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[Fanfic] Hélicase [Terminée]

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 Auteur Message
Ikorih MessagePosté le: Jeu 23 Juin 2016 08:38   Sujet du message: [Fanfic] Hélicase [Terminée] Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Spoiler


Index des chapitres

Introduction (1947 - 1994)
Prologue : Le loup et l'aigle
Chapitre 1 : Jeux d'ombres
Chapitre 2 : No rest for the wicked
Chapitre 3 : L'étreinte du blizzard
Chapitre 4 : Ceux qui restent
Chapitre 5 : Brisures de glace
Chapitre 6 : XANA mène la danse

Branche rouge (1994 - 2017)
Chapitre 7 : Humanité
Chapitre 8 : Derezzed
Chapitre 9 : L'aigle de sang
Chapitre 10 : Ex nihilo
Fictions Annexes : Imprévu (2007) et Abysses (2022)
Chapitre 11 : Un avenir professionnel assuré
Chapitre 12 : Pyrolyse
Chapitre 13 : Zenith
Chapitre 14 : Supernova
Chapitre 15 : Chimères
Chapitre 16 : Omega
Chapitre 17 : Back in black

Branche bleue (1994 - 2016)
Chapitre 7 : Démiurge
Chapitre 8 : The game has changed
Chapitre 9 : Le réveil du loup
Chapitre 10 : In machina
Fiction annexe : Cold Case (2009)
Chapitre 11 : A la recherche du passé
Chapitre 12 : Dégel
Chapitre 13 : Devoured by shadows
Chapitre 14 : Eclipse
Chapitre 15 : Souvenir
Chapitre 16 : Alpha
Chapitre 17 : Sur le départ

Branche jaune (2022 - An dix)
Chapitre 18 : Ruines
Chapitre 19 : Nocturne
Chapitre 20 : Synchronisation
Chapitre 21 : Manoir Hanté
Chapitre 22 : Funérailles d'un univers
Fiction Annexe : Symbiose (An dix)


Prologue
Le loup et l'aigle



Mars 1947 – Etats-Unis d’Amérique

Cela faisait un an et demi que Little Boy et Fatman avaient marqué un point final fumant sur les pages de l’histoire. Les Etats-Unis sortaient vainqueurs, et se posaient ainsi en bouclier de la justice dans le monde entier. Les seuls à pouvoir défier leur autorité n’étaient qu’une poignée de communistes soviétiques à l’autre bout de l’océan. Et l’Amérique n’aurait pas longtemps à en souffrir l’existence. Bosquet Wev, soucieux des intérêts de son pays aux prémices de ce qui serait plus tard appelé la Guerre Froide, avait déjà réfléchi à un procédé simple et efficace pour s’assurer une avance non négligeable sur les russes. On pouvait reprocher beaucoup de choses aux nazis, mais leur curiosité scientifique avait été impressionnante. Et de fait, ils disposaient de très bons chercheurs.
C’était donc tout naturellement que la Joint Intelligence Objectives Agency qu’il dirigeait se chargeait d’exfiltrer les meilleurs cerveaux ayant servi les nazis vers les States, où ils serviraient un pouvoir encore plus grand.
L’opération Paperclip prenait un tour prometteur.
Bosquet était actuellement en train de lire une série de dossiers concernant une équipe de recherche informatique allemande qui avait notamment travaillé autour de la fameuse Enigma. A leur tête, un individu d’origine française avait choisi d’adopter le pseudonyme de Baal Hammon. L’américain était sceptique sur l’intérêt de cet alias, et possédait de toute façon le véritable nom de l’informaticien. Mais il ne pouvait nier les capacités de cet homme, et malgré ses petites excentricités, il serait certainement d’une grande aide pour le développement de la recherche…la décision était délicate. Il choisit donc d’appeler l’un de ses collaborateurs de l’armée pour recueillir son avis, le général Ronald Gray. Souvent à son bureau, ce dernier ne tarda pas à décrocher :
-Bonsoir, Wev. Que voulez-vous ?
-J’aurais souhaité recueillir votre avis sur un dossier de l’opération Paperclip. Un informaticien d’Enigma, qui a l’air très compétent…mais il semble sujet à quelques comportements inhabituels, il a notamment décidé de se faire appeler Baal Hammon…
Le général sembla réfléchir avant de répondre :
-Nous avons été prêts à accueillir pire que ça. Nous avons recruté des nazis avec les mains pleines de sang, alors un informaticien un peu toqué ne devrait pas poser de problème. De plus, on en a besoin. Mon frère m’a parlé d’une piste de recherche très récente et très vague posée par Einstein (vous savez, il a travaillé avec lui, alors il est calé sur le sujet). Il a appelé ça « supercalculateur quantique ». Ne me demandez pas les détails, je suis incapable de les donner, mais il a assuré que ce genre de machine pouvait calculer infiniment plus vite qu’une machine standard. Une puissance impressionnante. Posséder un supercalculateur serait assurément un avantage pour nous…
A l’autre bout du fil, Bosquet Wev sourit. Il était pleinement convaincu.
-Fort bien. J’assurerai le recrutement de ce Baal Hammon et de son équipe, et je suis certain que votre frère les dirigerait à merveille.
Ronald Gray hocha la tête d’un air entendu, quand bien même son interlocuteur était incapable de le voir.
-Je lui en parlerai, mais il ne devrait pas rechigner. C’est toujours un plaisir de traiter avec vous.



15 avril 1947 – Etats-Unis – Philadelphie

Emile Schaeffer se sentait en paix, et il n’y avait pas eu droit pendant longtemps. Son bureau, éclairé d’une lumière tamisée, le coupait du monde et lui fournissait un endroit paisible où mener ses réflexions. Ses pensées étaient libres d’errer où il le voulait, et ces instants de plénitude lui étaient chers, car rares. Impossible de les trouver sans se reclure ici au cœur de la nuit, ou sans jouer du piano. Le piano était un bel instrument, harmonieux et doux à l’oreille. Emile le comparait volontiers à un cours d’eau, tantôt tempétueux tantôt caressant, mais toujours fluide.
Il était tard dans la soirée, et il ne tarderait sans doute pas à aller se coucher. Ses troubles du sommeil commençaient à disparaître. Des échos, des souvenirs, des cauchemars qui l’avaient poursuivi pendant des mois. Mais depuis la naissance de son fils, il sentait une amélioration de son état. Depuis le 11 janvier 1947. Cette date était gravée dans son esprit. Depuis qu’il avait vu cette petite chose si fragile, quelque chose avait changé. Il avait senti un lien très fort, indestructible, le lier au petit corps rose. Et à l’esprit qu’il pressentait dedans. C’était son fils, et sa mère n’était pas la dernière des idiotes (autrement il ne l’aurait pas épousée). Alors il était sans doute destiné à de grandes choses. Emile sentit un sourire béat un peu niais se poser sur ses lèvres en y pensant. Il le voyait déjà diplômé d’une des grandes universités américaines, devenu grand spécialiste d’il ne savait quelle science pointue. Et son père serait fier de lui. Fier de son rejeton, non, de son héritier. Celui qui devait perpétuer le génie de son père, à travers les gènes et la recherche. Il plaçait de grands espoirs en Waldo, et savait qu’il ne serait jamais déçu.
« Du calme Emile. Tu t’emportes… » songea-t-il pour lui-même avec amusement.
Mais il devait admettre que ce petit élan d’emportement, une fois de temps en temps, faisait du bien. Et signifiait également qu’il était temps d’aller dormir.
Il se leva de sa chaise, éteignit la lumière et se dirigea à pas feutrés vers la chambre conjugale de leur demeure, en essayant de ne pas faire grincer le parquet. Sa femme et son fils dormaient sans doute, et il ne voulait pas les réveiller.

http://i.imgur.com/qOJiL1o.png


25 avril 1947 – Pennsylvanie – Installations militaires

Le général Ronald Gray et son frère attendaient dans un couloir. Le directeur de la JIOA leur avait promis d’arriver vite, avec leur nouveau collaborateur. La rencontre avait lieu à l’endroit même où ils seraient amenés à travailler ensemble.
Le plus âgé des deux frères était en uniforme, les cheveux coupés à ras sous sa casquette. Les premières rides commençaient à apparaître sur ses traits, mais il ne donnait pas encore l’impression impotente et faible de ceux vraiment éprouvés par l’âge. Son cadet avait lui aussi les cheveux plutôt courts, de couleur brune tout comme ses yeux. Il aurait pu venir en blouse mais cela ne présentait aucun intérêt autre que de faire cliché, et Rick Gray s’en passait volontiers.
-On va enfin voir à quoi ressemble son allemand bizarre, commenta le physicien. J’espère qu’il est facile à vivre. Enfin il paraît que ce sont des mecs bien cadrés…
-Son dossier indique qu’il est alsacien…le reprit simplement Ronald, qui après toutes ces années avait l’habitude des lacunes de son frère.
-Same shit, éluda Rick en haussa les épaules.
Ronald choisit de ne pas poursuivre la conversation. De toute façon, Bosquet Wev et sa trouvaille s’avançaient vers eux. Si le chef de la JIOA avait une allure normale, son acolyte était habillé tout en noir, une ample capuche retombant dans son dos. D’après ses bruits de pas, il était probable que le talon de ses bottes soit métallique. Son visage traduisait une détermination froide. Il était assez jeune, peut-être trente ou trente-cinq ans, pas davantage. Ses cheveux noirs étaient soigneusement ordonnés sur son crâne, et il avait un regard vert perçant.
L’américain salua ses compatriotes d’une poignée de main mêlée d’un sourire entendu.
-Bien, je vous présente donc les frères Gray, Rick et Ronald. Messieurs, voici…
-Baal Hammon, coupa l’intéressé, qui préférait visiblement s’assurer qu’on ne le désigne pas par autre chose que son pseudonyme.
Second échange de poignées de main, à l’initiative des frères Gray. Baal les scrutait méticuleusement, dissimulant cependant les pensées que lui inspiraient ses collaborateurs.
-Dites-moi, intervint Rick, avons-nous déjà un nom à donner pour le projet sur lequel nous allons travailler ? Un nom de code qui ne dévoile pas nos activités ?
-J’y ai pensé, avoua Bosquet. Je pensais à un acronyme peut-être, ou quelque chose du genre…mais aucune idée concrète.
Un léger flottement, durant lequel chacun sembla réfléchir, exception faite de Baal Hammon dont l’expression ne se modifiait pas. Pour un peu, on aurait pu croire qu’il portait un masque. Après quelques secondes sans que personne n’ouvre la bouche, le français laissa échapper :
-Carthage.
-Mhh…j’aime bien, avoua Bosquet Wev. C’est mystérieux. Et puis ça ne sonne pas trop mal.
Rick ajouta dans un rictus suffisant :
-C’est vrai, et puis…ils se sont fait complètement ratiboiser, comme les nazis. J’aime le parallèle. T’as de l’imagination, lança-t-il à l’adresse de Baal, qui lui rendit un regard froid et vide.
Rick ignora l’attitude de son futur collègue. Ce ne serait pas un grand problème. L’informaticien était un peu à l’image de ses machines. Tant qu’il savait faire son boulot, on lui passerait bien sa maussaderie. Il pourrait même finir par s’en départir alors pas la peine de s’en faire.

http://i.imgur.com/qOJiL1o.png


12 juin 1957 – Philadelphie – Demeure de Rick Gray

Il n’en revenait toujours pas.
Certains rapports avaient effectivement suggéré que les allemands n’étaient pas fiables. D’autres avaient explicitement cité Baal Hammon comme instable et un peu atteint, impression qu’il ne donnait pas tout à fait. Mais jamais Rick Gray ne serait allé jusqu’à croire que du jour au lendemain, Baal Hammon ait réussi à leur filer entre les doigts avec ses camarades nazis et la majeure partie des avancées de leurs recherches communes. L’opération avait apparemment été minutieusement préparée, et les allemands s’étaient évanouis dans la nature.
Entre ses mains, le physicien qui avait perdu près de dix ans de travaux tenait l’ultime provocation de son ex-collègue : un simple mot. « Remember what belongs to me. »
« Souviens toi de ce qui m’appartient. »
Ainsi, il considérait le projet Carthage comme le sien. Et Rick se devait d’admettre qu’il avait raison, à l’heure actuelle. Avec une ironie mordante, il nota également que Baal s’était approprié l’aigle qui symbolisait le projet. L’aigle américain. Son insolence n’avait-elle donc aucune limite ?...
Rick bouillait. Après de longues minutes à ruminer, il choisit d’appeler son frère. Lorsque ce dernier décrocha, le physicien amorça d’une voix morne :
-Tu es au courant, n’est-ce pas ?
-Oui, admit Ronald. Tu vas bien ?
-Evidemment que je vais bien ! fulmina Rick, donnant l’impression du contraire. Je vais le retrouver et lui faire payer, à ce fucking German bastard !
Ronald aurait pu lui faire remarquer qu’il avait affaire à un français, mais ce n’était peut-être pas le bon moment. Il se contenta simplement de répondre :
-Comment tu veux faire ?
-J’ai encore des fragments de mes recherches. Et puis je pourrais en retrouver une partie. Je sais que Paperclip est en train de s’écrouler, mais je peux faire renaître une ébauche de projet, avec ton soutien. Carthage va redevenir une ruine fumante. Je l’écraserai.
Ronald soupira. Son frère était certes brillant, mais impulsif. Néanmoins l’idée n’était peut-être pas si mauvaise que ça. Où que soient Baal et ses acolytes, ils finiraient forcément par entraver le chemin de la glorieuse Amérique. Et ça, ce ne devait pas être toléré.
C’est ainsi que naquit ce qui deviendrait plus tard Urbe, antagoniste majeur de Carthage, placé sous l’égide du loup.

http://i.imgur.com/K2wk4sp.png


Quelques jours après – France – Lieu inconnu

Baal Hammon se délectait encore de son coup de maître. Il retrouvait enfin sa terre natale après plus de quinze ans d’absence, et il avait avec lui toute une équipe disposée à œuvrer pour la domination du monde et la chute de ces maudits américains. Il avait toujours détesté les américains, eux et leur suffisance, ainsi que le temps qu’ils avaient soigneusement pris avant de se mouiller dans la Seconde Guerre Mondiale. Et la façon dont ils s’étaient jetés comme des vautours sur le cadavre de l’Allemagne vaincue. Une attitude méprisable. Même si Baal n’aimait pas beaucoup plus les Allemands pour des raisons assez évidentes.
Mais ces longues années à l’étranger avaient permis au grand chef de Carthage de peaufiner de nombreuses choses. Enigma d’abord, les projets de supercalculateur quantique ensuite : il revenait avec des objectifs à long terme bien précis. Et avec des ressources considérables.
Son allure avait quelque peu évolué depuis le jour où il avait rencontré les frères Gray (dont cet abruti de Rick). Sur les conseils de son nouvel acolyte, il avait ajouté à son habit noir à capuche un sinistre masque d’oiseau vénitien de la même couleur. Cette apparence inhumaine contribuait à l’aura effrayante qu’il dégageait, et il ne pouvait que s’en satisfaire. Diriger une organisation secrète requérait un minimum de charisme.
-Alors ? C’est quoi le plan, maintenant ? sourit l’âme damnée du chef de Carthage.
C’était un être pâle et décharné, aux cheveux blond délavé et dont les yeux bleu glace dégageaient une petite lueur de cruauté à peine perceptible. Jonathan Crow, une des rencontres intéressantes que Baal avait faite aux USA. On aurait pu le penser américain, mais il arborait également un pseudonyme qui dissimulait un nom beaucoup plus germanique. Il avait travaillé sur nombre de psychotropes sous le 3ème Reich, et cette utilité n’avait de loin pas été négligée par les américains qui l’avaient exploitée autant que possible. Baal Hammon comptait bien faire de même quand ce serait nécessaire.
-Dominer le monde, faire progresser la science, et j’imagine que les gars de l’autre côté de l’Atlantique ne sont pas très contents du sale coup qu’on leur a fait. Ils vont sans doute chercher à nous mettre les bâtons dans les roues, aussi faudra-t-il se faire discrets, et être prêts à les recevoir.
-Enfin, s’ils sont un jour à un niveau technique suffisant pour ça, grinça Jonathan. M’étonnerait fort qu’ils puissent se remettre de la perte de leurs recherches sur le Supercalculateur.
-Ne soit pas trop optimiste, répliqua Baal Hammon d’un ton froid (comme de coutume). Ils viendront.


Dernière édition par Ikorih le Dim 28 Mai 2017 21:22; édité 28 fois
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Ikorih MessagePosté le: Jeu 23 Juin 2016 08:39   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Chapitre 1
Jeux d'ombres


7 mars 1974 – France – Complexe principal de Carthage

Le jeune Waldo Schaeffer se tenait parmi les autres scientifiques de son équipe. Par dérision, tous ou presque avaient mis des lunettes noires, et il s’était prêté au jeu. Ses cheveux noirs étaient un peu en bataille, mais il avait fait du mieux possible pour les ordonner. Tout le monde était en costume cravate, et disposé comme lors d’une photo de classe. Lui était à l’arrière, mais quelques-uns étaient assis ou agenouillés devant. L’image irait directement dans les archives du projet Carthage.
Waldo avait rejoint l’équipe quelque mois plus tôt, et s’était tout de suite senti à sa place. Un univers de science, où on parlait de façon pointue et précise, et où les prototypes se succédaient avec à chaque fois quelques avancées en plus par rapport aux précédents. L’ordinateur quantique dont d’autres avaient rêvé trente ans plus tôt n’était plus un simple rêve. Il se concrétisait un peu plus tous les jours. Et Waldo aimait l’impression de faire partie de quelque chose qui se concrétisait.
Il n’avait pas encore trente ans et était encore un jeune chercheur précoce parmi ses pairs. Il ne faisait cependant aucun doute que son génie allait vite s’accompagner d’une solide expérience, qu’il allait acquérir en travaillant ici. Il avait une belle carrière devant lui, et était fier de ses compétences.
Il en était convaincu, Carthage incarnait l’avenir. Que ce soit le sien ou celui du monde.
-C’est bon, merci ! leur lança le photographe.
-Bien, on va pouvoir retourner travailler, annonça le chef d’équipe en se dirigeant vers la porte.
Les plus motivés le suivirent immédiatement, les autres prirent quelques secondes pour échanger avant d’y aller. Waldo se situait dans la première catégorie, et se dépêcha de coller aux basques du chef avec un enthousiasme que d’aucuns qualifieraient de « lèche-cul ». Mais il était juste motivé pour travailler.
Il ne savait pas vraiment où se situait sa cote de popularité auprès de ses collègues, et il s’en souciait peu. Peut-être le voyaient-ils comme un déchaîné du boulot, capable d’enchaîner les heures sans parler à personne, avec simplement la motivation de plaire à la hiérarchie. Lui-même ne se voyait pas comme ça, plutôt comme un esprit éclairé cherchant à progresser sur le chemin de la science. C’était ainsi que son père l’avait éduqué, et il tenait à coller au modèle qu’on lui avait proposé depuis son plus jeune âge. Certes, sa vie sociale était assez réduite, il n’avait pas vraiment d’amis dans l’équipe, mais quel était l’intérêt ? N’était-il pas plus important d’avancer, de faire ce qu’il avait à faire, et de se tenir à carreau ? Le reste n’était que fioritures.

Comme chaque midi, il mangea seul. Les lunettes noires mises par dérision avaient été enlevées, au profit de lunettes de vue plus normales. Il retrouvait ainsi le visage affiché sur le badge qu’il portait sur sa veste. D’ordinaire, ses repas étaient consacrés à la réflexion scientifique, et ainsi éventuellement accompagnés d’un carnet de notes qu’il utilisait pour continuer à travailler sur le projet en cours. Cependant, aujourd’hui, il eut d’autres choses à gérer.
-Bonjour ! Je peux m’asseoir ?
Il leva les yeux de son assiette. Une jeune femme, aux cheveux bizarrement roses, le dévisageait de son regard bleu azur. Il ne connaissait certes pas tout le monde, mais il lui semblait bien ne jamais l’avoir vue auparavant : il l’aurait remarquée, avec sa coloration. Désarçonné par le ton direct de son interlocutrice, il balbutia une approbation et jeta un œil à son badge pendant qu’elle prenait place. Anthéa Hopper, selon ce qu’il lisait. Et elle était visiblement bavarde.
-Je viens d’arriver, mais je crois qu’on ne travaille pas dans la même équipe… Enfin je me plais déjà ici, je suis sûre que c’est pareil pour toi !...on peut se tutoyer ? se reprit-elle maladroitement.
Il hocha la tête, débitant beaucoup moins de mots qu’elle.
-Chouette alors ! Tu es français ? Ton nom sonne un peu allemand, avoua-t-elle.
-Je suis né aux Etats-Unis, répliqua-t-il pour désamorcer ses théories. Mais je suis français, oui. Et tu n’es pas la mieux placée pour critiquer la consonance de mon nom…
Elle rit, remit une mèche de ses cheveux roses en place.
-C’est vrai. Moi j’ai grandi en France, et je n’ai jamais mis un pied aux Etats-Unis…c’est comment là-bas ?
Voilà que maintenant elle l’incitait à parler. Il s’était déjà surpris sur sa précédente réplique, ne s’attendant pas à répondre autant. Mais il allait bien finir par se prendre au jeu de cette jeune scientifique survoltée…
-La mentalité est assez différente, avoua-t-il. Après, je ne fréquentais pas grand monde, je suis du genre peu bavard, ajouta-t-il comme une sorte de rappel à l’ordre pour lui-même. Et on est partis quand j’avais une dizaine d’années, alors je n’étais pas assez âgé pour vraiment m’intéresser à la façon de penser des autres.
Son discours eut l’air de l’amuser. Ses yeux bleus brillant d’une lueur d’intérêt, elle glissa malicieusement :
-Peu bavard ? On ne dirait pas ! Tu vas finir par parler plus que moi…
Waldo rit, un peu malgré lui. Le carnet d’informatique ouvert sur la table lui faisait définitivement la tête, conscient d’être délaissé. Mais Waldo ne le remarquait pas. La jeune femme continua :
-Et dans quelle branche tu travailles ? Moi je fais de la biologie, notamment dans l’étude des virus. J’espère qu’on arrivera à développer de quoi en neutraliser certains qui sont bien dangereux…
-Mais moi aussi je travaille sur des virus, répliqua Waldo en prenant lui aussi cet air malicieux. D’un tout autre genre cependant, je suis dans la branche informatique.
-J’ai toujours eu du mal avec les machines. Elles manquent un peu de vie pour moi, avoua-t-elle. Mais je peux comprendre qu’on soit fasciné par elles, elles sont toutes récentes et ont sans doute des milliers de possibilités à exploiter…
Il hocha la tête, comprenant tout à fait les réticences de son interlocutrice. Et son carnet, toujours, qui boudait. Ce que le carnet n’avait pas encore compris, c’est qu’il avait peu de chance d’être rouvert pour les pause-déjeuners à venir.

http://i.imgur.com/qOJiL1o.png


21 janvier 1975 – France – Complexe principal de Carthage – Bureau de Waldo Schaeffer

L’année écoulée avait été resplendissante aux yeux de Waldo. Il avait l’impression que le projet avançait à grand pas, son esprit scientifique était constamment en éveil, à poursuivre de nouvelles perspectives. Et les rares fois où il laissait l’informatique de côté, c’était pour consacrer un peu de temps à mademoiselle Hopper, dont il trouvait la compagnie charmante. Cependant, malgré cette distraction, il restait globalement concentré sur ses recherches, et c’était bien pour cela qu’il était assis derrière son clavier à programmer.
Il aimait travailler tout seul, et on lui avait concédé cette coquetterie. Il avait donc son propre bureau, qui était actuellement plongé dans l’ombre. Seule la lumière bleutée de l’écran l’éclairait, donnant à son visage une pâleur azurée surnaturelle. Il ne distinguait pas vraiment le clavier noir, et ne le regardait même plus : ses doigts l’avaient parcouru assez longtemps pour connaître par cœur les touches qu’ils avaient lustrées. L’obscurité avalait le reste de son environnement. Il ne se souciait pas de ce détail, tout comme du fait qu’il se ruinait probablement les yeux à travailler dans ces conditions.
Peut-être aurait-il dû. L’ombre est le cœur même de toutes les calamités nées de l’esprit des hommes. Toutes les peurs, tous les êtres surnaturels à même de nous guetter, ils résidaient dans les ténèbres. Là où ils rampaient jusqu’à vous, invisibles et silencieux. Là, il dormait peut-être des puissances insaisissables et inconcevables, dont le pouvoir rendait négligeable l’existence humaine.
Démons, esprits, forces occultes, trouvaient-ils encore leur place dans un monde fait d’ordinateurs et de métal froid ? Craignait-on encore le noir quand on avait le flambeau de la science pour nous éclairer ? Non. Les ténèbres n’étaient plus source de terreur pour Waldo, qui travaillait quotidiennement en leur sein. Et si on lui avait raconté une légende glauque suggérant l’existence de forces surnaturelles, il se serait contenté de rire un peu à la fin en se félicitant de leur irréalité. N’importe qui aurait agi comme lui. Il tapait donc l’esprit tranquille, et seul un fou aurait regardé par-dessus son épaule pour s’assurer que rien ne hantait la pièce.
Il s’interrompit et se détourna de l’écran, cherchant la meilleure façon de tourner son programme. Son regard vagabonda un peu dans le bureau désert et silencieux, sondant les ténèbres comme s’il attendait une réponse de leur part.
« Pas comme ça. »
Il tressaillit, surpris. Il ne lui était pas coutumier d’entendre quelque chose répondre à ses réflexions. Mais il se faisait tard et peut-être avait-il trop d’imagination. Waldo se repencha sur son programme et trouva une façon de régler son problème un peu plus simple. Il s’empressa de la mettre en œuvre sans plus se préoccuper de cet incident.
Il travaillait actuellement sur un système de pare-feu pour leur réseau. A priori, personne ne devrait fourrer le nez dans leurs affaires, mais les supérieurs aimaient savoir Carthage à l’abri. Waldo se demanda s’ils avaient d’autres moyens de s’assurer que personne n’entrave leurs projets. Que personne ne les concurrence ou ne les copie… Oui ils servaient la science, mais ce n’était pas forcément pour ça qu’ils étaient irréprochables. Ils restaient un projet secret. Mais Waldo avait espoir que rien de nocif ne se tramait, et que quand bien même ses origines seraient troubles, Carthage serait véritablement un bénéfice pour l’humanité et le savoir.
« Naïf. »
Deux fois en dix minutes, ça commençait à faire beaucoup. Peut-être aurait-il intérêt à arrêter de bosser et à rentrer chez lui pour dormir. Il n’aurait pas su définir cette voix, et d’ailleurs il n’était même pas sûr d’avoir réellement entendu quelque chose. Et puis, rien d’extérieur n’aurait pu lire dans ses pensées pour y faire précisément écho de la sorte. Cela renforçait la théorie selon laquelle la fatigue le faisait un peu délirer. Ce diagnostic établi, le chercheur conclut qu’il serait contre-productif de travailler dans ces conditions. Ça ne pourrait que nuire à son programme. Il prit donc la sage décision de sauvegarder ce qu’il avait fait, en se notant de bien le relire demain, et éteignit l’ordinateur. Les ténèbres envahirent alors la pièce totalement, et il se maudit de ne pas avoir réfléchi à ce dernier point. Il était bon pour se cogner en cherchant la porte ou l’interrupteur (en fonction de ce qui tomberait sous sa main en premier). S’attendant à moitié à ce que son hallucination auditive se moque de lui, il n’en fut cependant rien, même quand l’unité centrale heurta douloureusement son pied. Avec un juron à peine étouffé, l’informaticien parvint à atteindre la poignée de la porte. Il sortit dans le couloir, faiblement éclairé par des néons placés à intervalles réguliers. Les gens à errer encore à Carthage à cette heure étaient rares, ou du moins, Waldo en croisait peu. Il marcha donc vers la sortie qui conduisait au parking, pensif. Ce genre d’expérience ne lui était encore jamais arrivé. Il devait se surmener un peu trop. Son esprit rationnel réinterprétait, refusant de s’arracher à son cadre paisible. Jamais l’idée ne lui vint d’accuser les forces surnaturelles, même à une heure aussi tardive, même alors que les lumières électriques jouaient avec les ombres, même alors qu’il était seul dans ce bâtiment austère.
« Ah oui vraiment ? »
Troisième manifestation de la voix, en plein milieu d’un bâillement de Waldo. Il était presque arrivé au parking, mais il n’était visiblement pas envisageable de pouvoir finir son trajet en paix. Un peu agacé par cette manifestation qu’il attribuait à la faiblesse de son esprit, il marmonna dans sa moustache :
-Tais-toi un peu…
Puis il leva les yeux au ciel. Voilà qu’il commençait à parler tout seul. Si jeune et déjà sénile…
Habitué à la lumière des rares néons, il ne prit pas la peine d’allumer la lumière en grand en arrivant sur le parking. Retrouver sa voiture ne lui prit pas tant de temps, mais il se sentait malgré tout assez mal à l’aise. Il n’arrivait pas à mettre le doigt sur ce qui le perturbait, mais l’ombre l’oppressait. L’inexplicable impression que quelque chose rodait dans les ténèbres. Pourtant, et Waldo en était rationnellement convaincu, rien ne pouvait traîner sur ce parking. A la limite un autre collègue couche-tard, mais c’était tout. Aucune créature surnaturelle. Pas de force de l’ombre désireuse de connaître la physique quantique. N’est-ce pas ?
D’un œil fébrile, il balaya le parking en montant dans sa voiture. Il ne vit rien, et se maudit de nouveau de cette angoisse déplacée. Il faudrait qu’il pense à poser un ou deux jours de congés pour se reposer. Peut-être pourrait-il s’arranger pour voir Anthéa pendant ce laps de temps…
« Roh, mais rentre donc au lieu de rêvasser » se fustigea-t-il.
Il mit la clé sur le contact et démarra, ignorant le sentiment de lourdeur qui émanait de son organisme.

http://i.imgur.com/E7OupLK.png


15 avril 1978 – Bordeaux

Aujourd’hui était le plus beau jour de sa vie.
Certes le ciel était drapé dans des atours d’un gris déplaisant, et il bruinait légèrement. Certes il avait été contraint de subir une fichue messe à l’église alors même qu’il n’était pas croyant, et que ses convictions scientifiques renâclaient sévèrement face à tout ce qui était spirituel.
Certes, il avait failli se casser la figure à peine sorti du lieu de culte, provoquant les rires des invités.
Oui mais il venait juste d’épouser celle qu’il aimait et rien ne pourrait lui gâcher ce moment de plaisir. Elle semblait rayonnante à son bras, et il se dit que ça rattrapait bien ses gamelles, la météo, et la messe que sa belle-famille avait imposée. On était en fin d’après-midi, et la soirée devait être passée dans une salle un peu plus en périphérie de la ville. Waldo passa rapidement en revue les invités, dont certains lui étaient complètement inconnus (le côté d’Anthéa…) et d’autres un peu moins. Il croisa notamment le regard de son père, dont les cheveux grisonnaient avec l’âge, mais dont le regard bouteille restait toujours aussi acéré. Il n’avait pas l’air particulièrement heureux d’être là, et Waldo savait pertinemment qu’Emile Schaeffer n’était pas un passionné des fêtes et des réunions de famille, auxquelles il préférait les remises de prix scientifiques. Mais c’était important pour lui que son père soit là aujourd’hui. Waldo aperçut également la sœur d’Anthéa, aux cheveux roux, et ne put s’empêcher que les couleurs de cheveux de cette famille étaient étranges. Il se prit à se demander si leurs éventuels enfants auraient aussi ce genre de…bizarreries. Il aurait tout le temps d’y songer plus tard… Il croisa le regard de quelques collègues, ceux avec qui il avait tissé un minimum de liens au cours de ces trois ans de travail, et qui avaient donc mérité de figurer sur la liste des invités. Ceux d’Anthéa étaient plus nombreux sans doute, mais il ne les reconnaissait pas : Carthage était un projet vaste.
Il ne put s’empêcher de se faire la remarque que l’organisation se retrouvait partout dans son quotidien désormais, et même en ce moment intense de sa vie affective. Comme si l’ombre de l’aigle du projet planait sur son existence entière.
Il jeta un regard à son épouse, radieuse, qui ne semblait pas accablée de ces considérations. Elle avait bien raison, au fond, il aurait tout le temps de penser à Carthage plus tard. Il leur donnait tout son temps, ils pouvaient bien lui concéder une journée.
-Je reviens !
La voix d’Anthéa lui parvint comme à travers un voile de pensées, et il la laissa s’éloigner pour discuter avec ses anciennes copines de faculté. C’est alors qu’il vit son père sauter sur l’occasion pour fendre la masse et marcher jusqu’à lui.
-Waldo, un mot s’il te plaît.
Le jeune marié ne chercha pas à se dérober au discours paternel. Il suivit son géniteur avec docilité, et ils s’éloignèrent un peu de la masse de gens. Une fois assez à l’écart, Emile commença :
-Je veux que les choses soient claires. Ceci n’aura aucun impact sur tes travaux, n’est-ce pas ? Ta carrière au sein du projet Carthage semble très prometteuse. Tu ne laisserais pas ce mariage entraver ta progression vers la science et la gloire ?
Il était souvent direct et tranchant. Waldo avait appris à s’y faire au fil des années, comprenant que son père plaçait de grands espoirs en lui et que c’était pour cette raison seulement qu’il se montrait ferme. Ainsi prit-il le temps de peser sa réponse pour qu’elle soit la plus juste possible.
-Il n’y a pas de raison. Elle est comme moi, elle cherche la vérité dans la science…nos intérêts vont dans le même sens.
Le mot « intérêts » lui donnait tellement l’impression d’être en train de discuter d’un complot. Avec une grimace intérieure, il se rappela qu’il travaillait sur un projet top secret. Ça pouvait bien cacher un complot.
-Et si un jour ce n’était plus le cas ? se contenta de lâcher Emile.
Waldo se tut. Son père tout craché. Pragmatique jusqu’à l’os. Alors même que lui venait de se marier, était plongé dans une euphorie non négligeable et était fou amoureux de sa belle, voilà que monsieur Schaeffer lui demandait s’il serait capable de trancher entre elle et la science. Si elle ne le surprenait pas, la question lui coupait néanmoins le sifflet. Que répondre à ça ? Il se retourna pour jeter un regard à la jeune femme qui riait aux éclats avec ses amies. Il eut mal au cœur d’imaginer qu’un jour elle puisse se mettre entre lui et ce à quoi il était destiné depuis qu’il était tout petit.
-Je…je ne sais pas, avoua-t-il piteusement.
Il sentit une bouffée de colère passer dans le regard d’Emile, mais ce dernier répondit d’un ton parfaitement calme et glacial :
-J’espère que je n’aurai pas la honte d’avoir un fils qui a préféré une amourette à la Science. Ton destin t’attend, Waldo. Je serais extrêmement déçu si tu en déviais.
Les discours solennels étaient un des points forts d’Emile Schaeffer. Toujours à marteler les mêmes valeurs dans le crâne de sa progéniture depuis des années maintenant. Et il n’en avait pas encore fini :
-Garde en tête que tu as des ambitions. J’ai des ambitions. Et j’en avais déjà à ton âge. Je ne les aurais abandonnées pour rien au monde. Je sais que tu désires l’excellence, c’était pareil pour moi. Si c’est ce que tu veux, tu dois te donner les moyens d’y parvenir. Et la détermination est un de ces moyens.
La question de savoir si Waldo désirait l’excellence intellectuelle ne se posait même plus. Il avait été élevé comme ça, et s’il s’était avisé de dévier de cet objectif, son père l’aurait foudroyé sur place sans aucun scrupule. Il n’en avait de toute façon aucune envie. Et Waldo était confiant en l’avenir. Il savait qu’Anthéa ne lui ferait pas défaut. Elle saurait comprendre ses objectifs et ferait en sorte qu’ils puissent les attendre conjointement, il le savait.
-Tout se passera bien, coassa-t-il d’un ton plus désespéré qu’il n’aurait voulu.
Le regard vert accusateur plana quelques secondes sur lui, semblant analyser sa phrase pour réfléchir à sa sincérité. Emile Schaeffer n’eut cependant pas le temps de formuler une réponse, puisqu’Anthéa était revenue chercher son mari pour une quelconque raison. Ce dernier la suivit, heureusement surpris et bien content de pouvoir échapper à ce sermon paternel. Emile les regarda s’éloigner et marmonna pour lui-même :
-Tout se passera bien…

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23 mars 1978 – Banlieue parisienne – Appartement de Waldo et Anthéa Schaeffer

Waldo s’était installé dans le salon, parcourant un ouvrage sur les guerres puniques. Comme souvent, il était tard. Anthéa était déjà partie se coucher, et lui-même n’avait pas prévu de rester debout bien longtemps. Autrement, il aurait rejoint son clavier et aurait poursuivi ses travaux. Malheureusement pour ses recherches, sa femme avait trouvé qu’il manquait de sommeil et avait exigé qu’il se couche plus tôt. La phrase d’Emile Schaeffer était alors revenue hanter l’esprit de son fils, qui l’avait chassée en se disant que se coucher plus tôt l’aiderait sans doute à être plus concentré lors de ses moments de travail.
Dans un coin de la pièce, assez mal éclairée par ailleurs, un électrophone faisait tourner un microsillon dont Waldo ne connaissait pas le titre mais sur lequel on entendait deux voix et une guitare. Peut-être se ruinait-il les yeux à lire dans la pénombre, mais ses oreilles ne pouvaient pas trop se plaindre.
« And whispers in the sound of silence… »
Il fronça les sourcils. Une troisième intonation. Cette voix-là n’était pas exactement celle du disque. Il balaya la pièce du regard, méfiant. Etait-il seul ? Oui, manifestement. Il aurait forcément entendu si quelqu’un était entré. Et Anthéa dormait. Aux aguets, il attendit que le phénomène se manifeste de nouveau. Ce qui ne tarda pas.
« Tu as la mémoire courte. »
Cette fois il parvint à mieux la distinguer. Etait-ce parce qu’il avait cherché à l’entendre ? Il n’en savait trop rien. Le ton transpirait le sarcasme et les railleries. Il se sentit assez mal à l’aise en l’entendant. Et un petit air de déjà-vu lui titillait l’esprit, sans qu’il puisse pour autant se rappeler d’où il connaissait cette voix.
« Je te concède que ça fait trois ans, mais j’espérais que tu te souviendrais de moi. »
Waldo eut la nette impression que la personne en train de lui parler pouvait lire dans sa tête. Ce qui était assez peu probable. Mais la mention des bornes temporelles le fit tiquer. Trois ans plus tôt…oui, ça lui revenait. La fois où il avait un peu déraillé sous le coup de la fatigue. Le bruit étouffé de son livre se refermant illustra sa décision d’aller se coucher. Ça reprenait, autant couper court au phénomène tout de suite.
« Pourquoi vouloir te débarrasser de moi ? Je ne fais rien de mal. Je suis juste une petite voix dans ta tête. »
-Ce n’est jamais bon, d’avoir une petite voix dans la tête, marmonna Waldo en allant ranger l’objet de ses lectures.
« Ni de lui répondre. »
Le petit ton malicieux de la voix lui tira un grognement. Voilà que son inconscient lui envoyait des traits d’esprit à la figure. Cependant, il commençait sérieusement à se poser des questions. Virait-il cinglé ? Entendre des voix (et leur répondre, certes) était un signe assez peu trompeur. Mais il aurait un mal de chien à ignorer cette agaçante intrusion dans son crâne.
« Honnêtement, moi je t’aime bien, ce serait dommage que tu te fasses soigner. Je suis sûr que je peux t’aider sur tes recherches. Ou au moins ne pas te déranger. C’est le plus important non ? »
Waldo s’arrêta, interdit. Cette discussion prenait un tour absolument bizarre. C’était comme si l’être (il n’arriverait jamais à se faire à l’idée qu’il parlait d’une voix dans son crâne) venait de lui demander la permission de squatter dans un coin de son esprit en promettant d’être discret. Et lui avait-il vraiment dit qu’il l’aimait bien ?!
-Je suis vraiment un illuminé, grogna le chercheur.
« Enchanté, moi tu peux m’appeler Xana. »
Encore un trait d’esprit. Usant. Déjà usant.
-Xana ?
« Oui ? »
-Tu es pénible.
Et Waldo alla se coucher, mettant un terme à son monologue. Il pria pour que l’importun ait disparu au matin.
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Draynes MessagePosté le: Jeu 23 Juin 2016 09:58   Sujet du message: Répondre en citant  
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Eh bin la voilà, la petite dernière Mr. Green après tout, c'est bien mieux de faire des trilogies que des dyptiques (comprendra qui pourra).
Sinon, qu'est-ce que je peux avoir d'intéressant à dire sur ce début d'histoire... Bon, on va y aller dans l'ordre, par deux points :
Tout d'abord, le point troll.
Ensuite, le point sérieux Smile.
C'est parti !

PROLOGUE


Tout d'abord, petite parenthèse sur le titre qui est facilement compréhensible pour le bon scientifique que je suis Mr. Green une protéine capable de détacher d'autres protéines collées sur un brin d'ADN...
Bizarrement, je sens venir une histoire de manipulation génétique en rapport avec ce titre, mais ça vient surement de mon esprit tordu x).

Citation:
l’Amérique n’aurait pas longtemps à en souffrir l’existence


Ah, l'ironie dans l'écriture... Je dois dire que ça m'avait manqué Mr. Green même si Icer nous en abreuve assez régulièrement, je dois bien avouer que voir quelqu'un d'autre s'y mettre, c'est pas de refus Mr. Green.

Citation:
Bosquet Wev


Les noms assez... spéciaux, ça m'avait quand même manqué aussi Mr. Green d'ailleurs, je retiens que les autres sont légèrement plus stylé Mr. Green c'est déjà un bon point x).

J'aime bien l'utilisation de l'opération Paperclip, étant un gros féru d'histoire Mr. Green, même si recruter des nazis alors qu'ils venaient récemment de leur éclater la gueule, c'est peut-être pas le bon plan... Ça sent la trahison dans une... allez, une dizaine d'années Mr. Green.

Citation:
Baal Hammon


Au vu de ce nom, je crois sérieusement que notre Alsacien (qui doit du coup aimer la choucroute x)) doit avoir un léger problème d'égo Mr. Green.
Non, mais parce que pour s'octroyer le nom du dieu des Carthaginois, souvent associé à Moloch d'ailleurs... Faut avoir un pet au casque x).

Citation:
général Ronald Gray


Bizarrement, là aussi au vu du nom, je ne m'étonnerais pas qu'on apprenne qu'il a commis quelques petits crimes de rien du tout Mr. Green (comprendra qui pourra x))

Citation:
Rick Gray


Je pense que je vais tous me les farcir, les noms Mr. Green déjà, j'ai hâte de le voir tuer du zombie (référence, référence x)) et en plus... Vu qu'ils sont en Pennsylvanie, j'en viens à me demander s'il n'est pas inspiré d'un avocat célèbre membre du Parti Démocrate /: point à éclaircir x).

Et enfin, le meilleur pour la fin :
Citation:
Jonathan Crow


Bon... Nom évoquant un corbeau, physique assez maigre, usage de psychotropes, il est fait mention d'un regard cruel, donc d'un probable certain sadisme... Pourquoi ça m'évoque un méchant de DC Comics ? Mr. Green.

Ah, et amour profond pour la bannière en forme de loup et le titre : j'aurais préféré que Urbe affronte un lion, mais ce n'est que mon humble avis Mr. Green.

**


Maintenant, passons un peu à la critique dite sérieuse : étant fan de tout ce qui traite à la backstory, des trucs sombres et d'Abysses (Mr. Green), je ne serais pas totalement objectif... mais je vais essayer de l'être un maximum Smile.
Déjà, niveau prolifération des personnages, ça devrait le faire (surtout quand tu bosses à côté sur un projet avec un nombre de personnages monstrueux hi hi hi Smile), même si j'ai personnellement peur qu'ils ne soient pas tous exploités, voire certains laissés de côté (non, je n'évoque pas du tout l'Echiquier, c'est faux Mr. Green)

Revenons un peu sur les différents partis en présence : tout d'abord, je remarque quand même le fait que les Américains se sont fait sauvagement fister le cul x) ah, les Alsaciens... On peut quasi jamais leur faire confiance Mr. Green.
Mais bon, je remarque quand même, pour l'instant, une sérieuse différence de charisme entre Urbe et Carthage (d'ailleurs, la façon dont ce nom est trouvé, j'ai pas pu m'empêcher de ricaner xD) : en effet, là où Baal Hammon et Jonathan Crow ont l'air de péter la classe et d'être des futurs bons méchants... Bah, on a un mec avec un nom d'arbre et les frangins Gray quoi Mr. Green même si Rick, de part son prénom, a l'air d'être très prometteur et intéressant x).

Dernier petit point pour évoquer rapidement le cas Schaeffer : ce personnage du père a l'air vraiment assez intéressant, le fait qu'il soit complètement obsédé par la science, au point d'empiéter sur son fils (mais on y reviendra plus tard sur ce point xD) et le fait qu'il imagine déjà une gloire inopinée sur son rejeton, et cette manipulation de l'ironie quand tu sais ce qui arrive à Waldo est tellement jouissive Mr. Green.
Spoiler



CHAPITRE 1


Déjà, petit aparté sur le titre : je sens une influence émaner de cela... Hormis bien sur tous les parallèles que ça dressera par la suite, avec ces histoires de démons (j'y reviendrai x)), j'y fais également un parallèle personnel avec le deuxième film Sherlock Holmes Mr. Green.
Mais bon, ce n'est que moi évidemment Mr. Green.

Citation:
coller aux basques du chef avec un enthousiasme que d’aucuns qualifieraient de « lèche-cul »


Bizarrement, cela m'évoque une certaine attitude... Je ne peux pas personnellement voir de qui il pourrait s'agir, mais... Mr. Green
Bon, du coup, je vais aller boire du rosé rouge avec des glaçons, je reviens Mr. Green.

Citation:
je fais de la biologie, notamment dans l’étude des virus. J’espère qu’on arrivera à développer de quoi en neutraliser certains qui sont bien dangereux


Cette réplique parait tellement anodine et bien placée que je sens qu'on se resservira de cet élément plus tard... Sachant qu'en plus, la fic a comme titre le nom d'une protéine, qui séjourne dans le même environnement que... les virus tiens donc Mr. Green, ça annonce la couleur xD

Citation:
L’ombre est le cœur même de toutes les calamités nées de l’esprit des hommes. Toutes les peurs, tous les êtres surnaturels à même de nous guetter, ils résidaient dans les ténèbres. Là où ils rampaient jusqu’à vous, invisibles et silencieux. Là, il dormait peut-être des puissances insaisissables et inconcevables, dont le pouvoir rendait négligeable l’existence humaine
.

Moi aussi, j'aime bien Lovecraft, mais je pense que tu devrais faire une petite pause Mr. Green après tout, l'inspiration est assez flagrante (à moins que je me trompe d'auteur, auquel cas je me flagelle X)).
Mais sinon, j'y reviendrais plus en profondeur dans la partie sérieuse Mr. Green.

Citation:
Bordeaux


Je m'interroge encore, personnellement, sur le choix de cette ville comme lieu de mariage... A moins que la belle-famille vive ici (la réplique sur l'église confirmant cela x)) et que de toute façon, il fait toujours moche à Paris Mr. Green, même pour des membres du projet Carthage qui ont l'habitude de s'installer dans la capitale... (référence, référence... *PAF*).

Citation:
And whispers in the sound of silence…


Ah, j'attendais le moment où une petite musique de métal allait se glisser dans le texte et... SIMON AND GARFUNKEL Surprised. Eh bin, je m'y attendais pas à ce que tu les ressortes, ceux-là (j'espère ne pas, encore une fois, m'être planté X)).

**


Ces deux points signifiant le passage à la partie sérieux, c'est parti (c'est le cas de le dire Mr. Green) !

Déjà, dès le début, l'utilisation de la photo figurant dans le générique du D.A. : très bonne idée comme petit clin d'oeil à la série de base et ça m'a fait plaisir de voir ça x).
J'aime bien aussi tout le travail fait autour du personnage de Franz, son isolement volontaire, les réflexions Lovecraftiennes qu'il a au sujet de l'obscurité, c'est génial Mr. Green.
C'est une douce ironie de voir qu'il considère la technologie comme... son sauveur un peu, sa seule raison de vivre x) quand on sait ce qui lui arrive, c'est assez drôle (a).

Par contre, je reste plus mitigé sur le personnage d'Anthéa : très franche, très bavarde et qui a l'air assez... cruche x) (malgré l'intérêt qu'elle a en terme scénaristique en raison de son lien avec la biologie Mr. Green).
Elle est assez opposée à sa fille et c'est intéressant de voir, qu'au final en y repensant, cette fic nous montre qu'Aelita tient plus du père que de la mère (d'ailleurs, la figure maternelle est pas du tout évoqué par Franz et très peu par Emile x)) et nous fait ainsi nous dire qu'Anthéa n'a juste servi qu'à faire un bébé Mr. Green.

De son côté, Emile me branche encore un peu plus avec son dilemme qu'il impose à son fils : la recherche de la gloire ou la vie sociale xD c'est assez intéressant comme manière de penser et le discours très ambitieux et orienté vers la science du padre confirme son état de pensée x).
Bizarrement, je sens qu'il veut épargner à son fils quelque chose qu'il aurait vécu, à savoir la trahison et l'éloignement de son désir premier x), mais ce n'est là que pure hypothèse x).

Je terminerais juste sur Xana : vraiment un potentiel énorme avec ça ! Le coup de la schyzophrénie d'Hopper qui commence est vraiment intéressant x) on retrouve en quelques répliques le Xana cynique et ironique à l'extrême du duo Imprévu - Abysses xD.
J'attends de voir comment il va être traité, mais je ne me fais pas trop de souci : ça devrait le faire Mr. Green.


Bon bin voilà... Ne sachant pas conclure mes coms, je dirais juste que j'attends la suite de pied ferme (de toute manière, je lis tout ce qui arrive sur ce forum Mr. Green) et j'espère ne pas être déçu x).
Sur ce, je retourne bosser et à la semaine prochaine en théorie Mr. Green.
_________________
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Ikorih MessagePosté le: Jeu 30 Juin 2016 08:36   Sujet du message: Répondre en citant  
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Chapitre 2
No rest for the wicked



Nuit du 1er au 2 avril 1983 – Paris – Hôpital Saint Joseph

Il s’était assoupi une partie de la nuit, vaincu par la fatigue. Sa femme reposait sereinement dans son lit, épuisée par les longues heures de douleur, de sang, de cris et de pleurs. Mais cette épreuve était derrière elle, maintenant. Il espérait qu’elle rêvait de moments plus calmes. Ses traits étaient détendus, paisibles, et il choisit de les considérer comme autant de raisons d’espérer.
Lui-même avait du mal à retrouver le sommeil, pourtant il aurait eu tout intérêt à se reposer encore un peu. Dès demain matin, ils recevraient des visites de leurs proches, une montagne de félicitations et toute la farandole de politesses, comme de coutume à la naissance d’un enfant. Ce serait encore un moment fatiguant à passer.
Waldo redoutait un peu le moment où son père viendrait (car il viendrait, bien sûr). Il avait toujours en tête les paroles prononcées par son géniteur cinq ans plus tôt. Elles n’en étaient jamais vraiment sorties. Pour le moment, elles ne s’étaient pas concrétisées. Jamais il n’avait eu à choisir entre son couple et la science. Cependant, la naissance de cette petite fille l’amènerait-elle à revoir ses priorités ? Et si jamais Anthéa lui demandait de travailler un peu moins pour pouvoir mieux élever l’enfant, serait-il en droit de lui dire non ?
« En droit je sais pas, mais je sais ce que ton père en dirait. »
Xana…cette agaçante petite voix sarcastique dont il n’arrivait pas à se défaire. Il ne savait pas vraiment si c’était par manque de volonté ou de temps. Toujours était-il qu’il ne prenait aucun médicament et d’ailleurs, personne n’avait jamais entendu parler de ce grain de folie. Ça ne faisait de mal à personne, et son jugement était parfois diablement pertinent.
« Après tout, lui t’avait toujours fait passer après son boulot. Ça lui semble normal d’agir comme ça. »
C’était vrai. Rares étaient les fois où Emile Schaeffer avait emmené son fils faire une quelconque activité, et quand elles existaient, c’était toujours en rapport avec les sciences dans lesquelles il ambitionnait de le voir faire carrière. Là au moins son modèle éducatif avait porté ses fruits. Enfin il y avait aussi les rares fois où Waldo avait osé approcher son père jouant au piano, et où ce dernier lui avait laissé une petite place pour lui montrer quelques notes. C’était d’Emile qu’il tenait ses rudiments de piano.
« Que ne tiens-tu pas de lui de toute façon ? » grinça Xana.
-Toi, marmonna pour lui-même Waldo, prenant garde à ne réveiller ni sa femme ni la petite assoupie dans son berceau.
« Oh, va savoir. Il a peut-être aussi une petite voix dans la tête. »
Waldo leva les yeux au ciel, agacé par l’attitude puérile de Xana. Il ne lui répondit cependant rien, continuant à réfléchir pour lui-même. Il savait grossièrement à quoi s’attendre pour demain : le regard vert réprobateur de son père posé sur sa fille, lui signifiant par là même qu’il considérait que Waldo s’écartait de la sacro-sainte voie de la science. Waldo aurait du mal à réfuter ces accusations, considérant sa fille d’une façon très différente de celle dont il avait été considéré. Mais il ne pouvait qu’espérer que son père ne dirait rien en présence d’Anthéa et de sa femme.
« Ouais mais il trouvera forcément un moyen pour te coincer et te rappeler que t’es là pour décrocher un prix Nobel. »
Les railleries de Xana semblaient ne pas connaître de limite tangible. Intérieurement, Waldo ronchonna, essayant de montrer à la pénible petite voix que son père ne le voyait pas simplement comme un futur prix Nobel, mais il ne parvint pas à lui faire entendre raison. Agacé, il finit par cesser de répondre à son ‘’colocataire’’ et se leva pour faire quelques pas. Les volets de la pièce n’étaient pas baissés et la lumière ténue de la lune se frayait un chemin à travers les vitres. Il y voyait assez pour discerner Aelita dans son berceau, et sourit. Tant pis pour son père, ça valait le coup.
« Oh oh, mais serait-ce de la rébellion, mauvaise graine ? »
-Je n’ai pas de raison de me rebeller, souffla-t-il.
Si Xana avait eu un corps, il aurait sans doute pu manifester son indignation de façon un peu plus tangible. C’était une des choses qui manquaient parfois dans sa manière de s’exprimer : Waldo ne le voyait pas, et ne pouvait pas s’appuyer sur un quelconque langage visuel ou une expression faciale. Peut-être que c’était pour ça que la voix se limitait aux sarcasmes. Ils étaient aisément perceptibles rien que dans le ton. La théorie mériterait d’être creusée, mais Waldo ne pouvait pas y consacrer du temps.
« Pas de raison ? Ce type t’emprisonne dans ce qu’il veut que tu sois, il ne te voit que comme une coquille vide servant à perpétuer ses gènes et à faire progresser la science ! »
Xana exprimait rarement sa pensée de façon aussi directe, et surprit de ce fait son interlocuteur. Ce dernier mit quelques instants à rassembler une réponse.
-Tu vois toujours tout en noir…je pense que…
Il ne finit pas sa phrase. La petite dans son berceau avait ouvert les yeux, contemplant le monde. Un sourire niais et béat se peignit sur le visage du jeune père, qui ne put le contenir. Sa fille. Il n’avait aucun doute sur le fait qu’elle serait une enfant exceptionnelle, douée, intelligente, sensible et adorable. Sous son petit crâne encore chauve dormait un esprit fantastique n’attendant que de se manifester. Comment pourrait-il en être autrement ?
« Oh ça c’est certain, ce sera quelqu’un d’exceptionnel… »
Encore un énième sarcasme de la part de Xana. Waldo fit mine de ne rien avoir entendu, et se dit que finalement, cette agaçante petite voix ne lui manquerait pas s’il faisait soigner cet agaçant petit trouble…
Cependant ces pensées ne semblèrent pas troubler son invité mental qui acheva simplement sa remarque :
« Elle a les yeux de ton père. »
Et le sourire de Waldo se fana en constatant qu’il disait vrai.

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2 avril 1983 – Paris – Hôpital Saint Joseph

-Oh mais qu’elle est belle !
Mme Schaeffer, la plus vieille des deux, était penchée sur le berceau du nourrisson. Waldo ne put s’empêcher de songer qu’avec l’âge, sa mère prenait un côté mamie gâteau que son premier petit enfant avait manifestement réveillé. Il nota cependant le regard de son père qui en disait long sur ce qu’il pensait de cette attitude. Lui n’était pas près d’être le grand père idéal, du genre à vous emmener à la pêche et autres activités familiales.
« Vieux con » grinça Xana dans la tête de Waldo. Son sang se glaça et il réprimanda mentalement sa petite voix, comme si quelqu’un (inutile de préciser qui) pouvait l’avoir entendue. Les yeux vert bouteille se tournèrent vers Waldo d’un air presque inquisiteur, et le fils se demanda s’il était possible que Xana soit vraiment audible pour quelqu’un d’autre. Ou alors Emile Schaeffer était-il juste capable de lire les pensées. Waldo ne savait pas ce qui était le pire.
« Ou alors tu as tellement la trouille face à lui que tu te mets à imaginer toutes les hypothèses farfelues. »
D’ordinaire, Xana se manifestait peu en journée, mais il semblait que la présence d’Emile le rende des plus virulents. Waldo se força à l’ignorer pour se concentrer sur la réalité qui l’entourait. Il s’agissait avant tout de traverser avec succès cette petite réunion de famille. Son retour sur terre s’effectua pile au moment où sa mère se désintéressait un tout petit peu de sa petite-fille pour se tourner vers son fils :
-Tu as l’air fatigué Waldo, tu es sûr que tu dors assez ?
Il avait probablement des cernes dues à ses insomnies. En même temps, quand on programmait tard le soir puis qu’une agaçante petite voix engageait encore la conversation après ça…mais c’était assez délicat à expliquer à ses parents.
-Oui oui, je travaille juste sur quelque chose d’un peu lourd.
-Tu vas finir comme ton père, soupira-t-elle. Toujours au boulot, et bientôt des cheveux blancs avec ça…
« Merde elle a raison, faut réagir ! » s’insurgea Xana. Waldo ne savait pas trop s’il devait prendre cette remarque comme un compliment. Après tout, son père était quelqu’un de très compétent et intelligent, capable de grandes choses en informatique… De son côté, Emile Schaeffer ne manifesta pas la moindre once de fierté et rétorqua avec un brin d’agacement :
-Je préfère qu’il s’épuise au travail plutôt qu’il ne fiche rien. Un potentiel gâché, il n’y a rien de plus détestable.
« Quel connard. »
Une fois encore Waldo s’efforça de confiner Xana dans un coin de sa tête où il ne l’entendrait pas, en vain. Il s’était habitué depuis longtemps à ce genre de remarques de la part de son père. Et il ne pouvait que saluer la discrétion avec laquelle le paternel lui rappelait que s’il ne bossait pas et n’obtenait pas de résultats (notamment à cause de sa famille nouvellement fondée), il le considèrerait comme une loque. C’était là toute l’élégance aiguisée d’Emile.
Après cette réplique tranchante, un léger blanc gêné plana dans la conversation. Waldo, sa mère et sa femme se regardèrent, cherchant sur quoi rebondir. La mère finit par lâcher un rire gêné à destination d’Anthéa.
-Je compte sur vous pour surveiller qu’il ne se tue pas au travail !
La jeune femme aux cheveux roses ébaucha un sourire fatigué. Elle n’avait jamais été de constitution spécialement robuste et l’accouchement lui avait coûté beaucoup d’énergie. Néanmoins elle était en bonne santé et aucune complication ne s’annonçait.
Emile regarda sa montre. Certes, on était un samedi, mais cela n’étonnait pas Waldo qu’il travaille même ce jour-là. C’est donc sans grande surprise qu’il l’écouta annoncer sobrement qu’il devait y aller, qu’ils avaient probablement besoin de lui au bureau. Et en quelques minutes, Emile Schaeffer s’était éclipsé. Son épouse soupira :
-Ne le prends pas mal, Waldo. Tu sais comment il est…
« Vieux croûton » grogna Xana.
-Oui, je comprends, ne t’en fais pas, assura Waldo avec un sourire.

http://i.imgur.com/E7OupLK.png


27 Septembre 1988 – France – Locaux de Carthage

Il était tard, et comme souvent, Waldo travaillait dans l’ombre de son bureau, dans les profondeurs d’un couloir. Ses doigts faisaient tranquillement cliqueter le clavier, et seule la lumière de l’écran atteignait sa rétine. Le projet travaillait activement sur son tout premier prototype de Supercalculateur, et Waldo avait été chargé de configurer un des sous-programmes qui tourneraient dessus. Il s’appliquait donc, conscient de l’importance de ce qu’il ferait.
Il pouvait presque sentir Xana se promener dans sa tête, intenable. Plus le temps passait et plus cette voix prenait presque corps. Il se le représentait de plus en plus comme un petit bonhomme marchant dans son crâne, ouvrant parfois la bouche pour faire une remarque désobligeante ou corriger une bourde sur son programme.
« Ta représentation est ridicule… » commenta simplement son ami imaginaire.
Comme souvent, Waldo l’ignora. Au fond, il se sentait un peu coupable. A la maison, sa petite fille et sa femme l’attendaient, ou plutôt, l’avaient attendu avant de s’endormir. Anthéa avait peut-être espéré le voir rentrer et lui sourire. Depuis combien de temps se couchaient-ils l’un après l’autre, à plusieurs heures d’intervalles ? Elle lui manquait, réalisa-t-il derrière son écran, perdu au milieu des ténèbres. Il lui préférait la compagnie de son ordinateur, et d’une agaçante petite voix qui ne manquerait pas de commenter cette réflexion.
« Oui mais ton père serait fier de toi. » grinça Xana.
Waldo retint un soupir. Il aurait le temps de ruminer ensuite. Maintenant qu’il était là, autant travailler sur ses horaires habituels : tard. Cependant, autre chose vint le perturber. Il entendit des bruits de pas, et des voix. Et était à peu près sûr que ce n’était pas Xana. Ce ton sarcastique n’était clairement pas présent.
-Il refuse toujours de parler ?
-Oui, maître.
La première voix, impérieuse, semblait quelque peu étouffée, et difficilement identifiable. L’autre était définitivement inconnue, mais adoptait un ton professionnel qui laissait à penser qu’il pouvait s’agir d’un des agents du complexe scientifique. Et il n’y avait aucun doute : ces individus appartenaient à Carthage.
-Connards d’américains, grogna la voix sourde. Il faut qu’on leur fasse cracher la localisation de leurs installations. Ce sera beaucoup plus simple après.
Les deux personnes passèrent juste devant la porte du bureau de Waldo, qui retint son souffle. Mais la lumière éteinte le rendait pratiquement indétectable et la conversation continua sans qu’ils soupçonnent la présence de quelqu’un dans la pièce adjacente.
-Tu veux que je m’en occupe ? Il me semble clair qu’il faut changer de méthode…
Une troisième voix, grinçante et doucereuse à la voix. Le ton se voulait mielleux mais le son était crissant, désagréable. Difficile de croire qu’un tel timbre soit le fruit de cordes vocales humaines, mais c’était bien obligé. Ils n’avaient pas encore intégré d’aliens à leur organisation…
« Mais t’es con ou tu le fais exprès ? T’entends une conversation comme ça et toi le premier truc auquel tu penses, c’est les aliens ? »
Le groupe s’éloignait, au vu du son de leurs pas. Waldo répondit pour une fois à Xana, mais préféra le faire en pensée. Il n’était pas sûr de vouloir se faire remarquer de ces types.
« -Non, bien sûr. C’est…perturbant. Je pensais pas entendre ce genre de phrase en dehors des films d’espionnage. Et certainement pas ici, en plein sur mon lieu de travail…
-Rappelle moi ce qu’on disait, déjà ? Ah oui, Carthage berceau de la science, pour le progrès, etc…il semblerait que vous ne soyez pas tous blancs dans l’affaire. »
Xana avait formulé l’idée avant Waldo. Mais elle les avait effleurés dès l’instant où ils avaient entendu les voix dans le couloir. Quelque chose de pourri dans Carthage…
« En tout cas ça m’a l’air gros. Y a visiblement des histoires de torture et on est pas potes avec ces fameux américains…
-Dire qu’on se retrouve impliqués là-dedans alors qu’on en sait absolument rien…
-Impliqués ? Tu rigoles, on a rien fait auxdits américains, nous ! En revanche, je pense que l’organisation entière repose sur des bases plus que douteuses. Regarde, si on vole les recherches des autres pour accélérer les nôtres, ça mène à se poser de très sérieuses questions… »
La remarque évoqua bizarrement à Waldo son père. Comment aurait-il réagi en apprenant ce genre de pratiques ? Aurait-il regardé tout ça d’un œil désapprobateur en suggérant que la science n’est pas une simple histoire de vol ? Ou au contraire, aurait-il considéré que tous les moyens étaient bons pour la progression du savoir ?
« Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre de ton père ? C’est la voie de la sagesse peut-être ? S’il approuve, tu fermes les yeux ? »
Xana haussa le ton, et Waldo sentit comme un choc mental dans son crâne. Sonné, il cligna des yeux, essayant de comprendre ce qui venait de se passer. C’était comme si la voix dans son crâne était désormais capable de le frapper. Qu’est-ce qui se tramait dans les tréfonds de sa tête ? Que pourrait faire Xana, encore ?
« Je ne sais pas ce que je sais faire, toi non plus. Mais je sais que j’ai mon mot à dire dans cette histoire. C’est pas net. »
Le jeune scientifique était bien conscient que l’heure tardive jouait probablement sur ses nerfs et donc, sur la virulence de Xana. Mais quand bien même. L’être immatériel avait quitté ses petites piques pour y préférer une diatribe moralisatrice…que se passait-il ? Il aurait pu ironiquement se demander s’il devenait fou, mais le petit grain de folie était planté depuis belle lurette.
« Je prends racine alors. » ironisa Xana, revenant à ses bonnes vieilles habitudes. La voix enchaîna cependant :
« C’est assez dur de décider quoi faire sur quelques mots saisis comme ça à la dérobée. On a pas d’informations vraiment précises. A mon avis, mieux vaut qu’on en parle à quelqu’un de confiance, voir son avis sur la question. Enfin, a-t-on des personnes de confiance ? »
Waldo réfléchit. Il avait bien deux solutions…
« Non, pas ton père. Je n’ai jamais pu l’encadrer, y a un truc qui me rebute chez lui. Et c’est pas juste le fait que la considération qu’il t’apporte soit inversement proportionnelle à la vénération que tu lui portes. »
Comme de coutume, il ignora la remarque désobligeante, mais choisit de se plier à l’opinion de la petite voix. Il ne restait donc plus qu’une personne vers qui se tourner : sa femme. Là aussi il ne savait pas vraiment comment elle réagirait, et se demanda s’il y avait un moment meilleur qu’un autre pour aborder le sujet. Le plus vite possible serait sans doute le mieux mais d’un autre côté, il avait peur qu’elle s’inquiète.
« Oui enfin ce serait quand même logique qu’elle s’inquiète. Quand on découvre que notre chère coalition de scientifiques est en réalité une sorte de mafia secrète de la science, c’est pas spécialement rassurant. Tu préfères qu’elle continue à évoluer là-dedans sans le savoir, à son retour ? »
Waldo ne répondit rien. Xana marquait un point.
« Comme toujours.
-Qu’est-ce que tu espères faire ? »
Ce fut au tour de Xana de rester muet cette fois. Waldo aurait presque pu être satisfait de lui avoir cloué le bec si sa question ne lui avait pas autant tenu à cœur. Quand bien même ils en parlaient à Anthéa, et ensuite ? Ils n’avaient pas affaire à des enfants de chœur, et le rapport de force serait clairement inégal s’ils tentaient de s’opposer à eux. Oui mais connaissant Anthéa, elle n’accepterait jamais de travailler pour des gens de ce genre.
« Je ne sais pas ce que je veux faire, je ne sais pas ce que je peux faire. Je suis une voix dans ta tête, merde ! Tu veux pas que je prenne ton destin en main non plus ?
-C’est pas ce que tu essaies de faire à chaque fois qu’on parle de mon père ?
-La ferme. Si tu continues à faire le malin, je te laisse te démerder. »
Cela refroidit légèrement Waldo qui se dit qu’affronter cette situation sans soutien psychologique serait légèrement complexe.
« Ok. Tu sais quoi ? Je pense qu’on devrait rentrer dormir, on aura sans doute les idées plus claires demain… »
Et sans attendre de réponse, le jeune programmeur rangea les quelques affaires qui traînaient sur son bureau et alla attraper sa veste, puis sortit discrètement dans le couloir obscur qui avait été le théâtre de sombres complots.

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28 Septembre 1988 – Banlieue parisienne – Appartement de la famille Schaeffer

-Maman, maman regarde, j’ai dessiné Monsieur Puck !!
La voix enfantine d’Aelita gazouillait avec enthousiasme. On était en fin de journée, sa mère l’avait ramenée de la maternelle et la petite lui montrait à présent sa dernière œuvre d’art au feutre. Le personnage était à peu près ressemblant, bien que clairement dans un style enfantin quelque peu…archaïque.
-C’est magnifique ma chérie, assura Anthéa avec un sourire bienveillant.
Elle travaillait de plus en plus depuis son domicile pour faciliter la prise en charge de la petite. Elle sentait bien que ça lui faisait lâcher prise sur sa carrière, mais elle y avait mûrement réfléchi, et sa famille était plus importante que n’importe quel projet scientifique ou son propre avenir. C’était sa résolution, et elle s’y tiendrait.
Tandis que la petite repartait jouer dans sa chambre, sa mère soupira. Waldo lui avait dit qu’il rentrerait plus tôt aujourd’hui, et il avait également ajouté qu’il souhaitait lui parler de quelque chose. Il avait eu l’air bizarre en disant ça, et cette attitude étrange l’inquiétait un peu.
« Pas la peine de t’en faire pour le moment, vous en discuterez tout à l’heure… » se tranquillisa-t-elle.
Mais elle avait beau se dire ça, elle n’arrivait pas à se chasser de la tête la montagne d’interrogations qui s’y accumulait.
La soirée progressait. Après avoir étouffé un bâillement, elle ferma son ordinateur et alla réchauffer une boîte de conserve pour Aelita. Elle-même n’avait pas très faim, et la petite devait aller se coucher plus tôt.
L’air las, elle regardait sa casserole sur le feu. La vie de parent n’était pas toujours des plus trépidantes, et elle admit en son for intérieur que si elle avait pu retourner faire du séquençage ADN au lieu de faire chauffer des petits pois, elle l’aurait sans doute fait. Mais il fallait bien que quelqu’un s’occupe d’Aelita. Elle eut une pensée pour son mari, probablement encore derrière son clavier, à concevoir un quelconque programme grandiose. Et de fil en aiguille, ses réflexions retournèrent à ce qu’il avait dit avant de partir ce matin. Elle ne parvenait même pas à savoir ce qui pouvait être concerné par ce qu’il avait à lui raconter. Son travail ou leur vie de famille ? Les deux ? Ce fut cette fois l’image de son sinistre beau-père qui revint traîner dans la tête de la jeune femme. Un homme étrange, froid, distant, et qui avait pourtant une emprise surprenante sur son fils. Elle avait l’impression que Waldo pesait régulièrement l’avis de son père avant de prendre une décision, et qu’il se demandait toujours quel serait son jugement sur ses choix. Elle n’était pas convaincue que ce soit une influence réellement positive. Mais Anthéa n’était pas non plus du genre à juger les gens, et se devait d’admettre qu’elle ne connaissait pas assez Emile Schaeffer pour savoir ce qu’il en était réellement. Il avait dû avoir une vie difficile, puisqu’il avait vécu la guerre avant de s’expatrier aux Etats-Unis avec sa famille. Peut-être que ça jouait en sa faveur. Et peut-être que ça ne suffisait pas à tout excuser.
L’odeur de léger brûlé en provenance du fond de la casserole la tira de ses pensées, et elle s’empressa de couper le feu et de bouger le récipient.
-Aelita, ma chérie ! C’est prêt ! appela-t-elle en transférant le contenu dans une assiette creuse.
Elle s’efforça de retirer discrètement les petits pois les plus noircis, qui étaient heureusement minoritaires. Elle entendit la petite courir à travers l’appartement pour rejoindre la table, et sourit en lui apportant son repas et ses couverts. Elle avait une petite bouille d’ange adorable. Des yeux verts pétillants, des joues un peu rebondies et des cheveux rosés d’une teinte des plus particulières. La même qu’elle. Anthéa embrassa sa fille sur le front :
-Bon appétit !
Elle s’assit ensuite à côté d’elle pour pouvoir partager ce moment mère-fille. Au bout de quelques cuillerées, l’enfant posa son regard sur sa génitrice et interrogea :
-Toi tu manges pas ?
-J’attends ton père, assura Anthéa. Ne t’en fais pas pour moi va !
Elles devisèrent encore un peu, puis lorsqu’Aelita eut fini, elle l’envoya se brosser les dents pendant qu’elle choisissait l’histoire qu’elle lui lirait. Face à la bibliothèque dans la chambre de sa fille, elle hésita quelques temps avant que sa main ne se pose sur un recueil de légendes nordiques que Waldo aimait beaucoup lire à leur progéniture. Elle tira le livre et le feuilleta rapidement pour trouver le récit du jour.
Lorsqu’Aelita rentra dans la pièce et se faufila sagement sous sa couette, sa mère avait fait son choix. Elle borda la petite, puis s’assit à côté d’elle avec le l’ouvrage en main. Elle commença alors à narrer l’histoire :
-C’est l’histoire de Balder. A sa naissance, sa mère a fait le tour du monde pour faire promettre à toutes les choses de ne jamais blesser son fils.
Les yeux d’Aelita étaient rivés sur le visage de sa mère, écoutant patiemment. La douce lumière de la lampe de chevet baignait la pièce d’une ambiance tamisée, propice au sommeil. La tête dépassant de la couverture, Mr Pück était aux côtés de la petite.
-Elle fit jurer aux pierres, au feu, à tous les animaux et toutes les plantes vénéneuses. Elle n’oublia aucun danger. Mais il y avait une toute petite plante, le gui, qui ne pouvait faire de mal à personne. Alors elle se dit que ce n’était pas la peine de lui faire prêter serment.
Elle tourna une page, jeta un œil à l’enfant qui ne dormait pas encore. Puis elle reprit :
-Les années passèrent, Balder était devenu grand, il avait toutes les qualités et tout le monde l’appréciait. Souvent, les gens s’amusaient à jeter divers objets sur Balder, puisque tout rebondissait sur lui sans lui faire de mal. Mais il y avait Loki, le méchant dieu du feu, qui était jaloux de Balder. Il avait appris que le gui n’avait pas juré, et il a eu une idée diabolique…
Elle marqua une petite pause pour l’ambiance de l’histoire. A l’autre bout de l’appartement, la porte d’entrée se referma, signe que Waldo était rentré. Anthéa s’efforça de ne pas songer à la discussion qui l’attendait et continua son histoire.
-Il a fabriqué une flèche de gui, et il a ensuite fait tirer Höd, le frère aveugle de Balder, à l’arc. La flèche s’est plantée dans le cœur de Balder qui est mort. Tous les dieux l’ont pleuré, et ils ont retrouvé et puni Loki pour son crime.
Après le bisou du soir, le « bonne nuit » rituel et l’extinction de la lumière, Aelita retint verbalement sa mère sur le seuil :
-Maman ?
Anthéa se retourna en souriant pour cacher son appréhension montante.
-Oui ma chérie ?
-Toi, tu n’as pas oublié le gui hein ?
Le ton un peu accusateur de la fillette la fit rire, et elle répondit :
-Non bien sûr, ne t’inquiète pas pour ça. Personne ne te tirera de flèche de gui dessus mon ange, dors bien.
Et la mère disparut dans le couloir, refermant légèrement la porte derrière elle.
Il était temps de discuter.
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Minho MessagePosté le: Jeu 30 Juin 2016 12:13   Sujet du message: Répondre en citant  
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Citation:
Il n’avait aucun doute sur le fait qu’elle serait une enfant exceptionnelle, douée, intelligente, sensible et adorable. Sous son petit crâne encore chauve dormait un esprit fantastique n’attendant que de se manifester. Comment pourrait-il en être autrement ?


T'as oublié une réplique ! Xana à Franz : « Bute-la avant qu'elle fasse chier ! »

Bon, ça sera la seule mauvaise vanne du jour. Si tu voulais rire, c'est raté Razz J'aurais tout le temps de troller dans la suite Mr. Green Mais puisque c'est mon premier commentaire, mon analyse comportementale va prendre le dessus. Émile et Anthéa pour ne citer qu'eux, tant de potentiel ! Mais, sans grande hésitation, mon choix s'est porté sur le protagoniste principal.

Waldo est clairement le pilier de la fic et c'est donc pour ça que je vais m'attaquer à lui. Son évolution est logique. C'est un solitaire qui consacre sa vie à ce qui le passionne, tout en laissant de côté les relations humaines. À ce stade, j'avais l'impression de voir Belpois avant la formation du groupe. Après, il rencontre Anthéa qui bouleverse l'existence peinarde qu'il menait jusqu'à présent. Pour elle, il est prêt à briser la glace qu'il avait construite autour de son cœur au fil du temps. Et là, tout s'enchaine très vite. On passe de la case rencontre au mariage puis voilà déjà Aelita qui se ramène ! J'ai été surpris mais je comprends ce choix... et je sais bien que passer trois plombes sur une relation amoureuse c'est pas ton truc Cool

C'est là qu'on voit que le récit va être intense, tu vas te focaliser sur l'essentiel (Carthage) et c'est pour ça qu'on est là j'ai envie de dire. Néanmoins, tu n'oublies pas l'aspect psychologique (A+) en confrontant Franz à un dilemme douloureux : son père et la carrière prometteuse qui lui tend les bras... ou sa famille et le bonheur illusoire qui va avec. En soi, on sait déjà qu'il n'a rien du père idéal dans le DA et ça va sûrement se vérifier ici. Bien sûr, il aime ses proches blablabla mais ses recherches sont une véritable bombe à retardement et ça m'étonnerait qu'il ne s'en doute pas un minimum. Si jamais il pense qu'il est entouré de bisounours dans le complexe, il se met le doigt dans l'œil (j'évite même la vulgarité youhou) et bien profondément.

Enfin, la relation qu'il entretient avec « Xana » est assez complexe. Ça pourrait être tout simple mais plein de possibilités ont germé dans mon esprit. J'ai du mal à déterminer si c'est vraiment le programme multi-agent, une intelligence artificielle venue d'on ne sait où, sa conscience ou un dédoublement de personnalité qui mettrait en avant le côté sombre du père d'Aelita. Oui, ça paraît fou mais Hopper l'est depuis le début, ce n'est pas un grand secret. Il n'a pas le courage d'affronter son paternel et, comme par hasard, la petite voix en profite pour l'insulter de tous les noms. Si c'était vraiment X.A.N.A, pourquoi ne pas pousser le scientifique à progresser dans ses recherches ? Bref, j'ai sûrement été trop loin mais, comme dit Zéphyr, c'est toujours amusant à formuler. Un élément sur lequel je ne peux me tromper, c'est que la déchéance est à venir... et je serai là pour découvrir ça évidemment ! Sadique power
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Draynes MessagePosté le: Jeu 30 Juin 2016 13:34   Sujet du message: Répondre en citant  
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Bon, Minho est déjà intervenu pour parler majoritairement de Franz (ce qui est tout à son honneur xD), je vais intervenir donc pour parler un peu du général X).

Tout d'abord, petite parenthèse sur le titre et là : OUI, DU METAL ! Mr. Green
En effet, deux hypothèses sont plausibles concernant "No Rest for the Wicked" :
- Tout d'abord, la plus probable en terme chronologique est que ce titre soit directement repris du nom d'un album du groupe "Helix" sorti en mars 1983, soit à peu près un mois avant les événements de ce chapitre x).
- L'autre possibilité étant qu'il soit repris de l'album d'Ozzy Osbourne, mais ce dernier étant sorti en 1988, c'est moins probable compte tenu du contexte Mr. Green.
D'ailleurs, l'expression en elle-même est intéressante : "Pas de Répit / Repos pour les Méchants" si on traduit littéralement conduit à un élément ESSENTIEL de ce chapitre...
Les méchants bossent la nuit et sont trop confiants par rapport à leur sûreté pour ne pas fouiller les environs avant de parler de leurs magouilles Mr. Green (mais on en reparlera X)).


Bon maintenant, il serait temps d'analyser section par section, histoire d'être un minimum sérieux et organisé Mr. Green.

Tout d'abord, le passage à l'hôpital qui est là pour montrer plusieurs choses et qui est assez intéressant globalement x) :
- On pourrait commencer par le fait qu'Aelita est déjà arrivé : ça se voit que tu n'aimes pas les relations amoureuses Mr. Green mais cela annonce par contre des choses qui me plaisent un peu moins, comme de la niaiserie... Mais bon, on verra :/.
- Les pensées de Franz qui remettent en avant le dilemme soulevé dans le chapitre d'avant, à savoir la famille ou la science. Bon, on se doute qu'il va finir par concilier un peu des deux comme il le fait déjà Mr. Green, mais c'est surtout le rapport en pensées avec Emile qui est assez intéressant.
En effet, on a l'impression que notre protagoniste n'arrive pas à être complètement indépendant, vu qu'il ramène toujours tout à l'approbation de la figure paternelle et cela le parasite complètement dans ces décisions... C'est en ça qu'Emile est très bon comme personnage, parce qu'il est limite plus important dans l'histoire quand il n'est pas présent physiquement avec son fils... Je sais pas si je me fais bien comprendre XD.
- Et, pour terminer ce passage... Xana. Juste... Xana. Etant déjà un de mes personnages préférés de base, j'ai hâte de réussir à aussi bien l'exploiter que tu le fais Mr. Green.
En effet, je dois dire que j'adore ce cynisme latent chez le personnage, et surtout qu'il prenne de plus en plus d'ampleur dans l'esprit de Waldo, au point que ce dernier ne veuille pas s'en débarrasser et ça, c'est important ! Mr. Green. Ils commencent à développer une relation très spéciale, Xana conseillant l'humain et Waldo contenant sa petite voix. Cela a du avoir un effet manifeste sur la programmation du programme (c'est le cas de le dire Mr. Green) X.A.N.A.

Ensuite, ensuite... Ah bah, encore à l'hôpital, mais de jour ce coup-ci Mr. Green.
Bon là, ça va plus être une succession de remarques avec des petites analyses qu'un gros paragraphe déchiffrant tous les symbolismes... Ou en tout cas, essayant Mr. Green.
Alors, commençons Mr. Green :
- Déjà, on remarque que la mère de Franz n'a même pas de prénom : officieusement, flemme d'en imaginer un Mr. Green récupéré ensuite pour en faire un symbole de l'absence de personnalité des figures maternelles... puisque objectivement, Mme Schaeffer suit son mari, l'excuse et fait la mamie gâteau avec Aelita (et après, on s'étonne qu'elle soit devenue aussi niaise... Rolling Eyes).
- Ensuite, le comportement d'Emile... Sans dire un seul mot, juste avec son attitude, il a clairement fait comprendre qu'il était contre cela, qu'il souhaitait que son fils se tue au travail pour que les ambitions de son paternel soient comblées... J'adore ce personnage, c'est un fait Mr. Green.
- Et enfin, les petites remarques sarcastiques de Xana qui expliquent surtout un fait assez important à mon sens : la voix déteste Emile ET prend de plus en plus de place dans l'esprit de Franz...
Est-ce que nous assisterons dans une tripotée de chapitres à un parricide par Franz contrôlé mentalement par Xana qui l'a convaincu de faire cela ? Wait and See comme on dit Smile.

Ensuite... Ah, la partie la plus intéressante parce qu'on entend de nouveau parler de Carthage et de Urbe Mr. Green.
Déjà, on remarque que les Américains de Urbe sont vraiment des boulets : ils ont même pas réussi à introduire un espion qu'il s'est déjà fait chopper et qu'il se fait torturer Mr. Green. Cela montre, encore une fois, la différence complète de charisme et d'influence d'Urbe là-dedans x).
Les trois agents de Carthage... Bon, les laisser dans l'ombre, c'est bien, ça fait complot, toussa toussa... Mais y en a deux qui sont aisément identifiables Mr. Green. Tout d'abord, Baal Hammon... parce que, quel personne à part le chef de Carthage s'étant octroyé le pseudonyme d'un dieu, peut se faire appeler "maître" ? Mr. Green. Et le deuxième est évidemment Jonathan Crow, identifiable de part sa voix discordante et désagréable, le fait qu'il a l'air d'être assez à l'aise niveau torture ce qui est évoqué dans le prologue Mr. Green (d'ailleurs, ça m'a fait ricaner la comparaison avec l'alien XD). Le troisième, par contre, m'est totalement inconnu pour l'instant... Sûrement le chef de la sécurité ou le garde du corps, en raison de son ton très sérieux Mr. Green.
Enfin, de nouveau une évolution de le relation Franz - Xana, je vais passer vite là-dessus : Waldo soupçonne des choses, s'engueule avec Xana qui prend définitivement une ampleur de plus en plus énorme dans le cerveau du scientifique, au point qu'il le laisse à un moment gagner le débat pour ne pas qu'il s'en aille (la métaphore avec un corps dans le cerveau lui foutant des claques, j'ai trouvé ça génial XD).

Et si nous finissions par un chapitre sur... Sur qui d'ailleurs ? Alors, commençons la lec... Oh merde, Anthéa et Aelita Sad.
Je sens que ça va être niais et insupportable...

Bon, après une lecture plus approfondie et réfléchie... Effectivement, c'était niais et insupportable Mr. Green, mais en même temps, vu les personnages, c'est pas très étonnant Mr. Green.
Revenons ainsi sur les remarques en vrac :
- J'aime bien le traitement d'Anthéa : alors certes, c'est une cruche sur le global qui a accouché d'une autre cruche Mr. Green, mais elle a un semblant de maturité que j'apprécie malgré tout. J'adore notamment sa réflexion sur Emile, le fait qu'elle ne le juge pas parce qu'elle ne le connait pas assez : une réflexion de femme mature et intelligente (Yumi devrait en prendre de la graine, tiens Mr. Green).
- La manière dont tu as replacé le livre de la mythologie nordique ayant servi à choisir le nom du Skidbladnir est vraiment logique et cohérente... Même si, en tant qu'ultra fada des mythologies, je tiens à dire que Loki était, au moment du meurtre de Balder, le dieu de la discorde xD. Il devient le dieu du feu lors du Ragnarok, qui se déroule bien après Mr. Green.


Bon, il serait peut-être temps de conclure en bonne et due forme : j'aime bien ce chapitre globalement, même si cela annonce des parties niaises qui vont vite m'énerver (mais qui devraient plaire à Roiyann s'il lisait ça, tiens Mr. Green).
En effet, la psychologie de beaucoup de personnages est bien travaillé dans ce chapitre, y a de la symbolique, des éléments de scénario assez importants sont amenés... Mais toutefois, j'aimerais bien qu'on retrouve rapidement des points de vue sur les agents de Carthage, et notamment voir la torture de Crow Mr. Green juste pour mon côté sadique xD.
Bon, vu que je sais pas conclure... À la semaine prochaine ! x)
_________________
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Zéphyr MessagePosté le: Jeu 30 Juin 2016 21:16   Sujet du message: Répondre en citant  
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Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
Ne repoussons pas à la semaine prochaine un premier passage ici.

En lisant le paratexte, je craignais retrouver un récit dans la même veine que Projet Renaissance, mais le travail autour de Waldo enterre toute les critiques qu'on aurait pu te faire là-dessus.
Ce prologue plus deux chapitres m'a plutôt emballé pour l'histoire en général. Je t'attends néanmoins sur les éléments emblématiques tel que le blocage des communications ennemies. Parce que pour le moment, Carthage apparaît comme très éclectique dans ses recherches. Sans les quelques mentions sur la construction d'un supercalculateur, j'aurais eu une vision de ton Carthage comme éparpillée dans ses objectifs (là où le légendaire journal de Waldo donnait quand même l'impression que le Projet était complètement centré sur le contrôle des communications).

Choix très audacieux que d'installer le couple Waldo/Anthéa en région parisienne, sachant qu'après disparition de la femme, le mari fait l'acquisition de l'Ermitage, également à Paris. Sachant que les locaux de Carthage sont accessibles à Waldo en voiture, je pense pouvoir dire sans me mouiller que lesdits locaux ne sont pas loin de cette même région parisienne. En prenant en considération ce qu'il se passe dans le canon, il en ressort que Waldo a été très couillu de rester à Paris après l'enlèvement de sa femme. J'imagine que la logique était de se placer dans une localisation illogique aux yeux des poursuivants, soit quasiment sous leur nez (qui à la réflexion, pourrait bien être un putain de troll suggéré par « la petite voix »).
Par ailleurs, cette localisation à Paris du couple Schaeffer me fait soulever la question suivante : quid du chalet dans les montagnes ? Les flashs-back de la série laissent complètement entendre qu'Aelita y a reçu Monsieur Pück là-bas, pour Noël. Évidemment, toujours en extrapolant, on peut miser sur un simple cadre de vacances en famille (assez surprenant puisqu'impliquant que Waldo lâche le boulot quelques temps, ce que Papa n'approuverait pas et par extension, sa conscience). Reste à voir comment tu vas amener le mythique enlèvement d'Anthéa, qui se déroule également vers ce fameux chalet, même si la discussion de la fin du chapitre 2 semble constituer une piste prometteuse.

À mon sens, la psychologie de Waldo et la relation entretenue avec « Xana » font une bonne partie de l'intérêt de la fanfiction. J'aime beaucoup ta récupération du concept de Mon ami Xana pour exploitation plus poussée et détaillée. Vas-tu pousser le vice jusqu'à récupérer la symbolique de fin de ce vieux One-Shot ?
En tout cas, ça fonctionne très bien, enfin pour le moment, le principal piège selon moi étant de ne plus arriver à dissocier les personnalités et caractères de Waldo et Xana (ce qui était arrivé avec le duo Xana/Xanadu dans Abysses).

Un détail m'a pas mal fait tiquer dans le chapitre 2 : la date de naissance d'Aelita (le choix de la date, cette farce). Il est communément admis que le 6 juin 1994, Aelita avait 12, voire 13 ans, impliquant ainsi par une simple soustraction qu'elle serait née dans les années… 1981/1982 grand max. Du coup, ton choix de la faire naître en 1983 m'interpelle carrément. Sachant que tu sais faire une soustraction, je suis tenté de croire en une manœuvre délibérée, quant à savoir pour quelle raison, je sèche. Enfin, si c'est un fail, ça se corrigera facilement sans impacter le reste. Razz

Pour finir sur une note graphique, ta séparation signe de Xana présente une sortie de piste sur son cercle le plus externe, à droite au centre : le cercle dévie un instant de sa circularité.

Voilà, j'ai fait mon taff' de chipotage sur les détails. En espérant que ce début prometteur se maintienne bien pour la suite !
_________________
http://i.imgur.com/Z94MNN5.png

« Jérémie avait fait un superbe travail. Ce dernier voyage sur Lyokô promettait d'être inoubliable. »
Un jour, peut-être.
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Ikorih MessagePosté le: Jeu 07 Juil 2016 09:39   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Spoiler


Chapitre 3
L'étreinte du blizzard



8 Décembre 1988 – Québec – Laurentides – Chalet de la famille Schaeffer

Aelita courait dans la neige, épaisse de plusieurs centimètres. Avec émerveillement, elle se retourna pour observer ses empreintes de pas et la buée qu’elle produisait en respirant.
-Regarde maman, ça fait de la fumée !
Anthéa, quelques mètres plus loin, sourit. Elle avait les bras croisés, tentant de protéger ses mains de la morsure du froid et regrettant de ne pas avoir pris ses gants. La petite, par contre, était complètement emmitouflée : moufles, doudoune, écharpe, bonnet et bottes fourrées. Personne ne souhaitait qu’elle attrape mal.
L’enfant se baissa et dessina maladroitement une forme dans la neige avec son doigt. Des triangles figurant des montagnes, avec trois personnages devant. Anthéa s’approcha pour regarder.
-Qu’est-ce que c’est, ma chérie ?
-C’est nous !
Elle rajouta encore le petit chalet dans lesquels ils étaient installés depuis quelques semaines. Le changement de cadre s’était bien passé, même si Aelita était un peu triste de ne plus voir ses amis de la maternelle. Ils ne l’avaient pas rescolarisée ici, ne sachant combien de temps ils resteraient et le but étant d’être discrets. Ils avaient dû couper le contact et s’évanouir dans la nature. Anthéa ne comprenait que trop bien ce que sa fille avait enduré : elle aussi avait dû renoncer à sa vie sociale. Non, à pratiquement toute sa vie. Elle abandonnait parents, frères et sœurs, travail, amis, jusqu’au continent qu’elle avait connu.
Si elle devait trouver un point positif, elle avait l’impression que cette nouvelle existence avait contribué à les souder, tous les trois. Waldo était davantage présent, quand bien même il lui arrivait encore de passer de longues soirées derrière son ordinateur. A programmer quoi, elle n’en avait pas la moindre idée. Peut-être cherchait-il simplement à se donner un objectif. Lui aussi avait dû être déraciné par cette fuite…
Elle soupira. Cet hiver solitaire ne lui rappelait que plus douloureusement les après-midi passés à faire des batailles de boule de neige avec le reste de sa fratrie. Elle pensa à eux, réentendit les éclats de rire et les cris de joie des anciens temps. Elle revit leurs visages. Marc, son grand frère. Alfred, le cadet. Et puis ceux qui étaient plus petits qu’elle. Anthony, qui n’avait pas le droit de sortir avec eux dans la neige parce qu’il était malade. Maeva, sa tignasse rousse et ses grands sourires. Et puis Gabrielle, la petite dernière. Les souvenirs affluaient maintenant, et elle se fit la réflexion que peut-être elle ne les reverrait plus et ne pourrait pas savoir ce qui leur était arrivé…
La neige se mit à tomber, comme autant de regrets tourbillonnant dans le vent. Elle eut l’impression que le froid s’intensifiait. Elle appela Aelita, l’ayant perdue de vue dans le paysage blanc. Elle n’entendit pas de réponse, elle eut peur. Des dizaines de scénarios se dessinèrent dans sa tête. Le projet Carthage, une bête sauvage…tant de dangers dehors pour une si petite chose. Elle appela une seconde fois, une tension dans sa voix beaucoup plus perceptible. Toujours pas de réponse. L’anxiété la gagnait.
-Bouh !
Elle sursauta. Ses yeux tombèrent sur la petite, accrochée à sa jambe, le visage éclairé d’un sourire radieux, fière de sa blague. Et sans aucune idée du trouble que celle-ci avait pu provoquer chez sa mère. Cette dernière se laissa tomber à genoux et étreignit sa fille de toutes ses forces, prise d’un élan soudain. Elle aurait pu lui dire de ne jamais lui refaire un coup pareil, ou autre formule du genre, mais elle ne s’en sentit pas la force. C’eut été avouer en partie à quel point l’ombre du danger planait sur leur vie, et elle s’y refusait. C’était leur fardeau, mais pas celui de leur petite fille. Elle n’avait pas à endurer leur angoisse.
-Tu ne trouves pas qu’il fait froid, ma chérie ? finit par demander Anthéa qui était manifestement plus frileuse que sa progéniture.
La petite allait ouvrir la bouche pour répondre que non, ça allait très bien, qu’elle pouvait rester jouer dehors encore un peu, mais sa mère coupa court à toute protestation en l’entraînant gentiment vers la maison. Aelita ne dit rien. Elle aurait pu piquer une crise de nerfs dans la neige mais ce n’était pas dans sa nature. Elle était docile et compréhensive.
L’air chaud du chalet les accueillit à bras ouverts. Anthéa rappela à sa fille de bien taper ses bottes contre le sol avant de rentrer, pour éviter de mettre de la neige partout.
-Je te fais un chocolat ? proposa la mère qui avait ôté sa veste et ses chaussures plus vite.
-Ouaiiis !

http://i.imgur.com/E7OupLK.png


28 Septembre 1988 – Banlieue parisienne – Appartement de la famille Schaeffer

-Alors ? De quoi est-ce que tu voulais me parler ? questionna directement Anthéa à voix basse, une fois la porte du salon refermée.
Waldo eut l’air un peu mal à l’aise qu’elle aborde le sujet de but en blanc, mais tourner autour du pot n’était pas une bonne option d’après elle. Elle croisa les bras, attendit qu’il daigne lui expliquer le fond du problème.
-Eh bien…c’est à propos de Carthage, laissa-t-il tomber en guise de préambule.
Un sujet qui les concernait tous les deux, mais qui n’inquièterait pas leur fille. Au moins Anthéa était-elle rassurée sur ce point. Il y eut un moment de silence où Waldo sembla réticent à poursuivre. Elle allait ouvrir la bouche pour l’y inciter, mais il finit par se décider seul.
-Hier soir, j’étais resté tard au travail, comme souvent. Je travaillais dans mon bureau, seul.
L’adjectif semblait avoir été rajouté avec une légère précipitation. Il marqua une pause, comme en train de parlementer avec lui-même. Il marmonna dans sa barbe, un peu agacé. Anthéa l’avait souvent vu faire ça, mais pensait qu’il réfléchissait à voix haute. Elle se demandait cependant ce qui pouvait bien le faire réfléchir là actuellement. Mais il ne lui laissa pas vraiment le temps de se creuser la tête et reprit une fois encore.
-J’ai entendu…trois personnes je crois. Ils passaient dans le couloir, pensaient que le bâtiment était vide, et j’ai entendu leur discussion sans le vouloir.
Il avait l’air sombre désormais.
-Ils ont évoqué une localisation qu’ils essayaient de « faire cracher » à un américain. Ça ne m’a pas l’air d’être très joli. Et je préfère ne pas savoir comment ils comptaient lui faire cracher.
Anthéa resta silencieuse, le temps de digérer ce que son mari venait de lui apprendre. Elle fit quelques pas dans la pièce, pensive. Waldo ne chercha pas à lui arracher une réaction, se contentant d’attendre qu’elle lui en donne une d’elle-même. Plusieurs minutes s’écoulèrent ainsi.
-Alors…qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’on travaille pour des crapules ?
Waldo fit la grimace.
-J’en ai bien peur…et ils n’ont pas l’air d’en être à leur coup d’essai. J’ai un peu médité tout ça, et je me suis dit que les « américains » sont peut-être un groupe rival ou quelque chose dans le genre dont on aurait pas entendu parler. Je doute qu’ils soient plus scrupuleux que nos patrons.
Anthéa se passa une main sur le visage et soupira.
-Je refuse de continuer à travailler pour ces gens. On ne sait même pas comment seront exploitées nos recherches, finalement…et je commence à me dire que ce n’est pas pour le bien de l’humanité. Bien au contraire.
-Je partage ton avis, admit-il. Mais on ne peut pas juste partir en leur claquant la porte au nez comme ça. S’ils sont capables de tout, je doute qu’ils apprécient notre départ. Et ce ne serait pas dangereux que pour nous.
Son regard dériva vers la porte du couloir au bout duquel dormait Aelita. Anthéa sentit les larmes lui monter aux yeux à l’idée que du mal puisse être fait à sa fille. Elle se demanda quelle bêtise ils avaient faite, des années plus tôt, en s’engageant chez Carthage. La désillusion était coriace, maintenant.
-Mais on doit partir. On ne peut pas rester là, dans la gueule du loup, c’est tout aussi dangereux. Imagine qu’ils découvrent que l’on sait ?
-Je suis d’accord. Mais ce sera dur. Il faudra un minimum de préparation, pour commencer. Sans doute changer d’identité, de pays. Couper le contact avec nos proches. Et Aelita ? Est-ce qu’on doit l’emmener avec nous ? C’est nous qu’ils veulent, si on la sépare de nous pour la protéger…
Anthéa eut un hoquet.
-Comment tu peux imaginer ça ? Elle a cinq ans ! La priver de ses parents à cinq ans ?
Waldo leva un regard triste vers sa femme.
-L’emmener avec nous peut vouloir dire la faire capturer avec nous et lui faire endurer notre sort, à cinq ans ou bien plus tard.
-Nous en séparer peut signifier qu’ils la retrouvent sans qu’on puisse rien faire pour la protéger, rétorqua Anthéa sèchement.
L’idée avait froissé son instinct de mère. Il en avait conscience, et son point de vue à elle était tout à fait défendable, mais il fallait tout envisager. Waldo voyait bien qu’elle était en colère maintenant, peut-être contre lui ou contre le monde en général. Il n’aurait su dire. En tout cas elle était secouée par la vague de révélations. Peut-être qu’il aurait dû lui laisser un peu le temps de souffler avant de réfléchir à une façon de se tirer de là. Mais c’était un peu tard maintenant.
Il n’aimait pas la voir dans cet état. Il aurait voulu la prendre dans ses bras, mais il ne s’en sentit pas la force. Il réalisa aussi que leur simple relation s’était bâtie à travers leur boulot. Carthage était partout dans leurs vies. S’y arracher ne serait pas si facile que ça en avait l’air. Si tant était que ça avait l’air facile.
-Tu as raison, admit-il. Mais mieux vaut y réfléchir plus tard, quand on aura bien digéré. Le temps ne presse pas. Personne ne sait qu’on sait, et on est assez intelligents pour savoir tenir notre langue. On a le temps de préparer notre fuite.
Il aurait pu ajouter un naïf et illusoire « tout se passera bien » mais il n’était pas assez idiot pour y croire. Ni pour croire qu’Anthéa pourrait avaler ça.
-Si tu le dis. Mais je refuse d’abandonner ma fille, Waldo. C’est clair ?
-Oui.
Et elle s’éclipsa vers leur chambre sans un mot de plus, le laissant seul.
« Presque seul. Ça fait deux fois en dix minutes, salaud. »

http://i.imgur.com/E7OupLK.png


8 Décembre 1988 – Québec – Laurentides – Chalet de la famille Schaeffer

Waldo s’était barricadé dans son bureau, pensif. Il regarda par la fenêtre sa fille jouer dans la neige, et sa femme à quelques pas. Ils étaient libres et loin de Carthage maintenant. Mais il ne savait pas s’ils en étaient réellement hors de portée. Il ne savait pas si Carthage les cherchait, s’ils avaient renoncé ou s’ils s’en fichaient comme d’une guigne. Il était plongé dans l’incertitude.
Ils étaient heureux. Au moins en apparence.
Il avait quand même pris soin de faire construire une cave dissimulée avant qu’ils déménagent dans le chalet, dans laquelle il pouvait travailler le soir. Il y avait installé du matériel informatique, de quoi programmer à son aise. Avec un peu de chance, Anthéa ne soupçonnait même pas ses activités. Il ne savait pas vraiment ce qui se tramait dans sa tête d’ailleurs. Mine de rien, cette aventure les avait assez secoués et peut-être éloignés l’un de l’autre. Il avait même l’impression qu’Anthéa était beaucoup plus proche d’Aelita que lui, mais ceci n’était peut-être pas dû au contexte. Ou plutôt, il ne s’en rendait compte que maintenant qu’il était avec elles. C’était Anthéa qui s’occupait le plus d’Aelita depuis le début, et lui était derrière ses écrans depuis le début. Et maintenant, le fossé se faisait sentir.
« Moralité : arrête d’écouter les conneries de ton père. Je suis bien content qu’on en entende plus parler d’ailleurs ! »
Waldo ne releva pas, pour changer. Il faisait le point sur sa femme et sa fille, pas sur son père avec qui il avait dû couper le contact.
« Par contre… »
Xana s’interrompit : c’était très peu fréquent chez lui. Tellement que Waldo crut presque avoir rêvé son intervention.
« J’étais en train de me dire que Carthage ne pouvait pas vous avoir lâchés. »
Waldo soupira. Il avait probablement raison, mais c’était une pensée qui n’était pas des plus agréables.
« Vous êtes quand même deux scientifiques assez importants dans vos équipes respectives. Et vous avez des informations capitales sur le projet. S’ils ne parviennent pas à vous récupérer, ils vous élimineront. »
-Tu as quelque chose en tête. Je te connais à force. Où veux-tu en venir ?
« Je pense que tu dois prévoir de quoi te défendre. Les défendre. Nous défendre, même. Encore que ce n’est pas moi qui risque le plus dans l’affaire. »
Waldo resta silencieux. L’idée était…perturbante. Il ne se voyait pas vraiment comme un guerrier, et s’imaginait tout aussi mal un pistolet à la main, menaçant les hommes de Carthage et leur ordonnant de partir loin sans plus jamais les importuner.
« Euh non clairement c’est pas l’idée. » commenta Xana.
-Alors qu’est-ce que tu veux dire ?
« Eh bien je propose de créer un programme qui soit en mesure de leur botter le train. Et de s’assurer de votre sécurité. »
-Ce serait…un programme extraordinairement complexe, non ?
« Sans doute, mais c’est dans tes cordes ! »
Waldo réfléchit quelques secondes. Xana n’avait pas tort. S’il était doué dans une chose, c’était bien la programmation. Il devait bien être capable de créer cette…entité. A ce stade, ce n’était plus un programme, finalement. Il voyait à travers la pensée de Xana aussi clairement que ce dernier voyait dans la sienne. Son camarade aspirait à une sorte de système quasi pensant, capable d’actions sophistiquées, coordonnées. Un système capable également de déployer une grande puissance. Waldo vit des flashs, des images. Des formes noirâtres émerger des prises électriques, des objets électroniques prendre vie. Il vit des éclairs également. A cet instant, il ne faisait qu’un avec Xana, dans la communication la plus profonde qu’ils aient jamais eue.
-Je ne sais pas si j’ai les moyens de réaliser ça, admit-il. Mais je peux essayer d’en faire quelque chose d’approchant. Une sorte de prototype. Je vois mal où piocher l’énergie pour les éclairs et tout ça, surtout.
« Je me doute oui. C’était une idée comme ça. » répondit Xana d’un ton désinvolte.
Waldo rit intérieurement.

La nuit était tombée, et il se dirigea donc en douce vers sa cave secrète. L’endroit était plongé dans les ténèbres, et il se repérait à tâtons.
« C’est pas grave. Les ténèbres, c’est notre élément. » assura Xana depuis un coin de sa tête.
Il n’avait pas complètement tort. Waldo n’allumait jamais la lumière quand il programmait tard le soir, estimant celle de l’écran suffisante. Quant à Xana, sa présence se manifestait encore plus puissamment lorsque la fatigue se montrait, renvoyant ainsi à ses premiers balbutiements, des années auparavant. Waldo était très impressionné par la façon dont leur symbiose progressait. Il avait pu suivre le développement de la personnalité de ce qui n’était au départ qu’une hallucination due à la fatigue, et rien que tout à l’heure, cette façon qu’il avait eu de parfaitement saisir l’idée de son…ami imaginaire ?
« Mais je t’emmerde, imaginaire rien du tout. »
-Excuse-moi mais concrètement, tu n’existes pas ailleurs que dans ma tête, c’est le principe de ce qui est imaginé.
« Si tu m’imagines, ça veut dire que tu as tout contrôle sur ce que je dis. Il me semble que ce n’est pas tout à fait le cas ! »
Le sarcasme était perceptible à présent. Waldo lui concéda le point et n’ajouta rien. Il se dirigea vers son ordinateur, guidé par le petit voyant de veille, et s’y assit. C’était une version plus grosse que celle qu’il possédait dans son bureau, qu’il avait bricolée en douce. Il appuya sur le bouton, le tirant de son sommeil.
« Il est en veille, il ne dort pas, justement… »
Waldo leva les yeux au ciel, agacé du ton pointilleux de Xana. Il était très pénible quand il s’y mettait. Presque trop. Après deux secondes de réflexion, le programmeur riposta :
-Si toi tu pouvais dormir de temps en temps…
Un léger silence. Tandis que l’ordinateur chargeait ses derniers processus essentiels, Waldo croisa les bras et attendit. C’est alors qu’un son désagréable lui parvint. Lorsqu’il parvint à mettre le doigt sur ce que c’était, il éclata de rire.
Un ronflement. Alors Xana avait pris sa remarque au pied de la lettre.
« Tu veux vraiment que je dorme ? » finit par commenter la petite voix en cessant son boucan.
-Non, c’est bon, lui concéda Waldo avec un sourire.
Néanmoins, quelque part au fond de lui, il ne put que noter que c’était encore une évolution de la personnalité de son compagnon. Il était passé du sarcasme à un humour un peu différent. Le terme qui lui venait était « fin », mais l’utiliser pour parler d’un ronflement lui sembla quelque peu inadapté. Il finit par hausser les épaules et commença une ébauche d’ombre de début de prototype de programme.

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21 décembre 1988 – Québec – Laurentides – Une route de montagne vers le chalet de la famille Schaeffer

La nuit avait dévoré le jour en un clin d’œil. Waldo était allé faire une course en voiture pour récupérer du matériel informatique dont il avait besoin, et il rentrait maintenant avec les phares allumés, sous un ciel piqueté d’étoiles. N’étant pas particulièrement poète ni passionné d’astronomie, il ne s’embarrassa pas vraiment à les regarder. Il préférait se concentrer sur la route, un peu verglacée en cette période. Dans sa tête, Xana, particulièrement actif, chantonnait une rengaine d’Iron Maiden datant de quelques années déjà.
« Another tomorrow remember to walk in the light ! »
-Chante moins fort, soupira Waldo.
« T’es vache, c’est bientôt Noël… »
Waldo ne réagit pas. Xana n’avait pas totalement tort. C’était bientôt Noël, un moment pour décompresser. Dans un recoin du chalet, il avait dissimulé une peluche soigneusement emballée, une sorte de gros husky qu’il prévoyait d’offrir à Aelita. Il pouvait presque voir le beau réveillon familial, avec peut-être une dinde comme le voulait la tradition, ou une autre volaille quelconque. Le sapin dans un coin du salon, avec une guirlande un peu triste mais vaillante qui clignotait difficilement. C’était l’intention qui comptait.
Le bruit du moteur bourdonnait dans les oreilles de Waldo, parfois agrémenté des chants de Xana (qui n’avait pour le coup pas choisi des chants de Noël). Il bailla, un peu fatigué peut-être, mais savait qu’il pourrait dormir de tout son soûl une fois rentré. C’était sans doute ce qu’Aelita faisait déjà, ou ferait prochainement.
Il prit un virage, serein. Le chalet était désormais en vue, la lumière éteinte. Peut-être qu’Aelita et sa mère étaient sorties regarder les étoiles. Il pourrait bien les rejoindre avant de ranger son matériel… Il gara la voiture à quelques pas du chalet et descendit, ses pieds s’enfonçant dans la neige. Les traces, encore récentes, se dirigeaient vers l’arrière de la maison. Il les suivit tranquillement, sans se presser. Lorsqu’il passa l’angle du mur, toutefois, il s’arrêta. D’autres traces de pas émergeaient de la forêt, convergeaient vers l’endroit où Anthéa et Aelita avaient dû s’arrêter. Elles n’étaient pas là, par ailleurs. Les empreintes étaient chaotiques, comme s’il s’était passé quelque chose, une mêlée, quelques traces de lutte en tout cas. Le sang de Waldo se glaça, et le froid ambiant n’avait rien à voir là-dedans. Rien ne bougeait, excepté le petit panache de fumée de son souffle. Xana s’était tu. Waldo n’arrivait pas à accepter l’évidence.
Elles avaient disparu.
Ils les avaient retrouvés. Ils étaient venus pendant son absence. Il avait échoué à les protéger.
Il n’aurait su dire quoi, ni même vraiment s’en rendre compte, mais quelque chose se fissura en lui à ce moment. Il resta debout, immobile toujours, alors que le vent se levait et que la neige recommençait à tomber. Elle allait effacer les traces. Jusqu’au moindre petit souvenir de la présence d’Aelita et Anthéa à cet endroit. Il ne pleura pas. Il resta juste vidé. Dans le fin fond de sa tête, une petite voix s’égosillait, lui disait de bouger, de faire quelque chose, tout sauf rester planté là. Mais le vent emporta ses paroles et Waldo ne l’entendit pas.
Elles étaient parties.
Pourquoi elles et pas lui ? Pourquoi quand il était absent ? Etait-ce souhaité, ou accidentel ? Reviendraient-ils le chercher lui ? Les reverrait-il un jour ?
« Rentre espèce d’abruti, tu vas congeler sur place ! » hurla Xana depuis les tréfonds de son esprit, mobilisant la moindre parcelle de sa volonté propre pour secouer le scientifique.
Les paroles de Xana furent emportées par le vent et n’atteignirent pas les oreilles de Waldo. Ce dernier leva les yeux vers les arbres, dont les sommets blanchis découpaient des pointes acérées dans les cieux. Il resta encore quelques secondes immobile, puis tourna les talons en silence. Il suivit les traces à l’envers jusqu’à la porte du chalet, entra, alluma la lumière et retira machinalement son manteau et ses chaussures. Puis il s’avança jusqu’au canapé et s’y laissa tomber.
Ce fut peut-être pire. Il vit la table où ils mangeaient tous les trois. Il vit le sapin et sa guirlande, triste mais vaillante. Il vit Mr Pück traîner sur un accoudoir, et ce fut à ce moment que les larmes vinrent, et qu’il ressentit le besoin de le prendre dans ses bras. Comme s’il avait pu s’agir de sa fille.
Il ne savait pas vraiment combien de temps il était resté là, la peluche dans les bras, se résignant petit à petit à ce tour du destin. Acceptant progressivement de constater le séisme dans leur vie.
Il était seul.
Ce constat fait, il s’attendit à moitié à entendre une petite voix protester du fond de sa tête.
Si elle protesta, il ne l’entendit pas.
-Xana ? murmura-t-il, la voix tremblante.
Silence. Solitude.
Il ne répondait pas. Waldo soupira. Si même son inconscient le laissait tomber, il n’irait pas très loin. Déjà qu’il n’allait nulle part actuellement…
La nuit la plus longue de l’année passa. Il resta amorphe, fixant Mr Pück, attendant il ne savait trop quoi. Un signe, la sonnerie d’un réveil pour l’arracher à ce cauchemar, Xana surgissant d’un coin de sa tête pour lui crier « BOUH ! » et rire de sa bonne blague.
Mais il n’y eut ni blague, ni réveil, ni étoile filante s’écrasant dans son jardin pour lui signifier une quelconque action. Juste le soleil qui se levait sur la neige, perçant à travers une légère brume.
La porte s’ouvrit. Une silhouette noire sans ombre se découpait dans l’encadrement, à contrejour. Waldo plissa les yeux, mais ne parvint pas à en distinguer le moindre trait et aurait été incapable de la décrire. La forme était humaine. C’était tout ce qu’il pouvait en dire.
La chose marcha vers lui, s’arrêta à quelques pas. Il entendit une voix, déformée, mais peut-être familière. Il n’arrivait pas exactement à définir ce qu’il reconnaissait. Peut-être une intonation.
-C’est pas encore fini.
Hébété, le scientifique ne réagit pas. La forme marcha à nouveau, jusqu’à la table basse en bois. Elle sembla baisser la tête, observant les veinures du bois. Elle l’effleura du bout du doigt. Waldo regarda plus en détail l’emplacement exact. Les courbes plus sombres du matériau formaient une auréole, puis partaient en ondulant, à peu près toutes droites et parallèles aux autres. Trois partaient du bas du cercle, une du haut.
Waldo cligna les yeux, reporta son attention sur son mystérieux visiteur. Celui-ci ajouta encore, de sa voix étrange :
-Tu as toutes les cartes en main.
Et il fit demi-tour sans rien ajouter, repartant vers le seuil. A son point de départ, il eut l’air de se retourner et leva une main, peut-être en signe d’adieu, et s’effaça, comme dissout par la lumière.
Waldo rouvrit les yeux. Il faisait noir dehors, et la porte était bien fermée. Il avait dû s’assoupir. Avec quelques bribes de songe encore en tête, il regarda le nœud de la table que l’inconnu avait pointé. Rigoureusement identique, tel qu’il l’avait rêvé.
Une petite pousse d’idée germa dans son esprit. Il savait ce qu’il avait à faire, oui.
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
http://i39.servimg.com/u/f39/17/09/92/95/signat10.png
Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Lhetho MessagePosté le: Jeu 07 Juil 2016 10:21   Sujet du message: Répondre en citant  
[Frelion]


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Localisation: Une chose est sûre, c'est sur Terre !
Hop hop hop. J'ai été parfaitement synchronisé sur ce coup-là. Ikorih publie son nouveau chapitre à 10h39, j'arrive à 10h42. Magnifique. Bref, je n'avais pas pris (non plus) le temps de commenter cette fic bien que j'en avais commencé la lecture donc c'est pati. Je vais revenir vite fait sur le début et après je parlerai du chapitre 3.

Ton incipit m'a incité à continuer la suite (n'est-ce pas le rôle d'un incipit abruti ?) parce que tu t'efforces de faire correspondre le contexte historique avec ton propre scénario. Les scènes montrant Hopper et Anthéa sont, de ce point-là, finement rédigées pour ma part.

Après, reste la chose suivante, dans quelle direction va partir cette fic ? Comme tu l'as dit en réponse aux commentaires, le point de fixation sur un seul personnage, en l'occurrence FH, sera amené à évoluer au cours de la fic. Ce qui laisse donc différentes possibilités à exploiter pour le lecteur.

En ce qui concerne X.A.N.A, tu vas bientôt devenir l'experte indiscutable de la personnification de notre programme multi-agent préféré ! Dans Imprévu, tu utilisais la forme humaine, et là, tu nous sors la forme qui habite la conscience de FH. Et bien moi, j'apprécie. Je trouve même le coup de la conscience encore mieux que celui d'Imprévu, parce que là, X.A.N.A a en sa possession un truc qu'il adore par-dessus tout, le contrôle. Même si FH peut encore se contrôler, X.A.N.A prend une part de plus en plus importante chez lui notamment dans le chapitre 3.

Revenons maintenant sur le chapitre 3. Globalement, il revient sur toute la partie "fuyons le projet Carthage" de la backstory de CL sauf que tu rajoutes tes propres détails scénaristiques, comme je l'ai dit au-dessus.
Juste une petite question cependant, pourquoi le Québec ? Est-ce un choix random ou un choix qui va influencer le reste de la fanfic ?

Donc voilà, en conclusion, un chapitre qui marque une évolution dans le scénario, dans la cohabitation FH/X.A.N.A dans le fait que ce dernier prend de plus en plus d'importance dans la conscience du scientifique, et qui revient sur le clap de fin dans la relation famille Hopper/Carthage.
Hâte de voir la suite.
Bonne journée.
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Minho MessagePosté le: Jeu 07 Juil 2016 12:32   Sujet du message: Répondre en citant  
[Frelion]


Inscrit le: 29 Jan 2016
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Aelita a écrit:
Regarde maman, ça fait de la fumée !

https://s-media-cache-ak0.pinimg.com/736x/14/15/5f/14155f5be9162c174ac5737333163e49.jpg


Je persévère, XANA aurait dû pousser Franz à l'infanticide parce que ça devient niaiseux à souhait ! Heureusement que tu te rattrapes sur la fin Mr. Green Plus sérieusement, j'apprécie la petite Aelita innocente (mention spéciale à son caractère docil et compréhensif xD), je suis même étonné que tu écrives des passages comme ça. Pas que je ne t'en croyais pas capable, c'est juste que c'est différent de tes autres écrits et, sincèrement, j'apprécie ! Tu as réussi à instaurer une bonne ambiance famiale en trois chapitres, Anthéa en deviendrait presque une maman parfaite ! Mais l'ombre de Carthage plane toujours... La preuve :

Citation:
-Alors ? De quoi est-ce que tu voulais me parler ?
-Eh bien...c'est à propos de Carthage,


Si seulement Waldo pouvait parler des petits plats de Tata Régine pour changer... Ah ben non, ils ont dû tout quitter ! J'ai apprécié le développement psychologique d'Anthéa et les prénoms pour le moins... originaux de son côté. Pas de temps de parler de l'arbre généalogique que Schaeffer se ramène en mode "je pense que Carthage est méchant en fait". Il lui en aura fallu du temps pour s'en rendre compte... Carthage, il n'a que ce mot à la bouche, ça en devient horripilant. Est-ce qu'il pourrait essayer de se focaliser sur sa fille pour changer ? Bien sûr, on peut dire qu'il est inquiet pour le bien-être d'Aelita vu les méchants monsieurs aux lunettes noires qui ont kidnappé les deux filles... ou alors elles sont juste parties faire un cache-cache nocturne. D'ailleurs, ça m'amène à une question piège... Selon toi, le Franz de ta fic est-il plus inquiet pour cheveux roses senior ou junior ? Ne me réponds pas les deux en même temps car c'est trop facile Razz Au pire, tu peux toujours trouver une voie de sortie en prétendant qu'il pense à lui en premier...#égoistepower

Sinon, la petite voix est toujours aussi hilarante... et vulgaire, c'est drôle Razz On voit que l'influence de cette entité grandit de jour en jour et ça promet une apothéose finale, je sais que tu vas tout faire exploser dans le cerveau du pauvre homme ! Avant de clôturer, je dois dire que la nature des recherches d'Anthéa à Carthage m'intrigue de plus en plus... Ma main à couper que ça va aboutir sur un truc au moins aussi malsain que les travaux de son mari Rolling Eyes

Vu le cliffhanger qui nous laisse penser à une sorte de personnification de X.A.N.A, il y a de grandes chances qu'Hopper devienne enfin le savant fou que l'on connait tous !
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Icer MessagePosté le: Dim 10 Juil 2016 16:53   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Localisation: Territoire banquise
J'ai lu, et beaucoup de bonnes choses ont été dites mais une n'a pas été assez appuyée. Je suis donc ici pour corriger cette erreur car il s'agit pourtant d'un élément capital: Ikorih présente enfin ses fics correctement !!!. Rétrospective.

Spoiler


Honnêtement, souligner ce simple élément justifie à lui seul un commentaire.

_________________
http://i.imgur.com/028X4Mi.pnghttp://i.imgur.com/dwRODrW.pnghttp://i.imgur.com/mrzFMxc.pnghttp://download.codelyoko.fr/forum/avataricer.gifhttp://i.imgur.com/h4vVXZT.pnghttp://i.imgur.com/gDzGjSF.pnghttp://i.imgur.com/x46kNev.png

« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Idris2000 MessagePosté le: Lun 11 Juil 2016 12:52   Sujet du message: Répondre en citant  
[Blok]


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Localisation: Dans une ville, dans un pays, dans un continent, sur une planète, dans l'univers...
Citation:
Anthéa, quelques mètres plus loin, sourit. Elle avait les bras croisés, tentant de protéger ses mains de la morsure du froid et regrettant de ne pas avoir pris ses gants.


MEUF, IL NEIGEAIT! COMMENT AS-TU PU OUBLIER TES GANTS? ES-TU GALACTIQUEMENT STUPIDE OU QUOI?


http://images-cdn.9gag.com/photo/aKBKer3_700b.jpg


Citation:
-Alors ? De quoi est-ce que tu voulais me parler ?
-Eh bien…c’est à propos de Carthage.


http://i1.kym-cdn.com/photos/images/facebook/000/002/109/orly_owl.jpg


Aelita Schaeffer a écrit:
Regarde, maman, ça fait de la fumée!


https://cdn.meme.am/instances/63829626.jpg


À part cela, le développement des personnages est très intéressant, cela me rappelle ta fanfic "Imprévu" (Ou tu avais brillé dans le développement des personnages, du moins sur le peu que j'ai lu....Oui, je n'ai que récemment commencé.), la narration nous met dans la peau des personnages. Je n'ai pas de défauts à pointer du doigt...Mais on ne sait jamais... Twisted Evil

XANA qui est cette fois un ami imaginaire de Waldo, pourquoi pas? (Et je n'avais pas trop aimé XANA humaine dans "Imprévu)

XANA a écrit:
Mais je t’emmerde, imaginaire rien du tout.


http://img4.hostingpics.net/pics/392220556a43c804bb7.png


Et sa vulgarité me rappelle quelqu'un...

Pense-tu te concentrer uniquement sur Waldo, ou ta fic va également prendre en compte les autres personnages tels qu'Anthéa, Aelita et XANA?

On ne sait pas si XANA a pu détruire le projet Carthage, que ce soit dans CL où CLE. Pense-tu préciser si il a réussi où pas?

J'attendrais patiemment tes réponses et la suite...

_________________
Je suis quelqu'un d'observateur. L'avis des autres m'intrigue et m'intéresse.

http://img4.hostingpics.net/pics/884866Idris2000Signature.png

Je suis un Pro-Laura et Pro-CLE.

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Ikorih MessagePosté le: Jeu 14 Juil 2016 09:27   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Localisation: Sûrement quelque part.
Spoiler


Chapitre 4
Ceux qui restent



1er août 1991 – Paris – Hôpital privé

Le petit poste de télévision accroché dans un coin de la pièce délivrait les informations du jour. Les grands titres étaient tous monopolisés par la signature du START 1, qui marquait un gigantesque pas vers la fin de la Guerre Froide. Moins d’armes nucléaires dans le monde et un peu plus de paix.
Au fond du lit blanc, un vieil homme de près de 80 ans promenait son regard vert bouteille un peu partout sur les murs. Partout sauf sur l’écran. A ses côtés, sa femme, également atteinte par l’âge, regardait les informations.
-C’est bien, ça, marmotta-t-elle d’une voix chevrotante.
Emile Schaeffer ne réagit pas. Les années avaient rongé son attention vis-à-vis de sa femme. Son regard se riva immédiatement sur la porte quand elle s’ouvrit. Une silhouette filiforme se dessina dans l’encadrement. Les cheveux fins, longs et très pâles pour ceux qui restaient sur le crâne du visiteur. Il avait peut-être six, sept ans de moins, pas davantage. Mais comme le malade, ses yeux n’avaient pas perdu leur vivacité. Dès que l’homme se présenta, Emile signifia lourdement à son épouse de les laisser. Avec l’air un peu offusqué, elle s’exécuta cependant.
-Ah, Jonathan…
Le concerné eut un sourire grinçant.
-Salut, chef. Tu m’as l’air légèrement souffrant.
Emile eut une quinte de toux sifflante, prit quelques secondes pour respirer, puis soupira.
-On peut dire ça comme ça. J’en ai pour quelques jours. Je préférais te parler avant de cracher un morceau de poumon à chaque mot.
Jonathan tira une chaise et s’assit à côté du lit, les mains jointes. Emile baissa d’un ton, la respiration un peu saccadée.
-Carthage ne doit pas mourir avec moi, tu m’entends ? Il faut que quelqu’un prenne la relève.
-L’ennui c’est que ton héritier est parti.
-Je sais bien !
La colère sembla le fatiguer et il prit quelques secondes pour retrouver de l’énergie.
-Mais tu as fait un excellent travail. Je te fais confiance. Utilise le plan de secours dont nous avions convenu il y a quelques années déjà pour ma succession.
Jonathan hocha la tête, comprenant parfaitement à quoi son supérieur faisait allusion. Emile inspira profondément et ajouta encore :
-Cependant…assure la régence, jusqu’à ce que l’affaire soit résolue…
Une quinte de toux l’interrompit une deuxième fois. L’ancien chercheur nazi questionna, désarçonné :
-Quelle affaire, particulièrement ?
-Tout…ce qui concerne mon fils.
L’âme damnée du maître de Carthage hocha la tête, l’air grave.
-Ce sera fait.
Ils échangèrent un long regard. Ça faisait plus de trente ans maintenant qu’ils travaillaient ensemble. Leur collaboration avait été fructueuse, et aurait sans doute pu continuer encore si le destin n’avait pas saisi Schaeffer d’une violente maladie respiratoire. Ils n’étaient dupes ni l’un ni l’autre : Emile ne survivrait pas. Mais Baal Hammon, ce personnage qu’il s’était construit et qui avait ri des services secrets américains, devait survivre. Lui et l’œuvre de leurs vies : Carthage.
-D’autres ordres ? questionna Jonathan.
-Garde l’œil ouvert. On entend plus parler d’Urbe et de leur vacherie informatique, mais je pense qu’ils reviendront.
-La fin de la Guerre Froide devrait leur couper sérieusement les fonds, commenta Jonathan avec un regard pour le poste de télévision.
-Tu parles. Quelle belle connerie. Le troisième millénaire sera un monde de bisounours, je te le dis. C’était mieux avant.
Jonathan eut un petit rire grinçant.
-Tu deviens vieux…
-Je deviens mort, surtout, commenta l’actuel Baal Hammon en haussant un sourcil. Tu crois que je me soucie vraiment de parler comme un vieux con ?
Le visiteur lâcha un soupir, l’air plus sombre.
-Sans doute que non.
Il resta encore quelques temps à ses côtés, puis Emile lâcha d’un ton plat :
-Allez va-t-en. Ne garde pas de moi cette image de vieux débris dans son lit d’hôpital, à cracher ses poumons. Tu connais déjà tous les codes nécessaires à ta prise de fonction, tu les transmettras au prochain Baal quand tu auras fini.
Et Emile détourna la tête. Jonathan n’insista pas et se leva de sa chaise. Il marcha jusqu’à la porte, posa la main sur la poignée, puis déclara simplement :
-Adieu Emile. Carthage vivra, ajouta-t-il dans un souffle, sans se retourner.

http://i.imgur.com/qOJiL1o.png


9 janvier 1988 – Complexe principal de Carthage – Cellule B612

Il faisait sombre. Les murs étaient tout aussi nus que le sol. Dans un coin, un maigre plateau repas auquel la personne enfermée ici n’avait pas touché. Une porte en métal représentait la seule issue possible, mais elle était bien entendu parfaitement fermée.
Au fond, dans un angle de la pièce, une petite forme était recroquevillée. Sale, ses cheveux roses emmêlés, Aelita avait piètre allure. Depuis quelques jours, sa vie avait tourné au cauchemar, un cauchemar tel que peu d’enfants de huit ans en connaissaient. Sa mère lui montrait quelques constellations dans le ciel quand elle avait vu des formes floues jaillir d’entre les arbres. Des hommes pour la plupart, habillés en noir. Sa mère avait essayé de la protéger, lui avait crié de s’enfuir et de se cacher, mais la résistance avait été très faible. Rapidement maîtrisées, elles avaient été traînées jusqu’à un véhicule, noir également, peut-être une sorte de fourgon, et puis le trajet.
Les souvenirs de la petite étaient assez flous. Elle essayait inconsciemment de s’empêcher de les imprimer dans sa mémoire pour s’en protéger, mais les horreurs imprégnaient lentement son esprit.
Elle entendit des bruits de pas dans le couloir. Intimidée, et à raison, elle se recroquevilla comme si elle espérait se fondre dans le mur. Elle vit l’ombre avant de voir la personne qui s’approchait. Elle entendit un bruit de clé, le grincement de la grille. Instinctivement, avant même de relever la tête, elle savait que c’était pour elle.
Devant elle, un homme, au physique banal bien que marqué de quelques cicatrices le rendant plus impressionnant. Il avait les clés à la main, et un pistolet à la ceinture. Elle frémit, craintive.
-Debout, ordonna-t-il.
Aelita ne chercha pas à résister ou à s’enfuir. Paralysée par la peur, elle tituba en se levant puis suivit son geôlier qui prenait les devants. Quelques cellules plus loin, elle vit sa mère, également derrière les barreaux. Elle avait l’air d’avoir souffert. Les traits creusés, le regard terne, elle parvint cependant à avoir une ébauche de vie en voyant sa petite fille passer.
-Aelita ! appela-t-elle d’une voix faible.
La petite sentit les larmes monter. Elle eut envie d’appeler sa mère, de se blottir dans ses bras. Elle allait ouvrir la bouche, faire un pas vers les barreaux mais le garde la retint par le bras, avec un regard mauvais pour Anthéa.
-Silence ! aboya-t-il, avant de pousser l’enfant devant lui.
Le mot « maman » se coinça dans la gorge d’Aelita qui ne put qu’adresser un regard larmoyant à sa génitrice en s’éloignant. Il lui sembla voir ses yeux bleus briller, mais c’était impossible. Sa mère ne pleurait jamais.
Les couloirs étaient sombres. Ils défilaient lentement, sans un son autre que le répétitif bruit de pas. Inquiétants. Oppressants. Elle n’osait plus vraiment lever les yeux, et encore moins se retourner. Ils passèrent quelques portes, quelques virages, puis on la poussa dans une salle sans prévenir. Un éclat de regard par-dessus son épaule, mais la porte se refermait déjà.
L’obscurité était toujours de mise, et pendant un instant elle craignit une nouvelle cellule, plus loin de sa mère. Mais non. La pièce était clairement plus propre, presque plus accueillante même. Le mobilier se résumait à une chaise et à un écran en plein milieu du mur en face. Un peu désemparée, la petite resta debout, attendant de voir ce qui allait se passer.


Observant la scène depuis une caméra, Jonathan Crow eut un petit sourire. Il avait des ordres assez flous concernant la petite. Il avait bien compris cependant que son supérieur ne l’aimait pas, et que si jamais Waldo devait la retrouver un jour, ce ne serait pas dans un état très correct.
Alors autant profiter de ce cobaye gratuit.
Il brancha l’interphone de la pièce et parla, sa voix faisant sursauter son sujet.
-Bonjour Aelita. Ne t’en fais pas, tout va très bien se passer. Je voudrais que tu t’asseyes sur cette chaise et que tu n’en bouges pas.
Elle regarda autour d’elle avec un air craintif, à la recherche de l’origine de cette voix inconnue. En vain. Alors après quelques secondes, elle marcha timidement jusqu’à la chaise et s’assit. A cet instant, l’écran face à elle s’alluma, la faisant sursauter. La faible lumière qui restait jusque-là dans la pièce s’éteignit, laissant place à une pénombre presque totale. Seul l’écran éclairait encore.
Aelita vit un paysage enneigé, tranquille, avec une forêt de conifères au loin. Elle pensa au chalet dans lequel sa famille avait vécu, elle pensa à son père, et elle réprima un sanglot. La caméra zooma. Dans la neige, quatre animaux marchaient en un petit groupe : une meute de loups. Leurs hurlements se firent entendre, sous les yeux fascinés d’Aelita. Elle ne semblait pas avoir peur de ce qu’elle voyait.
Jonathan appuya sur un bouton. Dans un même temps, les images continuaient à défiler. Les loups couraient. Les plans ne les montraient plus entièrement, seulement leurs pattes au galop ou leur tête. Les hurlements étaient maintenant accompagnés de halètements, de bruit de course. Deux des bêtes avaient le pelage clair, deux autres plus foncé. La caméra revenait souvent sur l’œil de l’un d’entre eux, de couleur ambrée.
Ils chassaient, et bientôt l’objet de leur quête apparut au détour d’un plan : une biche avec son faon, qui tentaient de s’enfuir tant bien que mal. Aelita commença à ressentir un frisson d’angoisse. Les loups se séparèrent pour mieux encercler leurs proies lorsqu’ils les auraient rattrapées. Les images défilaient plus vite, plus hachées et plus courtes. La biche vit un troisième loup brun surgir de nulle part devant elle, crocs à découvert. Elle laissa échapper un petit son de panique et tenta de faire demi-tour, mais elle était cernée. A partir de là, les sons des grognements des loups semblèrent plus forts, leurs regards plus menaçants, et la caméra revenait de plus en plus sur les crocs, les griffes. Aelita se recroquevilla sur sa chaise lorsqu’ils bondirent sur les proies, incapable de détacher le regard, tout en étant effrayée et choquée par la scène qui tournait au déchaînement de sauvagerie, que la bande-son soulignait de plus en plus. Défilé d’images à un rythme très soutenu. Traces sanglantes de griffes, crocs dans la chair, la biche qui s’écroule, la neige rougie, le faon dévoré vivant, le sang dégoulinant des babines retroussées, les yeux ambrés plus froids que l’hiver. Rien ne semblait vouloir s’arrêter. Aelita, à présent bien terrifiée, parvint à détourner le regard en prenant une position fœtale, la tête entre les jambes. Mais ce fut peut-être pire. Elle n’avait pas les images, mais les sons restaient, et face aux ténèbres son imagination se sentait obligée de travailler pour remplir les blancs.
Le temps s’étira, infini, avant que le son ne se taise.

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4 août 1991 – Complexe principal de Carthage – Bureau de Baal Hammon

Jonathan était debout dans le bureau de Baal Hammon, silencieux. Ses doigts caressèrent le bois sombre de la table, lentement, tandis qu’il en faisait le tour. Aucune marque personnelle dans l’endroit. Seuls les dossiers importants de Carthage restaient, tapis dans les tiroirs. Le siège était désespérément vide.
Les souvenirs revinrent. Jonathan se vit se tenir ici, un nombre incalculable de fois, face à ce faciès d’oiseau. Baal Hammon, sombre marionnettiste de Carthage. Il était inconcevable que le projet continue sans lui. Et Emile, sur son lit de mort (et d’hôpital), le lui avait bien fait comprendre. Quelqu’un devait reprendre le flambeau.
Dans la semi-obscurité du crépuscule, le regard de Jonathan tomba sur le masque qui trônait sur le bureau. C’était ce masque. Deux trous noirs pour les yeux, une sorte de long bec fin à la place du nez. Sur le dossier de la chaise, le manteau était accroché. Une sorte de long vêtement ample et noir, doté d’une large capuche et d’un col assez haut pour dissimuler le bas du visage. Combiné au masque, il garantissait un anonymat total à son porteur. Le costume était complété par les bottes d’Emile, dont les semelles métallisées faisaient un boucan d’enfer. Jonathan avait hésité à les changer, un peu dérangé par le bruit, mais il n’en avait pas été capable. C’étaient les bottes de Baal Hammon, uniques.
Avec une forme de déférence très marquée, Jonathan prit le masque en main et le regarda droit dans les trous.
-Et maintenant, je fais quoi ?
Il avait appris la nouvelle ce matin. Emile avait fini par y passer. Et lui restait tout seul, vieux, avec Carthage à gérer et le fils de son ancien camarade à retrouver. Il se sentait en droit de s’interroger. Son associé n’avait jamais manqué de regorger d’idées et de plans ambitieux pour l’avenir. Jonathan savait seconder, récupérer des informations, et traumatiser des prisonniers. Mais il n’était pas sûr d’être compétent pour gérer une organisation secrète autonome. Et ne tenait pas à précipiter la chute de l’œuvre de Baal. Du premier Baal.
Emile savait cela, bien sûr. C’était pour ça qu’il ne lui avait pas demandé de prendre la direction définitive de Carthage. Ils avaient œuvré pendant plusieurs années pour préparer le passage du flambeau, mais Emile n’avait pas pu finir. Jonathan devait donc endosser son rôle pour quelques temps. Il ne savait pas vraiment pour combien.
Le nouveau chef de Carthage lâcha un soupir résigné et endossa le masque. Il se drapa dans le manteau sombre de Baal, jeta un regard à son reflet dans la vitre noircie par la nuit.
Il pensa à Emile.

http://i.imgur.com/qOJiL1o.png


20 juin 1991 – Houston – Locaux d’Urbe

Rick Gray fulminait. Il avait reçu un appel du gouvernement, qui avait repris la tutelle d’Urbe à l’armée depuis quelques années. Mais cet appel n’était pas des plus agréables.
Le président avait été clair avec l’Imperator. Urbe n’était pas dissoute, mais devait cesser certaines de ses activités. Notamment celles qui impliquaient le développement d’un programme visant à pomper l’énergie chez les concurrents. Les USA avaient gagné la guerre froide, il était temps de réduire les crédits des organisations secrètes qu’elle avait fait naître. Bien entendu, Rick avait voulu protester, argumenter qu’on avait toujours besoin de ce style de prototypes. Mais il n’avait réussi qu’à s’attirer l’agacement du chef de l’Etat, qui lui avait lourdement fait comprendre qu’il était sur un siège éjectable.
Résultat des courses ? Il était pratiquement viré, son projet lui échappait et se faisait couper les crédits, et il n’avait pas réussi à avoir la peau de ce connard d’allemand et de son projet parallèle.
Et il fallait qu’il passe un coup de fil pour mettre en sommeil leur projet le plus grandiose. Les scientifiques l’avaient surnommé Wolfy, et il était actuellement en train de grandir dans un laboratoire des Rocheuses. Rick avait cru voir le moment où le programme marcherait sur Carthage pour les mettre hors jeu, mais même cette victoire lui serait refusée. Et il n’avait plus le soutien de Ronald pour s’arranger avec l’armée : son frère avait pris sa retraite depuis un bon moment et était désormais reclus dans un coin de la Floride. Rick ne lui avait plus téléphoné depuis des mois, visiblement trop dégoûté pour lui reparler.
En bref, il était seul. C’était bien la peine de faire assassiner Kennedy et ses conneries de désarmement : il était rattrapé par le même problème des années après.
Avec une réticence non négligeable, il attrapa le combiné et passa le coup de fil au laboratoire des Rocheuses. Le responsable décrocha au bout de quelques tonalités.
-Oui, Imperator ?
-J’ai reçu un appel du président. Mettez Wolfy en veille. Son développement est interrompu.
Il devina que son subordonné était tout aussi frustré que lui, mais ne pouvait rien dire. La discussion s’arrêta là.
Rick avait l’amère sensation qu’Urbe tournait à l’échec. Il imagina une fois de plus Emile Schaeffer, grimaçant avec son petit air suffisant, lui agitant le projet Carthage sous le nez. Il ne put s’empêcher de donner un coup de poing sur son bureau. Il ne pouvait même pas donner le projet Carthage comme argument pour se maintenir : Schaeffer et ses acolytes ne semblaient pas s’embarrasser de titiller l’Amérique. Certains chercheurs de l’ancienne Carthage étaient portés disparus mais Gray n’avait aucune preuve qu’il s’agisse de l’œuvre de ses rivaux. Il restait impuissant face à la marche de l’Histoire.

http://i.imgur.com/K2wk4sp.png


Matinée du 3 septembre 1991 – Région parisienne – Lycée Kadic

-Et je vous prierais de faire un bon accueil à Franz Hopper, votre nouveau professeur de sciences physiques !
Cela faisait bientôt trois ans. Trois ans pendant lesquels il avait erré, cherchant où s’installer. Il avait trouvé un abri, trouvé une seconde vie, mais depuis son passé, les spectres appelaient. Et dans sa tête ce n’était plus que le silence. Depuis que Carthage avait emporté Aelita et Anthéa, Xana s’était tu. Ils étaient tous partis en même temps, le laissant plus seul que jamais. Il avait coupé les ponts avec le reste de sa famille des années auparavant déjà, et il n’avait pas d’amis. Son mode de vie l’y contraignait. Une amitié aurait été un danger à la fois pour lui et pour quiconque tisserait des liens avec lui.
Pourtant il était là, au milieu de l’équipe éducative de Kadic. Le lycée privé n’avait fait aucune difficulté pour le recruter sur son CV semi-bricolé. Il tentait de se convaincre que ce n’était que pour subsister honnêtement qu’il faisait ce boulot, mais au fond, il avait besoin de sortir de sa grotte. Et enseigner ne lui déplairait pas. C’était du moins son sentiment.
Il voyait devant lui le parterre d’élèves, écoutant chaque mot du proviseur avec une attention relative. Il se demanda lesquels il aurait en classe, mais surtout, il pensa à Aelita et cette pensée lui serra le cœur. Trois ans depuis qu’elle lui avait été arrachée. Trois ans depuis qu’il s’était juré de détruire Carthage pour la reprendre.
Celui qui s’appelait désormais Franz Hopper jeta un œil à ses collègues les plus proches. Deux d’entre eux retinrent son attention. La première, d’âge à peu près équivalent au sien, avait des cheveux crépus grisonnants et de grosses lunettes rondes lui donnant l’air d’une chouette. L’autre était manifestement un jeune prof, avec les cheveux brun foncés et une écharpe orange.
Les élèves furent répartis avec leurs professeurs principaux. De par son manque d’expérience, Waldo ne prenait pas de classe en charge, et se rendit donc en salle des professeurs en attendant sa première heure. Ce serait peut-être l’occasion de sympathiser. D’ailleurs, le professeur à l’écharpe semblait être dans le même cas que lui. Franz hésita à aller l’aborder. Après tout, il s’était justement dit que se faire des amis n’était pas un bon plan. La solitude ne lui pesait pas encore assez. Il choisit alors de se diriger vers la bibliothèque de l’établissement pour jeter un œil entre quelques pages. Un livre était toujours bon à prendre. Il avait eu du mal à lire pendant la période où Xana avait occupé sa tête, mais maintenant, le seul moyen de s’affranchir du silence restait de faire résonner une histoire dans son crâne. Ou un morceau de piano.

http://i.imgur.com/E7OupLK.png


Soirée du 3 septembre 1991 – Région parisienne – Ermitage

Ses doigts valsaient sur les touches en un mouvement fluide et précis. Il savait où se posaient ses mains, il savait quel son il voulait produire. Ce ballet apaisant était probablement la seule activité à laquelle se livraient ses mains : il était si similaire à celui qui meublait ses soirées à la vieille usine !
Il avait trouvé un endroit où installer son matériel, son prototype, tout ce dont il avait besoin. Il pouvait enfin commencer à concevoir son programme, celui qui détruirait Carthage. Pensif, il essaya d’imaginer à quoi pourrait bien ressembler le virus. Ce serait une grande puissance, un programme tel qu’on en avait jamais vu. Il devait être capable d’agir concrètement pour détruire Carthage. Pas seulement démolir leurs ordinateurs, mais bien les agresser physiquement.
Il était convaincu que la piste sur laquelle travaillait Carthage, le supercalculateur quantique abritant un monde virtuel, était la clé de leur chute. Il fallait travailler sur ce plan là pour obtenir la puissance souhaitée.
Cependant, le monde virtuel lui offrait aussi une alternative, un endroit secret où il pourrait se réfugier avec Aelita. Cette idée de monde parfait, d’abri, elle le hantait pratiquement depuis le jour de la terrible tragédie. Il lui fallait un endroit où Carthage ne pourrait pas l’atteindre. C’était primordial. S’il réussissait à récupérer sa fille mais qu’elle pouvait lui être reprise n’importe quand, quel intérêt ?
Il s’interrompit, regarda la photo d’Aelita posée sur le piano. Il pouvait presque entendre son rire. Elle lui manquait terriblement. Etait-elle seulement encore vivante ? Plus d’une fois, la crainte que sa famille ne soit morte l’avait effleuré…
Il réalisa qu’il n’avait pas pensé à sa femme une seule fois depuis le début de la matinée. Il se mordit la lèvre, pris d’un élan de culpabilité. Il pensa à Xana. Il l’entendait presque lui dire « Tu deviens comme ton père ! Tu balances ta femme aux oubliettes, bientôt tu voudras endoctriner ta fille pour qu’elle soit ton héritière spirituelle parfaite ! ». Mais Xana n’était pas là pour le lui dire. S’il avait été là, il l’aurait charrié. « Hé, si tu te mets à parler à ma place, j’ai vraiment plus rien à faire ! »
Ça faisait trois ans qu’il se contentait d’imaginer les répliques de Xana. Il repensa à ce débat qu’ils avaient eu sur le sujet. Xana avait gagné. Comme souvent. Waldo se sentait un peu perdu sans ses conseils, finalement.
Et il s’apitoyait plus sur l’absence d’une voix dans sa tête que sur celle de son épouse. Cette idée le dégoûta de lui-même. Aelita méritait-elle un père comme ça ? Comment en était-il arrivé à ce stade ? Vouloir sauver Aelita à tout prix et n’avoir cure du sort de sa mère ? Que s’était-il passé dans sa tête ?...
Il préférait ne pas imaginer. Sa tête avait été un merdier incomparable depuis un certain temps. Au moins depuis le soir de l’arrivée de Xana.
Il se surprit à penser à son père. Cela faisait des années qu’il n’en avait même plus entendu parler. Que devenait-il ? Peut-être était-il mort. Il se faisait vieux, en tout cas. Mais Waldo avait la sensation que son regard vert traînerait toujours quelque part au fond de son esprit. Il réalisa que sa tête creuse et vide était hantée par des fantômes. Ça l’attrista. Et comme à chaque fois qu’il avait un coup de blues, il se leva et alla décrocher son manteau.
Une fois habillé et muni d’une lampe torche, il sortit discrètement par la porte de derrière et s’approcha du passage secret établi avec les égouts. La forêt bruissait tranquillement aux alentours, et le ciel dégagé laissait entrevoir des étoiles. Cette scène nocturne lui en rappela une autre, plus pâle, quelques années plus tôt.
Il referma la porte du passage derrière lui et se faufila dans les égouts, pressé d’y échapper.
Waldo remonta le tunnel d’un pas vif, avec quelques regards par-dessus son épaule à l’occasion. Il virait un peu paranoïaque avec le temps sans doute. Mais il avait des raisons de l’être.
Au bout d’un temps indéfini en compagnie l’eau puante, des murs suitants et des quelques rats qu’il pouvait entrapercevoir, il s’extirpa des égouts par une échelle, sortant sur le pont de la vieille usine. Il éteignit sa torche le temps d’y entrer, la lumière de la lune et des étoiles lui semblant suffisante. Un regard derrière lui encore : la ville dormait paisiblement. Tant mieux. Lui non.
S’il avait été plus jeune, il se serait peut-être livré à quelques acrobaties en descendant par les cordes qui pendaient du plafond, mais il était vieux et prudent, et préféra faire le tour par les escaliers. Il s’approcha du monte-charge apparemment en panne et appuya sur la commande. Il était partagé entre une sérénité naissante et une angoisse persistante. Il arrivait à son sanctuaire, mais si quelqu’un l’y avait suivi, c’était la catastrophe.
Il ne se sentit réellement tranquille que lorsqu’il sentit les portes du monte-charge se refermer dans son dos, et la reposante descente dans les profondeurs de la terre. Voilà, c’était là qu’il était bien.
Le laboratoire se dévoila à lui. Il était sombre. Le clavier prenait déjà un peu la poussière, alors que Waldo venait de l’installer. Stupéfiant comme les lieux vieillissaient vite. Il marcha vers l’ordinateur, effleura les touches, puis appuya dessus pour réveiller la machine. Le supercalculateur expérimental vrombit, quelque part dans les profondeurs, et l’écran s’illumina.
Les doigts de Waldo se sentirent pousser des ailes.


Dernière édition par Ikorih le Ven 22 Juil 2016 19:29; édité 1 fois
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Ikorih MessagePosté le: Jeu 21 Juil 2016 08:01   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Chapitre 5
Brisures de glace



Soirée du 1er février 1994 – Région parisienne – Ermitage

Waldo n’allumait pas souvent la télévision, mais son amour de la musique le conduisait à garder un œil sur les programmes : on y trouvait de temps en temps une émission musicale de bonne qualité. Et parfois, il se laissait aller à la regarder, s’accordant un rare moment de détente loin de Carthage. Ce n’était qu’une bulle d’air, un moyen de garder la tête hors de l’eau et de ne pas devenir fou. Ha, ha. Il était quand même celui qui regrettait sa petite voix dans la tête.
Six ans déjà qu’il avait tout perdu.
Une page de publicité interrompit son programme. Il soupira, mais resta sur son canapé à se tourner les pouces en attendant que ça passe. Il nettoya vaguement ses lunettes fumées avec son pull. Une habitude qu’il avait fini par prendre, sans savoir trop pourquoi. Xana lui avait longtemps répété qu’il ne pouvait plus supporter la couleur de ses yeux, qu’il tenait de son père. Et c’était des années après qu’il se décidait à cacher cette couleur émeraude, comme si ç’avait été le testament de sa voix dans la tête. Il ne s’arrangeait pas avec l’âge.
Et faillit faire tomber ses lunettes lorsque son regard se posa sur l’écran à nouveau. Toujours ce regard vert.
Une petite fille d’une dizaine d’années regardait l’écran. Elle avait les yeux vides, mais verts, et un visage en forme de cœur encadré par des cheveux roses. Aucune trace de coup, de maltraitance physique, mais quelque chose semblait cassé en elle. Incrédule, Waldo dévora l’image des yeux, n’osant reconnaître sa petite fille. Six ans.
Le temps ne s’arrêta pas pour autant. Un autre plan montra une femme roulée en boule dans un coin d’une pièce neutre. Elle, en revanche, présentait des marques de coups. Aucun son ne filtrait. Sans hésitation, il aurait qualifié la vidéo de glauque. Et la chevelure rose de la femme indiquait de façon criante son identité.
Un texte s’afficha en deux temps.
« La vie n’est pas rose pour tout le monde. Dites non à la maltraitance familiale. »
En bas de l’écran, quelques indications défilèrent comme un numéro quelconque et le nom de l’association qui diffusait le spot. « Fondation Hope ».
Le doute ne lui était plus permis. Le nombre de messages contenus dans ce spot diffusé comme par hasard pendant la page de publicité de son émission de piano était faramineux. Waldo resta scotché sur son canapé, incapable de prononcer un mot, ni même d’aligner deux pensées. Il éteignit la télévision, se passa la main sur le front en tentant de rester calme. Ils ne pouvaient pas l’avoir retrouvé, sinon ils seraient déjà devant sa porte. Ils le narguaient. Et il devait faire quelque chose. Il avait passé six ans enfoncé dans son canapé à jouer du piano. Ça suffisait. Carthage devait cesser de se moquer de lui. Une bonne fois pour toute.
Cédant à la colère, il se leva brusquement, arracha son manteau de la patère et se dirigea vers le passage des égouts, malgré l’orage.


Waldo était à bout de souffle lorsqu’il ressortit par le pont. Il avait oublié sa lampe de poche, et s’était dirigé à tâtons dans les égouts, trop têtu pour retourner la chercher. Il avait donc mis plus de temps que prévu pour rejoindre son laboratoire secret. Un éclair zébra le ciel, escorté d’une bourrasque, et il enfouit le nez dans son col avant de s’avancer d’un pas vif vers l’entrée. Il faisait sombre, et il manqua tomber dans l’escalier qu’il empruntait habituellement. En marmonnant dans sa barbe, le scientifique parvint jusqu’au monte-charge qu’il emprunta sans problème. Il reprit son souffle dans la boîte de métal. Au bout d’un moment, sa respiration se calma, mais pas son esprit. Anthéa, Aelita. Cela faisait si longtemps. Il réalisa que sa fille avait passé davantage de sa vie auprès de Carthage qu’auprès de lui. Il avait peur pour elles. La vidéo l’y avait sans doute poussé, mais l’angoisse à la racine de cela était bien réelle. Qu’avaient-ils pu faire à sa famille ? Les images semblaient véridiques. Que traduisait le regard vide d’Aelita ? Elle semblait tellement ravagée au fond d’elle…
Il ne put s’empêcher de trembler, et réalisa alors que le monte-charge était arrivé depuis de longues minutes. Le laboratoire l’attendait, éclairé d’une douce lueur verte : le fruit de longs mois de travail. Lyoko, ou du moins sa projection holographique. C’était un monde virtuel, le monde parfait dont il avait rêvé pour vivre loin de Carthage. Pour le moment, le prototype était assez rudimentaire, mais il aurait les moyens de l’améliorer pour l’approcher vraiment de la réalité. Il y croyait. Mais ce n’avait pas été son seul accomplissement.
Waldo marcha jusqu’à la console avec une sorte de révérence fascinée. Il prit place devant l’ordinateur, alluma l’écran. Devant lui, la fin de la feuille de code de son autre grand projet. Lyoko serait le bouclier, mais il lui fallait une épée. Un instant il lui sembla entendre Xana le traiter de pétainiste.
Et justement, puisqu’on en parlait. Il avait longuement hésité sur la façon dont il pourrait nommer son arme absolue. Mais il avait finalement décidé de rendre hommage à son plus fidèle ami, qui était également à l’origine du projet. Ainsi naissait XANA, dont l’existence commençait…maintenant.
Une boîte de dialogue s’ouvrit. Son interface avec XANA. Waldo hésita un instant, puis écrivit.
-Tu me comprends ?
-Oui.
Bien, une première réponse encourageante. Il fallait maintenant vérifier que son identité embryonnaire était bien ancrée.
-Qui es-tu ?
-Je suis XANA.
La réponse n’avait pas traîné. Pas de temps de réflexion, c’était donc une information considérée comme simple par le programme. Qui disait simple disait facile à retenir. Parfait.
-Qui êtes-vous ?
Waldo haussa un sourcil. XANA prenait des initiatives alors qu’il était né depuis environ une minute. Surprenant, mais pas forcément inquiétant : cela témoignait de son intelligence ! Pour la première fois depuis longtemps, l’informaticien sourit.
-Je suis Franz Hopper, ton créateur.
Il avait volontairement utilisé son nom d’emprunt, pour ne pas laisser son nom écrit en grosses lettres au cas où XANA soit piraté par ses rivaux de Carthage. Ça ne changerait rien pour XANA. Il sursauta en entendant une des caméras installées dans le laboratoire bouger. Il la regarda : elle était braquée sur lui. Il coula un regard inquiet à la boîte de dialogue, et la caméra se replaça normalement.
-Individu identifié.
Waldo avait bizarrement la même sensation que lorsqu’Aelita avait fait ses premiers pas ou dit ses premiers mots. C’était bizarre dans la mesure où il éprouvait le même sentiment envers un programme qu’envers elle. Mais pourtant, XANA était une de ses créations…comme sa fille.
-As-tu un objectif, XANA ?
Cette question était un test. Il n’avait donné aucun objectif de base à XANA, prévoyant de lui dicter lui-même. Ce serait l’occasion de voir si XANA avait des motivations qu’il n’aurait pas pu prévoir.
-Non.
La réponse avait le mérite d’être claire. Et arrangeante pour lui. Il n’aurait pas à gérer les objectifs personnels de XANA.
-Tu dois détruire Carthage.
-Demande de renseignements complémentaires.
Waldo était prêt à les lui donner. Il était prêt à tout. XANA incarnait à présent son seul espoir de sauver sa fille. Et sa femme. Si elles étaient encore en vie.
-Carthage est une organisation secrète implantée en France et peut-être dans d’autres pays. Elle a pour objectif l’avancée de la science à n’importe quel prix et cherche notamment à me tuer parce que je ne suis pas d’accord avec leurs méthodes. Tu comprends ?
-Oui.
XANA n’en demanda pas plus, marquant une sorte de silence pour mettre à jour ses bases de données.
-Comment dois-je procéder ?
Waldo s’apprêtait à lui dire de procéder comme il l’entendait, mais il hésitait à laisser un programme si jeune, si futé et si potentiellement indépendant agir seul. Ce ne serait pas prudent. Il effaça donc la phrase qu’il était en train d’écrire et la remplaça par ceci :
-Collecte d’abord des informations sur eux. Et essaie de savoir s’ils détiennent Anthéa Schaeffer et Aelita Schaeffer. Si elles sont en vie.
-Qui sont-elles ? Peuvent-elles détruire Carthage ?
Waldo eut un temps d’arrêt. Il aurait dû s’attendre à ce genre de question, et réalisa qu’il ne savait pas quoi répondre. Bien sûr que non, elles ne pouvaient pas, mais le dire à XANA risquerait peut-être de réduire l’intérêt qu’il leur portait. Et ainsi réduire les chances qu’il fasse tout pour les sauver.
-Non, mais on détruit Carthage pour les protéger, finit-il par dire.
Il se rendit compte que cette chose n’avait pas grand-chose de commun avec son ancien ami, mis à part le nom. Elle avait une personnalité froide, lisse et méthodique. Mécanique. C’était un programme après tout. Xana avait de l’humour, des opinions propres, contestait certaines de ses propositions. L’idée de modifier la personnalité du système lui traversa l’esprit, mais il ne pouvait pas pour des raisons évidentes : il avait besoin d’un XANA docile, pas d’un XANA qui se mette à remettre son autorité en cause et à se payer sa tête. Aussi triste que ça soit, sa petite voix ne pouvait en aucun cas remplir le travail de son homonyme. Et réciproquement. S’il désespérait de réentendre Xana un jour, XANA serait son bras armé, peu bavard mais efficace. Et concret.
-Compris. Processus de recherche enclenché.
Et XANA n’ajouta rien de plus. Waldo fixa l’écran quelques instants, comme vidé, puis songea qu’il ne servait à rien de rester là. XANA pouvait travailler sans lui, après tout…et il devait rentrer se reposer, il avait cours demain.
A contrecœur, il s’arracha au siège de l’opérateur qui le rendait tout puissant. Il s’arracha à la pièce secrète et à sa douce lueur verte qui l’apaisait. Il s’arracha à l’usine qui était son abri. Il s’arracha à l’égout qui était sa poterne. Et il se vit forcé de retourner dans son foyer.
Waldo eut du mal à dormir. Les visages d’Aelita et Anthéa hantèrent son esprit, conscient ou rêveur. Il les vit tantôt joyeux dans des souvenirs imprégnés de nostalgie, tantôt déformé par la souffrance dans des projections angoissées du présent. Il n’osait imaginer le futur.
Il vit également un œil, discret filigrane qui s’accrochait à la trame de ses rêves. Un disque, deux cercles, quatre traits. Cet œil le rassurait. Il y vit l’image d’un vieil ami veillant sur lui. C’était toutefois l’impression qu’il avait en se réveillant au milieu de la nuit, hébété, engourdi. L’impression d’un œil bienveillant qui le surveillait de loin. Et aussi celle d’un œil capable de percer les ténèbres de Carthage. La pensée de ce symbole bénéfique lui tira un sourire, et il replongea dans les bras de Morphée avec, peut-être, davantage de confiance.

http://i.imgur.com/E7OupLK.png


18 juillet 1994 – 7h34 – Etats-Unis – Houston – Locaux d’Urbe

Devant la porte du bureau (sobrement marquée du titre « Imperator »), deux agents de l’organisation, âgés de la trentaine, montaient la garde. C’était un boulot assez ennuyeux mais qui avait l’avantage d’être peu risqué. A priori.
Le duo était assez disparate. D’un côté, Craig Evans, plutôt grand et bien charpenté, les cheveux blond cendré et le regard éteint de celui en train de s’ennuyer. De l’autre, Ardath Dérobâme (dont le nom ne faisait que crier qu’elle était d’origine française), d’une constitution plus moyenne avec les cheveux noirs coupés aux oreilles. Ils travaillaient régulièrement ensemble depuis une dizaine d’années maintenant, et avaient vite appris à se connaître.
Un bruit sourd résonna derrière la porte, suivi d’injures en anglais. Les deux agents échangèrent un regard. Le patron ne digérait pas. Ardath souffla :
-Qu’est-ce qu’il a cette fois ?
Craig leva un sourcil.
-T’as suivi hier soir ?
Ardath leva un sourcil. Craig, lui, leva les yeux au ciel.
-C’est vrai, les filles regardent pas le foot…
Le regard noir (dans les deux sens du terme) de sa coéquipière lui tira un sentiment entre l’amusement et la légère crainte. Elle pouvait parfois se montrer dangereuse. Il baissa d’un ton et expliqua plus sérieusement :
-Le Brésil a gagné la coupe du monde de foot hier soir. Comme ils essaient de nous piquer la mainmise sur l’Amérique du Sud, tu peux comprendre qu’on avait pas spécialement envie de les voir gagner…
L’expression d’Ardath était assez explicite.
-Tu te fous de ma gueule ? Personne se mettrait en colère à ce point parce qu’on a perdu au foot…
Craig lorgna sur la porte, suivant un instant les lettres dorées plaquées dessus, puis eut un petit sourire malicieux.
-On ne réagit pas tous pareil…
Ardath étouffa une grimace amusée. Craig n’avait pas tort, le patron avait tendance à s’énerver pour des broutilles. C’était un miracle qu’il soit encore en poste, et un autre que son cœur un peu trop sollicité ne lui fasse pas un infarctus. Mais ce n’était pas pour ça qu’ils avaient le droit de se payer sa tête devant la porte de son bureau. Du moins, c’était son point de vue à elle.
-Si ça se trouve, il est en train d’appeler le président pour le convaincre que c’est un complot de Carthage, chuchota Craig qui semblait trouver l’idée très comique.
Pour toute réponse, elle lui écrasa le pied. Il étouffa un grognement agacé, brusquement refroidi dans ses blagues.
-C’est pour ton bien, se justifia-t-elle très sérieusement. S’il t’avait entendu…
-Il peut pas, il…
Le regard d’Ardath suffit à le faire taire. Pour cette fois. Il s’appuya contre le mur, pensif. Ils ne tarderaient pas à être relayés de toute façon. Quand ils seraient loin de cette foutue porte, il pourrait faire rire des collègues un peu plus décontractés au sujet du boss. De son côté, Ardath semblait prier intérieurement pour trouver un sujet de conversation plus intelligent que juste se payer la tête du patron.
En parlant du loup (sans mauvais jeu de mots), Rick Gray poussa la porte de son bureau. Un peu plus calme que précédemment, il semblait néanmoins assez agacé et s’éloigna d’un pas vif dans le couloir, sans un regard pour ses deux gardes. Néanmoins la notion de « pas vif » restait toute relative à son âge et il mit un certain temps à rejoindre l’angle du couloir. Le patron portait encore sa blouse blanche, avec un stylo dans la poche et une petite toux, quand bien même il ne faisait plus beaucoup de physique au sein du projet. Il avait l’air rescapé d’une autre époque, quelque part. Celle de la Guerre Froide. Et son obsession pour Carthage n’était un secret pour personne, quand bien même les agents d’Urbe étaient peu à en connaître l’origine. On prétendait même qu’il allait jusqu’à en rêver la nuit, et les théories les plus farfelues courraient sur le pourquoi de la chose. En vérité, Rick Gray n’inspirait pas énormément de respect à ses troupes, et ceci pouvait expliquer le côté plus détendu de l’ambiance.
Le projet avait du mal à se maintenir à flot. La réputation de vieux paranoïaque que prenait Rick Gray ne contribuait pas vraiment à les crédibiliser, et malgré de bons états de service (notamment aux côtés de la CIA en Afghanistan), Urbe manquait quelque peu de crédibilité auprès du gouvernement qui finirait sans doute par leur couper les crédits définitivement. Ou par éjecter Rick Gray qui ne bénéficiait plus du soutien de son frère pour le maintenir en poste. C’était d’ailleurs un miracle que le gouvernement ne l’ait pas encore démis de ses fonctions…
Ardath cligna des yeux. Le patron revenait. Elle se redressa légèrement et s’efforça de concentrer ses pensées sur autre chose.


-Comment ça viré ?
Rick Gray était assez stupéfait.
-La Maison Blanche vous fait savoir que vous en avez assez fait. Vous méritez bien votre retraite. Votre remplaçant est déjà en route.
-Mais je…
Il fut coupé dans sa phrase par la tonalité du téléphone. Manifestement, il n’était pas question de négocier son poste. Il soupira. Au fond il s’y attendait. Ça faisait des années qu’il manquait de résultats…
L’image de Baal Hammon lui traversa la tête. Ce serait sa plus grande déception : ne pas avoir réussi à remettre la main sur ce salaud. Nul doute que sans lui, Rick aurait pu faire grandir l’ancienne Carthage et lui donner toute la gloire qu’elle méritait. Mais voilà, il avait fallu que vienne cet allemand bizarre. Et qu’il reparte avec son boulot.
Avec le temps, l’américain avait fini par voir l’ombre de Baal à peu près partout. C’était peut-être cette obsession qui avait causé sa perte, il n’en savait pas grand-chose. Mais maintenant qu’il était là, il était surpris de voir à quel point il restait calme. Carthage lui avait souvent fait s’arracher les cheveux, et l’impression (l’illusion ?) que son rival le narguait en permanence ne cessait de le hanter. Et pourtant, maintenant qu’il était parfaitement impuissant à lutter contre, il ne pouvait que se demander s’il avait eu raison toutes ces années. Et même cette idée d’inutilité ne menait en lui qu’à une sorte de vide.

http://i.imgur.com/K2wk4sp.png


28 avril 1994 – 21h12– Région parisienne – Usine Renault désaffectée

Waldo Schaeffer, ou peu importe comment on l’appelait désormais, était assis à son pupitre, fébrile. Cela faisait deux mois que XANA était actif, et passait le Web au peigne fin pour récupérer la moindre information au sujet de Carthage. Le programme lui avait confié être sur une piste prometteuse, et avait garanti des résultats pour bientôt.
L’informaticien fit cliqueter les touches de son clavier.
-XANA, qu’as-tu trouvé sur Carthage ?
-Carthage est difficile à retrouver. Je pense pouvoir les repérer en m’aidant des données d’Urbe.
Waldo haussa un sourcil. Voilà un terme qu’il ne connaissait pas.
-Urbe ?
-Urbe est un programme de recherche américain, classé top secret. Ils sont relativement peu actifs depuis quelque temps mais semblent être les plus documentés sur Carthage.
« Américain ». Le terme fit tilt dans la mémoire de Waldo, rappelant une très vieille conversation épiée involontairement. Celle qui avait tout fait basculer.
-De quand datent-ils ? Ont-ils un lien avec Carthage ?
-Selon ce que j’arrive à en tirer, ils ont été créés en 1957. Mais leurs archives sont très protégées et il est difficile d’y accéder.
Waldo pesa la réponse. 1957…il avait dix ans. Effarant de voir à quel point toute cette histoire semblait vieille. Urbe semblait un pas supplémentaire vers Carthage, mais quel pas ! Si forcer leurs archives était si compliqué que le laissait sous-entendre XANA, comment pouvait-il faire pour progresser ? Les pirater pouvait peut-être être envisageable, malgré le temps…ha, le temps, qu’en avait-il à faire ? Il avait déjà pris six ans, au point où il en était, les chances de sauver sa fille et sa femme étaient dérisoires…
-Puis-je proposer une démarche ?
Prise d’initiative. Bien sûr, XANA était programmé pour, mais Waldo était toujours ému quand ça arrivait. Cela prouvait à quel point son système multi-agents pouvait se montrer indépendant et évolué. Il lui donna l’autorisation.
-Il semblait qu’Urbe et Carthage aient un lourd passif commun. Peut-être qu’en coopérant avec Urbe, il serait plus aisé de détruire Carthage et de sauver Aelita Schaeffer et Anthéa Schaeffer.
L’idée n’était pas bête. Mais que faire si Urbe refusait ? Ou les balançait à Carthage ? Ou les trahissait tout bêtement en volant la technologie du Supercalculateur ? L’image d’Aelita apparut à Waldo, et il se mordit la lèvre. Il devait prendre le risque. C’était peut-être sa dernière chance. Si Aelita mourait, peu importait à quoi servirait le Supercalculateur. Le monde pouvait bien brûler.
1957…il avait dix ans…
-Démarche validée. Si tu peux en profiter pour en savoir plus sur le passé commun d’Urbe et Carthage, pour que nous puissions savoir à quoi nous attendre… Reste anonyme, surtout. Présente toi comme un allié puissant mais ne donne pas d’origine. Ne parle pas de moi ou de la technologie du Supercalculateur. Propose des recoupements d’informations par exemple.
-Bien reçu.
Il avait dix ans…
Qu’est-ce qui lui titillait l’esprit comme ça ?
Et il réalisa. C’était l’année où ils avaient déménagé en France. Parce que son père y avait trouvé un travail plus intéressant, selon ses dires. Waldo fronça les sourcils. Ça pouvait être une simple coïncidence…tout comme ça pouvait ne pas en être une. Il faudrait qu’il garde un œil là-dessus. Son père aurait pu avoir un rapport avec tout ceci…sans compter qu’Urbe était un programme de recherche, et s’il y avait une chose qui motivait Emile Schaeffer, c’était bien ça.
-XANA, si tu parviens à accéder aux archives d’Urbe, essaie d’y trouver la trace d’Emile Schaeffer.
-Schaeffer…ce nom semble être très impliqué dans l’affaire.
-Ils ont un lourd passif, écrivit-il avec un sourire sans joie.
Il avait eu envie d’écrire « Ma famille a un lourd passif » mais s’était retenu. Après tout, il s’était présenté comme Franz Hopper… XANA changea de sujet.
-Que dois-je dévoiler de mes objectifs ?
-Dis-leur que tu veux détruire Carthage, c’est amplement suffisant pour les intéresser.
-Comment dois-je les aborder ?
-Tu as carte blanche. Ne te précipite pas, tu peux prendre ton temps pour réfléchir à la marche à suivre.

http://i.imgur.com/E7OupLK.png


Soirée du 29 avril 1994 – Houston – Installations d’Urbe

Ardath sortit sur le parking extérieur du complexe. La nuit tombait, le ciel sombre se parsemait d’étoiles : ils étaient assez loin du cœur de la ville pour pouvoir les admirer. L’agente balaya la zone du regard. Un petit vent froid agita les mèches noires de ses cheveux, qu’elle remit machinalement derrière ses oreilles avant de fourrer les mains dans ses manches. Et elle attendit.
-Je suis garé là, indiqua Craig en sortant à son tour du complexe, mains dans les poches.
Ils avaient pris l’habitude de faire leurs trajets en commun. Initiative profitant à la fois à l’environnement et à la cohésion du binôme, elle avait également l’avantage de leur éviter de s’emmerder pendant les allers et retours.
Ardath emboîta le pas de son coéquipier. A force, elle avait appris à reconnaître sa voiture, mais continuait à l’attendre à la porte par habitude. En somme, une petite routine qui avait la peau plutôt dure.
-D’habitude, t’es là avant moi, commenta-t-elle en s’installant côté passager.
-Je finissais un carton au champ de tir, tu pourrais comprendre ! protesta-t-il.
Elle eut un sourire.
-C’était pas un reproche. Je me demandais juste ce que tu faisais.
-C’est ça, c’est ça. T’as juste eu peur que je te plante sur le parking, répliqua-t-il avec son habituel sourire malicieux.
Elle leva les yeux au ciel. La voiture noire s’engagea sur la route, laissant derrière elle le complexe. Un léger silence flotta. Ardath n’était jamais la plus bavarde des deux, cependant ce n’était pas le genre de Craig de se montrer aussi calme. Elle lui coula un regard. Il fixait la route, l’air un peu tendu. Il remarqua son coup d’œil et lança simplement :
-J’ai un truc sur le nez ?
-Non non. C’était juste étonnant de pas t’entendre parler, répondit-elle en reportant son attention sur le paysage qui défilait derrière sa fenêtre.
Il aurait pu glisser quelque chose comme « Dis-le que je parle trop », mais rien. Cela intrigua Ardath encore plus. Elle hésita à demander ce qui le turlupinait, mais il lui coupa l’herbe sous le pied.
-Je me demandais, comment va ta fille ?
Ah. C’était compréhensible qu’il ait du mal à poser la question. Ardath soupira, et répondit sans le regarder après quelques secondes de réflexion.
-Je sais pas trop. Elle a l’air heureuse. Un jour j’irai peut-être tout lui dire, mais je m’en sens pas capable pour le moment. Et tu sais que je ne veux pas la mettre en danger.
-Je sais. Tu as fait ce qu’il fallait.
Elle leva les yeux vers lui, ébaucha un sourire.
-Peut-être oui. Mais ça me pèse. Ç’aurait été tellement plus simple si…je sais pas. Si j’avais fait un autre boulot.
Il ne sut pas trop quoi répondre. Peut-être qu’il n’aurait pas dû aborder le sujet finalement. Le trajet continua dans un climat morose, jusqu’à chez Ardath. Craig se gara plutôt mal sur le bout de trottoir pour la laisser descendre. Alors qu’elle ouvrait la portière, il la retint par l’épaule. Elle lui jeta un regard interrogateur.
-Juste, broie pas trop de noir à cause de ça. Ok ?
Un demi-rire jaune échappa à Ardath.
-On va essayer.
Craig hésita deux secondes, le regard planté dans celui de sa camarade, puis retira sa main.
-Ok. Si ça va pas et que tu veux en parler, tu peux m’appeler.
Ardath hocha la tête, puis descendit enfin. Elle sortit ses clés, grimpa les deux marches du perron, jeta un rapide regard vers la voiture qui redémarrait, et rentra chez elle.
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
http://i39.servimg.com/u/f39/17/09/92/95/signat10.png
Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

http://i81.servimg.com/u/f81/17/09/92/95/userba11.png
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Pikamaniaque MessagePosté le: Sam 23 Juil 2016 11:58   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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Bonsoir Ikorih,

Ta fiction veut se garder d’une offre promotionnelle ; soit, elle m’a tout de même attiré en raison de l’aspect historique que tu as cité.
Ce n’est pas le point qui m’a le plus ébloui au cours de cette lecture.
Ce que l’on comprend toutefois, quand on commence à lire Hélicase, avec pour point commun bon nombre de fiches, c’est que la partie la plus intéressante de Code Lyokô n’est absolument pas la bataille puérile et infantile menée par des adolescents pré-pubères contre X.A.N.A, mais bel et bien ce qu’il y avant, la backstory dont on n’entrevoit que quelques images dans la série.

J’apprécie beaucoup, notamment, les initiatives que tu prends par rapport à ce que l’on connaît de l’Histoire. De quoi conjecturer quelques états de faits ;
Par exemple, on sait qu’Aelita est aux côtés de Waldo dans la série, cela signifie-t-il que d’un point de vue scénaristique, une explication soit donnée à ce changement ? Je m’étais amusé à penser qu’Aelita et Anthéa soient mortes, et que l’esprit de Franz n’étant plus vraiment des plus sains, il crée une Aelita virtuelle censée remplacer la vraie. Toutefois, à mesure que nous approchons du chapitre 6, qui fera probablement la jonction avec tout ce que l’on sait du background, cette hypothèse me semble peu probable.
Du reste, et n’ayant jamais pris le temps de lire tes autres œuvres hormis Cold Case et le début de Ground Blizzard — loin d’être tes meilleurs fictions —, j’ai été agréablement surpris par Hélicase. Non que je ne te reproche pas d’avoir fait de la publicité mensongère sur la portée historique de ton récit, mais celui-ci a le mérite d’apporter une nouvelle vision du passé de la famille Schaeffer.
Je m’interroge toutefois ; les enjeux ne risquent-ils pas de te dépasser ? Tu impliques plutôt maladroitement le versant américain de l’histoire. Encore que, ce n’est pas le pire. Disons juste que la gestion des Présidents est un pedigree que seul Icer et moi maîtrisons, je me demande dès lors comment tu vas gérer l’internationalisation du scénario (si tant est qu’on y aille, mais impliquer la Maison Blanche, Urbe et Carthage, cela me paraît mettre les bons ingrédients pour ce résultat).

J’avais, en outre espéré que les années 80 soient l’occasion d’évoquer Margaret Thatcher, j’avoue que ma lecture m’a déçu de ce point de vue. Je dirais que c’est un manquement grave, si je puis me permettre.

Au niveau de la gestion des personnages, la relation entre Waldo et Xana m’apparaît bien exploitée. J’aime beaucoup le petit piquant des hallucinations de son esprit. Par certains moments, il semble que son auteur se soit inspiré de son propre cynisme pour en dessiner les contours des répliques. Une chose que je te reconnais sans difficultés. Emile est intéressant, bien qu’il était attendu pour le lectorat qu’il soit le chef du projet Carthage — ce qui n’est pas nécessairement une critique.
Par surcroît, j’abonde dans le sens des autres commentateurs par rapport à Anthéa. Une espèce de cruche fade et inspide, sans profondeur et pour le moins superficielle. Un personnage cliché ; en somme.

L’exemple qui me vient est au chapitre 3, lorsque Waldo l’informe des manigances de Carthage. Déjà, je trouve le motif pour lequel ils quittent le projet assez fragile et pas suffisamment solide, mais admettons. Le comportement d’Anthéa sur un projet qui lui a mobilisé des années de sa vie, se cantonne à deux répliques. La première elle est surprise, la deuxième elle veut quitter le projet. La réflexion est absente, le procédé, vu la manière dont tu le mets en forme par des vulgaires tirets (au lieu de cadratin !!), renforce cette impression rapide et caricaturale.
C’est comme si du jour au lendemain, tu apprenais qu’en fait je ne suis pas mort, et qu’en une minute tu te dises « Trop génial ! / Oh putain non l’enculé. », alors que cela fait des années que tu m’as enterré. Cela manque de solidité scénaristique.

Pour autant, ce sont quelques maladresses qui s’excusent. Au terme de ces cinq chapitres, je rappelle mon affection pour la manière dont tu donnes ta vision de la backstory. Je pense, par exemple, aux cauchemars d’Aelita sur les loups, parfaitement mis en abîme au travers cette rapide séquence dans la cellule.
Au niveau de la forme, le style se lit. Quelques moments me paraissent redondants et dénués d’intérêts pour le fil rouge, mais je suppose qu’ils conviennent à la frange la plus émotionnelle de ton public.
Je salue effectivement les différentes réformes apportées à ta présentation des chapitres, mais je déplore encore des paragraphes trop peu espacés, qui rendent la lecture laborieuse, surtout sur ce fond bleu casse-tête, ainsi que comme je l’évoquais, les mauvais tirets utilisés pour la présentation du texte, bien moins esthétiques que le tiret-cadratin !!

En somme, je tends donc à croire que tu rattrapes l’échec de GB. Hélicase me paraît être un projet qui, sur ses cinq chapitres, utilise avec cohérence et pertinence, le fil rouge de Code Lyokô et de ta propre imagination. Un projet pour le moment réussi, dont j’attends maintenant la confrontation avec Uber. Les cinq chapitres plantent le décor, astucieusement, avec une belle écriture, tout-à-fait honorable, et dans une conjoncture que je trouve très encourageante pour la suite.
Je t’adresse dès lors toutes mes félicitations, parce que je suis très loin de m’être ennuyé au cours de ma lecture !

Merci pour ce moment, dira-t-on…

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« Si tu y crois de toutes tes forces, un mensonge peut devenir réalité. Alexandre Schwartz … Le savait mieux que quiconque. »
— Chapitre 12 (Projet Renaissance).
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