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Draynes MessagePosté le: Jeu 22 Sep 2016 19:09   Sujet du message: Répondre en citant  
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Épisode 4 : Une Poignée de Salopards


OBÉRON


La chaleur était la seule chose qui accablait Obéron Rider en ce doux début de matinée dans la grande ville de Xonon. Son crâne chauve ruisselait de sueur et cela faisait tellement de temps qu'il restait allongé sur le sol de pierre que tout son corps le démangeait.
De plus, il ne savait pas quoi faire. Cela faisait bien une vingtaine de minutes qu'il était là, en train de regarder par la lunette de son fusil de précision FR-F2 et d'osciller d'un point à un autre, pour repérer ses collègues. Avec un grondement, il bougea très légèrement son corps sur le côté pour se repositionner bien en face du trépied et ainsi, avoir une vue optimale sur la situation.
Sa mission était simple : le convoi allait arriver. Et il devait crever un pneu du fourgon qui transportait l'objectif avant de liquider le plus possible de Protecteurs affiliés à sa protection. Dans la théorie, cela paraissait simple, mais ça ne l'était pas vraiment en réalité.
Il devait prendre en compte trop de paramètres pour être efficace : le vent, la vitesse de déplacement des différents véhicules, l'angle du tir et surtout, la présence très probable de l'armée sur les toits avec des snipers. Pour l'instant, il n'en avait pas vu, mais après tout, il n'était que 8h28. Le convoi passerait dans la rue du Fondateur à 8h30 très exactement, avant de tourner à droite dans la petite rue de la Peste et disparaître de sa vue.

Pour ne rien arranger à son état légèrement déplorable, ses yeux étaient bouffis de fatigue et il n'arrivait pas, pour l'heure, à se concentrer sur un objet précis. La faute au Magistère qui l'avait réveillé de force trois heures plus tôt pour préparer cette opération surprise de la dernière chance pour l'objectif.
Cependant, il ne s'inquiétait pas. Il se connaissait et savait ainsi parfaitement qu'il deviendrait calme et mesuré lorsque l'heure serait venue. Et elle arrivait vite, puisqu'il était exactement 8h29.
Un petit toussotement provenant de l'arrière lui rappela la présence de Pustule : cet adolescent boutonneux au possible, surnommé comme cela par Obéron lui-même, avait été sélectionné pour être celui qui allait survenir ses arrières lors de l'assaut. Un peu plus loin, dans un autre bâtiment, se tenaient prêt William Dunbar et les deux autres soldats recrutés pour cette opération. Rider s'étonnait d'ailleurs qu'il n'y ait que ce gosse de 13 ans accro au miel, Winnie et la fille de 8 ans experte en armes et croyant encore aux entités surnaturelles, Scully, mais le Magistère avait bien précisé qu'il préférait la discrétion à l'action pure.

Soudainement, l'heure arriva quand il vit tourner au bout de l'énorme rue qui était auparavant l'avenue des Champs Élysées, deux motos montée chacune par deux Protecteurs. Les suivait de près un fourgon transportant un chauffeur, un passager et l'objectif à l'arrière. Quatre motos terminaient le cortège, transportant chacune un Protecteur. 10 adversaires, du gâteau en somme pour les rebelles. En tout cas, le formateur chauve l'espérait.
Se redressant imperceptiblement pour se rapprocher de la fenêtre du deuxième étage de l'immeuble où il était caché donnant pleinement sur la rue, il se cala le plus confortablement possible et posa doucement son doigt sur la gâchette de l'arme. Pas trop fort pour ne pas tirer, mais assez fortement pour être bien ancré. Le fourgon était encore trop loin, il n'avait qu'une distance effective de 800 mètres dans les faits. Il modifia rapidement et d'un geste contrôlé le grossissement de sa lunette modifiée pour voir quatre fois plus loin et pouvoir, ainsi, caler son viseur sur le pneu.
Il n'attendait qu'une chose, tout en déplaçant son énorme arme pour ne pas perdre le véhicule : le signal lumineux de Dunbar, lui indiquant qu'il pourrait tirer.
Et il arriva plus vite qu'Obéron ne l'avait prévu, ce qui fit qu'il se décala d'un demi-centimètre sans le voir : la balle tirée à pleine vitesse termina sa course dans le macadam.
En poussant un juron étouffé, il se dépêcha de placer dans le barillet de son fusil à un coup la balle tendue précipitamment par son élève et replaça calmement sa cible. Elle n'était qu'à 500 mètres du tournant, mais il pouvait encore le faire. Le formateur calma sa respiration en inspirant un grand coup, puis se replaça et tira une fois le curseur placé sur le pneu.
Cependant, dans sa précipitation, il avait oublié le vent qui modifia la trajectoire de la balle qui termina en se logeant dans la tête d'un Protecteur en moto à l'arrière. L'homme fut catapulté en arrière par la violence du choc et termina le casque brisé contre le bitume, pendant que sa moto continuait sans conducteur pendant quelques mètres avant de brusquement se décaler et terminer sa course en se fracassant contre le rideau de fer de la devanture d'un magasin.

Plus que 200 mètres. C'était sa dernière chance. Il devait user de la solution de secours. Le plus rapidement possible, il remit une balle et observa subrepticement William et ses élèves se jeter sur les trois Protecteurs restés à l'arrière pour examiner le corps de leur collègue.
Rien ne se passait comme prévu, mais ce n'était pas pour autant qu'il allait échouer une troisième fois. Cette fois-ci, il respira calmement en plaçant son curseur de visée sur le conducteur du fourgon, et tira sans perdre une seconde de plus.
Il crut un instant avoir échoué, avant de voir le conducteur s'affaisser contre le volant en recouvrant tout l'habitacle d'une bonne volée de sang. Le passager, abasourdi, tenta bien de reprendre le contrôle du véhicule, mais c'était trop tard. Tout en émettant un bruit de klaxon assourdissant, le fourgon termina sa course dans un mur de béton d'un quelconque immeuble et le percuta tellement violemment que le passager fut catapulté par le pare-brise et s'écrasa tête la première contre ce même mur.
Maintenant que son but était atteint, il ne restait plus qu'à couvrir les arrières de ses collègues : c'est ainsi qu'une balle tirée rapidement termina dans le poitrail d'un des conducteurs des motos qui composaient l'avant du cortège. Le passager à l'arrière également touché tomba à la renverse en emportant son collègue et Rider ne les considéra alors plus comme une menace.
Cependant, il vit subrepticement les deux autres hommes se diriger vers l'entrée de l'immeuble dans lequel il se planquait, William poignarder à mort un des trois Protecteurs resté à l'arrière, Scully étendue morte sur le macadam et Winnie tomber d'une rafale dans le dos.
En voyant Dunbar cerné, il réagit rapidement : première balle, le tueur de Winnie termina sa vie par terre, l'un des deux poumons perforés. Deuxième balle, le troisième Protecteur qui tentait de s'enfuir vit sa tête exploser et ne continua ainsi plus sa course. La troisième et dernière balle, de son côté, fut tirée rapidement en haut de l'immeuble vers lequel se dirigeait le dernier homme en vie dans la rue. Le sniper planqué là-haut depuis le début tomba à la renverse dans le vide et Obéron ne perdit pas de temps à le voir s'écraser : il replaça son viseur sur un point fixe et se redressa en souriant. Il avait repéré le soldat depuis bien une minute, mais attendait le bon moment pour le tuer au moment où il le soupçonnait le moins.

En faisant craquer ses muscles, il se retourna pour aller très rapidement et efficacement se cacher dans un angle mort juste à côté de l'entrée sans portes, avec Pustule à ses côtés, en attendant que les deux derniers hommes en vie terminent d'inspecter le premier étage et n'arrive dans la pièce.
Une fois qu'il vit un pistolet jaillir de l'entrée, il fit un geste silencieux à l'adolescent et saisit brusquement le poignet qui le tenait avant de le tordre brusquement. L'homme poussa un grondement et donna un violent coup de poing dans le vide pour tenter de se dégager, mais Pustule le saisit soudainement à bras le corps et le plaqua à terre. Rider n'eut alors qu'à ramasser l'arme tombée par terre et achever sans l'ombre d'un remords l'homme du régime.
Cependant, il en restait un dernier.
Et ce fut lui qui surprit Rider en se jetant sur lui tout en passant devant un Pustule resté immobile sous la surprise. Des mains étrangement efféminées se mirent à lui enserrer le cou et il envoya son poing directement dans le casque masquant le visage de l'inconnu. Ce choc entraîna un écho qui fit porter les mains de l'ennemi dans la direction, sûrement, de ses oreilles, mais Pustule en profita alors pour vider par-derrière le chargeur de l'arme sur l'agresseur.
Laissant les deux cadavres derrière lui, Obéron se pencha pour récupérer le sniper, visa précipitamment dans la direction du camion et vit ainsi William transporter un homme en dehors des décombres, tout en boitillant. Une balle semblait avoir ripée sur une de ses jambes, mais c'était bon. Le colis était récupéré et il n'y aurait plus aucun risque.
Soudainement, son sourire se fana lorsqu'il aperçut ce qui arrivait au bout de la rue : deux camions de l'armée fonçant vers l'endroit de l'accident, l'un d'eux étant conduit par un des deux Sauveurs en personne. Il braqua immédiatement son viseur sur la tête du psychopathe et appuya sur la gâchette avant de se souvenir à ce moment qu'il n'avait plus de munitions.
En poussant un cri de rage, il se rejeta en arrière et sortit de la pièce pour se diriger vers les escalier, qu'il dévala sans un regard en arrière pour Pustule qui le suivait comme il pouvait.

Une fois arrivé au rez-de-chaussé, il vit distinctement William Dunbar arriver droit sur lui aussi vite qu'il le pouvait, en transportant à bout de bras Antoine Bardou-Jacquet, l'ancien chef du F.P.L.F. et accessoirement un membre reconnu de la résistance et ce, depuis le début.
Le moins qu'il puisse dire, c'est qu'il était salement arrangé : certes toujours aussi musclé qu'auparavant étrangement, des ecchymoses parcouraient son visage maigre et émacié, ses cheveux noirs d'ébène étaient légèrement décoiffés et ses yeux bleus-marrons semblaient perdus dans le vide, comme s'il ne comprenait pas du tout ce qui lui arrivait. Et surtout, lui qui était habituellement rasé de part, il portait une énorme barbe noirâtre drue et une moustache légèrement brunâtre qu'on qualifiait auparavant d'hitlérienne.
En voyant arriver devant lui Obéron, l'homme marmonna dans ses dents et son énorme barbe :
– Eh bah putain, vous en avez mis du temps !
– On a fait ce qu'on a pu, rétorqua Rider en grondant, maintenant faut qu'on arrive au baraquement avant qu'ils nous choppent.
Il souleva de l'autre bras le blessé et se dirigea aussi vite qu'il le pouvait pendant que, d'un geste de la tête affirmatif, il laissait Pustule derrière lui retenir un peu les adversaires qui arrivaient maintenant à pied, ayant laissé leurs camions derrière eux pour une raison inconnue.
Rapidement, ils se traînèrent dans une petite ruelle sombre inaccessible en véhicule, l'Allée des Embrouilles comme l'appelait William généralement, et entrèrent par une porte dérobée dans un petit appartement délabré qu'eux seuls connaissaient : une antre de la Fraternité qui n'avait pas servi depuis des années.
Tout en refermant et bloquant la porte et les fenêtres avec des armoires, ils entendirent distinctement une fusillade commencer, puis s'arrêter aussi sec. Ils ne se concertèrent pas plus que cela pour comprendre que Pustule venait de mourir.

Obéron, littéralement épuisé, s'affala sur le sol en maugréant :
– C'est le sniper qui a donné l'alerte... Putain, j'aurais du le buter en premier !
– Et comment, grommela le Poisson Noir en s'asseyant avec difficulté sur une petite chaise noire, il m'a tiré dans la jambe ce con. Ça fait un mal de chien.
– Et t'arrive à marcher, constata Bardou-Jacquet avec un sourire moqueur, avec une balle de fusil de précision coincée dans un de tes mollets ? Je devrais t'appeler Superman !
– Ta gueule, répondit le concerné en réprimant une grimace de douleur, elle a juste ripée mais elle a quand même traversée la peau.
En entendant des bruits de pas alertes au-dehors, Rider soupira et énonça l'évidence :
– Ils se doutent qu'on se cache dans le quartier. Du coup, ils vont fouiller toutes les baraques jusqu'à ce qu'ils nous trouvent. Putain, le Magistère a intérêt à envoyer des troupes vite fait, parce qu'on a plus d'arme. J'avais donné la dernière à ce couillon de Pustule...
– Et comment tu veux qu'ils le sachent ? Rétorqua Antoine en fermant les yeux et en se grattant la barbe avec nonchalance.
Le formateur et le Poisson Noir se regardèrent et touchèrent de concert leurs cous et leurs oreilles respectives. C'est ainsi que le nouveau venu remarqua les colliers et les boucles d'oreilles étrangement similaires et se mit à sourire :
– Des micros. Bien joué, champion ! Maintenant, Clay Julius, si tu pouvais bien te grouiller, on est un peu dans la merde là !
– Et c'est pas peu dire... gronda William en posant sa jambe à plat sur la table figurant au centre de la petite salle à manger où ils venaient de trouver refuge.


**

*

**


SAMUEL


L'ambiance était morose dans l'appartement de Samuel Helbecque. Il était 8h40, il commençait les cours en ce jeudi à 9h, et pourtant aucun des deux occupants de la pièce ne daignait se regarder, parler ou même faire le moindre geste.
Dans la tête du propriétaire, c'était l'anarchie absolue, mais ce n'était pas comme s'il était habitué. Depuis sa tendre enfance, la moindre question entraînant un paradoxe envahissait son système de réflexion et ne daignait s'évaporer qu'à l'instant où une réponse claire et précise lui apparaissait. Et là, elle n'était pas prête de lui arriver, puisqu'il n'arrivait même pas à comprendre pourquoi il avait fait ce que la question suggérait.
Pourquoi avait-il sauvé Abraham Ford ?
Le rouquin se tenait devant lui, ses yeux verts pomme fixés sur le plafond, la tête soutenue par ses mains, ses coudes bien appuyés contre la table ayant survécu à l'affrontement, un air de profonde réflexion plaqué sur son visage.
Pour détendre l'atmosphère et se débarrasser un temps de son mal de tête, Samuel détourna la tête énonça avec calme :
– On devrait peut-être ranger tout le bordel que vous avez causé, tu penses pas ?
– Fais ce que tu veux, rétorqua le colosse avec un ton bourru, je t'aiderais quand j'en aurais envie. Et tu sais très bien que plus rien ne me force à t'obéir.
Découragé, le professeur se leva et commença à faire le tour de la pièce principale de vie. Il eut le temps d'aller chercher un aspirateur, de prendre un à un les morceaux de verre de la table et du vase, de tout ranger dans un coin, d'arranger ça proprement pour qu'aucun visiteur ne se doute de ce qui venait de se passer, rien n'y fit : Abraham ne bougea pas le moindre pouce pour l'aider. Il se contenta de l'observer fixement, avec un mutisme et une interrogation visible qui filèrent rapidement la chair de poule au travailleur.
Une fois qu'il eut fini, il regarda rapidement sa montre et s'aperçut qu'il était 9h30. Et un cours de raté de plus. Pas grave, il arriverait à l'heure pour celui de 10h, voir celui de 11h en comptant le temps qu'il prendrait à convaincre cette tête butée de rouquin de le suivre.

Immédiatement, le professeur se retourna et ouvrit la bouche pour parler, mais l'Officier le coupa net en posant la question qu'il redoutait :
– Je sais parfaitement que c'est toi qui m'as sorti de l'endroit où se terre la Fraternité. Je ne vais pas m'abaisser à poser la question, vu que tu te le fais déjà intérieurement.
Un soupir agacé et désespéré sortit des lèvres de Samuel, ce qui aguicha l'attention d'Abraham qui se redressa lentement, pendant que son interlocuteur répondait :
– Je ne peux pas te répondre parce que je ne sais même pas pourquoi. Sûrement parce que revenir en cours supporter cette enflure égocentrique de Talbert aurait été trop dur sans un protecteur... et aussi parce que tout le monde se serait posé des questions. Tout connement.
Le silence s'installa pendant quelques secondes, mais Helbecque n'eut pas le temps de regarder par réflexe sa montre que le rouquin énonçait avec soin, sans sembler décontenancé :
– Très bien, je présume donc que je te dois une fleur. Maintenant, bougeons-nous, on va arriver en retard en cours.
– Attends une seconde, répliqua le professeur d'histoire relativement circonspect, tu vas me faire croire que tu vas m'aider la prochaine fois que j'aurais des emmerdes.
Un soupir profondément agacé sortit des lèvres d'Abraham, qui expliqua avec un ton sardonique :
– Dans mon métier, je ne dois pas m'attacher donc, on va raisonner comme cela maintenant. Tu m'aides, je t'aide ensuite, on est quitte. Et on recommence. Encore et encore. Sinon, tu peux te démerder et je me barre, plus rien ne me retient.
Samuel retint un rictus amusé et s'en alla en parlant suffisamment bas pour que Ford l'entende parfaitement :
– Tu t'en voudrais trop de me laisser crever.
Et il le laissa, comme cela, ne prenant pas la peine de se retourner pour regarder l'expression sûrement étonnée et perplexe de son vis-à-vis.
Il espérait cependant qu'autre chose comme sentiment sorte de ses yeux verts perçants.
Un semblant de gratitude pour commencer.
Mais bon, il commençait à connaître le bougre : il serait prêt à s'arracher un rein plutôt que de montrer le moindre signe de gratitude... Où plutôt une touffe de cheveux, à vrai dire.

**


Samuel, à la pause déjeuner, commençait à se demander si quelque chose avait changé entre eux, à moins que ce ne soit juste le fait que Ford voulait qu'ils soient quittes, pour en finir avec cette problématique. C'était sûrement pour cela qu'il ne lui avait pas infligé le tabassage en règle, à vrai dire, suite à son quatrième impair. Il ne lui en restait plus qu'un en stock, et il espérait ne pas le gâcher maintenant.
Cependant, il y avait eu un autre effet indésirable : les élèves avaient parlé autour d'eux. Et dorénavant, l'ensemble de l'école les regardait avec un air étrange, et surtout surtout, Helbecque et sa mémoire diaboliquement parfaite avaient repéré quelque chose d'inhabituel, de suspicieux même.
Talbert et Aaron n'étaient pas visibles. Norbert et Eric non plus d'ailleurs, quoi qu'il devait manger chez lui le midi peut-être.
En tout cas, un froid glacial régnait entre le Protecteur et le professeur et ce dernier attendit soigneusement que l'homme ait fini de taper sur sa montre avant de dire :
– Je suppose qu'on est quitte, du coup.
– Je l'ai signalé quand même, répliqua Ford en relevant la tête, du coup t'as plus qu'une seule chance. Essaye de faire en sorte que je te sois redevable quand ça arrivera.
Un sourire amusé franchit les lèvres de Helbecque et il s'aperçut subitement que le tutoiement s'était imposé entre eux naturellement, sans que l'un d'entre eux ne fasse la remarque. Il ne s'en formalisait pas cependant, ils s'étaient sauvés mutuellement après tout. Même si la compagnie de Joe lui manquait, il commençait peu à peu à s'accoutumer à l'aspect revêche et procédural de son collègue.
Soudainement, sa vessie lui signala à grand renfort de douleur subite qu'il avait trop bu et il se leva brusquement en énonçant avec une voix calme :
– Faut que j'y aille.

Abraham, qui était en train de dévorer goulûment une cuisse de poulet, se redressa avec calme, se passa la serviette sur les lèvres pour enlever le jus de l'aliment qui commençait à dégouliner, puis se porta à sa hauteur en énonçant calmement :
– Très bien, mais compte pas sur moi pour te tenir la queue, je reste devant la porte.
Un petit ricanement amusé sortit de la bouche de Samuel, en même temps que la réplique habituelle en ce jour de circonstance :
– Oh t'inquiète pas, elle n'a besoin de personne pour cet usage là.
Un haussement de sourcil indifférent lui répondit et il s'apprêta à dire que ce n'était qu'une blague jusqu'à ce que la voix pas encore tout à fait assurée de Norbert Hertz retentisse dans leurs dos :
– Dîtes, M. Ford, je peux vous parler ? C'est à propos d'Eric et M. Talbert.
Helbecque aurait eu envie de rester, mais il ne tenait plus, ce qui était très étrange vu qu'il savait généralement bien se contenir. Il s'éclipsa ainsi discrètement quand son Officier se retourna pour parler au jeune prof et s'engouffra ainsi dans les toilettes des hommes.
Les toilettes, en eux-même, étaient d'une banalité affligeante et assez blanc de partout pour être facilement pris pour des WC d'hôpitaux. Le bruit habituel du robinet en fuite et de l'eau dégoulinant une fois de plus du lavabo qui inondait petit à petit le sol de la pièce fit pousser un grognement à Helbecque qui marmonna en se positionnant confortablement devant un urinoir d'une blancheur éclatante, si on exceptait les quelques traces d'urine séchée :
– Putain, le concierge pourrait se bouger le cul et venir réparer ça.
– Oh, répliqua une voix extrêmement classique dans son dos, il ne le fera pas tout de suite, je le crains.

Un caquètement de fureur muet envahit son corps quand il reconnut la voix si exaspérante d'Aaron, mais il se força à ne faire semblant de rien pour terminer le travail. Une fois que l'engin fut rangé et le pantalon boutonné de nouveau, il répondit avec un ton innocent :
– Laisse-moi deviner : ton abruti de patron l'a payé pour me faire chier ?
– Pour une fois, vous répondez justement, M. Helbecque.
Un ricanement envahit la pièce en sortant de la bouche de Samuel et il continua de tourner délibérément le dos à l'Officier de Protection en traversant la pièce pour aller se laisser les mains dans le désormais abreuvoir pour oiseau qui avait remplacé le lavabo. Malheureusement pour sa santé mentale, l'homme continua à parler en marchant à petit pas feutré sur le sol mouillé :
– M. Talbert m'a chargé de vous dire qu'il n'est pas navré de ce qui va arriver.
Ces mots firent relever doucement la tête de Helbecque, qui se retourna pour fixer son interlocuteur dans les yeux. Aaron s'était rapproché imperceptiblement et il le fixait droit dans les yeux. Samuel pouvait ainsi admirer son œil droit gonflé et les multiples plaies qui constellaient son visage, qui n'avaient toujours pas cicatrisé.
Tout en regardant avec un sifflement admiratif l’œuvre d'Abraham, il se contenta de dire avec un calme renversant :
– Vu que vous ne m'avez pas encore sauté dessus pour me tuer, j'en déduis que Nicolas a encore un message pour moi.
– Effectivement, répondit le chétif avec son ton morne habituel et en dardant son regard glacé momentanément borne dans le miroir derrière eux, il me charge de vous dire que je suis maintenant votre Officier et que vous avez commis le cinquième impair.

Une fois que Samuel eut compris le sens de la phrase, il saisit Aaron à bras le corps et le poussa violemment en arrière. L'Officier ne sembla pas surpris, mais lâcha malgré tout volontairement son couteau par terre et se remit sur pattes aussi sec, avant d'utiliser la technique du taureau sur Helbecque. Ce dernier se jeta sur le côté, escomptant que le sol mouillé fasse glisser Aaron, mais son probable futur tueur se réceptionna vite sur ses pieds et se retourna avant de faire un coup de pied arrière s'apparentant à une ruade.
Samuel n'ayant pas anticipé cela et ayant déjà commencé à avancer sur lui, le coup le prit dans le poitrail et le propulsa contre une porte de toilette, qui s'ouvrit en grand sous le choc pour dévoiler une cabine vide. Immédiatement, l'homme se cala dedans et claqua la porte au nez du tuméfié qui lui fonçait dessus. Un grondement sourd lui répondit et il lui refourgua de nouveau la porte dans la figure, ce qui fit tomber Aaron à la renverse sur le sol mouillé.
L’œil gonflé de l'agresseur se tourna vers lui, mais Samuel avait déjà commencé à poser ses mains sur la trachée et voulut se forcer à serrer de toutes ses forces. Mais étrangement, il ne put le faire. Et il fournit ainsi à son ennemi l'opportunité qu'il attendait pour lui administrer un puissant coup dans la tempe droite.
Le crochet du gauche lui fit voir des chandelles et il tomba à la renverse sur le sol, momentanément assommé. L'homme en profita pour le soulever violemment en soufflant à répétition, avant de lui plonger rapidement la tête dans le lavabo inondé.

Helbecque reprit immédiatement pleinement conscience quand il se rendit compte de la situation. Il tenta de donner des coups de pied à la volée en arrière, mais Aaron le stabilisa avec un bon coup de pied dans les parties qui le fit tomber à genoux et se cogner le menton contre le bord inférieur du lavabo.
La main puissante de l'agresseur malgré sa carrure chétive maintenait la tête de Samuel sous l'eau et ne semblait pas décider à la lâcher. Le professeur d'histoire, dans un élan de fureur, tenta de le griffer mais la seconde main d'Aaron agrippa violemment ses bras et les claqua contre la paroi du lavabo.
Un cri de douleur étouffé par l'eau fit perdre quelques secondes d'oxygène de plus au professeur, qui commençait peu à peu à perdre de la force. Après quelques secondes de ce traitement, l'oxygène venant à lui manquer, il n'essaya même pas de bouger les bras. Il concentrait toute sa force dans son crâne, pour le soulever hors de portée de la main et pour pouvoir frapper cet homme à mort.
Il était fou de rage, il avait mal partout mais ses pauvres poumons réclamant de l'oxygène le torturait intérieurement et il finit par fermer les yeux pour ne pas voir la mort arriver et surtout, pour pouvoir concentrer plus d'effort sur sa lutte.
Seulement, à un moment, ce fut fini.

Sentant la pression de la main se relâcher subitement, Helbecque se rejeta en arrière en inspirant un grand coup et vit ainsi Abraham Ford saisir à bout de bras un Aaron décontenancé. Il essaya bien, à son tour, de se débattre mais la poigne de fer du colosse était trop forte pour lui.
Un soupir sortit des lèvres du Protecteur, puis il serra ses lèvres pour former une mine interrogative sur son visage. Samuel, qui reprenait peu à peu son souffle et ses capacités motrices, vit qu'il ne serrait aucunement le cou de sa proie.
Mais il lui régla cependant son compte assez rapidement, en lui projetant sa tête déjà endommagée contre le bord en fer du lavabo. Un bruit de craquement envahit brusquement la pièce, montrant deux choses : premièrement, le crâne d'Aaron s'était fendu en deux en montrant un bout de cervelas et il avait cessé de bouger pour laisser la place à la mort.
Deuxièmement, le lavabo avait été détruit sous le choc, l'eau s'écoulait maintenant à flot dans les toilettes et Helbecque se surprit à plaindre le pauvre concierge qui devrait s'occuper de cela plus tard.
Cependant, il devait reporter son attention sur Abraham : l'homme avait en effet jeté le cadavre dans un coin comme s'il s'agissait d'une peau d'animal et commença à se plaindre à voix haute en tripotant sa montre :
– Putain, ça va encore être la galère pour les démarches administratives. Il va falloir que je trouve moi-même un nouvel Officier pour cette enflure de Talbert bordel...
– Je te dois une fleur, mec ! Répliqua Samuel sans réfléchir.
Le rouquin leva un œil étonné et se contenta de dire en haussant les épaules :
– J'ai fait que mon boulot sur ce coup-là, mais si tu veux jouer à ça tout le temps, très bien ? J'espère que tu te souviendras de ça la prochaine fois que je serais dans la merde, ce qui ne devrait pas arriver souvent, soit-dit en passant.

Un sourire amusé franchit les lèvres de Helbecque et il se détourna pour essayer de sortir de la pièce, en laissant Abraham régler les derniers problèmes. Il avait encore du mal à marcher et sa tête le lancinait, mais il réussit cependant à ne pas s'effondrer en sortant des toilettes... pour se retrouver devant une foule inquiète menée par le directeur tête de fouine.
En voyant l'état de son employé, ce dernier perdit un instant sa tête sévère, mais garda le ton pour demander avec fermeté :
– Je peux savoir ce qui s'est passé, M. Helbecque ? On aurait dit un combat à mort, là-dedans.
– Rien ne serait plus proche de la vérité M., répliqua Samuel en souffletant, c'est juste l'Officier de ce cher Nicolas Talbert qui a tenté de me tuer. Une chose habituelle en somme, mais demandez à M. Ford pour plus de détails.
L'homme le prit au pied de la lettre et s'engouffra immédiatement dans les toilettes, laissant tout loisir à l'agressé pour traverser la foule silencieuse et aller s'asseoir avec un soupir de bonheur sur la chaise qu'il avait quittée depuis une éternité... En tout cas, il estimait qu'il s'était passé ce laps de temps là.
Quelqu'un vint rapidement s’asseoir sur la chaise adjacente à la sienne et il ne prit pas la peine d'ouvrir les yeux qu'il avait fermé pour se reposer :
– Talbert t'avait obligé à distraire Abraham pour qu'Aaron ait le champ libre, je suppose...
– Oui en effet, répliqua la voix timide de Norbert, mais Eric était de son côté. Je refusais, je me prenais une balle. J'ai pensé à ma survie en premier lieu.

Helbecque ne lui en tenait pas rigueur, il se doutait qu'il avait été manipulé. Il entendit distinctement le directeur sortir en rugissant « Trouvez-moi Talbert sur le champ ! » et il s'écoula alors quelques secondes de chaos, de bruit de course avant que le réfectoire ne soit entièrement vide, ce qu'il confirma en ouvrant les yeux.
En se tournant pour observer les cheveux blonds sombres du jeune prof, il énonça un fait évident :
– Talbert avait prévu un plan de secours au cas où Aaron échouerait. Il s'est tiré avec Eric, et tu peux me croire. Ce gros salaud ne reviendra jamais à Kadic, c'est fini.
– Et vous, demanda Hertz en dardant ses yeux marrons sombre sur Abraham qui venait de sortir de la pièce avec un air sombre, vous allez rester ici ?
Les regards des deux hommes se croisèrent, et ils se comprirent instantanément. La revanche allait venir un jour, puisque la vengeance est un plat qui se mange froid.
Mais il se contenta juste de dire à Norbert :
– Honnêtement, je dirais que c'est sûrement la dernière fois que je mets les pieds dans l'enceinte de ce collège-lycée tant que Talbert et Eric sont encore en vie.


**

*

**


NOAH


L'eau coulait à flot sur ses mains couvertes de sang, mais Noah Emmerich ne pouvait qu'en être satisfait : plus le liquide rouge circulant dans les artères recouvraient ses membres, plus cela signifiait que ses recherches avançaient. Le maître ne serait donc pas désappointé et ça, le Généticien aurait pu s'en réjouir s'il avait éprouvé la moindre émotion.
Il ne savait pas par quel miracle ceci avait pu arriver, mais c'était le cas : depuis sa naissance, aucune émotion positive ou négative n'apparaissait sur son visage pour se manifester. Il était morne, blasé, seule la douleur physique l'habitait. Il se doutait bien que c'était pour cela que le maître l'avait recruté, pour son absence de scrupules.
Il l'avait bien prouvé la veille, en égorgeant sans réfléchir et sans ne serait-ce qu'être content le blondinet qui avait osé monter dans son antre. Certes, son copain était parti, mais il n'avait pas vu le contenu de la pièce et tant mieux pour lui : il resterait donc en vie pour l'instant.
Seth releva lentement la tête pour s'observer un moment dans le miroir situé au-dessus de son lavabo : toujours cette tête éternellement figée en une mine étonnamment simple et honnête, des cheveux blonds décolorés à la Donald Trump malgré le fait qu'il haïssait autant que faire se peut le défunt milliardaire, un visage rasé de tellement près qu'aucun poil ne daignait apparaître et des yeux étonnamment rouges sang dénués de la moindre expressivité. Il était, en terme physique du moins, d'une banalité à toute épreuve quand on exceptait ses yeux d'albinos.
Mais il n'en avait cure.
En effet, sans être un énorme sadique comme Austin ou un manipulateur cruel comme Steven, il avait un mécanisme de défense très particulier : la crainte que les gens avaient de lui. Après tout, qui pouvait prévoir qu'il allait faire quelque chose ? Personne, et c'était ce qui le rendait dangereux.

Soudainement, son attention se recentra sur les sons et il entendit distinctement les petits grésillements électriques émanant de la prise située à côté du brancard installé derrière lui, sur lequel il venait de terminer de recoudre Lloyd Skinner.
S'il avait pu sourire, Noah l'aurait fait, mais il se contenta de dire avec son ton habituel :
– Bonjour maître, j'espère que vous vous portez bien.
– Très ironique, répondit le Spectre de son ton de programme en s'avançant, de dire ça à quelque chose qui n'existe pas physiquement. Mais ce n'est pas le point : X.A.N.A. veut voir l'avancement de vos travaux.
– Sur lequel ? Rétorqua Emmerich en bougeant à peine les lèvres et en se retournant pour fixer l'avatar.
Les lunettes sombres du Spectre reflétèrent un instant la lumière émanant du projecteur situé au-dessus d'eux, ce qui aurait fait hausser un sourcil au scientifique s'il avait appris comment faire, puis il prit la parole avec sa voix morne :
– Le maître veut des nouvelles du Limier, de l'Armure et du Réceptacle.
– Ils vont bien tous les trois, rétorqua le blond en avançant à petit pas au côté du Spectre, mais c'est la Bête qui m'inquiète. J'ai l'impression qu'il répond mal au traitement.
– Eh bien, rétorqua l'avatar mystérieux après une seconde d'hésitation ou plutôt de réception des ordres de son supérieur, administrez-lui une dose plus conséquente. S'il n'est pas mort, c'est qu'il survivra. Ne le ménagez pas, Seth.
– Ne vous inquiétez pas maître, rétorqua Noah avec un ton qu'il se forçait à paraître joyeux, ils seront tous les quatre sous vos ordres dans peu de temps.
– J'y compte bien.
– Généticien, les coupa une voix forte et énervée venant des escaliers derrière eux, j'exige des explications ! Et j'espère que vous en avez des bonnes !

Le Spectre, pour une fois, se retourna plus rapidement que l'humain qui se tenait à ses côtés, mais Emmerich n'avait pas besoin de faire face à son interlocuteur pour rétorquer :
– Et je peux savoir de quoi je devrais m'expliquer ? De la mort de Lloyd Skinner ?
– Je m'en fous de ça, rétorqua Xander en se mettant devant lui pour lui darder son regard bleu glacier, mais vous auriez pu me prévenir que je me débarrasse du corps ! Maintenant, les époux Belpois veulent le récupérer et se venger accessoirement !
– Envoyez-les moi, rétorqua Noah avec son ton habituel dénué d'émotion, ils ne feront pas long feu non plus. Et ils feraient de passionnants sujets d'étude.
– Je crois que tu en as assez, taré. Rétorqua la voix meurtrière de l'abruti de service, James Kucsulain.
Le blond se retourna lentement et s'avança doucement pour darder son regard malsain dans les yeux de la couleur de la terre de son interlocuteur. Il gagnait toujours aux batailles de regard, il lui suffisait d'attendre 3 secondes.
1. Kucsulain se gratta nerveusement la nuque.
2. Xander poussa un soupir agacé.
3. Le garde du corps se détourna vivement et Noah, sans s'attarder sur cela outre mesure, se retourna pour exprimer gravement son point de vue :
– J'ai juste refermé Lloyd et je prévoyais de le donner à la famille en consolation.
– Vous n'avez aucune connaissance des sentiments humains, rétorqua le Patron avec une horreur palpable dans le ton, si vous pensez que ça les soulagera d'une quelconque manière.
– Ah, parce que vous les connaissez bien ? Rétorqua calmement le Généticien.
Xander se mit à fulminer et serra les poings en se dirigeant vers la sortie, mais Emmerich s'en fichait pas mal. Il n'avait aucunement peur de lui, pas plus que du garde du corps ou même du Spectre. Il n'avait peur de personne, sauf d'une seule personne : lui-même.
Étonnamment.

Quant il ressortit de sa pensée amusante, il se retrouva face à du vide.
Xander Berkeley et James Kucsulain étaient partis.
Le Spectre, ayant obtenu tout ce qu'il voulait, s'était évaporé rejoindre son maître.
Et Noah se retrouvait donc tout seul, avec son meilleur ami : la solitude, comme il le pensait si subtilement.
Cependant, il avait encore une dernière chose à faire avec Lloyd Skinner.
En passant à côté des cages lentement, il entendit un bruit de coup sur le métal, mais il n'en eut cure.
Quant il se saisit rapidement de sa tronçonneuse portative, il se coupa légèrement le doigt sur la lame, mais il n'en eut cure.
Quant il se mit, avec sa froideur habituelle, à découper le bras gauche du cadavre, il se retrouva au bout de quelques secondes recouvert d'une pléthore de sang, mais il n'en eut cure.
Il s'en foutait de tout, à vrai dire. Juste de la remarque de Xander.
Il voulait se débarrasser du cadavre embarrassant de Lloyd Skinner.
Et bien, ce cher chef du régime n'allait pas être déçu.


**

*

**

_________________
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Dernière édition par Draynes le Ven 14 Oct 2016 14:34; édité 2 fois
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Draynes MessagePosté le: Jeu 22 Sep 2016 19:17   Sujet du message: Répondre en citant  
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CLAY JULIUS



À sa grande surprise, lorsqu'il ouvrit les yeux, il ne vit rien.
Que le noir absolu, le vide, la mort en somme. Cela faisait des années qu'il ne voyait plus que ça, quand il se levait, quand il parlait, quand il se couchait.
Et tous les jours, il se faisait une blague : il parlait à voix basse et se chuchotait « Un jour, tu recouvreras la vue ».
Et à chaque fois, un faible ricanement s'échappait de sa bouche qu'il imaginait vieille et tordue, comme le reste de son corps.
Certes, Lionel était là pour le décrire quand le Magistère lui demandait, mais il soupçonnait son second d'embellir les choses. Il n'était rien d'autre qu'un pauvre vieillard horriblement fatigué et modelé, qui n'allait pas tarder à passer l'arme à gauche. Ça, Clay Julius Matissard le savait parfaitement, mais il s'était fixé un objectif.
Ne pas mourir avant d'avoir éliminé Xander et tout ce qui lui tenait à cœur. Il avait soutenu ce salaud, à l'époque, avec le Misanthrope et l'Étranger, comme il les appelait autrefois. Ils faisaient tous les deux partis de ces cibles privilégiées, celles dont la seule pensée positive qui le submergeait à leur sujet était de les voir morts devant lui. Et oui, de les voir avec des yeux.
Et c'est à cet instant qu'il réalisait à chaque fois, avec un claquement exaspéré de la langue, qu'il s'agissait d'un fantasme. Et c'est ce qu'il fit à cet instant précis.

Cependant, il n'eut pas le silence, comme d'habitude. À la place, il reçut une remarque avec le ton désincarné et si agaçant de Cédric :
– Vous allez bien, M. ?
– Oui, rétorqua faiblement le Magistère avec une pointe d'agacement dans la voix, j'étais juste perdu dans mes pensées. Quelles sont les dernières nouvelles ?
– Lionel est presque arrivé sur le lieu où est retranché l'objectif. Je vous tiendrais informé minute par minute grâce à la caméra.
– Merci, Vanessa. Rétorqua le chef en se tournant vers la direction de la voix pour ne voir que du noir.
Un soupir de détresse s'échappa de ses lèvres et il regretta rapidement la discrétion de Lionel Igen lorsque Yvantal se précipita pour le soutenir tout en disant :
– Attendez, M., je vais vous poser sur un fauteuil, je pense que vos jambes sont en train de souffrir.
Effectivement, l'écrivain avait raison, mais Clay Julius préféra ne rien dire et se laissa se faire installer. Certes, Cédric était très efficace, mais il était trop bavard, ce qui était un comble vu sa taciturnité. S'il avait pu embaucher un muet comme second, le Magistère l'aurait fait sans se poser de question.
Déjà, il n'aurait plus été le seul handicapé physique de la maisonnée.
Ensuite, il n'y aurait pas eu de risque de trahison et surtout surtout.... Un muet ne parlait pas et ne détaillait pas tout ce qu'il faisait.
Igen avait appris à ne rien dire, laisser le vieillard tenter de se débrouiller le plus possible tout seul, mais Cédric, pour l'instant, non.
Et le constat était simple : il souhaitait de tout son cœur que son second revienne de sa mission en vie, encore plus qu'à l'accoutumé.
Voulant suivre la situation, il demanda avec sa voix naturellement cassée :
– Ma chère Vanessa, pouvez-vous augmenter le son, je vous prie ?

La seule femme de l'équipe régissant la Fraternité soupira bruyamment, mais le Magistère n'en tint pas rigueur car il savait parfaitement qu'elle réagissait toujours comme ça à chaque demande, et ce de n'importe qui. Et de plus, elle accéda à sa demande.
Et ce que ces faibles oreilles eurent à entendre, il ne voulait plus l'entendre : des cris de douleur, des tirs de mitraillettes, des mugissements provenant de Lionel probablement, ainsi que le bruit d'éclaboussure contre des murs. Avant qu'il ne puisse ouvrir la bouche, Cédric lui répondit sur le champ :
– Lionel et certains de ses hommes sont entrés dans l'appartement, mais Austin Amelio et une vingtaine d'hommes ceinturent le quartier et ont entendu les coups de feu. Ils devraient bientôt être sur les traces de nos hommes.
Clay Julius, après avoir entendu cela, se cala confortablement dans le fond de son fauteuil et demanda avec un ton détaché et cassé :
– Vous pensez que le frère de Jonas va venir ? Antoine est le dernier à l'avoir vu en vie.
– Oh, répondit Idolato avec un ton étonnamment sympathique, c'est son frère. S'il a la moindre affection fraternelle, il viendra interroger Bardou-Jacquet sans discuter et sans réfléchir.
– Il n'avait pas l'air d'être très attaché à Jonas quand je lui en ai parlé, rétorqua le vieil homme sans prendre en compte les bruits émanant du micro posé sur le torse de Lionel.
– Il était surtout fou de rage, rétorqua la bonne femme pendant que les coups de feu recommençaient à retentir, on avait embrigadé sa famille dans le conflit et il n'en est pas revenu. Vous savez qu'il y a peu de chances qu'on le revoie en vie.

Un silence marqua cette réplique, pendant que les cris venant du micro continuaient à submerger l'esprit fatigué de Clay Julius Matissard. Cependant, à un instant, il entendit le bruit d'un claquement de porte de fourgon et le son caractéristique du crissement d'un pneu contre le bitume.
Il savait que Lionel avait réussi, et les bruits s’éteignirent peu à peu. Plus de coups de feu, plus de cris, plus de mugissements. Mais il s'étonnait intérieurement de ne plus entendre le bruit du véhicule, comme s'il s'éloignait.
Soudainement, un léger bruit de douleur lui parvint dans les oreilles, suivi d'un bruit strident insupportable. On aurait dit que quelqu'un faisait crisser une craie ou des ongles sur un tableau de cours. Il se couvrit rapidement les oreilles pour ne pas que ses tympans de vieillards n'explosent et attendit une réponse.
Et elle lui vint rapidement, grâce à une voix menaçante et cruelle :
– Magistère, je devine que ceci est un micro et que vous m'entendez. Je serais bientôt devant votre porte, vieux con, et je peux vous assurer que je vous détruirais tellement lentement chaque os de votre misérable corps que vous me supplierez de vous tuer, ce que je ne ferais pas. Oh non, bien au contraire.
Et ensuite, le dernier bruit qu'il entendit fut un crissement de bottes et le silence se fit. Il devina rapidement qu'Austin Amelio avait détruit le collier et il demanda avec un ton éteint :
– Quelqu'un peut me faire un résumé visuel, pour que je sois bien sûr de l'ampleur de la catastrophe ?
– Ils ont tous réussi à s'échapper, répondit Yvantal avec son ton sérieux, mais l'escouade de Lionel s'est fait massacrer par les hommes d'Amelio. Il s'est sacrifié en se laissant en otage pour que Bardou-Jacquet, le Poisson Noir et Rider nous reviennent en vie.

En entendant cela, Clay Julius Matissard tenta de se relever. Il accrocha ses mains frêles sur les accoudoirs du fauteuil et poussa sur ses faibles jambes. Après quelques secondes, il parvint à se tenir debout, mais Cédric dut rapidement intervenir pour éviter que son ventre, certes pas ballonné mais suffisamment gros, ne l'emporte vers l'avant.
Pour une fois satisfait de l'intervention de l'intellectuel, il éleva rapidement la voix à l'intention d'un sujet perdue dans le noir éternel que lui montrait ses yeux morts :
– Je pense comme vous, Vanessa. Jonas et Lionel ne nous reviendront sûrement pas vivants. Nous devons commencer dès à présent la préparation du plan de secours au cas où mon second craque.
La femme ne lui répondit pas, ce qui provoqua un claquement agacé des dents, mais il mit ce mutisme sur le compte du choc. Il n'en tint cependant pas compte et tourna légèrement son corps pour que Yvantal comprenne la marche à suivre.
Ils quittèrent ainsi la pièce pour que le vieil homme puisse continuer sa journée.
Il allait prendre une bonne sieste bien méritée.
Puis il lui resterait une dernière chose à faire, après le retour des trois miraculés..
_________________
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Dernière édition par Draynes le Jeu 08 Déc 2016 17:24; édité 2 fois
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Ikorih MessagePosté le: Sam 24 Sep 2016 18:18   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


Inscrit le: 20 Oct 2012
Messages: 1438
Localisation: Sûrement quelque part.
Citation:
Il voulait se débarrasser du cadavre embarrassant de Lloyd Skinner.
Et bien, ce cher chef du régime n'allait pas être déçu.

J'ai une méthode aussi, qui n'implique pas de le découper en morceaux et qui est bieeen plus efficace. ça tient en deux lettres. F-H.
Acide Fluorhydrique.

Ouais ça faisait un moment que j'avais plus fait de passages, j'avais plus de Doliprane tu vois. (a)
Mais en tout cas je salue la taille des chapitres c'est pas mal. C'est toujours le bordel vu que tous les persos ou presque sont des inconnus (tout ce que j'ai toujours aimé chez Martin...ou pas xD) et que ceux qu'on connaît ont la bonne idée de ne pas être dans le chapitre, ou pas longtemps. Connards.
On parlait tout à l'heure d'Abraham dans la liste de mes persos préférés, il vient de se faire kicker par Obéron qui, bien que je désapprouve l'accent sur son prénom, est quand même cool ne serait-ce que parce qu'il tient un fusil de sniper.
Cette déclaration est validée par Wreck Moore.
Bon ok son focus était sympa à lire aussi (les fusillades c'est sympa), on notera le surnom sympa filé à Pustule x)

Sinon, bon, notre charcuteur fou a un intérêt un peu vite fait (en soi on reste un peu dans le cliché du scientifique fou sans émotion, une vision de ES en somme), et sinon j'ai réalisé que Samuel avait le même nom de famille qu'un perso d'un bouquin que j'aime bien. Toute ma perception a été changée.
Je ferais bien des théories ou quoi mais c'est chaud parce que je me souviens déjà plus de la moitié du chapitre XD

On ne peut cependant pas nier que tu fais du bon boulot. Moi je fais acte de présence, parce que j'ai rien d'autre à foutre (a). Bref du coup pour la suite je veux voir le Découvert, Obéron et l'héritier spirituel des frères Baker. Je sais que tu l'as planqué quelque part. :c
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Lhetho MessagePosté le: Sam 24 Sep 2016 20:49   Sujet du message: Répondre en citant  
[Frelion]


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Messages: 70
Localisation: Une chose est sûre, c'est sur Terre !
J'arrive enfin à lire tes chapitres de façon rapide et compréhensible. Il l'aura fallu du temps mais ça y est. Et le contenu est toujours aussi intéressant. Les descriptions sont détaillées et ton histoire tien toujours très bien la route. En tout cas au niveau du chapitre en lui-même, j'aime bien la relation entre Samuel et Ford. Ce jeu du "on sera quittes" me plaît beaucoup, surtout dans le contexte social et politique que tu as mis en place dans ta fic.
Les scènes de bataille m'ont plu également. Elles sont bien écrites et font de surcroît avancer le récit.
Mais bien sûr la scène préférée est celle du point de vue de Noah. Je vais vraiment finir par passer pour un gros malade mental mais j'adore ce genre de scènes gores. En plus le développement des caractéristiques morales du personnage est bien réalisé, ça colle parfaitement avec les pensées que pourrait avoir ce genre de personne.
Bref, un chapitre qui m'a vraiment plu. J'attend la suite avec impatience, en espérant que les rebelles s'en sortent...
_________________
"La politique est un art, l'art de faire le bien quand c'est possible et de faire le mal quand c'est nécessaire" Machiavel
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Silius Italicus MessagePosté le: Lun 03 Oct 2016 15:27   Sujet du message: Répondre en citant  
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Inscrit le: 03 Fév 2015
Messages: 177
Localisation: à l'Est d'Eden
Bonjour cher Draynes,
Il se dit que vous avez décidé de toucher le ciel.

Qu’en est-il donc ?

Tout d’abord, commençons par le plus long, un petit relevé orthographique. Rien de très notable, puisque vous vous êtes bien affûté depuis nos premières rencontres en ce royaume. Un point de forme cependant : Les majuscules s’accentuent en français, ainsi as-t-on « JÉRÉMIE » et non « JEREMIE » pour les indications de points de vue, ce qui est troublant, c’est que vous avez accentué « OBÉRON » dans le chapitre 4. Les autres points récurrent du reste concernent le participe passé du verbe devoir, et l’accord des participes passés.


Spoiler




Bref, venons-en au au texte maintenant. C’est long, compacte, et assez prenant. Le souci, c’est qu’Icer ou Tyker on déjà dit un certain nombre des remarques qui me venaient, et se serait leur faire insulte que de dire que les grands esprits se rencontrent.
L’influence de La Geste de glace et de feux est particulièrement sensible ici, déjà dans le titre où elle justifie, ou tente de le faire, l’emploi d’e l’anglais en sus du français « Jeux de pouvoir », qui reste pourtant des plus explicites, notamment vis-à-vis de vos objectifs personnels au sein de ce récit. Au vu de l’importance de ce thème, il semble indispensable de préciser que je n’aime pas les ouvrages de Monsieur Martin, quoique les ayants lus à de multiples reprises dans leur ensemble.

Puisque nous sommes encore au début, le comparaison, courte, avec vos œuvres passées, n’est pas dénué de sens. Ce récit est de ce point de vue dans la continuité : situation politique ou géopolitique, résistance, cruautés, attention porté au méchant, refus du manichéisme, et ambition… Sont donc réunis ici nombre d’ingrédients préalablement testés, mais avec un peu plus de maîtrise peut-être. Cela étant dit, vous vous faites un peu déborder par l’ampleur que vous donnez à ce récit. La liste des points de vue par chapitre est révélatrice. Vos lecteurs ont commencé à demander une liste de personnages à partir du chapitre 3. Celui-ci, ainsi que le chapitre 4 ont nécessité d’être fractionné en deux messages. Or ce sont les seuls à comprendre quatre points de vue différents chacun. Ajoutons qu’ils introduisent cinq nouveaux points de vue, sur un total de neuf différents au sein de votre récit à la fin du chapitre quatre, soit plus de la moitié. Vous allez trop vite. D’autant que chacun de ces nouveaux venus vient avec son entourage, sa société propre, et souvent il y a très peu de liens entre ces monades : pour l’instant ces bulles restent très largement disjointes. De manière intéressante, la vitesse d’introduction de nouveaux personnages était un défaut présent dans le premier livre de la Geste de glace et de feu. Cela dit, c’était alors atténué par le fait que ces personnages étaient introduit par capillarité. En effet, ils étaient déjà connus du lecteur pour avoir été vu au travers d’un précédent point de vue. Par la suite, Monsieur Martin cessera d’user de ce principe de capillarité, introduisant tant et plus de personnages aux connexions très faibles (de ce point de vue, on pourrait presque parler de régression de sa part), à une vitesse toujours plus élevée. Vous semblez prendre cette route dès le départ. De plus, le mode d’écriture vous dessert ici, puisque, forum, oblige, vous publiez sous forme de feuilleton, et non en continu. Donc vos lecteurs oublient qui est qui, ne peuvent conserver autant d’éléments et de rappels en tête sauf à tout relire à chaque nouveau chapitre, mais la vitesse de croissance de votre récit tant à rendre cela impossible. Vu la taille de vos chapitres, il est peu réaliste d’attendre de vos lecteurs une relecture complète à chaque parution.

Notez que cela ne change rien à la qualité des personnages en eux-mêmes. Ils sont assez variés, expressifs et diversifié. Mais ils souffrent un peu de cette surabondance qui empêche de les fixer efficacement en mémoire. Xander reste sans doute le plus original. Il est vrai qu’il s’agit là du type de personnage, le grand méchant, auquel vous prêtez une attention et un intérêt particulier. Ce qui le rend intéressant, c’est sa motivation. Il veut devenir parfait. La perfection étant ici à entendre comme être à l’image de Xana. Dans le fond, il s’agit d’un fanatisme. Un fanatisme emprunt de religiosité (« le fondateur de toute choses »), mais aussi une nouvelle sorte de fanatisme en un sens. En effet, il cherche la transformation de l’homme. C’est la raison des travaux sur les cyborgs. Une transformation définitive et immanente. Les fanatismes religieux classiques ne cherchent pas pareil transformation, pour diverses raisons, même si leur objectif est aussi de se rapprocher de leur idée de la perfection. Les fascismes ne cherchaient pas plus à transformer les hommes. Les régimes communistes eux avaient cette idée, mais leur moyens, et in fine l’image qu’ils se faisaient de leur but étaient très différents. C’est en cela que Xander se révèle pour l’instant particulièrement intéressant. Une dernière note sur les personnages, vous accordez énormément d’importance à leurs yeux. Or de manière intéressante, regarder les yeux d’autrui est, presque universellement, taboué pour diverses raisons. Il est peu probable que ce type de règles ait connu sa révolution dans votre univers, aussi faut-il garder en mémoire que les gens regardent les pommettes, et non les yeux. Attention alors aux dialogues où une partie de la lecture se fait par le regard.

Pour ce qui est de l’univers déployé, il est bien pensé et construit. Vous vous situez dans un univers plus ou moins dystopique, mais qui reste très proche du présent. Or on voit assez peu ce qui reste des anciennes structures de gouvernement ou de la société civile. Seules les nouvelles font leur apparitions. Ce qui fait que l’on a du mal à voir quel est leur rôle sans consulter les annexes. Vous ne souffrez pas d’un monde creux, ou d’un manque de construction, mais d’un problème d’introduction. Le conseil des ministres de Xander en porte la marque. L’accent y a été mis sur les hommes, avec leurs défauts et rivalités, et non sur les fonctions. Cela dynamise et personnalise le récit. Mais leurs rivalités ne font pas vraiment de sens si l’on est incapable de les situer au sein de la structure gouvernementale (qui doit par ailleurs avoir gardé nombre de services et fonctionnaires antérieurs, car une administration cela ne s’improvise par en un claquement de doigts). Cela étant dit, le choix de Samuel, professeur d’histoire, pour introduire le récit est une excellente idée qui permet de donner un premier aperçu de ce qui s’est passé en évitant la lourdeur narrative. C’est à la hauteur de cette idée qu’est la déception d’en apprendre en fait plus sur ce monde au moyen des annexes qu’avec la narration pure. Pour rappel, le récit démarrant en 2036, cela fait 12 années que Xana veille aux destinées françaises.
Du reste, qu’en est-il de ce monde ? La France y est devenu une technonomie (néologisme) mêlée d’une théocratie. À ceci près que le statut exact de Xana tel que la population le connaît reste incertain. Il est le « fondateur de toutes choses » certes, mais est-il connu comme étant une machine, un programme ? Dans le même ordre d’idée, il a fait face à une révolte, mais celle-ci était visiblement peu suivie et a rapidement était mise hors-jeu. Ne nous leurrons pas, la Fraternité est à la France ce qu’un moustique est à un homme : un ennui passager pour lequel on gaspille bien trop de temps et d’énergie. En fait, au vu de la position de Xana il est tentant de penser qu’il s’amuse. Ou, plus exactement qu’il laisse le moustique vivoter afin d’occuper l’administration. Il y a évidemment d’autres avantages à la survie de la Fraternité. Ceux-ci sont inhérents en fait à la nature du régime français, un totalitarisme. Il faut un ennemi intérieur au minimum. Lui associer un ennemi extérieur est un plus non-négligeable, mais pas forcément nécessaire. Xana ici est en fait très proche du Big Browser d’Orwell. Ce qui n’a rien d’étonnant puisque 1984 est la référence fondatrice, centrale et pour ainsi dire inexistante lorsque l’on parle de régimes totalitaires. Ainsi le retrait du chef derrière un autre est un classique : Xander est une façade pour Xana, même si personne ne s’y trompe vraiment. Le point intéressant ici étant que Xander dispose d’une latitude certaine, d’ailleurs les intérêts de Xana et les siens ne se rejoignent pas nécessairement.
Une autre caractéristique notable de ces régimes se trouve être la multiplication des services armées et forces d’interventions diverses qui font doublons. Ici entre l’armée, la police, les forces spéciales et services secrets, il y a de quoi. La Milice est remarquable du fait de son inscription dans l’histoire française réelle. L’existence de cette référence donne immédiatement une idée de ce à quoi on a affaire.
Autre grand classique des régimes totalitaires, le contrôle de l’éducation. Il s’agit d’une évidence, bien mise en scène au travers de l’embrigadement des élèves. Cela étant dit, l’image qui ressort c’est que les élèves ne se sentent pas vraiment concernés. En bons adolescents, la politique ne les intéresse pas au-delà du peu d’exigences scolaires qu’elle représente. À ce stade, la présence des officiers de probation pose problème. Il s’agit d’un corps de fanatiques du régime et de ses vérités et qui a à charge de contrôler les enseignements en temps réel. Autrement dit, il s’agit de contrôler les intellectuels. Ces derniers sont en effet des gens utiles, mais remuant. Le souci, c’est qu’il serait infiniment plus efficace, du moins économique en hommes et en moyens, de former les enseignants eux-mêmes plutôt que de former leurs surveillants. En couplant cela à des moyens de surveillances électronique, on obtiendrait un système plus efficace. D’autant que le système actuel mine l’autorité professorale en classe. Or quelle que soit la théorie pédagogique retenue, il y a écart entre le maître et l’élève, et c’est ce qui fonde l’enseignement, du moins sa possibilité. Permettre au professeur de se faire battre en salle de cours, c’est détruire cet écart, et donc ruiner l’enseignement. Ce qui pourrait être un choix. Le régime pourrait remplacer tous les cours par des heures de Prise de Conscience. Le fait qu’il ne l’ait pas fait indique qu’il y a pour lui un besoin d’un enseignement traditionnel et intellectuel. Évidemment, votre but n’est pas l’analyse et dissection de ce régime, ni même une cohérence formelle, néanmoins, on ne peut que s’interroger.
Une autre caractéristique des régimes totalitaires que vous mettez en avant se trouve être le rôle du langage. Celui-ci est distordu, tronqué et devient flexible. « Officier de probation », « Prise de Conscience », autant de mots distordus entre le concept qu’ils recouvraient et l’usage qui en est fait. On retrouve quelque chose de similaire dans le système d’idée du régime, à supposer que celui-ci soit dans la lignée du parti qui l’a fondé. L’égalité absolue, l’ordre, la sécurité… Il est intéressant de noter que si ce parti est nominalement de droite, il a pour idée initiale centrale des réclamations qui seraient de l’autre bord. En cela il rappelle éminemment le national-socialisme. Ce qui nous rappelle au passage ce qu’il y a de trompeur à penser en termes de droite et de gauche, d’extrême-droite et d’extrême-gauche. L’idée centrale étant que l’égalité et l’ordre avancent main dans la main. C’est l’inégalité qui amène le désordre. Cela s’accorde bien avec le système personnel de Xander. Il rêve d’une perfection machinique, divinisée par ailleurs, qu’il pourrait acquérir, peut-être, in fine, apporter aux hommes. L’égalité par la perfection, et l’ordre de la machine. Cela étant, il n’y a pas d’éclairage sur les buts de Xana lui-même. Certes Xander postule que Xana cherche la perfection (tout en le supposant parfait, aussi Xana chercherait, d’après lui, la perfection du monde externe). Cependant, Xander méprise et même hait les religieux, et donc les religions, ce qui veut dire qu’il ne perçoit pas la part religieuse qu’il y a en lui et dans son régime. En effet, les fanatiques religieux de tout poil ont beau se haïr, ils se reconnaissent toujours entre eux comme étant religieux, comme croyants. Dernière remarque, ce régime tend à l’abus de noms, ou de dates, à majuscules, de surnoms ou de projets secrets. Dans le fond, cela nous ramène plus près de la complexité du réel. Cela dit, c’est aussi dommageable, car le lecteur ne retient pas tout, aussi les effets d’intrigues risquent de se perdre dans les méandres de l’oubli.

Un certains nombre d’aspects de ce régime restent mystérieux. Cela dit on peut distinguer quelques formes désormais. Les Protecteurs constituent une force armée, cela dit, il n’est pas encore net de savoir si celle-ci remplace l’armée, la police, la gendarmerie, ou s’il s’agit d’une nouvelle institution qui vient s’ajouter aux organisations sus-mentionnées. Dans le même ordre d’idée, la distinction, ou son absence, entre les Protecteurs et la Garde n’est pas nette. Il est aussi à noter que les Officiers de Probation sont rattachés aux Protecteurs. Pour l’instant, il n’y a guère plus d’informations sur les Protecteurs. En revanche, les Officiers de Probation sont fanatisés, formés pour être des tenants de l’orthodoxie du régime et ne jamais éprouver de doutes vis-à-vis de ce dernier. Cela ne les empêche pas de faire preuve de certaines souplesses, ainsi que le montre l’exemple de la caméra dans l’appartement de Samuel. Toujours sur les Officiers, ils sont chargés de surveiller donc le corps professoral. C’est dans ce cadre qu’il est question de cinq impairs, à chaque impair correspond une punition : claque, coup, électrocution, passage à tabac et enfin, la mort. Ce qui reste inconnu, c’est le fait de savoir si ce décompte d’impairs peut régresser ou non dans le temps. Si ce n’est pas le cas, on peut supposer qu’il y a un turnover important au sein du corps professoral. On se demande alors pourquoi les gens continueraient à se diriger vers cette carrière.
Trois autres groupes au sein du régime, outre les Maisons qui semblent être un croisement entre la seigneurie féodale et un regroupement de ministères. Ces trois groupes sont le ministère des sciences sous le contrôle partiel de Tlaloc, le corps des Intendants, et le corps des Sauveurs. Une ambiguïté existe à propos de ces derniers. Leur première apparition laissait à penser qu’il s’agissait d’une sorte de police politique. Cependant la quatrième chapitre mentionne explicitement « un des deux Sauveurs en personne », aussi semble-t-il qu’ils ne soient que deux. La mention des sauveurs au côté des intendants dans le discours d’Aiden au chapitre trois semble confirmer cette hypothèse. Que sont donc les Sauveurs ? Les bourreaux, et maîtres des hautes œuvres du régime, ainsi que des chefs militaires. Ils sont sous les ordres directs de Thorne et disposent d’un pouvoir d’enquête. À défaut d’éléments plus précis, il s’agit donc d’agents spéciaux aux larges pouvoirs et chargé d’un certain nombres d’actions particulièrement symboliques sur le terrain.
Les Intendants sont plus mystérieux. Il semble qu’ils ne soient que deux, l’un disparu, l’autre à l’étranger. Leur rôle n’est pas clair. Cela dit, il y a des antécédents historiques. Les intendants étaient, dans la France du Grand Siècle, un corps de l’administration royale au large pouvoir exécutif, et plus particulièrement en charge de la fiscalité et des approvisionnements. Le sens du mot indique d’ailleurs que les intendants sont en charge des opérations de logistique de toutes sortes. Cela mène à penser qu’ils seraient le pendant économique des Sauveurs. Mais rien n’est sûr.
Enfin, il est fait mention d’un service de renseignement intérieur, les Corbeaux, sur lequel il n’y a rien à dire.

Il est fait mention d’un lâché de bombe nucléaire sur la Syrie afin d’en finir avec l’organisation de l’État Islamique. Que vous ayez poser cela est étrange. D’une part la structure et l’étendu géographique de cette organisation (présente aussi en Irak) font qu’une attaque nucléaire ne la détruirait pas, d’autre part, il y a un risque de contamination nucléaire. De même que le nuage de Tchernobyl ne s’arrête pas à la frontière, il n’y a pas de raison que le nuage syrien fasse du surplace, et où qu’il aille en l’occurrence ce serait une catastrophe : au nord, il y a la capital de la Turquie, au nord-est, le Caucase et son pétrole, à l’est le pétrole irakien, idem au sud-est et au sud, au sud-ouest Israël et l’Égypte, enfin à l’ouest la méditerranée et la France. Il faudrait examiner en détail la carte des vents, mais il y a peu de chance qu’un bombardement nucléaire n’aboutisse pas à une catastrophe.

Avant d’en venir à des commentaires sur les chapitres et personnages, maintenant que le monde a été traité, un petit mot sur ce qui est lié à la Geste de glace et de feu. Au passage je remercie Tyker pour sa remarque sur l’emploi des acteurs. Votre récit, et vous le revendiquez, s’inspire beaucoup de cette œuvre. Ou plus exactement de la série télévisé qui en est tirée. La preuve en est l’emploi du déplorable « Poisson Noir » en sus du plus remarquable « Silure ». Certes la traduction française de la Geste est sujette à interrogations et critique, mais elle a aussi nombres de trouvailles particulièrement remarquables et intéressantes. « Silure » en faisait partie, d’où une certaine déception. Comme l’a fait remarquer Tyker, le souci lorsque l’on emploie des personnages pré-existants, c’est que leur image est déjà formée dans l’esprit du lecteur : ils ne sont pas vierges. Ils viennent avec le poids de leurs actions et manière d’être. C’est déjà le fardeau de la fanfiction. Vous le doublez en employant des gens venus d’un autre univers, et donc en décalage culturel et psychologique. Au risque de bloquer le lecteur dans des idées préconçues et faussées, ou en décalage, s’il connaît ces personnages ou personnes importés. L’autre risque, c’est que si vous employez ces personnages venus d’ailleurs, c’est en connaissance de cause, et en conservant des choses. Or le lecteur qui ne connaît ces gens n’a pas accès à ces connaissances, aussi une part du récit lui devient inaccessible. En somme, il ne s’agit pas de condamner ou de rejeter, mais d’appeler à la prudence et à la modération. De fait ici, les noms, ou les concepts importés viennent se mettre en travers. Par exemple dans le cas des « Maisons » qui introduit une équivoque au départ. Car l’accumulation de références pousse à voir le récit au travers de ce prisme.

Il est temps d’en venir à une réflexion sur les chapitres. On notera les références dans les titres qui sont tous liés au cinéma. Ainsi que la forte présence de l’alcool, vos personnages ayant pour le moins une forte descente. Qui ne semble d’ailleurs pas les affecter outre-mesure . Nikolaj peut vider deux bouteilles de whisky sans coup férir, et Jérémie au moins quatre de vin. Sauf s’ils sont tout les deux des alcooliques endurcis, de telles quantité devraient les avoir plongé dans le coma, voir les avoir tués.

Le titre du premier chapitre peut se lire dans chacun des trois personnages. Les fameuses armes humaines de Xander et de ses ministres, les illusions de Jérémie, et le couple de l’enseignant et de son agent.
Le titre du deuxième chapitre Se fait évidemment en référence aux trios qui parsèment le chapitre, mais plus particulièrement chez Steven et Austin.
Le troisième chapitre prend son titre au du de la famille de Nikolaj qui est assez particulière.
Enfin le quatrième chapitre. Outre sa référence à la multiplicité de personnages, dont nombre d’entre eux sont peu recommandables, ainsi qu’aux événements sanglants qui ont eu lieu.

Le premier chapitre sert d’introduction. Encore que le chapitre quatre continue de présenter des aspects d’introductions. Le point intéressant dans ce premier chapitre se trouve être la topique. On a en effet trois personnages, qui incarnent trois lieux différents et surtout qui font sens : la population, le pouvoir, l’étranger. Autrement dit, on a une vision certes partielle mais qui donne à voir l’essentiel de la totalité. Dans deux de ces trois lieux, on assiste à l’épanouissement de rivalités diverses, et pour ce qui est du troisième, ces occupants décident de rejoindre le jeu, d’entrer dans le huit-clos français. Le fait que cette décision soit particulièrement étrange a déjà été noté. Le cas de Xander et de sa cour a aussi été traité. Reste Samuel. Cela fait 12 années que Xander règne sans partage. Il est donc troublant qu’il continue à faire autant d’impair involontairement alors qu’il a visiblement un peu de bouteille. Même en admettant que son officier précédent était laxiste. Il est possible de penser à une révolte inconsciente, ce qui expliquerait que la Fraternité pense pouvoir le récupérer. De fait, il apparaît comme sarcastique sans avoir le cynisme qui sous-tend habituellement pareille attitude. Autrement dit, il joue au dur. De là à le voir comme un idéaliste, il n’y a qu’un pas, qu’il n’est pour l’instant pas vraiment possible de franchir. Une dernière note sur Xander : au vu de son nom, il serait intéressant de savoir s’il prône, ou va prôner un idéalisme. Pour l’instant, rien ne permet de dire quel est sa position de ce point de vue. Pourtant au vu de ses idées cela pourrait être extrêmement intéressant. Il y a un souci vis-à-vis de Jérémie. Xana a annoncé son retour publiquement des années auparavant, et Jérémie a laissé faire ? N’a parlé à personne de ce qu’il savait ? Car les autres pays ont peur de Xana, et la peur est source d’inimité. Autrement dit, le monde entier a du être à la recherche d’informations sur Xana. Donc que Jérémie n’ait rien dit est étonnant, et même moralement contestable. On peut être raisonnablement sûr qu’il n’a rien dit, car sinon il n’aurait jamais eu l’autorisation de sortir du territoire états-unien.

Le deuxième chapitre développe vraiment l’intrigue, au-delà du léger sursaut qu’était l’apparition, dramatisée, de William. Pour autant tout cela reste volontairement mystérieux. En fait, ce récit marche alors plus comme galerie de personnage que comme intrigue. Samuel suit son bonhomme de chemin, somme toute assez prévisible mais qui a l’avantage de développer un peu les personnages, d’offrir une scène de bagarre, genre dont il est connu que vous êtes friand, et pour lequel vous avez du talent. Il en va de même chez Jérémie. Son intrigue progresse sympathiquement et permet de développer un peu ce qui n’avait été qu’entre-aperçu. Le rôle de Lloyd est plus intéressant. Il est d’office pressenti, et présenté, comme celui par qui le malheur arrive, outre son alcoolisme. Il s’agissait d’ailleurs là d’un vice qui n’était pas encore présent. Il est regrettable de ne pas avoir plus d’informations sur les enfants et leur contact avec la France informatisée. D’ailleurs, il semble qu’ils n’aillent pas à l’école, ce qui est pour le moins étrange. Enfin, il y a l’introduction de Steven qui rajoute deux flux d’intrigue au moins à l’ensemble. Une petite remarque, mais il est étrange qu’il savoure au plus haut point sa cruauté, ce qui fait de lui un sadique au sens littéral du terme d’ailleurs, mais qu’il soit exaspéré par les excès en la matière de son collègue. L’invisibilité de son maître qui se ballade à sa guise dans une base militaire est aussi problématique.

Le troisième chapitre nous met au sein de la mystérieuse Fraternité, autant dire que celle-ci apparaît comme assez minable. Le chapitre suivant nous la montrant au combat confirmera cette impression. Au vu de l’âge des recrues et du rythme de perte, le Grand Soir n’est pas pour demain. De fait, on comprend encore mal pourquoi Samuel serait une recrue de choix. Par ailleurs, si Clay est le bailleur de fond de l’organisation, celle-ci a du souci à se faire. Car l’argent reste le nerf de la guerre et vous n’avez pas oublié cette leçon au vu de la présence de Clay ou du Banquier (qui ne doit sans doute sa position au conseil qu’à cela). L’intrigue lié à Jérémie suit son bonhomme de chemin. On notera cela dit que le coup des cyborgs à partir de cadavres est un classique. Reste cette histoire de curiosité. Jérémie le prudent se laisse prendre à ça ? Il a changé avec les années. L’adolescent n’aurait jamais osé. Du reste, cette mort va sans aucun doute précipiter l’action de ce côté-ci, encore que l’on voit mal ce que la famille Belpois pourrait bien faire, isolée comme elle l’est pour le moment. Enfin, il y a le petit nouveau, Nikolaj. Décidément, il y a quelque chose qui vous fascine dans la richesse et son étalage. Car le personnage du riche est un type que vous aviez déjà utilisé. On passera sur les bouteilles de luxe descendue encore plus vite que de la piquette. À ce rythme, sa fortune va fondre comme neige au soleil. Pour le reste on apprend que le régime de Xander est à tendance intolérante. Dans le même ordre d’idée, il est fortement sous entendu que le Banquier est porté sur l’inceste et la pédophilie, et que c’est un trait de famille qu’il partage avec son grand-oncle (qui aurait dû s’appeler Frey). En comparaison le reste de la famille se compose ou d’adolescent auxquels le pouvoir a tourné la tête, et d’une femme délaissée. Rien de très neuf. Finalement, il s’agit plus ici d’introduire de nouvelles intrigues, de nouveaux aspects, plus que de faire progresser.

Le quatrième chapitre tout en poursuivant l’intrigue de Samuel, qui atteint d’ailleurs une forme partielle de résolution est surtout centré sur la Fraternité. On s’étonne d’ailleurs que le Sauveur sache que le Magistère est vieux, et même que c’est un homme, alors que même pour les plus haut lieux du pouvoir la fraternité est plus que nimbée de mystère. On notera que la libération de leur ancien chef s’est payé au prix fort, et qu’ils y étaient près. Du coup on ne peut que se demander quelles informations justifiaient une telle prise de risque. Samuel s’est plus ou moins condamné, assez bêtement, à rejoindre la Fraternité. Ce qui est étrange, c’est le rapport de l’administration à cette violence en milieu scolaire. On dirait qu’il s’agit de quelque chose de normal, d’habituel. Cela donne une certaine idée du monde façonné par Xana. Un monde rude et violent. On ne s’y embarrasse pas de politesse, sauf hypocrite. En conséquence le sauvetage d’Abraham par Samuel au chapitre précédent est exceptionnel dans la mesure où il va à l’encontre de l’idéologie dominante. C’est dans le fond un indice sur la personnalité réelle de Samuel au-delà de ce qu’il affecte. Quant à Abraham il est dans de sales draps. Son rôle étant de surveiller Samuel, il va avoir du mal à échapper à l’exécution, sauf à rejoindre (éventuellement comme espion) la Fraternité. Le personnage de Noah m’a semblé sous exploité, du fait de la focalisation. Il y a chez vous une hésitation entre une focalisation interne et une focalisation omnisciente. Le problème c’est de savoir si c’est le narrateur qui nous parle de Noah ou Noah qui parle de lui-même. Si c’est le second cas, on se demande pourquoi il mentionne la douleur ou les sentiments dans la mesure où ce sont des choses qu’il ne connaît pas, sauf peut-être de manière livresque, et qui ne l’intéressent pas qui plus est. Un personnage avec de tels attributs ne mentionnerait pas ces éléments puisqu’ils lui seraient radicalement étranger. Le point, c’est que ce personnage qui a un potentiel certains en matière d’horreur y perd en crédibilité et en efficience. Plus on s’éloigne du spectre de l’humain, plus les personnages sont difficiles à manipuler. Quand au problème du corps, franchement, dans une dictature comme celle-là, est-ce un problème ? On a des subordonnés à la pelle pour ça, et ce corps peut servir à bien des choses, à Jérémie notamment.

Que dire après la lecture de ces quatre chapitres ? D’une part qu’ils ne forment guère plus qu’une introduction. De fait, les différentes factions ont tout juste fait leur entrée en jeux et révélé qu’elles avaient une main. Le fait est que l’on sait d’ores et déjà que ce récit connaîtra une suite sous la forme d’une saison 2, donc il s’agira d’une suite dans la continuité parfaite. Aussi y-a-t-il du chemin à parcourir avant l’arrivée. Reste à voir si les personnages, eux, tiendront la distance et l’intérêt du lecteur.
Autre point, le dernier des grands centres d’intérêts que l’on vous connaît se fait attendre. En effet, on a eu fort peu de références à l’univers de DC Comics, ou plus précisément à Batman.

Pour l’instant, on a un récit avec un style maîtrisé, qui a atteint un plateau de maturité. Le monde, et les intrigues à y tisser sont consistants et en nombre. Votre principale faiblesse vient ici de votre force. L’ambition vous dessert en ce que tout cela met du temps à s’installer, sans que les enjeux n’émergent vraiment. Peut-être est-ce encore un peu tôt, mais vous avez déjà un nombre non-négligeable de mots à l’actif de ce récit.

Qui vivra verra.

Au plaisir.
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AMDG

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Épisode 5 : J'ai Rencontré le Diable


SAMUEL


Cela faisait maintenant trois journées qu'Aaron était mort et que son commanditaire avait disparu dans la nature. Trois jours s'étaient écoulés et, en cette matinée d'un dimanche classique d'octobre, Samuel Helbecque commençait dorénavant à se faire à l'idée qu'il avait failli mourir.
Si son Officier de Probation n'avait pas été là pour le secourir, il y serait resté. Il s'imaginait encore perdre peu à peu de l'oxygène, la force tranquille de la pourtant frêle main d'Aaron et surtout, cette sensation d'impuissance qui le taraudait depuis cette tentative.
Il s'était arrêté. Il avait eu la possibilité d'étrangler à mort l'homme, mais il ne l'avait pas fait. Il n'avait pas eu les couilles de tuer. Dans ce monde, ce n'était juste pas possible.
Il se souvenait comme si c'était hier de la nonchalance avec laquelle Abraham avait mis fin à la vie de son collègue Officier, comment il l'avait jeté sur le côté après l'avoir achevé comme un vulgaire sac à patates. Au fond, il ne savait pas ce qu'il voulait devenir.
Le professeur d'histoire avait déjà, dans un premier temps, la morale de l'ancien temps, où tuer était interdit. Maintenant, c'était le dernier souci de l'humanité de X.A.N.A. et cela le déprimait. Il voulait respecter cela. Malheureusement, il se doutait que ce n'était pas possible, parce qu'il souhaitait en permanence l'inverse.
Il l'avait bien vu : il avait eu envie de tuer Aaron et Talbert des centaines de fois, il n'avait juste jamais eu la force d'oser. Et Abraham... Ce fut à ce moment que Helbecque soupira bruyamment.
Il avait déjà éclipsé Joe de sa mémoire. Le colosse roux s'était imposé comme son Officier... mais il lui avait sauvé la vie. Ce que Joe, tout fidèle et drôle qu'il était, n'aurait peut être pas fait.

Ce fut à ce moment que son compagnon d'infortune le tira de ses pensées en marmonnant un timide :
– Dites, Helbecque, vous allez bien ?
Le regard du concerné se releva légèrement du bol de céréales dans lequel il s'était perdu pour fixer calmement les yeux si marrons de Norbert Hertz, qui détourna rapidement le regard. C'était cela que Samuel craignait d'être : un timide, une personne facile à manipuler et qui peut se faire torturer facilement sans aucune difficulté.
Sans montrer une seule seconde les pensées plutôt en sa défaveur qui l'envahissaient, il répondit avec un ton calme :
– Disons que j'ai failli mourir il y a peu de temps, et que vous y êtes un peu pour quelque chose. Je ne sais pas ce qui me retient de vous flanquer une grosse torgnole, à part le fait que Abraham rentrerait pour me mettre à terre dans la seconde.
L'homme en face baissa la tête, tout penaud, et un soudain sentiment de culpabilité envahit l'esprit déjà légèrement torturé de Samuel, qui soupira et énonça avec un ton condescendant :
– Tu sais, si tu es là maintenant et pas en train de te morfondre dans ta petite piaule, c'est parce que j'ai accepté que tu n'y étais pour rien... Bon, je sais que ça paraît complètement paradoxal, mais c'est comme ça.
– Pourquoi vous le détestiez comme ça ? Demanda abruptement le jeune professeur de sciences en relevant la tête lentement.
Un second soupir, cette fois appuyé par un sourire amusé, apparut en même temps que la réponse :
– Disons que cet abruti était joyeux, hypocrite et surtout, ne connaissait pas la peur parce qu'il suçait le régime. Et cela... La majorité de la population aujourd'hui est comme ça et ça me rend fou. J'ai l'impression que tout le monde a juste oublié comment on vivait avant. Putain, ça ne fait que 12 ans quoi.
Norbert hocha calmement la tête comme s'il comprenait et enchaîna derechef en se grattant nerveusement le cuir chevelu :
– Vous savez, quand j'ai parlé pour la dernière fois à ma grande tante, elle me racontait ce qu'était la vie avant l'arrivée de X.A.N.A... Et ce qui m'a choqué, c'est que je ne m'en souvenais plus. J'ai eu les larmes aux yeux, je m'en rappelle, quand son dernier discours avant sa mort a continué à me triturer le cerveau des jours plus tard. C'était il y a 5 ans. Cela faisait seulement 7 ans que le régime avait débuté et je pleurais en me remémorant l'ancien monde.

Helbecque écoutait tout en s'étonnant que le jeune homme se confesse comme ça alors qu'il ne disait pas un mot depuis deux jours. Il devait sûrement se sentir assez en confiance ici pour raconter cela ou simplement ne pas vouloir laisser de blanc gêné. Cependant, le professeur d'histoire entendit la dernière question que lui posa le jeune Hertz avant que ne retentisse la sonnette de la porte d'entrée :
– Je sais que vous voulez tuer Nicolas Talbert, et c'est tout à fait légitime, mais demandez-vous ceci : est ce que cet acte ne fera que confirmer que vous faites partie de ce nouveau monde que vous semblez haïr ?
Le propriétaire de l'appartement resta silencieux pendant quelques secondes, avant de soupirer et de simplement dire :
– Je ne t'ai jamais entendu parler autant. Très étonnant. En tout cas, pour te répondre, je dirais juste que je ne sais pour l'instant pas quoi faire. Tout bêtement et tout connement.
Un simple hochement de tête conclut sur ces entrefaites la conversation et Helbecque laissa ainsi son invité fixer la baie vitrée derrière lui pour se diriger vers la porte. Une fois arrivé devant elle, il entendit distinctement la voix forte de son Officier gueuler :
– Mais putain, tu vas m'ouvrir, oui ou merde !
– Une seconde, répondit l'homme sur le même ton, je dois juste trouver les clés. Et qu'est-ce que tu me veux au fait ?
– Un vieux veut te parler. Il me dit qu'il est ton voisin de palier et qu'il a une chose urgente à te dire à propos de ta famille ou un truc dans le genre.
Un haussement de sourcil surpris accompagna sa tirade :
– Ok très bien, je vous ouvre. Mais tiens-toi prêt, on ne sait jamais, s'il est allié à Talbert.

Samuel, en ouvrant la porte, s'attendait à beaucoup de choses, mais pas à voir surgir devant lui un homme, vieux, aux yeux aveugles, au corps faible et fébrile qu'il ne pensait pas revoir ici. Abraham, qui le soutenait dans ses énormes bras musculeux, semblait aussi perplexe que lui sous son apparente décontraction.
Un soupir de soulagement s'échappa de la gorge de Helbecque, ce que le Magistère entendit si le professeur se fiait à son léger mouvement de tête, et le vieillard toussota doucement afin de dire :
– Je connaissais déjà ton adresse avant d'y envoyer William, alors ne t'étonne pas que je sois là.
Surpris par la phrase relativement honnête de Clay Julius, surtout compte tenu de l'Officier de Probation placé à côté de lui, il ouvrit la bouche, mais le rouquin le coupa avec une voix ferme :
– Il m'a tout expliqué, alors ne t'égosille pas à lui dire de se taire.
– Et qui me dit que tu ne l'as pas dénoncé ?
Ford haussa les épaules distraitement et répondit avec simplicité :
– Si j'avais voulu le supprimer, je l'aurais déjà fait, je te signale. Et puis, s'ils me capturent et que tu me libères de nouveau, on sera quitte.
Le professeur émit un ricanement sarcastique, mais le Magistère toussota de nouveau et expliqua avec une voix très faible, au timbre malade, mais encore puissant :
– Écoute, je suis venu ici te le dire en personne : nous avons retrouvé la dernière personne qui a vu Jonas en vie. Notre ultime espoir de le retrouver passe par lui, et j'ai pensé que tu aimerais l'interroger en priorité.
En entendant cela, le brun se mordit brusquement les lèvres, serra les poings et détourna brièvement le regard avec hargne : il avait enfin la possibilité de retrouver son frère, mais pourtant, il n'avait strictement aucune envie d'aller là-bas à cet instant. Et cela pour trois raisons.
Premièrement : Norbert Hertz.
Secondement : Nicolas Talbert et Eric Raleigh.
Troisièmement : Abraham Ford.

Seulement... Il en avait marre que son cerveau le retienne dans tout ce qu'il désirait faire, en lui faisant entrevoir les risques. Certes, c'était humain, mais il avait envie d'oublier pour un temps la menace Talbert, le squatteur dans sa cuisine, son Officier soupçonneux, la Fraternité, le régime... Tout.
Il souhaitait juste, sur l'instant, comme si la foudre l'avait frappé, retrouver son frère. Une idée soudaine, qu'il n'avait pas éprouvé jusque là, certes, mais une idée quand même.
Retrouver le dernier survivant de sa famille, Jonas Helbecque. Il voulait savoir ce qui lui était arrivé, et s'il devait buter tout le monde pour cela, y compris ce vieillard sénile et aveugle, il le ferait. Pour l'heure, il avait encore besoin de tout ce beau monde.
C'est ainsi que, tout en refrénant ses pulsions et ses stratégies maladives, il releva la tête et répliqua avec force :
– Et si on y allait ? J'ai hâte d'aller parler à ce type.


**

*

**


JÉRÉMIE


Quand l'homme l'avait abordé le quatrième jour, Jérémie Belpois avait la tête complètement ailleurs. Il était perdu dans ses pensées et ses automatismes, ses mains tapaient sur le clavier et codaient la fameuse puce qu'il était chargé de créer sans que son cerveau n'interagisse à un quelconque moment.

Son cerveau, d'ailleurs, était en mode veille depuis la mort de Lloyd. Celui qui l'avait si fidèlement servi à l'époque, qui savait quoi faire à quel moment, était mort en même temps que son beau-frère. Certes, il était encore présent, mais plus aussi efficace. Heureusement, les automatismes du scientifique en terme informatique étaient encore là, et il avait eu le temps de cogiter pendant les deux jours suivant l'assassinat de Skinner, sur la marche à suivre.
Et la conclusion avait été sans appel : détruire X.A.N.A. et ce, par tous les moyens. Cependant, la prudence était désormais de mise.
Et c'était pour cela qu'il avait éjecté Eva et les enfants hors du Laboratoire le troisième jour : c'était sa première grosse décision, logique et réfléchie, depuis sa fuite de lâche et elle n'avait pas été foncièrement bien accueillie.
Sa femme l'avait copieusement insulté, Albert lui avait fait la tête, Marie avait pleurée toutes les larmes de son corps, mais rien n'avait fonctionné : ils étaient partis le soir, en catimini, sans prévenir personne. D'après le contact de Jérémie avec qui il s'était arrangé, ils seraient en sécurité le lendemain soir. Et cela rassurait grandement le génie, même si cela le privait d'une protection.
Son projet était extrêmement risqué et, comme il l'avait vite remarqué, sa famille pouvait facilement y passer. De plus, Steven Ogg avait promis de les massacrer et, le connaissant de renom, il semblait tenir sa parole.

Ainsi, il avait commencé sa journée avec un semblant d'appréhension, mais également du soulagement. Comme d'habitude, il écoutait patiemment le sermon compatissant de Stellan, répondait abruptement et ironiquement aux remarques de Jude et grimaçait quand Alfie apparaissait dans les parages, mais il était intérieurement à des années lumières de l'endroit présent.
Pendant qu'il travaillait, son cerveau était d'habitude plongé dans la réalisation et la compréhension du pourquoi du comment concernant la puce pouvant réveiller les morts. Mais l'incident lui avait fait prendre un autre chemin : celui de la vengeance. Il lui arrivait, dans un flash rapide, de revoir le corps ensanglanté de Lloyd, au cas où il lui arrivait de douter de sa volonté d'exterminer X.A.N.A. et ses vassaux.
Mais c'était surtout les pas qui l'inquiétaient. Ces bruits de pas, durs, implacables, sur les marches en métal de l'escalier. Toutes les nuits, quand il essayait de s'endormir, ces derniers revenaient et hantaient son esprit. C'était en partie pour cela qu'il estimait que son organe cérébral était moins performant. Il gardait en mémoire cet affreux souvenir et ne désirait visiblement pas qu'il l'oublie.
Pour ça, Jérémie détestait ce qu'il avait dans le crâne... mais en même temps, il ne pouvait pas s'en séparer, sinon logiquement, il allait en mourir.

Un sourire fatigué apparut sur ses lèvres lorsqu'il se rendit compte qu'il divaguait complètement intérieurement et il arrêta un moment de taper sur son clavier de manière mécanique. Il s'aperçut alors de plusieurs choses : ses doigts étaient en feu, son programme était terminé et le regard inquisiteur d'un inconnu était posé sur lui.
Un léger frisson l'envahit, mais il décida de ne pas réagir et de se replonger dans la lecture du code implémenté dans la puce. Il lui restait encore quelques heures avant la fin de la journée, qu'il allait évidemment mettre à profit pour appliquer sa première idée : trafiquer ce maudit programme. X.A.N.A. l'avait délibérément provoqué en tuant Lloyd, alors il allait lui rendre la pareille.
Cependant, au moment où ses doigts commencèrent à taper avec rage sur le clavier, une voix forte mais paradoxalement très douce retentit dans son dos ; sûrement celle du fameux observateur :
– Vous ne devriez pas faire ça, si j'étais vous. Tout est terminé, la puce est opérationnelle. Si c'était Alfie à ma place, il aurait déjà demandé ce que vous comptiez faire.
– Si c'était lui, rétorqua le scientifique sans se retourner tout en continuant à taper, je lui répondrais simplement que j'améliore le programme, afin qu'il puisse fonctionner même si la personne a le cerveau un peu endommagé. Mais, de toute manière, si la tête est complètement détruite, cette puce ne servira strictement à rien.
L'homme lui saisit rapidement le poignet pour l'éloigner des touches tout en rétorquant avec une petite voix amusée :
– Bonne répartie, mon cher Jérémie Belpois. Vous pourriez bien m'être utile.

Excédé par la voix nasillarde de l'inconnu, l'informaticien se retourna brusquement, ce qui fit reculer lentement l'inconnu, et cracha avec hargne :
– Bon maintenant, dites-moi qui vous êtes ! Et essayez pas de m'entuber, je suis pas d'humeur en ce moment.
– Je comprends parfaitement, répondit son interlocuteur en levant les mains et en reculant d'un pas, ne vous énervez pas pour si peu. Et, pour vous répondre, je m'appelle Chris Coy, mais on me connaît ici sous le nom de Loki ou encore sous le titre de Manipulateur.
Un éclat de rire sarcastique sortit de la bouche du blond à lunettes, qui commença à reculer à son tour en rétorquant avec une soudaine curiosité qui provoquait en lui un certain et puissant malaise, étonnamment :
– Comment vous voulez que je fasse confiance à un mec qui se fait appeler Loki ? Qui vous envoie, putain ? Xander ? X.A.N.A ?
– Une seule personne m'envoie. Moi-même. Expliqua l'autre en terminant par un sourire rassurant.
Pas rassuré outre mesure, le scientifique utilisa son cerveau soudainement parfaitement opérationnel pour observer l'individu et déduire sa personnalité par le biais de son aspect. C'était quelque chose que Jérémie avait appris à faire très tôt, mais qu'il n'utilisait qu'en cas de méfiance extrême.
Contrairement à ce que son pseudonyme si suspect pouvait laisser penser, le dénommé Chris Coy avait un physique extrêmement banal en soi : pas trop grand, musclé tout en étant relativement sec, mains rangés dans les poches de son jean parfaitement propre, démarche bien digne et droite.

Mais c'était sur le visage que se trouvaient les éléments qui faisaient tiquer Jérémie, comme par exemple une petite barbichette située au niveau du menton, une moustache typiquement hitlérienne et peuplée de poils bruns drus. Ses cheveux, impeccablement coiffés sur la gauche, étaient d'un marron terreux sur le devant, mais devenaient de plus en plus sombres jusqu'à être noirs d'encre à l'arrière.
De plus, ses yeux étaient légèrement plissés naturellement et ses pupilles grises pâles étroites laissaient transparaître en permanence un petit rictus que le scientifique n'arrivait pas à comprendre. Amusement ? Cynisme ? Honte ? Il semblait changer à chaque seconde et ne poussait évidemment pas le Belpois à se fier à ce type.
Enfin, son sourire était naturellement narquois, semblait-il, et il semblait avoir la fâcheuse tendance de mâchonner à un rythme régulier, à savoir toutes les trois secondes environ, dans le vide. Cela contribuait aisément à mystifier l'aspect résolument suspect de l'homme, aux yeux de Jérémie.
Cependant, étonnamment, le blondinet était disposé à l'écouter ; ce fut ainsi, tout en amorçant un mouvement de recul instinctif, qu'il répliqua :
– Je peux savoir ce que vous attendez de moi ?
Un soupir sortit de la bouche de Chris, et il répondit avec franchise tout en dardant ses yeux curieux vers l'écran de l'ordinateur :
– Tu sais, beaucoup de monde ici ne supporte pas Arès et il se murmure qu'il couvre l'enflure responsable de la mort de ton frère. Certes, on ne le connaissait pas, mais il a tué pas mal de gens avant ça. C'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Tout mon département est derrière moi sur ce coup-là.
– Et en quoi ça me regarde ?
Cette fois, Loki commençait à être agacé et ça se sentait dans le ton employé :
– Pour renverser Arès sans pour autant se mettre Xander à dos, il faut que l’entièreté du labo se soulève. Si tu arrives à convaincre Tlaloc de se joindre à la danse, il ne restera plus qu'à recruter Vulcain, buter Seth et se débarrasser une fois pour toute de Arès. T'es partant ?

Belpois devait avoir montré sur son visage l'hésitation qui grondait en lui, car le mystérieux Coy se rapprocha avec son sourire rassurant et murmura lentement, tout en regardant autour de lui pour ne pas surprendre d'oreilles indiscrètes :
– Tu crois vraiment que j'allais venir te voir en priorité ? Stellan m'avait prévenu que tu serais réticent quand il a accepté de m'aider, et Jude n'a pas non plus hésité. Il semblait même plutôt content, après tout, il a toujours été bizarre de ce que j'ai compris. Alors, voilà : tes collègues sont avec moi, il ne reste plus que le chef. Et le plus brillant scientifique du labo, effectivement.
Le brusque recul qu'opéra Jérémie le fit percuter le bord du bureau en métal qui émit un léger bruit, immédiatement répercuté dans la salle par l'écho. Rapidement, un silence se créa et les têtes se tournèrent vers les deux hommes.
Belpois, qui observait attentivement les mouvements de quatre personnes, s'aperçut ainsi que Alfie faisait mine de n'avoir rien entendu, que Stellan et Jude se rapprochaient avec un air anxieux et que Chris, de son côté, reculait en se léchant les lèvres consciencieusement tout en émettant un soupir de déception.
Loki fit ainsi, après quelques secondes d'attente muettes, un grand geste de la main comme pour accueillir Jérémie et expliqua en se détournant :
– Réfléchis-y bien, en tout cas. Si tu veux me voir, demande à tes collègues, ils sauront te renseigner. Mais sache que je peux toujours t'être utile.
Une vibration rompit le silence, qui fit marcher l'interlocuteur avec une certain détachement. Jérémie eut le temps d'entrapercevoir sur l'écran de sa montre un message de Arès, avant que l'extravagant personnage ne sorte de la pièce.

Légèrement fatigué déjà à la base, il était épuisé au sortir de cette éprouvante conversation. Skarsgård et Watson avaient beau se masser à ses côtés pour essayer de le faire sortir de son mutisme, rien ne fonctionnait : le corps de Jérémie Belpois ne fonctionnait plus.
En contrepartie, le cerveau du génie blond réfléchissait à toute allure, disséquant tous les mots émis par le dénommé Loki, son intonation, le sourire gravé sur ses lèvres, son allure. Tout ce qui pouvait donner un indice sur sa véritable intention était analysé dans les moindres détails par le beau-frère du plus récent mort du Laboratoire.
L'ennemi juré de X.A.N.A. ne croyait pas une seule seconde qu'un de ses vassaux pouvait avoir besoin de lui de manière honnête, sans vouloir quelque chose derrière ou tout simplement sans vouloir le piéger. D'un autre côté, l'homme racontait avoir recruté ses deux collègues de travail, le suédois et l'anglais. Et il semblait sincère.
Seulement, ce que le blond avait appris pendant son premier combat avec X.A.N.A : ne faire confiance à personne. Et il comptait bien appliquer cette maxime pour l'ultime guerre qui avait débuté avec la mort de Lloyd Skinner... voir même encore plus tôt, quand le programme multi-agent l'avait nargué avec cette maudite lettre.
Ce fut à l'instant où sa tête commença à le traiter de tous les noms qu'il reprit conscience du monde dans lequel il vivait et qu'il entendit la voix diffuse et inquiète de Stellan :
– … Putain, mais je peux savoir où il est parti là ?
– Très loin, rétorqua la voix sarcastique habituelle de son collègue anglais, aussi loin dans l'horizon qu'un drogué, ça je peux te le dire.
– Va bien te faire foutre, Watson ! Maugréa le scientifique blond en émergeant de son pseudo coma.

En relevant la tête qui le lançait pour examiner le plafond, il s'aveugla momentanément à cause des gros lampes illuminant la pièce malgré la présence d'un semblant de soleil en ce dimanche midi.
La première chose qui lui sauta aux yeux, littéralement, fut la face relativement inquiète et amusée en même temps du vieux suédois, ainsi que Jude debout à côté de la chaise de bureau. Les bras en croix, le regard bleu perçant fixé sur le scientifique blond le faisait frissonner en raison de la sévérité qui y régnait, mais le troublait également car il pouvait y lire au fond une sorte de... reconnaissance ?
Cependant, il se devait de répondre à la remarque émise avec un soulagement palpable par Stellan :
– La proposition de Coy t'a fait bizarre à ce point là ? À vrai dire, il aurait pas tort, le bougre, sur certains points.
– Mais tu ne sembles pas disposé à accepter, bizarrement. Rétorqua l'anglais à sa suite.
– Quand un mec appelé « Le Manipulateur » vient avec une proposition aussi risquée que ça, vous acceptez sans réfléchir, vous ? Bande de scientifiques à la noix, va.
Là ou le suédois se redressa avec une moue interrogatrice, le sourcil levé et le regard porté sur Jérémie par Watson firent rapidement comprendre à ce dernier que l'anglais commençait à lui porter de l'intérêt. Mais il y réfléchirait plus tard à cette proposition.
Il avait autre chose à faire.

Ce fut ainsi que, refusant d'un geste affirmé de la tête l'aide de ses collègues d'infortune, il se replaça devant son ordinateur pour continuer sa démarche mécanique de codage de pièce.
Cependant, une fois que tout fut revenu à la normale et que même Jude était parti de son pas traînant, il appuya sur une touche isolée du clavier et commença ainsi sa véritable mission.
La destruction, ou plus précisément la modification de quelques petites choses essentielles au bon fonctionnement de cette satanée puce.
Bref, un petit moyen en plus pour faire chier X.A.N.A. en attendant de pouvoir le mettre hors d'état de nuire de manière définitive...


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*

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ABRAHAM


Le géant roux, à son grand étonnement, n'avait pas été ligoté. Sa vue n'avait pas été entravée de nouveau.
Et surtout, il se trouvait dans une infirmerie en face d'un William Dunbar blessé et en repos.
Il pourrait le tuer, là, maintenant, mais l'envie qui le démangeait lors de leur première rencontre « amicale » avait disparue à cet instant.
Il devait sûrement avoir pitié du blessé en face de lui, allongé comme une loque dans son lit pendant que la plaie de sa jambe se résorbait toute seule. Il se doutait que le gaillard avait envie de combattre, qu'il bouillait intérieurement pour pouvoir se bouger. Cependant, le Magistère avait bien insisté dans la voiture les amenant au siège de la Fraternité qu'il ne fallait « en aucun cas, le laisser bouger le moindre membre ».
C'était évidemment la raison prioritaire pour laquelle Abraham Ford avait attaché son ancien gardien sur le lit qui semblait initialement avoir été créé pour les fous dans les asiles, mais également pour éviter d'avoir une envie pressante d'achever le blessé. Bizarrement, le roux n'aimait pas s'en prendre aux personnes entravées. Il se sentait plus lâche.
Et évidemment, comme tous les Officiers de Probation de ce beau pays, il détestait la lâcheté.
Ce fut la voix du fameux Poisson Noir qui le tira de sa réflexion somme toute très philosophique :
– Alors mon grand, content d'être le simple chien de garde quand ton maître va parler avec un de nos chefs les plus emblématiques ? En plus, c'est ballot : tu pourras même pas ramener tes boss ici, puisqu'on t'a encore bandé les yeux en arrivant. Ça devient une habitude, dis donc.
William l'agaçant en cet instant, l'Officier de Probation le fit donc taire de manière sensée en appuyant sèchement sur son genou blessé. Le rebelle étouffa un cri de douleur et ferma momentanément sa si bavarde bouche, arrachant un soupir de soulagement au rouquin qui repartit ainsi dans la contemplation de la porte menant à ce long couloir sombre.

Le colosse était intrigué par ce couloir : ayant été directement libéré dans l'infirmerie, il n'avait rien pu voir du bâtiment, ni de ses occupants. Évidemment, il comprenait la volonté du Magistère de ne pas le laisser deviner leur position, au cas où il serait un fidèle à l'extrême du régime.
Cependant, le fait qu'il n'ait pas encore tué William prouvait une chose : son obéissance au régime avait un peu diminué. Certes, il continuait encore à croire en certaines choses, comme le fait que X.A.N.A. préservait le peuple de l'anarchie et de la guerre tout en assurant la sécurité de tout le monde. Mais, d'un autre côté, la découverte du traceur servant à le géo-localiser avait chamboulé son esprit : Xander ne faisait pas confiance à ses hommes, en tout cas pas assez pour leur laisser une pleine liberté d'action. Pire, il les surveillaient en permanence.
Seulement, Abraham Ford n'était pas stupide, il se doutait pertinemment qu'il vivait dans une dictature. Il estimait cependant, à l'époque, que les résultats étant très satisfaits en matière de vie et surtout de sécurité, dans tous les sens du terme, les moyens employés pour maintenir ce bilan n'étaient pas, en soi, graves.
Malheureusement pour le régime et heureusement pour le Poisson Noir, il avait commencé à douter. Et, à partir du moment où le doute s'était installé dans son cerveau, il avait remarqué les petits détails qu'il choisissait d'ignorer. Et, aujourd'hui, il ne pouvait plus en faire abstraction.
C'était terminé.

La voix de Dunbar le tira cependant de ses rêveries, puisqu'il l'appela avec un ton beaucoup plus sérieux et étonnamment interrogateur :
– Dis, au fait, qu'est-ce que tu fous là ?
Au moins, ça avait le mérite d'être honnête. Un ricanement sortit de la bouche du rouquin et il répliqua avec un ton beaucoup plus posé, tout en se retournant pour fixer son interlocuteur :
– Disons que j'avais accepté pour t'achever à la base, mais le fait de te voir là allongé comme une grosse victime m'a fait réfléchir. Plutôt te laisser dans ton humiliation.
Un franc éclat de rire sortit de la gorge enrouée de William, qui se mit à tousser derechef après seulement quelques secondes. Relativement satisfait par la situation, Ford se laissa aller à un petit sourire pour entendre la réponse amusée de Dunbar :
– Effectivement, « humiliation » est le bon terme. Putain, ce simple Protecteur aurait pu me buter si Obéron ne m'avait pas couvert. Ça a le don de me faire chier, ce genre de conneries.
– Quand tu te fais humilier, répliqua le colosse en croisant les bras, ou quand tu échoues ?
– Un peu des deux, je dois bien l'avouer... soupira le blessé tout en se penchant en avant.
Immédiatement, Abraham le plaqua abruptement contre le matelas de son lit d'infirmerie tout en affirmant avec un ton volontairement infantile :
– Écoute, mon petit, tu ne dois pas bouger sinon, tu ne guériras pas.
– Putain mais pour qui tu te prends, rétorqua William avec humeur, mon père ?
– Si j'étais ton père, répliqua ainsi le grand gaillard avec humour, je me serais déjà suicidé.
Immédiatement, il sentit dans le regard soudainement froid et douloureux du Poisson Noir (« Putain, mais quel surnom de merde... ») qu'il avait dépassé les bornes. Et il savait parfaitement quoi faire quand il voyait que quelqu'un ne voulait plus parler.
Il se détourna ainsi, rapidement et efficacement, pour ne plus fixer le visage éteint de William qui semblait perdus dans des souvenirs douloureux.
Ils ne parlèrent plus ainsi pendant encore une dizaine de minutes, Abraham les pensées et le regard fixés sur le couloir, Dunbar complètement haut perché et poussant un petit grognement dans sa barbe de temps à autre.

Enfin, après encore deux insupportables minutes pendant lesquelles Ford se retenait tant bien que mal de tenter de relancer la conversation morte-née, arriva leur salut : Samuel Helbecque.
Ce dernier creva rapidement l'abcès en rentrant, tout cela en demandant avec un ton relativement énervé, mais faisant semblant d'être joyeux :
– Bah alors, vous vous êtes pas entretués ? Très étonnant tout cela.
– Ça va pas durer, je pense. Rétorqua avec humeur William en tordant douloureusement ses bras pour échapper aux attaches.
Un rapide regard interloqué de son protégé dans sa direction lui fit hausser les bras en signe d'ignorance : cela ne regardait que lui, et il souhaitait régler ce petit incident dans les règles de l'art, sans l'aide des autres.
Dunbar, cependant, s'était redressé sur les coudes et parlait en tentant de faire bouger sa jambe touchée, ce qui lui faisait exprimer une affreuse, mais cocasse grimace :
– Au fait, il t'a appris quoi, le Bardou-Jacquet ?
– Rien d'important, rétorqua immédiatement Samuel sous les regards momentanément surpris des deux autres hommes présents dans la pièce, mais c'est pas pour ça que je viens ici. C'est pour deux choses en fait, la première étant complètement officieuse.
Visiblement piqué à vif, le Poisson Noir se décala subtilement d'un centimètre sur la gauche pour bien fixer Samuel dans ses pupilles vertes pommes, avant de dire avec un ton glabre et intrigué :
– Qu'est-ce que tu veux de moi, exactement ?
– Que tu traques Nicolas Talbert. Ce mec a tenté de me tuer, et bien j'aimerais bien lui rendre assez rapidement la pareille, mais sans échouer ce coup-ci.

Abraham Ford n'était pas surpris, loin de là. Il se doutait que le professeur allait demander à un membre de la Fraternité de l'aider. Et le seul qu'il connaissait assez, même si c'était au final très peu, et qui était susceptible de l'aider, était William Dunbar.
Seulement, l'Officier de Probation savait pertinemment que tout avait un prix, et que ce ne serait sûrement pas des rebelles en sous-effectifs et aux méthodes douteuses qui allaient le faire gratuitement.
Ainsi, un sourire ironique se peignit sur son visage quand il entendit la phrase la plus prévisible du monde en cette matière :
– Ok, mais qu'est-ce que j'aurai en échange ?
– Nous. Si tu nous aides, on intègre la Fraternité, comme vous le souhaitez.
– Qui te dit qu'on le veut tellement qu'on serait prêt à servir de détectives privés ? Demanda le blessé avec un ton mièvre.
Ford attendait la répartie cinglante qui sortait habituellement de la si douce et censurée bouche de Samuel. Et cela fut évidemment confirmé par le petit sourire de ce dernier :
– Vous en avez débattu pendant suffisamment longtemps pour que je comprenne ça. Vous êtes tellement dans la merde que vous recruteriez n'importe qui tant qu'il serait un minimum fort et pas trop embrigadé. Et puis, en plus, t'es pas une chochotte, tu saurais parfaitement te lever et sortir de ce foutu lit pour aller bosser. Tu ne demandes que ça.
Un léger rire confirma cette diatribe et il écarta au maximum les bras avant de dire :
– Ouais, mais pourquoi je ne partirais pas buter des gens au lieu de traquer ton mec ?
– Imagine ce que dirait Jonas s'il te voyait envoyer chier son frère, rétorqua Helbecque avec un ton volontairement éteint.
Le visage de Dunbar se ferma et il détourna un instant le regard, le tant que Samuel se tourne vers Ford assis à côté, qui restait immobile et semblait écouter, pour dire :
– Au fait, ils t'attendent dans la salle de réunion.
– Et pourquoi ? Il est où, le bandeau ? Rétorqua le rouquin avec une surprise palpable.
Le professeur d'histoire balaya sa remarque d'un geste de la main et se contenta d'énoncer :
– Ils veulent que tu sois le représentant de William dans le débat. Me demande pas pourquoi, j'ai trouvé ça suicidaire aussi, mais le Magistère a bien insisté que, s'ils t'estiment indigne de confiance, ils t'auraient égorgé comme un mouton dans le taxi.
Une grimace envahit simultanément les visages du Poisson Noir et du colosse roux, même si ce n'était pas pour les mêmes raisons. Cette réaction simultanée fit ricaner le brun, qui se contenta de dire à Abraham avec un ton équivoque :
– Bon sinon, faut y aller là. Laissons William réfléchir sereinement à notre proposition.

Ne désirant pas, de toute manière, rester encore une fois seul avec Dunbar pour revivre le magnifique blanc d'auparavant, Ford se dévissa de son siège et suivit Samuel hors de la pièce, dans la pénombre.
Se contentant de suivre mécaniquement son protégé, il ne remarqua même pas le trajet, puisqu'une évidence venait de frapper son cerveau avec la force d'un coup de poing.
Samuel avait dit qu'ils allaient entrer tous les deux dans la Fraternité. Et lui, l'Officier de Probation anciennement soumis au régime, n'avait émis aucune objection, comme s'il acceptait.
En réalité, la situation dans son cerveau et son choix risquaient d'être plus complexes que Helbecque le prévoyait. Mais malgré tout, il ne voyait qu'une seule issue à choisir l'un ou l'autre des deux camps.
La guerre...


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ANDREW


Quand le plat principal apparut devant ses yeux gris comme le brouillard, le chef du Laboratoire se pourlécha les babines et annonça avec une petite voix douce, mais assez forte pour que ses invités l'entendent :
– Messieurs, si je vous ai convié ici, ce n'est pas seulement pour qu'on puisse déguster ce somptueux bœuf si bien cuit ensemble. Bon, c'est la première étape, mais j'aimerais en même temps qu'on discute un peu des résultats de ces derniers jours.
Devant lui, Alfie Allen se contenta de passer une main dans ses cheveux bruns et afficher son éternel sourire hypocrite. À ses côtés, Chris Coy mâchonnait machinalement dans le vent, attendant l'arrivée de la viande avec un regard désirant et fugace.
Après quelques secondes d'attente, le serveur personnel de Arès arriva pour déposer les assiettes devant les deux hommes, et le repas put ainsi commencer.
Andrew James West commença par découper soigneusement une part de bœuf et la mettre dans sa bouche pour la mâcher doucement, avant de commencer la discussion :
– Dites-moi, Tlaloc, comment avancent les recherches, malgré le malheureux incident causé par un... petit zèle de Seth ?
L'homme attendit d'avoir avalé avec avidité sa tranche avant de répondre, tout en découpant une seconde grosse part avec son si beau couteau argenté :
– Eh bien M., tout cela avance très bien. Belpois et Skarsgård travaillent d'arrache-pied, et Watson est certes un peu plus lent, mais gros bosseur malgré tout. Théoriquement, les puces devraient être prêtes et opérationnelles avant la fin du mois !
Tout en continuant à manger, Andrew approuva cela avec un petit geste approbateur, avant de se tourner vers Chris Coy et de demander avec son éternel ton suave :
– Et vous, Loki, j'aimerais savoir pourquoi vous essayez de me renverser.

Cette fois, West avait fini de blaguer et cela se fit vite sentir sur l'ambiance du repas qui vira brusquement au malaise immédiat. Allen se tassait sur sa chaise tout en continuant cependant de dévorer son plat comme si de rien n'était.
De son côté, l'accusé fixa impassiblement son chef et se contenta de dire, tout en amenant un autre morceau de viande dans la direction de son estomac :
– Parce qu'on me l'a ordonné. Je ne suis que le messager, l'exécutant.
– Et vous avez donc recruté, continua Andrew sans s'énerver et en continuant son repas, tout votre département ainsi que les deux scientifiques étrangers. Mais Belpois ?
– Il est encore un peu réticent, rétorqua Loki tout en mangeant de manière sporadique et mesurée, mais je pense réussir à le convaincre.
L'approbation apparut sur le visage contrôlé d'Arès, qui se contenta de dire en saisissant de manière distinguée son verre de vin rouge :
– Très bien. Même si ça doit au final jouer contre moi, ce scientifique nous pose trop de problèmes et les deux autres peuvent le remplacer. Si tu veux le supprimer, libre à toi.
– Il pourrait encore me servir, répliqua Coy en dardant son regard gris pâle dans celui de son supérieur hiérarchique, je pourrais l'utiliser dans mon projet de conquête du Laboratoire.
Un sourire amusé déchira les lèvres de Andrew et il porta sa coupe à ses lèvres de manière maîtrisée. Loki l'amusait véritablement à vrai dire, son impertinence pouvait facilement lui coûter la vie, mais il semblait s'en foutre royalement.
Comme si il était protégé.
Et cela amena alors West à se recentrer sur le vrai sujet, en disant tout en claquant des doigts pour que son cuisinier amène la suite du repas :
– Je sais que ton patron n'est aucun des chefs des quatre grandes Maisons. Tu as intérêt à rapidement me le dire.
– Qui me dit que ce n'est pas vous, mon mystérieux patron ? Répliqua ainsi Chris Coy avec un sourire sardonique.
Un haussement de sourcil un tantinet surpris apparut sur le visage de Arès qui avait compris le sous-entendu : il ne savait pas qui était son boss. Ceci était un tantinet surprenant, mais il s'en accommodait en cet instant. Il le découvrirait tôt ou tard et, à ce moment, il écorcherait avec un certain plaisir ce salaud de Loki.
Il masqua cependant son ressentiment sous un sourire franc et aimable, avant de dire avec un geste de la main étrange :
– Et si nous passions au dessert, tiens donc ? Je pense qu'il serait temps pour vous de reprendre votre travail... Mais nous avons encore une petite demi-heure devant nous, alors profitons-en.

Une fois la phrase terminée, le plat final apparut devant les yeux de leurs invités et l'aspect était quelque peu ragoutant : une testicule cuite posée au centre de l'assiette, entourée de sauce au poivre formant un cercle parfait, avec autour des petits morceaux de viande tendres pour accompagner.
Arès avait toujours été un amateur de ce que produisait la nature, et il s'était surpassé avec son cuisinier pour ce repas 100% composé de viande. Il avait hâte de voir la réaction de ses collègues quand ils verraient à quel point son chef cuisinier était doué.
Lui même, de son côté, avait reçu un autre énorme morceau semblable à ceux du plat principal, mais beaucoup plus grillée et ayant une forme un peu particulière. Ce fut cela que remarqua d'abord Loki, tout en portant avec une certaine répugnance un bout coupé du testicule dans sa bouche :
– Pourquoi vous n'avez pas la même chose que nous ?
– Parce que Lloyd Skinner n'avait que deux testicules. Rétorqua simplement Arès avec un petit sourire suave.
Immédiatement, Coy cracha sa cuillère par terre et Alfie, qui avait tout dévoré, regarda l'ensemble de la table avec des yeux ronds avant de se précipiter au dehors avec un pas précipité et la main plaquée sur la bouche, comme s'il se retenait de vomir.
Loki le suivit rapidement, tout en se contentant de tousser à répétition et de jeter des regards emplis d'un dégoût à peine dissimilée sur son patron.

De son côte, Andrew se contenta de sourire sardoniquement, de saisir à pleines dents le pénis du décédé beau-frère de Jérémie et d'en arracher un énorme bout pour le mâcher goulûment. Cela faisait maintenant des années qu'il était cannibale, et cela ne le dérangeait pas outre mesure.
Il avait souvent trouvé la viande animale trop tendre, pas assez consistante ou résistante. À contrario, l'anatomie humaine était assez grasse pour lui résister un minimum, et c'est ce qu'il préférait dans la dégustation. De plus, son cuisinier avait assez vite accepté ses manies et savait parfaitement le temps de cuisson, ainsi que le goût du produit.
Contrairement à toutes les légendes et ce qu'il avait prétendu devant ses imbéciles sbires, ça n'avait pas exactement le goût du porc, mais la viande humaine était plus proche d'une viande exotique comme du cerf. Évidemment, n'ayant jamais mangé de ce type de viande, ils ne pouvaient pas deviner. Et c'était cela que Arès adorait : surprendre les gens participant à ce genre de repas.
Cependant, il était également déçu. Il n'avait pas réussi à faire avouer à cet abruti de Loki l'identité de l'homme qui manipulait un peu tout le monde à l'intérieur du régime. Chacun des quatre chefs suspectaient son existence et cherchait à le débusquer.
Mais rien à faire, ce type était aussi discret qu'une ombre, et aussi insaisissable qu'une maudite fouine ou qu'un souple rat.

Soudainement, un petit toussotement retentit au moment où il arrachait un gros morceau de manière non distinguée des restes de Lloyd Skinner et il releva brusquement les yeux, tout en faisant attention de ne rien montrer de sa surprise.
Devant lui se tenait un homme masqué, aux cheveux blonds aussi purs que de l'or en fusion et aux yeux jaunes tigrés surprenants. Il avait déjà entendu parler de ce mystérieux homme qui rodait dans la Garde, mais il ne s'attendait pas à le croiser ici.
Il engagea cependant calmement la conversation, sans laisser transparaître son trouble :
– Que puis-je faire pour vous, M...
– Le Blond, répliqua l'homme avec sa voix légèrement modifiée par le masque, on me connaît sous ce nom là. Et vous pouvez reposer votre couteau sur la table, vous seriez déjà mort si j'avais eu l'envie en rentrant ici.
Décidément intrigué par ce mystérieux individu, il reposa comme indiqué l'ustensile de mort sur la main et fit un vif geste de la main au cuisinier, qui s'éclipsa sans demander son reste. Immédiatement après sa disparition, il se pencha en avant avec un calme apparent et détonna de sa voix douce si menaçante :
– Vous venez de m'interrompre en plein repas, alors vous avez intérêt à me dire précisément ce que vous voulez, sinon je vous tue sur place.
Le Blond semblait sur le point de ricaner, mais il se contenta de presser ses mains recouverts par des gants jaunes clairs et d'expliquer avec sa voix habituelle :
– Je suis un « homme à tout faire » dans le milieu, et je viens ici pour me faire embaucher. Je pense que je pourrais aisément vous être utile, si vous souhaitez par exemple vous débarrasser d'un scientifique gênant ou que vous souhaitez d'autres humains à cuire pour vos délicates papilles.
– Comment savez-vous cela ?
– Je vous écoutais depuis que Chris Coy et Alfie Allen sont rentrés dans cette salle, M. West.

Arès savait parfaitement que, dans ce monde, tout pouvait se savoir assez rapidement, mais il était surpris par la quantité d'informations que possédait ce soi-disant mercenaire. Certes, Steven Ogg et Aidan Gillen avaient fait tourner des informations sur cet étrange personnage, mais Andrew n'en avait eu cure sur le moment.
Pourtant, en le voyant aussi confiant et aussi mystérieux devant lui, le chef du Laboratoire ne pouvait s'empêcher de ressentir un début de malaise, mais qu'il écrasa aussi vite qu'il était apparu en demandant avec sa voix la plus douce, donc la plus menaçante, possible :
– Est-ce que ça vous dérange que je dévore des autres êtres humains ? Qui sait, ça pourrait être vous, le prochain.
Le Blond haussa franchement les épaules et répliqua avec neutralité :
– Disons que ça ne me gênerait pas de bouffer un bout d'homme par ci, par là. Quand la bouffe vint à manquer, on se mange entre nous. C'est naturel. Et je ne vois pas pourquoi ça serait si choquant que ça. Après tout, il existe bien des animaux cannibales, alors pourquoi pas la race humaine ?
Cette phrase achevait de persuader West ; il aimait bien ce type, malgré tout ce qu'il rêvait de lui faire subir. Il sentait qu'il pourrait en faire quelque chose, bien l'utiliser, peut-être l'envoyer fouiner et découvrir la mystérieuse identité du chef de Chris Coy.
Après tout, un homme masqué sachant tout et appréciant le cannibalisme... Qu'est-ce que Andrew James West pouvait espérer de plus ? Il se leva ainsi et tendit une main ferme au soi-disant mercenaire, qu'il serra d'une main ferme pendant que le chef du Laboratoire concluait en disant :
– Et si nous allions dans mon bureau maintenant ? Avant de vous présenter au Conseil, il vaudrait mieux pour moi que je sache tout. On ne sait jamais.
Le Blond opina avec obéissance et Arès sentait son visage se fendre d'un franc sourire. Il sentait le courant passer entre lui et ce type. Tout allait bien se passer.
Tout était parfait aujourd'hui, et Andrew James West espérait que ça allait durer, même si ce n'était pas gagné...

**

*

**


STEVEN


Les yeux ambrés de Ogg ruisselaient tellement de fureur que les gardes s'écartaient immédiatement sur son chemin, redoutant sûrement qu'il leur coupe la tête sur un coup de froid. Cependant, ce n'était pas le genre de la maison, là où Amelio aurait tué quiconque le regardait de travers.
Malheureusement pour Austin, Steven était très patient. Mais, à force d'attendre, ça l'énervait, et là il n'en pouvait plus d'attendre des aveux du prisonnier. Tout ce qu'ils savaient de lui était qu'il s'appelait Lionel Igen, était le bras droit du Magistère et qu'il allait « tous les enculer » de ses propres mots.
Le brun émit un petit sourire sarcastique sur son visage fermé tout en dévalant à toute allure les escaliers menant aux cellules, en repensant à la réaction assez... particulière de Austin. Il avait mis un petit temps à lui maintenir les bras pour éviter qu'il n'arrache une seconde dent au prisonnier, mais après, il l'avait laissé se débrouiller seul. Et cela faisait maintenant quatre putains d'heures qu'ils étaient tous les deux.
Et, en 240 minutes de torture, le blond soi-disant taré n'avait pas réussi à lui arracher un mot. Et en plus, il avait eu l’outrecuidance de l'appeler à l'aide. Il savait pourtant qu'il détestait être dérangé quand il était seul, principalement parce qu'il recevait généralement ses ordres du Découvert, à ce moment là, mais il se doutait que Austin avait fait ça pour le faire chier.
Ils adoraient se faire chier mutuellement.

Après avoir traversé en marche rapide un long couloir sombre remplie de cellules cloisonnées par des portes qu'on pourrait trouver dans des asiles de fous vu leur épaisseur, il arriva rapidement en vue de celle du fond, la seule occupée.
Comment il pouvait si facilement le deviner ?
Sûrement en raison des quatre infirmiers assis en tailleur le long du couloir et en train de parler, ou encore à cause des deux hommes placés au garde-à-vous de chaque côté de l'épaisse porte marron crotte.
Mais c'était surtout la tignasse blonde de son collègue qui le renseigna sur l'identité de la personne, sûrement mourante, dans la cellule. Ce dernier tapait du pied contre le sol, ce qui se répercutait en un écho que Steven avait déjà entendu quand il avait ouvert d'un coup de pied furieux la porte menant au fameux quartier des cellules. Il avait les bras croisés et ses yeux gris foncés arborant fréquemment un air menaçant étaient plongés dans la contemplation des infirmiers, qui se faisaient tout petit.
Cependant, le bruit de ses pas le fit se retourner, esquisser un début de sourire et commencer avec une voix soulagée :
– Eh bin putain, tu tombes bien ! L'autre connard de rebelle commence vraiment à me faire chier à pas vouloir parler...
Il ne termina pas sa phrase puisqu'il ne vit pas arriver le violent coup de poing énervé, mais maîtrisé de Ogg qui le fit reculer de quelques pas sous le choc. L'ambiance devint soudainement électrique et les infirmiers prirent un à un la tangente pendant le discours de Steven, qui récitait avec un ton froid tout en fixant de ses yeux ambrés son partenaire cracher du sang par terre :
– Je suis venu parce que je m'emmerdais et que j'avais envie de tâter de la bête, mais c'est la dernière fois que tu me fais chier avec tes conneries. Si t'es aussi incompétent en torture, eh bin va te suicider et arrête de prendre tes grands airs. Maintenant, je vais rentrer là-dedans, et utiliser mes techniques. Je te préviens que, si je réussis à le faire avouer, je te fous de nouveau mon poing dans la gueule. Pigé ?
– Va te faire enculer sale merde, gronda Amelio comme seule réponse, tu n'en tireras rien. Et alors là, je te frapperais tellement fort qu'on devra te traîner par les bras pour t'amener à un endroit où tu pourras réparer tes deux jambes de lâche.

Un sourire amusé fut tout ce qui sortit des lèvres du brun aux yeux ambrés quand il passa au côté de son collègue psychotique sans le regarder, et il entra dans la cellule.
Tout d'abord, ce qui lui sautait aux yeux fut l'odeur, une vieille odeur de renfermée couplée à la sueur et à une vieille odeur de merde. Il semblait qu'Austin avait au moins réussi à le faire se chier dessus, c'était déjà ça.
Ensuite, il jeta un regard distrait sur les instruments, et sur ce point, il ne pouvait que féliciter Amelio. Il avait le chic pour inventer des nouvelles techniques de torture, et il lui semblait voir ici tous les ustensiles nécessaires au bon déroulement des lubies sadiques de son collègue d'infortune.
Enfin, il pouvait admirer le travail remarquable de Amelio sur Lionel Igen : une oreille trônait fièrement sur un des bords de la chaise, son œil gauche était encore relié par un minuscule filament à l'intérieur du crâne. De ce que pouvait voir le nouveau venu, deux orteils et un index étaient tombés par terre et Igen semblait endormi, anesthésie... Ou mort, qui sait.
Cependant, les bruits de pas se répercutant en écho le firent relever doucement la tête et fixer son nouveau bourreau. Steven observa avec une fascination malsaine l'oeil bouger doucement de haut en bas, il semblait qu'au moindre mouvement, le filament allait éclater.
Alors qu'il avait un millier de questions en tête, la première fut logiquement :
– Pourquoi vous êtes pas encore mort ?
– Le gros sadique de dehors, gronda Igen avec une voix de ténor éteinte, veut me garder en vie aussi longtemps que possible, alors il en profite.
– Si vous avouez, commença ainsi Ogg avec un ton manipulateur, je pourrais vous tuer maintenant, histoire que vous arrêtiez de souffrir.

Un rire fou sortit de la bouche de Lionel et son œil commença à bouger de haut en bas en raison des légers mouvements de tête du condamné, et cela envoûtait littéralement le Sauveur, qui observait la pupille bleu azur avec une certaine délectation.
Cependant, il sortit vite de sa torpeur pour se diriger calmement vers l'endroit où figuraient les outils. Étant un cruel dans l'âme, il n'y avait sur la table que des instruments de l'époque ancienne, des véritables jouets du Diable, créés exclusivement pour faire supplier au supplicié la mort. Et, pour Steven, c'était ses jouets favoris, il choisissait d'ailleurs toujours les deux mêmes et ce, en fonction du sexe.
La voix détruite du résistant résonna dans son dos pendant qu'il s'appliquait à prendre l'objet et à l'observer sous tous les angles avec un sourire satisfait :
– Je ne peux que vous donner l'adresse de notre planque. Mais je préférerais crever que de vous la confier. J'ai résisté à votre enflure de collègue, je vois pas comment vous pourriez être pire.
– Mais parce qu'il se retient. Bluffa Steven en se retournant pour l'affubler de son plus beau sourire cruel.
Le visage anguleux de Lionel se mit à pâlir et son œil tressauta une fois de plus, ce qui fit soupirer Ogg et lui fit demander, alors qu'il se dirigeait vers son supplicié :
– Vous voudriez pas qu'on vous l'arrache, histoire d'arrêter d'avoir ça en face de nous ?
– Le blond là ne le veut pas, expliqua patiemment Igen avec un ton très calme, il préfère voir un truc dégueulasse sur ma tête, ça le fait marrer.
– Tiens, c'est très étonnant. Compatit le Sauveur en réfléchissant bien à la façon de procéder.

Soudainement, sans que le prisonnier l'ait senti venir, Steven le poussa violemment sur le côté, ce qui le fit s'écraser sur le sol pierreux. Sous le choc, son œil percuta le bitume, lui faisant pousser un cri d'agonie.
Mais ceci n'était que le début.
Il lui descendit ensuite rapidement ses bas jusqu'aux jambes, pour examiner l'outil : des testicules bien roses, bien tendres et qui feraient bien mal à leur propriétaire dans peu de temps. Ce dernier, d'ailleurs, se redressa sur les coudes et demanda en voyant Ogg saisir ses parties avec brutalité :
– Putain, si vous voulez me sucer, faites pas ça maintenant !
Le bourreau le regarda longuement, avec insistance, puis prit sur le sol une sorte de mini guillotine en bois, dans laquelle avait été taillée une forme ressemblant étonnamment à un testicule. Il le plaça juste en dessous des parties qu'il fit lentement descendre jusqu'à ce que la partie plus meuble soit pile au niveau du tranchant.
Et ensuite, sans dire un mot, il enclencha le mécanisme.
Quand la hache mécanique s'abattit avec fatalité, elle se contenta de découper avec violence un petit bout de chair. Cela pouvait ne rien signifier, mais Ogg savait parfaitement que la douleur qu'on éprouvait aux niveau des parties intimes était insupportable.
Et le hurlement mélangeant la terreur, l'agonie, l'horreur, la douleur, qui sortit de la bouche du torturé était plus doux aux oreilles du psychopathe que n'importe quel orgasme.

À cet instant, Igen releva ses yeux et plongea ce qui restait de son œil gauche dans les siens, en s'attendant à ce que le psychopathe soit tellement troublé qu'il détourne le regard.
Et cela n'arriva pas, même quand il descendit encore plus les testicules pour en couper un plus gros bout. Le même hurlement revint ainsi, avec encore plus de souffrance derrière et c'est cela qui comptait pour lui.
Il était très intelligent et incroyablement cruel, mais cela lui plaisait car sa cruauté n'était pas gratuite, mais réfléchie. Cela manquait énormément à son collègue, qui se contentait d'appliquer pour appliquer.

Et il déclencha le mécanisme une troisième fois, pour entendre de nouveau le hurlement empli cette fois de fatalisme. La victime, horrifiée, hurla :
– Arrêtez putain ! Je vais tout vous dire, bordel ! Je le jure !
Steven le regarda fixement avec un léger sourire et releva la tête, avant d'enclencher sèchement une quatrième fois le mécanisme, mais cette fois en regardant. La moitié du testicule droit était dorénavant étalée par terre et découpée en petites tranches. Le sang goûtait de manière affreuse et continue, mais Ogg ne voulait pas le voir mourir.
Donc, il arrêta et s'assit à ses côtés, avec les bras croisés. Son prisonnier, les mains fermement plaquées sur son organe génital horriblement mutilé, respirait difficilement et son visage devenait de plus en plus blanc, mais il parvint malgré tout à articuler :
– 36... Rue des Estancias... La grande fabrique d'armes anciennement abandonnée... On est là...
Le Sauveur savait, au ton de la voix, qu'il ne mentait pas. Il allait donc arrêter de le torturer. En tout cas, pas personnellement. L'homme, sans perdre son calme et sa froideur naturelle, se leva et se détourna sans dire un mot, pour aller vers la sortie.
Cependant, Lionel Igen hurla de toutes ses forces derrière lui :
– Maintenant, tue-moi qu'on en finisse !
Steven se retourna très lentement pour observer les restes brisés de cette chose qu'on appelait auparavant un homme. Un sentiment malsain de jouissance l'envahissait en voyant son œuvre et il se mit à sourire avant de dire avec un ton doucereux :
– Tu as gâché cette prérogative tout à l'heure. Je te renvoie Austin. Veille à ne pas trop l'énerver, où il arrêterait de te soigner.
Un cri de douleur et de supplication l'accompagna pendant qu'il se dirigeait vers la porte de sortie et l'empoignait avec ses grandes et larges mains pour la pousser.

Une bouffée d'air un tantinet frais l'accueillit et il se rendit compte à ce moment qu'il était recouvert de sueur, et ce sur tous ses membres. Il eut juste à faire un simple signe de la tête positif pour que des infirmiers se précipitent dans l'encadrement de la porte sans demander leur reste.
Ensuite, il se tourna vers son coéquipier qui l'attendait avec un regard mauvais, mais souriant. Ogg lui rendit son sourire, avant de lui envoyer de nouveau son poing dans les dents, comme promis. Austin recula en maugréant des menaces de mort tout en tenant dans sa main droite un de ses dents cassés qui était tombé, mais son collègue n'en avait cure. Il se contenta juste de dire avec un ton plat :
– 36, rue des Estancias. Tu y vas et t'as intérêt à tous les buter. Sinon, je pense que je serais pas le seul à te maraver la gueule dans les jours qui arrivent. Mais avant ça, tu as quand mérité de t'amuser un peu.
En passant devant lui pour partir, il posa une main sur son épaule et conclut avec un ton doucereux :
– Arrache-lui son œil par contre parce que... putain, mais c'est moche quoi !
Malgré les deux coups, Amelio se mit à sourire de toutes ses dents pour montrer sa bouche remplie de sang et marmonna un petit « Merci, partenaire » avant de se diriger à toutes jambes vers l'immonde et vomitive cellule.

Steven ne s'attarda pas plus que ça dans ce couloir, ne tenant certainement pas à sortir de ce lieu pesant pour aller à l'air libre se laver les mains.
Mais cependant, les cris de Lionel Igen se répercutèrent dans tout le couloir jusqu'au plus profond de son être.
Et, malgré le fait qu'il se contrôlait sur son sadisme et sa cruauté latente, un sourire de satisfaction et de jouissance se grava sur son visage et ne le quitta pas pendant tout le trajet de sortie du couloir des cellules...
_________________
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Idris2000 MessagePosté le: Jeu 20 Oct 2016 23:08   Sujet du message: Répondre en citant  
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Inscrit le: 15 Juin 2016
Messages: 145
Localisation: Dans une ville, dans un pays, dans un continent, sur une planète, dans l'univers...
Bon, c'est bien joli tous ces com's, mais voilà, le responsable du premier com' de ta fic se devait de revenir...

Le voici donc pour s'exprimer.

Non, je n'ai pas arrêté de lire. En fait, ce sont les autres qui ont sorti des commentaires 15 fois plus intéressants que les miens, alors ça m'a un peu démotivé, surtout quand on sait l'envergure de ta fanfic. Du coup, j'ai lu sans sortir le moindre com'. Et beaucoup d'auteurs aiment quand on leur explique pourquoi on aime son oeuvre.

Alors du coup...I'm finally back.

Et ça reste toujours aussi génial.

D'abord, William.

Le traitement du personnage est tout juste excellent. Cela lui correspond parfaitement. Parfois il fait la merde, parfois il sauve la mise, à la hauteur du personnage d'origine (Qui a été, du moins à mes yeux, respecté dans CLE.). Il est encore plus à part que le personnage de CL. Alors, sur ce coup-là, bravissimo.

Après, j'aime bien aussi Steven. Ce personnage est particulier. Son sadisme et sa cruauté gardent un côté rationnel, là où son collège se laisse envahir par ses pulsions et ses sentiments. En fait, ça me rappelle l'opposition entre classicisme et romantisme. Mais là n'est pas le sujet.

Il est cependant ironique de constater que j'aime particulièrement Jérémie dans cette fic comparé aux autres personnages. (Ironique, car, parmi les personnages principaux, il est celui que j'aime le moins, mais je ne le déteste pas, bien au contraire.) Je pense que sa séparation d'Aélita est une des raisons majeures. Cela donne un côté plus rationnel chez le personnage, qui n'est plus conduit par un amour de jeunesse qui retire systématiquement 99% de ses neurones. (Surtout dans la genèse, la S1 et la S2. Bon, c'est mignon et tout, mais d'un point de vue purement rationnel, c'est juste con.) Il a une famille entière à protéger, un ennemi quasi-invincible à vaincre, et il n'a plus Lyokô pour faire cela. Maintenant, il doit quasiment tout faire IRL, en sachant les nombreux ennemis qui l'entoure, et la suspicion qui règne.

Citation:
Pour ça, Jérémie détestait ce qu'il avait dans le crâne... mais en même temps, il ne pouvait pas s'en séparer, sinon logiquement, il allait en mourir.


Je trouve que cette phrase illustre ce qu'il est devenu.

"Loki" est du moins...Particulier. Le suspense compose, entoure ce personnage ainsi que ses motivations. Reste à savoir ce que tu vas nous révéler en ce qui le concerne.

Citation:
– 36... Rue des Estancias... La grande fabrique d'armes anciennement abandonnée... On est là...


Holy shit...

Je n'ai plus rien à dire, je vais laisser les commentateurs suivants se charger de ce que j'ai oublié.

Voili voilou, sayonara!

_________________
Je suis quelqu'un d'observateur. L'avis des autres m'intrigue et m'intéresse.

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Je suis un Pro-Laura et Pro-CLE.

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Ikorih MessagePosté le: Ven 21 Oct 2016 09:25   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


Inscrit le: 20 Oct 2012
Messages: 1438
Localisation: Sûrement quelque part.
Tu sais ce qui est cool en vacances?
Ikorih esquive un bouquin d'économie
C'est que j'ai tout mon temps pour lire et du coup je peux y aller doucement, prendre des notes, et me souvenir de quel perso est qui (a)
Donc pas de migraine au programme, ce qui normalement me permet de faire un com' un peu mieux. Normalement.
J'ai même pu dégager une thématique globale à ce chapitre, qui aurait du coup davantage mérité de figurer en titre : les couilles. Pas étonnant quand on sait de quelle filière vient l'auteur!

Bon par contre j'ai la flemme de faire un plan donc on va se contenter de faire tout ça en vrac, par ordre de lecture, donc ce sera classé par focus. (Même quand c'est pas classé ça l'est, c'est trop beau).

Du coup on attaque avec les doutes existentiels de Samuel, sur la transformation de l'humanité par XANA (une humanité robotisée donc) etc etc. Entre ça et un probable bout de choc post traumatique, c'est compréhensible qu'à la fin du focus il se la joue "YOLO ON Y VA" xD
Bon par contre, qu'ont-ils fait de Norbert? "Wesh salut on se casse avec un vieux sorti de nulle part, bisous, tu rentres chez toi sans poser de questions hein?"
Norbert qui d'ailleurs a gagné quelques grammes d'utilité avec sa réflexion sur le monde d'avant et tout, mais bon, il reste plutôt transparent. Les raisons pour lesquelles il squattait sont quand même un brin mystérieuses, je veux dire, ok ils ont tous les deux vécu un évènement traumatisant mais de là à ce que Norbert vienne crécher dans sa cuisine? Il a pas de maison? xD
Ah oui et évidemment...Le Magistère qui se pointe tout seul comme une fleur devant chez Samuel? Mais il a des couilles!
...
Disclaimer : cette blague était prévue avant de voir la suite du chapitre
Donc je disais, c'est quand même vachement risqué. Heureusement pour la Fraternité, le régime n'est pas hyper porté sur la surveillance (ils se surveillent plus entre eux en fait, au lieu de surveiller les rebelles xD), probablement parce que XANA squatte devant Téléfoot...
De même, ils font quand même confiance très vite à Abraham et Samuel, au point de les laisser avec des gens haut placés de leur hiérarchie. C'est pas hyper pro tout ça.

Bon après le focus de Jérémie a apporté un peu moins d'intérêt. Au sens où Jérémie reste quand même un personnage moins classe que le tas qu'on a là, là où même William a réussi à dire des trucs cools sans avoir de focus centré sur lui. Je suis un peu sceptique sur l'idée de "programmer en mode automatique", et sur la réaction d'Eva et ses gosses. Je veux dire, Lloyd vient de crever et elle a toujours pas capté que c'était dangereux et qu'elle avait aucun intérêt à rester là?
Citation:
il ne pouvait pas s'en séparer, sinon logiquement, il allait en mourir.

Draynes, 2016.
Tant qu'on y est!
Citation:
C'était quelque chose que Jérémie avait appris à faire très tôt, mais qu'il n'utilisait qu'en cas de méfiance extrême.

Je suis un peu sceptique sur cette phrase. Quand tu as la capacité de lire dans la personnalité des gens rien qu'en les regardant, à mon avis tu peux pas t'empêcher de le faire. Y a forcément des trucs que tu remarques et dont tu tires des conclusions, alors dire qu'il le fait que s'il se méfie, c'est un peu présomptueux. Je sais pas si c'est le point de vue de l'auteur ou juste le fait que Jérémie se fait des illusions, mais du coup voilà Mr. Green

Bon, du coup, Loki.
*recherche de meme en cours*
Spoiler

Voilà, ça c'est fait Mr. Green
Alors il aurait pu se présenter en disant "Salut on m'appelle l'Enculé" que ça aurait été pareil je crois. Mais comme tu aimes faire dans l'ironie, évidemment, Loki va être un bisounours!...même avec la moustache d'Hitler...
Citation:
ses pupilles grises pâles étroites laissaient transparaître en permanence un petit rictus

Le jour où tu sais faire des grimaces juste avec les pupilles tu m'appelles Mr. Green (Et les pupilles sont noires au fait (a))
Je suis juste un peu sceptique sur le plan. Rappelle moi comment font des scientifiques pour buter un chef gouvernemental qui est théoriquement protégé par des gardes et tout? Je parle d'expérience, les scientifiques ne sont pas tous des adeptes de free fight (a)
On note rapidement le léger changement d'attitude de Watson, dont on a, à priori, rien à foutre.

Repartons au pays des roux o/
Concrètement, l'échange entre William et Abraham était marrant à lire. Je comprends pourquoi tu trouves leur relation marrante Mr. Green Rien que pour ça vivement que les deux intègrent la Fraternité xD dommage pour l'epic fail d'Abraham sur la fin, ça devenait presque cordial Razz
Enfin, cet epic fail nous apprend que le père de William s'est probablement suicidé (bon déjà il est mort à coup sûr), et on en saura probablement plus par la suite. Cependant je me permets d'avancer des théories sur la responsabilité du régime dans sa mort (ou son suicide hein), ce qui expliquerait nettement pourquoi Willy est dans la Fraternité Razz
Je suis totalement convaincue par le "rien d'important" de Samuel, c'est une phrase qui indique qu'il n'a rien à cacher à personne Smile
Citation:
de dire avec un ton glabre

Genre il se rase avant de parler?

Le fait que Samuel ne demande pas son avis à Abraham est assez révélateur du fond d'égoïsme du personnage, en fait. En soit, ça m'étonne pas qu'Abraham soit prêt à venir, mais ça me semble bizarre qu'il laisse Samuel décider pour lui. Il m'avait l'air d'avoir un peu plus de caractère que ça Razz
Ultime troll : Abraham en porte parole de William. C'est vraiment des enculés dans la Fraternité xD


Attaquons la suite du chapitre avec ce que tu as défini comme étant la "partie marrante".
Si je regarde mon premier tiret pour ce focus, j'ai dit que la rafale de pseudonymes "cassait les couilles".
Disclaimer : cette blague était prévue avant que je lise la suite du chapitre
Mais j'arrive quand même à m'y retrouver. Pour l'instant :s
Globalement, Arès est plutôt badass dans ce passage. Je m'étonne un peu qu'on ait confié les labos à un mec qui a pour pseudo le nom d'un dieu de la guerre mais soit. Concrètement le coup de "Au fait, pourquoi vous complotez pour me faire la peau" était énorme, et l'échange en lui-même, quoique un peu décalé (le rebelle qui explique tranquillement au méchant pourquoi il veut le faire dégager et qui en dsicute avec lui x)) était sympa à lire. Il n'est plus un secret pour personne que Loki travaille pour le Découvert (il sait pas qui est son patron, il est protégé, etc etc etc).
Bon et puis y a le dessert qui était couillu.
Ikorih éteint la machine à disclaimers
Citation:
l'anatomie humaine était assez grasse pour lui résister un minimum

J'ai un scoop pour toi : le gras, c'est mou. Donc ça résiste pas vraiment à un coup de dent. C'est pour ça que les côtelettes d'agneau sont plus fondante qu'un bout de boeuf (a)


Du coup on en arrive au Blond, qui a l'air d'être un peu partout ("salut je peux m'introduire dans les quartiers d'un des mecs les plus puissants du pays, oklm!"), mais ce côté mystérieux et insaisissable fait clairement la force du personnage. Y a un parallèle à établir avec le Découvert mais je me contenterai de le suggérer Mr. Green
Mais à mon avis, même si le courant passe bien entre les deux, le Blond a d'autres trucs en tête que simplement "jpeux avoir du boulot svp c'est pour manger Sad"....

Citation:
Tout ce qu'ils savaient de lui était qu'il s'appelait Lionel Igen, était le bras droit du Magistère et qu'il allait « tous les enculer » de ses propres mots

J'avoue, j'ai rit xD
Bon, Austin qui tape du pied, c'est pas que ça fasse un peu enfant de cinq ans mais....malus en charisme hein :/
Du coup tant que j'y suis on va broder un peu sur la relation entre nos deux enculés nationaux. Et franchement moi je l'aime beaucoup, le mélange de cassage de couilles et de coopération assez efficace voire parfois cordiale, il faut le dire (le côté relais en salle de torture, le fait que Steven le laisse retourner torturer Lionel, la vanne sur l’œil...). On sent qu'ils se connaissent franchement pas mal, et que peut-être quelque part au fond il y a une forme de lien d'amitié bizarroïde ("partenaire" étant le seul mot permettant d'appuyer ma théorie dans le texte, mais ce n'est pas n'importe quel mot XD).
Lionel était franchement cool aussi, pour un perso secondaire presque mort. Ses répliques étaient marrantes et témoignaient d'un sang froid remarquable (à moins que l'humour soit juste sa dernière façon de se détacher de ce qui lui arrive), notamment au niveau de l'oeil. Par contre il était à peu près évident qu'il finirait par parler x)
Je vais conclure cette revue du focus Steven par une blague. Mr. Green
En fait...Steven fait un carpaccio pour Arès là non?

Dernière remarque qui m'est venue au moment de rédiger le commentaire, je trouve que les personnages fonctionnent beaucoup en binômes dans ta fic. Dans les évidents on a Austin et Steven, Samuel et Abraham, dans le un peu moins évident, le Blond et Arès, XANA et Xander, William et Abraham....mais globalement les dialogues sont très souvent entre deux personnages et quand il y en a un troisième, il est très effacé (Abraham dans le Samuel/William, Allen dans le Loki/Arès....)
Wala.

Le terme couille et ses dérivés ont été prononcés 6 fois dans ce commentaire.
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"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Dernière édition par Ikorih le Mer 09 Nov 2016 18:03; édité 1 fois
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Icer MessagePosté le: Jeu 27 Oct 2016 16:09   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Je suis enfin à jour Mr. Green
Quelques notes en vrac : Déjà, j'ai adoré ta description de la séquence récupération d'Antoine, quelques chapitres plus tôt. On sent que tu as l'habitude des scènes de guérillas para-militaires. D'ailleurs la fin du dernier chapitre que tu as posté laisse entrevoir le même genre de baston, j'espère que ça va bien chier !

Sans surprise, suite à la mort du Bauf, Jérémie veut se payer X.A.N.A et parvient heureusement à mettre à l'abri sa famille. La vie est bien faîte n'est-ce pas ? Il va pouvoir se déchaîner (a)

J'ai repéré ça aussi :

Citation:
Un léger bruit de douleur lui parvint dans les douleurs, suivi d'un bruit


Ce sera tout pour le moment, mais sois déjà content que j'ai réussi à arriver jusqu'ici Smile

P.S : C'est vrai que le Poisson Noir, c'est pas terrible...

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« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


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Draynes MessagePosté le: Mar 06 Déc 2016 18:24   Sujet du message: Répondre en citant  
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Épisode 6 : Outrages


ABRAHAM


La tête plaquée dans une de ses énormes mains, les yeux quasiment clos, Abraham Ford poussa un fort soupir de contrariété, qui vint cependant se perdre dans le brouhahas incessant qui résonnait sur les murs de l'étrange salle de réunion dans laquelle il avait été convié.
À vrai dire, il s'ennuyait ferme, pour la simple et unique raison qu'il n'avait pour l'instant pas eu le droit à la parole une seule fois, le Bardou-Jacquet s'y étant fortement opposé avant même son entrée en scène. C'était également pour cela que, chose étrange, l’entièreté de la salle était plongée dans un noir abyssal et profond, dans le but manifeste de cacher l'apparence des membres de la Réunion à Ford.
Seul était clairement visible le Magistère, placé devant lui sur sa chaise blanche, avec son regard aveugle rivé sur lui, ses vieilles mains ridées tremblotant légèrement. Étant donné qu'il s'était fait remarquer en les ramenant ici, le vieux Clay Julius pouvait donc se montrer à la vue de l'Officier de Probation, grâce à un mini projecteur situé pile au dessus de sa chaise ne dévoilant pas ses condisciples, évidemment.
Dans sa tête, cependant, il trouvait ce raisonnement complètement stupide, puisqu'il savait que le régime ordonnerait la mise à mort immédiate des membres de la Fraternité, tant qu'elle n'est pas encore trop forte et influente. S'il était encore officiellement ou même officieusement du côté du régime, ils seraient tous morts depuis belle lurette, à commencer par ce cher William Dunbar.
En revoyant le Poisson Noir cloué sur son lit d'infirmerie, un pâle sourire amusé parut sur les lèvres d'Abraham, pendant qu'il se redressait légèrement pour passer une de ses mains géantes dans ses cheveux roux flamboyants. Il savait que le rebelle était un homme d'action, et se retrouver bloqué devait lui peser et l'énerver.
Et ça plaisait au rouquin qui, au fond, adorait se moquer de William. Il commençait petit à petit à apprécier le gaillard, malgré leurs débuts compliqués, et c'était dans sa nature de charrier légèrement les personnes qu'il apprécie. Samuel en avait fait les frais, et pas qu'une fois.

Soudainement, sa vision se porta sur le Magistère. Ce vieil homme fatigué et faible, atrocement faible, qui pourrait mourir sur place sans que personne ne le remarque. Ford, au fond, ne pouvait s'empêcher d'admirer cet homme, qui avait tout sacrifié pour créer ce semblant de résistance, et qui possédait encore une force décisionnelle. Il en eut la preuve quand Clay Julius Matissard claqua sèchement la paume de sa main ridée tremblante contre la longue table.
Immédiatement, l'écho des voix s'arrêta rapidement pour ne laisser la place qu'à un long silence, rompu rapidement par le soupir de soulagement d'Abraham. Le chef de la Fraternité, ne relevant pas le léger sifflement de dédain émanant de l'extrémité de la salle, se contenta de dire d'une voix légèrement fatiguée, mais toujours forte :
– Que ceux qui veulent émettre leur avis le fassent maintenant. Et chacun votre tour, je vous prie, j'en ai assez de ces brouhahas incessants, ça me donne des maux de tête de plus en plus facilement. Commence, Vanessa !
La voix d'une femme résonna dans la partie sombre de la pièce et le rouquin ne chercha même pas à tourner la tête pour discerner la moindre parcelle du visage de l'oratrice :
– Vous voulez que je dise quoi ? On ne devrait même pas avoir de discussion, c'est évident qu'on doit partir dans notre deuxième base. Lionel a du sûrement nous vendre et on fait pas le poids actuellement face à ces salopards de Sauveurs. On va pas rester ici et attendre notre mort !
– Pour le coup, rétorqua une voix inconnue de Abraham très procédurale et froide, je ne peux que la rejoindre. La Fraternité, à l'heure actuelle, n'a aucune chance de ne serait-ce qu'opposer une maigre résistance contre les Protecteurs, et surtout les Sauveurs.

Un petit ricanement mesquin résonna soudain dans l'enceinte de la pièce et Abraham se tendit subrepticement pour entendre la voix légèrement enrouée de l'homme qui venait de prendre la parole :
– Ma parole Cédric, mais depuis quand tu prônes la fuite ? Ah là là, quand je repense au FPLF... On ne fuyait pas, on se battait jusqu'au bout ! Alors bon, j'ai un compte à rendre au régime, alors si je peux en trucider le plus possible avant de crever, je tiens à le faire !
Abraham commençait à se demander quel crétin aurait pu sortir une idiotie pareille, mais il eut rapidement la réponse, énoncée par une voix plus éloignée, mais plus forte :
– Antoine, bordel, c'est fini le temps de l'Antiquité là ! Le régime est beaucoup plus présent qu'avant et surtout plus puissant, alors si tu veux te suicider en héros très bien. Mais ne compte pas sur mes hommes pour être envoyés au charbon sur tes ordres, tu peux aller te gratter !
Le rouquin vit la main du Magistère se refermer nerveusement, puis il prit la parole avec un ton sec et légèrement énervé :
– Bardou-Jacquet, Obéron, vous vous calmez. On est ici pour prendre une décision rationnelle, pas pour se disputer à la moindre phrase un peu... comment pourrais-je le dire sans être grossier... débile. Mais bon, il nous reste encore un avis à entendre.

Immédiatement, Abraham sortit de ses pensées plutôt négatives en tressautant légèrement du sourcil et enserra ses deux mains géantes dans un geste d'intense réflexion. Il était soit-disant le représentant de William Dunbar, mais il sentait que quelque chose clochait. Si on avait vraiment voulu un avis de ce dernier, on serait allé le chercher, il aurait juste suffi de déplacer son lit.
Là, Ford avait un pressentiment, et généralement, il n'avait pas toujours tort. Selon lui, le Magistère et ses sbires le testaient. Il ne savait pas comment, mais il savait évidemment pourquoi.
Ils ne se fiaient pas en lui, ce qui était parfaitement logique vu son passif. Et ils jouaient donc avec lui, en l'obligeant à prendre une décision.
Cependant, il était face à une impasse.
La voix d'Antoine résonna pendant un court instant dans la pièce :
– Bon alors, tu te grouilles, faut qu'on termine cette réunion au plus vite pour les futurs préparatifs !
– Ta gueule, le barbu. Rétorqua simplement Rider, ce qui entraîna un silence renfrogné de la part du concerné.
Le rouquin se concentrait, parce qu'il ne savait pas quoi choisir, là où la réponse à apporter lui apparaissait paradoxalement évidente.
Ils l'avaient piégé.
Ils l'avaient nommé comme représentant de William, chargé d'apporter son jugement, mais il connaissait le comportement de Dunbar : un rebelle prudent certes, mais très combatif et légèrement impulsif. S'il était là, il aurait réfléchi longuement, mais se serait laissé emporter sûrement par la soif de vengeance d'Antoine et voté pour la résistance pure et simple. Enfin après, peut-être qu'il ne le connaissait pas assez bien, auquel cas il est sûrement à côté de la plaque.
D'un autre côté, s'il choisissait de se conformer à l'avis qu'il supposait être celui du Poisson Noir, ce serait interprété comme une trahison par la Fraternité, étant quasiment surs qu'il allait les pousser au suicide. Il ne lui restait plus qu'un choix, le plus logique au final : le sien, en dépit du rôle lui ayant été attribué.
Ce fut ainsi, après plusieurs longues minutes de réflexion et un début de mal de crâne, qu'il se contenta de dire :
– La retraite. C'est la seule solution.

Il lui sembla voir un semblant de sourire se dessiner sur le visage détruit du Magistère, jusqu'à ce que ce dernier ne rétorque calmement et simplement :
– Je crois qu'on est tous d'accord. Nous devons nous retrancher dans notre autre base. Je vous retrouverais tous ici ce soir, sauf vous M. Ford évidemment, pour réfléchir sur les derniers préparatifs et nos dernières actions ici.
La mention de sa non-apparition ne fit rien de spécial à Abraham, qui s'attendait de toute manière à cela. Ne faisant pas partie de la Fraternité, il comprenait toutes les précautions employées, même s'il les trouvait légèrement exagérées malgré tout.
Il se leva donc avec raideur, se décala subtilement sur la droite pour éviter de percuter son siège dans le noir total et se dirigea donc calmement vers une source de lumière venant d'être allumée dans un bruit de projecteur, qui montrait la porte d'entrée d'un noir d'ébène presque aussi grosse et épaisse qu'une porte de coffre-fort.
Soudainement, une main ferme se posa sur son épaule et une voix rauque vint lui susurrer à l'oreille, tout en serrant avec force son épaule gauche :
– On avait déjà décidé avant, c'est pas comme si on tenait compte de ton avis. On t'a juste fait venir pour voir si on allait pouvoir te laisser en vie quelques journées de plus. Crois-moi, Ford, on peut être dangereux. Alors, t'as pas intérêt à faire le menteur pour pouvoir nous dénoncer, parce que crois-moi sur parole... Tu le paieras de ta vie.

Aucune réaction ne transparut sur le visage paisible de Ford, il savait que le moindre geste brusque équivaudrait à une dénonciation immédiate aux autres membres qui rallumeraient rapidement la lumière et le canarderaient comme une vulgaire volaille. À la place, il se contenta simplement de rétorquer tout en avançant avec une droiture et une rigueur dans le mouvement typiquement militaire :
– Vous savez, Bardou-Jacquet, si j'avais vraiment voulu vous buter, vous seriez déjà à terre en train de pleurer, alors ne me faîtes pas de menace. Vous n'êtes qu'un minable qui a trahi tous les camps pour survivre. Vous mériteriez de retourner pourrir dans une prison.
La phrase ayant été prononcée de vive voix, un silence tendu s'installa et fut cependant rompu par un éclat de rire sonore provenant sûrement de la bouche d'Obéron pendant que Antoine devait être en train de serrer les poings et de fulminer, dans l'imagination du roux.
Mais il s'en foutait, du nouvel arrivant et de sa personnalité de con insupportable.
Il avait réussi le premier test implicite. Il n'était pas mort dans la salle, ils l'avaient laissé en vie alors que sa réponse aurait pu l'envoyer outre-tombe rapidement d'une simple balle.
Abraham ne savait pas s'il voulait personnellement rejoindre la Fraternité.
Mais il commençait franchement à sentir que cette dernière commençait à vraiment souhaiter le recruter. Et cela ne lui déplaisait, étrangement, pas du tout.


**

*

**


EVA


Une main dans celle de Albert et l'autre dans celle de Marie, c'était la méthode qu'avait trouvée Eva Skinner quand elle voulait déstresser durant les trajets. Même si l'adolescent était légèrement énervé par cette manie de sa mère, il acceptait sans rechigner actuellement.
Il était mort de peur, sa mère pouvait le sentir en ne faisant ne serait-ce qu'observer les expressions de son visage. Et elle ne pouvait évidemment que lui donner raison.
Son frère était mort. L'oncle de ses enfants s'était fait assassiner par le régime, et elle était censée rester calme, à l'écoute et surtout, confiante dans ce même régime. Elle avait échoué. Elle avait commise une terrible erreur.
Elle aurait dû écouter les recommandations de son mari, rester en Amérique, en sécurité. Mais non, Eva ne s'était pas laissé embobiner dans le bon sens, elle ne pouvait pas penser qu'un régime comme ça puisse exister en Europe, et elle avait toujours voulu voir la France.
À peine arrivée, elle avait senti que quelque chose clochait : elle se souvenait pêle-mêle du faux sourire niais d'Alfie, de Xander la forçant à quitter pour un temps sa chambre en la fixant avec ses yeux si stressants, du refus catégorique des dirigeants d'envoyer ses enfants à l'école. Mais un seul souvenir lui revenait constamment en tête, et lui faisait toujours avoir des sueurs froides.
Ce n'était pourtant que des yeux, d'une étrange couleur ambrée. Mais ils étaient tellement froids, imperturbables, empreints d'une once de sadisme et de cruauté masquée, que Eva en était sorti de ce court entretien marquée à vie. Le Sauveur, qu'il se faisait appeler. Elle se souvenait que, lors de l'annonce de la mort de Lloyd, elle n'avait pu s'empêcher de regarder sa bouche et de voir, subrepticement, s'afficher un court sourire mesquin et cruel.

Et c'était alors qu'elle avait commis sa deuxième plus grosse erreur : elle l'avait giflé. Sèchement. Sans réfléchir, elle venait de porter un coup physique à un homme réputé comme étant un des plus impulsifs et cruels membres du régime. Sur le coup, elle ne s'était pas rendue compte du problème, ce fut juste quand le sourire de l'homme s'était terni et qu'il avait murmuré LA phrase.
Prononcée avec une voix douce, calme, mais incroyablement menaçante, il s'était contenté de dire une simple menace, qui était restée, elle-aussi, gravée dans le crâne de la femme :
– Vous venez de faire votre ultime erreur, ma chère. Croyez-moi, je déteste quand on me touche de manière agressive, comme vous venez de le faire.
Il avait ensuite brusquement avancé son corps pour lui saisir le dessous de la tête avec la main, et il avait alors énoncé :
– Si je vous revois, toi et toute ta petite famille d'abrutis, je plante la gamine devant les yeux de son frère, je lui plante ensuite un couteau dans sa petite poitrine et je t'égorgerai une fois que tu auras pleuré tout ton soul... Ton mari, normalement, sera le dernier, et il aura le temps de souffrir, crois-moi. Et sache une chose : je tiens toujours mes promesses...

Elle revint cependant à elle quand son adolescent de fils lui serra de plus belle la main, en enfonçant presque ses ongles dans sa chair. Ils étaient arrivés au quatrième étage et se tenait devant l'appartement numéro 41. C'était cette adresse précise que lui avait donné Jérémie avant de l'enjoindre à s'enfuir.
Il avait été furieux, mais surtout terrorisé en apprenant ce qu'elle avait bien pu faire au dénommé Steven. Eva espérait évidemment de tout son cœur que son mari n'allait pas en subir les conséquences, même si au fond la raison s'imposait : Jérémie Belpois allait tout encaisser pour eux, ils devaient être forts et survivre le temps de trouver un moyen de s'enfuir de ce maudit pays.
En attendant, ils étaient partis dans un VTR aux premières lueurs de l'aube, pour traverser l’entièreté de Xonon le plus rapidement possible, tout en prenant un maximum de détours au cas où le régime avait décidé de les poursuivre. Ils étaient finalement arrivés devant un immeuble tout simple, peint en blanc mais relativement sali par quelques tags et tâches de vandalisme.
La jeune femme avait alors monté les marches calmement, se souvenant des consignes de Jérémie : arriver tard le soir était la meilleure solution, mais surtout surtout, ne pas provoquer son beau-père. Eva avait pu sentir dans le ton de son mari qu'il n'appréciait pas beaucoup le nouveau mari de sa mère, au prétexte très légitime qu'il avait complètement coupé les ponts entre sa mère et lui. Elle devrait donc faire attention.

Soudainement, la petite Marie demanda d'une voix fluette :
– Qu'est-ce qu'on fait là ? Où est Papa ?
– Il nous rejoindra plus tard ma chérie, rétorqua Eva avec un ton doux en regardant sa petite dans les yeux, il a juste du travail à terminer, ce n'est pas trop grave.
Un rapide coup d’œil sur le côté fit entrevoir à la mère que le regard bleu-gris de son fils était perdu dans le lointain, et que l'entièreté de son visage était figé en une expression de désaccord. Il ne la croyait pas... ou plutôt, il ne la croyait plus. Il ne lui faisait plus confiance.
Et elle ne pouvait s'en vouloir qu'à elle-même pour le coup, elle le reconnaissait volontiers. Elle prit ensuite son courage à deux mains en soufflant lentement dans le vide, puis donna quatre petits coups brefs sur la porte en bois.
Ils attendirent ainsi pendant quelques secondes qui parurent interminable aux trois personnes potentiellement en fuite, et au moment où Albert commençait à tapoter d'impatience du pied, la porte s'ouvrit en grand et une voix charmante les accueillit :
– Ah, c'est vous ! Entrez vite, nous vous attendions avec impatience !
Bizarrement, les deux enfants ne se firent pas prier pour s'introduire dans l'entrée de l'appartement, en tirant presque leur mère de force. Une fois arrivée dans le petit sas d'entrée dans lequel elle pouvait apercevoir l'armoire à chaussures et à manteaux, une petite penderie sur la droite dans laquelle se trouvait un lave-linge et des murs jaunâtres presque nus, sans papiers peints, elle détourna un temps son regard de la décoration pour se poser sur la personne qui parlait tranquillement avec Albert.

Elle ressemblait comme deux gouttes d'eau à Jérémie ce qui était en somme parfaitement normal, étant donné que la femme les accueillant gracieusement était sa mère. La ressemblance en était d'ailleurs presque troublante, avec ses cheveux blonds coupés lui arrivant à la nuque, cependant entrecoupés de quelques mèches grisâtres voire blanchâtres et ses yeux bleus aussi doux et aimants qu'un ciel d'été.
Elle n'était cependant pas seule, et Eva s'en rendit vite compte quand l'homme vint se ranger à ses côtés contre le mur, les bras croisés sur la poitrine dans un mouvement de lassitude, voir d'indifférence. À l'inverse de sa femme, il ne paraissait ni chaleureux, ni heureux. Ses yeux d'un gris ferme et inquiétant fixaient imperturbablement les deux enfants, mais c'était surtout ses cheveux blancs comme neige qui intriguaient véritablement la jeune femme, qui ne put s'empêcher de regarder cela avec beaucoup trop d'intérêt.
Cela attira visiblement l'attention du probable beau-père de Jérémie, car il soupira et se contenta de dire avec un ton éteint et procédural :
– C'est une maladie génétique, j'ai des cheveux blancs depuis mon entrée en lycée. Et je ne suis donc pas aussi vieux que ce que je peux laisser penser.
– Je... Je... commença à bégayer Eva, surprise par l'intervention de l'inconnu.
Ce dernier se détourna lentement pour fixer la jeune femme avec ses yeux gris si revanchards et inquiétants, et énonça avec un calme détonnant, quoi que Skinner puisse y déceler une couche de mépris latente :
– Bon, qu'on soit bien clair : je ne vous accueille pas ici de gaieté de cœur. Si un de mes collègues vous choppe ici, je suis vraiment dans une merde noire, même si aucun mandat d'arrêt n'a été dressé contre vous. Et je suis Philippe Durieux. Je ne veux surtout pas que ces gosses m'appellent « Beau-papa » ou « Philippe ». Pour eux, ce sera « M. Durieux ». Compris ?
Surprise par la diatribe du patriarche, la femme de Jérémie se contenta d'acquiescer avec un mouvement sec, ce qui fit une seconde apparaître un semblant de sourire sur le visage auparavant figé de Philippe. Ainsi, sans faire plus de commentaire, il se détourna et se dirigea vers la pièce à vivre, sans ne serait-ce que daigner regarder les deux enfants.
À cet instant, la pression accumulée pendant ce court échange fit serrer les poings à Eva : elle n'allait pas rester là, sans rien faire, alors que cet homme désavouait complètement ses gosses. Elle allait le forcer à les voir, les reconnaître, les apprécier. C'était son objectif dès à présent.

La mère n'eut cependant pas le temps de s'appesantir sur Philippe puisqu'une voix douce vint lui susurrer à l'oreille :
– Dans la cuisine, tout de suite. Il faut qu'on parle.
En se retournant, Eva Skinner aperçut distinctement le sourire éclatant de la mère de son mari et quelque chose se brisa en elle, sans qu'elle s'en aperçoive au premier abord. Ce fut en suivant la femme plus âgée et en laissant ses enfants se diriger vers le salon qu'elle s'aperçut qu'elle n'avait pas pensé une seule fois à Jérémie depuis son entrée dans l'immeuble.
Lui qui occupait intégralement ses pensées auparavant, n'était plus qu'un souvenir alors qu'il était, normalement, encore en vie. Seuls ses enfants comptaient à présent.
Après être rentrée rapidement dans la petite cuisine et que sa belle-mère eut refermée rapidement et fermement la porte en soupirant, la femme de Jérémie crut bon de demander :
– Vous êtes bien Valérie Chevallier, non ? Si ce n'est pas le cas, je me demande ce que mon bon-à-rien de mari a bien pu faire...
– Non, répliqua la belle-mère en souriant, c'est bien moi. La mère de ton époux. Et la grand-mère de ces somptueux et très polis gamins. Ah là là, je regrette de ne pas les avoir vus dans d'autres circonstances...
À cet instant, la Skinner se sentit rapidement en confiance, comme si quelque chose d'inconnu ressortait de cette femme. Elle inspirait aisément une envie de se confier, d'y croire. Et ça, c'était quelque chose qu'Eva avait perdu depuis sa fuite du Laboratoire : l'espoir. D'une vie meilleure, d'une vie normale tout bêtement. Elle pourrait peut-être se reconstruire un simulacre de vie auprès de Valérie et Philippe... du moins, c'était ce qu'elle espérait dans sa tête à cet instant précis.

Cependant, elle se vit malgré tout demander :
– Pourquoi vous ne les avez pas vus avant, ces gosses ? Qu'est-ce qui vous en empêchait ?
– Oh ma pauvre, répondit Valérie en s'asseyant lentement sur un simple chaise en bois, tu ne te doutes de rien. Mon mari est devenu un Protecteur, on ne peut donc pas quitter le pays par mesure de sécurité... Enfin plus pour respecter la volonté de ce paranoïaque malade de Xander.
Choquée par le ton haineux employé par la femme d'âge mûr, elle se contenta de répliquer :
– Vous savez, c'est de ma faute si on est là. Je ne croyais pas en ces rumeurs comme quoi ce régime était l'un des pires du monde. Et même, en arrivant ici, tout allait bien...
– C'est le péché mignon du toutou de X.A.N.A. ça, répliqua Chevallier avec un petit rictus, la manipulation. Enfin, d'après ce que me raconte Philippe, ce mot résume volontiers tous les composants de ce somptueux régime.
– Mon frère, avoua Skinner en réprimant de justesse une larme, s'est fait tuer par un de ces salauds et j'ai giflé un de ces Sauveurs... Si vous étiez soumis au régime comme tous les autres habitants de ce maudit pays, vous nous auriez foutus dehors, mais vous nous avez acceptés ici... Pourquoi ?

Le regard auparavant légèrement critique de la belle-mère s'adoucit et elle s'expliqua calmement en se penchant pour plonger son regard bleuté dans celui de la mère :
– Il y a une différence entre soumis et soumis, ma chère. Nous sommes certes soumis dans le sens où nous obéissons en apparence, mais ce n'est pas pour autant que nous les adulons. Nous sommes très nombreux dans ce foutu pays, comme tu le dis, à haïr cette saloperie de programme et ses vassaux, mais nous ne pouvons rien faire. Ils sont trop puissants. Alors, quand nous pouvons nous battre contre lui par de petites actions, nous le faisons. Voilà la raison, en plus du fait que je n'aurais jamais abandonné ma famille.
La diatribe terminée, Valérie jeta un rapide coup d’œil vers la porte de la cuisine, puis se leva et annonça à demi-mot :
– Mon mari n'est pas encore totalement dans cette optique, et il prend beaucoup plus de risques que moi en vous hébergeant ici. Alors certes, il peut être rebutant à certains moments, mais ne lui rendez pas la vie infernale. Il pourrait vous le faire payer, et je n'aurais aucune possibilité de l'en empêcher.
Après la fin de son discours qui a plongé Eva dans une profonde mélancolie non contrôlée, la jeune femme releva la tête avec assez de lenteur pour apercevoir le Protecteur, affalé dans le canapé, qui regardait fixement la petite Marie et son frère réfugiés devant l'écran de la télévision, avec Chevallier se dirigeant vers eux pour sûrement les rassurer.

Elle n'eut pas le temps de détourner le regard quand Durieux se retourna et darda ses yeux si gris dans les siens. À cet instant, elle sentit autre chose que du mépris derrière cela : de la peur. Il avait peur d'eux, de ce que cette situation pouvait provoquer dans son simple petit foyer.
De plus, il ne connaissait pas sa belle-famille, par sa propre faute, cela dit. Bizarrement, même après avoir constaté cet état de fait, le sentiment de haine viscéral qui l'envahissait dès que leurs regards se croisaient ne s'estompa pas et elle lui darda sans le vouloir un regard noir.
Un éclair de lucidité suivi d'un petit rictus narquois et moqueur se grava sur le visage de Philippe avant qu'il ne détourne les yeux pour exposer à sa belle-fille ses cheveux si blancs.
Blancs comme neige, comme la couleur des étendues de flocons qui tombaient devant les fenêtres de sa maison à New York, pendant la saison hivernale.
À cet instant, Eva retourna dans sa mélancolie : elle souhaitait retourner chez elle. À tout prix, fuir cet enfer était devenu son seul objectif. Certes, l'appartement de Valérie était un refuge, mais uniquement de transit comme l'avait si bien fait comprendre le Protecteur.
Il ne tenait donc qu'à elle de se triturer les méninges pour trouver un moyen de fuir. Et, quitte à négliger légèrement sa descendance, elle allait y passer ses journées.
Skinner, à cet instant précis, venait de se le promettre. Et, comme le Sauveur qui avait changé sa vie, elle souhaitait ardemment tenir sa promesse.


**

*

**


JÉRÉMIE


Jérémie Belpois était frustré, mais d'une force qu'il n'avait jamais connue. Auparavant, il savait se contenir, ne pas laisser ses sentiments prendre le dessus et se réfugier derrière sa froide logique. Mais il n'avait jamais, à ce point, senti que la situation lui échappait. Et cette damnée situation commençait à le rendre fou, puisqu'il détestait perdre le contrôle.
Cela faisait maintenant plus de trois heures qu'il explorait les archives, avec Stellan et Jude. Alfie n'était pas là et surveillait, mais il ne disait rien. Il avait une mine choquée et ne cessait de tousser, comme s'il avait avalé quelque chose de travers. Belpois ne savait pas et, au fond, s'en foutait pas mal. Tout ce qu'il souhaitait, c'était trouver l'identité de Seth.
Pourtant, la journée avait très bien commencé : dès son réveil, un petit texto de sa mère lui indiquant que sa famille était en sûreté, loin des griffes de Steven Ogg. Et cette petite chose avait réussi à lui redonner le sourire qu'il avait perdu globalement depuis la mort de Lloyd. De plus, il avait réussi à convaincre le suédois et l'anglais de fouiller plus en profondeur, ce qui faisait qu'il avait divisé sa charge de travail.
Mais pourtant, il n'arrivait à rien : aucun dossier ne mentionnait le dénommé Seth, ou en tout cas pas assez explicitement pour que Jérémie Belpois puisse le trouver. Et cela l'énervait. Beaucoup.

C'était donc pour cela qu'il marchait nerveusement dans les couloirs, seul, les poings serrés, à la recherche d'une personne. L'instigateur de ce début d'insurrection presque pas dissimulée, à son grand étonnement.
Chris Coy. Le Manipulateur comme il se faisait appeler. Au moins, il avait choisi d'être honnête sur sa nature profonde et ça, le scientifique ne pouvait le lui reprocher. Soudainement, il aperçut une touffe de cheveux noirs et saisit violemment l'homme devant lui... qui le repoussa avec un air passablement choqué avant de partir plus loin. Ce n'était pas Chris Coy.
À cet instant, le blond sentait qu'il commençait à perdre pied. Sa fureur montait en flèche à chaque seconde qui passait et il voyait de plus en plus de chevelures noirâtres devant lui, dans ce maudit couloir. De plus, une voix moqueuse et robotique résonnait dans son cerveau, en répétant sans cesse la même tirade « Viens me chercher... Viens me chercher... »
Il savait de qui il s'agissait, il s'amusait avec lui depuis son arrivée en France. X.A.N.A. savait parfaitement ce qu'il essayait de faire, il s'en amusait même. Ce qui était hautement improbable vu son statut de programme, mais qu'importe. Il était capable de faire des prodiges, alors torturer mentalement sa némésis ne devait pas être trop compliqué. Un hurlement de rage sortit, sans qu'il puisse le contrôler, de la bouche de Jérémie et la voix s'éteignit alors. Il savait qu'elle reviendrait à la charge le lendemain, puis le surlendemain, jusqu'à ce qu'il devienne fou.
Il devait éliminer le virus de la surface de cette planète. C'était cela qui lui permettait de tenir, sa volonté, combinée à d'autres objectifs comme protéger sa famille, venger Lloyd ou encore celui de l'instant.
Trouver.
Chris.
Coy.

Et cela fut rapidement accompli, quand une main ferme se posa sur son épaule et qu'une voix doucereuse vint rétorquer avec froideur et amusement :
– On raconte que tu souhaites me voir. Puis-je savoir pourquoi ?
– Qui est Seth ? Rétorqua simplement Belpois en se défaisant de l'étreinte de Loki pour se retourner et le fixer dans les yeux.
Ses yeux gris pâles se plantèrent dans les siens, son tic consistant à mâchonner dans le vide se déclencha automatiquement, comme s'il semblait en proie à un conflit intérieur. En vérité, il était juste amusé, ça Jérémie pouvait aisément le voir à son rictus. Et il s'attendait donc au style de réponse que Coy lui apporta :
– Oh, mais tu crois vraiment que je vais tout t'apporter sur un plateau ? Non, c'est plus drôle de vous voir vous démerder, galérer, pendant que moi, je réussis tout.
– Non justement, sourit à son tour Jérémie, l'insurrection que tu recherches tant ne se déclarera pas s'ils n'ont pas de cibles définies. Ce qui fait que tu as échoué.
L'interlocuteur se contenta de sourire pleinement en rétorquant calmement :
– Je remarque que tu ne t'es pas inclus dans ce plan, tu gardes tes distances par sécurité. Mais sache-le, Jérémie : si on échoue, tu prendras autant que tout le monde. Arès et Seth sont haï, Vulcain devrait bientôt céder et il te faut dans nos rangs. Si coincer l'assassin de ton beau-frère te fait rejoindre notre cause, ce sera tout bénéf' pour nous !
– Tu ne serais pas assez bête, répliqua Belpois en se rapprochant et en serrant les poings nerveusement, pour me dévoiler le piège évident que tu tentes de renverser sur moi quand même ?
– Oh qui sait, répondit simplement Chris avec son rictus et son regard gris pâle amusé avant d'enchaîner avec un mouvement légèrement lassé de la main, mais puisque tu tiens tant à ce que je t'aide, un petit indice sous forme d'énigme : si tu trouves le lien entre le futur et le 4 juillet, tu trouveras ton homme !

Un léger haussement de sourcil fut la seule réaction du génie informatique face à cette mystérieuse phrase lancée par son interlocuteur, qui réagit pour sa part avec un sourire moqueur, un geste mi-tendre, mi-méprisant volontairement de la main et un demi-tour contrôlé dans le couloir pour repartir de l'endroit où il venait.
Décidé à comprendre, Jérémie Belpois se détourna à son tour et entreprit de faire lentement le trajet vers l'endroit où l'attendaient probablement, incrédules, ses collègues qui avaient probablement fait chou blanc dans leurs tentatives de trouver l'identité réelle du prénommé Seth.
Le blond savait que Chris, à mi-mot, lui avait révélé ce qu'il cherchait. Et il comprenait qu'il ne le dise pas clairement. C'était un test, Coy souhaitait clairement savoir s'il était assez intelligent pour faire ce fameux lien et surtout, s'il allait pouvoir être utile dans son grand projet.
Belpois avait bien saboté les puces des cyborgs en douce pour qu'elle s’autodétruisent à la moindre tentative d'agression par un des futurs robots de X.A.N.A., il pouvait donc bien résoudre une stupide énigme. Après ça, après sa vengeance, il se servirait de son cerveau pour doubler tout le monde et ainsi, accomplir son véritable objectif.
Détruire X.A.N.A.

Mais, pour l'heure, il se concentrait et son processus de réflexion se mit en branle, analysant chaque élément de cette maudite phrase pour la comprendre.
Le 4 juillet. Qu'est-ce qui se passe ce jour ? Un seul événement majeur, la Fête de l'Indépendance Américaine. Mais quel était le lien avec le futur ? Certes, cette fête reviendrait un an plus tard, donc dans le futur, mais ça n'avait aucun sens et surtout, aucune chance de l'aider.
Pourtant, Jérémie sentait qu'il approchait de la solution, il fallait juste qu'il regarde cela sous un autre angle. La Fête de l'Indépendance en Amérique ne s'appelait comme ça qu'en traduisant littéralement, dans le monde il était plutôt appelé « Independance Day ».
Et Independance Day était également un film, sorti en 1996 : Belpois rangea cette information dans un coin de sa mémoire, cela pourrait peut-être lui servir.
Il arriva alors dans la salle, dépassa Stellan et Jude sans un regard et se contenta de fermer les yeux et de lever une main indiquant clairement qu'il ne souhaitait pas être dérangé. Alfie s'étant rapproché et ayant l'air d'avoir repris ses esprits, il lui indiqua subtilement la même chose et se replongea ensuite dans ces pensées, dans sa tentative de déduction.
Il s'orienta cette fois là sur le futur. Quel lien pouvait-il faire entre cette notion de futur et la Fête de l'Indépendance ? Dans un sens, la notion et le mot même de « futur » pouvaient être déclinés en une multitude d'expression : le lendemain, l'année suivante, le jour d'après...

À cet instant, le lien se fit, rapidement, instinctivement, grâce au cinéma : Le Jour d'Après était un film sorti en 2004. Et la connexion avec le jour de l'Indépendance se fit alors dans son cerveau.
Quel était le lien tacite et évident entre les deux ? Le réalisateur. Les deux films avaient été réalisés par Roland Emmerich, mais l'allemand était mort dans un accident d'avion en 2022 et surtout, n'était aucunement relié à la communauté scientifique.
Mais un autre membre de la famille, si. Et Jérémie le connaissait évidemment, il était renommé mondialement et avait disparu des écrans radars en 2025, l'année de la création du régime. Et Belpois comprenait maintenant pourquoi.
Et le nom sortit alors de sa bouche, devant les mines abasourdies de ses trois collègues :
– Noah Emmerich. Noah Emmerich est Seth. On tient enfin ce fils de pute.
Aucune réaction n'envahit d'abord les trois membres, excepté le regard impressionné de Jude Watson qui semblait de plus en plus reconsidérer son opinion vis-à-vis de Jérémie.
Et alors, un léger applaudissement retentit à l'entrée de la salle, suivie d'une remarque prononcée par une voix sans émotion :
– Bravo. Je pensais que vous n'alliez jamais trouver, mais pas mal. La réputation du petit Belpois ne serait donc pas usurpé.

Immédiatement, les quatre personnes se retournèrent et Stellan amorça imperceptiblement un mouvement de recul : devant eux se tenaient cinq gardes, recouverts d'une armure de métal noire avec une sorte de fusil à pompe technologique braqué sur leurs poitrines.
Au milieu de cette armada, ou plutôt une escorte de ce que comprit Jérémie, se tenait un homme. Imberbe, grand, mince. Mine figée, cheveux blonds non naturels. Yeux rouges albinos. Noah Emmerich.
Immédiatement, le sang de Jérémie ne fit qu'un tour et il serra les poings. Le meurtrier de son beau-frère le remarqua, mais aucune émotion ne vint transparaître, et ce peu importe l'endroit de son corps que le scientifique regardait. Ce type était une armoire à glace, impossible à décrypter et donc, extrêmement dangereux : c'est ce que Belpois comprit rapidement en le fixant.
Cependant, Seth n'avait pas terminé son discours et s'avança, toujours entouré de ses gardes, tout en expliquant avec un ton morne :
– C'est moi qui ait donné à Chris cette énigme. Le fait que tout le Laboratoire me déteste est un secret de polichinelle, et je crois bien montrer n'en avoir rien à carrer. Mais tu m'intrigues. Tu pourrais accomplir de grandes choses, mais tu te contentes de rester à ce niveau.
– Jamais je ne bosserais avec toi, espèce de pourriture, gronda Jérémie en se passant la main dans ses cheveux blonds naturels, tu as tué mon beau-frère sans aucune raison...
Les yeux rouges albinos de Emmerich se posèrent alors sur Jude qui sembla pendant un court instant mal à l'aise, puis sur Alfie qui déglutit bruyamment, puis termina son parcours sur Belpois après être passé par Stellan qui se terrait. Il expliqua alors avec un ton morne et sans émotion :
– Je remarque que tu es le seul ici à ne pas avoir peur de moi. Ou en tout cas, qui ne le laisse pas paraître. Mais bon, sache quand même ceci Belpois, histoire que ce soit clair : pour moi, ton beau-frère n'est qu'un être mort. Certes, je l'ai tué, et bien c'est comme ça. Il n'avait qu'à pas fouiner.
– J'en déduis donc que tu n'éprouves aucun remord ?
Le silence qui suivit fit péter un câble, littéralement, à Jérémie qui se jeta sur le scientifique dans un accès de folie. Il fut cependant intercepté par Jude qui le plaqua au sol avant que les gardes, manifestement à cran, ne se décident à tirer.

Instantanément calmé, le blond voulait se demander ce qui l'avait pris, mais il y réfléchirait plus tard, puisque la face si inquiétante et étrange de Noah vient se planter devant lui. Ses yeux d'un rouge sang se gravèrent jusqu'au plus profond de sa cervelle et un frisson de terreur le parcourut de part en part. L'adrénaline du face-à-face ne lui avait pas permis de réaliser à quel point son adversaire était différent. Il se masquait derrière une indifférence non simulée, et apparaissait aux yeux de Jérémie comme la définition parfaite du malade mental.
Mais le scientifique se contenta de dire, tout en penchant sa tête de côté comme un serpent examinant sa proie :
– Tu ne m'as pas laissé répondre à ta propre question, donc je vais le faire maintenant. Non, je n'éprouve aucun remord. Oui, je pourrais recommencer dans dix secondes si l'envie m'en prenait. Et oui, j'ai envie de t'arracher la tête pour cet acte d'effronterie. Mais X.A.N.A. veut que tu vives. Sinon, crois-le bien, tu n'aurais pas réussi à t'enfuir de l'escalier. Je ne sais pas ce qu'il a comme projet pour toi, mais comprends-moi bien : à partir du moment où il n'aura plus besoin de toi, je te trouverais et je te massacrerais.
Sur ses mots, le tueur se releva avec lenteur, fit une dernière fois tourner lentement sa tête pour observer l’entièreté du décor qui se présentait devant lui, et s'en alla, toujours suivi par son escorte de gardes.

À peine Noah Emmerich s'était-il évaporé que la voix forte de Watson résonna dans les oreilles pendant que l'anglais le remettait violemment sur pied :
– Putain, mais je peux savoir ce qui t'as pris ? On a tous failli se faire trouer à cause de toi !
– Ta gueule, gronda le scientifique en se prenant la tête à deux mains, j'ai un putain de mal de tête.
La face de Jude se tordit en une grimace énervée et, Alfie semblant dans les vapes en train de tapoter rapidement sur son téléphone portable, ce fut le suédois qui calma le jeu en se positionnant entre les deux énervés :
– Eh les gars, on se calme là ! On est tous embarqués dans la même galère, on va pas commencer à se poignarder dans le dos bordel ! Maintenant, on va tous retourner bosser... sauf toi, Jérémie, va te reposer. T'en as déjà trop fait.
Pour le coup, Belpois ne se sentit pas le force de râler, son mal de crâne empirait et il ne comprenait plus rien à sa situation : il devenait violent, impulsif, à la limite de la paranoïa... Mais qu'est-ce que le régime lui faisait ?
Il le transformait, mais comment, pourquoi ?
Ça, le scientifique voulait le comprendre, mais il n'y arrivait tout bonnement pas. Tout ce qui se passait dépassait la logique.
Pourquoi Coy voulait renverser Arès ? Pourquoi X.A.N.A. le narguait ? Pourquoi Ogg avait menacé sa femme ? Pourquoi Noah Emmerich, la mort de Lloyd, le comportement d'Alfie, l'énigme de Chris... ? Pourquoi tout ?
De plus, il avait de plus en plus l'impression d'être surveillé en permanence... C'était sûrement son début de paranoïa qui le faisait agir comme ça, mais il ne pouvait s'empêcher de se retourner tous les trois pas pour voir si un Sauveur allait venir lui ouvrir la gorge. Tout ça à cause de son désir d'enfance de détruire X.A.N.A.

Il commençait à se demander si ce n'était pas vain, s'il ne fallait pas mieux s'en aller... Enfin, évidemment qu'il valait mieux partir très loin et laisser la situation en plan, mais Jérémie n'était pas stupide. Il savait que le virus le retrouverait et le tuerait, peu importe l'endroit où il se réfugierait.
Maintenant qu'il s'était embourbé dans ce merdier, il devait s'en sortir seul, et par un moyen sécurisant, mais en même temps dangereux : la destruction pure et simple de X.A.N.A.
Soudainement, arrivé devant la porte de son petit studio où il habitait dorénavant seul, il fut pris d'un malaise intense et se retourna vivement, juste à temps pour entrevoir un éclat blond au bout du couloir. Qu'est-ce que ça pouvait être ? La réverbération des cheveux d'un personne, des yeux.
Il ne savait pas.
Et il avait trop mal à la tête pour s'en soucier de toute manière, c'est pour cela qu'il entra dans sa pièce à vivre et alla rapidement s'allonger dans son canapé vert caca d'oie avec un soupir de soulagement palpable, auréolée d'une envie de dormir assez impressionnante compte tenu de l'heure.
Et il céda finalement assez facilement aux bras de Morphée, pour se ressourcer et partir dans ses rêves où, là, le régime et les Sauveurs le laissaient en paix.
Pour l'instant.


**

*

**


XANDER


Dans l'ascenseur l'amenant à la salle du Supercalculateur, perdue dans les fins fonds de l'Hôtel reconstruit à l'emplacement de l'ancienne Tour Montparnasse, le chef du régime ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'il avait bien pu faire de si grave pour que le Programme en personne souhaite lui parler.
Il se souvient parfaitement qu'il était en train de jouer aux échecs avec James quand le Spectre était apparu. Il s'attendait évidemment à ce qu'il lui transmette les ordres de X.A.N.A, comme à son habitude, mais le mystérieux avatar aux lunettes de soleil s'était contenté de dire que le virus souhaitait lui parler en personne. Kucsulain avait eu l'air aussi surpris que le Patron à cet instant.
Il se souvenait également avoir harcelé presque de questions, toutes contrôlées et pertinentes cela dit, l'émissaire mais celui-ci était resté muet. Il avait juste interdit au garde du corps de monter dans l'ascenseur avant de disparaître.
Berkeley ne pouvait s'empêcher, au fond, d'avoir au fond de son cœur deux émotions contradictoires : la peur et l'excitation. Il allait enfin pouvoir parler à son maître en vrai, ce qui n'était pas arrivé depuis des années, mais en même temps une angoisse de plus en plus insistante croissait dans sa poitrine.
Avait-il fait une erreur en négligeant quelque peu cette mystérieuse personne qui semblait manipuler des choses dans l'ombre ? En n'ayant pas rapidement réglé le sort de cette maudite Fraternité ? En ayant perdu le soutien d'un des trois membres de son trio de créanciers milliardaires ? Il ne savait pas ce qu'il avait bien pu faire, et ça l'énervait.
C'était dans ces nombreux moments où sa mémoire lui faisait défaut, qu'il avait le plus envie de devenir comme X.A.N.A. : infaillible, invincible, avec toute la connaissance du monde. Un programme, une machine, un cyborg, tout suffirait à Xander tant qu'il pouvait encore gouverner.
En tant qu'ancien député et même politique en général, c'était ça qui l'intéressait, et il était intérieurement malgré tout touché par la confiance que lui accordait X.A.N.A. Cette bipolarité du gouvernement était un des grands avantages de son régime, puisqu'il était très complexe à éliminer en raison de cela.

Cependant, il dut sortir de ses pensées lorsque l'ascenseur le déposa à bon port, il sortit alors lentement en resserrant avec une certaine nervosité sa veste pour observer le décor, qui pouvait facilement passer pour un laboratoire maléfique de film de science-fiction.
En effet, devant lui, se tenait un immense ordinateur relié au plafond par une armature métallique à laquelle était également reliés des engins métalliques en forme de pince qui travaillaient d'arrache-pied à la construction d'un édifice circulaire, tout en longueur, dans le côté droit de la pièce. C'était plus à gauche que se trouvait l'endroit que Xander appréciait.
Impeccablement rangés contre le mur de gauche, se tenaient des caissons. De survie. Peuplés d'humains endormis, plongés dans un liquide translucide qui ressemblait à de l'eau, mais qui n'en était pas, ça le Patron en était sûr. Leur moyen de respiration était simplement un cordon relié vers l'extérieur par un petit interstice et envoyant à intervalle régulier de l'air dans leurs poumons. Tous des criminels, des opposants du régime, et ils étaient tous devenus des cobayes. Ils seraient utilisés quand le Programme en verrait l'utilité, mais avant ils seraient condamnés à vivre dans cette immensité aqueuse.
Ils n'étaient en effet pas dans le coma, mais bien vivant, comme en attesta Xander en donnant un violent coup de pied dans le sol métallique. Le son se répercuta alors dans toute la pièce qui avait presque la tête de l'intérieur d'une chapelle, et les yeux des personnes emprisonnées s'ouvrirent sèchement, avant de se refermer aussi sec en raison de la solution aqueuse pénétrant dans leurs orifices.

Le visage de Xander se tordit d'un petit rictus satisfait et sadique, avant de se diriger vers le siège en cuir noir situé devant l'ordinateur qui contenait le Programme. Il ne pouvait cependant s'empêcher de regarder autour de lui, en raison de la lumière bleutée qui émanait de la machine et des caissons. Cette dernière apportait une ambiance presque pure et insouciante à la pièce, malgré son côté affreusement glauque dès qu'on y regarde d'un peu plus près. Berkeley avait appris de X.A.N.A. des années auparavant que l'ancien Supercalculateur détruit en 2007 émettait une lumière verte et qu'il ne souhaitait pas reproduire cela.
C'était étrange, aux yeux de Xander.
Comme si le Programme ne souhaitait pas revivre la même chose qu'auparavant. Comme s'il pouvait éprouver une certaine mélancolie, un refus de revivre le passé.

Un frisson parcourut le corps de Berkeley à cette pensée, mais il ne s'en formalisa plus après, puisque l'écran de l'ordinateur venait de s'allumer pour afficher un simple symbole.
Un cercle concentrique et difforme avec une petite excroissance sur le haut et deux vers le bas, qui contenait en son intérieur deux autres cercles plus petits, le tout formant une sorte d’œil malsain.
X.A.N.A. dans toute sa splendeur.
Soudainement, une voix de femme charmeuse quoique robotique sortit de la machine et résonna dans l'ensemble de la pièce, faisant réagir les pauvres hères enfermés dans les caissons :
– Tiens tiens, Xander... Tu sais pourquoi tu es là ?
– J'ai des possibilités en tête, exprima Xander à voix haute, mais je préfère entendre de ta voix, très étrangement choisie cela-dit, la vraie raison.
Un silence suivit, après quoi une voix grave et menaçante sortit des hauts-parleurs pour pénétrer dans le cerveau du chef officiel du régime :
– Berkeley, tu n'es pas assez impliqué. Le Découvert, comme vous l'appelez, devient de plus en plus influent, la Fraternité aussi, et ce génie de Jérémie est presque sur le point de découvrir mon secret. Je ne voudrais pas avoir à me séparer de toi.
Un petit rictus de crainte apparut subrepticement sur le visage du Patron, qui se contenta de répondre en se caressant son début de barbe :
– Tu n'auras pas à le faire, crois-moi. Les rebelles ne seront, dans peu de temps, plus qu'un souvenir, on peut se débarrasser de l'américain quand on veut et le Découvert... Je ne vais pas te mentir, c'est le seul point qui reste encore difficilement contrôlable.

Cette fois, ce fut la voix d'une petite fille de 11 ans, aigue et sévère à la fois, qui lui répondit :
– Ne touchez pas à Belpois, c'est la seule limite que je peux vous imposer. Essaye de régler tes tensions avec tes collègues, tu as carte blanche de toute façon. De toute manière, tu sais très bien que, si tu ne m'étais pas utile, tu serais mort... où plutôt que, le jour où tu ne me seras plus utile, je te tuerai.
– Tu tiens trop à moi pour me laisser tomber, le taquina Xander, plus pour avoir une confirmation que pour la blague.
– Tu n'es qu'un simple humain, répondit un vieillard ayant du mal à terminer ses mots, une vermine comme tout le reste. Simplement, tu as choisi de me servir et c'est en t'épargnant que je t'accorde cette récompense. Et non, je ne tiens pas à toi, ni à n'importe qui. La preuve.
Soudainement, un signal d'alarme tonitruant résonna dans la pièce et le Patron, sachant ce qui allait arriver, se leva du siège et alla tranquillement se positionner devant les caissons. Leurs yeux étaient tous grands ouverts, et quatre d'entre eux n'avaient plus de tubes dans la gorge.
Ils portaient leurs mains à leur gorge, tapaient de toutes leurs forces sur la paroi en verre, mais rien n'y faisait : ils agonisaient, lentement mais sûrement. Et, pendant les cinq bonnes minutes qu'ils mirent tous à mourir, Xander observa. Et il ne détourna pas une seule fois les yeux, laissant son regard bleu glacier s'imprégner des visages perdant progressivement toute couleur.
Des lèvres cherchant désespérément à trouver la moindre source d'air.
Des torses se contractant violemment au départ, puis de moins en moins vite.
Des mains serrés, devenant rouges sous la pression, jusqu'à ce que le sang coule des paumes pour deux d'entre eux.
Puis il ne resta plus que des cadavres flottants. Des yeux plongés dans le vide, vitreux. Des visages violacés, des organismes tués par le manque d'oxygène.
Un sadisme hors pair.
Et cela inquiétait énormément Xander.

Il se détourna alors et, sans retourner s'asseoir sur le siège, demanda à voix haute, tout en se demandant quelle voix allait sélectionner le Programme dans sa base de données pour lui répondre :
– Dis, est-ce que tu prends du plaisir à tuer ces gens ?
Et ce fut, logiquement, sa propre voix modifiée par l'aspect robotique du programme qui lui répondit :
– Le plaisir est un sentiment et, aux dernières nouvelles, je ne suis pas programmé pour éprouver des sentiments. C'est juste une sorte de curiosité statistique, en combien de temps ces humains mettent pour mourir, selon leur gabarit, leur taux de graisse... Certes, je pourrais dire que ça m'amuse, mais ce ne serait pas vrai.
– Tu as réussi à surpasser ton code, constata Xander avec un signe de tête épaté, qui me dit que tu ne chercherais pas à devenir humain ?
– Qui me dit, rétorqua le virus avec le même ton, que tu ne chercherais pas à devenir une machine, Berkeley ? Je peux te retourner la question, même si je connais déjà la réponse. Tu connaîtras mes projets en temps voulu.
Soudainement craintif, le chef officiel du régime retourna s'asseoir sur le fauteuil, en face du chef officieux du régime sous sa forme immatérielle, et commença une petite diatribe simple, courte et incisive :
– Quand tu m'avais contacté à l'époque, tu m'avais promis de faire de moi une machine, littéralement, qui sait tout, contrôle tout et obéit à tes ordres aveuglément. Tu m'as presque tout accordé, sauf la connaissance. Et ça, je veux l'avoir.
– Tu connaîtras mes projets, répliqua X.A.N.A. avec la voix sèche de Alliser, en temps voulu, comme je te l'ai dit. Mais tu seras récompensé, si tu arrêtes de te montrer aussi impertinent. Je suis sûr que beaucoup de personnes veulent être à ta place, alors ne me provoque pas trop.
Xander serra les poings, mais le Programme avait décidé de conclure cette entrevue et il le fit donc assez rapidement et simplement, comme à son habitude :
– Bon, je t'ai dis tout ce que tu devais savoir et inversement. Maintenant, retourne bosser. J'enverrai le Spectre régulièrement pour avoir des comptes-rendus. Ne me déçois pas ou ça va mal aller pour toi.
Et, sur cette phrase, l'ordinateur se remit en mode veille. Le Programme était retourné contrôler pleinement le Réseau.
Et Berkeley restait seul, en proie à ces incertitudes, et à bien plus encore.

Pendant que l'ascenseur remontait lentement pour le lâcher dans sa somptueuse et si grande salle de réunion, il était en proie à une peur.
Il lui semblait que X.A.N.A., ou plutôt le Programme comme il voulait qu'on l'appelle, commençait petit à petit à s'humaniser. Et cela le décevait. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi une machine, surtout une aussi puissante et parfaite que son maître, souhaitait devenir humain.
Une seule explication possible : l'envie de changement ou pire, l'envie de gouverner véritablement. Ce qui signerait la fin de sa propre vie, si le virus décide un jour de se créer un corps. Il ne s'embarrasserait plus de sa présence.
Malgré tout, il n'avait pas l'intention d'aller contre l'ambition de son maître, la construction de cette chose évoquant un scanner d'après les souvenirs des discussions sur le passé avec le Spectre rejoignant d'ailleurs cette hypothèse, pour la simple et bonne raison que cela l'aidait dans son objectif.
La bipolarité du régime l'aidait dans sa quête de toute manière. Il voulait devenir comme X.A.N.A. et manifestement, le Programme voulait devenir comme lui. Une ironie assez somptueuse et qui résumait bien la situation française, de toute manière. Ils s'étaient trouvés et Xander Berkeley pourrait presque dire qu'il était tombé amoureux, ce qui était idiot. Quelle personne serait assez stupide pour tomber amoureuse d'un programme ?
Sûrement pas lui en tout cas, il admirait juste le Programme pour sa maîtrise parfaite de la situation. X.A.N.A. lui faisait confiance pour régler les différents problèmes, et bien il n'allait pas lui donner une occasion de se plaindre.
Il allait donc éradiquer la Fraternité et le Découvert, tout en laissant cela dit le pauvre petit scientifique américain entre les griffes de son maître. Il méritait bien cela, après tout, le virus, de s'amuser un peu... Et voilà que Xander commençait à le considérer comme un humain.

Un éclat de rire sonore sortit de la bouche du chef du régime au moment où il sortait de l'ascenseur, ce qui fit sursauter James qui s'empressa de demander tout en se caressant sa longue barbe jaunâtre :
– Euh, vous allez bien M. ? Vous avez un rire... On dirait que vous venez de rencontrer Dieu là-dedans !
– Oh non, lui sourit amicalement Berkeley en se dirigeant rapidement vers sa table d'échec, je viens juste de voir en personne le Diable. Et disons que je ne m'attendais pas à l'apprécier autant.
– Il y a quelques années, répondit Kucsulain en regardant pensivement le plateau de jeu après s'être assis, vous auriez juste dit qu'il s'agissait d'une création du Diable, pas Lucifer lui-même.
– Je hais la religion, répliqua Xander en se caressant sa barbe tout en examinant calmement son roi, tu le sais aussi bien que moi. Et pourtant, j'aime cette comparaison, elle me paraît naturelle.
– Et je suppose qu'elle t'es venue comme ça, sans réflexion aucune.
Le visage pensif de Berkeley se transforma en un rictus mauvais, et il se contenta de clore la conversation tout en jouant nonchalamment avec son roi du bout des doigts :
– Disons que ce Diable là est une entorse à toutes les religions... Où plutôt il me rappelle juste une chose, un concept. La maladie, la Peste Noire. Il se répand en éradiquant l'espèce humaine, et l'humain ne peut rien faire d'autre qu'attendre et subir. L'humain est faible, il est tout puissant.

– Oui, conclut Berkeley en faisant tomber son roi sur le côté, il est tout puissant.


**

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Draynes MessagePosté le: Mar 06 Déc 2016 18:27   Sujet du message: Répondre en citant  
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CLAY JULIUS


Le vieil homme était assis confortablement près de la fenêtre légèrement entrouverte, laissant la brise fraîche de cette fin d'après-midi lui caresser les quelques mèches qui devaient rester sur son crâne chauve. Son regard désespérément aveugle était tourné vers l'avant, et il sentait que tout le monde attendait qu'il prenne la parole.
Lentement, le Magistère se releva sur ses jambes tremblotantes et entendit de son ouïe fine que Cédric venait de refermer la fenêtre et l'aider à se tenir debout. Matissard savait qu'il devenait de plus en plus faible et malade, et cela l'énervait prodigieusement. Il se doutait qu'il ne lui restait que peu de temps à vivre, quelques mois, maximum quelques années, pas plus.
Il voulait qu'on se souvienne de lui comme autre chose qu'un vieillard impotent, mais plus comme un leader, une icône. Et il allait prouver qu'il pouvait être ça maintenant, lors de cette dernière Réunion.
Ainsi, calmement, il prit la parole et énonça d'une voix forte :
– Bien, il est grand temps maintenant de commencer la retraite. Les espions m'ont rapporté que l'armée et les Protecteurs étaient de plus en plus nerveux et commençaient à quadriller la zone. Ils ne savent pas précisément où nous sommes, ça nous donne un avantage. Du coup...
Clay Julius usa alors de quasiment toutes ses forces pour se redresser et s'avança clopin-clopant épaulé par Cédric, en direction de la seule femme du groupe. Il savait parfaitement où il allait étant donné qu'il avait lui-même choisi les positionnements, mais il était reconnaissant à l'écrivain d'être là pour le guider. Il était devenu, après le sec coup de gueule que le Magistère lui avait envoyé, beaucoup moins prévenant et plus obéissant, et ça Clay Julius l'en félicitait.
Cela l'énervait de devoir supporter une personne qui parle pendant tout le trajet, alors que généralement ses vieilles et sensibles oreilles ne réclament que le silence et le calme. Certes, pendant les Réunions, elles étaient mises à rude épreuve par le chahut obligatoire qui venait rythmer ces sessions, mais cela n'arrivait qu'une fois par semaine et, le jour même, le vieil homme se préparait psychologiquement à subir cela.

Cependant, il était enfin arrivé (un petit rictus d'impatience l'envahissait toujours quand il marchait, puisqu'il haïssait sa lenteur) aux côtés de Idolato et il posa les deux mains sur les épaules des deux membres de la Réunion à ses côtés en disant :
– Moi, Vanessa et Cédric, nous allons nous charger de l'exfiltration. Des armes, des troupes, des vêtements, des provisions, de tout.
– Et, demanda une voix incrédule que Matissard identifia facilement comme celle d'Obéron, vous pensez vraiment qu'ils ne vont rien voir ? Ils ont bloqué les rues, de ce que vous racontez.
– Qui te dit qu'on ira bien loin ? Vous avez eu l'adresse, elle n'est qu'à deux ou trois pâtés de maisons. Le régime ne pensera pas qu'on s'est réfugié aussi près.
En vérité, le Magistère se doutait pertinemment que le régime les suivrait en dehors du lieu, mais cette partie du plan était actée et secrète, depuis longtemps. C'était même cette personne en particulier qui avait demandé à faire cela, ce que Clay Julius lui avait accordé avec une certaine rancoeur et un certain malheur malgré tout.
Il reprit cependant rapidement ses esprits et se dirigea alors vers ce qui lui semblait être le centre de la pièce, tout en rétorquant calmement :
– Obéron nous escortera avec ses troupes, pour la protection bien évidemment. Quant à vous, Antoine et William, j'ai une mission particulière à vous confier. Une mission de sauvetage.
Clay Julius sentait que les deux personnes concernées, présentes dans la pièce, étaient intriguées, et il lança le missile rapidement, pour leur épargner les fausses idées qu'ils étaient sûrement en train de se faire :
– Je veux que vous alliez récupérer Lionel Igen, s'il est encore en vie. Bardou-Jacquet pourra vous faire entrer grâce à un Protecteur corrompu.

La seule réaction qui résonna dans la pièce suite au silence consterné qui s'afficha fut celle d'Obéron, qui manifestement était plutôt contre :
– Ça doit être l'une des idées les plus connes et les plus suicidaires que j'ai entendu de toute ma vie.
– Il est hors de question, rétorqua avec sécheresse la voix du Poisson Noir, que j'aille là-dedans ! Bordel de merde, j'ai été blessé lors de la dernière opération, je vous rappelle !
– Je vous signale, rétorqua Antoine avec une certaine suffisance, que là les deux Sauveurs vont être dehors à notre recherche. Et ils soupçonneront jamais qu'on soit assez couillu pour attaquer directement la base de la Garde. C'est une occasion en or de leur montrer qu'on est une vraie menace !
– Ça vient de toi, présuma Rider, que vient cette idée de merde, je suppose ?
– Le Magistère l'a approuvé figure toi, répliqua l'ancien chef du F.P.LF. avec un ton énervé, alors c'est que c'est pas aussi pourri que ça, comme plan. Certes, c'est compliqué et légèrement suicidaire, mais si on essaye pas, on n'y arrive pas ! Faut qu'on arrête sans cesse de fuir et qu'on se batte un peu merde !
Un bruit de pas précipité retentit cependant dans la salle suite à la tirade de Antoine, le léger boitillement régulier faisant comprendre à Clay Julius qu'il s'agissait de William. Ce fut quand le bruit s'éloigna et qu'il ne l'entendit plus qu'il comprit qu'il était parti ruminer dans son coin.
Cependant, il ne s'inquiétait pas : il savait que Dunbar allait finir par se ranger dans le rang. Il avait le goût du risque et, même si l'idée lui paraissait saugrenue, il détestait laisser quelqu'un de côté entre les mains de l'ennemi. Il allait advenir à sa requête de toute manière, alors bon, c'est comme s'il avait réussi à le convaincre dans cette pièce.

Soudainement, il se rappela qu'il devait voir une dernière personne et il termina ainsi la dernière Réunion avant un petit moment avec une phrase prononcée d'une voix étouffée, puisqu'il venait de partir dans une crise de toux incontrôlable :
– Bon, cette courte et rapide Réunion est maintenant terminée. Préparez-vous chacun de vos côtés, je souhaite que dans une heure grand maximum, on soit prêt à partir. C'est parti.
Les multiples bruits de pas qui se mirent à résonner dans la pièce lui confirmèrent que tout le monde était parti, mais il précisa quand même à son second remplaçant qui attendait imperturbablement à côté de lui :
– Cédric, s'il te plaît, aide-moi à m'asseoir dans mon fauteuil, puis va aider Vanessa. Je souhaite rester seul un moment, tu viendras me rechercher quand tout sera terminé.
Yvantal ne répondit pas, mais se contenta de diriger doucement le vieillard presque impotent vers le fauteuil en question, dans lequel il s'installa confortablement. Il entendit ensuite les bruits de pas des grosses chaussures de l'écrivain s'éloigner, et il poussa un soupir de contentement.
Il allait enfin pouvoir être un peu en paix.
Mais il lui restait une dernière petite chose à clarifier, c'est ainsi qu'il expliqua à la cantonade :
– Tu peux entrer, et sache juste que tu avais raison. Abraham a parfaitement passé le test que tu avais demandé de faire.
– Ça voudrait dire, répliqua la voix fatiguée et blasée de Samuel qui s'avançait, à entendre les bruits de pas, vers le Magistère, qu'il peut intégrer la Fraternité sans problème ?
– Je n'irais pas jusque là, tempéra Clay Julius en se redressant légèrement pour paraître plus vivant, je dis juste qu'il sait réfléchir et choisir le choix le plus logique. Son passif fait qu'il est beaucoup plus dur de lui faire confiance. Je voudrais donc que tu le surveilles encore, et n'hésite pas à nous dire s'il essaye de nous dénoncer.
Le silence se fit, un signe qu'Helbecque était plongé dans ces pensées, puis il énonça avec calme :
– À mon avis, il ne veut plus vous trahir, mais bon. De toute manière, s'il ne rentre pas dans votre organisation, moi non plus. Vous savez depuis le début que c'est ma condition.
– Évidemment, s'échauffa le vieil homme en faisant un geste blasé de la main, mais on ne peut pas lui faire confiance de suite. Même vous, j'ai du mal encore à vous considérer comme un de nos membres.
– Ne t'inquiète pas Clay, rétorqua avec une certaine froideur Samuel, moi aussi pour l'instant, j'ai un peu de difficulté à me considérer comme un résistant.

Le bruit de ses pas s'éloignant immédiatement après la fin de la réplique fit soupirer dans sa barbe inexistante l'aveugle Magistère, qui estimait malgré tout que la discussion s'était pas trop mal passé.
Pour une fois, le sujet Jonas n'était pas revenu sur le tapis, ce qui arrangeait bien le Magistère qui n'avait strictement aucune idée du devenir du deuxième Helbecque. Dans un sens, il était heureux d'avoir presque réussi à recruter le petit frère, qui lui semblait être quelqu'un de combatif et surtout, quelqu'un qui haïssait plus le régime que la moyenne.
Cependant, il ne pouvait s'empêcher d'avoir peur d'Abraham Ford, en raison déjà de son passé d'Officier de Probation, mais surtout en raison de son nom. Il ne souhaitait pas s'en rappeler, cela lui évoquait trop de mauvais souvenirs, mais il espérait vraiment que le rouquin, de ce que Cédric lui avait décrit, n'était pas dans la famille de cet infâme salopard de... Non.
Même prononcer son nom lui était devenu compliqué, et il souffrait trop en raison de tous ses problèmes physiques pour s'en rajouter un moral sur le dos.
Globalement, tout ce qu'il devait faire avait été effectué. Il n'avait plus qu'à attendre en espérant que ses sbires réussissent à faire tout ce qu'il avait commandé.
Que son plan, globalement, fonctionne, parce qu'il était sûr d'une chose.
La Fraternité, aussi petite soit-elle, emmerdait prodigieusement Xander et ses maudits créanciers.
Et cette pensée, aussi futile soit-elle, provoquait toujours l'apparition d'un léger sourire moqueur sur la face ridée de Clay Julius Matissard.
Il se doutait qu'il allait mourir avant de voir l'aboutissement de son œuvre, mais il se doutait qu'il y aurait un jour un aboutissement.
Et il en était heureux.
_________________
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Ikorih MessagePosté le: Jeu 08 Déc 2016 21:17   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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-Ok c'est bon j'ai fini, c'est un petit chapitre ça devrait tenir en un post!
-Cool, bah j'irai voir ça quand t'auras posté!
-....Merde ça tient pas Sad Ikoooo?
-Pff, un petit chapitre, bien sûr...tiens, le voilà ton double post.
-Merci! Jvais juste voir si c'est bon o/.......Ikooooo?
-Putain!


Juré, ça s'est passé comme ça. Un tout petit chapitre de transition qu'il disait...tellement petit que ma prise de notes fait presque trois pages, en 33 tirets!
Tant que je suis encore dans mon intro et que je peux dire des conneries, je note une récurrence certaine de la mention des maux de tête dans ce chapitre. Je te remercie de la dédicace mais j'ai plus de migraines en te lisant tu sais Razz J'arrive même à suivre en faisant autre chose à côté!

Bref, je vais reprendre mon sérieux et attaquer directement (au départ je voulais faire dans les généralités mais finalement je ferai ça dans l'ordre de mes tirets parce que ce plan part déjà en cacahouète après deux paragraphes), et notamment quelque chose que j'avais évoqué à la fin de mon précédent commentaire : j'avais parlé de personnages fonctionnant en binômes. Pour le coup, dans ce chapitre-ci on a plutôt affaire à des constructions en miroir en fait. Des persos presque identiques ou à l'inverse mis en opposition. J'ai des exemples sous le coude pour étayer mes propos! XANA et Xander (ceux-là tu le souligne assez bien toi-même, pas la peine d'en causer sur une tartine maintenant), Steven et Austin qui sont absents de ce chapitre mais divergent sur leur façon de gérer leurs émotions, Jérémie et Seth (scientifiques, blonds, intelligents, tout ça, et ils sont désignés de façon assez intéressantes par "le blond naturel" et "le blond artificiel" je crois bien), la ressemblance entre Abraham et William est là aussi soulignée par toi-même (c'est bien, tu fais le boulot à ma place (a)). Bref, tout ça pour dire que je dis pas que des conneries et que parfois je raconte des trucs un peu vrais. Du coup je sais pas si le soin apporté aux constructions des personnages les uns par rapport aux autres est spécialement récent ou si j'avais juste pas fait gaffe jusque là, mais c'est plutôt cool à observer. D'ailleurs la mise en scène a tendance parfois à exprimer ça aussi, par exemple le face à face entre Jérémie et Seth où ils sont tout les deux au milieu d'un groupe d'alliés muets et s'échangent des politesses, ou alors la scène de la première Réunion où Abraham fait face au Magistère, chacun à un bout de table et tout le reste plongé dans l'ombre.
Je profite de ce mot sur le Magistère pour noter ce petit point d'ironie étant donné que l'intéressé est actuellement un des deux seuls personnages éclairés de la pièce : « Ce vieil homme fatigué et faible, atrocement faible, qui pourrait mourir sur place sans que personne ne le remarque. »
Davantage qu'un point d'ironie cependant, cette phrase me soulève une interrogation : le respect indéfectible des rebelles envers leur chef vieux et impotent est-il si indéfectible que ça? En auront-ils un jour marre de se faire commander par un vieil aveugle et choisiront-ils un jour de le court-circuiter, parce qu'il sera vieux et sénile?

Toujours au niveau des rebelles, j'aimerais noter la façon dont sont évoqués les deux Sauveurs. En fait, les rebelles ne se chient pas dessus devant les Protecteurs, les Sauveurs sont vraiment mentionnés comme LA menace principale. Alors qu'ils sont deux, et, a priori, pas forcément dotés de capacités surhumaines. Ok ce sont des connards, mais la réaction me semble disproportionnée en l'état des informations dont on dispose actuellement... Soit ils foutent vraiment les jetons, soit il y a anguille dans un champ de coton... Au début je me disais que c'était parce qu'ils disposaient du commandement sur une escouade plutôt conséquente de Protecteurs, largement assez pour submerger les rebelles, mais non, c'est clairement eux et pas les Protecteurs qui pourraient les entourer.
D'ailleurs, ils cachent leurs visages à Abraham mais s'appellent tranquillement par leurs noms sans en avoir rien à foutre qu'il entende? Razz ...et Abraham qui expérimente l'engagement passif : "Bon bah j'vais pas te dire que je veux, mais jvais pas non plus te dire que je veux pas tu vois..." c'est un concept comme un autre Razz...
Spoiler


On va en venir à Eva du coup. Globalement son focus m'a renvoyé une certaine image d'immaturité (tenir la main des gamins à chaque fois qu'elle en a envie pour déstresser comme s'ils étaient ses peluches, c'est un concept) et de revirement rapide (elle passe de la déprime à l'espoir à la déprime en assez peu de temps). Le coup de "Tu vas voir beau-papa, tu vas les aimer mes enfants" est aussi extrêmement immature. Cependant, son coup de sang à l'encontre de Steven m'a bien fait marrer, déjà parce que j'aime bien le concept de l'action sur un coup de tête qui te fout dans une merde noire, et ensuite parce que ça casse pendant un instant l'aura de peur qui émane de Steven lui-même : elle n'était visiblement pas assez intimidante pour lui éviter de bouffer une gifle (a)
Dans la belle-famille c'est pas trop la joie, l'ambiance est putain de froide, et d'ailleurs les focus Jérémie/Eva doivent bien être les seuls où on sent réellement le régime peser sur quelque chose (parce que pour le coup, c'est bien le régime qui empire les choses, pas que le côté famille recomposée). Autrement, le côté surveillance omniprésente passe totalement à la trappe. Après, la mère de Jérémie est plutôt cool, et sinon je note qu'Albert démarre sa crise d'ado...Eva avait bien besoin de ça tiens (a)
Sinon j'ai remarqué un détail intéressant, mais les couleurs pâles sont omniprésentes dans la scène : la peinture blanche de l'immeuble (salie par les tags...), les murs de l'appart qui sont jaunis, les cheveux des deux vieux, et puis les yeux du beau-père...toutes ces fois, ça fait clairement un effet négatif, une sorte d'effet d'usure là où cette palette de couleurs est plutôt utilisée d'ordinaire pour des trucs positifs et joyeux. Ici, si ça a été positif et joyeux un jour, ça ne l'est plus vraiment, et ça crée une ambiance particulière une fois qu'on a noté ça. Pour le coup c'est un peu dommage que tu aies pas creusé la description de l'appartement, ça aurait pu développer un peu cette piste symbolique. D'ailleurs, la personne la plus positive et joyeuse du tas, Valérie, a encore les cheveux un peu blonds, mais ils sont en train de blanchir...à méditer Razz
Sinon le côté "On se bat contre le régime avec de petites actions" m'a évoqué vite fait la Résistance...à ce train là je vais me retrouver à citer un juif dans mon commentaire!

Par contre, il a été spécifié que Eva et ses gamins prenaient leur VTR à l'aube et qu'ils allaient "le plus vite possible" à travers Xonon. Pourtant, ils n'arrivent que le soir....deux explications s'offrent à moi : soit ton VTR c'est de la merde, soit XANA n'a toujours pas résolu le problème des bouchons parisiens, même en changeant le nom de la ville...(a)
Autre petite interrogation : "la jeune femme releva la tête avec assez de lenteur pour apercevoir le Protecteur, affalé dans le canapé " Elles n'étaient pas dans la cuisine avec la porte fermée? Mr. Green

Citation:
Après être rentrée rapidement dans la petite cuisine et que sa belle-mère eut refermée rapidement

Après avoir vu cette répétition je me suis fait projeter dans un flash-back de l'époque de La Famille et du coup je me suis dit que citer Icer serait parfaitement adapté à la situation.
Un juif a écrit:
Dis donc t'aime ce mot mon coquin, doit-on en conclure que tu es un rapide ? Les demoiselles apprécieront Mr. Green



J'ai pas de transition classe mais on va quand même passer à Jérémie du coup...je suis à peu près d'accord avec lui pour dire que XANA doit kiffer et souhaiter le voir dans cet état, ça à mon avis c'est pas un effet de sa paranoïa.
Ah, on m'informe que j'ai une minute sarcasme à faire : ça alors Jérémie est aussi calé en cinéma que l'auteur, et Seth rentre dans la pièce pile au moment où on parle de lui! (a)
Bon du coup la discussion entre Seth et Jérémie, qui constitue le gros intérêt du focus, était sympa à lire. J'ai déjà parlé plus haut de l'opposition nette entre les deux, du coup je vais pas m'éterniser *PAF* Mais je note cependant que dans la famille Belpois, on aime péter des câbles sur les gens dangereux Mr. Green
Bon en fait j'avais utilisé que trente secondes de sarcasme alors je termine ici : "Pourquoi Ogg avait menacé sa femme?" c'est vrai ça, pourquoi donc, elle lui a rien fait!
L'éclat blond dans le couloir...tellement tentant de le relier à, par hasard, un personnage nommé le Blond, qui peut s'introduire partout, surtout qu'en plus Jérémie se sent surveillé...enfin, c'est sûrement moi, ça serait trop évident! Smile
(Mention spéciale au canapé vert caca d'oie, probablement une des pires couleurs du monde...)

Attaquons cet avant-dernier focus avec une énième remarque : il y a un truc que Xander a l'air de kiffer encore plus qu'une machine, c'est gouverner. Il le dit lui-même (a) Sinon, on a le scanner mentionné en douce que tu nous ressortiras dans quelques temps et...
Citation:
Solution aqueuse

OH PUTAIN. Mais t'as vraiment envie que je pense tout le temps à mes cours ou quoi? Crying or Very sad

Du coup, ce focus, au moins autant que celui d'Abraham et du vieux, illustre un procédé (somme toute plutôt sympa) qui a l'air de te plaire : ramener les personnages à de simples voix. Que ce soit le focus d'un aveugle, un programme immatériel ou une réunion plongée dans le noir, tous les moyens sont bons. Le côté désincarné rend pas mal du tout, dans ce monde où tout le monde passe son temps à se surveiller. "J'irais pas jusqu'à dire inquiétant, parce que ce serait exagéré, mais je ne dirais pas que ça met à l'aise" nous dirait Abraham. Mais ce qui est bien c'est que ça permet de ramener des personnages à une personnalité plutôt qu'à un physique, et ça, ça permet de la mettre en avant un peu plus aisément que quand les personnages sont visibles. Vu qu'on a plus rien d'autre pour les identifier, on est obligés de faire gaffe aux intonations, etc, qui autrement peuvent passer au second plan.
XANA, particulièrement, a l'air de kiffer se la jouer Volesprit (a). Je trouve ça révélateur, dans la mesure où il ne s'est pas fixé une voix qui lui corresponde : il oscille entre plusieurs êtres différents, et si cette humanisation que Xander soupçonne se concrétise un peu plus, elle n'est cependant pas totalement actée parce que XANA ne s'est pas réellement choisi de voix (et par extension, d'apparence, de "style d'humain") qui lui corresponde. Donc on a encore de la marge, à mon avis. Ou alors il n'en a rien à foutre et n'est alors pas si concerné par cette humanisation qu'il projette en douce selon Xander...
Le dialogue entre XANA et son sbire a d'ailleurs de petits côtés ambigus très amusants à lire. Entre la voix "charmeuse" de XANA, le "tu tiens trop à moi" et le "Je ne voudrais pas avoir à me séparer de toi", ça ferait limite dialogue de jeune couple par moment XD Alors certes, c'est pas exactement ce style de relation, et ce n'est qu'une micro-nuance, mais c'est quand même marrant à noter. Et puis, après tout, ça permet de caler un troll à Jérémie et Aelita, alors de quoi se plaint le peuple?
Au niveau des relations de Xander, on a aussi ce bon vieux James qui quitte vite la casquette de garde du corps pour celle d'ami/confident (en témoigne le passage très rapide du "vous" au "tu" et le fait qu'ils jouent aux échecs ensemble), et c'est une facette intéressante à observer. Après tout, même les puissants ont besoin d'une oreille attentive on dirait!
En soi, l'échange sur le diable m'a semblé moins marquant que la fin, avec la reddition de Xander. Tu aimes bien te la jouer symbolique alors évidemment ça sous-entend qu'il ploie devant XANA, mais je note que c'est intéressant qu'il manifeste une reddition devant quelqu'un qui n'est pas là. ça souligne le côté immatériel et omniprésent de XANA, qui fut une des grandes forces de la série d'ailleurs, et ça rend l'acte encore plus classe...d'autant plus si on se rappelle que juste avant, il avait clairement l'ascendant dans le dialogue avec James (y a qu'à voir qui pose les questions et qui répond)!


Terminons ce commentaire, car il serait temps à force, sur le focus de notre vieil aveugle.
« Et il allait prouver qu'il pouvait être ça maintenant, lors de cette dernière Réunion. » L'adjectif me fait tiquer.
a) Il a prévu d'aller se suicider
b) Il a prévu de faire buter tous les autres qui le font trop chier
c) Y a pas de salle de réunion dans la seconde base
d) Ikorih gratte des lignes sur son com'
Les trois premières hypothèses me semblant un peu faciles et assez improbables (il mentionnait avoir encore plusieurs mois/années par exemple), alors que la quatrième est complètement impossible, j'attendrai les éclaircissements (a) Enfin, en faveur de la b), il y a l'envoi en mission suicide des deux casse-cou, récemment revenus du terrain et plus ou moins amochés....
En ce qui concerne le truc avec le nom de famille d'Abraham, je ne saurais trancher entre la fausse piste et le vrai truc louche, donc j'invoquerai la jurisprudence Minho et je ne m'avancerai pas plus que ça. Mr. Green

Pour conclure, j'ai relevé que tu avais parfois des problèmes niveau concordance des temps, y a souvent un peu trop de présent dans tes phrases ("Ils seraient utilisés quand le Programme en verrait l'utilité, mais avant ils sont condamnés " par exemple) en lieu et place d'un bel imparfait Razz (et un oxymore, un!).
Tu me demandais si tu avais progressé depuis le début de la fic, et je suis donc allée jeter un oeil au premier chapitre pour comparer un peu. Je ne crois pas avoir vu d'évolution fracassante du style, mis à part cette petite balade au pays du symbolisme, mais on est plutôt solides de ce côté là à mon avis (ça n'a plus grand chose à voir avec la Famille je trouve). Le scénario se dessine un peu mieux, c'est vraiment la seule chose que je puisse dire avec certitude... Peut-être que le prochain membre du pôle fiction à passer se sentira plus à même de trancher que moi Razz
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
http://i39.servimg.com/u/f39/17/09/92/95/signat10.png
Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Idris2000 MessagePosté le: Dim 11 Déc 2016 15:39   Sujet du message: Répondre en citant  
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Localisation: Dans une ville, dans un pays, dans un continent, sur une planète, dans l'univers...
Citation:
Cette fois, ce fut la femme d'une petite fille de 11 ans,


http://www.bondamanjak.com/wp-content/uploads/2016/10/ifls2d.jpg

Pas besoin d'en dire plus. (Non, je ne suis pas homophobe, mais je pense que tu voulais dire "voix" au lieu de "femme", car là, ça ne fait pas trop de sens.)


Sur cette intro douteuse, voilà mon com'.

Ayant le malheur de passer après Ikorih (Mais j'ai mes raisons, faut pas croire.), je me retrouve à ne pratiquement rien dire, car je rejoins majoritairement son avis.



Ce chapitre était plutôt sympa. Un chapitre de transition, certes, mais un chapitre de transition sympa tout de même.

Le revirement d'Eva était assez prévisible à mes yeux, je m'y attendais, mais c'est personnel.

J'aime bien Abraham dans ce chapitre, et ses interactions. Ca reste simple, mais plutôt plaisant.

Noah Emmerich est quand même flippant et plutôt intéressant. Pour être franc, c'est actuellement le personnage qui me fascine le plus dans ce chapitre.

J'avoue que ce chapitre me donne l'impression que X.A.N.A. veut devenir Xander et inversement. On savait déjà pour le cas inverse, justement, mais l'autre cas reste, au fond, plutôt prévisible. X.A.N.A. montrait de plus en plus de signes humains que ce soit la saison 1 (épisode 24), où la saison 4 via William, alors, j'avoue que je m'y attendais.

Bon, ce commentaire s'arrête malheureusement ici. Ikorih a parlé du reste, et je n'ai plus rien à dire. Ciao!

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