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  Sujet: [Fanfic] Game of Power  
Draynes

Réponses: 41
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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Sam 23 Juin 2018 19:54   Sujet: [Fanfic] Game of Power
Épisode 8 : La Proie


LE BLOND


Le garde posté devant la porte ouverte menant au fameux escalier et à l'antre de Noah Emmerich ne vit même pas sa mort arriver.
Il n'entendit, à vrai dire, le mercenaire qu'au dernier moment, quand l'ombre masquée se glissa dans son dos et lui cassa la nuque avec un geste aussi fluide que précis et aussi brusque qu'inattendu.
Le Blond, immédiatement après cette action, attrapa le corps dans sa chute et commença à le porter sur son dos vers l'autre bout du couloir, tout en soufflant intérieurement. Il n'avait pas prévu de le tuer, à vrai dire, mais il avait du mal à contrôler sa force à certains moments.
À vrai dire, il y avait beaucoup de chose qu'il ne contrôlait pas entièrement, mais ça ce n'était qu'une question de temps... Son plan fonctionnait, pour l'instant, à la perfection, hormis ce léger contretemps.
Une fois arrivé au bout du couloir, il remarqua une porte dissimulée menant à une sorte de placard à balais. L'homme aux cheveux dorés sourit imperceptiblement sous son masque et ouvrit doucement cette dernière, avant de jeter comme un malpropre le corps inanimé à l'intérieur. Le garde, qui n'était plus tout jeune et pas très maigre, atterrit sur le sol dans un bruit sourd, atténué cependant par le fait que le Blond s'était appliqué à refermer suffisamment rapidement la porte, pour étouffer le son.

Après cette rapide exécution non prévue, il se dépêcha de retourner à son poste d'observation, à savoir dans le petit intervalle qu'il y avait entre la porte et l'escalier, qui était totalement plongé dans le noir et suffisamment profond pour que la probable lumière d'une lampe-torche ne puisse pas le trouver.
Il se posta ainsi, accroupi, les bras croisés, la tête relevée en une surveillance active, tenant sur ses jambes pliés comme s'il ne voulait pas que ses fesses touchent le sol. Sa posture évoquait clairement celle d'un prédateur, qui se prépare à fondre sur sa proie et qui connaît l'attente.
La patience était une de ses plus grandes vertus, c'était un des très nombreux enseignements du Brun et surtout, du Roux, ces deux formateurs qui l'avaient trouvé, recueilli et formé dans l'organisation. Il ne connaissait pas son nom à vrai dire, il l'appelait juste comme ça, mais de ce qu'il avait pu comprendre, le Brun était le chef.
Ça devait être pour ça qu'il ne l'avait pas souvent vu à l'entraînement et à l'apprentissage, là où le Roux, qui faisait office à la fois de bourreau, de gardien, d'homme charitable et de prof charismatique, leur menait la vie dure, à lui et ses deux compères. Mais il en gardait malgré tout un très bon souvenir, parce que c'était ce qui lui avait donné un but dans la vie, une envie...

Le faisceau lumineux d'une lampe-torche apparut soudainement dans le noir et fit se recentrer le Blond sur le sujet de son attention. Il se tendit subrepticement et ses yeux balayèrent calmement l'espace sombre, attendant de voir arriver les deux victimes de son plan si savamment exécuté et imaginé.
Le premier à passer devant ses yeux dorés fut l'anglais, qui semblait être le plus détendu des deux, comme le montrait son ton sérieux et déterminé. Quand il se tourna soudainement, de manière nerveuse, vers la gauche et la droite, le mercenaire put apercevoir l'éclat de ses yeux bleus de faucons et un petit rictus amusé apparut sous son fameux masque. Jude Watson avait beau paraître menaçant, il était bien plus sympathique qu'on pouvait le croire, comme il avait si bien pu le voir durant ses heures d'espionnage.
Et sa vraie cible arriva alors, l'ancien français devenu américain, Jérémie Belpois. Le Blond se détendit imperceptiblement en constatant qu'il était aussi venu, alors qu'il aurait pu simplement pu envoyer son collègue au charbon. Leur collaboration était bien évidemment fortuite, en raison de la trahison du suédois, mais on sentait une étonnante synergie entre les deux, se complétant parfaitement.
L'anglais était calme, l'américain était beaucoup plus nerveux, stressé, et il murmurait dans sa barbe des paroles relatives à X.A.N.A., de ce que l'oreille acérée du Blond pouvait bien entendre.
Cependant, il n'eut pas plus de temps pour observer le visage de la victime future de son piège, puisqu'ils s'enfoncèrent tous les deux dans la noirceur de cet escalier qui avait posé tant de problème à la famille Belpois.
L'âme damnée du régime avait donc deux-trois minutes devant elle, le temps que les deux scientifiques redescendent, et il en profita donc pour se replonger dans ses pensées, en particulier un souvenir très précis : celui de sa dernière discussion entre lui et ses deux supérieurs...

« Ils étaient, tous les trois, assis autour d'une table ronde en bois classique, dans une salle très sombre qui était uniquement éclairée par une bougie posée au centre de cette dernière.
Cependant, cela ne les gênait pas outre mesure, étant donné leurs améliorations visuelles qui leur permettaient, concrètement, de voir dans le noir. Aucun d'entre eux ne semblait décidé à prendre la parole, et le plus jeune du trio put ainsi détailler le « visage » de ses deux compères, le terme imaginé étant plutôt ironique puisqu'ils étaient tous masqués.
Le Blond était la dernière recrue de l'organisation, qui avait parfaitement passé les ultimes tests. C'était une machine à tuer, parfaite dans tous les domaines, et cela avait énormément satisfait le Roux, présent en face de lui, qui avait donc recommandé à son supérieur de lui octroyer une mission, peut-être la plus importante de toute l'histoire de l'organisation.
Le nouveau mercenaire en était bien évidemment honoré, même si il ne pouvait s'empêcher de penser aux deux autres survivants de leur entraînement (sur un total de dix) qui seraient donc relégués à des travaux bien moins glorieux. Il les plaignait intérieurement, même s'il savait parfaitement qu'ils sauraient se démerder.
Soudainement, la voix froide et puissante du Brun retentit dans la petite pièce :
– Tu n'es pas sans savoir que tout l'avenir de l'organisation repose sur tes épaules. Si on veut être pris au sérieux et considéré par X.A.N.A., tu dois réussir.

Le Blond, comme à son habitude, prit un temps pour répondre, qu'il consacra à étudier le physique de son patron.
Ce dernier, comme son surnom l'indiquait si subtilement, avait des yeux noirs de jais et des cheveux bruns très foncés, tirant presque vers le noir charbon. L'importance de sa fonction dans l'organisation était, bien évidemment, représentée par son masque, qui était a fortiori le même que celui du Blond, avec ses bandes noires qui entouraient les yeux et la bouche tout en auréolant les joues, mais avait comme différence manifeste d'être d'un doré puissant et visible.
C'était le chef et rien ne semblait pouvoir le contester.
Ainsi, le Blond se contenta de hocher souplement la tête en attendant d'avoir ses instructions, et ce fut le Roux qui lui apporta avec un ton taquin et gentillet :
– Tu vas devoir te rapprocher du virus et des quatre chefs pour devenir leur « homme à tout faire ». Commence par le cannibale, tu sauras facilement l'amadouer, je pense. Et, bien évidemment, fais passer l'intérêt de l'organisation avant le leur, dans tous les cas.
Le Blond avait appris plusieurs choses durant son violent entraînement : oublier ce qui l'avait conduit ici, son véritable nom et surtout, surtout, craindre le Roux.
Et le frisson qui apparut sur son corps quand il entendit la voix du concerné fit ricaner son bourreau / professeur qui s'avachit sur sa chaise tout en lançant avec un air fier au Brun :
– Tu vois que ma méthode fonctionne, il est prêt à faire tout ce qu'on lui dit ! Et toi qui craignais qu'il parte en couilles...
– La ferme, rétorqua ce dernier avec un ton froid avant de se tourner vers l'ancien élève et de continuer, évidemment tu te doutes bien que nous te surveillerons à distance et pourrons te conseiller si tu hésites pendant ta tâche.
Le mercenaire hocha de nouveau la tête et se leva, suite à un signe imperceptible de la main du Brun, pour prendre congé.

Cependant, une main puissante se posa sur son épaule au moment où il allait quitter la pièce, et le Roux se décala subtilement pour se dresser devant lui. Le Blond pouvait sentir le sourire ironique qui perçait derrière son masque de bronze qui devait lui peser, auréolé des éternelles bandes noires propres à l'organisation.
Mais son regard vairon très malsain, alternant entre un œil aussi sombre que la nuit et l'autre d'un blanc très étrange, presque pas naturel, auréolait d'une lueur amusée et glauque à la fois, et sa main passant ironiquement dans ses cheveux rouge sang qui agressaient l'oeil aiguisé du Blond rendaient véritablement mal à l'aise le futur mercenaire qui attendit, patiemment, que son supérieur daigne bien prendre la parole.
La dernière parole qu'il entendit avant de sortir de la pièce et de partir en direction du siège de la Garde fut aussi celle qui lui arrache un frisson à chaque fois qu'il y repense :
– Souviens-toi que c'est à moi que tu devras rendre des comptes. Et c'est pas parce que t'es mon élève favori que je vais t'aider dans ta tâche, oh que non... Compte plutôt sur moi pour te la compliquer ! »


La phrase du Roux résonnait encore dans son crâne quand il entendit des pas pressés émanant du haut de l'escalier, comme si quelqu'un courrait le plus vite possible.
Il baissa brièvement la tête pour regarder sa montre : ils avaient mis exactement 2 minutes pour trouver ce que le Blond souhaitait qu'ils trouvent et pour construire un « plan » afin d'y remédier. Tout se passait exactement comme prévu en somme.
Les deux victimes du prédateur s'arrêtèrent, essoufflés, à quelques mètres de lui et s'échangèrent un regard éloquent pour le mercenaire, en particulier venant des yeux bleus de Belpois situé pile en face de lui : un mélange de peur et de détermination.
Une fois que les deux se furent un peu éloignés dans le couloir, le Blond se leva en étirant ses muscles qui commençaient à s'endormir après ce temps passé immobile, fit craquer son cou et tourna la tête pour repérer sa proie. Il la vit facilement, qui partait sans se retourner vers la gauche.
Et ainsi, le Blond, tout en réprimant un sourire victorieux, la suivit. La phase 2 de son plan venait de commencer et il se rendait compte ainsi qu'il avait réussi.
Il avait gagné, avant même que les deux camps concernés dans cette affaire ne s'en aperçoivent.


**

*

**


STELLAN


Skarsgård était fatigué, il s'était levé aux aurores sur ordre de son partenaire d'infortune, sa joue était toujours endolorie suite au violent coup de poing de son ex-collègue blond la veille et il devait supporter le regard moqueur de Chris Coy qui semblait particulièrement éveillé, lui.
Le suédois soupira et demanda avec un ton entre le blasé et l'énervé :
– Bon, je peux savoir pourquoi tu m'as appelé à cette heure ? Putain, l'assaut est prévu pour midi, on a le temps.
– On n'a jamais pleinement le temps de faire ce que l'on veut... répondit de manière mystérieuse Loki en mâchonnant dans le vide comme à son habitude.
– Qu'est-ce que j'ai comme consigne du coup ? se résigna le suédois en dardant son regard noisette fatigué sur son patron.
Ce dernier décala subtilement son regard gris pâle pour fixer le mur pendant deux-trois secondes, comme s'il rassemblait ses pensées et ses, nombreuses, idées avant de rétorquer avec une simplicité assez étonnante, compte tenu de la tâche à accomplir :
– Aller voir Belpois et lui demander de nous rejoindre pour discuter du plan pour ce midi.
– Sérieusement ? rétorqua Skarsgård en se frottant la joue droite de manière revancharde.
– Sérieusement en effet, répondit Coy en lui dardant un regard sévère, il te déteste moins que moi en ce moment, et tu es le plus empathique de nous deux, tu sauras plus facilement le convaincre de venir.
– Ouais, après quatre poings dans la tronche et des remarques assassines, répondit de manière sarcastique le suédois en soupirant et se prenant la tête dans les mains.

Le sourire amusé que lui adressa Chris quand il vit sa réaction eut pour effet de lui faire serrer les poings de manière énervée, mais ce dernier cessa subitement son rictus pour redevenir plus sérieux :
– Tu sais très bien ce qui va se passer, de toute manière, si tu n'obéis pas bien évidemment.
– Je t'ai jamais déçu putain, répondit Stellan en se retenant de gronder, alors ne me menace pas.
– Alors continue de le faire, le menaça malgré tout Loki avec un regard soudainement cruel avant de se retourner, ce qui invita subrepticement le suédois à se retourner et à quitter la pièce.
Une fois dehors, il poussa un soupir de soulagement pendant qu'un mal de tête violent lui prenait et que son cerveau cognait contre ses tempes. Il pensait honnêtement que ça allait plus mal se passer, qu'il allait péter un câble et se mettre à l'insulter.
Tout en se mettant à marcher en direction de la chambre de Jérémie Belpois, le suédois se plongea dans ses pensées revanchardes : il avait pleinement cru en Loki quand il avait exposé son plan, quand il lui avait demandé d'espionner l'américain et l'anglais pour adapter ce-dit plan en conséquence.
La fuite de Eva, la mort de Lloyd, la réaction de Steven, les regards mystérieux échangés entre Watson et Jérémie, l'attitude très détachée de Alfie : tout avait fini par atterrir dans l'oreille de Chris, et Stellan n'en était pas mécontent pour l'instant. Il était venu ici, en dépit des menaces de son gouvernement, pour trouver du travail.
Maintenant qu'il ne pouvait plus revenir dans son pays d'origine sans risquer une lourde peine de prison, il lui fallait s'allier forcément au régime en place. Mais il commençait à se rendre compte qu'il avait pas forcément choisi le meilleur allié pour mettre en œuvre sa volonté première.
Arrivé devant la porte où il allait devoir se débattre contre un scientifique blond paranoïaque et légitimement en colère, il soupira, se concentra une seconde pour tenter d'endiguer son violent mal de crâne, et frappa deux fois de manière forte à la porte.
La voix très éveillée, là encore, et inquiète de Jérémie Belpois résonna dans son oreille et lui attribua le droit d'entrer dans sa pièce de vie :
– Allez, entrez, j'ai rien à faire de toute façon.

Quand il posa le pied sur le paillasson élégamment placé à l'entrée, il ne porta pas une seule seconde attention à la décoration où à l'aspect général de ce studio car tout son cerveau était focus sur la conversation qui allait suivre et, par corollaire, sur le visage de Jérémie Belpois qui s'était brusquement assombri.
Avant que ce dernier ne puisse se lever pour l'insulter ou le frapper, Stellan leva les mains en signe d'apaisement et commença avec une voix plus chaleureuse qu'à l'accoutumé :
– Je ne suis pas ici par bonté de cœur, je l'avoue volontiers. Loki veut te voir pour finaliser le plan de l'assaut contre Arès ce midi.
– Et pourquoi il vient pas lui même, le Manipulateur hein ? rétorqua avec un ton aigre Jérémie en se levant pour darder son regard bleu dur sur celui de son interlocuteur.
Ce dernier haussa un sourcil étonné en observant la transformation dans le caractère de son collègue, mais il ne réfléchit pas dessus sur l'instant et se contenta de répondre :
– Parce qu'il estime que je suis plus à même de t'amener jusqu'à lui sans qu'aucun problème n'arrive... Mon cul va.
– Ça je confirme, répondit le blond en soupirant et en avançant droit vers la sortie, j'ai aucun intérêt à te causer des emmerdes pour l'instant.
– Je suppose, demanda le suédois pendant que l'américain passait à côté de lui sans le fixer, que tu m'en veux encore ?
Jérémie s'arrêta subitement sur le pas de l'entrée et ne dit rien, ne se retourna même pas, pendant quelques secondes qui semblèrent interminables dans la tête de Stellan, qui désirait vraiment une réponse, la plus honnête possible. Belpois retourna alors s'asseoir sur son divan sans dire un mot de plus, lui adressa un sourire mièvre et lui rétorqua avec une suffisance aiguë :
– Tu diras à ton maître que ça doit être à lui de venir régler les derniers détails de mon indispensable participation à cette révolte. Quant à toi... Évidemment que je ne vais jamais pardonner ta trahison, mais j'espère quand même que ton cerveau te pardonnera, lui.
Il enchaîna alors avec un sourire moqueur et un petit geste suffisant de la main qui signifiait très concrètement que l'entretien était terminé.

À cet instant, le suédois faillit perdre son self-control et lui envoyer son poing dans les dents, mais il se contenta de les serrer subrepticement tout en gardant un visage impassible. Il resta ainsi immobile pendant une petite dizaine de secondes avant de se détourner et de sortir en restant le plus droit possible.
Cependant, une fois dehors, un soupir agacé lui échappa et il se dirigea sans détour vers son petit studio, situé à l'autre bout de ce long et blanc couloir. La situation ne lui avait jamais pleinement réussi, mais là il perdait toutes ses cartes.
La seule chose qui restait en sa possession et qui le poussait à accomplir ce qu'il faisait, à savoir son cerveau, commençait doucement à le triturer, les propos insidieux de Jérémie ayant commencé à faire leurs effets.
Est-ce qu'il se pardonnait lui-même ses actions, son espionnage au profit d'un homme manipulateur et cruel à la fois ? À la base, il le pensait. Mais maintenant, il avait le doute, et cela lui donnait encore plus mal à la tête.
Le pompon fut cependant atteint un peu plus tard, quand il s'aperçut qu'une silhouette impassible, avec son éternel rictus moqueur et sa tendance insupportable à mâcher dans le vide, était postée devant sa porte. L'énervement le saisit de manière immédiate et il commença directement la discussion, en espérant qu'elle se passe rapidement et sans encombre :
– Il veut que tu viennes lui-même... Ce petit con s'estime trop important pour discuter avec un sous-fifre.
– Et il l'est, rétorqua de manière impassible Coy en le regardant dans les yeux, donc je vais y aller effectivement... Mais sache que nous n'avons pas terminé cette discussion.
– Oh ça non, répliqua avec un ton véritablement agacé le suédois, on n'est pas près d'avoir clôturé nos emmerdes respectives.

Loki, pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, haussa un sourcil et sembla désarçonné par la réponse. Il ouvrit la bouche pour répondre, mais Stellan passa à côté sans le regarder, ouvrit la porte de son studio et la referma bruyamment.
Une fois arrivé, il alla s'asseoir sur son canapé noir en cuir, rejeta sa tête en arrière, ferma les yeux et se plongea dans ses tourmentées pensées. Il commençait vraiment à en avoir marre de cette situation, de l'attitude arrogante et suffisante de Chris, de la nonchalance insupportable de Jérémie et du regard mesquin de Watson, qu'il s'étonnait de ne pas avoir vu d'ailleurs dans un des couloirs.
Il voulait faire changer les choses, il le souhaitait véritablement, et pour ça, plus qu'une solution : faire marcher son intellect ou trouver un contact... plus fiable, même si la notion de fiabilité dans un régime dictatorial n'est pas vraiment existante.
Soudainement, son esprit s'éclaira après cinq bonnes minutes de pérégrinations mentales et il ouvrit les yeux subitement avant d'esquisser un sourire mauvais.

Il avait enfin un plan en tête.
Et Dieu seul pouvait savoir à cet instant précis à quel point ça n'allait plaire à personne.


**

*

**


NIKOLAJ


– Eh bin dis donc, il l'a pas raté notre Thorne !
Cette phrase fut la première réaction du millionnaire blond quand il aperçut la face ravagée du Sauveur pédophile, qui reposait sur un lit d'infirmerie en respirant calmement, mais faiblement.
Ses yeux étaient fermés, mais conformément aux instructions du Sire, aucun bandage ne recouvrait ses infâmes brûlures, ce qui montrait à tous les passants la gravité de l'état de Austin Amelio. Coster-Waldau ne s'en souciait pas véritablement à vrai dire, n'étant pas un fan de ce sadique cruel, mais il craignait juste que cela diminue la force de frappe des Sauveurs, avec l'un de leurs deux leaders dans un état à la limite du coma.
Malgré tout, le plus dangereux des deux était encore debout, et il se tenait juste à côté de lui avec un rictus ironique sur le visage.
Le milliardaire blond était toujours immédiatement mal à l'aise quand il croisait le regard ambré cruel de Steven Ogg, et un frisson le parcourut quand il entendit la voix tranquille du concerné résonner dans la petite chambre :
– Cet abruti l'a mérité, il avait qu'à réfléchir au lieu de juste vouloir niquer... Tu sais que la gamine est toujours enchaînée ? Elle ne parle plus à vrai dire, elle doit être traumatisée.
– À raison, grimaça le chef de l'Épargné en se détournant une seconde pour regarder le vide derrière lui, n'empêche cet... incident pourrait diminuer votre force de frappe et nous exposer.
– Effectivement, rétorqua Ogg en passant sa main dans ses épais cheveux bruns, mais j'ai demandé personnellement à Xander de me trouver de nouveaux collègues, et deux noms seraient revenus... J'en sais pas plus pour le moment, mais ça risque d'être drôle.

Coster-Waldau crut percevoir dans sa voix un accent de satisfaction non dissimulé, ce qui le surprit. Il n'était pas sans savoir que Ogg était un sadique consommé, et que la relation très spéciale qu'il avait avec le blessé ne pouvait être reproduite facilement. D'un seul coup, il eut une crainte concernant ces deux nouvelles recrues : le norvégien et le pédophile étaient au moins gérables, surtout le second, mais les nouveaux eux...
S'ils étaient aussi malades que les deux Sauveurs originaux, ça risquait de poser d'énormes problèmes, c'est pourquoi il rangea l'idée dans un coin de sa tête en se jurant d'en parler rapidement avec Xander. Il était son principal soutien financier durant sa campagne, il saurait l'influencer comme à l'époque.
Toutefois, il revint brusquement à la réalité quand il vit Steven regarder son téléphone, ricaner dans sa moustache et annoncer à voix haute :
– Ah ouais, c'est vrai, c'est aujourd'hui !
– Quoi donc ? répondit, avec une surprise non feinte, le milliardaire.
– L'armée va aller chopper la famille de Belpois, répliqua le malade mental avec un éclat sadique dans le regard, et ce dernier va tenter de buter Arès... Ah, ce con ne sait pas ce qui l'attend.
– Ah ouais le fameux complot vendu par le Suédois et Coy, répondit de manière tranquille Nikolaj là où son cerveau venait de faire retentir la sonnette d'alarme, tu vas participer à son arrestation ?
– Non, rétorqua le brun en se dirigeant vers la sortie, j'ai un compte à régler avec ses gosses et sa femme... Disons que je vais plutôt rigoler pendant l'exécution.
– Une exécution publique est prévue... mais putain, Xander est complètement con ou quoi ? rugit Coster-Waldau avec un air énervé.

Pour la première fois depuis le début de la conversation, Steven Ogg afficha un air surpris et ouvrit la bouche pour en rajouter, mais le milliardaire avait déjà pris congé en s'élançant dans le couloir avec un air furieux sur le visage.
Il devait arrêter Berkeley, ce dernier ne pensait sûrement pas aux répercussions politiques qu'un tel acte pourrait avoir : ils avaient réussi à maintenir un certain équilibre avec le reste du monde, mais si un citoyen américain et toute sa famille se faisaient massacrer, ça risquait de tourner au vinaigre.
Et il devait empêcher ça, principalement pour sa propre sécurité, bien évidemment.
Certes, X.A.N.A. détenait l’entièreté du Réseau Mondial et bloquait les armes nucléaires, ce qui leur enlevait un poids considérable des épaules, mais l'envoi de tueurs / espions était toujours possible, et l'idée de stresser nuit et jour à l'idée qu'un de ses employés soit au service d'un autre gouvernement déplaisait fortement à cet optimiste naturel qu'était Nikolaj, même si, à cet instant présent, l'homme reconnaissait que le pessimisme ambiant qui régnait dans l'Épargné et les autres Maisons commençait petit à petit à le travailler, et ça l'énervait légèrement.
Il voulait garder son image d'égocentrique narcissique prêt à tout pour sa réussite personnelle.
Il en avait besoin, sa famille aussi, et c'était pour cela qu'il devait empêcher Xander d'accomplir son plan fou. Au fond de lui-même, il commençait d'ailleurs à estimer qu'il n'avait peut-être pas fait le choix le plus judicieux en soutenant Berkeley, vu les crasses qu'il commençait à commettre dans sa gestion de la France, qui étaient cependant peut-être imputables directement à X.A.N.A... Ça, Nikolaj n'arrivait pas encore à se décider pleinement sur la question, sur l'identité du véritable chef du régime.

Une fois arrivé dans son splendide bureau de directeur de banque, il se dépêcha de jeter son rituel coup d’œil par la fenêtre pour observer la circulation, parfois rapide et parfois beaucoup moins, des multiples VTR qui empruntaient la rue située au pied de l'ancienne Banque de France, aujourd'hui siège de l'Épargné et habitat temporaire de Amelio le temps qu'il récupère, pour le plus grand bonheur de Coster-Waldau.
Ce fut tout aussi rapidement qu'il alla s'asseoir dans son si confortable fauteuil en cuir noir ayant probablement coûté une fortune au précédent propriétaire, et qu'il saisit d'une main vive le téléphone fixe posé en évidence sur la table, certes un très ancien modèle en ce que le cadran était toujours présent mais qui avait l'avantage d'être unique et relié à l'ensemble des bureaux que contrôlaient, en l'état, le milliardaire blond.
Après avoir consommé un numéro de manière rapide et contrôlée, il se contenta de couper la chique à son interlocuteur qui s'apprêtait à énoncer les formules d'usage en grondant presque :
– Dans mon bureau. Tout de suite.
Il ne laissa même pas le temps à son sous-fifre de lui répondre puisqu'il termina aussitôt l'appel en remettant l'appareil sur son combiné, avant de se prendre la tête entre les mains pour émettre un profond soupir, qui relevait à la fois de la colère et de l'incompréhension.

Le milliardaire ne savait pas quoi faire : devait-il laisser l'américain tomber, soutenir sans discuter son poulain ou, au contraire, faire entendre sa voix et faire cesser cette entreprise puérile et irréfléchie ? Les deux solutions se valaient, et chacune d'entre elles lui procurait une émotion différente.
Il savait d'avance que, en laissant mourir Belpois, il serait en colère contre lui-même, mais dans le même temps, il ne pouvait s'empêcher de se demander pourquoi diable il irait le sauver. Il ne le connaissait même pas, il n'avait jamais rencontré ce type.
Certes, Jérémie Belpois était principalement connu comme étant la némésis de X.A.N.A, ce que Nikolaj pouvait parfaitement comprendre... Et cela l'amenait donc logiquement à se demander pourquoi Xander prévoirait cette arrestations sans l'aval manifeste du virus.
À cet instant, il laissa retomber lourdement ses mains sur ses accoudoirs, et un petit sourire germa sur son visage au moment où son esprit tourmenté sut exactement ce qu'il devait faire, pile au moment où la tête de fouine interloquée d'Aidan jaillit de l'embrasure de la porte en énonçant avec une certaine déférence :
– Tu voulais me voir ?
– Je veux que tu ne fasses rien, et surtout pas ce en quoi tu es doué.
Par cette phrase cryptique, Coster-Waldau ne prit aucun risque, et il lut dans les yeux gris aux reflets pourpres de son beau-fils qu'il comprenait très bien ce qu'il sous-entendait par là.
Cependant, avant de partir, Gillen énonça avec un calme apparent :
– Pour ce qui est de nos autres affaires, Sophie est toujours introuvable... Ah, et Maisie m'a dit de te dire qu'elles rentreraient plus tard que prévu, elles veulent profiter de ces sortes de vacances !
– Convoque Michelle dans le hall, je te prie, puis va voir ailleurs si j'y suis.
Le ton employé, volontairement sec et froid, fit hausser un sourcil à l'homme qui, cependant, se contenta d'obéir sans rien formuler de plus, ce qui fit intérieurement soupirer de soulagement Coster-Waldau. Après tout, Aidan n'était pas connu pour se laisser intimider ou rembarrer de la sorte, mais il avait commis une erreur, il aurait pu endormir facilement son patron s'il n'avait pas parlé de sa famille.
Et rien, absolument rien, ne prévalait dans l'esprit du milliardaire par rapport à l'état de sa famille, et en particulier de ses trois filles, qui étaient et sont toujours la prunelle de ses yeux. C'est pourquoi il fallait absolument qu'elle soient en sûreté, toutes les trois.
Et, bizarrement, c'était la plus âgée et pas la disparue qui l'inquiétait, sur l'instant, alors que cinq minutes plus tôt, il avait presque oublié son existence.

Soudainement énervé, le blond cendré darda ses yeux noisette vers la fenêtre pour observer avec une apparente tranquillité la rue et vit apparaître un VTR, qui se gara avec une adresse robotique devant l'immense porte d'entrée de l'Épargné.
Sachant parfaitement quelle personne allait sortir du véhicule, il se leva brusquement et se dirigea le plus rapidement possible vers le rez-de-chaussée. Il connaissait son ex-femme et donc, ses légendaires colères quand on la faisait se déplacer pour rien. C'était une des principales raisons pour lesquelles ils avaient décidé de se séparer, d'ailleurs... Ça et la surprotection maternelle avaient achevé les sentiments du milliardaire. Non qu'il en était totalement dépourvu, à l'instar de ce malade mental de Seth, mais il savait juste les sélectionner en fonction de la personne à qui il parlait.
Et, dans le cas de Michelle Fairlay, seul ressortait l'indifférence. L'indifférence la plus totale à son égard.
Ainsi, arrivé en bas, en face des yeux gris de cette dernière, il se contenta d'énoncer avec calme et doigté :
– Tu sais très bien que Lena n'a jamais souffert à cause de moi, donc j'aimerai que tu arrêtes de propager cette rumeur débile et de le couvrir, compris ?!
Surprise par son ton énervé, la rousse ouvrit la bouche pour rétorquer derechef, mais Coster-Waldau la coupa d'un geste de la main avant de lancer :
– Je veux juste savoir une information, une seule... Je m'en occuperai moi-même, Xander n'a pas à être impliqué dans nos affaires de famille... Il la bat ?
– Je ne dirais pas ça, répondit Michelle en triturant nerveusement ses cheveux roux, ce serait plus une sorte de violence mutuelle, tu connais Lena... Mais généralement, oui, c'est lui qui remporte la partie.
– Je dois d'abord, se décida Nikolaj après un long silence, régler une affaire urgente qui menace la sûreté même de notre situation... Mais après ça, je te le promets, je lui ferai comprendre qu'on ne touche pas impunément à ma fille.

Quand il s'éloigna, il jura l'avoir entendu marmonner « Notre fille, plutôt... », mais il n'en eut cure sur le moment, les états d'âmes de son ex-femme étant le cadet de ces soucis.
De plus, il ne la vit pas commencer à s'échauffer quand il prit place dans le VTR, qui était resté sur place après l'arrivée de Madame et lui permettrait d'arriver plus vite à sa destination, car il ne prit même pas la peine de regarder encore une fois le siège de son pouvoir.
Et mal lui en prit, car s'il l'avait fait, il aurait vu la tête de son gendre, auréolée d'un sourire narquois, avec une expression sournoise dans ses yeux aux reflets dorés, dépasser de la fenêtre de son bureau...


**

*

**


XANDER


Quand le chef du régime tourna la tête vers sa gauche, il vit très nettement les yeux marrons sombres de son garde du corps se voiler d'un mélange d'ennui et de consternation.
À l'inverse, quand il tourna la tête vers sa droite, il put apercevoir la mine concentrée du Spectre, qui gardait les bras croisés de manière imperturbable et semblait absorbé par sa tâche, qui consistait grossièrement à servir de réceptacle pour le Programme.
De son côté, Xander Berkeley ne put s'empêcher d'émettre un profond soupir à peine dissimulé, qui représentait à peu près sa pensée sur le capharnaüm qui se déroulait devant lui.
Il s'agissait, en vérité, d'une orgie de paroles, d'idées lancées aux nez des autres sans aucun recul et de disputes à répétition entre ses subordonnés. D'aucun diraient qu'il s'agissait en réalité de la définition classique d'une réunion, mais l'homme, en bon politique qu'il était, savait pertinemment que ces dernières pouvaient généralement bien se passer.
Mais, cependant, il savait très bien que réunir ses quatre hommes dans la pièce augmentait de manière exponentielle le risque de débordement, ce qui arrivait aujourd'hui.

Ainsi, du côté gauche de la table en acier, on avait les passionnés, les survoltés ou les « grandes gueules » comme Kucsulain aimaient bien les appeler.
Tom Payne, tout d'abord, représentait parfaitement l'insouciance et la vivacité d'esprit de la jeunesse, tout fringant qu'il était avec son regard d'un bleu pétillant et ses cheveux noirs coiffés d'une manière impeccable sur la gauche. En tant qu'ancien directeur de campagne de Xander, il savait parfaitement comment raisonner, et ses idées étaient souvent pertinentes et intelligentes, en plus de témoigner d'une extrême et puissante maturité.
Toutefois, il avait légèrement fait le mauvais choix de la personne pour assurer sa protection au quotidien : ainsi, Jeremy Palko était ce qui se rapprochait le plus de la définition de l'emmerdeur selon Xander.
Déjà, il avait un physique de bouledogue, très antipathique d'office, avec une face replète, des yeux d'un noir profond et insondable lui donnant un air méchant, tout cela couplé au fait qu'il n'avait plus un poil sur le haut de la tête, contrairement à l'indomptable barbe qui auréolait de son agressive couleur noirâtre le regard de n'importe quel individu qui posait le regard dessus.
Mais surtout, il passait son temps à ouvrir la bouche pour proférer une multitude de remarques, toutes d'une inutilité et d'une débilité qui frôlaient la maladie, et cela avait le don de profondément agacer Xander.
Malheureusement pour sa santé mentale, son subordonné s'était entiché de son garde du corps pour son efficacité à toute épreuve et il ne pouvait donc pas le jeter du haut de l'immeuble comme il rêvait de le faire depuis leur première rencontre.

Et de fait, à l'opposé de la table, on avait les deux hommes plus posés, calmes et compétents, aussi surnommés les « transparents » par la voix toujours aussi aimable du garde du corps de Xander.
Keith Harris, aka l'ancien Ministre des Affaires Étrangères de Berkeley, remplissait parfaitement son office depuis sa nomination.
Il était calme, discret et posé, mais savait se faire entendre et convaincre sans hausser le ton.
Il était de très loin la personne en qui le chef du régime plaçait toute sa confiance parmi ses collaborateurs, et ce malgré son physique tenant plus du classique employé de banque que d'un leader charismatique. Après tout, l'homme était plutôt sec au niveau du torse et maigrelet au niveau des bras, mais compensait cela avec un regard verdâtre qui perçait l'âme de son interlocuteur, le tout couplé à des cheveux d'un blond étincelant reposant paresseusement sans aucune sorte de discipline sur son crâne et une face dépourvue totalement du moindre poil.
De plus, là où son estime en Payne avait drastiquement baissé une fois qu'il avait rencontré son encombrant garde du corps, Keith l'avait surpris dans le bon sens du terme en lui présentant un homme d'une discrétion et d'une professionnalisme à toute épreuve.
Myke Holmes, de son prénom, était le seul à ne pas proférer le moindre mot durant cette réunion, pour la simple et bonne raison qu'il était muet de naissance. Toutefois, il compensait ce léger handicap par un charisme magnétique et une carrure impressionnante, puisque seul Kucsulain rivalisait avec lui à ce niveau là.
De plus, son regard brun avec des teintes jaunâtres et ses cheveux d'un blond à la limite du roux étaient d'une clarté assumée, à l'inverse de son accoutrement entièrement sombre et sa légère moustache d'une étonnante couloir noire, qui contrastait avec son absence totale de barbe.

Occupé qu'il était à détailler ainsi rapidement les forces en présences, l'homme aux yeux bleus glaciers se ressaisit quand il vit soudainement le Spectre décroiser les bras et il se hâta de lancer :
– Bon, il serait peut-être temps qu'on se calme, qu'on arrête le débat ! X.A.N.A. va entendre vos propositions, donc pas de frasques et surtout, surtout.... Soyez concis !
Un rictus amusé parut sur le visage amusé de Palko qui fixait Xander dans les yeux sans aucune espèce de crainte et se contenta d'énoncer avec une voix nasillarde et moqueuse insupportable à écouter pour le grand chef :
– Si nous voulons retrouver les derniers chefs de la Fraternité encore en vie malgré le massacre causé par les Sauveurs et Antoine Bardou-Jacquet, il faudrait peut-être que notre chef suprême daigne enfin se sortir les doigts du cul, si j'ose dire... Lui seul peut régler ce conflit !
Pendant un instant qui sembla durer une éternité, Berkeley eut l'espoir que le Spectre foudroie l'impertinent sur place et le débarrasse de ce résidu d'andouille, mais à sa grande surprise, l'émissaire se contenta d'hocher doucement la tête et de tourner la tête vers Tom, qui enchaîna derechef avec un ton rapide et mesuré :
– Comme je l'avais déjà proposé à des multiples reprises, il faudrait qu'on double le nombre de soldats et de Protecteurs dans les rues. C'était risqué auparavant, mais avec la destruction quasiment totale de leur armée, il y a beaucoup moins de risque qu'ils contre-attaquent !
Là encore, Xander n'eut pas à intervenir, non pas qu'il en ait spécialement l'envie pour une simple réunion de commères avides, car le Spectre tourna ensuite lentement sa tête vers Harris, qui le fixa avec un regard fier et intelligent avant d'énoncer simplement :
– À mon sens, il faudrait adopter un système plus... insidieux, à l'image de ce qu'on utilise à l'international. Nous avons les Corbeaux en stand-by depuis un long moment, il serait temps d'au moins en envoyer un surveiller la rébellion et nous indiquer leur position pour que nous puissions préparer notre angle d'attaque.

Le silence se fit, uniquement percé par un guttural raclement de gorge de Holmes pour montrer son approbation au projet de son employeur. Le Spectre avait recroisé les bras et s'était immobilisé, il semblait être en pleine conversation mentale avec son maître.
Soudainement, il se redressa d'un coup sec et même Xander eut un léger mouvement de recul quand il aperçut sur les lunettes le symbole si malsain et reconnaissable du virus virer au rouge vif : pour la première fois depuis très longtemps, X.A.N.A. allait se manifester en personne durant une réunion. Et il eut un léger sourire malsain quand il se demanda pourquoi et qu'il eut la réponse.
En effet, un petit éclair violet sortit de la main soudainement tendue du spectre et alla foudroyer l'impertinent Palko qui s'écroula au sol, le souffle coupé, mais encore vivant, et ce malgré les paroles dénués d'émotion de l'émissaire habité :
– La prochaine fois que tu te fous de moi, espèce de méprisable humain, je te carbonise jusqu'à ce que tu hurles que je te laisse en vie, ou mieux que tu me supplies d'achever ton existence pathétique !
Aucune réaction ne fut perceptible chez ses collègues, comme s'ils s'y attendaient. Xander crut même voir un léger sourire se dresser sur les lèvres décharnées de Myke, mais il ne put le confirmer intérieurement puisque le symbole redevint soudainement normal et la voix habituelle du Spectre retentit dans la pièce :
– Hormis cette regrettable mise au point, le maître se charge de vous dire que les deux propositions sérieuses sont acceptées et que, une fois l'affaire interne réglée, la Fraternité deviendra notre priorité numéro une... Cependant, il faudrait également lâcher le Limier et la Bête.
– Hors de question, lâcha calmement Berkeley en fixant son maître dans les yeux, Seth ne les contrôle pas encore totalement et le risque que les autres pays explosent en apprenant la vérité sur eux tout en passant à l'attaque est très élevé. Je ne peux faire courir ce risque à mon régime, X.A.N.A. !
– À la base, répondit en personne le Programme en illuminant les lunettes de son émissaire, c'est mon régime je te signale... Mais soit, pour l'instant, je te laisse le champ libre, mais tu n'as pas intérêt à te rater cette fois, Xander.

Un léger sourire de fierté illumina le visage du sbire, qui se contenta d'effectuer un rapide hochement de tête, qui fut approuvé par un léger ricanement narquois et douloureux de Jeremy, mais le chef de l'Hôtel n'en avait cure pour l'instant.
Son maître lui avait donné officiellement les pleins pouvoirs pour régler le problème inhérent à la Fraternité, et ça il pouvait d'ors et déjà s'en féliciter : après tout, s'il réussissait de manière simple et rapide à exterminer les rebelles, peut-être que X.A.N.A. lui octroierait enfin ce qu'il réclame corps et âme depuis maintenant douze ans, qui avait déjà été la condition « sine qua non » pour que Berkeley, à l'époque politique, accepte de se plier aux ordres d'un programme informatique fêlé et désireux de conquête...
Cependant, une sonnerie de téléphone vint interrompre de manière fortuite ses réflexions internes : il attendait ce coup de fil avec la plus vive impatience, et il put également s'apercevoir que le Spectre eut un léger mouvement de recul, comme s'il était surpris.
Mais X.A.N.A. ne pouvait être surpris, il était forcément au courant de l'évolution de la situation concernant sa némésis.
Xander, toutefois, ne répondit pas immédiatement, puisqu'il préféra plonger son regard dans celui de l'émissaire du virus qui s'était remis dans sa position normale, les bras croisés, les lunettes dirigées vers le téléphone portable du chef officiel du régime. Berkeley attendait le feu vert de son maître, simplement.
Et il l'eut, par l'intermédiaire d'un rapide et maîtrisé hochement de tête.

Ainsi, le sbire prit délicatement l'objet dans sa main, le mit en haut-parleur, jeta un ultime regard dans la salle pour apercevoir les regards majoritairement intrigués et intéressés de ses subordonnés, puis la moindre trace de sourire disparut de son visage.
Et ce fut donc avec le ton le plus déshumanisé et froid possible qu'il se fendit d'un simple :
– Qu'est-ce qui se passe, Arès ? Je suis en pleine réunion là !


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JÉRÉMIE


– Je crois que nous avons un problème d'ordre révolutionnaire, mon cher Xander... se contenta de répondre Andrew tout en examinant avec son regard grisâtre et terne la lame que Chris Coy tripotait sur sa gorge avec un plaisir palpable.

La configuration de la pièce était optimale, et le plan avait parfaitement fonctionné : même si Vulcain ne s'était pas présenté en personne, le nombre de scientifiques et de soldats corrompus par Loki avait été suffisamment élevé pour totalement submerger les quelques gardes du corps du dirigeant du Laboratoire et envahir, à l'heure du repas, la salle à manger privée du cannibale.
Cette dernière était particulièrement étonnante, étant donné que la table sur laquelle étaient posés les si malsains plats de Arès étaient une table de dissection, en métal, pas très longue.
L'otage était en face de l'entrée, un couteau sous la gorge, penché sur le téléphone portatif mis en mode haut parleur.
Derrière lui, les quatre gardes du corps privés du membre du Conseil des Grands étaient acculés contre le mur par certains de leurs collègues armés et quelques scientifiques plus courageux que les autres, qui étaient restés en dehors de la salle pour empêcher d'autres personnes d'entrer.
Pour ce qui étaient des trois chefs du complot présents, Loki était paisiblement penché derrière West, la lame contre son cou, et attendait patiemment la suite des événements en mâchant toujours dans le vide de manière agaçante et en dardant ses yeux gris plissés sur Stellan.
Son espion, pour sa part, semblait relativement mal à l'aise : il était collé contre le mur à la gauche du cannibale, son regard noisette perdu dans le vide, les bras croisés. C'était de très loin celui que Jérémie surveillait le plus, parce qu'il semblait être le plus imprévisible.

La némésis de X.A.N.A, pour sa part, était face au prisonnier, les bras nonchalamment appuyé sur la table de dissection, avec un regard bleu d'une froideur exemplaire planté dans celui, étonnamment confiant, du cannibale qui attendait une réponse, visiblement.
Et cette dernière arriva aux oreilles de Belpois, qui sentait son cœur battre encore plus la chamade que quand il était entré en force dans la salle, mais se forçait de tout son être à écouter chaque mot de Berkeley :
– Ah là là, M. Belpois... Je vous avais pourtant prévenu, mais je sais d'avance que vous avez pris vos précautions vis-à-vis de votre famille, ce qui montre qu'il s'agit d'un projet de longue date...
Jérémie, plongé dans ses réflexions et la préparation de ses arguments, ne répondit pas, ce qui fit ricaner l'homme au téléphone qui s'empressa de continuer :
– Mais bon, les Skinner viendront plus tard de toute manière... Qu'est-ce que vous voulez, M. Belpois ? Du pouvoir ?
– Les expériences, les monstres que vous avez créé avec Emmerich. Ils mourront prochainement, que ce soit de notre fait ou de personnes extérieures. Arès ne sortira pas de cette salle vivant, et ensuite, ce sera votre tour.
Un silence assourdissant fut sa seule réponse, et le blond put observer les regards interloqués de Chris et Stellan, là où celui du cannibale se teintait d'un mélange de compréhension froide et de tristesse étrange.
Et soudain, un éclat de rire retentit dans la pièce, qui fit légèrement sursauter Loki qui desserra subrepticement la poigne de son couteau, ce qui n'échappa pas à Belpois qui se mit à frissonner. Il sentait que la situation était en train, petit à petit, de lui échapper : comme il l'avait prévu, tout le régime était au courant des monstres de l'albinos et l'approuvait dans sa démarche.
À vrai dire, il avait eu un léger espoir que Xander mate sa rébellion, mais se débarrasse du cannibale et de Emmerich pour avoir rompu la plus élémentaire des règles, à savoir la dignité humaine, et donc pour avoir sciemment exposé le régime si parfait du virus aux foudres de l'international.
Heureusement pour lui, il avait un plan B.

La voix de Xander confirma ainsi ses craintes :
– Tu croyais vraiment qu'on l'ignorait ? Certes, c'est la volonté de ce fou de Noah à l'origine, mais X.A.N.A. l'a approuvé, donc on ne pouvait pas s'en débarrasser... Mais de toute manière, vous devez comprendre que vous êtes tous aussi insignifiants que des moucherons et qu'on écraserait tout le pays si notre Maître nous l'ordonnait !
– Mais êtes-vous assez puissant, rétorqua le blondinet avec un calme et une maîtrise de soi exemplaire, pour affronter le reste du monde, Berkeley ? Si vous êtes restés en France, c'est bien parce que votre pouvoir, la perfection que vous recherchez tant, n'est qu'une illusion... Ou plutôt qu'elle n'est cantonnée qu'à un seul des multiples pays de cette planète.
Le chef du régime, pour la première fois depuis le début de l'entretien, montra un certain signe d'hésitation qui fit sourire franchement Jérémie en demandant soudainement à son collègue :
– Arès, combien sont-ils dans la salle ?
Andrew James West fit doucement tourner sa tête pour examiner le visage de chacun des chefs de cette mutinerie, pendant que Jérémie vit du coin de l'oeil Stellan décroiser ses bras et commencer à réfléchir.
Soudainement, le cannibale émit un claquement de langue contrarié, darda son regard gris-vert dans celui de son ravisseur du moment et énonça avec un petit rictus à la fois amusé et énervé :
– L'anglais n'est pas là, Xander... Il avait donc raison.
Le sourire naissant du scientifique blond s'évapora comme neige au soleil quand il entendit la fin de la phrase de Arès, qui se pencha en avant pour placer sa gorge pile sur la lame du couteau de Coy, qui se mit à trembler, et énonça avec une froideur qui fit frissonner le mutin :
– Tu croyais vraiment qu'on n'avait pas envisagé cette éventualité là, Jérémie ? Ah là là... Je vous laisse une dernière chance, de faire le bon choix, après ça, c'en sera fini de vous !
Belpois savait que le message ne lui était pas destiné, puisque le suédois s'était adossé de nouveau au mur et Loki semblait hésitant, même si Jérémie sentait qu'il ne s'agissait en vérité que d'une façade. Tout ceci n'était qu'une mise en scène.
Immédiatement, le blondinet se mit à reculer de manière contrôlée, pendant qu'un sourire malsain naissait sur le visage de l'otage qui semblait avoir totalement repris le contrôle de la situation.
Cela fut rapidement confirmé par une ultime phrase de Xander qui acheva les derniers espoirs du scientifique à lunettes et fit cesser dans le même temps la supercherie :
– Pour information, Jude Watson est actuellement dans un avion à direction de l'Angleterre, que nous n'arrêterons pas, puisque notre nouvel et dévoué homme à tout faire est dans ce dernier... Maintenant, saisissez-le !

Après la fin de la phrase, ce fut le chaos dans la pièce, et chacun dévoila sa duplicité dans cette affaire, pour le plus grand effroi de Jérémie, qui resta stupéfait sur place.
En effet, Chris Coy enleva rapidement le couteau de la gorge de son patron pour se retourner et le planter violemment dans la tête d'un des gardes mutins, qui s'écroula au sol avec un air de surprise plaqué sur le visage.
Les quatre gardes du corps pris en otage, comme s'ils étaient au courant de l'évolution de la situation, sortirent des armes de leur veston et tirèrent à balles réelles sur leurs collègues et les scientifiques restants, qui tentaient de s'enfuir par une porte dérobée.
Dehors, des cris et des tirs de mitrailleuses se firent entendre, ce qui fit comprendre à Belpois que les scientifiques de Vulcain dehors étaient en train de se faire proprement massacrer.
Andrew James West était resté calme, de même que le suédois qui observait le massacre sans bouger, comme s'il était détaché, même s'il tremblait de peur. Le regard gris-vert du cannibale et son petit sourire mesquin s'insinuèrent dans l'esprit de l'américain, qui cessa soudainement de réfléchir et se jeta sur l'homme.
Immédiatement, Skarsgård sortit de son mutisme et se précipita ventre à terre sur le scientifique pour le plaquer au sol là où Coy passa de l'autre côté pour le prendre à revers avec un petit rictus de satisfaction sur le visage.

Même le plan C, le désespéré de Jérémie, échoua. Il n'arriva même pas à sortir le canif qu'il avait dans sa poche pour emmener le cannibale dans la mort avec lui.
Ce fut quand il finit brusquement à terre, enserré par un soixantenaire suédois qui semblait regretter son geste, et un membre du régime qui, lui, réfléchissait déjà à son prochain coup, qu'il comprit soudainement tout.
Le complot, le recrutement de Vulcain, l'escalier sans garde, la non-présence de Emmerich dans son antre de folie... Il s'était fait piéger comme un bleu.
Et, même s'il avait prévu de longue date la trahison de Stellan et Chris, il ne pouvait pas deviner qu'un agent de la mort allait embarquer Jude Watson avant que la vérité ne se propage au reste du continent.
Il avait totalement échoué, et il pensa pour la première fois depuis le début de cette folle journée à sa famille, ce qui lui arracha un tremblement de terreur non contrôlé.
Soudainement, il sentit une présence se pencher sur lui, avec un calme et un doigté laissant transparaître son identité.
Arès ne montra aucune émotion, il se contenta de le regarder avec des yeux cruels et désincarnés, avant d'énoncer simplement :
– Jetez-le dans les fosses de la Garde, on s'occupera de ce crétin plus tard... Mais je vous préviens tous les deux, imaginez une crasse comme celle-là à l'avenir contre moi et je vous égorgerai moi-même...
Suite à cette menace à peine voilée, il se détourna et ne daigna même pas regarder le scientifique américain se faire soulever brutalement du sol par un suédois et un anglais pour se faire traîner en dehors de la pièce.

À vrai dire, Jérémie ne fit pas attention aux cadavres sanguinolents des scientifiques mutins affalés contre la porte, criblé de balles.
Il ne fit pas non plus plus attention que ça au regard troublé de Stellan Skarsgård et à celui, indifférent mais pensif, de Chris Coy.
Il était uniquement centré sur le sort de sa famille, son échec et ce qui l'attendait. Il se doutait que la mort n'arriverait pas de suite, X.A.N.A. devait avoir d'autres projets pour lui, il était presque sur que l'insupportable voix du virus allait venir le narguer.
Mais elle ne vint pas, le laissant ruminer et prendre son ultime décision, celle qui serait le commencement de sa nouvelle vie.
Et il la prit rapidement.
X.A.N.A. avait gagné, il le reconnaissait maintenant. Il était donc temps de mettre son humanité de côté et de se soumettre.
Malheureusement pour Jérémie Belpois, il avait compris cette leçon trop tard...
  Sujet: [Fanfic] Game of Power  
Draynes

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Sam 23 Juin 2018 19:52   Sujet: [Fanfic] Game of Power
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Draynes

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 03 Avr 2018 15:40   Sujet: [Fanfic] Trepalium, Familia, Patria
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CHAPITRE 2 : Lancement du Plan Carthaginois


Brest, Bretagne, France – 4 Septembre 2009


Le faux quaterback blond était furieux, ses mains tremblaient violemment et il faisait les cent pas dans le salon de sa petite maison située à proximité du collège, dans lequel il n'était pas allé depuis deux jours, malgré la rentrée. À vrai dire, il espérait presque se faire renvoyer, histoire de pouvoir quitter la ville, voir même le pays et mettre enfin derrière lui ce maudit passé qui revenait le hanter au moment où il s'y attendait le moins... où plutôt au moment où il en avait le moins envie.
La voix lassée de son ami interrompit sa morose réflexion et sa marche forcée dans le même temps :
« Jules, tu peux arrêter de marcher s'il te plaît, tu me donnes mal à la tête et j'aimerai bien éviter de souffrir aussi de là, tu vois !
— C'est Eugène, gronda Briscoll avec colère en se retournant pour planter son regard bleu dans celui étrange du handicapé, Jules a cessé d'exister il y a un an.
— Tu vas pas me faire croire ça, rétorqua avec un rictus amusé l'homme en commençant à faire rouler son fauteuil roulant pour se rapprocher de lui, tu vas pas me faire croire que Jules Stamper n'est pas encore là, derrière Eugène Briscoll !
— Vu cette foutue lettre, répondit avec un ton amer l'ancien chef des services secrets en serrant les poings, il ne serait plus en paix... Putain, moi qui croyais avoir enfin quitté ce milieu... »

À cet instant précis, Kane Leviathan ne répondit rien et laissa ses mains jouer avec les roues de son fauteuil roulant, comme il le faisait à chaque fois qu'il se préparait à lancer une tirade. Stamper avait appris à identifier les autres signes, et il les voyait se profiler.
Son regard fauve se perdait dans le néant, ses yeux se plissaient, ses jambes immobiles semblaient se tendre comme s'il allait se lever même s'il avait perdu leur usage des années auparavant, sa main gauche allait triturer ses cheveux roux cuivrés. Et, dans ces instants là, le blond savait qu'il en aurait pour de longues minutes s'il ne l'interrompait pas rapidement, voir avant même que son meilleur ami ne commence.
Ce fut pour cela qu'il récupéra vivement la lettre posée en bord de table, l'agita rapidement tout en maugréant :
« Qui peut être au courant et m'envoyer ça bordel ? Si ta traduction est correcte, c'est clairement une référence à la Famille...
— Quoi, se moqua franchement Kane, tu doutes de mes talents de linguiste et de latiniste accompli ? Je suis formel, même si c'est horriblement mal exprimé et que c'est sûrement des personnes très peu familières à la langue qui ont écrit ça, cela signifie bien ce que j'ai dis !
— Vous avez gagné une bataille, se remémora l'ancien colonel pour la sixième fois depuis le début de la conversation, ne pensez pas avoir gagné la guerre... Tous les membres de la Famille sont morts, même Franck Delano...
— C'est peut-être ton successeur, railla le roux en tiquant cependant nerveusement à la mention du traître dont il avait entendu les pires méfaits, qui a décidé de te faire une vanne... Non, mais plus sérieusement, au lieu de te préoccuper de ça, tu ferais mieux de t'occuper de ton absence le jour de la rentrée et le lendemain, Bartoux va pas te faire de cadeau !
— Je dois bien t'avouer, maugréa Stamper en affichant un petit sourire amusé, que cet abruti est le cadet de mes soucis, mais bon ce serait pas le dernier collège que je quitterai, après tout t'as été un de mes premiers voisins après mon arrivée !
— Je ne comprends d'ailleurs toujours pas, avoua Kane en triturant son fauteuil roulant, pourquoi tu m'as avoué ton passé et, surtout, pourquoi j'ai cru une histoire aussi invraisemblable... »

À cet instant, Stamper poussa un profond soupir mêlant à la fois l'amusement et le découragement, se caressa brièvement les cheveux et énonça calmement :
« Je devais avoir besoin de me confier, tout simplement, et t'as été la première personne qui semblait un tant soi peu digne de confiance... J'ai pris un énorme risque et vraiment fait une énorme bêtise en te racontant tout !
— Et t'as donc eu de la chance que je sois du milieu, rétorqua calmement le paraplégique en faisant tourner son fauteuil roulant, et que je sois assez ouvert d'esprit pour croire un ramassis de conneries aussi violent ! »
Un ricanement moqueur sortit de la gorge de Jules et il se détourna pour regarder un instant par la fenêtre, le regard perdu dans ses pensées. Il avait rencontré Kane peu de temps après son exil forcé à Brest, et s'était vite lié d'amitié avec cet ancien militaire, handicapé et excentrique certes, mais fidèle et présent également. Il avait été une oreille attentive, écoutant les problèmes de l'ancien colonel avec une patience que lui-même n'aurait pas eu s'il s'était raconté son histoire.
Kane Leviathan était la meilleure personne à être entrée dans sa vie, et il l'avait même soutenu dans sa décision difficile de reprendre en main son existence.
Soudainement, le regard fauve du paraplégique se perdit vers la porte d'entrée, il sourit de toutes ses dents légèrement jaunâtres et énonça avec calme et mépris :
« Tiens, voilà ton collègue... Tu m'excuseras, mais je crois que je vais y aller hein !
— Putain mais quand est-ce que vous arriverez à vous entendre tous les deux ? souffla le blond en fixant le chauve en train d'avancer d'un pas franc et nonchalant à la fois vers sa petite résidence
— Quand il arrêtera de me chercher des noises, tout simplement ! se contenta de répondre Kane avec un ton aigri avant de commencer à manœuvrer son fauteuil roulant pour se diriger vers la sortie
— Tu restes là et tu ne dis rien compris ? se contenta d'énoncer Stamper avec une tonalité dans la voix similaire et tellement sérieuse à la fois qu'elle fit s'arrêter net le paraplégique »

Un soupir de frustration sortit des lèvres décharnées et squelettiques du militaire aux yeux fauves mais malgré tout, à la grande surprise de son meilleur ami, il ne bougea pas. L'ex-colonel le connaissant bien, il pensait qu'il allait n'en faire qu'à sa tête, partir et s'engueuler encore une fois avec Stéphane pour des raisons futiles.
Il allait décidément de surprise en surprise en ce moment... Cette réflexion intérieure lui arracha alors un sourire nerveux, ce qui fut la première chose que l'air sérieux et inquiet de Guimart capta quand il entra dans la maison et c'est ainsi qu'il débuta d'entrée de jeu :
« Eh bin, t'as pas l'air d'être si malade que ça, à ce que je vois... Encore que, tu t'es enfilé combien de bouteilles ce coup-ci ?
— Aucune. se contenta de répondre le faux professeur en cessant brusquement de sourire
— Ah si effectivement, t'es malade... Salut Leviathan, qu'est-ce que tu fous là ? »
Kane ne répondit pas de suite, comme s'il cherchait sa réponse en triturant nerveusement les roues de son fauteuil roulant, et aucune répartie sarcastique ne sortit de la trachée de Stéphane, ce qui éberlua complètement Stamper. Il commençait même à se demander s'il n'était pas depuis le début dans un simple rêve, que cette lettre, cette discussion... n'étaient pas arrivés.
Ce petit moment de flottement lui permit cependant de se rappeler qu'il tenait encore la lettre dans la main, qu'il se dépêcha donc de ranger dans sa poche. Il ne tenait pas à ce que ces deux vies se rencontrent, seul Leviathan constituait un pont malgré lui entre les deux.
Et l'ancien colonel souhaitait ardemment qu'il reste le seul et unique édifice faisant une transition, dans son cerveau, entre sa vie d'action et sa paisible retraite.
Le silence s'était installé depuis quelques secondes quand Kane arrêta de jouer avec ses mains, redressa la tête et énonça avec un grand sourire :
« Je suis juste venu soutenir un vieil ami qui avait besoin de moi, comme toi en ce moment, alors bon je pense être le bienvenu ici! »
Le collègue du blond effaça de manière rapide le rictus moqueur qui commençait à poindre le bout de son nez et ouvrit la bouche pour rétorquer, mais une sonnerie de téléphone vint, de manière impromptue, interrompre la situation.

Surpris, l'ancien chef des services secrets sortit son portable de sa poche droite, examina avec un air perplexe le numéro qui s'affichait sur l'écran, puis énonça calmement tout en décrochant et en s'éloignant :
« Je vous rejoins de suite, ça a l'air urgent ! Allô ?
— Ah, Monsieur Stamper ! Ça fait un bail, dis donc !
— Je peux savoir qui vous êtes, rétorqua le concerné avec un ton beaucoup plus sombre, et comment vous avez eu ce numéro ?!
— Disons que je suis votre nouveau meilleur ami, rétorqua avec un calme inquiétant la voix modifiée, je peux vous aider à vous dépêtrer de la menace qui arrive, mais vous devrez m'obéir...
— Woh woh woh, attendez deux secondes ! C'est lié à cette foutue lettre, c'est ça ?! Mais la Famille a été dissoute...
— Vous pensez vraiment, le coupa avec toujours le même entrain le mystérieux interlocuteur, que c'est elle la responsable de tout ce bordel... Vous êtes bien naïf... Mais bon, je ne peux pas m'attarder ! Je vous rappelle bientôt pour vous donner des... conseils, on va dire ! »
Jules connaissait trop bien ce système d'appels étranges, ce qui fit qu'il se tut et raccrocha lui-même le téléphone avant de se composer un visage assuré et de retourner dans le salon de sa charmante demeure de Brest, où l'attendaient ses deux meilleurs amis.

À cet instant, Stamper n'a pas eu l'autre réflexe qu'il avait quand il était agent secret, à savoir de surveiller les fenêtres.
Ainsi, s'il l'avait eu, il aurait vu un roux cuivré avec des yeux fauves l'observer en souriant depuis l'autre côté de la rue, ranger son téléphone et s'en aller calmement.
Il aurait, peut-être, également vu la voiture noire garée au coin de la rue, dans lequel le mystérieux rouquin venait de rentrer et qui venait de s'en aller.
S'il l'avait vu, peut-être que le futur aurait été différent. Mais, à cet instant précis, le Briscoll tout sourire qui discutait en riant jaune aux plaisanteries de ses deux amis qui semblaient étonnamment bien se tenir, ne pouvait pas le deviner.


XVème Arrondissement, Paris, France – 4 Septembre 2009


Quand Archange entra dans la grande salle circulaire emplie d'une douce lumière verdâtre, au sortir de cet ascenseur branlant et manquant de s'effondrer à chaque seconde qui la faisait frissonner de terreur, elle ne put retenir un sifflement admirateur.
Et, au vu de la mine émerveillée qui éblouissait le visage de son collègue Lazare, la surprise était de mise pour eux deux.
La jeune femme, en vingt-deux ans de vie, n'avait jamais vu quelque chose d'aussi magnifique. Et elle était également admirative du fait que Savin n'avait jamais laissé fuiter l'information, que personne ne savait que cette merveille existait.
Enfin, au vu de la personne imberbe et aussi grande que Lazare debout à côté du fauteuil qui les observaient tous les deux avec une mine intriguée, il devait être au courant depuis bien longtemps.
La voix fatiguée et ferme de leur chef interrompit cependant ces pérégrinations mentales :
« Personne d'autre n'est au courant ? Pas de nouvelles d'autres lettres ?
— Non et non chef, répondit le balafré en observant fixement le quatrième étrange bonhomme présent dans la pièce, on a prétexté un congé maladie tous les deux... Faudrait que vous nous le signiez d'ailleurs ! D'ailleurs, pourquoi sommes-nous là alors qu'on était censé ne rien faire ?
— Dis, rétorqua le quatrième homme avec une voie enrouée tout en grattant son unique œil, c'est eux les deux renforts ?
— Oui c'est ça, devança Archange avec un ton aigre en s'avançant rapidement pour aller se placer devant le borgne, et à qui ai-je l'honneur de parler ?
— William, rétorqua l'adolescent aux cheveux noirs avec un grand sourire, William Dunbar pour vous servir ! »

Savin n'émit aucun commentaire, occupé qu'il était à taper de manière frénétique sur le clavier du Supercalculateur de l'ancienne usine Renault qui était censé être démantelé depuis la mort de Blackwell, mais Lazare haussa un sourcil et sa collègue recula d'un pas pour demander :
« Et vous êtes encore là... Mais pourquoi ?
— On dirait que je ne peux pas me passer de ce Supercalculateur de malheur, rétorqua l'étudiant calmement en haussant les épaules, surtout que mes parents m'ont coupé les ressources tout récemment alors...
— On a conclu un marché, intervint le chef des services secrets en retournant son fauteuil pour fixer ses deux subordonnés, il m'aide à surveiller le Réseau de temps en temps et moi, je lui finance ses études tout en essayant de le rabibocher avec sa famille, ce qui n'est pas chose aisée. »
Pour seule réponse, William se mit à gratter nerveusement le bandeau noir placé sur son œil gauche, crevé par le psychopathe Sean Baker deux ans auparavant, et Archange renchérit derechef après avoir jeté un dernier regard critique envers l'adolescent aux cheveux noirs :
« Et pourquoi nous avoir amené ici, Monsieur ? Quel est le rapport avec cette lettre ?
— Quelle lettre ? demanda à son tour Dunbar en jetant un regard intrigué envers son collègue. »
Les yeux vert pomme de l'homme se plongèrent dans celui de l'étudiant, puis dans ceux d'Archange, un petit sourire germa sur son visage, mais il se reprit rapidement avant de surenchérir :
« Eh bien, c'est la raison de leur présence ici... Je crois que Carthage va passer à l'attaque dans peu de temps. »

La jeune femme, assez alerte dans ses déductions, parvint à comprendre en voyant le visage de Dunbar blêmir d'un seul coup, que cette situation était assez grave, ce fut pourquoi elle demanda :
« Bon, sauf votre respect, on aimerait savoir ce qu'on fait là ! Que disait cette foutue lettre ? Et qu'est-ce que Carthage ?
— La lettre disait, répondit calmement Savin en se levant de son fauteuil de manière doucereuse, qu'il ne fallait pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir dépecé, tué et brûlé, ce que je n'aurai pas fait auparavant et ce que je vais payer maintenant. Au vu de cette phrase, il n'y a que deux possibilités.
— La Famille, répliqua Lazare qui écoutait les bras croisés et enregistrait toutes les informations, mais Xana, Delano, Blackwell, Kant et les Baker sont morts, donc c'est peu probable.
— Le deuxième reste donc Carthage, conclut le chef en le félicitant d'un signe de tête. »
À cet instant, Archange ressentit une certaine pointe de jalousie, en voyant son collègue récolter de nouveau tous les honneurs, mais elle aperçut du coin de l'oeil Dunbar l'observer avec un petit rictus et elle se détourna rapidement en croisant les bras rageusement avant de demander :
« Et donc, qu'est-ce que c'est que Carthage ? Ça ne peut pas être la cité de Hannibal ou l'organisation ayant embauché Hopper quand même ? »
Elle sut, au silence de Savin, qu'elle avait pourtant vu juste, ce à quoi elle rétorqua encore avec un ton interloqué :
« Mais... Hopper et Blackwell sont morts, tu es là, il n'y a plus aucun informaticien du Projet Carthage encore en vie ou dans le camp ennemi ! Les chefs ont tous été arrêtés par le gouvernement !
— Pas tous, rétorqua sombrement le chef en poussant de la main le fauteuil pour dévoiler l'écran, trois d'entre eux sont encore dans la nature à l'heure qu'il est ! »

Les deux agents et William se regardèrent, surpris, et s'avancèrent rapidement pour aller examiner de plus près les trois têtes de leurs probables nouveaux ennemis, à savoir deux hommes et une femme.
Le premier d'entre eux avait des yeux verts clairs, une mine sévère et des cheveux châtains sombres, sa compère avait de longs cheveux noirs lui arrivant en dessous de la nuque et des yeux d'un gris clair presque blanc. Le dernier était le plus marquant, car chauve et noir avec des yeux marrons foncés et des épaules évoquant presque celles d'un basketteur.
Savin commença son exposé après que Archange et Lazare eurent fini d'enregistrer les têtes dans leurs mémoires en expliquant calmement :
« Aurélien Orbuta est le premier du tas, c'était un ancien chercheur militaire d'origine espagnole et l'époux de Elena Descott, que vous voyez à côté, qui était une experte en communications de l'armée anglaise.
— Et le dernier ? demanda Dunbar avec un intérêt croissant dans le regard
— C'est le fondateur et principal créancier du Projet à l'époque, répondit le chef avec un regard nostalgique et furieux à la fois, Desmond Bryan. Un ancien informaticien militaire français, qui a été mon formateur à l'époque du Projet. J'ai encore des contacts avec lui d'ailleurs.
— Son nom me dit quelque chose, intervint rapidement Archange en se grattant les cheveux, il est pas président d'une grosse boîte ou quelque chose ?
— Effectivement, l'approuva Savin en lui souriant chaleureusement, il s'est racheté auprès du gouvernement en créant une boîte de sécurité privé qui aide à protéger plus de la moitié des centres commerciaux du pays. Sa popularité a été accrue depuis les attaques terroristes de la Famille d'ailleurs. »

Suite à cette explication, le silence se fit dans la petite pièce et Lazare vint énoncer calmement l'évidence qui avait germé dans l'esprit de tous à cet instant précis :
« Notre job, c'est donc de les rechercher et de les ramener ici, de les arrêter définitivement en gros ?!
— Ce serait plus, tempéra son patron en haussant les sourcils succinctement, de vérifier qu'ils ne sont en rien liés au nouveau Projet qui s'est manifesté dans le Réseau et, si c'est le cas par contre, de les éliminer purement et simplement. La Famille, à côté de ces gens et de ce qu'ils sont capables de faire, ce n'est rien du tout, soyez-en conscient !
— C'est à cause d'eux que vous surveillez le Réseau n'est-ce pas ? conclut Archange en fixant directement Dunbar.
— Oui, répondit ce dernier en prenant part à la conversation pour la première fois, on a détecté il y a un an environ un signal d'un corps étranger semblable à celui de Lyoko, un autre monde virtuel... Kantus selon nos quelques informations.
— Comment vous avez fait pour savoir ça d'ailleurs ? »
Les deux hommes se fixèrent du regard un long moment, puis un soupir sortit des lèvres gercées du chef des services secrets qui se contenta de dire :
« En vérité, je ne veux pas que vous pourchassiez les chefs, ça c'est ma tâche exclusive étant donné que je les connais bien. Non, je veux que vous vous débarrassiez de la main d’œuvre et de Kantus. »
À cet instant, le rythme cardiaque de la jeune femme s'emballa et elle recula rapidement pour aller se coller contre le mur adjacent à l'ascenseur. Elle imaginait ce moment depuis son entrée dans cette salle, mais elle n'osait pas y croire.
Elle avait trop peur de cette possibilité : ils voulaient la faire plonger sur Lyoko, le territoire enchanteur ayant provoqué la mort de trois adolescents lors de leur infernal combat contre la Famille et Xana. Toute la France, désormais, connaissait l'existence de la création de Waldo Schaeffer.
Et Archange en avait une peur bleue, irraisonnée, presque phobique de ce monde virtuel. Elle ne savait pas du tout d'où ça lui venait, mais elle ne pouvait juste pas. Elle ne voulait pas décevoir son supérieur, mais dans l'instant présent, seul Lazare pourrait y aller.
Et il le savait, au vu de son regard tranquille quand il plongea ses yeux dans les siens avant d'expliquer :
« Archange ici présente a une peur panique de Lyoko. Ne me demandez pas pourquoi, je ne saurais l'expliquer moi-même, et elle non plus. Il faudrait donc la renvoyer au QG, elle ne serait ici d'aucune utilité ! »

À cet instant précis, la jeune femme se mit à haïr son partenaire, véritablement, pour la première fois. Il venait, proprement et simplement, de l'humilier devant Savin, comme s'il essayait de bien se faire voir.
Toutefois, elle vit rapidement dans le regard froid de William et dans celui neutre du chef que la situation allait échapper au contrôle précaire que venait d'instaurer le balafré, ce qui fut confirmé par la réplique cinglante de l'homme assis sur le fauteuil :
« Si tu la détestes à ce point, dis-lui en face, mais ne mens pas. Elle nous sera utile, elle ne le sait juste pas encore. Et ne la ramène pas une deuxième fois, ou sinon c'est toi que je renvoie au QG aussi sec avec mon pied dans ton cul, c'est compris ?!
— Oh j'enregistre Monsieur, rétorqua Lazare sans se démonter tout en conservant son ton assuré, j'énonçais juste un fait. Sinon, quand est-ce que je plonge avec le gamin ?!
— Le gamin va te faire ravaler ton assurance rapidement, mon coco... gronda Dunbar en se rapprochant et en serrant les poings »
La situation allait rapidement dégénérer si quelque chose ou quelqu'un n'intervenait pas. En l'espèce, Savin était trop occupé à soupirer de dépit et Archange à s'offusquer tout en s'étonnant du changement de ton de son partenaire, d'ordinaire amical, pour intervenir.
Heureusement, une autre personne intervint dans la discussion, ce qui arracha un sursaut à William et Savin, un haussement de sourcil surpris pour Lazare qui décroisa les bras et un frisson de terreur pour la jeune femme.
La voix qui sortait directement du Supercalculateur, assurée et assez aristocratique, venait simplement d'énoncer :
« Bonjour Messieurs et Mesdames, je suis l'émissaire de Kantus. Je ne souhaite pas vous tuer tout de suite, c'est pourquoi je vous propose une... trêve avant la guerre, peut-on dire ! J'attends dans votre splendide château de glace l'arrivée de votre représentant ! »

Et il stoppa net son entrée fracassante, laissant le petit groupe dans un état entre la blasitude, la surprise, la peur et la hâte.
Restait à savoir quel membre du groupe éprouvait chaque sensation. Pour Archange, ils avaient tous en commun la même chose.
À savoir les quatre émotions qui envahirent son esprit à cet instant et qui la poussèrent à se lever, à inspirer un grand coup et à proclamer de manière solennelle :
« Je serai la représentante de notre groupe, Carthaginois ! »


Lycée d'État Jean Zay, Paris, France – 4 Septembre 2009


Une journée après les cours et la lettre, alors que l'internat venait doucement de sombrer dans un sommeil réparateur et que les trois jeunes gens étaient tranquillement assis sur les marches devant leur lieu de vie, Odd Della Robbia n'arrivait toujours pas à y croire. Il était ébahi, là ou sa complice de toujours était terrorisée et là où Héloïse Laroche, qui venait d'entrer de manière totalement impromptue à l'intérieur du problème, ne ressentait qu'un certain désappointement et ne comprenait strictement rien à la situation, ce qui avait le don d'enrager le blondinet et, plus précisément, son ami la tête coupée :
« Bon, elle va la fermer la pimbêche là, j'aimerai bien réussir à me reposer avant d'aller tuer quelqu'un ! »
Un sifflement agacé sortit de la bouche hermétiquement fermée du blondinet, qui fit éclater d'un rire sombre la tête de Baker, mais les paroles qui sortirent étaient, elles, destinées à Héloïse :
« Bon, on t'a tout expliqué, tu peux arrêter de le rabâcher cinq secondes ?! Tu me donnes un mal de tête pas possible !
— J'essaye de comprendre, répliqua Laroche en tirant une ultime fois sur sa cigarette avant de l'écraser d'un geste souple et contrôlé sur la dalle de béton à ses pieds, le pourquoi du comment de cette foutue lettre.
— Répète encore, demanda Aelita avec hargne, ce que disait cette dernière au juste ?! »
La jeune fille faillit se moquer d'elle par une œillade appuyée, mais elle sentait d'avance que le couple à ses côtés n'était pas du tout d'humeur pour ses plaisanteries mesquines, ce pourquoi elle se contenta de se lever et d'énoncer calmement :
« La lettre disait donc, selon ma traduction, que l'écrivain espérait que vous n'avez pas oublié votre famille, que elle non et qu'elle venait même vous chercher.
— Ça n'a aucun putain de sens, s'énerva Belpois en se levant elle-aussi brusquement pour darder son regard vert émeraude vers l'horizon, la Famille a été dissoute, tous ses membres sont morts... Mais qui peut bien envoyer un truc pareil ?
— Que veut dire « Puella » ? »
La question posée par le seul homme du trio surprit ses deux comparses, mais Laroche se ressaisit vite et se contenta de dire :
« Ça veut dire « la petite fille » ou la Fille plus succinctement, mais quel est ton point ?
— Qui dit qu'il y a une Fille, rétorqua Della Robbia en se levant et en se retournant pour fixer l'entrée, dit qu'il doit y avoir un Père quelque part. On est peut-être pas les seuls visés par ces lettres...
— Tu n'as plus de nouvelles de ton oncle et Oblong, énonça avec froideur Aelita, et William ne répond pas, ce qui voudrait dire qu'il n'a rien reçu. Faut que tu arrêtes d'être paranoïaque à ce point, ça doit juste être un canular ! »

Pour la première fois depuis un an, Odd tomba rapidement d'accord avec la réplique de la tête coupée posée comme un oiseau sur son épaule, qui se contenta de lui susurrer :
« Si ça, c'est un canular, alors moi je suis la représentation mentale de John Fitzgerald Kennedy !
— Tu peux m'appeler Onassis si c'est un canular, reprit Della Robbia en se tournant vers elle et en se mettant à sourire, mais j'espère la même chose que toi... Mais bon, autant s'assurer de ça. »
Quand sa petite amie voulut se tourner pour vérifier la raison de son soudain engouement, elle entendit une forte voix grave retentir :
« Vous êtes au courant qu'il existe un couvre-feu non ? Et comment vous avez réussi à sortir de là, au juste ?
— Tu as laissé la porte ouverte Pierson, se contenta de constater Odd avec un rictus amusé, et tu es au courant que tu es censé être non stop dans l'enceinte de l'internat non ? »
Le petit rire qui échappa de la gorge du surveillant fit gronder la tête coupée et sourire le blondinet en même temps : il s'était rapidement lié d'amitié avec Alexander Pierson, qui était arrivé un an auparavant en remplacement de l'ancien surveillant parti à la retraite. À vrai dire, de par ses manières comme son franc-parler, il lui faisait souvent penser au regretté Jim Morales, décédé durant la guerre contre les terroristes de Blackwell.
Même physiquement, il lui ressemblait légèrement : cheveux clairs-sombres reposant tranquillement grâce à un gel sur son front, yeux d'un bleu orageux, carrure de vigile de boîte de nuit tout en muscle qui contrastait forcément avec sa taille, puisqu'il dépassait légèrement le mètre quatre-vingt six. Et surtout, il était reconnaissable à des lieux à la ronde grâce à son bras droit, qui avait l'étonnante particularité d'être entièrement bionique, sa main étant masquée en permanence par un gant sombre.
Odd n'avait jamais réussi à lui arracher la raison pour laquelle il avait perdu son bras, mais Pierson aimait cependant l'exhiber en cas de bagarre imminente, sûrement pour rappeler qu'il était plus puissant que la moyenne et que le premier qui bronchait allait s'en prendre une. Il était assez sévère, mais avait ses chouchous.
Et, heureusement pour lui à cet instant précis, Della Robbia en faisait partie depuis les premières semaines.

Toutefois, au regard de la mine qui commençait à s'assombrir de Alexander, il sentait qu'il allait finir par s'énerver, alors il enchaîna rapidement :
« T'inquiète, on va pas te dénoncer, on tient à notre vie ! On voulait juste savoir un truc, tu te souviens de la lettre que tu as donné à Héloïse pour moi ?
— Oui, pourquoi ? demanda le surveillant tout en faisant un petit signe de la tête pour saluer la jeune femme qui venait timidement de relever la tête.
— Eh bien j'aimerais tout simplement lui répondre, répliqua Odd derechef, donc je voulais juste savoir s'il t'avait donné son nom ?
— Hmm, réfléchit Pierson en se grattant la tête et en ouvrant la porte pour qu'ils puissent entrer tous les quatre, à vrai dire je ne me souviens pas de son visage, j'étais trop occupé à chercher mes clopes, mais je me souviens bien de son nom parce que j'ai éclaté de rire quand il l'a dit.
— Sérieusement ?
— Oui, il m'a dit qu'il s'appelait Sean Baker ! »
Immédiatement, les visages d'Aelita et Odd se fermèrent, ce que ne sembla pas remarquer l'homme qui continua, après avoir déposé Laroche dans son petit studio, en montant les marches pour les raccompagner à leurs chambres respectives :
« Je lui ai demandé son véritable nom, de fait, puisque c'est très peu probable qu'un homonyme existe, surtout depuis que l'enflure originelle est morte, mais il est parti sans me répondre !
Je sens que la pimbêche était pas la prioritaire dans le classement des gens à tuer, au final...
— Bon bin tant pis, souffla Della Robbia dans sa barbe avec le cœur battant à s'en rompre, merci quand même d'avoir essayé ! On se revoit demain du coup !
— Bonne nuit, Della Robbia ! rétorqua le surveillant sans en rajouter en le laissant seul, avec Aelita, au milieu du couloir pour retourner au rez-de-chaussée. »

Les deux amants restèrent immobiles et silencieux un long moment, même après que l'éclairage du couloir minuté les aient laissés dans le noir complet. Ce fut Odd qui lança cependant la conversation en tentant une approche conciliante :
« Sean Baker est mort devant moi, définitivement (Mais bien sur...), ça ne peut donc pas être lui (Quelle logique dans tes déductions, Della Robbia !), ce qui fait que tu as raison... Ça doit être un canular, on a aucune raison de s'inquiéter !
— Si, murmura son amie en se détournant pour descendre à son étage, on a encore plus de raisons de s'inquiéter au final... »
Quand il la vit s'éloigner, le blondinet n'essaya pas de la rattraper, il savait que ça ne servirait à rien. Dans les moments où elle se remémore son viol, personne ne peut l'atteindre, pas même lui.
C'est avec cette déprimante pensée en tête qu'il ouvrit la porte de sa chambre doucement, entra, la referma à clé, puis fixa son lit et se figea pendant une seconde, avant de rétorquer avec un ton blasé :
« Est-ce qu'il y a une putain de soirée où tu vas me foutre la paix oui ?
Tu ne le dis pas ça à Aelita hein, répliqua la tête coupée du roux avec un sourire cruel, que tu ne peux pas me passer de moi... Dommage pour toi !
— Tu n'es pas moi, tu es juste une hallucination, je t'oublierai un jour... gronda l'adolescent en commençant à se déshabiller pour mettre son pyjama.
Si tu désirais vraiment m'oublier, tu arrêterais de me parler tous les soirs, déjà ! railla Baker avec un regard délicieusement ironique.
— Tu es de plus en plus présent, pourquoi ? posa très sérieusement Odd en se glissant dans son lit après avoir éteint la lumière.

À cet instant précis, un petit quelque chose le mit mal à l'aise, comme une impression de pas à sa place, mais son attention était centrée sur les yeux luisants de la tête, qui avait étonnamment adoptée une mine songeuse.
Elle resta ainsi immobile pendant quelques secondes, avant de sourire de toutes ses dents, de ricaner sadiquement et d'expliquer avec un ton doucereux :
« Tu le sais déjà, Della Robbia... Tu ne veux juste pas te l'avouer hein ?! Peut-être que, si je veux chercher une autre hypothèse, cette maudite lettre t'a fait te rappeler de tous les somptueux souvenirs de moi que tu avais... En tout cas, bonne chance pour m'oublier de nouveau ! »
Excédé, le blondinet se redressa pour le frapper, mais la tête coupée avait disparu, laissant l'ex lyoko-guerrier dans un état de consternation totale. Il avait failli se battre avec une hallucination d'un ancien psychopathe terroriste mort depuis deux ans, qui le hantait en permanence.
Odd pouvait décemment se poser des questions sur sa santé mentale, mais il était trop fatigué et perplexe sur sa situation actuelle et physique pour réfléchir sur son cerveau.
C'est ainsi qu'il s'endormit en quelques minutes, la tête pleine d'interrogations, de questions sans réponses et de problèmes insolubles.


Rue de l'Assomption, Paris, France – 4 Septembre 2009


Sean Baker, immobile à l'arrière du grand véhicule noir, se frottait les mains vigoureusement en écoutant le récit de son subalterne, qui était très efficace et loyal, mais beaucoup beaucoup trop bavard pour le rouquin. Cela faisait cinq minutes qu'il écoutait son charabia sur sa vie de famille, il commençait à en avoir plus qu'assez, c'est pourquoi il l'interrompit sèchement :
« Je ne t'ai pas embauché... Enfin plutôt, nous ne t'avons pas embauché pour entendre ta vie de famille, donc tu vas me faire le plaisir de la fermer, Drake...
— Donc, j'arrive parfaitement à rentrer dans la peau de mon personnage, c'est parfait ! rétorqua le concerné avec un grand sourire amusé. »
À cet instant, son chef eut une soudaine et puissante envie de meurtre, mais il se ressaisit et se contenta de le regarder fixement pendant quelques secondes, ce qui lui fit ravaler rapidement sa soudaine arrogance. L'anglais était épuisé, le trajet depuis Brest lui avait littéralement donné envie d'égorger des chatons, et la Phase I de leur plan n'était même pas totalement terminée.
Il devait attendre un SMS... Enfin, plutôt deux pour savoir s'il pouvait lancer la Phase II. En fait, tout dépendait véritablement du bon vouloir de Kantus, cette machine infernale.

En un an passé avec ses deux collègues de Carthage, il avait appris à haïr plus que tout au monde leur création : ce monde virtuel, cette machine et les deux fous / assistants de Puella faisaient partie des choses qu'il évitait de mentionner dans une conversation, au risque de provoquer un énervement immédiat.
Il ne savait pas lui-même pourquoi, à vrai dire, cela devait être juste viscéral, un peu ce qu'il a ressenti pour Yves Blackwell sur la fin de sa première vie, à vrai dire... Il n'avait, d'ailleurs, jamais su non plus comment les deux génies avaient réussi à le ressusciter. Le psychopathe s'était d'ailleurs promis de découvrir cela, mais le lancement de leur plan plus tôt qu'initialement envisagé l'avait empêché de mener à bien sa mission.
Heureusement pour lui, une fois les trois phases terminées et une fois que Carthage aura gagné, « leur » Phase IV pourra s'enclencher...
Toutefois, la vibration sonore de son portable l'interrompit dans sa réflexion et il le sortit rapidement pour observer le SMS avec un sourire carnassier.
Ainsi, sans un mot, il se pencha pour ouvrir la porte du côté opposé à l'endroit où il se tenait, ce qui fut le signal pour Drake qui, sans dire la moindre parole, partit de son côté remplir son rôle. Baker avait confiance en lui, c'était pour ça qu'il l'envoyait en solitaire. Il était, par ailleurs, admiratif du flair de Avus qui avait réussi à détecter le talent indispensable à la suite de leur opération du susnommé...

Encore une fois, son téléphone vibra dans le silence religieux qui s'était établi dans l'habitacle de la voiture.
Encore une fois, il baissa les yeux et eut un sourire carnassier et sadique, mais la suite des événements ne fut pas forcément la même.
Au contraire, il alla doucement refermer la porte après être sorti pour aller se placer sur la place du passager. Il prit également bien soin de recouvrir son si reconnaissable visage avec une cagoule sombre, de mettre des gants pour éviter de poser la moindre empreinte là où se trouvaient ses cibles.
Il vérifia ensuite le contenu du sac posé sur le siège passager : du chloroforme, un taser, un couteau de chasse et un pistolet mitrailleur MP5 avant de poser ses mains sur le volant et d'attendre, patiemment, calmement, que le jour se lève.
Sean Baker avait tout son temps, après tout la Phase II du plan carthaginois allait débuter avec lui, et il avait vraiment hâte que tout se passe comme prévu.
De plus, la troisième vibration de son portable, qui aurait du le surprendre, eut l'effet inverse, qui fut celui de provoquer l'apparition d'un grand sourire ravi sur son visage d'ange maléfique.
Tout se déroulait comme il l'avait envisagé, et il ne pouvait en être plus heureux.
  Sujet: [Fanfic] Trepalium, Familia, Patria  
Draynes

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Jeu 07 Déc 2017 20:33   Sujet: [Fanfic] Trepalium, Familia, Patria
CHAPITRE 1 : Des Courriers Mystérieux



Brest, Bretagne, France – 1er Septembre 2009


Eugène Briscoll était fatigué, les vacances d'été étaient passées à une vitesse folle, le discours annuel du proviseur lui vrillait les tympans déjà fragilisés par les six verres de whisky bus avant de se diriger vers l'établissement et, surtout, il ne souhaitait vraiment pas retourner enseigner.
La raison n'était pas qu'il détestait son métier, mais il était surtout dans une mauvaise passe : sous ses airs de « quaterback » avec son mètre quatre-vingt dix bien entamé, ses cheveux blonds coupés courts à la militaire et des yeux bleus clairs évoquant le ciel étrangement dégagé, il avait tout pour plaire. Mais son humeur, elle, n'était pas au beau fixe : il déprimait.
Le souvenir de sa femme le hantait chaque jour et les conquêtes successives qu'il emmenait dans son lit après avoir bu un verre de trop ne le soulageaient pas, loin de là. Le petit sourire de Agathe et son air désespéré au moment de sa mort revenaient le hanter et il se mettait alors à pleurer.
Souvent après l'acte, quand elle était partie, parfois pendant : il ne s'en formalisait pas à vrai dire, quand ça devait sortir, il ne se refrénait pas du tout.
Ce n'était absolument pas son genre.

Le silence qui se fit soudainement dans la salle de sport du collège Kerhallet dans lequel il officiait le fit relever la tête et son regard blasé se perdit dans le lointain, jusqu'à ce qu'une voix aimable ne résonne dans ces oreilles :
« Bah alors, ne me dis pas que t'as déjà bu ? Putain, il est que 9 heures du mat' !
— Ta gueule Stéphane, répondit avec un ton bourru et un air amusé Eugène, t'as pas à me dire ce que je dois faire, si j'ai envie de boire, je me lâche point !
— Ça répond pas à ma question... »
Un soupir agacé fut sa seule réponse et le fait que le grand blond se lève mit un terme à la conversation naissante, du moins en apparence. Car Stéphane Guimart n'était pas le genre à laisser les choses se dérouler sans tenter d'influencer un minimum.
« Non, répondit-il en se plaçant subitement devant lui, je veux une réponse claire et concise, même si je crois avoir déjà deviné... Combien ?
— Six, répondit Briscoll en se grattant la nuque vigoureusement, et du Single Mat Armorik de 1991, si tu veux tout savoir.
— Eh bin tu t'améliores mon cochon, énonça en souriant le puissant professeur de sport, d'habitude tu t'en enfiles dix d'affilée ! T'es peut-être en train de te faire une cure.
— Rêve pas, répondit Eugène avec un sourire blasé, ça partira pas... »
C'était pour cela que le professeur de mathématiques adorait son collègue : il savait être sérieux quand il le fallait, et à ces instants son rictus moqueur qui recouvrait habituellement son visage se dissipait, il passait une main dans ses cheveux inexistants par réflexe et ses yeux gris pâles se voilaient.

Le blond s'attendait, dans ces instants là, à une grande tirade censé le tirer de sa dépression bien installée, mais une simple question franchit les lèvres de Stéphane :
« Agathe ? Mais pourtant, c'était il y a plus de dix ans...
— Que veux-tu, répondit l'homme en dardant son regard triste vers la scène de laquelle descendait le proviseur, j'ai une mémoire d'éléphant malheureusement...
— Et tes coups d'un soir ne servent à rien, on dirait...
— Oh, rétorqua Briscoll en observant Augustin se diriger vers eux avec un pas pressé, elles m'aident sur le coup, mais c'est tout... Attends, vlà le chiant, on reprendra après »
Ayant saisi le message, Guimart lui fit un léger signe de tête chaleureux et se prépara à l'arrivée du directeur, qui prenait toujours un malin plaisir à s'incruster dans les discussions sérieuses, et il le fit rapidement avec une simple formule de bonjour :
« Briscoll, Guimart, je suis content de vous voir ! Alors, prêt pour cette rentrée ?
— Aussi chaud qu'on puisse l'être actuellement, Monsieur. répondit Eugène avec un ton aigre et désintéressé »
Stéphane, qui connaissait le dédain de son collègue récent envers le proviseur, détourna l'attention de l'homme avec un aimable sourire. Il s'y connaissait très bien, savoir user de son charme pour détourner les gens de leur discussion, surtout s'il était intéressé par les hommes en question. Et Augustin Bartoux, du haut de son mètre quatre-vingt, avec ses petites lunettes rondes, ses yeux verts clairs et ses cheveux châtains plutôt sombres entraient typiquement dans le genre d'homme qui plaisait à Stéphane.
Et ça, Eugène le savait très bien, et il n'avait rien contre l'homosexualité de son ami. Non, c'était plutôt son « crush » qui l'énervait au plus haut point. Sa condescendance, son ton hautain, sa curiosité... Tout chez Bartoux énervait Briscoll, et le proviseur ne prenait pourtant pas outrage de son comportement très... réservé et froid.

Soudainement, en baissant les yeux, il put observer que sa main droite s'était mise à trembler et ce, de plus en plus rapidement et violemment. En maugréant et en réprimant un juron, il se dépêcha de la ranger dans sa poche et se fendit d'un simple et classique :
« Je dois y aller, faut que j'aille au petit coin et je repasserai sûrement pas ici avant demain, j'ai de la famille qui vient cet après-midi...
— C'est pas grave, répondit Augustin avec un sourire en se tournant vers Eugène avant d'ajouter en haussant les sourcils, mais au fait, quelqu'un a déposé un courrier inconnu dans la boîte aux lettres, ça vous concerne peut-être.
— Comment ça ? demanda Stéphane avec un air visiblement intrigué pendant que Briscoll se détournait avec un air maussade.
— Eh bien, il y a un nom d'écrit, mais personne ici ne s'appelle comme ça, alors bon ça doit être un canular... »
Le grand blond aux yeux bleus n'entendit pas le reste de la conversation, puisqu'il s'était déjà éloigné le plus vite possible dans le couloir menant à l'extérieur, son sac de cours posé sur son épaule.
Arrivé dans la rue, il jeta un regard rapide en arrière, pour bien observer que personne ne risquait de le surprendre, et il sortit la fameuse bouteille de whisky de 1991 qu'il gardait précieusement pour en boire quatre-cinq grosses gorgées. Le feu qui brûla dans ses entrailles lui fit le plus grand bien, sa main cessa petit à petit de trembler et la crainte d'être vu se transforma en une joie sans pareil.
Peu de choses arrivaient à le sortir de sa déprime, et l'alcool était certainement ce qui réussissait le mieux, il ne regrettait même pas d'être accro aux boissons, à vrai dire.
Elles l'aidaient quotidiennement et, même si Stéphane tentait de l'en sortir, il savait qu'il ne pourrait trouver un meilleur échappatoire.

Cependant, ses yeux eurent le malheur de glisser vers le sol, sur lequel se trouvait la fameuse lettre dont avait parlé Augustin, que ce bouffon avait du laisser la en espérant que quelqu'un marche dessus ou la ramasse.
Immédiatement, en lisant le nom marqué à l'encre noire sur le devant de la lettre, il eut une sueur froide et referma immédiatement la bouteille. Le cœur battant, il la rangea dans son sac, saisit cette maudite enveloppe et l'ouvrit tellement violemment qu'il l'arracha presque en deux.
Ses mains froides, énormes et maladroites déplièrent avec le plus de délicatesse possible le papier précieux et il blêmit à vue d’œil en voyant les caractères latins écrits sur cette feuille qu'il allait apprendre à haïr.

“Vos pugnam vicistis.”

“Non putatis bellum vincere.”

“Avus”



XVème Arrondissement, Paris, France – 2 Septembre 2009


Archange, assise derrière son bureau, maugréait en tapotant sur son ordinateur aussi rapidement que ses mains le lui permettaient. Elles hurlaient grâce, exigeaient un peu de repos, mais la jeune femme désirait en finir le plus vite possible et donc, continuait. C'était sa philosophie, ce pour quoi le patron l'avait engagé : à bas la procrastination, le travail donné devait être rendu dans la journée.
À la base, c'était la meilleure agente de sa promotion, mais le patron en avait décidé autrement après un regrettable incident dont elle n'était évidemment même pas responsable. Elle était plus, comme on peut le dire dans le jargon, une victime collatérale. Elle devait maintenant se cantonner à un poste classique d'employée de bureau, ce qui enrageait la jeune femme habituée à l'action.
Elle voulait de nouveau faire ses preuves, avoir des responsabilités. Elle voulait de l'action, que diable ! Mais tout cela, c'était dans ses rêves... Le boss n'était pas du tout dans ses beaux jours en ce moment, il déprimait. Et Archange désespérait, avec l'aide de ses collègues, de trouver quelque chose pour l'aider.
Car, sans le patron, plus rien ne fonctionnait, c'était comme si le temps s'était arrêté dans le service. Les missions n'avançaient pas, les nouveaux agents commençaient petit à petit à en avoir marre, et Archange pouvait parfaitement les comprendre, mais elle avait aussi apprise à se tasser, et attendre sans rien faire.

Cependant, une voix amicale la sortit de ses moroses pensées en déclamant avec un certain sens du lyrisme ironique :
« Eh bin dis donc, elle a l'air palpitante ta mission d'aujourd'hui ! Encore un rapport classique ou un accident quelconque ?
— La ferme Lazare, rétorqua la femme avec un ton amusé qui déclencha un léger rire chez son interlocuteur, dis moi plutôt ce que le coursier officiel de l'agence vient foutre ici ? »
La réplique, prononcée pourtant sans méchanceté, fit disparaître le sourire naissant sur les lèvres du balafré et il ne s'en formalisa pourtant pas. Le collègue de Archange était habitué à ses répliques cinglantes et bien senties, c'est pourquoi il se contenta de lever la main pour que cette dernière puisse voir une lettre qui était auparavant hors de sa portée, sous le bureau.
Intriguée, la jeune blonde de vingt-deux ans se pencha en avant pour que ses yeux d'ébène puissent déchiffrer le nom inscrit en encre noire sur l'enveloppe. Une fois que cela fut terminé, elle haussa les sourcils et demanda :
« Depuis quand Savin reçoit du courrier ?
— C'est la première fois, rétorqua Lazare en haussant les épaules et en faisant se perdre ses yeux bleus sombres dans ceux de sa collègue, depuis que je suis à ce poste en tout cas... Tu m'accompagnes ? C'est pas bon de se ramener seul à son bureau par les temps qui courent.
— Parfait, répondit Archange avec un sourire en saisissant son gilet qui traînait sur son fauteuil et en éteignant rapidement l'ordinateur après avoir enregistré son document, fallait que je me dégourdisse les jambes, de toute manière. »

L'agente, une fois dans le couloir, suivit son collègue en direction de l'ascenseur situé au fond du bâtiment. À sa droite, les éternels bureaux inoccupés donnaient, de l'extérieur, l'illusion qu'il s'agissait d'un immeuble classique, ce qui était normal vu que l'anonymat de l'endroit était essentiel pour la bonne tenue des opérations.
Savin, après la démission de l'ancien directeur, avait tenu à conserver cette tradition et avait expliqué directement à ses nouveaux agents, dont Archange et Lazare, le but de la manœuvre et cela alors qu'il venait à peine de prendre son poste. À cet instant, la jeune femme avait commencé à admirer son patron, qu'elle était prête à suivre jusqu'au bout du monde.
Maintenant, elle devait bien reconnaître ne plus le voir de la même façon : il donnait juste l'impression d'être un jeune cadre déprimé, les rares fois où ses sbires pouvaient le voir cavaler dans un couloir pour aller boire un café. Sinon, il restait dans son bureau à déprimer et à échanger avec les rares élus qui pouvaient entrer sans se faire chasser.
Et Lazare, avec sa cicatrice qui partait du bas du cou pour terminer en ligne droite au milieu de la joue gauche juste en dessous de son œil de couleur bleu sombre et ses cheveux blonds clairs à la limite de la teinture, faisait partie de ses rares élus. Et là, pour la première fois depuis longtemps, Archange allait pouvoir le voir, lui parler. Elle n'arrivait pourtant pas à être excitée.
L’entièreté du trajet se passa sans qu'aucune parole ne soit prononcée, de même que la montée de l'ascenseur jusqu'au bureau du chef des services secrets, mais cela ne dérangeait pas Archange : elle savait que son collègue n'était pas un très grand bavard et elle-même préférait se plonger dans ses pensées et les analyses que digresser avec d'autres personnes.

Quand les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, le regard noir d'ébène de la jeune agente se porta immédiatement sur son boss, debout les mains dans les poches en train de regarder l'extérieur de l'immeuble, au fond de l'immense salle de briefing. Elle nota d'ailleurs que la fameuse table mesurant au moins deux mètres de long était toujours là, ainsi que les chaises qui semblaient cependant commencer à vieillir.
La voix énervée de Savin la sortit cependant de ses réflexions incessantes :
« Je peux savoir ce que vous foutez là ?
— Y a une lettre pour vous, patron, je suis passé vous l'apporter !
— Je parle pas à toi Lazare, rétorqua l'homme en se retournant et en s'avançant vers le duo, mais à ta collègue. D'habitude, tu viens seul.
— J'avais besoin de marcher, et ce n'est pas interdit de rendre visite à son boss à ce que je sache ! répondit simplement la concernée en levant la tête pour regarder son interlocuteur dans les yeux »
Un rictus amusé et amer à la fois naquit sur le visage de l'homme à la barbe prononcée, aux yeux verts pommes et aux cheveux noirs charbons, en accord avec sa tenue résolument sinistre. Il se saisit rapidement de la lettre, fixa avec intérêt son nom et commença à l'ouvrir tout en commençant à parler avec un ton résolu :
« En tout cas, j'espère pour toi que ton dossier est prêt à être posé sur mon bureau demain à la première heure. Encore que je ne remets pas en cause ton professionnalisme, mais... »
Le chef des services secrets ne termina jamais sa phrase, se mit à serrer les poings et les dents de fureur à peine contenue. Les deux agents s'échangèrent un regard interloqué, Archange étant la plus choquée car voir Savin perdre ses moyens était quelque chose de rarissime.
Cependant, l'homme reprit immédiatement ses moyens, regarda la jeune femme dans les yeux et énonça avec un calme olympien :
« Qui d'autre dans le bâtiment est au courant pour cette lettre ?
— Personne Monsieur, répondit Lazare avec un ton perplexe, j'ai juste informé ma collègue comme l'exige le protocole...
— Personne ne doit être mis au courant, rétorqua immédiatement Savin en posant de manière brutale la lettre sur le bureau et en se détournant pour aller maugréer, mais tant que je vous ai sous la main... Je crois que vous allez retourner sur le terrain bientôt ! »

Le cœur d'Archange se mit à battre la chamade et elle réprima de justesse un sourire de satisfaction : enfin, cette lettre allait la remettre sur le devant de la scène et la pousser à faire ses preuves ! Savin savait normalement qu'elle était la plus compétente pour l'instant, mais depuis son épisode de déprime, elle n'avait jamais osé réclamer une mission de peur de la réaction de son patron.
Ce dernier semblait avoir repris du poil de la bête rien qu'en lisant cette foutue lettre et, quand il se retourna, une détermination sourde régnait dans son regard vert pomme. À cet instant, la désillusion n'en fut que plus forte dans l'esprit d'Archange quand Savin énonça avec un calme froid :
« Pour l'instant, on ne fait rien... Ça m'étonnerait que je sois le seul à qui cette lettre a été adressé, surtout quand je vois le nom inscrit dessus. Attendez d'avoir des nouvelles d'autres lettres et, si c'est le cas, venez me voir immédiatement. Ce sera tout. Disposez maintenant. »
Ses paroles n'amenaient aucune contestation possible et Lazare le vit immédiatement : étant de nature beaucoup plus raisonnable et pragmatique, il tira légèrement sa collègue furibonde du bras vers l'ascenseur, le visage de cette dernière n'affichant que la déception.

Une fois ses deux meilleurs agents partis, Savin laissa son expression confiante rejoindre le néant et son visage se décomposa. Il pensait savoir à quoi correspondait cette missive en latin, et si c'était le cas... Ils étaient tous dans une merde noire.
Toutefois, son regard vint relire pour la quatrième fois en moins de trois minutes la lettre, afin qu'elle soit bien imprimée dans son crâne jusqu'à la fin de sa vie.

“Minime excludunt pullos numeras unum, dilaceranda incendit.”

“Is error tuus est, et stipendium amet.”

“Pater”



Lycée d'État Jean Zay, Paris, France – 3 Septembre 2009


Quand Odd Della Robbia entra dans sa chambre d'internat, son premier réflexe fut d'enlever de manière souple ses chaussures et les envoyer balader à l'autre bout de la pièce, près du radiateur en dessous de la fenêtre menant à un petit jardin classique et mitoyen, pas trop grand ni trop petit, idéal pour accueillir les petits barbecues que les responsables organisaient parfois.
Directement à sa droite, dans l'entrée, se trouvait le réfrigérateur qu'il ouvrit en soupirant pour prendre une bière qu'il décapsula aisément, et d'un geste maîtrisé, avec l'outil soigneusement disposé sur son bureau, sur lequel reposait uniquement son outil de travail, un ordinateur déjà ouvert et prêt au service.
Cependant, son esprit divaguait et il s'assit sur son lit, situé sur sa gauche à côté d'une grosse armoire en bois contenant ses vêtements bariolés et d'une petite table de chevet sur laquelle reposait une lampe et un réveil quasiment inutile, puisque les insomnies du blond le réveillaient toujours avant six heures du matin. Il hésita pendant une seconde à allumer la télévision, placée idéalement au bout du lit afin qu'il puisse la voir même allongé, mais il préféra se caler confortablement contre le mur sur lequel son mur est collé et se plonger dans ses pensées.
Ses grands yeux bleus tristes, qui avaient étrangement pris une teinte grisâtre depuis maintenant quelques mois, le confortaient dans sa morosité et ses cheveux blonds délavés qui retombaient paresseusement sur ses épaules n'arrangeaient rien au schmilblick. Il savait qu'il devait se faire beau pour l'arrivée d'Aelita, mais il n'arrivait pas à se motiver, rien n'y faisait : il déprimait, comme ça lui arrivait souvent bizarrement.

Pourtant, la vie du garçon n'était pas non plus catastrophique et ce, même jusqu'à sa prochaine majorité : à 17 ans, il rêvait du moment où il pourrait enfin se proclamer comme étant majeur, surtout depuis que sa copine les avait atteint, tout récemment. Il devait bien s'avouer avoir été un peu jaloux sur le coup, mais il n'arrivait jamais à rester fâché bien longtemps quand il croisait son éblouissant regard vert émeraude.
Il était comme ça, amoureux, et il ne pensait vraiment pas réussir à se caser, surtout pas après les événements qui avaient à tout jamais changé sa vie : il était parti de Kadic pour arriver à Buffon, il avait repris ses études en main et était désormais en Terminale S Spécialité Mathématiques, il sortait avec sa meilleure amie depuis le début de l'année de primaire, soit quasiment un an au jour d'aujourd'hui.
Tout allait pour le mieux dans la vie du benjamin Della Robbia, en somme.
Et pourtant, les cauchemars revenaient, incessants, toujours les mêmes : un visage en particulier, un visage cruel et mesquin le tourmentait en rêve et ne voulait jamais le lâcher.
En y repensant, Odd prit derechef une nouvelle gorgée du liquide brûlant contenu dans la bouteille de bière, histoire de repousser cette hideuse face au plus profond de sa mémoire, à un endroit où elle attendra bien quelques heures avant de refaire surface pour se foutre de lui, de son état mental.
Une petite série de timides coups sur la porte le firent esquisser un sourire timide et aimant, avant que sa voix momentanément éraillée par l'alcool ne réponde de manière pressante :
« Vas-y, entre, je n'ai que ça à faire de toute manière !
— Alors comme ça, rétorqua l'adolescente en rentrant avec un ton et un sourire ironique, je ne suis qu'une distraction aujourd'hui ?
— As-tu été un jour autre chose ? rétorqua Odd avec un sarcasme perceptible tout en se redressant avec effort. »

Un léger rire moqueur jaillit de la bouche d'Aelita Belpois quand elle se pencha pour déposer un rapide baiser sur les lèvres de son compagnon avant de se redresser aussi sec et de surenchérir :
« Tiens d'ailleurs, j'ai croisé Héloïse dans le couloir tout à l'heure, elle m'a dit qu'elle voulait te voir pour un travail, un projet sûrement...
— Ah ouais, réagit rapidement Della Robbia en esquissant un sourire amusé, j'irai la voir après, y a rien d'urgent, c'est juste un DM de Chimie qu'on doit rendre en commun, tu vois le genre...
— Je vois parfaitement, répondit la jeune femme en jetant un rapide coup d’œil au décor de la petite chambre dans laquelle elle avait passé de longues heures, en ES on a aussi ça... Surtout en Économie, d'ailleurs ! »
En perdant son regard sur les cheveux teints en blond de la jeune femme qui lui arrivaient jusqu'au milieu du dos et ses yeux verts émeraude somptueux qui se perdaient dans la contemplation de la fenêtre, il se dit pendant un temps qu'il était très chanceux. Mais ce fut à cet instant que quelque chose de curieux se passa, qui ne lui arrivait d'habitude jamais quand il était avec sa copine.
La tête rousse qui le harcelait en rêve apparut devant lui, calmement posée sur son fauteuil de bureau et se contenta de lui susurrer d'une voix à la fois douce et incroyablement menaçante :
« Rappelle-toi que c'est grâce à moi que tu l'as... Hin hin hin... »
En entendant cela, le blond serra brusquement les poings, ce que remarqua Aelita qui avait entre temps braqué ses yeux sur sa personne :
« Qu'est-ce qui t'arrive ? Les cauchemars encore ?
— Maintenant, grommela Odd en portant son regard sur la chaise désormais vide avec un air soucieux, il apparaît même en cours, même quand t'es là... Ce connard de rouquin va continuer à me faire chier, même dans la mort...
— À qui le dis-tu, rétorqua avec une soudaine froideur la jeune femme en se détournant brusquement, tu sais que je continue à voir un psychologue pour mon viol... L'image de ce malade ne veut pas sortir de ma tête, même deux ans après...
— William aussi, répondit Odd en se levant facilement pour poser la bière sur la table et aller l'étreindre, m'a avoué qu'il revoyait ce psychopathe de Baker dans ses rêves... Notre passé ne partira jamais, faut vivre avec... »
Un long silence s'ensuivit, pendant lequel les deux adolescents s'enfoncèrent dans leurs moroses pensées, Odd ayant posé sa tête sur l'épaule de sa concubine qui le dépassait bien d'une bonne tête. Le garçon avait toujours été petit, et la poussée de croissance de sa copine avait été bien plus fulgurante, mais ça ne le gênait pas plus que ça. Maintenant, il s'en foutait des remarques que les quelques personnes qui ne les connaissaient pas émettaient.
Tout le monde ici, quasiment, les connaissait depuis l'épisode de la Famille, et savaient ce qu'ils avaient enduré, la mort brutale de leurs amis entre autre. Du coup, ils étaient relativement tranquilles, et ça se ressentit parfaitement ici.
Le silence, calme, apaisant. Qui fut cependant rompu par Aelita qui s'agita dans ses bras tout en maugréant :
« Moi qui voulais passer un moment agréable, voilà que ce salaud de Sean me hante...
— On peut toujours se l'accorder... rétorqua Odd avec un ton ironique et un sourire intéressé »

Le regard suivi du baiser enflammé que lui accorda Aelita firent fondre leurs réticences respectives, et il ne fallut pas plus de deux minutes pour que les deux jeunes se retrouvent nus dans le lit à s'enlacer tranquillement.
Tout aurait pu aller pour le mieux, la température montait et la jeune femme commençait à émettre des petits sons étouffés, mais cela fut ruiné par une remarque mesquine du fantôme de Sean dans l'esprit d'Odd qui le fit instantanément s'éloigner :
« Eh bin mets-toi bien, moi je regarde... Elle a vraiment un joli fessier, je l'avoue bien... »
Le jeune homme se retrouva debout, nu, au milieu de sa chambre en train d'émettre un hurlement de douleur et de rage non contenu qui fit sursauter Aelita qui resta cependant immobile. Elle avait déjà vu une crise de ce genre, et elle savait quoi dire.
Rien. Pendant ce temps, Odd était tombé à genoux et grommelait en tremblant :
« Putain, sors de ma tête, j'en ai marre de toi... Je veux t'oublier, tu me ruines la vie bordel de merde...
— Tu parles à qui ? À moi ? rétorqua une voix moqueuse qui provenait de la personne qui venait d'ouvrir la porte brusquement, sans même toquer à la porte »
Cela amena des réactions différentes : Della Robbia se redressa avec difficulté, mais resta nu sans aucune honte, là où sa copine s'était dépêchée de se couvrir d'une couverture pour ne pas que Héloïse Laroche puisse apercevoir son frêle, mais ferme corps.
La voix franche d'Aelita raisonna alors dans le silence gênant qui s'était installé :
« Dis, tu peux te retourner une seconde ? Que je me rhabille ?
— Oui oui t'inquiète pas, rétorqua la jeune brune en étouffant un sourire amusé, mais j'étais juste venu apporter quelque chose à Odd.
— Quoi ? demanda en relevant un sourcil le blondinet qui restait immobile pendant que sa copine se dépêchait de remettre ses habits en rougissant.
— Une lettre, répondit simplement la brune en dardant son étrange regard violacé dans les yeux de son ami, c'est le surveillant qui m'a choppé dans le couloir et m'a demandé de te la filer. »

À cet instant, Odd dut le reconnaître, il trouva Héloïse jolie : son corps était bien proportionné, ses cheveux bruns arrivaient jusqu'au bas de sa nuque et ses yeux bleus violacés lui octroyaient un regard unique, envoûtant et souvent rieur.
Mais le regard langoureux que Laroche adressa à Belpois quand elle sortit précipitamment le ramena immédiatement à la réalité de la sexualité de son amie et il se contenta de demander en se baissant enfin pour ramasser ses habits :
« Tu fantasmes encore sur ma copine ? Je croyais que tu étais avec Claire...
— Elle a couché avec Ludivine, rétorqua avec un ton mauvais la jeune lesbienne en dardant un regard rieur sur la bouteille de bière oubliée sur le bureau, donc je cherche à me venger... Tu me prêterais Aelita pour une nuit ? »
L'éclat de rire du garçon contamina la jeune femme, qui rigola de manière énergique pendant quelques minutes, avant qu'elle ne reprenne son expression assurée ordinaire. Cela, Odd l'admirait beaucoup, la faculté qu'avait son amie à passer du rire aux larmes et au sérieux en moins de trente secondes, elle possédait une parfaite maîtrise de soi.
Ainsi, la lettre qui avait interrompu le joyeux moment entre Odd et Aelita atterrit dans les mains du concerné, qui se dépêcha de l'ouvrir en pestant comme à son habitude, sous le regard amusé de Héloïse. Quand il prit connaissance de son contenu, un haussement de sourcil intrigué se grava sur son visage et il demanda brusquement :
« Dis, tu connais le latin non ?
— J'en ai fait pendant deux-trois ans oui, pourquoi ?
— Tu saurais me traduire ça ? demanda Della Robbia en lui mettant de manière plus brusque que prévue le papier sous le nez. »

Laroche lui adressa un ironique sourire charmeur avant de la prendre et de saisir son téléphone en énonçant tranquillement :
« Même aller sur Google Traduction, je peux le faire à ta place beau gosse... Voir même te le chuchoter à l'oreille, tant qu'à faire ! »
L'adolescent, qui était habitué à l’ambiguïté cynique qu'entretenait soigneusement la jeune femme avec tous ses amis, se contenta d'un sourire espiègle comme seule réponse. Quand cette dernière se rapprocha doucement, il ne put s'empêcher de l'amplifier.
Toutefois, quand les mots chuchotés doucement à l'oreille parvinrent à son cerveau, il n'eut plus du tout envie de rire, son visage s'était même mis à pâlir d'une manière tellement brusque qu'elle fit hausser un sourcil à la placide Héloïse :
« Tu es sur que ça va ? On dirait que je viens de te parler d'un fantôme !
Tu crois pas si bien dire, ma cocotte... rétorqua la tête coupée de Sean Baker sur son promontoire avec un sourire médisant et cruel.
— Tu crois pas si bien dire, gronda Odd en détournant le regard pour fixer la lettre, il faut que tu ailles chercher Aelita tout de suite. S'il te plaît. »
La brune avait reconnue son ton qui n'opposait aucune contestation, son ton de leader ayant vécu de terribles épreuves, c'est pourquoi elle déguerpit sans demander son reste en laissant un Odd silencieux, amer, hanté par le fou rire cruel de la tête du psychopathe roux et les yeux collés aux inscriptions latines présentes sur le papier.

“Spero autem te non oblivisci tui domo.”

“Quia non oblita est, adfectat autem te.”

“Puella”



Lieu Inconnu, Région Inconnue, Pays Inconnu – 3 Septembre 2009


Assis tranquillement sur un confortable fauteuil, ses yeux marrons si classiques rivés sur ses deux partenaires dans cette histoire, Sean Baker ne souhaitait pas rompre le silence s'étant installé.
Après un an de travail acharné pour mettre en place un plan cohérent et infaillible, les trois chefs de l'organisation s'étaient enfin mis d'accord. Ils avaient décidé qui combattrait sur quel front, et le psychopathe ne pouvait que se féliciter d'avoir imposé aux autres de se charger du volet terrestre.
Il n'y connaissait rien au monde virtuel et la politique l'ennuyait énormément, c'était un homme d'action avant tout, il laissait à Paella et Avus le soin de gérer ces volets par eux-mêmes. Un sourire ironique naquit sur ses lèvres gercées quand il repensa aux fameuses lettres qui allaient déclencher toute cette histoire et lui permettre de prendre sa revanche.
Chacune laissait transpirer la personnalité de son rédacteur et ce, de manière bien curieuse et amusante.
Avus s'était contenté d'un proverbe classique, mais voulant tout dire à la fois. L'homme aimant travailler sur les non-dits et les sous-entendus, Sean le reconnaissait bien là.
Lui-même, sous son évident pseudonyme de Pater, avait opté pour une menace à peine masquée et jouant sur le fait de faire remonter de très mauvais souvenirs à la personne qui allait le réceptionner. Il faisait souffrir les gens avant même qu'ils le voient physiquement, et cela le faisait frémir de plaisir.
Puella était celle qui l'avait le plus surpris, il devait bien le reconnaître : elle avait dévoilé, implicitement, leur volonté sans que Avus ne fasse un seul pas pour l'en empêcher. Cette femme était un danger, même pour Sean, c'est pour quoi il la surveillait de près depuis le début.

La réunion n'étant pas prévue pour s'éterniser, ce fut le chef qui énonça calmement avec sa voix charismatique de baryton :
« Bon très bien, il est temps de débuter. Puella, tu vas immédiatement activer Kantus et rejoindre leur monde virtuel, nous devons le détruire le plus rapidement possible.
— Très bien Monsieur, rétorqua la femme avec un ton procédural qui fit se hérisser les poils de Baker sans qu'il comprenne pourquoi, ce sera fait selon vos désirs.
— Toi Pater, continua l'homme plus âgé en se tournant vers le rouquin qui se recentra immédiatement sur l'instant présent, tu pars à Paris avec Drake et Alex. Vous faîtes ce que vous avez à faire, je te laisse la pleine commande des opérations sur ce point là.
— Oh ne vous inquiétez pas, mes deux compères sont déjà installés... cependant, demanda Baker avec un espoir dans la voix perceptible, ai-je le droit de m'amuser un peu ? »
Ses deux partenaires, connaissant sa nature, se regardèrent rapidement et Avus énonça dans un murmure qui doucha considérablement les attentes du psychopathe :
« L'idéal étant qu'ils ne sachent pas que tu es vivant, tu comprends très bien pourquoi on t'interdit pour l'instant de... t'amuser comme tu le dis. Mais ne t'inquiète pas, une fois que le plan sera bien avancé, là tu pourras retrouver tes anciens amis et jouer avec. »
Le sourire sadique et cruel qui illumina le visage de Sean Baker fit apparaître un petit rictus satisfait sur le visage de Avus. Après tout, c'était lui qui l'avait fait renaître, qui l'avait arraché de son trépas forcé pour en faire l'élément central de son plan.
Ensemble, ils allaient finir ce que la Famille et X.A.N.A. avaient essayé de faire en leur temps, mais avaient lamentablement échoué. Et Avus savait que c'était de sa faute : il n'avait pas assez orienté et guidé Blackwell, il lui avait trop fait confiance.
Et maintenant, ils se retrouvaient à devoir arrêter de déléguer la tâche à des sous-traitants et à l'effectuer eux-même, ce qui n'était pas pour déplaire cependant à ses subordonnés comme il pouvait le voir sur leurs visages déterminés.

Ainsi, le chef de Carthage se leva souplement, afficha un air placide et sérieux à la fois et énonça avec un calme surprenant et inquiétant :
« Il est donc temps que nous commencions, Messieurs et Mesdames. »
  Sujet: [Fanfic] Trepalium, Familia, Patria  
Draynes

Réponses: 6
Vus: 1987

MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Jeu 07 Déc 2017 20:32   Sujet: [Fanfic] Trepalium, Familia, Patria
PROLOGUE : Un Retour Miraculeux


Lieu Inconnu, Région Inconnue, Pays Inconnu – 1er Juin 2008


L'homme se déplaçait énergiquement dans les couloirs du complexe, après avoir été alerté dans son bureau par un jeune apprenti qui soufflait bruyamment comme un animal en rut. Il avait l'air de sortir d'un marathon, et l'homme comprit immédiatement pourquoi en entendant la nouvelle.
D'ailleurs, l'apprenti faisait à cet instant le maximum pour rester dans son sillage, mais l'homme naviguait entre les couloirs d'un pas vif, alerte et puissant. Il ne prenait même pas la peine de lire les panneaux collés au mur, il connaissait parfaitement le chemin. Après tout, il en était le fondateur, c'était donc normal qu'il savait parfaitement se repérer.
Après deux minutes de marche effrénée, il arriva devant une immense porte de métal qui menait à la morgue, sa destination, là où s'était déroulé un miracle. Cependant, il n'entra pas de suite, et attendit patiemment que l'apprenti soit arrivé à ses côtés, lui qui s'était arrêté un instant pour reprendre son souffle.
L'homme plus âgé, lui, ne semblait pas du tout fatigué. Étant un sportif par nature, ce genre d'exercice ne le fatiguait pas, bien au contraire : ça le stimulait et le motivait derechef.
Sa voix de baryton résonna alors dans le couloir et son écho se perdit dans le lointain en ricochant contre les parois de métal quand il demanda à son interlocuteur de l'instant :
« J'espère pour vous que ce que vous m'avez rapporté dans mon bureau est vrai et qu'il ne s'agit pas d'une vulgaire fanfaronnade.
— Ne... Ne vous inquiétez pas Monsieur, rétorqua le jeune homme en rougissant légèrement, c'est Puella elle-même qui m'a envoyé.
— Elle vous a dit le sujet de l'expérience d'aujourd'hui, qui aurait réussie ?
— Euh... Ah oui, elle m'a dit de vous dire que c'était en rapport avec le projet Pater ! »

À cette mention, un éclair de lucidité traversa le regard placide de l'homme et un petit sourire éclaira son visage, avant qu'il ne se retourne vers la porte et annonce avec un ton beaucoup plus chaleureux :
« Tu as bien bossé petit. Demande à ton chef de monter ta prime, il comprendra. Et maintenant, va !
— Oh merci beaucoup Monsieur ! rétorqua l'apprenti en partant dans le couloir avec un grand sourire gravé sur son visage. »
L'homme savait se faire aimer de ses employés, il estimait que la terreur ne permettait pas tout et, même si certains de ses collègues n'étaient pas totalement en accord avec cette théorie, ça lui avait pour l'instant réussi. Il espérait cependant que ça continuerait une fois qu'il aurait ouvert cette porte.
Et c'est ce qu'il fit : la pièce était partiellement plongée dans le noir et seules trois personnes se situaient à l'intérieur.
La première, une femme, se tourna en entendant le son de la porte, lui fit un rapide hochement de tête amical avant de se recentrer sur l'objet de l'attention général. L'homme savait pertinemment qu'elle était habituellement plutôt distraite et hyperactive, alors pour que quelque chose la captive, il fallait vraiment que ça soit exceptionnel.
La seconde n'était qu'un simple employé, un médecin chargé de surveiller les fonctions vitales de la personne la plus importante de cette pièce. Pendant un instant, l'homme vit le visage du responsable de ce miracle apparaître devant ses yeux et il se promit de le récompenser grassement, toutefois si le sujet ne crevait pas entre ses mains dans quelques minutes.

Quand le médecin le vit s'approcher tranquillement et doucement, le son de ses pas résonnant dans l'enceinte de la petite pièce qui ressemblait plus à un bloc en métal qu'à une salle de dissection et de congélation de cadavres, une goutte de sueur perla sur son front, mais l'homme le rassura par un sourire aimable et énonça de sa puissante voix :
« Veuillez sortir, je vous prie, j'ai à m'entretenir avec notre... miraculé !
— Très bien Monsieur, s'empressa de répondre le médecin avec un soulagement dans la voix palpable.
— Comment va-t-il ? murmura l'homme à l'oreille de son employé quand il passa vivement à côté de lui.
— Ses fonctions vitales sont excellentes et tout fonctionne normalement d'après les quelques tests que j'ai pu effectuer, répondit immédiatement le médecin avec un regard en biais en direction de son patient, mais il me semble étrangement... amorphe. Vu sa réputation, vous comprenez... »
L'homme avait compris et il le congédia d'un rapide signe de tête avant de fixer son regard sur le patient en question qui le fixait droit dans les yeux. Le silence qui s'ensuivit ne fut rompu que par le mouvement de la porte qui s'ouvrait et se refermait, et par les tapotements nerveux de la femme sur l'arme qu'elle portait autour de sa ceinture.

Soudainement, l'objet de l'attention prit la parole avec une voix éraillée, comme si elle n'avait pas été utilisée depuis des années :
« Comment je suis mort ?
— Ça fait un an qu'on vous a retrouvé criblé d'au moins une dizaine de balles de pistolet dans le torse et une dans la tête. Un de mes agents vous a ramené ici et nous vous avons conservé au frais en attendant de trouver un moyen de vous ramener.
— Et si je suis là, railla le revenant en promenant son regard marron foncé si classique sur l'ensemble de la pièce, j'en déduis que vous avez réussi. Comment ?
— Nous tenons au secret professionnel, rétorqua l'homme avec un petit sourire amusé, vous comprendrez donc aisément pourquoi nous gardons cela secret. »
Un petit rictus agacé naquit sur le visage du nouveau vivant, qui prit appui sur ses bras pour se soulever du lit sur lequel il était assis depuis maintenant plus d'une demi-heure. La femme, par réflexe, porta la main à son arme mais l'homme l'interrompit par un simple, mais sévère claquement de langue.
Le revenant afficha un regard surpris quand il s'aperçut qu'il arrivait à tenir debout sur ses jambes sans aucun tremblotement et il se mit à tester son corps en marchant sans aucune difficulté, comme s'il n'était jamais mort. La femme parla pour la première fois depuis le début de l'entrevue, avec une voix aimable, pour anticiper la question qui allait jaillir des lèvres du maigre gaillard :
« Évidemment, votre corps était relativement abîmé, alors on en a profité pour vous faire quelques... améliorations, notamment au niveau de votre motricité, comme vous pouvez le constater.
— Mais bordel, vous êtes qui à la fin et comment vous êtes capables de faire ça ? commença le patient avec un accent légèrement inquiet, comme s'il commençait à s'énerver.
— Vous nous connaîtrez, rétorqua la voix de baryton de l'homme qui semblait vouloir éviter un probable débordement, sous les noms de Avus pour moi et Puella pour ma charmante collègue. »

Cela ne sembla pas tranquilliser le ressuscité, qui ferma les yeux une seconde plus tard comme s'il enregistrait l'information, et continua ses questions avec une moue agacée et une incompréhension palpable dans la voix :
« Pourquoi vous m'avez ramené à la vie et, putain de bordel de merde, comment vous avez fait ? En quoi je peux vous être d'une quelconque utilité ?
— Disons que nous avons besoin de vos talents, rétorqua avec une soudaine sécheresse la femme qui voulait garder le contrôle de la situation, et nous vous connaissons, nous avons entendu vos exploits alors comprenez bien que...
— Quel est votre dernier souvenir ? l'interrompit soudainement l'homme qui semblait réfléchir depuis quelques secondes »
Le revenant afficha pendant quelques instants une mine perplexe, de même que la femme qui semblait un tant soit peu vexée par cette interruption, mais Avus n'en avait cure. Tout ce qui l'intéressait en cet instant, c'était la réponse de, peut-être, leur futur nouvel homme de main.
Et, quand il vit le regard marron foncé de l'homme se teindre d'une once de haine, son cerveau afficha une mine satisfaite car il sut alors avoir remporté la partie.
L'homme ouvrit la bouche pour poser une question, mais il vit à la mine désolée de Avus que la réponse était sous ses yeux. Il la referma, se prit le visage dans les mains pendant quelques secondes, avant de se redresser et de demander avec un ton froid :
« Qu'est-ce que vous attendez de moi au juste ?
— Oh pas grand chose, rétorqua Puella avec un petit sourire suffisant, juste de terminer ce que tu as commencé... Pater. »

Le susnommé n'avait plus rien à perdre : il était mort, revenu à la vie, entouré de mystérieux nouveaux alliés qui lui offraient une nouvelle chance. Et il n'allait pas se priver pour la croquer à pleines dents. Il n'avait jamais, de toute façon, éprouvé dans sa vie le moindre remord ou la moindre réticence, alors pourquoi ne pas en profiter ?
C'est ainsi que, en affichant un sourire carnassier, Sean Baker passa la main dans ses cheveux roux et demanda simplement :
« Quand est-ce qu'on commence ? »
  Sujet: [Fanfic] Trepalium, Familia, Patria  
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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Jeu 07 Déc 2017 20:31   Sujet: [Fanfic] Trepalium, Familia, Patria
Bonjour ou bonsoir selon l'heure à laquelle vous voyez ce message xD eh ouais, je suis de retour sur le sous-forum avec une nouvelle fanfiction, suite à une nouvelle idée qui a germée dans ma tête x) cette nouvelle idée étant, tout connement, une suite de "La Famille" x).
Sa lecture est fortement conseillée, donc, pour pouvoir bien appréhender cette fiction, même si ce n'est pas obligatoire, étant donné que je rappellerai les événements principaux de la fanfic' précédente durant celle-ci, afin que ceux qui décident de la prendre sans avoir lu "La Famille" puissent suivre (même si je vous presse d'aller la lire, en faisant abstraction toutefois du début un poil faiblard Mr. Green)

Évidemment, je tiens à préciser maintenant que ça ne signe pas l'abandon de "Game of Power" pas du tout, c'est juste que j'ai envie d'un peu me diversifier en terme d'écrits et de toujours avoir des choses à vous proposer x) j'ai parfaitement conscience que les chapitres de GoP sont relativement conséquents et me prennent énormément de temps, c'est pourquoi je vous propose à côté cette fanfic plus modeste, qui devrait être plus courte et moins scénarisée de A à Z, je m'autorise donc quelques imprévus Mr. Green.

Bon, on en arrive aux recommandations d'usage : ceux qui me connaissent savent ce dont je suis capable, même si cet écrit sera beaucoup moins violent et glauque que Game of Power, normalement x).
Toutefois, il y aura des morts, de la torture, du glauque etc... Parce qu'on ne change pas une équipe qui gagne Mr. Green

Du coup, je ne vais pas vous retenir dans la préface plus longtemps, je vous laisse profiter de ma nouvelle idée avec un prologue introductif et un premier chapitre qui suit le même chemin x).
Sur ce, j'espère que la surprise vous plaira Mr. Green

Prologue : Un Retour Miraculeux


PARTIE I


Chapitre 1 : Des Courriers Mystérieux

Chapitre 2 : Lancement du Plan Carthaginois
  Sujet: [Fanfic] Mémoire Fantôme [Terminée]  
Draynes

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Jeu 21 Sep 2017 20:09   Sujet: [Fanfic] Mémoire Fantôme [Terminée]
Bon bon bon... Ça faisait longtemps que j'avais envie de com' une de tes fics, et je savais pas si je devais faire l'Échiquier en premier, sur lequel j'ai énormément de choses à dire, et pas forcément que en positif...
Mais là, après avoir fini Mémoire Fantôme (enfin presque, mais on y reviendra), j'ai une impression assez... désagréable. Celle d'avoir lu ton pire écrit, que je considérerais presque comme une mauvaise fiction.
Et venant du créateur de l'Un'Icer (sur lequel j'ai aussi énormément de choses à dire), ça la fout un peu mal ça non ?

Bref, ce com' sera divisé en deux parties :
— Une critique de « Mémoire Fantôme » avec points positifs, négatifs, tout cela de façon détaillé
— Et, tant qu'on y est, un petit début de critique global de l'Un'Icer, que je considère grossièrement comme le MCU du forum (sans être péjoratif pour l'instant), en attendant que sorte le com' de l'Échiquier quand j'aurai la foi (Mr. Green)de le faire.


Commençons donc avec le texte susvisé.
Déjà, faut resituer le contexte : fin de l'Échiquier qui m'a légèrement énervé (mais j'y reviendrais plus en profondeur dans le texte dédié à celui-ci Wink), l'Un'Icer que je trouvais de plus en plus bancal... Mon appréciation de tes textes n'était pas au beau fixe.
Donc, j'avais une certaine appréhension en commençant cette fanfic, j'avais peur d'être déçu, ou pire d'être blasé.
Eh bah putain... J'ai eu raison d'avoir peur o/.

Ce texte a des points positifs, c'est sur, et on va commencer par là : tout d'abord, le style d'écriture est toujours aussi bon, très direct, très incisif, très rentre-dedans... Et je préfère ça à lire des pavés et des pavés de descriptions, alors forcément ça me plaît.
J'ai bien aimé, sachant que c'est une constante dans l'Un'Icer qui me plaît, ce fait de ressortir des anciennes situations ou des personnages secondaires, et de les réadapter pour en faire quelque chose de neuf, de plus « réaliste ».
Globalement, le comportement froid du nouveau Jérémie (enfin, du faux), me plaisait bien et était parfaitement justifié par la situation, ce qui permettait de masquer le twist (ha ha ha o/) x).

Mais malheureusement, ces points positifs ont été submergé par les défauts, qui sont nombreux o/ et on va commencer par le plus dommageable, mais classique en même temps.
La prévisibilité et donc, la non prise de risque du récit (qui est une constante qui se voit de plus en plus dans l'Un'Icer, mais là encore, j'en reparlerai o/).
C'est simple : à la fin du chapitre 1, j'avais compris que c'était une bulle virtuelle... Voir, rien qu'en lisant le titre Mr. Green. Alors bon, je me doute que c'était pas censé être un retournement de malade etc... mais pour quelqu'un spécialiste des scenarii complexes et élaborés, là encore, ça la fout mal.
La non-prise de risque se voit surtout dans le fait que tous les personnages sont des clichés, des archétypes pas développés et donc, pas attachants (là aussi, défaut commun avec l'Échiquier notamment), ce qui fait que quand ils meurent... Bah, on s'en contrefout o/. Après oui, en six chapitres, on ne peut pas développer suffisamment bien des personnages pour susciter de l'attachement, je suis d'accord, mais quand même... Un minimum x).

Et surtout, pour moi l'énorme point faible de la fic : je suis à jour sur l'Un'Icer, j'ai tout lu donc je ne suis pas un novice de l'univers (d'ailleurs, commencer l'univers avec ce texte est un suicide... mais j'y reviendrais dans la grosse partie de ce com' o/) et bien... Au sortir de ce texte, je ne comprends absolument pas à quoi il sert.
Ce texte n'a aucun enjeu, à l'heure actuelle, dans l'Un'Icer, il est inutile (attention, c'est juste mon point de vue pour le coup) et c'est pas aidé par l'épilogue qui, alors là pour le coup, est vraiment pour moi une purge totale pour plein de points.

Déjà, bon là c'est que moi et je vais peut-être être rude dans mes propos, mais j'en ai plein le cul de ce putain de Palamède. Oui, je sais que c'est le méchant principal de l'Un'Icer et que c'est logique de le voir partout mais... merde, j'en ai ras-le-bol de ces méchants, j'ai envie d'avoir un peu de sang neuf dans l'Un'Icer, de voir du X.A.N.A, de voir des Irlandais développés... Mais je dérape sur l'Échiquier, donc je vais m'arrêter là pour cette saloperie d'IA. Évidemment, ce n'est qu'une opinion subjective et je dois bien avouer que la fin, que je trouve ratée, de l'Échiquier m'a fait détester le Palamède...
Faudrait que j'arrête de déraper non ? XD
Enfin bref, ensuite... Je ne suis pas spécialement con, mais je n'ai absolument rien compris au but de cette fanfic : pourquoi Senja Noir a fait ça ? Qui est ce foutu avatar au masque qu'on voit dans plein de fics, qui a l'air cheaté tout en étant un boulet... ? La fic, j'espérais qu'elle apporterait des réponses... Et c'est devenu le « Alien Covenant » pour « Prometheus » : encore plus de questions, aucune réponse. Mr. Green
Et puis, la baston virtuelle, je l'ai trouvée complètement ratée : c'est brouillon, ça sort de nulle part, c'est un bordel sans nom, on y comprend absolument rien, la mise en page est malheureusement hideuse, c'est beaucoup trop compact, ça ne donne pas du tout envie de lire et ça n'aide pas à enregistrer les informations. Pour te dire, après cinq relectures, j'arrive toujours pas à comprendre quel avatar est dans quel clan Sad !
Ah et c'est sympathique d'avoir inclus des avatars qui se dédoublent ou qui sont, de base, en trois exemplaires, ça aide énormément à tout saisir -__-.

Enfin bref, j'ai trouvé ça nul. Malheureusement. Et c'est un peu le mot qui résume ce que j'ai ressenti en lisant « Mémoire Fantôme ».
J'espérais enfin lire un texte qui n'aurait pas les mêmes problèmes que tous les autres, que l'Un'Icer dans sa globalité, et bin non : tout est toujours pareil, l'histoire qui manque d'enjeu, qui part dans tous les sens, le final raté...
Et le fait de voir encore et toujours les mêmes problèmes n'aide pas à être gentillet, ça a tendance à énerver, et ça m'a quand même passablement énervé à la lecture de cette fanfic xD.


Et ces défauts sont représentatifs de l'Un'Icer à mon sens, qui dans la théorie devrait être exceptionnel... Et plus ça avance, plus le projet s'effondre, et qu'est-ce que c'est dommage :/.
Je dois dire que ça me désole de critiquer ça, parce que je suis parfaitement conscient que je serais incapable de fournir un travail comme ça, aussi préparé, aussi étudié, aussi... parfait dans la théorie.

Le problème, c'est que toute œuvre a des défauts qu'on ne voit pas forcément en théorie, ou qui sort directement du style de l'auteur, et on pense tous différemment... Le pire étant qu'à la base, j'appréciais vraiment, et petit à petit tout s'est effondré o/.
Et c'est là que je vais faire ma comparaison avec le Marvel Cinematic Universe.

À la base, le projet porté par le MCU était dantesque, énorme, et je dois dire que j'étais à fond dedans : les films étaient intéressants, innovants, puissants... Et après, ils se sont perdus.
Ils se sont mis à recycler sans cesse leur propre formule, sans apporter de changements et des innovations.
Ils ont commencé à ne plus prendre aucun risque, à massacrer certains personnages qu'ils avaient pourtant réussi à rendre attachants (Loki bien évidemment, par exemple) et à faire des films sans aucuns enjeux propres.
Et maintenant, peu importe les efforts qu'ils peuvent faire, ils sont foutus, ils se sont trop enfoncés et ils arriveront jamais à remonter.

Et bien l'Un'Icer c'est exactement la même chose : le début était très intéressant, les textes s’emboîtaient bien, c'était cohérent, intéressant, les styles de texte variaient un tant soit peu, les textes valaient à eux-seuls (les Perles par exemple)... Et après, la Partie II de l'Échiquier est arrivé. Et là, ça a été le drame.
Parce que, pour moi, et je le détaillerais plus dans le com' dédié à la fanfic principale, la Partie II a détruit l'Un'Icer, tout simplement.

À partir de là, la blasitude s'est installée, car en lisant les textes futurs, inlassablement, les défauts de l'Échiquier ressortissaient, auréolés d'autres spécifiques aux textes bien évidemment.
Je pourrais citer pêle-mêle, comme défauts récurrents à tout l'Un'Icer :
– les personnages inintéressants, créés pour la référence ou simplement ayant un potentiel énorme, mais complètement foirés au final.
– la fainéantise dans le style d'écriture, en lisant les différents textes de l'Échiquier (oups, lapsus Mr. Green malheureusement très révélateur o/), j'ai l'impression de revivre sans cesse et sans cesse la même chose, j'ai l'impression qu'il n'y a plus aucune prise de risque, d'inventivité dans les textes.
– L'absence de but à certains textes, comme Mémoire Fantôme typiquement, qui à l'heure actuelle ne sert absolument à rien dans l'Un'Icer, à part à remplir des Catégories de Perle.
– la destruction totale de tous les enjeux installés, tout le temps, qui m'a franchement énervé sur la fin de l'Échiquier tellement c'était systématique et qui n'aide pas à installer un véritable but vu que tous les problèmes étaient réglées de manière... nulle en quelque chapitre, voir en quelques lignes.
– les batailles virtuelles qui sont ultra répétitives, souvent très dure à comprendre et qui me donnent mal à la tête presque systématiquement.
- des éléments qui, dans le contexte de leurs fanfics, n'ont absolument aucun sens (Franz Hopper dans Mémoire Fantôme... Mais pourquoi ?) et qui n'ont toujours aucun sens quand on le remet dans l'Un'Icer.
– les textes qui sont inutiles en eux-même : si on ne lit pas l'Un'Icer, Mémoire Fantôme n'a aucun intérêt, tout comme les Perles du Neith ou tes très nombreux OS. Plus aucun texte ne fonctionne en lui-même, il faut toujours avoir l'ensemble en tête tout le temps pour pouvoir comprendre le moindre élément etc...

Enfin bref, tous ces défauts, je les développerais plus quand je ferais un com' sur l'Echiquier, et notamment sa Partie II qui est non seulement ma plus grosse déception du sous-forum, mais qui cristallise également tous les défauts que je viens de citer.
Malgré tout, même si ce com' est très négatif, je continuerais à lire l'Un'Icer... Parce que j'ai envie, malgré tout, de voir comment tout cela va se finir et surtout, s'il arrivera à remonter la pente et à surmonter tous les problèmes provoquées par l'Échiquier, qui se sont répercutés dans tous les textes pour atteindre leur quintessence avec Mémoire Fantôme...
Putain, mais qu'est-ce que je l'espère ça o/ j'espère vraiment que l'Un'Icer, au final, ne sera pas qu'une incroyable déception et une arnaque totale.
Je l'espère vraiment.

Enfin bref, c'est sur cette note plutôt optimiste que je conclus ce com' qui n'en était pas moindre o/ je tiens malgré tout à dire qu'il ne s'agit que d'un avis subjectif, que je respecte tout le travail effectué à l'élaboration de cet Univers mais... pour moi, à titre totalement subjectif, je trouve que c'est décevant quand je pense à la tuerie atomique que ça aurait pu être.
Je te souhaite une bonne soirée et à une prochaine fois sur l'Échiquier, si j'ai le courage et surtout, l'absence de flemme pour l'écrire et le sortir Wink.
  Sujet: [Fanfic] Game of Power  
Draynes

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mer 16 Aoû 2017 22:51   Sujet: [Fanfic] Game of Power
ALLISER


Immobile devant la fenêtre donnant directement sur la cour de l'ex-Prison de la Santé, le Sire Alliser Thorne laissait son regard bleu glacial se promener de manière rapide et retenue et observer les moindres détails de cette cour. Le nombre de bancs, leurs positions, les quelques arbres encore debout, les rondes des Protecteurs affiliés à la protection de la Garde... il se devait de tout connaître dans le moindre détail.
C'était la méthode qu'il avait trouvé pour épancher sa fureur, et il en avait à l'instant diablement besoin. Il avait fait une grossière erreur en envoyant Amelio aux trousses de la Fraternité, il aurait du écouter son esprit et envoyer Steven Ogg, qui est beaucoup plus mesuré que son compère. Mais non, il ne s'était pas opposé à Xander et sa décision avait coûté beaucoup de choses à son ancien Premier Ministre, ce qu'il ne pouvait pas exposer sous peine de finir lui-même dans l'écran des gens le jour des Exécutions. Il adorait les regarder, mais pourrait bien se passer d'en faire partie.
Y envoyer son abruti de sbire était une idée qui commençait à lui tarauder l'esprit, mais il se souvint alors que l'imbécile en question était assis sur une chaise et que la période de détente qu'il s'était imposée arrivait à sa fin.

Il se força alors à se retourner tout en gardant son visage calme et digne, avant d'énoncer avec une voix doucereuse et menaçante :
– Tu avoues donc avoir tué la seule personne qui aurait permis de retrouver et éliminer les autres chefs de la Fraternité ?
– Oui, répondit le Sauveur en dardant son regard gris sur la cheminée derrière le bureau de son patron avec un mauvais œil, mais c'était le plus important. La rébellion n'a plus de troupes, ils sont finis !
– Tant que le chef est en vie, rétorqua Thorne comme s'il parlait à un petit enfant, elle reviendra. Qui te dit qu'il ne trouvera pas un nouveau formateur ? J'ai connu Clay Julius Matissard, ce traître n'en a certes plus pour longtemps, mais il ne faut surtout pas le sous-estimer.
L'éclat de rire qui sortit de la bouche de Amelio fit se durcir le regard de Alliser et fit apparaître encore plus ses rides de contrariété, mais son employé n'en eut cure et se contenta de rétorquer avec un air entendu :
– Un vieux croûton complètement gâteux qui se fait appeler « Le Maître » dans une langue morte serait une menace ?
– Le vieillard, comme tu dis, a un cerveau et s'en sert lui !
La phrase, sèche et brutale, résonna dans la pièce et fit tressaillir un instant Austin, qui se leva brusquement en dardant un regard meurtrier sur le chef de la Garde, qui était habitué à ses accès de colère et ne daigna même pas relever la tête. Il fit un discret signe affirmatif de la tête vers la personne située derrière le Sauveur et écouta son discours de haine :
– Ah, parce que tu sais utiliser ton cerveau toi hein... Mais quand il s'agit d'aller sur le terrain et de prendre des décisions devant des centaines de personnes, de commander des tueurs, ah là on vous voit plus hein ! Toi, ce taré d'Arès, cette mauviette de Xander et cet abruti de Nikolaj, vous n'êtes que des lâches, des putains de lâch...

La phrase fut coupée par la poigne de fer de Dominic Carter, qui plaqua brutalement la tête du Sauveur contre le bureau en chêne en lui arrachant un soubresaut de douleur. Les dents serrés, les yeux écarquillés, il tenta brusquement de mordre l'Effacé, mais ce dernier se redressa légèrement avant de lui claquer la tête une nouvelle fois sur le bois, ce qui fit cesser un instant les velléités de révolte du Sauveur.
Le Sire profita de cet instant pour s'affaler nonchalamment contre son siège, attendre quelques secondes en observant Austin sans chercher à effacer le petit sourire narquois qui lui fendait les lèvres, avant de se lever et de commencer son discours en plongeant le regard dans le feu ardent crépitant derrière son bureau, dans la grosse cheminée en pierre :
– Bon, je t'ai laissé t'amuser, crier un bon coup, mais maintenant on va redevenir sérieux. Nous t'avons confié une mission, tu t'es bien amusé, mais tu nous as ignoré. Tu sais que je ne tolère pas les désobéissances, mais je vais faire une exception pour cette fois. Je vais de nouveau te donner quelque chose à faire, et j'exige que tu ne sortes pas le moindre mot pendant que je dicterai tes nouvelles instructions.
Sur un geste rapide de la tête de Thorne, Carter se recula brusquement et le Sauveur se redressa en dardant un regard gris sombre furieux sur son patron, qui termina en reprenant son air noble :
– Tu as compris ce que je viens de dire ?
Un air de défi fut visible sur le visage du blondinet quand il esquissa un sourire, mais il se contenta de s'asseoir sur sa chaise en se massant la nuque et en n'ouvrant pas la bouche. L'Effacé à la face de goret se plaça discrètement juste derrière lui et Alliser s'efforça d'empêcher l'apparition d'un sourire de satisfaction sur son si droit et ridé visage, même si Amelio ne pouvait pas le voir.

Le chef de la Garde se retourna alors lentement, de façon à ce que ses mains liées derrière son dos touchent presque la surface des flammes, qui étaient d'une magnifique couleur entre l'orange et le rouge dans cette somptueuse cheminée.
Alliser Thorne ne prit pas de pincettes pour exposer ses revendications, et il énonça donc tout en observant avec attention les expressions sur le visage de son subordonné :
– Steven Ogg prendra, à partir d'aujourd'hui et pendant un temps indéfini, le commandement des Sauveurs sur le terrain. Tu resteras dorénavant à la Garde ou dans l'Épargné, l'Hôtel et le Laboratoire. Si tu sors sans autorisation, j'ordonne à tes anciens petits soldats de t'éliminer sur le champ.
Un éclat de contrariété naquit sur le visage du concerné, mais le Sire continua avec un ton puissant, comme s'il déclamait des ordres devant une assemblée :
– Tu récupéreras la mission de ton collègue, à savoir surveiller l'Intendant Jeffrey Dean Morgan qu'on soupçonne de s'être allié à cette maudite Fraternité que tu estimes avoir éliminé. Mais surtout, je dois évoquer quelque chose, à savoir le fait que tu aurais assassiné, durant l'assaut, la lieutenant des Sauveurs que tu as toi-même engagé.
Austin Amelio n'esquissa pas le moindre geste, mais son interlocuteur lut dans ses yeux gris une soudaine satisfaction brutale et il soupira avant de poursuivre lentement :
– Encore une frasque de plus à prendre en compte... Mais bon, ce qui m'intéresse plus, c'est la gamine. Tu la maintiens dans ta salle de tortures hein ? Tu es rentré il y a seulement quelques heures, et tu l'as au moins violé trois fois, vu le nombre de fois où on t'a vu entrer et sortir de cette foutue salle.
Imperceptiblement, Dominic Carter se décala subtilement vers la droite pour se placer derrière l'épaule du Sauveur déchu en observant toujours son supérieur direct, qui clôtura son discours en disant simplement :
– Du coup, ta nouvelle tâche sera de la tuer.
– Non. rétorqua sèchement Austin en se redressant subitement sur ses jambes pour darder un regard meurtrier sur son boss.

En observant le regard de ce dernier changer, il donna un violent coup de coude à l'arrière qui heurta le menton de l'Effacé, qui recula subitement en étouffant un juron. En observant l'évolution prévisible de la situation, Alliser se redressa, s'épousseta négligemment les épaules, murmura « Putain, je dois vraiment tout faire moi-même » et envoya violemment son bras de l'autre côté de la table, dans la tête de Amelio.
Ce dernier chancela et tomba à la renverse, en détruisant la chaise en bois dans le même temps. Il eut à peine le temps de reprendre ses esprits que le colosse Thorne était sur lui et le Sire le saisit à bras le corps puis, tout en le traînant derrière lui, énonça avec une voix pour la première fois énervée à Dominic :
– Tu feras entrer Ogg quand il aura fini de crier.
Carter, sans prêter attention à l'ecchymose sur son menton, hocha la tête et retourna se poster dans l'antichambre d'attente, laissant ainsi seul un chef de la Garde subitement furieux et un Sauveur dans un état déplorable essayant désespérément de se dégager. Austin bougeait dans tous les sens comme un ver de terre, mais les serres impitoyables de son tourmenteur étaient refermées sur ses épaules et le traînait par terre.
Alliser espérait depuis le début de l'entretien que le Sauveur allait faire une erreur devant lui. Il l'avait fait, il allait payer.
Ainsi, Thorne se plaça devant la cheminée, redressa avec violence son subordonné pour le regarder dans les yeux et vit pour la première fois un semblant de peur naître dans ses yeux. Il sourit alors sombrement, puis murmura avec un ton tendre :
– On m'a dit que tu aimais le feu... Eh bien, c'est parfait dis donc !
Puis, en une seconde, sa main droite se plaqua derrière sa nuque pendant que, d'un mouvement rapide, il tournait le corps d'Amelio pour le placer face aux si somptueuses flammes, et il lui plaqua avec brutalité et implacabilité la partie gauche de son charmant visage dans le brasier.

Au départ, l'homme surmonta la douleur et Alliser fut presque déçu, mais le contact de la plaque de métal brûlantes située au dessus des bûches en train de paisiblement se consumer acheva de briser les résistances du blond, surtout quand une partie de sa chevelure commença à prendre feu.
Le hurlement de douleur qui suivit s'éternisa pendant un long moment, sous le regard ému de Thorne qui empêchait les flammes de se propager sur la partie droite de son visage, en les éteignant aussi sec. Après qu'une partie du cuir chevelu plaqué contre la plaque se fut évaporé, et cela en un temps record de cinq minutes, le Sire redressa tout d'abord doucement la tête de son subordonné.
Des morceaux de peau et de chair brûlées restèrent cependant collés pendant quelques secondes à la plaque, ce qui fit soupirer l'homme qui tira soudainement plus fort, en arrachant au torturé un cri de douleur ressemblant plus à un cri d'agonie, mais il n'en avait cure.
Une fois qu'il put le voir, il examina de plus près et avec attention les restes de Austin, qui respirait encore avec difficulté. Le haut de son crâne, sur la gauche, était presque devenu noir et provoquait un contraste saisissant avec ses cheveux blonds impeccables de l'autre côté, que Alliser s'était évertué à préserver. Sa joue n'était plus qu'un amas de cicatrices et de morceaux de chairs noirâtres, son œil auparavant gris était miraculeusement intact, comme s'il avait réussi à le fermer avant l'impact, ce qui fait que la peau de sa paupière avait, elle, presque été détruite par la puissance du brasier. Une partie de ses lèvres, autrefois toujours auréolée par un sourire ironique, était là boursouflée, comme si elle était recouverte de boutons d'herpès détruits par la chaleur.
Le Sire avait réussi son objectif : une partie du visage de Amelio était ravagée par les flammes, et l'autre était intact, et ce grâce à lui. L'odeur de brûlé lui monta subitement aux narines, et il poussa brusquement le Sauveur sur le côté, qui respirait par à-coups, toujours sous le choc.

Quand Carter ouvrit la porte, quelques secondes plus tard, et fit apparaître les yeux dorés interloqués de Steven Ogg, Alliser Thorne avait enfilé un long manteau noir et des gants de la même couleur, et s'apprêtait visiblement à partir. La fenêtre était ouverte, la cheminée éteinte et seul un corps étendu derrière le bureau rompait le cadre ordinaire du bureau de l'ancien directeur de l'ex-Prison de la Santé.
La seule consigne qu'il donna au Sauveur qui attendait depuis au moins une vingtaine de minutes avant de partir de la pièce fut ainsi :
– Emmenez-le à l'infirmerie, sauvez-le. Vous avez interdiction de lui mettre des prothèses, je veux qu'il garde ces cicatrices jusqu'à ce que quelqu'un le tue.
Steven acquiesça d'un signe rapide de la tête et se dirigea vers le corps inanimé de son collègue. Alliser put ainsi voir apparaître rapidement l'ombre d'un sourire moqueur quand Ogg se retourna pour voir la porte se fermer, mais il était en retard sur son planning et il ne s'attarda pas pour s'étonner de la réaction d'un des sadiques de service.
Il n'eut, d'ailleurs, pas le loisir d'ordonner à Dominic Carter d'appeler un VTR car l'Effacé était déjà le nez dans son bracelet portatif à en commander un. C'était cela qu'il appréciait véritablement chez son garde du corps : sa discrétion. Il faisait ce qu'on lui demandait, et c'est tout. Il n'était pas un confident, comme James Kucsulain pour Xander, c'était juste un soldat. Simplement.
Quand il arriva enfin, après une rapide et ferme descente d'escaliers et avoir traversé au pas de course beaucoup de couloirs, dans la cour donnant vers l'extérieur de la Prison de la Santé, il aperçut le Véhicule de Transport Rapide qui l'attendait sur le trottoir. Il s'engouffra dedans, fit un signe de la tête à l'Effacé qui hocha la tête et retourna avec sa marche monotone vers l'intérieur du bâtiment, et ordonna au robot de se diriger vers l'ancienne Tour Montparnasse.

Le Conseil des Grands avait été convoqué, composé cette fois-ci uniquement des quatre grands chefs, à la demande express de Andrew James West. Rien que cela intriguait énormément Alliser, qui n'avait retenu de son confrère que son côté cannibale, suave et suiveur. Durant les réunions, il ne proposait jamais rien et se contentait d'acquiescer en observant le Spectre avec un air absent.
L'ancien Premier Ministre de Xander avait souvent remarqué qu'une connivence spéciale semblait s'être installée entre Arès et l'émissaire de X.A.N.A, qui discutaient souvent ensemble en sortant des séances. Alliser Thorne n'avait jamais vraiment tenté de se lier avec le programme multi-agent.
Il le considérait comme un allié puissant, mais pas comme un chef et encore moins comme une chose indispensable à la survie du régime. Le jour où le programme tenterait quelque chose contre le Conseil des Grands, le Sire serait le premier à se lever, à darder son regard bleu glacial sur le Spectre et lui faire ravaler l'envie de tenter autre chose.
Dans le même temps, tout en continuant d'errer dans ses pensées, il était sorti du VTR qui l'avait amené à l'Hôtel en moins de trois minutes et se déplaçait mécaniquement, voire même automatiquement dans les couloirs qu'il connaissait par cœur à force de les avoir arpentés. Il savait ainsi exactement où aller et il pouvait ainsi, pendant ce court mais nécessaire trajet, réfléchir à ce qui les attendait à la réunion.
Et là, pour la première fois depuis bien longtemps, il n'avait strictement aucune idée de ce que le chef du Laboratoire leur avait bien réservé, pour exiger ainsi une assemblée spéciale.
Ainsi, quand il arriva dans la salle cachée de l'Hôtel où se tenaient les indispensables réunions, il eut encore une fois une surprise en constatant qu'il était le dernier arrivé, alors qu'il était techniquement le plus proche en terme d'emplacement de l'ex-Tour Montparnasse.

Avant de dire le premier mot, il fit un tour rapide de la salle en dardant son regard bleu glacial d'un coin à l'autre de la salle, tout en se dirigeant vers sa place située à la droite du chef suprême du régime.
Xander était assis sur la chaise de bout de table, le menton appuyé dans ses mains, son regard aussi glacial que celui de son sous-fifre transparaissait comme étant songeur et plongé dans le néant absolu.
Nikolaj, impassible, tripotait ses si soyeux cheveux blonds cendrés d'une main pendant que l'autre tapotait frénétiquement la fameuse table noire et ses yeux noisettes allaient, comme son homologue nouvellement arrivé, se balader d'un bout à l'autre de la salle.
Le Spectre, comme à son habitude, se contentait de rester collé au mur, derrière Xander, les bras croisés derrière le dos, et d'attendre. Son regard représenté par ses lunettes noires sombres était fixé sur un point en particulier, à savoir du côté d'Arès, et semblait ne pas vouloir dévier une seule seconde du sujet de son intérêt.
Andrew, lui, était en pleine conversation avec un individu très étrange, qui s'était placé de telle façon à ce que personne dans la salle ne puisse voir son visage. Ses yeux gris restaient inlassablement plaqués sur son interlocuteur, un sourire ironique transparaissait sur ses traits si quelconques et l'ombre d'un épi semblait pondre sur sa chevelure brune.
Ayant terminé son tour d'horizon, Thorne se contenta de regarder Berkeley et de lui énoncer avec un ton égal :
– Le compte-rendu de l'attaque de la Fraternité a malencontreusement pris plus de temps que prévu. Et un lit sera occupé à l'infirmerie pendant un long moment, normalement.
– Très bien... murmura ce dernier avant de se lever et de tendre la main en l'air.
Le Spectre sembla soudain se redresser de manière imperceptible et le silence se fit assez rapidement dans la salle, même si Alliser put voir au regard ironique lancé par Arès qu'il savait que ça n'allait pas durer longtemps. Après quelques secondes d'attente intentionnellement provoqués, Xander se contenta de dire :
– La réunion est ouverte. Andrew, à vous : pourquoi nous avoir convoqués en urgence, comme cela ?!

Le concerné ne se leva pas, mais son compagnon, lui, se redressa et se retourna lentement, ce qui permit à tout le monde d'observer son unicité corporelle, ses mains recouvertes de gants jaunes-or, sa chevelure et ses yeux jaunes tigrés, le tout rappelant la couleur d'un soleil au paroxysme de son existence.
Mais c'était son masque qui fit hausser un sourcil à Alliser : lui qui se fiait aux expressions faciales pour bien identifier son interlocuteur et décider de ce qu'il devait faire avec lui, l'homme masqué devant lui attisait de manière étonnante sa curiosité. Pourtant, il était classique car argenté et auréolé de bandes noires, mais il dégageait de ce simple attirail une puissance, une prestance presque animale.
Satisfait de l'effet provoqué, Arès se leva lentement en souriant légèrement et énonça avec un calme et un flegme olympien :
– Oh, il vous l'expliquera bien lui-même. Messieurs, je vous présente le Blond, il souhaiterait entrer à votre service comme... homme à tout faire, comme il le dit si bien.
– Quel est ton vrai nom ? demanda Xander avec un ton curieux en se penchant derechef vers l'avant
– Le Blond, répondit calmement l'homme sans se départir de son masque, c'est mon nom. On me connaît comme ça dans le milieu, et je n'en ai pas d'autre à vrai dire. Ou, plus précisément, je n'en ai plus d'autre.
– Tu es quoi ? Un mercenaire, un tueur à gages, un espion hautement qualifié ? railla Nikolaj sans se départir de son air intrigué.
Alliser n'intervint pas dans la discussion, il se contentait d'observer et d'analyser. L'homme qu'il avait en face de lui ne lui semblait pas humain, il se dégageait de lui quelque chose de surhumain, de bestial, de... différent. Tout en écoutant de manière attentive la question de Nikolaj, son regard si doré et étrange naviguait d'un membre du Conseil à l'autre, en s'attardant plus que de nécessaire sur le Spectre, qui lui aussi, restait imperturbable.

Le silence se fit, et se prolongea, mais le Blond le rompit rapidement en faisant un geste désinvolte de la main avec son gant doré et en disant :
– Disons que je suis tout ça à la fois, et bien plus. Seulement, mes anciens employeurs ne m'avaient pas permis de me montrer sous mon plein potentiel, donc je les ai tué et je leur ai volé toute leur fortune.
Coster-Waldau haussa un sourcil surpris et Alliser lui-même dut se retenir de sortir le couteau de son étui situé sous la poche de son blouson par réflexe. Il aimait l'honnêteté, plus que tout, mais là le Blond avait réussi à le surprendre dans sa déclaration. Même Arès, qui l'avait pourtant ramené ici, semblait étonné de cette réponse, mais Xander semblait au contraire... satisfait. Lui s'était contenté de sourire de manière étrange avant de rétorquer, après un rapide coup d’œil au Spectre qui restait immobile, les bras croisés :
– J'ai deux questions : déjà, qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur nous, maintenant ?
– Oh, pas grand chose : la composition du dernier repas de Andrew, qui a terminé ce pauvre Lloyd Skinner d'ailleurs, le sujet de la discussion houleuse entre Nikolaj et son taré de grand-oncle Walder Bradley, le fait que notre cher Alliser Thorne, qui n'a d'ailleurs pas encore parlé, a très gravement brûlé un de ses subordonnés et porte en ce moment même la main à son couteau dissimulé dans la poche de son blouson... Je continue ?
– Qui as-tu soudoyé, répondit avec un ton très froid le chef de la Garde en se redressant de toute sa hauteur, pour avoir ses informations ?
– Personne, rétorqua le Blond en le regardant dans les yeux et en souriant imperceptiblement avec ces derniers, j'ai juste fait mon travail avant l'heure.

Berkeley, après un énième coup d’œil au Spectre qui semblait complètement absent, énonça avec calme et un ton interrogatif à la fois :
– Et voici ma deuxième question, la plus importante : comment comptes-tu nous prouver ta valeur ?
– En vous débarrassant, répondit immédiatement le mercenaire en plongeant ses yeux dorés dans ceux du chef du régime, en me servant de mes talents bien évidemment, d'un futur problème en devenir.
– Et ce problème a un nom ? demanda Nikolaj Coster-Waldau en se renfonçant nonchalamment au fond de son siège.
– Jérémie Belpois. répondit simplement le Blond avec son ton toujours neutre.
Un rire moqueur émit de la bouche du chef de l'Épargné, qui se contenta de dire avec un sourire et un regard ironique :
– Ce moucheron, un problème ? C'est aussi peu crédible que si tuer un chat suffisait à détruire X.A.N.A. !
– La ferme ! rétorqua violemment Xander en jetant un regard de biais à l'émissaire du virus qui, vu son immobilité, devait être en train de tout raconter à son maître.
Arès, qui se tenait tranquille depuis le début de l'entrevue, reprit alors la parole en disant tranquillement :
– Eh bien, expose-leur ton plan, qu'on en finisse ! Je commence à avoir faim moi...

Et, pendant l'exposé du plan, Alliser prévoyait déjà les événements, sans pouvoir se départir de son sentiment d'inquiétude qui le traversait à ce moment précis.
Il voyait déjà Xander Berkeley accepter le plan, serrer la main de son nouveau subordonné et clore la réunion sur cette bonne note.
De son côté, Thorne sentait que cette décision allait leur retomber dessus plus tard.
Mais pas comme ils l'avaient imaginé, loin s'en faut.


**

*

**


JÉRÉMIE


Lorsque le scientifique blond Jérémie Belpois tomba au détour d'une simple recherche sur la biographie complète d'un certain Chris Coy, il n'en crut d'abord pas ses yeux. Il s'étonnait de tant de simplicité, l'homme le plus mystérieux du Laboratoire retrouvé juste en tapant son nom dans la barre de recherche Google.
Jérémie aimait savoir avec qui il travaillait, et ce même si ce dernier lui avait permis de trouver la vraie identité de Seth. Cependant, Belpois était dans l'impasse à ce niveau là : Emmerich était intouchable tant que Arès n'était pas mort. Il fallait donc appliquer le plan si minutieux et étrange concocté par ce maudit Loki.
Et cela commençait par enquêter sur lui, c'était cette tâche que Jérémie s'était fixée, après avoir « terminé » les puces visant à créer des cyborgs à partir des morts. Il pensait que cela l'occuperait pendant suffisamment de temps pour qu'il oublie un tant son objectif final, mais non : cela lui avait approximativement pris cinq minutes.
Tout en lisant la biographie complète de l'expert nucléaire d'origine anglaise et en obtenant par la même des informations étonnantes sur la fameuse affaire des réacteurs nucléaires de Sizewell, il énonça à voix haute :
– Eh, Skarsgård, j'ai besoin de toi ici !
Le temps que le cinquantenaire quitte son poste et rejoigne celui de Belpois, qui se trouvait à l'opposée de la petite pièce privée que leur avait donné Alfie Allen, pour eux trois et Jude Watson, Jérémie avait tout ce qu'il souhaitait. Et il savait dorénavant quoi faire.

À peine l'homme brun était-il posté à côté de son écran et commençait-il à lire que le scientifique blond redressa ses lunettes sur son nez et énonça avec un regard sévère :
– On élimine Loki de l'équation, il faut s'en débarrasser en même temps que Arès et Emmerich. Faut que j'appelle Eva et mes gosses, informe Allen et les scientifiques à notre botte qu'on doit absolument empêcher Chris Coy de nuire. Il est trop dangereux.
– Se priver d'un allié de poids, rétorqua Stellan en lisant plus attentivement la page en question, c'est très dangereux. Tu penses pas qu'on devrait faire abstraction de ça ?
Interloqué, le blondinet se retourna, darda ses yeux bleus ciel sur son interlocuteur et énonça avec une certaine stupéfaction dans la voix :
– Ce mec a voulu faire sauter une centrale nucléaire en Angleterre... Je sais que X.A.N.A. aime recruter des fous, on l'a vu avec Ogg et Emmerich, mais là ça va trop loin ! On peut pas passer outre ça et faire comme si, si on arrive à renverser Arès, on le laissera en vie ! C'est pas possible !
– Ok ok, l'arrêta le suédois en levant les bras au ciel avec un air résigné, très bien, je vais faire passer le mot... Appelle tes gosses, et Watson m'a dit de te dire qu'il voulait te voir au sujet de ces putains de puces là...
Belpois, relativement excédé et fatigué, le congédia d'un geste rapide et brutal de la main, puis saisit son bracelet avant de trouver l'application permettant d'appeler ses contacts.

Jérémie avait beau fustiger le programme multi-agent de tout son être, son système de bracelet était malgré tout ingénieux. Même si Belpois était éminemment convaincu qu'il faisait office de traceur pour X.A.N.A, son système de téléphone par hologrammes était très performant, comme avait pu le constater le père de famille au travers des quelques appels qu'il avait passé avec Eva Skinner. Il ne voulait pas le faire souvent, de peur que les Sauveurs remontent le signal, mais il le devait, histoire de tenir mentalement parlant.
Cela ne faisait pourtant que quelques jours que sa famille était en sûreté, mais la voix doucereuse et sadique du virus continuait à le harceler continuellement, son travail dans les archives écrites à la recherche du passé de Chris Coy s'était soldé par un échec (comblé en quelques secondes par une simple recherche Google), il voyait de plus en plus un éclat blond dans les couloirs quand il se déplaçait, la paranoïa ambiante lui serrait le ventre... Il voulait reparler à sa femme, dans le but de sortir un peu de son misérable quotidien.
Heureusement pour sa santé mentale, la voix de Skinner sortit rapidement du bracelet, suivi par un hologramme de mauvaise qualité où il pouvait à peine entrapercevoir ses yeux bleus :
– Alors, tu as réussi ?
– Bonjour à toi aussi, rétorqua le scientifique avec un ton aigre avant de poursuivre en se frottant les yeux, mais sinon non, le plan est toujours en cours de réflexion. Dans tous les cas, si on arrive à reprendre le Laboratoire des mains de X.A.N.A, on ne pourra plus se revoir avant... Pouah, peut-être des mois.
– Les enfants commencent à s'ennuyer, même si Philippe et Valérie font tout pour les distraire, soupira Skinner en continuant avec un air blasé, et Durieux fait des efforts, c'est indéniable. Mais Albert et Marie veulent te voir, et ils en deviennent insupportables. Dépêche-toi de venir nous voir, avant que je me mette aussi à geindre.
– Je verrais ce que je peux faire, mentit le blond en soupirant, mais faut que j'y aille, Allen va sûrement nous réquisitionner dans peu de temps. Allez, salut.
Avant que la femme ait eu le temps de répondre, Jérémie coupa la conversation, s'affala contre sa chaise et poussa un profond soupir. Il avait conscience d'être de plus en plus détestable avec tout le monde, mais il devenait comme ça, petit à petit, inconsciemment. Peu importe le plan mis en œuvre par X.A.N.A. le concernant, le virus était en train de réussir. Savoir ça énervait Jérémie, et le rendait ainsi de plus en plus irritable avec de plus en plus de personnes.
Son impulsivité aiguisait sa volonté à détruire X.A.N.A. tout en faisant gagner ce dernier. Il était rentré dans un foutu cercle vicieux et ignorait comment s'en défaire.

Ses pérégrinations mentales furent rapidement interrompues lorsqu'une main ferme vient taper doucement contre le bureau, faisant se redresser en maugréer Jérémie qui s'était mis à rêvasser en quelques secondes, puis la voix retentit dans ses oreilles, comme désinhibée :
– On a un problème. Et pas un petit, si tu vois ce que je veux dire.
– Accouche Jude, rétorqua Belpois en regardant avec un œil noir son collègue d'infortune, je commence à avoir mal à la tête, je vais bientôt devoir aller pioncer.
– Stellan a trop bien fait ce que tu lui as demandé, si j'ai bien vu ce que j'ai cru entrapercevoir en allant pisser ! railla l'anglais en dardant son regard bleu perçant sur l'ordinateur resté allumé de son collègue.
– Tu peux arrêter tes railleries, s'énerva subitement le scientifique en se redressant d'un coup, et aller droit au but ? Qu'est-ce que Skarsgård a foutu ?
– Il est allé tout raconter à Loki, expliqua enfin Jude en passant sa main dans ses courts cheveux noirs, et de ce que j'ai pu entendre, c'est pas la première fois. Ils bosseraient ensemble depuis le début de l'histoire.
L'énervement qui perçait sur le visage de Jérémie se transforma en une seconde en une peur panique et il balbutia rapidement à son dernier collègue « honnête » :
– Supprime tout ça là-dessus, enregistre tout sur ton poste de travail et rejoins-moi dans ma piaule après. Faut qu'on trouve un moyen de régler cette situation.
Le scientifique anglais hocha la tête en gardant un regard sérieux et résolu, puis se détourna et retourna de manière coincée vers son poste, tout en faisant un geste apaisant de la tête à Alfie Allen, alias Tlaloc, qui commençait à prendre une mine inquiète.
De son côté, Jérémie s'était pris la tête dans les mains, en essayant de lutter contre la suave voix de son inconscient virus qui lui susurrait à l'oreille « Tu seras bientôt à moi, Belpois... Ne résiste pas, ne résiste pas... », et réfléchissait le plus posément possible à la situation. Le suédois serait de mèche avec Chris Coy depuis le début, ce qui fait que ce dernier a forcément pris connaissance du plan de Jérémie, ou plutôt de son dessein le concernant.
Maintenant, Loki ne devait plus le considérer comme un probable collègue, mais comme une menace. Il avait trop d'ennemis à gérer, il ne lui restait plus qu'une seule option.
La fuite, éperdue, rapide et sans regard en arrière.

Et c'est ce qu'il fit, en se levant brusquement et en partant au pas de course dans les couloirs étroits et épurés du Laboratoire, sous le regard interloqué de Alfie et celui, étrangement compréhensif, de ce singulier personnage qu'est Jude Watson. Son cerveau, déjà très sollicité ces derniers temps, ne savait plus où donner de la tête.
Rejoindre sa femme ? Trop risqué, les Sauveurs les retrouveraient, elle mais surtout ses deux gosses.
Repartir aux États-Unis ? Impossible, le virus et ses hommes avaient pris leur passeport.
S'exiler et tenter de passer en Belgique ou en Allemagne ? Possible, si seulement les gouvernements de ces pays ne faisaient pas partie des plus fervents partisans du virus dans le monde.
X.A.N.A. le harcelait intérieurement, sa paranoïa grandissait à chaque seconde ainsi que son mal de tête désormais quotidien, il n'arrivait plus à énoncer une pensée cohérentes : à l'heure actuelle, s'il rencontrait au détour d'un couloir un membre éminent du régime, il était mort.
Le destin dut bien rire sous cape à cet instant quand, au détour du couloir menant à son dortoir, il aperçut non seulement ce satané éclat blond au fond du couloir qui auréolait sa vue depuis la fuite de sa femme, mais également deux personnes qui attendaient, patiemment, devant sa porte ou plutôt l'entrée de son antre. Et ce fut quand il reconnut la plus âgée des deux qu'il céda à son coup de sang.
En effet, Stellan Skarsgård le suédois avait une mine grave en voyant arriver son collègue, mais vu l'expression surprise qui émergea sur son visage quelques secondes plus tard, il ne s'attendait pas à se prendre le poing rageur de son collègue dans sa joue droite.

La violence du coup le fit reculer de quelques pas en jurant et en se tenant au mur, mais Jérémie ne s'arrêta pas là. Il s'avança lentement en brandissant son poing rougi par la frappe, fixa le point doré du fond du couloir et gronda avec une férocité inégalable :
– Quand on en aura fini avec Arès, nous aurons une petite discussion toi et moi. Et là, tu m'expliqueras pourquoi tu es allé frayer avec cet immondice.
– L'immondice t'entend, répondit Chris Coy avec un ton étonnamment amusé, et souhaite répondre à ta question. Si Stellan est venu, c'est uniquement parce qu'il est assez intelligent pour savoir que l'opération ne peut pas se faire sans moi.
– Tu as voulu faire sauter une centrale nucléaire, cracha le scientifique furieux en allant se poster devant l'arrogant Loki, pour de l'argent et tu t'attends à ce que je t'accueille à bras levés ? Je savais que X.A.N.A. aimait embaucher des salauds, mais là ça va un peu loin !
L'homme, tout en continuant son horripilant tic consistant à mâcher dans le vide sans raison, se mit à sourire, plongea son regard gris pâle dans celui de son interlocuteur et énonça avec une froideur et une implacabilité palpable :
– Si le virus m'a choisi, c'est parce que je suis le meilleur dans mon domaine. Tu ne le sais pas encore, mais je suis le plus important dans toute cette foutue organisation. Le Laboratoire ne tient pas sans moi, Andrew James West ne tient pas sans moi. Donc oui, je suis indispensable au renversement de ce tyran parce que, si je le soutiens, tu meurs à la seconde où tu pénètres dans son antre ou dans celle de ce taré de Noah Emmerich.
– On t'a pas vu te bouger beaucoup pour le plan, répliqua Belpois qui refusait de se laisser abattre, à part nous narguer et parler par énigme, t'es resté dans ton coin à manigancer je ne sais quoi ! Tu parles d'une aide !

Le rire sardonique qui résonna dans le couloir et le rapide regard adressé à un suédois occupé à se masser une joue sûrement endolorie firent comprendre à Jérémie que l'affaire n'était peut-être pas aussi simple, ce que lui confirma l'excentrique Loki :
– Tu sais que pendant que toi, tu faisais tes petites recherches pour décider si ta minable personne daignerait participer, moi j'utilisais mes dossiers pour faire chanter les hauts fonctionnaires et les recruter de force ? Le dernier sur ma liste était Vulcain, et il a fini par céder aujourd'hui. Ceci fait que, soit tu t'associes à moi pour renverser Arès et tu as tout le Laboratoire derrière toi, soit tu te démerdes tout seul...
– Soit, confirma Belpois bon gré mal gré en ruminant dans sa tête un début de stratégie, pour ce coup ci, je n'ai pas le choix... Mais dès que je le pourrai, je me débarrasserai de vous sans coup férir.
– Et c'est donc sur ses sages paroles que nous nous quittons, rétorqua Coy en souriant et en s'inclinant bien bas de manière hautement ironique, et nous vous prions de reconsidérer votre phrase sous peine de le payer plus tard.
Une fois que le Manipulateur, de son nom complet, se fut détourné et soit parti avec son nouvel espion, un sympathique et fin doigt d'honneur fut la seule réponse que fut capable de lui fournir un Jérémie fatigué, à bout de nerfs et qui, surtout, s'était enfin décidé sur la marche à suivre.
Il ne lui restait plus qu'à attendre la bonne personne, celle sur laquelle il avait émis des soupçons depuis le début, et qui s'avérait être au final la plus honnête des deux, ce qui prouvait à Jérémie que l'apparence était majoritairement trompeuse.

Ainsi, il s'assit et attendit. Pendant de longues minutes. Avec pour seul compagnon son affreux mal de tête qui était devenu un aussi bon ami que la solitude, et cette infernale voix qui le titillait nuit et jour, avec une assiduité exemplaire.
Et, enfin, quand Jude Watson entra dans son petit studio comme ils l'avaient convenu lors de leur dernière entrevue, Jérémie se contenta de dire avec un calme impressionnant :
– Ce soir, on monte l'escalier, on bute Emmerich, puis on en finit. On bute Arès, Coy, Skarsgård, tous ceux trempés dans cette histoire. Je veux qu'on en finisse cette nuit, à la faveur de la lune, quand ils dormiront tous. Et ensuite, tu repartiras chez toi, et je supprimerai définitivement ce virus de malheur.
Un étrange sourire satisfait naquit sur le visage de l'anglais, qui hocha la tête et repartit sans aucune autre forme de procès.

Suite à ce rapide conciliabule, Jérémie s'allongea et alors la voix résonna dans sa tête comme d'habitude, mais avec une parole plus chargée en menaces « Tu n'y arriveras pas... Renonce ou tu le paieras ».
Et, cette fois, Jérémie répondit à voix haute :
– Tu vas crever cette fois, saloperie. Je te le jure.
La voix le laissa tranquille suite à cette légère tirade et cela arracha un vrai sourire à Belpois, qui ferma les yeux et laissa son esprit dériver pour la première fois depuis longtemps.
Ce soir, soit ils seront finis, soit ils en finiront.
Mais ils seront, dans les deux cas, enfin en paix.
  Sujet: [Fanfic] Game of Power  
Draynes

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mer 16 Aoû 2017 22:45   Sujet: [Fanfic] Game of Power
Épisode 7 : Le Cerveau d'Acier


AUSTIN


Après avoir enfilé sa combinaison noire d'assaut, mis un casque militaire aussi sombre que la nuit pour masquer ses cheveux blonds, posé des lunettes de protection sur ses yeux si gris, le Sauveur reprit une ultime fois ses jumelles pour observer le bâtiment.
Au sommet, près de la petite fenêtre plongée dans l'ombre, il avait auparavant subrepticement aperçu un crâne dépasser, sans toutefois pouvoir le distinguer clairement. Il n'avait cependant aucun doute sur le propriétaire de cette tête qu'il se ferait un plaisir d'arracher à mains nues : le Magistère.
À cet instant précis, tout en descendant d'un geste sec de son promontoire pour remonter rejoindre ses troupes, il se félicitait de ne pas être tombé dans le panneau : deux convois étaient en effet sortis du bâtiment dont l'adresse leur avait été gracieusement fournie par Lionel Igen. Il avait immédiatement envoyé des soldats suivre le plus petit, qui devait sûrement être envoyé comme leurre, et l'autre avait été traqué par toute l'escouade de professionnels qu'avait en sa position Austin Amelio.
Les Sauveurs. Quel nom ironique quand il y pensait, quand il remontait dans ses rangs observer cette bande de raclures, de mercenaires sans pitié et sans foi ni loi. Xander avait eu une brillante idée en faisant croire à la population que seulement deux personnes répondaient sous ce pseudonyme, alors qu'en vérité, ils étaient plus d'une centaine. Tous entraînés à tuer, torturer et surtout, rester caché.
Ils étaient des hommes comme les autres, simples et résolus à effectuer leurs vies de tous les jours... jusqu'au moment où Amelio les appelait. À cet instant précis, ils se transformaient en machines de guerre.

Certes, le chef de cette escouade de Sauveurs avait peur d'une chose à l'instant : c'était qu'il s'était trompé, et que le convoi poursuivi n'était en réalité qu'un leurre. Et cela uniquement parce qu'il ne désirait pas perdre la face devant ses hommes, puisque de toute manière des hommes étaient restés devant l'entrepôt et une escouade filait en ce moment même le petit convoi.
Arrivé rapidement en tête de la colonne au garde-à-vous, il se contenta de demander avec calme à son lieutenant, et accessoirement chef en son absence de ce groupe en particulier :
– Ils sont prêts à l'arrière ?
– Oui M. Amelio, répondit avec un ton procédural une voix de femme perdue derrière son masque de protection, ils n'attendent que vos ordres pour rentrer.
– Dites-leur d'attendre, rétorqua Austin en masquant un petit air suffisant, on va d'abord aller déblayer le terrain. Et pour cette fois, je veux y aller avec la manière douce. Compris, Lieutenant ?
– Bien reçu, M. ! répondit la femme en se mettant au garde-à-vous avant de se diriger rapidement vers les deux mercenaires occupés à crocheter la grosse porte d'entrée du bâtiment.
Tout en observant le fessier rebondi du lieutenant se diriger vers le lieu de la future action, Austin ne put s'empêcher de se ressasser le bon vieux temps en esquissant un sourire.

La première fois qu'il l'avait violé, elle n'avait que 8 ans, l'âge parfait cela dit pour lui, et il avait bizarrement pris beaucoup plus de plaisir qu'à l'accoutumé. Du coup, il avait réagi d'une manière logique et calculée : massacre de sa famille, kidnapping de la fillette et enfermement dans sa cellule privée. Depuis ce jour-ci de l'année 2026, il l'avait violé tous les jours, dans une sorte de routine. Au début, elle résistait, puis à force, elle ne faisait que soulever sa petite jupe quand il entrait.
Et cela avait duré jusqu'en 2036, plus tôt dans l'année, quand elle eut atteint la majorité. À partir de cet instant, il se passait comme un blocage chez Amelio, pour la simple raison que la désormais femme accomplie était trop vieille. Cependant, il ne voulait pas la tuer. Non. Du coup, il l'avait envoyé dans son commando qui s'était occupé de sa formation, puis il a tué l'ancien lieutenant pour qu'elle puisse prendre sa place.
Et c'était donc ainsi que, de simple victime d'un viol pédophile, elle était devenue une fière femme lieutenant dans son escouade de malade. Et il en était très fier, elle était sa plus belle création, même s'il ne se souvenait bizarrement plus de son nom.

Un bruit de rechargement de mitrailleuse à côté de lui le fit revenir à la réalité et il leva brutalement un bras, ce qui rétablit un silence absolu. Les hommes n'osaient même plus respirer, et cela arrachait un sourire cruel au blond. Il aimait diriger des gens aussi fous que lui, il se sentait en bonne compagnie.
C'est ainsi que, d'un très léger hochement de tête, il lança le signal aux hommes postés devant la porte qui ouvrirent donc avec une infinie prudence cette dernière. Un rapide coup d’œil de Austin au lieutenant lui fit comprendre qu'elle avait également lancé l'ordre pour l'équipe à l'arrière, et il approuva imperceptiblement.
Immédiatement, la jeune femme vint se ranger à ses côtés et ils entrèrent doucement, mais sûrement dans la grande pièce qui se dressait devant eux. Une unique salle, aussi grande que la cour principale de la Prison de la Santé, avec un plafond sombre et une absence totale de lumière. Heureusement pour les Sauveurs, ils avaient des lunettes de vision nocturne très performantes, qui leur permirent de voir arriver précautionneusement du fond de la salle, la deuxième équipe.
En tournant lentement sur lui-même, la main posée nerveusement sur son fusil d'assaut, il s'aperçut qu'il était au centre d'un énorme couloir, lequel était entrecoupé sur les côtés de grandes alcôves renfoncées dans les murs, sans portes d'entrées ni fenêtres, comme si elles avaient été creusées à la va-vite.
La lieutenant, d'un geste professionnel, se mit dos contre Amelio pour le couvrir, ce qui fit naître dans le creux de son dos un frisson d'embarras, mais il se dirigea plutôt à pas feutré vers une des excroissances, pour y observer à l'intérieur une chambre.
Assez petite, de fortune même, mais paradoxalement assez grande pour entreposer deux lits, réservés pour une personne, collés contre les murs en pierre noire très sombre et un meuble de bois Ikea classique entre les deux. Sur chacun de ces lits reposaient des formes sombres, profondément endormies, sûrement dans un bonheur béat, en ignorant évidemment totalement qu'ils ne se réveilleront jamais.

Le chef de l'escouade de Sauveurs recula prudemment pour ne pas alerter les occupants visiblement jeunes des lits et se tourna vers la lieutenant, se penchant pour lui prononcer avec un ton doucereux à l'oreille :
– Plan Mouton. Va avertir les autres, et désigne-en un pour le cri.
– À vos ordres. Répondit la femme en s'en allant, non sans toutefois que leurs mains ne se pressent mutuellement dans un geste purement affectif.
Agacé, le blond se frotta le membre concerné contre sa combinaison avant de retourner dans l'alcôve à pas de loup, pour observer de plus près ses futures victimes. Sur le lit de gauche, se tenait un garçon de 14-15 ans, aux cheveux noirs et aux yeux fermés. Pas son genre, la lieutenant s'en chargerait donc.
Quand son regard se posa sur l'occupante du lit de droite, sa virilité s'érigea brusquement et un petit rictus de satisfaction mêlé à de l'envie se grava sur son visage. La petite fille devant lui devait avoir à peu près 7-8, maximum 9 ans. Ses cheveux d'un blond éclatant reposaient en cascade sur l'oreiller blanc comme neige, ses yeux étaient clos, sa bouche entrouverte laissait voir qu'il lui manquait une dent et sa poitrine plate se soulevait au rythme de ses respirations.
Austin venait de trouver son futur objet. Il ne comptait donc pas la tuer, mais l'utiliser. Cependant, pour cela, il fallait que la lieutenant soit au courant de ses projets.
Ainsi, quand sa collègue rentra de nouveau dans la pièce en faisant un signe de tête, son chef lui fit un signe grotesque de fellation en pointant du doigt son lit.
Il lui sembla soudainement voir la lieutenant serrer brièvement un poing, mais il n'en eut cure puisqu'il la vit malgré tout sortir son couteau de chasse pour le placer avec précaution et entraînement juste au dessus du crâne de sa cible, qui ne se doutait de rien. Austin, lui, ne voulant pas user de moyen létal, se contenta de mettre doucement sa main gantée de cuir au dessus de la bouche de la petite.

Les secondes passèrent et aucun bruit ne se fit entendre dans l'ensemble de l'immeuble. Le blond attendait, patiemment, que l'homme chargé de coordonner les exécutions viennent vérifier dans son alcôve qu'ils étaient bien prêts.
Quand il crierait, toutes les personnes présentes ici seraient abattues comme de vulgaires animaux, et cela réjouissait intérieurement Amelio, qui sentait son érection se renforcer à cette idée, bizarrement. Soudainement, il vit un éclair noir se caler dans la porte, acquiescer d'un signe calme, puis repartir vers le milieu lentement, tout en tenant dans sa main un mégaphone. Le blond exigeait toujours que cet objet soit dans les fournitures amenées par ses hommes, au cas où l'opération Mouton, sa préférée soit-dit en passant, ne soit déclenchée.
Soudainement, un hurlement bestial retentit dans l'immeuble, faisant se redresser brusquement l'adolescent qui s'empala brutalement sur le cran d'arrêt de la lieutenant, qui était restée immobile. De son côté, le chef des Sauveurs plaqua sa main sur la bouche de la fillette et lui boucha le nez pendant quelques secondes, le temps qu'elle comprenne qu'elle devait arrêter. Les larmes aux yeux, elle cessa momentanément de se débattre et le blond, heureux, énonça à voix haute :
– Trouve-moi un endroit calme, que je puisse m'amuser.
– À vos ordres, M. Amelio ! Répondit la femme, qui se plaqua cependant contre la paroi en entendant une rafale d'arme automatique retentir.

Alerte, Amelio donna un violent coup de poing dans la tempe de la petite, la laissant assommée dans l'alcôve. Il lança ensuite un rapide coup d’œil à la lieutenant, qui acquiesça et se mit au garde-à-vous devant l'entrée, prête à tirer, pendant que son coéquipier et chef s'élançait à l'extérieur.
Arrivé au centre de la bataille, il vit un de ses hommes tomber dans un cri, abattu par une rafale. Il se dirigea alors vers lui et l'acheva rapidement d'une balle de pistolet, avant d'analyser la scène. Une vingtaine de rebelles, devant lui, venus de l'entrée arrière. Il en déduisit que ses hommes à l'arrière s'étaient fait massacrer.
Soudainement, il aperçut au milieu des troupes rebelles un crâne chauve, qu'il reconnut : c'était celui qu'il avait vu à la fenêtre. Immédiatement, il se mit à se diriger en courant, entouré par trois de ses hommes venus spontanément le couvrir, vers l'homme pour l'achever et enfin faire cesser cette mascarade.
L'apercevant manifestement se diriger vers lui, l'homme hurla un ordre et ses troupes tentèrent de se resserrer autour de lui, mais un léger geste d'Amelio fit que ses trois gardes du corps attitrés les mitraillèrent. Les quatre hommes visés s'écroulèrent sur le sol et le cinquième, après avoir tué un des trois soldats qui tomba à la renverse, se prit une balle d'Austin dans la gorge.
Tombant à genou, le rebelle tenta d'écouler le flot de sang qui faisait qu'il perdait petit à petit sa vie, mais le blond l'ignora et se dirigea vers le chef, qui fuyait avec les survivants de la petite escouade.
L'offensive des rebelles avait lamentablement échoué. Ils avaient tenté de leur tendre un piège, mais les Sauveurs étaient trop puissants.

Ne désirant pas que l'homme s'enfuie, il accéléra et courut cette fois-ci le plus vite qu'il put, tout en tirant à l'aveugle dans la foule de rebelles qui entouraient leur chef en le protégeant de leurs corps.
Un, deux, trois, quatre tombèrent avant qu'une des balles arriva par hasard à se loger dans la jambe du fuyard. En étouffant un cri, il tomba à terre et le rebelle qui essaya de le relever par réflexe tomba mort à la seconde où il s'arrêta.
Ce fut alors à cet instant que le Sauveur s'arrêta en soufflant et enleva son casque de protection, tout en entendant avec une certaine jubilation les cris des rebelles agonisants et des fuyards massacrés par les troupes sorties entourer le bâtiment. Il plongea alors son regard dans celui du chef de l'escouade et il le vit alors.. sourire ?
Soudainement énervé, Austin lui écrasa la jambe avec sa botte pour lui arracher un cri sourd, tout en énonçant avec un ton sadique :
– Alors, Obéron Rider, tu croyais vraiment que tu allais fuir ? C'est fini. Tes troupes sont toutes mortes et toi, tu es là. À mes pieds.
Le formateur darda ses yeux orangés sur lui et éclata de rire, un rire franc, froid mais néanmoins faible, ce qui fit monter la colère dans l'esprit déjà embrumé par l'adrénaline du combat. Ce fut alors que le rebelle condamné l'acheva mentalement en disant simplement :
– Oh, non. C'est toi qui as perdu, mon coco. À l'heure qu'il est, les survivants de la Fraternité sont à l'abri dans leur nouveau QG. Et je suis ta seule chance de les trouver. N'espère pas que tes hommes restés à notre ancienne base puisse te communiquer notre position, ils sont tous décédés. Maintenant, tu as le choix. Fais donc le bon, Amelio.

Et ce dernier le fit, sans un mot, en tirant une balle dans la tête du formateur. Obéron, un sourire aux lèvres dans la mort, s'affaissa sur le côté et s'écroula en laissant derrière lui une trace de sang s'écoulant sur le mur noir.
Fou de rage, il se releva en tremblant et énonça en hurlant :
– Débarrassez-moi cet endroit de cette racaille ! Et je ne veux que personne ne me dérange ! Qu'on me laisse seul !
Immédiatement, les deux survivants de la petite lancée dans les rangs ennemis s'écartèrent brusquement pour laisser passer le Sauveur, qui leur darda un regard cruel et meurtrier. À cet instant, tout son corps et son esprit était tourné vers une seule échappatoire : la fillette.
Il allait la pénétrer tellement fort qu'elle allait hurler à la mort, mais il s'en foutait. Tout ce qu'il souhaitait, c'était que sa pulsion s'en aille. D'habitude, il se satisfaisait intérieurement de cette envie de meurtre et il allait tuer quelqu'un dans la rue.
Mais là, c'était surtout l'échec qui le mortifiait : la Fraternité était certes morte, mais le Magistère courrait toujours. Il se devait donc d'aller foutre sa virilité dans le vagin d'une petite pour se soulager et surtout, pour éprouver l'impression d'avoir gagné cette bataille.
Une fois arrivé devant l'alcôve, la lieutenant lui fit un rapide signe de garde-à-vous, mais Austin passa devant elle en tremblant, sans y faire attention. Jusqu'à ce qu'il se retourne et l'égorge sauvagement.

La lieutenant tomba à terre sans un cri, en se vidant de son sang, et le Sauveur poussa un soupir de contentement avant de brusquement se tourner vers la petite encore évanouie et de lui déchirer sauvagement son pantalon.
Cette dernière ouvrit immédiatement les yeux, mais le blond lui darda un regard empli de maladie et de désir sexuel non contenu, avant de violemment la gifler du dos de sa main gantée. Les larmes montèrent aux yeux de la blonde, mais l'adulte l'agrippa violemment par les cheveux et déposa ses lèvres cruelles sur les siennes.
De l'autre main, il amena celle de la petite qui se débattait vers son pantalon et il entreprit de lui faire descendre sa braguette, pendant qu'il dévorait littéralement les petites lèvres de la fillette.
À côté de lui, l'agonie du lieutenant féminin venait de se terminer dans un ultime soupir, mais le futur violeur n'en avait cure. Il se contenta de se relever en entraînant la blonde aux yeux verts avec lui.
Rapidement, il descendit le pantalon et força la gamine à enserrer son dur sexe dans sa petite bouche si tendre et si excitante pour le pédophile. Elle comprit cependant ce qu'il fallait faire quand l'homme fit lentement avancer sa tête de façon à ce que le gland soit légèrement titillé et il rejeta la tête en arrière en poussant un soupir.

Ainsi, pendant de longues minutes, la gamine fit une fellation forcée à Austin Amelio qui, bizarrement, ne guidait même plus la petite. Elle effectuait l'action d'elle-même, les yeux fermées, et le plus excitant pour le pédophile restait malgré tout les petites larmes qui gouttaient périodiquement des orifices fermés et tombaient sur son pénis en érection, le refroidissant. Après encore quelques secondes, il s'épancha dans sa bouche au point que la petite s'étouffa et se mit à tousser de tout son être.
Pendant l'action, le blond se pencha, l'embrassa à pleine bouche sans se départir de son cruel sourire de contentement, lui plaqua brutalement une main sur le vagin et énonça avec calme :
– Dorénavant, tu es à moi, petite. Prépare-toi à vivre les meilleures années de ta vie.
Et, à cet instant, l'air horrifié de sa future victime sexuelle fit un baume au cœur du violeur, qui se contenta d'oublier un instant la bataille contre les rebelles pour se concentrer sur l'instant présent.
Il avait trouvé une petite copine, dans tous les sens du terme.
Et il comptait bien la garder le plus longtemps possible.


**

*

**


SAMUEL


Arrivé devant la porte de son immeuble, Helbecque ferma les yeux, se mit à sourire et soupira de contentement. Il était enfin de retour chez lui, dans son petit immeuble paisible et sans histoire, loin de la Fraternité, de ces futures responsabilités. Il voulait juste être un peu tranquille.
Certes, il avait du suer sang et eau pendant des jours pour convaincre le Magistère de laisser sa chance à son Officier de Probation, tout en se demandant quand même si sa requête avait été acceptée et surtout pourquoi il l'avait exigé à la base.
En passant dans le rez-de-chaussée du petit immeuble, il haussa un sourcil surpris en n'apercevant personne dans le studio à la base occupé par Abraham Ford, mais se désintéressa vite de cet état de fait pour se ranger dans l'ascenseur et enclencher avec vigueur le bouton de son étage.
Ainsi, pendant ce court trajet coupé du monde dans une étroite cabine de métal, son esprit vagabondait à sa guise, sa principale préoccupation étant ainsi la recherche de Nicolas Talbert. Il ne pouvait plus laisser ce malade menacer sa vie.
Il devait mettre un terme à sa cavale, et ce de manière définitive. Il n'avait pas prévu de le tuer cela dit, juste de lui faire comprendre à quel point le petit Helbecque avait changé. Car ce court séjour chez les rebelles lui avait malgré tout fait comprendre quelque chose : la majorité de ses futurs collègues portent un intérêt au respect de la liberté et, paradoxalement, à la vie d'autrui.
Un soupir d'agacement retentit dans l'habitacle et il commença à taper à un rythme régulier sur le sol de l'ascenseur, ne souhaitant, tout d'un coup, juste que se poser dans son canapé et s'endormir, normalement. Il en avait assez pour la journée.

Quand l'ascenseur arriva à son étage et que les portes s'ouvrirent, il se vit sortir et se diriger lentement vers la porte d'entrée de son appartement bizarrement légèrement entrouverte, mais son esprit était ailleurs. Il vagabondait encore entre ces différentes opinions, concernant notamment le régime, la Fraternité et la mort de Nicolas Talbert.
Il en avait assez de toujours penser à tout, son esprit aimait partir dans toutes les directions possibles et imaginables, mais cela commençait à l'énerver. Il souhaitait ardemment, à l'instant, redevenir un être humain normal, qui ne ferait juste que penser à ce qu'il allait manger à midi plutôt qu'à réfléchir avec une certaine délectation sur les différentes manières de se débarrasser d'un homme.
Samuel se doutait qu'il était en train de changer, de se durcir, mais, à l'heure actuelle, il souhait arrêter. Redevenir niais. Se poser dans son canapé, regarder un des rares programmes non censurés par le virus dictateur, oublier deux secondes les enjeux nouveaux posés par cette maudite Fraternité.
Et toute cette réflexion se fit en un instant dans sa cervelle quand il aperçut l'ampleur des dégâts.

Son salon était sens dessus-dessous. La caméra imposée par le régime avait été arrachée avec force et reposait par terre, le câble sorti du mur continuant par intermittence à grésiller. Son écran de télévision, étendu sur le sol, était fendu, comme en témoignait les éclats de verre tout autour... à moins qu'il ne s'agisse de ceux émanant de son ancienne table en verre, qui n'était maintenant plus que fragments éparpillés sur le sol moelleux de sa moquette.
Le canapé, ce canapé dans lequel il rêvait quelques minutes plus tôt de se jeter, ce maudit canapé était renversé sur le côté, les oreillers reposaient sur le plancher, éventrés.
Et, au milieu de tout ce capharnaüm, se tenait debout une personne, qui observait elle-aussi le massacre avec ses énormes bras plaqués le long de son corps. Helbecque ne s'étonnait même pas de voir le colosse roux dans son appartement, étant donné son absence précédemment remarquée, mais cela le mettait néanmoins en rage. À cet instant, une colère sourde l'envahit et il n'eut qu'une envie : hurler, frapper, se défouler sur quelqu'un.

Et ce fut, logiquement, Ford qui en fit les frais en se prenant un violent coup de poing dans le dos qui le fit basculer en avant, pas assez cependant pour le faire s'effondrer tête la première dans les éclats de verre. L'Officier de Probation, plus surpris que blessé, se retourna rapidement pour se reprendre un poing rageur dans le ventre.
Abraham se plia en deux et cracha dans ses dents :
– Putain, mais je peux savoir ce que tu branles merde ?!
– À toi de me le dire, enragea Samuel en frappant nerveusement dans le vide, je rentre chez moi et je te vois au milieu de mon appartement dévasté... J'ai besoin de te faire un topo ?
Tout en se redressant, le rouquin aborda une allure pensive, ce qui fit reculer Helbecque qui se prit la tête entre les mains. Il se croyait en pleine crise d'hallucination, il ne comprenait rien à ce qu'il voyait. Certes, il avait un suspect naturel, mais il ne le pensait pas capable de détruire sans raison garder l’entièreté d'un appartement par pure et folle vengeance.
Le récit d'Abraham qui suivit ce court instant de silence acheva de hérisser les quelques poils de ses bras qui n'étaient pas déjà redressés par la fureur :
– J'étais monté voir si Norbert était encore là et j'ai retrouvé l'endroit dans cet état. Je n'ai rien touché, j'ai juste contemplé en essayant de comprendre, surtout, pourquoi la caméra est dans cet état.
Cette observation fit relever la tête de Samuel qui comprit rapidement où il venait en venir : détruire une caméra du régime était un acte très grave et ce dernier, s'il prenait connaissance de cela, envoyait directement les Sauveurs...
Un frisson de peur panique le parcourut et il se tourna vers Ford pour demander avec un ton résolument moins confiant :
– On a combien de temps devant nous ?
– Oh, répliqua le protecteur du professeur en haussant lascivement les épaules, autant de temps que nécessaire, c'est pas la priorité numéro 1 de ces fils de putes de Sauveurs de régler ces petits larcins. De ce que j'ai pu entendre, ils préfèrent aller violer à droite et à gauche, avec l'accord de notre cher Xander.

C'était la première fois que Samuel l'entendait clairement critiquer abruptement le régime, il était complètement en train de profiter de l'absence de la caméra et du micro inclus à l'intérieur... à moins qu'il s'en foutait comme d'une guigne, auquel cas Helbecque savait qu'il n'avait plus rien à craindre de l'Officier.
Ce dernier, comme s'il avait suivi le raisonnement de pensée de son patron, tourna la tête et les deux regards verts se croisèrent comme s'ils parlaient sans rien dire. Un léger rictus amusé apparut sur les lèvres de Abraham et il s'apprêta à parler, jusqu'à ce qu'un sifflement admiratif retentisse de l'entrée.
En se retournant brusquement, Samuel aperçut rapidement le regard bleu foncé désabusé de William Dunbar, qui se contenta de dire :
– Eh bin, je veux pas être là quand tu t'énerves, ça a l'air d'envoyer ! Tu en avais marre de ta décoration ?
– La ferme, répliqua Samuel pendant qu'il observait du coin de l'oeil Ford tenter de réprimer un petit rire moqueur, mais la question est toute autre : qu'est-ce que tu fous là au fait ?
Tout en se déplaçant lentement et en boitillant très légèrement dans la pièce pour aller notamment toucher lascivement les restes du canapé, il se contenta de dire :
– Je sais où se trouve ton collègue.
– Déjà, constata Helbecque en arquant un sourcil intrigué, eh bin dis donc tu peux être rapide quand tu le veux !
Un petit ricanement sortit de la bouche de Dunbar qui, en affichant un grand sourire ironique, répliqua sur un ton égal :
– Oh, c'est sur que j'ai du retourner ciel et terre pour les retrouver... Bon, je les ai juste suivis quand ils sont sortis de l'immeuble avec ton protégé et j'ai pu constater à quel point ils étaient, soit très intelligents, soit très stupide au choix.

Cette fois, les deux sourcils de Samuel se froncèrent en même temps et il constata que son hypothèse était vraie : Talbert et ce traître de Eric avaient kidnappé Norbert et ravagé son appartement. Le but était inconnu, provenant d'un esprit malade, mais ils allaient sûrement se venger de la mort d'Aaron sur ce pauvre Norbert Hertz, qui n'avait rien demandé à personne.
La fin de la réplique de William lui revint cependant en tête et il demanda avec un ton presque blasé :
– Où sont-ils alors ?
– Au premier endroit où un être humain normal penserait à se réfugier, éluda William en fixant Abraham et la caméra avec une insistance étonnante, chez soi.
Helbecque se retint de justesse de se mettre une énorme gifle : il n'avait même pas pensé à l'endroit le plus évident, la propriété privée de ce cher Nicolas Talbert, qui était réputée comme étant énorme d'après les quelques membres du personnel de Kadic qui avaient pu y aller. En même temps, pour sa défense, il n'avait jamais eu spécialement l'envie de retrouver ce cher professeur de sciences, à part tout récemment.
Et pour une raison assez particulière qui est simplement de se débarrasser de lui.
Quand il croisa le regard de Abraham, il aperçut simplement de l'incompréhension, mais il ne s'en formalisa pas, préférant demander à Dunbar :
– Du coup, comment ça se présente pour Lionel ?
– C'est désespéré, lui répondit franchement le Poisson Noir en soupirant de manière presque blasée, mais le Magistère veut qu'on tente alors on va le faire... Je rentrerai à pied, le VTR que j'ai utilisé a retenu l'endroit, il vous y amènera.
Ce fut Abraham qui conclut la conversation en demandant avec une voix étrange, presque soupçonneuse, et surtout très rauque :
– Qu'est-ce que tu veux en échange, au fait ?
– Juste que Samuel respecte sa promesse, ricana le concerné, histoire que mon objectif soit rempli et, qui sait, que j'obtienne une augmentation.

Ce fut sur ce trait d'humour sarcastique que le membre de la Réunion se détourna et quitta la pièce, laissant dans l'appartement un silence de marbre. Seuls les bruits de pas du rebelle dans les escaliers rythmaient la discussion silencieuse qui se déroulait dans la tête des deux concernés, qui ne faisaient que se fixer.
Après quelques secondes, Samuel se dirigea vers sa grande baie vitrée et observa pendant un court instant le rebelle s'éloigner calmement dans le rue tout en jetant des coups d’œil rapides de droite à gauche. Ensuite, il énonça simplement :
– Bon, on y va ou pas ?
– Avant, répliqua Abraham dans son dos avant que Helbecque n'entende un bruit sourd de métal brisé, on en termine une bonne fois pour toute avec ça.
En se retournant avec une moue étonnée, le professeur observa rapidement les restes du mécanisme de surveillance fourni par le régime de X.A.N.A, le métal noir détonnant au milieu des éclats de verre transparents, ainsi que le visage satisfait de Ford, qui se frottait le poignet comme s'il redécouvrait littéralement la peau à l'endroit où se tenait auparavant le maudit bracelet.
Un léger sourire amusé parût sur le visage du professeur, qui n'eut comme seule réaction une réplique sarcastique :
– Tu me comprendrais, hein, si je ne suivais pas ton exemple ? Je n'ai pas envie de m'attirer encore plus les foudres des gens en haut, j'ai déjà cette putain de caméra à gérer...
Abraham se contenta de retenir un ricanement moqueur, une fois de plus, avant de se détourner et de se diriger vers l'ascenseur, sans jeter le moindre coup d’œil aux restes du fameux bracelet. Samuel hésita pendant quelques secondes sur le palier de la porte en jetant un rapide et ultime regard appuyé sur les restes de son cher appartement, avant d'aller rejoindre son Officier de Probation.

Le trajet du palier au VTR se passa en quelques secondes et dans un silence total, qui aurait pu être très pesant si les deux hommes n'étaient pas concentrés sur quelque chose. Pour Abraham, le professeur ne pouvait pas le deviner étant donné le fait que, étant un être humain normalement constitué, il ne pouvait pas lire dans les pensées des gens.
Mais, pour Helbecque, plusieurs noms se rencontraient dans son cerveau, s'entrechoquaient et s'amusaient à le tourmenter. Il pouvait résumer cela en disant qu'il s'agit uniquement de ses objectifs vitaux. Et, pour l'instant, ils étaient au nombre de quatre, classés par ordre d'importance.
Nicolas Talbert.
Eric Raleigh.
Clay Julius Matissard.
Jonas Helbecque.
Il était intérieurement navré de faire passer son frère après les autres, mais retrouver Jonas était plus un fantasme, un rêve, qu'un pur objectif tangible et faisable. Il était quasiment sur à plus de quatre-vingt dix pourcents que l'homme était mort ou transformé, détruit, par le régime. Il ne le retrouverait jamais dans un bon état.
Là où, à l'inverse, les trois autres personnes dans sa liste étaient toutes vivantes, et en bon état, excepté la troisième qui semblait plus proche de la fin que du début. Mais, pour le Magistère également, il ne nourrissait pas un objectif de destruction pur et simple, mais au contraire, il cherchait juste à gagner sa confiance. Ce satané aveugle avait un charisme pur et contagieux, et Samuel voulait vraiment en être, participer à la vie de cette Fraternité.
Une rapide et forte tape sur l'épaule le ramena dans la réalité et il s'aperçut avec stupéfaction que le Véhicule de Transport Rapide était à l'arrêt, ce qui signifiait qu'ils étaient déjà arrivés. Quand Abraham croisa son regard, ce dernier se contenta de hausser les épaules et d'expliquer :
– Dunbar avait mis cinq minutes comme instruction, j'ai regardé pendant le voyage.
En sortant du taxi robotique, Helbecque leva les yeux et constata qu'il se trouvait en plein cœur du quartier des Hauts-de-Seine, tout près du fleuve portant le même nom. Et, juste devant lui, il pouvait apercevoir un long pont de métal branlant, chancelant, quasiment en ruine. Il savait où il se trouvait : il s'agissait de l'île Seguin, là où se trouvait autrefois une vieille usine Renault en ruine ayant été détruite suite à la découverte d'un Supercalculateur quantique dans ses sous-sols.
Samuel se souvenait parfaitement de cette affaire, il avait même été intrigué et choqué de voir un ordinateur aussi puissant et sophistiqué dans une aussi vieille ruine. Mais, à l'instant présent, il était beaucoup plus impressionné par l'immense maison se trouvant à l'autre bout du pont, précisément à l'endroit où se trouvait cette usine.

En effet, devant lui, de l'autre côté du pont semblant appartenir au siècle dernier, se trouvait un grand portail en fer peint en blanc, les barreaux étant positionnés suffisamment près les uns des autres pour parer toute tentative d'intrusion, aidés en cela par les pointes hérissées qui pointaient en haut de cette somptueuse porte d'entrée antique. De plus, de part et d'autre du portail, Samuel pouvait voir un énorme mur de briques rouges qui semblait mesurer au minimum 3 mètres de haut et entourer l'ensemble de l'énorme propriété de Nicolas Talbert, au sommet duquel le professeur de français avait mis une épaisse couche de fils barbelés pour empêcher l'escalade, là aussi.
Pendant quelques secondes, ils restèrent immobiles avant de décider d'un commun accord avec un hochement de tête de se rapprocher de la maison, avec prudence cela-dit. Une fois le pont franchi sans difficulté, ils s’arrêtèrent devant le portail et se séparèrent : Abraham commença à faire le tour du mur en tentant de trouver une issue, tout en marchant prudemment pour ne pas tomber dans l'eau sale et trouble de la Seine en contrebas, même si l'espace séparant le fleuve du mur était suffisamment grand pour permettre à un homme de se balader.
Helbecque, lui, se rapprocha du portail et observa ainsi une petite sonnette rustique, reliée au portail et activable par un fil d'un rouge pétant. S'étonnant intérieurement de ne pas voir de hauts-parleurs pour transmettre le son, il en déduisit qu'un mécanisme devait servir à diffuser le son de la sonnette à l'intérieur de la maison.
Cependant, il tendit sa tête pour observer l'intérieur de la propriété et put ainsi voir de la pelouse vert claire, impeccablement tondue, sans doute par un des multiples robots créés par le Laboratoire. Il put aussi voir des arbres, petits comme énormes, blancs pétants pour les bouleaux comme d'une couleur marron plus classique pour de probables chênes n'ayant pas encore terminée leur croissance. Mais surtout, la maison attira instantanément son regard par son immensité.
Il s'agissait presque d'un château, à vrai dire, sauf qu'il n'y avait pas de pont-levis ou de devis, même si la mégalomanie de son propriétaire fait qu'il avait du sûrement y penser. Le manoir était, contrairement au portail d'entrée, extrêmement sombre, car entièrement recouvert d'une couche de peinture noire. Les murs, les bords des fenêtres, la monstrueuse porte d'entrée visible même de là où se trouvait Samuel, les marches pour y accéder : tout était noir. Seule la petite cour de galets gris située entre le parc et l'entrée ressortait clairement de cet ensemble très terne, contrebalancé par la petite portion de jardin entourée d'une clôture elle-aussi noire et fermée de l'extérieur par une petite porte de couleur marron délavée, comme si elle n'avait pas été repeinte depuis de très nombreuses années.

Il sentit la présence d'Abraham dans son dos avant même qu'il ne parle, et il l'invita ainsi en se retournant à parler :
– Je pense avoir trouvé une entrée, y a un endroit où le barbelé a été légèrement rabaissé, suffisamment pour qu'avec un peu d'élan, on puisse sauter par dessus.
– T'as vu la hauteur de ce mur ? Comment tu veux qu'on passe tous les deux en sautant ? s'étonna Samuel en haussant un sourcil.
Un léger sourire émana du visage grave de Ford et il dit avec un ton de conspirationniste affirmé :
– Tu crois que le robot nous en tiendrait rigueur si on grimpait sur sa caisse ?
Un léger ricanement sortit de sa bouche sans que le professeur ait le temps de le contrôler mais il enchaîna en haussant les épaules, puis en disant avec ironie :
– Combien de temps pour qu'il y aille ? Une minute ?
– Tu le surestimes on dirait, lui répondit sur le même ton Ford en regardant attentivement le conducteur robotique du taxi, je dirais approximativement vingt secondes.
Et Abraham lui-même l'avait surestimé, puisqu'il fallut exactement quatre secondes et vingt-cinq centièmes au VTR pour se positionner en parallèle du mur, à l'endroit précis où le fil barbelé qui était auparavant très droit était là complètement aplati, assez étrangement, assez pour qu'on puisse monter dessus sans se piquer.
En sortant du véhicule désormais à l'arrêt, Helbecque se contenta d'énoncer l'évidence :
– On est d'accord que c'est un piège ?
– Évidemment, rétorqua Ford en examinant attentivement la carlingue du véhicule et la Seine en contrebas, mais bon c'est pas comme si on avait le choix. Ça m'étonnerait, si c'est prévu par Talbert, qu'il nous ait laissé un autre endroit ou grimper.
Sur ce, le silence s'installa, et le rouquin attendit quelques secondes avant de monter sur le toit du véhicule qui s'affaissa légèrement, mais à son grand soulagement ne craqua pas sous son poids. Samuel attendit patiemment que l'homme prenne son élan, mais il ne le fit pas : il se contenta de tendre les bras au maximum. Helbecque se doutait que quelque chose clochait, mais la réaction de Ford ne fit que confirmer ses attentes :
– Putain, ils ont même ménagé un endroit pour qu'on puisse mettre nos mains, ils sont sympas pour des salauds au final !

Ainsi, après une petite seconde pour se préparer, Abraham s'élança en avant et attrapa avec fermeté le bord du mur en hauteur, en étouffant cependant un grondement de douleur quand sa jambe gauche heurta sans le vouloir une brique rouge. Samuel, en montant à son tour sur le toit du véhicule qui ne s'affaissa pas autant que précédemment, vit le protecteur roux contracter ses muscles de bras pour se hisser de toutes ses forces au sommet, ce qu'il arriva à faire après une trentaine de secondes de labeur.
Arrivé en haut, il se redressa, souffla et dit avec une voix un peu plus forte, comme pour se faire entendre :
– Il est suffisamment large pour qu'on puisse monter à deux dessus ! Saute, je te remonterai !
Tout en disant cela, il s'était agenouillé légèrement, tendait une main ferme sur le bras et s'apprêtait visiblement à se contracter pour soulever la masse plus malingre de son protégé. Ce dernier hésita plus longtemps, comme s'il manquait de confiance en Abraham, ce qui était le cas soi-dit en passant, mais il finit par se jeter en avant, trop haut cela-dit. Ainsi, ce fut le col du professeur d'histoire que l'énorme main de l'Officier de Probation se referma, et ce fut ainsi par ce moyen qu'il le hissa au sommet, en trimant un poil plus qu'il ne le pensait au départ.
Une fois sur ses pieds, la première réaction de Helbecque fut de soupirer lascivement en époussetant d'un geste de la main son col de veste qu'il avait pourtant repassé peu de temps auparavant, et sa deuxième fut une simple question :
– Bon, c'est bien, mais comment on descend maintenant ?
– Bah, comme ça ! le nargua Abraham, dont la voix semblait être plus profonde, comme s'il était plus bas.
En baissant les yeux avec étonnement, Samuel vit ainsi son allié sur un tas de terre surélevé, ressemblant à un mini terri de couleur marron. Il était en train d'admirer une plaque de cuivre ou de fer épaisse plantée dans le sol, comme s'il s'agissait d'une...

En réalisant ce que ça pouvait être, Helbecque pâlit légèrement et se jeta alors dans le vide après encore une seconde d'hésitation. Ses bras heurtèrent violemment une branche d'un arbre à côté, ce qui lui arracha un grondement, et Abraham s'écarta violemment pour le laisser s'écraser dans le tas de terre mélangée avec un peu de boue qui amortit sa chute.
Tout en se redressant et en époussetant de nouveau sa veste désormais maculée de terre, il demanda :
– Comment tu savais qu'il y aurait un truc pour nous rattraper ?
– Ils nous ont aménagé un moyen de monter, répondit Abraham sans se tourner une seule seconde, je ne vois pas pourquoi, dans leur gentillesse, ils n'auraient pas fait quelque chose pour nous faire descendre.
– Ils auraient pu nous plumer avec un flingue, un robot, qu'importe ! protesta Helbecque en se tournant pour observer à son tour la plaque.
Immédiatement, sa gorge se serra et ses protestations se perdirent dans sa gorge, ce qui fit soupirer Abraham qui énonça avec gravité en faisant un geste lassé de la main :
– Ils voulaient sûrement nous montrer ça... Si c'est pas un message explicite ça !
En effet, devant eux, comme le soupçonnait Samuel, se tenait une plaque funéraire très simple, mais terriblement explicite. Elle comportait en tout et pour tout deux mots et deux chiffres.

Aaron Raleigh

1996 – 2036


Samuel recula imperceptiblement d'un pas en constatant qu'il était en train de marcher sur la tombe d'un mort, mais Abraham était plus obnubilé par un autre élément assez amusant. En détournant rapidement le regard, il aperçut deux trous creusés à même le sol, avec la pelle encore au fond du trou et deux plaques funéraires identiques, mais vides, avec un marteau et un silex sur le côté pour pouvoir tailler dessus, à l'ancienne.
Sa seule réaction avant la suite rapide des événements fut de dire avec calme :
– Bon bin, maintenant, on sait ce qui nous attend. Dépêchons-nous d'en finir.
Et ensuite, Samuel hurla. Un hurlement bovin, viscéral, qui contenait une douleur véritable et sincère.
Immédiatement, le rouquin se détourna pour l'observer et eut à peine le temps de bouger qu'une arme s'abattit avec fracas sur sa nuque.

En effet, pendant ce court laps de temps, le professeur d'histoire avait commis l'erreur de reculer encore d'un seul et unique pas, sur un espace de terre plus meuble, comme s'il recouvrait quelque chose. Et, à ce moment, pile au pied de la tombe du défunt Officier de Probation de Nicolas Talbert, un mécanisme s'est déclenché.
À ce moment précis, la douleur qui naquit au niveau de son pied gauche fut telle qu'il ne put se retenir et la fit sortir par un hurlement. Ses yeux se remplirent rapidement de larmes et il tomba à genoux, en essayant de baisser ces mêmes yeux pour voir, comprendre.
Ainsi, il ne vit pas l'agresseur d'Abraham assommer ce dernier d'un coup sec, tout comme il ne le vit pas s'approcher lentement, s'accroupir à côté de lui et énoncer d'une voix fatiguée, mais douce :
– Eh bien, comme quoi, les pièges à l'ancienne, ça marche encore... C'est Aaron qui m'avais appris à m'en servir... À une époque, on aimait bien partir chasser ensemble, mais maintenant...
La douleur envahissait derechef Samuel, qui baissa la tête en réprimant un grognement. Cette fois-ci, il aperçut au milieu de la buée causée par ses larmes les crocs en fer du piège à loup enfoncés dans la chair de son pied, comme la mâchoire d'un requin se refermant avec férocité et inéluctabilité sur sa proie.
Soudain, il sentit une poigne de fer lui relever la tête avec violence, et des yeux marron familiers apparurent devant lui. Tout en lui dardant un regard emplis de colère, mais également de tristesse, l'Officier de Probation énonça en soupirant et avec un ton de voix dément :
– Maintenant, tout ça c'est fini à cause de vous deux... Et de Talbert, mais son tour viendra après... Enfin bref, il est temps d'y aller, Monseigneur va s'impatienter.
Immédiatement après cette diatribe, Eric Raleigh administra un violent coup de crosse à Samuel qui rejoignit son partenaire d'infortune dans l'abysse de l'inconscience.


**

*

**


CÉDRIC


Le silence régnait entre les deux personnes confortablement assises sur un sol de pierre, dans une salle sans meuble, sans fenêtre, sans poussière, rien. Il y avait juste une lampe, posée au milieu de la pièce, qui éclairait le visage des deux protagonistes, de ces deux membres de la Réunion plongés dans un profond rituel.
Cédric Yvantal ne comprenait pas vraiment ce que sa partenaire faisait, mais il ne parvenait pas à cesser de darder son regard noir si inexpressif sur le visage de Vanessa Idolato, qui gardait les yeux fermés et une mine grave. L'écrivain, étant rationnel à l'extrême et aussi ouvert à la nouveauté qu'un quelconque membre du régime, exécrait intérieurement tout ce qui traitait de la religion. Pour lui, ce n'était que du mensonge, de la manipulation, mais il savait se contenir, ne rien montrer. Et puis, ils étaient dans une situation particulière ici, dans ce refuge miracle.
Ils avaient appris trente minutes plus tôt le décès tragique d'Obéron Rider et, même si le membre de la Réunion n'appréciait que cordialement son collègue et ne montra pas le moindre signe de tristesse, les autres si. Ils avaient tous réagi différemment, sauf Cédric : lui n'avait pas réagi, comme d'habitude. Il s'était contenté de laisser le Magistère réfléchir, à sa demande, et suivre Vanessa, à sa demande là aussi, dans son antre.

L'écrivain sortit de ses pensées quand la voix douce et forte à la fois de la femme s'imposa dans la pièce :
– Tu crois que la Fraternité survivra à ça ?
– Pour l'instant non, rétorqua Cédric avec sa franchise habituelle, nous n'avons plus de soldats et de formateurs, on doit fermer boutique.
Un soupir à la fois amusé et désespéré sortit de la bouche de Idolato, qui s'adossa contre le mur sombre et rétorqua avec un ton grave :
– Putain, est-ce qu'il y a pas une fois où tu arrêteras d'être honnête ou de croire en quelque chose ?
– J'ai cru autrefois, lui répondit Yvantal en se tortillant les mains pour instaurer un faux malaise, et je me suis fait démonter alors bon. Maintenant, on peut dire que je suis... réaliste.
– T'es surtout un gros suiveur, répliqua Vanessa en émettant un rictus miséricordieux, tu n'imposes jamais ta volonté, c'est dommage. Tu as beaucoup de potentiel pourtant si tu devenais un soldat...
Quand le si-contrôlé Cédric émit un bref ricanement exprimant la moquerie, les yeux de son interlocutrice s'écarquillèrent, mais il se reprit vite en énonçant avec un calme détonnant :
– J'ai besoin de te rappeler ce qui se passe dès que je vois un peu de sang ? Je suis déjà pacifiste et également hématophobe alors m'engager comme soldat, c'est même pas la peine.
– Un pacifiste qui s'engage dans une rébellion armée ? On aura tout vu ! ricana à son tour Vanessa en se rapprochant de la lampe.
Le visage de Yvantal s'assombrit brusquement et il énonça avec un ton grave :
– Disons que X.A.N.A. est un cas particulier. Détruire un programme humain et tuer un humain, ce n'est pas le même degré de violence, dirons-nous. Et toi, tu es croyante ?

C'était également une des grandes caractéristiques du si grand et haï écrivain Cédric Yvantal : celle de changer de sujet comme un cheveu sur la soupe, juste pour voir une lueur de perplexité naître dans le regard de son interlocuteur. La surprise, la perplexité, l'expression des émotions humaines, ça le fascinait tout simplement.
Et il était tellement absorbé que la réponse lui parvint avec presque une demi-seconde de décalage :
– Tu crois que c'est pour quoi que je suis ici ? Non, plus sérieusement, je suis complètement athée et fier de l'être, je suis pas un catho dévot comme Antoine...
– Tu crois qu'un jour, on couchera ensemble ? demanda abruptement l'écrivain avec un regard torve.
– Tiens, s'étonna Vanessa en fixant ses doigts avec amusement, tu me l'avais pas sortie depuis longtemps, celle-là... Peut-être, peut-être pas, l'avenir nous le dira.
C'était pour cela qu'elle était la seule personne que Cédric appréciait véritablement dans la Fraternité, pour ce regard, cette différence et cette franchise étonnante qui venait instantanément briser tous les blancs qui pourraient se créer lors d'une conversation, quelle qu'elle soit.

Ce fut cependant une voix faible, enrouée mais pourtant puissante qui rompit cette si agréable conversation en un éclair :
– Cédric, Vanessa... J'étais sûr que vous seriez là. Nous devons parler.
– De quoi, des hommes que vous avez envoyés à la mort sans aucun scrupule ? rétorqua la concernée avec un ton sec.
Le visage ridé de Clay Julius Matissard se tendit légèrement et ses yeux bleus aveugles se plissèrent avant qu'il réponde en faisant craquer bruyamment son cou :
– Tu ne comprendrais pas si je t'expliquais. Toi, notre regretté Obéron, Lionel, William ou encore Antoine, vous ne comprenez rien à la stratégie de la Fraternité actuellement...
– Si tu nous expliquais en même temps, on pourrait comprendre et être prêt ! Putain, on aurait pu éviter ce massacre si on avait été prévenu...
– Rien n'aurait pu empêcher ce qui s'est passé, pour la simple et bonne raison que c'était totalement inévitable.
– Donc, vous êtes en train de dire que vous aviez prévu cette boucherie... ?
Un soupir agacé fut l'unique réponse du vieil homme, ce qui fit serrer violemment les poings de Vanessa qui se leva et déclama avec une voix glaciale :
– Je vois... Je ne dirais rien, comme ultime marque de respect envers votre personne, mais c'est la dernière fois. Ne vous étonnez pas si, un jour, on vous demandera des comptes. Parce que vous l’aurez totalement mérité.

Les paroles étant dites et la vérité rétablie, plus rien ne retenait Idolato dans cette salle, qui sortit de manière royale en haussant la tête comme une leader. Le Magistère ne réagit d'abord pas, il se contenta de réfléchir silencieusement.
De son côté, Cédric s'était contenté d'observer la conversation sans rien dire, et pour lui qui était toujours dans l'analyse, elle s'était révélée riche en rebondissements de toute sorte. La stratégie de Clay Julius Matissard était limpide pour lui depuis longtemps, son statut de remplaçant de Lionel lui permettant évidemment d'être au plus proche du chef de la Fraternité. Ainsi, il avait appris à se taire, laisser l'homme respirer et faire travailler son cerveau, la seule pièce de son corps encore totalement fonctionnelle.
Quelques fois, le vieil homme ne ressortait rien de ses pérégrinations cérébrales, et parfois il sortait une idée de génie. Et c'était précisément ce qui s'était passé aujourd'hui. En tout cas, dans la tête d'un écrivain, c'était typiquement ce qu'un personnage de roman très intelligent aurait pu prévoir comme stratégie tordue pour l'emporter très efficacement.
D'ailleurs, ce dernier releva lentement la tête et déclama calmement, sans se départir de sa voix de ténor affaiblie par l'âge :
– Toi, au moins, tu comprends mon plan ?
– Évidemment, répondit Yvantal en dardant ses yeux noirs dans le lointain, et je crois comprendre aussi que notre très chère Vanessa commence à devenir un problème.
– Non, rétorqua avec un demi-sourire l'ex-milliardaire en se retournant lentement, elle ne comprend juste pas encore ma stratégie. Mais ça viendra. Il suffit juste d'attendre le retour de Dunbar et Bardou-Jacquet. Avec Lionel de préférence, même s'il doit déjà être mort à l'heure qu'il est.
– Vous espérez vous débarrasser de l'un des deux ou des deux ?

Le regard aveugle du vieil homme se tourna vers lui avec un sourcil levé et il énonça avec calme, mais en même temps avec sécheresse :
– Perdre des hommes en plus, maintenant, ce n'est plus possible. Non, je ne souhaite pas les envoyer à la mort, mais il fallait que je teste Antoine...
– Qu'est-ce que vous avez bien pu lui donner comme consignes spécifiques ? railla Cédric sans pour autant se départir de son ton égal.
– Tu verras en temps voulu, répondit Clay Julius en se remettant à fixer un point invisible pour lui, comme tout le monde dans cette rébellion. Ils comprendront enfin pourquoi j'ai fait tout ça.
– Et pour les cas Helbecque et Ford ? On leur dit au sujet de Jonas ?
À cet instant, Cédric Yvantal sentit qu'il avait franchi la ligne rouge quand il vit subitement son patron se redresser tout en se raidissant. La voix qui lui répondit semblait ne pas pouvoir être plus froide, obscure et en même temps charismatique que ce qu'elle était en cet instant :
– Il ne doit jamais l'apprendre. Il ne doit jamais savoir ce qui est arrivé à son frère. J'espère que c'était suffisamment clair.
– Bien sur Monsieur, énonça l'écrivain sans sembler être chamboulé par cette annonce, je veillerais à ce que ça ne sorte pas de cette pièce. Il reste à museler William, en fait.
Le sourire qui s'afficha sur la face de Clay Julius Matissard lui fit avoir une réaction très étrange. Comme une sorte de... surprise ? Et la phrase qui suivit cette réaction le rendit penaud avec tout autant de force :
– Oh ne t'inquiète pas. Nous n'avons pas grand chose à craindre du Poisson Noir. Ça aussi, je peux te l'assurer.

Ce fut cette phrase qui clôtura cette conversation, comme le montra subtilement le Magistère en se levant avec difficulté pour se diriger en titubant et en tendant les bras devant lui. L'écrivain se précipita de suite, comme par réflexe, pour l'aider à quitter cette salle.
Mais Cédric Yvantal resta sur place. Il avait besoin de réflexion, et surtout, il souhaitait comprendre les dernières paroles du chef de la Fraternité.
Et surtout, pourquoi lui, d'habitude si contrôlé, avait pu être surpris ? Cette question allait le tarauder pendant encore la bonne vingtaine de minutes qu'il passa dans cette minuscule pièce...


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  Sujet: [Fanfic] Game of Power  
Draynes

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mer 16 Aoû 2017 22:21   Sujet: [Fanfic] Game of Power
Citation:
Tout de même, il faut corriger cette grave approximation :

Citation:
Le cinéma étant majoritairement issu des Etats-Unis (sic) et Jérémie ayant vécu aux Etats-Unis pendant plus d'une dizaine d'années


En 2011, d'après Oncle Wiki, Les États-Unis n'étaient que le troisième producteur mondial de film, derrière le Nigéria et l'Inde. Ils n'étaient donc plus, depuis quelques années d'ailleurs, le producteur de la majorité des films. Encore que cela soit discutable en terme financiers, et peut-être aussi en terme de qualité.

Voilà qui règle accessoirement tout souci de double-poste.


Certes, les Etats-Unis ne produisent pas la majorité des films, mais c'est sur le marché américain que la carrière d'un film se fait et c'est ce marché, ce box-office là, qui déterminera si le film fonctionnera ou non Wink
Donc, on peut dire que le cinéma est et continue d'être un produit de consommation provenant et surtout, dépendant majoritairement de nos compatriotes américains x).

C'est donc sur cette rapide réponse à Silius Italicus que commence cette série de posts visant à introduire le chapitre du jour qui arrivera dans très peu de temps à partir de l'heure d'arrivée de ce message Mr. Green.
Ainsi, il y aura dans le message suivant :
- l'indication selon quoi un nouveau document annexe qui détaille le fonctionnement de la société française a été post sur le... bah, le post d'intro : si vous voulez mieux comprendre et approfondir l'univers global de GoP, je vous invite à le lire Wink
- le scénario global des 6 premiers épisodes qui sera dans le PREMIER spoiler, ce qui permet de se remettre facilement dans le bain sans avoir à tout relire o/
- Et, peut-être (si j'ai pas niqué la limite de caractères évidemment XD) la traditionnelle liste des personnages, histoire de se remettre aussi dans le bain o/

Ainsi, sans préambule, c'est parti pour cet épisode 7 tant attendu Mr. Green !

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  Sujet: [Fanfic] Game of Power  
Draynes

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Lun 17 Avr 2017 11:26   Sujet: [Fanfic] Game of Power
Bonjour tout le monde Mr. Green alors désolé pour ceux qui croient que c'est un chapitre qui va arriver maintenant... Eh bien non, il s'agira simplement d'un message de "news" suivi d'une réponse aux commentaires, parce qu'il faudrait quand même la faire depuis le temps Smile.

Du coup, il est temps de commencer :
— Tout d'abord, je tenais à dire que je condamne de manière virulente la procrastination intense qui m'a envahi et qui m'a valu ce retard exceptionnel dans l'écriture de ce chapitre, je veillerai à ce que ça ne m'arrive plus, foi d'un pro-Fillon Mr. Green.
— Ensuite, je tenais à dire que, sur la première page, est apparu un onglet "Distribution" qui contient une liste des personnages centraux à l'intrigue, donc ceux qu'il faut retenir en priorité. Évidemment, cette liste sera complétée au fur et à mesure des saisons (dans une optique évidente qui est le rapprochement avec le phénomène des séries (a)), mais surtout elle constituera un SPOIL MASSIF sur la durée, étant donné qu'elle récapitulera aussi les morts et / ou départs de ces personnages centraux.
— De plus, j'ai décidé d'adopter un système dans les cas présents, c'est à dire quand je mets énormément de temps à l'écriture d'un chapitre. Je conçois parfaitement que certains peuvent avoir oublié depuis le temps, c'est ce pourquoi je posterai les synopsis des six premiers chapitres qui ont été créé en amont de la rédaction. Vous pourrez ainsi vous rappeler globalement de l'histoire (et aussi, comprendre que j'aime bien me détourner de mon plan parfois (a)).
— Enfin, dernière news et non des moindres : je vous indique solennellement que l'épisode 7 sortira le plus rapidement possible. Voilà, juste comme ça Mr. Green.



Sur ce, il est temps maintenant de laisser place à la réponse aux commentaires, qui sera dans le Spoil en dessous, comme d'habitude Mr. Green.

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  Sujet: [Pôle Itique] Les élections 2017  
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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Lun 10 Avr 2017 16:08   Sujet: [Pôle Itique] Les élections 2017
Donc, si on s'en tient à la logique de présentation des différents candidats, on devrait avoir au second tour le vide, plagieur et anti-charismatique Christophe M'Bala, dont on se demande s'il a vraiment un programme et qui fricote aisément et aigrement avec les milieux administratifs afin d'avoir une promotion en terme de salai... euh notes pardon o/
Et évidemment, X.A.N.A. qui prône dur comme fer depuis hier que Lyoko n'est pas responsable de la déportation de centaines de créatures de X.A.N.A. exterminées par les lyoko-guerriers, qui est pour empêcher les lyoko-guerriers et leurs amis d'entrer dans Lyoko et qui n'a pas retenu visiblement les leçons de l'acharnement des gens sur son père virtuel, Carthage, qu'il a lui-même détruit spirituellement, soit dit en passant o/

Eh bin, on est pas dans la merde o/
  Sujet: [Fanfic] Game of Power  
Draynes

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 06 Déc 2016 18:27   Sujet: [Fanfic] Game of Power
CLAY JULIUS


Le vieil homme était assis confortablement près de la fenêtre légèrement entrouverte, laissant la brise fraîche de cette fin d'après-midi lui caresser les quelques mèches qui devaient rester sur son crâne chauve. Son regard désespérément aveugle était tourné vers l'avant, et il sentait que tout le monde attendait qu'il prenne la parole.
Lentement, le Magistère se releva sur ses jambes tremblotantes et entendit de son ouïe fine que Cédric venait de refermer la fenêtre et l'aider à se tenir debout. Matissard savait qu'il devenait de plus en plus faible et malade, et cela l'énervait prodigieusement. Il se doutait qu'il ne lui restait que peu de temps à vivre, quelques mois, maximum quelques années, pas plus.
Il voulait qu'on se souvienne de lui comme autre chose qu'un vieillard impotent, mais plus comme un leader, une icône. Et il allait prouver qu'il pouvait être ça maintenant, lors de cette dernière Réunion.
Ainsi, calmement, il prit la parole et énonça d'une voix forte :
– Bien, il est grand temps maintenant de commencer la retraite. Les espions m'ont rapporté que l'armée et les Protecteurs étaient de plus en plus nerveux et commençaient à quadriller la zone. Ils ne savent pas précisément où nous sommes, ça nous donne un avantage. Du coup...
Clay Julius usa alors de quasiment toutes ses forces pour se redresser et s'avança clopin-clopant épaulé par Cédric, en direction de la seule femme du groupe. Il savait parfaitement où il allait étant donné qu'il avait lui-même choisi les positionnements, mais il était reconnaissant à l'écrivain d'être là pour le guider. Il était devenu, après le sec coup de gueule que le Magistère lui avait envoyé, beaucoup moins prévenant et plus obéissant, et ça Clay Julius l'en félicitait.
Cela l'énervait de devoir supporter une personne qui parle pendant tout le trajet, alors que généralement ses vieilles et sensibles oreilles ne réclament que le silence et le calme. Certes, pendant les Réunions, elles étaient mises à rude épreuve par le chahut obligatoire qui venait rythmer ces sessions, mais cela n'arrivait qu'une fois par semaine et, le jour même, le vieil homme se préparait psychologiquement à subir cela.

Cependant, il était enfin arrivé (un petit rictus d'impatience l'envahissait toujours quand il marchait, puisqu'il haïssait sa lenteur) aux côtés de Idolato et il posa les deux mains sur les épaules des deux membres de la Réunion à ses côtés en disant :
– Moi, Vanessa et Cédric, nous allons nous charger de l'exfiltration. Des armes, des troupes, des vêtements, des provisions, de tout.
– Et, demanda une voix incrédule que Matissard identifia facilement comme celle d'Obéron, vous pensez vraiment qu'ils ne vont rien voir ? Ils ont bloqué les rues, de ce que vous racontez.
– Qui te dit qu'on ira bien loin ? Vous avez eu l'adresse, elle n'est qu'à deux ou trois pâtés de maisons. Le régime ne pensera pas qu'on s'est réfugié aussi près.
En vérité, le Magistère se doutait pertinemment que le régime les suivrait en dehors du lieu, mais cette partie du plan était actée et secrète, depuis longtemps. C'était même cette personne en particulier qui avait demandé à faire cela, ce que Clay Julius lui avait accordé avec une certaine rancoeur et un certain malheur malgré tout.
Il reprit cependant rapidement ses esprits et se dirigea alors vers ce qui lui semblait être le centre de la pièce, tout en rétorquant calmement :
– Obéron nous escortera avec ses troupes, pour la protection bien évidemment. Quant à vous, Antoine et William, j'ai une mission particulière à vous confier. Une mission de sauvetage.
Clay Julius sentait que les deux personnes concernées, présentes dans la pièce, étaient intriguées, et il lança le missile rapidement, pour leur épargner les fausses idées qu'ils étaient sûrement en train de se faire :
– Je veux que vous alliez récupérer Lionel Igen, s'il est encore en vie. Bardou-Jacquet pourra vous faire entrer grâce à un Protecteur corrompu.

La seule réaction qui résonna dans la pièce suite au silence consterné qui s'afficha fut celle d'Obéron, qui manifestement était plutôt contre :
– Ça doit être l'une des idées les plus connes et les plus suicidaires que j'ai entendu de toute ma vie.
– Il est hors de question, rétorqua avec sécheresse la voix du Poisson Noir, que j'aille là-dedans ! Bordel de merde, j'ai été blessé lors de la dernière opération, je vous rappelle !
– Je vous signale, rétorqua Antoine avec une certaine suffisance, que là les deux Sauveurs vont être dehors à notre recherche. Et ils soupçonneront jamais qu'on soit assez couillu pour attaquer directement la base de la Garde. C'est une occasion en or de leur montrer qu'on est une vraie menace !
– Ça vient de toi, présuma Rider, que vient cette idée de merde, je suppose ?
– Le Magistère l'a approuvé figure toi, répliqua l'ancien chef du F.P.LF. avec un ton énervé, alors c'est que c'est pas aussi pourri que ça, comme plan. Certes, c'est compliqué et légèrement suicidaire, mais si on essaye pas, on n'y arrive pas ! Faut qu'on arrête sans cesse de fuir et qu'on se batte un peu merde !
Un bruit de pas précipité retentit cependant dans la salle suite à la tirade de Antoine, le léger boitillement régulier faisant comprendre à Clay Julius qu'il s'agissait de William. Ce fut quand le bruit s'éloigna et qu'il ne l'entendit plus qu'il comprit qu'il était parti ruminer dans son coin.
Cependant, il ne s'inquiétait pas : il savait que Dunbar allait finir par se ranger dans le rang. Il avait le goût du risque et, même si l'idée lui paraissait saugrenue, il détestait laisser quelqu'un de côté entre les mains de l'ennemi. Il allait advenir à sa requête de toute manière, alors bon, c'est comme s'il avait réussi à le convaincre dans cette pièce.

Soudainement, il se rappela qu'il devait voir une dernière personne et il termina ainsi la dernière Réunion avant un petit moment avec une phrase prononcée d'une voix étouffée, puisqu'il venait de partir dans une crise de toux incontrôlable :
– Bon, cette courte et rapide Réunion est maintenant terminée. Préparez-vous chacun de vos côtés, je souhaite que dans une heure grand maximum, on soit prêt à partir. C'est parti.
Les multiples bruits de pas qui se mirent à résonner dans la pièce lui confirmèrent que tout le monde était parti, mais il précisa quand même à son second remplaçant qui attendait imperturbablement à côté de lui :
– Cédric, s'il te plaît, aide-moi à m'asseoir dans mon fauteuil, puis va aider Vanessa. Je souhaite rester seul un moment, tu viendras me rechercher quand tout sera terminé.
Yvantal ne répondit pas, mais se contenta de diriger doucement le vieillard presque impotent vers le fauteuil en question, dans lequel il s'installa confortablement. Il entendit ensuite les bruits de pas des grosses chaussures de l'écrivain s'éloigner, et il poussa un soupir de contentement.
Il allait enfin pouvoir être un peu en paix.
Mais il lui restait une dernière petite chose à clarifier, c'est ainsi qu'il expliqua à la cantonade :
– Tu peux entrer, et sache juste que tu avais raison. Abraham a parfaitement passé le test que tu avais demandé de faire.
– Ça voudrait dire, répliqua la voix fatiguée et blasée de Samuel qui s'avançait, à entendre les bruits de pas, vers le Magistère, qu'il peut intégrer la Fraternité sans problème ?
– Je n'irais pas jusque là, tempéra Clay Julius en se redressant légèrement pour paraître plus vivant, je dis juste qu'il sait réfléchir et choisir le choix le plus logique. Son passif fait qu'il est beaucoup plus dur de lui faire confiance. Je voudrais donc que tu le surveilles encore, et n'hésite pas à nous dire s'il essaye de nous dénoncer.
Le silence se fit, un signe qu'Helbecque était plongé dans ces pensées, puis il énonça avec calme :
– À mon avis, il ne veut plus vous trahir, mais bon. De toute manière, s'il ne rentre pas dans votre organisation, moi non plus. Vous savez depuis le début que c'est ma condition.
– Évidemment, s'échauffa le vieil homme en faisant un geste blasé de la main, mais on ne peut pas lui faire confiance de suite. Même vous, j'ai du mal encore à vous considérer comme un de nos membres.
– Ne t'inquiète pas Clay, rétorqua avec une certaine froideur Samuel, moi aussi pour l'instant, j'ai un peu de difficulté à me considérer comme un résistant.

Le bruit de ses pas s'éloignant immédiatement après la fin de la réplique fit soupirer dans sa barbe inexistante l'aveugle Magistère, qui estimait malgré tout que la discussion s'était pas trop mal passé.
Pour une fois, le sujet Jonas n'était pas revenu sur le tapis, ce qui arrangeait bien le Magistère qui n'avait strictement aucune idée du devenir du deuxième Helbecque. Dans un sens, il était heureux d'avoir presque réussi à recruter le petit frère, qui lui semblait être quelqu'un de combatif et surtout, quelqu'un qui haïssait plus le régime que la moyenne.
Cependant, il ne pouvait s'empêcher d'avoir peur d'Abraham Ford, en raison déjà de son passé d'Officier de Probation, mais surtout en raison de son nom. Il ne souhaitait pas s'en rappeler, cela lui évoquait trop de mauvais souvenirs, mais il espérait vraiment que le rouquin, de ce que Cédric lui avait décrit, n'était pas dans la famille de cet infâme salopard de... Non.
Même prononcer son nom lui était devenu compliqué, et il souffrait trop en raison de tous ses problèmes physiques pour s'en rajouter un moral sur le dos.
Globalement, tout ce qu'il devait faire avait été effectué. Il n'avait plus qu'à attendre en espérant que ses sbires réussissent à faire tout ce qu'il avait commandé.
Que son plan, globalement, fonctionne, parce qu'il était sûr d'une chose.
La Fraternité, aussi petite soit-elle, emmerdait prodigieusement Xander et ses maudits créanciers.
Et cette pensée, aussi futile soit-elle, provoquait toujours l'apparition d'un léger sourire moqueur sur la face ridée de Clay Julius Matissard.
Il se doutait qu'il allait mourir avant de voir l'aboutissement de son œuvre, mais il se doutait qu'il y aurait un jour un aboutissement.
Et il en était heureux.
  Sujet: [Fanfic] Game of Power  
Draynes

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 06 Déc 2016 18:24   Sujet: [Fanfic] Game of Power
Épisode 6 : Outrages


ABRAHAM


La tête plaquée dans une de ses énormes mains, les yeux quasiment clos, Abraham Ford poussa un fort soupir de contrariété, qui vint cependant se perdre dans le brouhahas incessant qui résonnait sur les murs de l'étrange salle de réunion dans laquelle il avait été convié.
À vrai dire, il s'ennuyait ferme, pour la simple et unique raison qu'il n'avait pour l'instant pas eu le droit à la parole une seule fois, le Bardou-Jacquet s'y étant fortement opposé avant même son entrée en scène. C'était également pour cela que, chose étrange, l’entièreté de la salle était plongée dans un noir abyssal et profond, dans le but manifeste de cacher l'apparence des membres de la Réunion à Ford.
Seul était clairement visible le Magistère, placé devant lui sur sa chaise blanche, avec son regard aveugle rivé sur lui, ses vieilles mains ridées tremblotant légèrement. Étant donné qu'il s'était fait remarquer en les ramenant ici, le vieux Clay Julius pouvait donc se montrer à la vue de l'Officier de Probation, grâce à un mini projecteur situé pile au dessus de sa chaise ne dévoilant pas ses condisciples, évidemment.
Dans sa tête, cependant, il trouvait ce raisonnement complètement stupide, puisqu'il savait que le régime ordonnerait la mise à mort immédiate des membres de la Fraternité, tant qu'elle n'est pas encore trop forte et influente. S'il était encore officiellement ou même officieusement du côté du régime, ils seraient tous morts depuis belle lurette, à commencer par ce cher William Dunbar.
En revoyant le Poisson Noir cloué sur son lit d'infirmerie, un pâle sourire amusé parut sur les lèvres d'Abraham, pendant qu'il se redressait légèrement pour passer une de ses mains géantes dans ses cheveux roux flamboyants. Il savait que le rebelle était un homme d'action, et se retrouver bloqué devait lui peser et l'énerver.
Et ça plaisait au rouquin qui, au fond, adorait se moquer de William. Il commençait petit à petit à apprécier le gaillard, malgré leurs débuts compliqués, et c'était dans sa nature de charrier légèrement les personnes qu'il apprécie. Samuel en avait fait les frais, et pas qu'une fois.

Soudainement, sa vision se porta sur le Magistère. Ce vieil homme fatigué et faible, atrocement faible, qui pourrait mourir sur place sans que personne ne le remarque. Ford, au fond, ne pouvait s'empêcher d'admirer cet homme, qui avait tout sacrifié pour créer ce semblant de résistance, et qui possédait encore une force décisionnelle. Il en eut la preuve quand Clay Julius Matissard claqua sèchement la paume de sa main ridée tremblante contre la longue table.
Immédiatement, l'écho des voix s'arrêta rapidement pour ne laisser la place qu'à un long silence, rompu rapidement par le soupir de soulagement d'Abraham. Le chef de la Fraternité, ne relevant pas le léger sifflement de dédain émanant de l'extrémité de la salle, se contenta de dire d'une voix légèrement fatiguée, mais toujours forte :
– Que ceux qui veulent émettre leur avis le fassent maintenant. Et chacun votre tour, je vous prie, j'en ai assez de ces brouhahas incessants, ça me donne des maux de tête de plus en plus facilement. Commence, Vanessa !
La voix d'une femme résonna dans la partie sombre de la pièce et le rouquin ne chercha même pas à tourner la tête pour discerner la moindre parcelle du visage de l'oratrice :
– Vous voulez que je dise quoi ? On ne devrait même pas avoir de discussion, c'est évident qu'on doit partir dans notre deuxième base. Lionel a du sûrement nous vendre et on fait pas le poids actuellement face à ces salopards de Sauveurs. On va pas rester ici et attendre notre mort !
– Pour le coup, rétorqua une voix inconnue de Abraham très procédurale et froide, je ne peux que la rejoindre. La Fraternité, à l'heure actuelle, n'a aucune chance de ne serait-ce qu'opposer une maigre résistance contre les Protecteurs, et surtout les Sauveurs.

Un petit ricanement mesquin résonna soudain dans l'enceinte de la pièce et Abraham se tendit subrepticement pour entendre la voix légèrement enrouée de l'homme qui venait de prendre la parole :
– Ma parole Cédric, mais depuis quand tu prônes la fuite ? Ah là là, quand je repense au FPLF... On ne fuyait pas, on se battait jusqu'au bout ! Alors bon, j'ai un compte à rendre au régime, alors si je peux en trucider le plus possible avant de crever, je tiens à le faire !
Abraham commençait à se demander quel crétin aurait pu sortir une idiotie pareille, mais il eut rapidement la réponse, énoncée par une voix plus éloignée, mais plus forte :
– Antoine, bordel, c'est fini le temps de l'Antiquité là ! Le régime est beaucoup plus présent qu'avant et surtout plus puissant, alors si tu veux te suicider en héros très bien. Mais ne compte pas sur mes hommes pour être envoyés au charbon sur tes ordres, tu peux aller te gratter !
Le rouquin vit la main du Magistère se refermer nerveusement, puis il prit la parole avec un ton sec et légèrement énervé :
– Bardou-Jacquet, Obéron, vous vous calmez. On est ici pour prendre une décision rationnelle, pas pour se disputer à la moindre phrase un peu... comment pourrais-je le dire sans être grossier... débile. Mais bon, il nous reste encore un avis à entendre.

Immédiatement, Abraham sortit de ses pensées plutôt négatives en tressautant légèrement du sourcil et enserra ses deux mains géantes dans un geste d'intense réflexion. Il était soit-disant le représentant de William Dunbar, mais il sentait que quelque chose clochait. Si on avait vraiment voulu un avis de ce dernier, on serait allé le chercher, il aurait juste suffi de déplacer son lit.
Là, Ford avait un pressentiment, et généralement, il n'avait pas toujours tort. Selon lui, le Magistère et ses sbires le testaient. Il ne savait pas comment, mais il savait évidemment pourquoi.
Ils ne se fiaient pas en lui, ce qui était parfaitement logique vu son passif. Et ils jouaient donc avec lui, en l'obligeant à prendre une décision.
Cependant, il était face à une impasse.
La voix d'Antoine résonna pendant un court instant dans la pièce :
– Bon alors, tu te grouilles, faut qu'on termine cette réunion au plus vite pour les futurs préparatifs !
– Ta gueule, le barbu. Rétorqua simplement Rider, ce qui entraîna un silence renfrogné de la part du concerné.
Le rouquin se concentrait, parce qu'il ne savait pas quoi choisir, là où la réponse à apporter lui apparaissait paradoxalement évidente.
Ils l'avaient piégé.
Ils l'avaient nommé comme représentant de William, chargé d'apporter son jugement, mais il connaissait le comportement de Dunbar : un rebelle prudent certes, mais très combatif et légèrement impulsif. S'il était là, il aurait réfléchi longuement, mais se serait laissé emporter sûrement par la soif de vengeance d'Antoine et voté pour la résistance pure et simple. Enfin après, peut-être qu'il ne le connaissait pas assez bien, auquel cas il est sûrement à côté de la plaque.
D'un autre côté, s'il choisissait de se conformer à l'avis qu'il supposait être celui du Poisson Noir, ce serait interprété comme une trahison par la Fraternité, étant quasiment surs qu'il allait les pousser au suicide. Il ne lui restait plus qu'un choix, le plus logique au final : le sien, en dépit du rôle lui ayant été attribué.
Ce fut ainsi, après plusieurs longues minutes de réflexion et un début de mal de crâne, qu'il se contenta de dire :
– La retraite. C'est la seule solution.

Il lui sembla voir un semblant de sourire se dessiner sur le visage détruit du Magistère, jusqu'à ce que ce dernier ne rétorque calmement et simplement :
– Je crois qu'on est tous d'accord. Nous devons nous retrancher dans notre autre base. Je vous retrouverais tous ici ce soir, sauf vous M. Ford évidemment, pour réfléchir sur les derniers préparatifs et nos dernières actions ici.
La mention de sa non-apparition ne fit rien de spécial à Abraham, qui s'attendait de toute manière à cela. Ne faisant pas partie de la Fraternité, il comprenait toutes les précautions employées, même s'il les trouvait légèrement exagérées malgré tout.
Il se leva donc avec raideur, se décala subtilement sur la droite pour éviter de percuter son siège dans le noir total et se dirigea donc calmement vers une source de lumière venant d'être allumée dans un bruit de projecteur, qui montrait la porte d'entrée d'un noir d'ébène presque aussi grosse et épaisse qu'une porte de coffre-fort.
Soudainement, une main ferme se posa sur son épaule et une voix rauque vint lui susurrer à l'oreille, tout en serrant avec force son épaule gauche :
– On avait déjà décidé avant, c'est pas comme si on tenait compte de ton avis. On t'a juste fait venir pour voir si on allait pouvoir te laisser en vie quelques journées de plus. Crois-moi, Ford, on peut être dangereux. Alors, t'as pas intérêt à faire le menteur pour pouvoir nous dénoncer, parce que crois-moi sur parole... Tu le paieras de ta vie.

Aucune réaction ne transparut sur le visage paisible de Ford, il savait que le moindre geste brusque équivaudrait à une dénonciation immédiate aux autres membres qui rallumeraient rapidement la lumière et le canarderaient comme une vulgaire volaille. À la place, il se contenta simplement de rétorquer tout en avançant avec une droiture et une rigueur dans le mouvement typiquement militaire :
– Vous savez, Bardou-Jacquet, si j'avais vraiment voulu vous buter, vous seriez déjà à terre en train de pleurer, alors ne me faîtes pas de menace. Vous n'êtes qu'un minable qui a trahi tous les camps pour survivre. Vous mériteriez de retourner pourrir dans une prison.
La phrase ayant été prononcée de vive voix, un silence tendu s'installa et fut cependant rompu par un éclat de rire sonore provenant sûrement de la bouche d'Obéron pendant que Antoine devait être en train de serrer les poings et de fulminer, dans l'imagination du roux.
Mais il s'en foutait, du nouvel arrivant et de sa personnalité de con insupportable.
Il avait réussi le premier test implicite. Il n'était pas mort dans la salle, ils l'avaient laissé en vie alors que sa réponse aurait pu l'envoyer outre-tombe rapidement d'une simple balle.
Abraham ne savait pas s'il voulait personnellement rejoindre la Fraternité.
Mais il commençait franchement à sentir que cette dernière commençait à vraiment souhaiter le recruter. Et cela ne lui déplaisait, étrangement, pas du tout.


**

*

**


EVA


Une main dans celle de Albert et l'autre dans celle de Marie, c'était la méthode qu'avait trouvée Eva Skinner quand elle voulait déstresser durant les trajets. Même si l'adolescent était légèrement énervé par cette manie de sa mère, il acceptait sans rechigner actuellement.
Il était mort de peur, sa mère pouvait le sentir en ne faisant ne serait-ce qu'observer les expressions de son visage. Et elle ne pouvait évidemment que lui donner raison.
Son frère était mort. L'oncle de ses enfants s'était fait assassiner par le régime, et elle était censée rester calme, à l'écoute et surtout, confiante dans ce même régime. Elle avait échoué. Elle avait commise une terrible erreur.
Elle aurait dû écouter les recommandations de son mari, rester en Amérique, en sécurité. Mais non, Eva ne s'était pas laissé embobiner dans le bon sens, elle ne pouvait pas penser qu'un régime comme ça puisse exister en Europe, et elle avait toujours voulu voir la France.
À peine arrivée, elle avait senti que quelque chose clochait : elle se souvenait pêle-mêle du faux sourire niais d'Alfie, de Xander la forçant à quitter pour un temps sa chambre en la fixant avec ses yeux si stressants, du refus catégorique des dirigeants d'envoyer ses enfants à l'école. Mais un seul souvenir lui revenait constamment en tête, et lui faisait toujours avoir des sueurs froides.
Ce n'était pourtant que des yeux, d'une étrange couleur ambrée. Mais ils étaient tellement froids, imperturbables, empreints d'une once de sadisme et de cruauté masquée, que Eva en était sorti de ce court entretien marquée à vie. Le Sauveur, qu'il se faisait appeler. Elle se souvenait que, lors de l'annonce de la mort de Lloyd, elle n'avait pu s'empêcher de regarder sa bouche et de voir, subrepticement, s'afficher un court sourire mesquin et cruel.

Et c'était alors qu'elle avait commis sa deuxième plus grosse erreur : elle l'avait giflé. Sèchement. Sans réfléchir, elle venait de porter un coup physique à un homme réputé comme étant un des plus impulsifs et cruels membres du régime. Sur le coup, elle ne s'était pas rendue compte du problème, ce fut juste quand le sourire de l'homme s'était terni et qu'il avait murmuré LA phrase.
Prononcée avec une voix douce, calme, mais incroyablement menaçante, il s'était contenté de dire une simple menace, qui était restée, elle-aussi, gravée dans le crâne de la femme :
– Vous venez de faire votre ultime erreur, ma chère. Croyez-moi, je déteste quand on me touche de manière agressive, comme vous venez de le faire.
Il avait ensuite brusquement avancé son corps pour lui saisir le dessous de la tête avec la main, et il avait alors énoncé :
– Si je vous revois, toi et toute ta petite famille d'abrutis, je plante la gamine devant les yeux de son frère, je lui plante ensuite un couteau dans sa petite poitrine et je t'égorgerai une fois que tu auras pleuré tout ton soul... Ton mari, normalement, sera le dernier, et il aura le temps de souffrir, crois-moi. Et sache une chose : je tiens toujours mes promesses...

Elle revint cependant à elle quand son adolescent de fils lui serra de plus belle la main, en enfonçant presque ses ongles dans sa chair. Ils étaient arrivés au quatrième étage et se tenait devant l'appartement numéro 41. C'était cette adresse précise que lui avait donné Jérémie avant de l'enjoindre à s'enfuir.
Il avait été furieux, mais surtout terrorisé en apprenant ce qu'elle avait bien pu faire au dénommé Steven. Eva espérait évidemment de tout son cœur que son mari n'allait pas en subir les conséquences, même si au fond la raison s'imposait : Jérémie Belpois allait tout encaisser pour eux, ils devaient être forts et survivre le temps de trouver un moyen de s'enfuir de ce maudit pays.
En attendant, ils étaient partis dans un VTR aux premières lueurs de l'aube, pour traverser l’entièreté de Xonon le plus rapidement possible, tout en prenant un maximum de détours au cas où le régime avait décidé de les poursuivre. Ils étaient finalement arrivés devant un immeuble tout simple, peint en blanc mais relativement sali par quelques tags et tâches de vandalisme.
La jeune femme avait alors monté les marches calmement, se souvenant des consignes de Jérémie : arriver tard le soir était la meilleure solution, mais surtout surtout, ne pas provoquer son beau-père. Eva avait pu sentir dans le ton de son mari qu'il n'appréciait pas beaucoup le nouveau mari de sa mère, au prétexte très légitime qu'il avait complètement coupé les ponts entre sa mère et lui. Elle devrait donc faire attention.

Soudainement, la petite Marie demanda d'une voix fluette :
– Qu'est-ce qu'on fait là ? Où est Papa ?
– Il nous rejoindra plus tard ma chérie, rétorqua Eva avec un ton doux en regardant sa petite dans les yeux, il a juste du travail à terminer, ce n'est pas trop grave.
Un rapide coup d’œil sur le côté fit entrevoir à la mère que le regard bleu-gris de son fils était perdu dans le lointain, et que l'entièreté de son visage était figé en une expression de désaccord. Il ne la croyait pas... ou plutôt, il ne la croyait plus. Il ne lui faisait plus confiance.
Et elle ne pouvait s'en vouloir qu'à elle-même pour le coup, elle le reconnaissait volontiers. Elle prit ensuite son courage à deux mains en soufflant lentement dans le vide, puis donna quatre petits coups brefs sur la porte en bois.
Ils attendirent ainsi pendant quelques secondes qui parurent interminable aux trois personnes potentiellement en fuite, et au moment où Albert commençait à tapoter d'impatience du pied, la porte s'ouvrit en grand et une voix charmante les accueillit :
– Ah, c'est vous ! Entrez vite, nous vous attendions avec impatience !
Bizarrement, les deux enfants ne se firent pas prier pour s'introduire dans l'entrée de l'appartement, en tirant presque leur mère de force. Une fois arrivée dans le petit sas d'entrée dans lequel elle pouvait apercevoir l'armoire à chaussures et à manteaux, une petite penderie sur la droite dans laquelle se trouvait un lave-linge et des murs jaunâtres presque nus, sans papiers peints, elle détourna un temps son regard de la décoration pour se poser sur la personne qui parlait tranquillement avec Albert.

Elle ressemblait comme deux gouttes d'eau à Jérémie ce qui était en somme parfaitement normal, étant donné que la femme les accueillant gracieusement était sa mère. La ressemblance en était d'ailleurs presque troublante, avec ses cheveux blonds coupés lui arrivant à la nuque, cependant entrecoupés de quelques mèches grisâtres voire blanchâtres et ses yeux bleus aussi doux et aimants qu'un ciel d'été.
Elle n'était cependant pas seule, et Eva s'en rendit vite compte quand l'homme vint se ranger à ses côtés contre le mur, les bras croisés sur la poitrine dans un mouvement de lassitude, voir d'indifférence. À l'inverse de sa femme, il ne paraissait ni chaleureux, ni heureux. Ses yeux d'un gris ferme et inquiétant fixaient imperturbablement les deux enfants, mais c'était surtout ses cheveux blancs comme neige qui intriguaient véritablement la jeune femme, qui ne put s'empêcher de regarder cela avec beaucoup trop d'intérêt.
Cela attira visiblement l'attention du probable beau-père de Jérémie, car il soupira et se contenta de dire avec un ton éteint et procédural :
– C'est une maladie génétique, j'ai des cheveux blancs depuis mon entrée en lycée. Et je ne suis donc pas aussi vieux que ce que je peux laisser penser.
– Je... Je... commença à bégayer Eva, surprise par l'intervention de l'inconnu.
Ce dernier se détourna lentement pour fixer la jeune femme avec ses yeux gris si revanchards et inquiétants, et énonça avec un calme détonnant, quoi que Skinner puisse y déceler une couche de mépris latente :
– Bon, qu'on soit bien clair : je ne vous accueille pas ici de gaieté de cœur. Si un de mes collègues vous choppe ici, je suis vraiment dans une merde noire, même si aucun mandat d'arrêt n'a été dressé contre vous. Et je suis Philippe Durieux. Je ne veux surtout pas que ces gosses m'appellent « Beau-papa » ou « Philippe ». Pour eux, ce sera « M. Durieux ». Compris ?
Surprise par la diatribe du patriarche, la femme de Jérémie se contenta d'acquiescer avec un mouvement sec, ce qui fit une seconde apparaître un semblant de sourire sur le visage auparavant figé de Philippe. Ainsi, sans faire plus de commentaire, il se détourna et se dirigea vers la pièce à vivre, sans ne serait-ce que daigner regarder les deux enfants.
À cet instant, la pression accumulée pendant ce court échange fit serrer les poings à Eva : elle n'allait pas rester là, sans rien faire, alors que cet homme désavouait complètement ses gosses. Elle allait le forcer à les voir, les reconnaître, les apprécier. C'était son objectif dès à présent.

La mère n'eut cependant pas le temps de s'appesantir sur Philippe puisqu'une voix douce vint lui susurrer à l'oreille :
– Dans la cuisine, tout de suite. Il faut qu'on parle.
En se retournant, Eva Skinner aperçut distinctement le sourire éclatant de la mère de son mari et quelque chose se brisa en elle, sans qu'elle s'en aperçoive au premier abord. Ce fut en suivant la femme plus âgée et en laissant ses enfants se diriger vers le salon qu'elle s'aperçut qu'elle n'avait pas pensé une seule fois à Jérémie depuis son entrée dans l'immeuble.
Lui qui occupait intégralement ses pensées auparavant, n'était plus qu'un souvenir alors qu'il était, normalement, encore en vie. Seuls ses enfants comptaient à présent.
Après être rentrée rapidement dans la petite cuisine et que sa belle-mère eut refermée rapidement et fermement la porte en soupirant, la femme de Jérémie crut bon de demander :
– Vous êtes bien Valérie Chevallier, non ? Si ce n'est pas le cas, je me demande ce que mon bon-à-rien de mari a bien pu faire...
– Non, répliqua la belle-mère en souriant, c'est bien moi. La mère de ton époux. Et la grand-mère de ces somptueux et très polis gamins. Ah là là, je regrette de ne pas les avoir vus dans d'autres circonstances...
À cet instant, la Skinner se sentit rapidement en confiance, comme si quelque chose d'inconnu ressortait de cette femme. Elle inspirait aisément une envie de se confier, d'y croire. Et ça, c'était quelque chose qu'Eva avait perdu depuis sa fuite du Laboratoire : l'espoir. D'une vie meilleure, d'une vie normale tout bêtement. Elle pourrait peut-être se reconstruire un simulacre de vie auprès de Valérie et Philippe... du moins, c'était ce qu'elle espérait dans sa tête à cet instant précis.

Cependant, elle se vit malgré tout demander :
– Pourquoi vous ne les avez pas vus avant, ces gosses ? Qu'est-ce qui vous en empêchait ?
– Oh ma pauvre, répondit Valérie en s'asseyant lentement sur un simple chaise en bois, tu ne te doutes de rien. Mon mari est devenu un Protecteur, on ne peut donc pas quitter le pays par mesure de sécurité... Enfin plus pour respecter la volonté de ce paranoïaque malade de Xander.
Choquée par le ton haineux employé par la femme d'âge mûr, elle se contenta de répliquer :
– Vous savez, c'est de ma faute si on est là. Je ne croyais pas en ces rumeurs comme quoi ce régime était l'un des pires du monde. Et même, en arrivant ici, tout allait bien...
– C'est le péché mignon du toutou de X.A.N.A. ça, répliqua Chevallier avec un petit rictus, la manipulation. Enfin, d'après ce que me raconte Philippe, ce mot résume volontiers tous les composants de ce somptueux régime.
– Mon frère, avoua Skinner en réprimant de justesse une larme, s'est fait tuer par un de ces salauds et j'ai giflé un de ces Sauveurs... Si vous étiez soumis au régime comme tous les autres habitants de ce maudit pays, vous nous auriez foutus dehors, mais vous nous avez acceptés ici... Pourquoi ?

Le regard auparavant légèrement critique de la belle-mère s'adoucit et elle s'expliqua calmement en se penchant pour plonger son regard bleuté dans celui de la mère :
– Il y a une différence entre soumis et soumis, ma chère. Nous sommes certes soumis dans le sens où nous obéissons en apparence, mais ce n'est pas pour autant que nous les adulons. Nous sommes très nombreux dans ce foutu pays, comme tu le dis, à haïr cette saloperie de programme et ses vassaux, mais nous ne pouvons rien faire. Ils sont trop puissants. Alors, quand nous pouvons nous battre contre lui par de petites actions, nous le faisons. Voilà la raison, en plus du fait que je n'aurais jamais abandonné ma famille.
La diatribe terminée, Valérie jeta un rapide coup d’œil vers la porte de la cuisine, puis se leva et annonça à demi-mot :
– Mon mari n'est pas encore totalement dans cette optique, et il prend beaucoup plus de risques que moi en vous hébergeant ici. Alors certes, il peut être rebutant à certains moments, mais ne lui rendez pas la vie infernale. Il pourrait vous le faire payer, et je n'aurais aucune possibilité de l'en empêcher.
Après la fin de son discours qui a plongé Eva dans une profonde mélancolie non contrôlée, la jeune femme releva la tête avec assez de lenteur pour apercevoir le Protecteur, affalé dans le canapé, qui regardait fixement la petite Marie et son frère réfugiés devant l'écran de la télévision, avec Chevallier se dirigeant vers eux pour sûrement les rassurer.

Elle n'eut pas le temps de détourner le regard quand Durieux se retourna et darda ses yeux si gris dans les siens. À cet instant, elle sentit autre chose que du mépris derrière cela : de la peur. Il avait peur d'eux, de ce que cette situation pouvait provoquer dans son simple petit foyer.
De plus, il ne connaissait pas sa belle-famille, par sa propre faute, cela dit. Bizarrement, même après avoir constaté cet état de fait, le sentiment de haine viscéral qui l'envahissait dès que leurs regards se croisaient ne s'estompa pas et elle lui darda sans le vouloir un regard noir.
Un éclair de lucidité suivi d'un petit rictus narquois et moqueur se grava sur le visage de Philippe avant qu'il ne détourne les yeux pour exposer à sa belle-fille ses cheveux si blancs.
Blancs comme neige, comme la couleur des étendues de flocons qui tombaient devant les fenêtres de sa maison à New York, pendant la saison hivernale.
À cet instant, Eva retourna dans sa mélancolie : elle souhaitait retourner chez elle. À tout prix, fuir cet enfer était devenu son seul objectif. Certes, l'appartement de Valérie était un refuge, mais uniquement de transit comme l'avait si bien fait comprendre le Protecteur.
Il ne tenait donc qu'à elle de se triturer les méninges pour trouver un moyen de fuir. Et, quitte à négliger légèrement sa descendance, elle allait y passer ses journées.
Skinner, à cet instant précis, venait de se le promettre. Et, comme le Sauveur qui avait changé sa vie, elle souhaitait ardemment tenir sa promesse.


**

*

**


JÉRÉMIE


Jérémie Belpois était frustré, mais d'une force qu'il n'avait jamais connue. Auparavant, il savait se contenir, ne pas laisser ses sentiments prendre le dessus et se réfugier derrière sa froide logique. Mais il n'avait jamais, à ce point, senti que la situation lui échappait. Et cette damnée situation commençait à le rendre fou, puisqu'il détestait perdre le contrôle.
Cela faisait maintenant plus de trois heures qu'il explorait les archives, avec Stellan et Jude. Alfie n'était pas là et surveillait, mais il ne disait rien. Il avait une mine choquée et ne cessait de tousser, comme s'il avait avalé quelque chose de travers. Belpois ne savait pas et, au fond, s'en foutait pas mal. Tout ce qu'il souhaitait, c'était trouver l'identité de Seth.
Pourtant, la journée avait très bien commencé : dès son réveil, un petit texto de sa mère lui indiquant que sa famille était en sûreté, loin des griffes de Steven Ogg. Et cette petite chose avait réussi à lui redonner le sourire qu'il avait perdu globalement depuis la mort de Lloyd. De plus, il avait réussi à convaincre le suédois et l'anglais de fouiller plus en profondeur, ce qui faisait qu'il avait divisé sa charge de travail.
Mais pourtant, il n'arrivait à rien : aucun dossier ne mentionnait le dénommé Seth, ou en tout cas pas assez explicitement pour que Jérémie Belpois puisse le trouver. Et cela l'énervait. Beaucoup.

C'était donc pour cela qu'il marchait nerveusement dans les couloirs, seul, les poings serrés, à la recherche d'une personne. L'instigateur de ce début d'insurrection presque pas dissimulée, à son grand étonnement.
Chris Coy. Le Manipulateur comme il se faisait appeler. Au moins, il avait choisi d'être honnête sur sa nature profonde et ça, le scientifique ne pouvait le lui reprocher. Soudainement, il aperçut une touffe de cheveux noirs et saisit violemment l'homme devant lui... qui le repoussa avec un air passablement choqué avant de partir plus loin. Ce n'était pas Chris Coy.
À cet instant, le blond sentait qu'il commençait à perdre pied. Sa fureur montait en flèche à chaque seconde qui passait et il voyait de plus en plus de chevelures noirâtres devant lui, dans ce maudit couloir. De plus, une voix moqueuse et robotique résonnait dans son cerveau, en répétant sans cesse la même tirade « Viens me chercher... Viens me chercher... »
Il savait de qui il s'agissait, il s'amusait avec lui depuis son arrivée en France. X.A.N.A. savait parfaitement ce qu'il essayait de faire, il s'en amusait même. Ce qui était hautement improbable vu son statut de programme, mais qu'importe. Il était capable de faire des prodiges, alors torturer mentalement sa némésis ne devait pas être trop compliqué. Un hurlement de rage sortit, sans qu'il puisse le contrôler, de la bouche de Jérémie et la voix s'éteignit alors. Il savait qu'elle reviendrait à la charge le lendemain, puis le surlendemain, jusqu'à ce qu'il devienne fou.
Il devait éliminer le virus de la surface de cette planète. C'était cela qui lui permettait de tenir, sa volonté, combinée à d'autres objectifs comme protéger sa famille, venger Lloyd ou encore celui de l'instant.
Trouver.
Chris.
Coy.

Et cela fut rapidement accompli, quand une main ferme se posa sur son épaule et qu'une voix doucereuse vint rétorquer avec froideur et amusement :
– On raconte que tu souhaites me voir. Puis-je savoir pourquoi ?
– Qui est Seth ? Rétorqua simplement Belpois en se défaisant de l'étreinte de Loki pour se retourner et le fixer dans les yeux.
Ses yeux gris pâles se plantèrent dans les siens, son tic consistant à mâchonner dans le vide se déclencha automatiquement, comme s'il semblait en proie à un conflit intérieur. En vérité, il était juste amusé, ça Jérémie pouvait aisément le voir à son rictus. Et il s'attendait donc au style de réponse que Coy lui apporta :
– Oh, mais tu crois vraiment que je vais tout t'apporter sur un plateau ? Non, c'est plus drôle de vous voir vous démerder, galérer, pendant que moi, je réussis tout.
– Non justement, sourit à son tour Jérémie, l'insurrection que tu recherches tant ne se déclarera pas s'ils n'ont pas de cibles définies. Ce qui fait que tu as échoué.
L'interlocuteur se contenta de sourire pleinement en rétorquant calmement :
– Je remarque que tu ne t'es pas inclus dans ce plan, tu gardes tes distances par sécurité. Mais sache-le, Jérémie : si on échoue, tu prendras autant que tout le monde. Arès et Seth sont haï, Vulcain devrait bientôt céder et il te faut dans nos rangs. Si coincer l'assassin de ton beau-frère te fait rejoindre notre cause, ce sera tout bénéf' pour nous !
– Tu ne serais pas assez bête, répliqua Belpois en se rapprochant et en serrant les poings nerveusement, pour me dévoiler le piège évident que tu tentes de renverser sur moi quand même ?
– Oh qui sait, répondit simplement Chris avec son rictus et son regard gris pâle amusé avant d'enchaîner avec un mouvement légèrement lassé de la main, mais puisque tu tiens tant à ce que je t'aide, un petit indice sous forme d'énigme : si tu trouves le lien entre le futur et le 4 juillet, tu trouveras ton homme !

Un léger haussement de sourcil fut la seule réaction du génie informatique face à cette mystérieuse phrase lancée par son interlocuteur, qui réagit pour sa part avec un sourire moqueur, un geste mi-tendre, mi-méprisant volontairement de la main et un demi-tour contrôlé dans le couloir pour repartir de l'endroit où il venait.
Décidé à comprendre, Jérémie Belpois se détourna à son tour et entreprit de faire lentement le trajet vers l'endroit où l'attendaient probablement, incrédules, ses collègues qui avaient probablement fait chou blanc dans leurs tentatives de trouver l'identité réelle du prénommé Seth.
Le blond savait que Chris, à mi-mot, lui avait révélé ce qu'il cherchait. Et il comprenait qu'il ne le dise pas clairement. C'était un test, Coy souhaitait clairement savoir s'il était assez intelligent pour faire ce fameux lien et surtout, s'il allait pouvoir être utile dans son grand projet.
Belpois avait bien saboté les puces des cyborgs en douce pour qu'elle s’autodétruisent à la moindre tentative d'agression par un des futurs robots de X.A.N.A., il pouvait donc bien résoudre une stupide énigme. Après ça, après sa vengeance, il se servirait de son cerveau pour doubler tout le monde et ainsi, accomplir son véritable objectif.
Détruire X.A.N.A.

Mais, pour l'heure, il se concentrait et son processus de réflexion se mit en branle, analysant chaque élément de cette maudite phrase pour la comprendre.
Le 4 juillet. Qu'est-ce qui se passe ce jour ? Un seul événement majeur, la Fête de l'Indépendance Américaine. Mais quel était le lien avec le futur ? Certes, cette fête reviendrait un an plus tard, donc dans le futur, mais ça n'avait aucun sens et surtout, aucune chance de l'aider.
Pourtant, Jérémie sentait qu'il approchait de la solution, il fallait juste qu'il regarde cela sous un autre angle. La Fête de l'Indépendance en Amérique ne s'appelait comme ça qu'en traduisant littéralement, dans le monde il était plutôt appelé « Independance Day ».
Et Independance Day était également un film, sorti en 1996 : Belpois rangea cette information dans un coin de sa mémoire, cela pourrait peut-être lui servir.
Il arriva alors dans la salle, dépassa Stellan et Jude sans un regard et se contenta de fermer les yeux et de lever une main indiquant clairement qu'il ne souhaitait pas être dérangé. Alfie s'étant rapproché et ayant l'air d'avoir repris ses esprits, il lui indiqua subtilement la même chose et se replongea ensuite dans ces pensées, dans sa tentative de déduction.
Il s'orienta cette fois là sur le futur. Quel lien pouvait-il faire entre cette notion de futur et la Fête de l'Indépendance ? Dans un sens, la notion et le mot même de « futur » pouvaient être déclinés en une multitude d'expression : le lendemain, l'année suivante, le jour d'après...

À cet instant, le lien se fit, rapidement, instinctivement, grâce au cinéma : Le Jour d'Après était un film sorti en 2004. Et la connexion avec le jour de l'Indépendance se fit alors dans son cerveau.
Quel était le lien tacite et évident entre les deux ? Le réalisateur. Les deux films avaient été réalisés par Roland Emmerich, mais l'allemand était mort dans un accident d'avion en 2022 et surtout, n'était aucunement relié à la communauté scientifique.
Mais un autre membre de la famille, si. Et Jérémie le connaissait évidemment, il était renommé mondialement et avait disparu des écrans radars en 2025, l'année de la création du régime. Et Belpois comprenait maintenant pourquoi.
Et le nom sortit alors de sa bouche, devant les mines abasourdies de ses trois collègues :
– Noah Emmerich. Noah Emmerich est Seth. On tient enfin ce fils de pute.
Aucune réaction n'envahit d'abord les trois membres, excepté le regard impressionné de Jude Watson qui semblait de plus en plus reconsidérer son opinion vis-à-vis de Jérémie.
Et alors, un léger applaudissement retentit à l'entrée de la salle, suivie d'une remarque prononcée par une voix sans émotion :
– Bravo. Je pensais que vous n'alliez jamais trouver, mais pas mal. La réputation du petit Belpois ne serait donc pas usurpé.

Immédiatement, les quatre personnes se retournèrent et Stellan amorça imperceptiblement un mouvement de recul : devant eux se tenaient cinq gardes, recouverts d'une armure de métal noire avec une sorte de fusil à pompe technologique braqué sur leurs poitrines.
Au milieu de cette armada, ou plutôt une escorte de ce que comprit Jérémie, se tenait un homme. Imberbe, grand, mince. Mine figée, cheveux blonds non naturels. Yeux rouges albinos. Noah Emmerich.
Immédiatement, le sang de Jérémie ne fit qu'un tour et il serra les poings. Le meurtrier de son beau-frère le remarqua, mais aucune émotion ne vint transparaître, et ce peu importe l'endroit de son corps que le scientifique regardait. Ce type était une armoire à glace, impossible à décrypter et donc, extrêmement dangereux : c'est ce que Belpois comprit rapidement en le fixant.
Cependant, Seth n'avait pas terminé son discours et s'avança, toujours entouré de ses gardes, tout en expliquant avec un ton morne :
– C'est moi qui ait donné à Chris cette énigme. Le fait que tout le Laboratoire me déteste est un secret de polichinelle, et je crois bien montrer n'en avoir rien à carrer. Mais tu m'intrigues. Tu pourrais accomplir de grandes choses, mais tu te contentes de rester à ce niveau.
– Jamais je ne bosserais avec toi, espèce de pourriture, gronda Jérémie en se passant la main dans ses cheveux blonds naturels, tu as tué mon beau-frère sans aucune raison...
Les yeux rouges albinos de Emmerich se posèrent alors sur Jude qui sembla pendant un court instant mal à l'aise, puis sur Alfie qui déglutit bruyamment, puis termina son parcours sur Belpois après être passé par Stellan qui se terrait. Il expliqua alors avec un ton morne et sans émotion :
– Je remarque que tu es le seul ici à ne pas avoir peur de moi. Ou en tout cas, qui ne le laisse pas paraître. Mais bon, sache quand même ceci Belpois, histoire que ce soit clair : pour moi, ton beau-frère n'est qu'un être mort. Certes, je l'ai tué, et bien c'est comme ça. Il n'avait qu'à pas fouiner.
– J'en déduis donc que tu n'éprouves aucun remord ?
Le silence qui suivit fit péter un câble, littéralement, à Jérémie qui se jeta sur le scientifique dans un accès de folie. Il fut cependant intercepté par Jude qui le plaqua au sol avant que les gardes, manifestement à cran, ne se décident à tirer.

Instantanément calmé, le blond voulait se demander ce qui l'avait pris, mais il y réfléchirait plus tard, puisque la face si inquiétante et étrange de Noah vient se planter devant lui. Ses yeux d'un rouge sang se gravèrent jusqu'au plus profond de sa cervelle et un frisson de terreur le parcourut de part en part. L'adrénaline du face-à-face ne lui avait pas permis de réaliser à quel point son adversaire était différent. Il se masquait derrière une indifférence non simulée, et apparaissait aux yeux de Jérémie comme la définition parfaite du malade mental.
Mais le scientifique se contenta de dire, tout en penchant sa tête de côté comme un serpent examinant sa proie :
– Tu ne m'as pas laissé répondre à ta propre question, donc je vais le faire maintenant. Non, je n'éprouve aucun remord. Oui, je pourrais recommencer dans dix secondes si l'envie m'en prenait. Et oui, j'ai envie de t'arracher la tête pour cet acte d'effronterie. Mais X.A.N.A. veut que tu vives. Sinon, crois-le bien, tu n'aurais pas réussi à t'enfuir de l'escalier. Je ne sais pas ce qu'il a comme projet pour toi, mais comprends-moi bien : à partir du moment où il n'aura plus besoin de toi, je te trouverais et je te massacrerais.
Sur ses mots, le tueur se releva avec lenteur, fit une dernière fois tourner lentement sa tête pour observer l’entièreté du décor qui se présentait devant lui, et s'en alla, toujours suivi par son escorte de gardes.

À peine Noah Emmerich s'était-il évaporé que la voix forte de Watson résonna dans les oreilles pendant que l'anglais le remettait violemment sur pied :
– Putain, mais je peux savoir ce qui t'as pris ? On a tous failli se faire trouer à cause de toi !
– Ta gueule, gronda le scientifique en se prenant la tête à deux mains, j'ai un putain de mal de tête.
La face de Jude se tordit en une grimace énervée et, Alfie semblant dans les vapes en train de tapoter rapidement sur son téléphone portable, ce fut le suédois qui calma le jeu en se positionnant entre les deux énervés :
– Eh les gars, on se calme là ! On est tous embarqués dans la même galère, on va pas commencer à se poignarder dans le dos bordel ! Maintenant, on va tous retourner bosser... sauf toi, Jérémie, va te reposer. T'en as déjà trop fait.
Pour le coup, Belpois ne se sentit pas le force de râler, son mal de crâne empirait et il ne comprenait plus rien à sa situation : il devenait violent, impulsif, à la limite de la paranoïa... Mais qu'est-ce que le régime lui faisait ?
Il le transformait, mais comment, pourquoi ?
Ça, le scientifique voulait le comprendre, mais il n'y arrivait tout bonnement pas. Tout ce qui se passait dépassait la logique.
Pourquoi Coy voulait renverser Arès ? Pourquoi X.A.N.A. le narguait ? Pourquoi Ogg avait menacé sa femme ? Pourquoi Noah Emmerich, la mort de Lloyd, le comportement d'Alfie, l'énigme de Chris... ? Pourquoi tout ?
De plus, il avait de plus en plus l'impression d'être surveillé en permanence... C'était sûrement son début de paranoïa qui le faisait agir comme ça, mais il ne pouvait s'empêcher de se retourner tous les trois pas pour voir si un Sauveur allait venir lui ouvrir la gorge. Tout ça à cause de son désir d'enfance de détruire X.A.N.A.

Il commençait à se demander si ce n'était pas vain, s'il ne fallait pas mieux s'en aller... Enfin, évidemment qu'il valait mieux partir très loin et laisser la situation en plan, mais Jérémie n'était pas stupide. Il savait que le virus le retrouverait et le tuerait, peu importe l'endroit où il se réfugierait.
Maintenant qu'il s'était embourbé dans ce merdier, il devait s'en sortir seul, et par un moyen sécurisant, mais en même temps dangereux : la destruction pure et simple de X.A.N.A.
Soudainement, arrivé devant la porte de son petit studio où il habitait dorénavant seul, il fut pris d'un malaise intense et se retourna vivement, juste à temps pour entrevoir un éclat blond au bout du couloir. Qu'est-ce que ça pouvait être ? La réverbération des cheveux d'un personne, des yeux.
Il ne savait pas.
Et il avait trop mal à la tête pour s'en soucier de toute manière, c'est pour cela qu'il entra dans sa pièce à vivre et alla rapidement s'allonger dans son canapé vert caca d'oie avec un soupir de soulagement palpable, auréolée d'une envie de dormir assez impressionnante compte tenu de l'heure.
Et il céda finalement assez facilement aux bras de Morphée, pour se ressourcer et partir dans ses rêves où, là, le régime et les Sauveurs le laissaient en paix.
Pour l'instant.


**

*

**


XANDER


Dans l'ascenseur l'amenant à la salle du Supercalculateur, perdue dans les fins fonds de l'Hôtel reconstruit à l'emplacement de l'ancienne Tour Montparnasse, le chef du régime ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'il avait bien pu faire de si grave pour que le Programme en personne souhaite lui parler.
Il se souvient parfaitement qu'il était en train de jouer aux échecs avec James quand le Spectre était apparu. Il s'attendait évidemment à ce qu'il lui transmette les ordres de X.A.N.A, comme à son habitude, mais le mystérieux avatar aux lunettes de soleil s'était contenté de dire que le virus souhaitait lui parler en personne. Kucsulain avait eu l'air aussi surpris que le Patron à cet instant.
Il se souvenait également avoir harcelé presque de questions, toutes contrôlées et pertinentes cela dit, l'émissaire mais celui-ci était resté muet. Il avait juste interdit au garde du corps de monter dans l'ascenseur avant de disparaître.
Berkeley ne pouvait s'empêcher, au fond, d'avoir au fond de son cœur deux émotions contradictoires : la peur et l'excitation. Il allait enfin pouvoir parler à son maître en vrai, ce qui n'était pas arrivé depuis des années, mais en même temps une angoisse de plus en plus insistante croissait dans sa poitrine.
Avait-il fait une erreur en négligeant quelque peu cette mystérieuse personne qui semblait manipuler des choses dans l'ombre ? En n'ayant pas rapidement réglé le sort de cette maudite Fraternité ? En ayant perdu le soutien d'un des trois membres de son trio de créanciers milliardaires ? Il ne savait pas ce qu'il avait bien pu faire, et ça l'énervait.
C'était dans ces nombreux moments où sa mémoire lui faisait défaut, qu'il avait le plus envie de devenir comme X.A.N.A. : infaillible, invincible, avec toute la connaissance du monde. Un programme, une machine, un cyborg, tout suffirait à Xander tant qu'il pouvait encore gouverner.
En tant qu'ancien député et même politique en général, c'était ça qui l'intéressait, et il était intérieurement malgré tout touché par la confiance que lui accordait X.A.N.A. Cette bipolarité du gouvernement était un des grands avantages de son régime, puisqu'il était très complexe à éliminer en raison de cela.

Cependant, il dut sortir de ses pensées lorsque l'ascenseur le déposa à bon port, il sortit alors lentement en resserrant avec une certaine nervosité sa veste pour observer le décor, qui pouvait facilement passer pour un laboratoire maléfique de film de science-fiction.
En effet, devant lui, se tenait un immense ordinateur relié au plafond par une armature métallique à laquelle était également reliés des engins métalliques en forme de pince qui travaillaient d'arrache-pied à la construction d'un édifice circulaire, tout en longueur, dans le côté droit de la pièce. C'était plus à gauche que se trouvait l'endroit que Xander appréciait.
Impeccablement rangés contre le mur de gauche, se tenaient des caissons. De survie. Peuplés d'humains endormis, plongés dans un liquide translucide qui ressemblait à de l'eau, mais qui n'en était pas, ça le Patron en était sûr. Leur moyen de respiration était simplement un cordon relié vers l'extérieur par un petit interstice et envoyant à intervalle régulier de l'air dans leurs poumons. Tous des criminels, des opposants du régime, et ils étaient tous devenus des cobayes. Ils seraient utilisés quand le Programme en verrait l'utilité, mais avant ils seraient condamnés à vivre dans cette immensité aqueuse.
Ils n'étaient en effet pas dans le coma, mais bien vivant, comme en attesta Xander en donnant un violent coup de pied dans le sol métallique. Le son se répercuta alors dans toute la pièce qui avait presque la tête de l'intérieur d'une chapelle, et les yeux des personnes emprisonnées s'ouvrirent sèchement, avant de se refermer aussi sec en raison de la solution aqueuse pénétrant dans leurs orifices.

Le visage de Xander se tordit d'un petit rictus satisfait et sadique, avant de se diriger vers le siège en cuir noir situé devant l'ordinateur qui contenait le Programme. Il ne pouvait cependant s'empêcher de regarder autour de lui, en raison de la lumière bleutée qui émanait de la machine et des caissons. Cette dernière apportait une ambiance presque pure et insouciante à la pièce, malgré son côté affreusement glauque dès qu'on y regarde d'un peu plus près. Berkeley avait appris de X.A.N.A. des années auparavant que l'ancien Supercalculateur détruit en 2007 émettait une lumière verte et qu'il ne souhaitait pas reproduire cela.
C'était étrange, aux yeux de Xander.
Comme si le Programme ne souhaitait pas revivre la même chose qu'auparavant. Comme s'il pouvait éprouver une certaine mélancolie, un refus de revivre le passé.

Un frisson parcourut le corps de Berkeley à cette pensée, mais il ne s'en formalisa plus après, puisque l'écran de l'ordinateur venait de s'allumer pour afficher un simple symbole.
Un cercle concentrique et difforme avec une petite excroissance sur le haut et deux vers le bas, qui contenait en son intérieur deux autres cercles plus petits, le tout formant une sorte d’œil malsain.
X.A.N.A. dans toute sa splendeur.
Soudainement, une voix de femme charmeuse quoique robotique sortit de la machine et résonna dans l'ensemble de la pièce, faisant réagir les pauvres hères enfermés dans les caissons :
– Tiens tiens, Xander... Tu sais pourquoi tu es là ?
– J'ai des possibilités en tête, exprima Xander à voix haute, mais je préfère entendre de ta voix, très étrangement choisie cela-dit, la vraie raison.
Un silence suivit, après quoi une voix grave et menaçante sortit des hauts-parleurs pour pénétrer dans le cerveau du chef officiel du régime :
– Berkeley, tu n'es pas assez impliqué. Le Découvert, comme vous l'appelez, devient de plus en plus influent, la Fraternité aussi, et ce génie de Jérémie est presque sur le point de découvrir mon secret. Je ne voudrais pas avoir à me séparer de toi.
Un petit rictus de crainte apparut subrepticement sur le visage du Patron, qui se contenta de répondre en se caressant son début de barbe :
– Tu n'auras pas à le faire, crois-moi. Les rebelles ne seront, dans peu de temps, plus qu'un souvenir, on peut se débarrasser de l'américain quand on veut et le Découvert... Je ne vais pas te mentir, c'est le seul point qui reste encore difficilement contrôlable.

Cette fois, ce fut la voix d'une petite fille de 11 ans, aigue et sévère à la fois, qui lui répondit :
– Ne touchez pas à Belpois, c'est la seule limite que je peux vous imposer. Essaye de régler tes tensions avec tes collègues, tu as carte blanche de toute façon. De toute manière, tu sais très bien que, si tu ne m'étais pas utile, tu serais mort... où plutôt que, le jour où tu ne me seras plus utile, je te tuerai.
– Tu tiens trop à moi pour me laisser tomber, le taquina Xander, plus pour avoir une confirmation que pour la blague.
– Tu n'es qu'un simple humain, répondit un vieillard ayant du mal à terminer ses mots, une vermine comme tout le reste. Simplement, tu as choisi de me servir et c'est en t'épargnant que je t'accorde cette récompense. Et non, je ne tiens pas à toi, ni à n'importe qui. La preuve.
Soudainement, un signal d'alarme tonitruant résonna dans la pièce et le Patron, sachant ce qui allait arriver, se leva du siège et alla tranquillement se positionner devant les caissons. Leurs yeux étaient tous grands ouverts, et quatre d'entre eux n'avaient plus de tubes dans la gorge.
Ils portaient leurs mains à leur gorge, tapaient de toutes leurs forces sur la paroi en verre, mais rien n'y faisait : ils agonisaient, lentement mais sûrement. Et, pendant les cinq bonnes minutes qu'ils mirent tous à mourir, Xander observa. Et il ne détourna pas une seule fois les yeux, laissant son regard bleu glacier s'imprégner des visages perdant progressivement toute couleur.
Des lèvres cherchant désespérément à trouver la moindre source d'air.
Des torses se contractant violemment au départ, puis de moins en moins vite.
Des mains serrés, devenant rouges sous la pression, jusqu'à ce que le sang coule des paumes pour deux d'entre eux.
Puis il ne resta plus que des cadavres flottants. Des yeux plongés dans le vide, vitreux. Des visages violacés, des organismes tués par le manque d'oxygène.
Un sadisme hors pair.
Et cela inquiétait énormément Xander.

Il se détourna alors et, sans retourner s'asseoir sur le siège, demanda à voix haute, tout en se demandant quelle voix allait sélectionner le Programme dans sa base de données pour lui répondre :
– Dis, est-ce que tu prends du plaisir à tuer ces gens ?
Et ce fut, logiquement, sa propre voix modifiée par l'aspect robotique du programme qui lui répondit :
– Le plaisir est un sentiment et, aux dernières nouvelles, je ne suis pas programmé pour éprouver des sentiments. C'est juste une sorte de curiosité statistique, en combien de temps ces humains mettent pour mourir, selon leur gabarit, leur taux de graisse... Certes, je pourrais dire que ça m'amuse, mais ce ne serait pas vrai.
– Tu as réussi à surpasser ton code, constata Xander avec un signe de tête épaté, qui me dit que tu ne chercherais pas à devenir humain ?
– Qui me dit, rétorqua le virus avec le même ton, que tu ne chercherais pas à devenir une machine, Berkeley ? Je peux te retourner la question, même si je connais déjà la réponse. Tu connaîtras mes projets en temps voulu.
Soudainement craintif, le chef officiel du régime retourna s'asseoir sur le fauteuil, en face du chef officieux du régime sous sa forme immatérielle, et commença une petite diatribe simple, courte et incisive :
– Quand tu m'avais contacté à l'époque, tu m'avais promis de faire de moi une machine, littéralement, qui sait tout, contrôle tout et obéit à tes ordres aveuglément. Tu m'as presque tout accordé, sauf la connaissance. Et ça, je veux l'avoir.
– Tu connaîtras mes projets, répliqua X.A.N.A. avec la voix sèche de Alliser, en temps voulu, comme je te l'ai dit. Mais tu seras récompensé, si tu arrêtes de te montrer aussi impertinent. Je suis sûr que beaucoup de personnes veulent être à ta place, alors ne me provoque pas trop.
Xander serra les poings, mais le Programme avait décidé de conclure cette entrevue et il le fit donc assez rapidement et simplement, comme à son habitude :
– Bon, je t'ai dis tout ce que tu devais savoir et inversement. Maintenant, retourne bosser. J'enverrai le Spectre régulièrement pour avoir des comptes-rendus. Ne me déçois pas ou ça va mal aller pour toi.
Et, sur cette phrase, l'ordinateur se remit en mode veille. Le Programme était retourné contrôler pleinement le Réseau.
Et Berkeley restait seul, en proie à ces incertitudes, et à bien plus encore.

Pendant que l'ascenseur remontait lentement pour le lâcher dans sa somptueuse et si grande salle de réunion, il était en proie à une peur.
Il lui semblait que X.A.N.A., ou plutôt le Programme comme il voulait qu'on l'appelle, commençait petit à petit à s'humaniser. Et cela le décevait. Il n'arrivait pas à comprendre pourquoi une machine, surtout une aussi puissante et parfaite que son maître, souhaitait devenir humain.
Une seule explication possible : l'envie de changement ou pire, l'envie de gouverner véritablement. Ce qui signerait la fin de sa propre vie, si le virus décide un jour de se créer un corps. Il ne s'embarrasserait plus de sa présence.
Malgré tout, il n'avait pas l'intention d'aller contre l'ambition de son maître, la construction de cette chose évoquant un scanner d'après les souvenirs des discussions sur le passé avec le Spectre rejoignant d'ailleurs cette hypothèse, pour la simple et bonne raison que cela l'aidait dans son objectif.
La bipolarité du régime l'aidait dans sa quête de toute manière. Il voulait devenir comme X.A.N.A. et manifestement, le Programme voulait devenir comme lui. Une ironie assez somptueuse et qui résumait bien la situation française, de toute manière. Ils s'étaient trouvés et Xander Berkeley pourrait presque dire qu'il était tombé amoureux, ce qui était idiot. Quelle personne serait assez stupide pour tomber amoureuse d'un programme ?
Sûrement pas lui en tout cas, il admirait juste le Programme pour sa maîtrise parfaite de la situation. X.A.N.A. lui faisait confiance pour régler les différents problèmes, et bien il n'allait pas lui donner une occasion de se plaindre.
Il allait donc éradiquer la Fraternité et le Découvert, tout en laissant cela dit le pauvre petit scientifique américain entre les griffes de son maître. Il méritait bien cela, après tout, le virus, de s'amuser un peu... Et voilà que Xander commençait à le considérer comme un humain.

Un éclat de rire sonore sortit de la bouche du chef du régime au moment où il sortait de l'ascenseur, ce qui fit sursauter James qui s'empressa de demander tout en se caressant sa longue barbe jaunâtre :
– Euh, vous allez bien M. ? Vous avez un rire... On dirait que vous venez de rencontrer Dieu là-dedans !
– Oh non, lui sourit amicalement Berkeley en se dirigeant rapidement vers sa table d'échec, je viens juste de voir en personne le Diable. Et disons que je ne m'attendais pas à l'apprécier autant.
– Il y a quelques années, répondit Kucsulain en regardant pensivement le plateau de jeu après s'être assis, vous auriez juste dit qu'il s'agissait d'une création du Diable, pas Lucifer lui-même.
– Je hais la religion, répliqua Xander en se caressant sa barbe tout en examinant calmement son roi, tu le sais aussi bien que moi. Et pourtant, j'aime cette comparaison, elle me paraît naturelle.
– Et je suppose qu'elle t'es venue comme ça, sans réflexion aucune.
Le visage pensif de Berkeley se transforma en un rictus mauvais, et il se contenta de clore la conversation tout en jouant nonchalamment avec son roi du bout des doigts :
– Disons que ce Diable là est une entorse à toutes les religions... Où plutôt il me rappelle juste une chose, un concept. La maladie, la Peste Noire. Il se répand en éradiquant l'espèce humaine, et l'humain ne peut rien faire d'autre qu'attendre et subir. L'humain est faible, il est tout puissant.

– Oui, conclut Berkeley en faisant tomber son roi sur le côté, il est tout puissant.


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  Sujet: [Fanfic] Game of Power  
Draynes

Réponses: 41
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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 06 Déc 2016 18:19   Sujet: [Fanfic] Game of Power
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