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[Fanfic] Continent Noir

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 Auteur Message
Kerry MessagePosté le: Sam 23 Juin 2018 14:45   Sujet du message: [Fanfic] Continent Noir Répondre en citant  
[Kankrelat]


Inscrit le: 26 Déc 2017
Messages: 11
Continent Noir

Spoiler

https://zupimages.net/up/18/25/kslh.jpg

Exaltation calme et lucide. Délectation inconnue jusqu’à ce jour. Écrit trente pages de vie, sans hésitation, sans ratures. Comme un paysage nocturne à la lueur soudaine d’un éclair, tout le drame surgit de l’ombre, très différent de ce que je m’efforçais en vain d’inventer. Les livres que j’ai écrits jusqu’à présent me paraissaient comparables à ces bassins des jardins publics, d’un contour précis, parfait peut-être, mais où l’eau captive est sans vie. A présent, je veux la laisser couler selon sa pente, tantôt rapide et tantôt lente, en des lacis que je me refuse à prévoir.
L’univers (que d’autres appellent la Bibliothèque) se compose d’un nombre indéfini, et peut-être infini, de galeries hexagonales, avec au centre de vastes puits d’aération bordés par des balustrades basses. De chacun de ces hexagones on aperçoit les étages inférieurs et supérieurs, interminablement. La distribution des galeries est invariable. Vingt longues étagères, à raison de cinq par côté, couvrent tous les murs moins deux ; leur hauteur, qui est celle des étages eux-mêmes, ne dépasse guère la taille d’un bibliothécaire normalement constitué. Chacun des pans libres donne sur un couloir étroit, lequel débouche sur une autre galerie, identique à la première et à toutes. A droite et à gauche du couloir il y a deux cabinets minuscules. L’un permet de dormir debout, l’autre de satisfaire les besoins fécaux. A proximité passe l’escalier en colimaçon, qui s’abîme et s’élève à perte de vue. Dans le couloir il y a une glace, qui double fidèlement les apparences. Les hommes en tirent conclusion que la Bibliothèque n’est pas infinie ; si elle l’était réellement, à quoi bon cette duplication illusoire ? Pour ma part, je préfère rêver que ces surfaces polies sont là pour figurer l’infini et pour le promettre...Des sortes de puits sphériques appelés lampes assurent l’éclairage. Au nombre de deux par hexagone et placés transversalement, ces globes émettent une lumière insuffisante, incessante.
Comme tous les hommes de la Bibliothèque, j’ai voyagé dans ma jeunesse ; j’ai effectué des pèlerinages, en Allemagne notamment, à la recherche d’un livre et peut-être du catalogue des catalogues ; maintenant que mes yeux sont à peine capables de déchiffrer ce que j’écris, je me prépare à mourir au centre de l’hexagone, car c’est là que réside ma destinée. Mort, il ne manquera pas de mains pieuses pour me jeter par-dessus la balustrade : mon tombeau sera l’air insondable ; mon corps s’enfoncera longuement, se corrompra, se dissoudra dans le vent engendré par la chute, qui est infinie. Car j’affirme que la bibliothèque est interminable. Pour les idéalistes, les salles hexagonales sont une forme nécessaire de l’espace absolu, ou du moins de notre intuition de l’espace ; ils estiment qu’une salle triangulaire ou pentagonale serait inconcevable. Quant aux mystiques, ils prétendent que l’extase leur révèle une chambre circulaire avec un grand livre également circulaire à dos continu, qui fait le tour complet des murs ; mais leur témoignage est suspect, leurs paroles obscures : ce livre cyclique, c’est Dieu... Qu’il me suffise, pour le moment, de redire la sentence classique : la Bibliothèque est une sphère dont le centre véritable est un hexagone quelconque, et dont la circonférence est inaccessible. Mais moi, Agim Saliu, je n’aurai de répit de rendre cet hexagone accessible, de l’ouvrir aux « étranges ». Cette souffrance xénophobe semblable à celle des vieilles putes du showbiz qui racontent des saloperies sur les petites jeunettes qui viennent d'arriver dans le métier, pour les salir à défaut de les égaler, si tant est qu'elles aient été en capacité de le faire un jour, je ne la connaîtrais plus. C’est fini. Désormais, il est temps de vivre.



Prologue : Sur les sentiers de ta vie



« Les enfants… j'ai à vous parler, toi aussi femme, assieds-toi. »

Talia, Fadil et Sania revenaient à l'instant de l'école et avaient été surpris de trouver leur père à la maison en plein après-midi. Face au ton péremptoire du chef de famille, ils étaient maintenant inquiets de ce qu'il allait leur annoncer et s'installèrent en silence autour de l'unique table de leur modeste demeure. Agim Saliu et ses grands yeux noirs fixaient son auditoire, ces trois personnes qui s’apprêtaient à boire ses paroles. Sans ciller, il sortit de la poche intérieure de son veston croisé un étui à cigarette en or jaune, s'assit sur un des deux fauteuils club de la chambre, posa une cheville habillée d'un bas nylon noir sur le genou de l'autre jambe, lissa son épaisse moustache et alluma une cigarette avec un Zippo qu'il tenait de sa main droite où brillait une imposante chevalière, héritée de sa grand-mère, une des seules richesses de la famille.

— Voilà, préparez vos affaires, dites au-revoir à vos amis, j'ai décidé, on part s'installer en France.
Lentement la nouvelle se matérialisa dans le cerveau de chacun, tous se lancèrent des regards plein d'interrogations jusqu'à ce que l'un des enfants, Fadil, osa la première remarque.

— Mais babi, pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe ? On part pour longtemps ?
— C'est simple, vous faites mieux d'oublier tout de suite qu'il y aura un retour. Je ne sais pas comment ça se passera là-bas mais ici je ne m'en sors pas, le magasin ne rapporte rien et il n'y a pas de possibilités d'emploi ailleurs. En plus, maintenant qu’avec notre merde de passeport serbe il n'y a plus besoin de visa pour entrer dans l'espace Shengen autant en profiter, répondit Agim Saliu à son fils. Pour une fois qu'il y a un avantage pour nous, étrangers de la flamboyante patrie ! ajouta-t-il rageusement.
— Mais, risqua timidement Fadil, et l'école ? Je dois passer mon Bac à la fin de l'année moi !
— Tu crois que je ne le sais pas ? J'ai dit on part un point c'est tout. L'école on verra ça quand on aura un pied en France. On logera chez ma nièce en attendant de trouver un travail, un toit à nous et de régler tous les autres petits détails comme ton Bac. Allez maintenant dégagez et laissez-moi avec votre mère.

Tout le monde avait compris que tenter d'exprimer un point de vue différent ne servirait qu'à déclencher une colère paternelle. Les enfants se retirèrent donc sans un mot de plus et sortirent prendre l'air, même si, en ce mois de janvier, la neige, accompagnée d'un vent glacial, tombait à gros flocons sur les plaines du Kosovo.

La famille Saliu vivait à Presheve, une petite ville de la partie serbe du Kosovo, depuis de nombreuses générations.
« Bien avant que les slaves ne viennent au septième siècle envahir nos terres, répétait régulièrement Agim avec fierté. On a accueilli ces gitans blancs, et ils nous ont humiliés, torturés. Ils ont voulu tous nous éradiquer. C'était mal connaître notre peuple. »
La famille Saliu avait participé activement à la guerre du Kosovo en 1999, Agim avait organisé le transport clandestin des armes pendant que sa femme cuisinait dès l'aube afin de ravitailler les forces de l'UCK implantées aux abords du village. Le résultat se révéla à la hauteur des gros risques qu'ils avaient encourus quand la province du Kosovo fut enfin en 2008 déclarée par la communauté internationale l'Etat indépendant du Kosovo. La revanche était prise sur des années de discrimination, et les Serbes avaient fui, à l'exception de quelques vieillards inoffensifs, laissant le village à 90% d’Albanais. Cependant, malgré cette nouvelle liberté retrouvée, liée à la reprise du pouvoir des Albanais dans leurs terres, Agim ne rêvait que d'expatriation pour lui et sa famille. Cette idée fixe qui était sur le point de se concrétiser paniquait sérieusement Lushe Saliu, la femme d'Agim. A cinquante ans, Lushe n'avait jamais quitté son bourg, pas même pour se rendre à Prishtina, la capitale du Kosovo. Une de ses sœurs résidait en France, une autre en Suisse et elle avait bien eu l'intention de leur rendre visite un jour mais au grand jamais elle n’avait envisagé un séjour à durée indéterminée.

— Agim, tu es sérieux ? Tu veux qu'on abandonne tout ici, notre chez-nous depuis tant d'années, pour tout reconstruire dans un pays inconnu ? Apprendre une autre langue, d'autres coutumes, d'autres rues, d'autres mentalités ? A notre âge ???
— Ecoute femme, toi tu ne connais pas le cœur de l'Europe, moi j'ai vécu deux ans en Allemagne et je peux t'assurer que ces années auront été les plus constructives de ma vie. Alors maintenant que les frontières sont ouvertes, ne compte pas sur moi pour nous laisser moisir ici encore longtemps.
Lushe prit une moue sceptique et rétorqua vivement :
— Tu parles de ton petit bout de vie en Allemagne, mais cela remonte à 15 ans ! Tout a certainement changé depuis et je te rappelle que les autorités allemandes t'ont expulsé pour cause de travail illégal ! Le problème reste le même aujourd'hui, notre passeport nous autorise seulement à séjourner trois mois maximum dans l'Union Européenne mais pas à y travailler. Alors de quoi allons-nous vivre ? Je ne suis pas prête à risquer d'être emprisonnée avec les enfants dans l’un de ces horribles refuges que nous ont décrits tous ceux qui ont été refoulés.

Agim ignora l'animosité dans la voix de sa femme. Il en connaissait l'origine. Ses deux ans d'absence réveillait toujours le même sentiment de jalousie. Elle le soupçonnait de s'être beaucoup amusé en Allemagne, elle l'imaginait dans les bras d'autres femmes alors qu'elle accouchait en solitaire de leur dernier enfant. Il savait que cette blessure ne se cicatriserait sans doute jamais. Pourtant aucune de ces accusations n'étaient réelles. Il n'avait pas, c'est vrai, pu être présent lors de la naissance de leur fille Sania, et ce souvenir lui causait encore aujourd'hui une grande douleur, mais il avait travaillé sans relâche, des petits boulots en tant qu'ouvrier du bâtiment, afin de subvenir confortablement aux besoins de sa famille et dans l'espoir d'obtenir une carte de séjour qui lui aurait permis de rapatrier femme et enfants à ses côtés.
En outre Agim Saliu respectait sa femme et les vœux prononcés lors de leur mariage. Fjala, fjale, une parole est une parole, rien ni personne n'aurait pu le détourner de ses engagements et des responsabilités qui incombaient à tout chef de famille digne de ce nom.

— Nous n'avons pas le choix soupira Agim. Depuis dix ans qu'est-ce que je fous ? Tout l'été à suer aux champs et ne récolter que de quoi remplir nos assiettes. L'hiver je veillais toute la nuit à servir quelques malheureux clients dans notre café. Toute cette fatigue pour reverser la moitié de la caisse à cet Etat de voleurs, et finalement assister impuissant à la disparition de notre établissement sous les flammes. Aujourd'hui voilà deux ans que je tiens cette foutue boutique d'abat-jours allemands qui n'a pas encore remporté la moindre commande... J'en ai assez de me battre pour rien et de constamment dépendre de l'argent que veut bien m'envoyer mon frère d'Allemagne. Je veux avancer à mon âge, comme tu dis, et offrir à mes enfants autre chose que des rues défoncées, des hôpitaux délabrés, des écoles surpeuplées, des coupures d'eau et d'électricité arbitraires...
— Tu es vraiment prêt à abandonner notre terre, et celle de nos ancêtres, Agim ? demanda tristement Lushe.
— Je suis désillusionné, je ne crois plus à un futur ici, j'ai été naïf de penser que l'après-guerre offrirait des opportunités aux gens simples, honnêtes et travailleurs comme moi. Je te le répète femme, notre seule porte de sortie s'appelle France, alors ne revenons plus là-dessus et boucle les valises. Ceux qui changent d’avis sont comme ceux qui se convertissent avant de mourir… tout ce qu’ils méritent, c’est de crever la gueule ouverte.

Sur ses derniers mots Agim se leva, s'installa sur le divan imitation cuir noir du salon et Lushe comprit que le départ serait inéluctable. Elle épia discrètement son époux. Agim fumait et regardait par la fenêtre les enfants, tout en fronçant ses sourcils épais, comme très souvent ces derniers temps, même si ce tic facial se retrouvait fréquemment parmi les hommes albanais. Il a vieilli, pensa Lushe. Elle le détailla. Sa chevelure noire se clairsemait de blanc et la base du front se dégarnissait dangereusement formant deux arcs de cercle symétriques ; les expositions répétées au soleil avaient abîmé sa peau mate et des rides profondes fripaient le contour de ses yeux bleus alors que d'autres accentuaient les sillons nasaux-géniens. Il gardait toutefois son allure sportive d'ancien boxeur malgré un léger relâchement de la ceinture abdominale et un affaissement des épaules qui tassait un peu plus sa taille déjà peu élevée. Et 41 ans à peine, songea Lushe qui en accusait trois de plus. Il est temps que la vie prenne soin de lui, France alors... Inch'Allah.

Agim s'était retourné, il demanda abruptement à sa femme :
— Qu'est-ce que tu as ? Pourquoi tu me regardes comme une vache qui n’a plus donné de lait depuis lustre ?
— Rien zemer (cœur), je me demandais seulement si les gens en France vieillissaient moins rapidement qu'ici, répondit Lushe joyeusement.
— Mais de quoi tu parles ? Aucun sens, tu n'as donc rien à faire ? Pff les femmes, pesta Agim en allumant la télévision. Cheveux longs, esprit court.

Lushe ne se formalisait jamais des remarques acides de son mari. Après vingt ans de mariage, elle savait que cette carapace de rustre n'était que l'expression d'une pudeur extrême, et que au sein de leur intimité la plus privée il se dévoilait tendre et sensible. Agim formait un bon mari se disait-elle souvent. Il ne se plaignait jamais de son dur labeur, il ne touchait pas à l'alcool ou pire à la drogue, il ne la battait pas, il ne jouait pas l'argent du ménage aux cartes et en bon musulman il ne manquait jamais l'appel de la prière du vendredi. Beaucoup de ses voisines ne pouvaient se vanter d'être aussi bien loties et Lushe se considérait chanceuse. La gueule de bois de leurs maris ferait passer Pinocchio pour un vrai petit garcon.
Agim et Lushe s'étaient rencontrés pour la première fois le jour de leurs noces. Leurs familles respectives s'étaient chargées de les unir, et le choix avait été heureux, ils s'aimaient raisonnablement. Ils souhaitaient le même sort pour leurs enfants et l'idée d'un mariage arrangé les concernant ne faisait aucun doute. Le choix d'un partenaire pour la vie était une affaire trop sérieuse pour la laisser aux mains de la jeunesse, par définition passionnée et irréfléchie.
En effet cette entreprise exigeait une compréhension objective du tempérament des deux protagonistes ainsi qu'une solide expérience du genre humain. Clés que bien évidemment seuls les parents pouvaient détenir. Et les Saliu, père et mère, étudiaient déjà dans ce sens quelques pistes prometteuses en faveur de l'aînée des filles, Talia.

Talia Saliu copiait à quelques détails près le physique de sa mère. Le mètre 65, le cheveu dense de teinte auburn (voire même rose !), le visage rond aux joues pleines, le front étroit, les yeux noirs en forme d'amande surmontés de sourcils touffus à la ligne droite, le nez fort, la bouche charnue équipée d'une dentition parfaite, le cou large et court, la silhouette de type gynoïde à la poitrine avantageuse et l’air naturellement hautain.
A dix-huit ans Talia ne se qualifiait pas de beauté parfaite, même si son sourire lumineux et ses expressions avenantes dégageaient un certain attrait, mais elle possédait un charme indéniable, qui lui venait sans nul doute bien plus de son tempérament que de ses traits. De l'héritage génétique paternel elle avait reçu la peau étrangement claire, les pieds plats, la force ainsi que les atouts de son caractère, tels que l'ambition, la curiosité, l'optimisme, le bon sens, la vivacité d'esprit et l'obstination.
Père et fille s'entendaient merveilleusement, rares étaient les moments libres qu'ils n'occupaient pas ensemble, à promener les bêtes, à cultiver les champs, à chasser le gibier, à rénover la maison, etc. Talia adorait ces travaux d'extérieurs en compagnie d'un père qu'elle admirait sans bornes.
Ainsi cet après-midi quand elle écouta son père annoncer un déménagement à plus de 2000km de leur ville, elle eut naturellement confiance en son jugement. Cette assurance qu'il ne pouvait s'agir que d'une décision sensée ne l'empêchait pas de ressentir un mélange d'angoisse, de tristesse et de peur à l'idée de se séparer de tout ce qui avait été sa vie depuis dix-huit ans déjà.
Toujours installés sous l'abri en taule destiné à la vieille Volkswagen familiale, elle prêta un peu plus attention à ce que disaient Fadil et Sania.

— Il n'est pas question que je parte moi, j'en ai rien à faire de la France, je veux rester chez moi, dans mon pays, avec mes amies et continuer à fréquenter mon lycée. Je vais demander à mami de me laisser habiter chez grand-mère, je suis sûre qu'elle n'a pas envie de partir elle non plus, elle me comprendra, tempêtait la cadette Sania les larmes aux yeux.
— Arrête de rêver tu sais bien que babi n'acceptera jamais, ce n'est pas mami qui décide. Moi aussi j'aimerais passer mon Bac et partir avec toute la classe pour le voyage de fin d'année en Albanie, mais tu as entendu babi aussi bien que moi, l'école c'est le cadet de ses soucis pour le moment, raisonna Fadil les mains dans les poches de son blouson trop léger pour protéger du froid son corps chétif.
— Tu n'as même pas essayé de le convaincre, c'est toi le garçon, qui se doit de protéger ses sœurs et veiller à l’accomplissement de leurs ambitions, c'est à toi de parler en notre nom, s'il te plaît Fadil, vas-y, dis-lui de réfléchir encore. Je le vois, il est seul au salon, c’est le moment, s'il te plaît.
— Tais-toi, ça suffit, tu as quinze ans, grandis un peu. Tu réagis comme une gamine, tu ne sais pas ce que c'est de devoir gagner de l'argent. Moi, après les cours, je me crève tous les jours avec huit heures de service au restaurant d'Arian pour 150€ par mois et je ne pourrais pas espérer plus même dans dix ans avec un diplôme en poche, alors plus je réfléchis et plus je me demande si babi n'a pas raison, peut-être que là-bas j'aurais un avenir meilleur. Toi tu ne penses qu'à tes copines et ta cour de récréation, parce que tu ne me feras pas croire que ce sont les études qui t'intéressent, jusqu'à présent tes résultats sont quasi égaux à zéro. En France tu vas apprendre ce que c'est la vie, tu devras trouver un job pour contribuer aux frais de la famille et tu cesseras de ne penser qu'à toi, cria Fadil avant de se diriger à grands pas vers la maison.
Talia regarda Sania, elle déformait le capot de la voiture en y faisant reposer sa forte corpulence et fixait le bout de ses bottes, les joues humides de larmes. Talia s'approcha, lui caressa la tête et joua avec ses boucles noires. Elle était un tout petit peu moins avantagée physiquement que son aînée, avec son corps solidement charpenté et généreusement enrobé, mais aucune jalousie ne venait ternir leur relation, jusqu’à présent du moins. Sania était presque trop grande pour qu’on lui conte une histoire, mais il n’est jamais trop tard pour faire rêver les jeunes filles. Alors, Talia commença à narrer ce qu’elle avait appris par cœur il y a bien longtemps ;
— Babi va embellir notre vie par une sorte de mythe fondateur. Nous, les humains, avons besoin de donner un sens à ce que nous faisons. Le mythe qui explique sa démarche est le suivant : il fut un temps – celui que les anciens appellent le temps du rêve – où la Beauté, la Vérité et l’Harmonie entouraient la terre comme un miroir, un miroir ondoyant brisé par un chasseur qui a décoché sa flèche. Dans chaque partie du monde, les hommes qui recueillent un fragment de ce miroir pensent, du coup, détenir la vérité. L’utopie des Saliu est de réunir les tessons de ce miroir éparpillés aux quatre coins de la planète et de les réunir comme la mosaïque d’un âge d’or, celui de la nature et de la culture des hommes, si diverse, si riche, si complémentaire.

— Ah oui ? Tu crois vraiment à ce que tu racontes ? Depuis quand tu parles français toi pour bavasser avec tes nouvelles copines de là-bas ? s'emporta Sania.
— Moi j'apprendrais, et toi tu feras pareil, répondit Talia en gardant difficilement son calme.
— Et si vraiment on devait tous travailler pour survivre et n'être jamais capable d'achever notre scolarité ? T’aurais l’air maligne hein, si je finissais comme clocharde ou prostituée ?

Elle se plaça face à sa sœur. Sania, mis à part un embonpoint conséquent, aurait pu sans complexes participer à un concours de Miss. Son visage fin aux pommettes hautes, le bleu de ses yeux accentué encore par ses longs cheveux noirs bouclés, sa peau laiteuse et sans la moindre imperfection, son petit nez retroussé atypique dans cette contrée, sa bouche délicatement ourlée, son imposante stature d'une tête supplémentaire à celle de son aînée ainsi que son allure extrêmement féminine ravissaient tous les hommes qui la rencontraient. Les larmes coulaient, intarissables, et Talia cherchait des paroles de consolation quand sa sœur releva la tête, la bouche mimant le départ d'un mot mais dont aucun son ne sort.

— Qu'est-ce qu'il y a Sania ? Tu as un problème ? commença Talia afin d'encourager sa sœur à se confier.
— Oui mais je ne peux rien te dire. Aide-moi Talia, je ne dois pas partir, pas maintenant, propose à babi de me laisser chez grand-mère jusqu'à la fin de l'année scolaire, toi il t'écoutera, je t'en prie, fais ça pour moi, suppliait Sania désespérée.
— Mais qu'est-ce que tu as ? Pourquoi tu te mets dans un tel état ? C'est quoi tout ce mystère ? Dis-moi et on trouvera une solution ensemble.
— Rien, je n'ai rien, je ne veux juste pas tout quitter si vite. Tu vas parler à babi ?
— Ecoute, demain c'est samedi et j'accompagne babi au marché, alors je ne te promets rien mais s'il est dans de bonnes dispositions et pas nerveux comme ces derniers jours je lui parlerais. On rentre maintenant, tu es gelée, il est presque 17h et il va bientôt faire nuit.

Talia lavait la vaisselle alors que Sania aidait leur mère à préparer le repas du soir composé d'une soupe de lentilles, d'un byrek aux poireaux accompagné de kos, une sorte de yaourt bulgare, et d'un riz au lait comme dessert. Talia jetait par moment quelques regards rapides en direction de sa sœur, elle avait encore les yeux rouges mais semblait avoir toutefois recouvré un semblant de calme. Qu'est-ce qui peut bien l'effrayer à ce point ? se demandait-elle tout en continuant à frotter les assiettes sales du déjeuner, cela ne lui ressemble pas, généralement la nouveauté l'enthousiasme, en plus elle est de nature ultra-sociable et n'a jamais eu de difficulté à s'intégrer nulle part. A peine arrivée au lycée elle avait déjà une flopée de copines, bien plus que moi alors que j'ai pourtant plus d'années de vie qu'elle... Je m'inquiète sans doute pour rien...elle est lunatique, et si ça se trouve demain elle sera ravie de cette nouvelle aventure dont elle pourra ensuite se faire mousser auprès de ses amies. Tiens demain je prendrai un café avec Valentina et Albana, faut absolument que je leur raconte ce qui nous arrive. Qu'est-ce qu'elles vont me manquer !

— Vous êtes bien silencieuses mes filles...ne pensez-plus à tout ça, le jour J viendra bien assez tôt alors profitez en riant de ces moments et ne les gâchez pas avec des larmes inutiles, murmura Lushe.
Elle ne voulait pas entamer de débat, et afin d'éviter les multiples questions qui ne manqueraient pas de surgir elle ajouta, avant que ses filles n'aient eu le temps d'ouvrir la bouche :
— Appelez les hommes, le dîner est prêt.

Le dîner se déroula tranquillement, les discussions se concentrèrent sur la météo des prochains jours, les dernières frasques de la chanteuse albanaise Big Mama, les commentaires sur les fiançailles récentes de leur petite voisine et la liste des courses à ne pas oublier pour le déjeuner du lendemain. Des sujets neutres qui allégèrent l'ambiance. Tous rirent, sauf peut-être Sania dont la gaieté et même l'appétit s'étaient évanouis.
Lushe aimait tous ses enfants, mais elle réservait à sa dernière fille une affection particulière. Elle réunissait tous les attributs qu'à son sens une femme devait posséder afin d'épouser un homme de tradition et de bonne éducation. Elle l'encourageait à parfaire depuis l'enfance sa beauté, sa démarche, ses talents culinaires, son chant, son vocabulaire, sa connaissance de l'Islam, ses manières et son style vestimentaire, selon un mélange de codes sociaux turco-albanais un peu démodé. Les meilleurs produits cosmétiques, les plus belles robes, les bijoux les plus précieux que la famille Saliu héritait ou à l'occasion se permettait étaient naturellement destinés à Sania. De la même manière que les sorties mondaines lui étaient réservées si jamais le budget n'autorisait qu'à un enfant de se joindre aux parents. Lushe lui prédisait un avenir brillant, ce qui sous entendait une très belle alliance, et se flattait d'avoir mis au monde une fille d'une telle perfection. Aucun des deux autres enfants ne se révoltaient contre ce traitement de faveur, Fadil, parce qu'en tant que garçon unique il avait lui-même un statut avantageux et Talia, parce qu'elle jugeait ce rôle de potiche en représentation plus fastidieux qu'enviable. Sa mère avait d’abord jeté son dévolu sur l’aînée pour être la carte de visite de la famille, mais avec son foutu caractère, Talia s’attirait plus d’ennemis que d’amis. Du coup, à la naissance de la petite troisième, Lushe avait misé tous ses espoirs sur Sania.
La matriarche avait remarqué les yeux rougis de sa fille chérie et son manque d'entrain, elle doit être tellement déçue, j'ai peur qu'elle ne se fane loin de son environnement. En même temps il y a une grande communauté albanaise en France, ils doivent certainement organiser de nombreuses fêtes...Qui sait le bon parti se trouve peut-être parmi ces gens-là ! réfléchissait Lushe soudain très enthousiaste à l'idée d'entreprendre ce voyage.
Sania était montée plus tôt que d'ordinaire prétextant un furieux mal de tête. Elle s'enferma à double tour dans la salle de bain et vérifia pour la énième fois de la journée son portable. Toujours rien, mais qu'est-ce qu'il fait ? Serait-il encore à Prishtina ? Il est 21h, normalement à cette heure-ci il est de retour depuis longtemps...il se moque moi c'est cela ? A cette dernière pensée, Sania sentit la boule qui lui bloquait l'entrée de l'estomac se contracter, elle en avait la nausée, cette attente devenait insupportable. Une semaine qu'on ne s'est pas vus, après ce qui s'est passé il aurait pu au-moins m'envoyer un texto, à défaut de téléphoner. Je n'en reviens pas que ça m'arrive à moi, je me suis laissée bernée par ses beaux discours... Non ce n'est pas possible, il m'aime, il tiendra parole. Demain quand babi sera au marché avec Talia j'en profiterai pour me rendre au stade de football, avec un peu de chance il sera rentré pour son entraînement. Sania se rendit dans la chambre qu'elle partageait avec sa soeur, elle se glissa sous les couvertures et s'endormit presque aussitôt, épuisée par les émotions de la journée.
Elle ne pouvait évidemment pas savoir que, dans quelques semaines à peine, une poignée de jeunes et une usine désaffectée allaient changer son existence à tout jamais.
_________________
http://zupimages.net/up/17/43/62ac.jpeg
Ce qui est compliqué quand tu vis seule, c'est d'essayer de se surprendre. Là je me suis ramené le café au lit mais honnêtement je m'y attendais...
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