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[Fanfic] Projet Renaissance

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 Auteur Message
Icer MessagePosté le: Dim 18 Sep 2016 18:35   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


Inscrit le: 17 Sep 2012
Messages: 2131
Localisation: Territoire banquise
Euh... quelqu'un peut-il m'expliquer ce que je viens de lire ? Oo

Gabriel Oswald est en réalité le fils caché de Mister Spencer, de Bataille pour l'Espoir, et compte bien le montrer. Le voici en train de préparer un cadavre pour s'amuser avec. Oui c'est forcément ça.

En tout cas c'est en ce sens que l'on pouvait résumer ce chapitre. La suite se trouve derrière l'orbe d'énergie...
On remarque cependant de mémoire que les retours dans le temps semblent avoir lieu tous les trois chapitres. J'imagine qu'il y en aura de nouveau un à la terminaison du 9 Wink

_________________
http://i.imgur.com/028X4Mi.pnghttp://i.imgur.com/dwRODrW.pnghttp://i.imgur.com/mrzFMxc.pnghttp://download.codelyoko.fr/forum/avataricer.gifhttp://i.imgur.com/h4vVXZT.pnghttp://i.imgur.com/gDzGjSF.pnghttp://i.imgur.com/x46kNev.png

« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Silius Italicus MessagePosté le: Mar 22 Nov 2016 14:29   Sujet du message: Répondre en citant  
[Blok]


Inscrit le: 03 Fév 2015
Messages: 177
Localisation: à l'Est d'Eden
Le Projet Renaissance.

Bonsoir cher Pikamaniaque,
renaître prend du temps n’est-ce pas ?

Alors, que dire de ce récit à l’aube du septième chapitre ? D’une part que tout cela est pour l’instant très indépendant de la Bataille pour l’Espoir. Le seul point de lien entre ces deux histoires étant la mission qui envoie Gabriel Oswald… ailleurs.

Car il est bien plus question de cet ailleurs que de la continuité du récit précédent. Cela se constate même, et surtout au niveau de l’atmosphère et donc du style.
La Bataille pour l’Espoir relevait essentiellement d’un seul style et genre : l’épopée. Même s’il y avait des touches importantes de réalisme, et un peu de tragédie. Or le Projet Renaissance n’est pas animé par les mêmes influences. Certes, il conserve une partie de l’aspect épique, puisque l’on est à l’aube de l’Apocalypse au sens courant, et dans le fond guère plus loin d’elle au sens littéral ; il conserve une partie de l’aspect réaliste, naturaliste même, à travers le type de psychologie des personnages développés—on peut se demander si ce naturalisme n’est pas d’ailleurs massivement à l’œuvre au travers des enfants perdus. Mais ce qui domine, c’est le fantastique.
Le monde de Thiercelieux – ce nom seul est d’ailleurs révélateur – vit selon des règles différentes du nôtre. Le sixième chapitre est très clair de ce point de vue, sauf révélation majeure. Le groupe du projet Desmose pensait que les Oracles et le Gardien n’étaient que des hommes parés d’oripeaux mythiques. Il semble bien qu’il n’en soit rien. Perte des repères, hésitation sur le caractère réel ou hallucinatoire, règles floues… ce sont là les éléments du fantastique. Un fantastique mêlé d’épique, comme on le voit au travers des titres, de la présence du passé mythique et de ses prophéties… Mais cet ingrédient est bien plus maîtrisé que par le passé, il s’agit là sans nul doute d’un résultat de votre discipline d’écriture. Incidemment, il y a une certaine parenté entre le monde de Cittàgaze dans la trilogie À la croisée des mondes, et votre Thiercelieux.

Bien sûr tout cela ne va pas sans soucis. En effet, en raison de l’immixtion du surnaturel, un point dans le dernier chapitre pose problème. Gabriel a su supprimer des profils du supercalculateur, faire sauter des protections, etc. Or, ce monde n’obéissant pas au même règles que celui d’où vient M. Oswald, ce monde n’aillant pas la même histoire, il est douteux, au plus haut point, que le supercalculateur de Thiercelieux soit organisé, programmé de la même manière que ceux qu’il a pu fréquenter chez lui. Acceptons qu’il sache lire sans soucis la langue locale (après tout il la parle), pour autant, aller trifouiller les fichiers de configurations n’est sans doute pas à sa portée. Ne parlons pas du fait de déchiffrer et outrepasser des protections qui n’ont aucunes raisons d’être organisées dans un langage de sa connaissance, et organisées d’une manière qu’il connaît. Ajoutons à cela qu’il a tué tout les membres du projet sans les interroger, et procédé à ses manipulations avant le retour du dernier comparse. La question se pose d’ailleurs de savoir comment il pouvait être sûr de son retour.
Mais bon, volonté d’auteur fait loi et réalité.

Au passage, on admirera la chance qui est venue palier l’inconséquence de Gabriel. Ses actions, quoiqu’il tente de les rationaliser, relèvent plus de la vengeance que du plan tactique. Au vu du peu d’informations en sa possession, faire profil bas aurait été bien plus intelligent, plutôt que procéder à un gambit pour prouver sa virilité de survivant endurci. Quoiqu’il en dise, il tire d’abord, pense et questionne après. À sa décharge, sa mission devait être facile : tout avait été préparé, il connaissait ses cibles et leurs vies… La situation ici lui échappe complètement. Il n’était pas préparé. Aussi, là où il se pense comme un survivant endurci et supérieur, il révèle plutôt le contraire, sa peur, et surtout la rigidité énorme de son éducation. Choses logique au vu du monde dont il vient et son parcours.
Non que les membres de Desmose fassent mieux. Leur arrogance, soutenue par une supposée supériorité intellectuelle et positiviste (le texte emploie le terme de « cartésien »), s’est largement effritée pour révéler des prisonniers sans plans d’évasions. Comment ces incrédules pourraient-ils en avoir ? Ils ne connaissent même pas les règles fondamentales de ce jeu. Il est dommage que le développement de l’histoire en permette pas d’aller plus avant dans leur désespoir. Le désespoir qui va les toucher maintenant, des mains de Gabriel Oswald, étant d’une espèce bien différente.

Il est intéressant de noter, que le Gardien semble immunisé aux effets du retour vers le passé, même si cela n’est pas clair, mais que le Mal, ou plutôt ses serviteurs et manifestations (le vortex), ne le sont pas. Un principe transcendant soumis à l’immanence d’un ordinateur ? Il y a là anguille sous roche.

Au vu du peu d’éléments, essayons-nous à quelques hypothèses. Pourquoi Gabriel ne s’est-il pas retrouvé dans la bonne période spatio-temporelle ? Il y a trois réponses possibles. Ou la technique de voyage temporel n’était pas fiable (mais les éléments donnés semblent invalider cette option) ; ou le vortex, et derrière lui, le mal, ont interféré avec ce voyage, involontairement ; ou il a été amené volontairement. Il n’y a que deux coupables possibles pour ce dernier cas, le Gardien et ses Oracles, ou l’Ennemi. À titre personnel, la deuxième option paraît plus crédible. Elle fait de Gabriel l’élément perturbateur et le Joker au sein de cette case du grand jeu cosmique. Je ne peux m’empêcher de penser que le sauvetage de ce monde par Gabriel ne serait pas moins mauvais que l’Apocalypse.



Mais les réponses devraient venir rapidement, en effet la date de publication de l’ultime chapitre est censée être le douze janvier. Dans 51 jours donc. Pour tenir ce délai, il est nécessaire de publier un chapitre tous les deux à trois jours en moyenne.

Spoiler



Qui vivra verra !
_________________
AMDG

Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.
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Pikamaniaque MessagePosté le: Dim 27 Nov 2016 10:48   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


Inscrit le: 30 Jan 2011
Messages: 479
Localisation: Norende.
Des commentaires riches, pertinents, etc. C'est marrant qu'Icer évoque Spencer.
Te concernant, Silius, c'est très loin d'être le seul lien entre les deux récits. Il y a en fait une multitude de connexions entre les deux histoires, mais je ne t'en veux pas de ne pas encore l'avoir vu. Cela ne saurait tarder, ton esprit est vif, il saura trouver les réponses. Le reste de ton analyse est forte et bonne. Notamment pour le Projet Desmose, en effet.
Concernant la suppression des profils par Gabriel, il ne semble pas encore assez clair alors je vais l'expliciter ; ce Calculateur a de gros points communs avec le Supercalculateur de l'Usine, et l'Hypercalculateur de Slimane.

Je confirme que la publication du chapitre finale est repoussée pour permettre un contexte de publication dans la sérénité. Sachant que cette fiction sera achevée en 2017 c'est certain.


_____________________________________________________________

Chapitre 7 : Conversations avec le Peuple des Morts.



    Le Hall de Sécurité, Thiercelieux. Aube du 1er jour.

    « Bonjour,
    Ceci est le journal de Florent Hämälaïnen, en date du 7e jour, de la 10e décade, de la 99ème année, à l’heure 6h14, 147ème séquence, soit 351 jours. Comme chaque fois, mes amis et moi avons lancé un retour vers le passé, pour protéger notre monde du vortex dans le ciel. Et comme chaque fois, depuis 351 jours, nous essayons d’envoyer ce message plus loin que notre terre, dans l’espoir que quelqu’un le reçoive un jour. Sachez que nous sommes piégés. D’aussi loin que les livres d’Histoire le disent, un point noir existe dans le ciel, mais nous ne savions alors pas bien ce que c’était jusqu’à il y a deux ans. Et il n’a cessé de croître, chaque jour un peu plus, depuis les deux dernières années ouvrées, jusqu’à être aujourd’hui sur le point de tout engloutir. Nous avons retourné toutes les possibilités, mais c’est quand nous avons failli arriver au point de non-retour qu’avec Anselm Dubois, Samuel Parsons, Flora Parsons, Daniel Leroy et moi-même, nous avons décidé de faire entrer Thiercelieux dans une boucle temporelle infinie grâce au Calculateur Quantique du Hall de Sécurité, en lançant à chaque fois, un retour dans le temps nous ramenant trois jours en arrière. Nous tentons par tous les moyens de trouver une solution, mais 351 jours plus tard, et malgré notre exploration minutieuse de la Cité, nous n’en avons toujours trouvé aucune.

    Lors de la 146ème séquence, de nombreux événements se sont produits, remettant en cause la solidité de notre groupe. J’ai pris la décision, en mon nom propre, Florent Hämälaïnen, de conduire une expédition aux coordonnées que nous avions trouvées au cours d’une de nos missions, alors même qu’Anselm Dubois souhaitait abandonner le projet. En raison de l’échec de son plan à la 145ème séquence, tout le Projet Desmose a été particulièrement démotivé, et je me devais de trouver un moyen de remotiver le moral des troupes.
    J’admets toutefois que je ne m’attendais pas à ce que j’allais voir. Pris au piège dans une sorte d’asile, alimentée et maintenue par des centaines d’Enfants Perdus, retenant en captivité des dizaines et des dizaines d’êtres humains dans des geôles délabrées, j’ai bien cru que j’allais perdre la vie. Des informations au sujet d’une étrange légende me sont alors parvenues. Le Mythe du Héros Légendaire, écrit de la main du plus grand Oracle que Thiercelieux ait connu : Gérald Weygand-Sarrabuckeer, a été très clair sur les causes du malheur de notre ville. Nous connaîtrions en effet l’imminence de l’Apocalypse, et depuis un demi-siècle déjà, un Cavalier de l’Apocalypse avait pris possession du corps du Gardien Eliot Winchester, qui était au sein de l’Asile, le Maître des Enfants Perdus…

    Toutes ces informations constituent un progrès considérable dans la quête de nos objectifs. Je voudrais toutefois dire un mot sur Flora… Enfin, ce n’est pas utile, mais, elle est morte maintenant. La présence de Gabriel Grayson… Il n’aurait pas dû faire ça. Elle était pétillante, comme jeune femme. Elle me défendait toujours, et maintenant.

    AEZ981666-ULK-MUY-I-R.

    Notre prochain objectif sera d’arrêter la fin des temps, je suppose.
     ».

    « Tu nous as mentis. » Asséna Anselm avec virulence, alors qu’elle avait écouté et réécouté l’enregistrement plusieurs fois. Florent se cala un peu plus contre la paroi du mur. Oui, il avait menti, et il ne savait pas trop mentir, alors cela devait se voir tout particulièrement. Gabriel, de son côté, ne put s’empêcher de retenir un petit rire. Comme si le mensonge n’avait rien de commode dans cet endroit.
    « Je ne vois pas… en quoi. » La rousse sembla particulièrement contrariée et s’avança à vive allure vers lui, jusqu’à le bloquer contre le mur de la salle de contrôle. Samuel, de son côté, s’était retiré, encore sous le choc du décès de Flora. Il ne disait plus rien, et le délire qui habitait son esprit le rendait quelque peu inintéressant aux yeux du canadien.

    « Anselm, j’ai besoin de te parler à toi et rien qu’à toi. » Fit Oswald de son petit sourire faux-cul. Piquée au vif, l’adolescente dégaina alors un coup de talons, et suivit le jeune homme jusqu’au petit bureau que la cheffe du groupe s’était réservée lorsqu’ils avaient commencé à investir le Hall de Sécurité.
    « Gabriel, je ne savais absolument pas qu’il avait rencontré Alexandre. Commença-t-elle, visiblement confuse.
    — Je sais. C’est ce que je trouve amusant dans votre groupe, en fait. Vous êtes si mal assortis. Cela dit, la pute incestueuse en moins, j’ai fait quelque chose de bien au final, non ? » Proclama-t-il, le visage quelque peu amusé par la douleur qu’aurait dû provoquer ses paroles. Toutefois, Dubois n’eut pas la réaction escomptée, et se contenta de sourire à son tour.
    « Oui, je suis très fière de moi. J’ai mené ce groupe si longtemps, alors que nous n’avions vraiment rien en commun. Sauf que toi, tu débarques, et tu viens tout gâcher. » De sa petite voix criarde, elle s’était rapprochée du vingtenaire, qui la considérait maintenant avec intérêt. Pas tant parce que cette odieuse tentative pour le charmer était digne de Denis Baupin, que parce qu’il y trouvait à ce moment un intérêt stratégique. Cette psychopathe était pire que lui, elle n’avait conscience de rien, et elle n’aimait personne d’autre qu’elle-même. Sa libido devait tellement en souffrir, que cela n’étonna même pas le terrien de la voir se comporter comme une chienne en chaleur à mesure qu’elle s’était maintenant rapprochée d’un pas lascif.

    « Tu joues à un jeu dangereux, tu sais ? Commenta-t-il simplement, et sans fioritures.
    — Toi aussi, au final. Nous gagnerions beaucoup à travailler ensemble, tu sais. » Fit-elle maintenant très proche de lui. Elle se recula, tapa du pied. « C’est ce que tu voulais me dire, non ? En m’amenant ici ? ». Grayson hocha la tête, et alla s’installer sur le fauteuil qu’occupait habituellement le leader de la Desmose.
    « Vous êtes toujours mes esclaves, et j’ai toujours droit de vie ou de mort sur vous, mais comme tu es intelligente, tu aurais tôt fait de préparer je-ne-sais-quoi pour te sortir de mon emprise, et j’avoue que je ne le veux absolument pas. Ton besoin de pouvoir est éclatant, je te donne l’occasion de briller à travers moi, saisis-la, et je réglerai le problème sur lequel tu échoues pathétiquement plus vite que tu ne le crois. » Anselm se mit derrière le bureau, sur une des chaises qu’elle réservait d’habitude à ses amis. Il y avait dessus une petite statuette de phénix, ainsi qu’un gros journal derrière des encycliques réservées aux Compilations Préfectorales de Thiercelieux, autrement dit, un registre de lois.
    « Tu n’as pas supporté ce qui s’est passé l’autre jour, visiblement. Te faire avoir si facilement. Je me demande entre les mains de quels scientifiques tu es passé pour être aussi dérangé que tu ne l’es. Mais… » Elle croisa les mains. « Je suppose que je n’ai pas le choix. Tu as gagné une manche. Après, ne rêve pas trop quand même hein… ».

    Là-dessus, Gabriel se plut à sourire. Il approcha un peu sa tête d’Anselm Dubois. Celle-ci le considérait tout autant. Il ne savait toujours pas où il était, mais il commençait à bien aimer ce monde. Il était rempli de choses aussi détraquées que lui. Un endroit parfait pour le monstre qu’il est, comme la manifestation d’un cauchemar d’enfants malades.
    « Puisque Florent refuse de nous répondre, je ne vois qu’une seule solution pour le faire parler. Tu veux me donner un gage de ta bonne foi, Anselm Dubois ? Montre-moi comment tu fais parler une petite tapette insolente. »
    La rousse se releva subitement, le regard courroucé. « Sérieusement ? Tu n’as que cela à me proposer dans ton chapeau magique, Gabriel Grayson ? » Ce dernier haussa les épaules à la réplique. « J’y aurais même pensé avant toi » Poursuivit-elle, en lui tendant sa main. « C’est donc d’accord. ».
    Le canadien saisit à son tour la main de la jeune fille, pour sceller une sorte de pacte lequel reposait sur la torture de Florent Hämälaïnen. Cela constituait une bien étrange conversation, laquelle toutefois avait probablement une logique dans leurs esprits.

    ***


    Palais Municipal, Thiercelieux. Matin du 1er jour.

    Sur des écrans de contrôle, Francis Underwood observait le Hall de Sécurité avec beaucoup d’attention. Vêtu d’un costume trois pièces, il arborait une montre ostensiblement chère, laquelle n’avait que six chiffres sur son cadran. La main appuyée contre son visage, il semblait pris d’un certain ennui, si bien que lorsqu’il se recula, cela fit sursauter les quelques maréchaux présents à ses côtés dans la Salle de Crise du Palais de Thiercelieux.
    « Je l’aime bien, lui. Commenta le Maire.
    — Celui qu’ils ont récupéré aux abords de l’entrepôt ? Interrogea une femme, enfermée dans un uniforme militaire.
    — Oui, on commençait un peu à tourner en rond je trouve… Déclara-t-il.
    — Cela doit faire un an maintenant que nous les surveillons, et vous nous avez interdit de les arrêter je vous rappelle, Monsieur. Utiliser des installations militaires, c’est très grave. » Rappela un sexagénaire, qui répondait au nom de Lieutenant-Chef Kori.
    « Oui, et c’est moi qui décide, Lieutenant-Chef Kori. Je vous rappelle que vous êtes en partie responsable de cela puisque vous êtes le tuteur des Parsons. Alors à votre place, parce que telle est votre place ; un simple lieutenant que j’honore en lui permettant d’assister à une réunion de la salle de crise ; je n’oserai pas aller vers la contradiction. Je vous remercie. » Commenta le chef de l’exécutif local, visiblement peu enclin à rire. Les cheveux grisonnants, il savait se faire respecter pour son autorité et son sens des gestions de crises. De plus, il était en fonction depuis si longtemps… Pourquoi osait-on encore le contredire ? « Je le veux. » Rajouta-t-il, après une courte pause.
    Les cinq personnes présentes se jetèrent un regard circonspect.

    « Le jeune homme ? On ne sait même pas d’où il est arrivé. De plus, il n’acceptera certainement pas de nous aider.
    — Vous avez bien raison, ce pour quoi je ne lui laisse pas forcément le choix. La petite Dubois, n’a-t-elle pas demandé il y a quelques heures entre les mains de quel fou il était passé ? C’est vrai qu’on dirait une machine à tuer sans état d’âmes. Ce qui a été fait, je peux en profiter à mon avantage. Il me suffit de comprendre comment, et c’est bien pour cela que vous êtes là. Vous êtes le dernier espoir de Thiercelieux. » Refermant ses dossiers, Underwood se leva. Un commis lui amena sa canne. Il s’agissait, en fait, de son plus proche valet, lequel restait constamment à ses côtés. Pris d’une quinte de toux, le Maire s’appuya contre sa chaise. Il y eut comme un silence, que personne n’osa briser. Francis inspirait tant la crainte que l’admiration, mais tandis que la cité mourrait à petits feux, et que les généraux savaient la ville condamner, pourquoi recruter quelqu’un à trois jours de la fin du monde ?

    « Nous ne sommes pas dans une fiction, Francis. » Déclara sur un ton très personnel, le commis avec lequel il marchait dans le couloir maintenant qu’ils étaient sortis. L’ordre de capture avait été lancé quelques minutes auparavant. Ce dernier prit un sourire malicieux.
    « Antonin, c’est toujours un immense plaisir pour moi d’entendre ton avis. Il est si plein de naïveté… » Une nouvelle toux. « Il semble effectivement très difficile qu’en trois jours, nous puissions faire venir le héros de la légende. Ce devait être le Gardien, mais on dirait que c’est plus compliqué. Et si pourtant il s’agissait de ce garçon, qui apparaît pour la première fois ?
    — Ils semblent le connaître… Et pour Flora Parsons, ils disent qu’elle est morte. Comme Daniel Leroy, mais nous n’avons aucune indication là-dessus. À quoi joues-tu, Francis ? J’ai l’impression que tu en sais beaucoup plus que tu ne veux bien l’admettre. ».
    Les deux hommes étaient arrivés au bout du corridor. Un porte-manteau attendait là, la veste, l’écharpe et le chapeau du bourgmestre accrochés. Sans réponses de la part de son interlocuteur, Antonin se mit à l’œuvre, et couvrit son employeur comme il le put.
    Avant qu’ils ne sortent, ce dernier posa sa main sur son épaule.

    « Ne t’inquiètes de rien. Je suis le maire, il est logique que j’en sache plus. Si je te dis que le héros légendaire est arrivé, et que nous allons sauver cette ville en trois jours, me croiras-tu ?
    — Manifestement, non. Trancha fermement le trentenaire.
    — Oui, moi non plus. Mais j’aime bien te le répéter.
    — Manifestement, il s’agit pourtant de la première fois que tu me le dis.
    — C’en devient lassant… Bon, je vais te raconter à nouveau ce qui s’est passé. » Commenta Francis, maintenant qu’ils remontaient les jardins du Palais.

    ***


    De son côté, Florent travaillait avec beaucoup d’investissement sur le Calculateur Quantique. Il vérifiait, comme il en avait l’habitude, les différentes vidéosurveillances de Thiercelieux. Quelque chose semblait d’ailleurs le troubler, puisque sur un calepin, il relevait de nombreuses incohérences avec les données initialement intégrées à la matrice de la machine. S’il avait un temps supposé que placer le début de la séquence à 8h au lieu de 6 avait pu avoir une influence sur le déroulé des événements, les différentes équations mathématiques qu’il avait faites en vue de résoudre ce problème avaient écarté définitivement cette hypothèse. Ne restait plus, à nouveau, qu’une interrogation sans réponses.

    Dans un moment de lassitude, le garçon rechargea sa boîte courriel. Une notification était apparue dans la fenêtre du navigateur, indiquant le début d’un Chat en ligne sur une communauté intranet à laquelle il s’était inscrite pour le lycée. À nouveau, cet événement ne figurait pas à son registre de Thiercelieux. Il appuya sur le bouton. Une page apparut. Elle était vierge, de toute inscription. Seulement, l’avatar ressemblait à une espèce de masque. Il symbolisait une émotion sur laquelle Hämälaïnen éprouvait quelques difficultés à poser un nom. Ce devait être l’inquiétude.
    « Bonjour Florent ? » Avait tapé l’inconnu dans la fenêtre. Regardant derrière et devant lui, le thiercellois s’assurait qu’il n’y avait personne d’autre que lui dans la pièce. Il avait bien compris la tension palpable au sein du groupe, et préférait ne rien dire sur le moment.
    « Euh, salut ? » Écrit-il à son tour.
    « Qui es-tu ? Rajouta-t-il après quelques secondes.
    On m’a demandé de veiller sur toi, alors je le fais. Tu vas bien ? ».
    Derrière son écran, le cœur de Florent se mit à palpiter. C’était bizarre, et depuis les événements à l’asile de Holbein, il avait ressenti ce petit moment d’adrénaline qui… lui manquait, en fait, en dépit de toutes les horreurs qu’il avait vues ces jours-là.
    « Je ne sais pas trop. Je ne me sens pas très à l’aise, là, maintenant.
    Pourquoi ? ». Ce ne pouvait pas être quelqu’un de bien, et Florent en avait parfaitement conscience. Il était irrationnel de croire qu’un type venu de nul part qui a un masque en avatar, lui cherchant visiblement du bien, s’intéresse soudain à lui.
    Il se laissa pourtant prendre au jeu.
    « Rien de spécial, on m’a posé des questions, et je n’ai pas voulu répondre. Par… amitié. » Hésita le brun, en écrivant sur le clavier du Calculateur. « Sauf que cela ne plaît vraiment pas à mon amie quand je lui mens, et je ne sais pas trop mentir.
    Tu te sens bien, avec ces amis ? Ils ont l’air de te faire souffrir. » Moment de doute. La question ne comportait aucun détail, donc, elle ne mettait personne en danger. Fallait-il toutefois répondre ? Ce ne pouvait pas être quelqu’un de bien, donc il fallait réagir et prendre une décision au bout d’un moment.
    « Je ne suis pas sûr que l’on se connaisse assez pour parler de tout cela. »

    L’avatar de l’utilisateur changea. Il n’exprimait plus l’inquiétude, maintenant, mais il exprimait une forme de peur. Hämälaïnen se trouva quelque peu mal-à-l’aise, alors qu’il voyait le curseur bouger.
    « Ce que tu me dis ne me rassure pas du tout, Florent. Nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais j’ai une responsabilité envers toi, parce qu’un ami me l’a demandé, un ami qui est parti et dont je ne sais pas quand il reviendra. »
    Se pouvait-il que cette personne parle du Gardien ? Celui qu’il avait rencontré à l’asile de Holbein, et qui avait terrassé, avec tout son calme et toute sa sérénité, un des trois Cavaliers de l’Apocalypse ?
    « Qui es-tu ? Redemanda-t-il.
    Une personne qui te veut du bien. Je sais que c’est difficile à croire, dans ce monde, rempli de terreurs, où rien de ce que l’on vit n’est facile, alors même que pourtant, il existe encore des gens bien, qui sont prêts à te reconnaître pour ta valeur. Je veux juste m’assurer que tu vas bien. Je lui ai promis, s’il te plaît.
    … À celui que je pense ?
    Oui, tout-à-fait ! »
    Le cœur de l’adolescent se réchauffa au souvenir d’Alexandre. Ce moment de terreur qu’il avait vécu, accompagné, en parallèle, par ce moment de plénitude, de calme. Il avait été si proche de lui.

    Un bruit dans le couloir attira son attention, tandis que la rousse revint accompagnée de l’étranger. Il se recula, observa la conversation qu’il tenait, et ferma rapidement la fenêtre. Samuel était revenu, visiblement après qu’on l’eût demandé. Son visage cerné et fermé tirait les traits d’une fatigue extrême, et d’une tristesse absolue.
    « Je dois te laisser. » Avait-il juste eu le temps d’écrire. Il retourna le siège du poste de contrôle.
    « Anselm… » Bégaya-t-il comme il en avait l’habitude. Cette dernière croisa les bras, le visage sévère, tandis que le canadien vint empoigner fermement le garçon, pour le bloquer contre le mur.
    « Cette fois, fini de jouer Florent. Je veux absolument tout savoir. Ce n’est plus une affaire d’adolescents. Nos amis sont morts, et ton silence ne fait qu’aggraver les choses. Nous ne le tolérerons plus. Daniel et Flora sont morts, alors si tu ne veux pas qu’ils soient morts pour rien, je veux que tu nous dises absolument tout, et ce n’est absolument pas négociable. Si tu ne coopères pas, Gabriel et moi on va faire en sorte que si. » Le cœur de Florent se mit à battre la chamade. Il savait qu’elle ne l’avait jamais trop appréciée, mais à ce point, vraiment jamais. Une première gifle – assez violente – partit contre sa joue, et les souvenirs de son enfance lui provoquèrent la même cataplexie qu’autrefois…
    La journée serait longue.
    ***


    Endroit inconnu, Thiercelieux. Midi du premier jour.

    « Il a arrêté de répondre… » Répéta sinistrement un vieil homme aux cheveux grisonnants. Pris d’une quinte de toux, il se rapprocha du poste d’ordinateur. Une personne était installée sur un siège. Elle avait les cheveux blancs, et les yeux rouges. Sa peau était si pâle que toutes ses veines ressortaient, et son air la rendait quelque peu androgyne. À nouveau, elle leva les bras, et commença à faire quelques gestes. Ceux-ci n’avaient pas grand sens pour un non-initié, mais il s’agissait d’un langage des signes.
    « Cela ne présage rien de bon. Il nous a demandés de veiller sur lui. » Hence Schœneck hocha la tête, mais il était indubitablement troublé.
    « Le Gardien est introuvable depuis plusieurs mois maintenant. Je ne sais pas où il est, et pourtant… Le seul signe de vie qu’il nous envoie, c’est ce gamin à protéger. Ce gamin-même qui a tenté de nous piéger la dernière fois. Je commence à me demander si Alexandre ne serait pas mort, et s’il ne s’agirait pas d’une nouvelle manipulation de ce groupe de pré-pubères. » Objecta celui qui était connu comme l’oracle du Gardien de l’Équilibre. Ce propos fit réagir vivement son interlocuteur, qui agita ses bras avec une grande maîtrise.
    « Je suis sûr qu’il est encore en vie. Je ne serais plus là sinon. Je lui fais confiance moi. Vous devriez faire pareil.
    — Tu ne serais plus là, certes, mais ta santé décline Camille. Il ne te reste peut-être plus beaucoup de temps. ».

    Soulevant un drap qui recouvrait une fenêtre, le vieillard observa, pensif, le vortex dans le ciel. Il avait pris en compte ce que lui avait dit Camille, mais pour une certaine raison – en tant qu’oracle – et parce qu’il avait la réalité des connaissances du terrain, il savait le silence de son élève profondément anormal.
    « Le temps passe inexorablement vite. Il nous faut croire en ses capacités, il nous faut croire… Au sein de cet endroit, tout renvoie à la mort. Peut-être que nous sommes déjà morts nous-mêmes ? ».
    Le jeune qui était assis sur la chaise se releva, et se saisit d’un manteau de marin, qu’il enfila tout autour de lui. Tirant sur sa manche, les yeux sévères de Hence se posèrent alors sur lui.
    « Il nous faut aller voir qui est ce garçon. Il détient sûrement des réponses que nous n’avons pas. ».

    ***


    Le Hall de Sécurité, Thiercelieux. Après-midi du 1er jour.

    Samuel caressait les cheveux de Florent, alors même que celui-ci glapissait encore quelques larmes par terre, la peau pleine de bleus, et un coquard en lieu et place de son œil droit. Le blond n’avait rien osé dire au déferlement de violence qu’avait subi son ami, et maintenant qu’il avait tout dit, Anselm lançait de multiples calculs complexes sur le Calculateur Quantique.
    « Manifestement, les coordonnées que nous avions trouvées correspondent à un point qu’il est impossible de visualiser sur les cartes. Il se situe en-dehors des frontières de la ville. Mais enfin, des cavaliers de l’apocalypse, cela paraît insensé, non ?
    — Parce qu’un vortex qui menace de tout nous engloutir ne l’est pas, c’est ça ? Commenta Parsons, plutôt sardonique.
    — Si le Gardien était là-bas, c’est que des réponses s’y trouvent. On devrait y retourner. » Frappa du poing la rousse, dont le souvenir vivace de Daniel Leroy agonisant avait été parfaitement transmis par Hämälaïnen. Gabriel tempéra l’ardeur du groupe.
    « On pourrait effectivement en apprendre plus, mais le fait est qu’on tourne absolument en rond. Nous n’avons rien ; aucune information, aucune indication, aucune suggestion. Retourner là-bas, mais pour quoi faire ? Pour relire la prophétie mystérieuse que l’autre pédale nous a déjà dite ? Je crois qu’on va complètement dans le mur. ».
    Le blondinet aux yeux bleus resta pensif. Il semblait que depuis la mort de Flora, il n’avait plus envie de rien. Depuis sa rencontre avec Alexandre déjà, c’était comme s’il avait abandonné la lutte. Du moins, c’était ce que Florent pensait, alors même qu’il tremblait encore. Au final, la personne avec qui il avait parlé était totalement saine d’esprit ; elle avait su voir ce qu’il ressentait sans le connaître.

    « Une alarme vient de se déclencher. » Déclara laconiquement la rousse. « Ça alors, on dirait des gardes impériaux. Ils ont déjà passé quasiment toutes les sécurités. » Compléta-t-elle. L’étranger se mit sur le qui-vive. Hämälaïnen, quant à lui, releva la tête avec surprise.
    « Combien sont-ils ?
    — Euh, trois. Non, cinq. Non, dix. Douze. Vingt ! Il y a un vrai commando. On a aucune chance… » Parsons se leva précipitamment et se dirigea vers les dortoirs, tandis que Grayson dégaina son arme.
    « Merde. Putain. Qu’est-ce qu’ils font là ?!
    — Je n’en ai absolument aucune idée, ils ne se sont jamais manifestés avant.
    — Il faut se barricader ! Hurla le terrien.
    — Oh non, ils viennent d’ouvrir le sas de sécurité, comment c’est possible, ils n’ont pas le… » Anselm venait de recevoir une flèche paralysante, qui l’avait assommée en quelques secondes. Par un remarquable effort guerrier, Gabriel parvint quant à lui à esquiver les premiers tirs, jusqu’au bureau qu’il avait visité. Il n’avait aucune idée d’où pouvait être les autres, alors même que Florent n’avait même pas cherché à se défendre.

    Jetant un regard de gauche à droite en vue de retrouver ses affaires, il se souvint qu’elles étaient au dortoir. Il n’avait proprement aucune chance de s’en sortir sans, et il ne fallait surtout pas qu’elles tombent entre leurs mains. Merde, était-il si incompétent ? Retirant la sécurité de son pistolet, il s’apprêtait à tirer. Visiblement, ils voulaient les capturer, alors il ne s’agirait pas d’une fin de partie pour lui, mais le scénario commençait à se répéter que trop souvent…
    Aussi, et sachant l’affrontement perdu d’avance, il cacha son pistolet dans son caleçon. Peut-être qu’ils ne penseraient pas à le dépouiller pour sa captivité ? Misant là-dessus, il serra également plus fermement le couteau accroché à son mollet. S’il devait être capturé, autant qu’il y soit préparé cette fois.

    La porte du bureau explosa. La flèche tranquillisante le percuta sans sommations.

    Palais Municipal, Thiercelieux. Crépuscule du 1er jour.

    Le Maire Francis Underwood travaillait sur un immense bureau marbré. Le Palais Municipal était un véritable patrimoine pour la cité. On ignorait qui l’avait construit, mais enfin, cela n’était pas nécessairement important, parce qu’il avait été préservé au fil des années pour être aujourd’hui le centre politique de Thiercelieux. Un endroit magnifique, que le bourgmestre appréciait tout particulièrement, et qu’il n’aurait voulu lâcher pour rien au monde, maintenant qu’il y était installé depuis dix ans.
    « Monsieur le Maire ? » Interrogea la voix d’une femme en costume militaire qui venait d’entrer. L’intéressé leva la tête, et retira ses lunettes de vue. « Les adolescents du lycée de Hardewick et l’étranger que nous avons identifié a été récupéré. L’opération est un succès, et vous aviez raison concernant la créature. » Un visage de satisfaction apparut sur la face du cinquantenaire, qui se releva avec beaucoup d’aplomb.
    « C’est une excellente nouvelle, Kalinda. Les enfantillages, c’est bien un temps, mais à un moment, et si je ne crois pas beaucoup à l’État Providence, c’est aux institutions d’agir. » Il récupéra son manteau en laine noir, et l’enfila tout autour de lui.
    « Menez-moi à eux, et n’oubliez pas de lancer l’enregistrement du discours je vous prie. » Le militaire opina du chef, saisissant un téléphone rudimentaire posé sur le bureau du secrétariat présent à l’entrée.

    Dès qu’il fut sorti de son lieu de travail, une escorte impressionnante se mit tout autour de lui, alors même qu’il demeurait au sein du Palais Municipal. La décoration se constituait de magnifiques peintures représentant des exotismes locaux, ainsi que des sculptures en or massif dans l’Aile des Ambassadeurs, ou dans le Hall Historique du Palais Municipal, là où on faisait les démarches administratives ouvertes au public. Toutefois, et bien heureusement, depuis que l’état de siège était déclaré, plus personne n’avait le droit de pénétrer dans l’enceinte de l’établissement sans accréditations, mais il arrivait que de temps à autres, un « déséquilibré » parvienne à s’engouffrer dans les failles du système, ce qui justifiait son exécution sans délai.
    Toutefois, l’endroit dans lequel se rendait le Maire Underwood, cette fois-ci, n’avait strictement rien à voir avec la beauté arrogante et prétentieuse du pouvoir politique de Thiercelieux. Il s’agissait d’un petit sous-sol, au fin fond des caves connectées au Palais. Là où on gardait, cela allait de soi, les informations les plus importantes pour la sûreté de l’État.
    « Voilà, nous y sommes presque mon Général. » Affirma un de ses subordonnés, en face d’une petite porte en métal sur laquelle se trouvait sobrement écrit “Salle des Actes“. Un nom peu commode pour un endroit aussi lugubre. On vint lui récupérer sa canne et son chapeau. Son valet n’était pas encore présent.
    « Avant que vous ne rentriez, nous avons plusieurs choses à vous dire suite au début de notre enquête préliminaire. ».
    Le Maire hocha la tête, lui qui était aussi le Chef des Armées, et rentra seul au sein de cette petite pièce éclairée par des lampes à huile. Il s’agissait de l’antichambre des cellules, l’endroit par lequel les surveillants s’assuraient que tout restait à sa place. Le politique n’y resta que quelques minutes, avant de rejoindre le donjon dans lequel avait été mis la tête du Projet Desmose.

    Derrière une grosse table en ferraille, Anselm Dubois, et Gabriel Grayson se trouvaient enchaînés à même le sol, surveillés par des Gardes Impériaux aux airs menaçants.
    « Vous ? » Interrogea avec un air de dégoût, l’adolescente aux comportements névrosés. Le jeune homme à côté d’elle resta de marbre, et se contenta d’observer l’homme en costume, visiblement peu enclin à plaindre leurs positions.

    « Moi-même. » Confirma le Maire Underwood. « À votre place, mademoiselle Dubois, j’aurais plutôt commencé par merci. » Dit-il en référence à la petite balafre ancrée sur la joue de l’adolescente, visiblement soignée par l’équipe médicale de la Mairie.
    « Je suis enchaînée à même le sol comme un animal, et vous voulez que je vous dise merci ? » Commença-t-elle, mauvaise. « Alors merci. Détachez-moi sur-le-champ, je ne sais pas ce qui vous prend ! 
    — Allons, allons, je vous demande de vous arrêter mademoiselle Dubois. Vous n’êtes pas en position de négocier, ou même de vous agiter. C’était intéressant de vous observer depuis des mois, à former votre groupe, et à utiliser avec imprudence un ordinateur quantique agréé par le Cabinet des Armées, mais maintenant je crois qu’il est temps que cela cesse. » La rousse se calma immédiatement, et releva la tête avec une forme de surprise pantoise. Un sourire malicieux vint toutefois vite la remplacer, et elle se tut dans un regard de défiance insolent.
    « Ah, je sais ce que vous vous dites Anselm Dubois. Quel est ce vieux fou qui est en train de nous parler, alors même qu’il finira par tout oublier ? » Asséna-t-il avec la même expression faciale sur le visage. Cela calma immédiatement les ardeurs de la petite sauterelle.
    « Oui, c’est à peu près cela. Répondit-elle sans ciller. Underwood adressa un regard à Gabriel, qui n’exprimait toujours rien.
    — Ma pauvre petite Anselm Dubois. Jeune femme qui voulait devenir calife à la place du calife. Je suis surpris que vous et vos amis surdoués n’ayez jamais remarqué, n’ayez même jamais pensé que le Maire de la cité était au courant de vos manigances. Peut-être parce que du haut de votre intelligence, il vous a été impossible de voir que le Hall de Sécurité est un terrain militaire, loin d’être désaffecté. » Il asséna ses propos avec une forme de virulence, laquelle laissa interdite la fillette.
    « Qu’est-ce que vous voulez ? Demanda-t-elle d’une voix presque innocente.
    — Oui, oui, on peut aller droit au but. – Le bourgmestre désigna Gabriel des mains – Voyez-vous, ce qui est en train de se passer à Thiercelieux est fascinant à observer. Pendant que notre équipe s’assurait que vous meniez à terme vos projets, en recensant tous les événements de ces trois derniers jours, autrement dit – le sale boulot – nous attendions un événement susceptible de renverser la vapeur. Cet événement est survenu en la présence du garçon qui se trouve à côté de vous. Il en a des choses à raconter, n’est-ce pas ? »
    L’intéressé se prêta à sourire.

    « Je ne suis pas ici pour vous aider. Je ne suis que de passage. Je vais repartir. » Répondit-il tout-à-fait froidement.
    — Vous ne savez rien de cet endroit, Gabriel Oswald. Vous ne savez pas ce qu’est Thiercelieux. Vous y êtes rentré, et maintenant vous ne pourrez jamais en sortir. Vous êtes condamné à mourir ici, la question étant de savoir quand est-ce que vous voulez mourir ? » Proclama le Maire, en réajustant sa cravate. « Au bout de trois jours, ou… Dans la soirée ? » Anselm lança un regard assassin aux deux hommes présents dans la pièce. Le premier parce qu’il avait en fait comme véritable nom Gabriel Oswald, le second parce qu’il parlait de les tuer ? Cela n’avait pas de sens.

    « Vous avez provoqué une grande instabilité par votre arrivée en ces lieux, M. Oswald. Si je devais désigner un autre bouc-émissaire que le Gardien dans mon discours qui sera diffusé d’ici quelques minutes, ce serait vous, et non ce sinistre Alexandre Schwartz. Vous pensez, vous aussi, que vous êtes en position de négocier, mais la vérité c’est que vous n’avez pas le choix. D’autant que nous partageons un même but vous et moi : le Gardien. Nous le voulons tous, et à travers ma volonté, c’est ce que vous avez fait depuis tout ce temps. J’aurais dû intervenir dès le début, bien sûr, mais il me fallait des certitudes, et surtout du concret. J’en ai maintenant, il ne tient qu’à vous de coopérer. » Continua assez froidement Francis Underwood, qui s’appuyait sur sa canne.
    « Je n’ai pourtant pas grand chose à vous dire, Francis. Je ne vois pas comment vous pourriez me forcer. Je ne suis pas sensible à la torture. Répondit laconiquement l’étranger, comme s’il était impressionné par ces rodomontades.
    — Vous avez tout le temps d’y réfléchir, M. Oswald, tandis que je consulte vos données personnelles. Mais gardez bien à l’esprit une chose ; le Projet Desmose est un projet de principes. Le Maire de Termina est un homme de pouvoirs. Cela fait une remarquable différence, et vous vous en rendrez compte dans la nuit. Je compte sur vous, mademoiselle Dubois, pour lui parler du Kindestod. C’est ce dont vous parliez souvent, il me semble, à l’orphelinat… » Là-dessus, le bourgmestre se retourna. Il frappa à la porte, et ce fut Antonin qui lui ouvrit. Ce dernier lui tendit son chapeau et sa canne, jetant un dernier regard aux prisonniers.

    La rousse était apeurée. Son visage suintait la panique, et une forme de tétanie. Elle commença à s’agiter, à hurler.
    « Non, vous ne pouvez pas nous laisser ici ! Qu’est-ce que ça veut dire, pourquoi vous parlez du Kindestod ?! Où sont mes amis ?! » Face à l’indifférence de l’homme politique, elle s’agita encore plus, laissant Gabriel abasourdi.
    « Vous voulez nous tuer ?! C’est ça votre but ?! Vous savez qu’il ne coopérera jamais ! » La jeune fille tremblait comme jamais, et cela paraissait donner à Underwood un certain satisfecit.

    « Vous êtes libres de le croire, mademoiselle, mais je ne peux faire aucun commentaire. » Répondit-il avant de claquer la porte, sans la verrouiller. À mesure que les pas commençaient à s’éloigner, Anselm ne faisait que réaliser la merde dans laquelle elle était. Une merde communicative puisque Grayson lui-même ressentait cette adrénaline que tout Enfant de l’Espoir avait connu dans sa formation lorsque quelque chose faisait peur. Il fallait transformer sa peur en force, et de là naissait l’énergie ; cette formule il ne l’avait jamais oubliée.

    « Je peux savoir pourquoi tu paniques comme une juive de 1942 ? Interrogea le canadien. Celle-ci ne sembla pas comprendre la référence, et ne la prit même pas en compte.
    — Je dirais que c’est parce que potentiellement, on est dans la merde toi et moi ? Je crois que j’ai compris pourquoi il pense qu’on va se rallier à lui.
    — Eh bien, je t’écoute Cunégonde, parce que je ne sais pas comment retirer des chaînes en fer. Ce n’était plus de mon époque, par chez moi, à part dans les jeux sexuels. » Dubois lui adressa un regard noir.
    « Cela ne prête aucunement à rire Gabriel. Répliqua-t-elle, courroucée.
    — Alors explique-toi au lieu de te plaindre. Je te pensais rationnelle, mais il suffit de peu pour que tu montres le sentimentalisme outrancier si propre à ton sexe.
    — Arrête. Vraiment, arrête. Tu ne connais rien de moi, tu ne sais pas quelle enfance j’ai eue, et ce n’est même pas intéressant en fait. Je n’ai jamais connu mes parents, et j’étais dans un orphelinat…
    — Tant mieux, moi aussi ! – Fit-il, non sans cynisme.
    — Laisse-moi finir au lieu de ramener tout à toi ! Je ne te dis pas ça pour me plaindre, je m’en fous de ne pas avoir eu de famille. Mais le Kindestod… C’était, c’était une histoire qu’on se recontait à l’orphelinat de Hardewick. Certains disaient… Eh bien, certains disaient qu’il y avait un monstre qui rôdait, la nuit, et que seuls les enfants pouvaient le voir. Comme une malédiction, il n’épargnait jamais sa victime, et quand il en ciblait une, il l’enlevait et… On la retrouvait, la peau toute écorchée… » Conclut-elle, le cœur battant la chamade.

    « Ce genre d’histoires sont légions dans les orphelinats. » Balaya Gabriel. « Quand les enfants ne savent pas, ils inventent. Cela ne devait pas être vrai.
    — Mais tu sors d’où, toi en fait ? » À présent, Dubois n’exprimait plus que du dégoût sur sa moue. Elle en voulait à ce type de dire toutes ces horreurs, de l’humilier et de la rabaisser, de faire comme s’il savait tout sur tout.
    « Tu te crois meilleur que tout le monde, et tu crois savoir tout mieux que tout le monde. Tu crois que t’es encore dans ton petit monde où de ce que j’ai compris, les monstres n’existaient pas, où ce n’était que de la littérature. Quelle preuve te faut-il de plus que tout cela existe ici ? Je n’arrive même pas à concevoir que tu puisses douter. Oui, le Kindestod existe, et oui, je l’ai vue, la nuit, quand je regardais par le trou de la serrure, et que je le voyais flotter dans le couloir, s’arrêtant à une porte au hasard, sachant que celui qui se trouvait derrière ne survivrait pas. J’avais peur. J’étais morte de peur, chaque fin de mois où il apparaissait, que ce soit mon tour. Jamais je n’avais vu une telle souffrance, et ça ne s’est jamais arrêté après… C’est allé de pire en pire, et toi tu te dis que ce sont des hallucinations d’enfant ?! Pauvre merde, va. Si cette affaire est remontée jusqu’au bureau du maire, c’est que c’était sérieux…
    — … Et il a été arrêté. Par la suite, les morts ont cessé. Ce qui fait que, vu la porte ouverte, et vu le fait que nous sommes enchaînés dans une prison, je suppose que c’est ici qu’il est retenu. Je suppose donc qu’Underwood veut me faire plier de cette manière. » Commenta Oswald, sans aucune forme de contrition dans ses propos. Il ne s’agissait pas pour lui de s’excuser, mais de comprendre.

    « Détends-toi, et il ne s’en prend qu’aux orphelins. » Lâcha alors le chef de la Desmose, en se rendant compte, au moment où la phrase franchissait ses lèvres, que l’homme à côté d’elle l’était aussi. Un sourire remplaça alors toute la crainte qui l’animait jusqu’alors. « Je vois qu’ils commencent à en savoir beaucoup sur toi, Gabriel. Tu vas être forcé de t’en sortir avec moi, en acceptant l’offre du Maire. »
    La main de l’étranger vint alors se poser sur la poitrine d’Anselm. Celle-ci lâcha un cri, et il la tira vivement jusqu’à la mettre devant lui. Leurs chaînes leur permettaient d’avoir une faible latitude au niveau des gestes, et avec la force qui le caractérisait, le canadien saisit les cheveux de la fille, et la plaça de telle sorte à ce qu’elle constituait maintenant un obstacle entre lui et la porte.
    « Pas exactement, il y a toujours un second choix Anselm, et le second choix que je fais, c’est me débarrasser de toi en première pour me libérer, vu que les maillons de nos liens sont liés, et m’enfuir pendant que tu te fais dévorer. Je suis sûr que ce monstre ne mange pas deux victimes à la fois, et qu’il se contente d’une, c’est bien ce que tu as dit d’ailleurs ? ».
    La lycéenne en resta interdite. Depuis qu’elle avait rencontré cet homme, elle avait largement sous-estimé le danger qu’il représentait. Même après qu’il lui eût tiré une balle dans la gorge, elle avait juste eu l’impression de jouer à un jeu dangereux, comme une gamine égoïste qui voulait s’amuser. Or, maintenant que cela devenait extrêmement sérieux, et qu’elle avait trop joué avec le feu, elle se rendait compte qu’un monde les séparait.

    Alors, par faiblesse peut-être, des larmes jaillirent de ses joues. Grayson vint les lui sécher. « Ne le prends pas personnellement. » Lui susurra-t-il à l’oreille. « Il ne viendra peut-être même pas. Tout ceci n’est peut-être qu’un énième test, que nous fait Francis. » Conclut-il avec la voix forte, pour que si une caméra se trouvait dans la pièce, celle-ci l’entende distinctement.

    ***


    Palais Municipal, Thiercelieux. Soirée du 1er jour.

    « C’est lui qu’il nous faut. Les autres sont substituables, mais cet homme… C’est lui qui peut arrêter le Gardien. » Commenta le Maire Underwood depuis son bureau. Antonin et le général Kalinda observaient eux aussi les images. « Observez la finesse de son intelligence, et la manière dont il conceptualise tant les gens que les choses. C’est un animal sans collier qui a besoin d’une laisse. Il n’avait rien à faire ici, le téléphone que vous avez retrouvé sur lui le prouve. Il est perdu, et je l’ai trouvé. Je vais l’adopter. » Pris d’une quinte de toux, le bourgmestre s’appuya au bras de son valet. Ce dernier lui comprima un peu le bras.
    « Alors que faisons-nous, Francis ?
    — Allons, la réponse va de soi Antonin. Lâchez le Kindestod. S’il survit, alors j’aurais raison. Sinon, je me serais trompé. S’il n’est pas capable de se sortir de cette situation, il ne me sera d’aucune utilité. » Son subalterne hocha la tête, et sortit vers le secrétariat. Le militaire se rapprocha alors du chef des armées.

    « Concernant Samuel Parsons, nous ne l’avons pas retrouvé. Il est en possession de tous les disques durs de Gabriel Oswald. Nous ne savons pas où il est passé. Il serait en cavale avec sa sœur, Flora. – Surpris, son interlocuteur lui posa un regard interrogatif. – Oui, elle est censée être morte selon ce que nous savons du journal de Florent Hämälaïnen.
    — Kalinda, il est très important qu’aucun d’eux ne comprenne que nous sommes encore affectés par le retour vers le passé. S’ils l’apprennent, toute notre stratégie s’effondre. » Cette dernière hocha la tête.
    « Je n’en reviens pas que le Gardien ait réussi à nous désynchroniser du Calculateur Quantique, et je n’en reviens pas qu’on ait mis tant de temps à s’en apercevoir. Comment a-t-il osé vous faire cela ?
    — Ouvrez les yeux, Kalinda. Il ne le pouvait pas, à moins d’être mort. » Le général resta bouche-bée.
    « Vous pensez qu’Alexandre Schwartz est mort ? »

    Francis Underwood resta silencieux le temps d’une minute. Il observa la fenêtre qui se trouvait derrière lui, ainsi que le vortex croissant dans les cieux.
    « Je ne vois que cette explication au fait que nous ayons été désynchronisé du retour temporel. Vous savez de plus mieux que moi, grâce aux notes que nous avions soigneusement mis à l’abri dans les serveurs, que l’arrestation du Conseil des Oracles n’a rien donné de ce point de vue. Personne ne sait où est le Gardien. Tout porte à croire qu’il est mort, même son oracle ne semble pas savoir où il est.
    — Vous parlez de Hence Schœneck ? » Le Maire opina du chef. « Alors à quoi tout cela sert-il ? Pourquoi continuons-nous de nous battre ?
    — J’ai un dernier plan, Kalinda. Soyez patiente s’il vous plaît. Si je ne peux pas sauver ce monde, je vais vous sauver Antonin, vous et moi, et ce Gabriel acceptera sûrement de se joindre à nous. Il sait où sont ses intérêts. ». Satisfaite de cette réponse, la jeune femme se mit au garde-à-vous.

    La solennité du moment se brisa toutefois lorsque le valet rentra précipitamment dans le Bureau Doré, visiblement très inquiet.
    « Francis, il y a eu une intrusion dans la prison du sous-sol. Cela va t’intéresser. » Avec une télécommande, Antonin alluma une télévision imbriquée au mur. On pouvait y voir la silhouette d’un vieillard aux cheveux grisonnants, qui semblait avoir le même âge que le Maire, ainsi qu’une personne aux cheveux rouges sang, et à la peau très pâle.
    « Tiens, voilà qui est intéressant. » Commenta le bourgmestre, alors que les portes de la salle se refermèrent. « Hence Schœneck en personne, accompagné de l’androgyne dont j’oublie toujours le nom. Je suis stupéfait, ils viennent pour Oswald ?
    — Non, je ne crois pas. Ils se dirigent vers la cellule de Florent Hämälaïnen, fit observer le domestique.
    — Remarquable. La cellule juste à côté celle du Kindestod. Cela commence à prendre une tournure encore plus intéressante que je ne le croyais. Tu avais raison, Antonin. Ferme les portes du sous-sol. On va les enfermer.
    — Que fait-on des gardes à l'intérieur ? Intervient Kalinda.
    — Ils ne sont pas habiletés à une mission de rang S de toute façon. Veuillez activer la puce dans leur cerveau pour qu’ils soient inconscients, mais qu’on puisse les réveiller facilement au cas où. Rompez, Général. ».

    Le militaire se mit immédiatement au travail et quitta le bureau doré. À présent seul avec son subalterne, Underwood exigea d’un claquement de doigt sa canne et son chapeau qui ne le quittaient jamais.
    « Il faut que nous suivions la situation avec grande attention, Antonin. Je ne vais pas intervenir tout de suite, je veux voir ce qu’il ressort de tout cela. Peut-être que si son cher oracle est en danger, Alexandre va se manifester de nouveau. Peut-être même que s’il est mort, nous en aurons enfin la confirmation. » Il se saisit de son écharpe. « Allons, rejoignons la Salle des Actes. ».

    Il regarda sa montre. Son discours avait commencé à être diffusé.

    « Mes chers compatriotes,

    Comme vous le savez, plusieurs meurtres ont été signalés dans les rues ces dernières semaines. Une famine, d’une exceptionnelle violence, s’est abattue sur nos bourgs les plus fragiles. La mort a frappé nos contrées, au terme d’un hiver rude et implacable, où la maladie a communié avec les affrontements urbains. La tension sociale, à son apogée, n’avait jamais connu une telle virulence. De tous les instants, et depuis dix ans maintenant que l’Administration Underwood est en place, jamais le défi n’avait été si grand. Malgré tous nos moyens, malgré toutes nos ambitions, malgré toutes nos prières, nous n’avons pas réussi, et nous avons été mis plus que jamais en difficultés. Par la guerre à l’extérieur, comme par la guerre à l’intérieur.
    Raison pour laquelle, la gravité de la situation impose ce discours, parce que l’essentiel est en jeu, et que nous sommes confrontés, malgré l’état d’urgence, malgré l’état de siège, malgré les plein-pouvoirs, à une situation face à laquelle le Maire ne peut rien faire…

_________________
« Il ne faut jamais perdre espoir ! » Alors qu’Alexandre était sur le point de tout abandonner, une voix familière résonna au plus profond de lui-même. « C’est ce que tu dirais, n’est-ce pas ? ».
Chapitre 26, Le Héros Légendaire.


Dernière édition par Pikamaniaque le Dim 29 Jan 2017 00:41; édité 2 fois
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Ikorih MessagePosté le: Jeu 05 Jan 2017 21:19   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Localisation: Sûrement quelque part.
http://25.media.tumblr.com/tumblr_luv74jBM5M1qiayd0o1_500.gif
S'il vous plaît madame Portman, ouvrez le vortex dans le ciel de Thiercelieux!



Ok, là j'ai capté l'attention du public fan de South Park. Et j'ai perdu celle de Pikamaniaque parce que j'ai fait apparaître une morue dans mon commentaire. Ce n'est pas grave, je parle de sa fic, il devrait finir par se réveiller. (a)
Bon, eh bien Pika, puisque ça fait deux mois que personne n'est passé te voir et qu'il faut quelqu'un pour te botter le cul histoire que la suite sorte un jour...je suis là Razz

J'aimerais souligner le travail d'amateur sur la fic : l'auteur, malgré des mois passés à préparer son grand retour, nous gratifie encore de bourdes de débutant comme les personnages qui changent de nom. Demandez donc à Florent qui s'amuse à se renommer Florian dans son journal...
Je ne parlerai même pas de la grammaire absolument exécrable de l'auteur, j'ai trouvé des aberrations d'accords digne d'Icer et des fautes de syntaxe que même lui n'aurait pas commises. Relevé non exhaustif de ce qui m'a tué les yeux :
Spoiler


Terminons vite fait sur Florent, tant qu'on est lancés : il est méga casse-couilles, et je suis sûre que je suis pas la seule à le penser XD Aucune énergie, aucune indépendance, et il n'est bon qu'à regarder son groupe se retourner contre lui, grâce à l'excellente alliance Gabriel/Anselm (tu soulignes toi-même que combinés, ils sont redoutables...)
Parlant d'eux, justement. Autant séparément ils ne me font pas tant d'effet que ça, autant réunis, je trouve qu'ils fonctionnent très bien. J'espère que ce petit désaccord de fin de chapitre ne nous empêchera pas de les revoir collaborer (a). J'ai trouvé leur échange plein d'une tension assez délectable, c'est très drôle de les voir tenter chacun de prendre l'ascendant sur l'autre, on a vraiment l'impression que c'est un genre de jeu pour eux. Ce qui doit être le cas d'ailleurs, connaissant leur psychologie. Le chapitre lance discrètement le débat pour savoir qui est le pire des deux, mais pour moi ça reste Gabriel : Anselm est effectivement encore assez vulnérables à ses peurs pour révéler tout son potentiel. Et après tout, c'est elle qui finit dans la position du bouclier humain et pas l'inverse...
Le fait que les maillons de leurs chaînes soient liés est clairement une embrouille du maire, je ne crois pas à la coïncidence heureuse qui aurait fait que comme par hasard les méchants se seraient dit "Eh, on les attache l'un à l'autre, c'est plus rigolo!"...

Si on passait du côté de Francis Underwood (je n'ai aucune culture en série mais on m'indique qu'il s'agit d'une référence à House of Cards, que tu regardes si ma mémoire est bonne Razz)? Il est très nettement immunisé au retour vers le passé. ça m'a pas frappée lors de ma première lecture, mais maintenant je me demande comment j'ai pu passer à côté xD La phrase où il indique à Antonin qu'il va lui raconter encore une fois ce qui s'est passé, tout ça. Mais du coup, il est mentionné qu'Alexandre les a tous desynchronisés du Calculateur, or si les sbires de Francis semblent bien piégés dans la boucle temporel, ce dernier ne l'est pas, ce qui sous entend qu'il est toujours synchronisé. Ce procédé doit pouvoir expliquer comment il se souvient de tout sans avoir de profil, et du coup, quid de Gabriel? La seule piste qui me vient pour ce dernier, c'est qu'il est enregistré dans le Supercalculateur qui l'a renvoyé dans le passé, sur Terre. Du coup, ça pourrait sous-entendre qu'il existe un lien entre les deux ordinateurs, mais rien n'est moins sûr.
J'avoue ne pas saisir pourquoi le fait qu'Alexandre ait pu desynchroniser tout le monde du Calculateur implique qu'il soit mort. J'imagine que le récit reste flou là-dessus volontairement...

Citation:
Nous ne sommes pas dans une fiction

Pas mal xD

Sur cette magnifique transition, je fais un rapide aparté (ce commentaire est déjà tellement un merdier) sur le fait que l'oracle utilise un avatar de masque dont les expressions évoluent au fil de la conversation. Déjà, ça fait classe, ça donne l'impression qu'il y a un truc vivant dans l'ordinateur, presque. Et ensuite, encore un masque? ça commence à faire beaucoup non, surtout sachant que eux connaissent très probablement l'existence de Dimensio!
Tant que j'y suis, pour le second personnage du camp d'Alexandre...sérieux, androgyne (hommage à Belgarel j'imagine), albinos (hommage à Minho j'imagine) et muet (hommage à Kerian après avoir rendu son poste d'admin j'imagine)? Si ça c'est pas une combinaison de caractéristiques gary stuesques...et évidemment tu lui as bien mis un prénom qui permette d'identifier son sexe! :sarcasme:

Citation:
un des trois Cavaliers de l’Apocalypse ?

Quid du dernier? Sad

Bon par contre je suis déçue. Le pacte de Gabriel et Anselm avait l'air de sous-entendre que ce serait cette dernière qui torturerait Florent, ç'aurait été l'occasion de la mettre en lumière par rapport à Gabriel dans le chapitre. Mais non, c'est bien lui qui a tabassé Florent pendant qu'elle restait en retrait, vraisemblablement...j'aurais bien voulu en savoir plus mais t'as coupé la scène, bâtâârd!
Je note que Samuel n'a pas été capturé. Déjà, comment se fait-il? Et ensuite, va-t-il avoir de fait l'occasion de servir à quelque chose? Surprised
Enfin, le retour de l'univers des terreurs enfantines (que tu manies toujours aussi bien et qui a mon avis va être récurrent)...avec en bonus le thème des orphelins sur lequel c'est bien appuyé. On en avait déjà une petite accroche avec les enfants perdus qui cherchent leur maman (en général sans la trouver...), mais là, c'est totalement évident. Je note juste qu'a priori, Underwood avait pas de raison de savoir que Gabriel était aussi un orphelin en concevant son plan, or tout repose là-dessus. C'est donc qu'il le savait (ou il est sacrément con...), d'une façon ou d'une autre, et c'est ça qui reste encore à déterminer.

J'en arrive à mes mots de conclusion!
Tout d'abord, car ce commentaire était beaucoup trop sérieux à mon goût, des pronostics ont été lancés sur le personnage gay. On a Florent dans les grands favoris (après tout, la plupart de ses réactions relèvent du cliché gay, me dit-on (a)) mais je mets aussi Samuel en outsider pour ce moment où il caresse les cheveux de Florent! Se taper sa soeur n'empêche pas d'être bisexuel, voyons.
Affaire à suivre, car c'est la seule véritable chose qui nous intéresse quand on lit Projet Renaissance...

Citation:
la puce dans leur cerveau

Ah, ça c'est un mot qui me parle (a)

Je conclurai en te disant de poster la suite (au risque de te faire troller), de faire une réponse de plus de quatre lignes à mon com' (au risque de ne plus en voir pour un moment) et de...poster ton com' sur Hélicase, salaud, ça fait trois mois que tu me l'as promis!
Désolée à ceux qui ont cru à une suite de la fic en voyant le sujet remonter (a)
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Pikamaniaque MessagePosté le: Ven 06 Jan 2017 14:51   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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@Ikorih,

Quelle délice de pouvoir lire un de tes commentaires aussi complets. Je voudrais te rassurer quant à la longueur de ma réponse. Sans prétendre qu'elle soit proportionnelle à la taille du tien, je vais évidemment réagir, en même temps qu'annoncer la publication du chapitre 8.

Concernant Florent, Florian et Flora, je reconnais avoir une certaine confusion dans l'écriture. Les trois prénoms sont extrêmement proches, et quand on est pris dans un torrent d'inspiration fantastique, il est parfois difficile de se relire en toute sérénité.
Aussi je consens de ces erreurs qui ont été corrigées sans délai. Je n'ai jamais prétendu être parfait, mais voyons, cela ne m'empêche pas d'exiger cela des autres. Evil or Very Mad .
Blague mise à part, j'aime beaucoup la formulation "dégaina". Il est possible que je l'ai ré-employé dans ce chapitre, mais je vais passer donner un coup de correction sur tout cela au plus vite.

Au sujet de Florent, je te dirais de te méfier.
Certes, il a plein de défauts, il est même sûrement le personnage le moins doué de la fiction... pour le moment, il n'empêche qu'avec Gabriel Oswald et Alexandre Schwartz, il est crédité en tant que personnage principal. Ce n'est pas pour rien tout de même.
Je suis même tenté de dire qu'au vu de la suite, et même de ce que le lectorat peut d'ores et déjà constater, le personnage est un de ceux qui évoluent le plus, alors oui, le plus méga casse-couilles, mais n'est-il pas un héros en devenir ? Son potentiel est indéniable.

Au sujet de l'alliance Gabriel/Anselm, leur duo n'est toutefois pas à sens égal. Anselm admire énormément Gabriel dans toute la perversité de son comportement, mais elle ne l'égale pas. Anselm, paradoxalement, est un leader, alors que Gabriel est un leadé. Gabriel reçoit des ordres, Anselm les donne.
C'est tout-à-fait paradoxal, j'en ai conscience, mais la lecture du chapitre 8 t'éclairera sûrement en ce sens ; de même qu'un petit rappel des faits.
Gabriel remplit une mission, et il fait tout en fonction de celle-ci, alors qu'Anselm, elle, elle s'est donnée une mission qu'elle accomplit avec ses moyens. Ils sont ainsi, très différents et en même temps très semblables, ce pourquoi leur duo marche sur le court-terme. Après, sur le long-terme... Héhé, ça je te laisse le découvrir.
Je peux toutefois te confirmer que comme tu t'en es très justement doutée, Anselm est bien plus soft que Gabriel, qui, lui, est un authentique sociopathe.

Concernant le rôle de Francis Underwood, je resterais volontairement obscur là-dessus, mais quelques points tout de même.
En premier lieu, Underwood affirme à Antonin et Kalinda qu'il est bel et bien soumis lui aussi au retour dans le temps. Leur fait-il croire ? Est-ce honnête ? Rien n'est moins sûr. En revanche, il a bien réussi à stocker des données sur un serveur (visiblement relié au Calculateur Quantique, puisqu'il s'agit d'une installation militaire et d'un réseau intranet) qui lui permet de consulter le Journal de Florent Hämälaïnen et d'autres données. Cela ne présuppose en rien qu'Underwood soit immunisé, il a peut-être juste une grande maîtrise de lui-même.
En deuxième lieu, l'institution du Gardien de l’Équilibre des Forces est censée être au service de Thiercelieux. Cela me paraissait assez clair au vu des explications de Florent sur le monde de Termina (C.F chapitre 2), de fait, si retour dans le temps il y a, on sait que de source sûre, et si vous avez un peu de jugeote en lisant CharmingMagician.exe, Alexandre est capable de surmonter le retour dans le temps sans être inscrit dans un Calculateur. De ce fait, si ses pouvoirs sont si puissants qu'on le dit, pourquoi ne devrait-il pas avoir comme mission de protéger l'institution qu'il est censé servir ; à savoir la Mairie et la Garde ?
Bien sûr, pour le moment, vous ne pouvez vous cantonner qu'à des conjectures, et je ne confirmerai aucune d'entre-elle, mais dans l'esprit de Kalinda et d'Antonin, et dans la rhétorique d'Underwood, il faut comprendre que le Gardien protège les institutions de Termina. Sa mort implique de faire tomber une digue de défense ; laquelle a désynchronisé tout le personnel municipal.
Alors tu me diras ; pourquoi ne pas s'être enregistré dans le Calculateur ? La réponse est assez simple : le Gardien, une institution immémoriale, est bien plus fiable qu'un ordinateur qui peut être piraté par une bande de gamins.
En troisième lieu, ta théorie sur Gabriel et le retour dans le temps est aujourd'hui la plus intelligente qui m'a été donnée à lire. Des explicitations auront lieu dans les prochains chapitres (mais pas le Cool.

Ensuite, il y a plusieurs thèmes récurrents dans Projet Renaissance. Tu en as repéré un : les masques. Il en existe un autre, les chants. Pour le reste, je vous laisse chercher. Après tout, ma fiction est un hommage à Zelda : Le Masque de Majora. Il aurait été vraiment étrange de ne pas intégrer tous ces éléments.
Concernant Camille, j'admets que ce personnage me fait assez sourire. Ne t'arrête pas à ces considérations, pour le coup, vu comment elle est acculée, tu constateras par toi-même pourquoi ce personnage a l'air aussi fragile qu'une boule de papier, et pourquoi son caractère androgyne est moins une volonté qu'un état de faits.
Pour les Cavaliers de l'Apocalypse, ils seront au centre de l'intrigue de la prochaine séquence (10 à 13). C'est toutefois une intrigue vouée à s'étendre jusqu'au final de la fiction, donc ne t'attends pas à toutes les réponses tout de suite !

Concernant la torture de Florent, ce sont bien les deux qui l'ont torturé, mais j'ai volontairement ôté ce passage parce que je ne savais pas trop comment l'amener, et ce n'était que de la violence gratuite. De plus, ce qu'il aurait avoué étant déjà connu du lectorat, je préférais aller à l'essentiel. Un jour, en bonus, pour tes beaux yeux, cela peut se négocier.
Concernant Samuel, je t'invite à lire le chapitre 8 sans tarder ! C'est un personnage qui, effectivement, est mis de côté. Il a pourtant une place très importante dans l'intrigue de Projet Renaissance, mais peut-être ne le réalises-tu encore pas.

Citation:
Enfin, le retour de l'univers des terreurs enfantines (que tu manies toujours aussi bien et qui a mon avis va être récurrent)...avec en bonus le thème des orphelins sur lequel c'est bien appuyé

Oui ! L'univers de Termina est un mauvais cauchemar je trouve. Quand Anselm dit à Gabriel que tout est vrai au niveau des légendes, cela a l'air si terrifiant, et si évident. À un moment et pendant 7 chapitres j'ai largement insisté sur le fait que tout ça paraissait irréel aux yeux de Gabriel, maintenant je pars du principe que vous acceptez comme des axiomes que c'est bel et bien comme ça, et je vous rassure : le plot-twist final n'implique pas que Termina soit un rêve ou quoi. Aucune mauvaise surprise là-dessus.

Je voudrais conclure sur le point des enfants perdus. Tu me donnes l'occasion d'en parler, et j'aimerais expliciter le fait que dans CharmingMagician, il est implicitement confirmé que quand ils cherchent leur maman, ils cherchent avant tout Slimane. Cela a son importance, et gardez à l'esprit le vrai sens du mot maman pour le coup. En tous cas, leur apparition dans CM et dans le chapitre 5 ne marque pas, et de loin, leur dernière apparition dans le Pikaverse (oui, ce nom est classe).
Pour le personnage gay, tu verras, mais enfin, Gabriel est très clairement bisexuel, non parce qu'il a de l'attirance pour les hommes ou les femmes, mais parce que, selon sa philosophie : "un trou est un trou". Il y aura des flashbacks sur ce personnage d'ailleurs, peut-être plus vite qu'on ne le croit.


@ToutLeMonde, le chapitre 8 est sur les rails. Il s'appelle : Exercice de Style.

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Chapitre 8 : Exercice de Style



    Cachots de Termina, Thiercelieux. Nuit du 2ème jour. — Hence et Camille.

    « J’ai de plus en plus mal à la tête… » Exprima Camille, en langues des signes. Le vieux Hence posa sa main sur son épaule, dans un geste réconfortant. Cela signifiait qu’ils n’étaient plus loin du but. Cela avait été surprenant, que la piste change au milieu de leur trajet, mais au vu de l’endroit dans lequel se trouvait Florent, il était clairement en danger, et il ne fallait pas s’appesantir.
    Sa canne dans la main, Schœneck s’en servait pour se diriger à travers le dédale de cellules que constituaient les cachots du Palais Municipal. Depuis les couloirs, on ne pouvait pas voir ce qu’il y avait à l’intérieur des cellules, et peut-être était-ce pour le mieux, sachant la collection macabre que possédait la municipalité depuis des décennies.
    « Je n’ose imaginais ce qui se passerait si toutes les portes s’ouvraient d’un coup.
    — Je préfère ne pas penser à cette éventualité personnellement. » Objecta-t-il, arrivant de plus en plus près du but. Seul un couloir les séparait maintenant du petit Hämälaïnen. Un bruit sourd attira toutefois leur attention.

    « C’était quoi, ça ? Fit le petit Camille, après un petit sursaut.
    — Je dirais qu’une cellule a été ouverte. Au vu du son, elle ne doit pas être loin de celle de Florent. » Il n’en fallut pas plus au muet pour se mettre à courir, sans attendre le sexagénaire. Décontenancé, ce dernier tenta de la suivre, mais sa cadence était nettement plus rapide que la sienne, vu la sciatique en moins.
    Lorsqu’il parvint à la rejoindre une dizaine de secondes plus tard, il vit au loin une silhouette massive, coiffée d’un chapeau, et d’une mâchoire qui dépassait des commissures de ses lèvres. Sa peau était brûlée, il n’avait plus de pupilles dans ses yeux, et une touffe de cheveux gras et rousse encadrait son visage macabre, du peu qu’il avait d’humain. Son cœur ne put s’empêcher de faire un bond contre sa poitrine, d’autant que son accompagnatrice se tenait exactement à moins d’un mètre de lui.
    « Doux Jésus, recule Camille ! » La bête se retourna alors, et Hence prit conscience de la stupidité avec laquelle il venait de trahir leur présence. Muette comme elle était, le monstre ne l’avait visiblement pas entendue.

    Aussi, pour faire face à la situation, l’oracle monta au créneau. Avec sa canne, il arriva au niveau de l’handicapé, et tendit son bras pour faire obstacle à cette chose.
    « Je t’ai déjà vu dans un livre, toi… » Commenta-t-il, les traits fermés. La créature parut alors honorée, et souleva son haut-de-forme en guise de respect. Cela sembla provoquer une réminiscence au sein de la mémoire du vieillard. « C’est lui, le tueur d’enfants. Recule-toi, Camille… » Lui dit-il en la repoussant de son bras droit. Jetant un regard rapide sur ses mains, il constata qu’effectivement, cette chose avait les mêmes griffes pour lacérer ses victimes que ce que la légende d’époque disait.
    Cette inattention faillit valoir un Schœneck un aller-simple contre le mur des cachots. S’étant reculé in extremis, il s’interrogea sur le bellicisme du Kindestod.
    « Que fais-tu, pourquoi t’en prends-tu à lui ? » Demanda Camille par la voie des gestes. Le monstre ne répondit pas, et se contenta de se rapprocher dangereusement.

    « Il ne s’en prend qu’aux orphelins, sans conditions d’âge j’imagine. Je n’ai plus l’âge d’avoir mes parents, et tu sais ce qui sont advenus des tiens. Il n’est toutefois pas tomber sur les bonnes victimes. J’ai moins de pouvoirs qu’Alexandre, mais il ne faut pas me sous-estimer. » Frappant du manche de sa canne contre le sol, un éclair blanc aveugla le corridor. Hence profita de cet instant pour saisir le poignet de sa protégée, et se mit à courir vers la cellule de Florent, qui était déjà ouverte, la porte enfoncée.

    Relevant sa main, une force mentale impressionnante permit à la massive porte d’acier de se refermer, et de se verrouiller. De violents coups se firent immédiatement entendre contre la paroi. Il semblait que la force de cette créature soit infinie tant elle défonçait littéralement l’ossature de l’entrée.
    « On ne va pas pouvoir rester ici très longtemps… » Grommela-t-il. Camille tira alors plusieurs fois sur sa manche, ce qui eut pour effet de l’agacer profondément. Elle pointa du doigt le corps à terre de Florent Hämälaïnen, lacéré de sang, une partie de la peau écorchée. Se précipitant à son chevet, le jeune agita alors ses mains dans tous les sens.
    « Vous devez le soigner immédiatement. Il se vide de son sang. » Le sexagénaire se rapprocha à son tour de l’adolescent au sol. Il ne parvenait plus à bouger, et son expression était restée figée sur une expression de terreur tétanique.
    « Alors c’est ainsi qu’il procédait… Il paralysait ses victimes, qui ne pouvaient ni crier, ni parler, ni bouger. Seulement agiter ses pupilles dans le vain espoir que quelqu’un vienne les sauver…
    Soignez-le ! Dépêchez-vous espèce de vieillard impotent ! » L’oracle releva la tête.
    « Pourquoi ? Il est capable de se régénérer auprès du Calculateur Quantique, même s’il meurt.
    Vous n’avez rien retenu avec votre protégé alors. Il n’a pas que des blessures dû au Kindestod, regardé ses marques sur sa peau. Il a été torturé, et brûlé par un espèce d’objet concentrique, comme une cigarette. Il est en danger avec le groupe de la Desmose, ce pour quoi le Gardien voulait qu’on l’aide ! Regardez toutes les plaies. S’énerva son acolyte par les sigles de ses doigts.
    — J’ai été investi de la puissance des oracles, mais si je le soigne, je vais considérablement perdre en puissance. Je ne saurais pas mettre toute la gomme pour te protéger contre le Kindestod.
    Peu importe, il faut que vous le soigniez ! C’est la volonté du Gardien !
    — Tu n’en sais rien espèce d’arrogante. »

    Suite à quoi, les deux partagèrent un silence entendu, jetant un regard contre la porte métallique. Ils n’entendaient plus aucun bruit. Depuis quelques secondes déjà. Ils prolongèrent ce silence le temps d’une minute, et Hence se rapprocha de l’entrée, posa sa main dessus, comme s’il put voir à travers l’espace d’un instant. Cela sembla le crisper, et le fatiguer, si bien qu’il décocha une nouvelle quinte de toux.
    « Il n’est plus derrière la porte.
    Cela veut dire qu’il est parti ? » Hochement de tête. Shœneck retira ses lunettes et revint alors près du petit Florent. Il se baissa à son niveau. « Je vais le soigner, mais parce qu’on a besoin de réponses quant à toute cette situation. » Faisant une moue synonyme d’exaspération, Camille se fit toutefois la remarque à elle-même qu’il s’agissait de mieux que rien.

    Posant sa canne près du blessé, le vieillard joignit alors ses deux mains sur le torse découvert du lycéen. Ses yeux pétillaient d’espoir, et son soigneur se rendit bien compte de tout ce que ce geste importait pour lui, parce que l’espace d’une minute, il se sentit en connexion directe avec l’esprit de Hämälaïnen. Il ressentit pendant un bref moment, et avec une brève intensité, tout ce que le jeune homme avait subi au cours de sa vie. Des humiliations, des moqueries, du harcèlement dans une dimension indicible. Les coups de son tuteur, la violence avec laquelle il avait été traité toute sa vie, par son entourage et par ses propres amis, et malgré tout, une pureté de cœur qui le rendait insensible au mal qui se répandait partout autour de lui.
    Les plaies disparurent et se refermèrent. Le vieux, considérablement épuisé par ce qu’il venait de faire, se permit alors de tomber à son tour contre la paroi du mur. L’esprit de cet adolescent était au moins aussi torturé que tous les gens de Thiercelieux, mais il dégageait en lui quelque chose d’unique, quelque chose de sain, quelque chose qui ne collait pas avec l’ambiance général de Termina. Cela lui donna chaud au cou, et il défit un peu le nœud de sa cravate en conséquence.

    Florent, quant à lui, se releva brusquement. Il était tremblant, et terrorisé. Camille se sentit alors obligée de poser sa main sur lui comme pour le rassurer, ce qui eut pour effet de réguler un peu sa respiration.
    « Vous m’avez sauvé… » Déclara le garçon alors qu’il reprenait ses esprits à coup de grandes respirations. L’androgyne à côté de lui tenta de communiquer avec ses gestes, mais remarqua avec embarras que le brun ne pouvait pas la comprendre, d’autant que le masque qu’elle portait ne la rendait, ni expressive, ni rassurante. Il sembla toutefois que l’adolescent fasse immédiatement le lien avec la personne qui lui avait parlée sur l’intranet quelques heures auparavant.
    « Pourquoi vous m’avez sauvé ? Je ne vous connais pas… » Rajouta-t-il au bout d’un temps, maintenant qu’il avait pris le temps d’observer et d’analyser l’endroit dans lequel il se trouvait. À nouveau, la muette se sentit frustrée de ne pouvoir intervenir.

    « Nous avons une connaissance en commun. Une connaissance, qui nous a demandés de veiller sur toi. » Hämälaïnen tourna la tête, visiblement surpris.
    « Cela concerne le Gardien ? Demanda-t-il le plus innocemment du monde.
    — Oui. Assura son protecteur, de sa voix forte. Camille, la personne qui porte le masque, est également un proche d’Alexandre Schwartz. Nous sommes venus te chercher parce que tu es en danger, et il semblerait que tu aies des informations à nous transmettre. ».
    Ce dernier point surprit beaucoup le lycéen, qui se ferma comme s’il se demandait si ces gens étaient tout-à-fait honnêtes. Il reconnaissait bien sûr le plus âgé d’entre-eux, qu’Anselm avait failli arrêter dans l’entrepôt des serveurs. Toutefois, il pouvait aussi s’agir d’un mirage du maire pour lui donner des informations sur ce héros de légende.

    « Je sais que tu doutes Florent. Tu n’es pas dans une atmosphère saine qui te permet de te sentir en confiance. Mais nous sommes tes alliés, et on ne compte pas t’abandonner. » Traduisit Hence lorsque les doigts de son acolyte s’agitèrent pour s’exprimer avec frénésie. Ce ne fut qu’à ce moment que le jeune comme comprit qu’elle était muette, et cela le plaça dans un certain embarras.
    « Florent Hämälaïnen. Je te parle au nom d’une très vieille institution. » Commença alors l’oracle du Gardien. « Une institution qui a traversé les millénaires, et qui est porteuse de grandes valeurs depuis sa création. Ni Camille, ni moi-même ne pouvons te donner de certitudes quant à qui nous sommes, mais pour que tu comprennes bien la portée de tes actes, le pouvoir que tu possèdes par le simple fait d’avoir été en contact avec Alexandre, j’aimerais te dire que moi, son professeur, moi son protecteur, moi, celui qui était censé le guider et lui permettre de sauver Termina, je n’ai plus aucune nouvelle de lui depuis plusieurs mois. Je ne sais pas où il est, et je ne sais même pas s’il est encore en vie. Florent Hämälaïnen, pour que ce soit encore plus clair, tu es la dernière personne à avoir vu le Gardien de l’Équilibre en vie, alors nous avons besoin que tu nous aides et que tu nous dises, si tu le veux bien, ce qui s’est passé ce jour-là, à l’asile de Holbein. ».
    Ce laïus troubla profondément le brun, qui n’était pas habitué à ce qu’on lui laisse autant le choix.

    « Si je veux ? Répéta-t-il bêtement.
    — Si tu veux, oui. Commenta le sexagénaire.
    — Alors… Je veux bien. » Rajouta-t-il. Schœneck réajusta ses grosses lunettes, et hocha la tête. Camille, de son côté, avait passé une main sur son masque pour le retirer. Son émotion était vive, depuis le discours de son mentor, qui avait parfaitement résumé les enjeux du combat qu’ils menaient depuis tout ce temps.
    « J’irai à l’essentiel, parce que cet endroit n’est pas le plus familier pour discuter.
    — Attendez ! S’exclama soudain son jeune interlocuteur. – Vous avez dit que cela faisait des mois que vous n’aviez pas vu Alexandre, mais lorsque… Lorsque mon groupe a essayé de vous piéger, vous nous avez dit que nous avions un choix cornélien à faire, à propos du calculateur. Il était là-bas, donc vous saviez où il était. »
    La question sema le trouble dans l’esprit du vieux sage, lequel essayait visiblement de se remémorer cette suite d’événements.
    « J’ai bluffé ce jour-là. » Finit-il par conclure. « Une masse d’énergie impressionnante avait été libérée. Je pensais justement que nous allions retrouver Alexandre. Il en a été tout autre. Je ne sais pas qui vous a permis de retourner dans le temps.
    — Comment pourrais-je vous croire alors que Samuel a certifié le contraire ? Quelqu’un a empêché Anselm de vous faire du mal, et elle n’était pas avec vous. » Rajouta l’adolescent en pointant du doigt l’androgyne, qui sembla pâlir à cette désignation. Leurs regards se croisèrent, et un vent de culpabilité désarma son ton accusateur. « Je veux dire… Il faudra chercher qui c’est à l’occasion, mais j’écoute votre question. » Fit-il en baissant la tête. Le muet agita alors son bras, et tenta de communiquer, ce que Hence traduisit tant bien que mal.

    « Tu ne devrais pas t’excuser autant. Elle a raison. Tes questions sont légitimes, jeune homme, mais je ne sais pas y répondre, et ce n’est peut-être pas le lieu. Il faut que l’on sorte d’ici, mais avant, que faisait-il à l’asile de Holbein ?
    — Eh bien… Il cherchait à ce que… Euh. Il y avait une légende, laissée par écrit par un certain Gérard Gand-Sarakeer.
    — Gérald Weygand-Sarabuckeer. Corrigea fermement le sexagénaire.
    — Oui ! et cette légende… Elle parlait de cavaliers de l’apocalypse. Je suis à peu près convaincu que c’était ce que le Gardien cherchait, et il en a trouvé un. Il avait les traits d’un mort en décomposition, un ancien Gardien. Le plus connu de Thiercelieux ; Eliot Winchester. Il l’a annihilé devant moi, et après… Je ne sais pas où il est parti, je suis désolé. Il m’a touché le front, et…
    — Vous devriez être mort.
    — Sauf que j’étais sous translation, un phénomène informatique un peu difficile à expliquer, mais je n’ai aucune autre information malheureusement. Il m’a pris dans ses bras et il m’a dit qu’il continuait à se battre, qu’il n’avait pas abandonné même si on s’en rendait pas compte. C’était intense, il dégageait tellement… tellement de tranquillité, et d’assurance. Je crois que c’est la première fois que je me suis senti en sécurité avec quelqu’un. »
    Cet échange plongea l’oracle dans un certain trouble. Le fait qu’Alexandre Schwartz continuait à mener cavalier seul, la mission de sauver Termina ne le rassurait pas, d’autant que cela ne lui ressemblait pas. Si ces nouvelles auraient dû le rassurer, elles ne firent en fait que l’inquiéter davantage. Il n’aurait jamais dû se rendre à l’asile de Holbein, il lui avait formellement interdit, mais c’était des considérations sur lesquelles il ne pouvait s’attarder dans le moment présent.

    « Nous ne sommes pas en sécurité dans ces cachots. Nous pourrons en parler plus calmement une fois que nous serons sortis. Nous saurons également ce qu’il doit advenir de toi, parce qu’une fois dehors, tu auras un choix à faire. De nouveau. » Conclut Schœneck, avec cette voix mystérieuse de vieux sage de livres, que Florent détestait tant. Les manières abruptes de cet homme le décontenançaient, mais au moins semblait-il le respecter plus que “ses amis“ de la Desmose. Il se fit la remarque à lui-même que c’était pas simple, la vie de victime.
    « Le problème c’est que cet endroit est un vrai labyrinthe, je ne vois pas comment on pourrait sortir. » Rajouta Camille, en agitant ses mains, et en remettant le masque qu’elle avait sur la tête, et qu’elle avait partiellement enlevé quelques minutes auparavant. Si l’adolescent ne comprenait pas la langue des signes, il avait toutefois bien deviné quel teneur cet échange avait pu avoir, et intervint immédiatement pour les rassurer et se rendre utile :
    « Moi je connais un chemin. Je m’intéresse à tout un tas de choses que les gens disent inutiles. La construction labyrinthique de prison a fait partie de mes intérêts restreints pendant un an. Je crois pouvoir me repérer une fois qu’on sera dans les couloirs. J’avais piraté un plan il y a… Longtemps. ».

    Ce fut peut-être la première bonne nouvelle de la journée pour Hence, qui se montra particulièrement satisfait.
    « Ne perdons pas de temps dans ce cas. ». Cela sembla communicatif, parce que Florent se sentit alors très enthousiaste à l’idée de se sortir de ce pétrin, avec des gens qui au moins, le respectaient et l’écoutaient. L’ampoule de la cellule se cassa, lorsqu’ils sortirent. Aucun des trois ne sut toutefois expliquer d’où cela venait.

    Cachots de Termina, Thiercelieux. Aube du 2ème jour. — Gabriel et Anselm.

    Anselm Dubois se débattait de toutes ses forces pour sortir de l’emprise de Gabriel, mais celui-ci la retenait avec beaucoup d’énergie. Il l’avait plaqué au sol, et entourait par les maillons de ses chaînes, ses deux bras de sorte qu’elle ne pouvait même plus bouger. Depuis de longues heures déjà, le Kindestod n’était pas apparu, mais plus la nuit passait, plus l’hypothèse de son arrivée se renforçait. Les bruits sourds qu’ils avaient entendu un peu plus loin ne faisaient que le confirmer au sens de la rousse, qui connaissait mieux que quiconque sa manière de procéder.
    « Gabriel ! Stop ! Arrête ! Il arrive ! Je l’entends ! Quand il frappe contre les portes comme ça c’est qu’il est en colère. Je t’en supplie ! Cela fait des heures qu’on aurait pu trouver un moyen de se… » Interrompue brusquement, elle se mit à se mordre les lèvres. Le coude de l’étranger venait de lui fracasser le bras contre le sol. Elle se retint pourtant de crier, mais céda au bout d’une nouvelle pulsion.
    « Ferme ta gueule Anselm Dubois. Tes crises d’hystérie me piaillent dans les oreilles. On dirait une poule qui s’apprête à aller dans un abattoir. Si on en est là, c’est par ta faute. Vous me mettez dans la merde en permanence depuis que je suis dans votre groupe. Alors oui, vous me faites un peu d’action, mais ça ce n’était pas prévu au programme, alors ta, gueule. » Fit le jeune homme visiblement très en colère, déchaînant des coups de poing sur ses hanches comme pour se défouler. Sa victime commença d’ailleurs à pleurer, preuve qu’elle n’avait aucune solidité psychologique.

    De plus, Oswald n’avait probablement pas remarqué que l’atmosphère de la pièce s’était rafraîchi de plus en plus, jusqu’à devenir totalement froide. Trop occupé à maîtriser ce qu’il appelait “la hyène“, il n’avait de ce fait pas pris garde à surveiller la porte d’entrée, qui faisait maintenant apparaître à son interstice une créature à la mandibule sortant des commissures de ses lèvres, aux cheveux gras de plus de six mois, aux pupilles blanches, et à la peau brûlée. Cette créature ne faisait pas le moindre bruit, parce qu’elle flottait dans les airs et qu’elle se délectait d’approcher sans que ses proies ne la remarquent. Une langue fourchue balaya d’ailleurs les contours de sa bouche, alors qu’elle était à présent entrée dans le cachot.
    Ce fut Anselm qui la vit la première, et qui se mit à hurler de toutes ses forces un appel au secours. Relevant vivement la tête, le garçon fut surpris de la taille de cette horreur. Elle faisait plus de deux mètres, et elle portait un haut-de-forme sur la tête. Cette vision aurait pu le tétaniser, si la division de l’espoir n’avait pas autant insisté pour leur faire voir des films d’épouvantes chaque soir de leur jeunesse, pour qu’ils s’habituent et s’acclimatent à la peur. Aussi, il ne fut que soufflé par la surprise, comme il l’avait été tant de fois à Thiercelieux. Cet endroit ne semblait être qu’un cauchemar animé.

    Ne perdant toutefois pas ses réflexes, à mesure que la chose approchait, dégainant ses griffes, il tira le bras de la petite Dubois, qui se débattit avec l’énergie vive d’un animal effrayé, le cœur cognant contre sa poitrine. La force de Gabriel était toutefois bien supérieure à ses gesticulations, et elle fut projetée un peu plus en avant, aussi loin que le pouvait la chaîne qui liait leurs menottes. Tentant de se relever, la main du sociopathe retenait toutefois son mollet, et l’empêchait de se hisser sur ses deux jambes maintenant qu’elle était aux pieds du Kindestod. Sous l’effet de la panique, elle commença à griffer frénétiquement le sol, et dans un effort désespéré, elle voulut balancer un uppercut contre la jambe du monstre.
    Cela lui fit l’effet d’un coup contre une brique de ciment, et elle en ressentit une vive douleur. Il sembla alors qu’un sourire se dessina sur la mandibule défigurée de ce qu’elle combattait, et d’un coup de griffe tranchant, il passa son poignet contre son dos. À cet instant, Grayson, qui désirait rester mettre de la situation, se jeta en avant pour que cette frappe le libère de ses liens.

    Cela fut un succès total. Libéré de ses liens, le garçon allait pouvoir s’enfuir. S’apprêtant à contourner la créature, il avait toutefois sous-estimé l’instinct de survie de sa compagne, laquelle lui retint le pied, ce qui eut pour effet de le faire chuter à terre. La chimère parut elle-même surprise par la violence des échanges entre les deux humains, ce qui ne l’empêcha pas de s’agenouiller près d’eux, maintenant côte-à-côte. Roulant sur le côté, le franco-canadien réussit alors un coup de maître qui lui évita ses griffes paralysantes. Anselm commençait à se reculer, mais la force brutale du monstre l’arrêta, qui la tira d’un coup sec par les cheveux en la soulevant au-dessus du sol. Une peur tétanique s’éprit d’elle, et malgré de nouvelles gesticulations désespérées, des plaies béantes giclèrent leur sang à travers sa tunique grise. L’effet du paralysant sur les lames commença immédiatement à se répandre dans les pores de sa peau, et elle perdit progressivement l’usage de ses membres, totalement impuissante entre les mains de son cauchemar d’enfant.

    L’occasion de s’enfuir pour Gabriel était trop belle. Malgré les anneaux qui restaient autour de ses poignets, il s’élança en quête de liberté, passa à côté du Kindestod et se jeta dans l’entrée, qui s’était refermée très rapidement alors même que cette porte métallique était très lourde. Le cœur d’Oswald s’accéléra, et il se retourna. La main du démon avait visiblement tout fermé par télékinésie.
    « Et merde… » Commenta-t-il à lui-même. Il n’avait donc pas le choix que de le combattre. Tout alla très vite dans son esprit. Il se saisit d’une barre de fer qui jouxtait la table d’interrogatoire, et appliqua une des techniques apprises dans son éducation. Là encore, la créature ne chercha pas à se défendre, parce qu’elle ne ressentit aucune douleur tant ses membres étaient rigides. Tout au plus, elle dévisagea celui qui l’attaquait avec un regard de pitié, encore qu’il était difficile d’en être certain vu son absence de pupilles.

    Était-ce la fin ?

    « Foudre sonique ! » Soudain, une onde sonore fit exploser la porte de l’extérieur. Le bruit assourdit toute la cellule, mais le monstre ne sembla pas tant affecté par le pouvoir qui venait d’être utilisé pour libérer la sortie.
    Samuel Parsons apparut pourtant dans l’interstice de la porte, accompagné de Flora Parsons. La fille même que Grayson avait pourtant tué de ses mains. Visiblement sous translation, les deux adolescents jetèrent alors un regard entendu à Dubois, dont les pupilles s’animèrent d’espoir.
    « Wow ! J’aurais jamais cru d’mon vivant qu’j’verrais ce truc. » S’exclama le blond aux yeux bleus, dans un costume jaune-blanc-noir, alors que la chose, furieuse, vola à leur rencontre, les griffes saillantes. Sa sœur s’interposa, et une espèce de bouclier végétal retint les violents coups du Kindestod, lequel fut projeté en arrière par de nouvelles acoustiques.
    « Tu ne crains plus rien Anselm, on est là ! » Fit la brune, visiblement fière d’elle-même dans sa tenue verte et rose.

    Gabriel, qui était resté avec sa barre de fer, afficha une surprise qui l’avait totalement décontenancée. Les deux sauveteurs le remarquèrent et ne purent s’empêcher, surtout pour la dernière, de lui afficher un mépris et une condescendance la plus totale.
    « Ah oui, c’est toi que ça doit surprendre le plus. Commenta la fille sombrement.
    — Ché pas comment elle a survécu. Elle-même elle sait pas, mec. Mais t’sais quoi, c’est pas un problème. Elle m’a sauvé, et maintenant on vient sauver notre vraie amie Anselm. J’ai rien dit parce que je respecte Anselm mais il faut parfois quelqu’un pour sauver Anselm, et c’pas toi. »
    Oswald chercha à accéder à son arme en se rappelant qu’il ne l’avait plus, ce qui le fit grommeler intérieurement. La bête, qui était coincée contre une paroi du mur, visiblement paralysée par la bulle sonique au sein de laquelle il était, tenta tant bien que mal d’en sortir, et il s’agissait pour Samuel de conserver une énorme concentration pour ne pas perdre le contrôle. Sa petite-amie s’était approchée de la rousse, et l’avait attrapée sur son dos, à l’aide de ses pouvoirs.

    « On va te laisser ici. Avec ce truc. Ça te fera une bonne punition pour avoir tenté de briser notre groupe. Et maintenant, on va récupérer Florent. » Fit l’orphelin, le plus froidement du monde, lui qui était pourtant resté si silencieux, si perturbé depuis qu’il avait dit avoir rencontré le Gardien. Un nouvel espoir semblait l’animer, encore plus maintenant qu’il avait retrouvé l’amour de sa vie, et sa petite-sœur de cœur.
    « Non ! » Hurla alors le franco-canadien, qui se jeta contre eux. Comme il eût fallu s’y attendre, une simple onde sonore suffit à le mettre à genoux, Gabriel ne disposant d’aucun pouvoir particulier.
    « N’ose même plus nous approcher, connard. ».

    À genoux, le terrien devait consentir à une nouvelle défaite. Accablé au sol, le jeune homme, prostré, voulait frapper le sol de toutes ses forces, mais tout était en train de s’embrouiller dans son esprit maintenant que les Desmose-guerriers l’avaient frappé. Tout était en train de foutre le camp, rien de ce qu’il faisait n’avait marché ici, et cette douleur… Elle était analogue à celle qu’il avait ressentie lorsqu’il était arrivé à Termina. Elle lui siphonnait l’esprit, sauf que cette fois-ci, il n’avait plus rien pour s’en défendre, et il sombra, peu à peu, dans la léthargie, alors même qu’un coup de griffes fugace sur son dos le paralysa, et le priva de tous mouvements.

    Cachots de Termina, Thiercelieux. Après-midi du 2ème jour. — Underwood et Antonin.

    « Tout cela était vraiment inattendu… » Commenta Antonin, dans l’étroite Salle des Actes, la salle qui était connectée aux écrans de tous les cachots. Son haut-de-forme dans les mains, le Maire de la cité observait quant à lui, dans le silence, le départ du groupe de lycéens.
    « On a perdu la trace des deux gamins et de l’oracle, on va sûrement perdre la leur aussi. Rajouta le valet, en parlant de Samuel, Flora et Anselm.
    — Oui, tu as raison, j’admets être stupéfait de voir comment on rentre dans cette prison comme on rentre dans un moulin. Je ne savais pas la sécurité si défaillante. Enfin, cela n’a plus beaucoup d’importance, Gabriel Oswald a échoué mes tests. » Fit le vieil homme, en direction de la caméra de sa cellule. Sur l’image en noir et blanc, on voyait le Kindestod tirer la jambe du garçon pour mieux se positionner.
    « Ce monstre… Il a quelque chose de fascinant. Il se prend tellement au sérieux ! » Commenta le bourgmestre, un sourire franc aux lèvres. « Lui et moi ne sommes pas si différents, hormis physiquement. ». L’homme de main opina du chef, tandis que le sexagénaire s’était levé pour remonter dans son bureau.

    « Monsieur, attendez, qu’est-ce que. » Le vieillard se retourna. Dans le petit écran, qui ne laissait guère de place, on pouvait toutefois voir que le psychopathe s’époumonait, et s’était relevé en dépit de la drogue paralysante. Cela avait semblé surprendre jusqu’à la créature qui était prête à le dévorer.
    « Par la barbe d’Eliot Winchester, qu’est-ce que c’est que cela ? Déclara le chef de l’exécutif, un regain d’espoir dans les yeux.
    — On dirait qu’il est en train de surmonter le poison qu’il y a dans son corps.
    — Tu as une très bonne vue Antonin, mais ce n’est pas censé être possible. » Continua son interlocuteur, fasciné par ce qu’il était en train de voir : un homme se jetant sur un démon, et en train de le frapper, vigoureusement, de toutes ses forces.
    « Attendez, Francis, il est en train de le frapper à mains nues ? On dirait un animal… » Underwood ne répondit rien, hébété par ce qu’il avait sous les yeux. Sur les images, bien que floues, on voyait très distinctement l’humain en train de s’acharner sur la bête, qui, malgré ses avantages physiques, était acculée par la violence avec laquelle elle recevait des coups de tête, des coups de poings, des coups de pieds, des coups de bassin. Chaque parcelle du corps de sa victime lui servait à devenir son bourreau, et cela semblait être d’une exceptionnelle intensité.
    « En plus, Francis, il continue de crier, regardez sa bouche. ».

    La Salle des Actes fut alors plongée dans le noir complet.
    « Merde, ce n’était pas le moment ! Hurla le Maire, absolument furieux.
    — Oui, Francis, on dirait que l’un des groupes de fugitif a coupé le système de sécurité pour pouvoir sortir.
    — Cela présuppose qu’ils étaient tous là avant que nous ordonnions la fermeture des portes. Qu’importe. Antonin, conduis-moi au cachot de M. Oswald.
    — Très bien, Francis, mais inutile de vous dire que le chemin sera peut-être dangereux. On ne sait pas si tous les cachots ont été ouverts. » Le Maire installa son chapeau sur la tête, et se saisit de sa canne. Cette nouvelle sembla peu l’émouvoir.
    « Je dois t’avouer que cela m’indiffère. Je ne veux pas perdre de temps. Partons. ».

    Cachots de Termina, Thiercelieux. Soir du 2ème jour.

    Quand Gabriel reprit ses esprits, il y avait une marre de sang. Un sifflement aigu résonnait encore un peu dans sa tête, et tout son corps lui semblait endolori. Son premier réflexe fut de regarder ses mains, elles étaient pleines d’un liquide bleuâtre, qu’il ne connaissait pas, comme s’il était mélangé à un rouge vif, ce dont il savait très bien, a contrario à quoi cela renvoyait.
    Il se surprit alors à sentir sa mâchoire trembler. Plusieurs madeleines de Proust semblèrent agir dans sa mémoire comme des réminiscences, et cela n’évoquait visiblement pas des souvenirs agréables, puisque le garçon ressentit cette envie de faire exploser son crâne avec la première arme à portée.

    « Pas facile, d’échouer tout ce qu’on entreprend, n’est-ce pas ? » Interrogea alors une voix, qui pénétra ses tympans douloureusement à la manière d’un alcoolique en train de décuver. Il releva péniblement la tête, et repéra dans la lumière tamisée, la silhouette du Maire.
    « Tu sais, Gabriel, j’ai presque eu de la peine pour le Kindestod. Tu l’as massacré, tu l’as déchiqueté, et tu l’as même… mangé, en partie. Tu t’es comporté comme un animal, comme un loup mort-de-faim qui se faisait passer pour un chien bien élevé. » Francis Underwood s’agenouilla près de lui, passant une main dans ses cheveux. Oswald, tremblant, avait voulu se reculer, mais la poigne du vieillard l’arrêta.

    « Je… Je ne sais pas… Ce qui s’est passé. Lâchez… - Une gifle retentissante lui décrocha un petit gémissement de douleur.
    — Je t’interdits de me parler ainsi. » Tonna le bourgmestre de sa voix autoritaire. « Je sais ce que tu es, Gabriel. Un agent venu d’ailleurs, qui avait pour mission de semer la mort autour de lui, mais rien ne s’est passé comme prévu, et tu t’es retrouvé dans un endroit dont tu ne savais rien. Maintenant, tu es perdu, et comme un algorithme, tu n’es pas capable de t’adapter aux changements qui se produisent autour de toi. Tu as cru alors, dans ce sentiment de liberté qui t’a été donné, pouvoir faire ce que tu voulais, mais en fait tu en reviens maintenant au point de départ : tu n’as jamais été un maître, Gabriel Oswald, tu as toujours été un esclave. Mais tes maîtres t’ont abandonné, et ils t’ont laissé dépérir, livré à toi-même comme un petit chiot errant, non sans laisser un chien parfaitement dressé à qui saura s’en servir au mieux. » Lâchant brutalement le garçon, le Maire se releva avec toute sa dignité, et domina de sa superbe, le franco-canadien avachi à ses pieds.
    « Ce maître, c’est Moi. Tu m’appartiens désormais, Gabriel Oswald. Je ne l’ai dit à personne, même mon plus proche valet ne le savait pas, mais j’étais sûr que tu réussirais à tuer cette chose, non parce que c’était un monstre, mais parce que tu es monstre toi-même. ».

    Des larmes montèrent aux yeux de l’adulte prostré et sans défenses qui restait au sol en dépit du caractère humiliant de ce qui était en train de lui être dit.
    « En cas d’extrême danger, où ta vie est sensiblement menacée, et pour la pérennité de la mission qui t’a été confiée, les gens qui t’ont éduqué ont implanté en toi un mécanisme d’autodéfense qui fait sauter toutes les barrières que le corps peut se mettre, quitte à en mourir du moment que tu peux devenir aussi violent qu’une bête. Me trompé-je ? ».
    Difficilement, le vingtenaire hocha négativement la tête pour confirmer les propos d’Underwood.
    « Tu réagis à des stimulis, et je pense qu’après t’avoir observé, je les ai compris. » Le vieillard le saisit par le bras et le remit sur pieds en le tirant contre lui. « Alors, Gabriel, je vais devenir ton nouveau Maître. Tu vas m’obéir à moi, et uniquement à moi maintenant. Je suis le seul à t’avoir compris, et je suis le seul à pouvoir te comprendre, à pouvoir exploiter au maximum tes capacités, et ça tu le sais. Je vais être comme un père pour toi, alors abandonne-toi, Gabriel. Tous ceux qui t’ont conditionné n’existent plus, ils t’ont abandonné, ils ne pensent plus à toi, ils ne veulent plus de toi. Tu as échoué, mais tu peux encore réussir. Tu peux encore t’accomplir auprès de moi. Tu peux encore briller aux yeux d’un seul et unique être humain, et avoir de la valeur pour quelqu’un, en accomplissant ce pour quoi tu en es là aujourd’hui : obéir et réussir. ».
    À la dernière syllabe, sur laquelle Francis avait particulièrement insisté, les sanglots de Gabriel firent tomber leur dernière digue, et le sociopathe s’effondra en larmes dans ses bras, s’appuyant à lui comme une béquille, faisant allégeance à son nouveau patron, comme si maintenant, toute la pression des derniers événements qu’il avait subie disparaissait, comme s’il pleurait, non de tristesse, mais de soulagement d’avoir enfin quelqu’un sur qui se reposer, de ne plus avoir à réfléchir sur ce qu’il avait de mieux à faire.

    « Toi et moi, nous allons accomplir de grandes choses maintenant, je te le promets. J’ai d’ailleurs d’ores et déjà besoin de toi, et sans attendre. ».

_________________
« Il ne faut jamais perdre espoir ! » Alors qu’Alexandre était sur le point de tout abandonner, une voix familière résonna au plus profond de lui-même. « C’est ce que tu dirais, n’est-ce pas ? ».
Chapitre 26, Le Héros Légendaire.


Dernière édition par Pikamaniaque le Mer 01 Fév 2017 21:43; édité 1 fois
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Icer MessagePosté le: Dim 15 Jan 2017 11:21   Sujet du message: Répondre en citant  
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La pisseuse est de retour. Avec son passif, chaque chapitre posté s'apparente à un projet renaissance. Habile...

Citation:
Sachant que cette fiction sera achevée en 2017 c'est certain.


Mdr, le quinquennat Hollande oui. Mais ce PR là...

Citation:
— … À celui que je pense ?
— Oui, tout-à-fait ! »


En même temps, un pervers aurait répondu quoi d'autre ? -_-

Cependant, la chose la plus intéressante du chapitre 7 se trouve être le retour au premier plan du maire. Le fait qu'il soit insensible au retour dans le temps ne me surprend pas plus que ça et d'ailleurs, son raisonnement se tient parfaitement : Il a laissé un groupe d'adolescent faire le recensement des évènements des trois jours tout en restant à l'abri pour se révéler le moment venu, à savoir quand quelque chose d'inhabituel se passerait. Nous y sommes.


Citation:
Grayson, qui désirait rester mettre de la situation


Va te faire maître Razz

Citation:
Il se saisit d’une barre de fer qui jouxtait la table d’interrogatoire


Oh non, t'es sérieux ? XD

Citation:
j’admets être stupéfait de voir comment on rentre dans cette prison comme on rentre dans un moulin.


Après l'arrivée de Samuel et Flora, sans compter l'introduction de la barre de fer, je n'aurais pas mieux dit ! Mr. Green

Le chapitre 8 va encore plus loin que Bataille pour l'Espoir qui a l'époque s'était distingué par une scène dans des cachots dans la même veine de mémoire. En revanche, je me demande si Gabriel est réellement hors course maintenant, signifiant la fin de la mission d'origine et donc l'aveu clair que l'histoire va se concentrer exclusivement sur les problèmes relatifs à cet univers. Personnellement cela me semble trop simple.

En tout cas après des premiers chapitres assez exotiques, j'ai trouvé ces deux là bien plus captivants, c'est du bon travail, même si t'es complètement dans ton délire de psychopathe homosexuel sodomisé par l'anus. Bien sûr, je suis également privilégié pour la compréhension des références politiques, ce qui est littéralement la cerise sur les ghettos.

_________________
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« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Pikamaniaque MessagePosté le: Dim 29 Jan 2017 00:28   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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Tiens, mais revoilà la sous-merde arrogante. La fiction sera achevée dans son écriture en 2017 en tous cas. Si la publication s'achève un 12 janvier 2018, ce ne sera pas non plus anormal. Dans tous les cas, j'y crois. Le plus dur c'était de poser l'intrigue. Maintenant, les chapitres s'enchaînent vite.

Je reconnais que le passage sur le pervers méritait plus de travail.
Le Maire sera un personnage récurrent de la fiction désormais de toute façon. Son rôle croît exponentiellement. On rentre dans le gros du récit, et la fin de la première partie à partir de la prochaine séquence.
En sus, ce qui paraît être insignifiant depuis dix chapitres va enfin commencer à prendre du sens, et encore plus durant toute la seconde partie.

Du reste, je dirais qu'on ne se réinvente pas. Les recettes classiques sont les meilleures. De plus, il me fallait impérativement me resservir de toute la matière non exploitée de BpE.

Le chapitre 10 s'appellera Freeze.
_____________________________________________________________

Chapitre 9 : Sonate de l’Éveil


    Cachots de Termina, Thiercelieux. Aube du dernier jour.

    Hence Schœneck frappa plusieurs coups de sa canne au sol pour repousser un spectre luminescent, lequel avait bien failli faucher Florent Hämälaïnen au passage.
    « Il en vient de plus en plus, je ne tiendrai jamais… Florent, il nous faut sortir, et sur-le-champ. ». Les prisonniers, maintenant qu’ils étaient hors de leur cellule, étaient plus que jamais déchaînés. La violence, la frustration, et visiblement la faim guidait leur pas.
    « Je fais ce que je peux, mais les portes sont verrouillées par un code… On est totalement enfermés… » Geint le garçon, près de Camille, qui tentait de l’assister tant bien que mal, mais qui, dans une situation de telle pression, ne servait pas à grand-chose au vu de ses problèmes de mutisme.

    Jetant son bâton par terre, l’oracle arrivait à ses limites, parce qu’il était loin de posséder autant de pouvoir qu’un Gardien. Du peu de forces qui lui restaient, il aligna alors ses mains côte-à-côte, et se concentra pour créer comme un mur invisible dans le petit corridor au sein duquel ils s’étaient tassés.
    « Ça ne tiendra pas… » Lâcha-t-il avec difficultés, comme s’il souffrait le martyr. Le lycéen, quant à lui, n’arrivait pas à ouvrir cette maudite porte, et cette pensée l’énervait de plus en plus, d’autant que le sentiment d’urgence qu’il ressentait arrivait à son paroxysme. Camille vint poser sa main sur la sienne comme pour lui donner plus de forces, mais ce geste, héroïque au demeurant, ne fit que l’agacer davantage. Le jeune homme détestait qu’on le touche, a fortiori quand il ne connaissait pas la personne.
    Toute cette colère qu’il ressentait en lui, elle bouillonnait, en même temps qu’elle le pacifiait, parce qu’il ne l’exprimait jamais. Il avait une si piètre opinion de lui-même…

    La personne à ses côtés le secoua soudain comme pour le ramener à la réalité. La sortie venait de s’ouvrir, et sans savoir comment il avait fait ; parce qu’il n’avait pas fait attention à ses gestes à ce moment, il se précipita auprès de Hence pour le tirer de sa torpeur. Le bouclier ne résisterait qu’une petite seconde, aussi leur fallait-il être efficace. En dépit de sa fatigue, le sexagénaire courut tant bien que mal se mettre à l’abri alors qu’une horde de créatures voulurent se jeter sur eux. Ils refermèrent la porte, conscient toutefois qu’elle ne pourrait pas non plus les bloquer indéfiniment.
    « Une chose de faite, nous sommes hors des cachots, mais encore dans les sous-sols du Palais…
    — Je crois qu’en plus, nous sommes juste en-dessous de la salle du Conseil Municipal, mais toutes les autres entrées ont l’air… barricadé. » Rajouta l’adolescent, à l’attention de ses compagnons. Schœneck, épuisé, ne pouvait marcher qu’en s’appuyant sur l’albinos. Leur exfiltration allait être compliquée, surtout depuis le discours d’Underwood et l’arrestation du Conseil des Oracles. Ils se trouvaient littéralement dans la gueule du loup.
    « Je vous avoue que j’ai du mal à savoir comment nous pourrons sortir d’ici… Les prisonniers vont défoncer la porte des cachots, et en haut, il y aura sûrement les gardes municipaux. On est totalement piégés.
    — Il faut croire que tout ceci n’est vraiment plus de mon âge… » Répondit l’ancêtre du groupe, alors qu’il se réfugiait près des escaliers menant à l’étage.
    « Ça me rappelle ce que disait toujours Alexandre. » Intervint soudain le muet, dont on interpréta immédiatement les signes. « Il ne faut jamais perdre son espoir… Il disait tout le temps ça. Dès que je l’ai connu. Il était pourtant parfaitement conscient de la naïveté de sa propre phrase. ». Hence ne fit aucun commentaire, mais il sembla assez clair au vu de ses traits fermés, qu’une vague de nostalgie l’emplit.

    Hämälaïnen, quant à lui, ne le connaissait pas suffisamment pour se fonder une opinion pertinente. Or, du peu qu’il l’avait vu, il dégageait effectivement cette impression que tout était possible, qu’avec lui, des montagnes pourraient se déplacer.
    « Vous avez raison. Du peu que je connaissais le Gardien, c’était ce qu’il disait aussi, quand j’étais à l’asile de Holbein, perdu et seul dans le froid. Il est venu, et il a dit qu’il continuait à essayer de tous nous sauver. Ne baissons pas les bras.
    — Oh voyons gamin, comment peux-tu dire ça alors que tu vis à Thiercelieux depuis ta naissance ? » Fit la voix rauque de l’Oracle entre une quinte de toux. Piqué au vif, le lycéen haussa les épaules.
    « Je, je ne comprends pas ?
    — Tu es un gamin étrange Florent Hämälaïnen. Remarque, tu vis dans une ville encore plus étrange, mais tu gardes toujours avec toi un optimisme naïf d’une telle force qu’il semble que rien ne puisse obscurcir ton cœur, alors que tu vis au milieu de la souffrance. C’est bizarre, franchement bizarre. Je ne comprends pas encore quel est le message d’Alexandre en t’envoyant auprès de nous, mais j’ai hâte de le découvrir. ».

    La main de Camille, à laquelle on ne faisait guère attention vu qu’elle était incapable d’émettre le moindre son, venait de saisir la manche du vieux sage, comme pour lui dire qu’il était temps de se remettre en route. Elle avait raison, mais ce qu’il venait de dire semblait avoir beaucoup perturbé le miraculé de Thiercelieux.

    ***


    Une onde sonique transcenda plusieurs créatures, tantôt difformes, tantôt horrifiques, peuplant les cachots de Thiercelieux. Leur particularité reposait en le fait qu’elles n’avaient qu’un vague aspect humanoïde, qu’elles se ressemblaient à peu près toutes, et qu’elles possédaient les pires clichés de l’horreur pour dégoûter les plus démunis aux affres de leur cruauté.
    « Putain, j’savais pas qu’y’avait autant de ces conneries là-dedans. » Exprima Samuel, un peu essoufflé. Flora, de son côté, qui transportait dans un cortège végétal la petite Anselm, avait son champ d’action réduit, et se contentait essentiellement de protéger les arrières de son frère.
    « On a toujours su que le Maire recelait des secrets, mais je n’imaginais pas qu’il avait accès à toute la démonologie de notre monde… ».
    Une espèce de mille pattes se jeta soudain contre la fille Parsons, qui manqua de tomber si la vigilance de son petit-ami n’avait pas permis de repousser le venin du monstre grâce aux vibrations de ses pouvoirs sous translations.
    « Les pouvoirs de la translation ne sont pas infinis. Il va être tant de sortir définitivement de cet endroit, mais je ne connais pas du tout les lieux… Ronchonna le blondinet.
    — Samuel ! » Reçut-il pour seule réponse alors qu’une barre de fer lui fit perdre de nombreux points de vie.

    Les offensives des affamés de la prison se multipliaient, tant et si bien que le duo Parsons commençait à se replier, pris en sandwich dans l’étau d’un corridor interminable. Les cachots de Termina étaient vastes, et d’aucun à part des rats de bibliothèques comme Florent ne les connaissaient par cœur ; sa présence manquait d’ailleurs beaucoup en l’instant présent. Même Dubois, dans sa paralysie, percevait le caractère de plus en plus critique de leur situation.
    « Merde. » À terre, le Desmose-guerrier, balança une onde de choc sonore. Son ennemi immédiat fut projeté contre la paroi du mur, mais à peine était-il relevé qu’une silhouette massive, noire, et de grande taille, s’approchait d’eux à une vitesse fulgurante. Elle n’avait aucun visage et ne semblait pas sensible à ses attaques sonores. « Flora, à toi ! ».
    La jeune fille s’avança de toutes ses forces, et dressa un mur de lianes pour les protéger. Il ne tint toutefois pas plus de dix secondes, à peine le temps de souffler.
    « On en a affronté des batailles glauques, mais d’habitude elles sont plus équitables…
    — On va s’en sortir ma chérie t’inquiètes. » Commenta l’adolescent d’une voix étrange, comme s’il avait vraiment voulu être caricatural. Sûrement un humour dont seul lui connaissait les secrets.

    Pas sûr toutefois que cette abnégation soit nécessaire. Plusieurs coups de carabine se firent entendre. Les cibles explosèrent au contact des balles, à la grande surprise des lycéens. Ils jetèrent immédiatement un regard derrière eux. Gabriel Oswald se tenait au fond du couloir. Tous les assaillants, qui se battaient aussi entre eux, eurent un mouvement de recul par instinct de survie, dans des crissements insupportables et assourdissants.
    « Toi ? » Interrogea la brune avec le plus grand des dégoûts. Le jeune homme, les vêtements tâchés d’un sang bleuâtre, s’avançait le visage fermé, avec un grand professionnalisme. Il avait tout autour de lui une ceinture avec de nombreuses armes de poings, dont plusieurs grenades. Il en saisit une et la lança une fois encore envers les captifs, qui reculèrent derechef, quand ils n’explosèrent pas tous azimuts.

    « T’veux encore t’venger, c’est ça ?! Pesta agressivement le petit Samuel.
    — Tu n’y es pas du tout Samuel. Je suis là pour vous aider. » Déclara-t-il le plus calmement du monde. Visiblement décontenancées, plus aucune des créatures n’osaient avancer pour le moment, mais certaines se préparaient déjà à se jeter de nouveau contre les proies à quelques mètres d’eux. « Reculez-vous lentement, je connais une sortie. Je vais vous y conduire. » Rajouta l’espion.
    Un dilemme s’imposa alors au couple de la Desmose. Une vive hésitation qu’ils partagèrent d’un regard, entre un sociopathe qui avait voulu tous les tuer, et tous les dominer, et ces monstres, qui ne les voulaient visiblement que pour leur repas.
    « Désolé, mais quitte à choisir, je préfère autant me battre contre les monstres.
    — Jusqu’à en mourir ? » Interrogea Grayson, en lâchant de nouveau plusieurs tirs de fusil, et en se rapprochant d’eux. « Je ne vous veux pas de mal. J’ai vraiment agi comme un connard et je suis désolé. » Continua-t-il. « Vous m’avez laissé seul dans cette pièce, et c’est là que j’ai pris conscience de tout le mal que je pouvais faire… Mais surtout, surtout, de ce que ça faisait d’être seul. Complètement seul.
    — Tu n’es qu’un pauvre cinglé, un meurtrier, on ne veut pas de toi dans la Desmose ! Tu as souillé tous nos principes, et alors que nous avions besoin d’unité, tu nous as mis dans cette merde. Dégage, ou je vais te régler ton compte moi-même !
    — Hé, hé, Flora, calme s’te plaît. » Intervint soudain le frère Parsons.

    « Ouais, hé, concernant Gaby, ché pas non plus s’il est réglo, mais c’est la seule issue qu’on ait pour le coup, et on ne va pas le laisser faire cette fois. J’vais le surveiller, promis. Toute façon y’a des trucs vraiment chelous dans son histoire et j’compte bien tirer ça au clair presto dès qu’on sera sortis de là. ». Sans sourciller, l’intéressé se contenta, à ses côtés, de l’observer caresser le ventre de sa sœur, non sans qu’il ressente une forme de dégoût intérieur qu’il s’efforça de cacher pour cette relation des plus malsaines.
    « Laissez-moi vous prouver que je dis la vérité. Si on sort d’ici indemne, vous devrez bien reconnaître que je ne vous ai pas mentis. Je ne prétends pas avoir changé, mais objectivement vous devez bien reconnaître la valeur dont j’ai fait preuve pour me sortir de la situation inhumaine dans laquelle vous m’avez laissé d’une part, et pour vouloir encore vous aider maintenant.
    — On verra. » Trancha alors fermement l’adolescente. « Partons d’ici, allez, dépêchons, je ne veux plus rester là. » Fit-elle en désignant du doigt les démons qui guettaient la moindre occasion pour contre-attaquer.
    Le groupe prit alors la peine de reculer avec toute la prudence nécessaire. Le cortège végétal d’Anselm, qui la soignait depuis tout-à-l’heure, commençait de plus à lui permettre d’esquisser de petits mouvements.

    Tout semblait donc être sur la voie de l’amélioration, malgré une méfiance intacte. Une myriade de questions se précipitait dans l’esprit des Desmose-guerriers, à commencer sur la manière dont Oswald avait pu connaître la sortie du donjon. À y réfléchir, Samuel trouvait cela fascinant et remarquable. L’abnégation avec laquelle cet homme venu d’ailleurs avait pu s’extirper de sa cellule, en tuant vraisemblablement le Kindestod forçait le respect, et il n’avait derrière aucune crainte qu’il ne trahisse par derrière. Cela semblait presque le satisfaire, parce que, du moins selon son amie, mieux valait-il l’avoir comme ami que comme ennemi, et son efficacité, pour le coup, n’était plus à prouver.
    Sur le trajet, en contraste beaucoup plus calme, mais ponctué de quelques assauts promptement repoussés, ce fut l’occasion d’étaler certaines inquiétudes alors même que la cheffe du groupe retrouvait de plus en plus ses esprits, et les accompagnait maintenant pleinement dans ce périple où les dédales de couloirs se succédaient sans logique apparente.

    « Mais, je ne comprends pas Gabriel. Comment as-tu trouvé toutes ces armes ? » L’interpellé, qui ouvrait la file, le visage impassible, s’arrêta subitement. Il se tourna brusquement, provoquant un mouvement de recul du blond et de la brune.
    « Il y avait des gardes endormis devant ma cellule. Je leur ai simplement volé leurs armes. » Levant son fusil à pompe, il désigna la porte au fond du corridor. « La sortie des cachots se trouve juste derrière moi. Posez-moi toutes les questions que vous voulez, qu’on en finisse. » Échange de regards. Ce fut la personne que l’étranger avait le plus traumatisée qui prit la parole en première. La rancœur toujours aussi vive, elle monta jusqu’à son niveau, comme si la translation ôtait la peur qu’elle avait ressentie lors de leur dernière entrevue.
    « Comment tu sais que cette porte est la sortie ?! Samuel acquiesça à la question.
    — Je l’ai trouvée il y a quelques heures. J’entendais toutefois beaucoup de bruit dans ce cachot, et j’ai relevé que la plupart des monstres ne se battaient pas entre eux, alors que vifs affrontements avaient lieu. Ce n’est pas ça qui vous est le plus bizarre, vous ? Enfin, ce n’est pas l’important. Je suis venu vous récupérer parce qu’autant je ne vous aime pas, mais… » Il serra les poings. « J’ai, j’ai vraiment besoin de vous, et j’ai mal agi. Mais je suis soulagé, qu’au final Flora tu sois vivante, peut-être que ça permettra de pardonner mon geste, comme lorsqu’Anselm s’égare ? » Répondit-il avec beaucoup de calme, et une sincère impression de contrition, laquelle toucha en plein cœur le leader de la bande.
    Dans son cortège floral, la rousse serra les poings et tenta de déglutir quelques mots.

    « Sa… Samuel… Je… Je lui fais confiance… ».

    Le franco-canadien laissa une moue pantoise transparaître. Il était difficile de savoir s’il jouait la comédie, mais en dépit de tout ce qu’il avait fait subir à cette fille, celle-ci lui renouvelait encore sa confiance. À croire qu’une pulsion masochiste l’animait, qu’elle voulait à tout prix croire qu’il y avait un fond de meilleur en lui, et c’était peut-être une occasion à saisir pour s’améliorer lui-même… ou mieux s’intégrer à ce groupe ?
    La surprise laissa place à un sourire soulagé. Soulagé, parce qu’elle ne leur avait touché mot de ce qu’il lui avait fait dans le cachot, soulagé, à la manière d’un passeport de retour dans l’équipe, du moins temporairement.

    « C’pas un chèque en blanc Gabriel Oswald. » Réagit Parsons, comme s’il avait lu dans son esprit La main de sa sœur vint entrelacer la sienne comme pour donner du poids à ce qu’il venait de dire. L’espace d’un court moment, un sentiment bizarre prit le terrien, comme celui d’une anomalie dans leur comportement ; mais il fallait dire que tout cet endroit recelait le malsain, et qu’une relation incestueuse à la Christine Boutin ne venait que parfaire le tableau. Toutefois, il ignorait l’existence des chèques à Thiercelieux.
    « Je n’ai pas promis que nous nous en étions sortis. Je ne sais pas du tout ce qui cache derrière cette porte, mais du peu que j’en ai regardé, cela mène à un autre escalier… Lequel remonte, à colimaçon, dans une salle qui a l’air vaste. Je n’ai pas pu en voir plus, mais là, il semblait y avoir des gardes. Vous savez où on est ? » Court moment de réflexion.
    « Si seulement Florent était là… » Lâcha la brune, réflexion partagée à géométrie variable par ses deux acolytes.

    Un spectre passa à vive allure à une dizaine de mètres d’eux. Cela rappela à Grayson l’urgence de la situation.
    « Je les avais oubliés eux. C’est étrange, ils ne cherchent pas à fuir, et ils ne nous attaquent pas non plus. Ne restons pas ici.
    — Et Florent … ? Lâcha difficilement Anselm.
    — Je ne l’ai pas trouvée, je ne suis pas sûr qu’il soit encore ici, mais plus vite vous serez de retour au Hall de Sécurité, plus vite vous pourrez relancer un retour vers le passé pour le ramener. » Le sociopathe se retourna derechef. « Ce qui me fait me demander, pourquoi vous n’avez pas fait cela dès le début, les Parsons ? ».
    Il y eut alors comme un moment de flottements. Le couple cherchait visiblement comment répondre, se demanda peut-être même s’il fallait répondre, mais en tout état de cause, ce ne fut pas spontanément que les premiers mots franchirent la bouche de Flora.

    « Nous avons utilisé une procédure particulière… Pour empêcher les Gardes Municipaux de prendre le contrôle du Calculateur, on s’est comme… associés à la machine. Résultat, jusqu’à ce que quelqu’un d’extérieur entre le code approprié, tout a été figé. L’avantage c’est que c’est une procédure qui se lance très rapidement, à la différence du retour dans le temps…
    — Mais toi, d’où tu sortais Flora ? Insista-t-il.
    — On t’f’fait pas confiance Gabriel. Alors arrête avec tes questions et conduis-nous d’hors. ».
    Le ton était donné, alors qu’ils étaient sur le point d’ouvrir la porte du rez-de-chaussée. Tant pis s’ils refusaient de répondre, mais cette fille… Elle avait forcément dû survivre d’une certaine façon, et c’était ce qu’il lui fallait découvrir. Autant, c’était peut-être elle, la perverse de l’histoire. Pas sexuellement, entendons-nous, mais les morts qui transcendent la mort, cela ne semble pas courir les lieux, même à Thiercelieux.
    Et puis cette histoire de procédure spéciale, cela pouvait-il être si simple ?

    L’agent de la Division de l’Espoir, la main sur la poignée, prit alors une grande inspiration. La porte s’ouvrit. Elle s’ouvrit sur un vaste sous-sol, où tout était barricadé hormis les accès à l’escalier en colimaçon, qui se profilait comme leur seul ticket de retour à la civilisation.

    ***


    Palais de Termina, Thiercelieux. Midi du dernier jour.

    Hence, Florent et Camille observaient la décoration grandiloquente de la salle du Conseil Municipal, une merveille architecturale qui faisait la fierté de la ville. Les dorures, les grandes peintures, tout se rapportait à la mythologie de Termina, dans un grand concours de dépenses publiques ayant pour seul objet d’en mettre plein la vue à l’étranger du coin. C’en était d’ailleurs presque obscène, tant cette salle recelait les beautés et les merveilles de ce monde onirique. En tous cas, c’était ce que Hämälaïnen ressentait, écrasé par la puissance du lieu.
    « Nous ne devrions pas traîner. » Indiqua Schœneck, difficilement, qui titubait quelque peu en se tenant à l’épaule de l’androgyne. « On a déjà de la chance qu’il n’y ait personne ici. » Renchérit-il, se dirigeant vers les grandes portes de marbre, aussi obséquieuses que les autres fioritures de l’endroit.

    « C’est la salle du Conseil Municipal. » S’exclama une autre voix à l’autre extrémité. Un garçon en tenue blanche-jaune-noire surgit d’un petit escalier au fond d’une porte dérobée, analogue à celle que l’oracle avait prise, et accompagné d’une jeune fille brune aux contours rose-verts, qui semblait transporter près d’elle un sarcophage végétal.
    « Florent, t’es là ! » S’exclama le blond, le visage rempli de bonheur. Gabriel Oswald parut juste derrière, le visage plus fermé, semblant un peu gêné de se retrouver face au garçon qu’il avait fait chanter sous la menace d’une arme il y a moins de quelques jours. Cela rabougrit immédiatement la relative joie qu’avait ressenti le lycéen, qui se transforma en gêne profonde lorsque le sexagénaire s’approcha de lui et passa une main dans son dos, pour lui dire :
    « Nous voici au choix que je redoutais… ».

    La sœur Parsons se positionna sur le banc des conseillers municipaux, fit disparaître les lianes qui entouraient le corps d’Anselm Dubois, qui, d’un geste faible, se leva de sorte à retrouver une position assise, respirant assez fortement maintenant qu’elle était plus ou moins soignée. Grayson se rapprocha d’elles, ne tenant pas plus que cela à croiser le regard de l’orphelin, à l’extrémité de l’assemblée.
    « Comment elle va ? Demanda-t-il, presque comme si cela l’intéressait.
    — Mieux… Merci… » Répondit l’intéressée, en essayant de soutenir le regard du jeune homme.
    Samuel, quant à lui, avait couru jusqu’à son meilleur ami, lequel sembla assez gêné. Il lui saisit les mains, et voulut visiblement le tirer contre lui.
    « On t’a récupéré, on va pouvoir rentrer maintenant, c’est trop génial ! S’exclama-t-il d’un air bêta.
    — A-attends Samuel. L’interpellé le lâcha, et se recula de quelques pas.
    — Qu’est-ce qui y’a ?
    — Tu… Enfin je veux dire… » Hämälaïnen adressa un regard à Hence, qui le regardait d’un air dur. Il tourna la tête vers Camille. Elle le regardait visiblement inquiète, avec la sincère inquiétude ressentie au cours de leur conversation sur ordinateur. Cela sembla lui donner une certaine force.

    « Tu ne veux tout de même pas que je revienne auprès de vous, avec Anselm et Gabriel dans la Desmose ?

    Parsons ne sembla pas comprendre. Flora leva la tête, visiblement interloquée.
    « Mais, Flo’, t’les connais. Y sont pas très fins, surtout Anselm, Gaby je ne sais pas. Mais Anselm c’est notre amie, elle fait des erreurs elle a juste b’soin de nous, on peut pas l’abandonner. » Les mains de son interlocuteur se mirent à le démanger. Il serra les poings.
    « Mais, Samuel. Enfin, tu étais là, tu as vu ce qu’ils m’ont fait tous les deux. Ils m’ont torturé. Juste pour savoir… Pour le Gardien.
    — Visiblement pas à tort… » Répondit-il en jetant un regard assassin à son oracle. Ce dernier sentit un frisson le parcourir, sans comprendre pourquoi, lui qui avait vu tellement de choses. Gabriel s’avança un peu.
    « Oué, euh, Florent, je suis désolé. Vraiment. On peut repartir de zéro hein… » L’intéressé exorbita ses yeux, il se recula un peu, vers les amis du Gardien, cherchant une réponse désespérée dans les pupilles de ses interlocuteurs. L’inquiétude du muet avait cru, tandis que le visage de Schœneck s’était fermé. Une incompréhension totale se lisait, dans le même temps, sur ceux de ses amis.

    « Mais, euh, vous réalisez ce que vous dites ? » Déclara-t-il en tremblant. « Vous, vous m’avez frappé et molesté. Anselm et toi. Et vous voulez que, que je passe à autre chose ? Samuel, tu as vu comment elle a pris plaisir à me massacrer, et tu veux que… ? »
    Un tremblement de terre l’interrompit. Ce tremblement leur rappelait le caractère urgent de la situation, à mesure que le vortex atteignait son apogée au soir du dernier jour. Chacun tenta de se tenir tant bien que mal, mais le plafond fit tomber quelques-uns de ses morceaux. Cela fit reculer mécaniquement le blond, tandis que le lycéen se trouvait maintenant au centre de la pièce.
    « Mais enfin Florent chacun fait des conneries ! » Intervint alors vivement Flora. « On est tous un peu cinglés dans ce groupe, mais c’est ça qui fait notre force, c’est ça qui nous rend si spécial ! Moi je t’aime Florent, tu es comme un frère pour moi, et tu vois bien où j’en suis avec mon vrai frère ! » Rajouta-t-elle pour le trait d’humour.

    Le cœur de Hämälaïnen battait la chamade. Il tenta un énième contact visuel désespéré aux amis d’Alexandre, qui restaient bien silencieux.
    « Florent, personne ne peut prendre de décision à ta place. On ne veut pas influencer là-dedans. Fais ce qui est le mieux pour toi, d’accord ? ». S’agitèrent alors les bras de l’albinos. L’interpellé ne put s’empêcher de sourire, parce qu’entendre des propos si gentils prononcés dans la bouche de quelqu’un d’aussi sec que l’oracle, par la nécessité de transcrire sa langue des signes, avait quelque chose de mignon, d’honnête et de rafraîchissant.

    « Flo’, t’es pas un traître hein ? T’vas pas planter notre amitié quand même ? T’es comme mon bro’… » La voix du Desmose-guerrier dérailla. Le sentiment de torpeur chassé une nouvelle fois par le cruel réalisme des lieux. Toujours au milieu du Conseil Municipal, son meilleur ami resta étrangement malaisé par son comportement. Il semblait d’ailleurs déchirer par la myriade de questions qu’il se posait.
    Puis les mauvais souvenirs revinrent. Il se souvint de son enfance, de comment Anselm l’avait maltraité, de comment il était en permanence rabaissé, de comment on ne lui faisait jamais confiance, et de comment, quand il avait des problèmes, tout le monde s’en fichait. Son cœur sembla alors se fermer.
    « Un traître ? » Il serra les poings encore plus, ce qui lui fit soudain extrêmement mal, mais il ne prit pas la peine de regarder. « Un traître, juste parce que je ne veux pas que des gens qui m’ont humilié restent près de moi ?! C’est moi le traître, et pas Gabriel Oswald, qui a failli tuer Flora, et pas Anselm qui m’a tiré une balle dans la tête quand j’ai voulu l’empêcher de faire une connerie ?! Moi le traître ? Encore et encore ? Juste parce que je veux me protéger ?! ».
    Des larmes perlèrent au coin de ses yeux, tandis que Samuel semblait définitivement dans l’incompréhension.

    Anselm, du peu de forces qui lui restaient, se leva alors brusquement, se tenant à la rampe des sièges de l’opposition. Elle était essoufflée, et respirait à grandes bouffées d’air. Gabriel, quant à lui, assistait à tout cela totalement impassible.
    « Je suis sûre qu’Anselm veut s’excuser… » Lâcha alors Flora, en regardant son amie, et en la soutenant pour ne pas qu’elle tombe. Celle-ci ancra ses yeux dans ceux de Florent.
    « Non… Je crois qu’il nous montre enfin sa vraie nature… J’avais raison, de ne pas lui faire confiance… » Dit-elle la voix pleine de haine. « C’est l’asocial du coin. ».
    Ce propos fit douloureusement écho à celui qu’elle se souvenait avoir prononcée quelques années auparavant, quand on lui avait suggéré d’intégrer Hämälaïnen au groupe.
    Au moins, cela permit au garçon de faire définitivement son choix, tant la blessure ranimée fut vive.

    « Laissez-moi tranquille. Je ne veux plus rester avec vous. J’ai pris ma décision. » Déclara-t-il laconiquement, la voix très calme, comme s’il essayait de se contrôler.
    « Tu m’déçois tellement… On aurait pu tout régler en famille… Réagit alors vivement Samuel. Comment ai-je pu faire confiance à un connard comme toi ?! J’pensais qu’tu nous comprenais.
    — On va t’effacer du calculateur. » Rajouta sa sœur, la voix anesthésiée, le visage euthanasié. « Tu vas tout oublier. Et on va te récupérer. ».
    Sans crier gare, elle fit apparaître une plante empoisonnée, qu’elle envoya avec des lianes contre le renégat.
    Ce fut à cet instant que Hence parut à ses côtés, et bloqua l’attaque en la déviant de sa trajectoire. Malgré le peu de forces qui lui restaient, il semblait que cela restait à son niveau.
    « Vous ne lui ferez rien du tout. » Lâcha sèchement le vieil oracle. Camille se mit à ses côtés, faisant barrage aux anciens amis de Florent pour le protéger.
    « Vous ne lui ferez plus de mal maintenant. Il a des gens sur qui compter. Vous êtes passés à côté de quelqu’un d’adorable. » Rajouta la muette ; en quelques signes.

    Une brusque sensation de chaleur s’empara alors de son cœur, et traversa ses membres. Pour la troisième fois depuis sa rencontre avec Alexandre, il se sentait protégé, il se sentait bien, il se sentait à l’aise avec quelqu’un ; apprécié à sa juste valeur. Cela lui aurait presque donné envie de pleurer, et atténua la colère qu’il ressentait en ce moment-même.
    « Non ! Je refuse ! » Parsons se prépara à lancer une nouvelle attaque, mais ce fut Dubois qui lui somma d’arrêter.
    « Ne lui prête aucune espèce d’importance… Il aura ce qu’il mérite, on doit aller au Calculateur, et vite… » Gabriel s’approcha d’elle, et la prit par la main pour la soulever.
    « Je vais t’aider. Signifia-t-il sans faire de commentaires sur ce qu’il venait de se passer.
    — Samuel… On s’en va ! »
    L’adolescent concerné tourna la tête, et s’apprêta à les rejoindre quand les portes de l’assemblée s’ouvrirent de toute leur majesté.

    Le Maire, Francis Underwood, accompagné de son valet, et du Général Kalinda, s’avancèrent encadrés par un important dispositif de sécurité. Des soldats armés, et en tenue de combat, avaient pris dans leur viseur la totalité des personnes présentes dans la pièce.
    « Navré d’interrompre votre saynète familiale, que j’ai observé avec grand intérêt, mais je crois qu’il était temps de vous rappeler où vous étiez. » Fit remarquer le bourgmestre, non sans un sourire malicieux au visage.
    « C’est la fin du monde, et vous trouvez le moyen de venir nous emmerder, Francis. Lâcha Hence Schœneck, visiblement excédé par ce rebondissement.
    — Quelle outrecuidance vous avez, M. Schœneck, de vous adresser ainsi au Maire de Thiercelieux, alors que vous êtes sans doute aussi recherché que votre élève, qui n’est toujours pas là à ce que je vois. » Il marqua une pause dans son laïus. « Regardez autour de vous. Tous les personnages de cette misérable histoire sont réunis, sauf lui. C’est quand même un comble, vous ne trouvez pas ?
    — Mais qu’est-ce que vous voulez encore, vous ? Intervint Flora de manière impromptue.
    — Dans l’absolu ? Vous tuer tous à l’exception d’Anselm Dubois pour qu’elle lance un retour vers le passé selon les conditions de la Mairie, puis vous poser des fers aux pieds pour vous faire travailler sans relâche jusqu’à ce qu’on trouve une solution pour fermer ce vortex.
    — Encore faudrait-il pour cela que vous ne soyez pas affecté par le retour vers le passé, M. Underwood. » Déclara Oswald contre toute attente. Les Desmose-guerriers s’observèrent, stupéfaits par l’information.
    « Lorsque j’ai utilisé le Calculateur, vous aviez un profil, Underwood, et il a été supprimé. C’est étrange, c’était dans les métadonnées, avec Kalinda Sharma et Antonin Dubuc. Cela fait longtemps que vous n’étiez plus dedans, à croire que vous ne l’aviez pas remarqué jusque-là, hein ? »

    Le Maire ne sembla pas spécialement désarçonné. Il garda son sourire étiré, à chaque syllabe prononcée par Grayson.
    « Vous avez une imagination débordante, M. Oswald. » Le domestique du premier magistrat de la cité se montra pourtant plus inquiet, et le Général, bien qu’impassible, adressait plusieurs regards à son supérieur comme si elle attendait une manière de réagir.
    Samuel s’était reculé jusqu’auprès de sa sœur, dans la plus grande discrétion. Si ce que le terrien disait était vrai, ils avaient une carte à jouer.

    « Comment on va s’en sortir ? » Demanda Camille avec quelques-uns de ses doigts. L’oracle ne voulut rien dire, parce qu’il était vrai qu’en l’état, leur situation paraissait critique. Leur seule assurance était de revenir dans le passé, mais il fallait pour cela qu’ils ne meurent pas, et qu’ils traitent au plus vite la question Hämälaïnen. Si seulement Alexandre était là.
    « Mais nous n’allons pas nous fatiguer plus longtemps. Dépositaire de l’autorité publique de Thiercelieux, je déclare solennellement que vous êtes en état d’arrestation. Soldats, en joue !
    « Merde… » Racla Anselm. Cette fois, c’était fini.
    « Tuez-les tous à l’exception de la fille rousse. ».

    Frappant sa canne sur le sol, le politicien aux cheveux grisonnants s’apprêtait à donner l’ordre de feu, alors qu’au centre de la pièce, quelqu’un dont le cœur battait à une vitesse impressionnante, se sentait sur le point de défaillir, ne supportant pas l’idée de mourir une nouvelle fois.
    « Feu. ».

    « Assez ! » Hurla la voix d’une telle force qu’elle assourdit les tympans de tous ceux qui l’entendirent. Les oreilles bouchées, tout le monde jeta son regard vers l’origine de ce cri. Un brun maigrelet, dont les veines ressortaient sur le visage, regardait ses mains, brûlées au troisième degré. Elles ne ressemblaient plus à rien, tandis que les premiers soldats commencèrent à tomber par terre.
    « Ce sont les pouvoirs du Gardien… » Prononça Hence Schœneck, qui semblait immunisé, au même titre que Samuel Parsons, sans doute parce qu’il maîtrisait dans sa translation les ondes sonores.
    Francis Underwood luttait de toutes ses forces pour ne pas défaillir, mais la souffrance qu’il ressentait en cet instant dépassait l’entendement. Hämälaïnen ne semblait pas pouvoir contrôler la colère qu’il était en train de déverser, persuadé que la peau craquelée de ses mains était plus importante que tout ce qui l’entourait. Coupé du monde extérieur, la folle pression de son pouvoir l’asphyxiait, et relâchait dans toute la salle du conseil, et même par-delà, un torrent d’ultrasons insupportables aux tympans.

    « C’est notre chance… » Lâcha alors le Desmose-guerrier. « Bouclier sonique ! » Un cercle concentrique protégea Anselm, Gabriel et Flora, qui se débouchèrent les oreilles en manquant de s’effondrer à terre. Il fallait partir, et vite. D’un regard entendu, Oswald attrapa la main de la rousse, et se dépêcha d’observer une fenêtre par laquelle ils pourraient s’évader. Chargeant son fusil à pompe, il tira plusieurs coups contre la vitre. Elle vola en éclat.
    Des balles partirent depuis les gardes municipaux. Certains avaient trouvé la force de tirer. Notamment ceux postés depuis l’extérieur de la salle du Conseil.
    « On est pris en étau… Constata la fille vegan.
    — Très bien… » Conclut alors le terrien. Il se tourna vers les adolescents, et s’élança en avant pour leur créer un passage. Les mercenaires à l’extérieur parurent surpris par cette offensive, et furent pour la plupart abattus. Toutefois, l’assaut se solda par plusieurs balles mortelles qui tuèrent le sociopathe sur-le-coup, dans une ultime action héroïque. Cela avait toutefois permis au groupe de prendre la fuite dans les rues de Thiercelieux, décimées par une horde de monstres et de chimères semant l’apocalypse sur la ville. C’était à eux de jouer maintenant, et ils le savaient. Ils connaissaient l’endroit par cœur, le moindre raccourci et la moindre ruelle pouvant leur permettre de rejoindre le Hall de Sécurité.

    Dans l’assemblée de la mairie, tout le monde était étendu sur le sol, à l’exception de Hence et Camille. La jeune femme, protégée par le pouvoir de l’oracle, avait survécu. Or, sur le sol, gisait les tympans perforés de toute l’équipe administrative.
    « Il a commis un massacre… Déclara alors la muette.
    — C’est relatif, certains reviendront à eux d’ici quelques minutes. Je suppose que la Desmose est sur le point de lancer un retour vers le passé. » Le sexagénaire, visiblement affaibli, s’agenouilla près de Florent, qui avait perdu connaissance.
    « Je vous trouve bien optimiste… Cela s’était passé de la même manière pour Alexandre, n’est-ce pas ?
    — Peu ou prou, oui. Un sentiment fort provoquant une réaction non maîtrisée, mais cela n’avait pas été si violent cela dit.
    Ce qui est sûr, c’est que l’on comprend mieux maintenant pourquoi Alexandre nous a demandés de veiller sur lui.
    — Oui, tu as raison Camille, mais les choses sont loin d’être si simples. Si Florent Hämälaïnen est bel et bien le Gardien, cela signifie qu’Alexandre est mort. Ce n’est pas quelque chose de facile à accepter. » L’intéressée baissa la tête. Oui, maintenant qu’elle y pensait, c’était forcément ce que cela voulait dire.
    « Je ne peux toujours pas croire qu’il soit mort. Lâcha-t-elle en agitant ses bras avec désespoir.
    — Alors tu penses que Florent n’est pas le nouveau Gardien de l’Équilibre ? Enfin, peu importe. Crois ce que tu veux, mais j’ai une responsabilité maintenant envers ce garçon. Je comprends que je dois le former, et le préparer à une toute nouvelle mission… ». Schœneck passa une main sur la tête du lycéen.

    Le monte-charge du Calculateur Quantique s’ouvrit. Il n’y avait plus qu’Anselm et Samuel à l’intérieur. Flora était elle aussi tombée au combat.
    « Tiens, il n’y a plus personne… Déclara le chef de la Desmose avec quelques difficultés.
    — Les soldats ont dû déserter leur poste avec la fin du monde. Il n’reste plus que quelques heures avant que le vortex ne fusionne avec Termina…
    — Ne perdons pas de temps, je vais débloquer le Calculateur, et lancer un retour vers le passé.
    — N’oublie pas d’effacer l’autre pédé… Lâcha le blond, plein de haine.
    — T’inquiètes pas pour ça, Samuel. Aucun risque. » Répondit son interlocutrice du tac-au-tac, pianotant sur le clavier.


    Florent convulsait, pris de tremblements. L’oracle mit sa main en évidence. Les brûlures, les écorchures et les cicatrices, tout correspondait à ce signe cruel et distinctif que possédait tous les Gardiens de l’Équilibre.
    « Au moins, nous n’avons plus à nous inquiéter des conséquences du retour dans le temps. S’il est vraiment le Gardien, il y sera immunisé. Je pense que l’espoir renaît, Camille. Nous avons l’occasion de reprendre le contrôle de la situation.
    Je ne me réjouirai pas à votre place, Hence. Alexandre avait des années d’expérience. Est-ce vraiment d’un débutant dont on a besoin pour sauver le monde ?
    — Peut-être, mais c’est tout ce que nous avons. Peut-être qu’après tout, Alexandre voulait éviter de mourir. Inéluctablement, Florent aura des choix très difficiles à faire. Il nous a déjà surpris.
    Non, pourtant, je continue de croire qu’Alexandre n’est pas mort. » L’albinos se releva, et regarda tout autour d’elle. Il n’y avait que la mort, et les hurlements de l’Apocalypse.

    Anselm finissait de taper frénétiquement les touches de son clavier. La procédure de retour dans le temps était fin prête.
    « Pour Gabriel… Il nous a sauvés. On ne devrait pas le juger trop sévèrement.
    — Reste prudente quand même, Anselm… » Fit le garçon en disparaissant après que l’informaticienne ait rompu la procédure de sécurité.
    Dans le silence de la salle de contrôles, elle se demandait comment ils allaient faire si le gouvernement connaissait leurs travaux comme Underwood l’avait prétendu.
    Le temps passait inexorablement vite, et elle n’avait pas l’impression d’avoir avancé. Elle restait au même point, rien ne changeait, et son groupe se délitait. Daniel, puis maintenant Florent, et sachant qu’elle avait failli perdre Flora, combien de temps encore la Desmose pourrait tenir ? Combien de temps encore avant qu’ils ne meurent définitivement ?


    « Si Alexandre était vivant, il nous aurait donné un signe depuis longtemps. Cela ne me réjouit pas davantage que toi, Camille, mais je me résous à croire qu’il est mort. » Conclut Hence, en se levant.

    « Retour vers le passé. ». Un orbe blanc sortit du calculateur.

    La lumière blanche transcenda le ciel violacé par le vortex, Schœneck la connaissait que trop bien.
    « Voilà. » Fit-il en désignant l’éclair. « Nous allons maintenant savoir si ce garçon venu de nulle part est le nouveau Gardien de l’Équilibre. ».

_________________
« Il ne faut jamais perdre espoir ! » Alors qu’Alexandre était sur le point de tout abandonner, une voix familière résonna au plus profond de lui-même. « C’est ce que tu dirais, n’est-ce pas ? ».
Chapitre 26, Le Héros Légendaire.
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Icer MessagePosté le: Sam 04 Fév 2017 16:49   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Bon, ok ok... J'espère qu'Underwood n'a pas vraiment été effacé, cela serait fort peu aise...

Mais bordel on s'en fou ! Avec le #PenelopeGate, c'est un tout autre Projet Renaissance qui nous intéresse...

Spoiler


Bref la prochaine fois, tu seras gentil de ne pas télescoper ton récit avec l'actualité. Car tu ne pourras jamais faire mieux que la scène politique pour les rebondissements. Mr. Green

_________________
http://i.imgur.com/028X4Mi.pnghttp://i.imgur.com/dwRODrW.pnghttp://i.imgur.com/mrzFMxc.pnghttp://download.codelyoko.fr/forum/avataricer.gifhttp://i.imgur.com/h4vVXZT.pnghttp://i.imgur.com/gDzGjSF.pnghttp://i.imgur.com/x46kNev.png

« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Silius Italicus MessagePosté le: Lun 06 Mar 2017 18:51   Sujet du message: Répondre en citant  
[Blok]


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Bonsoir cher Pikamaniaque,
Ainsi, ces trois derniers chapitres marquent la fin de l’introduction de votre récit ?

Ils marquent aussi une nette rupture dans la mesure où l’on sort du huit-clos qui régnait jusqu’alors. En effet, l’intrigue ne comprennaient que le Projet desmose et Oswald. Désormais, on compte avec l’administration municipale ainsi qu’avec l’Oracle. Le nombre de factions en titre vient donc d’être multiplié par deux. D’autant plus que le Maire domine très nettement ces chapitres, alors qu’il ne semblait être jusque-là qu’un élément de décors, tout juste bon à regarder l’apocalypse se consommer sous ses yeux, incapable de bouger. De fait, c’est la revanche du conservatisme qui se joue ici.

Même s’il ne le précise pas, le plan d’Underwood se lit en filigrane. Contrairement à une partie des membres du Projet desmose, il n’est pas bassement matérialiste. Il sait que les pouvoirs du Gardien, ainsi qu’une large partie des légendes sont vraies. Il le sait d’autant mieux que sa prison est pleine de ses légendes. À quoi s’ajoute, que le torchon brûle entre lui et le Gardien, même si les raisons de ce désaccord ne sont pas connues. Or seul le Gardien ou un miracle pourrait sauver le monde. Underwood sait que son administration ne pourra obtenir ni l’un, ni l’autre. Dès lors, il se sert du Projet Desmose pour faire sortir Gardien et Miracle hors de leur cachette. En somme il retourne à son profit la virginité politique des enfants. Évidemment l’arrivée d’Oswald, similaire à un chien dans un jeu de quille vient bouleverser ses plans. Ne serait-ce que sur la question de savoir si l’administration est toujours immunisée face aux effets mémoriels du retour vers le passé.

Que le Gardien n’ait pas voulu travailler avec la mairie, ou partager ses informations avec elle se comprends assez bien au regard des aperçus donnés du Maire. Ce dernier a visiblement trop goûté à la raison d’état ainsi que le montre son discours de vassalisation d’Oswald — scène fort réussie par ailleurs. Elle soulève néanmoins deux questions, auxquelles il est étonnant qu’Underwood n’ait pas pensé. D’ailleurs, le fait qu’Underwood ait su aussi vite et bien prendre la mesure d’Oswald est un indice sûr du fait que l’administration a eu recours à ce genre de méthode sous les ordres d’Underwood : ce n’est pas le genre de choses qui s’imaginent sans avoir été vécues. Oswald ayant été conditionné pour la survie à tout prix en situations extrêmes, il est tout à fait logique de penser que la Division de l’Espoir ne s’est pas arrêtée là : au vu de l’importance de la mission et de sa nature, placer un conditionnement l’empêchant d’abandonner sa mission et d’être retourné aurait fort bien pu lui être apposé. D’autre part, laisser une machine à tuer dans la nature après l’exécution de cette mission est assez dangereux, aussi — Oswald n’étant dans le fond qu’un outil pour ses maîtres — l’intégration d’un conditionnement le poussant au suicide après exécution des ordres est une bonne possibilité. Ces deux possibilités font d’Oswald un outil particulièrement instable.

La personnalité d’Oswald est d’ailleurs plus nette désormais, au-delà de son état de machine à tuer. Contrairement à ce qui est avancé dans la narration, il n’est pas particulièrement intelligent, et ne conceptualise pas. Bien au contraire, il ne connaît que le singulier et non le général ou l’universel. Il est redoutable parce qu’il sait ne voir que ce qui est singulier et unique chez les gens. Or, ce qui est unique se trouve le plus souvent être faille et faiblesse. Il a été formé pour utiliser leurs propres faiblesses chez les autres. Il n’est qu’un outil, non même un pistolet, mais une simple balle — en argent — faite pour transpercer, non pour choisir ou délibérer. De ce point de vue, c’est l’antithèse de l’homme politique qui doit pouvoir s’élever au-dessus de certaines contingences.

Pourquoi alors prend-il le commandement du Projet Desmose ? La réponse tient à ce qu’il a vécu, a été formé, dans un univers tribal. Sa conception de la société se réduit à la meute. Son coup d’état ne correspond jamais qu’à un défi pour monter en grade. Défi qui doit être posé, est appelé par ce qu’il perçoit comme un manque de force de la part des prétendus dominants du groupe. Sa reddition face à Underwood est celle du loup qui a perdu son combat face au chef de meute. Sous cet angle, la relation entre Oswald et Anselm s’éclaire. Anselm est l’équivalent de la louve dominante. Certes, il n’est pas possible de réduire l’organisation du Projet Desmose à celle d’une meute de loup — l’aspect reproductif et sexuel est absent — mais la dynamique est similaire. De ce point de vue l’omniprésence des mentions à la libido et à la sexualité vient renforcer ce jugement . Ce qui explique bien pourquoi Anselm est tolérée : leur arrangement ressemble à celui du couple dominant de la meute. D’ailleurs, on a bien vu qu’Oswald ne savait pas quoi faire du pouvoir une fois qu’il l’avait acquis. Il s’en est emparé parce que c’était possible, parce que lui-même n’avait pas été écrasé par les tenants du pouvoir. Mais il ne porte pas de vision ou de projet. C’est une balle, il n’a pas été éduqué à commander, ou à réfléchir de manière synthétique. Pensez, il était censé savoir d’avance tout ce qu’il était possible de connaître sur ses cibles. En fait, Oswald lorsqu’il pense par lui-même ne semble pas concevoir le monde autrement que par le filtre de la libido : sa retenue, son assouvissement, les forces qu’elle implique… Tous ses raisonnements se ramènent à cela, ou à la puissance physique.

Mais c’en est assez sur Oswald qui n’est guère intéressant en tant que tel : il se contente d’être insupportable. Florent, même avant sa récente promotion — malheur à lui — était plus attrayant. Non qu’il soit normal. En fait, mis à part l’Oracle, aucun personnage n’est réellement sain d’esprit ici. Mais il y a plus de potentiel dans Florent qu’il n’y en a chez les autres, ou qu’il l’ait déjà accompli à l’instar du Maire ou d’Oswald, ou qu’ils tendent du côté des personnages secondaires. En fait, il est étrange, au vu de la vie qu’il a eu, que Florent soit aussi intact : il aurait dû avoir été brisé depuis longtemps. Qu’il soit capable d’action et de réaction dans ces circonstances suffisait déjà à le marquer d’un sceau d’intérêt. Mais ses doutes, hésitations, revirements… le rendent plus proche, plus humain, et finalement bien supérieur en tant que personnage. Sa conversation par chat, outre qu’elle soulève des questions, est rondement menée et montre assez bien comment on peut se faire manipuler contre son gré tout en sachant pertinemment que l’on se fait manipuler.
Il reste à voir comment son changement de statut va être traité, et ce qui va en résulter pour lui, mais on peut déjà se demander si ce récit ne traite pas de la force des innocents à sa manière. C’est en tout cas un thème qui peut se coupler à celui de l’espoir. Idée qui illustre jusqu’au titre d’un de vos récits. Dès lors, il y a une ironie mordante à penser qu’Oswald vient de la Division de l’Espoir : ces gens-là n’avaient plus d’espoir, et n’ont pour l’instant qu’exportés leur désespoir.
Enfin, l’étonnement des membres du Projet Desmose en apprenant que Florent les quitte est pour le moins étrange. Ou plutôt, il fait ressortir tout ce qu’il y a de distordu et de malsain dans leur conception de l’amitié, dans la mesure où ils estimaient visiblement, du moins pour certains d’entre eux, qu’ils étaient ses amis et se comportaient avec lui en ami. À la lueur de ce qui se dit alors, une interrogation vient à l’esprit : sont-ce eux qui ont une vision malsaine de l’amitié, ou bien s’agit-il d’un élément propre à la civilisation terminienne ? La question reste ouverte, mais sa réponse, si tant est qu’elle existe, donnerait des clés de compréhension.

Dans le même ordre d’idée, les pensées de l’Oracle sont intéressantes. En effet il voit quelque chose de « sain » dans l’âme de Florent, en opposition à tout les habitants de Termina. Il redouble cette pensée en ajoutant que Florent lui paraît normal et tout les autres étranges. Or, autant on peut admettre que le sain et le malsain, surtout sous un angle moral comme ici, correspondent à des catégories universelles, autant il est difficile de le penser pour ce qui est du normal et de l’étrange. Il s’agit là de notions historicisée et historicisantes. Dès lors, comment l’Oracle peut-il formuler pareilles oppositions ? Trois solutions s’offrent aux lecteurs. Ou il s’agit d’une inconséquence de plume, ou l’Oracle a connaissance de mondes et lieux hors de Termina et peut comparer en sa défaveur, ou il fut un temps ou Termina n’était pas aussi cauchemardesque et l’Oracle a vécu en ce temps auquel il fait toujours référence. En partant de la troisième hypothèse, on peut postuler que l’apocalypse, la fin du monde est autant physique — un trou dans le ciel — que morale. Autrement dit, l’agrandissement du trou noir serait allé de pair avec la corruption progressive des habitants de Termina.

Au fait, on note des références à la figure de Jésus de Nazareth dont on peut se demander comment il se fait qu’il soit connu dans ce monde. Même si Flora a rejoint avec lui le club très select de ceux qui ont transcendé la mort.


Une question troublante vient cependant suite à la lecture de ces neufs premiers chapitres : Quid de Code Lyokô ? Certes, cela a toujours été relativement secondaire par bien des aspects chez vous. Mais ici, on est bien loin de l’univers originel avec lequel les liens son extrêmement ténu. Au point que la question de l’appartenance de ce récit à cet univers puisse se poser, nonobstant les qualités de cette histoire et de votre plume.

Pour finir, il n’y a pas grand-chose de neuf à ajouter sur votre style, si ce n’est que vous avez parfois de mauvais choix de couple de verbes et de préposition.
Spoiler


Au plaisir de vous voir garder l’espoir de finir en 2017.
_________________
AMDG

Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.
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Pikamaniaque MessagePosté le: Mar 04 Avr 2017 18:16   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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Je suis revenu. J’imagine qu’après un mois, vous avez un peu oublié où on en était. Ce n’est pas très grave pour le chapitre 10, à la suite. Il est déjà écrit depuis mi-février, mais je voulais finir le 11 avant…

Pour répondre à Silius Italicus, que je voudrais déjà remercier pour son message, je voudrais relever la pertinence d’un grand nombre de ses remarques. Ton analyse des factions est assez juste, elles sont maintenant au nombre de trois. La Desmose, la Mairie, et le Gardien. Ces trois équipes sont animées par un but plus ou moins convergent, mais si tu remarques, on ne sait toujours pas qui est l’antagoniste de récit. Pourtant, les trois groupes en présence luttent contre cela, avec des manières et des moyens différents, mais ils le font. Toutefois, je n’ai pas trop compris à quoi fait référence la « revanche du conservatisme qui se joue ici. ».

J’aimerais louer la qualité de ton analyse du comportement d’Oswald, ainsi que des rapports entre le Gardien, le feu Gardien tout le moins, et la Mairie. Tu as particulièrement bien remarqué le fait que Gabriel n’a pas de volonté propre, et qu’il se laisse diriger par sa mission, confiée par ses maîtres. Si j’ai étudié la question de savoir si la Division de l’Espoir a installé quelque chose pour que le garçon ne se retourne et ne se détourne jamais de sa mission, je voudrais toutefois porter à ta connaissance la conclusion de ma réflexion : toutes les données ont changé, absolument toutes, il n’y a plus de points communs entre le monde dans lequel il est, et la mission qu’il devait réaliser. Cette perte brutale des repères ne pouvait entraîner qu’une décompensation, dont Underwood s’est saisi, parce qu’il en est effectivement coutumier. Cependant, sache que ton idée sur le suicide est particulièrement vraie, c’est d’ailleurs abordé plusieurs fois en filigrane au début de la fiction.
Oswald se dit qu’ici, la vie a l’air plus simple, parce qu’elle a moins de sens, mais cela finit vite par l’effrayer, la liberté.
Ton paragraphe 3 et 4 est donc vrai sur toute la ligne. Ce n’est ni plus ni moins qu’un animal dressé.

Ce que tu dis sur Florent est aussi tout-à-fait logique. La question finale de ce paragraphe m’interpelle beaucoup. Je pense que tout prendra sens bientôt. Le début s’est bien mis en place, les bases se sont installées. On va rentrer dans le cœur du récit dès à présent. Il y a beaucoup de questions que tu poses sur lesquelles je ne peux pas répondre, ou qui ont l’air illogique. Je répondrai à toutes, parce que j’y ai réfléchi en amont – ou j’ai compris que c’était nécessaire. Vraiment, il y aura des réponses, logiques et implacables selon moi, mais elles ne prendront sens qu’une fois que vous comprendrez, avant ou en même temps que la narration, tout ce qui se passe à Termina.

À ce stade, le lecteur averti peut trouver les tenants et aboutissants de la fiction, surtout avec le chapitre 10.

Sur Hence, par exemple, il serait faux de penser qu’il incarne la philosophie thiercelloise. À lui seul, et en quelques sortes, tu verras sous bien des aspects qu’il ne permet pas de comprendre ce qui se passe, et que tu as encore bien trop peu d’informations pour en juger.
Je veux te confirmer une chose : je n’ai fait aucune maladresse de plume dans ces moments de la narration.

Vous saurez un jour que la narration est en focalisation interne-externe. Tout prendra sens. Je vous demande d’attendre pour le moment sur ces points.
Par rapport à ta question sur Code Lyokô, je la comprends. Cette fiction, sur bien des points, n’a plus aucun rapport avec Code Lyokô. Elle a un rapport avec Bataille pour l’Espoir, qui elle-même a un rapport avec Code Lyokô. De même pour CharmingMagician.exe. Tout est lié, au final. Je ne l’ai pas mal placée.

Merci pour le relevé des fautes.

Et Icer, va mourir. Mr. Green .
_____________________________________________________________

    Chapitre 10 : Freeze



    Château de Versailles, République française. 26 avril 2058.

    « Ce sont eux, Monsieur le Président, les enfants de la Division de l’Espoir.
    — Alors le Projet Renaissance est en marche … ? J’ai eu raison de porter haut les espoirs de votre rédemption, Friedrich.
    — Monsieur le Président, à jamais je vous serai reconnaissant pour cela. Ces élèves sont formés avec le plus grand soin, comme vous pouvez le voir. ».
    Une vieille main s’approcha, pour frotter le visage de l’un d’entre-eux. Il s’appelait Gabriel Grayson.
    « Celui-ci est notre élève le plus prometteur. Ce pour quoi il ouvre la marche. M. Grayson, saluez comme il se doit le Président Heath. ». Indiqua d’une voix autoritaire l’administrateur-directeur de la Divison de l’Espoir. L’interpellé, du haut de ses six ans, releva la tête. Il avait le visage de l’enfance sans l’innocence qui allait avec. Avec déférence, il s’inclina devant Arnold Heath, le plus grand chef d’État que la France ait connue.

    Son visage était plutôt flou. Il portait une sorte de costume, un nœud papillon sobre. Un crâne dégarni, mais impossible de se rappeler ses expressions faciales. Des années plus tard, quand le Dr. Armleder quitterait ses fonctions, il lui rappellerait la chance qu’il avait eue de rencontrer le Président Heath. Pourtant, le franco-canadien ne gardait pas un souvenir transcendant de cette rencontre.
    Il fallait dire que, déjà très malade, l’ancien magistrat décéderait l’année suivante, à quatre-vingt neuf ans. Aussi diminué qu’un Bouteflika, cet homme n’en restait pas au moins aussi raciste qu’un Hortefeux. En effet, le petit garçon était au premier rang. Il avait pu entendre cette phrase, chuchotée à l’administrateur-directeur, qui serait répétée comme une anecdote pendant toutes ses années de formation : « Au moins, ce petit gars n’est pas un melon. ».

     ?

    Gabriel ouvrit les yeux avec quelques difficultés. Couché contre un sol métallique rêche et froid, le décor aseptisé du sous-sol dans lequel il se trouvait tranchait fortement avec les beautés du Palais Municipal, ou les moisissures de ses cachots. Encore un peu sonné, il se demandait bien où il pouvait être cette fois, et dans quelles désastreuses aventures il était maintenant embarqué.
    « Bonsoir Gabriel. Je me demandais quand est-ce que tu te réveillerais. » Tournant vivement la tête, l’interpellé remarqua alors le Maire Francis Underwood, confortablement assis dans un fauteuil de bureau relié à un étrange ordinateur, aux écrans dont les couleurs psychédéliques s’agitaient en un amoncellement de fenêtres de texte.
    Encore affaibli par ce mal de crâne qu’il pouvait avoir de temps à autres, le jeune homme chercha à se dresser sur ses deux jambes afin de mieux s’approprier l’espace dans lequel il se trouvait. Cherchant un point d’appui, il manqua de trébucher, et ce ne fut qu’une rampe salvatrice contigüe à une porte verrouillée qui l’en empêcha.
    « Cette étrange sensation devrait passer d’ici quelques minutes. N’essaie pas de la combattre, Gabriel. Cela finira probablement par passer… Informa le bourgmestre, les mains croisées.
    — Où… Euh… Ce n’est pas là que…
    — Ce n’est pas là que tu es censé te réveiller après un retour vers le passé, oui, je sais. Je ne sais pas non plus pourquoi tu es avec moi. » Le regard cerné du petit Grayson sembla s’emplir d’une forme d’inquiétude qu’il tentait de réprimer tant bien que mal. Où voulait en venir son nouveau patron ? Quel était cet endroit qu’il n’avait jamais vu ?

    « En temps ordinaire, je ne te divulguerai pas quoi que ce soit concernant ce que je peux penser. La grandeur a besoin de mystère, et on admire mal ce que l’on connaît bien. » Lâcha le sexagénaire, fier de lui-même. Cette phrase fit pourtant tiquer son interlocuteur, qui la connaissait bien, puisqu’il s’agissait d’une citation du Général de Gaulle. Il décida toutefois de ne pas y faire allusion.
    « Où sommes-nous… monsieur ?
    — Oui, voilà. J’en viens. Je n’en sais absolument rien, Gabriel Grayson. ».
    Le vingtenaire écarquilla les yeux, dubitatif à souhait. Il regarda partout autour de lui. Il n’y avait pas ses affaires, il ne portait que la tenue dans laquelle il était à l’aube du premier jour, qui n’avait pas foncièrement changé des autres jours dans la mesure où son apparence comptait bien peu dans ce contexte.
    « Comment ça ? Vous n’en savez rien ? Qu’est-ce que vous racontez…  ? Où est-on ? Il faut sortir d’ici.
    — Allons, allons, du calme Gabriel. » Underwood s’était levé, le visage sévère, la voix autoritaire. « Nous ne pouvons pas sortir. Cette pièce est totalement verrouillée. Regarde plutôt la porte derrière toi. » Fit-il, non sans un sourire sur sa moue.

    Oswald tourna les talons, et fit face à la porte métallique à laquelle la rampe était accrochée. Un petit voyant rouge était allumé, signifiant qu’elle était verrouillée. Il n’y avait ni poignée, ni tablette pour inscrire un code. Elle ressemblait fortement à la porte du monte-charge de l’Usine Renault, en 2003, tout en s’en différenciant par un aspect plus argenté. Posant sa main dessus, il tenta de la pousser, mais bien sûr rien ne se produisit, hormis une crampe au bras au bout d’une bonne minute d’essai. Dépité, le garçon bifurqua derechef, se retrouvant nez-à-nez avec l’autre personne présente à ses côtés.
    « Qu’est-ce que c’est qui se passe ? Interrogea-t-il au vieil homme en face de lui.
    — Comme je te l’ai dit, je n’en sais rien. Ce n’est toutefois pas la première fois que je me retrouve dans cet endroit. » Il se retourna, et se replaça au poste de contrôle.
    « Je ne sais pas pourquoi je suis là, mais je sais être dans les sous-sols de la tour d’astronomie. Quant à cette pièce, je ne sais vraiment pas ce que c’est. Toutefois, une chose est sûre Gabriel. » Il tourna sa tête vers lui, le visage grave et solennel. Leurs yeux s’entrecroisèrent.

    « À l’heure où je te parle, nous ne sommes pas à l’aube du premier jour. Il est 4h26 du matin, dans la salle que cette ordinateur nomme, la salle de l’hypercalculateur. ».
    Le franco-canadien écarquilla les yeux, et commença à se rapprocher lentement de l’écran d’ordinateur. Plusieurs clics suffirent à afficher une ribambelle de dossiers, dans lesquels des fichiers textes affichaient une barre de scroll sans fins.
    « Nul besoin d’être immunisé au retour dans le temps, Gabriel Grayson, quand tu as accès à toute la base de données de Thiercelieux. Du journal de Florent Hämälaïnen, à toutes les caractéristiques de ce qu’on y trouve. Comprends-tu ce que cela signifie ? 
    — Vous n’avez jamais été immunisé au retour dans le temps. Vous voulez dire, que vous n’avez de souvenirs de moi que les quelques minutes que nous venons de passer ensemble ? » Lui dit-il, comme un coup au cœur.
    Le maire se retourna, assez serein.
    « Non, mieux que cela Monsieur Grayson. Je ne suis plus immunisé à ce retour vers le passé depuis que tu es arrivé à Thiercelieux. Se servir d’Alexandre Schwartz à bon dos, vraiment, mais ce n’est pas lui le responsable, c’est toi. Alors, je trouve, que c’est tout en ironie tragique que tu trouves face à moi, maintenant, et à cet endroit. À croire que tu es l’anomalie de ce lieu, parce que, Gabriel, jusqu’à encore trois jours, il n’existait rien de toi au sein de cette base de données. ». Le bourgmestre hacha ses mots, avec une forme d’agressivité et de violence. L’intéressé commença à se reculer, visiblement perturbé.

    « Pas bouger. » Ordonna fermement son maître. Gabriel se figea immédiatement.
    « Crois-tu que je sois en colère ? Tu ne dois pas avoir peur Gabriel, ce n’est pas moi l’anomalie, c’est toi. » Le vieil homme tourna sa tête vers l’écran, et désigna un dossier qui portait son nom. À l’intérieur, se trouvait la quasi-totalité des données que Gabriel avait ramenées avec lui.
    « Ces… Ces données n’ont pas pu arriver là. Lâcha le concerné, penaud.
    — Et pourtant, tout y est, à l’exception de ce que les Gardes Impériaux avaient récupéré lors de l’offensive du hall de sécurité.
    — Mes données sont restées là-bas sans surveillances, c’est quelqu’un qui les a prises.
    — Oui, bon, peut-être, aucune donnée n’apparaît à ce sujet dans cet ordinateur quantique. Là n’est pas l’important, tu vois. Tu avais omis de me parler beaucoup de choses de ta vie. » Son interlocuteur serra les dents, et se mordit les lèvres.
    « Il n’y a rien de spécial à raconter, cette période est vieille, c’était il y a longtemps. 
    — Je ne suis absolument pas d’accord avec toi. J’ai besoin de savoir, Gabriel. Notamment à cause de ceci, approche. » Le somma-t-il.

    Une fois à son niveau, Underwood balaya de sa main ridée les différents fichiers de sorte à revenir au bureau de l’interface. Le fond était noir, et simple. Toutefois, hormis le dossier “BDD“, il y avait un programme qui attira son attention.
    « Oui, c’est bien de celui-ci que je voulais parler. Gabriel, qu’est-ce que CharmingMagician.exe ? ».

    ***


    Bâtiment Margery Hensley, Division de l’Espoir. République d’Irlande. 28 décembre 2064.

    « Il fait tout noir ici. Je ne vois plus rien. Pour éviter de devenir fou, j’essaie de dormir autant que possible, mais cela commence à faire trop longtemps. Je sais que c’est un examen, mais je suis en train de craquer. Je ne supporterai pas que cela dure une journée de plus, ou une semaine ? Je n’ai plus la notion du temps, et je suis encore surpris de la lucidité qu’il me reste. Comment c’est passible ? J’ai tout froid.
    Je veux sortir d’ici. Ça pue. Il n’y a pas de toilettes. Il n’y a quasiment pas de nourritures. Je veux sortir. Laissez-moi sortir.
    Je ne sais plus ce qu’ils ont dit… C’était il y a si longtemps. J’avais fini quatrième du classement général de la Division. Ils m’ont enfermé dans le trou. C’était l’examen final du pallier 2. Le pallier 1, je ne sais plus pour quoi c’était. Je ne me souviens plus de mon âge.
    Gabriel Grayson, je m’appelle comme cela. J’ai treize ans maintenant. Je fais des cauchemars, j’ai des hallucinations. Je ne vois plus rien, la lumière m’éblouit… Quand j’y pense, le soleil, il est comment ?

    Quelques heures plus tard, ou quelques jours plus tard, la trappe s’est ouverte. J’en ai été sorti par des monsieurs en combinaison noires. Je tremblais, je ne voyais plus rien, j’étais totalement aveugle. Cela faisait…
    « Cent jours. Mes félicitations Gabriel. Tu as bien tenu. » Me dirait-on quelques heures plus tard, au moment de m’ébouriffer les cheveux, moi, le petit adolescent de la Division de l’Espoir, qui avais tenu cent jours enfermé dans une trappe de trois mètres carrés, nourris par le petit interstice de la cage.
    Quand je demandais l’intérêt d’un tel test, des années plus tard, on me dirait que c’était en prévision d’une incarcération de longue durée par le Projet Carthage, comme avait vécu Anthéa Schaeffer. Qu’il fallait que je sois prêt, pour m’évader, et pour ne pas sombrer à la folie. C’était l’examen final qui nous permettait de nous qualifier à la poursuite de nos études au sein de la Division. Sur 578 enfants, seuls 89 se qualifièrent, les autres étant morts, et traumatisés à jamais, ou les deux.

    Je me demande encore pourquoi aujourd’hui, je ne suis pas devenu fou moi-même. S’agissait-il de ce que les docteurs disaient sur moi dans mon dos ? Comme quoi j’étais un vrai sociopathe, bien plus atteint que les autres ?
    Certes, cela expliquerait beaucoup de choses, mais j’ai pourtant la sensation d’avoir été quelqu’un de profondément humain à un moment, au cours de ma petite enfance. Est-ce moi, ou eux qui m’ont changé ? Cela importe peu, parce que je suis fier de ce que je suis. » Extrait du journal privé de Gabriel Grayson, détruit par la Division de l’Espoir en 2069.

    Il s’agissait de la seule page ayant subsisté à la destruction du journal. Officiellement, la direction de la Division de l’Espoir la jugeait pleine de secret-défense, mais ce n’était pas tant cela qu’elle incarnait encore une parcelle d’humanité qui restait à cet adolescent, partie en fumée avec toutes les pages d’écriture manuscrites du document.
    En effet, si préciser « manuscrites » peut paraître surprenant, c’est que dans les années 2060, très peu de personnes savent encore écrire à la main, conjoncture économique oblige, choc de simplification aussi.

    Dans le bureau du Directeur, la semaine suivante, Gabriel avait reçu son classement. Troisième. Qualifié pour passer à l’étape supérieure, le garçon avait maintenant toutes les cartes à main pour continuer le programme onusien avec toute la légitimité de son statut, ainsi que les privilèges de sa mention excellence, tant sur les aptitudes physiques qu’intellectuelles.
    « La Division de l’Espoir entend promouvoir le mérite. » Commença la voix âgée du Dr. Armleder, qui dirigeait l’institution depuis quinze ans. « Gabriel, tu fais partie de nos meilleurs étudiants. Il est normal que tu aies des récompenses supplémentaires avec les deux personnes qui ont fait mieux que toi, et qui t’ont surpassé. » Insista le préhistorique directeur allemand. Il désigna alors sur un coin de la table, un paquet rouge, qu’il invita l’adolescent à prendre. Ce dernier, encore un peu éprouva par sa semaine, l’attrapa avec une certaine timidité.

    Il n’était pas bien gros, et lorsqu’il fut ouvert, il fut surpris de constater qu’il s’agissait d’une Nintendo 64k. Un bijou technique, dont il avait souvent entendu parler, mais qu’il n’avait jamais pu approcher au Pensionnat. Il aurait bien ressenti, par le passé, une joie intense comme le veut la coutume de sa fougueuse jeunesse, mais c’était une maturité plus sombre qui l’habitait depuis son expérience dans la trappe. Il resta très sobre, et se contenta d’un remerciement à peine audible, gardant l’objet près de lui.
    « Comme tu le sais, l’anéantissement du Japon tout entier a provoqué des pertes terribles pour l’humanité. L’une d’entre-elle, le siège de Nintendo, a motivé les franchises étrangères à se reconstituer sous la bannière de Nintendo AE, et de sortir une nouvelle console que nos services ont financé, dans l’esprit de l’ancienne et de la mentalité de la firme à la fin des années 1990. À l’intérieur, tu trouveras un jeu, le seul jeu auquel tu pourras jouer. Il t’entraînera à ta mission, il te fera comprendre les ficelles du monde virtuel et de l’endroit dans lequel tu t’apprêtes à aller. Les développeurs ont prévu de nombreux scénarios, et nos informaticiens les ont encore mieux adaptés, pour allier détente et travail. » Terminant son laïus, le franco-canadien resta muet, ne sachant pas ce qu’il était le plus judicieux de dire. Friedrich Armleder avait la réputation d’être un colosse du Projet Renaissance, en étant le seul à avoir jamais rencontré les Lyokô-Guerriers, à avoir fréquenté Hussinger, Heath et d’autres noms plus emblématiques et plus sacralisés les uns que les autres. Mais, au-delà de cela, le germain avait aussi la réputation d’être un homme d’une dureté incroyable, qui ne pardonnait ni écart, ni insubordination des pensionnaires envers lui.
    « Allez, file maintenant. » Rajouta-t-il alors, face au silence, sur un ton infantilisant.

    Grayson s’inclina, et se retourna pour partir. Avant de franchir la porte, il osa toutefois une question, qui lui était venue au dernier moment.
    « Monsieur le Directeur, quel est le nom de ce jeu exactement ?
    — Charming Magician. Alors, pour tout te dire, le gouvernement français a menacé de se retirer du projet si nous ne francisions pas le nom, mais nous n’avons pas cédé face à cette rodomontade de Frexit, ils en ont besoin eux aussi. » Un peu gêné, Gabriel lâcha un rire forcé. Il parlait couramment français, anglais et allemand, alors cela lui importait peu. Il remercia de nouveau le Directeur, et sortit du bureau en refermant la porte, sa nouvelle console sous le bras.
    Avec le recul, il se demandait pourquoi “Charming Magician“. Il ne voyait pas beaucoup le lien tout ce qui s’était passé ces dernières années.
    Peu lui importait, de toute manière, il devait s’assurer de maintenir son classement au plus haut.

    ***


    Siège de l’hypercalculateur, Thiercelieux. 

    « Ils t’ont laissé cent jours dans cette trappe, dans le noir. Répéta Francis Underwood, à la fois fasciné et horrifié par ce que le garçon lui avait raconté.
    — Oui, enfin, ce n’est pas très grave. Cela m’a endurci. Ils ne l’ont pas fait pour que j’aille mal, pour me briser, ils l’ont fait pour que je sois un battant, un gagnant. » Le Maire se leva dans son fauteuil, toujours très intrigué par tout ce que le jeune homme lui disait. La Division de l’Espoir, ces noms, tout cet héritage qu’il portait en lui, comme un chemin de croix, et qui lui était totalement inconnu. Il venait bel et bien d’une autre réalité, d’un autre monde, comme il l’avait dit. La “France“ ? “Arnold Heath“ ? Qu’est-ce que ces noms pouvaient bien signifier ? Il en avait appris beaucoup en lisant toutes les données qui lui appartenaient, mais il n’avait pas eu le temps d’en parcourir la moitié, que déjà maintenant l’horloge affichait 5h du matin.

    « Cette histoire m’a perturbé, parce qu’en définitive, les gens que tu as côtoyé ne sont pas si différents de moi. Raison pour laquelle je suis content de t’avoir trouvé, Gabriel. » Il avança jusque derrière les écrans d’ordinateur. Un gros caisson métallique empêchait de faire le tour de la pièce comme un cercle, et le découpait en longueur à l’image d’une aiguille de montre. Il poursuivit.
    « Ce jeu, Charming Magician, il vient de ton héritage, mais je suis persuadé qu’il était déjà là, bien avant que tu ne viennes. À la différence que, chaque fois que j’essayais de le lancer, il me disait que l’extension “TerribleFate.exe“ était manquante, et ne pouvait être lue. Ce qui est assez étrange, puisqu’apparemment, l’extension .exe était sur vos ordinateurs à vous. Il se passe des choses étranges à Thiercelieux, n’est-ce pas ? »
    Le jeune homme resta silencieux, réfléchissant plus avant à ce qu’il devait répondre. En présence des personnes qu’il estimait supérieures, Gabriel avait pris cette habitude de peser ses réponses autant qu’il le pouvait, de crainte de provoquer leurs courroux.
    « De mémoire, il n’avait rien de particulier, ce jeu. On y incarnait, au choix, un des cinq guerriers de la lumière. Ils étaient inspirés d’adolescents ayant vraiment existé, et qui ont provoqué le retour de Carthage à la civilisation. Objectivement, tout est de leur faute, mais quand je suis parti, certains penseurs de gauche tentaient de les réhabiliter. Cela m’a toujours paru dégueulasse d’excuser leurs crimes, et les voir héros d’un jeu ne m’a pas tant enchanté que cela. ».
    Le bourgmestre hocha la tête, alors qu’il s’était maintenant approché d’une trappe de deux mètres. Un loquet empêchait son ouverture.

    « Pourtant, le fait que ce jeu soit présent sur ce calculateur lui confère une certaine importance, n’est-ce pas ? C’est que, d’une manière ou d’une autre, quelqu’un à Thiercelieux a pu faire le lien, comme toi tu l’as fait, avec notre monde. En tous cas, ce jeu semble en être le dénominateur commun, à défaut d’autre chose. Tu comprends pourquoi cela m’intéresse tant, Gabriel ? 
    — Oui, Monsieur. Je le comprends bien. Toutefois, si le programme ne se lançait pas sur l’hypercalculateur, c’est que la personne qui l’a emmené et installé, n’avait pas toutes ses données. Cela signifie… - Le garçon se tut, parce qu’il comprit là où voulait en venir son patron.
    — Oui, cela signifie que le jeu est maintenant complet. » Il fit une pause. « C’est ce que cette salle a de fascinant en fait. Elle recèle de nombreux secrets, et je n’arrive pas à mettre la main dessus. Concrètement, il y a des fichiers sur chaque habitant, sur chaque lieu, qui viennent de différentes sources, et qui sont comme centralisées au sein du disque dur, pourtant cet hypercalculateur ne peut rien faire de spécial, comme s’il était…
    — En lecture seule, intervint Gabriel.
    — Oui, exactement. En lecture seule. Cela m’a amené à m’interroger. Quel est cet endroit, et quel rôle détient-il exactement ? Pourquoi puis-je accéder au journal de Florent, ou plutôt, au nouveau journal d’Anselm, alors même qu’elle ne l’enregistrera que dans quelques heures ? Est-il vraiment 5h du matin à Thiercelieux ? Rien n’est moins sûr… Et puis un jour, j’ai trouvé ça. ».
    Le bourgmestre se baissa, et tira la poignée jusqu’à lui.

    « Approche, Gabriel. ». Lui ordonna-t-il d’une voix sévère. L’intéressé le rejoignit immédiatement, et il découvrit un garçon, vêtu d’un vieux tee-shirt sale, en caleçon et sans pantalon, dont les bras étaient plein de cathéters et de crocodiles, partout sur les membres de son corps. Un casque sur sa tête l’empêchait de voir, et le rendait à la merci de quiconque ouvrait cette porte.
    « Qu’est-ce que…  Commenta le vingtenaire.
    — Je te présente Asriel. Je ne connais pas son nom de famille.
    — Que fait ce garçon là-dedans … ? Demanda Oswald, un peu mal-à-l’aise par rapport aux souvenirs que cela lui évoquait, tant dans les films d’horreurs que…
    — Je n’en sais prodigieusement rien, il a toujours été là. En revanche, ce que je sais, c’est qu’il est relié à cette machine. Tous ces cathéters font transiter des myriades de données électroniques, de matières organiques, et le recyclent en permanence en un prodigieux système de boucle. C’est, pour ainsi dire, fascinant. ».
    Déclara Francis, alors que le petit humain rampait au sol à l’extérieur de sa prison. Il était couvert de crasse. Un pied en avant, un cri bref, et subit. Tombant contre la paroi, avec les aiguilles qui lui déchiquetèrent une partie des veines, ledit Asriel se fit alors rejeter par la violence du bourgmestre.
    « Qui t’a permis de sortir d’ici ?! » Vociféra-t-il avec sévérité. Oswald se pencha pour avoir un meilleur angle d’observation, sans nécessairement réagir à cet acte de violence. Il constata par lui-même l’état de décrépitude dans lequel se trouvait la cellule de cet adolescent, et il sonda sa mémoire à la recherche d’une analogie qu’il n’arrivait plus à verbaliser.

    « Mais oui. » Chuchota-t-il alors. « C’est le même système que pour le Canon Polynice de la Grande Arche. » Déclara-t-il en se relevant.
    « La Grande Arche ? Mais qu’est-ce que ? De quoi parles-tu ? Explique-toi.
    — Vous n’avez rien lu au sujet de la Grande Arche dans l’ordinateur ? ».
    Face à la moue d’Underwood, Gabriel comprit que non. Il tourna alors les talons pour se précipiter vers le poste de contrôle. Ouvrant plusieurs dossiers, il chercha en vain sa fiche au sujet de la Colonie de l’Espace.
    « Je ne comprends pas, j’étais absolument certain d’avoir des données là-dessus.
    — Gabriel, qu’est-ce que la Grande Arche ? Réponds-moi. » Le franco-canadien se retourna vivement, cherchant à rassembler les morceaux dans sa tête.
    « Une colonie spatiale, une espèce de base militaire en orbite autour de la terre, comme un satellite. Elle possédait un canon, le canon Polynice, qui était alimenté en matière organique… À la place de cet enfant trouvait un autre adolescent, appelé Léopold Le Couls. J’avais tout un dossier à ce sujet, je devais m’y rendre après mon arrivée sur terre dans les années 1990. » L’agent de la division de l’Espoir affichait une nervosité palpable quant à la disparition de ce document.
    « Cela signifie donc que quelqu’un a supprimé ce fichier. – Fit remarquer le maire.
    — Oui. À l’époque, l’armée française avait récupéré dans une base du Projet Carthage, dans les Alpes, les plans du Projet Grande Arche. Le problème, c’est qu’elle a implosé alors qu’elle menaçait de rentrer en impact avec la terre. Elle contenait une importante quantité d’énergie radioactive qui aurait sans doute provoqué l’extinction de l’humanité.
    — Au lieu de cela, elle a provoqué, là d’où tu viens, deux milliards de morts et a contaminé durablement l’atmosphère. Je me souviens d’avoir lu cela sur ta… Terre.
    — Oui, et nous n’avons jamais pu l’explorer, nous n’avons jamais pu comprendre comment une technologie aussi avancée était restée inconnue aux yeux des agences spatiales jusqu’au dernier moment.
    — Et aujourd’hui, dans un autre monde, et visiblement un autre univers, un système analogue dont tu possédais tous les plans disparaît de tes disques durs, qui, au demeurant, ne sont plus présents que dans cette machine. ».
    Le sociopathe se racla la gorge. Allait-il récupérer ses affaires là où il les avait laissés lors de la précédente séquence ? Plus encore, quel était cette atmosphère pourrie qui planait dans l’air ? Francis Underwood lui-même semblait inquiet.
    « Cela signifie qu’il existe un lien entre ce Canon Polynice et cet hypercalculateur. Cela signifie aussi que quelqu’un, sciemment, ne veut pas que nous prenions connaissance de ce lien. Cela signifie donc que ce qui s’est passé dans ton monde a des répercussions sur le nôtre.
    — Oui, monsieur. Mais, je ne vois pas…
    — Tu ne vois pas qui ça peut être ? C’est peut-être toi, au fond ? Quelqu’un qui s’instille partout, au plus proche des hautes instances, quelqu’un qui répond à une pulsion de contrôle, qui sème des indices pour se faire trouver, pour être sûr que tout suit le chemin que lui a décidé ? Peut-être que c’est toi, l’homme qui vient d’ailleurs, à qui nous devons tous ces malheurs ? Après tout, le seul point commun qui existent avec toutes ces choses bizarres… c’est toi, Gabriel Grayson. »
    Le bourgmestre, tout au long de son laïus, s’était rapproché avec une inimité, et une froideur qu’il ne laissait paraître que rarement. À nouveau, Oswald était complètement intimidé.

    « N-Non… Mon… Monsieur, je vous assure. » Bégaya-t-il avec grandes difficultés.
    « Oui, en effet. Tu es bien trop faible. Et de toute façon, tu n’étais pas né à cette époque. Si tant est que tu dises la vérité. » Conclut-il alors sur le moment de frayeur qu’il venait de lui faire, la voix plus bienveillante.
    « Bien que cela puisse être vous. » Le politique écarquilla le regard, interdit. « Vous en savez bien plus que vous ne le dites, M. Underwood. - Un sourire carnassier se dessina sur le visage de son patron.
    — Oh, Gabriel, j’aimerais tellement que ce soit vrai. Et ça l’est peut-être, il n’y a que toi qui peux le décider. Tu as juste raison sur un point, je ne veux pas plus que tout au monde fermer le vortex de Termina. Pour la même raison que je t’ai demandé de rester auprès du groupe de la Desmose, et d’avoir leur confiance, c’est que je réfléchis à un moyen plus définitif de nous sortir de là, Kalinda Sharma, mon valet Antonin, toi et moi, et je pense que cette machine est une partie de la solution, autant qu’elle est une partie du problème. ». Le maire se retourna vers l’imposant hypercalculateur. Il marcha de nouveau vers la cage dans laquelle Asriel servait de pile humaine. Le garçon n’osait plus sortir, et il semblait tétanisé à l’idée de se reprendre un coup. Suivi par le franco-canadien, qui restait sur ses gardes, ils s’échangèrent un regard de mutuelle confiance, au moins pour Gabriel.

    « Ce que je trouve fascinant dans ces machines, c’est qu’il ne leur suffit que d’un humain pour s’alimenter.
    — Enfin, que racontes-tu Gabriel ? Tu ne penses pas que cette misérable créature suffit à faire tourner ce truc ? Tu n’as toujours pas compris pourquoi les monstres des cachots ne pouvaient pas en sortir, même hors de leur cellule ? Tu n’as pas compris que toute leur énergie négative, tout leur flux vital, leur immortalité, leurs pouvoirs, est drainée par cette machine de sorte que celui-ci ne s’arrête jamais de tourner ? » Grayson se montra extrêmement surpris par cette remarque.
    « Mais, non. Dans le Canon Polynice, seul Léopold Le Couls avait servi à alimenter la Grande Arche. » Le bourgmestre se retourna alors vers la machine infernale, un sursaut d’admiration à son vieux cœur.
    « Cela ne peut signifier qu’une chose ; cette machine est bien plus puissante que tout ce que l’on imagine.
    — En même temps, vous l’avez nommée hypercalculateur. Fit objecter le garçon.
    — C’est vrai, mais j’avoue ne plus me souvenir pourquoi. ».
    Des sanglots les sortirent de leur complicité. Le petit Asriel levait sa main en quête d’une possible action salvatrice qui le sortirait de ses souffrances.

    « Il y a cru, lui. » Commenta Underwood, amusé, en refermant le couvercle. Plusieurs coups frappèrent, désespérés.
    « Nous devrions essayer de lancer CharmingMagician.exe, monsieur. Il est possible que le jeu fonctionne dorénavant. ».
    Le sexagénaire parut réfléchir. « J’en doute, mais nous ne perdons rien à essayer. L’aube du premier jour va bientôt se lever, et au moins, on ne pourra pas dire que nous n’avons rien fait. ».
    Là-dessus, il désigna le fauteuil du poste de contrôle.

    ***


    Berlin, République Fédérale Allemande. 8 mai 2068.

    « Aujourd’hui, en ce jour ensoleillé, prudence à ne pas sortir entre 18 et 21h, où le taux de radioactivité atteindra 5 grays dans le länder de la Bavière et de la Saxe. Confinement absolu dans le länder de Mecklenbourg et de Poméranie occidentale où le taux de radioactivité atteindra 10 grays, là il conviendra de rester confiné chez vous jusqu’au 14 mai. Dans le reste de l’Allemagne, il y aura entre 1 et 3 Grays, de Brandebourg à la Westphalie… Et n’oubliez pas que les précipitations prévues à Hambourg sont extrêmement radioactives — jusqu’à 27 Grays ! — Prudence absolue, ne sortez pas de chez vous, et en cas de manque de vivres, ou d’exposition à un SIA, contactez immédiatement le 112, numéro d’urgence européen…  ».

    Gabriel Oswald regardait la bière de Friedrich Armleder se mettre en terre paisiblement, une oreille connectée à la radio locale. La cérémonie avait été très émouvante, pour l’ancien directeur de la division de l’Espoir. Très âgé, et très vieux, sa longévité avait suscité l’admiration de tous ceux qui l’avait connu. Plus encore, c’était grâce à lui que le Projet Renaissance en était pratiquement à son terme, et au cours de cette éloge funèbre, où seuls ses plus proches collaborateurs, et les cinq meilleurs élèves de la Division de l’Espoir avaient été conviés, tout le monde enterrait avec une grande dignité et une grande prestance ce scientifique allemand. Il avait pourtant contribué à la réussite du Projet Carthage, et il avait éborgné de ses mains Léopold Le Couls en tentant de le tuer. Ce dernier ne lui avait jamais pardonné, et malgré les années, il semblait garder une forte rancœur aux grandes instances de ce monde de lui avoir pardonné à sa place.

    En fait, le président Heath, en lui accordant la grâce présidentielle, avait surtout assuré le début du Projet Renaissance, à l’image de ces scientifiques nazis devenus scientifiques dans les laboratoires américains. Une chose que l’adolescent blond aux yeux bleus n’avait pu comprendre à l’époque, méprisé d’avoir été un gamin au milieu de ce conflit, et jugé peu sérieux même lorsqu’il avait ambitionné d’être le Directeur de la Division de l’Espoir, un poste qu’il avait finalement obtenu, et qu’il n’avait tenu que quelques mois, car beaucoup trop scrupuleux de l’éthique et de la morale.
    « Le PR a ordonné qu’on ne rentre pas à Dublin pour le moment… » Tiré de sa torpeur, l’élève de la division de l’espoir tourna la tête. Il avait été surpris d’entendre une telle chose, de la part des instances directrices du Projet Renaissance. Celles-ci s’étaient éloignées, vers les voitures de la délégation onusienne.

    Cela faisait quelques temps maintenant qu’une atmosphère pourrie régnait dans les locaux de la Division de l’Espoir. Atmosphère renforcée par la disparition tragique du Dr. Armleder, lequel avait été remplacé au pied-levé, et d’une décision unilatérale de la France, par Agnès Barral.

    Allant contre le protocole, le jeune homme s’était alors rapproché de ses professeurs, qui se turent à son arrivée.
    « Un problème, M. Grayson ? Interrogea Diane Lockhart, une enseignante en physique quantique.
    — Euh, non, mais. » Le téléphone de la quadragénaire sonna. Faisant un sourire poli, elle le décrocha sans attendre, et s’éloigna de Chris Black, un autre membre du personnel que le franco-canadien avait l’habitude de côtoyer depuis sa naissance.
    « M. Black, dites-moi ce qui se passe. Cela fait plusieurs jours qu’un important cortège militaire est tout autour de nous, et on ne peut plus rentrer à Dublin ? » Exprima avec inquiétude l’adolescent, qui n’avait encore que dix-sept ans. Il profitait de l’absence du professeur Lockhart, connue pour sa grande rigidité, alors qu’il avait toujours eu une forte complicité avec Chris Black, modeste enseignant en éducation physique et sportive, pourtant membre du conseil d’administration du Projet Renaissance.
    « Tout est sous contrôle. Ne t’inquiètes pas. - Fit-il en sortant de sa poche une aspirine, ses maux de tête allant croissant ces dernières semaines.
    — S’il vous plaît, ne me mentez pas. Vous dites que Friedrich Armleder est décédé d’une mort naturelle, mais il a été empoisonné. Il développait un traitement transhumaniste afin de dépasser la mort, comment aurait-il pu mourir ? Et puis il y a de nombreuses disparitions sur le campus, je le sais, on le sait tous. » Face à l’insistance du pensionnaire, Black se sentit démuni. Il saisit le bras, et s’agenouilla à son niveau, parce qu’il était quelqu’un de grande taille, et que la plupart des autres atteignaient difficilement ne serait-ce que son buste.

    « Gabriel, écoute-moi. On ne peut rien te dire, mais je t’assure que tout est sous contrôle. Tu le sais, le Projet Renaissance excite des tarés en tous genres, des revanchards qui ont peur que nous détruisions l’humanité, mais aussi des élèves, qui, comme toi, se formaient à Dublin, mais n’ont pas été retenus et qui veulent maintenant se venger. Ces terroristes, ils se sont regroupés sous le même bandeau, celui de Groupe GENESIS… Il faut être extrêmement prudent, parce que ce qu’ils veulent, c’est vous, et sans vous, tout notre Projet s’effondre. Tu comprends ? »
    Les petites confidences de Chris Black avaient rythmé toute la vie de Gabriel. Depuis qu’il était enfant, à chaque opération médicale pour développer ses capacités, à chaque doute qu’il pouvait avoir sur ce qu’il était, ce professeur était à la fois son confident et son meilleur allié, il en avait la conviction.

    Ce qu’il ne savait pas en revanche, c’était qu’il s’agissait là, pour l’enseignant, de sa véritable mission. Psychiatre de formation, le parangon de vertu Chris Black entretenait cette relation avec la quasi-totalité des agents en formation, et il en rapportait chaque information, chaque ragot, chaque inimité, chaque amitié, chaque amour, chaque débauche et chaque joie aux instances de la direction, de sorte à garder un contrôle encore plus absolu sur chaque pensionnaire. Il était les yeux et les oreilles du Projet Renaissance.
    Oswald ne l’apprit que lorsqu’il fut désigné comme le dernier espoir de l’humanité. Cela acheva de détruire la petite parcelle d’émotion qui restait encore au fond de son cœur.

    C’était réservé aux faibles.

    ***


    Siège de l’hypercalculateur, Thiercelieux. 

    Citation:
    CharmingMagician.exe® est un jeu vidéo développé par Palamède Corp. ©, et ses développeurs Friedrich Armleder, directeur exécutif du projet, Joséphine Buisson, Taelia Rose, Diane Lockhart, Chris Black, Léopold Le Couls, et le Groupe GÉNÉSIS. En coopération avec Nintendo America-Europe (à la mémoire de Nintendo Japon) et Square Enix.
    Les droits d’exploitation sont uniquement réservés aux enfants de la Division de l’Espoir.
    Projet Secret Défense. Toute reproduction, divulgation, utilisation en-dehors des cadres légaux est formellement interdite, et fera l’objet de poursuites engagées devant la CPI pour Haute Trahison.
    1 joueur :
    FICHIER 1er : DIMENSIO. 1 114h de jeu. Admin. Bêta-Testateur accrédité.
    FICHIER 2 : GabOswald. 311h de jeu. Élève Rang S.
    FICHIER 3 : Denys. 64h de jeu. Groupe GENESIS.

    2 joueurs :
    FICHIER 1er : Alexandre eSt Dimensio. Have fun !


    © Palamède Corp. 2064 - 2071. V.6.6.6 (Bêta). Nintendo AE, exclusif sur Nintendo 64k.
    Version NES/Nintendo 64 en préparation pour la phase d’immersion. COMPATIBLE WI-FI ET LAN/RÉSEAU.


    « C’est tout ce que je sais sur le groupe GENESIS. Je n’en avais jamais entendu parler avant. » Commenta Gabriel, à Francis Underwood, alors qu’ils venaient de lancer le jeu. Ce dernier hocha la tête, et demanda au terrien de lancer la première partie qui fonctionnerait. Malheureusement, comme auparavant, la partie de DIMENSIO refusa de s’afficher. Quant à la partie de GabOswald et de Denys, il manquait une extension ; l’extension TerribleFate.exe.
    Or, avant que le dépit ne s’éprenne d’eux, ils remarquèrent la dernière sauvegarde, portant le nom du Gardien de l’Équilibre. Cela interpella beaucoup le maire, qui se demandait pourquoi son prénom était associé à Dimensio, un être qu’il ne connaissait pas et qui pourtant, revenait par deux fois sur l’interface du jeu.
    « Qu’attends-tu, Gabriel ? Ouvre la sauvegarde.. » Somma-t-il alors à son homme de main, qui avait un très mauvais pressentiment à l’idée d’ouvrir cette partie deux joueurs. La main crispée, il double-cliqua.

    Un écran de contrôle apparut. Ce devait être une sorte de caméra de surveillance, retransmettant une image à la qualité misérable, dans une salle peu ou prou analogue à celle-ci. On pouvait y distinguer un ordinateur quantique, ainsi que des… morceaux de corps, une vision d’horreur dont le politique se serait bien passé. Au milieu de la pièce se trouvait une fine silhouette, dans une veste de marin, et des chaussures en cuir. Son visage était un peu noirci, comme si des filées de sang avaient coulé de ses narines. Il était penché à l’écran d’ordinateur, et semblait observer un grand nombre de données sur l’écran d’ordinateur.
    « Qu’est-ce que… C’est quoi ce bordel ? » Interrogea le maire. « C’est lui, Alexandre Schwartz. » Grayson tenta de zoomer, mais il était impossible de contrôler la vidéo, ou même de l’arrêter, comme s’il s’agissait d’une webcam en direct.
    « On dirait que cela se passe en direct. Ce n’est pas enregistré, ça se passe quelque part en ce moment… ».
    Leur rythme cardiaque s’emballa. Le Gardien se trouvait quelque part, dans un laboratoire qui ressemblait exactement à celui dans lequel ils étaient en ce moment même.
    « Gabriel, es-tu absolument certain que ce que nous voyons se passe au moment où nous le regardons ? Comment peux-tu en être aussi sûr ? Insista le sexagénaire, plus que jamais dubitatif.
    — Le flux de la vidéo, du peu que j’en vois, n’est pas dans le code source de CharmingMagician. De plus, je sais que ce jeu a été développé à des buts d’espionnage, il possède un programme capable de capter des flux vidéos pour les retranscrire en direct selon un encodage type. Autrement dit, cette vidéo n’est pas intégrée au programme, elle est… lue, à partir d’autres choses, mais c’est tout ce que je peux en dire… Je ne sais pas si c’est codé différemment, je me souviens juste avoir beaucoup étudié la cartouche là où j’étais.
    — Cela signifie qu’au moment où nous parlons, nous voyons Alexandre Schwartz, mais nous ne pouvons pas rentrer en contact avec lui ? ».
    Le franco-canadien hocha la tête. Il tenta plusieurs manipulations pour récupérer le lecteur du fichier, mais échoua pour des questions de permission. Serrant la souris, il resta ainsi plusieurs minutes à contempler ce garçon qui était en train de regarder les écrans, ou de tourner la tête, partout autour de lui. Il ne lui inspirait rien de spécial, dans son cœur de glaces, mais il voyait, de loin, quel sentiment de sécurité ce garçon pouvait bien inspirer.

    « J’ai essayé de parcourir toutes les données relatives au protocole du jeu. À moins de croire en l’existence d’un monde parallèle, un espace intermédiaire n’existe tout simplement pas. » Conclut froidement le vingtenaire, en se retournant vers Underwood. « Même cette vidéo ne répond pas du monde d’où je viens. Cela n’a aucun sens.
    — Cela signifie qu’il existe non seulement un monde d’où tu viens, non seulement un monde d’où je viens, mais d’autres mondes encore ? ».
    Un bruit sourd attira leur attention. La vidéo venait de se couper, sur un flash lumineux aveuglant.
    « Cet éclair blanc, c’était une explosion au plastique. » Fit le jeune homme en se levant du siège. « Ce laboratoire vient d’exploser ? » Les deux comparses fixèrent intensément l’écran, et rapprochèrent leur visage, comme pour trouver une information, quand soudain, une face déchiquetée, démembrée, sans yeux, sans dents, la mandibule arrachée et le corps couvert de cicatrices, apparut en hurlant, et en dégageant un son d’une extrême intensité aux travers les hauts parleurs de l’ordinateur.
    Surpris et choqué, Francis se recula en un hoquet de surprise, mais Gabriel ne détourna pas le regard. Il fixa intensément l’image difforme et monstrueuse qui hantait l’écran, sans ciller, et sans ressentir aucune peur. Le Projet Renaissance l’avait bien trop préparé pour cela.

    Il remarqua alors une phrase, gravée sur la peau de ce garçon qu’il ne connaissait que trop bien.
    « Jeune garçon, tu as été confronté à une terrible destinée n’est-ce pas ? » Cela le fit trembler. Un tremblement lui rappelant ce que cette mystérieuse voix lui avait dit au téléphone, au premier jour du moment où il avait franchi les portes de Thiercelieux. Ce n’était, ni la première fois, ni la deuxième fois, ni même la dernière fois qu’il la voyait, mais jamais encore elle n’avait été associée à une image d’une telle violence. Cette entité, était-elle à sa poursuite ?

    Le cri s’arrêta enfin, sur un gong sonore que le bourgmestre ne connaissant que trop bien. Deux, puis trois, puis quatre, puis cinq. Puis six.
    C’était l’aube du premier jour. Il était pile et exactement six heures du matin.

    Siège de l’Hypercalculateur, Thiercelieux. Aube du premier jour.

    Le voyant rouge sur le côté de la porte, passa au vert. Les écrans de l’hypercalculateur se verrouillèrent, et il n’était plus du tout possible d’interagir avec le matériel informatique. Un peu échaudé, le chef de l’exécutif passa une main dans ses cheveux. Il n’était pas du tout habitué à ce genre d’images violentes.

    « Voilà, on peut enfin sortir. Il y a des choses que je préférerais garder dans l’oubli, je t’avoue. Ce qui se passe dans cette ville n’a de cesse de me surprendre, et pas dans le bon sens du terme. » Il marqua une pause. « Enfin, bientôt, tout cela sera derrière nous. Retourne vite auprès de la Desmose. Nos affaires doivent continuer.
    — Mais… Tenta d’objecter le brun.
    — Pas de « mais », Gabriel. J’ai déjà tout essayé pour cet ordinateur, dès que nous serons sortis, cette salle se refermera et elle ne s’ouvrira plus. Les écrans, eux, sont tout-à-fait hors d’accès. Nous avons appris beaucoup de choses aujourd’hui — comme chaque semaine — et surtout qu’Alexandre était mort, ceci expliquant définitivement pourquoi je n’ai plus accès au retour vers le passé. Alors il ne reste plus que nous, tu comprends ce que cela veut dire ? Plus que nous. Il n’y a que nous, désormais, qui puissions nous sortir de cet endroit. Et je te jure que nous allons partir, mais à la condition que tu fasses ce que je dis. ».

_________________
« Il ne faut jamais perdre espoir ! » Alors qu’Alexandre était sur le point de tout abandonner, une voix familière résonna au plus profond de lui-même. « C’est ce que tu dirais, n’est-ce pas ? ».
Chapitre 26, Le Héros Légendaire.
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Pikamaniaque MessagePosté le: Sam 13 Mai 2017 10:56   Sujet du message: Répondre en citant  
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Un chapitre assez calme, lequel introduit le cycle final de la Première Partie de la fiction. La suite suivra rapidement. Le chapitre 12 et 13 seront publiés avant juin.

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Chapitre 11 : Un Nouvel Espoir



    Le Hall de Sécurité, Thiercelieux. Aube du premier jour.

    Tendue, Anselm écrivait à vive allure sur le clavier du Calculateur. Flora et Samuel se tenaient près d’elle, dans une attente insoutenable. Gabriel n’était pas encore arrivé, et il était déjà 6h14.
    « Bordel, mais je ne comprends rien à sa putain d’organisation pour enregistrer les journaux de la Desmose. Pesta la rousse, après une nouvelle manipulation infructueuse.
    — J’crois qu’il les rangeait pas, il les mettait p’t’être un peu n’importe où ?
    — Non, Florent était un gars organisé, il savait très bien où il mettait les choses. C’est juste que c’était son travail à lui, et on n’a pas pensé à lui demander avant de l’effacer. Comme à moi. ». Piquée au vif, le chef du groupe se retourna, le regard assassin. Qu’est-ce qu’elle sous-entendait, celle-là ?
    « Tu as quelque chose à dire quant à la décision que j’ai prise, Flora Parsons ?
    — Tu sais très bien que je trouve ça excessif de l’avoir totalement effacé. Tu crois que ça va régler quoi, quand il se réveillera ? » Objecta la jeune fille. Le blond aux yeux bleu resta silencieux, comme si ce débat ne l’intéressait pas depuis la trahison de la “veille“.
    « On va pouvoir tout reprendre de zéro avec lui maintenant. C’est le mieux, et tu le sais. ».

    Une porte coulissa, elle provenait de celle des dortoirs. Les trois amis se retournèrent alors immédiatement. Florent Hämälaïnen venait de se réveiller, et il était encore en pyjama, avec plein d’ourson sur les motifs de ses vêtements. On ne pouvait distinguer ses mains, cachées par une serviette. Ses yeux étaient fatigués, cernés, chacun des trois le trouva bien épuisé, les yeux rougis et l’air endormi. C’était que, pour la plupart, ils ne se souvenaient pas dans quels états ils se trouvaient avant d’entrer dans la boucle temporelle.
    « Ouah… Vous êtes déjà levés… » Lâcha le garçon, d’une voix un peu rauque. Il y eut comme un silence dans l’assistance, comme si la Desmose jaugeait de la meilleure manière d’agir. Fallait-il le ligoter, le liquider, qu’est-ce qu’ils allaient bien pouvoir faire de ce poids mort ?
    « Coucou Florent ! Fit alors la brune, d’une voix adorable en s’approchant de lui pour lui faire la bise. – Non, Anselm nous parlait de… » Elle eut comme un trou, ne se souvenant pas bien de ce qui se passait à la veille de l’entrée dans le premier cycle.
    « Ah ça y est ? Elle a trouvé un moyen de régler définitivement les problèmes du retour vers le passé ? » Anselm recula un peu plus son siège pour mieux lui faire face, avec un sourire crispé.
    « Non, pas encore. On y travaille. Tu devrais aller prendre ta douche, Florent, tu pues un peu.
    — Anselm, t’jours le mot pour rire. Ça va bro ? » Intervint alors Samuel en s’approchant de lui, et en lui faisant la bise à son tour. L’intéressé n’avait toutefois pas paru tant ému par les propos de son amie, il avait même franchement rigolé.
    « Ouais, tu as raison, je vais y aller. Ce serait quand même vraiment idiot de vous intoxiquer et de vous priver de votre productivité. » S’amusa l’adolescent en tournant les talons, sans remarquer le malaise de plus en plus ambiant dans l’atmosphère.

    Une fois disparu dans les limbes des dortoirs, ce fut un soupir généralisé que de constater qu’il avait totalement perdu la mémoire. On savait Hämälaïnen incapable de mentir, aussi il n’aurait été vraiment pas difficile de le voir feindre une attitude de sympathie. D’autant que, d’aussi loin que chacun se souvenait, et notamment Anselm, cela s’était bel et bien passé comme cela à l’époque, sauf qu’il avait été le premier levé et non le dernier.
    « Enfin cela dit, on va faire quoi de lui maintenant ?
    — Cela veut dire qu’on a une nouvelle chance de reconstituer notre groupe. D’être soudé, comme avant. Il suffit juste de bien jouer la comédie, et puis Florent est un gars sympa. C’est toute cette boucle qui l’a changée, mais à l’époque il était clairement fiable. – Plaida Flora, qui ne se résolvait pas à retirer sa confiance au brun.
    — Oué, chuis d’accord. » Rajouta Samuel. Maintenant qu’elle représentait une minorité, Dubois consentit à leur laisser le bénéfice du doute. Vrai qu’il valait mieux être quatre que trois, d’autant qu’il restait encore le cas Oswald à régler.

    Une dizaine de minutes s’écoulèrent, pendant lesquelles la scientifique chercha désespérément les fichiers des journaux de Florent, afin de constituer celui du cycle écoulé. Sachant qu’elle ne s’en était jamais occupée, il s’agissait maintenant d’un des secrets les mieux gardés de la mémoire morte de leur ami. Cela la désespéra un peu, alors elle se décida à ouvrir un fichier audio, pour se saisir elle-même de la question.

    « Euh… Ceci est le journal de la Desmose. Du cycle numéro… Peu importe. Résumons. Le Maire a tenté de nous piéger. Nous nous sommes toutefois débattus avec un démon de mon enfance, le Kindestod. Il a été éliminé par Gabriel Oswald, selon les dires de Samuel. Cela suppose que Gabriel a encore beaucoup de secrets que nous ne connaissons pas. Nous ignorons encore si nous pouvons lui faire confiance. Il s’est sacrifié pour nous permettre de rejoindre le Calculateur, et bien que cela ne veuille pas signifier une mort certaine dans cet endroit, le coefficient de doute était quand même assez important. D’ailleurs, il n’est pas encore revenu.

    Trois cycles sont déjà passés depuis son arrivée, et je sens comme une accélération des événements. Cela change beaucoup du temps où nous vivions encore et encore les mêmes événements, mais cela me fait aussi peur par rapport au délitement de notre bande. Florent a eu un comportement extrêmement étrange, par exemple. Il a été capable de terrasser la totalité du cortège de la Mairie en hurlant, comme s’il était investi de pouvoirs sous translations. Nous devons étudier cette question en priorité.

    Par ailleurs, le jeu du Maire nous inquiète. J’imagine que s’il était insensible au retour dans le temps, nous serions déjà arrêtés, mais c’est vrai que j’aurais dû savoir que ce complexe n’était pas désaffecté. Est-il vraiment crédible de laisser abandonner un super ordinateur dans une espèce d’usine désaffectée ? Sommes-nous vraiment des esclaves sous sa coupe qui travaillons comme des fourmis depuis le début ? Rien n’est moins sûr.

    Bien évidemment, nous avons encore de nombreux objectifs. Je suppose qu’il est trop tard pour Daniel, mais je serais d’avis qu’on prenne le temps de bien y réfléchir. Au final, que s’est-il passé en neuf jours ? Nous n’avons pas plus avancé pour fermer le vortex de Termina. Nous avons seulement été déconcentrés, après avoir approché le Gardien de près. Je suis convaincu qu’il reste la réponse définitive à nos problèmes.

    Fin de communication.
     ».

    La rousse pivota son fauteuil pour faire face aux Desmose-guerriers. Samuel semblait fan de son style sobre, mais il y avait dans la moue de Flora une forme de réticence.
    « Je ne suis pas d’accord avec tes objectifs, Anselm. J’y ai longuement réfléchi, avec Samuel.
    — Ah oui, et quand ça ? Répliqua-t-elle du tac au tac, ne supportant pas ce genre d’insinuations.
    — Quand nous sommes venus te sauver. » La brune marqua une pause. « Tous nos problèmes ont commencé avec Gabriel. Je pense que c’est lui plutôt que Florent que nous devrions… étudier en premier.
    — Quoi ?! Mais il en est hors de question. C’est un allié, pas un animal. – S’emporta son interlocutrice.
    — C’vrai qu’il t’a traité comme tel. Ironisa le blond.
    — Qu’en sais-tu d’abord ?! » Fit-elle en se relevant, furibonde.
    « Tes émotions influencent ton jugement, Anselm. Assomma la sœur Parsons, la voix sévère et déterminée.
    — Tu n’es pas le chef de ce groupe, Flora, alors je te prie de te conformer aux directives que j’ai décidées. ».
    Ce fut, en quelque sorte, la phrase de trop. L’adolescente tapa du pied, et s’approcha de son amie, avec une vigueur hors normes. Il y avait dans ses yeux, cette haine transpirant à chaque pore de sa peau, à en terroriser la petite Dubois. Même Samuel préféra se retirer vers les douches, afin de vérifier si tout allait bien pour Florent — cela faisait déjà quarante minutes maintenant.

    « Gabriel Oswald m’a décapité, espèce de bouffonne. Et tout ça, c’est de ta faute. Tes plans successifs sont des échecs pathétiques, et j’ai failli en mourir, pour te sauver, et pour avoir voulu aider notre ami Florent. » Elle posa sa main contre la sienne, et la serra vivement, jusqu’à l’écraser. Les yeux de la scientifique se mirent à briller. « Alors non, Anselm Dubois, je me fous de tes directives. Tu m’as privé à tout jamais de plus d’un an d’amitié avec Florent par ta simple crise vengeresse, tout ça en profitant de mon absence, et j’imagine bien comment tu as dû castrer Samuel quand tu as décidé de faire ça, si seulement tu l’as prévenu. Donc non, poufiasse, on ne va pas t’écouter. On va faire comme moi j’ai décidé, pour une fois, t’as compris ?! ».
    L’informaticienne lâcha au bout d’un moment un cri de douleur, ce qui fit reculer la sœur Parsons immédiatement. Elle ne présenta aucunement ses excuses, sachant à quel point elle venait déjà de briser l’égo de son amie, ce pour quoi elle ne semblait pas culpabiliser.
    « Tu crois vraiment que j’ai forcé ton cher frère à faire quoi que ce soit ? » Eut sa comparse pour seule réponse, la voix froide et tout aussi sèche. Comme un hérisson, c’était sa manière piquante de se protéger quand quelque chose la heurtait, alors même qu’elle avait évoqué juste avant, la crainte de voir la Desmose se décomposer.

    « Les filles, arrêtez ça. » Interrompit alors une voix plus grave, depuis les dortoirs. Samuel se trouvait dans le petit interstice, le visage plus que livide. « Florent nous a roulés, il s’est enfui. ».
    Les Desmose-guerriers s’échangèrent un regard pantois.
    « Et comment est-ce qu’il a pu sortir ? Interrogea la rousse, visiblement incrédule à l’annonce de Parsons.
    — Euh, t’étais pas au courant qu’il y avait un accès aux ventilations dans les douches ? C’comme ça que je me suis enfui, et que Flora m’a récupéré lors de l’attaque des municipaux. » L’adolescente leur balança un regard assassin.
    « Non, je n’étais vraiment pas au courant, sinon je n’aurais jamais laissé une telle négligence se produire à l’instant. ».

    ***


    Hämälaïnen poussa un coup de pied contre la grille d’aération. Une jambe après l’autre, il s’extirpa de ce conduit exiguë, pourtant redoutablement suffisant pour s’enfuir en toute sécurité du Hall de Sécurité. Plutôt fier de lui, il n’en restait pas moins que son pyjama en nounours ne lui donnait pas un air très impressionnant, et qu’il ne devait pas trainer seul dans les rues de Thiercelieux à trois jours de l’apocalypse. Un rapide coup d’œil au ciel confirma cette pensée ; le vortex semblait toujours à son zénith, et il paraissait grossir continuellement en dépit des retours vers le passé, ce qui n’avait certes aucun sens logique, mais une profonde symbolique psychologique : il sentait maintenant le poids du monde sur ses épaules. Refermant la plaque métallique, Florent se releva énergiquement devant l’entrée du complexe de la Desmose. Ses amis comprendraient bientôt le pot-aux-roses, aussi il ne lui fallait pas traîner.

    Il allait prendre son envol, quand, au détour du croisement de l’avenue adjacente, il tomba nez-à-nez avec Gabriel Oswald. Le genre de rencontres qui n’intervenait que dans les mauvais livres, écrits par de mauvais scénaristes stéréotypés en quête d’une narration réactive. Dès lors, même si cette pensée l’apaisa, elle n’en ôta pas moins au caractère risible, malchanceux, et surtout réel de la situation.
    « Je suppose que tu allais quelque part, Florent. » Déclara placidement l’étranger. Pris au dépourvu, les joues de l’adolescent s’empourprèrent.
    « Euh, qui êtes-vous d’abord ? j’allais euh… chercher à manger.
    — Ne te fous pas de ma gueule, petit merdeux. » Un violent coup de bras, et l’ancien Desmose-guerrier tomba en arrière, atterrissant sur ses cuisses in extremis.
    « Je n’ai pas le temps Gabriel. Laisse-moi partir. Argua-t-il alors avec détermination.
    — Non mais je peux savoir pour qui tu te prends ? ».
    Cette remarque piqua l’adolescent au vif, lequel se rehaussa sur ses deux guiboles. Il assassina du regard son interlocuteur, puis le prenait volontairement de haut et chercha à le mettre mal à l’aise de la pire des manières.

    « Je me prends pour le Gardien de l’Équilibre des Forces. Je ne te permettrai plus jamais de me traiter comme tu l’as fait. Alors, dégage tout de suite. ».
    La première réaction du canadien fut de lâcher un rire franc et moqueur. « Je te trouve bien belliqueux, Florent. Alors que tu n’es pas forcément en position de force pour me résister. Et puis, le Gardien… Sérieusement ? Tu ne trouves pas cela indécent de marcher sur les plates-bandes du vrai Gardien ? ».
    La colère que provoqua cette phrase dans la poitrine de Hämälaïnen remonta jusqu’au plus profond de son cœur, toujours dans ces humiliations permanentes qu’il vivait depuis des années. Sans s’en rendre compte, une force inconnue venait de balancer Oswald contre un mur. Sans se démonter, et sans se surprendre de son geste, au contraire, cela emplit le garçon de détermination. Ce dernier ne prit d’ailleurs plus la peine de cacher ses mains carbonisées, maintenant qu’il se dévoilait.
    « Sinistre merde. Tu as sincèrement cru que j’allais me laisser faire comme je le fais toujours ? Ahah ! Tu en veux une bonne, Gabriel ? Alexandre Schwartz est mort, et c’est moi maintenant qui le remplaces. Je n’ai plus rien à craindre de vous, de vous tous. Je suis devenu la justice, et je sais que vous n’êtes pas des gens biens. Je pourrais te tuer maintenant si je le voulais, mais vois-tu je suis exactement le contraire de vous. Jamais je ne ferai cela. Alors ceci est mon dernier avertissement : disparais de ma vie. ».

    Le thiercellois se recula, le visage défiguré par une espèce de colère saine, laquelle sembla lui procureur un grand bien-être, comme s’il avait évacué toute la peine du monde de son cœur. Tournant les talons, il allait reprendre sa route. Il n’avait toutefois pas vu que Gabriel avait sorti un pistolet, et s’apprêtait à lui tirer dans le dos. Une balle arrêtée in extremis par le vieux Hence Schœneck, qui, d’un coup de canne, dévia la trajectoire de l’impact.
    « Attaquer les gens dans le dos, croyez-vous que ce soit la meilleure des attitudes M. Oswald ? » Demanda le sexagénaire aux cheveux blancs, dans la rue contigüe à l’entrée du Hall de Sécurité, perpendiculaire à l’artère que prenait son nouvel élève. Ce dernier se retourna, un peu surpris et soulagé. Il ne vit toutefois pas Camille à ses côtés.

    Le terrien tenta de se relever tant bien que mal malgré la douleur, mais un simple geste de la main de Hence lui fit perdre de nouveau l’équilibre.
    « M. Oswald, je vous déconseille à l’avenir de vous en prendre à Florent. Si vous n’avez toujours pas compris que le rapport de forces a changé, c’est tant pis pour vous. ». Il rejoignit le lycéen à pas lents, comme si le temps n’avait aucune emprise sur lui. Posant une main sur l’épaule de ce qui allait maintenant être son nouvel apprenti, il lui indiqua une direction dans les rues adjacentes. Grayson sentit une colère montée en lui, qui n’avait, elle, absolument rien de saine.
    « Alexandre Schwartz est mort ! » Hurla-t-il. « Je l’ai vu, de mes yeux ! Avec Underwood ! Il a explosé ! Comme une charpie ! Vous n’avez pas su le protéger ! Vous ne saurez pas le protéger lui non plus ! ».
    L’oracle s’arrêta net. Le visage impassible, sans se retourner, il fit frapper le pied de sa canne contre le sol. Le tibia du vingtenaire éclata. Une douleur indescriptible l’emplit, et le fit hurler.

    ***


    Parc Trogneux, Thiercelieux. Après-midi du premier jour.

    « Je reste surpris par tant de progrès. ». Commença Hence Schœneck, au Parc de la Mutualité. Cela faisait plusieurs heures maintenant qu’il formait Florent Hämälaïnen aux pouvoirs qu’il détenait. Son apprentissage allait vite, et il était très surpris de constater, sous l’œil bienveillant de Camille, que son potentiel et ses capacités intellectuelles, lui permettaient d’agir concrètement sur son espace proche, alors même que cela faisait moins de quelques heures maintenant qu’il se savait être un Gardien.
    « Je vous remercie. Mais… Dites, vous pensez que mes mains resteront toujours aussi brûlées ? C’était pour cela qu’Alexandre portait toujours ses gants ? Comme chaque Gardien ? » Au fond, il connaissait la réponse, mais c’était peut-être l’aspect le plus déplaisant de sa condition. Il ne sentait presque plus de sensibilité au niveau de ses poignets.
    « J’en ai peur, oui. Mais, tiens. Je devais te le donner de toute façon. » De sa sacoche, le sexagénaire lui proposa une petite boîte, au sein de laquelle se trouvait une paire de gants en cuir blanche.
    « Je vous remercie Monsieur… Commenta le nouveau Gardien, visiblement ému par le compliment.
    — Il faut dire que tu es une petite tête de ce que je comprends. Il ne faudrait pas que tes mains effraient les passants. Commenta-t-il avec amusement.
    — Je le sens en moi, surtout. J’ai énormément lu sur la fonction de Gardien, j’ai énormément réfléchi sur comment cela pouvait marcher. Je n’aurais jamais cru… » Il se tut.
    Son oracle lui adressa un regard paternel. Il se revoyait, des années auparavant, aux côtés d’Alexandre. Ce souvenir l’émut, mais en même temps, il lui parut si lointain. Il avait du mal à vraiment s’en rappeler. C’était son premier élève, et lui, avait pris la succession d’un grand oracle, qui avait formé des générations entières de garçons et de filles s’étant finalement faits massacrés. Ce producteur de mort, il n’avait pas voulu le devenir, et il s’était toujours dit qu’il y en aurait qu’un, Alexandre. Aujourd’hui, ce constat d’échec l’emplit encore d’amertume, mais en même temps, les défis auxquels ils faisaient face dépassaient de loin tout ce que la théorie avait jusque-lors étudiée.

    « Vous réfléchissez sur le sens de ce vortex ? » Interrogea le brun, dont les cheveux s’éclaircissaient à mesure que le temps passait — bien qu’il put simplement s’agir des rayons du soleil agonisant, à trois jours de l’apocalypse.
    « Oui… J’ignore si nous aurons le temps de tout faire. De tout te faire apprendre. Tout ceci semble durer indéfiniment, mais il y a bien une volonté là derrière…
    — Si je ne m’abuse, j’ai lu quelque part que le Gardien avait la capacité de lancer par lui-même des retours dans le temps. Si j’accumule assez d’énergie, je devrais être capable de faire une chose pareille, et de revenir à bien avant le début de toute cette histoire ? »
    Le sexagénaire prit un regard sévère comme il en avait l’habitude.
    « Je ne sais même pas si c’est possible, à dire vrai. Alexandre n’avait pas ce niveau de compétences, malgré nos années de formations. Le retard est trop vaste à récupérer. Nous n’y arriverons jamais à temps. Déclara-t-il, défaitiste.
    — Cela fait très longtemps que nous sommes engagés dans ce cycle infernal, et il ne s’est jamais rien passé. Je doute vraiment que quelconque force malveillante soit à l’œuvre derrière. C’est un combat contre la nature, et nous avons la physique de notre côté. Je peux apprendre, et prendre tout le temps nécessaire pour cela. C’est la mission que je veux pour incarner la justice. ».
    Hence resta stoïque à ce que venait de lui dire Florent. Certaines légendes du Gardien de l’Équilibre étaient fausses, et lui-même n’avait pas une grande expérience en la matière.

    « Je ne pense pas que nous devrions fonder notre stratégie là-dessus. En revanche, je te mentirais si je te disais que j’avais une idée sur quoi fonder notre stratégie de toute façon. Si nous étions plus nombreux, seulement… » Interrogea l’homme à la cantonade.
    L’adolescent sembla inspiré par la remarque. Ramenant ses cheveux en arrière par un geste de main gantée, il se remémora toutes les lectures qu’il avait faites sur le sujet.
    « Je crois que c’est la solution, Monsieur Schœneck. » Amorça le garçon.
    Camille, posée contre un arbre, se releva. Elle entendait la conversation d’assez loin, mais le bonheur communicatif du nouveau Gardien se lisait de loin sur son visage.

    « Dans une de mes lectures, reprit-il, j’avais vu qu’il existait une Cérémonie menée par le Gardien. Eliot Winchester, d’ailleurs. Elle n’avait pas pu être menée à son terme, à l’époque, mais selon Gérald Weygand-Sarabuckeer, il était possible de rendre aux gens, la mémoire de ce qu’on leur a pris au cours d’un retour dans le temps. Eliot était capable de remonter dans le temps, j’en suis persuadé. C’est pour ça qu’il a pu anticiper tant de choses, jusqu’à aller dans l’asile de Holbein…
    — Oui, tu m’as raconté tout cela. Ta rencontre avec Alexandre, et la prophétie du héros légendaire. Gérald a terminé de la pire des manières, mais je n’ai pas la sensation que ce soit son style, ce que tu avais raconté. Enfin, peu importe, ce devait être il y a assez longtemps. Ce que tu proposes me semble irréalisable.
    — Mais comment pouvez-vous dire cela alors qu’on ne l’a pas essayé ? » Protesta son nouvel élève, bien plus prolixe que le précédent en définitive.
    « Mais parce que ce sont des légendes ! » S’emporta le vieillard. « On écrit des contes aux enfants pour les faire rêver, cela n’a aucune espèce de signification. 
    — Sauf que cette fois c’est différent. Il n’y a pas qu’un seul ouvrage qui corroborait cette cérémonie. Elle a été rapportée par plusieurs d’entre-eux, et j’en avais même trouvé la marche à suivre précise. Elle est dans un livre de la Bibliothèque Municipale, et c’est bien le seul espoir qu’il nous reste. ».

    Définitivement, l’oracle n’était pas convaincu. Plus que sceptique, son visage communicatif exprimait le doute.
    « Cela vaut peut-être le coup d’essayer. » Intervint alors Camille en langue des signes. Hämälaïnen abonda dans son sens, sans se rendre compte qu’il l’avait comprise sans difficultés. 
    « Je comprends votre impatience, mais il ne faut pas brûler les étapes. Tu n’as pas le niveau pour réussir une telle cérémonie, fut-elle existante. C’est à peine si tu sais faire tomber un arbre dans ce parc, et toi, tu voudrais utiliser tes pouvoirs à un niveau global ?
    — Ne me sous-estimez pas. » Lâcha-t-il, plus véhément. « Tout le monde me sous-estime depuis longtemps, mais vous avez cru en moi, vous. Alors que vous ne me connaissiez pas du tout. Vous avez suivi les conseils d’Alexandre, vous avez veillé sur moi, parce qu’il savait que j’avais quelque chose à faire. Il est plus intelligent que moi, il a su me sonder… Dans cet asile, il m’a fait quelque chose, je le sens. J’ai la conviction qu’il a lu en moi, tout ce que j’avais à l’intérieur. J’ai la conviction que nous allons dans le sens qu’il voulait, c’est une intuition et un ressenti plus que quelque chose de logique, je sais. Mais je pense qu’on doit essayer ça. ».

    Les arguments de Florent apparurent dès lors plus pertinents aux yeux de Hence. Pour autant, il gardait toujours ce visage blasé caractéristique.
    « Je suis dubitatif. Mais le temps passe inexorablement vite… On ne se rend pas compte. Je veux bien me ranger à ton idée, mais je te dirais clairement si pour moi cela fait partie des légendes mythifiées et construites par Weygand. C’était, plus qu’un oracle, un politicien hors pair. » Lorsqu’il dit cela, il eut du mal à se le figurer. De nouveau, cela lui paraissait quand même lointain.

    « Merci de votre confiance. Je ne vous décevrais pas, Monsieur. » Le lycéen dégagea un large sourire sur son visage. Il consulta l’heure sur sa montre. « Le discours d’Underwood n’est que dans quelques heures. Cela signifie que nous allons pouvoir regagner le centre-ville sans trop de difficultés. La bibliothèque est laissée à l’abandon depuis quelques temps, mais tous les ouvrages s’y trouvent encore. Nous devons y aller. 
    — Pas si vite, Alexandre. Interpella Hence.
    — Florent, vous voulez dire ? » Le sexagénaire porta la main à sa bouche, comme pris sur le fait d’une énormité. Il s’en voulait un peu, mais pour lui la comparaison était flatteuse. Elle prouvait l’attachement qu’il commençait à avoir pour ce jeunot.
    « Oui, Florent, je voulais dire. Il faut que l’on se mette d’accord sur un point, et c’est impératif. Je pense que tu n’es pas capable de réussir cette Cérémonie, alors je vais te prouver pourquoi. » Commença le vieillard en se saisissant de sa canne. « Camille et moi allons rejoindre la Bibliothèque Municipale, et toi tu vas rester ici. Ta mission est de te téléporter là-bas. Si tu n’es même pas capable de cela, il ne faut même pas envisager réussir quelque chose d’aussi ambitieux. Comprends-tu ? ».
    La moue de Gardien s’assombrit. Les propos de Schœneck, plein de pragmatisme, le renvoyaient à l’idéalisme sot dont il venait de faire preuve. Toutefois, il ne se démonta pas pour autant.
    « Chiche. » Se contenta-t-il de répondre. Cela fit sourire Camille, qui appréciait beaucoup ce genre d’expressions désuètes.

    Une brise d’air frais passa à ce moment-là. Cela avait un côté romanesque. L’oracle dut bien reconnaître que l’opiniâtreté de son élève dépassait les espérances, et il lui fallait maintenant composer avec. Cela changeait d’Alexandre, qui, à bien des égards, était un élève timide, peu prolixe, plutôt dans la tradition et la loyauté, que dans l’insouciance de la jeunesse. Pourtant, il avait été « activé » à quinze ans. Si le temps n’avait plus d’emprise sur lui, depuis-lors, c’était très jeune que le garçon avait été plongé dans cet univers de violence extrême.
    « Il faut toutefois que vous me dites comment je dois procéder. Je me sens prêt, Hence Schœneck. Mais, j’ai besoin de vous. » Rajouta Hämälaïnen par ailleurs, sortant son interlocuteur de sa torpeur.

    « Très bien. Tu vas donc m’écouter attentivement. Le pouvoir de téléportation est un des trois piliers de la lignée des Gardiens. Si le troisième et dernier pilier est encore inconnu de tous, parce que cela fait très longtemps qu’un Gardien ne l’a pas acquis, le premier est la téléportation, tandis que le second est la purification. Purifier les âmes est plus simple que de se téléporter, parce qu’il faut être en concert avec soi-même. C’est quelque chose de très abstrait. » Commença le guide. « Imagine, visualise, imprime dans ton esprit, l’endroit où tu veux te rendre. Théorise-le de toutes tes forces et de toute ton énergie. Mets-y toutes tes cellules cérébrales, concentre toute l’énergie de ton corps au point précis de l’image et de l’endroit où tu veux te rendre. Il n’est pas utile pour le moment d’apprendre à se téléporter en-dehors des endroits où tu es déjà allé, mais il faut à la fois être dans le global, et dans le particulier. Ce n’est vraiment pas simple. Tu dois finir par te déconnecter de ma voix… ».

    La main posée sur son épaule disparut, mais le Gardien ne la remarqua même pas. Il avait fermé les yeux, et se concentrait maintenant de toutes ses forces. Il avait cette impression, décrite par Hence, de se connecter peu à peu à l’univers. C’était à la fois indescriptible, et magique, parce qu’il ressentait soudain en lui tout un tas de choses que habituellement, il ne voyait pas. Cependant, il avait immensément l’impression de rester statique, et bien qu’il n’osait pas ouvrir les yeux pour s’en rendre compte, il savait au fond de lui qu’il n’avait pas bougé.

    « Florent. » Une petite voix, lointaine, féminine, résonna soudain dans son esprit. Il avait voulu ouvrir les yeux, pourtant, il avait l’impression au fond de lui de savoir que c’était en ce sens qu’il fallait aller, que c’était cette voix qu’il lui fallait écouter.
    « Florent. Tu m’entends ? » Répéta-t-elle avec une sérénité qu’il n’avait entendue, jusque-lors, que dans les mots d’Alexandre Schwartz. Il ne parvenait pourtant pas à répondre. Il pensait pourtant de toutes ses forces, mais il n’avait pas le sentiment d’être entendu à son tour.
    « Jeune garçon, tu ne peux pas me répondre, mais je sais que tu m’entends. » Le cœur accéléré, Florent voulut ouvrir les yeux, mais dans son cerveau, dans l’image mentale produite et montée par son cortex, il eut alors l’impression de se trouver au centre de l’univers, au milieu du noir, avec pour seule source de lumière, cette voix inconnue.
    « Qui êtes-vous ? Finit-il par lâcher tout naturellement. Un frisson de douceur emplit tout son cœur.
    — Je suis une personne qui te veut du bien, une amie du Gardien qui t’a précédé. Florent Hämälaïnen, tu as été choisi, et le Gardien précédent avait laissé des instructions pour toi. Sais-tu ce que tu as à faire, ô Gardien ?
    — Alexandre Schwartz ? Vous êtes une amie d’Alexandre Schwartz ?
    — Je suis une amie des Gardiens, je les accompagne dans leur voyage. Je leur donne la force et l’énergie dont ils ont besoin. » L’adolescent ne se remémorait pas l’existence d’un tel esprit dans le mythe du héros. Toutefois, c’était logique, s’il s’agissait probablement du secret le mieux gardé de la lignée. Il se sentit très honoré que ce soit à lui que l’on fasse confiance cette fois.

    « Vous allez donc m’aider… N’est-ce pas ? Vous savez que c’est important. Que nous devons arrêter ce Vortex dans le ciel. Il faut que vous nous aidiez.
    — Florent, guerrier de la lumière, je ne suis pas une déesse. Je suis un morceau de ta conscience, symbole de ton pouvoir. Je peux t’aider à te l’approprier, à l’exalter, je suis ta plus proche confidente, et le relai entre les Gardiens. Je ne peux pas t’aider à ta place, mais je peux tout faire pour t’y motiver. Dis-moi, quels sont tes projets, guerrier de la lumière ? » La voix était toujours très douce, elle mettait sincèrement en confiance et semblait faire fusionner Florent avec ce sentiment de félicité que chaque Gardien portait en lui.
    « Je veux mettre en œuvre la Cérémonie, celle qui pourra rendre la mémoire à tous ces gens qui pourraient nous aider à refermer le vortex de Thiercelieux. Je veux acquérir la téléportation, je veux me rendre à la Bibliothèque. Si je n’arrive même pas à cela…
    — Un grand pouvoir, il te faudra réunir. Es-tu sûr de pouvoir y arriver ?
    — Oui, j’en ai besoin. Thiercelieux en a besoin. Tous ces habitants, on va leur rendre ce qu’ils ont perdu, pour toujours, et ils vont nous aider. Chacun d’entre-eux. Alors il faut que je me téléporte. Il faut que j’y arrive.
    —  Tu ne manques pas d’audace, Alexandre le savait. Tu es le seul à pouvoir tous les sauver. Accomplis ton destin. Je vais t’ouvrir la voie. Pense très fort à l’endroit où tu veux aller. Pense-y, plus que tout. Et souviens-toi, guerrier de la lumière, ne parle jamais de moi à quiconque. Je suis le secret le mieux gardé des Gardiens. »

    Le cœur de Florent Hämälaïnen commença à s’emballer. La sérénité, la joie, l’excitation, il était le plus heureux des hommes en cet instant. Il se sentait enfin utile, enfin prêt à combattre le fléau qui menaçait le monde dans lequel il vivait. Il ferait tout pour réussir, et, à nouveau, contre toute attente, il parvint à disparaître du Parc Trogneux.

    ***


    Bibliothèque de Termina, Thiercelieux. Soir du premier jour.

    Lorsque Florent rouvrit les yeux, il s’effondra à terre. La nausée le terrassa, au sol et à quatre pattes, dans une bibliothèque où les étagères de livres jouxtaient le sol depuis longtemps déjà, et depuis qu’elle avait été mise à sac par une bande de vauriens.
    « Bonsoir Florent. » Fit alors une voix qu’il ne connaissait que trop bien. La voix du Maire de la ville, Francis Underwood. Il devait être aux alentours de vingt heures, non loin de son discours. Sa vision était un peu floue, mais lorsqu’elle se resitua, il se sentit au plus mal. Un cortège de dix soldats municipaux l’entouraient, lui et ses amis, Hence et Camille, tandis que le bourgmestre s’affichait entouré de ses deux aides de camp, le général Kalinda et son valet Antonin. Cette image le débecta. Il se sentit pris au piège, sans possibilités pour lui de réagir.

    « Pff… Vous allez… Vous allez nous arrêter, encore ? » Geint-il en dépit du fait qu’il se sentait tout flagada.
    « Calmons-nous, voulez-vous ! Personne ne va arrêter personne. » Répondit le quinquagénaire en riant. À voir de plus près, l’oracle était assis sur une table, à côté de l’albinos. Leur visage était fermé, sévère, mais pas forcément inquiet.
    « Qu’est-ce que vous voulez, dans ce cas ? Beugla le lycéen, en se relevant. Les gardes le mirent en joue.
    — Ne soyez pas hostile Florent, nous voulons vous aider et vous accompagner dans votre Cérémonie.
    — Quoi ? Mais ? Comment savez-vous que ?! » Il jeta un regard désespéré à son professeur, dont la moue ne changea pas. Avait-il pu le trahir ?
    « Je vous vois avec gros yeux condamner M. Schœneck du regard, mais ce n’est pas grâce à lui que je l’ai su, mais grâce au micro que vous a posé Gabriel ce matin. Oui, les micros c’est un peu caricatural, je sais, mais les bonnes vieilles recettes sont les meilleures comme on dit. » Lâcha-t-il, tout sourire, en s’avançant vers lui. Il reprit : « Voyez-vous, Florent, votre idée est lumineuse, et c’est bien parce que nous n’avions pas de Gardien sous la main que nous étions bloqués. J’ai vu comme vous, et je dois malheureusement le confirmer, la mort d’Alexandre, tombé au combat dans un ultime baroud d’honneur. Sa mort n’est toutefois pas une mauvaise chose, parce que désormais, et par votre existence, par le pouvoir que vous incarnez, nous allons peut-être pouvoir finalement, enfin et définitivement, fermer ce vortex, tel que cela a toujours été notre but à tous ici. » Dit-il d’un geste de main, l’auriculaire levé en avant comme pour désigner un objet.

    « Et vous y gagnez quoi, vous, là-dedans ? Après avoir tenté de tous nous tuer au moins trois fois ? Rétorqua le jeune homme, visiblement échaudé et méfiant quant aux propositions du politicien.
    — Vous ne pouvez pas penser que comme tout le monde ici, je n’ai juste pas envie que mes concitoyens ne meurent ? Les forces vives de notre nation n’ont jamais mérité une telle apocalypse, et je veux vous aider à ce que chacun puisse prendre conscience de tout ce qui se joue depuis des années et des années. 
    — Je ne vous crois pas… Vous mentez comme vous respirez, je n’aurais jamais confiance en vous. Soyez honnêtes, ou je ne vous aiderais pas. »
    Underwood leva les yeux au ciel, épuisé de devoir toujours se justifier.

    « Vous avez raison Florent… Je vais être très honnête avec vous comme vous le réclamez. Je veux récupérer toute la gloriole de cette affaire, et m’attribuer tous les mérites de ce qui se passera dorénavant. Je veux que l’on dise que ce soit grâce à moi, et ce sera grâce à moi, parce que je m’apprête à mettre à votre disposition tous les moyens logistiques de Thiercelieux pour que cette grande cérémonie se fasse dans deux jours, à midi. Je n’ai besoin de rien de plus que votre réussite et votre collaboration. Mes raisons vous paraissent-elles maintenant plus claires ? » Demanda-t-il, dédaigneux.
    Hämälaïnen s’était relevé, toujours un peu sur la défensive, et collé contre une étagère, alors que les soldats de la Garde Municipale s’apprêtaient à tirer sur lui et ses amis. Il jeta un regard à Hence, pour savoir ce qu’il devait faire, parce qu’il doutait beaucoup des intentions du Maire. Il craignait de se faire escroquer, de se faire piéger, comme la Desmose l’avait été lors du cycle précédent.

    « Acceptons son aide, Florent. » Intervint alors l’oracle, ce qui sembla soulager le garçon qui s’épargnait ainsi un nouveau choix à faire. « Le Maire a su porter des arguments auprès de moi. Il ne va pas annoncer l’arrestation d’Alexandre et du Conseil des Oracles. Mieux encore, nous allons pouvoir t’investir officiellement en tant que nouveau Gardien auprès d’eux, qui disposent du savoir ancestral, et d’une bibliothèque bien plus complète que celle d’ici. ».
    Abasourdi par la nouvelle, le lycéen tourna la tête auprès du quinquagénaire, lequel ne masquait pas son plaisir.
    « Vous savez où sont vos intérêts, M. Schœneck. » Lui adressa-t-il avec un clin d’œil. Derrière lui, le Général Kalinda se faisait susurrer quelques mots à l’oreille. Camille restait totalement silencieuse, ce qui était logique au regard de son mutisme, pour autant, cette idée ne semblait pas spécialement la réjouir. Florent le sentait, et il avait beau sondé tout le monde, il voulait des preuves plus que des actes.

    « Francis, nous n’avons toujours pas de nouvelles de Gabriel. » Glissa subtilement Antonin au bourgmestre, tandis que celui-ci s’était penché l’espace d’une dizaine de secondes pour entendre la nouvelle. Florent déduisit que c’était la nouvelle apprise par le chef d’état-major. Cela sembla contrarier Underwood, lequel fit un geste de main sévère pour que celui-ci se recule. Il détourna les talons de Florent, et revint près de la table sur laquelle il y avait une espèce de poste de radio.

    « Vu que vous ne me faites toujours pas confiance, M. Hämälaïnen, je vais allumer ce poste de radio et m’exprimer auprès de toute la ville comme je le fais chaque soir de chaque cycle que vous avez créé. J’ai deux discours de prêt, celui que je connais par cœur, et qui n’arrangera personne, et un tout nouveau, que je compte mettre à votre service. » Il marqua une pause, pour conclure, solennel : « Aidez-moi à vous aider, Florent. ».

    Quel choix cornélien, se mit spontanément à penser l’intéressé. Le premier jour s’achevait déjà sur Thiercelieux, qu’il n’avait pas plus avancé pour préparer cette cérémonie, et un conflit ouvert avec le maire ne servirait à rien, sauf à le ralentir. Au fond, il aurait dû prendre la décision dès le début, mais la méfiance hors normes que ce type lui inspirait avait fait perdre un précieux temps à la tâche qu’il s’était confiée, un temps qui lui manquait à présent. Cette cérémonie représentait un des plus grands espoirs de Termina, et qu’importe si cet homme véreux et corrompu voulait en tirer toutes les glorioles. L’important était de ne plus être seul dans l’adversité, de réunir toute la population sur la Grande Place, autant que faire se peut, et rendre la mémoire à tous ces gens qui vivent depuis si longtemps dans le mensonge. Ainsi peut-être serait-il possible de conjurer le mauvais sort, quand bien même le mal contre lequel ils luttaient était toujours invisible après tant de temps.
    Las, il lâcha alors une réponse monosyllabique en guise d’approbation. Il n’en fallait pas plus à Francis Underwood pour exulter.

    « Alors En Marche ! » Plaça-t-il en appuyant sur le bouton qui lançait l’enregistrement du discours radiophonique.

    Un silence religieux laissa place au moment de tensions qui venait de passer.

_________________
« Il ne faut jamais perdre espoir ! » Alors qu’Alexandre était sur le point de tout abandonner, une voix familière résonna au plus profond de lui-même. « C’est ce que tu dirais, n’est-ce pas ? ».
Chapitre 26, Le Héros Légendaire.
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Pikamaniaque MessagePosté le: Sam 20 Mai 2017 18:45   Sujet du message: Répondre en citant  
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Ahahahahahhahahahha !

Chapitre 12 : Le Pénultième Péril



    « Mes chers compatriotes,

    Depuis maintenant plusieurs années, il se passe des choses que vous ne comprenez pas, à Thiercelieux. Des meurtres sont signalés. Des famines sont provoquées. Des familles ont été frappées par la mort dans nos contrées, au terme d’un hiver rude et implacable, où la maladie a communié avec les affrontements urbains. La tension sociale, à son apogée, n’avait jamais connu une telle virulence. De tous les instants, et depuis dix ans maintenant que l’Administration Underwood est en place, jamais le défi n’avait été si grand.

    Et pourtant, nous avons continué, sans relâche, à vous faire espérer qu’un jour peut-être, nous puissions vaincre le mal enraciné dans notre pays. Nous l’avons toutefois sous-estimé, et en dépit de tous les moyens que nous avons mobilisé, encore aujourd’hui, alors que le vortex n’a jamais été aussi menaçant, nous sommes au regret de dire que la guerre dans laquelle nous sommes engagés est loin d’être terminé.

    Or, partout à travers le monde, nos cœurs battent à l’unisson. Je vous livre ce soir, non un discours de défaite, mais un appel à la mobilisation générale. Un appel à la remobilisation, celle que nous avons perdue il y a plusieurs mois déjà, comme fatalistes face à notre propre destin, fatalistes face à ce trou noir dans le ciel, qui continue de pendre sur notre tête, prêt à emporter nos âmes, nos corps, nos fils, nos filles et nos enfants. Un fatalisme qu’aujourd’hui, rien ne justifie, parce qu’alors que tout se drapait de noir et semblait sombre pour notre avenir, un nouvel espoir est arrivé de là où personne ne l’attendait.

    Peuple de Termina, à l’heure où je peux vous confirmer que le Gardien de l’Équilibre Alexandre Schwartz est tombé au combat contre le Premier Mal, je peux aussi vous confirmer que son successeur a pris sa relève, et s’apprête à se battre jusqu’au bout pour notre liberté, pour nos valeurs, et pour notre survie.

    Je vous demande, à tous et à toutes, de ne pas abandonner. Je vous demande, à tous et à toutes, de nous rejoindre, sur la Grande Place de Thiercelieux. À la femme, qui a perdu son mari dans la Guerre. Au fils, qui a attendu en vain que son père rentre.
    Pour tous ceux qui sont déjà tombés, et pour tous ceux qui tomberont encore, je vous demande de vous relever dans l’Espoir. Je vous demande d’unir vos forces, et d’y croire à nouveau, de toute votre énergie, et de tout votre esprit, parce que c’est de votre croyance en notre foi qu’il dépend la survie de notre monde. Venez donner à Florent Hämälaïnen, la force dont il a besoin, pour restaurer notre cité dans la prospérité !

    Je ne vous promets que de la sueur, des larmes et du sang. Ne croyez pas que nous avons gagné, bien au contraire. Ce n’est pas le début de la fin, mais il est certain que c’est la fin du commencement. Des gens vont mourir, des pertes seront encore à déplorer, mais ce ne sera maintenant rien par rapport au regard de la volonté de fer que nous manifesterons.

    Nous sommes un peuple libre, un peuple fier ! Alors je vous le dis, à tous, n’abandonnez pas, et venez nous aider.

    Massez-vous, rassemblez-vous à la Grande Place de Thiercelieux. La Place vers laquelle converge les Avenues Underwood, Winchester, Sarabuckeer et Lockhart, et assistez à la Cérémonie au cours de laquelle vous comprendrez tout.

    Nous avons plus que jamais besoin de vous, le Gardien et moi-même, votre Maire dévoué.
     ».

    ***


    Siège du Conciliabule des Oracles, Thiercelieux. Aube du deuxième jour.

    Drapés de leur cape violette, de leur longue barbe, et de leur coiffe bleue foncée, les oracles qui composaient la lignée des observateurs du Gardien vivaient dans un certain conservatisme dont les apparats symboliques, et seulement symboliques, ne souffraient d’aucune honte. La pièce elle-même renvoyait d’ailleurs à cette image de grandiloquence. Le plafond, aussi sombre que le ciel de Termina, contenait de multiples constellations, lesquelles avaient été autrefois observées par les plus vieux astrologues de la cité. De ces étoiles, toutefois, il ne restait que les souvenirs et les écrits, et le Conciliabule des Oracles avait de ce fait, tous les attributs d’un musée plus que d’un parlement décisionnaire en matière des actions du Gardien. Cela faisait pourtant partie de leur attribution, en ces temps particulièrement troublés où plus que détestés, ils venaient de réchapper sans qu’ils le sachent, aux exécutions programmées il n’y a pas si longtemps par l’administration Underwood.

    « Ce que nous voulons vous dire, Hence Schœneck, c’est que votre nouvel apprenti ne dispose d’aucune des compétences requises par le pouvoir des Gardiens, et vous voudriez qu’on décuple son pouvoir comme on l’a déjà fait pour Alexandre, avec les résultats qu’on lui a connus ? Cet acte est sérieux, et ne doit pas se faire quand on ne vient d’être activté que depuis une journée, d’autant plus qu’il affaiblit considérablement la lignée des Gardiens. C’est inconscient ! » Protesta Abraham, le Président du Conseil. Ishtar abonda dans son sens.
    « C’est de la folie ! 
    — Oui, oui !
    — Honteux, vraiment honteux ! » Rajoutèrent les huit autres, en cœur. Le professeur de Florent Hämälaïnen parut particulièrement contrarié.
    « Cela fait maintenant plus de deux heures que nous discutons, et que nous avons ce débat. Vos considérations politiques à un moment si critique me font mieux comprendre pourquoi vous auriez dû normalement être tous arrêtés. Vous êtes des scélérats.
    — Il suffit, Hence ! Vous avez été des nôtres, pendant bien longtemps, et vous savez ce que c’est que de tempérer les ardeurs des observateurs en activité, quand ils n’ont pas conscience de la folie qu’ils sollicitent. » Le visage sombre, le sexagénaire demanda à Camille de sortir de la pièce, visiblement avec un message à transmettre. Celle-ci s’exécuta immédiatement.

    « Florent s’est entraîné toute la nuit, a préparé la Cérémonie avec un grand professionnalisme. Il coordonne en ce moment même la mise en place des ingrédients nécessaires à sa mise en œuvre, et sans la puissance que vous accumulez depuis des siècles sans savoir pourquoi, nous n’avons aucune chance d’y arriver. L’urgence de la situation nous impose parfois des décisions que nous ne voudrions pas, tout comme vous m’imposez des coups de force que je n’aurais pas souhaité si nous avions pu nous mettre d’accord. » Déclara-t-il tandis que des Gardes Municipaux firent irruption dans le Siège du Conciliabule des Oracles. Les dix observateurs se levèrent, atterrés, tandis que le Maire fit irruption à l’intérieur avec la plus grande nonchalance qui soit.

    « Monsieur le Maire. » Fit sèchement et respectueusement, l’évêque de l’institution. Abraham s’inclina, par politesse plus que par conviction.
    « Votre Sainteté, Abraham. Il est déplorable que vous n’ayez pas trouvé un point d’accord avec M. Schœneck. Le Conseil Municipal a voté hier matin votre mise aux arrêts, et votre exécution sans sommations pour complot contre la sûreté de l’État. Si les palabres ne fonctionnent pas avec vous, je vais vous montrer qui détient le vrai pouvoir ici, alors que nous sommes à un moment charnière de notre existence.
    — Comme vous l’aurez compris, reprit Schœneck, soit je m’empare du pouvoir de la lignée des Gardiens, soit vous coopérez et vous nous faites gagner un temps précieux. Je compte sur votre intelligence, Ishtar, Aziraphale, Abraham, pour prendre la meilleure des décisions qui soit, maintenant que nous avons besoin de vous. » Les deux hommes se mirent côte-à-côte, comme pour renforcer le concert avec lequel ils agissaient.

    Le Président du Conciliabule prit pourtant le temps de la réflexion, comme s’il pouvait se le permettre, et de toute sa dignité, de toute sa hauteur, finit par émettre en un soupir : « Très bien, Hence, nous allons vous donner ce que vous voulez. J’espère pour vous que vous vous rendrez compte de ce que vous vous apprêtez à faire. De la Boîte de Pandore que vous allez ouvrir. » Lâcha-t-il, désabusé, en se dirigeant vers le centre de l’hémicycle.
    « Je suis ravi que vous reveniez à la raison, Monseigneur Abraham. Je vais vous laisser maintenant, mais les Gardes Municipaux restent, quant à eux. J’espère vous voir à la Cérémonie. » Rajouta Francis Underwood, un petit sourire en coin.

    Il détourna les talons, s’apprêta à sortir. Son valet, Antonin, l’y attendait, et se formalisa avec lui pendant quelques secondes, avant que les grandes portes de marbre ne se refermassent. Une forme d’inquiétude pouvait se lire sur son visage, parce qu’il attendait visiblement des nouvelles de quelque chose, des nouvelles qui ne venaient toujours pas.
    Le premier des prophètes du savoir, soulagé du départ d’Underwood, s’avança alors jusqu’au centre de l’hémicycle, tandis que Camille, de son ossature svelte et filiforme, retourna auprès de Hence. Ce dernier s’était reculé, pour laisser aux représentants de cette mythique institution, le soin d’ouvrir les vannes de leurs pouvoirs afin de renforcer les capacités du nouveau Gardien en exercice.

    « Vous ne vous sentez pas trop sale ? » Interrogea la compagne du vieil oracle. Celui-ci croisa les bras, le regard sévère.
    « Pactiser avec Underwood c’est comme faire un pacte avec le diable. Certaines choses doivent être faites par l’observateur du Gardien. Il faut se salir les mains par moments. Je ne laisserai pas Florent se faire corrompre par un homme pareil, mais il faut bien reconnaître qu’avoir le pouvoir politique de son côté… Ce n’est pas rien. » Commenta-t-il en observant tous ces vieux hommes, toutes ces vieilles femmes, entamer une ode de l’appel.
    ***


    Le Hall de Sécurité, Thiercelieux. Matin du deuxième jour.

    « Tu es devenue complètement folle, Anselm. » Lâcha sévèrement Flora Parsons. « Tu nous as enfermés, alors que tout est en train de se passer à l’extérieur. Alors tu vas nous ouvrir fissa, t’as compris ?! » Hurla la jeune fille derrière la porte métallique du super ordinateur. Toutefois, son interlocutrice ne répondit pas, et elle frappa plusieurs coups contre la porte pour la casser, en vain. Elle fulminait de rage.

    De l’autre côté, Anselm avait pris plusieurs heures pour soigner la cheville de Gabriel, totalement brisée. Elle y avait appliqué une espèce de bandage rudimentaire, pour suivre les instructions du garçon afin de bien panser sa fracture. Elle avait été précautionneuse comme jamais, pour ne pas trop le blesser, et lui faire déjà plus mal que nécessaire.
    « Il faut que j’y aille maintenant Anselm, on ne peut pas rester éloignés du monde extérieur. Il faut qu’on trouve une solution pour refermer le vortex. » Plaida le jeune adulte, assez mal-à-l’aise par le comportement de la rousse.
    « Tu ne peux pas partir Gabriel, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. La journée de hier a été suffisamment difficile comme cela. Je ne fais que te protéger des autres. » Fit-elle avec une grande sincérité. La sincérité des stalkeurs et des obsessionnels.
    « Tu vas m’ouvrir maintenant sale pute, t’as compris ?! » Exigea-t-il avec sévérité. Il la poussa sur le côté, claudiqua jusqu’à la porte métallique du laboratoire, frappant pour sortir à son tour. Il avait beau appuyer sur tous les boutons, cela ne fonctionnait pas.

    « Arrête, Gabriel. Cela ne sert à rien. J’ai activé la procédure de confinement, personne ne peut la lever, pas même moi. Tu pourrais sortir par les douches, bien sûr, mais avec ta cheville, où comptes-tu aller ? Ne sois pas naïf ! » Clama-t-elle avec beaucoup d’ardeur.
    Elle ne savait elle-même pas pourquoi elle agissait ainsi. Ou plutôt, quel objectif elle desservait. Elle avait très bien entendu, la veille, le nouveau discours d’Underwood, et, quelque part, elle voulait protéger Gabriel de cela. Elle voulait protéger son groupe de cela. Qu’il y ait d’autres recours que la Desmose à Thiercelieux, cela la soulageait en même temps que cela la rendait folle de jalousie.

    Oswald, quant à lui, commençait à trembler. Tel un drogué en manque, le fait de ne plus pouvoir joindre le bourgmestre l’angoissait plus que de raisons. Les communications ne passaient plus, il n’avait pu le contacter depuis quelques temps déjà. Qu’est-ce que pouvait bien penser son nouveau Maître ? Qu’est-ce qu’il devrait faire ? Que se passait-il à l’extérieur, avec le nouveau Gardien ? Il fallait qu’il sorte de là. Ne pouvant le faire sans l’appui d’Anselm, lui vint alors une idée.

    « Anselm. Je ne t’ai pas tout dit. Commença-t-il.
    — De quoi ? À quel propos Gabriel ?
    — Ce matin, j’étais avec Underwood. » Cette annonce sembla obscurcir le chef de la Desmose, laquelle avait soutenu auprès de ses amis que Gabriel n’était pas tributaire des services de la Mairie. « Il m’a montré un endroit très similaire au Hall de Sécurité, au sein duquel il existe un Calculateur, bien plus puissant que celui que tu possèdes. Cet hypercalculateur dispose de données bien plus abouties, et d’outils bien plus efficaces que le nôtre, et si je veux à ce point m’en aller, c’est parce qu’il faut que je retourne l’étudier. Je comptais vous en parler, mais j’ai bien compris que Flora avait d’autres projets. Et puis, il fallait que je sois sûr que ce n’était pas un piège du Maire… » Probablement par naïveté, par aveuglement, Dubois le crut sans sourciller, sans même émettre l’hypothèse qu’il agissait d’abord et avant tout pour les intérêts du Maire.
    « Tu aurais dû m’en parler, Gabriel. Je t’aurais aidé.
    — Bien sûr, c’est ce que je viens de faire. Je veux que tu m’aides. Il faut que l’on sorte d’ici. Il faut que l’on rejoigne la base de la tour d’astronomie… C’est, dans les sous-sols qu’il se trouve. » Le vingtenaire lui tendit la main, comme pour symboliser et mythifier sa demande de soutien.
    La rousse n’hésita pas si longtemps avant de la saisir, le bonheur de partager une confidence avec Grayson, bien plus importante que celle de ses propres convictions. Elle voulait juste se sentir unique à ses côtés, et pour cela, le charme de cet homme la rendait mièvre et naïve.

    Dans l’autre aile des dortoirs, protégée par une autre porte métallique de confinement, Samuel et Flora s’étaient retrouvés tous les deux, dans leurs chambres respectives.
    « Elle aurait pu nous enfermer dans les toilettes, ç’aurait pu être pire. » Fit Samuel pour détendre l’atmosphère. Manifestement, l’ambiance ne prêtait pas à rire pour sa petite-amie.
    « Tu as entendu comme moi le discours d’Underwood, il se passe quelque chose à l’extérieur, nous devons y prendre part.
    — Florent nous a bien enculés ouais… Un nouveau Gardien, t’y crois pas ! Ç’veut dire qu’l’autre est mort. Lui répondit-il en désignant la radio avec laquelle ils avaient écouté le discours, l’ironie voulant que cette radio appartenait à leur ancien ami.
    — Je la sens mal cette cérémonie. » Protesta vertueusement Flora, comme s’il pressentait un danger. « Je suis absolument certaine que si cette cérémonie a lieu, les conséquences pour Thiercelieux seront intarissables. » Prophétisa-t-elle comme une prédicatrice de l’Apocalypse.
    « Mais pourquoi ? » Interrogea naïvement le blond. Cette question sembla la mettre mal-à-l’aise.

    « Tu sais… Je… Quand j’ai été morte… » Commença-t-elle, bégayante. « Puis que je suis revenue. J’ai. Je, commence à me dire qu’il y a quelque chose ici. ». L’adolescent n’était pas sûr de comprendre, et cligna plusieurs fois des yeux. « Je veux dire, je ne pense pas qu’on se batte que contre le destin. Je pense depuis longtemps maintenant, qu’il y a une force particulièrement malveillante ici qui ne nous veut pas que du bien.
    — Mais d’quoi t’parles Flora ? Fit le frère Parsons, en reprenant tout son sérieux.
    — Je n’ai pas le temps de t’expliquer, Samuel, mais c’est très important. Il faut que l’on sorte d’ici. J’ai un très mauvais pressentiment. Il va se passer quelque chose de dramatique pendant cette cérémonie.
    — J’vois ce qu’t’veux dire… Mais alors ! » Cria-t-il comme une révélation. « T’penses qu’y’a un lien avec ce qu’a fait Anselm ? Autant y s’sont barrés t’les deux.
    — Je dois dire que je n’en sais rien… Mais ce Gabriel, comme je l’ai dit hier, je ne le sens pas. Il a une influence malsaine et perverse sur Anselm, et depuis qu’il est là, tout est en train de dérailler. Avec Florent d’abord, avec nous ensuite.  » Commenta-t-elle un peu la mort dans l’âme.
    « C’vrai… M’tnant que tu le dis… Je l’avais espionné. » Sa voix repartit dans la réflexion une fois cela dit. « T’sais… J’crois de plus en plus que c’est une invasion… Il vient d’un autre monde. J’avais lu des trucs sur son disque dur j’avais rien compris, c’t’ait des plans d’armements, des cibles à éliminer. Moi je lui fais pas confiance, après c’vrai qu’i la l’air paumé ici. Mais s’il avait amené quelque chose avec lui ? » S’exclama-t-il alors de manière surprenante.
    — Je doute malheureusement que ce soit si simple à comprendre, Samuel.
    « Et p’quoi pas ? T’as l’air d’en savoir plus que moi…
    — Oui, j’en sais plus que toi, et ce que tu dis renforce ma conviction. Ce n’est pas un endroit comme les autres ici. Une force est à la manœuvre. Elle brouille toutes les pistes. Tu me prendrais pour une folle si je devais tout t’expliquer, mais je t’assure qu’il faut empêcher non seulement cette cérémonie, mais aussi Gabriel de s’en approcher. Il est la cause de tous nos malheurs, je le pense de plus, et tout ce que tu dis me fait aller en ce sens. » Un moment de doute apparut sur le visage du lycéen. Son insistance relevait de l’obsession, ce n’était pas dans le comportement habituel de cette fille.
    «  T’es pas vraiment Flora, pas vrai ? » Lui demanda alors le blondinet, constatant avec effroi que la personne à qui il s’adressait n’avait en fait rien à voir avec sa petite-amie et sa sœur pour laquelle il avait tant d’affection. L’adolescente se releva, dans l’incompréhension feinte.

    Son compagnon reprit : « Gabriel a voulu te tuer. Puis t’es revenue. Mais t’es pas elle. Il voulait t’éliminer pour une raison précise. P’t’être bien que c’toi, finalement, le danger de cette ville ?
    — Comment oses-tu dire ça après tout ce qu’on a vécu ensemble ?
    — Depuis que t’es revenue, t’es obsédée par Gabriel.
    — Il a tenté de me tuer.
    — T’parles d’au-delà et d’histoire mystique, et jamais Flora n’aurait eu peur qu’un nouveau Gardien prenne la relève. Quand j’t’ai retrouvée t’as su directement où il fallait aller, par où entrer, comment les retrouver. T’étais déjà sous translation, mais comment t’as pu faire ça ? D’où t’es sortie ? Lors de l’autre retour dans le temps, t’étais déjà avec nous. » Clama Samuel avec ardeur. Son argumentation sembla faire fulminer de rage son interlocutrice.
    « Attention du chemin sur lequel tu t’engages, Samuel.
    — Sinon quoi ? On est enfermés je te rappelle. Tu vas être bien obligée de… »

    Sans crier gare, elle se jeta sur lui, et l’envoya contre la porte métallique avec une violence telle que celle-ci se défonça au passage du corps de son petit-ami. La fureur dont elle venait de faire preuve n’avait absolument rien d’humaine. Dans un état critique, et du peu de forces qui lui restaient, la victime écarquilla ses yeux injectés de sang pour tenter de comprendre, alors que sa conscience chancelante l’abandonnait progressivement.
    Flora enjamba les débris et s’accroupit auprès de lui.
    « J’ai une mission à accomplir. Je n’ai aucune justification à avoir auprès de toi. J’ai suffisamment observé pour me rendre compte du vrai problème, et ce grâce à toi. Personne ne sortira de cet endroit. » Lui glissa-t-elle, alors qu’il n’avait probablement même plus la capacité d’écoute.

    Respirant fortement, la fille Parsons commença d’ailleurs à se rendre compte que sa peau commençait à se putréfier. Il ne lui restait ainsi plus beaucoup de temps, et le fait que cela survienne maintenant ne pouvait vouloir dire qu’une chose : la Cérémonie approchait, et il lui fallait l’arrêter au plus vite.
    ***


    Salon Murat des Oracles, Thiercelieux. Midi du deuxième jour.

    La Porte de la Lune, qui relie nos deux mondes, a été provisoirement fermée. La Cité a ainsi été protégée, mais se cache, assiégée, de part et d’autres des forces obscures qui s’apprêtent à en prendre possession. …“.


    « Florent Hämälaïnen, tu t’apprêtes à mener le combat le plus difficile de toute ta vie. La puissance des oracles est sur le point de t’être investie, mais seras-tu prêt à la supporter ? » Interrogea la même voix qui l’avait conduit dans sa conscience, la veille.
    « Je ne sais pas. Je doute beaucoup de moi. Cependant, je veux effectivement y mettre toute mon énergie. C’est impressionnant, tout ce qu’il faut réunir, tout ce qu’il faut préparer pour que cette cérémonie puisse fonctionner. Que chacun, tous, sans exceptions, pense au même instant, à la même chose, qu’il faille des pentacles sur les sols, des récitations, des poèmes… J’ai toujours pensé qu’il s’agissait d’une forme de littérature, et pourtant, maintenant que j’y suis. Cela me semble toujours un peu irréel. Comment je peux être, moi, le dernier espoir de Thiercelieux ? Pourquoi Alexandre ne l’a-t-il pas fait quand il était encore vivant … ? Quelque part, tout me paraît trop simple. »
    Un silence se suivit à cette myriade de questions. Un frisson, toujours doux et agréable, remplaça ses peurs. Maintenant qu’il y pensait, où se trouvait-il maintenant ?
    « Tu te poses beaucoup de questions, guerrier de la lumière. Pourtant, c’est toi qui as le libre-arbitre de décider quoi faire ou non. Tu es la justice, tu es l’élu. » Chaque syllabe était décomposée, insistée, articulée, de telle sorte à rendre les intonations de la voix, irréelles et omnipotentes.

    « Si tu y crois de toutes tes forces, un mensonge peut devenir réalité. Alexandre Schwartz … Le savait mieux que quiconque. »


    Florent Hämälaïnen ouvrit brutalement les yeux et prit une profonde inspiration. Il s’était endormi sur la page d’un livre, une diatribe contre les Gardiens qui contenait malencontreusement quelques indices en vue de la Cérémonie. Il ne comprenait pas bien ce que venait de lui dire sa conscience, mais il pouvait aussi ne s’agir que d’un rêve. En la matière, ses cernes témoignaient d’ores et déjà d’un haut niveau de fatigue, et il avait très bien pu confondre les deux. À ses côtés, Camille souriait avec chaleur.
    « Tu as bien dormi ? » Demanda-t-elle en langue des signes. Florent réalisa alors qu’il la comprenait sans difficultés, et ne comprit pas forcément pourquoi.
    « Oui, je te remercie. Mais… Comment ça se fait que je comprends exactement ce que tu veux dire ? Je n’ai aucun doute sur le sens de tes propos.
    Le Gardien a la capacité de comprendre toutes les langues instinctivement. Ce n’est qu’une preuve en plus que tu l’es.
    — Je n’avais aucun doute de cela. » Il regarda l’heure sur l’horloge, il était déjà plus de midi. Il ne savait pas exactement combien de temps il avait dormi, mais c’était déjà trop. Il fallait commencer au plus tôt. En se relevant, il se surprit à briser la table de travail sur laquelle il était. Dans un mouvement de recule, son amie se recula brutalement. Apeuré par ce qu’il venait de faire, il comprit toutefois que Hence Schœneck était parvenu à l’investir de la puissance des oracles.

    « Il a réussi. Florent, c’est formidable. Tu disposes maintenant de tous les outils pour réussir.

    Du sang s’écoulait à présent des narines du garçon, ce qui ne manqua pas de l’inquiéter. Heureusement, son oracle entra en catastrophe dans le Salon Murat. Sa canne en main, il se saisit des bras de son élève, comme pour le protéger de la puissance immense qu’il détenait désormais.
    « On ne peut plus reculer, maintenant. La Mairie met fin aux derniers préparatifs. Une voiture nous attend à l’extérieur du Conseil. Tu es d’un courage remarquable. » Pris de vertiges, l’adolescent commençait pourtant à questionner ses propres choix. C’était donc cela, tout ce que pouvait ressentir Alexandre ? La majesté de son comportement tranchait pourtant avec toute la douleur de cette énergie instillée dans ses veines, comme si elle le dévorait de l’intérieur. Il ne se sentait pas à sa hauteur. Pourtant, lui avait échoué, là où lui se jurerait d’essayer jusqu’au bout ! L’équation pouvait-elle seulement être aussi simple ?
    Camille se saisit d’un petit mouchoir en coton pour lui éponger les narines, tandis que son observateur lui mit un petit bracelet, censé catalyser ses pouvoirs, qu’il devrait enlever au moment de libérer toute son énergie. « Les gants aussi. » Ajouta-t-il en terminant le nœud.

    « Compris. » Se contenta le thiercellois, avec plus de convictions. Il avait l’impression de rentrer dans la solennité de sa fonction.

    « Le cortège nous attend à l’extérieur. » Rajouta le professeur, à l’attention des deux autres. « L’armée municipale livre une bataille extrêmement violente aux portes de la ville pour éviter qu’elles ne cèdent. C’est inédit, Underwood les avait toujours ouvertes dans tous les chemins que nous avions eus à l’époque. Nous ne savons pas combien de temps ils arriveront à contenir l’assaut, alors il va falloir avancer la Cérémonie. Il y a déjà des milliers de personnes sur place. » Annonça-t-il, en serrant de nouveau le nœud de son écharpe, au-dessus de son costume.
    « J’ai pensé à me changer comme vous pouvez le constater. Fit alors remarquer le Gardien, qui se drapait maintenant d’une chemise blanche, d’un pantalon blanc, et de chaussures blanches.
    — C’est toujours effectivement plus propre que les vêtements de rechange que je t’avais proposé. Mais garde à l’esprit que ce n’est que symbolique. Au moins, ils vont bien avec tes gants. » Lui adressa-t-il en retour, le sourire amusé, pour détendre l’atmosphère. « Enfin bref. » Vérifiant le contenu de sa sacoche, l’oracle s’assura que les ouvrages sur la Cérémonie n’avaient pas disparu. Cela fait, il interpella une dernière fois le petit Florent Hämälaïnen.

    « Es-tu prêt ?
    — Plus que jamais. ».
    ***


    Le Hall de Sécurité, Thiercelieux. Après-midi du deuxième jour.

    Anselm Dubois essaya de monter un échafaudage dans les douches du Hall de Sécurité, afin de pouvoir pénétrer dans le chemin ouvert par Florent le matin même.
    « Cela risque d’être difficile pour toi d’y rentrer. Fit-elle à l’égard de Gabriel, lequel, à cause de son tibia cassé.
    — Essaie de nouer une corde autour de moi pour me tirer le mieux possible. Fais-le aussi bien que tu as réussi à tous nous confiner ici. » Rajouta-t-il, sardonique, et visiblement rancunier. Sa jambe le handicapait beaucoup, et si cela ne tenait qu’à lui, il serait déjà sorti.

    Toutefois, tandis que la rousse explorait les méandres de la ventilation, à la recherche d’une prise suffisamment solide, et d’un chemin le plus optimal pour quitter le laboratoire, les sirènes se turent totalement. Le verrou des portes se retira. Le confinement avait été levé. De là où elle était, l’adolescente ne put pas le voir tout de suite, aussi rebroussa-t-elle immédiatement chemin, apeurée à l’idée qu’Oswald ne dépende plus d’elle pour la suite des événements. Une main après l’autre, et comme un petit animal contraint d’avancer à quatre pattes, elle remonta l’ensemble du corridor afin de revenir jusqu’aux sanitaires.
    « Gabriel ? » Interrogea-t-elle de vive voix. La scientifique n’obtint pas de réponses, ce qui la rendit particulièrement inquiète. S’extirpant, sa jupe relevée, du conduit d’aération, elle jeta un œil partout autour d’elle une fois que ses pieds furent revenus au sol.
    Ce qu’elle vit la surprit tout particulièrement. Une épaisse trainée de sang partait du mur auprès duquel Oswald était assis, pour remonter jusque dans le couloir.

    Un cran de son anxiété crut dans l’instant. Cela signifiait que de nouveaux intrus s’étaient infiltrés dans le Hall de Sécurité malgré la procédure de confinement ? L’heure n’était plus aux quêtes égocentriques d’attention. Anselm se mit à courir dans le corridor. Elle trouva la porte des dortoirs défoncés. Samuel Parsons gisait au milieu des décombres, dans une marre de sang éparse. Elle en eut un haut-le-cœur. Sans même vérifier si son ami était encore en vie, elle remonta une à une les marches de l’escalier rejoignant la salle de contrôle. Lorsqu’elle ouvrit la porte, elle ne trouva déjà plus personne. Toutefois, la trainée de sang continuait jusqu’au monte-charge. Inquiète et paniquée, elle se précipita auprès de l’ordinateur, lequel avait été complètement saccagé. Les écrans brisés, le clavier défoncé, toute la bécane n’était plus fonctionnelle dorénavant. Une catastrophe innommable pour Thiercelieux.

    Sans retour vers le passé, comment allaient-ils pouvoir éviter que le vortex n’engloutisse toute leur civilisation ? Dubois se sentit plus seule que jamais. Abandonnée par ses amis, morts, fous, disparus, enlevés. Un rire nerveux se mit à sortir de sa bouche. Elle ignorait tout de ce qui venait de se passer, mais maintenant, elle en redoutait plus que jamais les conséquences.

    Dans un éclair de lucidité, elle se remémora le calculateur évoqué par Gabriel quelques heures avant. Vraisemblablement, il pouvait s’agir du même écosystème par lequel il lui serait aisé de relancer un retour dans le temps.
    Ce projet n’aurait toutefois rien d’une promenade de santé. Elle ignorait tout de ce qu’elle devait faire, de la marche à suivre, des dangers qu’elle rencontrerait.

    Elle se plut cependant à penser qu’elle était le seul espoir de Thiercelieux en relançant un retour dans le temps, pour préserver ses amis, mais surtout, pour préserver cet étranger venu d’ailleurs, qui obsédait ses pensées, et qui rencontrait visiblement de gros problèmes.
    Il lui fallait agir et vite, sans même qu’elle se questionne sur où pouvait bien être passé Flora.

    ***


    Grande Place de Thiercelieux. Fin d’après-midi du deuxième jour.

    Sur une immense estrade en métal installée pour l’occasion, protégée par d’épais murs de verre, capables de résister “à tout“, le Maire de la ville, Francis Underwood, achevait un discours précédent le début de la Cérémonie. Plusieurs pentacles étaient dessinés au sol, tandis que tout le matériau des rituels se retrouvait dans ses plus précis clichés. Toute la logistique de la ville s’était vraisemblablement mobilisée pour maximiser les chances de réussite du nouveau Gardien. Tout autour de l’estrade, une importante masse d’individus se regroupait de part et d’autres de la Grande Place, noire de monde comme au temps les plus festifs de la cité. On ne distinguait pas très bien leur visage, leurs gestes, répétitifs, alternaient entre les silences religieux, et les applaudissements intempestifs.

    « … Et c’est ainsi, que le nouveau Gardien de l’Équilibre des Forces, assumera la tâche du juste parmi les justes. Je vous demande de souhaiter bon courage à notre nouveau protecteur, Florent Hämälaïnen ! ».

    Dans le petit renfoncement par lequel Florent s’apprêtait à gravir les marches de l’estrade, il ne put s’empêcher de ressentir le trac concomitant à une telle apparition publique. Hence Schœneck, quant à lui, essayait à ce titre de le décontracter, parce que la tâche serait rude, mais il ne parvint au contraire qu’à plus le crisper. Son destin, celui d’un adolescent plongé dans l’obscurité, et tiré vers la lumière et les glorioles de son pouvoir, lui paraissait tout bonnement formidable. Ce passage abrupt et sans transitions constituait donc à la fois une osmose d’anxiété, ainsi qu’un parfum de félicité, celui d’être utile et de servir sans arrière-pensées la communauté. Ce fut en tous cas cette idée qui l’anima, pendant que ses jambes l’emmenaient se hisser sur l’estrade, et que la foule se mit à l’acclamer tel un nouveau dieu.
    Cela lui plaisait considérablement. Sa place, il n’aurait voulu la perdre pour rien au monde en cet instant.
    S’approchant du Maire pour lui serrer la main, comme le voulait la tradition, ce dernier s’éclipsa vers les tribunes réservées aux invités de marque, déjà en place pour l’occasion, nettoyées rapidement, et dont on pouvait douter de la solidité s’il fallait compter dessus pour plus de quelques jours.

    À présent seul sur la scène, le Gardien savoura son moment de triomphe, encore imprévu la veille. L’oracle veillait de loin, dans les coulisses de l’estrade – lesquelles donnaient en fait sur les sous-sols de Thiercelieux. Camille observait ce moment de triomphe à ces côtés, mais le plus dur était maintenant à faire.

    Fort de sa tunique du héros, l’adolescent s’agenouilla au centre des pentacles. Les prophètes du savoir le rejoignirent en cercles, pour commencer à débuter la liturgie de la Cérémonie. Le temps allait être long, pour que Hämälaïnen accède à la transe de la méditation, puisse mobiliser son énergie en vue de réussir ce complexe et improbable rituel. Abraham, Ishtar, Aziraphale, Michel… Ils étaient tous là, nonobstant d’ailleurs la parité, et toute la ville de Thiercelieux observait ce moment, parce que c’était pour eux leur dernier espoir.
    Aux portes de la ville, dans sa périphérie extérieure, des combats faisaient rages contre des créatures divines, des monstres de conte pour enfants, des chimères issues des pires histoire d’erreur.

    Pourtant, en cet instant, leur cœur battait à l’unisson. Florent le savait. Florent le ressentait. Il était comme connecté à l’univers. Du moins, ce fut ce qu’il croyait, tandis qu’il fermait les paupières, tandis qu’il se remémorait tous les conseils que lui donnèrent son professeur dans cette courte période.

    « Te revoici, Guerrier de la Lumière. Tu as donc pris ta décision. Tu es comme un illusionniste, ici, Florent Hämälaïnen. Tu as décidé d’y croire de toutes tes forces toi aussi. Pour toi et en ce lieu, voilà comment ce mensonge deviendra réalité.


    Sur le moment, Florent ne comprit pas très bien cette phrase. Il ne savait pas ce qu’elle signifiait, et pourquoi sa conscience n’avait de cesse de lui répéter. Cela avait pourtant forcément un sens, mais il n’avait pas le temps d’y réfléchir. La force de ses prières devait transcender le temps, il devait concentrer toute son énergie. Il se sentit bientôt prêt à retirer son bracelet, puis ses gants, dévoilant des mains carbonisées sur un ensemble si pur, si blanc.
    Des heures étaient passées depuis le début de la Cérémonie. Tous les habitants de la ville tenaient une bougie, mais ils étaient comme inexistants. Ils ne bougeaient pas. Ils ne faisaient rien de plus qu’entrer en communion avec le Gardien. C’était le plus logique.
    Ouvrant furtivement les yeux, observant cette communauté d’individus, il put voir tous ceux qu’il aimait. Hence, Camille, il crut même apercevoir Flora, de loin. Elle était toutefois comme évanescente, impalpable. Puis, au loin, sur la tribune d’honneur, Underwood était parti. Qu’importe, il n’y avait nul besoin de ce vieux quinquagénaire pour faire de cette Cérémonie, une réussite.

    Il allait le prouver. Il allait leur prouver à tous.


    ***


    Siège de l’Hypercalculateur, Thiercelieux. Nuit du deuxième jour.

    Les portes se déverrouillèrent, tandis que le monte-charge menant au sommet de la tour d’astronomie s’ouvrit. Le Maire de Thiercelieux, Francis Underwood, en fut le premier émerveillé. Un sourire béat se mut sur son visage.
    « Par la barbe d’Eliot Winchester, j’étais sûr que cet endroit serait ouvert. » S’exprima-t-il à la cantonade. Il n’était pas accompagné, mais sa canne et son chapeau, ses fidèles alliés, subsistaient à ses côtés.
    « Votre instinct ne vous trompait pas, Underwood ! » Commenta une voix sournoise, une voix à la fois familière, et totalement inconnue. Une voix déformée aussi, laquelle ne semblait pas appartenir à un être humain. Bien moins effrayé qu’il n’aurait dû l’être, le bourgmestre chercha à trouver du regard son origine.
    « Cette voix… Alors c’est vous. Vous êtes cette personne. C’est vous, qui tirez les ficelles depuis le début. Je n’ai jamais été si proche de savoir qui vous étiez. » Commenta le vieil homme en regardant de part et d’autres du laboratoire. Une trappe, qu’il n’avait jamais vu auparavant était ouverte. Elle menait à un sous-sol que jamais encore il n’avait vu, alors même qu’il se réveillait à cet endroit au début de chacun des cycles. Prudent, le politicien ne s’en approcha pas immédiatement. Sa canne gardée contre lui, il en tourna le manche pour faire découvrir une dague. Simple question d’auto-défense.

    « 
    Euh, vous n’en faites pas un peu trop là Underwood ? » Interrogea la même intonation, un brin ironique, mais surtout, totalement réel et juste derrière lui cette fois. Par réflexe, le Maire de la cité se retourna immédiatement, mais il n’eut rien le temps de voir, sauf deux phalanges pénétrer sans sommations et avec une violence hors normes ses orbites, lesquelles se crevèrent dans l’instant et firent jaillir du sang tout autour de lui.
    « 
    Il n’est pas encore venu le temps de me dévoiler au monde. Ne vous en inquiétez pas, ce moment viendra, et je loue l’intelligence que vous avez eu de me trouver en premier, enfin, si on peut appeler cela trouver. » Déclara calmement la voix toujours aussi sardonique et moqueuse, alors que le bourgmestre éborgné hurlait encore de toutes ses forces, après avoir lâché sa dague par terre. « Ne le prenez évidemment pas personnellement, Francis. Je me doute que vous aviez prévu d’utiliser le scanner sous la seconde trappe de ce laboratoire, afin de programmer une virtualisation on-ne-sait-où et vous enfuir de Thiercelieux en laissant tout le reste du monde se démerder au cours d’une Cérémonie dont vous saviez d’avance qu’elle ne fonctionnerait pas. Vous avez voulu la jouer perso, et dommage pour vous, vous êtes tombé sur moi. C’était juste une question de timing, à quelques minutes près j’étais déjà parti ! Ahah ! ».

    Un coup de poignard venu de nulle part transperça les côtes d’Underwood, une fois le laïus terminé, achevant de terrasser un homme déjà bien impuissant maintenant qu’il ne voyait plus. On aurait pu croire qu’il ne s’agisse que de sadisme, et pourtant… oh oh ! C’était bien ce dont il s’agissait. Agonisant sur le sol froid du laboratoire, pris par plusieurs quintes de toux lui faisant cracher du sang, ce sociopathe qu’était le Maire chercha pourtant à retrouver appui, à ramper le plus loin possible de son bourreau.
    Sa vitesse d’escargot ne sembla pas toutefois inquiéter l’intéressé, lequel s’était visiblement installé au panneau de contrôle de l’hypercalculateur, pianotant sur le clavier à toute vitesse. Fier de lui-même, il insista énormément au moment d’appuyer sur la touche Entrée. Le politicard put entendre un soupir de soulagement. Ainsi que des pas, se rapprocher de lui.

    « 
    Je le sens. Il va bientôt revenir… Et pour vous, je pense qu’il est temps de prendre votre retraite. Je dois jouer au héros maintenant ! » La voix, toujours difforme, se rapprocha de plus en plus des tympans de Francis. « Abracadabra ! » Sans crier gare, la gorge de ce dernier fut tranchée.

    Les dernières choses qu’il entendit, furent un rire particulièrement ironique et particulièrement effrayant.

    ***


    Grande Place de Thiercelieux. Aube du dernier jour.

    Le Général Kalinda, dans les coulisses, venait de recevoir un appel téléphonique des plus sombres. Le visage inquiète, elle acquiesça douloureusement, reposa le combiné du téléphone mural sur son socle. Elle porta la main à sa bouche. Il lui fallait réagir, et vite. À ses côtés, l’oracle Hence Schœneck l’observait avec attention, la fatigue commençant à apparaître sur ses traits.
    « Oracle Schœneck, je viens de recevoir un appel du Commandement de la Porte du Sud. » Elle avait les larmes aux yeux. Le sexagénaire resta impassible. Il se doutait de ce qu’on allait lui annoncer. « Ils ne savent pas ce qui s’est passé… Les portes de la ville, elles se sont toutes ouvertes. Une déferlante de monstres sont en train de fondre vers la Grande Place. Ce va être un massacre, un bain de sang ! Il faut annuler la Cérémonie, sur-le-champ ! ».
    L’homme aux cheveux grisonnants ne répondit rien, se retourna vers les marches de l’estrade. Il le sentait, lui aussi, Florent y était presque. Il ne fallait pas l’interrompre.

    « Je m’occupe du Gardien, Kalinda. Faites ce que vous avez à faire. ».

_________________
« Il ne faut jamais perdre espoir ! » Alors qu’Alexandre était sur le point de tout abandonner, une voix familière résonna au plus profond de lui-même. « C’est ce que tu dirais, n’est-ce pas ? ».
Chapitre 26, Le Héros Légendaire.
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Ikorih MessagePosté le: Dim 21 Mai 2017 09:42   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Bon, peut-être qu''il est temps d'avoir pitié de toi et d'interrompre cette grève des commentaires...

Pour une fois je vais moyennement structurer, et ne pas repasser en détail sur les différents passages du dernier chapitre, déjà parce que j'ai pas commenté depuis un moment et que du coup on va essayer de donner un côté un poil plus global à ce commentaire.
Déjà, je trouve que ce chapitre nous rappelle bien les ancrages de ton univers dans le fantastique, avec les créatures aux portes et la chose qui tue Underwood, ou même la fausse Flora (bien joué sur ce point d'ailleurs, même si on connaissait peu le personnage et que du coup on avait pas vraiment de chance de remarquer la supercherie). J'espère que le prochain chapitre nous permettra de voir un peu plus de bestioles bizarres et glauques déferlant sur la grande place.
On sent aussi que les choses commencent carrément à bouger. Cette chose qui parle en rouge foncé (ma couleur, salaud) n'est sûrement pas le grand méchant Dimensio. Je pourrais revenir au parallèle avec les Cavaliers de l'Apocalypse, cependant : ok Eliot s'exprimait en blanc mais y a un Cavalier Blanc (merde c'est la Mort qui n'est pas arrivée mais chut). En fait, si on reste sur la thématique des couleurs, ce pourrait être le Cavalier Rouge, la Guerre. Plutôt cohérent avec celui qui ouvre les portes pour laisser déferler le chaos sur la ville non? Mais encore une fois, ça ne semble pas coller avec ce qu'ils disent sur les "deux" cavaliers qui restent, qui étaient mentionnés comme la Mort et Dieu... J'épingle en passant sa manipulation sur l'Hypercalculateur, en espérant que ça ne foute pas trop la merde par la suite, c'est assez le bordel comme ça non? (à moins qu'il ne s'agisse juste bêtement de l'ouverture des portes, même si j'aurais vu ça avec un truc magique plutôt)
(Edit : Ou alors en fait si c'est totalement Dimensio et j'ai pas cliqué sur le lien de son thème. Mais pourquoi il parle en rouge ce con alors hein?)
Le cycle des trois chapitres pour trois jours semble être brisé. En effet nous sommes ici au second jour et clairement, le RVLP sera pas lancé d'ici le prochain chapitre, puisque Anselm n'est pas encore arrivée à l'Hypercalculateur. D'ailleurs elle ne tombera sûrement pas sur le rouge, mais si Gabriel est effectivement avec elle pour la guider (bon pour l'instant ça n'en prend pas le chemin...), il sera certainement fort marri de tomber sur le cadavre de son nouveau maître...

Bon, je pense que j'ai ma transition pour aller faire un tour du côté des personnages.
Honneur aux défunts (?), Underwood aura été un enculé jusqu'au bout. Il n'avait cependant pas laissé sous-entendre qu'il connaissait l'existence des scanners et leur utilité, mais il peut très bien avoir dissimulé ça à Gabriel. Je ne sais pas si on en a fini avec lui, on a plus de précédent de résurrection des morts dans la fic mais tu me semblais bien l'aimer...les cycles suivants auraient une gueule bien différente sans lui, n'empêche...
Pour ce qui est de Gabriel, ça change de le voir un peu handicapé. Son statut n'est pas encore tranché d'ailleurs, vu qu'il a sans doute croisé le chemin de "Flora". Certes il y a du sang partout, mais aucun décès confirmé, et ça m'étonnerait bien que tu te débarrasses de lui comme ça. Et en plus, Flora ne m'a pas semblé vouloir tous les tuer, juste rusher vers la cérémonie en pourrissant le calculateur au passage. Histoire de traiter Anselm dans le même paragraphe, je suis un peu déçue de la facilité avec laquelle il la manipule. Ok elle est amoureuse mais Anselm me semble être une fille plus intelligente que ça. La façon dont elle est dépeinte quand il la met dans la confidence de l'hypercalculateur est un peu en deçà de ce mes espérances quant à elle. A l'inverse, le côté obsessionnel que tu nommes explicitement me semble tout à fait adapté. A quand une séquestration de Gabriel dans sa cave, histoire de renverser le rapport de force? Enfin, déjà si elle parvient à sauver la situation toute seule comme une grande en lançant le RVLP, ce sera un progrès notable.

Citation:
S’extirpant, sa jupe relevée, du conduit d’aération,

Dis-donc Pika depuis quand c'est ton truc les jupes relevées?

Bon, Florent, voilà quoi, il grandit un peu mais ne m'est pas plus sympathique. Le forcing sur les Oracles par Underwood et le vieux était marrant à lire quand même. Même toute cette histoire de Cérémonie est surtout un prétexte pour faire des grandes tirades. "Parce que t'es faible, parce que t'aime ça", comme on dit.
Bref, en attendant de revoir un Cavalier montrer le bout de son nez...et de passer la moitié de la fic, déjà? Surprised
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Pikamaniaque MessagePosté le: Sam 27 Mai 2017 18:17   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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Bonjour Ikorih,

Je tiens à te remercier pour ton commentaire. Les théories que tu avances sont assez intéressantes, on sent que l'intrigue des Cavaliers de l'Apocalyspe t'intéresse. Cela tombe bien, ce chapitre en traite, bien que ce ne soit pas le thème principal. Comme je te l'avais dit, la manipulation traitant de l'hypercalculateur ouvre bêtement les portes de la ville. Tu l'aurais effectivement su si tu avais appuyé sur le thème de Dimensio avant que je te l'eus dit. Mais peu importe !
J'espère pouvoir t'apporter à la lecture de ce chapitre, une réponse quant au fonctionnement des cycles de trois jours. Je te laisse découvrir tout ceci au cours du chapitre 13. Anselm représente bel et bien un des derniers espoirs de Thiercelieux avec son initiative. Encore lui faut-il y arriver sans mourir.

La mort d'Underwood est effectivement tragique. Elle ne met pourtant pas un point final à l'existence du personnage. Le fonctionnement des retours dans le temps s'inspirent, sur ce point, des travaux d'Icer dans l'Echiquier, des réponses seront apportées en temps voulu. Cependant, je loue ton esprit de synthèse sur le fait qu'il en sait beaucoup plus qui ne le dit. La scène finale du chapitre 12 ouvre ici les bonnes questions à ce sujet. Il existe des cas où la mort d'un personnage est définitive, prends par exemple Daniel Leroy (mort au chapitre 5), mais ce sont des morts spécifiques, je pense que vous finirez par les comprendre. Je vais aussi vous y emmener.
En tout état de cause, comme je te l'avais dit, je te fais un mea culpa pour Anselm, c'est vrai que je l'ai mal traitée dans ces derniers chapitres. Les suivants, cependant, redonneront une certaine profondeur au personnage, notamment dans les choix qu'elle sera amenée à faire.
Tous ces sentiments sont très nouveaux pour Anselm, pour elle qui n'en ressent que très peu. Comme les autres, d'ailleurs ?

Je me transforme en hétérosexuel patenté, que veux-tu. Tu fais bien, enfin, de souligner l'évolution du personnage de Florent. C'est l'un des seuls personnages à évoluer, et je confirme qu'il sera encore au centre de l'intrigue lors du lot prochain de chapitres. Dans une tournure, cependant, qui, j'en suis sûr, t'intéressera beaucoup.

Pour finir, je vais procéder à la publication du chapitre 13. Ce chapitre 13 marque la fin de la Première Partie de la Fiction, et il marque une rupture nette avec la suite à venir de l'intrigue, dont vous comprendrez tous les tenants et les aboutissants à la lecture. Les choses vont maintenant accélérer, ou ralentir, mais la prochaine fois que je dirais cela, vous en aurez tellement plein les yeux vu la fin que les twists s'enchaîneront de manière très logique pour les plus exigeants en matière de cohérence. En effet, la plupart des choses qui semblent un peu cavalières auront une réponse dans cette seconde et dernière partie. En attendant, go.

Des annexes explicatives sortiront et feront la transition avec le chapitre 14 ces prochaines semaines.
_____________________________________________________________


Chapitre 13 : Prélude des Lumières



    Grande Place de Thiercelieux. Aube du dernier jour.

    Des hurlements firent vaciller le calme religieux près de l’estrade. Le dispositif de sécurité tenta de s’interposer. Malheureusement, il ne s’agissait pas de militaires professionnels. Les monstres, par centaines, de toutes les formes, et de toutes les natures, commençaient à s’acharner sur la population, tandis que le ciel prenait une teinte pourpre au levé du soleil. Le vortex occupait quasiment tout l’espace. Des ululements attirèrent par ailleurs l’attention du Général Kalinda. Le bouclier magique, protégeant le ciel de la cité, venait lui aussi d’être levé sans outre formes de procès. Des similis dragons fondaient vers la Cérémonie, crachaient du feu sur tout ce qu’ils voyaient, récupéraient entre leurs griffes toutes les proies qu’ils fauchaient.

    Hence Schœneck avait grimpé sur l’estrade où se trouvait Florent Hämälaïnen. Lequel était à présent entouré d’une aura d’énergie. Camille apparut également à leurs côtés.
    « Hence, il faut l’évacuer et vite. Il va bientôt être la cible principale de toutes ces créatures. 
    — Non ! Il n’en est pas question ! » Répondit le Gardien, de manière surprenante. « J’y suis presque, faites ce que vous avez à faire, mais je ne peux pas m’arrêter ! » Fit-il, le visage inquiet. « C’est de la folie. » Répliqua la fille muette, alors qu’une des chimères s’en prit au mur de verre, lequel commença à dangereusement se fissurer.
    L’oracle prit alors la décision de concentrer sa propre énergie sur toutes les parois de verre entourant l’estrade.
    « Je vais faire ce que j’ai à faire, Camille. Nous devons protéger Florent. Tel est sa volonté. Je vais rendre ses barrières indestructibles le temps qu’il faudra. » Lâcha-t-il avec gravité et dépit.

    Les prophètes du savoir venaient de les rejoindre à la demande du sexagénaire, lequel souhaitait maximiser les chances de son côté. Ishtar, Aziraphale, Abraham, Michel, Léïa, Agnès, Maximilien, Donovan, ils étaient tous présents, dans leur toge traditionnelle.
    « C’est une terrible tragédie, Hence… Déclarèrent-ils tous en chœur.
    — Il faut que vous nous aidiez à contenir la puissance de ces murs de verre. Ils ne doivent céder sous aucun prétexte. » Leur commanda le vieil oracle. Leurs visages parurent désolés.
    « Nous avons investi la puissance des oracles en Florent, nous ne pouvons rien faire de plus. » Commenta le Président du Conciliabule. Cela rendit le professeur du Gardien furieux, mais il ne s’autorisa pas à laisser transparaître la moindre émotion, parce que ce qu’il faisait nécessitait concentration et calme, d’autant que les offensives contre les parois se multipliaient. Les dragons, mais aussi les espèces difformes, les milliers de larves occupaient le moindre centimètre d’espace sur les façades de verreries. Il ne faisait pas bon d’être hors des murs dans l’instant, on ne distinguait plus le moindre humain à l’extérieur autre que les cris, les pleurs, les appels au secours qui ne venaient pas.

    « Les prophètes, nous avons préparé votre évacuation. » Hurla alors Kalinda à leur attention. Ceux-ci ne se firent pas prier, après avoir lâché quelques courage patelins, tandis qu’ils regagnaient les coulisses pour fuir dans les sous-sols de Thiercelieux, encore épargnés par le déchaînement de violence. Cette attitude lâche et pathétique énerva beaucoup Camille, mais elle énerva encore plus le Gardien, lequel craignait de ne pas avoir suffisamment de temps pour achever cette foutue Cérémonie. Il était désormais le seul espoir de Termina.

    Derrière un nuage, une leur du soleil, l’espace de quelques secondes, illumina sa joue.

    ***


     « Je t’en supplie, qui que tu sois, accorde-moi la puissance dont j’ai besoin. Je le sens, j’y suis presque.
    — Guerrier de la Lumière, la Cérémonie est plus que jamais compromise. Les conséquences de ton pouvoir sont bien trop importantes. Reviens à la raison.
    — Non ! Je ne te le permets pas ! Je veux réaliser cette Cérémonie, je veux sauver Termina, je te somme de m’accorder ce pouvoir. »

    Un silence s’accompagna de ce vif échange. Hämälaïnen était dans le noir complet.
    « Je vois… Je vois ce qui va se passer dans l’avenir, ô, Guerrier de la Lumière. Un mal profond est sur le point d’entrer à Thiercelieux.
    — Oui, mais dans l’instant, ce n’est pas ce que je te demande. Je t’en prie, ouvre-moi la voie ! ».


    ***


    Les fissures commencèrent à apparaître de manière bien plus importante. Le pouvoir de Hence diminuait de plus en plus fortement. Il ne tiendrait plus longtemps. La muette en avait conscience, si bien qu’elle s’était rapprochée de son ami, prête à tout moment à le tirer de son rituel pour qu’il puisse regagner les coulisses, qui n’attendaient plus qu’eux avant de bunkériser l’entrée. Pour autant, tous constatèrent que le visage du Gardien avait changé. Son corps, de plus en plus luminescent, traduisait une connexion directe avec les textes sacrés étudiés les jours d’avant. Ce qu’il voulait faire était sur le point de se réaliser, il ne devait arrêter sous aucun prétexte.

    Pourtant, l’oracle était sur le point de craquer, et bien qu’il jetait toutes ses forces dans la bataille, il ne bénéficiait pas d’un pouvoir illimité.
    Ce qui devait arriver, arriva. Lâchant sa canne à terre, les parois en verre explosèrent face à la nouvelle salve indicible convoyée par les monstres de Termina. Les bris de verre ne blessèrent toutefois personne, parce que du peu d’énergie qui lui restaient, Schœneck parvint à protéger ses amis. Il leur fallait maintenant regagner le bunker. Or, les larves tombèrent par milliers sur les épaules de Florent, lequel, tiré de sa Cérémonie, sentit se rompre en lui ce lien et ce cordon avec l’univers qui l’avait animé jusqu’ici. Pris dans une crise de colère, il commença à se débattre, frappant Camille au passage, furieux contre lui-même.

    Un dragon fondit par ailleurs sur leur position. Foutu pour foutu, la fille tenta de prendre sur elle la douleur, et de tirer ses deux amis vers le bunker, sachant pertinemment qu’à moins d’un miracle, elle n’arriverait pas à temps.

    « Onde sonique. » Le salut vint alors de là où ils ne l’attendaient pas. Une puissance sonore d’une ampleur jamais égalée vint vriller, pulvériser, écarter la plupart des créatures sur le point de faucher l’équipe des Gardiens. Un garçon blond aux yeux bleus, dans sa tenue blanche et noire, apparut alors sur le coin de l’estrade.
    « Samuel ? » Interrogea Hämälaïnen, pantois, lequel voyait encore mal à cause de ses pupilles embuées.
    « C’pas le moment d’traîner ! » Leur déclara-t-il tandis qu’il leur faisait de grands gestes pour qu’ils descendent les marches des escaliers. Tout le monde se précipita. Une fois à l’intérieur, un des Gardes Municipaux encore vivant actionna le mécanisme de bunkérisation. L’estrade avait été montée au-dessus d’un abri forgé déjà depuis une dizaine d’années, afin justement de se prémunir d’une telle attaque.

    « Tu nous as sauvés… » Commenta l’ancien ami du frère Parsons, vraisemblablement sonné. Leur dernière entrevue avait été plus que volcanique, et il ne pensait pas revoir Samuel de si tôt, en tous cas en tant qu’allié. L’adolescent brun était toutefois visiblement sonné par l’échec de sa Cérémonie, et il se lisait sur son visage que les crises de larmes pouvaient apparaître à n’importe quel moment.
    « J’suis très fier de toi, Florent. C’q’t’as voulu faire pour nous, c’est formidable. Se justifia-t-il, un peu gêné.
    — Oui, mais j’ai échoué. J’ai pitoyablement échoué. C’est foutu maintenant, on n’arrivera jamais à rendre la mémoire de tous ces gens. Tout est fini… » Geint-il en éclatant en sanglots, dans les bras de Hence, bien démuni au regard de sa fatigue et de son manque d’aisance avec le contact émotionnel.
    « Tu as fait tout ce que tu as pu. » Plaida Camille pour le réconforter, mais ce fut peine perdue. Le temps d’une longue minute, celui-ci resta à s’épancher sur sa défaite, son humiliation, sa trahison des principes pour lesquels il se battait. Cela faisait un peu too much, d’autant qu’à l’extérieur, les premiers séismes de l’apocalypse se manifestaient, ainsi que les premières tentatives de pénétration à l’intérieur des sous-sols.

    « Florent, l’habileté d’un Gardien n’est pas dans sa capacité à mener un plan à bien, l’habileté d’un Gardien est de savoir rebondir. » Rassura son oracle, alors qu’il tentait de l’écarter de ses bras. « Le plan A a échoué, alors il nous faut maintenant passer au plan B.
    — Mais c’est quoi le putain de plan B ?! Harangua-t-il avec hargne.
    — Il faut lancer un retour vers le passé depuis le Hall de Sécurité, c’est notre seule chance de mettre fin à ce carnage. »
    Le visage du frère Parsons afficha alors une mine déconfite.
    « C’pas possible… Y s’est passé quelque chose là-bas. Flora est devenue complètement cinglée, elle m’a presque tué, elle a détruit le Calculateur. Elle a fait du mal à Anselm et Gabriel, j’sais pas où y sont, mais y sont plus là, et y’avait du sang partout.
    — Comment as-tu fait pour nous rejoindre ? Sanglota Hämälaïnen.
    — J’ai activé la procédure de translation d’urgence, celle qui se déclenche auprès du scanneur lui-même. Mais c’un voyage sans retours pour moi. Quand j’ai vu que les portes de la ville s’étaient ouvertes, il fallait que je vienne t’aider. Flora voulait à tout prix anéantir la Cérémonie, c’elle qui a dû faire ça ! Mais j’sais pas pourquoi ! » Beugla-t-il avec une anxiété apparente.

    Le Gardien se laissa aller au défaitisme. Déclarant que tout était foutu, il avait perdu tout espoir. Un élan colérique faillit d’ailleurs s’emparer de lui, au moment où Camille tenta de poser sa main sur son épaule, au demeurant pour un geste affectif, mais surtout pour retirer les quelques larves encore accrochées à sa tunique.
    « Il ne faut pas que nous restions là. » Trancha fermement Schœneck, pour reprendre le contrôle de la situation. « Nous allons suivre les sous-sols jusqu’au centre de commandement, auprès du Général Kalinda. Ne perdez pas espoir, il nous reste encore toute une journée pour trouver une solution. Allez, il faut y aller. »

    Déclara-t-il en ouvrant la marche dans ces souterrains qu’il connaissait assez bien. La mort dans l’âme, le groupe se remit en marche.

    Pourtant, de manière surprenante, un vent frais se mit à souffler. Une brise légère, laquelle les apaisa tous, l’espace de quelques instants.

    ***


    Siège de l’Hypercalculateur, Thiercelieux. Matin du dernier jour.

    Lorsque les portes du monte-charge s’ouvrirent, Anselm Dubois avança prudemment à l’intérieur du laboratoire, avec un soupir de soulagement. Gabriel ne lui avait pas menti. Gabriel lui avait fait confiance. Ce calculateur existait bel et bien, et elle l’avait enfin trouvée après des heures de recherches dans les souterrains de la Tour d’Astronomie. Il était deux fois plus imposant que le sien, plus beau aussi, plus majestueux dans la décoration malgré l’austérité apparente de la pièce. Il projetait un hologramme au centre, lequel renvoyait visiblement à toute la ville de Thiercelieux. Elle remarqua immédiatement que les quatre portes s’étaient ouvertes, ce qui la confortait dans l’idée qu’Underwood avait une nouvelle fois tenté de les piéger. La raison lui apparaissait toutefois mystérieuse, aussi n’était-ce pas là sa priorité. Si l’écosystème de la machine était exactement la même, il ne lui serait pas bien difficile de lancer à son tour un retour dans le temps, et de convaincre une bonne fois pour toute son groupe de ses talents. S’avançant dans l’obscurité de l’endroit, sans crier gare, elle ne remarqua pas la masse inerte clouée au sol. Trébuchant à même le sol, faisant tomber l’espèce d’arme de poing qu’elle avait sur elle pour se protéger, la rousse frappa du poing sur le sol, comme pour marquer sa propre bêtise. Cherchant dans une de ses poches la lampe torche qu’elle avait prise au Hall de Sécurité avant de partir, elle l’empoigna avec conviction, la ramena vers elle, et fit jaillir la lumière.

    Le cadavre de Francis Underwood, les yeux crevés, dans une mare de sang, gisait en face d’elle. Un haut-le-cœur la fit vomir immédiatement, en même temps que se reculer le plus vite possible. Elle se rendit d’ailleurs compte qu’en tombant, elle s’était elle-même imprégnée du sang d’un homme aussi répugnant, d’un crime commis il y a sûrement moins de quelques heures. Cela signifiant que le meurtrier ne devait pas spécifiquement être bien loin, une idée pas spécialement rassurante.
    Se redressant sur ses deux jambes, une nouvelle secousse faillit la faire chavirer derechef. La terre tremblait beaucoup à l’approche de la fin du monde, et il lui fallait mettre ses sentiments de côté pour réussir la mission qu’elle s’était fixée.

    Prudemment, le chef de la Desmose enjamba le cadavre du Maire. Continuant à agiter sa torche dans les moindres recoins pour vérifier qu’aucune surprise ne se tapissait dans l’ombre, elle finit par s’asseoir au poste de contrôle. Appuyant sur les premières touches, elle sembla sincèrement heureuse que l’interface soit exactement la même que celle du calculateur. Consultant l’heure sur l’écran, elle constata bien qu’elle n’avait pas le temps de tout explorer, malgré cette curiosité insatiable qu’elle avait. Ce serait toujours possible de le faire plus tard, une fois que la situation se serait réglée. Malgré quelques divergences, les commandes du retour vers le passé restaient les mêmes. Jetant un œil aux différentes interfaces, Anselm remarqua alors son accès aux caméras de Thiercelieux.

    Le canal mis par défaut représentait le sommet de la tour d’astronomie, sur laquelle se trouvait Gabriel, attaché au bord, et Flora Parsons, juste à côté de lui. La rousse n’en crut pas ses yeux. Qu’est-ce que faisait cette tarée ? De mémoire, son amie ne disposait pas d’autant de forces physiques, et Oswald disposait de bien plus de capacités physique qu’elle. Il faudrait tirer cela au clair sans délai, et éloigner cette espèce de malade dès que le nouveau cycle serait entamé. Tentant de se concentrer sur le programme à lancer, Dubois fit feu de tout bois en vue de clore cela sous dix minutes. Totalement absorbée par ce qu’elle écrivait, du fait que tout était à recopier manuellement, elle en oublia d’ailleurs le cadavre à ses pieds, ainsi que la cérémonie, et tout ce qui de toute manière, pouvait être connexe aux écrans du superordinateur.

    Un son brutal la sortit pourtant de sa torpeur. Des coups, successifs et violent, se firent à l’intérieur de la machine. Interloquée, l’adolescente recula le siège, retomba sur ses pieds, et analysa la teneur de cette manifestation. Vu comment le Maire avait été mutilé avant son arrivée, il ne lui fallait pas exclure la possibilité que le meurtrier se trouve encore dans les parages. Cette éventualité, inquiétante, notamment au regard de toutes les lignes de codes qui lui restaient à écrire, la motiva à s’approcher du caisson sur lequel les bruits de coups retentissaient. Elle se saisit d’une arme volée à Gabriel, dont elle ne connaissant le fonctionnement qu’en théorie, puis arriva en face de la source d’un tel tumulte, une simple boîte, assez grande, reliée à l’hypercalculateur.

    Dans le doute, le chef de la Desmose se demanda s’il était bien prudent d’ouvrir. S’il ne s’agissait que de frapper intempestivement, elle devait bien s’y faire, mais il pouvait aussi s’agir de quelque chose pour subvertir son attention. Dans tous les cas, il valait mieux qu’elle en ait le cœur net. La main lourde, tremblante, elle approcha ses doigts de la poignée, et la tira, d’un coup.
    Une chose sale, crépue, puante, tenta de se jeter sur elle. Par réflexe, et sans réfléchir, elle appuya sur la détente de son arme, plusieurs fois, finissant par être elle-même projetée au sol. Dans la panique, et par la peur qu’elle avait ressentie suite au hurlement de cette bête, elle n’avait pas pensé une seconde. Elle avait agi.

    Avec succès. Quoi que fut cette chose, elle était à présent morte. Soulagée, la jeune fille se redressa sur ses jambes. Toutes les lumières s’éteignirent dans la foulée. Un rire nerveux sortit de sa bouche, tandis qu’elle se mit à marcher à l’aveugle pour retrouver la torche posée dans son sac, à côté du siège du poste de contrôle. Pourquoi les lumières venaient-elles de s’éteindre ? Cela n’avait pas de sens. Le geste rapide, elle examina de nouveau le laboratoire. Il y régnait un silence de mort, et il ne sembla n’y avoir rien de plus que quand elle était arrivée, à l’exception du voyant lumineux du monte-charge, lequel ne fonctionnait plus. Se pourrait-il qu’en tuant cet animal, elle ait coupé le système d’alimentation ?

    Cette question lui parut folle à elle-même. Reportant la lumière sur le cadavre de ce qui était en fait un adolescent de son âge, la scientifique fut prise d’effroi. Elle constata que de nombreux câbles, de nombreuses perfusions perforaient chacune de ses veines, comme si ce garçon, visiblement prisonnier, régissait l’énergie de l’hypercalculateur. Analysant rapidement les câblages, le constat semblait effectivement sans appel. Elle venait de tuer la pile énergétique de la bécane. Elle venait de couper toute l’alimentation du super ordinateur quantique.
    Par la même, elle venait, de la plus sotte des manières, de condamner toute la ville de Thiercelieux. Ce ne pouvait être possible, elle n’avait pas pu être si conne quand même ?!

    Retournant sur le clavier, elle eut beau appuyer sur toutes les touches, tenter tous les boutons des écrans, ceux-ci restaient désespérément éteints.
    Anselm Dubois, lycéenne major de promotion, scientifique de légende, chef incontestée de la Desmose, avait détruit la seule machine en capacité de reproduire un retour dans le temps. Son corps, parcouru de tremblements, se couvrit d’humiliations.

    Puis, la fureur monta, la fureur crut dans tous les pores de sa peau. Telle une furie, la rousse récupéra alors son sac, frappa de plusieurs coups de pied le cadavre du pauvre Frisk, le prisonnier de la salle, puis se déchaîna contre Underwood. Enfin, quand sa colère se dissipa, elle fut remplacée par une rage, une haine à destination d’une seule et unique personne : Flora Parsons. Le rubicond avait été franchie, et si maintenant elle devait mourir, cette salope crèverait avant elle. Se dirigeant vers le monte-charge, la jeune femme appuya sur le bouton, qui ne fonctionna bien évidemment pas. Lâchant un coup de poing dessus, elle se désespéra à l’idée de devoir monter tous les étages à pieds.

    Qu’importe, cela ne ferait que montrer sa conviction. Ce n’était pas de sa faute après tout.

    ***


    Commandement Suprême de Thiercelieux. Midi du dernier jour.

    Les lumières s’éteignirent brutalement dans le complexe souterrain de Thiercelieux. La surprise fut totale pour Hence, Camille, Florent et Samuel, lesquels dévalaient ceux-ci depuis plusieurs heures maintenant, sans repos, sans s’arrêter, parce que de nombreuses créatures avaient réussi à s’immiscer à l’intérieur.
    « Il ne manquait plus que cela. S’exclama le Gardien, dépité.
    — C’sont peut-être les monstres qui ont fait sauter le générateur. Objecta son ancien ami.
    — Allons, calmons-nous. Nous sommes arrivés. Le Commandement Suprême se trouve derrière cette porte. » Lâcha le sexagénaire, soulagé d’avoir achevé cette épopée. Frappant plusieurs fois contre l’entrée, il se demandait s’il y avait quelqu’un à l’intérieur. Ce genre d’endroits ne pouvaient s’ouvrir que de l’intérieur.
    « Qui êtes-vous ? S’exclama la voix tremblante du Général Kalinda, de l’autre côté.
    — Kalinda, c’est l’oracle Hence Schœneck, je suis accompagné. Faites-nous entrer, s’il vous plaît. ».

    Le silence précéda le déverrouillage de la porte. Le groupe ne s’attarda pas à l’extérieur, mais constata avec déception qu’ici aussi, il n’y avait plus aucun courant électrique. Personne n’avait de torche, aussi l’obscurité aurait pu être impressionnante si, heureusement, Hämälaïnen n’avait pas réussi à utiliser son pouvoir pour provoquer une source de lumière. Initiative saluée par l’ensemble des individus présents.
    « Je vous remercie, sous translation, j’avais les pouvoirs de la lumière. » Répondit-il en plaisantant, les joues un peu rosées, les yeux rouges aussi, comme pour masquer par une blague, l’échec pitoyable de la Cérémonie.

    Toutefois, l’ambiance ne prêtait pas à rire. Au contraire, elle était austère. Personne ne rigola. Le Commandement Suprême de Thiercelieux était vide. Il n’y avait personne, ni aux ordinateurs, ni aux téléphones, ni aux bureaux. Seule le Général Kalinda se trouvait là, visiblement pas très rassurée non plus.
    « Général, s’il vous plaît, quel point pouvons-nous faire de la situation ? » Interrogea l’oracle, tandis qu’une nouvelle secousse fit tomber de la poussière des plafonds.
    « Euh… Oui. Alors… Eh bien, tout est fichu. » Commença le militaire, s’esclaffant nerveusement. « Nos forces armées ont été anéanties, massacrées, annihilées. Il n’en reste rien. Tous les généraux sont partis, coordonner le peu de troupes qui leur restaient. Peut-être que certaines divisions ont survécu, nous ne savons pas, nous n’avons aucune communication avec. Le fait qu’on ait contre-attaqué a rendu tous ces monstres… encore plus furieux qu’ils ne le sont habituellement. Ils ont pris le contrôle de la ville, remonter à la surface serait un suicide. Puis… » Sa voix s’enroua. « Je n’ai aucune nouvelle du Maire, il a disparu, il ne répond plus. Je ne sais pas où il est. Je suis toute seule ici. J’ai échoué. » Le soldat fondit alors en larmes.

    La signification de tout ceci était claire, pour tous ceux présents dans cette pièce. Il n’y avait définitivement plus aucun espoir, et la résignation faillit même s’emparer du vieux Schœneck, le seul qui, pourtant, voyait encore des possibilités dans ce chaos.
    « Rien d’autres ? » Finit-il par redemander auprès des joues humectées de l’officier, sans prendre le temps de la réconforter ou de la ménager.
    « Si… J’ai ciblé, pendant plusieurs heures, avant de perdre le contact, un pic culminant d’énergie au sommet de la tour d’astronomie. Ce peut être la manifestation du vortex, le point culminant, je n’en sais rien, mais tous nos outils de mesure ont été à leur maximum depuis lors.
    — Alors, c’qui reste un espoir ! » S’exclama Samuel Parsons, visiblement le seul à être réjoui par la nouvelle. Camille, de son côté, s’était approchée du Général, pour lui tapoter l’épaule. Un peu rétive à ce contact physique, celle-ci ne chercha toutefois pas à la repousser. Un peu de chaleur humaine, avant l’apocalypse, ce n’était pas forcément de mauvaise augure.

    « Je ne connais pas le chemin vers la tour d’astronomie. Je doute toutefois que nous y trouvions quoi que ce soit, mais s’il y a de l’énergie, je ferais mieux d’y aller avec Florent. Au moins par acquis de conscience…
    Je viens avec vous ! S’exclama la muette avec des gestes emphatiques.
    — Elle dit quoi ? Se surprit Samuel, qui ne connaissait pas son mode de fonctionnement.
    — Qu’elle vient avec nous. » Traduisit simplement Schœneck.

    « Je pense c’est acquis qu’on y vient avec vous. » Fit Parsons, tout sourire. « On a rien d’autres à faire. Et pis je me rends compte que Flo était vraiment courageux. J’l’ai mal jugé. Très mal. Et puisque y reste un seul petit espoir… ».
    Le Général Kalinda ne connaissait pas bien tous ces gens, elle qui passait le plus clair de son temps aux côtés d’Underwood. À l’évidence, elle savait à bien des égards qu’il s’agissait de ses ennemis, de ses opposants, et pourtant, en cet instant, elle ne ressentait plus d’antagonisme, plus de clanisme. C’était eux contre le destin.

    « Je connais un raccourci pour vous conduire à la tour d’astronomie. » Reprit-elle. « Je vais rester auprès de vous, si vous le voulez bien. » Finit-elle par rajouter, discrète. Cela ne sembla poser de problèmes à personne.
    « Ne perdons pas de temps. » Conclut dès lors le Gardien. Lui restait, au fond de sa conscience, un très mauvais pressentiment. Jamais la situation n’avait été aussi critique.

    Pourtant, au détour de son regard, il aperçut une étrange lueur blanche. Elle eut le pouvoir de lui faire retrouver un semblant d’espoir.

    ***


    Sommet de la Tour d’Astronomie, Thiercelieux. Crépuscule du dernier jour.

    La tour d’astronomie était le point culminant de Thiercelieux, celui depuis lequel on pouvait voir de plus près le vortex, comme s’il n’était qu’à quelques mètres. C’était, en outre, un bâtiment en rénovation, dont le sommet subissait une cure de jouvence, raison pour laquelle de nombreux échafaudages structuraient son pic.

    « Le moment approche, Gabriel. » Déclara calmement Flora, en consultant une montre à gousset. Son interlocuteur se trouvait attaché aux plateformes d’acier, sur une espèce de plongeoir donnant directement sur le vide. Il fallait gravir plusieurs échelles pour rejoindre le sommet de ces travaux, dont on aurait dit qu’ils s’articulaient ainsi spécialement pour l’occasion.
    « Tu es tarée ma pauvre… Qu’est-ce que je fous là… » Lâcha le vingtenaire, considérablement diminué, dont les plaies commençaient visiblement à s’infecter.
    — Arrête de faire l’innocent, Gabriel Grayson. Tu es celui qui as semé le chaos à Thiercelieux. Tu as tenté d’ouvrir un passage pour t’enfuir, tu fais semblant, mais je vois clair dans ton jeu. » Continua-t-elle, délirante. Elle n’était d’ailleurs plus qu’un cadavre en décomposition, dont la puanteur, les pupilles blanches, renforçaient son image de démente.
    « Bordel, de quoi tu parles…  Geint l’étranger, en toussant plusieurs quintes de sang.
    — Ce n’est pas grave si tu as toi-même provoqué ton amnésie pour avoir l’air convaincant. Tu verras bien, quand je te sacrifierai pour une vraie Cérémonie, cette fois. 
    — Flora, mais qu’est-ce qui te prends, arrête ! » S’exclama une voix au loin.

    Anselm Dubois, essoufflée, venait d’achever l’ascension de la tour d’astronomie. Elle tenait dans sa main l’arme d’Oswald, et avait son amie en joue. Parsons retourna brutalement son visage, affichant ses airs de cadavre putréfié. Cela déstabilisa la rousse plusieurs secondes, dont le réflexe fut de tirer à nouveau. Malheureusement, la belle ne sembla cette fois pas perturber particulièrement la Desmose-guerrière.
    « Anselm, je suis tellement heureuse de te voir. C’est fou, ça, le courage et la dévotion que tu as pour son garçon. »

    Lorsque Kalinda, Hence, Camille, Florent et Samuel remarquèrent l’entrée du siège de l’hypercalculateur, ils entendirent au loin des larmes de désespoirs. Prudent, et prêt à attaquer, le groupe se glissa donc à l’intérieur, malgré l’obscurité. Ils y découvrirent le cadavre du Maire Underwood, tenu dans les bras par Antonin, son valet, lequel répétait incessamment « Francis », le prénom du bourgmestre.
    « Doux Jésus… » Lâcha l’oracle, dégoûté par ce spectacle macabre, d’autant qu’il aperçut, au loin, un autre corps inanimé. Celui d’un adolescent dont il n’avait aucun souvenir.
    « Je ne connaissais pas du tout cet endroit. » Informa le Général, choquée de voir à terre, le cadavre éborgné de son patron. Tous, sinon, furent éblouis par la qualité des machines présentes en ce lieu, mais dont le fonctionnement paraissait tout aussi mort que les Macabées couchés sur le sol.
    « Il y a un monte-charge ici. On dirait qu’il mène directement au sommet de la Tour d’Astronomie. » Indiqua Florent, après rapide examen. Il ne souhaitait pas s’appesantir dans une atmosphère aussi glauque.
    « Oui, mais il n’y a plus de courant. Annonça froidement Schœneck.
    — Je peux remédier à cela. » Annonça-t-il, en posant sa main brûlée sur le bouton de l’ascenseur. Celui-ci se remit à fonctionner.


    Dubois venait de vider le chargeur de l’arme sur Flora, sans que cela ne fasse que la ralentir. À court d’idées, elle balança l’arme sur le visage de son adversaire. Cela lui provoqua juste une espèce de rire difforme.
    « C’est comme ça que tu discutes avec moi, Anselm ? » Interrogea-t-elle durement. Derrière elle, Gabriel cherchait un moyen de se défaire de ses liens, mais ceux-ci étaient particulièrement bien noués.
    « Ne t’approche pas de moi, qui que tu sois… Tu… Tu n’es pas Flora… » Bégaya-t-elle, retirant son sac de son dos, et commençant à plonger sa main dedans, à la recherche d’une arme quelconque.
    « Regarde-moi. » Lui somma Parsons. Celle-ci se saisit de son sac, et le jeta dans le vide. L’intéressée leva automatiquement les yeux, comme envoûtée par un pouvoir irrésistible.

    L’adolescente se sentit si faible, si impuissante, à ne pouvoir reculer, à ne pouvoir fuir, à ne pouvoir crier, face à une telle créature. Il n’y avait plus rien de sa meilleure amie sous cette carcasse de pourriture, alors que tout était encore si réel jusqu’à hier. Une main poisseuse et glaciale vint se poser sur sa gorge, et commença à la serrer. De plus en plus fort. Anselm ne put plus respirer. Elle ne pouvait pas échouer si pathétiquement ?
    « Je vais te dire, tu as raison je ne suis pas Flora. J’ai cependant choisi de me réincarner en elle, parce que j’avais la conviction que le plus grand problème de Thiercelieux se trouvait dans ton groupe. » Commença-t-elle à dire pendant qu’elle strangulait sa victime. « En vérité, je suis un des trois Cavaliers de l’Apocalypse. Mon but est de défendre cette cité, la défendre des gens comme toi, mais aussi de ceux qui veulent aller contre les règles de la nature. » Lâcha-t-elle, alors que la rousse perdait de plus en plus conscience.

    « Flora, lâche-la ! » Exigea alors une voix qu’elle ne connaissait que trop bien. Dans une tunique blanche, se dressait au loin le Gardien, accompagné de son oracle.
    Le Cavalier de l’Apocalypse laissa tomber le corps inanimé d’Anselm par terre, bien plus intéressée par la profusion d’individus à présent arrivés au sommet de la tour.
    « Vous n’êtes pas là pour Gabriel, ne mentez pas. Laissez-moi faire ce que j’ai à faire.
    — Il en est hors de question. » Lâcha Hämälaïnen, plus combattif que jamais. « C’est toi qui as détruit les supercalculateurs, c’est toi qui veux nous empêcher de lancer un retour vers le passé. Pourquoi as-tu fait cela ? » Vilipenda l’adolescent, en s’approchant d’elle. Hence Schœneck le suivait de près, afin d’éviter toute mauvaise surprise face à cet espèce démon.
    « J’en ai plus qu’assez de devoir me justifier. Mais je peux te promettre une chose à toi, une mort rapide, puisque tu es la dernière personne à pouvoir lancer un retour vers le passé. » Sans crier gare, des éclairs jaillirent de ses mains. Totalement surpris par la nature de ce pouvoir, Florent resta béat. Il ne dut son salut qu’à son vieux professeur, lequel encaissa totalement le choc, et fut projeté contre une paroi métallique.

    « Cette fois, tu n’y échapperas pas Florent. » Déclara-t-elle, sans autre formes de procès. À nouveau, une salve électrique partit en sa direction. Le garçon se baissa, et se concentra. Une plateforme en acier vola en la direction de son ennemie. Celle-ci marqua un temps de surprise, chercha à l’éviter, mais dans son esquive, s’écroula par terre, près de l’échelle de la plateforme principale. La voie d’accès à Gabriel était libre, et celui-ci semblait presser des yeux Hämälaïnen pour qu’il vienne le sauver. Ce n’était visiblement pas la priorité de celui-ci, toutefois. Il fallait en finir une bonne fois pour toute avec Parsons.
    Le Gardien se concentra derechef, et s’accroupit auprès d’elle pour entamer la Purification. Il espérait que son maigre entraînement suffirait. Malheureusement, la réplique fut instantanée. D’un coup de pied, le Cavalier de l’Apocalypse projeta Florent au sol. Elle profita de son déséquilibre pour se saisir de sa tunique, l’agripper, et l’envoyer contre l’échelle.

    Il lui fallait réagir, et vite ! Puisant dans le peu de forces qui lui restaient, l’adolescent se rehaussa sur ses deux jambes, en vue de la projeter par-dessus bord. Cela ne lui fit pourtant que chavirer pendant quelques secondes.
    « Allons, tu crois que tes tours de magie m’affectent ? » Lâcha le cadavre putréfié en lui saisissant le col de sa chemise blanche. Un coup de poing vint lui fracasser la mâchoire, et lui décrocha un hurlement de douleur, dont elle prit visiblement beaucoup de plaisir. Oswald se sentit alors très impuissant, parce que cette espèce de mioche – son seul espoir, en l’occurrence – se faisait mater en bonne et due forme.
    « Mais dis-moi Florent, est-ce que tu sais voler ? » Demanda alors le monstre des enfers. Le lycéen sentit alors une forme d’anxiété lui monter à la gorge. Elle n’allait tout de même pas avoir la même idée que lui ?

    Au même moment, Camille, Kalinda et Antonin arrivèrent au sommet de la tour d’astronomie à leur tour. Hence se réveillait péniblement. Ils étaient toutefois trop loin pour agir. Le temps qu’ils descendirent, et non sans plaisir, la dépouille de Flora venait de balancer le Gardien par-dessus la barrière sidérurgique. Celui-ci était en train de faire une chute libre, à plus de deux cent mètres d’altitude. C’était la mort assurée.

    « Ne vous approchez même pas de moi. » Rétorqua-t-elle sèchement à toutes ces personnes de Thiercelieux, lesquels regardaient, désespérés, leur seul espoir, leur nouvel espoir, fondre à une vitesse inouïe vers le sol goudronné de Thiercelieux. Plusieurs dragons passèrent alors dans le ciel, comme le symbole d’une apocalypse toujours plus proche. On n’en avait presque oublié les séismes faisant trembler les infrastructures dont la solidité apparaissait plus que jamais douteuse.

    Gabriel Grayson vit alors son bourreau revenir près de lui. Les visages impuissants et défaits ne marquaient plus aucune volonté. Lui, qui était pourtant encore attaché, dont les plaies s’infectaient et le faisaient de plus en plus souffrir, lui y croyait encore de toutes ses forces, alors même qu’il ne restait plus qu’une heure avant la fin du monde. Jamais Thiercelieux n’était arrivé si loin dans son agonie. Il y avait, jusque-lors, toujours eu quelqu’un pour y mettre fin.
    « Mais allez, vous n’allez pas la laisser me sacrifier pour son espèce de rituel ?! » Hurla l’étranger, comme s’il avait besoin de réveiller l’opiniâtreté de tous ces gens qu’il avait combattu, qu’il avait côtoyé ou choyé. Anselm, d’ailleurs, commençait à ouvrir timidement les yeux.

    « Tu peux toujours hurler, Gabriel. Je ne pense pas qu’ils t’entendent à présent. C’est moi, leur dernier espoir. C’est à moi maintenant de leur prouver que ce sera un bien moindre mal s’ils me font confiance. Aucun d’entre-eux ne t’aidera. Parce qu’ils sont résignés. Parce qu’ils n’ont plus d’espoir. ».
    Oswald n’en revint pas. Il leur adressa un ultime regard culpabilisateur. À Camille, elle détourna le regard. À Kalinda, elle le baissa. À Antonin, il le snoba avec suffisance. À Samuel, il l’ignora. À Hence, enfin, qui, à la différence des autres, le soutint, regarda pourtant avec gravité et résignation. Seule Anselm, au final, voulait tenter quelque chose, mais ses forces la quittaient. Elle n’y arriverait pas.



    Une voix solennelle, pleine de calme et de sérénité, attira l’attention de toutes les personnes présentes au sommet de la tour d’astronomie. La veste de marin n'était pourtant plus sur ses épaules. Il portait cette fois-ci un costume trois pièces, avec une cravate au nœud Windsor parfait. Une petite broche, tout en argent, représentait un motif que Gabriel avait déjà vu auparavant.
    « Tu es vie… » Lâcha alors, bouche bée et ému, l’oracle qui l’avait formé des années durant.
    Sa silhouette ne se distinguait pas encore très bien. Les traits de son visage parurent lointains. Pourtant, certains des protagonistes commençaient à le reconnaître. Sa démarche, élégante et royale, lui donnait un apparat de majesté. Il ne pouvait exister qu’une personne au monde, que dis-je ! une seule personne dans tout l’univers, dont la description pouvait correspondre. D’aucuns n’osaient y croire, tant c’était inespéré. Même ceux qui ne connaissaient que son nom finirent d’ailleurs pas réaliser, la scène mythique à laquelle ils assistaient.

    « Toi… Tu… Tu es revenu. Ce… Ce n’est pas possible. » Bégaya Flora Parsons, interdite, aux côtés de son prisonnier. Paradoxalement, ce fut non seulement la dernière à le voir, mais aussi la dernière à l’associer à un visage qu’elle connaissait déjà. Si bien qu’elle en douta à son tour, qu’elle en perdit ses moyens, parce qu’à l’extraordinaire, nul n’est tenu de réagir avec dignité. C’était lui, il fallait le reconnaître. Il était revenu.

    Alexandre Schwartz, le Gardien de l’Équilibre des Forces, se tenait bel et bien devant eux, petite perle de lumière dans le chaos.

    Alexandre s’avança jusqu’à eux, et, sans prêter attention à ce qu’elle venait de bégayer, sans même la regarder ou sembler la prendre en considération, il leva sa main en cuir et donna un coup sur le côté. Le Cavalier de l’Apocalypse fut projeté hors de la plateforme, chutant d’une centaine de mètres. Le Gardien lui-même n’avait même pas semblé accorder d’importance à son geste, le regard planté sur Gabriel pour qui il portait visiblement un certain dégoût.
    « Il y a une chose sur laquelle ce démon a toutefois raison. Tout est de ta faute. » Lui lâcha-t-il alors, assassin. Le vingtenaire en resta pantois.

    Schwartz, quant à lui, adressa un regard contemplatif au panorama de Termina. Le vortex spoliait à présent tout le ciel, et les créatures volantes, chimériques, s’étaient appropriées tout le ciel. La scène, tout comme tout le reste de cet endroit, avait une figure de désolation.
    Quatre à quatre, Florent Hämälaïnen avait réussi à amortir sa chute grâce à ses pouvoirs, et avait tenté de remonter jusqu’au sommet de la tour le plus vite possible. Lorsqu’il y arriva, enfin et essoufflé, la silhouette d’Alexandre, au loin, le figea sur place. Comment pouvait-il être encore en vie, alors que lui avait pris sa place maintenant ? Il y eut comme une déchirure dans son esprit. Toute l’aura sereine que dégageait son « prédécesseur » lui montrait bien à quel point lui était minable en comparaison. Il ne pensait qu’à cela, dans l’instant.

    « Maintenant, qu’allons nous faire ? » Interrogea alors le Général Kalinda, désemparée au fait de voir pour la première fois de sa vie, le Gardien immémorial dont on parlait depuis tant d’années.
    L’intéressé se retourna, le visage solennel, plus inquiet et plus grave qu’au moment de son arrivée.

    « Vous êtes piégés ici. » Lâcha-t-il, laconique. « Je n’avais pas prévu de venir si tôt, mais les circonstances ont récemment changé. Des individus, ici, se sont crus capables de surmonter leur condition, de franchir des lignes qu’ils n’auraient jamais dû dépasser. La vérité, cruelle si elle en est, offre pourtant une toute autre leçon, que vous êtes maintenant en droit de savoir. » Alexandre s’avança à mi-chemin de Gabriel et du reste du groupe. Il dégageait toujours cette majesté, dans sa démarche, laquelle forçait au respect.
    « Je vais vous révéler ce qu’est vraiment le monde de Termina ; ce monde dans lequel vous vivez. Cet endroit, et tout ce qui s’y trouve… » Il jeta des regards à droite et à gauche.
    « Cet endroit est une prison. » Asséna-t-il, brutalement. « Ce n’est pas à prendre au sens métaphorique. Le monde dans lequel vous vivez est une prison, fondée sur mesure, pour retenir la créature la plus dangereuse de tout l’univers. Cette créature, d’une intelligence hors normes, a su se fondre parmi vous, et n’attend maintenant qu’une seule chose, pouvoir s’évader à travers le vortex qu’elle a réussi à créer. » Le garçon désigna de sa main gantée, l’immense trou noir violet et noir des cieux.
    « Cela ne doit jamais arriver. Ce monstre solitaire se fait appeler Dimensio et se plaît à se rapprocher lui-même d’une allégorie du Mal Initial, et si ce monde est si sombre, si votre vie est si terne, c’est parce qu’il est là, à vos côtés, quotidiennement, plongeant vos existences dans la misère, le malheur et la désolation. Voilà pourquoi, pour le bien de tous les univers, de toutes les dimensions parallèles, de toutes les constellations de l’espace, jamais ce vortex ne doit atteindre son point culminant, à 6h précisément, à l’aube du jour d’après. Vous n’imagineriez pas les conséquences funestes que cela auraient. Personne ne devrait d’ailleurs avoir à l’imaginer… ».

    Son discours plein de gravité, terrifia et plongea dans l’incompréhension les différents protagonistes de Thiercelieux. Anselm elle-même, fut mal-à-l’aise de telles révélations. Depuis le début, ils n’étaient que des prisonniers enfermés aux côtés du pire psychopathe du cosmos. Pourquoi eux ? Pourquoi leur dire tout ceci, maintenant ? Quelles implications cela pouvaient avoir ?
    « Mais, Seigneur Alexandre, nous n’avons plus aucun moyen de lancer un retour vers le passé. » Déclara Samuel Parsons, sorti de sa torpeur, le regard grave. Florent, intérieurement, entendait d’ailleurs une voix lui répéter que la personne qui se trouvait en face d’eux n’était pas le véritable Gardien. Elle le lui répétait intempestivement. “Il ne peut y avoir qu’un seul Gardien en exercice, et c’est toi. Cet homme est un traître. Réagis !“. L’adolescent serra les poings. Toute cette situation ne pouvait être de toute façon que incohérente. Il monta au créneau, à la surprise du premier intéressé.

    « Qu’est-ce qui nous prouve que tu es vraiment le Gardien que tu prétends être ? » Interrogea-t-il de manière tonitruante. Tout le monde le regarda. Hence considéra même que c’était une forme de jalousie mal placée, Gabriel se demanda qu’est-ce qu’il y avait à prouver, tant la prestance de Schwartz lui était éminemment supérieur. Un important tremblement de terre leur rappela pourtant, à tous, que le moment ne se prêtait pas à ce genre d’échanges égotiques.
    Alexandre ne bisqua même pas.

    « J’entends vos inquiétudes. Je vais pourtant les lever tout de suite, parce que je détiens la solution au problème que vous me posez. Je vais vous montrer la puissance du Gardien de l’Équilibre des Forces. » Annonça très calmement le jeune homme, en retirant ses gants en cuir. « Je suis intervenu parce que vous n’aviez plus aucune autre alternative. Pourtant, même quand vous pensez qu’il n’y a plus d’espoir, il existe toujours quelque part, au fond de vous, une lueur. ». Il leva les mains devant lui, sourit avec bienveillance.
    « Cette lueur est celle de vos cœurs qui battent à l’unisson. C’est celle qui me donne la puissance, ici et maintenant, de lancer un retour vers le passé ! » Un orbe coruscant jaillit de la Tour d’Astronomie, transperçant le vortex du temps.

    Il s’agissait d’un concentré d’énergie pure. Lequel, pendant l’espace d’une seconde, apaisa toutes les craintes de toutes les âmes de la cité de Termina.

    Sauf la mienne, Alexandre Schwartz. Je t’ai fait sortir de ta tanière. Et maintenant, je vais prendre tout le temps qu’il faut pour t’exterminer. Tu n’aurais jamais dû venir ici, surtout quand on sait comme moi, que c’est la première fois que tu y viens.

_________________
« Il ne faut jamais perdre espoir ! » Alors qu’Alexandre était sur le point de tout abandonner, une voix familière résonna au plus profond de lui-même. « C’est ce que tu dirais, n’est-ce pas ? ».
Chapitre 26, Le Héros Légendaire.
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Pikamaniaque MessagePosté le: Sam 03 Juin 2017 11:16   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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Liste des personnages


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Avant-propos : Cette liste contient potentiellement des éléments de spoils des factions, et des personnages en présence du Projet Renaissance. Elle est tenue actualisée au début de chaque chapitre.

    I. Team Desmose.

  • Anselm Dubois [CHEF DE FACTION] : Adolescente & major de promotion du prestigieux lycée de Hardewick, Anselm Dubois coordonne les actions de la Desmose, et a fait rentrer aux côtés de ses amis, le monde de Termina dans une boucle de trois jours en vue d’arrêter la fin du monde. Proche de Gabriel, ses liens avec le reste de son groupe se délitent à mesure que la Mairie et les actions du Gardien scindent et clivent certains de ses amis qui ne veulent plus être sous le joug de ses comportements dictatoriaux.
    Elle est à présent la dernière membre active du groupe après la mort de Flora Parsons.
    Anselm Dubois ne déviera pas. — 2 à 4, 6 à 9, 11 à 13.

  • Samuel Parsons : Adolescent & diplômé du prestigieux lycée de Hardewick, Samuel Parsons est le meilleur guerrier de la Desmose. Il entretenait auparavant une relation amoureuse avec sa sœur, Flora Parsons, et considérait Florent comme son meilleur ami. Auparavant très loyal à son groupe, il commence à se mettre en retrait depuis sa rencontre avec Alexandre et ne supporte toujours pas la mort de Flora dont il impute directement la responsabilité à Anselm. — 2 à 4, 6 à 9, 11 à 13.

  • Flora Parsons † : Adolescente & diplômée du prestigieux lycée de Hardewick, Flora Parsons était la meilleure alliée des Desmose-guerriers. Auparavant petite-amie de Samuel Parsons, elle décède, assassinée par Gabriel Oswald et effacée de la mémoire du Calculateur. Toutefois, son corps est récupéré par le Cavalier de l’Apocalypse de la Mort, en vue de sacrifier Gabriel sur l’autel du vortex du temps. Arrêtée par Alexandre Schwartz, elle disparaît définitivement du monde de Termina. — 2 à 4, 6 à 9, 11 à 13.

  • Daniel Leroy † : Adolescent & diplômé du prestigieux lycée de Hardewick, Daniel Leroy est retrouvé mort par Florent dans l’asile de Holbein, la tanière des Enfants Perdus. — 5.

    II. Team Mairie.

  • Francis Underwood [CHEF DE FACTION] : Maire historique de Thiercelieux, le bourgmestre contrôle les actions de la Desmose depuis la mise en place du cycle infini par le groupe d’Anselm. Il recrute Gabriel Oswald à des fins d’espionnage en vue de retrouver à son tour le Gardien, et pouvoir s’enfuir du monde de Termina.
    Underwood, après avoir soutenu l’Ascension d’un nouveau Gardien, se fait pourtant assassiner dans la salle de l’hypercalculateur, après avoir perdu définitivement l’usage de ses yeux. Considérablement diminué, sa main de fer était de toute manière de plus en plus contestée.
    Francis Underwood ne déviera pas. — 1, 7 à 13.

  • Gabriel Oswald-Grayson : Variable d’ajustement. Gabriel Grayson a été désigné Dernier Espoir de l’Humanité dans le cadre du Projet Renaissance, mis en œuvre en 2076, 70 ans après la chute de Carthage et le début d’un hiver nucléaire sur la Terre (Bataille pour l’Espoir). Avec pour dessein de faire en sorte que Carthage ne voit jamais le jour, le voyage temporel mobilisé par la communauté humaine se passe mal, et le fait se réveiller à Thiercelieux. Proche de la Desmose dans un premier temps, il finit par prêter allégeance au Maire Underwood. Une force inconnue semble le persécuter et lui répéter en permanence qu’il fait face à une terrible destinée.
    Gabriel Oswald-Grayson ne déviera pas. — 1 à 3, 6 à 13.

  • Général Kalinda : Chef de l’État-Major des armées de Thiercelieux, Kalinda dispose de toute la confiance du Maire. Subordonnée à son autorité, elle n’est pas matrice en matière de prise de décisions, mais fait preuve d’une loyauté hors normes et semble disposer d’une certaine sensibilité depuis le dernier cycle.
    Général Kalinda dévie de plus en plus vers Team Gardien. — 7, 9, 12, 13.

  • Antonin Peus : Valet du Maire Underwood, ces deux personnages semblent entretenir une grande complicité, et s’appellent par leur prénom. Attaché sentimentalement et professionnellement au bourgmestre, il n’a jamais été question pour Antonin de dévier et il ne déviera pas.
    Antonin Peus ne déviera pas. — 7 à 9, 11 à 13.

    III. Team Gardien.

  • Hence Schœneck [CHEF DE FACTION] : Oracle de formation, ancien membre des Prophètes du Savoir, Hence a remplacé Gerald Weygand-Sarrabuckeer en tant que professeur des nouveaux Gardiens de l’Équilibre. Très attaché à son ancien élève, Alexandre Schwartz, il essaie de prendre les décisions les plus matures en fonction des intérêts spirituels qui se présentent. Accompagné par Camille, il décide de former Florent Hämälaïnen après que celui-ci ait été visiblement activé.
    Hence Schœneck ne déviera pas. — 3, 6 à 9, 11 à 13.

  • Camille : Fille aux cheveux blancs, le cœur sur la main et la bonté d’âme par-dessus tout, elle est muette depuis un certain temps déjà. Très proche d’Alexandre, elle se rapproche aussi de Florent pour qui elle dispose d’une sincère empathie.
    Camille ne déviera pas. — 7 à 9, 11 à 13.

  • Florent Hämälaïnen : Ancien Desmose-Guerrier, la vie de Florent bascule lorsqu’il est déclaré être le nouveau Gardien. Investi de la puissance des anciens, il essaie de mener une cérémonie pour rendre la mémoire à ses concitoyens, mais celle-ci échoue. Affaibli par cette défaite, l’adolescent est alors perdu, mais se raccroche à ses valeurs et son passé aux côtés de la Desmose et du lycée de Hardewick pour reprendre la bataille. Très intelligent, il est passionné d’Histoire et d’économie, cependant il ne faisait pas preuve d’un grand courage jusqu’à devenir un Gardien. Son passif demeure difficile.
    Florent Hämälaïnen dévie dangereusement. — 2 à 9, 11 à 13.

  • Alexandre Schwartz : Gardien de l’Équilibre des Forces.

    IV. Non-alignés

  • Les Prophètes du Savoir / Le Conseil des Oracles : Abraham, Ishtar, Aziraphale, Michel, Léïa, Agnès, Maximilien, Donovan. — 12 et 13.

_________________
« Il ne faut jamais perdre espoir ! » Alors qu’Alexandre était sur le point de tout abandonner, une voix familière résonna au plus profond de lui-même. « C’est ce que tu dirais, n’est-ce pas ? ».
Chapitre 26, Le Héros Légendaire.


Dernière édition par Pikamaniaque le Sam 03 Juin 2017 15:11; édité 1 fois
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