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 Auteur Message
Zéphyr MessagePosté le: Jeu 01 Sep 2016 20:00   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1020
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
Spoiler







Chapitre 18 :
Dépistage






Chris fut remonté au laboratoire par deux paires de bras volontaires, puis installé sur le lit de camp prévu pour l'occasion.
- Le scanner n'a révélé aucun problème au niveau physique, annonça Jérémie au groupe rassemblé. Sa jambe et son bras étaient sûrement déjà remis lorsqu'on l'a exfiltré. Ça nous fait un souci de moins à gérer, si l'on excepte le retrait du plâtre. Il faudra demander à la réplique de se renseigner.
L'ambiance, malgré une tension faible, parvint à se détendre encore après cette nouvelle. Odd lâcha alors la question que beaucoup se posaient, en désignant l'inconscient du menton :
- Du coup, on fait quoi de lui ?
- Pas grand-chose pour le moment. On va déjà attendre qu'il se réveille pour lui expliquer la situation et éventuellement le calmer. Pour la suite, je pense qu'il y a meilleur intérêt à le laisser se reposer tranquillement ici jusqu'aux vacances. Ça implique qu'on organise correctement tout ça bien sûr, notamment pour la nourriture.
- C'est vraiment nécessaire d'en faire autant ? demanda brusquement Yumi. Il pourrait se reposer confortablement à Kadic, puis chez lui à Pâques.
- Tu sais, s'immisça Aelita, on ne sait pas trop quel sera l'état psychologique de Chris lorsqu'il reprendra conscience, mais je doute qu'il retourne tranquillement en cours dès demain.
- Je ne proposais pas de le laisser se débrouiller, seulement de ne pas nous compliquer la vie.
- L'usine est moins risquée que l'internat, trancha Jérémie. On peut encore tenir quelques jours avec le clone en la jouant fine.
- Pas besoin de s'emballer tout de suite, ajouta Ulrich. Le prince charmant est toujours dans les vapes.
Un moment de flottement s'instaura, durant lequel la plupart des adolescents présents jetèrent un œil à leur camarade allongé, comme si ce simple geste suffisait pour le ranimer. Seul l'écran central du poste de commande reprit vie. Dans un bruit caractéristique, la fenêtre d'appel téléphonique entrant s'ouvrit. Interpellé puis intrigué par la provenance inconnue du phénomène, Belpois activa les hauts-parleurs et décrocha.
- Chris 2.0 au rapport.
La surprise traversa la plupart des interlocuteurs, qui eurent le tact de ne pas réagir et de laisser l'être surnaturel poursuivre.
- Je rencontre un problème que mon protocole ne me permet pas de résoudre efficacement. L'oncle de Chris 1.0 est venu me voir, puis a remarqué que je n'étais pas ce que je paraissais être. Ne sachant comment réagir dans cette situation, je l'ai mise en suspens afin que vous la résolviez.
- Qu'entends-tu par là ? demanda l'opérateur.
- J'ai assommé cette personne dans la chambre du modèle 1.0 et lui ai pris son portable pour vous joindre. Que dois-je faire à présent ?
- Rien du tout. J'arrive tout de suite.
Jérémie avait répondu sur le moment, sans consulter le reste du groupe. L'appel se coupa et le blondinet se leva avec énergie de son siège. C'était sans compter Yumi et ses yeux soupçonneux.
- Attends, tu vas vraiment y aller ? s'emballa-t-elle. Il n'y a pas grand-chose à faire maintenant que la réplique est grillée. On aurait meilleur intérêt à faire un retour vers le passé tout de suite.
Inconsciemment ou non, le binoclard lui renvoya un regard « à la Laura », qui fait comprendre à l'autre que sa compréhension est supérieure au moment donné. Plus simplement, un roulement d'yeux.
- Revenir en arrière est trop risqué. On ignore le moment précis où l'oncle a commencé à vraiment douter. Sans réglage au millimètre du retour dans le passé, on risque soit de renvoyer Chris chez Tyron, soit de ne pas reculer assez pour mystifier l'oncle. Ajoute à ça qu'il faudrait en bonus trouver une parade pour rendre la copie plus crédible et tu comprendras que je préfère d'abord tenter une approche moins complexe.
- C'est-à-dire ? fit brusquement Aelita, trahissant une certaine inquiétude.
Jérémie parut tout à coup embarrassé.
- Heu… Tout le monde me fait confiance ?
Un silence perplexe s'ensuivit, rattrapé précipitamment par la fille aux cheveux roses :
- Bien sûr que oui !
Probablement pour que cette dernière ne se sente pas seule dans sa démarche, ou par simple galanterie, les garçons acquiescèrent tous d'un mouvement de tête synchronisé. Odd jugea même bon d'ajouter :
- Si on oublie la Téléportation défaillante, la Marabounta, la séparation du corps et de l'esprit d'Ulrich, ou d'autres dérapages du genre, t'es carrément digne de confiance Einstein !
- Merci ?
Yumi, consciente d'être dans les derniers à douter de l'idée secrète de Belpois, chercha du soutien en Laura.
- Ne me regarde pas comme ça, lui lança la concernée. Je ne vous connais pas assez pour me déclarer pro ou anti-Jérémie dans la situation actuelle. Donc je suis neutre.
La japonaise effectua un rapide calcul. Si Jérémie ne donnait pas plus de détails, cela voulait dire que son plan était discutable sur certains points et qu'il voulait perdre le moins de temps possible en débats. Même si elle continuait d'afficher sa perplexité, l'absence de soutien ne lui donnait presque aucune chance de victoire. Anticipant que l'entêtement ne la mènerait qu'au fond du précipice, elle ne chercha pas à éterniser l'échange.
- D'accord pour la confiance, mais tu prends aussi toute la responsabilité avec toi.
Soulagement visible chez le principal concerné, qui était passé plus facilement que prévu. Sitôt l'approbation du groupe obtenue et quelques paroles de remerciement formulées, il prit le monte-charge. Une fois les grincements métalliques passés, le restant du groupe se rendit compte qu'à part dévisager les occupants du laboratoire, rien n'avait encore été discuté sur la marche à suivre. De larges secondes durant, chacun attendit la prise de parole de quelqu'un, espérant que celui-ci endosse la casquette de dirigeant des opérations, peu à la mode. Sans surprise, une fille ne supporta plus le calme ambiant et prit l'affaire en main : Yumi.
- Bon, je ne vais pas pouvoir rester plus longtemps. On fait quoi maintenant ?
La première partie de la déclaration était fausse, mais il fallait bien une accroche.
- Ce que je veux dire, c'est qu'on ne sait même pas si Chris va émerger tout de suite. Attendre ici à six est contre-productif. Il n'y aurait pas meilleur intérêt à ce que quelqu'un reste ici pour attendre et se fasse relayer au cas où il n'y aurait pas eu de réveil ?
- Ou on peut demander à une princesse de l'embrasser, pour voir si ça le fait réagir et nous évite cette galère.
- Tu as raison, admit Aelita.
- Sérieux ?
- Odd, intervint Ulrich, la ferme, vraiment.
- Bref, reprit Yumi, on peut commencer à s'organiser ?


http://i.imgur.com/3aKoVpr.png


Deux paires d'yeux fixèrent Marc Desjardins à son réveil. La première était complètement vide et sans grande trace de vie, la seconde retranchée derrière une paire de lunettes. L'adulte mit d'abord la priorité sur son placement en position assise au bord du lit avant de s'interroger sur l'étrangeté de la situation. Instinctivement, il se mit à la recherche de son téléphone dans sa poche, les récents événements justifiant une utilisation discrète et urgente. Il constata alors qu'il ne l'avait plus sur lui, donc qu'il était en quelque sorte piégé. À partir de là, il daigna renvoyer les regards qu'on lui jetait, malgré la légère douleur au crâne qui commençait à le prendre. Debout, adossé contre la porte de la chambre, se tenait un être ressemblant trait pour trait à Chris, son neveu, responsable de son tête-à-tête avec l'inconscience. Assis sur l'unique chaise, un adolescent blond bien moins impressionnant physiquement adressa à l'homme un :
- Bonjour monsieur.
La formule polie, sous des airs formalistes, masquait une certaine appréhension, ou plutôt, c'était ce que ressentait Marc par rapport à l'intonation de la voix.
- Je m'appelle Jérémie, poursuivit le garçon, et je pense que je devrais pouvoir vous éclairer sur l'imposture que représente ce Chris.
L'oncle bugga un instant sur la formulation de fin de la phrase, avant de prendre pleinement conscience de ce qu'elle impliquait. Il ne put s'empêcher de lâcher avec une pointe de satisfaction et d'auto-dérision :
- Au moins, je connais suffisamment bien Chris et ne suis pas encore trop stupide pour me faire avoir par ce…
- Cette réplique, compléta Jérémie. Moins fidèle que ce que je pensais. D'ailleurs, désolé pour la bosse, je ne lui ai pas programmé de réaction non-brutale à adopter en cas de découverte.
- Je vois, réagit l'homme, perplexe. Il va falloir m'expliquer deux-trois choses là, je me sens déjà perdu.
- Avant ça, vous voulez boire quelque chose ? Notre échange pourrait se révéler long.
La question prit Marc de court. D'un côté, elle témoignait d'une assurance de la part de l'adolescent en face de lui, ce qui ne faisait que renforcer son infériorité à lui dans cette conversation.
- Très bien. Un café ne serait pas de refus.
- 2.0 ? Peux-tu aller chercher un café et un thé glacé pour moi ? N'importe quel parfum fera l'affaire.
Le faux Chris, qui s'était fondu dans le décor depuis le début, reprit vie. Après avoir pris le billet que Jérémie lui tendit, il s'exécuta sans moufter. Marc s'étonna de voir une tâche pareille confiée à quelqu'un – enfin quelque chose – qui n'avait qu'un seul bras de valide. C'est alors qu'une réflexion prit forme dans son esprit, qu'il eut honte de ne pas avoir eue plus tôt : s'il y avait un clone de son neveu, qu'en était-il du vrai ? Était-il encore plus blessé que depuis son séjour à l’hôpital ? L'adulte n'hésita pas à poser le sujet sur la table :
- Où est le véritable Chris et comment va-t-il ?
Ce fut au tour du garçon à lunettes d'être pris de court. Sa confiance en lui sembla se transformer en légère gêne.
- Il est sain et sauf. Quant à son état, je ne suis pas expert, mais physiquement, tout va bien. Par contre, psychologiquement parlant, je ne peux pas être aussi catégorique...
Jérémie avait eu le mérite de ne pas chercher à être trop rassurant afin de ne pas inquiéter le parent. Cela n'empêcha pas ce dernier de déclarer d'un seul coup :
- Alors il faut que j'aille le voir.
- Navré, mais ça ne sera pas possible. Le lieu où il se trouve est bien trop important pour être révélé.
Pour la première fois depuis le commencement de cet échange irréel et bizarre, Marc se sentit l'envie de s'énerver un bon coup et de tenter la stratégie de l'intimidation. D'autant plus qu'en l'absence du clone obéissant, il pouvait jouer la brutalité avec Jérémie sans crainte d'avoir affaire à un être trop rapide et fort pour lui – sa bosse pouvait témoigner. Évidemment, il savait qu'il ne mettrait pas ses instincts en application, son tempérament et la raison l'en empêchaient. Se mettre en colère dans une situation où il n'avait que peu d'informations était le meilleur moyen de ne plus en obtenir. Il fallait ruser.
- Dans ce cas, dit-il, pourquoi ne pas l'amener chez moi pour me laisser m'occuper de lui et ainsi vous décharger ?
La suggestion sembla agir favorablement sur le blondinet, qui s'accorda un moment pour réfléchir. Après quoi, il répondit :
- À nouveau, je dois vous le refuser. Nous préférons garder un œil sur Chris encore un peu et qu'il puisse se remettre de ses émotions de lui-même, au calme.
Marc traduisit cette réaction comme une espèce de chantage implicite : lui couper toute possibilité d'interaction avec son neveu l'empêchait d'agir, ou du moins, pas au risque de ne potentiellement pas le revoir. En somme, il devait faire selon la volonté d'autrui. Jérémie était plutôt vicieux derrière ses lunettes rondes.
- À ce stade, reprit l'homme peu démonté, je n'ai aucune garantie que vous me dites la vérité sur Chris. Qu'est-ce qui me dit qu'il va vraiment « bien » comme vous le prétendez ? Peut-être vous en êtes vous débarrassé par accident et que vous tentez d'utiliser son nom pour faire pression sur moi et obtenir quelque chose à ma portée.
- Si je m'étais débarrassé de votre neveu, je ne me serais pas embêté à lui créer un double, ni à vous laisser en vie, puisque vous avez compris la supercherie.
Le petit avait du répondant, même s'il ne contredisait la remarque qu'en partie. Ça ne déplaisait pas à Marc.
- Plus simplement, qu'est-ce qui m'empêche de prévenir les autorités de ce que je viens d'entendre ? Sincèrement, j'ai beaucoup options possibles là : te neutraliser pour utiliser ton portable, te maîtriser et t'emmener chez le proviseur, m'enfuir et prévenir la police ou même te menacer physiquement pour que tu me révèles ou m'amènes à l'endroit où se trouve Chris. En l'absence de ce clone, je suis plutôt confiant dans mes chances de réussite.
- Si je peux être honnête aussi, répliqua Jérémie, si vous aviez eu l'intention d'appliquer un de ces plans, vous l'auriez fait largement plus tôt au lieu de discuter avec moi. Vous ne me paraissez pas être une personne suffisamment sanguine pour agir comme ça, dans une situation aussi floue. De toute manière, la réplique a gardé sur elle votre portable, il me suffit de la contacter par ce biais pour qu'elle revienne immédiatement. Il doit y avoir du monde au coffee shop, c'est pour ça qu'elle n'est pas encore revenue.
Marc était grillé sur ce coup-là. Le manque d'informations était vraiment désavantageux.
- En somme, vous n'avez que ma parole comme garantie.
Et le jeunot se permettait de retourner le fer dans la plaie. Ce n'était définitivement pas un ange.
Un silence prit place, notamment parce que l'adulte attendait que son interlocuteur développe de lui-même sur le cas de son neveu, comme il le lui avait précisé en préambule. Réclamer les informations serait synonyme de mendicité et accentuerait son infériorité. Le jeu de la bouche cousue ne s'éternisa pas avec l'arrivée de la doublure de Chris et des boissons, transportées dans un sac à l'effigie d'une célèbre enseigne spécialisée. Marc, relevant ce dernier point, fut définitivement convaincu, presque impressionné, de la surnaturalité du clone.


Le café qui lui avait été apporté était bon. Visiblement, on voulait le mettre dans de bonnes conditions afin de poursuivre la discussion, ce qui pouvait être indicateur de l'intérêt porté à son cas. Jérémie siffla presque la moitié de son thé glacé avant d'enfin reprendre la parole :
- Je pense que le plus simple est que je vous résumé d'abord ce qu'il s'est passé et que seulement ensuite vous me posiez vos questions pour compléter. Ça vous convient ?
Après confirmation de la part du parent, le binoclard narra l'histoire autour de Chris : Tyron, les tests, le monde virtuel, les embrouilles autour de ces trois premiers éléments, dont le kidnapping et l'emprisonnement sur le Cortex, lesquels permirent d'expliquer les enjeux et intérêts autour de la création d'une réplique de l'original. Puis, comme prévu, Marc eut une question à poser derrière ces longues explications :
- Quel est ton rôle à toi – et tes amis puisque tu as confirmé ne pas être seul dans le coup – au milieu de tout ça ? Parce que tu es resté très évasif sur la façon avec laquelle vous l'avez « tiré de là ». Si dans ma position actuelle, je n'ai que ta parole comme garantie, ça me semble pour le moment un peu trop obscur pour que j'en sois convaincu. Plus d'explications pourraient m'aider à te croire plus facilement.
- Évidemment, j'étais certain que cette question viendrait, mais il fallait bien essayer.
Jérémie reprit une rasade de boisson.
- Le peu que je connais de vous provient du journal de Chris et de l'échange que nous avons eu avant. Si je me base simplement sur mon jugé, vous m'avez l'air assez fiable. Enfin, je sais aussi que mes camarades auraient refusé net que je vous raconte quoi que soit sur cette simple base, d'où ma présence ici en solo. Je ne compte vous parler que des éléments qui sont essentiels pour que vous compreniez l'intégralité de ce qui se passe, sans détails, mais j'ai tout de même besoin que vous m'assuriez de garder ce que je vais dire pour vous – et Chris.
- Exposé comme ça, c'est plutôt naïf de ta part, ne put s'empêcher de faire remarquer Marc.
- Oui, je n'ai aucune garantie que vous ne divulguiez pas notre secret, ou que vous ne me croyiez pas et préveniez les autorités de ce qu'il se passe. Mais comme je vous l'ai dit plus tôt : ma parole est tout ce que vous avez concernant votre neveu. Il me semble naturel que j'obtienne la vôtre à mon tour concernant ce que je vous raconte.
La déclaration déclencha un petit rire chez l'interlocuteur de Jérémie, qui reprit vite un ton sérieux en regardant l'adolescent dans les yeux :
- Quelle demande gonflée ! Elle ne me laisse quasiment pas de marge de manœuvre. C'est d'accord pour mon silence, tant que j'obtiendrais des nouvelles du rétablissement de Chris et que son retour se fasse dans un bon état de santé.
Pour la deuxième fois, un monologue du côté jeune démarra, plus bref que le précédent. Il parla de supercalculateur, d'un autre monde virtuel et de la possibilité de s'y rendre, ainsi que de raisons personnelles gardées secrètes quant à la confrontation contre Tyron et sur le fait que prévenir les autorités ne pouvait se faire. Cette fois-ci, le récepteur ne put s'empêcher d'interrompre le récit pour rebondir sur les ultimes points :
- Pourtant, il ne serait pas plus simple de dénoncer les activités de ce Tyron, plutôt que de vous compliquer la vie avec ?
- Vous avez raison, mais avant ça, nous devons régler certaines affaires que sa disparition rendraient compliquées.
Il n'insista pas plus, laissant Jérémie finir ce qu'il avait commencé. Une fois cela terminé, l'homme qui avait dorénavant suffisamment d'éléments en main pour comprendre dans quoi s'était entraîné son neveu conclut :
- Votre affaire m'a l'air de ressembler un foutoir sans nom, je n'aimerais pas y être impliqué plus que je ne le suis déjà. Je désapprouve donc fortement le choix de Chris d'avoir pris part à ces activités. Enfin, s'il est allé jusqu'à falsifier ma signature, c'est que je ne suis pas tout blanc non plus. Je verrai ça une fois qu'il sera revenu.
- Du coup, fit l'adolescent d'une voix moins à l'aise, ça vous convient ?
- Pas vraiment. Je préférerais m'occuper moi-même du rétablissement de mon neveu, mais vous ne me laissez pas vraiment le choix donc… En tout cas, je le redis, j'accepte de ne faire aucune vague par rapport au clone ou le reste, à condition de recevoir des nouvelles régulières et que Chris retourne chez moi le plus tôt possible.
- À ce propos, je pense que le plus simple est de laisser Chris récupérer tranquillement jusqu'aux prochaines vacances, où il pourra alors rentrer. Son double ira en cours et passera les T.P.E à sa place pour qu'il n'y ait aucun souci administratif. Qu'en pensez-vous ?
L'adulte s'octroya un moment de réflexion avant de donner une réponse :
- D'accord. Je compte évidemment sur vous pour respecter votre part.
- Pour ça, aucun problème. J'ai récupéré votre numéro de portable plus tôt, il me permettra de vous informer en temps réel. Ce sera aussi plus simple si on vous rend le mobile. 2.0 ?
La réplique, véritable porte-manteau jusque-là, s'activa pour rendre le téléphone qu'il avait volé à son propriétaire.
- Bon, on en a terminé, pour le moment. Je ne vais pas vous bloquer dans cette chambre plus longtemps.
- Certainement, merci. Bon courage à vous pour tout gérer.
Sur ces mots, il tendit la main à Jérémie, qui la serra.
- Par curiosité, glissa ultimement Marc, qu'aurais-tu fait si effectivement j'avais été quelqu'un d'impulsif qui refuse toute discussion ? Ou si j'avais refusé de collaborer ? Est-ce qu'un clone m'aurait remplacé ?
- Sûrement pas ! Il existe des procédés beaucoup moins violents et radicaux...


http://i.imgur.com/3aKoVpr.png


Aelita s'étira longuement tout en baillant. La fin de l'après-midi approchait et Chris n'avait toujours pas donné signe d'éveil, ou plus largement de vie. Attendre enfermé dans le laboratoire était encore plus ennuyeux que dans une tour de Lyokô selon elle. Le seul événement intéressant avait été l'appel de Jérémie qui avait rapporté avec fierté le succès de son action auprès de l'oncle Desjardins, en reportant l'exposition des détails complets à une réunion prochaine. Comment Laura faisait-elle pour parvenir à extraire tant de distraction de sa tablette tactile ? Inconsciemment, la gardienne virtuelle se mit à la regarder : assise sur le projeteur holographique, elle était absorbée par son écran. Pas étonnant qu'elle se soit portée volontaire pour patienter avec une telle capacité d'abstraction du temps qui passe. C'était un exercice qu'Aelita avait du mal à appliquer, même lorsque quelque chose qui la passionnait entrait en compte. Dire qu'à une époque, elle arrivait sans peine à se placer en décalage de tout, son « Mode Zen » à elle en somme. Prise d'une nostalgie éphémère, elle ne se rendit pas compte qu'elle continuait de fixer Laura, laquelle finit fatalement par la remarquer et briser le long silence instauré jusque-là :
- Entre nous, tu n'as pas confiance en moi. Sinon, tu n'aurais pas insisté pour rester ici. Ce n'est pas Chris que tu attends, c'est moi que tu surveilles.
L'affirmation claire et nette tira Aelita de son statisme.
- Pas entièrement, répondit-elle d'une voix normale aux accents sincères. La pensée m'a traversée, mais uniquement quand tu t'es proposée. Avant ça, quand la suggestion d'attendre a été faite, je me suis dit que peu importe qui se proposerait, je resterais avec pour ne pas forcer quelqu'un à être seul dans le laboratoire.
L'échange aurait pu en rester à ce stade peu développé, Laura ne remettant pas en cause la réponse donnée, mais une bouffée d'inspiration poussa Stones à aller plus loin :
- J'ai du mal à te cerner. Pour être exacte, je n'arrive pas à comprendre ton caractère et ta façon de penser. À plusieurs reprises, on t'a fait comprendre que tu n'étais pas la bienvenue parmi nous. Pourtant tu as continué de nous suivre et assister à la plupart des réunions et missions. Finalement, plus personne ne fait trop gaffe à ta présence, mais on ne peut pas dire que tu t'entends bien avec qui que soit du groupe. Ça ne te fait rien tout ça ? Même William était allé voir ailleurs lorsque les autres lui ont fait sentir qu'il n'était pas le bienvenu.
- Je pourrais retourner le contenu ta question contre toi, répondit Laura d'un ton léger, pourquoi prends-tu tout autant à cœur, même mes états d'âme ?
- Réponds-moi d'abord s'il-te-plaît.
Voyant qu'elle n'avait pas tellement le choix, l'interrogée rangea sa tablette. Elle n'en aurait pas besoin pour simplement discuter.
- En fait, ce que j'en pense est simple : je tire plus de satisfaction de tout ce que j'apprends avec vous que le sentiment de ne pas appartenir au groupe ne me pèse. Même si je ne peux utiliser que rarement le superordinateur, j'apprends beaucoup plus en observant Jérémie faire qu'en le lisant dans un livre. Pour résumer, si je continue de vous suivre, c'est principalement par intérêt pour cet endroit et ce que je peux en tirer par le biais de son environnement très stimulant intellectuellement. Oui, m'entendre avec vous serait certainement bien également, mais je me contente de ce qu'il m'est possible d'obtenir.
Aelita ne pensait pas obtenir une réponse aussi cash. Ce n'était pas plus mal, car grâce à ça, elle pouvait rebondir sur les points qui la faisaient tiquer :
- Possible d'obtenir ? Tu penses donc qu'on ne peut pas s'entendre ?
- Tu ne t'en rends peut-être pas compte – ne le prends pas mal – mais votre groupe est plutôt fermé dans son genre. Quand je suis arrivée à Kadic et me suis renseignée sur notre classe, puis plus tard sur vous, via les autres élèves, votre groupe s'est globalement fait décrire comme « un entre-deux rare en milieu lycéen », c'est-à-dire un cercle assez isolé du reste des élèves, avec trop de personnes pour que vous soyez considérés comme ceux cherchant à être en marge, et trop peu nombreux pour être vu comme un de ces groupes qui mêlent amis et amis d'amis.
La jeune fille fit une pause dans son développement, voyant son interlocutrice désarçonnée et un peu perdue. Puis elle se dit que l'occasion de lui ouvrir les yeux sur le regard d'autrui à Kadic était belle.
- Votre groupe cumule quelques a priori, tu sais. Sans compter les rumeurs de couloir qui suggèrent que vous faites des trucs pas nets en secret, souvent dans le parc. Les autres élèves savent être observateurs quand ils le veulent. Surtout sur les histoires de couples.
- Tu nous vois vraiment comme tous les autres ? demanda brusquement la poseuse majoritaire de questions.
- En partie seulement, parce que je vous ai côtoyés de plus près. Je le répète, votre groupe est assez fermé, mais je dirais que ça se justifie par les expériences communes que vous avez vécues, en plus du lien par le secret. Et pour répondre à ta question d'avant, honnêtement, maintenir le statu quo entre nous ne me dérange pas, ce qui ne me rend pas réfractaire à une évolution plus positive de nos différents rapports.
- D'accord, je comprends mieux, épilogua Aelita.
Laura lui avait donné de quoi réfléchir longuement, en plus d'une clé de compréhension de sa personne : la blonde n'était dans le fond qu'une passionnée, à un tel point qu'elle plaçait l'objet de sa passion au-dessus du reste. D'un seul coup, la Gardienne de Lyokô trouva sa camarade de classe extraordinairement normale, ou plutôt elle l'envisagea comme une personne avec qui il lui était possible d'échanger simplement.
- À toi de répondre à ma question maintenant, lui fit remarquer Gauthier.
Évidemment, la rose aurait préféré esquiver le sujet, mais puisqu'elles étaient lancées sur une thématique de sincérité...
- Pas très compliqué non plus dans mon cas : c'est personnel. Mon père m'a entraîné avec lui dans tout ça. Et ça commence à faire longtemps que moi et les autres traînons cette histoire de Xana et de mondes virtuels avec nous. En conséquence, tout ce qui touche à ça me tient naturellement à cœur, en particulier en finir pour de bon.
Le silence qui suivit son témoignage fit penser à Aelita qu'elle avait plomber l'ambiance, ce pourquoi elle tenta un rebond par le biais d'une voix légère et d'humour :
- Enfin, tu savais déjà en partie ce que je t'ai raconté, puisque tu as fouillé.
Elle accompagna le tout d'un petit rire qu'elle qualifierait volontiers de cristallin. Hélas pour elle, Laura ne suivit pas son mouvement. Ses yeux présentèrent une lueur particulière. De la gêne peut-être, à moins que ce ne fût de l'agacement.
- Je voudrais m'excuser, déclara-t-elle avec d'un air formel.
La réceptrice ne saisit pas tout de suite où elle voulait en venir et lui lança logiquement un regard parlant.
- D'avoir fouillé dans ta vie dans ton dos.
Finalement, la blague n'avait pas eu l'effet escompté, mais la surprise restait sympathique. La formulation avait beau manquer encore un peu de spontanéité pour Aelita, ça lui suffisait. C'était en quelque sorte la preuve que les hostilités avaient enfin cessées entre elles. Se disant qu'un « merci » risquait plus de déboucher sur un moment silencieux incommodant, la bien-nommée « Princesse » opta pour le changement radical de thème de la conversation :
- Sinon, tu travaillais sur quoi tout à l'heure ?
Laura esquissa un sourire. Le message implicite semblait avoir été reçu.
- Un programme de boost. Tout est dans le nom. L'objectif est d'activer une tour pour améliorer les capacités et pouvoirs d'un avatar. Quand j'ai travaillé sur celui de Yumi, j'ai noté que son pouvoir de Télékinésie n'était pas inintéressant, mais que le nombre de contraintes empêchait une utilisation optimale. Ce programme pourrait y remédier, du moins quelques instants. Pour le moment, ça reste théorique. Je commence tout juste et le problème n'est pas simple.
- Un peu comme les spectres lorsqu'ils prennent possession d'un individu, devina Aelita.
Le « Mmh mmh » qui suivit confirma.
- N'hésite pas à soumettre l'idée à Jérémie, je suis sûr que ça lui plairait de cogiter sur une question comme celle-ci.
- J'en prends note, merci ! Si ça ne te dérange pas que j'y retourne d'ailleurs...
- Vas-y, je pense qu'on s'en est déjà dit pas mal pour aujourd'hui.
L'échange s'acheva là-dessus. Le propos développé dans celui-ci permit à l'ambiance régnant entre les deux jeunes filles d'être beaucoup moins nouée qu'auparavant.


Un peu avant dix-neuf heures, l'inespéré se produisit avec le réveil de Chris. Les filles ne le remarquèrent pas instantanément et ne notèrent l'événement qu'une fois la respiration rapide et bruyante du concerné détectée. Toutefois, elles ne furent pas assez réactives pour empêcher leur camarade convalescent d'effectuer une tentative de se mettre debout. Évidemment, son corps n'ayant pas bougé durant plus de cinq jours, la conclusion la plus naturelle à cet essai fut de rouler à côté du lit de camp et s'écraser face contre terre dans un bruit de métal. Un gémissement de douleur suivit de près cette action. Malgré le côté très comique de la scène, Laura et Aelita s'empressèrent d'aller le relever. Tant bien que mal, elles parvinrent à le faire s'allonger à nouveau sur sa couchette. Toutefois, la respiration du garçon ne se calma pas pour autant, tout comme les tremblements qui le parcourraient et la lueur d'incompréhension dans son regard.
- Chris, dit doucement la fille aux cheveux roses, tu me connais je crois : Aelita Stones. On t'a sorti de chez Tyron. Tu n'as plus rien à craindre maintenant.
Les paroles ne semblèrent pas affecter le jeune homme, qui commençait à se tortiller légèrement sur place. Ne sachant trop comment réagir, elle poursuivit sur sa lancée par des phrases préconçues pour apaiser et calmer quelqu'un en état de stress ou de panique. Laura ne resta pas inactive en parallèle et fit en sorte que le garçon ne gigote pas trop, notamment en lui maintenant les épaules ou les jambes, selon les moments. Ce n'est qu'au bout de longues minutes que Chris se calma progressivement. Puis, quand l'appui de Gauthier s'avéra inutile, Aelita put lui exposer plus précisément et posément la situation. Il écouta ce qu'on lui disait, du moins en apparence, son mutisme n'aidant pas. En dépit d'une communication laborieuse, l'essentiel du message semblait être passé, ce qui permit d'envisager l'étape suivante.
- Laura, tu peux prévenir les autres qu'il est réveillé et voir si un des garçons de l'internat peut nous apporter des affaires de première nécessité ?
Sans éprouver le besoin de répondre, la concernée s'exécuta. Et ce n'était là qu'un début. S'occuper d'une personne ayant passé quelques jours en captivité numérique promettait d'être plus long et compliqué que la phase de réveil.


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Piste α : (19/04/2013)


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Pfffff !
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Hors-Piste :


Samedi 20 Avril 2013

Pour un observateur extérieur, voir deux adolescents du sexe opposé traîner dans un parc n'avait rien de choquant. Il était en revanche plus intriguant qu'ils se dédaignent du regard dans un cadre pareil au profit de leur écran de téléphone portable. Le premier à décrocher puis s'exprimer oralement fut le mâle :
- Bon, maintenant qu'on a prévenu les autres du changement de lieu de réunion – par ta faute – on peut parler sérieusement comme tu le voulais ?
Jérémie semblait agacé, chose dont Laura n'était pas habituée. Elle jugea plus prudent de laisser tomber toute désinvolture :
- En toute franchise, Chris est une épave. Je suis presque certaine que l'ordre de la réunion du jour est à ce sujet. C'est pour ça que je préfère t'en parler en privé. Les autres sont, sans vouloir être blessante, trop tendres : ils rejetteraient ma suggestion parce qu'ils la percevraient comme inappropriée.
- Tu sous-entends qu'on va droit dans le mur avec Chris, synthétisa Jérémie. Et tu penses que ça risque de ne pas être dans les temps vis-à-vis de l'oncle, ou pire, que cela entraîne une rupture de l'accord conclu avec lui. Je ne suis d'accord qu'en partie. Ça ne fait que trois jours à peine qu'il a été évacué du complexe de Tyron, on ne se rétablit pas de l'expérience qu'il a vécue en si peu de temps.
Pour que l'informaticien argumente en prenant en compte le ressenti d'une personne, il fallait qu'il en soit relativement convaincu. Laura devait être plus persuasive.
- C'est vrai, admit-elle. Je veux simplement dire que « le temps » nécessaire à une remise en état correcte à toutes les chances de ne pas concorder avec celui que l'on a pour s'occuper de Chris. Tu sais, j'ai glissé son magnétophone dans les affaires qu'on lui a apportées pour l'usine. En le vérifiant discrètement ce matin, j'ai pu voir qu'il n'avait rien enregistré. D'accord, il n'a certainement pas la tête à ça, mais vu l'état mutique et prostré qu'il présente lorsque l'un de nous lui rend visite, je pensais qu'il serait moins réfractaire à parler pour son journal audio. Comme ce n'est pas le cas, j'en déduis qu'il est actuellement une loque totale.
Pas de retour de la part de Jérémie, signe qu'il réfléchissait à ce qui venait de lui être exposé, ce qui était encourageant pour la jeune fille, qui poursuivit :
- Mon idée consiste à aller le secouer fermement, à l'oral évidemment, sur sa situation pour le reconnecter un peu avec la réalité.
- On ne risque pas d'obtenir un effet inverse avec cette méthode ? souleva Belpois. Ce serait pire qu'un non-fonctionnement et il faudrait alors rendre des comptes aux autres, puisque j'imagine que ton idée consiste à agir en secret.
- C'est le but oui. Démocratiquement, je ne pourrais jamais tenter le coup. Quant au problème que tu exposes, il faut prendre en compte que les chances de réussite sont au moins égales à celles d'échec.
Jérémie afficha une mine semi-outrée à l'écoute de la dernière phrase.
- Tu me demandes sérieusement de donner mon feu vert pour un quitte ou double ? Si on raisonne en terme de logique...
- Tenter de matérialiser un être supposé numérique au risque qu'une intelligence artificielle ne prolifère était aussi un pari, qui a plutôt payé.
La blonde venait de jouer une carte piège assez fourbe, mais qui risquait d'être efficace. Pour preuve, son camarade poussa un soupir qui voulait tout dire.
- Je ne veux même pas savoir d'où tu sors tous ces détails... En tout cas, je te laisserais te débrouiller avec le père Desjardins si ça tourne en fiasco.
Cette semi-validation ne soulagea que légèrement Laura. Le gros du boulot était à venir.


Le débarquement d'Aelita, Odd et William permit d'arranger l'ambiance du lieu de réunion, que l'échange précédent n'avait pas aidé à égayer. Comme Gauthier l'avait prédit, le thème de Chris fut directement mis sur la table, pour aboutir à la solution majoritaire de laisser le temps faire encore un peu son œuvre, histoire de juger correctement et aviser en conséquence. L'accord avec l'oncle fut brièvement abordé par Aelita, qui souhaitait confirmation, sans plus. Le fait que Jérémie ait divulgué à l'homme une partie du secret n'avait étrangement pas révolté plus que ça les autres. Ceci dit, il était trop tard pour revenir en arrière, littéralement, et tous avaient plus ou moins donné toute latitude à leur opérateur pour gérer l'adulte. À partir de là, il n'y avait pas tant à se plaindre.
Le sujet du retrait du plâtre, prévu pour le lundi, fut évoqué rapidement pour fixer définitivement les modalités, réglées déjà en bonne partie entre Jérémie et le tuteur du principal concerné. Il ne manquait qu'un accompagnateur prêt à sécher les cours pour que tout soit bon. William se porta volontaire, justifiant qu'il pouvait se permettre de rater une session d'E.P.S, malgré son passé discordant avec Jim.
Enfin, alors que la fin du rassemblement paraissait se profiler, Jérémie se fendit d'une ultime intervention :
- J'ai un aveu à vous faire.
Quelques notes dramatiques auraient été idéales pour accompagner la déclaration, mais le garçon à lunettes n'eut droit qu'à des expressions curieuses.
- Le scanner que j'ai fait passer à notre invité dès son arrivée à l'usine avait beau être positif sur l'état physique, ça ne l'a pas empêché de me rapporter d'autres éléments moins rassurants. Chris a des codes-source en lui.
- Qu...
- Imposs...
- Ils ne sont pas du même type que les vôtres, coupa Jérémie, car ne permettant pas à Xana de gagner en puissance. Par contre, ils autorisent les interactions avec les interfaces des tours, probablement leur désactivation. Sur ce coup, je vous avoue ne pas comprendre ce que Xana cherche à faire.
Aucune réaction directe à l'oral cette fois. Cogitation et peur de se faire à nouveau interrompre violemment devaient jouer.
- Il ne manquait plus que ça, lâcha finalement Aelita.
- Bah justement, il y autre un autre problème. Désolé.
Ceux qui pensaient que la réunion ne serait qu'une simple confirmation des éléments du moment et des actions à venir durent se faire une raison quant à sa durée. Avec Xana c'était toujours long et chiant.


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Piste β : (21/04/2013)


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.....
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C'est débile de parler à un magnétophone.
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Piste γ : (24/04/2013)


On pourrait penser que neuf jours ne suffiraient pas pour se remettre de plus de cinq de captivité virtuelle. C'était complètement le cas. Physiquement, ça allait à peu près : j'avais réussi à me refaire au contrôle de mon corps et aux informations qu'il permettait de capter. J'étais – et reste même à l'heure de cet enregistrement – comme un enfant découvrant le monde avec ses sens.
En revanche, moralement parlant, je ne suis plus sûr que ce soit vraiment ce que c'était.
Les premiers jours après ma libération, je les avais passés à tenter de refouler les derniers événements par le sommeil. Sans grand succès, cela ne fit qu'aggraver la situation. Les rêves me faisant revivre certains moments de mon emprisonnement se multipliaient. Le pire de ceux-ci était certainement celui sur mon réveil au complexe souterrain. Jérémie avait beau m'avoir expliqué leur démarche complète pour me sortir de chez Tyron, il ignorait que j'avais été pleinement conscient lorsqu'il avait pris contrôle de mon corps, chose que je n'avais pas jugé aimable de lui préciser malgré une certaine envie. Il fallait dire que le songe était particulièrement agrippant, avec des sensations restituées. Son début se constituait du réveil brutal sur la table de virtualisation où mon cerveau perdu se faisait assaillir d'un seul coup par toutes les informations relevées par mon corps : le goût et la texture de l'air ou encore la sensation d'avoir les membres en coton. Niveau visuel, la présence d'une sombre forme fumeuse se fit rapidement relever. Connaissant ce phénomène, je ne tardai pas à entrer en panique, qui s'intensifia une fois l'entité spectrale entrée en moi. L'horrible sentiment d'intrusion interne et de fouille de l'être fut au rendez-vous. Maintenant, j'ai beau savoir que cette prise de contrôle était nécessaire pour m'aider, l'expérience restait indescriptible au niveau du malaise provoqué. J'en aurais pleuré si je l'avais pu, et pas seulement pour le niveau souffrance physique. Je venais à peine de sortir de Tron et mon avatar-prison dans lequel j'étais immobilisé que je perdais à nouveau tout contrôle. Il y avait de quoi être désespéré à ce moment-là, ce que j'étais plus ou moins. Puis, le rêve se poursuivait par des mouvements de mon corps sur lequel je n'avais plus le moindre impact : retrait du casque, d'une perfusion et d'une sonde urinaire – quand je pense à la manière avec laquelle Jérémie me l'a faite enlever… c'est plutôt gênant. Le tout précédant un passage en position debout. À partir de ce dernier instant, je me réveillai, non pas en sursaut, mais uniquement par ouverture brusque des paupières. Haletant, crispé sur mon lit de camp, j'étais alors incapable de faire le moindre mouvement et ce durant de longues minutes. Mon corps avait perdu le réflexe de la mouvance spontanée, bloqué par mon esprit se pensant encore possédé. Les cinq jours coincés dans mon avatar avaient laissé leur marque.
Cette réaction d'après-rêve avait été fréquente ces derniers jours, avec des intensités moins fortes pour les autres rêves que celui du réveil au complexe. À cause de cela, je n'arrivais ni à me reposer, ni à me détacher de l'expérience que j'avais vécue. Mon état général se résumait à de la prostration et du mutisme, que la visite quotidienne de mes camarades de lycée me faisait bien sentir. Aucun d'eux n'arrivait à me faire décrocher plus que quelques bruits de gorge. En plus de cela, je ne faisais pas vraiment d'efforts pour récupérer pleinement physiquement parlant. Une rééducation sommaire m'avait été prodiguée afin que je puisse m'habiller et me déplacer jusqu'aux toilettes sans aide, mais le reste ne dépendait que de ma volonté, qui avait déserté.
À cause de ça, Laura était venue me voir dimanche matin.


Sa visite avait été une surprise dans la mesure où j'étais certain qu'elle ne constituait pas ma compagnie du jour. Dès son entrée dans le laboratoire, elle donna le ton :
- Toi et moi, on va parler.
Comme d'habitude, ma réaction fut quasi-inexistante, ce à quoi Laura réagit le plus promptement possible : elle m'empoigna par le col et me secoua.
- Les autres ont beau dire qu'il faut te laisser respirer pour le moment, dit-elle en accompagnement de son mouvement, on n'a malheureusement pas le temps pour ça.
L'ensemble parvint à capter mon attention, en conséquence de quoi la blonde me lâcha.
- On se décarcasse pour te tirer de problèmes dans lesquels tu t'es mis toi-même, mais toi tu ne fais aucun effort. À vrai dire, je rêve presque de te mettre une baffe pour te tirer une vraie réaction, autre chose que ton air de poisson dans son bocal.
Malgré le fait qu'elle passait presque pour une furie dissimulée, ses affirmations sonnaient justes. Toutefois, à ce moment-là, j'étais prêt à les encaisser sans broncher pour retourner à ma prostration. C'était sans compter ma méconnaissance du caractère de Laura, qui me regarda fermement dans les yeux, m'obligeant à l'écouter :
- Je ne te demande pas de nous dire joyeusement « Je vais beaucoup mieux, merci pour tout ! » dès demain, simplement de ne pas rester aussi amorphe. Aucun de nous ne pourra comprendre ce que tu as traversé, tu ne peux compter que sur toi pour te rétablir.
Étrangement, je me sentis vide et un peu triste après ces paroles. Elle avait mis plus ou moins le doigt sur ma bonne excuse pour ne pas me bouger. C'est pourquoi j'articulai difficilement :
- Comment… je dois… m'y prendre ?
Laura fut visiblement satisfaite de ma réaction, puisque son ton se radoucit et retrouva des accents plus naturels :
- Là encore, ça tient majoritairement à toi. Si tu veux mon avis, le meilleur moyen d'arriver à faire quelque chose est de se donner un objectif. Il suffit de se demander ce qu'apportera l'atteinte de l'objectif en regard des efforts fournis et d'estimer si cela vaut le coup. Bien sûr, tu peux te donner des objectifs modestes pour commencer – par exemple tenter de parler un peu quand on vient te rendre visite – avant de partir sur quelque chose de plus grand.
Il serait naïf de prétendre que son conseil avait eu un effet immédiat sur moi. Pour dire la vérité, je ne ressentis son effet sur ma réflexion que sur le moment, avant de le ranger dans un coin de mon crâne.
- Allez, je vais te laisser tranquille maintenant, annonça-t-elle après un temps de pause. Odd passe dans pas longtemps pour t'apporter quelque chose à manger.
De toute évidence, le simple fait d'avoir transmis son message lui convenait, ou alors elle souhaitait que sa visite surprise ne soit pas grillée.
- Essaie de réfléchir à ce que je t'ai dit ! ajouta-t-elle d'une voix si légère qu'il était impossible de penser qu'elle m'avait menacé physiquement quelques instants avant.
Là-dessus, elle me laissa. J'enchaînai alors sur l'activité qui me parut la plus naturelle : m'allonger sur le lit de camp et contempler le plafond où s'ancraient des structures métalliques et des tuyaux.


Comme l'avait annoncé Laura, Odd débarqua le midi venu, deux sachets en papier apposé d'une marque de fast-food dans une main, un sac plastique dans l'autre. Il m'envoya un « Salut ! La forme ? » de sa voix particulière avant de s'approcher et poser un des sachets sur mon ventre, puisque je n'avais pas jugé bon de me lever à son arrivée.
- Je t'ai pris un menu standard géant, me notifia-t-il. À mon avis t'en as largement besoin.
Il avait certainement raison sur une partie. Je n'avais pas été très gourmand sur la nourriture que mes camarades avaient apportée.
- Au passage, je me suis aussi pris un, poursuivit Odd tandis qu'il prenait place sur l'unique siège de la pièce. La vieille langue de bœuf qu'ils osent proposer à la cantine ce midi, non merci !
Il ne perdit pas de temps pour libérer de son sac sa nourriture. Ainsi, deux hamburgers, une grande frite, une boîte de nuggets, une boisson, des serviettes en papier et un sundae se retrouvèrent entassés sur le clavier, comme sur une simple table. J'imagine que ce spectacle a dû parvenir à me tirer une expression faciale, puisque Della Robbia me gratifia d'un :
- Pas la peine de faire ces yeux-là, j'arriverais à tout manger !
Son interprétation tapait à côté : le décalage de la scène et le naturel d'Odd l'exécutant m'avaient plus choqué qu'autre chose.
- Par contre, continua-t-il d'un ton complice, si Jérémie pouvait ne pas savoir que je pose ma bouffe sur son clavier, ça m'arrangerait. La dernière fois, il m'a fait toute une scène alors que sans mes bonbons, Yumi serait restée coincée dans la mer numérique ! T'y crois toi ?
Évidemment, je ne répondis pas, participer à cet échange était hors de ma portée. Dans un dessin animé, ma réaction se serait traduite par un courant d'air dans le laboratoire. Heureusement, Odd n'attendit pas une réponse pour commencer à s'empiffrer. Histoire de ne pas être trop impoli, je me redressai en position assise et ouvris le sachet de nourriture. Le format géant tenait lieu de thématique à l'intérieur, du hamburger-frites à la glace, en passant par la boisson. Je choisis cette dernière pour tenter de me mettre en appétit. C'était sans compter le choix douteux du cola light, dont l'infâme goût caractéristique relevé d'aspartame me fit mettre rapidement de côté le gobelet. Je me rabattis logiquement sur les frites, ne me sentant pas le courage d'attaquer le plus gros morceau. Étonnement, elles avaient conservé leur texture et leur chaleur malgré le voyage jusqu'à l'usine. Elles passèrent très bien.
- Dis...
Je reportai immédiatement mon attention sur Odd, qui tenait un de ses sandwichs au trois-quarts mangé, signifiant d'une certaine façon le besoin de parler. Il arborait une figure moins joyeuse qu'à son arrivée, presque accablée.
- T'as déjà été avec une fille ? demanda-t-il.
La question ne collait pas tellement avec l'expression et le ton adoptés. Je pensais qu'il s'apprêtait à se confier ou quelque chose du genre. Cela ne m'empêcha pas de répondre :
- Vaguement.
- Ah.
Un silence gêné suivit ce semblant d'échange, qu'Odd rentabilisa en terminant rapidement son burger. Après quoi, il reprit avec plus de gaieté et de confiance :
- Tu meurs pas d'ennui ici ? Je pense que j'en pourrais plus au bout d'une demi-journée moi...
Le brusque changement de sujet me surprit. En y réfléchissant après coup, l'absence totale de conviction et d'implication dans ma réponse précédente avait dû largement jouer sur cette redirection de l'échange. Comme quoi, la visite de Laura n'avait pas eu d'effet immédiat sur moi.
- Je dors beaucoup, expliquai-je brièvement.
Le choix du verbe était exagéré, puisque le sommeil ne m'aidait absolument pas à récupérer, même s'il constituait le seul moyen pour moi de ne plus avoir à penser à rien.
- Ce serait le pied si je pouvais roupiller comme je voulais tous les matins...
Perdu dans la rêverie que je venais apparemment de lui inspirer, l'original s'empara machinalement de son second burger, qu'il dévora plus rapidement que le précédent. Par la suite, il ne m'adressa plus la parole jusqu'à ce qu'il termine ce qu'il avait apporté – serviettes et sachet de transport non-inclus. De mon côté, j'avais courageusement entamé une partie de mon burger, pour le remettre dans sa boîte lorsque mon estomac me fit comprendre qu'il n'était pas encore prêt pour tout ça.
- Aaaaaah ! se laissa aller Odd alors qu'il roulait en boule ses déchets papier et carton. C'était bon ! Mais j'aurais dû mieux calculer les quantités et me prendre un petit truc en plus.
Pour la première fois depuis son arrivée, j'eus envie de parler pour faire une remarque en rapport avec ce qu'il venait de sortir. Comme d'habitude, je n'en fis rien.
- Allez, faut je décolle. Et avant que j'oublie, prends ça.
Il me transmit le mystérieux sac plastique qu'il avait emmené avec lui. À l'intérieur, une bouteille de shampoing sec, une brosse à cheveux, des lingettes nettoyantes, du déodorant et un étrange contenant de couleur noire.
- Je crois qu'on t'as déjà dit que tu te faisais retirer ton plâtre demain. Ça c'est pour que tu puisses sauver les apparences en public. Une toilette sommaire est toujours mieux que rien. Quand même, mieux vaut que tu ne tardes pas trop à demander à faire un crochet douche à Kadic, les autres commencent déjà à faire des remarques là-dessus – je sais ce que c'est. En bonus, je t'ai ajouté ma console portable, pour te vider la tête vu que les autres ont pas été très imaginatifs là-dessus.
Sa référence ciblait les objets apportés à côté des basiques linge propre, savon et eau : des mangas, mon magnétophone et les cours que j'avais manqués, auxquels je n'avais quasiment voire pas touché. Il n'était pas dit que la console ait plus de succès, mais ça restait un geste plutôt bienveillant de la part de Della Robbia.
- Merci, c'est cool.
Très inspiré, j'ajoutai après un temps de pause :
- Et si tu veux, je te laisse mon sundae. J'aime pas les spéculoos.
- Toi, t'es mon mec ! s'exclama-t-il d'un ton similaire à celui d'un enfant le matin de Noël.
Ne se faisant pas prier, il s'empara de ma glace et l'entama sur-le-champ, celle-ci ayant pas mal fondu. De ce fait, il ne put que me saluer de la main avant de partir.


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Le lendemain, tel que prévu en amont, ce fut au tour de William de débarquer dans le laboratoire, accompagné de mon jumeau physique. C'était la première fois que je voyais celui-ci, malgré les explications dispensées par Jérémie à son sujet. Naturellement, j'ouvris des yeux ronds, comme toute personne qui verrait sa copie conforme arriver dans la même pièce que soi. Je n'imaginais pas, en toute honnêteté, que le rendu de ma façon de marcher et de mon expression faciale récurrente avaient un rendu si convaincant. Le seul détail qui permettait de nous différencier – outre le teint ou l'hygiène – était l'absence de plâtre pour l'imposteur.
- Jérémie lui a enlevé sur le chemin de l'usine, expliqua William. Comme il va rester ici le temps que tu l'enlèves pour de vrai, aucun risque d'embrouille.
L'avantage d'avoir un accompagnateur qui ne cherchait pas la discussion, quand il savait que les atomes crochus n'étaient pas au rendez-vous, c'était l'absence de perte de temps pour accomplir les tâches, comme faire le trajet de l'usine à l’hôpital. Concrètement, je sortais de mon trou pour la première fois depuis des jours et mon préjugé dessus se résumait à une corvée à remplir. Dans les faits, rien que sortir à l'extérieur de l'usine fut une belle surprise. L'air ne donnait pas cette impression de renfermé souterrain caractéristique, en plus d'être à la température idéale. Son taux de pollution évident ne me dérangea pas, car je le redécouvrais tout en marchant. Mes mouvements me faisaient sentir ses effleurements aux endroits où ma peau était en contact avec lui. Plus largement, cette escapade à pied me permit de retrouver ma sensibilité physique plus intensément qu'en restant enfermé. La simplicité de la marche permettait de sentir les membres travailler régulièrement. La collection de bruits caractéristiques de la ville, loin d'être agressive pour mes oreilles, sonnait comme une redécouverte. Chaque son qui arrivait brusquement me fit décrocher un mouvement de tête réflexe en direction de sa source. Tout cela éveilla en moi un sentiment proche de celui éprouvé par le petit garçon démarrant une aventure complètement imaginée et à fond dans son rôle.
Attendre à l'hôpital fut nettement moins emballant à ce niveau-là. L'enjaillement éprouvé par le trajet retomba et ce n'est pas mon sens de la conversation qui aida à faire paraître le temps moins long. William n'avait pas de chance d'être venu avec moi pour ça. Il fallait bien quelqu'un pour me surveiller quoi ! Mes camarades de lycée voulaient certainement s'éviter d'autres soucis liés à moi, ce qui était compréhensible.
Finalement, malgré un certain temps écoulé en découpe de plâtre et en assimilation d'instructions par rapport à la réadaptation, je sortis de mon rendez-vous avec un bras gauche un peu raide, mais libre. Une seconde fois, je pus me replonger dans les sensations qui m'avaient accueilli à l'extérieur plus tôt. Elles me parurent moins intenses cette fois-ci, excepté pour mon membre à nouvellement découvert. On ne perdit pas de temps avec William pour faire le chemin du retour, un détour par une pharmacie se fit naturellement afin d'acheter de quoi éviter la momification à mon bras. Au moment de passer en caisse, mon accompagnateur précisa :
- Juste au cas où, l'argent nous vient de ton oncle. Tu n'auras rien à nous rembourser.
Le tonton. Je n'avais pas vraiment pensé à lui ces derniers temps, même après les explications faites sur sa mise au courant pour mon cas. Cela dit, je ne l'imaginais accepter toute cette histoire et me laisser à charge d'inconnus. Quoique, je me mens peut-être un peu sur ce point.
Sortir de la pharmacie et reprendre la route nous amena à passer devant une boulangerie, d'où s'échappait une odeur de pain appétissante. Non pas qu'elle m'ouvrit l'appétit, mais une fois hors de sa portée, je me rendis compte que mon odeur corporelle arrivait à la limite du non-retour, malgré la couverture parfumée, par extension que les paroles d'Odd étaient complètement vraies. La nouvelle eut une action de défibrillation en moi, me faisant engager un dialogue depuis longtemps :
- Dis, est-ce qu'il y aurait moyen que je passe à Kadic pour prendre une douche ?
Ma demande ne le prit vraisemblablement pas de court :
- Bien sûr qu'il y a moyen. On a déjà anticipé et tout prévu pour. En revanche, on va devoir refaire un détour pour que je te montre. Par les égouts.
Les trois derniers mots douchèrent d'un coup ma motivation. Il était de toute façon trop tard pour retirer ma demande. Sauf qu'en réalité, la réponse ne s'avéra pas douteuse du tout. Les égouts n'entraient en compte que pour l'emprunt de son passage, dans lequel William me guida, afin que je puisse l'emprunter seul plus tard. Contrairement à ce que je pensais, la route programmée ne s'arrêta pas au niveau des barreaux remontant dans le parc du collège-lycée et se poursuivit sur quelques mètres après cette sortie. La manœuvre nous permit d'arriver au niveau d'une ouverture à échelle humaine dans le mur du boyau souterrain, autour de laquelle du grillage découpé s'éparpillait. Il ouvrait sur un tunnel éclairé, aux parois creusées irrégulièrement.
- Il débouche dans la chaufferie attenante au gymnase, précisa mon camarade de classe. L'intérêt, c'est que les vestiaires possèdent des douches et que seules les entrées du bâtiment sont verrouillées en fin de journée. Avec ce passage, le problème de clé ne se posera pas et tu pourras te doucher tranquillement et discrètement. Une chance qu'ils soient plutôt négligents du côté de cet accès. Ils doivent penser qu'il est inconnu du public. On ne va pas s'en plaindre, hein ?


Suite à cette visite express, je dus logiquement attendre le début de soirée pour enfin pouvoir laver mon corps et ma dignité, qui avait dû en prendre un sacré coup avec l'odeur. Évidemment, William et mon clone m'avaient quitté entre temps. J'avais pu exploiter le non-humain pour me rapporter de ma chambre mes affaires de toilette personnelles, estimant que le savon que l'on m'avait fourni ne serait pas suffisant pour la tâche à venir. Pour la première fois depuis ma libération, je ressentis une forme d'impatience à attendre l'heure de partir pour Kadic. J'ignore si la cause de ce sentiment était dûe à la perspective de propreté ou alors au simple fait d'agir véritablement en complète autonomie. Dans un cas comme dans l'autre, je finis par me mettre en route.
Quelques minutes plus tard, je me trouvais dans le vestiaire des garçons, sans avoir rencontré la moindre porte fermée. Le plan douche que l'on m'avait fourni était très bon, il fallait l'avouer. L'absence de fenêtre dans la pièce m'autorisa à allumer la lumière. J'installai ensuite mes affaires sur le banc central entre les casiers avant de me déshabiller et d'enfin prendre place dans le carré de douche. Le premier contact de l'eau sur ma peau fut revigorant, car frais, mais il se réchauffa bien assez vite, pour le plus grand plaisir de mes muscles, qui se détendirent progressivement. C'était quand même autre chose que les W.C de l'usine, dans lesquels je n'avais jamais eu envie de m'attarder, contrairement à la douche de ce vestiaire. Il fallait dire que les cabinets de l'ancienne fabrique possédaient un décor digne d'une scène de film sordide, d'où le surnom de toilettes du viol que je leur avais attribué.
En dépit de l'obligation de réanimer le jet d'eau régulièrement en pressant le bouton d'action, je retirai un vrai sentiment de satisfaction et d'accomplissement de ce lavage. Cela atteignit un tel point qu'en sortant du carré – au bout d'un long moment – je me fichai d'inonder la moitié du vestiaire. Ce n'est qu'après m'être séché et habillé que je me rappelai que mon passage devait se faire discrètement. Bah, le gymnase était suffisamment isolé des lieux fréquentés à l'heure où je le fréquentais pour me permettre d'être détendu. Non, mon état allait plus loin que la simple détente.

Je me sentais mieux.


À suivre : L'Autre plan


Dernière édition par Zéphyr le Lun 30 Jan 2017 22:47; édité 11 fois
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Dyssery MessagePosté le: Ven 02 Sep 2016 15:47   Sujet du message: Répondre en citant  
[Frelion]


Inscrit le: 03 Mar 2014
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Que dire que dire, mis à part que j’ai adoré ce nouveau chapitre… En plus, ça tu le sais déjà…
Bon, je vais essayer d’y aller doucement sur la pommade, je ne veux pas que tu te reposes sur tes lauriers.

Déjà, quel timing pour les LG ! Je me demande ce qu’ils auraient fait l’oncle Desjardins avait découvert le pot-aux-roses plus tôt. Mais ceci mis à part, c’est plutôt sympa que l’oncle les ait percés à jour. Même si sa conviction, comme celle des parents de William, est surprenante compte tenu du clone parfait de son neveu qu’il a sous les yeux. Cela dit, je le trouve plus crédible que les parents de William sur ce coup. Peut-être parce qu’il est très calme. Il me donne l’impression d’avoir une idée quant à la façon dont une telle chose peut être possible.
Et pour continuer sur sa découverte, la réaction de Jérémie est inattendue. Lui qui a toujours été le plus féroce partisan du secret, il choisit de révéler une bonne part de ce qu’ils savent à un inconnu. Ça me paraît un peu trop rationnel pour la tête blonde =P
Et je me permettrai juste d’ajouter que j’ai été étonnée de voir que Jérémie n’a jamais fait remarquer au tonton qu’il avait beau avoir raison quant à l’absence de son neveu, une créature en tout point semblable lui faisait face, et il ne serait donc pas pris au sérieux s’il décidait de parler. Je suppose que ce n’est pas tout à fait vrai, que des analyses poussées pourrait révéler la supercherie, mais quand même, ça restait un coup de bluff non négligeable, à mon humble avis.

Je ne connais pas assez CLE pour apprécier le rapprochement à sa juste valeur, mais tu sais que j’aime beaucoup ta Laura, et leur dialogue entre filles m’a bien plu. Même si, avec ma connaissance lacunaire, je me dois d’avouer que je pensais Laura plus froide que ça, et largement moins intéressée par les relations humaines que ce qui a pu transparaître.
Et lors de cette discussion, je salue la présentation du groupe d’un point de vue extérieur. Ce n’est pas inintéressant à exploiter, plus qu’une bande qui n’accepte pas de nouveaux membres, ils donnent l’impression de très peu interagir avec les autres, on ne pense pas assez aux questions que ce comportement peut soulever !

La rémission de Chris, quoiqu’encore en chantier, est vraiment maîtrisée. On sent que la situation, d’abord complètement embourbée, évolue petit à petit, au rythme des efforts que Chris daigne faire. Et les scènes qui la ponctuent sont toutes savoureuses, de la crise de Laura (et décidément, les têtes blondes ont décidé de la jouer perso) à la scène de la douche, en passant par le casse-dalle d’Odd… D’ailleurs, la scène de la douche avait quelque chose d’assez libérateur. Je pense qu’on s’identifie facilement à Chris sur ce point, parce qu’on s’est tous retrouvés dans une situation où on mourrait d’envie de se doucher ! Enfin… Au moins tous les étudiants qui ont suivi une intégration (a) Sinon, sa première balade à l’air libre, avec la description des sensations, m’a semblé faire parfaitement écho à son premier retour de virtualisation, où il les redécouvrait de la même façon. Souvenir d’une lointaine époque…

Pour finir, je reviendrai sur le cauchemar de Chris. Je ne suis pas sujette aux cauchemars, heureusement pour moi o/ par contre j’ai déjà exprimé dans un autre commentaire mes vagues tendances claustrophobes. Alors d’imaginer qu’il était conscient pendant son extraction du complexe de Tyron, ça me fait frissonner. Et de voir qu’il est condamné à revivre encore et encore cette expérience, toi tu sais y faire pour me donner froid dans le dos…

Voilà, j’attends la suite avec impatience, mais je te le rappellerai sûrement bien assez sur skype (a)
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Dernière édition par Dyssery le Jeu 12 Jan 2017 21:59; édité 1 fois
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Icer MessagePosté le: Lun 05 Sep 2016 15:00   Sujet du message: Répondre en citant  
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Citation:
Toutefois, je pense que mon angle d'attaque dans ce qui va suivre va te parler.


Effectivement, j'ai adoré la séquence avec l'oncle, bien plus poussée que le dialogue avec M. Forestier (Il n'y a pas d’ellipses dans ton cas). On sent que y a eu du taff, même si j'ai été un peu surpris par la confiance soudaine dégagée par Jérémie. Cependant, qu'il n'ait pas dévoilé aux autres ses intentions est parfaitement cohérent.
Puisqu'on est dans les comparaisons, les visites régulières d'un humain, parfois accompagné d'un clone à un autre humain qui reste à l'usine, j'ai testé aussi héhé. On se fait toujours un peu chier avec Chris dit le modéré, heureusement qu'Odd est là pour mettre de la couleur pas vrai ?

Par contre j'aurais quand même translaté un drone à ta place. Non, pas pour l'oncle. Pour couper court au dialogue entre filles (a)

J'ai également adoré Chris 2.0 et particulièrement :


Citation:
- Je l'ai mise en suspens afin que vous la résolviez.
- Qu'entends-tu par là ? demanda l'opérateur.
- J'ai assommé cette personne dans la chambre du modèle 1.0 et lui ai pris son portable pour vous joindre. Que dois-je faire à présent ?


C'est parfaitement l'idée que je me fais d'une réplique bien programmée.

En somme, un chapitre de l'Engrenage qui m'évoque l’Échiquier ne pouvait être que réussi. Heureusement que Tyron a un autre plan et que X.A.N.A va utiliser Chris en cheval de Troie !

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« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Zéphyr MessagePosté le: Lun 30 Jan 2017 22:43   Sujet du message: Répondre en citant  
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Zéphyr MessagePosté le: Lun 30 Jan 2017 22:44   Sujet du message: Répondre en citant  
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Chapitre 19 :
L'Autre plan






De retour à l'usine, l'envie de faire autre chose que rien ou dormir me prit, pour rester en continuité avec le passage au gymnase. Instinctivement, je me tournai vers les possibilités m'entourant. L'éclairage tamisé du laboratoire n'était pas idéal pour lire confortablement les mangas qui m'avaient été apportés et utiliser l'ordinateur pour l'accès internet ne paraissait pas une option faisable sur-le-champ. Quant aux cours manqués, il ne fallait pas exagérer, j'étais encore convalescent. Finalement, je faillis me décider pour une banale balade lorsque le souvenir de la console d'Odd me revint. Mon intérêt et mon expérience des jeux vidéos n'étaient pas très poussés, mais ce soir-là, je pense que l'envie de nouveauté l'emporta.
En conséquence, je sortis l'appareil portable, une DSi XL bleu foncée, et l'allumai. Le seul et unique jeu fourni était en anglais, pour une raison qui m'échappait : Pokémon White 2. Ce titre suintait l'humour spécifique de celui qui me l'avait amené. Je ne m'arrêtai pas à ce détail et lançai la partie, pour constater que seule l'option « Nouveau jeu » était faisable. Plutôt logique jusque-là. Décrire le déroulement précis de la partie s’apparentant à du remplissage, même si je pense être le seul à éventuellement écouter ceci, autant en venir à la chute. Le jeu avait largement réussi à m'absorber plus de deux heures, grâce à son ambiance bon enfant et sans prise de tête entre autres, mais le propriétaire du matériel avait oublié un détail essentiel : le chargeur. Fatalement, je finis par être à court de batterie, ce qui me força à sauvegarder et quitter.
Ceci dit, j'en viens presque à me demander si me prêter sa console n'était pas un plan calculé d'Odd pour me faire passer un message subliminal, proche de celui que Laura m'avait transmis face-à-face. Capturer des Pokémon, en entraîner et gagner les badges de la région d'Unys constituaient des objectifs fixés au joueur. Or, c'était ce que mon ex-aide en maths m'avait conseillé de trouver. Sans oublier l'évidente référence du titre à mon nom de famille. Me suggérait-on de ne plus être White et d'évoluer en White 2, donc de surmonter ce que j'avais vécu ? Difficile de croire ça compte tenu de l'image renvoyée par Odd, d'autant plus que la méthode était carrément moins brutale que celle de Laura. Je m'emballais peut-être un peu. En même temps, venant d'un type s'habillant majoritairement en violet et mettant autant de gel, il y avait de quoi éveiller les soupçons.
Dans un cas comme dans l'autre, je ne décelai rien de tout ça lors de ma partie. Pourtant, une fois que je dus arrêter de jouer par contrainte, une pensée me travailla, ou plutôt une prise de conscience, par simple observation de mon environnement : mes collègues de lycée avaient fait beaucoup pour moi en quelques jours. Et je n'avais fait que bénéficier sans exprimer de reconnaissance.


Piste δ : (26/04/2013)


Je pensais vraiment être sur la bonne voie pour ma remise en forme en début de semaine. Quel abruti.

Le déclenchement de tout cela se fit mercredi après-midi, avec la triple visite de Jérémie, Odd et Aelita. Un nombre anormalement élevé pour simplement voir comment je me portais. Heureusement, on m'annonça la couleur rapidement :
- Odd nous a raconté que tu faisais encore des rêves, et on pensait te proposer une idée pour éventuellement arranger ça.
Pour une fois, j'avais été trop bavard, mais ça valait toujours le coup d'écouter la suggestion.
- À moins que vous ne possédiez un moyen de plonger dans le subconscient pour traiter ce genre de problème, je ne vois pas trop ce que vous pourriez faire.
- Tu sais, intervint Aelita, j'ai moi aussi une certaine expérience des rêves étranges et angoissants. Aujourd'hui, ça va globalement mieux et j'en fais largement moins.
Voyant mon absence de réaction à sa révélation, elle poursuivit :
- Généralement, aller sur Lyokô m'a permis d'aller mieux à ce niveau-là, au moins sur le court terme. Je me suis dit que ça pouvait aussi fonctionner pour toi.
Était-elle naïve à ce point pour penser qu'une solution pareille puisse fonctionner ? Son plan était certainement le plus bancal qu'il m'ait été donné d'entendre. Heureusement pour elle, Jérémie la secourut :
- Ce qu'elle veut dire, c'est que les rêves que tu as décrit à Odd semblent être la conséquence de ce que tu as vécu dernièrement sur Cor… Tron. On pense qu'inconsciemment, tu assimiles l'expérience virtuelle à quelque chose de mauvais. En te faisant aller sur Lyokô, l'objectif est de te faire passer un moment agréable sur un monde virtuel et te montrer qu'il peut tout à fait être calme et sans danger. La plupart du temps en fait, pour ne pas te mentir.
L'argumentation se tenait déjà mieux, sans m'empêcher de rester perplexe.
- Après, si tu le sens pas, t'es pas forcé, glissa Odd. Mais tu manquerais quelque chose !
- Vous êtes certains que votre mode de virtualisation ne présente pas d'effets indésirables ? demandai-je avec méfiance.
- Ça va faire trois ans que les autres utilisent les scanners, exposa le spécialiste de la question, et il m'arrive de leur faire passer une analyse pour la forme. Il n'y a jamais eu le moindre problème avec ça.
Je pris quelques instants pour jauger toutes ces informations, dans un silence qui me fut accordé. Enfin, ma décision finale tomba :
- Je veux bien essayer, au moins pour voir si je suis en capacité de peut-être de vous filer un coup de main à l'avenir, histoire de pas passer pour un ingrat.


Trois sourires satisfaits de mes camarades plus tard, la suite s'enchaîna logiquement. Aelita et Odd m'accompagnèrent dans l'espace sous le laboratoire, la salle des scanners, que je visitais pour la deuxième fois. L'éclairage de la pièce était assez brutal pour des yeux non-habitués, la faute aux trois cylindres de métal ouverts, intérieurement illuminés. Remarque, le coin ne devait pas être rassurant lorsqu'ils étaient fermés.
- Choisis le scanner que tu veux, m'invita Aelita d'un ton encourageant.
Les trois appareils étant parfaitement identiques, je me dirigeai vers celui du fond de manière complètement hasardeuse. Me remémorant ma dernière visite, je me plaçai directement dans le caisson. Pour ne pas tourner le dos à la seul issue et me sentir enfermé, j'effectuai la rotation appropriée sur place. Cela me permit de noter que mes accompagnateurs m'avaient suivi et se tenaient au seuil du scanner.
- Essaie de garder les bras le long du corps, fit Odd. Tu vas peut-être avoir le souffle coupé à un moment, mais c'est normal. Et puis, hésite pas à fermer les yeux, c'est super éblouissant dedans.
- Reste détendu quand même, ajouta Aelita, ça va très bien se passer.
Plutôt simple à dire pour le coup. Le casque de Tyron avait beau être plus dangereux pour la santé, il était largement moins intimidant que cette espèce d'immense sarcophage de métal. Une appréhension plus grande que le jour de ma première virtualisation m'envahit.
- Ok, je vais lancer la procédure. Prêt Chris ?
La voix de Jérémie à travers les hauts-parleurs n'aidait pas à se sentir moins stressé. Ne pas voir ce que faisait l'opérateur, même sans comprendre quoi que soit en informatique, avait quelque chose de troublant pour moi, comme si je n'étais qu'un sujet de laboratoire observé depuis une vitrine par un scientifique un peu fou. À la réflexion, avant que je n'apprenne la vérité, c'était la considération que Tyron avait pour moi.
Belpois dut prendre mon silence pour un oui, car les portes du scanner se refermèrent, plus lentement que ce que je n'imaginais.
- Transfert Chris, accompagna l'isolation subite avec l'extérieur.
Ma tension augmenta d'au moins trois crans à ce moment-là. L'absence de sons soudaine donna une sensation de bourdonnement à mes oreilles, l'air me parut manquant et je me rendis d'un seul coup compte de l'étroitesse du tube dans lequel je me trouvais. De mauvais souvenirs ressurgirent alors : l'enfermement dans un espace sombre et étroit, le séjour virtuel prolongé sur Tron, la sensation d'être prisonnier de son corps sans pouvoir le manipuler. Mon cerveau, se sentant comprimé, réalisa que j'étais à nouveau parti pour un voyage dans un monde numérique. Il me fit réagir de la manière la plus appropriée, avec une frappe du poing sur la paroi métallique et un cri du cœur légèrement désespéré :
- Stop ! Sortez-moi d'ici !
Le scanner, qui avait commencé à faire un certain boucan, se calma, pour commencer à s'ouvrir quelques instants après. Je m'engouffrai par la sortie salvatrice avant même qu'elle ne soit complètement ouverte, me râpant sur les bords des portes. Ignorant la douleur, je fonçai jusqu'au mur opposé au cylindre métallique pour m'y adosser et glisser par terre, mes membres alors tétanisés refusant de répondre plus longtemps. Durant de longues minutes, je ne pus que respirer bruyamment sans bouger. Mon esprit encaissait le fait qu'il avait failli retourner dans un état proche de celui dans lequel il était une semaine plus tôt. Dans le fond, le naïf, c'était moi. J'avais surévalué mon état général en ne me basant que sur les aspects du physique et du bien-être causé par le repos. En réalité, j'étais encore complètement instable au niveau de la sensibilité et des souvenirs.
Une fois à peu près calmé, je me rendis compte qu'Odd et Aelita étaient accroupis face à moi et me lançaient des regards soucieux. L'envie d'expliquer correctement ce qu'il venait de se passer me prit, mais les seules justifications que je pus articuler furent :
- Je n'y arrive pas, c'est trop…
Après quoi, je retombai dans le silence. Mes camarades de lycée le respectèrent.


Je passai les deux journées qui suivirent ce fiasco de virtualisation à ruminer mes pensées, principalement le temps passé emprisonné sur Tron, qui me revint plus naturellement que je ne l'imaginais. Évidemment, je n'étais pas retourné à l'état d'épave, mon moral avait juste encaissé un sacré coup. L'effet s'en ressentit lors des visites, placées sous le signe du calme et accompagnées de quelques paroles d'encouragement ou de réconfort. Ça ne m'aidait en rien, mais c'était sympa de leur part, autant l’admettre.
Même Laura ne s'était pas risquée à retenter un secouage. Du moins pas directement.
Ses paroles me revinrent par à-coups durant la soirée de vendredi. En y réfléchissant à froid, rien ne m'avait vraiment poussé à revenir dessus. Pourtant, alors que je tournais encore dans mon esprit les derniers événements, en particulier ma peur latente de la virtualisation, elles ponctuèrent ma cogitation.
« Tu ne peux compter que sur toi pour te rétablir. »
Fut la première à s'inviter dans ma tête, à la façon d'un rappel vital. Je savais que ces mots étaient justes, mais stagner dans un état semi-rétabli me convenait. C'était la solution de facilité, celle que tout le monde choisit. Pourquoi devais-je faire des efforts si je risquais une rechute à chaque événement qui me rappellerait ce que j'avais vécu ?
« Poisson dans un bocal. », me lança mon crâne.
Je me redressai de ma position allongée à ces mots. Une sensation semblable à celle éprouvée lorsque le scanner s'était refermé résonna en moi. Tout d'un coup, je me sentis claustrophobe dans le laboratoire souterrain. J'avais besoin d'air frais, mieux encore : de bouger. Inspiré par l'idée, je décidai d'aller faire un jogging, sous prétexte de jauger le rétablissement total de ma jambe et mon bras. En vrai, je voulais fuir mes pensées.
L'efficacité de la technique fut démontrée dans les minutes qui suivirent. Cela faisait un bail que je n'avais plus fait un effort physique vraiment intense. Même si mon corps me faisait bien ressentir cet aspect-là, une nouvelle fournée de sensations me revint. Frais était le mot qui convenait le mieux pour désigner cette session sportive, allant au-delà de la température extérieure. Je sentais mes muscles travailler et mon souffle se raccourcir au fil de mes foulées, en parallèle des débuts de fatigue et de la formation d'un point de côté. Toutes ces impressions, peu plaisantes en temps normal, prenaient une autre dimension en étant redécouvertes. Je prenais plaisir à courir à fond, faisant fi de la prudence quant à mes membres tout juste remis. Me rétamer à moitié à cause d'une surélévation subite de relief ne doucha pas cette énergie particulière qui semblait m'avoir investi. Je me prouvais en personne que j'étais plus qu'un vulgaire animal aquatique.
« Le meilleur moyen d'arriver à faire quelque chose est de se donner un objectif. », entendis-je alors.
Le fait de subir de nouvelles réminiscences invalidait l'affirmation pensée, puisque courir n'avait pas suffi, mais possédait un peu de vrai.
« Il suffit de se demander ce qu'apportera l'atteinte de l'objectif en regard des efforts fournis et d'estimer si cela vaut le coup. », ajouta mon cerveau.
Le répit n'avait pas été bien long, mais très agréable pour un aussi court terme. Ne cherchant plus à m'échapper, je repris mes réflexions tout en enchaînant mécaniquement les enjambées. Avec quelques secondes d'écart, les deux rappels de paroles avaient répété le même mot : objectif.
« Tu ne peux compter que sur toi pour te rétablir. »
Oui, ça je le savais déjà, inutile de le répéter petite voix hautaine. Si ton objectif à toi était de me pourrir les idées, mission accomplie.
« Poisson dans un bocal. », envoya la voix qui aurait dû être féminine dans mon esprit.
Arriver au stade de l'auto-insulte constituait certainement un pas vers la folie. Définitivement, je n'allais pas mieux, du moins au niveau de la cafetière. Je ne voyais pas pourquoi je me répétais cette « injure », alors que la sueur que j'exhalais prouvait le contraire.
« Tu peux te donner des objectifs modestes pour commencer, avant de partir sur quelque chose de plus grand. », fit Laura mentale.
Encore cette idée d'objectif. Je devais trouver où je voulais en venir. Bizarrement, la réponse m'apparut comme une évidence, tandis que je commençais à être de plus en plus essoufflé et à avoir les muscles désagréablement brûlants. En m'emprisonnant dans mon enveloppe virtuelle, Tyron m'avait à la fois privé du contrôle de moi-même et de toutes ces sensations que je redécouvrais au moment où j'y réfléchissais. Il m'avait causé un tort évident, que je n'arriverais peut-être pas à surmonter. Devais-je laisser couler ça ?
« Le meilleur moyen d'arriver à faire quelque chose… », martela ma tête, encore elle.
En parallèle de cette espèce de mantra, ma course me ramena sur le pont d'accès à l'usine, sur lequel je décidai de m'arrêter et me poser afin que mon corps se remette un peu. Puis, sans raison apparente, je me mis à rire d'une étrange manière, toussotant et proche du dépit nerveux. L'état de ma respiration et de mes poumons légèrement douloureux ne s'arrangea pas avec cela, mais sur le moment, je m'en fichais. Je préférais sans hésiter être dans cet état inconfortable physiquement plutôt que de ne plus contrôler mon propre corps.
Finalement, une idée générale et finale découla de ce bazar mental. Tyron ne m'avait jamais foutu la paix, même lorsque je l'avais lâché sans faire de vagues. Il m'avait ensuite laissé moisir virtuellement, ce qui aurait été une des pires fins possibles si on ne m'avait pas secouru. Et je connaissais déjà assez bien les implications de l'enfermement. La réponse à cette affaire devenait logique à mes yeux : je devais prendre ma revanche et rendre la monnaie à Tyron. C'était l'objectif qui me permettrait d'avancer et de dépasser ce qu'on m'avait fait vivre.


http://i.imgur.com/3aKoVpr.png


Hors-Piste :


Samedi 27 Avril 2013

La séquence-vidéo tournait en boucle sur l’écran d’ordinateur. Ces quelques secondes où la forme noire et spectrale s’échappait de la prise électrique pour s’immiscer ensuite doucement dans le corps allongé étaient aussi peu rassurantes qu’étranges. À vrai dire, toute la scène pouvait être qualifiée de la sorte, mais l’esprit de Tyron préférait se focaliser sur la fameuse « chose sombre », responsable de façon évidente de la remise sur pied et du départ surnaturels de « Léo ». Bien évidemment, il ne lui avait pas fallu longtemps pour comprendre qu’elle avait un rapport avec la tour qui avait été activée avant son apparition. En revanche, comprendre le comment était plus compliqué...
Le scientifique arrêta de visionner l’enregistrement. Malgré le trésor d’informations qu’il recelait, compensant quelque peu la perte d’un casque de virtualisation et d’un sujet d’étude, le regarder en continu était limité dans le cadre de la recherche. Il avait par ailleurs d’autres priorités à ce niveau. Comme renforcer l’efficacité de sa défense virtuelle. Si pour ce qui touchait à la salle du cœur de Tron, c’était l’homme plutôt que la machine qui devait être remis en cause, le reste devait être revu. Dès qu’une intrusion sur le monde virtuel touchait à un autre but que le noyau, une tour par exemple, la capacité d’intervention s’en trouvait amoindrie. La faute à cette certitude – révolue – de Tyron que toute effraction sur son territoire numérique viserait son centre. Cette faille notable décelée, les équipes avaient été mises sévèrement au travail, qui purent au passage justifier leur salaire. Modifier directement l’environnement de Tron afin qu’il soit plus chaotique aurait pu constituer une réponse logique aux derniers événements. Cependant, cela n’aurait fait que diminuer la taille des failles du système, là où la tête pensante préférait les combler. En l’occurrence, le principal défaut était la désinformation par rapport aux activités des intrus quand ils se trouvaient en-dehors du noyau et ses alentours. Détecter leur entrée dans le monde virtuel n’était pas suffisant, et un radar, même sophistiqué, n’offrait pas assez de précision au goût de Tyron.
De la porte de la pièce s’échappa le bruit de trois coups frappés, auxquels se succéda son ouverture qui permit à quatre jeunes personnes, dont l’âge devait tourner autour de la majorité et dont la distribution respectait la parité, d’entrer.
- Vos nouvelles tenues de virtualisation sont sur le bureau, annonça formellement Lowel.
Les concernés se regardèrent entre eux, dans des gestes mêlant appréhension, surprise – de recevoir un tel accueil – et légère interrogation sur la marche à suivre. Le scientifique sentit poindre l’exaspération en lui face au manque d’entreprise et de dynamisme de ceux qui lui faisaient face. Heureusement que ce n’étaient pas les qualités requises pour le travail nouvellement créé d’éclaireur virtuel.
- Une poche des tenues contient un téléphone portable. Il vous informera en temps réel des intrusions sur Tron. Enfin, vous avez été formés, vous savez déjà quoi faire.
L’adulte adjoignit à sa remarque un regard appuyé, savamment travaillé au fil des années, puis ajouta :
- N’est-ce pas ?
La technique fit mouche puisque le quatuor secoua lentement la tête de haut en bas, avant de s’avancer vers l’espace de travail pour récupérer l’équipement. Quelques instants furent nécessaires afin que chacun identifie la tenue faite exprès pour sa morphologie. Après quoi, Tyron fit mine de se radoucir et poursuivit :
- Je tenais également à vous remercier personnellement d’avoir accepté de renforcer votre implication au sein de notre organisation. Votre nouvelle tâche n’est pas évidente et j’ai conscience qu’elle vous demande un peu de sacrifice personnel.
Encore une fois, le jeune groupe manifesta de la surprise, qui découla sur l’adoption d’une attitude plus détendue. Flatter ceux qui n’étaient pas exceptionnels en tant que Gardiens s’avérait être une bonne idée, au moins sur le plan de la motivation.
- Bien, nous en avons fini, conclut l’homme en blouse. Je vous souhaite bon courage pour les missions à venir.
- Merci ! répondirent les quatre avec une synchronisation maladroite.
Le départ de la petite équipe laissa Tyron songeur. Le nouveau système qu’il avait imaginé était loin d’être parfait. Cela lui avait demandé, entre autres, d’affaiblir l’organisation autour de la défense du noyau, jusque-là plutôt bien huilée. Même si les risques avaient été limités en prenant les moins bons au combat, étonnement habiles dans d’autres domaines bien spécifiques selon les statistiques virtuelles, retirer quatre personnes de l’effectif de garde n’était pas si anodin que ça, et était susceptible de lui porter préjudice. Se rendant compte qu’il sombrait dans une forme de défaitisme, il se reprit d’un seul coup : la mesure avait été adoptée en connaissance de cause et ne serait pas nécessairement simple à contrer. Pour cette raison, l’effet de surprise serait crucial lors de la prochaine intrusion, afin de rendre leur coup aux adversaires.


http://i.imgur.com/7tNqoHf.png


Rentrer chez lui inspira à Chris une impression assez inédite. Il n’avait pas songé une seule fois à un éventuel retour au bercail durant sa captivité, ni au cours de son séjour à l’usine. Pourtant, il en éprouva une forme de bien-être qu’il n’aurait pas soupçonnée. Peut-être était-ce en partie grâce au fait de ne pas avoir eu à passer les T.P.E, pour lesquels on lui avait assuré une note supérieure à ce qu’il aurait obtenu par ses propres moyens. La perspective de retrouver un meilleur confort matériel et une certaine autonomie dans sa vie pouvaient aussi être mis en cause. Dans tous les cas, le grand gaillard se trouvait dans de bonnes dispositions pour la future discussion avec son tuteur, qui allait assurément se produire.
Celle-ci n’eut pas lieu dès l’arrivée de l’adolescent à l’appartement du seizième, en début d’après-midi, mais durant le dîner. L’adulte ne s’était pas embarrassé à cuisiner, privilégiant la commande chez un traiteur chinois, comme le voulait le cliché des séries. Au-delà de ce dernier point, une certaine stratégie alimentaire pouvait être discernée, Chris appréciant ce type de nourriture. Le lancement du sujet s’effectua en plein milieu du repas, par Marc évidemment :
- J’ai hésité à nous faire déménager.
La phrase choc n’empêcha pas White de continuer à manger tranquillement son poulet en sauce. Selon lui, cette entrée en matière n’était là que pour jauger son état mental et émotionnel. Par conséquent, en regard de la situation, une surréaction n’aurait pas été des plus crédibles. Entre deux bouchées, le jeune homme apporta tout de même une réponse :
- Et qu’est-ce qui t’as fait changer d’avis ?
- Même si tu en laisses le moins paraître possible, répondit l’oncle, tu es encore déboussolé et affecté. Déménager n’aurait pas été très intelligent dans ces conditions. Je préfère attendre que tu te remettes véritablement avant d’aviser.
- Merci... c’est bienveillant.
Le silence qui s’ensuivit parut gênant à Chris, qui ne put s’empêcher de détourner le regard, peu habitué à ce genre d’effusion de reconnaissance, en particulier avec son parent. À l’inverse, celui-ci continuait de le fixer. Assez clairement, il venait de prendre – à dessein ou non – l’ascendant dans la conversation.
- Par rapport à… toute cette histoire, relança le tuteur, tu devines que je refuse que tu y sois mêlé encore plus. Est-ce que j’ai raison de penser – et d’espérer – que tu vas te tenir à l’écart de tout ça ?
La question à dix mille points. Chris savait que l’instant était crucial pour lui.
- Pour être honnête, je n’en sais encore trop rien, répondit-il. Si je me base sur mon ressenti actuel, alors oui, je me retirerais immédiatement.
Pause orale calculée, afin de faire intégrer à la figure paternelle le semi-mensonge allant dans son sens. L’attaque argumentaire pouvait commencer.
- L’autre jour, j’ai retenté une virtualisation. Je n’ai pas pu aller jusqu’au bout, parce que j’ai complètement paniqué.
Contrairement à ce qui pouvait se penser, la voix du garçon n’était pas neutre. Cela se sentait parfaitement que l’aveu lui coûtait.
- Ce que j’ai vécu m’a fait perdre une bonne partie de mon self-control. Je ne sais pas si tout lâcher me permettra vraiment de remonter la pente. Tu m’as appris que maîtriser et surmonter ses émotions était important, alors affronter le problème en m’impliquant peut constituer une solution pour moi.
La dernière référence sembla faire tiquer la grande personne, qui n’en interrompit pas pour autant l’autre grande personne.
- Avant de me positionner pour de bon sur la question, j’aimerais d’abord retrouver un peu d’équilibre dans ma vie et ma tête, au moins pendant les vacances.
Le lycéen s’autorisa quelques gorgées d’eau à la fin de son discours. Une façon comme une autre d’attendre le retour oral suivant. Marc l’imita et se désaltéra avant de parler :
- Je te le redis : je suis contre ton implication dans ces histoires et j’espère vraiment que tu ne continueras pas. À côté de ça, je sais que même en te l’interdisant formellement, je n’aurais aucun moyen d’entièrement vérifier que tu t’y tiens ; sans oublier que j’ai toujours essayé de te laisser une certaine indépendance depuis que tu es au collège. Même en le voulant, je ne pourrais pas contrôler tes faits et gestes. C’est à peine si j’ai l’assurance que tu vas vraiment partager avec moi ta décision finale. Après tout, tu m’as déjà caché la vérité une fois…
Face au reproche non-dissimulé, Chris fit mine de baisser les yeux. Pour peu, l’évocation l’aurait presque rendu honteux. Il n’ajouta rien d’autre à sa réaction gestuelle, afin de ne pas trop détourner le sujet. Cela eut pour effet de faire mourir l’échange, qui laissa naturellement place au silence, tout juste couvert par les bruits venus de l’extérieur.
- Écoute, relança doucement la figure parentale, je sais que notre relation n’est pas vraiment portée sur l’affectif, mais je reste présent pour toi. C’est le plus important selon moi. À ce titre, je tiens vraiment à ce que tu viennes me parler, que ce soit sur ce sujet-là ou un autre.
Une certaine perplexité s’immisça dans l’esprit de Chris quant à cette déclaration. Quelques mois plus tôt, il aurait été capable de contre-argumenter vigoureusement en pointant du doigt la mémoire courte de son oncle. Malgré cela, il choisit de se refréner. Après tout, il venait d’obtenir plus ou moins tacitement la possibilité d’effectuer ses propres choix, autant ne pas gâcher cette chance. Dans cette lignée, il formula :
- Oui, je comprends. Je te préviendrai de ma décision.
À cette réponse, un regard droit dans les yeux de l’adulte fut associé. Ce genre de geste était incontournable et quasi-rituel entre eux deux. Un bref moment s’écoula.
- Dessert ? proposa le plus vieux.
- Évidemment !


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Piste ε : (18/05/2013)


Les vacances de Pâques furent plus reposantes que ce que j’imaginais. L’apaisement des tensions avec l’oncle et un sommeil moins agité qu’auparavant y étaient certainement pour quelque chose. Même physiquement je commençais à retrouver mon ancienne forme. En résumé, à la rentrée de lundi dernier, j’étais dans d’excellentes conditions pour remplir mon objectif. Pas celui de commencer à préparer les épreuves anticipées du bac, que Fumet nous avait très gentiment rappelées à peine la reprise entamée ; mais d’intégrer le groupe contrôlant les installations de l’usine abandonnée.
Évidemment, la tâche n’était pas évidente : je n’avais eu aucun contact avec eux depuis le début des vacances et le retour à Kadic ne s’était pas montré très encourageant. Yumi et William me saluèrent tout juste en début de journée et les autres me donnèrent l’impression de respecter une distance de sécurité. La seule exception restait Odd, croisé par hasard, qui malgré un inhabituel air déprimé avait pris de mes nouvelles. Ça restait maigre comme appui. L’explication qui me paraissait la plus probable sur cette comportement du groupe était ma réaction suite à mon passage dans le scanner. Ils ont dû en déduire une forme de refus de ma part à intégrer leurs activités. En conséquence, ils ont pris leurs distances, certainement en s’imaginant que c’était plus convenable de me laisser respirer et mettre tout ça de côté. Concrètement, mes affaires n’étaient pas arrangées.
Foutu débordement émotionnel.
Dans une situation pareille, les options d’approche devenaient limitées. Partager directement le souhait de les rejoindre aurait été trop douteux en regard de mon passif. Il fallait que l’offre vienne à nouveau d’eux ou que l’on soit mutuellement d’accord sur l’intérêt de mon intégration au groupe. Pour ça, la seule stratégie qui me paraissait valable était d’attendre, tout en observant les mouvements de mes camarades. Eux qui avaient ponctuellement affaire à Xana, je pouvais tout à fait en tirer parti avec la fameuse « approche du héros », soit un coup de main bien placé dans un moment critique. En fait, il n’y avait pas forcément besoin de Xana pour appliquer l’approche, mais une intervention de celui-ci augmentait objectivement mes chances de tirer profit de la situation.
J’entamai ainsi ma semaine de rentrée avec ce plan en tête, pas si confiant que ça dans ses probabilités de réussite, rapides ou non. Pour autant, Xana me fit la faveur d’un assaut.


Je faillis passer à côté à vrai dire. Le potentiel de discrétion des clones était effrayant. Cette fois-ci, pas de Matthias ou de jumeau maléfique, mais une Laura plus fidèle que nature. En la croisant sous les arcades, entre deux cours, elle m’adressa un sourire particulier, que je ne classai pas comme différent de ceux qu’elle pouvait faire. De même, le furtif éclat douteux dans ses yeux ne me fit pas tilter sur-le-champ. Mes connexions mentales ne se rétablirent qu’une fois près de ma salle de cours, puisque le trouble de cette rencontre me força à chercher du regard Yumi et William, qui avaient évidemment disparu. Heureusement que mon plan d’attaque était de garder au maximum l’œil sur la bande de l’usine…
Je m’étais clairement foiré sur ce coup. Pour en rajouter une couche, j’eus clairement l’impression que la fausse Laura n’avait pas croisé ma route par hasard. Sans elle, je ne me serais pas rendu compte de mon inattention aussi rapidement. C’était rageant comme sensation. Ne rien avoir sous contrôle alors que le contraire avait été préalablement programmé.
Réflexions personnelles mises de côté, je partis en catastrophe sur les traces de ceux qui m’avaient devancé d’au moins deux ou trois minutes. De ma position, le passage du parc était le plus proche, que je choisis d’emprunter logiquement. À peine arrivé dans la cour des réfectoires, où traînaient quelques rares élèves, je vis sortir avec précipitation de l’espace vert son responsable : Rouiller. Après un instant d’observation, il se dirigea vers la personne qui se rapprochait, à savoir moi-même, me forçant à m’arrêter.
- Hey ! me lança-t-il d’un ton saccadé. Est-ce que tu sais s’il y a un surveillant dans le coin ? Deux élèves sont en train de se battre là-bas et je ne suis pas assez payé pour prendre le risque de les séparer.
Étant au taquet, je fis immédiatement le rapprochement et improvisai :
- J’ai croisé Jim sous les arcades il y a une minute. En attendant, je peux tenter d’aller les séparer, pour gagner du temps.
Le jardinier avisa un instant en prenant le temps de me regarder, avant de dire :
- Très bonne idée. Vas-y.
Je ne me fis pas prier plus pour repartir au pas de course, sans hésiter sur l’itinéraire. Avant d’atteindre l’entrée des égouts, je croisai William, face contre terre. Si je m’en étais tenu strictement à mon plan de base, j’aurais continué ma route. La bonne conscience m’obligea à faire le service minimum, à savoir adosser son corps contre un arbre et vérifier qu’il était encore vivant. Approximativement deux minutes plus tard, puisqu’il ne semblait pas prêt de se réveiller, je repris la traque. L’emprunt du passage souterrain pour l’usine me parut plus court que dans mes souvenirs. J’ignorais s’il fallait mettre ça sur le compte de ma motivation, plus forte qu’à l’accoutumée, ou simplement ma vitesse de course. L’un dans l’autre, j’émergeai sur le pont de la fabrique abandonnée. Sans comprendre pourquoi, j’eus quelques secondes d’hésitation sur un détail futile : est-ce que je devais refermer ou non la trappe d’accès aux égouts ? La situation ne se prêtait absolument pas à la question, mais le vieux réflexe du temps où j’empruntais le passage pour aller me doucher m’avait pris d’un seul coup. Je me rendis alors compte de deux choses : d’une part que ce n’était pas le moment, et d’autre part que Yumi montait l’échelle permettant de retrouver l’air libre.
- Qu’est-ce que tu fais là ? me demanda-t-elle avec suspicion une fois extraite du souterrain.
- Je ne suis pas aveugle, répliquai-je. J’ai bien vu que Xana vous avait envoyé un spectre dur à cuire. Je me sentais pas de vous laisser vous dépatouiller, tu vois…
Mon expression n’était pas aussi assurée que prévue pour ce cas de figure. Par chance, ma camarade de classe préféra relever autre chose que ce détail :
- On va dire que ça tombe bien que tu sois venu. J’ai réussi à tromper le spectre en me cachant là-dessous, le temps qu’il me dépasse. Le problème, c’est qu’il est certainement dans la laboratoire en ce moment, où ce n’est jamais bon de le laisser agir. Du coup j’avais pensé trouver de quoi m’armer dans l’usine et l’attaquer par surprise, vu que je ne peux pas le toucher directement.
- Tu veux que je le combatte c’est ça ? anticipai-je à la mention du dernier détail.
Yumi parut d’un seul coup gênée, d’une manière validant la demande que j’avais formulée seul.
- Seulement quelques instants, compléta-t-elle. Le temps que je me programme une virtualisation et plonge sur Lyokô. Deux-trois minutes feront l’affaire. Après, tu seras libre de gérer comme tu l’entends.


Derrière une brève mise au point sur les détails vint notre passage à l’acte, qui consistait à… prendre tranquillement le monte-charge jusqu’au poste de commande. Arrivés à destination, le spectacle qui s’offrit à nous se révélait assez fidèle aux prédictions de Yumi, qui ne put s’empêcher de grogner entre ses dents :
- Il a déjà eu Aelita…
La rose figurait effectivement parmi les trois corps inconscients au sol, sur lesquels je ne pus tourner l’attention, la copie de Laura nous ayant naturellement remarqués depuis le siège de l’ordinateur où elle s’était installée. Appliquant le plan, je m’élançai d’un coup dessus. Elle se leva précipitamment et tenta de s’esquiver en contournant le générateur d’hologramme, certainement pour mieux fondre sur celle qui m’accompagnait. M’attendant à cette éventualité grâce à mon alliée, je profitai de mon élan pour effectuer un petit bond sur le rebord du dispositif central, puis m’en servir comme nouveau point d’appui pour un tacle bien placé sur Gauthier numéro deux. La manœuvre fut un succès de dix bonnes secondes. Le spectre m’envoya ensuite valdinguer grâce à ses pieds. Je m’écrasai lamentablement sur le sol et le mur, tête en bas.
Retrouver le bon sens me demanda vingt secondes selon mes estimations, c’est-à-dire trop longtemps à l’échelle de l’émissaire de Xana. Par chance, elle ne s’était pas jetée sur son homologue humain tout de suite après s’être relevée, trop occupée à défroisser ses vêtements, notre choc n’ayant probablement pas été bon pour eux. Parallèlement, Yumi s’était installée à l’ordinateur et y entrait des données frénétiquement, sans se soucier de l’ennemi. Je profitai de l’occasion pour me placer entre la machine et la fausse Laura, ce qui la détourna de son lissage vestimentaire. Elle généra dans sa main de l’électricité violette. Ses intentions étaient claires me concernant. C’est pourquoi je tentai un bluff en lançant :
- Tu n’avais pas besoin de moi pour je-ne-sais-quoi ? M’endommager ne me semble pas être le bon plan pour ça.
Le spectre lâcha un sourire, pendant que dans mon dos, des pas métalliques retentirent. Yumi était en route pour les scanners, détail qui m’arrangeait la tâche. Il ne me restait plus longtemps à tenir avant d’être libre de me faire assommer.
Malheureusement, je reçus tout de même la décharge, qui me fit seulement voir des étoiles au lieu de me griller comme je l’imaginais. Suite à quoi je me pliai, ou plutôt fis plier, en deux par un coup-de-poing dans l’abdomen. Mes jambes lâchèrent et je m’écrasai dans une position agenouillée front contre terre, les bras placés sur le ventre, sonné. Du coin de l’œil, je vis la Laura inhumaine s’accroupir sur ma droite.
- J’ai beau ne pas être autorisée à t’éliminer, déclara-t-elle à voix basse, mes instructions sont formelles : mettre hors d’état de nuire tout élément perturbant les objectifs. À ce titre, je peux tout à fait t’endommager, humain.
Son ton neutre se mua alors en quelque chose de plus… personnel, faisant presque sens avec la suite de son discours :
- N’interviens plus pour aujourd’hui. Laisse la suite se dérouler. Je regretterais de devoir toucher un point sensible pour que tu restes à terre.
Je sentis sa main effleurer sur mon dos, accompagnée de picotements qui suggéraient son électrification. Instinctivement, je me raidis. Cela ne m’empêcha pas de recevoir quand même une décharge à l’arrière. J’achevai de m’étaler au sol dans un cri. Le reste m’apparut de manière très floue, à tel point que je ne pus discerner qu’un lointain bruit de clavier surnaturellement saccadé. Il me berça dans l’inconscience.


À mon réveil, j’étais adossé à un des murs du laboratoire. On avait dû me déplacer en attendant que j’émerge, ce qui sous-entendait la disparition de l’autre Laura. Grand bien lui en fasse. Me sentant à peu près en état, je me relevai en douceur, attirant de fait l’attention de ceux présents autour, en particulier Odd qui me taquina d’entrée :
- Soit t’es très con d’être revenu parmi nous, soit t’es trop cool.
- Très con en effet, répondis-je. Mais il s'avère que j'en ai une.
Le petit blond parut perplexe un instant et déclara :
- C'est évident au premier regard que t'es un mec.
- Je parle de conscience ! m’écriai-je alors.
Aelita, qui avait suivi l’échange, éclata d’un rire léger. Étrangement, Odd se décomposa et y perdit sa face enjouée, chose qui me parut incohérente venant du personnage. La situation ne pouvait pas être si grave que ça pourtant, même si la concentration de Jérémie et Laura sur les écrans rejoignait l’idée.
- Merci pour ton aide au fait, relança Stones à mon attention. Yumi nous a raconté.
- Je vous le devais. Autrement si vous vous posez la question, William est théoriquement en un morceau. À l’heure qu’il est, on a dû l’emmener et le coincer à l’infirmerie, vu qu’il y a eu des témoins de son combat contre le spectre.
Bon, je grossissais un peu le trait. Il n’y avait concrètement eu qu’un seul témoin, et encore. Mais les douleurs que je sentais poindre à divers endroits de mon corps ne disaient pas non à un retour dans le temps. La réponse de Jérémie alla dans ce sens :
- Dans ce cas, on va d’abord faire le debriefing. Je lancerai le retour vers le passé après. Un volontaire pour faire le compte-rendu à William plus tard ?
- Je m’en charge, fit la voix déformée de Yumi depuis l’ordinateur.
Je préférai ne pas m’interroger sur la pertinence de laisser des gens sur le monde virtuel. Cela dit, il s’agissait d’une fille et d’un garçon réputés comme attirés réciproquement. Il y avait possibilité de complot du groupe d’amis pour leur instaurer un moment en tête-à-tête. Nan, c’était un scénario digne d’une mauvaise fanfiction.
- Avec l’attaque d’aujourd’hui, commença Jérémie, Xana est monté à quatre-vingts treize pourcents de puissance. S’il avait eu Yumi, il aurait recouvré toute sa puissance. On a été mauvais.
- Je croyais que seuls mes codes avaient été entièrement volés, s’étonna Aelita.
- Moi aussi, mais le gain de puissance était trop important pour que ça colle. J’ai scanné Ulrich et Yumi dans leur tour pour vérifier. Ulrich n’a plus le moindre code.
La plupart des données évoquées m’échappaient, ne me permettant pas de comprendre la stupéfaction générale suite à la dernière révélation par exemple. Au moins, je n’étais pas encore trop largué par le propos : c’était la merde.
- La tour activée était piégée, expliqua plus précisément Belpois. Celui qui la désactivait perdait la totalité de ses codes-source. Simple et efficace. Le pire, c’est que ce n’est pas le genre de manœuvre compliquée à contrer si elle est anticipée. Je vais bricoler un programme pour empêcher Xana de faire ce genre de choses à l’avenir, même si je suis certain qu’il ne réessayera pas. C’était typiquement un coup à usage unique : il a fait en sorte que ce soit Ulrich ou Yumi, ceux avec le plus de codes, qui désactive la tour.
L’ambiance n’était clairement pas à la joie. Aelita paraissait plus affectée que les autres par la nouvelle, ce qui expliquait sans doute ses paroles prononcées avec gravité :
- Dans ce cas, il faut détruire le supercalculateur de Tyron dès maintenant. On a atteint la limite gérable.
- On avait dit quatre-vingts quinze pourcents Princesse… glissa Odd.
- C’est sans importance. Jérémie a raison quand il dit qu’on a été mauvais. Avec les attaques majoritairement faiblardes de Xana depuis son retour, on a été négligents. Rien ne nous dit qu’il ne relancera pas une attaque comme celle d’aujourd’hui sous peu.
Je m’abstins de participer à l’échange, dont le contenu ne m’arrangeait absolument pas. S’ils détruisaient les installations de Tyron, je perdais mon lien le plus accessible avec lui. Sur le moment, je ne pouvais que prier pour que quelqu’un contredise la rose.
- Tu as raison Aelita, répondit Jérémie, mais je refuse de renoncer aussi vite à ce moyen de contacter ta mère. Inutile de faire ta mauvaise tête, j’ai déjà réfléchi à la question. D’abord, on va mettre la priorité sur ta mère : je vais concevoir un plan d’action que l’on appliquera prochainement sur Cortex. Ensuite, pour calmer les ardeurs de Xana lors de ses attaques, il y a une contre-mesure possible : implanter des faux-codes à Yumi, si elle accepte bien sûr. Je l’ai laissée sur Lyokô pour cette seule raison. Qu’en dites-vous ?
La question avait beau paraître s’adresser à l’assemblée, il était évident que l’approbation d’Aelita était la seule recherchée par l’informaticien.
- Les faux-codes sont à double-tranchant, je ne veux pas que Yumi prenne de risques, argumenta-t-elle.
- Peut-être, intervint Yumi. Le risque vaut le coup quand même, alors je vais le faire.
- Non, tout ça est trop risqué, Xana…
- Aelita, s’immisça brusquement Laura d’un ton ferme.
Les regards convergèrent vers elle, lui donnant le top-départ pour développer sérieusement.
- Si tu as peur, tu peux directement l’avouer.
L’insinuation me passa complètement au-dessus de la tête, contrairement aux autres. Enfin, je m’en fichais du moment que Stones se taisait. Avec son discours dramatique, elle était à deux doigts de faire supprimer la seule raison de ma présence dans l’usine. Évidemment, détruire l’œuvre informatique de Tyron constituerait un beau début de revanche, mais ça ne me semble pas assez. J’en veux plus.
En tout cas, l’intervention de Laura plongea Aelita dans un lourd mutisme. Au bout de quelques instants, elle lâcha d’une voix faiblarde :
- D’accord, on fait comme ça.
- Merci, fit Jérémie avec une surprenante chaleur. Je te promets qu’on va y arriver cette fois.
Il s’adressa à son écran :
- Yumi, tu te mets en position dans la tour ? Je te fais le transfert de faux-codes immédiatement. Après, je vous ramène, promis !


Le temps que les manipulations informatiques se fassent, Aelita sortit prendre l’air, en compagnie d’Odd. Ça sentait la discussion avec l’ami-confident, même si je n’étais pas expert dans ce type de mécanique. Lorsqu’ils revinrent dix minutes plus tard, Stones arborait une mine moins abattue que précédemment. Yumi lui fit une brève étreinte dès qu’elle sortit du monte-charge, sans ajouter un mot. Après quoi, elle retourna se ranger à côté d’Ulrich contre le mur. Encore une fois, je n’avais pas tout compris. Mais ce n’était pas le sujet qui m’intéressait, contrairement à la suite du debriefing relancé par Jérémie :
- Désolé, mais j’ai une mauvaise nouvelle supplémentaire.
Au moins, le terrain était planté. L’ambiance en était limite blasée. Marrant.
- Le spectre de Xana, après la virtualisation de Yumi, a supprimé des données du supercalculateur. Par chance, la tour a été désactivée peu de temps après qu’il ait commencé mais il a eu le temps d’effacer toutes les recherches sur Tyron et le virus pour le Cortex, ainsi que… les modifications effectuées sur vos avatars depuis le temps où Lyokô était en reconstruction.
Je sentis un vent d’indignation parcourir mes camarades, en particulier chez Aelita et Yumi, qui n’allaient visiblement pas se gêner pour insulter Jérémie ou pire : exprimer leur avis sur la campagne d’information au compte-gouttes effectuée par le meneur. À ce stade, même la décision prise précédemment pouvait être remise en cause et réétudiée, chose que je n’espérais pas, parce que ça commençait à être long. Heureusement d’ailleurs que personne n’écoute ces enregistrements – à l’exception de Laura quand elle me les vole bien sûr – mes opinions ne seraient pas très bien vues…
- Laissez-moi vous expliquer, tempéra Jérémie en levant les mains.
Il essayait de paraître calme mais il suffisait qu’une des deux contestatrices prenne la parole pour qu’il s’effondre. Il se permit une grosse inspiration avant de passer à son exposé :
- Ce n’est pas aussi dramatique que ça en a l’air. D’accord, devoir refaire des expéditions pour refaire une base de données sur Tyron est contraignant. Pourtant, on aurait dû y repasser dans tous les cas pour la mère d’Aelita, donc ça ne change rien. Pour le virus, on ne va pas perdre de temps à le refaire. Son intérêt de base était de rester relativement discret dans notre action, puisqu’on savait que le supercalculateur du Cortex n’était pas abandonné comme pour les Réplikas. Du coup, maintenant que Tyron nous connaît un peu plus, plus besoin de le ménager : on utilisera la Translation. Quant aux avatars perdus, Laura a tenté de les améliorer il y a quelque temps. Elle a des sauvegardes sur support externe de ceux d’Odd et Yumi qu’elle a modifiés. Elle a aussi de côté ceux d’Aelita et Ulrich, sur lesquels elle voulait tester des idées d’amélioration, qui n’auront pas marché pour le coup. En fait, il n’y a que celui de William qui est concrètement perdu…
Les regards interrogèrent Laura.
- Je n’avais pas d’idée, se défendit la concernée. Son avatar était celui qui avait le moins besoin d’améliorations, donc je n’ai pas jugé pertinent de travailler dessus et de le copier.
- Malheureusement, compléta Belpois, l’enregistrement de cette tenue est le résultat d’une erreur de Xana, datant du jour où il avait matérialisé William ici pour détruire le supercalculateur. Après l’avoir saboté, il s’était programmé une virtualisation différée dans laquelle il avait procédé à une réactualisation des données de son avatar, les enregistrant automatiquement. Je pense que Xana était tellement certain du succès de sa manœuvre qu’il avait considéré ce détail sans importance – à raison cela dit. Tout ça pour dire qu’il ne reste à William que l’avatar de sa première virtualisation…
Un silence consentit à s’installa. Il ressemblait plus à une forme de deuil. Quoique dans le cas de Yumi, ça devait être du regret. Son volontariat pour tout rapporter de la réunion au principal concerné venait de prendre un tournant moins agréable.
- Ouf ! s’exclama alors Aelita. Évite-nous des frayeurs pareilles la prochaine fois et explique-nous tout avant qu’on ne prenne les décisions s’il-te-plaît. J’ai vraiment cru que la situation avait dégénéré.
Décidément, il fallait vraiment suivre ses sautes d’humeur.
- Je fais de mon mieux pour hiérarchiser efficacement les données, se justifia Jérémie avec légèreté. Cela dit, on l’oublie un peu, mais il n’y a pas eu que des pertes aujourd’hui.
Les yeux se tournèrent vers moi, enfin. Non pas que j’étais à la recherche d’une quelconque attention, mais je commençais vraiment à m’ennuyer dans mon coin. J’étais ainsi devenu le sujet suivant. Grâce à ça, je pus prendre la parole avec un discours bien préparé :
- J’ai conscience qu’avant les vacances, je vous ai laissés sur l’impression que je ne voulais plus rien à voir avec tout ça. Mais j’ai eu le temps d’y réfléchir et avec le recul, je trouve ma réaction lors de la tentative de virtualisation ridicule. D’un autre côté, je ne vous cache pas que j’ai un peu de mal à vraiment passer à autre chose. C’est pour ça que j’ai pu aider aujourd’hui : je fais attention à vous malgré moi. Bref, si votre proposition tient toujours, j’aimerais intégrer votre groupe, toujours pour vous renvoyer un peu l’ascenseur et pourquoi pas au passage titiller Tyron.
Quelle belle invention que le mensonge par omission quand même. Ça me permettait de rester crédible et sincère en même temps. En théorie cependant, parce que mon annonce fut suivie d’une période vide en terme de dialogues. Je dus me faire plus rassurant :
- Si vous êtes perplexes par rapport à mon état de santé, franchement je me sens presque au top maintenant. Il n’y a qu’au niveau du sommeil que j’ai encore besoin d’arrangements, mais le reste est bon. Les vacances m’ont fait du bien. Je ne vous referais plus le coup de la panique dans le scanner.
J’arrivais au bout de mes explications et toujours aucune réaction claire, à l’exception du regard indéchiffrable de Laura. Elle n’était toujours pas décidée à me laisser respirer.
- Bon, si tu n’as rien d’autre à ajouter… fit Jérémie au bout de quelques instants.
Du regard, le binoclard fit le tour de ses amis, qui lui adressèrent un signe de la tête – ou du pouce dans le cas d’Odd – aboutissant à la fatale conclusion :
- On va voir tout de suite si tu peux supporter le passage au scanner. Descends-y, que j’enregistre tes données dans le supercalculateur avant le retour dans le passé.
- C’est aussi simple que ça ? m’étonnai-je spontanément.
Le peu d’effet de mon argumentaire me minait encore, malgré obtention du résultat voulu.
- Toi aussi tu as des atouts, m’exposa Aelita. On serait bêtes de s’en priver.
Sur cette explication vague, que je me jurais de faire éclaircir plus tard, je fis mine d’être convaincu puis me rendit dans la salle du dessous. Comme promis, le passage au scanner se passa bien, malgré une appréhension due à l’étroitesse du cylindre. Mon objectif d’intégrer le groupe des « Lyokô-guerriers » venait de s’accomplir. Prochaine étape : Tyron.


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Une journée pile s’écoula entre mon intégration et une nouvelle attaque. De quoi finir convenablement cette première semaine de reprise.

En soi, retourner sur Tron était déroutant. Il y avait le changement de statut qui jouait bien sûr, mais la perception que j’en avais n’était plus du tout la même. Détester l’environnement qui avait fait office de geôle était naturel je pense. Cette impression mise de côté, la réaccoutumance à l’état virtuel s’avéra moins troublante que ce que j’en avais imaginé. Comme quoi, se faire des films sur ses réactions ne menait à rien.
- Ta tête fait toujours aussi peur, me sortit Odd dès mon arrivée.
La remarque réussit à me tirer un sourire. J’en avais presque oublié cet aspect-là de mon avatar. Par réflexe, j’inspectai rapidement mon apparence. Ma tenue était sensiblement la même que du temps où j’officiais pour Tyron sauf pour le code couleur. La dominante blanche s’était complètement effacée au profit d’un gris prononcé et s’était réfugiée dans les zones du buste où ce même gris se trouvait autrefois. Pour une raison que j’ignorais, ma cape était restée immaculée.
- C’était mieux avant… marmonnai-je dans ma barbe.
Dire que je me plaignais de l’ancienne version. Quelqu’un devait bien se marrer quelque part, c’était obligé. La voix de Jérémie coupa court à mon inspection :
- Allez Monsieur le Nostalgique, tu te plaindras plus tard. Vous avez du boulot.
Je reportai mon attention sur le véhicule jaune qui venait d’apparaître, que je connaissais déjà en fait. L’habitacle sphérique sans ouverture où Ulrich, Yumi, Odd et William venaient de se transférer ne donnait franchement pas envie de devenir usager de ce moyen de transport. J’étais bien content de faire partie des voleurs.
- On va s’envoler ? m’envoya d’un coup Aelita avec un clin d’œil malicieux.
Sur cette référence minable, elle déploya ses ailes et s’élança. Parallèlement, le Mégapod – l’engin jaune à quatre roues au bout d’espèces de bras donc – démarra. Je me dépêchai de suivre le mouvement. Encore une fois, je repris vite le réflexe de manipulation de l’air afin de voler, malgré un démarrage prudent et tâtonnant. Mieux encore, je redécouvris le côté grisant de la chose. Surplomber son environnement était très plaisant, grâce au sentiment de supériorité éprouvé, entre autres.
Notre trajectoire aérienne plus directe nous fit arriver avant les autres à la tour, située assez près du noyau central. Elle était positionnée sur un terrain complètement plat, les structures émergeant du sol ne commençaient qu’à quelques dizaines de mètres à la ronde. L’autre point notable était son aspect : si j’avais déjà eu l’occasion de voir des morceaux noirs détachés et en suspension sur le sommet de l’édifice, je n’avais encore jamais vu « l’intérieur » révélé de couleur violette. Et je n’étais pas le seul dans cette situation. Aelita partagea l’observation à Jérémie qui eut une réaction placide :
- C’est la preuve qu’elle est bien activée par Tyron, comme on le pensait. Et en attendant que les autres arrivent, j’aimerais vérifier quelque chose : entrez tous les deux dans la tour et allez à l’étage supérieur.
Je regardai ma camarade, qui ne semblait pas en savoir plus que moi sur la cause de cette demande, mais obtempéra tout de même en pénétrant dans le pilier noir. De nouveau, je la suivis. À l’intérieur, elle m’invita au milieu de la plateforme, dont les cercles lumineux consistaient en un point central entouré de deux cercles. Il ne manquait que les traits sur l’anneau le plus extérieur pour avoir une copie de ce qui se faisait sur Lyokô. La suite se fit instinctivement pour Aelita et moi, par habitude et rêves : une aura blanchâtre nous porta jusqu’à l’étage supérieur, version réduite et entièrement circulaire de la plateforme que l’on venait de quitter. Une interface vierge se matérialisa devant nous peu après notre atterrissage.
- Bien, fit alors Jérémie qui nous avait suivi de son côté, à toi de jouer Chris.
- Tu veux que je t’explique comment on fait ou ? me proposa immédiatement Stones.
Me prenait-elle pour un attardé en mal d’assistance ? Le ton de sa proposition le laissait entendre en tout cas.
- Ça ira, grommelai-je en retour.
D’un geste précis, j’appliquai ma main droite sur l’écran. Mes informations sur la marche à suivre s’arrêtaient là, mes rêves n’ayant jamais daigné aller plus loin, mais je me disais que le tout devait être instinctif. Le message d’erreur qui s’afficha quelques instants après contact avec l’interface me prouva le contraire. Sur le moment, je sentis toute ma crédibilité s’envoler. Alors que je m’attendais à une vanne ou une punchline bien sentie de la part de ma camarade, Jérémie annonça, à ma grande surprise :
- Comme prévu, ça ne fonctionne pas. À toi d’essayer Aelita.
Je m’effaçai sur le côté pour permettre à la concernée d’accéder à l’écran. Elle posa sa main dessus, comme moi précédemment, la retira en y laissant la trace puis appuya du bout de l’index lorsque la mention « Code » apparut. Le mot « Lyokô » s’afficha alors en dessous du premier mot, ce qui eut pour effet de faire tomber la lumière dans la tour, littéralement. Les éléments lumineux des parois s’effondrèrent au fond du puits, avant de remonter tout aussi brusquement et se remettre en place, l’air de rien.
- Qu’est-ce que ça veut dire Jérémie ? demanda mon accompagnatrice.
- Les codes de Xana ne permettent que de désactiver les tours qu’il active lui-même. Si c’est Tyron ou quelqu’un d’autre qui attaque, tu es la seule à pouvoir t’en occuper, comme à l’époque.
Au moins, ça expliquait mon échec cuisant. Belpois était vicieux de ne pas nous avoir informés avant. Note pour la suite : ne pas hésiter à poser des questions quand l’exécution d’une action sans justification est demandée.


À la sortie de la tour, les quatre traînards n’étaient – hélas – pas en position de haie d’honneur pour nous accueillir, mais armes au clair devant un trio de Gardiens du noyau. Une fois de plus, Jérémie n’avait pas jugé utile de nous informer de ce détail. M’enfin, on ne s’était pas attardés dans la tour, il s’était certainement dit qu’on aurait une surprise une fois dehors. Et ce fut le cas : les Ninjas – avec une majuscule, paraît-il, parce que ça fait plus cool, dixit Odd – qui se présentaient à nous étaient inhabituels. Pour commencer, ils n’avaient même pas dégainé leurs épées malgré les intentions offensives des autres, ce qui était louche en soi. Ensuite, la couleur de leur aura caractéristique était différente de celle que l’on connaissait, puisque violette au lieu d’être verte. Ce point ne faisait que renforcer la suspicion que l’on éprouvait en les voyant. Dans ces conditions, il était compréhensible que les autres n’aient pas encore donné l’assaut.
Toutefois, la situation changea à partir du moment où l’un des trois opposants me pointa du doigt, attirant l’attention des autres sur ma présence. À partir de là, ils semblèrent se concerter par échange de signes. Finalement, celui qui m’avait désigné de l’index se mangea une droite de son voisin en pleine tête et se désagrégea aussi sec en confettis violets. Inutile de préciser que la scène nous avait tous les six outrés.
- Sérieux, ils se battent avec les mains maintenant ? geignit Odd. Déjà que leurs pieds faisaient mal…
- Bon, on va continuer longtemps à garder la pose comme des personnages de manga ? questionna William. Ils ne sont plus que deux, ça nous avantage.
- Si t’es partant pour être le premier dévirtualisé ne te gêne pas, rétorqua Ulrich. Moi j’ai déjà donné.
La proposition du samouraï ne fut pas suivie par Dunbar, qui semblait déjà peiner pour tenir son épée à deux mains. Il n’avait très clairement pas en main son avatar, qui remettait à lui seul en cause son surnom de « ténébreux », par ses tons clairs et je-ne-sais-quel vert-indigo.
- Je pense aussi qu’il faudrait que vous les attaquiez, intervint Jérémie à distance. Ils cherchent à gagner du temps et le meilleur des cas serait l’attente de renforts. Autant réduire leurs effectifs tant qu’ils sont réduits.
Odd ne se le fit pas dire deux fois et mitrailla un des adversaires dès la fin de la phrase. La brusquerie de l’action prit de vitesse le Ninja qui se dévirtualisa dès l’impact du premier projectile. Quant à son compagnon, il vit Ulrich fondre sur lui. Plus averti, il effectua une roulade de côté pour éviter le taureau jaune-orange, remplacé au pied levé par un éventail bien placé. La cible fit une torsion du buste pour éviter l’arme, qui l’érafla tout de même, conduisant à sa disparition virtuelle.
- Ils sont en carton ou quoi ? fit remarquer Odd.
- À huit heures toutes !! beugla soudainement Jérémie.
L’avertissement provoqua deux types de réflexes : l’un fit se retourner les concernés pour voir ce qu’il en était et l’autre les fit se jeter à terre. J’appartenais à la première catégorie avec Odd et Aelita. Cela ne porta pas chance à cette dernière, puisqu’elle se fit transpercer par un rayon laser jaune. Ledit laser manqua de peu William, qui avait plutôt bien fait de lâcher son zanbatō pour se coucher. L’assaillant avait visiblement prévu de dégager deux d’entre nous en une fois.
- Cinq Ninjas en approche, annonça Belpois avec tension.
Yumi fut la plus rapide à réagir à l’information : elle balança un éventail en direction de l’attaquant en traître, à savoir – si les informations qu’on m’avait données étaient exactes – Léo Chevalier. Puis elle courut dans sa direction et annonça à voix haute :
- Occupez-vous du reste les garçons !
Indirectement donc, elle se portait volontaire pour s’occuper de mon alias et de sa chauve-souris gargouille. Après coup, cette décision pouvait être qualifiée d’irréaliste. Notre mission était accomplie et nous n’avions pas prévu de recueil d’informations dans la mission de base. Se battre avec Tyron se révélait de fait peu constructif. Néanmoins, ce point nous échappa à tous sous le feu de l’action, et je soupçonne Jérémie de nous avoir laissé faire en connaissance de cause. Peut-être misait-il sur les bénéfices de l’expérience apportée, notamment pour William et moi.
Ainsi, je ne me fis pas prier pour rejoindre mes trois alliés, qui avaient jugé prudent de s’éloigner de la zone d’action de Léo. Les cinq Ninjas annoncés, de couleur classique cette fois, firent surface à la suite du rassemblement, dans une position d’encerclement basique. La mêlée éclata instantanément.


Odd et Ulrich avaient entamé les hostilités de la même façon qu’avec les Ninjas violets, parvenant à capter l’attention de trois verts. Les deux restants fondirent sur mon camarade de classe et moi. Je les déséquilibrai en provoquant une bourrasque brutale qui les força à s’arrêter. William en profita pour combler la distance qui le séparait de l’un des ennemis et tenta un coup d’épée, stoppé par les fameuses doubles lames. L’autre Ninja chercha à aider son jumeau, mais il fut cueilli par l’équivalent d’un ouragan en pleine tête avant que ça n’arrive. Cette fois-ci, il roula au sol. J’en profitai pour m’armer du glaive et me placer à côté de la tête d’ampoule aux prises avec Dunbar. Incapable de décroiser ses épées, occupées à contenir la charge du zanbatō, je le transperçai aisément. Son copain envoyé dans le vent plus tôt revint naturellement à la charge.
- File un coup de main à Ulrich et Odd, je peux gérer celui-là, m’assura William.
Il prit son arme à deux mains et la positionna d’une façon rappelant un batteur de base-ball. Une espèce d’aura vaporeuse légèrement violette l’entoura soudainement, sans qu’il ne semble s’en rendre compte. Pour le coup, j’aurais bien voulu voir ce que le un-contre-un allait donner.
Hélas je rabattis mon attention sur l’autre front. Ulrich avait disparu, mais un Ninja avait été éliminé. les deux autres jouaient à chat avec Odd, qui parvenait à se dérober aux lames grâce à sa Téléportation. Par principe, je me rapprochai, même si je ne voyais pas vraiment comment intervenir sans gêner mon allié. Il se débrouillait plutôt bien de toute manière : à force de réapparaître et disparaître à droite et à gauche tout en infligeant des petits dommages résiduels, il finit par dévirtualiser un ennemi. Dans un ordre logique, le second aurait dû suivre. C’était sans compter une imprudence de Della Robbia, qui voulut se rapprocher pour en finir plus vite. L’humanoïde noir avait, l’instant précédant cette décision, entamé des moulinets dans tous les sens avec ses lames. Odd eut la malchance de réapparaître en plein dans une trajectoire tranchante, qui lui fut fatale. Dans ce malheur, une aubaine se présenta : j’étais dans l’angle mort du Ninja victorieux. Instinctivement je lui fonçai dessus. Le fait de m’être rapproché plus tôt joua en ma faveur puisqu’il se retourna trop tard pour parer mon assaut dans le dos. Il disparut à son tour.
Je fis volte-face. William n’avait pas réussi à vaincre son adversaire. Par effet ricochet, il me revenait. À peine me mis-je en garde face à lui que je reçus un avertissement paniqué de Jérémie :
- Derrière toi !
Ma réserve de chance était épuisée. La preuve : deux rayons lasers verts me heurtèrent de plein fouet.


À suivre : Enjôleuse rechute


Dernière édition par Zéphyr le Lun 21 Aoû 2017 15:32; édité 1 fois
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Silius Italicus MessagePosté le: Mar 31 Jan 2017 18:46   Sujet du message: Répondre en citant  
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Bonsoir cher Zéphyr,
Un jour il faut bien se laisser happé par la machine, n’est-ce pas ?

Il va être pour le moins compliqué de ne pas jouer la redite vis-à-vis des commentateurs précédents.

Pour autant, quelques points valent bien la peine d’être soulignés. Tout d’abord la dualité de la narration, entre une narration interne à la première personne et un narrateur omniscient. Ces deux aspects rythment le récit, ou plutôt font office de variations bienvenue. L’avantage principal, c’est de mettre continuellement en avant la principale nouveauté de ce récit, à savoir le personnage de Chris.

L’autre point massivement remarqué, c’est le fait d’avoir pris Code Lyokô Évolution comme base de travail, et de l’avoir intégré jusqu’au bout. Y compris en respectant les dates. On a là une tentative de réhabilitation de deux personnages, Tyron et Laura. Le premier gagne en crédibilité et en intérêt, après une série qui avait au mieux laissé le spectateur sur sa faim, et plus souvent encore l’avait déçu. En fait, pour qui ne l’a pas vu à l’écran et ne le connaîtrait qu’au travers de ce texte, ou de synopsis des épisodes du dessin animé, il apparaît comme un manipulateur inquiétant, et non comme un guignol, loin de là.

Laura est plus creusée en tant que personnage, tout en restant, au bout du compte encore un peu secondaire. De fait, il est étonnant qu’un conflit n’ait pas encore éclaté entre elle et la bande, car jusque-là elle reste, quasiment consciemment et volontairement à l’écart. C’est une situation d’équilibre instable qui ne peut pas ne pas finir par arriver au point de rupture.

En sus les deux points sus-mentionné permettent de développer une sympathique galerie de personnages secondaires, comme l’oncle de Chris ou les séides de Tyron.

Du point de vue du style, c’est une incontestable réussite, puisque l’ensemble se lit très fluidement sans jamais être, bien au contraire, avare de détails. On pensera notamment aux scènes d’exploration de Tron par Chris. Sans doute les plus originales jusqu’à présent. Cela étant, la palme des scènes les plus marquantes revient sans conteste à l’emprisonnement de Chris.

Étrangement, sa rémission ne convainc pas autant. Comme si après avoir été à un tel niveau d’intensité, votre plume ne parvenait pas à rester à cette hauteur. À mon sens, cela a beaucoup à voir avec l’intervention de Laura, avec le choix de la méthode brutale. Sans parler du fait que cela en dit long sur le fonctionnement et l’exercice du pouvoir chez nos héros. Tout médecin confronté à un cas de traumatisme psychologique, peut choisir entre la méthode préconisée par Laura, ou laisser du temps. Des raisons consubstantielles à l’institution médicale font que la méthode de Laura n’est pour ainsi dit jamais pratiquée. À la lecture de la confrontation entre Laura et Jérémie, on a le sentiment que Laura sur-estime largement ses chances de réussites, et surtout ne se soucie guère des conséquences d’un échec. Et Jérémie approuve. Certes cela fait partie de son fardeau de chef. Mais que cette manœuvre soit tentée et réussisse ressemble un peu trop à une nécessité scénaristique : il fallait que le personnage principal puisse revenir dans le jeu, et surtout le fasse vite. Or, on a le précédent posé par William qui montre quand même qu’il était possible de garder une absence secrète pendant très longtemps. D’autant qu’il y a le retour vers le passé. Laura a raison dans le sens où elle parle vrai, énonce la vérité. Mais une vérité qu’elle fait primer sur l’éthique.

Cela étant, Laura ne lui a pas suggéré des choses absurdes. Étonnamment, elle ne l’a pas attaqué par l’idée de vengeance, ce qui aurait pu être un stimulant approprié. La méthode par objectif, ou par petit pas, est la base des rééducations physiques. La différence vient ici de la personne fixant les premiers objectifs. C’est là que les choses deviennent gênantes. Laura ne le secoue que pour mieux le lâcher. Elle cherche à ranimer la flamme, la détermination, mais en même temps ne la nourrit pas. Quiconque à allumer un feu de camp ou de cheminée sait bien que même avec le meilleur bois, il ne suffit pas de jeter une allumette pour obtenir un brasier. En toute logique, Laura aurait dû échouer. D’autant que le cœur du traumatisme en question c’est celui d’une impuissance absolue de la volonté à faire quoi que ce soit. Dire à Chris de se choisir des objectifs et de s’y mettre, même en lui précisant de commencer par des petits, c’est oublier que son emprisonnement a attaqué chez lui l’idée même que la volonté puisse quoi que ce soit. Il a désappris que vouloir peut être pouvoir. En ce sens, il est même étonnant que Laura ait réussi. Comment dire ? En un sens, Chris était à un stade proche de la petite enfance. Or on ne secoue pas un enfant, on l’éduque. Ce qui manque ici, c’est que Laura a bien perçu comme agir et exorciser le traumatisme, mais ne voit pas qu’au début au moins il faut qu’elle, ou quelqu’un d’autre que Chris, donne à ce dernier les objectifs. Volonté et déterminations s’apprennent et s’éduquent ; elles ne se décrètent pas. La voix en bleue ne semble pas suffisante pour cela. De manière annexe, je me suis demandé s’il ne s’agissait pas d’une intervention de Xana pour remettre le pied de Chris à l’étrier. C’est une hypothèse peu plausible, mais l’affaire n’est pas encore classée.


Reste le retour de Chris à la normale. De manière étonnante pour une plume prolixe et précise, on se sent un peu en manque. Cela va vite, et dans un style un peu froid. Ainsi, on a la description entière du raisonnement qui mène Chris à l’idée de vengeance, ce qui est un vrai plus, mais en même temps l’énoncé de cette idée est assez froid. On ne sent pas le feu ardent de la vengeance, de la colère et de la rancune ; de même il est difficile de parler d’une sorte de froide détermination. On est plus proche de l’énoncé d’une sorte de fait. Comme si c’était presque secondaire pour lui. Ce qui pourrait bien être le cas d’ailleurs.

L’histoire continue son bonhomme de chemin dans une guerre entre trois camps. Un point intéressant, c’est que les héros envisagent d’user de la translation. Ce qui pourrait être diablement efficace, mais aussi insuffisant. Auquel cas, ce serait donner une idée à Tyron sur l’emploi des tours. Or autant Tyron protège son supercalculateur tend physiquement que virtuellement, autant les lyokô-guerriers n’ont que peu de moyens pour protéger leur appareil physiquement.

Une autre remarque sur le spectre de Xana. Il s’est montré ici capable de raisonnement et de discours complexe, et ce sans le support d’un hôte. Or on pouvait inférer des cas présentés par le dessin animé que les spectres empruntaient très largement les facultés intellectuelles de ceux qu’ils possédaient, sans quoi ils étaient incapables de raisonnements discours véritablement élaborés. Du moins c’était une hypothèse possible. Que vous avez donc infirmée. Reste alors à cerner le potentiel complet des spectres.

L’ironie double dans la remarque sur le « Scénario digne d'une mauvaise fanfiction » est particulièrement sympathique.

Petite remarque annexe, le titre du chapitre 14 est-il une référence ?

Deux petites remarques orthographiques pour finir, dans la mesure où deux passages étaient troublants, sans que je puisse déterminer s’il y avait véritablement faute.
Tout d’abord, « auxquels se succéda ». Le fait de mettre un réfléchi ici me semble étrange. D’autant que j’ai un vrai doute sur l’existence de la forme réfléchi du verbe « succéder ». Mais c’est peut-être infondé.
Dans le même ordre d’idée, « les équipes avaient été mises sévèrement au travail, qui purent au passage justifier leur salaire ». Ici, c’est la place et l’emploi de la relative qui semblent étrange à mes yeux : une telle disjonction entre le pronom et l’antécédent… À tout prendre, une circonstancielle ou une participiale ne seraient-elles pas plus adaptées ?

Pour finir, on est dans une histoire parfaitement maîtrisée, quoique le rythme de publication puisse laisser à penser, et ce tant dans l’économie générale que dans l’économie de chaque chapitre individuellement. C’est toujours très plaisant à lire, ce qui rend d’autant plus impatient de voir la suite. Ce commentaire a pu paraître violent ou injuste, mais sachez que cela ne retire en rien à l’appréciation de ce récit, et que c’est avec un grand plaisir que l’on verra arriver les chapitres suivants.

Au plaisir de voir un nouveau mécanisme s'enclencher à l'avenir.
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Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.
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Ikorih MessagePosté le: Mar 31 Jan 2017 19:30   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Localisation: Sûrement quelque part.
On a attendu cinq mois pour ça?...

Bien, j'ai capté ton attention.
Ce commentaire, comme souvent, sera bordélique, mal construit et bref. Je m'en excuse par avance, surtout parce que je passe après Silius et que tout de même, il s'agit d'un chapitre de l'Engrenage. Cependant, ce n'est pas une question de manque de temps ou d'envie : j'ai cherché des trucs à développer sur ce chapitre. Mais j'en ai pas trouvé.
Globalement, je pense que le ressenti que je vais exprimer est au moins partiellement lié au fait que je n'aime pas la nouvelle direction prise par la fic, que tu veux désormais rapprocher des LG plutôt que de Tyron. Pour moi, ce qui faisait le grand intérêt de l'Engrenage, c'était d'avoir la scène depuis l'autre côté du miroir. J'ai conscience que c'est un choix d'auteur, que je respecte, et que la position de Chris était difficilement tenable, mais il n'empêche...que je viens de lire un chapitre de fic post S4 standard. Et pour la première fois depuis bien longtemps, je me suis fait chier devant un chapitre de l'Engrenage. J'espérais que tu joues sur le cliché de construction de ces fics, mais non, je crains que la deuxième partie du chapitre ne fasse que suivre ces scénarios préconçus où le personnage secondaire arrive, file un coup de main avec succès aux LG, et se fait embaucher.

Alors après, hein, tout n'est pas à jeter dans ton chapitre, je n'ai pas dit ça : j'aime bien l'idée des ninjas violets, et j'ai trouvé sympa la justification de la tenue noire de William dans CLE. Idem, on sent que tu as vraiment travaillé sur la psychologie de Chris, qui était probablement le but principal de ce chapitre (encore que la vengeance soit une réaction un peu caricaturale, même si justifiée). Mais pour un truc mijoté cinq mois, c'est quand même décevant : je pense que tu peux faire mieux.
Et hop, je reboucle sur mon intro!
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Icer MessagePosté le: Jeu 16 Fév 2017 21:04   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Citation:
L'Autre plan


Ah encore un plan B ? J'espère que ça va mieux marcher que du coté de la droite républicaine.

Citation:
La seule exception restait Odd [...] Ça restait maigre comme appui.


T'es un putain de génie XD

Citation:
Il y avait possibilité de complot du groupe d’amis pour leur instaurer un moment en tête-à-tête. Nan, c’était un scénario digne d’une mauvaise fanfiction.


J'avoue, personne ne s'amuse à faire ça IRL *coups d'oeils à droite-à gauche*

L'attaque de X.A.N.A que tu as mis en scène illustre parfaitement une des (nombreuses) failles majeures de CLE, à savoir que le programme ne cherche jamais à récupérer des codes informatiques sur le monde virtuel. Alors qu'en fait, bah voilà quoi.


Citation:
Inutile de faire ta mauvaise tête, j’ai déjà réfléchi à la question.


Si seulement ça se passait comme ça dans la série originale... o/

Citation:
Du coup, maintenant que Tyron nous connaît un peu plus, plus besoin de le ménager : on utilisera la Translation.


Ah, bah voilà... POLO !

Citation:
Tout ça pour dire qu’il ne reste à William que l’avatar de sa première virtualisation…


YEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEES !
Même si pour le moment il est aussi utile que celui des fics d'Odd_du_92...


Citation:
- On va s’envoler ? m’envoya d’un coup Aelita avec un clin d’œil malicieux.


http://i.imgur.com/I1TSjUa.jpg
Chris : ...


Du reste, Ikorih a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas : Ce chapitre souligne la nouvelle direction prise par le récit, tous les protagonistes de Tyron en sont désormais réduits au mieux à se foutre des baffes virtuelles sans parler. Après, la translation pourra changer la donne, mais superficiellement à mon avis. De toute façon ça a déjà été dit plusieurs fois, à mes yeux tu as renoncé au principal trait caractéristique de l'Engrenage et ton délais de publication joue contre toi parce que dans l'inconscient collectif, la fic est comme ça depuis presque 4 ans. Il est donc difficile de changer sans casse sociale. C'est d'autant plus regrettable qu'à mon avis le point de vue interne de Chris va vite me gaver - les hors pistes restent marginaux - parce que du coup on a un peu l'impression de rater des choses, vu que maintenant il n'est plus qu'un membre de la bande parmis d'autres, même s'il n'est pas comme les autres.
Et d'ailleurs en y réfléchissant, si j'accumule tout ça, je trouve la chose trop grosse. Te connaissant, je pense que ça sent le bluff. J'ai bon espoir que l'arc "Chris Lyoko-guerrier" soit aussi fugace que "William Lyoko-guerrier" chez moi. Classiquement, en se basant sur le fait que Chris a un compte plus personnel a règler avec Tyron que les autres, qui cherchent surtout Anthéa. Une divergence qui pourra se révéler décisive à un moment X. Bon au rythme de publication, on en reparle dans 1 an. Mais on en reparle. En espérant éviter la comparaison avec Canal + sous Bolloré.
Bon après il ne faut pas dramaquenner, ça reste du Zéphyr dans le style, malgré les délais de publication tu reviens toujours au niveau habituel, c'est un avantage que l'Engrenage aura probablement jusqu'au bout. J'en reste donc à la conclusion habituelle :

La suite stp fdp thx

_________________
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« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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Zéphyr MessagePosté le: Lun 21 Aoû 2017 15:29   Sujet du message: Répondre en citant  
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Zéphyr MessagePosté le: Lun 21 Aoû 2017 15:29   Sujet du message: Répondre en citant  
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http://i.imgur.com/kycGZw1.png
Chapitre 20 :
Enjôleuse rechute






Des souvenirs confus du contenu de la clé USB me revinrent. Les tirs émeraude qui me maintenaient immobilisé en l’air n’avaient visiblement pas la capacité de me dévirtualiser, ce qui aurait largement mieux valu. L’étreinte se resserrait toujours plus profondément, à mesure que d’autres Gardiens de Tron venaient apporter leur contribution en rayons lasers. Pour ce type de situation, les codes auraient voulu que je commence à paniquer sérieusement – à défaut de pouvoir se faire dessus virtuellement – mais on ne m’en laissa pas le temps : des bruissements d’ailes caractéristiques résonnèrent dans la zone de combat. L’instant suivant, je perçus des petites frappes dans mon dos et le relâchement brutal de la pression exercée sur mon avatar, éparpillement de ce dernier oblige.


Contrairement à mes attentes, le retour à la réalité ne fut que peu brutal. Une simple sensation de lourdeur accompagna la réappropriation du corps et de ses sensations, pendant quelques minutes à peine. Le délai était idéal pour des explications sur ce qu’il venait de se passer plus tôt sur Tron, avant de passer à un débriefing plus sérieux.
En abrégé, les frelons volants de Xana m’avaient tiré d’affaire, par simple intérêt de la part du programme bien sûr. Par chance, personne ne relança ce dernier sujet, mais la couverture resta hélas tirée sur moi. Un grand merci à la gent féminine, à commencer par Aelita et sa fameuse remarque :
- Quand même, ce n’est pas un peu suspect que ce soit justement Chris qui ait été la cible des Ninjas ? Peut-être que Tyron n’a pas lâché le morceau le concernant et qu’il veut toujours lui faire payer. Dans ces conditions, est-ce que c’est prudent de le laisser prendre part aux missions sur Cortex ?
Naturellement, je m’insurgeai contre ces interrogations :
- Inutile de tirer des conclusions exagérées. Je mise plutôt sur le hasard. J’ai été le dernier à être dévirtualisé, ça a fait de moi une cible isolée, l’idéal pour ce genre d’attaque en traître. Ça aurait pu arriver à n’importe qui d’autre à ma place.
- N’empêche que c’est à toi que c’est arrivé. L’accumulation de hasards est trop grosse.
Yumi venait de sortir son ton sans appel. La situation se profilait mal.
- Tu grossis un peu le trait là, s’insinua d’un seul coup William. Faut pas rester sur une mauvaise première impression.
- On ne peut pas comparer ta situation passée à celle-ci.
Mon camarade de classe eut une moue sceptique, m’inspirant une légère foi en la solidarité masculine.
- Ce que Yumi veut dire, tempéra Aelita, c’est qu’il faudrait revoir notre position sur l’intégration de Chris à nos activités. Sachant qu’il est probablement plus en danger que nous à chaque plongée et qu’on s’en tirait déjà bien avant son arrivée, est-ce que ça vaut vraiment la peine de l’exposer comme ça ?
- Heu, je suis encore libre de choisir de m’exposer au danger ou non, glissai-je alors.
- Et nous, on a une responsabilité qui va au-delà de ton appréciation personnelle.
La réplique, prononcée assez sèchement, amena un silence, que je décryptai personnellement comme choqué – du moins de mon côté. Aelita ne se prenait pas pour n’importe qui sous ses airs bienveillants. Ça devait expliquer les cheveux roses.
Tandis que j’hésitais entre une réponse brutale mais efficace et une fusillade du regard, Jérémie vola à ma rescousse :
- Pour ce que ça vaut, je trouverais personnellement une exclusion totale de Chris stupide et précipitée. Ulrich, Odd, Laura, vous en pensez quoi ?
Son intervention ne cachait même pas ses intentions d’écourter le débat. Les deux garçons concernés par la question furent particulièrement coopératifs. L’un leva les paumes vers le ciel, signe qu’il n’avait pas d’avis particulier sur la question, l’autre fit comprendre qu’il le suivait par un édifiant jeu de regards.
- Je suis en partie d’accord avec les filles, exposa enfin Laura. Chris sort d’une mauvaise expérience virtuelle, ce serait malheureux qu’il en subisse une nouvelle – comme ça a failli être le cas tout à l’heure. Et il vaut mieux éviter de se reposer sur Xana pour le sauver à chaque fois, ça risque de nous retomber dessus. Je pense qu’il faut limiter ses virtualisations aux missions importantes, attaques de Xana sur Lyokô et autres urgences. Vu qu’il a déjà de l’expérience, la supervision à fournir serait minimale, c’est plutôt une bonne affaire pour nous.
Je surveillai attentivement Yumi et Aelita, au cas où elles souhaiteraient continuer de soutenir leur vision. Ce ne fut pas le cas, aussi dus-je garder le silence également, ce qui m’empêcha de contester le compromis tout juste formulé. Je me trouvais coincé.
- On décide au vote ? suggéra William, visiblement inspiré par les méthodes de Jérémie.
La séance fut rapide et efficace : unanimité sur la suggestion de Laura. Apparemment, l’envie d’en finir avec le sujet et les discussions était plus forte. Quand bien même j’étais lésé dans l’histoire, je comprenais la chose. Un peu moins ce résultat surprenant qui me faisait me sentir dindon.
Enfin, peu importe la réalité derrière ce débat, ma mise à l’écart des voyages virtuels routiniers était fixée. Je ne pouvais plus que ronger mon frein pendant que Jérémie exposait le programme futur :
- Puisqu’aucun interne ne rentre ce week-end, nous établirons le contact avec la mère d’Aelita dimanche. Le temps presse. Je me garde samedi pour préparer la mission correctement et vous donner plus de détails, horaires entre autres. Des questions ?
Toutes les têtes effectuèrent des mouvements horizontaux. Les cerveaux à l’intérieur étaient parfaitement conscients des enjeux du moment.


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Hors-Piste :


Le débriefing de la dernière mission achevé, ceux qui avaient été virtualisés quittèrent le laboratoire. L’opérateur et son renfort féminin se retrouvèrent de fait seuls, événement notable, puisque signifiant qu’Aelita ne faisait plus grand cas de les laisser en tête-à-tête. Cependant, le duo n’était pas là pour enfiler des perles.
- Dis-moi, commença Laura tout en s’asseyant sur le générateur holographique, qu’est-ce que tu penses réellement de cette situation avec Chris ? Tu n’as pas été si actif que ça dans le débat, même si le compromis que j’ai formulé a bien dû t’arranger.
Jérémie fit mine d’être concentré sur son écran avant de s’exprimer :
- En principe, j’aurais été pour le mettre totalement à l’écart de nos activités, mais pas pour les mêmes raisons que Yumi et Aelita. Ce qui s’est passé tout à l’heure sur Cortex prouve qu’on ne peut pas faire confiance à Chris. Il n’a pas le même rapport à Xana que nous, ou même que toi, c’est trop trouble. D’ailleurs, il l’a avoué l’autre jour : il ne nous a pas rejoints pour le combattre.
- Dans ce cas, pourquoi est-ce qu’on ne lui a pas parlé de l’Autre ? Ça aurait pu permettre de rediriger ses objectifs.
Belpois lâcha un soupir.
- Tu ne lâches pas le morceau sur cette question décidément ! On l’a pourtant déjà réglée au vote à la majorité.
- Vote pour lequel tu as fait le choix ô combien étrange de t’abstenir, rétorqua Gauthier avec sarcasme. Je cite : « Je n’ai pas vraiment cogité la question et je préfère m’aligner sur le choix de tout le monde, parce que des paramètres qui m’auraient échappé ont certainement été entrevus par d’autres ».
Celle qui ne semblait pas croire en l’efficacité de la démocratie aménagea une pause dans son discours, dans l’espoir qu’il fasse un minimum effet sur son interlocuteur.
- Je suis certaine que tu aurais choisi comme moi de tout révéler à Chris. Je ne jette pas la pierre au reste du groupe, mais je pense qu’ils ont beaucoup trop laissé l’inquiétude dicter leur vote. Laisser Chris dans l’ignorance n’est pas la meilleure solution. S’il apprend qu’on lui a caché une telle information… Au mieux, il sera juste furieux ; au pire, difficile de prévoir ses actions et réactions.
- C’est exactement pour ça que j’ai exprimé mon désaccord sur son exclusion du groupe, inséra Jérémie. Le laisser en roue libre n’était pas envisageable, d’où le compromis sur sa participation aux activités virtuelles.
- Dans ce cas, pourquoi ne pas être transparent avec lui s’il y a doute ? Ça donnera le même résultat, en mieux.
Pas de réponse immédiate cette fois-ci. Le garçon avait laissé glissé en commençant à taper évasivement sur son clavier. Laura décida de ne pas insister, ce qui fit largement retomber l’ambiance. Quelques minutes plus tard, Jérémie relança, moins à l’aise :
- Ce n’est pas seulement une question de vote, ou d’inquiétude. À la base – et tu le sais puisque tu étais présente – l’idée était de le laisser respirer et se remettre. Seulement, on n’a pas réussi à trouver le moyen ni le moment de lui annoncer la nouvelle, ce qui a compliqué les choses. Le fond du problème est relationnel : on ne sait pas comment s’y prendre avec Chris dans ce genre de cas. Avant que tu ne contre-argumentes : ça n’aurait pas été raisonnable de te laisser faire. Tu n’aurais jamais mis les formes qu’il faudrait. Déjà que c’était limite la dernière fois que je t’ai laissé carte blanche sur Chris…
Ce fut au tour de Laura de pousser un soupir, qui sonna comme l’admission d’une défaite. Du moins, uniquement sur les derniers points abordé.
- Tout ça, on va se le reprendre en pleine face, que ce soit par Chris lui-même ou parce qu’on aura été trop négligent sur ce que Xana lui a implanté.
- On en arrive au point que je voulais aborder ! s’exclama d’un coup Jérémie. Oui, on ne peut clairement pas se reposer sur ce que l’on sait déjà. Puisque je serais déjà occupé par les préparatifs pour la mission de dimanche et que j’en aurais certainement une autre à préparer derrière, ça va être à toi d’étudier la question. Pour être honnête, je crève d’envie de le faire moi-même mais…
Laura se leva pour effectuer une tape compatissante sur l’épaule de son camarade.
- Ce sera pour une autre fois allez.
- Pour une fois qu’Odd nous trouve un nom pas trop ridicule à une création de Xana, c’était obligé de l’utiliser pour une blague pareille ?
L’intéressée répondit par un vague sourire d’excuse.


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Samedi 18 mai 2013

Rien à faire, il n’y avait aucun retour de la part du radar sensoriel. En désespoir de cause, le Pisteur se déplaça jusqu’au sommet le plus élevé de son secteur et émergea à l’air libre. Un panorama constitué de blocs à dominante turquoise assemblés aléatoirement et chaotiquement s’ouvrit à l’humanoïde. Frénétiquement, il se mit à scruter les espaces aériens. Si les intrus n’avaient pu être localisés par ses pouvoirs, alors ils se déplaçaient forcément sans toucher le sol. Ce raisonnement trouva confirmation quelques instants d’observation plus tard : un appareil flottant avançait le plus tranquillement du monde au-dessus de l’anneau de Tron. Sa forme était plutôt atypique : une grande tige debout où se greffaient de petits modules et au sommet de laquelle se trouvait un cockpit à la forme atypique, duquel partaient des « bras » en forme de faux. En soi, le Pisteur ne fut pas étonné de la présence de l’engin, déjà signalé comme appartenant à l’unique groupe s’introduisant régulièrement sur le monde virtuel. Par contre, il était plus surprenant de le voir en mouvement. D’ordinaire, il restait garé au bord de l’anneau, les indésirables utilisant alors un autre moyen de transport. Cette originalité méritait investigation. Après tout, c’était plus ou moins la tâche de base des Pisteurs.
L’avatar à aura violette se glissa à nouveau dans le décor, afin d’approcher l’appareil volant. Son avancée fut moins rapide qu’elle n’aurait pu l’être si sa cible avait touché terre, puisqu’il dut à la manière d’un nageur reprenant sa respiration sortir régulièrement la tête du sol, depuis un point suffisamment élevé, pour vérifier si son cap était bon. Bien sûr, il aurait pu faire le trajet en courant… s’il avait eu une enveloppe de Gardien, qui permettait de faire toutes sortes d’acrobaties et de folies. Celle du Pisteur avait une fragilité si navrante qu’un banal jet de pierre assurait une dévirtualisation, alors un saut depuis une hauteur trop élevée… La plongée solide était de fait plus efficace pour rattraper l’objectif.
Toutefois, dès que le poursuivant se trouva plus ou moins en dessous de la tige métallique, celle-ci lui fit un inattendu pied de nez en effectuant d’un seul coup une montée en chandelle qui la rendit inaccessible. Le Pisteur ainsi abandonné ne put qu’admirer le véhicule virtuel s’élever toujours plus haut, vers les structures flottantes supérieures de Tron. Sa contemplation résignée fut interrompue par un tapotement à l’épaule, façon classique pour un de ses jumeaux virtuels de signaler sa présence. Il avait sans aucun doute procédé de la même façon que sa copie carbone pour se retrouver dans le coin. L’arrivant à l’apparence formatée enchaîna de ses mains une suite de signes simples, comprise par l’autre qui acquiesça.
La fin de l’échange fut marquée par le poing d’un des deux Pisteurs s’écrasant sur le visage de l’autre. Difficile de savoir si c’était le premier qui frappait le deuxième – le dernier arrivé – ou bien l’inverse, ils n’étaient pas du tout évidents à différencier. Dans les deux cas, celui qui se prit le pain eut droit à la dévirtualisation.


Tyron avait assisté du coin de l’œil à la scène, grâce aux deux visuels permis par les hommes sur place, tout en continuant de travailler. Il nota que l’une des deux fenêtres se ferma automatiquement, signe de disparition de l’avatar associé du monde virtuel. En somme, la procédure standard des Pisteurs lorsqu’il y avait des informations à transmettre que le système du visuel ne pouvait retranscrire. Cela ne loupa pas : un moment après avoir fait cette constatation, Tyron reçut un appel sur son téléphone personnel, de la part du dévirtualisé, une fille :
- Le vaisseau des intrus habituels se balade sur Tron, mais on n’a pas réussi à déterminer pourquoi. Maintenant, il est monté dans les strates du haut, on ne peut plus l’atteindre.
L’homme eut envie de signaler qu’il savait déjà tout ça, mais ça n’aurait pas été juste envers la jeune personne à l’autre bout du combiné, qui ne faisait que suivre les instructions de base.
- Par contre, j’ai remarqué quelque chose : à un moment, j’ai réussi à me retrouver face à l’appareil. Il y avait beaucoup de reflets sur la paroi du cockpit, mais je suis presque sûre qu’il n’y avait pas de pilote aux commandes.
L’information relança la mécanique cérébrale de Tyron. D’expérience, il savait que lorsque l’ennemi agissait de façon atypique ou inhabituelle, il fallait commencer à s’inquiéter. Envoyer un moyen de transport vide dans son monde virtuel remplissait ces critères. D’instinct, il procéda à des vérifications sur Tron depuis son ordinateur, dans le cas où il s’agissait d’une diversion. Il ne nota rien d’anormal, ce qui ne dissipa en rien son trouble.
- Est-ce que je dois solliciter des renforts sur le terrain ? demanda timidement la fille à l’autre bout du fil.
- Non, répondit son supérieur, ça ne servira à rien si on ne peut pas atteindre le sous-marin. Il y a des chances qu’il s’agisse d’une manœuvre destinée à nous faire dépenser de l’énergie et des effectifs de Gardiens pour rien. On va simplement renforcer la surveillance et les gardes pour les jours à venir.
Tyron douta un instant de sa décision, avant de se persuader intérieurement du contraire. Clairement, il manquait encore de données. Par conséquent, il ne fallait pas foncer tête baissée à chaque fois qu’un événement étrange se produisait. La prudence valait mieux, en particulier depuis le dernier succès en date face à l’envahisseur.
- Très bien monsieur.
L’échange téléphonique s’arrêta là, contrairement aux pensées du scientifique, qui le sommèrent d’inspecter à nouveau son monde virtuel. Il avait beau savoir qu’il avait du personnel assigné à cette tâche, qui le préviendrait au moindre problème, il ne parviendrait pas à se tranquilliser autrement.
Cela ne manqua pas, il finit par déceler une trace d’activité anormale sur Tron, plus fraîche que jamais : une des tours se comportait bizarrement, preuve qu’elle avait été activée. Évidemment, depuis son poste informatique, il ne pouvait rien faire pour endiguer le phénomène venu de l’intérieur, seulement savoir à quelles fins la tour allait être utilisée. Il fut à la fois surpris et intrigué de constater que seul le système de vidéo-surveillance se faisait pirater, ainsi qu’une partie précise du réseau de son complexe, contenant les dossiers des employés et des collaborateurs à ce qu’il appelait le projet Tron. L’adversaire avait été malin sur ce coup-là, puisque depuis l’interface du noyau du monde virtuel, il était plus compliqué de trouver ce type de renseignements précis.
De ces observations, Tyron comprit une chose : il ne servait à rien de tenter d’arrêter cette attaque, il était trop tard. Les intrus savaient exactement ce qu’ils recherchaient, ils auraient vite fait de remplir leurs objectifs et de partir. Il en avisa le personnel technique lorsqu’il l’appela – en retard par rapport à lui – pour signaler l’intrusion en cours dans le système. Sa position hiérarchique lui permit de faire appliquer ses directives de passivité en dépit des réticences.
La suite lui donna raison moins de dix minutes après le début de l’attaque : la tour retrouva son état habituel et le visuel du Pisteur restant confirma le départ du vaisseau virtuel pour la mer numérique.


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Dimanche 19 mai 2013

Il était rare que deux intrusions sur Tron se suivent de si près. En dépit de ses précautions et autres anticipations, Tyron en personne fut surpris d’avoir à essuyer une nouvelle attaque au lendemain de la précédente. Si le but ennemi était de déstabiliser, leur mission était déjà en partie accomplie. Toutefois, le personnel du complexe souterrain était sérieux et organisé, ce qui permit de rattraper le retard engendré par l’effet de l’attaque.
Un unique Pisteur était d’ores et déjà sur le terrain en train d’épier les mouvements adverses, tandis qu’un groupe de ses collègues Gardiens attendait le feu vert pour intervenir. Quant à Tyron, il n’avait pas traîné à rallier « la salle du casque ». Là-bas, ses collaborateurs habituels étaient déjà présents, ainsi que Léo Chevalier et Lysandre Flys, les derniers testeurs en date. À peine arrivé, le chef des opérations coupa court à toute politesse pour se planter devant un écran et activer la fenêtre visuelle dont il disposait sur Tron. Définitivement, il avait bien fait d’établir des postes de Pisteur temporaires, pour les moments où les quatre titulaires ne seraient plus en mesure d’être virtualisés. Ça lui avait servi la veille et lui servait encore dans cette situation. Cependant, la solution était branlante et mettait toujours plus en avant les failles de son système. Il allait devoir y réfléchir sérieusement a posteriori.
Le scientifique constata que le fait d’être novice dans le domaine n’empêcha pas son Pisteur d’être efficace. Celui-ci s’était habilement accroché à l’arrière du sous-marin de l’envahisseur, avant qu’il ne s’élève trop haut par rapport à l’anneau de Tron. Tout comme le jour d’avant, l’appareil s’était envolé pour les structures flottantes les plus hautes du monde virtuel, en direction de l’unique tour qui y était plantée. En soi, cette manœuvre était très intelligente, puisque les avatars de Gardiens ne pouvaient y accéder, leur point obligatoire de virtualisation se trouvant dans le noyau de Tron. Par conséquent, le seul moyen d’entrave possible était la virtualisation via le casque, chose que les adversaires savaient pertinemment. L’infériorité se faisait sentir.
Avant d’entamer une action concrète, Tyron choisit de poursuivre l’observation par regard indirect. Ce dernier lui rapporta que le Pisteur était descendu de son taxi à quelques mètres de la tour, au beau milieu du terrain plat lui faisant face. Il fallait dire que l’impasse bordée de murs asymétriques en escaliers dans laquelle se posait l’édifice ne constituait pas le rêve du planqué. D’un autre côté, l’envoyé du complexe était déjà repéré, alors privilégier la vue la plus dégagée possible sur la scène se comprenait.
Le moyen de transport virtuel s’arrêta devant le pilier noir, de façon à rivaliser avec sa hauteur. Puis, quatre avatars se matérialisèrent au sol, juste en dessous du véhicule stationné. À la suite de quoi deux éventails fusèrent vers le Pisteur, qui esquiva tant bien que mal, tout en gardant l’œil sur ce qu’il se passait plus haut. Le cockpit de l’engin volant se mit à générer des filaments roses qui tournoyèrent autour du sommet de la tour. Un éclair jaune-orange s’insinua dans le coin du regard de l’observateur. Des morceaux du faîte de la construction d’obsidienne se détachèrent, révélant une couleur verte. La nuit tomba subitement.


Tyron ne fit même pas de vérification pour la forme sur l’activation de la tour. Il envoya même son téléphone à Fontaine lors de l’appel procédural du Pisteur fraîchement dévirtualisé, trop troublé et agité dans ses pensées pour répondre. L’utilisation conjointe de la tour et du sous-marin étant un peu trop inédite à son goût, cela avait provoqué dans son esprit, pour utiliser le terme technique, un bug. Heureusement pour lui, il fut ramené à la réalité par sa femme, participante logique aux opérations depuis le recrutement des derniers testeurs pour le casque.
- Reprends-toi, lui dit-elle, nous sommes toujours envahis. Que doit-on faire ?
Un instant de reconnexion de la conscience et de récupération du contrôle passa. Puis, l’homme balaya des yeux les alentours. Il trouva Lysandre, adossé à un mur et dont l’espoir de voir son heure arriver se lisait sur le visage d’albâtre. Il tourna la tête à l’opposé du garçon, pour tomber tout naturellement sur celui qu’il cherchait.
- Léo, tu y vas. Préparez-le au plus vite s’il vous plaît.
L’heureux élu se contenta d’un signe de tête mou pour répondre, ce qui faisait sens avec les marques de fatigue affichées par son visage. Pendant qu’il s’installait sur la table de virtualisation avec l’aide des assistants, Tyron effectua les manœuvres informatiques préliminaires pour se donner de l’avance, plus deux-trois vérifications supplémentaires. Après quoi, il fit un topo à celui qui était prêt à plonger :
- Je ne suis pas en mesure de te virtualiser comme je le voudrais, devant l’appareil connecté à la tour. C’est sûrement son activation qui perturbe le programme. Je t’enverrai au plus près, mais il faudra que tu agisses vite. Ne te préoccupe pas des combattants, la priorité est le sous-marin : tu dois tenter de le détruire en utilisant ta puissance maximale. Cette espèce de liaison établie avec la tour m’inquiète, mieux vaut la couper au plus vite.
- Compris, répondit sobrement Léo. On peut y aller.
Les effets secondaires dus à l’utilisation du casque avaient refroidi de manière visible le jeune Chevalier, qui avait nettement perdu en vigueur depuis quelque temps. Tyron ne fit pas grand cas de cette observation et lança la virtualisation comme si de rien n’était.
Le voyage étant prévu pour être très bref, il ne songea même pas à ouvrir un nouveau visuel. Plus précisément, il n’eut pas le temps d’y songer, car interpellé par un Bernard planté devant le deuxième poste informatique de la pièce :
- Tyron, tu devrais venir voir ça.
Le concerné se leva et franchit la misérable distance le séparant de son collaborateur. S’intéressant à l’écran d’ordinateur, il nota l’ouverture d’une partie de la vidéo-surveillance du complexe souterrain. Un détail frappait immédiatement sur les séquences en direct : une adolescente rose des pieds à la tête déambulant librement dans les couloirs ! Tyron frôla le second bug, mais retint son esprit juste à temps en lui rappelant qu’il aurait tout le loisir d’étudier les bandes enregistrées plus tard. En cet instant, la situation venait de s’aggraver. Une double intrusion, rien que ça !
- Bernard, je te laisse sonner l’alerte. Excepté ceux présents dans cette pièce, fais évacuer tout le monde, au cas où. Je n’ai pas envie que l’on grossisse les statistiques des victimes d’attaques de type terroriste. Pour le reste des dispositions à prendre, je te fais confiance.
Tyron se tourna alors vers Hope :
- J’aimerais que tu évacues également, ça me tranquilliserais de te savoir hors de danger. Fontaine peut s’occuper de ta part de travail au besoin.
L’assistant mentionné confirma avec un de ses légendaires sourires immaculés et un « Bien sûr » d’appréhension. Quant à la femme, elle ne chercha pas à contre-argumenter, sachant que les circonstances ne s’y prêtaient pas. Elle s’exécuta et se mit en marche.
- Bonne chance à tous.
D’un seul coup, l’ambiance gagna dix kilogrammes. Le professionnalisme avait laissé sa place à un sentiment plus...
- Ho, je suis de retour moi !
Absorption par le tournant de l’affaire oblige, personne n’avait remarqué l’émergence de Léo, qui s’était installé en tailleur sur sa table avant de se manifester, poussé par un regain d’impatience. Son comportement lui valut un regard noir de la part de Lysandre, un de plus parmi la dizaine qu’il lui avait déjà envoyés.
- Le sous-marin n’a donc pas été détruit, constata simplement Tyron.
L’assurance de Chevalier descendit d’un cran, ce qui ne l’empêcha pas de répondre :
- Ouais. Quatre contre un, c’était trop limite. L’effet de surprise m’a aidé, mais je n’ai pas pu m’approcher suffisamment. Par contre, le vaisseau s’est quand même mangé mon attaque, il ne doit pas manquer grand-chose pour le démolir.
- Tu t’en es bien tiré au vu des conditions, bravo.
Le scientifique laissa le jeune homme savourer son petit succès. Il se concentra ensuite sur son camarade, silencieux depuis le rassemblement dans la salle de virtualisation.


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Tout en veillant à ne pas trahir physiquement ses pensées, Lysandre exultait. Son heure de gloire était venue. Léo allait passer au second plan, pour une fois. Après tout, des deux, il avait été le premier recruté, ce n’était que justice.
Fort de cet état d’esprit, il prit la place de son compagnon de chambre sur la table de virtualisation, peu stressé face à la tâche qui l’attendait. Un sentiment lui soufflait que les conditions étaient trop optimales pour qu’il échoue. D’une part, il était mieux préparé pour le terrain que Léo, malgré un avatar moins puissant, mais dont les pouvoirs n’étaient pas limités à trois minutes maximum par virtualisation, détail ayant permis des entraînements plus poussés. D’autre part, il avait lu quelque part que son prénom, originellement, signifiait « libérateur ». Le contexte dans lequel il se trouvait était idéal pour motiver la concrétisation de ce sens. Si les choses commençaient à aller dans la direction qu’il voulait depuis le début, la suite avait toutes les chances de suivre le même chemin.
C’est poussé par cette conviction nouvelle qu’il atterrit sur Tron, dans une zone abritée juste avant le commencement de l’impasse menant à la tour. Pour une fois, il ne se plaignit pas de la restriction du champ de vision que provoquait son masque, ni de la gêne représentée par les manches amples de son haut de kimono bleu acier. À la place, il récupéra son arme dans le dos, astucieusement calée dans la ceinture dorée de sa tenue. Il s’agissait d’un long bâton de magicien du pauvre, une tige de bois poli à l’extrémité de laquelle un morceau de cristal transparent ouvragé s’insérait. Avec l’artefact, il traça en l’air un rond, geste s’apparentant fortement à celui que ferait un enfant pour imiter le sorcier en action. Ici, un phénomène se produisit : la forme exécutée fit place à un glyphe cerclé aux motifs complexes et délicats, aussi grand qu’un ballon de gymnastique et d’un jaune électrisant. Lysandre répéta l’opération trois fois de plus, pour obtenir tout autant de glyphes identiques et alignés, adoptant respectivement des teintes rouge, violet et bleu pervenche.
Cette première étape effectuée, une brochette de glyphes fut créée, avec comme pique le bâton magique. Effet immédiat : l’arme absorba les cercles stylisés et le cristal se troubla immédiatement en un noir profond. Le masque de Lysandre, ordinairement blanc, vira également d’un seul coup au noir. Bien entendu, le porteur ne pouvant remarquer ce changement-là, il ne put que se dire – une fois encore – que son avatar était excessivement compliqué à utiliser, et ne proposait même pas d’effet visuel cool et clinquant sur sa personne en compensation. Toute réclamation contre son inconscient oubliée, Lysandre était fin prêt à passer à l’attaque. Enfin presque. Il régla le dernier détail en touchant son masque avec le cristal de sa baguette. L’accessoire se liquéfia et, comme animé d’une volonté propre, recouvrit le bâton sur toute sa surface pour le remodeler en un véritable bō, entièrement noir évidemment. Avoir le visage à découvert donna une impression de légèreté au jeune homme, qui s’engagea au pas de course dans l’impasse, chargé à bloc. Heureusement pour lui, l’aspect ample de son avatar ne se limitait qu’aux manches de sa tenue, qui gênaient déjà bien assez sa course. Le bas était constitué d’un pantalon en tissu souple et de chaussons d’arts martiaux qui lui garantissaient la liberté de bouger ses jambes. Une aubaine.


Il atteignit rapidement une distance – estimée à une vingtaine de mètres – par rapport à la tour telle qu’il ne pouvait qu’être repéré par le regard étonné de ses ennemis. Logiquement, ceux-ci vinrent au contact. La partie mouvementée du voyage démarrait pour Lysandre. Il devait éviter le combat le plus possible, pour le bien de sa mission, là où il aurait tout de même bien voulu éprouver son entraînement auprès d’adversaires concrets.
Son initiation commença en douceur avec un tête-à-tête avec le pseudo-samouraï, devenu un grand classique pour les virtualisés du complexe souterrain. Celui-ci usait de son mode d’assaut favori, celui qui était rapide et direct, et moins simple à gérer que ça n’en avait l’air. Heureusement pour l’envoyé de Tyron, le « mode combattant » dans lequel il se trouvait lui conférait des réflexes et une vitesse suffisants pour réagir. Il usa de son bâton comme d’une perche et passa au-dessus de la torpille jaune-orange. Ce nécessaire saut coupa logiquement sa course, contrairement à celle de l’avatar évité, chose dont il fallait profiter pour gratter de la distance. C’était sans compter sur l’apparition aux poings tendus qui se produisit devant Lysandre, dans un flash vert. La pluie de fléchettes qu’elle envoya entama la vie du libérateur, lequel se ressaisit en utilisant son arme à bon escient. Au lieu de la faire tournoyer à deux mains pour se protéger de l’attaque, il asséna une audacieuse estocade dans le ventre de l’assaillant, le faisant basculer par terre. Immédiatement, il recommença à courir à toute allure, s’offrant même le luxe de marcher sur le matou qui traînait là.
Les sens toujours en alerte, il avala quelques mètres supplémentaires avant d’avoir à nouveau affaire à des combattants. Le samouraï, grâce à l’obstacle précédent, eut le temps de faire volte-face et de revenir au niveau de Lysandre. Peu inspiré cette fois-ci, ce dernier dut se résoudre à intercepter les deux coups de sabre qu’on lui destinait avec son bō, donc à s’immobiliser. Cela profita à l’avatar sur sa droite, armé d’un bâton également, qui s’essaya au fracass’pastèque avec la tête de Flys. Pas si étranger que ça à cette configuration de combat grâce à son entraînement, le guerrier Tronien eut une réponse en deux temps. Premièrement, il s’arrangea pour que sa barre en bois, toujours en position de défense, touche son front un instant, afin de recouvrer son masque noir. Deuxièmement, il orienta son visage nouvellement abrité de façon à intercepter le coup, avec succès, en dépit de la secousse désagréable encaissée par son crâne. La performance le laissa toutefois dans une position très délicate, présageant une dévirtualisation prochaine.
En théorie, ç’aurait dû être le cas, mais le facteur chance, non-pris en compte par Lysandre lors de son auto-surestimation, se manifesta. Les ennemis qui le tenaient en respect se retirèrent et prirent leurs distances. Instinctivement, il se tourna vers le lieu notable de la zone. Le quatrième et dernier défenseur de la tour, apparemment debout sur le cockpit du sous-marin, avait effectué un saut impressionnant dont la trajectoire légèrement violette pointait sur Lysandre. Sa façon de tenir l’épée ne laissait planer aucune ambiguïté sur son intention de l’abattre le plus violemment possible, de préférence sur le garçon masqué.
En désespoir de cause, celui qui avait été déchu de son statut autoproclamé de libérateur effectua un bond droit devant lui, qui se termina en roulade désordonnée. L’épée s’abattit dans le sol avec fracas et provoqua une onde de choc qui l’emporta, lui faisant faire plusieurs tonneaux. Étonnement, les chocs successifs n’endommagèrent pas assez son enveloppe virtuelle pour la détruire.
« Ces types sont malades, ou justes stupides ? », se demanda-t-il tandis qu’il profitait d’un des avantages de base des avatars, à savoir la remise d’un accrochage aussi violent en un clin d’œil.
Une dernière phase s’engagea alors dans le conflit en cours. Lysandre se rendit compte que dans ce chaos, il avait été repoussé très près de la tour. En prime, il était déjà en « mode magicien », autant dire en position d’accomplir son travail. Dire qu’il n’avait même pas lâché son bâton ! Que du haxx.
Le cristal noir fut pointé sur le vaisseau volant. Un rayon de même couleur en jaillit brutalement, mais pas autant que le détournement soudain du bras de l’apprenti-sorcier à côté de la cible. L’attaque se perdit dans le ciel de Tron puis s’interrompit, clarifiant le masque et l’arme de son lanceur. Celui-ci, naturellement, chercha à comprendre ce qu’il venait d’arriver. Aucun temps d’investigation ne lui fut accordé : son corps, entouré par une aura blanche, s’éleva légèrement au-dessus du sol sans qu’il ne puisse rien y faire. Il tenta de se débattre, mais abandonna vite face à l’impression caoutchouteuse que l’effort lui donna. Ses yeux pouvant encore bouger sans peine, il balaya son champ de vision disponible. Il remarqua les deux éventails plantés dans le sol turquoise, eux aussi entourés par la mystérieuse émanation brumeuse.
L’épopée virtuelle de Flys se termina sur cette ultime image.
Et un coup d’épée dans le dos.


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Piste ζ : (19/05/2013)


Ma mise à l’écart des activités virtuelles courantes me poussa à élargir la distance avec les autres. Officiellement, j’avais prétexté profiter de l’écartement pour rattraper mon retard scolaire, incluant par là une dispense d’assister à la mission de contact avec le professeur Hope. Cela dit, je ne me faisais pas d’illusion. Les mots « étudier sérieusement » venant d’un lycéen de base comme moi manquaient de crédibilité. De fait, le groupe avait parfaitement compris ce que je pensais de leur décision, tout en maintenant le statu quo. Par égard, j’imagine.
Objectivement, ma réaction était – et est toujours d’ailleurs – puérile et déplacée, digne d’un caprice de petit garçon, mais en un sens elle m’arrangeait. Depuis que j’avais rallié l’alliance de Kadic – et passé la frustration basique de leur décision – j’avais pu refroidir un peu mes ardeurs de vengeance et réfléchir calmement. Est-ce que mes actions avaient un sens, ou plutôt étaient-elles suffisantes pour atteindre l’objectif fixé, au moins ? La réponse était non. Mes camarades de lycée n’en avaient rien à faire de Tyron. Il ne tenait lieu que d’obstacle pour eux. Aucun ressentiment personnel à son égard n’était éprouvé. Xana éliminé, ils le laisseraient tranquille, signifiant que ses activités ne seraient plus ni surveillées ni jugulées. En peu de discussions et de temps passé avec eux, ça sautait aux yeux.
Du coup, ma question existentielle du moment se résumait à « Ne valait-il pas mieux se faire une raison et :
Petit un : trouver une piste autre que le virtuel pour atteindre Tyron ?
Petit deux : définitivement lâcher le morceau, parce qu’il n’y avait pas vraiment de recours possible à portée ?
Petit trois : ne plus penser ni réfléchir à ces micmacs en s’investissant dans une activité prenante, qui ne serait certainement pas le lycée ? »

Remarque à part : maintenant que je les formule à haute voix, mes questions font très adolescent torturé et indécis. Me voilà réduit à un cliché de fiction. Quelle horrible tragédie.

Enfin, ça ne change rien au fait que j’étais coincé dans ces réflexions, ancré dans un siège de la bibliothèque de Kadic, pendant que les autres devaient certainement être en train de bourlinguer sur Tron. Il allait sans dire que le résultat de leur mission aurait une influence sur les réponses à mes questions, ce pourquoi je ne pouvais m’empêcher d’y penser en envisageant les possibilités futures.
Heureusement pour mon pauvre crâne tourmenté, Amanda Juillet, avec qui je n’avais plus échangé depuis un bail, mit pause à tout ça en m’abordant :
- Salut. La géographie n’a pas l’air de te passionner des masses. Essaie au moins de changer de page de temps en temps pour faire illusion.
Je refermai le manuel auquel elle faisait référence puis haussai les épaules, réponse la plus explicite possible.
- Puisque tu n’es pas occupé, exposa-t-elle, il y a Christophe qui veut te parler. Il est dans la cour.
- Pourquoi est-ce qu’il ne me demande pas ça en personne ? me méfiai-je.
Un phénomène assez rare se produisit : Amanda laissa échapper une bribe de sourire. De quoi renforcer la méfiance.
- Je crois qu’il avait besoin que quelqu’un te lance pour que tu ailles le voir, m’éclaira-t-elle du ton de quelqu’un qui cherche à sous-entendre. Ça doit être important.
L’invitation restait douteuse, mais en l’absence d’activité constructive à faire, prendre l’air apparaissait comme une riche idée.
- D’accord, j’y vais, décidai-je en conséquence.
Avant que je ne me lève, elle ajouta amicalement :
- Sois cool avec lui, quoi qu’il te dise, d’accord ?


Quitter la bibliothèque et Amanda ne me prit pas longtemps, malgré l’attitude inhabituelle de cette dernière ; tout comme rejoindre la cour et y repérer Christophe sur un banc. Pour changer, il n’avait pas le casque vissé aux oreilles.
- Tu devrais peut-être consulter ton portable maintenant, me lança-t-il évasivement lorsque je fus à côté de lui. Histoire de ne pas être distrait pendant notre conversation.
Par courtoisie, je suivis cet étonnant conseil. Un message non-lu en provenance du labo s’affichait sur mon écran. Il signalait l’activation d’une tour, a priori pour mettre des bâtons dans les roues de la mission, mais que pour le principe du « au cas où », je devais rester vigilant de mon côté. Quelques instants plus tard, le temps d’une connexion synaptique lente, je reculai – précaution assez inutile face à un spectre cela dit.
- Étrange, observa alors le faux Christophe. Une approche plus diplomatique ne permet pas d’atténuer l’animosité de l’autre envers soi.
- Le dernier spectre que j’ai croisé m’a frappé sans ménagement, répliquai-je avec insolence.
- Les initiatives d’une créature autonome plus puissante que la moyenne ne peuvent m’être imputées.
- « T’être » ? Depuis quand les spectres ont une individualité ?
- Je te laisse deviner par toi-même.
Ce premier contact à l’oral me laissa perplexe. Un peu pantois aussi.
- Et si on allait marcher dans le parc ? proposa la doublure de mon camarade de classe. Ça te fera peut-être te sentir plus à l’aise pour discuter.
Refuser était tentant, pour tout un tas de raisons valables. Cela dit, j’avais plus ou moins l’assurance que même en tête-à-tête, il ne m’arriverait rien de méchant, sauf si mon interlocuteur ressentait le besoin de me tabasser, évidemment. Une curiosité malsaine me poussa à accepter et à suivre le spectre, toujours sans décrocher un mot.
Sur le chemin, la conversation fut relancée :
- On ne s’est plus parlés depuis ton séjour à l’hôpital, j’ai eu envie de profiter de ce tranquille début d’après-midi pour renouer.
- Si c’est encore pour me suggérer de faire payer Tyron, répondis-je d’un ton égal, c’est en cours de réalisation.
Au moment même où je prononçai ces mots, je me rendis compte à quel point ma déclaration était ridicule. Xana ne manqua pas de m’enfoncer sur ce point puisque le Christophe éclata de rire, moqueur naturellement. Je ne cherchai même pas à contre-argumenter, ç’aurait été fournir la corde pour me pendre. Au lieu de quoi, je laissai mon compagnon de marche se calmer, ce qui arriva au moment de notre entrée dans la forêt miniature de Kadic.
- T’allier avec le groupe opposé à Tyron, c’est bien, mais après ? reprit-il. Tu n’as ni plan, ni ressources. Atteindre ton objectif dans ces conditions est irréaliste. Tu aurais meilleur à gagner à faire équipe avec moi.
Si la partie m’enfonçant ne me fit pas réagir, l’autre en revanche oui :
- Faire équipe ?
Je lâchai un rire jaune.
- Ce n’est pas l’impression que m’ont donné tes actions à mon égard.
- Je n’ai jamais prétendu être parfait de ce côté-ci, précisa M’Xana. J’ai testé plusieurs recours pour te rallier à ma cause, dont la force. Par exemple, le jour où je t’ai pixelisé, c’était… comment dites-vous déjà ? Une réaction proche de ce que vous nommez panique. Mais ce n’est pas le plus important, car je suis passé à des méthodes plus pacifiques par la suite. Tu ne peux nier que je t’ai déjà aidé et même sauvé plusieurs fois ! Récemment même.
J’arrêtai de marcher, la mauvaise foi m’avait cloué sur place. Xana imita mon action et je lui jetai un regard de pur scepticisme. En réponse à cela, l’image de Christophe qui me faisait face fut parcourue d’électricité et, dans un flash lumineux explosif, se remodela en quelqu’un d’autre : moi. Évidemment, cela me déstabilisa, quand bien même ce n’était pas la première fois que j’avais à me faire face.
- Les actes que j’ai pu effectuer pour toi étaient, en effet, intéressés. Ils ne font pas de moi ton ami. Pour autant, je ne suis pas ton ennemi non plus. Tout ce que j’ai fait jusqu’à présent ne visait qu’à faire évoluer notre relation dans le sens d’une collaboration mutuellement avantageuse.
Entendre ma propre voix formuler un tel discours me parut aussi étrange que troublant. Le timbre adopté par mon clone possédait de véritables accents de sincérité. Il donnait presque envie qu’on le croie honnête… s’il n’avait pas été un être issu d’une prise électrique et pouvant changer d’apparence – et de voix, logiquement – à volonté.
Faute de pouvoir répondre efficacement, je recommençai à marcher. L’être non-humain me suivit avec une déroutante synchronisation. Il ne m’empêcha pas de réfléchir et d’expliciter ma pensée :
- Si on oublie l’intérêt personnel, est-ce que j’ai une vraie raison de m’allier avec toi ? Moralement parlant, tu es au moins au niveau de Tyron, en plus d’être plus dangereux que lui selon les autres.
- Je ne peux pas vraiment te contredire, seulement préciser que je ne suis plus le même programme qu’à l’époque où tes camarades m’ont affronté. J’ai, disons… évolué. Cela m’a amené à revoir ma façon globale de faire. Tu vois ? Je suis entièrement honnête avec toi quant à mes intentions, contrairement à tous les autres.
Inévitablement, les derniers mots m’interpellèrent, tant par leur sous-entendu que leur obligatoire mauvaise foi. Xana sembla lire dans mes pensées et développa :
- Le groupe de l’usine désaffectée ne te fait pas confiance. Sous ce prétexte, ils en profitent pour te mettre à l’écart.
- Même si ça ne m’a pas plu, contrai-je, c’était plutôt par empathie. M’éviter une autre mauvaise expérience virtuelle.
- De bonnes intentions assurément, ironisa mon interlocuteur. Pour mieux brider ton imprévisibilité et empêcher que tu échappes à leur contrôle. Ce n’est pas un hasard s’ils mentent sur ton véritable état. Tyron n’aurait pas mieux fait.
- Pardon ? articulai-je subitement.
Mon autre moi posa sa main pseudo-amicale sur mon épaule.
- Ça me chagrine de devoir te l’annoncer, mais le jour de ta première virtualisation, j’ai dû implanter un programme en toi. Un parasite si tu préfères.


La révélation manqua de me faire disjoncter nerveusement, ce pourquoi mon cerveau décida de disjoncter, par sécurité. Par voie logique, je me muai dans le silence, laissant mes jambes continuer de marcher automatiquement. Xana ne suivit pas mon exemple :
- Puisque je t’ai assuré une transparence totale sur mes intentions, je me permets de t'expliquer l’affaire plus en détail. Tes rêves et les black-out sont le fait de ma création. Je l’ai programmée pour que via ces biais, il te fournisse des informations sur le camp de Tyron et tes amis du lycée. C’est grâce à lui que tu as en as pu en apprendre autant et agir en conséquence. Sans ça, tu serais probablement déjà mort à l’heure actuelle.
- La ferme.
Le spectre, que je venais brusquement de fixer du regard, ne prit même pas la peine d’adopter un visage surpris ou quoi que ce soit.
- Tu es en train de me dire qu’une des choses qui m’ont pourri l’existence dernièrement, ces rêves et ces black-out, ont commencé par ta faute. Avec ça, tu voudrais me faire croire que tu es fiable et que je peux collaborer en toute confiance ? C’est ça ?
Sans le vouloir, j’avais haussé la voix sur les deux derniers mots. Étrangement, je ne bouillonnais pas autant que je me le figurais sur un tel sujet.
- Te « pourrir l’existence » a contribué à la préserver, répliqua Xana plus durement. Oui, encore une fois, j’ai agi par intérêt, mais tu ne me feras pas croire qu’être encore vivant en ce moment même te dérange.
À mon grand regret, il marquait un point. Sans prévenir, j’eus un coup de barre, qui calma l’énervement monté plus tôt en moi. Mes réactions en décalage avec la situation m’excédèrent encore plus.
- Ce programme a rempli sa mission. S’il continue de faire effet, c’est parce que son schéma d’action continue de tourner, sans savoir que la tâche a été accomplie. Il va de soi que je t’en débarrasserais avec plaisir.
- Pas gratuitement j’imagine, répondis-je avec acidité. Je préfère demander à Jérémie.
- Oh, tu lui fais donc confiance, en sachant que lui et ses amis t’ont caché l’existence de mon programme, par peur que ta réaction ne soit pas celle qu’ils voudraient.
Pas le choix, je dus sortir l’argument du dernier recours :
- Ils m’ont libéré de Tron eux, au moins.
- Et qui les a mis sur ta piste à ton avis ? Certainement pas ta sœur.
Rien à faire, Xana obtenait encore le dernier mot. C’était aussi irritant que frustrant.
- Arrêtons-nous de marcher, proposa mon jumeau. Tu as l’air d’avoir besoin de faire une pause.
Pris par la discussion, je n’avais même pas fait attention à notre itinéraire, qui s’était effectué hors des sentiers tracés du parc, dans un souci de discrétion. Pour autant, je n’aurais pu dire combien de tours de l’espace vert nous avions eu le temps de faire durant l’échange. De toute façon, ce n’était probablement pas la marche qui m’avait fatigué.
Je ne protestai pas face à la suggestion et m’installai nonchalamment par terre, contre un arbre. Le spectre en profita pour se transformer à nouveau, en une fille que je ne connaissais pas, totalement habillée en noir, en coordination avec ses longs cheveux. Elle arborait un air sûr d’elle, renforcé par sa posture debout bras croisés. Ses yeux rougeoyants constituaient l’unique marque de sa nature réelle. Je ne cherchai pas à détailler cette nouvelle apparence plus en détail, ç’aurait été jouer encore plus le jeu de déstabilisation de Xana. À la place, je relançai la conversation, dans l’idée de prendre les devants, pour une fois :
- Tout à l’heure, tu parlais de collaboration mutuellement avantageuse, mais j’ai du mal à voir ce que j’y gagnerais, moi. Aider une menace mondiale comme toi dans ses projets simplement pour obtenir une vengeance, c’est petit et puéril.
L’explication ne se fit pas attendre, très certainement calculée depuis le début :
- Tout simplement, je te propose de devenir mon représentant humain, mon bras-droit, mon général, ou tout autre synonyme. Contrairement à la dernière personne sous mes ordres, tu conserverais ta liberté de choix, de mouvement et de pensée, je ne tiens pas à t’imposer un emprisonnement à la Tyron. Tu gagnerais aussi la liberté, de faire ce qu’il te plaît, sur le réseau informatique comme le monde réel.
La réponse me déçut largement. Je n’étais ni assez perdu, ni assez désespéré pour accepter ça, même si officiellement, je ne savais toujours pas quoi faire du reste de ma vie. Xana ne m’avait pas si bien cerné que ça, me disais-je. Naturellement, j’étais près à me moquer d’elle et à qualifier sa description de peu inspirée. Seulement, elle continua sur sa lancée :
- Je peux t’offrir l’oubli. De toutes les expériences désagréables que tu as vécues sur Tron, ou ce que tu veux d’autre. Plus d’auto-flagellation, plus de douleur, et surtout, plus de sensation de ne plus être maître de son corps, n’est-ce pas ? Je peux tout reprogrammer.
Je serais hypocrite de ne pas dire que la proposition n’avait pas fait son effet. Malgré moi, j’essayai de m’imaginer comment je me sentirais si cette possibilité se réalisait. Mieux, je présumais.
- Les expériences désagréables, me repris-je, ça se surmonte. C’est ce que j’ai plus ou moins fait là. Oublier serait de la une fuite en avant.
- Ce que tu cherches à faire dans le présent est déjà de la fuite en avant, m’envoya l’intelligence artificielle d’une voix plus désincarnée que jamais.
L’image de la fille inconnue fit un pas devant elle et s’accroupit de manière à ce que sa bouche se trouve à côté de mon oreille gauche. Puis, elle commença à murmurer :
- Tôt ou tard, ces souvenirs reviendront te tourmenter, et pèseront de tout leur poids sur tes épaules. Tu ne parviendras plus à dormir sans rêver ou songer à la sensation d’être prisonnier de ton propre corps. Finalement, tu seras à nouveau prisonnier, de tes propres peurs et souvenirs.
Le ton de sa voix était très particulier. Combiné à dramatisation de ses répliques, Xana parvenait à véhiculer suffisamment d’angoisse et de pression pour me faire douter et avoir des sueurs froides. La partie raisonnable de mon esprit tenta de se convaincre qu’il venait de subir une simple manœuvre d’intimidation. Sans succès. Les mots avaient réussi à s’insinuer dans les strates de ma conscience.
- Laisse cette pression faite de rêve et d’incertitude te submerger et t’écraser. C’est ainsi que tu te sentiras libre et détaché du reste.
Le coup de grâce de Xana. Des mots qui n’avaient aucun sens et qui pourtant trouvèrent écho en moi sur le moment, sans que je ne sache pourquoi. Théâtralement, le spectre en profita pour exploser, m’abandonnant dans un état tremblant physiquement et tétanique mentalement.

Incontestablement, le message de Xana avait réussi à m’atteindre.


http://i.imgur.com/3aKoVpr.png


Hors-Piste :


Aelita avançait d’un pas ferme et conquérant alors qu’autour d’elle, une alarme des plus conventionnelles retentissait. Les instructions de guidage précises de Jérémie étaient en cause dans cette progression sans hésitation. L’opérateur avait pris soin de vérifier les locaux lors de l’éclairage, la veille, ce qui avait permis de confirmer la présence de sa mère. Au moment même où elle évoluait dans le dédale souterrain, Jérémie investissait le reste du potentiel de la tour activée dans un deuxième piratage – en un week-end – de la vidéo-surveillance du complexe. Couplé aux plans qu’il possédait déjà, il était en mesure de rapprocher à chaque seconde Aelita de celle qui se faisait appeler « professeur Hope ».
Inévitablement, la Lyokô-guerrière finit par atteindre son objectif, comme ça, au milieu d’un quelconque couloir. Au vu de l’empressement de l’adulte interceptée, celle-ci devait être en chemin pour évacuer, l’alarme étant un indice retentissant pour cette interprétation. Bien évidemment, elle avait été obligée de s’arrêter lorsque l’envahisseur rose était apparu. De surprise, elle avait reculé d’un pas, avant de s’immobiliser dans une observation mi-fascinée, mi-méfiante, teintée de silence. Aelita adopta une attitude voisine les premiers instants. La femme devant elle ressemblait trait pour trait au spectre envoyé par Xana quelques mois plus tôt, mais surtout aux quelques souvenirs qu’elle avait encore en mémoire – cheveux exceptés.
Se rappelant que son temps était compté et décidée à ne pas laisser la situation dans le flou, la translatée lança un sourire et son discours numéro cinq, sur les huit préparés à l’avance :
- Est-ce que tu te souviens de moi ? Je ne suis pas aussi vieille que je devrais l’être, mais je suis bien Aelita. Ta fille. Maman, c’est moi !
À la parole, la jeune fille joignit une ouverture des bras, dans le but non-caché d’établir un contact physique avec sa génitrice enfin retrouvée. Elle ne parvint d’ailleurs pas à attendre que cette dernière sorte du choc visible causé par l’annonce pour s’avancer dans sa direction.
- Je… je suis vraiment navrée, mais il doit y avoir erreur. Je ne peux pas être ta mère.


À suivre : Une rose dans la mare
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Dyssery MessagePosté le: Dim 27 Aoû 2017 18:21   Sujet du message: Répondre en citant  
[Frelion]


Inscrit le: 03 Mar 2014
Messages: 70
Helloooooo !!

Contrairement à ce que j’ai fait sur skype (désolée pour la frayeur, hu hu), je ne vais pas être concise ici, j’ai bien trop envie de laisser une trace de mon passage dans le coin Mr. Green
Bon, déjà, tu mets trop longtemps à publier, j’avais oublié plein de trucs =P Fait au moins un « Previously on L’Engrenage », je sais pas moi ! Parce que là, le retour était un peu difficile, je savais plus où j’en étais ! Enfin, passons, même comme ça, ça m’a pas empêché d’adorer le chapitre.

Déjà, la place de Chris est intéressante. Je sais que beaucoup de gens regrettent son passage « du bon côté de la barrière » si je peux le dire comme ça. C’est vrai que ne plus avoir un point de vue interne mais impartial dans le camp de Tyron est peut-être dommage, mais en ce qui me concerne je ne regrette pas ce par quoi il a été remplacé. Parce que je trouve ça plaisant d’avoir un nouveau membre chez les LG qui reste cependant complètement indépendant, et surtout, imprévisible. Parce que c’est cool de lire que Chris n’en a rien à carrer de XANA et qu’il cherche juste à faire payer Tyron. Et ça ne laisse rien présager de bon, comme le laisse entendre tout le contenu du chapitre, à commencer par l’acceptation très mitigée du bonhomme par ses nouveaux compagnons d’armes.

Puis les tensions internes laissent la place à l’action, et on a bien la preuve qu’il est hors de question pour toi de laisser le camp Tyron de côté, alors de quoi se plaint-on ?
Encore une fois, je n’ai aucun moyen de juger des clins d’œil au matériau d’origine, n’ayant jamais pu dépasser les cinq minutes de visionnage de CLE, et ne lui pardonnant l’audace d’exister que par l’existence de fic comme la tienne ou celle d’Ellana. Cependant, j’aime bien ce que tu fais du Cortex et des ninjas. Je trouve ça vraiment accrocheur de découvrir les différences de fonctionnement entre les Gardiens et les Pisteurs, les modes de communications problématiques avec la base, et les raisons de l’intégration de tes propres personnages. Ça m’a bien plu d’apprendre que les pisteurs devaient (et pouvaient !) se dévirtualiser d’une droite dans la figure pour aller faire leur rapport, que l’utilisation du Skid empêchait les ninjas de les suivre aussi facilement que d’habitude, et que les Gardiens tombaient sur un os quand il s’agissait d’attaquer en hauteur !

L’intervention de Lysandre était sympa à suivre. Je ne m’attendais qu’à voir le vrai Léo Chevalier, et j’ai été plutôt contente de découvrir au contraire un nouvel avatar ainsi qu’un nouveau mode de combat. Son mode de fonctionnement, entre son masque et son bâton, était assez intrigant et me donnait toujours envie de savoir ce qu’allait être son prochain coup. Et puis c’était fun de le voir passer une éternité à mettre son équipement en place pour enfin se sentir opérationnel.
J’en serais presque déçue qu’il ait échoué comme une merde à la fin. Presque parce qu’il était quand même un peu relou à vouloir faire ses preuves.
Au final, son intervention n’était qu’un coup d’épée dans l’eau.

Et pendant que les LG bougent dans tous les sens sur Tron, celui qu’ils ont laissé derrière pour le protéger se retrouve face à XANA. Décidément, laisser les gens sur Terre est une bien mauvaise idée on dirait.
Que dire sur cette entrevue si ce n’est que je l’ai adorée…
Déjà l’intro m’a bien fait rire. Si cette chère Amanda savait ce qui se trame vraiment… Mais la vraie question c’est : quelle rumeur va donc naître autour de Chris et Christophe après ça ? Enfin, comme le dirait cette demoiselle somme toute fort sympathique, tournons la page.
Que ce soit Chris ou XANA, j’ai vraiment aimé leurs réactions respectives et les arguments qu’ils avancent au cours de leur dialogue. Malheureusement, j’ai réalisé au fil des paroles de notre IA préférée que j’avais presqu’entièrement oublié tous ses actes à l’égard de Chris :/ Heureusement que le coup des Frelions était relaté au début du chapitre. Par exemple, les black-out. Je les avais complètement zappés D : Alors que c’était super cool d’avoir enfin l’explication ! Un parasite de XANA, rien que ça ! Et moi j’avais oublié la question !!
Enfin, en tout cas, mention spéciale pour la proposition de XANA qui tombe à plat.
Citation:
Je n’étais ni assez perdu, ni assez désespéré pour accepter ça

Qu’est-ce que ça m’a fait plaisir de lire ça !
Mais ça n’a rien changé au fait que j’ai adoré la fin de l’entretien. Ça y a peut-être même contribué. Je ne sais pas exactement ce que Chris veut oublier, je ne pense pas qu’il s’agisse uniquement de son expérience récente. Parce que je garde les brûlures en tête. Ou je surinterprète ? En tout cas, les dernières lignes de dialogues avaient quelque chose de vaguement angoissant. Simplement, pour un ton de ce genre, je n’aurais personnellement pas fait exploser la réplique. Une dilution en brume noire, une évaporation progressive, en tout cas une disparition plus douce m’aurait paru plus de circonstance.

Concernant la toute fin du chapitre, deux choses :
    Imaginer une Aelita translater se balader tranquillement chez l’ennemi dans sa combinaison rose me fait bien rigoler.
    Et BAM, dans ta gueule bonbon rose, maintenant arrête les conneries, oublie ta mère, et laisse tes amis reprendre une vie normale.
Nan, bon, en vrai le second point n’a rien d’anodin et j’ai hâte qu’on revienne dessus, parce qu’après toutes ces épreuves, c’est une sacrée claque, et j’ai bien envie de savoir ce qui se cache derrière cette réplique de celle qui est à priori bien Anthéa.

Merci pour la lecture <3
_________________
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Icer MessagePosté le: Mar 29 Aoû 2017 15:52   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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http://i.imgur.com/HVD7fof.jpg


Citation:
Si mon but avait été de me concentrer exclusivement sur le camp de Tyron, je ne me serais certainement pas encombré de placer Chris à Kadic et de le faire interagir avec les LG tout du long (même si ça permettait la conservation du côté Code Lyokô de la chose).


Oui c'est vrai que dit comme ça tu as raison, même si je te rejoints également sur le fait que cela pouvait être un peu de fan service à peu de frais. En fait, comme tu étais originellement focalisé sur Chris, j'avais émis l'hypothèse d'une astuce scénaristique pour voir ce qu'il se passait coté LG, à travers White donc. Cela dit, j'ai aussi l'impression que tu t'affranchis de plus en plus de cette contrainte, et que le nombre de hors-piste n'est pas sans évoquer ce que fait Fox à Mario Kart. Don't acte (a).

Citation:
- Et nous, on a une responsabilité qui va au-delà de ton appréciation personnelle.


Mdr, celle-là était pas mal. C'eut été le groupe des admins, la légitimité à décider du destin d'un tiers sans son consentement était justifiable. Mais si l'on regarde le bilan des LG, c'est quand même assez ridicule. Aucune leçon ne semble avoir été tiré du cas William.

Citation:
D’autre part, il avait lu quelque part que son prénom, originellement, signifiait « libérateur ».


http://i.imgur.com/vNIRLCp.jpg
« Ahhhhh, le libérateur ! »


Au fait, je crois que c'est à partir de là que je viens enfin de capter toutes les subtilités du logo de XANA qui te sert de transition. Je ne peux que valider cet excellent travail, davantage prenant que le combat de l'autre imbécile.

Plus globalement, la lecture de ce chapitre m'a fait passer par différents états émotionnels, mais sur une séquence assez courte finalement :


Spoiler


Bonus game :

Spoiler


La révélation du black-out-responsabilité-de-X.A.N.A étrangement, m'a semblé logique. Comme cela fait longtemps qu'on été publié les chapitres précédents, je ne saurais dire si c'était suffisamment explicite ou si je suis juste un génie. Dans le doute, on va dire les deux.
Bien plus surprenante fut la révélation du plan de X.A.N.A, à savoir l'envie de faire de Chris White le nouveau Dark William (Putain je suis en forme aujourd'hui). Avec une innovation de procédé. Sur ce point, l'argumentaire me semble potable, et puis après tout, vu la situation du gars (Haine de Tyron, manque de confiance des LG), ce n'est pas si idiot que X.A.N.A cherche à l'exploiter sans vergogne. Cependant, j'aurais tendance à dire que pour la conscience libre, c'est un simple piège. Sauf que si Chris marche, vu ton mode de narration, tu es forcé de le laisser en pleine possession de ses facultés. Alors finalement, une bonne vieille tactique style Mon meilleur ennemi...? Nous verrons.

En dernier lieu, le twist sur Hope m'a intéressé. Bon, évidemment sans plus d'élements, on ne peut en tirer de conclusions hâtives. Enculade de Tyron ? Ou bien, as-tu réécris l'histoire ? Dans le dernier cas, cela voudrait dire qu'il s'agit... d'a new hope !!!


http://i.imgur.com/VgSsIQR.jpg
« Il est temps d'abandonner cette fic ! »

_________________
http://i.imgur.com/028X4Mi.pnghttp://i.imgur.com/dwRODrW.pnghttp://i.imgur.com/mrzFMxc.pnghttp://download.codelyoko.fr/forum/avataricer.gifhttp://i.imgur.com/h4vVXZT.pnghttp://i.imgur.com/gDzGjSF.pnghttp://i.imgur.com/x46kNev.png

« - J'viens de voir les parents de William se diriger vers le bâtiment administratif.
- Quoi !? Mais comment tu peux savoir que c'est eux ?
- Bah après la disparition du X.A.N.Aguerrier je me suis quand même renseigné un minimum sur sa vie pour programmer sa réplique. Cela étant dit, c'est bien la réplique le problème, elle n'est pas au point et va faire foirer toute notre couverture à mon avis.
- Mais Jérémie, et les données récupérées à X.A.N.A lors de la translation de William ? Elles ne t'ont pas servies à avoir de quoi le libérer ?
- J'ai commencé à y travailler quand tu es partie mais je n'ai pas fini... »


Paru.
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