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[Fanfic] Projet Renaissance

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 Auteur Message
Pikamaniaque MessagePosté le: Mer 13 Jan 2016 15:32   Sujet du message: [Fanfic] Projet Renaissance Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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Messages: 478
Localisation: Norende.


Nous y sommes. J'espère que vous avez pensé à cliquer sur le titre, cela renvoie à une musique d'ambiance très à propos lorsque vous arrivez dans ce sujet.
C’est l’histoire d’un projet dont les prémices remontent à juillet 2014, et dont l’écriture a été commencée un peu moins d’un an plus tard, avec un cahier des charges très rempli au regard de ce qu’avait été Bataille pour l’Espoir. Avec le recul, on se rend compte de beaucoup de choses, des occasions manquées comme un grandissement épique parfois trop important, puis, comme le disait Icer, Code Lyokô, ce n’était plus vraiment ce qui définissait au mieux ce que l’on appellera l’univers de Pikamaniaque (au diable les formules pompeuses). Il m’est ainsi venu l’idée d’une suite, dont certains aboutissements se retrouvaient déjà dans la fiction initiale, qui agit ainsi comme une continuité plus qu’une rupture totale. Aussi surprenante la trame scénaristique pourrait-elle ainsi paraître à vos yeux, je peux vous assurer qu’il s’agit bien de la suite, ce que l’on appellera une conséquence. Cette conséquence, ainsi que j’en parle dans cette préface, a pour objet une nouvelle intrigue qui tiendra en 26 chapitres, mais qui ne peut pas être dévoilée entièrement en ce 13 janvier. Logique, me direz-vous, mais cette fois-ci, je vais pousser la logique plus loin que d’habitude. Je ne veux pas simplement que vous régurgitiez bêtement des lignes de textes, mais que vous participiez au média transversal de l’internet, parce que je vous donnerai tous les indices possibles pour prévoir ce qui pourra se passer. J’ai toujours aimé aiguiller mon lectorat vers la fin de mon histoire, en le surprenant avec des clefs de réponse déjà installés dès le début de l’œuvre.
Pour ceux qui s’en souviennent, le Projet Grande Arche est évoqué dès le chapitre 9 (BPE), tandis que son prologue est directement lié à la conclusion du chapitre final. Je vous invite ainsi à être particulièrement attentif, parce que je ne vous ménagerai pas de surprises, qui prendront parfois tout leur sens dans l’élément le plus insignifiant qui soit.

La lecture de Bataille pour l’Espoir est fortement recommandée pour appréhender au mieux le Projet Renaissance, bien que cela ne soit pas obligatoire, cette fiction pouvant se lire, jusqu’à un certain point, indépendamment de la première.
Le style risque d’être différent. De nouveaux thèmes vont être évoqués, de nouveaux enjeux vont être posés. J’ai essayé quelque chose de nouveau, et de très différent, en basculant totalement dans les bases de l’univers que j’ai jetées il y a quelques années.

Synopsis : 2076. Le monde peine à se remettre de la plus grande catastrophe nucléaire de tous les temps, tandis que la technologie a continué son progrès. Jour après jour, semaine après semaine, un groupe de scientifique talentueux réunis dans le Projet Renaissance, missionné par l’O.N.U, parviennent à exploiter l’énergie nucléaire pour provoquer et concentrer un retour dans le temps de grande ampleur. La résolution de l’O.N.U, votée dans le plus grand secret à l’unanimité par toutes les puissances mondiales, entend rectifier les erreurs du passé à l’aide de cette découverte. Ne pouvant envoyer qu’une seule personne dans le passé, la mission est confiée au franco-canadien Gabriel Oswald, vingt-cinq ans, qui devra éliminer un par un la totalité des scientifiques de Carthage avant le grand schisme qui sépara Andrew Streep et Youbakou Senja en 1994.

Cependant, les choses ne se passent pas comme prévues. L’ordre du temps gravement altéré, Gabriel Oswald se réveille à Thiercelieux. Une ville perdue dans un monde où personne ne se souvient du passé, ni même de l’année, et dont la fin du monde est prédite au terme des soixante-douze prochaines heures. Contraint à revivre inlassablement les mêmes derniers jours, et avec le concours des orphelins du prestigieux lycée de Hardewick, une quête contre l’inéluctabilité du tragique s’engage, dans une reconquête d’espoir et de savoir.

Liste des chapitres




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Pikamaniaque MessagePosté le: Mer 13 Jan 2016 15:38   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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Localisation: Norende.
Ahahahahahhahahahha !

Chapitre 1er : La Légende du Héros



    La peur. L’énergie. L’illumination. Être le prototype d’un projet dont les chances de réussite sont à la fois mégalomanes et impossibles. Une association d’idées, une association de pensées par des technocrates, mises en pratique par des scientifiques, qui ont détruit la vie de milliers de petits garçons pour en arriver là, pour n’en choisir qu’un. Source de rage, alimentée par le chagrin. Colère. Haine. Cela fait tellement longtemps que j’attendais cela. Mes ancêtres ont détruit l’univers. Ils ont brisé tous mes rêves et tous mes espoirs. J’ai appris à haïr. J’ai appris à les haïr. Je les connais tous. De Waldo Schaeffer à Gilbert Tourcoing, en passant par Youbakou Senja et le Maréchal Hussinger. Le plus grand scientifique de tous les temps au comptable insignifiant. Ils ont tous participé à la destruction du monde et de l’humanité. Je connais ma mission et je ne laisserai pas cela se reproduire. Oh, non. Je le promets.

    Coup au cœur accéléré. Effondrement par terre.

    Lieu inconnu, aube du 1er jour.

    Gabriel Oswald s’effondra à terre. Tachycardie prononcée. Tous les symptômes d’un infarctus du myocarde se manifestèrent. Incapable de voir, les yeux s’éblouirent d’une lumière blanche et intense. Ses membres étaient paralysés. La sueur monta à sa tête. Tout son corps convulsait en des gestes épileptiques effrayants. Le teint pâle, mortifié par la morsure du froid glacial (de l’environnement ou du voyage, il ne savait pas ?), sa main gantée partit dans sa poche le geste vif, pour y décrocher une seringue qu’il se planta au cou dans un effort surhumain. Premier de sa promotion à l’Académie de l’Espoir (New-York), il était le meilleur. Le plus intelligent. Le plus fort. Le plus doué. Enfant malheureux des orphelins britanniques, il avait été sélectionné par le programme du Projet Renaissance, et avait été très vite intégré à la Division de l’Espoir, la division d’excellence chargée de sélectionner, au terme d’une éducation stricte et impitoyable, celui qui partirait dans le temps pour éliminer le Projet Carthage avant la Guerre Nucléaire de 2006.

    Ainsi, sur le moment, n’importe qui se serait effondré à terre, incapable de bouger, mais formé aux conséquences « probables » (pour reprendre les mots des scientifiques) d’un tel voyage temporel, le garçon avait adopté les gestes qu’il fallait. En effet, son système nerveux lui échappait. L’éblouissement était trop énorme pour se fier à sa vue, son ouïe lui soufflait à l’oreille un ultrason d’une telle intensité qu’il aurait préféré être sourd sur le moment. Ne restait que le toucher et son incroyable force de conviction, celle-là même qui l’avait amené jusqu’au caisson d’embarquement pour accomplir la volonté humaine. Il ne pouvait pas faillir. Il ne devait pas faillir. Il n’avait pas le droit d‘échouer. Il était le messager de l’humanité, et c’est ce qui lui permit d’inspirer, de reprendre le contrôle de la situation.
    Oh, certes, il lui fallut un bon quart d’heure pour se calmer, mais les effets de la morphine calmèrent l’emballement de sa tachycardie. Les concoctions médicamenteuses du présent n’avaient rien à voir avec l’inefficacité du début du XXIème siècle, et au vu de toutes les maladies liées à la radioactivité, ce n’était pas ce qui manquait, des médicaments, des chimiothérapies… Leur efficacité redoublait, tout comme la virulence avec laquelle les pandémies décimaient des régions entières.

    Plombé par la pensée misanthrope du moment, Oswald remua son esprit, enferma ce souvenir (parce que désormais, c’en était un, ce n’était qu’un aller simple et il savait très bien que jamais il ne pourrait revenir) dans une boîte, et rapporta ses jambes contre lui. Il devait être dans une petite ruelle. Ses pupilles se dilataient toujours, mais il recouvrait peu à peu la vue. Cela lui permit de distinguer les premières formes, les premiers contours d’habitations très latines, sûrement quelque part en Europe ou en Italie. Le sifflement de ses oreilles se calma alors, tandis que son cœur décéléra lentement. Seul le mal de tête venait à présent gêner ses sens, rajouté à la fatigue et la nausée. Il ouvrit la bouche, se mit un doigt au fond de la gorge.
    Sa ration alimentaire se retrouva par terre dans un liquide verdâtre peu élégant.
    Il passa une main dans ses cheveux. Plus de nausées, c’était déjà ça. La concentration d’énergie atomique aurait pu le tuer, mais visiblement, cela ne ferait que diminuer son espérance de vie. Peu importe, il ne comptait pas vivre vieux au-delà de sa mission.

    « Avenue du Général Underwood ».


    Ses yeux se fixèrent au panneau de signalisation indiqué en blanc sur un fond noir. Un panneau qu’il ne connaissait d’aucun pays au monde, et qui indiquait une information proprement erronée au regard de sa connaissance de l’Europe occidentale. Le voyage l’aurait-il emmené à un mauvais endroit ? Il tenta d’ouvrir la bouche pour parler, mais aucun son ne sortit. Ce devait être à nouveau un effet secondaire du voyage, et pas des moindres. À côté, son mal de tête lui paraissait désormais bien risible, et Gabriel s’accorda une pause accolée au poteau contigüe. C’était étrange comme il faisait froid ici, ou peut-être ne pouvait-il pas correctement percevoir la température, reste que, cela le mit profondément mal à l’aise.

    Un tintement retentit dans toute la ville. Un son. Puis un deuxième. Un troisième. Un quatrième. Et ce ne fut qu’au moment où le dernier gong frappa contre le métal de la clôche que l’étranger comprit qu’il ne s’agissait que d’une horloge.
    Six heures du matin. Les rayons du soleil régnaient maintenant en maître sur la ville. Une femme ouvrit ses volets, de la quarantaine. Elle respirait la jeunesse, sa chevelure bouclée tombante aux épaules. La vie commença à s’animer, comme si tout le monde avait attendu ce son pour mettre le nez dehors. D’ailleurs, il y avait sur leur visage… Oh, ce n’était pas important, mais ils semblaient tous tristes, cela faisait de la peine. Savaient-ils au moins ce que c’était, la vraie souffrance ?
    Sur le coup, le jeune homme devait bien admettre être perdu. Un peu sonné par son voyage, les cordes vocales tendues au point de ne pouvoir que déglutir, il faisait office d’étranger dans ce scénario de paix.
    En effet, il n’y avait aucune signalétique pour prévenir des pics de radioactivité, aucun homme en combinaison décontaminant les rues, aucun enfant éploré d’avoir vu sa mère mourir sous ses yeux. Rien d’autre que la paix d’une société sereine et calme, exactement comme il s’y attendait. Il les enviait un peu.

    Les minutes passèrent. Un entraînement intensif avait pour premier principe de toujours maintenir au meilleur de sa forme. Rien ne servait, sans impératif, de s’investir dans une mission potentiellement périlleuse. Au pire, il passerait pour un mendiant, et bien que sa tenue noire trahissait une espèce de combinaison d’agent secret du futur, il remarqua tellement d’accoutrements singuliers dans ce monde qu’il n’allait pas faire tâche à ses yeux. Il remarqua des enfants habillés en costumes verts, qui ressemblaient beaucoup à Link, le héros des aventures de Nintendo au début du siècle. Des femmes en tailleur rose, à l’image de Jackie Kennedy, ou aux antipodes, des modes des années 2060, voire des choses qu’il ne connaissait même pas, et qu’il ne pensait pas que cela se portait ailleurs que sur des sacs à patate. Cela lui soulevait beaucoup de questions tant il y avait un cosmopolitisme chez eux, mais il n’osa pas les aborder. Parlait-il déjà la même langue ? Le panneau de signalisation lui revint en mémoire, c’était du français, mais quel genre de français ? Il fallait toujours analyser avant d’agir, et avec si peu d’éléments, il ne pouvait rien faire. Cela dit, ce qui l’agaça vraiment dans toutes ces constatations, c’était le même élément que tout-à-l’heure. Certes, ils s’habillaient différemment, mais qu’est-ce qu’ils avaient une tête d’enterrements. C’était la fin du monde ou bien ? Leurs malheurs, s’il n’avait pas été sociopathe, lui paraissaient communicatif.
    Et puis il faisait toujours aussi froid. Bien que le soleil trônait au-dessus des immeubles, on devait être en hiver, parce que le mercure devait difficilement dépasser le zéro. Gabriel en profita pour faire une petite pause coin d’une ruelle exigüe. Il récupéra une bouteille d’eau de son sac. Une gorgée, puis deux, puis trois. Une petite barre chocolatée dans l’estomac, il serra ses affaires à son dos.

    « Bonjour… » Essaya-t-il, penaud. On aurait dit qu’il avait passé une année entière à hurler et qu’il s’était défoncé avec une bonne cuite, mais ce devait être mieux que rien. Bien emmitouflé dans ses vêtements, il continua péniblement jusqu’à l’artère principale. Il faisait froid. Il devait trouver un endroit où aller, rejoindre l’appartement qu’on lui avait conseillé en 2076. Une petite bâtisse abandonnée en plein cœur de Paris, disponible tout le temps de sa mission avant sa démolition en 2004. Cela suffisait. Juste ; on n’était pas à Paris. Sa connaissance du plan parisien des années 90 ne laissait place au moindre doute.
    Pourtant il n’y avant rien d’inhabituel dans les grandes rues qu’il parcourait. Hormis leur côté très carré, très symétrique, le style architectural corroborait l’Europe du Sud. Immeubles rapprochés, volets, grandes étendues de linges sur les toits aux tuiles rouges. C’était un paysage qu’il connaissait dans la théorie, mais il put estimer qu’il n’était pas au sein d’une grande ville, tout simplement parce que ses limites étaient perceptibles, que cette grande avenue devait être la seule, avec celle du Général Underwood, et qu’il n’y avait pas cette même immersion que dans les grandes cités. La nature disposait encore d’une large place, et si on ne distinguait pas la périphérie, c’était uniquement dû à notre position centrée par rapport aux faubourgs.
    Enfin, ce que la survie imposait dans un milieu qu’on ne connaissait pas, c’était sans aucun doute la capacité à se dissimuler dans la foule, à ne pas attirer l’attention sur soi. Cette première règle devait régir toute son existence au sein de cette ville, et on ne pouvait pas dire qu’avec l’énorme sac qu’il portait à bout de bras, il parviendrait à se fondre dans la masse obscure. Avec ses vêtements, pourquoi pas, avec ses quatorze kilos sur le dos, ce n’était plus possible.

    Il se retira ainsi dans des rues plus étroites, recula jusqu’à un coin plus excentré. Des caméras de surveillance l’avaient probablement repéré, même s’il n’avait pas réussi à estimer la forme qu’elles prenaient en cet endroit. En effet, la technologie était en avance sur l’époque dans laquelle il aurait dû se trouver, et ce fut le premier élément qui capta son attention. Il avait beau détenir une litanie de cartes, une litanie de plans, s’ils ne correspondaient à rien, il ne pouvait rien faire. Sa seule chance, celle d’explorer, devait ainsi l’amener vers ce qu’il cherchait plus que tout : des réponses à ses questions.

    Ces errements durèrent plusieurs heures, jusqu’à ce que le gong fasse retentir les coups de midi.

    Gabriel Oswald défonça la porte d’un appartement isolé, après avoir parcouru quelques kilomètres. Il ne savait pas combien de temps il avait marché, mais situé proche d’une forêt aux abords des murs, il s’agissait d’une bâtisse en pierre, élevée ici sans doute depuis des siècles. Armé de son pistolet, il s’aventura dans les différentes pièces, déposa son sac après vérification, se changea rapidement, douche comprise. Une petite chemise bleu ciel, un pantalon noir, il se fondrait dans la masse désormais. Personne ne vivait ici, du moins plus maintenant. Les meubles étaient recouverts d’un drap blanc. Il devait s’agir d’une maison de vacances, quoi de plus normal vu la vétusté des pierres.
    Un temps de réflexion passa ce temps de calme, où le jeune homme sembla tout remettre en question. Plus rien ne lui semblait accessible à présent, et il doutait de ses capacités à réussir sa mission. Si tant fut qu’il le pouvait, parce qu’il ne retrouvait aucun repère correspondant aux objectifs fixés par Le Commandement.
    Passant une main dans ses cheveux (ce qui équivalait à rejeter ses pensées noires), il sortit les plans, les cartes, et la mallette noire d’urgence qu’il gardait « au cas où ». Tout collait aux années 90, mais pas l’endroit où il se trouvait. D’abord, il n’y avait aucun ordinateur. Gros, petit, Windows 98, Windows Reborn, rien, nada, niet. Au lieu de tomber sur quelque chose d’utile, il avait dû tomber sur un Manoir de vieillards proches de la mort. Pas de télé non plus, seulement une vieille horloge qui n’indiquait… que midi treize sur le cadran. Cet élément attira son attention – il y avait un système vingt-quatre heures – mais il pouvait ne s’agir que d’une coïncidence, rien de suffisant à garder sous la main. Il en prit toutefois une photo avec un appareil numérique, qui détonait fortement avec l’ambiance rétro.

    En fait, il ne semblait exister aucune marque. Aucune étiquette, rien ne se revendiquait de telle ou telle enseigne. Plus étrange encore, il n’y avait pas de personnalité dans le mobilier, tout paraissait convenu, réfléchi à l’avance pour que ce soit le moins personnel possible. Cela renvoyait à la question ; était-on dans un système capitaliste ? Arnold Heath se serait déchiré les cheveux s’il avait vu cela. Paix à son âme. La question, en tous cas, se posait sans détours, parce qu’il ne ressentait pas le message qu’avait voulu donner les habitants d’ici ; c’était comme s’ils n’avaient pas le choix. Ce n’était qu’une intuition, certes, mais… Oh, puis merde.

    Oswald s’avachit ainsi sur un fauteuil en cuir, duquel il avait retiré la couverture. Contigüe à un bureau, sur lequel se trouvait une photo poussiéreuse d’un portrait de famille traditionnelle, il eut un soupir de dégoût. Lui n’avait jamais eu de parents, et cela ne lui manquait pas. Cela affaiblissait d’avoir des gens en qui compter. Sans y prêter plus longtemps attention, il ouvrit les tiroirs vides. À quoi bon passer une maison au peigne fin si on ne trouvait rien de plus qu’une banale et typique bâtisse familiale sans aucune histoire que des photos et des meubles sortis d’une armoire de grand-mère. Le centre-ville semblait bien plus moderne, quand bien même il n’avait pas encore eu l’occasion de le visiter. C’était peut-être ce qu’il allait faire, après tout, il ne fallait pas que…

    Le garçon releva la tête. Une petite sonnerie retentit.

    Vous savez, comme dans ces films d’horreur, au moment le plus improbable où une comptine pour enfant raisonne dans votre tête à la manière d’un tocsin. Serrant le pistolet qui se trouvait dans sa poche intérieure de veste, il se retourna jusqu’au bruit. C’était un téléphone, qui sonnait dans le vide, avec une musique de très mauvais goût, mais qui ne justifiait pas une telle frayeur. Comment avait-il pu rater ce téléphone, d’ailleurs ? Une ligne fixe, reliée à une prise non-conforme. Cela ne ressemblait pas à un téléphone, cela ressemblait… à un rasoir électrique. Il le laissa vibrer, s’imaginant qu’une réponse dans une maison considérée comme non-occupée serait tout sauf justifiée. Mais c’était un de ces vieux téléphones, ceux qui dictent le message laissé par votre interlocuteur, que vous le vouliez ou non, avec le petit « 1 » en rouge pour bien vous pousser à répondre.

    Faisant silence autour de lui, il fixa le combiné. Serra sa main gantée autour du fauteuil.
    « Ça y est… je crois… qu’il… parti. » Lâcha une voix au milieu de beaucoup d’interférences. « Non, attendez… Qu’est-ce que c’est que ça ?! » Un crissement sourd accompagna cette seconde réplique. La voix lui était familière. Un ronflement sourd se joignit à des halètements. « Non… non… non… non ! » Une autre voix féminine hurla à en arracher les oreilles. Il la reconnut. C’était celle de Kiichi. Ses yeux s’exorbitèrent. « À l’aide… au secours… pitié… » Des gémissements. Des larmes. Il marcha jusqu’au téléphone. Il y avait des cris de panique. Puis soudain, alors qu’il allait pour décrocher, le silence revint. Un silence de mort, où pas même la moindre respiration, la moindre interférence ne venait troubler la sérénité tranquille. Il crut dans un premier temps qu’il était trop tard pour répondre, mais le message était encore en train de s’enregistrer. Il saisit alors le combiné dans sa main, le serra fortement, un peu tremblant.

     « Jeune garçon, tu es confronté à une terrible destinée, n’est-ce pas ? »


    Gabriel eut beaucoup de mal à décrire ce qu’il venait d’entendre. Cela n’avait pas l’air humain. Cela jouait dans les aigües, dans les graves, sans verser dans la robotique. Cela faisait peur. En fait, c’était la peur, et s’il y avait été sensible, sans doute que n’importe qui à sa place aurait céder à ses nerfs. Mais il n’avait pas le temps pour la peur, plutôt pour les questions. L’appel s’était coupé. Il y eut un dernier rire, très succin. De marbre, le franco-canadien, serra le poing. Il demeurait tendu.
    Cela tonnait comme un avertissement, mais au-delà de cela, comment un enregistrement parvenant de l’année 2076, avait pu arriver dans les années 90 ? Il y avait eu manifestement un problème d’envergure, causant peut-être la mort de tous les scientifiques du futur. Il n’en avait pas grand chose à faire, pour être honnête, mais se pouvait-il qu’il ne soit pas arrivé seul ici, qu’on l’ait suivi ?
    Parce que ce dont il pouvait être sûr en l’instant, c’est qu’un être savait quelque part où il était et pourquoi il y était. Alors que rien ne l’avait prédestiné à se rendre dans cette maison, à cet endroit, à cet instant.

    Constatant son impuissance, Oswald renonça à trouver une explication pour le moment. Il alla ranger son sac dans la cave de la maison, mais il eut comme la sensation d’être épié. Ce moment où quelque chose semble poser sur vous, à vous dévisager, et qui vous pousse à vous retourner. Cependant, il ne vit que la clarté du rez-de-chaussée. La paranoïa consécutive à l’événement, sans doute. Il ouvrit la cave à vin. Il n’y avait à l’intérieur que des crus de la ville de « Thiercelieux ». Un jeu de mots étrange, pour baptiser une ville. Elle s’appelait ainsi comme le jeu de cartes ? Remontant les escaliers, il fallait faire de cette pièce son bunker, un endroit agréable à vivre. Il rapporta quelques denrées, occupa une bonne demi-heure à s’installer. Le voyage avait été fatiguant, et il ressentit le besoin impérieux de dormir. Mais non seulement ce n’était pas prudent, et en plus, il y avait encore beaucoup à faire, ce pourquoi il s’attela à un travail domestique, enfermant l’étrange événement dans un tiroir de son esprit.

    Mine de rien, aménager un tel endroit, un peu reclus de la cité, prenait du temps. Tôt au tard, il y aurait bien un problème entre les amis du propriétaire et lui-même, et c’était pour cela qu’il ne pouvait guère se permettre d’y rester plus de quelques jours. Le temps de comprendre, pensait-il, et quand il faisait la synthèse de sa journée, il en ressortait un vague sentiment de malaise. Il s’était préparé à beaucoup de situations, certes, mais celle-ci. Il dut se rendre à l’évidence qu’elle lui était tombée dessus comme un coup de révolver. Nous étions bel et bien dans une culture humaine et occidentale, datant des années 90. Mais elle n’avait cours ni en Europe, ni en Amérique, ni en Australie. Les autres continents, dégénérés d’esprit, ne pouvaient se rapprocher d’une telle architecture à ses yeux.

    Il retourna près du téléphone. Un petit peu tendu à l’idée qu’un autre événement se reproduise, il en saisit le combiné. Même la tonalité sonnait différemment. Gabriel eut un rire jaune. Il tapa, à tout hasard, le 911, numéro d’urgence européen. Un bip. Son cœur se tendit. « Bienvenue chez Cindy, bureau de massage nudiste… Tu veux te faire masser sensuellement pour 150 couronnes … ? Appuie sur 1. » Il raccrocha. Des couronnes, maintenant, en guise de monnaie ? Cela lui paraissait être une vaste blague.
    Il devait toutefois commencer à l’admettre : il n’y avait rien de logique ici. Il pouvait continuer à s’étonner d’être aux antipodes de son quotidien, ou il pouvait saisir la chance qu’il avait de connaître cet environnement, et peut-être de pouvoir mener à bien sa mission… ou non. Après tout, maintenant qu’il était là, et que les autres, coincés au XXIème siècle, vivaient dans la radioactivité, pourquoi s’en soucierait-il ? Il s’en voulut d’être si égoïste, mais l’espoir de toute une génération, lol.

    Cette pensée le berça, dans son petit sac de couchage au fond de la cave de la bâtisse pierre, et sans s’en rendre, il s’était endormi. Le repos, il en avait besoin. Tellement besoin. La journée avait été rude, dirait Créon.

    ***


    Thiercelieux, nuit du 1er jour.

    Dans les rues, toutes les télévisions s’allumèrent, toutes les radios s’éveillèrent. Aux abords de la soirée, alors que le soleil descendait lentement sur Thiercelieux, le visage du Maire de la Fédération apparut. La mine grave, cinquantenaire, cravaté, il parlait d’un bureau doré.

    « Mes chers compatriotes,

    Comme vous le savez, plusieurs meurtres ont été signalés dans les rues ces dernières semaines. Une famine, d’une exceptionnelle violence, s’est abattue sur nos bourgs les plus fragiles. La mort a frappé nos contrées, au terme d’un hiver rude et implacable, où la maladie a communié avec les affrontements urbains. La tension sociale, à son apogée, n’avait jamais connu une telle virulence. De tous les instants, et depuis dix ans maintenant que l’Administration Underwood est en place, jamais le défi n’avait été si grand. Malgré tous nos moyens, malgré toutes nos ambitions, malgré toutes nos prières, nous n’avons pas réussi, et nous avons été mis plus que jamais en difficultés. Par la guerre à l’extérieur, comme par la guerre à l’intérieur.
    Raison pour laquelle, la gravité de la situation impose ce discours, parce que l’essentiel est en jeu, et que nous sommes confrontés, malgré l’état d’urgence, malgré l’état de siège, malgré les plein-pouvoirs, à une situation face à laquelle le Maire ne peut rien faire.

    Oui, ce soir, je vous dois la vérité. Et la vérité est la suivante. Nous sommes totalement dépassés. Le vortex croît au-dessus de nos têtes. Il semble aspirer chaque once de vie, chaque once de bonheur à nos concitoyens. Les cavaliers de l’Apocalypse ont ramené le chaos et l’anarchie dans toute la plaine de Termina. Thiercelieux est assiégée, et nous perdons chaque jour un peu plus de nos forces dans une bataille veine et perdue d’avance. À cela, que faut-il faire ? Comment pourrons-nous éviter l’apocalypse à venir ? Je suis confus, parce que je dois vous répondre, et parce que la réponse ne vous plaira pas.
    Avec rien. Nous avons perdu. Nous ne pouvons pas lutter. Sauf que je n’ai pas le choix. Je ne peux faire autrement et si je le pouvais, je le ferai. Parce que je suis votre Maire, et que je voudrais vous aider. Mais c’est impossible.

    Il n’y a plus rien à faire. Thiercelieux n’a pas d’ennemis. Nous combattons un ennemi invisible que nous ne voyons pas. Nous combattons la mort, le fatum en train de s’abattre sur nous. Que pouvons-nous faire face à cela ? Ah, si Dieu le veut. Mais Dieu nous abandonné.

    C’est ainsi que j’annonce la fin de l’état d’urgence, la levée des frontières, et la dissolution totale de l’Armée Fédérale. L’administration thiercelloise capitule, et appelle à la paix dans nos derniers moments, qui devraient être passés avec notre famille, plutôt qu’à se battre contre l’impossible.
    Cependant, je dois au peuple qui m’a fait confiance ces dix dernières années une justice. Je ne peux pas simplement vous dire que nous abandonnons, que nous fuyons, sans vous expliquer pourquoi, sans nous justifier, et vous promettre que le peu que nous pourrons faire ces prochains jours, avant de mourir, nous le ferons. Oui, parce que, nous n’abandonnons pas par fuite, ou par lâcheté. Nous abandonnons parce que nous reconnaissons notre échec, et nous nous retirons avec dignité. Il est toutefois des gens, qui doivent porter cette responsabilité, ceux qui détenaient les clefs pour nous sauver, et qui ne l’ont pas fait, par pulsion égoïste.

    Au moment où je vous parle, le Contingent Municipal procède à l’arrestation et l’exécution sans sommations du Conseil des Oracles. Le Gardien de l’Équilibre est en état d’arrestation et sera pourchassé et ramené, mort ou vif, dans les derniers temps qui nous restent. Lui seul pouvait nous empêcher l’Ascension vers la fin éternelle, et je consacrerai le peu de temps qu’il reste à mon mandat, pour lui faire comprendre à quel point il nous a déçu. Bien loin de la figure héroïque de ses prédécesseurs, il est le premier à avoir failli à sa mission : équilibrer les forces, se battre contre les chimères, les monstres, ces démons qui prennent forme au coin de nos cauchemars. C’était à lui de les combattre, et il ne l’a pas fait. Il a disparu. Pour cela il paiera, je vous le promets.
    Mais pour l’heure, il est temps pour nous de rejoindre nos abris. Les numéros d’urgence ont été désactivés. Il n’est plus la peine de travailler. L’ouverture des murs de Thiercelieux aura lieu à minuit, demain. Et pour vous préparer à toute éventualité, des points de nourritures ont été ouverts dans chaque quartier. Dépêchez-vous, le temps presse. Nous sommes au crépuscule de notre gloire.

    C’est le moment de montrer qu’au-delà d’humains que nous sommes, nous avons une dignité céleste qui permettra à Dieu de voir que le peuple de Termina restera digne jusqu’au bout, et ne cédera pas à la panique des derniers jours. Nous savons qu’il saura ses fidèles le moment venu, et que les Justes, dont vous faites tous partis, ne seront pas laissés aux mains des monstres les plus froids.

    Faites-nous confiance, et faites-leur confiance. Il en va de notre intérêt à tous.
    Que Dieu bénisse Thiercelieux, que la force soit avec vous. »

    Gabriel Oswald cligna plusieurs fois des yeux en face d’un poste de radio situé dans la salle de bains. Il venait de se réveiller d’une longue sieste. L’horloge affichait 20h05. Quand le discours de ce qui devait être le Président de… Termina ? fut terminé, une sirène retentit dans toute la ville. Une sirène semblable à celle des bombardements pendant la guerre. Plus abasourdi qu’inquiet, il marcha jusque dans la rue, sortit au dehors. Il avait parlé d’un vortex. Maintenant qu’il y repensait, le garçon se rendit compte qu’il n’avait jamais pris le temps de lever la tête.
    Il eut alors un mauvais pressentiment. Un très mauvais pressentiment. À croire que le sort le poursuivrait partout où il irait, que dans les années 90 ou les années 2076, il ne pouvait y avoir de paix, parce qu’il était né de la haine, et du conflit des hommes. À cela il ne pouvait rien faire, ce pourquoi sa vie ne serait qu’une succession de souffrances. Il le savait maintenant.

    Il releva les yeux.

    Un immense trou noir aux périphéries violettes tenait en lieu et place de la lune. Il n’y avait pas d’étoiles dans le ciel. Seulement une étendue galactique noire où tout convergeait… vers un vortex.

_________________
« Si tu y crois de toutes tes forces, un mensonge peut devenir réalité. Alexandre Schwartz … Le savait mieux que quiconque. »
— Chapitre 12 (Projet Renaissance).
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Icer MessagePosté le: Jeu 14 Jan 2016 13:02   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Localisation: Territoire banquise
Franchement, c'est pas d'la merde.

Cela dit depuis le temps que tu le prépares... Mais c'est à la hauteur de l'évènement. Si l'écrit de transition avec Le Couls laissait sur la faim, ce premier chapitre a le mérite de poser des bases claires. Il modifie d'ailleurs ce que l'on pensait de l'intrigue originale : Car il semble assez évident qu'Oswald ne s'est pas pointé à l'endroit escompté, ce qui change totalement la donne. On sait encore assez peu de choses sur ce point mais le premier chapitre suffit à dire que ça a été très travaillé, ce qui promet pour la suite. Et pourtant... Le titre de la fanfic suggère que le projet Renaissance ne sera pas totalement abandonné dans ce lieu inconnu. À moins que ce ne soit un énorme bluff...
Quand à la forme, bah... mdr, t'es le référent de la forme, what else ?. D'ailleurs malgré le style pompeux habituel, on a quand même le droit à des moments de relâchement très plaisants, du genre Il s’en voulut d’être si égoïste, mais l’espoir de toute une génération, lol.

J'ai relevé une seule coquille :

Citation:
Mais Dieu nous abandonné.


Tiendras-tu le rythme que tu t'es fixé ? Nous verrons cela prochainement...

_________________
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« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Zéphyr MessagePosté le: Ven 15 Jan 2016 17:43   Sujet du message: Répondre en citant  
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C'est réussi.

Même si j'avais eu l'occasion de lire une partie de ce premier chapitre avant cela, la version finale est bien différente, mais m'a conduit à ma phrase d'accroche. Je me permets d'abord de compléter la liste des remarques de fond :


Spoiler


Globalement, l'immersion dans ce nouvel univers est très bien menée, l'ambiance est réussie et accrocheuse dans son étrangeté. Bien entendu, cette dernière, en dépit de son mérite, à l'effet d'effacer quelque peu les personnages derrière elle. Ceux-là étaient un de tes défis et une de tes craintes je crois. Personnellement, je n'ai pas été dérangé de les (on pourrait presque dire « le » en fait) voir mis dans le rang de derrière, le contexte du chapitre jouant et la finalité étant très plaisante. Par contre, je pense qu'à long terme le procédé sera répétitif et/ou deviendra lourd. Enfin, il te reste 25 chapitres de ce côté-là, un peu de foi !

Je préfère ne pas tenter de discuter des éléments d'intrigue pour l'instant, préférant attendre un second chapitre pour constater d'autres paramètres. Néanmoins, je retiendrais des éléments comme les meurtres dans les rues de Thiercelieux, le Gardien de l'Équilibre, la cloche de l'horloge, et – bien entendu – la Phrase.

À prochainement donc !
_________________
http://i.imgur.com/Z94MNN5.png

« Jérémie avait fait un superbe travail. Ce dernier voyage sur Lyokô promettait d'être inoubliable. »
Un jour, peut-être.
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Pikamaniaque MessagePosté le: Jeu 11 Fév 2016 16:08   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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Bon eh bien il est temps de passer à la suite. Elle a mis du temps à arriver, alors que le chapitre était déjà écrit. Je balisais un petit peu pour regarder si tous les détails étaient à leur maximum de potentiel. J'ai fini par me dire que oui. Toutefois, les cycles introducteurs, eh bien, ils posent des bases, et ces bases, on verra bien ce qu'elles donneront. Pour l'heure en tous cas, ile st temps de faire reprendre les choses sérieuses.
La question du rythme est d'ailleurs pertinente, telle que relevée par Icer, pour faciliter l'immersion, elle le devrait, mais le séquençage des chapitres m'a imposé de retarder le chapitre 2 parce que sa coupure, dû à sa proximité avec l'action du 3, nécessite une continuité assez soutenue.

Icer : Oui.
Zéphyr : Oui, je suis d'accord. C'est une des craintes majeurs, mais finalement, ça peut le faire avec la suite.

_____________________________________________________________

Chapitre 2 : Projet Desmose


    Thiercelieux, aube du 2e jour.

    Gabriel Oswald marchait dans les rues de Thiercelieux. Il avait exploré toute la nuit durant, les faubourgs qui constituaient la ville, constatant qu’il n’y avait aucune vie nocturne en ces lieux, que tout le monde restait terré chez soi dès le dernier rayon de soleil tombé. Cela faisait bizarre, des avenues totalement vides, des volets fermés, le coup d’œil suspicieux aux fenêtres. Même les lampadaires s’étaient éteints ce soir. S’agissait-il, après, d’une mesure consécutive aux annonces du Maire Underwood ? Le jeune homme se posait la question, à l’affût du moindre détail.
    Il avait perdu son sourire, sa bonne humeur, son espérance, si l’on pouvait dire, quand il avait découvert ce monde aux apparences de paix, et maintenant qu’il tombait du piédestal, qu’il découvrait un endroit tout aussi à problèmes, il avait retrouvé la morne attitude qui avait accompagné son départ vingt-quatre heures auparavant.
    Thiercelieux, c’était malsain. Thiercelieux, ce n’était pas un conte pour enfants. Il s’était imprégné très vite de l’ambiance générale. Tout respirait le malheur ici bas, et en tant qu’étranger, il sentait qu’il n’y avait pas sa place. Tout autant parce qu’apparemment, tout le monde allait mourir que parce que c’était éloigné de son objectif initial. Après tout, lui n’était pas n’importe qui, au contraire. Il était un homme fort, doué d’une intelligence hors du commun, et au lieu de chercher à rationaliser tout ce qu’il croisait sur son chemin, il devait maintenant l’accepter le temps de trouver une échappatoire.

    « Excusez-moi ? » Demanda-t-il à un badaud du coin. Une femme de la trentaine releva la tête, une des rares à braver les ténèbres de la nuit. Elle portait plusieurs sacs de provision, la marche pénible. Quand elle vit Gabriel, qui s’était changé, et qui portait dorénavant une chemise violette ainsi qu’un pantalon noir, elle avait tout simplement accéléré son pas. Sur le coup, le canadien pensa avoir la gale, ou des cheveux hirsutes. Il sortit un petit miroir de sa poche : rien à signaler. Cependant, sans doute que dans le contexte actuel, au beau milieu de la nuit, sa présence avait de quoi effrayer. En effet, si le monde sombrait lentement dans le chaos, alors quelques anxiétés pouvaient se comprendre…
    Il poursuivit son périple. Celui-ci dura une bonne heure, tandis que le soleil reprenait lentement son ascension. À l’aide de son téléphone, le jeune homme avait enregistré son trajet. La ville pouvait être un véritable labyrinthe par endroits, ce qui détonnait étrangement avec son apparente étroitesse.

    « Maman ? Où est ma maman ? » Une voix d’enfant le tira de ses pensées. Il se retourna, le regard inquisiteur, vers un petit garçon d’à peine six ans, qui portait un masque à gaz de type Première Guerre Mondiale. Le délire s’enfonçait un peu plus dans le malsain. Il l’ignora, continuant sa route. Régler les problèmes des autres ne faisait pas partie de sa mission.
    « Où est ma maman ? » Le gosse l’avait pourtant suivi. La question le mit sur la défensive. Pourquoi ce mioche le suivait ? Et pourquoi continuait-il de poser cette question, à lui ? Il n’avait qu’à aller voir la police pour retrouver sa mère. Gabriel sentit pourtant un sentiment d’oppression lui broyer les poumons au même instant. Ce fut comme si quelque chose appuyait si fort sur sa poitrine qu’il en était prêt à vaciller. Ce gosse le mettait très mal à l’aise.
    « Où est ma maman ?
    – Mais je m’en branle d’où elle est ta maman ! » Fit-il en se retournant. Le gamin s’arrêta. Le canadien le considéra un temps.
    « Où est ma maman ? » Oswald serra le poing, mais ne fit rien. Il tourna les talons. Un autre gosse se trouvait devant lui, avec le même masque.
    « Où est ma maman ? » Demanda-t-il à son tour. « Où est ma maman ? » Demanda l’autre. Il ressentit un frisson le long du dos. Était-ce de l’angoisse ? Peut-être que Thiercelieux n’était qu’un cauchemar, après tout, mais dans tout cauchemar, il devait y avoir un moment où l’on se réveillait. Cela durait depuis trop longtemps pour être irréel, et pourtant, cela n’avait aucun attrait du réel.

    Poussé par son instinct de survie, il tenta de passer manu militari. Avec une force hors-du-commun, la petite chose qui lui barrait la route retint toutefois son bras. Il ne parvint pas à s’en défaire. Le missionnaire utilisa dès lors son autre bras pour lui arracher son masque, et ce qu’il y vit lui glaça d’effroi, même à son niveau. L’enfant avait la peau en lambeaux, calcinée. Ses yeux crevés laissaient place à deux trous béants, et à des dents jaunes jusqu’à la racine, mêlant la pourriture à la pâleur de leurs visages monstrueux.
    « Mais qu’est-ce… ? » Le pauvre homme tenta d’envoyer son pied qui fut bloqué par l’autre créature. Ils l’envoyèrent tous deux contre un mur.
    « Putain. » Clama-t-il. Il sortit l’arme à feu attaché à sa ceinture, et commença à tirer. Le premier gosse tomba, puis le second. Soulagement. La frayeur se dissipa lentement. Il n’avait jamais rien vu d’aussi horrible. Même les « radiés d’Asie » ne ressemblaient pas à de tels monstres. Cela sortait du réel. Il se releva, s’essuya le pantalon. Il regarda autour de lui. Des billes traversaient les rayons des volets avant de disparaître dans l’obscurité des appartements. On le regardait, sûrement par voyeurisme.

    Gabriel resta sur le qui-vive, le cœur tendu, la tachycardie prononcée. Il ne savait plus, pour le coup, vers quoi il souhaitait errer, mais la ville de Thiercelieux regorgeait de labyrinthes architecturaux, d’une beauté inédite, certes, mais d’une complexité rare pour sa modestie. Elle se révélait, en outre, particulièrement dangereuse.

    Toutefois, il put cette fois-ci anticiper que quelqu’un le suivait, et au coin de la ruelle, il s’arrêta, se tourna brusquement, et plaqua au mur la silhouette au coin de sa marche.
    « Qu’est-ce que tu me veux, toi ? Demanda-t-il, intrépide.
    — Quel… Quel accueil… ! - L’étranger lui serra la gorge avec le coude.
    — Je t’ai posé une question.
    — Je te suivais… Je sais que tu ne viens pas d’ici… » Cette phrase lui fit l’effet d’un boomerang. Oswald se recula, laissant son interlocuteur reprendre sa respiration. Il avait le regard un peu trouble.
    « Qu’est-ce que tu veux dire ?
    — Tu… Tu ne viens pas d’ici. Je ne sais pas qui tu es, mais tu ne viens pas de Thiercelieux. Peut-être même pas de Termina.
    — Qui es-tu ? Pourquoi dis-tu cela ? Et cela m’amène à savoir, comment m’as-tu trouvé ? Gabriel sortit un couteau de sa jambière. Il le mit sous sa gorge. – Et si tu ne veux pas te parler, je t’assure que je vais te vider comme un porc.
    — OK, OK, du calme, gars, je sais même pas ce que c’est le porc. Je m’appelle Samuel. Samuel Parsons. Je suis qu’un pauvre lycéen. » Le canadien le considéra. Pas plus haut que trois pommes, assez maigre, il avait les cheveux blonds, les yeux bleus, assez courts, coupés au carré. « Je… C’est assez long à expliquer. Mais t’as dû bien comprendre que quelque chose tournait pas rond ici, non ? » Cette question le poussa à réfléchir. C’était étrange. Un type qui débarquait là, de nulle part, en plein milieu de la nuit. Il garda le silence.

    « OK, OK. Bon, écoute. Tu me crois pas, je comprends. Mais, eh, regarde au-dessus de toi. Je sais pas depuis combien de temps t’es là, mais ça empire. » Toujours muré dans son esprit, le brun leva les yeux. Le vortex occupait peut-être cinquante pourcent du ciel. Il ne voyait pas bien la différence avec hier, mais ce devait être, effectivement, de pire en pire.
    « C’est quoi ? » Finit-il par dire très prosaïquement. Samuel releva la tête, penaud.
    « La fin du monde. Les étoiles s’éteignent. Tout meurt, petit à petit. Le froid devient glacial, le soleil ne nous réchauffe plus. – Samuel venait de relever la tête. À son tour, il contemplait un ciel bleu sombre et sans couleurs.
    — Pourquoi m’as-tu suivi ? Demanda soudain Gabriel, cassant l’élégiaque du moment.
    — Comme je t’ai dit, gars. C’est compliqué. »
    Ce fut la phrase de trop. Le canadien le compressa à nouveau.

    « Écoute-moi bien, Samuel Parsons. Tu as raison, je viens de loin, de très loin. Et je vais te dire, en moins d’une journée, j’en ai vu des belles ici. Je ne reconnais rien de chez moi. Tout est différent. J’ai croisé des monstres d’enfants aux yeux crevés, j’ai entendu un Président qui nous invitait à tous crever, et, devine quoi ? j’ai même pas compris la date à laquelle on était ni dans quelle région on était parce que je crois bien ne même pas être sur Terre ici ! Alors tes petites états d’âme sur ce qui est compliqué, je m’en branle. Je suis venu faire quelque chose que visiblement, je ne peux pas faire. Et ça me pose beaucoup de soucis. Et toi, tu vas m’expliquer comment tu m’as trouvé et pourquoi tu m’as suivi, est-ce que c’est clair ?! » Il le jeta par terre et posa sa chaussure sur sa face, l’écrasant légèrement. L’adolescent obtempéra.
    « Mec, OK. Je vois. T’es pas un mariol, toi, hein ? Ahah. Oui, pas de soucis, enlève ta gaudasse de ma joue et on pourra parler, okay ? » Gabriel appuya sa semelle sur sa joue. « Pardon. D’accord. Je fais partie… d’un Projet. Un projet, d’accord ? Et… Ben. On surveille la ville, parce que t’as pu remarquer qu’Underwood, c’était pas un type super impliqué… tu vois ? ». Un projet ?
    Pff. La dernière fois qu’il avait entendu ce mot, c’était dans ses cours de dissection sur le Projet Carthage. Il connaissait tout, au moins. Là il se sentait faible, voire impuissant.

    « Développe. » Fit-il simplement.

    L’autre se releva, le considéra un temps. Visiblement, il avait perdu de sa contenance.
    « Le Projet Desmose. On est pas beaucoup… Mais, surtout sur Internet… On essaie d’aider du mieux qu’on peut. On a un forum, un site, et on se relaie des infos. Tout bouge par ici. Et on a su qu’un type était arrivé en ville, qui avait l’air paumé. Et t’as fait du boucan quand même. On a voulu t’aider, c’tout. Et t’as bien vu… C’est risqué de traîner dans le coin. » Gabriel parut réfléchir. Alors cela existait, le net, ici ? Il embraya tout de même assez vite sur la dernière phrase.
    « À ce propos. C’est quoi ça ? Ces… choses ?
    — On les appelle Les Enfants Perdus. Ils sont apparus aux abords de Thiercelieux il y a quelques temps. Ils réclament leur maman, et quand ils ne la trouvent pas, ben… ils zigouillent. Et c’est pire qu’un mixeur, sérieux. » L’étranger cligna des yeux. Voilà quelque chose qui devait mettre peu à son aise. Ce monde devenait-il dingue ? Samuel poursuivit. « Écoute, t’as vu, c’est pas très safe ici. On devrait se tirer. Je connais un endroit. Avec mes potes. » Oswald croisa les bras, haussa un sourcil et se mit en position d’attente. Il était assez choqué par l’impudence de cet inconnu, rencontré à l’aune du petit matin.
    « Est-ce que tu penses sérieusement que je vais m’élancer dans une quête spirituelle avec toi alors que je viens seulement de te rencontrer ? Je ne suis pas suicidaire, encore moins irréfléchi.
    — Ouais, mais tu n’as aussi aucune piste. Tu peux continuer à errer seul dans le silence à espérer que quelque chose te tombe dessus, ou te faire trucider la gueule par les autres saloperies qui traînent. Et crois-moi, elles sont nombreuses. C’est toi qui vois, mais si tu dois commencer quelque part, peut-être que me suivre serait un bon plan, nan ? »

    Pour le coup, Parsons marquait un point. Il ne savait ni par où commencer, ni dans quelle direction aller. Thiercelieux était si vaste… et en même temps, si étroit. Et au moins, même s’il avait l’avantage du terrain, Samuel ne pouvait rien contre lui. C’était un gamin, à peine rentré dans la puberté. Il lui suffisait de rester en retrait, et de regarder. D’être très vigilant. En dire le moins possible.

    Cela fit écho aux six coups de cloche qu’ils entendirent dans tout le village.

    ***


    Thiercelieux, matin du 2e jour.

    La vie s’organisait tant bien que mal en ce dernier jour de calme. À quelques milliers d’exemplaires, le journal local titra : « La démission de l’administration Underwood », où les pro-vies s’étaient coalisés pour assurer la survie de l’espèce. Les distributions de nourritures affluaient, mais les pillages, motivés par la dissolution de l’Armée Fédérale, commencèrent en masse. Sur la place publique, la magnifique place publique où trônait une statue du Gardien le plus émérite que le monde ait connu, un groupuscule d’extrême-droite avait commencé à déboulonner tous les symboles de la Fédération. Les citoyens, dépassés par les événements et par la violence des braquages en tous genres, s’enfermèrent chez eux, maudissant le sort en embrassant leurs gosses.

    En passant par des rues dérobées, Samuel avait réussi à éviter les plus gros ennuis. Il semblait connaître tout, avoir un coup d’avance sur tout. Cependant, celui qui suivait derrière ne pouvait s’empêcher d’admirer – au sens positif comme négatif – tout ce qui lui tombait sous les yeux. La dégénérescence humaine comme il la connaissait. C’était un langage qu’il connaissait, au moins, à ceci près que, dans son monde, les chefs d’états occidentaux établirent des règles strictes et sévères pour exécuter quiconque allait contre l’ordre public, petit malfrat ou tueur en série. Tout le monde, là-bas, était logé à la même enseigne dans l’intérêt national. On avait appelé cette doctrine, la doctrine Heathly, calembour douteux entre santé en anglais, et le nom du Président français de l’époque, Arnold Heath.
    « Roh, putain, je l’avais oublié lui ! » Cette interjection le sortit de ses pensées. Gabriel regarda devant lui. Il vit un homme étrange, dressé sur ses deux pattes, une blouse blanche aux épaules. Il prenait des notes sur une bâtisse contiguë à la Grande Place.
    « Tu m’expliques ?
    — Le Dr. Leroy. Ce n’est pas un homme, c’est une femme. Elle s’appelle Héloïse Leroy. Mieux vaut rester loin d’elle, si tu vois ce que je veux dire. » Pour le coup, Oswald chercha à objecter, mais Parsons était déjà loin devant. Il venait de contourner toute la place par une petite ruelle. Il mit quelques secondes avant de reprendre sa marche, se demandant quels pouvaient être les liens entre cet adolescent et cette femme aux allures de vieille folle de Frankenstein.

    Ils poursuivirent leur petit bonhomme de chemin jusqu’au détour d’une impasse où se dressait un petit immeuble baptisé « 256 », qui ne payait pas de mine, à l’image d’un décor de banlieue parisienne.
    L’agent de l’O.N.U sortit son arme et mit le garçon en joue.
    « On va être clair. Tu passes le premier, et tu restes devant moi. À la première mauvaise surprise, on crève ensemble. » Le thiercellois sembla surpris. Il ne s’attendit pas à voir une telle arme dans ses mains.
    « Ouais… euh… OK… T’en as combien des trucs comme ça ? » Son interlocuteur ne répondit pas.

    Ils entrèrent tous les deux dans les tréfonds du bâtiment. Samuel ouvrit les sas de sécurité, qui faisaient assez système D – un peu comme lui d’ailleurs, et ils pénétrèrent au centre du complexe, articulé par une pièce ovale où trônait un immense siège ainsi qu’un ordinateur assez similaire au supercalculateur de l’usine Renault, qu’on lui avait tant montré en photo.
    « Oh. Tu es rentrée, Samuel ! » Une fillette se jeta dans ses bras. Elle portait une jupe blanche avec un haut bleu, accouplé à un veston en cuir marron. Bref, quelque chose de très mauvais goût. Gabriel ramena ses cheveux derrière lui. L’adolescente prit peur en voyant l’arme à feu.
    « Qu’est-ce que… ?
    — Ne t’inquiètes pas, Flora. C’est le jeune homme dont je vous parlais. » Le jeune homme en question haussa un sourcil. Ladite Flora le considéra un temps avec un sourire satisfait. Elle embrassa Samuel sur la bouche. Oswald trouva cela répugnant.

    « Bienvenue au centre des opérations ! » Clama une autre jeune femme aux cheveux roux. Ils tombaient sur le côté de ses épaules. Elle portait cette fois-ci un tailleur strict, en dépit d’un âge tout aussi juvénile que ses comparses. Elle devait avoir dix-huit ans, à tout casser. Elle parlait depuis le balcon intérieur.
    « Je m’appelle Anselm Dubois. Tu as fait beaucoup de bruits autour de toi, tu sais ?
    — J’aimerais que vous arrêtiez vos conneries, les mioches. Je suis plus âgé que vous, et plus expérimenté que vous. Vos mises en scène à deux euros ne sont pas les bienvenues. » La réponse était cassante. Dubois leva les yeux au ciel. Les deux autres restèrent à se câliner de manière malsaine. Puis, c’était quoi un euro d’abord ? Une vieille monnaie qui n’avait pas résisté à 2006, même un terrien n’aurait pas compris la référence.
    « Tu en as du culot, tu sais. Cela fait des années qu’on travaille ici, dans l’intérêt de l’humanité toute entière. Peut-être qu’on est que des enfants, mais je crois que tu nous dois bien plus qu’une simple condescendance mal placée. – Commenta Anselm. Elle dominait l’assemblée par son mètre quatre-vingt.
    — Je ne vous dois rien. Je viens de loin, Samuel le sait. J’ai des questions à vous poser, mais notre collaboration s’arrête là.
    — Et tu comptes aller où après ? Au cas où tu ne l’aurais pas remarqué, grand génie, nous sommes à la veille de l’apocalypse. – La réplique fut envoyée du tac au tac. Elle avait une grande gueule, cette morue.
    — À la rigueur, je n’en ai pas grand-chose à faire. Ce qui m’importe, c’est de continuer mon voyage. Je ne fais qu’escale ici. ». La rousse descendit les escaliers, visiblement agacée par son attitude.

    « Où sont Daniel et Florent ?
    — Ils le cherchent, répondit Samuel. » Satisfaite, elle s’assit au pupitre de commandes. Gabriel jugea pertinent de ne plus pointer son arme sur quelqu’un. Il la rangea, et observa l’interface.

    « Quelle est cette machine ? » Demanda-t-il, prosaïquement.
    « C’est un Calculateur. Il nous permet beaucoup de choses. Avec lui, on a accès aux caméras de la ville, à toutes les données sensibles et autres informations cachées. On a mis du temps à l’améliorer, beaucoup de temps. On devrait presque l’appeler, Supercalculateur. – Son interlocuteur arqua un sourcil.
    — Et pourrions-nous en venir au fait ? Pourquoi m’avoir accueilli ici ? Je suis peut-être dangereux.
    — Oh tu l’es, cela ne fait aucun doute. Mais tu es peut-être la meilleure chose qui nous soit arrivée depuis longtemps. Tu as dit que tu venais de loin. Et je voudrais savoir comment ? Elle tourna la tête et planta son regard dans le sien. Ses yeux verts brillèrent dans l’obscurité.
    — Je suis la preuve qu’il existe autre chose que Termina. – Se contenta-t-il de répondre. – Mais je ne t’aime pas, tu sais ? Tu as l’air… Faux-cul. – L’intéressé se contenta d’arquer un sourire patelin.
    — Tu es peut-être notre seul moyen d’arrêter l’Apocalypse. Tu pourrais être un petit peu plus compréhensif, et mieux nous aider. » Insista Anselm, avec emphase.

    Il pesa le pour et le contre dans son esprit. Comme toujours, quel était le mieux à faire ? Rester seul, en espérant que cela passe, ou bien sauter en même temps que toute cette ville alors que ces jeunes souhaitent. Oh non, il ne put s’empêcher de sourire. Quatre gamins qui luttent pour sauver le monde, cela avait un air de déjà-vu, non ? Il ne put s’empêcher de trouver cela ridicule quand il avait le recul des événements de 2006.

    « Très bien. À l’unique condition que vous répondiez à toutes mes questions d’abord. »

    À son tour, le chef du groupe réfléchit. Elle lança un regard à Flora et Samuel. Ils se méfiaient, mais après tout, c’était ce qu’ils voulaient, non ?
    « On a un marché. » L’adolescente lui tendit la main. Il la serra avec vigueur, comme on lui avait appris. Ce que cela pouvait être naïf, un adolescent. Il comptait bien évidemment enculer tout le monde, comme il avait appris avec la Chiraquie.

    « Dans un premier temps, je voudrais connaître les origines de Termina. Qu’est-ce qu’il y avait avant ? Avant Thiercelieux, avant la cité ?
    — La préhistoire. » Une voix plus grave vint cette fois de l’entrée. Assez grand, les cheveux blond platine, le nez aquilin, ce nouvel intervenant portait un pull et un jean, ainsi que des lunettes. Dubois fit la moue. « Je te présente Florent Hämälaïnen. Notre spécialiste ès Histoire. » Gabriel ne daigna pas lui serrer la main. On ne lui en tint pas rigueur. Il fit tomber sa veste sur le fauteuil, et reprit son explication, admiratif devant l’inconnu qui se tenait fièrement devant le Calculateur.
    « Donc, la préhistoire. On ne sait pas exactement ce qui s’est passé à l’époque de nos ancêtres. Thiercelieux était d’abord un refuge pour les hommes chassés par les bêtes. Des monstres assez effrayants, que les Chasseurs traquaient sans relâches. À l’époque, bien évidemment, ils n’existaient pas encore sous ce nom. Et nous n’avons rien retrouvé d’antérieur à la fondation de Thiercelieux, excepté le Gardien… - Florent parlait d’une voix distincte et compréhensible. Cependant, l’étranger gardait une part de son attention sur les doigts d’Anselm, qui tapaient à la vitesse de la lumière sur le clavier du Calculateur.
    — Oui, j’ai entendu cet homme à la radio, en parler. Dire qu’ils sont responsables de tout. Je n’ai pas compris. Qu’est-ce que le gardien ?
    — Tu ne devrais pas écouter ce que dit Francis Underwood. C’est le Maire le plus étrange qu’on ait eu. Il magouille, il trempe dans de sordides affaires, et depuis qu’il a réclamé les pleins-pouvoirs grâce à un article de la constitution que tout le monde avait oublié, il n’a fait que… nous mettre dans la merde. Le jeu démocratique s’est arrêté, depuis l’apparition du vortex. Et même s’il a tenté, il n’a pas réussi. Certains te diront qu’il l ’a même fait exprès… Bref, les complots habituels. En revanche, je dois t’avouer que nous avons tous été surpris par son annonce de hier. Cela doit vraiment dire qu’au plus haut niveau de l’état, il n’y a plus rien à faire. Désigner les Gardiens et les Oracles comme il l’a fait… C’est faire de la démagogie. Underwood sait que le Gardien est très impopulaire depuis que le vortex est apparu. Et il a désigné un bouquet missaire, c’est tout. De là à parler de complot… Je crois qu’il est vraiment hors-sujet. »

    Il fit une petite pause et se servit une boisson gazeuse sans étiquettes.
    « Pour ce qui est du Gardien, c’est une vieille légende. Un garçon, plutôt jeune, doté de pouvoirs exceptionnels, nommé par le Conseil des Oracles. Un symbole religieux plus qu’une histoire vraie à mon goût. Il est chargé de maintenir l’Équilibre des Forces, entre les monstres, les hommes et le reste. Il est neutre et impartial, il ne défend pas les humains, pas plus qu’il ne défend les monstres. Son rôle doit veiller à ce que l’un ne l’emporte pas sur l’autre, c’est tout. Et c’est assez hypocrite en même temps, je dois dire. Pendant longtemps, on a voué un culte au Gardien. Notamment au plus connu d’entre-eux : Eliot Winchester, qui aurait mis fin à la Guerre de l’Eau il y a cinquante ans. Cependant, voilà. Le Gardien a disparu depuis six ans. Le Conseil des Oracles assure pourtant qu’il est bel et bien là, mais personne ne l’a vu, et son nom est inconnu. Underwood les a condamnés parce qu’ils ont refusé de destituer le Gardien actuellement en place. Ils disent qu’ils ne peuvent pas, mais Thiercelieux n’a besoin que d’un symbole. Et ils ont miné le moral de la population avec leurs positions conservatrices. »

    Gabriel resta impassible aux explications de Florent. Il aurait eu beaucoup à dire sur les « monstres », et autres pouvoirs mystiques attribués à un quelconque Gardien, mais il préféra se taire, jugeant qu’après les Enfants Perdus, tout pouvait exister en ce monde. Rester sceptique et accroché à la réalité comme il risquait de le faire ne lui apporterait rien, alors il chassa ces pensées, revenant à toutes ces informations qui lui tombaient dans l’oreille. Elles semblaient quelque peu biaisées, mais après tout, c’était déjà mieux que rien. Il n’allait toutefois pas s’arrêter là dans sa quête de savoir.
    « Quelle langue vous parlez ? » La question surprit tout le monde. Flora répondit, spontanément : « Je ne comprends pas, on parle le thiercellois. Il n’existe qu’une langue. Le reste… C’est plutôt des dialectes. ». Samuel n’avait-il pas dit safe plus tôt ?
    Le jeune homme resta pensif. Cela signifiait que le français et le thiercellois était la même langue. Cela paraissait incongru. Vraiment très incongru. Son visage n’exprima toutefois rien de plus.
    « J’ai une dernière question pour le moment. Quelles sont les principales marques commerciales de Thiercelieux ? – Les autres, à l’exception d’Anselm, eurent un regard dédaigneux.
    — On ne peut pas dire qu’il y ait des marques, puisque tout est contrôlé par la Mairie, gardé jalousement au secrétariat des finances… – Ajouta la rousse.
    — Mais pas l’eau. Lâcha spontanément le visiteur.
    — Surtout l’eau. La Compagnie Marchande des Eaux contrôle la distribution de l’eau et la tarifie à hauteur de 20%. Renchérit Hämälaïnen.
    — Comme les tampons hygiéniques… » Objecta la petite-amie de Samuel.
    Il y eut un petit moment de flottement. On ne sut pas trop comment réagir, et l’invité continua d’observer dans le silence. Ce qui le fascinait, plus que tout, c’était la corrélation évidente entre la Terre et Termina, comme s’il s’agissait d’un même monde, bâti avec les mêmes bases, à l’instar des différences entre l’Occident et l’Orient. Il y avait toutefois quelque chose de beaucoup plus dérangeant à Thiercelieux. Une atmosphère lugubre, pour ne pas dire macabre, qui ne donnait pas très envie d’y rester. Ce n’était pas tant le vortex gargantuesque ou les Enfants Perdus, mais surtout l’attitude des gens face à leur propre tragédie. Ils n’étaient pas… normaux. Et à de nombreuses reprises, le jeune homme continuait de croire à un rêve. Il attendait patiemment le moment où il pourrait se réveiller, mais force fut bien de constater qu’il ne venait pas.

    « Si les questions sont terminées, je crois que l’on va passer à totalement autre chose, si tu le veux bien. » Commenta posément le leader du groupe, les yeux rivés sur l’arme de poing attaché à sa ceinture. Oswald s’en rendit bien compte, mais n’avait pas l’intention de la détacher.
    « Tu l’auras compris, le Projet Desmose cherche avant tout à arrêter cet immense vortex qui se trouve dans le ciel. Et je crois avoir peut-être une solution. Avec l’aide de Samuel et Flora Parsons, Florent Hämälaïnen, Daniel Osbourne et de tous ceux qui nous aident un peu partout dans Thiercelieux, nous pouvons espérer trouver ce qui nous manque depuis le début : une source d’énergie. ». À cette annonce, le canadien eut un mouvement de recul. Elle entendait quoi par source d’énergie ? Il n’aimait pas les sources d’énergie, surtout quand elles ne savaient pas être canalisées. Jurisprudence 25 avril 1986, 25 avril 2006, 25 avril 2086…

    « Non, ne t’inquiètes pas. Avec les réponses que tu vas nous apporter, on va être en mesure de déterminer un centre d’énergie puissant. Pour que tu aies réussi à entrer dans la ville, la dernière pièce du puzzle va pouvoir être lancée. ».

    Sur un sourire, la première partie de la réunion s’acheva. Une pause repas fut organisée, où chacun put commencer à dire la sienne. Anselm, de son côté, s’entretenait en privé avec l’inconnu. Gabriel raconta tout son périple jusqu’à Thiercelieux. Il n’avait pu qu’admettre s’être téléporté, mais il n’avait en aucun cas concédé le moindre retour dans le temps. Par instinct, ou par intuition, peut-être, il taisait sous silence le plus gros de l’Histoire. Il en inventait une autre, pleine de détails criants de vérités factices. Il s’appelait maintenant Gabriel Grayson (la fausse identité soigneusement préparée pour le monde des années 90), fils de meunier, que le destin avait envoyé dans de prestigieux lycées. Astrologue convaincu, il s’était lancé dans l’informatique avec ses professeurs, et avait rejoint, dans un second temps, une unité scientifique pour créer des ponts entre tous les points de l’univers. Il y détailla ainsi l’existence d’une planète terre, leurs coutumes, son avancée, sa pérennité, et se qualifia de patient zéro. Le premier garçon à être envoyé par téléportation. L’expérience était vraisemblablement en demi-teinte. Exit la guerre nucléaire, la miséricorde ou la souffrance. Son tableau mélioratif convainquit Dubois, qui prenait soigneusement des notes sur son carnet. Elle lui adressa un nouveau rictus, sans rien dire de plus.
    Ils passèrent à leur tour au déjeuner. Vrai, l’étranger commençait à avoir faim. Il dévora tout ce qu’on lui proposait, si bien qu’on lui demanda d’être un peu plus modéré, par les temps qui courent…

    ***


    Thiercelieux, après-midi du 2e jour.

    Un peu partout à travers la ville, la guerre civile éclatait. La population, par dizaine, se jetait sur les fourgons blindés du Contingent Impérial, chargé d’ouvrir les portes de la ville. Dans la presse, on appelait déjà cela « Le Sursaut des Vivants ». Mais les bonnes âmes, toujours promptes à assurer la survie d’autrui avant la leur, laissèrent place au diktat du plus fort. Il ne fallut pas plus de quelques heures pour que les Oracles, amenés au peloton d’exécution, soient sortis de force des véhicules, pour y être décapités, pendus, et traînés dans tous les bas-quartiers de Thiercelieux. Du côté de la Maire, aucun communiqué ne tombait, et les polices locales, débordées par l’ampleur de ce nuage de feu, préférèrent abandonner.
    Peut-être dans un dernier espoir, un cortège de milliers de personnes arrivèrent près du Palais Municipal. Mais ils n’y trouvèrent, quand ils tentèrent d’y entrer, que les plus féroces Gardes Impériaux, prêts à dégainer les armes à balle réelles pour disperser la foule.
    Dans toute la ville, le même chant s’entendait d’ailleurs partout. « Mort au Gardien ! Mort au Gardien ! Mort au Gardien ! », comme si son sacrifice pouvait changer quoi que ce soit.

    Ce peuple courait à sa perte. D’ici quelques heures, les portes seraient ouvertes. L’Apocalypse s’abattrait. Rien ne pourrait l’arrêter. C’était la prophétie. Lutter était vain. On ne pouvait rien faire. Qu’attendre. Serrer les dents.

    « Anselm, t’as intérêt à être sûre de toi.
    — Arrête, on sait tous les deux qu’il viendra. »

_________________
« Si tu y crois de toutes tes forces, un mensonge peut devenir réalité. Alexandre Schwartz … Le savait mieux que quiconque. »
— Chapitre 12 (Projet Renaissance).
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Icer MessagePosté le: Sam 13 Fév 2016 12:05   Sujet du message: Répondre en citant  
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C'est toujours aussi intéressant. L'apparition du projet Desmose rajoute, comme c'est évoqué dans le texte - un petit parallèle avec l’œuvre originale, avec ces adolescents et leur Calculateur. J'ai particulièrement apprécié le récit de Florent, l'occasion d'avoir encore plus de détails sur les évènements historico-politiques de Thiercelieux, et tu excelles bien entendu en la matière, je t'ai plutôt bien formé (a).

Si le parallèle avec la Terre est évident, ce chapitre n'offre pas plus de réponses qu'auparavant. Il paraît que le trois va arriver rapidement mais l'auteur étant Pikamaniaque, je dis prudence.
Aussi, le traitement de Gabriel Oswald me semble tout à fait correct, on sent qu'il a été bien préparé à la merde mais pas à cette merde là, ce qui le rend plutôt équilibré, je n'ai pas senti d'excès de ce coté là (Je fais attention depuis la jurisprudence Léopold) même si j'imagine qu'il est forcément homosexuel.
Une mention spéciale :

Citation:
Il comptait bien évidemment enculer tout le monde, comme il avait appris avec la Chiraquie.


Bref, excellent travail, balance la suite fdp.

_________________
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« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Pikamaniaque MessagePosté le: Mar 05 Avr 2016 20:06   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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Bonjour cher lecteur Icer,

Voilà le chapitre 3. Tu parles, plutôt bien formé, sois pas trop prétentieux non plus. =D.
_____________________________________________________________

Chapitre 3 : Calcul Froid


    Thiercelieux, crépuscule du 2e jour.

    « Vous n’allez plus au lycée ? » Demanda innocemment la voix de Gabriel Oswald. Les trois adolescents eurent un sourire. C’était la fin du monde ! Pourquoi retourneraient-ils au lycée ? De plus, pour beaucoup d’entre-eux, leur parcours venait de se terminer. Samuel Parsons, par exemple, était devenu major de sa promotion au plus prestigieux établissement de toute la région.
    Pendant ce temps, Anselm préparait leur expédition. Fière d’elle-même, elle ne put s’empêcher d’éprouver un satisfecit pour le prodige dont elle faisait preuve au quotidien. Elle tapait sur le clavier du Calculateur comme si elle eût été une virtuose de l’informatique, et cela suscitait toujours l’admiration de ses camarades. Avide de connaissance, prête à tout pour parvenir à ses buts, elle aimait plus que tout sa passion ; coder, et découvrir, pousser au bout ses limites. Ce devait être la raison pour laquelle elle ‘’possédait’’ cette machine sans doute plus qu’elle ne l’utilisait, et ce pourquoi elle souriait avec narcissisme chaque fois qu’elle le pouvait.

    « Voilà, j’ai fini. » Fit-elle en rédigeant un mot sur un petit calepin.
    « Et cela donne quoi ? Demanda le seul adulte de l’endroit.
    — Tu t’es réveillé devant un Reliquaire Antique, à quelques pas de l’Avenue du Général Underwood. Toutes les énergies convergent là-bas. Je pense qu’il ne s’agit pas simplement d’un magasin de bibelots…
    — On dirait une série télé’. » Lâcha-t-il en réponse. On le regarda. Tiens, pour une fois, voilà une chose qu’ils ne connaissaient pas, même ici. La télévision nationale, supposait-il.
    « Ce qui m’échappe, mademoiselle, c’est que même si tu es très intelligente, comment et de quelle façon comptes-tu utiliser l’énergie qu’il y a là-bas pour arrêter un trou noir ? J’ai l’impression d’écouter quelqu’un qui n’est pas très au clair avec ses réalités.
    — J’ai tout prévu, lança-t-elle du tac-au-tac. – J’ai juste besoin que tu sois avec nous pour que tu nous confirmes bien l’endroit. » Gabriel n’appréciait que très peu la tournure des événements. Il n’aimait pas faire confiance aux inconnus, par nature. Mais ces adolescents… soit ils fantasmaient, soit ils se laissaient aller à leurs rêves. Quand bien même il n’avait aucune autre piste pour retourner auprès des siens, il vivait assez mal d’en être réduit à collaborer avec des enfants à peine sortis de la puberté.
    « Cela manque de détails. Vous êtes superficiels. Vous manquez de talent, et vous n’avez pas l’air très intelligent. – Déclara-t-il prosaïquement.
    — Hé… gars… tu ne manques pas d’air quand même. T’es loin de savoir qui on est. Tu devrais pas juger comme ça ! Répliqua Samuel avec emphase.
    — Toi, tu devrais retourner baiser ta copine… - Grayson ne le regarda même pas.
    — C’est sa sœur. » Fit Florent, sans sourciller.
    Bordel, mais qu’est-ce que cela pouvait bien être dégueulasse cet endroit. De l’inceste, bientôt de la zoophilie… Certes, les mœurs changeaient sur terre aussi, mais au-delà du mariage gay, on n’avait pas visé plus haut dans la dégénérescence sociétale.

    « C’est assez. » Trancha fermement Anselm. Le canadien ne se laissa pas démonter, et tandis que les autres se turent et inclinèrent la tête, il ne baissa pas le regard.
    « Nous avons beaucoup de travail, poursuivit-elle. On ne se connait pas, mais tu peux nous aider. Tu comprends le sens de ce que je dis, n’est-ce pas ? Tu n’es pas stupide. On s’est reposés, on s’est parlés, on a mangé ensemble. Tu viens de passer une seule journée ici, et tu te poses encore beaucoup de questions. Peut-être qu’on y arrivera sans toi, mais peut-être qu’on aura aussi besoin de toi. C’est le moment de montrer que la solidarité existe à travers tous les peuples. Tu as l’air d’être un humain, comme nous. Eh bien il faut que tu le prouves. Tu as quelque chose à faire, je le sens. Et tu as besoin de rentrer chez toi pour ça. Si tout se passe comme prévu, tu n’auras rien à faire. Mais avoue que nous sommes ta meilleure piste ? Laisse-nous, à notre tour, te prouver qu’on ne vaut pas seulement notre âge. ».
    Il fallait admettre qu’elle savait parler, et qu’elle présentait des arguments convaincants. Ils étaient sa meilleure piste. Ils avaient réussi à le trouver, à le ramener jusqu’ici. Ils avaient pu s’expliquer, leur propos semblait clair et cohérent. Il ne trouvait rien à redire. Après tout, pourquoi ne pas essayer ?

    « Daniel est toujours injoignable ? » Demanda Flora au moment où elle achevait de se préparer. La nuit commençait à tomber, le temps pressait. Il fallait partir avant l’ouverture des Portes. De plus, on décida que Samuel devait rester auprès du Calculateur, au cas où.
    « Oui, ce n’est pas normal. » Florent Hämälaïnen regarda sa montre. « Mais on n’a plus le temps. » Renchérit-il. Il adressa un regard à la jeune Dubois. Il fallait partir. Les raisons pour lesquelles le temps pressait, à la rigueur, n’avaient pas besoin d’être connues. Mais on pouvait les deviner, à mesure que le soleil – ou peu importe le nom de l’étoile – s’effaçait de l’horizon.

    En effet, dans les rues, il n’y avait plus personne. Plus aucune affluence, plus aucune voiture, plus aucun vélo, plus aucune âme qui vive. La plupart des appartements, cloîtrés par des abris de fortune, ne laissaient même pas filtrer la lumière. On eût cru que tous les habitants s’étaient retrouvés dans une autre dimension. En réalité, ils se trouvaient pour beaucoup dans des abris officiels, préparés depuis plus de deux ans, lorsque le vortex eût apparu dans le ciel. Pour ceux qui n’avaient pas eu les moyens, toutefois, ils étaient restés chez eux, dans les caves, attendant avec angoisse le moment de leur mort. À croire qu’aucune âme sensée n’avait réussi à rationaliser le chaos à venir. Les quelques exceptions – parce qu’il y en avait toujours – devaient être loin, ou prêtes à se battre. Les jeunes ne les croisèrent pas sur leur chemin.
    Il y eut d’ailleurs comme un silence de circonstances tout le temps où ils longeaient les places désertes. Un moment de communion où chacun se retrouvait avec sa pudeur, sachant éperdument que la fin se rapprochait. Dans sa vie, l’étranger n’en avait connu qu’un seul au travers les livres. La Grande Exode de 2006. Le milliard de morts. La peine, la désolation, la colère, la haine. Tous ces sentiments lui broyèrent le cœur tant il s’y identifiait. Il continuait d’ailleurs de croire que sa mission restait possible en dépit des circonstances, ayant du mal à se faire à l’idée que, de toute façon, s’il n’était pas parti d’ici demain, il serait mort.

    Cela ne lui faisait rien. On lui avait appris, à ne plus sentir la douleur. Cela amena son regard sur Anselm. Il ne put s’empêcher de l’interpeller.
    « Oui ? Fit-elle très calmement.
    — Pourquoi vous n’avez pas peur ? Pourquoi vous n’êtes pas auprès de votre famille ? » Elle s’arrêta dans sa marche. Ses cheveux roux retombèrent sur ses épaules. Elle regarda le ciel, n’y vit que le vortex, pas même d’étoiles. Ses amis n’y prêtèrent pas attention, et continuèrent leur marche.
    « À ton avis, Gabriel Oswald ?
    — Je dirais qu’ils sont morts, je voulais confirmation. – Dubois se mordit les lèvres.
    — C’est plus que ça. Nous sommes l’élite de la nation. Les plus prestigieux étudiants que Thiercelieux ait connu. On ne dirait pas, mais Florent, Flora, Daniel, Samuel… Moi. Nous sommes majors de nos promotions. Au Lycée de Hardewick. Tu ne connais pas, mais c’est…
    — Je suppose un lycée pour surdoué, réservé en partie aux orphelins dont les capacités ont été jugées supérieures à la moyenne, déclara-t-il avec beaucoup de flegme.
    — Oui, oui… C’est exact. Nous n’avons pas de comptes à rendre. Pas de familles. Pas d’amis. Nous sommes des enfants qui vivons dans notre bohême, et qui tentent… le tout pour le tout ? Je suis peut-être naïve… Mais j’espère vraiment qu’on va pouvoir récupérer toute cette énergie. C’est notre seul espoir. Mais au moins, je t’aurais montré que t’as pas atterrie avec des singes ! » Elle avait pris une voix plutôt romantique, avec une attitude un petit peu rentre-dedans qui laissa le canadien indifférent. Il avait toutefois l’impression… d’une connivence entre eux. Une petite connexion, sans qu’elle ne casse sa carapace, qui lui faisait comprendre ses sentiments. Lui-même n’avait été qu’un bébé arraché à sa famille.
    « Ne t’inquiètes pas, je ne me dis rien pour l’instant. Je veux juste… rentrer. ». Le jeune homme n’aimait pas cet endroit. Très brièvement, quand il s’arrêtait pour y penser, la terre lui manquait. Au moins, là-bas, tout semblait un peu plus simple… et réel ? Pas comme dans un cauchemar.

    Mais bon, il n’avait pas le temps pour les regrets.

    Ils reprirent leur marche, sans plus un mot. Le vortex continuait de croître. C’était pour bientôt, assurément. Il se demanda ce qui pouvait bien se trouver au-delà des murs, et peut-être valait-il mieux qu’il ne le sache pas.
    Gabriel vit alors une plaque en argent scintillante, un peu plus au loin. « Avenue du Général Underwood ». Il reconnut très bien l’endroit. Les allées piétonnes, les pavés comme au centre des vieux bourgs de son monde. Tous ses souvenirs remontèrent. Cela faisait déjà, mine de rien, plus de vingt-quatre heures. Presque quarante-huit. Ils n’avaient croisé personne sur leur chemin, pas même des Enfants Perdus. Mais Gabriel ne sut pas bien s’il devait considérer cela rassurant ou non…

    Le Projet Desmose arriva alors aux abords d’un grand bâtiment, à côté du cours d’eau près duquel l’étranger était tombé.
    « C’est ici. » Confirma l’intéressé à l’adresse d’Anselm. Celle-ci hocha la tête, plongea les mains dans sa poche et sortit son téléphone. Elle écrivit un message, et prit une photo. Elle commença à étudier l’infrastructure, jaugea et évalua le danger avec un talent remarquable, qui impressionna beaucoup le nouveau venu. Elle joignit sa dextérité à son talent, et finit par se retourner. Elle confirma qu’il s’agissait d’un entrepôt désaffecté, situé à côté du reliquaire. Rien à craindre a priori. L’énergie devait être stockée dans les sous-sols, et un premier repérage déterminerait la manière de la récupérer.
    On se divisa les tâches. Flora ferait le guet tandis que Florent et Anselm iraient à l’intérieur, en compagnie de Grayson. Ce plan parut satisfaire tout le monde, même si ce dernier s’interrogeait sur les capacités défensives de Flora Parsons. Elle ne payait pas de mine, et elle dégageait une chétivité mignonne, mais pas du tout effrayante.
    « Nous n’avons plus que deux heures avant l’ouverture des Portes. Le retour risque d’être laborieux si on prend du temps. Il faut se dépêcher. ». Clama la rousse.
    Le canadien aimait beaucoup la vision extérieure qu’il avait de Thiercelieux. Tout lui semblait comme un film se déroulant devant ses yeux. Cela le fascinait et le poussait à vouloir chercher plus loin.

    On poussa la porte principale. Les deux garçons s’avancèrent à l’intérieur. C’était plus grand à l’extérieur. Ils s’avancèrent dans l’obscurité. La poussière provoqua quelques éternuements. Globalement, absolument rien ne laissait penser à une présence dans les locaux, et on baissa la garde. Peut-être au mauvais moment, parce qu’il fallut trouver un accès vers les différents étages du bâtiment. Une quête pour laquelle Anselm se désigna tout naturellement.
    « La structure d’un tel bâtiment propose, de fait, que quelques accès concernant les différents étages ou les différents sous-sols. À première vue, ce devait être une chaîne de production de masse, ce qui explique que tout se fasse au rez-de-chaussée. Mais, pour les bureaux ou même les différents stockages, il faut plus se diriger vers… la gauche. »
    Son raisonnement étincelait de logique. Cette jeune femme avait assurément de l’avenir, et à en juger par le regard pétillant de son collègue, elle l’exaltait comme d’habitude par son intelligence. Forte de ce succès, elle s’avança ainsi jusqu’à la petite porte qu’il y avait tout au fond de l’aile gauche de la bâtisse. Elle se tourna pour faire de grands signes aux autres, qui la suivaient quelques pas derrière.

    La porte s’ouvrit. Un battement de cœur. Le temps de réagir, il était déjà trop tard. Un homme en noir surgit de l’interstice, la prit par la gorge avec un couteau dont le bout tutoyait dangereusement la peau de la petite.

    « Fin de la récréation. » L’homme portait une cagoule noire, et son air menaçant tranchait avec un corps plutôt svelte. Impossible de déterminer son âge. Sur le coup, Gabriel ne comprit pas très bien ce qui se passait. Il resta surpris, étonné, mais aucun stress ne montait en lui. Il en fallait beaucoup plus pour l’angoisser, et tout au plus il arqua un sourcil. Il posa sa main vers l’arme attachée à sa ceinture.
    « Je ne te conseille pas, petit gars. Sauf si tu veux que je la descende. – Il rapprocha le couteau de sa gorge.
    — Faites ce que vous voulez. » Répondit-il avec dédain. Il prit son pistolet dans les mains.
    Anselm était toujours en vie. L’agresseur ne l’avait pas tué, et il l’étreignait toujours avec le couteau sous la corge. Sa réflexion alla très vite. Cela ne pouvait vouloir dire qu’une chose. Grayson leva la détente pour tirer, mais Florent, qui se trouvait derrière, planta deux crocs électriques dans sa gorge. Le résultat fut immédiat : il tomba par terre, complétement paralysé, le regard embué dans les limbes de l’inconscience. L’homme lâcha la rousse, qui passa ses mains autour de sa gorge comme pour se nettoyer.

    « Merci Flora, tu as été parfaite. Tu peux retirer ton synthétiseur vocal. ». Du peu de conscience qui lui restait, il observa cette pétasse. Elle l’avait piégée. Elle et ses amis. Cela faisait près d’une journée qu’il baignait dans l’illusion et dans le faux. On l’avait trompé. On avait osé s’attaquer au plus grand espoir… de l’humanité…
    Ce n’allait pas finir ainsi…
    « T’inquiètes pas, on va bien s’occuper de toi, va. ».

    ***


    Entrepôt désaffecté, Thiercelieux. Aube du dernier jour.

    Gabriel Grayson se réveilla au beau milieu de la nuit, avec un important mal de crâne. Il se rendit vite compte que ses deux bras étaient menottés à deux poteaux en acier d’une pièce particulièrement grande, où des rangées de serveurs entiers s’interconnectaient entre eux. Encore dans le potage, il ne faisait pas attention à tous les détails, mais il constata bien vite qu’au vu des nombreux murs délavés, et du sol en piteux état, il devait être au sous-sol de l’entrepôt désaffecté. La douleur à son cou en profita pour se manifester derechef. Il regarda du mieux qu’il put, et constata des petites morsures similaires à celle des vampires au creux de son cou. Quel fils de pute, ce Florent, pensait-il. Mais la palme revenait sans équivoque à Anselm, celle qui devait être le cerveau de toute l’opération. Comment avait-il pu tomber dans un piège aussi grotesque ? À force de sous-estimer les adolescents, on finissait par commettre des erreurs fatales, certes, mais de là à imaginer qu’ils voulaient le piéger. Puis surtout, dans quel but ? Cela n’avait aucun sens.
    Il tira sur ses menottes. Un violent picotement le fit arrêter tout de suite. Tirer son poignet vers l’avant actionnait un mécanisme qui faisait sortir des aiguilles du haut de la menotte, s’enfonçant dans sa paume. Cela faisait un mal de chien.
    « Connasse ! » Jura-t-il avec force. L’étourdissement passé, il put d’ailleurs prendre un peu plus le temps d’écouter. Il se tut. Il y avait quelque chose d’inhumain dans l’air. Il le sentait. Des gargouillis incompréhensibles provenaient des étages, ou plutôt des abords de l’entrepôt. Il chercha une horloge du regard, ne trouva rien. Mais cela avait dû commencer. Les portes s’étaient ouvertes.

    « Tu es réveillé, Gabriel. Je suis désolé pour la mise en scène, mais tu ne comprendrais pas. – Annonça la jeune Dubois en arrivant par un accès à un autre sous-sol.
    — Grognasse, grommela-t-il avec flegme.
    — Parce que tu crois que ça me fait plaisir ? Demanda-t-elle, choquée.
    — J’en sais rien, t’as été assez tordue pour m’attirer dans un piège auquel je n’avais aucune chance de me soustraire. C’est bien que tu en as tiré du plaisir. » Elle s’avança jusqu’à lui et le dévisagea avec un regard froid ; sans émotion. Sa fausse personnalité, sa comédie perpétuelle. Tout transpirait le mensonge chez elle. Grayson pouvait le sentir ; elle n’avait ni empathie, ni émotions. C’était un robot, comme lui. Cela justifiait peut-être pourquoi, au fond de lui, il n’arriva pas à la haïr. Il eut, au contraire, une déférence malsaine à son égard.
    « Je n’avais pas le choix. Tu es un jeune homme très intelligent, et je pense que tu m’as menti sur plusieurs points. Au-delà de ça, tu es aussi quelqu’un de fort, un guerrier, un robot. Un nuage de feu que rien ne peut arrêter. Tu pourrais tuer que tu n’en ressentirais pas le moindre remord. Je le sais très bien. Je sens ces choses-là. – Elle faisait de nombreux gestes avec ses bras. – Mais je t’ai menti aussi, et tu n’as rien remarqué. Je suis sans doute meilleure que toi.
    — Non, tu n’es pas meilleure que moi. Tu as juste profité des circonstances. Du fait que je sois désorienté, et contraint à suivre la marotte que vous m’agitiez sous le nez. Cela fait juste de toi une femme sournoise et pernicieuse. Mais peu importe, qu’est-ce que tu veux que tu n’osais pas me demander pour m’attacher ici ?
    — De toi ? Je ne veux rien. En revanche, je n’ai pas été très honnête avec toi. Tu l’as compris. Je ne cherche pas à récupérer l’énergie de cet entrepôt, tu vois bien qu’il n’y en a pas. Ce que je veux, et ce que j’ai toujours voulu, c’est le Gardien, affirma-t-elle en insistant particulièrement sur le dernier mot de sa phrase.
    — La légende urbaine dont le gouvernement se sert comme symbole et bouc-émissaire ?
    — Ce que t’a dit Florent est inexact et je lui ai volontairement demandé d’afficher son scepticisme pour mieux te convaincre. Le Gardien existe bel et bien, et il a de grands pouvoirs. Malheureusement, pour une raison qu’on ignore, il a décidé de disparaître. On sait de source sûre qu’il n’est pas prisonnier. Alors s’il n’est pas prisonnier, et qu’il ne nous aide pas, c’est parce qu’il s’en fiche. – Elle parlait très simplement, loin d’être une folle mégalomane comme on pouvait croiser.
    — Et tu as saisi l’opportunité de mon arrivée pour le faire venir. C’est intelligent, comme toi. Mais penses-tu qu’il cédera au caprice d’une gamine quand il viendra à toi ?
    — À dire vrai, je ne lui laisse pas le choix. Comme tu le sais, les Oracles ont été arrêtés, tous sauf un. Celui qui se charge de former le Gardien. Ils sont en cavale tous les deux, et une fois que le signal « mystique » de leur organisation a cessé d’émettre, si je puis dire, il fallait qu’ils trouvent un autre endroit où se réunir. C’est là que toi, tu interviens. J’ai trouvé des appareils très intéressant dans tes affaires, et j’ai pu m’en servir pour émettre un puissant signal. »

    Leur conversation s’interrompit. Le sol commença à vibrer. Les machines se mirent à tanguer dangereusement. La terre tremblait. Violemment, d’un coup, et pendant une dizaine de secondes. Quand tout revint à la normale, Anselm se rehaussa au niveau de son otage.

    « Qu’est-ce que c’était ? Demanda-t-il prosaïquement.
    — Un tremblement de terre. Nous sommes à l’aube du dernier jour. C’est aujourd’hui que tout s’achève et que le vortex va engloutir Thiercelieux. Tu comprends que le temps presse ? À l’extérieur, les monstres ont envahi la ville. Il y a des massacres par milliers, des hurlements, des appels à l’aide… et d’ici la fin de la journée, la quasi-totalité de la population aura été décimée. Tu comprends l’urgence de la situation ?
    — Oui, je la comprends. En revanche, mon rôle attaché à ces poteaux, les raisons pour lesquelles vous avez monté un plan si compliqué pour si peu de résultats… cela me reste plus mystérieux. » Son interlocutrice lui adressa un sourire poli.
    « Tu es un étranger. Quand le Gardien verra que tu n’es pas comme les autres, il viendra à ta rencontre. Tu es spécial, après tout. Un appât, mais un appât spécial. Quant au reste… Nous avons déjà essayé. Autant te dire que je ne souhaite pas trop en reparler. Enfin bref. » Elle sortit de sa poche le téléphone d’Oswald. Elle appuya sur quelques touches, notamment le bouton permettant de lancer le signal.
    « Ton appareil est fascinant. J’ai pris plaisir à l’étudier cette nuit, si bien que je n’ai pas trouvé le sommeil. Ce petit bouton suffit à programmer une espèce de système de localisation qui ne fonctionne pas ici, mais qui, avec quelques réglages, trouve assez vite un nouveau référentiel. J’ai pu avoir la carte de toute la ville ainsi que ta localisation précise. – L’étranger écarquilla les yeux. Cela lui aurait été d’une grande aide pour appréhender l’endroit où il se trouvait.
    — Et si jamais ça ne marche pas, tu fais quoi ?
    — Je n’ai pas attendu ton réveil pour le lancer.
    — Cela ne change pas l’objet de ma question.
    — Je n’échoue jamais. » Conclut-elle d’un air revêche en se retournant. Elle sortit un autre cellulaire, pour prévenir ses amis.
    Les bruits apocalyptiques au dehors laissaient entendre un chaos innommable, qui semblait se rapprocher de plus en plus. Gabriel étudiait ses options, mais il dut bien admettre n’avoir aucun échappatoire. Cette gonzesse était une calculatrice redoutable, elle semblait réfléchir à tous les paramètres de sorte à ce que rien ne lui échappe. Cela le fascinait, plus que cela ne l’effrayait. Après tout, elle ne faisait que mettre toutes les chances de son côté pour sa survie, et cela pouvait se comprendre.
    Pour autant, pourquoi ne pas lui avoir expliqué cela dès le début ? Il n’y avait rien qui lui semblait inacceptable pour le moment, et qui ne justifiait une telle mise en scène.

    Une alarme se mit à retentir. Une moue d’extase se dessina sur Anselm. Elle appuya sur une énorme télécommande aux côtés des premiers serveurs, qui provoquèrent un bruit abominable de rouages s’entremêlant les uns aux autres. De ce que l’étranger comprit, elle venait d’enfermer tout le monde à l’intérieur du complexe.
    « Il est là, ça y est. La chasse va pouvoir commencer ! ». Les lumières laissèrent place au scintillement rougeâtre des alarmes perforant l’obscurité à coup de marteaux. Le son défonçait les oreilles, mais constituait l’ascenseur de sa victoire. Jusqu’à ce que tout s’arrête et qu’il n’y ait plus que les ténèbres.

    « Le Gardien ne viendra pas. » Lâcha une énorme voix. Elle venait des passerelles supérieures de la Salle des Serveurs. Les deux du bas levèrent la tête, et virent, hébétés, un homme vieilli aux rides déformant le visage, les yeux aux pupilles noires dilatées, portant un imperméable beige et une cravate bleue. Les cheveux grisonnant, il avait une barbe de trois jours assez marquée.
    L’orpheline leva une arme et mit le vieillard en joue. Ce dernier leva sa main vers le côté, et elle perdit l’équilibre avec son pistolet. Elle se releva immédiatement, particulièrement fière de son rattrapage.
    « Vous n’êtes pas le Gardien, mais vous pouvez utiliser des pouvoirs psychiques. Dans ce cas, vous êtes un oracle, et si vous êtes un oracle, alors qu’ils ont tous été arrêtés par Underwood, dans ce cas vous êtes forcément l’Oracle du Gardien actuellement en fonction. » Son raisonnement épata le canadien, qui força un peu trop sur ses menottes, ouvrant à nouveau quelques écorchures sur ses mains.
    « Tu as réveillé des forces qui te dépassent, jeune arrogante.
    — Oh non. Cela fait des années que je cherche à mettre la main sur vous. J’ai uniquement saisi une occasion et vous avez marché. »

    Aux yeux de Gabriel, tout ce qu’il voyait prenait un tournant irréaliste. La fin du monde, la maléfique Anselm Dubois, l’étrange « Oracle » qui trônait au-dessus d’eux sur la balustrade. Les bruits démoniaques d’un rêve prenant une tournure cauchemardesque. Tous ces éléments lui firent douter de la réalité, et au fond de lui-même, il commençait à se demander s’il ne devenait pas fou, accroché ainsi au mur comme le spectateur passif qu’il pensait être un peu plus tôt. Son imagination prenait-elle le pas sur la réalité ? De toute évidence, oui. Pourtant, il ne se réveillait pas. Le temps passait, et tout prenait une dimension de plus en plus réel. Peut-être l’avait-on plongé dans une bulle virtuelle ? C’était une hypothèse crédible, quand on y pensait.

    « Le Gardien ne viendra pas. Répéta-t-il comme un robot.
    — Oui, ça j’avais compris. » Elle sortit un petit détonateur. Une bombe artisanale explosa, faisant s’effondrer la passerelle de fer suspendue au plafond. L’Oracle s’écroula également, piégé par terre sous les décombres. Ce n’avait pas été une explosion très puissante, et elle s’était produite à quelques mètres de la cible, ce qui expliquait pourquoi il survécut au choc. Mais elle ne devait pas vouloir le tuer, de l’avis du moins de son otage, qui ne la connaissait que depuis quelques jours. Il regarda partout autour de lui, et constata que dans son perfectionnisme maladif, elle avait posé des bombes artisanales un peu partout, ne sachant pas très bien où sa victime allait arriver. Un problème demeurait toutefois : un tel travail titanesque reposait sur plusieurs semaines, pas sur deux jours, et aussi bien préparée pouvait-elle être, il était impossible qu’elle fasse tout cela en quelques heures.
    Il ne pouvait y avoir qu’une solution possible : elle savait déjà tout.

    « Vous n’êtes plus en position de négocier, Hence Schœneck. » L’adolescente se baissa à son niveau tandis que son interlocuteur leva péniblement la tête, considérablement diminué. Du sang perlait de sa bouche, de son front, un amas de poussière le rendait sale et impropre sous son imperméable beige. Elle sortit un cutter. « Où, est, le, Gardien ? » Demanda-t-elle d’une voix effrayante. Effrayante parce qu’elle ressemblait à celle que Gabriel prenait quand il cherchait à tout prix quelque chose. On aurait dit son alter ego féminin.
    « Le Gardien… ne viendra pas ». Sans hésiter, elle lui plaqua le couteau sous la gorge.
    « Vous vous êtes bien fait baiser, Hence. Vous faites le fier, mais vous aviez tout prévu, sauf cela. Et quand le piège s’est refermé sur vous, vous saviez très bien ce qui allait se passer.
    — Et tu as fait tout ça pour rien… Parce que je ne te dirai rien… Tu peux me torturer, vas-y, je t’en prie. Cela ne marchera pas. » Elle se recula, pas perturbée pour le moins du monde. Elle regarda ses deux otages, fit voler sa chevelure rousse en arrière.
    « Je m’en fiche que vous ne disiez rien. Il y a deux raisons pour lesquelles le Gardien viendra. Ce n’est pas ce que doit faire un héros, venir en aide à ses amis ? Ce n’est pas la légende qui orne chaque monument de Thiercelieux ? – Elle se mit à rire. – Oui, parce que. Le propre d’un Gardien de l’Équilibre, c’est de conserver un équilibre entre les forces ! Alors qu’est-ce qui se passe quand on rompt l’équilibre ? Hein ?
    — Je te pensais suffisamment intelligente pour distinguer le vrai du faux, mademoiselle. » Elle s’arrêta brutalement. Cette fois-ci, son expression changea. Elle était beaucoup plus sombre et beaucoup plus inquiétante. Ce fut comme si on venait de lui faire la pire insulte au monde, et elle adressa un geste de dédain à sa victime coincée sous les passerelles de fer. Ce vieillard impotent n’avait rien à lui dire, pas même devait-il continuer à la tutoyer avec tant de présomption.

    Florent Hämälaïnen dévala les escaliers du sous-sol deux à deux et arriva à son tour dans la salle des serveurs. Grayson ne put s’empêcher de l’assassiner du regard lorsqu’il fut à sa portée. Ce petit clébard bien dressé, voilà qu’il ramenait son cul alors que tout était presque achevé. Les joues rouges, il semblait finir un marathon et passa plusieurs fois la main dans ses cheveux.
    « Anselm, on a un problème. Samuel a été attaqué, et la Salle du Calculateur est en surchauffe. J’ai reçu… un message sur mon téléphone, avec une photo. » L’intéressée regarda sa montre.
    « Il nous reste une quinzaine d’heures. Mais si on sort d’ici, on va se faire faucher, on n’est pas translatés. ». Cette information piqua au vif l’étranger accroché à son poteau, qui constata qu’un nouveau parallèle pouvait se faire avec son monde. Son ami vint lui porter le cellulaire et elle regarda la boîte de réception.
    « Le Gardien. Il est là-bas. – Elle releva les yeux, visiblement angoissée par cet imprévu.
    — Tu pensais vraiment que le Gardien allait marcher dans ton piège ? Vous avez un choix cornélien à faire, mademoiselle. – Rajouta l’Oracle de sa voix rocailleuse.
    — Vous pouvez tuer Samuel si ça vous arrange. Je touche au but et je ne vais pas reculer.
    — Oh, ce n’est pas lui qui nous importe. Mais comment comptes-tu faire sans ton précieux Calculateur ? Vint la réplique du tac-au-tac, bien qu’il semblait y avoir quelque chose d’improvisé dans sa voix.
    — Je n’en aurai plus besoin à la seconde où j’aurai eu ce que je veux du Gardien ! ». Elle devint glaçante et terrifiante. Ses poings commençaient à trembler, parce qu’elle gérait très mal les imprévus, parce que derrière ce masque d’assurance se cachait anxiété et frustration.
    « Alors, tue-moi. » Fit simplement Hence Schœneck. Anselm remonta son chargeur, le pointa vers le sexagénaire. Elle n’avait plus rien à perdre. Elle touchait au but. Ce n’était pas le moment pour elle de reculer ou d’abandonner.

    « Anselm, non. Ne fais pas ça. Je refuse. » Florent s’interposa dans le champ de tir. Un rictus apparut sur la moue du vieil homme.
    « Peut-être que tu es prête à tout sacrifier, mais pas moi ! Je ne veux pas, tu entends ? On a passé trop de temps sur le Calculateur pour tout foutre en l’air. Ce n’est qu’un plan qui échoue, comme les autres. Mais tu sais bien qu’on ne peut pas se le permettre. On a manqué un calcul, c’est clair. On trouvera autre chose. ». Continua-t-il. Des larmes perlaient au coin des pupilles de la jeune Dubois. Gabriel la trouva pathétique, et tout l’égard qu’il avait pour elle venait de disparaître. Au final, elle était faible, dirigée par ses hormones, et gonfler ses gros bras ne suffisaient pas à la rendre forte et intéressante.
    « Florent, écarte-toi. » Répondit-elle simplement. Sa voix resta glaciale, en totale contradiction avec les gouttes d’eau qui coulaient de ses joues. Pour la raison en somme très simple qu’elle ne pleurait pas pour ses amis, mais par orgueil, par échec de son plan. Cela ne l’avait pas touchée, bien au contraire.
    « Non. ».

    Anselm Dubois appuya sur la gâchette. Le coup partit très vite. Le corps s’affaissa sur lui-même. Hämälaïnen tomba mort sur le carrelage de la Salle des Serveurs.
    Un silence remplaça le pathétisme ambiant pendant un court instant, si bien qu’Oswald commença à ressentir une impatience mêlée à la frustration de l’immobilité qui ne lui plaisait pas du tout, tout au contraire.

    « À ton tour, vieillard. ».

    ***


    « Il y a longtemps, dans la province de Termina, un jeune garçon marchait seul au bord de la rivière. Il venait de très loin, après une longue quête héroïque pour sauver tout un Royaume. Il errait dans l’ennui, mais aussi dans la peine d’une vie qu’il avait chérie dans l’adrénaline et dans l’espoir de la bataille. Le goût du risque faisait battre son cœur, et il n’admettait pas pouvoir vivre sans. Son chemin l’avait amené, au fil du temps, jusqu’à ces contrées reculées, où le Mal vivait en Maître sans que quiconque ne puisse l’y déloger. Il allait enfin pouvoir vivre dans ce qu’il avait toujours aimé, parce que son rôle était de sauver autrui, de venir en aide à son prochain, sans se poser de questions, et sans raisons. Il était le seul à pouvoir ramener la couleur dans les nuances de noir et blanc. Et il en avait conscience.

    Il saisit ainsi sa destinée, et il devint le plus puissant de tous. Il devint la Trinité. Le plus puissant de tous. Du héros de la légende, il incarna le héros légendaire. »


    Retour vers le passé.

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« Si tu y crois de toutes tes forces, un mensonge peut devenir réalité. Alexandre Schwartz … Le savait mieux que quiconque. »
— Chapitre 12 (Projet Renaissance).
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Icer MessagePosté le: Mer 13 Avr 2016 14:21   Sujet du message: Répondre en citant  
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Icer : Mais enfin Zéphyr, Pikamaniaque n'a-t-il pas dit que la proximité de l'action du chapitre 3 avec le chapitre 2 nécessitait une continuité de publication assez soutenue ?

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Zéphyr : En effet il l'a dit... Il l'a dit... Eh oui...

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Icer : ...


Par contre moi je l'avais vraiment dit :

Citation:
Il paraît que le trois va arriver rapidement mais l'auteur étant Pikamaniaque, je dis prudence.


T'es vraiment un trou du cul parce que tu avais vu juste, c'est difficile de reprendre le trois deux mois après le précédent. J'ai juste retenu qu'une meuf jouait les pétasses, ce qui n'est pas très différent d'un épisode de la série Friends.
Cependant, il faut bien avouer que les références politiques, sans doute incomprises de la majorité des lecteurs, me font toujours autant marrer. Rien que pour ça, peu importe que le scénario soit brumeux, continue de poster, pauvre merde. Par contre, gratte-toi pour avoir plus que ça si c'est tous les deux mois.

C'est donc avec le sens du devoir accompli que je rentre à la base...

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Icer : Zéphyr je... voulais vous parler, une petite chose me chiffonne... C'est sans doute rien mais... cette liste d'auteurs qui mettent des plombes à poster leur chapitre. Il m'a semblé y voir votre nom...

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Zéphyr : On m'a dit ça oui... Hum... Ahlala. Ahlalalala quelle période, quelle période... quelle période...

_________________
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« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Pikamaniaque MessagePosté le: Mar 26 Avr 2016 22:20   Sujet du message: Répondre en citant  
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Nous sommes le 26 avril.
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Le 26 avril 2006, la Grande Arche explosait en plein vol, en Asie, grâce à Jérémie.
Le 26 avril 2076, Gabriel Oswald était envoyé dans le passé...

_____________________________________________________________

Chapitre 4 : Das Kind Holbein


    Le Hall de Sécurité, Thiercelieux. Aube du 1er jour.
    « Bonjour,
    Ceci est le journal de Florent Hämälaïnen, en date du 7e jour, de la 10e décade, de la 99ème année, à l’heure 6h14, 146ème séquence, soit 348 jours. Comme chaque fois, mes amis et moi avons lancé un retour vers le passé, pour protéger notre monde du vortex dans le ciel. Et comme chaque fois, depuis 348 jours, nous essayons d’envoyer ce message plus loin que notre terre, dans l’espoir que quelqu’un le reçoive un jour. Sachez que nous sommes piégés. D’aussi loin que les livres d’Histoire le disent, un point noir existe dans le ciel, mais nous ne savions alors pas bien ce que c’était jusqu’à il y a deux ans. Et il n’a cessé de croître, chaque jour un peu plus, depuis les deux dernières années ouvrées, jusqu’à être aujourd’hui sur le point de tout engloutir. Nous avons retourné toutes les possibilités, mais c’est quand nous avons failli arriver au point de non-retour qu’avec Anselm Dubois, Samuel Parsons, Flora Parsons, Daniel Leroy et moi-même, nous avons décidé de faire entrer Thiercelieux dans une boucle temporelle infinie grâce au Calculateur Quantique du Hall de Sécurité, en lançant à chaque fois, un retour dans le temps nous ramenant trois jours en arrière. Nous tentons par tous les moyens de trouver une solution, mais 348 jours plus tard, et malgré notre exploration minutieuse de la Cité, nous n’en avons toujours trouvé aucune.

    Lors de la 102e séquence, nous nous étions lancés dans une quête pour retrouver le Gardien de l’Équilibre des Forces, le seul être au monde disposant des pouvoirs nécessaires pour aspirer l’énergie du vortex temporel. Mais malgré tous nos efforts, il reste introuvable. N’est-il seulement qu’une légende ?
    Lors de la 145e séquence, un événement étrange est survenu. Un jeune homme de vingt-deux ans appelé Gabriel Grayson prétend être venu d’une région très lointaine de Termina pour venir à notre rencontre. Anselm Dubois et moi-même pensons qu’il ment, parce qu’il n’y a jamais eu d’indications autre que les mythes, qui indiquerait que la vie existe autre part. Lors des événements de l’entrepôt désaffecté, où nous avons rencontré l’Oracle du Gardien, Hence Schœneck, il est probable à hauteur de 80% que l’Oracle se soit manifesté en raison de la présence de cet individu, qui n’est, de toute évidence, pas de Thiercelieux.

    Mais nous n’avons pas pu en savoir plus, parce que lorsqu’Anselm Dubois a failli tuer l’Oracle, tout porte à croire que le Gardien a lancé un retour dans le passé depuis le Calculateur Quantique, après avoir éliminé Samuel Parsons. Grâce à notre enregistrement dans la mémoire de la machine, nous avons pu « revenir à la vie ». C’est également le cas de toutes les personnes censées mourir le 9e jour.

    AEZ981666-ULK-MUY-I-R.

    Nous dirions ainsi qu’en bilan, nous n’avons plus aucune avancée depuis la 69e séquence. Le Gardien demeure introuvable et nous a envoyé un signal très clair avec son Oracle. Notre prochain objectif sera, sans doute, de retrouver Gabriel Grayson pour tenter de mieux comprendre ce qu’il est. Fin de communication. »


    Florent Hämälaïnen termina l’enregistrement de son journal et le stocka sur le dossier sécurisé du Calculateur Quantique. Lui aussi savait manier, plus ou moins bien, la machine du Hall de Sécurité. C’était ainsi qu’on appelait l’endroit où chacun se retrouvait pour décider des objectifs à venir, et surtout, où le délégué au retour dans le temps lançait le programme au dernier jour de l’Apocalypse. Malgré des débuts parfois chaotiques, on s’en était plutôt bien sortis au final. Il suffisait qu’au moins deux personnes restent à surveiller l’endroit pour éviter que quiconque ne vienne, mais personne n’avait pris cette peine jusqu’à la veille.
    La veille. Ou plutôt, il y a trois jours. Ou dans trois jours. Peu importe, il ne savait toujours pas quel nom donner à ce phénomène. Ce qui le souciait plus que le reste, en ce moment, c’était la balle qui avait logé sa tête. Il en sentait encore les brûlures, et la sensation de mort qui en avait découlée. Il n’avait pas encore pardonné à Anselm, et cette dernière ne s’était pas encore donnée la peine de se manifester. Cela l’agaçait d’être toujours à sa botte, de toujours devoir composer avec ses humeurs. Certes, sans elle, rien de tout cela n’aurait pu arriver, et ils seraient sans doute morts depuis longtemps, mais ce ne devait pas être une raison pour tuer sans raisons quelqu’un qui ne cherche qu’à protéger la mission. Ce comportement l’avait déçu, surtout que, même si ce n’était pas la première fois qu’il mourrait, cela restait une expérience relativement traumatisante.

    Samuel aussi en avait fait l’expérience, et il restait prostré, sans rien dire, au fond de la salle des commandes. Pour lui, c’était la toute première qu’il mourrait, et le choc avait visiblement été plus que rude. Profondément marqué, il ne voulait dire un mot de ce qu’il avait vu, ou même entendu, alors qu’il était le seul de tout l’univers à avoir rencontré le Gardien.
    « Il ne veut toujours pas parler ? Demanda-t-il à Flora.
    — Non. Il reste à trembler, ramenant ses jambes contre lui, me hurlant dessus si je m’approche trop de lui. Je trouve tout ça très inquiétant, je ne te le cache pas. Je n’aime pas ce qui est en train de se passer, tout comme je n’aime pas le comportement qu’Anselm a eu. Si on s’est mis à dos le Gardien…
    — On ne sait même pas s’il existe en tant que tel. Si Samuel voulait bien ouvrir sa gueule. Je crois que ça nous faciliterait les choses. – Il soupira – Et la Reine, des nouvelles ?
    — Non. Elle reste dans la couchette de l’étage. Tout comme Samuel, elle me hurle dessus si je m’approche. L’échec de son plan l’a vraiment… démotivée. » Flora ne put s’empêcher une moue réprobatrice en pensant à cette garce. Plus le temps passait, moins elle la supportait.
    « Je sens qu’on ne va encore rien faire ces trois prochains jours. Pourtant j’ai catalogué tous les événements majeurs. Discours d’Underwood, L’Armée Fédérale attaquée, la Révolte de la Place du Marché, l’Ouverture des Portes. La…
    — Oui, j’ai compris. On sait tous. On connaît tous. Mais on n’y arrive pas. Je commence à perdre espoir, tu sais. On a pourtant vérifié tous les détails, contrôlé tout ce qu’on pouvait contrôler. Rien n’est ressorti de tout ça. Absolument rien. Je me demande parfois si ça vaut la peine de continuer. ».

    Ces remarques laissèrent le jeune Florent très pensif. Il s’affaissa au fond de la chaise du pupitre. Il étira les bras et se mit à réfléchir. Après tout, il restait encore tellement de choses à vérifier, tellement de choses à contrôler. Ils finiraient bien par trouver une piste, ce n’était qu’une question de temps.
    Il retomba sur ses jambes en quittant le siège, et se mit à marcher en direction de l’étage pour contrôler l’état psychologique d’Anselm. Il toqua plusieurs fois contre la porte, et malgré plusieurs « dégage ! », il entra dans la petite pièce exiguë.
    « Toi ? » Eut-elle pour seule réaction lorsqu’elle vit les cheveux noirs de Florent en face d’elle.
    « Moi. – Répliqua-t-il prosaïquement.
    — Si ce sont des excuses que tu veux, tu peux aller te faire foutre. – Elle tourna à nouveau la tête pour se caler contre son oreiller et s’enfermer dans ses draps.
    — Il est parfaitement légitime que je sois en colère après que tu m’aies abattu sans pitié parce que je te disais de réfléchir. Mais ça va, j’ai l’expérience de la mort si je puis dire. On sait tous les deux que ce n’est pas la première fois. Je ne suis pas là pour te parler de ça. Je voulais juste te dire que j’avais mis à jour le journal et le forum, lancé le logiciel des incohérences pour comparer les images caméras de Thiercelieux, et préparer le topo du rendez-vous de ce soir.
    — Laisse tomber Florent, il n’y aura pas de réunion. Tout est perdu. On a échoué. C’est fini. Il faut se rendre à l’évidence.
    — Tu dis n’importe quoi et tu le sais toi-même Anselm. – Trancha-t-il avec fermeté.
    — La raison pour laquelle on vit et on respire vient de s’écrouler en une seconde, parce qu’on s’est crus assez fous pour pouvoir tuer un Gardien, récupérer son énergie afin de colmater un trou noir dans le ciel. Il t’en faut plus où j’arrête là ? Il n’y a plus rien à faire, on a tout essayé… - Elle laissa filer la fin de sa phrase dans un râle. Comme si elle venait de décéder.
    — C’est comme ça que tu me remercies de ne pas t’en vouloir pour la balle dans le crâne ? Notre groupe part en couilles là. Samuel ne dit pas un mot, Flora erre comme une âme en peine, tu restes prostrée sur ton lit comme une larve impotente, et Daniel est toujours introuvable. Ne crois-tu pas qu’on devrait rester sur le qui-vive et se battre ? »

    Dubois ne daigna même pas répondre, parce qu’elle venait de perdre foi en toutes choses. Elle ne voyait plus d’avenir, elle ne voyait même plus ce qui se passerait après, dorénavant. C’était juste… un trou. Un trou noir, se disait-elle pour le jeu de mots avec la situation actuelle.
    « On devrait aller explorer le vortex. – À cela, elle explosa de rire. Au moins lui restait-il assez d’énergie pour pouvoir sourire.
    — Arrête de rêver, veux-tu ? Tu m’ennuies. Pars s’il te plaît.
    — Je suis sérieux, on devrait…
    — Dégage. ». Florent baissa les bras. Quand elle était dans ce genre d’état, mieux valait lâcher prise. Cela n’apportait rien de bon, en plus de ne pas être pertinent. Il refusait toutefois de rejoindre son défaitisme. Il avait investi trop de temps dans cette mission pour l’abandonner. Il serait peut-être le seul encore debout, mais il continuerait, coûte que coûte.

    Sur cette pensée positive, il redescendit jusqu’à la Salle des Commandes. Particulièrement fier de lui-même, il demanda à Flora d’aller voir comment allait Samuel, avant qu’il ne se mette au poste. Peut-être lui riait-on au nez, mais cela faisait des mois et des mois que leur groupe travaillait sur une piste qui n’avait menée nulle part. À présent, il allait prendre les choses en main pour leur montrer qu’il existait une véritable solution. Ce vortex, dans le ciel, on ne le connaissait pas encore assez. Son niveau de danger était peut-être élevé, mais la Desmose n’avait jamais eu le courage de l’examiner au plus près qu’elle le pouvait. Il allait corriger cette erreur, trouver des informations pertinentes, puis, peut-être, se substituer à Anselm pour ramener l’ordre dans son groupe. Après tout, cela ne pouvait pas être pire que maintenant. Il en profiterait pour retrouver Daniel, soigner Samuel et aider Anselm à sortir de sa dépression.
    Il serait l’homme providentiel. L’homme de la situation. Du haut de ses dix-sept ans, il allait montrer de quoi il était capable. Cela allait être son heure de gloire.

    Vraiment ?

    Il pianota frénétiquement sur le clavier du Calculateur. Les touches, deux à deux, s’enchaînèrent dans une myriade de codes plus complexes les uns que les autres. Il matraqua ces touches pendant de longues minutes, puis finit par valider sa procédure avec un sourire aux lèvres, jetant un regard circonspect à un vieux journal sur lequel un code était noté. Il descendit du siège, se rendit aux escaliers du sous-sol. Il traversa plusieurs salles pour arriver à la pièce du scanneur, où se trouvait un caisson massif relié par une quantité de fils astronomiques.
    « Florent, qu’est-ce que tu fais ?! Beugla la voix féminine de Flora depuis le premier sous-sol de la salle des commandes.
    — Je prends les choses en main. » Se contenta-t-il pour seule réponse.

    ***


    Quelque part dans la nuit du 1er jour.

    Florent Hämälaïnen apparut dans une salle sombre, délabrée, où les tâches de sang jouxtaient le sol, le mur, et le plafond. Une petite lumière ne faisait que vaciller dans l’obscurité, une lumière qui venait de s’allumer pour lui laisser découvrir les brancards, les bocaux de verres ainsi que les différents ustensiles de médecine disposés un peu partout dans l’endroit où il se trouvait. Il ne lui fallut que quelques secondes pour perdre tout le courage qu’il avait emmagasiné pour venir jusqu’ici. Il se revoyait encore, quelques secondes auparavant, taper les coordonnées retrouvées au cours d’une expédition proche du Vortex. À ce moment-là, toute l’équipe s’était mobilisée pour retrouver Anselm, qui avait disparue suite à une embuscade des Enfants Perdus. Tout cela s’était fait au sein même de Thiercelieux, mais ici, il ne reconnaissait ni la ville, ni l’endroit. Il ne comprenait pas où il était arrivé.
    L’adolescent passa sa main devant lui pour éclairer d’autres lampes contiguës à la pièce. Il portait une coiffe blanche avec tout un ensemble de la même couleur, rappelant les mages blancs des MMORPG. Il s’avança jusqu’au corridor. Très exiguë, il ne laissait même pas la place de se dégourdir les jambes tant il obligeait à se coller aux parois. Le garçon marcha, doucement, la peur au ventre, jusqu’à une porte d’acier où un judas permettait de voir à travers. Il garda la main sur son bracelet, prêt à rentrer au Hall de Sécurité à tout moment. Un léger frisson lui parcourut l’échine, à mesure qu’il entendait des pas rapides aux étages supérieurs. L’isolation devait être mal entretenue pour qu’on entende aussi bien… Il posa un œil sur le petit interstice, très prudent, par peur de réveiller une quelconque énergie malveillante.

    Florent ne vit rien. Sûrement pas assez de lumière pour entrevoir quoi que ce soit, raison pour laquelle il se recula. Il jugea un temps de ce qui était le mieux à faire. Peut-être porter ses couilles et aller au-delà, ou s’arrêter ici pour prévenir les autres de sa découverte. Leur dire qu’il existait une autre piste que le Gardien, dans ce genre d’endroits glauques…
    Il entendit alors des bruits de pas. L’angoisse monta un peu trop fort sur le coup, si bien qu’il alla se cogner contre le mur étroit du couloir. Ce ne fut toutefois pas ce qui le motiva dans sa décision, au contraire. Ce fut un cri, à la manière d’une perceuse s’enfonçant dans de la chair humaine. Ce fut sans doute la goutte d’eau de trop, pour ce petit gars pas très courageux, qui préféra passer sa main sur le bracelet permettant de le détranslater.

    Sans effets. Sourire nerveux. Rire nerveux. Respiration forte. Claquement de dents.

    D’un claquement de doigts, il éteignit les lumières pour ne pas attirer l’attention. Il devait être tombé dans un nid, un nid de quelque chose, une base étrange, un endroit où il n’aurait jamais dû venir seul. Il posa une main sur son thorax, s’assit lamentablement sur le sol crasseux, la tête baissée. Si la détranslation ne marchait plus, il n’était pas sûr de revenir. La dimension expérimentale des procédures de virtualisation d’Anselm et Samuel restait assez sommaire, soumise aux aléas de l’instabilité. Il y avait un risque énorme pour qu’il ne revienne jamais.
    Hämälaïnen prit pourtant son courage à deux mains, parce qu’il pourrait dépérir ici sans que personne ne s’en aperçoive s’il ne saisissait pas son propre destin. Après tout, c’était l’occasion de prouver sa valeur, non ? Après tout, ce n’était pas très compliqué, ce qu’il avait à faire ! Il devait juste trouver une sortie, un endroit où partir pour rétablir la connexion avec le Calculateur. Cela ne pouvait guère être compliqué, oh ça non. Il suffisait d’un peu de jugeote... Et de discrétion. Il y avait pourtant un silence de mort à présent, comme si toute vie s’était arrêtée, comme s’il n’y avait plus rien depuis ce hurlement extirpé du fond des tripes.

    Il poussa timidement la porte d’acier, dont il n’avait pu éviter les grincements. Le garçon passa un pied au dehors du petit couloir claustrophobique, reprenant sa respiration à grandes bouffées. C’était tout aussi obscur que le reste, et il n’y vit pratiquement rien. Pas une lumière qui scintille, pas un bruit, pas un être humain autre que lui. Un rire bête commença à l’éprendre. Ce n’était pas possible, après tout, hein ? Il allait devoir allumer au risque de ne rien voir.
    Prêt à faire face à toutes les éventualités, l’adolescent leva sa main devant lui. Il se concentra. L’ampoule de la pièce s’illumina.

    Ce fut le choc.

    Une dizaine d’hommes et de femmes jouxtaient le sol de la pièce avec des pustules abominables partout sur le corps. Leur regard criait à la supplique. Ce paysage resterait gravé à tout jamais dans sa mémoire, tant il était violent. Il devait partir, vite.
    Conservant le peu de sang-froid qui lui restait, il chevaucha les cadavres. Tout son corps tremblait de terreur, il se sentit défaillir sous le poids de ses jambes. Ses palpitations cardiaques semblaient s’entendre depuis toute… la prison.
    Il marcha soudain plus vite jusqu’à la nouvelle porte d’acier. Il tenta de l’ouvrir, mais la poignée était cassée. Il se trouvait non seulement seul et perdu, mais enfermé. Il jeta des regards, à droite, à gauche. Il aurait voulu taper contre le mur, crier sa détresse et son désespoir. Mais ce qui se trouvait là… Ce ne pouvait pas. Non. Ces corps, par ailleurs, étaient peut-être contagieux ? Une myriade de questions défila dans sa tête. Depuis combien de temps étaient-ils dans cette prison ? Pourquoi ? Qu’est-ce qui se passait ici ? Pourquoi avait-il atterri là ? Sa respiration se fit saccadée. Une larme coula le long de ses joues. Cela lui rappelait tant de choses…

    Il fallait se reprendre. C’était une question de vie ou de mort. On ne pouvait pas baisser les bras et se dire que cela allait passer. Il se donna une gifle pour dresser une barrière entre lui et tous ces restes jonchant le sol. Les poings fermés, Florent marcha à reculons. Très attentif aux endroits où il posait les pieds, il se mit à une distance raisonnable de la porte. Il ralluma la lumière, posa son regard à tribord et à babord. Utilisant les pouvoirs conférés par la translation, il concentra la chaleur de l’ampoule sur le petit hublot de l’ouverture en fer. Cet exercice demandait beaucoup de concentration, et il fixa toute sa force sur la fonte du verre, qui commença à se craqueler, puis à s’effriter suffisamment pour que le simple passage de sa main suffise à briser la vitre. Il passa son poignet à travers, et ouvrit de l’extérieur. Ce devait être une espèce de cellule, parce que tous ces corps semblaient avoir été enfermés. Des pans entiers des murs semblaient d’ailleurs être griffés au sang, ce qui rajouta à son malaise général. Il ne s’attarda pas, et passa dans un corridor plus long. Il s’étendait en longueur, alors qu’en largeur, il laissait autant de place que dans le premier, à la différence que cinq portes se trouvaient désormais de chaque côté, avec un petit judas pour regarder à l’intérieur depuis le couloir.

    L’adolescent se demandait bien où il pouvait être, pour que tout soit structuré ainsi. Une prison, le plus probable, mais l’architecture restait originale eut égard aux équipements médicaux. Il n’eut toutefois la confirmation que lorsqu’il jeta un œil à l’intérieur des cellules.
    La réponse lui parut couler d’évidence, c’était un asile psychiatrique, plutôt délabré, sûrement abandonné et squatté. Il ne voulut pas trop s’appesantir à observer les cadavres en décomposition qui se trouvaient dedans, sans doute parce qu’ils repoussaient le comble de l’horreur, mais surtout, parce qu’ils prédestinaient son avenir s’ils ne trouvaient pas une sortie, et vite.
    Le temps pressait.

    « Maman ? » Interrogea soudain une voix. Le garçon en fut glacé. Les connexions se firent dans son cerveau.
    Le bruit venait de loin. Le couloir, plutôt petit, ne prêtait pas à la fuite, surtout qu’il débouchait sur un cul-de-sac. Il accéléra le pas, marcha à la volée. Il aurait voulu prendre ses jambes à son cou, mais Hämälaïnen devait veiller à ne pas croiser un de ces enfants perdus. L’instinct de survie prévalut en cet instant. La faible isolation des lieux, comme il avait constaté, avait dû le faire repérer au moment où il était sorti de la cellule. Il ne voulait même pas connaître les secrets de cet endroit.
    Au bout du couloir, deux choix s’offraient à lui. Alors que l’air se faisait plus froid que jamais, soit il continuait en face dans une autre aile du bâtiment, soit il passait le sas vers la gauche, donnant sur des espaces plus grands, et moins confinés. Malheureusement, les bruits venaient de là. Il ne put avoir le luxe de décider. Continuant son périple, il arriva dans un espace configuré de la même façon, mais dont le couloir s’étendait sur une centaine de mètres.
    Là, les choses devinrent très différentes. Il venait de traverser un bâtiment de sa longueur, et il arrivait peut-être à l’endroit le plus dérangeant, et le plus déchirant de cet asile psychiatrique.

    Cet endroit ne contenait pas des cellules désaffectées où les corps se putréfiaient à l’intérieur. Cette partie du bâtiment, parfaitement isolée, retenait tous les bruits venant de l’extérieur, et confinaient la folie entre les quatre parois. Un vacarme infernal et absolument insupportable ravagea les oreilles de Florent, qui manqua de s’effondrer au sol tant le choc fut violent et brutal. Cette fois-ci, tous les compartiments étaient occupés. Des petits blocs, de cinq mètres carrés à peine, faisaient vivre trois prisonniers collés entre eux. Il en eut la nausée, s’interdit de croiser le regard des judas tant il avait été choqué.
    Tout blême, il s’appuya contre une paroi, jurant intérieurement pour qu’ils se taisent tous. Ils continuaient pourtant à hurler, à supplier qu’on les libère. Ce devenait insupportable. Le garçon voulait rentrer. Il n’en pouvait plus. Ses doigts se mirent à trembler. Il n’osa pas continuer sa marche. Chaque pas qu’il faisait le rapprochait de la tombe, et c’était… Pas de son âge.
    Cette remarque étincela dans son esprit quand il distingua des pleurs de bébé, des cris de fillettes ou de garçonnets en âge de serrer les jupes de leur mère. Son cœur se mit à battre plus fort. Tous ses sens se mirent en éveil. L’espoir, la colère, la révolte. Toutes ses sensations s’entremêlèrent dans un fil difforme qui conduisit à l’explosion.

    « Silence ! » Cria-t-il d’une voix si forte, si grave, que ses veines ressortirent de ses mouvements de tête.

    Plus une âme ne parla. L’espace de quelques secondes, tout le quartier pénitencier se reposa dans un vide quasi-religieux. Jugeant que cela ne durerait pas longtemps, le lycéen reprit la parole.
    « Y a-t-il des femmes et des… ». On ne l’écouta plus. Déjà les gens se remirent à tambouriner contre leur porte d’acier, suppliant pour qu’on les fasse sortir de là. Mais ce n’était pas des voix d’hommes mûrs ou de femmes âgées. Ce n’était que des enfants, que des adolescents. Cela s’entendait, et lorsqu’il prit conscience de ce fait, il se retrouva prisonnier d’un dilemme déchirant.
    Avec toute la volonté du monde, il ne pourrait pas sauver tout le monde. On finirait par le trouver, et ses capacités avaient des limites, de sérieuses limites. Ne lui restait plus qu’à choisir qui aurait le Graal de pouvoir sortir, et comment pouvait-il faire un tel choix ?
    « Florent… Florent… C’est… C’est toi ? » Interrogea quelqu’un à quelques cellules de là. Le thiercellois tourna immédiatement la tête. Comment pouvait-on le connaître en un tel endroit ? Il fit le vide dans son esprit, et marcha jusqu’à cette porte en acier d’où provenait le bruit.
    « Oui ? » Répondit-il avec une fausse assurance. Il n’y eut plus rien. Son angoisse se renforça, parce qu’il pouvait tomber sur tout et n’importe quoi ici, mais il affronta ses peurs et porta ses yeux au judas.
    Instantanément, Hämälaïnen se recula. Il utilisa toute son énergie lumineuse pour provoquer une chaleur intense qui fit fondre les verrous. Il se saisit de la poignée, et la tira de toutes ses forces à l’horizontale. Une cellule crasseuse, dont les odeurs de déjection prenaient aux narines, était occupée par trois jeunes garçons. Un d’entre-eux, visiblement mort, avait servi de repas aux deux autres.

    Les traits fermés, les yeux cernés, les cheveux longs, gras, la barbe naissante des adolescents partant dans tous les sens aux poils entremêlés entre eux, qui descendaient jusqu’aux ongles noirs. Les déjections, la putréfaction, l’odeur de la chaire et de la mort. Ce fut trop violent. Le brun rendit ses tripes dans le corridor avant de pouvoir faire face à l’image qu’il avait.
    « Daniel… C’est toi ? ». La personne à laquelle il s’adressait hocha la tête. Il mit la main devant sa bouche, par politesse désuète, peut-être.
    « Florent… pitié… sauve-moi…
    — Je. Je suis là. » Il s’avança jusqu’à lui, bien que l’odeur soit toujours insoutenable. Il s’accroupit à son niveau, et tenta d’utiliser une nouvelle source de lumière pour brûler les chaînes massives qui raccrochaient Daniel Leroy à sa cellule. Malheureusement, il avait brûlé les ampoules de quasiment tout le corridor, et son énergie ne parvint pas à faire fondre ces énormes fers.
    « Qu’est-ce qui t’est arrivé, Daniel ? Où sommes-nous, ici ?
    — Nous sommes… à l’asile… d’Holbein… » Son haleine puait. Ses dents étaient jaunes et cariées. C’était dégoûtant, il n’osa même pas le regarder.
    « Et à quoi ça sert ici ? Qu’est-ce qui se passe ? Que sont tous ces adolescents enfermés et dénudés dans des cellules de cinq mètres carré ? » Fit-il en essayant de comprendre ce qui s’était passé. La réponse ne se fit pas attendre.

    Le jeune homme s’exorbita et considéra son ami avec empathie. Beaucoup d’empathie. Le corps famélique, la peau sur les os, il ne ressemblait plus à rien. Florent tenta ainsi d’y mettre toute son énergie pour réussir à faire fondre l’anneau principal, mais cela ne marchait pas. Il s’attaqua donc aux petits chaînons. Sans résultats. Il dut se rendre à l’évidence, surtout quand la réponse de son ami le tétanisa d’effroi.

    « C’est… c’est le repère des enfants perdus. C’est là qu’ils… qu’ils transforment. J’étais venu… enquêté. » Le thiercellois se recula soudain. Un bruit de porte. Hämälaïnen passa la tête à travers la cellule. Des masques à gaz, plusieurs enfants en pyjama.
    « Où est ma maman ? Dis-moi, toi, là-bas. Tu sais où est ma maman ? ». Le lycéen sortit de la petite pièce, jeta un rapide regard à son ami.
    « Je ne peux pas te libérer maintenant, mes pouvoirs ne marchent pas. Je reviendrai, je te le promets ! ». Leroy eut alors une réaction inattendue. Il s’élança au maximum que ses chaînes lui permirent. Il atterrit au milieu du couloir, les yeux gorgés de sang. À la faible lueur de la lampe, on voyait mieux ressortir sa crasse, les couches de microbes sur sa peau pâle et mortuaire. Il avait même des morceaux de vomi dans les cheveux. Il jura de toutes ses forces, hurlant des insultes au jeune Florent, jetant des coups de griffes comme dernier espoir d’une lutte vaine pour la vie.
    « Non, tu peux pas m’abandonner ! Tu n’as pas le droit ! Non ! Non ! Non ». Il convulsa littéralement, tel un épileptique. Et d’ailleurs, depuis l’arrivée des enfants perdus, ses gémissements étaient le seul bruit des autres prisons. Plus personne ne parlait, même la respiration se perdit dans le silence. Les enfants en pyjama se mirent à avancer. Par une exceptionnelle chance, l’adolescent avait anticipé le geste de Daniel et s’était retiré de sorte à ce que le prisonnier soit un obstacle entre lui et les monstres.
    « Tu n’es plus Daniel. ». Jugea-t-il avec effroi. « Je ferai ce que je peux pour revenir, je te le… ».

    Un pyjama rayé vint s’arrêter au niveau de son esclave. Tout alla très vite, mais cela paralysa d’effroi le témoin de l’horreur. En effet, la chose venait d’ôter son masque, pour y révéler ses yeux crevés. Elle s’assit au-dessus du corps de sa victime, la regarda avec un sourire maléfique. Deux branches infectes sortirent de ses yeux pour forer les pupilles du feu membre de la Desmose.
    « Daniel… » Ce dernier arrêta alors ses convulsions. Il se mordit les lèvres au sang, jusqu’à totalement exploser, jusqu’à totalement craquer. Des larmes coulèrent, des suppliques se joignirent à des tentatives désespérées de se dégager, matées par la force des bras du gamin.
    Florent tenta d’envoyer un rayon lumineux pour l’aider, qui n’eut pour effet que de le rendre aveugle.
    « Maman… je t’aime… Je t’en prie… Tu me manques… » Fit-il dans un dernier râle. « Où es-tu… ? ».

    Cette interrogation agit comme un déclic à l’esprit du seul garçon encore lucide dans cet asile. Daniel Leroy venait de mourir sous ses yeux, il n’existait plus. Il était devenu un enfant perdu, et son cœur avait beau battre de toutes ses forces dans sa poitrine, il ne céda pas à son envie de fléchir les genoux, et de tout abandonner. Des combats en valaient la peine. Il se retourna, et se mit à courir dans la direction opposée. Une autre porte donnait sur une autre aile du bâtiment. C’était sa chance. Deux autres enfants perdus entrèrent par le bout du quartier carcéral.
    « Où est ma maman ? Où est ma maman ? » Demandèrent-ils en cœur.

    Cependant, à sa grande stupéfaction, la sortie par laquelle il devait s’enfuir commença à faire tourner son verrou. Cela voulait dire que quelqu’un allait entrer. Le stress monta. Il se prépara à utiliser ses pouvoirs, sachant bien qu’ils n’auraient aucun effet.
    Mais il dut bien se rendre compte, quand, à la manière de morts vivants, les monstres se rapprochaient de lui, qu’il était complétement fichu. Tout ce qui se trouvait derrière cette porte ne pouvait être que foncièrement négatif, et cela allait devoir être le moment où il rendrait les armes.

    Tremblant de tout son corps, ses yeux papillonnèrent plusieurs fois. Il serra les poings. Daniel n’avait-il pas dit qu’il avait été piégé en enquêtant ici ?
    La porte coulissa à l’horizontale.

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« Si tu y crois de toutes tes forces, un mensonge peut devenir réalité. Alexandre Schwartz … Le savait mieux que quiconque. »
— Chapitre 12 (Projet Renaissance).
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Icer MessagePosté le: Ven 06 Mai 2016 08:26   Sujet du message: Répondre en citant  
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Localisation: Territoire banquise
C'est quand même un peu trop le bordel là. Déjà, on note l'absence du personnage principal, ce qui fait que ce chapitre est le premier à ne contenir aucun troll politique, lui faisant perdre 90% de son intérêt. C'est un focus sur la bande de mioches Sad
Toutefois l'une des clés majeures de l'intrigue se dévoile : La boucle temporelle. C'est du lourd. Du coup on répétè les évènements, sauf ceux qui sont enregistrés dans le calculateur, les morts reviennent... jusqu'ici ok. Mais dans ce cas, Oswald ? Certes le retour dans le temps va le toucher aussi simplement dans cette dimension. Il n'est, si j'ai bien compris, pas censé arriver tout de suite, mais malgré tout il a déjà été envoyé de la Terre. Du coup je me demande si cela va avoir un impact majeur sur le scénario ou si cela va rester un détail de l'histoire.

En tout cas, il fallait oser placer un tel concept de boucle. Je me demande si tu tiendras la distance...
C'est bien d'avoir pour projet de renaître mais encore faut-il survire.

_________________
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« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Zéphyr MessagePosté le: Jeu 12 Mai 2016 08:50   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


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Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
J'aime bien ce côté « puzzle à reconstituer » qui se dégage globalement de l'ensemble. La boucle temporelle est bien pratique puisque permettant de résoudre un mystère à la fois et ainsi obtenir une clé de compréhension supplémentaire à une intrigue globale.

Personnellement, je suis curieux de voir comment va s'insérer Gabriel au milieu de cet élément supplémentaire. Comme le souligne le post ci-dessus, il a fatalement subi le retour en arrière, avec les conséquences que l'on connaît sur la mémoire (à moins d'une grosse astuce ayant préservé sa mémoire bien entendu). Néanmoins, je pense que son statut de victime de la boucle temporelle va vite se dissiper, d'autant plus que le Projet Desmose n'en a pas fini avec le personnage. Ce serait dommage d'avoir un personnage principal qui ne peut que subir sans pouvoir agir à son échelle !

J'attends de voir où cette découverte du repaire des Enfants Perdus va mener, mais comme je le disais plus haut, il est probable que la résolution de ce mystère-ci, en combinaison avec la résolution d'autres mystères futurs, apporte des clés de compréhension sur le danger principal, à savoir le Vortex.

Je pense que le petit suspens de fin du dernier chapitre est un piège et que ce n'est pas un danger immédiat qui menace Florent. Dans le cas contraire, même s'il se fait prendre, la boucle temporelle lui permettra de revenir et de témoigner ce qu'il aura vu. Quoique s'il se fait aussi crever les yeux…

Poursuis je te prie !
_________________
http://i.imgur.com/Z94MNN5.png

« Jérémie avait fait un superbe travail. Ce dernier voyage sur Lyokô promettait d'être inoubliable. »
Un jour, peut-être.
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Pikamaniaque MessagePosté le: Sam 23 Juil 2016 23:56   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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Messages: 478
Localisation: Norende.
Gabriel va revenir, ne vous inquiétez pas.
Zéphyr, tes réflexions sont pertinentes. Je pense que des éléments de réponse vont t'apparaître prochainement.

Vu le délai de publication, quelques annexes sont prévues afin de suivre, notamment une liste de personnages, honteusement plagiée sur L’Échiquier, ainsi qu'un résumé pour rappeler les principaux points de l'intrigue.


Résumé des chapitres précédents : Alors qu’un premier cycle s’est achevé sur Termina, Florent Hämälaïnen utilise les données récupérées par le Calculateur afin de trouver des informations sur le vortex. En quête de remotiver son groupe, considérablement démotivé par l’échec du dernier plan d’Anselm, le garçon prend la décision de se translater seul aux coordonnées indiquées par ses informations. Se retrouvant au cœur d’un complexe visiblement abandonné, il apparaît très vite que cet asile est en fait le repère des Enfants Perdus, monstres hallucinatoires rencontrés par Gabriel au moment de son arrivée à Thiercelieux.

Nom du prochain chapitre : Le Chant de l'Apaisement.
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Chapitre 5 : La Cité des Enfants Perdus



    Un jeune homme de la vingtaine se tint immobile dans l’interstice de la porte. Il avait un corps svelte, la tête encadrée par des cheveux châtains clairs, assez long pour un garçon, qui partaient un peu dans tous les sens tout en conservant une apparence un minimum ordonnée. La bouche fine, les yeux marron, tout transpirait un certain bien-être. Il n’avait pas de cernes, il ne semblait pas choqué, apeuré, épuisé. En somme, tout ce qu’il y avait de plus normal, à l’exception d’une tenue vestimentaire inadaptée aux conditions climatiques générales de la saison. En effet, il portait un long manteau de marin bleu foncé, avec deux rangées de boutons. Des gants en cuirs et une écharpe noire venaient parfaire ce tableau. On distinguait à peine la chemise bleu ciel derrière l’épaisse couche de vêtements, mais sans doute au moins que le pantalon blanc et les chaussures bleu foncé qu’il portait assemblait les couleurs dans un méli-mélo de bon goût.
    « Tu es Florent Hämälaïnen ? » Demanda-t-il d’une voix paisible et absolument non inquiétée par la profusion de monstres aux extremums de la pièce.
    Le garçon, piqué au vif, hocha la tête avec timidité alors qu’il ne savait pas s’il pouvait s’avancer en toute sécurité. Peut-être s’agissait-il du chef des enfants perdus ? Il ne se sentait pas plus rassuré qu’avant de le voir, et s’il connaissait son prénom, ce ne pouvait être que forcément négatif. À la vue de cette nouvelle manifestation humaine, en tous cas, les prisonniers se mirent à hurler derechef. Un capharnaüm indescriptible remplaça la terreur provoquée par l’exécution de Daniel Leroy. Cela ne fit pourtant bisquer, ni l’inconnu, ni ces choses monstrueuses.
    « Je suis dans les cellules… Tout s’explique… » Commenta-t-il. Il s’avança au niveau de Florent, sans même lui adresser la parole. Alors que les masques à gaz se rapprochèrent dangereusement à leur niveau, il leva la main.

    Par un exercice de concentration rapide, les pyjamas rayés se mirent à convulser sur eux-mêmes, jusqu’à ce qu’un liquide visqueux coule de leurs visages. Ils s’effondrèrent à terre. La scène s’était passée très vite, le thiercellois n’eut pas le temps de réaliser qu’on venait de le sauver. Ce ne fut que lorsqu’il posa les yeux plus en détails sur lui qu’il comprit enfin qui il était. Ces pouvoirs, cette assurance. Un tremblement l’éprit soudain qui le colla contre un mur (mais un coup d’un captif sur la paroi le fit bouger immédiatement).
    « Vous. Vous êtes le Gardien. ». L’intéressé ne démentit pas, mais ne bougea pas non plus. Il ne jeta qu’un regard en coin, avant de se reconcentrer sur les différentes cellules.
    « Vous m’avez sauvé… ? Renchérit l’adolescent terrifié.
    — Non. Je ne suis pas là pour toi, Florent. Il y a des choses qui sont plus importantes que toi. Lui assena-t-il avec un ton si léger qu’il aurait pu demander l’heure de la même façon.
    — En tous cas… vous… vous m’avez sauvé, alors merci.
    — Je ne t’ai pas sauvé. Si ce n’était pas sur ma route, je t’aurais laissé où tu es. Je n’aide pas les gens qui essaient de me dresser. » Une culpabilité effroyable s’éprit soudain de son interlocuteur. Le brun se rappela effectivement avec quelle détermination Anselm, et les autres avaient préparé le piège parfait pour contacter le Gardien.
    « Je suis désolé, m’sieur. Je suis vraiment désolé. Je suis mort à cause de ça. Je voulais pas. Je. Pardon.
    — Tes excuses ne valent rien. Tu devrais plutôt sortir d’ici. Je ne sais pas où c’est, mais en tous cas, ce n’est pas sur le chemin que je m’apprête à suivre. » Le Gardien se mit à avancer vers la porte où Florent était passée la première fois. Un peu inquiet à l’idée d’être tout seul, ce dernier fit une ultime tentative.
    « Au bout de ce corridor, il y a un petit sas. À droite, ce sont de grandes salles, je ne sais pas ce qu’ils y font. Mais plus loin, c’est un cul-de-sac qui mène à… des cadavres. Des tas de cadavres. Avec plein de pustules partout au visage. Puis ça ce sont des cellules. Il faut…
    — Merci Florent, mais je n’ai pas le temps pour eux. Leur âme a sombré dans la folie, je ne peux rien faire. Toi non plus. Rentre chez toi, cela vaut mieux. »
    Le lycéen aurait souhaité répliquer quelque chose, mais il tenait tellement cet homme en déférence qu’il se mua dans le silence. Ce dernier s’était remis à marcher. Il en imposait de noblesse et de dignité. Il n’avait jamais senti un tel niveau de sécurité qu’en sa présence, si bien que, dès qu’il passa le seuil de la porte, Hämälaïnen retrouva cette mélancolie angoissante et anxiogène. Au sol se trouvait encore les cadavres des enfants perdus, ainsi que le corps enchaîné de Daniel. Il ne s’attarda pas, et prit la porte opposée à celle du Gardien.

    Commença alors un dédale de salles plus incongrues les unes que les autres. La sortie de cet endroit se révéla labyrinthique, et le décor devint chaque fois un peu plus oppressant. Tout était désordonné, et une odeur durable de puanteur accompagnait désormais le garçon partout où il allait. Cela le mettait très mal à l’aise, d’autant qu’il redoutait l’endroit où cela le mènerait. À plusieurs reprises, il avait d’ailleurs pensé à faire marche-arrière, sans jamais en trouver le courage. Il était pour le moins perdu. Il n’aurait pas été capable de se retrouver de toute façon, tant il avait bifurqué à de nombreux carrefours. Le sous-sol s’étendait visiblement sur une surface énorme, et personne n’avait pensé à installer des escaliers. Cette remarque le fit grincer des dents. Et si on ne souhaitait pas qu’il sorte ? Il se demanda s’il n’hallucinait pas, s’il n’avait pas été enfermé à son tour dans une de ces cellules qu’il traversait par moments, entendant les hurlements, ainsi que les cris de désespoir et de détresse.
    Cela expliquerait pourquoi il n’avait plus croisé d’enfants perdus sur son chemin. On tentait de le rendre fou, et cela marchait plutôt bien.

    Le lycéen se cala contre un mur. Dans une salle plutôt espacée, qui disposait d’un matériel de chirurgie imprégné de sang assez caricatural, il se reposa l’esprit une seconde. Il retenta de se détranslater, sans succès. Il navigua à travers sa montre, cherchant à trouver ne serait-ce que l’heure, mais aucune de ces données n’apparaissait, comme s’il se trouvait dans un monde parallèle. Il n’avait reçu aucun message, ou, du moins, rien n’avait réussi à passer. C’était la merde.
    Si la translation permettait de ne ressentir ni fatigue physique, ni besoins physiques, la fatigue morale s’installait comme une maladie. Il avait besoin de rentrer, de revoir ses amis, de réfléchir à pourquoi il avait pris une initiative aussi conne que celle de partir seul sans personne.
    « Seul… ».
    Florent se retourna subitement, scrutant tout ce qu’il pouvait scruter dans les alentours. Ce n’était pas lui qui venait de dire cela, si ? Il ne savait plus. Mais il s’était relevé, prêt à… se battre ? Ces PP ne devaient plus être très élevés, et visiblement, mourir ici revenait à un game over dans le scanneur, parce que si les autres n’avaient pas réussi à faire revenir le spectre au Hall de Sécurité, c’était que… C’était rien de bon. Voilà. Le fil de ses pensées s’interrompit. Il prit ses jambes à son cou, marcha plus vite pour ressortir. Il y avait toujours un silence de mort, et tout apparaissait de plus en plus délabré, comme un tempus fugit.

    « Je te vois. »
    Cela ne fit plus aucun doute, quelqu’un se trouvait près de lui. Une voix éraillée, brisée, faisant un aller-retour continu entre les graves et les aiguës, lui susurrait aux oreilles. Il eut ainsi le sentiment que la chose se trouvât près de lui, alors qu’il n’en fut rien. Penaud, il poursuivit ses agitations dans tous les sens jusqu’à trouver refuge dans une pièce contiguë à ce long couloir. Il y mit immédiatement une chaise près de la poignée, et se vida l’esprit pour perdre l’image des jeux d’ombres dansant encore dans ses souvenirs. Ce monstre savait parler, cela voulait dire qu’il était supérieur aux autres. Peut-être était-ce même leur chef.
    Un bruitage particulièrement désagréable se fit entendre au-dehors, lui provoquant quelques coups au cœur. La peur restait à son comble. Il pensait toutefois être capable de maîtriser la situation. L’adrénaline faisait bouger son corps, et, dans le feu de l’action, il accomplissait des choses remarquables, comme celle de pousser une étagère de livres de toutes ses forces pour mieux barricader la porte. Il admira son œuvre l’espace d’une dizaine de secondes, avant de s’attarder sur ce qu’il y avait ici. L’instinct de survie redescendit. Il préféra se reposer pour le moment. La… journée ? avait été rude.

    Des colonnes de livres reposaient en cet endroit. Au centre, une table rectangulaire agrémentée d’une chaise en acier permettait de lire grâce à une lampe à huile, totalement cassée depuis. Il n’y avait toujours aucune fenêtre, et il faisait assez sombre, mais il suffit à Hämälaïnen de claquer des doigts pour ramener la lumière. Il examina attentivement les différentes rubriques des ouvrages, dont certains classiques comme « La Bataille des Séraphins », ou « Madame Dubuc ». À certains étages, on trouvait cette fois des manuels de psychologie pour les étudiants, ainsi que des essais plus poussés sur la psychanalyse en général. Un petit espace attira toutefois son attention. Une encyclopédie paraissait « ancrée » dans le bois de l’étagère, comme une sorte de mécanisme. À côté, un petit carnet avec un stylo reposait. Par réflexe, il préféra se saisir d’un objet aux moindres conséquences pour mieux anticiper ce qui allait se passer ensuite. La peur au ventre, il fut toutefois agréablement surpris de se rendre compte qu’au stade où il était, il n’y aurait probablement pas grand-chose qui puisse le dégoûter.

    La personne qui lit ces lignes court un énorme danger. Ces lignes que j’écris sont en effet le compte-rendu de la dernière mission menée par le Gardien de l’Équilibre Eliot Winchester à l’Asile de Holbein, dans la province de Termina. Cette mission s’est soldée par la mort du plus grand Gardien de tous les temps, celui qui a mis fin à la Guerre de l’Eau. Voyageur, si tu ne sais pas qui il est, c’est que ton époque est lointaine, très lointaine. C’est peut-être logique. Les lois du temps, dans cet asile, ne sont pas respectées. Certaines salles font passer les heures aussi vite que les minutes, d’autres font d’une journée, une minute. Ce qui est sûr, c’est que quiconque entre ici n’en ressort jamais.

    Le Héros Légendaire, à la recherche de son ami perdu, est parti en quête de nouveaux villages à aider. Il s’est aventuré en-dehors de Thiercelieux, et a découvert le monde, dans lequel de nombreuses populations indigènes vivent en petits villages. Souvent assaillis par les Monstres, personne ne peut les défendre. Cela faisait un an que Winchester traversait ainsi les petits bourgs de province pour venir au secours de toutes ces populations en détresse.
    Mais un jour, il trouva sur son chemin des Enfants Perdus. Il tenta de les aider, de leur rendre leur humanité, mais rien n’y fit. Leur âme avait quitté leur corps, et leurs mutations génétiques les avaient fait devenir le symbole d’un monde en pleine décadence.

    Tous ces voyages étaient en fait une mission du Conseil des Oracles, sous couvert de philanthropie, nous cherchions à éradiquer la menace que représentait l’expansion d’une telle race de démons aperçus aux abords de Thiercelieux. Ce fut ainsi que nous arrivions à l’asile de Holbein. Reçus par son Directeur, nous en explorâmes les moindres recoins. Le Conseil était formel : la source venait d’ici, et nous devions la trouver puis l’anéantir.
    Nous venions de tomber dans un piège destiné à éliminer définitivement la lignée des Gardiens. Ce que nous avons réveillé dans l’Asile n’aurait jamais dû être trouvé. Je reconnais avoir ma part de responsabilité, en tant qu’Oracle. Moi, Gérald Weygand-Sarrabuckeer, a été incapable d’aider et de sauver du chaos mon protégé. Je porte le fardeau de mon échec, et je m’apprête à faire la rencontre de mon destin en conséquence.
    Eliot Winchester a été possédé par le Mal Initial, et n’a pas réussi à le combattre. Son enveloppe corporelle était le seul « véhicule » suffisamment puissant pour ne pas désintégrer tout corps occupé par cet esprit malfaisant. Après de nombreuses recherches au sein d’une étrange bibliothèque au milieu des sous-sols de Holbein, et grâce à mes connaissances, j’ai pu déterminer ce qu’était vraiment cette chose.

    Les résultats que j’ai trouvés ont jeté le trouble sur moi. Les légendes du Conseil des Oracles ne sont pas toutes à prendre au pied de la lettre. Elles sont, pour beaucoup d’entre-elles, issues de l’imaginaire collectif, sans autre but que celui de rassurer la population. Pourtant, tout porte à croire que la Légende du Héros est entrée dans son dernier chapitre. Si ce que je crois est vrai, le point noir dans le ciel, qui ne bougeait pas malgré les siècles, va commencer à grossir. Peut-être pas tout de suite, peut-être que tous les éléments ne sont pas encore prêts, mais nous sommes au crépuscule de la paix. Je voudrais tant pouvoir prévenir le monde entier, et je souhaite tant que l’on ne tombe pas trop tard sur mes dernières volontés.

    L’Apocalypse a commencé.
    J’ai un grand âge, et je ne pensais jamais voir ça. J’ai bâti le mythe du Gardien, et j’ai porté chacun d’entre-eux depuis quarante ans. Ma vie s’achève sur un sinistre épisode, je l’admets. Mais je ne peux me leurrer, mon plus prodigieux élève est possédé par un Cavalier de l’Apocalypse. Nous sommes tous en danger, et personne ne pourra nous sauver. Il faut les arrêter avant qu’il ne soit trop tard.
    Quand le ciel nous tombera sur la tête, quand le trou noir commencera à grossir, il n’y aura plus aucune échappatoire.

    Je me permets ainsi d’achever ces quelques lignes. J’ignore depuis combien de temps je suis enfermé ici, mais je dois aller confronter mon ancien élève dans une dernière tentative, que je sais perdue d’avance. Les pouvoirs que sont conférés aux Oracles sont limités, mais ils pourraient tenter, au meilleur, de contenir le pire.

    Vale, jeune chevalier.
    G. W-S.


    Les traits marqués au stylo rouge captivèrent Florent pendant sa lecture. Il garda les yeux ancrés sur les feuilles du bloc-notes, tremblant avec horreur chaque fois un peu plus. Il était dans le repère d’un… Cavalier de l’Apocalypse ? Cette idée eut du mal à lui rentrer dans le crâne. Lui, le cartésien, lui, qui se moquait de la mythologie des Oracles, se retrouvait en face des pires créatures décrites en leur sein. Un vent d’angoisse lui traversa le dos. Un petit nota bene indiquait que le livre à côté duquel se trouvait le cahier ouvrait un passage secret, sans en dire plus. Bouleversé dans ses pensées, il se recula, passa une main dans ses cheveux. Personne ne sortait vivant d’ici. Tel était la phrase qui le marqua le plus, sans doute parce qu’elle décrivait au mieux possible le sort qu’on lui réservait.

    L’adolescent posa sa main sur l’ouvrage ancré dans le bois. Il le tira vers lui, ce qui activa un mécanisme révélant un escalier s’enfonçant dans les profondeurs de l’asile. Peut-être par naïveté, il crut que cela le mènerait à un endroit peu fréquenté du bâtiment, puis à une sortie. De toute façon, il ne pouvait guère se permettre de ressortir, ce pourquoi il posa son premier pied sur la marche de pierre. Gardant sous le coude le carnet de Gérald Weygand-Sarrabuckeer, il se remémora, au cours de sa descente, tout ce qu’il savait sur ce personnage à la plume dramatique, qui aimait exagérer pour se rendre intéressant. Un colporteur de légendes urbaines, mais aussi, un homme d’une redoutable intelligence, il le savait. Il n’avait jamais pris ainsi au sérieux la Légende du Héros, mais il s’en voulait soudain de ne pas avoir été plus attentif, et moins critique. Ce devait être comme une punition sacrée, ou quelque chose dans ce goût-là…

    Hämälaïnen arriva au bout des marches, lesquelles donnèrent sur une immense pièce de la cave. Il utilisa ses pouvoirs pour ramener un peu de lumière, mais il ne sut pas trop où la fixer, puisqu’il n’y avait ni ampoule, ni lampe. Il jeta un rapide coup d’œil. C’était un cul-de-sac, et mieux valait remonter. Il n’avait aucune envie de s’éterniser dans un endroit où tous les murs étaient recouverts d’inscriptions multicolores et schizophréniques. « Il est arrivé. », « FIN DES TEMPS » écrit avec du sang. Il y eut aussi des dessins apocalyptiques, des esquisses de monstres qui le mirent mal à l’aise. Cela lui faisait penser à un pastiche d’épouvante. Lui, seul, au milieu de la maison des horreurs, dans une pièce aussi vaste que les bâtiments d’un entrepôt. Il aurait pu y courir longuement, s’y amuser, peut-être s’y reposer, ou y installer de nombreuses machines ou des tapis roulants. Malheureusement, le cadre n’était ni approprié, ni opportun. Persuadé de ne jamais s’en sortir, il chercha à remonter les escaliers, remarquant dans un coin un squelette. La première pensée qui lui vint fut qu’il s’agit de Gérald Weygand-Sarrabuckeer. Il se mordit les lèvres, et ce qui devait arriver, arriva.
    « Où est ton troupeau, mon garçon ? Tu es perdu ? » Demanda une voix moins éraillée, et plus grave que la première. Elle avait un ton chaleureux, si chaleureux qu’il sentit un frisson lui parcourir l’échine. Il tourna la tête, il ne vit rien. Il la tourna encore, il ne vit rien non plus. Il voulut remonter, mais il remarqua que son corps venait de se tourner tout seul vers le fond de la pièce. Deux yeux rouges apparurent. Son cœur tapa un coup fort dans sa poitrine, il crut qu’il allait s’effondrer.
    « Tout le monde t’a abandonné. Tu es seul. Tout seul. » Continua cette même voix qui semblait parler dans sa tête à présent. Ses dents se mirent à claquer dans sa mâchoire. Il tenta de lever le bras pour y voir plus clair. Il aperçut une silhouette, en lieu et place des yeux rouges qui disparurent immédiatement.
    « Pitié… » Tremblota-t-il. Plus aucun bruit. Ses yeux commencèrent à peser lourd sur son visage. Il se sentit soudain défaillir. Son rythme cardiaque, aussi fort qu’après un effort intense, allait le faire exploser si cela continuait. Il se sentit perdu. Effrayé, et seul, dans le froid glacial de la pièce.

    « Jeune garçon, tu es confronté à une terrible destinée, n’est-ce pas ? ».

    L’endroit s’illumina de toute part. Quand Florent rouvrit les yeux, il constata être étendu sur le sol de la cave. En face de lui, une chose en imperméable noire flottait au-dessus du vide. Elle avait une tête pâle, pâle comme la mort, et de grosses pupilles noires, cernées. Le sourire carnassier, elle semblait attendre quelque chose. Le lycéen se recula de toutes ses forces, et constata qu’il y avait quelqu’un d’autre à ses côtés. Il orienta à nouveau son regard vers un jeune garçon à la veste de marin, aux gants en cuir, et aux cheveux châtain clair.
    « Je t’ai enfin retrouvé, Eliot… Commenta le Gardien, absolument pas terrifié par ce qu’il voyait.
    — Alexandre Schwartz. J’ai pris un tel plaisir à massacrer tous les Gardiens qui ont essayé, avant toi, de me retrouver… - Ce n’était pas la bouche d’Eliot qui bougeait, mais une voix ambiante faisant peser sur cet endroit une atmosphère tétanique.
    — Les temps ont changé. La mission, aussi. Tu as fait ton temps Eliot, et tu sais que c’est ici que tout s’achève pour toi. Tu as été un modèle pour nous tous, mais tu ne l’es plus depuis longtemps. Ne m’oblige pas à les utiliser. »
    Le monstre en décomposition qui se trouvait en face d’eux leva un doigt et fit un geste pour faire venir ledit Alexandre. Il s’agissait sans doute d’un pouvoir d’intimidation, un pouvoir permettant de contrôler les esprits. Cela ne marcha pas sur la cible.
    « Eliot, je t’en prie. C’est toi qui vas approcher. » À son tour, il leva son bras. La chose se mit à avancer, au grand désarroi du membre de la Desmose, qui se colla le plus possible au mur.
    « Tu es le dernier, n’est-ce pas ? » Demanda l’ancien Gardien. Schwartz hocha la tête lorsqu’il posa sa main gantée de cuir sur le front d’Eliot Winchester.
    « Merci… de comprendre. Tu ne pouvais pas. C’était fini.
    — Cela ne suffira pas. Il en reste encore deux. La Mort, et Dieu. Ils sont arrivés. Toutes les lignes sont reliées entre elles. Mais il n’y a pas qu’eux. Je sais que tu le cherches. Mais tout mène à Thiercelieux, Gardien, et je te le répète : cela ne suffira pas. ».

    Alexandre regarda autour de lui. Il considéra l’adolescent apeuré un temps, puis perdit ses yeux sur les différentes parois de la cave. La lumière continuait de scintiller en ce lieu. Il soupira. « Puisses-tu reposer en paix, je suis désolé pour toi. » Fit-il avant d’abattre sa poigne sur le crâne du Cavalier. L’enveloppe charnelle commença à convulser dans tous les sens tandis qu’une énergie blanche fit crever œil par œil, tomber dent par dent. Le spectacle fut absolument dégoûtant et horrible à voir. Il dura une bonne minute, jusqu’au moment où le jeune homme lâcha sa poigne. Le corps sans vie d’Eliot Winchester tomba à terre.

    Florent resta pantois. Il se releva soudain, avec une fascination maladive pour le Gardien en face de lui. Ce dernier ne lui adressa pas un regard, parce qu’il semblait se recueillir et observer une forme de déférence pour la personne qui se trouvait à ses pieds.
    « Alors, tout est fini ? L’interrogea-t-il soudain avec les larmes aux yeux.
    — Oui, tout est terminé, répondit simplement son interlocuteur.
    — Mais. Pourquoi ? Qu’est-ce qui s’est passé ?
    — Tu n’as pas besoin de savoir. » Le Gardien se retourna pour remonter les escaliers. Tout serait sans doute plus simple à présent.
    « Non, attends ! Vous’avez pas le droit de partir comme ça ! » Cria Hämälaïnen tandis que son exclamation se brisa sous ses pleurs. L’autre s’arrêta net. « Je vous en supplie, ne me laissez pas. Je viens de vivre des choses incompréhensibles. Je suis seul. J’ai perdu un ami aujourd’hui, et j’ai appris que c’était l’Apocalypse. J’ai appris qu’il y avait des Cavaliers, qu’Eliot Winchester s’était transformé en monstre sans pitié ! Vous n’avez pas le droit de me dire ça. J’ai trouvé le carnet de Gérald Weygand-Sarrabuckeer. J’ai passé des heures à m’en rendre dingue ici, j’ai fait ce que vous m’avez dit. J’ai cherché à sortir, et je suis tombé sur… ça. Je pense que vous vous êtes servis de moi, parce que sinon il ne se serait pas montré ! ». Piqué au vif, le Gardien se retourna. Il tenta de conserver une mine fermée, alors que les petites perles d’eau humectaient les joues de l’autre adolescent. Vu qu’aucune réponse n’arrivait, ce dernier décida alors de continuer envers et contre tout.
    « J’ai merdé avec Anselm. Je n’aurais jamais dû vous forcer à quoi que ce soit. Je suis désolé. Je suis tellement désolé, mais je vous en prie. Vous êtes un héros. Vous êtes un héros pour moi. Vous êtes le héros légendaire ! Aidez-moi... » Supplia-t-il en fléchissant les genoux. Il tomba à terre, posa les bras devant sa tête.

    Alexandre le regarda, visiblement gêné. Il n’aimait ni cette position, ni cette situation. « Je ne suis pas une légende, quoi que tu en penses. Je ne peux pas exaucer tous vos vœux. Je ne suis pas non plus tenu de le faire.
    — Alors qu’est-ce que vous êtes, Alexandre ? Répliqua-t-il en relevant la tête. - Pourquoi est-ce que vous ne cherchez pas à nous aider à arrêter le vortex ? Pourquoi est-ce qu’on ne vous voit jamais au front ? J’ai tellement de questions, et tout ce que je voudrais, c’est juste vous les poser, et savoir. Je ne cherche qu’à espérer… » Son interlocuteur posa une jambe à terre pour s’accroupir près de lui. Il posa un bras sur ses épaules. Florent ne s’était pas attendu à cette soudaine familiarité.
    « Florent Hämälaïnen. Tu vaux mieux qu’Anselm Dubois, ou que tous les autres gens de ton groupe. Je voudrais pouvoir te rassurer et te dire que tout va s’arranger, mais je n’en suis pas certain moi-même. Vous pensez que je vous ai abandonnés, mais c’est faux. Je fais de mon mieux pour vous aider, vous ne le voyez juste pas. » Le chaud contact du gant en cuir sur le coup du petit garçon suffit à lui transmettre la force dont il manquait pour relever les yeux. Il se serra ainsi fort aux bras du Gardien avec qui il partagea une étreinte aussi étrange que bienveillante le temps d’une minute.
    Sans qu’il ne s’en aperçoive, Schwartz venait de retirer son gant de la main droite.

    Elle dévoila une main brûlée au troisième degré. Immédiatement après, il posa deux doigts sur le front du thiercellois. Celui-ci le remarqua au dernier moment.

    Une intense douleur lui siphonna l’esprit. Le Gardien venait de disparaître, comme s’il n’avait été qu’une illusion. Il ne distingua plus les formes, bientôt plus les sons. Tout commença à s’embrouiller dans son esprit. La douleur qu’il ressentit lui anéantit les cellules nerveuses. Il lui sembla qu’il allait mourir à force de sentir le sang couler de ses narines. C’en était fini ? Venait-il d’être tué par ce garçon en veste de marin ? Lui qui avait connu la mort, il se souvint qu’il s’agissait des mêmes sensations. La peur remplaça la raison, puis l’instinct de survie. Il sentit ses veines s’ouvrir. C’en était fini.
    Le spectre de sa translation disparut. Il tomba à la renverse.

    ***


    Le Hall de Sécurité, Thiercelieux. Nuit du dernier jour.
    Le caisson de la salle des scanneurs s’ouvrit. Une importante fumée en sortit. À l’intérieur, un garçon retrouva l’air à pleins poumons. Il tomba par terre, visiblement choqué de retrouver son corps. Il était en vie. Alexandre ne l’avait pas tué. Quand il réalisa cela, ses yeux pétillèrent.
    Jusqu’à ce qu’il voit, sur le sol, la tête de Flora Parsons.

_________________
« Si tu y crois de toutes tes forces, un mensonge peut devenir réalité. Alexandre Schwartz … Le savait mieux que quiconque. »
— Chapitre 12 (Projet Renaissance).


Dernière édition par Pikamaniaque le Lun 25 Juil 2016 18:45; édité 1 fois
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Icer MessagePosté le: Lun 25 Juil 2016 10:06   Sujet du message: Répondre en citant  
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Un style intéressant, une histoire au scénario ambitieux, un univers propre remarquablement complet avec sa propre histoire et ses propres légendes... Bref cette fanfic est la digne héritière de Bataille pour l'Espoir.

Mais (Il y a toujours un mais) alors où est le problème ? Le délais de publication pauvre tâche. À ce niveau là tu passes clairement pour un amateur. Quand la fic est aussi novatrice que la tienne, on a besoin d'un minimum de suivi... L'ambition initiale qui consistait à poster un chapitre toutes les deux semaines était parfait...

Bref je reconnais mes limites. Zéphyr, à toi de jouer Mr. Green

_________________
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« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Ikorih MessagePosté le: Lun 25 Juil 2016 11:14   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Salut, je viens rendre une politesse.

J'avoue aussi que le terme "Cavalier de l'Apocalypse" n'a pu que susciter mon intérêt autour de ce dernier chapitre, ne serait-ce qu'en hommage au dyptique des Darksiders auxquels j'ai vraiment adoré jouer Mr. Green

Avant d'attaquer les choses sérieuses, je vais me permettre de relever quelques points de ton texte, toi qui es le littéraire officiel de ce sous-forum. Il y a trois tournures qui m'ont particulièrement accroché l'oeil (en bien) et je tenais juste à les faire figurer dans ce com' :
-les pyjamas rayés se mirent à convulser sur eux-mêmes (pour la gloire de la métonymie)
-ils pourraient tenter, au meilleur, de contenir le pire. (et pour la gloire des antithèses)
-Ses yeux commencèrent à peser lourd sur son visage.

Je crains cependant que ton profil de littéraire ne soit mis à mal par ce qui va suivre. Âmes sensibles et fans de Pikamaniaque s'abstenir.
Spoiler


La vérité historique est maintenant établie. Passons aux choses sérieuses.

Je te l'avais déjà mentionné sur Skype mais l'ambiance de ce dernier chapitre (et plus largement de tout ce passage chez les enfants perdus) envoie du pâté. On sent qu'elle est soignée et que c'est précisément ce que tu avais envie de faire. Alors c'est sympa. Même si Florian ne s'en tirera pas sans séquelles, m'est avis...
« comme s’il se trouvait dans un monde parallèle. » Ceci n'est sans doute pas anodin au vu du contexte de la fic...
Point de questionnement, pourquoi des ouvrages de psychologie chez les enfants perdus qui n'ont pas l'air d'être suffisamment intelligents pour les lire et les comprendre? Piège à con? Enculade (ce qui ne serait pas déconnant au vu de l'auteur)? Détail sans importance ou gros plot twist?

La présence d'un Cavalier de l'Apocalypse en boss final pète le style. Après, reste à savoir dans quelle mesure il s'agit de nos Cavaliers bibliques : la mention de "Mort" colle plutôt bien, mais "Dieu" casse tout. En plus, s'il ne restait que deux cavaliers de l'Apocalypse à cinq chapitres du début, alors que ce genre de trucs est totalement badass, ce serait bien dommage. De même, pour ce genre de personnage, je trouve ça un peu facile qu'Eliot se fasse défoncer aussi rapidement. Presque louche. Il a quand même été décrit comme un Gardien très puissant possédé par une entité qui elle-même "trou l'cul" comme on dit.

Ce chapitre développe encore un peu plus ton univers original, notamment au niveau de l'évocation des légendes de cet univers (la Bataille des Séraphins?). J'espère qu'on aura l'occasion d'en découvrir quelques unes, par exemple si un membre de la bande les raconte à Gabriel ou une connerie comme ça.
Le point noir ne date visiblement pas d'hier. Avait-il déjà des conséquences néfastes à l'époque? Et surtout bordel, c'est quoi? Un portail alakon vers un autre univers ou juste la destruction pure et simple?
On a également quelques détails du côté des Gardiens et des Oracles. D'ailleurs, si la lignée des Gardiens s'est éteinte avec Eliot, d'où sort Alexandre?

Ce qui me fait une transition sur le dernier point : ledit Alexandre Schwartz. Globalement, il est assez stylé (même s'il n'a aucun goût vestimentaire...du bleu, sérieux?), avec ce côté un peu détaché et omniscient, mais modeste face à la reconnaissance de Florian. Je doute qu'on le voie très souvent, ça m'a l'air d'être un personnage indépendant et en vadrouille. Mais il est cool. A mon avis, si Anselm apprend que Florian l'a rencontré, elle va pas aimer xD
Enfin, si elle est encore en état de l'apprendre (a)

Citation:
et tout apparaissait de plus en plus délabré, comme un tempus fugit.

Alors comme ça on fait des références à Dede7?

Une dernière pour la route :
Citation:
les murs étaient recouverts d’inscriptions multicolores et schizophréniques. « Il est arrivé. », « FIN DES TEMPS » écrit avec du sang.

Multicolores mais avec du sang? 8D
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
http://i39.servimg.com/u/f39/17/09/92/95/signat10.png
Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Pikamaniaque MessagePosté le: Mer 14 Sep 2016 15:55   Sujet du message: Répondre en citant  
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Je ne sais pas si Icer fait des fellations comme Royal en a faites à Hollande pour être ministre de l'écologie, remarquez... Quel serait son intérêt, mais je dois avouer que je ne m'attendais pas à un tel retour ; si positif d'aventure. Neutral .
Mais pour vous remettre dans le contexte, avec la rentrée des classes, Zéphyr n'ayant pas répondu à l'appel, je vous soumets ci-joint le chapitre 6. Alors ne vous inquiétez pas, Florent est de retour. Je rappelle qu'en sortant du caisson, il a trouvé une tête ; la tête de Flora Parsons, en couple incestueux avec Samuel Parsons.
Pour le reste, ce ne devrait pas être trop cryptique.
Un grand merci à Ikorih, avec laquelle j'ai discuté suite à son commentaire.
On peut considérer que ce chapitre clôt l'arc narratif d'introduction. Poser les bases d'un tel univers peut être assez complexe, mais nous prenons la mer en barque, depuis Bercy, jusqu'à la victoire, c'est-à-dire théoriquement, un 12 janvier.

_____________________________________________________________
Chapitre 6 : Le Chant de l'Apaisement.


    « Il y a un gars dans ma classe, il s’appelle Florent d’Harcourt. Je pense qu’il pourrait nous rejoindre. » Commenta la voix cristalline de Flora Parsons, à l’adresse d’Anselm Dubois. Celle-ci travaillait d’arrache-pied sur son ordinateur portable, aux côtés de Samuel dans une cour de récréation.
    « Flora, je te rappelle que nous devons essayer de rester le plus discret possible. J’aimerais éviter que notre petite entreprise soit débusquée par quelqu’un. Surtout avec le premier asocial du coin. ». Un café tomba par terre au moment où la rousse lâcha cette phrase. Ledit cas social se trouvait justement derrière. Il avait tout entendu. Il serra les poings. Il portait des mitaines blanches en ces temps de neige. La jeune femme se retourna, visiblement un peu gênée. Elle préféra ne rien dire, ne même pas justifier son attitude.
    « Anselm… Tu y es allée un peu fort là, je trouve. Fit l’autre fille.
    — Qu’est-ce que j’y peux Flora ? Répliqua-t-elle avec hargne. Le garçon resta planté là, visiblement blessé.
    — Tu sais Anselm, tu devrais peut-être revoir ton jugement. Après tout, c’est un lycée de cas sociaux ici. On est tous cassés, des petits orphelins montés en pièce par un programme gouvernemental, répondit l’intéressé avec une pointe de douleur dans la poitrine. - Il n’aimait pas se faire traiter ainsi. Il n’aimait pas toutes ces rumeurs.
    — Juste, ne m’adresse même pas la parole. On ne vient pas du même monde, et t’as peut-être été adopté par les d’Harcourt, tu n’en restes pas moins un cas. Je préfère éviter…
    — OK, Anselm, c’bon. Tu vas trop loin là. Stop. » Daniel arrêta net toute la discussion. On se tut l’espace d’un instant. L’adolescente repartit dans ses codes informatiques tandis que le jeune d’Harcourt reprit sa route vers les salles d’Histoire. Il se sentait un peu blessé par ce traitement ; par cette approche. Ce n’était toutefois que la jungle du lycée. Il savait qu’il y avait pire au bout du chemin…


    ***


    Le Hall de Sécurité, Thiercelieux. Nuit du dernier jour.

    Florent fit face au cadavre de Flora Parsons avec une force de caractère extraordinaire. Il ne se laissa pas abattre, préférant céder à la panique dans un second temps plutôt que perdre ses moyens à un moment si crucial. Il ne prit pas la peine de vérifier l’étendue des dégâts. Il descendit tout de suite à l’armurerie pour y récupérer une arme de poing. La peur au ventre, il retourna prudemment jusqu’à la salle des scanneurs. L’asile de Holbein lui avait appris la patience et la pondération. Il lui semblait avoir passé une saison en enfer. Il en était revenu différent. Puis, de toute façon, un retour dans le temps suffirait à tout faire revenir dans l’ordre. Il devait toutefois être prudent s’il était le seul à être encore en vie, le seul à pouvoir relancer un retour dans le temps au cas où le programme automatique d’Anselm aurait été saboté.
    À pas de loups, il marcha ainsi jusqu’aux escaliers. Il les monta deux à deux, ouvrant la porte coulissante donnant à la Salle du Calculateur. Il n’y avait plus personne.
    Un tremblement de terre le surprit. Il tomba à terre, avec quelques poussières du plafond. Reprenant ses esprits, il ramassa son pistolet.

    On ne pouvait pas déjà être à l’aube du dernier jour… Ignorant la traînée de sang qui indiquait un autre carnage, il se rendit jusqu’au pupitre des commandes. Il y clavarda sur quelques touches. 2h58 du matin. C’était pas possible, pensa-t-il. Pourtant, lorsque Hämälaïnen fit le silence autour de lui, il entendit très bien les bruits apocalyptiques des rues de Thiercelieux. Les cris d’agonie, les pleurs et les peurs.
    « Bordel de merde… » Lâcha-t-il à la cantonade.

    S’il était aussi tard et que personne n’avait lancé le retour vers le passé, cela voulait dire qu’un événement grave était survenu. Autre que la mort de toute son équipe, peut-être. Anselm Dubois ne laissait pourtant rien au hasard, et il mit un bout de temps à accéder aux caméras de l’ordinateur. Il fit bien attention à ce que personne ne se trouve à côté de lui, et poussé dans le feu de l’action, il passa aux cribles chaque séquence. Il avait beau remonter, remonter, remonter, rien ne changeait sur les images qu’il voyait. La Salle du Calculateur restait vide. Cela faisait plus d’une journée qu’on les avait tués, et personne n’avait pensé à vérifier ? Ahah. Cela n’avait pas que du bon de couper les ponts avec le lycée, avec les amis, pour se consacrer à la mission et à ce cycle infernal de trois jours. Un sourire nerveux ne put s’empêcher d’apparaître sur sa moue.
    Il se sentait responsable. Jusqu’au moment où apparut sur l’image une silhouette qu’il reconnut immédiatement. Gabriel Oswald était passé ici. Il remonta tout le film pour le reprendre depuis le début.

    L’étranger avait réussi à passer le sas de sécurité. Il était arrivé dans la salle de l’ordinateur, où Flora, en le voyant, avait commencé à lui parler. Sur l’enregistrement, elle leva les bras, tandis que lui sortit un fusil à pompe. Il commença à tirer quand son amie courut de toutes ses forces jusqu’au couloir. – Florent passa sur l’autre caméra –. Dans les escaliers, elle traversa pas à pas les différentes pièces du Hall de Sécurité, jusqu’à la salle du Scanneur. Elle frappa plusieurs coups sur le caisson, pour le libérer. Une vague de chaleur lui parcourut le dos. Elle avait tenté de le prévenir et de le sauver, pensant que son assaillant tenterait de le ramener pour le tuer. Cela lui fit chaud au cœur.
    Un tir arriva de nulle part. Parsons s’effondra au sol. Une traînée de sang inonda le carrelage. La jeune fille souffrait d'une douleur indicible ; elle convulsa, se retourna dans tous les sens. Il en eut presque mal au cœur. Après Daniel, voilà ce qu’il était maintenant obligé de voir…
    Oswald revint pour l’achever. Il posa sa botte sur sa figure. L’écrasa sans vergogne. Quel fils de pute. Il leva son arme, la mit en joue. Son regard semblait implorer une pitié qui ne le fit même pas ciller. Le garçon préféra fermer les yeux au moment où la balle décrocha la tête du reste du corps. Elle vola de quelques mètres jusqu’au-devant de son scanneur.
    Rouvrant un œil, il passa à la vidéo suivante. Celle des dortoirs. On y trouvait Samuel, le regard perdu vers le mur. Il n’avait pas bougé depuis tout ce temps ? Il était tout de même 14h au premier jour quand l’enregistrement commençait. Il sembla entendre ce qui se passa autour de lui, parce qu’il jeta plusieurs fois un regard en derrière, sans rien faire. Inévitablement, vint le moment où le meurtrier rentra dans sa chambre. Quelque part, Hämälaïnen avait eu l’espoir qu’ils réussissent à s’enfuir à partir du moment où les premiers coups avaient visé Flora… Mais pas du tout.

    Anselm arriva derrière Gabriel, un petit pistolet à la main. Sans doute alerté par les bruits de pas, ce dernier se retourna, ne visant pas Samuel tout de suite. Il tira une nouvelle fois à l’aide de son fusil à pompe. Banco. Dubois sembla touchée, dans le couloir. Visiblement, le frère Parsons se réveilla à ce moment, quand il se rendit compte qu’un homme armé massacrait tous ses amis.
    Le brun appuya sur une touche du clavier pour passer dans le couloir.

    Ce sociopathe la tira par les cheveux pour la remonter, alors que du sang coulait de sa jupe. Il la plaqua au mur, le fusil dans la bouche. On vit alors Samuel sortir du dortoir, à pas de loups, puis se mettre à courir quand il fut proche des escaliers. Comme un véritable professionnel, l’assassin sortit une arme de poing, tira deux balles. Le blondinet s’écroula à terre, dans une traînée de sang, alors qu’il était sur le poing de passer la porte du Calculateur.
    Cette image interloqua beaucoup Florent, parce qu’il ne se souvint pas avoir trouvé son cadavre en remontant de la salle du scanneur. Quoi qu’il en fût, il y avait eu visiblement une conversation entre la rouquine et Oswald, parce qu’il mit plusieurs minutes à la tuer d’une balle dans la gorge. Pendant ce temps, l’adolescent remarqua qu’effectivement, du peu de force qu’il restait à Samuel, il s’était fait tomber dans les escaliers donnant de l’autre côté du couloir, vers le coin détente. Sans y faire attention, le psychopathe remonta jusqu’au pupitre des commandes. Il s’installa au bureau, y travailla pendant toute une après-midi (si bien qu’à terme, Hämälaïnen accéléra les images). Ce ne fut qu’au milieu de la nuit qu’il quitta le Hall de Sécurité, entraînant avec lui la fin de l’enregistrement.

    Un peu sonné par ce qu’il venait de voir – l’atomisation de son groupe en dix minutes –, il préféra ne pas s’attarder plus longtemps sur le problème, et lancer un retour dans le temps immédiatement. Après tout, ils ne pouvaient pas mourir, n’est-ce pas ? Il avait fait quelque chose de profondément inutile. Anselm serait plus à même de lui expliquer quand elle serait là, pour raconter la sienne sur les sensations qu’on ressentait lorsqu’on se prenait une balle dans la gorge.
    Il commença à pianoter sur le clavier, pendant plusieurs minutes, pour lancer la procédure habituelle. Des gouttes de sueur perlèrent de son front, tant cela lui mettait la pression. En effet, il n’aimait pas trop manier cet engin, ce n’était pas vraiment son truc. Quand il eut fini, et qu’il claqua sur « Entrée », la machine commença à calculer.

    « Retour vers le passé. » Clama-t-il à l’adresse du Calculateur.
    Sûr de lui, tout indiquait la procédure habituelle. Elle avait même un nom, et une petite image d’illustration. Samuel ne faisait pas les choses à moitié quand il s’agissait de décorer. Puis après, il en rirait avec Flora, héhé. Il pouffa de rire tout seul, et envisagea des moqueries à faire envers ces bouseux. Quelle bande de crétin !

     « Des profils ont été supprimés et/ou modifiés de l’interface. Voulez-vous vraiment lancer un retour vers le passé ? »

    Une pop-up s’ouvrit, avec un panneau attention. Il n’avait jamais vu ça. Qu’est-ce que c’était ? Il n’avait jamais vu cela auparavant. Cela devait venir des manipulations de Gabriel. Il annula la procédure en cours, jeta un coup d’œil à l’horloge. 3h30. L’impact aurait lieu à 5h27. Il lui restait un peu de temps, mais un bâillement lui indiqua que le sommeil approchait. Il espérait que ce ne soit pas trop grave, encore loin de se douter qu’en ouvrant, il perdrait toute envie de dormir.
    Le Calculateur exigeait l’enregistrement de profils dont il fallait épargner la mémoire lors des retours temporels. Condition sine qua non à leur survie, pour garantir l’équilibre des forces. Une notion dont on parlait souvent, mais qui avait eu des conséquences catastrophiques sur Théodore, le patient « zéro ». Celui qui convainquit Anselm de renforcer les procédures de sécurité, les énigmes à craquer pour éviter les chaos en tout genre. C’était en quelque sorte la garantie d’un billet de route, ce qui permettait de revenir quand on se faisait tuer.

    Il n’y avait plus rien, hormis le profil d’Anselm Dubois, et le sien. Le profil d’Anselm, sûrement en raison de son statut d’administratrice système, et le sien, parce qu’il était en cours d’utilisation au moment où il effaça tout. Le stress commença à monter. Il lâcha un nouveau rire, plus nerveux que jamais. Ce ne pouvait pas être possible, pensa-t-il. Ce devait être un rêve, une espèce de cauchemar dans lequel il venait de tomber, et duquel il allait se réveiller. Florent essaya même de se pincer plusieurs fois, sans succès. Il tenta de trouver un bouton Restaurer. Ce devait bien exister, non ? Les boutons Restaurer. Pour annuler une connerie ou quoi. Pour enregistrer un profil… Pour faire revenir quelqu’un. Oui, on avait bien prévu ça dans le milieu ? La petite tête du groupe n’avait pas été suffisamment stupide pour ne créer aucun fichier de sauvegarde ?! Il remua ciel et terre pour trouver une solution. Dans le temps qui lui était imparti, cela relevait du miracle. Il appuya sur plusieurs boutons, tenta d’enregistrer de nouveaux profils. Chaque fois, une erreur apparaissait. Chaque fois, il y avait un problème. Si bien qu’alors qu’il ouvrait de nouveaux programmes à l’aide des touches du clavier, il se mit à le frapper, encore et encore, avant de se lever pour se calmer, le stress à son apothéose. Son cœur frappait dans sa poitrine comme un petit animal en détresse.

    « Bordel de merde ! » Hurla-t-il, les larmes aux yeux.

    ***


    Florent Hämälaïnen passa le seuil de la porte. C’était une villa immense, au nom de la prestigieuse famille d’Harcourt. Religieux convaincus, ils avaient adopté Florent il y a deux ans, au nom de leur programme de solidarité baptisé « Une famille pour tous ». Ils étaient bourrés de frics, vraiment très riches. De quoi financer toute la Compagnie des Eaux en un seul chèque, et le nom d’Harcourt faisait vraiment régner la peur dans toute Thiercelieux. Il fallait dire que le père, un tyran autoritaire, était souvent reçu en grande pompe dans le bureau du Président Underwood, et il connaissait tous les rouages de l’administration. Bref, il valait mieux ne pas les avoir dans le collimateur, parce que M. William d’Harcourt était ce qu’on pouvait qualifier… de rouleau-compresseur, à tous les sens du terme.

    « C’est à cette heure-là qu’il rentre, le petit bâtard ? » Demanda le cadet de la famille, Joseph d’Harcourt, au sommet des escaliers en marbre. Il s’était toujours moqué de son grand-frère, l’estimant indigne de porter les armoiries familiales. L’intéressé ne répondait pas souvent, il n’estimait pas cela très pertinent, d’autant qu’il pouvait facilement avoir des ennuis avec la chair du patron. C’était lui, qui était destiné à récupérer l’empire familial. Le plus jeune, le plus robuste, le cadet. Cela fonctionnait toujours ainsi dans la société.
    « Je suis désolé, Monsieur. Répondit-il très poliment à l’adresse du mioche de deux ans plus jeune que lui.
    — Tais-toi, je ne t’ai pas permis de me répondre. Personne ne t’aime ici, t’es juste là pour faire beau sur le nom de la famille. Alors n’oublie pas que t’es qu’une merde, que t’as des devoirs et des obligations, dont celles de ne pas me parler quand je te le demande pas explicitement.
    — Oui, je sais. Je suis désolé, d’accord ? Je vais aller faire vos devoirs. » Il esquissa un petit sourire maladroit, comme pour tempérer la situation.

    Il monta les escaliers sans croiser le regard de Joseph. Il passa à côté de lui, et. Oh, il aurait dû s’y attendre. Il tomba par terre. Un croche-patte. Putain, quel fils de pute. Il ragea intérieurement, tenta de se contrôler, mais quand il sentit un cracha lui arriver sur le visage, ce fut le geste de trop. L’adolescent se leva et le plaqua au mur.
    « Mais qu’est-ce qui tourne pas rond chez toi ?! Je suis pas ton jouet. Je suis pas ton esclave. Je suis ton frère ! Je te demande même pas de me respecter, juste de me laisser exister en paix ! ». Florent avait crié dans toute la maison, les larmes aux yeux. Le cadet resta planté là, le regard choqué, et endolori, comme s’il venait de se prendre un coup.
    Puis il s’arrêta, et afficha un sourire satisfait sur son visage.

    « Je vais le dire à papa. ». Son interlocuteur se retint de le frapper. C’était exactement ce qu’il cherchait, derrière son rictus. Il se mordit les lèvres, très fort. Puis lâcha prise, et se recula.
    « Fais ce que tu veux, en fait. » Assena-t-il avant de partir s’enfermer dans sa chambre. Il n’avait pas le cœur à se battre, sachant que le soir-même, il serait puni. Quelle monde de merde, quelle vie injuste. Il ne savait même pas qui étaient ses parents. Il savait juste leur nom : Hämälaïnen. Mais ce nom ne renvoyait à rien. Alors à quoi bon, de toute façon.
    Le soir arriva, et exactement comme il l’avait prévu, le père rentra, furibond, dans sa chambre. Très bien décorée, très bien remplie d’ailleurs. Ils ne lésinaient pas sur les moyens, mais pour eux, cela avait autant de valeur qu’une charité à l’égard d’un pauvre. La discussion n’était même pas envisageable. Il préféra alors faire comme d’habitude. Le vide dans son esprit quand les coups de ceinture frappèrent son corps. Chaque fois, il souffrait, chaque fois il se retenait. Mais il regardait le plafond, perdu dans le vide, n’entendant même pas les beuglements de M. Jean-Marie d’Harcourt, jurant que l’honneur de sa famille devait s’assurer dans la continuité, que mentir aux adultes, que s’en prendre aux autres n’amenait que vers les ténèbres, etc. Il n’écoutait même plus à force. Il se pensait au-dessus de ça.

    Et affalé sur le ventre, le dos endolori de marques rouges, il pensait à sa vie en général, le regard fuyant vers les draps verts de son lit. Il adorait le vert, c’était sa couleur préférée. La couleur de la sérénité, du confort, du calme. Il soupira. À table, disait-on. Eh bien soit, à table. Se relevant, il claudiqua jusqu’au bas de la salle à manger. Au fond, il préférait peut-être les remarques désobligeantes d’Anselm Dubois.


    ***


    Florent rentra dans le coin cuisine du Hall de Sécurité. Ses mains transpiraient l’anxiété, et il jugeait que si cela continuait, il finirait par devenir fou avant que le vortex n’engloutisse la ville. Il savait ce qu’il lui restait à faire, bien sûr, et il le ferait, mais il voulait tout de même… se faire à l’idée. Ils ne les reverraient plus. Cela avait un côté cynique quand on y pensait. Le dernier à être arrivé dans la bande, voir les premiers s’en aller. Il disait cela, certes avec le sourire aux lèvres, mais ce n’était que pour mieux cacher les larmes humectant sa joue. Elles coulaient, dégoulinaient, les unes après les autres. Il n’y voyait presque plus rien, et pourtant, il s’interdisait de craquer. Jugeant que ce serait comme leur manquer de respect.
    Dans un ultime effort, le garçon avait pu constater que Samuel avait rampé jusqu’ici. Plus tôt, il n’avait pas cherché à continuer les enregistrements suite au départ de Gabriel, mais il salua l’énergie et l’inventivité dont le jeune Parsons avait fait preuve pour s’en sortir, malheureusement insuffisants. Il s’approcha de sa dépouille, avec un air révérencieux. À l’origine, il était juste venu prendre du café, un petit remontant, quoi. Mais cette vision l’en dégoûta. Il n’en avait plus envie. À quoi bon, de toute façon, en face de cette désolation humaine ? Surtout qu’à ses côtés logeait la petite trousse de secours qu’ils utilisaient habituellement. Ouverte, avec des compresses, il avait visiblement tenté d’arrêter sa propre hémorragie.

    « C’est un prodige, n’est-ce pas, Florent ? » Le brun eut un énorme sursaut. Il se retourna, et se cala contre le plan de travail du réfrigérateur. Gabriel Grayson lui faisait face, équipé d’une tenue très sobre et discrète, faite de noir.
    « T-Toi… Que… » Hämälaïnen se recula jusqu’à saisir un couteau. Il le prit, et s’élança avec une assurance énorme. Le franco-canadien n’eut qu’à arrêter son geste et à le plaquer au sol pour le désarmer, et l’immobiliser. « Tu vas me tuer ! » Hurla-t-il en désespoir de cause, tandis qu’une nouvelle secousse, plus longue que les précédentes, commença à fissurer le laboratoire.
    « Oh, je pourrais te faire beaucoup de choses, c’est vrai. J’ai plein d’idées te concernant. Te torturer ? Te violer ? Les deux ? On en viendrait toujours à la même chose. » Déclara-t-il en s’asseyant sur son dos, tirant encore plus ses bras dans un but éminemment sadique. Dans son temps, Le Pen avait raison. Que des tapettes. Gabriel poursuivit. « Je ne tiens pas vraiment à mourir, vois-tu. Je suppose que toi non plus ? En tous cas, pas définitivement. Et, en trois jours d’enquête, j’ai pu apprendre beaucoup de choses sur cet endroit. Reste que, voilà ce qui va se passer, Florent Hämälaïen. Je vais être direct. Je te donne la copie des profils que j’ai supprimés, mais je veux, en échange, l’accès à tout votre intranet, je veux que vous deveniez mes chiens, je veux que vous m’apparteniez.
    — Je… » Bien que Florent n’était pas en position de négocier, bien que le temps lui était compté, il sentit un frisson lui parcourir le cœur. Y avait-il une chance de les récupérer ? Leur vie n’avait pas de prix, pour lui. Il ne voulait pas être seul. Pas encore…

    L’agent de l’O.N.U lui broya un bras à mesure qu’il différait sa réponse. Dans un hurlement confus, le garçon lâcha un « Oui ! » strident, qui lui valut d’être juste tiré en arrière par la main experte d’Oswald. Il n’avait pas le choix de toute façon.
    « Comprends-moi bien, petit con. Vous m’avez eu par surprise la dernière fois, mais vous allez être mes esclaves dorénavant. Vous avez tenté de me la mettre à l’envers, vous avez tenté de vous servir de moi ? Vous allez profondément le regretter. » Il le ramena contre lui, tourna son cou pour pouvoir lui susurrer à l’oreille. « Tu sais, la vérité, c’est que des gueules de gay comme toi, j’en ai explosé des centaines. Je suis un meurtrier professionnel, un vrai sadique, programmé pour tuer, et je suis sûr que t’as pu le voir toi-même… ».
    Le terrien lui cracha dessus. Sans plus de cérémonies, de la bave atterrit sur la joue fragile du jeune Hämälaïen. Ce dernier s’en mordit les lèvres, il était plus que tétanisé par ce sociopathe auquel il faisait face. Il avait, ces trois derniers jours, vécu bien trop de mésaventures pour en supporter davantage. Tout son corps s’était engourdi, ainsi, il ne préféra pas réagir à cette humiliation.
    « Je ferai ce qu’il faut… » Conclut-il d’ailleurs, en ultime résignation.

    Gabriel venait de montrer son savoir-faire. Avec une précision chirurgicale, il avait éliminé la Desmose, pourtant si prompte à assurer ses arrières. En piratant les logiciels du Calculateur Quantique, il avait, en outre, récupéré de nombreux dossiers, hormis ceux cryptés par Anselm, dont elle n’avait pas craché le mot de passe il y a trois jours. Il avait donc décidé de faire mieux : synthétisant la procédure de retour dans le temps, il avait attendu le retour de Florent. Patiemment, et imperturbablement, malgré la fin du monde en train de s’abattre sur Termina.
    C’était un enfant de la Division de l’Espoir. Sa carrière n’avait pu rester entachée par l’humiliation de l’épisode à l’entrepôt. Son égo, plus que le reste, ne l’avait pas supporté.

    Auprès du pupitre de commandes, un pistolet sur la tempe, le seul survivant du groupe tapait frénétiquement sur le clavier. Il tremblait, c’était certain, d’autant que le bruit de fond croissait de plus en plus. L’Apocalypse qui s’abattait. Il ne l’avait jamais vécue d’aussi près.
    « J’ai… J’ai presque fini… Il ne me reste qu’à tirer la… la disquette. » Annonça l’adolescent, en se tournant vers le sociopathe. « Vraiment, qu’est-ce qui me dit que vous ne me tuerez pas dès que j’aurais terminé ?
    — Rien, c’est vrai. Je vais pouvoir avoir accès à toutes vos données, et ne pas devoir vous apprivoiser me fera gagner du temps. Cela dit, si jamais tu m’entourloupes, si jamais j’ai besoin d’encore plus, vous garder peut m’être bien plus utile. Mais bon, c’est vrai, tu ne peux pas en être sûr. C’est le côté marrant de la chose, tu ne trouves pas ? Interrogea Gabriel.
    — Je… Je… Oui… » Lâcha Florent, dans le vent, tandis qu’il achevait la procédure en tirant la disquette.
    « C’est… C’est… C’est à votre tour, maintenant, M. Grayson. » Commenta le garçon apeuré, avec une certaine audace.

    Gabriel Oswald croisa les bras. Il observa la disquette, un tantinet amusé. Le sourire non dissimulé, il prit ce qui ressemblait à une clef métallique ; une clef USB, plus précisément, mais c’était un vocabulaire pour lequel le thiercellois n’était pas expert.
    « Alors voilà comment les choses vont se passer. » Commença le franco-canadien, en insérant la clef USB dans un port visiblement universel. Il poussa Florent, et relança le système. Il était 4h49. Les secousses s’intensifiaient, mais la structure du Calculateur Quantique résistait.
    « Je vais lancer votre retour dans le passé. Pas besoin de me créer un profil, vois-tu, le retour dans le temps ne m’affecte pas. C’est dommage pour vous, hein ? ». Fit-il, le langage au vitriol. « Tous les profils vont être recréés. À l’exception… Du profil de Flora Parsons. ».
    Hämälaïnen porta son bras à son cœur. Il eut une respiration difficile ; les larmes aux yeux. «

    « N-Non… P-Pitié…
    — Non, Florent Hämälaïnen. Je t’aurais bien proposé d’échanger ta place avec elle, mais est-ce que tu le ferais ? »
    Il y eut un silence. Son interlocuteur baissa les yeux. « Estime-toi heureux que je te ressuscite, toi et tes amis. Vous me devez beaucoup de choses, et à l’avenir, vous me devrez beaucoup de choses. Mais il y a quelque chose que l’on m’a appris à la Division de l’Espoir, une chose que tu ne connais pas. » Rajouta le jeune homme.
    « Il n’y a pas de place pour les petites filles dans ce monde. Là où je viens, jamais la femme n’a été l’égale de l’homme. Pauvre Anselm. ».
    Brutalement, Grayson le prit par les cheveux, et le poussa devant le clavier.
    « Maintenant, lance le retour dans le temps. Dépêche-toi. ».

    Le cœur tremblant, Florent crut défaillir. Il alla poser son doigt sur la touche Entrée. Le calcul commença. La même fenêtre s’ouvrit.

     « Des profils ont été supprimés et/ou modifiés de l’interface. Voulez-vous vraiment lancer un retour vers le passé ? »


    Il ignora. Appuya sur « Confirmer ».

    Une nouvelle boîte de dialogue s’ouvrit, tandis que le compte-à-rebours descendit à zéro. Il était 5h02.

    Jeune garçon, tu es confronté à une terrible destinée, n’est-ce pas ?


    Gabriel Grayson comme Florent Hämälaïnen se figèrent dans la surprise. L'orbe d'énergie engloutit la salle du Calculateur.

_________________
« Si tu y crois de toutes tes forces, un mensonge peut devenir réalité. Alexandre Schwartz … Le savait mieux que quiconque. »
— Chapitre 12 (Projet Renaissance).
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