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[Fanfic] Oblitération

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 Auteur Message
Sorrow MessagePosté le: Lun 06 Nov 2017 20:05   Sujet du message: [Fanfic] Oblitération Répondre en citant  
[Kankrelat]


Inscrit le: 04 Nov 2017
Messages: 2
Spoiler


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Prologue
When the sun goes down




Quelques nuages élégamment allongés traînaient à l'horizon, éclairés par les derniers rougeoiements du crépuscule. La lumière ambrée se répandait sur les bâtiments de marbre blanc, si bien que la ville ressemblait à un tableau de Monet avec cette clarté floutée et fascinante à la fois. L'air qui passait sous la baie vitrée de ma véranda faisait tournoyer langoureusement la poussière qui subsistait sur les dalles. Des dalles parfaitement alignées, le chant des cigales et le soleil de plomb, c'était toujours la même vision parfaite qui s’affichait quand je fermais les yeux.
Mais désormais, il est temps pour moi de les maintenir grand ouverts pour affronter la réalité.
Le cours de la vie, c'est tout simplement de se fabriquer des bons souvenirs qui reviendront nous hanter dans les moments insipides de notre existence. Depuis que je suis arrivé en France, le soleil n'est plus, la joie non plus. Surtout en banlieue parisienne, ce ballet incessant de personnes stressées à la mine blafarde et aux mains tremblantes. Comme toujours, la période qui précède le sommeil est le moment de prédilection pour remettre mon déménagement en question. Les longues minutes avant de s'endormir sont toujours remplies de doutes tandis que la nuit, pure et dure, c'est ce moment magique en fin de journée où l’on se déshabille de nos pensées pour se vêtir de nos rêves, les plus merveilleux comme les plus atroces. Bref, la nuit c'est sans doute le meilleur des moments quand on n’a pas peur du noir. Ce qui n'est pas mon cas. Depuis aussi longtemps que je m'en souvienne, la noirceur m'a toujours terrifié et il est fort probable qu'elle me terrifiera encore longtemps.
Le meilleur remède, c'est de s'occuper l'esprit avant qu'il ne comble lui-même l'absence de pensées par des monstres plus atroces les uns que les autres. J'observe donc la pièce exigüe plongée dans une semi-obscurité tout en écoutant d'une oreille attentive les tressaillements de la respiration sifflante de mon colocataire qui subsiste dans la même alcôve que moi malgré les phéromones ambiantes. Je ne l'ai pas choisi, ni lui, ni le matelas inconfortable rongé par les mites sur lequel je repose toute la nuit. Tout est détérioré ici, même mon ouvrage de chevet (Harry Potter et l’Ordre du Phénix) se fait tourmenter par les psoques, cet abject insecte vulgairement nommé « pou de livre ». Néanmoins, ça pourrait être pire pour le partage de la chambre, cette cellule aux tentures tristes et incisives. Le garçon qui vit avec moi au quotidien a le mérite d'être un sportif confirmé, malgré son aspect peu souriant qui lui confère un teint encore plus froid que les visages fissurés des vieilles poupées de porcelaine de ma grand-mère. Malgré tout, il reste l'un des seuls à m'avoir tendu la main à mon arrivée. Peu de gens l'ont fait, sans doute est-ce dû à mon look particulier qui en rebute plus d'un au premier regard. Ou alors c'est juste le fait d'arriver une année après tout le monde qui rend l'intégration plus compliquée ?

Il est temps que je bouge, le couvre-feu est déjà passé et je suis loin d'être prêt pour aller me coucher. Il faut encore que je me mette en pyjama et que je me brosse les dents avant d'aller dormir. A pas de loup, je sors de la chambre avec mes habits pour la nuit et ma trousse de toilette sous le bras. De la manière la plus silencieuse possible, je marche sur la pointe des pieds dans le couloir jusqu'à atteindre la salle de bain des garçons. Une fois entré dans la pièce, je me sens directement oppressé par une chaleur ambiante à laquelle je suis peu habitué dans ce bâtiment. Visiblement l'eau a encore été bouillante au moment des douches puisque les miroirs sont recouverts d’une buée dégueulasse... Une fois sur trois, l'eau est glaciale, et le reste du temps ça peut être de la lave en fusion. C'est le genre de douche pourvue d’un bouton où on doit simplement appuyer, pas de thermostat à l'horizon donc. Du coup, la température de l'eau dépend de l'humeur journalière de la chaudière.
Je frotte du revers de la manche la glace pour me permettre d'apercevoir mon reflet. C'est toujours plus agréable quand on commence à se chatouiller l’émail. Une fois l'engin rempli de dentifrice en bouche, je retire mon jeans de ma main libre pour me retrouver en slip violet dans la pièce surchauffée. Je compte méticuleusement une minute trente dans ma tête, en passant la brosse devant et derrière les dents comme on me l'a toujours dit, et j’utilise un petit gobelet orange qui traînait là pour me rincer la bouche. Je sens du bout de la langue un peu de sang dégouliner de la rangée du bas, de la gencive plus précisément, c'est souvent le cas quand j'y vais un peu trop fort. Je m'apprête à étaler un peu de crème hydratante sur mon menton desséché par le froid automnal (pas très viril je l'admets) mais la sonnerie de mon portable interrompt ce geste machinal. Sans avoir besoin de regarder le prénom qui s'affiche sur l'écran, je sais qui est mon interlocuteur. Instinctivement, ma respiration s'accélère et je n'ai plus qu'une seule envie, une idée fixe qui s'empare de mon être tout entier : balancer le téléphone contrer le mur pour le briser définitivement. Malgré tout, je sais au fond de moi que je dois répondre. Le sort de l'humanité en dépend mon ptit Odd, on te l'a assez répété.

— Allô Jérémie ? murmurai-je d'une voix tremblante après avoir appuyé sur le bouton tant redouté.
— Ah Odd, content de t'avoir au téléphone, répliqua le génie d'un ton qui se voulait enthousiaste mais qui sonnait étrangement faux. Dis, on est tous partants pour un plongeon très matinal demain matin, je suppose que tu seras de la partie ?
Einstein utilisait toujours des termes très flous quand il s'agissait d'appel vocal, j'avais une fois émis l'hypothèse interne qu'il craignait que son téléphone soit sur écoute, ce qui pourrait sembler assez farfelu mais sincèrement plus rien ne m'étonne depuis mon arrivée à Kadic. Belpois aurait encore pu me dégainer un ensemble de lexies codées du genre « Nous sommes tous voués à l’enfer, l’ascenseur est en panne au paradis » que je n’aurais même pas pris la peine de broncher.
— Euuuuh, matinal comment ? J'ai besoin de mes heures de sommeil moi aussi.
— Comme tout le monde mais parfois on a pas le choix, répondit sèchement l'informaticien. Il nous faut un délai suffisant pour explorer quelques zones virtuelles et récupérer des données au passage avant le début des cours. Hors de question de sécher le cours de Madame Hertz une troisième fois d'affilée ! Cinq heures nous semblait être un bon compromis
— Cinq heures du mat' du coup ? m'étranglai-je en pensant aux cernes du lendemain.
— C'est le principe de "matinal" Odd...
— Ok, maugréai-je en sachant qu'une réponse négative n'aurait même pas été envisageable, je mettrai mon réveil et on sera bien au rendez-vous Ulrich et moi.
— Parfait, à demain.
— Bonne n...

Jérémie avait déjà raccroché. Avec lui, on se contentait toujours de l'info pratique, l’aspect conceptuel qu’est le signifié en linguistique, et tout le reste relevait de l'ordre des futilités. « A demain » était sans doute la plus grande démonstration d'affection dont il était capable. Mais bon, à force on s'y habitue... et on s'y attache aussi d'une certaine façon.
Mon regard se perdit sur mes chaussettes bariolées et la décision de les garder jusqu'au lendemain matin m'apparut comme une évidence, ça fera toujours dix secondes de gagner au moment du réveil. Au moment d’enfiler le bas de mon pyjama, un glapissement étrange retentit à proximité, brisant ainsi la torpeur ambiante, et très vite j'entends distinctement le son d'un animal grattant avec vigueur à la porte.
Biologiquement, il est intenable et arrogant d'affirmer que l'humain est le seul à être pourvu d’une conscience. De fait, j'avais fini par faire de mon chien un allié de taille, qui mettait un point d'honneur à me suivre partout, et j'étais presque convaincu que c'était lui qui s'acharnait ainsi sur cette pauvre porte, il avait dû réussir à se faufiler hors de la chambre car je laissais souvent le battant à demi ouvert. Après une brève hésitation, je décide de le laisser entrer dans la salle de bains même si c'est pas top niveau hygiène et que c'est sans doute un méfait gradué 8 sur l'échelle criminelle de notre bon vieux surveillant.

Sans grande surprise, c'est bel et bien Kiwi qui fonce direct sur ma jambe gauche, comme toujours, pour me supplier de le prendre à bras. Et évidemment je craque. Mais dès que je le porte à hauteur de mon regard, je constate que quelque chose cloche. Son museau tout d'abord qui a viré au rose criard des chewing-gums à deux balles. Mais pire encore, ses yeux d'un noir d'encre dans lesquels une petite lueur rouge subsiste. Un signal d'alarme résonne toutes sirènes hurlantes dans ma tête mais il est déjà trop tard. Après avoir brusquement senti son souffle chaud au creux de mon oreille, les crocs de Kiwi se referment sur la chair tendre qui entoure ma frêle épaule. Les pointes de la douleur s’enfoncent de plus en plus en moi avant de s’effacer pour laisser place à un attroupement de vides béants qui ne vont pas tarder à se remplir d’hémoglobine. Je hurle de douleur alors que Kiwi tombe sur le sol, la gueule en sang et les pupilles dilatées. Immédiatement, je comprends qu'il prend de l'élan pour sauter à nouveau, le plus haut possible sans aucun doute, et là je fais quelque chose que je n'aurai jamais cru faire un jour. Au moment où il s'élance vers moi, je lui jette un coup de pied dans le flanc comme s'il n'était qu'un vulgaire ballon de foot. Un craquement résonne dans la petite pièce tandis que mon chien va s'écraser contre la paroi de la douche la plus proche.
En moins de deux, je sors de la salle de bains tout en veillant à bien refermer la porte derrière moi. C'est pas normal, il se passe encore un truc pas net, faut que j'aille prévenir Jerem, Ulrich, n'importe qui. Belpois doit encore être à l'usine, le mieux à faire c'est de le rejoindre là-bas. Je me précipite vers ma chambre pour réveiller Ulrich mais je constate aussi vite son absence à ma grande stupeur. Lit vide à l'exception de sa couette et de son oreiller, aucun doute il a déjà été prévenu. Enfin je l'espère... J'enfile rapidement un short à lui qui reposait sur sa valise et descend les marches quatre à quatre tout en composant le numéro de Jérémie mais la batterie me lâche aussitôt. Evidemment... Je me précipite dehors et regrette aussitôt de ne pas avoir pris un manteau. Ça caille. Et le pire dans tout ça, c'est que je vais devoir traverser le parc... dans l'obscurité la plus totale. Super.

Déjà le vent se jette dans la danse. Mordant. Glacial. Teigneux comme jamais. J’ai l’impression qu’il cherche à m’arracher mon âme. Je cligne des yeux, je ne vois que les ténèbres. Les humains sont censés s’accommoder à l’obscurité, non ? Pourquoi ça ne vient pas, pourquoi je ne vois toujours rien ? Pourquoi la lune brille-t-elle si peu dans le ciel ?
— Je pars devant, on se retrouve à l’usine !
La voix claque dans mon oreille, alors qu’une bourrasque encore plus violente me gèle la chair. C’est Ulrich qui part en courant devant moi. Je veux lui crier de m’attendre, de ne pas partir comme ça, de m’aider. Mais les mots restent coincés, probablement congelés au creux de ma gorge. Sa présence se perd au cœur des arbres, et je suis seul, seul, seul.
Je n’ose pas y aller. Je me sens trop petit et insignifiant. Pourtant, la perspective des horreurs derrière moi est le meilleur des moteurs. La chaleur du sang qui coule de mon épaule me donne le carburant. Comme un automate, je fais quelques pas. Puis je m’élance, avec la sensation de plonger au beau milieu de la mer, là où il n’y a plus de fond, là où n’importe quoi peut rôder.
Je vois à peine devant moi. Je sens le sol sous mes pieds nus, un petit caillou qui s’enfonce sans merci dans ma plante, et toujours ce vent terrible qui dévide chaque filin de chaleur de ma peau. Je crois que mes doigts vont tomber avant la fin de ce cauchemar. Pourquoi je cours si lentement ? J’ai l’impression de faire du sur-place, mais enfin je discerne la lisière de cette forêt d’épouvante qu’est le parc. Le tronc des arbres luit d’un argent lunaire livide, les buissons bruissent si sordidement, et moi je cours en priant pour que tout se passe bien. Pourquoi ai-je l’impression d’entendre des bruits partout ? Cette cacophonie de murmures me glace le sang avec une efficacité à rendre jaloux ce blizzard qui ne cesse de me fouetter, et de me retenir de ses longs doigts effilés.
Des craquements. Des chuchotis. De lourds battements. Des chuintements. Des craquements plus proches. La respiration régulière du vent dans les feuilles. Le grondement du sang dans mes tempes.
Cette forêt vit.
Cette forêt sait que je suis là.
Je suis maintenant certain de ne plus être seul. Anxieux mais toujours en course, je tourne la tête, à droite, à gauche, à la recherche de ces légendaires yeux rouges qui surgissent des tréfonds de vos terreurs pour s’incarner là, dans les ténèbres, en suggérant les pires tourments. Mon pied accroche quelque chose. Je heurte le sol. Une vive douleur dans mon genou me fait réaliser le liquide poisseux qui en coule. Mon cœur opère une ruade désespérée. Je suis blessé. Paniqué, je cherche à tâtons le motif de ma chute, gardant les yeux rivés sur l’oppressante chape noire et vide qui me coupe la respiration. Je ne vois émerger que des arbres, témoins austère et hostiles de ma visite.
Est-ce que celui-là s’est rapproché ?

Pas le temps de traîner ! Je dois rejoindre cette usine coûte que coûte ! J’ai le genou en sang, mais ce n’est rien, non ce n’est rien. Sûrement l’action conjointe d’une racine et d’une pierre pour me faire choir. Une racine en plein milieu du chemin ?! Impossible…
Lève-toi, lève-toi, lève-toi bon sang. Ne reste pas là. C’est dangereux. Oublie cette histoire de racine et cours. Ce n’est qu’une éraflure. Tu ne saignes pas tant que ça finalement. Cours. Mais cours. Arrête de respirer aussi bruyamment, toute la forêt t’entend ! Arrête de trembler ! Pourquoi il n’y a plus de vent ? Où est-ce que je suis ? Par où je dois aller ? Subitement incapable de m’orienter, je scrute les arbres au désespoir, je tâtonne sur leurs troncs d’écorce coupante. Pas un seul signe distinctif, ils se ressemblent tous. Comment je vais faire ? Je… je…
Je suis perdu.
Le constat me poignarde directement aux tripes. Je sens les larmes monter, la panique me liquéfier la trachée, mes mains convulser comme jamais. Quelque part dans la terrible noirceur, une respiration vient se superposer à la mienne. Je ne suis pas seul.
Je ne sens même plus mes pieds. Le froid a dû les souder au sol. Quelque chose frôle subitement les buissons à ma gauche, je sursaute, je les fixe avec terreur. Va-t’en, va-t’en, va-t’en, va-t’en, VA-T’EN !
J’ai peut-être crié, je ne sais pas. Subitement, l’obscurité se fait moins pesante. Ce n’est que pour mieux me laisser voir ce liquide noir qui coule des arbres et qui va se mêler au sang que j’ai laissé dans l’herbe. Qu’est-ce que c’est que ça. Qu’est-ce que c’est que ça ?! Cours crétin ! Tu y vois quelque chose, enfuis-toi tant que tu peux encore !
L’usine brille dans mon esprit tel le fanal dans la tempête. Je peux y arriver.
Je fonce. J’entends des craquements sonores derrière moi. Un clapotis. Non, pas vraiment. Comme quelque chose de boueux. Ce liquide noir visqueux, cette sève d’Asphodèle, elle va m’avaler. Je ne dois pas m’arrêter. C’est la fin sinon. J’entends des rires tout autour de moi. J’entends une parade infernale de monstruosités venues m’achever. Je vois des mains difformes et griffues se tendre vers moi alors que je martèle le sol de mes pieds.

Mes poumons sont en feu. J’ai un goût sanguinolent dans la bouche. Je n’y arriverai pas. Je ne veux pas mourir. Aucune lumière ne se montre. Pas d’yeux rouges comme dans les fantasmes d’écrivains torturés, oh que non. Le noir est bien pire, n’est-ce pas ?
Mon allure s’est réduite à peau de chagrin. C’est bientôt fini. Ils se rapprochent de seconde en seconde. Ils font durer le plaisir. Les arbres dansent tout autour, faisant onduler leurs branches alors que j’en suis presque à ramper par terre. Les larmes me brouillent le peu de vue qu’il me reste, et je lutte pour chaque foulée. Des foulées ? Des pas, oui ! C’est pitoyable, je n’y arriverai pas. Je ne sauverai pas le monde. Je vais… je vais…
Mon pied tombe sur quelque chose de glacial.
Je n’ose y croire.
C’est… c’est la plaque d’égout !
Je l’arrache de la terre poisseuse, je m’esquinte les ongles dans la panique. C’est mon échappatoire, je ne dois pas la louper. Encore plus de ténèbres sous terre, mais je dois y arriver, j’ai survécu au parc infernal. J’en suis capable. Allez. Allez, encore un effort. Un tout petit effort.
— Tu verras, on bouffera un bon couscous-boulettes quand ce sera fini… le couscous-boulettes de Rosa, avec sa sauce tomate tellement onctueuse, et les petites herbes dans la viande qui se coincent entre les dents… tu verras, on peut y arriver !
Un murmure d’encouragement. Un sanglot pitoyable alors que je descends l’échelle. Elle me couvre immédiatement les doigts d’engelures tellement elle est froide. Ma main lâche, mon pied glisse, je tombe, je me cogne la tête sur la dalle de béton. Non. Non, pas maintenant, pas si près, je…
Je sens la matière poisseuse tomber à gouttes énormes de l’ouverture béante des égouts. Le contact est froid. Visqueux. Souillant. Je n’ai plus la force de me lever. Le fluide boueux colle à ma peau nue, se mêle à mon sang, s’écrase lourdement sur mon visage. S’écoule dans mon nez, dans ma bouche entrouverte pour tenter de grapiller quelques parcelles d’air. J’étouffe. Le mucus immonde progresse dans ma gorge, alors que mon rythme respiratoire est multiplié par dix. Je n’arrive plus à respirer. Je n’arrive plus à respirer. Je n’arrive plus à respirer ! Dans un effort démesuré, je rassemble les derniers lambeaux de voix qui me restent, et je crie :
— Je veux pas mourir !
— Tu vas pas la fermer oui ?!
L’oreiller d’Ulrich percute sans ménagement mon crâne. Je n’y prête même pas attention alors qu’il retombe par terre. Je… je suis vivant ? Je suis… dans mon lit ? Je porte une main poisseuse à ma gorge. Je suis ruisselant de sueur. Je… c’était un cauchemar ?
Mon camarade de chambre, rendu grognon par ce réveil expéditif, ramasse son oreiller et retourne dans son lit en marmonnant. Je suis toujours pelotonné sous ma couette, sans parvenir à me rendormir. Les sensations étaient si réelles.
Le cœur toujours paniqué, j’attends qu’Ulrich replonge dans les bras de Morphée, puis je me lève sur la pointe des pieds. Il fait froid. Mais moins que dans ce parc démoniaque. Je me faufile dans le couloir, puis jusqu’à la salle de bain où le carrelage glacial ne m’évoque que la froideur de la plaque d’égout. J’ouvre le robinet, je frémis au bruit de l’eau. Elle est si claire, si limpide sur les parois si blanches du lavabo. Mes mains tremblent trop pour que j’arrive à vraiment la retenir. J’inspire profondément. Je ferme les yeux, je parviens à me calmer assez pour me passer un peu d’eau sur la figure. Je lève les yeux vers le miroir, les gouttes ruisselant sur mon visage. Je me trouve petit et maigre. Trop petit et trop maigre. Trop effrayé. Si insignifiant.
L’espace d’un instant, je crois bien voir quelque chose bouger dans le couloir.


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Agression sordide à Sceaux !
« La situation tragique que je viens de vivre aurait pu se dérouler dans n’importe quelle famille, déclare Takeho Ishiyama au micro de notre journaliste sur place. Si l’incident que j’ai vécu peut favoriser une certaine prise de conscience autour de ce fléau qu’est la drogue, ce sera déjà ça de gagné. Il faut absolument que les parents arrêtent de fermer les yeux, de pratiquer la politique de l’autruche par rapport à ce qui se passe autour d’eux. Aujourd’hui, la drogue n’est plus simplement aux portes de nos demeures, elle y est rentrée et est absolument partout... La lutte contre la drogue devrait être l’affaire de tous ! »
Si, aujourd’hui, ce père de famille meurtri a décidé de témoigner, c’est pour conscientiser à la fois les familles, les pouvoirs publics et les jeunes sur les dangers de la drogue.
« Je demanderai tout d’abord à nos hommes politiques et à la justice de donner plus de moyens, d’encourager et d’accompagner la police afin de pouvoir freiner cette hémorragie de stupéfiants qui gangrène nos rues, les sorties de nos écoles, et même nos petits quartiers bourgeois "sécurisés". J’aurais également un petit mot pour les jeunes : faites attention, les dealers vendent parfois des produits coupés, de mauvaise qualité, qui peuvent vous faire perdre la tête. Une fois la pilule avalée ou le produit injecté, il est trop tard pour revenir en arrière. »
Pour ce bon travailleur bien intégré dans notre société, la santé et la sécurité des enfants, cela n’a pas de prix.
« La drogue fait aujourd’hui partie de notre société, quoi qu’on en dise. Arrêtons de nous voiler la face, de ne pas voir la vérité telle qu’elle est. Je sais qu’il n’existe pas de recette parfaite. Il est d’ailleurs très difficile de savoir comment réagir quand ce fléau de la drogue vous tombe dessus, entre subrepticement dans la sphère familiale. C’est le pire des poisons car il détruit sa victime de l’intérieur tout en entraînant les proches dans un environnement souillé par la violence et les hallucinations. Je réclame donc plus de prévention dans les écoles, à des âges encore plus précoces. Il est important que les jeunes voient les dégâts que provoque la drogue. »
Cet appel au secours universel, ce signal d’alarme, ce père de famille le voit également comme un message d’amour envers sa fille, d'origine étrangère comme lui, seulement âgée de douze ans au moment des faits.


Yumi se réveilla en sursaut devant le reportage qui résonnait à fond dans ses oreilles ! Qui avait augmenté le volume de la télé aussi fort ? Sûrement Hiroki ! La japonaise reporta son attention sur la chaîne TV5 Monde qui diffusait un documentaire sur... la Colombie. Bon, au moins ça restait dans le thème. Elle avait dû mélanger ses pensées et les quelques infos captées depuis la télévision jusqu'à son subconscient.
— Dis-moi que c'est des conneries Yumi ?
— Suis-je vraiment obligé de le préciser ptit frère ?
Hiroki était apparu derrière le canapé jaunâtre, souriant car il savait, tout au fond de lui, que sa sœur ne pouvait pas être impliquée dans une histoire aussi sordide. Elle avait beau avoir été retrouvée dans la rue, errant comme un zombie et les yeux ronds comme des balles de ping-pong, elle ne pouvait pas être impliquée dans l'agression qui s'était produite dans le même quartier dix minutes plus tôt. Une petite vieille agressée, comme ça arrive tous les jours. A douze ans, la japonaise ne pouvait pas être tenue pour responsable, malgré sa carrure sculptée par les nombreuses heures d'application des conseils des coachs qu'elle consultait pour les différents arts martiaux qu’elle pratiquait. Après avoir contemplé le vol d'une coccinelle – noire comme elle les aimait –, Yumi bailla, épuisée par les évènements des derniers jours. Le petit garçon en profita aussitôt pour se blottir langoureusement dans les bras de son aînée, jusqu'à sentir de près les battements du cœur de cette dernière qui se voulaient réguliers. Hiroki était plutôt drôle à observer ces derniers temps car il portait en permanence une petite casquette de laine avec une visière au-dessus de son crâne qui était désormais chauve comme une petite cuillère. Le résultat d’un pari débile avec un de ses potes, qui lui avait salement coupé une mèche de cheveux en classe, ce qui avait contraint le jeune soucieux de son apparence de tout raser chez le coiffeur.
— Les journalistes c'est des merdeux ! cracha le jeune garçon en déchirant l'article qui avait scrupuleusement été déposé dans la boîte aux lettres du domicile familial.
— On s'en remettra Hiroki... il y a pire dans la vie. Demain, cette presse à "sangsation" aura trouvé une nouvelle cible et son lectorat nous aura déjà oubliés.
En toutes circonstances, Yumi restait positive. C'était sans doute l’une de ses grandes forces, elle qui ne flanchait jamais face à l'adversité. Et le cadet de la famille admirait grandement cette belle qualité, c'est tellement rare de rester si optimiste quand on devient adolescent !
— Tu veux écouter mon nouveau flow ? demanda le cadet de la tribu avec une certaine excitation visible au niveau de ses dents qui s'entrechoquaient entre elles.
— Vas-y ! l'encouragea Yumi.
— Tu en es sûre ? Ça ne te dérange pas ?
— Ça ne peut pas être pire que la dernière fois, plaisanta-t-elle en lui adressant un clin d'œil malicieux.
— Bon c'est parti ! Hirok' le roc dans la place ! Si tu crois un jour qu'je t'laisserai tomber pour un détail ou pour une futilité n'aie pas peur je saurais bien faire la différence. Si tu crains un jour qu'je t'laisserai fâner à la fin de l'été, un mauvais cap à passer n'aie pas peur personne d'autre n'pourrait si facilement te remplacer, zbam.
— Quel débit de fou ! concéda Yumi. Par contre, revois tes paroles pour les adapter à ta propre vie, c'est toujours mieux non ?
— Ouais t'as raison, chui peut-être encore un peu jeune pour parler des problèmes des grands...
Hiroki avait tout de même un aspect de sa personnalité terriblement attachant, même dans les moments les plus difficiles... Pas de doute, il était fait pour plaire aux plus jolies de ce monde cette arsouille !

« T'as moins mal ? » demanda Hiroki en jetant un regard inquiet à la perfusion, cette aiguille immonde qui s'enfonçait dans la chair de sa sœur. Yumi ne prit même pas la peine de répondre, elle se contenta de sourire. Oui, ça allait. Sans plus mais ça allait. Ça aurait pu être pire après tout, bien pire... Ce qui l'emmerdait vraiment, c'est qu'elle ne pouvait plus bouger à sa guise dans cette situation. La jeune asiatique était contrainte de rester couchée sur son lit pendant de longues heures et c'était loin d'être son délire, elle qui appréciait les longues balades en VTT et les entraînements de foot en plein air. Elle se sentait plutôt bien parce qu'elle faisait tout pour garder le moral comme d'hab... mais au fond elle bouillonnait d'envie et d'excitation ! Envie de courir, bondir, grimper ! Excitation à l'idée de sortir à nouveau, raconter ses blackouts à la bande, revivre pleinement pour de bon !
Elle voulut câliner son frère à nouveau. Mais un bruit saccadé, feutré et surprenant à la fois rompit le bon moment qui s'annonçait en perspective. Quelqu'un frappait à la porte. Hiroki s'empressa d'aller ouvrir et, après avoir vérifié l'identité de l'invité, courut se réfugier dans sa chambre. C'était mieux comme ça... Quand ces deux-là étaient ensemble, il se faisait vite dégager de toute façon !

« Bonjour Yumi. »
Le visage de la jeune fille s'éclaira quand elle aperçut la mine – pourtant attristée – du garçon qui venait lui rendre visite. Elle l'aimait, c'était une certitude. Pas de cet amour dégoulinant, futile et si répugnant que les couples entretenaient entre eux. Non. C'était plutôt un amour fusionnel, comme s'il n'était qu'un prolongement d'elle-même. Quand elle le voyait, c'était un shot d'adrénaline, une bouffée d'oxygène, une déflagration de joie et de rires en prévision ! Ça pouvait sembler cliché mais c’est ce qui résumait le mieux leur relation. Avec ce garçon en particulier, c'était différent. Pas de sous-entendu. Pas d'ambiguïté. Le genre de personne avec qui tu peux commencer à vieillir sans devenir d’ennuyeux adultes pour autant. C'était, au fond, un lien bien plus puissant que l'amour niais puisque le blondinet tenait entre ses mains le destin de Yumi. Son rôle de sauveuse de l'univers, d'aventurière confirmée, de sportive chevronnée, c'était grâce à lui ! L'aînée des Ishiyama le reconnaissait aisément. Sans Jérémie Belpois dans son entourage, sa vie aurait été bien terne...
— En ces temps difficiles, déclara Jérémie avec une lueur malicieuse dans le regard, j'ai pensé que ça t'intéresserait de savoir pourquoi les mouches se frottent toujours les pattes. Question primordiale que tout le monde s'est déjà posée un jour en les observant pas vrai ?
— Si tu le dis, répliqua Yumi avec un petit rictus tordu au coin des lèvres que Jérémie connaissait bien.
— En fait, reprit Belpois, les pattes de mouche (à différencier de l'écriture infecte à laquelle elles sont associées) sont recouvertes de poils sensoriels, qui font office de détecteurs. Ceux-ci occupent aussi tout le reste de leur corps, pas seulement leurs pattes donc ! Cela leur permet, aux mouches, de mieux appréhender l'environnement extérieur : aussi bien la chaleur, l'humidité, le vent, le goût des aliments... Les détecteurs de leurs pattes leur servent de façon continue. Il faut donc que celles-ci soient toujours très propres afin qu'elles ne soient pas « déréglées ». Ainsi, c'est pour cette raison que les mouches vont continuellement faire preuve d'une grande propreté et vont souvent nettoyer leurs papattes.
— Ça me perturbait tellement depuis mon enfance, plaisanta Yumi, je peux mourir tranquille maintenant !
— Il n'est jamais trop tard pour apprendre ! répliqua le blondinet en repoussant ses lunettes vers le large front qui séparait ses sourcils de sa chevelure décoiffée.
Sincèrement, ce mec était tellement... différent. Inclassable. Un ovni de sa génération. Il était unique en son genre, et en bien, c'était déjà une certitude sacrément implantée dans le cerveau de l'ensemble des membres de la famille Ishiyama.

— Plus sérieusement, continua Jérémie en dévisageant de près son interlocutrice pour observer ses réactions, par rapport à cet article je dois te dire... Tout le monde change, l'être humain même est changement. Tout le monde passe par différentes phases et parfois ce sont des phases négatives. Malheureusement tu ne peux rien changer à ce qui s'est passé, ce qui est fait. On peut tout acheter dans ce monde, sauf la réputation. Si la tienne est détruite en ce moment, ce n'est que pour mieux la redorer dès demain. Ils sont juste cons ces journalistes !
— Toi aussi tu ne les supportes pas ?
— C’est le concept d’écriture même qui me dérange de plus en plus, noircir une feuille mais à quoi bon ? Ecrire, c’est envahir l’espace d’autrui, ne serait-ce que pour salir sa mémoire comme tant le font avec des personnalités pourtant si charismatiques telles que Gandhi ou Claude François. Ecrire, c’est aussi s’exposer à la critique irritée de ceux qui n’écrivent pas, qui n’écriront jamais ou qui n’écrivent pas exactement comme toi. Dans ce dernier cas, ils pourront voir en l’écrivain différent que tu es une menace potentielle… et ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour te détruire, ces vautours, car la société humaine s’est toujours basée sur le principe de l’aliénation, mentale comme physique d’ailleurs. Malgré tout ce que les pisse-copies pourront rédiger, tu peux toujours faire en sorte de montrer tes changements, montrer qui tu es aujourd'hui, prouver ce que tu vaux réellement en société, et dégager des choses beaucoup plus positives, que les gens pourront voir, mais surtout pour toi en fin de compte. Car le positif attire le positif, et en l'étant, en faisant de bonnes actions, cela retournera vers toi aussi ! Demande pardon, pardonne aussi, et pardonne-toi surtout. Accepte ce qui s'est passé, et avance vers une personne meilleure... que tu deviendras certainement, je n'en doute pas une seule seconde. Même après l’immonde acte que tu as pu commettre.
— T'es sérieux ? s'étrangla l'adolescente. Tu sais très bien que je n'ai rien à voir avec toute cette affaire ! C'est à cause de toutes tes... expérimentations qu'il m'arrive des trucs chelous.
— Du calme Yumi, riposta Jérémie en éclatant d'un rire tonitruant face à la réaction de sa meilleure amie. C'était une blague, j'imitais juste ta mère !
— T'es vraiment con, glissa Yumi en étirant les lèvres néanmoins. Tu savais ce qu'il fallait dire pour me faire redescendre ! Tu peux en rire, moi aussi d'ailleurs... mais c'est quand même pas toi qui va avoir à subir mes vieux jusqu'à mon retour à l'école !
Yumi était néanmoins un peu émue par toutes ces belles paroles. Une fois de plus, son meilleur ami lui avait prouvé qu'il serait toujours à ses côtés. Même après toutes ces années passées ensemble, elle restait admirative devant cette maturité que Jérémie arborait en permanence. Le choix des mots et de leur portée, même dans l'humour. Tout était une question de ton avec lui... et de don. Avoir la capacité d'utiliser les termes justes au moment adéquat, c'était déjà un sacré cadeau du bon dieu ! Du haut de ses douze ans, Jérémie Belpois était déjà un visionnaire hors pair. Aucun doute permis, le blondinet n'avait qu'à tendre les bras pour accéder à l'avenir professionnel qui lui conviendrait. Qu'il choisisse n'importe quel domaine, c'était certain qu'il excellerait (bon peut-être pas en sport ni en menuiserie mais on se comprend).

Pour la deuxième fois, on frappa à la porte, troublant la quiétude du salon des Ishiyama.
— Laisse, j’y vais, fit Jérémie en voyant son amie commencer à se lever.
De mauvaise grâce, Yumi s’immobilisa. En temps normal, ils auraient probablement inversé les rôles, mais elle devait s’y résoudre : elle n’était pas encore totalement remise, et il valait mieux qu’elle s’évite des efforts inutiles. Un regard par la fenêtre ouverte lui montra le cerisier japonais qui s’épanouissait paisiblement dans le jardin, et elle regretta de ne pas pouvoir y grimper comme au retour de ses escapades nocturnes. Elle sentait presque l’écorce sous ses doigts d’ici. Vivement. Il n’y avait rien de plus triste qu’un mercredi après-midi passé enfermée.
— Désolé d’être en retard, j’avais entraînement de foot, confessa Ulrich.
Cheveux bruns, courts et assortis à ses yeux, et toujours ce goût pour le vert kaki. L’adolescent avait visiblement préféré repasser par Kadic pour déposer son sac avant de revenir ici. Ça n’avait pas dû beaucoup le retarder : Ulrich courait vite. Il échangea un efficace signe de tête avec Jérémie et les deux garçons rallièrent le salon ensemble.
— Salut Yumi ! En forme ?
— J’ai vu mieux, avoua-t-elle avec un sourire. Et toi, ça va ?
— Tranquille.

Ulrich s’assit en tailleur à même le sol, observant pendant quelques secondes une calligraphie japonaise accrochée au mur. Il ne venait pas si souvent que ça, n’étant pas un ami d’aussi longue date que le blondinet. Jérémie était d’ailleurs resté debout, les bras croisés, perdu dans ses pensées. Impossible de savoir ce qui pouvait bien lui trotter en tête, comme toujours. Il ne leur partagerait que s’il estimait que c’était pertinent.
Un petit grincement dans l’escalier leur fit tourner la tête. Hiroki, espérant être discret, était redescendu dans les marches les plus hautes et passait la tête par-dessus la rambarde de l’escalier. Son regard curieux se mua en air enthousiaste quand il constata qu’on l’avait repéré.
— Eh, salut Ulrich !
Le brun taciturne lui concéda un petit sourire et un geste de la main.
— Salut p’tit. C’est quoi cette casquette ?
Hiroki eut l’air de rougir un peu et regarda ailleurs.
— Oh euh, c’est rien, j’avais envie de tester un truc.
— Hiroki, tu veux bien nous laisser ? Je ne voudrais pas avoir à raconter à Ulrich pourquoi tu portes cette casquette… fit remarquer Yumi avec malice.
Il détala à l’étage, laissant pratiquement derrière lui ce nuage de fumée caractéristique des personnages de dessin animé. Un rire espiègle échappa à sa grande sœur, qui tourna à nouveau la tête vers ses deux amis.
— Il est adorable, avoua-t-elle.
— On va dire ça comme ça, répondit Jérémie avec un sourire en coin. Ah d’ailleurs avant que j’oublie, j’ai les cours que tu as ratés cette semaine.
— Super, j’en rêvais, grinça Yumi.
Il sortit une pochette bleue de son sac et lui remit. Elle se dépêcha de la caler à l’autre bout du canapé, peu désireuse de regarder ça maintenant. Le blondinet eut quand même droit à un mot de remerciement. Pendant leur échange, Ulrich avait gardé les yeux dans le vague. Lui aussi paraissait perdu dans ses pensées. Au bout de quelques secondes, il releva la tête et fixa Jérémie, très sérieux.
— Désolé de devoir vous dire ça, mais on a un problème.

La synchronisation dans l’échange de regards entre Jérémie et Yumi fut parfaite. On aurait pu se croire dans une pièce de théâtre parfaitement millimétrée.
— Comment ça ? interrogea Jérémie.
Sa voix revenait à son froid professionnalisme. Il sentait que le problème était un de ceux qu’il convenait d’aborder dans leur cercle fermé. De fait, il n’en était que potentiellement plus grave. Yumi pouvait presque voir les pensées défiler en rang serré sous son crâne, se présentant tour à tour à l’analyse de son esprit pour essayer de déterminer ce qui n’allait pas, et déjà ce qui pouvait être fait pour résoudre le souci. Ulrich changea de position, ramenant ses genoux contre sa poitrine, et lâcha l’information :
— Odd n’a pas l’air d’aller très bien.
— Sois plus clair, requit le blondinet avec autorité.
Il avait l’air grave. Yumi se fit la réflexion que vu ainsi, un peu en contre-plongée, avec ses lunettes bien posées sur le nez, il avait l’air d’avoir dix ans de plus.
— Hier soir il s’est réveillé en hurlant. Un truc genre « Je veux pas mourir ». Je crois que ses nerfs lâchent, il a eu beaucoup de mal à se rendormir et ce matin il avait l’air d’un zombie.
— Ceux dans Horreur aux Urgences ? s’amusa Yumi, imaginant une scène de la série avec Odd dans le rôle principal.
— C’est pas le sujet, intervint Jérémie. T’as réussi à savoir de quoi il avait rêvé, Ulrich ? Je pense savoir quel était le thème global, mais ça peut nous apporter des informations supplémentaires. La psychologie des rêves est une science fascinante. Evidemment, on exclura l’approche freudienne qui mène à du grand n’importe quoi, mais Jung avait…
— Non je ne sais pas de quoi il a rêvé, l’interrompit Ulrich, peu désireux d’avoir un exposé sur l’approche freudienne du rêve.
Yumi se promit de demander des détails à Jérémie plus tard. Il avait toujours des choses intéressantes à dire, mais elle comprenait qu’Ulrich ait envie de s’épargner cette histoire. Pour sa part, elle devait avouer que c’était toujours amusant de voir la tête des gens quand Jérémie leur expliquait en pleine conversation comment digéraient les dinosaures.
— Bon, dommage, soupira Jérémie avec une moue déçue. Ça lui arrive souvent ?
— Jamais à ce point, mais il a le sommeil agité, rapporta Ulrich, cherchant dans sa mémoire quelque détail probant. Je ne lui ai pas dit que j’avais remarqué, il essaie de faire comme si de rien n’était mais… ça crève quand même pas mal les yeux.
— Je vois, fit Jérémie en se frottant le menton, pensif.
Ses deux acolytes lui laissèrent le temps de bien réfléchir à la situation. Yumi en profitant pour se redresser un peu, décalant un coussin. Ce faisant, elle dérangea sa perfusion et pesta en la rajustant. Fichue aiguille dans le bras. Vivement qu’elle s’en débarrasse. Est-ce qu’on pouvait se virtualiser avec une perfusion ? Et si oui, est-ce que l’avatar en avait une aussi ? L’image la fit pouffer, lui attirant les regards curieux de ses amis.
— Désolée, fit-elle avec un sourire. Je pensais à un truc drôle.
— Alors Jérémie, t’as une solution miracle pour Odd ? pressa Ulrich.
— Non, désolé, je n’en vois pas, répondit le génie avec un air contrarié. Il va falloir que tu le gardes à l’œil, pour voir comment ça évolue. Tiens-nous au courant, mais restons discrets. S’il se rend compte qu’on a compris, ça risque de le perturber encore plus, et nous ne voulons pas que ça arrive.
Il rajusta ses lunettes, comme souvent lorsqu’il marquait une pause dans ses explications. Yumi et Ulrich échangèrent un coup d’œil, se demandant s’il comptait ajouter quelque chose, mais il n’en fut rien. Ce fut la jeune japonaise qui le poussa à poursuivre :
— Et si son état empire, qu’est-ce qu’on fait ?
— Le risque numéro 1, c’est le burnout, répondit Jérémie, parfaitement calme. S’il pète un câble au mauvais moment et qu’il panique, le secret sera menacé aussi. Pour le moment, on va se fier à Ulrich pour jauger comment il va…
— Jérémie, je suis pas psy moi, intervint Ulrich.
— Ne m’interromps pas s’il te plaît, coupa calmement le blondinet. Je disais donc, on se fie à toi pour estimer son état, t’es le mieux placé pour le faire vu que tu vis avec lui. Si jamais ce genre de cauchemars se multiplie, ou qu’il se comporte plus bizarrement que d’habitude, on va devoir réfléchir à quelques mesures. Du genre éloignement du Supercalculateur, pour qu’il puisse se reposer un peu les nerfs.
— Justement, au sujet du Supercalculateur…

Yumi fut interrompue par un bruit de clé dans la serrure. Immédiatement, le silence se fit dans le salon, alors que les adolescents échangeaient des regards surpris. Ce n’était pas prévu dans leur petite réunion. Le bruit de pas d’Akiko Ishiyama, rentrée du travail plus tôt qu’attendu, venait de définitivement enterrer leurs espoirs de continuer cette discussion des plus sérieuse.
— Comment ça va ma chérie ? lança la mère de famille en rentrant dans le salon. Oh bonjour Jérémie, bonjour Ulrich ! Je vois qu’on s’organise des réunions en douce quand les parents ne sont pas là ? ajouta-t-elle avec un air complice.
— Bonjour Akiko, répondit Jérémie avec un sourire poli. On passait juste voir comment allait Yumi.
— Bonjour madame, fit Ulrich un ton plus bas, moins familier de la famille Ishiyama.
La mère prit le temps de caresser les cheveux de sa fille (son seul enfant encore doté d’une chevelure, après tout) avant de monter voir comment se portait son petit dernier. Une fois qu’elle eut disparu à l’étage, Jérémie chuchota :
— Bon, on est au clair sur Odd, c’est le principal. S’il se passe quoi que ce soit, hésite pas à nous envoyer un message, Ulrich.
Le brun hocha la tête, puis se leva.
— Ouais, moi va falloir que je rentre, j’ai un devoir de français à finir et je risque d’en avoir pour un moment.
Yumi n’était pas vraiment dupe. Elle savait qu’Ulrich ne se sentait pas tout à fait à sa place ici, et préférait vider les lieux. Ironiquement, des deux garçons, c’était l’asocial qui était le plus à l’aise chez les Ishiyama. Le brun les salua avant de se diriger vers la sortie. La jeune fille faillit relancer la conversation en demandant son avis à Jérémie, au sujet de Odd, mais ce fut le moment qu’Akiko choisit pour redescendre.
— Jérémie, tu restes manger ? demanda-t-elle avec un sourire encourageant.
— Non, désolé, il va falloir que j’y aille aussi, avoua le blond en nettoyant ses lunettes. J’ai… un devoir d’informatique à finir.
Lorsqu’il chaussa à nouveau ses lunettes, Yumi vit distinctement un éclat passer dans les verres. Elle comprit que dans sa tête, il était déjà à l’usine, derrière le pupitre du Supercalculateur. Elle ne chercha pas à le retenir, pas plus que sa mère d’ailleurs.
— A plus Jérem’, sourit l’aînée de la famille. Travaille bien.
— Toujours, répondit-il, le coin de sa lèvre s’étirant légèrement.
Elle le regarda s’éloigner à son tour, alors que l’ennui du mercredi après-midi se rapprochait lentement d’elle. Pas grave. Elle supporterait, jusqu’au moment où elle pourrait foncer à l’extérieur. Et là, le monde n’aurait qu’à bien se tenir pour le retour de Yumi Ishiyama.
Le monde oui, mais lequel ?
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Silius Italicus MessagePosté le: Lun 06 Nov 2017 22:49   Sujet du message: Répondre en citant  
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Inscrit le: 03 Fév 2015
Messages: 180
Localisation: à l'Est d'Eden
Bonsoir,
Ainsi, vous souhaitez nidifiez en ce royaume ?

Qui plus est avec ambition et luxe. En effet, le soin apporté à la rédaction se sent dans ce prologue. Il s’exprime au travers de deux dimensions. Tout d’abord, le soin apporté au vocabulaire et à sa diversité, par exemple au travers de l’emploi de tout les niveaux de langages. Ensuite, par la précision de l’expression. Indéniablement, il y a eu un effort de conception et de rédaction.

Le résultat, c’est un texte assez chamarré, au multiple facettes s’exprimant dans un style ample. À titre d’exemple, il y a des écarts importants de niveau de langage au sein du texte. Ces écarts correspondent dans l’ensemble à la différence entre le descriptif et l’introspectif, entre la vie psychologique des personnages (d’après leurs propres dires ou ceux du narrateur) et l’image donnée du monde externe. Cet écart qui sous-tend le texte vient clore le texte au travers de la question du monde. Il vient donc illustrer ce cœur du texte qu’est l’épreuve psychologique dans la mesure où celle-ci repose sur la vision subjective du monde — sans s’enfoncer dans les débats sur l’idéalisme et le réalisme.


Tout cela doit beaucoup à la structure choisie. En effet, le texte se sépare en deux parties, quoique inégale par la longueur, qui ont toutes les deux en commun de commencer par mener le lecteur en bateau. Le narrateur désire visiblement s’amuser avec ces lecteurs. Évidemment, cet effet est accru par le fait que n’est à disposition qu’une section de texte au sein de laquelle ces jeux psychologiques occupent la majorité de l’espace. Mais ce trouble induit chez le lecteur par ces jeux correspond, et ce ne peut être un hasard, à ce qui est le sujet principal de cette section et probablement de tout le récit à venir. Il y a un effet miroir entre la vie psychologique des personnages et ce que provoque le texte chez ses lecteurs.

Un autre effet structurel notable réside dans l’opposition entre les deux parties du texte. l’une se vit essentiellement en solitaire, l’autre dans l’unité de la famille et de la communauté ; L’une se vit dans la chaleur du foyer, l’autre dans la froideur de la sylve ; dans l’une on sort affronter le monde extérieur, dans l’autre on en sort pour s’apaiser. Là encore de tels effets de miroir ne peuvent être que voulus. Ils posent les bases d’une situation instable, mais avec un matériau très riche. Un exemple en est l’art de commander déployé par Jérémie.

Cela étant, tout le texte ne s’articule pas autour de dualismes. Même si l’on retrouve cette dimension chez Odd, dont l’apparence est miroir inverse — encore — de l’essence. Car cette dimension ne semble pas se répercuter chez Yumi, non plus que chez les autres membres de l’équipe. Pour l’instant du moins. En fait le traitement de Yumi est un peu différent. Odd est ici vu au travers d’un schéma d’inversion entre l’apparence et l’essence. Le portrait fait de Yumi tend à s’éloigner un peu du portrait canonique, mais cela reste très léger. Notons quand même qu’une incertitude plane sur le positionnement de ce récit au sein de la chronologie de la série. Pour l’instant, et en l’absence d’Aelita, il semble que l’on se situe au sein de la première saison. Mais le temps des esprits n’est pas le même que celui de la physique.

En fait, le texte s’offre même le luxe de se moquer de lui-même. Car après tout, entre la fanfiction, et les racontars ou critiques dénoncés par Jérémie, il n’y a guère d’écart. Après tout, les critiques littéraires ne sont souvent que de mauvais écrivains. Plus encore, il n’est pas douteux que la remarque que fait Yumi sur le choix des mots par Jérémie soit un commentaire métatextuel sur la précision voulue par l’auteur dans le choix des mots.

Deux remarques de vocabulaire. D’une part, le verbe « conscientiser » n’existe pas en français, du moins pour qui respecte les avis de l’Académie — choix qui est à votre discrétion. D’autre part ce verbe en l’état actuel est très marqué : son usage est intrinsèquement lié aux luttes féministes, et de là il a rejoint les discours antiracistes. Ici, il n’est pas utilisé dans ce type de contexte.
Dans un état d’esprit similaire, le concept d’aliénation est lui aussi extrêmement marqué. Après avoir fait partie de la vulgate marxisante, il est aujourd’hui surtout en usage dans les milieux anarchistes, tel le Comité Invisible. Certes, nous avons encore trop peu d’élément pour juger, mais placer ce mot et les idées qui lui sont associés dans la bouche de Jérémie est pour le moins surprenant.

D’un point de vue plus contextuel, que Jérémie appelle la mère de Yumi par son prénom est assez surprenant.

En tout cas, il est clair que vous vous dirigez vers une exploitation intéressante du matériau de la série. Non que des plongées dans la psyché des personnages n’aient jamais été tentées, mais rarement avec autant d’ampleur et de variété. Il semble d’ailleurs qu’il faille — pour l’instant peut-être — moins parler de volatilité du style ou de la plume, que de volonté de différencier les personnages et leur écriture. Ce qui est très louable et réussi.

Au plaisir de vous voir continuer à cisailler votre coupe.
_________________
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Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.
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Zéphyr MessagePosté le: Lun 06 Nov 2017 22:58   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1032
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
Yo' ! Pour faire écho à ton premier post sur ce forum, tu as désormais l'honneur de faire partie de la cuvée 2017 qui a survécu au lock oblitérateur.

D'une certaine façon, on peut considérer le prologue d'un texte, ou d'une fanfiction ici, comme une façon de donner envie au lecteur de découvrir l'univers dépeint, d'en savoir plus sur l'histoire, le tout sans passer par un chapitre complet potentiellement aussi indigeste qu'un pavé du rédacteur de ce message.
Sur la base de cette considération, j'estime le contrat rempli par ce prologue.

Evidemment, ce n'est pas la première partie du texte, très classique dans un contexte littéraire, qui m'a fait penser cela. Cela dit, elle donne un premier aperçu de ta façon d'écriture, c'est déjà ça. On sent un certain travail derrière cette écriture, avec le choix du vocabulaire et des images suggérées. C'est également là qu'on constate que tu aimes faire planer l’ambiguïté sur certains éléments avant de leur rendre leur nom (c'est d'ailleurs ce qui se passe également dans la deuxième partie, avec l'entrée du « garçon » dans le salon de Yumi). Le procédé est, selon moi, amusant à manier et à subir dans une lecture, pour peu qu'il n'y ait pas abus derrière.

Pour en revenir au style d'écriture, en ce qui concerne la première partie du prologue du moins, il fait plutôt mouche en terme d'ambiance et de ressentis. On partage plutôt bien l'immersion onirique d'Odd, et le malaise montant. Cependant, là où ça pêche, à mon sens, c'est que ce style de narration ne sied pas vraiment à Odd. Et pourtant, c'est certainement le personnage qui a le moins de mal à s'adapter aux changements par rapport à ce que la série originelle montrait de lui.
Je pense que cette impression est à mettre sur le compte du vocabulaire varié et précis utilisé durant toute la séquence. Avec un personnage comme Odd, on s'attend à une narration moins... propre et lyrique ? Ce sont les termes qui me viennent sur ce point en tout cas.
Du coup je suis bien embêté, j'ai vraiment apprécié cette première moitié de texte, malgré le rêve qui se voit venir rapidement, mais le fait que le style proposé donne cette impression d'inconvénance par rapport au personnage choisi, ça me laisse sur un sentiment assez indescriptible.

Toujours sur le style - et la première partie -, je note que pour tenter de trancher un peu cette narration et ce vocabulaire élaboré, tu as inclus des tournures plus particulière. Le premier exemple qui me vient est celui de la « buée dégueulasse » (qui fonctionne par ailleurs bien au niveau du procédé de cassage de niveau de langage, mais un peu moins bien au niveau de l'image je trouve, la vapeur d'eau qui crée la buée n'évoque pas forcément une idée de saleté d'entrée de jeu).
En soi, l'usage de ce procédé est une bonne initiative pour ne pas noyer le lecteur sous une narration trop lourde et précieuse. Attention toutefois à ce que ça ne nuise pas à la fluidité et au rythme général, sans quoi on se retrouve avec des tournures aux sonorités un peu étranges. Deux exemples :

Citation:
J'observe donc la pièce exigüe plongée dans une semi-obscurité tout en écoutant d'une oreille attentive les tressaillements de la respiration sifflante de mon colocataire qui subsiste dans la même alcôve que moi malgré les phéromones ambiantes.


Au passage, on écrit « exiguë » et « alcôve » est masculin (choix de mot pas très pertinent pour désigner la chambre d'Ulrich et Odd par ailleurs). L'absence de virgules n'aide pas la phrase non plus.

Citation:
Son museau tout d'abord qui a viré au rose criard des chewing-gums à deux balles.


Le choix de trancher avec « à deux balles » à cet endroit-là ne me paraît pas si approprié que ça (m'enfin, personnellement, je suis le roi de la répétition, alors...), puisque ça fait retomber cette tentative d'instauration de séquence dramatique.

Pour arrêter là mes remarques sur les fluctuations de style, je vais prétexter que c'est un point trop subjectif pour que l'on puisse s'y étendre indéfiniment sans que la question des différences de sensibilité entre auteur et lecteur ne soit soulevée.

Je vais passer à la deuxième partie du prologue, le reste quoi. C'est principalement ça qui éveille l'intérêt sur ce que sera cette fanfiction. Beaucoup d'éléments sont en attente d'éclaircissements, il manque certaines clés de compréhension de la situation. C'est particulièrement appréciable. D'autant plus que, de façon générale, le texte donne l'impression de partir sur une réinterprétation de l'univers de Code Lyokô, sur la plupart de ses aspects en tout cas.
Parmi les éléments qui m'ont fait tiquer, je place en tête les sentiments de Yumi pour... Jérémie (et plus largement, la proximité troublante des deux adolescents). Ce simple élément constitue déjà un changement profond et singulier dans la trame de l'univers du dessin animé, tout en entraînant pas mal d'interrogations, dont la principale sera : quid d'Aelita ? Au vu de la complicité dépeinte entre Jérémie et Yumi, difficile de dire si le jeune homme ne partage pas les sentiments de la fille... Du coup, ça remettrait limite en cause ce pour quoi Belpois se bat depuis le début de l'animé : le bonbon rose. Quelles seraient alors ses motivations ? Je ne vais pas poursuivre l'arborescence de mes questions, je n'en aurais pas fini et je pense que la suite va un peu plus préciser les choses.

Cependant, dans la même lignée, j'ai un peu de mal à situer contextuellement ta fanfiction. A priori, on est encore en plein dans la série animée, je pense notamment à un contexte saison 1, au vu de l'ambiance et de l'absence terrestre d'Aelita, mais la présence d'Hiroki instaure le doute de ce côté-là. Le fait que tu n'ais pas précisé le placement ou non de ton texte par rapport à la série n'aide pas à se repositionner correctement le contexte ambiant. M'enfin, vu que j'exprimais plus haut mon impression de réinterprétation de l'univers de la série, est-ce que cette remarque est vraiment justifiée ?

Derniers éléments qui m'ont fait tiquer :
Pourquoi Yumi a-t-elle 12 ans (soit le même âge que Jérémie à en croire le texte) ? Vu que ce point est écrit deux fois, ce n'est pas une faute de frappe, je crois. Est-ce qu'on a ici affaire à un arrangement scénaristique par rapport aux 14 ans de la série ou ? Parce que j'avoue avoir un peu de mal à me représenter une fille de 12 ans aussi athlétique que ce que la description de Yumi en donne.
Toujours sur Yumi. L'événement qui l'a amenée à avoir une perfusion dans le bras - et de petits soucis avec sa famille apparemment -, pourquoi n'est-il pas réglé d'un coup de retour vers le passé ? Existe-t-il seulement dans ce texte ? Puisqu'il n'est pas mentionné (au même titre qu'Aelita, Xana et Lyokô par ailleurs, le supercalculateur s'en sortant bien), même dans le rêve, et qu'on est sur une base de réappropriation d'univers, je dirais que non. Si c'est bien le cas, le texte va se révéler intéressant par rapport à la gestion des problématiques liées au secret (dommages des attaques, séchages de cours, tensions parentales, etc).

Pfou ! Je vais arrêter de me torturer l'esprit sur ces considérations. Après tout, le premier chapitre arrive dans deux semaines et devrait m'éclairer un peu plus.
Je pense que tu as saisi mon impression globale sur ce prologue : j'ai très envie d'en apprendre plus sur ton histoire et l'univers que tu as visiblement réinterprété. J'ai notamment hâte de voir ce qu'il en est pour les éléments incontournables non-mentionnés en prologue, tels Aelita, Lyokô et Xana. L'ambiance plutôt orientée « saison 1 » de l'ensemble n'est pas pour me déplaire, avec entre autres des caractères de protagonistes moins basiques que dans la série (Odd peu jovial dans le contexte, mais ça reste à prouver, Ulrich encore plus réservé, Jérémie carrément plus imposant et autoritaire dans les échanges).

C'est prometteur, je ne peux qu'espérer que la suite fera écho à mon impression et ne se cassera pas les dents. Le cas échéant, je ne manquerais pas de débarquer pour le souligner et t'oblitérer en conséquence. Razz

Bon courage pour la suite !
_________________
http://i.imgur.com/Z94MNN5.png

« Jérémie avait fait un superbe travail. Ce dernier voyage sur Lyokô promettait d'être inoubliable. »
Un jour, peut-être.
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*Odd Della Robbia* MessagePosté le: Mar 07 Nov 2017 16:18   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kongre]


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Messages: 1306
Localisation: Sur le territoire Banquise entrain de faire de l'overboard
Interessante cette histoire.
c'est vraiment bien écrit, on ressent bien l'angoisse dans le point de vue d'Odd. sa change de l'éternel comique relégué au second plan dans la plupart des fics.

C'est vrai qu'il y a des éléments étranges comme l'absence totale d'aelita (même pas une mention) ou que yumi ait 12ans. Aussi appelant les parents de yumi par leurs prénom sonne peut être trop familier pour quelqu'un sensé être respectueux comme jérémie, surtout envers une famille japonaise dont la politesse a une place centrale.

Maintenant je me demande si l'état d'Odd est dû à la pression ou bien si c'est XANA qui a décidé de se concentrer sur Odd en secret (j'espère le dernier)

_________________
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