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[One-Shot] Envoûtement Nocturne

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 Auteur Message
Lucain Belpoint MessagePosté le: Jeu 06 Avr 2023 18:17   Sujet du message: [One-Shot] Envoûtement Nocturne Répondre en citant  
[Kankrelat]


Inscrit le: 07 Mar 2023
Messages: 4
Bonjour à tous,

Alors, c'est mon deuxième texte sur ce forum. Et mon deuxième one-shot tout court.

Il est assez différent du premier qui se voulait plutôt humoristique et absurde. Ici, c'est plus psychologique. Pas trop d'actions ou de traits d'esprit. Je suppose que pour beaucoup, ce sera chiant à mourir et ne pouvant satisfaire que des condamnés s’apprêtant à passer sur la chaise, histoire de les réjouir en se disant que la mort les délivrera à jamais.

Enfin, j'espère que vous y trouverez quand même un peu de plaisir.

Spoiler



Envoûtement Nocturne



Le soleil d’été brillait avec légèreté en ce premier samedi de juillet et une petite brise descendue des montagnes donnait un regain de vigueur aux commerçants qui s’affairaient. Bientôt les clients seraient là, et chacun voulait pouvoir présenter un étal rempli et bien organisé en ce jour de marché. Mais pour le moment, n’était quelques amicales exclamations entre vieux amis et de moins aimables protestations à l’encontre du placier. La vie ordinaire, calme et paisible d’une petite ville de la France provincial profonde en somme.

Cette agréable ambiance, mélange d’espoirs, d’affairismes et de bavardages fut néanmoins submergé par les vitupérations à contretemps d’un vieux moteur diesel au comportement cahoteux.

Le vieil Alfred était descendu en ville !

Cela faisait des années que le maire lui demandait de bien vouloir changer de voiture afin que ce soit le beffroi et non ce vieux tacot qui réveillât les gens le dimanche matin. Et déjà, des fenêtres s’ouvraient et on entendait des protestations de la part de ces foutus parigots en vacances. Les mêmes qui avaient il y a quelques années tenté d’expliquer que le chant du coq les empêchait de dormir et donc que le tribunal devait condamner le brave Georges qui gênait les honnêtes gens (les mêmes qu’il nourrissait au jour le jour, mais bon). Quant aux autochtones, après avoir vérifié que l’on n’était vraiment pas dimanche et qu’ils n’étaient pas en retard, ils se demandaient ce qui pouvait bien se passer.

Finalement, la deux-chevaux d’Alfred se rangea en bataille devant la gare et Paray-le-Monial fut libéré de l’orage mécanique. Le vieil ermite en sortit, une trousse à outil à la main et commença à réviser sa voiture sur le parking. Après tout, il n’était jamais trop tard pour une bonne vidange, non ?

Lorsqu’il eut fini, il se rendit en gare, passa se laver les mains avant d’aller aux toilettes, puis son affaire faite, sortit un livre et attendit sur le quai que le train se présente. L’attente ne dura pas longtemps. Mais suffisamment pour que quelques anciens se soient discrètement installés en gare, tentant de se carrer dans les inconfortables fauteuils métalliques. À leur droite, le quai et Alfred, à leur gauche le marché en plein essors. L’endroit était donc parfait pour garder l’œil sur le plus gros des ragots qu’on ait vu depuis quelques années, et les potins ordinaires de qui parlait avec qui. C’était un exercice hautement intellectuel et vivifiant pour l’esprit : il fallait avoir l’œil, ne manquer aucun détail, se rappeler du visage et du nom de chacun, mais ensuite l’associer à une lignée, un clan, un ensemble familial et partant de là retisser les liens d’amour, d’amitié et d’alliance. Il ne s’agissait certes pas d’intrigues de chasseurs solognot, mais quand même !

« Alfred ! Que fais-tu là, vieille branche ?
— Cela ne se voit pas ? J’attends le train. Mais je suis plus étonné de te voir Didier. Il fait trop froid pour toi à la Sainte-Baume maintenant  ? »

Tout en saluant son vieil ami — qu’heureusement, il ne voyait pas si souvent — Alfred entreprit de bourrer sa pipe. Bientôt la gare tout entière se mit à sentir le tabac.

« Tiens, il est passé à l’Amsterdamer, le vieux de la montagne ? fit remarquer l’un des anciens.
— Tu débloque ? Il en a toujours pris. Tu confonds avec Claude, tu sais le fils Boissonnat, le gars qu’est parti aux US. Tel père, tel fils, il ne jure plus que par le ken… Ah oui, le kennedy.
— Bah, les ’ricains, ça gâche toujours tout. Mais attends, répliqua le doyen, Boissonnat, celui dont le petit cousin, le fils à la Colette est monté à Paris ? Qu’est-ce qu’il est d’venu lui déjà ?
— J’sais pas. Il est passé à la télé l’aut’jour, à côté de Giscard. Il a été au Plan aussi.
— Ça nous rajeunit pas ça.
— Attends voir, repris le benjamin des anciens, Boissonnat, c’est pas les cousins des Dorgas ?
— Si, cousins par leur arrière-grand-père, le financier. Il ne s’en ait jamais remis d’ailleurs, marier sa fille à son métayer. »

Pendant que les plus vénérables entretenaient leurs cerveaux, la vie avait repris son cours. Didier n’ayant pas encore désespéré, il ne cessait de tarabuster son ami sur la nécessité d’arrêter de fumer.

« Qu’est-ce que j’en ai à faire ? Tu sais, je ne suis pas impatient, mais tout vient à point sans même avoir à attendre.
— Je t’ai connu plus véhément, tu nous fais une baisse de régime ?
— Nah, je me limite. Il ne faudrait pas que j’effraie le petit jeune.
— hmm, à mon avis c’est trop tard. Mais qu’est-ce qui lui prend de venir ici ? Ses parents lui ont coupé les vivres ?
— Tut tut. Ils n’ont pas été clairs, si ce n’est que le bon air de la campagne lui ferait du bien. Et qu’on ne lui pose pas trop de questions aussi
— Il va être verni avec toi.
— T’inquiète, je vous l’enverrai quand je serai fatigué de sa présence. Ou qu’il aura envie de voir des filles »
Assez satisfait de sa blague, Alfred explosa de rire sous l’air réprobateur de son ami.
« À ton âge, tu devrais arrêter avec ce genre de plaisanterie.
— Si je peux plus rire. Et puis avoue : je suis le seul à les faire.
— Justement, j’aimerais que cela ne se propage pas trop.
— Tu sais ce qu’on dit… l’expérience de la tentation.
— Si seulement, si seulement…

Didier soupira. L’amitié était une chose étrange. Cela faisait quoi ? 40 ans ? Et à chaque fois qu’ils se revoyaient, il se rappelait qu’il y avait des choses chez son ami qui le dérangeait. Des manies, des expressions… une manière de faire ou de voir… qui le dérangeait. On n’y pouvait rien, mais c’était toujours surprenant. Après tout, il y avait peut-être une raison pour laquelle ils ne se voyaient guère, même s’ils appréciaient la présence de l’autre. Et puis… Didier se disait que sinon Alfred ne voyait vraiment personne. Certes, il n’en avait que peu l’envie ou le besoin, mais tout de même, il n’arrivait pas à ne pas s’inquiéter au moins un peu. Aussi Didier se portait-il volontaire pour venir à Paray tous les étés. Lui qui détestait chanter ! Fallait-il qu’il aime son ami pour supporter toutes ces soirées enchantées durant l’été.

Le plus surprenant était cependant de savoir que ce vieil aigri allait accueillir un membre de sa famille. Il aurait juré qu’il ne recevait jamais de nouvelles d’eux. Il ne leur avait jamais vraiment pardonné d’avoir voulu monter à Paris et effacer leurs origines provinciales et corporative. Il ne s’était jamais remis de la fermeture de la ligne. À sa connaissance il n’avait vu son neveu qu’une ou deux fois dans sa vie.

Toujours était-il que le train finit par arriver et qu’un seul passager en descendit — ce qui n’en faisait pas moins une augmentation faramineuse pas rapport à l’ordinaire — traînant derrière lui une lourde valise.

« Mais, c’est pas que ’vla un petit jeunot ?
— Un gosse de la ville pour sûr ! Z’avez vu ses vêtements ?
— Non, la valise le masque.
— De la ville, interrompit le benjamin des anciens, attends c’est pas aussi de là que venait… Ah, c’était quoi déjà ?
— Dans le Berry ?
— Oui, c’est cela, le gamin.
— ’lui qu’a assassiné ces parents ?
— C’est ça, quinze coups de couteaux.
— Tu radotes, c’était dix-sept.
— C’est toi qui radotes, c’était quinze !
— Ça suffit tout les deux, c’était quoi son nom déjà ? C’était un nom d’angliche, il me semble.
— Tu confonds, ça c’était l’histoire avec la femme aux cheveux rose, tu te souviens ? Son mari, le chasseur, il l’avait surprise avec le pharmacien… Ha… Hol… Hopper ! C’est ça, Hopper.
— Oui, Tyron, il avait tiré, mais c’était elle qu’avait dégusté.
— Tout à fait !
— Stern !
— Quoi ?
— Stern, dit benjamin en s’immisçant à nouveau dans la conversation. C’était un schleu, pas un angliche, le gamin qu’a poignardé ses parents le mois dernier…

Pendant que les forces déclinées de la nation s’entretenaient des périls des étrangers et des cocus, Alfred se chargeait de faire un sort aux judas en accueillant du mieux possible son neveu. Enfin, il supposait que c’était bien son neveu.

Grand, brun, un visage soucieux, les lèvres à l’orgueil rabattu, un port à l’arrogance humiliée. Cela ne collait pas vraiment au portrait de famille. On était plutôt comme les blés en herbe, de petite taille et du style noiraud à force de hâle. Rien de comparable avec cette pâleur à la Chabert. Mais, bon, il était descendu du train, donc ce devait être lui, non ? Et puis, Alfred avait hâte dans finir. Il y avait trop de monde dans le coin, et trop de bruit.

« T’as tout ? T’as rien oublié dans le train ? »

Le train ne sifflant pas trois fois repartait déjà.

« Ben, je suppose que c’est trop tard maintenant. Bon, je suis ton oncle Alfred. Comme ça les présentations sont faites, gamins. Et maintenant, c’est le moment de s’arracher.
— Que ? Quoi ! Mais
— Viens je te dis. »

S’emparant de la valise et la soulevant, Alfred se dirigea vers sa voiture, sans un regard pour vérifier qu’il était suivi. Ce qu’il était bien sûr. À part les judas, personne n’était jamais resté sur place sans le suivre.
Alors qu’il enfournait la valise dans le coffre, Didier intervint.

« Alfred, pourquoi ne pas déjeuner ensemble ce midi ? »

Alfred grommela dans sa barbe une réponse inintelligible mais sans aucun doute négative.

« Allez ! C’est Bénédicte qui cuisine ce midi. Ce sera bien meilleur que ta pitance, et me permettra de faire connaissance de ton neveu. Comment t’appelles-tu au fait ? demanda-t-il en s’adressant au jeune homme. »

Ce dernier ne s’attendait visiblement pas à ce qu’on lui adresse la parole.

« William, finit-il par répondre en marmonnant.
— Ravi de te rencontrer. Moi, c’est Didier, et l’autre bougon là, c’est ton oncle Alfred, mais tu l’aura sans doute deviné. Tu as fait bon voyage ? »

Didier attendit quelques secondes, puis voyant que la réponse ne venait pas, il embraya sur d’autres sujets. Visiblement le neveu était comme l’oncle, un taiseux.

Alfred avait profité de l’échange pour tenter de regarder de plus près son neveu. D’accord, c’était un gosse de riche venu de la ville, mais il avait surtout l’air perturbé. Ses vêtements semblaient certes être à la mode, mais l’ensemble faisait complètement dépareillé. Les cheveux avaient été coupés court, trop court, presque une boule à zéro. Et Surtout, il semblait en permanence eh bien, à la fois dans la lune, et tendu comme une lame, tel un vétéran de guerre qui avait vécu trop d’embuscade. À le voir, Alfred commençait à comprendre pourquoi on lui avait envoyé le gamin. Il ne devait pas être agréable à vivre au quotidien. En fait, il comprenait mieux pourquoi son frère lui avait demandé de garder constamment l’œil sur lui. Enfin, on verrait bien.

« Alfred, si tu faisais un petit tour de la ville avec William. Il s’en faut encore d’une bonne heure et demie avant de déjeuner, même si ces dames mangent tôt. Et moi, j’ai quelques points d’organisation à revoir pour les cessions.
— Il n’y a pas grand-chose à voir à part de vieilles pierres dans le coin.
— Pourquoi pas, intervint William d’une voix vacillante. Si on a rien de mieux à faire. »

C’est ainsi que commença la vie de William Dunbar dans le charolais.

*****


PAN !

Le coup de fusil avait retenti comme le tonnerre dans la forêt.

« Eh bien mon neveu ! Chapeau, un coup en plein dans le mille ! Allez viens, il faut qu’on aille s’occuper de ta prise ».


Alfred n’était pas mécontent d’avoir accepté d’avoir accepté de prendre son neveu sous son aile. Certes, se faire supplier — enfin, presque, cela restait de la famille et il fallait éviter l’humiliation — par son frère avait pas mal joué dans la décision, mais il devait reconnaître que le gosse tenait bien le coup. Initialement, il avait accepté en se disant qu’au bout de quoi ? Une semaine ? Le gamin prendrait ses jambes à son cou. Pas d’internet, un réseau oscillant entre le néant et l’inexistant, pas le moindre magasin à proximité. Pas d’eau courante non plus. Bon, la situation s’était amélioré comparé aux premières années d’Alfred ici : il avait aménagé une fosse septique quelques années plus tôt. Le seul point vraiment négatif, c’était l’absence complète de sens musical chez son neveu. Quel dommage ! Quitte à rester, il aurait au moins pu lui permettre de jouer à quatre mains !

Alfred se sourit à lui-même en se rappelant la tête du livreur de piano. Il avait pourtant insisté à Paris lorsque le vendeur lui avait dit qu’ils livraient partout en France, à leur frais, et se chargeaient de l’installation… Ils ne s’étaient pas attendus à le décharger au fin fond de la pampa après avoir fait trois kilomètres de piste. Hé ! L’EDF avait été plus malin : ils s’étaient arrêtés en bordure de propriété. Cela avait une plaie ensuite de convaincre le Père Chambreuil de l’aider à connecter la cabane. Baste ! Alfred était un ermite, c’était vrai, cela ne voulait pas dire qu’il crachait sur un peu de lumière le soir. Ni sur un frigo pour stocker les fruits de sa chasse — Mais pas ceux de son braconnage occasionnel, ceux-là, il les refilait au curé de Changy qui braconnait depuis plus d’années qu’Alfred n’en avait vécu.

« Bon, cette fois-ci, c’est toi qui fait, OK ? Je vérifie avec toi qu’il n’as pas de signe de maladie, puis tu te chargeras du reste, comme je te l’ai montré ! ».

L’adolescent acquiesça, et ils se rapprochèrent tout deux du cadavre de lapin. Il était bien gros : il y aurait de quoi manger au souper !

Alfred regarda son neveu qui procéda avec une précision et une sureté inattendue. À dire vrai, il avait déjà été surpris qu’il ne vomisse pas les premières fois. Tout le monde le faisait. Il y avait toujours des Thierry le chasseur pour ne pas s’en souvenir, mais c’était vrai.
« Beau boulot ! déclara Alfred en mettant une grande claque dans le dos de son neveu lorsqu’il eu fini. »

Il était plutôt fier de son neveu, c’était vrai. C’était lui qui avait repéré le lapin. C’était encore un peu tôt dans la journée, mais bon… maintenant, il ne leur restait plus qu’à se promener jusqu’à la fin de l’après-midi. Ils faisaient plus ou moins le même tour tous les jours. Au début le jeunot avait eu du mal à suivre, mais en un mois, il s’était formé un nouveau souffle et de meilleures jambes.

En revanche, il ne s’était pas forgé un meilleur mental. Avoir le cœur suffisamment accroché pour dépecer sans sourciller, mais dans le même temps, il tremblait comme une feuille dès que la nuit tombait, et il fallait changer ses draps tous les matins. Alfred était un vieux bourrin, de l’ancienne école. Il n’avait guère d’estime pour les psys — tous des voleurs et des incapables — et selon lui, son neveu avait besoin de temps et de courage personnel. En attendant, la seule chose à faire, c’était de l’occuper au jour le jour. Malheureusement, les occupations cela manquait un peu dans le coin. Pour un peu, il se disait qu’il aurait dû mettre William en pension avec Didier. La règle stricte des réguliers lui aurait fait plus de bien que de longues promenades de chasse dans les bois. Mais son Juda de frère aurait refusé tout net. Il n’avait jamais surmonté son collège. À tout prendre c’était Jacques qui aurait eu besoin d’un psy. En attendant, Alfred ne pouvait pas faire plus que de proposer une vie de grand air et de silence.

« Oncle Alfred ?
— Qu’est-ce qu’il y a gamin ?
— C’est à propos de…»

Le p’tit hésitait. Alfred vit son visage se tordre entre plusieurs expressions. L’arrogance juvénile d’un séducteur, les rides et le regard vide d’un torturé, la morgue insolente d’un démon.

« N’en parle pas gamin. »

Le visage de William se contorsionner, et ses lèvres remuaient en silence. Les mots se bousculaient visiblement, chacun tentant d’empêcher les autres de sortir.

« Je ne sais pas ce que tu as. Et je ne veux pas le savoir. Dans quinze ans peut-être pour que je l’emporte avec mon dernier sacrement, si tu veux. »

William se tut. Il était… blessé. Et déçu. Il avait pensé… eh bien, il avait pensé que son oncle l’aiderait, quoi ? C’était pour ça qu’on l’avait envoyé là, non ? N’était-ce pas pour cela que son père et son psy c’étaient concertés en secret avant son départ ? Parce qu’il fallait quelqu’un qui puisse l’écouter et tout ?

« Fils. Ici, ce qui compte, c’est le silence. Bon, je ne suis pas un chartreux non plus. Mais ton histoire, je n’ai rien à en faire, et je ne suis pas marabout moi. Si tu es possédé, va te faire lire un évangile sur la tête, d’accord ? »

Alfred avait été brusque. Comme toujours. Mais dans le fond c’était vrai. Il voulait bien apprendre la vie, enfin des choses de la vie à son neveu, mais il ne savait guérir les ensorcelés, pas plus que les forcenés. Cela dit, il aimait bien son neveu. Au moins pour le moment. Ce qui lui ôtait quelques épines du pied. D’abord, un peu de compagnie, ce n’était pas toujours de refus, et cela le changeait de Didier. Ensuite…

« Je ne te l’avais pas dit, mais demain, il faudra qu’on retourne à Paray. J’ai pris rendez-vous hier avec Maître Casso.
— Je peux rester seul une journée, répondit l’adolescent. »

Pas mal, il avait réussi à contenir sa colère avant de répondre. Même si le reste de son corps criait sous l’impression d’être traité comme un gamin.

« Oh ! Mais il faut que tu viennes voir Maître Casso avec moi, ta présence est nécessaire tu voir. Pour solder de vieilles affaires de famille. »

William ne comprenait pas. Mais il n’était pas sûr de vouloir. À chacun ses problèmes. Et lui avait déjà les siens… ses ombres dans ses yeux. Il les sentait toujours. Il ne les voyait que du coin de l’œil, mais il savait qu’elles étaient là. Après ce qui était arrivé à Ulrich… ce qu’il avait fait à ses parents… Oui, William se méfiait de ses hallucinations. Elles n’étaient pas vraiment amicales, et plus réelles que fausse. Enfin, elles finiraient par l’être, comme toutes les autres. N’empêche, elles donnaient aussi des conseils utiles. Enfin, des conseils… des connaissances ? Non, plutôt un savoir-faire. C’est cela. Il ne savait pas tirer au fusil ou dépecer un cadavre, il le faisait, c’était tout. Et comme il ne conservait pas de souvenirs de l’avoir jamais fait auparavant, il savait que c’était un héritage de Xana. Une marque, une empreinte laissée par le maître sur son fidèle limier.

La plupart du temps, il se sentait étrangement détaché vis-à-vis de cela. Il savait que cela aurait dû l’inquiéter, mais… cela faisait partie de lui, son corps lui disait que c’était normal, et les tréfonds inconnus et mal contrôlés de son esprit lui disaient la même chose.

C’était rationnellement inquiétant, mais ce calme était aussi trop utile. Car il avait peur, peur que Xana n’ait pas fait que le marqué, mais ne l’ait modelé. Il les sentait, toutes les nuits, les ombres sournoises venaient, elles ressurgissaient du plus profond de ses tripes et le forçaient à se tenir, se maintenir. À rester en place, à ne pas céder aux réflexes qui demandaient son abandon, le renoncement.

Alors il utilisait ce calme, pour les garder à distance, les empêcher de venir. De lui-même il faisait un territoire à régenter. Il ordonnait, répartissait et statuait. Il luttait pour contrôler. Mais les ombres étaient sournoises : tantôt les bras, tantôt les oreilles ou la vessie… elles attaquaient de toute part et lui ne pouvait tout contrôler. Il avait tenté de se servir de ce que Jérémie lui avait dit de l’informatique et de la copie. Tenté de se coder lui-même, d’automatiser des scripts. En vain.

C’était toujours la nuit qu’elles venaient. Le jour il arrivait presque toujours à les discerner, à distinguer le réel du faux : bruits, images, odeurs. Sous le soleil, il faisait illusion. Mais la nuit… La nuit était leur domaine. Dans son lit ou dans la rue, étendu ou en nage d’avoir couru. Peu importait, il ne pouvait guère faire plus que les immobiliser. Et encore, toujours il devait faire retraite, leur abandonner une portion de son territoire et les laisser prendre et contrôler tantôt un muscle, tantôt son cœur ou sa mémoire.

Il écrivait tout, c’était sa seule ligne de survie pensait-il. Mais les mots changeaient. Seul ceux qu’il gravait dans le bois ou la pierre — à grand peine, faut-il le dire — survivaient inchangé. À tout le reste il ne pouvait qu’à peine se fier.

Son oncle. William s’était bercée d’espoir depuis une semaine, mais son oncle avait eu raison : il ne pouvait l’aider. Lui parler, c’était l’exposer, lui aussi changerait. Lui aussi serait damné pour l’éternité. Car c’était là la nouvelle nature de William : maudit ! Son oncle n’était qu’une nouvelle branche illusoire, elle aussi s’était retractée lorsqu’il avait voulu en saisir les fruits, de même que les médicaments et les sirops avaient fui sa gorge. Oh ! Elles avaient été efficaces les ombres ! il ne savait comment elles avaient fait, mais tout aide médicamenteuse passait directement de sa gorge à sa vessie toutes vannes ouvertes ! Sa gorge sèche de désir voyait fuir tout humidité. Il ne lui restait plus que les sombres et amers breuvages des ténèbres grandissantes !

Il se battait, luttait, regagnant une nuit ce qu’il avait perdu auparavant. S’il n’avait été calme et concentré, c’en eût été fini depuis longtemps, dans un grand cri d’angoisse. Mais non ! Tantale en son anathème ne pouvait être si facilement abjurés et être purifié.

Qu’était-ce que ces mots d’ailleurs ? Que voulaient-ils dire ? William ne savait pas. Il ne les avait jamais entendus de sa vie. Tantale remuait un vague souvenir, mais c’était tout. C’était encore Xana qui le tenait, qui l’avait fourré de compétences.

Il aurait dû paniquer, mais il était contraint à rester calme. Et c’était comme un automate qu’il marchait sur les berges de l’Arconce. Si seulement cela avait pu être son Léthé ! Mais il savait déjà que c’était impossible ! Comme Yumi il s’était tenu en haut du pont ! Comme elle il avait sauté entre Kadic et l’Usine maudite. Mais à son inverse, il s’était retrouvé sur la berge avant même que son pied ne touche pierre ou eau.

Alors il allait ignorant du chant des oiseaux, du poids du lapin à ses côtés et de la sueur coulant sur sa peau froide.

Il allait sans sentir l’ombre doucereuse des arbres les reflets du soleil sur l’eau vive.

Il allait sans voir le pont, relique de la terre et du travail des hommes.

Il allait sans percevoir la présence de son oncle à ses côtés, menhir qui le maintenait dans cette terre.

« Fils, arrête ! Là c’est toi qui irais presque trop vite pour mes vieilles jambes. Il est temps de faire une pause. ».

Il s’arrêtait toujours à cet endroit. Au deuxième pont. Un ouvrage de fer rouge qui détonnait dans le paysage.

« Tu voulais me parler, mais c’est à moi de le faire. Tu vois, ce pont ? C’est mon enfant, j’ai veillé sur lui pendant des années. Comme mon père et mon grand-père. C’était notre boulot de veiller sur la voie ferrée. Mais ton père, il ne voulait pas de ça. Oh ! Il avait raison. La voie a fermé. Ils nous ont abandonné ici à notre sort. Mais, c’était chez nous, tu vois ? Je suis resté, dans la cabane de cantonnier où nous avions grandi. Je l’ai un peu aménagé avec le temps. Mais de là, j’ai continué à veiller. J’ai mis un petit coup de peinture de temps en temps aussi. »

William se taisait. Comme toujours. Mais il semblait presque moins taciturne et tourné en lui-même. Alfred avait été comme ça. Étrangement, les années l’avaient un peu adouci, mais surtout, il avait appris qu’il devait se rendre meilleur pour vivre et survivre. Il l’avait appris et compris trop tard, après des années à macérer dans la rancœur. Trop longtemps. Il doutait de pouvoir jamais s’en débarrasser. Mais il avait compris que c’était malsain. Il ne pouvait pas vivre contre le monde. Il ne pouvait pas ne voir qu’insulte, injure, menace et mal.

Il ne savait si on pouvait enseigner vraiment ces leçons autrement que par l’exemple, par un long et lent compagnonnage. Mais il savait aussi que William n’avait sans doute pas ce temps-là. Bientôt il serait… non pas trop tard, mais redresser la barre deviendrait bien plus difficile.

« Ce chemin de fer. Il m’a toujours fait rêver. C’était la promesse d’un avenir. La promesse d’un autre monde. Mais il n’y a qu’un seul monde. Et certains ne peuvent embarquer sans condamner le voyage des autres.

« Un temps, j’ai eu la velléité de collectionner les petits trains. J’ai toujours aimé accumuler des choses. Jusqu’au jour où j’ai compris que ces parcours, ces réseaux que je dessinais dans ma cave n’était que des liens qui me tenaient, qui m’empêchait d’avouer ce que je savais vrai. Ce n’était que des tours de passe-passe, des leurres distrayants. La vraie vie, vois-tu, est ici… »

Et voilà, il ne savait comment finir son discours. Il n’était même pas sûr qu’il avait réussi à faire comprendre l’essentiel. Mais bon Dieu ! Qu’il était difficile de dire sans dire !

« Oncle Alfred ! »

la voie de William tremblait d’angoisse. Il tendait le bras, pointait l’entrée du pont, de l’autre côté de la rivière.

Il y avait des hommes. Pas des chasseurs. Pas même du dimanche. Des gars en costume noirs. Des caricatures de garde du corps.

Alfred les reconnaissait. Enfin, reconnaissait leur espèce et savait pourquoi ils étaient là.

Ils étaient venus à bord d’une voiture rouge et s’affairait à en sortir un gars. C’était la pause toilette.

Bientôt le gars leur tournerait le dos. Parfois il tentait de fuir. Le plus souvent non. Ils avaient déjà compris.

Dans tous les cas, cela finissait par une balle dans le dos et un gonflement des statistiques de morts dues à la chasse.

Fermez le ban, il n’y avait rien avoir.

Bien sûr, les bourreaux savaient qu’Alfred vivait dans le coin et les avait vu. Ils savaient depuis longtemps.

« Viens William, il faut qu’on y aille, il y a encore un bon bout de chemin à faire. ».

Alfred saisit son neveu par l’épaule et l’entraîna brusquement en tournant le dos au condamné.

Qu’est-ce qui pouvait bien effrayer son neveu à ce point ?

*****


La nuit était tombée. Vite et tôt. Mais août était déjà bien avancé. Ceci expliquait cela.

William et son oncle avaient mangé en silence avant de s’enfoncer dans une partie d’échec. Une fois de plus William allait gagner. Pour quelqu’un qui disait n’avoir jamais joué avant sa venue ici, c’était surprenant de voir à quelle vitesse il était devenu bon.

BANG ! BANG ! BANG !
Le gond résonna trois fois dans la maison.

Les deux joueurs sursautèrent. L’un se mit à regarder autour de lui comme si des obus allaient tomber et des balles fuser. L’autre était surpris. C’était la première fois en vingt ans que des visiteurs utilisait le gond. Conclusion : c’étaient des étrangers. Et à cette heure, il doutait que ce fusse des randonneurs ou une famille avec un pneu crevé — à dix kilomètres de la départementale ?

Alfred se leva.

« Reste-là et pense à ton prochain coup. Ta Reine est morte, tes cavaliers aussi et tu n’as plus qu’un fou et une tour. Je pense te mettre mat dans dix coups. »

Alfred se rendit dans l’entrée et à bout de bras ouvrit la porte.

Deux hommes en noirs se dressaient dans l’encadrure.

« Monsieur Dunbar ?
— Qui êtes-vous ?
— Vous n’avez pas à le savoir et même nous ne le savons plus vraiment.
— Écoutez, si c’est à propos de cet après-midi, je vous assure que rien n’a changé et qu’il n’a…
— Nous voudrions voir le sujet X. Anthéa2.
— Pardon, la chose dans la coquille restant de votre neveu William. Compléta le deuxième homme ne noir, afin de clarifier les dire de son oubliable collègue »

Alfred sentit son sang bouillir. On ne s’en prenait pas à sa famille, et certainement pas sous son toit. Le repose parapluie se trouvait juste à sa droite et dedans son fusil de chasse. Dans la maison, il ne le cassait jamais. Il le saisit par le canon et frappa le plus proche des hommes en noirs à la mâchoire avec la crosse avant de reculer de trois pas.

Les deux représentants de la force publiques étaient visiblement sous le choc : ils ne s’attendaient pas à de la résistance, du moins pas sous une forme physique et armée. D’autant que le choc de la crosse et du menton avait été tellement violent que la victime avait perdu l’équilibre et aurait fini à terre n’était la présence d’esprit de son collègue qui avait pu la rattraper du bras. Mais c’était autant de temps et d’énergie passés sur le passé, alors que le combat n’était pas fini.

Alfred avait pu mettre ce très bref intervalle de temps à profit. Son fusil remonté, il tira. À cette distance, il n’avait pas besoin de viser. Le coup parti et atteignit l’agent numéro deux à l’épaule.

William avait été surpris. C’était la première fois que son oncle avait de la visite, qui plus est à cette heure. Surtout, il repensait à la scène de l’après-midi. Il se demandait bien ce que son oncle avait voulu lui cacher. Bien sûr, la réponse était sur le bout de sa langue. Il n’avait qu’une petite capitulation à faire et il saurait. Les ombres avaient les réponses. Du moins, c’était l’une des marques qu’elles avaient laissées dans son esprit. Vrai ? Faux ? Pour le savoir il fallait d’abord se maudire. Et puis, William ne pouvait-il avoir confiance en son oncle ? Peut-être qu’il avait juste fait cela pour le protéger ou l’épargner. Cela lui laissait un goût amer dans la bouche. N’était-il encore qu’un gosse auprès de son oncle ? Ne lui avait-il pas montré qu’il était digne de confiance ?

William était déçu. Il croyait… Enfin quoi, il pensait qu’avec son oncle se serait…

Non, c’était différent. Auprès de lui… il avait été pesé, et trouvé léger. Pour la première fois de sa vie.

William se demandait comment combler ce manque lorsqu’un grand cri jaillit.

Aussitôt, il se précipita dans le couloir d’entrée.

Là ! Son oncle un fusil à la main et en face de lui, deux hommes en noirs. L’un sortait une arme d’un holster caché sous sa veste et l’autre se tenait l’épaule de la main. Du sang coulait entre ses doigts.

Une migraine saisit William face à cette vision de rouge et de noir. Il se plia en deux de douleurs. Tentant de retenir ses cris, il laissa des grognements lui échapper.

Du coin de l’œil Alfred vu que son neveu était arrivé. Vu la situation, il eût été préférable qu’il prenne la fuite.

Les hommes en noir ne se laissèrent pas distraire par cette arrivée, eux. Certes, l’un était blessé, mais l’autre n’était que surpris. Quoique cela multiplia par trois son temps de réponse, cela ne voulait pas dire qu’il ne finit pas par se ressaisir.

Ayant sorti son arme, il se mit en position. Ces ordres étaient précis et nécessité faisait loi.

Il tira sur Alfred.

Ce dernier hurla de douleur alors que la balle alla se ficher dans son épaule. Cette fois-ci, pas d’adrénaline pour lui donner de la présence d’esprit. Du moins pas plus qu’il n’en fallait pour faire le constat qu’il ne pouvait plus tirer. Pour employer son fusil, il lui fallait ses deux mains.

Il ne lui restait donc plus qu’une ou deux choses à faire.

« William ! Pars ! Ils sont là pour toi ! »

Prévenir son neveu donc.

Maintenant, il ne lui restait plus qu’à prier. Ses derniers instants étaient imminents.

Dommage. Il aurait bien voulu finir le boulot qu’il avait commencé avec son neveu. Il ne pouvait que souhaiter qu’il en eût fait assez.

Le tireur lui dirigea son arme vers William. Maintenant que le vieil homme était hors d’état de nuire…

« Gamin ! La ferme ! Couche-toi sur le sol. Mon collègue va venir te menotter. Si tu n’obéis pas, je logerai une balle dans ton genou, cela te fera plier. »

Entendant son collègue l’appeler, l’agent blessé sorti de son hébétude et se releva. En s’appuyant sur le mur à sa droite, afin d’éviter de croiser la ligne de tir. Il ne fallait quand même pas donner une occasion…

« RAAAAAAAAAAAH ! »

Dans un hurlement de rage et de douleur, William et le spectre se jetèrent sur les ennemis. Devant les yeux ébahis des agents, la silhouette de l’adolescent sembla se troubler et ses membres devenir fumées. Ses yeux se noircirent, et une aura de flammes noires sembla se matérialiser autour de lui. En un instant il était devant eux.

Une détonation retentit.

Une balle partit.

Elle ne fut jamais revue.

À peine avait-il tiré que l’agent sentit le poing de William s’écraser sur son nez. D’un formidable crochet du droit, le forcené envoyé son ennemi valser à la rencontre du mur. Le choc coupa le souffle de l’assassin qui s’effondra sur son infortuné collègue. Ce dernier ne connut pas non plus de répit, puisque un puissant coup de pied dans l’estomac s’assura qu’il ne se relèverait pas de suite.

Œuvrant pour la gloire de son maître et la survie de son enveloppe, le possédé commença à rouer de coups les hommes en noirs. Une fois rassuré quant au fait qu’ils n’étaient plus en mesure de lui résister, il se releva et entrepris de concentrer de vastes quantités d’énergie dans ses mains.

Bientôt, une odeur de chair brûlée envahit la maison et se mêla aux effluves de lavande.

William s’effondra sur le mur, face à un amas de chair calciné, offrande faite en son nom et en mémoire de Xana. Il essaya de comprendre ce qui avait bien pu se passer. Une chose était sûre. Les hallucinations l’avaient emporté sur lui… Non ! C’était faux ! Il leur avait cédé. Il avait eu peur, et voir son oncle blessé l’avait enragé. Il avait eu besoin de puiser dans leurs sombres pouvoirs. N’était-ce pas là ce qu’elles lui promettaient à longueur de nuit ? N’était-ce donc pas ce que lui avait montré Xana ?

Et maintenant, il avait deux cadavres devant lui. Vision trop ordinaire, trop peu secouante à son goût. Deux cadavres consumés. De sa propre main. Oh ! Ce pouvait bien être Xana qui avait agi, mais c’était lui qui l’avait autorisé. Et il en avait su suffisamment pour savoir comment cela finirait.

Il… William se redressa. Son oncle venait de l’appeler en gémissant.

« Fiston. Tu es là ?
— Je suis là.
— Hé ! C’est un joli feu que tu nous a fait là.
— Oncle Alfred, je…
— On s’en fiche. Je n’en ai plus pour longtemps.
— Je vais appeler le SAMU !
— Même en hélico, ils mettront trop de temps à venir. Et cela te plongerait dans plein d’ennui. »

Alfred saisit son neveu par le bras. Il ne lui restait plus tant de forces que cela.

« Écoute, fils. Ces gars-là, ils ne sont pas venus pour moi. Ni pour ce que nous avons vu l’autre jour. Même si entre nos cadavres ou les gars de l’Arconce c’est du pareil au même en termes de méthode et de patron. Ils venaient pour toi.
— Moi ?
— Oui, et tu te doute bien du pourquoi, non ? Tu ne peux pas m’emmener à l’hôpital. Ils ne te laisseront jamais tranquille. Ni ce soir, ni jamais.
— Mais…
— Tais-toi. Ça fait un mal de chien. Tu peux rester si tu veux, ou te livrer à eux. Ou tu peux faire ce que tu dois. Prends une de leurs armes avec un tissu. Tu va-t’en servir pour me tirer une autre balle dans le cœur. Ensuite tu mettras le feu à la maison. Utilise une des lampes à huile, met-la dans ma main et brise là. Ce sera le départ de ton feu. Compris ? Cela devrait les faire douter. Ils se diront que leurs agents et moi nous sommes entre-tués et que tu n’étais pas là.
— Cela ne marchera jamais. Et puis je vais faire quoi ? Je peux pas disparaître. »

Alfred ricane douloureusement en lui répondant :

« J’espère que tu aimes chanter. Va à Paray, trouve Didier. C’est les cessions de la communauté en ce moment. tu devrais pouvoir te cacher… tu va devoir supporter beaucoup de chant.
— Didier ?
— Il pourra t’aider. Personne ne fait trop attention aux gars comme lui. Tu va devoir disparaître. Mais je crois que te mettre en retraite un moment ne va pas te faire de mal, non ?

William avait envie de pleurer.

Non, il pleurait. C’était… c’était la première fois qu’une mort le touchait.

Cela n’avait pas duré longtemps, mais… son oncle avait pris une grande place dans son cœur. Il venait de le comprendre. Ses parents avaient voulu se débarrasser de lui. Il était devenu encombrant. Ils avaient aussi voulu le punir. Sans doute. Mais, ici, avec son oncle, il avait trouvé… un début de chemin. En lui, il avait commencé à se confier et être délivré. Avec lui, il avait commencé à traverser les ravins de la mort. Saurait-il ne plus craindre, maintenant qu’il n’était plus pour le guider et le rassurer, tel un bâton de vieillesse ?

Il pouvait rester. S’immoler.

Ou se rendre.

Aux hommes.

À Xana.

Qu’importait.

Mais il pouvait aussi, cesser de fuir. Habiter dans la maison qu’il avait commencée à construire, pour tout les jours de sa vie.

Sa décision était prise.

« Adieu mon oncle. Je suis désolé.

— J’ai bien vécu. À Dieu, mon fils. Sois béni.

William se leva. Il effectua consciencieusement les tâches décrites par son oncle et maquilla la bataille et sa fuite. Durant ce laps de temps, les hallucinations revinrent. Des voies venaient lui expliquer comment armer les pistolets. Des idées lui venaient, décrivant la meilleure manière de faire partir le feu.

Sans écouter, il se concentra sur les paroles de son oncle.

Ayant mis le feu, il se saisit de quelques affaires, sortit par le hall et franchit la porte. Il se retourna une dernière fois et s’agenouilla en honneur de celui qui avait été et resterait son berger. Son père.
Puis il referma la porte et s’en fut.

Adieu mes quinze ans.
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Icer MessagePosté le: Dim 21 Mai 2023 17:11   Sujet du message: Répondre en citant  
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Ah ouais. Effectivement, un texte différent du premier... je l'ai préféré. Pas uniquement parce qu'il y a William dedans bien sûr. Il y a un peu plus de réflexion sur le scénario, et cela nous offre une suite originale mais tout à fait envisageable des conséquences du retour de Dunbar à l'issue de la saison 4. Un genre de poids des souvenirs de Dyssery version OS ? Dans l'esprit, en quelque sorte.

Du reste, on retrouve en parallèle ton style de la première fois, parfois un peu acide, mais riche en détails, parfois croustillants.

Enfin, mention spéciale pour ce focus sur la France des territoires. Ce n'est pas si souvent, alors que Code Lyoko reste basiquement un ode à la France urbaine, celle du neuf deux, des nantis. Avec ce bol d'air frais et non pollué, tu nous proposes de nous rappeler que notre pays, c'est aussi celle des... gilets jaunes ? Mais je m'égare.

Comme la dernière fois, j'ai aussi fait un relevé.

Spoiler


Hum, j'ai l'impression qu'il y en a davantage qu'avant. C'est un peu dommage, et un point de vigilance pour la suite, sans doute. Mais à part ça, je trouve globalement que la pente est ascendante par rapport au premier. Il y a encore un côté surjoué sur certaines séquences, que ce soit sur le fond (avec des éléments un peu wtf qui popent parfois de nulle part) et une forme parfois peut-être excessive. Malgré tout, je suis curieux de voir le prochain essai, c'est le cas de le dire.

@+ dans le bus !

_________________
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