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[Fanfic] Game of Power

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 Auteur Message
Draynes MessagePosté le: Sam 02 Juil 2016 13:21   Sujet du message: [Fanfic] Game of Power Répondre en citant  
[Blok]


Inscrit le: 06 Oct 2013
Messages: 156
PETIT MOT DE PRÉSENTATION DE L'AUTEUR


Spoiler


CONTEXTE DE LA FANFICTION


Spoiler


DISTRIBUTION (SPOIL)


Spoiler


GAME OF POWER


SAISON 1


Épisode 1 : Chimère
Épisode 2 : Le Bon, la Brute et le Truand
Épisode 3 : La Cage aux Folles
Épisode 4 : Une Poignée de Salopards
Épisode 5 : J'ai Rencontré le Diable
Épisode 6 : Outrages
Épisode 7 : ???
Épisode 8 : ???
Épisode 9 : ???
Épisode 10 : ???

SAISON 2


Épisode 1 : ???
Épisode 2 : ???
Épisode 3 : ???
Épisode 4 : ???
Épisode 5 : ???
Épisode 6 : ???
Épisode 7 : ???
Épisode 8 : ???
Épisode 9 : ???
Épisode 10 : ???

SAISON 3


Épisode 1 : ???
Épisode 2 : ???
Épisode 3 : ???
Épisode 4 : ???
Épisode 5 : ???
Épisode 6 : ???
Épisode 7 : ???
Épisode 8 : ???
Épisode 9 : ???
Épisode 10 : ???

SAISON 4


Épisode 1 : ???
Épisode 2 : ???
Épisode 3 : ???
Épisode 4 : ???
Épisode 5 : ???
Épisode 6 : ???
Épisode 7 : ???
Épisode 8 : ???
Épisode 9 : ???
Épisode 10 : ???

SAISON 5


Épisode 1 : ???
Épisode 2 : ???
Épisode 3 : ???
Épisode 4 : ???
Épisode 5 : ???
Épisode 6 : ???
Épisode 7 : ???
Épisode 8 : ???
Épisode 9 : ???
Épisode 10 : ???

SAISON 6


Épisode 1 : ???
Épisode 2 : ???
Épisode 3 : ???
Épisode 4 : ???
Épisode 5 : ???
Épisode 6 : ???
Épisode 7 : ???
Épisode 8 : ???
Épisode 9 : ???
Épisode 10 : ???

SAISON 7


Épisode 1 : ???
Épisode 2 : ???
Épisode 3 : ???
Épisode 4 : ???
Épisode 5 : ???
Épisode 6 : ???
Épisode 7 : ???
Épisode 8 : ???
Épisode 9 : ???
Épisode 10 : ???

SAISON 8


Épisode 1 : ???
Épisode 2 : ???
Épisode 3 : ???
Épisode 4 : ???
Épisode 5 : ???
Épisode 6 : ???
Épisode 7 : ???
Épisode 8 : ???
Épisode 9 : ???
Épisode 10 : ???

ÉPILOGUE


Partie I : ??? (???)
Partie II : ??? (???)
Partie III : ??? (???)
Partie IV : ??? (???)

Partie Finale : ???
_________________
http://i39.servimg.com/u/f39/17/09/92/95/siffle11.pnghttp://i.imgur.com/x05bL4j.pnghttp://i.imgur.com/MfmDTMk.png


Dernière édition par Draynes le Lun 13 Mar 2017 22:08; édité 31 fois
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Draynes MessagePosté le: Sam 02 Juil 2016 13:25   Sujet du message: Répondre en citant  
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Inscrit le: 06 Oct 2013
Messages: 156
Épisode 1 : Chimère


SAMUEL


En se levant, Samuel Helbecque ne pouvait ne serait-ce qu'imaginer que cette journée allait se dérouler d'une manière un poil différente des précédentes.
En effet, en ce triste et pluvieux mois d'octobre, tout se ressemblait : son rituel du matin, qui consistait à observer le paysage pendant cinq bonnes minutes, ne lui apportait guère plus d'énergie que ce qu'il devrait débourser pour son premier cours d'histoire de la journée, comme d'habitude.
À l'extérieur, il y avait toujours ce foutu panneau publicitaire rouge sang auréolé du symbole de X.A.N.A., leur maître à tous (« Tu parles », raillait-il intérieurement comme tous les jours), qui lui obstruait grandement la vue. Les nuages qui empêchaient le soleil d'abattre ses rayons revigorants sur Xonon étaient toujours là, et aujourd'hui d'un noir d'encre, comme la journée précédente.
Et surtout, lui n'évoluait pas du tout au fil du temps : toujours ces mêmes cheveux bruns coupés courts et coiffés sur le devant comme un bon élève, toujours ces yeux verts pomme habituellement pétillants mais teintés avec le temps d'une pointe de désillusion et d'ennui dans la moindre situation, toujours cette silhouette maigre qui refusait de prendre le moindre kilo de graisse ou de muscle.
Et, comme d'habitude, la fin de ce rituel d'admiration du matin était marquée par un long et profond soupir qui laissait tout transparaître : son envie de bouger, de changement, de montrer qu'il n'était pas qu'un jeune prof dans un lycée déshonoré.

De ce fait, il s'attendait, en ouvrant la porte de son appartement comme tous les matins pour laisser entrer son Officier de Probation, à voir apparaître la bouille souriante aux cheveux gris qu'on lui avait affilié il y a de cela maintenant plus de deux ans.
Et ce fut donc la première chose qui le sortit de sa normalité : devant la porte se dressait un colosse facilement haut de 1m90, avec de grands yeux verts aussi clairs que du gazon fraîchement tondu un jour d'été et surtout, des cheveux roux flamboyants soutenus par un bouc tondu au niveau du menton, mais laissant sur les côtés et la moustache des poils de la même couleur que sa dense chevelure se balader au gré du vent, quoique inexistant dans l'étroit couloir jouxtant les appartements.
La première réaction mentale logique de Samuel fut de se dire «Putain, mais ça existe encore, les roux en 2036 ? », mais il garda ça pour lui et se contenta d'indiquer d'un air éraillé :
– Désolé, je pense que vous vous êtes trompés de porte. Et d'ailleurs, vous n'auriez pas vu Joe dans les parages ?
– Vous êtes bien Samuel Helbecque ? Demanda le rouquin avec un ton professionnel.
– Oui bien sur, y a mon nom sur la porte, rétorqua le concerné d'un ton aigre, qu'est-ce que vous me voulez ?
– Je m'appelle Abraham Ford, répondit le colosse en s'avançant légèrement pour entrer dans l'appartement, et je suis votre nouvel Officier de Probation.
Immédiatement, le professeur raffermit sa prise sur la porte et demanda avec un ton léger, en masquant toutefois son amertume :
– Pourquoi Joe n'est plus là ? Qu'est-ce qui se passe ?
– Il est parti à la retraite, M. Helbecque. Indiqua l'homme sans sourciller.

À peine son dernier gardien eut-il terminé sa phrase qu'une flopée de souvenirs revinrent frapper de plein fouet l'esprit de Samuel, notamment celui de sa dernière discussion avec Joe le soir d'avant. Cela ne l'avait pas frappé alors, mais l'homme d'un certain âge lui avait dit avec un ton contrit un petit « Adieu ! » avant de s'en aller pour l'ultime fois.
Se rendant à l'évidence qu'il ne se débarrasserait pas du roux comme ça, il soupira intérieurement et ouvrit la porte en grand pour accueillir comme il se doit le dénommé Abraham. C'est également à ce moment qu'il se rendit compte que son appartement n'était vraiment pas en état.
Étant complètement fatigué le soir précédent, il avait omis de ranger la salle principale et cela se ressentait : les restes du dîner reposaient dans le lave-vaisselle qui, malgré son soi-disant automatisme, ne fonctionnait pas ce coup-ci, la poubelle était encore ouverte et dégageait une odeur légèrement nauséabonde, que Samuel arrivait à supporter par ailleurs.
Mais le plus important restait la fameuse caméra, bien placée en haut d'un mur de façon à couvrir un angle droit, afin que leur « maître » ne puisse pas voir ses actions. En lui, Helbecque n'avait pas peur de la réaction des Protecteurs et de l'armée s'ils voyaient ça, pour la simple et bonne raison que l’entièreté de la population s'arrangeait pour tromper X.A.N.A., qui laissait bizarrement faire.

Cependant, la réaction d'Abraham fut d'ignorer la caméra (ça, il s'y attendait fortement) mais également de refermer le couvercle de la poubelle d'un geste sec de son immense main avant d'aller admirer le panorama à travers l'immense baie vitrée provoquant une entrée de lumière naturelle dans l'appartement.
Helbecque, surpris par le soudain mutisme de son interlocuteur, se reprit facilement et se souvint que l'Officier de Probation avait pour principal objectif de le surveiller, mais également de lui obéir. Ce fut ainsi avec un sourire mental de satisfaction qu'il demanda avec un faux ton mièvre :
– Dîtes, vous pouvez descendre en bas de l'immeuble pour appeler un VTR, je vous prie ?
– On peut se tutoyer hein. Rétorqua avec un certain sarcasme Ford tout en se dirigeant sans mots dire vers la porte.
– Je crains, répondit Samuel sur le même ton, que nous ne soyons pas assez intimes, vous voyez : Après tout, je ne vous connais que depuis maintenant une dizaine de minutes.
Un ricanement fort lui répondit avant qu'Abraham ne sorte définitivement dans le couloir, laissant son prisonnier respirer un peu et se diriger vers sa chambre pour terminer sa toilette matinale.

Sa chambre... tellement classique, uniforme, en raccord avec ce monde si froid et gris, que c'était clairement l'endroit que le jeune professeur détestait le plus au monde et dans lequel il tentait de rester le moins possible.
Ce fut pour cela qu'il se dépêcha d'enfiler un pantalon et une chemise propres, tout en s'obstinant à ignorer du regard le dernier cadeau de son frère, à savoir la lampe de chevet grise en forme de spirale, qu'affectionnait particulièrement Samuel au départ. Mais le temps avait fait son œuvre et, après maintenant plusieurs mois, la vue de cette lampe ne lui donnait que l'envie de la lancer pour la fenêtre afin qu'elle disparaisse de sa vie définitivement.
Plongé dans ses pensées, il fut surpris par la voix bourrue d'Abraham qui demandait avec un sérieux procédural :
– Combien de temps je dois demander au VTR pour aller au collège-lycée Kadic, M. ?
– Oh, vingt minutes, exigea Samuel en se fixant dans le miroir situé sur l'armoire où il rangeait ses affaires, en face de son lit, que je puisse me détendre !
Le colosse opina du chef et s'en alla, sans toutefois qu'Helbecque ne manque le léger tapotement de Ford sur sa poche gauche, à l'endroit où se trouvait le traditionnel taser des Officiers de Probation.
Le professeur d'histoire eut soudainement un pressentiment : cette journée, si mal partie, allait sûrement changer radicalement sa vie. Mais, plutôt enclin à la réflexion et à ignorer son instinct, il refréna brusquement cette pensée et sortit rapidement de la chambre pour se diriger vers le Véhicule de Transport Rapide qui l'attendait en bas de l'immeuble.
Il devait se préparer à ne pas commettre la moindre gaffe, car Abraham avait l'air beaucoup plus sérieux que Joe auparavant, et la promenade de vingt minutes qui les attendait lui permettrait de se préparer mentalement à l'épreuve qui l'attendait.

**


Une fois rentré dans sa salle de classe, Samuel s'empressa d'accrocher son manteau sur le crochet situé à côté de la porte et attendit, les mains dans les poches, que les adolescents en face de lui veuillent bien se taire.
Comme à son habitude, il en profita pour relever un peu les élèves de Terminale qu'il avait depuis maintenant un mois : la grande sainte nitouche au cheveux noirs, la petite timide aux cheveux argentés qui aurait la réputation de se faire prendre dans les toilettes par n'importe qui, le beau gosse blond habitué à faire frissonner les minettes, le silencieux du fond de la salle aussi froid avec les autres qu'un congélateur, le blagueur aux yeux noisettes qui déclenchait un concert de ricanements à chaque fois qu'il ouvrait la bouche... Ils étaient tous là, faisaient dorénavant partie intégrante de sa vie et il devait faire tout ce qu'il pouvait pour les emmener au sommet.
Une fois que le fameux blond se fut enfin décidé à poser ses affaires sur son bureau, Samuel s'éclaircit brusquement la gorge avant d'annoncer sans préambule, comme le voulait la procédure :
– Je vous présente Abraham Ford ! Comme vous le devinez, cet homme est mon nouvel Officier de Probation, il est chargé de me surveiller pour s'assurer que je survivrais à l'année scolaire. Je vous demande de lui réserver l'accueil qu'il mérite, en tant que représentant du Fondateur de Toute Chose !
Helbecque détestait, au plus profond de son être, devoir dire ce discours à haute voix et serra les poings discrètement lorsqu'un tonnerre d'applaudissement résonna de la foule des élèves à la direction de Ford, qui se contenta d'approuver d'un geste sec de la tête, son regard montrant clairement qu'il ne savait pas où se mettre. Cela amusa et surprit Samuel en même temps, et le professeur commença à se demander s'il n'était pas un nouvel arrivant dans les rangs des Officiers de Probation.

Le silence reprit cependant rapidement son œuvre et, pendant qu'Abraham allait se placer dans le coin de la pièce derrière Samuel, ce derrière sortit son livre de son cartable et annonça avec une voix forte et intelligible :
– Ouvrez vos livres à la page 394 ! Aujourd'hui, nous allons parler de la Guerre Civile Française.
Un soupir sonore sortit des lèvres du blagueur et un ricanement provenant de la sainte nitouche fit serrer les poings à Helbecque (qui redoutait intérieurement la réaction de Ford), mais il se força à faire comme si de rien n'était et demanda à la cantonade :
– Vu que vous avez, normalement, lu le chapitre entier pour aujourd'hui pendant le week-end, qui peut me dire combien de temps la Guerre a duré ?
– 2 mois M., répliqua la fille aux cheveux argentés en levant la main, du 25 septembre au 25 novembre 2024.
– Très bien, approuva le professeur avec un sourire aimable qui fit rougir l'adolescente, et qui peut me dire qui l'a provoqué ?
– Le Front pour la Libération de la France, grogna le blond avec un ton rageur, que notre chef Xander a affronté avec l'aide de la Milice pour le Peuple, des Allemands et des Belges.
Un hochement de tête affirmatif de Samuel fit bomber le torse du blond sous le regard amusé d'Abraham qui, les bras croisés sur le torse, observait le cours avec une certaine approbation plongé au fond de son regard vert gazon et que Helbecque pouvait voir en se retournant subrepticement.
Sur ce, il enchaîna avec une troisième question :
– Dernière question avant de commencer le cours magistral : qui était le dirigeant du F.P.L.F. à Xonon ?
– Le Poisson Noir ! gronda le silencieux en dardant son regard noir habituel vers son professeur, qui soutint son regard pendant quelques secondes.
– Très bien, affirma Helbecque en se détournant pour regarder son livre, alors commençons : nous pouvons affirmer que cette Guerre Civile Française est la résultante d'une série de problèmes que le F.P.L.F. attribuait à X.A.N.A...

Soudainement, la grosse main du colosse s'abattit à l'arrière de son crâne sans qu'il le voie arriver et sa vue se brouilla un instant sous la violence du coup.
Se retournant avec virulence pour protester, il vit distinctement Ford taper rapidement une série de caractères sur sa montre portative fournie par X.A.N.A. et le professeur comprit ainsi qu'il venait d'effectuer son premier impair, sous le regard stupéfait des élèves qui pensaient ne jamais revoir ça de nouveau.
Après avoir jeté un rapide coup d’œil à sa propre montre portative, Samuel soupira et reprit le fil de son cours :
– Bon, reprenons : le F.P.L.F. attribuait au Fondateur de Toute Chose la responsabilité des actions de son vassal, Xander Berkeley et décida donc de rep...
Le cours continua ainsi pendant de très longues minutes, alors que Helbecque ne se souciait plus que d'une chose : pour la première fois de sa carrière, il avait commis une faute.
Abraham était beaucoup plus soucieux du protocole que son prédécesseur.
Et ça ne pouvait jouer qu'en sa défaveur.

**


Samuel mangeait tranquillement son steak saignant, seul dans un coin avec Abraham qui le surveillait impassiblement en sirotant une boisson gazeuse avec une paille, quand le coup de feu retentit.
Ford se redressa rapidement, mais son prisonnier demeura impassible et continua à manger tout en demandant avec un ton curieux :
– Dis, vous ne seriez pas un nouveau dans l'organisation ?
– J'ai achevé mes études en juin, expliqua le roux en tapotant rapidement sur sa montre-clavier, et vous êtes le premier professeur dont je dois m'occuper.
– Je vois. Conclut rapidement le jeune homme en replongeant dans son assiette.
Des professeurs tués par leurs Officiers de Probation, il en avait connu plein durant sa courte carrière. À défaut d'être surpris ou attristé, il avait cependant une pointe de curiosité à l'idée de savoir l'identité du mort. Et ce fut, malheureusement pour son humeur déjà morose, une voix criarde et moqueuse qui lui apporta la réponse :
– Le vieux prof de sciences, il voulait se suicider depuis longtemps alors bon... T'as vu, même pas besoin de poser la question, je connais déjà la réponse !
– Bonjour à toi, Talbert. Répliqua Samuel avec un ton légèrement énervé.
Le concerné ricana avec une certaine ironie perceptible et s'assit brusquement sur la chaise située en face de Helbecque, forçant ce dernier à relever les yeux de son repas pour le fixer.

Talbert, Nicolas de son prénom, représentait aux yeux du jeune professeur d'histoire tout ce qu'il haïssait : déjà, il faisait tourner les regards des élèves et des professeures quand il passait dans les couloirs. La raison était simple, il était objectivement beau.
Des yeux bleus ciels, des cheveux noirs de jais coupés en brosse, une barbe de trois jours recouvrant le bas de son visage, un sourire éclatant et sincère et des muscles : tout ce que les filles superficielles appréciaient et tout ce que Helbecque détestait. Mais c'était surtout sa personnalité qu'il ne supportait pas : admirateur du régime, connu pour lécher les bottes de toute autorité supérieure, une faculté excellente pour gravir les échelons et surtout, surtout... Un ego surdimensionné qui faisait vomir Samuel à chaque fois qu'il ouvrait la bouche.
Et effectivement, comme Helbecque le redoutait, le collaborateur reconnu ouvrit la bouche pour déverser toute sa haine :
– Tu vois ce vieux con là... Même pas les couilles de se tuer lui-même ! Il fallait en plus qu'il se serve de son Officier de Probation. Le pauvre, il n'avait pas que ça à faire quand même ! J'espère que le Fondateur de Toute Chose nous enverra un bon prof ce coup-ci parce que bon...
Soudain, le regard du professeur de français se détourna un instant et tomba sur Abraham, qu'il dévisagea avec un étonnement palpable avant de demander :
– Euh, je ne t'ai jamais vu toi... Qui es-tu ?
– Abraham Ford, répondit le colosse sans sourciller, je remplace le vieux Joe qui est parti à la retraite.
– Eh bin là, railla l'homme en dardant ses yeux bleus ciels sur son collègue, y aura plus de problème de discipline avec toi... D'ailleurs, ça fait longtemps que j'avais pas vu de roux, tiens...
– Il est où, ton Officier de Probation au fait ? Répliqua Ford sans se soucier de la remarque.

L'homme perdit son sourire, proféra un murmure insultant et agacé à l'encontre du rouquin et fit un geste de la main à l'arrière pour faire arriver son surveillant.
Ainsi arriva devant Abraham un individu relativement chétif mais musclé, avec des cheveux bruns légèrement frisés et des yeux bleus glacier rejoignant ceux de son prisonnier. Nicolas Talbert eut un léger sourire et fit un léger geste de la main avant de présenter :
– Abraham, voici Aaron, un des meilleurs Officiers de Probation du lycée !
– Très bien, répliqua Ford avec un ton égal avant de soudainement changer de caractère et darder un regard sombre sur le dénommé Aaron, je tiens à te préciser. Si tu ne tiens pas ton maître à carreau, que tu ne l'obliges pas à arrêter de tourmenter M. Helbecque et de me critiquer, je lui casse le nez et toutes ses foutues côtes.
Muet jusqu'alors, le frisé répliqua avec un ton équivalent, quoique légèrement tremblotant :
– Je ne changerai rien concernant ma politique vis-à-vis de M. Talbert ! Si vous voulez l'affronter, vous devrez me passer sur le corps !
Le rouquin se contenta d'exploser d'un gros rire gras qui fit sursauter toute la cantine avant que Talbert ne le couvre en ordonnant avec un ton sec :
– Aaron, on s'en va ! Foutons-leur la paix, va, puisque Mossieur Helbecque ne désire pas ma présence à sa table !

À peine Talbert se fut-il éloigné d'une dizaine de mètres que Samuel se tourna vers le colosse qui s'était remis à siroter sa boisson comme si de rien n'était et lui adressa :
– Merci de m'avoir débarrassé de lui, ce crétin me soûle depuis bien trop longtemps... Et Joe était trop sympa avec tout le monde, il ne voulait pas s'opposer !
– J'ai un taf à accomplir, se contenta de répliquer Abraham en tournant son regard vers la cour, et je ne laisserai pas cet abruti me gêner dans ma tache... Et puis, les roux continuent à exister, on est pas une espèce en voie de disparition !
Un sourire amusé naquit sur les lèvres de Helbecque jusqu'à ce qu'une sonnerie stridente se mit à retentir dans le réfectoire et que l'ensemble des personnes présentes se levèrent, certaines plus rapidement que d'autres.
Samuel savait pertinemment ce que cela signifiait : l'heure de la Prise de la Conscience. Il n'était personnellement pas le moins du monde choqué par les atrocités que le régime leur faisait regarder juste après le repas, mais voir les enfants de 6ème terrorisés devant ces montages d'horreur pure lui donnait envie de vomir l'intégrité de ses tripes.
Cependant, le regard de Ford braqué sur lui le força à se lever en soupirant puis, tout en regardant autour de lui pour ne pas voir la face de Talbert, qu'il avait envie de frapper violemment à chaque fois qu'il l'entrapercevait quelque part, se dirigea vers la sortie en priant que cette après-midi se déroulerait parfaitement selon son bon désir.

**


Quand le VTR le déposa juste devant l'entrée de son immeuble, sa première question légitime fut adressée à Abraham, qui se tenait juste à côté de lui :
– Où est-ce que vous logerez, d'ailleurs ?
– Joe a été emmené dans un autre quartier pour sa retraite, expliqua le colosse en s'avançant pour aller ouvrir la porte, donc je reprends son studio.
– C'est très bien, opina du chef Helbecque avant d'enchaîner tout en se dirigeant vers le rez-de-chaussé, et vous venez vers quelle heure devant l'appartement ?
– Entre 8h et 8h30, en fonction de vos horaires. Répondit le roux en s'arrêtant devant une petite porte en bois sur laquelle figure une plaque dorée avec son nom inscrit dessus.
Laissant Samuel se diriger vers l'ascenseur, il ouvrit la bouche pour prononcer une phrase, mais se renfrogna subitement avant de rentrer derechef dans son studio, laissant le professeur monter à son étage avec une pensée dans la tête, assez obsédante.
Abraham était dangereux pour sa carrière, pour sa vie surtout.
Certes, il l'avait aidé face à Nicolas et Aaron, mais il l'avait fait uniquement parce que c'était son travail. Il ne serait jamais comme Joe, un ami.
Le professeur eut un demi-sourire en repensant au vieil homme : dire qu'au début, il le détestait ! Au final, c'était devenu un des Officiers de Probation les plus appréciés de toute l'école, même les élèves et le directeur le tenaient en haute estime.
Mais maintenant, il se retrouvait avec un jeune imposant qui ne manquerait pas de faire appliquer le règlement au pied de la lettre. Il n'aurait plus droit à l'erreur et il devait absolument se le mettre dans la poche.
Tout cela, il le faisait uniquement pour survivre et rien d'autre ! C'était ce qu'il fallait qu'il impose à son esprit déjà tourmenté.

Soudainement, son cerveau passa en état d'alerte quand il aperçut la porte de son petit appartement entrouverte. Immédiatement, il se raidit et envisagea toutes les théories les plus farfelues possibles : voleur ? Abraham ayant oublié quelque chose ? Tueur du régime ? Xander en personne ?
Mais aucune de ces théories n'étaient bonnes et il n'aurait jamais pu imaginer ce moment où, après être entré dans son petit habitat et refermé la porte doucement, il jaillit dans le salon brusquement pour apercevoir, assis sur son canapé, une légende.
Certes, il avait un peu vieilli, mais l'ennemi public numéro 1 était aisément reconnaissable : des cheveux noirs en bataille, des yeux bleus foncés dardés vers la télévision éteinte, des doigts longs et fins tapotant nerveusement le bord du canapé de velours beige, une barbe mal rasée sur le menton.
Pas de doute, c'était bien lui. L'une des figures du F.P.L.F. et un des héros de Samuel à l'époque où il ne s'était pas encore habitué au régime.
Le murmure sortit tout seul de sa bouche sans qu'il puisse l'en empêcher :
– Le Poisson Noir... Vous êtes le Poisson Noir !
William Dunbar se retourna lentement, acquiesça d'un grand geste et affirma avec une voix grave :
– Samuel Helbecque, j'ai besoin de ton aide.


**

*

**


XANDER


Assis sur son fauteuil noir à roulettes évoquant fortement celui du Bureau Ovale, dont il s'était complètement inspiré, le chef du régime observait la Tour Eiffel à travers l'immense fenêtre située à l'arrière de la gigantesque pièce composant son bureau, elle-même créant entièrement le dernier étage de l'Hôtel.
Certes, la tour Montparnasse avait été détruite plus tôt lors de son règne et plus de 100 personnes étaient mortes, mais Xander Berkeley n'en avait cure : au moins, grâce à cela, il avait pu faire construire ce splendide bâtiment, symbole de sa puissance aux yeux du monde.
En face de lui se dressait un édifice qu'il considérait depuis longtemps comme un vieillot rappel de l'ancienne France, la France faible et soumise à l'Europe d'autrefois. Il avait plusieurs fois songé à la raser, mais il s'était ravisé : certes, le Spectre n'était pas foncièrement contre, mais le chef ne souhaitait pas que le peuple se rebelle une seconde fois.
Certes, il pourrait les mater de nouveau et avec plus de facilité, mais X.A.N.A. lui reprocherait forcément cela et il ne souhaitait pas subir de nouveau les foudres du programme multi-agent maître du Réseau Mondial.
Heureusement pour lui, il avait un charisme naturel qui faisait que les gens le craignaient et cela, il s'en servait aisément pour réprimer son peuple : il lui suffisait d'un regard de ses yeux bleus aussi glaciaux qu'un iceberg et d'un de ces petites sourires cruels qu'il affectionnait tant pour imposer son avis. Tout en se passant la main dans ses courts cheveux bruns à la limite du noir où pondait cependant quelques lueurs blanchâtres, il se caressait une barbe noire rasée récemment et ajoutant au côté distingué qu'il cherchait absolument à associer à sa personne, et ce en toutes circonstances.

Un toussotement le fit soudainement sortir de ses pensées.
Agacé, il se tourna violemment pour faire payer la monnaie de sa pièce à la personne ayant osé le déranger, mais il reprit son attitude calme habituelle quand il aperçut son garde du corps.
Dès le début de son mandat, James Kucsulain avait été son premier choix : ancien combattant de MMA, il savait imposer sa présence avec ses muscles saillants, ses cheveux blonds lui arrivant jusqu'à la nuque, son épaisse barbe jaunâtre et ses yeux marrons foncés à la limite du noir. Depuis, il s'était arrêté que l'homme avait également une réflexion généralement en adéquation avec la sienne, et c'est pourquoi il l'avait à ses côtés dans toutes les situations.
Avec un ton sévère, mais relativement aimable se connaissant, il demanda :
– Qu'est-ce que tu me veux ?
– Tom Payne est là, expliqua le concerné en caressant sa barbe drue, et il a dit que tu l'avais convoqué.
– Va le chercher, ordonna son boss en posant ses mains à plat sur l'épais bureau en chêne, et reste avec nous ! Je pourrais avoir besoin de ton avis si nécessaire.
Immédiatement, le garde du corps se dirigea vers le bout de l'immense salle qui évoquait presque à Xander une salle du trône tellement la disproportion était flagrante : étirée toute en longueur, une verrière construite en quadruple vitrage servant de plafond et laissant traverser les rayons du soleil, des colonnes de calcaire blanc immenses soutenant tout cet édifice, un tapis rouge sang auréolé du symbole de son maître, qui était d'ailleurs visible dans tous les coins.
Et au fond, pour accéder à cette pièce, se situait une légère porte coulissante en acier qui était celle d'un ascenseur, duquel émergea d'ailleurs son conseiller quand il posa son regard dessus.
Le temps que son subordonné fasse le trajet pour le ramener vers lui, il eut tout le loisir de détailler avec une froideur relative son ancien directeur de campagne : il représentait parfaitement la jeunesse selon Xander. Des cheveux noirs coiffés vers la gauche, un regard bleuté pétillant et plein de vie, un visage bien carré et imberbe, une carrure enfantine mais solide : tout y était, sauf la personnalité. Cela faisait longtemps que Berkeley n'avait pas apprécié la maturité chez quelqu'un, et celle de Tom Payne était impressionnante pour son âge, qui n'était en effet pas très avancé.

Après avoir échangé une poignée de main forte avec son vis-à-vis, le Patron entra directement dans le vif du sujet :
– Bon, le Conseil des Grands commence dans dix minutes et le sujet du jour est cette maudite Fraternité. Si vous avez une idée à me transmettre la concernant, dîtes-le maintenant !
Immédiatement, Tom plongea son regard d'une pétulance rare dans celui de son boss et expliqua avec vitesse :
– Déjà, étant secret, l'attaque est à éviter vu que nous ne pouvons pas les situer véritablement. Je proposerais, personnellement, qu'on augmente le nombre de soldats et de Protecteurs dans les rues pour éviter les débordements !
– Ça me semble être une bonne idée, approuva James en dardant son regard dans le lointain, mais...
– Mais quoi ? Demanda Berkeley avec un ton intéressé, comme à son habitude.
Kucsulain soupira affablement et expliqua avec précision sa pensée somme toute assez classique :
– S'ils nous voient doubler la garde, ça sera à double tranchant : ils pourraient avoir peur et se terrer chez eux auquel cas ils n'attaqueront plus, mais nous ne pourrions plus les trouver. À l'inverse...
– Ils pourraient embaucher deux fois plus de force, compléta Payne qui avait suivi son raisonnement de pensées, et les attaques seraient deux fois plus violentes. J'ai évidemment pris en compte cette éventualité, mais c'est la meilleure que nous ayons actuellement.
Xander leva soudainement la main pour faire cesser le débat naissant et expliqua avec un ton morne :
– Bon, il est temps d'aller présider le Conseil. Reprenez vos aises, Messieurs, je vous convoquerai de nouveau dès que possible. Pendant ce temps, trouvez-moi des infos sur cette foutue Fraternité.
Tom esquissa une rapide révérence avant de se diriger vers l'ascenseur, pendant que James allait ouvrir une porte cachée dans le mur de droite en donnant un coup de poing sec sur une fente.
Derrière cette dernière se trouvait une salle sombre, avec uniquement un lustre dégageant une lumière rougeâtre menaçante, à l'image des décisions prises autour de cette table rectangulaire noire à laquelle étaient accolées une multitude de chaises noires, sauf en bout de table.
Une fois cela dévoilé, le garde du corps retourna se placer derrière Xander afin de pousser la chaise à roulettes afin de la placer au bout « présidentiel » de la table. Le chef aimait bien ce petit moment de calme, de simple préparation.
Parce qu'il savait pertinemment que, dès que ses collègues allaient arriver...
Il n'allait pas être déçu du voyage.

**


La première pensée qu'eut Xander devant le brouhaha énorme qui remplissait la salle et qui servait de débat fut de se dire « Bah, au moins, le sujet les passionne... Et ça ne change pas de d'habitude, de toute manière ». Ignorant complètement les arguments envoyés à droite et à gauche par les chefs des trois autres Maisons, il se contenta de détailler des regards les trois autres personnes qui gouvernent la France.
Alliser Thorne. La définition même de la prise sur soi. En plus de dix ans de règne, il ne l'avait jamais vu s'énerver, même en ordonnant le massacre de plus de 300 personnes manifestant pacifiquement. Cet homme avait pour lui un charisme détonnant : la cinquantaine, cheveux grisonnants auparavant brun sûrement, yeux bleus glaciers et cruels comme lui, carrure imposante et mâchoire carrée. Personne n'osait l'affronter frontalement et ça, Xander le comprenait et l'appréciait fortement. C'était, à l'évidence même, le chef de la Garde qu'il appréciait le plus, au contrario de son voisin qu'il trouvait assez horripilant par moment.
Nikolaj Coster-Waldau. Même un écrivain n'aurait pu trouver une caricature plus exquise du milliardaire misanthrope et égocentrique. En tout cas, il transpirait le charme par tous les pores : cheveux blonds cendrés, yeux noisettes rieurs et relativement insouciants, musclé et athlétique. Xander ne pouvait pas lui retirer son charisme, mais sa constante opposition aux politiques mises en place l'exaspéraient, de plus qu'il aimait prendre la défense du peuple. X.A.N.A. le faisait déjà, il n'avait pas de raison de s'y mettre.
Et enfin venait le plus dérangeant du trio : Andrew James West. Plus connu sous le pseudonyme de Arès, nommé par X.A.N.A. lui-même, c'était clairement celui que Xander comprenait le moins et donc, celui dont il s'inquiétait le plus. C'était également le plus quelconque du groupe : cheveux bruns, yeux gris avec des teintes de vert, accoutrement classique, carrure somme toute normale. Heureusement, il avait sa suavité et son éternel ton menaçant pour que les gens évitent de s'en prendre à lui, et cela fonctionnait puisque même le fier Alliser Thorne était mal à l'aise en sa présence.

Soudainement agacé par leurs bavardages incessants, Berkeley leva la main avant d'émettre un léger craquement du majeur. Immédiatement, les trois hommes se turent et regardèrent dans les yeux leur chef, attendant un signe, un geste, un mot.
Jouissant intérieurement de cette puissance qu'il possédait, il fit un léger coup de tête en direction d'Alliser, qui exposa son idée d'une voix grave :
– Personnellement, je pense qu'il faudrait augmenter le nombre de soldats dans les rues et surtout, augmenter le temps de patrouille pour chaque unité, histoire qu'ils couvrent chaque quartier non stop !
Relativement satisfait intérieurement par l'idée, il ne fit aucun signe d'approbation et donna, par le même geste, la parole à Nikolaj qui contrecarra son opinion de départ car proposant une idée assez réaliste et cohérente :
– Nous avons des espions spécialisés ici, que personne ne voit jamais. Monsieur Thorne n'aurait qu'à envoyer les Corbeaux infiltrer leurs rangs et les dissoudre de l'intérieur, sans qu'aucun mort dans notre armée ne soit à déplorer.
Arès n'attendit même pas l'aval de son supérieur pour lancer son idée, car parfaitement conscient de la bombe qu'il allait envoyer :
– On les envoie.
– Impossible, intervint Xander sans montrer le moindre tremblement dans la voix, ils ne sont pas encore prêts et surtout stables. Ils risqueraient de nous péter entre les mains ou pire, de se retourner contre nous !
Andrew haussa les épaules comme pour dire qu'il acceptait avant de dire avec sa suavité caractéristique et si malsaine :
– C'est pourtant le moyen le plus rapide et efficace pour les avoir. Ils sont intelligents et disposent de sens qu'humains normaux n'ont pas.
– Simplement parce que ce ne sont pas des humains ! Intervint une voix robotique du fond de la salle.

Surpris, les trois hommes se retournèrent brusquement pour Nikolaj, lentement pour Alliser et Andrew, mais Xander n'eut même pas à bouger pour dévisager le visage de leur maître à tous.
C'était étonnant, mais X.A.N.A. avait choisi une apparence très banale pour le Spectre, qui le représentait globalement dans le monde réel. Des cheveux entièrement gris, une paire de lunettes de soleil également grises auréolées de son fameux symbole, une barbe noire drue auréolée d'une grosse moustache noire. Berkeley n'avait jamais su qui était cet homme, s'il s'agissait d'une invention pure et simple du programme ou d'une vieille connaissance. Mais après tout, il n'avait jamais désiré le savoir.
Il eut, derechef, à peine le temps de s'incliner que l'homme reprit en grésillant légèrement, avec sa voix robotique et dénuée d'émotions :
– Ces monstres ne sont, pour l'instant, pas contrôlables Arès, donc non utilisables. Utiliser les Corbeaux est une idée très intelligente, mais il y a un risque important qu'il passe à l'ennemi ou se fasse exécuter si repéré. Quant à doubler l'armée, ça pose le risque que la Fraternité ne sorte plus, endorme notre vigilance, et attaque de plus belle avec plus de puissance de feu.
– Mais alors, demanda Nikolaj avec un ton interloqué, que voulez-vous que nous fassions ?
Le Spectre ne répondit pas, mais fit le tour de la pièce d'un pas léger, laissant des étincelles électriques et des légers cliquetis sur le métal qui composant le plancher. Il s'interrompit soudain, comme s'il écoutait des directives, et récita ensuite avec un ton absent :
– Vous devez patienter, analyser les actions de la Fraternité pour trouver un point faible. Vous devez vous servir de votre cerveau d'humain, mais vous n'arriverez pas à tout deviner. Je vous aiderai. Ma puissance de calcul sera une grande force, voir même une chose indispensable pour que vous puissiez l'emporter.

Comme d'habitude, Berkeley était hébété par les décisions de son maître, qui répondaient d'une logique et d'une froideur toute mécanique que seul un programme pouvait accomplir.
Cela, Xander le jalousait : il détestait avoir la possibilité de faillir, la possibilité même d'être humain. Depuis sa rencontre avec X.A.N.A., il ne rêvait que d'être comme lui, de ne pouvoir jamais avoir tort, de toujours l'emporter, même si ce n'était qu'une douce euphorie.
Il savait pertinemment que le programme avait failli être éradiqué par des enfants, mais il assimilait cela à de la chance pure et simple. Dans sa tête, jamais des enfants, aussi brillants soient-ils, auraient pu triompher d'un programme aussi diaboliquement parfait.
Avec le Spectre pour les épauler, Xander était dorénavant sur d'une chose.
Il trouverait la Fraternité.
Et les exterminerait jusqu'au dernier.


**

*

**


JÉRÉMIE


9 heures plus tôt


Assis sur son divan dans le salon de la grande maison qu'il occupe dans le quartier de Port Richmond, à Staten Island, Jérémie Belpois relisait pour la troisième fois d'affilée la lettre qu'il vient de recevoir, et il avait toujours des frissons dans le dos à chaque fois qu'il jetait un distrait regard sur la signature, un fameux œil composé de cercles concentriques qu'il n'aurait jamais souhaité revoir de toute sa vie.
Ses cheveux blonds coiffés en brosse commençaient à être maculés de sueur, ses yeux bleus évoquant une mer au repos étaient littéralement plongés dans le document sans aucune possibilité de remonter à la surface, sa bouche se tordait en un rictus imprescriptible et ses mains tremblaient.
Pas de peur bizarrement, mais d'incompréhension et surtout de rage, d'une rage non contrôlée qui menaçait d'éclater : après tout, de quel droit X.A.N.A., après l'avoir laissé en paix pendant douze ans, se permettait-il de le narguer en le conviant à venir en France avec cette histoire d'embauche du plus grand scientifique du monde ?
Il avait enfin trouvé le bonheur, il avait une femme et des enfants qu'il adorait... mais le programme menaçait encore une fois de tout gâcher et ce, en beauté comme à son habitude. Cependant, un autre sentiment l'habitait et était tellement paradoxal qu'il était honteux de le ressentir : la fierté.
Il était en effet fier que X.A.N.A. le reconnaisse à sa juste valeur, qu'il ait l'audace de demander à son ancien pire ennemi de quitter son doux foyer pour le rejoindre dans l'actuelle dictature française. Au fond de lui, il devait admettre que la France lui manquait, ses paysages, la Seine avec la fameuse usine qui avait du être détruite depuis le temps, mais surtout sa mère. Depuis que cette enflure de Philippe avait coupé les liens, il n'avait plus aucune nouvelle de sa mère et désirait malgré tout la revoir. Après tout, son père étant décédé, elle était sa dernière figure parentale.

Jérémie Belpois, tourmenté intérieurement, se prit la tête dans les mains. Il était en face d'un énorme dilemme : la sécurité ou l'envie ? Il ne savait pas se décider et ne voulait pas se décider cependant. C'était une situation très complexe et il ne souhaitait pas l'affronter seul.
Soudainement, son salut se fit connaître quand il enroula ses longs bras souples autour de sa taille en lui arrachant un sourire : seule Eva, avec ses petits pas si discrets et feutrés, arrivait à le surprendre quand il était en pleine phase de réflexion intense.
En se retournant pour lui arracher un léger baiser, il put admirer la finesse de ses traits, sa longue chevelure blonde lui arrivant au milieu du dos, ses yeux bleus de la couleur du firmament sans nuage et son sourire si éblouissant qui embaumait le cœur de son époux à chaque fois qu'il le voyait.
De plus, pour rajouter à son plaisir, l'Américaine lui demanda dans un français quasiment parfait :
– Qu'est-ce qui ne va pas, Honey ?
Ne souhaitant pas parler, le blond se contenta de désigner la lettre de la tête et en profita pour admirer le fessier parfait de sa femme lorsqu'elle se pencha pour lire le paragraphe qui posait tant problème à Jérémie. Cependant, elle se redressa rapidement en arrachant un léger soupir de mécontentement, mais elle n'en tint pas compte car elle demanda avec un petit sourire :
– Je peux savoir ce qu'on attend ?

Le scientifique, surpris, ne savait pas ce qui l'impressionnait le plus : le fait que ses enseignements à sa femme et à son beau-frère auraient portés leurs fruits (lui qui se démenait depuis des années pour leur apprendre la magnifique langue française), ou la question posée par Eva.
D'un ton énervé, il reprit la parole en détournant les yeux :
– Attend pour faire quoi ?
– Pour se rendre là-bas, expliqua la femme en se tournant vers la fenêtre, les enfants ont toujours rêvés de voyager en France et j'avoue m'intéresser quand même à la culture de ton pays.
– Peut-être, railla Jérémie, mais en ce moment, mon ancien pays est loin d'être un modèle de paix et de liberté, tu vois !
– Tu as peur de la réaction de ce... X.A.N.A., comprit Eva en posant ses yeux calmes sur lui, mais tu ne crois pas que, s'il voulait nous tuer, il l'aurait déjà fait ?
L'argument qu'il redoutait tant arrivait donc directement sur le tas : en effet, c'était clairement cela qui le faisait douter, à savoir l'absence de réaction du programme multi-agent concernant les ex lyoko-guerriers. Malgré tout, son esprit lui hurlait de ne pas y aller, mais une petite voix qui se faisait de plus en plus insistante au fil des coups rompait ses réticences une à une.
C'est ainsi, en proie à ses tourments, qu'il s'entendit maugréer :
– Et si c'était un piège, hein ? Que deviendraient les enfants ou même toi, si nous quittons définitivement les Etats-Unis pour nous installer en France et que ça se passe mal ?
– Regarde, rétorqua la blonde en lui plaquant la lettre devant les yeux, il y a un chiffre à côté de ton nom... Cela ne voudrait pas dire que tu n'es pas le premier à être appelé ? Après tout, embaucher le plus grand scientifique du monde, il doit y avoir plusieurs prétendants !
Un ricanement nerveux sortit de sa bouche, alors que ses réticences ne tenaient plus qu'à un fil.

Ne sachant pas quoi faire et ne souhaitant pas y aller, il tenta un ultime coup de poker :
– Et s'ils ne se plaisent pas là-bas, hein ? On aura quitté un job tranquille, où on ne risque rien, pour aller vers l'inconnu et risquer d'y passer si X.A.N.A. décide subitement de prendre sa revanche... Ce n'est pas prudent, Eva !
– Tu penses comme moi, décrypta son épouse en lui dardant un coup d’œil complice, tu termines tes phrases avec « hein »... Tu ne penses pas entièrement ce que tu dis. Tu souhaiterais y aller, mais tu t'en empêches.
Fasciné par la facilité avec laquelle elle lit dans son âme, il soupira et expliqua en se levant et en s'étirant :
– Je pense toujours que c'est une très mauvaise idée... Mais bon, si les enfants et Lloyd le veulent, on part tous ensemble... Mais Eva !
La blonde qui se dirigeait déjà vers la sortie avec un sourire jusqu'aux oreilles se retourna avec un air interloqué et son mari continua, avec un ton très sérieux :
– Sache quand même que, si ça tourne mal... tout sera entièrement de ta faute.
– Pas la peine de le préciser, répliqua l'américaine avec une moue réaliste, je le saurais en moi de toute manière.
Laissant enfin Eva partir, Jérémie soupira intérieurement et tourna une dernière fois son regard vers l'eau de la rivière séparant New York de son quartier, observa une ultime fois les péniches et bateaux naviguer sur les paisibles eaux.
Il se doutait qu'il ne reviendrait jamais ici, bizarrement. Et en plus, même s'il s'était incliné face aux arguments de son épouse, il continuait à penser qu'il s'agissait d'une très.
Très.
Mauvaise.
Idée.


**


Même en admirant sa famille, dans le cockpit de l'avion qui s'apprêtait à se poser à l'aéroport de Roissy, pour bénéficier d'un semblant de réconfort, rien ne pouvait l'empêcher de se remémorer ce fatidique échange, et le fait qu'il n'aurait jamais du céder, que c'était une idée que même lui, avec son langage si distingué, aurait appelé « idée de merde ».
Déjà, parce que se trouver seul dans un jet privé envoyé directement par le chef – un dénommé Xander, si Belpois se souvenait bien – procurait une sensation assez étrange au scientifique ayant une peur bleue des choses volantes depuis son expérience dans un avion de chasse qu'il ne voulait surtout pas, au grand jamais, évoquer devant quiconque.
Mais surtout parce qu'il s'apercevait qu'aucune des têtes blondes n'étaient rassurées, à l'exception d'Eva qui, bien droite, attendait le débarquement avec une certaine fébrilité. Jérémie savait pertinemment qu'elle avait toujours rêvé de voir la France en vrai depuis qu'il l'avait initié à la langue française et elle ne risquait pas d'être déçu.

À côté d'elle, lovée sous son bras gauche, se cachait Marie Belpois. Du haut de ses 8 ans, sa petite face pouponne, ses yeux bleus teintés d'une nuance de gris assez étrange qu'on retrouvait chez son grand frère, ses cheveux d'un blond platine étalés paresseusement autour de sa tête, arrivait toujours à faire fondre ses parents qui savaient néanmoins se trouver intransigeant vis-à-vis de ses sautes d'humeur. Cependant, là, elle avait l'air terrorisé et son père, quoique juste à côté d'elle, n'osait pas intervenir. Après tout, la petite avait toujours préféré la figure maternelle, alors il n'allait pas insister.
Sur le siège derrière eux, restant bien droit et digne, se trouvait Albert Belpois. 14 ans, sosie de sa sœur avec ses cheveux blonds platine et ses yeux bleus-gris, mais ayant hérité de son père sa figure dure et carré, il ne montrait aucun signe de peur au premier abord, mais Jérémie réussissait à décrypter ses expressions depuis sa petite enfance : il était littéralement terrorisé, et cela était visible avec ses mains qui serraient les accoudoirs comme s'il voulait les arracher, auréolé du fait qu'il regardait partout, n'arrivant pas à se concentrer sur un point fixe.
Et, directement à côté de lui, un homme essayait manifestement de le calmer. Le parrain, le frère de son épouse, Lloyd Skinner. Jérémie ne comprenait toujours pas pourquoi elle avait insisté pour qu'il parte avec eux, mais il n'allait pas s'en plaindre parce qu'il appréciait franchement le bonhomme. De nature toujours joviale, ses yeux verts pâles hérités de leur mère selon Eva étaient auréolées d'une lueur criarde permanente et ses cheveux blonds classiques étaient coupés courts, comme un militaire. Il savait vraiment s'y prendre avec les enfants, et ça Belpois ne pouvait que l'envier.
Après tout, lui avait toujours eu des difficultés d'adaptation et de socialisation et cela passait évidemment par sa progéniture, avec qui il n'arrive pas à installer des liens aussi forts que Eva et Lloyd. Et cela le désolait, tout en le renforçant dans l'idée qu'il fallait retourner aux Etats-Unis pour qu'il puisse tenter cela.

Cependant, il fut interrompu dans ses pensées lugubres lorsque l'avion se posa enfin et il posa un soupir de soulagement, auréolée par la voix amusée de Lloyd qui annonça :
– Eh bin putain, c'est pas trop tôt !
– Ton langage, répliqua d'un ton sec Eva, tu parles devant les enfants, je te rappelle !
– Bah, ils ont déjà du entendre bien pire, chère sœur. Répliqua le frère Skinner avec un sourire enjôleur.
Jérémie, secrètement amusé par la complicité et les embrouilles frères-soeurs qui retentissaient à toute heure dans la petite maisonnée, se leva et se dirigea avec maladresse vers la sortie, immédiatement suivi par Albert qui se rangea à côté de lui avant de demander :
– Papa, pourquoi est-ce qu'on a quitté la maison pour venir ici ?
– Parce que, expliqua l'homme en s'arrêtant pour le regarder dans les yeux, ta mère et moi avons décidé d'accepter ce travail. Et comme ça, tu pourras voir mon pays d'origine ainsi que ta grand-mère, enfin !
– Et ce n'est pas dangereux, n'est-ce pas ? Demanda l'adolescent avec une moue intriguée.
– En théorie non, répondit le blond avec grimace et avec honnêteté, mais tout peut arriver. Après tout, on est dans un pays étranger, hein !
Albert acquiesça d'un petit geste de la tête et Jérémie se surprit à sourire, ressentant une grande fierté pour ce fils qui n'avait pas peur et c'était tout ce qu'il aimait chez lui.
En se retournant pour observer Marie dans les bras de sa mère en train de ricaner gaiement avec son frère, il ne peut s'empêcher de ressentir un élan de culpabilité profond : si la moindre chose arrivait à ce groupe qu'il avait contribué à créer, il s'en voudrait tout le reste de sa vie.

Soudainement, un raclement de gorge timide, mais puissant le fit se retourner pour voir l'homme venu les accueillir.
Entouré de deux gardes du corps ressemblant à des statues car identiques, massifs et statiques, il était très bien rasé, avec des yeux bleus classiques regardant à tour de rôle chacun des membres de la famille Belpois, et des cheveux bruns rejetés vers l'arrière et semblant tenir grâce à un mécanisme invisible. En observant de plus près son futur interlocuteur, Jérémie se surprit à se caresser son semblant de barbichette blonde qu'il devrait vite raser pour revenir à son apparence normale.
Ainsi, l'homme ne lui attribua pas le temps pour se remettre de ses émotions car il s'avança automatiquement pour lui tendre une main franche :
– Je m'appelle Alfie Allen, je suis très heureux de vous rencontrer, M. Belpois !
– Moi de même, répliqua le français avec un léger accent américain en souvenir des vingt années passées là-bas, et vous pouvez m'appeler Jérémie !
– Alors dans ce cas, tu peux m'appeler Alfie ! Répliqua l'émissaire de Xander avec un réel sourire.
Se tournant ensuite vers le reste de la famille, il avisa la grande femme restée à l'arrière et la héla :
– Vous devez être Eva, n'est-ce pas ? Et j'en déduis de votre ressemblance que l'homme à côté de vous est votre frère, Lloyd ?
Le concerné s'apprêta à répliquer avec un sarcasme habituel, mais la main de sa sœur se plaqua sur son bras en arrachant encore un léger sourire quelque peu cynique à Alfie, qui enchaîna en regardant les deux enfants :
– Et voici donc Albert et Marie... quels âges ont-ils ?
– 14 et 8 ans. Répliqua Jérémie avec un regard un poil interrogateur.
– Parfait parfait, marmonna Allen avant d'enchaîner, et bien nous sommes au complet ! Vous pouvez me suivre, je vous laisserai choisir la durée du VTR !
– Un VTR ? Demanda Jérémie avec étonnement, mais son interlocuteur était déjà parti en avance rejoindre un grand véhicule entièrement noir avec des vitres teintées.

Se dépêchant de le rejoindre, le scientifique put observer avec stupéfaction les portes s'ouvrir toute seule à son arrivée et une voix robotique jaillir de l'avant lorsqu'il s'assit dans l'immense habitacle à l'arrière :
– Destination prévue : le Laboratoire. Combien de temps désirez-vous mettre pour vous y rendre ?
– Euh... cinq minutes. Répliqua Jérémie hasardeusement, ce qui arracha une grimace à Alfie.
Une fois que toutes les personnes furent installées et bien attachées selon les recommandations d'Allen, la voiture démarra en trombe et fonça à travers les petites ruelles, négociant des virages à angle droit de manière si parfaite que les passagers à l'arrière ne ressentaient quasiment aucune secousse. Pendant que le véhicule enchaînait les raccourcis, Alfie expliqua rapidement :
– Ceci est un Véhicule de Transport Rapide, qui est devenu le moyen de transport le plus utilisé ! C'est simple, vous entrez dedans, vous exprimez la durée de votre voyage et le taxi s'engage à le faire... Bon, vous ne pouvez pas aller en deçà de 30 secondes évidemment, mais c'est possible ! Cependant, vous avez intérêt à aimer les sensations fortes, c'est moi qui vous le dis !
Soudainement, l'homme claqua des doigts et plongea ses mains fines sous le siège pour en ressortir une boite de couleur noire auréolée du sigle de X.A.N.A., qui arracha un frisson à Jérémie qui contemplait la scène sans vraiment être dedans. Après quelques secondes, Alfie sortit de la boite une tripotée de montres, toutes parfaitement identiques et en forme du fameux sigle du virus, avant d'expliquer :
– Ceci sont des bracelets-émetteurs. Ils vous permettront de faire tout ce qu'un téléphone ou un ordinateur vous permettait de faire, mais avec plus de vitesse et de précision. Le Fondateur de Toute Chose vous impose de le porter, mais pas de vous en servir.
– Et il a prévu de nous autoriser à aller au petit coin, votre Fondateur ? Railla Lloyd avec un sourire amusé.
– Effectivement, répondit l'homme avec un sérieux qui cloua momentanément le bec du frère Skinner, mais vous n'avez pas trop intérêt à rigoler du maître devant tout le monde. Je suis plutôt conciliant, mais dîtes ça devant Xander, les Sauveurs ou encore Arès et vous finirez six pieds sous terre en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.
– Et vous, répliqua Jérémie pendant que Skinner déglutissait avec un certain malaise, qu'est-ce que vous faîtes exactement ?
– Je suis le chef des scientifiques français, répliqua Alfie en souriant car il venait de voir son lieu de travail et de vie, et vous entendrez souvent le surnom de Tlaloc au fait. C'est normal, c'est comme ça que le maître me fait appeler par ses employés.

Quelques secondes plus tard, et dans un silence quasi religieux, la voiture s'arrêta devant un immense édifice construit tout en blanc, s'étalant en hauteur et en longueur et duquel sortait régulièrement, à certains étages, des étincelles bleutées ou encore des légers cris d'euphorie et/ou d'angoisse.
Jérémie, soudainement pris de vertige, s'adossa au montant du VTR en observant l'ancien hôpital Necker-Enfants Malades, dans lequel il avait passé du temps auparavant et des souvenirs douloureux lui revenaient en mémoire quand il le voyait, si digne, si grandiose, si vieux mais également si différent de son utilisation de base.
Il revoyait, ainsi, Odd allongé sur un lit, figé avec une grimace horrible et des battements de cœurs ralentissant de plus en plus.
Il repensait ainsi à Aelita, les yeux fermés, tombée dans le coma après qu'il ait osé éteindre le Supercalculateur pour la première fois.
Même cette chère Sissi, lorsqu'elle fut possédée par le défunt Franz Hopper, se frayait un chemin dans sa tête et lui susurrait qu'elle ne le quitterait jamais.
Soudainement, la main d'Eva se posa sur son épaule et la blonde murmura :
– Tu te sens bien ? Ça va aller ?
– Oui oui, rétorqua le scientifique en se redressant fièrement, tout ira bien ! Nous pouvons y aller !
Alfie lui répondit avec un hochement de tête et, tout en feignant d'ignorer les regards inquiets de ses enfants et surtout, l'allure consternée de Lloyd en regardant le bâtiment, il se dirigea avec légèreté et inquiétude vers son destin.

Car il pouvait sentir que travailler dans une dictature, qui plus est dirigée officieusement par son plus vieil ennemi, allait profondément le changer.
À jamais.
Pour le meilleur.
Ou pour le pire.
_________________
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Dernière édition par Draynes le Lun 03 Oct 2016 23:39; édité 5 fois
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Idris2000 MessagePosté le: Sam 02 Juil 2016 14:26   Sujet du message: Répondre en citant  
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Localisation: Dans une ville, dans un pays, dans un continent, sur une planète, dans l'univers...
L'histoire est vraiment sombre et intéressante, pour plusieurs raisons. Primo, tout cela semble être une dystopie. Avec une dystopie, il y a plein de choses à exploiter et jusqu'à là, tu t'en sors très bien. Ensuite, le scénario lui-même. Il est très intéressant, et donne vraiment envie de voir la suite. Ce qui nous ramène à l'un des plus gros points forts de ton histoire: La narration et ton style d'écriture. Le lecteur s'immerge dans l'histoire grâce à une superbe narration, et ton histoire dispose d'une superbe narration! Very Happy

Je suis cependant sceptique sur un fait: Eva aimait Odd dans Chronicles, alors pourquoi elle s'est mariée avec Jérémie?

Mais après, c'est ta fic, tu fais ce que tu veux.

Passe une bonne journée!

_________________
Je suis quelqu'un d'observateur. L'avis des autres m'intrigue et m'intéresse.

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Je suis un Pro-Laura et Pro-CLE.

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Lhetho MessagePosté le: Sam 02 Juil 2016 14:30   Sujet du message: Répondre en citant  
[Frelion]


Inscrit le: 10 Juil 2015
Messages: 70
Localisation: Une chose est sûre, c'est sur Terre !
Voilà donc un incipit très intéressant.
En tout cas ça se voit que tu as vraiment bossé dessus parce que personnellement, j'ai beaucoup aimé ce premier épisode.
Déjà, les références nombreuses à Game of Thrones m'ont fait sourire: le titre, Alliser Thorne, le découpage des scènes comme dans les ouvrages de Goerges R.R. Martin. Bref, comme j'aime beaucoup cette série, j'ai apprécié.

Ensuite, le contexte est présenté clairement. On arrive donc dans le futur (pour nous) sous une dictature en France dirigée officieusement par X.A.N.A. Et c'est évidemment le rôle de prédilection de X.A.N.A parce qu'il a toujours voulu dominer. Après certains peuvent émettre un sentiment de rejet vis-à-vis du fait que c'est le fameux "il est revenu" mais là c'est différent parce que ça sort du contexte scénaristique de la série et j'ai franchement hâte de voir comment tu vas te débrouiller avec ce "personnage" tout au long de ta fic.

Pour l'univers, tu l'as dit dans le chapeau, ce sera du dark et rien que pour ça, je vais suivre avec attention cette fic. On l'a déjà remarqué avec la mort du professeur et l'atmosphère pesante qui règne dans le premier épisode.

Quant à l'introduction de Jérémie, le choix d'Eva Skinner me laisse dubitatif pour le moment. J'attend de voir comment tu vas faire évoluer le personnage (voir si il aura une importance ou pas). En tout cas, Jérémie à l'air super enchanté à l'idée de revoir son pire ennemi et de devoir collaborer avec lui
Very Happy

Enfin, je pense que tu vas accorder de l'importance à tous les personnages de la fic mais j'attends encore pour voir si ta fic va s'axer sur un personnage en particulier ou non. Du moins pour l'instant je n'ai pas senti de personnage qui se démarque, même si on est tout de suite attiré par le rôle qu'aura Jérémie et ceux qu'ont Xander et X.A.N.A.

En conclusion, un début très intéressant qui nous plonge directement dans ton univers. J'ai hâte de lire la suite afin de me plonger pleinement dans l'histoire (parce qu'avec un épisode c'est toujours un peu délicat). Mais pour moi c'est une réussite. Mes encouragements les plus distingués, bonne continuation à toi Smile
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"La politique est un art, l'art de faire le bien quand c'est possible et de faire le mal quand c'est nécessaire" Machiavel
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Ikorih MessagePosté le: Sam 02 Juil 2016 14:47   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Localisation: Sûrement quelque part.
J'imagine que si j'annonce que ça va troller je ne vais surprendre personne?

On se souviendra longtemps de Jules dans La Famille, mais cette nouvelle fic promet des noms plus tordant les uns que les autres!...
Helbecque? Kucsulain? Alfie?...sans oublier que Kusculain a combattu pour la MMA! Avec des noms comme ça, on est assurés de bien se marrer.

Par exemple, XANA qui met des panneaux de pub rouge sang pour bien rappeler qu'il est sympa et adorable. On y reviendra (a)
Bien sûr, qui dit lycée dit étude des ES de l'ère XANA...quoique, XANA a dû les supprimer. Quoique, on en a bien une qui se fait sauter dans les toilettes....
Cependant les vieilles habitudes ont la peau dure, et je vois que tu ne lésines pas sur les moyens pour reprendre le poste du sale chouchou que tu sembles t'être fait piquer dans ta période d'inactivité...Un personnage roux nommé Abraham? Tu essaies de te mettre les pseudos en I dans la poche c'est ça? A quand un portugay pour te mettre le reste du pôle dans la poche? On ne mentionnera même pas le dénommé Payne, tentative éhonté de léchage de pompes aux dénommés pseudo en I....
J'adresse mes condoléances à Xander et sa verrière du plafond, il doit tellement mourir de chaud en été.

Et que serait une fic sans références?
Entre le titre et le "Poisson Noir"....GoT a encore de beaux jours devant elle manifestement. Silure (y)
D'ailleurs le terme de Maisons semble y faire référence aussi. ça ou alors tu t'es perdu à Poudlard.
En revanche je note une trop grande concentration d'yeux bleu glacier, réputés pour leur pouvoir en scénarium et leur indication de persos super badass. Du coup ils en perdent quand même leur effet.

Bon allez considérons la parenthèse troll terminée. J'ai quand même des trucs constructifs à dire je crois.
Niveau stylistique, la première phrase a une virgule placée n'importe comment qui m'a un peu fait froncer le nez. De même, tes descriptions comportent des verbes au présent tout à fait disgracieux dans le récit au passé. On a aussi repéré une phrase bizarre : « qui laissait bizarrement fait. » ainsi que des trucs carrément glauques :
« La main d’Eva se posa sur son épaule et murmura »
On a affaire à une main qui parle bordel de merde :s
(J'avais dit que j'arrêtais le troll?)

Bon, passons aux nouvelles notions introduites par la fic.
L'Officier de Probation semble être spécifique aux profs, ce qui ce comprend car le contrôle de l'éducation est un élément essentiel de toute dictature. Leur côté larbin est cependant un peu bizarre, mais bon, pourquoi pas. J'en profite pour dire que l'utilisation du prof d'histoire est un bon moyen de placer les évènements antérieurs à la fic, donc bonne idée.
Le prof de science qui se fait buter cash, c'est pas un peu contradictoire avec le côté bisounours de XANA, et ça traumatise pas les gamins? XD J'ai eu un peu de mal à identifier le fail de Samuel d'ailleurs, serait-ce le fait de mentionner XANA par son nom?
"emmener au sommet"? Bonjour société élitiste!...wait mais si il reste des ES?
On notera le terme très ciblé de "collaborateur" Razz
La Prise de Conscience ça a l'air rigolo et...EH, pourquoi tu l'as coupée? D8 Enfin on est pas à la rentrée, donc ça a l'air d'être un évènement régulier...on aura bien l'occasion d'en revoir une (a)
Je pose la question de la différence entre simples soldats et Protecteurs, puis je passe à la Fraternité : le lien n'est pas compliqué à faire avec William, au vu de la rebellitude de ces derniers. Mais ceux qui m'intéressent vraiment, ce sont les corbeaux, qui peuvent chier sur les gens pour...non c'est pas ceux-là? Sûrs? Mais et les chiffrés alors?
J'attends d'en savoir plus sur eux, il est probable qu'on aura un focus du point de vue de l'un d'entre eux, parce qu'il y a moyen de faire des persos badass...(aux yeux bleu glacier de préférence? (a))
On note une volonté de faire le lien entre la situation actuelle et les évènements d'avant : en plus du prof d'histoire, on a la présence de Kadic, le placement de la date dans le taunt anti-roux, et les références à des épisodes de CL sur la fin...

Allez, un petit arrêt sur les divers protagonistes de ce bordel!
L'attitude de XANA m'intrigue. A part se déguiser en Franz Hopper (!), il ne fait pas grand chose pour vraiment maintenir son contrôle sur la population : chercherait-il à se montrer cool? oO
Les ados en classe sont légèrement clichés. (a)
Je soupçonne Aaron d'avoir une importance non négligeable. La couleur des yeux j'imagine...
Malgré l'avis de Samuel, je pense qu'il finira par bien s'entendre avec Abraham : après tout, il pouvait pas piffer Joe aussi au début (a)
On applaudit le grand retour badass de Willy, en leader de la résistance (comme dans ton OS quoi)...normal, il a des comptes à régler avec XANA.
Xander est un peu plus caricatural, dans le côté claquethune (oui en un mot, j'avais envie) et tyrannique, mais la facette "je suis tellement nul à côté de XANA les humains ça craint **" est pas mal trouvée et je pense qu'elle a de l'avenir (go cyborg).
Jérémie avec les cheveux en brosse....j'avoue que d'ailleurs j'aurais préféré que son "9h plus tôt" soit en fait un "9h avant la prise de pouvoir de XANA", le décompte jusqu'au moment où tout bascule. Mais non, t'es pas drôle :c
Le recyclage d'Eva x) Mouais pourquoi pas même si j'espère qu'elle est pas comme celle des Chronicles ou de New Wave (a)

Voilà je crois que j'ai fait le tour et...oh mon dieu c'est l'heure du point "Mais oui bien sûr!!!!"

Le lobby juif a écrit:
Tkt Joe est à la retraite.

XANA a écrit:
Koukou je cherche les plus grands scientifiques du monde et je vais tous les réunir au même endroit pour...choisir le meilleur!!! 8D

Mais oui, bien sûr! Surprised
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"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Minho MessagePosté le: Dim 03 Juil 2016 09:35   Sujet du message: Répondre en citant  
[Frelion]


Inscrit le: 29 Jan 2016
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Citation:
il y aura donc du sadisme (psychologique et physique), de la violence, du malsain, du glauque, du gore, du trash... Vous êtes prévenus !


Ça étonne qui de la part de Draynes franchement ? Rien qu'avec le titre, on se doute bien que tu ne nous as pas sorti une fic Ulumi. Quoique ça aurait pu être le troll ultime xD Malgré tout, c'est toujours utile de rappeler que tu vas choquer les âmes sensibles qui ne devraient pas lire la moitié des textes publiés dans le coin... tout en appâtant les lecteurs qui sont fans du dark side. Il m'a fallu trois lignes pour comprendre que j'allais adhérer, pas une grande surprise quand on a lu La Famille de toute façon. Tu n'en es pas à ton premier essai dans la section et ça se remarque immédiatement. Bref, vu qu'on a droit à un triple point de vue (efficace, n'est-ce pas ?), je vais diviser mon commentaire en trois parties. Bon, je vais parler cru pour être en accord avec l'ambiance générale que tu as déjà réussi à installer en un chapitre, ce n'est pas ça qui va te choquer vu le vocabulaire employé. Sinon, pour changer, je risque d'être casse-burnes avec les personnages. T'as réussi à me faire détester la majorité de tes protagonistes et ça tombe bien : je déteste perdre mon temps à lire des histoires remplies d'héros irréprochables.


SAMUEL

Sans hésitation, c'est le focus que j'ai préféré et c'est donc pour celui-là que j'ai le plus à dire. Principalement parce qu'il introduit l'univers qui est extrêmement recherché (on voit les mois de préparation derrière) mais aussi parce que Samuel est d'ores et déjà dans mon top 3 de personnages favoris. Je dis ça parce qu'il y a seulement un nombre limité (le même que mon top en réalité) de protagonistes que j'aime bien et je ne pense pas que ça va changer x) J'ai tout de suite accroché à Helbecque (malgré son nom de merde) parce qu'il est un peu brisé intérieurement, ce que je kiffe évidemment. Dans le sens qu'il est assez désabusé vis-à-vis de l'environnement qui l'entoure, il n'est pas vraiment heureux, sans doute parce qu'il réalise qu'il est en position de « faiblesse » par rapport au système qui l'oppresse. Il est donc bien parti pour gagner en puissance et montrer à tous ces bâtards qui l'entourent (particulièrement Talbert) de quoi il est vraiment capable. Ne me dis pas qu'il va rester dominé toute sa longue vie Sad Je précise "longue" parce que tu ne vas pas le buter tout de suite mais peut-être que la fic ne va pas s'étendre sur une large période de temps niveau chronologie.

Quant à Abraham, il est la classe incarnée, comme son alter ego de TWD. J'aime bien le concept de l'Officier de Probation inflexible, hâte de le voir se dérider un peu. Par contre, on voit tout de suite que les élèves pris en charge par Samuel ne vont pas avoir une importance extrême vu les clichés mis en avant. Concrètement, on a la chaudasse, le timide asocial, le beau gosse, le blagueur, la sainte nitouche,... Ça fera de la bonne chair à pâtée tout ça Mr. Green Dommage qu'il n'y en ait pas un qui se démarque mais tu as déjà assez installé de forces en présence après tout.

Pour finir la critique positive, je vais m'attarder sur les petits détails bien sympathiques. Mention spéciale au lynchage des roux. Si tu te moques des différences physiques, je vais suivre avec encore plus d'intérêt Cool Sinon, la Prise de Conscience a l'air excellente ! J'espère que ça sera un peu plus exploité dans la suite mais je suppose que t'as pas inventé ça pour rien. Et pour décrire en trois mots le lèche-cul de Talbert : sale con arrogant. Si Samuel l'étripe, tu vas rendre un lecteur heureux.

Citation:
– Le Poisson Noir... Vous êtes le Poisson Noir !
William Dunbar se retourna lentement, acquiesça d'un grand geste et affirma avec une voix grave :
– Samuel Helbecque, j'ai besoin de ton aide.


Là ça a été la douche froide par contre... C'est très subjectif mais je m'étais mis en tête que la bande de troufions (je les aime bien quand même mais faut pas leur dire) allait être absente de cette fic. Avec l'univers original, je m'attendais à ce que seul X.A.N.A. soit exploité et que le reste soit consacré aux OC mais je me suis trompé. Si seulement ça avait été innovant mais, encore une fois, c'est Willy en mode « sauveur de l'humanité » et j'en ai soupé de l'héros badass. Le seul truc qui m'a plu c'est qu'il se « rabaisse » à demander de l'aide à Samuel. On verra bien comment tu vas l'exploiter mais s'il n'a pas droit à un développement psychologique à la hauteur de sa personnalité complexe, autant le tuer maintenant avant de l'utiliser pour sauver la situation à chaque fois. Le William invincible est vu et revu mais je ne doute pas que tu vas être plus inventif que ça (a)


XANDER

Je vais en profiter pour parler brièvement du style qui est diaboliquement efficace. « Assis sur son fauteuil noir à roulettes évoquant fortement celui du Bureau Ovale, dont il s'était complètement inspiré, le chef du régime observait la Tour Eiffel à travers l'immense fenêtre située à l'arrière de la gigantesque pièce composant son bureau, elle-même créant entièrement le dernier étage de l'Hôtel. » => J'ai trouvé que cette première ligne était particulièrement recherchée, comme le reste de ton texte en général. Tu plantes le décor de manière intéressante et c'est donc assez immersif à la lecture. Présence de phrases à rallonge et, si ça peut en déconcerter certains, je suis plutôt un adepte de l'usage intempestif de virgules. Bref, que du positif, j'ai du mal à reprocher quoi que ce soit à tes descriptions, dialogues, introspections, etc.

Par contre, niveau protagonistes, je suis d'accord avec Ikorih pour dire qu'il y a beaucoup de regards glacés. J'ai eu l'impression de me retrouver face à une bande de Tywin Lannister avec tous ces leaders cruels et puissants. Ils sont tous balèzes mais la dynamique de groupe n'était pas si passionnante. Pour le moment, il n'y a pas de différences vraiment notables dans leurs comportements donc le lecteur n'a pas vraiment droit à de grandes divergences d'opinions. Même si tu as essayé de montrer un semblant d'opposition entre ceux qui défendent le peuple et ceux qui n'en ont rien à battre, c'est plutôt subtil jusqu'à présent. On notera quand même que ce sont des loups qui sont prêts à se déchirer entre eux si besoin, de quoi apporter un lot de rebondissements qui sera le bienvenu.

Autre point que je trouve dommageable, c'est le casting 100% masculin. Ne va pas croire que je suis un féministe qui prêche pour la parité entre personnages de sexes opposés mais une dirigeante de l'envergure de Cersei Lannister n'aurait pas été de refus. L'effet est peut-être voulu (société inégalitaire) mais, sans les élèves du début, j'aurais presque pu croire que ce monde était exclusivement réservé aux mâles. Ce qui nous amène à une question de taille : avec qui Nikolaj passe-t-il ses heures supplémentaires vu que sa sœur n'a pas l'air de se balader dans les parages ? Si tu me réponds que c'est avec Alliser j'éclate de rire Razz À moins qu'ils ne se fassent tous des soirées entre eux, il doit bien y avoir de la femelle quelque part, non ?


JEREMIE

En parlant de protagoniste féminin, j'aurais préféré que tu nous ne la ramènes pas cette garce-là. La pétasse américaine qui est parvenu à mettre le grappin sur le garçon qui est censé être le plus intelligent de la bande de base, on aura tout vu... Le pire dans tout ça, c'est que Belpois a engrossé (deux fois !) la dinde qui lui sert de femme et a prénommé ses enfants de manière affreusement classique. Sans parler de son futur extrêmement surprenant : scientifique, comment pourrait-il en être autrement ? Avec quelques mots bien placés, Eva réussit à convaincre (trop) rapidement son chéri de déménager en enfer... et ces irresponsables prennent les enfants avec plutôt que de les laisser en sécurité sous la responsabilité de leur oncle. Bref, je ne porte pas la famille Belpois dans mon cœur mais c'est pas plus mal vu qu'ils vont sûrement prendre cher. Pour finir sur un compliment, je souligne l'effort d'intégrer la mère de Jérémie à l'intrigue, chose que les scénaristes de CL n'ont jamais pris la peine de faire. En espérant qu'elle n'aura pas un rôle de potiche.

Pour conclure, je suis déjà un grand fan du duo Samuel/Abraham et de ton X.A.N.A. qui a l'air d'avoir de nombreux secrets. Les autres... peuvent tous crever d'une mort extrêmement lente et douloureuse, en particulier l'engeance maudite de Belpois. D'une manière ou d'une autre, les gosses vont devoir y passer pour respecter le quota d'hémoglobine imposé par le dark... ou alors tu les traumatises à vie afin qu'ils deviennent des psychopathes en puissance et qu'ils égorgent leurs parents. Après tout, le parricide serait un énième clin d'œil à la série qui a inspiré toutes les horreurs qui vont nous tenir en haleine tout l'été... et plus si affinités !
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Robin2553 MessagePosté le: Mar 19 Juil 2016 19:44   Sujet du message: Répondre en citant  
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Si les Nazis ont bien réussi à prouver quelque chose, c’est que plus importante la concentration d’enculé, plus grandes sont les chances qu’ils se fassent prendre par derrière.

… On me murmure qu’il faudrait que j’élabore ma dernière phrase. Ce que j’entends par là donc, c’est que derrière leur prétention de pureté morale, l’application du pouvoir chez les nazis se résumait plus à sodomiser métaphoriquement ses rivaux politiques pour leur positions et leur privilèges que de travailler en harmonie comme leur fierté dans « l’efficacité allemande » l’aurait laissé à suggérer. Pas seulement eux d’ailleurs, mais les régimes totalitaires en générale semble souffrir grandement de rivalités fratricides qui peuvent conduire au mieux à des dysfonctionnements dans l’administration, au pire à de violent conflit d'intérêt se terminant la plupart du temps dans le sang et dans le cas de nos bons aryens en particulier : de nuit à grand coup de symbole phallique. Mr. Green
Il va sans dire que les gouvernements qui en résulte sont loin d’être compétent, et encore moins durable. Par contre, les intrigues de leur « game of power » interne font un excellent sujet de fiction. Pour une raison ou une autre, la littérature semble en effet avoir un truc pour les péripéties de connards avec du pouvoir.

Ainsi, se pencher sur une dystopie autoritaire du point de vue de ses intrigues de pouvoir est un excellent choix. Ajouté-y des personnages intéressant comme ce bon vieux XANA et on obtient, si bien traité, une combinaison gagnante de drame, d’enjeux et de développement de personnage. C’est tout simplement un setting qui appelle au récit.

Cependant, il ne suffit pas d’avoir un bon setting, pour écrire quelque chose de bien. La question à ce stade étant de savoir si tu vas réussir à exploiter proprement son potentiel. Car si le setting est bon, le genre auquel tu t’attaques n’est pas facile à maîtriser même pour les meilleurs. J’en veux pour preuve le nombre incalculable d’erreurs et d’incohérence commise dans Bataille pour l’Espoir au nom de la théâtralité. En effet, pour autant que le chef d’œuvre « géopolitique » de Pikamaniaque soit un excellent drame il n’a jamais réussi à me plonger dans son univers tant détaché il est de la réalité, contrairement à Du sang sur la neige qui avait un peu plus la tête sur les épaules par exemple. Le fait est que bien représenté et simuler le comportement et les capacités d’un organe aussi complexe qu’une nation et ses effets sur le monde demande pas mal de recherche très rapidement si on veut faire quelque chose de crédible. Aussi vais-je me permettre de faire de la prévention :

Spoiler


De ce que j’en vois là tout de suite néanmoins, ça semble être bien partis. On peut déjà sentir que le personnage de XANA est plus complexe et subtile que les traditionnels candidats pour le poste de « maître du monde », ce qui est très appréciable, les méchants très méchants ont leur charme mais dans un cadre sérieux ils deviennent vite ennuyeux, prédictible et peu crédible. Ce qu’un drame de pouvoir ne peut décemment pas se permettre pour l’un de ses personnages principaux.
J’aime aussi tout particulièrement le fait qu’il est indiqué que le régime n’arrive pas à faire appliquer une politique de surveillance totale à la 1984. Cela montre une volonté de créer ton propre univers plutôt que d’en imiter un autre que tu affectionnes (Big Brother est l’un de tes personnages de fiction préféré si ma mémoire est bonne), en rejetant l’un de ses aspects les plus fondamentale tout en gardant ce que tu juges être pertinent pour ton récit. Tout en créant dans le même temps un subtil mais bien présent fusil de tchekhov qui amène à des questions intéressantes :

Est-ce une véritable faiblesse de son autorité ou est-ce que c’est volontaire de sa part ?
Si c’est volontaire, pourquoi ? Est-ce un juste un leurre pour cacher le véritable système de surveillance ? Un système de sécurité déguisé capable de déployer des spectres ? Un moyen indirect de savoir lesquels de ses citoyens sont en défiances par rapport à lui ?

Tous sont possibles, et on a là (à mon avis) une des composantes qui font de bon « game of power » :
Des intrigues non linéaires remplis de stratégies subversives à plusieurs niveaux de complexités qui participent à un suspens qui rend le récit palpitant et /ou surprenant dans ses twists.

Comme je l’ai dit et répété cependant, ce n’est facile à mettre en place et demande un certain niveau de planning. Je ne peux donc que te conseiller d’avoir une vision d’ensemble clair et bien étudier de ton intrigue (pas comme moi Mr. Green) avant de la mettre sur papier. Les incohérences sont très vite arrivées quand on change après coup.

Sur ce je te laisse, j’ai mon propre multivers à polir.
*Une incohérence sauvage apparaît*
Et deus sait qu’il en a besoin…
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"In memory of those fallen in the defense of Earth and her colonies. March 3, 2553"
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Draynes MessagePosté le: Mar 02 Aoû 2016 18:56   Sujet du message: Répondre en citant  
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Spoiler


Épisode 2 : Le Bon, la Brute et le Truand


SAMUEL


Suite à cette phrase prononcée par une de ses très nombreuses idoles, le jeune professeur d'histoire eut une réaction qui l'étonna lui-même : il explosa brusquement de rire, devant un Dunbar qui, assez déboussolé, serra les poings de plus belle avec brusquerie.
Après quelques minutes de silence rompues par des gloussements, Samuel reprit enfin la parole avec un ton interrogateur :
– Attendez, attendez... Vous, le héros de la Guerre Civile Française, avez besoin d'aide ?
– Effectivement, éluda avec un ton crispé le Poisson Noir, enfin plus précisément, nous avons besoin d'aide. Et nous pensons que tu peux nous être d'une grande aide, c'est le cas de le dire.
– Et toi, qu'est-ce que tu en penses ? Suis-je à la hauteur de tes espérances ? Railla Samuel avec une pointe de déception car il avait bien remarqué que son interlocuteur lui parlait avec un ton légèrement hautain.
– Pour moi tu n'es pas encore prêt, répliqua l'homme avec un faible sourire, mais mon boss a décelé en toi un fort potentiel...
– Mais qui représentez-vous, à la fin ? l'interrompit Helbecque, qui en avait déjà marre de voir son interlocuteur tourner autour du pot.
– La Fraternité. Le seul organisme ayant encore les couilles de s'opposer à Xander, comme le faisait le F.P.L.F. à l'époque.
– Elle existe réellement ? Ce n'est pas une invention du régime ?
William ricana, puis enchaîna avec un sarcasme teinté malgré tout d'une pointe d'agacement :
– T'as dû lire ça dans un bouquin, toi... mais pour répondre à ta question. Oui, on existe. Oui, on emmerde X.A.N.A. et son foutu vassal. Et oui, nous pensons que tu peux nous être utile.
– Et je peux savoir, reprit Helbecque qui commençait à être lassé en se rapprochant de la caméra par réflexe, pourquoi moi en particulier ? Enfin, je veux dire, on est quasi 75 millions en France, et tu viens me solliciter !
– Jonas. Se contenta de dire Dunbar avec un ton neutre, sans se préoccuper du passage au tutoiement.

Soudainement calmé, Samuel le regarda fixement pendant vingt secondes incroyablement longues avant de demander, avec un ton légèrement brisé, comme si quelque chose prévoyait de se casser en lui :
– Tu le connaissais ? Il fait partie de cette Fraternité ?
– Faisait, expliqua le Poisson Noir sans se formaliser de l'état de son interlocuteur, il a disparu il y a de cela trois mois. Mais bon, on a au moins des documents le concernant, si ça t'intéresse. Et puis...
Cependant, il fut interrompu lorsque le prof le prit par le col de sa chemise noire trempée de sueur et le fit le regarder dans les yeux, un regard de braise flamboyant à travers ses pupilles vertes. Après quelques secondes de face à face, Helbecque cracha littéralement à la figure du membre de la Fraternité :
– C'est à cause de ta lutte pourrie que mon frère est mort et tu as quand même les couilles de t'imposer ici et me demander de l'aide ?!
– Je n'ai jamais dit que ton frère était mort, soupira William qui semblait faire des efforts pour se calmer, il a juste disparu lors d'une mission visant à libérer un ancien chef, le dernier survivant du F.P.L.F. avec moi.
– Et pourquoi tu viens bordel ? Pourquoi ? Souffla le professeur dans son oreille en le tirant vers lui avec toute sa force.
Cependant, le Poisson Noir le repoussa violemment et, avec un ton hargneux sorti de nulle part, lui expliqua avec un ton sourd :
– Le boss veut juste te voir, point barre ! Donc tu te décides, soit tu viens avec moi et tu te calmes, soit t'as décidé de me les briser et je te laisse là, à rester dans ta vie minable qui ne te satisfait plus ! Jonas était exactement comme toi et tu as les mêmes talents que lui, voilà pourquoi le Magistère veut te rencontrer et te convaincre de rejoindre la lutte ! Maintenant, arrête de faire ton gamin et donne moi une réponse, maintenant !
– Je veux un délai de réflexion, je peux pas donner une décision comme ça à chaud ! Je réagis pas à l'instinct, et mon frère le faisait aussi, normalement. Répliqua Samuel avec un ton presque haineux vers la fin de sa phrase.

À sa grande surprise, l'air courroucé de William Dunbar disparut brusquement pour laisser la place à un pâle sourire et à une réplique étonnante :
– C'est exactement ce qu'il avait dit à Antoine quand ce dernier était venu le recruter. Ah, ça date, ça date... mais, si ça peut te rassurer, on a encore l'espoir de le retrouver !
– Effectivement, ça m'a redonné mon entrain putain... marmonna le professeur avec un air sombre et taciturne.
N'entendant pas de réponse sarcastique de son vis-à-vis, Helbecque releva la tête et vit le Poisson Noir en train de trifouiller les poches de son manteau posé sur l'un des accoudoirs du canapé en velours noir, pour finalement en sortir après quelques secondes une paire de lunettes noire ronde affreusement classique et démodée. En observant le fait que Samuel ne paraissait pas s'intéresser outre mesure à l'objet, il ajouta avec calme :
– J'ai retrouvé ça sur sa table de chevet, juste après avoir appris sa disparition. J'ai pensé que tu serais heureux de l'avoir en plus de ta fameuse lampe.
Surpris par la démarche de son idole, il tendit en tremblant la main gauche pour lui ravir la paire, mais Dunbar la mit cependant hors de sa portée avec un petit sourire satisfait tout en émettant :
– Mais je préfère attendre ta réponse avant de te la filer, on ne sait jamais !
– T'es qu'une enflure, gronda Helbecque en serrant les poings, j'aurais jamais pensé que le légendaire Poisson Noir jouerait comme ça avec les gens !
– Je ne joue pas avec toi, le calma William en dardant son regard bleuté dans le sien, je t'accorde ton souhait par un biais implicite, on va dire ! Mais bon... Il est temps de te calmer en allant dormir ! On se reverra dans peu de temps.
– En enfer ouais. Railla Samuel en se détournant pour observer l'extérieur et son panneau publicitaire géant.

L'absence de réponse de son interlocuteur lui apprit qu'il était déjà parti et un léger mouvement de la tête lui confirma son impression de départ.
Le professeur ne savait pas quel sentiment retirer de cette conversation : la déception, la rage, l'envie de participer... Ils s’entremêlaient tous dans son cerveau fatigué et il n'arrivait plus à en ressortir la moindre chose logique.
Le jour était encore bien présent et son estomac criait famine, mais ces futilités n'intéressaient pas, pour l'heure, Samuel Helbecque. Sa tête et ses réflexions lui faisaient trop mal et il ne souhaitait juste que dormir, sombrer dans un profond et régénérateur sommeil. Cependant, sa volonté se fit rapidement concurrencer par une autre idée : la vengeance.
Après tout, le professeur avait perdu son frère à cause de deux clans : la dictature et la rébellion. Coup de bol, il devait choisir entre l'un ou l'autre... alors qu'il les haïssait tous les deux. Sans qu'il s'en rende compte, son corps avait bougé de lui-même et il était en train d'avaler des céréales, mais son esprit, encore plus qu'à l'accoutumé, était ailleurs.
Dans un autre monde, un univers dans lequel il était complètement seul. Sans Fraternité, sans Poisson Noir, sans Xander, sans X.A.N.A., sans Abraham. Il était juste seul avec lui-même, Jonas, son père, sa mère.

Alexandre Helbecque lui souriait, l'enjoignait de se laisser aller et de le rejoindre dans la mort, d'embrasser la maladie héréditaire qui l'avait emporté quatre années auparavant. La maladie de Huntington, Samuel et Jonas étaient trop jeunes pour subir les symptômes, mais le professeur n'était pas dupe : il en mourrait un jour, si le régime ne l'exécutait pas avant évidemment.
À ses côtés, le tenant par le bras avec un air navré, Bérengère Helbecque lui ordonnait, avec son ton sévère de pendant sa vie, de se battre comme elle l'avait toujours fait, de vivre simplement. Sa dernière lutte avait certes été de protéger de son corps ses enfants d'un policier bourré plus de douze ans plus tôt, mais son sacrifice avait fait comprendre au très jeune Samuel que la vie n'était pas simple et tout pouvait lui arriver.
Derrière lui, une simple ombre. Son ancien frère Jonas, il ne se souvenait même plus de son visage et de sa voix. À vrai dire, son côté battant le faisait jalouser, mais comme on dit « l'amour fraternel » est plus fort que tout. Samuel se détestait lui-même quand il éprouvait ce genre de sentiment, étant donné que la niaiserie lui donnait des envies de meurtre, mais c'était dans sa nature de ressentir cela.
Cependant, l'ombre qu'il avait momentanément ignoré l'attrapa par l'épaule et murmura d'une voix froide et rauque à son oreille :
– Sauve-moi... laisse-moi... choisis bien... pas de confiance...

Même après être sorti de son état second, même plusieurs heures après que le soleil se soit couché et pendant que Helbecque se dandinait dans tous les sens, ses mots susurrés par son esprit lui-même lui restaient en mémoire et le tourmentaient, inlassablement et très efficacement.
Certes, il parvint à s'endormir après plusieurs heures de tourments intérieurs, mais il se doutait évidemment que son dilemme allait revenir le lendemain.
Et il sentait également, juste avant de fermer définitivement les yeux sur le lundi, que le moment où il ouvrirait ses mêmes yeux le mardi sonnerait le glas d'une bonne journée pour en amorcer une série de mauvaises.

**


Ce fut en observant avec attention une décapitation sanglante et directe sur l'écran de la télévision qui diffusait la fameuse Prise de Conscience dans l'ancien gymnase que le jeune professeur d'histoire réalisa à quel point il haïssait tous les composants de sa vie.
Tout d'abord, il s'était réveillé avec un atroce mal de crâne, des tourments intérieurs l'empêchant de faire convenablement ses cours et évidemment, l'absence de sentiment d'Abraham qui ne compatissait en aucun cas à son malheur.
Ceci étant, il avait également commis en quatre heures deux impairs successifs, ce qui ne lui était strictement jamais arrivé depuis le début de sa carrière et il en ressentait encore la douleur : certes, le coup de pied dans les parties était douloureux sur le coup, mais au bout de cinq bonnes minutes de souffrance, il avait réussi à faire avec. Malheureusement, son Officier de Probation y avait été vraiment fort plus tard avec le coup de taser, et la décharge électrique l'avait cloué à terre pendant les dix dernières minutes du cours concerné. Même maintenant, plus d'une heure après l'incident, il avait encore des frissons de temps en temps et sentait comme une semi activité électrique dans le creux de son ventre, là où le taser avait accompli sa macabre mission.
Il se demandait évidemment si c'était possible, s'il ne s'agissait juste pas d'une hallucination et si c'était crédible scientifiquement parlant, mais sa tête était déjà remplie de trop de pensées différentes et opposées pour qu'il puisse véritablement se concentrer sur un élément précis.

Soudainement, son regard qui se perdait dans l'horizon se recentra rapidement sur la série d'actes innommables montrés à la télévision : évidemment, le but est de traumatiser à vie les enfants pour qu'ils pensent que la France est le seul pays sûr, ce que Samuel sait être complètement faux.
Il ne pouvait également pas s'empêcher d'être impressionné, tout en maudissant X.A.N.A., du fait qu'il arrivait à toujours trouver les pires images : ça allait d'images d'archives du génocide juif à l'assassinat de Kennedy en passant par les décapitations sanglantes de l'ancien groupe terroriste Daesh. Il y avait aussi son lot de meurtres d'enfant, d'actes pédophiles et de passages à tabac perpétrés par des homophobes ou des racistes, mais Helbecque se souvenait d'une journée où ce programme multi-agent, qu'il soupçonnait d'être légèrement sadique sur les bords, avait montré l'éradication de Daesh et du Moyen-Orient par la même occasion en 2018.
L'image de la bombe nucléaire envoyée sur la Syrie, les corps calcinés volant sous la puissance de l'impact, les femmes et enfants hurlant, l'image des terroristes prêts à mourir en priant... tout était rentré dans sa mémoire et s'amusait à le titiller. Mais ce qui l'avait le plus choqué avait été les applaudissements sonores de Nicolas Talbert, qui avaient fait se retourner toute l'école et avaient un temps entériné la réputation du personnage, même s'il restait une pourriture absolue dans l'esprit très direct de Samuel.
D'ailleurs, à cet instant précis, un sourire inhumain éclairait son beau visage alors que l'image d'un meurtre sauvage réalisé à l'aide d'une double tronçonneuse était diffusé. Après tout, étant un collaborateur convaincu, la vue d'un corps coupé en deux déversant ses intestins sanglants sur le sol, ponctuée de hurlements de douleur et d'agonie ne pouvait que réjouir cette enflure sadique et pourtant, étonnamment populaire.

La voix sourde d'Abraham Ford retentit soudain dans son oreille en l'arrachant de la contemplation de ce spectacle malsain :
– Dîtes, c'est qui ces deux types qui viennent d'entrer au fond ?
Interloqué, le professeur d'histoire se retourna et aperçut ainsi un jeune homme, qui n'avait pas plus de la vingtaine, des cheveux blonds cuivrés coupés très courts à la tondeuse sûrement et des yeux marrons très sombres avec un aspect timide. Il répondit alors à la question de son Officier sans détacher ses yeux de l'inconnu :
– Ça doit sûrement être le remplaçant de Godillot.
– Autant aller s'en assurer, marmonna Abraham en dardant son regard vert pomme à son tour sur l'individu, j'en ai un peu marre de ces horreurs.
Complètement interdit par la fin inattendue de la réplique, Samuel se mit à observer la foule et vit soudainement un autre regard tourné vers le nouveau venu : les yeux bleu glaciers si profonds d'Aaron. Se gardant d'interroger Ford sur le coup, il se dépêcha de se lever pour se diriger vers le fond de la salle, sans que personne ne s'interroge sur son attitude, car étant trop obnubilés par les monstruosités pour daigner jeter un coup d’œil aux alentours.
Le voyant arriver, le blondinet amorça un mouvement de recul, mais son Officier de Probation se planta devant lui en arrêtant Samuel pour lui demander :
– Je peux savoir ce que vous voulez ?
– Juste faire connaissance. Indiqua l'homme en faisant mine de passer sur le côté.

Cependant, le gardien le bloqua de nouveau et, avec un soupir proprement agacé, le professeur d'histoire s'obligea à plonger son regard verdâtre pâle et blasé dans celui marron avec des nuances étrangement ambrées et persuasif de son vis-à-vis. De plus, Helbecque put remarquer qu'il était aussi plat et sec qu'Aaron, que sa chevelure blonde vénitienne était coiffée un peu dans tous les sens et que son visage était fin et extrêmement filiforme.
Immédiatement après cet examen rapide, Samuel demanda avec aigreur :
– Dis, comment tu t'appelles ?
– Eric, répondit l'homme avec un ton encore plus sérieux que Ford, Eric Raleigh.
– Très bien alors Eric, commença Helbecque en s'avançant pour faire reculer l'Officier, il faut que tu saches que je suis de loin le plus fréquentable et le plus sympathique professeur de cette école. Alors, tu comprends, il vaudrait mieux que ton protégé fasse d'accord connaissance avec moi qu'avec...
– Eh Eric, rétorqua une voix étonnée et aisément reconnaissable, putain ça faisait combien de temps que je t'avais pas vu ?
La pensée logique de Samuel fut juste un simple et efficace « Eh merde ! » en voyant arriver Nicolas Talbert qui, un sourire affable aux lèvres, tendait une poignée de main franche à Raleigh, qui la saisit en se déridant véritablement et en annonçant de sa voix rauque :
– Oh, ça doit bien faire cinq ans, depuis que j'ai été muté ailleurs. Mais bon, ils m'ont chargé de m'occuper du jeunot alors... Bin, me revoilà tiens !
– D'ailleurs, demanda le charmeur en ignorant Helbecque pour se tourner vers l'inconnu qui pâlit brusquement, comment tu t'appelles mon gars ?
– Norbert Hertz, Monsieur ! Répondit rapidement le nouveau en regardant avec nervosité ses pieds.
Interloqué, Talbert éclata de rire, ce qui fit reculer de plus belle le dénommé Norbert et trembler de fureur Samuel, et le professeur de français enchaîna derechef :
– Eh bin, tu connais la politesse c'est étonnant, mais bien ! Dis, tu serais pas un parent de Suzanne Hertz par hasard ?
– Oui, c'était une de mes grandes tantes, répondit l'homme en se déridant brièvement, vous l'avez eu comme professeure ?
– Effectivement, railla Talbert en caressant rapidement ses cheveux noirs de jais, d'ailleurs tu sais où elle habite ?
– Au cimetière d'Auteil, répondit Hertz avec un ton aigre et désolé, elle est morte depuis maintenant cinq ans d'un cancer du sein.
– Tu me donneras l'adresse exacte, rétorqua Nicolas avec un demi sourire cruel, faut que j'aille pisser sur sa tombe, j'ai une légère envie là.

Devant le ricanement sortant de la bouche d'Aaron, la moue désolée d'Eric Raleigh, le sourire mesquin de Talbert et surtout, le ton déboussolé et choqué de Norbert Hertz, Samuel Helbecque vit son cerveau oublier momentanément ses tourments pour l'orienter vers une seule action.
S'avançant rapidement et en ignorant les remarques inquiètes d'Abraham, le jeune professeur d'histoire brandit son poing et, avant qu'Aaron eut le temps de réagir, le planta dans la face souriante du professeur de français. L'homme tomba à terre, sous le choc, et Samuel succomba à ses pulsions de tabassage de ce si parfait visage en commençant à le rouer de coups, tout en visant successivement le nez, les joues, les oreilles, la bouche... bref, tout ce qui définissait la personne sur qui il crachait dessus intérieurement.
Après quelques secondes de stupéfaction passagère, Aaron le saisit par les épaules pour le maintenir et Talbert se redressa en lui donnant un violent coup de coude dans le poitrail qui le fit tomber à genoux. La douleur lui coupa la respiration temporairement et s'accentua quand le deuxième coup de Nicolas le frappa à l'endroit où Abraham l'avait tasé. Son cerveau se mit alors à résonner d'un faible signal d'alarme pendant que son adversaire le frappait une troisième fois dans la poitrine, sans qu'Helbecque puisse se défendre.
Cependant, Aaron poussa derrière lui un cri sourd et ses bras se virent libérés subrepticement. Sans daigner se retourner et profitant de l'inattention de Talbert, il lui fonça dessus comme un taureau et le plaqua contre le mur en lui arrachant un léger mugissement de douleur.
En se retournant rapidement, Samuel aperçut Abraham Ford frappant efficacement un Aaron au sol qui ne faisait que tenter de se défendre, et un Eric observant la scène sans rien y faire, et un Norbert Hertz caché derrière lui et l'observant, lui, avec étonnement. Sentant son adversaire bouger, Helbecque l'acheva momentanément en lui donnant un violent coup de genou dans les parties, qui le fit s'écrouler au sol avec un bruit sourd.

Voyant qu'il ne se relevait pas et se contentait d'éponger avec le dos de sa main le sang coulant de sa bouche et de son nez, le professeur d'histoire se précipita sur Abraham et l'arrêta en claquant brutalement sa main contre son épaule.
Le colosse rouquin, ruisselant de sueur, se redressa brusquement et observa pendant quelques secondes l'Officier de Probation de Talbert, qui maugréait avec un visage légèrement tuméfié et une grosse plaie sanglante au niveau de l'oeil droit, avant de se tourner vers le reste de la salle qui les observaient avec un air interloqué.
La Prise de Conscience s'était terminée il y a quelques minutes et le directeur, légèrement remonté, arrivait vers eux avec sa tête de belette et sa petite taille. Il se planta devant Samuel qui se frottait le ventre en marmonnant et lui dit avec un ton sec :
– Vous rentrez tous chez vous. Je ne veux pas vous voir avant jeudi minimum. Talbert et Aaron, vous aussi même si vous irez vous faire soigner vos blessures.
Suite à cette consigne récitée avec dureté et froideur, l'homme se détourna et convia les élèves ainsi que le reste du corps enseignant à sortir par la grosse porte noire et grise située sur le côté droit de la salle. Une fois restés seuls, Talbert récita toute sa haine avec un regard noir meurtrier :
– Si tu t'avises de me retoucher encore, je t'assure que ta vie sera un enfer et que tu vas en chier, toi ainsi que ton nouveau protégé !
Eric haussa un sourcil intrigué, Norbert se mit à regarder le plafond en déglutissant, Aaron gémissait de douleur sur le sol, mais Samuel n'était concentré que sur cet homme qu'on soupçonnait d'avoir déjà tué des gens et qu'il détestait du plus profond de son être, même presque plus que Xander.

Cependant, avant qu'il ne puisse répliquer avec une sauvagerie qu'il ne se connaissait même pas, Abraham se dirigea avec son pas de géant vers l'homme à terre et lui enfonça son taser dans les côtes avec brusquerie.
Surpris par la manœuvre du colosse, Talbert s'arc-bouta de stupeur et de douleur avant de s'effondrer et de rester évanoui sur le sol, sa poitrine se soulevant légèrement à intervalle régulier suite au choc électrique.
Le rouquin, sans même darder ses yeux verts furieux sur Raleigh, se contenta de dire avec détachement :
– Vu que vous aviez l'air de vous apprécier, je te laisse t'occuper de les transporter à l'infirmerie, pendant que Norbert va en cours. Tu serviras au moins à quelque chose une fois dans ta misérable vie.
Le regard vide d'expression, mais paradoxalement furieux que lui lança Eric aurait fait frissonner n'importe quel homme normal, mais Abraham était rompu à ces jeux utilisant le visuel et ne parut pas le moins de monde impressionné. Il attendit encore quelques secondes avant que le nouvel Officier de Probation ne se mette à grogner lourdement avant de se diriger vers Nicolas Talbert pour le transporter.
Satisfait, Ford se tourna alors vers Norbert Hertz qui, tétanisé par la scène à laquelle il venait d'assister, ne trouva rien de mieux à faire que de dire :
– Je... Je ferais ce que vous me dîtes, mais laissez-moi partir...
– Oh je n'ai rien contre toi, répliqua le colosse roux avec un ton légèrement amusé à la stupéfaction complète de Samuel, mais la prochaine fois essaye de lui faire fermer sa bouche. Et transporte cet abruti d'Aaron à l'Infirmerie, je crains que ton Officier soit légèrement encombré.
Le nouveau hocha la tête rapidement malgré son expression abrutie et confuse, et s'en alla transporter le sec Officier de Talbert avec ses bras musculeux, pendant que les yeux aussi froid qu'un glacier se posaient sur Helbecque avec une expression de revanche calquée sur son visage blessé.

Une fois que les quatre hommes furent sortis du gymnase, Abraham perdit son semblant de bonne humeur et explosa en direction de son prisonnier avec un ton hargneux :
– Je peux savoir ce qui t'as pris, bordel de merde ?! Tabasser un collègue devant tout l'établissement, alors que tu venais de commettre deux impairs... Bordel, mais tu veux crever ou quoi ?!
– Et si je te répondais que j'hésite encore, rétorqua Samuel en soutenant son regard vert resplendissant de colère, tu réagirais comment ? En m'abattant ici-même, sans aucun témoin ?
– À cet instant, gronda Ford en détournant brièvement le regard, rien ne me ferait plus plaisir... mais bon, tuer un professeur sans raison valable est puni de mort parmi nous, et je tiens plus à ma vie que toi a priori !
– Bah pose-toi des questions sur ce qui t'entoure, répliqua Helbecque en donnant un léger coup de pied sur une chaise en métal située à proximité qui s'écroula au sol dans un bruit sourd, parce que je vois pas ce que ce monde inhumain et peuplé d'abrutis intolérants a de mieux que le calme de la mort !
Le colosse roux frissonna légèrement et haussa les épaules, tout en demandant avec un ton légèrement calmé et perplexe :
– Depuis quand on se tutoie, au fait ?
– Ah parce que je vous ai tutoyé ? Répliqua le professeur en le fixant dans les yeux avec un regard dur.
Laissant ainsi derrière lui un Abraham s'interrogeant visiblement intérieurement et affichant une mine abasourdie, le brun aux yeux verts se dirigea vers la sortie du gymnase tout en sentant un petit sourire satisfait croître sur le coin de sa bouche.
Il avait cloué le bec à son Officier, prit un plaisir fou en frappant Talbert et commencé à réfléchir plus en profondeur à la proposition ou plutôt l'ordre implicite du Poisson Noir.
Bref, il pouvait résumer cela en deux mots étrangement : bonne journée.

**


En sortant une fois de plus d'un VTR, avec le soleil tapant sur sa nuque pour la première fois depuis bien longtemps, le jeune professeur se dirigea sans mot dire vers la porte d'entrée, suivi par un Abraham Ford visiblement devenu complètement stoïque et muet, ce qui n'était pas pour déplaire à son prisonnier. Il avait cependant en lui ce sentiment bizarre qui l'étreignait en regardant à la dérobée son Officier : son regard était perdu dans le lointain et il semblait en pleine réflexion intense, ce qui contractait son visage bourru pour lui donner une expression de perplexité.
Le professeur sentait que ce silence si apaisant et cette tranquillité si chère allaient bientôt se terminer et il ne pouvait pas plus avoir raison quand il entendit la question de son gardien :
– J'ai remarqué que vous avez commencé cette dispute à partir du moment où on a évoqué le fait de pisser sur une tombe... Ça vous rappelle de mauvais souvenirs ?
– C'est purement personnel, gronda Samuel en sentant ses poings se fermer par automatisme, et je n'ai pas à le partager à quelqu'un, surtout pas à vous !
– Et pourquoi ça, je vous prie ? Rétorqua le roux en croisant les bras en plaquant sur son visage une moue dubitative.
Un léger ricanement sortit de la bouche restée entrouverte de Helbecque et il se retourna pour plonger son regard dans celui de l'homme qui avait le chic de l'emmerder dans ses réflexions internes :
– Peut-être simplement parce que vous êtes l'émissaire du régime, que je ne peux pas tout vous dire étant donné que vous allez tout rapporter à votre boss comme le bon toutou que vous êtes, et que vous venez accessoirement de m'interrompre dans mes réflexions !
– Accessoirement, répondit Ford avec un ton sarcastique, j'ai tabassé un type pour vous aider, je cherche juste à savoir pourquoi. Et puis, si vous pensez que mon métier est tranquille et sans risque, vous vous foutez bien profondément le doigt dans l'oeil !

Suite à cette tirade, un grondement sonore et presque humoristique sortit de la bouche du professeur d'histoire qui se dirigea vers l'ascenseur, mais son interlocuteur le suivit imperturbablement tout en continuant sa diatribe :
– Après tout, vous pensez que le vieux Joe a été envoyé à la retraite pour son vieux âge ? Non non, vous vous méprenez complètement !
– Alors, céda enfin Samuel avec un ton curieux tout en enfonçant d'un geste sec le bouton pour appeler l'ascenseur, qu'est-ce qui lui est arrivé ?
– Il n'était pas assez compétent, expliqua Abraham avec un ton sec, selon le régime car ne sanctionnant pas assez. On se connaissait déjà auparavant, alors il m'a appelé. J'ai dû me battre pour lui, pour que cette enflure de Sauveur qui se trouvait devant moi le laisse en vie. J'ai obtenu ainsi, grâce à maints arguments, de le foutre en retraite. Il m'a juste demandé de reprendre son poste, et j'ai accepté uniquement parce que j'en avais marre de la province pardi !
– Et d'où vous vous connaissiez ? Continua Helbecque en s'engouffrant dans l'ascenseur qui venait tout juste de s'ouvrir.
– C'est purement personnel, répliqua Ford avec un ton légèrement sardonique, et je n'ai pas à le partager avec quelqu'un, surtout pas avec vous !
Le professeur ouvrit la bouche pour répliquer, puis la referma aussitôt en s'apercevant, au léger sourire mesquin que le colosse arborait, qu'il venait de se faire clouer le bec en beauté. Il s'était trop laissé aller à écouter les explications et avait oublié la règle numéro 1 : ne pas être soi-même avec un membre du régime.
Soudainement, la porte de l'ascenseur s'ouvrit pour octroyer à Samuel une vue directe sur la porte de son studio et c'est alors qu'il réalisa que la présence obligatoire d'Abraham allait causer de gros problèmes.
En effet, la porte d'entrée était légèrement entrouverte.

Immédiatement, l'Officier se décala rapidement vers la gauche du couloir dans lequel il venait tout juste d'arriver et plaqua Samuel avec brutalité contre la porte désormais refermée de l'ascenseur. Sentant que l'homme était reparti dans une logique professionnelle, il ne dit rien et se contenta d'espérer que cette maudite ouverture ne signifiait pas Son retour.
Cependant, il vit alors Abraham Ford rentrer avec fluidité et délicatesse, malgré sa haute taille, dans le studio et disparaître hors du champ de vision de Helbecque qui resta alors sur place, un tant soit peu soulagé. Il pensait alors naïvement qu'il n'y avait eu là qu'un gros courant d'air ouvrant la porte, que ce n'était pas un voleur et que tout allait s'arranger dans le meilleur des mondes.
Évidemment, deux choses vinrent contredire cette affirmation assez ridicule et cliché.
L'esprit de Samuel qui, non content de rechercher la logique partout, lui affirmait avec cor et fracas qu'il se mentait à lui-même et que cela ne pouvait se terminer bien pour tout le monde.
Mais le plus important fut l'énorme bruit qu'émit la chute d'un corps contre une table en verre, l'éclatement de la matière, les rugissements de douleur d'une personne que le professeur ne sut reconnaître à cet instant.
Immédiatement, le corps du professeur d'histoire se dirigea, sans que son esprit le souhaite bien évidemment, dans l'embouchure du studio pour que les yeux verts curieux puissent enfin se plonger dans le combat.
Et il ne pouvait pas être déçu sur ce coup-là.

En effet, son salon, qu'il détestait par-dessus tout mais dans lequel il devait vivre, s'était transformé en champ de bataille. Les coussins de son canapé étaient éparpillés aux quatre coins de la pièce, la table en verre était littéralement détruite, des morceaux de la matière jonchaient le sol, le lustre tanguait dangereusement comme s'il allait s'effondrer. Et tout cela avait été provoqué par le combat entre deux forces de la nature.
Samuel les voyait en effet comme ça : Abraham, de par sa force et ses coups de poings puissants qu'il brandissait à la face de son adversaire tout en restant campé sur ses puissantes jambes, lui évoquait facilement un ours, la brutalité, l'absence de subtilité et une envie pleine de mater ses adversaires. Inversement, William Dunbar lui évoquait plus une fouine ou un loup, par sa manière d'esquiver et ses petits coups fourbes toujours bien placés afin d'épuiser la machine de guerre rousse.
Pendant que le pied de William se logeait dans une des jambes du colosse, Helbecque émit un petit sourire satisfait quand il trouva enfin comment résoudre la problématique posée par le Poisson Noir qui le tourmentait depuis le début de cette maudite journée. Et la réponse lui fut ainsi facilement donnée quand Abraham, sortant brusquement son taser et le poussant à la puissance maximale, le planta sur le torse de Dunbar pour lui administrer sa décharge électrique de l'enfer.
L'homme tomba sur le canapé et se tordit comme un poisson hors de l'eau avant de s'effondrer rapidement, ce qui fit immédiatement se tourner Ford qui demanda avec un ton énervé :
– Aide-moi à le foutre dans un VTR, on va l'envoyer au siège de la Garde !
Cependant, Helbecque ne bougea pas, parce qu'il avait observé une chose que le roux, pris dans son combat et obnubilé par sa force, avait omis d'inclure dans son plan : le Poisson Noir était fourbe et rusé. Il ne pouvait pas s'être fait avoir par un simple coup électrique sans avoir prévu de plan de rechange.
Pendant que le professeur laissait vagabonder son regard sur la fenêtre, le colosse s'avança avec énervement, mais un vase s'abattit sur sa nuque en éclatant avec pertes et fracas, pendant que son corps lourd de muscle s'effondrait bruyamment sur le sol, en détruisant un des carreaux au passage.

Ce retournement de situation était certes prévisible, mais la réaction énervée de Dunbar le fut moins. Le visage maculé de sang en raison des multiples coups de poings encaissés, se tenant les côtes suite au choc électrique, il énonça avec sa subtilité légendaire :
– Je peux savoir pourquoi t'as ramené ce gars ici ? C'est un membre du régime, espèce d'abruti ! Tu pensais pouvoir me piéger hein ? Avoue-le !
– C'est de ma faute, rétorqua Helbecque avec un ton léger et distant tout en louchant sur la poitrine se soulevant à intervalle régulier de son interlocuteur, si tu as eu la brillante idée de forcer une nouvelle fois ma porte en plein milieu de l'après-midi ? J'aurais voulu te piéger que j'aurais pas fait mieux ! Pour un résistant, t'as parfois des plans foireux !
– C'est comme ça que tu traites une de tes idoles ? Lui cracha Dunbar tout en se détournant pour boitiller en direction du colosse évanoui.
– Disons que j'avais encore l'espoir que tu te battais autrement que comme une petite fiotte.
Le calme dans la voix du Poisson Noir quand il répondit fit hausser un sourcil à Samuel, tout en frissonnant en voyant l'étonnant sérieux dans les yeux bleus foncés du résistant :
– Tu pensais vraiment que j'ai tenu Xonon en me battant à la loyale ? C'est ça, la Fraternité : la fourberie, la ruse, le harcèlement des ennemis jusqu'à ce qu'ils en succombent... Si tu préfères la force brute débile, je t'invite à me tuer puis réveiller ton ami juste là.
Pour appuyer ses propos, il sortit un poignard en acier blanc avec une inscription gravée sur le manche et le lança en direction de Helbecque. Éberlué, ce dernier vit William commençant à s'avancer en tendant les bras vers le ciel, comme un certain Jésus.

Il ne restait que quelques secondes avant que Dunbar ne le rejoigne et qu'il décide de ce qu'il ferait, mais le monde paraissait tourner au ralenti, remplacé progressivement par les méandres de son passé.
Le poignard à la main, il avait le regard vert vague et devant lui, à la place du loup combattant, se dressait une ombre qu'il avait déjà entraperçu la veille au soir. Elle se tenait là, comme un martyr, et la voix cette fois-ci reconnaissable de Jonas énonça tranquillement :
– Sauve-moi... ou abandonne-moi... choisis bien.
Le Poisson Noir était arrivé en face de lui et, un léger sourire victorieux aux lèvres, attendait sa mort ou sa victoire, Samuel ne saurait le dire. De toute manière, l'issue du combat auparavant l'avait déjà fait choisir, et il lui offrit ainsi la seconde option en lui rendant son poignard.
Ainsi, l'émissaire de la Fraternité recula avec brusquerie, avant d'énoncer avec un flegme assez effarant, comme si la scène n'avait jamais eu lieu :
– J'ai un VTR garé en bas. Aide-moi à porter cet Ours Juif là. En bas, je devrais vous bander les yeux, question de sécurité, tu comprends ?
Le professeur réagit comme un automate, pour la simple et bonne raison que son esprit était complètement ailleurs.
Aucune remarque sarcastique, aucune plainte ne sortit de sa bouche lorsqu'il traîna Abraham en dehors du studio et ferma solidement la porte à clé.
Son esprit était juste sollicité par une seule question, qu'il se posait en boucle sans arriver à saisir une réponse.
Avait-il fait le bon choix ?


**

*

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Dernière édition par Draynes le Ven 07 Oct 2016 13:57; édité 3 fois
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Draynes MessagePosté le: Mar 02 Aoû 2016 19:01   Sujet du message: Répondre en citant  
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STEVEN


– Bon, faut que j'y aille ! Je t'enverrais des photos de toute manière... et puis, elle a que 14 ans ce coup-ci, ça devrait te plaire !
Un profond soupir sortit de la bouche fatiguée de Steven Ogg. Son boulot de Sauveur l'enchantait, sa cruauté et son intelligence lui semblaient trop belles pour être vrai, mais son collègue avait le don assez incroyable de l'exaspérer quasiment 24h sur 24, ce qui était un vrai exploit.
Après tout, il transpirait la banalité et les talents cachés, là ou Austin avait le chic de montrer qu'il en avait une plus grosse que tout le monde en terme de sadisme et d'incidents irréfléchis.
Même son apparence était banale au possible : cheveux bruns en bataille, longue moustache drue bordant son visage grave et pouvant afficher une multitude d'expressions implicites et un petit bouc taillé au millimètre pour paraître le plus inexistant possible. Cependant, deux détails le rendaient identifiables à la ronde : tout d'abord, ses fameux yeux ambrés aussi jaune que le soleil au plus fort de la journée et ses innombrables tatouages de la belle époque, surtout l'énorme croix gammée qui avait remplacée son torse velu le jour de ses quatorze ans.
À l'inverse, son collègue ne ressemblait... bon, qu'à un vulgaire Aryen de plus ou de moins, ce qui faisait gonfler de fureur Steven, mais ce dernier oublia un temps de décrypter des yeux son collègue d'infortune pour lui envoyer avec hargne :
– Je t'ai déjà dit : violer des filles de 14 ans, c'est pas mon péché mignon... La pédophilie, c'est pour toi. Personnellement, j'ai toujours préféré les majeures.
– Et la fois où tu t'es tapé une fillette de 11 ans parce que j'étais absent, rétorqua Austin avec une moue amusée, t'as tellement pris ton pied que t'as exigé d'y aller une seconde fois !
– C'était uniquement pour le boulot, rétorqua Ogg avec placidité, on m'avait ordonné d'aller violer la fille pour punir le père... et bien, je l'ai fait tout bonnement. M'en foutais de l'âge qu'elle avait !
– Et là, pourquoi ça t'intéresse subitement ?
– Parce que notre service de la matinée est fini depuis une demi-heure, rétorqua avec un ton bourru l'homme en dardant ses yeux ambrés sur l'adulte devant lui, et que ton amante de gamine a beau te faire bander sévère, ça n'en reste pas moins illégal !
– Ah, parce qu'on fait dans la légalité maintenant ?

Le Sauveur, qui commençait à être énervé par la discussion comme à tous les instants, détailla son interlocuteur du regard avec un pointillisme accru par la colère.
Cheveux blonds non coupés lui arrivant à la nuque, yeux gris sombre malicieux, sourire joyeux et cruel à la fois, main gauche toujours posée sur la crosse de son arme : Austin Amelio avait tout d'un gentil type en apparence, du tombeur classique. Le problème était que Steven, qui avait vu une multitude de fous dangereux lors de son séjour chez les néo-nazis norvégiens, se demandait parfois si Jack l’Éventreur n'était pas l'ancêtre de ce cher violeur et tueur en série qu'il se coltinait nuit et jour.
Il pouvait changer d'humeur assez rapidement, il était craint de tout le monde de par son ingéniosité pour trouver de nouvelles techniques de torture que même Steven, à certains moments, lui reconnaissait. Il savait l'apprécier à certains moments mais, à cet instant précis, sa vue ne lui procurait qu'une envie de meurtre sauvage et méthodique de plus.
Ogg n'était pas le genre de personnes à réagir à l'instinct. Il aimait planifier ses accès de cruautés et de tortures implicites. C'est ainsi qu'il rétorqua, avec un sourire victorieux déjà planté sur ses lèvres :
– Disons que foutre ta queue dans une gamine est interdit par une loi, celle de la moralité. Mais bon, toi comme moi en sommes dépourvus alors bon...
– Quoi ? Rétorqua le blond avec un ton soudainement très sérieux et... anxieux ?
– En dehors des heures de travail, tu fais ce que tu veux, tu crois avoir tous les droits. Mais il suffit que je te dénonce à ce bon vieux Jeffrey et crois-moi que tu vas te souvenir longtemps de la raclée qu'il va te mettre. Donc, laisse cette petite et ta queue en paix et comporte-toi un peu comme un mec intelligent, pour une fois ! Ne cède pas à tes pulsions !

Steven savait parfaitement que son acolyte détestait les sermons longs et surtout, ne se reconnaissait pas comme impulsif et sauvage ; ainsi, Austin effectua exactement ce qu'il attendait, à savoir se rapprocher subitement en grondant :
– Tu te prends pour qui au fait, pour me faire la morale comme ça ? T'es limite pire que moi, alors si je veux me taper une gamine, c'est pas toi qui va m'en empêcher pigé ?!
– Et là tu vas me dire, expliqua avec calme et un ton médisant Ogg, que ceci était prévu de longue date et que ce n'était pas un de tes nombreux accès de sadisme incontrôlés ou « pulsion meurtrière et violente » ?
Quand son dos percuta avec violence le mur, le Sauveur ne chercha même pas à se débattre, l'habitude de cette confrontation le fascinant : à chaque fois, il observait la petite pièce dans laquelle ils vivaient, puis se dégageait, frappait Austin, ce dernier partait et cela recommençait encore et encore et encore... on aurait dit un sketch presque.
Ainsi, il commença son rituel en remarquant qu'un nouveau poster représentant une ancienne figure culte du Kung Fu, le regretté Jackie Chan, était accroché à l'arrière du bureau noir d'ébène de son compatriote. Leur minuscule pièce de vie était séparée en deux par une étroite cloison de verre qu'un simple coup de poing pouvait briser, le sol était recouvert de carreaux de couleurs gris clair et les offices se faisaient face. La porte de sortie, qui était simplement en chêne et aussi classique que n'importe quelle autre, était située sur leur droite. La fenêtre, sur leur gauche, était juste assez grande pour faire filtrer de minimes rayons du soleil qui illuminaient momentanément la pièce. En bref, ils vivaient dans un espace qu'on pensait réservé aux concierges auparavant, mais qui maintenant advenaient à certains des plus hauts gradés de la Garde.
De plus, là où le petit bureau d'Amelio était rempli d'objets tous plus hétéroclites les uns que les autres, l'ancien néo-nazi n'avait apposé aucune décoration spécifique dans son espace de vie. Il se considérait simplement ici comme au travail, le divertissement sous toutes ses formes n'y étant ainsi pas à sa place.

Ayant terminé rapidement sa petite observation, il replongea son regard dans celui gris meurtrier d'Austin et le repoussa violemment d'un coup de poing dans le poitrail. Le blond recula brusquement, surpris par le coup, et Steven en profita pour s'avancer et ajouter avec un ton neutre et blasé :
– Tous les jours ça se termine de la même façon... On pourrait pas se séparer sous de bons auspices, pour une fois ?
L'homme lui répondit par un regard noir cruel et en lui fondant dessus avec le poing relevé, mais fut interrompu en plein saut par une voix désincarnée, mais rauque et brutale :
– Amelio, stop ! Où sinon, tu auras affaire à moi et M. Alliser !
Le blond s'arrêta ainsi dans sa course en grondant avec une rage imperceptible aux oreilles d'une personne non expérimentée, mais Ogg l'avait parfaitement décelée. Il se tourna cependant sans y prendre garde vers le nouveau venu et lui demanda avec un ton légèrement joyeux :
– Enfin Dominic, pourquoi Thorne a décidé d'interrompre notre petit jeu de la pause du midi ?
En s'avançant sans répondre, l'homme subit ainsi le regard scrutateur et analyseur de Steven. Il avait un crâne entièrement chauve, malgré quelques cheveux blancs coupés très courts sur les côtés, des yeux bleus avec des reflets étranges nacrés d'argent et une face replète qui évoquerait presque un vulgaire goret. Dominic Carter, malgré son absence totale de personnalité et sa soumission absolue au Sire, était si polyvalent et discret que le poste était quasiment créé pour lui à la base.
Ainsi, l'Effacé vivant se contenta de dire, par une succession de petites phrases :
– Ogg, M. Thorne souhaite vous voir. Amelio, dégagez. Pour tous les deux, j'ai un message : arrêtez de vous foutre sur la gueule. Dans le cas contraire, notre cher Sire s'occupera de vous deux sans mot dire.
Sur ses mots, le chauve se détourna avec des gestes carrés, voir robotiques, et Steven le suivit tout en affectant une moue désolée à Amelio qui, de rage, donna un violent coup de pied dans le bureau noir de Ogg, arrachant une grimace de dégoût à ce dernier.

Cependant, l'ancien norvégien était en pleine réflexion intense, son cerveau imaginant ainsi toutes les possibilités pouvant être affectées à sa convocation.
Avoir commis une erreur ? Non, il n'était pas responsable des manquements de son collègue et ne rechignerait pas à le dénoncer si Alliser faisait mine d'esquisser le moindre soupçon.
Se faire tuer ? Il était trop utile à la Garde, étant le chef psychologique des Sauveurs, et de toute manière trop intelligent et rusé pour que Thorne se débarrasse de lui.
Il ne restait ainsi plus que la dernière solution, la plus logique cela dit : se voir confier une mission. Ogg était d'avance heureux d'imaginer la mine furibonde du blond cruel quand il apprendrait qu'il avait été, une fois de plus, mis sur la touche. Il était cependant aussi inquiet du risque qu'elle pourrait provoquer sur sa vie, sa réputation, ses relations.
Mais l'heure n'était plus à la réflexion, mais à la découverte, l'analyse et surtout surtout :
La compréhension.

**


Steven savait parfaitement ce que le chef de la Garde faisait : il le testait. Cela faisait deux minutes qu'il avait pris place sur une chaise inconfortable au possible en bois de bouleau, une minute trente que Carter était parti monter la garde dans l'antichambre et une minute que ce cher Thorne plongeait son regard bleuté incroyablement persuasif dans le sien. Il s'attendait sûrement à ce que ce dernier entame la conversation et ne révèle quelque chose dans le même temps, mais Ogg n'allait pas se faire avoir à ce petit jeu.
Après tout, ses premières qualités étaient la patience et l'analyse minutieuse, et il sentait qu'il suffirait d'attendre sans montrer le moindre signe de peur pour que le Sire se décide enfin à ouvrir la bouche.
Cependant, les minutes passèrent, une après l'autre et aucun des deux hommes ne voulait entamer la conversation. Il s'agissait purement d'un test de la part du chef, mais le Sauveur ne pouvait pas savoir s'il l'avait réussi ou non.
Ses doigts se mirent ainsi nerveusement à tapoter sa cuisse au bout d'une dizaine de minutes d'inactivité et il surprit ainsi brièvement une bribe de mini-sourire satisfait chez son chef : il sentait qu'il gagnait le duel. En effet, Ogg commençait à s'impatienter et souhaitait juste savoir de quoi il en retournait.
Après tout, il n'était pas là par choix, comme les autres fois, et cela effritait sa patience peu à peu : il n'avait pas envie de jouer à ce petit jeu, il voulait juste... savoir.
Et c'est ainsi qu'il rompit le silence forcé et pesant qui s'était installé en déclamant d'une voix rauque :
– Bon Monsieur, sauf votre respect, j'aimerais bien savoir ce que je viens faire ici.

Le chef lui répondit en se rejetant en arrière sur son fauteuil avec un air légèrement curieux, comme s'il attendait que son sbire devine de lui-même, mais le norvégien n'en avait cure de ces intentions et voulait juste avoir le cœur net : est-ce que sa suspicion était vraie ou est-ce qu'il devrait encore tuer quelqu'un ?
La réponse lui fut donnée directement et rapidement en une seule phrase courte prononcée avec puissance et fermeté :
– Tu devras espionner l'Intendant Jeffrey Dean Morgan.
– Et pourquoi ? Rétorqua Ogg avec une surprise palpable pour une fois.
– On le soupçonne, répondit Alliser en se levant pour darder son regard bleuté vers la fenêtre située à sa gauche, de livrer des informations à la Fraternité. Je veux savoir si c'est vrai et, si oui, comment l'arrêter et l'exécuter discrètement.
L'homme arrêta rapidement de parler et le Sauveur se garda bien volontiers de relancer la conversation. Il savait parfaitement qu'une fois que Thorne se perdait dans la contemplation de la cour de l'ex Prison de la Santé, ses ordres étaient passés et il ne dirait plus rien.
Ainsi, Steven Ogg se leva doucement sans mot dire et se dirigea vers la sortie, sans que le Sire ne daigne même lui jeter un dernier regard.

Une fois sorti, l'ex néo-nazi toucha son tatouage ventral à travers le tee-shirt du bout des doigts en soupirant et s'étonna soudainement d'une chose : Dominic Carter avait purement et simplement disparu. Il avait beau balayer l'antichambre du regard, examiner la solide table de verre, les quatre plantes vertes soigneusement placées pour former un carré, le canapé de velours rouge pâle et la baie vitrée située sur la gauche donnant accès à la cour, rien n'y fit : le garde du corps d'Alliser Thorne n'était juste plus là. Peut-être faisait-il une pause après tout, cela le Sauveur s'en foutait royalement.
Il venait de voir un signe, qu'il attendait et redoutait à la fois : sur la table se tenait un petit mouchoir sur lequel un oiseau, probablement un corbeau ou une colombe de l'avis de Ogg, était perché sur une branche dessinée, tout comme l'animal.
Il n'attendit ainsi pas une seule seconde avant de sortir de l'antichambre, sans toutefois oublier de prendre le mouchoir et le déchirer en de minuscules morceaux qu'il jeta dans la première poubelle entièrement noire qu'il croisa sur le chemin.
Les gens, en le voyant errer dans les couloirs avec une rapidité exemplaire, s'esquivaient, détournaient le regard ou le saluaient dans l'espoir probable d'obtenir une faveur, mais son esprit était concentré ailleurs : il l'avait appelé. Et il détestait que ses sbires soient en retard à ses appels, sachant qu'il attendait généralement une dizaine de minutes.
Les couloirs passaient, les escaliers s'enchaînaient, les gens s'enchevêtraient pour l'éviter, mais Steven ne voulait juste pas arriver une seconde en retard. Il le connaissait comme un être ponctuel et il ne comptait pas déroger à cette tradition aujourd'hui. Ce fut finalement après de longues minutes de préparation mentale à la discussion future qu'il arriva devant la porte d'un petit cagibi situé au rez-de-chaussé de la Garde. Un endroit parfait pour une discussion solitaire entre deux personnes, sans caméras et sans fenêtres de plus.

Ogg ne prit pas la peine de frapper à la porte et s'engouffra rapidement dans le fatras infect de produits en tout genre, tout en n'oubliant pas de refermer l'entrée sur ces entrefaites. Une petite lueur brillait au plafond, sortie d'une ampoule clignotant à un rythme irrégulier comme pour bien montrer sa relative vieillesse, et un homme se tenait devant Steven.
Enfin, il n'était pas vraiment sur. Un homme, un femme, un robot même, absolument rien ne permettait d'identifier véritablement l'espèce de cette créature. Il était tellement grimé et caché sous des tonnes d'esbroufes noires toutes plus sombres les unes que les autres que ça aurait pu être son propre père sous le capuchon masquant ses traits, rien ne pourrait le changer : le Sauveur ne le reconnaîtrait pas.
Cette chose se faisait appeler le Découvert, ce qui faisait évidemment dire à son sbire que c'était une entité maniant subtilement le principe de l'ironie : tout en lui était fait pour cacher son identité. Sa tenue remplissait déjà cet office, mais elle était complétée de plus par un masque extrêmement classique, mais somptueux de par son utilisation : entièrement noir et juste ouvert de deux trous pour les yeux, il masquait totalement le visage de son utilisateur. De plus, la chose avait mis des visières épaisses devant les trous pour éviter que ses orbites d'une couleur inconnue ne le dénonce.
Enfin arrivait le dernier élément, et non des moindres, pour achever de n'être point reconnu par n'importe qui : la voix. Après presque cinq ans de bons et loyaux services, le norvégien se demandait encore comment cet homme ou cette femme... cette chose avait réussi à se créer une intonation et un ton pareil. Pouvant passer du grave à l'aigu en une seconde, parasitée à l'extrême et totalement androgyne, c'était là le point final de son déguisement et, étant fan des détails, Ogg ne pouvait que s'en rengorger.

L'individu le sortit cependant de sa contemplation béate en commençant, par sa si splendide et si étrange voix :
– « Raconte-moi tout »
– Thorne m'a demandé d'espionner Jeffrey, récita le Sauveur avec délectation, il le soupçonne d'espionner pour la Fraternité.
Le Découvert se tut ainsi et se détourna pour inscrire sa silhouette dans l'ombre très présente de l'étroit cagibi. Il réfléchissait visiblement, et Steven le savait : il ne prenait jamais de décisions à la légère. Depuis le début, ses choix s'étaient révélés les plus logiques et les plus cohérents par rapport à la situation et Ogg ne s'était jamais plaint. Il était néanmoins sur qu'il devrait malgré tout surveiller l'Intendant, pour que le Sire ne soupçonne pas quelque chose contre lui. Quoi qu'il ne faisait rien de mal après tout.
Après quelques minutes de silence et de réflexions intenses de la part des deux humains, le masqué se retourna brusquement et annonça subitement :
– « Tu n'en feras rien »
– Comment ça ?
– « Tu n'espionneras pas Morgan »
Surpris, le norvégien se contenta de demander :
– Pourquoi ?
Son interlocuteur sembla réfléchir ; certes, Steven contestait rarement ses choix, mais le Découvert comblait ses hommes pour qu'ils lui restent fidèles, cela le Sauveur le savait. Et ce fut ainsi logiquement que l'entité lui répondit avec sa voix si modifiée :
– « Ce n'est pas dans notre intérêt pour l'instant, mais je ne peux pas t'en dire plus »
– Très bien, répondit rapidement l'ex néo-nazi avec un sourire espiègle plaqué sur le visage, je vous laisse.
– « Personne ne t'a vu rentrer, j'espère ? »
– Vous avez pas à vous inquiéter, répliqua Ogg en se détournant, vous savez bien que je tuerais pour nous.
Il lui sembla voir le masque du Découvert se feindre d'un début de sourire sous son ample capuchon, mais il ne s'en formalisa pas : il n'était fidèle qu'à peu de gens.
Et, heureusement pour cette mystérieuse entité entièrement dissimulée, elle en faisait partie.

**


Le Sauveur intelligent attendait, patiemment, en plein centre de l'immense salle qui marquait l'entrée de la Garde. C'était l'ancienne cantine de la prison, et cela se sentait : les anciennes tables étaient là, les grillages aux fenêtres également, mais surtout les cellules situées en bordure, derrière un mur rajouté à la demande du Sire par des ouvriers pendant la reconstruction.
Steven avait d'ailleurs toujours trouvé étrange que le Poisson Noir ait laissé la Prison de la Santé relativement intacte, ne détruisant que les ailes anciennement réservées aux prisonniers. Certes, la cuisine et le réfectoire étaient indispensables, mais les bureaux des responsables n'avaient pas été balayés, de même que le quartier des matons. Cependant, cela ne déplaisait pas à Ogg puisqu'il aimait l'ambiance ocre et nostalgique qui émanait de l'ancienne prison bon enfant de l'époque, transformée en véritable usine à morts horribles.
Cette pensée amusa Ogg, qui se mit soudainement à penser à installer une cheminée sur le toit et un four... mais il calma vite ses ardeurs en se rappelant soudainement que ce cher Xander était juif. Un comble pour ce cher dictateur d'accueillir un ancien nazi dans ses rangs, mais il savait pertinemment que Berkeley se foutait des religieux comme Donald Trump se foutait des nègres pendant son court règne : il les aurait tous buté s'il en avait eu la possibilité. Bon, la non soumission de ce cher milliardaire blondinet à X.A.N.A. lui avait valu une exécution sommaire et brutale par un assassin payé en 2020, mais cette tête de turc manquait cruellement à Steven.
Il voyait en lui un messie, avec des idées intelligentes et pertinentes, mais qui ne savait juste pas se soumettre quand il le fallait, ce que Ogg avait compris assez rapidement et assimilée malgré sa réticence de base contre cela, il fallait bien le dire.

Soudainement, un petit toussotement suivi d'un ricanement nerveux lui annonça l'arrivée de son collègue de papotage, comme il aimait l'appeler. Il était exactement une heure de l'après-midi et, comme à l'accoutumé, il était pile à l'heure.
C'était une de ses capacités, au beau-fils de Nikolaj Coster-Waldau. Toujours être là quand on s'y attend le moins et surtout, avec une présence aussi discrète que celle d'une petite souris.
Cet animal représentait totalement Aidan Gillen : un petit mulot. Toujours à fouiner partout pour trouver les meilleures informations, et adorant les colporter pour un rien, juste pour le plaisir. Il adorait se faire plaisir évidemment, et son ton résolument injurieux et sarcastique ne plaisait pas à tout le monde, mais Steven en raffolait. C'était son moment apprentissage de la journée.
Pendant que le mystérieux homme s'approchait, Ogg usa une fois de plus de son regard ambré perçant et inquisiteur pour le dévisager, ce que Aidan, habitué qu'il était, ne releva même pas.
Cheveux bruns classiques coiffés en brosse vers le côté droit, petit bouc marron auréolé d'une moustache bien taillée, sourire ironique plaqué sur son visage presque en permanence, rien ne permettait de le distinguer de la masse. Rien, hormis ses yeux : ils étaient un temps aussi bleus que le ciel sans nuage, un temps aussi gris que la brume matinale ou encore voyaient apparaître des reflets pourpres et or sur les côtés à certains moments. C'était un véritable mystère de la nature que personne, pas même sa femme, ne parvenait à expliquer.

À peine était-il arrivé devant lui, lui avait-il serré la main et s'était assis sur l'un des bancs de l'ancienne cantine qu'il commençait directement :
– Alors comme ça, tu dois espionner ce cher Jeffrey Dean Morgan ?
Ogg aurait du s'y attendre évidemment, vu qu'Aidan était prêt à vendre père et mère juste pour être au courant de tout, mais il ne put s'empêcher de soupirer en souriant imperceptiblement. Ainsi, il s'assit et acquiesça d'un geste sans rien ajouter, ce qui fit déclamer à Gillen avec son ton sarcastique habituel :
– Bon, j'imagine que tu es au courant de ce qui va t'arriver si tu te fais avoir. Morgan a beau être aux ordres de ce cher Thorne, il a tendance à s'en torcher le cul à certains moments.
– Oh ça, je ne te le fais pas dire, répliqua le norvégien en grimaçant avec un vilain souvenir planqué dans un coin de sa tête, mais bon il faudrait déjà qu'il daigne se montrer le bougre !
– Effectivement, continua Gillen en tournant ses yeux devenus soudainement gris vers une fenêtre quelconque, il n'est pas sorti de son trou depuis près de trois mois. Tu sais que Xander croit qu'il est mort et hésite à recruter quelqu'un d'autre ?
– Il n'en fera rien, répliqua Ogg avec un regard entendu vers son interlocuteur, ses Intendants lui sont fidèles... enfin, j'espère, mais surtout ils savent faire appliquer leurs lois !
– Comment tu expliques alors que Morrissey est toujours quelque part en Europe, que Morgan reste planqué et que c'est toi et Aryen-Man qui êtes chargés de la sale besogne ?
Un ricanement cruel et amusé à la fois sortit de la bouche du Sauveur en entendant le surnom qu'il avait lui-même affublé à son collègue, ce qui fit continuer Aidan sur un autre sujet :
– Mais bon, les nouvelles sont aussi excellentes des autres côtés : à priori, le Poisson Noir serait en vie et aurait rejoint la Fraternité. De plus, Nikolaj cherche partout ma disparue belle-sœur, mais bon... Il aura très peu de chances de la retrouver, m'est avis.

Le néo-nazi s'en foutait évidemment royalement du Banquier et sa famille dysfonctionnelle au possible, mais l'annonce du nom du Poisson Noir l'avait fait se redresser sur sa chaise avec un air vaguement intéressé. Alors, comme ça William Dunbar était encore en vie. Il se doutait qu'il serait chargé de l'assassiner un jour ou l'autre, mais il connaissait également très bien la fourberie du bonhomme et doutait ainsi de réussir.
C'est pour cela qu'il demanda avec un ton légèrement crispé :
– Tu l'as dit à Xander ou non ?
– Il ne me l'a pas demandé, rétorqua l'informateur avec un sourire, je préfère attendre qu'il le découvre de lui-même, ça lui fera une bonne surprise.
Un soupir rassuré sortit sans se contrôler des lèvres du norvégien, ce qui recentra l'attention des yeux perclus d'or d'Aidan sur lui, jusqu'à ce qu'une voix rauque venue de l'entrée de la salle ne l'interrompe au moment où il s'apprêtait à relancer la conversation :
– Excusez-moi de vous interrompre, mais je cherche la Garde. Suis-je bien arrivé ?
Steven se retourna avec lenteur et intérêt pour observer l'homme qui l'avait interpellé avec une politesse très étonnante pour l'époque. Il portait une simple salopette de chantier bleue et un tee-shirt maculé de légères tâches rouges pâles qui, de loin, évoquaient vaguement du vin et du sang. En se recentrant sur la partie intéressante, Ogg s'aperçut avec stupéfaction que l'homme portait un masque lui voilant une partie du visage, de couleur argenté et auréolé de grosses bandes noires au niveau des sourcils, mais également faisant le contour des lèvres soulevées dans un sourire malsain.
De ce qu'il pouvait voir, ses yeux étaient d'une couleur jaune tigrée absolument parfaite et très surprenante et ses cheveux étaient d'un blond tellement pur qu'ils pouvaient passer pour de l'or en fusion sans aucun problème.

Visiblement, il n'avait pas l'air inquiet puisqu'il restait solidement campé sur ses jambes, attendant une réponse avec une patience quasiment infinie, de ce que Ogg pouvait voir.
Ce fut cependant Gillen qui entama la conversation avec un ton très intéressé :
– Effectivement, tu es bien arrivé. Puis-je savoir ton nom ?
– On m'appelle le Blond, répondit l'homme tout en s'avançant lentement, et je suis ici pour rencontrer M. Thorne.
– Et pourquoi ? Demanda Steven tout en portant la main à l'arme dans sa poche arrière par réflexe.
Ayant surpris son geste, le Blond s'arrêta et se contenta d'indiquer avec un ton vague :
– Désolé de vous décevoir, M., mais vous n'aurez pas le temps de tirer si vous dégainez votre pistolet, je vous tuerais avant. Et votre ami n'aura pas le temps de sortir son petit coutelas qu'il vient tout juste de saisir, je lui éclaterais la trachée dans la foulée.
Les deux hommes, stupéfaits par la finesse de déduction de ce mystérieux protagoniste, se remirent dans une position normale tandis que l'homme masqué, qui semblait satisfait de leur bonne volonté, continua sur sa lancée :
– Et, pour vous rassurer sur mes intentions, je ne compte pas faire de mal à M. Thorne. Je viens juste ici dans le but de me faire embaucher.
– Pour quel genre de boulot ? Rétorqua alors le beau-fils de Coster-Waldau
– Je suis ce qu'on appelle communément dans le milieu un « homme à tout faire », répondit avec assiduité et précision l'homme aux yeux tigrés, et mon résumé de tout à l'heure vous a montré quelques-uns de mes talents.

À cet instant, le regard tigré passa d'abord dans des yeux ambrés relativement intéressés, puis dans des yeux bleus-pourpres très intrigués, avant de demander avec une certaine dévotion :
– Maintenant que ce point est éclairci, est-ce que l'un d'entre vous daignerait me guide jusqu'au bureau de M. Thorne ?
Steven esquissa un vague sourire avant de se prononcer, laissant Gillen sur place avec une moue étonnée sur le visage. Tout en vagabondant dans les couloirs, il sentait que cet homme pouvait être très utile à beaucoup de gens.
Mais il espérait surtout que le Blond servirait d'abord à une seule personne.
Lui.


**

*

**


JÉRÉMIE


En se couchant dans son lit aux côtés de sa femme, à la fin du deuxième jour, il se sentait lessivé et surtout peu convaincu. Les fameux collègues qu'Alfie ou plutôt Tlaloc ou encore le Chercheur en Sciences Appliquées... il ne savait jamais vraiment comment l'appeler, lui avait vantés n'étaient toujours pas arrivés. Le père Belpois ne pouvait donc pas commencer les travaux imposés par son ancien ennemi.
Il se retrouvait du coup piégé, et surtout en pleine découverte. Il avait visité de nombreuses salles, rencontré nombre de scientifiques qui ne souhaitaient même pas le regarder ou lui adresser un mot, tout cela en supportant l'engouement forcé et insupportable d'Alfie Allen.
De plus, sa propre famille commençait à se demander ce qu'elle faisait ici : Albert et Marie n'avaient aucun endroit pour s'amuser, aucun enfant n'était présent. Même Lloyd, qui faisait tout pour les divertir, ne parvenait pas à masquer son inquiétude à certains moments. Lui d'habitude si enjoué, il s'était muré dans le silence et ne l'ouvrait que lors du dîner, pour se plaindre et surtout surtout... rejeter la faute sur Eva.
Et d'ailleurs, cette dernière se contentait d'encaisser sans rien dire. A priori, elle ne comprenait juste pas pourquoi tout lui tombait dessus. Après tout, la décision avait été prise à l'unanimité, même si elle avait été l'instigatrice. Cela, son bien-aimé frère n'arrivait pas à lui pardonner, alors que rien n'était encore arrivé. Jérémie trouvait assez étrange le comportement de Lloyd, beaucoup trop renfermé et surtout, extrêmement critique sur des choses futiles.
Dès qu'un meuble dépassait, qu'un mur était mal peint, qu'un scientifique osait faire un pas de travers, il critiquait. On aurait dit qu'un extraterrestre avait pris position de son esprit, tellement son comportement avait changé en seulement deux maudites journées. Certes extrêmement longues, assez insupportables dans leur déroulement, mais elles n'étaient qu'au nombre de deux.
Belpois craignait évidemment qu'à la longue, Skinner ne pète un boulon. Déjà que le régime le surveillait plus que les autres en raison de son langage outrancier, mais il faudrait également qu'il contrôle ses accès. Heureusement pour eux, il veillait sur les enfants et retrouvait alors brièvement son caractère enjoué d'antan.

Soudainement, Eva qui était tournée de façon à ne pas voir son mari déclama avec un léger tremblement dans la voix :
– Tu crois aussi que j'ai commis une erreur en les convaincant de venir ici, n'est-ce pas ?
– Je ne te dirais pas l'inverse, répondit Jérémie avec un ton égal, mais je pense qu'il faut relativiser. Pour l'instant, personne ne nous a voulu du mal, Lloyd en fait une montagne pour pas grand chose.
En entendant le prénom de son frère, il sentit un frissonnement parcourir le dos d'Eva, mais continua sur sa lancée :
– Je pense vraiment qu'il faudra le surveiller dans le futur. Vu son brusque changement de comportement assez étrange en seulement deux jours...
– En même temps, l'interrompit sa femme en se retournant pour plonger ses yeux bleus dans les siens, l'ambiance de cet endroit est vraiment... étrange. Les gens y sont comme... contrôlés !
– Je t'avais légèrement prévenu à propos de X.A.N.A., railla Jérémie, mais tu m'as convaincu d'y aller. Et puis, prendre les enfants était une idée de génie.
– Ce ne sont pas juste un bouclier de protection, s'indigna la femme en se levant rapidement du lit, si ce X.A.N.A. veut te tuer, ce ne sont pas Albert et Marie qui l'en empêcheront.
Belpois soupira en remarquant que sa femme avait raison, mais il ne parvenait pas à comprendre le programme multi-agent sur ce coup-là. Il l'avait invité ici et pourtant, il ne faisait rien pour se le mettre à dos et surtout, n'essayait pas de le tuer. Avait-il évolué, après 20 ans d'attente dans le Réseau ? Jérémie aurait pu se dire que c'était impossible s'il n'avait pas su que le programme créé par Franz Hopper avait accédé à la conscience.
Se rappelant avec dédain qu'il était en plein milieu d'une conversation, il fit un sourire niais et gêné à sa femme avant de lui dire avec un ton tranquille :
– Demain, j’emmènerais Lloyd avec moi rencontrer mes collègues, s'ils se donnent la peine d'arriver. J'essaierai de lui faire cracher le morceau et de le faire revenir à son état normal !
– Autant essayer maintenant, rétorqua sa femme en croisant les bras, ne t'attends pas à me voir revenir avant demain matin.
Il n'eut pas le temps de répliquer car Eva venait de sortir de la petite chambre qu'ils occupaient, en refermant cependant la porte avec délicatesse, sûrement pour ne pas réveiller les enfants.

En soupirant, l'ancien lyoko-guerrier se retourna dans son lit et examina le décor : un ensemble de murs peints en gris, une petite lampe de chambre et des draps blancs. La définition même de la chambre impersonnelle. Il avait de même remarqué plus tôt que celle qu'occupe Lloyd et celle dans laquelle se reposent Albert et Marie étaient très similaires. Il reconnaissait bien là l’œuvre d'un programme : méthodique, réglé au centimètre, pas adapté à une logique humaine.
Et cela taraudait l'esprit de Jérémie Belpois pendant l'heure qu'il mit à tenter de s'endormir : à quel jeu pouvait bien se livrer X.A.N.A. ? Certes, le Supercalculateur étant détruit, ils ne pouvaient plus s'opposer à lui en l'état, mais il ne comprenait pas pourquoi le programme souhaitait tant le voir ici.
Cela ressemblait évidemment à un mauvais piège, le blondinet en était conscient depuis le début, mais le programme multi-agent, malgré sa prise de conscience, restait une machine qui avait été créé par un des plus grands génies de l'histoire moderne. Il ne pouvait pas prévoir un plan aussi minable pour éradiquer seulement un de ses anciens ennemis.
Aelita, Ulrich, Odd, William et Yumi... Il se souvenait bizarrement encore de leurs noms et leurs visages, même si cela faisait presque vingt ans qu'ils s'étaient quittés à l'amiable pour ne jamais se revoir. Il aurait évidemment été surpris, inquiet et ravi à la fois de revoir la fille Schaeffer parmi les scientifiques, malgré le fait que ce soit juste hautement improbable, voir impossible.

Juste après avoir revu dans sa tête des yeux verts emplis de larmes, ses yeux à lui se fermèrent sur un sommeil réparateur qui le préparerait facilement à la dure journée du lendemain.
Qui devrait être aussi insupportable que les deux précédentes, soit-dit en passant.

**


Ce fut avec les yeux bouffis de fatigue, des cheveux blonds désordonnés et une mine abattue qu'il accueillit ses deux nouveaux collègues, avec cependant un semblant de colère au fond de son crâne qui le torturait. En effet, se faire réveiller à 7h du matin par un Alfie toujours aussi joyeux et surtout, d'avoir du supporter les plaintes incessantes de Lloyd dans les couloirs avait rapidement détruit le semblant de bonne humeur qu'il aurait pu avoir.
Heureusement, les yeux verts de Skinner avaient vite rencontré les siens avant d'entrer dans la salle de réunion et il avait cessé de se plaindre. Mieux, il affichait un petit sourire et semblait concentré et attentif, ce qui n'était pas pour déplaire à son beau-frère.
Une fois rentré dans la petite salle aussi impersonnelle et classique que le reste du bâtiment, avec toutefois des éclairages laissant à penser qu'il s'agissait d'une ancienne salle d'opération, Alfie Allen tapa dans ses mains d'un air satisfait et énonça avec un grand sourire :
– Très bien, M. Belpois, voici vos nouveaux collègues! Veuillez bien sur les excuser pour leur retard, leur avion a été retardé à Londres par des douaniers un peu trop exigeants.
Une fois la phrase achevée, le plus âgé s'avança avec une mine chaleureuse et énonça en français, avec toutefois un accent suédois à couper au couteau :
– Bonjour, mon nom est Stellan Skarsgård, je suis ravi de vous rencontrer !
Pendant que l'homme se détournait pour serrer la main de Lloyd qui le salua avec une mine faussement heureuse, mais plutôt intriguée et méfiante, Jérémie en profita pour le détailler du regard derrière ses lunettes. Il devait avoir facilement la soixantaine passé, mais avait indiscutablement une allure vigoureuse et une tenue très soignée sous sa blouse blanche caractéristique de sa profession de scientifique. Ses yeux légèrement plissés naturellement laissaient entrevoir une pupille de couleur noisette et ses cheveux bruns classiques étaient impeccablement coiffés vers la droite.

Là où Belpois, en observant le suédois, sentait qu'il avait un air amical et bienveillant, son collègue d'origine anglaise d'après Allen avait l'air beaucoup plus revêche. La quarantaine bien entamée se laissait voir sur son visage dur et anguleux, une barbe taillée très court augmentait ce côté propre, mais surtout menaçant. Ses yeux bleus perçants comme ceux d'un faucon transperçait à cet instant Lloyd et ses cheveux noirs de jais étaient coupés très courts, comme un militaire. De plus, de sa chemise anglaise traditionnelle dépassaient des membres musclés et entretenus, qui faisait penser au blond qu'il devrait rapidement se mettre à la musculation.
Il fut cependant surpris lorsque l'individu, qui attendait visiblement que son collègue termine de saluer à grands renforts de sourires le Chercheur en Sciences Appliquées, s'approcha et lui expliqua avec un ton égal dans la langue française tout en lui tendant une main ferme :
– Je me prénomme Jude Watson et j'espère que nous travaillerons bien ensemble. Après tout, nous sommes tous ici collègues, pas ennemis.
– Je suis du même avis, répondit sur le même ton Belpois, on devrait bien s'entendre.
Un sourire mystérieux lui offrit une petite réponse et la discussion s'acheva aussi rapidement qu'elle avait commencé par une petite phrase :
– Oh, je l'espère aussi, M. Belpois.

Une fois les présentations faîtes, Alfie se plaça devant le petit groupe qui s'était, par réflexe, placé en ligne et énonça avec une voix qui porte tout en caressant ses cheveux bruns :
– Bon, je dois vous demander : qu'est-ce que vous pensez qu'on va vous faire fabriquer ?
Lloyd qui, comme d'habitude, ne disait ça que pour s'amuser, rétorqua avec un ton sarcastique :
– Pourquoi pas une bulle d'air capable de stopper des gaz ? Et, comme vous avez une originalité indéniable, vous l’appelleriez le « virus X ».
Jérémie, immédiatement, détourna le regard alors que les deux hommes fixaient Skinner avec un air à la fois ahuri et amusé. Mais Alfie les surprit tous en indiquant avec un léger sourire mesquin :
– Oh, c'était en projet il y a deux ans, mais on a du arrêter après la mort de tous nos sujets de tests.
Stupéfait, le beau-frère de Jérémie ouvrit la bouche pour répliquer, mais ce dernier le fit taire avec un rapide coup de coude dans l'estomac. En voyant cela, Jude haussa un sourcil, mais Allen répliqua en tapant ses mains avec sécheresse :
– Très bien, du coup je vais vous répondre en un mot : Cyborg !
– Vous pensez que c'est possible, avec la technologie actuelle ? Demanda Skarsgård avec un ton passionné.
– Oh, les premiers prototypes sont en marche, mais on préférerait que des spécialistes se chargent des derniers détails.
– Qui sont ? Demanda Watson en haussant de concert son deuxième sourcil.
– Je vous demanderais bien de créer des puces pour le contrôle de ces cyborgs, répliqua Allen en tapotant du pied, mais j'aimerais que vous me trouviez un moyen de transformer un être humain en cyborg, plus précisément des morts.
Les trois scientifiques se regardèrent avec un soupçon d'incrédulité, mais leur chef ne leur laissa pas le temps de répondre qu'il regarda sa montre fournie par X.A.N.A. et énonça avec calme :
– Cependant, vous m'en voudrez de vous laisser ici, mais je dois retourner surveiller mes équipes. Vous commencerez demain matin, veuillez être à l'heure bien sûr. Ah, et vous avez quartier libre.

Une fois que Tlaloc se fut éclipsé aussi vite qu'une ombre, Stellan se tourna vers Jude et Jérémie et exprima avec un sourire et son fameux accent suédois :
– Bon, je dois vous laisser, j'ai mon logement à visiter et organiser ! On se voit demain !
Lloyd, tout en examinant la silhouette conservée du soixantenaire, énonça avec son franc-parler habituel :
– Il a pas l'air inquiet, lui, dis donc. Et vous, qu'est-ce que vous en pensez de cet endroit ?
Jude Watson, qui avait l'air d'être en intense réflexion intérieure avec ses bras croisés, se contenta de dire avec un ton égal, mais néanmoins inquiet :
– Il vaut mieux rester méfiant. Je ne me méprends pas sur le dirigeant de ce pays, mais il ne faut pas se fier aux apparences.
– Pourquoi vous êtes là alors ? Demanda Belpois avec un ton hautement intrigué.
L'anglais se détourna pour l'observer fixement, avant de rétorquer avec calme :
– Je pourrais vous poser la même question.
Il ne chercha ensuite pas à poursuivre la conversation car il s'en alla sans un regard en arrière. Restés seuls, les beaux-frères restèrent immobiles pendant quelques secondes avant que Lloyd n'émette un ricanement et ne se lâche :
– Eh bah putain, je sens que tu vas bien t'amuser !
Jérémie ne sut évidemment pas quoi répondre tellement cette phrase résumait bien les longues semaines ou années à venir.

**


Ce fut en ricanant gaiement avec Lloyd qu'il sortit du réfectoire et se dirigea vers leur petit lieu de vie, situé évidemment à l'extrémité ouest du bâtiment, les forçant à emprunter de multiples et longs couloirs. Cependant, Belpois s'en foutait royalement, parce que le déjeuner s'était étonnamment bien pensé : attablé avec Lloyd, Stellan et Jude, ils avaient échangé leurs impressions et même le suédois avait été très franc.
Même s'il soupçonnait ces derniers de ne pas être tout à fait honnête, surtout l'anglais, il avait bien mangé, souri aux piques de son beau-frère qu'il avait décidément bien fait de forcer à venir, et même eu une longue conversation très enrichissante avec Stellan Skarsgård. Leur passé commun d'informaticien de fortune, leur amour de l'informatique et de la science et même leurs accents respectifs les avaient fait s'apprécier assez rapidement. À côté, Jude n'avait échangé que des mots crus avec Skinner avant de se renfrogner et de passer son temps à examiner les moindres recoins de la salle.
Le blondinet originairement français se défiait de lui pour l'instant, mais ne s'amusait cependant pas à le titiller. Il sentait que l'anglais préférait apprendre des choses sur les gens avant de leur coller une étiquette et ça tombait bien : Jérémie était friand de ce procédé, même si cela ne fonctionnait pas à chaque fois évidemment.

Skinner lui tapota alors le bras en demandant avec un ton toujours aussi joyeux, mais néanmoins intrigué réellement :
– Dis, tu l'avais vu cet escalier, tout à l'heure ?
Avec un sourcil froncé, Belpois se tourna vers Lloyd qui lui pointa de la tête un renfoncement dans le mur blanc qui donnait sur une succession de planches de bois sombres orientées de façon à permettre à la personne de se diriger vers le haut, et il n'y avait pas la moindre trace d'ampoules.
En s'approchant pour regarder, Jérémie lui rétorqua tout en examinant le moindre recoin :
– Non, tout simplement parce qu'il n'existait pas quand on est passé.
Le beau-frère se frotta nerveusement les lèvres et se dirigea vers l'escalier, en posant un pied discret sur la première marche. Cependant, l'écho de sa chaussure se répercuta tout le long de la mystérieuse construction et il retira rapidement cette partie de son corps pour gronder vers Jérémie :
– Je suis passé souvent à l'hôpital Necker et je suis sur de n'avoir jamais vu de dispositif pareil.
– Je te rassure, moi non plus. Compléta Jérémie en s'avançant pour appuyer à son tour sur la marche en bois.
Il passa rapidement une partie de son corps pour s'apercevoir qu'il ne voyait foutrement rien, et se demandait vraiment quand et surtout comment ceci avait pu être construit.
Cependant, avant qu'il n'ait pu prendre son courage à deux mains pour commencer à gravir l'escalier, une voix dure leur ordonna avec un ton rempli d'ennui :
– Sortez de là, Messieurs, vous n'êtes pas autorisés à monter là-haut.
Surpris, le scientifique se retourna vivement et il lui suffit d'un regard aux yeux ambrés et surtout à la mine calculatrice de l'homme en face de lui pour qu'il reconnaisse Steven Ogg, qu'il avait plusieurs fois aperçu à roder dans les couloirs. Lloyd, à côté de lui, se raidit en apercevant l'homme, comme s'il y avait déjà eu une altercation.

Et ce fut le Sauveur qui lui donna la réponse, en étouffant un petit sourire amusé pour demander :
– Oh alors vous êtes le beau-frère de M. Belpois, mon cher Lloyd ? Eh bien dis-donc, j'aurais su, je ne vous aurais pas battu à plate couture aux cartes !
Un regard en biais de Belpois lui confirma les propos de Ogg ; c'était ainsi à la Garde qu'il s'éclipsait de façon à ce qu'on ne le voit pas de la journée. Bah, après tout, il ne faisait que faire connaissance avec d'autres personnes.
À la manière dont Skinner le transperça du regard, Jérémie devina qu'il ne le portait pas vraiment dans son cœur, mais il n'en avait cure. Une seule question le taraudait et il la posa brute de décoffrage :
– Et pourquoi on ne peut pas monter là-haut ?
– Vous n'avez pas les accréditations, répondit simplement Steven, seuls le Patron, le Sire, le Banquier, l'Expérimentateur et le Généticien peuvent y accéder.
– Et qu'est-ce qui nous arrive si on décide quand même de monter ?
La question de Lloyd fit émettre un petit bruit de gorge amusé au Sauveur brun, qui se contenta de rétorquer :
– Deux solutions se présentent : soit je vous arrête, soit je tire à vue. Mais je préfère la première solution, contrairement à mon collègue.
Jérémie dut une fois de plus arrêter son beau-frère avant qu'il ne réplique et leur attire une fois de plus des problèmes, ce qui n'échappa pas à Ogg qui se contenta de clôturer la discussion en souriant :
– D'ailleurs, quelqu'un m'a chargé de vous dire qu'il vous attendait dans votre logis. Il pense qu'une petite discussion s'impose.
Belpois sentit un frisson glacé parcourir son corps à cette mention ; c'était bon, X.A.N.A. s'était enfin décidé à venir tout lui expliquer, lui parler pour que le scientifique blond puisse enfin comprendre pourquoi il était là.

Sur cette remarque, il se détourna à grande vitesse en traînant Lloyd derrière lui, tout en se détournant pour observer Steven Ogg les regarder avec attention disparaître au bout du couloir. Une fois sorti du champ de vision du cruel homme de la Garde, Skinner lui cracha littéralement à la figure :
– Je peux savoir pourquoi on y va ? C'est forcément une excuse pour nous éloigner de ce foutu escalier ! On doit y retourner, Jérémie !
– Écoute Lloyd, expliqua Belpois en accélérant le pas, ce type est tout sauf un menteur éhonté. De plus, on sait où il est, on y retournera plus tard !
Son beau-frère se dégagea de son étreinte avec vigueur et le regarda fixement tout en soupirant :
– Ne crois pas que je vais me laisser me faire embobiner comme ça ! Va voir ce gars là, ton X.A.N.A., et laisse-moi faire ce que je veux. Je prendrai pas de risques inconsidérés !
– Ce n'est pas comme si tu ne faisais que ça depuis qu'on est arrivé. Rétorqua avec une hargne injustifiée l'ancien lyoko-guerrier.
Pendant un instant, une lueur de doute s'installa dans le regard vert de Lloyd avant qu'il ne grogne et ne reparte à toutes jambes vers l'endroit où le Sauveur les avaient sommés de partir. Tout en soupirant, le père Belpois le laissa partir et se dirigea avec rapidité et précision vers son petit lieu de vie.
Finalement, il s'aperçut au bout de deux minutes de marche rapide que le réfectoire et son studio étaient assez proches puisqu'il s'engouffra à travers la porte d'entrée restée grande ouverte avec rapidité.
Immédiatement, il s'arrêta pour examiner la scène, et surtout écouter la phrase sortie avec un profond respect de la bouche de Xander Berkeley :
– Ah vous êtes à l'heure, M. Belpois ! Veuillez vous asseoir, je pense que vous brûlez autant d'envie que moi de faire plus ample connaissance.

En se dirigeant avec lenteur vers sa chaise, il observa rapidement la fameuse barbe jaunâtre de James Kucsulain campé sans bouger dans un coin de la pièce, et surtout le visage habituellement si dur du vassal de X.A.N.A. actuellement tordu dans un simulacre de sourire bienveillant.
À peine fut-il assis qu'il demanda avec force, pour asseoir sa personne :
– Avant toute chose, où sont ma femme et mes enfants ?
– Oh, cette chère Eva est partie faire un tour en ville avec Marie. Albert, lui, est actuellement avec votre oncle Lloyd au réfectoire, Steven lui a confié sur mon ordre.
– Vous vouliez donc qu'on parle seul à seul. Constata Jérémie en serrant froidement les poings à la pensée que son fils unique ait été un temps seul avec Steven Ogg.
Un sourire moqueur étira les lèvres de Berkeley quand il répliqua :
– Je savais que votre esprit si intelligent en ferait cette déduction, mais nous ne sommes pas réellement en totale confidentialité. James, laisse-nous de l'espace et surveille le couloir.
Le colosse ne chercha même pas à répondre et sortit avec une démarche assurément militaire et entraîné, avant de refermer la porte derrière lui. À peine la lumière du couloir eut-elle disparu que Xander continuait son discours en perdant momentanément son sourire :
– C'est ça que j'aime avec cette situation. Cette soumission, ce pouvoir... mais bon, vous devez avoir des tas de questions à me poser, alors je vous écoute.
Jérémie hésita quelques instants. Est-ce qu'il devait le critiquer, lui parler de cet escalier, de Jude Watson... Non. Un élément lui revenait forcément en tête. X.A.N.A.
Et il posa évidemment la question qui le torturait depuis la réception de cette lettre, presque de trois jours plus tôt :
– Pourquoi m'a-t-il appelé ici ?
– Je n'en sais rien, répliqua Berkeley en se rabattant en arrière à la grande stupéfaction de Belpois, il ne me confie pas tous ses desseins. Il ne peut pas invoquer le Spectre tout le temps, de toute manière.
Cette réponse ajouta mille questions dans sa cervelle, mais la présence de Xander l'énervait plus que de raison et il se contenta de répliquer :
– Je n'aurais que deux autres questions : qu'est-ce que vous pensez de lui et pourquoi il ne vient pas me voir en personne ?

Le chef humain du régime se passa la main dans les cheveux en serrant les lèvres, puis il les ouvrit quelques secondes plus tard pour rétorquer, avec un calme et une honnêteté étonnante :
– À vrai dire, je le vénère tout en ne le comprenant pas. Il est si mystérieux, si parfait, si... mécanique. Tu ne t'es jamais dit que tu en avais marre de pouvoir faillir, être humain. X.A.N.A. a apporté la perfection au sein de ce système, et je serais prêt à tuer toute ma famille pour ne serait-ce qu'arriver à sa cheville en terme d'intelligence, de connaissance ou de puissance.
Le ton empli de vénération et le regard bouillant d'excitation de Xander quand ces mots sortirent de sa bouche firent enfin prendre conscience à Belpois son erreur : il se trouvait seul dans une pièce avec un fou dangereux. Son ancien ennemi avait tout gagné à le mettre dans sa poche.
Cependant, le Patron avait dardé son regard bleu glacier dans le sien pour répondre à la deuxième question, et il le fit sans chaleur ni fioriture :
– Et, pour répondre à ta deuxième question, X.A.N.A. ne s'embarrasse pas des microbes humains comme toi ou moi. Il ne s'intéresse qu'à trois choses : la perfection, la perfection et la perfection. Trois choses qu'aucun humain ne possède. Et toi encore moins que moi.
Il s'était imperceptiblement rapproché de Jérémie et ce dernier le constata quand il se servit de ses longues jambes fermes pour se redresser et annoncer avec un sourire blanc :
– Bon sur ce, je dois vous laisser, mon cher Jérémie Belpois. Travaillez bien, et mon maître saura vous récompenser. Essayez de vous rebeller, et croyez bien que ce cher programme multi-agent massacrera toute votre charmante fratrie blonde comme il rêve de le faire depuis son ascension au pouvoir.

Belpois ne raccompagna pas Xander, ne le regarda pas partir, n'entendit même pas la voix rauque de Kucsulain demander à son boss le pourquoi du comment, non. Son esprit tout entier analysait en long, en large et en travers la dernière phrase prononcée par Berkeley.
Il ne comprenait tout simplement pas : X.A.N.A. voulait le tuer, mais ne l'avait pas fait. Il voulait le soumettre à sa volonté pour créer des cyborgs. Évidemment, Jérémie avait une idée de ce que le programme voulait faire avec ça, mais son but lui échappait totalement.
Et, comme à chaque fois qu'il bloquait sur un truc, il se leva pour aller attraper une bouteille de vin blanc dans le tiroir de la petite salle à manger qui était contiguë au hall d'entrée, l'ouvrit et le but avidement. L'alcool l'aidait généralement à y voir plus clair.
Malgré tout, après avoir fini la bouteille, puis une deuxième, puis une troisième... jusqu'à ce qu'il n'en reste plus aucune, seule l'incompréhension dominait son esprit embrumé.
X.A.N.A. l'intriguait.
Encore plus qu'auparavant.
Et il ne partirait pas dans l'autre monde sans avoir découvert son secret.
_________________
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Dernière édition par Draynes le Ven 07 Oct 2016 14:14; édité 2 fois
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Lhetho MessagePosté le: Ven 05 Aoû 2016 22:42   Sujet du message: Répondre en citant  
[Frelion]


Inscrit le: 10 Juil 2015
Messages: 70
Localisation: Une chose est sûre, c'est sur Terre !
Trois jours que ton nouveau chapitre est sorti et c'est simplement ce soir que je l'ai terminé. Je t'avoues que j'ai du le lire au fur et à mesure de la journée, quelques paragraphes par ci par là parce que au niveau de la quantité, c'est du costaud !
Bref, ce chapitre 2 nous place un peu plus au centre de l'intrigue autour de Jérémie et X.A.N.A ainsi que du cas William après un premier chapitre qui globalement posait les bases tout en soulevant tout de même de grosses questions.
Dans la première partie qui se concentre sur Samuel, on en apprend un peu plus sur la Prise de Conscience (ça à l'air cool Smile... ou pas). Quant à son maître (y a pas d'autres mots que celui que tu utilises dans ton récit), il se fait neutraliser à la fin par William, qui par la même occasion, réussi à convaincre Samuel. On verra bien s'il revient sur sa décision étant donné qu'il semble hésiter à la fin.
Dans la deuxième partie, on apprend que Steven confie le contenu des missions qu'on lui impose à une personne étrange. Peut-être qu'il y a des magouilles au sein même de l'organisation, je ne sais pas. Le passage reste en effet très ambigu.
Enfin, en ce qui concerne Jérémie, tout tourne autour du questionnement sur les plans de X.A.N.A, qui sont un peu dévoilés à travers le projet des cyborgs.
En conclusion, un chapitre qui offre différentes pistes scénaristiques pour la suite. Les plans de X.A.N.A restent confus et les décisions des autres personnages sont mystérieuses pour certaines. Je te souhaite bon courage pour la suite.

PS: Je reviens vite fait sur un truc.

Citation:
qu'à un vulgaire Aryen de plus ou de moins, ce qui faisait gonfler de fureur Steven


Mon dieu cette phrase. Je ne sais pas si c'est fait exprès, du moins je pense que oui, mais le jeu de mots : Aryen/fureur Surprised

Edit : La politesse avant tout bon dieu, bonne nuit ! Very Happy
_________________
"La politique est un art, l'art de faire le bien quand c'est possible et de faire le mal quand c'est nécessaire" Machiavel
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Ikorih MessagePosté le: Mar 09 Aoû 2016 14:08   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


Inscrit le: 20 Oct 2012
Messages: 1406
Localisation: Sûrement quelque part.
Première lecture hier soir en plein coup de barre et totalement HS.
Deuxième lecture à l'instant, et même là j'ai pas réussi à m'accrocher pour la partie de Jérémie, et j'en ressors quand même avec la migraine. x)
Pour le coup je sais pas si c'est moi ou si le chapitre est vraiment trop long avec trop de persos donc je m'avancerais pas, parce que d'habitude on a tendance à encourager la complexification x). En tout cas on ne peut pas reprocher à ton chapitre de manquer de matière.
Mais putain heureusement que y a la liste...

En termes de personnages, tant qu'on y est : j'aime bien Abraham, et pas vraiment Steven, ce qui m'étonne un peu mais tant pis. J'attends quand même un moment où ils se retrouveront face à face, je suis sûre que ça donnerait quelque chose de rigolo. Razz
Dans ceux que j'aime bien aussi on a Nicolas (dont tout le monde se demande comment il fait pour rester populaire oO) et le Blond, quand bien même ce second n'est encore qu'au stade d'ébauche. Du côté de Nicolas, à mon avis le fait qu'il soit pote avec Eric va contribuer à faire chier Samuel, je dis pourquoi pas. Btw, j'aime bien l'idée de caler une référence à Mme Hertz, les connexions avec le DA et son côté enseignante casse-couilles sont toujours souhaitables. Et puis ça fait au moins un perso qu'on connaît T-T Parce que c'est à partir de la scène de la baston que j'ai pigé que la liste de personnages serait salvatrice...
Au niveau de Samuel et William, le premier a visiblement une famille pleine de fun et quelques tendances suicidaires. Pourquoi pas. Sa maladie va-t-elle se manifester en pleine fic et servir de deadline? Whynaut Mr. Green. Par contre, William m'a l'air soit un peu con, soit très mal renseigné sur le système : normalement il devrait savoir le coup des Officiers et avoir anticipé l'arnaque. Du coup les rebelles viennent de passer pour des boloss...

Point extrêmement cool du chapitre : l'être masqué qui semble diriger une troisième faction, autrement plus efficace et insidieuse que la Fraternité. On ne connaît pas leurs objectifs mais à mon avis ils vendent du rêve. Après tous, une faction avec un chef masqué est forcément super classe. Vivement qu'on les voie un peu plus.
Au niveau des renseignements autres on apprend également l'existence des Sauveurs qui portent à mon avis très mal leur nom (une bande de gros connards? Logique). La Garde je sais plus si on l'avait déjà mentionnée mais elle semble être un organisme à part. Génial, on en avait bien besoin. Entre la Garde, les Protecteurs, les Officiers, les Sauveurs....

Retour rapide sur la prise de conscience, je m'attendais à un truc un peu plus badass mais c'est legit. Après, tu as l'air de vouloir en parler un peu plus dans les prochains chapitres alors pourquoi pas, mais sinon on peut en rester là et que ce soit un élément sans importance...(on note que Samuel a fait une prise de conscience pendant une Prise de Conscience lol).

Je terminerai en disant que le caméo de Trump était marrant, que visiblement le virus X te hantera toujours, que le coup des puces sur les morts me rappelle bizarrement un truc et que j'ai besoin d'une aspirine putain.
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Draynes MessagePosté le: Dim 21 Aoû 2016 13:38   Sujet du message: Répondre en citant  
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Épisode 3 : La Cage aux Folles


ABRAHAM


Quand l'Officier de Probation décida enfin de sortir de son évanouissement et d'ouvrir ses yeux bouffis, il rencontra... le noir. Un noir intégral, qui recouvrait entièrement ses paupières et l'empêchait de voir ne serait-ce que ses pieds lorsqu'il penchait vers le bas sa lourde tête qui le lancinait.
De plus, deux sensations le taraudaient depuis son brusque réveil : la douleur et la honte. La première amenait la seconde dans sa tête légèrement abîmée. Il n'en revenait pas de s'être fait avoir comme cela, par-derrière, et par un lâche par-dessus le marché. Il revoyait encore dans sa tête la tête impassible de cet imbécile de Samuel Helbecque avant que le vase ne s'abatte sur sa dure nuque.
Évidemment, l'image était imprimée sur sa rétine et il ne pouvait que la revoir encore et encore, en attendant que la lumière soit revenue inonder sa vision ou que son horrible mal de crâne ait la délicatesse de s'évaporer le plus rapidement possible.
Soudainement, le colosse s'aperçut de quelque chose qui le mit en rogne : ses bras, pourtant très musculeux, n'arrivaient pas à bouger. Il eut beau exhorter son cerveau de les faire se tordre, rien à faire : ils restait immobiles, comme s'ils étaient retenus. Il essaya pendant quelques secondes le même manège avec ses jambes, pour le même résultat.

Il s'interrompit cependant dans sa besogne de découverte de son environnement lorsque sa précieuse ouïe fit remarquer à un de ses deux hémisphères (il n'avait jamais réussi à retenir lequel traitait les cinq sens) que quelqu'un venait subrepticement de se racler la gorge, à deux mètres de sa position.
Abraham Ford se décida alors à ouvrir sa bouche pour émettre un son et pour s'apercevoir, avec soulagement, que l'organe lui permettant de parler n'était pas entravé :
– Qui est là ?
– Tiens, tu es réveillé. Rétorqua la voix sans chercher à se cacher.
Immédiatement, le rouquin se mit à fouiller dans sa mémoire. Cette intonation, cette sécheresse perceptible ; il connaissait cette voix, mais ne savait plus à qui elle appartenait. Il devait le faire parler, pour qu'il puisse deviner :
– Est-ce que je peux savoir ce que je fais là ?
– Dans un premier temps, rétorqua l'homme avec une voix très grave, on commence par se présenter. Tu es Abraham Ford, l'Officier de Probation de M. Samuel Helbecque, officiant au collège-lycée Kadic. Est-ce correct ?
Un ricanement fut sa seule réponse, et l'interlocuteur prit manifestement cela pour une réponse affirmative, vu qu'il continua :
– Pour ma part, je prends souvent le nom d'un animal, mais je préfère me dire que je suis un carnivore, ce qui n'est pas forcément vrai vu le pseudonyme affublé par mes hommes.
À cette mention, le cerveau d'Abraham se débloqua et il émit avec un ton neutre délibéré :
– Le Poisson Noir. Tu te bats vraiment comme une petite fiotte, si je puis me permettre.
– Et toi, rétorqua William en se plaçant en face de Ford qui frissonna en sentant que la voix se rapprochait, disons que l'honneur fait que tu es trop prévisible. Tu n'es pas assez intelligent pour être fourbe, à ce que je vois.
– Oh si tu savais. Rétorqua l'homme en étirant désespérément ses lèvres pour former un sourire narquois.

Il entendit soudainement un énorme bruit sourd, comme si quelqu'un venait d'ouvrir une porte. Il avait beau essayer de faire son possible pour que ses yeux s'arrachent à leur bâillon, rien n'y faisait : il demeurait aveugle. D'ailleurs, William dut observer sa manœuvre puisqu'il s'empressa de dire avec une satisfaction palpable :
– Ne t'amuse pas à ça, ce nœud est trop bien fait. On te détachera si l'envie nous en prend, et pas avant.
– Arrête de t'amuser avec lui, rétorqua une deuxième voix ferme et directe qui évoquait à Abraham un côté militaire, la Réunion est convoquée pour débattre du sort de ton invité.
À cet instant, Ford comprit subitement et se mit à rétorquer avec platitude :
– Eh bien, si vous voulez me tuer, dépêchez-vous de le faire !
Le bruit d'une porte se refermant lui répondit et il pensa subitement qu'il était seul avec lui-même, jusqu'à ce qu'il entende un bruit de chaise racler le sol de l'endroit où il se trouvait, qui devait sûrement être une cellule... ou une chambre dans un hôtel 5 étoiles, il pouvait tout imaginer dans sa situation actuelle.
Quand le bruit strident s'arrêta pour se placer à un endroit précis de la pièce, il réprima vivement un frisson pour ne pas laisser croire à son interlocuteur, que ce soit le Poisson Noir ou l'autre, qu'il avait peur, ce qui n'était évidemment pas le cas. Enfin, il l'espérait, pour sa propre santé mentale.
Un soupir résonna dans son esprit et la voix de Dunbar se mit à parler sans lui laisser le temps, ni de répondre, ni même de pleinement comprendre les informations :
– Tu sais, c'est moi qui aie insisté pour que tu te trouves ici, et pas au fond d'un caniveau. Samuel m'a raconté ton histoire avec ce dénommé Joe dans la voiture, et c'est pourquoi tu es là. Contrairement à n'importe quel abruti du régime, tu as aidé quelqu'un. C'est très étrange et inattendu venant d'un gros tas roux comme toi, mais bon. Tu pourrais nous être utile. Tu es puissant, contrôlable, tu veux aider ton prochain. Abraham Ford, bordel de merde, réfléchis à ta situation et choisis !
– J'ai déjà choisi depuis que je me suis réveillé, rétorqua l'Officier en dardant son regard momentanément aveuglé vers la position probable de son adversaire, je n'ai qu'une envie, c'est de t'exploser la tronche jusqu'à ton décès, juste par revanche.

Le Poisson Noir soupira de nouveau avec... déception ? Compréhension ? Haine ? Abraham ne comprenait pas ce qui ressortait de ce soupir en tant que sentiment, et cela augmentait encore plus son incompréhension de cet étrange personnage.
Le bruit lourd de la porte qui s'ouvrait lui fit comprendre que son interlocuteur allait s'en aller, et il n'ouvrit pas la bouche : libre à lui de s'en aller, il n'en avait rien à cirer.
Cependant, William Dunbar émit une dernière phrase qui chamboula l'esprit solidement constitué de Ford :
– Au fait, le Magistère a ordonné qu'on te retire ta puce de géo-localisation collée sur ta colonne vertébrale. Ça a été compliqué, mais on a réussi à l'enlever sans te rendre paraplégique, remercie-nous pour ça. Maintenant, le régime de ce salaud de Xander ne peut plus te tracer. Dis-nous merci, un peu.
Le remerciement ne vint pas et, de toute manière, le résistant était déjà parti quand l'idée se formula dans la tête du prisonnier.
Une fois seul, son premier réflexe fut de se tordre dans tous les sens pour tenter de s'échapper, mais rien ne faisait trembler le matériau sur lequel il était attaché : pas de chaise à bascule donc. Il se doutait bien qu'il s'agissait d'une forme obscure de torture mentale, du fait qu'il épuisait son cerveau en tentant de comprendre où il se trouvait, en particulier.
Mais surtout, la dernière phrase lui avait fait comprendre que William Dunbar venait encore une fois de gagner.
Il ne savait pas si cette histoire de géo-localisation était vraie, mais le Poisson Noir avait réussi à distiller dans son esprit relativement formaté un sentiment qu'il avait oublié depuis longtemps, et qui était le seul permettant de comprendre les choses.
Le doute.
Pour la première fois de sa longue vie, depuis que le régime était arrivé, il doutait de ce dernier.

Abraham s'était toujours raccroché à l'idée que les rebelles étaient aussi pourris que le régime, et il se rangeait toujours dans le camp du plus fort.
Cependant, à cet instant, tout dans sa tête était soumis à une longue partie de chamboule-tout. Il ne savait plus qui était le plus fort, le plus pourri, le plus faible, le plus honnête.
Tout cela l'énervait prodigieusement et il se décida donc à fermer les yeux, même si cela ne changeait évidemment rien à la situation physique.
Mais cela lui permettait de se concentrer plus sa réflexion.
Car il allait foutrement en avoir besoin, de se concerter mentalement sur sa situation légèrement problématique. Après tout, absolument n'importe quoi pouvait lui arriver dans cet endroit.
Et il voulait surtout être prêt mentalement à tout assumer, tout combattre avec la même neutralité que d'habitude.
Ce qui n'était, forcément, pas du tout le cas à cet instant.
Et ça l'énervait.
Prodigieusement.


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SAMUEL


Encore une fois, sa première réflexion mentale fut « Mais bordel, où est-ce que je suis tombé ? ». Ses yeux verts passablement fatigués naviguaient d'un fauteuil noir à un autre, de la personne qui l'occupait à son voisin avant de s'enfoncer dans la contemplation du plafond entièrement composé de carreaux gris rectangulaires.
Ensuite, son attention se focalisait sur le design très sommaire de la grande pièce où les chefs de la Fraternité ont décidé de l'emmener pour débattre : une table en métal toute en longueur avec trois fauteuils de bureaux noirs situées sur le côté droit qui faisaient face, à intervalles réguliers, avec trois chaises blanches assez classiques.
Enfin, il observait qu'il était assis depuis des heures en bout de table, sur un siège classique aussi gris que le grès naturel, et que les cinq personnes assises autour de la table ne prêtaient pas plus d'attention à lui qu'aux arguments de leurs compères.

Ils étaient d'ailleurs tous différents : le seul qu'il connaissait, à savoir le Poisson Noir, se tenait sur le plus proche des fauteuils noirs et se contentait de rester les bras croisés, en ouvrant la bouche une ou deux fois pour donner son point de vue, tout en fixant la chaise blanche étrangement vide en face de lui.
À ses côtés se tenait Lionel Igen, qui s'était présenté comme le bras droit et principal conseiller du mystérieux Magistère, qui n'avait pas l'air d'être présent. Il restait étonnamment droit comme un hic et il n'avait pas une seule fois élevé la voix : Samuel se demandait presque s'il n'était pas muet. De plus, ses yeux bleus azurs naviguaient d'un siège à l'autre sans afficher la moindre émotion et sa chevelure blonde vénitienne finissait en une frange qui retombait sur son front et masquait une partie de ses sourcils, lui donnant un air sournois assez désagréable.
En face du muet, se dressait l'incompréhension : Helbecque ne comprenait pas ce qu'il faisait là. Il avait lu tous les livres de Cédric Yvantal et avait toujours trouvé ça prétentieux et insupportable, mais l'auteur ressemblait à une simple statue. Aucune expression ne figurait sur son visage figé, et ses yeux noirs se perdaient dans le néant. Il parlait avec un ton morne et personne autour de la table ne semblait ne serait-ce que remarquer sa présence. Ses cheveux noirs d'ébène étaient certes impeccablement coiffés, mais ça aurait été un cyborg que Samuel n'aurait pas remarqué la différence.
Heureusement pour l'ambiance globale, l'homme situé sur le dernier fauteuil noir était beaucoup plus énergique : dès que le bien-nommé Obéron Rider lui avait serré la main avec une fermeté inédite, il avait compris, ce qui sera confirmé par William Dunbar, qu'il était à la charge des troupes. Il avait tout bonnement un crâne chauve comme un poux, un visage dur et fermé ainsi que des yeux d'une couleur orangée assez étrange comme s'il portait des lentilles. Il semblait d'ailleurs être remonté contre lui et son collègue poisson, vu qu'il ne cessait de les dévisager du regard ou de tendre la main dans leur direction.
Enfin, son interlocutrice, de son nom complet Vanessa Idolato, tapait ses doigts soigneusement manucurés sur la table, comme si elle attendait quelque chose, avec un air d'ennui profond plaqué sur son visage. Elle avait un visage un peu boulotté et une peau noire très foncée, qui allait de pair avec ses cheveux bruns noisettes et ses yeux étrangement verts pommes. Selon Dunbar, elle était généralement très franche, mais semblait là attendre, comme eux tous.

Enfin, son attente fut interrompue sèchement lorsque Lionel plaqua sa paume contre la table, ce qui provoqua un bruit sourd, et annonça avec une voix de ténor très surprenante :
– Vous avez eu le temps de débattre, mais voici l'heure de la concertation. Le Magistère est réveillé et va maintenant se joindre à nous, pour entendre nos avis !
Immédiatement, le silence se fit et Igen se leva souplement pour se diriger vers une petite porte dérobée située derrière William, que le professeur pensait être l'entrée des cabinets depuis son arrivée ici. Cependant, l'aperçu qu'il eut subrepticement de l'intérieur de la pièce lui évoqua plus une chambre.
Et ce qui en sortit le fit légèrement douter de la force de cette Fraternité : le fameux Magistère que tout le monde semblait aduler n'était juste qu'un vieillard affalé sur l'épaule de Lionel qui s'était placé à ses côtés. Il semblait sénile et terriblement affaibli, ses cheveux blancs se dispersaient dans tous les sens sans aucune discipline et ses yeux étaient étrangement constitués. Les pupilles étaient d'un bleu pâle très inquiétant et il regardait partout sans sembler voir la moindre chose. La conclusion apparut dans l'esprit de Samuel quand le mystérieux chef se fit guider par Igen : le vieil homme était aveugle et n'avait pas l'air de chercher à s'en cacher.
Une fois que le vieillard fut confortablement installé sur sa chaise et que Lionel soit parti se réinstaller un peu plus loin, la tête bizarrement articulée du Magistère se tourna vers Helbecque difficilement avant qu'une voix fatiguée ne sorte des lèvres de l'homme :
– M. Helbecque, permettez-moi d'excuser la manière peu orthodoxe avec laquelle M. Dunbar vous a approché. J'aurais voulu y aller moi-même, mais ma condition physique est telle que je ne puis, pour l'instant, me déplacer à ma guise. Mais je ne me suis pas présenté : on m'appelle le Magistère, mais je suis en réalité Clay Julius Matissard.

La mention de ce nom fit tilter Samuel et il recula vivement son siège en rétorquant avec peur :
– Mais vous êtes un des trois milliardaires à avoir financé Xander Berkeley !
– J'étais, rectifia l'homme en rabattant sa tête sur son dossier de fatigue, mais j'ai ensuite pris conscience que ce que j'avais fait allait conduire le pays à sa perte. J'ai donc quitté le régime, me suis fait passer pour mort en abandonnant toute ma fortune et suis revenu créer ma plus grande œuvre : la Fraternité. Mais, avant d'entrer dans les détails, je présume qu'il est de mon devoir de laisser parler mes collègues.
Une fois que le vieil homme se fut tu, ses yeux aveugles se dardèrent sur William, qui prit immédiatement la parole avec un ton empreint de respect, mais néanmoins dur :
– J'ai eu l'occasion, comme vous le devinez, de faire plus ample connaissance avec la personne que vous souhaiteriez intégrer. Mais je pense que vous devez prendre votre mal en patience : Samuel Helbecque n'est pas encore prêt, voire ne le sera jamais. Il est différent, mais en même temps tellement proche de Jonas que je ne peux pas encore me prononcer. Je prononcerais un vote blanc.
Cette notion de vote fit tilter Samuel qui s'apprêta à parler, mais un regard sec de William le fit taire et il se contenta d'écouter sans vraiment prêter attention les paroles de Cédric :
– Nous ne le connaissons pas. Il me semble complètement irraisonnable d'intégrer un nouveau qui pourrait nous trahir à la moindre occasion. Je vote contre son intégration à la Fraternité.
En entendant cela, la colère gronda dans l'esprit de Helbecque, mais il se força à la garder en lui pendant que Lionel parlait avec sa fabuleuse voix de ténor :
– Vous omettez une chose très importante : c'est un civil, non formé aux arts de combat certes, mais nous avons un formateur. S'il se révèle aussi précieux et fort que Jonas, il ne faut pas le laisser passer. Je vote pour, en accord avec l'avis probable de M. Matissard.
S'étant attendu à ce que le blond l'envoie balader, Samuel haussa un sourcil intrigué, mais écouta cette fois-ci avec attention la parole de Vanessa :
– Il y a trop de risque à le prendre parmi nous. Je vous rejoins tous sur un point : Jonas manque cruellement à cette organisation et il nous faut absolument un remplaçant... mais son frère est à la fois trop logique et trop couillu. Non, définitivement, je préfère voter contre par sécurité.
Elle jeta un regard en biais au concerné, mais ce dernier fixait plutôt le crâne chauve de Obéron, sur lequel le regard aveugle de Clay Julius était aussi fixé. Ce dernier soupira et, tout en se passant la main devant les yeux par nervosité, se contenta de dire :
– N'importe qui est bon à prendre, tant qu'il est bien formé. Et coup de bol : c'est moi qui est chargé de m'en occuper. Je pourrais voter pour ou neutre ou contre, mais bon... Le pour est pour moi la bonne solution.

Seul restait l'avis du chef de l'organisation, ce fameux vieillard. Samuel s'en défiait, de même qu'il se méfiait de tout le monde, mais il ne pouvait pas pour autant ne pas reconnaître que le Magistère savait faire durer le suspense. C'est ainsi qu'après quelques secondes à se lécher des lèvres gercées par l'âge, il rétorqua calmement :
– Je préfère l'option de la neutralité, comme notre cher Poisson Noir. J'ai voulu te rencontrer pour te jauger et M. Dunbar m'a parfaitement fait comprendre que toi seul peut décider si, oui ou non, tu vas combattre pour le régime ou l'embrasser à pleines dents.
Le silence se mit à régner et le professeur d'histoire-géographie mit un certain temps à se rendre compte que tout le monde le fixait, mais un seul de ses regards comptait à ses yeux : le seul qui ne pouvait pas le voir. Après tout, seul le chef pourrait approuver sa décision, qui était la plus logique à prendre à cet instant précis.
Depuis qu'il avait choisi de ne pas tenter de poignarder le Poisson Noir, il ne pouvait s'empêcher de douter. Pas de son choix, mais de lui-même. Serait-il capable de tuer, de s'opposer ? N'était-il pas qu'un vulgaire mouton de plus ? Fallait-il leur révéler au sujet de la maladie ? Toutes ces questions se bousculaient dans son petit cervelas et cela commençait à l'exaspérer. C'est pourquoi il répliqua, avec un ton beaucoup plus hargneux qu'il ne le pensait en formulant la phrase :
– Je ne peux pas choisir tout de suite, ok ! Vous venez juste de m'introduire dans un monde parallèle et vous vous attendez à ce que j'embrasse un des deux putains de causes ! Vous ne pensez pas que je veux juste vivre normalement ? Ou pas après tout... Enfin bref, j'ai besoin de réfléchir sans pression inutile.

En entendant cette dernière phrase, le visage de Dunbar se figea et il serra les poings. À l'inverse, celui de Matissard s'éclaira d'un sourire qui devait lui être douloureux et annonça tout en posant une main aveuglément sur la table :
– Vous savez, je comprends parfaitement votre point de vue et vous avez tout le temps nécessaire pour réfléchir à notre offre. Je voudrais simplement, avant que vous ne partiez, vous expliquer ce qui est arrivé à Jonas. Vous êtes son frère, ça doit forcément vous tarauder l'esprit.
– Non non, répliqua immédiatement Helbecque en se passant une main sur le front, je vous remercie pour cette proposition, mais là je veux juste... rentrer chez moi, aller manger mon bol de céréale et aller me coucher pour être en forme demain pour mon premier cours de la journée. Je n'ai pas envie de me mettre en plus à m'inquiéter pour lui. Vous me raconterez l'histoire une autre fois, quand nous nous reverrons.
La phrase arracha au visage peuplé de rides de Matissard un rictus gagnant avant qu'il ne dise avec calme :
– Très bien, ce n'est pas grave. Après tout, si la vérité ne vous sied pas tout de suite, vous l'aurez une autre fois. M. Dunbar va vous raccompagner, avec malheureusement toujours ce regrettable bandeau. J'espère que vous comprenez pourquoi nous prenons autant de précautions. Ah, et si vous voulez qu'on accomplisse quelque chose pour vous, pour vous inciter à poursuivre notre collaboration, dites-nous et nous le ferons.

Ce qui sortit de la bouche de Samuel l'étonna lui-même ainsi que la Réunion, et le hanta même pendant que William le guidait dans les couloirs du repère secret, même quand il fut arrivé dans le VTR programmé pour le ramener devant son immeuble, même et surtout quand il fut tranquillement allongé dans son lit.
La phrase était tout simplement « Relâchez Abraham Ford. »


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NIKOLAJ


Lorsque le milliardaire eut terminé de manger son repas, à savoir un poisson au curry accompagné d'ormeau, de crabe, de caviar, d'un homard dont la coquille était plaquée d'un or comestible, de truffes blanches, de morilles et de riz parfumé au safran, il prit le temps de contempler sa petite maisonnée.
Il n'avait jamais eu de manières très gracieuses, c'est ainsi qu'il prit rapidement la bouteille de whisky de la marque Isabella's Islay qu'il avait payé la modique somme de 6,2 millions d'euros et la consomma d'un trait au goulot. Ses yeux noisettes faisaient pour la énième fois le tour de la salle, qui puait le luxe : vaisselle plaquée argent, couverts plaqués or, des tapisseries recouvertes de décorations sublimes et hors de prix, de vraies armures vides placées aux quatre coins de la salle ayant coûtées une fortune... Nikolaj Coster-Waldau n'avait jamais fait les choses à moitié et il n'allait pas commencer maintenant qu'il faisait partie des gens les plus puissants de France, voire du monde.
De plus, il était en plein cœur du repas traditionnel, regroupant toute la famille disponible, et il se devait de mettre le paquet. Cependant, ce coup-ci, il était déçu : Lena et Aidan avaient réfuté l'invitation, son ex-femme travaillait trop pour venir et Sophie...
Il étouffa un soupir en pensant à sa seconde fille disparue et se contenta de détailler du regard le menu fretin, ceux qui avaient accepté contre toute attente de se joindre à lui, et ce sans daigner dire un mot.

Le premier d'entre eux, le seul homme à être présent avec lui, était occupé à tenter de mâchouiller son repas d'orfèvre sans se casser une des dernières dents qui lui restait. Nikolaj se demandait encore, à vrai dire, comment ce vieux crevard de Walder Bradley pouvait bien être son grand-oncle. Il était très fort en longévité, le bougre, puisqu'il allait bientôt atteindre la quatre-vingtième année d'existence. Un front tellement ridé qu'on aurait dit qu'il fondait littéralement, des yeux noirs-gris recroquevillés dans leurs orbites, des cheveux bruns par dizaines auréolés de petits cheveux blancs par centaines : la définition du monstre, du vieil homme selon Coster-Waldau.
Heureusement, la fille assise en face de son grand-oncle était bien plus désirable. Rosabell Laurenti Sellers n'avait que dix-neuf ans et était la meilleure amie de Maisie, mais le trentenaire s'était déjà surpris plusieurs fois à laisser ses yeux se poser sur ses fesses bien proportionnées, ainsi que sur ses seins de taille moyenne. Elle avait de fortes hanches, un air passablement maussade, des cheveux noirs d'ébène lui arrivant sur la nuque et des yeux gris curieux se promenant partout.
Enfin arrivait la crème de la crème, la fille parfaite selon Nikolaj, ce qui était logique étant donné sa condition de fille adoptive : Maisie Williams. À seulement seize ans, la petite avait déjà un corps de femme, des cheveux bruns admirablement coiffés lui arrivant là aussi au niveau de la nuque, des yeux marrons somptueux et un sourire qui ferait chavirer le cœur de n'importe quel adolescent assez fou pour oser l'approcher. Son père était aux aguets et, de toute manière, l'adolescente avait toujours su se défendre contre les avances.

Soudainement, cette dernière se leva et tapota avec sa cuillère sur son vin. Nikolaj, surpris, laissa la fille faire ce qu'il lui avait appris depuis sa tendre enfance pour entamer une discussion et la laissa parler :
– Je m'adresse à toi, Papa. Rosabell que voici souhaiterait partir en Espagne pour se marier et je souhaiterais l'accompagner. Je n'ai que seize ans, et je voudrais me libérer un peu de mes responsabilités, si tu veux bien me l'accorder.
– Et qui est l'heureux élu ? Demanda avec une voix intéressée le vieux Walder, qui aurait sûrement adoré emmener la donzelle dans son lit.
La petite se mordit soudainement les lèvres et son père adoptif saisit instantanément qu'il y avait anguille sous roche concernant cette idée de mariage : elle craignait visiblement la réaction de ses aînés. Rosabell, de son côté, demeura silencieuse pendant une seconde avant d'énoncer d'une voix forte :
– Pas « il », mais « elle ».
Cela suffit au grand-oncle pour perdre son sourire et cracher à la face de la jeune femme, qui restait impassible :
– Alors comme ça, il y a une gouine dans notre Maison. Tu sais qu'il suffit que je dénonce ta tare à Xander pour qu'il te répudie et te fasse exécuter ?
– C'est bien pour ça, répliqua Maisie avant que Nikolaj n'ait pu ouvrir la bouche, qu'elle part se marier en Espagne et qu'elle ne reviendra sûrement pas tout de suite. Pour éviter les insultes de ce genre.
– Et toi tu la soutiens, cracha Bradley avec un ton morne et insultant, ça se voit que tu n'es qu'une petite imbécile recueillie par un riche au trop grand cœur. Tu es la honte de cette famille, tu le sais ça !
Le poing du chef de famille s'abattit sur la table et son ton se fit plus menaçant :
– Walder, si tu t'avises encore une fois d'insulter ma fille, je te promets que tu ne seras plus capable de manger autre chose que de la soupe pendant les trois prochains jours.
Loin de prendre au sérieux la menace, le grand-oncle éclata d'un rire gras et se leva doucement de table en se tenant le dos, avant de dire en pointant un doigt tremblant dans la direction de Rosabell :
– Tu sais, encore quelques jours et je te précipitais dans mon pieu. Tu as eu de la chance que je n'ai pas découvert que tu étais saphique, sinon j'aurais pas hésité à te jeter du haut du building et faire croire que c'était un accident... Après tout, une malade de plus ou de moins dans ce monde, ce n'est pas forcément un mal !
Cependant, avant que Nikolaj n'ait pu se lever pour aller lui mettre une bonne paire de baffes, le vieillard était déjà ressorti en boitillant, laissant une Rosabell relativement blême aux côtés de Maisie qui tentait visiblement tant bien que mal de faire accepter à son amie les paroles immondes et homophobes de l'aînée.

Quand le regard de sa fille croisa le sien, il se contenta de faire un hochement de tête affirmatif pour conclure l'affaire, avant de laisser les deux femmes ensemble et de se diriger vers la porte empruntée par Bradley. Il fit craquer ses doigts et les posa sur la poignée, mais il étouffa un juron quand elle s'ouvrit brusquement devant lui pour laisser entrer Aidan Gillen, avec son éternel sourire de mulot.
Ses yeux gris aux reflets pourpres se dardèrent dans ceux de son beau-père et il commença avec une joie palpable :
– Eh salut Nikolaj ! C'est bien, c'est exactement à toi que je désirais parler. Ça te dérange qu'on parle en privé ?
Un simple regard en arrière lui fit remarquer que Rosabell et Maisie s'étaient éclipsés et il haussa les épaules. Gillen esquissa un petit rictus satisfait et alla s'asseoir sur une des chaises du dîner, tout en commençant :
– J'ai eu une discussion fort intéressante avec Steven, hier. Il m'a indiqué subrepticement qu'un des Intendants fournirait des informations à la Fraternité pour faire tomber le régime. Et...
– Ce n'est pas moi que ça intéresse, coupa Coster-Waldau avec un ton énervé, ce que je veux savoir, c'est l'avancée de tes recherches sur ma fille !
L'homme, qui allait continuer à parler, fit un bruit de bouche agacé, noua ses mains sous son menton négligemment, puis expliqua avec une voix calme :
– J'ai demandé partout autour de moi, j'ai même dû corrompre des Protecteurs pour avoir des informations... avant de les faire exécuter, puisqu'ils étaient censés m'obéir aveuglément, mais là n'est pas la question. Bref, je suis au regret de t'apprendre que Sophie Coster-Waldau a complètement disparu des écrans radars.
Soudainement énervé, le père ouvrit la bouche, mais Aidan le coupa en levant la main et en indiquant :
– Avant que tu n'en parles, j'ai aussi cherché avec le nom de ton ex, celui de ta fille adoptive, le mien, celui de n'importe quelle personne qu'elle aurait pu connaître... Rien du tout. Je suis désolé.
– Retourne travailler et continue à chercher, énonça avec une relative froideur Nikolaj, on doit la trouver !
– Il faut que tu te fasses à l'idée, répliqua le beau-fils avec une voix sourde qui donna un coup de poing mental au milliardaire, que ta fille est morte et enterrée.
Le père éploré se leva brusquement et darda un regard noisette furieux sur Gillen, mais l'homme se contenta de sourire narquoisement et de s'en aller tout en disant comme dernière parole :
– Au fait, ta première fille est avec moi, ta deuxième est portée disparue... Ne gâche pas ta troisième en la laissant être amie avec une dégénérée.

Une fois qu'il fut parti, le seul marmonnement qui sortit de la bouche de l'homme pour expier sa colère fut simplement « Putain, ce dîner avait si bien commencé pourtant. »
Il avait fallu que Rosabell soit lesbienne, que Walder soit un vieux con, qu'Aidan soit un incompétent notoire. Heureusement, sa dernière vraie fille avait été parfaite, comme toujours. À des moments, Nikolaj se félicitait de l'avoir enfanté, avant de se rappeler avec brusquerie que ce n'était pas le cas du tout.
En tendant son bras pour attraper une bouteille de whisky à 6,2 millions et en l'attrapant avec l'autre main pour avaler goulûment le liquide si délicieux, il se rassura en se disant que la journée ne pouvait pas se terminer avec des nouvelles pires que ça.
C'était sans compter sur la voix de femme, qui venait d'entrer dans le salon, et qui énonça avec un ton énervé :
– Xander sait pour Sophie. Et pour Lena. Mais il s'en fout. Il ne fait rien.
Abasourdi, le milliardaire blond se retourna pour faire face à son ex-femme, Michelle Fairlay. Il avait un jour désiré ses longs cheveux auburn lui arrivant au milieu du dos, ses yeux gris aimants et sa poitrine si développée, mais aujourd'hui tout cela ne lui inspirait plus que... indifférence. Il avait trouvé mieux.
Cependant, son esprit parla de lui-même en répondant aux propos de cette dernière :
– Qu'est-ce que tu veux dire ?
– Il sait ce que tu as fait pour nos deux filles. Mais il ne fait rien pour t'arrêter, pour t'empêcher de faire la même chose à la troisième. Il est aussi pourri que toi.
– Et qu'est-ce que tu comptes faire pour m'en empêcher ? Rétorqua calmement l'ex-mari.
– J'aime Maisie comme si c'était ma propre fille, répliqua avec un ton doucereux la femme, et si tu t'avises de lui faire la même chose qu'aux deux autres, je te tue.

Au départ, le milliardaire ne répondit pas et se contenta de poser avec délicatesse sa bouteille de whisky hors de prix sur la table. Il était en train seulement de digérer l'information et s'apercevoir qu'elle avait menacé de le tuer. Il ne pouvait pas laisser passer cela.
C'est ainsi qu'il rétorqua très calmement tout en tapotant les doigts de sa main droite nerveusement sur cette damnée table :
– Tu te rends compte de ce que tu viens de dire ? Je pourrais te dénoncer tout de suite...
– Mais tu n'en feras rien, coupa Michelle avec un petit rictus narquois, parce que même si Xander s'en contrefout, je ne pense pas que l’entièreté des services soient au courant de tes petits arrangements. Ils ne feront rien pour m'empêcher de faire ce qui me taraude depuis quelques temps, si je leur raconte la vérité.
L'homme se retourna subitement pour reprendre sa foutue bouteille et la fit nonchalamment rouler de gauche à droite, puis de droite à gauche. Il se sentait absorbé par ce mouvement qui allait tantôt un peu plus vite, puis bien plus lentement. Cela lui permettait de s'évader quand il était seul... mais il ne l'était pas. C'est ainsi qu'il conclut, de son côté, la discussion en énonçant une simple question :
– Si tu me détestes tant, pourquoi tu ne m'envoies pas croupir en enfer sur le champ ?
– Je n'ai jamais dit que je te détestais, éluda avec un geste désintéressé de la main la rousse, mais que je prendrais sur moi pour t'empêcher de faire du mal à ta troisième gosse, ce n'est pas foncièrement la même chose.
– Eh bien bonne chance, se contenta de dire Coster-Waldau sans daigner la regarder, tu ne seras pas la première, ni le dernière à essayer de me tuer.

Une fois qu'il eut terminé, il entendit les pas de son ex-femme et comprit qu'elle se dirigeait vers la sortie. Il étouffa un petit sourire et recommença à jouer avec sa bouteille. C'était une des caractéristiques qu'il aimait chez lui : il arrivait à se désintéresser des gens très facilement et surtout, sans que ces derniers ne puissent le prévoir. Seule sa famille arrivait à voir quand il fallait le laisser en paix et là, Fairlay avait choisi le moment propice.
Si Nikolaj ne se retenait pas, il aurait déjà mis la bonne femme à terre pour l'empêcher de proférer ses horribles mensonges et ragots de gouttières. Il savait pertinemment que cela ne se faisait pas de frapper des femmes, mais il n'en avait cure. Après tout, elles pouvaient parfaitement l'agresser, voire le tuer alors pourquoi se gênerait-il pour leur octroyer un traitement de faveur ?
Un brusque mouvement de la main fit s'écraser sa bouteille jouet sur le sol dallé de sa grande salle de repas et il se prit la tête dans les mains : lui qui pensait que tout allait bien se passer, pour une fois... Eh bien, il s'était foutrement trompé.
Heureusement pour lui, il était temps d'aller au pieu et en terminer avec cette journée éreintante.
En espérant évidemment que la suivante serait plus reposante.
Telle fut la dernière pensée de Nikolaj Coster-Waldau en sortant de la salle, qu'il laissait au soin de ses domestiques, pour se diriger vers sa coquette et douillette chambre.


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JÉRÉMIE


Ses doigts tapotaient sur le clavier à intervalles réguliers, certes, mais à une vitesse suffisamment élevée pour que certains de ses collègues soient incapables de tenir le rythme. La nuit était déjà tombée depuis plus d'une heure, mais il continuait à travailler et ce, inlassablement.
Il s'en félicitait intérieurement, de même qu'il se félicitait du respect qu'il inspirait à ses collègues : il s'investissait à fond dans son travail, tentait de proposer de nouvelles théories cérébrales, codait le mécanisme d'activation des cyborgs... Il était partout à la fois, et tout cela faisait qu'il se sentait relativement tranquille.
Mais Jérémie Belpois ne pouvait s'empêcher de passer ses journées à user de sa paranoïa à l'extrême : le moindre regard de travers de Jude, le moindre sourire un peu trop gros de Stellan le faisait frissonner et il se recentrait derechef sur sa tâche de l'instant. La menace claire de X.A.N.A. par l'intermédiaire de son vassal s'était frayé un chemin dans la cervelle du génie et était sur de ne pas en sortir. Mais ce n'était pas la seule chose qui taraudait Jérémie : les interrogations également promettaient de ne pas sortir de son esprit tant qu'elles ne seraient pas résolues. La première, et la plus importante selon Belpois, c'était de découvrir l'objectif final de son virus d'ennemi. Et cela passait évidemment par découvrir ce qu'il y avait derrière ce foutu et mystérieux escalier.
Se désintéressant un peu de son engin, il bascula en arrière sur son fauteuil en faisant craquer ses vertèbres et jeta un coup d’œil alentour : ils n'étaient que deux dans la vaste pièce. Lui et le gus Alfie Allen. Le scientifique se méfiait vraiment de son supérieur, de son sourire hypocrite, de ses cheveux bruns impeccablement coiffés... mais il avait besoin de lui à cet instant précis.

En élevant la voix, il demanda d'une voix rauque et étonnamment fatiguée :
– Dis Tlaloc, je peux te poser une question ?
Le chef de service releva la tête et haussa les épaules avec un air intrigué, ce qui poussa son subordonné à continuer :
– L'escalier qu'il y a au milieu du couloir menant aux chambres, tu sais ce qu'il y a au bout ?
– Eh bien, soupira l'homme en se redressant imperceptiblement, je n'en ai foutrement aucune idée. À vrai dire, si le Patron ne juge pas nécessaire de me le dire, je ne pose pas de questions.
– Je vois le genre. Marmonna Belpois dans sa barbe avant de se lever pour se diriger vers la sortie.
Cependant, la main étonnamment ferme d'Alfie se posa sur son épaule et il énonça avec une voix basse et très sérieuse :
– Arrête de fouiner. Ce n'est qu'un simple conseil, mais tu ferais mieux de le suivre. Il ne t'arrivera que des problèmes si tu continues comme ça.
Avant que le blondinet eut pu se dire qu'il venait d'halluciner cette phrase, l'homme reprit son sourire hypocrite que Jérémie détestait tant et se contenta de lui faire un signe amical de la main en le laissant se diriger vers la sortie.
Très étonné, Belpois se dirigea ainsi parmi tous les couloirs : ce véritable labyrinthe de couloirs dans un ancien complexe hospitalier, il le connaissait parfaitement désormais. Et il se souvenait surtout de l'endroit où il souhaitait se rendre actuellement.
Un couloir. Qui ressemblait à tous les autres. Si on exceptait la porte grande ouverte qui amenait sur le noir intégral.
Et surtout l'homme qui se tenait devant.

Jérémie aurait dû s'y attendre, mais le grognement de frustration lui échappa malgré tout. Les yeux ambrés de Steven se détachèrent du noir vers lequel le génie rêvait de s'enfoncer, se posèrent sur lui et un sourire se dessina sur son visage malsain :
– Tiens, mais voilà le chef de la fratrie. Qu'est-ce que vous faîtes, aussi tard, dans les couloirs ?
– Je me rendais à mon appartement, figurez-vous. Répliqua Jérémie en se rendant parfaitement compte que son interlocuteur ne gobait point son histoire.
– Oh, répliqua le Sauveur en s'avançant, ce ne serait pas plutôt une tentative éhontée de gravir une fois de plus cet escalier, malgré ma recommandation expresse de vous en éloigner.
Le blond à lunettes ne répliqua pas, mais Ogg n'en avait visiblement pas fini avec lui et il continua, tout en continuant à s'avancer :
– Tu sais, j'ai réussi à trouver ton aîné sans la moindre difficulté, donc je pense que je peux te faire une promesse.
Arrivé à quelques centimètres du génie qui se mit à frissonner et à avoir une sueur froide, il conclut sa diatribe avec un ton sec, mais surtout joyeux :
– Si tu t'avises de continuer à nous provoquer, je ne te tuerais pas. En tout cas, pas de suite. Mais je peux t'assurer que je me ferais une joie de détruire le cœur de ton fils et le ventre de ta petite dernière à coup de poignard, avant d'égorger ta somptueuse femme sous tes yeux. Et seulement après, je t'autoriserai à fermer une dernière fois les yeux.
Le Sauveur s'arrêta de parler pendant quelques secondes pour que son interlocuteur puisse enregistrer cette information, et c'est quand il le vit serrer les poings qu'il soupira et s'en alla dans la direction opposé en disant, avec un petite geste de la main ironique :
– Allez, va te coucher. Je te souhaite un joyeux sommeil sans rêves.
En voyant que Steven Ogg se dirigeait dans la direction des chambres, Jérémie n'hésita pas : il se lança à sa poursuite. Il se doutait que l'homme n'était pas du genre à faire des menaces en l'air et qu'il pourrait parfaitement l'appliquer de suite, si cela lui chantait.

Cependant, un soupir de soulagement l'envahit lorsqu'il arriva devant la porte de son appartement et qu'il s'aperçut que l'homme qui venait de le menacer se contentait d'attendre devant et de fixer quelque chose sans bouger. L'immobilité du Sauveur le rendait proprement mal à l'aise et il ne redevint véritablement lui-même que quand il le vit s'éclipser avec une rapidité surprenante en rangeant l'objet de son intérêt dans sa poche.
Soudainement, son esprit remarqua qu'il partait complètement à l'opposé de ce mystérieux couloir. Sa curiosité recommença à l'habiter pendant qu'il ouvrait la porte de son appartement, pendant qu'il posait ses lunettes sur la table de la petite salle à manger, pendant qu'il observait sans mot dire Lloyd et sa femme se parler gaiement.
Cependant, son beau-frère darda un temps ses yeux verts sur lui et énonça avec son habituel ton amusé :
– Qu'est-ce qui t'arrive encore ? T'es encore parti dans tes réflexions ou tu t'imagines faire partie d'une organisation secrète s'appelant « Le Cercle » ?
– La ferme Lloyd, gronda le blondinet en regrettant de lui avoir un jour parlé de ce rêve débile, je repense juste à ce foutu escalier.
Eva eut beau soupirer et ouvrir la bouche, la curiosité de Skinner était piquée et il se contenta de se pencher pour demander :
– Et donc ?
– Oh, répondit Belpois avec un petit sourire ironique et un signe blasé de la main, ce foutu Steven a encore menacé de massacrer toute cette famille et Alfie lui-même ne sait pas ce qu'il y a en haut.
Lloyd se rabattit en arrière en caressant ses cheveux blonds et en faisant semblant de toucher sa barbe inexistante. À cet instant précis, Jérémie commença à se dire qu'ils pensaient tous les deux la même chose. La menace de Ogg s'était rangée dans un coin de son cerveau et continuait à l'obséder, mais il était tourné vers le futur.
Malheureusement, Eva avait manifestement deviné l'intention de son frère puisqu'elle lui lança au visage avec une violence inopinée :
– Il est hors de question que vous y retourniez ! Ce malade a déjà réussi à trouver mon fils, il peut appliquer sa promesse ! Si vous le tentez, il le fera. C'est trop dangereux.

Lloyd Skinner prit alors la décision la plus absurde de sa vie, même pour Jérémie : il se leva et se dirigea vers la sortie de l'appartement sans cesser de sourire, et se contenta de dire :
– Tu sais Eva, je t'adore, mais j'en ai plein le cul de rester dans ce pieu à rien foutre ! Ce truc m'obsède et j'aime l'aventure, alors tu as le choix : soit tu m'accompagnes, soit tu te tais.
– Non je ne me tairais pas, gronda la femme blonde en se levant pour bloquer son frère, tu ne sortiras pas d'ici sans mon consentement express ! J'ai pas envie de perdre mon frère et ma famille à cause de vos conneries ! Donc maintenant, tu vas te rasseoir et arrêter de faire ton gros gamin !
Cependant, Jérémie en avait aussi marre que son cerveau le hante avec cette histoire, et il se leva à son tour en disant :
– Moi, en tout cas, faut que j'aille au labo. Alfie doit encore y être, j'ai à lui parler de détails concernant le boulot.
– Tu crois vraiment que je vais te croire ? Ricana sa femme en dévoilant ses dents d'une parfaite blancheur.
Le génie haussa les épaules, dépassa la blonde qui commençait à bouillonner de rage et sortit dans le couloir. Il respira un bon coup pour se donner du courage et s'éloigna, sans un regard en arrière.
Son cerveau lui faisait trop mal, tout son être était tourné vers cette seule question : qu'est-ce que X.A.N.A. lui cachait ? Il fallait qu'il en ait le cœur net, sinon il allait en mourir. Il ne dormait plus, ces interrogations le rendaient insomniaque. Il devenait de plus en plus asocial seconde après seconde et cela, il ne le supportait plus.
Un sourire lui étira nerveusement les lèvres quand il se rappela du discours de Xander dans ce même appartement : il était censé l'intimider, lui faire ravaler sa fierté et le pousser à obéir aux ordres. Au lieu de ça, sa curiosité avait été poussé à son paroxysme et X.A.N.A. l'intriguait trop. Encore plus qu'à l'époque, pour dire la vérité, puisque le virus avait échoué pour la première fois. Où plutôt son vassal avait échoué à le faire taire, ce qui était un peu la même chose.

Une fois arrivé au fameux couloir, il s'aperçut avec stupeur qu'il n'y avait... personne. La porte était grande ouverte, l'escalier était toujours plongé dans le noir intégral et grimpait vers l'inconnu, l'enfer ou la réponse aux questions que se posait Jérémie depuis tellement de temps qu'il n'en pouvait plus.
Il s'arrêta devant, soupira un bon coup et posa son pied sur la première marche. Le bruit résonna dans l'escalier comme un écho, et Belpois attendait avec les poils hérissés. Mais rien ne lui répondit.
Pas un pas. Pas un cri. Pas une remarque. Le néant. Cela le poussa à avancer. Il posa son deuxième pied sur la marche, puis se mit à monter.
Cependant, il n'eut pas le temps d'avancer qu'une main se posa subitement sur son bras. À ce moment, il ne hurla pas mais se mordit la lèvre tellement fort qu'il pensa qu'elle allait se fendre. Son cerveau résonnait d'un signal d'alarme retentissant. Il s'arrêta cependant quand la voix familière de son beau-frère résonna :
– Eh bin, tu pensais que j'allais te laisser y aller tout seul ?
– Et Eva ? Rétorqua Jérémie en se retournant.
Lloyd haussa les épaules, s'avança subitement et dépassa Jérémie en se mettant, sans avoir l'air d'être terrifié, sur la seconde marche. Il s'arrêta cependant pour dire avec un ton légèrement amusé :
– Oh, je suis parti sans la consulter. Je crois qu'elle pense que je suis encore dans ma chambre à bouder.
– Elle ne t'a pas vu sortir ? Demanda avec un ton étonné et un regard inquisiteur Belpois.
L'homme haussa les épaules, puis s'avança sans s'arrêter, suivi immédiatement par Jérémie après quelques secondes de réflexion.

La montée fut incroyablement longue aux yeux de Jérémie. Autour d'eux, juste le noir. Il se répétait inlassablement que ceci était parfaitement normal, mais il ne pouvait s'empêcher de regarder partout dans l'espoir de trouver un spot de lumière quelconque. Il ne se sentait évidemment pas rassuré et les pas assurés de Lloyd devant lui étaient la seule chose sur laquelle il se raccrochait pour trouver le courage d'avancer.
De plus, il ne faisait que réfléchir. Il allait enfin avoir le fin mot de cette histoire. X.A.N.A. n'aurait plus de secret pour lui, sa némésis, son antagoniste favori allait tout lui révéler. Et pourtant, il se sentait de plus en plus anxieux au fur et à mesure du temps, à chaque fois qu'un de ses pieds quittait une marche pour atterrir sur une autre plus haute.
On disait souvent qu'on descendait en mourant, mais à cet instant précis dans l'esprit de Jérémie, cette montée annonçait soit la mort, soit la révélation. Dans les deux cas, il ne pouvait s'empêcher d'esquisser un petit sourire amusé en pensant qu'il allait peut-être en ressortir religieux. Comprendra qui pourra après tout.
Soudainement, le son des pas de Lloyd ne lui transcenda plus les oreilles et sa voix sourde l'appela :
– Regarde-moi un peu ça !
En relevant les yeux, il s'aperçut que le noir était derrière lui. Il se trouvait à la jonction entre l'escalier et une immense pièce auréolée d'une lumière orangée évoquant étrangement le soleil. Plus précisément, il se situait six marches en dessous de l'entrée, là où Skinner était lui arrivé.
Il se dépêcha de le rejoindre, ne prenant pas garde au soudain relâchement de ses épaules et à sa brusque poussée vers l'arrière.
Puis ce fut le chaos dans sa tête.

Un bruit de lame résonnant dans son esprit.
Le noir.
Lloyd basculant en arrière et l'emportant en arrière.
Le noir.
La dégringolade violente de Jérémie dans les escaliers, ses tentatives désespérées de protéger sa tête.
Puis le noir.
Encore.
Et encore.

Quand sa cervelle cessa de résonner dans sa tête et qu'il reprit conscience de l'endroit où il se trouvait, il s'aperçut qu'il était allongé sur le dos, dans le couloir qu'il avait quitté cinq minutes plus tôt.
À ses côtés, Lloyd Skinner. Il ne s'avança pas à le secouer pour tenter de le réveiller, la tache de sang s'élargissant autour de son crâne suffisait à elle seule pour lui faire comprendre l'étendue du désastre. Ses yeux verts étaient perdus dans la contemplation du plafond, son crâne était complètement défoncé par la série de chutes sur les marches. Mais autre chose avait provoqué la mort. Sa gorge était en effet tranchée très proprement, d'un bord à l'autre, et le sang continuait de s'en écouler. Ses mains, qui avaient manifestement tenté d'arrêter le flot, reposaient sur sa poitrine qui avait cessé de se soulever.
Quiconque avait fait ça devait avoir réagi à l'instinct, sans préparation. Et ce quelqu'un arrivait. Le bruit de bottes contre les marches en métal qui se rapprochait le faisait comprendre à Jérémie.

Et ce dernier, tout génie qu'il était, prit la première décision logique depuis un bon moment : il prit la poudre d'escampette.
Son crâne le faisait souffrir, intérieurement et sûrement extérieurement, mais il n'en avait cure.
Sa jambe droite se traînait derrière lui, il était sûrement retombé dessus, mais il n'en avait cure.
Des larmes de douleur lui maculaient les joues, mais il n'en avait cure.
Rien, absolument rien ne parvenait à franchir la barrière qui s'était créé dans son esprit.
En naviguant dans les couloirs sans discontinuer, il passa par différents stades : tristesse, colère, incompréhension, haine.
Et ce fut finalement ce dernier sentiment qui resta au bout du compte.
La haine.
_________________
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Dernière édition par Draynes le Ven 14 Oct 2016 14:27; édité 3 fois
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Tyker MessagePosté le: Lun 22 Aoû 2016 04:23   Sujet du message: Répondre en citant  
Tyker Modérateur


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Bon... Je n'ai même pas encore commencé la lecture, et je remarque déjà qu'il n'y a pas de prologue. Ok ce n'est qu'un détail et c'est sous forme de série, mais bon même dans la série ils t'ont sortis une petite scène d'intro dans le premier épisode. Bref je trouve ça un peu dommage, Sad .

Alors déjà quelques petites remarques

Spoiler



Bon passons à la fic maintenant.

Alors déjà beau boulot pour ce qui est de l'univers. On voit que tu y as passé beaucoup de temps. Le souci, c'est que comme il n'est pas très bien expliqué (et là je te conseilles de prendre exemple sur Icer et George RR Martin et de rajouter des annexes sur les différentes Maisons, le régime de XANA ect...) J'ai passé un peu plus de temps à me poser des questions sur l'univers qu'à l'apprécier. C'est un peu dommageable quand même, surtout après un tel travail.

Alors je ne suis PAS DU TOUT fan du fait que tu te serves des noms des acteurs de Game of Thrones pour nommer tes personnages, en tant que fan de GoT ça me rend un peu confus et ça me fait sortir de l'histoire... Surtout que bon... Y'a des moment où j'ai cru voir un cross-over avec Walking Dead. J'aime bien les Sauveurs, mais là aussi tu aurais pu changer le nom. Bref j'ai l'impression que tes inspirations envahissent ton récit, ce qui est plutôt gênant. Sad

Attention, je ne dis pas que nommer un personnage comme l'un des acteurs de GoT est un défaut, je trouve simplement que tu l'as trop fait. Et que du coup, ce qui pourrait être vu comme un simple clin d'oeil est beaucoup trop visible. C'est vraiment dommage.

Niveau Style c'est très bien, si on oublie les quelques coquilles. (j'ai pas tous noté désolé ^^') Je ferais seulement une remarque sur le fait que tu en fait beaucoup avec GoT à mon sens:

Que le nom de ta fic se rapproche de celui de GoT... Ok

Que tu t'inspires du style de George RR Martin pour écrire ta fic... Pourquoi pas?

Mais en plus que tu en rajoutes des couches et des couches avec les noms des acteurs qui sont omni-présents ou que tu nommes tes persos comme ceux de GoT... (Samuel/Samwell, Walter/Walder, Alliser Thorne). Non là c'est trop.

Tu t'es laissé un peu trop envahir par Game of Thrones, du coup, moi je suis sortie de l'histoire... Ce qui fait que j'ai pas tous lu, j'avais plus envie de lire Crying or Very sad

Je suis un peu triste quand même, parce que l'histoire a l'air super, et que tu as beaucoup de bonnes idées. Je suis même déçu de pas pouvoir continuer. Enfin bon ce n'est pas bien grave, ta fic a tout de même un bon niveau à mes yeux. Mais à l'avenir, ne laisse pas les références que tu as envie de faire sur tes œuvres favorites envahir tes récits. Ou alors varie-les, parce que là c'est oppressant.

Enfin bon, bon courage pour la suite Wink

_________________

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Lhetho MessagePosté le: Mer 24 Aoû 2016 08:54   Sujet du message: Répondre en citant  
[Frelion]


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Yop. Ton nouveau chapitre est, comme tu l'as signifié, beaucoup plus compacte. Et ce n'est pas pour me déplaire. Tu synthétise bien les gros pavés des deux premiers chapitres et c'est agréable à lire.
Concernant le contenu du chapitre, on a pas trop d'avancées ce coup-ci. Samuel hésite à rentrer dans la Fraternité, tout comme les membres eux-mêmes, et Jérémie qui pourtant avait réussi à franchir l'escalier sombre se fait éjecter comme un malpropre. On voit qu'il n'est pas très aimé ce qui est tout à fait normal. Enfin, en ce qui concerne Abraham, bah il se fait maîtriser par William sans aucune difficulté. Comme Samuel a demandé a ce que la Fraternité libère son "maître", on verra comment la suite va se passer.

En conclusion, un chapitre où l'action ne prend pas vraiment le dessus. Les protagonistes continuent à avancer et cela nous réservera certainement de belles surprises par la suite.
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Icer MessagePosté le: Mer 24 Aoû 2016 09:37   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Bon aller, depuis le temps que je me devais de lire ta fic... Ce fut long mais c'est fait.

Mais en fait en lisant le chapitre 1 j'ai reconnu ce que tu m'avais fait lire il y a quelques mois, du coup je suis moins surpris que d'autres par le cadre posé par le récit. Mais je peux savoir du coup que tu as pris ton temps pour préparer ce nouveau projet, et ça se ressent positivement !

Citation:
En se levant, Samuel Helbecque ne pouvait ne serait-ce qu'imaginer que cette journée allait se dérouler d'une manière un poil différente des précédentes.


No spoil plz.

Il faut cependant savoir que je passe complètement à coté de toutes les références à GoT puisque je ne l'ai jamais regardé Mr. Green

On retrouve en tout cas un coté très propre à l'auteur, la passion pour le détail des diverses organisations et la multiplication des protagonistes, comme La Famille. La liste des personnages est donc une excellente idée !

Deux éléments m'ont particulièrement plu dans ce premier bloc de chapitres :
- Le rôle ambigu d'Abraham, représentant du régime mais protecteur de Samuel pour le boulot. L'évolution esquissée dans le chapitre 3 ne m'a pas surpris mais j'en suis presque déçu du coup !
- Le fait que X.A.N.A dirige en passant par d'autres et notamment Xander. Cette bicéphalité, je la trouve sympatrique et pleine de potentialité.

Cependant, j'ai été assez sceptique lors de la première scène entre Jérémie et Eva. Belpois est censé se marier à des femmes intelligentes (et l'être lui-même), or l'argumentation de Skinner pour se pointer en France en famille et le fait que Jérémie le sent vraiment pas mais approuve quand même était assez surprenant. Il était parfaitement évident que sa famille pourrait servir d'otage, pourquoi n'y est-il pas allé seul...? En admettant qu'il y aille. Bon disons que si ça avait été Ulrich, oui mais là j'ai quand même eu du mal ! Un mec comme Jérémie, pour satisfaire sa curiosité sur ce qu'il se passe là-bas, il va bosser à la N.S.A qui écoute probablement le téléphone de Xander Razz

Le cadre en général, tu n'es pas le premier à en avoir eu l'idée mais on manque d'excellentes fics sur le sujet alors t'as intérêt à finir contrairement à... (a). Un futur avec X.A.N.A ayant pris le contrôle de... ahem... de la France ? C'est ça qui est marrant en fait, il ne domine pas le monde, il a juste fait basculer un pays dans une dictature. Et c'est plutôt sympa comme concept. Ouais, j'aime bien.

On ne sait par ailleurs pas du tout où l'histoire va nous emmener, en même temps comme il n'y a pas de héros clairement défini... Bref, je veux lire la suite ! Très beau boulot, le petit hugoe a bien grandi Mr. Green

_________________
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« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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