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[One-Shot] L'ours et la louve

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 Auteur Message
Ellana MessagePosté le: Ven 14 Fév 2014 23:44   Sujet du message: [One-Shot] L'ours et la louve Répondre en citant  
X.A.N.Alloween 2013 (T)


Inscrit le: 06 Oct 2013
Messages: 240
Localisation: Al-Jeit.
Et voilà touche finale...
Joyeuse Saint-Valentin, Gummybear ♥


Il était une fois, à l’époque où les hommes partaient conquérir l’Ouest, une jeune louve argentée. A l’heure où le cheval ferré traversait l’Amérique aux dépens du cheval sauvage, la louve grandissait entre les forêts enneigées de l’Est et les plaines de Sibérie.

Aujourd’hui, elle court vite, loin. Parce qu’elle en a envie. Parce qu’elle en a besoin. Parce qu’elle ne veut pas réfléchir. Parce qu’elle comprend que son destin ne lui appartient plus. La chance ? Elle ne connait pas cette notion. Elle veut courir. Juste courir. Fendre la neige, la sentir fondre sur son ventre et ses pattes. S’accrocher à des choses simples. Chasser, jouer, chanter avec la lune, courir, frémir, humer,… Aimer ?

Ses poils se hérissent. Elle trébuche et roule dans la poudreuse. Au milieu de ce manteau immaculé, elle se sent terne, alors même que la lune l’enveloppe d’une aura lumineuse. S’ajoute la honte d’avoir trébuché comme une vulgaire Oméga. Une Alpha n’est pas censée tomber. Mais c’est trop tard. Bien trop tard.

L’envie de courir a disparu. La louve reste quelques secondes allongée le museau dans la neige puis se redresse. Marche jusqu’à la forêt. Son cœur bat vaguement, avec la résignation de celui qui accomplit sa tâche sans plaisir, juste parce qu’elle est nécessaire. Il attend, elle le sait bien.

Elle avance sous les arbres, apaisée par le silence irréel qui règne sur ce havre de paix. Ici, rien ne peut la surprendre. Ici, plus qu’ailleurs, elle est chez elle.

Elle a mal. Mal à son cœur atrophié. Roulée au pied d’un sapin, elle soupire à s’en fendre l’âme. Etre une dominante, une Alpha, cela lui avait toujours plu, du moins dans son enfance et son adolescence. Mais les amis devenaient changeants, les mâles se battaient pour attirer les regards, les femelles jouaient les louveteaux en se roulant sur le sol et les parents fermaient les yeux. Parce qu’après tout, c’est normal, c’est la vie, c’est agréable. Oméga avec Oméga, Alpha avec…

Pas pour elle.

Elle, elle veut attendre. Attendre d’aimer. Attendre le bon. Celui qui la fera trembler. Pas celui pour qui elle arrêtera de courir mais celui qui parcourra la neige à ses côtés.

Et elle sait qu’elle l’a trouvé. Loin de sa meute, loin de la normalité, loin des Alphas puants de son âge qui essayent de la conquérir.

La louve ferme les yeux. Le vent est silencieux aujourd’hui. Elle n’entend rien. Rien à part un souffle étrange, proche et soudain.

Elle est debout avant d’avoir rouvert les paupières. Quand elle bat des cils, son cœur s’arrête et reprend son œuvre de plus belle, enfin motivé.

Il est là.

Il est là et le monde prend tout son sens.

La première fois qu’elle l’a vu, c’était ici. Son premier réflexe avait été de montrer les crocs. L’ours, bien que jeune, était déjà plus grand qu’elle, plus imposant. Il aurait pu la décapiter d’un coup de patte. Elle avait craint pour sa vie bien avant de comprendre que c’était son cœur qui était en péril et que la vie, elle ne la connaissait pas.

Il l’avait regardée comme s’il ne la voyait pas. Elle l’avait imité, pour réaliser qu’elle ne découvrait pas un ours en face d’elle mais de la lumière. Des contours flamboyants et mouvants, un arc-en-ciel intriguant. Les couleurs se mêlaient comme de gigantesques papillons, l’air semblait se réchauffer et une mélodie étrange s’insinuait dans l’âme de la louve. Quelques notes qui lui ouvraient des portes nouvelles. Etait-ce un rêve ? Tous ceux qu’elle avait aimés appelaient son nom. Le soleil réchauffait son museau. Alors l’ours s’était approché pour poser sa lourde tête contre son front.

Elle n’avait jamais compris pourquoi il avait agi ainsi. Il était arrivé par hasard et, sans rien faire, sans rien demander, il avait intégré son quotidien. Sa présence était devenue plus qu’un plaisir. Désormais, il s’agissait d’une nécessité, d’un besoin. Quand elle chassait, quand elle veillait, quand elle dormait, il ne la quittait pas. Leurs âmes restaient unies. Une mystique complétude s’était installée entre eux. D’abord imperceptible, guidée par leurs courses à travers la forêt, leurs interrogations innocentes et leur désir de se connaître. Puis omniprésente, visible dans le moindre de leur acte, leur moindre pensée.

Elle se demande souvent comment elle a pu exister avant de le rencontrer. Ils ont déjà dû vivre des centaines de vies pour se retrouver et s’aimer encore, elle ne voit pas d’autre explication.

Elle avance vers lui avec ce pas qu’elle veut assuré mais qui cache mal ses pattes tremblantes. Quelle douce torture que de ne pas se précipiter, de savourer chaque centimètre gagné, chaque mètre qui la rapproche de lui. Elle ressent toujours la même chose quand elle le voit, avec la même intensité.

Il est là.

Pour la première fois de sa vie, au premier regard, elle s’était sentie complète. Il n’était pas encore contre elle que déjà, elle avait perçu sa moitié manquante la rejoindre, s’imbriquer dans chaque cellule de son être pour lui rendre la pleine conscience du monde et d’elle-même.

Le contact lui coupe toujours le souffle aujourd’hui.

Dans ces instants, le monde peut s’écrouler. Ils deviennent immortels. Il leur suffit de sentir le corps de l’autre contre le leur, un souffle sur une mince parcelle de peau, une pression contre le torse, un frôlement près d’une cuisse. Ils sont ensembles, comme s’ils l’avaient toujours été. Comme si leurs esprits s’enveloppaient pour réunir leur corps, comme si leur étreinte n’était pas physique mais bien entièrement psychique.

La vie est papillons.

Quand il est là, elle voit le monde briller avec des couleurs plus vives, comme celles des papillons. Elle sent sa fourrure qui frôle sa tête, ailes délicates, son museau qui effleure son cou, antennes taquines.

Et surtout, il y a ces dizaines de papillons qui s’envolent sous sa peau. Cette sensation qui la fait frissonner et qui remonte dans son dos pour lui donner des ailes dont elle n’a pas envie de se servir sans lui.

Il est papillon.

Pour la millième fois, elle se demande ce qui a pu croiser leurs vies, eux qui s’opposent à première vue et se complètent à merveille. La chance ? Elle ne connait pas cette notion. Le destin ? Comment croire au destin quand on vit au jour le jour ?

Il a fait basculer ses certitudes. Il a bouleversé le champ des possibles. Il a créé un nouveau monde, un monde qui n’apparait que pour eux. Il a révélé celle qu’elle était vraiment avec tant d’amour qu’elle en parait métamorphosée.

A présent, elle a peur de demain. Parce qu’elle se dit que peut-être, un jour, il ne sera plus là. Peut-être qu’un jour, il partira, ne l’aimera plus. C’est la première fois qu’elle a peur de perdre quelque chose.

En revanche, elle n’a plus peur de tomber. Pas parce qu’elle sait qu’il la rattrapera, non. Simplement parce que tomber a été l’évènement le plus beau de sa vie. Elle est tombée amoureuse de lui et même si au début, cela l’a irritée de se sentir si liée à un autre, elle se dit aujourd’hui que pour lui, elle peut endurer pire.

A regret, elle s’éloigne de ce corps rassurant. Que préfère-t-elle ? Le sentir contre elle ou le contempler ? Elle se nourrit de sa présence et de sa lumière, l’une comme l’autre suffisent à faire battre son cœur. Elle les respire plus que l’air qui l’entoure, elle en a besoin davantage que l’eau qu’elle boit.

Finalement, il s’allonge et elle vient se blottir contre lui. Leur respiration se mêle pour ne plus faire qu’une et dans l’obscurité des arbres, ils rayonnent.

Enfant du soleil et rayon de lune.
Soleil et lune sur la neige enlacés.
Tendresse.
Envie de rien sous le ciel étoilé.
Beauté et lumière.
Aigles et moineaux dans le vent baladés.
Nuit qui protège ces deux corps d’un regard attendri.

Ils restent ainsi longtemps, du moins, cela pourrait paraître long si le temps existait encore. La vie passe, simplement. Elle ne se compte plus qu’en expirations, celles que l’ours souffle en douceur, et en inspirations, celles que la louve prend pour mieux soupirer de bonheur. Ils sont ensemble et ils sont bien. Pourquoi cela ne suffit-il pas ?

Elle réfléchit parfois. Beaucoup et souvent en fait. Elle se dit qu’ils ont de la chance, trop de chance. Que ce n’est pas normal. Que quelqu’un devrait leur mettre un bon coup de patte dans la tête pour qu’ils se réveillent.

Mais personne ne le fait. Alors, elle profite juste du présent en priant en silence un dieu qu’elle ne connait pas pour que la magie se poursuive.

D’ailleurs, si quelqu’un le faisait, que répondrait-elle ? Leur amour est difficile, pas très conventionnel, complètement incompréhensible, purement illogique, mais il est vrai.

La nuit passe. Le soleil ne viendra pas tout de suite mais la louve sait qu’elle doit retourner vers les siens. Son corps du moins puisque son esprit reste avec lui quoi qu’il arrive.

Elle cache son museau dans le flanc de son âme-sœur. Elle ne veut pas partir. D’un geste tendre mais ferme, l’ours la repousse. Lui aussi sait qu’ils ne peuvent pas rester, il sait qu’elle doit rentrer. Assis contre le tronc, il la regarde avec autant de tristesse que d’amour. Pourquoi ne peuvent-ils pas s’aimer quand ils le désirent, où ils le souhaitent ? Etre ensemble à chaque seconde, s’aimer simplement, vivre de la présence de l’autre.

Pas encore.

Il faut attendre. Toujours attendre.

Alors qu’elle s’éloigne vers la lisière des arbres, la louve réalise qu’elle en a assez d’attendre. Elle s’arrête et se retourne. L’ours n’a pas bougé. Il la regarde s’éloigner, en apparence tranquille mais sans doute aussi déchiré qu’elle.

A quoi rime tout cela ?

Il lui a dit quelque chose. Avec les yeux, bien sûr, les mots ne sont pas tout. Il lui a dit qu’il avait peur de lui voler sa liberté. Ses craintes sont légitimes, elle aussi a peur de ternir tout l’éclat qu’il a en lui en le gardant pour elle. Mais… la captivité la tuerait, c’est vrai. Mais… ne comprend-t-il pas que jamais il ne pourra l’entraver ? Que c’est en l’éloignant qu’il lui vole la plus belle de ses libertés, celle de l’aimer ? Elle veut l’aimer. Avec ou sans lui, elle se sent libre. Avec lui, elle rajoute juste l’idée de bonheur à cette liberté.

D’un bond, la louve s’élance dans la neige qui vole sous sa foulée, dessinant autour d’elle un nuage brillant. Elle ne redevient immobile qu’à un mètre de l’ours, la tête levée pour le regarder dans les yeux, ses grands yeux foncés, profonds, magiques. Il ne bouge pas. Elle sait que c’est son tour d’agir.

Elle se rapproche encore et se cabre pour s’appuyer sur le poitrail de l’ours. Assez éloignée pour ne pas briser leur regard, elle décale légèrement une de ses pattes, l’arrête sur le cœur. Et le temps se fige. Leurs yeux parlent, leur cœur bat. L’ours pose à son tour sa patte sur celle de sa compagne.

C’est cet instant que choisit la lune pour vaincre les frondaisons et éclairer le couple d’une lumière inutile, infiniment moins forte que celle qui les illumine de l’intérieur mais tout aussi belle.

L’esprit ailleurs, plongée dans une douce torpeur, la louve comprend tout de même à quoi sert ce rayon de lune indiscret et ravissant. Il vient illuminer un papillon qu’elle n’avait pas remarqué, un papillon qui danse, magnifique, dans cet éclat lunaire. Elle aime ce papillon. Elle aime la lune. Elle aime la nuit. Elle aime le monde. Elle aime la vie.

Parce que surtout, elle l’aime lui.

Elle a souvent observé les oiseaux, sans réaction particulière. Aujourd’hui, il lui a offert des ailes. Mais seul son cœur s’envole. Elle, elle reste là, dans la chaleur de sa présence, prête à mourir sur terre plutôt que de découvrir le ciel. A quoi bon sentir la caresse du vent ? Comment peut-elle être plus douce que la sienne ?

Elle l’aime. Elle sait qu’elle ne devrait pas lui dire mais est-ce sa faute si elle ne peut museler ses sentiments ? Est-ce sa faute si ses yeux sont sincères ?

Le monde entier se résume en un seul geste. Deux pattes entremêlées sur un cœur d’ours.



- Il y en a qui vont crier à la zoophilie, tu sais. Qui vont dire que c’est pas moral.
Ellana releva la tête. Occupée à taper sur son clavier, une peluche de loup nichée dans le cou, elle jeta un regard à Gummybear, en train de manger des bonbons à côté d’elle.
- Ce n’est pas de la zoophilie, c’est un conte. Une métaphore.
- Quand même, une louve et un ours, c’est bizarre.
Ellana sourit et rabattit l’écran de l’ordinateur. Elle prit le temps de le poser sur le parquet avant de se retourner vers Gummybear. Ses yeux disaient bien plus que nécessaire et son cœur battait pour de vrai.
- Moi, j’y crois.

_________________

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Ma belle, douce lune sous un chant blanc d'étoiles, / Astre fatigué, vagabonde hors-la-loi / Toute pâle dans l'oeil noir de loups qui aboient, / Hisse les rêves, aux nuits où tu es seule voile. ♥


Dernière édition par Ellana le Lun 26 Mai 2014 23:02; édité 1 fois
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¤PurpleCat¤ MessagePosté le: Jeu 06 Mar 2014 22:07   Sujet du message: Répondre en citant  
[Odd] Irremplaçable


Inscrit le: 07 Aoû 2012
Messages: 385
Coucou !

Alors, comme promis, un petit commentaire.

Alors déjà, j'ai beaucoup aimé, même si il y en a qui vont crier à la zoophilie x)

On voit bien là une auteure qui a lu Pierre Bottero, ce que je ne peux que féliciter.
Il y a plein de mots, de tournure de phrase qui ressemble à ce que fait Pierre Bottero, c'est un délice à lire. T'as même inclus une poésie Marchombre un peu rallongée, c'est génial.

On a donc une histoire réfléchie, même si ça reste court, on sens qu'il y a un travail derrière.
Tu arrives à nous plonger (enfin, en tout cas moi) dans le décor, et dans l'histoire, j'avais l'impression d'être à quelque mètre d'eux, et sentir la fraîcheur de cette neige, c'est vraiment revigorant.

Les choix des personnages. Même si ils étaient tout trouvés puisqu'ils vous représentent Gummy et toi, ils vont très bien dans l'histoire, et je pense que ça n'aurait pas été la même chose avec un renard et une panthère. (Et puis une louve quoi !)

Les sentiments. Ben oui, c'est une histoire d'amour quand même. Tu arrives à très bien décrire les sentiments et les pensées de la louve, tout en gardant ceux de l'ours à demi cachés, point de vue interne oblige.

On a donc une belle histoire, avec un décor qui s'y prête bien, des bons personnages, bien mis en scène.

De la neige, une louve, un ours, une histoire d'amour, de la liberté, de la poésie Marchombre, que demander de plus ?

Donc voilà, j'ai plus qu'à lire tes autres textes.

PS : z'êtes mignon sur la photo, mais je crois que je te l'ai déjà dit ^^

Bonne fin de soirée.

_________________


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GummyBear MessagePosté le: Sam 14 Fév 2015 14:04   Sujet du message: Répondre en citant  
Maître du jeu (+ mag)


Inscrit le: 27 Jan 2013
Messages: 432
Localisation: Dans un paquet Haribo nancéen.
Il s'était écoulé un an depuis la rencontre incongrue d'une louve, reine des neiges, et d'un ours, maître de sa petite caverne au fond des bois. Les deux animaux que la nature semblait opposer s'étaient immédiatement attachés au-delà de la simple amitié qui unit les grands chasseurs de Sibérie. Puis leur histoire avait poursuivi son cours, leurs sentiments avaient grandi et leur amour s'était attendri. Ils s'aimaient plus calmement maintenant qu'ils n'avaient plus grand chose à apprendre l'un de l'autre, juste de longues plaines à parcourir ensemble, juste de longues années à vivre ensemble, juste de beaux moments ensemble, juste ensemble.

Un soir, l'ours faisait ses griffes contre un arbre en attendant sa promise qui était partie chasser dans la matinée. Il rejouait leur histoire intérieurement comme cela lui arrivait souvent les fois où il pensait fort à sa louve mais qu'elle était trop loin pour qu'ils puissent le faire ensemble. Un sourire lui éclairait le visage, ce même sourire qui était devenu un véritable trait de sa personnalité depuis un an, lorsqu'un moment, il tenta de remonter plus loin dans sa mémoire, jusqu'à une époque lointaine dont le souvenir lui fit comme un choc dans la poitrine. C'était avant qu'il ne la connaisse, avant qu'il ne soit heureux comme il l'est aujourd'hui.
Le jeune ourson qu'il était n'avait pas une très grande expérience de la vie et n'aspirait, à vrai dire, pas à grand chose.
C'était un animal immature qui se réjouissait des hasards de la vie sans chercher plus loin le moindre sens à donner à ses gestes. Il n'existait que pour lui, les autres l'indifféraient lorsqu'ils n'arrivaient pas à le distraire. On le trouvait détestable et, si sa suffisance continuait à lui donner le faux semblant de bonheur qui lui semblait si précieux, on ne ferait jamais rien pour lui. Et cela lui allait bien.

Il comprenait bien les gens dans leur hypocrisie, il était très doué pour se mettre à leur place et déceler la vraie intention de chaque mot qu'il entendait. Cette capacité lui faisait très vite paraître les bonnes personnes pour des êtres abjects et de même, à leurs yeux, l'ourson taciturne était plus un phénomène de foire qu'un vrai membre de leur tribu. Il s'isola jeune de sa famille et se protégea toujours de ses amis à travers des masques d'originalité qui ne lui allaient guère ; il préférait qu'on le prenne pour quelqu'un d'incompréhensible plutôt qu'on sache quoi que ce soit de véritable à propos de lui.
Il s'était enfermé dans ce cercle vicieux où il fuyait sa vraie identité, qu'on appelle l'adolescence, de manière trop précoce pour n'en ressentir aucune douleur. Ainsi, son sourire devint rare et la solitude sa meilleure amie.
Sa situation semblait sans issue. Faute de pouvoir être heureux, il s'était habitué à son mal-être et n'essayait même plus d'y remédier …

… Jusqu'au jour où, pataugeant dans une rivière, il entendit le galop d'une meute de loups qui se dirigeait vers lui.
« Encore en train de se courir après ? Ces bestioles doivent être encore plus inutiles que moi … murmura-t-il »
Les louveteaux arrivèrent les premiers et plongèrent dans l'eau la tête la première, à quelques dizaines de mètres de lui. Puis leurs aînés les suivirent avec leur allure de maîtres du monde, le museau relevé et le regard impassible. Il fit quelques brasses pour fuir l'agitation, mais malgré la distance, il continuait d'entendre les hurlements des loups.
« C'est assez, dit-il. »
Puis il sortit de l'eau et secoua ses poils dans un mouvement fatigué qui lui laissa quelques gouttes dans le dos. A ce moment-là, il remarqua un loup qui s'était écarté du troupeau sur la rive d'en face. Gêné que l'animal ait pu assister à sa piteuse fuite, l'ours tenta d'engager une conversation :
« Tu ne bois pas avec les autres ? »

Le loup leva la tête et son visage apparut alors à l'ours. Il ne s'agissait en fait pas d'un loup mais plutôt d'une louve, une très belle créature au pelage gris ébouriffé, très épais, strié de blanc au niveau des pattes et sur le contour des yeux. Elle avait les oreilles courtes et un petit museau rose pâle sur lequel reposaient deux yeux du même gris qu'un ciel de tempête. Ayant l'impression d'avoir dit une stupidité, l'ours déglutit. La louve répondit alors, d'une voix calme :
« Le bruit me dérange. »
- Je comprends, acquiesça l'ours. Mais ce sont tes semblables, pourquoi est-ce que tu ne fais pas le même vacarme qu'eux ?
Elle arrêta de boire un instant pour porter sur son interlocuteur un regard indéchiffrable. Il en fit de même. Après de longues secondes, elle répondit, en tournant les yeux :
« Et toi ? Pourquoi est-ce que tu es tout seul à barboter ici ? »
- Je n'aime pas les autres ours, hasarda l'animal.
- Moi non plus, je n'aime pas les autres loups.

Ils ne s'étaient rien dit et pourtant, il avait la certitude que quelque chose venait de se passer. Il contempla la louve boire avec des yeux cois sans oser l'interrompre. Elle faisait manifestement semblant de l'ignorer, il aurait fallu être aveugle pour ne pas le remarquer, mais ses gestes confus et pressés étaient des messages bien moins compréhensibles. Il se demanda ce qu'elle pouvait bien penser, puis il sourit en se rendant compte qu'il ne savait pas lui-même ce qu'il était en train de penser. Il y avait de la gravité dans l'air, le bruit de l'entourage, les gémissements des louveteaux étaient devenus un silence. Le monde se troublait, tout ce qui les environnait se dérobait hors de l'existence.
Il fit un pas lourd dans sa direction, dévoré par une curiosité qui l'avait abandonné il y a des années. Elle ne bougea pas. Il recommença. Puis, lorsqu'il ne fut plus qu'à un pas d'elle, il articula la première pensée qui traversa son esprit, pétillant comme un enfant :
« Pourquoi est-ce que tu n'aimes pas les autres loups ? »
Ses traits, gonflés par une irrésistible sincérité, auraient eu de quoi intimider le plus impressionnant des animaux de la forêt, pourtant la louve le fixa lorsqu'elle expliqua :
« Ce sont des être arrogants et bornés, ils n'ont rien d'intéressant. »
- Et pourquoi tu es différente ? répartit l'ours en faisant de grands yeux ronds.
- Parce que je te parle et que tu ne t'enfuies pas.

L'ours ne savait pas si ce cynisme était une incitation à déguerpir ou si c'était simplement sa façon naturelle de s'exprimer. Une seule chose était certaine, la conversation ne s'arrêterait pas ici. Il haussa les épaules dans un large mouvement qui ne parvint pas à attirer le regard de la louve, puis il dit :
« Donc, si je fuis, tu vas redevenir une louve comme les autres ? Arrogante et bornée ? »
Il sortit alors de l'eau et se mit en marche, sans trop savoir où il irait. Au bout de quelques pas, une irrépressible envie de se tourner lui chatouilla le cou. Il n'entendait rien, les loups étaient capables de se déplacer dans le silence le plus absolu. Alors il continua d'avancer, sans savoir si elle l'avait suivi, il avança jusqu'à ce que la nuit soit tombée, pendant des heures. Puis, lorsqu'il n'y eut plus un courant d'air, lorsqu'il n'y eut plus le moindre crissement de feuilles, enfin il se tourna. Il vit alors une vague silhouette s'agrandir sur un chemin de boue, elle s'approchait. Il s'assit. Elle s'installa à côté de lui, et elle dit une phrase qui changea à jamais le monde :
« Maintenant, je ne suis plus un loup. »
Un frisson parcourut tout son corps, une bouffée de chaleur lui fit mal au coeur. Il se rapprocha du pelage de la louve et il ajouta, d'une voix douce, complète :
« Tant que je resterai avec toi, je serai quelqu'un de bien mieux que moi alors. »
Ils s'enveloppèrent et se couvrir mutuellement, l'un contre l'autre, et tombèrent ainsi dans un grand rêve …

Le matin suivant, ils se redécouvrirent avec des yeux surpris, comme s'ils pensaient avoir vécu en songe la journée d'hier. Ils se regardèrent, toujours dans cette demi-réalité, cet état entre la vie réelle et celle que l'on souhaite, puis dans une caresse amicale, les deux mondes fusionnèrent.
L'ours ressentait à la fois le plaisir et l'évidence, le délire et la vérité, l'instant et l'éternité. Il eut la sensation d'être en ce moment celui qu'il avait été avant de se mentir, il redevint lui-même avant l'adolescence, un enfant, un adulte. Il voyait le monde avec la joie d'un nouveau-né et la sérénité d'un ancien. Quelle qu'ait été sa vie, elle avait dû tout entière le conduire à cette nuit, à cette vie.
« Comment est-ce que tu as fait ? demanda la louve avec un sourire radieux »
- J'ai juste mis une patte devant l'autre, c'est toi qui m'as suivi, plaisanta l'ours.
- C'est vrai que tu ne t'es pas foulé …
Ils rigolèrent toute la matinée et ne se mirent en chemin que lorsque l'engourdissement de leurs membres devint inquiétant. Ils suivirent les sentiers, leurs corps les égarèrent vers des terres lointaines, mais leurs esprits traçaient une toute autre route dont l'horizon devenait plus lumineuse à chaque instant.
Bientôt, un flocon de neige tomba sur la truffe humide de la louve. Il y en eut d'autres, mais ce premier flocon était sans doute fait de la plus pure des poudres d'étoiles. L'hiver commença, tout un nouveau monde s'ouvrit. Ils marchèrent. Ils marchèrent hors du temps et de l'espace, tant qu'ils étaient ensemble, ils étaient bien plus qu'eux-mêmes …


Repensant à cette histoire, l'ours ne put contenir un grand sourire. Il s'assit contre l'arbre qu'il griffait et attendit encore, jusqu'à apercevoir la silhouette de sa louve apparaître dans la brume. Elle transportait quelques butins de chasse dans sa gueule et se déplaçait avec un pas paisible. Elle déposa tout à côté de l'ours et, constatant son air rêveur, elle demanda :
« Ca va mon chéri ? A quoi est-ce que tu penses ? »
- A nous, répondit-il en plantant son regard dans le sol. A notre rencontre, tu t'en souviens ?
- Comment est-ce que tu veux que je l'oublie ? C'est le jour le plus important de ma vie !
- Oui c'est vrai, reconnut-il sans conviction.
- Tu es sûr que ça va ?
- Je n'ai jamais bien réussi à te dire tout ce que tu m'as apporté depuis qu'on se connaît.
- Tu n'en as jamais eu besoin, tu sais.
Elle s'enveloppa contre le flanc de l'ours, douce, chaleureuse, heureuse. Il l'étreignit à son tour et sentit l'habituel frisson des câlins parcourir son corps, alors, pour ne pas perdre toute contenance, il tenta de changer de sujet :
« Oh ! Tu n'as pas trouvé de lapins ? »
- Non, je crois que tu les as tous dévorés.
- Il va falloir réintroduire l'espèce, sinon c'est moi qui vais mourir de faim !
- L'évolution n'explique pas comment tu as fait pour t'adapter jusques-là, en effet …
- On va pêcher ? demanda-t-il avec des yeux brillants.
- Je te suis, mais je ne mettrai pas une patte dans l'eau, accepta-t-elle avec le regard impénétrable que son ours aimait tant.

Ils n'étaient pas loin d'un cours d'eau, le mammifère plongea rapidement à la recherche de saumon, son pêché mignon. Il n'y avait pas beaucoup de poissons, mais juste assez pour qu'en attraper un ne lui prenne que trois essais. Ressortant vindicativement de l'eau, une belle prise dans la gueule, il chercha du regard sa louve. Elle s'était allongée sur la rive, enroulée dans son pelage, la queue sur la truffe. Elle était magnifique. Il alla se coller contre elle et, sans savoir pourquoi, il songea à nouveau à l'année qu'ils avaient passée ensemble.
Ils avaient voyagé dans tous les recoins de la Sibérie, ils avaient vu les beaux couchers de soleil qu'offraient les montagnes, lorsque l'astre lumineux semblait glisser le long du col des plus hauts sommets et se multiplier en plein de petits éclats rougeoyants. Ils avaient vu les aurores boréales, un spectacle d'une rare intensité qui les intriguait tous les deux. On avait l'impression que le ciel était vivant et qu'il dansait sur de grands draps pâles de toutes les couleurs. Ils étaient allés au grand lac au centre du pays, un immense réservoir d'eau qui s'étendait à perte de vue dans des scintillements ensoleillés.
A n'en rien douter, ils étaient les maîtres du monde. Ils vivaient sur terre comme au paradis, comme si la vie leur devait quelque chose.
Tous ces paysages défilèrent dans les yeux de l'ours, toutes ces nuances de gris* et de blanc tournoyèrent jusqu'à former une image plus nette, un poil rebelle que l'animal connaissait bien : son poil. Il se pencha et murmura au creux de l'oreille de sa louve :
« Tu as fait de moi quelqu'un, tu as changé mon mal-être en bien-être. Tu m'as donné l'envie d'exister. Je t'aime, je t'aime plus que tout au monde ! Cela ne fait peut-être qu'un an que nous nous sommes rencontrés, mais je n'ai pas absolument peur de dire que tu es la femme de ma vie. Nous avons vécu des choses merveilleuses ensemble et j'ai hâte, infiniment hâte, de découvrir toutes les autres à tes côtés. Tu es ma moitié, je ne veux jamais plus vivre une journée sans toi.

Mathilde, merci. <3 »

______________


* Ceci n'était pas une référence.

Il était temps que je te réponde ma petite louve adorée ^^
Je ne sais pas trop quoi ajouter du coup.

Bonne Saint-Valentin ! =)

_________________
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"L'amour ne veut pas la durée, il veut l'instant et l'éternité."
Nietzsche
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