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[Fanfic] Projet Renaissance

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 Auteur Message
Icer MessagePosté le: Dim 18 Sep 2016 18:35   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


Inscrit le: 17 Sep 2012
Messages: 2098
Localisation: Territoire banquise
Euh... quelqu'un peut-il m'expliquer ce que je viens de lire ? Oo

Gabriel Oswald est en réalité le fils caché de Mister Spencer, de Bataille pour l'Espoir, et compte bien le montrer. Le voici en train de préparer un cadavre pour s'amuser avec. Oui c'est forcément ça.

En tout cas c'est en ce sens que l'on pouvait résumer ce chapitre. La suite se trouve derrière l'orbe d'énergie...
On remarque cependant de mémoire que les retours dans le temps semblent avoir lieu tous les trois chapitres. J'imagine qu'il y en aura de nouveau un à la terminaison du 9 Wink

_________________
http://i.imgur.com/028X4Mi.pnghttp://i.imgur.com/dwRODrW.pnghttp://i.imgur.com/mrzFMxc.pnghttp://download.codelyoko.fr/forum/avataricer.gifhttp://i.imgur.com/h4vVXZT.pnghttp://i.imgur.com/gDzGjSF.pnghttp://i.imgur.com/x46kNev.png

« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Silius Italicus MessagePosté le: Mar 22 Nov 2016 14:29   Sujet du message: Répondre en citant  
[Blok]


Inscrit le: 03 Fév 2015
Messages: 172
Localisation: à l'Est d'Eden
Le Projet Renaissance.

Bonsoir cher Pikamaniaque,
renaître prend du temps n’est-ce pas ?

Alors, que dire de ce récit à l’aube du septième chapitre ? D’une part que tout cela est pour l’instant très indépendant de la Bataille pour l’Espoir. Le seul point de lien entre ces deux histoires étant la mission qui envoie Gabriel Oswald… ailleurs.

Car il est bien plus question de cet ailleurs que de la continuité du récit précédent. Cela se constate même, et surtout au niveau de l’atmosphère et donc du style.
La Bataille pour l’Espoir relevait essentiellement d’un seul style et genre : l’épopée. Même s’il y avait des touches importantes de réalisme, et un peu de tragédie. Or le Projet Renaissance n’est pas animé par les mêmes influences. Certes, il conserve une partie de l’aspect épique, puisque l’on est à l’aube de l’Apocalypse au sens courant, et dans le fond guère plus loin d’elle au sens littéral ; il conserve une partie de l’aspect réaliste, naturaliste même, à travers le type de psychologie des personnages développés—on peut se demander si ce naturalisme n’est pas d’ailleurs massivement à l’œuvre au travers des enfants perdus. Mais ce qui domine, c’est le fantastique.
Le monde de Thiercelieux – ce nom seul est d’ailleurs révélateur – vit selon des règles différentes du nôtre. Le sixième chapitre est très clair de ce point de vue, sauf révélation majeure. Le groupe du projet Desmose pensait que les Oracles et le Gardien n’étaient que des hommes parés d’oripeaux mythiques. Il semble bien qu’il n’en soit rien. Perte des repères, hésitation sur le caractère réel ou hallucinatoire, règles floues… ce sont là les éléments du fantastique. Un fantastique mêlé d’épique, comme on le voit au travers des titres, de la présence du passé mythique et de ses prophéties… Mais cet ingrédient est bien plus maîtrisé que par le passé, il s’agit là sans nul doute d’un résultat de votre discipline d’écriture. Incidemment, il y a une certaine parenté entre le monde de Cittàgaze dans la trilogie À la croisée des mondes, et votre Thiercelieux.

Bien sûr tout cela ne va pas sans soucis. En effet, en raison de l’immixtion du surnaturel, un point dans le dernier chapitre pose problème. Gabriel a su supprimer des profils du supercalculateur, faire sauter des protections, etc. Or, ce monde n’obéissant pas au même règles que celui d’où vient M. Oswald, ce monde n’aillant pas la même histoire, il est douteux, au plus haut point, que le supercalculateur de Thiercelieux soit organisé, programmé de la même manière que ceux qu’il a pu fréquenter chez lui. Acceptons qu’il sache lire sans soucis la langue locale (après tout il la parle), pour autant, aller trifouiller les fichiers de configurations n’est sans doute pas à sa portée. Ne parlons pas du fait de déchiffrer et outrepasser des protections qui n’ont aucunes raisons d’être organisées dans un langage de sa connaissance, et organisées d’une manière qu’il connaît. Ajoutons à cela qu’il a tué tout les membres du projet sans les interroger, et procédé à ses manipulations avant le retour du dernier comparse. La question se pose d’ailleurs de savoir comment il pouvait être sûr de son retour.
Mais bon, volonté d’auteur fait loi et réalité.

Au passage, on admirera la chance qui est venue palier l’inconséquence de Gabriel. Ses actions, quoiqu’il tente de les rationaliser, relèvent plus de la vengeance que du plan tactique. Au vu du peu d’informations en sa possession, faire profil bas aurait été bien plus intelligent, plutôt que procéder à un gambit pour prouver sa virilité de survivant endurci. Quoiqu’il en dise, il tire d’abord, pense et questionne après. À sa décharge, sa mission devait être facile : tout avait été préparé, il connaissait ses cibles et leurs vies… La situation ici lui échappe complètement. Il n’était pas préparé. Aussi, là où il se pense comme un survivant endurci et supérieur, il révèle plutôt le contraire, sa peur, et surtout la rigidité énorme de son éducation. Choses logique au vu du monde dont il vient et son parcours.
Non que les membres de Desmose fassent mieux. Leur arrogance, soutenue par une supposée supériorité intellectuelle et positiviste (le texte emploie le terme de « cartésien »), s’est largement effritée pour révéler des prisonniers sans plans d’évasions. Comment ces incrédules pourraient-ils en avoir ? Ils ne connaissent même pas les règles fondamentales de ce jeu. Il est dommage que le développement de l’histoire en permette pas d’aller plus avant dans leur désespoir. Le désespoir qui va les toucher maintenant, des mains de Gabriel Oswald, étant d’une espèce bien différente.

Il est intéressant de noter, que le Gardien semble immunisé aux effets du retour vers le passé, même si cela n’est pas clair, mais que le Mal, ou plutôt ses serviteurs et manifestations (le vortex), ne le sont pas. Un principe transcendant soumis à l’immanence d’un ordinateur ? Il y a là anguille sous roche.

Au vu du peu d’éléments, essayons-nous à quelques hypothèses. Pourquoi Gabriel ne s’est-il pas retrouvé dans la bonne période spatio-temporelle ? Il y a trois réponses possibles. Ou la technique de voyage temporel n’était pas fiable (mais les éléments donnés semblent invalider cette option) ; ou le vortex, et derrière lui, le mal, ont interféré avec ce voyage, involontairement ; ou il a été amené volontairement. Il n’y a que deux coupables possibles pour ce dernier cas, le Gardien et ses Oracles, ou l’Ennemi. À titre personnel, la deuxième option paraît plus crédible. Elle fait de Gabriel l’élément perturbateur et le Joker au sein de cette case du grand jeu cosmique. Je ne peux m’empêcher de penser que le sauvetage de ce monde par Gabriel ne serait pas moins mauvais que l’Apocalypse.



Mais les réponses devraient venir rapidement, en effet la date de publication de l’ultime chapitre est censée être le douze janvier. Dans 51 jours donc. Pour tenir ce délai, il est nécessaire de publier un chapitre tous les deux à trois jours en moyenne.

Spoiler



Qui vivra verra !
_________________
AMDG

Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.
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Pikamaniaque MessagePosté le: Dim 27 Nov 2016 10:48   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


Inscrit le: 30 Jan 2011
Messages: 466
Localisation: Norende.
Des commentaires riches, pertinents, etc. C'est marrant qu'Icer évoque Spencer.
Te concernant, Silius, c'est très loin d'être le seul lien entre les deux récits. Il y a en fait une multitude de connexions entre les deux histoires, mais je ne t'en veux pas de ne pas encore l'avoir vu. Cela ne saurait tarder, ton esprit est vif, il saura trouver les réponses. Le reste de ton analyse est forte et bonne. Notamment pour le Projet Desmose, en effet.
Concernant la suppression des profils par Gabriel, il ne semble pas encore assez clair alors je vais l'expliciter ; ce Calculateur a de gros points communs avec le Supercalculateur de l'Usine, et l'Hypercalculateur de Slimane.

Je confirme que la publication du chapitre finale est repoussée pour permettre un contexte de publication dans la sérénité. Sachant que cette fiction sera achevée en 2017 c'est certain.


_____________________________________________________________

Chapitre 7 : Conversations avec le Peuple des Morts.



    Le Hall de Sécurité, Thiercelieux. Aube du 1er jour.

    « Bonjour,
    Ceci est le journal de Florent Hämälaïnen, en date du 7e jour, de la 10e décade, de la 99ème année, à l’heure 6h14, 147ème séquence, soit 351 jours. Comme chaque fois, mes amis et moi avons lancé un retour vers le passé, pour protéger notre monde du vortex dans le ciel. Et comme chaque fois, depuis 351 jours, nous essayons d’envoyer ce message plus loin que notre terre, dans l’espoir que quelqu’un le reçoive un jour. Sachez que nous sommes piégés. D’aussi loin que les livres d’Histoire le disent, un point noir existe dans le ciel, mais nous ne savions alors pas bien ce que c’était jusqu’à il y a deux ans. Et il n’a cessé de croître, chaque jour un peu plus, depuis les deux dernières années ouvrées, jusqu’à être aujourd’hui sur le point de tout engloutir. Nous avons retourné toutes les possibilités, mais c’est quand nous avons failli arriver au point de non-retour qu’avec Anselm Dubois, Samuel Parsons, Flora Parsons, Daniel Leroy et moi-même, nous avons décidé de faire entrer Thiercelieux dans une boucle temporelle infinie grâce au Calculateur Quantique du Hall de Sécurité, en lançant à chaque fois, un retour dans le temps nous ramenant trois jours en arrière. Nous tentons par tous les moyens de trouver une solution, mais 351 jours plus tard, et malgré notre exploration minutieuse de la Cité, nous n’en avons toujours trouvé aucune.

    Lors de la 146ème séquence, de nombreux événements se sont produits, remettant en cause la solidité de notre groupe. J’ai pris la décision, en mon nom propre, Florent Hämälaïnen, de conduire une expédition aux coordonnées que nous avions trouvées au cours d’une de nos missions, alors même qu’Anselm Dubois souhaitait abandonner le projet. En raison de l’échec de son plan à la 145ème séquence, tout le Projet Desmose a été particulièrement démotivé, et je me devais de trouver un moyen de remotiver le moral des troupes.
    J’admets toutefois que je ne m’attendais pas à ce que j’allais voir. Pris au piège dans une sorte d’asile, alimentée et maintenue par des centaines d’Enfants Perdus, retenant en captivité des dizaines et des dizaines d’êtres humains dans des geôles délabrées, j’ai bien cru que j’allais perdre la vie. Des informations au sujet d’une étrange légende me sont alors parvenues. Le Mythe du Héros Légendaire, écrit de la main du plus grand Oracle que Thiercelieux ait connu : Gérald Weygand-Sarrabuckeer, a été très clair sur les causes du malheur de notre ville. Nous connaîtrions en effet l’imminence de l’Apocalypse, et depuis un demi-siècle déjà, un Cavalier de l’Apocalypse avait pris possession du corps du Gardien Eliot Winchester, qui était au sein de l’Asile, le Maître des Enfants Perdus…

    Toutes ces informations constituent un progrès considérable dans la quête de nos objectifs. Je voudrais toutefois dire un mot sur Flora… Enfin, ce n’est pas utile, mais, elle est morte maintenant. La présence de Gabriel Grayson… Il n’aurait pas dû faire ça. Elle était pétillante, comme jeune femme. Elle me défendait toujours, et maintenant.

    AEZ981666-ULK-MUY-I-R.

    Notre prochain objectif sera d’arrêter la fin des temps, je suppose.
     ».

    « Tu nous as mentis. » Asséna Anselm avec virulence, alors qu’elle avait écouté et réécouté l’enregistrement plusieurs fois. Florent se cala un peu plus contre la paroi du mur. Oui, il avait menti, et il ne savait pas trop mentir, alors cela devait se voir tout particulièrement. Gabriel, de son côté, ne put s’empêcher de retenir un petit rire. Comme si le mensonge n’avait rien de commode dans cet endroit.
    « Je ne vois pas… en quoi. » La rousse sembla particulièrement contrariée et s’avança à vive allure vers lui, jusqu’à le bloquer contre le mur de la salle de contrôle. Samuel, de son côté, s’était retiré, encore sous le choc du décès de Flora. Il ne disait plus rien, et le délire qui habitait son esprit le rendait quelque peu inintéressant aux yeux du canadien.

    « Anselm, j’ai besoin de te parler à toi et rien qu’à toi. » Fit Oswald de son petit sourire faux-cul. Piquée au vif, l’adolescente dégaina alors un coup de talons, et suivit le jeune homme jusqu’au petit bureau que la cheffe du groupe s’était réservée lorsqu’ils avaient commencé à investir le Hall de Sécurité.
    « Gabriel, je ne savais absolument pas qu’il avait rencontré Alexandre. Commença-t-elle, visiblement confuse.
    — Je sais. C’est ce que je trouve amusant dans votre groupe, en fait. Vous êtes si mal assortis. Cela dit, la pute incestueuse en moins, j’ai fait quelque chose de bien au final, non ? » Proclama-t-il, le visage quelque peu amusé par la douleur qu’aurait dû provoquer ses paroles. Toutefois, Dubois n’eut pas la réaction escomptée, et se contenta de sourire à son tour.
    « Oui, je suis très fière de moi. J’ai mené ce groupe si longtemps, alors que nous n’avions vraiment rien en commun. Sauf que toi, tu débarques, et tu viens tout gâcher. » De sa petite voix criarde, elle s’était rapprochée du vingtenaire, qui la considérait maintenant avec intérêt. Pas tant parce que cette odieuse tentative pour le charmer était digne de Denis Baupin, que parce qu’il y trouvait à ce moment un intérêt stratégique. Cette psychopathe était pire que lui, elle n’avait conscience de rien, et elle n’aimait personne d’autre qu’elle-même. Sa libido devait tellement en souffrir, que cela n’étonna même pas le terrien de la voir se comporter comme une chienne en chaleur à mesure qu’elle s’était maintenant rapprochée d’un pas lascif.

    « Tu joues à un jeu dangereux, tu sais ? Commenta-t-il simplement, et sans fioritures.
    — Toi aussi, au final. Nous gagnerions beaucoup à travailler ensemble, tu sais. » Fit-elle maintenant très proche de lui. Elle se recula, tapa du pied. « C’est ce que tu voulais me dire, non ? En m’amenant ici ? ». Grayson hocha la tête, et alla s’installer sur le fauteuil qu’occupait habituellement le leader de la Desmose.
    « Vous êtes toujours mes esclaves, et j’ai toujours droit de vie ou de mort sur vous, mais comme tu es intelligente, tu aurais tôt fait de préparer je-ne-sais-quoi pour te sortir de mon emprise, et j’avoue que je ne le veux absolument pas. Ton besoin de pouvoir est éclatant, je te donne l’occasion de briller à travers moi, saisis-la, et je réglerai le problème sur lequel tu échoues pathétiquement plus vite que tu ne le crois. » Anselm se mit derrière le bureau, sur une des chaises qu’elle réservait d’habitude à ses amis. Il y avait dessus une petite statuette de phénix, ainsi qu’un gros journal derrière des encycliques réservées aux Compilations Préfectorales de Thiercelieux, autrement dit, un registre de lois.
    « Tu n’as pas supporté ce qui s’est passé l’autre jour, visiblement. Te faire avoir si facilement. Je me demande entre les mains de quels scientifiques tu es passé pour être aussi dérangé que tu ne l’es. Mais… » Elle croisa les mains. « Je suppose que je n’ai pas le choix. Tu as gagné une manche. Après, ne rêve pas trop quand même hein… ».

    Là-dessus, Gabriel se plut à sourire. Il approcha un peu sa tête d’Anselm Dubois. Celle-ci le considérait tout autant. Il ne savait toujours pas où il était, mais il commençait à bien aimer ce monde. Il était rempli de choses aussi détraquées que lui. Un endroit parfait pour le monstre qu’il est, comme la manifestation d’un cauchemar d’enfants malades.
    « Puisque Florent refuse de nous répondre, je ne vois qu’une seule solution pour le faire parler. Tu veux me donner un gage de ta bonne foi, Anselm Dubois ? Montre-moi comment tu fais parler une petite tapette insolente. »
    La rousse se releva subitement, le regard courroucé. « Sérieusement ? Tu n’as que cela à me proposer dans ton chapeau magique, Gabriel Grayson ? » Ce dernier haussa les épaules à la réplique. « J’y aurais même pensé avant toi » Poursuivit-elle, en lui tendant sa main. « C’est donc d’accord. ».
    Le canadien saisit à son tour la main de la jeune fille, pour sceller une sorte de pacte lequel reposait sur la torture de Florent Hämälaïnen. Cela constituait une bien étrange conversation, laquelle toutefois avait probablement une logique dans leurs esprits.

    ***


    Palais Municipal, Thiercelieux. Matin du 1er jour.

    Sur des écrans de contrôle, Francis Underwood observait le Hall de Sécurité avec beaucoup d’attention. Vêtu d’un costume trois pièces, il arborait une montre ostensiblement chère, laquelle n’avait que six chiffres sur son cadran. La main appuyée contre son visage, il semblait pris d’un certain ennui, si bien que lorsqu’il se recula, cela fit sursauter les quelques maréchaux présents à ses côtés dans la Salle de Crise du Palais de Thiercelieux.
    « Je l’aime bien, lui. Commenta le Maire.
    — Celui qu’ils ont récupéré aux abords de l’entrepôt ? Interrogea une femme, enfermée dans un uniforme militaire.
    — Oui, on commençait un peu à tourner en rond je trouve… Déclara-t-il.
    — Cela doit faire un an maintenant que nous les surveillons, et vous nous avez interdit de les arrêter je vous rappelle, Monsieur. Utiliser des installations militaires, c’est très grave. » Rappela un sexagénaire, qui répondait au nom de Lieutenant-Chef Kori.
    « Oui, et c’est moi qui décide, Lieutenant-Chef Kori. Je vous rappelle que vous êtes en partie responsable de cela puisque vous êtes le tuteur des Parsons. Alors à votre place, parce que telle est votre place ; un simple lieutenant que j’honore en lui permettant d’assister à une réunion de la salle de crise ; je n’oserai pas aller vers la contradiction. Je vous remercie. » Commenta le chef de l’exécutif local, visiblement peu enclin à rire. Les cheveux grisonnants, il savait se faire respecter pour son autorité et son sens des gestions de crises. De plus, il était en fonction depuis si longtemps… Pourquoi osait-on encore le contredire ? « Je le veux. » Rajouta-t-il, après une courte pause.
    Les cinq personnes présentes se jetèrent un regard circonspect.

    « Le jeune homme ? On ne sait même pas d’où il est arrivé. De plus, il n’acceptera certainement pas de nous aider.
    — Vous avez bien raison, ce pour quoi je ne lui laisse pas forcément le choix. La petite Dubois, n’a-t-elle pas demandé il y a quelques heures entre les mains de quel fou il était passé ? C’est vrai qu’on dirait une machine à tuer sans état d’âmes. Ce qui a été fait, je peux en profiter à mon avantage. Il me suffit de comprendre comment, et c’est bien pour cela que vous êtes là. Vous êtes le dernier espoir de Thiercelieux. » Refermant ses dossiers, Underwood se leva. Un commis lui amena sa canne. Il s’agissait, en fait, de son plus proche valet, lequel restait constamment à ses côtés. Pris d’une quinte de toux, le Maire s’appuya contre sa chaise. Il y eut comme un silence, que personne n’osa briser. Francis inspirait tant la crainte que l’admiration, mais tandis que la cité mourrait à petits feux, et que les généraux savaient la ville condamner, pourquoi recruter quelqu’un à trois jours de la fin du monde ?

    « Nous ne sommes pas dans une fiction, Francis. » Déclara sur un ton très personnel, le commis avec lequel il marchait dans le couloir maintenant qu’ils étaient sortis. L’ordre de capture avait été lancé quelques minutes auparavant. Ce dernier prit un sourire malicieux.
    « Antonin, c’est toujours un immense plaisir pour moi d’entendre ton avis. Il est si plein de naïveté… » Une nouvelle toux. « Il semble effectivement très difficile qu’en trois jours, nous puissions faire venir le héros de la légende. Ce devait être le Gardien, mais on dirait que c’est plus compliqué. Et si pourtant il s’agissait de ce garçon, qui apparaît pour la première fois ?
    — Ils semblent le connaître… Et pour Flora Parsons, ils disent qu’elle est morte. Comme Daniel Leroy, mais nous n’avons aucune indication là-dessus. À quoi joues-tu, Francis ? J’ai l’impression que tu en sais beaucoup plus que tu ne veux bien l’admettre. ».
    Les deux hommes étaient arrivés au bout du corridor. Un porte-manteau attendait là, la veste, l’écharpe et le chapeau du bourgmestre accrochés. Sans réponses de la part de son interlocuteur, Antonin se mit à l’œuvre, et couvrit son employeur comme il le put.
    Avant qu’ils ne sortent, ce dernier posa sa main sur son épaule.

    « Ne t’inquiètes de rien. Je suis le maire, il est logique que j’en sache plus. Si je te dis que le héros légendaire est arrivé, et que nous allons sauver cette ville en trois jours, me croiras-tu ?
    — Manifestement, non. Trancha fermement le trentenaire.
    — Oui, moi non plus. Mais j’aime bien te le répéter.
    — Manifestement, il s’agit pourtant de la première fois que tu me le dis.
    — C’en devient lassant… Bon, je vais te raconter à nouveau ce qui s’est passé. » Commenta Francis, maintenant qu’ils remontaient les jardins du Palais.

    ***


    De son côté, Florent travaillait avec beaucoup d’investissement sur le Calculateur Quantique. Il vérifiait, comme il en avait l’habitude, les différentes vidéosurveillances de Thiercelieux. Quelque chose semblait d’ailleurs le troubler, puisque sur un calepin, il relevait de nombreuses incohérences avec les données initialement intégrées à la matrice de la machine. S’il avait un temps supposé que placer le début de la séquence à 8h au lieu de 6 avait pu avoir une influence sur le déroulé des événements, les différentes équations mathématiques qu’il avait faites en vue de résoudre ce problème avaient écarté définitivement cette hypothèse. Ne restait plus, à nouveau, qu’une interrogation sans réponses.

    Dans un moment de lassitude, le garçon rechargea sa boîte courriel. Une notification était apparue dans la fenêtre du navigateur, indiquant le début d’un Chat en ligne sur une communauté intranet à laquelle il s’était inscrite pour le lycée. À nouveau, cet événement ne figurait pas à son registre de Thiercelieux. Il appuya sur le bouton. Une page apparut. Elle était vierge, de toute inscription. Seulement, l’avatar ressemblait à une espèce de masque. Il symbolisait une émotion sur laquelle Hämälaïnen éprouvait quelques difficultés à poser un nom. Ce devait être l’inquiétude.
    « Bonjour Florent ? » Avait tapé l’inconnu dans la fenêtre. Regardant derrière et devant lui, le thiercellois s’assurait qu’il n’y avait personne d’autre que lui dans la pièce. Il avait bien compris la tension palpable au sein du groupe, et préférait ne rien dire sur le moment.
    « Euh, salut ? » Écrit-il à son tour.
    « Qui es-tu ? Rajouta-t-il après quelques secondes.
    On m’a demandé de veiller sur toi, alors je le fais. Tu vas bien ? ».
    Derrière son écran, le cœur de Florent se mit à palpiter. C’était bizarre, et depuis les événements à l’asile de Holbein, il avait ressenti ce petit moment d’adrénaline qui… lui manquait, en fait, en dépit de toutes les horreurs qu’il avait vues ces jours-là.
    « Je ne sais pas trop. Je ne me sens pas très à l’aise, là, maintenant.
    Pourquoi ? ». Ce ne pouvait pas être quelqu’un de bien, et Florent en avait parfaitement conscience. Il était irrationnel de croire qu’un type venu de nul part qui a un masque en avatar, lui cherchant visiblement du bien, s’intéresse soudain à lui.
    Il se laissa pourtant prendre au jeu.
    « Rien de spécial, on m’a posé des questions, et je n’ai pas voulu répondre. Par… amitié. » Hésita le brun, en écrivant sur le clavier du Calculateur. « Sauf que cela ne plaît vraiment pas à mon amie quand je lui mens, et je ne sais pas trop mentir.
    Tu te sens bien, avec ces amis ? Ils ont l’air de te faire souffrir. » Moment de doute. La question ne comportait aucun détail, donc, elle ne mettait personne en danger. Fallait-il toutefois répondre ? Ce ne pouvait pas être quelqu’un de bien, donc il fallait réagir et prendre une décision au bout d’un moment.
    « Je ne suis pas sûr que l’on se connaisse assez pour parler de tout cela. »

    L’avatar de l’utilisateur changea. Il n’exprimait plus l’inquiétude, maintenant, mais il exprimait une forme de peur. Hämälaïnen se trouva quelque peu mal-à-l’aise, alors qu’il voyait le curseur bouger.
    « Ce que tu me dis ne me rassure pas du tout, Florent. Nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais j’ai une responsabilité envers toi, parce qu’un ami me l’a demandé, un ami qui est parti et dont je ne sais pas quand il reviendra. »
    Se pouvait-il que cette personne parle du Gardien ? Celui qu’il avait rencontré à l’asile de Holbein, et qui avait terrassé, avec tout son calme et toute sa sérénité, un des trois Cavaliers de l’Apocalypse ?
    « Qui es-tu ? Redemanda-t-il.
    Une personne qui te veut du bien. Je sais que c’est difficile à croire, dans ce monde, rempli de terreurs, où rien de ce que l’on vit n’est facile, alors même que pourtant, il existe encore des gens bien, qui sont prêts à te reconnaître pour ta valeur. Je veux juste m’assurer que tu vas bien. Je lui ai promis, s’il te plaît.
    … À celui que je pense ?
    Oui, tout-à-fait ! »
    Le cœur de l’adolescent se réchauffa au souvenir d’Alexandre. Ce moment de terreur qu’il avait vécu, accompagné, en parallèle, par ce moment de plénitude, de calme. Il avait été si proche de lui.

    Un bruit dans le couloir attira son attention, tandis que la rousse revint accompagnée de l’étranger. Il se recula, observa la conversation qu’il tenait, et ferma rapidement la fenêtre. Samuel était revenu, visiblement après qu’on l’eût demandé. Son visage cerné et fermé tirait les traits d’une fatigue extrême, et d’une tristesse absolue.
    « Je dois te laisser. » Avait-il juste eu le temps d’écrire. Il retourna le siège du poste de contrôle.
    « Anselm… » Bégaya-t-il comme il en avait l’habitude. Cette dernière croisa les bras, le visage sévère, tandis que le canadien vint empoigner fermement le garçon, pour le bloquer contre le mur.
    « Cette fois, fini de jouer Florent. Je veux absolument tout savoir. Ce n’est plus une affaire d’adolescents. Nos amis sont morts, et ton silence ne fait qu’aggraver les choses. Nous ne le tolérerons plus. Daniel et Flora sont morts, alors si tu ne veux pas qu’ils soient morts pour rien, je veux que tu nous dises absolument tout, et ce n’est absolument pas négociable. Si tu ne coopères pas, Gabriel et moi on va faire en sorte que si. » Le cœur de Florent se mit à battre la chamade. Il savait qu’elle ne l’avait jamais trop appréciée, mais à ce point, vraiment jamais. Une première gifle – assez violente – partit contre sa joue, et les souvenirs de son enfance lui provoquèrent la même cataplexie qu’autrefois…
    La journée serait longue.
    ***


    Endroit inconnu, Thiercelieux. Midi du premier jour.

    « Il a arrêté de répondre… » Répéta sinistrement un vieil homme aux cheveux grisonnants. Pris d’une quinte de toux, il se rapprocha du poste d’ordinateur. Une personne était installée sur un siège. Elle avait les cheveux blancs, et les yeux rouges. Sa peau était si pâle que toutes ses veines ressortaient, et son air la rendait quelque peu androgyne. À nouveau, elle leva les bras, et commença à faire quelques gestes. Ceux-ci n’avaient pas grand sens pour un non-initié, mais il s’agissait d’un langage des signes.
    « Cela ne présage rien de bon. Il nous a demandés de veiller sur lui. » Hence Schœneck hocha la tête, mais il était indubitablement troublé.
    « Le Gardien est introuvable depuis plusieurs mois maintenant. Je ne sais pas où il est, et pourtant… Le seul signe de vie qu’il nous envoie, c’est ce gamin à protéger. Ce gamin-même qui a tenté de nous piéger la dernière fois. Je commence à me demander si Alexandre ne serait pas mort, et s’il ne s’agirait pas d’une nouvelle manipulation de ce groupe de pré-pubères. » Objecta celui qui était connu comme l’oracle du Gardien de l’Équilibre. Ce propos fit réagir vivement son interlocuteur, qui agita ses bras avec une grande maîtrise.
    « Je suis sûr qu’il est encore en vie. Je ne serais plus là sinon. Je lui fais confiance moi. Vous devriez faire pareil.
    — Tu ne serais plus là, certes, mais ta santé décline Camille. Il ne te reste peut-être plus beaucoup de temps. ».

    Soulevant un drap qui recouvrait une fenêtre, le vieillard observa, pensif, le vortex dans le ciel. Il avait pris en compte ce que lui avait dit Camille, mais pour une certaine raison – en tant qu’oracle – et parce qu’il avait la réalité des connaissances du terrain, il savait le silence de son élève profondément anormal.
    « Le temps passe inexorablement vite. Il nous faut croire en ses capacités, il nous faut croire… Au sein de cet endroit, tout renvoie à la mort. Peut-être que nous sommes déjà morts nous-mêmes ? ».
    Le jeune qui était assis sur la chaise se releva, et se saisit d’un manteau de marin, qu’il enfila tout autour de lui. Tirant sur sa manche, les yeux sévères de Hence se posèrent alors sur lui.
    « Il nous faut aller voir qui est ce garçon. Il détient sûrement des réponses que nous n’avons pas. ».

    ***


    Le Hall de Sécurité, Thiercelieux. Après-midi du 1er jour.

    Samuel caressait les cheveux de Florent, alors même que celui-ci glapissait encore quelques larmes par terre, la peau pleine de bleus, et un coquard en lieu et place de son œil droit. Le blond n’avait rien osé dire au déferlement de violence qu’avait subi son ami, et maintenant qu’il avait tout dit, Anselm lançait de multiples calculs complexes sur le Calculateur Quantique.
    « Manifestement, les coordonnées que nous avions trouvées correspondent à un point qu’il est impossible de visualiser sur les cartes. Il se situe en-dehors des frontières de la ville. Mais enfin, des cavaliers de l’apocalypse, cela paraît insensé, non ?
    — Parce qu’un vortex qui menace de tout nous engloutir ne l’est pas, c’est ça ? Commenta Parsons, plutôt sardonique.
    — Si le Gardien était là-bas, c’est que des réponses s’y trouvent. On devrait y retourner. » Frappa du poing la rousse, dont le souvenir vivace de Daniel Leroy agonisant avait été parfaitement transmis par Hämälaïnen. Gabriel tempéra l’ardeur du groupe.
    « On pourrait effectivement en apprendre plus, mais le fait est qu’on tourne absolument en rond. Nous n’avons rien ; aucune information, aucune indication, aucune suggestion. Retourner là-bas, mais pour quoi faire ? Pour relire la prophétie mystérieuse que l’autre pédale nous a déjà dite ? Je crois qu’on va complètement dans le mur. ».
    Le blondinet aux yeux bleus resta pensif. Il semblait que depuis la mort de Flora, il n’avait plus envie de rien. Depuis sa rencontre avec Alexandre déjà, c’était comme s’il avait abandonné la lutte. Du moins, c’était ce que Florent pensait, alors même qu’il tremblait encore. Au final, la personne avec qui il avait parlé était totalement saine d’esprit ; elle avait su voir ce qu’il ressentait sans le connaître.

    « Une alarme vient de se déclencher. » Déclara laconiquement la rousse. « Ça alors, on dirait des gardes impériaux. Ils ont déjà passé quasiment toutes les sécurités. » Compléta-t-elle. L’étranger se mit sur le qui-vive. Hämälaïnen, quant à lui, releva la tête avec surprise.
    « Combien sont-ils ?
    — Euh, trois. Non, cinq. Non, dix. Douze. Vingt ! Il y a un vrai commando. On a aucune chance… » Parsons se leva précipitamment et se dirigea vers les dortoirs, tandis que Grayson dégaina son arme.
    « Merde. Putain. Qu’est-ce qu’ils font là ?!
    — Je n’en ai absolument aucune idée, ils ne se sont jamais manifestés avant.
    — Il faut se barricader ! Hurla le terrien.
    — Oh non, ils viennent d’ouvrir le sas de sécurité, comment c’est possible, ils n’ont pas le… » Anselm venait de recevoir une flèche paralysante, qui l’avait assommée en quelques secondes. Par un remarquable effort guerrier, Gabriel parvint quant à lui à esquiver les premiers tirs, jusqu’au bureau qu’il avait visité. Il n’avait aucune idée d’où pouvait être les autres, alors même que Florent n’avait même pas cherché à se défendre.

    Jetant un regard de gauche à droite en vue de retrouver ses affaires, il se souvint qu’elles étaient au dortoir. Il n’avait proprement aucune chance de s’en sortir sans, et il ne fallait surtout pas qu’elles tombent entre leurs mains. Merde, était-il si incompétent ? Retirant la sécurité de son pistolet, il s’apprêtait à tirer. Visiblement, ils voulaient les capturer, alors il ne s’agirait pas d’une fin de partie pour lui, mais le scénario commençait à se répéter que trop souvent…
    Aussi, et sachant l’affrontement perdu d’avance, il cacha son pistolet dans son caleçon. Peut-être qu’ils ne penseraient pas à le dépouiller pour sa captivité ? Misant là-dessus, il serra également plus fermement le couteau accroché à son mollet. S’il devait être capturé, autant qu’il y soit préparé cette fois.

    La porte du bureau explosa. La flèche tranquillisante le percuta sans sommations.

    Palais Municipal, Thiercelieux. Crépuscule du 1er jour.

    Le Maire Francis Underwood travaillait sur un immense bureau marbré. Le Palais Municipal était un véritable patrimoine pour la cité. On ignorait qui l’avait construit, mais enfin, cela n’était pas nécessairement important, parce qu’il avait été préservé au fil des années pour être aujourd’hui le centre politique de Thiercelieux. Un endroit magnifique, que le bourgmestre appréciait tout particulièrement, et qu’il n’aurait voulu lâcher pour rien au monde, maintenant qu’il y était installé depuis dix ans.
    « Monsieur le Maire ? » Interrogea la voix d’une femme en costume militaire qui venait d’entrer. L’intéressé leva la tête, et retira ses lunettes de vue. « Les adolescents du lycée de Hardewick et l’étranger que nous avons identifié a été récupéré. L’opération est un succès, et vous aviez raison concernant la créature. » Un visage de satisfaction apparut sur la face du cinquantenaire, qui se releva avec beaucoup d’aplomb.
    « C’est une excellente nouvelle, Kalinda. Les enfantillages, c’est bien un temps, mais à un moment, et si je ne crois pas beaucoup à l’État Providence, c’est aux institutions d’agir. » Il récupéra son manteau en laine noir, et l’enfila tout autour de lui.
    « Menez-moi à eux, et n’oubliez pas de lancer l’enregistrement du discours je vous prie. » Le militaire opina du chef, saisissant un téléphone rudimentaire posé sur le bureau du secrétariat présent à l’entrée.

    Dès qu’il fut sorti de son lieu de travail, une escorte impressionnante se mit tout autour de lui, alors même qu’il demeurait au sein du Palais Municipal. La décoration se constituait de magnifiques peintures représentant des exotismes locaux, ainsi que des sculptures en or massif dans l’Aile des Ambassadeurs, ou dans le Hall Historique du Palais Municipal, là où on faisait les démarches administratives ouvertes au public. Toutefois, et bien heureusement, depuis que l’état de siège était déclaré, plus personne n’avait le droit de pénétrer dans l’enceinte de l’établissement sans accréditations, mais il arrivait que de temps à autres, un « déséquilibré » parvienne à s’engouffrer dans les failles du système, ce qui justifiait son exécution sans délai.
    Toutefois, l’endroit dans lequel se rendait le Maire Underwood, cette fois-ci, n’avait strictement rien à voir avec la beauté arrogante et prétentieuse du pouvoir politique de Thiercelieux. Il s’agissait d’un petit sous-sol, au fin fond des caves connectées au Palais. Là où on gardait, cela allait de soi, les informations les plus importantes pour la sûreté de l’État.
    « Voilà, nous y sommes presque mon Général. » Affirma un de ses subordonnés, en face d’une petite porte en métal sur laquelle se trouvait sobrement écrit “Salle des Actes“. Un nom peu commode pour un endroit aussi lugubre. On vint lui récupérer sa canne et son chapeau. Son valet n’était pas encore présent.
    « Avant que vous ne rentriez, nous avons plusieurs choses à vous dire suite au début de notre enquête préliminaire. ».
    Le Maire hocha la tête, lui qui était aussi le Chef des Armées, et rentra seul au sein de cette petite pièce éclairée par des lampes à huile. Il s’agissait de l’antichambre des cellules, l’endroit par lequel les surveillants s’assuraient que tout restait à sa place. Le politique n’y resta que quelques minutes, avant de rejoindre le donjon dans lequel avait été mis la tête du Projet Desmose.

    Derrière une grosse table en ferraille, Anselm Dubois, et Gabriel Grayson se trouvaient enchaînés à même le sol, surveillés par des Gardes Impériaux aux airs menaçants.
    « Vous ? » Interrogea avec un air de dégoût, l’adolescente aux comportements névrosés. Le jeune homme à côté d’elle resta de marbre, et se contenta d’observer l’homme en costume, visiblement peu enclin à plaindre leurs positions.

    « Moi-même. » Confirma le Maire Underwood. « À votre place, mademoiselle Dubois, j’aurais plutôt commencé par merci. » Dit-il en référence à la petite balafre ancrée sur la joue de l’adolescente, visiblement soignée par l’équipe médicale de la Mairie.
    « Je suis enchaînée à même le sol comme un animal, et vous voulez que je vous dise merci ? » Commença-t-elle, mauvaise. « Alors merci. Détachez-moi sur-le-champ, je ne sais pas ce qui vous prend ! 
    — Allons, allons, je vous demande de vous arrêter mademoiselle Dubois. Vous n’êtes pas en position de négocier, ou même de vous agiter. C’était intéressant de vous observer depuis des mois, à former votre groupe, et à utiliser avec imprudence un ordinateur quantique agréé par le Cabinet des Armées, mais maintenant je crois qu’il est temps que cela cesse. » La rousse se calma immédiatement, et releva la tête avec une forme de surprise pantoise. Un sourire malicieux vint toutefois vite la remplacer, et elle se tut dans un regard de défiance insolent.
    « Ah, je sais ce que vous vous dites Anselm Dubois. Quel est ce vieux fou qui est en train de nous parler, alors même qu’il finira par tout oublier ? » Asséna-t-il avec la même expression faciale sur le visage. Cela calma immédiatement les ardeurs de la petite sauterelle.
    « Oui, c’est à peu près cela. Répondit-elle sans ciller. Underwood adressa un regard à Gabriel, qui n’exprimait toujours rien.
    — Ma pauvre petite Anselm Dubois. Jeune femme qui voulait devenir calife à la place du calife. Je suis surpris que vous et vos amis surdoués n’ayez jamais remarqué, n’ayez même jamais pensé que le Maire de la cité était au courant de vos manigances. Peut-être parce que du haut de votre intelligence, il vous a été impossible de voir que le Hall de Sécurité est un terrain militaire, loin d’être désaffecté. » Il asséna ses propos avec une forme de virulence, laquelle laissa interdite la fillette.
    « Qu’est-ce que vous voulez ? Demanda-t-elle d’une voix presque innocente.
    — Oui, oui, on peut aller droit au but. – Le bourgmestre désigna Gabriel des mains – Voyez-vous, ce qui est en train de se passer à Thiercelieux est fascinant à observer. Pendant que notre équipe s’assurait que vous meniez à terme vos projets, en recensant tous les événements de ces trois derniers jours, autrement dit – le sale boulot – nous attendions un événement susceptible de renverser la vapeur. Cet événement est survenu en la présence du garçon qui se trouve à côté de vous. Il en a des choses à raconter, n’est-ce pas ? »
    L’intéressé se prêta à sourire.

    « Je ne suis pas ici pour vous aider. Je ne suis que de passage. Je vais repartir. » Répondit-il tout-à-fait froidement.
    — Vous ne savez rien de cet endroit, Gabriel Oswald. Vous ne savez pas ce qu’est Thiercelieux. Vous y êtes rentré, et maintenant vous ne pourrez jamais en sortir. Vous êtes condamné à mourir ici, la question étant de savoir quand est-ce que vous voulez mourir ? » Proclama le Maire, en réajustant sa cravate. « Au bout de trois jours, ou… Dans la soirée ? » Anselm lança un regard assassin aux deux hommes présents dans la pièce. Le premier parce qu’il avait en fait comme véritable nom Gabriel Oswald, le second parce qu’il parlait de les tuer ? Cela n’avait pas de sens.

    « Vous avez provoqué une grande instabilité par votre arrivée en ces lieux, M. Oswald. Si je devais désigner un autre bouc-émissaire que le Gardien dans mon discours qui sera diffusé d’ici quelques minutes, ce serait vous, et non ce sinistre Alexandre Schwartz. Vous pensez, vous aussi, que vous êtes en position de négocier, mais la vérité c’est que vous n’avez pas le choix. D’autant que nous partageons un même but vous et moi : le Gardien. Nous le voulons tous, et à travers ma volonté, c’est ce que vous avez fait depuis tout ce temps. J’aurais dû intervenir dès le début, bien sûr, mais il me fallait des certitudes, et surtout du concret. J’en ai maintenant, il ne tient qu’à vous de coopérer. » Continua assez froidement Francis Underwood, qui s’appuyait sur sa canne.
    « Je n’ai pourtant pas grand chose à vous dire, Francis. Je ne vois pas comment vous pourriez me forcer. Je ne suis pas sensible à la torture. Répondit laconiquement l’étranger, comme s’il était impressionné par ces rodomontades.
    — Vous avez tout le temps d’y réfléchir, M. Oswald, tandis que je consulte vos données personnelles. Mais gardez bien à l’esprit une chose ; le Projet Desmose est un projet de principes. Le Maire de Termina est un homme de pouvoirs. Cela fait une remarquable différence, et vous vous en rendrez compte dans la nuit. Je compte sur vous, mademoiselle Dubois, pour lui parler du Kindestod. C’est ce dont vous parliez souvent, il me semble, à l’orphelinat… » Là-dessus, le bourgmestre se retourna. Il frappa à la porte, et ce fut Antonin qui lui ouvrit. Ce dernier lui tendit son chapeau et sa canne, jetant un dernier regard aux prisonniers.

    La rousse était apeurée. Son visage suintait la panique, et une forme de tétanie. Elle commença à s’agiter, à hurler.
    « Non, vous ne pouvez pas nous laisser ici ! Qu’est-ce que ça veut dire, pourquoi vous parlez du Kindestod ?! Où sont mes amis ?! » Face à l’indifférence de l’homme politique, elle s’agita encore plus, laissant Gabriel abasourdi.
    « Vous voulez nous tuer ?! C’est ça votre but ?! Vous savez qu’il ne coopérera jamais ! » La jeune fille tremblait comme jamais, et cela paraissait donner à Underwood un certain satisfecit.

    « Vous êtes libres de le croire, mademoiselle, mais je ne peux faire aucun commentaire. » Répondit-il avant de claquer la porte, sans la verrouiller. À mesure que les pas commençaient à s’éloigner, Anselm ne faisait que réaliser la merde dans laquelle elle était. Une merde communicative puisque Grayson lui-même ressentait cette adrénaline que tout Enfant de l’Espoir avait connu dans sa formation lorsque quelque chose faisait peur. Il fallait transformer sa peur en force, et de là naissait l’énergie ; cette formule il ne l’avait jamais oubliée.

    « Je peux savoir pourquoi tu paniques comme une juive de 1942 ? Interrogea le canadien. Celle-ci ne sembla pas comprendre la référence, et ne la prit même pas en compte.
    — Je dirais que c’est parce que potentiellement, on est dans la merde toi et moi ? Je crois que j’ai compris pourquoi il pense qu’on va se rallier à lui.
    — Eh bien, je t’écoute Cunégonde, parce que je ne sais pas comment retirer des chaînes en fer. Ce n’était plus de mon époque, par chez moi, à part dans les jeux sexuels. » Dubois lui adressa un regard noir.
    « Cela ne prête aucunement à rire Gabriel. Répliqua-t-elle, courroucée.
    — Alors explique-toi au lieu de te plaindre. Je te pensais rationnelle, mais il suffit de peu pour que tu montres le sentimentalisme outrancier si propre à ton sexe.
    — Arrête. Vraiment, arrête. Tu ne connais rien de moi, tu ne sais pas quelle enfance j’ai eue, et ce n’est même pas intéressant en fait. Je n’ai jamais connu mes parents, et j’étais dans un orphelinat…
    — Tant mieux, moi aussi ! – Fit-il, non sans cynisme.
    — Laisse-moi finir au lieu de ramener tout à toi ! Je ne te dis pas ça pour me plaindre, je m’en fous de ne pas avoir eu de famille. Mais le Kindestod… C’était, c’était une histoire qu’on se recontait à l’orphelinat de Hardewick. Certains disaient… Eh bien, certains disaient qu’il y avait un monstre qui rôdait, la nuit, et que seuls les enfants pouvaient le voir. Comme une malédiction, il n’épargnait jamais sa victime, et quand il en ciblait une, il l’enlevait et… On la retrouvait, la peau toute écorchée… » Conclut-elle, le cœur battant la chamade.

    « Ce genre d’histoires sont légions dans les orphelinats. » Balaya Gabriel. « Quand les enfants ne savent pas, ils inventent. Cela ne devait pas être vrai.
    — Mais tu sors d’où, toi en fait ? » À présent, Dubois n’exprimait plus que du dégoût sur sa moue. Elle en voulait à ce type de dire toutes ces horreurs, de l’humilier et de la rabaisser, de faire comme s’il savait tout sur tout.
    « Tu te crois meilleur que tout le monde, et tu crois savoir tout mieux que tout le monde. Tu crois que t’es encore dans ton petit monde où de ce que j’ai compris, les monstres n’existaient pas, où ce n’était que de la littérature. Quelle preuve te faut-il de plus que tout cela existe ici ? Je n’arrive même pas à concevoir que tu puisses douter. Oui, le Kindestod existe, et oui, je l’ai vue, la nuit, quand je regardais par le trou de la serrure, et que je le voyais flotter dans le couloir, s’arrêtant à une porte au hasard, sachant que celui qui se trouvait derrière ne survivrait pas. J’avais peur. J’étais morte de peur, chaque fin de mois où il apparaissait, que ce soit mon tour. Jamais je n’avais vu une telle souffrance, et ça ne s’est jamais arrêté après… C’est allé de pire en pire, et toi tu te dis que ce sont des hallucinations d’enfant ?! Pauvre merde, va. Si cette affaire est remontée jusqu’au bureau du maire, c’est que c’était sérieux…
    — … Et il a été arrêté. Par la suite, les morts ont cessé. Ce qui fait que, vu la porte ouverte, et vu le fait que nous sommes enchaînés dans une prison, je suppose que c’est ici qu’il est retenu. Je suppose donc qu’Underwood veut me faire plier de cette manière. » Commenta Oswald, sans aucune forme de contrition dans ses propos. Il ne s’agissait pas pour lui de s’excuser, mais de comprendre.

    « Détends-toi, et il ne s’en prend qu’aux orphelins. » Lâcha alors le chef de la Desmose, en se rendant compte, au moment où la phrase franchissait ses lèvres, que l’homme à côté d’elle l’était aussi. Un sourire remplaça alors toute la crainte qui l’animait jusqu’alors. « Je vois qu’ils commencent à en savoir beaucoup sur toi, Gabriel. Tu vas être forcé de t’en sortir avec moi, en acceptant l’offre du Maire. »
    La main de l’étranger vint alors se poser sur la poitrine d’Anselm. Celle-ci lâcha un cri, et il la tira vivement jusqu’à la mettre devant lui. Leurs chaînes leur permettaient d’avoir une faible latitude au niveau des gestes, et avec la force qui le caractérisait, le canadien saisit les cheveux de la fille, et la plaça de telle sorte à ce qu’elle constituait maintenant un obstacle entre lui et la porte.
    « Pas exactement, il y a toujours un second choix Anselm, et le second choix que je fais, c’est me débarrasser de toi en première pour me libérer, vu que les maillons de nos liens sont liés, et m’enfuir pendant que tu te fais dévorer. Je suis sûr que ce monstre ne mange pas deux victimes à la fois, et qu’il se contente d’une, c’est bien ce que tu as dit d’ailleurs ? ».
    La lycéenne en resta interdite. Depuis qu’elle avait rencontré cet homme, elle avait largement sous-estimé le danger qu’il représentait. Même après qu’il lui eût tiré une balle dans la gorge, elle avait juste eu l’impression de jouer à un jeu dangereux, comme une gamine égoïste qui voulait s’amuser. Or, maintenant que cela devenait extrêmement sérieux, et qu’elle avait trop joué avec le feu, elle se rendait compte qu’un monde les séparait.

    Alors, par faiblesse peut-être, des larmes jaillirent de ses joues. Grayson vint les lui sécher. « Ne le prends pas personnellement. » Lui susurra-t-il à l’oreille. « Il ne viendra peut-être même pas. Tout ceci n’est peut-être qu’un énième test, que nous fait Francis. » Conclut-il avec la voix forte, pour que si une caméra se trouvait dans la pièce, celle-ci l’entende distinctement.

    ***


    Palais Municipal, Thiercelieux. Soirée du 1er jour.

    « C’est lui qu’il nous faut. Les autres sont substituables, mais cet homme… C’est lui qui peut arrêter le Gardien. » Commenta le Maire Underwood depuis son bureau. Antonin et le général Kalinda observaient eux aussi les images. « Observez la finesse de son intelligence, et la manière dont il conceptualise tant les gens que les choses. C’est un animal sans collier qui a besoin d’une laisse. Il n’avait rien à faire ici, le téléphone que vous avez retrouvé sur lui le prouve. Il est perdu, et je l’ai trouvé. Je vais l’adopter. » Pris d’une quinte de toux, le bourgmestre s’appuya au bras de son valet. Ce dernier lui comprima un peu le bras.
    « Alors que faisons-nous, Francis ?
    — Allons, la réponse va de soi Antonin. Lâchez le Kindestod. S’il survit, alors j’aurais raison. Sinon, je me serais trompé. S’il n’est pas capable de se sortir de cette situation, il ne me sera d’aucune utilité. » Son subalterne hocha la tête, et sortit vers le secrétariat. Le militaire se rapprocha alors du chef des armées.

    « Concernant Samuel Parsons, nous ne l’avons pas retrouvé. Il est en possession de tous les disques durs de Gabriel Oswald. Nous ne savons pas où il est passé. Il serait en cavale avec sa sœur, Flora. – Surpris, son interlocuteur lui posa un regard interrogatif. – Oui, elle est censée être morte selon ce que nous savons du journal de Florent Hämälaïnen.
    — Kalinda, il est très important qu’aucun d’eux ne comprenne que nous sommes encore affectés par le retour vers le passé. S’ils l’apprennent, toute notre stratégie s’effondre. » Cette dernière hocha la tête.
    « Je n’en reviens pas que le Gardien ait réussi à nous désynchroniser du Calculateur Quantique, et je n’en reviens pas qu’on ait mis tant de temps à s’en apercevoir. Comment a-t-il osé vous faire cela ?
    — Ouvrez les yeux, Kalinda. Il ne le pouvait pas, à moins d’être mort. » Le général resta bouche-bée.
    « Vous pensez qu’Alexandre Schwartz est mort ? »

    Francis Underwood resta silencieux le temps d’une minute. Il observa la fenêtre qui se trouvait derrière lui, ainsi que le vortex croissant dans les cieux.
    « Je ne vois que cette explication au fait que nous ayons été désynchronisé du retour temporel. Vous savez de plus mieux que moi, grâce aux notes que nous avions soigneusement mis à l’abri dans les serveurs, que l’arrestation du Conseil des Oracles n’a rien donné de ce point de vue. Personne ne sait où est le Gardien. Tout porte à croire qu’il est mort, même son oracle ne semble pas savoir où il est.
    — Vous parlez de Hence Schœneck ? » Le Maire opina du chef. « Alors à quoi tout cela sert-il ? Pourquoi continuons-nous de nous battre ?
    — J’ai un dernier plan, Kalinda. Soyez patiente s’il vous plaît. Si je ne peux pas sauver ce monde, je vais vous sauver Antonin, vous et moi, et ce Gabriel acceptera sûrement de se joindre à nous. Il sait où sont ses intérêts. ». Satisfaite de cette réponse, la jeune femme se mit au garde-à-vous.

    La solennité du moment se brisa toutefois lorsque le valet rentra précipitamment dans le Bureau Doré, visiblement très inquiet.
    « Francis, il y a eu une intrusion dans la prison du sous-sol. Cela va t’intéresser. » Avec une télécommande, Antonin alluma une télévision imbriquée au mur. On pouvait y voir la silhouette d’un vieillard aux cheveux grisonnants, qui semblait avoir le même âge que le Maire, ainsi qu’une personne aux cheveux rouges sang, et à la peau très pâle.
    « Tiens, voilà qui est intéressant. » Commenta le bourgmestre, alors que les portes de la salle se refermèrent. « Hence Schœneck en personne, accompagné de l’androgyne dont j’oublie toujours le nom. Je suis stupéfait, ils viennent pour Oswald ?
    — Non, je ne crois pas. Ils se dirigent vers la cellule de Florent Hämälaïnen, fit observer le domestique.
    — Remarquable. La cellule juste à côté celle du Kindestod. Cela commence à prendre une tournure encore plus intéressante que je ne le croyais. Tu avais raison, Antonin. Ferme les portes du sous-sol. On va les enfermer.
    — Que fait-on des gardes à l'intérieur ? Intervient Kalinda.
    — Ils ne sont pas habiletés à une mission de rang S de toute façon. Veuillez activer la puce dans leur cerveau pour qu’ils soient inconscients, mais qu’on puisse les réveiller facilement au cas où. Rompez, Général. ».

    Le militaire se mit immédiatement au travail et quitta le bureau doré. À présent seul avec son subalterne, Underwood exigea d’un claquement de doigt sa canne et son chapeau qui ne le quittaient jamais.
    « Il faut que nous suivions la situation avec grande attention, Antonin. Je ne vais pas intervenir tout de suite, je veux voir ce qu’il ressort de tout cela. Peut-être que si son cher oracle est en danger, Alexandre va se manifester de nouveau. Peut-être même que s’il est mort, nous en aurons enfin la confirmation. » Il se saisit de son écharpe. « Allons, rejoignons la Salle des Actes. ».

    Il regarda sa montre. Son discours avait commencé à être diffusé.

    « Mes chers compatriotes,

    Comme vous le savez, plusieurs meurtres ont été signalés dans les rues ces dernières semaines. Une famine, d’une exceptionnelle violence, s’est abattue sur nos bourgs les plus fragiles. La mort a frappé nos contrées, au terme d’un hiver rude et implacable, où la maladie a communié avec les affrontements urbains. La tension sociale, à son apogée, n’avait jamais connu une telle virulence. De tous les instants, et depuis dix ans maintenant que l’Administration Underwood est en place, jamais le défi n’avait été si grand. Malgré tous nos moyens, malgré toutes nos ambitions, malgré toutes nos prières, nous n’avons pas réussi, et nous avons été mis plus que jamais en difficultés. Par la guerre à l’extérieur, comme par la guerre à l’intérieur.
    Raison pour laquelle, la gravité de la situation impose ce discours, parce que l’essentiel est en jeu, et que nous sommes confrontés, malgré l’état d’urgence, malgré l’état de siège, malgré les plein-pouvoirs, à une situation face à laquelle le Maire ne peut rien faire…

_________________
La veste de marin n'était plus sur ses épaules. Il portait cette fois-ci un costume trois pièces, avec une cravate au nœud Windsor parfait. Une petite broche, tout en argent, représentait un motif que Florent avait déjà vu auparavant. Quelque chose de différent se dégageait de lui, même son expression n'exprimait plus la même tranquillité qu'autrefois. Ce n'était pas le même garçon qu'il avait vu à Holbein. Seul demeurait les gants en cuir qui recouvraient ses mains. — À paraître.


Dernière édition par Pikamaniaque le Dim 29 Jan 2017 00:41; édité 2 fois
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Ikorih MessagePosté le: Jeu 05 Jan 2017 21:19   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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http://25.media.tumblr.com/tumblr_luv74jBM5M1qiayd0o1_500.gif
S'il vous plaît madame Portman, ouvrez le vortex dans le ciel de Thiercelieux!



Ok, là j'ai capté l'attention du public fan de South Park. Et j'ai perdu celle de Pikamaniaque parce que j'ai fait apparaître une morue dans mon commentaire. Ce n'est pas grave, je parle de sa fic, il devrait finir par se réveiller. (a)
Bon, eh bien Pika, puisque ça fait deux mois que personne n'est passé te voir et qu'il faut quelqu'un pour te botter le cul histoire que la suite sorte un jour...je suis là Razz

J'aimerais souligner le travail d'amateur sur la fic : l'auteur, malgré des mois passés à préparer son grand retour, nous gratifie encore de bourdes de débutant comme les personnages qui changent de nom. Demandez donc à Florent qui s'amuse à se renommer Florian dans son journal...
Je ne parlerai même pas de la grammaire absolument exécrable de l'auteur, j'ai trouvé des aberrations d'accords digne d'Icer et des fautes de syntaxe que même lui n'aurait pas commises. Relevé non exhaustif de ce qui m'a tué les yeux :
Spoiler


Terminons vite fait sur Florent, tant qu'on est lancés : il est méga casse-couilles, et je suis sûre que je suis pas la seule à le penser XD Aucune énergie, aucune indépendance, et il n'est bon qu'à regarder son groupe se retourner contre lui, grâce à l'excellente alliance Gabriel/Anselm (tu soulignes toi-même que combinés, ils sont redoutables...)
Parlant d'eux, justement. Autant séparément ils ne me font pas tant d'effet que ça, autant réunis, je trouve qu'ils fonctionnent très bien. J'espère que ce petit désaccord de fin de chapitre ne nous empêchera pas de les revoir collaborer (a). J'ai trouvé leur échange plein d'une tension assez délectable, c'est très drôle de les voir tenter chacun de prendre l'ascendant sur l'autre, on a vraiment l'impression que c'est un genre de jeu pour eux. Ce qui doit être le cas d'ailleurs, connaissant leur psychologie. Le chapitre lance discrètement le débat pour savoir qui est le pire des deux, mais pour moi ça reste Gabriel : Anselm est effectivement encore assez vulnérables à ses peurs pour révéler tout son potentiel. Et après tout, c'est elle qui finit dans la position du bouclier humain et pas l'inverse...
Le fait que les maillons de leurs chaînes soient liés est clairement une embrouille du maire, je ne crois pas à la coïncidence heureuse qui aurait fait que comme par hasard les méchants se seraient dit "Eh, on les attache l'un à l'autre, c'est plus rigolo!"...

Si on passait du côté de Francis Underwood (je n'ai aucune culture en série mais on m'indique qu'il s'agit d'une référence à House of Cards, que tu regardes si ma mémoire est bonne Razz)? Il est très nettement immunisé au retour vers le passé. ça m'a pas frappée lors de ma première lecture, mais maintenant je me demande comment j'ai pu passer à côté xD La phrase où il indique à Antonin qu'il va lui raconter encore une fois ce qui s'est passé, tout ça. Mais du coup, il est mentionné qu'Alexandre les a tous desynchronisés du Calculateur, or si les sbires de Francis semblent bien piégés dans la boucle temporel, ce dernier ne l'est pas, ce qui sous entend qu'il est toujours synchronisé. Ce procédé doit pouvoir expliquer comment il se souvient de tout sans avoir de profil, et du coup, quid de Gabriel? La seule piste qui me vient pour ce dernier, c'est qu'il est enregistré dans le Supercalculateur qui l'a renvoyé dans le passé, sur Terre. Du coup, ça pourrait sous-entendre qu'il existe un lien entre les deux ordinateurs, mais rien n'est moins sûr.
J'avoue ne pas saisir pourquoi le fait qu'Alexandre ait pu desynchroniser tout le monde du Calculateur implique qu'il soit mort. J'imagine que le récit reste flou là-dessus volontairement...

Citation:
Nous ne sommes pas dans une fiction

Pas mal xD

Sur cette magnifique transition, je fais un rapide aparté (ce commentaire est déjà tellement un merdier) sur le fait que l'oracle utilise un avatar de masque dont les expressions évoluent au fil de la conversation. Déjà, ça fait classe, ça donne l'impression qu'il y a un truc vivant dans l'ordinateur, presque. Et ensuite, encore un masque? ça commence à faire beaucoup non, surtout sachant que eux connaissent très probablement l'existence de Dimensio!
Tant que j'y suis, pour le second personnage du camp d'Alexandre...sérieux, androgyne (hommage à Belgarel j'imagine), albinos (hommage à Minho j'imagine) et muet (hommage à Kerian après avoir rendu son poste d'admin j'imagine)? Si ça c'est pas une combinaison de caractéristiques gary stuesques...et évidemment tu lui as bien mis un prénom qui permette d'identifier son sexe! :sarcasme:

Citation:
un des trois Cavaliers de l’Apocalypse ?

Quid du dernier? Sad

Bon par contre je suis déçue. Le pacte de Gabriel et Anselm avait l'air de sous-entendre que ce serait cette dernière qui torturerait Florent, ç'aurait été l'occasion de la mettre en lumière par rapport à Gabriel dans le chapitre. Mais non, c'est bien lui qui a tabassé Florent pendant qu'elle restait en retrait, vraisemblablement...j'aurais bien voulu en savoir plus mais t'as coupé la scène, bâtâârd!
Je note que Samuel n'a pas été capturé. Déjà, comment se fait-il? Et ensuite, va-t-il avoir de fait l'occasion de servir à quelque chose? Surprised
Enfin, le retour de l'univers des terreurs enfantines (que tu manies toujours aussi bien et qui a mon avis va être récurrent)...avec en bonus le thème des orphelins sur lequel c'est bien appuyé. On en avait déjà une petite accroche avec les enfants perdus qui cherchent leur maman (en général sans la trouver...), mais là, c'est totalement évident. Je note juste qu'a priori, Underwood avait pas de raison de savoir que Gabriel était aussi un orphelin en concevant son plan, or tout repose là-dessus. C'est donc qu'il le savait (ou il est sacrément con...), d'une façon ou d'une autre, et c'est ça qui reste encore à déterminer.

J'en arrive à mes mots de conclusion!
Tout d'abord, car ce commentaire était beaucoup trop sérieux à mon goût, des pronostics ont été lancés sur le personnage gay. On a Florent dans les grands favoris (après tout, la plupart de ses réactions relèvent du cliché gay, me dit-on (a)) mais je mets aussi Samuel en outsider pour ce moment où il caresse les cheveux de Florent! Se taper sa soeur n'empêche pas d'être bisexuel, voyons.
Affaire à suivre, car c'est la seule véritable chose qui nous intéresse quand on lit Projet Renaissance...

Citation:
la puce dans leur cerveau

Ah, ça c'est un mot qui me parle (a)

Je conclurai en te disant de poster la suite (au risque de te faire troller), de faire une réponse de plus de quatre lignes à mon com' (au risque de ne plus en voir pour un moment) et de...poster ton com' sur Hélicase, salaud, ça fait trois mois que tu me l'as promis!
Désolée à ceux qui ont cru à une suite de la fic en voyant le sujet remonter (a)
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Pikamaniaque MessagePosté le: Ven 06 Jan 2017 14:51   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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@Ikorih,

Quelle délice de pouvoir lire un de tes commentaires aussi complets. Je voudrais te rassurer quant à la longueur de ma réponse. Sans prétendre qu'elle soit proportionnelle à la taille du tien, je vais évidemment réagir, en même temps qu'annoncer la publication du chapitre 8.

Concernant Florent, Florian et Flora, je reconnais avoir une certaine confusion dans l'écriture. Les trois prénoms sont extrêmement proches, et quand on est pris dans un torrent d'inspiration fantastique, il est parfois difficile de se relire en toute sérénité.
Aussi je consens de ces erreurs qui ont été corrigées sans délai. Je n'ai jamais prétendu être parfait, mais voyons, cela ne m'empêche pas d'exiger cela des autres. Evil or Very Mad .
Blague mise à part, j'aime beaucoup la formulation "dégaina". Il est possible que je l'ai ré-employé dans ce chapitre, mais je vais passer donner un coup de correction sur tout cela au plus vite.

Au sujet de Florent, je te dirais de te méfier.
Certes, il a plein de défauts, il est même sûrement le personnage le moins doué de la fiction... pour le moment, il n'empêche qu'avec Gabriel Oswald et Alexandre Schwartz, il est crédité en tant que personnage principal. Ce n'est pas pour rien tout de même.
Je suis même tenté de dire qu'au vu de la suite, et même de ce que le lectorat peut d'ores et déjà constater, le personnage est un de ceux qui évoluent le plus, alors oui, le plus méga casse-couilles, mais n'est-il pas un héros en devenir ? Son potentiel est indéniable.

Au sujet de l'alliance Gabriel/Anselm, leur duo n'est toutefois pas à sens égal. Anselm admire énormément Gabriel dans toute la perversité de son comportement, mais elle ne l'égale pas. Anselm, paradoxalement, est un leader, alors que Gabriel est un leadé. Gabriel reçoit des ordres, Anselm les donne.
C'est tout-à-fait paradoxal, j'en ai conscience, mais la lecture du chapitre 8 t'éclairera sûrement en ce sens ; de même qu'un petit rappel des faits.
Gabriel remplit une mission, et il fait tout en fonction de celle-ci, alors qu'Anselm, elle, elle s'est donnée une mission qu'elle accomplit avec ses moyens. Ils sont ainsi, très différents et en même temps très semblables, ce pourquoi leur duo marche sur le court-terme. Après, sur le long-terme... Héhé, ça je te laisse le découvrir.
Je peux toutefois te confirmer que comme tu t'en es très justement doutée, Anselm est bien plus soft que Gabriel, qui, lui, est un authentique sociopathe.

Concernant le rôle de Francis Underwood, je resterais volontairement obscur là-dessus, mais quelques points tout de même.
En premier lieu, Underwood affirme à Antonin et Kalinda qu'il est bel et bien soumis lui aussi au retour dans le temps. Leur fait-il croire ? Est-ce honnête ? Rien n'est moins sûr. En revanche, il a bien réussi à stocker des données sur un serveur (visiblement relié au Calculateur Quantique, puisqu'il s'agit d'une installation militaire et d'un réseau intranet) qui lui permet de consulter le Journal de Florent Hämälaïnen et d'autres données. Cela ne présuppose en rien qu'Underwood soit immunisé, il a peut-être juste une grande maîtrise de lui-même.
En deuxième lieu, l'institution du Gardien de l’Équilibre des Forces est censée être au service de Thiercelieux. Cela me paraissait assez clair au vu des explications de Florent sur le monde de Termina (C.F chapitre 2), de fait, si retour dans le temps il y a, on sait que de source sûre, et si vous avez un peu de jugeote en lisant CharmingMagician.exe, Alexandre est capable de surmonter le retour dans le temps sans être inscrit dans un Calculateur. De ce fait, si ses pouvoirs sont si puissants qu'on le dit, pourquoi ne devrait-il pas avoir comme mission de protéger l'institution qu'il est censé servir ; à savoir la Mairie et la Garde ?
Bien sûr, pour le moment, vous ne pouvez vous cantonner qu'à des conjectures, et je ne confirmerai aucune d'entre-elle, mais dans l'esprit de Kalinda et d'Antonin, et dans la rhétorique d'Underwood, il faut comprendre que le Gardien protège les institutions de Termina. Sa mort implique de faire tomber une digue de défense ; laquelle a désynchronisé tout le personnel municipal.
Alors tu me diras ; pourquoi ne pas s'être enregistré dans le Calculateur ? La réponse est assez simple : le Gardien, une institution immémoriale, est bien plus fiable qu'un ordinateur qui peut être piraté par une bande de gamins.
En troisième lieu, ta théorie sur Gabriel et le retour dans le temps est aujourd'hui la plus intelligente qui m'a été donnée à lire. Des explicitations auront lieu dans les prochains chapitres (mais pas le Cool.

Ensuite, il y a plusieurs thèmes récurrents dans Projet Renaissance. Tu en as repéré un : les masques. Il en existe un autre, les chants. Pour le reste, je vous laisse chercher. Après tout, ma fiction est un hommage à Zelda : Le Masque de Majora. Il aurait été vraiment étrange de ne pas intégrer tous ces éléments.
Concernant Camille, j'admets que ce personnage me fait assez sourire. Ne t'arrête pas à ces considérations, pour le coup, vu comment elle est acculée, tu constateras par toi-même pourquoi ce personnage a l'air aussi fragile qu'une boule de papier, et pourquoi son caractère androgyne est moins une volonté qu'un état de faits.
Pour les Cavaliers de l'Apocalypse, ils seront au centre de l'intrigue de la prochaine séquence (10 à 13). C'est toutefois une intrigue vouée à s'étendre jusqu'au final de la fiction, donc ne t'attends pas à toutes les réponses tout de suite !

Concernant la torture de Florent, ce sont bien les deux qui l'ont torturé, mais j'ai volontairement ôté ce passage parce que je ne savais pas trop comment l'amener, et ce n'était que de la violence gratuite. De plus, ce qu'il aurait avoué étant déjà connu du lectorat, je préférais aller à l'essentiel. Un jour, en bonus, pour tes beaux yeux, cela peut se négocier.
Concernant Samuel, je t'invite à lire le chapitre 8 sans tarder ! C'est un personnage qui, effectivement, est mis de côté. Il a pourtant une place très importante dans l'intrigue de Projet Renaissance, mais peut-être ne le réalises-tu encore pas.

Citation:
Enfin, le retour de l'univers des terreurs enfantines (que tu manies toujours aussi bien et qui a mon avis va être récurrent)...avec en bonus le thème des orphelins sur lequel c'est bien appuyé

Oui ! L'univers de Termina est un mauvais cauchemar je trouve. Quand Anselm dit à Gabriel que tout est vrai au niveau des légendes, cela a l'air si terrifiant, et si évident. À un moment et pendant 7 chapitres j'ai largement insisté sur le fait que tout ça paraissait irréel aux yeux de Gabriel, maintenant je pars du principe que vous acceptez comme des axiomes que c'est bel et bien comme ça, et je vous rassure : le plot-twist final n'implique pas que Termina soit un rêve ou quoi. Aucune mauvaise surprise là-dessus.

Je voudrais conclure sur le point des enfants perdus. Tu me donnes l'occasion d'en parler, et j'aimerais expliciter le fait que dans CharmingMagician, il est implicitement confirmé que quand ils cherchent leur maman, ils cherchent avant tout Slimane. Cela a son importance, et gardez à l'esprit le vrai sens du mot maman pour le coup. En tous cas, leur apparition dans CM et dans le chapitre 5 ne marque pas, et de loin, leur dernière apparition dans le Pikaverse (oui, ce nom est classe).
Pour le personnage gay, tu verras, mais enfin, Gabriel est très clairement bisexuel, non parce qu'il a de l'attirance pour les hommes ou les femmes, mais parce que, selon sa philosophie : "un trou est un trou". Il y aura des flashbacks sur ce personnage d'ailleurs, peut-être plus vite qu'on ne le croit.


@ToutLeMonde, le chapitre 8 est sur les rails. Il s'appelle : Exercice de Style.

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Chapitre 8 : Exercice de Style



    Cachots de Termina, Thiercelieux. Nuit du 2ème jour. — Hence et Camille.

    « J’ai de plus en plus mal à la tête… » Exprima Camille, en langues des signes. Le vieux Hence posa sa main sur son épaule, dans un geste réconfortant. Cela signifiait qu’ils n’étaient plus loin du but. Cela avait été surprenant, que la piste change au milieu de leur trajet, mais au vu de l’endroit dans lequel se trouvait Florent, il était clairement en danger, et il ne fallait pas s’appesantir.
    Sa canne dans la main, Schœneck s’en servait pour se diriger à travers le dédale de cellules que constituaient les cachots du Palais Municipal. Depuis les couloirs, on ne pouvait pas voir ce qu’il y avait à l’intérieur des cellules, et peut-être était-ce pour le mieux, sachant la collection macabre que possédait la municipalité depuis des décennies.
    « Je n’ose imaginais ce qui se passerait si toutes les portes s’ouvraient d’un coup.
    — Je préfère ne pas penser à cette éventualité personnellement. » Objecta-t-il, arrivant de plus en plus près du but. Seul un couloir les séparait maintenant du petit Hämälaïnen. Un bruit sourd attira toutefois leur attention.

    « C’était quoi, ça ? Fit le petit Camille, après un petit sursaut.
    — Je dirais qu’une cellule a été ouverte. Au vu du son, elle ne doit pas être loin de celle de Florent. » Il n’en fallut pas plus au muet pour se mettre à courir, sans attendre le sexagénaire. Décontenancé, ce dernier tenta de la suivre, mais sa cadence était nettement plus rapide que la sienne, vu la sciatique en moins.
    Lorsqu’il parvint à la rejoindre une dizaine de secondes plus tard, il vit au loin une silhouette massive, coiffée d’un chapeau, et d’une mâchoire qui dépassait des commissures de ses lèvres. Sa peau était brûlée, il n’avait plus de pupilles dans ses yeux, et une touffe de cheveux gras et rousse encadrait son visage macabre, du peu qu’il avait d’humain. Son cœur ne put s’empêcher de faire un bond contre sa poitrine, d’autant que son accompagnatrice se tenait exactement à moins d’un mètre de lui.
    « Doux Jésus, recule Camille ! » La bête se retourna alors, et Hence prit conscience de la stupidité avec laquelle il venait de trahir leur présence. Muette comme elle était, le monstre ne l’avait visiblement pas entendue.

    Aussi, pour faire face à la situation, l’oracle monta au créneau. Avec sa canne, il arriva au niveau de l’handicapé, et tendit son bras pour faire obstacle à cette chose.
    « Je t’ai déjà vu dans un livre, toi… » Commenta-t-il, les traits fermés. La créature parut alors honorée, et souleva son haut-de-forme en guise de respect. Cela sembla provoquer une réminiscence au sein de la mémoire du vieillard. « C’est lui, le tueur d’enfants. Recule-toi, Camille… » Lui dit-il en la repoussant de son bras droit. Jetant un regard rapide sur ses mains, il constata qu’effectivement, cette chose avait les mêmes griffes pour lacérer ses victimes que ce que la légende d’époque disait.
    Cette inattention faillit valoir un Schœneck un aller-simple contre le mur des cachots. S’étant reculé in extremis, il s’interrogea sur le bellicisme du Kindestod.
    « Que fais-tu, pourquoi t’en prends-tu à lui ? » Demanda Camille par la voie des gestes. Le monstre ne répondit pas, et se contenta de se rapprocher dangereusement.

    « Il ne s’en prend qu’aux orphelins, sans conditions d’âge j’imagine. Je n’ai plus l’âge d’avoir mes parents, et tu sais ce qui sont advenus des tiens. Il n’est toutefois pas tomber sur les bonnes victimes. J’ai moins de pouvoirs qu’Alexandre, mais il ne faut pas me sous-estimer. » Frappant du manche de sa canne contre le sol, un éclair blanc aveugla le corridor. Hence profita de cet instant pour saisir le poignet de sa protégée, et se mit à courir vers la cellule de Florent, qui était déjà ouverte, la porte enfoncée.

    Relevant sa main, une force mentale impressionnante permit à la massive porte d’acier de se refermer, et de se verrouiller. De violents coups se firent immédiatement entendre contre la paroi. Il semblait que la force de cette créature soit infinie tant elle défonçait littéralement l’ossature de l’entrée.
    « On ne va pas pouvoir rester ici très longtemps… » Grommela-t-il. Camille tira alors plusieurs fois sur sa manche, ce qui eut pour effet de l’agacer profondément. Elle pointa du doigt le corps à terre de Florent Hämälaïnen, lacéré de sang, une partie de la peau écorchée. Se précipitant à son chevet, le jeune agita alors ses mains dans tous les sens.
    « Vous devez le soigner immédiatement. Il se vide de son sang. » Le sexagénaire se rapprocha à son tour de l’adolescent au sol. Il ne parvenait plus à bouger, et son expression était restée figée sur une expression de terreur tétanique.
    « Alors c’est ainsi qu’il procédait… Il paralysait ses victimes, qui ne pouvaient ni crier, ni parler, ni bouger. Seulement agiter ses pupilles dans le vain espoir que quelqu’un vienne les sauver…
    Soignez-le ! Dépêchez-vous espèce de vieillard impotent ! » L’oracle releva la tête.
    « Pourquoi ? Il est capable de se régénérer auprès du Calculateur Quantique, même s’il meurt.
    Vous n’avez rien retenu avec votre protégé alors. Il n’a pas que des blessures dû au Kindestod, regardé ses marques sur sa peau. Il a été torturé, et brûlé par un espèce d’objet concentrique, comme une cigarette. Il est en danger avec le groupe de la Desmose, ce pour quoi le Gardien voulait qu’on l’aide ! Regardez toutes les plaies. S’énerva son acolyte par les sigles de ses doigts.
    — J’ai été investi de la puissance des oracles, mais si je le soigne, je vais considérablement perdre en puissance. Je ne saurais pas mettre toute la gomme pour te protéger contre le Kindestod.
    Peu importe, il faut que vous le soigniez ! C’est la volonté du Gardien !
    — Tu n’en sais rien espèce d’arrogante. »

    Suite à quoi, les deux partagèrent un silence entendu, jetant un regard contre la porte métallique. Ils n’entendaient plus aucun bruit. Depuis quelques secondes déjà. Ils prolongèrent ce silence le temps d’une minute, et Hence se rapprocha de l’entrée, posa sa main dessus, comme s’il put voir à travers l’espace d’un instant. Cela sembla le crisper, et le fatiguer, si bien qu’il décocha une nouvelle quinte de toux.
    « Il n’est plus derrière la porte.
    Cela veut dire qu’il est parti ? » Hochement de tête. Shœneck retira ses lunettes et revint alors près du petit Florent. Il se baissa à son niveau. « Je vais le soigner, mais parce qu’on a besoin de réponses quant à toute cette situation. » Faisant une moue synonyme d’exaspération, Camille se fit toutefois la remarque à elle-même qu’il s’agissait de mieux que rien.

    Posant sa canne près du blessé, le vieillard joignit alors ses deux mains sur le torse découvert du lycéen. Ses yeux pétillaient d’espoir, et son soigneur se rendit bien compte de tout ce que ce geste importait pour lui, parce que l’espace d’une minute, il se sentit en connexion directe avec l’esprit de Hämälaïnen. Il ressentit pendant un bref moment, et avec une brève intensité, tout ce que le jeune homme avait subi au cours de sa vie. Des humiliations, des moqueries, du harcèlement dans une dimension indicible. Les coups de son tuteur, la violence avec laquelle il avait été traité toute sa vie, par son entourage et par ses propres amis, et malgré tout, une pureté de cœur qui le rendait insensible au mal qui se répandait partout autour de lui.
    Les plaies disparurent et se refermèrent. Le vieux, considérablement épuisé par ce qu’il venait de faire, se permit alors de tomber à son tour contre la paroi du mur. L’esprit de cet adolescent était au moins aussi torturé que tous les gens de Thiercelieux, mais il dégageait en lui quelque chose d’unique, quelque chose de sain, quelque chose qui ne collait pas avec l’ambiance général de Termina. Cela lui donna chaud au cou, et il défit un peu le nœud de sa cravate en conséquence.

    Florent, quant à lui, se releva brusquement. Il était tremblant, et terrorisé. Camille se sentit alors obligée de poser sa main sur lui comme pour le rassurer, ce qui eut pour effet de réguler un peu sa respiration.
    « Vous m’avez sauvé… » Déclara le garçon alors qu’il reprenait ses esprits à coup de grandes respirations. L’androgyne à côté de lui tenta de communiquer avec ses gestes, mais remarqua avec embarras que le brun ne pouvait pas la comprendre, d’autant que le masque qu’elle portait ne la rendait, ni expressive, ni rassurante. Il sembla toutefois que l’adolescent fasse immédiatement le lien avec la personne qui lui avait parlée sur l’intranet quelques heures auparavant.
    « Pourquoi vous m’avez sauvé ? Je ne vous connais pas… » Rajouta-t-il au bout d’un temps, maintenant qu’il avait pris le temps d’observer et d’analyser l’endroit dans lequel il se trouvait. À nouveau, la muette se sentit frustrée de ne pouvoir intervenir.

    « Nous avons une connaissance en commun. Une connaissance, qui nous a demandés de veiller sur toi. » Hämälaïnen tourna la tête, visiblement surpris.
    « Cela concerne le Gardien ? Demanda-t-il le plus innocemment du monde.
    — Oui. Assura son protecteur, de sa voix forte. Camille, la personne qui porte le masque, est également un proche d’Alexandre Schwartz. Nous sommes venus te chercher parce que tu es en danger, et il semblerait que tu aies des informations à nous transmettre. ».
    Ce dernier point surprit beaucoup le lycéen, qui se ferma comme s’il se demandait si ces gens étaient tout-à-fait honnêtes. Il reconnaissait bien sûr le plus âgé d’entre-eux, qu’Anselm avait failli arrêter dans l’entrepôt des serveurs. Toutefois, il pouvait aussi s’agir d’un mirage du maire pour lui donner des informations sur ce héros de légende.

    « Je sais que tu doutes Florent. Tu n’es pas dans une atmosphère saine qui te permet de te sentir en confiance. Mais nous sommes tes alliés, et on ne compte pas t’abandonner. » Traduisit Hence lorsque les doigts de son acolyte s’agitèrent pour s’exprimer avec frénésie. Ce ne fut qu’à ce moment que le jeune comme comprit qu’elle était muette, et cela le plaça dans un certain embarras.
    « Florent Hämälaïnen. Je te parle au nom d’une très vieille institution. » Commença alors l’oracle du Gardien. « Une institution qui a traversé les millénaires, et qui est porteuse de grandes valeurs depuis sa création. Ni Camille, ni moi-même ne pouvons te donner de certitudes quant à qui nous sommes, mais pour que tu comprennes bien la portée de tes actes, le pouvoir que tu possèdes par le simple fait d’avoir été en contact avec Alexandre, j’aimerais te dire que moi, son professeur, moi son protecteur, moi, celui qui était censé le guider et lui permettre de sauver Termina, je n’ai plus aucune nouvelle de lui depuis plusieurs mois. Je ne sais pas où il est, et je ne sais même pas s’il est encore en vie. Florent Hämälaïnen, pour que ce soit encore plus clair, tu es la dernière personne à avoir vu le Gardien de l’Équilibre en vie, alors nous avons besoin que tu nous aides et que tu nous dises, si tu le veux bien, ce qui s’est passé ce jour-là, à l’asile de Holbein. ».
    Ce laïus troubla profondément le brun, qui n’était pas habitué à ce qu’on lui laisse autant le choix.

    « Si je veux ? Répéta-t-il bêtement.
    — Si tu veux, oui. Commenta le sexagénaire.
    — Alors… Je veux bien. » Rajouta-t-il. Schœneck réajusta ses grosses lunettes, et hocha la tête. Camille, de son côté, avait passé une main sur son masque pour le retirer. Son émotion était vive, depuis le discours de son mentor, qui avait parfaitement résumé les enjeux du combat qu’ils menaient depuis tout ce temps.
    « J’irai à l’essentiel, parce que cet endroit n’est pas le plus familier pour discuter.
    — Attendez ! S’exclama soudain son jeune interlocuteur. – Vous avez dit que cela faisait des mois que vous n’aviez pas vu Alexandre, mais lorsque… Lorsque mon groupe a essayé de vous piéger, vous nous avez dit que nous avions un choix cornélien à faire, à propos du calculateur. Il était là-bas, donc vous saviez où il était. »
    La question sema le trouble dans l’esprit du vieux sage, lequel essayait visiblement de se remémorer cette suite d’événements.
    « J’ai bluffé ce jour-là. » Finit-il par conclure. « Une masse d’énergie impressionnante avait été libérée. Je pensais justement que nous allions retrouver Alexandre. Il en a été tout autre. Je ne sais pas qui vous a permis de retourner dans le temps.
    — Comment pourrais-je vous croire alors que Samuel a certifié le contraire ? Quelqu’un a empêché Anselm de vous faire du mal, et elle n’était pas avec vous. » Rajouta l’adolescent en pointant du doigt l’androgyne, qui sembla pâlir à cette désignation. Leurs regards se croisèrent, et un vent de culpabilité désarma son ton accusateur. « Je veux dire… Il faudra chercher qui c’est à l’occasion, mais j’écoute votre question. » Fit-il en baissant la tête. Le muet agita alors son bras, et tenta de communiquer, ce que Hence traduisit tant bien que mal.

    « Tu ne devrais pas t’excuser autant. Elle a raison. Tes questions sont légitimes, jeune homme, mais je ne sais pas y répondre, et ce n’est peut-être pas le lieu. Il faut que l’on sorte d’ici, mais avant, que faisait-il à l’asile de Holbein ?
    — Eh bien… Il cherchait à ce que… Euh. Il y avait une légende, laissée par écrit par un certain Gérard Gand-Sarakeer.
    — Gérald Weygand-Sarabuckeer. Corrigea fermement le sexagénaire.
    — Oui ! et cette légende… Elle parlait de cavaliers de l’apocalypse. Je suis à peu près convaincu que c’était ce que le Gardien cherchait, et il en a trouvé un. Il avait les traits d’un mort en décomposition, un ancien Gardien. Le plus connu de Thiercelieux ; Eliot Winchester. Il l’a annihilé devant moi, et après… Je ne sais pas où il est parti, je suis désolé. Il m’a touché le front, et…
    — Vous devriez être mort.
    — Sauf que j’étais sous translation, un phénomène informatique un peu difficile à expliquer, mais je n’ai aucune autre information malheureusement. Il m’a pris dans ses bras et il m’a dit qu’il continuait à se battre, qu’il n’avait pas abandonné même si on s’en rendait pas compte. C’était intense, il dégageait tellement… tellement de tranquillité, et d’assurance. Je crois que c’est la première fois que je me suis senti en sécurité avec quelqu’un. »
    Cet échange plongea l’oracle dans un certain trouble. Le fait qu’Alexandre Schwartz continuait à mener cavalier seul, la mission de sauver Termina ne le rassurait pas, d’autant que cela ne lui ressemblait pas. Si ces nouvelles auraient dû le rassurer, elles ne firent en fait que l’inquiéter davantage. Il n’aurait jamais dû se rendre à l’asile de Holbein, il lui avait formellement interdit, mais c’était des considérations sur lesquelles il ne pouvait s’attarder dans le moment présent.

    « Nous ne sommes pas en sécurité dans ces cachots. Nous pourrons en parler plus calmement une fois que nous serons sortis. Nous saurons également ce qu’il doit advenir de toi, parce qu’une fois dehors, tu auras un choix à faire. De nouveau. » Conclut Schœneck, avec cette voix mystérieuse de vieux sage de livres, que Florent détestait tant. Les manières abruptes de cet homme le décontenançaient, mais au moins semblait-il le respecter plus que “ses amis“ de la Desmose. Il se fit la remarque à lui-même que c’était pas simple, la vie de victime.
    « Le problème c’est que cet endroit est un vrai labyrinthe, je ne vois pas comment on pourrait sortir. » Rajouta Camille, en agitant ses mains, et en remettant le masque qu’elle avait sur la tête, et qu’elle avait partiellement enlevé quelques minutes auparavant. Si l’adolescent ne comprenait pas la langue des signes, il avait toutefois bien deviné quel teneur cet échange avait pu avoir, et intervint immédiatement pour les rassurer et se rendre utile :
    « Moi je connais un chemin. Je m’intéresse à tout un tas de choses que les gens disent inutiles. La construction labyrinthique de prison a fait partie de mes intérêts restreints pendant un an. Je crois pouvoir me repérer une fois qu’on sera dans les couloirs. J’avais piraté un plan il y a… Longtemps. ».

    Ce fut peut-être la première bonne nouvelle de la journée pour Hence, qui se montra particulièrement satisfait.
    « Ne perdons pas de temps dans ce cas. ». Cela sembla communicatif, parce que Florent se sentit alors très enthousiaste à l’idée de se sortir de ce pétrin, avec des gens qui au moins, le respectaient et l’écoutaient. L’ampoule de la cellule se cassa, lorsqu’ils sortirent. Aucun des trois ne sut toutefois expliquer d’où cela venait.

    Cachots de Termina, Thiercelieux. Aube du 2ème jour. — Gabriel et Anselm.

    Anselm Dubois se débattait de toutes ses forces pour sortir de l’emprise de Gabriel, mais celui-ci la retenait avec beaucoup d’énergie. Il l’avait plaqué au sol, et entourait par les maillons de ses chaînes, ses deux bras de sorte qu’elle ne pouvait même plus bouger. Depuis de longues heures déjà, le Kindestod n’était pas apparu, mais plus la nuit passait, plus l’hypothèse de son arrivée se renforçait. Les bruits sourds qu’ils avaient entendu un peu plus loin ne faisaient que le confirmer au sens de la rousse, qui connaissait mieux que quiconque sa manière de procéder.
    « Gabriel ! Stop ! Arrête ! Il arrive ! Je l’entends ! Quand il frappe contre les portes comme ça c’est qu’il est en colère. Je t’en supplie ! Cela fait des heures qu’on aurait pu trouver un moyen de se… » Interrompue brusquement, elle se mit à se mordre les lèvres. Le coude de l’étranger venait de lui fracasser le bras contre le sol. Elle se retint pourtant de crier, mais céda au bout d’une nouvelle pulsion.
    « Ferme ta gueule Anselm Dubois. Tes crises d’hystérie me piaillent dans les oreilles. On dirait une poule qui s’apprête à aller dans un abattoir. Si on en est là, c’est par ta faute. Vous me mettez dans la merde en permanence depuis que je suis dans votre groupe. Alors oui, vous me faites un peu d’action, mais ça ce n’était pas prévu au programme, alors ta, gueule. » Fit le jeune homme visiblement très en colère, déchaînant des coups de poing sur ses hanches comme pour se défouler. Sa victime commença d’ailleurs à pleurer, preuve qu’elle n’avait aucune solidité psychologique.

    De plus, Oswald n’avait probablement pas remarqué que l’atmosphère de la pièce s’était rafraîchi de plus en plus, jusqu’à devenir totalement froide. Trop occupé à maîtriser ce qu’il appelait “la hyène“, il n’avait de ce fait pas pris garde à surveiller la porte d’entrée, qui faisait maintenant apparaître à son interstice une créature à la mandibule sortant des commissures de ses lèvres, aux cheveux gras de plus de six mois, aux pupilles blanches, et à la peau brûlée. Cette créature ne faisait pas le moindre bruit, parce qu’elle flottait dans les airs et qu’elle se délectait d’approcher sans que ses proies ne la remarquent. Une langue fourchue balaya d’ailleurs les contours de sa bouche, alors qu’elle était à présent entrée dans le cachot.
    Ce fut Anselm qui la vit la première, et qui se mit à hurler de toutes ses forces un appel au secours. Relevant vivement la tête, le garçon fut surpris de la taille de cette horreur. Elle faisait plus de deux mètres, et elle portait un haut-de-forme sur la tête. Cette vision aurait pu le tétaniser, si la division de l’espoir n’avait pas autant insisté pour leur faire voir des films d’épouvantes chaque soir de leur jeunesse, pour qu’ils s’habituent et s’acclimatent à la peur. Aussi, il ne fut que soufflé par la surprise, comme il l’avait été tant de fois à Thiercelieux. Cet endroit ne semblait être qu’un cauchemar animé.

    Ne perdant toutefois pas ses réflexes, à mesure que la chose approchait, dégainant ses griffes, il tira le bras de la petite Dubois, qui se débattit avec l’énergie vive d’un animal effrayé, le cœur cognant contre sa poitrine. La force de Gabriel était toutefois bien supérieure à ses gesticulations, et elle fut projetée un peu plus en avant, aussi loin que le pouvait la chaîne qui liait leurs menottes. Tentant de se relever, la main du sociopathe retenait toutefois son mollet, et l’empêchait de se hisser sur ses deux jambes maintenant qu’elle était aux pieds du Kindestod. Sous l’effet de la panique, elle commença à griffer frénétiquement le sol, et dans un effort désespéré, elle voulut balancer un uppercut contre la jambe du monstre.
    Cela lui fit l’effet d’un coup contre une brique de ciment, et elle en ressentit une vive douleur. Il sembla alors qu’un sourire se dessina sur la mandibule défigurée de ce qu’elle combattait, et d’un coup de griffe tranchant, il passa son poignet contre son dos. À cet instant, Grayson, qui désirait rester mettre de la situation, se jeta en avant pour que cette frappe le libère de ses liens.

    Cela fut un succès total. Libéré de ses liens, le garçon allait pouvoir s’enfuir. S’apprêtant à contourner la créature, il avait toutefois sous-estimé l’instinct de survie de sa compagne, laquelle lui retint le pied, ce qui eut pour effet de le faire chuter à terre. La chimère parut elle-même surprise par la violence des échanges entre les deux humains, ce qui ne l’empêcha pas de s’agenouiller près d’eux, maintenant côte-à-côte. Roulant sur le côté, le franco-canadien réussit alors un coup de maître qui lui évita ses griffes paralysantes. Anselm commençait à se reculer, mais la force brutale du monstre l’arrêta, qui la tira d’un coup sec par les cheveux en la soulevant au-dessus du sol. Une peur tétanique s’éprit d’elle, et malgré de nouvelles gesticulations désespérées, des plaies béantes giclèrent leur sang à travers sa tunique grise. L’effet du paralysant sur les lames commença immédiatement à se répandre dans les pores de sa peau, et elle perdit progressivement l’usage de ses membres, totalement impuissante entre les mains de son cauchemar d’enfant.

    L’occasion de s’enfuir pour Gabriel était trop belle. Malgré les anneaux qui restaient autour de ses poignets, il s’élança en quête de liberté, passa à côté du Kindestod et se jeta dans l’entrée, qui s’était refermée très rapidement alors même que cette porte métallique était très lourde. Le cœur d’Oswald s’accéléra, et il se retourna. La main du démon avait visiblement tout fermé par télékinésie.
    « Et merde… » Commenta-t-il à lui-même. Il n’avait donc pas le choix que de le combattre. Tout alla très vite dans son esprit. Il se saisit d’une barre de fer qui jouxtait la table d’interrogatoire, et appliqua une des techniques apprises dans son éducation. Là encore, la créature ne chercha pas à se défendre, parce qu’elle ne ressentit aucune douleur tant ses membres étaient rigides. Tout au plus, elle dévisagea celui qui l’attaquait avec un regard de pitié, encore qu’il était difficile d’en être certain vu son absence de pupilles.

    Était-ce la fin ?

    « Foudre sonique ! » Soudain, une onde sonore fit exploser la porte de l’extérieur. Le bruit assourdit toute la cellule, mais le monstre ne sembla pas tant affecté par le pouvoir qui venait d’être utilisé pour libérer la sortie.
    Samuel Parsons apparut pourtant dans l’interstice de la porte, accompagné de Flora Parsons. La fille même que Grayson avait pourtant tué de ses mains. Visiblement sous translation, les deux adolescents jetèrent alors un regard entendu à Dubois, dont les pupilles s’animèrent d’espoir.
    « Wow ! J’aurais jamais cru d’mon vivant qu’j’verrais ce truc. » S’exclama le blond aux yeux bleus, dans un costume jaune-blanc-noir, alors que la chose, furieuse, vola à leur rencontre, les griffes saillantes. Sa sœur s’interposa, et une espèce de bouclier végétal retint les violents coups du Kindestod, lequel fut projeté en arrière par de nouvelles acoustiques.
    « Tu ne crains plus rien Anselm, on est là ! » Fit la brune, visiblement fière d’elle-même dans sa tenue verte et rose.

    Gabriel, qui était resté avec sa barre de fer, afficha une surprise qui l’avait totalement décontenancée. Les deux sauveteurs le remarquèrent et ne purent s’empêcher, surtout pour la dernière, de lui afficher un mépris et une condescendance la plus totale.
    « Ah oui, c’est toi que ça doit surprendre le plus. Commenta la fille sombrement.
    — Ché pas comment elle a survécu. Elle-même elle sait pas, mec. Mais t’sais quoi, c’est pas un problème. Elle m’a sauvé, et maintenant on vient sauver notre vraie amie Anselm. J’ai rien dit parce que je respecte Anselm mais il faut parfois quelqu’un pour sauver Anselm, et c’pas toi. »
    Oswald chercha à accéder à son arme en se rappelant qu’il ne l’avait plus, ce qui le fit grommeler intérieurement. La bête, qui était coincée contre une paroi du mur, visiblement paralysée par la bulle sonique au sein de laquelle il était, tenta tant bien que mal d’en sortir, et il s’agissait pour Samuel de conserver une énorme concentration pour ne pas perdre le contrôle. Sa petite-amie s’était approchée de la rousse, et l’avait attrapée sur son dos, à l’aide de ses pouvoirs.

    « On va te laisser ici. Avec ce truc. Ça te fera une bonne punition pour avoir tenté de briser notre groupe. Et maintenant, on va récupérer Florent. » Fit l’orphelin, le plus froidement du monde, lui qui était pourtant resté si silencieux, si perturbé depuis qu’il avait dit avoir rencontré le Gardien. Un nouvel espoir semblait l’animer, encore plus maintenant qu’il avait retrouvé l’amour de sa vie, et sa petite-sœur de cœur.
    « Non ! » Hurla alors le franco-canadien, qui se jeta contre eux. Comme il eût fallu s’y attendre, une simple onde sonore suffit à le mettre à genoux, Gabriel ne disposant d’aucun pouvoir particulier.
    « N’ose même plus nous approcher, connard. ».

    À genoux, le terrien devait consentir à une nouvelle défaite. Accablé au sol, le jeune homme, prostré, voulait frapper le sol de toutes ses forces, mais tout était en train de s’embrouiller dans son esprit maintenant que les Desmose-guerriers l’avaient frappé. Tout était en train de foutre le camp, rien de ce qu’il faisait n’avait marché ici, et cette douleur… Elle était analogue à celle qu’il avait ressentie lorsqu’il était arrivé à Termina. Elle lui siphonnait l’esprit, sauf que cette fois-ci, il n’avait plus rien pour s’en défendre, et il sombra, peu à peu, dans la léthargie, alors même qu’un coup de griffes fugace sur son dos le paralysa, et le priva de tous mouvements.

    Cachots de Termina, Thiercelieux. Après-midi du 2ème jour. — Underwood et Antonin.

    « Tout cela était vraiment inattendu… » Commenta Antonin, dans l’étroite Salle des Actes, la salle qui était connectée aux écrans de tous les cachots. Son haut-de-forme dans les mains, le Maire de la cité observait quant à lui, dans le silence, le départ du groupe de lycéens.
    « On a perdu la trace des deux gamins et de l’oracle, on va sûrement perdre la leur aussi. Rajouta le valet, en parlant de Samuel, Flora et Anselm.
    — Oui, tu as raison, j’admets être stupéfait de voir comment on rentre dans cette prison comme on rentre dans un moulin. Je ne savais pas la sécurité si défaillante. Enfin, cela n’a plus beaucoup d’importance, Gabriel Oswald a échoué mes tests. » Fit le vieil homme, en direction de la caméra de sa cellule. Sur l’image en noir et blanc, on voyait le Kindestod tirer la jambe du garçon pour mieux se positionner.
    « Ce monstre… Il a quelque chose de fascinant. Il se prend tellement au sérieux ! » Commenta le bourgmestre, un sourire franc aux lèvres. « Lui et moi ne sommes pas si différents, hormis physiquement. ». L’homme de main opina du chef, tandis que le sexagénaire s’était levé pour remonter dans son bureau.

    « Monsieur, attendez, qu’est-ce que. » Le vieillard se retourna. Dans le petit écran, qui ne laissait guère de place, on pouvait toutefois voir que le psychopathe s’époumonait, et s’était relevé en dépit de la drogue paralysante. Cela avait semblé surprendre jusqu’à la créature qui était prête à le dévorer.
    « Par la barbe d’Eliot Winchester, qu’est-ce que c’est que cela ? Déclara le chef de l’exécutif, un regain d’espoir dans les yeux.
    — On dirait qu’il est en train de surmonter le poison qu’il y a dans son corps.
    — Tu as une très bonne vue Antonin, mais ce n’est pas censé être possible. » Continua son interlocuteur, fasciné par ce qu’il était en train de voir : un homme se jetant sur un démon, et en train de le frapper, vigoureusement, de toutes ses forces.
    « Attendez, Francis, il est en train de le frapper à mains nues ? On dirait un animal… » Underwood ne répondit rien, hébété par ce qu’il avait sous les yeux. Sur les images, bien que floues, on voyait très distinctement l’humain en train de s’acharner sur la bête, qui, malgré ses avantages physiques, était acculée par la violence avec laquelle elle recevait des coups de tête, des coups de poings, des coups de pieds, des coups de bassin. Chaque parcelle du corps de sa victime lui servait à devenir son bourreau, et cela semblait être d’une exceptionnelle intensité.
    « En plus, Francis, il continue de crier, regardez sa bouche. ».

    La Salle des Actes fut alors plongée dans le noir complet.
    « Merde, ce n’était pas le moment ! Hurla le Maire, absolument furieux.
    — Oui, Francis, on dirait que l’un des groupes de fugitif a coupé le système de sécurité pour pouvoir sortir.
    — Cela présuppose qu’ils étaient tous là avant que nous ordonnions la fermeture des portes. Qu’importe. Antonin, conduis-moi au cachot de M. Oswald.
    — Très bien, Francis, mais inutile de vous dire que le chemin sera peut-être dangereux. On ne sait pas si tous les cachots ont été ouverts. » Le Maire installa son chapeau sur la tête, et se saisit de sa canne. Cette nouvelle sembla peu l’émouvoir.
    « Je dois t’avouer que cela m’indiffère. Je ne veux pas perdre de temps. Partons. ».

    Cachots de Termina, Thiercelieux. Soir du 2ème jour.

    Quand Gabriel reprit ses esprits, il y avait une marre de sang. Un sifflement aigu résonnait encore un peu dans sa tête, et tout son corps lui semblait endolori. Son premier réflexe fut de regarder ses mains, elles étaient pleines d’un liquide bleuâtre, qu’il ne connaissait pas, comme s’il était mélangé à un rouge vif, ce dont il savait très bien, a contrario à quoi cela renvoyait.
    Il se surprit alors à sentir sa mâchoire trembler. Plusieurs madeleines de Proust semblèrent agir dans sa mémoire comme des réminiscences, et cela n’évoquait visiblement pas des souvenirs agréables, puisque le garçon ressentit cette envie de faire exploser son crâne avec la première arme à portée.

    « Pas facile, d’échouer tout ce qu’on entreprend, n’est-ce pas ? » Interrogea alors une voix, qui pénétra ses tympans douloureusement à la manière d’un alcoolique en train de décuver. Il releva péniblement la tête, et repéra dans la lumière tamisée, la silhouette du Maire.
    « Tu sais, Gabriel, j’ai presque eu de la peine pour le Kindestod. Tu l’as massacré, tu l’as déchiqueté, et tu l’as même… mangé, en partie. Tu t’es comporté comme un animal, comme un loup mort-de-faim qui se faisait passer pour un chien bien élevé. » Francis Underwood s’agenouilla près de lui, passant une main dans ses cheveux. Oswald, tremblant, avait voulu se reculer, mais la poigne du vieillard l’arrêta.

    « Je… Je ne sais pas… Ce qui s’est passé. Lâchez… - Une gifle retentissante lui décrocha un petit gémissement de douleur.
    — Je t’interdits de me parler ainsi. » Tonna le bourgmestre de sa voix autoritaire. « Je sais ce que tu es, Gabriel. Un agent venu d’ailleurs, qui avait pour mission de semer la mort autour de lui, mais rien ne s’est passé comme prévu, et tu t’es retrouvé dans un endroit dont tu ne savais rien. Maintenant, tu es perdu, et comme un algorithme, tu n’es pas capable de t’adapter aux changements qui se produisent autour de toi. Tu as cru alors, dans ce sentiment de liberté qui t’a été donné, pouvoir faire ce que tu voulais, mais en fait tu en reviens maintenant au point de départ : tu n’as jamais été un maître, Gabriel Oswald, tu as toujours été un esclave. Mais tes maîtres t’ont abandonné, et ils t’ont laissé dépérir, livré à toi-même comme un petit chiot errant, non sans laisser un chien parfaitement dressé à qui saura s’en servir au mieux. » Lâchant brutalement le garçon, le Maire se releva avec toute sa dignité, et domina de sa superbe, le franco-canadien avachi à ses pieds.
    « Ce maître, c’est Moi. Tu m’appartiens désormais, Gabriel Oswald. Je ne l’ai dit à personne, même mon plus proche valet ne le savait pas, mais j’étais sûr que tu réussirais à tuer cette chose, non parce que c’était un monstre, mais parce que tu es monstre toi-même. ».

    Des larmes montèrent aux yeux de l’adulte prostré et sans défenses qui restait au sol en dépit du caractère humiliant de ce qui était en train de lui être dit.
    « En cas d’extrême danger, où ta vie est sensiblement menacée, et pour la pérennité de la mission qui t’a été confiée, les gens qui t’ont éduqué ont implanté en toi un mécanisme d’autodéfense qui fait sauter toutes les barrières que le corps peut se mettre, quitte à en mourir du moment que tu peux devenir aussi violent qu’une bête. Me trompé-je ? ».
    Difficilement, le vingtenaire hocha négativement la tête pour confirmer les propos d’Underwood.
    « Tu réagis à des stimulis, et je pense qu’après t’avoir observé, je les ai compris. » Le vieillard le saisit par le bras et le remit sur pieds en le tirant contre lui. « Alors, Gabriel, je vais devenir ton nouveau Maître. Tu vas m’obéir à moi, et uniquement à moi maintenant. Je suis le seul à t’avoir compris, et je suis le seul à pouvoir te comprendre, à pouvoir exploiter au maximum tes capacités, et ça tu le sais. Je vais être comme un père pour toi, alors abandonne-toi, Gabriel. Tous ceux qui t’ont conditionné n’existent plus, ils t’ont abandonné, ils ne pensent plus à toi, ils ne veulent plus de toi. Tu as échoué, mais tu peux encore réussir. Tu peux encore t’accomplir auprès de moi. Tu peux encore briller aux yeux d’un seul et unique être humain, et avoir de la valeur pour quelqu’un, en accomplissant ce pour quoi tu en es là aujourd’hui : obéir et réussir. ».
    À la dernière syllabe, sur laquelle Francis avait particulièrement insisté, les sanglots de Gabriel firent tomber leur dernière digue, et le sociopathe s’effondra en larmes dans ses bras, s’appuyant à lui comme une béquille, faisant allégeance à son nouveau patron, comme si maintenant, toute la pression des derniers événements qu’il avait subie disparaissait, comme s’il pleurait, non de tristesse, mais de soulagement d’avoir enfin quelqu’un sur qui se reposer, de ne plus avoir à réfléchir sur ce qu’il avait de mieux à faire.

    « Toi et moi, nous allons accomplir de grandes choses maintenant, je te le promets. J’ai d’ailleurs d’ores et déjà besoin de toi, et sans attendre. ».

_________________
La veste de marin n'était plus sur ses épaules. Il portait cette fois-ci un costume trois pièces, avec une cravate au nœud Windsor parfait. Une petite broche, tout en argent, représentait un motif que Florent avait déjà vu auparavant. Quelque chose de différent se dégageait de lui, même son expression n'exprimait plus la même tranquillité qu'autrefois. Ce n'était pas le même garçon qu'il avait vu à Holbein. Seul demeurait les gants en cuir qui recouvraient ses mains. — À paraître.


Dernière édition par Pikamaniaque le Mer 01 Fév 2017 21:43; édité 1 fois
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Icer MessagePosté le: Dim 15 Jan 2017 11:21   Sujet du message: Répondre en citant  
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La pisseuse est de retour. Avec son passif, chaque chapitre posté s'apparente à un projet renaissance. Habile...

Citation:
Sachant que cette fiction sera achevée en 2017 c'est certain.


Mdr, le quinquennat Hollande oui. Mais ce PR là...

Citation:
— … À celui que je pense ?
— Oui, tout-à-fait ! »


En même temps, un pervers aurait répondu quoi d'autre ? -_-

Cependant, la chose la plus intéressante du chapitre 7 se trouve être le retour au premier plan du maire. Le fait qu'il soit insensible au retour dans le temps ne me surprend pas plus que ça et d'ailleurs, son raisonnement se tient parfaitement : Il a laissé un groupe d'adolescent faire le recensement des évènements des trois jours tout en restant à l'abri pour se révéler le moment venu, à savoir quand quelque chose d'inhabituel se passerait. Nous y sommes.


Citation:
Grayson, qui désirait rester mettre de la situation


Va te faire maître Razz

Citation:
Il se saisit d’une barre de fer qui jouxtait la table d’interrogatoire


Oh non, t'es sérieux ? XD

Citation:
j’admets être stupéfait de voir comment on rentre dans cette prison comme on rentre dans un moulin.


Après l'arrivée de Samuel et Flora, sans compter l'introduction de la barre de fer, je n'aurais pas mieux dit ! Mr. Green

Le chapitre 8 va encore plus loin que Bataille pour l'Espoir qui a l'époque s'était distingué par une scène dans des cachots dans la même veine de mémoire. En revanche, je me demande si Gabriel est réellement hors course maintenant, signifiant la fin de la mission d'origine et donc l'aveu clair que l'histoire va se concentrer exclusivement sur les problèmes relatifs à cet univers. Personnellement cela me semble trop simple.

En tout cas après des premiers chapitres assez exotiques, j'ai trouvé ces deux là bien plus captivants, c'est du bon travail, même si t'es complètement dans ton délire de psychopathe homosexuel sodomisé par l'anus. Bien sûr, je suis également privilégié pour la compréhension des références politiques, ce qui est littéralement la cerise sur les ghettos.

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« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Pikamaniaque MessagePosté le: Dim 29 Jan 2017 00:28   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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Tiens, mais revoilà la sous-merde arrogante. La fiction sera achevée dans son écriture en 2017 en tous cas. Si la publication s'achève un 12 janvier 2018, ce ne sera pas non plus anormal. Dans tous les cas, j'y crois. Le plus dur c'était de poser l'intrigue. Maintenant, les chapitres s'enchaînent vite.

Je reconnais que le passage sur le pervers méritait plus de travail.
Le Maire sera un personnage récurrent de la fiction désormais de toute façon. Son rôle croît exponentiellement. On rentre dans le gros du récit, et la fin de la première partie à partir de la prochaine séquence.
En sus, ce qui paraît être insignifiant depuis dix chapitres va enfin commencer à prendre du sens, et encore plus durant toute la seconde partie.

Du reste, je dirais qu'on ne se réinvente pas. Les recettes classiques sont les meilleures. De plus, il me fallait impérativement me resservir de toute la matière non exploitée de BpE.

Le chapitre 10 s'appellera Freeze.
_____________________________________________________________

Chapitre 9 : Sonate de l’Éveil


    Cachots de Termina, Thiercelieux. Aube du dernier jour.

    Hence Schœneck frappa plusieurs coups de sa canne au sol pour repousser un spectre luminescent, lequel avait bien failli faucher Florent Hämälaïnen au passage.
    « Il en vient de plus en plus, je ne tiendrai jamais… Florent, il nous faut sortir, et sur-le-champ. ». Les prisonniers, maintenant qu’ils étaient hors de leur cellule, étaient plus que jamais déchaînés. La violence, la frustration, et visiblement la faim guidait leur pas.
    « Je fais ce que je peux, mais les portes sont verrouillées par un code… On est totalement enfermés… » Geint le garçon, près de Camille, qui tentait de l’assister tant bien que mal, mais qui, dans une situation de telle pression, ne servait pas à grand-chose au vu de ses problèmes de mutisme.

    Jetant son bâton par terre, l’oracle arrivait à ses limites, parce qu’il était loin de posséder autant de pouvoir qu’un Gardien. Du peu de forces qui lui restaient, il aligna alors ses mains côte-à-côte, et se concentra pour créer comme un mur invisible dans le petit corridor au sein duquel ils s’étaient tassés.
    « Ça ne tiendra pas… » Lâcha-t-il avec difficultés, comme s’il souffrait le martyr. Le lycéen, quant à lui, n’arrivait pas à ouvrir cette maudite porte, et cette pensée l’énervait de plus en plus, d’autant que le sentiment d’urgence qu’il ressentait arrivait à son paroxysme. Camille vint poser sa main sur la sienne comme pour lui donner plus de forces, mais ce geste, héroïque au demeurant, ne fit que l’agacer davantage. Le jeune homme détestait qu’on le touche, a fortiori quand il ne connaissait pas la personne.
    Toute cette colère qu’il ressentait en lui, elle bouillonnait, en même temps qu’elle le pacifiait, parce qu’il ne l’exprimait jamais. Il avait une si piètre opinion de lui-même…

    La personne à ses côtés le secoua soudain comme pour le ramener à la réalité. La sortie venait de s’ouvrir, et sans savoir comment il avait fait ; parce qu’il n’avait pas fait attention à ses gestes à ce moment, il se précipita auprès de Hence pour le tirer de sa torpeur. Le bouclier ne résisterait qu’une petite seconde, aussi leur fallait-il être efficace. En dépit de sa fatigue, le sexagénaire courut tant bien que mal se mettre à l’abri alors qu’une horde de créatures voulurent se jeter sur eux. Ils refermèrent la porte, conscient toutefois qu’elle ne pourrait pas non plus les bloquer indéfiniment.
    « Une chose de faite, nous sommes hors des cachots, mais encore dans les sous-sols du Palais…
    — Je crois qu’en plus, nous sommes juste en-dessous de la salle du Conseil Municipal, mais toutes les autres entrées ont l’air… barricadé. » Rajouta l’adolescent, à l’attention de ses compagnons. Schœneck, épuisé, ne pouvait marcher qu’en s’appuyant sur l’albinos. Leur exfiltration allait être compliquée, surtout depuis le discours d’Underwood et l’arrestation du Conseil des Oracles. Ils se trouvaient littéralement dans la gueule du loup.
    « Je vous avoue que j’ai du mal à savoir comment nous pourrons sortir d’ici… Les prisonniers vont défoncer la porte des cachots, et en haut, il y aura sûrement les gardes municipaux. On est totalement piégés.
    — Il faut croire que tout ceci n’est vraiment plus de mon âge… » Répondit l’ancêtre du groupe, alors qu’il se réfugiait près des escaliers menant à l’étage.
    « Ça me rappelle ce que disait toujours Alexandre. » Intervint soudain le muet, dont on interpréta immédiatement les signes. « Il ne faut jamais perdre son espoir… Il disait tout le temps ça. Dès que je l’ai connu. Il était pourtant parfaitement conscient de la naïveté de sa propre phrase. ». Hence ne fit aucun commentaire, mais il sembla assez clair au vu de ses traits fermés, qu’une vague de nostalgie l’emplit.

    Hämälaïnen, quant à lui, ne le connaissait pas suffisamment pour se fonder une opinion pertinente. Or, du peu qu’il l’avait vu, il dégageait effectivement cette impression que tout était possible, qu’avec lui, des montagnes pourraient se déplacer.
    « Vous avez raison. Du peu que je connaissais le Gardien, c’était ce qu’il disait aussi, quand j’étais à l’asile de Holbein, perdu et seul dans le froid. Il est venu, et il a dit qu’il continuait à essayer de tous nous sauver. Ne baissons pas les bras.
    — Oh voyons gamin, comment peux-tu dire ça alors que tu vis à Thiercelieux depuis ta naissance ? » Fit la voix rauque de l’Oracle entre une quinte de toux. Piqué au vif, le lycéen haussa les épaules.
    « Je, je ne comprends pas ?
    — Tu es un gamin étrange Florent Hämälaïnen. Remarque, tu vis dans une ville encore plus étrange, mais tu gardes toujours avec toi un optimisme naïf d’une telle force qu’il semble que rien ne puisse obscurcir ton cœur, alors que tu vis au milieu de la souffrance. C’est bizarre, franchement bizarre. Je ne comprends pas encore quel est le message d’Alexandre en t’envoyant auprès de nous, mais j’ai hâte de le découvrir. ».

    La main de Camille, à laquelle on ne faisait guère attention vu qu’elle était incapable d’émettre le moindre son, venait de saisir la manche du vieux sage, comme pour lui dire qu’il était temps de se remettre en route. Elle avait raison, mais ce qu’il venait de dire semblait avoir beaucoup perturbé le miraculé de Thiercelieux.

    ***


    Une onde sonique transcenda plusieurs créatures, tantôt difformes, tantôt horrifiques, peuplant les cachots de Thiercelieux. Leur particularité reposait en le fait qu’elles n’avaient qu’un vague aspect humanoïde, qu’elles se ressemblaient à peu près toutes, et qu’elles possédaient les pires clichés de l’horreur pour dégoûter les plus démunis aux affres de leur cruauté.
    « Putain, j’savais pas qu’y’avait autant de ces conneries là-dedans. » Exprima Samuel, un peu essoufflé. Flora, de son côté, qui transportait dans un cortège végétal la petite Anselm, avait son champ d’action réduit, et se contentait essentiellement de protéger les arrières de son frère.
    « On a toujours su que le Maire recelait des secrets, mais je n’imaginais pas qu’il avait accès à toute la démonologie de notre monde… ».
    Une espèce de mille pattes se jeta soudain contre la fille Parsons, qui manqua de tomber si la vigilance de son petit-ami n’avait pas permis de repousser le venin du monstre grâce aux vibrations de ses pouvoirs sous translations.
    « Les pouvoirs de la translation ne sont pas infinis. Il va être tant de sortir définitivement de cet endroit, mais je ne connais pas du tout les lieux… Ronchonna le blondinet.
    — Samuel ! » Reçut-il pour seule réponse alors qu’une barre de fer lui fit perdre de nombreux points de vie.

    Les offensives des affamés de la prison se multipliaient, tant et si bien que le duo Parsons commençait à se replier, pris en sandwich dans l’étau d’un corridor interminable. Les cachots de Termina étaient vastes, et d’aucun à part des rats de bibliothèques comme Florent ne les connaissaient par cœur ; sa présence manquait d’ailleurs beaucoup en l’instant présent. Même Dubois, dans sa paralysie, percevait le caractère de plus en plus critique de leur situation.
    « Merde. » À terre, le Desmose-guerrier, balança une onde de choc sonore. Son ennemi immédiat fut projeté contre la paroi du mur, mais à peine était-il relevé qu’une silhouette massive, noire, et de grande taille, s’approchait d’eux à une vitesse fulgurante. Elle n’avait aucun visage et ne semblait pas sensible à ses attaques sonores. « Flora, à toi ! ».
    La jeune fille s’avança de toutes ses forces, et dressa un mur de lianes pour les protéger. Il ne tint toutefois pas plus de dix secondes, à peine le temps de souffler.
    « On en a affronté des batailles glauques, mais d’habitude elles sont plus équitables…
    — On va s’en sortir ma chérie t’inquiètes. » Commenta l’adolescent d’une voix étrange, comme s’il avait vraiment voulu être caricatural. Sûrement un humour dont seul lui connaissait les secrets.

    Pas sûr toutefois que cette abnégation soit nécessaire. Plusieurs coups de carabine se firent entendre. Les cibles explosèrent au contact des balles, à la grande surprise des lycéens. Ils jetèrent immédiatement un regard derrière eux. Gabriel Oswald se tenait au fond du couloir. Tous les assaillants, qui se battaient aussi entre eux, eurent un mouvement de recul par instinct de survie, dans des crissements insupportables et assourdissants.
    « Toi ? » Interrogea la brune avec le plus grand des dégoûts. Le jeune homme, les vêtements tâchés d’un sang bleuâtre, s’avançait le visage fermé, avec un grand professionnalisme. Il avait tout autour de lui une ceinture avec de nombreuses armes de poings, dont plusieurs grenades. Il en saisit une et la lança une fois encore envers les captifs, qui reculèrent derechef, quand ils n’explosèrent pas tous azimuts.

    « T’veux encore t’venger, c’est ça ?! Pesta agressivement le petit Samuel.
    — Tu n’y es pas du tout Samuel. Je suis là pour vous aider. » Déclara-t-il le plus calmement du monde. Visiblement décontenancées, plus aucune des créatures n’osaient avancer pour le moment, mais certaines se préparaient déjà à se jeter de nouveau contre les proies à quelques mètres d’eux. « Reculez-vous lentement, je connais une sortie. Je vais vous y conduire. » Rajouta l’espion.
    Un dilemme s’imposa alors au couple de la Desmose. Une vive hésitation qu’ils partagèrent d’un regard, entre un sociopathe qui avait voulu tous les tuer, et tous les dominer, et ces monstres, qui ne les voulaient visiblement que pour leur repas.
    « Désolé, mais quitte à choisir, je préfère autant me battre contre les monstres.
    — Jusqu’à en mourir ? » Interrogea Grayson, en lâchant de nouveau plusieurs tirs de fusil, et en se rapprochant d’eux. « Je ne vous veux pas de mal. J’ai vraiment agi comme un connard et je suis désolé. » Continua-t-il. « Vous m’avez laissé seul dans cette pièce, et c’est là que j’ai pris conscience de tout le mal que je pouvais faire… Mais surtout, surtout, de ce que ça faisait d’être seul. Complètement seul.
    — Tu n’es qu’un pauvre cinglé, un meurtrier, on ne veut pas de toi dans la Desmose ! Tu as souillé tous nos principes, et alors que nous avions besoin d’unité, tu nous as mis dans cette merde. Dégage, ou je vais te régler ton compte moi-même !
    — Hé, hé, Flora, calme s’te plaît. » Intervint soudain le frère Parsons.

    « Ouais, hé, concernant Gaby, ché pas non plus s’il est réglo, mais c’est la seule issue qu’on ait pour le coup, et on ne va pas le laisser faire cette fois. J’vais le surveiller, promis. Toute façon y’a des trucs vraiment chelous dans son histoire et j’compte bien tirer ça au clair presto dès qu’on sera sortis de là. ». Sans sourciller, l’intéressé se contenta, à ses côtés, de l’observer caresser le ventre de sa sœur, non sans qu’il ressente une forme de dégoût intérieur qu’il s’efforça de cacher pour cette relation des plus malsaines.
    « Laissez-moi vous prouver que je dis la vérité. Si on sort d’ici indemne, vous devrez bien reconnaître que je ne vous ai pas mentis. Je ne prétends pas avoir changé, mais objectivement vous devez bien reconnaître la valeur dont j’ai fait preuve pour me sortir de la situation inhumaine dans laquelle vous m’avez laissé d’une part, et pour vouloir encore vous aider maintenant.
    — On verra. » Trancha alors fermement l’adolescente. « Partons d’ici, allez, dépêchons, je ne veux plus rester là. » Fit-elle en désignant du doigt les démons qui guettaient la moindre occasion pour contre-attaquer.
    Le groupe prit alors la peine de reculer avec toute la prudence nécessaire. Le cortège végétal d’Anselm, qui la soignait depuis tout-à-l’heure, commençait de plus à lui permettre d’esquisser de petits mouvements.

    Tout semblait donc être sur la voie de l’amélioration, malgré une méfiance intacte. Une myriade de questions se précipitait dans l’esprit des Desmose-guerriers, à commencer sur la manière dont Oswald avait pu connaître la sortie du donjon. À y réfléchir, Samuel trouvait cela fascinant et remarquable. L’abnégation avec laquelle cet homme venu d’ailleurs avait pu s’extirper de sa cellule, en tuant vraisemblablement le Kindestod forçait le respect, et il n’avait derrière aucune crainte qu’il ne trahisse par derrière. Cela semblait presque le satisfaire, parce que, du moins selon son amie, mieux valait-il l’avoir comme ami que comme ennemi, et son efficacité, pour le coup, n’était plus à prouver.
    Sur le trajet, en contraste beaucoup plus calme, mais ponctué de quelques assauts promptement repoussés, ce fut l’occasion d’étaler certaines inquiétudes alors même que la cheffe du groupe retrouvait de plus en plus ses esprits, et les accompagnait maintenant pleinement dans ce périple où les dédales de couloirs se succédaient sans logique apparente.

    « Mais, je ne comprends pas Gabriel. Comment as-tu trouvé toutes ces armes ? » L’interpellé, qui ouvrait la file, le visage impassible, s’arrêta subitement. Il se tourna brusquement, provoquant un mouvement de recul du blond et de la brune.
    « Il y avait des gardes endormis devant ma cellule. Je leur ai simplement volé leurs armes. » Levant son fusil à pompe, il désigna la porte au fond du corridor. « La sortie des cachots se trouve juste derrière moi. Posez-moi toutes les questions que vous voulez, qu’on en finisse. » Échange de regards. Ce fut la personne que l’étranger avait le plus traumatisée qui prit la parole en première. La rancœur toujours aussi vive, elle monta jusqu’à son niveau, comme si la translation ôtait la peur qu’elle avait ressentie lors de leur dernière entrevue.
    « Comment tu sais que cette porte est la sortie ?! Samuel acquiesça à la question.
    — Je l’ai trouvée il y a quelques heures. J’entendais toutefois beaucoup de bruit dans ce cachot, et j’ai relevé que la plupart des monstres ne se battaient pas entre eux, alors que vifs affrontements avaient lieu. Ce n’est pas ça qui vous est le plus bizarre, vous ? Enfin, ce n’est pas l’important. Je suis venu vous récupérer parce qu’autant je ne vous aime pas, mais… » Il serra les poings. « J’ai, j’ai vraiment besoin de vous, et j’ai mal agi. Mais je suis soulagé, qu’au final Flora tu sois vivante, peut-être que ça permettra de pardonner mon geste, comme lorsqu’Anselm s’égare ? » Répondit-il avec beaucoup de calme, et une sincère impression de contrition, laquelle toucha en plein cœur le leader de la bande.
    Dans son cortège floral, la rousse serra les poings et tenta de déglutir quelques mots.

    « Sa… Samuel… Je… Je lui fais confiance… ».

    Le franco-canadien laissa une moue pantoise transparaître. Il était difficile de savoir s’il jouait la comédie, mais en dépit de tout ce qu’il avait fait subir à cette fille, celle-ci lui renouvelait encore sa confiance. À croire qu’une pulsion masochiste l’animait, qu’elle voulait à tout prix croire qu’il y avait un fond de meilleur en lui, et c’était peut-être une occasion à saisir pour s’améliorer lui-même… ou mieux s’intégrer à ce groupe ?
    La surprise laissa place à un sourire soulagé. Soulagé, parce qu’elle ne leur avait touché mot de ce qu’il lui avait fait dans le cachot, soulagé, à la manière d’un passeport de retour dans l’équipe, du moins temporairement.

    « C’pas un chèque en blanc Gabriel Oswald. » Réagit Parsons, comme s’il avait lu dans son esprit La main de sa sœur vint entrelacer la sienne comme pour donner du poids à ce qu’il venait de dire. L’espace d’un court moment, un sentiment bizarre prit le terrien, comme celui d’une anomalie dans leur comportement ; mais il fallait dire que tout cet endroit recelait le malsain, et qu’une relation incestueuse à la Christine Boutin ne venait que parfaire le tableau. Toutefois, il ignorait l’existence des chèques à Thiercelieux.
    « Je n’ai pas promis que nous nous en étions sortis. Je ne sais pas du tout ce qui cache derrière cette porte, mais du peu que j’en ai regardé, cela mène à un autre escalier… Lequel remonte, à colimaçon, dans une salle qui a l’air vaste. Je n’ai pas pu en voir plus, mais là, il semblait y avoir des gardes. Vous savez où on est ? » Court moment de réflexion.
    « Si seulement Florent était là… » Lâcha la brune, réflexion partagée à géométrie variable par ses deux acolytes.

    Un spectre passa à vive allure à une dizaine de mètres d’eux. Cela rappela à Grayson l’urgence de la situation.
    « Je les avais oubliés eux. C’est étrange, ils ne cherchent pas à fuir, et ils ne nous attaquent pas non plus. Ne restons pas ici.
    — Et Florent … ? Lâcha difficilement Anselm.
    — Je ne l’ai pas trouvée, je ne suis pas sûr qu’il soit encore ici, mais plus vite vous serez de retour au Hall de Sécurité, plus vite vous pourrez relancer un retour vers le passé pour le ramener. » Le sociopathe se retourna derechef. « Ce qui me fait me demander, pourquoi vous n’avez pas fait cela dès le début, les Parsons ? ».
    Il y eut alors comme un moment de flottements. Le couple cherchait visiblement comment répondre, se demanda peut-être même s’il fallait répondre, mais en tout état de cause, ce ne fut pas spontanément que les premiers mots franchirent la bouche de Flora.

    « Nous avons utilisé une procédure particulière… Pour empêcher les Gardes Municipaux de prendre le contrôle du Calculateur, on s’est comme… associés à la machine. Résultat, jusqu’à ce que quelqu’un d’extérieur entre le code approprié, tout a été figé. L’avantage c’est que c’est une procédure qui se lance très rapidement, à la différence du retour dans le temps…
    — Mais toi, d’où tu sortais Flora ? Insista-t-il.
    — On t’f’fait pas confiance Gabriel. Alors arrête avec tes questions et conduis-nous d’hors. ».
    Le ton était donné, alors qu’ils étaient sur le point d’ouvrir la porte du rez-de-chaussée. Tant pis s’ils refusaient de répondre, mais cette fille… Elle avait forcément dû survivre d’une certaine façon, et c’était ce qu’il lui fallait découvrir. Autant, c’était peut-être elle, la perverse de l’histoire. Pas sexuellement, entendons-nous, mais les morts qui transcendent la mort, cela ne semble pas courir les lieux, même à Thiercelieux.
    Et puis cette histoire de procédure spéciale, cela pouvait-il être si simple ?

    L’agent de la Division de l’Espoir, la main sur la poignée, prit alors une grande inspiration. La porte s’ouvrit. Elle s’ouvrit sur un vaste sous-sol, où tout était barricadé hormis les accès à l’escalier en colimaçon, qui se profilait comme leur seul ticket de retour à la civilisation.

    ***


    Palais de Termina, Thiercelieux. Midi du dernier jour.

    Hence, Florent et Camille observaient la décoration grandiloquente de la salle du Conseil Municipal, une merveille architecturale qui faisait la fierté de la ville. Les dorures, les grandes peintures, tout se rapportait à la mythologie de Termina, dans un grand concours de dépenses publiques ayant pour seul objet d’en mettre plein la vue à l’étranger du coin. C’en était d’ailleurs presque obscène, tant cette salle recelait les beautés et les merveilles de ce monde onirique. En tous cas, c’était ce que Hämälaïnen ressentait, écrasé par la puissance du lieu.
    « Nous ne devrions pas traîner. » Indiqua Schœneck, difficilement, qui titubait quelque peu en se tenant à l’épaule de l’androgyne. « On a déjà de la chance qu’il n’y ait personne ici. » Renchérit-il, se dirigeant vers les grandes portes de marbre, aussi obséquieuses que les autres fioritures de l’endroit.

    « C’est la salle du Conseil Municipal. » S’exclama une autre voix à l’autre extrémité. Un garçon en tenue blanche-jaune-noire surgit d’un petit escalier au fond d’une porte dérobée, analogue à celle que l’oracle avait prise, et accompagné d’une jeune fille brune aux contours rose-verts, qui semblait transporter près d’elle un sarcophage végétal.
    « Florent, t’es là ! » S’exclama le blond, le visage rempli de bonheur. Gabriel Oswald parut juste derrière, le visage plus fermé, semblant un peu gêné de se retrouver face au garçon qu’il avait fait chanter sous la menace d’une arme il y a moins de quelques jours. Cela rabougrit immédiatement la relative joie qu’avait ressenti le lycéen, qui se transforma en gêne profonde lorsque le sexagénaire s’approcha de lui et passa une main dans son dos, pour lui dire :
    « Nous voici au choix que je redoutais… ».

    La sœur Parsons se positionna sur le banc des conseillers municipaux, fit disparaître les lianes qui entouraient le corps d’Anselm Dubois, qui, d’un geste faible, se leva de sorte à retrouver une position assise, respirant assez fortement maintenant qu’elle était plus ou moins soignée. Grayson se rapprocha d’elles, ne tenant pas plus que cela à croiser le regard de l’orphelin, à l’extrémité de l’assemblée.
    « Comment elle va ? Demanda-t-il, presque comme si cela l’intéressait.
    — Mieux… Merci… » Répondit l’intéressée, en essayant de soutenir le regard du jeune homme.
    Samuel, quant à lui, avait couru jusqu’à son meilleur ami, lequel sembla assez gêné. Il lui saisit les mains, et voulut visiblement le tirer contre lui.
    « On t’a récupéré, on va pouvoir rentrer maintenant, c’est trop génial ! S’exclama-t-il d’un air bêta.
    — A-attends Samuel. L’interpellé le lâcha, et se recula de quelques pas.
    — Qu’est-ce qui y’a ?
    — Tu… Enfin je veux dire… » Hämälaïnen adressa un regard à Hence, qui le regardait d’un air dur. Il tourna la tête vers Camille. Elle le regardait visiblement inquiète, avec la sincère inquiétude ressentie au cours de leur conversation sur ordinateur. Cela sembla lui donner une certaine force.

    « Tu ne veux tout de même pas que je revienne auprès de vous, avec Anselm et Gabriel dans la Desmose ?

    Parsons ne sembla pas comprendre. Flora leva la tête, visiblement interloquée.
    « Mais, Flo’, t’les connais. Y sont pas très fins, surtout Anselm, Gaby je ne sais pas. Mais Anselm c’est notre amie, elle fait des erreurs elle a juste b’soin de nous, on peut pas l’abandonner. » Les mains de son interlocuteur se mirent à le démanger. Il serra les poings.
    « Mais, Samuel. Enfin, tu étais là, tu as vu ce qu’ils m’ont fait tous les deux. Ils m’ont torturé. Juste pour savoir… Pour le Gardien.
    — Visiblement pas à tort… » Répondit-il en jetant un regard assassin à son oracle. Ce dernier sentit un frisson le parcourir, sans comprendre pourquoi, lui qui avait vu tellement de choses. Gabriel s’avança un peu.
    « Oué, euh, Florent, je suis désolé. Vraiment. On peut repartir de zéro hein… » L’intéressé exorbita ses yeux, il se recula un peu, vers les amis du Gardien, cherchant une réponse désespérée dans les pupilles de ses interlocuteurs. L’inquiétude du muet avait cru, tandis que le visage de Schœneck s’était fermé. Une incompréhension totale se lisait, dans le même temps, sur ceux de ses amis.

    « Mais, euh, vous réalisez ce que vous dites ? » Déclara-t-il en tremblant. « Vous, vous m’avez frappé et molesté. Anselm et toi. Et vous voulez que, que je passe à autre chose ? Samuel, tu as vu comment elle a pris plaisir à me massacrer, et tu veux que… ? »
    Un tremblement de terre l’interrompit. Ce tremblement leur rappelait le caractère urgent de la situation, à mesure que le vortex atteignait son apogée au soir du dernier jour. Chacun tenta de se tenir tant bien que mal, mais le plafond fit tomber quelques-uns de ses morceaux. Cela fit reculer mécaniquement le blond, tandis que le lycéen se trouvait maintenant au centre de la pièce.
    « Mais enfin Florent chacun fait des conneries ! » Intervint alors vivement Flora. « On est tous un peu cinglés dans ce groupe, mais c’est ça qui fait notre force, c’est ça qui nous rend si spécial ! Moi je t’aime Florent, tu es comme un frère pour moi, et tu vois bien où j’en suis avec mon vrai frère ! » Rajouta-t-elle pour le trait d’humour.

    Le cœur de Hämälaïnen battait la chamade. Il tenta un énième contact visuel désespéré aux amis d’Alexandre, qui restaient bien silencieux.
    « Florent, personne ne peut prendre de décision à ta place. On ne veut pas influencer là-dedans. Fais ce qui est le mieux pour toi, d’accord ? ». S’agitèrent alors les bras de l’albinos. L’interpellé ne put s’empêcher de sourire, parce qu’entendre des propos si gentils prononcés dans la bouche de quelqu’un d’aussi sec que l’oracle, par la nécessité de transcrire sa langue des signes, avait quelque chose de mignon, d’honnête et de rafraîchissant.

    « Flo’, t’es pas un traître hein ? T’vas pas planter notre amitié quand même ? T’es comme mon bro’… » La voix du Desmose-guerrier dérailla. Le sentiment de torpeur chassé une nouvelle fois par le cruel réalisme des lieux. Toujours au milieu du Conseil Municipal, son meilleur ami resta étrangement malaisé par son comportement. Il semblait d’ailleurs déchirer par la myriade de questions qu’il se posait.
    Puis les mauvais souvenirs revinrent. Il se souvint de son enfance, de comment Anselm l’avait maltraité, de comment il était en permanence rabaissé, de comment on ne lui faisait jamais confiance, et de comment, quand il avait des problèmes, tout le monde s’en fichait. Son cœur sembla alors se fermer.
    « Un traître ? » Il serra les poings encore plus, ce qui lui fit soudain extrêmement mal, mais il ne prit pas la peine de regarder. « Un traître, juste parce que je ne veux pas que des gens qui m’ont humilié restent près de moi ?! C’est moi le traître, et pas Gabriel Oswald, qui a failli tuer Flora, et pas Anselm qui m’a tiré une balle dans la tête quand j’ai voulu l’empêcher de faire une connerie ?! Moi le traître ? Encore et encore ? Juste parce que je veux me protéger ?! ».
    Des larmes perlèrent au coin de ses yeux, tandis que Samuel semblait définitivement dans l’incompréhension.

    Anselm, du peu de forces qui lui restaient, se leva alors brusquement, se tenant à la rampe des sièges de l’opposition. Elle était essoufflée, et respirait à grandes bouffées d’air. Gabriel, quant à lui, assistait à tout cela totalement impassible.
    « Je suis sûre qu’Anselm veut s’excuser… » Lâcha alors Flora, en regardant son amie, et en la soutenant pour ne pas qu’elle tombe. Celle-ci ancra ses yeux dans ceux de Florent.
    « Non… Je crois qu’il nous montre enfin sa vraie nature… J’avais raison, de ne pas lui faire confiance… » Dit-elle la voix pleine de haine. « C’est l’asocial du coin. ».
    Ce propos fit douloureusement écho à celui qu’elle se souvenait avoir prononcée quelques années auparavant, quand on lui avait suggéré d’intégrer Hämälaïnen au groupe.
    Au moins, cela permit au garçon de faire définitivement son choix, tant la blessure ranimée fut vive.

    « Laissez-moi tranquille. Je ne veux plus rester avec vous. J’ai pris ma décision. » Déclara-t-il laconiquement, la voix très calme, comme s’il essayait de se contrôler.
    « Tu m’déçois tellement… On aurait pu tout régler en famille… Réagit alors vivement Samuel. Comment ai-je pu faire confiance à un connard comme toi ?! J’pensais qu’tu nous comprenais.
    — On va t’effacer du calculateur. » Rajouta sa sœur, la voix anesthésiée, le visage euthanasié. « Tu vas tout oublier. Et on va te récupérer. ».
    Sans crier gare, elle fit apparaître une plante empoisonnée, qu’elle envoya avec des lianes contre le renégat.
    Ce fut à cet instant que Hence parut à ses côtés, et bloqua l’attaque en la déviant de sa trajectoire. Malgré le peu de forces qui lui restaient, il semblait que cela restait à son niveau.
    « Vous ne lui ferez rien du tout. » Lâcha sèchement le vieil oracle. Camille se mit à ses côtés, faisant barrage aux anciens amis de Florent pour le protéger.
    « Vous ne lui ferez plus de mal maintenant. Il a des gens sur qui compter. Vous êtes passés à côté de quelqu’un d’adorable. » Rajouta la muette ; en quelques signes.

    Une brusque sensation de chaleur s’empara alors de son cœur, et traversa ses membres. Pour la troisième fois depuis sa rencontre avec Alexandre, il se sentait protégé, il se sentait bien, il se sentait à l’aise avec quelqu’un ; apprécié à sa juste valeur. Cela lui aurait presque donné envie de pleurer, et atténua la colère qu’il ressentait en ce moment-même.
    « Non ! Je refuse ! » Parsons se prépara à lancer une nouvelle attaque, mais ce fut Dubois qui lui somma d’arrêter.
    « Ne lui prête aucune espèce d’importance… Il aura ce qu’il mérite, on doit aller au Calculateur, et vite… » Gabriel s’approcha d’elle, et la prit par la main pour la soulever.
    « Je vais t’aider. Signifia-t-il sans faire de commentaires sur ce qu’il venait de se passer.
    — Samuel… On s’en va ! »
    L’adolescent concerné tourna la tête, et s’apprêta à les rejoindre quand les portes de l’assemblée s’ouvrirent de toute leur majesté.

    Le Maire, Francis Underwood, accompagné de son valet, et du Général Kalinda, s’avancèrent encadrés par un important dispositif de sécurité. Des soldats armés, et en tenue de combat, avaient pris dans leur viseur la totalité des personnes présentes dans la pièce.
    « Navré d’interrompre votre saynète familiale, que j’ai observé avec grand intérêt, mais je crois qu’il était temps de vous rappeler où vous étiez. » Fit remarquer le bourgmestre, non sans un sourire malicieux au visage.
    « C’est la fin du monde, et vous trouvez le moyen de venir nous emmerder, Francis. Lâcha Hence Schœneck, visiblement excédé par ce rebondissement.
    — Quelle outrecuidance vous avez, M. Schœneck, de vous adresser ainsi au Maire de Thiercelieux, alors que vous êtes sans doute aussi recherché que votre élève, qui n’est toujours pas là à ce que je vois. » Il marqua une pause dans son laïus. « Regardez autour de vous. Tous les personnages de cette misérable histoire sont réunis, sauf lui. C’est quand même un comble, vous ne trouvez pas ?
    — Mais qu’est-ce que vous voulez encore, vous ? Intervint Flora de manière impromptue.
    — Dans l’absolu ? Vous tuer tous à l’exception d’Anselm Dubois pour qu’elle lance un retour vers le passé selon les conditions de la Mairie, puis vous poser des fers aux pieds pour vous faire travailler sans relâche jusqu’à ce qu’on trouve une solution pour fermer ce vortex.
    — Encore faudrait-il pour cela que vous ne soyez pas affecté par le retour vers le passé, M. Underwood. » Déclara Oswald contre toute attente. Les Desmose-guerriers s’observèrent, stupéfaits par l’information.
    « Lorsque j’ai utilisé le Calculateur, vous aviez un profil, Underwood, et il a été supprimé. C’est étrange, c’était dans les métadonnées, avec Kalinda Sharma et Antonin Dubuc. Cela fait longtemps que vous n’étiez plus dedans, à croire que vous ne l’aviez pas remarqué jusque-là, hein ? »

    Le Maire ne sembla pas spécialement désarçonné. Il garda son sourire étiré, à chaque syllabe prononcée par Grayson.
    « Vous avez une imagination débordante, M. Oswald. » Le domestique du premier magistrat de la cité se montra pourtant plus inquiet, et le Général, bien qu’impassible, adressait plusieurs regards à son supérieur comme si elle attendait une manière de réagir.
    Samuel s’était reculé jusqu’auprès de sa sœur, dans la plus grande discrétion. Si ce que le terrien disait était vrai, ils avaient une carte à jouer.

    « Comment on va s’en sortir ? » Demanda Camille avec quelques-uns de ses doigts. L’oracle ne voulut rien dire, parce qu’il était vrai qu’en l’état, leur situation paraissait critique. Leur seule assurance était de revenir dans le passé, mais il fallait pour cela qu’ils ne meurent pas, et qu’ils traitent au plus vite la question Hämälaïnen. Si seulement Alexandre était là.
    « Mais nous n’allons pas nous fatiguer plus longtemps. Dépositaire de l’autorité publique de Thiercelieux, je déclare solennellement que vous êtes en état d’arrestation. Soldats, en joue !
    « Merde… » Racla Anselm. Cette fois, c’était fini.
    « Tuez-les tous à l’exception de la fille rousse. ».

    Frappant sa canne sur le sol, le politicien aux cheveux grisonnants s’apprêtait à donner l’ordre de feu, alors qu’au centre de la pièce, quelqu’un dont le cœur battait à une vitesse impressionnante, se sentait sur le point de défaillir, ne supportant pas l’idée de mourir une nouvelle fois.
    « Feu. ».

    « Assez ! » Hurla la voix d’une telle force qu’elle assourdit les tympans de tous ceux qui l’entendirent. Les oreilles bouchées, tout le monde jeta son regard vers l’origine de ce cri. Un brun maigrelet, dont les veines ressortaient sur le visage, regardait ses mains, brûlées au troisième degré. Elles ne ressemblaient plus à rien, tandis que les premiers soldats commencèrent à tomber par terre.
    « Ce sont les pouvoirs du Gardien… » Prononça Hence Schœneck, qui semblait immunisé, au même titre que Samuel Parsons, sans doute parce qu’il maîtrisait dans sa translation les ondes sonores.
    Francis Underwood luttait de toutes ses forces pour ne pas défaillir, mais la souffrance qu’il ressentait en cet instant dépassait l’entendement. Hämälaïnen ne semblait pas pouvoir contrôler la colère qu’il était en train de déverser, persuadé que la peau craquelée de ses mains était plus importante que tout ce qui l’entourait. Coupé du monde extérieur, la folle pression de son pouvoir l’asphyxiait, et relâchait dans toute la salle du conseil, et même par-delà, un torrent d’ultrasons insupportables aux tympans.

    « C’est notre chance… » Lâcha alors le Desmose-guerrier. « Bouclier sonique ! » Un cercle concentrique protégea Anselm, Gabriel et Flora, qui se débouchèrent les oreilles en manquant de s’effondrer à terre. Il fallait partir, et vite. D’un regard entendu, Oswald attrapa la main de la rousse, et se dépêcha d’observer une fenêtre par laquelle ils pourraient s’évader. Chargeant son fusil à pompe, il tira plusieurs coups contre la vitre. Elle vola en éclat.
    Des balles partirent depuis les gardes municipaux. Certains avaient trouvé la force de tirer. Notamment ceux postés depuis l’extérieur de la salle du Conseil.
    « On est pris en étau… Constata la fille vegan.
    — Très bien… » Conclut alors le terrien. Il se tourna vers les adolescents, et s’élança en avant pour leur créer un passage. Les mercenaires à l’extérieur parurent surpris par cette offensive, et furent pour la plupart abattus. Toutefois, l’assaut se solda par plusieurs balles mortelles qui tuèrent le sociopathe sur-le-coup, dans une ultime action héroïque. Cela avait toutefois permis au groupe de prendre la fuite dans les rues de Thiercelieux, décimées par une horde de monstres et de chimères semant l’apocalypse sur la ville. C’était à eux de jouer maintenant, et ils le savaient. Ils connaissaient l’endroit par cœur, le moindre raccourci et la moindre ruelle pouvant leur permettre de rejoindre le Hall de Sécurité.

    Dans l’assemblée de la mairie, tout le monde était étendu sur le sol, à l’exception de Hence et Camille. La jeune femme, protégée par le pouvoir de l’oracle, avait survécu. Or, sur le sol, gisait les tympans perforés de toute l’équipe administrative.
    « Il a commis un massacre… Déclara alors la muette.
    — C’est relatif, certains reviendront à eux d’ici quelques minutes. Je suppose que la Desmose est sur le point de lancer un retour vers le passé. » Le sexagénaire, visiblement affaibli, s’agenouilla près de Florent, qui avait perdu connaissance.
    « Je vous trouve bien optimiste… Cela s’était passé de la même manière pour Alexandre, n’est-ce pas ?
    — Peu ou prou, oui. Un sentiment fort provoquant une réaction non maîtrisée, mais cela n’avait pas été si violent cela dit.
    Ce qui est sûr, c’est que l’on comprend mieux maintenant pourquoi Alexandre nous a demandés de veiller sur lui.
    — Oui, tu as raison Camille, mais les choses sont loin d’être si simples. Si Florent Hämälaïnen est bel et bien le Gardien, cela signifie qu’Alexandre est mort. Ce n’est pas quelque chose de facile à accepter. » L’intéressée baissa la tête. Oui, maintenant qu’elle y pensait, c’était forcément ce que cela voulait dire.
    « Je ne peux toujours pas croire qu’il soit mort. Lâcha-t-elle en agitant ses bras avec désespoir.
    — Alors tu penses que Florent n’est pas le nouveau Gardien de l’Équilibre ? Enfin, peu importe. Crois ce que tu veux, mais j’ai une responsabilité maintenant envers ce garçon. Je comprends que je dois le former, et le préparer à une toute nouvelle mission… ». Schœneck passa une main sur la tête du lycéen.

    Le monte-charge du Calculateur Quantique s’ouvrit. Il n’y avait plus qu’Anselm et Samuel à l’intérieur. Flora était elle aussi tombée au combat.
    « Tiens, il n’y a plus personne… Déclara le chef de la Desmose avec quelques difficultés.
    — Les soldats ont dû déserter leur poste avec la fin du monde. Il n’reste plus que quelques heures avant que le vortex ne fusionne avec Termina…
    — Ne perdons pas de temps, je vais débloquer le Calculateur, et lancer un retour vers le passé.
    — N’oublie pas d’effacer l’autre pédé… Lâcha le blond, plein de haine.
    — T’inquiètes pas pour ça, Samuel. Aucun risque. » Répondit son interlocutrice du tac-au-tac, pianotant sur le clavier.


    Florent convulsait, pris de tremblements. L’oracle mit sa main en évidence. Les brûlures, les écorchures et les cicatrices, tout correspondait à ce signe cruel et distinctif que possédait tous les Gardiens de l’Équilibre.
    « Au moins, nous n’avons plus à nous inquiéter des conséquences du retour dans le temps. S’il est vraiment le Gardien, il y sera immunisé. Je pense que l’espoir renaît, Camille. Nous avons l’occasion de reprendre le contrôle de la situation.
    Je ne me réjouirai pas à votre place, Hence. Alexandre avait des années d’expérience. Est-ce vraiment d’un débutant dont on a besoin pour sauver le monde ?
    — Peut-être, mais c’est tout ce que nous avons. Peut-être qu’après tout, Alexandre voulait éviter de mourir. Inéluctablement, Florent aura des choix très difficiles à faire. Il nous a déjà surpris.
    Non, pourtant, je continue de croire qu’Alexandre n’est pas mort. » L’albinos se releva, et regarda tout autour d’elle. Il n’y avait que la mort, et les hurlements de l’Apocalypse.

    Anselm finissait de taper frénétiquement les touches de son clavier. La procédure de retour dans le temps était fin prête.
    « Pour Gabriel… Il nous a sauvés. On ne devrait pas le juger trop sévèrement.
    — Reste prudente quand même, Anselm… » Fit le garçon en disparaissant après que l’informaticienne ait rompu la procédure de sécurité.
    Dans le silence de la salle de contrôles, elle se demandait comment ils allaient faire si le gouvernement connaissait leurs travaux comme Underwood l’avait prétendu.
    Le temps passait inexorablement vite, et elle n’avait pas l’impression d’avoir avancé. Elle restait au même point, rien ne changeait, et son groupe se délitait. Daniel, puis maintenant Florent, et sachant qu’elle avait failli perdre Flora, combien de temps encore la Desmose pourrait tenir ? Combien de temps encore avant qu’ils ne meurent définitivement ?


    « Si Alexandre était vivant, il nous aurait donné un signe depuis longtemps. Cela ne me réjouit pas davantage que toi, Camille, mais je me résous à croire qu’il est mort. » Conclut Hence, en se levant.

    « Retour vers le passé. ». Un orbe blanc sortit du calculateur.

    La lumière blanche transcenda le ciel violacé par le vortex, Schœneck la connaissait que trop bien.
    « Voilà. » Fit-il en désignant l’éclair. « Nous allons maintenant savoir si ce garçon venu de nulle part est le nouveau Gardien de l’Équilibre. ».

_________________
La veste de marin n'était plus sur ses épaules. Il portait cette fois-ci un costume trois pièces, avec une cravate au nœud Windsor parfait. Une petite broche, tout en argent, représentait un motif que Florent avait déjà vu auparavant. Quelque chose de différent se dégageait de lui, même son expression n'exprimait plus la même tranquillité qu'autrefois. Ce n'était pas le même garçon qu'il avait vu à Holbein. Seul demeurait les gants en cuir qui recouvraient ses mains. — À paraître.
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Icer MessagePosté le: Sam 04 Fév 2017 16:49   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Bon, ok ok... J'espère qu'Underwood n'a pas vraiment été effacé, cela serait fort peu aise...

Mais bordel on s'en fou ! Avec le #PenelopeGate, c'est un tout autre Projet Renaissance qui nous intéresse...

Spoiler


Bref la prochaine fois, tu seras gentil de ne pas télescoper ton récit avec l'actualité. Car tu ne pourras jamais faire mieux que la scène politique pour les rebondissements. Mr. Green

_________________
http://i.imgur.com/028X4Mi.pnghttp://i.imgur.com/dwRODrW.pnghttp://i.imgur.com/mrzFMxc.pnghttp://download.codelyoko.fr/forum/avataricer.gifhttp://i.imgur.com/h4vVXZT.pnghttp://i.imgur.com/gDzGjSF.pnghttp://i.imgur.com/x46kNev.png

« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Silius Italicus MessagePosté le: Lun 06 Mar 2017 18:51   Sujet du message: Répondre en citant  
[Blok]


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Bonsoir cher Pikamaniaque,
Ainsi, ces trois derniers chapitres marquent la fin de l’introduction de votre récit ?

Ils marquent aussi une nette rupture dans la mesure où l’on sort du huit-clos qui régnait jusqu’alors. En effet, l’intrigue ne comprennaient que le Projet desmose et Oswald. Désormais, on compte avec l’administration municipale ainsi qu’avec l’Oracle. Le nombre de factions en titre vient donc d’être multiplié par deux. D’autant plus que le Maire domine très nettement ces chapitres, alors qu’il ne semblait être jusque-là qu’un élément de décors, tout juste bon à regarder l’apocalypse se consommer sous ses yeux, incapable de bouger. De fait, c’est la revanche du conservatisme qui se joue ici.

Même s’il ne le précise pas, le plan d’Underwood se lit en filigrane. Contrairement à une partie des membres du Projet desmose, il n’est pas bassement matérialiste. Il sait que les pouvoirs du Gardien, ainsi qu’une large partie des légendes sont vraies. Il le sait d’autant mieux que sa prison est pleine de ses légendes. À quoi s’ajoute, que le torchon brûle entre lui et le Gardien, même si les raisons de ce désaccord ne sont pas connues. Or seul le Gardien ou un miracle pourrait sauver le monde. Underwood sait que son administration ne pourra obtenir ni l’un, ni l’autre. Dès lors, il se sert du Projet Desmose pour faire sortir Gardien et Miracle hors de leur cachette. En somme il retourne à son profit la virginité politique des enfants. Évidemment l’arrivée d’Oswald, similaire à un chien dans un jeu de quille vient bouleverser ses plans. Ne serait-ce que sur la question de savoir si l’administration est toujours immunisée face aux effets mémoriels du retour vers le passé.

Que le Gardien n’ait pas voulu travailler avec la mairie, ou partager ses informations avec elle se comprends assez bien au regard des aperçus donnés du Maire. Ce dernier a visiblement trop goûté à la raison d’état ainsi que le montre son discours de vassalisation d’Oswald — scène fort réussie par ailleurs. Elle soulève néanmoins deux questions, auxquelles il est étonnant qu’Underwood n’ait pas pensé. D’ailleurs, le fait qu’Underwood ait su aussi vite et bien prendre la mesure d’Oswald est un indice sûr du fait que l’administration a eu recours à ce genre de méthode sous les ordres d’Underwood : ce n’est pas le genre de choses qui s’imaginent sans avoir été vécues. Oswald ayant été conditionné pour la survie à tout prix en situations extrêmes, il est tout à fait logique de penser que la Division de l’Espoir ne s’est pas arrêtée là : au vu de l’importance de la mission et de sa nature, placer un conditionnement l’empêchant d’abandonner sa mission et d’être retourné aurait fort bien pu lui être apposé. D’autre part, laisser une machine à tuer dans la nature après l’exécution de cette mission est assez dangereux, aussi — Oswald n’étant dans le fond qu’un outil pour ses maîtres — l’intégration d’un conditionnement le poussant au suicide après exécution des ordres est une bonne possibilité. Ces deux possibilités font d’Oswald un outil particulièrement instable.

La personnalité d’Oswald est d’ailleurs plus nette désormais, au-delà de son état de machine à tuer. Contrairement à ce qui est avancé dans la narration, il n’est pas particulièrement intelligent, et ne conceptualise pas. Bien au contraire, il ne connaît que le singulier et non le général ou l’universel. Il est redoutable parce qu’il sait ne voir que ce qui est singulier et unique chez les gens. Or, ce qui est unique se trouve le plus souvent être faille et faiblesse. Il a été formé pour utiliser leurs propres faiblesses chez les autres. Il n’est qu’un outil, non même un pistolet, mais une simple balle — en argent — faite pour transpercer, non pour choisir ou délibérer. De ce point de vue, c’est l’antithèse de l’homme politique qui doit pouvoir s’élever au-dessus de certaines contingences.

Pourquoi alors prend-il le commandement du Projet Desmose ? La réponse tient à ce qu’il a vécu, a été formé, dans un univers tribal. Sa conception de la société se réduit à la meute. Son coup d’état ne correspond jamais qu’à un défi pour monter en grade. Défi qui doit être posé, est appelé par ce qu’il perçoit comme un manque de force de la part des prétendus dominants du groupe. Sa reddition face à Underwood est celle du loup qui a perdu son combat face au chef de meute. Sous cet angle, la relation entre Oswald et Anselm s’éclaire. Anselm est l’équivalent de la louve dominante. Certes, il n’est pas possible de réduire l’organisation du Projet Desmose à celle d’une meute de loup — l’aspect reproductif et sexuel est absent — mais la dynamique est similaire. De ce point de vue l’omniprésence des mentions à la libido et à la sexualité vient renforcer ce jugement . Ce qui explique bien pourquoi Anselm est tolérée : leur arrangement ressemble à celui du couple dominant de la meute. D’ailleurs, on a bien vu qu’Oswald ne savait pas quoi faire du pouvoir une fois qu’il l’avait acquis. Il s’en est emparé parce que c’était possible, parce que lui-même n’avait pas été écrasé par les tenants du pouvoir. Mais il ne porte pas de vision ou de projet. C’est une balle, il n’a pas été éduqué à commander, ou à réfléchir de manière synthétique. Pensez, il était censé savoir d’avance tout ce qu’il était possible de connaître sur ses cibles. En fait, Oswald lorsqu’il pense par lui-même ne semble pas concevoir le monde autrement que par le filtre de la libido : sa retenue, son assouvissement, les forces qu’elle implique… Tous ses raisonnements se ramènent à cela, ou à la puissance physique.

Mais c’en est assez sur Oswald qui n’est guère intéressant en tant que tel : il se contente d’être insupportable. Florent, même avant sa récente promotion — malheur à lui — était plus attrayant. Non qu’il soit normal. En fait, mis à part l’Oracle, aucun personnage n’est réellement sain d’esprit ici. Mais il y a plus de potentiel dans Florent qu’il n’y en a chez les autres, ou qu’il l’ait déjà accompli à l’instar du Maire ou d’Oswald, ou qu’ils tendent du côté des personnages secondaires. En fait, il est étrange, au vu de la vie qu’il a eu, que Florent soit aussi intact : il aurait dû avoir été brisé depuis longtemps. Qu’il soit capable d’action et de réaction dans ces circonstances suffisait déjà à le marquer d’un sceau d’intérêt. Mais ses doutes, hésitations, revirements… le rendent plus proche, plus humain, et finalement bien supérieur en tant que personnage. Sa conversation par chat, outre qu’elle soulève des questions, est rondement menée et montre assez bien comment on peut se faire manipuler contre son gré tout en sachant pertinemment que l’on se fait manipuler.
Il reste à voir comment son changement de statut va être traité, et ce qui va en résulter pour lui, mais on peut déjà se demander si ce récit ne traite pas de la force des innocents à sa manière. C’est en tout cas un thème qui peut se coupler à celui de l’espoir. Idée qui illustre jusqu’au titre d’un de vos récits. Dès lors, il y a une ironie mordante à penser qu’Oswald vient de la Division de l’Espoir : ces gens-là n’avaient plus d’espoir, et n’ont pour l’instant qu’exportés leur désespoir.
Enfin, l’étonnement des membres du Projet Desmose en apprenant que Florent les quitte est pour le moins étrange. Ou plutôt, il fait ressortir tout ce qu’il y a de distordu et de malsain dans leur conception de l’amitié, dans la mesure où ils estimaient visiblement, du moins pour certains d’entre eux, qu’ils étaient ses amis et se comportaient avec lui en ami. À la lueur de ce qui se dit alors, une interrogation vient à l’esprit : sont-ce eux qui ont une vision malsaine de l’amitié, ou bien s’agit-il d’un élément propre à la civilisation terminienne ? La question reste ouverte, mais sa réponse, si tant est qu’elle existe, donnerait des clés de compréhension.

Dans le même ordre d’idée, les pensées de l’Oracle sont intéressantes. En effet il voit quelque chose de « sain » dans l’âme de Florent, en opposition à tout les habitants de Termina. Il redouble cette pensée en ajoutant que Florent lui paraît normal et tout les autres étranges. Or, autant on peut admettre que le sain et le malsain, surtout sous un angle moral comme ici, correspondent à des catégories universelles, autant il est difficile de le penser pour ce qui est du normal et de l’étrange. Il s’agit là de notions historicisée et historicisantes. Dès lors, comment l’Oracle peut-il formuler pareilles oppositions ? Trois solutions s’offrent aux lecteurs. Ou il s’agit d’une inconséquence de plume, ou l’Oracle a connaissance de mondes et lieux hors de Termina et peut comparer en sa défaveur, ou il fut un temps ou Termina n’était pas aussi cauchemardesque et l’Oracle a vécu en ce temps auquel il fait toujours référence. En partant de la troisième hypothèse, on peut postuler que l’apocalypse, la fin du monde est autant physique — un trou dans le ciel — que morale. Autrement dit, l’agrandissement du trou noir serait allé de pair avec la corruption progressive des habitants de Termina.

Au fait, on note des références à la figure de Jésus de Nazareth dont on peut se demander comment il se fait qu’il soit connu dans ce monde. Même si Flora a rejoint avec lui le club très select de ceux qui ont transcendé la mort.


Une question troublante vient cependant suite à la lecture de ces neufs premiers chapitres : Quid de Code Lyokô ? Certes, cela a toujours été relativement secondaire par bien des aspects chez vous. Mais ici, on est bien loin de l’univers originel avec lequel les liens son extrêmement ténu. Au point que la question de l’appartenance de ce récit à cet univers puisse se poser, nonobstant les qualités de cette histoire et de votre plume.

Pour finir, il n’y a pas grand-chose de neuf à ajouter sur votre style, si ce n’est que vous avez parfois de mauvais choix de couple de verbes et de préposition.
Spoiler


Au plaisir de vous voir garder l’espoir de finir en 2017.
_________________
AMDG

Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.
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Pikamaniaque MessagePosté le: Mar 04 Avr 2017 18:16   Sujet du message: Répondre en citant  
Référent Pikamaniaque


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Je suis revenu. J’imagine qu’après un mois, vous avez un peu oublié où on en était. Ce n’est pas très grave pour le chapitre 10, à la suite. Il est déjà écrit depuis mi-février, mais je voulais finir le 11 avant…

Pour répondre à Silius Italicus, que je voudrais déjà remercier pour son message, je voudrais relever la pertinence d’un grand nombre de ses remarques. Ton analyse des factions est assez juste, elles sont maintenant au nombre de trois. La Desmose, la Mairie, et le Gardien. Ces trois équipes sont animées par un but plus ou moins convergent, mais si tu remarques, on ne sait toujours pas qui est l’antagoniste de récit. Pourtant, les trois groupes en présence luttent contre cela, avec des manières et des moyens différents, mais ils le font. Toutefois, je n’ai pas trop compris à quoi fait référence la « revanche du conservatisme qui se joue ici. ».

J’aimerais louer la qualité de ton analyse du comportement d’Oswald, ainsi que des rapports entre le Gardien, le feu Gardien tout le moins, et la Mairie. Tu as particulièrement bien remarqué le fait que Gabriel n’a pas de volonté propre, et qu’il se laisse diriger par sa mission, confiée par ses maîtres. Si j’ai étudié la question de savoir si la Division de l’Espoir a installé quelque chose pour que le garçon ne se retourne et ne se détourne jamais de sa mission, je voudrais toutefois porter à ta connaissance la conclusion de ma réflexion : toutes les données ont changé, absolument toutes, il n’y a plus de points communs entre le monde dans lequel il est, et la mission qu’il devait réaliser. Cette perte brutale des repères ne pouvait entraîner qu’une décompensation, dont Underwood s’est saisi, parce qu’il en est effectivement coutumier. Cependant, sache que ton idée sur le suicide est particulièrement vraie, c’est d’ailleurs abordé plusieurs fois en filigrane au début de la fiction.
Oswald se dit qu’ici, la vie a l’air plus simple, parce qu’elle a moins de sens, mais cela finit vite par l’effrayer, la liberté.
Ton paragraphe 3 et 4 est donc vrai sur toute la ligne. Ce n’est ni plus ni moins qu’un animal dressé.

Ce que tu dis sur Florent est aussi tout-à-fait logique. La question finale de ce paragraphe m’interpelle beaucoup. Je pense que tout prendra sens bientôt. Le début s’est bien mis en place, les bases se sont installées. On va rentrer dans le cœur du récit dès à présent. Il y a beaucoup de questions que tu poses sur lesquelles je ne peux pas répondre, ou qui ont l’air illogique. Je répondrai à toutes, parce que j’y ai réfléchi en amont – ou j’ai compris que c’était nécessaire. Vraiment, il y aura des réponses, logiques et implacables selon moi, mais elles ne prendront sens qu’une fois que vous comprendrez, avant ou en même temps que la narration, tout ce qui se passe à Termina.

À ce stade, le lecteur averti peut trouver les tenants et aboutissants de la fiction, surtout avec le chapitre 10.

Sur Hence, par exemple, il serait faux de penser qu’il incarne la philosophie thiercelloise. À lui seul, et en quelques sortes, tu verras sous bien des aspects qu’il ne permet pas de comprendre ce qui se passe, et que tu as encore bien trop peu d’informations pour en juger.
Je veux te confirmer une chose : je n’ai fait aucune maladresse de plume dans ces moments de la narration.

Vous saurez un jour que la narration est en focalisation interne-externe. Tout prendra sens. Je vous demande d’attendre pour le moment sur ces points.
Par rapport à ta question sur Code Lyokô, je la comprends. Cette fiction, sur bien des points, n’a plus aucun rapport avec Code Lyokô. Elle a un rapport avec Bataille pour l’Espoir, qui elle-même a un rapport avec Code Lyokô. De même pour CharmingMagician.exe. Tout est lié, au final. Je ne l’ai pas mal placée.

Merci pour le relevé des fautes.

Et Icer, va mourir. Mr. Green .
_____________________________________________________________

    Chapitre 10 : Freeze



    Château de Versailles, République française. 26 avril 2058.

    « Ce sont eux, Monsieur le Président, les enfants de la Division de l’Espoir.
    — Alors le Projet Renaissance est en marche … ? J’ai eu raison de porter haut les espoirs de votre rédemption, Friedrich.
    — Monsieur le Président, à jamais je vous serai reconnaissant pour cela. Ces élèves sont formés avec le plus grand soin, comme vous pouvez le voir. ».
    Une vieille main s’approcha, pour frotter le visage de l’un d’entre-eux. Il s’appelait Gabriel Grayson.
    « Celui-ci est notre élève le plus prometteur. Ce pour quoi il ouvre la marche. M. Grayson, saluez comme il se doit le Président Heath. ». Indiqua d’une voix autoritaire l’administrateur-directeur de la Divison de l’Espoir. L’interpellé, du haut de ses six ans, releva la tête. Il avait le visage de l’enfance sans l’innocence qui allait avec. Avec déférence, il s’inclina devant Arnold Heath, le plus grand chef d’État que la France ait connue.

    Son visage était plutôt flou. Il portait une sorte de costume, un nœud papillon sobre. Un crâne dégarni, mais impossible de se rappeler ses expressions faciales. Des années plus tard, quand le Dr. Armleder quitterait ses fonctions, il lui rappellerait la chance qu’il avait eue de rencontrer le Président Heath. Pourtant, le franco-canadien ne gardait pas un souvenir transcendant de cette rencontre.
    Il fallait dire que, déjà très malade, l’ancien magistrat décéderait l’année suivante, à quatre-vingt neuf ans. Aussi diminué qu’un Bouteflika, cet homme n’en restait pas au moins aussi raciste qu’un Hortefeux. En effet, le petit garçon était au premier rang. Il avait pu entendre cette phrase, chuchotée à l’administrateur-directeur, qui serait répétée comme une anecdote pendant toutes ses années de formation : « Au moins, ce petit gars n’est pas un melon. ».

     ?

    Gabriel ouvrit les yeux avec quelques difficultés. Couché contre un sol métallique rêche et froid, le décor aseptisé du sous-sol dans lequel il se trouvait tranchait fortement avec les beautés du Palais Municipal, ou les moisissures de ses cachots. Encore un peu sonné, il se demandait bien où il pouvait être cette fois, et dans quelles désastreuses aventures il était maintenant embarqué.
    « Bonsoir Gabriel. Je me demandais quand est-ce que tu te réveillerais. » Tournant vivement la tête, l’interpellé remarqua alors le Maire Francis Underwood, confortablement assis dans un fauteuil de bureau relié à un étrange ordinateur, aux écrans dont les couleurs psychédéliques s’agitaient en un amoncellement de fenêtres de texte.
    Encore affaibli par ce mal de crâne qu’il pouvait avoir de temps à autres, le jeune homme chercha à se dresser sur ses deux jambes afin de mieux s’approprier l’espace dans lequel il se trouvait. Cherchant un point d’appui, il manqua de trébucher, et ce ne fut qu’une rampe salvatrice contigüe à une porte verrouillée qui l’en empêcha.
    « Cette étrange sensation devrait passer d’ici quelques minutes. N’essaie pas de la combattre, Gabriel. Cela finira probablement par passer… Informa le bourgmestre, les mains croisées.
    — Où… Euh… Ce n’est pas là que…
    — Ce n’est pas là que tu es censé te réveiller après un retour vers le passé, oui, je sais. Je ne sais pas non plus pourquoi tu es avec moi. » Le regard cerné du petit Grayson sembla s’emplir d’une forme d’inquiétude qu’il tentait de réprimer tant bien que mal. Où voulait en venir son nouveau patron ? Quel était cet endroit qu’il n’avait jamais vu ?

    « En temps ordinaire, je ne te divulguerai pas quoi que ce soit concernant ce que je peux penser. La grandeur a besoin de mystère, et on admire mal ce que l’on connaît bien. » Lâcha le sexagénaire, fier de lui-même. Cette phrase fit pourtant tiquer son interlocuteur, qui la connaissait bien, puisqu’il s’agissait d’une citation du Général de Gaulle. Il décida toutefois de ne pas y faire allusion.
    « Où sommes-nous… monsieur ?
    — Oui, voilà. J’en viens. Je n’en sais absolument rien, Gabriel Grayson. ».
    Le vingtenaire écarquilla les yeux, dubitatif à souhait. Il regarda partout autour de lui. Il n’y avait pas ses affaires, il ne portait que la tenue dans laquelle il était à l’aube du premier jour, qui n’avait pas foncièrement changé des autres jours dans la mesure où son apparence comptait bien peu dans ce contexte.
    « Comment ça ? Vous n’en savez rien ? Qu’est-ce que vous racontez…  ? Où est-on ? Il faut sortir d’ici.
    — Allons, allons, du calme Gabriel. » Underwood s’était levé, le visage sévère, la voix autoritaire. « Nous ne pouvons pas sortir. Cette pièce est totalement verrouillée. Regarde plutôt la porte derrière toi. » Fit-il, non sans un sourire sur sa moue.

    Oswald tourna les talons, et fit face à la porte métallique à laquelle la rampe était accrochée. Un petit voyant rouge était allumé, signifiant qu’elle était verrouillée. Il n’y avait ni poignée, ni tablette pour inscrire un code. Elle ressemblait fortement à la porte du monte-charge de l’Usine Renault, en 2003, tout en s’en différenciant par un aspect plus argenté. Posant sa main dessus, il tenta de la pousser, mais bien sûr rien ne se produisit, hormis une crampe au bras au bout d’une bonne minute d’essai. Dépité, le garçon bifurqua derechef, se retrouvant nez-à-nez avec l’autre personne présente à ses côtés.
    « Qu’est-ce que c’est qui se passe ? Interrogea-t-il au vieil homme en face de lui.
    — Comme je te l’ai dit, je n’en sais rien. Ce n’est toutefois pas la première fois que je me retrouve dans cet endroit. » Il se retourna, et se replaça au poste de contrôle.
    « Je ne sais pas pourquoi je suis là, mais je sais être dans les sous-sols de la tour d’astronomie. Quant à cette pièce, je ne sais vraiment pas ce que c’est. Toutefois, une chose est sûre Gabriel. » Il tourna sa tête vers lui, le visage grave et solennel. Leurs yeux s’entrecroisèrent.

    « À l’heure où je te parle, nous ne sommes pas à l’aube du premier jour. Il est 4h26 du matin, dans la salle que cette ordinateur nomme, la salle de l’hypercalculateur. ».
    Le franco-canadien écarquilla les yeux, et commença à se rapprocher lentement de l’écran d’ordinateur. Plusieurs clics suffirent à afficher une ribambelle de dossiers, dans lesquels des fichiers textes affichaient une barre de scroll sans fins.
    « Nul besoin d’être immunisé au retour dans le temps, Gabriel Grayson, quand tu as accès à toute la base de données de Thiercelieux. Du journal de Florent Hämälaïnen, à toutes les caractéristiques de ce qu’on y trouve. Comprends-tu ce que cela signifie ? 
    — Vous n’avez jamais été immunisé au retour dans le temps. Vous voulez dire, que vous n’avez de souvenirs de moi que les quelques minutes que nous venons de passer ensemble ? » Lui dit-il, comme un coup au cœur.
    Le maire se retourna, assez serein.
    « Non, mieux que cela Monsieur Grayson. Je ne suis plus immunisé à ce retour vers le passé depuis que tu es arrivé à Thiercelieux. Se servir d’Alexandre Schwartz à bon dos, vraiment, mais ce n’est pas lui le responsable, c’est toi. Alors, je trouve, que c’est tout en ironie tragique que tu trouves face à moi, maintenant, et à cet endroit. À croire que tu es l’anomalie de ce lieu, parce que, Gabriel, jusqu’à encore trois jours, il n’existait rien de toi au sein de cette base de données. ». Le bourgmestre hacha ses mots, avec une forme d’agressivité et de violence. L’intéressé commença à se reculer, visiblement perturbé.

    « Pas bouger. » Ordonna fermement son maître. Gabriel se figea immédiatement.
    « Crois-tu que je sois en colère ? Tu ne dois pas avoir peur Gabriel, ce n’est pas moi l’anomalie, c’est toi. » Le vieil homme tourna sa tête vers l’écran, et désigna un dossier qui portait son nom. À l’intérieur, se trouvait la quasi-totalité des données que Gabriel avait ramenées avec lui.
    « Ces… Ces données n’ont pas pu arriver là. Lâcha le concerné, penaud.
    — Et pourtant, tout y est, à l’exception de ce que les Gardes Impériaux avaient récupéré lors de l’offensive du hall de sécurité.
    — Mes données sont restées là-bas sans surveillances, c’est quelqu’un qui les a prises.
    — Oui, bon, peut-être, aucune donnée n’apparaît à ce sujet dans cet ordinateur quantique. Là n’est pas l’important, tu vois. Tu avais omis de me parler beaucoup de choses de ta vie. » Son interlocuteur serra les dents, et se mordit les lèvres.
    « Il n’y a rien de spécial à raconter, cette période est vieille, c’était il y a longtemps. 
    — Je ne suis absolument pas d’accord avec toi. J’ai besoin de savoir, Gabriel. Notamment à cause de ceci, approche. » Le somma-t-il.

    Une fois à son niveau, Underwood balaya de sa main ridée les différents fichiers de sorte à revenir au bureau de l’interface. Le fond était noir, et simple. Toutefois, hormis le dossier “BDD“, il y avait un programme qui attira son attention.
    « Oui, c’est bien de celui-ci que je voulais parler. Gabriel, qu’est-ce que CharmingMagician.exe ? ».

    ***


    Bâtiment Margery Hensley, Division de l’Espoir. République d’Irlande. 28 décembre 2064.

    « Il fait tout noir ici. Je ne vois plus rien. Pour éviter de devenir fou, j’essaie de dormir autant que possible, mais cela commence à faire trop longtemps. Je sais que c’est un examen, mais je suis en train de craquer. Je ne supporterai pas que cela dure une journée de plus, ou une semaine ? Je n’ai plus la notion du temps, et je suis encore surpris de la lucidité qu’il me reste. Comment c’est passible ? J’ai tout froid.
    Je veux sortir d’ici. Ça pue. Il n’y a pas de toilettes. Il n’y a quasiment pas de nourritures. Je veux sortir. Laissez-moi sortir.
    Je ne sais plus ce qu’ils ont dit… C’était il y a si longtemps. J’avais fini quatrième du classement général de la Division. Ils m’ont enfermé dans le trou. C’était l’examen final du pallier 2. Le pallier 1, je ne sais plus pour quoi c’était. Je ne me souviens plus de mon âge.
    Gabriel Grayson, je m’appelle comme cela. J’ai treize ans maintenant. Je fais des cauchemars, j’ai des hallucinations. Je ne vois plus rien, la lumière m’éblouit… Quand j’y pense, le soleil, il est comment ?

    Quelques heures plus tard, ou quelques jours plus tard, la trappe s’est ouverte. J’en ai été sorti par des monsieurs en combinaison noires. Je tremblais, je ne voyais plus rien, j’étais totalement aveugle. Cela faisait…
    « Cent jours. Mes félicitations Gabriel. Tu as bien tenu. » Me dirait-on quelques heures plus tard, au moment de m’ébouriffer les cheveux, moi, le petit adolescent de la Division de l’Espoir, qui avais tenu cent jours enfermé dans une trappe de trois mètres carrés, nourris par le petit interstice de la cage.
    Quand je demandais l’intérêt d’un tel test, des années plus tard, on me dirait que c’était en prévision d’une incarcération de longue durée par le Projet Carthage, comme avait vécu Anthéa Schaeffer. Qu’il fallait que je sois prêt, pour m’évader, et pour ne pas sombrer à la folie. C’était l’examen final qui nous permettait de nous qualifier à la poursuite de nos études au sein de la Division. Sur 578 enfants, seuls 89 se qualifièrent, les autres étant morts, et traumatisés à jamais, ou les deux.

    Je me demande encore pourquoi aujourd’hui, je ne suis pas devenu fou moi-même. S’agissait-il de ce que les docteurs disaient sur moi dans mon dos ? Comme quoi j’étais un vrai sociopathe, bien plus atteint que les autres ?
    Certes, cela expliquerait beaucoup de choses, mais j’ai pourtant la sensation d’avoir été quelqu’un de profondément humain à un moment, au cours de ma petite enfance. Est-ce moi, ou eux qui m’ont changé ? Cela importe peu, parce que je suis fier de ce que je suis. » Extrait du journal privé de Gabriel Grayson, détruit par la Division de l’Espoir en 2069.

    Il s’agissait de la seule page ayant subsisté à la destruction du journal. Officiellement, la direction de la Division de l’Espoir la jugeait pleine de secret-défense, mais ce n’était pas tant cela qu’elle incarnait encore une parcelle d’humanité qui restait à cet adolescent, partie en fumée avec toutes les pages d’écriture manuscrites du document.
    En effet, si préciser « manuscrites » peut paraître surprenant, c’est que dans les années 2060, très peu de personnes savent encore écrire à la main, conjoncture économique oblige, choc de simplification aussi.

    Dans le bureau du Directeur, la semaine suivante, Gabriel avait reçu son classement. Troisième. Qualifié pour passer à l’étape supérieure, le garçon avait maintenant toutes les cartes à main pour continuer le programme onusien avec toute la légitimité de son statut, ainsi que les privilèges de sa mention excellence, tant sur les aptitudes physiques qu’intellectuelles.
    « La Division de l’Espoir entend promouvoir le mérite. » Commença la voix âgée du Dr. Armleder, qui dirigeait l’institution depuis quinze ans. « Gabriel, tu fais partie de nos meilleurs étudiants. Il est normal que tu aies des récompenses supplémentaires avec les deux personnes qui ont fait mieux que toi, et qui t’ont surpassé. » Insista le préhistorique directeur allemand. Il désigna alors sur un coin de la table, un paquet rouge, qu’il invita l’adolescent à prendre. Ce dernier, encore un peu éprouva par sa semaine, l’attrapa avec une certaine timidité.

    Il n’était pas bien gros, et lorsqu’il fut ouvert, il fut surpris de constater qu’il s’agissait d’une Nintendo 64k. Un bijou technique, dont il avait souvent entendu parler, mais qu’il n’avait jamais pu approcher au Pensionnat. Il aurait bien ressenti, par le passé, une joie intense comme le veut la coutume de sa fougueuse jeunesse, mais c’était une maturité plus sombre qui l’habitait depuis son expérience dans la trappe. Il resta très sobre, et se contenta d’un remerciement à peine audible, gardant l’objet près de lui.
    « Comme tu le sais, l’anéantissement du Japon tout entier a provoqué des pertes terribles pour l’humanité. L’une d’entre-elle, le siège de Nintendo, a motivé les franchises étrangères à se reconstituer sous la bannière de Nintendo AE, et de sortir une nouvelle console que nos services ont financé, dans l’esprit de l’ancienne et de la mentalité de la firme à la fin des années 1990. À l’intérieur, tu trouveras un jeu, le seul jeu auquel tu pourras jouer. Il t’entraînera à ta mission, il te fera comprendre les ficelles du monde virtuel et de l’endroit dans lequel tu t’apprêtes à aller. Les développeurs ont prévu de nombreux scénarios, et nos informaticiens les ont encore mieux adaptés, pour allier détente et travail. » Terminant son laïus, le franco-canadien resta muet, ne sachant pas ce qu’il était le plus judicieux de dire. Friedrich Armleder avait la réputation d’être un colosse du Projet Renaissance, en étant le seul à avoir jamais rencontré les Lyokô-Guerriers, à avoir fréquenté Hussinger, Heath et d’autres noms plus emblématiques et plus sacralisés les uns que les autres. Mais, au-delà de cela, le germain avait aussi la réputation d’être un homme d’une dureté incroyable, qui ne pardonnait ni écart, ni insubordination des pensionnaires envers lui.
    « Allez, file maintenant. » Rajouta-t-il alors, face au silence, sur un ton infantilisant.

    Grayson s’inclina, et se retourna pour partir. Avant de franchir la porte, il osa toutefois une question, qui lui était venue au dernier moment.
    « Monsieur le Directeur, quel est le nom de ce jeu exactement ?
    — Charming Magician. Alors, pour tout te dire, le gouvernement français a menacé de se retirer du projet si nous ne francisions pas le nom, mais nous n’avons pas cédé face à cette rodomontade de Frexit, ils en ont besoin eux aussi. » Un peu gêné, Gabriel lâcha un rire forcé. Il parlait couramment français, anglais et allemand, alors cela lui importait peu. Il remercia de nouveau le Directeur, et sortit du bureau en refermant la porte, sa nouvelle console sous le bras.
    Avec le recul, il se demandait pourquoi “Charming Magician“. Il ne voyait pas beaucoup le lien tout ce qui s’était passé ces dernières années.
    Peu lui importait, de toute manière, il devait s’assurer de maintenir son classement au plus haut.

    ***


    Siège de l’hypercalculateur, Thiercelieux. 

    « Ils t’ont laissé cent jours dans cette trappe, dans le noir. Répéta Francis Underwood, à la fois fasciné et horrifié par ce que le garçon lui avait raconté.
    — Oui, enfin, ce n’est pas très grave. Cela m’a endurci. Ils ne l’ont pas fait pour que j’aille mal, pour me briser, ils l’ont fait pour que je sois un battant, un gagnant. » Le Maire se leva dans son fauteuil, toujours très intrigué par tout ce que le jeune homme lui disait. La Division de l’Espoir, ces noms, tout cet héritage qu’il portait en lui, comme un chemin de croix, et qui lui était totalement inconnu. Il venait bel et bien d’une autre réalité, d’un autre monde, comme il l’avait dit. La “France“ ? “Arnold Heath“ ? Qu’est-ce que ces noms pouvaient bien signifier ? Il en avait appris beaucoup en lisant toutes les données qui lui appartenaient, mais il n’avait pas eu le temps d’en parcourir la moitié, que déjà maintenant l’horloge affichait 5h du matin.

    « Cette histoire m’a perturbé, parce qu’en définitive, les gens que tu as côtoyé ne sont pas si différents de moi. Raison pour laquelle je suis content de t’avoir trouvé, Gabriel. » Il avança jusque derrière les écrans d’ordinateur. Un gros caisson métallique empêchait de faire le tour de la pièce comme un cercle, et le découpait en longueur à l’image d’une aiguille de montre. Il poursuivit.
    « Ce jeu, Charming Magician, il vient de ton héritage, mais je suis persuadé qu’il était déjà là, bien avant que tu ne viennes. À la différence que, chaque fois que j’essayais de le lancer, il me disait que l’extension “TerribleFate.exe“ était manquante, et ne pouvait être lue. Ce qui est assez étrange, puisqu’apparemment, l’extension .exe était sur vos ordinateurs à vous. Il se passe des choses étranges à Thiercelieux, n’est-ce pas ? »
    Le jeune homme resta silencieux, réfléchissant plus avant à ce qu’il devait répondre. En présence des personnes qu’il estimait supérieures, Gabriel avait pris cette habitude de peser ses réponses autant qu’il le pouvait, de crainte de provoquer leurs courroux.
    « De mémoire, il n’avait rien de particulier, ce jeu. On y incarnait, au choix, un des cinq guerriers de la lumière. Ils étaient inspirés d’adolescents ayant vraiment existé, et qui ont provoqué le retour de Carthage à la civilisation. Objectivement, tout est de leur faute, mais quand je suis parti, certains penseurs de gauche tentaient de les réhabiliter. Cela m’a toujours paru dégueulasse d’excuser leurs crimes, et les voir héros d’un jeu ne m’a pas tant enchanté que cela. ».
    Le bourgmestre hocha la tête, alors qu’il s’était maintenant approché d’une trappe de deux mètres. Un loquet empêchait son ouverture.

    « Pourtant, le fait que ce jeu soit présent sur ce calculateur lui confère une certaine importance, n’est-ce pas ? C’est que, d’une manière ou d’une autre, quelqu’un à Thiercelieux a pu faire le lien, comme toi tu l’as fait, avec notre monde. En tous cas, ce jeu semble en être le dénominateur commun, à défaut d’autre chose. Tu comprends pourquoi cela m’intéresse tant, Gabriel ? 
    — Oui, Monsieur. Je le comprends bien. Toutefois, si le programme ne se lançait pas sur l’hypercalculateur, c’est que la personne qui l’a emmené et installé, n’avait pas toutes ses données. Cela signifie… - Le garçon se tut, parce qu’il comprit là où voulait en venir son patron.
    — Oui, cela signifie que le jeu est maintenant complet. » Il fit une pause. « C’est ce que cette salle a de fascinant en fait. Elle recèle de nombreux secrets, et je n’arrive pas à mettre la main dessus. Concrètement, il y a des fichiers sur chaque habitant, sur chaque lieu, qui viennent de différentes sources, et qui sont comme centralisées au sein du disque dur, pourtant cet hypercalculateur ne peut rien faire de spécial, comme s’il était…
    — En lecture seule, intervint Gabriel.
    — Oui, exactement. En lecture seule. Cela m’a amené à m’interroger. Quel est cet endroit, et quel rôle détient-il exactement ? Pourquoi puis-je accéder au journal de Florent, ou plutôt, au nouveau journal d’Anselm, alors même qu’elle ne l’enregistrera que dans quelques heures ? Est-il vraiment 5h du matin à Thiercelieux ? Rien n’est moins sûr… Et puis un jour, j’ai trouvé ça. ».
    Le bourgmestre se baissa, et tira la poignée jusqu’à lui.

    « Approche, Gabriel. ». Lui ordonna-t-il d’une voix sévère. L’intéressé le rejoignit immédiatement, et il découvrit un garçon, vêtu d’un vieux tee-shirt sale, en caleçon et sans pantalon, dont les bras étaient plein de cathéters et de crocodiles, partout sur les membres de son corps. Un casque sur sa tête l’empêchait de voir, et le rendait à la merci de quiconque ouvrait cette porte.
    « Qu’est-ce que…  Commenta le vingtenaire.
    — Je te présente Asriel. Je ne connais pas son nom de famille.
    — Que fait ce garçon là-dedans … ? Demanda Oswald, un peu mal-à-l’aise par rapport aux souvenirs que cela lui évoquait, tant dans les films d’horreurs que…
    — Je n’en sais prodigieusement rien, il a toujours été là. En revanche, ce que je sais, c’est qu’il est relié à cette machine. Tous ces cathéters font transiter des myriades de données électroniques, de matières organiques, et le recyclent en permanence en un prodigieux système de boucle. C’est, pour ainsi dire, fascinant. ».
    Déclara Francis, alors que le petit humain rampait au sol à l’extérieur de sa prison. Il était couvert de crasse. Un pied en avant, un cri bref, et subit. Tombant contre la paroi, avec les aiguilles qui lui déchiquetèrent une partie des veines, ledit Asriel se fit alors rejeter par la violence du bourgmestre.
    « Qui t’a permis de sortir d’ici ?! » Vociféra-t-il avec sévérité. Oswald se pencha pour avoir un meilleur angle d’observation, sans nécessairement réagir à cet acte de violence. Il constata par lui-même l’état de décrépitude dans lequel se trouvait la cellule de cet adolescent, et il sonda sa mémoire à la recherche d’une analogie qu’il n’arrivait plus à verbaliser.

    « Mais oui. » Chuchota-t-il alors. « C’est le même système que pour le Canon Polynice de la Grande Arche. » Déclara-t-il en se relevant.
    « La Grande Arche ? Mais qu’est-ce que ? De quoi parles-tu ? Explique-toi.
    — Vous n’avez rien lu au sujet de la Grande Arche dans l’ordinateur ? ».
    Face à la moue d’Underwood, Gabriel comprit que non. Il tourna alors les talons pour se précipiter vers le poste de contrôle. Ouvrant plusieurs dossiers, il chercha en vain sa fiche au sujet de la Colonie de l’Espace.
    « Je ne comprends pas, j’étais absolument certain d’avoir des données là-dessus.
    — Gabriel, qu’est-ce que la Grande Arche ? Réponds-moi. » Le franco-canadien se retourna vivement, cherchant à rassembler les morceaux dans sa tête.
    « Une colonie spatiale, une espèce de base militaire en orbite autour de la terre, comme un satellite. Elle possédait un canon, le canon Polynice, qui était alimenté en matière organique… À la place de cet enfant trouvait un autre adolescent, appelé Léopold Le Couls. J’avais tout un dossier à ce sujet, je devais m’y rendre après mon arrivée sur terre dans les années 1990. » L’agent de la division de l’Espoir affichait une nervosité palpable quant à la disparition de ce document.
    « Cela signifie donc que quelqu’un a supprimé ce fichier. – Fit remarquer le maire.
    — Oui. À l’époque, l’armée française avait récupéré dans une base du Projet Carthage, dans les Alpes, les plans du Projet Grande Arche. Le problème, c’est qu’elle a implosé alors qu’elle menaçait de rentrer en impact avec la terre. Elle contenait une importante quantité d’énergie radioactive qui aurait sans doute provoqué l’extinction de l’humanité.
    — Au lieu de cela, elle a provoqué, là d’où tu viens, deux milliards de morts et a contaminé durablement l’atmosphère. Je me souviens d’avoir lu cela sur ta… Terre.
    — Oui, et nous n’avons jamais pu l’explorer, nous n’avons jamais pu comprendre comment une technologie aussi avancée était restée inconnue aux yeux des agences spatiales jusqu’au dernier moment.
    — Et aujourd’hui, dans un autre monde, et visiblement un autre univers, un système analogue dont tu possédais tous les plans disparaît de tes disques durs, qui, au demeurant, ne sont plus présents que dans cette machine. ».
    Le sociopathe se racla la gorge. Allait-il récupérer ses affaires là où il les avait laissés lors de la précédente séquence ? Plus encore, quel était cette atmosphère pourrie qui planait dans l’air ? Francis Underwood lui-même semblait inquiet.
    « Cela signifie qu’il existe un lien entre ce Canon Polynice et cet hypercalculateur. Cela signifie aussi que quelqu’un, sciemment, ne veut pas que nous prenions connaissance de ce lien. Cela signifie donc que ce qui s’est passé dans ton monde a des répercussions sur le nôtre.
    — Oui, monsieur. Mais, je ne vois pas…
    — Tu ne vois pas qui ça peut être ? C’est peut-être toi, au fond ? Quelqu’un qui s’instille partout, au plus proche des hautes instances, quelqu’un qui répond à une pulsion de contrôle, qui sème des indices pour se faire trouver, pour être sûr que tout suit le chemin que lui a décidé ? Peut-être que c’est toi, l’homme qui vient d’ailleurs, à qui nous devons tous ces malheurs ? Après tout, le seul point commun qui existent avec toutes ces choses bizarres… c’est toi, Gabriel Grayson. »
    Le bourgmestre, tout au long de son laïus, s’était rapproché avec une inimité, et une froideur qu’il ne laissait paraître que rarement. À nouveau, Oswald était complètement intimidé.

    « N-Non… Mon… Monsieur, je vous assure. » Bégaya-t-il avec grandes difficultés.
    « Oui, en effet. Tu es bien trop faible. Et de toute façon, tu n’étais pas né à cette époque. Si tant est que tu dises la vérité. » Conclut-il alors sur le moment de frayeur qu’il venait de lui faire, la voix plus bienveillante.
    « Bien que cela puisse être vous. » Le politique écarquilla le regard, interdit. « Vous en savez bien plus que vous ne le dites, M. Underwood. - Un sourire carnassier se dessina sur le visage de son patron.
    — Oh, Gabriel, j’aimerais tellement que ce soit vrai. Et ça l’est peut-être, il n’y a que toi qui peux le décider. Tu as juste raison sur un point, je ne veux pas plus que tout au monde fermer le vortex de Termina. Pour la même raison que je t’ai demandé de rester auprès du groupe de la Desmose, et d’avoir leur confiance, c’est que je réfléchis à un moyen plus définitif de nous sortir de là, Kalinda Sharma, mon valet Antonin, toi et moi, et je pense que cette machine est une partie de la solution, autant qu’elle est une partie du problème. ». Le maire se retourna vers l’imposant hypercalculateur. Il marcha de nouveau vers la cage dans laquelle Asriel servait de pile humaine. Le garçon n’osait plus sortir, et il semblait tétanisé à l’idée de se reprendre un coup. Suivi par le franco-canadien, qui restait sur ses gardes, ils s’échangèrent un regard de mutuelle confiance, au moins pour Gabriel.

    « Ce que je trouve fascinant dans ces machines, c’est qu’il ne leur suffit que d’un humain pour s’alimenter.
    — Enfin, que racontes-tu Gabriel ? Tu ne penses pas que cette misérable créature suffit à faire tourner ce truc ? Tu n’as toujours pas compris pourquoi les monstres des cachots ne pouvaient pas en sortir, même hors de leur cellule ? Tu n’as pas compris que toute leur énergie négative, tout leur flux vital, leur immortalité, leurs pouvoirs, est drainée par cette machine de sorte que celui-ci ne s’arrête jamais de tourner ? » Grayson se montra extrêmement surpris par cette remarque.
    « Mais, non. Dans le Canon Polynice, seul Léopold Le Couls avait servi à alimenter la Grande Arche. » Le bourgmestre se retourna alors vers la machine infernale, un sursaut d’admiration à son vieux cœur.
    « Cela ne peut signifier qu’une chose ; cette machine est bien plus puissante que tout ce que l’on imagine.
    — En même temps, vous l’avez nommée hypercalculateur. Fit objecter le garçon.
    — C’est vrai, mais j’avoue ne plus me souvenir pourquoi. ».
    Des sanglots les sortirent de leur complicité. Le petit Asriel levait sa main en quête d’une possible action salvatrice qui le sortirait de ses souffrances.

    « Il y a cru, lui. » Commenta Underwood, amusé, en refermant le couvercle. Plusieurs coups frappèrent, désespérés.
    « Nous devrions essayer de lancer CharmingMagician.exe, monsieur. Il est possible que le jeu fonctionne dorénavant. ».
    Le sexagénaire parut réfléchir. « J’en doute, mais nous ne perdons rien à essayer. L’aube du premier jour va bientôt se lever, et au moins, on ne pourra pas dire que nous n’avons rien fait. ».
    Là-dessus, il désigna le fauteuil du poste de contrôle.

    ***


    Berlin, République Fédérale Allemande. 8 mai 2068.

    « Aujourd’hui, en ce jour ensoleillé, prudence à ne pas sortir entre 18 et 21h, où le taux de radioactivité atteindra 5 grays dans le länder de la Bavière et de la Saxe. Confinement absolu dans le länder de Mecklenbourg et de Poméranie occidentale où le taux de radioactivité atteindra 10 grays, là il conviendra de rester confiné chez vous jusqu’au 14 mai. Dans le reste de l’Allemagne, il y aura entre 1 et 3 Grays, de Brandebourg à la Westphalie… Et n’oubliez pas que les précipitations prévues à Hambourg sont extrêmement radioactives — jusqu’à 27 Grays ! — Prudence absolue, ne sortez pas de chez vous, et en cas de manque de vivres, ou d’exposition à un SIA, contactez immédiatement le 112, numéro d’urgence européen…  ».

    Gabriel Oswald regardait la bière de Friedrich Armleder se mettre en terre paisiblement, une oreille connectée à la radio locale. La cérémonie avait été très émouvante, pour l’ancien directeur de la division de l’Espoir. Très âgé, et très vieux, sa longévité avait suscité l’admiration de tous ceux qui l’avait connu. Plus encore, c’était grâce à lui que le Projet Renaissance en était pratiquement à son terme, et au cours de cette éloge funèbre, où seuls ses plus proches collaborateurs, et les cinq meilleurs élèves de la Division de l’Espoir avaient été conviés, tout le monde enterrait avec une grande dignité et une grande prestance ce scientifique allemand. Il avait pourtant contribué à la réussite du Projet Carthage, et il avait éborgné de ses mains Léopold Le Couls en tentant de le tuer. Ce dernier ne lui avait jamais pardonné, et malgré les années, il semblait garder une forte rancœur aux grandes instances de ce monde de lui avoir pardonné à sa place.

    En fait, le président Heath, en lui accordant la grâce présidentielle, avait surtout assuré le début du Projet Renaissance, à l’image de ces scientifiques nazis devenus scientifiques dans les laboratoires américains. Une chose que l’adolescent blond aux yeux bleus n’avait pu comprendre à l’époque, méprisé d’avoir été un gamin au milieu de ce conflit, et jugé peu sérieux même lorsqu’il avait ambitionné d’être le Directeur de la Division de l’Espoir, un poste qu’il avait finalement obtenu, et qu’il n’avait tenu que quelques mois, car beaucoup trop scrupuleux de l’éthique et de la morale.
    « Le PR a ordonné qu’on ne rentre pas à Dublin pour le moment… » Tiré de sa torpeur, l’élève de la division de l’espoir tourna la tête. Il avait été surpris d’entendre une telle chose, de la part des instances directrices du Projet Renaissance. Celles-ci s’étaient éloignées, vers les voitures de la délégation onusienne.

    Cela faisait quelques temps maintenant qu’une atmosphère pourrie régnait dans les locaux de la Division de l’Espoir. Atmosphère renforcée par la disparition tragique du Dr. Armleder, lequel avait été remplacé au pied-levé, et d’une décision unilatérale de la France, par Agnès Barral.

    Allant contre le protocole, le jeune homme s’était alors rapproché de ses professeurs, qui se turent à son arrivée.
    « Un problème, M. Grayson ? Interrogea Diane Lockhart, une enseignante en physique quantique.
    — Euh, non, mais. » Le téléphone de la quadragénaire sonna. Faisant un sourire poli, elle le décrocha sans attendre, et s’éloigna de Chris Black, un autre membre du personnel que le franco-canadien avait l’habitude de côtoyer depuis sa naissance.
    « M. Black, dites-moi ce qui se passe. Cela fait plusieurs jours qu’un important cortège militaire est tout autour de nous, et on ne peut plus rentrer à Dublin ? » Exprima avec inquiétude l’adolescent, qui n’avait encore que dix-sept ans. Il profitait de l’absence du professeur Lockhart, connue pour sa grande rigidité, alors qu’il avait toujours eu une forte complicité avec Chris Black, modeste enseignant en éducation physique et sportive, pourtant membre du conseil d’administration du Projet Renaissance.
    « Tout est sous contrôle. Ne t’inquiètes pas. - Fit-il en sortant de sa poche une aspirine, ses maux de tête allant croissant ces dernières semaines.
    — S’il vous plaît, ne me mentez pas. Vous dites que Friedrich Armleder est décédé d’une mort naturelle, mais il a été empoisonné. Il développait un traitement transhumaniste afin de dépasser la mort, comment aurait-il pu mourir ? Et puis il y a de nombreuses disparitions sur le campus, je le sais, on le sait tous. » Face à l’insistance du pensionnaire, Black se sentit démuni. Il saisit le bras, et s’agenouilla à son niveau, parce qu’il était quelqu’un de grande taille, et que la plupart des autres atteignaient difficilement ne serait-ce que son buste.

    « Gabriel, écoute-moi. On ne peut rien te dire, mais je t’assure que tout est sous contrôle. Tu le sais, le Projet Renaissance excite des tarés en tous genres, des revanchards qui ont peur que nous détruisions l’humanité, mais aussi des élèves, qui, comme toi, se formaient à Dublin, mais n’ont pas été retenus et qui veulent maintenant se venger. Ces terroristes, ils se sont regroupés sous le même bandeau, celui de Groupe GENESIS… Il faut être extrêmement prudent, parce que ce qu’ils veulent, c’est vous, et sans vous, tout notre Projet s’effondre. Tu comprends ? »
    Les petites confidences de Chris Black avaient rythmé toute la vie de Gabriel. Depuis qu’il était enfant, à chaque opération médicale pour développer ses capacités, à chaque doute qu’il pouvait avoir sur ce qu’il était, ce professeur était à la fois son confident et son meilleur allié, il en avait la conviction.

    Ce qu’il ne savait pas en revanche, c’était qu’il s’agissait là, pour l’enseignant, de sa véritable mission. Psychiatre de formation, le parangon de vertu Chris Black entretenait cette relation avec la quasi-totalité des agents en formation, et il en rapportait chaque information, chaque ragot, chaque inimité, chaque amitié, chaque amour, chaque débauche et chaque joie aux instances de la direction, de sorte à garder un contrôle encore plus absolu sur chaque pensionnaire. Il était les yeux et les oreilles du Projet Renaissance.
    Oswald ne l’apprit que lorsqu’il fut désigné comme le dernier espoir de l’humanité. Cela acheva de détruire la petite parcelle d’émotion qui restait encore au fond de son cœur.

    C’était réservé aux faibles.

    ***


    Siège de l’hypercalculateur, Thiercelieux. 

    Citation:
    CharmingMagician.exe® est un jeu vidéo développé par Palamède Corp. ©, et ses développeurs Friedrich Armleder, directeur exécutif du projet, Joséphine Buisson, Taelia Rose, Diane Lockhart, Chris Black, Léopold Le Couls, et le Groupe GÉNÉSIS. En coopération avec Nintendo America-Europe (à la mémoire de Nintendo Japon) et Square Enix.
    Les droits d’exploitation sont uniquement réservés aux enfants de la Division de l’Espoir.
    Projet Secret Défense. Toute reproduction, divulgation, utilisation en-dehors des cadres légaux est formellement interdite, et fera l’objet de poursuites engagées devant la CPI pour Haute Trahison.
    1 joueur :
    FICHIER 1er : DIMENSIO. 1 114h de jeu. Admin. Bêta-Testateur accrédité.
    FICHIER 2 : GabOswald. 311h de jeu. Élève Rang S.
    FICHIER 3 : Denys. 64h de jeu. Groupe GENESIS.

    2 joueurs :
    FICHIER 1er : Alexandre eSt Dimensio. Have fun !


    © Palamède Corp. 2064 - 2071. V.6.6.6 (Bêta). Nintendo AE, exclusif sur Nintendo 64k.
    Version NES/Nintendo 64 en préparation pour la phase d’immersion. COMPATIBLE WI-FI ET LAN/RÉSEAU.


    « C’est tout ce que je sais sur le groupe GENESIS. Je n’en avais jamais entendu parler avant. » Commenta Gabriel, à Francis Underwood, alors qu’ils venaient de lancer le jeu. Ce dernier hocha la tête, et demanda au terrien de lancer la première partie qui fonctionnerait. Malheureusement, comme auparavant, la partie de DIMENSIO refusa de s’afficher. Quant à la partie de GabOswald et de Denys, il manquait une extension ; l’extension TerribleFate.exe.
    Or, avant que le dépit ne s’éprenne d’eux, ils remarquèrent la dernière sauvegarde, portant le nom du Gardien de l’Équilibre. Cela interpella beaucoup le maire, qui se demandait pourquoi son prénom était associé à Dimensio, un être qu’il ne connaissait pas et qui pourtant, revenait par deux fois sur l’interface du jeu.
    « Qu’attends-tu, Gabriel ? Ouvre la sauvegarde.. » Somma-t-il alors à son homme de main, qui avait un très mauvais pressentiment à l’idée d’ouvrir cette partie deux joueurs. La main crispée, il double-cliqua.

    Un écran de contrôle apparut. Ce devait être une sorte de caméra de surveillance, retransmettant une image à la qualité misérable, dans une salle peu ou prou analogue à celle-ci. On pouvait y distinguer un ordinateur quantique, ainsi que des… morceaux de corps, une vision d’horreur dont le politique se serait bien passé. Au milieu de la pièce se trouvait une fine silhouette, dans une veste de marin, et des chaussures en cuir. Son visage était un peu noirci, comme si des filées de sang avaient coulé de ses narines. Il était penché à l’écran d’ordinateur, et semblait observer un grand nombre de données sur l’écran d’ordinateur.
    « Qu’est-ce que… C’est quoi ce bordel ? » Interrogea le maire. « C’est lui, Alexandre Schwartz. » Grayson tenta de zoomer, mais il était impossible de contrôler la vidéo, ou même de l’arrêter, comme s’il s’agissait d’une webcam en direct.
    « On dirait que cela se passe en direct. Ce n’est pas enregistré, ça se passe quelque part en ce moment… ».
    Leur rythme cardiaque s’emballa. Le Gardien se trouvait quelque part, dans un laboratoire qui ressemblait exactement à celui dans lequel ils étaient en ce moment même.
    « Gabriel, es-tu absolument certain que ce que nous voyons se passe au moment où nous le regardons ? Comment peux-tu en être aussi sûr ? Insista le sexagénaire, plus que jamais dubitatif.
    — Le flux de la vidéo, du peu que j’en vois, n’est pas dans le code source de CharmingMagician. De plus, je sais que ce jeu a été développé à des buts d’espionnage, il possède un programme capable de capter des flux vidéos pour les retranscrire en direct selon un encodage type. Autrement dit, cette vidéo n’est pas intégrée au programme, elle est… lue, à partir d’autres choses, mais c’est tout ce que je peux en dire… Je ne sais pas si c’est codé différemment, je me souviens juste avoir beaucoup étudié la cartouche là où j’étais.
    — Cela signifie qu’au moment où nous parlons, nous voyons Alexandre Schwartz, mais nous ne pouvons pas rentrer en contact avec lui ? ».
    Le franco-canadien hocha la tête. Il tenta plusieurs manipulations pour récupérer le lecteur du fichier, mais échoua pour des questions de permission. Serrant la souris, il resta ainsi plusieurs minutes à contempler ce garçon qui était en train de regarder les écrans, ou de tourner la tête, partout autour de lui. Il ne lui inspirait rien de spécial, dans son cœur de glaces, mais il voyait, de loin, quel sentiment de sécurité ce garçon pouvait bien inspirer.

    « J’ai essayé de parcourir toutes les données relatives au protocole du jeu. À moins de croire en l’existence d’un monde parallèle, un espace intermédiaire n’existe tout simplement pas. » Conclut froidement le vingtenaire, en se retournant vers Underwood. « Même cette vidéo ne répond pas du monde d’où je viens. Cela n’a aucun sens.
    — Cela signifie qu’il existe non seulement un monde d’où tu viens, non seulement un monde d’où je viens, mais d’autres mondes encore ? ».
    Un bruit sourd attira leur attention. La vidéo venait de se couper, sur un flash lumineux aveuglant.
    « Cet éclair blanc, c’était une explosion au plastique. » Fit le jeune homme en se levant du siège. « Ce laboratoire vient d’exploser ? » Les deux comparses fixèrent intensément l’écran, et rapprochèrent leur visage, comme pour trouver une information, quand soudain, une face déchiquetée, démembrée, sans yeux, sans dents, la mandibule arrachée et le corps couvert de cicatrices, apparut en hurlant, et en dégageant un son d’une extrême intensité aux travers les hauts parleurs de l’ordinateur.
    Surpris et choqué, Francis se recula en un hoquet de surprise, mais Gabriel ne détourna pas le regard. Il fixa intensément l’image difforme et monstrueuse qui hantait l’écran, sans ciller, et sans ressentir aucune peur. Le Projet Renaissance l’avait bien trop préparé pour cela.

    Il remarqua alors une phrase, gravée sur la peau de ce garçon qu’il ne connaissait que trop bien.
    « Jeune garçon, tu as été confronté à une terrible destinée n’est-ce pas ? » Cela le fit trembler. Un tremblement lui rappelant ce que cette mystérieuse voix lui avait dit au téléphone, au premier jour du moment où il avait franchi les portes de Thiercelieux. Ce n’était, ni la première fois, ni la deuxième fois, ni même la dernière fois qu’il la voyait, mais jamais encore elle n’avait été associée à une image d’une telle violence. Cette entité, était-elle à sa poursuite ?

    Le cri s’arrêta enfin, sur un gong sonore que le bourgmestre ne connaissant que trop bien. Deux, puis trois, puis quatre, puis cinq. Puis six.
    C’était l’aube du premier jour. Il était pile et exactement six heures du matin.

    Siège de l’Hypercalculateur, Thiercelieux. Aube du premier jour.

    Le voyant rouge sur le côté de la porte, passa au vert. Les écrans de l’hypercalculateur se verrouillèrent, et il n’était plus du tout possible d’interagir avec le matériel informatique. Un peu échaudé, le chef de l’exécutif passa une main dans ses cheveux. Il n’était pas du tout habitué à ce genre d’images violentes.

    « Voilà, on peut enfin sortir. Il y a des choses que je préférerais garder dans l’oubli, je t’avoue. Ce qui se passe dans cette ville n’a de cesse de me surprendre, et pas dans le bon sens du terme. » Il marqua une pause. « Enfin, bientôt, tout cela sera derrière nous. Retourne vite auprès de la Desmose. Nos affaires doivent continuer.
    — Mais… Tenta d’objecter le brun.
    — Pas de « mais », Gabriel. J’ai déjà tout essayé pour cet ordinateur, dès que nous serons sortis, cette salle se refermera et elle ne s’ouvrira plus. Les écrans, eux, sont tout-à-fait hors d’accès. Nous avons appris beaucoup de choses aujourd’hui — comme chaque semaine — et surtout qu’Alexandre était mort, ceci expliquant définitivement pourquoi je n’ai plus accès au retour vers le passé. Alors il ne reste plus que nous, tu comprends ce que cela veut dire ? Plus que nous. Il n’y a que nous, désormais, qui puissions nous sortir de cet endroit. Et je te jure que nous allons partir, mais à la condition que tu fasses ce que je dis. ».

_________________
La veste de marin n'était plus sur ses épaules. Il portait cette fois-ci un costume trois pièces, avec une cravate au nœud Windsor parfait. Une petite broche, tout en argent, représentait un motif que Florent avait déjà vu auparavant. Quelque chose de différent se dégageait de lui, même son expression n'exprimait plus la même tranquillité qu'autrefois. Ce n'était pas le même garçon qu'il avait vu à Holbein. Seul demeurait les gants en cuir qui recouvraient ses mains. — À paraître.
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