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Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:42   Sujet du message: Répondre en citant  
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Dos à dos, Mathieu et Stéphanie paraient l'un après l'autre le déluge de tirs qui s'abattait sur eux, l'une faisant rebondir aux quatre coins de l'Abysse les lasers d'un revers d'aiguille, l'autre les absorbant pour les recracher un instant plus tard dans un geste destructeur.

- On ne va jamais tenir ! s'exclama l'adolescente aux yeux violets, manquant de peu un Krabe lui faisant face d'un retour de rayon, que fout Angel à la fin !?

- Il fait de son mieux pour atteindre la Tour pendant qu'on fait diversion, répliqua Mathieu du tac au tac, laisse-lui le temps de faire son job !

Empressé comme il l'était de défendre le jeune homme, il rata de quelques centimètres le laser de Block fusant droit sur lui et son poignet cracha un jet d'étincelles, lui arrachant un cri de rage.

D'un geste vengeur, il leva son bras encore intact pour rejeter un tir gelant stocké un peu plus tôt dans son arme sur son adversaire, qui se retrouva aussitôt prisonnier du givre virtuel, figé en un glaçon grotesque et disproportionné.

A quelques pas de leurs deux silhouettes luttant de toutes leurs forces pour leur vie, la silhouette d'Angel, aile déployée, fusait le long de l'interminable plateau de vase et de neige mêlée, rasant le sol en direction de l'ultime Tour au halo noir. Ses contours pâles et moqueurs se découpaient derrière une forêt d'algues solidement gardée, désespérément inaccessible, en dépit des efforts de ses camarades pour distraire les Monstres la surveillant.

Dans une embardée sur le côté, Angel eut tout juste le temps de rouler vers une formation rocheuse, dissimulant sa présence juste à temps avant qu'une armée de Kankrelats ne repèrent sa présence. Ils avaient beaux n'être que de faibles Monstres pris individuellement, leur redoutable coordination de groupe risquait d'avoir raison de son enveloppe virtuelle avant qu'il n'ait eu le temps de pénétrer la Tour pour la désactiver. Avec tous les Points de Vie qu'il avait perdus depuis sa virtualisation, il ne pouvait plus se permettre le moindre risque.

- Merde, cracha-t-il, se laissant aller à la grossièreté sous le coup de la frustration, comment passer… ? Si au moins j'avais Mathieu ou Stéphanie de mon côté.

Un simple coup d'œil dans leur direction suffit à le dissuader de les appeler à l'aide. Les deux amis étaient si pris par les lasers ennemis qu'une simple intervention de sa part pourrait suffire à en dévirtualiser un. Il était seul sur ce coup-là.

Émettant un soupir de frustration, l'ange déchu s'accroupit derrière son abri, triturant son cerveau à la recherche d'une solution miracle. Si seulement il avait été en mesure de contrôler son Pouvoir d'Invocation, comme du temps de sa possession, la situation aurait pu être débloquée en un clin d'œil. Cependant, il n'avait rien de plus à sa disposition que sa fidèle faux et son aile solitaire et asymétrique.

- J'imagine qu'essayer une nouvelle activation de mon Pouvoir ne pourra pas me faire de mal… raisonna-t-il, incapable de songer à une autre idée, tant que je reste bien caché !

Après un ultime coup d'œil prudent derrière la formation rocheuse verdâtre protégeant sa silhouette musclée, l'ange numérique émit un effort de concentration, main tendue droit devant lui.

Pendant un instant, la silhouette bleutée d'un globe informe clignota devant lui avant de s'évanouir de nouveau en particules numériques, incapable de se stabiliser.

Succombant à la frustration, Angel se laissa glisser au sol, lançant à tout hasard un nouveau blob azur et désespérément inutile au loin.

Cependant, cette fois-ci, et à sa grande surprise, la forme mouvante réagit différemment. Durant un instant si bref qu'on aurait pu le croire sorti d'un rêve, quatre minuscule pattes semblèrent s'extraire de sa silhouette sphéroïde, battant l'air un instant avant de s'évanouir de nouveau, non sans laisser au passage un profond sentiment de perplexité dans le cœur de son créateur.

- Je connais ces pattes… souffla Angel, incrédule, avant de se tourner de nouveau vers les Monstres gardant la Tour, si précieusement convoitée.

Il n'y avait aucun doute possible. Durant un bref, mais indéniable moment, son invocation avait reproduit les petites griffes de métal soutenant le corps grotesque des Kankrelats.

Un doute s'insinuant dans son esprit, l'adolescent fit une troisième tentative, cette fois-ci sans quitter des yeux les Créatures minuscules si semblables à des cafards géants, concentrant toute son attention sur leur forme facilement reconnaissable.

Il n'eut pas besoin de regarder sa nouvelle création pour ressentir, au fond de lui et sous l'effet du léger picotement qui vint chatouiller le bout de ses doigts, pour savoir que, cette fois-ci, quelque chose de différent s'était produit.

Tournant la tête, Angel ne put retenir un sourire de triomphe face à la Créature qui lui faisait face désormais. Son intuition s'était avérée correcte et, désormais, la situation s'apprêtait à se renverser en sa faveur.

Inconscients de ses cogitations, Mathieu et Stéphanie continuaient à lutter de toutes leurs forces, détruisant Monstre après Monstre pour les voir trop rapidement remplacés par un autre dans un grésillement de virtualisation, ne leur laissant pas un seul instant de répit.

- Aïe ! lâcha Stéphanie par réflexe, atteinte de plein fouet par un nouveau laser au genou, la forçant à ployer sa silhouette de gothic lolita, Mathieu, un peu d'aide !?

Mais ce dernier ne s'en sortait guère mieux, la lueur circulaire indiquant le niveau de chargement de ses armes rougeoyant dangereusement, montrant leurs limites. D'ici quelques instants, la cadence de tirs dépasserait ses capacités de répliques et les sphères à ses poignets allaient se retourner contre lui, venant peut-être même à bout de ses derniers Points de Vie.

Au moment précis où les deux adolescents, se croyant condamnés, commençaient à envisager sérieusement leur retour au sein d'un Scanner d'un instant à l'autre, un phénomène étrange se produisit.

Comme un seul homme, chacun des Monstres qui les encerclaient se mirent subitement à buguer de concert, leurs silhouettes, petites ou grandes, fines ou compactes grésillant sur place en une position figée.

Sous le coup de la surprise, Mathieu ne put que baisser ses bras, les yeux ronds. Stéphanie ne commit pas cette erreur. Profitant de cet inattendu, mais bienvenu événement, elle se saisit de la main de son camarade avant de s'élancer hors du cercle de Créatures, les traversant comme s'ils n'avaient été qu'une illusion, tranchant deux ou trois symboles de sa lame au passage.

- Je ne sais pas ce qui est en train de se passer, lança-t-elle à l'adresse de son ami le plus proche, mais je ne vais pas rester sur place pour le découvrir !

Déjà, les effets des bugs semblaient s'atténuer et les lasers, désormais distants, recommençaient à pleuvoir tandis qu'une poignée de Blocks et une Tarentule explosaient sous les coups laissés par la gothic lolita derrière elle.

- Je… Je crois qu'Anthéa avait raison ! ne put qu'articuler Mathieu, se laissant entrainer par Stéphanie docilement sous les lasers rougeoyant, ses longues oreilles flottant dans son sillage, je crois que les Kolosses commencent à faire saturer les ordinateurs de la Green Phoenix ! Ils commencent à buguer ! Il faut à tout prix continuer sur notre lancée et détruire le Territoire des Abysses, Angel !

Le jeune homme en question, qui n'avait pas raté une miette du spectacle, venait de surgir de son abri, sa faux dans une main, l'autre illuminée d'un minuscule vortex bleu.

- Pas de soucis ! Je suis sur le coup, clama-t-il, se tournant droit vers le barrage de Kankrelats coupant sa route vers l'ultime Tour Noire à désactiver.

A peine ces derniers se furent-ils arrachés à leurs propres bugs que, déjà, l'ange déchu avait activé son pouvoir, laissant cinq flashs d'azur jaillir de ses doigts pour venir s'écraser face à ses adversaires, prenant lentement forme.

L'instant d'après, Cinq Créatures translucides, vaguement similaires à des Kankrelats, le crâne luisant illuminé du symbole propre à Angel et le corps baigné d'un halo bleuté et mouvant les regardaient droit dans leurs yeux vides.

Il y eut une série de dénotation, lasers rouges et dorés se croisèrent quelques secondes. Puis, en une puissante implosion, Kankrelats alliés comme ennemis disparurent de concert, libérant soudain le passage.

- Waouh ! ne put retenir Stéphanie, sincèrement impressionnée, avant de recouvrer l'expression neutre et vaguement agacée qu'elle arborait généralement face à Angel, je veux dire… Tu maîtrises ton pouvoir, maintenant ?

- Eh oui, triompha Angel, faisant danser sa faux comme pour fanfaronner, il faut croire que, sans l'influence de la Green Phoenix, je ne peux invoquer de Monstres stables que si j'ai un modèle concret à copier dans le coin. Cinq Kankrelats contre cinq Kankrelats… Ca ne pouvait que le faire, non ?

- Désolée d'interrompre ces explications, trancha subitement la voix d'Anthéa depuis le ciel défiguré du monde virtuel en Fusion, mais les Créatures d'Aelita et de Jérémie ne pourront pas défendre nos propres Tours indéfiniment ! Si vous voulez conserver votre avantage tactique et détruire ce Territoire maintenant, il vaudrait mieux désactiver cette Tour maintenant !

Rappelés brutalement à la réalité, les trois anciens étudiants de Sainte Bénédicte reprirent leurs positions, Mathieu et Stéphanie prenant la place des Kankrelats pour défendre le trajet de leur compagnon jusqu'à la Tour face aux Monstres restants tandis qu'Angel déployait de nouveau son aile, fusant à une allure folle vers la paroi circulaire du long édifice à demi-organique.

Les lasers de Krabe commençaient à peine à filtrer la barrière de ses camarades Lyokô-guerriers lorsqu'enfin son corps traversa la paroi à demi organique de la Tour, le projetant droit dans le calme insondable de son intérieur.

Au centre de la plateforme, coupé de toute distraction extérieure, l'interface semblait attendre son sort fatidique.

Souriant, Angel n'eut qu'à apposer sa main à sa surface translucide, laissant son extraordinaire connexion avec Endo enclencher le Code de lui-même.

A l'extérieur, le halo noir se mit à pâlir jusqu'à recouvrer un bleu plus neutre et plus faible, sous le regard horrifié des Monstres de la Green Phoenix.

Stéphanie n'attendit pas qu'Angel ait regagné le plateau pour fuir à toute jambe vers le glacier le plus proche, contrairement à Mathieu, plus considéré. Déjà, le sol vaseux du Territoire des Abysses commençait à s'effacer, précipitant Tarentules et Blocks droit vers le tourbillon de ténèbres qu'était devenue la Mer Numérique.

Angel, aile déployée, eut tout juste le temps de saisir la main tendue de son compagnon Lyokô-guerrier en tenue de lapin avant que la dernière parcelle du plateau ne s'évanouisse sous ses pieds en une chute de pixels verdâtres. Derrière eux, l'ultime Tour des Abysses disparaissait déjà, comme absorbée par l'obscurité ambiante sans espoir de retour. Ils avaient réussi ! L'équilibre avait été rompu et un Territoire d'Endo de plus avait été détruit par leurs efforts conjugués.

Ils n'eurent pas à attendre longtemps, une fois en sécurité au niveau des longs chemins de glace craquelée du Territoire de la Banquise, pour que les premiers signes de l'arrivée de leur Kolosse leurs parviennent.

En une série de séismes, un lac d'un bleu profond à l'autre bout du sentier où ils avaient trouvé refuges se mit à bouillonner, laissant peu à peu émerger les crêtes menaçantes du Monstre titanesque, bien vite suivi par son masque d'un blanc d'ivoire, et son corps trapu de magma en fusion.

Mathieu, Angel et Stéphanie, qui se retrouvaient pour la première fois face à cette colossale Créature, ne purent retenir un mouvement de recul, effrayés par ses incomparables proportions et l'aspect menaçant de sa lame et de la lave brûlante coulant de ses larges plaies.

- Alors c'est ça un Kolosse… ? ne put que murmurer la gothic lolita, soufflée, je comprends mieux pourquoi tout le monde était si réticent à l'idée d'en laisser un autre venir sur Lyokô ! Ce truc a l'air… Invincible !

- Et surtout très lourd en termes de consommation d'énergie, souligna néanmoins Mathieu, risquant un doux sourire, regarde !

Au bout de son doigt pointé, la silhouette gigantesque et menaçante du Kolosse s'était soudain figée, parcourue des mêmes tressautements incontrôlables qui avaient stoppés leurs adversaires quelques minutes plus tôt. Il semblait incapable de s'extirper de son bug, bloqué à mi-chemin de son émersion du lac en une position grotesque, son épée-bras levée au dessus de sa tête sans parvenir à s'abaisser, répétant encore et encore le même mouvement étrangement fascinant de balancier.

- Ça marche ! jubila Angel, rabaissant sa faux qu'il avait instinctivement dressée devant lui lors de l'arrivée du Kolosse, il est complètement bogué ! La Green Phoenix n'a pas assez d'énergie pour générer des trucs aussi balaises, vous aviez raison !


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Yumi, sonnée, reprit peu à peu connaissance sous l'effet des bras puissants et musculeux qui venaient de l'étreindre délicatement, comme de peur de la froisser.

- Ulrich… ? reconnut-elle en distinguant le visage du samouraï en tunique verte à travers sa vision floue, qu'est-ce qui… Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Le Kolosse a fini par réussir à t'éjecter, résuma brièvement le jeune homme avant de lui tendre son bâton, dans un état proche de la décrépitude avant d'avoir tant forcé contre le masque du Monstre, tu as fait une sacrée chute et je crois qu'il ne doit pas te rester beaucoup de Points de Vie ! Même mon Supersprint n'a pas réussi à te rattraper quand il t'a giflé, je suis désolé…

- Ne t'excuse pas, s'opposa la japonaise en se redressant promptement, remerciant le ciel que son avatar soit aussi résistant face à son corps physique, dis-moi plutôt où est le Kolosse ? Il faut le rattraper avant qu'il ne fasse trop de dégâts !

- Je crois que c'est un peu trop tard pour ça…

D'un doigt coupable le samouraï lui désignait le rester du sentier au pied duquel ils se trouvaient. De l'autrefois grande et magnifique Forêt, ne restaient qu'une poignée d'arbres tranchés et arrachés, jetés pèle-mêle le long du chemin en un entrelacs de troncs et de branches des plus chaotiques. Visiblement, l'intervention de Yumi pour ralentir le Kolosse avait fini par le rendre fou, décuplant sa rage destructrice.

Grinçant des dents, la ninja parvint néanmoins à conserver sa dignité. Ils avaient fait de leur mieux jusqu'à présent et, en dépit de ce mauvais coup du sort, il leur fallait continuer à lutter, peu importait les obstacles.

- Ta Manta est toujours là, avisa la japonaise en repérant la silhouette gracieuse de la créature volante, occupée à décrire de larges cercles au dessus d'eux, telle une fidèle protectrice, utilisons-là pour franchir ce barrage d'arbres et rejoindre le Kolosse ! Je suis sûr qu'il y a encore moyen de le rattraper et de le stopper.

- Inutile, leur annonça subitement Anthéa à travers son micro alors que, déjà, Ulrich sifflait sa monture afin de la faire redescendre dans leur direction, Angel vient de désactiver la dernière Tour nécessaire pour le Territoire des Abysses ! D'ici peu, leur propre Kolosse devrait apparaître et, avec un peu de chance, les calculateurs de la Green Phoenix devraient commencer à saturer…

Comme pour répondre à ses dires, un bruit strident vint soudain vriller les tympans des deux Lyokô-guerriers. Sous leurs yeux, et à travers la cime des rares arbres encore intacts, les larges plaies boursouflées fendant le ciel du monde numérique commencèrent à se résorber, leur lueur sanguine allant jusqu'à s'apaiser légèrement.

- Je crois que vous avez raison ! s'exclama Ulrich, fou de joie, Endo semble battre en retraite. On est en train de gagner !

- Je n'en serais pas si sûre à ta place, murmura Yumi, tirant sur sa manche d'un geste alarmé, livide.

Son regard d'ébène, fixé depuis quelques minutes à l'autre bout du sentier dans l'espoir de repérer le Kolosse s'était brutalement fixé sur un point singulier. Un point qui n'avait rien pour la rassurer.

Fronçant ses épais sourcils, le samouraï joignit ses efforts à ceux de sa coéquipière et plissa les yeux vers l'horizon, en quête de déterminer l'origine de l'étrange lueur qui s'était mise à briller au loin devant eux. La réponse ne tarda pas à lui parvenir, le glaçant d'effroi.

- Le… déglutit-il, horrifié, le Territoire de la Forêt est en train de disparaître ! C'est impossible !

En effet, sous une monstrueuse vague de pixels verts et bruns, la texture ornementant plateaux et sentiers venaient s'évaporer petit à petit, dévorant le terrain jusqu'à ne laisser que le vide derrière eux, grignotant jusqu'à la moindre racine d'arbre tel un énorme coup de gomme numérique.

- Le Kolosse a dû réussir à détruire notre dernière Tour pendant qu'on restait là à ne rien faire, lâcha précipitamment la japonaise, folle de colère contre sa propre négligence, je n'arrive pas à croire qu'on ait pu laisser faire ça !

- Oublie ça, lui imposa Ulrich d'un ton brusque, il faut dégager d'ici, et en vitesse !

En effet, le sentier devant eux n'était déjà plus qu'un lointain souvenir, et le plateau sous leurs pieds commençaient à son tour à perdre ses couleurs, ne laissant qu'une vague trace résiduelle numérique sous formes de lignes blanches dont la force diminuait de seconde en seconde.

Approuvant l'avertissement du samouraï, la jeune fille se mit à courir à sa suite tandis que leur Manta, impuissante, se laissait happer par le phénomène de destruction, disparaissant en une pluie de particules d'émeraude malgré ses puissants coups d'ailes.

- Anthéa, il va falloir nous dévirtualiser ! s'exclama la ninja derrière son masque, sautant habilement au dessus d'une souche pour ne pas ralentir sa course, sur laquelle l'effacement du Territoire ne cessait de gagner du terrain, on va finir dans la Mer Numérique à ce train-là.

- Désolée, mais je ne peux rien faire de mon côté ! répondit l'informaticienne non sans un timbre paniqué au creux de la gorge, la destruction de la Forêt et la surcharge du Supercalculateur interfère totalement avec votre signal ! Le programme de matérialisation bug complètement !

Ulrich eut un soupir résigné face à leur déveine. Ils n'avaient plus le choix.

- Alors dans ce cas, il va nous falloir régler cela à l'ancienne, lâcha-t-il d'un ton sombre, stoppant net sa course au niveau d'un gros rocher moussu.

Yumi n'eut pas besoin de le consulter plus avant pour comprendre ce qu'il avait derrière la tête. S'arrêtant de fuir à son tour, elle entreprit de pointer son bâton droit sur lui tandis que lui-même dégainer ses katanas, le front marqué par un pli concentré.

- Un… commença-t-il.

- Deux… poursuivit la ninja, le corps tendu de nervosité.

- Trois !

D'un seul et unique geste, parfaitement synchronisé, les deux adolescents abaissèrent leurs lames respectives, tranchant l'avatar de l'autre droit sur l'épaule.

Il y eut un bruit de désagrégement le temps pour leur silhouette de disparaître sous une volée de pixels avant qu'ils ne s'effacent tous deux complètement du Territoire, juste avant que sa propre disparition n'atteigne leur emplacement.

L'instant d'après, suffoquant et les os douloureux, Ulrich et Yumi émergeaient de Scanners dans la vieille usine sur le canal, de nouveaux de chair et de sang et à bout de souffle, mais miraculeusement indemnes.

Une survie qui leur avait néanmoins coûté un Territoire tout entier.

Trop abattus physiquement et moralement pour se relever, les deux adolescents restèrent assis au centre de leur caisson respectif, échangeant un regard morose lourd de sens dans le silence lugubre de la vaste pièce dorée.


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Un grondement sourd gagnait peu à peu en ampleur à l'intérieur de la vaste salle circulaire servant de sanctuaire au Cœur de Lyokô.

Jérémie, nerveux et assis en tailleur sur sa plateforme, jetait de fréquents coups d'œil vers Aelita, impassible au dessus de lui au sein de son entrelacs de rubans protecteurs. La cage hexagonale générée par ses soins et servant de doublure au bouclier naturel de la jeune fille luisait doucement à la lueur émanant de son être limpide, et un calme olympien semblait l'environner, comme si elle s'était retrouvée réfugiée dans sa propre bulle, séparée de la bataille cauchemardesque qui se livrait à l'extérieur du Cinquième Territoire.

- La Forêt vient de tomber, annonça-t-elle subitement d'un ton monotone, faisant légèrement tressauter Jérémie, trop longtemps habitué à son impassible silence.

- Quoi !? réagit-il avec effroi, ça veut dire qu'on vient de perdre notre avantage… Et comment vont Ulrich et Yumi au fait ? Ils ont pu… ?

- Ne t'en fais pas pour eux, ils sont de retour sur Terre sains et saufs, affirma l'ange numérique, levant une main apaisante dans sa direction, quant à notre avantage, je ne serais pas aussi catégorique que toi à ce sujet.

Jérémie n'eut qu'à froncer les sourcils d'un air interrogatif une fraction de seconde avant de parvenir à saisir la pensée d'Aelita, son regard semblant soudain s'illuminer derrière ses lunettes parcourues de données.

- Les Kolosses ? hasarda-t-il avec espoir, ils ont fini par faire saturer l'énergie de la Green Phoenix ?

- C'est ce qu'il semble en tout cas, affirma l'adolescente aux deux paires d'ailes, se risquant à un léger sourire, j'ai perçu comme de nombreuses faiblesses de part en part d'Endo. Il est en train de ployer et sa présence est saturée de bugs… Ce qui va me permettre de faire ceci !

Levant brusquement les mains en l'air, la jeune fille se mit à irradier de lumière verte, forçant Jérémie à se protéger les yeux d'un revers de manche.

Sous ses pieds, la surface entière du Territoire se mit à trembler, comme attirée par une force gigantesque et mystérieuse.

- Qu'est-ce qui se passe ? s'étonna Jérémie, à demi effrayé, sautant de cubes en cubes pour rejoindre l'ouverture au sol afin de jeter un œil à l'extérieur. Le spectacle qui l'attendait le laissa sans voix.

Face à lui, à l'endroit où la Faille ébréchait la Voûte Céleste, les fichiers informatiques parsemant le ciel s'effondraient les uns après les autres, agrandissant la brèche avec violence. De l'autre côté, l'entièreté du Noyau d'Endo était visible à présent, brillant de sa lumière nacré à travers les bords rougeoyant de la plaie tranchant les cieux de Lyokô.

- On est en train de se rapprocher de leur Cinquième Territoire, constata Jérémie avant de se retourner vers la silhouette irradiante d'Aelita loin au dessus de lui, quel est ton plan, au juste ?

- Il faut profiter de la faiblesse de leurs serveurs, scanda son étrange voix déformée par le Cœur en son sein, on ne peut pas rester passifs jusqu'au bout… C'est le moment de contre-attaquer et de détruire Endo sous le poids de Lyokô une bonne fois pour toute !

Et, sous le regard d'appréhension et de fascination mêlé de l'adolescent, la silhouette sphérique de leur propre Cinquième Territoire vint percuter de plein fouet la Voûte Céleste, venant réduire en poussière numérique les ultimes fragments de données les protégeant encore d'Endo au profit du ciel sombre et chaotique régnant sur le reste de l'univers virtuel.

Un instant plus tard, les deux Sphères gigantesques, l'une d'un bleu sombre, l'autre d'un rose irisé entraient en une violence collision sous l'effet du Chant d'Aelita. Les deux univers étaient prêts à en découdre à présent.


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Au sein de la salle glacée du repère de la Green Phoenix, une agitation sans commune mesure régnait entre les scientifiques, naviguant dans un joyeux chaos d'alarmes en alarmes, littéralement submergés par les signaux rouge propres aux alertes systèmes.

Scarlet, impassible dans sa longue blouse noir, son insigne en forme de l'immortel oiseau d'un vert de jade étincelant sur sa poitrine, demeurait plongée dans ses pensées au centre de la pièce, son regard sombre perdu dans les lignes de code défilant à toute allure à la surface de l'écran principal.

Un petit homme chauve, le crâne dégoulinant de sueur, vint la rejoindre d'une démarche précipité. Il tenait une tablette tactile entre ses doigts boudinés et, à en juger son air, les nouvelles étaient loin d'être réjouissantes.

- Tous les systèmes sont en surchauffe complète, annonça-t-il avec fébrilité, nous aurions du désactiver le réflexe défensif de nos Territoires et leurs Kolosse dés le premier signe de faiblesse de nos serveurs ! A présent, nous sommes complètement paralysés et ces satanés « Lyokô-guerriers » en profite pour prendre le dessus ! L'intégrité de notre Noyau est sévèrement compromis…

Il ne reçut aucune réponse, sa meneuse se contentant de caresser ses lèvres carmin d'un air songeur, comme si la panique ambiante glissait sur elle sans l'atteindre. Sous l'effet de la pression, l'homme crut bon d'insister :

- Mademoiselle Scarlet, risqua-t-il, que faisons-nous ? Il nous faut réagir avant de perdre la bataille. Fénix ne fait pas le poids seul face à leur propre Cœur, et nos Kolosses drainent trop d'énergie. Il y a aussi le problème du jeune Angel et de son inattendue aptitude à désactiver nos Tours, ce qui offre un avantage certain à nos adversaires… Nous aurions du nous débarrasser de lui dés que possible ! Et il ne nous reste plus qu'un seul Territoire qui plus est ! Je me permets d'insister : nous sommes en train de perdre la bataille.

Cette fois-ci, ce fut un claquement de langue agacé qui vint lui répondre. Scarlet, le visage insondable jusqu'à présent, s'était fendu d'un air agacé, comme si la remise en question de leur possible victoire avait l'effet sur elle d'un affront personnel.

- Ne dîtes pas de sottises, raya-t-elle d'un ton abrupt, certes, nous avions sous-estimés l'énergie nécessaire pour maintenir les Kolosses en place, mais leur force de frappe rééquilibre nos forces. Qui plus est, il nous reste encore notre dernier atout…

Il y eut un grand bruit d'explosion au loin, faisant sursauter le petit homme qui s'empressa de courir vers la source du chaos, laissant sa meneuse seule.

Une jeune femme en charge de la gestion des Monstres, qui n'avait pu s'empêcher de tendre l'oreille lors de l'échange, se tourna vers elle, une expression franchement inquiète sur son visage en pointe.

- Vous êtes sérieuse ? ne put-elle retenir, alarmée, vous songez réellement à lancer le Programme Anti-Schaeffer ? Mais il s'agit d'une stratégie hautement risquée ! Nous n'avons pas eu l'occasion de lancer le moindre test, et vous…

- Je ne pense pas avoir laissé le sujet ouvert à la discussion, trancha Scarlet, mais puisque vous avez des doutes, suivez-moi donc pour mettre en marche les Scanners. Maintenant !

Docile en dépit de son appréhension, l'informaticienne lui emprunta le pas, laissant sa tâche de gestion des Monstres à ses collègues, déjà débordés.

- La procédure est risquée, crut-elle bon de rappeler une nouvelle fois en s'affairant autour des caissons remplis de liquide dont la bioluminescence semblait gagner en intensité à chaque pression de bouton de sa part, il va falloir faire preuve d'une coordination sans faille, et les bugs de nos ordinateurs risquent de compliquer l'opération. Je vais immédiatement dépêcher une équipe pour l'injection des codes.

- Faîtes donc, répondit Taelia d'un air distrait, son regard profond absorbé par les remous du liquide protecteur emplissant le scanner, chargé en électricité.

Sans attendre que le programme ait fini de se mettre en marche, la jeune femme porta une main au bouton maintenant sa blouse en place et le dégrafa d'un geste leste, laissa glisser l'étoffe noire au sol dans un froissement doux.

La clameur des scientifiques de la Green Phoenix sembla soudain s'atténuer, tous arrêtant leurs mouvements effrénés autour des claviers pour se focaliser sur leur meneuse, fasciné par le spectacle qu'elle leur offrait.

Lentement, couche après couche, sans faire preuve de la moindre pudeur, l'adolescente aux courts cheveux mauves se départit de ses vêtements, dévoilant son long corps maigre et pâle dans son intégralité face à ses employés.

Si certains rougirent et détournèrent le regard, la plupart se révélèrent incapables de s'arracher à la contemplation de cette silhouette pâle et gracile, dépourvue de tout complexe, dont les doigts fins faisaient déjà coulisser la paroi de verre du Scanner face à elle.

Aveugle à son environnement, Taelia, à présent nue de la tête au pied, plongeant un premier orteil au sein du liquide épais, retenant un frisson d'extase. Enfin, son heure était venue. Membre après membre, centimètre après centimètre, son corps vint pénétrer l'eau glaciale, faisant frémir sa peau jusqu'à enfin venir tremper ses cheveux teints, laissant les courts filaments onduler doucement à travers les méandres azures.

Taelia était à présent couchée dans le Scanner, le regard plongé vers l'obscurité poussiéreuse et rocheuse du plafond. De sa position, elle pouvait suivre avec précision les câbles épais sortant des murs pour venir rejoindre son caisson la coupant de ce monde.

La scientifique qui s'était occupée de préparer la procédure vint l'arracher à ses pensées, penchant son visage de souris au dessus d'elle pour l'avertir :

- Nous allons lancer la virtualisation, l'avertit-elle, sa voix rendue lointaine par l'immersion dans le liquide, je vais devoir fermer le caisson… Bon courage, mademoiselle.

Il y eut un bruit de coulissement, puis la jeune femme se retrouva entièrement plongée dans le silence. L'étrange sensation de se retrouver prisonnière d'une poche amniotique lui survint et, de façon étrange, une vague de colère se mit à l'emplir, débordante et incontrôlable. Dans sa tête, une seul visage régnait désormais : celui, déformé par son imagination, de sa mère, la personne pour qui elle vouait la haine la plus profonde.

Ce fut dans cet état d'esprit de fureur incontrôlable, les poings serrés mais le visage fermé, qu'elle laissa l'arc électrique l'analyser de la tête aux pieds, aveuglant sa vision.

Elle était prête à disparaître de ce monde ingrat pour venir mener son infatigable combat dans une autre dimension, plus souhaitable, où peut-être enfin la douleur qui lui empoignait le cœur depuis des années s'atténuerait enfin quelque peu.
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Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:43   Sujet du message: Répondre en citant  
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Chapitre 58 :

Épisode 157 : Fifth Round (Les filles d'Anthéa)_



Eva et Odd courraient à toute allure le long des falaises du Territoire des Montagnes, encerclant la silhouette furieuse de leur Kolosse avec vigueur.

Agacé par leurs mouvements autour de ses jambes, le Monstre gigantesque finit par céder à ses pulsions, abattant sa lourde épée droit sur l'américaine qui l'avait désarçonné une première fois, par esprit de revanche.

- Maintenant, Odd ! s'exclama la rockeuse en plongeant en avant.

Le félin virtuel, qui avait entrepris de sauter de rocs en rocs afin de s'élever peu à peu, s'agrippa un instant à la paroi lui faisant face pour se stopper, brandissant son Catgun vers la lame pour la bombarder au dernier moment d'une volée de Flèches Lasers.

Les encoches de lumière vinrent frapper le plat de l'épée juste avant que celle-ci ne s'écrase sur l'américaine, venant dévier sa course de quelques centimètres, suffisant pour épargner l'américaine de justesse.

Eva, roulant sur le côté et profitant de l'enfoncement du bras-épée à même la roche, laissa ses talons de cuir la propulser droit sur le membre de magma mortel, s'y accrochant de toute la force de ses ongles.

De colère, le Kolosse se redressa précipitamment, manquant de peu de déstabiliser son opposante qui parvint à tenir bon cependant, le visage grimaçant.

Odd, qui avait atteint le sommet de la montagne la plus proche entre-temps. Enfonça profondément ses deux queues autour d'un simili-arbre japonais en bout de pic avant de se lancer dans le vide, usant du mouvement de balancier apporté par ses appendices pour se propulser le plus loin possible, toutes griffes dehors vers la large épaule du Monstre titanesque.

- J'y suis, s'écria-t-il en atterrissant maladroitement entre deux cicatrices de lave, manquant de peu de se brûler les pattes, prêt dés que tu l'es !

Eva, qui était parvenue à coincer ses bottes entre deux crevasses parsemant l'épaisse peau brunâtre de la Créature, se mit en position de combat, ses doigts prêts à gratter à toute allure les cordes de sa nouvelle arme. La lame du Kolosse se trouvait désormais à une hauteur dangereusement élevée et il était clair que le Monstre avait pour intention de l'abattre de nouveau d'un instant à l'autre, se débarrassant de son parasite du même coup. Face à elle, un semblant d'œil d'un blanc luisant seulement rompu par le tracé noir du symbole de la Green Phoenix semblait la dévisageait avec colère entre les veines parsemant l'appendice tranchant.

- Now ! rugit l'américaine dans sa langue natale, par soucis de rapidité.

De leur synchornisation dépendait la réussite de leur assaut, aussi Odd n'hésita pas avant de faire feu, déchargeant un chargeur entier d'un de ses Catguns droit au centre de la cible en forme d'ange ornementant le masque du Kolosse, à portée de tir depuis sa position. Au même moment Eva, en contrebas, déchaînait une mélodie frénétique à partir de sa guitare-brassière, laissant les notes explosives fuser dans un flash arc-en-ciel droit sur la cible prenant place, tel un œil grotesque et globuleux, sur le plat de la lame du Monstre.

La lave en fusion jaillit des impacts en même temps qu'un long cri rauque à faire trembler le ciel. Eva, brusquement désarçonnée par les gesticulations de douleur de la Créature, valsa vers le sol avec violence.

Très lentement, le magma rougeoyant coulant des plaies parsemant le corps du Kolosse vint perdre de son intensité jusqu'à se durcir et, dans une ultime et interminable plainte d'agonie, ce dernier bascula en arrière, chutant hors du plateau tel un grotesque pantin géant dont on aurait coupé les fils, le privant de toute vie.

Odd eut juste le temps de bondir de son épaule, roulant au sol avant que sa masse colossale ne disparaisse dans les abysses de la Mer Numérique, libérant une colossale colonne de données dans sa destruction. Il ne représentant plus aucune menace désormais.

Vaguement inquiet, le Nekomata, une fois qu'il eut retrouvé ses esprits, s'empressa de rejoindre Eva, tombée sur un pic rocheux surplombant le plateau. La jeune fille se redressait déjà, ignorant les vagues d'électricité parcourant son corps suite à sa chute, un sourire vaguement satisfait étirant ses lèvres noires.

Malgré lui, Odd ne put s'empêcher d'être soulagé de ne pas avoir à l'aider à se relever. Si combattre à ses côtés avait relevé, pour lui, de l'automatisme, agir normalement face à elle demeurait une épreuve encore infranchissable pour sa personne.

- C'est fait, Anthéa, préféra-t-il donc lancer sobrement, laissant la jeune fille redescendre vers lui par ses propres moyens, on a réussi à se débarrasser du Kolosse, et sans occasionner d'autres pertes que les deux Tours précédentes.

- Formidable ! s'exclama l'informaticienne de sa voix déformée par le micro, avec la destruction de la Forêt à cause de l'un d'entre eux, c'était ce qu'il y avait de mieux à faire… La présence, même brève, de trois de ces Monstres simultanément a dû suffire à affaiblir considérablement la force de frappe du Supercalculateur de la Green Phoenix. Pour preuve : Aelita est en train de lancer un assaut final contre le Noyau d'Endo, et tout semble se dérouler sans problème.

Levant les yeux vers le ciel, les deux adolescents purent effectivement constater que la lueur rougeoyante des Failles le parsemant s'étaient peu à peu nuancée du vert caractéristique de la jeune fille depuis qu'elle avait fusionné avec le Cœur. Ne restait plus qu'à espérer que tout se déroule sans encombre et alors peut-être enfin leur combat s'achèverait-il.


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Des monceaux de cubes entiers volaient à travers la salle du Cœur de Lyokô tandis que les deux Cinquième Territoires se percutaient en un craquement sinistre, sous une pluie de pixels.

Soigneusement protégé derrière une extension de la cage d'Aelita qu'il venait de faire pousser, Jérémie tenait son bâton à la main, prêt à faire face au moindre Rampant qui oserait franchir leurs murs.

Néanmoins, et à sa grande satisfaction, Lyokô semblait prendre l'avantage sur Endo, toute une série de cubes bleus marines émergeant les uns après les autres à travers la brèche de la salle, tel un fantasque escalier se frayant un passage à travers le réseau de corail tentant de bloquer leur route, en vain.

- Lyokô est en train de triompher ! jubila l'adolescent aux oreilles pointues, ne pouvant retenir une exclamation enjouée, Aelita, tu avais raison ! C'était le moment parfait pour lancer une contre-offensive. Avec notre Tour intacte et celle de leur Cinquième Territoire détruite par William, ils n'ont aucun moyen de nous résister. Nous avons plus de Territoires encore en bon état qu'eux, même avec la perte de la Forêt, et leurs ordinateurs sont surchargés ! Il n'y a aucun moyen que les choses tournent mal.

Mais en levant les yeux vers celle pour qui son cœur physique continuait de battre, ce ne fut pas de la satisfaction qu'il trouva sur son visage aux traits enchanteurs, mais bel et bien une profonde perplexité, doublé d'un haussement de sourcils inquiet.

- Quelque chose cloche… ne trouva-t-elle qu'à dire, en dépit du spectacle des nombreuses racines d'Endo broyées par ses cubes qui se déroulait sous ses yeux, je peux le sentir au fond de moi… La partie n'est pas encore terminée.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? s'alarma Jérémie, s'empressant d'analyser la jointure entre les deux Territoires, sans relever la moindre anomalie pour autant.

Il y eut un silence, durant lequel Aelita sembla se plonger profondément dans les méandres de l'immensité accordée à son esprit par sa Fusion avec le Cœur de Lyokô. Puis, soudainement, ses grands yeux verts s'ouvrirent de nouveau, une lueur alarmée impossible à ignorer voilant leur éclat.

- Elle est ici… murmura-t-elle, en proie à une véritable panique.


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Sur le Territoire de la Banquise, le trio improbable des anciens élèves de Sainte Bénédicte, accompagnés d'une poignée de Jérémoïdes et d'une Tarentule alliée, semblaient hésiter quant au reste de la marche à suivre.

Face à eux, le Kolosse, encore parcouru de bugs, avait néanmoins réussi à se hisser hors de son lac et commençait à se diriger d'un pas lent, mais sûr, vers la Tour Blanche la plus proche de l'autre côté de l'étendue d'eau, écrasant sur son passage quelques Frôlions au sigle de Lyokô sans y prendre garde, comme s'il s'était agi d'autant de mouches insignifiantes.

- On devrait intervenir avant qu'il ne fasse trop de dégâts, non ? suggéra Stéphanie, que la présence du Monstre gigantesque n'aidait en rien à pour rassurer.

Angel eut un rictus moqueur.

- Je t'en prie, après toi ! ironisa-t-il, après tout, je suis sûr qu'un géant pareil est aussi facile à abattre qu'un de ces Kankrelats qu'on vient d'affronter.

- Inutile d'être sarcastique, protesta Mathieu, intervenant rapidement avant que son amie ne s'emporte, rouge de fureur, je n'avais aucune idée que cette créature, décrite comme si puissante, était surtout aussi… Colossale ! Comment est-ce que les autres ont pu réussir à ralentir un truc pareil ?

La voix d'Anthéa s'éleva soudain à travers le Territoire, rassurante :

- Visez l'une de ses deux cibles –une sur le bras et une sur la tête- et tentez d'y laisser une arme plantée, affirma-t-elle, c'est ce que Yumi vous conseille en tout cas.

- Yumi ? s'étonna Stéphanie, alarmée, elle est de retour sur Terre ?

- Avec Ulrich, oui, fit la voix au timbre légèrement éraillé par la rematérialisation de la japonaise, notre Kolosse a réussi à détruire la Forêt, mais tout devrait bien se passer pour vous. Tenez-le à l'écart des Tours le temps qu'Aelita et Jérémie en aient fini avec le Cœur d'Endo, et tout sera terminé en un clin d'œil.

- Facile à dire, grommela Angel en levant néanmoins sa faux de mauvaise grâce, et on est vraiment sensés écouter une fille qui n'a pas réussi à empêcher son propre Kolosse de détruire leur Territoire ? Je ne sais pas vous, mais ça remet son conseil en question pour ma part.

Une fois de plus, la gothic lolita sentit une bouffée de colère lui monter et s'apprêtait à dire à l'ange déchu ce qu'elle pensait de son attitude lorsque Mathieu intervint, désireux de préserver la paix fragile portant leur groupe :

- Pour l'instant, on n'a pas d'autre option, trancha-t-il, alors on fait comme on a dit ! Angel, avec ton aile tu devrais pouvoir l'atteindre plus facilement que nous, on te rejoint dés que possible.

Le ténébreux jeune homme eut un soupir de dépit. Il n'avait qu'une hâte maintenant qu'il était parvenu à désactiver les Tours du Territoire des Abysses : retourner sur sa bonne vieille Terre et laisser Lyokô et ses histoires derrière lui.

- Ça marche, abdiqua-t-il, mais seulement si un de ces gros bras m'accompagne ! Je n'ai pas vraiment envie de me faire aplatir par ce « Kolosse ».

Mais au moment où le Jérémoïde désigné inclinait docilement la tête, une brusque secousse vint soudain ébranler le sentier de glace sur lequel ils se tenaient, manquant de peu de les faire glisser vers le vide.

La Tarentule qui leur servait de garde du corps n'eut pas leur chance et ne put que laisser ses canons déraper sur le givre jusqu'à perdre pied, plongeant droit vers la Mer Numérique dans un long cri tragique tandis qu'un pan de neige entier s'écroulait sous ses pattes-canons.

- Qu'est-ce qui vient de se passer !? s'exclama Stéphanie en se redressant rapidement sur ses pieds, sa jupe plissée flottant sur son sillage, c'est dû à la collision entre les deux Cinquième Territoires ?

Derrière elle, l'un des Jérémoïdes aidait avec des gestes étonnamment doux pour sa haute silhouette Mathieu à se relever, sous le regard légèrement moqueur, mais néanmoins teinté d'inquiétude d'Angel, dont l'aile lui avait permis de conserver son équilibre.

- Non… fit Anthéa à l'adresse de la gothic lolita, d'après mes écrans, vous venez de perdre une Tour… Sans doute une œuvre de votre Kolosse.

En effet, au loin à travers l'obscurité du ciel, une série de glaciers s'effondraient doucement dans le vide, disparaissant en une nuée lointaine de pixels bleus.

Presque aussitôt, les trois adolescents tournèrent la tête vers le Monstre gigantesque au niveau de son lac mais, à leur grande surprise, ce dernier s'était stoppé à plusieurs mètres de la Tour dont le halo brillait toujours de son intense lumière blanche, les jambes bloquées par des bugs parasites.

- Vous vous trompez, Anthéa, lâcha Mathieu, au comble de la stupéfaction, pour le moment, notre Kolosse n'est pas en mesure de détruire quoi que ce soit… Un autre Monstre peut-être ?

- Impossible ! protesta Angel, frustré, ceux d'Aelita se chargeaient de les retenir et, avec la destruction du Territoire des Abysses, il ne devrait plus en rester que quelques groupes éparpillés sur la Banquise… Pas de quoi détruire une Tour à eux tout seul, j'ai raison ?

Anthéa émit un petit bruit d'affirmation à travers son micro, manifestement aussi surprise que les trois jeunes gens face à l'incompréhensible phénomène.

- Attendez ! fit soudain la voix d'Ulrich, lointaine en comparaison de celle de l'informaticienne, depuis le laboratoire, qu'est-ce que c'est que ça ? Sur l'Holomap ! Vous avez vu ce point ?

- Oui, confirma la mère d'Aelita sans couper la communication pour le trio encore sur Lyokô, on dirait… On dirait celui d'un avatar virtuel ! Il est en train de se diriger droit vers une autre Tour de la Banquise, mais c'est impossible ! Cela voudrait dire que la Green Phoenix a réussi à virtualiser quelqu'un pour nous arrêter, mais aucun adulte ne devrait être en mesure d'être envoyé sur Endo à partir de leurs versions primitives des scanners !

- Mais alors dans ce cas…

Stéphanie s'était figée de stupeur, plaquant sa main contre sa bouche d'un air horrifié tandis que son cerveau parvenait lentement à la conclusion que tous, autour d'elle, refusaient d'admettre.

Mathieu fut le premier à rompre le silence, énonçant l'absurde vérité qu'ils ne pouvaient tolérer :

- Taelia a décidé de se virtualiser pour nous mettre des bâtons dans les roues, lâcha-t-il sombrement, c'est logique après tout, c'est la seule à avoir moins de dix-huit dans la Green Phoenix et, en temps que leader du groupe, cela ne m'étonnerait pas qu'elle se soit réservée l'honneur de se dresser elle-même sur notre route, étant donné sa folie des grandeurs !

Il avait parlé sans réfléchir et, lorsque la vision de la portée que ses paroles avaient pu avoir sur Anthéa lui apparut, il était déjà trop tard. Néanmoins, Stéphanie ne tarda pas à lui faire oublier sa culpabilité, exprimant ouvertement sa rage :

- Cette petite garce ! s'écria-t-elle, incapable de se contrôler, ses mains tremblantes autour de ses aiguilles, alors de quoi est-ce qu'on s'occupe en priorité ? D'elle ou du Kolos-

Sa phrase fut un interrompue par un nouveau gigantesque séisme, les poussant cette fois-ci à rejoindre le plateau le plus proche à toutes jambes. Déjà, derrière eux, le sentier de glace s'effondrait sur lui-même, leur coupant la route vers le lac où le Kolosse en question, enfin libéré temporairement de ses bugs, était parvenu à broyer la Tour sous sa main unique, tournant temporairement son halo au noir avant que celui-ci ne s'évapore dans les airs.

Le Jérémoïde qui avait aidé Mathieu à se relever dut se sacrifier pour permettre aux trois adolescents de rejoindre le plateau sains et saufs, agissant comme un tremplin avant de chuter à son tour vers la Mer Numérique, suivant la Tarentule dans son destin fatal.

Les adolescents échangèrent un moment de silence, accroupis à même la glace, stupéfaits face au rapide enchaînement des événements. La situation était en train de se détériorer à une allure affolante, et aucune solution miracle ne parvenait à leur traverser l'esprit.

- Je peux toujours rejoindre l'autre plateau avec mon aile, suggéra Angel tandis que leur minuscule parcelle de banquise craquelée se mettait à dériver dans le vide, mais je ne suis pas certain de pouvoir me débarrasser du Kolosse ET de Taelia seul.

Son visage s'était fait étrangement dur à la mention du nom de la personne qui lui avait dérobé des mois de sa vie et ni Mathieu, ni Stéphanie n'osèrent prendre la parole face à l'éclair menaçant qui nimbait désormais ses pupilles d'or. Il était clair qu'une rage sans commune mesure bouillait au fond de lui à présent.

- On ne peut pas se permettre de te perdre, Angel ; ton Code Endo est trop important, rappela Anthéa, qui semblait lutter pour conserver un semblant de contrôle sur la situation, en dépit de l'apparition de sa fille illégitime sur le monde numérique en Fusion, qui plus est, je manque de puissance machine avec toutes ces batailles pour vous envoyer le moindre véhicule, et Aelita est trop occupée à s'en prendre au Noyau d'Endo pour vous virtualiser une Manta à mon humble avis.

- Dans ce cas, qu'est-ce qu'on fait ? s'impatienta Stéphanie, bouillante de colère, on ne va tout de même pas rester ici à se tourner les pouces pendant que Taelia et ses Monstres réduisent à néant tous nos efforts ! Il doit bien y avoir quelque chose à faire.

Déjà, dans leur dos, deux nouveaux icebergs disparaissaient, signe de l'extinction d'une nouvelle Tour Blanche.

Mathieu eut un froncement de sourcils suspicieux. Même virtuelle, Taelia restait humaine, et jamais la puissance d'un avatar classique n'aurait dû suffire à détruire autant de Tours en si peu de temps. Elle devait avoir un atout caché, quelque chose qui lui permettait d'en venir à bout avec rapidité et précision, mais il ignorait quoi.

Gardant sa pensée pour lui-même, il préféra se retourner vers le groupe, produisant un effort de concentration afin de rationaliser les faits qui se bousculaient dans sa tête.

- Laissons aux Monstres la tâche de défendre le Territoire de la Banquise, suggéra-t-il, on ne peut rien faire depuis notre plateau de toute manière. Je propose en revanche d'aller rejoindre Odd sur le Territoire des Montagnes, il aura sûrement besoin d'aide si, après la Banquise, Taelia décide de s'en prendre à son secteur ! En concentrant nos forces, on devrait pouvoir la retenir sans trop de difficulté, le temps pour Aelita et Jérémie de détruire le Cœur d'Endo en tout cas.

Un énième tremblement de terre coupa court aux protestations que Stéphanie et Angel s'apprêtaient à lui objecter et, dans un soupir de résignation, les deux adolescents se plièrent à sa proposition, laissant à regret le Territoire de la Banquise à son sort.

Déjà, le Jérémoïde restant s'éloignait, en quête d'un passage suffisant pour permettre à sa haute silhouette de rejoindre le Kolosse.

- Il va vous falloir marcher un moment, les prévint Anthéa d'un ton soucieux, la Tour de Passage est, par chance, de votre côté du Territoire, mais elle est à plusieurs kilomètres de votre position.

- Autant s'y mettre maintenant dans ce cas, j'imagine ? ironisa Stéphanie, laissant l'une de ses aiguilles tournoyer autour de son doigt d'un air lassé.

Résignés, les trois adolescents entamèrent à pas de course leur lente procession vers la Tour salvatrice, ignorant que, au même instant, une silhouette aux cheveux mauves survolait le Territoire, un sourire cruellement amusé étirant ses lèvres fines face à leurs vaines gesticulations.

Bientôt, il ne resterait rien de Lyokô, et le Programme Carthage serait enfin entre ses mains.


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Jérémie avait sauté jusqu'en bas de la Salle Cœur, étudiant d'un air affairé les racines d'Endo s'enroulant doucement autour de leurs cubes à travers l'ouverture grossière nouvellement aménagée par la récente collision entre les deux Cinquième Territoires, momentanément ralentie, par prudence, par Aelita.

Conformément aux soupçons de cette dernière, son Pouvoir d'Analyse semblait lui confirmer que le corail luminescent tendait à croître peu à peu dans leur direction, reprenant ses droits sur leur surface, preuve que la balance de puissance commençait doucement à s'inverser.

Les sourcils froncés en une expression perplexe sur son large front, le blond en armure souple releva la tête vers Aelita, qui semblait attendre son pronostique depuis son perchoir, les bras en croix.

- Tu es certaine qu'il s'agit de l'œuvre de ta demi-sœur ? insista-t-il, s'éloignant de l'ouverture pour la rejoindre, l'arme au poing, prête à servir.

- Aucun doute possible, lui répondit-elle de sa voix mystique, capable de porter à travers l'ensemble de Lyokô, je ne sais pas comment l'expliquer mais… Je ressens sa présence. Quelque part, dans le monde en Fusion, elle vient de se virtualiser.

- Cette fille est folle, grinça Jérémie, c'est beaucoup trop dangereux pour elle de venir sur Endo dans un moment pareil, sans avoir jamais connu la virtualisation ! Elle est vraiment déterminée à nous détruire, quel qu'en soit le coût.

- Vous êtes donc certains que c'est elle… ?

La voix d'Anthéa avait surgi de nulle part, chargée de douleur, et Jérémie sentit un flux de culpabilité l'envahir. Si Taelia était leur ennemie, elle n'en restait pas moins la fille de l'informaticienne, et parler d'elle en des termes si crus ne pouvait qu'ajouter à sa peine de devoir se dresser contre elle.

- Certains, maman, répéta Aelita, prenant le relais pour Jérémie, tu as pu repérer sa présence sur le monde virtuel, j'en déduis ?

- Exact, soupira sa mère après une longue pause, le temps pour elle d'assimiler ses propos, ou tout du moins nous avons pu repérer une présence humaine sur le Territoire de la Banquise et en train de détruire nos Tours. S'il y a une baisse de puissance de la part de Lyokô par rapport à Endo, c'est sans doute de là qu'elle vient.

- Mieux vaut ne pas attendre qu'elle ait eu raison de nos dernières Tours pour agir dans ce cas, affirma Jérémie, je vais entrer dans le Noyau d'Endo et parasiter leur Cœur de mes virus avant qu'il ne soit trop tard !

Mais, alors qu'il se dirigeait déjà vers l'ouverture béante à même la paroi de la salle, un long cri rauque leur parvint de l'autre bout, le forçant à se figer sur place.

Un rougeoiement reflété par les murs translucides du Cinquième Territoire d'Endo l'avertit juste à temps de la présence de lasers fusant droit dans sa direction pour lui permettre de plonger sur le côté, esquivant de peu les tirs mortels.

A peine s'était-il relevé, bâton brandit, que trois Rampants ornementés le long de leur dos voûté de l'ancien symbole d'Angel émergeaient dans la Salle du Cœur, la gueule béante et menaçante, prêts à décharger leurs lasers de nouveau mais, cette fois, en direction d'Aelita.

- Non ! rugit Jérémie, se jetant sur eux de toute son corps. Il était hors de question de les laisser s'en prendre à celle qu'il aimer. Celle pour qui son cœur ne cessait de saigner depuis son retour à Kadic.

Ce fut cependant un nouveau barrage de lasers qui vint le prendre par surprise, le stoppant net dans sa course tandis que deux autres Monstres à la longue queue articulée se glissaient hors de la paroi du Globe d'Endo, déterminés à l'empêcher de protéger l'elfe volante.

- Je vois, siffla-t-il, écartant d'un frottement sur son poignet les quelques étincelles résultant des coups qu'il venait de recevoir, ça ne va pas être aussi facile que ça, finalement…


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La tension était palpable sur ce qui restait du Territoire des Montagnes. Entre les bouts de rocs mauves flottant paresseusement à travers la brume, Odd et Eva se jaugeaient l'un l'autre en silence, incapables de prendre la parole le premier, l'un comme l'autre. Il restait encore tant de non-dits, tant de problèmes non-réglés entre eux que leur simple présence respective suffisait à leur donner la sensation de suffoquer, maintenant qu'un Kolosse de plusieurs mètres de haut n'était plus là pour les distraire de leurs souvenirs douloureux.

- Je pensais que tu te moquais bien du sort de Lyokô et du Projet Carthage, finit par craquer le Nekomata, dont la patience n'avait jamais été le point fort au sein de leur relation, pourquoi est-ce que tu as fini par te décider à revenir ?

L'américaine eut un rictus amer. Décidément, Odd se refusait à essayer de comprendre ses sentiments, quelle que puisse être leur situation, et cela suffisait à lui faire passer l'envie de lui fournir la moindre explication quant à ses décisions.

- Pourquoi est-ce que ça t'intéresse ? répliqua-t-elle acerbement, ce serait bien la première fois que tu te soucis des raisons de mes actions. Il serait temps cela dit ! Je devrais m'estimer heureuse que ma présence finisse par avoir un impact quelconque sur toi, j'imagine.

- Qu'est-ce que c'est supposé signifier !?

Le félin virtuel sentait la colère accumulée dans un coin de sa tête depuis le départ de la jeune fille du lycée sur le point d'exploser hors de sa bouche tel un venin corrosif, et chaque seconde passée en sa compagnie contribuait à attiser la tentation de se laisser aller.

Eva s'était rapprochée de quelques centimètres, menaçante du haut de ses talons compensés.

- Tu ne comprends vraiment pas ? Après avoir fait de moi ta « petite-amie étrangère trophée » et m'avoir négligée pendant un trimestre entier, après m'avoir forcé à abandonner ma vie entière pour te suivre dans ton aventure de folie pour finalement me plaquer pour un mec sans même oser m'en parler, tu oses encore te demander pourquoi j'ai toujours eu la sensation de n'avoir aucune importance à tes yeux ? Pourquoi j'ai senti le besoin de m'éloigner de toi avant que tu ne m'empoisonnes plus encore !?

Elle criait presque désormais, sa voix aux accents américains s'étranglant dans sa gorge à chaque nouveau mot arraché à sa bouche avec une fureur et une rage sans précédent. Elle laissait tout sortir, toute cette négativité accumulée sans broncher, sans aucune autre réaction que quelques regards noirs avait fini par avoir raison de sa fragile carapace de fierté. Elle n'était que furie vengeresse, un être de haine et de colère, incapable de comprendre le désarroi du jeune homme lui faisant face. Cet adolescent aux yeux si pâles qu'elle s'était jurée de ne plus jamais aimer, mais dont la simple confrontation suffisait lui tordre de nouveau les entrailles en une insoutenable douleur. Elle se sentait prête à s'effondrer sous le poids de ses émotions.

Insensible à son bouleversement, Odd eut un pas de recul, vexé.

- Je ne t'ai jamais forcé à rester en France, pour commencer ! objecta-t-il, sans prendre en compte le reste de ses arguments, et pour le reste… Comment est-ce que tu oses me dire tout ça !? J'ai dû endurer ta jalousie pendant beaucoup trop longtemps, ton incapacité à vouloir discuter de nos problèmes encore et encore, fuyant chaque jour un peu plus l'évidence que notre relation tombait en miettes. Tu étais tellement fourrée avec William que tu n'aurais jamais pu comprendre ce qui était en train de se passer, de toute manière ! Et quand bien même je serais effectivement responsable de tout ce que tu m'accuses, je pense que j'avais droit à un semblait d'explication sur tes actions, notamment avec les Echos de Kadic, juste avant ton départ !

- Comme si tu avais jamais pris la peine d'essayer de m'appeler pour comprendre après ça, persifla-t-elle, si gonflée de haine à présent qu'elle en paraissait monstrueuse, je parie que tu étais trop occupé à t'envoyer en l'air avec ton stupide petit Matthew pour te soucier de ce que je pouvais ressentir. J'imagine que son visage de chien battu suffisait à m'éclipser de tes pensées en une fraction de seconde, pas vrai ?

Sous l'effet de ces paroles, le visage d'Odd s'assombrit brusquement et aucune réponse ne parvint à franchir ses lèvres. Surprise par ce manque de répartie, l'adolescente aux cheveux blonds mit quelques secondes avant de mettre le doigt sur ce qui semblait tracasser le jeune homme, laissant un rire incontrôlable s'échapper de sa gorge.

- Mais il n'était même pas là pour toi après mon départ, pas vrai ? glapit-elle, tellement hors d'elle que ses paroles dépassaient ses pensées à présent, il était tellement obsédé par son Angel qu'une fois que tu as eu vraiment besoin de lui, quand je suis partie, tu as fini par te rendre compte qu'il ne serait jamais là pour toi, pour te rendre cet amour insensé que tu éprouvais pour lui, je me trompe ?

Le visage du Nekomata s'était fermé de douleur et ses griffes tremblaient, incapable de masquer ses émotions. Eva, dans un ultime éclat de suffisance, en profita pour enfoncer le clou, susurrant presque ses dernières paroles pour les assaisonner d'une délicieuse cruauté. Voir Odd souffrir autant face à elle lui apportait un incommensurable plaisir coupable.

- Angel a été libéré d'ailleurs, pas vrai ? souffla-t-elle, j'imagine que ça a dû te faire horriblement mal, lorsque Mathieu a fini par te lâcher définitivement pour son bel apollon doré ? Quel effet ça fait, Odd, de voir son cœur piétiné sans scrupule par celui qu'on avait cru digne de confiance ? Par celui à qui on s'était résolu à tout donner, aveuglément… ?

S'en était trop pour Odd. D'un geste violent, l'adolescent saisit le poignet de la jeune fille et vint la plaquer sauvagement contre la falaise la plus proche, le souffle rauque, l'un de ses Catguns fusant littéralement de sa ceinture pour atterrir contre la tempe de l'américaine, son embout mortel tremblant de nervosité. Eva, si elle fut surprise par le soudain accès de violence de son ancien petit-ami, n'eut pas la moindre réaction, se contentant de le fixer avec jugement derrière son regard d'un bleu cristallin.

Odd était à présent tellement submergé par ses émotions que son côté humain semblait avoir entièrement disparu au profit de la bête que représentait son apparence numérique, ses cheveux hérissés en pointe de colère derrière sa tête, crocs serrés et griffes sorties dans une expression de pure démence.

- Pourquoi… ? parvint-il à lâcher entre deux souffles rauques, son visage à quelques millimètres à peine de l'impassible rockeuse, pourquoi est-ce que tu me tortures comme ça ? Qu'est-ce que ça t'apporte après tout ce temps ? Qu'est-ce que j'ai pu te faire pour mériter une telle colère ?

- Tu m'as brisé le cœur, répondit-elle d'un ton étonnamment calme, tu t'es servi de moi, as abusé de ma confiance, et m'as lâchement trahie, comme Mathieu l'a fait avec toi je présume.

Ces paroles, assénées avec de tels accents de vérité, eurent raison du jeune homme. Relâchant Eva, il se laissa glisser au sol, le corps secoué d'incontrôlables sanglots. L'adolescente au maquillage outrancier, incapable de faire preuve de la moindre sympathie, se contenta de le toiser de sa hauteur, la lèvre tremblante.

Autour d'eux, ne régnait qu'un silence de plomb, à peine rompu par les remous en contrebas de la Mer Numérique, et quelques bruits de tirs passagers entre les Monstres ennemis restants sur le Territoire.

- Je t'ai vraiment aimé, Odd, tu sais ? dit-elle dans un souffle à peine audible, et, malgré toute la haine que j'éprouve pour toi depuis ta trahison, je n'ai pas cessé de t'aimer un seul jour depuis mon départ. Tu voulais savoir pourquoi je suis revenue ? Voilà ma réponse : je voulais en finir entre nous une bonne fois pour toute. Tourner la page, ainsi que celle de Lyokô, et enfin me libérer de ce poids que tu m'as imposé. Je veux vivre pour moi désormais, et pour personne d'autre.

Rongé de douleur, le jeune homme aux oreilles de chat hérissées ne put que haleter au sol, les poings serrés à s'en faire perdre des Points de Vie, chaque parole assénée par Eva depuis le début de leur altercation prenant petit à petit sens dans son cerveau.

Il se revoyait, la jeune américaine pendue à son bras, incapable de détourner son regard du visage morose de Mathieu au milieu de la cour. Il se revoyait protégeant l'adolescent en tenue de lapin au péril de sa vie, sans tenir compte des cris d'Eva dans son dos. Il se revoyait embrasser le jeune homme à la sortie d'un scanner, sans la moindre once de culpabilité envers celle qu'il était encore supposé aimer de tout son être.

Sauf que, à présent, c'était sous un angle tout nouveau que cette situation lui apparaissait. C'était sous l'angle d'Eva, un peu plus rongée chaque jour en voyant la seule personne réellement importante dans sa vie s'éloigner peu à peu, sans qu'aucune de ses interventions ne suffise à le retenir, qu'il se trouvait à présent. C'était lui qu'il voyait désormais, suppliant Mathieu de rester à ses côtés, alors que ce dernier n'avait d'yeux que pour Angel, réduisant son cœur torturé en un millier de fragments douloureux au fond de sa poitrine.

Tout cela, tous ces sentiments ignobles qu'il avait encaissés sans broncher malgré sa peine durant les quelques semaines qui avaient suivi le retour de l'ange déchu parmi eux, il réalisait à présent pendant combien de temps il les avait fait subir à son ex-petite-amie, jusqu'à la briser complètement. Et encore, lui-même avait eu Ulrich, ou même Aelita et Jérémie avec qui discuter une fois que les choses s'étaient assombries entre Mathieu et lui. Eva, elle, s'était retrouvée seule, en proie à ses sentiments ; et la folie dont elle avait fait preuve lors de ses derniers instants à Kadic ne lui paraissait plus aussi insensée désormais.

A présent, le regard inquisiteur que lui avait lancé William en apprenant sa liaison avec Mathieu lui faisait l'effet d'un milieu d'épées plantées en pleine poitrine.

- Je suis… Désolé, put-il seulement murmurer, incapable de trouver les mots pour racheter sa faute, sincèrement, Eva… Je n'ai jamais eu l'intention de te faire souffrir à ce point mais… J'aurais dû comprendre. J'aurais dû au moins être honnête ! Je suis désolé.

L'américaine, dont le visage ferme semblait s'être enfin fissuré, parut profondément ébranlée par ses paroles. Si ses excuses n'étaient que maladroites et bien loin d'égaler la douleur qu'elle avait ressentie, elles étaient sincères et, pour le moment tout du moins, cela lui suffisait.

De bonne grâce, elle tendit sa main vers la patte violette de celui qui avait partagé sa vie, l'aidant à retrouver un peu de dignité en se redressant, le dos rond et le regard fuyant néanmoins.

- Je te dois des excuses, moi aussi, avoua-t-elle finalement dans la douleur, ma réaction face à ta trahison… Peu importait ce que je ressentais, je n'avais pas le droit de m'en prendre à Mathieu d'une façon aussi cruelle, et ne pense pas que je n'ai pas passé chaque jour, depuis mon départ de Kadic, à regretter mon geste. Livrer son histoire à Milly et Tamiya était un acte infâme…

- Après tout ce que je t'avais infligé sans m'en rendre compte, tu devais être folle de rage, raisonna Odd d'une voix brisée, je ne suis pas sûr d'avoir le droit de t'en vouloir pour ça…

- Tout comme je ne suis pas sûr d'avoir le droit de t'en vouloir pour ne pas avoir été maître de tes sentiments, admit-elle tristement, c'est toute l'ironie de l'amour et de la colère : aucun de ces deux sentiments ne se contrôle, et ils nous conduisent l'un comme l'autre à faire des folies… J'aurais simplement souhaité qu'on n'en arrive pas à ce point.

Un léger sourire effleura les lèvres des deux adolescents. Maintenant que les lourds sentiments accumulés sur leur cœur respectif s'étaient enfin montrés au grand jour, s'arrachant d'eux-mêmes à leur poitrine sanguinolente, ils ressentaient comme une étrange sensation de vide, incapables de déterminer si la personne en face d'eux leur évoquait de l'amour ou de la haine à présent.

- Je dois tout de même t'avouer quelque chose, finit par lâcher Odd, ramassant négligemment son arme tombée à terre, lorsque tu es arrivée sur Lyokô pour me prêter main forte, sans crier gare, alors que je te croyais déjà rentrée aux États-Unis depuis longtemps… Je n'ai pas pu m'empêcher de me sentir un peu heureux au fond de moi. Je crois… Que tu m'avais manqué, Eva.

La jeune fille savait qu'elle se trouvait à présent dans un avatar virtuel dépourvu de démonstrations physiologiques. Néanmoins, elle eut soudain l'impression de sentir ses joues s'embraser et dut dissimuler son embarra derrière son impeccable frange de cheveux blonds.

- Nos combats à tous les deux avaient fini par me manquer un tout petit peu à moi aussi, admit-elle finalement, incapable de se montrer plus démonstrative.

Leur séparation était encore trop fraîche et, en dépit de tout ce qui venait de se dire entre eux, il lui faudrait encore sans doute un peu de temps avant qu'elle ne puisse de nouveau agir naturellement face à Odd. Pour l'instant, ils devraient se contenter de cet échange formel, qui suffisait néanmoins à réchauffer leur cœur trop longtemps glacé par la peine.

Un raclement de gorge qui ressemblait plus à des parasites en provenance de haut-parleurs vint soudain rompre leur bulle, leur rappelant la situation dans laquelle ils se trouvaient.

- Navrée de vous interrompre, lâcha Anthéa qui, manifestement, s'était retrouvée obligée d'assister à leur échange houleux depuis son siège, mais nous avons un problème. Taelia s'est virtualisée est elle semble bien déterminée à venir à bout de nos derniers Territoires.

- Pardon !? s'exclama Odd, alerte, de nouveau plongé dans l'action, mais… Comment est-ce que c'est possible ? Et puis qu'est-ce qu'elle espère accomplir seule, sans commander son armée d'informaticiens de la Green Phoenix depuis la Terre ?

- Elle doit être désespérée, raisonna Eva pour lui, c'est plutôt bon signe, non ? On a réussi à la pousser dans ses derniers retranchements il faut croire !

Le hochement de tête en signe de dénégation d'Anthéa fut presque palpable à travers son micro.

- Je n'en suis pas si sûre, objecta-t-elle, Taelia est déterminée à atteindre son objectif et à accomplir sa vengeance, peu importe le prix. Je crois qu'elle se moque de la Green Phoenix : tout ce qui lui importe, c'est de parvenir à mettre la main sur le Projet Carthage et de créer la dystopie dont son père rêvait… Elle est prête à tout pour cela et, pour le moment, et malgré sa situation en solitaire, cela semble payer. Entre elle et le Kolosse, Il ne reste déjà plus que deux Tours au Territoire Banquise ! Et j'ai bien peur que vous ne soyez les suivants sur la liste…

Odd retint une exclamation mêlant horreur et incrédulité tandis qu'Eva, plus terre à terre, se tournait vers le ciel.

- Anthéa ? appela-t-elle, et les autres dans tout ça ? Est-ce qu'ils ne peuvent pas tenter de l'arrêter ?

- Yumi, Ulrich et William sont dévirtualisés, et Aelita et Jérémie sont bloqués sur le Cinquième Territoire, énuméra-t-elle rapidement, quant aux trois autres : Mathieu, Stéphanie et Angel, Taelia a réussi à les rendre impuissants sur la Banquise et ils sont en route pour vous rejoindre et vous donner un coup de main lorsqu'elle finira par passer par la Montagne… Tenez bon !

Odd se gratta l'arrière de la nuque, l'air las. Cette bataille n'en finissait pas et les sensations de son corps réel et dont ce monde virtuel sans saveur le privaient commençaient sérieusement à lui manquer. Il espérait juste que ce nouveau contretemps ne serait qu'un bref intermède avant leur libération et leur victoire finale.

Eva, de son côté, sentit son corps de rockeuse numérique se tendre tout entier à la perspective de se retrouver face à Mathieu de nouveau, qu'elle n'avait pas eu l'occasion de recroiser après la lâcheté de son acte auprès des Echos de Kadic, par esprit de revanche.

Ce fut donc avec appréhension qu'elle attendit que la suite des événements se développe, Odd à ses côtés laissant ses queues battre négligemment l'air avec patience, comme si rien n'avait changé pour eux depuis l'année passée.


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- Je déteste être coincée ici à ne rien faire ! C'est si… Frustrant

Yumi, qui avait été si prompte pendant si longtemps à refuser la confrontation avec la Green Phoenix, faisait désormais les cent pas à travers le laboratoire, sa chevelure folle fouettant l'air avec frustration dans des reflets d'ébène et d'émeraude mêlés. Elle n'avait plus rien à voir avec la jeune femme tétanisée qui avait franchi la porte du Scanner pour se battre, plusieurs heures plus tôt, et semblait avoir recouvré toute la témérité de sa jeunesse, l'inquiétude qu'elle portait pour ses camarades se reportant de manière physique sur son attitude. En comparaison avec la stoïque japonaise qu'elle avait été depuis le rallumage du Supercalculateur, c'était à une toute autre adolescente que les personnes présentes dans la salle semblaient avoir affaire.

William, fasciné par ce spectacle depuis le pupitre de commande, ne pouvait s'empêcher de suivre des yeux l'entêtant ballet de la somptueuse japonaise, dont les mouvements, toujours aussi gracieux, semblaient désormais également emprunt de toute la puissance de son nouvel avatar de ninja. Il semblait que son passage sur Lyokô n'avait pas seulement changé l'aspect numérique de sa personne.

Ulrich, de son côté, aussi calme qu'à son habitude, se contentait d'assister Anthéa au mieux dans ses opérations, véritable leader né.

- Encore une Tour en moins sur la Banquise ! commenta-t-il en ignorant la plainte de Yumi, comment est-ce que cette Taelia peut être aussi rapide ?

- Je ne peux qu'imaginer qu'elle avait prévu son coup et que son avatar ou ses équipements sont parfaitement adaptés à sa mission, répondit l'informaticienne aux cheveux roses emmêlés d'un air sombre, nous aurions dû anticiper son action, c'était une négligence de notre part.

- Taelia est complètement imprévisible, répliqua William, comme pour rassurer la mère éplorée qu'était devenue Anthéa depuis le retour de sa fille illégitime, même les Prédictions de Mathieu n'ont pas été en mesure de nous prévenir de son arrivée, c'est dire dans quel état de folie douce elle se trouve… Je suis persuadé qu'ils arriveront à la stopper en un rien de temps, surtout maintenant qu'Eva est avec eux.

- On doit bien pouvoir faire quelque chose pour les aider ! protesta Yumi, stoppant un instant sa marche pour rejoindre le groupe, jugulant à grand peine son inquiétude comme sa frustration, envoyer plus de Monstres… Peut-être la Marabounta ?

Elle savait bien que le prototype de programme multi-agent anti-XANA de Jérémie ne pourrait jamais avoir le moindre effet contre les Monstres de la Green Phoenix et que son aspect instable ne pourrait que les mettre en danger plus encore, mais c'était le désespoir qui parlait à sa place à présent, insinuant sa perfide froideur dans chacun de ses mots.

Ulrich et elle échangèrent un air attristé, sous le regard attentif de William, qui ne pouvait s'empêcher de se sentir mal-à-l'aise face aux deux anciens amants.

Un bruit d'alarme vint cependant bien vite le tirer de ses problèmes de cœur, reportant son attention pleine et entière sur les écrans recouverts de fenêtres diverses et variées.

- C'est le Cinquième Territoire, non ? releva-t-il en reconnaissant les deux sphères superposées depuis plusieurs longues minutes de façon instable, qu'est-ce qu'il est encore en train de s'y passer ?

- Il ne manquait plus que ça, soupira Anthéa en agrandissant l'image, dévoilant plusieurs petits points rouges, des Monstres de la Green Phoenix ont réussi à profiter de la Fusion pour s'introduire jusqu'à la salle abritant notre Tour. Je m'empresse de prévenir Jérémie et Aelita !

Tandis que, d'une simple touche, l'informaticienne activait la carte vocale des deux adolescents, les trois dévirtualisés s'accordèrent un bref échange de regards inquiets. Leur impuissance, mêlée à la pression extrême du combat qui continuait à faire rage sur Lyokô et Endo alors que tout semblait terminé un instant plus tôt ne cessait de faire croître leur angoisse et, pour la première fois, Ulrich, William et Yumi se sentirent reconnaissant d'être ensembles sur Terre pour pouvoir se soutenir mutuellement face à une telle épreuve.

Leurs pensées mêlées étaient à présent dirigées vers leurs compagnons d'arme encore virtuels, pour qui la véritable bataille avait toujours lieu, plus incontrôlable que jamais.


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Jérémie mit quelques secondes avant de parvenir à reconnaître le long couloir sombre dans lequel il venait de déboucher. Suite à l'annonce paniquée d'Anthéa quant à l'incursion de Créatures ennemies vers leur Tour unique, Aelita s'était empressée de lui ouvrir un raccourci à même le mur vers le lieu susmentionné, affirmant avec vigueur qu'elle était parfaitement en mesure de se défendre seule tout en éliminant de concert deux Rampants d'un coup de rubans bien placé, prouvant ainsi ses dires.

- Je ne suis pas très loin de la Tour, se souffla Jérémie à lui-seul, son bâton constitué de plusieurs segments serré avec ferveur entre ses doigts tremblants.

Il ne pouvait plus reculer. Lui qui était d'ordinaire si habitué à mener les opérations ou à assister au mieux ses camarades Lyokô-guerriers, allait devoir se battre seul désormais.

Se mettant à courir le long du couloir, il ne tarda pas à se retrouver baigner d'une douce lumière bleutée avant de finalement déboucher dans une vaste salle au plafond en voûte, bien connu pour abriter l'unique Tour de leur Cinquième Territoire.

Cette dernière, flottant dans le vide à quelques mètres de la plateforme sur laquelle il se tenait, ses racines formant un entrelacs complexes sous sa base, illuminait toujours la pièce de son intense halo blanc. Cependant, cette lueur encore triomphante menaçait de s'éteindre à tout instant à présent.

Autour de sa haute silhouette évoquant un pilier immaculé, c'était un véritable essaim de Mantas qui tournoyait dans un ensemble de longs cris rauques, canardant sa base comme son sommet de lasers si violents qu'elle s'en trouvait ébranler de toutes parts, vibrant sur place tel un gigantesque diapason.

Ravalant sa peur, Jérémie se remit à courir droit vers ses adversaires, un hurlement de rage s'échappant de sa poitrine sans qu'il ne parvienne à le contrôler.

Presque aussitôt, trois des larges créatures volantes vinrent s'arracher à leur formation pour foncer vers lui, un laser déjà chargé au bout de leur longue gueule effilée.

Jérémie eut juste le temps de déployer un bouclier hexagonal d'urgence avant que les tirs ne commencent à pleuvoir, le propulsant en arrière sous la violence de l'impact.

Roulant sur son dos pour se remettre sur pieds le plus vite possible, il parvint à étendre la taille de son bâton de plusieurs segments au moment où une des Mantas s'apprêtait à le bombarder de mines. La créature, instantanément contaminée par le bug contenu au sommet de son arme, explosa presque sur le champ, forçant ses deux comparses à s'écarter, et laissant ainsi libre court à Jérémie de se remettre à courir vers la Tour avec l'énergie du désespoir.

Usant de son bâton comme d'une perche, le jeune homme le planta subitement au sol pour se propulser en avant, franchissant le vide le séparant de l'édifice flottant avec un grand cri de terreur.

Lorsque les segments copiés de son arme originelle et servant de propulseurs se furent évanouis, il était parvenu à s'agripper de toutes ses forces à l'aile d'une Manta, la forçant à dévier sa course dans un long hurlement strident.

- Je ne vais pas vous laisser détruire notre Tour aussi facilement ! clama-t-il, aveuglé par la nuée de Créatures Volantes qui obscurcissait désormais son champ de vision, prenez ça !

De sa main libre, il parvint à décupler l'embout de son bâton de nouveau et vint fouetter l'air sur son sillage, se servant de son arme modulaire comme d'un long lasso rigide qui suffit à repousser à lui seul plusieurs Mantas hors du terrain.

Néanmoins, cela ne suffit pas à réduire la fréquence des tirs des Créatures restantes, ni à calmer sa monture infortunée qui, dans un ultime soubresaut de rage, parvint enfin à le faire lâcher prise, l'envoyer rouler plusieurs mètres plus loin, étourdi et le corps parcouru d'étincelles, mais miraculeusement intact sur la plateforme menant à la Tour.

Alors qu'il se redressait face aux lasers menaçant qui commençaient de nouveau à être pointés dans sa direction, bien déterminé à repartir à l'assaut, il y eut soudain une assourdissante détonation, comme si le Territoire tout entier s'était soudain fissuré en deux.

Relevant la tête d'un air choqué, l'ancien lutin virtuel n'eut que le temps de voir les Mantas se disperser avant d'apercevoir le halo de la Tour perdre peu à peu de sa blancheur nacré, son sommet parsemé de fissures encore rougeoyantes sous l'effet des lasers.

Un clignement d'œil plus tard, et la mince fumée blanche s'était entière tarie, laissant l'édifice crucial, désormais inerte, chuter lentement dans le vide, à présent incapable de soutenir son propre poids dans les airs.

Ce fut sous le regard horrifié de Jérémie qu'elle vint s'écraser en un épais nuages de pixels sur les cubes illuminés en contrebas, ses racines, jadis chargée en énergie, pendant pèle-mêle à même le sol tel un organisme mort, scellant par la même occasion le sort du Territoire.

Sans attendre que les Mantas restantes n'en finissent avec lui, et luttant pour ne pas se laisser submerger par le désespoir, Jérémie fit prestement demi-tour, dérapant à demi sur la plateforme qui commençait à s'affaisser sous ses pieds, perdant peu à peu en puissance, ses doux reflets bleus viré peu à peu à un noir sans vie.

Déjà, des parois de la salle commençaient à pousser de minuscules branches de corail iridescentes dont la taille semblait croître à chaque seconde, envahissant peu à peu le Territoire sous l'influence d'Endo.

Jérémie eut à peine le temps de plonger vers le couloir secret qui l'avait mené de la Pièce du Cœur jusqu'à la Tour avant que le passage ne se retrouve entièrement bloqué sous les racines de cristal, le souffle court.

- J'ai échoué, Aelita… ne put-il que murmurer, incapable de supporter sa défaite. Le Noyau d'Endo est désormais à égalité avec le nôtre. Le Territoire est perdu !

Tout autour de lui, les cubes maintenus en place jusqu'à présent par un assemblage complexe commençaient à chuter vers le sol, tels autant de pièges mortels, détruisant bloc après bloc chaque parcelle du vaste Territoire creux.

Se plaquant contre la paroi du couloir de terreur, Jérémie, impuissant, ne put qu'observer les résultats de son échec mettre un terme à l'existence si imperturbable du noyau de Lyokô.


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Les bruits des pas battant la glace à toute allure constituaient désormais l'unique son résonnant à travers le sinistre silence du Territoire de la Banquise. Par moment, sur la course des trois adolescents en fuite, un glacier ou un plateau s'effondraient doucement, coupant leur retraite plus encore.

- Je vois la Tour ! s'exclama soudain Angel, en tête de groupe avec l'aide de son aile, au bout d'un temps qui leur semblait interminable, elle est juste là, au bout du chemin !

En effet, enjambant un lac gelé, un long pont de glace venait s'élever au dessus du Territoire pour dessiner les contours de l'unique Tour du Territoire encore en activité. Son halo, d'un blanc éclatant, semblait mettre au défit la destruction de son environnement de l'atteindre à son tour, et sa simple vue suffit à remettre un peu de baume au cœur aux adolescents.

-Pressons, intima Mathieu sans ralentir sa course pour autant, avant que le Kolosse ne fasse demi-tour pour venir s'occuper de nous.

L'un après l'autre, chacun des nouveaux Lyokô-guerriers vinrent franchir la paroi circulaire du large pilier, disparaissant dans ses entrailles en ne laissant derrière un qu'une traînée de cercles bleus. Stéphanie fut la dernière à franchir le passage invisible, sa longues couettes flottant un instant derrière elle avant d'être happée à son tour vers l'intérieur, laissant le reste de la Banquise plongée dans son incroyable solitude.

Sur la plateforme en forme d'œil de XANA et environnée de ténèbres, régnait une étrange quiétude, qui aurait presque pu suffire à les aider à ignorer les forces destructrices de la Green Phoenix à l'œuvre à l'extérieur.

Angel, qui pénétrait dans une des Tours de Lyokô pour la première fois, accueillait d'un regard intéressé les fichiers illuminés de bleus parsemant les parois et la second plateforme, plus courte, dessinant son cercle sombre loin au dessus de leur tête.

- Alors ? s'enquit-il finalement auprès de ses deux acolytes, occupés à accueillir avec gratitude la régénération de leurs Points de Vie au plus bas, c'est quoi le reste de la procédure maintenant ? Comment est-ce qu'on passe au Territoire des Montagnes depuis cette Tour de Passage ?

- Et vite de préférence, acquiesça Mathieu, on ne sait jamais… Taelia pourrait arriver ici d'un instant à l'autre pour la détruire à son tour.

Stéphanie, occupée à faire le triste décompte des deux aiguilles qui lui restaient au terme de ses nombreuses batailles, s'empressa de les rengainer dans leur fourreau à sa jambe, dardant son regard violacé sur ses deux compagnons d'infortune.

- Ce n'est pas très compliqué, fit-elle pour répondre à la question d'Angel, il suffit de sauter dans le vide et de penser très fort à ta destination, la Tour se charge du reste. Je pars devant, on se retrouve sur la Montagne !

Et sans attendre la moindre réaction, la gothic lolita fléchit les genoux et se jeta hors de la plateforme, laissant les ténèbres engloutir le rouge de sa jupe plissé dans un long cri de satisfaction.

Circonspect, Angel l'observa disparaître dans les profondeurs de la Tour d'un œil inquiet, incapable de se résoudre à s'approcher du bord du plateau plus avant.

Mathieu, qui s'était avancé à ses côtés, eut un sourire encourageant.

- Tu vas voir, c'est beaucoup moins impressionnant que ça en a l'air, émit-il timidement, on peut sauter ensemble si ça peut te rassurer ?

- Mouais, commenta l'ange déchu d'un ton peu convaincu, rangeant sa faux dans son dos d'un geste précis, je pense plutôt que je vais voler en solo si ça ne te dérange pas. Quitte à avoir une aile, autant s'en servir.

Mathieu eut un haussement d'épaules déçu.

- Comme tu veux, si ça peut te rassurer…

Il n'attendit guère plus longtemps pour sauter à la suite de Stéphanie, sans parvenir à s'empêcher de fermer les paupières au passage, se laissant happer à son tour par les profondeurs.

Toujours aussi dubitatif, Angel attendit quelques secondes, le temps de rassembler son courage, avant de déployer son aile, enfin prêt à s'élancer.

Mais, alors qu'il se laissait plonger vers le bas, un étrange bruit diffus lui parvint depuis son dos. Tentant vainement de se retourner pour en identifier la source, il se retrouva cependant rapidement comme absorbé par les entrailles de la Tour et ne put que se laisser entraîner à travers le long tunnel de données, impuissant, tandis que la plateforme qu'il venait de quitter disparaissait déjà sous les flashs de chiffres lumineux défilant à toute allure autour de lui.

Lorsqu'enfin le défilé de données se mit à ralentir autour de lui, réorientant sa chute petit à petit dans le sens opposé, il avait complètement oublié la forme qu'il avait cru entrapercevoir avant son départ, rendu trop nauséeux par la transition pour se soucier de quoi que ce fut d'autre.

Anticipant son arrivée, Mathieu, déjà sur la plateforme de la nouvelle Tour dans laquelle ils venaient d'être transférés, lui tendit la main pour l'aider à les rejoindre, malgré le regard désapprobateur de Stéphanie.

- On y est je crois, fit-elle, ne pouvant s'empêcher de savourer le spectacle d'un Angel tremblant dont l'habituelle superbe s'était entièrement évanouie, plus qu'à sortir de la Tour pour s'en assurer !

Déjà sur la longue plateforme menant à la sortie masquée, Stéphanie prit un bref instant pour laisser sa tête traverser la paroi seule, histoire de jeter un œil à l'extérieur pour s'assurer que tout s'était déroulé comme prévu. Lorsqu'elle reparut, ce fut avec un vaste sourire sur les lèvres.

- Aucun doute, on est bien arrivés sur la Montagne ! Qui m'aime me suive !

Sans attendre de réponse, la gothic lolita s'empressa de disparaître de l'autre côté de la paroi, bien vite suivie par un Mathieu amusé et un Angel encore un peu sous le choc de l'expérience qu'il venait de traverser, les plumes virtuelles de son aile étrangement ébouriffée.

Lorsque son regard d'or se fut de nouveau acclimaté à la luminosité extérieure, ce fut pour découvrir un paysage de rocailles étroit, entourés de larges falaises mauves dont les sommets venaient se perdre dans un nuage de brume. Un décor bien loin des pics givrés et des éclats de glace parsemant le Territoire de la Banquise qu'ils venaient de quitter.

- Y a pas à dire, le père d'Aelita avait quand même de l'imagination, commenta sobrement Angel, rassuré de se retrouver dans un atmosphère plus familière, alors ? Par où maintenant pour rejoindre Odd ?

-Odd et Eva, corrigea Anthéa depuis son micro, provoquant la stupéfaction générale, c'est une longue histoire ! Laissez-moi juste le temps de vous localiser…

Avant que Mathieu ou Stéphanie n'aient eu le temps de s'interroger plus avant sur la présence de l'américaine parmi eux, un bruit strident leur parvint brusquement, faisant vriller leurs tympans. L'instant d'après, la paroi de la Tour dans leur dos coulissait, laissant fuser une silhouette mauve si rapide qu'elle en devenait indistincte.

En une fraction de seconde, le bolide mystérieux avait déjà disparu au bout du sentier, envoyant valser sur les côtés les trois adolescents au passage dans une véritable onde de choc.

Sonné, Angel parvint néanmoins à se redresser le premier, furieux contre lui-même.

- J'en étais sûr ! glapit-il, je savais bien que quelque chose me suivait quand j'ai quitté le plateau de la Tour tout à l'heure, c'était ce… Cette silhouette ou je ne sais pas quoi ! Vous voulez parier sur son identité ?

Aucun des trois Lyokô-guerriers en herbe n'eut besoin de se consulter pour répondre à cette question. Ils n'étaient pas les seules à avoir rejoint le Territoire des Montagnes. Taelia, dans sa folie de destruction, les avaient suivi et les Tours propres à la vaste étendue violette constituaient probablement sa prochaine cible.

- Anthéa, dîtes à Odd et à cette…Eva-truc qu'il y a urgence de leur côté ! s'écria l'ange déchu, faisant vriller la lame de sa faux dans les airs, un regard menaçant barrant son beau visage, je crois que Taelia vient de nous dépasser, et elle n'avait pas l'air d'être disposée à bavarder !

- Il y a plus urgent malheureusement… soupira l'informaticienne depuis son poste, l'anxiété perçant à travers ses propos, le Territoire de la Banquise vient de s'effondrer. Le Kolosse a du parvenir à s'occuper de la Tour de Passage d'une façon ou d'une autre après votre départ. Qui plus est, la Tour du Cinquième Territoire est à présent hors service, et j'ai bien peur que la Fusion n'ait durée trop longtemps pour supporter plus avant le déséquilibre entre les deux Mondes Virtuels !

En effet, à travers la brume, des montagnes aux sentiers flottants commençaient à se fissurer dans le lointain, leur large silhouette mauve parcourue de bugs similaires à ceux qui avaient paralysés leur Kolosse un plus tôt. Avec la perte de la Banquise, Lyokô et Endo se retrouvait de nouveau à égalité mais cette fois leur puissance était si amoindrie qu'il leur était impossible de maintenir leur intégrité physique.

D'un instant à l'autre, les Territoires de la Ville et de la Montagne allaient s'autodétruire l'un l'autre, ne laissant derrière eux que le Cœur de leur univers virtuel respectif. La situation était plus urgente encore qu'ils ne l'avaient craint.

- Qu'est-ce qu'on fait dans ce cas ? s'enquit Stéphanie, à court d'idée, Angel peut peut-être essayer de rejoindre la Ville pour en désactiver les Tours, mais je ne sais pas comment…

- Oubliez cette idée, raya rapidement l'informaticienne. La panique dans le fond de sa voix rendait l'urgence de l'action plus réelle encore, l'urgent, c'est de vous mettre en sécurité le plus vite possible. Seule la Fusion entre les deux Cinquième Territoires devrait être en mesure de tenir le choc à présent, ce qui veut dire que je dois vous y transférer immédiatement. Suivez le sentier devant vous pour atteindre l'extrémité de la Montagne, je vous envoie le Transporteur dés que possible… Foncez !

Il n'en fallut pas plus pour que les trois adolescents se mettent à courir, assimilant avec peine la perte du Territoire qu'ils avaient passé tant de temps à défendre.

Déjà, en dessus d'eux, la Mer Numérique se déchaînait comme jamais, élevant ses vagues à une hauteur telle qu'elles ressemblaient à de gigantesques murs aqueux à présent, prêts à les engloutir sous leurs flots mortels d'un instant à l'autre.

Anthéa avait raison : la vie de Lyokô touchait maintenant à sa fin, et ils étaient incapables, en dépit de toute leur bonne volonté, de lutter face à un tel cataclysme à présent.

Sous un ciel de plomb déchiré de plaies flamboyantes, Angel, Mathieu et Stéphanie poursuivirent leur fuite pour leur vie, ravalant à grand peine leur fierté.
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Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:44   Sujet du message: Répondre en citant  
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Eva et Odd, qui n'avaient pas perdu une miette de l'avertissement d'Anthéa, étaient occupés à courir à leur tour, coupant à travers une montagne creuse pour rejoindre l'extrémité du Territoire le plus rapidement possible.

- Je persiste à croire qu'on devrait rester et essayer de lutter contre Scarlet, ou Taelia, ou peu importe son nom ! insista Eva pou la énième fois, sautant par-dessus un éboulis pour rejoindre le Nekomata, dont les pattes de félin véloces lui assuraient l'avantage en terme de rapidité.

- Tu as entendu Anthéa ? C'est trop risqué ! répliqua le jeune homme dont la tension hérissait les poils de ses queues et de ses oreilles de chat, qui plus est, Jérémie et Aelita vont avoir besoin de nous sur le Cinquième Territoire si la Green Phoenix parvient enfin à atteindre notre Cœur ! Mieux vaut essayer d'en finir le plus vite possible.

Tandis qu'ils débouchaient de nouveau à l'air libre, toute la gravité de la situation leur apparue soudain comme frappante. Face à eux, les plateaux de roches mauves s'effondraient les uns après les autres, explosant en pixels sous les vagues incontrôlables de la Mer Numérique. Partout, le paysage semblait rongé par les bugs, et même le halo des Tours à portée de vue semblait perdre en puissance, alternant couleur blanche et bleue dans un joyeux désordre qui ne servait qu'à ajouter au chaos. De nouveau, Lyokô n'était plus que l'ombre de lui-même.

- Mieux vaut ne pas traîner ici, affirma l'homme-félin virtuel en constata que même le sol sous leurs pieds commençait à perdre sa texture rocailleuse, fichons le camp en vitesse !

Mais, alors qu'il se préparait à bondir de nouveau en avant, une violette onde de choc mauve surgit soudain de la brume pour venir le frapper de pleine fouet, l'envoyer rouler à quelques centimètres à peine du bord du plateau, dangereusement proche du vide.

Sous le coup de la surprise, Eva eut à peine le temps de s'interposer, déployant la mélodie de son bouclier de notes juste à temps avant qu'une nouvelle salve d'énergie ne vienne s'abattre sur eux.

A cet instant, un rire empreint de folie vint percer les nuages, couvrant le vacarme de la destruction du Territoires derrière ses accents lugubres.

Lentement, émergeant soudain de derrière deux montagnes jumelles, une longue silhouette féminine se découpa à la surface de l'encre du ciel, glaçant le sang des deux adolescents sur place.

Vêtue d'un justaucorps moulant d'un gris très sombre, ses mèches courtes et pourpres tranchant sur l'obscurité du ciel, Taelia les toisait à présent de toute sa hauteur, un rictus mauvais étirant les lèvres de son visage en forme de cœur, si semblable à celui d'Aelita.

Par-dessus sa combinaison, une large robe noire fendue en son centre d'une longue bande mauve venait parfaire sa tenue, agrémentée de haut talons et d'un chapeau pointu, terriblement similaires à ceux d'une sorcière de conte de fée.

Au bout de ses doigts, d'une pâleur plus extrême encore que celle de son alter-ego physique, une mince baguette de métal sombre marbrée sur toute sa longueur de ce qui ressemblait à une barre de chargement venait lui servir d'arme, et son regard cruel qui les toisait avec dédain était sublimé par une légère pointe de maquillage carmin, accentuant encore un peu plus la blancheur de craie de son teint de peau.

Perchée en amazone sur ce qui aurait pu évoquer un balais de sorcière s'il n'avait été constitué d'un long manche d'acier rutilant et d'un puissant réacteur à l'arrière, elle se laissait lentement descendre dans leur direction jusqu'à toucher gracieusement le sol de ses bottes pointues, manifestement satisfaite de son entrée.

- Taelia… enragea Odd, les mains déjà portées à ses Catguns, prêt à se battre.

Pour toute réponse, il n'eut droit qu'à un nouveau fou rire glacial, rempli d'extase. La jeune femme, qui semblait déjà pleinement accoutumée à son apparence virtuelle, semblait savourer ses nouvelles facultés avec une rare jouissance, au point d'en paraître presque démente.

- Bien le bonsoir, chers « Lyokô-guerriers », lâcha-t-elle d'un ton ironique en exécutant une courbette exagérée devant eux, comme vous pouvez le constater, vous n'êtes pas les seuls à être plein de surprises dans ce combat ! J'espère que vous appréciez la vue, ce sera bientôt la dernière que vous aurez de votre précieux Lyokô avant que mon Endo ne le réduise enfin en miettes.

- On est à égalité, espèce de peste ! s'exclama Odd, peinant à contrôler ses nerfs face à la détestable jeune femme à l'aspect de sorcière virtuelle, à quoi bon continuer à t'entêter ? A ce train-là, personne ne va sortir vainqueur de cette bataille insensée !

Le regard soudain très froid, Taelia, faisant preuve d'une étonnante vivacité, vint soudain fendre l'air de sa baguette, désormais illuminé d'un mince filament rosâtre sur sa longueur.

resque aussitôt, une onde d'énergie en jaillit, que le Nekomata ne parvint à parer que grâce à ses formidables réflexes, générer un X-Shield à pleine vitesse pour lui comme pour Eva.

- La ferme, balaya leur ennemie, laissant subitement tombée son attitude empreinte de folie pour recouvrer son masque de froideur, ni vous, ni ma mère, et encore moins ma demi-sœur n'êtes en mesure de stopper ce qui est en marche ! Bientôt, tout sera terminé et vous ne pourrez que me supplier à genoux de vous laisser une place dans mon nouvel ordre mondial – à supposer que vous surviviez à cette bataille, bien entendu.

Les dents serrés, le félin virtuel fit un effort pour se maîtriser, laissant la meneuse de la Green Phoenix déambulait à grand pas devant eux, sa baguette, menaçante, balayant l'air d'un geste négligeant.

- Je dois néanmoins admettre que ce monde virtuel – ou ce qu'il en reste tout du moins – est une véritable merveille, en termes de création. Je peux sentir chacune de ses particules, chacune des pulsations de ses Tours traversant ses plateaux fuser à travers moi avec une telle intensité… Si comme si lui et moi étions connectés, ou en symbiose. Et encore, je ne possède qu'un fraction maladroitement copiée des Clefs de Lyokô, Je ne peux qu'imaginer ce que ma chère demi-sœur ressent lorsqu'elle parcourt ses plaines.

- « Les Clefs de Lyokô », ne put s'empêcher de relever Odd, incrédule, de quoi est-ce que tu parles, exactement ?

Durant une fraction de seconde, un air de franche déception vint tirer les traits grimés de la sorcière virtuelle. Puis, sans crier gare, un nouveau rire glacial s'échappa de ses lèvres, arrachant un frisson d'horreur à Eva, restée en retrait tout ce temps. Sa façon d'agir, si hératique, la mettait franchement mal à l'aise.

- Vraiment ? souligna Taelia d'un ton moqueur, vous n'avez toujours pas compris après que je me sois occupée à moi seule d'un de vos Territoires ? Cet Overbroom programmé par mes meilleurs scientifiques est certes une merveille d'aérodynamisme virtuel, mais sa vitesse seul ne suffit pas à expliquer mon efficacité face à vos Tours Blanches. Faîtes un peu cogiter vos méninges, je suis sûr que vous pouvez comprendre tout seuls !

Si l'américaine s'était contentée de froncer les sourcils en signe d'incompréhension, Odd, à ses côtés, arborait désormais la mine alarmée de celui qui venait de comprendre un élément crucial de leur situation, déjà cauchemardesque.

- Tu es en mesure de lancer le Code Lyokô, raisonna-t-il, incapable de croire en ses propres mots, c'est comme ça que tu as pu désactiver nos Tours aussi vite ! Mais… Comment est-ce que c'est possible ? Tu es certes la fille d'Anthéa, mais tu n'es pas… Tu n'as rien d'Aelita, même si tu lui ressembles !

Un soupir de frustration vint franchir les lèvres de Taelia. Décidément, ses adversaires se révélaient de piètres stratèges en comparaison avec son brillant esprit.

- Vous ne pensiez tout de même pas que, lors de sa première visite dans mon monde virtuel, j'avais gardé prisonnière ma propre sœur au sein d'un Gardien pour le simple plaisir de renouer nos liens familiaux, ironisa-t-elle, durant le cours laps de temps de son emprisonnement, nos scientifiques ont été à même de découvrir la source de sa connexion intrinsèque avec le monde numérique de Waldo Schaeffer, son père. Ne restait plus qu'à trouver une personne suffisamment compatible pour pouvoir accepter ces « Clefs » virtuelles en son sein en cas de problème lors de la Fusion. Une personne dont une partie des gênes seraient partagés avec elle du fait d'une mère commune, par exemple.

Une vague de désespoir vint submerger le Lyokô-guerrier félin tandis que les aveux de Taelia se frayaient un passage jusqu'à son cerveau endolori. Ils avaient été terriblement naïfs. Durant tout ce temps, ils avaient présumé que posséder le Code Endo par l'intermédiaire d'Angel leur assurerait l'avantage. Pas un seul moment ils n'avaient suspecté que, de leur côté, la Green Phoenix avait mis au point une contre-stratégie similaire avec leur propre atout, en la personne de leur meneuse. Avec la connexion avec Lyokô qu'elle avait acquise de sa demi-sœur, Taelia était non seulement en mesure de mettre hors d'état de nuire chacune de leur Tour jusque là durement protégée, mais également de les repérer en une fraction de seconde par le biais des pulsations parcourant les Territoires jusqu'à elle, sous l'effet de leurs puissantes décharges d'énergie. Il n'y avait aucun moyen de lutter face à une telle stratégie ! Dans son esprit tordue, la fille illégitime d'Anthéa avait bel et bien réussi à envisager tous les cas de figures, et sa virtualisation tardive n'avait rien d'un mouvement désespéré, il le comprenait désormais. Tout cela faisait partie d'un plan calculé avec une extrême minutie, allant jusqu'à les duper dans un faux sentiment de confiance avant de les poignarder dans le dos.

- Odd ! s'exclama soudain Eva, tirant sur sa patte pour l'extraire de ses pensées tortueuses, on ne peut pas rester ici, il faut aller sur le Cinquième Territoire et prévenir les autres avant qu'il ne soit trop tard, souviens-toi ! Pars devant, je m'occupe de l'autre pimbêche.

Le regard brûlant de résignation de l'américaine suffit à le déstabiliser. Taelia qui les menaçait à présent de sa baguette, l'air délicieusement amusé, semblait attendre qu'ils prennent l'initiative avant de passer à l'attaque.

- Il est clair qu'elle essaye juste de nous retarder sur un Territoire qui ne tiendra pas plus de quelques secondes, s'insurgea la rockeuse à voix basse, mieux vaut que tu files aider les trois autres le plus vite possible ce sont tous des novices sur Lyokô, ils auront plus besoin de toi que de moi. Et puis, je ne tiens pas vraiment à me retrouver à devoir faire équipe avec Mathieu de nouveau…

- Mais… Et toi ? lâcha Odd, décontenancé, tu penses pouvoir tenir tête à Taelia toute seule ?

Un sourire carnassier vint étirer les lèvres pulpeuses de l'américaine face à cette question.

- Ne t'en fait pas, lança-t-elle, faisant étinceler d'un mouvement brusque les cordes de l'arme à son bras, je ne suis peut-être pas la plus expérimentée sur Lyokô, mais elle l'est encore moins, en dépit de ses grands airs ! Je devrais pouvoir lui faire face… Maintenant fonce, et ne discute pas !

Un grondement sourd en fond sonore eut raison des dernières protestations d'Odd. Le regard coupable, et non sans avoir murmuré un « merci » à peine audible à celle qui avait autrefois partagé sa vie, le félin numérique s'élança comme un dératé à travers le plateau, fusant à toute allure dans le but de semer la baguette de Taelia.

- Où est-ce que tu crois aller comme ça, mon minou ? s'extasia la redoutable scientifique de seize ans, prête à lui décocher une nouvelle salve d'énergie.

Mais, avant qu'elle n'ait eu le temps de réagir, une pluie de notes de musiques explosives annoncées par une mélodie tonitruante vint s'abattre devant elle, l'empêcher de viser correctement.

Furieuse, elle se retourna dans un claquement de cape noire vers Eva, qui souriait à pleines dents désormais, son bras-guitare brandit.

- C'est par ici que ça se passe, ma belle, souligna-t-elle d'un de ses fameux ton moqueur avant de gratter de nouveau furieusement ses cordes, bombardant littéralement son adversaire sous les coups sans reprendre son souffle.

Dans un gracieux salto arrière, Taelia parvint à esquiver la plupart des notes bleues – les plus rapides – avant de parer les tirs restant d'un sort protecteur lancé du bout de sa baguette, sous la forme d'un bouclier pentagonale mauve et légèrement translucide.

- Américaine, hein ? releva-t-elle, reconnaissant l'accent dans la voix de la rockeuse, tu dois être Eva Skinner, la fameuse petite nouvelle du groupe, celle qui n'a pas eu d'autres choix que de suivre ces prétendus « Lyokô-guerriers » dans leur folie après avoir été possédée des mois durant par une intelligence artificielle. Un triste destin, vraiment. Tu n'as pas eu le choix un seul instant ! Tu sais, je suis persuadée qu'on aurait pu s'entendre, dans d'autres circonstances.

- Ferme-là ! objecta la jeune fille, nullement impressionnée par ses propos moqueurs, toi et moi n'avons rien à voir ! Je suis peut-être une peste parfois, mais je n'ai en aucun cas la prétention de vouloir anéantir l'ordre établi par un simple caprice !

Contrairement à Eva, la pique eut un impact bien plus marquant sur la jeune femme toute de noir vêtue. L'air soudain très sombre et ses yeux noisettes étincelant d'une colère folle, la meneuse de la Green Phoenix eut tôt fait de faire disparaître toute trace d'amusement de son visage.

- « Your loss »… prononça-t-elle, comme pour moquer l'accent de son adversaire.

Et, sans rien ajouter, la sorcière se mit soudain à foncer dans sa direction, sa robe flottant sur son sillage en une vague de tissus agressive, sa baguette, pleinement chargée, de nouveau prête à fendre l'air.

Eva, qui n'avait attendu que ce moment, s'empressa de jouer un nouvel air endiablé depuis son bras, déchargeant sur elle toute une volée de notes de toutes les couleurs.

Mais à sa grande stupéfaction, Taelia parvint à esquiver les tirs d'une simple, mais brusque embardée sur le côté, roulant hors de la portée des coups de l'américaine.

- Curspell ! s'exclama brutalement la sorcière derrière son flottement d'étoffe, sa baguette de métal pointé droit sur la tempe de la rockeuse, incapable de se défendre.

Sous le coup de l'activation de son pouvoir, la fente de son arme vint s'illuminer de noir, frappant la jeune fille d'un rayon d'aspect néfaste de plein fouet.

Projetée en arrière, Eva se retrouva soudain pétrifiée à mi-chemin dans les airs. Sous ses yeux horrifiés, son corps tout entier, sous l'action du mauvais sort de son ennemie, commença à se distordre, tordant sa silhouette plantureuse en un bug visuel repoussant, l'empêchant d'agir.

Pétrifiée d'épouvante, la jeune fille voulue hurler, mais seul un borborygme métallique, sans le moindre sens, parvint à franchir ses lèvres tordues.

Taelia, savourant sa réussite, lui tournait à présent autour tel un oiseau de proie, son balai ultra-sophistiqué de nouveau entre les mains.

- Pas mal comme Pouvoir, n'est-ce pas ? lui susurra-t-elle à l'oreille comme pour mieux savourer sa victoire, une série de bugs parasitant ton corps virtuel et t'empêchant d'agir conformément à ce que ton esprit t'ordonne, incapable de gérer le paradoxe. Bien sûr, ses effets son limités dans le temps, mais ils me permettent néanmoins de faire ceci.

Et, sans un mot de plus, la jeune femme aux cheveux pourpre abaissa sa baguette violemment au niveau du semblant de gorge de l'américaine, mettant fin à ses souffrances en la tranchant en deux d'un sortilège offensif.

- N'oublie pas de dire à tes petits camarades que la victoire est déjà mienne, jubila Taelia devant la silhouette à présent recouverte des pixels blancs typiques de la dévirtualisation de l'adolescente.

Sans plus de tact, la redoutable sorcière virtuelle enfourcha son balais avant d'activer son réacteur, se laissant propulser à travers les cieux brumeux du Territoire Montagne sous la force d'un grand faisceau mauve, éclatant d'un rire sinistre qui résonna longuement à travers les falaises tandis que sa victime, vaincue, disparaissait définitivement du monde virtuel.


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Le temps qu'Odd ne parvienne à s'éloigner suffisamment du champ de bataille entre son ennemie et son ex-petite amie, un grand nombre de montagnes s'étaient déjà effondrées autour de lui et il lui semblait que seul le sentier qu'il traversait de toute la force de ses quatre pattes félines demeurait intact à présent, à travers le brouillard intangible du Territoire.

« Il faut que j'y arrive à temps », songea-t-il, accélérant encore l'allure.

Au loin, sur sa droite, une Tour protégée par un vaste labyrinthe de pierre vint soudain perdre son halo blanc, lui confirmant que, en dépit de son assurance, Eva avait été incapable de faire le poids face à la folie furieuse de la dirigeante de la Green Phoenix. Il lui fallait atteindre l'extrémité du Territoire avant que la dernière Tour ne s'éteigne, ou il serait à son tour perdu dans les tréfonds de la Mer Numérique, comme les nombreux plateaux qu'il venait de croiser.

- Odd !

La voix familière qui venait de le héler fit soudain bondir son cœur et, se fiant à ses oreilles sur-développées, il s'empressa de courir dans sa direction, traversant un filer de brume pour enfin déboucher au bout de son sentier, terminé par une minuscule plateforme ronde, cernée de racines.

Mathieu, Stéphanie et Angel, essoufflés mais entiers, l'y attendaient déjà, manifestement aussi affolés que lui face au chaos ambiant.

- Ça fait un bien fou de te revoir ! admit la jeune fille aux ongles multicolores, l'accueillant avec son habituelle effusion de joie, néanmoins quelque peu amplifiée par sa panique montante.

Même Angel, d'ordinaire peu aimable en sa présence, le gratifia d'un bref hochement de tête, comme si leur dernier échange n'avait jamais eu lieu.

- Vous êtes tous encore en vie, c'est super ! soupira de soulagement le Nekomata en les rejoignant sur la plateforme, Eva est restée en arrière pour tenter de ralentir Taelia, mais j'ai peur que ça n'ait pas suffi.

- Comment est-ce qu'elle est sur Lyokô ? s'enquit Mathieu, évitant néanmoins soigneusement de croiser le regard envoûtant de l'homme-chat virtuel.

Alors qu'il s'apprêtait à répondre, une voix aux accents douloureux et frustrés vint soudain rompre les cieux du Territoire depuis le pupitre de commande du Supercalculateur. Une voix que la plupart d'entre eux n'avaient pas entendue en vrai depuis de nombreuses semaines.

- Elle est particulièrement dangereuse, et possède un pouvoir vraiment terrifiant, fit Eva, de toute évidence déjà de retour auprès des autres Lyokô-guerriers dévirtualisés, un truc qui vous fait buguer totalement… Si vous voulez en venir à bout, ne vous laissez surtout pas avoir par cette saleté, c'est compris ?

- Oh, et elle a réussi à copier les Clefs de Lyokô d'Aelita, se souvint soudain Odd, faisant s'écarquiller les yeux de stupeur des trois novices face à lui, c'est la raison pour laquelle elle était si efficace face à nos Tours ! Il faut qu'on rejoigne le Cinquième Territoire pour aider Aelita et Jérémie le plus vite possible, avant qu'elle n'en ait fini avec celui-ci.

- C'est comme si c'était fait, affirma Anthéa, reprenant le micro à la jeune américaine, le Code Scipion est enclenché.

Presque aussitôt, une large sphère d'un blanc nacré vint fendre les cieux déchirés de la Montagne, fusant à toute allure dans leur direction. Déjà, derrière eux, le sentier qu'avait emprunté Odd pour les rejoindre commençait à s'effacer pixels après pixels.

- Allez, allez… grinça le jeune homme tandis qu'Angel, tendu, se préparait déjà à déployer son aile.

Il n'en eut cependant pas besoin. Au moment précis où le coup de gomme numérique atteignait leur plateforme, la demi-sphère servant de Transporteur vers le Cinquième Territoire vint se refermer sur eux, les cachant au spectacle cauchemardesque du paysage en décrépitude à travers son apaisante lumière blanche.

Un instant plus tard, le globe fusait de nouveau droit vers une des larges Failles parsemant le ciel, à travers laquelle deux larges planétoïdes en pleine collision étaient clairement visible, ses quatre passagers bien à l'abri au sein de ses entrailles.

Cette fois-ci, ils n'avaient plus le droit à l'erreur.


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Lorsque la sphère vint les libérer au centre de leur univers virtuel, le Cinquième Territoire n'avait plus rien à voir avec celui qu'ils connaissaient si bien.

A peine furent-ils déposés sur la plateforme circulaire de l'Aréna que celle-ci se mit à pencher dangereusement vers le vide qui s'était formé autour d'elle suite à la chute des blocs constituant le globe gigantesque habituel.

De la haute voûte constituait la salle qui les accueillait d'ordinaire, ne restait qu'une poignée de pavés, en plein effondrement vers les eaux noires de la Mer Numérique qui avait fini par pénétrer l'intérieur de la Voûte Céleste et ne cessait de monter. Autour du plateau, de larges câbles irisés, similaires à du corail et caractéristiques d'Endo ne cessaient de croitre, rapprochant encore et encore le vague demi-globe pâle qui faisait office de Noyau à l'univers numérique ennemi à présent.

Dans un grincement sourd, Mathieu et Stéphanie eurent juste le temps de voir la silhouette du Hopper, précipité dans le vide depuis son garage, désormais inexistant, avant de brusquement basculer en arrière tandis que la plateforme se désagrégeait d'elle-même sous leur pied.

Odd, qui avait déjà planté ses griffes à la surface d'une colonne de cubes sombres encore intacte, tendit la main pour les rattraper mais Angel, son aile déployée, fut plus rapide, fauchant Mathieu dans les airs à sa place et le sauvant au passage d'une mort certaine.

Le Nekomata, de dépit, du donc se contenter de Stéphanie, dont le poids le fit glisser de quelques centimètres dans un bruit strident.

- La vache ! s'écria-t-elle, les pieds battant le vide tandis que parois bleues et blanches se pulvérisaient l'une l'autre en dessus d'eux, c'est un véritable chaos ici ! Où sont Jérémie et Aelita ? Ne me dites pas qu'ils sont… ?

- Non, je crois que je les vois ! s'exclama le guerrier-lapin, fermement accroché à la main tendue de son ange personnel.

Au bout de son doigt pointé vers le bas, se discernait nettement à travers les éclats de blocs et de pixels, une vive lueur verte à l'allure protectrice.

Aidant Stéphanie à prendre appui sur les aspérités de son pilier – qui commençait à tanguer dangereusement à son tour, Odd entreprit sa descente vers le bas, talonné par Angel et son chargement.

Ce ne fut qu'après avoir glissé le long d'une racine d'Endo qu'ils parvinrent à rejoindre le refuge de leurs compagnons, l'œil aux aguets, prêts à se protéger des chutes de blocs à tout instant.

La plateforme sur laquelle il venait d'atterrir, enchevêtrement sans queue ni tête de parcelles de terrain bleues nuit et blanc nacré, craquait sans cesse sous leurs pieds mais semblait parvenir à se maintenir en l'air par la seule force de la vive lueur en son centre, dont la couleur caractéristique ne pouvait provenir que d'Aelita.

En grande partie dissimulée derrière une immense barrière de bâtonnets agencés en un bloc si concentré que sa lumière peinait à filtrer, elle était assaillit de toute part par une flopée de Mantas et quelques vaillants Rampants adverses, encore miraculeusement intacts en dépit de l'effondrement de leur Territoire.

Stéphanie n'hésita guère, sonnant la charge en un rugissement de terreur, ses aiguilles étincelant dans le ciel de cauchemar les surplombant de toute sa lourde masse.

Angel, la faux sortie, s'empressa de lancer quelques salves d'énergie d'or vers les Mantas les plus proches tandis qu'Odd l'assistait de ses Flèches Lasers et que Mathieu les protégeait des coups des Rampants qui venaient de s'apercevoir de leur présence à l'aide des globes à ses poignets.

Taillant dans le tas à l'aveugle, la gothic lolita eut tôt fait de se frayer un passage à travers la masse grouillante, mais bien affaiblie de Monstres, atteignant enfin l'étrange structure protectrice.

- Aelita, Jérémie !? appela-t-elle en se protégeant négligemment d'un laser d'un revers de lame, vous êtes-là ? C'est Stéphanie et les autres ! On est venus vous donner un coup de main ! Répondez-moi !

Mais seule les détonations des lasers dans son dos lui parvinrent. Choisissant d'ignorer les Monstres, la jeune fille tenta de dégager un des segments maintenant la structure protectrice en place de toutes ses forces, mais rien ne bougea.

- Stéphanie, attention !

Mathieu venait de faucher en plein vol une Manta bien déterminée à se débarrasser de la jeune fille durant son moment d'inattention, lui sauvant la vie in-extremis. Reprenant conscience du combat environnant, la gothic lolita sauta au sol de nouveau, tourbillonnant sur elle-même afin de trancher sur place les deux derniers Rampants qui l'attendaient, gueules béantes, et ne purent que se laisser transpercer par ses aiguilles.

- Il y en a encore beaucoup ? Il y a urgence ! s'exclama-t-elle tandis qu'un des nombreux bloc tombant encore du ciel vint s'écraser non loin d'elle, arrachant au passage un bout de plateau qui vint rejoindre la Mer Numérique dans un grand bruit d'éclaboussure.

Angel, qui s'était de nouveau envolé, s'acharnait à poursuivre la dernière Manta restante, fouettant l'air de sa faux devant lui, en vain.

Seul l'intervention d'Odd, en embuscade derrière une branche de corail, qui vint profiter de la distraction offerte par le jeune homme pour faire exploser la Créature Volante par surprise d'un tir de Catgun en traître vint mettre fin au combat.

- Merci, grogna, mauvais joueur, l'adolescent en regagnant la terre ferme.

Le court temps accordé à leur bataille avait suffit pour que les restes des deux globes autrefois colossaux achèvent de se détruire l'un l'autre, ne laissant plus derrière eux que la plateforme circulaire au milieu des ténèbres sur laquelle ils se trouvaient. La partie bleue sombre et constituée du reste des cubes de Lyokô venait s'opposer à taille égale avec l'entremêlement de racines et de corail blanches d'Endo. En dehors de cela, ne demeurait plus que le tumulte assourdissant des vagues de la Mer Numérique en contrebas, et les déchirements de feu venant encore zébrer le ciel par moments dans un crépitement menaçant.

Au loin, et tout autour d'eux, à la place de ce qui avait été la Voûte Céleste, ne régnait qu'un insondable néant, dépourvu du moindre Territoire de Surface. Fatigués de lutter, la Ville comme la Montagne avait du finir par s'effondrer, rejoignant leurs frères dans les eaux mortelles du réseau sous la formes de vagues fragments de données pixelisées, mettant fin à leur gloire d'antan.

Désormais, ils étaient seuls.

Tandis que, avec l'aide de la faux d'Angel, Stéphanie s'acharnait à dégager une ouverture à l'intérieur de la bulle protectrice d'Aelita et de Jérémie, encore coupés du reste du monde virtuel en Fusion, Odd ne put s'empêcher de s'avancer vers le rebord de la plateforme, plissant ses yeux de chat vers l'horizon en quête d'une quelconque silhouette mauve, en vain.

Le sol, sous ses pieds, semblait s'être enfin stabilisé, comme si les deux Cœurs avaient fini par atteindre leurs limites, résonnant en harmonie dans cette lutte de puissance cauchemardesque.

Il n'y avait plus de Tours à abattre, plus de Monstres à détruire dans un camp comme de l'autre. Désormais, ce n'était plus qu'un échange de puissance pure et dure entre deux Supercalculateurs vidés de toute énergie qui régnait.

- Aelita ! s'écria soudain Mathieu dans son dos, le tirant presque aussitôt de ses sombres pensées.

La cage protectrice venait enfin de s'affaisser avec fracas sous leurs efforts cumulés, formant au sol un véritable amoncellement de bâtonnets qui se désintégraient à présent les uns après les autres en un faible grésillement.

Flottant à quelques centimètres du sol la jeune fille, ses deux paires d'ailes repliés sur elle-même en position fœtale, semblait s'éveiller peu à peu d'un profond sommeil réparateur, ouvrant ses yeux auréolés d'une intense lueur verte.

Recroquevillé entre ses longs bras fins couverts de rubans translucides, la silhouette d'un jeune homme inanimé vint se déposer délicatement au sol, sous le regard incrédule des quatre Lyokô-guerriers.

- Jérémie, reconnut le premier Odd, se précipitant aussitôt vers lui pour l'aider à se redresser tandis qu'il reprenait peu à peu connaissance, l'air hébété, qu'est-ce qui s'est passé ?

- Je… Je ne me souviens plus, fit le petit génie d'une voix pâteuse, la main posée sur l'ultime bâtonnet restant au sol à présent, après la chute de la Tour, le Cinquième Territoire a commencé à plonger dans le chaos le plus total. Les cubes tombaient de partout, les Monstres ne cessaient d'affluer et Aelita… Oui, je crois qu'elle n'a pas eu d'autres choix que d'utiliser mes pouvoirs comme gangue protectrice, en attendant votre arrivée. Où on est la Fusion ?

Odd entrouvrit la bouche, mais le spectacle de désolation qui les entouraient semblait répondre de lui-même.

Le visage triste, Jérémie parvint à grand peine à se hisser sur ses jambes, contemplant d'un œil presque larmoyant l'étendue des dégâts. C'était là la seconde fois qu'une version de Lyokô qu'il avait aidé à restaurer se retrouvait ainsi réduite à néant, et le sentiment de perte qui lui étreignait le cœur surpassait toute autre forme de douleur en lui.

- Est-ce qu'elle va bien ? s'enquit Stéphanie d'un air inquiet en désignant Aelita qui, à présent complètement déployée, se contentait de fixer l'horizon en silence, le symbole de Lyokô sur son front pulsant d'une douce lueur blanche.

- Je pense que oui, répondit Jérémie, dans une volonté de s'arracher à la tristesse du spectacle qui s'offrait à ses yeux, sa Fusion prolongée avec le Cœur de Lyokô a du simplement finir par affecter son esprit, mais elle est toujours là, quelque part, à veiller sur nous. Sinon, jamais les restes de notre Cinquième Territoires ne pourraient continuer à tenir face au Noyau d'Endo et son Intelligence Artif-…

Il s'interrompit brusquement, l'œil soudain éclairé d'une lueur de réalisation subite.

Sans prendre la peine d'expliquer la raison de son excitation aux autres membres du groupe, le jeune homme en armure se précipita vers la partie blanche du Territoire coagulé, farfouillant entre les branches de corail avec frénésie.

- Il doit être tout proche, marmonna-t-il tout seul, sous le regard stupéfait de ses camarades, si on arrive à le dénicher et à le détruire…

Soudain, au milieu de sa fouille, il s'immobilisa brutalement, une profonde euphorie dépeinte sur son long visage émacié.

Face à lui, au centre de ce qui ressemblait à un entrelacs de racines légèrement surélevé, luisait une bille de lumière d'or à peine plus grosse qu'un point. A sa surface, clairement visible en longs et voluptueux tracés noirs, se découpait la silhouette clairement reconnaissable d'un phénix stylisé. Le symbole de la Green Phoenix.

- Le Cœur d'Endo… murmura-t-il en se rapprochant prudemment de quelques pas, fasciné, il est juste ici, à portée de main !

Odd s'était figé sur place à son tour, l'ensemble de son corps tendu d'appréhension. Derrière eux, le trio de Sainte Bénédicte échangèrent des regards perplexes, trop inquiets au sujet d'Aelita pour suivre leurs pensées.

- Tu as raison ! s'exclama le Nekomata en rejoignant précipitamment son ami, trébuchant à moitié sur le terrain accidenté, rien ne nous empêche de détruire le Cœur d'Endo ici et maintenant à présent ! Il suffirait d'un seul coup bien placé, et tout serait enfin terminé… La Green Phoenix aurait perdu pour de bon !

Cependant, et alors même que Jérémie amorçait sa marche fatidique vers le Cœur d'or sans défense, son bâton chargé en virus brandit devant lui, un brusque sifflement ultrasonique vint emplir l'atmosphère, forçant les Lyokô-guerriers à battre en retraite.

L'instant d'après, la mince et gracieuse silhouette de Taelia atterrissait devant eux, coupant net leur accès vers le Noyau d'Endo, un sourire cruel au coin des lèvres. Dans sa main gauche, son balai à réaction achevait à peine de cracher ses flammes violettes, signe de la vitesse à laquelle elle avait du parcourir ce qui restait de l'univers virtuel pour en rejoindre le centre à son tour.

Pétrifié d'horreur, Jérémie et Odd se postèrent immédiatement en position de défense, ne parvenant ainsi qu'à arracher un rire cruel et sanguinaire à la dirigeante de la Green Phoenix.

Angel, resté en arrière, sentit son sang numérique ne faire qu'un tour dans ses veines à la vue de l'abominable femme qui lui avait dérobé des mois de sa vie, et tout sembla soudain s'évanouir autour de lui, ne laissant plus qu'un voile rouge de rare devant son regard, accentuant les contours de l'abominable sorcière virtuelle.

- Vous n'espériez tout de même pas atteindre Fénix – notre programme multi-agent forgé à partir des codes sources de notre très cher Angel, ici présent – sans que je n'intervienne, n'est-ce pas ? ironisa la jeune fille de sa voix la plus froide et cruelle, abandonnant son véhicule pour dégainer sa baguette d'un air menaçant, j'ai bien peur que vous n'ayez un dernier obstacle à franchir avant de pouvoir vous proclamer vainqueur !

- A quoi ça vous avance de vous dresser contre nous ! s'exclama Stéphanie, prenant les devants sur ses camarades, hors d'elle, nous sommes six, vous êtes seule, et votre Supercalculateur n'a même plus assez de puissance pour générer le moindre Monstre après votre surplus de Kolosses ! Je parie que même vos précieux hommes de main sont en train de vous abandonner dans votre repère sur Terre. C'est fini, Taelia, inutile de continuer à lutter.

Un nouvel éclat de rire sans joie vint franchir les lèvres glaciales de la demi-sœur d'Aelita.

- Quelle assurance dans ces paroles, se moqua-t-elle ouvertement, poussant la gothic lolita à serrer les dents de colère, j'imagine que tu as raison sur le fond cependant… Les chances ne sont pas en ma faveur, hélas.

A cet instant, et sans prévenir, la jeune femme aux cheveux pourpres et courts changeant brutalement d'attitude, fendant l'air de sa baguette d'un mouvement si rapide qu'aucun des Lyokô-guerriers présents ne parvint à l'anticiper.

Surprise, Stéphanie ne put se recevoir le sortilège offensif de plein fouet, se retrouvant rejetée en arrière avec violence, le bas du ventre étincelant de pixels.

- Stéphanie ! s'exclamèrent d'une même voix Mathieu et Angel, incapable de se contenir, le premier se ruant à sa rescousse.

- Non ! s'empressa de les rappeler à l'ordre Jérémie, ne vous dispersez surtout pas, c'est ce qu'elle attend !

Mais il était trop tard. Bousculant Odd au passage, la sorcière s'était mise à fendre l'air en avant, fusant droit vers sa demi-sœur restée immobile au centre du reste de son univers, parfaitement vulnérable. L'éclat meurtrier au fond de ses yeux ne laissait aucun doute sur le sort qu'elle comptait lui réserver.

Dans un soudain regain de force, Aelita rouvrit brusquement ses paupières mi-close, laissant les doux filaments s'entremêlant autour de ses doigts fuser tels autant de couperets menaçant droit vers son assaillante.

- Abandonne le combat, clama-t-elle de sa voix plus profonde que jamais, presque chantante, je peux sentir la lutte de votre « Fénix » au sein de son Noyau, puisant encore et encore dans ses réserves pour tenter d'anéantir le monde de mon père. Il ne pourra pas faire le poids éternellement. Je vais finir par avoir raison de lui, et le sais, demi-sœur.

- Toujours cette belle assurance, rit Taelia, roulant sur le côté pour esquiver les bandeaux et une séries de fléchettes d'Odd par la même occasion, je vais vous arracher tout espoir une bonne fois pour toute… Curspell !

L'incantation fit jaillir de sa baguette tendue le même rayon noir qui avait eu raison d'Eva un peu plus tôt, venant frapper de plein fouet les rubans protecteurs d'Aelita qui revenaient à la charge.

Soudain submergés par les bugs, les lambeaux de tissus rendus inutiles s'écartèrent malgré eux, laissant la silhouette de l'ange immaculée entièrement à découvert, à quelques mètres à peine de sa demi-sœur. Il suffisait d'un coup, et tout serait enfin achevé. Un seul sortilège d'attaque, et ni Aelita, ni Lyokô ne se relèveraient plus jamais.

Cette pensée était trop insoutenable pour que Jérémie ne puisse rester sur place, sans rien faire.

Avec l'énergie du désespoir, il tendit brusquement le bras, laissant son arme se démultiplié à toute allure vers l'élue de son cœur au moment précis où la baguette de Taelia, de nouveau chargée à bloc, décochait le coup fatale en direction du Cœur. Son bâton fut plus rapide.

Atteinte en plein dans le creux des omoplates, Aelita émit un hoquet de suffocation, brusquement poussée en avant par une décharge d'énergie bleue.

Comme dans un souffle, son enveloppe numérique se sépara de la bille de lumière qu'était le corps de Lyokô, laissa sa paire d'ailes supplémentaires s'évanouir dans son dos tandis que le rose reprenait son droit sur ses cheveux et sa tenue. Une fraction de seconde plus tard, et le sortilège diabolique de Scarlet la transperça de plein fouet, découpant sa silhouette en un milliers de pixels blancs qui ne tardèrent guère à disparaître, l'effaçant des restes du Cinquième Territoire définitivement, mais laissant le Cœur, ornementé de l'œil de Lyokô intact derrière elle.

Jérémie, essoufflé par l'effort qu'il venait de fournir, laissa un sourire triomphant s'échapper de sa bouche. Il avait réussi à la sauver. Peu lui importait que, désormais, Lyokô ne fût plus protégé par la moindre entité. Aelita était saine et sauve dans un Scanner, et c'était tout ce qui importait à ses yeux.

Ce fut presque avec reconnaissance, qu'il accueillit le sort vengeur de Taelia, folle de rage et vite repoussée par les Catguns d'Odd, en pleine poitrine, laissant la vague d'énergie mauve consumer son avatar en même temps que le peu de Points de Vie qu'il lui restait, l'arrachant enfin à cet univers virtuel dépourvu de sens.


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Lorsque la porte de son Scanner coulissa, libérant sa silhouette endolorie et échevelée, ses lunettes couvertes de sueur et de buée glissant de son long nez aquilin, son premier réflexe, en dépit de sa respiration haletante qui peinait à s'acclimater de nouveau à l'atmosphère poussiéreuse de la salle, fut de porter son regard sur le caisson adjacent, son cœur menaçant de rompre sa frêle poitrine à force de battre d'inquiétude.

Mais lorsque les longs cheveux roses et le regard d'émeraude épuisé mais bien vivant d'Aelita vinrent lui répondre, toute trace d'anxiété sembla s'envoler de son être, ne laissant au fond de lui qu'une profonde béatitude. Jamais le monde réel ne lui avait semblé si beau qu'en cet instant précis.


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Sur ce qu'il restait des deux mondes virtuels, Les Lyokô-guerriers et Taelia se jaugeaient d'un regard mauvais, les premiers entourant le Cœur mis à nu de Lyokô d'une démarche protectrice.

La jeune femme, tenue en joue par les Catguns d'Odd, s'était plongée dans un silence inhabituel, semblant calculer son prochain coup.

- Aelita n'est plus là pour guider Lyokô dans sa lutte contre Endo, releva Stéphanie dont la panique commençait à transparaître, à mesure que les cubes sombres sous leurs pieds commençaient à trembler légèrement, menaçant de se disloquer à chaque instant, qu'est-ce qu'on fait, les mecs ? On ne va pas pouvoir tenir face à ce programme Fénix ou je ne sais quoi ! Est-ce que quelqu'un sait comment fusionner avec ce foutu Cœur pour sauver la situation ?

- Je suis désolé, Stéphanie, siffla Odd entre ses dents serrées sous l'effet de la concentration, mais j'ai peur que seule Aelita, et la connexion spéciale qu'elle entretenait avec Lyokô était en mesure d'accomplir une telle prouesse. Désormais, le temps nous est comptée.

Taelia, qui avait profité de leur échange pour se glisser jusqu'au Cœur de son propre monde virtuel d'un pas discret, entreprit d'effectuer un léger tourbillon de sa baguette autour de ses branches de corail protectrices. D'un même geste, celles-ci s'entremêlèrent aussitôt étroitement autour de la bille de lumière, renforçant sa défense sous son injonction et l'arrachant à la vue des Lyokô-guerriers. Désormais, en venir à bout allait s'avérer autrement plus complexe.

- Il semblerait que la balance ait fini par pencher en ma faveur, les nargua la redoutable meneuse de la Green Phoenix, s'avançant de nouveau dans la direction d'un claquement de talons sonore, pour l'instant, l'esprit résiduel de ma chère sœur encore dans le Cœur de votre Lyokô associé à la force du Projet Carthage permet à votre pitoyable monde virtuel de tenir le coup, mais ce n'est qu'une question de minutes avant qu'il ne s'effondre. Et alors, plus rien ne pourra m'arrêter !

Mathieu, qui était demeuré étonnamment impassible depuis l'arrivée de Taelia sur le plateau, émit soudain un petit rire nerveux, s'attirant les regards perplexes de ses camarades.

La sorcière virtuelle, visiblement agacé, lui adressa un regard cinglant.

- Qu'y a-t-il de si drôle ? scanda-t-elle avec superbe, aucun d'entre vous n'a la puissance nécessaire pour me faire face, vous l'avez constaté ! Je détiens en moi une part des Clefs de Lyokô, je ressens les vibrations de ce monde, chacun de ses changements avec une précision que jamais vous n'atteindrez ! Si tu espères encore me battre, espèce d'insignifiant petit avorton, je crois que tu te berces de douces illusions. En vérité, c'est comme si le Projet Carthage était déjà en ma possession !

- Vraiment ? lança le jeune homme d'un ton faussement surpris, en dépit du regard alarmé de ses compagnons d'arme, il me semble pour le coup que, cette fois-ci, c'est toi qui est en train de t'avancer.

Et, sans crier gare, sous le coup d'une brusque intuition, le jeune homme leva soudain son poignet droit vers le Cœur de Lyokô, laissant l'arme sphérique s'y trouvant s'ouvrir dans un déclic métallique.

Très lentement, comme au ralenti et sous le regard pétrifié de l'assistance, les minces particules d'or constituant l'essentielle bille de lumière vinrent converger droit vers l'intérieur de sa sphère de métal, l'absorbant dans son intégralité jusqu'à ce qu'un nouveau « clic » satisfaisant ne se referme sur lui, le happant à la vue de tous. A présent, l'anneau de chargement, vide jusqu'à présent, à la surface de l'arme s'était illuminé d'une insoutenable lueur blanche aux reflets dorés, comme pour refléter toute la puissance qu'elle renfermait désormais.

Taelia, verte de rage, semblait incapable de réagir face à l'extraordinaire spectacle qui venait de se dérouler sous ses yeux.

Calmement, et d'un geste dépourvu d'hésitation, Mathieu vint décrocher la sphère de métal, désormais si précieuse, de son poignet, l'enfermant entre ses doigts protecteurs avec fermeté.

- Si tu veux t'emparer du Projet Carthage, souffla-t-il, la voix transcendée par une détermination si puissante qu'elle en fit vaciller ses camarades Lyokô-guerriers, il va falloir me passer sur le corps à présent.
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Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:45   Sujet du message: Répondre en citant  
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Chapitre 59 :

Épisode 158 : Final Round (L'ombre au fond de la cave)_



Ni Taelia, ni le reste des Lyokô-guerriers ne semblaient en mesure d'assimiler l'ampleur de ce qui venait de se dérouler devant leurs yeux.

Mathieu, seul au centre du plateau, portait à bout de bras le Cœur de Lyokô, soigneusement protégé derrière les parois d'acier de son arme dont l'anneau luisait de plus en plus fort sous l'effet de la puissance incommensurable de la sphère de lumière, contenue à grand peine.

- C'est… C'est une blague ? parvint à articuler Angel, reprenant ses esprits le premiers, ta petite boule absorbante… Elle pouvait contenir le Cœur depuis tout ce temps ? C'est vraiment possible ?

- Je n'en étais pas sûr, prononça le guerrier aux oreilles de lapin d'un ton prudent, le regard aussi étonné que celui de ses camarades, mais ma dernière montée de niveau semble m'avoir permis de réaliser cette exploit. Je pense que cela devrait stabiliser son état pour un temps.

- Je confirme, lança brutalement la voix d'Anthéa à travers le ciel, tirée à son tour de sa stupeur stupéfaite, le niveau de puissance du Cœur de Lyokô, qui était en chute libre depuis la rematérialisation de ma fille, vient de s'équilibrer. Fénix ne pourra pas gagner l'avantage pendant au moins plusieurs minutes.

En effet, les plants de corail qui avaient commencer à pousser à travers les cubes disloqués constituant les restes de Lyokô avaient stoppé leur lente croissance à l'instant précis où Mathieu était parvenu à absorber le Cœur.

Ce dernier, en grande partie soulagée que son improvisation osée ait payé, sentit soudain un brusque sifflement lui frôler l'oreille.

L'instant d'après, un jet d'énergie mauve vint fendre l'air à quelques millimètres à peine de lui, le manquant de peu.

Taelia, le visage tordu par la rage, avait redressé sa baguette, dont le faisceau se chargeait de nouveau en couleur progressivement, prêt à faire feu de nouveau. Entendre la voix de sa mère, si haïe au fond de son cœur, semblait n'avoir guère amélioré son humeur et son regard s'était de nouveau teinté de folie douce.

- Félicitations, éructa-t-elle, vous avez réussi à gagner quelques précieuses minutes, mais cela ne vous suffira pas à gagner la guerre ! D'un instant à l'autre, la ridicule protection de ce lapin ambulant s'effritera sous l'énergie du Cœur et Fénix prendra le dessus, nous accordant enfin le contrôle du Projet Carthage. Tout ce qu'il me reste à faire, c'est vous détruire l'un après l'autre, afin que vous cessiez d'enrayer mon chemin vers la victoire une bonne fois pour toute.

Mathieu n'eut qu'une fraction de secondes pour réagir lorsque la détonation vint faire vibrer l'extrémité de la baguette une seconde fois, propulsant le sort mortel dans sa direction.

- Attrape, hurla-t-il en direction d'Odd, lançant en l'air son arme devenue si précieuse avec l'énergie du désespoir.

Le Nekomata, de surprise, ne put que rattraper la sphère de métal entre ses griffes à l'instant précis où la vague d'énergie traversait l'homme de sa vie de part en part, transperçant son avatar dans une volée de pixels.

- Mathieu ! s'écria-t-il, bien trop tard, alors que l'avatar sans vie ni texture de l'adolescent heurtait le sol dans un bruit sourd, grésillant un instant avant de disparaître, abandonnant ses amis derrière lui.

Sous le choc, le Lyokô-guerrier au visage félin baissa les yeux vers le Cœur entre ses doigts, pulsant toujours d'une lueur d'or derrière sa carapace de métal improvisée. Par miracle, l'arme de Mathieu n'avait pas disparu en même temps que lui, sans doute par la volonté du Supercalculateur. De quoi les faire tenir encore quelques instants.

- Très bien… susurra Taelia, sa rage assouvie par la dévirtualisation de l'adolescent qui l'avait tant irritée par son arrogance, à qui le tour maintenant ?


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Mathieu sentit la vapeur des scanners emplirent ses poumons nouvellement rematérialisés, manquant de peu de suffoquer. Les muscles transpercés de douleur tandis que ses nerfs se reconnectaient à son cerveau, le jeune homme ne put que se laisser tomber contre le sol de métal au moment où les portes s'ouvraient, le libérant de l'atmosphère étouffante de son caisson.

Des lumières dansant devant les yeux, il mit un moment avant de s'habituer de nouveau à la multitudes d'informations parvenant à son corps physique. Lorsque sa vision, enfin, cessa de tourner, il parvint enfin à distinguer la présence d'Aelita et de Jérémie à travers la fumée se dissipant. Les deux jeunes gens, assis au sein de leur scanner respectif et occupés à récupérer, trempés de sueur, lui adressèrent un sourire triste.

- Ça va ? lui envoya le petit génie en se massant la nuque, alors ? A quel point la situation est catastrophique sur Lyokô ?

- Tu n'aurais pas dû me dévirtualiser, lui reprocha Aelita d'une voix éraillée qui peinait à retrouver son intensité d'antan après cette virtualisation prolongée, maintenant, Lyokô n'est plus protégé par aucune intelligence… Endo a gagné !

- Pas exactement, contra Mathieu avec timidité, non sans grimacer face à la douleur émanant de ses cordes vocales à chaque nouveau mot, j'ai réussi à stabiliser le Cœur dans une de mes armes. Et n'en veux pas à Jérémie, s'il-te-plaît. Tu n'avais plus conscience de ton environnement et Taelia s'apprêtait à te pulvériser. Sans son intervention, tu aurais disparu définitivement en même temps que le Cœur, alors je pense que des remerciements s'imposent.

Coupable, Aelita se contenta de dissimuler son regard derrière les paumes de ses mains, en profitant pour se frotter les yeux devant lesquels des milliers de points lumineux ne cessaient de danser à chaque mouvement trop brusque de sa part.

Se retrouver seule avec ses pensées après une Fusion aussi longue avec l'âme même de Lyokô lui laissait une étrange sensation de vide au creux de la tête, comme si elle n'était plus tout à fait complète. Il lui semblait s'être perdue un instant dans les méandres du monde virtuel et de sa complexité pour se retrouver de nouveau propulsée dans sa conscience unique sans avoir le temps de s'habituer à ce changement, et un mal de crâne lancinant commençait à pointer au niveau de sa nuque.

- Tu as eu un bon réflexe, finit-elle par admettre, à demi-soulagée d'apprendre que le Cœur de Lyokô était encore sauf, mais j'ai peur que ton arme ne suffise pas à contenir la puissance du Noyau de notre univers bien longtemps… Je ne nous donne pas plus de quelques minutes de sursis avant de devoir trouver une nouvelle solution.

- Il n'y a vraiment rien que l'on puisse faire pour gagner un peu de temps ? insista Mathieu, fou d'inquiétude, un petit programme pour booster un peu le Cœur… Ou un truc à même de venir à bout de ce « Fénix », peut-être ? Vous avez bien dû penser à quelque chose !

Un échange de regards éloquents eut lieu entre Aelita et Jérémie devant lui, venant lui faire hausser un sourcil suspicieux. Visiblement, les deux jeunes gens partageaient une information dont il n'avait pas connaissance et semblaient hésiter à la partager avec lui.

- On savait que cela finirait par arriver, insista le génie blond à lunettes face aux réticences muettes de l'adolescente aux cheveux roses, on n'a plus d'autre choix, Aelita.

Un profond soupir lui échappa, résigné.

- J'imagine que tu as raison, admit-elle, il va falloir y aller.

D'un seul geste, les deux adolescents se hissèrent le long des parois de leur Scanner respectif pour se redresser, vacillant encore un peu sur leurs jambes affaiblies mais le visage empreint de détermination.

Incapable de suivre l'échange, Mathieu se contenta de dévisager les deux adolescents d'un regard soupçonneux depuis sa place.

- De quoi est-ce que vous parlez tous les deux ? lâcha-t-il dans un froncement de sourcils, qu'est-ce que vous me cachez ?

Aelita eut une moue hésitante avant de se ressaisir. Après tout, le jeune homme avait déjà fait ses preuves en protégeant le Cœur de Lyokô au péril de sa vie et en choisissant de rejoindre leur combat, en dépit des risques et de ses protestations. Même si elle venait à tenter de l'écarter de nouveau, nul ne doutait que son entêtement suffirait à la faire ployer. Autant économiser du temps.

- Très bien, admit-elle sous le regard scandalisé de Jérémie, loin de partager son état d'esprit quant à laisser son camarade de chambre dans la confidence, il y a quelque chose que nous devons t'avouer… Quelque chose qui pourrait nous sauver mais qu'on ne pouvait se résoudre à faire. Quelque chose que seuls Jérémie et moi-même savons !

L'énigmatique déclaration suffit à effacer de l'esprit de Mathieu les douleurs engendrées par la rematérialisation. Inquiet et intrigué, l'adolescent se releva à son tour, prêt à écouter. Mais la jeune fille aux cheveux roses semblait avoir d'autres plans en tête.

- Le mieux est que tu nous suives et que tu vois la chose de tes propres yeux, affirma-t-elle sans lui laisser l'occasion de protester, se dirigeant vers les portes de l'élévateur pour en presser le bouton d'appel.

- Vous suivre ? s'étonna le jeune homme, mais…Où ça ?

Les parois masquant l'accès à l'ascenseur de bois s'étaient mises à coulisser en craquant lourdement, emplissant la Salle des Scanners d'un vacarme assourdissant. Devant les deux portes de métal, ni Jérémie, ni Aelita ne souriaient, le visage plus grave que jamais.

- Dans une vieille bâtisse abandonnée à la lisière de la forêt voisine, finit par répondre l'adolescent aux lunettes épaisses d'un air sombre, une ancienne maison appelée « l'Ermitage ».


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Les sorts offensifs pleuvaient désormais sur les Lyokô-guerriers, faisant exploser les blocs de Lyokô encore légèrement surélevés au passage, chacun des adolescents frôlant la dévirtualisation à chaque instant.

Odd, la sphère de Mathieu collée au creux de son bras protecteur, devait se débrouiller pour riposter à l'aide d'un Catgun unique et peinait à viser correctement sous l'omniprésence des coups et le déséquilibre provoqué par le Cœur entre ses griffes.

Fort heureusement pour lui, Stéphanie et Angel s'étaient fait passer le mot pour mener la vie dure à Taelia, la première érigeant un véritable barrage de Pixoflame entre leurs deux camps, le second la bombardant de vagues d'énergie d'or, qui ne cessaient de s'entrechoquer contre la plupart de ses coups, faisant pleuvoir des artifices d'étincelles mauves et jaunes dans le ciel obscur du monde virtuel.

Comprenant que sa tactique ne fonctionnerait jamais de la sorte, la meneuse de la Green Phoenix profita d'un bref instant de répit pour enfourcher son Overbroom, enclenchant le réacteur d'une pression sur l'un des nombreux boutons rutilants à la surface du manche de métal.

Presque aussitôt, le une flamme violette à l'embout du balai vint la propulser dans les airs loin au dessus de la barrière de feu, lui laissant tout le loisir de viser au mieux ses adversaires.

Une pluie de sorts mauves vint s'abattre sur les adolescents et Odd n'eut d'autres choix que de se rétracter derrière son X-Shield.

Stéphanie et Angel, pris au dépourvu, eurent moins de chance et se retrouvèrent vite cloués au sol, leur corps respectif parcouru d'étincelles.

- Fais quelque chose ! glapit la gothic lolita à l'ange déchu tout en roulant sur le côté pour s'arracher au déluge d'attaques, avec ton aile, tu devrais pouvoir l'atteindre !

- Tu as vu la vitesse à laquelle elle va !? protesta le jeune homme, réfugié à plat ventre sous sa lame courbe, je suis un ange, pas une fusée ! Comment est-ce que tu espères que je la rattrape un jour ?

Stéphanie, désormais protégée par une accumulation de racines d'Endo, eut un grognement de rage. Combien de temps allaient-ils devoir encore lutter contre cette abominable adolescente aux cheveux pourpres ? Si sa puissance, en théorie, n'excédait pas la leur, sa rage de vaincre semblait lui conférer un état quasi-indestructible et pas un de leurs coups n'était parvenu à l'atteindre jusqu'à présent.

- Dans ce cas les mecs, essayez de lui bloquer le passage ! proposa-t-elle, tirant une aiguille aiguisée de sa jambière, je vais tenter quelque chose.

A son écoute, le Nekomata virtuel fut le premier à agir, décochant une volée de Flèches Lasers au dessus de sa tête comme pour attirer l'attention de la sombre jeune fille.

- Hey ! appela-t-il de toutes ses forces, annulant son bouclier jauni au passage, pas la peine de t'en prendre aux autres, c'est moi qui ai le Cœur ! Si tu le veux, tu n'as qu'à venir le chercher !

Taelia, qui n'avait attendu qu'une ouverture pour foncer, piqua aussitôt du nez droit sur le jeune homme en violet, un sourire dément étirant son visage autrefois si similaire à celui de sa demi-sœur, baguette en avant. Peu lui importait son discours provocateur, seule la douce lueur dorée qui pulsait derrière ses griffes avait de la valeur à ses yeux.

Obnubilée comme elle l'était par la sphère de Mathieu, elle ne remarqua donc pas la masse noire qui vint fondre entre elle et le jeune homme à l'apparence féline, lui coupant soudain la route par surprise.

Dans un réflexe de dernière minute, la sorcière numérique tenta de ralentir, en vain. Elle ne put que s'écraser droit sur Angel, les envoyant tous deux rouler au loin dans les airs, dans une furieuse bataille de plumes et de sorts.

Stéphanie, qui s'était préparée pour cette occasion, en profita pour surgir de sa cachette, sa lame dressée dans sa main à la manière d'un javelot, le regard violet plus calculateur que jamais. Tout allait se jouer à la microseconde près.

- Maintenant ! se murmura-t-elle soudain à elle-même, envoyant fuser tel un arc d'argent mortel le pic de métal droit sur les deux silhouettes entremêlées.

Son aiguille, si elle manqua de peu le mollet de Taelia, vint faucher son véhicule en plein milieu du réacteur, l'envoyant aussitôt valser hors de ses jambes et la privant ainsi de toute possibilité de voler.

Tandis que le balai, désormais hors d'usage, dérivait sans but dans les airs avant d'exploser en une nuée de particules violettes, Taelia, toujours cramponnée à un Angel bien déterminé à la faucher sur place, le lâcha soudain brusquement avant de fouetter l'air de sa baguette, atteignant le jeune homme d'une salve d'énergie droit au niveau de l'aile et lui arrachant un cri de douleur.

Dans un même mouvement, ange et sorcière vinrent s'écraser chacun à l'extrémité opposée de ce qui restait de leur Territoire, le corps ravagé par l'électricité des dégâts reçus dans leur chute.

- Angel ! s'exclama Stéphanie malgré elle, se précipitant pour l'aider à se relever presque aussitôt tandis qu'Odd la gratifiait d'un sourire impressionné.

- Joli coup ! la complimenta-t-il, maintenant, grâce à toi, elle perd l'avantage aérien qu'elle avait face à nous.

- Pas aussi joli que je ne l'aurais souhaité, répliqua l'adolescente dans une moue contrariée, j'espérais réussir à l'abattre, mais j'imagine qu'à cette distance, ça aurait pu être pire…

- Tu aurais surtout pu me toucher, oui ! répliqua Angel en repoussant sa main pour se redresser tout seul, époussetant ses plumes pour en chasser les dernières particules d'étincelles, furieux, tu sais que tu es vraiment un danger public, Minerve !?

Mais avant qu'elle n'ait eu l'occasion de répliquer, une brusque détonation vint soudain fendre l'air, les faisant tous sursauter.

Comme au ralenti, Stéphanie, atteinte en plein creux de la hanche par un sortilège illuminé de mauve, ne put que laisser son corps se faire projeter de l'autre côté du précipice, tombant avec épouvante droit vers la Mer Numérique.

Le visage tordu d'horreur, Angel avait déjà fait volte-face vers la silhouette à genoux de Taelia à l'autre bout du plateau, son chapeau de travers, et le regard étincelant de fureur. Au bout de ses longs doigts d'une pâleur mortuaire, sa baguette achevait de décharger son rayon d'énergie fatal dans un étrange crépitement de satisfaction. Déjà, la silhouette impuissante de la gothic lolita avait disparu par-dessus bord, impossible à secourir.

- Je vous avais prévenus, souffla doucement la sorcière virtuelle d'une voix bouillante de colère, si vous vous dressez contre moi, vous en subirez les conséquences.

La haine que l'adolescent au regard d'or éprouvait pour elle sembla soudain exploser en sa poitrine, libérant toute la furie qu'il avait jusque là contenue tandis que ses yeux, éperdus, ne parvenaient plus à quitter l'espace où il avait refusé l'aide de Stéphanie, à peine quelques secondes auparavant.

Une seule certitude prenait désormais place dans son esprit, supplantant tout le reste de ses pensées rationnelles. Taelia allait tomber sous sa faux et rien, ni personne, ne pourrait l'en empêcher.


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Cela faisait déjà plusieurs minutes que Mathieu suivait d'un pas inquiet les silhouettes placides d'Aelita et Jérémie à travers les répugnants corridors des égouts.

A peine remontée de la Salle des Scanner, la jeune fille aux cheveux roses avait annoncé à sa mère et au reste de l'assemblée qu'ils se rendaient à ce mystérieux « Ermitage » dans le but de trouver une solution de dernière minute, mais définitive, au problème Taelia. En dépit de la suspicion qui avait plané sur le laboratoire, aucun Lyokô-guerrier n'avait trouvé le courage de protester, trop préoccupés par la situation pour s'opposer à la moindre ébauche de plan pour les sortir de là. Qui plus était, il y avait quelque chose dans l'expression d'Aelita et Jérémie, comme une ombre, qui avait suffi à les dissuader de poser plus de questions.

N'y tenant plus, Mathieu vint franchir les quelques mètres le séparant de ses deux mystérieux comparses muent dans leurs silence, dérapant à moitié sur les flaques nauséabondes parsemant le sol suintant de crasse sous ses pieds.

- Alors ? s'enquit-il, qu'est-ce que c'est que cette vieille maison dans laquelle vous m'emmenez ? Cet… « Ermitage » ?

Il s'était adressé à Jérémie mais ce fut Aelita qui lui répondit, la lumière aveuglante projetée depuis son BlackBerry rebondissant contre les parois circulaires des égouts plongés dans les ténèbres.

- Il s'agit de la maison dans laquelle j'ai vécu avec mon père lors de notre arrivée à la Ville de la Tour de Fer, expliqua-t-elle d'un ton empreint de l'ancienne douleur provoquée par ses souvenirs passés, c'est ici qu'il a développé le Supercalculateur, les Scanners, et les modules de base qui ont ensuite servi à concevoir Lyokô. Du moins, en grande partie. J'y ai vécu parmi les plus belles années de ma vie, avant notre virtualisation forcée, il y a quinze ans de cela.

Coupable d'avoir dû la projeter de nouveau dans une période de sa vie difficile, Mathieu ne put néanmoins s'empêcher d'insister, les sourcils barrés en une expression concentrée.

- Et donc vous espérez y trouver un élément ou un programme quelconque conçu par ton père qui serait à même de vaincre Taelia ou de redonner de la puissance à Lyokô, c'est ça ?

Jérémie émit un long soupir, dont l'écho vint se répercuter à travers les interminables parois de pierre les surplombant. Au loin, le couinement d'un rat se fit entendre, détalant presque aussitôt à l'approche de leurs pas rapides. Ils se trouvaient à présent dans une partie des souterrains de la ville dont Mathieu ignorait tout.

- C'est un peu plus compliqué que ça, répliqua le jeune homme, redressant ses lunettes d'un air évasif, attends qu'on y soit. Tu auras alors les réponses à toutes tes questions.

Renonçant à interroger ses deux amis plus avant, et bien conscient de leur malaise apparent, Mathieu se laissa ralentir, s'éloignant de quelques mètres de nouveau pour leur accorder leur intimité bien méritée. Il ne lui restait plus qu'à prendre son mal en patience et attendre, comme le lui conseillait Jérémie.

La curiosité qui ne cessait de le tarauder depuis qu'ils avaient rejoint les égouts se muant peu à peu en appréhension, le jeune homme se contenta donc de leur emboîter le pas, l'esprit bouillonnant de mille théories plus folles les unes que les autres.

Lorsqu'enfin ils bifurquèrent, empruntant un escalier serti d'une rampe de métal et aménagé à même la roche, Mathieu dut se retenir pour ne pas prendre les devants sur ses camarades, se laissant à nouveau guider jusqu'à une lourde porte de fer rouillée, dont il fallut la force conjuguée des trois chétifs adolescents pour parvenir à la faire coulisser, les libérant enfin avec soulagement de l'air nauséabond des égouts au profit de la pureté de la fraîche atmosphère extérieure.

Leur combat virtuel avait duré si longtemps qu'à présent la Ville de la Tour de Fer était plongée dans la calme nuance orangée des soirées d'été, et le soleil commençait à disparaître au loin derrière d'épais arbres touffus.

Intrigué, Mathieu s'empressa de détailler les alentours du regard, laissant Jérémie et Aelita refermer le passage secret derrière eux.

Sous ses pieds, de longues herbes folles, probablement laissées sans entretien depuis des années, s'élevaient jusqu'à ses genoux, et une vieille barrière de bois dévorée par les plantes grimpantes les encerclaient, délimitant ce qui avait du être autrefois un charmant petit jardin à l'écart de la ville, dont les lumières ne parvenaient pas à percer les fourrés.

Accolé au minuscule abri de jardin de béton dont ils venaient d'émerger, se hissaient les hauts murs d'un blanc poussiéreux d'une bâtisse dont la gloire était passée depuis sans doute des années.

La balustrade mangée par le lierre, les vitres brisées, la villa, couverte de lézardes, laissait pénétrer le vent du soir dans un hululement sourd, lui conférant l'illusion d'une maison hantée.

Malgré lui, Mathieu ne put s'empêcher de ressentir au creux de son ventre le même type de malaise qui l'avait étreint lorsqu'il s'était retrouvé pour la première fois face à l'ombre menaçante de l'usine.

- Par ici, l'invita Aelita en le dirigeant vers un perron poussiéreux au bois branlant, dont la porte tenait à peine sur ses gonds.

Jugulant son anxiété, l'adolescent s'empressa de rejoindre ses amis, faisant fuir quelques lézards sous ses pas. Il n'avait aucune envie de se retrouver seul face aux murs lugubres de l'Ermitage, et la présence de Jérémie et Aelia à ses côtés, bien qu'assombrie par les événements, suffisait à le rassurer quelque peu.

L'un après l'autre, les trois adolescents pénétrèrent dans un long couloir sombre, abandonné depuis des lustres, avant de pousser une nouvelle porte ouvrant sur ce qui avait dû être un vaste salon par le passé.

Les lustres, effondrés au sol depuis longtemps, étalaient leurs éclats de verres entre les canapés déchirés et les commodes renversées qu'une fine couche de poussière s'était amusée à recouvrir, uniformisant l'ensemble sous un manteau d'ancienneté.

Le tapis, rongé jusqu'à la corde sous leurs pieds, semblait sur le point de s'effriter à chacun de leurs pas et seul un vieux piano, engoncé dans un coin de la salle, semblait avoir survécu aux affres du temps, offrant sa surface d'un bois noble à la lueur de la lune naissante.

Mathieu, l'estomac retourné par ce triste spectacle, ne put s'empêcher d'avoir une pensée pour Aelita, pour qui parcourir ces murs qu'elle avait tant côtoyés dans son enfance des années plus tard devait constituer une véritable épreuve.

Néanmoins, ce fut avec un visage de fer qu'elle mena la marche jusqu'au fond de la vaste pièce, contournant deux chaises aux pieds brisés pour venir dégager quelques cartons amoncelés contre le mur d'un geste brusque.

A sa grande surprise, ce ne fut pas un autre pan de tapisserie en plein décrépitude qui fut mis à jour, mais une ouverture béante aménagée à même le béton coulé, probablement à grands coups de pelles et de pioches, laissant transparaître par endroit les restes de câbles électriques dénudés et de briques noircies par le temps.

- Une pièce secrète ? s'étonna-t-il, s'aventurant avec prudence à la suite de Jérémie à travers l'ouverture de fortune. Seul le silence lui répondit.

Il avait l'impression, depuis son arrivée au sein de ce mystérieux Ermitage, d'aller de surprise en surprise et la sensation de malaise qui en ressortait se faisait de plus en plus pesante sur ses entrailles.

La pièce humide et étroite dans laquelle ils venaient de mettre pieds était dépourvue de fenêtres, si bien qu'il fallut quelques secondes au jeune homme pour s'habituer à l'obscurité.

Sur un bureau face à lui envahi de feuilles de papiers rongées par les mites, un ancien modèle de PC datant des années 1990 reposait, sa couleur beige ternie par les années. Un grand nombre de dossiers s'étalaient à ses pieds, formant un véritable labyrinthe sans le moindre sens, entre ce qui ressemblait à de vieux sacs de ciments. Probablement l'ancien bureau de travail secret du professeur Waldo Schaeffer, plus connu sous le nom de Franz Hopper, le père d'Aelita.

Mais, avant qu'il n'ait eu l'occasion de mener plus loin son inspection des lieux, ses deux amis s'étaient déjà de nouveau éclipsés vers une minuscule porte dérobée de pierre, à peine visible à travers l'obscurité. Cette fois-ci, de faibles lumières accrochées à même le mur venaient illuminer un mince escalier plongeant dans les profondeurs de l'Ermitage de façon menaçante.

- C'est par ici, lui expliqua Aelita, chassant une toile d'araignée de ses longs cheveux roses d'un geste négligeant, au fond de cette cave, se trouve ce qui nous permettra peut-être de remporter la bataille. Tu es prêt à découvrir notre secret à tous les deux ?

Jérémie, silencieux, le dévisageait depuis ce qui ressemblait à une large forme cylindrique couverte d'un vieux drap troué. Mathieu ne put qu'adresser à la jeune fille un bref hochement de tête, le cœur battant bien trop vite au fond de sa poitrine pour lui permettre d'émettre le moindre mot.

Dans un ténébreux mutisme général, les trois adolescents s'enfoncèrent à travers le passage, dévalant les escaliers pas à pas tandis que l'épaisseur des murs faisait descendre la température en flèche. Mathieu, seulement vêtu de son T-shirt, se sentit frissonner tandis qu'une dernière porte de fer se découpait en bas des marches.

Tirant une clef d'aspect rouillé de sa poche que l'adolescent aux cheveux auburn ne l'avait jamais vu arborer jusqu'à ce jour, Aelita fit cliqueter la serrure avant de laisser le battant pivoter sur ses gonds, dévoilant enfin leur secret si jalousement gardé, illuminé au centre d'un étroite pièce de pierre brute par la lueur vacillante d'une ampoule.

Mathieu dut retenir un glapissement horrifié face à la vision qui s'offrait à présent à lui.

Seul au centre de la flaque de lumière blafarde, accroupi dans ce qui semblait être un large T-shirt crasseux, se découpait la silhouette d'une maigreur effrayantes d'un enfant aux traits durs et émaciés.

D'un mouvement presque robotique, il leva ses grands yeux sombres vers eux, l'air calme, avant de lâcher d'une voix si faible que Mathieu en éprouva un haut-le-cœur.

- Alors vous avez fini par revenir pour moi… ? prononça-t-il difficilement d'une voix éraillée, dénuée de toute expression.

Aelita et Jérémie, faisant preuve d'un effrayant sang-froid face à l'horreur que présentait le spectacle de ce minuscule corps à peine en vie devant eux, échangèrent un regard, incapables de répondre.


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Odd avait réagi au quart de tour. Tandis que le regard d'abord horrifié d'Angel à ses côtés virait petit à petit à la colère la plus intense, il s'était empressé de dégainer la dernière Flèche-Recharge de sa ceinture, l'enfonçant dans un cliquetis sec et rapide au sein de son Catgun avant de le pointer vers la Mer Numérique.

La silhouette gesticulante de Stéphanie d'un rouge bordeaux se découpant parfaitement sur le noir environnant, déjà loin, se rapprochait dangereusement des vagues mortelles et il savait qu'il n'avait droit qu'à un seul et unique coup bien placé avant qu'il ne soit trop tard.

- Flèche Laser ! rugit-il, appuyant sur la gâchette en retenant son souffle.

La myriade de fléchettes d'énergie jaillit d'un trait de l'embout de son pistolet numérique pour venir frapper en pleine poitrine la gothic lolita, la dévirtualisant sur le coup à quelques centimètres à peine des remous de l'océan mortel.

Submergé par le soulagement, Odd ne put s'empêcher de se laisser glisser à terre, la respiration saccadée. Il avait réussi : Stéphanie était hors de danger !

Ce bref instant d'abandon face à cette victoire inespérée suffit néanmoins à causer sa perte.

Profitant de la distraction qu'il lui offrait, Taelia n'hésita pas, s'empressant de pointer l'extrémité de sa baguette droit entre les omoplates du porteur du Cœur.

Le sortilège offensif jaillit du mince instrument de métal avec violence, perçant le torse du Nekomata de part et d'autre sans qu'Angel, encore trop choqué par le déroulement des événements, ne soit en mesure de réagir.

Pris par surprise, Odd ne put qu'écarquiller ses grands yeux gris tandis que les pixels blancs décomposaient déjà la silhouette aux deux queues de son avatar.

Le temps pour son dernier camarade Lyokô-guerrier encore intact de réaliser ce qui venait de se dérouler sous ses yeux d'or, l'homme-félin avait disparu, laissant la sphère de Mathieu protégeant le Cœur de Lyokô rouler au sol, en direction du centre du plateau.

Sans attendre qu'il n'émerge de sa torpeur, la sorcière numérique se précipita dans sa direction à toute allure, ses doigts crochus et pâles tendus avec l'énergie du désespoir vers cette bille de métal si convoitée et si vulnérable.

- Non ! s'exclama Angel, déployant son aile avec précipitation.

Il eut tout juste le temps d'abattre sa faux devant la main de Taelia avant que celle-ci ne parvienne à s'emparer du Cœur, la forçant à se rétracter à la dernière seconde.

- Dans tes rêves ! cracha-t-il, amer, avant de ramasser la Sphère à sa place, laissant sa douce lumière d'or se mêler à celle du tranchant de son arme et de ses yeux profonds.

Un sourire cruel vint étirer les lèvres de la meneuse de la Green Phoenix.

- Tiens tiens, le retour de l'innocent en quête de vengeance, raya-t-elle, plus narquoise que jamais, en faisant danser sa baguette sous son nez, j'imagine que tu comptes me faire payer ce que j'ai pu t'infliger, mon petit cobaye préféré ? Très bien… Voyons un peu ce que tu as dans le ventre !

Angel, rendu fou de rage par les paroles de la sorcière, n'hésita pas plus avant de se ruer sur elle dans un grand cri, dépeignant toute la folie meurtrière qui l'animait désormais.

Mathieu, Stéphanie, Odd mais, surtout, les nombreux mois de sa vie perdus… Il allait tous les venger au péril de son être, sans se soucier un seul instant des conséquences. Pour la première fois de sa vie, il sentait une véritable raison de se battre enfler sa poitrine de puissance.

Dans un éclat d'or et d'étincelles violettes, leurs deux armes s'entrechoquèrent avec violence, ébranlant l'ensemble du Territoire en fragile équilibre. Tout allait se jouer sur leur duel à présent.


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- C'est ça votre arme secrète !? Un enfant ? Un enfant prisonnier au fond de la cave d'une vieille maison en ruines ?

Mathieu, malade d'horreur, ne pouvait s'empêcher de crier après Jérémie et Aelita, qui demeuraient pourtant impassibles, comme si ses reproches glissaient sur eux sans le moindre effet.

Leur réaction ne fit qu'ajouter à sa colère et à sa déception.

- Vous êtes des monstres… bredouilla-t-il en amorçant un pas de recul, affolé, de véritables monstres, purement et simplement !

- Mathieu… tenta Jérémie, en tendant le bras comme pour le stopper.

Mais il se fit aussitôt violemment repousser, le regard bleu du jeune homme pétillant de fureur dans l'obscurité.

Aelita s'empressa aussitôt d'intervenir pour calmer le jeu, saisissait fermement le jeune homme entre ses mains, en dépit de son agitation.

- Mathieu, tu te trompes ! lui affirma-t-elle, le forçant à planter son regard au fond de ses propres yeux d'émeraude, ce n'est pas un enfant que tu as en face de toi. Regarde plus attentivement, je t'en prie…

Profondément nauséeux face au surplus d'informations qui lui tombait dessus et partagé entre son dégoût et son désir de croire ceux qu'il avait appris à considérer comme ses amis au cours des derniers mois, Mathieu finit par incliner la tête en signe de capitulation, acceptant, non sans répulsion, de s'avancer à la lumière de l'ampoule pour dévisager plus en détail la frêle silhouette recroquevillée au centre de la cave secrète.

A première vue, il s'agissait bel et bien là d'un enfant des plus ordinaires. D'une pâleur et d'une maigreur extrême, sa petite taille laissait suggérer qu'il ne devait guère avoir plus d'une dizaine d'année.

Tombant en mèches sales et compacts devant un front légèrement bombé, de fins cheveux d'un blond si pur qu'ils en paraissaient blancs lui tombaient jusqu'au épaule, rendant son genre indéfinissable. Même ses traits, étonnamment androgynes, auraient aussi bien pu appartenir à ceux d'un petit garçon qu'à ceux d'une petite fille.

Mais le spectacle le plus saisissait de sa silhouette émacié demeurait ses yeux. Immenses derrières ses mèches claires et peu soignées, ils paraissaient manger à eux seuls la moitié de son visage et le dévisageait sans ciller depuis de longues minutes, évoquant un animal sauvage pour qui il n'aurait été qu'une curiosité de plus dans le monde vaguement perceptible qui l'entourait.

Et puis, subitement, Mathieu parvint à mettre le doigt sur le détail qui le mettait à ce point mal-à-l'aise face à cet enfant.

En lieu et place de pupilles, c'était un symbole concentrique reconnaissable entre mille qui ornementait ses iris, étendant ses quatre longues branches jusqu'aux extrémités de ses iris, d'un rouge carmin loin d'être naturel.

Aelita avait raison, ce à quoi il faisait face, s'il en avait l'apparence, n'avait rien d'un être humain.

Presque involontairement, Mathieu se retrouva à reculer de nouveau, cette fois-ci sous l'effet d'une peur instinctive. Il y avait quelque chose d'extrêmement dérangeant à se retrouver face à un être humanoïde d'aspect si pitoyable mais dont le regard, inégalable, semblait à même de transpercer son âme de part en part.

Ignorant sa présence, l'enfant qui n'en était pas un tourna la tête d'une façon quasi-mécanique vers Aelita, haussant des sourcils presque transparent en une expression qui semblait mimer l'interrogation.

- J'imagine que si vous êtes venus me tirer de ma "retraite", ce n'était pas sans raison, énonça-t-il de sa voix aiguë, étonnamment puissante désormais pour une personne aussi frêle.

- C'est exact, répondit-elle, la voix chargée de tristesse, je suis désolée, mais la Green Phoenix est de retour, et est à présent en mesure de détruire Lyokô entièrement pour accéder au Projet Carthage de notre père. J'ai essayé de lutter aussi longtemps que possible, mais je suis hors jeu à présent et, crois-moi, j'aurais préféré avoir une autre solution sous la main… Mais nous avons besoin de ton aide, Xana.

La mention du nom qui avait tant fait frémir ses camarades pendant des années fut comme un choc pour Mathieu. Incapable d'assimiler les données qui affluaient de toutes parts, l'adolescent se sentit vaciller et dut prendre appui contre le mur crasseux pour éviter de flancher. Ainsi, la redoutable intelligence artificielle qu'avaient affrontée ses amis durant la quasi-totalité de leurs années Collège était en vie, contrairement à ce qu'on lui avait cent fois répété depuis son intégration dans le groupe ; et sous une forme humaine, qui plus était ! Il y avait là bien trop à digérer pour son pauvre cerveau, déjà bien éprouvé par la bataille contre Endo.

Insensible à ses questions sans réponse, Jérémie s'avança à son tour vers le centre de la pièce, le visage ferme. Contrairement à Aelita, ses yeux ne laissaient transparaître aucune impression de pitié. Rien qu'une franche et irréductible détermination.

- Xana, répéta-t-il, confirmant à Mathieu qu'il avait bien en face de lui le programme multi-agent diabolique dont Odd lui avait tant de fois conter les attaques contre leur monde, tu disais vouloir expier tes fautes envers l'humanité en demeurant enfermé dans cette cave… Tu as aujourd'hui l'occasion de te racheter en protégeant le Programme Carthage, accomplissant ainsi la mission que Franz Hopper t'a confiée il y a des années de cela. Que décides-tu ? Le sort de nos deux mondes en dépend.

Il y eut un bref moment de silence, durant lesquelles les pupilles inhumaines de Xana toisèrent celles, d'un bleu olympien, de Jérémie, comme pour jauger de la justesse de ses dires.

- Vous avez changé tous les deux, finit par lancer l'Intelligence Artificielle d'une nouvelle voix, aux accents vaguement métalliques cette fois-ci. Vous avez l'air plus… Achevés ? Cela doit bien faire un an que nous ne nous sommes pas vus, n'est-ce pas ? Et pourtant, vous choisissez néanmoins de me demander mon aide… La situation doit être au comble du désespoir, pour vous.

- Le choix t'appartient, crut bon d'intervenir Aelita, venant tempérer les propos, très forts, de son ancien petit-ami. Mais saches que, toi qui a fait vœu de te repentir suite à ta matérialisation, tu as à présent toutes les cartes en main pour sauver le monde, au lieu de le détruire. Nous ne pouvons te pousser à rien, si ce n'est à suivre le cœur qui t'a été donné, comme cela fut ton souhait par le passé.

Un nouveau silence vint lui répondre, durant lequel la lampe au dessus de leur tête grésilla brièvement, les privant en partie de lumière. Puis, sans mot dire, l'enfant se hissa debout sur ses maigres jambes, le long T-shirt troué, trop grand pour lui, flottant comme une tunique autour de sa silhouette squelettique. Son regard rouge, toujours aussi inexpressif, semblait néanmoins s'être légèrement illuminé à travers les ténèbres.

- J'imagine que le temps presse, fit-il, recouvrant la voix d'enfant avec laquelle il s'était adressé à eux la première fois, dans ce cas ne traînons pas, et conduisez-moi à l'usine. Je suis prêt à vous aider.


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La silhouette des quatre jeunes gens venaient se refléter à la surface de l'eau trouble des égouts, accompagnant leur marche silencieuse telles des ombres menaçantes.

En tête de file, Aelita portait sur son dos le corps osseux de Xana, dont les jambes étaient trop faibles pour lui permettre de marcher sur une aussi longue distance. Sous son apparence juvénile, ses longs bras maigres entourant presque avec tendresse les épaules de la jeune femme, il aurait pu passer pour un enfant normal, occupé à chevaucher sa grande sœur à travers les sinistres boyaux suintants de crasse.

Mathieu, à bonne distance, ne pouvait se résoudre à quitter le singulier duo des yeux, encore sous le choc de tout ce à quoi il venait d'assister.

Remarquant enfin son malaise, Jérémie, son portable à la main pour éclairer le chemin, se laissa ralentir un instant le temps d'arriver à son niveau, un sourire coupable au coin des lèvres.

- J'imagine que ça doit grouiller de questions dans ta tête, pas vrai ? lâcha-t-il avec une pointe d'amusement qui sembla des plus malvenues à l'adolescent.

Pour toute réponse, ce dernier se contenta de le fusiller du regard, lui arrachant un soupir triste. La situation était aussi complexe pour l'un que pour l'autre, et il aurait aimé le lui faire comprendre. Néanmoins, sa colère était parfaitement justifiée face au lourd secret qu'ils lui avaient caché, et il sentait au fond de lui qu'il lui devait des explications.

Inspirant profondément en dépit de l'air fétide pour se donner du courage, Jérémie entreprit d'énumérer à voix hautes les questions qui, il le savait, n'avaient cessés de tarauder son compagnon de chambre depuis leur départ de l'Ermitage.

- « Pourquoi XANA est-il toujours en vie ? » fit-il, « comment se fait-il qu'il ait passé plus d'un an à se terrer sous forme humaine dans l'ancienne maison d'Aelita ? », « pourquoi semble-t-il si disposé à nous aider ? », « comment pourraient-ils nous sauver face à Endo ? »… J'imagine que c'est un bon début en termes d'interrogations, pas vrai ?

Une fois de plus, il n'eut droit qu'à un regard dépité et se résolut à continuer son monologue seul, dans l'espoir d'arracher ne serait-ce qu'un mot au jeune garçon bouleversé.

- Comme tu le sais déjà, XANA était à l'origine un programme multi-agent doté de formidables capacités de réflexion et programmé par le père d'Aelita pour défendre le Programme Carthage et, par extension Lyokô, d'organisations malveillantes telle la Green Phoenix. Cependant, un bug lors de la virtualsisation d'urgence du professeur Hopper et de sa fille lui a donné accès à une conscience erronée, l'amenant à considérer l'humanité entière comme une menace, et nous poussant à l'affronter jusqu'à sa quasi-destruction en fin d'année de Troisième pour nous…

- …Sauf qu'un fragment de sa personnalité avait survécu dans le Réseau et a réussi a prendre possession d'Eva, la forçant à vous rejoindre pour l'aider à retrouver le Supercalculateur et ses pouvoirs d'antan, compléta un Mathieu irrité à sa place, je me souviens oui. Mais vous m'aviez affirmés que, suite à son alliance avec la Green Phoenix, vous aviez été en mesure de mettre fin à ses jours en utilisant le « Code Down », l'arme de destruction massive contre tout système informatique contenue dans Carthage. Alors comment se fait-il qu'il se trouve là, en chair et en os, face à nous en cet instant précis ?

Jérémie eut un haussement d'épaules gêné. Les explications risquaient d'être longues et complexes et le temps leur était compté, mais il se sentait obligé d'aller dans les détails avec Mathieu. Après tout ce qu'il avait sacrifié pour leur combat, il méritait au moins cela, aussi se mit-il, contre toute attente, à raconter leur histoire, sans omettre la moindre parcelle cette fois-ci.

- En s'introduisant dans le cerveau d'Eva pour sa survie, XANA a obtenu bien plus qu'un corps pour assouvir ses desseins, commença-t-il, il avait déjà possédé des êtres humains par le biais de Tours auparavant bien sûr, mais jamais il n'était allé jusqu'à un tel état de symbiose. Et, à moitié prisonnier de l'esprit d'Eva, en prime de la conscience à laquelle il avait déjà eu accès des années auparavant, il s'est retrouvé pour la première fois en possession d'une toute nouvelle chose. Une chose infiniment plus forte et plus précieuse que la froide logique qu'il s'appliquait à suivre depuis tout ce temps, s'auto-persuadant que l'humanité devait être détruite à tous prix. Cette chose si nécessaire, c'était les émotions humaines.

De petites gouttes issues de la condensation venaient glisser le long des courbes des parois tandis que le récit de Jérémie se déroulait, venait ponctuer chaque phrase comme autant de points musicaux à l'étrange sonorité en écho.

- Ça a commencé lentement bien sûr, poursuivit Jérémie tandis qu'il tournaient à un embranchement, mais petit à petit, alors qu'il s'associait à la Green Phoenix selon ses instincts primaires, le doute s'insinuait en lui jusqu'à ce qu'enfin, il ne puisse plus tolérer le poids de ses fautes, comprenant enfin le mal qu'il avait causé. Je sais que cela semble difficile à croire, mais c'est au moment où nous nous pensions vaincus par la Green Phoenix que Xana décida de se retourner contre eux pour enfin accepter de nous aider à protéger Lyokô, comme il l'avait toujours souhaité au fond de lui. Pour cette alliance inattendue, il ne nous imposa qu'une seule chose. Un désir qu'il renfermait au fond de lui depuis bien longtemps désormais.

- Être matérialisé… devina Mathieu, désormais trop absorbé par le récit pour en vouloir davantage à son compagnon de chambre.

A travers la pénombre, il crut discerner un demi-sourire sur les lèvres de son ami.

- Précisément, confirma-t-il, après avoir goûté aux sentiments humains et avoir compris qu'il y avait infiniment plus à apprendre de nous que ce qu'il avait cru pendant tant d'année, Xana n'avait plus qu'une obsession : devenir un véritable être humain à son tour. Un souhait que nous avons fini par réaliser à son égard, après que son intervention nous eut aidé à renverser définitivement la première version de la Green Phoenix. Au cours de cette bataille fantasque, notre ancien ennemi était devenu, sans même que nous nous en rendions compte, un ami précieux. Il avait changé… Ou plutôt, il avait grandi, dépassant ses préjugés pour apprendre à aimer, tout simplement. Comment pouvions-nous encore lui reprocher les agissements de son précédent alter-ego après un tel revirement de situation ?

- Sans compter que, une fois sur Terre, il devenait bien moins dangereux que sous forme de virus électronique, devina de nouveau assez justement son interlocuteur, une moue désapprobatrice sur le visage, c'était tout de même un pari assez risqué ! Et si tout cela n'avait été qu'une ruse tout du long ?

Jérémie eut un hochement de tête négatif.

- Tu n'étais pas là durant la bataille, tu ne peux pas comprendre à quel point Xana nous a sauvé la vie à ce moment. Nous étions tous dans une impasse, sur le point d'être tués, même ! Sans lui, je ne serais probablement pas à côté de toi en train de te parler.

Le jeune homme émit une courte pause, plongé dans ses lointains souvenirs. Devant eux, Aelita et Xana semblaient avoir tendu l'oreille, attentif au récit mais suffisamment respectueux pour ne pas les interrompre, se contentant de poursuivre leur route fastidieuse à travers les égouts.

- Nous n'avons caché sa matérialisation qu'à Eva, qui n'aurait pas supporté notre laxisme, reprit Jérémie au bout d'un moment, et également à William bien sûr, que nous avions tenu à l'écart de toute cette histoire, estimant qu'il avait déjà suffisamment souffert. Mais alors que Xana, enfin sous forme humaine, s'apprêtait à vivre la vie d'un enfant normal auprès d'Anthéa et Aelita, un nouveau changement s'est opéré en lui.

Peut-être n'était-ce que l'imagination de Mathieu mais, à travers l'obscurité, il lui avait semblé distinguer le maigre dos de l'enfant devant lui se raidir à cette mention. Jérémie, insensible à cette vision, poursuivit son histoire :

- Avec l'amour, la joie, la tristesse, et tout le reste de la panoplie des sentiments humains à présent à sa disposition, une dernière sensation, plus forte que les autres, commença à croître en Xana au cours de l'été dernier, jusqu'à le ronger, le rendant malade de douleur. Cette sensation, c'était la culpabilité.

Cette fois-ci, ce fut un frisson clairement discernable qui vint secouer l'échine de la frêle silhouette en face de Mathieu. Mal à l'aise, ce dernier ne trouva rien de mieux à faire que de détourner le regard, incapable de déterminer ce qu'il convenait d'éprouver pour cette étrange forme de vie transportée comme un enfant par Aelita, si semblable à un être humain mais si différent en même temps.

- Il ne pouvait plus supporter tout le mal qu'il avait infligé à l'humanité en tentant de la détruire toutes ces années, n'est-ce pas ? lâcha Mathieu dans un murmure attristé.

Gravement, Jérémie hocha la tête en signe d'acquiescement.

- Cela devenait un enfer pour lui, se remémora-t-il, non sans difficulté à en juger la crispation de sa mâchoire, il ne parvenait plus à se supporter et semblait sur le point de s'enlever la vie sous le poids de ses sentiments coupables, en dépit de tous nos arguments pour tenter de le rassurer, à Aelita et à moi. Nous étions les seuls restés sur la Ville de la Tour de Fer durant cette période, et il avait besoin de nous plus que jamais. Et puis, un soir de pluie, nous sommes finalement parvenus à un accord.

Cette fois-ci, ce fut l'étrange voix métallisée de l'enfant devant eux qui vint compléter le récit d'un ton lourd, arrachant un sursaut de surprise à Mathieu.

- Pour chaque jour passé à causer du tord à l'humanité, je devais rester enfermer là où je ne pourrais nuire à personne, expiant mes crimes comme n'importe quel autre humain l'aurait fait. C'était la seule façon pour mon esprit, encore désespérément logique, d'Intelligence Artificielle, de contrebalancer tout le mal que j'avais pu faire autour de moi. Je n'avais pas d'autre choix…

A la grande surprise de l'adolescent, la voix de Xana s'était comme brisée sur la fin de sa phrase, reflet ténu mais bel et bien présent des émotions qu'il était à présent capable d'éprouver. L'espace d'un instant, l'image de l'enfant sans défense vint supplanter celle du programme assoiffé de sang que Mathieu s'était faite de lui tout ce temps et il sentit une vague de pitié l'envahir pour ce pauvre être chétif, dont l'existence n'avait été guidée que par les erreurs de ses propres créateurs tout du long. Au fond, n'était-il pas qu'une victime de plus dans cette vaste histoire de fou, poussant les hommes les uns contre les autres ? Les véritables monstres n'étaient-ils pas réellement parmi l'humanité qui l'avait poussé à de tels extrêmes ? Il lui semblait, en cet instant précis, qu'il était bien trop insignifiant pour trouver la réponse à une question aussi complexe.

Xana, de nouveau plongé dans un mutisme imperturbable, semblait insensible aux fortes émotions contradictoires qu'il était parvenu à générer chez le jeune homme, qui ne demeurait après tout qu'un étranger à ses yeux.

- Nous n'avons jamais rien avoué de notre décision de laisser libre court à son souhait aux autres, expliqua l'adolescent aux cheveux blonds à l'adresse de Mathieu, pas même à Anthéa. C'était notre secret à tous les deux, jusqu'à ce soir… Un secret qui, nous le savions déjà, était voué à voler en éclat un jour ou l'autre.

Sous le regard interrogateur de son interlocuteur, Jérémie poursuivit, d'un ton fatidique :

- « Un choix s'imposera alors à lui, puisse-t-il faire le bon », récita-t-il par cœur, tu te souviens de cette phrase ? Elle venait d'une de tes Prophéties d'il y a plusieurs mois. Lorsque nous l'avons entendue, Aelita et moi, et lorsqu'il est devenu clair que la Fusion entre Endo et Lyokô était inévitable, nous savions que nous n'aurions d'autre solution que de faire sortir Xana de sa retraite, bon gré, mal gré, afin de le laisser emprunter son rôle de Protecteur de Carthage de nouveau face à la Green Phoenix.. Le choix, c'est à toi de le faire maintenant, en temps qu'élément neutre de toute cette sordide histoire. C'est à toi de voir si virtualiser Xana pour le laisser reprendre sa place légitime de programme Gardien de Lyokô face à Fénix est une idée viable, ou si elle est trop dangereuse. Nous avons tous des opinions biaisées ici à part toi, après tout…

Soufflé par les paroles du jeune homme, Mathieu sentit ses pas se ralentir sous la nouvelle pression qui venait de s'imposer sur ses épaules. Jérémie avait sans doute raison. Son choix de se battre parmi eux n'avait pas pu peser suffisamment en leur faveur pour correspondre à sa prédiction. C'était ici et maintenant que tout se jouait et il comprenait à présent que, si Jérémie et Aelita avaient fini par lui faire suffisamment confiance pour lui révéler un aussi lourd secret, c'était parce qu'ils comptaient sur lui pour prendre le choix décisif qu'ils ne pouvaient se résoudre à faire.

A ses côtés, Jérémie avait recommencé à presser l'allure, l'échelle menant au pont de l'usine se découpant enfin dans le halo de son téléphone faisant office de lampe torche. La nuit avait fini par tomber à l'extérieur et ils parvenaient à peine à voir où ils mettaient le pied désormais, la pénombre du canal seulement rompue par le clair de lune scintillant doucement dans les reflets de l'eau venant traverser la grille de la bouche d'égout en d'infimes remous.

- Je conclurai mon histoire par la question suivante, lâcha Jérémie, se retournant une dernière fois vers un Mathieu interdit, lorsqu'un être, quel que soit ses origines, parvient à apprendre de ses erreurs et essaye de toutes ses forces de racheter ses fautes, pouvons-nous vraiment nous permettre de continuer à le juger, alors qu'il n'est rien de plus qu'un enfant perdu dans un monde si complexe que même les adultes n'y trouvent plus aucun sens ?

- Nous sommes arrivés, lâcha simplement Aelita après être restée silencieuse tout le long du chemin, épargnant à Mathieu la lourde tâche de répondre.

A travers sa voix, perçait toute l'émotion qu'elle avait retenue à grand peine durant le récit de Jérémie et, à la lueur de la lune, Mathieu crut un instant distinguer comme un sentiment étrange sur le visage en forme de cœur de l'adolescente. Un sentiment envers l'humain qu'était devenu Xana qui aurait presque pu s'apparenter à un amour maternel déchirant. Un sentiment pas si différent de celui qu'il avait pu lire, à de maintes reprises, dans le regard éploré d'Anthéa face à Taelia.

Déglutissant, Mathieu ne put que gravir l'échelle de fer à sa suite, encore submergé par les dernières révélations de ses amis, et plus particulièrement la terrible décision qui s'offrait à lui désormais.

Devait-il les laisser virtualiser XANA de nouveau après tout le mal qu'il avait causé, ou devait-il au contraire les stopper, avant qu'ils ne commentent une terrible erreur ?

Ce fut dans cet état d'esprit profondément indécis qu'il émergea sous la clarté nocturne du pont, prêt à rejoindre l'usine de nouveau pour y jouer le tout pour le tout. Le sort du monde tout entier, reposait à présent sur son seul et unique choix.

« Puisse-t-il faire le bon ».


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Angel frappait l'air de toutes les forces de sa faux, les yeux plissés en une expression sauvage et les plumes de son aile unique hérissée de colère dans son dos.

Face à lui, Taelia se contentait d'esquiver avec grâce, virevoltant entre les coups de lame d'un air moqueur, sa longue robe claquant au vent dans son sillage inébranlable.

- Tant de fougue, tant de rage ! commenta-t-elle en s'éloignant de son assaillant d'un habile salto arrière, impressionnant, même pour une guerrière virtuelle, tout cela n'est pas sans me rappeler une certaine personne… Tu sais à qui je pense, pas vrai ?

- Tais-toi, grimaça le Lyokô-guerrier, le métal de la sphère de Mathieu coincé sous son bras libre rougeoyant de plus en plus sous l'effet de la pression contenue en son sein.

- J'ai parcouru ton dossier avec attention avant de te sélectionner comme modèle pour le Programme Fénix, poursuivit la jeune femme aux cheveux pourpres, inébranlable, sais-tu au moins pourquoi je t'ai choisi toi, plutôt qu'un autre ? Ce n'était pas les adolescents isolés, intelligents et physiquement actifs qui manquaient dans la région, après tout…

- Ne le dis pas ! implora Angel, faucha l'air de son arme pour lui envoyer une décharge d'énergie d'or.

Cette fois-ci, elle n'eut qu'à dresser le bras pour parer le coup derrière un de ses boucliers pentagonaux, déjouant son attaque avec une facilité extrême. Le sourire cruel qui n'avait pas quitté ses lèvres depuis que le combat s'était engagé s'étira encore de quelques millimètres.

- Si je t'ai sélectionné, poursuivit-elle, implacable, c'était parce que tu me faisais penser à moi. Un enfant non-désiré, né d'une union sans amour bien vite rompue, ayant perdu le seul parent pour qui il aurait pu encore compter des causes de celui qui avait choisi de l'abandonner, préférant vivre sa vie sans se soucier de son embarrassante existence. Crois-tu un seul instant que ce que j'ai pu ressentir au cours de ma vie d'orpheline n'était pas aussi humiliant, aussi blessant que tout ce que tu as pu traverser ?

- LA FERME !

Angel ne parvenait plus à contrôler ses émotions. Dans un cri de rage, il se mit à foncer sur la sorcière numérique, aile déployé, prêt à la taillader de sa faux une bonne fois pour toute. Mais il lui suffit, une fois de plus, d'un saut aérien pour esquiver son attaque irraisonnée, atterrissant avec souplesse derrière lui.

Lentement, ses longs bras pâles vinrent s'enrouler autour de ses épaules tels deux serpents tentateurs, plaquant leurs deux corps l'un contre l'autre. Figé sur place, Angel se retrouva trop submergé de sensations contradictoires pour réagir, tremblant de toutes parts.

- Nous ne sommes pas si différents, toi et moi, lui susurra-t-elle à l'oreille, sa baguette dessinant la courbe de son cou avec volupté, le forçant à déglutir, rien de plus que deux victimes d'un monde cruel et injuste, qui n'a jamais cherché à racheter ses fautes auprès de nous. Nous n'avons jamais demandé à naître, et pourtant nous en souffrons les conséquences chaque jour…

Les paroles de l'adolescente s'insinuaient dans le cerveau du jeune homme tel un long parasite, paralysant ses pensées derrière une foule de souvenirs si douloureux qu'il peinait à reprendre pieds.

- C'est pour cela, murmura Taelia encore plus bas, ses doigts glissant lentement depuis sa clavicule le long de son bras, que je sais que tu comprends, au fond de toi, les raisons qui me poussent à vouloir reprendre le contrôle de ce destin impur, qui nous a été imposé à tous les deux.

- Angel, non !

La voix de Stéphanie avait surgi des micros, arrachant brusquement le jeune homme à sa transe. Mais il était trop tard.

D'un geste leste, la meneuse de la Green Phoenix s'était déjà emparée de l'orbe d'or et, avant même qu'il n'ait eu l'occasion de la repousser, sa faux tranchant l'air d'un geste menaçant, elle s'était déjà éloignée d'un saut habile, le regard nimbé d'une lueur triomphante.

Déjà, sous leurs pieds les cubes sombres constituant Lyokô recommençaient à trembler, menaçant de se disloquer à chaque instant.

- J'ai gagné, souffla la jeune femme, pressant d'un doigt avide le bouton d'ouverture de l'arme de Mathieu.

Dans un grincement sec, presque soulagé, le métal coulissa presque aussitôt, libérant la sphère de lumière ornementé de l'œil de Lyokô qui, désormais mis à nu, ne pouvait plus que fixer fermement le visage déconfit d'Angel, comme pour juger son moment de faiblesse.
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Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:46   Sujet du message: Répondre en citant  
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Lorsque la porte du monte-charge coulissa dans son habituel concert de chuintements, ce fut pour retrouver le laboratoire plongé dans un véritable chaos.

Anthéa, livide, semblait s'être ruée hors de son siège pour être retenue de justesse par les silhouettes arc-boutées sous l'effort de Yumi et Ulrich, l'empêchant de se jeter vers la trappe menant à la Salle Inférieure.

Stéphanie, un air paniqué clairement lisible sur son visage rond, s'était précipitamment emparée du micro tombé à terre dans la lutte, sous le regard tétanisé du reste des Lyokô-guerriers, les doigts secoués d'incontrôlables tremblements.

- Laissez-moi descendre ! rugissait l'informaticienne aux longs cheveux roses, son regard d'un bleu limpide empli d'une incontrôlable folie, je peux encore la raisonner, je le sais… Je peux me virtualiser et lui parler si elle refuse de m'écouter depuis le laboratoire ! Je peux encore… Tous nous sauver… !

- Maman !

Aelita avait réagi au quart de tour. Laissant l'enfant si pâle aux bons soins de Jérémie et Mathieu, elle se rua presque aussitôt en dehors de l'habitacle pour venir étreindre sa mère, la coupant net dans ses grands cris emplis de peine. Les larmes commençaient à couler des yeux d'Anthéa à présent, ruisselantes perles salées dont le reflet venait se mêler aux longs cheveux emmêlés et couverts de sueur collés contre ses joues creusées de rides.

- C'est ma fille, sanglota-t-elle, incapable de se contrôler, laissant enfin son corps s'affaisser entre les bras d'Aeilta, ta sœur ! je ne peux pas… Je ne peux plus rester assise derrière un ordinateur sans rien faire. Je dois lui faire comprendre… !

- Elle ne veut plus comprendre, Anthéa, lui lança Odd, récemment rematérialisé et encore trop faible pour l'arrêter lui-même, d'un air sombre, sa silhouette mauve adossé contre l'appareil circulaire au centre de la pièce, c'est peine perdue… Votre fille n'est plus celle que vous espériez retrouver et vous le savez. Vous le savez depuis bien longtemps, sinon jamais vous n'auriez accepter de mener cette bataille contre Endo à nos côtés. L'idée de sauver Taelia est au-delà de tout espoir.

Amer, il vint soudain poser son regard sur les deux adolescents restés en retrait à l'intérieur de la douce lueur de l'élévateur et se figea sur place, reconnaissant, sans parvenir à y croire, la maigre silhouette pelotonnée entre eux deux, les orbes rouges lui servant d'yeux perçant la pénombre verdâtre avec plus d'intensité que jamais.

- …Non !? ne put-il qu'articuler, parvenant enfin à puiser l'effort nécessaire en lui pour se redresser, interdit, lui !? Aelita, Jérémie… Qu'est-ce qu'il fait là ?

Face à son ton alarmé, tous se raidirent aussitôt, se détournant du spectacle déchirant de cette mère effondrée au sol pour se reporter sur l'enfant timide aux cheveux blancs. Yumi retint un glapissement de stupeur tandis qu'Ulrich, alarmé, se tournait aussitôt vers William et Eva, adossés contre le mur adjacent.

Si le ténébreux jeune homme semblait encore confus par les événements ; l'américaine, de son côté, et à en juger l'expression de franche horreur qui venait d'animer son visage, n'avait déjà plus aucun doute quant à l'identité de cet étranger au sein de leur usine. Un étranger qui avait trop hanté ses cauchemars au cours de l'année passée pour qu'elle puisse hésiter ne serait-ce qu'une seule seconde avant de le reconnaître. Qu'importait son apparence, ce qu'il représentait supplantait tout à ses yeux.

- XANA… murmura-t-elle, dans un mélange sinistre d'effroi et de colère mêlés, arrachant à son voisin un regard profondément choqué.

Pendant un bref instant, Mathieu eut l'impression que les deux jeunes gens allaient sauter à la gorge de l'enfant et se retrouva malgré lui à jouer le rôle de bouclier, se glissant subtilement devant lui. Néanmoins, et dans un effort surhumain, ils parvinrent à se contenir, livides de douleur néanmoins. La simple vision du monstre qui avait ruiné leur vie semblait suffire à les rendre fous.

- Il ne devrait pas être ici, marmonna Odd, profondément incrédule, vous nous aviez dit qu'il était parti… Qu'il n'avait pas survécu à la matérialisation plus de quelques mois, n'étant pas humain… Jérémie, Aelita ?

Mais aucune réponse, aucune phrase de réconfort ne vint rencontrer ses questions suppliantes. Seul un lourd et profond silence s'empara de la pièce, à peine percé par les sanglots étouffés d'Anthéa, pelotonnée contre sa fille.

- Angel, non !

Le cri de Stéphanie vint soudain briser l'atmosphère pesante qui s'était imposée sur le laboratoire, ramenant l'ensemble du groupe à l'urgence de la situation. Se précipitant vers les écrans, Jérémie écarta aussitôt la jeune fille aux ongles bariolés, reprenant la position de meneur qu'il avait si longtemps arborée.

- Qu'est-ce qui s'est passé !? s'inquiéta-t-il en arrachant presque le micro–oreillette des mains tendues et tremblantes de Stéphanie, submergée d'inquiétude.

L'adolescente semblait au comble du bouleversement.

- Taelia… fit-elle dans un murmure, je crois… je crois qu'elle a réussi à mettre la main sur le Cœur de Lyokô. Nous sommes fichus !

A cette mention, Aelita s'était aussitôt redressée, laissant à Yumi le soin de consoler sa mère par le biais de doux mots réconfortants, à peine audibles à travers l'alarme qui s'était mis à pointer du poste de contrôle, signe implacable de leur fin prochaine.

- Pas encore, articula la jeune fille aux cheveux roses d'un ton sombre, avant de se retourner prestement vers le monte-charge, où Mathieu protégeait toujours instinctivement Xana de sa silhouette, descendez tous les deux en Salle des Scanners, vite ! Le temps nous est compté !

Obéissant, Mathieu s'empressa d'appuyer sur le bouton de descente de l'appareil, s'arrachant dans un coulissement assourdissant de battants de métal à la vue déchirante du laboratoire, ainsi qu'à son vacarme ambiant.

Lorsque l'élévateur amorça sa chute vers l'étage inférieur, il réalisa subitement qu'il était désormais seul avec le mystérieux programme à visage humain.

Ce dernier, comme un véritable enfant, avait involontairement enroulé sa main menue autour d'un pan de son T-shirt et le fixait désormais de ses étonnantes pupilles rouges, dénuées d'expression en apparence.

- Il y a un risque, murmura-t-il enfin au bout d'un long moment de silence pesant entre eux deux, que ma re-virtualisation ne me fasse perdre mes sentiments humains, me plongeant de nouveau dans l'état bogué dans lequel j'étais avant que je ne me repentisse. Je ne te connais pas, mais j'imagine que tu comprends ce que cela signifie.

Sans répondre, l'adolescent eut un grave hochement de tête. Il avait pleinement conscience de ce qu'il s'apprêtait à laisser faire, et en était terrifié.

Déjà, les grincements caractéristiques du ralentissement de l'habitacle retentissaient à l'extérieur, annonçant l'approche inéluctable de la Salle des Scanners.

- Tu as un choix à faire, lui rappela Xana de sa voix si pure, tandis que les portes coulissaient de nouveau, laissant la lumière d'or des caissons menant sur le monde virtuel pénétrer leur cage de bois, un seul mot de ta part, et je retourne dans ma cave purger le reste de ma peine longtemps, sans prendre le moindre risque supplémentaire.

- Pourquoi moi… ?

Ce fut tout ce que Mathieu parvint à murmurer, prisonnier d'un état de confusion sans précédent. Presque mécaniquement, les deux compagnons d'infortune s'étaient avancés jusqu'au centre de la pièce, laissant la haute silhouette des scanners les juger, comme en attente de leur décision.

Xana eut un semblant de hochement de tête, laissant les reflets d'or sur ses cheveux translucides étinceler.

- Parce que, comme Jérémie l'a dit, et comme Aelita l'a laissé entendre, tu es la personne en qui ils ont le plus confiance en cet instant précis, répondit-il simplement, tu es le parti neutre, bien entendu, le nouveau venu… Mais je peux aussi sentir que tu es bien plus que cela. Tu comptes pour chacun d'entre eux, et ils savent que, quelle que soit ta décision, elle sera la bonne.

Doucement, Mathieu prit la frêle main de l'enfant pour le pousser à se détacher de lui. De lourdes larmes silencieuses commençaient à couler de ses yeux, incontrôlables.

- Tout ça à cause d'une Prédiction… lâcha-t-il si bas qu'il aurait tout aussi bien put n'avoir rien dit, submergé par l'émotion, une stupide, stupide prédiction.

- La Prédiction n'a fait que te servir de guide jusqu'à ce point du chemin, répondit une nouvelle fois avec un étonnant sang-froid la maigre silhouette face à lui, mais à présent, tu es libre de ton destin, comme vous tous en ce monde à part moi. C'est à toi de choisir ce qu'il convient de faire, et à personne d'autre.

Bouleversé, Mathieu eut un hochement de tête négatif, incapable de rassembler ses pensées. Et puis, soudainement, sans qu'il s'y soit attendu le moins du monde, la réponse lui parut comme évidente, claire et limpide à travers les ténèbres qui l'avaient englouti depuis le début de cette terrible bataille.

- Tu te trompes, affirma-t-il d'une voix plus forte, séchant enfin ses larmes, s'il y a une personne qui doit être maître de son destin ici, c'est toi et personne d'autre. Alors voici ma décision : puisque cela te concerne, c'est toi qui va faire ce qui te semble le plus juste. Cette réponse te convient-elle ?

Pour la première fois depuis leur rencontre, les lèvres de Xana esquissèrent ce qui ressemblait à un début de sourire. Aux yeux de Mathieu pourtant, désormais habitué à sa réserve, il eut l'impression de le voir rayonner.

- Tu es un être bon, commenta l'enfant par-dessus son épaule, s'avançant dans un Scanner en face de lui, si pâle qu'il en disparaissait presque au centre de sa lumière dorée, je comprends pourquoi ils te font confiance à ce point. Adieu, Mathieu Scillas.

Et sans un mot de plus. Sans rien de plus que ce semblant de sourire, Xana laissa les portes du caisson se refermer sur lui, disparaissant à la vue du jeune homme éprouvé pour la première et dernière fois.


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Taelia sentait des frissons d'extase la parcourir, galvanisant son corps tout entier. Elle avait enfin réussi à vaincre. L'œuvre de sa vie était à présent là, au creux de ses mains, sous la forme d'une minuscule sphère d'énergie dont la lueur ne cessait de se ternir de minute en minute.

Elle aurait pu se contenter de l'écraser entre ses doigts, mettant fin à cette longue, si interminable mission qu'elle s'était imposée, mais voir l'œuvre des responsables de son mal-être s'éteindre d'elle-même lui paraissait infiniment plus jouissif.

Angel, à genoux de désespoir devant elle, semblait incapable de réagir. Ils avaient perdu. Tout ce pour quoi ses camarades, les seuls amis qu'il eut jamais eu, s'étaient battus venait de voler en éclats, à cause de sa négligence et de sa faiblesse. Jamais il ne s'était plus haï qu'en cet instant précis.

D'un instant à l'autre, les racines de corail qui prenaient peu à peu de l'ampleur sur le reste de Lyokô viendraient défaire la mince jonction entre les cubes sous ses pieds, le précipitant dans le vide avec le reste des derniers espoirs de l'humanité.

Taelia était à présent en possession du Projet Carthage et plus rien ni personne – pas même lui – ne pouvaient l'arrêter.

Mais, au moment où tout semblait perdu, le ciel déchiré d'éclairs paru soudain s'assombrir, comme sous l'effet d'une étrange et pesante présence, venant épaissir l'atmosphère en la compressant brutalement.

Possédée par l'exaltation, la dirigeante de la Green Phoenix ne remarqua pas le nuage de particules rouges qui vint peu à peu prendre forme au dessus de sa tête sous la forme d'un tourbillon de fumée de plus en plus imposant, arrachant un regard stupéfait à Angel.

Lorsqu'enfin, sentant comme un poids sur ses épaules, elle se décida à relever la tête, il était trop tard.

D'un seul et unique geste, l'esprit informe qu'était XANA vint converger en une brusque détonation droit sur le Cœur de Lyokô entre ses mains, l'illuminant d'une lumière écarlate si éclatante qu'elle fut contrainte de le lâcher, projetée en arrière sous le coup de la détonation.

Le minuscule noyau, sous l'influence du Programme Multi-agent qui avait été créé pour le diriger et le protéger, s'était mis à croître, gagnant en taille et en intensité à chaque seconde, le symbole à sa surface pulsant d'une lueur blanche aveuglante.

Au milieu des racines qui lui servaient de cocon protecteur, le Cœur d'Endo jaillit brusquement à son tour, illuminé de rayons jaunes, une vague forme d'oiseau à peine perceptible s'élevant de ses volutes d'un air menaçant. Mais l'ombre était plus forte, plus grande. Et surtout, bien plus incontrôlable.

En l'espace d'une fraction de seconde, le soudain si insignifiant Fénix – car c'était bien lui –, se retrouva comme happé par un tourbillon de ténèbres, les deux Cœurs entrant violemment en collision sous une pluie de particules rouges et or d'une luminosité aveuglante.

Fascinés par le spectacle de cette lutte sanguinaire entre les deux programmes, ni Angel, ni Taelia, au sol, n'osaient intervenir.

- Que… Qu'est-ce qui se passe !? osa bégayer le jeune homme aux yeux d'or, incapable de supporter un tel déchaînement de puissance plus longtemps.

Autour de lui, les éclairs pleuvaient, venant abattre racines de corail et cubes bleutés sans distinction, manquant de peu de le faucher au passage.

- C'est… C'est XANA ! fit la voix de Jérémie à travers le micro, à peine audible derrière le tourbillon de fumée et de lumière qui emplissait à présent le plateau, il est en train de reprendre le contrôle de Lyokô et… Oui, je crois qu'il a l'avantage sur le Programme multi-agent d'Endo !

- NON ! rugit Taelia au loin, le visage défait, c'est impossible ! XANA n'est qu'un prototype raté, une pâle erreur incapable d'accomplir la simple mission qui lui était confiée ! Fénix est le programme parfait en tout point ! Il ne peut pas perdre face à une créature si insignifiante qu'elle voulait devenir…

- « Humaine » ?

La voix d'une puissance rare et aux accents métalliques avait semblé surgir de nulle part. Effrayée, Taelia eut un mouvement de recul mais, déjà, une forme inconsistante émergeait du tourbillon de fumée pourpre, prenant peu à peu une forme vaguement humanoïde.

- C'est là votre erreur, fille d'Anthéa et d'Hannibal, prononça la créature de sa bouche immatérielle, sous le regard tétanisé d'Angel, cloué au sol, l'humanité… Les petites erreurs de jugement causées par les sentiments, par les émotions à même de faire vaciller même les fondements les plus élémentaires de la logique ne sont pas une faiblesse. Il s'agit d'une force indomptable, que ces enfants maîtrisent plus que quiconque. Ce sont leurs émotions, qui leur ont permis des années durant de venir à bout de ma froide logique erronée, je le comprends à présent plus que jamais.

Et, dans une ultime déflagration de brume noire, les derniers filaments d'or de Fénix s'évanouir dans les airs en un grand cri de rapace déchirant, mêlé à l'exclamation d'horreur de Taelia. Comme dans un souffle, les branches de corail ayant réussi à envahir Lyokô furent repoussées en arrière, désintégrés sous forme de pixels iridescents en une fraction de seconde.

Pendant un bref instant, l'apparition fantomatique qu'était XANA, pourtant dépourvue de visage concret, eut l'air peiné face à cette jeune femme déchirée de chagrin. Puis, d'un geste lent, elle se retourna vers Angel qui, figé sur place, n'osait même pas ouvrir la bouche.

- Vous auriez dû vous contenter de lui, annonça doucement la créature virtuelle, il a bien plus de potentiel que cette pâle copie de son être que vous avez fini par utiliser.

Manifestement, son combat contre Fénix avait suffi à lui faire saisir l'implicite lien entre l'ange déchu et l'intelligence artificielle désormais réduite à néant par ses soins.

Taelia, envahie par la rage, s'apprêtait à se relever, baguette brandie, lorsque la silhouette de fumée se cambra brusquement en arrière, comme tordu de douleur.

Sous le regard incrédule d'Angel, les particules de fumée constituant la redoutable entité commencèrent à se détacher de son corps, disparaissant peu à peu dans le néant.

Un cri de détresse résonna à travers le micro, leur faisant relever la tête à tous les deux.

- Xana ! s'était écriée Aelita, qui venait manifestement de s'emparer du micro à son tour, qu'est-ce qui se passe ? Ta puissance est en train de diminuer alors que tu as bel et bien vaincu Fénix ! On dirait que tu vas disparaître… Pourquoi ?

Mais l'intonation désespérée de sa voix laissait entendre qu'elle avait très bien compris ce que l'intelligence artificielle avait derrière la tête, sans oser l'admettre pour autant.

Un petit rire d'enfant amusé s'éleva de l'entité de fumée, dont la silhouette était déjà réduite au torse et continuait à s'évaporer sans discontinuité.

- Aelita, murmura-t-il d'une voix infiniment plus douce que celle qui avait suffi à faire trembler le Programme Fénix de terreur, tu savais que cela arriverait si j'acceptais de retourner sur Lyokô, n'est-ce pas ? Ma conscience… Tous ces précieux sentiments gagnés à vos côtés… Je les sens peu à peu s'évanouir au profit de ma mission. Tant que je serai en vie dans le monde virtuel, vous ne serez jamais pleinement en sécurité.

- Nous pouvons te ramener une nouvelle fois sur Terre ! supplia la jeune fille, impuissante, tu pourrais vivre la vie d'être humain dont tu as toujours rêvé jusqu'à la fin de tes jours ! Alors pourquoi… ?

Il ne restait plus qu'un semblant d'épaules et des moignons de bras à la créature désormais. Comme dans un sourire, la fumée sombre se teinta d'écarlate, résignée.

- Cette année que vous m'avez offerte dans votre monde si formidable est un trésor que je chérirai toujours au fond de moi, répondit Xana d'une voix nettement plus faible à présent. En dessous de lui, la lumière émanant du Cœur de Lyokô commençait peu à peu à refluer, recouvrant son aspect d'origine, mais vous savez aussi bien que moi que ce n'était qu'un rêve. Un espoir futile pour le meurtrier que j'ai été… Je ne suis qu'une machine, Aelita, une machine qui doit à présent disparaître, pour votre sauvegarde.

Seule une vague sphère de fumée demeurait à présent, dont le diamètre diminuait de seconde en seconde.

En un ultime souffle, et sous les sanglots à peine étouffés d'Aelita, Xana prononça alors ses derniers mots, emplis d'une gratitude si palpable qu'on l'aurait cru provenir d'un véritable être humain :

- Merci mes amis, souffla-t-il avant de s'éteindre en un ultime détachement de pixel rouge, venant s'évaporer dans le ciel, merci pour tout…

Et puis, le silence retomba sur le monde virtuel, laissant seul derrière lui Angel et Taelia, tous deux subjugués par le spectacle déchirant auquel il venait d'assister.

Au centre de leur parcelle de terrain respective, les Cœurs d'Endo et de Lyokô, désormais dépourvus de tout symbole, luisait paisiblement à travers l'obscurité d'une lueur égale. Par le sacrifice de Xana face à Fénix, la bataille venait bel et bien de prendre fin.

Soudain, et sous le coup d'une folie certaine, Taelia poussa un hurlement de rage, se jetant de tout son corps sur Angel, comme pour le propulser par-dessus bord. Sa défaite, si près du but, lui était intolérable, au point de lui faire perdre toute raison.

Griffant et ruant le jeune homme de coups de poings et de baguette, la jeune fille se retrouvait en proie à une véritable crise d'hystérie, incontrôlable.

- LE PROJET CARTHAGE ! hurlait-elle, semblable à une véritable furie, RENDEZ-LE MOI ! JE PEUX ENCORE GAGNER !

Mais c'en était plus que ne pouvait supporter Angel.

Reprenant soudain ses esprits, le jeune homme, l'œil illuminé de colère, la repoussa brutalement d'un coup de son aile, l'envoyant valser au loin sans effort.

Sa baguette, qu'elle avait lâchée par surprise, vint glisser au sol tandis qu'elle-même manquait de peu de se retrouver balancée par-dessus bord, s'accrochant de justesse à l'une des racines pendant de la part du plateau appartenant encore à ce qui restait d'Endo.

Impérieux, l'ange ténébreux s'avança jusqu'à la sorcière, la toisant d'un regard dédaigneux tandis qu'elle tentait de se hisser de nouveau sur la plateforme, empêtrée dans sa robe virtuelle, en vain.

- Tu n'oserais pas, lui cracha-t-elle avec hargne tandis qu'il la menaçait de sa faux, le visage impénétrable, tu fais partie de ces « bonnes personnes », celles trop faibles et trop pleines de sentiments pour accomplir leur vengeance jusqu'au bout. Je suppose qu'au final, nous ne sommes pas si semblable, toi et moi.

S'accroupissant devant la jeune fille bouillonnante de rage, Angel laissa son arme s'affaisser, lui arrachant un sourire de triomphe.

- Tu as raison, admit-il, je n'ai rien à voir avec une personne telle que toi. Oui, ma vie n'a été qu'un enchaînement de déceptions et de coups durs depuis des années, et oui, la tienne aussi. Mais tu sais qui a aussi eu la vie dure ? Aelita, qui a dû perdre sa mémoire, son passé, dix années de sa vie et son père avant de trouver sa place dans le monde. Et William, qui a perdu des mois de sa vie sur Lyokô. Et aussi Mathieu, dont les parents refusent de s'occuper de lui à cause de sa sexualité et qui a dû subir les violences d'un abruti frustré par ses propres problèmes tel que moi…

Angel prit quelques instants le temps de peser le poids de ses mots. Taelia, toujours suspendue à sa branche, le dévisageait avec un dédain clairement apparent.

- Oui, nous sommes tous les deux des monstres, affirma-t-il, nous avons voulu faire payer la Terre entière pour nos malheurs, perdus dans notre propre égoïsme. Mais devine quoi ? La vie, ça craint pour plus d'une personne dans ce monde, et ça ne les empêche pas d'avancer pour autant. C'est ce que j'ai fini par apprendre au contact d'Aelita, de Mathieu, et du reste des Lyokô-guerriers. Peu importe à quel point la situation dans laquelle tu te trouves est désespérée, il y a toujours moyen de s'en sortir à partir du moment où tu décides de cesser de te complaire dans ta douleur et d'avancer, de prendre ton destin en main pour améliorer les choses, et non pour ruiner la vie de ceux que tu estimes responsable de ton malheur. Donc non, Taelia, nous n'avons rien en commun au final. Parce que les personnes dans ton genre, les personnes égocentrées et qui choisissent d'être un poison pour leur entourage au lieu d'accepter la main qu'on leur tend par simple aigreur, ce sont celles qui me dégoûtent le plus.

Un rire glacé s'échappa des lèvres de la sorcière virtuelle. Celui qui avait été autrefois son prisonnier avait beau se retrouver en position de force, son discours lui apparaissait comme plus risible que jamais. Lui non plus ne comprenait pas… Personne ne pouvait se mettre à sa place au final et comprendre ce qu'elle pouvait ressentir. Il s'agissait là du seul combat qu'elle admettrait jamais être perdu d'avance.

- Alors quoi ? ironisa-t-elle, son regard, si différent de celui d'Aelita, flamboyant dans ses orbites, tu comptes venir à bout de moi à coup de bons sentiments ? Allez, dévirtualise-moi, qu'on en finisse ! Tant que tu me laisseras sur Lyokô, jamais je n'aurais de cesse de poursuivre le Projet Carthage, même si je devais y laisser la vie !

Mais les yeux d'Angel, si passionnés un instant plus tôt, s'étaient brusquement assombris. S'avançant de quelques pas vers la dirigeante de la Green Phoenix, à sa merci, il se pencha plus avant, de sorte à ce que sa voix, désormais réduite à un souffle, lui parvienne clairement et nettement.

- Une dernière chose, Taelia, murmura-t-il à son oreille pointue, si tu avais effectivement lu mon dossier dans les moindres détails, comme tu le prétends, il y a une chose que tu devrais savoir sur moi. Une chose cruciale pour toi.

Apeurée pour la première fois, la jeune fille écarquilla les paupières tandis que l'adolescent se redressait de toute sa hauteur, rutilant dans son armure d'or aux drapées sombres.

- Je ne suis pas du genre à pardonner, conclut-il.

Et, sans rien ajouter de plus, Angel abattit violemment son pied sur la main de la sorcière qui la maintenait encore au dessus du vide, faisant gicler les étincelles.

Dans un cri de douleur et de terreur mêlées, Taelia lâcha prise, laissant son avatar chuter lentement vers les eaux déchaînées en contrebas, le regard pétrifié planté sur le ténébreux jeune homme, implacable.

Un instant plus tard, et sa silhouette disparaissait sous les flots noirs mortels, désintégrant sa structure en une colonne d'énergie d'une rare violence. Scarlet, la meneuse de la Green Phoenix, n'était plus désormais, broyée par la pression sans précédent du Réseau.

Un silence empli de tristesse, mais étonnamment calme vint poser ses ailes sur les restes des deux Mondes en Fusion tandis qu'Angel, planté sur place, ne parvenait pas à arracher son regard des remous où l'adolescente aux cheveux mauves venait de disparaître à jamais par sa faute.

Ni la culpabilité, ni la satisfaction n'emplissaient son cœur. Rien qu'un profond sentiment de vide qu'il allait devoir, il le savait à présent, apprendre à combler au fil du temps.

"La jeune femme périra"...

Sans même en avoir conscience, il venait d'accomplir l'ultime Prédiction de Mathieu, dont les échos lugubres semblaient résonner au loin sur le même ton que le cri de désespoir de Taelia lors de sa chute fatale.

- Je ne l'ai pas fait uniquement pour moi, murmura-t-il comme dans une excuse, mais aussi parce que tu as osé tenter de faire de même avec Stéphanie, une de mes plus agaçantes, mais aussi l'une de mes plus précieuses amies… Je suis désolé de ne pas avoir pu te sauver, Taelia.

Un sanglot ému lui parvint depuis l'interphone du Supercalculateur. La jeune fille aux yeux violets, qui n'avait visiblement pas perdu une miette de son monologue, paraissait bouleversée par cette annonce, rien qu'à son ton de voix.

- Moi aussi je commence à t'apprécier tu sais, espèce d'idiot ! lui balança-t-elle maladroitement avant de fondre en larmes, craquant enfin sous le coup de la pression accumulée pendant ses nombreuses heures d'interminable combat.

Cette fois-ci, tout était bel et bien terminé.

- Angel ? l'appela doucement la voix d'Aelita, reprenant le micro, il ne te reste plus qu'à détruire le Cœur d'Endo, et je pourrais te ramener à la maison… Merci pour tout.

- Non, fit-il en secouant la tête avec patience, je suis désolé, Aelita, mais trop de destruction a émergé de cette bataille… Je pense que, cette fois-ci, on mérite de voir naître quelque chose de nouveau.

Ni l'un, ni l'autre des deux adolescents n'avaient eu le courage de mentionner le sort de la demi-sœur d'Aelita, perdue à jamais dans le Réseau à présent.

Sans un mot de plus, le jeune homme se dirigea vers les deux Cœurs, brillant d'une lumière jaune si proche qu'il aurait été aisé de les confondre, eut été mis de côté l'aspect des plateaux disparates au dessus desquels ils reposaient.

D'un geste calme, et plein d'assurance, il vint tous deux les cueillir dans le vide, laissant leur surface lisse et brillante faire étinceler son métal, sa faux posée au sol non loin de lui.

Puis, produisant un ultime effort de concentration, renouant avec toutes les émotions négatives causées par les souvenirs du temps de sa possession sur Endo par la Green Phoenix qu'il avait tenté d'écarter à grand peine jusqu'à présent, il laissa ses pouvoirs le connecter au Cœur de l'univers virtuel d'un blanc nacré, désormais vide de toute intelligence, de tout guide.

Avec lenteur, mais précision, le jeune homme vint joindre ses mains, laissant la lueur des deux sphères entre ses doigts croître jusqu'à enfin ne faire qu'une, libérant une explosion de lumière d'or devant lui, faisant claquer les plumes de son aile dans son dos.

En un tourbillon de volutes numériques, une silhouettes vint peu à peu prendre forme au centre du plateau, amassant pixels sur pixels jusqu'à se couvrir entièrement d'une texture brillante, élevant sa haute stature tout autour du Cœur, désormais unique, des mondes en Fusion.

Lorsqu'il eut achevé sa tâche, une toute nouvelle Tour étendait son ombre mince et cylindrique à travers le Territoire, sa surface d'un noir poli embrasée d'un élégant halo d'or.

Entre ses mains tendues vers le ciel chargé de nuages sombres, c'était un tout nouvel univers virtuel, amalgame parfaitement équilibré entre Lyokô et Endo, qui venait de prendre vie, sur les ruines de ses créateurs.
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Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:47   Sujet du message: Répondre en citant  
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Chapitre 60 :

Épisode 159 : Le bal des adieux_



C'était une chaude soirée qui venait de déposer sa nappe de plomb sur les hauteurs de la Ville de la Tour de Fer, en ce début de juillet.

Une brise brûlante venait soulever les carrées d'herbes jaunis peuplant le cimetière de la cité, un peu à l'écart des circonvolutions sans fin des riverains. Seule face à une modeste pierre tombale, la silhouette d'une femme aux longs cheveux roses se découpait sous la lueur orangée du soleil couchant.

Une main contre son cœur douloureux, Anthéa fixait son regard bleu et triste sur le nom gravé à même la roche. Le nom d'une précieuse amie à qui elle aurait souhaité pouvoir rendre visite bien plus tôt.

- Bonsoir, Susan, murmura-t-elle, un sourire sans joie sur le visage, j'aurais voulu venir te saluer dés que possible, mais ces derniers mois ont été quelques peu mouvementés… Il y a tant à dire, si tu savais.

S'accroupissant contre la pierre tombale, l'informaticienne vint déposer le bouquet discret mais élégant qu'elle portait entre les mains sous le nom de l'ancienne professeure de sciences, décédée dans des circonstances dramatiques.

Sentant un soupçon de larmes l'envahir, Anthéa préféra se redresser presque aussitôt, refusant de céder une nouvelle fois à la mélancolie. Elle savait que Suzanne Hertz, comme elle avait aimé à se faire appeler depuis son arrivée à la Ville de la Tour de Fer, n'aurait pas apprécié de la voir pleurer ainsi devant elle.

- Aelita est devenue une jeune femme formidable, tu sais, lança-t-elle, plus pour se distraire de sa sombre nostalgie qu'autre chose, elle a réussi à gérer la situation que nous redoutions avec un sang froid dont même son père aurait été fier. Il faut dire qu'elle a su s'entourer d'amis exceptionnels ici… Sans eux, jamais nous n'aurions pu accomplir tout ce que nous avons été à même de faire au cours des dernières semaines. Ils ont vraiment de quoi forcer l'admiration, tous autant qu'ils sont… Mais tu étais probablement bien mieux placée que moi pour le savoir, je suppose.

Une nouvelle brise vint faire danser doucement les pétales blancs des fleurs à ses pieds un instant, lui accordant le temps nécessaire pour retrouver sa contenance.

- Quoi qu'il en soit, reprit-elle d'un ton plus assuré, je venais t'annoncer que notre combat, qui dure à présent depuis plus de vingt ans, est officiellement terminé. Grâce à Aelita et à ses amis, le Projet Carthage est désormais hors de danger. Le prix à payer a été lourd mais je commence à comprendre qu'avec le temps, même les blessures les plus tenaces peuvent finir par cicatriser.

Sentant comme un mouvement au creux de l'herbe, Anthéa tourna la tête vers le haut portail en fer forgé délimitant le cimetière. Une nouvelle silhouette, à demi dissimulée dans l'ombre, venait de s'y faufiler, les bras croisés sur sa poitrine, semblant l'attendre patiemment.

Lasse, elle émit un léger soupir avant de se retourner de nouveau vers la tombe de son amie, y déposant un léger baiser du bout des doigts.

- Je vais devoir te laisser, quelques derniers détails à régler, expliqua-t-elle vaguement, repose-toi bien, Susan. Le monde est un endroit plus sûr à présent, tu n'as plus à te tracasser.

Et, suite à cet ultime adieu, l'informaticienne se dirigea vers la mystérieuse silhouette, dont le tailleur et le chignon strict se précisèrent à mesure qu'elle descendait la pente du cimetière entre les pierres tombales avec précaution.

- Mademoiselle Schaeffer, la salua d'un ton professionnel la femme en noire, qui répondait –elle le savait pour l'avoir déjà croisée à de maintes reprises- au nom de Dido, ravie que vous ayez pu vous libérer un instant pour notre rendez-vous. Souhaitez-vous marcher avec moi quelque peu ?

- « Mademoiselle Stones », corrigea Anthéa sans l'ombre d'un sourire, inclinant néanmoins poliment la tête en guise de bonsoir, et avec plaisir. Je vous laisse ouvrir la marche.

Côte à côte, les deux femmes se mirent à longer les élégants murs de pierre du cimetière, l'ombre des platanes projetant sur leurs épaules les rayons du soleil couchant sous la forme d'une myriade de tâches d'or. Elles formaient un curieux duo, l'une les cheveux noués de façon lâche, un chemisier bleu flottant au vent, l'autre très stricte et droite, l'allure d'une vraie femme d'affaire venant parfaire sa haute stature carrée.

- Vous avez provoqué les cris de plus d'un haut gradé au sein de notre organisation, Anthéa, finit par lâcher Dido, d'un ton de reproche, l'initiative que vous avez prise, avec ces enfants, face à cette "Néo" Green Phoenix aurait pu se terminer en un véritable bain de sang, en dépit de l'interdiction très stricte pesant sur votre famille quant à l'accès au Supercalculateur de votre défunt époux. J'espère que vous en avez conscience ?

Ignorant la réflexion, l'ancienne scientifique se contenta de cligner des yeux, le regard perdu vers les lueurs lointaines de la ville. Un soupir anima la femme du gouvernement. Chaque nouvelle réunion avec Anthéa la laissait un peu plus pantoise que la précédente.

- Vous serez néanmoins heureuse d'apprendre que, suite à votre coup de fil d'il y a plusieurs semaines, et avec l'aide de la liste des employés de cette nouvelle Green Phoenix que vous avez pu vous procurer suite à la Fusion entre le Cœur d'Endo et de Lyokô, nous avons été en mesure d'arrêter avec succès tous les membres encore en liberté de l'organisation. Désormais, la Green Phoenix ne devrait plus causer de tord à qui que ce soit. Pour cela, nous tenions à vous témoigner notre gratitude.

- Qu'en est-il de leur repère ? s'enquit Anthéa sans se préoccuper du compliment le moins du monde, l'un des membres arrêtés a-t-il été en mesure de vous dévoiler son emplacement ?

- Non, admit Dido dans un rictus témoignant de son agacement, ils se sont révélés plus tenaces aux interrogatoires que prévus… Mais l'un d'entre eux finira bien par avouer, ce n'est qu'une question de temps. Pour tout vous dire, je suis surprise que la fameuse Fusion dont vous nous avez parlé et qui a pu permettre leur arrestation n'ait pas également dévoilé cette information.

- Beaucoup de données se sont perdues durant la collision entre les deux mondes, expliqua patiemment Anthéa, de notre côté, comme du leur. J'ai peur de ne pas pouvoir vous être utile à ce niveau, malheureusement. Mais leur repère n'est pas important tant que leurs ressources sont sous le contrôle de notre Supercalculateur et que les membres de la Green Phoenix sous les verrous.

Bien entendu, elle mentait de façon éhontée en prétendant ne rien savoir du bunker près de l'établissement Stendhal, mais son ton était si calme, si posé que l'idée de remettre en cause ses paroles ne vint pas à Dido. Tout du moins, pas plus que d'ordinaire.

Après quelques longues minutes de marche silencieuse et solitaire à l'orée de la ville, l'employée du gouvernement finit par reprendre la parole, le ton lourd :

- Nous ne pouvons pas vous laissez vous en tirer si facilement cette fois-ci, Anthéa, vous le savez, n'est-ce pas ? Votre intervention auprès du Supercalculateur en dépit de nos ordres officieux nous ont obligé à… Émettre une sanction à votre encontre.

- Mademoiselle Dido, prononça la mère d'Aelita d'une voix très calme, à travers laquelle perçait néanmoins des nuances intransigeantes, j'ai déjà énormément perdu dans cette bataille du fait de mes actions égocentriques, je tiens à vous le rappeler. Dans ce combat contre la Green Phoenix, je n'ai pas perdu qu'un mari ; mais également une amie chère, en la personne de Susan Steinback, ainsi que ma propre fille. Ne l'oubliez surtout pas…

Derrière ses paroles et plus encore que la douleur, pointait une intention très claire. Celle de faire comprendre à Dido que les sacrifices qu'elle avait dû se résigner à accomplir pour le bien de l'humanité étaient bien loin de justifier le combat qu'elle avait mené. Qu'importait la punition jugée digne d'elle pour le gouvernement, elle estimait, en son fort intérieur, avoir déjà bien suffisamment souffert.

- Nous en sommes conscients, acquiesça la femme en noir en signe de compassion, et nous savons aussi que, sans votre aide et votre maîtrise unique de l'interface du Supercalculateur, la Green Phoenix aurait probablement réussi son coup. Pour cette raison, mes supérieurs ont choisi de se montrer cléments à votre égard, pour la dernière fois cependant…

Elle marqua une courte pause, le temps pour un passant de croiser leur route, veillant bien à ce qu'aucune oreille indiscrète ne se prête à leur conversation classée confidentielle. Durant ce laps de temps, l'ancienne scientifique se surprit à perdre son regard dans les méandres aquarelles du ciel estival, si paisible depuis la fin de leur bataille, qui lui semblait pourtant encore si proche.

- Par ordre du gouvernement, l'accès à l'usine est désormais interdit à quiconque, qu'il s'agisse de vous-même, de votre fille, ou de nos propres agents, finit par lâcher Dido, intraitable, nous préférons laisser pourrir cette machine infernale dans ses souterrains : elle a déjà causé bien assez de tord comme cela, et pendant si longtemps que les causes de sa création sont désormais tombées dans l'oubli. De fait, vous et votre famille devrez déménager loin de la Ville de la Tour de Fer dés la rentrée prochaine. Une façon pour nous de nous assurer que les seules personnes à même d'utiliser le Supercalculateur Quantique de votre défunt époux à son plein potentiel se retrouvent cette fois-ci dans l'incapacité définitive d'y fourrer leur nez. J'espère que vous comprenez notre décision.

- Parfaitement, lui affirma Anthéa, sans chercher à dissimuler son soulagement cette fois-ci, en fait, ma fille et moi-même pensions justement à déménager de toute manière. Je crois que cette ville commence à rimer avec trop de souvenirs douloureux pour nous deux.

- Oh, s'étonna Dido, faisant preuve d'émotion pour la première fois, une idée quand à l'endroit où vous souhaiteriez vous installer après cela ?

- Un endroit calme, répondit la mère d'Aelita d'un ton évasif, probablement au niveau de la campagne, histoire de pouvoir enfin tenter de profiter d'une vie normale. Un des amis de ma fille a fréquenté cette excellente académie pour lycéens surdoués loin de toute grande ville… Nous nous disions que cela pourrait constituer un bon point de départ.

Sans échanger le moindre mot supplémentaire, les deux femmes se contentèrent de marcher silencieusement jusqu'à enfin rejoindre les abords plus animés de la Ville de la Tour de Fer, baignée sous la lumière naissante des premières étoiles au creux du ciel.


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En cette fin d'année scolaire, l'atmosphère de Kadic semblait chargée en électricité. Si plus aucun cours ni examen n'avaient encore lieux dans l'enceinte de l'établissement, les étudiants étaient encore présents sur place, errant dans les couloirs sans but, profitant du beau temps à l'ombre du parc ou discutant avec ardeur des longues vacances d'été à venir.

Mais, pour l'heure, un seul sujet de conversation était sur toutes les lèvres des lycéens, enfin débarrassés de la pression des épreuves du baccalauréat. Un sujet de conversation matérialisé sous la forme d'une large banderole bariolée au dessus de la salle des fêtes de l'école, annonçant en grandes lettres fières le bal de fin d'année pour le soir même, auquel la plupart des étudiants se faisaient dors et déjà une joie de participer, revêtant leurs plus beaux atours pour certains, et recherchant désespérément un cavalier de dernière minute pour d'autres.

A quelques heures seulement du début de la cérémonie, Aelita déambulait seule sur l'estrade de la vaste salle des fêtes, encore vide en grande majorité à l'exception de quelques fidèles élèves volontaires pour aider à mettre en place les décorations, et de surveillants dont même la mine revêche avait semblé s'adoucir à l'approche des festivités.

Devant elle, une table de mixage avait été montée juste en dessus de lourds projecteurs et semblait, d'après ses ultimes vérifications, en parfait état de marche. De quoi permettre à son groupe, « Miss. Pück », une inoubliable performance pour sa dernière soirée à Kadic.

Éprise de nostalgie, la jeune fille aux longs cheveux roses se surprit à perdre son regard dans les petits tourbillons de poussières filtrant à travers les carreaux de la salle telles autant de particules d'or, semblant témoigner du temps qui s'écoulait à la manière d'un sablier dépourvu de limites.

- Aelita ! l'appela Odd depuis l'autre bout de la pièce, les bras chargés de câbles électriques, tu te sens prête pour ce soir ?

Tirée de ses pensées, elle ne parvint à tirer de son visage figé qu'un pâle sourire en guise de réponse.

Le jeune homme, qui avait fini par poser son béret de côté sous l'effet de la transpiration, sentit tout de suite que quelque chose n'allait pas. S'empressant de confier son travail à un autre étudiant, trop jeune et timide pour protester, il s'élança jusqu'à la scène, venant s’asseoir aux côtés de la jeune fille aux cheveux roses d'un air taquin.

- Encore cet air sinistre, hein ? lui lança-t-il en la poussant gentiment de ses épaules au niveau des mollets, un air taquin sur le visage, comme pour l’entraîner à parler, qu'est-ce que tu me caches, princesse ? Tu es dans cet état depuis des semaines… Tu sais que tu n'as plus aucune raison de t'inquiéter, pas vrai ? Plus de Green Phoenix, plus de demi-sœur diabolique qui cherche à conquérir la planète… Alors pourquoi une mine si triste ?

Se laissant arracher un sourire sincère cette fois-ci, Aelita laissa à son tour ses préparatifs de côté pour venir s’asseoir aux côtés de son confident de toujours. Ses jambes, autrefois si menus, parvenaient à présent à frôler de l'orteil le plancher en contrebas sans problème, nouveau rappel inéluctable du temps qui continuait à s'écouler, contre son gré.

- J'ai quelque chose à t'avouer, Odd, finit-elle par admettre, le cœur gros, ma mère ne voudrait probablement pas que je t'en parle mais… Nous sommes une équipe après tout, nous l'avons prouvé une fois de plus au cours de cette année. Alors peux-tu promettre de m'écouter jusqu'au bout sans protester, s'il-te-plaît ? Odd... Peux-tu garder un secret ?

Soudain soucieux, l'adolescent aux minces yeux gris hocha la tête en signe d'assentiment, prêt à entendre sa confession.


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Depuis que le crépuscule était tombé sur les toits de Kadic, c'était un véritable tournoiement de couleurs et de lumières qui venaient se livrer bataille depuis le bâtiment des fêtes, éclairant la cour à des lieux à la ronde, en dépit de l'obscurité quasi-totale dans laquelle était plongée le reste de l'école.

Devant les quelques marches menant à la salle tant désirée d'où s'élevait déjà une mélodie rythmée et entraînante, une foule d'élèves s'était amassée dans une remarquable cohue, bavardant plus librement et plus fort qu'ils ne se le seraient permis à n'importe quelle autre période de l'année.

Devant la porte grande ouverte, une surveillante, un air strict de façade engoncé derrière ses épaisses lunettes de soleil qui lui donnaient de faux airs de videur de boîte de nuit, veillait à ce que chaque couple pénètre la vaste pièce dans l'ordre et le calme le plus convenable possible pour cette fin d'année.

En queue de file, Ulrich, sur son trente-et-un, un beau veston kaki cintré par-dessus une chemise déboutonnée juste suffisamment pour laisser entrapercevoir le début de ses saillants muscles pectoraux, ses épais cheveux bruns gominés de gel, faisait jaser les quelques rares filles de l'école encore à la recherche d'un cavalier.

Pourtant, son esprit était loin d'être à la fête et, en dépit de ses beaux atours qu'il avait fini par faire l'effort d'enfiler, à la demande expresse de son camarade de chambre, il ne se sentait guère l'envie de se déhancher sur la piste de danse.

Détournant un instant le regard des lumières aveuglantes et clignotant à une allure à donner le vertige depuis les fenêtres lui faisant face, il crut soudain distinguer comme une ombre furtive s'esquiver en direction des dortoirs.

Intrigué, et surtout déterminé à saisir la première occasion possible pour fuir l'ambiance oppressante de la file d'attente, il parvint à se glisser subrepticement sur le côté, disparaissant à son tour dans l'obscurité de la cour, bien loin des clameurs de ses camarades.

Une fois que sa vision se fut de nouveau acclimatée à la pénombre, la silhouette fine qu'il avait cru apercevoir se fit plus distincte sous les arcades et il n'eut qu'à produire quelques enjambées pour la rejoindre, hélant le nom de l'adolescente qu'il connaissait si bien :

- Sissi !

La jeune fille au carré brun dont la coloration avait presque totalement disparu, prise par surprise, eut un sursaut avant de se détendre en reconnaissant le beau visage à la mâchoire carrée de son ex-petit-ami, se risquant à un sourire confus. Contrairement à son habitude en de pareilles occasions, elle n'était vêtue que d'un banal T-shirt et, pour autant qu'Ulrich put en juger à travers l'obscurité, elle n'avait pas pris la peine de se maquiller.

- Qu'est-ce que tu fais ici ? s'étonna-t-il, je te croyais déjà en train de faire la fête à cette heure ! Tu ne participes pas au concours de beauté de Kadic de cette année ?

- Vraiment, Ulrich, tu ne crois pas que j'en ai suffisamment remportés comme ça depuis le début de ma scolarité ici ? ironisa l'adolescente d'un ton faussement prétentieux avant de laisser échapper un petit rire triste, non, la vérité, c'était que je ne me sentais pas trop d'humeur à faire la fête… Mon père et moi quittons l'établissement demain vois-tu, et j'avais encore quelques bagages à mettre en ordre dans ma chambre, alors…

Elle ne parvint pas à finir sa phrase, se contentant de perdre son regard rêveur vers les lumières dansantes en provenance de la salle des fêtes. Ulrich sentit une pointe de nostalgie l'étreindre. Il avait été un temps où jamais Sissi n'aurait raté la moindre occasion de vanter ses mérites auprès de tout Kadic, s'élançant sur l'estrade dans ses plus beaux apparats même après avoir manqué l'électrocution dans sa propre chambre. D'anciens souvenirs qui semblaient exacerbés par l'ambiance toute particulière de cette fin d'année lui revenaient en tête, ajoutant au poids pesant lourdement sur sa poitrine.

- Alors c'est officiel ? s'enquit-il d'un ton triste, plus de Delmas à Kadic à partir de l'année prochaine ? Je ne suis pas sûr que l'école puisse se relever un jour d'un tel changement ! Rien ne sera plus pareil, sans vous... Sans toi.

Sissi eut un haussement d'épaule vague, chassant à grand peine ses propres remous mélancoliques. Elle avait fait de son mieux pour rester forte jusqu'aux épreuves anticipées du baccalauréat, et ne comptait pas céder au sentimentalisme face à celui qu'elle avait aimé d'un amour passionnel pendant de si nombreuses années.

- Tout doit changer un jour, répondit-elle avec sagesse, mais je dois reconnaître une chose, ces vieux bâtiments vont me manquer. Ainsi que… Certaines personnes que j'avais l'habitude d'y croiser, dira-t-on.

Les deux adolescents eurent un échange de regard gêné, durant lequel la musique en fond sonore sembla s'atténuer quelque peu dans l'ouate de leur petite bulle personnelle.

- Tu vas me manquer aussi, Sissi, confessa Ulrich sans détour, je ne pensais pas dire cela un jour, mais tu as sincèrement été une personne vraiment importante dans ma vie, et je te remercie d'avoir été là lorsque j'en ai eu le plus besoin. Je te souhaite tout le bonheur possible dans ta continuation.

- Merci, lâcha l'adolescente, ses joues s'empourprant sous les lueurs dansantes de la fête en arrière-plan, je ferais mieux d'y aller ; ces bagages ne vont pas se remplir tous seuls après tout !

Alors qu'elle faisait déjà demi-tour, l'adolescente se figea brusquement sur place, hésitante, alors de faire volte-face, un sourire vaguement amusé au coin des lèvres.

- Tu sais, c'est drôle qu'on ait cette discussion ce soir-même, avoua-t-elle, en ce moment, je rêve assez souvent de toi… Enfin, plutôt de nous, pour être exacte. Un rêve bizarre, où on se retrouve de nouveau au temps du collège, toi tout grognon dans ton inséparable veste verte et moi, fidèle à mon image de peste parfaitement entretenue, avec mon serre-tête bien calé entre mes longs cheveux lissés jusqu'aux pointes. Je ne me souviens jamais des détails, mais il se termine toujours de la même façon. Mon père –qui n'est pas mon père, je le sais parce qu'il me remplit d'effroi à chaque fois- s'effondre devant nous sur un vieux pont délabré au dessus d'un canal et je finis par t'embrasser, avant qu'une vive lumière blanche ne me réveille. Idiot, pas vrai ? Mais suffisamment marquant pour que je prenne la peine de te le raconter, je suppose.

Ulrich, interdit, ne put que vaguement hocher la tête, incapable de réagir naturellement. Cette scène, si familière, que décrivait Sissi, était loin d'être un simple rêve, comme elle semblait le croire, mais datait d'une de ses nombreuses aventures contre XANA en temps que Lyokô-guerrier, durant laquelle ils avaient combattu ensemble son père, possédé par l'intelligence artificielle, avant d'échanger ce mémorable baiser, bien vite effacé par un Retour dans le Temps. Si lui en avait gardé le souvenir comme une empreinte au fer rouge au fond de son crâne, Sissi, elle, n'aurait même pas dû être en mesure de n'en apercevoir que le reflet au coin d'un songe. Pourquoi, alors que tout s'achevait enfin pour eux, à une période si faste, cet événement remontait-il soudain à la surface ?

- Bref, bonne continuation ! lui lança-t-elle face à son manque de réponse avant de disparaître dans les escaliers menant aux dortoirs, non sans un ultime léger salut de la main.

En proie à ses interrogations, Ulrich ne put répondre à ses adieux qu'avec hésitation. Il fallait croire que les mystères du Supercalculateur ne cesseraient jamais, même une fois tous leurs combats achevés, de le surprendre.


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Mathieu errait sans but à travers les arbres du parc, profitant de la quiétude ambiante pour se vider l'esprit. Il n'était qu'à la lisière de l'établissement et, depuis le chêne sous lequel il s'était appuyé, les lumières et musiques de la fête lui paraissaient comme étrangement atténuées. Mais les mauvaises expériences qu'il avait accumulées au cours de ses précédents bals de lycée ne l'engageaient guère à prendre part à celui-ci, le poussant au contraire à profiter de ce rare moment de solitude pour réunir ses pensées confuses, à l'écart du temps et de ses camarades de classe.

Ce fut dans cet état d'esprit qu'une paire d'yeux dorés vinrent le trouver, perçant l'obscurité avant de dévoiler la silhouette d'Angel, émergeant à sa grande surprise du bâtiment administratif non loin de là.

- Mathieu ? s'étonna le ténébreux jeune homme, venant aussitôt le rejoindre dans l'herbe sèche, un sac en bandoulière sur l'épaule, je ne sais pas si tu es au courant, mais il y a une soirée juste à côté ! Tu devrais t'y rendre au lieu de te morfondre seul dans ton coin.

- Merci, grimaça l'adolescent, mal à l'aise, mais depuis Noël dernier, je ne me sens pas trop d'humeur à prendre part à une soirée, figure-toi.

Coupable, Angel eut une moue désolée avant de s’asseoir à ses côtés, profitant à son tour un instant du calme de la nuit.

- J'étais venu chercher quelques documents auprès de votre administration, expliqua-t-il en tapotant sa sacoche rebondie du plat de la main, sans attendre les questions de son interlocuteur, j'envisage de m'inscrire à Kadic l'année prochaine en temps qu'interne. Maintenant que je suis pleinement émancipé, il me faut bien trouver un endroit où vivre et obtenir mon bac, surtout !

- Vraiment ? s'étonna Mathieu, sincèrement surpris, j'aurais pensé que, après tout ce qui s'est passé sur Lyokô il y a quelques semaines, tu aurais envie de prendre tes distances avec nous le plus rapidement possible !

Angel eut un vague mouvement dubitatif, comme pour balayer l'argument sans y répondre.

- Bof… Tu sais, les frais d'inscription sont étonnamment bas ici et, au moins, j'y connais un peu de monde... De toute façon j'ai toute ma Première à repasser après ces six mois sans cours, alors ce n'est pas comme si on risquait de se croiser souvent.

Mathieu garda le silence face à ces déclarations. Il se sentait d'humeur morose, assis ainsi à côté de celui qui l'avait tant fait souffrir, piégé dans une atmosphère pas si différente de celle qui avait fait chavirer sa vie d'adolescent sans histoire des mois auparavant.

Conscient de son malaise, Angel eut un rictus embarrassé, faisant mine d'étirer ses jambes comme pour chasser ses propres tracas de sa tête avant d'enfin oser prendre la parole de nouveau, le ton bien plus sérieux à présent.

- Tu sais, Mathieu, depuis notre dernière discussion au Kiwi Bleu et depuis… Depuis ce que j'ai déclaré face à cette folle de Taelia, j'ai eu le temps de pas mal réfléchir, commença-t-il, perdu dans ses propres mots, et… Enfin ce que je voulais dire c'est que, je comprends plus que jamais à quel point j'ai pu me montrer égoïste et te causer du tort. Lorsque j'étais seul face à elle dans le monde virtuel en train de s'effondrer, à me battre pour ma peau… Pendant un moment, je me suis reconnu dans ses yeux, et ça m'a fait vraiment peur ! C'est pour cette raison que, plus que jamais, je tiens à me racheter auprès de toi, qui m'as tendu la main en dépit de mes erreurs.

Se redressant soudain à la grande surprise de l'adolescent, le jeune homme aux cheveux sombres prit une profonde inspiration nocturne, comme pour se conférer un semblant de courage, avant de détourner le regard, embarrassé. Des rougeurs gênées s'étaient tout à coup dessinées au niveau de ses joues, ajoutant à l'incompréhension de Mathieu.

- Voilà donc ma proposition, fit-il enfin, la voix curieusement tremblante, je te laisse deux choix. Petit un : je te laisse me frapper, le plus fort que tu peux. Mets toute la rage, toute la rancune accumulée contre moi dans un grand coup de poing, et réglons ça une bonne fois pour toute. Je l'aurai mérité et bien plus ! Quant au numéro deux…

Les rougeurs s'intensifièrent et Mathieu, qui s'apprêtait à protester, préféra se taire, le laissant poursuivre jusqu'au bout.

- La seconde proposition, continua-t-il enfin, au comble de l'embarras, ce serait que tu m'embrasses, ici et maintenant, pour aussi longtemps qu'il te plaira… Je sais que je te plais et… Franchement, après tout ce que j'ai vécu avec cette histoire de Green Phoenix, ça ne me parait pas un prix si lourd à payer pour ma rédemption alors… Si ça te va, bah ça me va aussi ! D'autant plus que je te dois énormément, avec toute cette histoire de sauvetage... Essaye juste de ne pas faire durer ça trop longtemps, non plus.

Pendant un bref instant, Mathieu ne put que cligner des yeux, incrédule et incapable de définir si le jeune homme en fasse de lui était en train de plaisanter ou non. Et puis, irrésistible, un long rire franc et sincère vint sortir de sa gorge, éclatant avec force à travers les bois du parc.

Rouge de honte, Angel ne put que croiser les bras d'un air boudeur jusqu'à ce que Mathieu parvienne à calmer son incontrôlable excès d'hilarité.

- J'étais très sérieux, tu sais ! lança-t-il d'un ton presque offensé, lorsqu'enfin ses rires se furent éteints, ne laissant derrière eux qu'un large sourire un brin moqueur, je pensais que ça te plairait…

Mathieu n'eut pour réponse qu'un sifflement hilare, se grattant un instant la nuque avant de relever sa tête ébouriffée vers Angel. Pour la première fois, à la lueur de la lune, les yeux de soleil liquide autrefois si envoûtant lui paraissaient bien banals. S'étaient-ils soudain parés d'une teinte noisette si banale pour mieux duper son attirance, ou avaient-ils toujours été ainsi et seulement déformés par son regard rempli d'amour inconditionnel durant tout ce temps ? Il n'aurait su répondre à cette question. En cet instant précis, une seule évidence lui apparaissait, nette et précise, dans le cœur de la nuit :

- Je ne vais pas t'embrasser, le rassura-t-il d'un ton espiègle, pas plus que je ne compte te frapper !

Puis, reprenant soudain son sérieux, il redressa le menton, le regard brillant à travers la nuit.

- Tu as changé pour le mieux, Angel, lança-t-il, et, en ce qui me concerne, tu as fait amende honorable depuis longtemps. Ton combat à nos côtés m'a suffi à confirmer cette opinion et, pour finir, lorsque tu n'as eu pour choix que la destruction après être venu à bout de Taelia, tu as préféré te tourner vers la création, contre l'avis de tous. Ce témoignage, plus que tout autre, me suffit amplement à te pardonner.

A demi-rassuré, Angel eut un rictus embarrassé, qu'il tenta de dissimuler naïvement derrière un grattement de menton.

Amusé par cet aspect, presque touchant, de ce jeune homme qui l'avait tant fasciné et effrayé au cours des derniers mois, Mathieu constata soudain que, derrière le fantasme qu'il s'était construit si longtemps, il découvrait petit à petit un véritable être humain, avec ses faiblesses et ses défauts. Cela avait presque quelque chose de rassurant, et il se retrouvait capable de lui parler plus librement que jamais à présent.

- J'imagine que tous les sentiments amoureux s'étiolent avec le temps, marmonna-t-il tout haut, plus pour lui-même que pour Angel, qui lui adressa un regard confus quelques secondes.

- Donc, finit par lancer le jeune homme en question, cachant sa gêne cette fois-ci derrière un essai de conversation, pas de baiser, pas de coup de poing, et que du pardon… Pourquoi ne pas célébrer tout ça au bal de ton lycée ? Je suis sûr que tu pourrais t'y amuser ! Et puis, tu as bien mérité un petit moment de fun après tout ce que tu as traversé pour me secourir, puis sauver la Terre et tout ça.

- Je ne sais pas, soupira Mathieu, baissant de nouveau les yeux au sol, j'ai surtout peur d'y croiser Odd, en fait. Les choses sont un peu… Bizarres entre nous, en ce moment. Et puis, son ex-copine est dans le coin de nouveau maintenant !

Le regard empli de sous-entendus, Angel vint brusquement le tirer par le bras pour le forcer à se relever, lui arrachant un petit cri de protestation au passage.

- Voyez-vous ça, ironisa-t-il en lui administrant une grande claque dans le dos, monsieur je-n'hésite-pas-à-embrasser-un-hétéro-devant-tout-le-monde a la trouille à l'idée de se retrouver face à face avec un mec qui s'intéresse vraiment à lui pour une fois .

Le visage de Mathieu s'embrasa presque immédiatement sous les paroles d'Angel.

- Je… Je ne sais pas de quoi tu parles, bafouilla-t-il dans une piètre tentative de fuir le sujet, ce qui n'eut pour autre effet que de conforter son interlocuteur dans son idée.

- Tu me parles du petit blond au béret, pas vrai ? Celui qui te dévorait littéralement des yeux pendant tout le temps où on était ensemble sur Lyokô et qui t'a fais le câlin du siècle juste avant notre virtualisation ? Ne me fais pas croire qu'il n'y a rien entre vous ! Même un hétéro aussi borné que moi n'est pas aveugle à ce point.

Profondément gêné désormais, Mathieu ne parvenait plus qu'à enchaîner quelques syllabes confuses sans queue ni tête, ajoutant à l'hilarité de son compagnon, qui en profitait allègrement pour prendre sa revanche.

- Allez, fonce là-dedans sans discuter, et va l'embrasser un bon coup ! lui imposa-t-il avant de lui administrer un généreux coup de pied pour le pousser vers la file d'attente de la soirée, tu l'as bien mérité, Scillas ! Éclate-toi pendant que je ne suis pas dans le coin.

Contraint et forcé, ce fut néanmoins avec un indicible sourire que Mathieu prit le chemin de la salle des festivités illuminée de couleurs, non sans adresser un dernier haussement de sourcils agacé en direction d'Angel.

Ce dernier, resté à l'orée des bois, lui sourit en retour, son sac plein de formulaires propres à Kadic sur l'épaule. Dans l'ambiance tiède et électrique de cette fin de journée, il ne pouvait contenir en lui la sensation qu'il s'agissait là du début d'une belle, quoique bien étrange, nouvelle forme d'amitié, entre lui et le garçon qu'il avait tant détesté.


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Stéphanie ne s'était jamais sentie aussi déchaînée que sur la piste de danse, en cet instant précis. Au rythme des musiques électroniques les plus improbables son corps, cintré dans une robe ample et bariolée, se déhanchait sans complexe, bousculant au passage plus d'un élève à qui elle s'empressait de présenter ses excuses avant de repartir de plus belle, impossible à stopper. L'adolescente recluse de Sainte Bénédicte aurait sans doute été surprise de trouver son alter-ego aussi décomplexée devant une telle foule d'élèves.

Yumi, vêtue d'une longue robe noire d'une rare élégance, ses cheveux attachés en un chignon complexe et traditionnel de son pays natal, observait le spectacle désastreux offert par ses mouvements de danse erratique avec un vaste sourire, un peu à l'écart au niveau des longues tables accueillant boissons et condiments, déjà recouvertes de tâches de soda et miettes de chips.

William, qui avait enfin réussi à se frayer un passage à travers la foule pour les rejoindre, fraîchement rasé pour l'occasion, hésita entre l'embarras et l'amusement lorsqu'il reconnut l'excentrique adolescente dont la couette ne cessait de fouetter ses voisins à chaque mouvement de tête endiablé.

- Qu'est-ce qu'elle a bien pu ingurgiter pour être dans un état pareil ? s'enquit-il à l'adresse de la japonaise, qui lui tendait dors et déjà un plateau de cookies.

- Rien de plus que du sucre, répondit-elle en désignant un gobelet encore à demi-rempli d'une boisson pétillante et colorée, dont la surface était ornementée d'un « S » malhabilement tracé au feutre, cette fille est une vraie pile d'énergie dés qu'elle se retrouve à proximité de la moindre sucrerie. J'aurais dû faire plus attention !

Son ton était plus amusé qu'il ne l'avait jamais été et William, ravi de trouver son ancienne petite-amie aussi épanouie après toutes les épreuves qu'ils avaient traversés, mordit à pleine dent dans son biscuit, en savourant chaque bouchée. Lui-même, sans doute entraîné par la foule déchaînée, se sentait plus prompt à se détendre qu'à l'accoutumée.

- Ce ne serait pas mes baguettes que tu portes dans tes cheveux, par hasard ? remarqua-t-il subitement alors qu'un projecteur capricieux venait enfin illuminer leur coin de la scène, dévoilant plus en détail la coiffure de la japonaise.

Les joues teintées de rose, Yumi dissimula sa bouche derrière une gorgée de Schweppes pour fuir la réponse.

- Je n'ai jamais vraiment pu me résoudre à les jeter bien longtemps, finit-elle par avouer d'un ton embarrassé, et puis, c'est sans doute le dernier moment que l'on pourra passer tous ensembles avant un long moment, alors… Au diable les histoires de couple et notre passé tumultueux ! Je ne veux me souvenir que des bons moments, et cela inclut ton cadeau, William.

Touché par l'attention, le jeune homme prit une autre bouchée de cookie fondant entre ses dents, les yeux dans le vague. Les dires de la japonaise lui avaient soudain rappelé l'imminence des résultats du bac, après lesquels leur vie de lycéen s'achèverait bel et bien. Un concept qu'il avait encore du mal à appréhender dans son esprit tout juste remis de son traumatisme.

- Tu as décidé de ce que tu allais faire, une fois ton bac en poche ? demanda-t-il, une note de tristesse dans la voix, pour ma part, je pense qu'une année sabbatique me ferait le plus grand bien… Histoire d'apprendre à me retrouver un peu, tout ça. En tout cas, c'est ce que semble penser le X, notre cher psychologue scolaire.

- En fait, j'ai déjà été acceptée dans une école de Sciences Politiques, à l'ouest du pays, avoua la japonaise dans un sourire confus, j'espère pouvoir plus tard agir sur le plan international et aider le monde à combattre ses problèmes petit à petit. Un peu utopique, tu ne trouves pas ?

- Pas de la part d'une super ninja qui vient déjà d'aider à sauver le monde, fit remarquer le jeune homme avec malice, levant un verre rempli de soda à l'orange devant lui, comme pour trinquer, à nous deux dans ce cas, et à notre avenir ! En espérant que les années ne suffisent pas à briser une nouvelle fois notre belle amitié.

Yumi eut un petit rire. Discuter aussi naturellement avec William, comme si aucune tension n'était jamais venue se dresser entre eux deux, lui faisait le plus grand bien.

- Face à un toast pareil, je ne peux que trinquer, affirma-t-elle en cognant doucement son gobelet en plastique contre celui de son ami, Kampaï !

Ils avaient déjà vidé leur verre d'une traite lorsque Stéphanie, en nage mais rayonnante, vint enfin les rejoindre, accordant une trêve aux danseurs visiblement soulagés derrière elle.

- Me revoilà ! lança-t-elle en engloutissant à son tour la fin de son propre gobelet, waouh, quelle ambiance ! Il commence vraiment à faire chaud ici, ça ne vous dirait pas de sortir quelques minutes prendre l'air ?

- Allez-y tous les deux, l'encouragea Yumi non sans un clin d'œil mystérieux à l'adresse de William au passage, il y a une personne avec qui j'aimerais bien discuter un peu avant ça.

En effet, à travers la foule compacte, venait d'émerger la silhouette morose d'Ulrich, ses larges épaules voûtées tandis que ses camarades de classe le poussaient vers l'intérieur de la salle.

Comprenant instantanément, Stéphanie s'empressa d'attirer William vers une porte de sortie dérobée, laissant à la jeune japonaise tout le loisir de se glisser jusqu'à l'adolescent bourru et solitaire.

Ce dernier, inconscient du charme qu'il opérait sur les quelques élèves de Seconde qu'il venait d'écarter, était occupé à picorer mollement dans les assiettes en carton lorsque Yumi vint se glisser jusqu'à lui, le tirant de ses rêveries.

- Salut, lui glissa-t-elle avec un franc sourire, bien décidée à le dérider un peu, tu dois être la personne la plus mécontente de se retrouver dans une fête aussi déchaînée à des kilomètres à la ronde, qu'est-ce qui t'arrive ?

- Ah, c'est toi Yumi, la reconnut-il, soulagé de se retrouver face à quelqu'un avec qui parler à travers la foule de visages dense, ce n'est rien, juste un petit échange avec Sissi à l'instant qui me trotte dans la tête… C'est toujours bizarre de devoir dire au revoir aux personnes à qui on tient pour de bon !

Comprenant qu'il y avait plus derrière ses paroles que ce qu'il voulait bien admettre, la jeune fille se pencha plus avant vers lui, leur offrant l'intimité nécessaire pour discuter à voix un peu plus basse, à l'abri des oreilles indiscrètes.

- Qu'est-ce qui se passe ? s'inquiéta-t-elle, si c'est à propos de mon départ de l'école après cette soirée, tu te doutes que je compte bien rester en contact avec toi, même une fois dans mon cercle d'études supérieures !

Ulrich eut un soupir à travers le gobelet qu'il venait de porter à ses lèvres, laissant quelques bulles s'échapper de sa boisson gazeuse par inadvertance.

- J'avoue qu'il y a un peu de ça, mais c'est plus compliqué, finit-il par craquer sur un ton indécis.

Face au regard franchement inquiet de la japonaise, il céda enfin entièrement, laissant couler les paroles qu'il contenait avec difficulté depuis le début de la journée.

- J'ai reçu un appel de ma mère ce matin, annonça-t-il sombrement, donnant immédiatement le ton, le divorce avec mon père s'est enfin officialisé, et, après des mois de bataille juridique, j'ai fini par tomber sous sa garde… Ça veut dire qu'elle n'a plus les moyens de payer Kadic, et que je vais devoir quitter le lycée dés l'année prochaine.

Sous le choc, Yumi ne put qu'écarquiller les yeux de stupeur.

- Oh, Ulrich… bafouilla-t-elle, confuse, je suis désolée, si j'avais su… C'est vraiment horrible ! Comment est-ce que tu le vis pour l'instant ? Est-ce que tu en as parlé à quelqu'un d'autre ?

- Même pas à Odd, dénia-t-il avec tristesse, écroulé sous le poids de ses émotions, je n'ai pas pu m'y résoudre… J'ai tellement de bons souvenirs ici à Kadic que l'idée de devoir le quitter à cause de mes égocentriques de parents m'est insupportable. Je ne sais pas comment je vais tenir l'année prochaine, sans vous tous.

Incapable de trouver les mots nécessaires pour le consoler, Yumi ne put que se laisser aller à un de ses rares moments tactiles, saisissant doucement ses mains tremblantes en signe de réconfort.

- Merci, souffla le jeune homme, comme si ce simple geste de sa part avait suffi à lui transmettre toutes les pensées encourageantes qu'elle aurait souhaité pouvoir lui exprimer clairement, l'apaisant quelque peu, tu sais, je pense qu'une fois chez ma mère, je vais vite chercher à récupérer mon indépendance. Elle est bien plus laxiste que mon père… Ce sera peut-être enfin l'occasion pour moi d'abandonner mes études.

- Tu comptes laisser tomber le lycée ? répéta Yumi d'un ton profondément inquiet, et pour faire quoi à la place ?

Ulrich n'eut qu'un vague haussement d'épaules, éperdu.

- Je ne sais pas vraiment encore… Un petit boulot par-ci par-là ? Ce ne sont pas les occasions qui manquent. La seule chose que je sais, c'est que j'ai envie d'écrire, finit-il par avouer d'un ton coupable, j'ai envie de raconter l'histoire d'un groupe d'adolescents et de leur combat hors du commun pour sauver le monde… Je pense que je pourrais toucher pas mal de monde avec ça ! En fait, je veux faire une différence dans ce monde… Tout plutôt que de rester encore des années à croupir dans une salle de classe. Pas après tout ce que l'on a vécu.

Un demi-sourire vint étirer les lèvres de la japonaise. Il y avait, dans le fond de ce que tentait d'exprimer maladroitement son ami, les échos de nombre de ses propres rêves, exprimés d'une façon quelque peu différente tout au plus.

- Je crois que je te comprends, affirma-t-elle d'un ton doux tout en remplissant tour à tour leur verre vide, s'arrachant enfin à leur étreinte qui commençait à s'éterniser, quoi qu'il en soit, je te souhaite beaucoup de courage pour la suite, et tu sais que tu peux toujours compter sur moi si tu en ressens le besoin. Et je pense aussi que tu devrais en parler aux autres avant la fin officielle de l'année scolaire. Après tout ce qu'on a partagé ensembles, ils méritent de savoir autant que moi.

- Tu as raison, admit l'ancien samouraï virtuel dans une grimace, mais je ne peux pas m'empêcher d'appréhender… Rien de plus normal j'imagine !

Un vague silence vint s'instaurer entre les deux jeunes adultes, rompu par la musique si forte qu'elle en faisait trembler la table sous leurs bras.

- Au fait, puisque tu es là, finit par reprendre Ulrich, le ton de sa voix désormais clairement embarrassé, il y a un sujet que je voudrais aborder avec toi depuis un petit moment maintenant…

- Notre baiser sur Lyokô lors de note dernière plongée, hein ? devina la japonaise, la même expression gênée sur le visage, oui, je voulais aborder la question depuis un moment moi aussi, mais je n'arrivais jamais à trouver l'instant idéal. J'imagine qu'on ne peut pas y couper maintenant…

Pendant un bref instant, les deux jeunes gens n'osèrent pas échanger le moindre mot. Puis, dans une synchronisation des plus inattendues, la phrase fusa de leur bouche respective, forte et claire :

- C'était le truc le plus incroyablement stupide de toute notre vie.

Les yeux emplis de surprise de prime abord, Yumi et Ulrich ne tardèrent pas à éclater de rire, incapables de se contrôler, le corps tout entier secoué de tremblements hilares.

- Je te jure… lâcha le jeune homme lorsqu'il eut enfin repris son souffle, quelle belle paire d'imbéciles on forme tous les deux, avec nos histoires de romance à deux balles !

La japonaise ne put que sourire en signe d'acquiescement avant de retrouver son sérieux à son tour, le ventre encore légèrement chatouillé de picotements taquins néanmoins.

- Tu sais que je t'aime beaucoup depuis notre première rencontre, Ulrich, fit-elle, mais, très honnêtement, je pense qu'on est loin de fonctionner aussi bien en tant que couple qu'en tant qu'amis. On a bien vu où ça nous a mené la première fois, et le temps qu'il nous aura fallu pour nous tourner autour durant le collège… A quoi bon nous acharner dans une relation qui ne nous mènera nulle part et ne nous apportera rien de plus que des disputes et des crises de jalousies à longueur de journée ? Sans compter qu'on s'apprête à déménager à l'autre bout de la France, l'un comme l'autre.

- Tu as raison, approuva Ulrich pour la première fois, trempant ses lèvres dans son breuvage avec un sourire, notre amour a toujours causé le pire dans notre relation, pas vrai ? Je crois que j'ai enfin compris – un peu tardivement – ton fameux « on est copains et puis c'est tout » en début de Troisième.

Embarrassée par cette déclaration qui n'avait guère prouvée son efficacité depuis et leur avait valu nombre de moqueries de la part de leurs amis, Yumi eut un petit rire triste.

- On était des gamins, murmura-t-elle, rêvant à cette époque si lointaine, des gamins perdus entre nos émotions et nos aventures. Je ne sais pas si Lyokô nous a rapproché ou nous a empêché d'accomplir pleinement notre relation, mais une chose est sûre Ulrich : quoi qu'il advienne à l'avenir, tu es et resteras le meilleur ami que j'ai jamais eu la chance de connaître.

- Je te retourne le compliment, lâcha le jeune homme dans un souffle, plus touché au fond de son cœur par cette déclaration empreinte de sincérité qu'il ne l'aurait été par un quelconque « je t'aime », tu es la personne la plus importante de ma vie, et je n'oublierai jamais nos moments passés ensembles, sois-en certaine.

Et, dans un échange de regards enfin réconciliés, les deux jeunes adultes trinquèrent une nouvelle fois, célébrant la fin d'une époque et se préparant à débuter une nouvelle période, pleine d'imprévus, de leur vie normale.


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Stéphanie et William marchaient côte à côte sous le croissant de lune, longeant les arbres délimitant la frontière entre Kadic et le reste de la ville. A leurs côtés, le vieux bâtiments de briques anciennes, plein à craquer d'élèves déchaînés, semblait vibrer sous l'effet de la musique et des danses folles de leurs camarades.

Stéphanie, d'humeur étonnamment joyeuse ce soir-là, ne cessait de discuter avec un William dont les pensées semblaient ailleurs.

- C'est vrai que je ne vais probablement pas avoir mon bac après avoir raté le Philosophie, à quoi bon se mentir ? Je n'avais presque rien révisé d'autre de toute façon ! affirmait-elle sans se rendre compte de sa distraction, mais ce n'est pas si grave que ça ! Même si vous allez me manquer avec Yumi, je resterai en contact avec vous. Et puis, ça me laisse une année de plus pour traîner avec Mathieu et les autres au même niveau ! Une belle année en perspective, donc. Et du coup tu as une idée d'où tu voudrais te rendre l'année prochaine ? Je pourrais peut-être te rendre visite.

Face à l'absence de réaction du jeune homme, Stéphanie dut se résoudre à le bousculer d'un grand coup d'épaule ce qui, à son échelle, fut à peine suffisant pour secouer légèrement la haute stature de William, qui laissa néanmoins échapper un cri de surprise.

- Qu'est-ce que t'arrive ? lança l'adolescente, une moue faussement boudeuse sur le visage, depuis qu'on est sortis, on dirait que tu es complètement ailleurs ! Je vais finir par me faire du soucis, tu sais ?

Occupé à se frotter le poignet où la jeune fille l'avait heurté, le ténébreux jeune homme eut un moment d'hésitation avant de répondre, évasif :

- Ce n'est rien, lança-t-il, je pensais juste à… A notre dernier combat face à la Green Phoenix, pour tout te dire. J'ai encore de la peine à réaliser que tout est terminé.

Compréhensive, Stéphanie émit un vigoureux hochement de tête, comme pour aller dans son sens.

- Je sais, c'est dingue même pour moi ! laissa-t-elle échapper, et je ne suis qu'une petite nouvelle dans l'équipe ! Pour toi, ça doit vraiment signifier beaucoup.

- Je me sens surtout coupable face à tout ce que tu as dû endurer pour nous, grimaça le jeune homme, je veux dire… Tu n'aurais pas raté ton bac si j'avais eu un peu plus de cran et que j'avais osé quitter l'épreuve avant toi. Après tout, je ne sais même pas ce que je veux faire de ma vie ! Tout aurait été plus simple comme ça.

- Ne dis pas ça ! protesta vivement Stéphanie, on en a déjà discuté encore et encore : je ne regrette pas un seul instant ce que j'ai fait. Pour moi aussi ce combat avait de l'importance, figure-toi. Et si c'était à refaire, je n'hésiterais pas une seule seconde. En fait, combattre les Monstres de la Green Phoenix me semblait étonnamment facile, comme instinctif, en comparaison des problèmes de la vie de tous les jours je dois t'avouer. Tout compte fait, l'année qui s'annonce ne sera peut-être pas aussi fun que ça pour moi !

Silencieux, William se contenta de dévisager le visage aux longs cils tombants de l'adolescente à ses côtés, ses yeux habituellement teintés de nuances mauves colorés ce soir-là par la myriade de lumières explosives perçant à travers les carreaux qu'ils longeaient. Dans son inquiétude naïve à l'idée de retrouver sa vie de lycéenne quotidienne loin des mondes virtuels et de leurs batailles trépidantes, elle dégageait quelque chose d'étrangement captivant.

- Tu sais, plus j'y pense, et plus je réalise à quel point ton intervention a eu de l'importance dans mon rôle au sein de toute cette histoire, finit par lancer le jeune homme, incapable de contenir ce qu'il avait sur le cœur plus longtemps.

Surprise, Stéphane leva un regard interrogateur dans sa direction, constatant au passage que ses joues s'étaient légèrement empourprées à la lueur du clair de lune.

- Ce que j'essaye de dire, reprit-il, c'est que, depuis le début, tu es la raison pour laquelle je me bas. Tu es celle à m'avoir révélée que le Supercalculateur était rallumé. Celle à m'avoir tenue au courant de la situation et motivé à affronter mes peurs jusqu'à ce que je décide enfin de rejoindre le combat, celle à m'avoir assisté face à mes peurs profondes lors de mon retour sur Lyokô… Tu as tant fait pour moi, tellement plus que ce que Yumi, ou même Eva ont été en mesure de m'apporter à leur façon, jusqu'à m'aider à surmonter mon traumatisme… Sans toi, je ne sais pas où j'en serais aujourd'hui. Tu es une jeune femme étonnante, Stéphanie, vraiment.

Se sentant rougir sous l'avalanche de compliments, Stéphanie détourna négligemment le regard, les lèvres pincées d'embarras. La quiétude nocturne et leur solitude, à proximité du parc, commençaient à avoir un étrange effet sur le bas de son ventre, comme si chaque souffle de vent soulevait des milliers de feuilles mortes en elle qui venaient danser contre son abdomen, la chatouillant de l'intérieur en une agréable sensation d'apaisement.

William, involontairement sans doute, avait laissé sa main se rapproché de la sienne dans leur marche sans but, lui arrachant un frisson à chaque frôlement. Jamais, dans son souvenir, ne s'était-elle sentit si troublée qu'en cet instant précis.

- Je voulais juste t'aider, ce n'était pas grand-chose, tenta-t-elle de se justifier maladroitement, et puis, tu as fait la majeure partie du travail tout seul-…

Mais la fin de sa phrase fut brutalement coupée. Sans prévenir, sous le coup d'une folle impulsion, William s'était soudain penché vers elle, plantant un baiser fougueux contre ses lèvres.

Le cœur battant la chamade à lui rompre les côtes, la jeune fille, littéralement tétanisée et incapable de prononcer le moindre mot pour la première fois de sa vie, ne put que laisser l'adolescent aux cheveux noirs se détacher lentement d'elle, le visage écarlate.

- Je… Je suis désolé ! s'exclama William, lui-même sous le choc de ce qu'il venait d'accomplir, j'ai cru… J'ai senti… Le moment semblait approprié et…

Mais les mains aux ongles bariolés de Stéphanie s'étaient déjà refermées sur son visage, le coupant en plein élan justificatif. Dans ses grands yeux violets, semblaient luire toutes les étoiles du monde.

- Ferme-la et embrasse-moi de nouveau, lui ordonna-t-elle, submergée de bonheur.

Sans plus attendre, les deux adolescents, le sourire aux lèvres cette fois-ci, s'étreignirent en un nouveau baiser passionné, donnant enfin forme à leur désir enfoui depuis si longtemps.

Ils s'aimaient, tout simplement, et rien, pas même leur avenir incertain, et encore moins le souvenir de la Green Phoenix, n'auraient pu les priver de ce bonheur fou.

- Tu sais, finit par glisser William à l'oreille de l'élue de son cœur, lorsque leur baiser se fut quelque peu calmé et leurs mains plus étroitement liées, je pense que le Supercalculateur est doté d'une volonté propre.

- Qu'est-ce que tu entends par là ? s'étonna Stéphanie, l'esprit flottant sur un petit nuage de douceur.

- Je pense qu'il ne choisit pas ses combattants, ses « Lyokô-guerriers » au hasard, s'expliqua le jeune homme en raffermissant leur étreinte, ton arrivée à Kadic complètement arbitraire, les rêves qui m'ont permis, des années auparavant, de résister en partie aux Retours vers le Passé pour me conduire à rejoindre le groupe… Je suis persuadé que tout cela n'avait rien d'un heureux hasard… Peut-être qu'au fond, chacun de ces éléments se sont parfaitement imbriqués jusqu'à notre rencontre. Peut-être que le Supercalculateur savait, au fond de ses entrailles mécaniques, que j'étais voué à croiser ton chemin pour me sentir enfin complet.

- C'est une très belle théorie, souffla Stéphanie, apposant sa tête dans le creux de l'épaule musculeuse de son bien-aimé, submergée par le bonheur.

En vérité, peu lui importait les raisons ayant poussé William à lui accorder un semblant d'intérêt. Qu'il s'agisse d'une intervention du destin, d'un ordinateur quantique étrange au fond d'une usine poussiéreuse, ou d'un simple hasard, seule la finalité avait de l'importance au fond de son cœur, désormais gonflé de bonheur.
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Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 15:48   Sujet du message: Répondre en citant  
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La silhouette maussade et mince d'un adolescent aux yeux chaussés de lunettes venaient de s’asseoir sur l'une des rares chaises pliables restée libre dans la salle des fêtes, une moue dépitée étirant son visage fin.

Manifestement peu appréciateur de l'état d'esprit déchaîné de ses camarades de classe, Jérémie ne semblait guère disposé à rejoindre la piste de danse, se contentant de profiter de la soirée d'un regard lointain, à travers lequel ses pensées tortueuses semblaient s'emmêler en un tourbillon incessant.

Il revoyait encore l'icône représentant Taelia chuter droit vers la Mer Numérique avant d'y disparaître, arrachant un cri déchirant de douleur à Anthéa derrière lui.

« La balance enfin penchera, et la jeune femme périra ».

La prédiction de Mathieu aurait dû lui permettre d'anticiper une fin aussi tragique, mais l'urgence de la situation l'avait empêché de prendre en compte les bons éléments et à présent qu'il se tenait là, dans cette salle de bal des plus ordinaires plusieurs semaines plus tard, sa culpabilité semblait s'accentuer de plus belle.

- Et maintenant pour la première fois sur scène, résonna brusquement la voix Christophe M'bala, l'élève en charge de la musique pour cette soirée dont les dreadlocks pointaient dans tous les sens derrière son casque, je vous demande d'accueillir bien fort le nouveau groupe phare de notre école : Miss. Pück !

Un tonnerre d'applaudissements vint déchirer la salle tandis que les projecteurs venaient soudain illuminer la scène derrière le présentateur. Jérémie, qui n'avait pris part à la soirée qui par politesse jusqu'à présent, laissa enfin une pointe d'intérêt se lire sur son visage, redressant ses lunettes.

- Bonsoir à tous ! scanda Aelita à travers son micro, rayonnante dans son débardeur ornementé du logo de leur groupe, dessiné avoir soin par Mathieu, j'espère que vous profitez tous à fond de ces dernières heures au lycée pour vous éclater ! Sans plus attendre, voici notre premier morceau.

Et, après un ultime regard plein de confiance envers Odd et Eva derrière elle, tous deux vêtus d'un haut similaire au sien et parés de leurs instruments, l'air vaguement nerveux mais sincèrement heureux d'être présents sur scène, la jeune fille se tourna vers ses platines de mixage, laissant la musique démarrer avec force.

Le talent dont elle faisait preuve, maniant les remix et les sonorités du bout des doigts avec une adresse sans précédent tout en laissant sa voix d'une beauté sans pareil s'élever de son micro eut tôt fait de conquérir les étudiants, les englobant d'un rythme mystique et, très vite, la salle toute entière se mit à scander le nom du groupe, transportée.

Jérémie lui-même, fasciné par le spectacle de pure liberté qu'offrait la jeune fille à manœuvrer ses platines, comme en transe, se surprit à battre la mesure du pied lorsque les percussions d'Eva vinrent entamer les premières notes de la chanson « Break Away », tube internationalement connu des Ceb-Digitals.

Après une reprise rythmée du titre « Love Foolosophy », de Jamiroquai, et une tentative risquée d'Odd d'entamer le très controversé « Sous ma Couette », qui lui valut quelques éclats de rire, Aelita, le corps en sueur mais plus souriante que jamais, s'approcha du micro de nouveau.

A l'extérieur, la mince ligne orangée à l'horizon qui témoignaient encore de la fin de journée avait fini par disparaitre, signe de l'heure avancée, et Jérémie avait dû finir par céder sa place à une élève plus jeune, épuisée d'avoir tant dansée.

- Merci pour tout, scanda-t-elle à travers les haut-parleurs, avant de vous laisser ce soir, je tenais à interpréter une composition personnelle… Ou plutôt une continuité d'une chanson conçue par un groupe d'amis très chers, il y a des années de cela. J'espère que ces paroles aideront ceux qui nous quittent cette année à tourner la page de Kadic. Cette musique, je la dédie à mes chers amis, ma véritable famille, sans qui je ne serais rien aujourd'hui. Sans plus s'étendre en émotions, voici pour vous : « Mystery Girl ».

Le titre familier poussa Jérémie à relever la tête, intrigué. Peut-être n'était-ce que son imagination mais il lui semblait que, à travers la foule, que le regard d'un vert perçant d'Aelita venait de se poser sur lui.

Battant les baguettes entre ses mains, Eva entama les premières notes sur sa batterie, bien vite suivie par une entraînante mélodie à la guitare d'Odd. Une mélodie qui propulsa presque aussitôt Jérémie de nombreuses années en arrière lorsque, dans cette même salle, il avait écouté ses amis la performer pour la première fois.

Délicatement, Aelita vint saisir le micro entre ses doigts, les yeux mi-clos. Son visage, soudain bien plus calme qu'au début de leur arrivée sur scène, reflétait une nostalgie d'une puissance étonnante.

Sa voix, douce mais forte, empreinte de sentiments que jamais le temps n'avait su défaire, s'éleva alors à travers la salle, faisant frissonner l'intégralité du public sous ses harmonieux trémolos.


« Une fille mystérieuse, pas d'ici mais d'ailleurs

Elle voudrait faire le bonheur de cette planète curieuse

Un vrai mystère pour moi

Une love-affaire pour toi…

(Refrain) Oh, elle ne veut pas perdre pieds

Pourtant tout semble se dérober

Son cœur lui crie bien de s'enfuir

Mais son courage, elle le puise dans tes sourires.

Perdue entre deux mondes, elle voudrait oublier

Et dans une folle ronde, elle se met à danser

Une sérénade mortelle

Un monde à faire pour elle…

(Refrain) Oh, elle ne veut pas perdre pieds

Pourtant tout semble se dérober

Son cœur lui crie bien de s'enfuir

Mais son courage, elle le puise dans tes sourires.

En une douce étreinte, soudain vos mains se lient

Dépourvus de toute crainte, votre amour prendra vie

La porte enfin se clôt

Sur un chapitre nouveau…

Un univers si beau…»


- « Un Univers si beau… » répétèrent dans une même longue note mélancolique les trois membres du groupe, achevant de captiver l'assistance.

Petit à petit, les applaudissements se mirent à retentir à travers toute la salle, passionnels, tandis qu'Aelita remerciait leur public avec affect.

Jérémie, resté tétanisé durant toute la durée de la chanson, remarqua subitement qu'une coulée de larmes venait lui chatouiller la joue et s'essuya discrètement, le cœur battant la chamade, ses oreilles résonnant encore des notes mélodieuses de cette chanson si ancienne, composée par ses amis alors qu'ils n'étaient encore qu'au collège, comme en hommage à Aelita, encore coincée sur Lyokô à l'époque.

Comment une simple chanson avait-elle été capable de l'atteindre à ce point ?

Déjà, les membres de Miss. Pück laissaient casques et micros derrière eux, quittant la scène à reculons sous les acclamations survoltées de leurs camarades, tandis que la musique préenregistrée reprenait peu à peu le pas.

Sans trop parvenir à en saisir la raison, Jérémie se retrouva à se faufiler à travers la foule qui s'était remise à danser avec allégresse, de frayant un passage jusqu'aux petites marches de bois de l'estrade, où Aelita, Odd et Eva acceptaient avec plaisir la bouteille d'eau d'un élève de Terminale en charge de l'organisation de la soirée.

- Bravo, princesse, tu as tout déchiré ce soir ! s'exclamait le jeune homme au béret, le corps encore tremblant de l'exaltation causée par la scène, vous avez toutes les deux assuré ! Je m'en serais voulu que notre groupe n'ait pas l'occasion de jouer au moins une fois devant l'école.

- Moi aussi, admit Eva qui avait accepté, à titre exceptionnel, de reprendre son rôle à l'occasion de la soirée, à présent que ses différents avec son ex-petit-ami s'étaient quelque peu atténués, j'ai vraiment passé un très bon moment en votre compagnie.

Odd eut une petite moue triste à son attention. Depuis leur mémorable dispute sur Lyokô, les choses n'avaient cessés d'aller en s'arrangeant pour les deux adolescents et c'était presque une amie qu'il parvenait à percevoir désormais derrière le masque de fierté typiquement américain.

- Tu es sûre de ne pas vouloir rester encore un peu ? lui lança-t-il avec insistance, la soirée commence à peine, et Kadic a quand même été ton école pendant plus d'un an !

Mais la jeune fille aux cheveux blonds impeccablement laqués eut un hochement de tête négatif, résignée.

- Non, Odd, désolée, mais je risque de rater mon avion de ce soir si je m'attarde, trancha-t-elle en désignant de son menton affiné la lourde valise rouge qu'elle avait laissé aux bons soins des vestiaires, à l'entrée de la salle, c'est dingue de constater que dénicher un vol pour les États-Unis ait pu être aussi facile après la fin de notre ultime combat, plutôt que pendant toute la période où j'ai essayé de quitté la France avant cela.

L'adolescent coiffé de son béret eut un petit rire à demi désolé, haussant ses larges épaules couvertes de sueur.

- Peut-être que tous ces retardements avant l'attaque de la Green Phoenix avaient pour but de te maintenir parmi nous jusqu'au moment fatidique ! Après tout, sans toi, la situation aurait pu tourner à la catastrophe très facilement.

Il y eut un moment de flottement, durant lequel les deux adolescents ne purent que se sourire gauchement.

- Bon, je ne peux vraiment pas traîner ici plus longtemps, finit par lâcher Eva, après un ultime coup d'œil évasif à sa montre, je file à l'aéroport… N'oubliez pas de dire au revoir à William et aux autres de ma part !

- Ne t'inquiète pas, lui assura Aelita avant de l'enlacer dans une étreinte d'adieu, tu nous manqueras Eva… Passe un bon vol !

- Vous me manquerez aussi, avoua l'américaine à voix basse, se laissant aller à un bref moment de faiblesse avant de s'éclipser, non sans un ultime ample regard débordant de nostalgie à la vaste pièce.

Ces longs mois passés à Kadic resteraient gravés à sa mémoire à jamais, à n'en pas douter, et le retour dans son pays natal serait sans doute bien plus dur qu'elle ne l'avait imaginé.

Jérémie parvint enfin à écarter le groupe d'adolescentes en furie qui lui barrait la route au moment où Eva franchissait la porte de la salle des festivités, se laissant happer pour la dernière fois par l'obscurité de la nuit française.

Aelita, assise sur la première marche de l'estrade, reposa sa bouteille en le voyant approcher, le visage grave.

Sensible à la tension ambiante, Odd s'empressa de croiser ses doigts sous son menton, de confusion.

- Bon, je vais vous laisser tous les deux, affirma-t-il, vous avez sans doute beaucoup à vous dire !

Et, sans demander son reste, le jeune homme aux mèches violettes vint disparaître à travers la foule dansante, son béret caractéristique se mêlant rapidement au reste des coiffes farfelues arborées par ses camarades.

Derrière lui, ne restaient plus qu'Aelita et Jérémie en tête à tête, tous deux le regard à la fois fuyant et mortifié.

- Tu as très bien joué ce soir… ! ne put que lâcher Jérémie, mal à l'aise, surtout ta dernière reprise. « Mystery Girl »… Vraiment poignant !

- Merci, murmura l'adolescente en rougissant, peu habituée à voir le jeune homme la complimenter sur sa passion, je suis contente qu'elle t'ait touchée toi, tout particulièrement. En fait, j'aurais souhaité discuter un peu avec toi en privé, si tu veux bien ?

Pris par surprise, l'adolescent ne trouva rien de mieux à faire que d'acquiescer, se laissant docilement entraîner jusqu'aux coulisses de la scène, à l'écart des bruits et lumières de la fête.

- Je pense que ce n'est pas une surprise pour toi, lâcha Aelita une fois qu'ils furent à l'abri d'une petite salle remplie d'accessoires en tous genres et curieusement bien insonorisée, mais ma mère et moi comptons déménager d'ici la reprise des cours en septembre. En partie parce que le gouvernement nous l'impose, après le coup en douce qu'on leur a fait en reprenant possession du Supercalculateur, mais surtout parce que vivre ici, dans cette ville pleines de souvenirs douloureux, commence à devenir trop difficile pour ma mère.

Le jeune homme aux lunettes, qui s'était effectivement plus ou moins préparé à une telle annonce, ne put contenir l'insurmontable tristesse qui vint s'épandre au fond de son cœur à ces paroles, et dut faire mine de s'adosser contre une pile de cartons pour dissimuler son air soudain abattu.

Aelita, occupée à ranger une série de disques dans une étagère en hauteur, ne remarqua rien à ses états d'âme.

Lorsqu'elle parvint à se retourner de nouveau vers Jérémie néanmoins, son visage, si fort et confiant d'ordinaire, semblait s'être décomposée sous l'effet de la mélancolie.

- Jérémie, murmura-t-elle d'une voix très différente de celle, pleine d'assurance, avec laquelle elle avait l'habitude de s'adresser à lui, comme légèrement fissurée, il y a beaucoup de choses que je dois t'avouer, mais avant tout cela, avant mon départ, je voulais parler de quelque chose que j'ai cru bon de garder au fond de mon cœur pendant bien trop longtemps, par peur de paraître vulnérable, sans doute.

Peinant à suivre son discours, Jérémie constata soudain que la jeune fille aux cheveux roses venaient de tirer quelque chose de la poche de son short. Un long rectangle de papier froissé par le temps dont l'aspect jauni ne pouvait que lui être familier.

- Notre tirage du photomaton… souffla-t-il, incrédule.

Aelita eut un hochement de tête coupable, ses doigts légèrement tremblants autour du papier glacé.

- Mathieu l'a récupéré après ton départ et… Je n'ai pas eu le courage de m'en séparer depuis, avoua-t-elle, c'était pourtant la cause de notre séparation.

- Aelita, je veux que tu saches avant toute chose que je suis désolé, se permit de lancer Jérémie avec emphase, je sais que conserver une telle photo pouvait être dangereux pour nous comme pour le continuum espace-temps ! Et…

- Ce n'est pas la réelle raison pour laquelle je me suis montrée si furieuse face à cette photo, le coupa-t-elle, dévoilant enfin la vérité au grand jour, bien sûr, son existence même était dangereuse, mais c'était plutôt ce qu'elle m'évoquait qui m'a poussé à te quitter à ce moment précis.

Sans comprendre, le jeune homme eut un haussement de sourcils incrédule. Il lui semblait que l'image qu'il s'était faite de la jeune fille face à lui depuis son départ précipité de Kadic s'étiolait de minute en minute, reflétant peu à peu une toute autre personne.

- La vérité, reprit-elle, la voix pleine de douleurs, c'est que le sourire… L'innocence dont on faisait preuve à cette époque sur cette photo, lors de notre première rencontre en chaire et en os n'avait plus rien à voir avec la relation que l'on entretenait depuis des mois. Tu étais devenu distant, presque fuyant, et moi infiniment plus cynique. J'ai réalisé, en voyant cette photo, que ces deux enfants si amoureux l'un de l'autre étaient morts depuis longtemps. C'est en partie pour cette raison que je me suis résolue à prendre la douloureuse décision de nous séparer. Parce que notre amour d'antan n'était plus.

Les paroles d'Aelita eurent un effet dévastateur sur Jérémie qui, cette fois-ci, ne put empêcher sa vision de se voiler sous les larmes qui lui montaient, irrépressibles à présent. Il avait tant été sous pression ces derniers temps que cette discussion semblait l'achever, poussant de force à la lumière du jour ses sentiments douloureux longtemps contenus.

Mais, alors qu'il se sentait sur le point de flancher, les jambes faibles, une étreinte douce vint soudainement l'arracher à sa douleur, dans un hoquet de surprise de sa part. Aelita, à son grand étonnement, venait de se jeter à son cou, le pressant doucement contre son cœur, ses propres larmes coulant de ses yeux verts jusqu'au creux de son cou maigre.

- Ce que je voulais dire, reprit-elle, faisant de son mieux pour passer outre leur évident bouleversement respectif, c'était que j'avais été stupide. J'étais en plein déni du temps qui passait à l'époque, et je le suis encore aujourd'hui. J'essaye de me rattacher à ces minuscules moments de bonheur qui ne sont plus que de vagues souvenirs aujourd'hui et je passe mon temps à m'appesantir sur le passé sans prendre la peine de profiter de ce que la vie m'offre aujourd'hui et maintenant. Cela, je l'ai réalisé plus que jamais lors de notre combat final, lorsqu'Angel a confronté ma demi-sœur.

- Qu-Qu'est-ce que tu veux dire ? bafouilla Jérémie, incapable de s'arracher à son étreinte, malgré toute sa bonne volonté. En cet instant précis, il ne se sentait en sécurité qu'entre les bras de la jeune fille dont les longs cheveux roses lui chatouillaient le visage avec délicatesse.

Elle eut une profonde respiration, ravalant ses larmes naissantes à grand peine avant de répondre, d'une unique et longue tirade, plantant le vert de ses yeux dans les lunettes de son interlocuteur :

- Nous ne sommes plus les mêmes personnes que lors de notre rencontre, c'est une évidence, asséna-t-elle, tu as suivi ton chemin, j'ai adopté le mien… Nous avons changé pour le meilleur comme pour le pire, mais il y avait une constance entre nous. Une chose que j'ai toujours pu constater mais que j'ai choisi de mettre de côté par égocentrisme, ou parce que j'ai fini par y voir une « distraction » dans cette mission insensée que je m'étais fixée. Mais au fond, ce qui comptait réellement, et plus que tout, c'était que tu n'avais jamais cessé de m'aimer durant tout ce temps, en dépit de nos différences croissantes, comme je n'ai jamais cessé de penser à toi, même après ton départ de l'école. Jérémie, j'ai choisi de gâcher notre amour par peur de l'avenir, et je le regrette aujourd'hui alors… Alors, si tu me l'autorises, bien entendu, et si tu parviens à me pardonner, je voudrais repartir avec toi sur de nouvelles bases saines, et reconstruire ce lien si cher à mes yeux qui nous uni à travers le temps, à travers nos changements. Je t'aime, Jérémie, et je ne cesserai jamais de t'aimer. Tu es mon sauveur, ma famille la plus proche après ma mère… Mon ami. En bref, je ne veux plus m'empêcher de vivre pour une chose qui n'a jamais été de mon ressort, et j'ai choisi d'admettre pleinement les sentiments que je ressentais pour toi. Voilà pour ce que j'avais à te dire… Je t'aime, Jérémie, tout simplement. Et je te demande pardon pour le tord que je t'ai causé.

Il y eut un long moment de silence, durant lequel les lèvres de l'adolescente se mirent à trembler d'émotion d'une manière incontrôlable. Puis, soudain, elle se sentit tirée vers l'avant, son souffle happé tandis que son cœur s'emballait au creux de sa poitrine compressée contre celle de celui à qui elle devait tant. Dans une explosion de bonheur et de soulagement mêlés, Jérémie venait de l'embrasser avec fougue, liant leur deux corps en un baiser si sincère qu'il suffit à panser tous les restes de rancœur entre eux deux. En l'espace d'une fraction de seconde, l'espace et le temps s'évanouir, les libérant de leurs chaînes dans un instant d'ultime félicité.

- Je t'aime aussi Aelita, murmura Jérémie, incapable de se contrôler plus avant, et je ne veux pas te perdre non plus. Je sais que je peux être difficile par moments, mais je sais aussi que cela peut fonctionner entre nous si on fait l'effort d'essayer et de laisser nos sentiments grandir en même temps que nous. Alors, parce que je pense que ce lien qui nous unit est la chose la plus importante en ce monde, je suis prêt à essayer, si cela te va à toi aussi. Tu es l'amour de ma vie depuis ce premier soir où tu es apparue en face de moi sur un écran, Aelita, et tu le resteras jusqu'à la fin de mes jours.

Fous d'un bonheur enfin retrouvé, les deux adolescents passèrent un long moment à se dévisager l'un l'autre, savourant simplement le plaisir de pouvoir dévorer des yeux la courbe parfaite du visage de leur seconde moitié sans sentir la moindre trace de pudeur au creux de leur cœur. Cette liberté intense, ils ne l'avaient plus ressentie depuis bien trop longtemps pour s'autoriser à s'en priver ne serait-ce qu'une seule seconde.

- Je voudrais que tu me suives dans mon déménagement, finit par avouer Aelita après un nouveau baiser, plus doux et tendre, je sais que c'est beaucoup te demander après un tel discours, mais j'ai besoin de toi une fois de plus, Jérémie… Est-ce que tu es prêt à m'écouter ?

Hochant la tête, l'adolescent eut un sourire. Prêt à l'écouter, il l'était réellement pour la première fois depuis bien longtemps.


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Entraîné par la musique, Odd laissait ses ennuis et ses problèmes quitter sa tête à chaque nouveau déhanché déchaîné jusqu'à ce que ne reste plus que l'enivrement de la danse et de ses pas endiablés au centre de ses camarades. Le bal du lycée était à son apogée et il se sentait prêt, en dépit de la performance physique plus qu'éprouvante qu'il venait de donner durant son concert, à libérer son corps de la sorte jusqu'au bout de la nuit.

Son béret, pour être tombé au sol depuis longtemps sous ses mouvements proches d'une véritable transe, laissait ses cheveux blonds et teints valser en longs pics colorés sous les ampoules aux lueurs vives, projetant de fantasques reflets à leur surface erratique.

Subitement, alors que la nature de la musique se calmait lentement, virant petit à petit du rock endiablé à un slow envoûtant, son regard d'un gris perlé vint s'accrocher sur une tâche auburn, émergeant de la foule compacte. Les grands yeux bleus de Mathieu, intimidés par les élèves déchaînés autour de lui, venait néanmoins de franchir un premier pas vers lui, pénétrant enfin dans la salle du bal.

Gauche et naïf, le jeune homme avait tenté de se laisser aller à quelques mouvements de danse aléatoire, plus ridicules qu'autre chose. Pourtant, ce fut ce côté décalé qui eut raison du cœur, déjà bien affaibli par la musique, d'Odd. Jouant des coudes avec habileté, il vint se glisser jusqu'à la silhouette menue de Mathieu, un sourire aux lèvres, accentuant ses déhanchés, de plus en plus lents, suivant le rythme de la chanson qui emplissait à présent la vaste pièce.

Sans même qu'ils ne le réalisent, les corps des deux adolescents s'étaient instantanément rapprochés, comme attirés l'un l'autre sous l'effet d'un aimant, leurs mouvements se calquant peu à peu l'un sur l'autre dans un collé-serré sensuel et osé qu'ils ne se seraient sans doute jamais permis dans d'autres conditions.

Autour d'eux, la piste de danse semblait s'être légèrement dégagée, leur laissant tout le loisir de noyer leur regard respectif dans celui de l'autre, ciel d'azur et perle grise se mêlant en un indicible océan rempli d'une passion de plus en plus ardente, à mesure que les secondes s'écoulaient et que leurs souffles, brûlants, se rapprochaient.

Malgré lui, Odd sentait le contrôle de son corps lui échapper, plongeant son esprit dans un état second tandis qu'il penchait doucement son visage à la barbiche blonde vers celui, désormais empourpré, d'un Mathieu pourtant plus libéré que jamais.

- Odd… murmura-t-il, peinant à aligner deux pensées rationnelles, hypnotisé par les mouvements de l'adolescent si irrésistible face à lui, je voulais…

- Tais-toi… lui intima doucement le jeune homme, laissant ses bras musclés enlacer sa taille fine, sans réfléchir un seul instant à l'impact de ses gestes.

N'importait plus désormais, aux yeux des deux adolescents transis d'amour, ni le bal douloureux de l'hiver passé, ni les regards jaloux glissés en coin vers Angel. Seuls eux deux comptaient à présent, et le reste du monde pouvait tout aussi bien disparaître.

Lorsqu'ils lièrent leurs lèvres, presque comme dans une évidence, l'idée même que l'on puisse les dévisager avec dégoût ne leur traversa pas l'esprit un instant. L'un comme l'autre avaient attendu trop longtemps cet instant de pur délice entre eux et rien, ni personne – pas même leur passé – ne pouvait venir gâcher ce moment parfait. Au diable les labels ! Ne comptait plus que leur baiser et leur passion grandissante, enfin libérée de tout complexe.

Comme dans un rêve, Mathieu se laissa entraîner hors de la salle de bal si bruyante et surpeuplée pour rejoindre la fraîcheur silencieuse de l'extérieur avant de gravir quatre à quatre les marches menant aux dortoirs des garçons, plongés dans le noir à cette heure tardive. Sa main, à aucun instant, ne vint lâcher celle d'Odd devant lui, dont le sourire semblait déchirer l'obscurité.

Lorsque la porte de la chambre double qu'il partageait avec Ulrich s'ouvrit avec violence sous la clef, légèrement tremblante, de son compagnon, un soupçon de culpabilité vint néanmoins freiner Mathieu un bref instant, soucieux.

- Et si ton coloc' débarque ? murmura-t-il avec gêne, laissant son petit-ami le dévorer de baisers au creux du cou dans un frisson d'extase qu'il ne put réprimer.

- On s'en fiche royalement, répondit Odd d'un ton taquin avant de le plaquer subitement contre le mur, l'embrassant cette fois à pleine bouche afin de couper court à toute nouvelle éventuelle objection.

Baissant les armes, Mathieu lui rendit son baiser avec plus d'intensité encore, laissant sa langue explorer de nouvelles sensations plus enivrantes les unes que les autres, paralysant totalement la partie rationnelle de son esprit.

En un éclair, les deux jeunes hommes se retrouvèrent allongés sur l'un des lits, Odd haletant de plaisir à peine refoulé au dessus de Mathieu, les muscles de ses bras et de son torse plus saillant que jamais à travers son débardeur moulant, une bosse de plus en plus marquée venant mouler son jean juste en dessous de la ceinture.

Incapable de résister à ses pulsions, il vint aider Mathieu à ôter son T-shirt, puis son pantalon, appréciant d'un regard gourmand chaque parcelle de son corps mince et finement ciselé avant d'ôter son propre haut, laissant ses propres muscles épais rouler à la lueur de la lune. Aucun des deux adolescents n'était en mesure de prononcer le moindre mot à présent, trop fasciné par la découverte du corps de l'autre dans ses moindres détails pour oser rompre cet instant magique.

Roulant contre les draps froissés, leurs pieds entremêlés en une étreinte si étroite que leurs deux êtres auraient tout aussi bien pu ne faire plus qu'un, Odd et Mathieu se laissèrent aller à un nouveau baiser, plus passionné encore que le précédent, les libérant à bout de souffle.

Mais, alors que la main taquine du blond venait se glisser avec extase sous le caleçon serré de sa victime, tout deux s'arrêtèrent soudain net, le regard légèrement confus.

- C'est… Embarrassant, marmonna Odd, dissimulant sa gêne derrière un petit rire, je n'ai absolument aucune idée de ce que je suis sensé faire maintenant, en réalité ! Je n'ai… Je veux dire… J'ai déjà souvent imaginé ça, mais m'y retrouver vraiment pour la première fois… !

- C'est… Un peu pareil pour moi à dire vrai, avoua Mathieu dans le même ricanement honteux, peut-être que, je devrais… Tu sais… Commencer par…

Son regard fit un bref aller-et-retour entre l'irrésistible visage de son petit-ami et la bosse nettement visible sous son jean avant de s'empourprer de nouveau, moite de gêne.

Il y eut un bref instant de silence, durant lequel chacun des deux jeunes hommes sembla peser le pour et le contre des choix qui s'offraient à eux pour le reste de la marche à suivre. Puis, laissant un grand fou rire s'échapper de ses lèvres, Odd se laissa brusquement tomber son Mathieu, l'ensevelissant sous son poids avant de l'enlacer tendrement, déposant un léger baiser contre sa joue toute rouge.

- Tu sais, on n'a pas besoin d'aller trop loin dés la première fois, suggéra-t-il au grand soulagement du jeune homme entre ses bras musculeux, laissons faire le temps ! Après tout, on n'a que dix-sept ans, et la vie nous sourit ! Rien ne sert de se presser pour ce genre de choses.

Reconnaissant, Mathieu vint planter un dernier baiser sur les lèvres douces d'Odd avant de se lover contre son torse, le cœur gonflé d'amour. Plus que jamais, entre ces deux bras, il se sentait enfin chez soi et protégé.

Lors de leur ultime combat contre Taelia, tandis que, sous sa brusque impulsion, le Cœur de Lyokô était venu trouver refuge au sein d'une de ses armes, il n'avait pas hésité bien longtemps avant de confier sa protection à l'être auprès de qui il s'assoupissait doucement désormais, bien au chaud contre son torse nu. Angel était plus près de lui pourtant, à ce moment-là, mais son corps avait semblé agir d'instinct, comme pour enfin lui dévoiler ce que ses sentiments lui dictaient depuis de longues semaines.

Il réalisait à présent qu'à cet instant précis où la bille de métal avait fusé de sa main gantée pour rejoindre les griffes d'Odd, ce n'était pas seulement le Cœur de Lyokô, qu'il avait choisi de lui confier, mais également le sien.

Désormais, et à présent que tout danger était écarté, plus rien -il en avait l'intime conviction- ne pourrait les séparer.


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Le vrombissement d'un téléphone au niveau de son pied vint tirer Mathieu de son profond sommeil empli de douceur au moment où les premiers rayons du jour venaient filtrer à travers les persiennes de la chambre.

Blottis l'un contre l'autre à se câliner amoureusement, Odd et lui avaient fini par s'endormir paisiblement, un doux sourire couvrant leur visage respectif.

Les yeux encore embués de sommeil, Mathieu parvint à se glisser hors de l'étreinte de son nouveau petit-ami, encore profondément plongé dans les bras de Morphée à en juger les ronflements sonores qui s'échappaient par moment de sa bouche légèrement entrouverte.

Tirant son portable du jean qu'il avait laissé traîner en vrac par-dessus le reste de leurs vêtements et des draps du jeune homme, l'adolescent aux cheveux auburn dut froncer les sourcils un moment avant de parvenir à émerger suffisamment de ses rêves embrumés pour déchiffrer son message matinal. A sa grande surprise, Aelita venait de le contacter, lui donnant rendez-vous le plus tôt possible à l'usine.

Étonné par cette requête inattendue dés le premier jour des vacances d'été, Mathieu tourna le regard vers le lit adjacent sur lequel un Ulrich en sous-vêtements était affalé, un air paisible habitant son visage endormi. Manifestement, les retrouver enlacés dans sa propre chambre à la fin de la soirée ne l'avait pas plus dérangé que cela.

Précautionneux, Mathieu rédigea une courte réponse à l'adresse de la jeune fille aux cheveux roses avant de commencer à réunir ses affaires, veillant bien à faire le moins de bruits possibles pour ne pas réveiller les deux colocataires, une petite bulle de bonheur venant soulever son cœur à chaque fois que son regard se posait par hasard sur la silhouette endormie d'Odd à ses côtés.

Un grognement ne tarda cependant pas à s'échapper du jeune homme en question lorsqu'il fit mine de renfiler son T-shirt et, dans un sourire, il se sentit à nouveau happer en arrière, un léger baiser venant se planter contre son cou en guise de bonjour.

- Tu pars déjà ? s'enquit Odd, la voix encore à demi-ensommeillée.

- Oui, désolé, crut bon de s'excuser Mathieu, rendant à son petit ami son embrassade avec les intérêts, Aelita veut me voir le plus vite possible apparemment…

- Oh oui, ça ! réagit l'adolescent en se laissant de nouveau tomber contre son oreiller, peinant à retrouver toute la lucidité de l'éveil en cette heure matinale, elle m'en a parlé hier soir, c'est assez important, effectivement. Appelle-moi quand tout sera réglé et que tu auras pris ta décision, surtout. Je t'attendrais.

Surpris par les paroles énigmatiques du jeune homme, Mathieu préféra ne pas lui en demander plus et, après un dernier léger baiser sur le dessus de son crâne, l'adolescent quitta la chambre, une sensation de bonheur telle qu'il n'en avait encore jamais connue dansant en lui avec légèreté.


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Lorsqu'il atteint enfin la salle de contrôle du Supercalculateur après une bonne douche bien méritée, une longue demi-heure plus tard, Aelita l'attendait déjà depuis le siège pivotant de l'usine, l'air aussi fraîche et reposée que lui-même.

- Ah, te voilà ! l'accueillit-elle avec un ton joyeux inhabituel, laissant présager que, pour elle aussi, la nuit du bal avait été riche en moments agréables, suis-moi en Salle des Scanners, vite ! Il y a quelque chose que je dois te faire partager.

A l'écran en face de l'adolescente, une série de chiffres défilaient à toute allure, tel un décompte, annonçant un Virtualisation Différée imminente.

Sans oser réagir en dépit de la multitude de questions tourbillonnant dans son esprit, Mathieu choisit de lui faire confiance malgré tout et vint descendre les échelons menant à la pièce inférieur à sa suite, quitter la lueur verdâtre du laboratoire pour rejoindre l'or apaisant et bourdonnant des caissons de numérisation.

- Je t'expliquerai tout une fois sur la Fusion, lui promit Aelita en prenant elle-même place dans un Scanner comme pour lui montrer l'exemple, un sourire rassurant sur le visage, à tout de suite !

- Tu n'étais pas sensée ne plus avoir le droit d'approcher le Supercalculateur maintenant ? questionna simplement Mathieu en guise de réponse, dissimulant son amusement derrière un haussement de sourcil circonspect.

Sans un mot, Aelita se contenta d'un clin d'œil avant de disparaître derrière les portes de son Scanner qui venaient de coulisser devant elle, bien vite suivies par celles du caisson dans lequel Mathieu s'était installé.

L'habituel cerceau de lumière auquel il avait fini par s'acclimater vint l'analyser de pieds en cap tandis que le programme de Virtualisation se lançait de manière automatique au sein de la pièce supérieure. Un instant plus tard, un vif flash éblouissant vint fuser des parois, réduisant le corps physique de Mathieu à l'état de milliers de particules numériques, précipitant presque aussitôt son esprit droit vers ce qu'il restait de la fusion improbable entre Lyokô et Endo, miraculeusement stabilisée par les soins d'Angel.


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Lorsqu'il reprit forme sous son habituelle apparence encagoulée évoquant un lapin, chutant de plusieurs mètres avant d'atterrir au sol souplement, ce fut pour se retrouver sur un paysage bien différent de celui qu'il avait laissé derrière lui lors de son dernier combat.

Les cieux déchirés par la Faille avaient fini par panser leurs blessures et la Mer Numérique, autrefois noire et déchaînées, clapotaient désormais paisiblement en contrebas, illuminée d'une teinte ocre prononcée évoquant un soleil couchant.

Sous ses pieds, le plateau mêlant autrefois cubes sombres et corail pâle semblait gagner petit à petit en superficie, mélangeant ses composants en ce qui prenait petit à petit la forme d'harmonieux sentiers nacrés.

- Magnifique, n'est-ce pas ? lança la voix familière d'Aelita dans son dos, ce monde virtuel issu de la Fusion entre Lyokô et Endo est désormais capable de se développer de lui-même, prenant peu à peu une forme de plus en plus tangible au sein de l'univers quantique généré par les deux Supercalculateurs. Je pense que jamais mon père n'aurait pu oser imaginer cela dans ses rêves les plus fous.

La jeune fille avait recouvré son apparence d'elfe aux grandes ailes roses, néanmoins une marque discrète en forme de symbole de XANA demeurait comme gravée sur son front depuis son osmose avec le Cœur de Lyokô. Sans doute en avait-elle conservé involontairement quelques attributs lorsque Jérémie l'en avait brutalement séparé.

- Ce n'est pas trop dur pour toi de te retrouver ici ? s'enquit l'adolescent, soucieux, après tout, c'est ici qu'Angel a fait tomber ta sœur dans la Mer Numérique.

Aelita eut un regard mélancolique, perdu dans les flots calmes de l'océan au sein desquels Taelia avait disparue, engloutie définitivement sous la forme de données disparates à jamais perdues dans le Réseau.

- Il n'avait pas d'autre choix, affirma-t-elle comme si elle tentait de se convaincre, ses grands yeux verts emplis de tristesse, elle était devenue incontrôlable, et rien d'autre n'aurait pu l'empêcher de chercher à mettre la main sur le Programme Carthage d'une façon ou d'une autre, même une fois dévirtualisée. Au final, il nous a rendu un grand service à tous, même si son geste était loin d'être anodin, bien entendu.

Chassant ces sombres souvenirs de son esprit, l'elfe rose fit quelques pas en avant le long du sentier en pente douce, invitant Mathieu à la suivre d'un geste de la main. Déjà, à travers la brume de pixels numérique, le nouveau Cœur bâti au centre de la Fusion se profilait, matérialisé par la gigantesque Tour au mystérieux halo d'or, dont la puissance semblait suffisante pour maintenir le monde numérique tout entier intact.

- Pourquoi m'as-tu vraiment fait venir ici ? finit par lâcher Mathieu, incapable de conserver ses questions pour lui-même plus longtemps, tout est fini avec la Green Phoenix, pas vrai ? Est-ce qu'éteindre notre Supercalculateur ne serait pas plus sage dans ce cas ?

- Si seulement, soupira la jeune fille, mais cet univers virtuel dépend à présent de deux ordinateurs quantiques distincts… Comment savoir ce que l'extinction de l'un d'entre eux pourrait entraîner ? C'est en partie la raison pour laquelle j'ai cru bon de te faire venir ici ce matin. Suis-moi.

Intrigué à présent, le jeune homme aux oreilles de lapin calqua ses pas sur ceux d'Aelita jusqu'à atteindre avec elle la plateforme centrale de l'univers en pleine expansion. Déployant ses racines dans toutes les directions, la Tour unique dont la surface noire venait trancher l'ocre du ciel les surplombait de toute son impressionnante hauteur.

Sans l'attendre, l'elfe rose vint en traverser la paroi, laissant une traînée de cercles d'or dans son sillage. Inspirant profondément, l'adolescent suivit son exemple, laissant l'édifice l'engloutir derrière ses parois circulaires.

L'intérieur de la Tour, d'un calme olympien, n'avait rien à voir avec ceux qu'il avait eu l'occasion de côtoyer sur Lyokô, ou même sur Endo.

A peine avait-il fini de traverser le mur, que ses pieds se posaient sur la première marche d'un escalier de lumière jaune sous la forme d'une mince plaque isolée. Mises bout à bout, chacune de ses consœurs dessinait un chemin en colimaçon venant se perdre vers le sommet plongé dans l'obscurité apaisante de la Tour.

Quelques marches au dessus de lui, Aelia l'attendait, ses jambes battant doucement l'air au dessus du vide vertigineux, rompu seulement de quelques chiffres d'or remontant le long des parois d'un noir profond.

- Ma mère et moi comptons quitter la Ville de la Tour de Fer dans le courant de l'été, avoua-t-elle enfin, son visage attristé affichant un sourire de façade à travers la pénombre, trop de mauvais souvenirs pour elle… Trop de problèmes avec le gouvernement également. Il s'agit plus d'une obligation que d'un choix, vraiment.

- Tu… Comptes quitter Kadic ? comprit l'adolescent, sous le choc, gravissant rapidement les quelques marches les séparant, c'est impossible…

Pourtant, et en dépit de la peine qui commençait à enserrer son cœur sous son cruel étau, ce fut un hochement de tête positif qui vint lui répondre.

- Odd est déjà au courant depuis hier soir, expliqua-t-elle, ça n'a pas été facile à digérer pour lui, mais c'est pour le mieux au final. Un nouveau chapitre se tourne pour nous. Par ailleurs, Yumi et William viennent de finir leurs années d'étude au lycée et Eva doit déjà avoir atterri aux États-Unis à l'heure qu'il est. J'ai aussi cru comprendre qu'Ulrich était forcé de déménager du fait du divorce de ses parents pendant la soirée… Au final, le groupe des Lyokô-guerriers semble se dissoudre de lui-même de nouveau, maintenant que toute menace directe est écartée. Ce qui m'amène à toi, directement.

Se redressant sur ses pieds, Aelita entreprit de reprendre son ascension, poussant le jeune homme sous le choc à la suivre à petits pas vifs.

- « Menace directe » ? releva-t-il malgré lui, écartant à grand peine de son esprit l'écrasante réalité du départ prochain de ses seuls véritables amis depuis longtemps, tu penses donc que tout n'est pas encore terminé, n'est-ce pas ?

Grave, la jeune fille eut un nouveau hochement de tête coupable. Au dessus de leur tête, commençait à se découper la silhouette circulaire d'une sorte de plateau hexagonal : leur arrêt final, sans nul doute.

- Ma demi-sœur n'a pas disparu à proprement parler en tombant dans la Mer Numérique, expliqua-t-elle en continuant à gravir, marche après marche, la Tour forgée par Angel, elle a été réduite à l'état de conscience virtuelle, impossible à rematérialiser sans une procédure complexe, à peine humaine désormais, mais elle est belle et bien vivante, quelque part dans le Réseau, envahie par la fureur qu'elle éprouve contre nous et notre monde… Une intelligence numérique pas si différente de celle qu'était XANA dans ses premiers jours, en quelques sortes. Qui plus est, elle est loin d'être impuissante ! Lorsqu'Angel l'a précipitée dans la Mer Numérique, elle était en possession d'une sorte de copie des Clefs de Lyokô, à ce que j'ai cru comprendre. Et en temps que créatrice d'Endo, je ne serais pas surprise qu'elle en possède quelques codes sources également au fond de son esprit.

Épouvanté, Mathieu dut stopper son ascension entre deux marches, les sourcils arqués en une expression de compréhension horrifiée.

- Tu penses que Taelia pourrait être devenue une nouvelle forme de programme meurtrier, comme XANA avant elle, et qu'elle serait en mesure d'agir sur la Tour des mondes virtuels fusionnés pour s'en prendre à nous sur Terre ou pour prendre le contrôle du Projet Carthage, c'est ça ?

A travers le ton de sa voix, l'espoir que toutes ces suppositions n'étaient rien de plus qu'une terrible erreur de sa part perçait encore. Un espoir rapidement réduit à néant par le regard grave de l'ange aux ailes roses au dessus de lui.

- Mais… C'est terrible ! s'exclama Mathieu, gravissant cette fois les marches quatre à quatre pour rejoindre son amie, déjà presque au niveau du plateau supérieur, il faut faire quelque chose ! Et puis, si tu pars de Kadic, qui pourrait utiliser le Code Lyokô pour la contrer si elle venait à s'en prendre à nous ?

- Ne t'en fais pas, lui intima la jeune fille, pour l'instant, nous ne parlons que de suppositions, et même mon père, une fois prisonnier du Réseau, a eu besoin de plusieurs années avant de parfaire le contrôle de ses incroyables pouvoirs numériques. Même si danger il y a, ce dernier ne serait pas effectif avant un petit moment… Ce qui nous laisse le temps de nous y préparer ! Parlons de mesure préventive, au cas où, plutôt que de réelle perspective d'un nouveau combat, si tu veux bien.

Enfin, les deux adolescents étaient parvenus à la plateforme d'or au sommet de la Tour et Mathieu ne put retenir un sifflement impressionné. Ciselé dans ce qui ressemblait au cristal le plus pur, le Cœur de la Fusion flottait en son centre, baignant l'habitacle de sa lueur proche de celle d'un doux soleil. Sur ses pourtours, deux interfaces venaient s'opposer, l'une d'un bleu translucide et l'autre d'un vert opaque, uniques témoins de ce qui avait autrefois constitué Lyokô et Endo.

- Tu ne m'as pas demandé où je comptais déménager après Kadic, fit remarquer Aelita en s'avançant vers le centre, ses ailes graciles ondulant doucement dans son sillage, le symbole de Lyokô, mince et luminescent, plus visible que jamais à la surface de son front, la réponse devrait te mettre sur la voie de notre plan. Ma mère et moi comptons nous installer à la campagne et m'inscrire à une certaine Académie Stendhal, un lycée pour surdoués dont le nom, je crois, ne t'es pas inconnu.

L'ancien lycée de Jérémie dans lequel Taelia avait séjourné et où lui et Angel avait dû, l'espace d'une nuit terrible, prendre refuge temporairement. Aussi, l'un des lieux les plus proches du bunker secret abritant la base, désormais probablement déserte, de la Néo Green Phoenix. Petit à petit, les pièces du puzzle venaient s'assembler dans l'esprit de Mathieu.

- Vous pensez pouvoir accéder au monde virtuel depuis les restes de leur Supercalculateur, raisonna-t-il avec soulagement, comprenant que la jeune fille était loin d'être déterminée à laisser le combat derrière elle, mais… Quel intérêt exactement ? Il n'y a rien de plus là-bas par rapport à l'usine, à part…

La voix de l'adolescent aux oreilles de lapin mourut dans sa gorge alors qu'il comprenait enfin où Aelita souhaitait en venir depuis tout ce temps.

- C'est exact, affirma la jeune fille, suivant son train de pensée, l'ancien repère de la Green Phoenix contient le scanner utilisé par Taelia pour se virtualiser sur nos deux mondes numériques en Fusion. Si l'on veut espérer pouvoir la retrouver un jour et l'arrêter avant qu'elle ne soit en mesure de faire plus de dégâts, on ne pourra le faire que depuis là-bas. Jérémie est d'accord avec mon idée et pense, par ailleurs, emménager avec moi au lycée Stendhal. Il s'y est déjà illustré par ses résultats, alors cela devrait faciliter notre admission, même si cela signifie pour lui quitter Kadic à son tour…

Un rosissement aurait pu prendre possession des joues de l'elfe virtuelle si son avatar avait été en mesure de rougir. Assimilant avec difficulté les dernières informations que venait de lui asséner l'adolescente, Mathieu hocha lentement la tête, lourde de pensées.

- Alors c'est officiel, lâcha-t-il enfin, vous allez tenter de retrouver Taelia dans Réseau ? Et pour faire quoi avec elle une fois repérée ? La détruire ou… La ramener sur Terre, peut-être ?

Retenant un soupir, la jeune fille vint clore ses paupières, un air paisible sur son visage nimbé des doux reflets de soleil liquide étincelant depuis les facettes du Cœur de cristal.

- Je veux croire qu'il y a toujours un espoir d'apaiser sa colère contre l'injustice face à laquelle elle a dû se battre toute sa vie. Après tout, elle reste ma demi-sœur… Et puis, en dépit de tout le mal qu'elle a pu nous causer, je ne peux ignorer l'amour que lui porte encore ma mère, et j'espère pouvoir la rendre heureuse en parvenant un jour à transmettre ses sentiments jusqu'à Taelia. Notre famille est peut-être dysfonctionnelle, et alourdie par les secrets de son histoire sombre, mais nous devons nous soutenir les uns les autres. Après tout, je n'ai plus qu'elles deux dans ce monde à présent… Je ne veux plus perdre personne d'aussi proche. Plus jamais.

Un léger silence s'imposa, seulement rompu par le tintement clair du Cœur de la Fusion derrière eux, si semblable à une étoile solidifiée.

- Tu es si… Courageuse, ne put que répondre Mathieu, soufflé par la noblesse de ses intentions, j'espère sincèrement que tes espoirs ne sont pas vaincs et, qu'un jour où l'autre, la situation sera définitivement réglée pour vous. Vous le méritez probablement plus que quiconque dans cet univers.

Un sourire sincère vint étirer les lèvres d'Aelita, profondément touchée par la gentillesse débordante de son interlocuteur. Cette ultime remarque ne faisait que la conforter dans le choix qu'elle avait déjà fait, bien des jours auparavant, sans oser lui en toucher mot.

L’entraînant d'une main douce vers l'interface bleutée, la jeune fille reprit la parole d'un ton empli de gratitude :

- En réalité, Mathieu, je voulais te remercier pour m'avoir ouvert les yeux, fit-elle. C'est ta détermination –à toi comme à Stéphanie par ailleurs- lors du combat final contre la Green Phoenix qui m'a aidé à reprendre pied et à comprendre ce qui comptait réellement en ce monde. L'amour, l'amitié… Tous ces liens que nous avons tissés, toute cette confiance ne devraient jamais être ébranlés, pas même un seul instant, et pas même si les kilomètres venaient à nous séparer. C'est ce que l'assurance dont tu as fait preuve, ce fameux dernier jour de bataille, a fini par me rappeler, et je ne peux que t'en remercier.

Embarrassé par tant de compliments qu'il estimait ne pas mériter, Mathieu ne put que se gratter le creux du cou d'un air gêné. Néanmoins, il ne pouvait nier en son fort intérieur que les paroles de la Lyokô-guerrière l'avaient profondément touché. Lui qui s'était senti si vulnérable à son arrivée à Kadic, qui avait eu besoin de tout le soutien d'Aelita pour survivre à la situation délicate dans laquelle il se trouvait avait fini par se montrer en mesure de lui apporter quelque chose en retour. Cette vérité, témoin des progrès incommensurables qu'il avait su faire en l'espace de quelques mois, suffisait à le transcender de joie.

- C'est en partie pour cette raison, poursuivit la jeune fille aux oreilles d'elfe, plus solennelle que jamais, que j'ai décidé de te confier les Clefs de Lyokô durant mon absence, afin que, toujours, le monde virtuel de mon père – ou ce qu'il en reste – trouve son Gardien en une personne présente sur place.

Sous le choc de la nouvelle, Mathieu ne put que cligner des yeux d'un air éberlué, la bouche entrouverte de surprise.

- Enfin, seulement si tu l'acceptes ! s'alarma soudain Aelita, retirant sa main vivement, je pensais… Après la motivation dont tu avais fait preuve en luttant à nos côtés contre la Green Phoenix, je me disais qu'il était temps de te considérer comme un véritable Lyokô-guerrier et de te faire enfin confiance. Mais s'il s'agit d'un poids trop lourd à portée et que tu préfères retourner à ta vie d'adolescent ordinaire…

- Au contraire ! s'empressa de l'interrompre l'adolescent, au comble de l'émotion, ses yeux d'un bleu azur étincelant à la lueur du cristal, Aelita… Ce serait pour moi un honneur de te succéder ! Je ne suis juste pas sûr de le mériter…

Cette dernière remarque arracha un sourire à la jeune femme qui, maternelle, s'empressa de relever le menton penaud de Mathieu d'un doigt, plantant le vert de son regard dans le sien, soudain intimidé.

- Tu es bien plus fort que tu ne le penses, Mathieu, murmura-t-elle avec confiance, j'étais bien plus perdue que toi lorsque je me suis retrouvée en charge de protéger Lyokô de XANA, et c'est pour cette raison, ainsi que pour ta gentillesse et ton évidente détermination, que je pense que tu es le candidat parfait pour prévenir à ton tour la Fusion des possibles attaques de Taelia. En réalité, je me retrouve un peu en toi, Mathieu.

Jamais compliment n'aurait pu paraître plus prestigieux aux yeux de l'adolescent que celui-ci.

Ému aux larmes, il tenta de détourner vaguement la conversation, un rictus venant animer ses lèvres.

- Tu sais, Angel envisage de rejoindre Kadic l'année prochaine, fit-il remarquer, et je suis certain que Stéphanie serait ravie de se battre à nouveau pour un monde virtuel si le redoublement de sa Terminale devenait efficient ! Et puis, quoi qu'il arrive, Odd sera toujours là pour nous, j'imagine.

Aelita étouffa un petit rire, amusée.

- C'est vrai, constata-t-elle, entre vous quatre, on dirait que la Nouvelle Vague des Lyokô-guerriers est parfaitement en marche, désormais. J'espère simplement ne pas vous en imposer trop une nouvelle fois.

Mathieu n'eut qu'un haussement d'épaules incertain, le sourire aux coins de la bouche. Seul l'avenir pourrait leur dire un jour si le choix de rejoindre le combat à plein temps leur serait préjudiciable ou non. Pour l'instant, n'importait dans son esprit que le désir le plus sincère d'aider la toute première amie qui avait su le tirer de sa mélancolie lors de son arrivée à Kadic, transformant l'austère établissement petit à petit en sa nouvelle maison.

Des étoiles plein les yeux en songeant à l'avenir, encore assurément riche en rebondissements qui s'offrait à eux, les deux adolescents n'eurent pas besoin de se consulter pour aller plus loin, se contentant de se dévisager l'un l'autre, comme si leurs pensées s'étaient soudain retrouvées dans un état de parfaite synchronisation, à l'image d'Endo et de Lyokô devant eux.

Rapprochant leurs têtes lentement, les mains liées et sans un mot de plus, Aelita et Mathieu laissèrent le transfert s'activer de lui-même, un pont de données lumineuses minuscules transitant soudainement du front de la jeune fille à celui de l'adolescent. Petit à petit, et chiffre après chiffre, les Clefs de Lyokô vinrent lentement quitter le corps d'Aelita pour animer celui de Mathieu d'une puissance nouvelle, illuminant son avatar d'une mince aura bleutée.

Lorsqu'ils se séparèrent, leur sempiternel sourire figé sur le visage, les cercles concentriques avaient disparu du front de la jeune fille pour venir dessiner leur harmonieux symbole discret sur celui de l'adolescent, qui sentait déjà le changement s'opérer en lui, comme si son corps tout entier avait soudain été parcouru d'adrénaline. En se concentrant, il pouvait presque sentir les pulsations des données du Cœur donnant vie à la moitié de l'univers en Fusion sous ses pieds, courant à travers chaque racine comme autant de minuscules battements de cœur en parfaite synchronisation avec le sien. Jamais, de toute sa vie, il ne s'était senti aussi exalté, aussi complet qu'en cet instant précis.

Peu importait l'avenir et les épreuves qui les attendaient tous les deux sur leur route séparée à présent. Au fond d'eux-mêmes, ne régnait plus qu'une indestructible sensation d'invulnérabilité.

Un futur lumineux semblait enfin leur tendre les bras.
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Zéphyr MessagePosté le: Sam 23 Avr 2016 19:23   Sujet du message: Répondre en citant  
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Spoiler



Épilogue :

La Nouvelle Vague_



Dorothy Crime avala d'une traite une longue gorgée de son soda à la cerise, laissant le liquide sucrée si divin pour ses papilles couler le long de sa gorge, déposant sur ses papilles comme une agréable sensation de picotement. Dans son dos, ses longues couettes d'un roux très vif vinrent presque balayer le sol poussiéreux depuis le siège monté sur rail sur lequel elle avait pris place. Son visage, légèrement joufflu, couvert de tâches de rousseur, affichait une expression de profonde détente à la lueur blafarde et verdâtre des quatre écrans superposés lui faisant face.

Un grand cri l'interpellant depuis les écouteurs vissés dans ses petites oreilles rondes vint cependant bien vite rompre ce moment de plénitude, lui arrachant une grimace agacée.

- Dodo, ce serait bien que tu te bouges un peu dans la localisation des Monstres de Taelia ! résonnait une voix rageuse d'homme depuis l'intérieur de l'ordinateur, parce qu'on risque de ne pas tenir très longtemps vu le rythme que tu prends.

- Une seconde mon petit Angel, vint railler l'étudiante de Seconde d'une voix guillerette, tirant d'un geste les amples manches de son haut aux couleurs bigarrées pour laisser libre court à ses doigts, boudinés mais agiles, de courir la surface du clavier face à elle, laisse-moi faire ma partie du travail comme je l'entends, et je ne dirais rien conte la vôtre, d'accord ?

Un long soupir de dépit lui répondit, ne faisant qu'ajouter à sa bonne humeur.

Un bref coup d'œil à l'Holomap qu'elle venait d'ouvrir devant ses yeux noisettes lui suffit à analyser la situation.

- Deux Krabes au nord, derrière la colline, et un petit essaim de Frôlions caché dans les nuages, affirma-t-il en sirotant les quelques gouttes restées collées au métal de sa canette avec délice, ah, et aussi un Block en approche sur le côté du sentier au dessus de vous ! Rien de bien compliqué, vous devriez pouvoir gérer ça en quelques coups bien placés et, avec de la chance, on aura le temps de quitter l'usine avant la reprise des cours de l'après-midi de nos lycées respectifs ! Si ce n'est pas magnifique tout ça !


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Sous le ciel écarlate du monde virtuel, Angel lança un regard profondément ennuyé à Odd qui ne put que hausser les épaules avec un léger sourire, compatissant.

- Vraiment, lâcha le ténébreux jeune homme en faisant tournoyer sa faux d'anticipation, est-ce qu'on était vraiment obligés de la recruter dans le groupe, cette fille ? Je trouve qu'on s'en sortait très bien à la base, moi !

- Tu plaisantes un peu ? Tu as vu le désastre que c'était par moments à l'époque où je devais rester aux commandes du Supercalculateur ? ironisa le Nekomata, la griffe sur la gâchette de son Catgun tandis que les bruits de pinces mécaniques se faisaient de plus en plus proches, je n'ai jamais été fait pour être informaticien et il nous fallait bien quelqu'un de compétent pour nous diriger lors de nos missions ! Et puis, c'est la seule à avoir réussi à craquer le test mis en ligne par Jérémie et Aelita en guise de recrutement, et même eux ont approuvé son arrivée dans le groupe, alors qu'importe qu'elle soit de Diderot plutôt que de Kadic ? Il vaudrait mieux que tu t'y fasses.

Dans un profond soupir résigné, l'ange sombre vint faire négligemment tourner l'auréole au dessus de sa tête, dernière addition à son avatar lors d'une récente montée de niveau. Une moue dépitée vint renforcer l'aigreur qu'exprimait déjà son visage. Sur le disque doré, la forme vague de trois Créatures stylisées venait occuper la place de trois cerceaux sous forme de lignes orangées.

- Bien sûr, il a fallu que je claque mes trois Monstres enregistrables pour mes copies lors de l'utilisation de mes pouvoirs en Kankrelat, Frôlion et Block, ronchonna-t-il, je ne pouvais pas attendre l'arrivée d'un truc un peu plus balaise, comme un Krabe, pour une de mes sauvegardes ? Encore une fois, je sens que mon Pouvoir d'Invocation va se révéler inutile.

- Monstres en approche ! s'écria soudain une voix de l'autre côté d'une dune toute proche, poussant les deux adolescents à adopter une position de combat.

L'instant d'après, Mathieu bondissait de derrière la surélévation légèrement teintée de vert sur le sommet, ses oreilles de lapin fouettant l'air, bien vite suivi par trois immenses Krabes à l'air menaçant. A la surface de leur carapace couleur écrevisse, un nouveau symbole, très similaire à l'ancien œil de XANA mais barré en son centre d'une large plaie, venait scintiller, offrant des cibles parfaites.

Il n'en fallut pas plus à Odd et Angel pour déclencher leurs tirs respectifs, le dernier fendant l'air de ses rafales d'énergie d'or tandis que le second relâchait enfin l'énergie accumulée au bout de son Catguns en une gigantesque Flèche Laser, venant déchirer le paysage d'un puissant rayon de lumière bleu.

En une fraction de secondes, les Créatures arachnoïdes se retrouvaient pulvériser sur place tandis que Mathieu roulait à terre pour les rejoindre, un sourire gêné au coin des lèvres.

- Mon cœur, si tu pouvais éviter de prendre de tels risques quand on a besoin de toi pour désactiver la Tour, ça m'éviterait une petite crise cardiaque, soupira Odd en l'aidant à se relever avant de l'attirer contre lui, l'embrassant passionnément sous le regard franchement dépité d'Angel.

- Euh… Les mecs ? Une attaque est en cours ? leur rappela-t-il, agacé par leur démonstration d'affection qui n'en finissait plus, et puis Odd a raison, Matou ! Pour une fois que c'est le côté Lyokô de la Fusion qui est attaqué et que je n'ai pas besoin de me montrer prudent MOI, j'aimerais que tu me fasses honneur, s'il-te-plaît.

Se détachant enfin des lèvres de son bien aimé, l'interpellé eut un hochement de tête coupable, tentant tant bien que mal de se ressaisir.

- Ça va faire huit mois que Lyokô et Endo ont fusionné, vous ne pensez pas qu'on pourrait trouver un autre nom à ce nouveau monde virtuel que « Fusion » ? suggéra Odd, une moue indécise dévoilant ses crocs acérés, pourquoi pas un truc comme… « Zero » ? Lyokô équivalait au début du Voyage et Endo à sa Fin après tout –d'après Taelia en tout cas… Donc évoquer une remise à zéro me parait plus qu'appropriée !

Il se tut néanmoins face à l'air de reproche de son interlocuteur, dont le pied commençait à battre le sol légèrement translucide d'impatience. Manifestement, le silence empli de sérieux de Mathieu ne lui avait pas suffi pour se rassurer quant à la suite de leur aventure numérique.

- Tu as raison, désolé, lâcha ce dernier au final avant de tirer à lui un semblant de câble qui pendait d'une sorte de sac circulaire métallisé désormais accroché à son dos, laissez-moi juste stocker des réserves d'énergie avant de prendre la route de la Tour, on ne sait jamais.

Mais à peine le fil s'était-il de lui-même branché à l'une des Sphères à ses poignets, vidant petit à petit sa barre de chargement pour venir remplir le cercle dessiné dans son dos d'une lueur bleue fluo, qu'un laser glacé vint soudain s'abattre à leurs pieds, les manquant de peu.

A peine eurent-ils le temps de se retourner que, du plateau en contrebas, fusait une aiguille effilé, venant clouer avec précision le Block responsable de l'attaque au sentier les surplombant.

- Ces mecs, je vous jure, soupira Stéphanie, usant du long filament rouge raccordée à sa lame pour s'élever jusqu'à leur niveau, une lueur satisfaite faisant pétiller ces yeux violets, qu'est-ce que vous feriez si je n'étais pas là pour couvrir vos arrières, pas vrai ?

Avant qu'Angel, que l'aiguille au bout de laquelle le Monstre de Taelia venait d'imploser avait manqué de faucher de peu au passage, n'ait eu le temps de répliquer, un vrombissement s'éleva au dessus de leur tête, signe de l'approche imminente des Frôlions promis.

- Vos véhicules sont prêts, comme d'habitude en cas de combat aérien, les prévint la voix de Dorothy, anticipant les demandes de ses coéquipiers, tu t'en sortiras avec ton aile, mon petit Angel ?

Renonçant finalement à s'énerver, le jeune homme en question vint secouer négligemment ses plumes numériques tandis qu'Odd sautait déjà sur son Overboard, dont la forme de planche violette venait de se virtualiser à ses pieds en un grésillement sourd, bien vite suivi par Mathieu, à bord de l'Overwing, et Stéphanie, plus triomphante que jamais aux commandes de l'Overbike.

- Allez le Lyokô-gang, prêts pour une nouvelle mission ? lança l'ange déchu en s'élevant de quelques centimètres dans les airs, laissant enfin un léger sourire parcourir ses traits austères.

- Et comment, boss ! se moqua gentiment la gothic lolita, on te laisse mener la marche, et vite si possible, j'ai un contrôle cette après-midi en première heure et si je pouvais obtenir mon bac cette année-ci, ce ne serait pas de refus !

Galvanisés par l'unité de leur groupe, la nouvelle vague de Lyokô-guerriers s'éleva en un grand cri unifié et victorieux, prêts à faire face à l'entêtement de Taelia une fois de plus.


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Incapable de retenir un sourire face aux enfantillages de ses coéquipiers, pourtant si récents mais auprès de qui elle se sentait déjà si proche, Dorothy fit légèrement pivoter son siège pour jeter un regard d'ensemble au laboratoire au cœur de l'usine que les trois adolescents lui avaient fait découvrir, sous son regard plein de déni, une froide soirée de novembre.

Derrière les poufs et les coussins qu'ils avaient pris le soin d'aménager, rompant enfin la monotonie des câbles tapissant la pièce, une longue série de photos représentant les différents Lyokô-guerriers au fil des années luisait à la lueur des écrans à la surface du mur d'en face.

Entre un vieux rectangle de papier issu d'un photomaton dessinant les traits rieurs de deux jeunes enfants, l'un blond aux lunettes et l'une aux cheveux courts et roses et le cliché d'un groupe de collégiens qu'elle ne connaissait que de nom en train de se prélasser dans le parc de l'internat Kadic, se détachait une photo nettement plus récente et volumineuse que ses nombreuses consœurs.

A sa surface, les visages souriants de cinq jeunes adultes se découpaient nettement, une boisson chaude entre leurs mains frigorifiées sous l'enseigne aux néons lumineux du Kiwi Bleu, leur point de rendez-vous favori. Autour de sa propre silhouette, un peu ronde et aux interminables cheveux roux maintenus en place par des caches-oreilles, venaient l'entourer une jeune femme au look extravagant dont les grands yeux aux reflets mauves semblaient dévorer à eux seuls la moitié du cliché, ainsi qu'un couple de jeunes hommes –l'un aux oreilles percées d'anneaux entourant de ses bras visiblement musclés, même sous son épaisse doudoune violette, la silhouette timide de l'autre, dont les cheveux auburn en bataille dissimulait presque son regard pétillant d'un bleu intense. Venant compléter leur groupe d'aspect si disparate, un garçon d'une beauté sombre éblouissante et la mine faussement boudeuse tirait la langue au dessus d'elle.

Au fond de son cœur, la dernière venue dans le groupe si fermé des Lyokô-guerriers ne put retenir le souhait de voir ces jours à côtoyer les aventures palpitantes en compagnie d'amis si précieux puissent encore durer un long moment, tel un rêve si beau qu'ils ne ressentiraient jamais le besoin de s'en éveiller un jour. Ce monde, dans lequel elle pénétrait à peine, ne cessait de l'émerveiller un peu plus chaque jour et, en dépit des risques encourus, elle ne pouvait s'empêcher de s'y sentir plus en sécurité que jamais.

- « Un monde sans danger »… se murmura-t-elle à elle-même avant de pivoter de nouveau vers les écrans, prête à diriger une nouvelle mission avec succès.


Fin_
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