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[Fanfic] L'amère patrie [Terminée]

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Icer MessagePosté le: Jeu 27 Jan 2022 20:34   Sujet du message: [Fanfic] L'amère patrie [Terminée] Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Avant-propos : Ce texte fait partie d'un univers encore plus froid que le nôtre. Cliquez sur l’icône pour en savoir plus.


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Icer MessagePosté le: Jeu 27 Jan 2022 20:34   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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L'établissement privé Kadic roucoulait déjà sous la chaleur du crépuscule d'un après-midi de printemps, somme toute assez classique en ce milieu de mois de mai. Avec l'arrêt des notes et les conseils de classe proches, les élèves se laissaient déjà aller, mis à part ceux concernés par les épreuves de brevet et de baccalauréat bien sûr. Et, même si cela était moins facilement avouable, les professeurs commençaient également à se projeter doucement mais sûrement vers leurs vacances d'été. Le statut de fonctionnaire offrait l'avantage d'une certaine prévisibilité.
Pourtant et par contraste, une très sérieuse réunion avait lieu dans le bâtiment administratif de Kadic, plus précisément, dans la salle des professeurs, sur convocation du proviseur Delmas en personne alors que, comme évoqué, il était encore un peu tôt pour discuter des cas et des orientations futures des écoliers. Ce qui n'empêchait pas le gratin professoral d'être là : à la légendaire Suzanne Hertz, respectable professeur de S.V.T, il fallait ajouter Brigitte Meyer, sa collègue de mathématiques et Rachel Kensington, titulaire en anglais. Et bien que le métier de professeur soit plutôt féminisé, une majorité d'hommes venaient compléter le tableau : Gilles Fumet, le professeur d'histoire-géographie – et d'éducation civique, il y tenait beaucoup – Paolo Caggia, le prof d'italien, ainsi que leurs plus récents collègues, Yves Le Saint, son homologue en français et Jean-Baptiste Goliath, titulaire de la chaire de sciences économiques et sociales. Gustave Chardin – et sa bonne humeur inoxydable ! – était là aussi mais se demandait certainement pourquoi, tout comme Jim Moralès, qui faisait certainement acte de présence histoire de rappeler à ses collègues qu'il était professeur de sport et non pas simple surveillant.
Jean-Pierre Delmas, en bout de table, attendait que tout le monde ait fini de se servir à la machine à café et soit installé à sa place pour lancer officiellement l'échange, lui qui savait qu'il n'était pas évident de déclencher des réunions exceptionnelles de façon aussi expresse sans se heurter à des réprimandes syndicales. Mais aujourd'hui, c'était précisément celui qui était le plus à cheval sur le respect des droits acquis, à savoir Fumet, qui lui avait formulé cette demande. Sentant qu'il avait désormais la pleine attention de l'assemblée, il se racla la gorge :
- Bien, bonjour à ceux que je n'ai pas encore salué aujourd'hui et merci d'avoir répondu à ma convocation inhabituelle de dernière minute. Pour être honnête, l'organisation de cette réunion a été si rapide que j'en ignore l'ordre du jour, je vais donc rapidement laisser la parole à notre estimé collègue Gilles Fumet, qui a des choses importantes à nous dire.
- Je vous remercie, Monsieur le proviseur, reprit de volée Fumet qui se situait à sa gauche tel un coprésident de table. J'ai en effet souhaité vous réunir le plus rapidement possible car le temps presse, et l'heure est grave. Il y a quelques jours encore, le candidat d'un parti raciste, extrémiste, était aux portes du pouvoir. Cela doit nous alerter et...
Des murmures commencèrent déjà à se faire entendre dans l'assistance. Voilà qu'il remettait ça : depuis que Jean-Marie Le Pen s'était qualifié contre toute attente au second tour de l'élection présidentielle, Gilles Fumet n'avait que la défense de la démocratie à la bouche. Certes, certains étaient allés manifester pour le principe le 1er mai mais...
- Oui oui on sait Gilles, répondit avec un agacement certain Suzanne Hertz, l'une des rares qui pouvait se permettre de lui couper ainsi la parole sans se prendre en retour une volée de bois vert comme la veste du professeur de gauche. Mais tout est bien qui finit bien, que veux-tu que nous fassions ?
- C'est précisément l'erreur commune qui m'effare ! rebondit le syndiqué. Alors parce que Chirac est passé les doigts dans le nez, on arrête de se poser des questions ? Mais ouvrez les yeux enfin, nous voterons désormais tous les 5 ans, l'extrême droite a perdu une bataille, mais pas la guerre ! Nous devons nous attaquer à la racine du problème, et pour cela, il n'y a pas de secret : c'est l'éducation des jeunes générations ! En tant que professeur, nous avons une responsabilité historique.
Delmas grimaçait déjà dans sa barbe. Il n'aimait pas la tournure que prenait cette réunion. Autant abréger :
- Où veux-tu en venir Gilles ? interrogea-t-il donc.
- J'ai eu vent de l'atelier très intéressant que notre nouveau collègue de français avait mis en place lors de son arrivée.
Toutes les têtes se tournèrent soudain vers Yves Le Saint, qui arborait jusqu'ici une mine passe-partout et qui aurait préféré continuer de se contenter d'écouter poliment ses aînés débattre, sans intervenir. Mais là, il était pris à partie...
- Euh... vous faîtes référence à l'atelier qu'on avait mis en place avec Jean-Baptiste il y a cinq ans... pardon, mois ? Celui avec le vote fictif ?
- Précisément !
Le professeur de français croisa le regard de Goliath. Les deux hommes, moins de 60 ans à eux deux, avaient en effet tenté l'expérience d'un atelier combinant littérature et politique, totalement optionnel et se déroulant pendant les récrées. Une initiative audacieuse qui avait obtenu un succès imprévu après qu'un groupe de cinq-six jeunes qui avait visiblement pas mal de temps à tuer l'avait rejoint, commençant à écrire un récit de science-fiction servant d'écrin au vote qui allait se dérouler dans un second temps. La popularité de cette bande menée par une jeune fille de seconde très lettrée, Yumi Ishiyama, avait attiré d'autres badauds sur le long terme. Résultat : une grosse cinquantaine de jeunes s'était pris au jeu dont Christophe M'Bala, de seconde, était sorti vainqueur contre toute attente face au candidat fictif incarnant le méchant du récit, X.A.N.A, lors du second tour.
- C'était une idée comme ça, intervint le professeur de S.E.S. On a limite fini en dystopie, mais ce genre d'expérience, c'est du One-shot si je puis me permettre l'expression. J'ai dû mal à voir le rapport avec l'actualité politique récente.
- Je vais m'expliquer, rassura Gilles Fumet. Je souhaite que nous organisions un nouveau vote grandeur nature histoire de sensibiliser davantage nos jeunes à l'enjeu démocratique, à l'importance du débat d'idée, et du vote. Le contexte est porteur, la fin de l'année arrivée, on sait tous que niveau boulot, c'est moins chargé, notamment pour les secondes.
Jean-Pierre Delmas soupira – intérieurement, pour ne vexer personne. Il l'avait vu venir. Mais son collègue était tout feu tout flamme et invoquer une omerta d'emblée contre une idée qui risquait de nuire au taux de réussite aux examens de Kadic pouvait lui provoquer pas mal d'ennui. Il allait devoir se la jouer démocrate – c'était dans le thème – en s'appuyant sur la collégialité du moment :
- J'aimerais avoir l'opinion des autres sur cette idée.
- Hum, les jeunes ont déjà pas mal d'activité sur leur temps libre vu les nombreux clubs que Kadic possède, fit remarquer Chardin, qui aurait aimé que son investissement en arts plastiques soit davantage reconnu. Est-ce bien raisonnable de lancer une nouvelle expérience « citoyenne » ? J'ai par ailleurs noté, sans vouloir critiquer l’initiative de nos deux collègues à l'époque, qu'il y avait eu des rumeurs douteuses qui étaient sortis de cet atelier...
- Quoi, quelles rumeurs ? interrogea Jim Moralès, qui aurait pourtant dû être le premier adulte au courant vu sa position au sein de l'internat.
- On a accusé Brigitte de sortir avec un élève...
Yves Le Saint était soulagé : toutes les têtes se tournaient désormais vers Madame Meyer, à l'opposé de la tablée par rapport à lui. Cette dernière réprima un demi-sourire. Non pas qu'elle souhaitait donner davantage de crédit à cette rumeur qui disait qu'elle avait une aventure avec Christophe M'Bala, et qui avait sans doute été lancée par ses opposants pendant la campagne, mais parce qu'elle ne pouvait s'empêcher de penser que si la rumeur l'avait concernée elle, et non pas Rachel, pourtant plus jeune, ce n'était sûrement pas un hasard...
- Ce qu'ils peuvent être bêtes à cet âge, commenta simplement la professeur de mathématiques.
- C'est normal qu'il y ait des boules puantes pendant une campagne électorale, enchaîna Fumet avec philosophie. C'est précisément pour ça que nous devons y sensibiliser nos élèves, pour les préparer au monde extérieur.
- Si, approuva Caggia. Vous avez vu comment se passe la politique en Italie ? Il n'y a que des abrutis... je partage l'importance de mettre en place un tel atelier.
Le franc parler typique de ceux qui s'exprimaient dans une autre langue que leur langue maternelle faisait son effet. Kensington et Moralès avaient déjà opiné du chef devant la puissance de cet argumentaire. Goliath et Le Saint n'allaient de toute façon pas s'y opposer sous peine de passer pour des jaloux voulant garder l'exclusivité de l'idée d'origine et du succès associé. Restait surtout...
- Suzanne ? interrogea le supérieur hiérarchique.
- Hmm, fit la femme d'âge mur, pensive. C'est un peu baroque mais il faut avouer que c'est ce genre d'initiative qui peut nous permettre de nous démarquer d'autres établissements – et en bien je veux dire, pas comme Mathison qui est réputée pour sa violence de plus en plus extrême vous voyez ? Il parait que désormais, on surnomme leur cour de récréation « l'arène » ...
À vrai dire, ses collègues ne voyaient pas, la violence supposée de l'établissement mentionné étant surtout une rumeur basée sur l'exagération d'un journaliste local en manque de sensationnalisme. Mais ce n'était une raison suffisante pour s'opposer à la professeur de S.V.T pour aucun d'entre-eux. Delmas de son côté voyait que la proposition, contre toute attente, était plutôt bien accueillie. Tant pis. Il se contenta donc des gardes fou habituels :
- Bon c'est d'accord Gilles, je n'y vois aucune objection mais il faut que ça reste optionnel au niveau de la participation.
- Naturellement. Je réfléchis à quelque chose qui pourrait être incitatif mais nous en reparlerons lorsque je te présenterai les modalités pratiques... En tant que professeur d'éducation civique, il est normal que j'ai la charge du dossier. Merci à tous en tout cas pour votre soucis de l'intérêt général ! Yves, Jean-Baptiste, je compte sur vous pour m'épauler naturellement, fort de votre expérience précédente. Bien sûr, on oublie le vernis fictionnel cette fois, c'est du sérieux, on doit préparer les élèves à la vraie vie comme je l'ai dit. Sur ce, je file plancher dessus, le temps nous est compté !
Il joignit le geste à la parole et décampa, quittant la pièce. Nouveau croisement de regard des deux plus jeunes de l'assemblée, qui venaient d'être mentionnés, tandis que leurs collègues commençaient eux aussi à se lever. Fumet aurait quand même pu demander leur avis ! Mais ils savaient aussi que c'était le prix à payer lorsque l'on était les petits nouveaux. Ils décidèrent à leur tour de ne pas s'attarder dans les discussions de comptoir avec leurs collègues pour réfléchir de leur côté à l'aspect logistique de la chose, saluant le proviseur qui discutait avec Madame Hertz au moment de sortir. Le chef d'établissement lui faisait justement part de ses doutes :
- Hum, je ne doute pas des qualités de Gilles, mais je me demande si cela est vraiment une bonne idée, confia l'homme à la barbe grise qui voyait déjà se profiler la chute des mentions « Très bien » au baccalauréat en juillet.
- S'il y a bien un truc sur lequel on peut lui faire confiance, c'est l'éducation civique... rassura Hertz, qui y voyait surtout l'occasion que Fumet se calme un peu sur ses démarchages syndicaux tant qu'il serait occupé à la mise en place de cette nouvelle idée.
- Tu as raison... Il ne reste qu'à espérer que la campagne ne vire pas à la foire d’empoigne, conclut-il en finissant d'une traite son café. On dit parfois que les enfants sont le reflet de notre société...


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RedStoneMatt MessagePosté le: Mar 01 Fév 2022 07:25   Sujet du message: Répondre en citant  
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Je ne m'attendait pas à de nouvelles fanfic dès janvier vu l'inactivité du site
continue ^^
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Icer MessagePosté le: Mar 15 Fév 2022 21:17   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Lundi 27 mai

Yves Le Saint et Jean-Baptiste Goliath n'arrivaient pas à y croire : ils se trouvaient face à une immense affiche accrochée sur l'un des piliers en pierre de l'enceinte de Kadic qui appelait les élèves à se réunir à la fin des cours dans une salle banalisée. Ce n'était pas tant le fait que Fumet ait concrétisé l'idée en moins de 15 jours qui était impressionnant : concrètement, le week-end de trois jours de la Pentecôte lui avait suffit. Mais les quelques jours suivants avaient surtout été consacrés aux négociations avec Delmas sur cette histoire d'« intéressement » : le chef d'établissement avait manqué de s'étrangler en entendant le professeur d'histoire-géographie – et d'éducation civique, il y tenait beaucoup – proposer que le vote porte sur un futur représentant des élèves au conseil d'administration, avec possibilité d'avoir droit au chapitre sur les subventions accordées aux clubs. Au-delà de la légalité douteuse de l'idée – vite nuancée par Fumet arguant qu'au sein de l'établissement privé, Delmas faisait au fond un peu ce qu'il voulait tant qu'il ne provoquait pas d'histoires – l'enjeu était presque trop élevé pour un atelier pédagogique. À ce stade du récit, son collègue de français, qui avait obtenu un compte-rendu oral de ces échanges grâce à ses bonnes relations avec la secrétaire Nicole Weber, était persuadé que Gilles allait se faire fumer par Delmas. Il avait alors dégainé l'argument imparable : que le mandat de ce futur « Président » des élèves dure 2 ans, et que les redistributions de financement ne se fassent qu'à partir de l'année n + 1. De fait, il détruisait une bonne partie de l'intérêt de l'atelier pour les élèves de première et de terminale, qui ne verraient de toute façon jamais les conséquences de leurs décisions. Une aubaine pour Delmas qui s'était empressé de conclure le deal, soulagé de la préservation du taux de mention à venir au baccalauréat.
Et, de fait, à la fin de la journée, c'était la cohue. L'affluence était telle que la réunion fut délocalisée dans le gymnase, où une centaine d'élèves, en majorité de troisième et de seconde, comme prévu, se massaient déjà. On était loin du petit club que Le Saint et Goliath avaient réuni cinq mois plus tôt... Les jeunes profs n'avaient pas le temps d'avoir des regrets, puisque Fumet les avait réquisitionné pour qu'ils installent en catastrophe un micro et une sono afin que leur aîné puisse être entendu de tous les jeunes désormais regroupés dans les gradins. Au premier rang notamment, Milly Solovieff et Tamiya Diop des Échos de Kadic, étaient au bord du malaise vagal tellement elles étaient excitées par le bénéfice qu'elles allaient pouvoir tirer d'un tel événement. On reconnaissait également la petite bande de Yumi Ishiyama, présente au grand complet, qui avait porté l'atelier précédent par leur idée de se projeter dans un monde virtuel fictif contre une intelligence artificielle. Il fallait enfin mentionner la présence de Jim Moralès, qui avait déjà tapé l'incruste lors de l'atelier de ses collègues de français et de S.E.S – il avait été candidat et avait fait un score pitoyable – et qui visiblement allait tenter de faire la même chose cette fois-ci.
- ...ah, une dernière chose, précisait Fumet alors qu'un brouhaha couvrait déjà en partie ses propos amplifiés par le micro au vu des annonces qu'il venait de formuler. Afin de vous sensibiliser également aux nouvelles technologies, j'ai décidé de reprendre l'un des concepts que l'atelier de l'hiver dernier avait posé. Le virus X.A.N.A, finaliste du dernier scrutin, sera de nouveau au rendez-vous et sera ainsi utilisé dans l'ombre par l'un des élèves déjà recruté et qui est présent anonymement parmi vous cet après-midi. Compte-tenu de la forme immatérielle du candidat, vous vous doutez bien qu'il devra user de méthodes plus innovantes pour faire campagne.
Yves Le Saint ne put s'empêcher de soupirer devant tant de théâtralité. Il voyait déjà le truc dégénérer, m'enfin, il n'était qu'un sous-fifre cette fois... Son collègue Goliath, même s'il essayait de le cacher, était à deux doigts d'éclater de rire, paradoxalement sans doute parce qu'il voyait déjà le truc dégénérer, et qu'il savait lui aussi qu'il n'en serait pas le principal responsable.
- Avez-vous des questions ?
Nicolas Poliakoff leva la main. On aurait pu s'en douter, venant d'un tel cerveau lent.
- Je trouve injuste que seules les mères aient le droit de parrainer un candidat. Pourquoi pas les pères aussi ?
L'élève de troisième faisait référence au système de « parrainage des mères » qui allait constituer la première étape de la campagne : les candidats souhaitant se présenter allaient avoir à partir de jeudi une grosse semaine pour récolter les signatures de dix mères parents d'élèves afin que l'administration valide leur candidature. Ils allaient donc pour cela convaincre les adultes du bien fondé de leur démarche, par des tracts, en exposant leur programme... bref, cela allait permettre d'éviter les candidatures trop fantaisistes ou de témoignage d'élèves n'ayant pas bossé le fond du sujet. Mais on pouvait comprendre que Poliakoff, qui venait de perdre sa mère le mois dernier – elle s'était bêtement étouffée avec un œuf de Pâques – trouve injuste que les pères soient exclus. Comme d'habitude, Fumet avait réponse à tout :
- Mon garçon, je te comprends. En fait, si j'ai volontairement choisi d'impliquer les femmes et non les hommes, c'est pour aller à rebours de l'idée sexiste qui veut que la politique soit une affaire d'hommes. Ici à Kadic nous sommes progressistes, face à un système discriminatoire jusque dans le vocabulaire : on parle de parrainage et non de marrainage n'est-ce pas ? Très bien, on ne va pas changer la langue française du jour au lendemain, mais en contrepartie, en privilégiant vos mères, je rétablis un certain équilibre.
L'argumentaire de l'homme de gauche était rodé. Les membres de l'auditoire féminin, très bien représenté, ne pouvaient critiquer le raisonnement sous peine que celle qui critique ne passe pour une sociale-traître aux yeux de ses pairs. Nicolas, qui de son côté voulait éviter de perdre tout espoir avoir Aelita sur le plan affectif et surtout, sexuel, se contenta donc de hocher la tête.
- D'autres questions ?
- Est-ce qu'en tant que médias, on va pouvoir organiser un débat d'entre deux-tours entre les deux finalistes ? interrogea Milly, qui ne perdait pas le Nord.
- Naturellement. Et je vous encourage à jouer à fond votre rôle de journaliste institutionnel dans l'intervalle, puisque par chance vous êtes le seul média officiel de l'établissement. À ce titre, pour rester dans le parallèle avec la réalité, vous allez pouvoir bénéficier des moyens du système. Rapprochez-vous de mes assistants dès que nécessaire, précisa Gilles Fumet en désignant du pouce derrière son dos Goliath et Le Saint, ce dernier – qui en avait marre d'être mis devant le fait accompli sans débat préalable – lui renvoyant un regard noir qu'il ne pouvait de toute façon pas voir.
- Super, merci m'sieur ! fit la rouquine, toute contente.
- Bien, je ne vois plus de main se lever et je vois que les intrigues de couloir vont déjà bon train, analysa Fumet en voyant les élèves plus occupés à discuter entre eux qu'à l'écouter. Il ne me reste qu'à vous souhaiter une bonne campagne... et que le meilleur gagne !
Ses deux hommes à tout faire se regardèrent. Comment ça, « le meilleur » ?

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Les élèves qui avaient assisté à la réunion étaient en train de se disperser gentiment dans la cour. Les Lyoko-guerriers – au complet si l'on ne considérait pas William comme membre du noyau dur – étaient en train de raccompagner Yumi, seule externe, jusqu'aux grilles du parc, tout en débriefant :
- Je suis surmotivé, répétait d'ailleurs Odd pour la troisième fois. L'atelier de cet hiver n'était qu'une mise en bouche comparé à ce qui va se passer cette fois. J'avais été à rien de me qualifier au second tour au dernier vote, mais vous allez voir ce que vous allez voir !
- On a bien fait de s'impliquer autant lors du précédent atelier, ça va nous donner un avantage, confirmait Jérémie. Tout le monde sait que l'univers fictif, c'est nous qui l'avions écrit.
- Enfin, écrit... nuança Yumi. Vécu plutôt. Mais pour moi, c'était un bon exutoire de faire ça juste après l'extinction du Supercalculateur.
- Tu comptes à nouveau te présenter Yumi ?
- Pourquoi pas ? J'avais bien aimé. Mais la politique, je ne suis pas super douée, j'ai fait un score ridicule la dernière fois.
- C'est parce que tu n'es membre d'aucun club, lui rétorqua Della Robbia. Tu sais bien comment ça se passe ici, ce sont surtout les Présidents de club qui ont les moyens de mobiliser les votes des adhérents... Tu es sûre que tu ne veux pas rejoindre mon club de courts-métrages ? On pourrait se qualifier pour le second tour...
- Non merci Odd, on m'a déjà démarchée, mais pour l'instant, je n'ai pas envie de m'engager dans un club. Depuis la fin de la lutte, j'essaye surtout de profiter de ma famille.
Le blondinet hocha la tête. Il pouvait comprendre qu'une externe soit moins réceptive à l'affiliation à un club, véritable lieu d'inclusion sociale lorsque l'on était pensionnaire. Mais il n'était pas dupe : il savait aussi que Yumi cherchait à passer le plus de temps possible loin de Kadic pour ne plus entendre parler du fricotage qui avait eu lieu entre Ulrich et Sissi. Mais bon, le « copain et puis c'est tout », c'était bien elle non ?
Stern justement, n'avait pipé mot depuis le début du trajet, même s'il avait fait acte de présence lors de la réunion.
- Hey Ulrich, tu rempiles toi hein ? Après tout tu fais partie du carré d'as des dernières élections !
- C'est quoi cette histoire de carré d'as ? fit Aelita en haussant un sourcil.
- Lors du dernier atelier, au premier tour, on a été quatre à faire 20 %, laissant des miettes aux autres.
- T'as pas fait 20 %, corrigea Jérémie.
- Oui bon, ça va, c'est mieux que ton score ridicule n'est-ce pas ? Si au moins tu avais fais mieux qu'Hervé, mais même pas, nargua l'excentrique.
- Je m'y attendais un peu, reconnut Belpois. Je ne peux pas forcer les paysans à rejoindre le club de lecture. Malgré tout, j'ai bien aimé m'impliquer alors si j'arrive à avoir assez de signatures de mères je retenterais.
- À la bonne heure, fit Odd. Mais avec tout ça, Ulrich n'a pas répon...
- C'est bon, lâche-moi, bougonna son camarade de chambre. Je n'ai absolument pas envie d'y retourner vu tout ce qui m'est tombé dessus la dernière fois. Je préfère me concentrer sur le brevet de toute façon. Et vu tes notes, tu devrais en faire autant.
- Tranquille, j'ai l'temps ! réagit Della Robbia. Allez mec, t' as pas envie de prendre ta revanche sur Christophe qui nous avait bien niqué ?
- Odd...
- C'est bon laisse-le, quand il est comme ça y a rien à en tirer, conseilla Jérémie en calmant du même coup le premier Lyoko-guerrier qu'il avait recruté en lui tapant dans le dos. Aelita, tu retentes toi ? Tu pourrais essayer d'améliorer ton score de la dernière fois...
- Non merci, et puis je ne suis plus membre du club de théâtre, alors ce sera sans moi. Je participerai quand même à la campagne, si un candidat est intéressant.
- Viens avec moi !
- On verra Odd.
- Eh bien, on dirait que les tractations ont déjà commencé, analysa Yumi alors que le groupe était arrivé au bout de l'enceinte de l'établissement. Je pense que cette fin d'année va être très intéressante. À demain les amis !
Le reste du groupe regarda pendant quelques secondes leur aînée s'éloigner dans la rue, puis les deux blondinets croisèrent leur regard : intéressante certainement, mais pas de tout repos.


Jeudi 30 mai

En cette belle matinée, la précampagne battait déjà son plein depuis trois jours tandis que le foyer des élèves était logiquement devenu le cœur battant des discussions politiques du tout Kadic, notamment pendant les récréations, comme c'était le cas présentement. Il fallait dire que Milly et Tamiya avaient à nouveau frappé un grand coup : obtenant l'autorisation de Monsieur Fumet de réquisitionner l'unique poste de télévision, elles avaient enregistré la veille sur VHS une première analyse des dynamiques qui étaient en train de se former depuis les premières 48 heures de campagne. Analyse qui tournait désormais en boucle sur l'écran, offrant aux élèves de quoi satisfaire leur curiosité.
- Pour l'instant, ça se bouscule au portillon, on nous rapporte une vingtaine d'élèves ayant été surpris en train de préparer des tracts ou de démarcher des mères à la sortie de Kadic. À ce rythme là, il n'y aura mathématiquement plus assez de mères pour que tous ceux souhaitant participer puisse le faire ! annonçait joyeusement Milly Solovieff.
- Eh oui, c'est précisément le but du système de parrainage Milly, lui répondait Tamiya, plus terre à terre. Celui-ci s'ouvre d'ailleurs aujourd'hui : les formulaires sont désormais disponibles auprès de l'administration !
- Bien. Essayons déjà de séparer le bon grain de l'ivraie... en commençant par l'ivraie bien sûr.
- Ok. Donc je commence par ceux du côté artistique ?
- Haha, elle est bien bonne Tamiya. Ok, côté artistique en commençant par le bas de la chaîne alimentaire.
- C'est noté
, lui répondait la jeune noire avec un clin d’œil. Pour évacuer les pots de fleurs dans ce cas, et pour faire d'une pierre deux coups, mentionnons Hervé Pichon et Jérémie Belpois du côté artistique intellectualisé à l'extrême, les Présidents respectifs des clubs d'écriture et de lecture, qui n'ont cessé de perdre des membres depuis leur création et qui sont toujours à un point tel que, en admettant qu'ils récoltent leurs parrainages à temps, sont promis à un score ridicule, comme la dernière fois lors de l'atelier d'hiver.
- Oh, je crois savoir paradoxalement qu'ils font bonne figure devant les mères car ils ont l'air intelligents, ils pourraient bien obtenir les précieuses signatures.
- Cela promet...
commenta Diop.
- En parlant de petits scores, il est désormais avéré qu'Aelita Stones ne se représentera pas cette fois ?
- Oui
, confirma l'autre cinquième en hochant la tête. Rappelons à nos téléspectateurs que lors de l'atelier d'hiver, elle avait contre toute attente été choisie par le club de théâtre pour être sa candidate après une primaire interne qui avait envoyé valser Jean-Baptiste Pujol, son Président de l'époque. Ce dernier avait alors tout fait pour saboter en interne la campagne d'Aelita, avant de lui donner le coup de grâce en démissionnant de ses fonctions et en soutenant Christophe M'Bala. C'est désormais Émilie Leduc qui préside ce qui est encore le plus gros club au sein des activités artistiques. On s'attend logiquement à ce qu'elle soit candidate.
- C'est vrai que le club de théâtre reste une voix qui compte mais il est désormais plus que menacé dans son hégémonie par deux autres clubs... Il y a bien sûr Odd Della Robbia, le Président du club de court-métrages qu'il a fondé après avoir quitté celui de théâtre, et qui a déjà officialisé sa candidature avec son style très... personnel. La très bonne campagne qu'il avait mené lors de l'atelier d'hiver lui a permis de faire un carton au niveau des adhésions à son club jusqu'ici assez marginal. Il avait manqué de peu la qualification pour le second tour la dernière fois, qui sait de quoi il sera capable aujourd'hui ?
interrogea Milly, l'air faussement songeur.
- Et puis, il y a bien sûr un candidat plus inattendu, Romain Le Goff, le Président du club des cinéphiles...
- Oui, on pourrait se demander la différence entre un club de court-métrages et un club de cinéphiles à première vue, elle est en fait très simple : les premiers produisent, les seconds se contentent de critiquer les créations des autres. Et ça marche ! Ces derniers mois, le club des cinéphiles attire de plus en plus d'élèves, notamment les plus jeunes.
- On dirait bien que ce mouvement incarne l'avenir
, analysait déjà Diop non sans une certaine ironie. En tout cas la bataille s’annonce féroce entre Della Robbia, Le Goff et Leduc... sans compter Pichon et Belpois qui, sur un malentendu, pourraient leur prendre plus de voix que prévu. Et d'autres candidats qui pourraient émerger, affaire à suivre.
- Et du côté des clubs sportifs alors ma chère Tamiya ?
- Les choses sont un peu plus simples pour l'instant. Il faut d'abord signaler qu'Ulrich Stern, troisième homme de l'atelier d'hiver qui avait échoué aux portes du second tour à la suite des rumeurs sur une affaire de paris truqués, a décidé de ne pas retenter l'expérience. Il avait d'ailleurs démissionné de la présidence du club de football à la suite de la défaite de la dernière fois. Nous menons toujours l'enquête pour savoir si le conseil de discipline qui lui serait prochainement réservé est une information fiable...
- Quelle fin ridicule pour l'ex-star du football !
soupira Solovieff. C'est depuis Sissi Delmas qui l'a remplacé à la tête du plus gros club sportif de Kadic...
- Les choses ont été faites proprement. Alors que la fille du proviseur ne partait pas gagnante, beaucoup en interne lui reprochant d'avoir joué contre son camp en poussant l'ancien leader vers la sortie, elle avait contre toute attente réussi à vaincre ses anciens et multiples rivaux. La culture du leader charismatique chez les footballeurs ne laissait guère de place au doute : hier, Delmas a officialisé sa candidature, s'étant au préalable assurée du soutien de tous ses ex-concurrents désormais intégrés à sa campagne. Sa dynamique pourrait toutefois être freinée assez vite car on l'accuse toujours et surtout d'être là davantage grâce à ses relations et la position de son père que ses efforts. Elle est bien née quoi ! Le dernier bruit de couloir que j'ai entendu critique sa proximité avec Ulrich, qui a fait beaucoup de tort à l'image du club avec ces histoires de paris truqués...
- Ils seraient amants ?
- C'est ce qui se dit mais je n'ai encore réussi à prendre aucune photo qui va dans ce sens
, pestait Tamiya.
- Et puis, il y a le fameux X.A.N.A aussi, que Fumet a repris de l'atelier d'hiver...
- Oui bien sûr, c'est là que ça devient intéressant
, avoua Diop. L'ancien finaliste est de retour mais personne ne sait qui le manipule. Il n'empêche que des vieux portables Nokia avec des forfaits prépayés ont commencé à être proposés à bas prix dans divers endroits de l'établissement, en échange d'une adhésion au tout nouveau club de sport crée par X.A.N.A qui en assure la présidence : le club de basket-ball. Cela fait un tabac.
La petite journaliste avait joint le geste a la parole en exhibant un téléphone portable modèle 3210. Tandis qu'elle l'agitait, l'écran s'alluma soudain.
- Ah, on dirait que tu as justement un message, commentait Milly.
- En effet, il est de X.A.N.A qui appelle à le soutenir car seule l'intelligence artificielle pourra sauver l'humanité d'elle-même, et que ça commence par le conseil d'administration de Kadic. Il ne fait aucun doute que je ne suis pas la seule à avoir reçu un tel message !
- C'est très intéressant cette utilisation des moyens modernes dans le cadre d'une campagne électorale
, commentait sa partenaire. Je suis certaine que cela pourrait élever le niveau du débat à l'avenir... Bref, nous n'avons pour l'instant pas réussi à savoir qui se cachait derrière X.A.N.A mais nous menons l'enquête et rassurez-vous : nous trouverons. D'ici là... Tamiya, nous n'avons pas encore mentionné le vainqueur de l'atelier d'hiver, qui part de fait grand favori...
- C'est à voir, car l'exercice n'est plus du tout le même ! Mais effectivement, tout le monde attend de savoir si Christophe M'Bala sera candidat à ce scrutin, après le véritable hold up réalisé la dernière fois. Lui qui appartient en même temps au club de théâtre et au club de football et qui par conséquent avait réussi à rassembler dans chaque camp ne bénéficiera cette fois pas de l'effet de surprise. C'est peut-être pour cela que, pour l'instant, il fait comme si cela ne l’intéressait pas...
- On verra bien
, en concluait l'autre cinquième en hochant plusieurs fois la tête de suite. On a fait le tour des candidats intéressants ?
- Malheureusement oui Milly. Mais qui sait, d'autres surprises pourraient survenir, la phase de parrainage ne fait que commencer ! Bon aller, je suis de bonne humeur, alors je veux bien en citer un autre : Nabau Tié, le petit sixième au nom bien trouvé, a annoncé sa candidature sitôt la réunion de lancement de Fumet terminée. Membre d'aucun club, le frère d'Ernest, à l’éternel gilet jaune – on se demande quand est-ce qu'il le lave – est connu pour avoir foutu un sacré bordel dans Kadic il y a quelques semaines lorsqu'il a appelé, avec un certain succès, à la grève générale des sixièmes pour protester contre les nombreux rackets d'argent de poche que sa génération subit de la part des plus puissants... enfin, des plus grands je veux dire. Visiblement, il veut profiter de l'opportunité pour éviter que le mouvement ne s’essouffle, d'autant qu'il n'a toujours rien obtenu de la part de Kadic à part des heures de colle et un œil poché de la part de son propre frère.
- Intéressante comme histoire. Ce sera l'anecdote de la fin ma chère Tamiya, alors dis-moi, pourquoi Nabau Tié s'est-il fait tabasser par son propre frère ?
- La plupart des bruits de couloir s'accordent pour dire qu'Ernest Tié, en lisse pour un record d'années de redoublement à Kadic, est l'un de ceux qui tire le plus de profit du racket des plus jeunes... la suite n'est pas difficile à deviner.
- Je vois, comme on dit, on ne choisit pas sa famille... Nous vous tiendrons naturellement informés si cette déclaration de candidature amène le nain jaune à se faire de nouveau démolir le portrait, car vous pouvez compter sur « Les Échos de Kadic » pour relayer toutes les informations sensationnelles ! Allez, on se retrouve vite pour une prochaine émission et si vous avez raté le début de celle-ci, pas de panique, l'enregistrement recommence juste après ! Bye !

- Une véritable chaîne d'information en continu, commentait l'un des élèves présents. Je ne suis pas sûr d'apprécier.
Mais déjà, l'attroupement était plutôt attiré par les paroles sonores de Nicolas Poliakoff, perché sur un carton retourné dans un coin du foyer pour surplomber la foule et être mieux vu.
- Camarades, j'ai décidé de me porter candidat à l'élection, pour un vrai changement ! Vous le savez, je ne suis membre d'aucun club, mais parce que je vois plus loin : nous devons arrêter de nous diviser entre artistes, nous devons nous réunir ! Si nous faisons bloc face à l'administration et aux sportifs qui, au fond, se satisfont très bien des règles du jeu actuelles car ils sont favorisés, nous pouvons obtenir gain de cause ! Trouvez-vous normal d'être dans un système aussi oppressif, qui bride la nécessaire libre créativité dont tout homme a besoin pour se réaliser ? Que si peu de moyens soient alloués à la culture de la part de l'administration, à tel point que les décors des pièces de théâtre sont recyclés année après année ? Nous dev...
Le troisième, qu'on avait de mémoire de collégien jamais vu aussi bien parler en 4 ans, n'avait pas pu finir sa harangue : le carton venait de céder sous son poids et de s’affaisser brutalement, le faisant littéralement perdre sa hauteur de vue. Il n'était pas blessé mais déjà, les spectateurs ne se privaient pas pour y aller de leur commentaire :
- Wow, il s'est bien fait cartonner.
- Le cerveau de Nicolas est décidément comme son carton : uniquement rempli d'air...

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Milly et Tamiya, attablées au self pour le déjeuner, étaient occupées à préparer leur prochain enregistrement, qu'il fallait évidemment charger d'informations les plus croustillantes possibles :
- Bon, j'ai deux infos, commença immédiatement la première au moment exact où la seconde posait ses fesses sur la chaise en face d'elle. Emmanuel Maillard de seconde va se déclarer candidat en fin d'après-midi.
- Quoi ? Mais pour quel club ?
- Il veut ressusciter le club de musique qui avait fermé en milieu d'année dernière. Mais attends, en plus de ça, on raconte que Paul Gaillard va se lancer aussi, peut-être pas aujourd'hui mais possiblement en début de semaine prochaine.
- On ? C'est qui on ?
- Désolé ma vieille, je ne peux rien dire sur ce coup-là, même à toi, mais c'est du très solide, assura la rouquine.
- Mais attends, côté artistique aussi ? Il vient d'où ce mec ? insistait sa camarade, visiblement agacée.
- Ouais ouais, il est artiste. Y a deux ans, il avait essayé de lancer le club des historiens mais il était tout seul alors ça n'avait pas pris. Tu te rends compte de l'éparpillement des candidatures que ça va provoquer côté artistique ? Déjà que Poliakoff n'était pas attendu en solo...
- Bof, la vérité des parrainages va être cruelle à mon avis, fit Tamiya avec une moue typique du sexe féminin de cet âge-là. Je reste sur le cul de toutes les infos que tu arrives à dégoter...
- Souviens-toi de ce qu'on a dit, je me concentre sur le camp artistique, et toi le camp sportif, pour qu'on soit plus efficace !
- Ouais ouais mais j'avoue ne pas avoir autant de commérages pour l'instant.
- En même temps, pour l'instant y a moins de candidats... du neuf quand même ?
- Pas grand chose. Jim a de nouveau eu l'autorisation de participer bien que ce soit un adulte donc il va certainement l'annoncer mais tout le monde s'en fout.
- Et puis il n'a pas de club derrière lui, c'est plus compliqué de le classer.
- Bah, il est quand même prof de sport, alors je le mets avec les sportifs, mais bon c'est vrai que ça ne changera rien. Il n'aura pas ses parrainages, tu l'imagines démarcher les mères à son âge, dans une élection pour adolescents ? Il va surtout gagner des accusations de harcèlement sexuel si tu veux mon avis. Mais je te propose quand même de le mentionner pour ne pas qu'il accuse tout le monde de comploter contre sa candidature, il avait bien cassé les couilles la dernière fois.
- Je comprends, ça se vaut, ok.
- Et William va sûrement se déclarer à nouveau candidat en tant que Président du club de karting, mais lui aussi il est marginal.
- Logique qu'il ne veuille pas rejoindre Sissi cela dit... Bon, tu vois c'est pas mal !
- Ouais.
- Oh allez, boude pas, on a pas le temps de se disputer cette fois, l'enjeu est grand. Si on gère bien le truc, imagine ce qu'on pourrait négocier pour l'année prochaine...
Pour la première fois depuis le début de la discussion, Diop consentit à sourire.
- Tu as raison... Je...
Elle s'interrompit, attirée par un certain brouhaha du côté de l'entrée. Christophe M'Bala venait d'arriver dans le self, suivi par une petite troupe d'une dizaine d'élèves. L'ivoirien, le terme était bien choisi pour le coup, arborait un air dégagé tirant sur le blasé qui laissait penser qu'il était au-dessus de toute cette agitation, et qu'il ne voyait rien. Il fallait dire qu'à ce stade, il jouissait de son statut de vainqueur de l'élection du dernier atelier, quand bien même celui-ci était bien plus restreint, et il était de fait entouré d'une horde de courtisans ayant espoir de jouer un rôle dans sa future campagne. Futur à mettre au conditionnel pour le moment, le lycéen, interrogé deux jours plus tôt sur sa probable candidature, avait simplement déclaré : « Pour l'instant, je n'ai pas envie de me faire emmerder avec ça. ». Curieux.

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Romain Le Goff arrivait bon dernier dans la chaufferie, refermant soigneusement la porte puisqu'il n'ignorait pas son statut de retardataire à la réunion qu'il avait pourtant lui-même provoqué avec le reste des principaux candidats du camp des artistes. Malgré l'absence de Jérémie Belpois et d'Hervé Pichon, non-conviés car marginaux au sein même de leur propre camp, le nombre de personnes présentes n'en demeuraient pas moins nombreuses : en plus de lui-même, il fallait ajouter Odd Della Robbia bien sûr, Nicolas Poliakoff, ainsi qu'Émilie Leduc et Emmanuel Maillard qui s'étaient déclarés entre temps candidats.
- Merci d'être tous venus, enchaîna d’emblée le dernier arrivé sitôt au même niveau que ses camarades, qui patientaient tous debout étant donné qu'il n'y avait pas de chaises. Je ne vous fais pas de dessin par rapport à la situation : si nous y allons divisés, nous n'avons aucune chance de gagner.
- Bon et alors, que proposes-tu ? lui répondit du tac au tac un Odd passablement agacé, qui n'entretenait pas de bons rapports avec son ancien camarade depuis que celui-ci avait fondé son propre club.
- Nous devrions commencer par reconnaître que nous avons des points de convergence, expliqua l'initiateur. Si l'un de nous l'emporte, il est évident que les subventions seront prioritairement allouées aux clubs artistiques non ?
- Cela va de soi, confirma Leduc.
- Alors pourquoi tout ce cirque ? Les candidatures de témoignage n'ont pas leur place ici !
- Mais dis-moi Romain, ne peut-on pas classer ta démarche précisément sous cet intitulé ? interrogea Odd. Vous tous d'ailleurs. De nous cinq, je suis le seul à avoir été candidat à l'atelier d'hiver, où j'ai été à deux doigts de me qualifier pour le second tour. Ma campagne avait été extrêmement populaire à l'époque. Je ne vois pas sous quel motif je devrais me retirer. Le club de théâtre avait été pitoyable avec Aelita...
- La période était compliquée, consentit Émilie. Jean-Baptiste nous avait trahi pour Christophe... Mais je reste Présidente du plus gros club artistique !
- Le temps où le club de théâtre était hégémonique est loin, nuança Le Goff. Je vous invite à réfléchir : pensez-vous vraiment que la dynamique d'avenir soit en faveur d'un art aussi traditionnel ? S'il y a bien un point sur lequel je suis d'accord avec Odd, c'est que l'expérience de l'atelier d'hiver a montré que l'histoire avait un sens. Le club de court-métrages a bolossé le club de théâtre – malgré mon désistement en la faveur d'Aelita, je tiens à le rappeler – parce qu'il utilise les nouvelles possibilités offertes par le monde moderne, qui attire plus de jeunes. Eh bien moi je vois encore plus loin : au sein du club des cinéphiles, nous donnons notre avis sur les créations cinématographiques, ce qui est beaucoup plus populaire. Peu de gens ont la chance de pouvoir produire ou travailler sur un film, mais tout le monde peut avoir un avis ! Et regardez déjà la dynamique des inscriptions, elle me donne raison ! Parce que, ne soyez pas naïfs, avec l'apparition des portables, d'internet... de plus en plus de gens auront la possibilité d'avoir un avis et de le partager aux autres. J'invite donc mes estimés collègues à se ranger derrière ma candidature, la seule à même d'enrayer la dynamique en déclin des clubs artistiques. Nous devons toucher un nouveau public !
- Mouais, je ne suis même pas certain que l'on puisse vraiment considérer que tu fais partie du camp artistique au fond, ton club ne produit rien, toisa Della Robbia. Tu m'évoques plus un mec opportuniste à la Christophe...
- Tu voudrais que je me résigne devant la difficulté ? Dans tes rêves... commentait pour sa part Émilie.
- Pas question de me ranger derrière Odd cette fois, informa Nicolas qui avait rejoint la campagne de l'excentrique mauve lors de l'atelier d'hiver en actant l'échec de la démarche d'Hervé. Je porte cette fois un véritable idéal, que personne d'autre n'a, et surtout, je m'adresse aux élèves qui ne sont pas forcément assez cultivés pour se sentir apte à franchir le pas d'un club artistique. À force de rester entre artistes avec élitisme, en vase clôt, notre camp ne s'adresse plus à la masse. Mais la masse, elle vote. Et elle peut nous faire gagner.
Il y eut un blanc pendant quelques secondes. Depuis qu'il s'était déclaré, Nicolas était tout sauf le parfait abruti qu'il avait toujours été depuis son entrée au collège. Avait-il délibérément mis son cerveau en hibernation pour économiser un maximum d'énergie et envoyer la sauce au moment opportun ? En attendant, il tenait des propos très intelligents, tout en gardant auprès des élèves de Kadic cette image d'un garçon simple, loin de l'image parfois véhiculée par les élites de certains clubs comme celui de théâtre, et dont Émilie était finalement la parfaite incarnation, avec sa démarche de candidature presque de droit divin. La stratégie de Poliakoff pouvait se valoir, mais...
- Moi je suis prêt à sacrifier ma candidature sur l'autel d'un candidat commun, déclara Emmanuel en guise de bonne volonté. Encore faut-il se mettre d'accord. D'ici là je poursuis ma démarche visant à une nette remontée des votants favorables au camp artistique, je suis persuadé de pouvoir créer la surprise, comme je l'ai fait en ressuscitant le club de musique, alors que personne n'y croyait.
- Oulà, tu t'emballes peut-être un peu là, fit remarquer Leduc. T'as quatre personnes qui se sont inscrites depuis ton annonce de cet après-midi, c'est pas mal mais de là à dire qu'il va revivre dans la durée... ce sont surtout les inscriptions en début d'année qui ont le plus de valeur d'ailleurs.
- Bon eh bien je pense qu'on a fait le tour du sujet, acta Della Robbia. Je n'ai pas envie de passer ma soirée à écouter vos pleurnicheries sur l'union de notre camp alors que l'enjeu clé, c'est la mobilisation des gens, et c'est bien à ça que j'entends employer mon temps des prochains jours.
- Pff... commenta simplement Le Goff en voyant Della Robbia remonter les escaliers de la chaufferie pour sortir... et tomber nez-à-nez avec Milly et Tamiya, micro tendu et caméra allumée.
- Salut Odd, attaqua immédiatement la rouquine. La réunion entre les principaux candidats du camp artistique a duré à peine cinq minutes, est-ce que l'on peut en déduire que l'idée d'une candidature commune est un échec ?
Le blondinet resta interdit quelques secondes avant de prendre une profonde inspiration :
- On se parle, c'est bien. Il y avait une bonne ambiance. J'ai hâte que nous puissions à nouveau nous retrouver pour maintenir le dialogue et avancer ensemble sur les sujets de fond, expliqua-t-il avant de remonter dans les dortoirs.
- Hey attends, on espérait faire une ph... commença la cinquième avant que la demande ne meure d'elle-même en constatant que le Président du club de court-métrages était déjà à mi-étage.
Elle décida alors de reporter son attention sur la sortie des autres candidats :
- Romain, un commentaire sur la réunion qui vient de se tenir à l'instant à ton initiative ? fit la journaliste en profitant du fait que ce dernier remontait à son tour.
- Très prometteur, je pense que nous nous reverrons bientôt.
- Quand ? La clôture des parrainages est dans 8 jours.
- Bientôt, insista Romain avant de s'éclipser.
- Oui, c'était très positif, confirma Leduc. Et les échanges vont continuer bien entendu.
- D'accord mais sur le fo... commençait Milly avant à nouveau de s'arrêter puisque Leduc s'était déjà tirée avec une rapidité insoupçonnée. Putain mais ils sont sérieux !? s'énerva-t-elle alors en se retournant vers sa partenaire.
- J'ai bien peur que oui, réagit Tamiya derrière la caméra sans la moindre once de joie de vivre. Considérer la presse, c'est vraiment quand ça les arrange.

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Tristan Brossard était un jeune homme de 13 ans pleinement inséré dans son environnement. Il s’asseyait ni trop près, ni trop loin du professeur en classe, refusait systématiquement de choisir les légumes si une alternative plus intéressante existait à la cantine, et faisait ses devoirs en temps et en heure, mais sans jamais anticiper plus que de raison. Ses notes plus que correctes suffisaient aux yeux de ses parents pour continuer de dépenser une coquette somme pour des études privées, il n'avait donc pas d'histoires, car personne ne lui en avait jamais cherché, et lui n'en cherchait pas non plus.
C'était dire si l'acquisition récente d'un Nokia 3210 avec un forfait prépayé pour une somme plus que modique consistait une révolution dans son quotidien. Se sachant au bord de la ligne jaune, il avait estimé qu'il était plus sage de ne pas en parler à ses parents. Ils ne comprendraient pas. Au-delà de l'environnement, Brossard se sentait donc désormais pleinement inséré dans son époque également.
Naturellement, il avait déjà reçu plusieurs SMS d'un numéro préenregistré nommé « X.A.N.A » qui appelait en gros à renverser l'ordre établi et à rejoindre son club de basket-ball où il était possible de s'amuser avec d'autres « écoliers patriotes ». Tristan n'avait pas tout saisi mais, faute d'autres numéros, il n'avait pas supprimé celui-ci.
Alors qu'il s'apprêtait à aller se coucher, le quatrième entendit son nouveau portable vibrer sur son bureau. Un message. Non pas de X.A.N.A mais d'un numéro inconnu. Le temps d'en prendre connaissance, le jeune homme ne put s'empêcher d'espérer qu'il soit de la belle Julie Vigouroux, d'un an sa cadette. Mais comme il n'avait rien fait d'extraordinaire susceptible d'attirer son attention ces deux dernières années, ce n'était évidemment pas le cas :

« avecnous.fr ; vous ne vous reconnaissez pas dans les déclarations des candidats à l'élection du conseil d'administration ? C'est normal, ils ne parlent pas de nous, ils parlent d'eux. Notre démarche est à l'opposé de ça. Rejoignez-nous. »


Le message n'était pas signé. Curieux. Si, à 21 heures passées, il n'était pas question pour Tristan d'allumer son ordinateur portable pour se connecter sur le web, le blond ne put s'empêcher de dévoiler un léger sourire dans la pénombre de sa chambre individuelle : il n'était peut-être plus seul pour très longtemps.


Spoiler


Dernière édition par Icer le Sam 23 Avr 2022 09:50; édité 2 fois
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Icer MessagePosté le: Ven 11 Mar 2022 12:08   Sujet du message: Répondre en citant  
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Vendredi 31 mai

Dissimulé derrière un gros tronc d'arbre du parc de Kadic, observant avec attention la scène en direction du portail d'entrée, Théo Gauthier avait du mal à y croire : Matthias Burrel, son aîné lycéen, connu pour être une personne solitaire, s'y trouvait, lui qui n'avait rien à y faire, et surtout pas à cette heure-ci en tant qu'interne. Burrel était aussi considéré pour être le plus proche ami de Christophe M'Bala, et le duo était si soudé que, au sein de sa classe, il avait gagné, depuis la sortie récente en salles d'Asterix et Obélix Mission Cléopatre, le surnom de Numérobis. Mais surtout – une réputation qui avait largement dépassé les frontières de sa classe – le binoclard était connu pour être du genre secret, presque austère, en tout cas tout l'inverse du type affable et souriant que Gauthier observait présentement, en grande conversation avec une dame d'âge mur, certainement la mère d'un élève. L'ancien rival d’Élisabeth Delmas pour la présidence du club de football en avait assez vu : il était temps de sonner l'alerte.

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Le footeux arrivé à Kadic l'an passé se hâtait de rejoindre les vestiaires du gymnase, où les pontes de son club avaient désormais l'habitude de se réunir chaque matin, avant même le début des cours, depuis le lancement de l'animation de Fumet, histoire de parler stratégie politique. Ils savaient qu'ils ne risquaient pas d'être dérangés depuis qu’Élisabeth Delmas était devenue Présidente du club : aucun garçon n'allait d'une part se risquer à les utiliser en présence féminine. Et personne tout court n'allait reprocher à la fille du proviseur un tel manquement aux règles de la bienséance, tandis que l'arrivée de Théo permettait aux quatre côtés du carré d'élite du club d'être désormais au complet.
Il fallait revenir quelques mois en arrière : la puissante fédération sportive de Kadic, avec à sa tête, le charismatique Ulrich Stern, pensait logiquement impossible de perdre le vote de l'atelier d'hiver qui se profilait, les ennemis extérieurs étant jugés ridicules. Hélas, la plus grosse menace était en fait interne, la médiatisation d'Ulrich à l'occasion de ces fausses élections ayant poussé la presse à faire – enfin – le travail d'investigation sur son passé, le mettant en cause dans une affaire de matchs truqués lui ayant permis de s'enrichir indûment. Refusant de se retirer sur le moment, la défaite électorale avait scellé le sort de Stern, poussé vers la sortie par sa propre vice-Présidente Élisabeth Delmas, avec qui il fricotait pourtant – mais le type n'était moralement plus à un écart près. L'ancien Lyoko-guerrier devait d'ailleurs toujours s'en expliquer auprès de l'administration de Kadic au cours d'un prochain conseil de discipline, que l'entregent de son père aura réussi à faire retarder au maximum, et qui était calé désormais après les examens de fin d'année. En attendant, il avait fallu rapidement élire un nouveau Président de club. Et de façon surprenante, au sein de ce milieu pourtant très masculin, c'était une fille qui l'avait emporté. Certes, Sissi était jusque là vice-Présidente, mais ne devait son statut qu'à Ulrich, contre qui elle avait comploté, ce qui passait mal au sein de la fédération traditionnellement attachée à la culture du chef (corrompu ou non...). Le leader déchu, elle aurait dû s’écrouler ! Il n'en a rien été, pour beaucoup grâce à son statut de fille du proviseur. Elle avait néanmoins tendu la main à ses anciens rivaux à l'occasion du lancement de l'atelier de Fumet, qui l'avaient tous acceptée, ce qui expliquait leur présence dans le vestiaire.
Tout d'abord, Théo Gauthier donc, qui avait réalisé le meilleur score après Sissi lors du vote. Très apprécié de la base pour avoir été fidèle jusqu'au bout à Ulrich pendant l'atelier d'hiver malgré les affaires, il n'avait pas son pareil pour employer le langage populaire propre aux ultra des stades de football, ce qui l'avait aidé à réaliser un joli score.
Il y avait également le jeune Xavier Gosselin, d'un an le cadet des deux autres. Originaire du Nord de la France, il avait fait campagne en insistant sur l'importance de démocratiser le football dans les territoires périurbains et ruraux, et non pas uniquement en banlieue, pour, à terme, faire encore grossir le nombre d'adhérents grâce à ceux qui s'inscriraient à Kadic grâce à l'aisance financière de leurs parents – le terme « méritocratie républicaine », habituellement utilisé dans ce type de cas pour faire genre, avait été jugé trop connoté comme un vocabulaire des clubs artistiques et laissé au vestiaire, c'était le cas de le dire – mais le raisonnement, trop alambiqué, n'avait pas pris. Certains tenaient d'ailleurs encore rancune à Gosselin d'avoir poussé, comme Sissi, à la démission d'Ulrich avant même la fin de la campagne d'hiver. Celui qui proclamait avec assurance qu'il allait l'emporter avait mis du temps à se remettre de la défaite à l'élection de la présidence. Mais de l'eau avec coulé sous les ponts depuis plusieurs semaines, et il avait accepté de se mettre au service d’Élisabeth Delmas pour la campagne, sans doute en échange de la garantie qu'il resterait le gardien de buts titulaire de l'équipe.
On retrouvait enfin pour compléter le carré Gabriel Riccio, de première scientifique, le plus âgé du lot. D'un naturel réservé, presque trop intelligent pour l'univers footballistique, il avait tenté sa chance contre toute attente pour prendre la présidence en insistant sur la nécessité que l'équipe de Kadic ait un jeu plus intelligent et tactique pour briller en championnat. Le concept n'avait pas marché non plus, mais Riccio n'en restait pas moins respecté par ses pairs. Son sens du devoir l'avait naturellement poussé à filer un coup de main à Delmas, pour pouvoir continuer de peser l'air de rien.
Lors de l'élection à la présidence du club, un cinquième candidat s'était présenté selon les archives officielles, mais il avait réalisé un score tellement faible que tout le monde l'avait oublié, y compris Élisabeth lors de sa politique de la main tendue. Ainsi, personne n'en avait fait grand cas.
- Je viens de voir Matthias démarcher une mère, informa Théo. Cela prouve ce que l'on pense tous : Christophe sera candidat, et le SMS reçu hier soir avec le lien internet vient sûrement de ses équipes !
- Quelque chose ne colle pas, tempéra Ricco. Les portables prépayés viennent de X.A.N.A. Comment le camp M'Bala aurait-il pu, si rapidement, récupérer tous les numéros pour réaliser une telle opération ?
- Et si ceux qui dirigent X.A.N.A l'avaient aidé ? s'interrogeait Gosselin. Ils ont un intérêt commun dans cette histoire : accéder tous les deux au second tour. Ce sont les meilleurs ennemis...
- Ce n'est pas idiot comme théorie, admit Sissi en hochant la tête. Mais, si rapidement... ? Il y a quelque chose qui cloche, c'est vrai, tu as raison Gabriel. Il faut rappeler le règlement de Kadic : portable autorisé dans l'enceinte de l'établissement sous réserve d'en informer l'administration et d'en communiquer le numéro associé afin que les élèves puissent être contactés en cas d'urgence. C'est la procédure qui a été mise en place depuis la disparition de Talia Rose l'année dernière. Et j'ai parlé avec mon père : tous les Nokia distribués ont bien été référencés, X.A.N.A a fait les choses dans les règles pour éviter une polémique.
- Donc, il n'y a pas que X.A.N.A qui a pu aider M'Bala, analysa le lycéen. Cela peut aussi provenir d'une fuite de l'administration, puisque celle-ci possède tous les numéros.
- Oui, admit Delmas. Mais risquer une telle stratégie en sachant pertinemment que je suis dans la course en tant que fille du proviseur... cela me semble très audacieux.
- C'est l'audace qui a permis à Christophe de l'emporter cet hiver, rappela Théo en soupirant. Enfin, ça et les conneries d'Ulrich, ajouta-t-il, provoquant une mine désolée chez les autres pendant quelques secondes. Cette fois, pas question de le sous-estimer. Il fait genre qu'il se branle de cette élection, mais il est évident que c'est faux, et l'activisme de Matthias en est, à défaut de savoir qui est vraiment derrière ce SMS, la première preuve tangible.
- C'est vrai. Mais on ne va pas se laisser faire. Il est temps que le football retrouve sa fierté. Tu fais fuiter l'info aux Échos sur Matthias pour que ça passe aujourd'hui ?
- Sans problème, assura Théo.

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La foule était désormais nombreuse au foyer devant le poste de télévision de la récréation du matin, qui coïncidait avec la mise à jour de la VHS d'information de Milly et Tamiya. Au vu du succès de l'opération médiatique, il n'y avait désormais plus de décalage d'une journée, les deux cinquièmes ayant obtenu l'autorisation expresse de Fumet, par ailleurs leur professeur principal, d'être dispensées des heures de cours qui avaient lieu avant la première récréation afin de pouvoir commenter l'actualité la plus fraîche presque en temps réel. Inutile de préciser quels étaient les deux jeunes collègues qui avaient été sommés par le professeur d’histoire-géographie – et d'éducation civique, il y tenait beaucoup – de s'adapter à ces nouvelles contraintes pour s'assurer que la logistique suive, malgré leurs propres heures de cours à assumer.
- Salut Tamiya !
- Hey Milly !
- C'est parti pour un nouveau flash d'information qui passera en continu toute la journée. Dans quelques minutes, deux invités débattront ensemble, mais avant, le point sur les dernières actualités.
- De nombreux élèves ont rapporté avoir reçu dans la nuit un SMS sur leur Nokia qui n'était pas issu de X.A.N.A
, embraya Tamiya en dévoilant à l'écran sa propre acquisition. Non-signée, cette démarche fait beaucoup parler, d'autant que le camp de X.A.N.A peut légitimement se demander qui a pu le prendre à son propre jeu. Il apparaît probable toutefois que cela vienne de Christophe M'Bala : des sources concordantes nous ont confirmé avoir vu son fidèle Matthias Burrel près de la grille de Kadic à l'heure où arrivent les externes, pour démarcher les mères de ceux qui viennent encore accompagnés – pensez à la réputation de l'établissement les gens, sans déconner – ou qui sont déposés en voiture par leurs parents.
Le mentionné, qui écoutait comme à l'accoutumée d'une oreille le flash en faisant mine de se concentrer sur la partie de baby-foot qu'il menait actuellement contre Matthieu Ducroc, s'immobilisa soudain avant d'interrompre la partie et de filer à l'extérieur du foyer. Il avait du travail.
- Les masques ne tarderont pas à tomber... conclut la noire. Tandis que, côté artistique, la situation évolue Milly c'est ça ?
- Oui, le réunionnais Paul Gaillard de troisième, éminemment respecté dans le camp artistique, et face au refus des autres candidats d'ores et déjà déclarés de s'unir, a décidé d'organiser une primaire interne aux fédérations artistiques pour que les adhérents puissent trancher eux-mêmes en amont et éviter la catastrophe annoncée.
- N'est-il pas étrange d'ajouter une candidature en prétextant sauver le camp artistique ?
grommelait Tamiya. Et puis ce mec, il sort d'où ?
- Hum, il a essayé de fonder il y a deux ans le club d'histoire de mémoire, ce qui suffit à le classer dans le camp artistique. Cela n'avait pas pris mais celui que l'on surnomme « Le Ti'Gaillard » s'est depuis fait un nom.
- M...
- Dans la suite de cette édition, nous avons le plaisir d’accueillir nos deux invités pour un court débat
, embraya Milly tandis que la caméra s'élargissait. À ma droite, Jeanne Le Bihan de troisième.
- Bonjour et merci de m'avoir invitée
, salua la blonde de taille moyenne parfaitement rompue aux codes du milieu malgré son âge.
- Vous êtes depuis l'atelier d'hiver une fervente soutien de X.A.N.A, on peut même dire que vous êtes l'une des historiques n'est-ce pas ?
- Oui
, confirma l’intéressée. Je soutiens X.A.N.A car il est temps que ça change.
- Que quoi change ?
- Hmmm... eh bien, vous savez, le « système ».
- Ahin
, commentait sobrement Tamiya. Pouvez-vous nous en dire davantage ?
- C'est à dire que... C'est une notion assez complexe
, expliqua Jeanne. Je ne voudrais pas monopoliser la parole.
- Bien sûr, nous allons pouvoir en reparler
, fit Milly. À ma gauche, membre du club des cinéphiles – il y fait honneur au vu de sa capacité à critiquer tout ce qui bouge – ancien candidat à la présidence du club contre Romain Le Goff, accueillons le jeune Colin Maillard.
- Coline
, annonça le jeune homme aux lunettes rondes.
- Excusez-moi ? intervint Tamiya.
- Navrée de déconstruire vos préjugés, mais j'ai entamé un processus de changement de sexe. Bien sûr, physiquement rien n'a encore bougé, mais je souhaite que l'on me considère comme une femme désormais, c'est mon droit le plus strict.
- C'est une plaisanterie !?
- Non non, renseignez-vous. Et merci d'utiliser le pronom « elle » pour me présenter à l'avenir
, renchérit le jeune h... la jeune femme, catégorique.
- Ok mais nous allons devoir annuler ce débat, annonça en retour Solovieff, la mine désolée.
- Pardon !? C'est de la transphobie !! s'insurgea immédiatement Coline.
- Mais non crétine de Coline, lui répondit Diop. Nous avons de strictes consignes de parité.
- Nous pensions avoir invité une femme et un homme
, détailla Milly sous le regard carnassier de Le Bihan. Là, ça ne va plus...
- Eh oui, voilà où mène la perte de repères et de valeurs fondamentales de notre jeunesse
, commenta finalement la blonde de l'autre côté du plateau, l'air de rien.
Maillard tenait visiblement quand même à avoir le dernier mot car :
- Mais attendez, vous êtes hypocrites là, vous êtes vous-mêmes deux femmes journalistes à l'écran constamment, où est la parité ?
- Grâce à Tamiya, nous pouvons nous passer de ce type de réglementation en mettant en avant d'autres arguments progressistes
, répondit nonchalamment Milly en désignant du pouce sa camarade qui prit un air scandalisé. Bref, nous reprogrammerons un débat plus tard. En attendant, à vous les studios et à demain !
Juste avant la coupure de l'image, on voyait Colin(e) commencer à se jeter physiquement sur Jeanne qui lui tirait la langue, et l'arrivée dans le champ du professeur Yves Le Saint, la mine mi-affolée, mi-blasée. La fin de la séquence, trop précoce aux yeux de beaucoup d'élèves, ne permettrait pas de savoir s'il avait réussi à efficacement séparer les deux jeunes.
- Quelle catastrophe... soupira Della Robbia, présent au dernier visionnage. Une candidature de plus... Une primaire qui va faire gueuler et qu'on va évidemment tous refuser...
- Cela se réglera avec les parrainages non ? lui fit remarquer un Jérémie Belpois présent à ses côtés, et qui lui était détendu, certainement parce qu'il savait qu'il n'y allait pas pour gagner.
- Ouais enfin, le problème c'est que... attends une seconde, fit Della Robbia en sortant son portable. Allô ? Oui Manu... Oui oui je sais qu'il faut qu'on se parle avec les autres... Ouais... Nan à midi je peux pas, je parle jamais politique en mangeant, ça me gâche le plaisir... Hein ? Oui je comprends mais j'ai des principes... Ok, on se tient au courant.
Il avait raccroché, mais de facto, Odd avait perdu le fil :
- Hum, on disait quoi ?
- Tu me disais galérer avec tes parrainages, expliqua Belpois.
- Ah ouais... En fait je me suis vite aperçu que j'avais un sérieux handicap.
- Bah, lequel ? demanda son ami, perplexe.
- Comme j'ai brisé le cœur de la plupart de leurs filles, les mères sont... disons, assez réticentes à me soutenir, avoua-t-il dans un soupir.
- Je vois... répondit poliment le Président du club de lecture.

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À l'heure du déjeuner, Tamiya Diop était passablement agacée. Elle avait peu goûté l'allusion de Milly lors de l'enregistrement de la matinée, sous-entendant que sa présence à l'écran était justifiée par une nécessaire « mise en avant de la diversité », plus que par ses compétences. Compétences qu'elle savait bien au-dessus de la moyenne, depuis qu'elle avait constaté la médiocrité de la campagne électorale en cours. Et par-dessus le marché, alors que le taff des Échos n'avait jamais été aussi intense, voilà que sa partenaire de toujours lui faisait faux bond sans lui dire à l'heure stratégique du repas, moment de répit majeur entre les cours pour discuter. Seule tout autant que vexée, la cinquième avala sa purée en un temps record pour avoir le temps de retourner bouder dans sa chambre avant la reprise des cours de l'après-midi.
Elle manqua un hoquet de surprise en constatant que Milly s'y trouvait, et pas uniquement elle, puisqu'elle était actuellement en train de faire un câlin à Paul Gaillard... et sur le lit de Tamiya en plus ! Le garçon, visiblement gêné, se hâta de mettre fin à la séquence et de filer sans demander son reste (ou son dû, en cas d'action tarifée).
- Tu... tu te fous vraiment de moi !? explosa Tamiya, d'autant plus fort que les dortoirs étaient habituellement déserts à cette heure-ci.
- Attends je... commença Solovieff, penaude.
- J'attends rien du tout connasse ! Alors voilà pourquoi tu as fait monter la sauce sur Paul alors que ce mec ne représente rien ! RIEN !
- Mais non...
- Ah ouais !? As-tu seulement le témoignage, même en off, d'une seule personne qui en dise du bien ?
- Colin... enfin, Coline Maillard... bafouilla Milly.
- Ferme-là. Que les candidats soient des crétins passe encore mais que toi, ma copine, tu t'abaisses à ce niveau... J'en ai marre. Ne compte plus sur moi pour participer à tes obscénités !
Et Diop claqua la porte. Dans tous les sens du terme.

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Le vendredi après-midi avait toujours quelque chose d'apaisant pour l'ambiance d'un établissement scolaire, surtout en dehors de la période où la nuit tombait après, et non pas avant la fin des cours. Chacun pouvait se projeter sur son week-end de liberté – sauf ceux travaillant le samedi, mais en démocratie, qui se souciait d'une minorité ? – ce qui se ressentait sur le climat général, plus serein, plus paisible, plus déten...
- Sans déconner merde, les élucubrations de Milly ont fait leur effet, rageait Émilie en discutant dans le parc avec Thomas Jolivet, l'une des chevilles ouvrières de sa campagne. Y a pleins de gens, y compris du club de théâtre, qui se sont inscrits à la parodie de démocratie de Paul.
- Il faut avouer qu'il a une force d'attraction pour un certain type de public minoritaire, glissa Jolivet, qui savait d'autant plus de quoi il parlait que son homosexualité était notoire. Or, celui-ci est surreprésenté dans le milieu artistique, j'ignore pourquoi.
- Attends, tu parles des homos là ? voulut clarifier la candidate.
- En effet, mais pas seulement. Coline est à deux doigts de rejoindre Paul aussi. Il y a une forme de solidarité entre les minorités sexuelles pour des raisons politiques. En démocratie, la majorité a forcément raison, donc ce que l'on qualifie par définition de minorité n'obtiendra rien en restant dans son coin. Du coup, elles se regroupent. Le mouvement LGBT en est la traduction concrète.
- Je comprends. Encore heureux que Gaillard ne soit pas une femme noire alors.
- Oui, cela aurait aggravé notre cas, admit le garçon. Pour autant, j'avais moi-même envisagé de mettre en place cette primaire dans ton intérêt, mais vu qu'Odd et Romain s'en branlent, ça ne sert à rien. Je pense que...
L'analyse du jeune homme fut interrompue par un bruit de sonnerie. C'était le portable d’Émilie, qui décrocha en s'excusant d'un signe de la main auprès de son collègue :
- Allô ? Ah c'est toi Manu... Oui... Bien sûr qu'il faut qu'on se parle. Ah non là désolée je suis déjà sortie en ville, le vendredi on termine plus tôt tu comprends... Ouais. Bien sûr, je sais que c'est grave. Ok on en reparle vite.
Elle raccrocha.
- Ça fait deux fois qu'Emmanuel m'appelle, s'agaça-t-elle.
- Oui, je comprends, j'ai aussi reçu plusieurs SMS de sa part.
- Mais ce mec a un forfait illimité ou quoi ? Ça doit lui coûter super cher.
- Ses parents sont agents immobiliers. Ou notaires je sais plus.
- Ouais, je vois...


Lundi 3 juin

Le lundi matin était souvent perçu comme déprimant, mais il avait l'avantage de matérialiser le concept même d'une morne plaine. Les élèves traînaient des pieds, les professeurs parlaient peu, mais au moins, les établissements scolaires étaient en général calmes. Il y avait rarement du gr...
- Tous au foyer ! hurlait un élève dans la cour. Il y a une nouvelle diffusion vidéo !
C'était en effet inhabituel : les cours n'avaient pas encore commencé, et le point d'actualités de Milly et Tamiya n'aurait dû être diffusé qu'à la première récréation. En l’occurrence, la vidéo projetée sur le téléviseur ne présentait à l'écran que cette dernière. La jeune noire, assise dans la bibliothèque de Kadic, la mine grave, dans une atmosphère de pénombre partielle avec une lumière allumée, évoquait le déclin de Kadic et promettait d'y remédier. Elle y annonçait également sa candidature à l'élection au conseil d'administration, en dehors du cadre de tout club.
L'enregistrement passait en boucle depuis une bonne vingtaine de minutes avant que Solovieff, affolée, ne débarque et ne retire la VHS :
- Désolée, le magnéto est réservé à la presse, et Tamiya ne fait plus partie des Échos de Kadic ! Merci, circulez ! expliqua-t-elle alors que les discussions étaient animées entre les élèves présents qui venaient d'assister à cette déclaration de candidature imprévue.
En retrait, le professeur Jean-Baptiste Goliath venait de rejoindre son collègue de français, qui assistait à la scène depuis le début avec son habituel air passe-partout.
- Mais où tu étais enfoiré ? interrogeait d'ailleurs Yves Le Saint. Je t'ai appelé ce matin.
- Désolé, tu me connais niveau sommeil... C'est toi qui a tourné avec Tamiya du coup ?
- Ouais, elle m'a convoquée à l'aube pour faire sa séquence dans la bibliothèque... soupira l'homme à lunettes.
- Tu aurais pu refuser... non ?
- Gilles nous a ordonné d'être au service de la presse, je ne savais pas que Tamiya n'appartenait plus aux Échos !
- Oui enfin, vu le contenu de ses propos, tu aurais pu la censurer avant diffusion... fit remarquer le professeur d'économie.
Le discret, mais néanmoins bien perceptible sourire entendu de son homologue de français valait réponse.
- Je vois, conclut Goliath en soufflant du nez. C'est très bien joué de ta part. La campagne est loin d'être terminée...
- Avec tout ça, j'ai pas eu le temps de déjeuner, je file au self. Va faire le point avec Milly, pour savoir si leurs embrouilles remettent en question l'enregistrement de ce matin, ce sera toujours ça de gagné...

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Yves Le Saint avait certainement sous-estimé la capacité de la cinquième a rebondir. Malgré les péripéties du début de matinée, la VHS d'information était diffusée deux heures plus tard, comme prévu. On y découvrait un nouveau visage aux côtés de Solovieff : Hiroki Ishiyama. On pouvait dire que la rousse ne perdait pas le Nord : le jeune japonais avait l'avantage de perpétuer la politique de « mise en avant des minorités » de la cinquième, tout en parant désormais les critiques formulées par Coline sur la parité. Et le béguin connu de tous d'Hiroki envers Milly laissait peu de doutes sur ses motivations personnelles...
- Salut Hiroki !
- Nǐ hǎo Milly !
- Hum, je ne suis pas certain que ce soit du japonais.
- Je ne peux que m'améliorer à l'avenir, après tout il s'agit de ma première
, répondit le garçon en gardant un calme certain.
- Il est vrai. Je vous présente donc Hiroki Ishiyama, nouveau journaliste des Échos de Kadic qui couvrira désormais la campagne avec moi. Quelles sont les nouvelles ce lundi Hiroki ?
- Tu veux dire, à part la déclaration de candidature de Tamiya ?
- Oui, à part ça
, répondit-elle agacée. Je propose qu'on en parle pas davantage pour compenser le vol de temps d'antenne qu'elle a réalisée ce matin sur la télévision.
- Cela me semble plus qu'honnête
, confirma le japonais. Alors que la récolte des parrainages a battu son plein entre vendredi et lundi, moments stratégiques puisque le départ et le retour de week-end favorise la présence de parents sur place, un premier décompte devrait être publié demain par l'administration. D'ici là, X.A.N.A, en réaction au mystérieux SMS « avec nous », a contre-attaqué en lançant un site internet qu'il a diffusé sur les Nokia samedi dans l'après-midi : sanseux.fr, qui en est en fait la parodie.
- Intéressant, peux-tu nous en dire plus ?
incita la collégienne.
- Naturellement. Sur le site d'origine, « avec nous », on trouve plusieurs témoignages de kadiciens qui mettent en avant diverses réussites. Par exemple ce matin, j'ai lu le témoignage de Tristan Brossard de quatrième, expliquant comment il avait eu l'impression de réussir comme jamais son contrôle d'histoire-géographie après avoir lui-même lu plusieurs témoignages positifs sur le site, car cela l'avait motivé.
- Wouah, félicitations Tristan, tu as un avenir professionnel assuré
, commenta Solovieff de façon légèrement acide.
- Eh bien, sur « sans eux », on retrouve depuis peu un témoignage nuançant fortement cette image d'élève modèle de Tristan. Une source anonyme liste notamment tous les plans foireux qu'il aurait mis en place pour essayer de serrer Julie Vigouroux de cinquième...
- La source est elle fiable ?
- Pas vraiment
, admit Hiroki. Mais est-ce que les gens s'en soucient ? Nous verrons mais en attendant, cette riposte fait parler, c'est plutôt un joli coup de X.A.N.A.
- Merci Hiroki. Côté artistique, la primaire initiée par Paul Gaillard se déroulera en fin d'après-midi dans le gymnase. Ce qui est amusant, c'est que tous les autres candidats du camp artistique convié ont refusé d'y participer, mais leur nom a quand même été inscrit. Autant vous dire que le suspense est insoutenable.
- Nous serons sur place pour suivre les résultats, bien sûr
, informa le garçon.
- Découvrons à présent nos invités du jour, annonça la fille tandis que le champ de la caméra s'élargissait. À ma droite, la candidate Sissi Delmas, Présidente du club de football.
- Merci de me recevoir
, salua la nommée.
- Madame la Présidente, certains s'interrogent vivement sur l'utilité de voter pour vous alors que Christophe M'Bala, à la fois membre des clubs de théâtre et de football, semble ces dernières semaines s'investir bien davantage dans l'équipe de football de Kadic. Alors concrètement, qu'est-ce qui vous différencie ? interrogea Hiroki.
- Je comprends ces remarques, mais laissez-moi vous dire une chose : Christophe n'est que dans la communication. Son site internet – pas de suspense, on sait tous que c'est lui qui est derrière « avec nous » – en est l'illustration. Moi, j'agirai. Son attitude je m'en foutiste ne peut masquer le fait qu'il n'a absolument pas profité de son élection à l'atelier d'hiver pour proposer quoique ce soit.
- L'animation était terminée...
- Cela n'enlevait pas sa légitimité. Moi aussi j'y ai crû un temps mais force est de constater qu'il est plus doué pour promettre que pour se bouger les fesses. Or, c'est par le travail que la méritocratie républicaine se met en œuvre. À Kadic, c'est le cas. On voit notamment que la filière S est la filière des bons élèves. Ceux qui se rendent utiles à la société sont récompensés. L'ascenseur social fonctionne.
- Euh... je vois
, fit Milly. Ce point de vue n'est sûrement pas partagé par notre autre invité avec lequel vous allez débattre, Emmanuel Maillard, également candidat.
- Ex-candidat. J'ai décidé de renoncer
, avoua-t-il devant l'air ébahi des deux journalistes. Je n'ai pas réussi à unir dans un programme commun ma candidature à d'autres candidatures et ce malgré mes efforts. J'ai passé de nombreux appels à mes collègues du camp artistique, tous me promettent qu'on va discuter mais aucun ne le veut vraiment. Ce week-end, j'ai surtout eu des messageries... Bref, j'ai pris la décision de me retirer de la course. Je crois inutile et désespérant d'ajouter du désordre à la confusion d'un trop grand nombre de candidatures.
- Mais... vous ralliez-vous à un autre candidat ?
- Non.
- Très bien. Bon du coup, nous allons malheureusement devoir annuler le débat car nous pensions confronter deux candidats
, expliqua le japonais.
- Décidément... soupira Milly suffisamment fort pour que le micro le capte. Alors nous vous disons à demain dans la prochaine émission !
Tandis que la foule ayant assisté à la retransmission qui venait de s'achever se dispersait, laissant place à d'autres venus écouter le début de l'enregistrement, Théo Gauthier revenait sur la prestation d’Élisabeth, avec la concernée :
- Dommage pour le débat, je pense que tu l'aurais démonté.
- Oui. Mais c'est difficile d'exister au milieu de ce bordel. Entre ceux qui nous reprochent de ressembler à Christophe, et le drama du camp artistique – être ridicule n'empêche pas de mobiliser du temps d'antenne, c'est presque le contraire finalement – difficile pour nous d'imprimer notre marque.
- Il faudrait envisager de frapper plus fort. Continuer sur l'idée de parler de sujets plus larges que la simple répartition des subventions du CA, j'ai l'impression que ça a un écho. Je vais y réfléchir... marmonna le garçon.

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En fin de journée, un relatif brouhaha couvrait l’annonce des résultats de la primaire artistique, une heure et demie après que les participants aient fini de voter. Un tumulte traduisant finalement l'indifférence d'un suspense nul : Paul Gaillard l'avait emporté, à l'issue d'un calcul que personne n'avait apparemment compris à part lui-même, et ce qui était presque un non-événement.
Paradoxalement, bien que tous ses concurrents de gauche n'aient pas souhaité reconnaître la pertinence d'un tel vote, cela ne les empêchaient pas d'être présents, pour démarcher les élèves qui assistaient au résultat, élèves qui, a priori, étaient plutôt des sympathisants du camp artistique, et donc, des réserves de voix potentielles, surtout dans un contexte de dispersion des candidatures, le retrait d'Emmanuel n'ayant in fine servi à rien vu que s'ajoutait désormais officiellement Paul Gaillard. Hiroki Ishiyama, qui prenait son nouveau rôle très à cœur, en profitait lui-même, comme un renvoi de boomerang, pour les démarcher :
- Odd, un commentaire sur la victoire de Paul Gaillard ce soir ?
- Je ne suis pas concerné, répondit tout de go le Président du club de court-métrages.
...
- Émilie, avec cette candidature de plus dans le camp artistique, ça va commencer à devenir compliqué pour toi non ?
- Je n'ai pas peur de Paul Gaillard.
...
- Nicolas, ne crains-tu pas que cette nouvelle candidature très artistique ne cannibalise fatalement ton électorat ?
- Il n'y a pas besoin d'être dans un club artistique pour voter Nicolas Poliakoff, assura le blond en levant les mains.
...
- Romain, si j'ai bien compris les calculs de vote, tu n'as pas été loin de l'emporter, tu termines second de la primaire, est-ce que tu ne regrettes pas de ne pas avoir pris cet événement au sérieux ?
- Non. C'est la campagne de Gaillard ça, ce n'est pas la nôtre.
- Mais qu'attends-tu de la dynamique engendrée par cette primaire ?
- Rien, répondit le candidat de façon lapidaire.
Le japonais soupira, tout en laissant filer le Président du club des cinéphiles. Ils étaient durs au travail. Constatant néanmoins que le « Ti'Gaillard » avait terminé son discours confus ponctué de poésie, il alla directement l'aborder alors que le réunionnais descendait de l'estrade :
- Paul, tous tes concurrents artistiques ont annoncé qu'ils ne reconnaîtraient pas le résultat de cette primaire, un commentaire ?
- Rassure-toi, ce sont des réactions à chaud. Je vais appeler tout le monde, il faut savoir raison garder.
- Emmanuel a voulu faire ça aussi, on connaît la suite, souligna le japonais.
- Je ne peux pas tout expliquer publiquement, tu verras, assura le roux avant de repartir serrer des mains.
Hiroki Ishiyama commençait à se demander si ce qu'il faisait n'était pas cher payé pour attirer l'attention de Milly. Il aurait bien aimé un commentaire plus concret pour l'émission de demain. Cela ne devait normalement pas être à lui de couvrir le camp artistique mais vu les rumeurs que Tamiya répandait sur Milly et Paul – personnellement, il n'y croyait pas – elle avait préféré passer son tour pour ne pas être accusée d'être complaisante avec Gaillard.
Finalement, Ishiyama aperçu Coline Maillard, « bon client » des médias selon la formule consacrée. Cela se tentait :
- Bonsoir Coline, un commentaire sur ce qui s'est passé ce soir ?
- Franchement... il y a quelque chose qui nous renvoie, collectivement, au ridicule de la situation, soupira la jeune fille.
Hiroki sourit. Enfin, cela lui convenait.


Mardi 4 juin

- Salut Hiroki !
- Chào Milly !
- Hum... oui, quelles sont donc les nouvelles du jour ?
- Ce n'est pas pour empiéter sur tes plates-bandes bien sûr mais j'étais hier à l'intronisation de Paul Gaillard, vainqueur de la primaire du camp artistique, qui n'a donc rien arrangé puisqu'aucun autre candidat ne s'est retiré depuis Emmanuel Maillard. Commentaire de la sœur de ce dernier, soutien de Romain Le Goff : « Il est ridicule ». Ambiance.
- Et on apprends ce matin que Paul a dénoncé le « manque de respect » de ses concurrents après qu'il ait appelé tôt ce matin, aucun n'ayant souhaité le rejoindre.

Odd Della Robbia, qui assistait à cette retransmission, hocha la tête. Très bien, Gaillard allait sacrément passer pour un con, ce qui ne pouvait que l'avantager. Lui-même ne s'était même pas donné la peine de répondre à son appel, lui adressant un SMS digne d'une série B à l'eau de rose, contenant notamment les formules chocs « Je n'en veux qu'à ma confiance » et autre « processus en contradiction avec une volonté sincère de dialogue. ». Il s'était surpassé. Il avait intérêt, avec une récolte de parrainages toujours en berne. Mais il reporta son attention sur l'écran.
- Le non-candidat Christophe M'Bala est accusé par ses concurrents d'envisager de donner son aval au projet de Kadic de hausse du tarif des inscriptions des écoliers pour l'année prochaine, annonça Hiroki. Commentaire de l'intéressé : « Je n'ai jamais dit ça, et je ne suis pas candidat ».
- Des propos maîtrisés, dignes d'un futur candidat
, analysa sa collègue.
- On peut le dire. Un sérieux indice sur le sujet pourrait nous parvenir prochainement : n'oubliez pas qu'en fin de journée seront affichés les parrainages d'ores et déjà récoltés par les candidats par l'administration ! Ils seront pour nous l'occasion d'en décrypter les tendances dans l'émission de demain...
Le sourire de façade que l'ex-félin virtuel était désormais obligé d'aborder constamment en public se figea. Il ne savait pas que les parrainages allaient être publiés ainsi au fil de l'eau. Cet élément pouvait être décisif en terme de dynamique, surtout côté artistique vu le contexte. Il décida de profiter de la fin de la récréation pour essayer de corriger le tir au maximum.

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Liste des parrainages confirmés au 4 juin 2002 (à 14h) :

Christophe M'Bala : 11
Élisabeth Delmas : 6
Émilie Leduc : 5
Nicolas Poliakoff : 3
Jérémie Belpois : 3
Yumi Ishiyama : 2
Odd Della Robbia : 2
Romain Le Goff : 2
William Dunbar : 2
Tamiya Diop : 1
Jim Moralès : 1
Hervé Pichon : 1


La liste désormais affichée sur le tableau qui d'habitude ne contenait que des informations réglementaires barbantes ne manquait pas de faire réagir les élèves qui se massaient devant comme s'ils venaient découvrir le résultat du baccalauréat. Il fallait dire qu'elle donnait plusieurs indices intéressants sur les dynamiques en cours alors même que la clôture était pour la fin de la semaine. Entre Christophe, le « non-candidat » qui était le seul à avoir d'ores et déjà atteint son seuil de qualification, et le fait que X.A.N.A, dont tout le monde parlait constamment, n'en avait pas récolté un seul, il y avait déjà une ironie savoureuse. L'émergence surprise de Tamiya se traduisait déjà en chiffres, tandis qu'on pouvait noter non sans ironie que les candidats les moins médiatiques (Ishiyama, Belpois, Dunbar...) étaient à l'inverse assez doués pour récolter des signatures.
- Christophe nous a bien eu, avoua Sissi Delmas en s'éloignant de la foule avec Gabriel après avoir consulté l'affichage.
- Ce n'est que de la com', tempéra Riccio. Il fait ça car il sait qu'à la fin, c'est nous qui en auront le plus. Rien n'est plus populaire que le football.
- Peut-être, mais ça marche ! On ne va parler que de ça.
- On va demander aux autres de redoubler d'efforts pour faire le chiffre le plus haut possible, consentit le plus âgé, tandis qu'il croisait Milly qui allait dans le sens inverse.
La rouquine cherchait avidement des yeux quelqu'un en particulier, qui p... trouvé !
- Émilie, tu es en tête des parrainages côté artistique, annonça la cinquième, carnet de notes à la main. Mais Nicolas, Odd et Romain en ont davantage si on les additionnait. Vous êtes d'ailleurs à vous quatre devant Christophe, et une candidature unique aurait pu enregistrer une sérieuse dynamique côté artistique. Est-ce que cela ne montre-t-il pas à l'inverse que vous allez tous dans le mur ?
Leduc était visiblement un peu piquée par cette analyse rapide mais terriblement cruelle, en témoignait ses lèvres pincées. Elle consentit néanmoins à répondre à la journaliste :
- Vous savez, même s'il se qualifie niveau parrainages, je ne pense pas qu'Odd sera au second tour, parce qu'il est dans la protestation. Il n'est pas réellement là pour gagner, juste pour dénoncer et s'amuser. Un « yaka faukon » si vous préférez. Moi j'ai une responsabilité, et j'essaye de rassembler largement tous les élèves.
La Présidente du club de théâtre ciblait visiblement son concurrent direct le plus clivant dans l'espoir de gagner des parts de marché. Ceux qui l'écoutaient parler ne semblaient en revanche pas convaincus...

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Nicolas Poliakoff quittait le self, un air satisfait sur le visage. La campagne se passait très bien pour lui, il avait déjà neuf parrainages officiellement enregistrés depuis aujourd'hui et savait qu'en obtenir un dixième ne serait qu'une formalité. Il fallait dire que personne ne l'avait vu venir, ni pris au sérieux, lorsqu'il avait lancé sa candidature, mais sa verve oratoire avait pris tout le monde de court. Tout à l'heure, alors qu'il était attablé, Solovieff était venue lui demander quel était le secret de sa transformation, preuve que les médias s'interrogeaient également. Dans le feu de l'action – qui, à ce moment-là pour lui, était de manger – il avait répondu : « un sauciflard en entrée, une bonne côte de bœuf en plat de résistance, un bon frometon en dessert ». Du grand art pour celui qui se targuait de parler au peuple. Il véhiculait littéralement l'image inverse d’Émilie Leduc qui, si on devait continuer le parallèle avec le culinaire, serait plutôt du caviar, un truc de riche inaccessible au plus grand nombre. Il avait de l'humour, pas elle. Elle se prenait trop au sérieux, pas lui.
Cerise sur le gâteau, un autre de ses concurrents côté artistique, Romain Le Goff, avait commis l'erreur de qualifier Tamiya Diop de « noire de service », ce qui avait suscité la polémique dans son camp.
Pourtant, si l'on devait trouver un sujet de préoccupation à Poliakoff, qui entamait une rapide marche digestive dans le parc de Kadic, c'était bien celui-là : l'irruption de l'ancienne journaliste dans le débat public. Elle semblait avoir littéralement pété un câble, au point de rivaliser clairement avec X.A.N.A sur les théories racistes, voire de le déborder.
Résumons : le candidat virtuel avait donc fondé le club de basket-ball pour engranger de nouvelles recrues. Et s'il avait eu tendance dans les premiers jours – notamment via ses SMS sur les Nokia – à globalement accuser la race humaine en général d'être responsable d'un système inefficace pour elle-même, on sentait parfois poindre en creux l'accusation d'une race en particulier : les noirs. A priori, l'idée était venue à X.A.N.A parce que les nouveaux membres du club de basket-ball goûtaient peu la proportion supérieure à la moyenne d'adhérents à la peau sombre les ayant rejoint. Sans compter qu'ils avaient tendance à être meilleurs sur le plan sportif, à l'image de Thierry Suarès, déjà parti pour être la nouvelle star de la future équipe si elle se concrétisait l'an prochain en s'inscrivant en championnat. On pouvait dès lors imaginer certaines jalousies, car si X.A.N.A était un produit marketing, il était bien dirigé par un être humain derrière. Mais les propos demeuraient mesurés, subtils, voire non-assumés, X.A.N.A n'ayant aucun intérêt, paradoxalement, à se montrer ouvertement raciste alors qu'il pouvait espérer remporter le vote de tous ceux rejoignant son club.
En revanche, c'était open bar côté Tamiya Diop. La journaliste au langage cru n'avait apparemment aucun filtre et, si elle fondait également sa campagne sur une remise en cause du fameux système, accusait clairement les élèves boursiers de faire globalement baisser le niveau général de Kadic. Des élèves physiquement repérables en général par leur couleur de peau. Mais Diop avait en contrepartie un argument imparable : elle était elle-même noire, et ses deux parents étaient nés au Sénégal. Il était de fait, bien plus difficile de l'accuser de racisme dans le débat public. C'était comme dire à un juif qu'il était antisémite... d'où d'ailleurs, la critique de Le Goff – que Poliakoff partageait dans le fond. Mais le propos était mal passé, preuve que le terrain était miné. Et pendant ce temps-là, Diop continuait de se permettre à peu près tout et n'importe quoi, verbalement, mais aussi physiquement, en témoignait le doigt d'honneur envoyé hier à la caméra d'Hiroki qui tentait de l'interroger sur ses parrainages. C'était peut-être le seul point positif de cette histoire : il n'était pas acquis que Tamiya récolte les 10 signatures. Tout comme X.A.N.A d'ailleurs. Selon les estimations, faute de nouveaux chiffres officiels, les deux étaient plutôt bloqués à 5 ou 6. Tout ce bordel pouvait donc encore disparaître dès la semaine prochaine...
En revenant de sa promenade digestive, le candidat avec le vent en poupe croisa Odd, qui filait dans l'autre sens, air soucieux et portable en main.
- Odd, fit-il en y ajoutant un bref signe de tête.
- Re Nico, répondit son camarade de classe, qu'il avait évidemment déjà salué lors des cours de la matinée. Ça se passe bien pour les parrainages ? Il parait que Jérémie a eu les 10...
- Oh, oui, et ce sera bientôt mon cas également, précisa son concurrent d'un air entendu. Et puis il parait que Romain est en très bonne voie aussi.
La conversation n'alla pas plus loin, Della Robbia se dépêchant de s'isoler pour passer un coup de fil. En plus des informations de Nicolas, lui-même savait que Yumi, pourtant totalement inexistante médiatiquement, allait avoir les 10 parrainages. Cela devenait n'importe quoi, les mères préférant adouber une élève modèle sans vraiment faire attention à son programme dont tout le monde se foutait puisqu'elle n'avait aucune chance de gagner.
- Allô ? Salut Caroline, c'est Odd... ! Bah Odd Della Robbia... ! T'as parlé à ta mère des élections et de ma candidature... ? Oui voilà, le petit maigrichon – enfin je t'avoue que je préfère dire svelte – sur les tracts, c'est moi ! Tu penses qu'elle pourrait me parrainer... ? Oui c'est... Attends, comment ça, « trop égocentrique » !?


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Icer MessagePosté le: Ven 11 Mar 2022 12:10   Sujet du message: Répondre en citant  
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Mercredi 5 juin

- Salut Hiroki !
- Namaste Milly !
- C'est ça. Aujourd'hui, peu d'actualités car rien ne change vraiment, surtout tant que Christophe M'Bala fait toujours semblant de ne pas être candidat. Mais en revanche, nous en recevons trois qui se targuent d'avoir ce statut, du moins jusqu'à vendredi...

La caméra venait de s'élargir, laissant apparaître Tamiya Diop, Odd Della Robbia et... un téléphone portable posé sur le bureau d'écolier servant de plateau.
- ...Je pense tout particulièrement à Tamiya Diop, qui fait partie des candidats ne parvenant pas à réunir leurs parrainages. Quel dommage ! conclut la rousse, un air moqueur non-dissimulé sur le visage.
- Si je puis me permettre, le sujet est très sérieux, fit une voix robotique s'échappant du téléphone portable.
- X.A.N.A, une déclaration peut-être ? encouragea le japonais.
- Dans quel Kadic sommes-nous pour que je sois privé de mes parrainages ? À l'atelier d'hiver, j'ai été le finaliste, j'ai ressemblé de nombreux votes. Et voilà qu'aujourd'hui, certains candidats font pression pour que des parents ne signent pas sous prétexte que je ne suis pas humain.
- Vraiment ? Vous avez des noms, des preuves ?
- Bien sûr que non mais ouvrez les yeux, ils ne s'en cachent même pas
, répondit le téléphone tandis que la petite fille noire lâchait un « ben voyons ! » dans un soupir en entendant la question d'Ishiyama. Et pourtant, on connaît pleins de parents qui hésitent, car au fond, ils se reconnaissent dans le discours que nous portons et les valeurs que nous défendons.
- Mais que répondez-vous à Coline Maillard qui a déclaré à notre micro que le système des parrainages était injuste, sauf pour les candidats poussant le sport à l'extrême dont Tamiya Diop et vous faîtes partie ?
- Écoutez, je n'ai malheureusement pas la possibilité de lui répondre par un geste, mais si je le pouvais, nul doute qu'il serait obscène.
- Voilà qui a le mérite d'être clair. Odd, je crois savoir que vous avez les mêmes difficultés
, fit Milly en se tournant vers le nommé. Pourtant, difficile pour vous d'accuser une discrimination envers les machines...
- Hum, en effet
, répondit le blond avec un air assez gêné. Ce sont d'autres raisons...
- Lesquelles ?
- Eh bien, je suis trop intimidant
, lâcha, bravache, un Odd aux éléments de langages soigneusement préparés. Comme X.A.N.A, je fais peur, alors il y a des pressions côté artistique. Des consignes sont données par le club de théâtre...
- Vous visez spécifiquement la Présidente Leduc ?
- Non bien sûr, mais au mieux, elle laisse faire...
- Et au pire ?
insista la journaliste.
- Je ne souhaite pas polémiquer...
- C'est un peu tard non ?
- ... En tout cas, j'espère qu'un sursaut autour de ma candidature aura lieu.
- Je lance un appel aux mères !
ajouta soudain Tamiya. Ma candidature est anti-système ! Je ne sais pas quel est votre rapport avec le système mais si en gros vous êtes contre, me parrainer est adapté !
- Tamiya, on ne vous a pas donné la parole !
grinça Milly. En plus, X.A.N.A est déjà anti-système.
- Alors déjà les journalistes, vous êtes vous-même le système et ensuite, s'agissant du truc qui parle au téléphone là, c'est une vaste blague, c'est une création du système pour qu'il puisse perdurer !
- Attendez, que voulez-vous dire ?
interrogea Hiroki qui essayait de maîtriser la rage de sa collègue.
- C'est simple, on crée un candidat anti-système fantoche qui n'est même pas humain, pour s'assurer la victoire face à lui au second tour, c'est évident ! Tout ça, c'est magouilles et compagnie ! Je suis là pour y remédier.
- Bon, je pense que chacun a pu délivrer son message
, conclut Hiroki. N'oubliez pas que vendredi est la date limite pour les parrainages !
Un jeune homme de troisième qui venait d'assister à la retransmission se dépêcha de quitter la pièce et de fondre dans la cour à la recherche de ses cibles. Repérant Hiroki en train de discuter avec un autre type de sa classe au look sans intérêt, il le rejoignit à grandes enjambées.
- Hey, pourquoi je n'ai pas été invité pour la séquence sur les parrainages ?
- Ah salut, euh tu es... ?
- Paul Gaillard oté ! On s'est parlé lundi soir !
- Ah oui, désolé, c'est plutôt Milly qui couvre le côté artistique, fit le néo-journaliste avec un air sincèrement navré. Si tu veux tout savoir on a invité les trois candidats qui selon nos informations ont encore une chance d'avoir le compte d'ici à vendredi, le reste n'a aucun intérêt...
- Mais moi aussi je pourrais avoir le compte d'ici vendredi si les médias faisaient le boulot gars !
- Tu as déjà eu plus que l'attention de certaines journalistes, si tu vois ce que je veux dire...
Le japonais avait changé d'expression. Il affichait désormais un air à mi-chemin entre la moquerie et le défi. Paul était à deux doigts de lui casser la gueule, à ce ti'chinois de merde. Problème : Yumi était dans le secteur, le surveillant de loin l'air de rien. Incroyable cette gonzesse, une vraie sœur poule. Ainsi, Gaillard préféra battre en retraite pour le moment...

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Élisabeth Delmas traversait incontestablement une mauvaise passe. Alors que la candidate du club de football pensait avoir fait le plus dur en s'assurant du soutien de ses anciens rivaux pour la présidence du club – à comparer au lamentable spectacle des candidatures multiples du camp artistique – voilà qu'elle voyait ressurgir la guerre des ego au sein de son équipe de campagne, et notamment entre Gauthier et Gosselin, qui n'avaient, il est vrai, jamais eu la même vision du sport. Si la récolte des parrainages n'avait jamais été un problème, de nombreux maris faisant visiblement pression d'eux-mêmes sur leurs épouses pour que le parrainage soit accordé à la candidate du club de football, cela la mettait paradoxalement encore davantage sous les radars médiatiques, car il n'y en avait désormais plus que pour les blaireaux qui n'étaient pas foutus de les obtenir tout seuls, et qui de fait pleuraient devant les journalistes. En plus, comme ce petit salopard de Christophe ne se déclarait pas candidat, elle était privée de son meilleur ennemi, ayant hâte de cogner sur celui qui n'hésitait pas à braconner sur les terres du football.
Pour tenter d'attirer l'attention, elle avait réussi à se faire offrir en un temps record par « papounet » un chiot de race chiba – quitte à faire du putaclic, autant faire ça bien – qu'elle avait baptisé Douglas et qu'elle essayait même d'apprendre à jouer au football pour en faire la nouvelle mascotte de l'équipe et générer un buzz médiatique. Elle avait réussi, mais pas comme elle l'espérait, créant surtout des moqueries de la part des élèves assistant à ses séances d'entraînement avec son nouvel animal de compagnie, à la mise en scène douteuse et aux résultats jusqu'ici peu probants. Elle l'avait abandonnée à la S.P.A aussi sec, même si officiellement, il était désormais en train de respirer le bon air pur de la Côte d'Azur chez sa tante à Nice (qui n'existait pas, mais qui pouvait le savoir ?). Et voilà que Gabriel l'avait prié de réunir les têtes de pont de la campagne au QG des vestiaires masculins du gymnase de toute urgence à la fin des cours de la journée. Qu'est-ce qui allait encore lui tomber dessus ?
- On a un gros problème, alerta immédiatement l'élève de première sitôt les cinq personnes conviées réunies. C'est Ulrich !
La chef de meute soupira. Elle savait déjà que son ex était un problème, ce n'était pas un scoop. Voyant sa réaction extérieure, Riccio corrigea :
- Enfin je veux dire, le problème s'aggrave. Vous vous souvenez du match France – Russie qu'on était allé voir y a genre 2 mois ?
- Je me souviens surtout qu'on s'est fait voler le but et la victoire avec, commenta Théo.
- Ouais bien sûr mais ce n'est pas ça le plus important. C'était Ulrich qui avait eu l'idée et préparé le déplacement, même s'il n'était plus là pour en profiter. Il avait réservé une compagnie de cars privée pour nous emmener, qui nous avait distribué des goodies et tout. Bah elle appartient à son père.
- Tu plaisantes là ? s'insurgea immédiatement Delmas.
- Non non. Avec les différents objets logotés de la marque de la compagnie distribués, il a utilisé les membres du club comme tracts publicitaires de son propre père, et par anticipation, de lui-même.
- Putain... sans gêne le mec quand même, susurra Gauthier.
- C'est très bien joué d'avoir trouvé ça, avoua cependant Gosselin.
- Ah mais j'y suis pour rien. C'est Hiroki qui a trouvé. Il nous laisse jusqu'à demain soir pour lui communiquer notre réaction avant qu'il ne dévoile le truc publiquement.
En entendant cela, la seule fille de l'assemblée n'eut cette fois aucune réaction physique. Elle resta littéralement figée sur place.


Jeudi 6 juin

Ce matin-là, à l'heure du petit-déjeuner, Jérémie et Aelita s'étaient retrouvés tous les deux attablés face à face, à la suite d'un ingénieux processus de réveils synchronisés. Il fallait dire qu'ils s'étaient accordés peu de temps ensemble ces derniers jours avec toute cette agitation politico-médiatique, à laquelle le garçon participait de fait. S'il était sous les radars des journalistes, il avait en effet quand même dû pas mal cravacher pour réunir aussi vite ses parrainages. La fille aux cheveux roses avait, elle, tenu parole et ne s'était en rien impliquée, envisageant plutôt de trouver un nouveau sens à sa vie sans Lyoko en rejoignant une association, où elle penchait à ce stade pour l'aide humanitaire.
Mais alors qu'ils venaient à peine de s'installer, commençant par échanger des banalités avant des confidences que Jérémie espérait devenir plus intimes – parfois, le vote d'une personne est plus important que tous les autres votes d'adhésion à sa personne – ils furent tous deux estomaqués de voir débouler Odd et son plateau, ce dernier se joignant naturellement à leur table, un sourire grand comme la banane qu'il s’apprêtait à engloutir.
- Mais... Odd ? commença Stones.
- Qu'est-ce que tu fais déjà levé ? enchaîna Belpois, dont une partie du plan de ce petit-déjeuner reposait sur le fait d'aller au self à l'ouverture pour être sûr de ne pas y croiser Della Robbia, traditionnellement plus lent à démarrer sa journée.
- J'ai une pêche d'enfer depuis hier soir, j'ai enfin mes 10 parrainages ! expliqua le candidat. En fait...
- Ah non, je n'ai pas envie d'entendre parler de politique dès 8 heures du matin, annonça Stones, les sourcils roses froncés de colère. Je vous laisse entre mâles, on se voit en cours.
Elle se leva devant la mine atterrée de Jérémie et l'air impassible d'Odd, qui se fendit d'ailleurs le luxe de taxer au passage la banane sur son plateau qu'elle n'avait pas entamée, avant de décaler d'un siège et de prendre sa place laissée libre face à Jérémie l'air de rien.
- T'es lourd, soupira l'intellectuel.
- Non ça va, je mange beaucoup mais je dépense tellement d'énergie dans la campagne en ce moment que le ratio est équilibré, il est peut-être même négatif alors je me suis permis cet emprunt à Aelita, mais vraiment ça va, c'est juste un fruit, tu auras noté que j'ai eu la décence de ne pas lui prendre sa biscotte.
Celui qui s'était qualifié le premier pour l'élection laissa tomber. Il n'écoutait pas. De mauvaise grâce, il embraya donc sur un autre sujet :
- Il parait que Christophe ne va finalement pas se déclarer candidat aujourd'hui comme c'était prévu ?
- Ah ouais, j'ai entendu ça aussi, confirma l'ex-félin virtuel. Il utilise comme prétexte la nouvelle polémique sur Ulrich et France – Russie que le club de foot a fait fuiter avant que la presse ne révèle l'affaire en pensant jouer la transparence et limiter la casse.
- Ça a foiré non ? Tous ceux que j'ai croisé depuis mon réveil en parlent, et Sissi en prend pour son grade.
- Bien sûr que ça a foiré, confirma Odd en manquant de recracher son bol de lait par le nez avec son début de fou rire. Mais non content de marquer un but contre leur camp, ils filent des points au Tof' qui joue les mecs préoccupés par la situation au sein de ce qui est quand même le plus gros club de Kadic tout court, ce qui lui donne la posture du héros et le rend encore plus populaire.
- C'est comme s'il avait déjà gagné tu penses ?
- J'sais pas, soupira Odd. Je vais quand même tout donner mais c'est vrai que c'est compliqué... et il va bien être obligé de se déclarer avant demain soir tout de même.
- Il serait capable d'attendre le dernier moment ce salaud, analysa Belpois.
La conversation n'alla pas plus loin puisque Ulrich, l’œil sombre, venait de les rejoindre. L'un comme l'autre de ses camarades se dirent alors qu'il était sûrement temps de changer de sujet.

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Depuis la nuit des temps – de mémoire d'adolescent du moins – le parc de Sceaux, situé entre la commune et celle d'Anthony, faisait l'objet d'une répartition territoriale implicitement claire pour les étudiants des trois établissements scolaires du secteur : aux kadiciens le secteur Nord-Est et la station du RER B associée de Bourg-la-Reine, juste avant la division de la ligne. Au collège Didelot, le Nord-Ouest du domaine, connu pour ses espaces canins – les collégiens étaient souvent surnommés « les chiens de Didelot » pour cette raison – et la station de RER de Sceaux, sur le premier embranchement de la ligne. Enfin, le collège-lycée Mathison, situé à Antony, bénéficiait du large espace territorial Sud du parc, long comme presque tout le grand canal, et de la station de RER associée de la Croix de Berny, sur l'autre embranchement, la station précédente au nom plus pertinent à mi-chemin entre Kadic et Mathison étant paradoxalement une sorte de zone neutre implicite.
Une chasse gardée territoriale dont Didelot, qui ne bénéficiait pas de lycéens pour se défendre, avait toujours été le maillon faible, mais qui fonctionnait par le savant équilibre entre Mathison, au territoire plus étendu mais aux élèves moins bien organisés, et Kadic, au territoire plus restreint mais globalement mieux gardé. L'été, alors que les horaires d'ouverture du domaine étaient à leur maximum, tout comme la durée d’ensoleillement, les jeunes profitaient d'autant plus volontiers de l'espace public après les cours.
Mais une rumeur avait commencé à enfler au moment où les internes faisaient leur toilette avant d'aller se coucher. Une rumeur susceptible de remettre en question cette architecture sécuritaire savamment construite par plusieurs générations de jeunes banlieusards :
- Mathison a envahi le territoire des chiens ! s'exclama Tamiya Diop en débarquant dans la chambre de Jeanne Le Bihan.
Si cette dernière était officiellement un soutien de X.A.N.A depuis le début de la campagne, l'entrée en lice de la jeune noire avait rebattu les cartes pour cette fervente catholique – trait qu'elle partageait avec Diop – qui assumait de plus en plus sa proximité idéologique avec la candidate anti-tout plus que simplement anti-système. Son soutien officiel attendait certainement simplement l'officialisation des parrainages nécessaires de Tamiya, ce qui a priori était le cas depuis peu, vu l'avant-dernière rumeur qui datait, elle, du dîner.
- Quoi ? Tu veux dire, au parc ? interrogea la blonde tandis que la petite cinquième s'effondrait sur sa chaise de bureau.
- Ouais, c'est un ancien collègue journaliste de Didelot qui m'a glissé l'information par SMS. Une quinzaine d'individus venant du secteur de Mathison sont allés au secteur Nord-Ouest et ont intimidé tous les collégiens de Didelot qui s'y trouvaient, notamment parce que certains avaient des barres de fer. Ils en ont même tabassé un qui faisait mine de résister. Il parait qu'ils sont restés sur zone jusqu'à la fermeture. C'est une invasion !
- Oh putain ! s'exclama Le Bihan en plaçant la main devant sa bouche. Faire ça le mois de juin où l'on peut le plus profiter du parc, ça va foutre un sacré bordel ! Et le territoire de Kadic ?
- Aucune info... il va falloir attendre demain pour en savoir plus. Et se préparer à exploiter politiquement cet événement.


Vendredi 7 juin

L'agitation était palpable pour ce dernier jour de récolte des parrainages dans la cour de Kadic, mais elle n'était pas liée à l'approche de la deadline sur ce point, fixée avec la fin des cours à 18 heures. Ce n'était pas non plus parce que Romain Le Goff avait fait le choix de virer Coline Maillard de son dispositif de campagne, alors que son ancienne concurrente pour le poste de candidat du club des cinéphiles avait balancé la veille en fin d'après-midi au micro de Milly : « Je deviens folle ! Ils se plantent sur tout... C’est un gâchis ! Ils sont justes nuls ! ». Des propos forcément moyennement appréciés par le candidat qui avait tenu a rappeler, tout en annonçant son exclusion par un mot en classe qu'il avait fait passer à la presse, que le club des cinéphiles aimait critiquer les films, aimait critiquer les gens dans les films, mais pas critiquer les gens tout court.
Mais cette clarification au sein d'un des multiples candidats du camp artistique n’intéressait personne aujourd'hui, compte tenu du fait de l'agression armée de Mathison envers Didelot en violant leur territoire la veille était évidemment dans toutes les têtes et sur toutes les lèvres, et pas seulement des élèves :
- Je n'arrive pas à y croire, avait lâché le professeur Le Saint à son désormais inséparable collègue Goliath. C'est Hertz qui avait raison, il y a une spirale de violence chez Mathison qui a fini par déborder...
- On... on a pas écouté... lui avait simplement répondu le professeur d'économie.
Tout le monde ne parlait donc plus que de ça, reléguant au second plan ce qui il y avait 24 heures encore aurait pu constituer un événement majeur de la campagne, à savoir que Tamiya, X.A.N.A et même William avaient a priori réussi à récolter leurs 10 parrainages.
Sans surprise, lors de la première récréation, le foyer était noir de monde devant le poste de télévision, de nombreux kadiciens attendant la première diffusion du journal télévisé de Milly et Hiroki pour en savoir plus.
- Vous croyez qu'on va se faire attaquer aussi ?
- Didelot est foutu !
- Même les combats de Beyblade ne sont pas aussi violents que ce qu'il s'est passé hier il parait...
- Vos gueules, ça commence !
L'écran allumé montrait en effet les deux journalistes, la mine grave.
- Bonjour Hiroki.
- Bonjour Milly...
lui répondit sobrement le japonais qui ne faisait plus le malin en introduction.
- Aujourd'hui, édition spéciale consacrée aux événements du parc de Kadic qui se sont déroulés la veille, alors que Mathison est accusé d'avoir violé le territoire de Didelot.
- Oui tout à fait Milly, de sources concordantes, on est désormais certain qu'un groupe de jeunes en provenance du Sud du parc de Sceaux s'est rendu volontairement plus au Nord pour chasser les collégiens de Didelot et prendre possession de leurs terres...
- Pour essayer d'y voir plus clair, accueillons tout de suite notre invité.

La caméra prit alors du recul, dévoilant un jeune lycéen au regard mauvais.
- Bonjour Ernest Tié. Vous êtes en seconde, géopolitologue spécialiste de la guerre de territoires du parc de Kadic. Vous avez vous-même une certaine expérience du terrain puisque vous avez, au fil du temps et de votre double redoublement scolaire, eu l'occasion d'appartenir à plusieurs bandes défendant le territoire de Kadic.
- Bonjour et merci de me recevoir
, répondit celui au CV long comme le bras qui avait troqué ses habituels sweats à capuche pour une chemise blanche impeccablement repassée. Malheureusement, je peux vous dire que cette agression couvait depuis plusieurs semaines...
- Pouvez-vous nous en dire davantage ?
demanda le japonais pour la forme.
- Figurez-vous qu'à l'époque où je suis entré en sixième, le territoire de Didelot appartenait encore à Mathison. Ce qu'il s'est passé cette année là, c'est qu'un effondrement des inscriptions dans leur établissement, à cause de leur réputation désastreuse, a réduit le nombre de jeunes capables de défendre leur territoire, et ils ont dû ainsi en laisser libre une partie, que les collégiens de Didelot en ont profité pour récupérer. Le tout sous l’œil bienveillant de Kadic naturellement, on était tous content que Mathison perde une partie de son territoire. Mais nos confrères du Sud n'ont jamais digéré cette humiliation et se sont patiemment reconstruits pendant des années. Je pense que, pour eux, il ne s'agit pas d'une agression, puisqu'ils sont historiquement chez eux.
Il y avait quelque chose d'étrange à voir l'un des plus célèbres mauvais garçons de l'établissement déblatérer désormais des analyses aussi pointues en étant habillé comme s'il allait au bal de fin d'année. Le blanc de quelques secondes qui s'en suivit témoignait sans doute du propre étonnement des journalistes, qui avaient pourtant depuis peu assisté à d'autres métamorphoses douteuses de ce type, avec notamment Poliakoff.
- Je comprends, commenta finalement Milly. Mais pourquoi maintenant ? Personne ne l'a vu venir...
- J'ai plusieurs théories si vous me permettez
, annonça Tié, l'air sûr de lui.
- Je vous en prie...
- Ceux qui ont suivi une scolarité normale et qui sont entrés en sixième en 1995 comme moi, année de l'effondrement des effectifs de Mathison, sont aujourd'hui en terminale. Nous sommes en juin, cela signifie que c'est maintenant ou jamais pour eux de laver l'humiliation subie à l'époque où ils étaient petits et faibles. Pour la frange la plus radicale chez eux, qui existe, la perte du territoire Nord-Ouest du parc est qualifiée de plus grave catastrophe géopolitique du XXème siècle...
- À ce point ?
commenta, médusé, l'autre garçon présent à l'écran.
- Oui, ils font rarement dans la demi-mesure. Par ailleurs, outre le fait qu'il s'agit du meilleur moment pour attaquer puisque les horaires de fermeture du parc sont très tardives en été, il y a à mon sens autre chose qui explique une attaque début juin : l'indisponibilité des plus âgés de Kadic, occupés à réviser le baccalauréat... Vous aurez noté que nos aînés ont déjà indiqué qu'ils n'enverraient pas de bandes défendre le territoire de Didelot avant la fin des épreuves. Autant dire qu'on n'interviendra jamais, puisqu'après ce sera les vacances d'été.
- Mais, les grands de Mathison passent aussi le bac non ?
- Officiellement oui mais les résultats catastrophiques du lycée public me font dire que beaucoup se fichent de réviser un examen qu'ils rateront de toute façon, ce qui n'est évidemment pas la position, encore une fois, des premières et des terminales de Kadic. Non honnêtement, l'acte de Mathison me semble savamment calculé, c'est vraiment bien joué de leur part d'agir maintenant.

L'assemblée de jeunes présente dans le foyer – dont les éventuels terminales étaient, pour des raisons déjà largement traitées – absents, offrait un silence religieux en entendant l'analyse d'Ernest. Eux qui avaient toujours vécu dans un monde sans guerre de territoires au sein du parc de Sceaux, pensaient naïvement qu'ils ne connaîtraient jamais ce type de violence...
- Mais alors, que pouvons-nous faire maintenant ? interrogea la fille.
- Alors là, c'est plus flou, la diplomatie, c'est quelque chose de très complexe ma petite dame, répondit Ernest qui prenait apparemment son nouveau statut très au sérieux. Mais on savait depuis longtemps que les bandes de Didelot étaient bien plus faibles puisqu'ils n'ont pas de lycéens, alors les larmes de crocodiles à leur endroit d'aujourd'hui me font un peu sourire. Et pas sûr que beaucoup de secondes soient chaud pour aller se battre pour les chiens de Didelot ce soir face à Mathison si l'occupation se confirme.
- Le territoire de Kadic pourrait-il être le prochain ?

Le lycéen ménagea grandement le suspense avant de répondre, dans un soupir suffisamment fort pour être capté au micro et savamment calculé :
- C'est une possibilité qu'on ne peut exclure, admit-il, l'air grave. Nous sommes en fin d'année, période d'inscriptions, si la popularité de Mathison augmente grâce à cet acquis territorial et que de nombreux nouveaux élèves rejoignent le bahut l'année prochaine, ils pourraient ne faire qu'une bouchée de Kadic...

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À midi, les kadiciens constataient que Christophe M'Bala n'avait toujours pas annoncé officiellement sa candidature à l'élection alors que celle-ci était évidente, ce qui ne manquait pas de susciter les critiques des oppositions de tout bord. Il fallait dire que les événements du parc lui offraient encore un nouvel avantage supplémentaire : de façon étonnante, il apparaissait de plus en plus évident que les kadiciens lui faisaient spontanément confiance pour gérer la crise au nom de Kadic, grâce à un enchaînement d’événements tournant à l'avantage de l'ivoirien.
Déjà, son statut de vainqueur de l'atelier d'hiver avait été renforcé lorsqu'il avait, jusqu'à hier encore, surjoué l'indignation face au scandale de corruption touchant Ulrich et par ricochet, le club de football. De plus, les premières et les terminales étant accaparés par les échéances de fin d'année, les kadiciens effrayés par l'attitude de Mathison, se cherchaient un sauveur parmi les secondes. Or, Ernest Tié, ayant l'âge d'un terminale et une solide expérience du milieu des gangs, et qui aurait fait le chef de guerre parfait dans ce contexte, annonçait depuis ce matin et le succès de son analyse en plateau qu'il avait « raccroché » pour se consacrer désormais à ses nouvelles activités de consultant. Un peu par défaut, les regards s'étaient donc tournés vers Christophe, qui outre sa popularité bien connue, passait pour un mec à la fois sportif et cultivé grâce à la rare double affiliation à un club sportif et un club artistique – le théâtre dans ce dernier cas pour rappel – et qui serait certainement capable de s'imposer dans d'éventuelles négociations avec Mathison. C'était sans doute la raison pour laquelle son homme linge Matthias faisait désormais courir le bruit depuis la sonnerie méridionale que M'Bala avait passé plus d'une heure au téléphone avec celui qui était considéré comme le chef des caïds de Mathison, Vova, pour négocier.
- C'est foutu, se lamentait Théo alors qu'il rejoignait Gabriel et Xavier à la table habituellement occupée par la Présidente Sissi. Ce fils de pute de Christophe gagne sur tous les tableaux. On ne peut rien faire et surtout pas le critiquer parce qu'il est en train de passer pour un héros, il va remporter cette élection haut la main.
- Je n'arrive pas à comprendre, comment aurait-il pu avoir le numéro de Vova ? réagit Gabriel, perplexe. Ça sent l'intox non ?
- Pas sûr, il n'aurait pas pris le risque d'inventer cette histoire car d'ici aux élections, on doit avoir moyen de vérifier, intervint Delmas en arrivant elle-même au sein de la tablée. Ce qui est pire, car cela veut dire qu'il a a disposition des moyens qu'on ne soupçonne pas.
- Venant de la fille du proviseur, ça la fout mal de dire ça, soupira Gosselin, s'attirant brièvement un regard noir de la part de la concernée. On arrête pas de perdre en popularité...
- Patience, rétorqua la candidate. Au cours des derniers jours, X.A.N.A et Tamiya ont fait montre d'une certaine indulgence sur Mathison, dont personne n'ignorait le caractère agressif. Et Odd, ça fait longtemps qu'il est accusé de complaisance avec le bahut puisqu'il a essayé de serrer une des meufs de là-bas quand on était en quatrième. La prime aux gens sérieux dont bénéficie Christophe, elle peut ruisseler sur nous et nous qualifier pour le second tour....
Tandis que ses trois lieutenants la regardaient avec un air fatigué, preuve de leur scepticisme sur cette analyse politique, Paul Gaillard passait entre les tablées pour distribuer un prospectus dans lequel il expliquait renoncer à sa candidature, faute de parrainages, tout en dénonçant un système administratif l'ayant finalement empêché de concourir, le tout bien sûr dans l'indifférence générale.

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Alors que les élèves du collège-lycée venaient à peine de commencer leur phase de digestion, ils eurent la surprise de trouver à leur retour de classe un numéro spécial des Échos de Kadic fraîchement imprimé et posé en évidence sur la grande majorité des bureaux. On y retrouvait une photo en pleine page de Christophe M'Bala avec en gros titre : « Je sollicite vos suffrages pour une nouvelle victoire. » Christophe M'Bala, le candidat qui veut faire de ces temps de crise le point de départ d'une nouvelle époque. Découvrez sa lettre aux kadiciens.
- Putain, mais comment il fait ça !? ne put s'empêcher de s'écrier Théo Gauthier en découvrant lui-même le document sur son bureau. J'en ai rien à foutre de sa lettre ! ajouta-t-il en balançant la magazine directement à la poubelle.
- Bon, au moins, on est sûr qu'il est candidat, philosophait Hervé Pichon assis devant, alors que lui-même était encore incertain au niveau de ses parrainages à quelques heures de la fin du délai de dépôt.
- Mais ce n'est pas pour autant que la campagne va pouvoir commencer ! fit remarquer Émilie, en s'approchant physiquement des protagonistes de la discussion. Avec ce qui se passe dans le parc, on ne peut pas débattre, c'est pas juste, Christophe va repasser une nouvelle fois par défaut !
- Une campagne sans débat, c'est un élu sans mandat, confirma, professoral, Jérémie Belpois, assis à côté d'Hervé – avec qui les relations s'étaient apaisées depuis qu'ils avaient pris conscience de leur proximité idéologique lors de la campagne de l'atelier d'hiver.
- Jeunes gens, veillez vous asseoir ! incita Gilles Fumet en arrivant dans la salle de classe.
- M'sieur ! interrogea immédiatement Odd Della Robbia en levant bien haut le titre de presse. Vous avez vu ce torchon ? Christophe s'exprime comme s'il voulait être président de la République, c'est n'importe quoi !
- Mais je ne contrôle pas la ligne éditoriale du journal, fit remarquer le syndicaliste. Il me semblait que c'était vous qui aviez en amie la sœur d'un des journalistes... non ? ajouta-t-il dans un sourire.
- Vous pensez bien que j'ai déjà essayé ce levier-là, révéla Odd sans aucune gêne. Elle est candidate aussi alors ça ne marche pas. Mais ce n'est pas le sujet, moi je vous parle de faire vivre les valeurs de la République, de la démocratie !!
- Vous parlez bien Odd, reconnut le professeur d'histoire-géographie (et d'éducation civique, il y tenait beaucoup...). Cela montre que l'animation mise en place à une utilité. Mais de façon plus générale, vous devez comprendre, jeunes gens, que le monde n'est pas juste. Et qu'on ne peut pas éternellement, quand un fait ou une règle ne nous plaît pas, aller pleurer auprès d'une puissance supérieure pour que cela change. Si vous ne vous préparez pas correctement à la vie d'adulte, vous allez vers de graves déconvenues.
Il s'interrompit, lançant un regard, tour à tour, aux candidats déclarés qui étaient présents dans son cours : Belpois, Della Robbia, Delmas, Leduc, Le Goff, Pichon Poliakoff, sans compter ceux qui avaient renoncé comme Gaillard ou encore l'exception X.A.N.A... Il était fier de noter qu'ils étaient les plus nombreux, alors que lui-même avait été le professeur principal de cette classe en quatrième. Cela ne pouvait pas être un hasard. Après avoir savouré son propre génie, il conclut :
- Soyez fiers. Et battez-vous pour vos idées. Si vous trouvez qu'il y a un biais dans le débat actuel, alors votre priorité doit être de faire émerger votre vérité. Enfin, n'oubliez pas une chose : la façon la plus rapide et fiable de se faire des amis est d'avoir un ennemi commun...


Samedi 8 juin

Il flottait dans la pièce une légère odeur d'encens, ou peut-être était-ce un reste de bougie parfumée, en cette fin d'après-midi. Le salon de Brigitte Meyer ressemblait à n'importe quel salon d'un professeur célibataire de banlieue de 45 ans de la classe moyenne, avec une décoration évoquant l'idée d'une vie où la privation était absente, même si la réalisation de tous les rêves n'était pas pour autant présente.
Christophe M'Bala renfilait son pantalon, l'air particulièrement satisfait de s'être soulagé. La chose était normale : il était aux toilettes. Retournant dans la pièce principale, il se dirigeait en fait dans le vestibule, dans l'idée de remettre ses chaussures. Son ancien professeur de mathématiques – elle l'avait été pendant les quatre années de son collège – attirée par le bruit, quittait la cuisine.
- Christophe... je compte sur toi pour respecter notre petit arrangement.
- Je tiendrai parole, assura le noir en hochant la tête.
Le deal passé entre eux depuis l'atelier d'hiver était clair. Grâce à Brigitte Meyer, le lycéen bénéficiait d'un puissant relais au sein même de l'administration kadicienne, ce qui ne manquait pas d'avantages dans une campagne électorale. Par exemple, sans la prof de maths, impossible de mettre la main sur les numéros de mobile des Nokia distribués par le camp X.A.N.A, pour envoyer le contre-SMS de propagande... Les raisons de sa visite – il préférait aller la voir directement plutôt que de laisser des traces par texto – concernaient d'ailleurs justement l'identité de l'élève derrière le candidat numérique, mais Meyer n'avait toujours pas cette information. Gilles Fumet était peut-être bien le seul au courant...
En échange de sa complicité, l'adulte avait demandé à M'Bala de sortir avec sa fille Tiphaine, scolarisée en troisième dans le public à Didelot, à partir de l'année prochaine, où elle rejoindrait Kadic en tant que lycéenne. Le footballeur avait en effet la côte depuis son idylle – brève, mais intense – avec la populaire Anaïs Fiquet, et toutes les mères se l'arrachaient pour leur fille depuis son retour au célibat. La quarantenaire avait su tirer son épingle du jeu en profitant de sa position... à l'intérieur même de Kadic.
- Très bien, sourit Meyer. Je continue mes recherches sur X.A.N.A de mon côté.
- Merci beaucoup, conclut le favori des sondages en franchissant le seuil du pavillon de banlieue.


Lundi 10 juin

Tôt ce matin-là, avant l'ouverture des grilles ou même l'arrivée des premiers internes au self, une nouvelle liste avait été affichée – par un honnête travailleur engagé et bénévole dirait Gilles Fumet, par ce pauvre Professeur Le Saint dans les faits – sur le panneau contenant les informations administratives, du côté du bâtiment du même nom. On y retrouvait la liste des candidats ayant officiellement obtenu leur parrainages – dont le nombre était précisé entre parenthèses – depuis vendredi dernier et donc apte à concourir pour le siège du représentant des élèves au conseil d'administration :

Jérémie Belpois (12)

Nicolas Poliakoff (13)

Christophe M'Bala (42)

Yumi Ishiyama (13)

X.A.N.A (12)

Tamiya Diop (15)

Odd Della Robbia (18)

Émilie Leduc (29)

Romain Le Goff (14)

Élisabeth Delmas (53)

Hervé Pichon (12)

William Dunbar (12)


12 candidats donc, un de plus que l'atelier d'hiver dernier. Il n'était déjà plus temps de pleurer sur les non-qualifiés : la campagne était déjà intense depuis un bon moment... et pourtant, juridiquement, elle ne faisait que commencer.


Spoiler


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Lundi 10 juin

Le moins que l'on pouvait dire, c'était que la VHS d'information des Échos de Kadic de la matinée était très attendue, après que chacun ait pris connaissance de la liste officielle des candidats qualifiés pour concourir à l'élection du conseil d'administration. La présence, et surtout l'absence de certains, faisait temporairement presque autant parler que la situation géopolitique interscolaire avec la guerre sur le territoire de Didelot – dont les braves collégiens résistaient finalement mieux que prévu aux assauts vengeurs de Mathison, ce qui avait poussé Vova à menacer d'envoyer des étudiants armés non pas de « simples » barres de fer mais de véritables armes à feu.
- Bonjour Hiroki.
- Bonjour Milly.
- Commençons par souligner que de nombreux messages de solidarité s'expriment de la part d'étudiants des collèges du département des Hauts-de-Seine – l'auteur de ce récit y étant né, on comprend qu'il en profite pour faire du placement de produit peu subtil – envers le collège Didelot.
- Tout à fait
, confirma le japonais. Pour résumer, Didelot demandait des troupes et des armes, ils obtiennent de la solidarité. À voir comment cela les aide dans la lutte contre Mathison.
- Tu es trop vert dans le métier pour déjà être aussi cynique
, fit remarquer la jeune fille. Mais tu as raison, l'évolution de la situation du parc de Sceaux doit particulièrement nous préoccuper. En attendant, de façon plus interne à Kadic, la liste des candidats officiels est enfin là ! Assortie du nombre de parrainages, elle est d'autant plus intéressante à analyser. Mais avant cela, comme un épitaphe, mentionnons une dernière fois pour la forme les candidats non-qualifiés...
- L'échec de Jim Moralès, ex-candidat de l'atelier d'hiver, est naturellement dans toutes les têtes
, appuya le garçon. Malheureusement, il n'aura obtenu que 6 signatures de mères.
- C'est six de trop
, analysa froidement Solovieff.
- Tu es déchaînée aujourd'hui chère collègue, mais voici de quoi te refroidir : Paul Gaillard aussi malgré un certain barouf médiatique, échoue à se qualifier à mi-parcours, avec 5 parrainages. C'était ton petit protégé : pas trop déçue j'espère ?
- Non ça va, je ne le fréquente plus de toute façon
, fit la rousse avec un air détaché sans doute un peu surjoué.
- Parfait, restons-en là pour les candidatures ayant échoué, les autres n’intéressant de toute façon personne. Ce n'est pas que ces deux-là l'étaient particulièrement mais...
- Hiroki...
coupa Milly. Qu'est-ce que je viens de dire ?
- Mes excuses, je le prends comme un appel aux sujets sérieux. Très bien, pour notre édition spéciale debrief des candidats qualifiés, accueillons notre invité de marque...

Comme de coutume, la caméra s'éloigna pour agrandir le champ, dévoilant... Gilles Fumet ! L'effet sonore caractéristique des sitcoms avait même été ajouté en post-production, des acclamations de surprise étant entendues au moment de l'arrivée du professeur dans le champ. On pouvait facilement imaginer la moue blasée d'Yves Le Saint lorsqu'on lui avait passé une telle commande au montage. En tout cas, on pouvait dire que l'adulte avait le sens de la mise en scène.
- Bonjour Monsieur Fumet et merci d'être avec nous ce matin.
- C'est tout naturel
, répondit celui que ses collègues surnommaient – hors sa présence – la pastèque, car toujours vert à l'extérieur avec son habituelle veste mais incontestablement rouge à l'intérieur, sur le plan des idées.
- Monsieur Fumet, la campagne entre dans une nouvelle phase cette semaine où seuls les candidats qualifiés sont désormais en piste, rappela la fille. Avez-vous un commentaire rétrospectif à faire sur ces premiers jours de déroulement de votre atelier ?
- Je suis ça de près de façon très intéressée et je félicite les nombreux candidats qui ont pris leurs responsabilités, y compris les recalés. Ils font vivre le débat public par leur engagement et ce sont eux qui, demain, formeront le cœur battant de notre démocratie qui...
- Message bien reçu
, coupa Milly en hochant rapidement la tête de bas en haut pour donner corps à son propos. Revenons-en à la liste des candidats, que nous allons présenter à nos téléspectateurs en respectant l'ordre de présentation officiel issu d'un tirage au sort de l’administration...
- Le premier candidat est donc Jérémie Belpois, président du club de lecture
, enchaîna son collègue masculin. De troisième, qualifié avec 12 parrainages. Selon nos informations, il fut l'un des premiers à franchir la barre de la dizaine mais termine finalement assez bas en terme de score final.
- Cela ne me surprend pas
, avoua son ancien professeur principal. Jérémie est un garçon brillant, il a certainement d'excellentes qualités personnelles mais ses idées sont trop complexes et révolutionnaires pour pouvoir être partagées par une majorité. Je ne doute pas qu'il trouve sa place dans la société, mais ce ne sera pas celle de présider. Professeur peut-être, c'est un beau métier.
- Voilà un jugement sans concession
, fit remarquer le japonais.
- Je suis là pour donner mon point de vue, affirma Fumet dans un sourire.
- Vient ensuite Nicolas Poliakoff, même classe, membre d'aucun club et qualifié grâce à 13 signatures.
- Alors là, le profil est moins lisse
, avoua l'adulte. Personne ne s'attendait à une telle trajectoire de la part d'un des moins bien notés de sa classe. On le pensait démodé, le voici tendance, malgré une petite polémique sur le fait qu'il aurait été débile de façon fictive pour mieux tromper les potentiels électeurs... cela dit, juridiquement, rien ne l'interdit.
- Il faudrait peut-être changer les lois
, proposa Solovieff sur un ton poli mais néanmoins de conviction.
- Bien sûr, mais c'est un sujet compliqué et vous ne m'avez pas invité ici pour cela.
- Arrive ensuite Christophe M'Bala de seconde et ses 42 paraphes... membre du club de théâtre et de football.
- C'est – à nouveau – le phénomène médiatique de l'élection. Après sa victoire à l'atelier d'hiver, rien ne semble pouvoir arrêter celui qui a bien compris le ressort psychologique des intentions de vote : moins la personne est candidate, plus les gens ont envie de lui. Un classique qui fonctionne également lors de la vraie élection présidentielle vous savez...
- Il aurait tout calculé depuis le départ ?
osa Hiroki.
- Pourquoi pas, on ne le saura certainement jamais mais on ne peut l'exclure, fit remarquer Fumet. C'est en tout cas cette position en surplomb qui lui a permis de bénéficier d'une popularité renforcée depuis les événements du parc de Sceaux. Pour certains, il a déjà plié le match mais attention, les français sont un peuple politique au sang chaud...
- En quatrième position arrive Yumi Ishiyama, de la même classe, sans club et avec pourtant 13 parrainages
, poursuivit le japonais avec l'air le plus neutre possible malgré l'évocation directe de sa sœur.
- Yumi est une élève brillante et sérieuse. Son style gothique détonne dans le paysage et tout le monde a encore en mémoire le moment où elle s'est mise à entonner à pleins poumons un chant japonais l'an passé à l'issue de son exposé sur sa terre natale. De nature généreuse, elle sera là pour défendre les opprimés de Kadic, ça compte pour certains, d’où l’obtention sans doute de ses signatures en solitaire.
- Et puis, il y a le fameux X.A.N.A, Président du club de basket-ball, votre « créature » qualifiée sur le fil avec 12 parrainages et dont nous n'avons toujours pas réussi à percer la véritable identité
, susurra Milly. Au point que certains se demandent si vous ne le jouez pas vous-même...
- C'est ma contribution à l'atelier
, répondit modestement le professeur d'histoire-géographie – et d'éducation civique, il y tenait beaucoup. Mais je puis vous garantir que c'est bien un élève qui est derrière cet avatar. Les masques tomberont en temps utile, mais si ce n'est pas l'essentiel.
- Et puis il y a celle que même vous, vous n'aviez sans doute pas prévue, Tamiya Diop, classe de cinquième, sans club, qualifiée avec 15 signatures malgré des propos très... limites.
- Cela fait justement partie des rebondissements d'une campagne
, décrypta l'homme à l'écharpe – même en juin ! C'est aux élèves de juger, et de sanctionner le cas échéant le caractère outrancier d'un candidat. Mais laissez-moi vous rappeler que chaque émergence correspond à une attente. La société crée ses propres démons, à elle de les assumer.
- Entendu
, conclut sobrement Hiroki qui n'avait certainement pas tout compris du haut de ses 12 ans. Vient ensuite Odd Della Robbia de troisième, Président du club de court-métrages, finalement qualifié avec 18 parrainages alors qu'il a longtemps eu du mal à en récolter pour... raisons personnelles.
- Odd n'a pas toujours eu les meilleurs résultats scolaires certes, mais il a une vraie intelligence, celle-ci est juste hors du cadre
, déclara l'adulte.
- Comme Einstein, qui était mauvais à l'école ?
- Absolument. Il pourrait, comme la dernière fois, créer la surprise, malgré un style et des idées parfois iconoclastes, mais pâtit d'une division plus forte encore du côté des clubs artistiques.
- Parallèlement, il y a justement la candidature d’Émilie Leduc, de la même classe et Présidente du club de théâtre, qui montre ses muscles avec 29 signatures de mères...
- Oui le club de théâtre est historiquement bien implanté
, reconnut Fumet qui grossissait le trait d'autant plus volontiers qu'il voulait éviter une éventuelle scène de Gustave Chardin en salle des profs. Mais attention à l'effet trompe l’œil que pourrait avoir ce nombre de signatures, elles ne font pas l'élection, loin de là, même si les mères sont représentatives de certains pans de la société, plutôt urbains. Du coup, l'honnêteté m'oblige à dire que Leduc fait plutôt bonne impression sur un public aisé mais les étudiants ont rarement la même surface financière que leurs parents, si vous voyez ce que je veux dire...
- Message reçu cinq sur cinq
, reconnut la jeune femelle.
- Romain Le Goff, également dans la même troisième, occupe justement un créneau semblable au niveau électoral, poursuivit le japonais. Avec ses 14 signatures, le Président du club de cinéphiles veut ringardiser le reste des clubs artistiques, au premier chef celui de théâtre...
- Oui, les cinéphiles existent depuis longtemps mais n'étaient pas pris au sérieux jusqu'à une période assez récente. La révolution internet en cours va certainement démultiplier leur audience dans les années à venir. Romain a une carte à jouer, reste à voir si c'est du solide ou si cela va simplement contribuer à priver le camp artistique d'un éventuel second tour...
- Changeons alors de milieu avec Élisabeth Delmas et son nombre record de 53 signatures. Toujours dans la même classe, on ne présente plus la Présidente du club de football...
- Bien sûr, la personnalité est médiatique. Mais je vois chez elle un certain paradoxe : elle dirige le club du sport le plus populaire par essence. Or, pour reprendre ce que j'évoquais lorsque nous parlions d’Émilie Leduc, Élisabeth Delmas est en quelque sorte l'exception qui confirme la règle, car elle vient d'un milieu très aisé et ne manque pas de ressources grâce à son père qui ne lui refuse rien
, décrypta Fumet d'autant plus à l'aise avec l'idée de tailler son supérieur hiérarchique en plein enregistrement qu'il se savait protégé par sa fonction syndicale. Elle pourrait alors apparaître en décalage...
- Oui, la suite nous le dira
, approuva Ishiyama. Nous y sommes presque : voici Hervé Pichon et ses 12 parrainages. Toujours dans cette troisième décidément surreprésentée, il est Président du club d'écriture.
- Hervé Pichon est le yang là où Jérémie est le ying. Tous les deux sont les deux faces d'une même pièce qui n'a probablement plus cours
, fit Gilles Fumet avec des airs mystérieux.
- Hmm... moui tout ça est très clair, répondit le garçon, visiblement pressé d'en finir.
- Reste William Dunbar, de seconde, Président du club de karting qui a récolté 12 parrainages, lança sa collègue.
- J'avoue avoir du mal à le cerner, expliqua l'adulte. C'est un peu un électron libre mais j'ai l'impression qu'il se présente juste par vengeance que par véritable projet politique, vu ses démêlés bien connus avec l'ancien Président du club de football, Ulrich Stern... S'il est uniquement basé sur la haine, il n'ira pas bien loin. Je sais que depuis la récente sortie de « L'attaque des Clones », il y en a qui se voient déjà avec une trajectoire politique à la Palpatine, sauveur de la République, mais...
- Notre temps est malheureusement épuisé
, coupa Milly avec une mine chagrinée. Un grand merci pour la finesse de vos analyses professeurs.
- C'est tout naturel.
- À vous les studios !
ne put s'empêcher de conclure le japonais avant l'interruption de la transmission.

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La récréation de la matinée n'était pas encore achevée qu'Odd Della Robbia retrouvait Jérémie Belpois du côté de la machine à café, le rush sur l'automate habituel du début de pause étant désormais passé.
- Pourquoi tu as cet air idiot ? interrogea le mieux classé des deux – sur le plan scolaire, pas celui des sondages – en allusion directe à la grosse banane qui ornait le visage de l'autre blondinet.
- Tu as vu la VHS de ce matin ?
- Oui et ?
- Héhéhéhé...
Jérémie haussa un sourcil. Qu'est-ce que son camarade allait encore lui sortir comme connerie ? Comme il était malin, la lumière se fit toutefois seule au bout de quelques secondes.
- Ah j'ai saisi. « Einstein » ?
- Ouais ! Vachement ironique nan ?
- Ok ok, je reconnais que c'est pas mal. Si tu te qualifies pour le second tour, tu auras tout mon soutien, le génie.
Le ton pourtant badin avec lequel Jérémie venait de réaliser cette simili-promesse n'avait rien d'une parole en l'air. Dans le camp artistique, et notamment le triangle Le Goff – Leduc – Della Robbia, la dynamique semblait à nouveau en faveur de ce dernier, un peu comme il y avait 5 mois lors de l'atelier d'hiver. Et ce en dépit d'une image personnelle relativement dégradée, notamment auprès de l'électorat féminin, pour d'évidentes raisons. Bref, le club de court-métrages se remettait à y croire.
- Ta confiance m'honore, répondit avec sa fausse modestie caractéristique l'ex-félin virtuel. Mais plus sérieusement, ce qui se passe avec Christophe me rend fou...
- Comment ça ?
- Eh bien, ce fils de... refuse de débattre avec les autres candidats avant le second tour, soi-disant parce qu'il est trop occupé à gérer la crise avec Mathison. Matthias distille l'idée qu'il veut aussi éviter un « tous contre un » notamment par les candidats voulant se venger de leur défaite à l'atelier d'hiver...
- C'est ton cas non ? répondit Jérémie avec gourmandise.
- Oui bien sûr, reconnut l'autre. Mais je sais me tenir.
- C'est vrai, Christophe est un homme, sourit son contradicteur.
- Ha. Ha. Ha. Ouais très spirituel, je comprends que tu ais perdu ton titre d'« Einstein ». En attendant, c'est chiant, ce soir y a un grand oral sur le scène du théâtre mais chacun va passer à tour de rôle, il n'y aura aucune confrontation...
- Ce soir ? Mais je n'ai pas été invité... soupira Jérémie tandis qu'Aelita et Ulrich arrivaient au sein du groupe à leur tour, mettant une fin tacite à la conversation politique des deux candidats.

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À midi, les équipes de Tamiya Diop et d’Élisabeth Delmas avaient eu l'idée malheureuse d'organiser simultanément une opération de tractage à la sortie du self, ce qui, au vu de la tension entre les deux candidates, avait donné lieu à une véritable prise de bec entre les filles dont personne ne semblait vraiment être sorti vainqueur selon les observateurs. Toutefois, cette embrouille de collégiennes – c'était factuellement le cas – n'était pas le sujet le plus commenté de l'après-midi, en témoignait cet échange plein de finesse entre deux kadiciens lambda à leur reprise en cours de sciences :
- T'es au courant pour la rumeur sur Nicolas ?
- Ouais bien sûr, il n'aurait pas seulement fait semblant être bête, il aurait simulé la mort de sa mère par intérêt politique.
- Tous les mêmes. Ça me rappelle Ulrich à l'atelier d'hiver.
- Ouais, t'as bien raison.
L'analyse était signée par Paul Gaillard et Julien Xao. Le premier, après son échec à la qualification pour l'élection, étant « redevenu simple citoyen » de son propre aveu (sous-entendant que les candidats étaient des citoyens d'exception !?). Amer, il n'hésitait pas depuis à commenter bien fort la moindre actualité de campagne pour faire son intéressant, et il avait trouvé en Julien Xao le sparing-parter idéal, ce dernier étant depuis longtemps considéré comme apatride politiquement, critiquant tout ce qui bouge sans jamais lever le petit doigt de sa chaise de classe. Bref, le portrait type d'un futur électeur de Le Goff, ou de Diop, au choix. Gaillard et Xao étaient donc désormais surnommés « les ados mesquins et chaud » (politiquement), et même si leurs analyses n’intéressaient personne, tout le monde faisait quand même attention à ne pas les provoquer pour éviter le tort que cela pourrait engendrer via le venin oral qu'ils répandaient plus vite que leur ombre.
Mais sur le fond, l'affaire du « bête fictif » de Poliakoff était effectivement en train de se muer en affaire de la « mère fictive », certains allant encore plus loin dans la rumeur, affirmant que Nicolas n'avait finalement jamais eu de mère, et qu'il était donc d'autant plus facile de simuler son décès. Bien sûr, il avait tout nié en bloc, avouant même s'attendre « à une telle partie de ball-trap ». Mais si le candidat n'appartenant à aucun club artistique pouvait remercier la guerre du parc de Sceaux de limiter le niveau de reprise médiatique d'une telle rumeur, la belle dynamique et l'image populaire du néo-intellectuel en avait quand même pris un coup, voire, se muant en coup d'arrêt. L'administration s'était d'ailleurs sentie obligée d'ouvrir une enquête qui n'aboutirait évidemment pas avant la fin de l'animation, ce qui causait encore plus de tort à l'image du troisième. Et qui dans l'immédiat profitait d'autant plus à Della Robbia, son ancien allié qui restait sur une ligne politique proche.


Mardi 11 juin

- Salut Hiroki.
- Bonjour Milly.
- Aujourd'hui, notre émission sera spécialement dédiée aux « petits candidats ». Mais que se cache-t-il sous ce terme obscur mon cher ?
- C'est très simple très chère, il désigne les candidats qui n'ont aucune chance de gagner au vu des dynamiques en cours. Sur nos douze prétendants à l'élection, un tiers sont considérés comme tels. C'est la raison pour laquelle ils n'ont pas été invité avec les autres lors de l'oral « Kadic face à la guerre de territoires » que nous avons organisé hier soir sur la scène du théâtre avec les huit autres.
- Pour des raisons de timing
, précisa immédiatement la cinquième. Les élèves externes notamment ont peu de temps après la sortie des cours, nous ne pouvions pas tenir un événement à rallonge...
- Bien sûr, mais les candidats non-invités se sont sentis obligés de nous accuser de leur chier dessus, William Dunbar en tête, et Yumi Ishiyama est allée jusqu'à évoquer l'arrêt de sa candidature pour ce motif. Pour couper court à toutes critiques, nous avons décidé d'inviter les quatre « petits candidats » ce matin sur le plateau. Ils vont se succéder, comme les autres hier soir.

Dezoom habituel de la caméra, dévoilant Jérémie Belpois.
- Bonjour Monsieur le Président et merci d'avoir répondu à notre invitation, embraya le japonais. Je sais que vous êtes un homme de fond alors voici tout de suite ma première question : quel est votre avis sur la guerre de territoires qui se joue à nos portes ?
- C'est une guerre entre brigands
, analysa immédiatement le dirigeant du club de lecture. Vous savez, les bandes de Kadic ne sont pas une agence de paix non plus. J'ai toujours trouvé immature et sauvage de se battre pour un bout de terre. Il y a une rivalité entre Kadic et Mathison, mais moi je ne me range ni dans un camp, ni dans un autre. Commençons par balayer devant notre porte notre impérialisme...
- Que voulez-vous dire ?
- Lors de l'effondrement des effectifs de Mathison, c'est Kadic qui a poussé Didelot a récupérer une partie de l'ancien territoire du lycée d'Anthony, créant un sentiment d'encerclement qui ne pouvait qu'entraîner à terme un retour de flammes. Nous y sommes.
- Des mots forts. Un grand merci.

L'intellectuel se leva, saluant poliment les journalistes avant de céder sa place dans le champ à sa camarade Yumi Ishiyama. Hiroki se mit logiquement plus en retrait sur ce coup, Solovieff prenant le relais :
- Mademoiselle Ishiyama, nous avons entendu dire que vous aviez particulièrement mal pris votre non-invitation de la veille.
- En effet
, répondit la lycéenne, le regard aussi sombre que son look. J'essaye de résister et d'élever le niveau du débat politique mais vous ne pouvez plus faire semblant si vous n'êtes pas invité lors des principaux temps forts organisés de la campagne. J'envisage fortement de me retirer à l'heure actuelle. J'aurais répondu ce soir, mais j'avoue ne pas savoir ce qui me fera changer d'avis.
- Très bien, bon dans ce cas on va s'arrêter là pour gagner du temps d'antenne. Si jamais vous n'êtes plus candidate demain, il ne sert à rien d'écouter vos propositions. Bonne journée !

La lycéenne semblait à deux doigts de faire un scandale, mais la pudeur caractéristique de sa culture natale couplé au fait que son frère était présent l'en empêchèrent. De façon digne, elle se releva à son tour, s'éloignant de la caméra... pudiquement donc, et laissant place à Hervé Pichon. Hiroki reprit les commandes :
- Bonjour Monsieur le Président et merci d'avoir accepté notre invitation.
- Eh bien, disons que comme j'en reçois une sur deux, j'ai moins de possibilité de refus...
rebondit le binoclard, acide.
- Hum, certes. Revenons au cœur du sujet : la guerre de territoires.
- Je suis d'accord avec l'analyse de Jérémie, pour l'essentiel
, précisa le Président du club d'écriture.
- En voilà une surprise, rebondit le journaliste avec une ironie non-dissimulée. Merci pour votre retour, nous ne manquerons pas de vous inviter à nouveau pour vous entendre dire la même chose que Jérémie.
- Vous n'avez qu'à m'inviter à parler avant lui...
soupira Pichon.
- Malheureusement pour éviter toute polémique sur le « hasard » du tirage au sort, notion sur laquelle l'émission « Koh-Lanta » a fait beaucoup de tort, nous sommes plutôt enclin à conserver l'ordre du tirage au sort officiel, qui place Jérémie devant vous...
- Pff
, conclut Hervé avant de quitter le champ. Cela fait presque aussi mal que les violences policières, l'entendit-on ajouter oralement.
Il fut rapidement remplacé par William Dunbar, qui arborait un air pincé et soupçonneux avant même d'avoir commencé son interview.
- Bonjour Monsieur le Président, entama Milly qui avait fait le choix de supprimer la suite de la phrase type pour éviter une réaction à la Hervé.
- Bonjour.
- Nous serions ravis d'avoir votre analyse sur la guerre de territoires qui se livre désormais à nos portes...
- La situation du parc n'est clairement pas ce qui m'inquiète le plus
, fit remarquer le Président du club de karting. Ce qui est anormal, c'est que Christophe M'Bala instrumentalise le conflit pour éviter d'avoir à se mesurer aux autres candidats. C'est terrible ce qui se passe ! D'autant qu'il est ridicule : il ne sert à rien de bomber le torse face à Vova, seul un plan de paix pourra résoudre le problème.
- Mathison n'a pas l'air très enclin à parlementer au vu des dernières déclarations de Vova...
- Naturellement, puisque Christophe se trompe de méthode. C'est trop tard maintenant.
- Donc.., vous reconnaissez implicitement que Christophe M'Bala est considéré comme le représentant de Kadic dans cette affaire ?
récapitula Milly.
L'amateur de karting sembla mouché sur place. Il avait heureusement préparé l'élément de langage lui permettant de se sortir de n'importe quelle situation tendue :
- Allez vous faire foutre, conclut donc le lycéen en se retirant.
- Eh bien, voilà ce que ça donne quand on invite les « petits candidats », conclut Hiroki. Malgré nos efforts, ils ne sont jamais contents.
- Oui mais au moins c'est fait
, souligna sa collègue rousse. Avant de vous quitter, rappelons que Christophe M'Bala dévoilera l'ensemble de ses projets pour le conseil d'administration et ses grandes réflexions sur la situation du parc de Sceaux dans un numéro spécial des « Échos de Kadic » qui sera distribué dans toutes les classes demain après-midi.


Mercredi 12 juin

Il n'avait pas jugé utile de lui préciser le pourquoi du comment au moment de le convoquer entre midi et deux mais en entrant dans le bureau de son supérieur hiérarchique, Gilles Fumet n'avait pas besoin d'avoir fait l'ENA – il avait d'ailleurs raté deux fois le concours d'entrée de la prestigieuse école – pour comprendre que Jean-Pierre Delmas avait sa mine renfrognée des mauvais jours, et que la raison dépassait la simple impossibilité pour lui de jouer à son jeu vidéo à cause d'une surcharge administrative.
- Jean-Pierre, salua brièvement le syndicaliste.
- Gilles, merci d'être venu. Je voulais te parler de l'animation relative à l'élection.
Dans le contexte, le professeur aurait pu effectivement facilement s'en douter. L'argumentaire était déjà prêt.
- J'ai peur que les choses soient en train de nous échapper, poursuivit le proviseur de Kadic. J'ai eu vent de plusieurs dérapages verbaux...
- Naturellement, il y a des animosités, reconnut Fumet. Pour autant, cela ne signifie pas que l'animation soit un échec au contraire, le but est précisément de refléter la réalité politique du pays...
- Hum. Tu avais davantage vendu les aspects positifs et civiques au moment de nos échanges, fit remarquer Delmas en se mettant à fouiller dans un tiroir.
Il en ressorti une pile de feuilles qui se révélaient être en fait les affiches officielles des candidats avec une photo, le rappel du club les soutenant et leur slogan de campagne. On y retrouvait donc :
Jérémie Belpois, se réclamant du camp des élèves bosseurs ;
William Dunbar, appelant à choisir la liberté ;
Émilie Leduc, et son « ensemble, changeons d'avenir » ;
Romain Le Goff avec un sobre « faire face » ;
Yumi Ishiyama et un beau « Kadic authentique » ;
X.A.N.A qui allait carrément jusqu'à mentionner le titre de « Président », arguant également être un « programme responsable » ;
Christophe M'Bala, qui se contentait d'un « Avec nous », ce qui prouvait définitivement qu'il était derrière le site internet du même nom ;
Odd et son « un autre Kadic est possible » ;
Élisabeth Delmas qui signait un « le courage de faire » ;
Hervé Pichon et son assumé « urgence anti-cancres », allant même jusqu'à ajouter que « nos études valent plus que leurs procrastination » ;
Nicolas Poliakoff et son lyrique « le Kadic des jours heureux » ;
Et bien sûr la benjamine Tamiya Diop dont l'affiche évoquait un « pour que Kadic reste Kadic ».
- Il n'y a rien qui te choque ? insista au bout d'une minute le plus gradé, alors que le professeur semblait être en train d'admirer les œuvres des participants plus que de les désapprouver.
- Euh... j'admets que l'affiche de X.A.N.A va un peu loin, l'élève élu ne sera pas Président du conseil d'administration bien entendu.
- Mais non, pas ça, s'agaça l'autre. À lire la moitié des slogans, on a l'impression que Kadic est un odieux bagne duquel il faudrait libérer les élèves au plus vite, sinon le réformer en profondeur.
- Certaines phrases sont excessives, admit Fumet dans un souci d'apaisement. Mais ce ne sont que des mots...
Le syndicaliste voyait bien que l'argumentaire ne faisait aucun effet sur son supérieur. Il était temps de jouer un atout :
- Si je peux me permettre Jean-Pierre, j'espère que tu n'essayes pas de remettre en cause notre animation sous prétexte que ta fille est en très mauvaise posture sur le plan électoral...
L'enseignant faisait allusion à la lente mais bien réelle descente aux enfers qu’Élisabeth Delmas vivait en tant que candidate du club de football. Alors qu'au moment de se déclarer, elle semblait avoir un boulevard pour la qualification au second tour, voire la victoire, les bruits de couloir montraient clairement que les élèves la calculaient de moins en moins, face à un Christophe M'Bala en total surplomb depuis le début de la guerre de territoires, et des candidats comme X.A.N.A ou Tamiya Diop, plus offensifs face à lui.
- Cela n'a rien à voir ! s'insurgea l'autre. Je n'étais même pas au courant de ça d'ailleurs. Mais l'image de Kadic ne risque pas de ressortir si grandie que ça de cette séquence, c'est même plutôt le contraire !
- On ne peut pas annuler, objecta Fumet. Les parents, notamment les mères, ont été plus qu'impliqués dans le processus avec l'histoire des signatures. Tu imagines le tollé si on allait pas au bout et qu'on remettait en cause la possibilité pour un élève de siéger au CA ?
Cette fois, l'objection de la défense semblait avoir été reçue par le juge. Comme il venait de l'avouer, Jean-Pierre Delmas suivait les choses de loin, et n'avait certainement pas réalisé à quel point la phase de parrainages avait conduit à un intense démarchage des parents d'élèves, féminins en particulier. Il semblait hésiter, avant de lâcher :
- Hum. Je ne te parle pas d'annuler. Mais je te conseille vivement de corriger le tir. Il est hors de question que j'apprenne à nouveau qu'un candidat se permette de proférer des insultes sur une émission diffusée au vu et au su de tous.
Le proviseur semblait faire une allusion évidente au dernier ragequit médiatique de William Dunbar, l'un des candidats, c'était vrai, les plus forts en gueule de ce crû 2002. La remarque venait toutefois de donner une idée à Gilles Fumet.
- Message reçu, je pense savoir quoi faire.


Jeudi 13 juin

Une agitation inhabituelle régnait au sein du foyer des élèves en cette fin d'après-midi. La VHS d'information des Échos de Kadic étant traditionnellement diffusée en matinée, celle-ci amenait les masses à se regrouper sur ce créneau horaire, la fin de journée étant plutôt propice aux événements politiques du côté du portail de sortie des externes.
- Qu'est-ce qui se passe ? interrogeait d'ailleurs Tristan Brossard qui passait par là et qui n'aimait pas dès qu'un événement inhabituel venait percuter sa vie bien rangée.
- Il y a un nouveau journal qui va diffuser l'actualité politique ! lui répondit Mathieu Ducroc.
- Ah, vraiment ?
- Ouais !
L'adolescent de nature très directe était dans le vrai. Alors que le Professeur Jean-Baptiste Goliath venait de démarrer le poste de télévision, celui-ci dévoilait désormais deux nouvelles silhouettes : Anaïs Fiquet et Colin Maillard.
- Mais... c'est le frère d'Emmanuel qui était devenu sa soeur !? ne put s'empêcher de s'exclamer une voix dans le public.
Au-delà des personnages, on pouvait noter que ces derniers n'étaient apparemment pas dans une salle de classe banalisée, lieu de tournage de référence de Milly et Hiroki, le décor évoquant plutôt l'intérieur d'un préfabriqué réservé au self.
- Bonjour et bienvenue pour cette toute première diffusion du journal télévisé de « L’Écho Kadicien », annonça avec un grand sourire le jeune homme de quatrième, lunettes rondes et cheveux bouclés surmontés d'un chapeau de cuir – un nouveau look ne laissant aucun doute sur son orientation politique demeurée, elle, inchangée. Nous sommes ravis de vous savoir avec nous.
- Bonjour à tous !
appuya sa partenaire de seconde en agitant la main, dont la tenue était particulièrement légère, même pour la période estivale.
- Pour fêter notre première émission, nous accueillons un invité de marque : Tamiya Diop.
Le dézoom de la caméra – outre le fait que l'élargissement du plan permettait de confirmer un tournage sur le territoire de Rosa Petitjean – dévoilait effectivement l'ancienne journaliste.
- Bonjour Tamiya Diop, embraya la grande blonde en baissant les yeux, laissant supposer la lecture d'une fiche hors-caméra. Vous êtes candidate à l'élection présidentielle et vous avez une mesure phare que vous vous apprêtez à dévoiler en exclusivité sur le plateau de « L’Écho Kadicien ».
- Bonjour et merci de me recevoir. En effet, lorsque je serai élue au conseil d'administration, je compte proposer de recruter un nouveau personnel administratif qui sera spécialement consacré à la remigration.
- Que voulez-vous dire ?
- Il faut dégager les boursiers qui viennent des territoires paupérisés de la banlieue. Mais encore faut-il s'assurer qu'ils partent et Nicole Weber, l'actuelle secrétaire, est notoirement connue pour son laxisme lorsqu'il s'agit de faire appliquer les décision d'expulsion de l'établissement. Pour s'assurer de l'efficacité des reconduites au portail, un nouveau personnel à plein temps est nécessaire.
- N... n'avez-vous pas peur d'être légèrement excessive dans...
commença Colin Maillard qui cherchait visiblement à se maîtriser face à l'annonce de cette mesure « coup de poing ».
- Non non, pendant trop longtemps, les élites de Kadic n'ont rien fait pour le peuple, y en a ras-le-bol de cet entre-soi. Le niveau général de l'école ne cesse de se détériorer, et on sait tous d'où ça vient...
- Eh bien, merci pour cette annonce en exclusivité
, conclut Anaïs. C'est déjà terminé mais on se retrouve vite !


Vendredi 14 juin

Naturellement, la fin du monopole de l'information des Échos de Kadic ne convenait pas du tout aux Échos de Kadic eux-mêmes. À l'aube de ce nouveau jour, Gilles Fumet n'avait même pas encore verrouillé sa voiture garé sur le parking des professeurs que Milly l'abordait déjà en tirant une sale tronche :
- M'sieur !! Comment vous avez pu accorder une autre autorisation d'enregistrement pendant l'animation !?
Hiroki était là aussi, mais semblait plutôt dans l'optique d'empêcher surtout sa camarade de déraper et de fait, ne pipait mot.
- Hum, c'est le sens de l'histoire, répondit Gilles Fumet d'une voix tranquille. Le monopole de l'information a progressivement été levé au profit d'une libéralisation des médias. Vous allez devoir faire avec. Mais la concurrence a ses vertus et oblige chacun à donner le meilleur de soi-même.
Le temps que les deux jeunes analysent et comprennent le sens de ses paroles, le professeur s'était déjà éloigné en sifflotant.
- Je suis dégoûtée ! lâcha finalement Solovieff à Ishiyama, qui était le seul encore présent pour l'écouter se plaindre.
- Oui mais il n'a pas fondamentalement tort. C'était trop facile d'avoir pignon sur rue. Là on va pouvoir montrer qu'on est bien meilleur. Cela ne devrait pas être trop compliqué : Colin Maillard est un pro-camp artistique notoire, tu as vu sa gueule pendant l'interview de Tamiya ? Il est incapable de se contrôler. Par contre, y a un truc que j'ai pas suivi, c'était pas devenue Coline ?
- Si mais depuis qu'elle... enfin, qu'il s'est fait virer de la campagne de Romain, il a basculé dans le journalisme et tente de faire oublier tout son passé en politique. Il a dû estimer que ça donnerai mieux le change, la preuve que ça marche, tu es confus.
- Mais attends, c'était quand ça ? s'étonna le japonais.
- Euh une semaine à peine.
- Eh bien, tout va très vite dans le milieu... Bref, c'est quand même un sacré blaireau au global. Et ok, Anaïs Fiquet est bonne, mais c'est une conne.
- Ouais mais les élèves les plus basiques pourraient s'y laisser prendre, bougonnait malgré tout la jeune fille rousse. Et l’annonce de Tamiya était ridicule mais tout le monde ne parle que de ça. Nous devons réagir.
- Mais... comment ? s'enquit le japonais qui restait un débutant dans le milieu.
- Je n'en ai aucune idée. Mais j'ai toujours su rebondir...

https://i.imgur.com/644L66L.png


La VHS d'information de la matinée – donc celle des Échos de Kadic – était prête. Il y avait foule comme souvent. Après avoir lancé l'enregistrement, Yves Le Saint alla rejoindre Jean-Baptiste Goliath au fond de la salle.
- Alors, comment les Échos ont pris l'irruption d'un concurrent ? interrogea le second, qui était cette fois d'autant plus impliqué que, s'il avait réussi à refiler un maximum de sale boulot à Le Saint concernant l'enregistrement du matin sous couvert de gestion d'une dette de sommeil, son collègue de français avait exigé qu'il prenne en charge en retour l'enregistrement plus tardif des nouveaux venus sur le marché.
- Oh, euh... Milly a su rebondir, éluda le littéraire alors que l'image inhabituelle d'un décor en extérieur venait d'apparaître à l'écran.
- Bonjour à tous et bienvenue pour une édition spéciale qui a lieu sur le terrain, annonçait justement Solovieff, micro dans une main... et poêle de cuisine dans l'autre.
- Bonjour à tous, singea Hiroki avec le même matériel, et l'air encore moins assuré.
- Nous sommes aujourd'hui au parc de Sceaux, sur les hauteurs du bassin de l'Octogone, où se trouve la limite entre les territoires de Kadic et de Mathison. Le candidat Christophe M'Bala et son acolyte Matthias Burrel sont présents avec nous ce matin.
On voyait en effet à l'image les deux lycéens accroupis, regardant en direction du Sud tout en discutant hors micro. Les journalistes et la caméra se rapprochèrent d'eux.
- Messieurs, pouvez-vous nous faire un point sur la situation ?
Burrel se tourna vers la presse :
- Nous sommes encore relativement tôt, c'est calme, il y a peu de monde... pourtant, nous ne pouvons pas prendre le risque de vous faire descendre plus bas, expliqua-t-il, front bas et air anxieux.
- Pourtant, les cascades sont sur le territoire de Kadic n'est-ce pas ? questionna la seule fille du groupe.
- En théorie oui. En pratique, depuis l'agression du secteur de Didelot, il y a parfois des escarmouches qui se passent dans la pente avec des mecs de Mathison qui dépassent les limites du secteur et qui nous jettent des pierres notamment, embusqués derrière les arbres. C'est pour cela qu'on vous a demandé d'apporter de quoi vous protéger au cas où, justifia Burrel en allusion évidente aux ustensiles de cuisine.
- Mais alors, notre territoire est attaqué non ? C'est une déclaration de guerre ?
- C'est plus compliqué que ça, Vova envoie des types nous provoquer mais ils ne sont pas là pour conquérir. Christophe essaye précisément de ne pas entrer dans ce jeu-là et de maintenir le dialogue.
- Là...
fit soudain le noir en pointant du doigt le bassin.
En reportant leur attention sur la zone, les journalistes pouvaient constater quelques silhouettes semblant se regrouper près du point d'eau côté Mathison.
- Ils sont déjà là... décrypta Matthias. En général ils ne font rien mais Vova aime masser ses troupes aux frontières pour montrer ses muscles. Cela nous oblige à maintenir une surveillance constante avec les gars qu'on arrive encore à mobiliser de chez nous.
- Et du côté de la frontière avec Didelot, vous pensez qu'on peut y aller ?
demanda la journaliste.
- N'y pensez même pas, depuis l'agression c'est super dangereux, on ne pourrait pas garantir votre sécurité quelle que soit l'heure de la journée. A priori Mathison respecte les frontières de Kadic mais comme celles-ci sont définies avec moins d'exactitude que de ce côté-là, il y a toujours un risque de tomber sur un coupe-gorge avec des lycéens armés de barres de fer plus tôt que prévu.
- Ok, nous comprenons
, fit Solovieff en se retournant du côté de la caméra. Vous le voyez, la situation est toujours très tendue du côté du parc de Sceaux même si Christophe M'Bala fait le maximum pour essayer d'obtenir la cessation des hostilités. N'oubliez pas qu'il est possible de faire des dons aux élèves blessés par les combats de Didelot via notre journal, nous ferons le lien avec nos collègues de là-bas. En attendant... à demain et à vous les studios !
Un silence religieux venait d'accueillir toute la séquence filmée au sein du domaine départemental. Visiblement, elle faisait son effet aux élèves de Kadic, dont les bâtiments des internes étaient situés juste en face du parc, seule une rue les séparant du lieu du conflit, même si les affrontements n'avaient, comme expliqué, pas encore lieu sur le secteur Nord-Est. C'est finalement les deux adultes qui échangèrent en premier :
- Putain, ça c'est de la bonne télé, reconnut le professeur de S.E.S.
- N'est-ce pas ? appuya son collègue avec le même ton mi-sérieux, mi-moqueur.


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Lundi 17 juin

Kadic commençait tout juste à s'éveiller, alors que le premier tour de scrutin était prévu pour ce mercredi, en seconde partie de journée – mais les candidats seraient interdit de faire campagne le jour même. Les prochaines 48 heures allaient donc être décisives. Justement, la période avait aussi sa particularité, qui justifiait apparemment que les deux journalistes des Échos de Kadic – incluant donc Hiroki, un externe qui avait dû sortir en douce plus tôt de chez lui – tiennent une discrète réunion dans la remise du jardinier avec... les journalistes de L’Écho Kadicien !
- Salut, vous êtes au courant que les règles ont évolué ? toisa Milly sitôt arrivée sur place avec le japonais, les deux néo-journalistes étant en avance.
- C'est à dire ? questionna Fiquet.
- Il faut une égalité stricte de traitement médiatique entre les candidats. On ne peut plus les juger à l’œil comme on le faisait jusqu'à maintenant.
- Ah.
- Mais c'est impossible ! s'exclama Colin. Il y a clairement deux catégories de candidats !
- Pour une fois... je suis d'accord avec toi, signala Hiroki.
- Mais on ne peut pas organiser de grand débat final, Christophe refusera de participer, et donc ça n'a aucun intérêt ! souligna le jeune Maillard.
- Oui. C'est pour ça qu'on voulait un peu brainstormer avec vous, pour essayer de trouver l'idée qui nous sauvera de se guêpier, avoua le japonais. Mais j'ai l'impression que vous n'êtes pas plus avancés que nous.
- En effet, on débute après tout, reconnut Anaïs Fiquet.
Colin Maillard avait fait mine de remettre en place son chapeau, en le bougeant pourtant à peine. Avec son analyse toute nippone, Ishiyama fit le parallèle avec le retournement de casquette de Sacha dans Pokémon avant un combat : cela signifiait sans doute que le journaleux se mettait à réfléchir sérieusement.
- Bon, voyons... marmonnait justement Colin. L'élément bloquant, c'est Christophe, qui ne veut pas débattre sous prétexte qu'ils seront tous contre lui.
- Oui et c'est pour ça qu'on a fait une sorte de grand oral la semaine dernière, où ils répondaient à nos questions, plutôt que de s'invectiver entre eux, mais je n'ai pas trouvé que le succès était démentiel, fit remarquer l'autre garçon.
- Faut avouer que ça faisait un peu entre-soi, poursuivit l'autre. Le système politico-médiatique qui tourne en boucle. Non ce qu'il faudrait c'est...
- ... mettre en scène un échange direct avec les kadiciens. C'est précisément l'argument de Christophe depuis le début : il préfère débattre avec le peuple !
- Exactement.
L'émulation entre les deux garçons pourtant concurrents semblait fonctionner, à leur grande surprise. Pourtant...
- Mais on ne peut pas multiplier les kadiciens, ça va être trop galère à mettre en place et pour garantir l'équité, il vaut mieux que ce soit à chaque fois la même personne, fit remarquer Hiroki.
- Ouaip, tout à fait d'accord. Ce qu'il nous faudrait, c'est l’égérie parfaite au niveau de l'indépendance politique, que personne ne pourra accuser de partialité, et en même temps, il faut qu'il ressemble à n'importe quel kadicien lambda...
- Dis comme ça, cela parait difficile de trouver cette perle rare, commenta Anaïs en guise de synthèse.
Mais c'était oublier le statut de « pleine de ressources » de Milly Solovieff, qui au bout de quelques secondes de réflexion, lâcha soudain :
- Je sais qui peut faire l'affaire.
- Vraiment ? insista Colin Maillard, suspicieux.
- Mais oui, soyez tranquilles, j'ai plus d'expérience en journalisme que toutes les autres personnes de cette pièce réunies.
- Il est vrai, reconnut Fiquet, très « premier degré », sans doute parce que la boite de vitesse de son cerveau n'en avait pas de second.
- Ok super mais comment on va faire pour meubler nos émissions d'aujourd'hui ? s'enquit Maillard. Même en se répartissant les candidats, on va jamais réussir à garantir l'équité.
- Le plus simple serait encore de ne prendre personne... reconnut sa collègue.
- Mais sans renoncer à l'audience exceptionnelle que nous procure l'élection ! compléta Solovieff.
- Oui, ce qu'il nous faudrait, c'est contourner l'obstacle, sans totalement l'éviter... résuma Ishiyama.

https://i.imgur.com/644L66L.png


Tamiya Diop patientait sous les arcades, non-loin de l'entrée d'une salle de classe banalisée, qui était réquisitionnée pendant la pause de midi par un tournage commun des Échos de Kadic et de L’Écho Républicain : différents concurrents à l'élection passaient littéralement au tableau durant une séquence où quelques élèves de sixième triés sur le volet – histoire d'assurer une diversité de sexe et d'origines qui passe bien à l'écran, Milly Solovieff ayant assuré de l'efficacité médiatique de la technique qu'elle employait de longue date – posaient des questions a priori plutôt candides... aux candidats justement, donc. Tous n'avaient cependant pas accepté l'invitation. La cinquième n'était pas de ceux-là, et attendait son tour. Elle fut ensuite rejointe par Élisabeth Delmas, qui se posta plus près de la porte, mais les deux filles qui se détestaient toujours ne s'adressèrent pas la parole avant que l'entrée ne coulisse pour laisser ressortir Romain Le Goff.
- Salut Romain, ça a été ? interrogea la fille du proviseur.
Au-delà du fait qu'ils étaient dans la même classe, Romain et Sissi se connaissaient depuis l'école maternelle, où ils étaient déjà ensemble. Une estime réciproque demeurait entre eux de ces années-là, même si l'âge les avaient éloignés. Par ailleurs, bien qu'aujourd'hui concurrents, ceux-ci passaient finalement plus de temps à critiquer ceux de leur camp – artistique pour le premier, sportif pour la seconde – et ne s'étaient finalement jamais invectivés réellement depuis le début de l'animation.
- Bof, avoua le garçon. Je me suis fait piéger par des questions de géographie, ça a toujours été mon point faible. J'ai pas su placer le Mont-Saint-Michel dans la bonne région.
- Ben voyons... lâcha Tamiya en passant à côté d'eux avec un air dédaigneux avant de s’engouffrer à son tour dans la salle de classe et refermer la porte.
- Ah, ce n'est pas trop grave, répondit Delmas. Et puis c'était clairement une question piège. Il faudrait peut-être que je révise, imagine que finalement le Mont Blanc ne soit pas réellement situé qu'en France ?
- Haha, non impossible.
- J'avoue, j'exagère peut-être un peu.
- Mais avec un peu de chance, mon erreur sera éclipsée par celle de Nicolas, il parait qu'il a hésité à mettre Jim Moralès dans la catégorie des méchants adultes sous prétexte que, et je cite : « C'est difficile parce que d'un côté, c'est quand même un prolétaire sous-payé qui se fait niquer par le système ».
- Oh, je vois. Ce qu'il ne faut pas faire tout de même pour exister médiatiquement...
- Ouais, cette émission est un peu naze en fait, c'est très démago, approuva Julien.
- De façon générale, je ne suis pas certaine d'aimer faire campagne finalement, assuma Sissi. Certes, on a rien trouvé de mieux mais c'est surtout une occasion de faire des fausses promesses, puisqu'il faut se mettre en avant.
- Genre, qu'il n'y a pas grand chose de naturel ?
- C'est ça.
- Je partage ce sentiment, avoua son camarade de classe. Pour le coup, Fumet voulait nous mettre au prise avec la réalité et ce qui nous attend une fois adulte... et j'ai l'impression qu'il a plutôt réussi.
Ces paroles pleines de sagesse furent approuvées d'un hochement de tête par la Présidente du club de football.
- Bon... Je te laisse, j'ai beaucoup à faire pour éviter de me faire définitivement couler par Odd. Bonne chance pour l'émission. Et ravi de voir que tu vas vraiment mieux.
- Merci, à plus tard !


Mardi 18 juin

Tristan Brossard était un jeune homme de 13 ans pleinement inséré dans son environnement. Mais pour la première fois de sa vie, il aurait des choses peu banales à raconter à ses parents à la fin de l'année scolaire. Car après son exposition médiatique hors du commun sur les sites avecnous.fr puis par ricochet, sanseux.fr, voilà que les journalistes des Échos de Kadic et de L’Écho Kadicien étaient venus lui demander de poser ses questions en direct aux candidats lors de la dernière soirée électorale avant le premier tour !
Brossard avait en effet été jugé comme le prototype parfait : banal sur le plan physique comme intellectuel – les choses ne lui avaient évidemment pas été présentées de cette façon – mais ayant malgré tout atteint le niveau de « starification » nécessaire pour attirer une certaine audience, eu égard à ses déboires mentionnés précédemment. Et comme il avait été récupéré aussi bien par le camp de Christophe que critiqué par celui de son ennemi juré depuis l'atelier d'hiver, X.A.N.A, il représentait finalement assez bien ce que grand nombre d'élèves avaient subi depuis le début de la campagne.
- Bonsoir à tous et merci d'être venus si nombreux pour cette grande soirée électorale de clôture ! annonça Hiroki Ishiyama, micro en main, qui se trouvait sur la scène de la salle des fêtes avec les trois autres journalistes accrédités, un large public effectivement assis sur la grosse centaine de chaises préalablement installées.
- À partir de ce soir minuit, nous ne serons plus autorisés, ainsi que les candidats, à parler de politique jusqu'à la fin des opérations de vote, expliqua à la suite Colin Maillard, un amplificateur de voix similaire en main, ce qui provoqua quelques discrets mais néanmoins audibles soupirs de soulagement au sein de l'assistance.
- N'oubliez pas que pour voter, les isoloirs seront installés ici même, entre 12 heures et 18 heures 30 ! rappela Anaïs Fiquet.
- D'ici là, rappelons le principe de l'émission à nos spectateurs, fit Milly Solovieff. La campagne électorale a été à la fois courte et longue mais grâce à vos serviteurs, vous savez globalement ce que les candidats souhaitent. Ce soir, de façon un peu alternative, les questions seront un peu plus personnelles. Nous n'en savons pas plus, car notre invité spécial, un kadicien comme les autres, les a préparées tout seul. Sans plus attendre, que le show commence avec Tristan Brossard !
Les quatre journalistes s'effacèrent de la scène, se répartissant équitablement dans les coulisses, un membre de chaque journal côté cour et côté jardin, laissant temporairement vides les deux pupitres avec micro préalablement installés sur place. Le fameux Tristan Brossard surgit d'un rideau pour s'installer au premier, le côté droit voyant apparaître le premier candidat, Jérémie Belpois, prenant place sur le second emplacement prévu à cet effet.
- Bonsoir Jérémie Belpois.
- Bonsoir.
- Comme indiqué par Milly Solovieff juste avant, vous allez être interrogé sur un aspect plus personnel, qui ne sera pas forcément le même que les autres candidats. Je vous remercie, comme les autres candidats, d'en avoir... euh... accepté le principe.
- Pas de quoi, c'est normal.
- Votre question donc... j'ai écouté attentivement vos prises de parole. En tant que Président du club de lecture et premier de la classe depuis votre entrée au collège, vous êtes de loin le plus intelligent des candidats.
- C'est possible, reconnut le blondinet, flatté, en tentant de ne pas trop rougir.
- Alors dîtes-nous... comment faites-vous pour gérer votre intelligence supérieure aux autres au quotidien ?
La question était presque candide. Tristan avait certainement tout donné mais... le sujet était plutôt favorable à Jérémie, qui ne s'en offusqua pas. Il s'agissait maintenant d'éviter les procès en arrogance.
- Je... c'est à dire qu'une intelligence développée n'est pas forcément synonyme d'exclusion sociale. Je suis bon dans les matières scolaires car j'aime lire et réviser mais je suis capable d'être « normal » au quotidien, vous comprenez ?
- Est-ce que vous avez changé sur ce point ? Les plus âgés se souviennent de votre sixième où vous étiez isolé, puis vous vous êtes mis à fréquenter une bande d'amis assez... hétérogène, compléta Brossard qui avait visiblement une discrète oreillette qui devait certainement fonctionner à plein régime.
- C'est possible, réagit Jérémie avec un petit sourire. Il y a toujours... une part de chance dans ce type d’événements. Mais j'ai en effet dû grandir durant les vacances entre ma sixième et ma cinquième. Le résultat, vous le voyez aujourd'hui, je suis toujours bien entouré.
- Je vous remercie Jérémie. Bonne chance pour demain.
- Merci.
Le prodige quitta la scène sur le côté gauche. Du droit, l'acteur suivant vint le remplacer au pied levé.
- Bonsoir Nicolas Poliakoff.
- Bonsoir à vous.
- Je suis navré mais... pour votre question personnelle, je suis obligé de revenir sur la polémique qui a émaillé votre campagne : votre mère présumée « fictive ».
- Cela a été très blessant pour moi, expliqua le troisième qui avait naturellement vu venir la question. La perte de ma mère a laissé un grand vide. Que des gens puissent m'accuser d'avoir simulé pour obtenir une quelconque sympathie...
- Face à une telle violence, avez-vous songé à... renoncer ? interrogea Brossard.
- Pas une seule seconde, répondit l'autre blond, l'air déterminé. Je suis convaincu que mes propositions peuvent changer la vie des gens. Pour que nous puissions vivre des jours heureux. Le reste n'est que facéties.
- Un grand merci. Bonne chance pour demain.
- C'est gentil.
On entendit quelques acclamations dans la salle pour souligner non pas tant la sortie de scène de Nicolas que l'entrée de Christophe M'Bala, le grand favori.
- Bonsoir Christophe M'Bala.
- Bonsoir, merci de me recevoir, répondit l'africain dans un grand sourire.
- Je vais revenir sur votre vie privée. Il y a toujours des gens qui certifient qu'une relation plus qu'amicale vous lie avec une professeur de Kadic, Brigitte Meyer et...
- Tout ceci est parti du simple fait que je suis resté à la fin de certains cours lui poser des questions parce que je commençais sérieusement à être largué en mathématiques, le passage au lycée est rude vous savez. Grâce à ça, j'ai pu obtenir mon passage en filière S l'an prochain. Pour le reste, ce ne sont que des ragots, évacua le candidat.
- Très bien. Je pense que... hum, nos spectateurs aimeraient également connaître votre avis sur la polémique toute récente qui accuse Matthias Burrel, votre fidèle soutien, de recourir à de nombreux élèves extérieurs à Kadic depuis le début de cette campagne, pour vous favoriser : démarchage des mères, distribution des tracts, collage des affiches... la place de ces élèves externes dans votre organisation de campagne aurait été « tentaculaire ».
- Il n'y a aucune combine, rassura M'Bala. Comme plusieurs candidats, quelques amis extérieurs à Kadic ont pu me donner ponctuellement des coups de main notamment lorsqu'il fallait démarcher les parents mais tout s'est toujours fait à l'extérieur. Je ne suis pas au-dessus des lois...
- Donc... vous démentez ?
- Naturellement.
- Je vous remercie. Bonne chance pour demain.
- Merci à vous.
Le candidat le plus présidentiable se retira à son tour, laissant place à sa camarade de classe.
- Bonsoir Yumi Ishiyama.
- Bonsoir Tristan.
- Yumi vous êtes une élève brillante, une sœur aimante, toujours prête à défendre les causes qui vous semblent justes. En clair, une fille modèle. Par conséquent, même si les différentes estimations ne vous laissent aucune chance de vous qualifier pour le second tour du scrutin, vous bénéficiez d'une image plutôt bonne auprès des kadiciens. Je crois que les gens aimeraient bien connaître votre secret : qu'est-ce qui vous rend aussi... authentique ?
- C'est gentil à vous de me dire ça Tristan, répondit l'ex-Lyoko-guerrière visiblement un peu mal à l'aise. J'essaye simplement de faire de mon mieux. Mes parents m'ont élevé en me transmettant certaines valeurs que j'essaye d'appliquer au quotidien. Si, par mes actions, je peux contribuer à les diffuser auprès de ceux qui n'ont pas eu autant de chance que moi, je n'en serais que plus heureuse.
- Est-ce... d'une certaine façon, votre culture d'origine qui vous influence ?
- Peut-être bien.
- Je vous remercie. Bonne chance pour demain.
- Merci beaucoup, répondit la japonaise en joignant les mains et en s'inclinant légèrement.
C'est Anaïs Fiquet qui apparût dans le champ de vision des spectateurs par l'autre bord tandis que la lycéenne se retirait, retrouvant de fait son petit frère dans les coulisses. La grande blonde ne fit que déposer un téléphone portable sur le pupitre réservé aux candidats avant de repartir dans le sens inverse.
- Bonsoir X.A.N.A.
- Bonsoir, répondit la voix informatique désormais habituelle du candidat « virtuel ».
- Je vais être assez direct : au cours de la campagne, beaucoup de gens ont souligné votre manque d'humanité...
- On ne peut pas le leur reprocher, répondit poliment le téléphone portable. Mais je vais vous faire une confidence : si j'en avais la possibilité, j'adorerais me lancer dans l’élevage de chats.
- Oh, vraiment ? réagit Brossard qui n'avait pas vu venir une réponse pareille.
- Oui, c'est quelque chose qui m'a toujours fasciné. Vous le voyez, on peut être une intelligence artificielle programmée pour sauver Kadic et en même temps, avoir des projets d'avenir.
- Je vois ça... un grand merci pour cette confession intime. Bonne chance pour demain.
- Selon toutes probabilités, la chance n'a rien à voir la-dedans. Mais merci quand même.
Le téléphone fut récupéré par la même journaliste avant que la benjamine des candidats ne prenne place sur le plateau.
- Bonsoir Tamiya Diop
- Bonsoir.
- Vous êtes un peu la surprise de cette élection où on vous attendait, comme d'habitude, comme commentateur. Mais au-delà, vous vous distinguez surtout par des propos très... radicaux sur certains points. On vous reproche notamment de cibler les étrangers, particulièrement les africains, alors que vos parents sont originaires du Sénégal. Mais lorsque vous racontez vos dernières journées à vos parents, comment se positionnent-ils par rapport à votre programme politique ?
- Pour être honnête, je ne leur ai pas parlé depuis le lancement de la campagne. Je les appellerai au soir de ma victoire, répondit avec assurance l'ex-journaliste.
- Je comprends. Et sinon, vous allez bien ? On vous dit fatiguée sur la dernière ligne droite. Après tout, vous êtes la plus jeune et...
- Ça va, coupa Tamiya. C'est intense, mais je le fais pour Kadic. Je me reposerai pendant les vacances d'été.
- Bien sûr. Merci pour ces réponses. Bonne chance pour demain.
- C'est surtout pour Kadic que c'est la dernière chance... commenta Diop en quittant la scène d'un pas lent.
En coulisses, du côté de la sortie des candidats, Hiroki Ishiyama et Colin Maillard virent passer la petite cinquième sans vraiment la voir, concentrant leur attention sur la scène. Le premier fit ce commentaire :
- Hum, ce ne sont pas mes oignons mais...
- Quoi ? interrogea l'autre.
- L'auteur est en train de se faire des lignes bien facilement. Depuis tout à l'heure, il ne fait que répéter les mêmes dialogues.
- Shhh, ça reprend.
L'un des candidats les plus médiatiques de cette élection était en effet déjà sur scène.
- Odd, reprenait Tristan. Vous êtes en quelque sorte un vétéran dans cette campagne. Vous aviez participé à l'atelier d'hiver, mais avant ça, vous vous étiez déjà présenté comme délégué de classe en début d'année, un poste auquel vous êtes habitué puisque vous aviez été élu à ce poste en sixième, dans votre ancien collège...
- Oui, ces faits sont exacts, avoua l'excentrique qui n'avait pas fait acte de candidature en cinquième parce qu'il était sur le point d'arriver à Kadic, et qui avait fait l'impasse sur la quatrième en se réveillant trop tard le jour de l'élection.
- Les gens se demandent s'il s'agira de votre dernière campagne ?
- Eh bien... Je n'y ai pas vraiment réfléchi, avoua Della Robbia. Mais on peut supposer une animation similaire pour renouveler l'élève membre du CA dans 2 ans et donc...
- Vous songez déjà à retenter votre chance ?
- Pourquoi pas ? Bien sûr, cela induit de ralentir le rythme de mes ruptures, sinon plus aucune fille ne voudra voter pour moi, donc au niveau de mes chances...
- Je... je vois... merci pour votre honnêteté. Bonne chance pour demain.
- Merci.
La candidate suivante semblait nettement moins encline à la rigolade.
- Bonsoir Émilie Leduc.
- Bonsoir.
- Bon... j'avoue m'être longuement creusé la tête pour trouver une question personnelle à vous poser... je veux dire, une autre que celle-ci mais...
- Venez-en au fait, abrégea la troisième, l'air sévère.
- Comment faîtes-vous pour vous supporter... ? Je veux dire... Tout le monde vous trouve... enfin, et y compris au sein de votre propre camp... tentait de préciser un Brossard visiblement terrifié.
- Pardon !?
- Les journalistes ont mené des enquêtes pendant la campagne. Comme vous êtes... euh... persuadée d'être une candidate presque de droit divin sous prétexte que vous êtes la Présidente du plus gros club artistique, vous irritez tout le monde...
- Ce n'est pas du tout le ressenti que j'ai sur le terrain, répondit en défense la visée. Il y a une vraie attente de la part des gens.
- Ah, je... vous êtes donc confiante pour demain soir ?
- Naturellement.
- Entendu... Merci, je vous souhaite quand même bonne chance, mais... n'y voyez pas malice hein, conclut l'animateur d'un soir.
- Merci.
La candidate (dans le déni ?) s'éclipsa, laissant son pupitre à un collègue de la même classe.
- Bonsoir Romain Le Goff.
- Bonsoir.
- Vous allez vous aussi avoir le droit à une question relativement personnelle puisque à l'instar de votre ancien ami Odd Della Robbia, à qui l'on le reproche également souvent, vous êtes vu comme quelqu'un de très égocentrique...
- Je comprends, réagit l'autre en hochant la tête. Mais vous savez, en tant que Président du club des cinéphiles, j'estime avoir une lourde responsabilité...
- Que voulez-vous dire ?
- Avec la mondialisation, de plus en plus de films sont standardisés, les efforts ne sont plus faits au niveau de l'écriture du scénario ou de la mise en scène, de plus en plus de choses passent par la communication... si l'on veut continuer à bénéficier de films au niveau, il faut que les gens soient en capacité de pouvoir s'exprimer, et critiquer les sorties. Les producteurs feront alors attention et enfin, les choses changeront pour un monde – cinématographique – meilleur.
- Je... pense avoir compris mais quel est le rapport avec l'élection au conseil d'administration ?
- Il faut que ce soit un artiste qui incarne l'avenir de la filière qui l'emporte. Et cela permettra de sensibiliser d'autant plus les futures générations à notre mouvement.
- D'accord, je vous remercie. Bonne chance pour demain.
- Merci.
La dernière femme candidate pris alors sa place. Et ce n'était évidemment pas n'importe qui...
- Bonsoir Sissi Delmas.
- Bonsoir.
- D'abord, permettez-moi une question rapide : vous allez mieux depuis votre petite grippe de ses derniers jours ?
- Oui je vous remercie, je suis en pleine forme. Cela a été un peu difficile de faire campagne mais heureusement j'ai bien récupéré durant le week-end. Depuis lundi, je peux agir normalement.
- Tant mieux. Il faut avouer que cette séquence tombait au plus mal pour vous alors que la campagne semble déjà compliquée. D'où ma question... hum, est-ce que les difficultés que vous avez rencontré durant l'animation ne montrent pas la contradiction qu'il y a à être à la tête de la fédération sportive la plus populaire... tout en étant un peu « exceptionnelle » en tant que fille du proviseur ? Je précise ma question : n'êtes-vous pas au fond coupée des réalités ? Je vous rappelle que beaucoup considèrent que vous êtes de loin la plus fortunée des candidats, à seulement 15 ans...
- L'inquiétude est légitime, répondit calmement Élisabeth qui n'aurait certainement pas réagit de façon aussi posée si elle n'avait pas été devant une foule de spectateurs (et donc de votants potentiels). Honnêtement, on nous aura un peu tout fait... et notamment, je crois que beaucoup de gens n'étaient pas prêts à ce qu'une femme soit présidente en football, c'était une première vous comprenez.
- Oui bien sûr. Faut-il pour autant mettre tout sur le compte du sexisme ?
- Ce n'est pas mon propos, mais... fit la fille du proviseur avant de suspendre le son de sa voix, le fond de sa pensée étant aisément compréhensible par l'observation de son visage affichant un air entendu.
- D'accord, le message est passé, je vous remercie. Bonne chance pour demain.
- Merci...
Vint ensuite le tour d'une relation bien connue de la précédente.
- Bonsoir Hervé Pichon.
- Salut.
- Comme il est de coutume, vous passez après Jérémie Belpois... et forcément, les gens vous comparent. Mais dans cette campagne, les choses semblent... euh, se suivre et se ressembler comme en classe, vous êtes l'éternel second... Les rumeurs disent même que si vous aviez pris place au sein de l'univers fictif mis en place durant l'atelier d'hiver, vous seriez cantonné au rôle de remplaçant de Jérémie au pupitre du Supercalculateur... et comme un symbole, lire un livre sera toujours plus accessible qu'en écrire un.
- C'est vrai, sourit Hervé, comme amusé par la comparaison. Mais on peut aussi inverser la chose : lire un livre est facile. En écrire un n'est pas donné à tout le monde...
- Vous marquez un point.
- Entre-nous, je suis convaincu que ma situation pourra susciter un vent de sympathie en ma faveur.
- Mais... nous sommes en public...
- Je plaisantais bien sûr, répondit le binoclard décidément très à l'aise dans l'exercice, suscitant quelques rires dans l'assemblée.
- Très bien très bien, espérons que vous garderez ce moral jusqu'à demain soir.
- Faîtes en sorte que les choses changent vraiment. Notamment, il serait appréciable que l'élection nous permette de reprendre l'argent volé par les grands bourgeois comme celle qui était là avant moi pour le redistribuer à ceux qui en ont vraiment besoin.
- D'accord mais en quoi l'élection de demain va-t-elle pouvoir y changer quoique ce soit ?
- Je n'en ai aucune idée, vous comprenez pourquoi j'essaye de profiter à fond de cette soirée car dans 24 heures, je risque vraiment de tirer la gueule.
- Décidément, vous êtes intenable, conclut Tristan alors que la salle était elle-même pliée. Bon, en tout cas, bonne chance pour demain et votre moral.
- Merci bien !
Hervé quitta la scène à son tour. Il n'en restait qu'un...
- Et bonsoir William Dunbar.
- Bonsoir.
- Vous êtes le dernier, comme l'a voulu le tirage au sort.
- Ouais. Le meilleur pour la fin.
- Alors, votre question... depuis votre comportement étrange du début du second trimestre de cette année et votre « retour à la normale », on dit que vous êtes suivi par un psy, notamment pour vous apprendre à gérer votre co...
- Ah non mais ça suffit les questions merdiques ! coupa immédiatement le lycéen. Le traitement de cette campagne n'est pas équitable, depuis le début ! Personne ne croit en moi ! Mais vous verrez, les vrais kadiciens s'exprimeront demain !
- Mais je n'ai pas... tenta de placer Tristan.
- Et puis toi, t'es qui d'ailleurs ? D'où tu sors ? Encore un pantin à la solde des médias qui pense avoir son quart d'heure de gloire... Mais t'es qu'une merde Tristan ! Franchement, suicide-toi mec, voilà ce que les gens me disent sur toi quand ils se font suffisamment chier pour que tu deviennes un sujet de conversation ! En attendant que tu prennes enfin la première décision utile de ta vie, je me casse d'ici.
Il joignit le geste à la parole passant à son tour devant Colin Maillard et Hiroki Ishiyama. Ce dernier s'avança pour jeter un coup d'oeil au public, qui semblait électrisé par ce dernier échange. Ce qui lui inspira cette conclusion bien sentie en revenant auprès de son collègue journaliste :
- Putain, les émissions politiques où on ne parle pas de politique, ça cartonne !


Mercredi 19 juin

- « Franchement, suicide-toi mec ».
Jean-Pierre Delmas avait la mine grise et l'air sévère des mauvais jours... encore. Fallait-il vraiment préciser que celui qui lui faisait face dans son bureau de bon matin n'était personne d'autre que Gilles Fumet ?
- Il faut remettre les choses dans leur contexte, tempéra le professeur. L'animateur a bien précisé que William Dunbar était suivi par le psychologue scolaire et...
- Tu commences à me courir Gilles. Tu es déjà passé par ce bureau la dernière fois et tu m'avais assuré que ce genre de dérapage n'arriverait plus.
- J'ai pensé qu'en stimulant la concurrence entre médias, les choses s'amélioreraient mais... ça a rapidement tourné à la surenchère alors j'ai rectifié le tir en les poussant à s'allier. Mais je ne peux pas contrôler tout ce qui se passe en direct ! Sinon, ce n'est plus une démocratie, c'est la dictature !
Le proviseur soupira bruyamment, de façon totalement volontaire. D'habitude, il ne s'autorisait pas ce type de comportement, jugé impoli en bonne société, mais...
- Je pense qu'on va s'arrêter là Gilles. Je t'ai laissé une chance mais...
- Pardon ? Tu veux cette fois surprendre le vote... le jour même de l'élection !? Mais c'est pire que tout ! Tu vas ridiculiser l'administration devant les élèves comme les parents, ça va faire jaser bien au-delà de l'académie ! Et qui sera le symbole de cette « annulation » des élections rappelant les méthodes d'un dictateur sud-américain à ton avis ?
Les propos chocs avaient le mérite d'atteindre la froide rationalité administrative du chef d'établissement, qui n'avait jamais eu l'intention de moisir éternellement en région parisienne, quand bien même le campus de Kadic était considéré comme assez exceptionnel. Il aurait sûrement encore la possibilité de bouger une fois avant la retraite. Il ne fallait pas se louper.
- L'élection est maintenue, concéda-t-il donc. Et nous aurons une très sérieuse discussion à la fin de l'année scolaire, tu peux me croire, fit-il en guise de conclusion de l'échange.
- Très bien, nota son interlocuteur avant de quitter les lieux, ayant bien mieux à faire en ce jour d'élection.

https://i.imgur.com/644L66L.png


Comme prévu, alors que la sonnerie de la mi-journée approchait, les professeurs Yves Le Saint et Jean-Baptiste Goliath étaient en train de caler les derniers préparatifs dans la salle des fêtes afin de permettre aux élèves de voter tout au long de l'après-midi. Une petite queue d'étudiants n'ayant pas eu cours à 11 heures commençait déjà à se former devant l'entrée du bâtiment. Elle augmenta fortement sitôt la cloche activée. Deux élèves de troisième, en passant devant pour se rendre au self, constatèrent cette cohue :
- Pff, ce qu'ils peuvent être bêtes, ces moutons manipulés par les médias, lâcha Paul Gaillard, qui malgré tout n'avait pas pu s'empêcher un ultime baroud d'honneur médiatique de son ancienne vie en appelant à voter Odd Della Robbia.
- Ouais, c'est clair, appuya comme d'habitude Julien Xao. Tout ça pour élire un élève corrompu.
- Ils feraient mieux de se prendre en main et d'agir pour changer les choses eux-mêmes plutôt que d'attendre que ça vienne d'un sauveur qui n'existe pas.
- Mais ouais, c'est trop ça en fait !
Gaillard & Xao, les ados mesquins et chauds (politiquement), venaient encore de se distinguer... anonymement, puisque personne ne les écoutait. Mais, comme d'autres, leur attitude n'était peut-être que la conséquence de quelque chose de plus systémique : la politique n'était plus seulement du théâtre, elle était progressivement devenue quelque chose s'apparentant à du show business.


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Icer MessagePosté le: Sam 23 Avr 2022 22:49   Sujet du message: Répondre en citant  
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Mercredi 19 juin

Le dépouillement ne fut achevé que vers 20 heures en ce jour d'élection. En attendant, les externes le souhaitant avaient été exceptionnellement autorisés à rester dans l'enceinte de Kadic plus tard que prévu, notamment dans la cour et le foyer, le nouveau cœur battant de la démocratie scolaire. Puis, les résultats furent annoncés.
De façon paradoxale, ceux-ci pouvaient se lire comme si les jeunes kadiciens avaient tiré les leçons du séisme électoral que leurs aînés avaient provoqué quelques semaines plus tôt, lors du fameux 21 avril 2002, qui avait vu la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle (et prendre une branlée mémorable ensuite contre un type qui n'était pourtant pas à une compromission près) : étant donné le mode de scrutin, à deux tours, et plutôt que de se disperser dans la pléthore de candidatures de témoignage présentes, notamment du côté artistique, les nombreux votants – le taux de participation à l'échelle de l'école était tout de même de près de 75 %, un score d'autant plus important que l'animation concernait de fait peu les premières et les terminales – avaient visiblement fait le choix d'un vote utile, efficace, et s'étaient donc concentrés sur les trois candidats qui semblaient le plus à même de l'emporter au vu des bruits de couloir de la fin de campagne, ne laissant que les miettes aux autres.

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Christophe M'Bala : 27, 85 %


Le travail de façonnage de stature présidentielle du candidat ayant déjà remporté l'atelier d'hiver cinq mois auparavant avait visiblement payé : celui-ci était arrivé en tête au premier tour, alors qu'il avait objectivement été celui faisant le moins campagne. Il faisait même mieux qu'au premier tour de l'atelier d'hiver, avec un corps électoral pourtant plus large.
- Merci, merci à vous tous pour votre confiance ! avait lancé à l'issue de sa qualification le lycéen, devant ses bruyants soutiens réunis devant le bâtiment des sciences – Matthias Burrel chauffant la « salle » en sous-main. Comme vous, j'ai noté qu’Émilie, Romain, Sissi et Nicolas m'avaient dès ce soir apporté leur soutien pour le second tour. Je les en remercie. Et ils ont raison : il est temps de se rassembler. Dans un grand mouvement d'action pour notre école. Plus rien ne doit être comme avant ! Je suis prêt à inventer quelque chose de nouveau...
La nébulosité des propos du candidat n'entamait en tout cas en rien les cris de joie de ses supporters.

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X.A.N.A : 23,15 %


Par sa qualification au second tour, X.A.N.A assurait la rediffusion d'un spectacle mis en scène lors de l'atelier d'hiver, puisque le casting serait donc le même : il y retrouverait son ennemi juré Christophe M'Bala, qui l'avait emporté facilement la dernière fois. Ne restait pour le pseudo programme multi-agent qu'à modifier la fin du film, en prenant cette fois-ci sa revanche.
- Je mesure avec humilité toute la responsabilité du vote de ce soir. Tout ceux qui n'ont pas voté pour Christophe M'Bala ont vocation à nous rejoindre. C'est un choix de civilisation qui s'annonce, crachèrent les hauts parleurs installés au sous-sol de la chaufferie où étaient réunis les pro-X.A.N.A. Il est temps que les humains acceptent d'être gouvernés par une intelligence artificielle rationnelle, qui ne connaît pas le doute, la faille, l'imperfection...

https://i.imgur.com/644L66L.png


Odd Della Robbia : 21,95 %


L'ambiance n'était en revanche pas la même du côté du self, où l'excentrique venait prononcer son discours... de défaite, de fait. Il y avait crû jusqu'au bout mais, comme la dernière fois, l'ex-Lyoko-guerrier échouait à se qualifier pour le second tour de peu. Il avait même réduit l'écart avec X.A.N.A. Il pouvait avoir des regrets : en effet, les quelques voix manquantes, il aurait potentiellement pu les avoir s'il avait davantage respecté les filles avec qui il était sorti, car il y avait peu de chances que la moindre de ses ex aient voté pour lui. Il tâcha cependant de faire bonne figure en public :
- Je pense à la violence de notre déception, mais le combat continue. Nous avons posé les bases de quelque chose de plus grand que nous. Maintenant, faîtes mieux. Merci, avait-il conclut avant de s’éclipser rapidement.

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Tamiya Diop : 7,07 %
Elisabeth Delmas : 4,78 %
Romain Le Goff : 4,63 %
Yumi Ishiyama : 3,13 %
Nicolas Poliakoff : 2,28 %
William Dunbar : 2,06 %
Emilie Leduc : 1,75 %
Hervé Pichon : 0,77 %
Jérémie Belpois : 0,56 %


Les autres candidats donc, comme évoqué, se partageaient les miettes, près de 15 points séparant le troisième du quatrième. La rouste était particulièrement sévère pour Élisabeth Delmas et Émilie Leduc, les pourtant Présidentes des deux plus grosses fédérations sportives et artistiques respectivement, et qui à l'origine se voyaient déjà au conseil d'administration : l'hégémonie de leurs clubs était visiblement terminée. Ou bien fallait-il seulement y voir le fait que les Français, dès le plus jeune âge, n'étaient pas prêts à être dirigés par une femme ?
Tamiya Diop, la nouvelle venue, avait complètement manqué son pari et avait logiquement appelé à soutenir X.A.N.A pour le second tour, restant dans son sillon anti-système. De même que William Dunbar, de façon plus anecdotique vu son score – mais pas moins ironique vu son passif.
Quant à Romain Le Goff et Nicolas Poliakoff, ils étaient désormais, au mieux, accusés d'avoir empêché Odd d'être au second tour, là où Yumi Ishiyama avait simplement fait son petit trou comme prévu et retournait mener une vie normale comme elle avait toujours souhaité le faire. On pouvait malgré tout préciser qu'Hervé Pichon devait savourer son score supérieur à celui de Jérémie Belpois : pour la seconde fois après l'atelier d'hiver, entre les deux têtes pensantes de troisième, ce n'était pas lui qui occupait la deuxième place. Fallait-il y voir la validation du texte écrit* il y avait quelques temps par un membre de son club d'écriture, Gladys Fontaine, mettant en scène une partie d'échecs entre les deux durant laquelle à l'issue de moult rebondissements – peut-être trop d'ailleurs, il devrait lui dire – Pichon sortait vainqueur ?

*Lien sponsorisé

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Jeudi 20 juin

À l'heure du déjeuner, au lendemain des résultats du premier tour, les élèves avaient à peine fini de digérer, en quelque sorte, les informations de la veille. Mais au moins l'un d'entre-eux en faisait déjà une indigestion, et comptait bien en informer ses amis. De fait, avec l'élimination de Odd, Jérémie et Yumi, la bande des ex-Lyoko-guerriers, historiques en tout cas car William retiré, pouvait enfin se retrouver ensemble pour manger normalement. Comme à la bonne époque !
- Bravo Odd pour ton score, félicita Aelita en se joignant aux trois garçons, n'ayant pas encore réussi à l'approcher jusque-là.
- Merci beaucoup Aelita, même si c'est quand même dommage... Et bravo à toi Yumi d'ailleurs, ajouta la nouvelle star du camp artistique en voyant arriver la japonaise à son tour, plateau en main. Pour quelqu'un sans véritable équipe, tu as fait un score tout à fait honorable.
- C'est gentil Odd. De toute façon, je n'avais pas davantage d'ambitions, répondit honnêtement la japonaise en s'asseyant à son tour. Mais justement, à ce sujet... je voulais vous parler.
- De quoi s'agit-il Yumi ? fit Jérémie, inquiet à l'idée que sa camarade ait finalement mal vécu son faible score, contrairement à lui.
- Vous avez entendu le discours de X.A.N.A ?
Ses camarades – y compris Ulrich qui surjouait le détachement pour éviter les embrouilles avec elle depuis que c'était tendu – affichèrent une mine intriguée. Revivre le bon vieux temps au point de remettre X.A.N.A au centre des échanges ? C'était quand même un peu...
- Euh... oui, avoua Della Robbia.
- Les conneries habituelles, ajouta Jérémie.
- Vous avez raison mais... quelque chose me chiffonne.
- Quoi ? insista Stones.
- J'ai trouvé que le discours de victoire... ressemblait beaucoup à des propos qu'aurait pu tenir le vrai X.A.N.A...
- Hum, je... mais... quoi ? bafouilla Aelita.
- Des humains gouvernés par une intelligence artificielle, rappela Yumi. Quelque chose m'inquiète depuis le début dans cette histoire. Que Fumet ait ressorti le concept qui venait de notre jeu de la dernière fois, admettons, on sait qu'il est parfois un peu borderline comme professeur mais... ce qui me stresse vraiment, c'est plutôt qu'on a jamais réussi à savoir qui est derrière X.A.N.A.
- J'admets que ce point est juste, consenti Jérémie. Avec tout ce qui s'est passé depuis le début de la campagne, et quand on voit les informations qui peuvent finir au journal télévisé, c'est étrange que l'identité de la personne n'ait pas encore fuitée.
- Et donc tu penses qu'il n'y a en réalité... personne ? conclut Aelita.
- Voilà. Imaginez un peu : le programme multi-agent de Jérémie a fait beaucoup de mal à X.A.N.A, mais ne l'a pas tué. Il passe quelques mois à se reconstruire... avant de faire un retour discret en profitant de l'opportunité offerte par l'animation.
- Le supercalculateur est éteint... commenta Ulrich, dans une phrase pleine de sous-entendu.
- Je n'ai pas dit que ma théorie était parfaite, répondit immédiatement avec un agacement certain la japonaise.
- Je ne sais pas si ça peut aider mais... hier pendant le premier tour, la fréquence qu'utilise habituellement la radio étudiante de Paris X a été piratée, informa Odd. Des messages étranges et anti-système auraient été entendus, sans que l'opération ne soit revendiquée.
- Cela fait très lui... non ? insista Ishiyama.
- C'est vrai que maintenant que tu le dis, la distribution des portables n'est pas sans rappeler une façon de faire de notre vieil ennemi, cela pourrait être une bombe à retardement, souligna Stern, en tentant de faire oublier la tension de l'échange précédent avec la japonaise.
- Et puis c'est pas pour en rajouter mais... William a appelé à voter X.A.N.A et...
- Ok ok, réagit Belpois en levant les deux mains en signe d'apaisement. On va enquêter. Je ne pense pas que notre meilleur ennemi soit revenu... mais jouons la prudence. Comme tu l'as souligné, ça ne fait que quelques mois. Il nous appartient désormais d'assurer le service après-vente...
- Je vais appeler à ne pas donner une seule voix à X.A.N.A, par sécurité, annonça Della Robbia.
- Voilà très bien fais donc ça, approuva l'autre blondinet. De toute façon c'est un peu l...
- ODD, UN AUTOGRAPHE STP.
La discussion aux allures de conseil de guerre fut interrompue par un random petit sixième ayant visiblement voté pour le nommé et souhaitant s'en souvenir. Tandis que l'homme politique accomplissait ses obligations – heureusement que les téléphones portables n'étaient pas équipés d'appareil photo où les supporters ne feraient que en demander avec leurs élus – les autres (ex ?)Lyoko-guerriers se regardèrent d'un air entendu : ils allaient tous être extrêmement vigilants durant l'entre-deux tours.


Vendredi 21 juin

Christophe M'Bala avait en tout cas bien compris une chose : la victoire finale passait par la drague lourde des électeurs d'Odd Della Robbia, arrivé troisième et ayant manqué la qualification de peu. C'est sans doute pour cette raison qu'il avait en 24 heures organisé un énorme meeting au milieu de la piste d’athlétisme durant l'heure du déjeuner, où il avait, devant un public nombreux, tout particulièrement insisté sur la nécessité de mettre l'accent sur la culture et, sous-entendu, que sa priorité serait de se préoccuper du camp artistique plus que du camp sportif, lui qui avait jusqu'ici tout fait pour rester à équidistance de chaque. Voire, on l'accusait surtout de s'être investi au foot plus qu'au théâtre depuis sa victoire à l'atelier d'hiver. Mais l'ivoirien savait visiblement rebondir.
Au milieu de ses supporters en liesse se tenait quelqu'un de moins enjoué : Ulrich Stern, dont la réputation n'avait en effet pas été construite sur sa jovialité. Même si le risque était de fait plus faible ici, l'adolescent surveillait, et s'assurait qu'aucun signe suspect ne se faisait jour. Il fallait entendre par suspect ce qui était en lien avec X.A.N.A uniquement, bien que l'honnêteté intellectuelle pouvait logiquement amener à dire que certaines promesses lancées par Christophe durant la séquence pouvait tout à fait revêtir ce qualificatif.

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Raphaël Riccio savourait le début du week-end avec une sérénité non-feinte. Malgré son jeune âge – il n'était qu'en sixième – il avait été celui qui était devenu l'homme de confiance de X.A.N.A pendant la campagne électorale à la suite de la trahison de Jeanne Le Bihan, prétendument fidèle parmi les fidèles, mais rapidement partie chez Tamiya Diop. Mais contrairement à elle – ou à son frère aîné Gabriel – Raphaël était auprès d'un des candidats qui s'était qualifié pour le second tour. Il allait rapidement gagner en popularité. C'était d'ailleurs déjà le cas : ce fils d'immigrés italiens commençait déjà à se faire un nom alors que personne n'avait jamais vraiment fait attention à lui durant sa première année passée à Kadic. Il fallait dire que son principal fait d'armes jusque là était de rappeler à qui voulait l'entendre qu'il avait grandi en banlieue, ce qui, vu la localisation géographique de l'établissement, n'avait rien d'exceptionnel.
Mais tout ça appartenait au passé : alors qu'il s'apprêtait à gravir les escaliers pour remonter en direction des dortoirs, il entendit soudain une voix juvénile, a priori féminine, mentionner son nom, venant de derrière lui. C'était la routine désormais – encore une arriviste souhaitant se faire une place au Soleil certainement – il n'y prêta donc aucune attention... avant de se faire attraper par derrière et par le col de sa chemise et d'être projeté manu militari dans les escaliers menant à la chaufferie.
Se rétablissant en bas, il eut le temps de voir un individu refermer la porte et s'avancer vers lui. La lumière de la pièce révéla un étudiant un peu plus grand que lui, à l'identité que l'assaillant souhaitant sûrement garder secrète puisqu'il portait une cagoule avec deux trous pour les yeux.
- Je sais que c'est toi Odd, soupira Raphaël qui était du genre à garder son calme en toutes circonstances. Tu as essayé de dompter ta masse de cheveux mais ça ne fonctionne pas vraiment.
Il avait raison : les irrégularités sur la partie supérieure de la cagoule couplées aux cheveux blonds qui dépassaient du vêtement laissaient peu de doute sur l'identité de l'individu s'en prenant au petit sixième. Accessoirement, la taille et la voix fluette précédemment entendue venaient facilement confirmer les soupçons de Riccio.
- Ce n'est pas grave, répondit l'autre en ôtant le vêtement qui avait échoué à garantir son anonymat – c'était effectivement Odd – nous sommes seuls ici, ce sera ta parole contre la mienne et vu ma popularité du moment...
- Tu as raison, admit l'autre. De toute façon, je ne peux pas m'en prendre publiquement à toi, nous devons ménager ton électorat pour maximiser les reports de voix... mais tout de même : qu'est-ce que tu me veux ?
Les traits de l'ex-Lyoko-guerriers se firent soudain plus durs.
- Je veux savoir qui se cache derrière X.A.N.A.
- Tout le monde veut savoir, sourit l'autre.
- Je crois qu'on s'est mal compris, surenchérit Odd, tandis qu'Ulrich, qui était planqué derrière une des chaudières, se révéla à visage découvert en faisant craquer ses jointures d'un air menaçant.
-Pff. Inutile de me menacer les gars. J'ai grandi en banlieue. La violence de rue, je connais, répondit le plus jeune sans se laisser démonter.
Les deux camarades de chambre se regardèrent, un peu décontenancés. Mais d'où il sortait ce mec ?

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Toc toc toc.
- Entrez, fit William Dunbar en entendant toquer à la porte de sa chambre en se dépêchant de cacher sous son oreiller le livre Comment transformer sa colère en énergie positive ? qui lui avait été chaudement conseillé par son médecin traitant.
Il fit assez surpris de voir entrer Jérémie et Aelita, à qui il n'avait en gros plus vraiment adressé la parole depuis son retour sur Terre et notamment l'atelier d'hiver, auquel il avait participé mais qu'il avait finalement plutôt mal vécu. Lorsqu'il avait soutenu X.A.N.A pour le second tour, c'était pour se prendre au jeu et montrer qu'il avait réussi à laisser le passé derrière lui, mais ça n'avait pas été reçu de cette façon. C'était désormais par simple provocation qu'il soutenait de nouveau un candidat nommé comme celui qui l'avait capturé plusieurs semaines.
- Salut, fit-il sobrement aux deux invités du jour.
- Bonjour William, commença la fille aux cheveux roses. Comment ça va ?
- Euh... tranquille et vous ?
- Oui, tout va bien, confirma Jérémie. Mais on voulait te parler de la campagne.
Les deux intellectuels restaient debout. Dunbar lui, restait affalé sur son lit. Métaphoriquement, on pouvait y voir une séquence où les deux parents responsables s'apprêtaient à sermonner l'enfant rebelle. Non, c'était trop simple.
- J'écoute.
- Ahem... J'avoue qu'on se demandait pourquoi tu avais soutenu X.A.N.A, compte-tenu de ton passif.
Le blond n'y allait pas par quatre chemins, on pouvait au moins le lui reconnaître. William se sentit légitime à lui répondre tout aussi franchement :
- C'est politique. Il n'a pas fondamentalement tort sur les problèmes qu'il pointe du doigt à Kadic.
- Mais attends, tu sais qui c'est réellement ? interrogea Aelita.
- Non, et je m'en moque, reconnut immédiatement l'ancien X.A.N.Aguerrier. Il est anti-système. Moi aussi.
Belpois se retint de soupirer. La propension qu'avaient de plus en plus de candidats – ou d'ex-candidats dans le cas d'espèce – à évoquer le fameux « système » pour le dénigrer sans pouvoir réellement le qualifier avait quelque chose de lassant. Ce n'était pas le plus important pour l'instant, il allait tenter quelque chose.
- Tu sais William, je reconnais qu'on a pas géré comme on l'aurait dû ton retour sur Terre, lâcha ainsi et soudain Jérémie. Mais pour autant, le passé est le passé, le futur reste à écrire. Il peut l'être différemment.
Le brun ténébreux renifla bruyamment.
- C'est gentil, mais mon existence ne tourne pas autour de ce sujet. Si on y réfléchit bien, le temps passé dans le réseau est, à l'échelle de ma vie, très court. J'existais par moi-même avant, j'existerai pas moi-même après. Je ne suis pas juste « l'ex » de X.A.N.A.
- On ne te voit pas ainsi, rassura Stones.
- Hypocrites.
Il avait répondu du tac-au-tac, preuve qu'il avait vu clair dans le jeu des deux intellectuels, qui étaient venus le voir en pensant gratter l'info sur X.A.N.A sous prétexte de la « relation spéciale » que Dunbar avait eu avec le virus. Et ce, alors même qu'on ne parlait pas du même X.A.N.A. Cela frisait le ridicule, toute cette histoire n'avait aucun sens.
Toujours était-il que, Jérémie et Aelita, sentant l'impasse, jugèrent bon de se retirer avant d'énerver quelqu'un de plus physiquement intimidant qu'eux – ce qui n'était pas si compliqué à trouver à Kadic. Ils se replièrent sur la chambre d'Ulrich et Odd, qui étaient déjà remontés.
- Alors ? interrogea immédiatement le brun.
- Un désastre, avoua le Lyoko-guerrier originel.
- Nous aussi, soupira Odd.


Lundi 24 juin

Un nouveau conseil de guerre avait lieu à l'aube, au sein de la cabane du jardinier Michel Rouiller. Les quatre journalistes officiels de la campagne électorale étaient là. Dans moins de 30 heures, ils allaient pouvoir se gaver avec une exposition médiatique maximale du fait du débat de l'entre-deux tours. Mais pour pouvoir vivre un tel beau temps, encore fallait-il dissiper quelques nuages noirs...
- Putain... rageait Colin Maillard. Un week-end complet de négociations... et rien n'a abouti...
Le jeune homme au chapeau faisait allusion à un point de blocage non-négligeable entre les équipes des candidats qualifiés et les journalistes : ni Christophe M'Bala, ni X.A.N.A ne voulaient de Milly Solovieff comme représentante des Échos de Kadic. Une surprenante convergence d'intérêts qui n'avaient pas la même origine : les équipes du « programme » considéraient la cinquième comme trop partiale, en défaveur des sportifs extrêmes, vu sa haine envers Tamiya Diop. De l'autre côté, Christophe M'Bala voyait la ligne éditoriale de Solovieff comme trop décliniste... mais les journalistes, bien conscients que celle-ci était la plus expérimentée, considéraient jusque là comme acquis que Milly serait l'un des deux présentateurs du débat...
- On a pas la choix, concéda la rouquine. Si on obtempère pas, il n'y aura pas d'émission. Donc, pour des raisons de représentativité, c'est Hiroki et Anaïs qui s'y colleront.
Les calculs étaient bons. Faute de Solovieff et vu le maigre réservoir de journalistes à disposition, cela ne pouvait que finir ainsi, d'autant qu'il fallait bien un représentant de chaque journal. Si Ishiyama montrait plutôt des débuts prometteurs malgré son inexpérience, le ressenti n'était pas tout à fait le même pour la pin-up. Tous les regards étaient d'ailleurs tournés vers elle, et, malgré les soupçons sur la limite de ses capacités intellectuelles, la seconde avait saisi ce qu'ils signifiaient.
- Non mais ça va aller, ne vous inquiétez pas, tenta-elle de rassurer... sans vraiment y parvenir.

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Témoignage de leur nouvelle alliance, Les Échos de Kadic et L’Écho Kadicien diffusaient désormais un seul et même enregistrement journalier via la VHS d'informations, sur le temps de midi. Lot de consolation aussi pour Colin Maillard et Milly Solovieff, qui assuraient le show en contrepartie de leur absence à venir à l’événement phare du débat d'entre-deux tours.
- Bonjour Colin.
- Bonjour à toi Milly.
- Le débat entre Christophe M'Bala et X.A.N.A est désormais dans 48 heures, et tout le monde se demande toujours qui se cache derrière l'avatar du virus informatique. Il est en tout cas évident que le débat ne pourra pas se tenir entre un humain et un téléphone portable.
- En effet Milly, les bruits de couloir vont bon train mais pour l'instant, aucune rumeur ne semble plus crédible que l'autre. Et surtout pas celle qui veut que ce soit Jean-Pierre Delmas en personne qui souhaite remporter l'animation pour mieux la torpiller...
- En attendant, nous accueillons notre consultant Ernest Tié pour un point sur la guerre des territoires du parc de Sceaux.

Le dézoom habituel dans la bibliothèque – lieu « neutre » qui avait été choisi pour tourner les derniers JT et une façon pour Milly de provoquer Tamiya qui y avait enregistré son clip de candidature – dévoila le désormais expert en relations inter-scolaires des Hauts-de-Seine, et sa chemise blanche immaculée, symbole de son nouveau look... et de sa nouvelle position sociale.
- Bonjour Ernest Tié, fit le garçon journaliste.
- Bonjour.
- Entrons dans le vif du sujet... il se dit que les troupes de Mathison ont tendance à se replier ?
- De prime abord, c'est ce que l'on constate
, confirma le lycéen. Les gangsters ne s'aventurent plus dans la zone la plus à l'Ouest du territoire traditionnel de Didelot mais il semble que ce soit pour mieux concentrer leurs forces sur le pan territorial à proximité immédiate de leur camp.
- Pour quelle stratégie ?
questionna Milly pour approfondir.
- Hmm... ce n'est qu'une analyse personnelle mais il semble que Vova ait revu ses ambitions à la baisse. Il ne doit finalement pas avoir les moyens de prendre le contrôle de tout le territoire de Didelot, alors il va se contenter de profiter de la confusion pour augmenter un peu le sien. Il a besoin d'une victoire, au moins symboliquement, s'il ne veut pas être remis en cause comme meneur du côté des bandes de Mathison, vous savez comment ça fonctionne là-bas...
Cela fit réagit l'autre garçon :
- Comment Kadic doit appréhender ce nouvel ordre inter-collégial ? Les partisans de X.A.N.A accusent globalement Christophe M'Bala d'avoir beaucoup communiqué depuis le début du conflit, mais de n'avoir finalement rien fait pour Didelot.
- Sans vouloir m’immiscer dans le débat politique – je suis au-dessus de ça désormais – ce n'est pas une critique dénuée de tout fondement, du moins en prenant les faits objectivement. Le territoire de Kadic a été préservé grâce à l'organisation qu'il a conduit, on ne peut pas l'exclure, par contre, aucune réelle initiative autre que symboliques – déclarations de soutien, etc – n'est venue concrètement aider Didelot durant la lutte. Ce sont finalement les petits collégiens eux-mêmes qui ont mieux résisté que prévu et qui ont poussé à un retrait – relatif – des troupes de Mathison.
- Dans une précédente émission, vous disiez que l'attaque visait à laver l'honneur de Mathison à la suite de la diminution de son territoire il y a longtemps, et qu'ils allaient être d'autant plus expéditifs dans leur démarche. Aujourd'hui, la réalité ne semble plus la même. Comment voyez-vous la suite ?
- Il faut être très prudent. La « blitzkrieg » de Vova a effectivement échoué – n'a pas la « deutsche qualität » qui veut – ce qui laisse augurer des menaces qui pourraient également se poursuivre l'année prochaine, malgré les grandes vacances, si Mathison joue le pourrissement et que Kadic ne prend pas de décisions ferme pour intervenir.
- Voilà qui a le mérite d'envoyer un message clair à Christophe M'Bala... pardon, au futur étudiant membre du conseil d'administration
, conclut Colin Maillard. Merci pour votre analyse.


Mardi 25 juin

On y était. Le grand moment tant attendu – enfin, surtout par les journalistes. Le débat d'entre-deux tours allait se dérouler au sein du foyer des élèves, qui avait été temporairement épuré – par les larbins Goliath et Le Saint bien entendu – de tous les meubles inutiles pour maximiser l'espace pour les spectateurs. Au centre de la pièce, seule trônait désormais la table de ping-pong, qui serait la table au centre des débats, durant lesquels les deux finalistes allaient se renvoyer symboliquement la balle... des arguments.
Au sein du public déjà nombreux et installé assis en cercle sur les chaises réquisitionnées de la salle des fêtes, les Lyoko-guerriers étaient particulièrement tendus, mis à part peut-être Odd, qui mangeait une banane. Faute d'avoir pu démasquer en amont X.A.N.A, ils étaient persuadés que ce moment allait être propice à une action louche, puisque le Président du club de basket-ball avait selon la rumeur accepté le principe de ne pas faire. Ils voyaient donc bien un coup fourré arriver, genre une personne xanatifiée se présenter, et semer le chaos. Jérémie avait d'ailleurs sur les genoux son cartable contenant son ordinateur portable, et ce, alors que le supercalculateur était toujours bien éteint, il avait vérifié quatre fois aujourd'hui. Mais bon, au cas où.
Hiroki Ishiyama, tiré à quatre épingles, était déjà sur son propre emplacement, et semblait concentré, relisant de nombreuses fiches. Christophe M'Bala était arrivé le premier, ne parlait pas, mais ne révisait pas non plus. Tout juste échangeait-il ponctuellement quelques mots avec Matthias Burrel qui venait le voir de temps à autre. Le plateau 100 % masculin fut rééquilibré par l'arrivée d'Anaïs Fiquet, en tenue de soirée mais plutôt de mi-saison, pour éviter les critiques habituelles à son endroit sur sa légèreté vestimentaire. Ne manquait plus que X.A.N.A.
Et « X.A.N.A » vint, en compagnie de Raphaël Riccio. Il y eut des exclamations dans le public en le découvrant.
Une femme. Blonde. Heïdi Klinger.
Pas vraiment l'image que la populace se faisait jusque là de la personne derrière le programme multi-agent. Quant aux Lyoko-guerriers, ils étaient d'autant plus estomaqués de découvrir que celui – ou plutôt celle en l’occurrence – qui jouait le rôle depuis tout ce temps était dans la même classe que 80 % de la bande. Restait à savoir si elle était elle-même, ou...
- Bien, euh... bonjour à tous, commença Hiroki et merci d'être présents sur votre temps de pause de midi.
- Nous sommes ravis d'accueillir les deux finalistes de cette élection, Christophe M'Bala et... hum, X.A.N.A, compléta sa collègue. Bienvenue à vous deux.
- Bonjour, fit également Christophe.
- Bonjour, imita Heïdi avec un demi-sourire et d'une voix normale.
- Notre temps est limité, ainsi, nous allons immédiatement entrer dans le vif du sujet. Nous allons bien évidemment aborder en premier lieu la situation au parc de Sceaux. Christophe M'Bala, vous vous êtes particulièrement investi sur ce sujet, mais faut-il aller plus loin ?
- Nous vivons des moments qui sont d'une extrême gravité. Le rôle de Kadic est de soutenir les résistants de Diderot, notamment en les aidant militairement. Nous avons également fait en sorte de pouvoir accueillir des réfugiés du collège sur le territoire de Kadic pour leur permettre de continuer à profiter du parc en cette période estivale. Il faut aussi éviter une escalade, c'est pour cette raison que j'ai tenté de maintenir le dialogue avec Vova de façon constante depuis le début de cette crise. Cela n'empêche pas de continuer à agir pour faire comprendre à Mathison que la voie qu'il emprunte est funeste.
- Madame Klinger, même question pour vous ? réagit Anaïs Fiquet.
- Tout d'abord, permettez-moi d'évoquer ma solidarité et ma compassion absolue envers le peuple de Diderot, je ne pouvais le faire auparavant en jouant le rôle d'un programme informatique. Donc, l'aide humanitaire à ces collégiens, oui bien sûr. Mais les équiper en sous-main de barres de fer, faisant passer notre école pour un cobelligérant, je suis en total désaccord. Les conséquences pourraient être terribles pour les kadiciens si Vova le voyait comme une agression et s'en prenait notamment aux points de deal de certains produits très appréciés de nos étudiants en cette période de l'année. Cela revient à se faire hara-kiri...
- Je vous trouve ambiguë sur ce sujet, commenta sobrement Christophe de l'autre côté de la table de ping-pong, bras croisés.
- Pardon ?
- Alors tout d'abord je tiens à rappeler que vous avez été la première, par votre avatar, à ne pas vous indigner face à l'invasion du territoire de Didelot au motif qu'il s'agissait d'un acte anti-système qui pouvait enfin montrer que les « humains » comme vous disiez, étaient capables de renverser l'ordre établi, assena M'Bala en se redressant sur sa chaise. Curieux non ? Mais pourquoi au fond ? La vérité, c'est que vous dépendez de Mathison et de Vova.
- Co-mment ? réagit la fille en butant sur chaque syllabe.
- Si je ne me trompe pas – et je le dis avec beaucoup de gravité – votre sœur aînée Johanna Klinger qui est en terminale à Kadic, sort depuis 4 ans avec un certain Mehdi Fontaine du même âge, ancien élève de chez nous lors de sa période de collège et passé depuis à Mathison. Ce Mehdi est cette année dans la même classe que Vova. Voilà ce qui explique que votre avatar « X.A.N.A » n'ait jamais été très incisif par rapport à cette invasion, se contentant du minimum syndical pour éviter une plus grosse polémique : vous ne pouvez pas correctement défendre les intérêts de Kadic car vos intérêts sont liés à des gens proches de Vova. Vous êtes en situation de dépendance.
La salve avait pris tout le monde de court. L'argument était travaillé, alors qu'Heïdi effectuait sa première apparition publique depuis à peine cinq minutes. En fait, la tirade du vainqueur sortant sous-entendait deux choses : il était parfaitement au courant de l'identité de X.A.N.A car le missile était travaillé, il avait forcément enquêté, alors que la blonde n'était pas dans la même classe que lui. De plus, il avait réussi à garder cette information pour lui, sans fuites.
- C'est inexact, répondit tout simplement Heïdi après quelques secondes de réflexion. Je suis une femme totalement libre. Vous êtes dans la posture.
- C'est un fait ! Vous soutenez que ce que je dis est faux ?
- N... non, admit Klinger. Factuellement, ma sœur aînée sort bien avec Mehdi Fontaine, un élève de Mathison. Mais remettre ma probité en cause sur ce motif, c'est assez malhonnête, il faut être honnête.
- Je suis désolé, mais assumez-le, beaucoup de vos déclarations de ces derniers jours sont liées à cette situation de dépendance.
- C'est faux, poursuivit la jeune fille.
- Bon écoutez, ça ne vous fait pas plaisir, mais c'est un fait, insista Christophe avec un air indigné remarquable.
- On va peut-être changer de thème car l'horloge tourne, intervint Hiroki.
- Oui il y a sans doute des sujets plus intéressants que celui-là, appuya Heïdi.
- De savoir d'où on parle est toujours important Madame Klinger.
- Passons au thème suivant, insista le journaliste. Beaucoup de gens s'interrogent en constatant la baisse du niveau scolaire de Kadic, notamment en mathématiques et...
- C'est quand même assez hypocrite de votre part, coupa Heïdi. Avec vous, c'est toujours pareil : vous ne faîtes jamais rien à part donner des leçons. C'est pour ça que je souhaite – et de nombreuses personnes le souhaitent aussi, d'où ma qualification au second tour – que les choses changent réellement.
- Ah oui, en contrôlant les « humains » contre leur volonté mais pour leur propre bien c'est ça ? rebondit l'ivoirien. Ce que vous proposez n'est rien d'autre qu'une trahison de l'esprit de notre pays, dont le projet républicain pour la jeunesse a toujours été l'éveil des consciences individuelles pour le bien collectif.
- Cela vous va bien de dire ça. Quand on vous écoute, on a l'impression que vous vous préoccupez davantage du pays, voire du monde, plutôt que des kadiciens. Moi je veux défendre les élèves de Kadic car ils n'ont qu'une seule école. Mais vous qui n'êtes pas d'ici, c'est sans doute un « hasard » si...
- Madame Klinger ! réagit immédiatement le noir avec un ton choqué très bien travaillé. Vous insinuez quoi exactement là ?
- S'il vous p... tenta Fiquet, malheureusement cette fois trop habillée pour avoir une chance d'attirer l'attention de son ex.
- Eh bien vous êtes du Val-de-Marne non ? poursuivit l'autre. Boissy-Saint-Léger pour être précis.
- C'est un fait, confirma M'Bala, qui pensait visiblement à autre chose.
- Bon. Eh bien, comme je le disais, ce n'est sans doute pas un hasard si l'épanouissement de nos élèves qui viennent majoritairement des Hauts-de-Seine ne fait pas partie de vos priorités.
- Ça c'est du complotisme, répondit M'Bala.
- C'est faux ! protesta une nouvelle fois « X.A.N.A ».
- Il va vraiment falloir réussir à vous contrô... commença le japonais avant d'être à nouveau coupé par les invectives des finalistes.
Les Lyoko-guerriers, comme le reste de l'assemblée – qui incluait aussi les anciens candidats qui avaient tous dit que le débat ne les intéressaient pas mais qui étaient quand même venus – observaient médusés les journalistes perdre progressivement le contrôle de l'échange. Mais ce dernier avait un mérite : la spontanéité des réactions d'Heïdi Klinger témoignait de son absence de contrôle par un éventuel X.A.N.A de retour, sauf à envisager un lien passif comme William avait pu le connaître en son temps. Mais dans le cas de ce dernier, c'était à la suite d'une série d’événements très particuliers qui n'avaient naturellement pas pu se reproduire une seconde fois, de surcroît avec la machinerie de l'Usine à l'arrêt. Yumi jeta d'ailleurs un regard à son camarade de classe, présent dans une diagonale opposée au sein du public : il avait une expression dure, mais que l'on pouvait qualifier de normale vu ce qu'il avait traversé ces derniers temps. Là encore, rien qui ne ressemblait à du X.A.N.A. L'intuition féminine de la japonaise avait-elle pu encore être prise en défaut... ?


Mercredi 26 juin

Jour important. Jour de vote et de décision. Au lendemain du débat d'entre-deux tours sans queue ni tête qui ne permettait pas vraiment de dégager un vainqueur, mais plutôt deux vaincus (un Christophe M'Bala jugé arrogeant, une Heïdi Klinger jugée trop timorée face à son argumentaire bien rodé et la mise en cause de sa probité). Il n'était finalement pas certain que la démocratie en soit sortie grandie.
De façon étonnante, Paul Gaillard et Julien Xao, les ados mesquins et chauds (politiquement), étaient aperçus lors de la récréation de la matinée, assis en tailleurs et regardant les deux affiches des candidats finalistes.
- Hum... alors... la continuité ou le changement radical ? s'interrogeait à voix haute le rouquin.
- Mais voter, c'était pas pour les moutons ? s'enquit l'asiatique.
- Ouais bien sûr au premier tour. Mais au second, il faut faire barrage.
- Ah ok je te suis, comme toujours.
Les deux garçons baissèrent à nouveau les yeux sur les affiches.
- Bon, je disais donc... la continuité ou le changement radical ?
Non loin d'eux et tandis qu'ils faisaient face au mur de leur propre conscience se trouvaient les Lyoko-guerriers, réunis en debriefing. Ils avaient eu la politesse d'attendre de retrouver Yumi, vu qu'elle était en pointe sur le sujet.
- J'ai suivi Heïdi discrètement à l'issue du débat comme tu me l'avais demandé Jérémie, expliqua Aelita. Elle a continué d'agir tout à fait normalement jusqu'au retour de sa chambre.
- Bon ben... on a peut-être un peu paniqué sur X.A.N.A, avoua Ulrich en regardant la japonaise d'un air entendu.
- Donc, Fumet est juste un gros barjot, conclut Odd.
- On aurait peut-être pu s'en douter avant... maugréa Jérémie.
- Restons prudents jusqu'à la fin de l'animation malgré tout, conseilla Ishiyama.
- Oui, car quelque chose m'échappe toujours dans tout ça.
- Quoi donc ? réagit Aelita, invitant son amant non-officiel à poursuivre.
- Quelles sont les motivations d'Heïdi dans ce jeu de rôles ?
- Ah, ça... demandons à Odd, l'expert du genre féminin... soupira Stern.
- Ouais ça va hein, je lui ai très peu parlé durant notre petite aventure de l'année dernière, expliqua le clown mauve. J'ai vaguement crû comprendre qu'elle avait peu d'attaches familiales, mais de là à tout excuser...
- Elle est carrément instable cette fille ouais, renchérit Jérémie.
- Ah, c'est vrai que toi aussi, tu l'as embrassée... enfin, officiellement.
- Oui bon, restons concentrés, coupa Stones avant que Belpois n'ait pu répondre. Il suffit de demander à ses potes.
- Elle en a pas vraiment, glissa Ulrich. Elle est plutôt solitaire. Fumet n'a pas choisi par hasard...
Si elle l'avait pu, Ishiyama aurait soudain fait les yeux ronds en réaction à l'ampoule qui venait métaphoriquement de s'allumer au-dessus de sa tête.
- Fumet... mais oui voilà la solution ! s'exclama Yumi. Il suffit de demander à Fumet !
- C'est une bonne idée, avoua son amie aux cheveux roses. Il pourrait nous renseigner.
Le petit groupe se hâta de se diriger vers le bureau administratif, plus précisément la salle des profs, avant la fin de la récréation.
- Attendez, objecta Jérémie alors qu'ils se trouvaient dans le couloir. Si on débarque tous comme ça, on va se faire jeter.
- Pas faux, admit Stern.
- Yumi, le prof n'a pas été avare de compliments sur toi lorsqu'il est passé dans l'émission des Échos de Kadic. Je pense qu'il t'a à la bonne. Vas-y, on t'attend dehors.
- Entendu.
L'ex-candidate poursuivit donc seule son chemin jusqu'à la salle des professeurs. Au milieu des différents adultes s'y trouvant, l'homme à la veste verte était visiblement en train de donner ses dernières consignes à Yves Le Saint et Jean-Baptiste Goliath s'agissant de l'installation des isoloirs pour le vote de la seconde partie de journée. Ses jeunes collègues l'écoutaient à peine, puisqu'ils avaient fait exactement la même chose une semaine auparavant, pour le premier tour.
- Excusez-moi, Monsieur Fumet ?
Le professeur d'histoire-géographie (et d'éducation civique, n'oubliez jamais ça) se retourna. Profitant de la diversion, ses collègues de français et de S.E.S filèrent à l'anglaise.
- Ah, bonjour Yumi, que puis-je pour toi ?
- J'avais simplement une question à vous poser.
- Je t'écoute.
- Pourquoi avez-vous choisi Heïdi pour jouer le rôle de X.A.N.A ?
Le syndicaliste resta interdit quelques secondes. Il ne s'attendait visiblement pas à un propos liminaire aussi direct de la part d'Ishiyama.
- C'est simplement pour essayer de comprendre, expliqua la gothique. Ma participation à l'animation était une expérience très intéressante et j'ai appris beaucoup de choses, mais j'avoue que cet élément m'échappe encore.
L'argumentaire fit mouche. Fumet ne pouvait résister lorsqu'on mettait en avant le fait d'avoir participé à son ersatz de démocratie de façon consciencieuse et zélée. Yumi était typiquement le genre d'égérie à mettre en avant en fin de course lorsque Jean-Pierre Delmas viendrait lui demander des comptes. Mieux valait la ménager :
- Je demande toujours les projets professionnels de mes élèves lorsque je suis leur professeur principal. L'année dernière, Heïdi m'a dit qu'elle voulait devenir comédienne.
Yumi haussa un sourcil de surprise.
- Elle n'est pourtant pas dans le club de théâtre... ni dans aucun club artistique d'ailleurs.
- Non, elle est trop introvertie pour cela, reconnut Fumet. On le dirait pas comme ça mais elle est issue d'un milieu très aisé, elle a grandie seule dans un manoir avec une bonne, était constamment en décalage avec les autres à l'école primaire... je ne veux pas faire dans l'analyse de comptoir mais cela peut expliquer son côté isolé. C'est très dur de devenir comédien dans un tel contexte. Mais jouer X.A.N.A lui offrait cette opportunité unique de s'exercer tout en restant dans l'ombre. Voilà pourquoi je l'ai choisie. Et je peux te dire qu'elle a énormément pris sur elle pour se dévoiler lors du débat de l'entre-deux tours.
La lycéenne en resta coi. Cela pouvait expliquer que Klinger, malgré une ténacité louable, soit restée finalement assez sur la réserve, comparativement à Christophe M'Bala, hier midi.
- Je vous remercie pour ces explications. Je comprends mieux.
- Entendu. Je sais pouvoir compter sur ta discrétion sur ce sujet, ajouta Gilles Fumet en guise de conclusion.
L'élève fit le chemin inverse, retrouvant ses amis qui l'attendaient comme convenu.
- Alors ? demanda immédiatement Odd.
- Heïdi n'est définitivement pas xanatifiée je pense, lui répondit celle qui savait. Fumet m'a demandé de ne pas en parler – et surtout pas à toi Odd, ça fera les gros titres en moins de deux sinon – mais je peux simplement vous dire qu'elle joue un rôle.
- Je vois, répondit Jérémie. D'une certaine façon, tous les politiciens jouent un rôle, non ?
- On peut le voir comme ça, oui, conclut Yumi tandis que la sonnerie indiquait qu'il était désormais temps pour les ex-Lyoko-guerriers de retourner en cours.


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Icer MessagePosté le: Sam 07 Mai 2022 21:17   Sujet du message: Répondre en citant  
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Jeudi 27 juin

L’événement était certainement superflu : mais Gilles Fumet l'avait pensé d'autant plus volontiers qu'il savait que Delmas l'attendait au tournant pour faire le bilan de l'animation, alors autant ne pas bouder son plaisir d'hérisser son supérieur, de toute façon réfractaire. Il avait donc convié les candidats malheureux lors d'une sorte de cérémonie d'investiture à la salle des fêtes pour officialiser la victoire de Christophe M'Bala. Forcément Christophe M'Bala.

Christophe M'Bala : 58,54 %
X.A.N.A : 41,46 %


Paradoxalement, le score n'était pas aussi éclatant que lors de l'atelier d'hiver, où l'effet de nouveauté et de surprise avait joué à plein. Pour autant, pour quelqu'un qui avait passé plus de temps à démentir le fait, puis à faire semblant à ne pas être, et candidat, et en campagne, c'était quand même un joli score.
Une première analyse pouvait amener à conclure que le système l'avait emporté. En effet, X.A.N.A, bien que programme informatique immatériel, visait de manière assumée le vote protestataire de ceux se sentant oubliés au sein d'un Kadic très élitiste sous couvert de méritocratie – chose très bien symbolisée par Élisabeth Delmas, ou de façon différente, par Ulrich Stern. La plastique d'Heïdi Klinger, dévoilée lors du débat d'entre-deux tours, avait aussi pu aider à convaincre certains indécis, notamment ceux ayant besoin de bien... visualiser les conséquences de leur vote. Sur fond d'une participation restant élevée quoique moindre qu'au premier tour – 71,99 % des élèves inscrits de Kadic tout de même – le tout nouveau représentant des élèves au conseil d'administration avait donc réussi à convaincre le reste : ceux, plutôt favorisés sur le plan scolaire, n'ayant ainsi besoin de rien de sa part (et souhaitant donc maintenir les choses en l'état pour continuer à n'avoir besoin de rien), et puis ceux ayant simplement fait le choix de ce qui apparaissait comme le moins pire (le fameux vote « barrage »). Il avait certainement pu bénéficier également des cinq voix des ex-Lyoko-guerriers – originels, William ayant annoncé publiquement voter X.A.N.A, sauf à ce qu'il ait menti mais on ne voyait pas trop pourquoi – aux motivations sans doute très spécifiques. Mais finalement, mise à part une paranoïa post-extinction du supercalculateur après 2 ans de lutte, rien n'avait réellement été le signe d'un quelconque retour du vrai programme multi-agent, réservé aux récits de science-fiction.
De fait, pour conclure une animation riche en rebondissements sur la campagne autant que pauvre en surprise dans le résultat, tout ce beau monde se retrouvait à la salle des fêtes. Une réception VIP, à l'instar de ce qui se faisait réellement à l’Élysée pour le vrai Président (et l'excuse parfaite pour le professeur encadrant d'assumer ses envies de grandeur sous couvert d'une « pédagogie » basée sur le parallèle avec la réalité), et accessible uniquement sur invitation des anciens candidats ou des journalistes bien entendu. Une façon de récompenser ceux qui avaient joué le jeu, et par ricochet, ceux qui avaient participé à leur campagne. Avec trois ex-Lyoko-guerriers hors William parmi les candidats, inutile de préciser que la bande était rentrée au grand complet. Dunbar d'ailleurs, avait séché, sans trop de surprise. Idem pour Tamiya Diop, pour qui il n'était pas question de s'afficher dans ce genre de mondanités dénoncées durant toute la campagne. De façon plus étonnante, Élisabeth Delmas était le troisième candidat absent. Ce n'était toutefois pas dans l'idée de mettre, comme d'autres, une quenelle au système : la rumeur disait celle-ci plus endettée que prévu à la suite de l'affaire du chien Douglas, qu'elle avait visiblement acheté à prix d'or sur internet. Son père – le banquier métaphorique de cette anecdote jusque-là, voire l'usurier – ayant finalement refusé la demande de prêt et ne lui ayant, en tout état de cause, rien offert comme sa fille s'en vantait de prime abord devant ses proches. De fait, Sissi courrait maintenant dans tout Kadic à la recherche de dons pour l'aider à rembourser ce qui pouvait sans doute être considéré comme un frais de campagne, aussi absurde soit-il. Cocasse, pour la candidate vu comme étant, de loin, la plus fortunée. En revanche, comme elle ne perdait pas le Nord, elle avait quand même fait profiter ses fidèles lieutenants de l'invitation. On retrouvait donc Théo Gauthier en grande discussion avec Ulrich Stern, Xavier Gosselin et Gabriel Riccio faisant de même avec le frère de ce dernier et lieutenant de X.A.N.A, Raphaël. Odd Della Robbia, de son côté, vannait avec Thomas Jolivet, cheville ouvrière de la campagne (ratée) d’Émilie Leduc, tout en jetant un œil attentif pour assurer que le buffet ne commence pas sans lui. L'occasion aussi pour Poliakoff de retrouver Pichon, tandis que Belpois en profitait pour faire le malin devant sa belle, Aelita Stones. Et Yumi Ishiyama pouvait débriefer avec son jeune frère, présent en tant que journaliste officiel. Et si la Présidente du club de théâtre restait dans son coin, quoique non-loin de Thomas et Odd, Romain Le Goff semblait particulièrement actif sur le dossier Heïdi Klinger, actuellement entourée par les trois autres journalistes. Comme quoi, les idées politiques ne sont pas toujours une barrière pour les besoins plus élémentaires.
On entendit un bruit de couvert frappé délicatement mais de façon répétée sur une coupe de champagne. De cette façon un peu clichée, Gilles Fumet, flanqué du vainqueur de l'animation, demandait à tout le monde de bien vouloir gagner une place assise. Le professeur alla ensuite se placer sur l'estrade, invitant M'Bala à le rejoindre.
- Bonjour à tous et merci d'être venus si nombreux. Vous le savez, au terme d'une animation aussi ludique que pédagogique, j'ai l'immense plaisir de vous présenter celui que vous connaissez déjà tous : Christophe M'Bala, premier élève élu au conseil d'administration de Kadic ! Christophe, je te laisse t'exprimer si tu le souhaites.
L'africain se racla la gorge :
- Merci à tous pour votre présence. À l'issue de cette campagne étrange, j'ai conscience de la gravité des temps qui m'accompagnent. À partir de l'année prochaine, ce ne sera pas uniquement à moi d'agir pour les kadiciens, ce sera à nous tous de le faire, ensemble. J'espère que ce moment sera perçu comme une renaissance pour notre école. Quant à moi, l'objectif sera de servir, et uniquement de vous servir.
Il avait déjà terminé. Il y eut des applaudissements nourris lancés par Matthias, forcément. Le nouveau représentant des élèves pris alors le temps d'aller saluer chacun des invités. Cela pris un moment. Avant que le buffet ne soit ouvert – avec, sans surprise, Yves le Saint et Jean-Baptiste Goliath pour assurer le service – et Odd, le premier à l'inaugurer.

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Le nouveau représentant des élèves était parti. Des petits groupes, debout, s'étaient formés en attendant que Christophe M'Bala ait fini sa tournée ou en profitant des hors-d’œuvre. Mais c'était progressivement vers la sortie qu'ils se dirigeaient. Hervé alla d'ailleurs retrouver Jérémie avant que ce dernier ne soit de nouveau greffé à son groupe de potes habituels :
- La clôture de l'animation aura été à l'image de celle-ci : un peu, sans doute trop, grandiloquente, amorça le binoclard.
L'autre opina du chef sans trop hésiter :
- Oui, c'est vrai. Il y a un peu côté... euh... village Potemkine d'une certaine façon.
Pichon esquissa un discret mais néanmoins bien perceptible sourire. Il savait lui parler de façon imagée.
- Alors, tout ce bordel en valait la peine tu crois ?
Fait rare, Belpois se gratta la tête, dans un signe de réelle interrogation. Il mit d'ailleurs quelques secondes à reprendre l'échange pour répondre :
- Ben. On dit depuis un moment je crois que pour contrôler le peuple, il faut du pain et des jeux... D'une certaine façon, le battage médiatique de la campagne, les postures politiques feintes... cela fait partie des distractions non ?
- Je vois oui, approuva son collègue. Si nous sommes capables nous d'ores et déjà de le percevoir, alors la classe politique adulte doit certainement en être pleinement consciente.
- C'est clair.
- Reste à s'assurer que le jeu ne prenne pas une dimension telle que le nécessaire pour garantir le pain ne soit plus fait à terme, bien entendu.
La tirade était policée, mais n'en restait pas moins empreinte d'une certaine gravité. Jérémie aurait bien voulu prendre davantage de temps sur cet échange, mais il voyait déjà du coin de l’œil les autres ex-Lyoko-guerriers, regroupés, l'attendre à la sortie de la salle.
- J'ai apprécié mener cette barque avec toi en allié implicite pour la seconde fois, déclara Jérémie en guise de conclusion avant de tendre la main à Hervé. J'espère qu'on se retrouvera à l'avenir pour, peut-être, mener des projets plus concrets.
La main tendue fut serrée.
- Qui sait ? lâcha Pichon avant de retourner auprès de Nicolas.
Le blond alla ensuite retrouver les autres. Ses autres à lui.
- Eh bien, c'est le grand amour avec Hervé maintenant, commenta Odd, moqueur comme à son habitude.
Le visé fut imperméable à la remarque.
- On a une convergence de vues, répondit honnêtement l'intellectuel avant d’amorcer le processus de sortie vers l'extérieur.
« Qui sait, dans d'autres circonstances... »
- Personnellement, je suis content que tout ça soit terminé, fit remarquer un Ulrich ronchon, qui restait malgré tout dans un bon jour par rapport à sa moyenne de ces derniers mois – l'effet du champagne peut-être ?
- L'année prochaine, on va peut-être enfin pouvoir vivre une année complètement normale ? rebondit Aelita, optimiste.
- Ça me va, approuva Yumi. Vous allez enfin pouvoir me rejoindre en tant que lycéens.
- Vivement la maturité qui va avec. Pour Odd j'entends, vanna sa cousine, ce qui fit rire même Stern.
Le groupe avait suffisamment progressé pour être à l'extérieur. Ils virent alors apparaître William, qui venait de courir dans le sens opposé.
- Merde, lâcha celui-ci essoufflé. Désolé pour le retard.
Aucun membre de la bande ne réagit. Dunbar s'excusant pour si peu ? Ce n'était pas cohérent avec son attitude de ces dernières semaines.
- Bon ce n'est pas le plus important, reconnut l'adolescent au sombre passé. Puisque vous êtes là, c'est surtout auprès de vous que je tiens à m'excuser.
Il y eut quelques bouches bées. Ulrich lui-même se frotta les yeux, de surprise, d'incompréhension ou les deux.
- Pour mon attitude pendant la campagne je veux dire. Je suis allé trop loin, assuma l'ex-X.A.N.Aguerrier. C'est comme si j'avais été à l'extérieur de mon corps, possédé. L'animation m'a fait un drôle d'effet mais maintenant que c'est terminé, je me sens beaucoup mieux.
Yumi était plus que soulagée de retrouver celui qu'elle avait toujours eu du mal à qualifier d'ami, mais qui restait dans sa classe ; et elle préférait être en bon terme avec tout le monde.
- Pas de soucis, on comprend, répondit-elle de façon encourageante.
- Je vais m'excuser auprès de Monsieur Fumet, on en reparlera. À bientôt j'espère.
Il s’éclipsa rapidement à l'intérieur, permettant au groupe de reprendre sa route vers le self, aiguillé par un Odd vantant les mérites de l'existence du deuxième service.
Les adolescents étaient globalement détendus. Jérémie notamment, qui se sentait déjà en grandes vacances, le brevet à venir ne représentant qu'une formalité pour lui. Justement accompagné par un chaleureux Soleil d'été l'aidant à prendre la vie du bon côté, il se disait qu'il allait enfin pouvoir en profiter pour mettre un petit coup d'accélérateur dans sa relation avec Aelita.
Mais alors que le groupe n'était pas encore arrivé au préfabriqué, Belpois stoppa subitement sa marche, amenant Ulrich qui était sur sa trajectoire à le bousculer légèrement (ce qui fit émettre un léger grognement à l'ex-samouraï). Il était soudain pris d'un affreux doute :
- Attendez, il vient de dire quoi exactement William ?


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*Odd Della Robbia* MessagePosté le: Dim 08 Mai 2022 20:53   Sujet du message: Répondre en citant  
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Localisation: Sur le territoire Banquise entrain de faire de l'overboard
Et voila,, M'Bala aura finalement transformé kadik en ecole start-up dont les parts auront été vendu a Tyron et au cabinet "green phoenix" qui en fera un etablissement dirigé par les ultra riche en faveur des kkes copains de classe de M'Bala exclusivement.

Jéremie et laura bon francais de souche, auront été exclue car membre d'une culture inexistante non conforme aux opinions du nouveau dirigeant, et remplacé par Jérémiah et latifa des supposé nobles nord africain genie en informatique (sur genius 6000 de vtech) en fuite qui cherche sur le net des ames charitables pour un transfert de fond. Quand à tout les autres étudiants, ils n'auront pas le choix que d'obéir aux ordres émit depuis la suisse allemande ou les états unis. 😂

conclusion de XANA: Je vous avez prévenu, faillait voter pour moi maintenant assumez Twisted Evil

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