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 Auteur Message
Sorrow MessagePosté le: Mer 07 Fév 2018 21:14   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kankrelat]


Inscrit le: 04 Nov 2017
Messages: 13
Localisation: Sur un arbre perché
Spoiler


Chapitre 6
Clara


Quelque chose dérangeait Odd depuis son arrivée à la gare, et il n’arrivait pas à mettre précisément le doigt dessus. Enfin, déranger était peut-être un bien grand mot. Ce n’était certainement pas les coups d’œil intrigués des gens, ça, il avait l’habitude. Alors quoi ?
Il était en compagnie de ses parents. Son père était un genre de rescapé des années 80, avec ses cheveux blonds qui cascadaient sur ses épaules, et une frange des plus douteuses selon les goûts de notre époque. Cela avait le mérite de s’accorder parfaitement avec les strass sur le col de son blouson. Sa mère, elle, avait une énorme dent plantée dans l’oreille droite, ainsi qu’une coupe de cheveux un peu alambiquée dans laquelle étaient glissés plusieurs rubans, et un jean déchiré au genou. Pour une fois, Odd n’était pas le plus voyant du coin. Il les suivait, sa fière chevelure dressée vers le plafond de la gare, emmitouflé dans sa veste violette, son sac à dos entre les omoplates. Alors qu’ils partaient vérifier la voie de départ de leur train, Odd reçut une tape enjouée sur l’épaule.
— C’est bon, il y avait des M&M’s au distributeur, on est sauvés !
Jeanne, égale à elle-même, avait des préférences très marquées en termes de grignotage, et ce n’était pas surprenant que ses confiseries favorites soient aussi hautes en couleur qu’elle. Odd lui sourit. L’excursion était une idée de ses parents, qui lui avaient proposé de passer un week-end dans une autre ville, pour se détendre loin de Kadic qui semblait faire du mal au moral de leur rejeton. Il avait accepté avec joie, en profitant pour choisir la destination. Mais quelle n’avait pas été sa surprise en découvrant Jeanne devant l’entrée de la gare, les attendant de pied ferme ! Les parents du blondinet avaient ajouté ce petit détail dans son dos, convaincus que la présence de la jeune fille lui ferait le plus grand bien. Ce n’était pas faux en soi, mais Odd avait d’autres projets pour ce week-end.

Les deux adolescents filèrent rejoindre le couple Della Robbia, qui avait enfin repéré le numéro de la voie (après deux minutes de doute très animé sur le train, « Mais si c’est celui-là regarde ! » « T’es sûre ? Celui-ci aussi s’arrête à Orléans ! ») et s’apprêtait donc à aller embarquer. Une volée de marches plus tard, ils étaient tous les quatre à l’air libre, et Odd mit le doigt sur ce qui le dérangeait.
Il se sentait bien. Libre. Oui c’était le mot. En voyant cet immense quai et ces rails qui s’élançaient à l’assaut de l’infini, il réalisa qu’il pouvait aller où il voulait. Que, si vraiment c’était son souhait, il pouvait partir et ne pas revenir du tout. Plus de Jérémie Belpois, plus de Supercalculateur, plus de monde virtuel psychopathe, plus de cauchemars, plus d’angoisse. Le soleil choisit ce moment pour sortir de derrière un nuage et l’éblouir. La main en visière, il admira la carlingue poussiéreuse du train, qui était déjà las de ces voyages incessants. Puis il s’aperçut que les autres étaient déjà bien loin devant, et qu’il était temps de les rattraper. Ce qu’il fit.
Les parents d’Odd réalisèrent, un peu tard, qu’ils n’avaient pas réservé un carré mais deux fois deux sièges. Mme Della Robbia poussa un soupir attendri devant l’étourderie de son mari, puis aida Jeanne à monter sa valise. Odd, lui, n’avait embarqué que son sac à dos pour le week-end. Il y eut un grand débat entre les deux adolescents pour savoir qui prendrait la place à la fenêtre, bouchant l’allée de la voiture pour cinq bonnes minutes jusqu’à ce que quelqu’un derrière leur demande de se décider rapidement. Prenant l’ordre au pied de la lettre, Odd se rua malicieusement sur la place convoitée, laissant par la force des choses le côté couloir à Jeanne.
Tandis qu’elle pianotait un SMS sur son portable, probablement pour rassurer ses parents, Odd cala son sac entre ses jambes et regarda au dehors. Le soleil brillait encore fort, et le reflet sur les rails de la voie d’à côté semblait promettre une bonne journée. Après quelques minutes d’attente, le train s’ébranla, droit vers Orléans.

— Eh, ça te dit de jouer à un jeu ? proposa Jeanne en posant son paquet de M&M’s sur la tablette fixée devant son siège.
— Tu vas encore inventer les règles au fur et à mesure ! protesta Odd.
— Ah ouais ? Alors regarde, c’est facile. Il y a cinq couleurs de M&M’s. Tu en pioches un, on regarde la couleur, et ça détermine ce qui se passe. Rouge, tu réponds à une question perso.
Le sourire perfide de Jeanne en disait long sur ce qu’elle pouvait déjà avoir en tête comme idées. Odd n’avait jamais été un grand fan des jeux type Action/Vérité, mais cela pouvait permettre de passer le temps…
— Et les autres ?
— Mh…fit-elle, subitement embêtée parce qu’elle devait improviser d’autres idées. Vert il ne se passe rien, tu peux le manger tranquillement.
— Ouais, je t’ai connue plus douée pour inventer des règles hein…
— J’invente pas, et j’avais pas fini ! Bleu, tu dois répondre à une question sur l’autre, par exemple pour voir si tu sais quelle est ma couleur préférée. Ça ou alors un truc plus compliqué hein, ça dépendra de si tu continues à critiquer… répliqua Jeanne avec un sourire perfide.
— Ok, alors on va dire que si tu pioches un orange, tu dois dessiner un truc et me faire deviner ce que c’est.
— Eh ! C’est moi qui choisis !
— Moi aussi je peux choisir ! répliqua Odd avec un air moqueur. T’as peur de trop mal dessiner ?
— Si c’est comme ça, le jaune, je te le jette à la figure et tu dois l’esquiver ! Si t’y arrives pas, je le mange, sinon c’est toi.
Se prenant au jeu, Odd ouvrit le paquet et les hostilités. C’était un vert : rien à signaler. Lorsqu’il le croqua, il eut la sensation de l’apprécier bien plus que ce qu’il aurait dû. Jeanne fit la moue et piocha à son tour. Un bleu.
— Donc là je te pose une question sur moi ? vérifia le blondinet.
Elle hocha la tête, et croqua la friandise. Odd n’était pas certain qu’il soit autorisé de manger avant d’avoir répondu, mais il choisit de laisser passer pour cette fois. Après mûre réflexion, il demanda, tout fier :
— Quel est mon groupe de musique préféré ?
— Les Subdigitals, Odd. Je t’avais même dit que t’avais aucune originalité.
Dépité par le manque d’efficacité de sa question, Odd replongea la main dans le paquet infernal. Cette fois, c’était un M&M’s jaune. Il le jeta sans ménagement sur Jeanne, il rebondit sur la tempe de la jeune fille avec un petit poc, et alla se perdre au sol.
— Eh ben bravo ! fit-elle, boudeuse.
— Règle des cinq secondes ! s’écria Odd, avant de plonger entre les sièges avec l’allure d’un martin-pêcheur pour sauver la confiserie naufragée.
Il l’ingurgita avec une certaine fierté. Pour l’instant, il s’en sortait bien, et ce jeu était drôle, malgré les regards agacés que lui lançaient les autres voyageurs. Quoi, avait-il hurlé trop fort ? Oh, si peu !
— Ha, vert ! se moqua Jeanne.
— Zut, soupira Odd en piochant.

Il vit l’orbe rouge rouler entre ses doigts, et retint son souffle. C’était assurément là que viendrait la question la plus critique. Jeanne l’observa avec autant de déférence que lui, et resta longuement silencieuse. Et moins elle parlait, moins Odd se sentait serein.
— Est-ce que… tu apprécies vraiment Yumi Ishiyama et Jérémie Belpois ?
Gloups. Il s’attendait à ce qu’elle soit moins directe, mais non, c’était Jeanne hein… Cette fille allait le tuer un jour. Pour l’heure, il fallait jouer serré. Lui mentir serait compliqué, mais il ne pouvait pas non plus lui avouer qu’il traînait avec eux sous quelque forme de contrainte que ce soit, sinon c’était prendre le risque qu’elle aille tout balancer à Jim. Et là, il serait doublement dans la merde.
— Mouais ça va, ils sont assez sympas pour que je traîne avec, fit-il d’un air désinvolte.
— Odd ! s’indigna Jeanne. On répond honnêtement !
— Jeanne, j’ai personne d’autre dans ma classe qui s’intéresse à moi. Je préfère encore eux qu’être tout seul, murmura-t-il avec son air d’enfant battu. Être tout seul, c’est trop…
Il déglutit, simula le début d’une crise de larmes. Jeanne calma le jeu en piochant un M&M’s jaune et en lui jetant à la figure. Ce n’était pas l’endroit, ni le moment. Il le rattrapa alors qu’il fuyait sur ses genoux, et le rendit à sa légitime propriétaire, bon joueur.

— Bleu, annonça Odd.
— Ok, alors… quel est mon deuxième prénom ?
Il la regarda avec des yeux plus larges que le plat à tarte de sa mère. Qu’est-ce que c’était que cette question ?! Elle lui retourna un air satisfait et fit :
— Marie.
— Ah. J’aurais pas deviné, avoua-t-il.
Elle piocha un rouge. Odd prit cet air carnassier, bien résolu à lui faire payer l’embarras dans lequel elle l’avait mis.
— Alors… Quel mec tu trouves le plus mignon, au collège ?


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Je me souviens de tout.

De mes profs de primaire qui me disaient que le foot c'était pas un métier, des intellos qui m'ont toujours méprisé, des grands costauds qui m'ont humilié, des pros du penchak-silat qui ont d'abord pris de haut le petit gars timide que j'étais, puis des nuits blanches, des matins noirs, des feuilles raturées, des stylos asséchés, des mains douloureuses.
C'était l'époque où j'avais envie de loger une balle entre les deux yeux des pandas qui n'étaient pas foutus de baiser pour sauver leur espèce.

Je me souviens qu'un jour, alors que l'espoir n'était plus qu'un lointain souvenir, je suis passé du noir à la lumière. Cette lumière qui me nique les yeux, parce que je m'étais habitué à l'obscurité des abysses. Je notais inlassablement tout ce qui se passait dans ma vie car, quelque part, je savais que j'étais voué à quelque chose de « plus grand ».
Et je ne me suis pas trompé.

Le jour où Jérémie et Yumi m'ont tout balancé, j'ai compris que c'était cela que j'avais attendu toute ma vie. Le doux frisson provoqué par l'adrénaline, la caresse parfois brutale du danger et, surtout, la possibilité d'accomplir des exploits sportifs épatants. Si j'aime Xanadu, ce n'est pas pour la beauté des lieux ni même pour les créatures que le monde virtuel renferme. Ce qui me botte dans tout ça, c'est la possibilité de courir à tout-va, de me dépenser comme jamais je ne pourrais le faire sur Terre. Car, là, il y a un enjeu. Une quête. Quelqu'un à retrouver. Un univers à sauver.

Vivre pour et par ses émotions est un choix, une montagne russe sensationnelle que l'on vit au quotidien mais qui n'est pas toujours spécialement confortable. Vivre au plus près de ses émotions, ça peut aussi s'avérer très destructeur, ça peut vous broyer de l'intérieur. Tout le monde n'a pas les nerfs pour supporter un tel stress permanent, Odd en est l'exemple parfait. C'est d'ailleurs pour ça que je me suis rapproché de Jeanne à la base. Encore un moyen pour le surveiller, tout en veillant aussi à ce que le côté fouine de Crohin ne nous porte pas préjudice. D'une pierre deux coups.

Malgré tout, avec le temps, les messages échangés, il est fort probable que je sois tombé dans ce que l'humain lambda appellerait « le début d'une relation amoureuse ». Et ça ne me déplaît pas vraiment. Du moins, pas encore... Pourtant, je suis du genre à vite me lasser. Des filles, des cours, de la famille... Xanadu est sans conteste ma plus longue histoire, avec le foot et les arts martiaux bien entendu. Et pour ce qui est de l'amour, eh bien, je pense que la relation la plus solide, la dernière vraiment durable, avant Jeanne, ça devait être... notre ancienne recrue.

Comprendre ce qui se trame dans l'esprit de cette chère Clara Loess à l'heure actuelle, autant rechercher les racines du brouillard... Même si ses traits sont peu à peu anéantis par l'oubli, le choc des dévirtualisations sur mon pauvre crâne n'aidant pas, je la revois encore souvent en songe. Je ne suis plus amoureux, bien sûr, mais je ne peux m'empêcher de repenser à ce qui s'est passé. Les cris, les pleurs, la souffrance... Elle a eu sa dose.
Comme nous tous.
Mais dans son cas, autant Xanadu est sadique, il faut reconnaître que notre leader a aussi été un peu loin. Dans ses paroles comme dans ses actes. Les souvenirs sont confus mais le sang versé reste, tachant ma mémoire de ses reflets pourpres.
Elle était pourtant douée virtuellement parlant, vive et extrêmement intuitive. Comme avec Yumi, c'était cette amicale rivalité qui nous faisait tenir face aux coups incessants des bestioles formées par les volutes de fumée sombre.

Un éclair roux dans la brume semi-opaque et le souci était bien souvent réglé. Mais, il y avait un mais. Le post-Xanadu lui posait énormément problème, je n'ai pas compté le nombre de fois où ça se passait vraiment mal mais c'était le cas lors de 60% des dévirtualisations environ. Quelques fois donc, elle se portait comme un charme après avoir vaillamment combattu mais la plupart du temps, c'était le chaos, dans sa tête comme dans son corps. Au début pourtant, ça se passait si bien ! A croire que son état s'est détérioré avec le temps... Ça ne m'arrivera pas, et ça n'arrivera plus, j'y veillerai.


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Non, il ne voulait pas qu’elle lui prenne son sac.
Il claqua sèchement la portière de la voiture violette de sa mère, couleur qu’il abhorrait entre toutes, et s’empressa de récupérer sa valise gris acier dans le coffre, avec un regard dédaigneux pour tout le fatras inutile qui y traînait. Il remonta l’allée pavée derrière sa mère, le visage aussi fermé qu’à l’accoutumée. Peut-être plus encore. Il ne voulait pas rentrer ici.

— Alors mon chéri, c’était comment l’école cette semaine ? essaya Agnès Belpois en tournant la clé dans la serrure.
— Super.
Elle pouvait toujours courir pour qu’il lui raconte quoi que ce soit. Elle avait déjà reçu son bulletin du trimestre, ça lui suffirait largement. Elle n’avait jamais été difficile sur ses bulletins de notes, elle.
— Tu t’assieds toujours à côté de Yumi en classe ? essaya-t-elle encore en ôtant ses chaussures, luttant désespérément contre le fantôme de son époux qu’elle voyait trait pour trait en son fils.
Comme si ça t’intéressait vraiment.

Jérémie déboutonna sèchement sa veste bleu marine en marmonnant un acquiescement, ôta ses baskets grises, et embarqua sa valise et son sac à dos à l’étage sous l’œil désespéré de sa mère. Il fuyait presque tous les endroits de cette maison désormais. Le salon avait viré à la cacophonie de couleurs, alors que les grands physiciens se retrouvaient au grenier. Il avait en personne rapatrié la photo d’aurore boréale dans sa chambre, estimant qu’elle ne trouvait plus sa place là en bas. Quant à Albert Einstein, injustement ôté de la salle à manger, il avait trouvé un nouveau foyer dans sa chambre d’internat.
Et puis de toute façon, il était trop vieux pour descendre jouer à la console maintenant. Il avait trouvé bien mieux.
Il passa devant la porte du bureau de son père. Enfin, l’ancienne porte du bureau de son père. Sacrilège suprême, cette pièce sainte avait également succombé à la disparition de son maître. Elle était désormais recyclée en atelier peinture, comme si sa mère avait eu le moindre talent artistique qui justifiât de chasser la physique quantique hors de ses murs. Là aussi, Jérémie avait bataillé pour exfiltrer le maximum, et il avait notamment trouvé des documents sur le Supercalculateur qu’il avait longuement lus à la lumière d’une torche, sous sa couette. « On dormira quand on sera morts » n’avait jamais été l’adage d’Agnès Belpois, qui venait scrupuleusement vérifier qu’il respectait le couvre-feu. Jim avait au moins la qualité d’être laxiste.

Jérémie octroya un regard méprisant à la cage du cochon d’Inde dans un coin de sa chambre. Ça sentait mauvais, ça faisait du bruit qui l’empêchait de se concentrer, et c’était stupide. Comme quoi il manquait de compagnie et le petit rongeur était supposé l’aider à développer des liens. En guise de mépris affiché, Jérémie l’avait appelé Aristote. Sérieusement, quelqu’un qui découpait la physique en éléments (autres que ceux du sacro-saint tableau périodique) ne méritait pas mieux. Bien entendu, l’animal était une idée lumineuse de sa mère… et de son nouveau copain.
Jérémie inspecta scrupuleusement sa chambre, du tapis à la couette en passant par les moindres recoins de son bureau. Rien ne paraissait avoir bougé. Il posa son sac, sortit son PC portable qui retourna à sa place attitrée, et…
— Salut Jérèm !
Quelqu’un venait de lui ébouriffer les cheveux. Jérémie sentit tous ses poils se hérisser de fureur et se dégagea, heurtant son regard courroucé à la bonne bouille du copain de sa mère. Un dénommé Benoît, toujours à sourire, avec la canine droite un peu de travers et les cheveux bruns en bataille. Plus jeune qu’elle, ça ne faisait aucun doute, mais ça ne l’empêchait pas de la faire rire. En fait, le seul obstacle au retour de la joie dans le foyer Belpois semblait bel et bien être l’ombre de Ludwig… projetée par Jérémie.

— Alors t’es content de rentrer ? Ta mère et moi on se proposait de t’emmener au McDo pour ce soir et…
— Génial, c’est vrai que je mange pas assez dans le bruit à la cantine, lâcha sèchement Jérémie.
— Ouais bon vu comme ça je comprends. Tu préfères autre chose ? s’enquit son pseudo beau-père.
Jérémie haussa froidement les épaules. Pour qui il se prenait, franchement ? Il pensait vraiment pouvoir remplacer son père, là, comme ça ? Il n’avait ni le panache, ni l’intellect. Pas la peine d’espérer créer des liens avec lui en l’emmenant au McDo. Ludwig n’aurait jamais fait ça.
— Et euh… ça va les cours ?
— Toujours.
Le collégien vivait avec la certitude que s’il continuait à oublier l’existence de ce type, il finirait peut-être par ne plus exister. Malheureusement, cette stratégie ne portait pas ses fruits, et Benoît était toujours là, à essayer de faire semblant d’être son père. Sauf qu’il ne l’était pas, et ne le serait jamais.
— Dernière question et après je te laisse tranquille promis !… Un abonnement à Science et Vie Junior pour ton Noël, ça te tenterait ?
— Science et Vie tout court s’il te plaît, répondit poliment Jérémie, là encore sans trop développer.

Une fois Benoît parti de sa chambre, Jérémie poussa un profond soupir las. Le week-end allait être interminable. Il avait beau habiter près de Kadic, c’était lui-même qui avait demandé l’internat pour pouvoir travailler plus facilement sur le Supercalculateur. Sa mère l’avait mal vécu, mais il avait habilement joué sur le fait qu’il ne resterait pas à la maison pour toujours.
Il s’assit sur son lit, son téléphone portable entre les doigts. Un texto de Yumi.
« Ce moment où je m’aperçois qu’Hiroki a fini le dernier paquet de cookies… »
Un rictus amusé sur le visage en visualisant la scène, Jérémie envoya ses condoléances à la jeune fille. Il envoya son texto, avant de constater qu’il en avait reçu un deuxième. C’était de la part d’Ulrich.

Jérémie se souvenait très bien du jour où le poids du secret n'avait plus seulement été divisé en deux meilleurs amis – Yumi et lui – mais bien en trois. Ce fameux jour où la bande s'était formée. Enfin, la bande d'origine bien entendu, sans le rajout que fut Odd par la suite. Poser l'acte de recrutement avait été difficile mais néanmoins indispensable. Il avait envisagé mille possibilités, que ce soit dans sa classe ou autre (même un adulte comme Jim !), mais son choix s'était finalement porté sur un élève plus âgé que Yumi et lui. Le beau gosse de Kadic, la pire idée sur papier non ? A la base, Jérémie et Yumi recherchaient plutôt quelqu'un de discret, comme Sorya ou Jean-Baptiste, l'opposé de Ulrich Stern donc. Quoique celui-ci n'était même pas exubérant, du moins pas volontairement, mais sa présence ne laissait personne indifférent. C'était simple : les garçons se sentaient soit rabaissés soit jaloux (voire les deux) et les filles se mettaient bêtement en compétition quand leurs physiques le permettaient. Pourquoi Ulrich donc ? Déjà parce que c'était un atout sportif indéniable, sans doute le plus doué de son année de ce côté. Même sur un monde virtuel, on pouvait avoir besoin de muscles. Ensuite, Ulrich offrait l'énorme avantage de disparaître régulièrement, déjà avant d'être mis au parfum. Il passait des heures entières à courir dans le parc – du moins c'est ce qu'il disait – et Jim laissait couler car Stern restait son meilleur élément sur le terrain. Les gens ne posaient donc pas de questions s'il était introuvable dans l'enceinte de l'école, ce qui collait parfaitement avec la double vie qu'il s'apprêtait à mener. Enfin, Ulrich était un de ces êtres qui pensait uniquement au moment présent, à s'éclater sans trop penser aux conséquences que ses actes pouvaient avoir le lendemain. Jérémie savait qu'avec lui il pourrait tourner cette offre périlleuse comme un jeu, un challenge que Monsieur Stern allait s'empresser de relever. Car il aimait l'adrénaline ce con. En tout bon soldat, il n'y avait rien d'autre que le danger qui l'excitait au plus haut point et c'est bien ce que Xanadu pouvait lui offrir le plus : du danger, en veux-tu en voilà ! Jérémie se souvenait à peu près du détour de la conversation où il avait senti que la partie était gagnée, l'instant où il avait su qu'Ulrich allait embarquer à bord de l'épopée comme Yumi avant lui. A peu de choses près, c'était quand il avait dit ceci :

« Je ne suis pas comme toi Ulrich, je ne suis pas un aventurier. Ni courageux ni énergique ni intrépide. Mais je suis intelligent. Plus intelligent que toi. Ce n'est même pas pour me vanter, c'est juste un fait. Toute ma vie, on m'a poussé à optimiser mon intellect afin de pouvoir le rentabiliser au mieux par la suite. J'ai vécu entouré de professeurs particuliers et de savants en manque d'argent, financement que mon père daignait leur accorder si les chercheurs en question m'accompagnaient pendant une poignée d'heures par jour. C'était un mode de vie plutôt... austère pour un enfant. Et pour être totalement sincère avec toi, j'en avais horreur. Je n'ai jamais eu le droit d'avoir un loisir, d'être invité aux goûters d'anniversaires de mes camarades ou même de prendre l'air quand je le voulais. Tout était contrôlé... Pour une destinée vouée à la brillance absolue, me disait-on. Et puis, le brasier mordant de la Science a finalement eu raison de mes entrailles le jour où le Supercalculateur a surgi dans mon champ de vision. Tout venait de s'éclairer, aussi soudainement que l'abdomen d'une luciole dans le bain d'encre qu'est la nuit. J'ai alors finalement compris. Compris que toutes ces pénibles années d'étude et de solitude m'avaient préparé à sauver le monde. A ce moment, je suis né une seconde fois parce que j'ai soudainement réalisé que ma vie avait un sens, que je n'étais pas uniquement sur cette Terre pour faire de la figuration. Eh oui, j'étais désormais disposé à découvrir les recoins d'un monde virtuel avec l'arme que je maîtrisais le mieux : mon esprit. Tu peux toi aussi faire partie de cette grande chevauchée Ulrich, tu n'as qu'un seul mot à dire. Toi aussi... tu peux être un héros. »

Aujourd’hui c’était au tour d’Ulrich de lui envoyer un message percutant.
« Tu vas jamais croire ce que je viens d’apprendre… »


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Quand on se crée soi-même pour réussir :
- soit on doit lâcher prise, faire abstraction des angoisses quotidiennes, et prendre le risque d'être aimé ou haï pour ce qu'on est vraiment.
- soit il faut tuer ce qu'on est, la larve fébrile qui sommeille en nous, et périr en s'accrochant à un personnage qu'on n'a jamais été...

Odd aurait tellement voulu être un héros mais il n'avait jamais ressenti le moindre sentiment de fierté pour quoi que ce soit qu'il avait pu accomplir dans sa courte vie. Or, à cet instant précis où il posa le doigt sur la sonnette du 9 Rue de l'Oriflamme, il sentit une certaine chaleur agréable et bienvenue au sein de ses veines. Le sentiment d'avoir réussi, de toucher au but... bien que, pour ce qu'il en savait, cette adresse pouvait être une énième fausse piste. Néanmoins, il était content d'avoir réussi à semer tout le monde, brouillant les pistes comme il avait pourtant si peu l'habitude de le faire... sauf quand il s'agissait de protéger le secret évidemment.
Alors qu'une certaine tension grandissait au sein de son estomac, il pensa à la manière dont il avait échappé à ses parents, d'abord. C'était la partie facile, prétexter vouloir acheter des jeux-vidéos avec Jeanne, ce qui ne les intéressait pas le moins du monde évidemment.

« On se retrouve pour le quatre heures ! avait-il lancé, si il y a quoi que ce soit vous nous appelez, on garde nos tels à portée de main ! »

Trop heureux de voir leur Odd chéri se changer les idées quelque peu, les parents avaient opté pour une balade dans le parc Pasteur en attendant les deux ados. Jeanne, elle, avait été un peu plus compliquée à emboucaner. Il avait fallu ruser, l'emmenant dans un magasin de déguisements assez funky. Pendant qu'elle enfilait avec un large sourire aux lèvres une combinaison Salamèche dans la cabine d'essayage de la boutique, Odd en avait profité pour mettre les voiles. Du moins... il avait essayé car Jeanne, en bonne fouine, était sortie au moment même où il abandonnait sa tenue de lapin Duracel pour se faufiler hors de l'enseigne. Raté.
Il avait donc prétexté un besoin urgent mais était revenu aussitôt sa vessie vidée dans les WC du centre commercial pour ne pas attirer les soupçons de sa meilleure amie. Jeanne avait cet éternel air suspicieux sur le visage quand elle le fixait, comme si elle était soudainement capable de lire ses pensées intimes et ses projets les plus secrets. Le temps pressait, il fallait trouver une autre astuce et vite...
Odd eut l'illumination au moment où il croisa un poster placardé sur une paroi, pile entre le Superdry et le marchand de glaces. C'était une affiche pour le film le plus horrifique de tous les temps, du moins c'est ce que le slogan promettait, Paraplegik Zombie, le long métrage enfin dans nos salles ! Là, Odd sut qu'il avait sa chance.

Il avait été de nombreuses fois au ciné avec Jeanne... et à chaque fois ça se terminait de la même manière. Que ce soit un thriller, une comédie ou même un film d'horreur aux bruitages bien costauds, la jeune artiste ne tenait pas plus de dix minutes avant de piquer du nez, en dépit des gens autour et du son parfois extrêmement élevé. A chaque fois, c'est Odd qui devait la tirer de son coma au moment du générique de fin. Pour une raison obscure, Jeanne disait toujours qu'elle venait tout juste de s'endormir et que le film « gérait sa race » selon ses propres termes. Après un sms aux parents pour les prévenir du changement de programme et de l'heure de fin de séance, les deux ados se rendirent en salle, avec un petit clin d'œil complice du caissier au moment de la vente des tickets, le vieil employé pensant sûrement qu’Odd allait plus examiner les amygdales de sa partenaire plutôt que l'écran animé par toutes ces images gores à souhait. Et, après les pubs habituelles et les premières minutes plutôt pesantes du film, cette séance n'avait pas manqué à la règle, même devant une daube aussi prenante que Paraplegik Zombie, Jeanne s'était endormie, le bas du crâne affalé contre le haut du siège. Excité comme une puce, Odd avait finalement pu s'éclipser, il avait juste le temps de faire l'aller-retour, de rester sur place une bonne dizaine de minutes pour finalement retrouver Jeanne à l'entrée du cinéma, prétextant un besoin urgent ou une peur trop intense, Della Robbia n'étant pas particulièrement fan du genre horrifique contrairement à Crohin.

Après un deuxième essai, encore ce bruit de sonnette strident un peu plus élevé que la normale, la porte du 9 rue de l'Oriflamme s'ouvrit. Et là, à cet instant précis, Odd sut qu'il se trouvait exactement là où il devait être. Devant lui... la petite rousse de la photo. Elle avait bien changé, effets secondaires de la puberté, mais c'était bien elle. Du moins, c'est la première question qu'il posa, ça serait con de tomber sur un bête jumeau maléfique lors d'une mission aussi importante.

— Clara Loess ?
Les mots avaient eu du mal à sortir. C'est sûr qu'avec les mâchoires crispées et la gorge nouée, ça devient compliqué de s'exprimer clairement.
— C'est pour quoi ? grogna la jeune fille en le toisant d'un regard empli d'une lueur quelque peu... instable, semblable aux prunelles du Docteur Shrenk dans le film du même nom.
— Hum... je m'appelle Odd Della Robbia, je suis en cinquième au collège Kadic. J'aurais voulu te parler de Sissi, tu te souviens d'elle ?

Odd avait choisi une approche moins directe que le Supercalculateur pour amadouer sa proie... et visiblement ça semblait fonctionner. Clara hocha lentement la tête, un éclair de joie sembla passer sur son visage, mais elle se reprit bien vite.

— Elisabeth Delmas, la fille du proviseur ?
— La seule et unique, répliqua le garçon avec un petit air satisfait qui apparut brièvement sur ses traits fatigués.
— Entre, ça risque d'être long si tu veux transmettre ce que j'ai à lui dire...
— Mais... tes parents ?
— Ils ne sont pas à la maison, répliqua froidement la petite rousse. Et puis, je suis assez grande pour inviter qui bon me semble chez moi ! Enfin, quoique... tu as raison, ils pourraient rentrer à tout moment. Et je ne te connais pas, on parlera ici !


Effectivement, la grand-mère de la première adresse avait vu juste, Clara Loess semblait être pourvue d'un putain de sale caractère ! Odd garda le silence néanmoins, refusant d'engranger de nouvelles sautes d’humeur chez l'adolescente.

— Alors, commença-t-elle, tout d'abord tu diras à cette chère Elisabeth que j'ai toujours son collier qu'elle m'avait prêté et que, non, je ne lui rendrai pas comme elle me l'avait pourtant ordonné dans une lettre. Ensuite, tu lui diras que dans son dos Nicolas et Hervé ne cessaient de me complimenter et ils avaient plus d'attent...
— Hum, toussa Odd après avoir jeté un coup d'œil à la montre au cadran argenté qu'il arborait fièrement au poignet, je n'ai pas beaucoup de temps... C'était une erreur de te parler de Sissi, ce n'est pas pour elle que je suis venu même si c'est bien elle qui m'a donné ton adresse en premier lieu. Si je suis ici... c'est pour te parler de Xanadu.

Le mot agit comme un électrochoc sur la jeune fille. Aussitôt, elle eut un mouvement de recul, comme si Odd était devenu bleu ou qu'elle venait d'apprendre qu'il était porteur d'une maladie grave. Elle dévisagea avec un peu plus d'attention qu’auparavant celui qui s'était présenté à sa porte, l'observant sous tous les angles possibles, comme si elle s'attendait à le voir s'évaporer en fumée d'une seconde à l'autre. Le temps a beau être un aigle agile, il ne guérit jamais complètement les blessures d'antan. Et ça, Clara Loess le savait mieux que quiconque... Remettre le passé au cœur du présent n'était pas une priorité pour elle, loin de là.

— Tu ferais mieux de partir, prévint aussitôt la jeune fille en tendant la main vers la poignée de porte. Je n'ai rien à te dire à ce sujet, je... je ne vois même pas de quoi tu parles.
— Ton regard me prouve le contraire, affirma Odd avec une assurance inhabituelle. J'ai rejoint la bande, il faut que tu le saches. Je pense même t'avoir remplacée dans le groupe des Kids, ils n’ont pourtant jamais mentionné ton nom en ma présence. Je crois que tu me mens. Tu sais très bien ce que représente vraiment Xanadu... et les conséquences tragiques que cette invention peut avoir sur notre monde.
— J'en ai fait les frais plus que personne.

Sur ces mots, Clara écarta la mèche qui lui tombait sur le côté gauche du visage, dévoilant une balafre sur toute la surface de la joue, remontant vers l'œil rongé par une sorte de conjonctivite permanente. Ce qui semblait être une trace d'une brûlure particulièrement corrosive se prolongeait vers le bas de la nuque, le teint s'assombrissant au fil de la courbe peu appétissante. Odd resta coi devant cette cicatrice qu'il n'avait absolument pas perçue de premier abord.

— Je... je suis désolé. Qui... qui t'a fait ça ?
— Quelle question, cracha-t-elle avec un mépris évident dans la voix. Jérémie Belpois, bien entendu ! Qui d'autre ? Ah si, ça aurait pu être cette connasse de Yumi ou ce bellâtre d'Ulrich mais tu sais quoi ? Ils sont juste les toutous de leur maître. S'il leur disait de sauter d'un pont pour le "bien de l'humanité", ces imbéciles le feraient sans hésiter ! Car c'est ça que les gourous font le mieux Odd, ils t'endoctrinent, te susurrent de belles promesses au creux de l'oreille avant de te jeter plus rapidement encore qu'un mouchoir usagé... Si tu veux un conseil, un seul, sur Xanadu et tout ce bordel, il se tient en deux mots : barre-toi. Ça va te détruire mon gars, comme ça m'a détruite avant toi.

Odd tenta de déglutir mais il eut, à la place d'une salive bienvenue, un reflux acide qui remonta le long de sa gorge. Clara lui disait exactement tout ce qu'il avait toujours redouté. Tout ce qu'il ne voulait pas entendre et qu'il était pourtant venu chercher. Tous ces songes, ces cauchemars, ce n'était pas pour rien. Il y avait vraiment quelque chose de malsain au sein du groupe, un ver dans la pomme... Odd avait toujours pensé que c'était lui le nœud du problème mais aujourd'hui, pour la première fois, il commençait à en douter. Peut-être qu'il n'était pas totalement responsable de cette ambiance glaciale qui avait progressivement pris le groupe en otage, enserrant chaque membre de ses longs doigts violacés par la mort qui semblait se rapprocher de jour en jour.

— Je n'ai rien de plus à te dire, conclut Clara en jetant un dernier regard à l'attention de son interlocuteur.
— Attends ! s'exclama le félin virtuel, nous avons encore tant de choses à discuter ! La virtualisation, le Noyau, Ludwig,...
— Je n'ai rien de plus à te dire, répéta la petite rousse. C’est fini pour moi cette merde, pas la peine de revenir frapper à ma porte car je ne répondrais pas cette fois...

Après l’avoir toisé une énième fois, Clara Loess ferma définitivement la porte de la vérité pour aller se réfugier à l'étage, la tempe et les joues en feu, d'agacement ou de stress soudain ? Odd, lui, remonta lentement la brève allée de cailloux blancs qui le ramènerait à la rue. Certes, il avait eu des réponses... mais qui n'enclenchaient qu'encore plus de sempiternelles interrogations dans son cerveau étriqué par l'angoisse. Objectivement, il sentait que son corps ne tiendrait plus longtemps. Chaque pas était difficile et il ne savait déterminer si c'était dû à la peur ou aux virtualisations à répétition. Il était juste... crevé, son cœur s'affolait de plus en plus souvent, il avait des cernes jusqu'au milieu des joues et il ne mangeait, pour ainsi dire, presque plus rien.
Ses poignets seraient bientôt aussi fins que deux crayons mis côte à côte et ses jambes ressemblaient de plus en plus à des cure-dents amovibles. S'il était maigrichon de base, là il devenait carrément squelettique. Il vomissait presque tout ce qu'il tentait d'ingérer depuis la dernière virtualisation et il sentait qu'à ce rythme il ne tiendrait plus très longtemps. Il n'avait ni la carrure de Yumi ni l'endurance d'Ulrich. Il n'était pas fait pour survivre sur le long terme, il n'avait jamais été un guerrier et il ne le deviendrait certainement pas avec le temps. S'il ne se remettait pas rapidement, serait-il jeté lui aussi ?
Une vibration coupa le fil de sa réflexion. Odd sortit son portable de la poche de sa veste. Un nouveau message. De la part de Jérémie...

« Nouveau plongeon lundi ! Il sera costaud celui-là donc repose-toi bien en attendant... Au fait, c'est joli Orléans ? »
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*Odd Della Robbia* MessagePosté le: Jeu 08 Fév 2018 11:35   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kongre]


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chapitre interessant.
Donc rectification, jérémie est en fait un putain de batard et joue les bourreaux sadiques quand tu n'es pas un toutou bien obéissant. pauvre clara et pauvre odd.
J'espere vraiment que la bande original va payer pour leurs cruauté.
Aussi côté scénario, j'espère que tu prévois un rôle plus significatif pour Odd que d'être juste la victime faible est quasi inutile du groupe (car à part être le punching ball et exutoire de la bande (et peut être xanadu) pour le côté dramatique, il n'a pas encore servit à grand chose)

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Sorrow MessagePosté le: Mer 21 Fév 2018 19:00   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kankrelat]


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Spoiler


Chapitre 7
Can you keep a secret ?


On vit tous de sales journées. Elles commencent par un œil cogné dans le lit le matin, une tartine qui tombe du côté du beurre, un oubli de clés ou de carte de bus, un travail urgent à rendre et une migraine désagréable. Elles continuent souvent avec une honteuse gamelle, une bévue malheureuse, une mesquinerie, un repas dégueulasse le midi, une pause écourtée, un oubli de dossier suivi d’un sprint. Elles peuvent finir tristement au fond d’un verre. Certaines mauvaises journées sont réputées pour vous entraîner au bord de la folie : il en suffit d’une.
Celle-là est généralement la plus sournoise. Elle a le luxe de commencer bien, poliment. Tout en douceur. Arrivé dans le collège depuis peu de temps, on se rend en cours avec l’intello à lunettes qui traîne avec son colloc’, et son amie asiatique. Ce n’est pas la grande amitié, mais assez pour rester avec eux plutôt qu’avec d’autres. Puis, à un moment de la journée, on finit par s’installer sur le toit du bâtiment des sciences, avec sa rambarde en métal si basse et sa tranquillité absolue. Ça devait être pour ça. Pas moyen de se rappeler ce qui aurait pu amener quelqu’un ici autrement.

Et puis tout dérape. L’intello tombe de la rambarde. Ç’aurait pu être un bon début de drame sur les normes de sécurité à Kadic, si son amie ne l’avait pas rattrapé par la force de sa pensée. Oui. C’était ça qui signifiait que la journée était déjà trop loin de la normalité. Le point où les gens développent des pouvoirs magiques.
Pour Odd, cette journée a ensuite tourné au cauchemar.
« Odd, est-ce que tu peux garder un secret ? »
Et les ténèbres. Le froid. Le métal. Xanadu, plus froid que tout.
Lorsqu’il était ressorti du scanner, la fumée lui piquait les yeux, il était à bout de souffle sans avoir bougé d’un cheveu, et son esprit était horrifié de tout ce qu’il avait vu à l’intérieur de la machine infernale.
— Vous êtes des malades ! s’était-il égosillé, gaspillant son précieux oxygène en s’écroulant au sol, la vue voilée d’étoiles.
Il resta à quatre pattes, essoufflé, le temps de se rendre compte vraiment que ce cauchemar était réel. Quand il releva le nez, il croisa le regard d’Ulrich, son colocataire. Ce dernier lui lança un large sourire :
— C’était trop bien, hein ?
— Non ! s’étrangla Odd, scandalisé que son cri du cœur ait pu être si mal interprété.
L’usine devint glaciale. Yumi, qui sortait également de son scanner, avait une expression indéchiffrable. Inspiration, expiration, Odd reparla :
— Vous… je… je comprends pas. C’est pas possible. Si c’est aussi dangereux que ça, pourquoi est-ce que vous gardez ce truc allumé ?! Pourquoi ? On va tous crever à cause de cette horreur, et vous dites que ça met le monde réel en danger, alors pourquoi vous faites ça ?!
— Odd, tu es en état de choc, ce n’est rien, le tranquillisa Yumi d’un ton beaucoup trop neutre pour que ça fonctionne.
— Ce n’est rien ?! Mais vous allez détruire le monde ! hurla Odd, hystérique.
Il se releva, tituba, et saisit Yumi au col.
— On dirait que tu comprends pas ce qui se passe !!!
— Bien sûr que si ! cracha Yumi en se dégageant, le regard mauvais. C’est toi qui comprends rien.
— Moi je vois des gosses qui jouent avec un… un truc de science-fiction de fou malade, et qui savent pas ce qu’ils foutent ! Pourquoi ?! Parce que c’est DRÔLE ?!
Odd avait les yeux injectés de sang, et les mains qui tremblaient. Face à lui, la personne qui venait de monter l’escalier était un monolithe de calme et de maîtrise de soi.
— Odd. Il faut que tu respires. Je vais t’expliquer tout ce que tu as besoin de savoir.

De deux doigts, Jérémie rajusta machinalement ses lunettes. Il échangea un regard avec Yumi et Ulrich, qui étaient prêts à réagir si Odd pétait définitivement les plombs. Le chef du groupe s’éclaircit la voix.
— Tu as tout à fait raison en disant que Xanadu est dangereux. Sa capacité à agir sur le monde réel doit être surveillée. Eteindre le Supercalculateur serait en effet la solution la plus rationnelle, surtout tant qu’on ignore comment le manipuler sans risque. Mais je ne peux pas faire ça.
Jérémie croisa le regard d’Odd, et ce dernier crut sentir quelque chose, derrière la barrière de verre des lunettes. Le regard d’un enfant, ce que Belpois n’affichait jamais en temps normal.
— Odd… mon père est enfermé là-dedans. Personne ne le sait. Et je suis le seul qui puisse l’aider, le seul à pouvoir utiliser le Supercalculateur.
Odd resta interdit.
— J’ai besoin que tu gardes le secret, comme les autres, et que tu m’aides à le retrouver. Je sais qu’il est toujours là, quelque part. Il a besoin de moi, murmura Jérémie, semblant étrangement fragile à ce moment-là.
Même ultérieurement, Odd n’aurait pas su dire où s’arrêtait la manipulation et où commençait la sincérité. Jérémie était peut-être vraiment cet enfant désespéré à qui il avait dit oui ce jour-là. Quand il avait, comme Yumi et Ulrich, choisi d’enchaîner son âme à celle de Belpois, pour le meilleur comme pour le pire.
Ce qu’Odd ne savait pas en acceptant, ou refusait de savoir, c’était que ce serait surtout pour le pire. Mais Odd avait un cœur d’or, et cela causerait peut-être sa perte un jour.



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Jérémie lui avait dit de se dépêcher, que les autres étaient déjà à l’usine. Le souffle court, Odd galopait dans les égouts, avec l’impression d’être en retard alors que le rendez-vous fixé n’était que dans cinq minutes. C’était toujours comme ça avec Jérémie. Rajouter des pressions supplémentaires à une situation qui aurait dû être normale, il ne pouvait pas s’en empêcher.
Les révélations de Clara lui trottaient en tête, et il ne pouvait pas s’empêcher de réentendre ses conseils. Enfin, son conseil. Se barrer. Et il revoyait la cicatrice. Il s’imagina, horrifié, avec la même. Jérémie était-il réellement capable de ça ? Et comment était-il supposé s’arracher à eux avant que ça arrive ? Faudrait-il qu’il soit gravement blessé avant d’avoir le droit d’oublier Xanadu ?
Ce fut en compagnie de ces pensées morbides qu’il s’extirpa des égouts. Lourdement. La montée de l’échelle avait été un effort insoupçonné, comme si on lui avait accroché du plomb aux articulations. Il prit quelques secondes pour se remettre, anxieux quant à sa santé, puis marcha lentement vers la porte de l’enfer.

C’était une usine tout à fait normale, quand on ignorait où aller. Elle portait plutôt bien son âge, drapée dans ses chaînes d’assemblage rouillées, et avait dû rendre de bons et loyaux services dans sa jeunesse. Mais voilà, il y avait quelque chose de pourri à la place de son cœur. Un sarcome ancré dans son acier.
Et Odd se tenait devant.
La porte était déjà ouverte. Ce n’était pas bon signe. Se rappelant qu’il était en retard, il pressa le pas pour avoir l’air un minimum essoufflé. Les autres devaient déjà être sur Xanadu, Jérémie allait le fusiller du regard et l’envoyer les rejoindre…
Il pénétra dans la pièce au pas de course. Il marqua un arrêt en constatant que les moniteurs étaient tous éteints, et que Jérémie ne paraissait pas être à son poste habituel. Quelque chose clochait. Et ce quelque chose clocha d’autant plus quand la porte se referma lourdement derrière lui. Son sang se glaça. Nerveux, il parvint à dénouer ses cordes vocales et appela :
— Euh…Jérémie ? Ulrich ? Vous êtes là ?
— Odd, répondit la voix de Jérémie, d’un ton désapprobateur. Je suis très déçu.
« Il sait » furent les deux mots qui s’imposèrent immédiatement à son esprit. Bien qu’il ne vît pas encore le petit génie, il ressentait sa présence, écrasante, dans toute la pièce. Comme s’il habitait les lieux. Odd n’avait aucun moyen d’être sûr que Jérémie sache pour son escapade de ce week-end, et il ne voyait d’ailleurs pas comment il aurait pu s’en rendre compte, et pourtant, c’était ce que son instinct lui hurlait.
— Comment ça ? bafouilla-t-il. Jérémie, montre-toi, c’est pas drôle !
Il n’avait même pas eu besoin de simuler la voix tremblante. Il paniquait vraiment. Il faisait trop sombre, il n’avait aucune idée d’où étaient les autres, et il se sentait encore moins le bienvenu ici que d’habitude.
Le coup vint le faucher derrière le genou, sans qu’il puisse voir d’où il venait. Il tomba, par la force des choses, et croisa le regard froid d’Ulrich, désormais appuyé contre un pilier de la salle. Il n’était pas là une seconde plus tôt, Odd en était certain.

— Tu sais de quoi je parle, reprit Belpois, froid. Il y a des choses qui devraient rester enterrées, Odd. Tu sais tout ce que tu as besoin de savoir sur le Supercalculateur et Xanadu.
— Qu’est-ce que vous avez fait à Clara, hein ? contre-attaqua l’autre blondinet, se sentant subitement bravache.
Il fit mine de se relever, mais une force invisible le cloua au sol. Yumi sortit d’un recoin sombre à son tour, rajustant une mèche de son carré noir comme si Odd n’était rien de plus qu’un désagrément mineur.
— Alors c’est ça qu’elle t’a dit, hein ? Que c’était nous les méchants de l’histoire ?
La voix de Jérémie enfla d’une colère inattendue.
— C’est la meilleure amie de Sissi, Odd. Tu pensais vraiment qu’elle serait honnête ? Qu’elle te dirait toute la vérité ?
L’argument fit mouche, et Odd se sentit brusquement mal à l’aise. Subitement, il se mit à douter de ce que Clara avait pu lui dire, alors que ça lui semblait d’une clarté absolue auparavant. A qui pouvait-il se fier, bon sang ?
— Qu’est-ce qu’elle t’a dit, hein ? gronda Yumi. Comment t’as pu être assez con pour la croire ?
L’étau invisible lui cogna brutalement la tête contre le sol. Il sentit un liquide rouge couler de son nez.
— Doucement, Yumi, tempéra Jérémie. Je pense qu’il comprend très bien ce qu’on lui dit.
Ce qu’Odd ignorait, évidemment, c’était que ce petit jeu du bon flic et du mauvais flic avait été soigneusement orchestré. Comme toujours, Yumi se salissait les mains, et Jérémie faisait semblant de tempérer. En son for intérieur, Jérémie n’avait rien contre le fait qu’Odd se fasse éclater le nez. C’était même nécessaire à sa compréhension.
— Tu vois Odd, l’important dans une équipe, c’est de se faire confiance, expliqua Jérémie. Si tu ne nous fais pas confiance, on n’ira nulle part. Clara n’est plus dans notre équipe pour une très bonne raison. Tu as été entraîné là-dedans à sa place, et nous n’avons pas vraiment eu le choix, c’est vrai, mais tu fais partie de l’équipe malgré tout.
—Mais, j’y arrive bas, hoqueta Odd, les mots déformés par son nez douloureux. Remblacez moi bar quelqu’un d’autre, ce sera blus simble…
— Si seulement c’était si simple, fit Jérémie, indéchiffrable. Mais Odd, tu sais bien que le secret ne se partage pas si facilement. Ta seule option reste de nous suivre et de nous aider à atteindre le Noyau au plus vite. Et ainsi… tout rentrera dans l’ordre.

Il finit par repérer Jérémie, qui s’était assis dans les escaliers qui menaient aux scanners. Ou peut-être qu’Ulrich venait de l’y déposer à la vitesse de la lumière. Odd préférait ne pas trop s’interroger là-dessus. Malgré tout ce que Belpois avait pu dire, il ne se sentait pas vraiment membre d’une équipe à ce moment précis. Il sentait le regard froid d’Ulrich, celui méprisant à souhait de Yumi, et celui de Jérémie… indéchiffrable, vraiment. Il n’arrivait pas à savoir s’il l’analysait, s’inquiétait, le prenait de haut, ou quoi que ce soit d’autre.
Odd voulait croire à ce qu’il racontait. Que tout rentrerait dans l’ordre, que tout le monde survivrait. Mais il doutait terriblement. Il ne pouvait pas le dire à Jérémie, mais ce dernier devait s’en douter. Et ce dernier devait aussi savoir quelle vision il avait en tête. La balafre de Clara ne s’oubliait pas facilement.
— Tu sais, contrairement à ce qu’elle a dû te raconter, je ne suis pas responsable de sa cicatrice. Elle s’est fait ça toute seule, comme une grande, précisa Jérémie. Ç’aurait été totalement contre-productif d’handicaper un des membres de l’équipe.
Le nez d’Odd était sceptique.
— Je te laisse méditer encore un peu plus là-dessus. Tu sauras rentrer tout seul ? Je te dispense de plongeon pour aujourd’hui, Ulrich et Yumi s’en sortiront je pense.


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Sister, do not pray for me
There is no forgiveness there
Just the longest, darkest night


Comme d’habitude, il avait suivi les ordres de Jérémie. Il avait quitté l’usine, en silence, le nez encore en sang. Le ciel était gris, et il avait l’impression que tout était mort autour de lui, comme si Xanadu corrompait lentement mais sûrement tout ce qui entourait le Supercalculateur. Rien n’arrêterait jamais cette maladie.
Ce constat lui serrait la gorge. Il avait cru pouvoir se débattre contre le destin, et là encore, il se retrouvait face à l’évidence qu’il avait tort.
Clara lui avait-elle menti, ou était-elle enfermée dans sa propre version des faits ?
L’espace d’un instant, l’idée l’effleura de retourner sur ses pas, et d’éteindre le Supercalculateur lui-même. De mettre un terme à tout ça. Mais ça ne dura qu’un instant, et le monde retourna au gris juste après. Il ne savait pas éteindre cette horreur. Mais Jérémie savait le rallumer. Le détruire ? Et si ça ne faisait que libérer le monstre à l’intérieur ? Si Xanadu pouvait déjà se déverser dans le monde réel, ne suffisait-il pas de briser sa coquille pour qu’il sorte, pleinement monstrueux ? Odd imagina un grand vortex noir s’élançant à l’assaut d’un ciel d’orage. Et cela lui fit peur.

Il souleva la plaque d’égout, et disparut sous terre, comme il aurait dû le faire depuis longtemps. Accroupi au bord de l’égout proprement dit, il regarda l’eau souillée s’écouler dans le canal. Il se prit à se demander où ce Styx du pauvre se dirigeait. Il s’imagina plonger dedans, avalé par l’eau grasse, vers un monde de tranquillité. Un monde sans Xanadu. Un monde sans danger. Une étrange fleur alizarine s’épanouit dans les flots, et il trouva l’image belle, en dépit de la puanteur des lieux. Une autre s’y ajouta, tirant davantage sur le carmin. Le courant les emporta bien vite toutes les deux, laissant Odd avec un sentiment de perte inexpliqué. Puis une autre se reforma, s’en fut encore. Un instant, le fleuve se lissa, et lui laissa voir un petit garçon effrayé, avec le nez en sang. Ce ne fut que là qu’il se rappela d’où provenait ce rouge qui se déversait dans l’eau.
Il se releva, les genoux douloureux comme ceux d’un petit vieux, et poursuivit son chemin sans rien dire, se demandant encore ce qui l’avait retenu de sauter.
Il ne pouvait pas retourner au collège dans cet état, réalisa-t-il au beau milieu du trajet. Pas avec son nez en sang. On allait forcément se poser des questions, et par « on », il entendait Jeanne. Odd fouilla ses poches, et trouva un mouchoir, comme une main tendue du destin. Il avait dû l’oublier là un jour, et ça expliquait son allure peu fière, mais au moins était-il là. Son nouveau complice en main, il s’essuya le nez, ôtant précautionneusement les sombres agglomérats de plaquettes perdues qui lui souillaient la lèvre. Il passa sa langue aussi loin qu’il put pour s’assurer qu’il avait tout enlevé, et le goût des dernières traces de sang lui resta dans la bouche.
Il abandonna son mouchoir à l’eau ténébreuse, et resta inexplicablement à le regarder sombrer, entraîné par les flots. Peut-être une façon de lui signifier qu’il était désolé ? Ou peut-être l’impression que c’était une part de lui qu’il abandonnait là, une de plus.
Il réalisa que s’il laissait tout ceci le détruire, ce ne serait pas la dernière part de lui qu’il abandonnerait. Depuis combien de temps était-il sur le point de se briser, hein ?
« Pas aujourd’hui » se promit-il.

Il reprit son chemin jusqu’au bout de l’égout, se faufila dans le parc, et se laissa tomber assis au pied d’un arbre. Là, il reprit son souffle (que l’échelle pouvait être longue !) et envoya simplement ce texto :
« Jeanne, au secours. »
Et puis ce fut l’attente.
En été, ç’aurait été un lieu charmant où patienter. L’herbe verte, les jolies dentelles d’ombre projetées par les feuilles sur le sol, la chaleur du soleil et peut-être même la stridulante compagnie d’un grillon. Les rires d’autres, le vent juste assez caressant pour être agréable. Mais ce n’était pas l’été, non. C’était l’automne qui mordait ses doigts. L’herbe rêche, les lacérations des branches dénudées sur le ciel gris, la lumière froide et triste d’un monde à l’agonie, et personne. Il se demanda si elle allait venir. N’avait-elle pas mieux à faire, finalement, que de recoller les morceaux du même vase, qui persistait encore à se jeter du meuble pour mieux aller exploser au sol ? N’importe qui aurait eu mieux à faire.

Mais Jeanne était une sainte. Jeanne était l’aurore tardive qui réchauffe les cœurs quand le froid s’installe. Jeanne était venue.
— Odd ! s’exclama-t-elle à sa vue, et elle se dépêcha de couvrir le reste du terrain jusqu’à lui, essoufflée.
Avait-elle ratissé tout le parc pour le trouver ? Elle en était bien capable…
— Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ? demanda-t-elle, plus doucement, en se laissant tomber à ses côtés.
Odd ne pouvait pas lui répondre, et il le savait parfaitement. Il ne pouvait pas non plus lui mentir, elle le verrait immédiatement. Alors il se contenta de secouer la tête. Jeanne serra les poings.
— C’est Jérémie et Yumi, c’est ça ?
Il n’eut pas le cœur de lui préciser le dernier protagoniste. Qu’elle continue à croire aux rêves, elle.
— Odd, tu ne peux pas rester silencieux. Tu dois en parler, sinon ça ne s’arrêtera pas. Même s’ils t’ont forcé à ne rien dire ! Les adultes peuvent te protéger, et moi aussi, mais on ne peut rien faire si tu continues à aller avec eux et à ne rien nous dire…
— C’est pas si simple. Tu connais ce sentiment. La fois où tu t'es retrouvée perdue à la course d'orientation que Jim avait organisée dans les bois. Tu avais pourtant la carte. Tu avais tous les éléments devant toi pour suivre la bonne voie, celle qui te ramènerait au bercail. Mais parfois... c'est la vie elle-même qui t'empêche d'accomplir cette tâche par toi-même.
— C'est pas du tout comparable ! s'énerva Jeanne, sentant ses joues s'empourprer mais s'efforçant de préserver sa concentration, pour ne pas céder une nouvelle fois au doux parfum des jolis mensonges de Della Robbia. J'ai fini par revenir moi, je ne suis pas restée seule dans l'obscurité bien longtemps !
— C'est Rouiller qui t'a retrouvée, tu aurais été bien incapable de trouver le chemin de retour par tes propres moyens. Parfois... on sait où on veut aller mais, en revanche, on ne sait pas comment faire pour atteindre l'objectif convoité. Si je te raconte tout ce que j'ai vu... ça ne résoudra rien. Pire, je suis même convaincu que cela cassera quelque chose entre nous. Mais s'il y a bien un truc dont je suis certain... c'est que tu fais fausse route Jeanne. Si je donne l'impression d'être mal dans ma peau, il ne faut pas blâmer Jérémie pour cela, et encore moins Yumi. Je suis juste... responsable de mon propre malheur. Même si je me sens mort Jeanne, mon corps fonctionne encore. Et tant que ce sera le cas, je me battrai. Chacun se façonne seul, c'est une certitude. Si je veux changer mon moral, ça ne tient qu'à moi : il est grand temps que je me reprenne en main.

Il se trouva bizarrement serein. Etait-ce le sceau du secret qui recollait ses morceaux de moral, ou de self-control ? Etait-ce ça, d’avoir encaissé assez pour ne plus sentir ? Il aurait cru qu’il s’écroulerait en pleurs dans les bras de son amie, et pourtant il était là, calme, et résolu à défendre ses tortionnaires et à défendre ce qu’ils défendaient. Parce qu’il leur avait promis de le défendre avec eux.
En revanche, il n’avait pas promis de se laisser frapper sans réagir.

Is there an honor in following your words to the bitter end, despite being plagued with doubts ?


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Les esprits graves et présomptueux ne réussiraient point auprès de moi, pas cette fois. Tout en conservant sa nature silencieuse et modeste, les reflets luisants du Supercalculateur et son sourire doré ironique semblaient me dire : « Pauvres humains que vous êtes, espérez-vous passer à mes yeux pour de nobles figures, pleines de vie et de sève ? »

J'avais fini par trouver la force de me rendre à l'usine seul. Sans avoir été appelé par Jérémie au préalable. Ni lui, ni personne d'autre. Il était l'heure de faire un choix. Les arguments se bousculaient dans ma tête, prônant le pour, le contre, et même l'entredeux, ce qui ne m'aiderait pas des masses dans la situation actuelle. Le stress me tailladait le ventre, de ses crocs acérés dévorant ma vessie contractée par l'angoisse. Partout le spectre de Belpois semblait flotter autour de moi dans les airs ; il s’élevait au-dessus de chaque rouage, de chaque tuyau, et je le regardais avec des yeux étincelants, du fond des ondes claires de mes orbes humidifiés. Bien sûr, il n'était pas vraiment là. Enfin, pas physiquement néanmoins. Mais l'endroit était totalement marqué de manière indélébile par une sorte d'aura psychique. Chaque manipulation, même la plus petite comme appuyer sur le bouton commandant l'arrivée du monte-charge ou se curer le nez, semblait devoir être autorisée par le maître des lieux. Sans lui, rien ne pouvait se faire dans cet endroit sacré !

Il paraît que l'important n'est pas de convaincre mais de donner à réfléchir... Pourtant, j'avais beau clamer à haute voix dans les premiers jours toutes les raisons logiques qui auraient poussé n'importe quel humain sensé à débrancher la machine, personne n'avait voulu m'écouter. Ni Jérémie – ce à quoi je m'attendais néanmoins – ni ses laquais, et ça c'était plus surprenant. Parce que, qu'est-ce qu'ils y gagnaient au fond ? Jérémie voulait retrouver son père, et c'était bien légitime. Mais les autres ? Pourquoi risquer de blesser un tas d'autres personnes pour le bien de leur propre plaisir personnel ?

Jérémie pense que je suis le nœud du problème. Mais il ne comprend toujours pas que si la situation n'avance pas, c'est aussi parce qu'il campe sur ses positions de base sans aucune explication claire et recevable à son refus immédiat d'envisager ma proposition. Il a directement répondu par la négative lorsque j'ai proposé de sécuriser un minimum notre environnement terrestre la première fois, notre bien-aimé leader n'a jamais voulu reconsidérer la chose depuis... et toujours silence radio sur le pourquoi de sa non-implication dans la protection de nos camarades, il n'a jamais pris la peine de réellement envisager l'option qui serait moins "confortable" pour sa petite routine je pense. Car le souci est là, bien présent. Ça ne peut pas être que des cauchemars. Les ombres sont à Kadic.
Doit-on attendre le premier mort pour finalement réagir ?

Tout au long du chemin, on construit sa vie et l'on se construit soi-même. Les choix que l'on fait sont au bout du compte de notre seule responsabilité. Et aujourd'hui, j'ai assez fait le toutou. Il est temps de poser un acte, ma propre décision après des mois de labeur. Si j'ai bien compris le « mode d'emploi » du Supercalculateur, il suffit d'abaisser la manette pour qu'un monde s'effondre. Il aurait pu être simplement mis en veille mais Xanadu est beaucoup trop instable pour cela. Jérémie pense que le monde virtuel ne survivrait pas à une coupure d'approvisionnement en énergie de plus de trente minutes. Et je compte bien rester là chaque seconde qu'il faudra pour m'assurer que cet engin de malheur mette fin à notre calvaire.

A pas feutrés, je m'avance vers l'imposante machine. Automatiquement, une bande métallique de trente centimètres de long environ se déplace verticalement pour laisser place à la fameuse manette. C'est simple. Un levier. La fin du monde. Enfin, d'un monde. Car nous vivrons en paix, mais ce sera l'ultime moment d'existence pour Xanadu.
Profitez bien les ombres, on se revoit en Enfer !
Après une ultime bouffée d’air pour me donner l’impulsion nécessaire, je tends la main, plus déterminé que jamais, et...

— Je ne ferais pas ça si j'étais toi.

La voix me glaça immédiatement, un frisson dans l'échine, et le mouvement stoppé net. Je n'avais pas beaucoup entendu de mots sortir de cette bouche, mais c'était assez récent pour que je puisse instantanément identifier la locutrice.

— Clara ?
— Bien vu Odd, sourit la jeune fille en émergeant de la pénombre. Ravie de te revoir...
— Mais... mais, que fais-tu ici ?
— J'ai encore des contacts dans la région, répliqua-t-elle en continuant d'avancer dans la lumière. Mes grands-parents habitent à deux pas, et j'ai encore plein de potes ici. Mais ce n'est pas le propos... c'est totalement débile ce que tu es en train d'essayer d'accomplir Odd. Si par cet acte tu veux montrer à tous que tu n'es pas qu'un couard, c'est raté. Actuellement, cela prouve juste que t'es totalement con.
— Tu ne m'empêcheras pas d'abaisser ce levier, criai-je d'une voix plus assurée que d'habitude. C'est ce que je dois faire, je suis là pour ça dans cette histoire ! Ils m'ont toujours... méprisé, ils n'ont jamais voulu m'écouter ! Aujourd'hui, il faut qu'ils payent.
— Tu penses vraiment que c'est si facile ? s'amusa Clara en le toisant de ses yeux noisette. Jérémie a électrifié le levier. Et, si tu déjoues ce système de sécurité, il y a sûrement un autre truc qui te butera en moins de deux. Il faut les prendre à leur propre jeu Odd. La vengeance est un plat qui se mange froid... et moi j'ai eu le temps d'y réfléchir. Maintenant, tu vas t'asseoir et m'écouter. Très attentivement.

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Ce ne fut pas Odd qui heurta le sol, mais plutôt l’inverse. Le choc, en plein sur son dos, annihila ses os virtuels. Ce retour sur Xanadu était une catastrophe. Lourdement, il roula sur le côté, comme s’il était déjà incapable de se tenir debout. Quel félin il faisait... Autour de lui, le paysage était tristement gris, comme une sorte de lande désolée battue par le vent, avec quelques brins d’herbe jaune. Et puis Odd tourna la tête de l’autre côté, et réalisa à quel point il était proche du vide. Il blêmit et s’écarta de la falaise, en panique.
En bas, il avait vu la fin du monde. La fin de Xanadu. Au-delà de cette frontière, il y avait une espèce de jungle perdue insondable, un monde encore plus vaste. Alors au-delà de Xanadu...il y avait encore quelque chose de plus grand ? Personne ne le savait. Pour l’heure, il y avait des sujets plus immédiats à traiter.
Le plan de Clara était d’une simplicité déconcertante. En apparence du moins. Elle voulait se servir de données virtuelles pour en apprendre plus sur le fonctionnement-même du Supercalculateur, damer le pion à Jérémie au jeu du chat et de la souris en quelque sorte… Loess avait l’immense avantage de connaître déjà le terrain, sans doute mieux qu’Odd d’ailleurs. Et puis, à l’exception de Della Robbia, tous ignoraient sa présence à Sceaux. Ce qui mettait un peu mal à l’aise Odd. Pour le dire vulgairement, il était une nouvelle fois le cul entre deux chaises. D’un côté, il désirait plus que tout aider Clara. De l’autre… il s’en méfiait. A cause de sa cicatrice. Une fois n’est pas coutume, c’est lui qui jugeait une autre personne sur son apparence. Et cette pensée lui donna envie de vomir.

— Debout.

Il sursauta en voyant la main qu’on lui tendait. Elle était ensanglantée. Griffue. Monstrueuse. Odd leva les yeux, et reconnut à peine sa camarade. Il vit une créature voûtée, à peine humaine, dont le haut du visage était dissimulé par la capuche d’un pull noir d’où s’échappaient quelques mèches rousses. Sur ce qui était visible de sa joue gauche, Odd distinguait des sillons rouges, aussi rouges que l’œil brillant qui émergeait des tréfonds des ténèbres de son visage. Du côté droit, en revanche, il ne discernait rien au-delà de l’arête du nez. Retenu en bandoulière dans le dos par une chaîne rouillée, on discernait un fourreau renfermant un cimeterre. Le reste de la tenue de Clara se composait d’un bermuda déchiré qui n’excédait pas le genou et d’une seconde chaîne qui paraissait avoir fusionné avec la chair de son mollet. Elle était pieds nus. Quant à la main droite, celle qu’elle ne lui avait pas tendue, elle était drapée dans une chape de ténèbres fumantes, comme si son bras avait été avalé par les étranges ombres de Xanadu.
— Arrête de faire cette tête et lève-toi, on a pas beaucoup de temps. Tu veux attendre que Jérémie nous chope ?

Il prit sa main. Ses sens limités sur Xanadu lui firent malgré tout sentir à quel point les doigts étaient déformés et froids. Elle le releva sans grand effort, puis se tourna vers l’intérieur des terres, son arme au poing. Odd constata à cette occasion que le large cimeterre était aussi rouillé que la chaîne qui le retenait.
— On va aller par là. Je crois qu’il y a une tour.
— Je ne comprends pas, commença Odd en tentant de se grandir quelque peu pour ne pas paraître minuscule à côté de Loess, comment t’as pu nous amener ici ? Jérémie nous a toujours dit que c’était impossible de se virtualiser seul, qu’il fallait toujours au moins quelqu’un derrière le pupitre…
— Belpois est un menteur, renifla Clara en dévisageant Odd d’un regard mauvais, je pensais que tu l’avais compris… J’ai appris toutes les manœuvres de base auprès de lui, il n’est pas le seul à être doué en informatique. En me formant de cette façon, il essayait de se convaincre que la mission de sauvetage perdurerait, même en son absence, temporaire ou permanente… Mais c’est une chimère. Sans Jérémie, plus personne n’irait risquer sa vie sur cet enfer pour sauver un gars que l’on ne connaît ni d’Eve ni d’Adam.
— Tu parles de Ludwig ?
— Evidemment ! Qui d’autre ? Il est ici tu sais, pas loin… C’est au fil des virtualisations que tu apprends à sentir sa présence. Crois-moi, ce n’est pas un cadeau. Assez perdu de temps. Suis-moi ! Une fois qu’on se sera connectés à l’interface, tu prendras enfin connaissance de tout ce qu’il y a à savoir sur le maître des lieux.
Odd n’était pas très rassuré par la perspective de se connecter à l’interface. Lui-même n’avait jamais tenté, mais il en avait eu des échos de la part de Yumi et Ulrich. Rien de très précis, ils n’avaient pas voulu développer le récit outre mesure.
Pour autant, comme d’habitude, Odd n’était pas libre de choisir ce qu’il faisait.
— C’est trop plat par ici, grogna Clara, avant de se diriger vers une zone plus abrupte des falaises.
Odd la suivit, un peu incertain. La jeune fille avait une démarche étrange, voûtée, comme si elle était mal à l’aise sur ses deux jambes. Elle semblait également intriguée par l’état de son bras droit, auquel elle jetait régulièrement un œil. Elle s’arrêta devant une falaise abrupte, vérifia les environs, puis rangea son arme. Odd n’était pas préparé à la suite. Elle fit un bond surhumain, et Odd entendit ses griffes se planter dans la roche, à plusieurs mètres de hauteur.
— Allez, grimpe, toi aussi tu as des griffes ! l’encouragea-t-elle.
Il choisit un chemin pas trop raide, se servant de ses griffes uniquement lorsqu’il n’avait pas le choix. Il était lent. Pour une fois, cependant, il voyait le ciel de Xanadu.

La voûte céleste paraissait n’être qu’un amas abject de nuages gras et sombres, qui tourbillonnaient comme un soir de tempête. Pour un peu, Odd pouvait se figurer les ombres de Xanadu qui n’attendaient que de fondre sur eux. Si le ciel leur tombait sur la tête, ils étaient morts. Peut-être qu’elles se cachaient là finalement. Tout là-haut, dans le ciel.
— Accélère ! lui lança Clara depuis les hauteurs de la falaise.
« Tu parles » songea Odd.
Là-haut, Clara était parvenue à un plateau. Songeuse, elle regarda son bras enténébré. Ce n’était pas normal. Lors de sa dernière virtualisation, son avatar était exempté de cette chape d’ombres. Xanadu était-il vraiment capable de modifier jusqu’à l’apparence qu’elle avait ? Etait-il si puissant ? La possibilité que Jérémie Belpois y soit pour quelque chose n’était pas non plus à exclure. Mais il ne devait pas avoir prévu qu’elle revienne un jour dans les entrailles du Supercalculateur.
Elle jeta un œil en contrebas. Odd grimpait lentement, mais au moins il progressait. Le temps qu’il arrive, elle pouvait presque aller repérer la suite du plateau sur lequel elle se tenait, mais se séparer ici n’était pas prudent.
Alors elle s’accroupit, le cimeterre dans une main, et le regard tourné vers l’horizon.
Quand finalement le félin parvint à sa hauteur, elle le happa et le tira sur le plateau pour gagner une minute. Odd se remit piteusement sur pattes, un peu bousculé. Elle lui désigna sans un mot la tour qui les attendait au bout du plateau. Ce dernier était constellé de stèles en pierre, plus ou moins droites dans le sol, dans les tons gris. Peut-être que vues du ciel elles représentaient un motif, mais les explorateurs de Xanadu ne pouvaient pas le deviner.
Clara bondit pour gagner le haut d’une des pierres. Odd retint un soupir agacé. Elle avait bien compris que la mobilité de son avatar ne convenait pas à tout le monde, et pourtant elle persistait à employer des chemins où il ne pouvait pas la suivre. Resigné, il foula l’herbe vert bouteille en gardant un œil sur la forme noire qui bondissait là-haut. Au moins avait-elle la politesse de ne pas le semer.

Clara avait toujours la même détente. Son organisme virtuel répondait parfaitement, les muscles des cuisses la propulsaient à travers le vide, et ses griffes raclaient la pierre pour l’ancrer sur la stèle suivante. Elle se souvenait de ça comme si c’était hier. Mais à un moment elle s’arrêta, campée sur ses quatre pattes griffues, et leva la tête vers le lointain. Les ombres semblaient s’amasser autour de la tour.
— Odd, on va devoir s’attendre à de la visite. Je vois des choses qui bougent.
Et elle avait raison. Lentement, dans le dédale de stèles, des traces de fumée noire se firent voir. Distantes, elles se rapprochaient petit à petit. Ce fut Clara qui réalisa la première ce qui se passait.
— On va être encerclés ! lança-t-elle, paraissant nerveuse pour la première fois.
— Alors fonce, t’es plus rapide que moi. Je devrais en détourner une partie, répondit calmement le blondinet.
Elle hocha la tête et bondit comme jamais, sautant d’une pierre à l’autre. Elle dépassa le cercle des ombres, qui se déforma pour tenter de l’attraper, mais la fumée rata son pied d’un micron. En quelques sauts, elle atteignit le bout. Elle était à quelques mètres de la tour à peine. Sans se retourner pour voir où en était Odd, elle allait continuer, mais un sifflement dans l’air la fit reculer précipitamment.


Face à elle, une ombre qui lui ressemblait dans l’allure venait de se réceptionner. Un être humanoïde, dont les doigts se terminaient par des griffes, mais qui parvint à se tenir droit lorsqu’il se redressa. Elle croisa un regard bleu qui en devenait douloureux tant il était acéré, et à cet instant, un grand cercle de ténèbres jaillit du sol comme un geyser, et les enferma face à face.
— Alors c’est comme ça, siffla Clara.
Elle se mit en position de combat : à quatre pattes, et le cimeterre en main. L’ombre croisa les bras et la toisa en silence. Des cordons de noirceur émergèrent de l’enceinte de l’arène improvisée, et leur cible ne fut une surprise pour personne. Mais Clara était rapide. Elle sauta, les laissant se croiser là où elle se trouvait une fraction de seconde plus tôt, et fendit l’air vers l’ombre qui paraissait tout diriger. Un rideau de ténèbres s’érigea et dévia son coup, la faisant retomber au sol. Son cimeterre rouillé alla se planter dans le sol un mètre à côté. Une roulade eut l’effet de la redresser et de la ramener auprès de son arme, qu’elle attrapa avant d’enchaîner les sauts d’esquive. Car évidemment, l’arène maudite ne lui laisserait pas de répit. Elle atterrit face au mur d’ombres, et bondit en un saut périlleux arrière pour revenir vers le centre. Elle fit bien, car déjà des mains noires surgissaient du mur pour tenter de la saisir.

Un moulinet de sabre la débarrassa des ombres qui l’approchaient de trop près, et elle se reconcentra sur son objectif : le chef d’orchestre, toujours débout au centre de l’arène, qui la considérait d’un air hautain. Dans un cri, elle sauta de nouveau. Le mur d’ombres s’érigea pour protéger son adversaire, mais elle avait calculé son coup pour atterrir derrière. Le cimeterre fendit le flanc de l’être, mais ce dernier en profita pour lui arracher des mains sans qu’elle puisse rien faire. Elle se baissa pour éviter la frappe, griffa au niveau des mollets, mais fut contrainte de reculer pour esquiver le coup de taille qui suivit. Elle était littéralement dos au mur. Sa détente légendaire lui permit de se remettre à un emplacement plus avantageux, mais elle était désormais désarmée. Enfin presque.
Cette fois, l’arène ne tenta pas de l’attaquer. Ce fut le maître des lieux qui marcha calmement jusqu’à elle, sa propre lame en main, prêt à la trancher en deux. Toujours à quatre pattes, elle laissa venir, puis se jeta entre ses jambes. Surpris par la manœuvre, il mit du temps à se retourner, temps qu’elle exploita pour lui porter un coup de griffe tout en travers du dos. Elle sentit ses doigts la brûler au contact des ombres, et soudain, alors qu’il pivotait...
— Flèche laser !
Elle sursauta. Odd ?
Le cimeterre se planta dans son ventre. Odd n’était pas là. Xanadu l’avait déjà vaincu. Et elle s’était fait avoir si facilement par une nouvelle illusion du monde virtuel.
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*Odd Della Robbia* MessagePosté le: Jeu 22 Fév 2018 11:56   Sujet du message: Répondre en citant  
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interessant.
donc la bande sait pour la visite d'Odd a clara, et l'ont prit violemment.
En tout cas ils sont toujours aussi manipulateur, et hypocrites. Ils parlent de se faire confiance, mais ils n'ont jamais fait confiance à Odd, espionnant chacun de ses mouvements, cachant de nombreuses choses et essayant de détruire toute relations qu'il fait hors du groupe.
Donc ont dirait que les membres du groupe (original) ont certains talents ou pouvoirs, y compris clara.
Donc Odd en a finalement assez de la bande et veut leurs faire payer et clara a préparé une petite vengeance.

Aussi pour le commentaire, j'ai pas dit qu'Odd servait a rien sur le plan dramatique, j'ai dit au contraire qu'a part pour le côté dramatique, Odd ne sert quasiment à rien du tout. (et encore une fois il a été dévirtualisé en quelques minutes sans avoir quoi que se soit de vraiment utile pour aider clara). Il serait peut être temps qu'il reçoive un gros power-up dans ses compétences et un talent utilisable sur terre depuis que tout les autres semblent en avoir (et pas le don d'anticipation, sauf si c'est une version ou il peut le contrôler à volonté et changer le futur de ses visions)

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