m'a l'air sacrément agité en dessous ! J'y pense, cette espèce de Mer noirâtre bizarre, c'est pas censé être extrêmement dangereux ou je ne sais quoi ?

Mathieu ne put s'empêcher de déglutir, nerveux. L'espace d'un instant, il avait oublié qu'Angel n'était qu'un novice face aux aspects périlleux des mondes numériques, et la naïveté dont il venait de faire preuve ne laissait rien augurer de bon quant à la suite de la bataille.

- La Green Phoenix a mis le paquet, admit-il en changeant de conversation, mieux vaut ignorer tout ça et nous plier au plan d'Aelita ! Est-ce que tu vois une Tour avec de la fumée noire à la surface d'un des plateaux en dessous de nous ?

- Tu en as de bonnes, scanda l'ange en plissant ses yeux mordorés, tout est d'un noir d'encre en des-…

Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase que, dans un grondement sourd, un plateau verdâtre jaillissait soudain des eaux, manquant de peu de rompre le sentier sur lequel ils se tenaient en deux.

Mathieu eut tout juste le temps de se raccrocher à un pic de glace afin de ne pas chuter dans le vide une nouvelle fois lorsque son regard fut brusquement happé par quelque chose. Une longue silhouette blanche et cylindrique traînant sur son sillage un halo sombre venait de les frôler de justesse.

- Là ! s'exclama-t-il en pointant la Tour du doigt pour Angel, surexcité, il faut qu'on atteigne ce truc pour que tu le désactives !

- C'est comme si c'était fait !

Sans crier gare, le jeune homme lui saisit le poignet sans ménagement avant de décoller de nouveau droit dans les airs, arrachant un glapissement de frayeur à son garde du corps.

Pendant ce temps, le plateau du Territoire des Abysse qui venait d'émerger amorçait lentement sa chute vers celui de la Banquise, écrasant sous sa masse impressionnante de sinueux entrelacements de terre turquoise les pics de glaces qui s'évaporaient en un instant sous la forme d'une traînée de pixels blanchâtres.

Réprimant un gémissement de désespoir, l'oreille de lapin de Mathieu capta soudain un faible sifflement dans son dos. Il eut à peine le temps de pivoter sur lui-même, présentant son bras armé que, déjà, une rafale d'épais lasers rouges s'abattait sur leur duo.

En un cliquetis, la sphère à son poignet absorba la plupart des coups, épargnant à Angel et à lui-même une dévirtualisation certaine.

Observant d'un œil inquiet le clapet de son bouclier improvisé se refermer sur 5 segments déjà remplis, Mathieu parvint enfin à discerner sous ses pieds la masse grouillante de Kalamars, ondulant leurs longues et fines pattes menaçantes dans leur direction à une allure de plus en plus rapide.

-Angel ! s'écria-t-il en déchargea aussitôt deux lasers dans leur direction, ne parvenant à ralentir leur progression que de peu, il faudrait vraiment te dépêcher d'atteindre cette foutue Tour ! Il y a urgence derrière !

Le plateau le long duquel ils filaient était désormais presque entièrement à l'horizontale, mais les éclats de glace violemment arrachées à la Banquise entravaient leur route, manquant de heurter l'aile du dernier Lyokô-guerrier en date à chaque instant et le forçant à effectuer plus d'un virage chaotique.

- Essaye un peu de voler pour voir, on verra à quelle allure tu arrives à aller ! répliqua Angel, dont les nerfs semblaient sur le point de lâcher face au chaos ambiant, et puis d'abord, comment est-ce que je rentre dans ce truc moi !? Où est la porte ?

« C'est pas vrai… » gémit intérieurement Mathieu tandis qu'un rebond bien placé d'un épais glacier sur leur trajectoire leur permettait d'éviter de justesse une nouvelle rafale. Dans leur dos, les rugissements bestiaux des créatures sous-marines se faisaient de plus en plus proche.

- Fonce à travers la paroi et ça suffira ! cria-t-il d'une façon évasive à l'intention du jeune homme dont la faux libérait une traînée d'or sur leur passage, illuminant leurs sombres alentours d'une façon étonnamment utile.

- Bien entendu… maudit tout haut Angel en effectuant un habile tonneau, permettant à Mathieu de présenter son arme aux Monstres juste à temps pour absorber trois nouveaux puissants rayons.

Son cerveau paraissait s'être déconnecté de son corps depuis que la Green Phoenix avait lancé son assaut et il lui semblait que son corps réagissait entièrement par automatisme, comme si une autre personne à l'extérieur de l'ordinateur en avant pris le contrôle depuis une manette de jeu quelconque. Autour de lui, ni les Monstres répugnants, ni les plateaux verts et bleus s'entrechoquant ne faisaient sens et il avait l'étrange sensation de flotter en plein cauchemar. Le genre de mauvais rêve duquel il était impossible de s'éveiller, sa peur et son anxiété n'important que peu.

Néanmoins, il s'était juré d'aller au bout de cet épreuve bien des jours auparavant et c'était en toute connaissance de cause qu'il avait choisi d'entrer dans ce maudit scanner une nouvelle fois. Il avait une revanche à accomplir, et son manque de compréhension de l'univers fantasque auquel il devait à présent faire face n'était en rien suffisant à le faire flancher.

Obéissant aveuglément aux conseils de Mathieu – il était le premier surpris de sa soudaine docilité face au jeune homme, il replia son aile contre son dos afin d'accentuer sa vélocité et se prépara mentalement au choc avec la Tour qui grossissaient dangereusement dans sa ligne de mir.

- Lâche-moi avant de pénétrer la paroi ! lui somma Mathieu, qui peinait à renvoyer leurs tirs à leurs poursuivants du fait du vol chaotique de son compagnon, j'essaierai de les retenir un moment pour te permettre de sortir sans encombre après ça !

- Alors là, pas question ! objecta-t-il en une ultime pirouette face aux deux Krabes qui venaient soudain de se dresser derrière deux formations d'algues de part et d'autre de la Tour, je n'ai aucune idée de comment désactiver ce truc une fois à l'intérieur, alors si je dois plonger, tu me suis !

Et, sans laisser à son garde du corps le loisir de protester, Angel stoppa brusquement son vol, laissant leur deux corps chuter en ligne droite vers la Tour dans un grand cri de frayeur.

Une poignée de lasers leur frôlèrent la tête avant que leurs pieds ne traversent subitement la base du pilonne, les tirant brusquement hors de la clameur du champ de bataille extérieur.

En un instant, un étonnait silence les engloutit et le paysage de destruction fit place à la paisible quiétude de l'intérieur circulaire de la Tour, aux fichiers d'un vert électrique.

Surpris par ce brusque changement d'ambiance, Angel oublia momentanément de se réceptionner et rebondit avec violence contre le plateau en forme de son propre sigle, manquant de peu de glisser vers le vide cernant la passerelle. Fort heureusement Mathieu, qui s'était préparé, parvint à lui saisir la main de justesse, lui évitant une chute fatale.

- Merci, lâcha-t-il en retrouvant son souffle à grand peine, épuisé par la course poursuite, alors c'est à ça que ressemble l'intérieur d'une Tour ? C'est… étrangement calme !

En effet, seul le doux tintement des chiffres s'entrechoquant de temps à autre le long des parois et le grésillement vague des lueurs en provenance du symbole d'Angel sous leurs pieds venaient troubler l'étonnante quiétude de cet espace presque sacré du monde virtuel. Il ne leur aurait suffi que d'un peu d'imagination pour oublier que, de l'autre côté de la mince paroi d'un noir profond les environnant, une bataille pour la survie de deux mondes faisait rage.

- Ici les monstres ne pourront pas entrer normalement, souligna Mathieu en se tenant néanmoins sur ses gardes, comptant le nombre d'emplacements encore vides au sein de ses absorbeurs, ça va nous laisser un peu de temps pour désactiver la Tour.

Hochant vaguement la tête, Angel, sa faux toujours nerveusement serrées entre ses doigts épais, amorça quelques pas vers le centre de la pièce aux allures mystiques. Là, à hauteur de son visage, se dessinait les contours arrondis d'une interface verdâtre, flottant dans les airs dans un grésillement à peine audible.

- Angel ? tu m'entends ? résonna la voix d'Anthéa, curieusement parfaitement audible au sein de la Tour, pose ta main sur la paroi de l'interface en face de toi et attend de voir si la Tour te reconnaît. Si c'est le cas, elle devrait être désactivée sans problème, et sinon… Il nous faudra réfléchir à un autre plan je suppose ! Ne traîne pas quoi qu'il en soit.

Un cliquetis plus tard, et la communication était de nouveau coupée, laissant Angel dans un état de profonde indécision.

Lentement et avec méfiance, le jeune homme au regard d'or éleva ses doigts vers l'écran translucide avant de s'interrompre net à quelques centimètres à peine, livide.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? s'inquiéta Mathieu, que la promiscuité induite par le lieu avec Angel achevait de mettre mal à l'aise, tu n'as pas à avoir peur !

- Ce n'est pas ça, contra l'adolescent d'un ton rageur, secouant ses mèches sombres, je me disais juste… Et si ça ne fonctionne pas au final ? Et si je me révélais véritablement incapable de vous aider ? Qu'est-ce qui se passerait ? Je ne pourrais pas me le pardonner si, par ma faute, la Green Phoenix parvenait à mettre la main sur votre satané programme de fou furieux.

La détresse était réelle au fond de sa voix et, en dépit de son apparence virtuelle, Mathieu sentit son cœur bien réel se serrer au fond de sa poitrine.

D'un geste qu'il voulait doux, il apposa sa main sur l'épaule musculeuse de son vis-à-vis, lui arrachant un tressautement nerveux par inadvertance. Leur relation n'était pas encore suffisamment solide pour tolérer un contact physique si intime, une fois l'inquiétude engendrée par la bataille légèrement tassée.

- Ne te tortures pas, lâcha le jeune homme aux oreilles de lapin, ignorant non sans difficulté la douleur lancinante déclenchée au creux de son ventre par la réaction de rejet de celui qu'il avait tant aimé, même si les prédictions d'Aelita, Anthéa et Jérémie venaient à se révéler fausses – ce dont je doute fortement –, tu auras fait le maximum pour aider, et le monde entier t'en seras à jamais reconnaissant, quelle que soit l'issue de la bataille. Tu n'avais pas à endurer une nouvelle virtualisation après tout ce que tu as vécu, et pourtant tu l'as fait. C'est déjà plus que suffisant en ce qui me concerne.

Durant une fraction de seconde, le regard, habituellement si dur, d'Angel vacilla sous le coup de l'émotion. Puis, sa fermeté habituelle reparut et il se dégagea d'un air bougon.

- On va éviter de tomber dans le mélodrame, hein Scillas ? railla-t-il dans une vaine tentative de dissimuler son embarras, aller… C'est parti, et advienne que pourra !

Et, d'un geste assuré, il força sa main à franchir les ultimes centimètres le séparant de l'interface, apposant sa paume à sa surface.

Pendant quelques secondes qui parurent interminables aux deux adolescents, rien ne se passa et le calme ambiant leur parut soudain morbide.

Puis, lettre après lettre, un nom bien connu des Lyokô-guerriers vint s'afficher entre les doigts de l'ange déchu, le poussant à retirer sa main dans un sourire jubilatoire. Le nom d' « Angel ».

La Tour était bel et bien parvenue à identifier sa signature numérique ! Le groupe des trois génies avait vu juste !

Tandis qu'une vague d'excitation s'emparait d'Angel et de Mathieu à mesure que les mots « Code Endo » venaient remplacer le prénom du Lyokô-guerriers, les fichiers chiffrés environnant se mirent brusquement à chuter vers les entrailles de la Tour les uns après les autres, de plus en plus vite jusqu'à ne plus laisser qu'une vague traînée verdâtre qui vint peu à peu s'atténuer à son tour, avant d'être remplacé par un flash aveuglant.

Lorsque les deux adolescents retrouvèrent l'usage de leurs yeux, hébétés, ce fut pour retrouver l'intérieur d'une Tour en apparence intacte, à leur grande surprise. Et pourtant…

- Angel, Mathieu ! s'exclama Anthéa à travers son microphone, sa voix déformée teintée d'accents d'allégresse, ça a marché ! La Green Phoenix vient de perdre une Tour en notre Faveur dans le Territoire des Abysses ! La Banquise est en train de reprendre l'avantage. Continuez comme ça !

Une indicible joie vint aussitôt illuminer le visage des deux adolescents. Dans un échange de sourires, tous deux, remontés à bloc, levèrent leurs armes respectives dans les airs, un sourire triomphant au coin de la bouche.

- A la suivante ? s'enquit Angel dans un rictus.

Et, sans avoir à attendre la réponse de son protecteur, il se mit à courir à sa suite en direction de la sortie, prêt à affronter le chaos extérieur une nouvelle fois.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Jérémie s'accroupit juste à temps pour ne pas se laisser désarçonner lorsqu'une brusque déflagration ébranla la Voûte Céleste du Cinquième Territoire.

La Manta qui lui servait de transport émit un doux chant d'inquiétude, comme pour s'enquérir de son état.

- Ça va, grimaça-t-il en rengainant son bâton qu'il avait décroché de sa ceinture magnétique par réflexe, voyons plutôt cette Faille d'un peu plus près.

Docile, la créature volante forgée par Aelita à son intention s'éleva gracieusement dans les airs, l'emmenant au niveau de l'équateur de la sphère sombre constituée de milliers de cubes abritant le Cœur de Lyokô. De ses quatre embouchures, les habituels tunnels de données s'étaient éteints ne laissant plus voir que quatre larges sas, noirs et béants dans l'immensité du ciel.

Laissant le pouvoir implémenté dans ses lunettes scanner le périmètre, Jérémie s'intéressa à la silhouette qui se profilait de l'autre côté du vortex aux bordures rouges qui venait de creuser un trou en plein milieu de la Voûte Céleste. Majestueux et Effrayant, le Territoire Noyau d'Endo baignait Lyokô de sa lueur nacré, ses racines de corail s'enroulant avec défiance autour de ses parois. Ses quatre satellites en revanche, en orbite instable, passaient de temps en temps devant l'ouverture, sans oser la traverser.

- J'ai récolté les données que je voulais, clama Jérémie à l'adresse de sa Manta, ne traînons pas dans le coin…

Approbatrice, la créature fit volte-face pour plonger de nouveau en direction du Pôle Sud du Cinquième Territoire où elle traversa un vaste sas d'aspect menaçant sans flancher.

Jérémie n'eut qu'à passer quelques secondes dans l'obscurité avant de se laisser porter vers l'éclatante lueur de la Salle du Cœur, où il fut accueilli par des dizaines de cris de Rampants, montant docilement la garde autour de leur créatrice, toujours engoncées dans sa tenue d'ange blanche, ses filaments complétant l'écrin protecteur de Jérémie avec grâce.

Ignorant la présence des Monstres au corps flasque, le jeune homme se laissa déposer au niveau de la plateforme sous l'élue de son cœur, prêt à faire son rapport. La jeune fille en question, dont l'esprit semblait à des lieux de la Salle exiguë, baissa doucement ses yeux d'un vert intense et scrutateur dans sa direction.

- Les Territoires de Surface ont l'air de tenir pour le moment, résuma-t-il en faisant défiler le nuage de données qu'il avait prudemment enregistré lors de sa sortie, cela permet au Cinquième Territoire de Lyokô de conserver suffisamment de défenses pour maintenir celui d'Endo à l'écart pour le moment, ce qui est plutôt bon pour Carthage. En revanche, si l'équilibre entre les deux univers venait à être rompu…

- Je sais, l'interrompit Aelita de l'étrange voix synthétique que la puissance du Cœur lui avait conférée, mais je ne peux contrôler mes Créatures avec suffisamment de précision pour aider nos amis à défendre nos Tours. La Green Phoenix menace de prendre l'avantage, ils sont bien plus nombreux à gérer l'assaut. La situation est complexe.

- Il faudrait compenser notre manque d'organisation par le nombre, raisonna Jérémie d'un ton pensif, les submerger et les empêcher ainsi de répliquer trop vite avec leurs stratégies… Mais comment ? J'imagine qu'entre les Tours et les Monstres, il ne doit te rester que peu de puissance pour générer de nouvelles défenses.

En signe d'approbation, Aelita inclina tristement la tête, arrachant un grognement à Jérémie. C'était peine perdue ! A ce rythme, il allait sans doute devoir rejoindre ses camarades pour le combat, et l'idée de laisser Aelita seule et vulnérable était loin de le réjouir.

Sous l'effet de la nervosité et de la concentration, il se mit à pianoter inconsciemment le long de son bâton avant de s'interrompre brusquement, le regard éclairé. Une idée venait de lui traverser l'esprit, électrisant tout son corps sous l'effet de l'exaltation.

« Et si… ? »

N'osant y croire, il décrocha son arme de nouveau avant de se tourner vers Aelita, un froncement de sourcils concentré faisant glisser ses lunettes hexagonales de quelques centimètres. L'ange numérique, intriguée, lui adressa un coup d'œil curieux depuis sa position dont elle ne pouvait s'arracher, de peur de rompre la connexion instable qu'elle entretenait avec le Cœur de Lyokô.

- Aelita ?lâcha Jérémie d'un ton hésitant, si je te fournissais les codes et le matériel numérique nécessaires pour générer de nouveaux combattants, tu penses être capable de les envoyer sur les Territoires de Surface?

- Les communications par tunnels de données sont coupées par sécurité, répondit-elle d'un ton placide, mais le Transporteur est toujours opérationnel, ce qui pourrait m'ouvrir un accès. Tu as une idée ?

Un demi-sourire étira les lèvres fines de l'informaticien en armure.

- Peut-être bien, fit-il en lui tendant l'extrémité de son bâton creux, ça ne va pas être évident pour moi mais il est temps que je mette un peu la main à la pâte moi aussi… Prête à recevoir les informations ?

- Prête.

Et, après une ultime inspiration, le petit génie se mit à pianoter avec ardeur le long de son arme, ne laissant pas à ses doigts la moindre occasion de se reposer, son long visage filiforme tordu par la concentration. A mesure que les touches invisibles étaient soigneusement sélectionnées, de nouveaux chiffres et codes d'un bleu intenses s'envolaient en un flux continu pour venir rejoindre les paumes tendues d'Aelita qui les recueillaient telles de précieuses gouttelettes d'eau, ses ailes déployés scintillant à mesure que le code traversait son avatar à la manière d'un léger courant électrique.

Puis, petit à petit, tandis que son corps assimilait le programme et les éléments que Jérémie lui transmettaient par copie, les lèvres de l'ange esquissèrent un sourire à son tour. L'adolescent était réellement brillant et son plan risquait bien de fonctionner.

Concentrant son esprit désormais éparpillé à travers l'ensemble de Lyokô sur l'Aréna au dessus de sa tête, elle laissa le flux de données traverser son Cœur pour rejoindre un nouveau canal d'accès vers les Territoires de Surface où leurs nouvelles créations conjointes s'apprêtaient à présent à prendre vie.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Odd fendait l'air à la surface de sa planche, esquivant avec une adresse hors paire les pluies de tirs s'abattant sur lui en dépit du décor de cauchemar qui l'environnait désormais.

De tous côtés, et sans faiblir, des piliers de roches auréolés de nuages de pixels chargés en électricités jaillissaient de la Mer Numérique bouillonnante comme des cieux recouverts de Vortex, perçant l'atmosphère du Territoire des Montagnes avec la précision d'une lame, tranchant les sentiers, interrompant sa folle course contre les Monstres de la Green Phoenix dans un intrépide ballet.

En contrebas, de légères dépressions venaient se former aux endroits où la douce brume des Montagnes venait heurter les lourds nuages du Territoire du Ciel, chargeant l'air ambiant en orages numériques menaçant de le projeter hors de son Overboard au moindre moment d'inattention.

Pestant, Odd eut tout juste le temps de croiser ses queues devant lui afin de générer son X-shield avant qu'une énième pluie de tirs ne vint s'abattre sur lui.

La barrière l'énergie jaune en forme de croix parvint à réfléchir la plupart des lasers et nombres des Blocks et Frôlions responsables de l'attaque explosèrent sous l'impact de leur propre attaque, arrachant pour la première fois un rictus triomphant à l'homme-félin.

Virant de bord, l'adolescent prit le risque de descendre quelque peu, laissant les Krabes d'Aelita détruire ses derniers poursuivants terrestres à grands coups de lasers bleus. Il venait enfin de repérer une série de racines émergeant des flancs d'un des pics rocheux du Ciel et comptait bien suivre cette piste jusqu'au bout afin de mettre la patte sur une Tour Noire.

Catguns brandit, il prit bien soin d'asséner une volée de Flèches Lasers tout le long de la traînée de câbles dans le but de les endommager lorsque, soudain, sa planche de surf fut comme brutalement happée sous ses pieds, le désarçonnant dans un sursaut.

Avant de comprendre ce qui lui arrivait, le félin virtuel sentit son corps basculer en arrière, le précipitant droit dans la Mer Numérique.

Son Overboard, déjà bien au dessus de lui, tournoyait en une folle tornade, aspiré par un soudain trou d'air causé par le choc entre la brume bleuté de la Montagne et un ensemble de nuages de pixels bruts.

- Eh merde ! jura-t-il bruyamment en tentant de s'agripper de ses griffes à la paroi rocheuse brune le long de laquelle il dégringolait désormais, sans succès.

En hauteur, un bruit d'explosion lui indiqua que son véhicule avait fini par heurter un obstacle sous le coup des vents contraires, s'évaporant en poussière numérique et lui ôtant par la même occasion son unique chance de salut.

Un cri rauque à sa droite lui fit brusquement tourner la tête. Non loin de lui, une Manta fusait droit vers une haute formation montagneuse, sans l'avoir remarqué semblait-il, trop occupée à suivre les ordres de la Green Phoenix pour prêter attention à sa chute.

C'était exactement ce qu'il lui fallait !

Faisant preuve d'un sang froid dont lui-même ne se serait pas cru capable durant une telle situation, Odd brandit l'un de ses Catguns en prenant le temps de viser soigneusement avant de brusquement décocher une unique Flèche Laser droit sur l'aile de la Créature.

Désarçonnée par le coup, la Manta perdit brusquement le contrôle de son vol et vint dévier en un roulé-boulé dans sa direction, un long cris stridents suivant sa déroute. Il ne lui en fallait pas plus.

Dégainant ses griffes, il parvint à s'agripper à son dos ornementé du symbole d'Angel juste à temps alors que les vagues, étonnamment hautes, de la Mer Numérique s'apprêtaient à le submerger.

Se cramponnant de toutes ses forces, il se laissa porter quelques secondes par le vol chaotique du Monstre ailé avant de lâcher prise, profitant de l'élan donné pour aller s'agripper le long d'un des plateaux du Territoire du Ciel, laissant la Manta aller s'écraser sur un rocher non loin de là.

Les pattes tremblantes, il parvint à se hisser jusqu'à la terre ferme, tentant tant bien que mal de faire abstraction de la frayeur qu'il venait de se faire.

- Anthéa, c'est de la folie par ici ! s'écria-t-il tandis qu'une pile de gros rochers violets, venait s'écraser à quelques pas de lui sous le choc de l'émergence d'un nouveau pilier céleste, le forçant à se mettre à courir, est-ce que j'ai droit à un autre Overboard ?

- Pas avant un moment, j'en ai peur, lui annonça sombrement l'informaticienne, confirmant ses craintes, le Supercalculateur est en train de saturer avec cette Fusion et je m'étonne même qu'il ait réussi à tenir le coup jusqu'à présent. Tu vas devoir te débrouiller par toi-même !

Pieds à terre, Odd parvint à se réfugier sous une aspérité du pic rocheux transcendant son plateau, le temps pour l'avalanche de roches mauves de se calmer. La situation s'annonçait critique et plus les secondes s'écoulaient, implacables, plus il savait que le sort du Territoire des Montagnes risquait d'être scellé avant même qu'il n'ait eu le temps de lever le petit doigt.

Jurant de frustration, ses oreilles de chat réagir subitement à un bruit de crissement au loin.

Tournant la tête à toute allure, Odd parvint à distinguer une formation de trois Krabes adverses profiler leur haute silhouette articulée sur le flanc du pic de roc contre lequel il était acculé. Leurs pinces épaisses et pointues pénétraient la structure aux multiples aspérités sans problème, leur assurant une prise parfaite tandis qu'ils gravissaient la paroi à la verticale, leurs innombrables yeux vides fixant le ciel d'un noir lugubre avec intensité.

- Ils sont assez près, marmonna Odd, réfléchissant à voix haute, si je prends suffisamment d'élan alors peut-être…

L'entreprise qu'il avait en tête était risquée, c'était indéniable. Néanmoins, il n'avait plus le temps de réfléchir, et l'avantage qu'il pouvait en tirer pourrait faire pencher la balance d'une façon plus que favorable en leur faveur.

Soufflant un grand coup, Odd esquissa de lestes petits bonds sur place, tendant ses muscles virtuels avant de brusquement se précipiter en direction du bord du plateau et de sauter dans les airs, se propulsant vers les Krabes avec toute la force dont il était capable.

L'un d'eux, plus avisés que les autres, sembla repérer soudain sa présence et fit mine de le canarder de lasers dans un mouvement de recul, mais il état trop tard.

Projetant brusquement ses queues en avant, Odd parvint de justesse à agripper à la carapace plane du monstre le plus proche, les deux lames à leur extrémité s'ancrant profondément dans sa chaire, l'empêchant ainsi de choir une seconde fois vers la Mer Numérique.

Dans un effort surhumain, il parvint à se redresser et à s'accrocher de toute la force de ses griffes à la créature qui s'était mise à lutter contre l'intrus, faisant tournoyer sa tête dans tous les sens comme pour le désarçonner.

- Contrôle ! rugit soudain le Nekomata d'un ton secoué, ses yeux habituellement gris illuminés d'une lueur jaune.

Aussi subitement que l'adolescent s'était mis à crier, le Krabe cessa ses gesticulations, ployant docilement le dos tandis que le symbole d'Angel à la surface de sa carapace se métamorphosait petit à petit en un sigle imitant une patte de chat.

Incrédules, ses deux comparses semblèrent hésiter un moment quant au reste de la marche à suivre. Ces quelques infimes secondes de flottement suffirent à Odd pour réagir.

Usant de toute sa force mentale pour diriger sa nouvelle monture, il le fit pivoter vers son compatriote le plus proche avant de lui ordonner de décocher un laser soigneusement calculé, droit sur la cible de son dos.

Cependant en lieu et place de l'habituel rayon rouge, ce fut un tir d'un jaune très vif qui fusa des yeux du Krabe, heurtant de plein fouet le symbole de la Green Phoenix qui se mit à tressauter, comme parcouru de bugs, avant d'être à son tour brusquement remplacé par la même patte griffue.

Saisissant enfin ce qui était en train de se dérouler, le troisième compère tenta de riposter d'une violente rafale, mais les deux Krabes possédés par Odd n'eurent aucune peine à esquiver l'attaque, ployant leurs pinces en un parfait mouvement synchronisé pour l'esquiver.

- Maintenant ! s'écria leur maître, galvanisé par son succès.

Deux rayons jaunes fusèrent, et le dernier Krabe n'eut d'autres choix que de céder à son tour à la Possession, laissant le laser virussé par le pouvoir d'Odd déposer sa marque sur sa propre carapace.

- Et de trois Krabes pour mon armée personnelle ! jubila le jeune homme en flattant l'encolure de sa nouvelle monture, pas mal ces rayons contaminants, hein ? Une chance que j'ai eu le temps de pratiquer un peu ce nouveau pouvoir avant votre attaque. Et maintenant…

D'une simple inflexion mentale, les trois Monstres se retournèrent en direction du sommet du pic avant de se mettre en marche, avançant à grands pas le long de la même piste de racines qu'Odd avait tenté de mettre à mal un instant plus tôt.

Il ne fallut que quelques enjambées pour que les Krabes parviennent à émerger de la brume, laissant soudain apparaître face à eux, perchée sur le flanc du pic rocheux, la Tour tant convoitée. Son halo caractéristique de la Green Phoenix, si sombre, était pratiquement invisible sur l'obscurité du ciel.

Sans se défaire de son attache sur sa monture, Odd dégaina de nouveau ses armes avant de viser soigneusement la base de la Tour, à laquelle les racines venaient se relier en un point commun. Ils n'avaient sans doute que peu de temps avant l'arrivée de nouveaux Monstres, mais sa possession avait sans doute permis de masquer temporairement sa présence à la Green Phoenix, lui allouant un peu de temps.

- Feu ! rugit-il en déchargeant une nuée de Flèches Lasers droit sur la partie organique du haut pilier.

En un seul mouvement, les trois Krabes à sa solde obéirent à son injonction, mitraillant le même point de lasers avec tant de férocité que l'édifice s'en trouva ébranlé.

- Ne relâchez pas votre attention ! s'exclama Odd en continuant à mitrailler la Tour de ses fléchettes d'énergie, il faut à tout prix parvenir à l'abattre.

Au dessus de leur tête, un vrombissement menaçant se faisait de plus en plus proche. Sans doute la Green Phoenix avait-elle finit par repérer le mouvement suspect de ses propres troupes et envoyait un escadron de Frôlions pour défendre l'édifice.

Mais, alors que les premiers dards rougeoyants émergeaient de la brume, un craquement brusque retentit à travers le Territoire et la Tour, dans un ultime vacillement, vit son halo noir grésiller un instant avant de s'éteindre. Odd eut un geste du poing triomphant : les racines avaient fini par céder sous la pluie de leurs coups : la Tour n'était plus irriguée et venait de mourir sous leurs yeux, comme en attestait sa lueur déclinante.

- Et une de moins ! s'exclama-t-il, au comble de la joie.

Ce fut le moment que choisirent les Frôlions pour riposter avec rage, canardant sa petite armée d'une telle pluie de lasers qu'il fut incapable de coordonner leurs mouvements pour les aider à se protéger. En une fraction de seconde, deux de ses Krabes avaient ployés sous les tirs, explosant en une nuée de particules rougeâtres sans lui laisser l'occasion de répliquer.

Contraint d'abandonner sa monture face à la surabondance d'ennemis, Odd relâcha son emprise avant de bondir en arrière dans un impeccable salto, laissant l'ultime Monstre sous son contrôle se faire détruire par ses propres allier alors qu'il reprenait tout juste conscience, hébété.

D'un geste souple, l'homme-félin parvint à atterrir sur une minuscule corniche brune en contrebas, agrippant ses griffes de toutes ses forces le long de la paroi de sorte à éviter une énième chute mortelle.

- Anthéa ? appela-t-il en se laissant glisser à toute allure le long de la légère pente formée par le pic, veillant bien à conserver ses griffes soigneusement enfoncées dans la roche numérique, une traînée de pixels bruns éclaboussant son sillage sous une pluie de jets d'acide, j'ai réussi à abattre une Tour, vous en avez une autre en visuel dans le coin pour moi ?

- Mauvaise nouvelle Odd, lui annonça l'informaticienne d'un ton accablé tandis qu'il parvenait à trouver refuge au sein d'une aspérité de la paroi, échappant au regard de ses assaillants, les Monstres de la Green Phoenix ne sont pas restés inactifs entre-temps et je crois… Oui, je crois qu'on vient de perdre deux des Tours du Territoire des Montagnes.

Horrifié, l'homme-félin virtuel se précipita vers l'extérieur de sa cachette pour jeter un œil vers les plateaux en contrebas. Sous ses yeux, deux immenses montagnes violettes étaient en train de s'effondrer doucement vers la Mer Numérique, ne laissant peu à peu plus qu'une vague silhouette en fil de fer derrière elles, signe du déclin du Territoire qu'il avait pourtant juré de protéger.

- C'est pas vrai, jura-t-il, hors de lui, ses griffes crispées le long de la roche.

L'armée de la Green Phoenix était trop bien coordonnée pour eux. Sans l'aide de son Overboard et seul aux commandes des Monstres d'Aelita, il ne pouvait prétendre rivaliser avec les dizaines de scientifiques à la solde de l'organisation démoniaque. Quelle solution lui restait-il donc ?

Achevant sa descente vers le plateau inférieur d'une rapide glissade, Odd se mit à courir vers le sentier de la Montagne le plus proche.

- Suivez-moi ! s'écria-t-il à l'adresse de deux Tarentules aux lasers bleus occupés à repousser les assauts d'un groupe de Blocks adverses, la priorité maintenant c'est de défendre les Tours restantes ! On se bouge !

Mais avant que les deux Créatures filiformes aient eu le temps de réagir, un grondement sourd se mit à ébranler le sol sous les pieds de l'adolescent, le stoppant net dans sa course.

Usant de ses deux queues pour rectifier sa balance de justesse, l'adolescent écarquilla les yeux de stupeurs tandis que d'étranges symboles hexagonaux d'un bleu intense se dessinaient sur toute la longueur du plateau.

Odd amorça un peu de recul prudent mais, à sa grande surprise, aucune des deux Tarentules ne bougea, se contentant de dévisager l'autre d'un air qui aurait pu sembler soulagé s'il eut été possible d'y distinguer la moindre expression.

Lentement, de minuscules bâtons d'un trentaines de centimètres commencèrent à se virtualiser à travers les fissures, s'élevant du sol pour s'assembler les uns aux autres dans un étrange et fascinant ballet.

Tandis que l'un d'eux volait droit devant les yeux d'Odd, ce dernier reconnu avec stupeur la forme hexagonale caractéristique de l'arme de Jérémie.

En l'espace de quelques secondes, plusieurs dizaines de bâtonnets s'étaient assemblés en une forme complexe. Une forme étrangement humanoïde, d'une taille impressionnante.

A travers les rochers voisins, de petits groupes de Blocks ennemis émergeaient à toute allure, visiblement aussi intrigués qu'inquiets par la mystérieuse apparition.

Se redressant sur ses semblants de jambes constitués d'un assemblage précis de segments, la silhouette évoquant vaguement un robot toisa les Monstres de toute sa hauteur, avant de brusquement abattre son poing informe sur eux, à la surprise générale de l'assemblée.

- Anthéa, qu'est-ce qui se passe !? s'exclama Odd alors que deux nouvelles créatures robotiques émergeaient des fissures bleutées, qu'est-ce que c'est que ces Monstres !? On dirait une résultante de l'arme de Jérémie, mais…

- C'est le cas ! le coupa l'informaticienne avec exaltation, lui et ma fille sont parvenus à exploiter les incroyables facultés du Cœur pour concevoir ces sortes de robots à partir de son bâton. Il y en a des dizaines qui apparaissent en ce moment sur chacun des Territoires pour venir vous prêter main-forte, et ça ne cesse d'augmenter !

Sous la poigne des exosquelettes de bâtonnets hexagonaux, les Blocks ne purent que se laisser écraser sans même avoir le temps de répliquer, leurs faibles lasers rebondissant sans succès à la surface luisante de leur structure sans leur porter atteinte. Le dernier des Monstres de la Green Phoenix, paniqué face aux explosions de ses camarades, tenta vainement de couvrir sa fuite d'un laser de glace, mais le robot atteint n'eut qu'à étendre le bras et à lui toucher l'œil du bout du « doigt » pour parvenir à lui transmettre le virus inoculé par l'arme de Jérémie, contaminant toute la carapace de la créature cubique jusqu'à ce qu'il n'implose sous le poids des chiffres bleus le surmenant.

- Alors ça c'est une super nouvelle, lâcha Odd dans un sourire soulagé, relevant prestement ses Catguns dans un regain d'enthousiasme, bon ben les gars, c'est le moment de montrer ce dont vous êtes capables… On a plus d'une Tour à défendre !

Dans une diligence aveugle, Tarentules comme automates inclinèrent ce qui leur servait de tête. Ils étaient tous prêts à se battre corps et âme et côte-à-côte.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Anthéa coordonnait ses troupes avec la ferveur et la précision d'un chef d'orchestre, pianotant sur son clavier et faisant défiler les fenêtres sur ses écrans à une allure impressionnante dans la sombre solitude de l'usine.

En dépit du silence régnant sur la vaste salle poussiéreuse, tous les muscles de son corps s'étaient tendus sur son siège, comme si elle avait été toute entière projetée à travers l'univers virtuel aux côtés des Lyokô-guerriers.

A sa droite, un décompte du nombre de Tours Noires et Blanches sous la forme d'un damier s'alignait avec soin, les petits points colorés les représentant vacillant de temps en temps avant de s'éteindre sous les coups.

A sa gauche, une liste complète des monstres et créatures robotiques envoyées par Jérémie et sa fille se mouvait sans cesse tandis que chiffres et noms s'altéraient au rythme des combats effrénés qui avaient lieu au sein de l'ordinateur.

Sur l'écran central, enfin, une vaste représentation en trois dimensions de la Fusion affichait, sous la forme d'une barre fluctuante, le niveau de stabilité des deux Univers Virtuels.

Ses yeux d'un bleu d'experte allaient et venaient d'une fenêtre à l'autre, analysant scrupuleusement la situation afin de coordonner les opérations.

- Odd, tu commences à manquer de Flèches Lasers, souligna-t-elle d'une pression sur son micro, économise tes coups le temps que je puisse te recharger.

D'un glissement, elle ouvrit une nouvelle carte audio, sur le Territoire du Désert cette fois-ci.

- Stéphanie, tu perds trop de Points de Vie, laisse les Monstres te protéger plutôt que de prendre des risques inconsidérés. Il y a une Tour de Lyokô encore intacte à quelques mètres sur le plateau inférieur au tient, n'hésite pas à y faire une pause pour recharger ton énergie si tu en ressens le besoin, Aelita…

Elle venait d'accéder à la carte du Cinquième Territoire lorsque sa voix s'éteignit sous l'effet de l'angoisse. Sa petite fille, la lueur de son monde, risquait littéralement sa vie en cet instant précis. Tant que son avatar virtuel serait fusionné avec le Cœur de Lyokô, elle demeurait aussi vulnérable que l'univers virtuel et, si Endo venait à l'emporter, il n'y avait aucune garantie qu'elle puisse revenir dans un scanner.

Tout cela, elle l'avait compris bien avant d'accepter cette mission et Anthéa savait à quel point son enfant tenait à mettre fin à toute cette histoire, et pourtant l'idée de la perdre restait si insoutenable pour son cœur que l'envie irrationnelle de la ramener sur Terre lui parcourut l'esprit l'espace d'un instant.

Ce fut cependant du même ton déterminé qu'avec le reste des adolescents qu'elle s'adressa à Aelita, rapprochant légèrement son micro de ses lèvres serrées par l'appréhension.

- Continue à t'accrocher, ma chérie, souffla-t-elle, nous allons gagner cette guerre !
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:36   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1012
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
Chapitre 55 :

Épisode 154 : Second Round (L'éveil de Yumi)_



Deux ombres filaient à vive allure le long des corridors suintant de crasse des souterrains, mystérieux passages secrets menant à l'usine, un halètement marqué résonnant avec fracas contre les parois sur leur passage, faisant fuir rats et insectes rampants.

Le bruit sourd de roues antiques heurtant le béton s'intensifia à mesure que les deux silhouettes s'approchaient d'une haute grille menant sur le canal voisin.

Yumi, ses longs cheveux d'un noir plus sombre encore que l'obscurité environnante filant derrière elle sous la vitesse de son skateboard, arborait un visage crispé qui venait quelque peu teinter son habituelle beauté de marbre. Quelques mètres derrière, William, rouge sous l'effet de l'effort, peinait à soutenir son rythme, ses chaussures dérapant malhabilement sur le chemin accidenté.

- Dépêche-toi ! lui intima la japonaise d'un ton pressant, à la limite de l'hystérie, on a perdu beaucoup trop de temps… Les autres ont certainement besoin de nous sur Lyokô !

Les dents serrées, l'adolescente laissa son ombre s'étirer derrière elle tandis qu'ils approchaient enfin de la lumière extérieure, un vent frais parcourant le boyau souterrain en un hululement lugubre.

Comment avait-elle pu laisser Stéphanie ruiner ses chances pour le bac et partir seule en direction de l'usine alors qu'elle-même demeurait vissée à son bureau, incapable de prendre une décision ? Comment avait-elle pu passer plus de deux heures sur sa copie avant d'enfin capituler face au puissant sentiment de culpabilité lui étreignant l'estomac, rendant sa dissertation avec précipitation tout en traînant William avec elle hors de la salle ? Une bête épreuve de Philosophie avait-elle donc plus d'importance à ses yeux que l'avenir de ce monde qu'elle avait passé tant d'années à défendre ?

- Qu'est-ce qui cloche chez moi… ? se permit-elle de marmonner à voix haute, profitant de l'approche des échelons de fer pour freiner brusquement dans un crissement de pneus usés.

William, qui avait enfin réussi à rattraper son allure, manqua de peu de lui rentrer dedans.

Ravalant le juron qui lui vint à l'esprit, le jeune homme laissa son ex-petite-amie prendre les devants en direction de la plaque d'égout les séparant de l'usine, le cœur battant la chamade sous l'effet de l'effort et de la peur mêlés.

Dans quel état allaient-ils retrouver Lyokô maintenant que la Fusion avec Endo avait débuté depuis deux bonnes heures ? Était-il déjà trop tard ? Et surtout, l'un de ses compagnons d'arme était-il tombé au combat depuis le début de l'assaut ?

Ces morbides pensées ne l'avaient pas quitté depuis qu'il était enfin parvenu à poser son stylo au sein de la salle d'examen, laissant de côté la copie bâclée de son rendu. La simple idée que Stéphanie ait pu être blessée par sa lâcheté lui était intolérable et ce fut l'estomac particulièrement noué qu'il s'engagea à la suite de Yumi, le soleil couchant filtrant à travers l'ouverture béante du passage nimbant ses épaules et le sommet de son crâne de reflets d'or.

En dépit de leurs erreurs pesant lourdement sur leur cœur, il était temps pour les deux lycéens de rejoindre la bataille à présent.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Le Dupliqua d'Ulrich fendit l'air de son sabre, laissant le métal tracer une mortelle traînée verte sur son passage. En un coup unique, deux Frôlions furent fauchés nets en plein vol, explosant sous le ciel en fusion.

Se réceptionnant de justesse sur un fin tronc d'arbre en train de chuter vers la Mer Numérique, la copie puisa dans les ultimes ressources de son Supersprint afin de se propulser de nouveau vers le plateau le plus proche, une simple plateforme circulaire fissurée de toutes parts ayant autrefois appartenu au Territoire du Volcan.

Épuisé, il s'accorda un bref instant de pause, balayant son regard chocolat sur les alentours. Tout n'était plus que chaos au sein de l'univers virtuel. De la Forêt, ne restaient que de rares arbres flétris et quelques sentiers couverts de cendre, serpentant au dessus d'une océan qui n'était plus que tourbillons mortels. Au loin face à lui, pas moins de trois immenses Tours dominaient le paysages, implacables piliers blancs auréolés de fumerolle noire et perchées au sommet d'un gigantesque Volcan, crachant par moments des flots de pixels rougis.

Dans son dos, une des rares Tours activée par Aelita encore intacte semblait défier la Green Phoenix de s'en prendre à elle. Deux des créatures robotiques de Jérémie, immenses dans leur fuselage étincelant, paraissaient monter la garde de chaque côté de l'édifice, une lance de fortune constituée des mêmes bâtons soutenant leur corps plantée dans leurs mains.

- Ça ne suffira pas, siffla le samouraï entre ses dents. Face à lui, à la surface d'un sentier verdâtre recouvert de roches sombres oscillant dangereusement au dessus du vide, une multitude de Krabes et de Tarentules ennemis s'avançaient vers la Tour, loin de se laisser démonter par l'air menaçant de leurs adversaires, le symbole d'Angel à leur surface illuminé d'un rouge cruel.

- Chargez ! ordonna le Ulrich à l'intention de deux Mantas patrouillant dans le ciel au dessus de sa tête, le bénéfique œil de Lyokô soulignant leur dos courbé.

Dans un même mouvement obéissant, les créatures ailées virèrent aussitôt de bord afin de canarder l'armée ennemie de leurs lasers bleus, ne parvenant à décimer que quelques rocs en pixels, ainsi qu'un ou deux Krabes.

Sans plus attendre, les Tarentules menant l'assaut posèrent genou à terre afin de les viser soigneusement de leurs canons rutilant avant de faire feu, en un crissement furieux.

Deux explosions plus tard, et la garde aérienne de la Tour n'était plus, laissant le clone d'Ulrich quasiment sans défense face aux Monstres qui poursuivaient leur route vers lui, inépuisables combattants.

- Tant pis, soupira-t-il en raffermissant la prise sur le pommeau de son katana, à la guerre comme à la guerre…

Et, dans un rugissement de désespoir, le samouraï s'abattit de toutes ses forces sur l'armée de Monstres, tranchant à l'aveugle pattes et pinces devant lui, déterminé à lutter jusqu'au bout de sa trop courte vie.

Il ne fallut pas plus d'un laser ventral pour mettre fin à son attaque déraisonnée, laissant son corps s'évanouirent en un grésillement de pixels incolores.

A plusieurs kilomètres de là, le véritable Ulrich, perché au sommet d'un Krabe allié, son Overbike détruit par les lasers des Monstres depuis longtemps, sentit soudain la disparition de son double submerger son être avec la violence d'un coup de poing.

- Encore un… grinça-t-il tandis que le Mégatank à ses côtés se chargeait de repousser ses ennemis pour lui momentanément, plus que quatre Ulrich de disponible en me comptant moi… Ça craint !

La lutte était trop inégale. En dépit des efforts redoublées de Jérémie et d'Aelita pour leur faire parvenir le plus de renforts possibles depuis le Cinquième Territoire, la Green Phoenix semblait inépuisable et les Tours Blanches continuaient à tomber les uns après les autres, réduisant petit à petit l'équilibre instable entre Lyokô et Endo.

Le Territoire Forêt n'était déjà plus que l'ombre de lui-même, au sein de l'obscurité destructrice engendrée par la Fusion, et si la situation continuait à évoluer à un tel rythme, Ulrich ne donnait pas cher de la préservation du Projet Carthage.

- Changement de tactique ! ordonna-t-il à l'adresse du Mégatank qui se réfugia instantanément derrière sa carapace pour l'écouter, je peux m'occuper de protéger nos Tours seul. La priorité, c'est maintenant d'abattre un maximum de Tours adverses en un temps record ! Envoyez le plus gros des troupes contre les halos noirs, faites plier le Territoire du Volcan sous la puissance de vos lasers ! Maintenant.

Oscillant son immense corps sphérique en signe de compréhension, la Créature se mit à rouler aussitôt à toute allure le long de sa plateforme de verdure, renversant sur son passage nombre des Blocks ennemis courant à la rencontre d'Ulrich.

Ce dernier, brandissant son sabre, laissa la lame s'illuminer progressivement de vert, prêt à décharger une salve d'énergie aux Monstres restant une fois son acolyte suffisamment loin.

« Il nous faut continuer à tenir, peu importe à quel point la situation est désespérée », songea-t-il avec rage, « et peu importe combien de temps. Trop de choses sont en jeu pour abandonner maintenant ».

Durant un bref instant, le pâle visage de Yumi illumina ses pensées, galvanisant son corps virtuel d'un regain de vigueur. Oui, il allait continuer à se battre jusqu'au bout.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Stéphanie se reposait, les yeux mi-clos, les jambes croisées, son corps flottant à quelques centimètres du sol. Autour d'elle, l'intérieur de la Tour dans laquelle elle avait trouvé refuge baignait dans un calme inhabituel, les fichiers bleutés parcourant les parois oscillant doucement au gré des échanges d'information.

- C'est bon ! résonna soudain la voix d'Anthéa à travers le long édifice circulaire, tes Points de Vie sont rechargés au maximum, tu peux repartir combattre !

Dans un soupir de satisfaction, l'adolescente déplia ses jambes, regagnant la plateforme imitant l'ancien signe de XANA avec souplesse, sa longue couette ondulant doucement sous l'effet des vagues d'air numérique remontant de la Tour activée à leur avantage.

A l'instant précis où ses bottes touchaient le sol néanmoins, une violente secousse vint ébranler l'ensemble, manquant de peu de la faire chuter.

- On ne peut pas avoir deux minutes de répit, hein ? jura la jeune fille en dégainant deux de ses aiguilles, furieuse d'avoir été ainsi prise par surprise.

Bondissant vers la sortie invisible de la Tour, elle se laissa traverser la paroi pour rejoindre la clameur assourdissante de la bataille régnant sur Lyokô.

Partout autour d'elle, lasers et explosions retentissaient avec fracas dans un concert aveuglant de flashs rouges et bleus.

Elle eut tout juste le temps de croiser ses armes devant elle avant que le Mégatank responsable du soubresaut de sa Tour un instant plus tôt ne décoche un nouveau tir colossal, venant heurter avec force sa barrière improvisée.

Grimaçant, Stéphanie se sentit glisser le long du sol tandis que le laser elliptique de la Créature faisait grincer dangereusement ses armes, menaçant de la désarçonner à tout instant.

- Maintenant ! Rugit-elle.

Sous son injonction, un bruit de tir éventra soudain le ciel, poussant le Mégatank à se figer sur place de stupeur. Son imparable laser se désagrégea presque aussitôt, laissant enfin à Stéphanie l'occasion de reprendre son souffle. Une fraction de secondes plus tard, le Monstre ornementé du symbole d'Angel explosa en une violente nuée de particules, laissant enfin apercevoir la raison de sa défaite : une minuscule Kankrelat allié qui avait profité de la diversion offerte par Stéphanie pour se glisser derrière la sphère de métal et l'abattre d'un unique laser bien placé.

- Heureusement que je vous avais dit de surveiller la Tour pendant que je rechargeais mes Points de Vie ! râla la gothic lolita tandis que deux autres Kankrelats venaient rejoindre leur camarade d'un petit cliquetis de pattes, penauds, enfin bon, l'essentiel c'est qu'elle ait tenu le choc.

Soucieuse, Stéphanie adressa un bref regard à l'édifice à demi-organique dans son dos. Un halo d'un blanc intense continuait à briller à sa cime, insensible au chaos ambiant.

- Très bien ! fit la jeune fille en se retournant vers ce qui restait de son Territoire, voyons voir de quelle Tour on peut s'occuper maintenant !

Le Désert qui s'étendait devant elle semblait faire bien pâle figure par rapport à sa grandeur d'antan. A perte de vue, remplaçant arbres morts et rocs saillants à la surface des plateaux de sable ocre, des dizaines de buildings grisâtres poussaient les uns après les autres tels de grotesques champignons géométriques, menaçant l'un après l'autre de permettre à la Ville de prendre le dessus.

- On en est où niveau ratio ? s'enquit Stéphanie à l'adresse d'Anthéa, dégainant prudemment une nouvelle aiguille de sa brassière.

- Cinq tours pour le Désert et six pour la Ville, décompta l'informaticienne avec précision, on a encore un peu de marge pour tenir, mais faîtes attention. A ce stade, les plateaux sous vos pieds peuvent se désagréger à la moindre secousse !

Stéphanie eut une grimace dépitée. La bataille avait commencé il y avait plus de deux heures et, si son avatar virtuel était inépuisable, Lyokô était loin de suivre le rythme et son Territoire avait déjà perdu la moitié de son points stratégiques. Il allait lui falloir redoubler d'efforts si elle souhaitait le voir tenir jusqu'à la fin du combat.

- Couvrez-moi ! s'exclama-t-elle à l'adresse des Kankrelats, ignorant les cris menaçants des Monstres ennemis dont les silhouettes se faisaient de plus en plus distinctes à travers la brume de pixels sablonneux, je vais tenter une percée !

Et, le regard étincelant d'une lueur violette meurtrière, la jeune fille se mit à courir à toutes jambes vers le plateau gris le plus proche, prête à encaisser tous les coups pour atteindre son objectif.

Face à elle, entre deux immeubles en forme de L, une haute Tour noire semblait la toiser de son halo maléfique avec moquerie.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


A la surface violacée du Territoire des Montagnes, Odd sentait un sentiment de puissance inégalée galvaniser sa poitrine.

Perché au sommet d'une Manta, ses deux queues soigneusement enfoncée au milieu du signe en forme de patte de chat qui avait été celui d'Angel, le félin Lyokô-guerrier survolait les environs d'une allure menaçante, une véritables armées de pattes et de pinces suivant ses faits et gestes en contrebas. Face à eux, les Créatures de la Green Phoenix, en dépit de leurs tirs répétés, ne pouvaient que battre en retraite, submergés.

- Toi, ordonna-t-il à l'adresse d'un de ses Blocks en première ligne, qui venait de franchir la frontière indistincte entre le violet des sentiers de la Montagne et le brun sale des plateaux des Cieux, utilise un laser de contamination sur le Krabe face à toi ! Vite !

Docile, la Créature cubique tourbillonna un instant sur elle-même avant de décocher un puissant rayon jaune droit sur le crâne du Monstre désigné qui, occupé à recharger son laser, ne put que le recevoir de plein fouet, reculant sous le choc.

Un instant plus tard, un nouveau Monstre ornementé de la Patte de Chat d'Odd émergeait des rangs ennemis, les bombardant de lasers dans une déroute incontrôlable pour la Green Phoenix.

Étouffant un rire jubilatoire, le Nekomata commanda mentalement à sa monture de redescendre de quelques mètres. Après de longues minutes d'une lutte acharnée, leur cible était enfin à découvert et à la vue de tous.

Face à eux, encastrée dans la paroi rocailleuse perçant le ciel du Territoire adverse, une Tour pulsait doucement d'un menaçant halo noir.

- Les Jérémoïdes ! Odd héla-t-il, s'adressant aux robots de Jérémie qu'il s'était empressé de baptiser presque deux heures plus tôt, montez la garde pendant qu'on s'occupe de détruire ce truc !

Tandis que les assemblages humanoïdes de bâtons s'exécutaient, le jeune homme eut une vive grimace. Un éclair venait de lui transpercer la tête, manquant de peu de lui faire perdre connaissance. Plus il possédait de Monstres, et plus sa conscience se trouvait divisée entre ces derniers, compliquant par moments la coordination entre ses Créatures. Pire encore, il lui arrivait de se sentir soudain vide, comme si son esprit quittait son corps temporairement, au point qu'il avait bien failli à plus d'une reprise relâcher son emprise sur sa Manta et libérer les Monstres de la Green Phoenix de surcroît, histoire de souffler quelque peu. Néanmoins, l'avantage tactique que lui assuraient ces possédés l'avait poussé à tenir bon jusqu'à présent, et ce n'était pas une énième douleur au crâne qui allait le faire céder.

Reprenant ses esprits à grand-peine en secouant le menton, l'adolescent reporta son attention pleine et entière sur la Tour. Ses troupes, en arrière-plan, semblaient attendre ses ordres.

- Feu ! s'exclama-t-il en tirant de sa ceinture ses propres Catguns.

Dans un ensemble confus de détonations, lasers bleus, rouges, et Flèches Lasers se croisèrent pour venir heurter la Tour Noire de concert.

Le pylône fut ébranler d'une vive secousse. Il y eut un vague tremblement au niveau du halo, puis, ployant sous les coups, les volutes de fumées sombres s'éteignirent petit à petit laissant l'édifice inactif et détruit.

- Et encore une de moins ! jubila Odd tout en ordonnant mentalement la retraite à ses troupes. Sous leurs pattes, le plateau du Territoire des Cieux commençait à se désagréger en un entrecroisement de fil de fer numérique, où est-ce qu'on en est, Anthéa, niveau score ?

- Sept Tours contre quatre entre notre faveur, répondit la mère d'Aelita après un bref moment de silence pour vérification, félicitations Odd ! Si tu continues comme ça, le Territoire des Montagnes sera en mesure de triompher en un rien de temps.

L'adolescent laissa un rictus étirer ses lèvres tandis que sa Manta s'éloignait en ondulant gracieusement du pilier de roches dont l'effondrement était imminent désormais.

Sa tête le lançait de plus en plus, mais sa détermination était à son maximum. Endo allait tomber sous ses griffes, et ni Mathieu, ni aucun autre de ses proches n'auraient plus rien à craindre la Green Phoenix après cela.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Sous le ciel torturé de l'improbable mélange entre le Territoire de la Banquise et celui des Abysses, un duo plus improbable encore fusait à toute allure entre algues et glaciers.

Mélange étonnamment efficace entre défenseur et attaquant, Mathieu et Angel ne cessaient d'inverser leurs positions à mesure que les Monstres adverses les bombardaient de lasers, le premier absorbant tir sur tir avant de laisser le suivant se débarrasser de leurs adversaires d'un coup de faux bien placé.

En cet instant précis, ni leurs différents passés, ni leurs sentiments opposés n'avaient d'importance ; seule la bataille comptait.

- A terre ! s'exclama Mathieu tandis que deux Blocks, à leur poursuite depuis plusieurs minutes déjà, les prenaient en tenaille.

Angel s'exécuta juste à temps pour éviter les deux rafales de lasers que les armes de l'homme-lapin virtuel absorbèrent jusqu'à la dernière gorgée avant de se refermer dans un cliquetis de satisfaction.

Effectuant une habile pirouette sur lui-même, l'adolescent, les oreilles de sa tenue fouettant l'air, profita du court instant de répit offert pour rouvrir les sphères à ses poignets, déchargeant sur les Monstres une volée de leurs propres roues de feu, parées un instant plus tôt.

Trop volumineux pour éviter une telle attaque, aucun des deux cubes sur pattes ne put éviter la riposte et ce fut sous une explosion de particules rouges qu'Angel se redressa, époussetant négligemment son aile unique.

- Ça se passe bien plus facilement que ce que j'aurais pu croire, souligna-t-il tandis que deux « Jérémoïdes » émergeaient du sol face à eux pour faire fuir le reste de leurs poursuivants, c'est vraiment bizarre de ne pas se sentir épuisé même après avoir couru d'un bout à l'autre de ce Territoire pendant aussi longtemps ! Ça fait combien de temps qu'on est… ?

- « Virtualisé » ? compléta Mathieu à sa place, au moins deux heures… Peut-être plus. C'est difficile de garder la notion du temps sous cet espèce de ciel cauchemardesque qui n'en finit pas d'engloutir la Banquise…

En effet, au dessus de leur tête, le Vortex généré par la Faille arrachait de temps à autres un fragment de glace avec la violence d'un cyclone, le faisant disparaître en une traînée de particules numériques bleutées avant qu'il n'ait eu le temps de monter trop haut dans les airs, au profit de nouvelles algues et plaques verdâtres.

En dépit du nombre de Tours qu'ils avaient pu désactiver grâce à la fantasque faculté d'Angel et au soutien sans faille des renforts envoyés par Aelita et Jérémie, il leur semblait que la Green Phoenix continuait à rattraper leur retard à chaque instant, ne leur laissant que peu de marge de manœuvre.

Une puissante secousse vint soudain faire trembler le plateau sous leurs pieds, ne les laissant confus qu'un très bref instant. Ce n'était pas le premier séisme qui ébranlait le Territoire depuis le début de la Fusion et, si ceux-ci semblaient se faire de plus en plus fréquents, ils demeuraient plus ou moins stables jusqu'à présent, en grande partie grâce à leurs efforts combinés.

- Pressons, lança Mathieu, néanmoins inquiet, la prochaine Tour devrait être du côté de la fosse la plus proche, d'après les indications d'Anthéa.

Angel eut un bref grognement de protestation avant de soudain s'immobiliser, éberlué.

- Euuh… Scillas ? lâcha-t-il d'un ton hésitant et étrangement apeuré, amorçant un pas de recul, c'est normal que ton corps soit parcouru d'étincelles dorées tout à coup ?

Sursautant, Mathieu baissa les yeux juste à temps pour voir les pixels symbolisant sa montée de niveau englober sa combinaison jusqu'au bout de ses armes, les illuminant d'une brillante lumière jaune.

Un instant plus tard, les particules s'éparpillaient, laissant l'adolescent apprécier les nouvelles améliorations de sa tenue.

L'élément qui le frappa avant tout autre chose fut l'aspect des sphères à ses poignets. Plus compactes et constituées d'un métal érodé très sombre, les sept segments à leur surface avaient disparu au profit d'un anneau unique faisant le pourtour du bouton pressoir, similaire à une jauge, et illuminé au quart d'une lueur bleue. Sans doute cette modification inopinée lui permettrait-elle désormais de stocker bien plus de quatorze tirs en tout et pour tout !

- Eh ben, t'as l'air plus viril comme ça ! souligna Angel avec ironie, l'arrachant à la contemplation de ses armes, pour tout te dire, la tunique rose sous la capuche c'était vraiment de trop avant.

En effet, comme l'avait fait remarquer le jeune homme, la partie rayée de fuchsia de sa combinaison s'était nuancée d'une délicate teinte azure, plus harmonieuse sur le gris du reste de sa tenue. Gêné par la réflexion, Mathieu dissimula son embarra derrière sa capuche aux oreilles de lapin lorsque, tout à coup, une nouvelle volée de lasers fusa au dessus de leurs têtes, les poussant à plonger le plus rapidement possible vers une crevasse dans la glace en contrebas.

- Et voilà le retour des hostilités ! grogna Angel en jetant un coup d'œil par-dessus leur abri de fortune, deux de ces espèces de guêpes géantes et… Merde, une de ces saletés cuirassées qui roulent ! Je ne peux pas abattre ça tout seul, moi !

Redressant la tête à son tour un bref instant au dessus de la crevasse, Mathieu eu tout juste le temps d'entrapercevoir les dards brûlants des Frôlions avant de devoir plonger de nouveau sous les tirs, le roulement sourd du Mégatank en approche de plus en plus menaçant.

En dépit de la montée de niveau de Mathieu, la situation était critique. Cela faisait un moment que les deux adolescents n'avaient pas eu l'occasion de se reposer dans une de leurs Tours et, malgré leur impressionnante résistance, leurs Points de Vie étaient au plus bas. Ils n'étaient pas suffisamment en forme pour faire face à ce type de menace. Le moindre fragment d'énergie leur était précieux à ce stade, en particulier pour Angel.

- Avec mon aile, je peux essayer de m'enfuir, suggéra ce dernier en serrant les dents, mais…

- Mais alors tu serais à découvert, et tu risques de te faire dévirtualiser à chaque instant, compléta Mathieu, un seul tir de Mégatank et ce sera fini ! Ne nous précipitons p-

Mais sa phrase s'évanouit dans une brusque détonation. En un instant, des éclats de glace pixelisée fusaient de toutes parts et les deux Lyokô-guerriers se retrouvaient projetés hors de leur abri, des étincelles traçant sur sillage.

Mathieu, dans un réflexe insoupçonné, effectua une roulade sur le côté juste à temps pour voir la silhouette d'un Mégatank se refermer sur elle-même, abritant sa cible derrière son épaisse carapace.

- Merde, jura-t-il entre ses dents, en aidant tant bien que mal un Angel désarçonné à se redresser.

Un vrombissement leur fit lever la tête juste à temps pour esquisser un pas de côté, au moment précis où les Frôlions les bombardaient d'acide, traçant une fine ligne verdâtre entre eux et la créature métallique en manquant de peu de venir à bout des leurs derniers Points de Vie.

- Ma faux ! s'exclama Angel, pris au dépourvu, en jetant des coups d'œil affolés de tous côtés.

Mathieu fit volte-face et parvint à distinguer un éclat d'or à quelques mètres de là. Coincée sur un pic gelé, l'arme du jeune homme avait été projetée par la déflagration engendrée par le Mégatank et se trouvait hors de portée.

Suivant son regard, Angel s'empressa de se précipiter vers le manche, mais il était déjà trop tard.

En un chuintement sinistre, le Monstre se fendit de nouveau en deux, dévoilant ses boyaux rougeoyant d'une lueur brûlante, prête à détonner.

Il y eut une onde de choc et, l'instant d'après, le titanesque laser elliptique fusait de toute sa puissance vers Angel, prêt à le renvoyer tout droit dans les scanners, si ce n'était à mettre fin à ses jours pour de bon.

Mathieu n'eut pas une seule seconde d'hésitation.

Plongeant entre l'élu de son cœur et le tir surpuissant, il tendit ses sphères protectrices devant lui, bien conscient qu'elles ne suffiraient jamais à encaisser un coup pareil. C'était fini, l'aventure s'arrêtait là pour lui, tandis qu'il protégeait de son corps celui qu'il avait tant aimé.

Pourtant, alors qu'il fermait les yeux, en l'attente de sa dévirtualisation prochaine, le choc ne vint pas.

A l'inverse, un déclic se produisit au niveau de ses armes et, un fragment de secondes plus tard, une violente lumière rouge venait percer ses paupières, le forçant à reprendre ses esprits.

Face à ses bras tendus, l'entièreté de l'impressionnant laser du Mégatank semblait converger vers ses armes ouvertes, s'y mêlant en un violent tourbillon d'énergie si puissant qu'il le forçait à ployer sous son poids.

Abasourdis, Angel comme Mathieu ne purent que demeurer immobiles jusqu'à ce que la sphère droite de l'adolescent ait finalement absorbée l'entièreté du laser, se refermant en un clic de satisfaction sur la bille incandescente qu'était devenu le tir, laissant derrière lui un Mégatank visiblement confus.

Profitant de la déroute des monstres ennemis, Angel tira brusquement Mathieu en arrière, l'arrachant à son ahurissement pour l'entraîner de force à l'abris derrière le pic de glace le plus proche, y récupérant sa faux d'un coup sec au passage.

- La vache, Scillas ! parvint-il tout juste à lâcher tandis que les Frôlions, furieux de cet échecs, commençaient à bombarder leur fragile cachette de lasers conventionnels, depuis quand est-ce que tu peux absorber des coups comme ça !? Ça aurait été sympa de le savoir un peu plus tôt !

- Eh bien… Je ne suis pas sensé pouvoir, justement ! laissa échapper l'intéressé tandis qu'un tir lui frôlait l'oreille, la faisant danser dans les airs, j'imagine que ma montée de niveau n'est pas étrangère à ce phénomène.

Tout en parlant, l'adolescent avait reporté son regard sur la sphère à son poignet qui venait de lui sauver la vie, la détaillant avec incrédulité. Elle avait l'air miraculeusement intact et identique à la première vision qu'il en avait eu, à ceci près que l'anneau lumineux transcendant sa surface pulsait désormais dans son entièreté d'une vive lueur rouge. Qui plus était, il sentait en son sein comme une résistance au niveau de son système d'ouverture, tant et si bien qu'il se retrouvait incapable de répliquer face aux assauts, de plus en plus soutenus, des Monstres de la Green Phoenix.

Angel, après avoir battu l'air un instant de sa lame, parvint à grand peine à envoyer une onde de choc d'or en direction des créatures ailées qui les manqua de peu. Agacé face à son manque de maîtrise encore flagrant quant à ses pouvoirs, il étouffa un juron de dépit.

- Montée de niveau ou pas, ce serait bien que tu m'aides un peu à nous défendre, lâcha-t-il d'un ton courroucé à l'adresse de Mathieu, ou ton petit moment d'héroïsme face au Mégatank n'aura servi à rien !

Un nouveau tir du Monstre en question, enfin tiré de sa torpeur, vint brutalement ébranler leur abri. Désarçonné, Mathieu, toujours occupé à effleurer d'un doigt suspicieux la surface de sa sphère, fut projeté en avant, décrochant par inadvertance l'arme magnétisée de son poignet.

C'est alors qu'une idée lui traversa la tête. Une idée à base d'intuition et incroyablement risquée, mais qui pouvait suffire à renverser la situation en leur faveur.

- Couvre-moi ! s'écria-t-il subitement à l'adresse de son partenaire, je vais tenter quelque chose et j'ai besoin que tu distraies ces deux Frôlions pendant ce temps.

- Te couvrir !? s'exclama Angel, euh… A la base, c'est TOI qui est supposé me protéger, non ? Mathieu !?

Mais le jeune homme ne l'écoutait déjà plus, bondissant de leur cachette pour faire face au Mégatank, soigneusement à l'abri derrière sa barrière d'acide. Pestant, l'ange déchu n'eut d'autre choix que de se plier aux ordres de son infortuné coéquipier, usant de son aile pour s'élever au même niveau que les Créatures insectoïdes qu'il entreprit aussitôt de harceler de larges coups de faux, bravant les lasers à ses risques et périls.

- Eh, la bouboule ! Par ici ! gesticula Mathieu, priant pour que le Mégatank fasse plus attention à la cible facile qu'il constituait qu'à la vive silhouette dorée constituant Angel et tranchant à travers le ciel de cauchemar.

Fort heureusement, son plan ne faillit pas et la Créature sphérique, trop heureuse de prendre sa revanche, s'empressa de se mettre à découvert de nouveau, pointant son œil redoutable dans sa direction. Mathieu déglutit avant de lever sa main gauche restée libre.

Ce fut prêt et déterminé qu'il reçu de plein fouet le laser tranchant comme une lame de rasoir, grimaçant sous la violence du choc. Pendant un instant, son arme encore vide crissa de mécontentement face à la brûlure du tir puis, nonchalamment, s'entrouvrit à son tour, entreprenant d'absorber jusqu'à l'ultime particule numérique rougeâtre de la gigantesque ellipse mortelle. En un clin d'œil, le laser avait disparu de nouveau, englobé par la sphère de métal au profit d'une inquiétante lumière carmin à la surface de son disque.

- Merci bien, sourit Mathieu avant de presser d'un doigt l'unique bouton de son arme droite, restée décrochée de son poignet tout ce temps, plonge Angel !

A peine avait-il effleuré la détente de son arme, qu'un clignotement affolant se mit à agiter son cerceau de lumière, signe de son enclenchement imminent.

Profitant du temps que prenait le Mégatank à se recharger, Mathieu lui lança sa boule de métal de toutes ses forces avant de courir se mettre à l'abri, laissant ses jambes le porter au loin avec l'ardeur du désespoir.

Lorsqu'il parvint à se jeter sous l'arche de roches verdâtres la plus proche, Angel avait déjà viré de bord, échappant aux lasers des Frôlions de justesse.

Il y eut une poignée de « bips » sonores puis, soudain, sans crier gare, son arme laissée derrière laissa entendre une violente détonation tandis qu'une déflagration d'une rare puissance s'en échappait, pulvérisant le paysage alentour en une vague brume de pixels et propulsant les Monstres les plus proches dans tous les sens.

Incapable de garder le contrôle de la trajectoire, le Mégatank vint heurter de plein fouet un gigantesque iceberg derrière lui avant d'imploser sous la puissance du choc tandis que ses gardes du corps ailés se désintégraient littéralement sous l'ardeur de l'explosion.

Angel, qui avait réussi à échapper à l'onde de choc de peu, fut néanmoins projeté au sol juste aux pieds de Mathieu, qu'un sourire triomphant animait désormais. Derrière eux, les particules numériques carbonisées commençaient à redescendre, laissant transparaître le désert glacé réduit à néant par l'implosion de l'arme de l'adolescent, grésillant de bugs.

- Tu… Waouh ! C'était le tir du truc roulant, c'est ça ? questionna Angel, soufflé, tout en se servant de sa faux comme d'une canne pour se relever, tu as pu le retourner contre eux sous forme d'explosion ? C'est que tu es sacrément balaise en fait, Scillas !

- Balaise et futé, rétorqua Mathieu, laissant un instant de côté sa modestie pour désigner d'un doigt sa seconde arme, intacte et dont la jauge était à son tour remplie à ras-bord, avec ça, je pense qu'on aura de quoi détruire une petite Tour, même sans utiliser ton Code Endo !

Pendant un bref instant durant lequel les clameurs de la bataille opposant Monstres de la Green Phoenix et Créatures d'Aelita et Jérémie semblèrent se calmer quelque peu, les deux adolescents se surprirent à échanger un sourire complice. L'un comme l'autre peinait à croire en l'efficacité de leur duo, eux qui auraient été incapable de s'entendre seulement quelques mois auparavant. Cependant, c'était bel et bien leur coopération qui leur avait assuré autant de succès jusqu'à présent, et c'était cette même belle et nouvelle entente qui allait les mener à la victoire désormais, cela ne faisait aucun doute.

Gonflés à bloc, Mathieu et Angel se remirent à courir vers leur prochaine cible après un hochement de tête commun, sans prendre en compte les cris des ennemis fonçant de nouveau sur eux, bien décidés à ne pas leur laisser le moindre instant de répit.

Ensembles, ils étaient invincibles.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Le grincement sordide de la porte du monte-charge vint rompre le silence inhabituel qui s'était installé sur la Salle de Contrôle de l'usine.

Dans un nuage de poussière et de fumée mêlées, Yumi et William jaillirent de l'habitacle, essoufflés par leur folle course pour rejoindre leurs camarades, mais satisfaits d'être enfin parvenus sur place.

Prise par surprise, Anthéa s'accorda un moment de relâchement face à ses écrans pour se retourner en direction des deux jeunes adultes. Presque aussitôt, un sourire de soulagement vint éclairer son visage parcouru de rides naissantes, renforcées par la lueur blafarde émanant de l'interface.

- Yumi, William ! s'exclama-t-elle en les reconnaissant, les invitant d'un geste prompt à la rejoindre, vous avez enfin pu vous libérer !

- Anthéa, nous sommes vraiment désolés pour le retard, crut bon de lancer le jeune homme aux cheveux bruns emmêlés, transcendé par la culpabilité qu'il avait vainement tenté de réprouver durant son épreuve, nous n'aurions pas dû privilégier ce stupide bac au sort du Projet Carthage ! C'était…

L'informaticienne balaya d'une main impatiente ses excuses, peu encline à verser dans toutes sortes de familiarité quand la situation était si tendue sur Lyokô en parallèle.

- Ce qui est fait est fait, trancha-t-elle, voyons plutôt comment vous pouvez vous rendre utiles ! Avec votre absence, nous avons été obligés de vous remplacer, mais je crains que cela ne suffise pas face aux troupes de la Green Phoenix. Ils semblent être déterminés à déployer toute la force de frappe nécessaire pour nous faire tomber et chacun des Territoires croule littéralement sous leurs Monstres.

Malgré elle, Yumi sentit une pointe de malaise se glisser au fond de son cœur. Ainsi, en dépit de tous ses efforts pour éviter de l'impliquer, Stéphanie avait-elle fini par se virtualiser pour mener son combat à elle, renonçant à ses études par la même occasion. Il lui fallait à tout prix rattraper ce tort.

- Compris, affirma la japonaise d'un signe de tête rigide, envoyez-moi du côté d'Angel, je vais m'occuper de sa protection, comme dans le plan initial. Ainsi vous pourrez ramener Mathieu et…

- Je suis désolée mais c'est hors de question, coupa Anthéa une nouvelle fois d'un ton autoritaire, nous avons vraiment besoin de toute l'équipe au grand complet face à cette crise. J'avais sous-estimé la Green Phoenix dans mon désir de protéger ces enfants, et j'ai eu tord. A présent qu'ils sont impliqués, les ramener sur Terre ne ferait qu'aggraver la situation. De plus, Mathieu et Angel forment un étonnant duo et c'est leur Territoire qui semble le plus à même de résister jusqu'à présent.

Yumi dut se mordre la langue pour éviter de répliquer. Tout son être lui criait de protéger ces innocents involontairement impliqués dans leur combat, mais une lueur impérieuse au fond du regard de glace d'Anthéa la dissuada de discuter plus avant. L'instant était trop crucial pour perdre du temps en vaines négociations, qu'elle savait par ailleurs perdues d'avance.

- Soit, abdiqua-t-elle non sans dépit, où est-ce qu'on peut se rendre dans ce cas ? Quel Territoire a le plus besoin d'aide ?

Satisfaite de ne pas avoir à s'engager dans un nouveau duel avec la japonaise, la mère d'Aelita pivota de nouveau vers ses écrans, pressant deux touches de sorte à afficher les fenêtres propres à l'état de leurs Tours en comparaison avec celles de la Green Phoenix.

- Le Territoire du Désert est mal en point, commenta-t-elle, Stéphanie a résisté jusqu'à présent en trouvant refuge dans des Tours, mais cela a fortement réduit notre avantage. Quant à Ulrich, il s'en est bien sorti jusqu'à présent sur le Territoire de la Forêt mais je crains que maintenir le contrôle de ses clones pendant deux heures n'ait fini par épuiser ses batteries. On vient de perdre une nouvelle Tour par là-bas, donc ce sont nos deux priorités !

- Je m'occupe de Stéphanie et du Désert, affirma William avant que son ex-petite-amie n'ait eu le temps d'exprimer son opinion, suis-moi Yumi, on descend en Salle des Scanners, vite.

Obéissante en dépit de sa frustration, l'adolescente lui emboîta le pas dans un cascade de cheveux noirs, lèvres pincées. Elle et Ulrich avaient toujours constitué un bon duo par le passé, mais elle doutait que la situation serait aussi facile suite aux derniers événements. Cependant, cela valait peut-être mieux plutôt que de laisser ses deux exs s'entre-déchirer face aux Monstres de la Green Phoenix.

Laissant le monte-charge les entraîner de nouveau vers l'étage inférieur, les deux camarades de classe se ferrèrent dans un silence nerveux, seulement rompu par le grincement des poulies à l'extérieur de l'habitacle de bois.

- Je n'arrive pas à croire qu'ils aient pu tenir aussi longtemps, lâcha enfin William tandis que l'appareil ralentissait à l'approche de leur destination, plus de deux heures sur Lyokô sans qu'aucun d'entre eux n'ait été dévirtualisé, tu imagines ? On n'a jamais fait preuve d'autant de ténacité par le passé !

- Par le passé, les enjeux n'étaient pas aussi élevés qu'aujourd'hui, répliqua froidement Yumi, s'extirpant de l'ascenseur avant même que ses portes eurent fini de coulisser, aujourd'hui, on joue le tout pour le tout et on n'a plus droit à l'erreur. Garde bien ça en tête une fois sur ton Territoire.

- Tu me connais, ricana William en prenant place à l'intérieur d'un des scanners à sa portée, docile, je ne suis pas du genre à jouer les fanfarons !

Surprise par la réplique pleine d'autodérision de son compagnon, Yumi sentit le coin de ses lèvres à se redresser en ce qui aurait pu ressembler à un début de sourire amusé.

Pendant un bref instant, les deux anciens amants plongèrent dans le regard d'ébène de l'autre, laissant leurs yeux parler pour eux. En un clignement de paupières, il leur sembla voir défiler l'intégralité de leur passé en commun, de l'arrivée de William à Kadic en Troisième jusqu'à leur rupture quelques mois plus tôt, en passant par leur décision commune de le laisser joindre les Lyokô-guerriers. Toute cette expérience sembla les étreindre subitement avec une étonnante chaleur, néanmoins également accompagnée d'un léger malaise au creux de l'estomac. Un malaise teintée de l'inévitable appréhension qui devait s'abattre sur eux, à présent qu'ils s'apprêtaient à rejoindre le combat.

- Vous êtes prêts en bas ? retentit soudain la voix d'Anthéa à travers la large pièce dorée, les ramenant à la réalité, je lance la procédure.

Secouant la tête afin de recouvrer ses esprits, Yumi amorça le pas de recul qui lui manquait pour pénétrer dans son propre caisson, le dos raide et la mâchoire tendue. Il n'y avait plus de retour en arrière possible désormais.

- William ? héla-t-elle tandis que la machinerie actionnant les scanners se mettait doucement à ronronner sous leurs pieds, scellant leur destin, sois prudent !

Surpris, le jeune homme n'eut que le temps de lever le pouce en signe d'appréhension avant que la fermeture des portes de leur scanographe respectif ne les arrache à la vue l'un de l'autre, les emprisonnant au sein de leur propre solitude teintée d'angoisse.

- Transfert, débitait mécaniquement la voix d'Anthéa, activant les sempiternelles particules de lumières qui vinrent auréoler le corps athlétique des deux adolescents, scanner… Et virtualisation !

Un flash éblouissant, et ils disparurent simultanément, plongeant dans le lointain d'un monde en plein chaos, leur ultime pensée s'accrochant l'un à l'autre en quête d'une ultime lueur de courage à enflammer.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Ulrich grimaçait sous l'effort qu'il devait fournir pour tenir son sabre tendu devant lui. A sa surface, des dizaines de lasers venaient ricocher sans arrêt, l'empêchant de répliquer face à ses assaillants et le forçant à ployer sous les coups.

Le groupe d'ennemis en question, constitué de pas moins de sept Tarentules, s'en donnait à cœur joie pour le forcer à reculer à la surface du tronc d'arbre instable servant de pont sur lequel il était perché en équilibre précaire, la Mer Numérique d'un noir glacial bouillonnant avec menace sous ses pieds. Dans son dos, le halo d'une Tour Blanche, encore intacte, luisait faiblement à travers les branches des quelques rares arbres ayant survécus à la Fusion, toisant le combat avec impassibilité.

- Ça…Suffit ! rugit-il, balayant l'air de son katana dans un effort surhumain.

Si son geste désespéré lui permit de faire ricocher quelques lasers vers l'adversaire le plus proche, faisant exploser sa longue silhouette nerveuse d'un seul coup, il lui coûta en revanche une poignée de Points de Vie et il dut venir se remettre en position de défense presque aussitôt, jurant tandis que des étincelles jaillissaient de ses épaules et de ses avant-bras.

- Saletés, susurra-t-il entre ses dents, épuisé par la tension qui croulait sur lui.

Brusquement, une profonde sensation de vide lui étreignit les entrailles, signe évident qu'un autre de ses doubles venait d'être détruit.

Déconcentré par ce sentiment soudain, Ulrich abaissa sa lame d'une poignée de millimètres.

Ce fut suffisant pour les Tarentules. D'un tir bien placé, son katana volait hors de ses mains, atterrissant avec fracas à l'intérieur du cratère le plus proche. Quant au samouraï, ce fut une nouvelle salve de laser qui l'attendait, le projetant brutalement en arrière.

Alors qu'il croyait son heure arrivée, une silhouette en kimono s'abattit brusquement entre lui et les Monstres, déployant juste à temps son Ombrelle devant eux en un imparable bouclier. Dans une fanfare de détonations, les tirs destinés à Ulrich ricochèrent à la fine surface de sa protectrice inopinée, lui évitant la dévirtualisation à la dernière seconde.

- Relève-toi, lui intima la voix familière de Yumi, tournant son visage intensément maquillé dans sa direction, il faut qu'on file d'ici !

- Mais… La Tour ! protesta le samouraï vert en acceptant néanmoins la main tendue de son amie pour se redresser.

- Tu tiens à peine debout et tes Points de Vie sont au plus bas, répliqua la japonaise, dont l'ombrelle dansait d'un point à un autre pour parer les lasers, qui plus est, on n'est que deux et ils sont six ! La Tour est perdue de toute façon, on bouge.

Et, sans lâcher la main du jeune lycéen, la geïsha de blanc et de pourpre vêtue activa son pouvoir de Lévitation, laissant son arme s'envoler brusquement dans les airs, les entraînant tous deux dans son sillage.

- Non ! s'exclama Ulrich, horrifié. Mais il était trop tard.

Déjà, les Tarentules s'avançaient une à une sur le pont de bois, délaissant leurs adversaires pour bombarder les racines de la Tour blanche, dont le halo commençait déjà à s'éteindre.

Ignorant ses protestations, Yumi laissa son pouvoir les guider à travers arbres et volcans flottant dans les airs jusqu'à un plateau suffisamment dégagé pour leur permettre d'atterrir en une sécurité toute relative.

Mais à peine avait-elle posé le pied à terre que, déjà, Ulrich la repoussait violemment, le visage tordu par la fureur.

- Pourquoi est-ce que tu as fait ça !? s'exclama-t-il tandis que deux Jérémoïdes les rejoignaient, comme pour les protéger à présent qu'ils s'étaient éloignés du champ de bataille, à cause de cette fuite on va perdre une nouvelle Tour et…

Comme pour corroborer ses propos, un grand tremblement résonna au loin et les deux adolescents tournèrent la tête à temps pour voir le plateau sur lequel ils s'étaient tenus un instant plus tôt disparaître dans les limbes numériques.

Lorsque Yumi reporta son attention sur Ulrich, le visage de ce dernier s'était durci.

- Ne me lance pas ce regard, se protégea-t-elle d'un ton vexé, tu as bien plus de valeur qu'une seule de ces Tours, et tu le sais ! On en a d'autres, des Tours ! Ta propre sécurité prend le dessus dans un cas pareil, ça a toujours été le cas ! Qu'est-ce que tu faisais seul face à autant de Monstres par ailleurs ? Tu n'aurais jamais été aussi imprudent par le passé.

Cette dernière remarque acheva de mettre le jeune homme hors de lui.

- De quel droit tu te permets de juger la situation alors que tu débarques en plein combat après ta petite épreuve de Philosophie !? s'emporta-t-il, incapable de contenir la rage qui bouillait au sein de son ventre, tu n'as aucune idée de ce que ça fait de se battre dans de telles conditions, alors que le terrain s'effondre littéralement sous tes pieds, que chaque erreur peut t'être fatale et que cela fait DEUX HEURES que tu risques ta peau dans les mêmes circonstances ! Tu penses vraiment qu'on peut se permettre de gaspiller une Tour par simple prudence égocentrique ? Tu penses que j'étais seul quand j'ai commencé à défendre celle-là !? Tu es tellement à côté de la vérité que ça en devient risible… Ce n'est pas un de tes examens auquel tu peux répondre par de la froide logique, Yumi ; c'est la réalité du combat et il faut parfois savoir prendre des risques si on veut espérer gagner un jour !

Assommée par le flot de paroles gorgées de fureur, Yumi amorça un pas de recul, butant contre un des automates de Jérémie qui semblait la dévisager avec compassion. Elle ne s'était pas attendue à une réaction aussi virulente dés sa virtualisation et l'inquiétude qui l'avait taraudée tout le long de son trajet vers l'usine commençait à se teinter d'une forte frustration.

- Je ne suis pas fière d'avoir choisi mes études plutôt que votre combat, lança-t-elle de cette voix si calme, et pourtant si froide dont elle avait le secret, les poings serrés autour de son ombrelle, mais je ne peux pas tout sacrifier, même pas pour une cause aussi noble que protéger le monde. Toi non plus, Ulrich. Ta vie est plus importante que celle de ce maudit monde virtuel !

- Et plus importante que celle des milliards d'êtres humains qui seront menacés une fois que Scarlet aura réussi à mettre la main sur le Projet Carthage, je suppose ? ironisa la samouraï après un éclat de rire glacial, et puis… « votre combat » !? Yumi, cette bataille te concerne autant que chacun d'entre nous ! Nous avons toujours jurés de protéger ce monde et de garder le secret depuis que nous avons décidé de garder allumer le Supercalculateur, peu importaient les conséquences !

- Nous étions des gamins, souligna Yumi dont les trémolos de sa voix se teintaient peu à peu de colère à son tour, nous n'avions aucune idée de ce dans quoi nous nous lancions et… Merde Ulrich, je viens de te sauver la vie et tout ce que tu trouves à faire, c'est me critiquer encore et encore ! Qu'est-ce que tu me reproches réellement ?

Pendant quelques brèves secondes, le samouraï la toisa d'un regard si plein de déception qu'il eut l'effet d'une claque sur la jeune fille. Se sentant suffoquer, elle fit néanmoins son possible pour préserver sa contenance, comme à son habitude.

- Tu n'as vraiment rien remarqué, pas vrai… soupira-t-il, laissant tomber le voile de colère pour dévoiler l'ampleur de la tristesse qu'il avait dissimulé pendant tant de temps, à quel point tu as changé depuis l'extinction du Supercalculateur. Depuis l'annonce du retour de la Green Phoenix, tu ne cesses de fuir, encore et encore, comme si tu voulais te raccrocher à cette parfaite petite vie de lycéenne « normale » que tu t'étais forgée avec William. Tu n'as plus rien à faire de notre combat. Tout ce qui t'importe, c'est d'en finir au plus vite. Où est passée la jeune fille forte et toujours prête à se battre pour ses proches que j'ai pu connaître au collège ?

La gifle que lui décocha la japonaise sans prévenir résonna avec force à travers les plateaux gris et verts jalonnant les Territoires entremêlés. Profondément choqué, Ulrich retourna lentement la tête vers Yumi. Le masque était tombé et son visage, si impassible, si calme, était désormais tordu d'une incommensurable douleur. Cette vision fut si saisissante pour le samouraï virtuel que, l'espace d'un instant, il en oublia sa colère à son encontre.

- Comment oses-tu… ? souffla la japonaise, tellement hors d'elle que sa voix peinait à franchir clairement ses lèvres couvertes de rouge, comme si tu ne voulais pas mettre fin à toute cette histoire avec autant de force que moi ? Comme si tu n'avais pas fui le premier en apprenant le retour de la Green Phoenix ? Tu veux savoir la vérité ? Oui : j'ai changé. J'ai grandi Ulrich, au cours de ces derniers mois sans Lyokô. J'ai compris qu'il y avait des choses auxquelles je tenais qui avaient bien trop d'importance pour me permettre de jouer les héroïnes encore une fois. Ma famille, mon avenir, William, Stéphanie… Toi. Tout ça, ça vaudra toujours plus que toutes les organisations maléfiques du monde pour moi, et je le revendique fièrement ! Si tu tiens à te transformer en petit soldat pour le Projet Carthage toute ta vie, libre à toi. Mais ne me reproche pas de vouloir tirer un trait sur tout ça. Ne me reproche pas d'avoir peur de perdre ce pour quoi je me suis battue pendant des années.

Un silence aussi lourd que s'il avait été tissé de plomb tomba sur les deux adolescents se faisant face, immobiles et interdits, le visage fermé devant leurs deux gardes du corps. Au dessus de leur tête, le ciel semblait continuer à se déchirer de plus belle, tordant sa surface noire en un vortex menaçant entraînant avec lui un vent violent qui balayait toute la surface de la Fusion, faisant danser les interminables cheveux de la geïsha.

- Si tu tiens autant à tout ce que tu viens de citer, finit par lâcher Ulrich après un long moment de tension entre eux deux, alors agit comme tel, et bas-toi. Bas-toi avec l'énergie du désespoir qui était autrefois la tienne pour faire en sorte que cette bataille cauchemardesque soit la dernière. Alors, peut-être que je choisirai de croire tes propos.

Sans rien ajouter, le samouraï s'agrippa à l'échafaudage constituant son Jérémoïde et se hissa jusqu'à ses épaules, se servant du haut robot comme d'une monture.

- Je peux savoir où tu vas comme ça ? s'enquit Yumi d'une voix blessée, tandis que l'étrange attelage s'éloignait à travers le plateau d'un gris cendré.

- Chercher mon katana, répondit Ulrich sans même se retourner, dans ta précipitation de fuir le combat, tu ne m'as pas laissé l'occasion de le récupérer et Anthéa a mieux à faire que de perdre du temps à m'en reprogrammer un. Il est tombé au creux d'un volcan, je pense pouvoir le retrouver. Peut-être à tout à l'heure, si tu te décides enfin à agir comme la Lyokô-guerrière pour laquelle je t'ai prise autrefois.

Et, sans un mot de plus, le jeune homme se laissa entraîner par les longues foulées de son robot de bâtons, laissant derrière lui une Yumi profondément dévastée.

Une douleur sourde dans sa poitrine semblait lui transpercer le cœur et elle sentait ses jambes sur le point de s'effondrer suite à cette violente altercation. Elle aurait tant souhaité pleurer, laisser sa colère et sa douleur se déverser sous la forme de larmes parfaites, mais son corps numérique et artificiel, si dépourvu de saveur et qu'elle haïssait tant, ne lui permettait pas ce luxe.

- C'est tellement stupide… murmura-t-elle, esseulée au milieu du Territoire du Volcan, Tellement. Stupide.

Dans un brusque accès de rage, elle projeta son arme le plus loin possible, laissant l'embout pointu de l'ombrelle s'enfoncer profondément dans le roc le plus proche.

Autour d'elle, masqués par les vapeurs de souffres émanant des volcans enveloppant le petit plateau sur lequel elle se tenait, les lasers et cris des Monstres s'entre-déchirant lui paraissaient plus distants que jamais.

- A quoi bon ? suffoqua-t-elle en cédant enfin à ses pulsions, laissant son corps s'affaisser de désespoir aux pieds de son propre Jérémoïde, insensible à sa détresse, Ulrich a raison… A quoi bon me battre… Si moi-même je n'y crois plus ?

En effet, l'image paisible d'une vie d'étudiante classique avait fini par s'évanouir à jamais de son esprit au fil du temps. Jamais elle ne parviendrait à échapper à la violence de ce monde virtuel, jamais le Supercalculateur ne lui permettrait le moindre espoir de retrouver un jour cet univers réel si calme auquel elle aspirait tant. Comment ne pas sombrer dans le désespoir, comment ne pas capituler face à une évidence si triste, si difficile à concevoir, et pourtant inévitable ? Elle n'avait plus la force de se battre. Elle était si épuisée…

Et puis, soudain, deux mains puissantes se mirent à l'enlacer, lui arrachant un tressautement. Deux mains qu'elle aurait pu reconnaître entre mille, même dépourvue de son sens du toucher sur ce monde virtuel maudit.

Lentement, presque tremblante, elle releva la tête pour plonger son regard dans les pupilles chocolat d'Ulrich, visiblement aussi bouleversé qu'elle. Il n'avait pas pu s'éloigner après des paroles aussi blessantes. Il s'était retrouvé contraint par ses propres émotions de faire demi-tour, incapable de se contenir. Dans son dos, son propre robot attitré s'accroupissait patiemment.

- Je suis désolé, murmura le jeune homme, ses larges épaules tremblantes d'émotion, je suis tellement, tellement désolé. La vérité c'est que je te comprends, Yumi. Je te comprends plus que tu ne l'imagines.

- Tu avais raison, répliqua la japonaise, laissant pour la première fois depuis longtemps sa fierté de côté, j'ai fait preuve de lâcheté. Je ne suis plus cette fille que tu as entraîné dans les égouts un soir d'octobre. Je ne suis… Plus rien !

- Non, lâcha Ulrich en secouant la tête, si tu veux tout savoir… Cette terreur que tu éprouves, cette peur de perdre tout ce qui compte pour toi, ce désir de vivre ta vie sans ennui… Ce sont des sentiments qui me taraudent depuis le premier jour de cette folle histoire. Au fond de moi, depuis la Cinquième, je n'ai jamais cessé d'être un gamin effrayé tandis que toi tu étais toujours… Toujours si forte, si confiante. Toujours si prompte à prendre les bonnes décisions ! Tu étais un véritable modèle pour moi. Plus encore, tu étais un pilier. C'est en partie la raison pour laquelle j'ai tenu à ce que tu rejoignes notre groupe à l'époque. Parce que j'avais besoin de ta présence pour encaisser tout ça. Il était bien plus aisé de jouer aux « petits soldats » face à ton assurance que seul, tu comprends ?

Sa voix se brisa sur ces derniers mots. Surprise par une telle confession, Yumi s'éloigna quelque peu pour se relever, sans s'arracher à l'étreinte du séduisant samouraï pour autant.

- J'ignorais que tu me percevais ainsi, parvint-elle à articuler avec peine, tu… N'en as même pas parlé dans ton journal intime. Pourquoi avoir attendu tout ce temps… ?

- Par fierté ? répondit Ulrich, lui saisissant les mains sans même s'en rendre compte tout en détournant le regard, ou par peur de reconnaître mes propres faiblesses ? Toujours est-il que… Si tu t'effondres comme ça, si même toi n'arrive plus à faire face à toute cette pression alors comment veux-tu que je continue à me battre ? Que je continue à jouer aux durs… ? Pour te dire la vérité, je me suis presque senti trahi, en te voyant si réticente à l'idée de te battre. Parce que tu te permettais ce que je m'étais interdit toutes ces années, je suppose.

Yumi laissa ses pâles doigts fins s'entremêler entre ceux, plus épais, du samouraï.

- Tu te trompes sur mon compte, soupira-t-elle, peinant à calmer le flot de sensations qui envahissait son estomac à présent, je n'ai jamais rien eu de cette fille forte et pleine d'assurance que tu décris. Tu m'avais placée sur un piédestal à l'époque déjà, et tu continues à le faire aujourd'hui. Au fond de moi, j'ai toujours eu peur moi aussi et c'était ton courage… Non, le courage du groupe tout entier, qui me donnait des ailes. Tout ça pour dire que… Aucun d'entre nous ne peut faire face à toute cette histoire de dingue. Pas tout seul.

Un bref silence passa, durant lequel les yeux des deux adolescents, indescriptibles, se mêlaient en une invisible étreinte.

- Dans ce cas… risqua Ulrich, l'air soudain inhabituellement timide, que dis-tu de partager cette aventure avec moi une dernière fois ?

Yumi eut un bref hochement de tête, un léger sourire étirant involontairement ses lèvres en forme de cœur.

- Une dernière plongée rien que tous les deux ? reformula-t-elle, d'un ton plus calme qu'auparavant, je suppose que j'ai encore assez de courage pour ça.

Et, sans avoir besoin de se concerter, sans échanger le moindre mot, les deux adolescents joignirent leurs lèvres, scellant enfin le baiser virtuel qu'ils avaient déjà failli échanger, de longues années auparavant.

A peine leurs bouches se furent-elles jointes, qu'une nuée de pixels d'or s'élevait de leurs pieds pour envelopper leur avatar respectif en une douce et chaleureuse étreinte, irradiante de beauté.

En une poignée de secondes, Cheveux et kimonos de Yumi se rétractaient tandis que la silhouette d'un nouveau fourreau se dessinait sur le flanc d'Ulrich.

Lorsqu'enfin, sous les derniers pixels de lumière, ils se séparèrent, ce fut pour se redécouvrir l'un l'autre. Si Ulrich n'avait fait que gagner une nouvelle arme en plus de récupérer son katana tombé au combat ; Yumi, elle, avait changé du tout au tout.

De la geïsha à l'élégant kimono, ne restait que la partie rouge de la tunique, enveloppant sa silhouette finement musclée dans un drapée serré jusqu'à la taille, cintrée dans un obi. L'autre partie de sa tenue, d'un noir intense, était couverte d'estampes en ligne claire irradiant de beauté sous la pénombre dans laquelle le Territoire était plongée. Ses bras comme ses jambes étaient protégées derrière un assemblage de bandages et de pièces métalliques et ses cheveux avaient été relevé en un semblant de chignon, coincé par deux baguettes parfaitement symétrique. Un masque traditionnel du théâtre Nô, d'un blanc nacré, venait parfaire sa coiffe, maintenue en place par un long bandeau. Si le maquillage de la japonaise avait diminué, son visage demeurait méconnaissable, soigneusement dissimulé derrière un masque sombre couvrant sa bouche et son nez et venant compléter sa nouvelle tunique, digne d'une parfaite ninja.

- Content de te retrouver, murmura Ulrich, bluffé par l'impressionnante transformation. Sous l'effet du retour de son esprit combatif, si longtemps refoulé, Yumi avait fait l'expérience de la montée en niveau la plus marquante depuis la mise en place du programme de Virtualisation Evolutive.

Inspectant sa nouvelle stature avec intérêt, la nouvelle ninja contourna le samouraï pour rejoindre son arme, toujours plantée dans un rocher derrière lui. De l'ombrelle, de laquelle une ultime volée de pixels dorés s'envolait, ne restait que le bâton, long et élancé, fiché à même le roc numérique. A son extrémité, remplaçant la toile élégante et protectrice, une longue ligne de métal noir tranchait à la surface du bois, comme engoncé à l'intérieur d'une fente nouvelle.

Arrachant sa nouvelle arme de son support d'un geste leste, Yumi le fit tourbillonner un instant, jaugeant de sa souplesse et de son équilibre avant de percuter le sol de son extrémité. Aussitôt, se déploya à l'autre bout une sorte d'éventail de fer, tournoyant jusqu'à former un disque parfait au niveau de la fente nouvellement apparue.

Une nouvelle inflexion de la part de Yumi, et l'éventail tranchant se mettait à tourner à toute allure, se changeant en une arme mortelle évoquant un semblant de tronçonneuse circulaire. Il était clair que sa force de frappe s'en trouverait grandement augmentée.

- Mouais… Ça me va finalement, souligna-t-elle, sa voix légèrement étouffée par son masque derrière lequel un sourire se dessina néanmoins, clairement visible à travers l'étoffe.

Amusé, Ulrich vint la rejoindre, ses deux katanas désormais dégainés illuminés d'une lueur verte meurtrière.

A cet instant, un laser rouge vint brusquement s'abattre à leurs pieds, leur faisant lever les yeux au ciel d'un seul geste. Une flotte entière de Mantas ennemies fusait à travers les volutes de souffre droit dans leur direction, bien déterminées à les chasser de leur Territoire.

- Pile à l'heure, souligna le samouraï tandis que les deux Jérémoïdes les surplombaient de leur ombre gigantesque, il est temps de tout donner pour notre dernier combat à présent, je suppose.

Et, dans un duo parfait, leurs lames respectives illuminés de vert et de pourpre, les deux adolescents se propulsèrent en direction des Créatures volantes, plus déterminés que jamais à les réduire en charpies.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:38   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1012
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Une gerbe de pixels rouges et jaunes jaillissait des mains tendues de Stéphanie en un jet de flammes si incandescent que son visage tout entier s'en retrouvé nimbé d'une brûlante lueur orange. Face à elle, se mêlant à la chaleur de son Pixoflame, le bleu des lasers des Monstres alliés fusaient de toutes parts, venant heurter à leur tour la surface livide de la Tour Noire au sommet d'une volée de marches extérieures.

- Continuez vos efforts ! ordonna la gothic lolita à l'adresse des deux Krabes l'encadrant de leur solide stature, on y est presque !

Au dessus d'eux, le ciel semblait rugir de tirs rouges pour tenter de les stopper, en vain, nombre de Frôlions s'interposant entre leur route, sacrifiant leur corps pour leur éviter de mener à bien leur mission dans un concert d'explosions de particules.

Dans un dernier cri de rage, Stéphanie laissa les ultimes onces de la barre d'énergie de son pouvoir jaillir de plein feu, enveloppant l'édifice au traditionnel halo noir d'une nouvelle vague de fumée cramoisie. En un instant, les flammes avaient pris le dessus sur les fumerolles sombres qui s'évanouirent petit à petit sous leur emprise, détruisant la Tour au passage.

Laissant échapper un rugissement de triomphe, Stéphanie cessa de s'acharner sur la Tour pour faire volte-face vers leurs adversaires, les toisant d'un regard noir depuis des buildings surélevés.

- Ça, c'est pour avoir essayé de nous dévitualiser, cracha-t-elle en dégainant dans un vif éclat de métal trois de ses lames, prenez ça !

En un seul geste ample, les aiguilles se mirent à fuser à travers le ciel d'un noir lugubre, venant transpercer tour à tour Block, Tarentule et Kankrelat dans une nouvelle série d'explosions.

N'attendant pas la fin de leur destruction, Stéphanie s'accrocha brusquement à la pince du Krabe allié le plus proche avant de se laisser projeter au loin, juste à temps avant que le sol ne disparaisse sous ses pieds sous l'effet de la destruction de la Tour.

En une roulade souple, la gothic lolita parvint à se rétablir à la jonction précise entre le plateau ocre irrégulier du Territoire du Désert et les plaques géométriques de la Ville, à quelques pas à peine d'une de ses armes qu'elle s'empressa de rengainer dans son fourreau.

- Yes ! s'exclama-t-elle, plus que satisfaite de sa prestation, finalement, j'arrive à m'en sortir ! Combien de Tours encore, Anthéa ?

Mais en lieu et place de réponse, ce fut un grésillement électronique qui émana des airs. Tendue, Stéphanie posait déjà sa main sur l'embout d'une de ses aiguilles lorsqu'une silhouette translucide se dessina à quelques mètres d'elle au dessus du sol, la lueur bleutée la constituant tranchant avec apaisement sur la noirceur cauchemardesque du ciel.

Une traînée de pixels plus tard, et la tunique d'un gris clair de William prenait contenance.

Un large sourire étira les lèvres de la gothic lolita tandis que le guerrier à l'épaisse épée en lames de cutter atterrissait adroitement sur le sol du Territoire, relevant prestement sa tête à l'épaisse chevelure tirant sur le bleu marine.

- Eh bien, tu en auras mis du temps ! l'accueillit Stéphanie sans parvenir à masquer l'allégresse de sa voix, courant à sa rencontre, Yumi est avec toi ?

- Elle a été envoyé sur le Territoire de la Forêt pour aider Ulrich, répondit William de sa voix rauque, soupesant son arme d'un air distrait, Stéphanie, écoute… A propos de tout à l'heure…

La jeune fille l'interrompit d'un geste de sa main gantée de cuir.

- Je ne veux pas entendre la moindre excuse, balaya-t-elle, ou plutôt… Disons que ce n'est pas nécessaire ! Tu avais tes raisons de rester pendant l'épreuve et c'était à toi de décider si tu voulais venir ici sur Lyokô ou pas. Je suis simplement contente que tu ais pu te libérer avant la fin des quatre heures.

William eut un sourire gauche, auquel la jeune fille se contenta de répondre par un ricanement moqueur. En temps normal, elle aurait probablement été furieuse contre ses deux camarades de classe pour leur choix, mais l'euphorie de la bataille avait balayé toute forme de rancœur de son être. Qui plus était, il y avait bien trop d'enjeux à ce combat pour perdre du temps en vains reproches. S'opposer à William comme à Yumi ne lui avait jamais rien apporté et ce n'était pas ici, sur ce monde virtuel à moitié ravagé par la Green Phoenix, que la moindre forme de colère allait faire une différence.

- Tu viens d'abattre une Tour ? fit remarquer William pour changer de sujet, ses yeux écarquillés et luisant d'admiration pointés en direction du Territoire de la Ville dont quelques buildings achevaient de s'effondrer en une silhouette en fil de fer.

- Yup, confirma Stéphanie, toute aussi fière d'elle-même que son camarade de classe, encore quelques attaques de front comme ça, et la Green Phoenix pourra rebrousser chemin une bonne fois pour…

La fin de sa phrase ne franchit jamais ses lèvres. Alors que la douce sensation de la victoire effleurait déjà le bout de sa langue, une secousse d'une rare violence se mit à ébranler le plateau sous ses pieds, la précipitant droit sur William qui, surpris, ne put que chuter en arrière, s'écrasant lamentablement au sol.

- Qu'est-ce que… ? souffla-t-il, la voix coupée autant par l'embarras que lui procurait la situation que par la brusquerie de ce nouveau tremblement de terre.

Inquiète, Stéphanie se redressa tant bien que mal, en dépit de la plateforme tanguant dangereusement sous ses pieds. Cette onde de choc n'avait rien à voir avec les secousses engendrées par la Fusion depuis le début de la bataille. Elle était beaucoup trop soudaine, trop violente pour n'être qu'un effet secondaire de la convergence des deux Territoires.

La jeune fille, prise soudain d'un doute affreux, leva lentement ses grands yeux violets au ciel, que la Faille semblait avoir enflammé de plus belle.

- Anthéa… ? héla-t-elle, incapable de formuler la crainte qui venait de lui traverser l'esprit.

Elle n'en eut cependant pas besoin.

- William, Stéphanie ! les interpella la voix hachée de l'informaticienne, à peine audible à travers la puissance des tremblements de terre, je suis désolée… On vient de perdre deux Tours de plus, je ne sais pas ce qui a pu se passer ! L'Holomap a dû buguer pendant un court instant sous la surcharge des données. Quoi qu'il en soit, le seuil fatidique des 50% a été franchi pour le Désert. Je suis désolée mais il n'y a plus rien à faire… Le Territoire va s'effondrer ! Courrez vous mettre à l'abri avant qu'il ne soit trop tard !

Horrifiée, Stéphanie tourna brusquement la tête, sa couette unique fouettant l'air sur son passage juste à temps pour voir un entremêlement de tentacules translucides s'éclipser derrière une paroi rocheuse non loin d'eux. Derrière elles, une de leur Tour venait d'être abandonnée, son halo blanc s'estompant peu à peu dans le lointain.

- Des Méduses ! comprit soudain la gothic lolita d'un ton furieux, la Green Phoenix a du s'en servir pour pomper l'énergie de nos Tours pendant tout ce temps tout en nous distrayant avec des attaques massives afin qu'on ne remarque rien ! Ces sales petits…

- Stéphanie, il faut qu'on se bouge, l'interrompit William, saisissant brusquement son poignet.

En effet, incapable de maintenir son équilibre précaire contre la Ville, le Territoire du Désert commençait à s'affaisser sur lui-même et le sol sous leur pied, bien qu'encore solide, commençait à perdre en consistance, laissant transparaître la mortelle Mer Numérique en pleine tempête en dessous d'eux.

- Cours ! s'exclama Stéphanie, laissant tomber toute colère au profit d'une soudaine montée d'adrénaline bienvenue.

Sans plus attendre, les deux adolescents élancèrent leurs jambes en direction des hauts immeubles gris les plus proches, piétinant le sol à une allure folle tandis que d'immenses blocs de roche ocre se détachaient peu à peu du Territoire derrière eux pour plonger droit dans les eaux bouillonnantes en contrebas.

Sur leur droite, perdue au milieu d'un îlot flottant, une Tour encore auréolée de blanc un instant plus tôt se teintait de noir avant d'amorcer sa lente descente vers les flots mortels du réseau.

Tout autours des deux Lyokô-guerriers, Monstres alliés comme Monstres ennemis se cognaient les uns les autres avec force dans une tentative de fuite des plus anarchiques. Au dessus de leurs têtes, un véritable essaim de Frôlions fusait de toute la force de leurs ailes en direction des buildings, leur silhouette répugnante perdue dans l'ombre des quelques Mantas restantes, dont les cris résonnaient à présent en échos avec les tremblements de terre à travers tout le Territoire. Le monde virtuel semblait sombrer dans un chaos confus de cliquetis et de silhouettes furieuses tandis que tous tentaient de quitter le Désert avant qu'il ne soit trop tard.

- On n'y arrivera pas ! s'écria William en buttant contre un Kankrelat qui venait de plonger sous ses pieds, repoussant les Créatures leur barrant la route d'un coup d'épée rageur, la décomposition du Territoire est trop rapide !

Effectivement, de l'autrefois majestueux Désert de sables et de rocs solides, ne restaient qu'une poignée de sentiers accidentés, s'évanouissant peu à peu dans les abîmes des cieux tourmentés ;et l'effacement du sol gagnait du terrain à chaque seconde malgré leurs enjambées plus grandes, et plus rapides que jamais.

- On a besoin de transport aérien ! raisonna Stéphanie, ignorant tant bien que mal la mort certaine qui les poursuivait pour tenter de se concentrer quelque peu, attends un peu…

Levant la tête dans les airs, elle porta brusquement deux doigts à sa bouche avant d'émettre un sifflement strident. A peine eut-elle agi qu'une Manta ornementée du symbole de Lyokô se détachait de son escadron pour fondre sur eux à tire d'ailes. Stéphanie n'attendit pas qu'elle eut atteint le sol pour bondir, s'agrippant de toutes ses forces à sa longue queue souple avant de se hisser sur son dos courbe en une savante galipette, la respiration sifflante.

-William ! hurla-t-elle, tendant sa main vers le jeune homme en contrebas avec l'énergie du désespoir.

Derrière lui, les dernières parcelles de sable jauni disparaissaient, précipitant Blocks et Kankrelats droit vers la Mer Numérique dans un rugissement de fureur. Le jeune homme, désespéré, fit un soudain bon en avant juste au moment où le sol se dérobait en fragments de pixels sous ses pieds, manquant de peu de le faire chuter à son tour droit vers un sort fatal.

Étirant sa silhouette de tout son long dans un rugissement de frustration, incapable de voir devant elle dans le chaos qui les entourait, elle et sa monture, Stéphanie sentit soudain les doigts du guerrier effleurer sa paume. Il ne lui en fallut pas plus pour étreindre sa main avec violence, laissant l'adolescent s'agripper à son poignet comme si sa vie en dépendait.

Sous les ailes battantes de la Manta, ne demeurait plus désormais que la noirceur des eaux profondes du Réseau, engloutissant en quelques ultimes raies de lumière ce qui avait été autrefois l'immense Territoire du Désert.

Le souffle court, Stéphanie prit le risque de baisser la tête vers William pour s'assurer de son bien-être. Le jeune homme, bien que visiblement terrifié, les pieds battant l'air, semblait indemne, solidement accroché à sa main tendue par-dessus bord.

- Le plateau du Territoire de la Ville est en vue… Tiens bon ! lui ordonna-t-elle d'un ton soulagé avant de se concentrer sur l'horizon, à travers lequel ne s'étendaient plus désormais que des kilomètres de buildings soigneusement agencés à perte de vue dans un halo de reflets gris.

Tandis que les hauts gratte-ciels rapprochaient leur cime de leur silhouette esseulée, la cruelle réalité vint peu à peu s'imposer à l'esprit des deux adolescents, sans qu'ils eurent besoin de se concerter pour partager leurs sombres pensées.

La Green Phoenix venait de remporter la première manche de cette interminable bataille. Par la faute de leur négligence, le Territoire du Désert n'était plus, et seuls Trois Territoires demeuraient pour faire barrage à Endo, terriblement fragilisés.

S'ils avaient réussi à échapper à cet écueil, la douloureuse sensation de la défaite qui étreignait leur cœur ne parvenait pas à les dérider et ce fut la mine sombre qu'ils se laissèrent guider jusqu'au pied du plateau le plus proche, conscients que, désormais, ils n'auraient pas le droit à une seconde chance.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:38   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1012
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
Chapitre 56 :

Épisode 155 : Third Round (Virée au Cœur)_



Une secousse d'une rare violence vint ébranler le Cinquième Territoire de Lyokô, manquant de peu de briser le fragile équilibre entre les cubes constituant la sphère d'un bleu sombre.

Jérémie, perché en équilibre précaire au sommet de la Salle du Cœur, dut user de son bâton extensible pour maintenir son équilibre, un juron fusant hors de ses lèvres pour venir rebondir à travers la pièce dans un écho rageur.

- Qu'est-ce qui se passe encore !? s'exclama-t-il tandis que le grondement sourd s'atténuait peu à peu sous ses pieds.

Au dessus de sa tête, Aelita, illuminée de l'éblouissant halo blanc du Cœur, semblait percer les limites du monde virtuel d'un regard vert aussi aiguisé qu'une paire de dagues d'émeraude.

- Le Territoire du Désert… souffla-t-elle de son étrange voix éthérée, teintée d'accents douloureux, comme si elle avait été subitement blessée en son fort intérieur, il vient d'être détruit par la Green Phoenix. L'équilibre entre Endo et Lyokô est plus instable que jamais.

Avec horreur, Jérémie se retourna vers le sas d'accès menant vers l'extérieur du Territoire, autour duquel une petite flopée de Mantas voletait, comme pour monter la garde. Dans son dos, les longs bandeaux de lumière enveloppant Aelita s'affaissèrent doucement en un geste apaisant.

- Il faut que j'aille jeter un coup d'œil, tenta-t-il vainement de s'excuser dans un bredouillement confus, voir l'étendue des dégâts à l'extérieur…

- Je t'attends, le calma la jeune fille avec sagesse, la situation est alarmante, mais je suis encore en sécurité ici, ne t'en fais pas.

Vaguement rassuré par ces propos, le jeune homme se laissa tomber de sa plateforme pour se réceptionner maladroitement sur le dos d'une des Mantas, guidée dans sa direction par l'impulsion mentale d'Aelita.

Dans un long chant vibrant, la gracieuse créature fit demi-tour pour s'engouffrer dans le sas en mouvement constant, permettant au jeune homme d'accéder à la Voûte Céleste en toute sécurité. Le spectacle qui s'étala devant ses yeux suffit à lui glacer le sang.

Face à eux, la déchirure formée par la Faille à même le ciel semblait s'effondrer sur elle-même, creusant une plaie de plus en plus béante à la surface du dôme de fichiers protecteurs, dont les chiffres chutaient dans le vide les uns après les autres, s'éteignant dans un clignotement fatal. A présent, l'aveuglante lueur irisée du Noyau d'Endo était parfaitement visible à travers le gouffre purulent.

Soudain, en un glissement sonore assourdissant, l'un des minuscules planétoïdes gravitant autour de son axe vint subitement dévier sa trajectoire pour se précipiter à travers l'ouverture nouvelle, tourbillonnant jusqu'à enfin, dans un crissement rauque, parvenir à s'infiltrer sous la lumière bleue nuit du 5ème Territoire, projetant ses reflets organiques écœurants à la surface lisse et nue des cubes constituant le globe central.

Sous le regard horrifié de Jérémie, perché sur sa Manta frétillante de nervosité, le petit astéroïde vint peu à peu ralentir sa rotation erratique jusqu'à se positionner, bien droit, face à l'un des plots d'accès du Territoire, duquel s'écoulait habituellement le flot de données constituant les tunnels reliant l'Arena au reste de Lyokô.

- Non… ! gémit Jérémie, implorant. Mais il était trop tard.

En un crépitement de cauchemar, une quantité phénoménale de chiffres vint soudainement jaillir de la base du planétoïde enrobé de racines, frappant de plein fouet le sas d'accès du Cinquième Territoire pour s'y connecter avec gloutonnerie, s'y liant en un mince filament de données d'un vert maladif.

Paniqué, Jérémie fit aussitôt virer de bord sa monture pour rejoindre l'intérieur du la Salle du Cœur. La situation venait de prendre un tour bien plus alarmant que ce qu'Aelita, Anthéa ou lui-même avaient pu anticiper.

L'elfe ailée aux cheveux blancs l'attendait à sa place habituelle, impassible, le regard fixe tandis qu'il s'élevait à tire d'ailes vers sa douce lumière protectrice.

- Aelita ! la héla-t-il en regagnant la plateforme, sans plus de considération pour sa Manta, ça va mal ! L'effondrement du Territoire du Désert a visiblement permis à la Green Phoenix d'ouvrir un canal d'accès entre leur Cinquième Territoire et le nôtre. Désormais, Carthage n'est plus protégé.

Comme pour confirmer son sombre présage, une série de cris précipités résonna subitement au dessus de leur tête, faisant vibrer le plafond translucide délimitant la Salle du Cœur et l'Aréna. Visiblement, Scarlet n'avait pas traîné avant d'envoyer ses Monstres dans leur direction.

Une vague de panique se mit à envahir Jérémie tandis qu'il déployait son bâton en de multiples extensions, se préparant au combat tant bien que mal. Qu'arriverait-il s'il se révélait incapable de défendre Aelita face aux armées de la Green Phoenix ? Il n'osait y songer.

Bien consciente de son inquiétude, Aelita attira son attention d'un léger tapotement d'épaule d'un de ses rubans protecteurs, le faisant aussitôt tressauter sur place.

- Ils ne peuvent pas m'atteindre directement tant que je reste dans cette Salle, du moins, pas depuis l'Aréna, raisonna-t-elle tandis que les grondements des Monstres se faisaient plus diffus au dessus de leur tête, tous les accès directs au Cœur ont été bloqués par ma volonté. En revanche, il y a une autre chose sur ce Territoire qui pourrait les intéresser.

- La Tour du Cinquième Territoire, réalisa brutalement Jérémie en se frappant le front, si jamais ils arrivent à la détruire…

- …Alors il leur sera possible d'envahir le Cœur de Lyokô avec une faculté déconcertante, termina l'adolescente aux oreilles pointues à sa place, l'air sombre. Il vaut mieux que tu regagnes le labyrinthe principal et que tu ailles la défendre le plus vite possible. Je pourrai me défendre seule si besoin est. La Tour est plus importante pour le moment.

Réticent, Jérémie eut une moue de dépit tandis que ses doigts serraient nerveusement la surface hexagonale de son arme. Il répugnait à laisser l'élue de son cœur seule dans cette sombre salle, même en tenant compte de ses arguments. Il devait bien y avoir une autre solution !

Un demi-sourire vint subitement écarter ses lèvres minces tandis qu'une idée lui traversait l'esprit comme dans un flash.

- Je pense qu'il y a une meilleure façon d'agir, énonça-t-il avec mystère, arrachant à la jeune fille son premier haussement de sourcil surpris depuis sa Fusion avec le Cœur, fais-moi confiance, Aelita.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


A travers l'immensité des gratte-ciels sans couleur constituant la Ville, une obscurité lugubre régnait sous un silence de plomb, seulement rompu par les déchirures enflammées zébrant le ciel par moments.

Non loin de l'extrémité d'un long plateau géométrique, Stéphanie et William jugulaient leur rage et leur frustration, leur regard perdu dans l'insondable vide qui avait autrefois accueilli le Territoire du Désert.

Si l'échec face à la Green Phoenix était cuisant, les reproches qu'ils se faisaient à eux-mêmes dans leur fort intérieur étaient bien plus douloureux encore.

William, tout particulièrement, se sentait submerger de fureur, incapable qu'il avait été d'aider à la protection du Désert ne serait-ce qu'un seul instant suite à sa virtualisation tardive.

« Si seulement j'étais sorti plus tôt de l'épreuve de Philosophie », ne cessait-il de se répéter comme un vieux disque rayé.

Mais aucune forme de flagellation mentale ne pouvait effacer le désastre qu'ils n'avaient su éviter.

- Quelle imbécile, ragea Stéphanie, frappant le sol d'une de ses aiguilles restantes sous le coup de la frustration, je n'arrive pas à croire que le Territoire du Désert soit définitivement perdu… Tout s'est passé si vite !

- Tu as fait tout ce que tu as pu, tenta de la réconforter William maladroitement, si j'étais arrivé plus tôt, alors peut-être que…

- Pas la peine de vous apitoyer sur le sort du Territoire, les interrompit brutalement la voix d'Anthéa, curieusement distante à présent à travers son micro, ce qui est fait est fait et Lyokô est bien trop en danger pour perdre du temps à pleurer une défaite. Il reste encore trois Territoires à défendre et quatre à abattre pour la Green Phoenix. On aura besoin de votre force pour parvenir à cet objectif !

- Vous avez raison, approuva Stéphanie, submergée soudain par un vif désir de revanche, qu'est-ce que vous suggérée dans ce cas ? William et moi on peut se charger de détruire la Ville si vous le souhaitez ! Ce sera un réel plaisir, croyez-nous.

Une pause s'écoula durant laquelle Stéphanie s'amusa à jongler avec deux aiguilles, son regard violacé teinté d'une nuance meurtrière. Puis :

- Non, reprit la voix d'Anthéa, ferme, avec la perte du Territoire du Désert, nombre de nos Monstres et des créations de Jérémie ont été précipitées dans la Mer Numérique, et les renforts restants ne pourront être remplacés par Aelita aussi facilement maintenant que nous n'avons plus aucune Tour dans ce secteur. Rester seuls tous les deux à vous battre contre l'armée entière de la Green Phoenix serait une pure folie ! Mieux vaut que vous rejoignez d'autres Lyokô-guerriers pour les aider dans leur défense.

Impuissante, Stéphanie eut un soupir de dépit. Si l'idée de laisser le Territoire de la Ville intact derrière elle n'avait rien d'enchanteur, elle savait, en au fond d'elle-même, qu'ils n'avaient pas leur mot à dire.

- Très bien, céda-t-elle, sans parvenir à dissimuler la déception dans sa voix pour autant, vers quel Territoire est-ce qu'on devrait se rendre selon vous ?

- Stéphanie ! l'interpella subitement un William alarmé, sa large épée tendue en position défensive devant lui.

Faisant volte-face vers la marée de buildings leur faisant face, Stéphanie eut le temps de voir une poignée de flaques de lumières rouges se refléter à travers les surfaces réfléchissantes des bâtiments avant que les premiers lasers ne fusent, manquant de peu de la dévirtualiser sur place.

Parant de justesse l'assaut après avoir encaissé un tir dans l'épaule, la jeune fille émit une grimace d'horreur tandis que les Monstres émergeaient des allées perpendiculaires à leur position, pattes et têtes difformes pointant derrière les hauts murs d'un gris terne.

- Kankrelats, Blocks, Tarentules… décompta-t-elle en laissant William prendre la relève en termes de défense, il faut croire que la Green Phoenix ne compte pas nous faciliter la tâche ! La Tour de Passage est loin, Anthéa ?

- Juste au bout de l'avenue qui vous fait face, les rassura l'informaticienne, tes destructions de Tours Noires ont au moins permis de réduire la superficie du Territoire de la Ville et je peux t'indiquer des chemins dérobées pour échapper aux Monstres le mieux possible. En revanche, j'ai autre chose en vue pour William.

- Quoi ?

De surprise, le jeune homme oublia de parer les tirs un bref instant et reçut un laser de plein choc, secouru néanmoins de justesse par sa coéquipière tandis que celle-ci se dressait entre lui et les Monstres de nouveau, aiguilles croisées.

- Qu'est-ce que vous voulez dire ? balbutia-t-il à l'adresse d'Anthéa, ignorant les étincelles fusant de son torse sous l'effet de l'impact, je ne peux pas laisser Stéphanie se rendre seule vers la Tour de Passage ! Elle ne va jamais tenir face à une horde pareille !

Frustrée par le commentaire, Stéphanie fit brusquement tourbillonner une aiguille sur l'un de ses doigts en une hélice métallique à la défense impénétrable avant de soudain envoyer fuser droit devant elle sa seconde arme, empalant coup sur coup Monstre sur Monstre droit dans l'œil, profitant de la promiscuité de l'avenue face à eux pour accomplir de multiples coups.

La série d'explosions qui en résulta fut telle que les Créatures de la Green Phoenix restantes durent se réfugier à l'intérieur des bâtiments le plus proche en un concert de crissements furieux.

- Je pense que je peux me débrouiller niveau défense, ironisa Stéphanie en retourna la tête vers William dans une danse de sa couette, un sourire moqueur étirant ses lèvres.

Le jeune homme, de surprise, ne put qu'écarquiller les yeux, incapable de fournir une réponse cohérente à l'impressionnante prouesse de son amie.

Cette dernière, bien que satisfaite de son petit effet, ne parvenait guère à réprouver le pincement au cœur qu'elle avait ressenti au moment où Anthéa avait évoqué leur séparation pour le bien de la mission. Elle qui se réjouissait de défendre Lyokô aux côtés du beau ténébreux torturé se retrouvait quelque peu désarçonnée par ce soudain revirement de situation.

Elle choisit cependant, dans un excès de fierté, de n'en rien laisser paraître et préféra se retourner vers le ciel pour renouveler la question de son ami à l'adresse de la mère d'Aelita, laissant sa curiosité supplanter ses sentiments blessés.

- William a raison, lança-t-elle, quel est votre plan exactement ? Où est-ce que vous souhaitez l'emmener ?

- Le Cinquième Territoire, répondit la mère d'Aelita sombrement, l'effondrement du Désert a créé une brèche dans ses défenses et Jérémie et ma fille ont besoin de l'un d'entre vous pour défendre la zone. William, on t'expliquera tous les détails une fois que tu seras sur place.

Le jeune homme eut une grimace de dépit. Si le traumatisme causé par sa capture par XANA sur ledit Territoire des années auparavant avait fini par s'atténuer, la perspective de devoir se retrouver de nouveau emprisonné au sein du labyrinthe de cubes bleus n'avait rien pour l'enchanter. Néanmoins, et à l'image de Stéphanie, il préféra ravaler ses protestations et acquiescer d'un signe de tête raide.

- Très bien, soupira-t-il, sans prendre en considération le regard inquiet de Stéphanie collé sur lui, est-ce que le Code Scipio va marcher au moins ? Le Territoire du Désert est hors jeu je vous rappelle.

- Avec le chaos causé par la Fusion, ça ne devrait pas pauser de problème, le rassura vaguement Anthéa, Stéphanie quant à toi, je t'enjoins à te rendre sur les Territoires des Montagnes et des Cieux. Odd semble bien s'en sortir mais je n'ai pas de nouvelles de lui depuis un moment et il est seul pour s'en occuper… Mieux vaut lui apporter un coup de main.

- Vous êtes sûre ? ne put retenir Stéphanie, frustrée, et Mathieu et Angel ? Etant donné leur passé commun, je suis sûre qu'une personne de plus…

Mais un geste de William la fit taire, à son grand regret. Ils n'avaient pas de temps à perdre en discussions futiles. Anthéa savait ce qu'elle faisait depuis son poste de contrôle et ils ne pouvaient rien faire de mieux que d'écouter ses directives et s'y plier, sans prendre en compte ce que leurs cœurs leur criaient de faire.

Ce fut donc sans un mot, le poing serré contre sa poitrine, que Stéphanie laissa le jeune homme s'éloigner en direction de la bordure du plateau morcelé de carrés de grisaille, prêt à s'arracher de nouveau à sa vue pour un long moment.

« Sois prudent » fut la seule chose qu'elle eut le temps de murmurer à son attention avant que les Monstres en embuscades, rassurés de ne pas s'être encore faits attaquer, ne resurgissent brusquement de leurs cachettes, les bombardant de nouveau de lasers.

- Tiens le coup toi aussi, articula William, parant un ultime tir de son épée avant qu'une sphère de lumière ne jaillisse subitement des ténébreuses profondeurs des cieux, le happant dans son halo jusqu'à l'englober entièrement.

Un éclat aveuglant plus tard, et le globe ornementé du symbole de Lyokô fusait au loin à travers le Territoire, se frayant un passage habile entre les Créatures de la Green Phoenix, disparaissant à une vitesse telle que ni Blocks, ni Tarentules ne purent l'atteindre.

Le cœur déchiré, Stéphanie para distraitement quelques coups de ses aiguilles, laissant son regard violet se perdre dans le lointain vers l'emplacement où le minuscule point de lumière qu'était devenu le Transporteur s'évanouissait petit à petit, emportant William dans son sillage sur ordre d'Anthéa, avant de brusquement se reprendre, un rictus assassin déformant son faciès en un masque méconnaissable.

- Amenez-vous, les bébêtes ! provoqua-t-elle ses ennemis en dégainant le reste de ses aiguilles d'un geste ample, faisant claquer les plis de sa jupe au passage, je vais vous faire payer ce que vous avez fait au Désert, croyez-le bien !


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Au sommet d'une souche gigantesque, une Créature gélatineuse au crâne translucide embrassait avec amour entre ses longs tentacules la haute silhouette illuminée de blanc d'une Tour, perdue au centre de ce qui avait pu être un lac autrefois.

De l'extrémité de ses maléfiques filaments, pulsaient de temps à autre une lueur rouge, atténuant chaque fois un peu plus le halo faiblissant de l'édifice, tandis qu'un crissement de délectation s'échappait de son être. Encore une poignée de minutes, et la Tour de Lyokô ne serait plus qu'un lointain souvenir.

Soudain, et au moment où elle s'y attendait le moins, un disque de métal vint brusquement fuser devant elle, tranchant net ses tentacules les plus proéminents en lui arrachant un cri de douleur.

Reculant en un réflexe de protection tandis que ses membres arrachés s'évanouissaient déjà en pixels, la Méduse se retrouva nez-à-nez face à l'agile silhouette d'une ninja de carmin et d'ébène, le visage masqué, un long bâton auquel venait de se raccrocher un tensen lancé à pleine vitesse un instant plus tôt pointé avec menace dans sa direction.

Prête à fondre sur elle, le reste de ses filaments crépitant de colère, la Créature de la Green Phoenix n'eut pas le temps de discerner l'éclair vert qui vint soudain fuser dans son dos, plantant une lame adroite à travers ce qui lui servait de cortex cérébral d'un coup sec. Dans un chuintement écœurant, le katana vint traverser son crâne globuleux de part en part jusqu'à percer de plein fouet le fragile symbole d'Angel faisant face à Yumi, mettant d'un coup unique fin à son existence.

Ce fut dans un hurlement de rage que la Méduse explosa en une myriade de particules rouges, permettant à Ulrich de se réceptionner au sol non loin de la Tour, un air satisfait illuminant son visage de samouraï numérique.

- Et une Tour de plus hors de danger, commenta-t-il en observant le halo vacillant de l'édifice regagner peu à peu en puissance, tu te sens bien, Yumi ?

La japonaise venait de s'envelopper d'un halo rouge, s'élevant gracieusement jusqu'à la souche pour rejoindre son frère d'arme, jaugeant de la situation avec intérêt.

- Plus que bien, à dire vrai ! admit-elle en stoppant son pouvoir de Télékinésie nouvellement recouvré qu'elle parvenait, depuis peu, à s'appliquer à elle-même, je me sens… Libre comme jamais ! Même mon avatar d'origine n'avait pas une telle liberté de mouvement, une telle… Puissance, au fond de lui-même. J'ai l'impression de renaître !

Il était vrai que, depuis sa montée en niveau inopinée, la nouvelle ninja s'était montrée d'une rare efficacité, faisant soudain preuve d'une détermination renouvelée après de longs mois d'absence. Si, à elle seule, son arme à mi-chemin entre l'éventail de métal perché au bout d'une lance et la tronçonneuse avait suffi à dévirtualiser plus d'un Monstre adverse, de près comme de loin, son association avec Ulrich s'était rapidement dévoilée des plus détonante. Petit à petit, et grâce à leurs efforts conjugués, le Territoire de la Forêt reprenait de l'ampleur par rapport au Volcan, dont les nuages de souffre s'étaient grandement atténués au profit de nouveaux arbres denses, obscurcissant le ciel rougeoyant sous l'effet de la Faille déchaînée.

- Ces Méduses sont de vrais saletés cela dit, marmonna-t-elle derrière son masque, heureusement que Stéphanie a eu le temps de nous prévenir, où la Forêt aurait très bien pu rejoindre le Désert à ce rythme !

Un craquement sourd au loin leur fit relever la tête juste à temps pour voir de lourds rochers noirs de suie dégringoler vers la Mer Numérique, emportant avec eux les restes d'une Tour inactive.

- Bonne nouvelle, leur confirma Anthéa, ragaillardie, les Monstres d'Aelita viennent de réussir à abattre une nouvelle Tour Noire de la Green Phoenix ! Plus qu'une, et on peut dire adieu au Volcan. Continuez sur cette lancée !

Un regain d'espoir vint soulever le cœur des deux adolescents à cette mention. Un seul pylône au halo noir à abattre, et leur désavantage serait rattrapé ! Ils étaient capables de le faire, ils le savaient. Maintenant qu'ils faisaient de nouveau équipe ensembles, la ninja et le samouraï côte à côte comme au bon vieux temps, l'impossible leur semblait à porter de main.

En un saut parfaitement synchronisé, les deux partenaires bondirent droit vers le sentier le plus proche, suivant la piste d'un petit groupe de Kankrelats alliés, bien déterminés à mettre fin au règne de la Green Phoenix une fois de plus.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Une explosion d'une rare violence vint ébranler le plateau déstructuré du Territoire des Abysses, envoyant valser quelques Kongres par-dessus bord.

Étouffant une toux, Mathieu se glissa jusqu'au cratère qu'il venait de former pour récupérer son arme, noircie mais intacte, dont la jauge de puissance venait de retomber à zéro sous l'effet de la détonation. Face à lui, le champ de bataille semblait avoir subitement été déserté par les adversaires qui pullulaient pourtant à foison un instant plus tôt.

Satisfait, le jeune homme fit valser ses oreilles de lapin, tournant la tête dans son dos juste à temps pour voir Angel émerger de la Tour Noire qu'il protégeait depuis plusieurs minutes acharnées désormais. Sur le sillage de son aile unique, les ultimes tressautements du halo sombre s'évanouirent, laissant la blancheur de la paroi de nouveau pure et intacte.

- Et encore une de plus de désactivée, jubila l'ange déchu en claquant volontiers la main tendu de son partenaire, maintenant que tu as eu cette mise à niveau ou je ne sais pas quoi, on assure, mec !

- Ne parle pas trop vite, tenta de le tempérer Mathieu sans parvenir à contenir un sourire cependant, la bataille est encore loin d'être gagnée.

Sous le couvert d'une moue agacée, Angel fit mine de lui renvoyer une réplique cinglante lorsqu'un missile vint brusquement s'écraser à leurs pieds, les projetant pelle-mêle tous deux à terre.

Mathieu eut tout juste le temps de relever sa sphère de métal pour parer le second assaut que, déjà, celui-ci se présentait à eux sous la forme d'une multitude de Rekins, ondulant leur silhouette noire et blanche gracieusement à travers le ciel zébré d'éclairs.

- On ne peut pas rester tranquilles cinq minutes, maugréa Angel qui s'était déjà redressé, laissant l'or de sa faux scintiller entre ses mains, bah ! On n'a qu'à leur régler leur compte comme aux autres, pas vrai, Matou ?

Mais, à sa grande surprise, sa remarque ne rencontra aucune réponse embarrassée cette fois-ci. Rien qu'un long et étrange silence entrecoupé de bruits de tirs.

Tournant la tête vers son camarade, le plus récent des Lyokô-guerriers eut soudain un vif mouvement de recul, effrayé.

Les bras en croix, Mathieu s'était soudain figé, ses yeux révulsés dans ses orbites illuminés de flashs de couleurs fantasques. Il avait l'air d'un véritable zombie, ce qui n'était pas pour rassuré le jeune homme aux cheveux sombres face à lui.

- Bordel, Scillas, qu'est-ce qui te prend ? tenta-t-il de le secouer, parant au passage de justesse un nouveau missile d'un revers de lame.

Mais sa voix ne semblait plus en mesure de parvenir aux oreilles de l'adolescent. Au lieu de reprendre contenance, ce dernier commença à ouvrir lentement sa bouche avant de brutalement se mettre à psalmodier d'une voix forte et lointaine, vibrante d'énergie :

« L'inévitable ne peut être stoppé, et tout ce qui a été devra tôt ou tard s'effondrer. Destruction, destruction, destruction. Rien d'autre ne pourra en ressortir et lorsque le gigantesque démon fendra les eaux, la balance enfin penchera, et la jeune femme périra. »

Puis, sans plus d'explication et sous le regard pétrifié d'Angel, l'adolescent laissa ses yeux se fermer lentement avant de brusquement tomber à genoux, inconscient et à la merci des tirs des Rekins qui n'étaient plus qu'à quelques mètres d'eux à présent.

- Eh merde, c'est bien le moment ! ragea le jeune homme, faisant danser sa faux devant lui juste à temps pour heurter d'un trait les Créatures qui furent aussitôt repousser au loin dans un hurlement de rage.

A peine avaient-ils recouvrés leurs stabilités, crocs sortis et prêts à mordre, que, déjà, Angel avait péniblement hissé Mathieu sur son dos et s'était envolé dans les airs, fuyant la zone de combat à tire-d'aile.

- Anthéa, qu'est-ce qui vient de lui arriver à ce timbré ? s'exclama-t-il, fauchant algues et glaciers de sa lame sans distinction afin d'accélérer sa fuite.

- Une Prédiction, répondit-elle avec anxiété, son Pouvoir est un peu imprévisible mais il nous a été plus qu'utile jusqu'à présent… J'ai enregistré sa prophétie afin d'essayer d'en comprendre le sens le plus vite possible. En attendant, mets-le à l'abri et ne prends pas de risques inconsidérés ! Ton Code Endo est trop précieux pour qu'on puisse risquer de le perdre.

Jurant mentalement, Angel effectua une brusque bifurcation pour pénétrer droit derrière une cascade artificielle, abritant derrière ses gouttes de pixels une cavité parfaitement dissimulée qu'ils avaient croisée un instant plus tard.

Cependant, et à la surprise du guerrier ailé, en lieu et place de la paisible quiétude qu'il s'était attendu à rencontrer derrière les trombes d'eau, ce fut une explosion de tirs qui l'accueillirent, le précipitant, lui et son camarade inconscient, droit dans le ruisseau coulant à flanc de falaise.

L'aile et le bras parcourus d'étincelles, Angel préféra demeurer sous les vagues, évitant à grands coups de brasses les lasers des Monstres qui continuaient à pleuvoir.

« Une embuscade », songea-t-il à raison, traînant à la hâte un Mathieu toujours immobile loin des attaquants.

Ne pas avoir besoin de respirer était sans nul doute l'un des bénéfices les plus probants de Lyokô et, dissimulés par les eaux épaisses de la Banquise virtuelle et les flashs d'un rouge sanguin des lasers de Frôlions emplissant l'atmosphère, il n'eut aucun mal à nager jusqu'à une zone plus sûre où il put enfin émerger, tirant Mathieu sur la berge le plus rapidement possible en dépit de son importante perte de Points de Vie. Tous deux étaient déjà secs, comme si leurs corps numériques n'étaient jamais entrés en contact avec la moindre substance liquide.

A peine le nouveau Lyokô-guerrier eut-il recouvré son souffle que, déjà, le vrombissement des ailes des Frôlions retentissaient en aval du ruisseau, se rapprochant dangereusement.

- Ils ne vont jamais nous lâcher ! gémit l'ange déchu en tirant sa faux des eaux dans une pluie de pixels bleus, faisant office de gouttelettes, Anthéa ! Je ne vais pas pouvoir les battre tout seul, et encore moins en traînant un poids mort derrière moi… Comment est-ce que je m'en sors maintenant, hein ?

- Je ne sais pas, il n'y a aucune cachette dans les alentours, lui répondit à la hâte l'informaticienne, visiblement dans un état de profonde détresse, pourquoi… Pourquoi ne pas essayer d'utiliser ton propre Pouvoir ? Sur Endo tu pouvais…

- …Invoquer une de ces bestioles aquatiques toutes plates et volantes, compléta à sa place Angel, puisant à grand peine dans les souvenirs flous de sa période sous l'emprise de la Green Phoenix. Je ne sais pas ce que vont valoir mes pouvoirs sans l'influence de la Tour Noire qui me contrôlait mais bon…

L'arrivée des premiers lasers mirent un terme à ses doutes. Pointant brusquement la main vers le ciel cauchemardesque au dessus de sa tête, Angel se concentra de toutes ses forces, puisant dans sa mémoire vacillante pour tenter de ressentir à nouveau ce que la création des Mantas lui avait un jour inspiré. Cependant, en lieu et place d'un vortex de virtualisation, ce fut une brusque boule de lumière bleue qui vint soudain jaillir de sa paume avant de rebondir doucement au loin à la surface du plateau gelé. Pendant un bref instant, la sorte de "blob" ainsi générée sembla lutter pour adopter une forme stable, ondulant avec difficulté sur place en un étrange chuintement avant de se désintégrer subitement en une nuée de particules translucides.

Angel n'eut le temps que pour un nouveau juron avant de devoir lever sa faux de nouveau, renvoyant au loin laser sur laser du plat de sa lame tandis que les Frôlions commençaient à les encercler.

C'était un échec sur toute la ligne. Non seulement son pouvoir s'était révélé inutile, mais il avait été incapable de maintenir sa création intacte plus de quelques secondes ! Submergé par les attaques comme il l'était et contraint de protéger le corps sans vie de Mathieu à ses pieds – qui grésillait désormais à son tour de volées d'étincelles – il se trouvait incapable de se concentrer suffisamment pour donner naissance à une créature viable.

Ils étaient désormais à la merci des Monstres de la Green Phoenix.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Stéphanie ne se souvenait pas avoir jamais couru aussi vite de toute sa vie. Sa queue de cheval fouettant l'air dans son dos, évitant les lasers qui pleuvaient des buildings sur son passage de justesse, elle dérapa subitement le long d'une étroite allée, laissant ses bottes de cuir la porter vers un espace lumineux et dégagé, désormais à portée de doigts.

En une habile roulade, la gothic lolita parvint à esquiver de justesse les ultimes tirs de Tarentules à son intention avant d'enfin déboucher sur la Grand-Place principale de la Ville, large espace grisâtre et vide sur lequel débouchaient de larges artères jalonnées de gratte-ciels d'une hauteur impressionnante. En son centre, son objectif final se dressait, élevant fièrement sa silhouette lumineuse et circulaire au milieu des milliers de cubes constituant le Territoire, son halo d'un noir intense venant trancher sur le triste gris environnant. Elle était enfin là : la Tour de Passage qui lui avait valu tant d'efforts à se défouler contre les Monstres dans les rues d'Endo.

Piaillant et rugissant, le comité d'accueil envoyé par la Green Phoenix se précipitait à toutes pattes vers elle, prêt à la faucher de leurs pinces acérées.

« Allez ma vieille, c'est pas le moment de flancher… ! » se persuada Stéphanie, accroupie au sol, tirant de son brassard l'une de ses dernières aiguilles.

Sautant brusquement dans les airs, elle n'eut qu'à rebondir avec adresse sur le crâne plat et rubicond du Krabe le plus proche pour se propulser droit vers la Tour, échappant à la multitude de lasers pleuvant dans sa direction en un parfait salto.

Tranchant d'un habile tourbillon de métal les pattes de la Créature restée en arrière garde devant la base de la Tour, la jeune fille profita aussitôt de la surprise du crustacé monstrueux pour se glisser à travers la paroi, échappant enfin à la clameur furieuse de ses poursuivants, un sentiment de triomphe envahissant tout son être. Elle avait réussi !

Autour d'elle, ne s'étendait plus désormais qu'une onctueuse tranquillité, semblant plonger la vaste pièce circulaire marquant l'unique étage de la Tour Noire dans un étrange halo turquoise et mystique.

Reprenant lentement son souffle à mesure que ses Points de Vie, au plus bas, remontaient lentement, Stéphanie s'avança vers le bord de la plateforme sur laquelle elle venait d'atterrir. En contrebas, et à perte de vue, ne s'étendait qu'une insondable pénombre et il lui sembla un instant qu'un puits sans fond lui tendait les bras, l'engageant à sauter en dépit des risques.

- Vous êtes sûre de vous, Anthéa ? s'enquit la jeune fille, s'étonnant de la puissance de sa propre voix à l'intérieur de l'édifice circulaire, je dois vraiment aller prêter main forte à Odd ? Aux dernières nouvelles, il était celui qui s'en sortait le mieux il me semble ?

- Pas maintenant qu'il est le seul Lyokô-guerrier sans partenaire, objecta la mère d'Aelita, laissant échapper un soupir soucieux à travers son micro, je n'aime pas l'idée de vous savoir séparés… Votre sécurité importe plus que la réussite de la mission, ne l'oublie pas !

Pestant intérieurement, la jeune fille s'apprêtait à rendre les armes au moment ou un long cri vint brusquement lui vriller les tympans, faisant vibrer son crâne de l'intérieur en lui arrachant une grimace de douleur.

Se tenant les oreilles malgré elle sous le coup de la surprise, la jeune fille s'empressa de se concentrer pour tenter d'identifier la source de ce déchirant hurlement, en vain.

- Anthéa, qu'est-ce qui se passe !? s'exclama-t-elle, amorçant un pas de recul, ce n'était pas Odd, ça !

- Non, répondit son interlocutrice sans parvenir à dissimuler la nuance de désespoir qui teintait sa voix, je… Angel a dû mettre en marche la communication groupée sans le vouloir. Il est dans une situation difficile et Mathieu vient de perdre connaissance après une Prophétie inattendue, donc…

Stéphanie sentit son corps se glacer tandis que les paroles d'Anthéa pénétraient peu à peu son esprit. Autant le sort d'Angel lui importait peu, autant l'idée de Mathieu, immobile et sans défense face à une armée de Monstres de la Green Phoenix lui paraissait insupportable.

En une fraction de seconde, la belle résolution qu'elle avait prise un instant plus tôt vola en éclats.

La démarche ferme, elle se dirigea vers le côté opposé de la plateforme jusqu'à ce que le bout de ses bottes à talons compensées soient à mi-chemin entre le vide et le sol, accusant une profonde inspiration.

La voix d'Anthéa, soudain inquiète, retentit à travers les parois de la Tour.

- Stéphanie ? Qu'est-ce que tu fais ? Odd…

- Je suis désolée, l'interrompit la jeune fille dans un demi-sourire, mais il est hors de question que je laisse mon premier véritable ami à la merci de la Green Phoenix, peu importe la situation.

Et, les bras en croix et sans un mot de plus, l'adolescente se laissa chuter, les abysses d'un noir morbide de la Tour happant brusquement sa silhouette en une colonne de chiffres, la redirigeant contre toute attente non pas vers les hauts sommets du Territoire de la Montagne amalgamé aux Cieux, mais vers les contrées glacées de la Banquise.

Circulant à toute allure à travers les canaux connectant les Tours de Passage entre elles, le regard de Stéphanie perçait l'obscurité d'une détermination nouvelle : celle de sauver Mathieu et Angel, quoi qu'il puisse lui en coûter.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Aveuglé par le rayonnement des tirs, Angel se contentait de frapper l'air de sa faux au hasard d'un geste désespéré, incapable de prédire les attaques de ses adversaires. Il ne voyait aucune issue à sa situation. En dépit de l’entraînement intensif que lui avaient fait subir les autres Lyokô-guerriers au cours des dernières semaines, il restait un novice sur Lyokô et une situation pareille, seul face à autant de Monstres, était loin d'être à sa portée. Sans doute allait-il finir dévirtualisé d'un instant à l'autre et, avec lui, disparaîtraient les dernières chances de l'équipe de parvenir à submerger les forces d'Endo.

Mais, alors que tout semblait perdu, un rugissement jaillit soudain sur sa droite. A peine eut-il le temps de relever la tête, éberlué, qu'aiguilles sur aiguilles pleuvaient sur les Frôlions, dispersant l'essaim en une série de violentes détonations.

L'instant plus tard, la silhouette plantureuse d'une jeune fille en corset, une jupe plissée rouge fouettant l'air dans son sillage virevoltait jusqu'à eux, arrachant au sol les lames qu'elle venait de lancer pour les secourir, prête à faire face au reste des Créatures volantes.

Bouche bée, Angel dut cligner de ses yeux d'or à de multiples reprises avant de reconnaître, à travers les traits déformés par la rage de se battre, le regard violet et pétillant de Stéphanie.

- Toi… !? articula-t-il, stupéfait, tandis que la jeune fille abattait d'un habile rebond de laser sur ses armes un nouveau Frôlions, mais… Qu'est-ce que tu fous ici ? Et plus important : qu'est-ce que c'est que cette tenue virtuelle délurée !?

- Merci pour ta gratitude, ironisa la jeune fille en se collant dos à dos avec l'adolescent qu'elle haïssait tant, protégeant Mathieu de leurs deux corps, je devais aller donner un coup de main à Odd sur le Territoire des Montagnes à la base mais en entendant à quel point vous étiez en galère une fois dans la Tour de Passage… Je n'ai pas pu me retenir !

Fouettant soudain l'air de son bras, Stéphanie fit jaillir une traînée de Pixoflame devant elle juste assez longtemps pour repousser les Frôlions et permettre à un Angel, toujours aussi abasourdi, de hisser de nouveau Mathieu sur ses épaules.

- Allez, joli cœur, se moqua-t-elle en lui emboîtant le pas tandis qu'il se mettait à courir sous le couvert de ses aiguilles, tu as encore quelques Tours à désactiver il me semble !


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


William reprit peu à peu conscience de son environnement à mesure que la sphère de lumière qui constituait le Transporteur le libérait au centre du plateau légèrement bombé de l'Aréna.

La tête lui tournant encore un peu à la suite du voyage mouvementé qu'il venait de subir vers le Cinquième Territoire, le guerrier mit plusieurs secondes avant de constater qu'il n'était pas seul dans la vaste pièce en forme de dôme.

Accourant face à lui, la silhouette mince, engoncée dans son armure moulante, Jérémie surgissait tout juste de l'ouverture à même le mur lui faisant face, ses lunettes interactives crépitant de données.

- Super ! Tu es déjà là ! fit-il sans lui laisser le temps d'engager la conversation, ne perdons pas de temps : mes robots sont en train de défendre la Tour en bas mais je ne sais pas combien de temps ils vont tenir sans moi.

S'avançant pour le rejoindre au centre de la salle, le jeune homme prit une mine concentrée, jonglant distraitement avec son bâton en parallèle d'une main habile.

- « En bas » ? releva William, un peu désarçonné par la situation, qu'est-ce qui se passe au juste ici ?

- L'effondrement du Désert a permis à la Green Phoenix d'ouvrir une brèche dans les défenses du Cinquième Territoire et de s'y infiltrer, résuma Jérémie d'un ton monocorde, en ce moment précis, leurs Monstres sont en train d'essayer de détruire notre Tour à l'heure qu'il est.

Le guerrier à la lourde épée afficha un air horrifié.

- Qu'est-ce que tu fais là, dans ce cas !? s'exclama-t-il, il ne fallait pas m'attendre ! Viens, on va descendre vers la Tour et éliminer les Monstres tant qu'il en est encore temps.

- Une minute ! l'interrompit Jérémie, saisissant son poignet pour l'empêcher de se ruer vers la sortie de l'Aréna, si je t'ai fait venir sur ce Territoire c'était pour une toute autre raison que celle de m'aider à défendre la Tour. Je peux très bien m'en sortir seul avec Aelita à ce niveau.

Le ténébreux jeune homme eut un haussement de sourcils circonspect. Que pouvait-il bien entendre par là ? Quel était son rôle face à cette intrusion si ce n'était de détruire des Créatures de la Green Phoenix ?

- C'est simple, s'empressa d'affirmer Jérémie, comme s'il avait été en mesure de lire dans ses pensées troublées, avec l'effondrement du Désert, la Green Phoenix a été en mesure d'ouvrir un passage entre leur Cinquième Territoire et le nôtre. Cela signifie, bien entendu, qu'ils peuvent nous attaquer désormais directement, mais à l'inverse…

- …Le passage est ouvert pour nous aussi ! compléta William, parvenant enfin à suivre le raisonnement de son acolyte, tu veux que je me rende sur Endo pour essayer de détruire leur Tour à eux, c'est ça ?

Jérémie émit un sourire satisfait, heureux de ne pas avoir besoin de se perdre en de longues explications. William n'avait pas mis bien longtemps à comprendre son plan et cela signifiait qu'ils pouvaient dors et déjà passer à la seconde phase de l'opération. Chaque seconde leur était comptée.

- Puisque tu as compris, je vais te la jouer courte, énonça très rapidement l'adolescent, s'écartant légèrement pour laisser son camarade Lyokô-guerrier s'avancer de nouveau vers le centre de la Plateforme. Maintenant que le lien entre les deux Cinquième Territoires est ouvert, le seul accès pour nous au noyau d'Endo est à partir de cette seule et même salle : l'Aréna – à en juger la déferlante de Rampants qui s'en est échappée un peu plus tôt en tout cas. On va donc tenter d'entrer le Code Hannibal et de voir si leur Transporteur parvient à passer nos défenses. Si c'est le cas, tu seras immédiatement transporté sur leur Cinquième Territoire et tu n'auras plus qu'à foncer en son centre pour tâcher d'y détruire la Tour Noire. Tu as compris ?

- Une minute, objecta le jeune homme, songeur, l'emplacement de leur Tour unique est au même endroit que celui du Cœur d'Endo, non ? Ne vaudrait-il pas mieux pour moi de détruire leur monde virtuel d'un seul coup plutôt que de me contenter d'une petite Tour ?

Jérémie eut un soupir désolé.

- J'aurais aimé que ce soit aussi simple, fit-il, mais n'oublie pas que tu te rendras seul dans ce Territoire. Ton Monolight te fera sûrement gagner quelques minutes le temps d'atteindre le Noyau mais, après ça, je doute que tu ais assez de temps devant toi pour parvenir à détruire le Cœur tout entier d'Endo. La Tour sera un bon début. Sa destruction devrait permettre d'empêcher les Monstres ennemis de continuer à s'infiltrer ici, ce qui serait plus que souhaitable.

William, frappé par les paroles du Lyokô-guerrier, afficha soudain une mine soucieuse.

- Si je comprends bien, lâcha-t-il sombrement, c'est une mission suicide… Pas moyen de pour moi de revenir une fois à l'intérieur, pas vrai ?

Jérémie eut une grimace embarrassée. Il en avait trop dit.

- Écoute, lâcha-t-il, on va faire tout notre possible pour essayer de te récupérer après ça et c'est la raison pour laquelle je veux que tu fasses demi-tour le plus vite possible une fois la Tour détruite. Ne t'attarde pas sur le Cœur, et tu auras peut-être une chance de t'en sortir. J'ai confiance en toi, William.

Le jeune homme eut un hochement de tête forcé. En dépit des paroles d'encouragement de Jérémie, il ne parvenait pas à se défaire de l'amère impression d'être utilisé.

Laissant Jérémie s'éloigner de quelques pas d'un air absent, le ténébreux guerrier ne put retenir une sombre pensée. S'il avait été sélectionné plutôt que Stéphanie ou un autre pour participer à cette mission, c'était parce qu'il était l'élément dont on pouvait le plus facilement disposer du groupe. Solitaire, incapable de briller par ses réussites face à la Green Phoenix ou même de s'intégrer tout simplement au sein des Lyokô-guerriers, il n'était rien de plus qu'un pion dans ce vaste combat. A peine virtualisé, on songeait déjà à se débarrasser de son embarrassante présence virtuelle, celle qui n'avait été qu'un fardeau du temps de XANA. Il avait beau avoir eu l'impression d'avoir racheté ses erreurs depuis le temps, il fallait croire que le souvenir de son passé en tant qu'ennemi demeurait encore profondément ancré dans la mémoire de ses camarades.

Et puis, tandis que Jérémie lui énonçait rapidement les ultimes instructions avant son transfert, l'image de Stéphanie, l'observant s'éloigner vers le bord du Territoire de la Ville, le regard plein d'appréhension lui revint en mémoire. Non, il n'était pas qu'un élément stratégique à utiliser au gré de la volonté des autres Lyokô-guerriers. Il y avait au moins une personne qui tenait à lui dans ce groupe, et il était prêt à accomplir l'impossible pour la rendre fière, même si cela incluait se rendre seul dans le repère armé jusqu'aux dents du Cinquième Territoire de la Green Phoenix.

Il allait détruire cette Tour, quoi qu'il puisse lui en coûter et, une fois cette interminable bataille achevée, il lui restait une dernière chose à accomplir. Une chose essentielle qui, il l'espérait, serait en mesure de faire scintiller ce profond regard violet qui avait toujours su lui redonner du courage depuis le rallumage du Supercalculateur.

- Code Hannibal, énonça clairement la voix d'Anthéa au dessus de sa tête, scellant son destin.

Jérémie et lui n'eurent pas à attendre longtemps avant de vérifier si leurs spéculations étaient fondées. En l'espace de quelques secondes, le Transporteur d'un noir caractéristique d'Endo avait jailli de la paroi de l'Arèna en un crépitement enflammé, laissant derrière lui comme une marque de brûlure avant d'englober sa silhouette dans son intégralité.

Avant de disparaître derrière le globe, le jeune homme se laissa aller à un clin d'œil facétieux à l'attention de Jérémie et ce dernier, surpris, ne put qu'entrouvrir la bouche, laissant William être arraché à sa vue dans une vif bourrasque.

Un second crépitement plus tard, et la sphère ornée du symbole d'Angel avait disparu, précipitant le Lyokô-guerrier solitaire vers le piège mortel qui l'attendait.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Odd se sentait lentement perdre pied. Noyé dans une transe infernale de couleurs, sons et images parvenant à son esprit à chaque instant de la part de chacun des Monstres qu'il avait possédé, il peinait à reconnaître son environnement ou même ses propres pensées désormais. Combien de Créatures avait-il sous sa gouverne à présent ? Six ? Douze ? Il était incapable de le déterminer, comme si sa conscience elle-même s'était étendue de possédé en possédé tel un élastique, désormais sur le point de rompre.

Les vagues clameurs de la bataille lui parvenaient comme brouillées, diffuses, tandis qu'une seule pensée rationnelle parvenait à dominer sur le mélange complexe qui lui embrumait l'esprit : il devait continuer à avancer, à tout détruire sur son passage jusqu'à ce qu'Endo ne soit plus.

Le cliquetis incessant des pattes des Monstres et les détonations entremêlées des lasers résonnaient avec force dans sa tête, pressant contre son crâne numérique avec violence, si bien qu'il se sentait sur le point d'imploser.

Lorsqu'enfin une vive douleur vint traverser ses deux queues de Nekomata, le forçant à lâcher prise de sa monture, ce fut presque avec soulagement qu'il se laissa rouler au sol, épuisé. A peine fut-il déconnecté de la Créature, qu'il sentit son esprit se résorber brutalement à l'intérieur de sa propre tête, coupant net le lien qui l'avait uni jusqu'à présent à chacun des Monstres infectés par son pouvoir de Possession.

Face à lui, au milieu de sa vision confuse qui peinait à se réunifier et à reprendre son sens, un Block tout aussi hébété oscillait doucement, le symbole à la surface de ses yeux globuleux clignotant allègrement entre la patte de chat et l'icône propre à la Green Phoenix, similaire à un ange.

En un réflexe dont il ne se serait plus cru capable étant donné son épuisement mental, Odd parvint à lever l'un de ses Catguns et à décocher une volée de Flèches Lasers droit sur le Monstre qui implosa aussitôt, sans avoir eut le temps de recouvrer ses esprits.

Dans un grognement de douleur, l'homme-chat virtuel se hissa sur ses pattes pour détailler le paysage qui l'entourait désormais, encore légèrement confus. Au dessus de sa tête bourdonnante de douleur, deux gigantesques pics de roche brune s'élevaient jusqu'à disparaître derrière les nuages de pixels noirâtres se fondant dans l'obscurité du ciel. Entre les deux, au loin, une vague série de montagnes mauves perçait à travers la brume, à la dérive dans ce monde virtuel en Fusion dont le sens semblait avoir disparu depuis trop longtemps.

- Comment est-ce que j'ai pu atterrir ici … ? marmonna Odd d'une voix pâteuse, grattant ses cheveux en pics d'une griffe hésitante.

Non loin de là, éparpillés de part et d'autres d'une Tour dont le halo –noir- s'évanouissait petit à petit, se relevaient l'un après l'autre Krabes et Tarentules, aussi confus que leur précédent maître.

- Mieux vaut se retirer je pense, lâcha Odd avant de brutalement se mettre à courir le long du plateau, s'éloignant le plus rapidement possible de ses anciens possédés avant qu'ils ne recouvrent leurs esprits. Déjà les premiers lasers, encore hésitants et mal calibrés, se mettaient à pleuvoir.

- Odd !? s'exclama subitement une voix de femme à travers la Voûte Céleste tandis qu'il effectuait un habile dérapage pour s'abriter derrière un pan de roches, tu es là ? Enfin j'arrive à te joindre ! Qu'est-ce qui s'est passé ? Tu es resté silencieux à mes appels pendant plus d'une demi-heure !

- Anthéa ? s'étonna le jeune homme, tout en constatant, dans un vain cliquetis de dépit, qu'un de ses Catguns était à présent déchargé, je ne sais pas trop… J'étais en train de posséder des Monstres de la Green Phoenix pour m'assister et je crois que j'ai un peu abusé de mon Pouvoir… J'avais du mal à garder le contrôle sur la fin. Bref, vous me faites un point sur la situation ?

Un soupir nettement audible vint traverser le micro de l'informaticienne, retentissant telle une vaste bourrasque saturée en électricité à travers les deux Territoires.

Tirant une petit dizaine de fléchettes à l'attention de ses poursuivants de son arme encore pleine, Odd porta machinalement la main à sa ceinture afin d'y ranger son autre pistolet avant de s'immobiliser, surpris. Sous sa patte, quelque chose de métallique et de pointu venait de se profiler.

Baissant ses yeux en fente grise vers son bassin, le jeune homme eu la surprise d'y découvrir, accrochées par suspension magnétique, pas moins d'une dizaine de ses anciennes Flèches Lasers, rondes et volumineuses en apparence, en dépit de leur nature effilée et mortelle.

- Anthéa… ? héla-t-il une nouvelle fois tout en décrochant d'un geste prudent l'une de ses nouvelles armes, est-ce que je suis monté de niveau au cours de la dernière demi-heure par hasard ?

- Oui, lui répondit l'informaticienne d'un ton légèrement inquiet, et tu as aussi pu abattre à toi tout seul pas moins de quatre Tours donc… Félicitations ! Les robots de Jérémie sont occupés à garder nos propres Tours, donc il ne te reste qu'un petit effort à faire avant de parvenir à détruire le Territoire des Cieux.

« Facile à dire », songea malgré lui l'homme-chat en accusant une nouvelle volée de tirs qui vinrent ébranler son abri de toutes parts. Sans ses monstrueux alliés sous son contrôle, il n'était pas sûr de pouvoir faire preuve d'une aussi belle performance et, après l'expérience particulièrement désagréable qu'il venait de vivre, pas question de réactiver son Pouvoir avant un petit moment !

Résolu à résoudre le problème à l'ancienne, Odd se pencha donc sur ses nouvelles fléchettes, détaillant l'aspect de celle qu'il tenait au creux de sa paume. La surface métallique illuminée des reflets rouges des lasers fusant par moment au dessus du muret, sa forme semblait épouser en tout point celle de la mince fente se profilant en guise de canon à l'embout de ses Catguns.

« Et si… ? »

D'un geste prudent mais appliqué, le Nekomata virtuel vint positionner la fléchette devant l'encoche de son arme déchargée avant de l'y enfoncer d'un coup sec et précis. La pointe effilée vint pénétrer la fente avec une facilité déconcertante, laissant au pistolet le loisir de laisser échapper un déclic de satisfaction. Presque aussitôt, Odd sentit l'arme vibrer sous son poing, comme chargée d'une énergie nouvelle.

- Odd, je ne sais pas ce que tu viens de faire, l'appela brusquement Anthéa, manifestement déconfite, mais ton Catgun droit vient de gagner une recharge de dix Flèches Lasers d'un coup ! C'est ta mise à niveau qui te permet de faire ça ?

- Il faut croire, répondit Odd, découvrant ses crocs dans un sourire triomphant.

Cette inopinée mise à jour de son avatar ne pouvait pas tomber mieux. Aussi, après avoir enfourné trois autres fléchettes dans le canon de son arme et inspiré un grand coup, le Nekomata n'hésita guère avant de bondir hors de son abris, canardant ses anciens alliés de tirs d'énergie dans un grand éclat de rire.

Fauchés en plein assaut, Krabes et Blocks implosaient les uns après les autres sous son attaque démente, sans que leurs lasers n'aient pu atteindre que le bout d'une de ses queues.

Esquivant d'une simple roulade sur le côté un rayon glacé, Odd sentit son corps tout entier recouvrer son inépuisable énergie d'antan sous l'effet de l'excitation. Dans son dos, le doux chant de deux Mantas d'Aelita se profila, émergeant de part et d'autre du pilier de roche maintenant le plateau dans les airs pour lui prêter main forte, couvrant ses assauts de leurs propres lasers bleus.

- Et on est repartis pour un tour ! jubila l'homme-chat, s'élançant à toutes jambes vers la prochaine Tour Noire, toute trace d'inquiétude disparue de son esprit.

Il était plus déterminé que jamais à remporter la partie, même sans son pouvoir de Possession, et comptait bien faire ses preuves sur le terrain, comme il l'avait fait à de nombreuses reprises par le passé.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


William fonçait à toute allure à travers la vaste salle irisée dans laquelle il venait de déboucher, slalomant le plus rapidement possible entre les piliers de corail dressés sur son passage.

Dans son dos, la sphère lumineuse de Monolight qu'il avait généré dés son arrivée dans le labyrinthe du Cinquième Territoire d'Endo projetait ses rayons envoûtant sur les Rampants ennemis qui, incapables de s'en détacher, se contentaient d'ouvrir leurs gueules béantes dans sa direction, leur queue métallisée ondulant doucement sur le sol.

Pressé par le temps, l'adolescent ne prit pas la peine de les détruire et préféra envoyer un bout de sa lame fuser droit vers la Clef en bout de salle, laissant l'encoche pointue pousser l'interrupteur profondément à l'intérieur de la paroi mi-organique abritant sa cavité.

Il y eut un déclic, puis un vif tremblement vint ébranler le sol, dégageant une ouverture béante aux pieds de William à travers laquelle il n'hésita pas à plonger, habitué à la démarche après toutes ces missions vouées à libérer Angel.

Il ne lui fallut pas plus de quelques secondes pour retrouver son chemin jusqu'à la vaste salle circulaire menant au Noyau. Un nouveau fragment de lame bien placé plus tard, et le long et étroit pont d'un noir luisant se détachait de la paroi pour lui permettre d'enjamber le vide vers la sphère centrale – son ultime destination.

Il eut à peine le temps de pénétrer dans le long tunnel sombre menant vers l'intérieur du globe que, déjà, le pont se soustrayait à ses pieds, lui coupant toute retraite.

- Bien sûr, ça aurait été trop beau que le mécanisme soit coupé par la Fusion, ironisa William pour lui-même avant de rapidement se remettre en marche.

De l'autre côté du fossé, les cris des Rampants, enfin libérés de leur transe, ne l'engageaient guère à faire preuve de patience.

Après une poignée de secondes de pas de course à travers le dédale de couloirs parcourus de corail luminescent, le jeune homme parvint enfin à déboucher au sein de la Salle Noyau d'Endo, inchangée depuis leur dernière visite.

Seul en son centre, scintillant de son intense lumière, se trouvait le Cœur de l'univers numérique maléfique, protégé derrière un entrelacs de racines si serré qu'il laissait à peine filtrer quelques rayons de la sphère ornementée d'un phénix stylisé.

Enfin, au dessus d'elle, dressée dans sa parure d'un blanc intense enveloppée d'un halo si noir qu'il semblait absorber toute lumière, se trouvait la Tour. Grande, pâle et majestueuse, elle semblait toiser William de toute sa hauteur, comme pour le défier d'essayer de mettre fin à son règne.

Elle n'était pas seule cependant.

En un concert de rugissements stridents, et avant même que le Lyokô-guerrier ait eu le temps de redresser son Zanbatô ne serait-ce que d'un centimètre, une véritable armée de Mantas jaillit brusquement de l'ouverture perçant le plafond de la salle circulaire, envahissant l'espace en un battement d'aile puissant.

En un clin d'œil, les lasers rouges se mirent à pleuvoir, forçant William à se réfugier rapidement de nouveau dans le tunnel d'où il venait d'arriver dans un bond. Profitant de sa position défensive, l'une des Mantas se mit à décrire de larges cercles autour de la Tour, crachant des mines du minuscule orifice à la base de son ventre qui formèrent rapidement une véritable barrière explosive autour de l'édifice tant convoité. Pas moyen d'avancer désormais sans risquer la dévirtualisation immédiate.

William émit un profond juron avant de planter sa large épée devant lui, bouchant l'entrée du tunnel aux Monstres Volants le temps de réfléchir. Bien entendu, la Green Phoenix n'allait pas le laisser accéder à l'un de leurs points stratégiques les plus vulnérables si facilement ; il aurait du s'attendre à un tel comité d'accueil. Il en venait presque à regretter d'avoir user la barre d'énergie de son Monolight pour franchir le labyrinthe à présent.

- Anthéa ? chuchota-t-il en désespoir de cause, je suppose que les mines de ces Mantas ne suffiraient pas à détruire la Tour si on venait à provoquer une explosion en chaîne ?

- Malheureusement non, lui répondit la voix, étouffée par la distance, de l'informaticienne, dans cette Fusion, chaque univers virtuel est programmé pour que les attaques des natifs d'un monde en particulier ne puissent faire de mal aux Tours concernées, au cas où. Une règle qui nous est bien utile mais qui t'empêche malheureusement d'agir. En l'occurrence ces mines ne sont mortelles que pour toi. Il va falloir trouver autre chose…

Se mordant la lèvre de dépit, le ténébreux jeune homme produisit un effort de concentration. Cette fois-ci, foncer dans le tas était hors de question. Un seul pas de travers, et il risquait de heurter une mine flottante et de s'autodétruire avant même d'avoir pu effleurer la Tour, sans compter le déluge de lasers qui l'attendait sans aucun doute de l'autre côté de l'abri de fortune que constituait son épée. Il lui fallait trouver une autre solution !

Avisant soudain les stries en pointe démarquant la surface de sa lame, William sentit son esprit s'illuminer brusquement d'une idée. Une idée risquée qui allait lui demander un timing extrêmement précis, mais qui avait ses chances de fonctionner, pour un peu que les Mantas lui laissent l'occasion d'agir.

Inspirant profondément, le guerrier saisit de sa main puissante mais légèrement tremblante d'appréhension le pommeau de l'épée. Ses yeux s'étaient clos sous l'effet de la concentration et ses oreilles tentaient d'ignorer tant bien que mal le vacarme produit par les tirs de Manta qui l'attendaient de l'autre côté, faisant trembler son arme de temps à autres sous ses doigts.

Il lui fallait visualiser la configuration de la Salle Noyau avec précision. Dans le cas contraire, la moindre erreur de trajectoire, et tout son plan se révélerait voué à l'échec, sans compter la dévirtualisation immédiate qui l'attendrait à la clef.

Ses espoirs de réussite étaient si minces qu'ils lui en semblaient ridicules. Néanmoins, il s'agissait là de son unique solution, étant donné le peu de temps de sursis que lui offrait son épée, dont la résistance commençait à être mise à rude épreuve par les tirs des Monstres de l'autre côté.

Ouvrant brusquement les yeux, William arracha d'un geste vif la lame du sol, laissant chacun des fragments la constituant se séparer de sa base en un long serpent de métal.

- Lancement ! hurla-t-il alors que les premiers lasers commençaient à fuser à travers l'étroit tunnel.

Aussitôt, les quartiers de lame se mirent à voler dans les airs, fusant adroitement à une allure folle entre les mines pour venir prendre d'assaut les racines profondément enfoncées dans le sol, servant de protection au Cœur du Cortex.

En huit coups effilés et précis, les câbles mi-organiques, mi-électriques se retrouvèrent tranchés sur le coup, laissant se déverser sur le sol de la Salle du Noyau des milliers de particules de données et de pixels bleus.

Il y eut un faible clignotement. Puis, dans un chuintement plaintif, la haute Tour unique perdit peu à peu de son éclat, libérant ses ultimes fumerolles noires vers le ciel avant de s'éteindre doucement.

Dans un cri d'agonie, les Mantas firent aussitôt volte-face, canardant le William désormais désarmé et désespérément coincé dans son étroit tunnel d'une quantité de lasers si importante qu'il n'eut même pas le temps de songer à s'échapper avant de se faire frapper de plein fouet.

Tandis que son corps commençait à se désagréger en un nuage de pixels, il eut un ultime regard vers le Cœur d'Endo, désormais à découvert derrière les monceaux de racines tranchées, et un souvenir lointain lui revint en mémoire. Le souvenir d'un autre Cœur, ornementé du symbole de Lyokô, dans lequel il était parvenu à planter sa lame, des années auparavant, lorsque son avatar était plus petit de plusieurs centimètres et cintré dans une tenue futuriste et moulante alliant gris et turquoise à la perfection.

Seulement, cette fois-ci, et contrairement à ce douloureux souvenir, il avait agi de son plein chef. Cette victoire face au monde virtuel lui revenait finalement.

Ce fut donc avec un sourire triomphant que sa silhouette en fil de fer disparue du Cœur d'Endo, ne laissant derrière lui qu'une Tour anéantie et huit fragments d'épée plantées au sol, dont la luminosité commençait à s'amenuiser.

Il avait enfin gagné.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:39   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1012
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Cramponné aux larges omoplates d'un Jérémoïde, Odd s'en donnait à cœur joie, bombardant de Flèches Lasers Frôlions et Kankrelats se dressant sur la route du géant robotisé qui s'astreignait à le transporter, bondissant de plateau en plateau en de grands et longs sauts bruyants.

- Allez mon vieux, l'encouragea le Nekomata en rechargeant d'une main l'un de ses Catguns à l'aide de ses nouvelles fléchettes portatives, on y est presque !

Face à eux, leur destination s'affichait sous la forme d'un large nuage de pixels noirs, étendant peu à peu son influence à travers le Territoire, des éclairs menaçant grondant sous sa nappe épaisse.

Évitant de justesse un des bâtons hexagonaux constituant sa monture qui venait d'être délogé d'un violent coup de laser, l'adolescent en violet prit une profonde inspiration. II ne lui restait qu'une Tour à abattre. Une seule, et l'équilibre entre les Cieux et la Montagne serait enfin suffisamment rompu pour lui permettre de crier victoire sur Endo.

- On fonce ! ordonna-t-il dans un sursaut de témérité, brandissant le poing en l'air malgré les Monstres virevoltant autour d'eux, menaçant de le désarçonner à tout instant.

Sous son injonction, le Jérémoïde plia ce qui lui servait de genoux avant de bondir de sa falaise, projetant sa massive silhouette et son passager droit à travers la tempête.

Pendant un instant, Odd se trouva aveugler par le nuage de pixels. Autour d'eux, crépitaient les éclairs dans un fracas tel qu'il se crut un instant perdu à l'intérieur des titanesques déchirures constituant les restes de la Faille de Lyokô.

Brusquement, un coup de tonnerre plus violent que les autres retentit, et un jet d'électricité vint zébrer l'atmosphère, frappant sa monture de plein fouet sur le torse.

Avec un chuintement de douleur, le Jérémoïde commença à se désagréger en plein vol, forçant l'homme-chat virtuel sur ses épaules à se jeter à l'aveugle vers le bas, espérant fortement rencontrer un sol dans sa chute.

Par chance pour Odd, sa silhouette désarticulée ne tarda pas à émerger du paquet compact de nuages et il n'eut le temps que d'entrapercevoir un long plateau brun et rocailleux sous ses pattes avant de heurter quelque chose de dur de plein fouet, stoppant ainsi nette sa chute.

Le souffle court, le Nekomata eut cependant la présence d'esprit de s'agripper de toutes la force de ses pattes et de ses queues à l'objet qui l'avait intercepté au vol avant de glisser de nouveau vers le vide. Il lui fallut quelques instants hébétés avant d'enfin parvenir à reconnaître les volutes de fumée noires qui dansaient désormais devant ses yeux gris perle, lui arrachant un grand cri mêlant surprise et triomphe. Contre toute attente, il avait atterri au sommet d'une Tour de la Green Phoenix !

En contrebas, crissant de frustration, un groupe de Blocks s'était amassé au pied de l'édifice, tentant de le mitrailler de lasers et de cercles de feu, en vain à cette distance.

Jubilant, l'adolescent n'attendit pas pour dégainer ses Catguns, chargés à bloc avant le plongeon à travers le rideau de nuages.

- Bye bye, Territoire des Cieux, ricana-t-il avant de vider tout un chargeur de Flèches Lasers sur les racines englobant la base de sa Tour, en faisant trembler les câbles jusqu'à ce qu'ils cèdent avec un claquement sec.

Sous son regard triomphant, le halo noyant ses pattes fermement agrippées sous une épaisse fumée noire s'évanouit peu à peu avant de disparaître dans le vide, laissant le long pilier numérique inerte.

Il y eut un immense tremblement de terre, si fort qu'Odd ne put maintenir sa prise plus longtemps et se retrouva projeté vers le sol. Puis, lentement, alors que le Nekomata se redressait avec brusquerie, le torse parcouru d'électricité et parant de justesse les tirs de frustration des Blocks d'un X-Shield, la terre sous ses pieds commença à s'effacer, le poussant à se mettre à courir.

Très vite ses assaillants, trop lents sur leurs courtes pattes, ne purent tenir le rythme et se retrouvèrent précipités vers la Mer Numérique décharnée dont les vagues se hâtèrent de désintégrer leur silhouette cubique en une colonne de lumière sous pression.

Devant les yeux à la fois apeurés et pleins de joie du Lyokô-guerrier, les hauts piliers de roches perçant le ciel de Lyokô s'évanouissaient peu à peu sur l'horizon dans un grésillement lointain, libérant des pixels bruns dans l'atmosphère. Aucune roche, aucun nuage chargé d'éclairs ne semblaient en mesure de survivre le colossal désastre qui touchait à présent le Territoire des Cieux, rayant peu à peu son étendue de la carte pour de bon.

Avisant deux Frôlions ennemis occupés à fuir le carnage à tir d'ailes sur sa gauche, Odd prit son courage à deux mains et se jeta dans le vide, enfonçant ses queues d'un geste habile droit dans leur dard, s'y accrochant de ses lames avec l'énergie du désespoir.

D'abord désarçonnées, les répugnantes Créatures ailées firent une chute libre de plusieurs mètres avant de remonter brusquement de façon parfaitement synchronisée, leur crâne difforme respectif ornementé à présent d'une patte de chat.

Se laissant entraîner vers des lieux plus calmes à la force de ses deux queues félines, le Nekomata ne relâcha son emprise sur les Frôlions qu'une fois au dessus d'un large sentier de pierres violettes, se laissant tomber avec souplesse sur le Territoire des Montagnes, désormais libéré de l'emprise d'Endo et intact.

Effrayés, les Frôlions prirent la fuite avant même qu'Odd n'ait eut le temps de dégainer ses Catguns de nouveau. Sous l'effet de l'euphorie, il décida de les laisser filer néanmoins, un large sourire s'étendant de chaque côté de ses oreilles de chat. Au loin, le chemin sur lequel il venait de prendre pied se reconstituait peu à peu à travers la brume, ses roches aux couleurs affriolantes reprenant leur ascendant sur le brun terne désormais pratiquement effacé du Territoire de la Green Phoenix.

- J'ai réussi ! psalmodia-t-il tandis que des Monstres envoyés par Aelita pour défendre le Territoire le rejoignait d'un petit pas pressé, ON a réussi ! Anthéa, vous avez vu ça !? Le Territoire des Cieux a été détruit ! On reprend l'avantage !

- Bravo Odd, le félicita l'informaticienne avec une sincérité désarmante, visiblement émue aux larmes, et tu n'avais personne pour te venir en aide ! C'est… Vraiment impressionnant !

Une vague de fierté s'empara de l'adolescent. Sa victoire signifiait bien plus pour lui que tout ce qu'Anthéa pouvait imaginer. Plus que le fait d'avoir contribué à diminuer les forces de la Green Phoenix, c'était celui d'être parvenu à le faire avant Angel qui le transportait de joie – d'une façon légèrement égocentrique, il devait bien l'admettre. Peut-être que, après un tel exploit, son différent avec Mathieu pourrait s'atténuer quelque peu ?

Sur cette fantasque pensée, Odd s'empressa de se retourner vers le ciel, dont le chaos semblait s'être légèrement calmé à présent.

- Qu'est-ce que je fais maintenant, Anthéa ? s'enquit-il, laissant sa fierté clairement transparaître à travers ses propos, je vais rejoindre quelqu'un d'autre pour les aider ou je reste défendre la Montagne ?

Mais pour toute réponse, il n'eut droit qu'à un brusque bruit d'alarme tonitruant, suivi de peu par un tremblement de terre d'une puissance alarmante. Sous le coup de la secousse, les Monstres les plus petits accompagnant Odd se retrouvèrent précipités droit vers la Mer Numérique, leurs pattes fouettant l'air avec impuissance avant de disparaître dans les tréfonds des flots bouillonnants.

Se raccrochant de justesse d'un coup de griffes à la paroi du sentier, le Lyokô-guerrier se hissa de nouveau sur la terre ferme, une grimace inquiète remplaçant le sourire triomphant sur son visage.

- Une seconde Odd, le prévint Anthéa avec un cran de retard, je ne sais pas ce qui se passe, mais tous les radars sont au rouge de mon côté ! On dirait que… La Green Phoenix est en train de réunir toute son énergie ! Mais pourquoi… ?

Avec un horrible sentiment de déjà-vu, le jeune homme sentit brusquement le sentier s'incliner sous ses pieds, comme sous l'effet d'une puissante attraction du plateau tout entier vers la Mer Numérique, et n'eut d'autre choix que de s'accrocher de toutes ses forces au rocher mauve le plus proche.

Lançant un regard en contrebas, Odd ne put retenir un glapissement horrifié.

Des flots écumants de la Mer Numérique, venait de jaillir une main aux proportions titanesques, s'avançant lentement vers la Montagne la plus proche pour y agripper ses doigts épais afin de hisser le reste du corps accroché à ce bras démesuré hors des eaux.

Sous le regard terrifié du Nekomata, se dressa peu à peu la silhouette vaguement humanoïde d'un Monstre qu'il aurait souhaité ne plus jamais revoir de sa vie.

Le corps massif et recouvert d'une sorte d'épaisse carapace semblable à une terre exceptionnellement dure, perché sur des jambes courtaudes, il était parcouru de parts et d'autres par de longues cicatrices béantes donnant sur d'impressionnantes coulées de lave faisant bouillir la Mer Numérique de plus belle. Un masque d'un blanc nacré ornementé du symbole d'Angel en guise d'œil unique venait compléter cette apparition cauchemardesque et son bras gauche, pendant dans les airs, se terminait par une longue lame menaçante en guise de main, un globe oculaire hideux ornementant sa surface veinée.

Lentement, l'apparition tourna sa tête aux dimensions gigantesques et dénuée d'expression vers Odd, les deux longs et fins tentacules en pendant dansant doucement sous son geste.

- Un Kolosse… souffla l'adolescent d'une voix blanche, rendu presque muet par la créature démesurée qui se dressait désormais face à lui, son corps plus haut qu'une montagne ruisselant de gouttelettes noirâtres.

Avec l'arrivée de cette monstrueuse créature, leur avantage durement gagné venait de brutalement voler en éclats.
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:40   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1012
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
Chapitre 57 :

Épisode 156 : Fourth Round (Blondie's Comeback)_



Le hall de l'aéroport résonnait des douces clameurs des futurs passagers en cette belle fin d'après-midi sur la Ville de la Tour de Fer. Récemment remis à neuf, le bâtiment brillait par sa modernité et sa propreté immaculée qu'un grand soleil venait le mettre en valeur, baignant de ses rayons le sol carrelé et les sièges en contreplaqué à travers les épaisses et pentues baies vitrées donnant sur les pistes de décollage.

Seule au milieu des joyeuses allées et venues de touristes et habitués circulant d'un pas rapide entre les agents de sécurité facilement reconnaissables à leur uniforme d'un bleu marine, une jeune fille attendait l'arrivée de son vol, les yeux rivés sur le panneau d'affichage électronique face à elle. Ses jambes, d'une finesse incroyable, étaient croisées devant une coquette valise d'un rouge luisant et ses cheveux blonds impeccablement coiffés scintillaient de reflets d'or.

Dans ses délicates oreilles rondes, une paire d'écouteurs avait été enfoncée et, si l'on prenait la peine d'en suivre le fil électrique jusqu'à la prise jack du téléphone portable dernier cri positionné entre les plis de la légère robe d'été de l'adolescente, on pouvait distinguer à la surface de l'écran tourner en boucle un remix de la célèbre chanson « Call Me » du groupe Blondie, ici reprise par le plus célèbre encore groupe des Ceb-Digitals.

Laissant la voix aux accents rocks de Gardenia, la chanteuse du groupe, faire vibrer les paroles au creux de ses oreilles, la jeune fille porta un regard d'un turquoise limpide vers les portiques de sécurité qu'elle aurait bientôt à franchir.

Sous ses doigts fins et parfaitement manucurés, un billet d'avion à destination des États-Unis se profilait, le nom d'Eva Skinner inscrit en lettres capitales sur le bord gauche.

Eva – car c'était bien elle – laissa un doux soupir s'échapper de ses lèvres pulpeuses.

Elle peinait à croire que, dans quelques minutes, elle quitterait enfin le sol de la France pour voler de nouveau vers son pays natal, de l'autre côté de l'Atlantique. Tant de choses semblaient avoir survenu depuis son départ précipité de Kadic pour retarder son départ que se retrouver assise ici, dans cet aéroport, lui apparaissait comme un véritable miracle.

Passeport expiré, perte de son billet, retardement des vols vers les Etats-Unis en raison d'intempéries… Tout avait paru, au cours des dernières semaines, se dresser entre elle et son retour chez ses parents tant désiré. Combien de fois avait-elle dû renouveler son séjour dans sa chambre d'hôtel avec hargne, priant en son fort intérieur pour que son départ de ce pays maudit arrive enfin ?

Et pourtant, à présent que l'heure tant désirée n'était plus qu'à une poignée de minutes, à présent qu'elle se trouvait prête à embarquer sur le hall d'accueil de cet aéroport, une étrange sensation lui étreignait l'estomac. C'était après tout à tout un pan de sa vie qu'elle s'apprêtait à dire adieu en montant à bord de l'avion qui l'attendait de l'autre côté des baies vitrées.

L'horloge géante surplombant le panneau des horaires laissa soudain retentir une douce tonalité, tirant l'américaine de ses pensées. L'embarquement pour son vol s'apprêtait à commencer.

Se redressant rapidement tout en lissant nerveusement les plis de sa robe, la jeune fille tira sa valise jusqu'aux portiques face auxquels des lignes de passagers commençaient à se former. Tout autour, les tapis roulants destinés aux bagages commençaient à se mettre en branle dans une joyeuse cacophonie tandis que les agents de sécurités jetaient des regards scrupuleux sur la foule.

Ôtant ses écouteurs sur les directives de la femme en uniforme qui vint l'accueillir au niveau de sa porte pour les déposer sur un petit bac de plastique, s'arrachant enfin à la douce mélancolie de sa musique, Eva entreprit d'ouvrir la fermeture éclair de sa valise afin de se débarrasser d'éléments métalliques ou électroniques le plus rapidement possible. En temps qu'américaine, elle était habituée à ce type de voyage en avion et la procédure semblait couler de ses doigts avec une rare aisance, tandis que bijoux et gadgets électriques s'alignaient à l'intérieur du bac, aux côtés de son téléphone.

Soudain, alors qu'elle promenait sa main dans les méandres de ses vêtements à la recherche d'un éventuel objet perdu, un bip sonore et diffus se mit à émaner de sa valise, poussant la jeune fille à se figer sur place.

Surprise, Eva promena ses doigts à travers les étoffes jusqu'à enfin parvenir à se saisir de la source du bruit, sous les toussotements discrets de ses voisins de file, manifestement pressés d'embarquer.

L'agacement qu'elle leur vouait s'évanouit subitement lorsque le petit rectangle de métal d'un rouge chromé, serti d'un bracelet assorti, fut finalement extrait de son bagage. Cet I-pod donné par Jérémie des mois auparavant et perdu au fond de sa valise depuis presque aussi longtemps, qu'elle avait fini par effacer totalement de sa mémoire, avait soudain choisi de se manifester sous la forme d'une sonnerie stridente et répétitive, accompagnée du symbole clignotant aux cercles concentriques tristement familier aux yeux de la jeune fille.

Une vague de sentiments renforcée par un déferlement de souvenirs vint la frapper brutalement sur place et elle se sentit vaciller, tandis que la signification de ce signal sonore se frayait peu à peu un chemin à travers ses pensées confuses.

- Mademoiselle ? Vous bloquez le passage… Est-ce que tout va bien ?

L'agent de sécurité moustachu qui l'avait interpellée lui arracha un sursaut de frayeur tandis qu'elle s'arrachait à l'image d'un Lyokô réduit en miette par Endo pour se retrouver de nouveau précipitée dans la calme réalité de l'aéroport. Derrière elle, les bacs à bagages commençaient à s'accumuler dangereusement.

- I'm sorry, bégaya-t-elle, oubliant momentanément de parler français le temps d'arracher à sa vue le minuscule engin électronique.

Odd devait être en train de se battre en cet instant précis… Et si quelque chose venait à lui arriver tandis qu'elle se trouvait tranquillement dans l'avion, dans l'attente de rejoindre son pays natal, tout en étant parfaitement consciente de l'urgence de la situation ? Jamais elle ne pourrait se pardonner une telle chose.

Ensevelie sous la vision atroce d'un homme-chat violet chutant, désarticulé comme un pantin, vers la Mer Numérique déchaînée ou émergeant d'un scanner en crachant des litres de sang, comme Stéphanie l'avait fait une fois, Eva ne put que chanceler en arrière avec sa valise, laissant enfin au reste des futurs passagers tout le loisir de passer devant elle en maugréant, certains la dévisageant d'un regard tantôt curieux, tantôt accusateur. Pourtant, et pour une fois dans sa vie, elle n'avait que faire de l'opinion des autres.

Ne comptait plus, pour elle, qu'une seule question cruciale. "Que convenait-il de faire à présent ?".

Tandis que l'horloge continuait à tourner, implacable, les pensées d'Eva tourbillonnaient à une allure insoutenable.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


L'ensemble des muscles de William semblaient le tirailler de toute part, comme si on l'avait subitement étiré de tout son long sous la contrainte. Dans une demi-grimace que ressemblait à un sourire victorieux, le jeune homme, de retour sur Terre bien malgré lui, laissait sa silhouette endolorie s'élever des profondeurs de l'usine pour rejoindre la salle de contrôle du Supercalculateur.

Mais, au moment où la porte coulissait et qu'il lui semblait déjà entendre les félicitations d'Anthéa quant à la destruction de la Tour du Cinquième Territoire d'Endo qu'il venait d'accomplir, ce fut une alarme tonitruante qui vint l'accueillir, faisant vriller ses tympans rendus ultra-sensibles par la rematérialisation.

Effaçant son sourire derrière une plainte, le jeune homme s'avança sous la lumière verte des écrans devant lesquels l'informaticienne aux longs cheveux roses pâles s'affairait à la hâte, les yeux révulsés d'horreur.

- Qu'est-ce qui se passe, Anthéa ? s'enquit-il, la voix encore un peu rauque suite à la matérialisation de ses cordes vocales.

Sans attendre de réponse, il se pencha par-dessus son épaule pour jeter un œil aux cinq cartes en trois dimensions représentant les Territoires en Fusion. La source de l'alarme lui apparut rapidement comme évidente, sous la forme d'un immense curseur rouge en plein milieu des Montagnes, qu'un minuscule pointeur vert symbolisant Odd semblait s'acharner à fuir à toutes pattes.

- Mais qu'est-ce que c'est que ce truc… ? souffla-t-il, incapable de reconnaître les caractéristiques de la créature, visiblement suffisamment titanesque pour qu'un simple zoom suffise à délimiter son imposante silhouette en fil de fer rougis à la surface de la Map, c'est la Green Phoenix qui nous a envoyé ça ?

- Il faut croire, finit enfin par répondre Anthéa, délaissant son clavier l'espace d'une fraction de seconde pour tourner son visage terrassé par une panique à peine dissimulée dans sa direction, dés qu'Odd a réussi à détruire le Territoire des Cieux, ce Monstre Gigantesque est apparu, et je ne pense pas que ce soit une coïncidence. Je pense que la Green Phoenix avait prévu la virtualisation de ce titan en cas de problème de leur côté, comme une réponse automatique suite à la destruction d'un de leur Territoire pour rééquilibrer les chances en leur faveur.

- On s'est fait avoir ! raisonna William avec horreur, ignorant les douleurs de son corps pour étudier la Créature au bras en forme d'épée de plus près, un truc pareil n'aurait aucune peine à abattre deux ou trois Tours d'un seul coup ! Il est tellement…

A cet instant, un vif flash endolori vint percer son cerveau et une série d'images lui apparurent, déroulées devant ses yeux comme un vieux film. Il se tenait, vêtu d'une tenue d'un noir impénétrable, au sommet de l'épaule d'une gigantesque créature de lave. Sa lame épaisse s'entrechoquait avec violence avec les deux sabres d'Ulrich, encore vêtu de jaune à l'époque, tandis que ce dernier tentait de le désarçonner. Le géant s'arrachait soudain à un cocon de glace, réduisant à néant le Territoire des Banquises d'un simple coup d'épée, comme si les épais plateaux bleutés n'avaient été que du verre. Lentement, un nom traversa ses lèvres. Un nom auquel il n'avait eu affaire qu'une fois, durant la période où l'ombre de XANA embrumait encore son esprit défait.

- Un Kolosse… murmura-t-il, reprenant peu à peu ses esprits dans l'atmosphère poussiéreuse du laboratoire.

Ses flashbacks inattendus l'avaient laissé fébrile et Anthéa le dévisageait désormais avec inquiétude à travers la pénombre. Sans s'en rendre compte, il s'était cramponné sous la violence des souvenirs au siège de l'informaticienne et ses mains tremblaient à présent au niveau du dossier.

- Je connais cette créature, c'est un Kolosse ! expliqua-t-il, recouvrant toute sa contenance en un éclair, un des Monstres les plus puissants jamais créés par XANA, quasiment invulnérable. Les autres le connaissent ! Mais il y a quelque chose d'anormal… Dans mon souvenir, mon maît-… Je veux dire, XANA avait besoin d'énormément de puissance pour n'en invoquer ne serait-ce qu'un seul, au point de devoir canaliser en un seul point l'énergie de tous les Supercalculateurs qu'il avait infecté à travers la planète, et il y en avait un paquet ! Je me souviens encore de cette sensation à la fois grisante et terrifiante de puissance concentrée… C'était incomparable ! Comment la Green Phoenix a-t-elle pu avoir accès une telle réserve d'énergie dans leur bunker ?

- Je ne sais pas, songea Anthéa, perturbée par les dires du jeune homme, j'imagine que la destruction du Territoire des Cieux a pu leur libérer une partie de l'énergie nécessaire…

- C'est possible, confessa William, dont les connaissances techniques en la matière se limitaient aux ressentis marqués au fer blanc dans sa mémoire durant sa période de possession, mais… Je ne sais pas, il y a quelque chose de bizarre ! Vous feriez mieux d'en parler à Aelita pour en avoir le cœur net, ou à Jérémie. Ils en sauront plus que moi.

Cependant, avant qu'Anthéa n'ait pu s'exécuter, une nouvelle sonnerie jaillit des haut-parleurs de l'interface, attirant l'attention des deux Lyokô-guerriers présents dans la salle. Dans une petite fenêtre rectangulaire, un point auréolé de noir clignotait dangereusement tandis qu'un pourcentage augmentait lentement en leur faveur sur le côté.

- Oh non, Ulrich et Yumi ! se souvint subitement Anthéa, s'empressant de sélectionner les cartes numériques des deux adolescents, ils étaient sur le point d'abattre le Territoire du Volcan ! S'il possède le même mécanisme de défense que les Cieux, il faut les prévenir coûte que coûte avant que…

Mais il était déjà trop tard. Sous le regard d'un bleu horrifié de l'informaticienne, l'ultime point noir symbolisant la dernière Tour de la Green Phoenix à même de préserver l'équilibre des deux Territoires en Fusion s'éteignait, précipitant le Volcan dans le chaos.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


La lame circulaire au sommet du bâton de Yumi tournoyait à une vitesse folle, tranchant en une giclée de pixels rouges et bleus câbles après câbles au pied de la Tour au halo noir, au fond de son cratère. A flanc de colline, Ulrich parcourait le périmètre avec toute la vitesse que lui permettait son Supersprint, laissant derrière lui une traînée d'énergie verte et d'explosions de Monstres ennemis, en parti aidé par un groupe de Frôlions envoyé par Aelita.

Ce fut l'un d'entre eux par ailleurs qui porta le coup fatal à l'ultime racine de la Tour, laissant s'échapper de sa base tranchée nette un filet de fumée noire. Au sommet de l'édifice d'un ivoire impeccable tranchant sur la suie sale parsemant le Territoire, le halo s'estompait peu à peu jusqu'à s'évanouir dans le ciel déchiré, arrachant un cri de triomphe à la japonaise en costume de ninja. Ils avaient réussi ! Le Territoire de la Forêt avait dépassé le stade des 50% en terme de ratio de puissance par rapport à celui du Volcan. Ce dernier allait être englouti par Lyokô d'un instant à l'autre.

- Il ne faut pas rester là, Ulrich ! appela-t-elle derrière son masque, pointant un doigt illuminé d'une lueur magenta dans la direction de sa silhouette rendue floue par sa célérité.

L'instant d'après, les jambes du samouraï cessaient de courir pour décoller de terre, s'élevant dans les airs à la suite d'une Yumi drapée d'un halo rougeoyant suffisamment fort pour la porter le plus loin possible des longs plateaux rocailleux.

Ces derniers, sur leur sillage, commençaient déjà à se désintégrer pixel après pixel tandis que les arbres de la Forêt reprenaient leurs droits, perçant les cratères avec violence pour venir sillonner le ciel obscur de leur haute cime.

Yumi préféra conserver sa concentration jusqu'à ce qu'elle et Ulrich aient déposé leurs deux silhouettes en pleine lévitation sur un large sentier d'un vert tacheté, loin du tumulte causé par la réappropriation du Territoire de la Forêt sur Endo. Au loin, les cris d'agonie des Monstres de la Green Phoenix retentissaient à travers les troncs.

- On a réussi, Anthéa ! s'exclama enfin la ninja, fière de leur exploit, le Territoire du Volcan n'est plus !

A sa grande surprise, ce fut une voix emplie de désespoir et de regrets qui lui répondit, bien loin des félicitations auxquelles elle s'attendait.

- Yumi, Ulrich, murmura l'informaticienne à travers son micro, je suis désolée, vraiment… La Green Phoenix avait un coup d'avance sur nous, une fois de plus. C'était un piège !

Fronçant ses épais sourcils face à cette annonce des plus alarmantes, Ulrich balaya le paysage d'un regard aiguisé avant de brusquement s'arrêter sur une petite marre non loin d'eux de laquelle émergeaient quelques troncs d'arbres en équilibre précaire sur un rocher moussu. La surface de l'eau, d'un gris très neutre et habituellement calme, était à présent troublée de puissantes ondes aqueuses et bouillonnantes, tandis qu'un fracas encore lointain, mais de plus en plus sourd se faisait entendre.

Puis, lentement, une crête de magma commença à s'élever du lac, faisant valser au loin les troncs d'arbre qui s'évanouirent presque aussitôt dans un grésillement funeste.

Pétrifiés, les deux adolescents ne purent que se camper sur leur position tandis que la gigantesque silhouette du second Kolosse, écumant de pixels en pleine évaporation, son corps strié de coulées de laves, émergeaient devant eux, toisant leurs insignifiants et minuscules avatars de son large masque d'un blanc inexpressif.

- C'est pas vrai… souffla le samouraï, moi qui pensait ne plus jamais à avoir affaire à cette saleté !

- Anthéa, comment est-ce que c'est possible !? s'écria Yumi, bien plus pragmatique, un Kolosse ne peut pas être virtualisé sans l'énergie d'au moins un ou deux Réplikas si mes souvenirs sont exacts ! Comment est-ce que la Green Phoenix a pu en amener un ici ?

- Je ne suis pas sûre… répondit l'interpellée d'un ton évasif, je vais mener des recherches complémentaires mais en attendant vous devez l'arrêter le plus vite possible avant que les dégâts causés par sa présence ne soient irréparables, c'est compris ? William m'a fait comprendre que vous aviez été en mesure d'en battre un une fois ?

- Oui, une fois… grogna Ulrich, levant ses deux katanas d'un air menaçant tandis que la colossale créature s'extrayait de son lac pour regagner la terre ferme, faisant trembler le plateau à chaque enjambée, mais j'y ai laissé tous mes Points de Vie et c'était surtout un énorme coup de chance !

Une main apaisante vint frôler son épaule, lui arrachant un sursaut. Yumi lui souriait doucement derrière son masque, les mèches virtuelles de son chignon flottant au vent produit par le déplacement du Kolosse.

- Tout va bien se passer, Ulrich, lui assura-t-elle avec fermeté. Cette fois-ci, on est deux et on sait à quoi s'attendre. Il suffit d'un coup bien placé de notre part à tous les deux droit dans ses cibles, et il sera hors d'état de nuire. Tu es avec moi ?

Dans leur dos, un doux chant vint s'élever d'entre les arbres. Deux Mantas ornementées du symbole de Lyokô venaient d'émerger des branches, courbant l'échine vers les deux adolescents comme pour leur servir de monture.

Dans un soupir, Ulrich céda, forçant l'appréhension à quitter son corps tendu des pieds à la tête.

- Très bien, fit-il en enfourchant sa propre créature ailée, aidant Yumi à en faire de même sur la sienne d'une main galante, allons décimer du Kolosse tous les deux !


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Jérémie traversait la surface extérieure du globe constituant le Cinquième Territoire de Lyokô, cramponné à une nouvelle de ses créations dont la forme, vaguement arachnoïde, lui permettait de s'agripper aux aspérités sur son chemin sans risquer la moindre chute.

Au loin, découpant sa silhouette d'une pâleur mortuaire à travers le bleu très sombre parsemant la Voûte Céleste, le planétoïde d'Endo qui était parvenu à briser leurs défenses commençait à s'effondrer sur lui-même, perdant peu à peu de son éclat. Son lien, autrefois illuminé d'une lueur si vive, était déjà rompu avec le tunnel de données de leur sas d'accès. Une résultante, sans nul doute, de la réussite de la mission de William au cœur du Noyau de l'univers virtuel de la Green Phoenix.

Guidant sa créature jusqu'à l'ouverture béante au pôle sud du Territoire, Jérémie songea que son combat contre les Rampants n'avait été que de courte durée devant leur unique Tour Blanche. Ils avaient bien réussi à cracher quelques lasers et il lui avait fallu déployer son bâton à de multiples reprises mais, en fin de compte, c'était la destruction de la Tour Noire par William qui avait été le tournant décisif de la bataille, décimant les Créatures répugnantes d'un seul coup, comme sous l'effet d'une télécommande à valeur hautement destructive.

Pestant contre son manque d'efficacité, l'adolescent se retrouva à l'intérieur de la salle dôme préservant le Cœur de Lyokô avant même de le réaliser. Immobile en son centre, Aelita laissait doucement onduler ses ailes d'un blanc nacré, son regard vert perdu au loin, presque absent, comme absorbé par les batailles qui faisaient encore rage de l'autre côté de la Voûte Céleste.

Déglutissant, Jérémie fit disparaître sa monture d'une pression sur son bâton porteur et acheva de gravir les marches menant à son amie seul, accourant vers elle le long de la plateforme surplombée de son halo.

- Bonne nouvelle, annonça-t-il, je crois que William a réussi à abattre la Tour Noire du Cinquième Territoire d'Endo, conformément au plan, annonça-t-il dans l'effort d'engager une conversation avec cette être de lumière pure qu'il peinait de plus en plus à reconnaître, à mesure que l'influence du Cœur de Lyokô croissait en elle, ça veut dire que nous n'aurons plus à nous soucier de la Green Phoenix ici avant un moment.

Néanmoins, et pour toute réponse, la jeune fille irradiante de beauté hocha la tête en un triste signe de dénégation.

- Hélas, la Green Phoenix nous a une fois de plus devancés, souffla-t-elle de son étrange voix doublée d'un écho mystique, mère vient de me parler, et j'ai pu le constater de mes propres yeux : deux Kolosses sont actuellement en route pour détruire les Territoires des Montagnes et de la Forêt.

Pris de court par la révélation, Jérémie manqua de peu de perdre l'équilibre et de chuter de sa mince plateforme.

- Des Kolosses !? répéta-t-il, incrédule, en accentuant volontairement l'article pluriel, mais… Comment ? C'est impossible ! Leur Supercalculateur ne devrait pas avoir assez de puissance pour…

- C'est aussi ma conclusion, l'interrompit le Cœur-Aelita d'un ton mystique, levant une main ornementée du signe de Lyokô pour l'apaiser, même en usant de la déflagration d'énergie produite par la destruction du Volcan et des Cieux, jamais deux Kolosses ne pourraient subsister avec le simple support d'un Supercalculateur bâti sur le modèle de celui de mon père. Il n'y a donc qu'une seule explication…

- La Green Phoenix est en train de surcharger son Supercalculateur, raisonna Jérémie avec triomphe, bien sûr ! Les Kolosses sont des Monstres de XANA, ils ne pouvaient pas prévoir qu'ils dépenseraient autant d'énergie que cela par rapport aux autres ! Bien sûr, ils avaient du anticiper quelque peu toute cette dépense, ce qui explique cette stratégie de dernier recourt, mais ça ne suffisait pas ! En somme, ils sont en train de s'autodétruire.

- Exact, souligna Aelita, s'accordant un vague sourire avant de se rembrunir, néanmoins, je m'inquiète des dégâts qu'ils seraient capables de causer à notre monde virtuel, même sur la courte période que leur accorde la puissance de leur Supercalculateur. Si un, ou plusieurs Territoires venaient à tomber sous leurs coups, la balance pourrait être renversée presque instantanément et le Cœur d'Endo aurait accès à notre Cinquième Territoire en un rien de temps.

Cette déclaration laissa l'adolescent songeur. Devant ses yeux, des calculs de probabilités complexes s'affichaient à la surface de ses lunettes en hexagones, sans parvenir au moindre résultat concluant. Au loin, une brève secousse vint légèrement ébranler le Territoire, le tirant de ses réflexions.

- Dans ce cas, que convient-il de faire ? interrogea-t-il finalement tout haut, détruire les Kolosses maintenant, ou les laisser agir jusqu'à ce qu'ils puisent l'énergie d'Endo jusqu'à la dernière goutte dans le risque de perdre notre avantage ?

- Il n'y a pas de réponse à cette question, affirma Aelita avec sagesse, secouant de nouveau la tête, les mèches blanches de ses cheveux ondulant avec grâce, désormais, c'est aux Lyokô-guerriers protecteurs de chaque Territoire de décider d'eux-mêmes de ce qu'il convient de faire par rapport à leur situation. Le mieux que l'ont puisse faire est de leur apporter toutes les informations nécessaires, ainsi que notre soutien.

Pestant silencieusement face à leur impuissance, Jérémie ne put qu'acquiescer, plongeant son regard vers le trou béant en contrebas menant vers l'extérieur, comme dans le désir d'y projeter toute la puissance de ses encouragements vers ses amis, éparpillés aux quatre coins du monde virtuel. A partir de maintenant, chaque choix de leur part risquait d'être plus lourd en conséquence que le précédent.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Ce fut sous une vague de tirs que Mathieu reprit connaissance, le crâne douloureux, ses oreilles de lapin gisant au sol avec tristesse. Autour de lui, les silhouettes floues d'un ange à aile unique et d'une gothic lolita déchaînée se relayaient pour parer coup sur coup dans une danse acharnée.

- Stéphanie ? s'étonna l'adolescent en recouvrant soudain ses esprits, se redressant avec peine, mais qu'est-ce que… ?

Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase qu'un laser des Blocks qui les harcelaient vint brusquement percer la défense de ses camarades, transperçant son bras d'étincelles dans un cri de douleur.

Alertée, Stéphanie fit volte-face le temps d'envoyer fuser l'une de ses aiguilles acérée droit vers le Monstre responsable d'un geste rageur, le faisant exploser de surcroît.

- Et c'est à cette heure là que tu te réveilles ? ironisa-t-elle, profita de l'ouverture offerte par l'implosion du cube sur pattes pour courir récupérer son arme, tu vas bien ?

- Je crois… marmonna Mathieu, toujours aussi hébété en se frottant l'épaule, mais… Qu'est-ce que tu fais ici ? Et avec Angel qui plus est ! Vous… Vous entendez bien maintenant ?

L'interpellé attendit d'avoir fini de trancher sur place un second Block de sa faux avant de répondre, maussade.

- Disons qu'entre l'armée de Monstres que nous balance la Green Phoenix depuis tout à l'heure et toi qui tombe dans les pommes, je dis "oui" à toute l'aide disponible, même quand il s'agit d'une fille aussi ennuyeuse que toi, Minerve !

- Tu as eu un vision, expliqua Stéphanie à l'adresse de Mathieu, non sans avoir pris le soin de fusiller Angel du regard au préalable, tu ne t'en souviens pas ?

- Pas du tout, comme d'habitude, répondit l'adolescent, accusant la nouvelle en secouant la tête d'agacement, je déteste vraiment ne pas être en mesure de contrôler ce Pouvoir… Qu'est-ce que j'ai dit cette fois ?

- « Lorsque le gigantesque démon fendra les eaux, la balance enfin penchera », énonça la voix d'Anthéa au dessus de leur tête, les happant hors de leur bataille un bref instant, et je pense avoir une assez bonne idée de ce que ces vers signifient à présent…

Prenant bien soin d'écarter les autres paroles, plus morbides, du jeune homme, l'informaticienne s'empressa de leur décrire l'arrivée des deux Kolosses, ainsi que les déductions qu'Aelita et Jérémie avaient pu faire depuis. Bon public, Stéphanie, Angel et Mathieu restèrent silencieux tout le long, trop occupés à repousser les tirs des Blocks et à tenter de trouver un abri pour l'interrompre de toute manière.

Enfin, lorsque la dernière créature cubique fut faucher en plein milieu d'un de ses yeux globuleux par la faux d'Angel, explosant sur le coup, les trois adolescents s'accordèrent quelques secondes de répit afin d'assimiler les dernières nouvelles.

- Si je comprends bien, si on arrive à détruire le Territoire des Abysses, on ne réussira qu'à faire venir une autre de ces bestioles gigantesques et quasi-indestructibles ? résuma Stéphanie d'un ton crispé à haute voix.Ils s'étaient tous trois dissimulés derrière un haut bosquet d'algues bleues marines le temps d'échapper à la vue d'une escadrille de Mantas ennemies survolant le Territoire à la recherche d'une cible à abattre, digérant avec difficulté leur découverte de l'existence des Kolosses, et ce que cela impliquait pour leur mission de défense de Lyokô et de destruction d'Endo.

- Du coup, plus question de désactiver les Tours pour moi, ça ne servirait qu'à empirer la situation, ragea Angel, furieux de voir ses efforts ainsi réduits à néant, qu'est qu'on peut faire alors ?

- Rejoindre Odd ou Yumi et Ulrich, lui répondit Stéphanie d'un air sombre, il faut les aider à venir à bout de leur… « Kolosse ». Surtout Odd, il est tout seul sur son Territoire !

Mathieu, qui était demeuré silencieux durant tout l'échange, releva soudain le menton, ses yeux bleus illuminés d'un vif éclat lucide.

- Non, lança-t-il, tranchant net, ça ne servirait qu'à freiner le problème. On ne peut pas rester là à résister à la Green Phoenix en maintenant l'équilibre entre les deux mondes virtuels indéfiniment, cela fait déjà des heures qu'on est virtualisés !

- Qu'est-ce que tu proposes dans ce cas ? répliqua un Angel de plus en plus irrité et dont la nature impétueuse refaisait peu à peu surface sous le coup de la pression, parce que ce n'est pas franchement ta soit-disant « Prédiction » qui nous a aidé jusqu'à présent.

- Justement, je crois que si, opposa paisiblement l'adolescent, arrachant un haussement de sourcils surpris à ses deux acolytes.

- Souvenez-vous, insista-t-il avec impatience, « Lorsque le gigantesque démon fendra les eaux, la balance enfin penchera »… Vous trouvez que la balance a penché dans un camp comme dans l'autre depuis l'arrivée des Kolosses ? Parce que j'ai plutôt l'impression que cela a servi à rééquilibrer la donne.

Un silence stupéfait accueillit ses paroles. Anthéa en profita pour surenchérir immédiatement, d'un ton pressé.

- Il a raison, fit-elle depuis son micro, la virtualisation des Kolosses est une conséquence de la destruction des Territoires d'Endo, et, avant cela, Lyokô menait par deux Territoires détruits contre un seul pour nous. La Green Phoenix s'est lancée dans une tactique désespérée pour regagner le dessus mais, d'après Aelita et Jérémie, la présence de deux de ces Créatures risque de pomper toute l'énergie de leur Supercalculateur.

- Exactement ! approuva Mathieu avec excitation, ce qui signifie, en d'autres termes, que plus il y aura de Kolosses, et plus les machines de la Green Phoenix risquent de saturer jusqu'à finalement lâcher.

Angel fronça les sourcils d'un air dubitatif tandis que Stéphanie, coincée entre deux branches d'algues, semblait plus perdue par l'échange qu'autre chose.

- En clair, tu suggères de continuer à détruire les Territoires en dépit des Kolosses, en espérant que leur apparition soit plus défavorable à la Green Phoenix qu'à nous et à les faire buguer, c'est bien ça ? Ainsi la « balance penchera » en notre faveur, comme le disait ta Prédiction ?

Mathieu eut un haussement d'épaules. Il avait conscience des risques que présentait son plan, mais c'était le seul qu'ils avaient à leur disposition pour l'instant.

Stéphanie, qui avait fini par rattraper leur train de penser, s'emporta brusquement :

- Attends un peu ! On n'est même pas sûr que la Green Phoenix ne dispose pas de la puissance machine nécessaire pour invoquer ces Kolosses ! Et si cela finissait par empirer la situation et que ta Prédiction se retournait contre nous ? Je pense qu'il vaut mieux continuer à défendre notre position.

- Et après quoi ? s'opposa Mathieu avec fougue, on va défendre nos Tours jusqu'à ce que la Green Phoenix se lasse ? Tu es prête à rester à te battre sous forme virtuelle encore des heures jusqu'à crier grâce ? Franchement, c'est un miracle qu'on ait réussi à tenir aussi longtemps ! La chance ne sera pas toujours de notre côté, alors s'il y a une possibilité, aussi infime soit-elle, que l'on puisse gagner cette bataille d'une autre façon qu'en prenant part à cette interminable lutte de puissance entre Tours, je suis preneur !

Son discours enflammé eut raison des arguments de la gothic lolita qui, faute de pouvoir répliquer, se renferma dans un silence boudeur.

- Tant qu'on agit, j'imagine que ça me va… ronchonna-t-elle sous le regard mi-amusé, mi-agacé d'Angel.

- Si vous avez pris votre décision, alors je marche avec vous, lança Anthéa depuis le laboratoire, si nos Tours continuent à tenir, vous n'en avez plus que deux à désactiver sur le Territoire des Abysses avant qu'il ne soit détruit et qu'un troisième Kolosse n'apparaisse potentiellement. A ce moment-là, on pourra voir si ce plan valait la peine de tout risquer ou pas… Mais je suis d'accord avec Mathieu : on ne peut pas rester sur la défensive éternellement, il faut prendre des décisions et je pense que cette tactique a une chance de marcher. Bon courage !

Hochant la tête en signe d'assentiment, les trois adolescents se redressèrent, quittant le bosquet qui leur servait d'abri pour offrir leurs silhouettes à la vue des Monstres ennemis, leurs armes étincelant à leurs poings.

- C'est parti, souffla Angel entre ses dents.

Et, sans plus attendre, le trio s'élança en direction des deux Tours Noires restantes, prêts à tout donner dans un ultime assaut.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Les pixels volaient dans un concert de bruits d'explosion sous le ciel du Territoire de la Forêt.

A bord de leur Manta, Yumi et Ulrich suivaient les mouvements du Kolosse à bonne distance, un froncement de sourcils méfiants sur le visage. Face à eux, le monstre titanesque avançait à pas mesurés mais géants le long d'un large sentier, fauchant sans distinction arbres et Monstres d'Aelita de sa main en forme d'épée, faisant valser sur son sillage les éclats de bois virtuels comme autant de couperets mortels. Sous leurs pieds, leurs montures s'acharnaient à canarder la Créature de lasers bleus, sans succès.

- Ça craint ! gémit Yumi derrière son masque, impossible de s'approcher suffisamment pour détruire ce truc ! Il est beaucoup trop destructeur !

Un nouvel éclat de bois vint les frôler de peu, poussant les deux adolescents à faire une embardée sur le côté, l'évitant de justesse.

- Tour en vue ! repéra Ulrich, la main en visière, tandis qu'un halo blanc se découpait à l'horizon derrière un enchevêtrement de branches, il faut qu'on arrive à le stopper avant qu'il ne l'atteigne.

- Surtout pas ! s'exclama soudain la voix d'Anthéa depuis le ciel, freinant les Lyokô-guerriers dans leur assaut, il faut que le Kolosse reste en action !

Le samouraï comme la ninja levèrent la tête d'un air incrédule. Avaient-ils bien entendu ?

- Qu'est-ce que vous voulez dire ? s'affola la japonaise, laissant sa Manta ralentir néanmoins docilement, un changement de plan ?

- Exact, répondit l'informaticienne, comme vous le savez : les Kolosses requièrent énormément d'énergie et, avec Aelita et les autres, nous nous sommes mis d'accord pour dire que, à ce rythme, les ordinateurs de la Green Phoenix seront incapables de tenir le coup bien longtemps. Le but est donc de ralentir ces Monstres le temps de saturer leurs processeurs en limitant les dégâts le plus possible.

- Facile à dire ! objecta Ulrich d'un ton frustré, freinant sa Manta juste à temps avant qu'un arbre abattu par le Kolosse ne leur barre soudain le passage dans une chute spectaculaire, au rythme où il va, ce truc va avoir eu raison de toutes nos Tours en l'espace de quelques minutes !

En effet, le Kolosse était déjà parvenu au plateau accueillant la Tour durant leurs échanges. Ignorant les Jérémoïdes qui poussaient sur ses jambes immenses comme pour le ralentir, en vain, la Créature brandit sa lame de roche et, après un instant de flottement, l'abattit avec violence sur l'édifice, le tranchant littéralement en deux.

Pendant un bref moment, le halo de la Tour vira au noir de la Green Phoenix avant de s'éteindre en une vague de fumée dés que le Kolosse eut retiré son arme, laissant les parois du bâtiment crucial s'évaporer en un grésillement de désespoir. Déjà, autour des restes de ces racines, crachant leur énergie dans le vide désormais, les arbres de la Forêt semblaient se résorber sur eux-mêmes, ne laissant derrière eux qu'une vague silhouette bleutée.

- Eh merde ! jura Ulrich, contournant l'obstacle sur leur route pour venir foncer droit sur le Monstre titanesque, Anthéa, votre plan a intérêt à fonctionner.

- Comment est-ce qu'on est censés ralentir cette bestiole ? s'écria Yumi qui le rattrapait déjà, même la force des robots de Jérémie ne suffit pas à le stopper.

Comme pour confirmer ses dires, un violent coup de pied du Kolosse vint envoyer valser un Jérémoïde au loin, sa silhouette se disloquant dans les airs sous le choc. Ulrich eut un grincement de dents rageur.

- La dernière fois à l'époque de XANA, j'avais réussi à ralentir sa progression en maintenant un de mes sabres enfoncé dans une de ses cibles, affirma-t-il, se remémorant le formidable combat qui l'avait opposé à un de ces Monstres des années auparavant, et vue la façon dont il gesticule ses bras, je pense que la tête est l'élément le plus sûr à viser.

- Dans ce cas, je m'en occupe, affirma Yumi avec détermination, poussant sa Manta à accélérer pour dépasser celle de son compagnon.

Sous le regard inquiet de son partenaire, la japonaise fléchit les genoux avant de brusquement bondir en avant, droit sur la nuque rocailleuse du Monstre de magma.

Usant de son Pouvoir de Lévitation pour prolonger son saut, Yumi tendit le bras juste à temps pour s'agripper à l'une des crêtes onduleuses pointant de la tête du titan.

Dans un grimacement derrière son masque de ninja, la jeune fille se hissa de toute la force de ses bras jusqu'au front de la Créature, qui semblait ne pas avoir remarqué son insignifiante silhouette jusqu'à présent. Puis, dans un hurlement de rage, elle abattit son bâton droit sur le masque d'ivoire en contrebas, laissant son tessen se mettre à tournoyer telle une scie sauteuse.

La lame de l'éventail vint pénétrer profondément le symbole de la Green Phoenix, faisant gicler le magma à grands coups de soubresauts métalliques.

Il y eut un grondement sourd, puis, sans crier gare, le Kolosse stoppa brusquement sa progression, se mettant à se tordre de douleur sur place, manquant de peu de désarçonner la japonaise qui se cramponnait de toutes ses forces à sa crête, bien déterminée à ne pas lâcher prise.

Dans ses gesticulations grotesques, le Monstre fit valser sa lame autour de lui, dévirtualisant d'un coup net et précis la Manta qui avait servi de monture à Yumi et tentait de l'attaquer de manière frontale, avant d'abattre de nouveaux arbres flottants par mégarde, empêchant Ulrich de s'avancer plus avant pour prêter main forte à son amie.

- Tiens bon ! ne put-il que lui hurler, laissant sa propre Manta lancer une nouvelle salves de tirs bleutés à travers les troncs bloquant sa route, droit sur les cicatrices de lave parsemant le corps du Kolosse.

D'expérience, il savait que cette stratégie ne pourrait durer qu'un temps et qu'il ne faudrait pas plus de quelques minutes au Kolosse pour commencer à se régénérer et surmonter la douleur pour retourner à sa marche destructrice à travers le Territoire.

Il ne leur restait désormais plus qu'à attendre, et espérer que les suppositions d'Anthéa et Aelita s'avèrent fondées.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


William se mordait les ongles sous l'effet de la frustration, incapable de supporter de devoir rester bloquer sur Terre tandis que le reste de ses camarades continuaient à affronter leur ennemi mortel. La situation était critique, et sa présence sur Lyokô aurait pu avoir un aspect décisif sur le ralentissement des Kolosses.

Anthéa, trop absorbée par sa coordination des troupes pour prendre gare à ses états d'âme, travaillait d'arrache-pied sur un écran annexe afin de développer un programme à même de mesurer en temps réel la puissance restant à la Green Phoenix.

- Il y a deux ans, Jérémie avait lancé un prototype de programme multi-agent pour ralentir le Kolosse de XANA, se souvint-il brusquement, il n'y a pas moyen de faire pareil cette fois-ci ?

- Ce serait une excellente idée, raisonna Anthéa sans lever les yeux de ses lignes de code, si notre propre Supercalculateur avait suffisamment de puissance pour permettre une chose pareil. Maintenir un tel niveau d'équilibre face à la Fusion et autant de Tours activées en parallèle, sans compter la surcharge de Monstres de la part d'Aelita et Jérémie... Tout cela pompe jusque dans nos dernières réserves. On a encore de quoi tenir un peu, mais je ne veux pas prendre de risques inconsidérés, histoire de ne pas nous retrouver dans une situation similaire à celle de la Green Phoenix. Fais confiance aux autres pour ralentir les Kolosses.

Rongeant son frein, William fit mine de retomber dans son silence angoissé lorsque, à leur grande surprise à tous les deux, un bruit de grincement s'éleva de l'épaisse porte de l'ascenseur dans leur dos, leur faisant brusquement tourner la tête.

Lorsque la pluie d'étincelles et de poussière se fut dissipée, laissant les parois coulisser vers l'extérieur, une silhouette fine et plantureuse se dégagea de l'habitacle de bois d'un pas nerveux.

Face à eux, sa chevelure blonde et ordinairement impeccable décoiffée par la course effrénée qu'elle avait dû mener pour atteindre l'usine, à en juger ses halètements et les plaques rouges marbrant ses joues bronzées, Eva se tenait dans l'encadrement de la porte. Sur son visage parfait, un air de franche culpabilité régnait, mêlé d'une hésitation à peine atténuée par la pénombre de la pièce.

- …Toi ? put à peine souffler William, trop surpris par sa présence au sein du laboratoire pour aligner la moindre suite de mots cohérents, tu… Mais… Tu ne devrais pas… ?

- Mon vol a été retardé, mentit ouvertement la jeune femme tout en coupant court à la conversation par la même occasion.

Elle traînait derrière elle une valise rouge couverte de saletés probablement amassées dans la salle cathédrale et, dans sa main gauche, un I-pod nano perçait la pénombre d'un doux clignotement.

Il ne fallut pas longtemps à Anthéa pour comprendre ce qui avait amené la jeune fille à quitter brusquement l'aéroport dans lequel elle se trouvait probablement un instant plus tôt. Son sens du devoir avait fini par la rattraper, sous la forme d'un signal probablement enfoui dans les tréfonds de sa mémoire depuis bien longtemps.

- C'est bon de te revoir, lâcha William avec sincérité, se précipitant pour l'aider à se débarrasser de ses bagages, mais… Je ne pensais pas que tu viendrais ! Tu as vu l'alarme toi aussi ?

L'américaine eut un sec hochement de tête, trop tiraillée entre les multiples sentiments contradictoires envahissant son cœur pour se montrer démonstrative. Sa lèvre du bas, couverte de rouge, semblait trembler sous l'effet de la peur, et son regard trahissait l'indécision qui continuait à la ronger de l'intérieur.

- Tu vas te battre ? crut bon d'insister le jeune homme, lui aussi partagé entre la surprise et la joie de la revoir sous l'atmosphère éthérée du laboratoire, tu comptes te virtualiser avec les autres, finalement ?

- Difficile d'ignorer qu'un combat pour l'avenir du monde se joue à quelques mètres à peine lorsqu'un engin pareil s'acharne à nous le rappeler, ironisa l'américaine en pointant sa montre du doigt, j'espère que je n'arrive pas trop tard… ?

- Au contraire ! s'exclama Anthéa, peut encline à s'attarder sur les détails du retour de la jeune fille, file vers la Salle des Scanners, je vais t'envoyer sur le Territoire des Montagnes. Odd aura bien besoin de ton aide.

Si la silhouette de l'adolescente se raidit à la mention de son ex-petit-ami, elle fit néanmoins preuve d'une étonnante consistance au moment de faire docilement volte-face vers l'élévateur, obéissant aux ordres de l'informaticienne.

Une pointe au cœur, William, sous le coup d'une soudaine impulsion, courut pour la rattraper, franchissant à son tour le pas de la porte de l'ascenseur. Surprise, Eva le scruta d'un regard interrogateur.

- Je vais l'accompagner en bas pour la briefer ! s'expliqua-t-il à l'adresse d'Anthéa, allons-y.

Et, sans attendre l'assentiment d'aucune des deux femmes, le jeune homme pressa le bouton rouge amorçant la descente de l'engin bringuebalant.

Un silence s'établit sur l'habitacle tandis que l'appareil s'enfonçait dans les profondeurs de l'usine. Ni Eva, ni William n'osaient échanger le moindre mot, gênés par ces longues semaines d'absence.

- Tu aurais pu me prévenir, finit par lâcher le ténébreux jeune homme, le regard fuyant et rompant enfin le silence, lorsque tu as quitté Kadic… Ça a été si soudain que je n'ai même pas eu le temps de te dire au revoir.

Touchée en plein cœur, l'américaine baissa la tête sous l'effet de la culpabilité, un début de larmes voilant son regard cristallin.

- Je suis désolée, admit-elle finalement au bout de longues secondes d'un silence gênant, j'imagine que… J'avais trop honte pour me présenter face à toi, après tout ce qu'on avait partagé au sujet de nos rêves, de notre possession par XANA… Je ne voulais pas que la dernière vision que tu ais de moi soit celle d'une furie en quête de vengeance.

- Tu avais le droit d'être en colère contre Odd, protesta William tandis qu'un grincement émanait des poulies de l'élévateur, signe de leur arrivée prochaine à l'étage de la Salle des Scanners, il venait de te tromper avec un mec après tout ! N'importe qui aurait agi de façon irréfléchie après avoir appris une telle chose.

- Mais ça ne me donnait pas le droit de ruiner la vie de Mathieu à nouveau, confessa Eva, je pense que je le savais depuis le début au fond de mon cœur et que je n'avais pas le courage de faire face aux conséquences de mes actes, d'où mon départ précipité… Je suis sincèrement désolée, William.

Un long grincement, plus fort que le précédent, vint ébranler l'habitacle et celui-ci se mit à ralentir jusqu'à interrompre enfin sa descente, laissant sa porte au mécanisme complexe se déverrouiller de nouveau.

William attendit que le vacarme produit par le coulissement des battants se soit tu avant de reprendre la parole, songeur :

- Je ne fais plus de cauchemars, tu sais ? annonça-t-il, plus depuis que j'ai décidé de faire face à mes peurs et d'aller de l'avant en me battant avec les autres. Plus depuis que j'ai fini par comprendre que ce combat sans le moindre sens que l'on mène est le même pour nous tous. Je ne suis pas seul dans cette histoire, Eva, et toi non plus.

La jeune fille ne répondit rien, se contentant de laisser ses talons hauts la guider sur le sol illuminé de jaune de la Salle des Scanners. Face à elle, l'un des longs pylône électrique creux profilait sa longue silhouette enrobée de câbles à travers la voûte, semblant attendre son retour depuis des semaines.

Déglutissant, la ravissante adolescente laissa un voile d'inquiétude assombrir son joli visage, comme si la Lyokô-guerrière, trop longtemps enfouie, commençait à reprendre ses aises sur sa personnalité.

- Lyokô et Endo sont en pleine Fusion, lui résuma William en la guidant jusqu'à son scanner, Aelita a pris le contrôle du Cœur pour activer les Tours des Territoires et leur permettre de tenir, jusqu'à-ce qu'on ait réussi à détruire toutes celles de la Green Phoenix. Pour l'instant, il nous reste trois Territoires et deux à la Green Phoenix, mais chaque Territoire détruit fait apparaître un Kolosse contre nous, un Monstre gigantesque qu'on essaye en ce moment de ralentir en espérant que leur présence finisse par saturer les ordinateurs de la Green Phoenix. Tu as tout compris ?

- Je crois, émit Eva d'une voix faible, peinant à se concentrer sur les informations assénées par William.

En cet instant précis, seule la perspective de retourner sur ce monde virtuel qu'elle abhorrait tant hantait son esprit, éclipsant toute autre pensée. Jamais la douce lueur dorée et vibrante de l'intérieur du caisson lui faisant face ne lui avait parue si menaçante.

Ce fut donc d'un pas résigné qu'elle franchit les portes du scanner, se retournant avec raideur vers la silhouette de William soutenant sa décision d'un sourire encourageant, les mains croisées dans le dos et le torse bombé tel un garde du corps prêt à la défendre contre ses peurs profondes, comme elle l'avait fait pour lui par le passé. Sous la lumière éblouissante des scanners, Eva remarqua pour la première fois à quel point le jeune homme s'était transformé durant leurs quelques semaines de séparation. Il paraissait plus serein, plus en paix avec lui-même, et les cernes sous ses yeux avaient presque entièrement disparus, redonnant à son visage sa ténébreuse beauté d'antan.

- Il y a autre chose que je devrais savoir ? questionna évasivement la jeune fille,, profitant d'être baignée dans l'aveuglante lumière d'or du scanner pour dissimuler sa gêne.

- Hmm… Oui ! fit William après un cours instant de réflexion, Scarlet, la nouvelle meneuse de la Green Phoenix, est en fait Taelia, la demi-sœur cachée d'Aelita, et est complètement folle !

Eva laissa échapper un petit rire nerveux, submergée par l'information. Sa présence dans cette salle, tout ce combat qui la frappait de nouveau de plein fouet lui paraissaient si surréalistes qu'ils en devenaient risibles.

William eut un ultime sourire d'encouragement avant de s'écarter du scanner, laissant à Anthéa tout le loisir d'entamer la procédure de virtualisation.

Mais, alors qu'il se tournait de nouveau vers le monte-charge pour remonter à la salle supérieur, Eva, sous le coup d'une incontrôlable pulsion, héla soudain son nom, le forçant à se figer sur place avec surprise, la dévisageant d'un air interrogateur.

- A propos de nos… De mes cauchemars, bafouilla-t-elle, à peine audible derrière le vacarme qui commençait à s'élever de son scanner, je n'ai toujours pas cessé d'en faire. C'est pour ça que, quand cette alarme s'est mise à sonner dans mon sac, je me suis dit… J'ai cru bon de revenir... Pour moi.

William eut un hochement de tête compatissant. Il ne comprenait que trop bien ce que l'adolescente traversait. Après tout, son propre retour dans le groupe des Lyokô-guerriers, en dépit de son aversion pour le Supercalculateur, s'était fait en raison de la nécessité, pour lui, de confronter ses vieux démons les yeux dans les yeux. Il espérait qu'Eva puisse un jour le comprendre, et parvienne à dépasser ses peurs à son tour.

- Je suis sûr que tu as fait le bon choix, souffla-t-il, juste avant que les portes du Scanner ne se referment sur la jeune fille dans un claquement sec, l'ôtant à sa vue, bon courage, Eva…

Lorsqu'il eut regagné l'élévateur et son parquet branlant, la voix d'Anthéa, synthétisée par les haut-parleurs et psalmodiant « Virtualisation » résonnait déjà dans son dos. Pour l'américaine, il n'y avait plus de retour en arrière possible désormais. Rien qu'une nouvelle bataille sans merci, entre son esprit et les griffes cruelles d'un phénix vert.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Odd escaladait la paroi d'une montagne de roche mauve et lisse à la vitesse la plus rapide que lui permettaient ses pattes de chat, ses deux queues fouettant l'air de nervosité dans son dos.

A travers la brume du Territoire, la silhouette titanesque du Kolosse se faisait déjà lointaine, bondissant d'îlots flottants en îlots pour venir écraser à grands coups de poings rocs et Monstres alliés.

Ses oreilles de chat frémissantes, Odd émit une grimace lorsque la lame de la Créature vint trancher nettement de part en part une de leur Tour, faisant s'écraser l'édifice un peu plus bas en une pluie de pixels blancs. Anthéa avait beau lui avoir recommandé de ne pas venir à bout de ce Monstre pour un temps, ses dégâts commençaient se faire trop importants pour être purement et simplement ignorés.

- Comment est-ce que je suis supposé ralentir un truc pareil !? persifla le félin virtuel en sautant vers le sentier inférieur, se mettant à courir vers le Kolosse à toute jambe.

Ce dernier, déambulant désormais sur un large plateau étalant ses plaines violettes sous le chemin qu'Odd venait de s'approprier, semblait n'avoir nullement conscience de sa présence, s'obstinant à avancer à pas lourds mais sûrs jusqu'à la prochaine Tour Blanche.

Pris d'une inspiration subite, l'adolescent bondit soudain de son sentier juste à temps pour atterrir droit sur le masque du Kolosse, y enfonçant profondément ses griffes avec l'énergie du désespoir, de peur de s'écraser au sol.

L'impact n'eut pas l'air d'avoir plus d'effet sur le Monstre Gigantesque qu'une piqûre du moustique et ce dernier, insensible à la présence du Nekomata sur sa tête d'un blanc aveugle, poursuivit sa route dans un crépitement de lave en fusion.

- Ah ouais, c'est comme ça que tu le prends… ? siffla le Lyokô-guerrier, agacé, voyons un peu comment tu réagis à ça dans ce cas !

Et, sans plus de préambule, le jeune homme vint planter ses queues droit dans le symbole gigantesque de la Green Phoenix lui faisant face, perforant le masque de ses lames avec violence. L'activation de son Pouvoir fut instantanée, faisant soudain luire ses yeux d'un jaune félin irradiant.

Pendant un instant, l'immense sigle évoquant un ange clignota, poussant le Kolosse à ralentir sa progression dans un râle de dépit. Puis, juste au moment où Odd s'apprêtait à lâcher un cri de triomphe, il y eu une brusque explosion de magma, et le jeune homme se retrouva projeté hors du masque, les queues parcourues d'étincelles.

Il ne dut sa survit qu'à la présence toute proche d'une falaise au long surplomb rocheux sur lequel il atterrit violemment, sonné et quelques Points de Vie en moins, mais miraculeusement toujours virtuel.

- Même mon pouvoir de Possession ne fonctionne pas face à un Monstre pareil, gémit-il en se redressant avec difficulté, tandis que le Kolosse reprenait sa route, qu'est-ce que je suis supposé faire ?

Sous les pieds de magma solidifié de la Créature, Blocks et Kankrelats alliés explosaient les uns après les autres, incapables d'entailler sa solide carapace de leurs faibles lasers, dont la lueur bleue ne faisait que pâle figure face à la rougeur flamboyante de la lave coulant dans ses veines.

De rage, Odd pointa le dos du Monstre de son arme et fit fuser quelques fléchettes d'énergie, sans parvenir à l'ébranler de nouveau.

- Je suis désolé, Anthéa, lança-t-il en rengainant son Catgun, se remettant à courir après la Créature, mais je ne peux pas le laisser agir impunément ! Si ça continue, je vais devoir essayer de le détruire une bonne fois pour toutes.

Déjà, le Monstre avait franchi un court sentier pour atteindre un nouveau plateau circulaire et parsemé de boules de roc, derrière lesquels fusaient, d'une blancheur nacré tranchant sur le mauve du Territoire, les racines de la Tour la plus proche, des faisceaux d'énergie électrique parcourant ses câbles épais. La façon dont son immense épée ornementée du sigle de la Green Phoenix s'élevait dans les airs ne laissaient guère la place aux suppositions quant au sort prochain des pauvres racines, à la merci de sa force colossale.

- Ne t'en fais pas, Odd ! l'interpella Anthéa tandis qu'il se ruait en avant dans une tentative désespéré de l'arrêter, je t'ai envoyé des renforts, cela devrait équilibrer la donne… !

- « Des renforts ? » répéta le Nekomata sans ralentir, les yeux néanmoins désormais écarquillés de surprise, mais qui… ?

A cet instant une folle mélodie endiablée vint couvrir les bruits de pas assourdissants du Kolosse, poussant Odd à s'arrêter net, l'air ébahi. Au dessus de sa tête, une forme rougeâtre trancha soudainement l'obscurité du ciel, fusant tel un éclair droit sur la Créature, dont le bras-épée s'occupait déjà d'entailler les câbles électriques parcourant le Territoire.

- Take that, you scum ! résonna une voix bien connue du jeune homme à travers la mélodie aux accents rock.

D'un coup, dans une furieuse volée de couleurs éclatantes, des dizaines de notes de musiques d'énergie jaillirent de la silhouette qui se précisait à présent à travers la brume, heurtant l'épaule du Kolosse de plein fouet en une série d'explosions.

Déséquilibré par l'attaque surprise, le Monstre vacilla un instant sur place, peinant à recouvrer sa balance naturelle. Odd se saisit de l'opportunité pour lui décocher une nouvelle salve de Flèches Lasers, cette fois-ci droit dans la poitrine, au niveau où se concentraient ses cicatrices de lave.

Dans un rugissement sourd à faire trembler tout le territoire, la titanesque Créature magmatique bascula lentement en arrière avant d'écraser sa large silhouette sur une des Montagnes les plus proches, la réduisant en poussières numériques. Le temps pour le Kolosse de se relever et, déjà, la falaise mauve se reconstituait d'elle-même dans un clignotement de pixels, bloquant involontairement ses bras et son torse derrière un enchevêtrement de roc bugués.

Tandis qu'une longue plainte de frustration émanait du Monstre, désormais piégé, la personne responsable de son déséquilibre s'extirpa des nuages, offrant la vision de se silhouette gracieuse aux yeux perlés d'Odd, qui resta bouche bée de stupeur.

Le nouvel avatar d'Eva, pour la première fois généré sous l'effet du programme de Virtualisation Évolutif, n'avait changé qu'en quelques détails mineurs, mais la maturité qu'elle avait acquise depuis sa première plongée sur Lyokô pouvait néanmoins se ressentir. Désormais vêtue d'une tenue de rockeuse rouge au lieu de verte, toute de cuir et de tissus en partie déchirée, son maquillage s'était fait plus marqué encore, dessinant ses lèvres et le contour de ses yeux d'un trait de noir profond. A son bras gauche, était accroché un étrange instrument dont l'embout creux, au niveau de sa paume, et l'étrange excroissance de bois verni agrippé à son épaule évoquait une sorte de guitare qu'on aurait transformé en brassière. Tout le long de son bras mince et pâle, une série de cordes reliait les deux parties de sa nouvelle arme, renforçant la ressemblance avec l'instrument de musique.

Sous les pieds chaussées de longues bottes à talons compensés de l'américaine, une planche de surf dont la forme évoquait également une sorte de guitare électrique pourvue de réacteurs crachait de minces raies d'énergie carmin, calmant peu à peu leur intensité à mesure qu'elle se rapprochait du Nekomata, un sourire perché sur ses lèvres.

- C'est ton nouvel avatar ? lâcha-t-elle une fois qu'elle fut à portée de voix, sautant lestement de son vieil Overair pour rejoindre le sol, il a encore moins de sens que le précédent ! Quel genre de chat possède deux queues ?

Incapable d'accepter la présence de l'américaine face à lui, Odd en oublia toute forme de réplique cinglante à propos du folklore japonais dont était extraite son apparence virtuelle. Au lieu de cela, seule une série de borborygmes sans le moindre sens parvint à franchir ses lèvres.

- J'imagine que me revoir ne te fais pas particulièrement plaisir après ce que je vous ai fait subir, à Mathieu et à toi, dit Eva, profita de son silence temporaire pour lâcher ce qu'elle avait sur le cœur, et je ne pense pas que tu t'attendais à me voir revenir vers vous non plus mais… J'ai ressenti en voyant le signal de notre I-pod que je ne pouvais pas fuir mes responsabilités éternellement, alors je suis revenue pour clore cette histoire. Définitivement. Donc, si tu es prêt à mettre nos différents de côté pour un temps, je suis prête à me battre avec toi pour stopper la Green Phoenix une bonne fois pour toute !

Seul un grondement sourd répondit à sa longue tirade. Faisant volte-face, les deux adolescents eurent le temps de voir le Kolosse pousser avec force contre sa prison, faisant valser en l'air de lourds rocs qui se mirent à rebondir tout autour d'eux. L'un des rochers, plus large que les autres, vint s'écraser à quelques pas de leurs deux silhouettes, réduisant en poussière numérique l'Overair d'Eva, lui arrachant un juron typiquement anglophone. Elle n'avait guère eu le temps de profiter de son vieux véhicule, trop longtemps négligé, au final.

- Mieux vaut se mettre à l'abri ! glapit l'américaine, plaçant son bras armé devant elle avant d'activer un large bouclier d'ondes sonores rouge et circulaire d'une longue note tirée d'une des cordes parcourant l'instrument, cette Montagne ne pourra pas le retenir éternellement !

Renonçant à poser plus de questions face à l'urgence de la situation, Odd lui emboîta le pas jusqu'à une cavité creuse à même la falaise la plus proche, gardée par deux semblants de bonsaï typiques au Territoire.

- Tu es partie sans rien dire, ne put-il néanmoins retenir une fois que l'ombre du tunnel les eut engloutis, les protégeant de la pluie de roches causée par les mouvements, de plus en plus violents, du Kolosse pour se dégager, après t'en être prise à Mathieu qui plus est… C'était à moi qui tu aurais du t'en prendre : je le méritais, pas lui !

Eva laissa un soupir s'échapper de ses poumons virtuels. Elle se doutait que la discussion fatidique ne pourrait être éternellement évitée, mais elle ne se sentait pas prête à faire face à Odd et à leur histoire complexe en cet instant précis.

- Je le sais, admit-elle donc simplement d'un air sombre, mais, encore une fois, il y a plus urgent pour l'instant. Tiens-toi prêt !

A peine sa phrase s'achevait-elle que le Kolosse parvenait enfin à s'extraire de sa prison, faisant voler en éclat la montagne d'un coup de poing et de lame si violent qu'il fit trembler tout le plateau.

Sans attendre l'instruction d'Eva, et d'instinct, Odd avait déjà rechargé ses Catguns à l'aide des fléchettes pendant de sa ceinture et les pointait désormais droit sur le masque du Monstre depuis sa cachette, une grimace menaçante déformant son visage félin. Son ex-petite-amie avait raison, leurs problèmes personnels pouvaient bien attendre face au sort du monde. Peu importait la boule de malaise qui avait pris possession de ses entrailles depuis son arrivée, il allait en faire abstraction jusqu'à ce que l'ultime pixel d'Endo soit réduit au néant !

Satisfaite, la rockeuse virtuelle se plaça en position d'attaque à son tour, ses doigts parcourant lestement les cordes de son arme-instrument avec anticipation. De la mélodie qu'elle s'apprêtait à jouer, jailliraient des notes explosives si vives et si puissantes que jamais le Kolosse ne pourrait poursuivre son œuvre destructrice.

Évitant soigneusement le regard de l'autre, l'improbable de duo se tint prêt à reprendre le combat, inépuisable.


http://elementaryschool.perso.neuf.fr/code_lyoko/xana.png


Dernière édition par Zéphyr le Sam 23 Avr 2016 15:42; édité 1 fois
Revenir en haut de page
Voir le profil de l'utilisateur Envoyer un message privé
 
Montrer les messages depuis:   

Forum Code Lyoko | CodeLyoko.Fr Index du Forum -> Vos Créations -> Fanfictions Code Lyoko Page 11 sur 12
Aller à la page : Précédente  1, 2, 3 ... , 10, 11, 12  Suivante

Poster un nouveau sujet
 Réponse rapide  
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 
Répondre au sujet



Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure

Sauter vers:  
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Vous ne pouvez pas éditer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages dans ce forum
Vous ne pouvez pas voter dans les sondages de ce forum




Powered by phpBB Lyoko Edition © 2001, 2007 phpBB Group & CodeLyoko.Fr Coding Dream Team - Traduction par : phpBB-fr.com
 
nauticalArea theme by Arnold & CyberjujuM
 
Page générée en : 0.8916s (PHP: 95% - SQL: 5%) - Requêtes SQL effectuées : 18