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 Auteur Message
Nelbsia MessagePosté le: Lun 17 Aoû 2020 19:49   Sujet du message: Répondre en citant  
Pokémon Master


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Localisation: Dans les bras de la Mort
Épisode #105 : Rempart et meurtrière - Partie 1/2

Partie 1/2 : Souviens-toi, l'année dernière



Premier mercredi du mois. Peu avant midi, la sirène d’alarme interrompt les cours, et les élèves en profitent pour s’éclipser et aller manger plus tôt.

Naxxya, elle, saisit cette occasion pour fausser compagnie à ses amis car elle doit se rendre à l’infirmerie.

Yolande lui ouvre la porte :

– Entre, Naxxya. Installe-toi.


La géante éteint son portable, enlève sa veste et s’allonge sur la table d’observation.

– Alors, comment ça se passe les cours ? demande l’infirmière en préparant ses instruments.

– Ça peut aller.


Yolande l’ausculte et l’examine puis note toutes ses observations dans un carnet, tout en poursuivant la conversation :

– Je t’ai vue, le jour où vous avez gagné le concours de pom-pom girls. C’était très impressionnant.

– Sissi nous a embrigadées par surprise, j’ai accepté sans trop savoir de quoi il s’agissait.

– Je me doutais bien que l’idée ne venait pas de toi. Est-ce que tu ressens des douleurs au dos ou aux articulations ?

– Non.

– Bon, physiquement ça a l’air d’aller, conclut Yolande en prenant une chaise pour s’asseoir à côté de sa patiente toujours allongée. Maintenant parle-moi un peu de tes amis. Qu’est-ce que vous faites quand vous êtes entre vous ?

– Ben... On sort, on va au cinéma, on discute, répond Naxxya en prenant soin de ne pas mentionner leurs activités secrètes concernant Lyoko.

– Et de quoi discutez-vous ? interroge la femme en blouse blanche en prenant des notes.

– De tout et de rien.

– Ma question t’a paru indiscrète, n’est-ce pas ?

– Pas du tout, je sais que ça fait partie de votre travail de m’interroger sur ma vie privée. Ça ne me dérange pas.

– Je suis contente de te l’entendre dire, mais quand je t’ai demandé de quoi vous parliez, je faisais plutôt allusion à l’incident. Est-ce qu’il t’arrive d’en discuter avec tes amis ?

– Non, je n’en ai parlé à personne.

– Et tu n’as jamais eu envie de leur dire ?

– Je ne vois pas pourquoi je le ferais. C’est du passé, et ça ne les concerne pas, alors pourquoi prendre le risque de leur raconter cette histoire ?

– Tu penses donc qu’ils pourraient mal réagir ?


Naxxya est gênée par cette question, mais elle finit par répondre :

– Si mes amis apprenaient ce qui s’est passé, c’est sûr qu’ils me regarderaient différemment, mais je crois qu’ils me reprocheraient surtout de ne leur en avoir jamais parlé.

– Alors pourquoi ne pas le faire et ainsi te soulager du poids de ce lourd secret ?

– Pas envie.

– Tu sais, si je te demande tout ça, c’est dans l’intention de t’aider à te réintégrer. Crois-moi, il faudra bien que tu finisses par en parler avec tes amis si tu ne veux pas être en permanence sous le couperet de ce secret. Certaines amitiés se brisent à cause de ce qu’on a dit, d’autres à cause de ce qu’on n’a pas dit...

– Oui mais ma situation actuelle me convient très bien, et j’ai pas envie de ruiner tout ça en déterrant une vieille histoire.

– C’est vrai que jusqu’à présent, ton nouveau cadre de vie t’a permis d’éviter de replonger dans la violence. Mais lorsque tu quitteras Kadic, tu sais que tu risques de te retrouver tôt ou tard dans une situation comme celles que tu as connues par le passé. Et le jour où ça arrivera, qui pourra t’empêcher de t’emporter à nouveau si aucun de tes amis ne sait ce que tu as fait ?


Naxxya réfléchit un moment avant de répondre :

– Je ne pense pas que ça puisse se reproduire. Le contexte était vraiment particulier, et franchement j’étais loin d’être la plus agressive du secteur. Quand j’y repense, je me dis que c’est incroyable que ça soit arrivé, que les événements se soient précipités jusqu’à... Enfin, c’est complètement aberrant, ça n’aurait pas dû se produire...

– Et malheureusement, ça s’est produit. Personne n’a pu t’empêcher de faire ce que tu as fait à ce garçon, pas même cette amie qui devait pourtant bien te connaître puisqu’elle t’a entraînée avec elle dans cette violence...


La géante secoue vigoureusement la tête :

– Non, ce jour-là c’était seulement lui et moi. D’ailleurs, si elle n’était pas revenue juste à temps pour me prévenir du danger, c’est sûrement moi qui serais... là où il est.

– Ce que je voulais te dire, reprend Yolande, c’est que ton ancienne amie qui se battait à tes côtés depuis le début n’a rien vu venir lorsque l’incident s’est produit, alors comment tes amis actuels pourraient-ils anticiper un nouveau dérapage de ta part s’ils ne sont pas au courant des problèmes que tu as eus ?


La lycéenne reste sans réponse un long moment, avant que l’infirmière se décide à clore la séance en souriant :

– Pour notre prochain entretien, j’aimerais que tu réfléchisses à la possibilité de confier ton secret à au moins un ou une de tes camarades, et on en discutera dans un mois. Enfin, tu sais que l’infirmerie est toujours ouverte si tu souhaites venir plus souvent.

– Je ne l’ai pas oublié, confirme Naxxya en se relevant. À dans un mois.


Lorsque la géante quitte l’infirmerie, elle croise Yumi qui l’interpelle :

– Ah, Naxxya, je te cherchais ! Jérémie veut tous nous voir dans sa chambre, il faut qu’on y aille !





* * *





En arrivant dans le couloir du dortoir des garçons, la Japonaise demande à sa camarade de classe :

– Au fait, pourquoi t’étais à l’infirmerie ?

– J’avais un peu mal au dos, répond Naxxya.


Elles ouvrent la porte de la chambre de Jérémie qui les attendait en compagnie d’Ulrich, Odd, Aelita, William et Sissi.

– Enfin vous voila, déclare Jérémie qui s’impatientait.

– Désolée, j’avais éteint mon portable, s’excuse la géante en refermant la porte.

– Alors ? Pourquoi tu nous as demandé de venir ? interroge Ulrich.

– J’espère que ça valait la peine de nous interrompre au milieu de mon deuxième dessert ! ajoute Odd.


L’informaticien leur explique :

– L’autre jour, quand Xana a attaqué pendant le concours de pom-pom girls, nous avons volé des données à la Méduse avant que Xana la fasse disparaître.

– Ça tu nous l’avais déjà dit, rétorque William, mais tu avais aussi dit que ces données sont cryptées et probablement incomplètes.

– Justement, reprend Jérémie en montrant l’écran de son ordinateur, j’ai enfin réussi à les décrypter, et elles semblent indiquer que Xana s’est construit une base secrète quelque part sur Lyoko. Une sorte de sixième territoire, si vous préférez.

– C’était donc ça l’immense création numérique que j’avais trouvée dans les archives ! s’exclame Aelita. Un sixième territoire !

– Il doit y avoir un paquet de monstres là-dedans, suppose Naxxya.

– En plus de l’armée virtuelle que prépare notre ennemi, poursuit Jérémie, je pense que c’est là-bas qu’on trouvera Franz Hopper. D’ailleurs, Xana s’est certainement servi du refuge secret de son créateur comme point de départ pour construire sa forteresse tout en restant indétectable.

– Et on sait comment s’y rendre, sur ce « Sixième Territoire » ? interroge Yumi.


L’opérateur secoue la tête :

– Pour le moment, je ne sais même pas où il se trouve. Mais les monstres que Xana envoie sur Terre viennent probablement de sa base secrète, donc il me suffira de tracer les prochains monstres qu’il enverra pour localiser le Sixième Territoire.

– Ça veut dire qu’il nous suffit d’attendre la prochaine attaque de Xana pour trouver son repaire, c’est bien ça ? demande Sissi.

– Oui, confirme Jérémie, mais il est difficile de prédire quand elle aura lieu.


Ulrich remarque :

– Xana a tendance à attendre des événements tels que le concours de pom-pom girls pour nous attaquer au moment où ça nous arrange le moins. Il y a donc de fortes chances pour qu’il décide de lancer une attaque pendant la finale du tournoi de foot dimanche prochain.

– ...Ou pire encore, renchérit Odd, il va attaquer vendredi car il y a couscous-boulettes à la cantine !

– Bon, on vous laisse en discuter entre vous, déclare la Japonaise en regardant l’heure. Il faut qu’on y aille, on a cours de sport cet après-midi.

– À plus tard, les salue Aelita.


Yumi, William et Naxxya quittent donc la chambre de Jérémie pour se rendre au gymnase.





* * *





En ce mercredi après-midi ensoleillé, les classes de première suivent leur cours d’E.P.S. à l’extérieur. Les garçons jouent au football sur le terrain pendant que les filles font de la course de fond sur la piste autour.

Jim prend son mégaphone :

– Allez les gars ! On arrête d’admirer les filles qui courent et on tape dans le ballon ! Vous êtes sûrs que vous êtes en première !? J’ai l’impression de regarder jouer les sixièmes !


Christophe centre en retrait pour William qui tire mais sa frappe passe à côté du cadre. Alors qu’elles passaient derrière les cages, Naxxya et Yumi voient le ballon arriver et la géante saute pour le rattraper.

Jim l’interpelle aussitôt :

– Warven ! Qu’est-ce qui t’a pris de rattraper ce ballon !? rouspète le professeur de sport qui préfère que les tireurs maladroits soient contraints d’aller chercher eux-mêmes la balle.

– Ben... j’ai vu un ballon arriver, alors j’ai sauté pour l’attraper... explique Naxxya en renvoyant le projectile qu’elle vient d’intercepter.

– Et en plus tu fais la maligne !? Viens un peu par ici ! Maillard, tu peux aller te reposer sur le banc !


Fou de joie, Emmanuel Maillard donne ses gants de gardien de but à la géante en lui souhaitant bonne chance, puis il quitte le terrain, heureux de ne plus se faire tirer dessus.

– Heu... je suis dans quelle équipe ? demande Naxxya en enfilant les gants.


Le grand ténébreux arrive en courant avec le ballon avant de s’arrêter subitement en voyant la Lyoko-guerrière postée devant les cages :

– Hé ! Qu’est-ce que tu fais là, toi !? la questionne-t-il en hésitant à tirer.


Matthias en profite pour prendre le ballon à William mais Christophe l’intercepte aussitôt et tire vers le but.

Naxxya bondit par réflexe et arrête sa frappe :

– Voilà ! s’exclame Jim satisfait. C’est ça que je veux voir !


La géante ne comprend toujours pas ce qu’elle fait là :

– Je peux retourner courir ?

– Nan nan nan ! rétorque son professeur. Reste là, tu es parfaite !

– Parfaitement ridicule, oui ! réplique William en devinant que sa coéquipière opposera plus de résistance qu’Emmanuel.


Naxxya lance un regard de détresse à Yumi qui s’éloigne en riant :

– J’ai encore cinq tours à faire, déclare la Japonaise, mais après promis je resterai pour te regarder !





* * *





En fin d’après-midi, Jim réunit l’équipe de football du lycée Kadic, composée d’élèves de seconde et de première.

– Messieurs, comme vous le savez, la finale du tournoi approche ! Jusqu’ici, nous avons eu la chance de tomber sur des équipes assez faibles, ce qui nous a permis d’encaisser peu de buts malgré notre défense bancale !

– C’est à cause de notre gardien de but ! s’exclame Odd en désignant Nicolas. Il est incompétent !

– Je joue défenseur normalement ! s’énerve Nicolas. Là, je suis gardien uniquement parce que personne d’autre ne veut le faire !

– ...Eh bien réjouis-toi Poliakoff ! reprend Jim. Tu vas pouvoir jouer défenseur car je vous ai trouvé un nouveau gardien !


William se penche vers Ulrich et Odd :

– Vous n’allez pas le croire...


Naxxya arrive en tenue complète noire, accompagnée par Yumi qui l’encourage.

– Une fille dans l’équipe ? demande Théo. On a le droit ?

– Parfaitement ! répond Jim en citant le règlement. Lorsqu’une discipline sportive ne réunit pas assez de filles pour mettre en place un championnat, ces demoiselles ont le droit d’intégrer les équipes des garçons !

– Et ça marche aussi dans l’autre sens ? interroge Odd. Mince, si ça se trouve, j’aurais pu faire partie des Étoiles de Kadic !

– La question est plutôt de savoir si Naxxya est douée ou non dans les cages, poursuit Ulrich qui reste perplexe.

– Bah elle peut pas être pire que Nicolas ! répond le félin en riant.

– La ferme ! réplique Nicolas agacé par les remarques d’Odd.

– Della Robbia et Poliakoff ! intervient Jim. Merci d’être volontaires pour faire le mur ! Les autres, prenez chacun un ballon et mettez-vous en ligne, vous allez taper quelques coups francs !


Ils commencent donc la séance de tirs, et Naxxya arrête la plupart des ballons ; le boulet de canon envoyé par William échoue contre le poteau, tandis qu’Alexandre enroule habilement sa frappe pour parvenir à marquer en pleine lucarne.

Yumi prévient discrètement sa camarade :

– Ulrich tire souvent à gauche...


Le samouraï shoote, Naxxya saute du bon côté et arrête le ballon, puis elle fait un signe de la tête à la Japonaise pour la remercier.

– Ça ira pour aujourd’hui ! conclut Jim en regardant sa montre. On est un peu pris de court, mais il va falloir faire avec ! Samedi prochain : dernier entrainement avant la finale contre le lycée Matheson !


Naxxya est soudain inquiète en entendant ce nom.

– Ils ont écrasé facilement chacun de leurs adversaires, poursuit le professeur de sport, mais je compte sur vous pour leur montrer que vous valez mieux qu’eux ! Rompez ! Della Robbia, tu ramasses les ballons !

– C’est toujours moi, c’est pas normal... marmonne Odd.


Jim se retourne :

– Comment ?

– Je disais : « À vos ordres mon général ! » rectifie le félin qui s’empresse de récupérer les balles éparpillées.


Toujours troublée, la géante ramasse le dernier ballon et le tend à Odd.

– Merci ! dit-il en le rangeant dans le sac. Tu sais, je trouve ça cool que tu sois dans l’équipe !

– Ah oui ? demande Naxxya étonnée mais ravie.


Son camarade tente maladroitement de s’expliquer :

– Oui parce que... on avait besoin d’un bon gardien de but ! ...Enfin, d’une bonne « gardienne de but », je sais pas comment il faut dire... Quand j’ai dit « bonne », je voulais dire « douée », hein ? ...Et puis, on est amis donc c’est cool et euh... enfin c’est sympa quoi...


Voyant le félin et la géante immobiles sur le terrain, Yumi et Ulrich les rejoignent en souriant :

– Ça va, vous deux ? leur demande le samouraï.

– Euh, oui, on discutait... balbutie Naxxya visiblement embarrassée.

– Exactement ! confirme Odd l’air de rien. On discutait ! C’est normal de discuter entre amis, non ?

– Vous êtes sûrs que tout va bien ? insiste la Japonaise car la géante lui semble encore plus embarrassée que d’habitude.

– Je crois que je vais faire un tour à l’infirmerie pour m’en assurer... répond Naxxya en s’éloignant.


Ulrich se tourne vers son colocataire :

– C’est bon, Odd, elle est partie, tu peux arrêter de rougir.

– N’importe quoi ! réplique le félin. J’ai les joues un peu rouges parce que je viens d’effectuer un entraînement sportif, voila tout !

– Je te rappelle que tu faisais juste le mur avec Nicolas, précise Yumi.

– J’ai aussi ramassé les ballons ! rétorque Odd en exagérant le poids du sac qu’il traîne derrière lui.





La géante arrive à l’infirmerie.

– Naxxya ? demande Yolande un peu surprise. Je ne m’attendais pas à te revoir avant le mois prochain.

– Je peux vous parler ?

– Bien sûr, entre et installe-toi.

– C’est juste pour éclaircir une chose ou deux, précise l’adolescente.

– Justement, on est plus à l’aise pour parler lorsqu’on est allongé. Vas-y, je t’écoute.

– Voila : il se trouve que j’ai été recrutée dans l’équipe de foot du lycée.

– Félicitations ! répond Yolande en sortant son carnet pour prendre des notes.

– Merci... L’ennui, c’est que dimanche prochain, notre équipe joue contre celle du lycée Matheson...


La femme en blouse blanche écarquille les yeux et referme son carnet :

– Effectivement, il risque d’y avoir un problème...

– Est-ce que légalement, je suis autorisée à jouer contre eux ? demande Naxxya.

– La rencontre aura lieu à Kadic ou à Matheson ? interroge Yolande.

– Kadic.

– Aucune infraction dans ce cas.

– Merci, c’est tout ce que je voulais savoir, conclut la lycéenne en se relevant.

– Attends, tu as l’intention de participer à cette rencontre ? s’inquiète l’infirmière.

– Oui.

– Tu es consciente qu’ils vont te reconnaitre et que certains d’entre eux ont sûrement encore de la rancune envers toi ?

– Je n’ai pas peur d’eux, répond Naxxya en haussant les épaules. De toute façon, je suis dans les cages, ils ne pourront pas faire grand-chose contre moi. La seule crainte que j’avais était de ne pas avoir le droit de participer à la rencontre, auquel cas j’aurais dû abandonner l’équipe au dernier moment, et ça c’est hors de question.

– ...Et il ne t’est pas venu à l’idée que si tes adversaires ne peuvent pas s’en prendre à toi, ils risquent de s’en prendre à tes coéquipiers ?


Naxxya hésite un instant avant de répondre :

– C’est la finale, il y aura beaucoup de monde... Ils n’oseront pas s’attaquer à nous sous les yeux de l’arbitre et des spectateurs.

– Ça, tu n’en sais rien, poursuit Yolande. Ils vont peut-être même te provoquer pour te pousser à leur répondre, et tu sais que tu ne peux pas te le permettre.


La géante hésite de plus en plus, mais elle s’accroche :

– Je n’abandonnerai pas mes amis. D’autant plus que si je refuse de jouer, ils voudront savoir pourquoi.

– Alors il te reste une possibilité, conclut l’infirmière. Dis-leur d’abord ce qui s’est passé pour les prévenir du danger, et joue le match ensuite...





* * *





Pendant ce temps, à l’usine, Aelita et Jérémie travaillent activement pour terminer un projet qui leur a pris des heures de programmation.

– Il est exactement comme avant ! déclare la jeune fille aux cheveux roses émerveillée par le résultat. J’aurais jamais cru qu’on arriverait à le reconstruire aussi rapidement, vu le temps que ça nous a pris la première fois !

– C’est clair qu’on a fait des progrès, confirme Jérémie, mais le plus dur reste à faire : situer précisément le Sixième Territoire, et explorer cet endroit dont nous ne savons pratiquement rien.

– Si on ne parvient pas à localiser la base de Xana à l’aide de l’ordinateur, on pourrait déjà commencer à fouiller la Mer Numérique dès que le vaisseau sera prêt ?


L’informaticien prend délicatement la main de sa bien-aimée :

– Je comprends que tu sois pressée de retrouver ton père, mais à mon avis, parcourir la Mer Numérique dans tous les sens jusqu’à tomber par hasard sur le Sixième Territoire serait une prise de risque inutile : même s’il ne s’agit que de la mer intérieure de Lyoko, cet espace reste immense et la visibilité y est relativement réduite, sans compter que Xana a probablement généré de nombreux Rekins et autres monstres marins pour défendre son repaire en détruisant tous ceux qui oseraient s’aventurer dans les flots virtuels. Crois-moi, il vaut mieux attendre la prochaine vague de monstres afin de déterminer leur provenance et remonter jusqu’à l’endroit où Xana retient ton père.


Aelita accepte de patienter et serre Jérémie contre elle avant de remarquer :

– Par contre, s’il n’y a que cinq places, on risque d’être un peu à l’étroit...

– Pour ça ne t’en fais pas, la rassure l’informaticien. J’ai prévu d’ajouter deux compartiments munis de canons défensifs de chaque côté.


La jeune fille demande enfin :

– Sur le module principal, tu pourras écrire « Skidbladnir II » ?


Jérémie sourit :

– D’accord, mais ne raye pas la peinture cette fois !


Aelita éclate de rire et l’embrasse.





* * *





Le samedi suivant, l’équipe de football de Kadic se réunit au stade pour l’entrainement. Jérémie, Aelita, Yumi et Sissi sont également venus pour encourager leurs amis.

La Japonaise remarque que sa camarade de classe n’est pas sur le terrain :

– Naxxya n’est pas encore arrivée ?

– Les filles ont toujours besoin de plus de temps pour se préparer, répond Sissi pour qui cela n’a rien d’anormal.


En réalité, Naxxya est déjà prête et elle les observe à distance, dévorée par le doute. Contrairement à ce qu’elle a dit à Yolande, elle aimerait partager ce qu’elle a sur la conscience, mais elle appréhende la réaction de ses amis. Elle doit les prévenir, mais le courage lui manque. Soudain, une alliée inattendue entre en scène : Samanta Knight, ancienne élève de Matheson et vieille connaissance des Lyoko-guerriers, avance tranquillement vers eux, le sourire aux lèvres.

– Sam ! s’exclame Odd en reconnaissant son amie qui vient d’arriver au bord du terrain.

– Salut Odd, ça va ? lui répond-elle en souriant.

– Qu’est-ce que tu fais ici ? demande le félin heureux de la revoir.

– Je suis en week-end chez mes grands-parents. Et toi, qu’est-ce que tu deviens ?

– Bah tu me connais : toujours au top ! Là, je m’entraine avec mon équipe car demain après-midi, on dispute la finale du tournoi de football inter-lycées ! ...D’ailleurs, on joue contre ton ancien établissement... T’es pas venue pour nous espionner, par hasard ?

– Non, rassure-toi, je déteste Matheson. J’étais bien contente de quitter ce bahut, et je n’ai pas l’intention de supporter leur équipe demain.

– Si tu cherches une équipe à supporter, tu l’as devant toi ! reprend Odd avant de présenter ses coéquipiers en les montrant du doigt. Ulrich, que tu connais déjà, et William, nos deux attaquants. Alexandre, Christophe, Théo et moi-même, en milieu de terrain. Romain, Matthias, Nicolas et Julien en défense.

https://i.imgur.com/7QNXAfT.jpg


Ulrich et William viennent saluer Sam, bientôt rejoints par Aelita, Jérémie, Yumi et Sissi.

– Alors ? demande le félin. Ça fait quel effet d’admirer de près les futurs champions ?

– Méfiez-vous quand même, les prévient la jeune fille à la peau noire. Les joueurs de Matheson sont assez violents...


Le samouraï partage ses informations :

– Il paraît qu’ils ont recruté Matt Daganaud, l’ancien avant-centre de Diderot qui s’est fait virer de son lycée.

– Ça ne m’étonne pas qu’ils misent tout sur l’attaque, conclut Sam.


Odd ne se laisse pas impressionner :

– Oui mais nous, on a une arme secrète : notre nouvelle gardienne géante, Naxxya !

– Naxxya ? Tu veux dire... Naxxya Warven ? Elle est ici ? interroge son amie stupéfaite.

– Oui pourquoi ? Tu la connais ? s’étonne le félin.

– On était dans la même classe à Matheson, explique Sam. C’était ma meilleure amie avant que je déménage...


Ulrich se tourne vers Yumi en fronçant les sourcils :

– Naxxya était à Matheson ? J’ai raté un truc ou elle ne nous l’a jamais dit ?


La Japonaise hausse les épaules :

– On ne l’a jamais vraiment questionnée sur son passé...


La surprise de Sam se change soudain en frayeur :

– Attendez, vous êtes en train de me dire que Naxxya va jouer demain après-midi contre l’équipe de Matheson !?

– C’est malheureusement notre seule gardienne valable, déplore William, donc oui, elle va jouer.

– Pourquoi ça poserait un problème ? s’inquiète Aelita.

– ...Elle ne vous a pas dit pourquoi elle a dû changer de lycée ? devine Sam.

– Pas vraiment, répond Jérémie. D’après mes infos, elle aurait été renvoyée à la suite d’un « incident » avec un autre élève, mais je ne sais pas de quoi il s’agit précisément.

– Et toi, tu sais ce qui lui est arrivé ? interroge Sissi en se tournant vers l’ancienne élève de Matheson.


Samantha hésite un instant, puis elle se décide à leur raconter ce qui s’est passé.





* * *





Un an plus tôt, au collège-lycée Matheson, la sonnerie annonce la pause de 16 heures, et les élèves sortent en récréation. Comme à leur habitude, Sam et Naxxya alors en classe de seconde vont s’adosser à un arbre au fond de la cour pour écouter de la musique avec leurs lecteurs MP3 en espérant être tranquilles.

https://i.imgur.com/19Xx2Ry.jpg


La jeune fille noire s’absente pour se rendre aux toilettes ; lorsqu’elle revient, Sam découvre avec effroi qu’un groupe d’élèves de terminale a encerclé l’adolescente aux cheveux bleus pour la passer à tabac. Le chef de la bande, un grand costaud au crâne rasé prénommé de Derek, donne de violents coups de pied dans le ventre de la lycéenne déjà étendue sur le sol.

Alors que la brute secoue sa victime par les cheveux pour voir si elle est encore consciente, un petit appareil électronique tombe de la poche de celle-ci : un lecteur MP3 que le grand costaud ramasse pour l’examiner, puis il l’écrase dans sa main et laisse tomber les miettes à côte de la jeune fille mal en point avant de lui donner un dernier coup de pied au ventre.

Les autres élèves sont alors surpris en voyant que malgré ses blessures, Naxxya tente misérablement de reconstituer d’une main fébrile les morceaux de son appareil éparpillés sur le sol...

Lorsque Derek s’en aperçoit, il frappe à nouveau la jeune fille, dispersant définitivement les miettes du lecteur MP3, mais ce geste se retourne contre lui : sa victime ivre de rage se redresse brusquement pour se ruer sur lui en l’attrapant par les jambes afin de le faire tomber en arrière...

Les deux adversaires se battent sauvagement, la supériorité du grand costaud étant désormais compensée par la fureur vengeresse de l’élève de seconde qui le frappe avec tant d’acharnement que les membres de sa bande n’osent même pas intervenir...

Naxxya croit porter le coup de grâce lorsqu’elle parvient à soulever son redoutable ennemi au-dessus d’elle et à le projeter violemment contre un arbre, mais alors qu’elle craint la riposte des autres élèves car cet effort l’a épuisée, son adversaire se relève derrière elle en brandissant un couteau...

– Attention !! s’écrie Samantha.


Son amie fait volte-face et recule de justesse au moment où Derek abat sa lame sur son visage, écorchant néanmoins sa paupière et manquant de lui crever un œil...

Tandis que Naxxya s’essuie la joue et voit le sang qui dégouline sur sa main, le grand costaud la charge à nouveau :

– J’vais t’crever !! hurle-t-il dans l’intention de la poignarder avec sa lame ensanglantée.


Mais dans un éclair de frénésie, la jeune fille aux cheveux bleus intercepte la main de son agresseur et lui tord le bras dans le dos pour le déposséder de son arme, avant de lui trancher la gorge sous les cris d’horreur des élèves autour d’eux...





* * *





Au bord du terrain de football de Kadic où sont réunis les Lyoko-guerriers à qui Samantha vient de révéler le passé sanglant de la géante, un silence mêlant frisson et incompréhension s’installe.

Tandis que ses camarades se dévisagent, Jérémie déclare :

– Ça me dit quelque chose... se rappelle-t-il. Je crois qu’ils en avaient vaguement parlé dans les journaux, mais sans entrer dans les détails car ça concernait des mineurs...


Aelita, troublée mais désireuse d’en savoir davantage, interroge l’ancienne élève de Matheson :

– Qu’est-il arrivé à Naxxya après ça ?

– Ça je n’en sais rien, répond Sam. J’ai déménagé à la suite de cet incident.

– T’y crois pas ! On a une meurtrière parmi nous ! s’exclame Odd épouvanté par le récit qu’il vient d’entendre.


Le grand ténébreux s’avance vers Samantha pour mettre sa parole en doute :

– Et qu’est-ce qui nous prouve que tu n’inventes pas cette histoire dans le but de perturber notre équipe avant le match ?

– Hein ? demande la jeune fille surprise par cette accusation.

– William a raison ! poursuit Sissi. Mon père ne laisserait jamais une criminelle intégrer Kadic ! ...Ou alors il me l’aurait dit...

– Et si Naxxya avait vraiment fait ça, ajoute Yumi, elle nous en aurait parlé...


Ulrich se penche vers Jérémie :

– T’as même pas fouillé dans le dossier scolaire de Naxxya quand on l’a intégrée aux missions ?

– Bien sûr que si, confirme l’informaticien, mais je te répète qu’il n’était fait mention que de son renvoi consécutif à un « incident avec un autre élève » sans donner plus de détails. Et ça ne m’a pas semblé si étrange, parce que dans le dossier de William c’était un peu pareil, ils avaient seulement mis « problèmes de comportement » pour résumer ce que William nous a raconté plus tard : exclusions multiples pour des bagarres, actes de vandalisme, graffitis sur les murs de l’établissement, incendies volontaires pour sécher les cours, et j’en passe.

– Il va falloir que tu approfondisses tes recherches sur Naxxya, conclut le samouraï. Je veux savoir si elle nous a vraiment caché cette histoire.


La voix de la géante derrière eux les fait sursauter :

– C’est vrai, j’aurais dû vous en parler plus tôt, je suis désolée.


Ils se retournent vers Naxxya qui s’avance pour saluer Sam :

– Ça faisait longtemps, déclare l’adolescente aux cheveux bleus.

– Je vois que tu as encore grandi, constate la jeune fille à la peau noire tandis qu’elle se font la bise.


Odd n’en revient toujours pas :

– Alors t’as vraiment... trucidé ce « Derek » !?

– Plus ou moins, répond la géante en baissant les yeux.

– Désolé de te demander ça, mais pourquoi t’es pas en prison ? poursuit le félin.


Naxxya désigne la cicatrice de part et d’autre de son œil gauche :

– Légitime défense.


William fronce les sourcils :

– Attends, tu leur as simplement montré ta cicatrice et ils t’ont laissée rentrer chez toi ?

– J’avais un bon avocat, précise-t-elle. Il a passé des heures à démontrer que c’est Derek qui a sorti une lame et qu’il m’aurait poignardée si je ne m’étais pas défendue. Après, on m’a accordé quelques circonstances atténuantes, comme quoi j’étais mineure au moment des faits, orpheline de naissance, scolarisée dans un établissement réputé pour sa violence quotidienne... Je m’en suis donc sortie avec quelques mois de Travaux d’Intérêt Général, ainsi que l’obligation de changer de lycée à la rentrée suivante et de consulter un psy une fois par mois.


Ses camarades restent perplexes quelques secondes, puis Odd se jette dans les bras de Naxxya :

– J’ai toujours su que tu étais innocente ! Les autres ne voulaient pas me croire mais au fond de mon cœur je le savais !

– Euh, Odd... intervient Sissi toujours troublée. Techniquement elle est pas innocente, elle a quand même tué un mec, hein ?


Le félin relâche son étreinte pour répondre à la fille du proviseur :

– Bof, l’histoire n’était pas très claire, et puis ça m’a donné faim quand elle a parlé d’avocat.


Après un moment de réflexion, Ulrich finit par s’adresser à Naxxya :

– Tu sais, si tu préférais ne pas jouer ce match, on comprendrait.

– Non, ne vous en faites pas, ça va aller... insiste la géante qui tient à disputer cette rencontre.

– T’en es sûre ? insiste Sam visiblement préoccupée. Les mecs d’en face ne vont pas être aussi contents que moi de te revoir...


Naxxya se tourne vers elle et lui sourit :

– Tu me répétais souvent que tu ne serais pas toujours là pour me protéger... lui rappelle-t-elle. Eh bien je crois que c’est l’occasion pour moi de te prouver que je peux me défendre seule désormais.


Sam lui sourit à son tour, puis le samouraï s’exclame :

– Allez, en place tout le monde ! On reprend l’entrainement !


William prend Ulrich par l’épaule pour lui parler en privé :

– T’es sérieux ? C’est tout ce que ça te fait ?

– Qu’est-ce que tu veux dire ?

– On vient d’apprendre que Naxxya a un cadavre sur la conscience, et toi, tu veux juste reprendre l’entrainement comme si de rien n’était ? Et avec elle, en plus ?

– Si ça peut te rassurer, l’informe le capitaine de l’équipe de football, Jérémie est déjà en train de vérifier son histoire. Et si elle nous a dit la vérité, ce n’est pas à nous de la juger : on a tous fait quelques erreurs de parcours, plus ou moins graves, tu es bien placé pour le savoir...

– Et si elle a menti ? réplique le grand ténébreux. Si elle n’était pas en état de légitime défense ? Ou si son histoire était bidon depuis le début ?

– Alors on agira en conséquence, affirme le samouraï. Mais pour l’instant, j’aimerais que tu arrêtes de penser à ça et que tu te concentres sur le match. Tu trouves peut-être que je ne réagis pas assez, mais moi je trouve que tu réagis trop.


William lève les yeux au ciel mais finit par obtempérer :

– Très bien, comme tu voudras ! conclut-il en allant se replacer. N’empêche, je l’ai toujours dit que cette fille n’était pas nette !





* * *





Le soir, dans la chambre de Sissi, la fenêtre ouverte laisse entrer une ombre menaçante, mais la fille du proviseur ne s’en méfie pas :

– Il faut que tu arrêtes de passer par ma fenêtre, c’est dangereux.

– Seulement pour les trouillards qui ont le vertige, répond le grand ténébreux en enlaçant son amoureuse.


Ils s’allongent sur le lit, et William demande :

– Alors ? Tu as interrogé ton père ?


Sissi repose sa tête sur le torse de son partenaire :

– Je comptais le faire, mais j’ai changé d’avis.

– Ah bon ? s’étonne le lycéen déçu. Tu ne veux pas savoir comment il a pu laisser Naxxya s’inscrire à Kadic en sachant ce qu’elle avait fait dans son ancien lycée ?

– À vrai dire, je crois que je connais déjà la réponse : selon mon père, Kadic doit rester un établissement tranquille mais en donnant sa chance à chaque élève. Il peut donc exclure les perturbateurs qui ne respectent pas le règlement intérieur, mais il ne refusera jamais d’intégrer un élève qui veut s’inscrire à Kadic. Pour favoriser l’intégration des élèves au passé « difficile », leurs antécédents restent confidentiels, et tant qu’ils se tiennent à carreau il n’y a pas de raison de les renvoyer. Au contraire, mon père considère cela comme une réussite. D’ailleurs, si Kadic ne donnait pas sa chance à tout le monde, Naxxya n’en ferait pas partie ça c’est sûr, mais peut-être que toi non plus...


William n’est pas convaincu :

– Il y a quand même une grande différence entre tout ce que j’ai pu faire et ce qu’elle a fait ce jour-là...


Sissi lui sourit :

– D’ailleurs je voulais te demander : la pire bêtise de ta scolarité, c’était quoi ?

– La pire ? Laisse-moi réfléchir... Peut-être en quatrième, quand j’ai fait exploser un pot de peinture dans la salle des profs.

– Hein !? s’exclame la fille du proviseur. Mais qu’est-ce qui t’a pris de faire un truc pareil ??

– J’étais en guerre contre le prof de chimie, il avait déchiré mon devoir devant toute la classe parce que je n’avais pas souligné les résultats en rouge, alors le lendemain j’ai ramené un pot de peinture ainsi qu’un énorme pétard artisanal, et je lui ai repeint toute la salle des profs en rouge.


Sissi éclate de rire :

– T’es vraiment pas croyable !

– Et le mieux, fanfaronne William, c’est que je n’ai pas eu la moindre punition pour ça vu qu’ils n’ont pas réussi à prouver que ça venait de moi !

– Et quand ils t’ont viré alors ? reprend Sissi. Tu avais vraiment collé des affiches partout dans ton bahut, y compris sur la voiture de ton proviseur ?

– Oui, c’était l’année suivante, confirme le grand ténébreux. J’avais fait des photomontages de mes profs pour les afficher en couples, ça a bien fait rire tout le monde mais cette fois je me suis fait pincer et j’ai été renvoyé.


Sissi fronce les sourcils :

– Mais c’était pas des déclarations d’amour alors !

– Quoi donc ?

– Les affiches ! répond la jeune fille car William avait toujours affirmé qu’il avait été renvoyé pour avoir affiché des déclarations d’amour partout dans son établissement.

– Ben si, en quelque sorte ! plaisante-t-il. Bon, la vérité c’est qu’au départ j’avais écrit une lettre d’amour à une fille qui me plaisait, mais mon « cher » prof de chimie a intercepté ma lettre et l’a affichée au tableau pour que toute la classe se moque de moi, et bien sûr la fille qui me plaisait s’est mise à m’éviter. Alors pour me venger, j’ai fait les photomontages et je les ai affichés partout. C’était légitime comme vengeance, non ?

– Ça reste du vandalisme ! rétorque l’adolescente malgré les rires que lui procurent les histoires de son amoureux.

– Au moins, tout ce que j’ai fait était amusant ! se défend William. Et ça n’a jamais fait de moi un criminel, contrairement à ce qu’a fait Naxxya...

– Justement, poursuit Sissi, ça va te sembler bizarre mais personnellement, même en sachant ce qu’elle a fait l’année dernière, je n’arrive pas à considérer Naxxya comme une « criminelle ». Après tout ce qu’on a traversé ensemble ces derniers mois, je pense la connaitre suffisamment pour pouvoir affirmer qu’elle regrette profondément ce qu’elle a fait ce jour-là, alors elle ne pourra jamais recommencer. Elle est un peu comme une gamine qui s’en veut d’avoir fait une très grosse bêtise, au point que même si c’est elle qui l’a commise, c’est aussi elle-même qui en est ressortie traumatisée.


William n’est pas de cet avis :

– Tu t’es attachée à elle parce qu’elle est plutôt sympa en temps normal, mais est-ce que tu l’as déjà vue quand elle est énervée ? Je veux dire, vraiment énervée ?


Sissi marque une pause avant de répondre :

– Oui, une seule fois. Tu étais là aussi. Je venais de dévirtualiser Odd qui risquait de mourir dans le monde réel, et j’étais prête à me sacrifier pour Xana. Naxxya aurait pu m’arracher la tête, mais malgré mes provocations, elle n’a pas pu s’y résoudre.


Le grand ténébreux rectifie :

– Ulrich a dévirtualisé Naxxya juste à temps pour l’empêcher de te faire du mal, mais sans son intervention, elle aurait certainement fini par te détruire !

– Non. Je l’ai lu dans ses yeux. Elle était enragée, elle me menaçait et elle refusait de me lâcher, mais elle ne pouvait pas se résoudre à me détruire... Elle ne s’est jamais pardonnée d’avoir exécuté son pire ennemi, alors comment pourrait-elle faire du mal à ses amis ?

– Tu la défendras toujours, hein ? soupire William en souriant.


Sissi l’embrasse :

– Et toi, tu te chamailleras toujours avec elle ? s’esclaffe-t-elle.

– Possible... admet William en se levant du lit. Mais de toute façon, ce n’est même pas à nous de choisir si elle peut rester ou non dans le groupe. Les autres vont encore prendre la décision sans nous demander notre avis.


La fille du proviseur se lève à son tour et écarquille soudain les yeux comme si elle avait vu un fantôme :

– Ta... ta main !


La main gauche de William devient brusquement transparente et se met à grésiller de manière inquiétante...

Il s’empresse de la cacher dans sa poche et de rassurer sa camarade :

– Ne t’en fais pas, ça me fait ça parfois, entre deux virtualisations. Jérémie doit juste corriger un petit bug qui survient de temps en temps, mais rien de grave.


Sissi le prend par le bras pour ressortir sa main de sa poche, mais celle-ci est redevenue normale...

– Tu vois ? reprend William en souriant. Pas besoin de t’inquiéter.


La jeune fille reste troublée par ce qu’elle vient d’entrevoir :

– William, jure-moi qu’il ne s’agit pas d’un truc grave !?


Le grand ténébreux évite désormais de croiser le regard de son amoureuse :

– Je me sens bien, je t’assure. Jérémie est sur le point de localiser le Sixième Territoire. Bientôt, Xana sera anéanti, et tout rentrera dans l’ordre.


Il se retourne vers Sissi et s’aperçoit qu’elle retient ses larmes, alors il la serre à nouveau contre lui :

– Ça va aller, fais-moi confiance...





* * *





Pendant ce temps, Aelita regagne sa chambre et se jette sur son lit. Allongée dans le lit d’à côté, Naxxya lit une bande dessinée.

La jeune fille aux cheveux roses finit par lui demander :

– Pourquoi tu ne nous en as pas parlé plus tôt ?


La géante referme sa BD :

– J’avais peur de votre réaction. Peur que vous me rejetiez. Je sais que c’est facile de dire ça après coup, mais je ne voulais pas risquer de vous perdre... Quand j’ai appris que Sam avait déménagé, j’en ai vraiment souffert... C’était ma meilleure amie, on partageait tout, et je pensais que jamais je ne pourrais retrouver quelqu’un comme elle... Puis je vous ai rencontrés... J’ai réussi à me sentir bien à nouveau, à recouvrer un peu de cette harmonie que je partageais autrefois avec Sam, et c’est pour ça qu’aujourd’hui, j’essaye de faire ce qu’il faut pour ne pas vous décevoir... Vous m’avez fait confiance, vous m’avez laissée découvrir Lyoko. Alors quand vous m’avez demandé d’être pom-pom girl avec vous, j’ai accepté. Quand vous m’avez demandé de jouer dans l’équipe de foot avec vous, j’ai accepté. Et si demain vous me proposez de partir faire le tour du monde avec vous, j’accepterai. Où que vous alliez, je serai prête à vous suivre.

– Et si nous empruntons un mauvais chemin, rétorque Aelita, est-ce que tu nous suivras toujours ?

– Oui, toujours, confirme aussitôt Naxxya, parce que je crois que tant que nous resterons unis, aucun obstacle ne sera insurmontable.

– Et voila, conclut sa colocataire poussant un soupir de déception. C’est tout le problème avec les « suiveurs » : ils préfèrent rester unis dans l’erreur plutôt que de s’élever contre elle au nom de la raison. Et quand ils reconnaissent enfin leur erreur, il est déjà trop tard, et leur seule justification est d’avoir aveuglément obéi aux ordres. Si vraiment tu ne veux plus jamais avoir de sang sur les mains, j’espère que tu sauras te forger tes propres convictions avant que n’éclate la prochaine guerre...


Naxxya reste sans voix. Elle ne s’attendait pas à ce qu’Aelita lui renvoie son plus grand défaut en pleine figure, et surtout, avec une telle violence historique à peine déguisée derrière des paroles d’un calme troublant.

La jeune fille aux cheveux roses finit par reprendre :

– Quoi qu’il en soit, tu aurais dû nous en parler.


La géante concède ce point :

– D’accord : à partir de maintenant, je ne vous cacherai plus rien, tu peux me poser n’importe quelle question.


L’adolescente aux cheveux roses sourit :

– Vraiment ? N’importe quelle question ?

– N’hésite pas.

– Même embarrassante ?

– Si tu veux.


Pour mettre sa camarade de chambre à l’épreuve, Aelita commence par une question vraiment gênante :

– Alors... t’as vraiment couché avec Yumi ?


Naxxya réfléchit un instant avant de répondre :

– Oui et non.

– C’est pas une réponse ça ! rétorque l’interrogatrice insatisfaite.

– ...On a effectivement eu une relation si c’est ce que tu veux savoir, mais tu sais très bien que Yumi n’était pas du tout dans son état normal, et que sans ce bug qui lui a déréglé le cerveau elle n’aurait jamais trompé Ulrich, donc ça ne compte pas vraiment. Et puis, en venant dans notre chambre ce jour-là, Yumi m’a d’abord demandé si je savais où tu étais, donc c’était sans doute toi qu’elle convoitait au départ...


Aelita est abasourdie par cette révélation :

– Waow... Yumi voulait... D’accord... Euh... à toi maintenant !

– De ...?

– De me poser une question ! C’est plus rigolo si on en pose une chacun son tour !


Naxxya hésite :

– J’ai bien une question à te poser, mais je ne sais pas si...

– Allez, jette-toi à l’eau ! l’encourage sa camarade. Ce soir on se dit tout !

– ...Qu’est-il arrivé à ta mère ?

– Ma mère ? s’étonne la jeune fille aux cheveux roses qui ne s’attendait pas à être interrogée sur ce sujet.

– Parfois, je t’entends parler d’elle dans ton sommeil...


Aelita redresse son oreiller et raconte :

– Ça s’est passé il y a très longtemps, avant mon séjour sur Lyoko. J’étais très jeune à l’époque, mes souvenirs sont flous. Je fêtais Noël avec mes parents dans un chalet isolé en montagne, tout était recouvert de neige. Un soir où je jouais dehors, les...


L’oratrice se tient la tête et ferme les yeux pour s’efforcer de rassembler ses souvenirs :

– ...Les loups se sont mis à hurler, comme pour nous prévenir qu’un danger arrivait... des hommes en noir sont sortis de nulle part, et ont enlevé ma mère sous mes yeux... je ne sais pas comment je m’en suis sortie... les loups... ils me faisaient peur, mais je crois qu’ils m’ont protégée... je n’ai plus jamais revu ma mère...


La géante reste silencieuse, et Aelita termine son récit :

– Plus tard, d’autres hommes en noir nous ont retrouvés mon père et moi à l’Ermitage afin de nous enlever aussi, alors pour leur échapper, mon père m’a emmenée à l’usine et nous a virtualisés sur Lyoko. Mais Xana a échappé à son contrôle, devenant une menace pour nous et pour le monde réel, alors mon père a été obligé d’éteindre le supercalculateur. C’est ainsi que Lyoko s’est retrouvé « en veille » pendant des années. Xana, mon père, et moi sommes restés inconscients durant tout ce temps, jusqu’à ce que Jérémie trouve le supercalculateur et le rallume.
De nouveau en action, Xana a lancé des attaques sur Terre, et a développé son intelligence artificielle et sa puissance virtuelle, au point que même l’extinction du supercalculateur ne suffit plus à le neutraliser. De toute façon, Jérémie voulait me sauver à tout prix, et il refusait donc d’éteindre le supercalculateur. On a combattu Xana pendant des mois, jusqu’à une quasi-victoire l’année dernière lors de laquelle nous avons cru vaincre Xana et perdre mon père en même temps, mais mon père avait prévu un moyen de rester en vie, et Xana en a profité pour survivre lui aussi.
Après notre triomphe mitigé, on a éteint le supercalculateur, car on pensait que Xana était anéanti et que mon père était mort. Mais à la fin des vacances d’été, j’ai commencé à éprouver l’étrange sentiment qu’il était toujours en vie... Une nuit, j’ai rêvé de lui, de ce qu’il m’avait demandé le jour où il a été obligé d’éteindre Lyoko : ne jamais l’oublier. C’est pourquoi, même si on le croyait mort, et même si on s’était promis de ne plus jamais rallumer le supercalculateur, je devais d’abord respecter une promesse plus ancienne : celle de ne jamais oublier mon père. J’ai donc rallumé le supercalculateur dans l’espoir de le retrouver, et si on a effectivement obtenu la preuve que mon père était vivant, on a malheureusement découvert que Xana avait survécu lui aussi, très affaibli mais avide de retrouver toute sa puissance. Alors on a décidé d’aller jusqu’au bout de la mission, d’éliminer Xana une bonne fois pour toutes, et de ramener mon père sur Terre. La suite, tu la connais déjà.


Naxxya reste émerveillée par l’histoire d’Aelita :

– C’est quand même incroyable de savoir que vous avez fait tout ça, et que jamais personne ne sera au courant.


L’ange de Lyoko lui sourit :

– C’est drôle, Jérémie a dit la même chose quand on a décidé d’éteindre le supercalculateur l’an dernier. À moi de te poser une question, et désolée d’être aussi directe : qu’est-ce qui t’est passé par la tête quand tu as tué ce garçon dans ton ancien lycée ?


Comme à chaque fois que ce sujet est abordé, la géante est embarrassée de devoir se replonger dans ses souvenirs, mais le regard insistant d’Aelita l’oblige à reconstituer les faits.

Naxxya prend donc une profonde inspiration :

– Tout d’abord, il faut savoir que les bagarres étaient monnaie courante à Matheson. La mauvaise réputation de cet établissement n’était pas exagérée : à force de se faire virer de leurs différents bahuts, les élèves les plus violents des alentours se sont regroupés à Matheson pour pouvoir s’affronter sans que personne ne vienne les en empêcher, car si quelqu’un avait dénoncé la moindre bagarre aux adultes, il se serait fait massacrer par tout le monde ensuite.
Dans ce contexte violent, j’ai rencontré Samantha. Elle cherchait une adversaire à sa taille, et bien qu’à l’époque je ne m’étais encore jamais battue, j’étais déjà très grande donc elle a décidé qu’il fallait absolument qu’on se batte l’une contre l’autre. Mais j’arrivais à peine à la toucher car elle était trop rapide, et elle ne parvenait pas à me mettre KO car j’étais trop solide, alors comme on était camarades de chambre, on a fini par devenir amies.
Ensuite, Samantha m’a appris tout un tas de choses essentielles pour survivre à Matheson : comment se battre, comment éviter de se battre, comment se faire respecter, comment se faire oublier. Au début, chacun se battait pour soi, en voulant être le plus fort, mais au bout d’un moment, des bandes se sont formées car certains élèves étaient imprenables en un contre un. Les groupes rivaux se sont mis à recruter de plus en plus de membres par la force, dans le but de devenir la faction la plus nombreuse, et bientôt, chaque élève du bahut s’est retrouvé affilié à l’une ou l’autre des bandes organisées, à moins d’être assez fort individuellement pour rester indépendant comme ce fut le cas pour Sam et moi. On s’est souvent battues à deux contre vingt, et parfois on a même donné un coup de main à d’autres indépendants rien que pour énerver les groupes organisés.
Matheson a alors trouvé un certain équilibre car aucune faction n’était assez dominante pour vaincre les autres, jusqu’à l’arrivée de Derek Rourk. Ce n’était pas le premier grand costaud à débarquer avec l’ambition de conquérir le bahut, et tous ceux qui avaient essayé avant lui étaient tombés de haut car l’établissement comptait de nombreux combattants extrêmement forts, mais Derek était différent : surpuissant comme un indépendant, et avide de pouvoir comme un chef de faction. Dès son premier jour, il a créé sa propre bande. Avant la fin de la semaine, la moitié de Matheson était sous ses ordres, et les principaux chefs restants ont dû former une alliance pour le contrer.
  Habituellement, Sam prenait un malin plaisir à calmer les nouveaux combattants un peu trop ambitieux, or cette fois elle m’a clairement demandé d’éviter Derek. Mais un jour, alors qu’on ne s’y attendait pas, il est venu en personne s’occuper de nous, en commençant par moi. Quand Sam s’est absentée aux toilettes, Derek et ses soldats en ont profité pour m’encercler au fond de la cour. Franchement je n’ai rien pu faire : il m’a défoncée sans l’aide de ses sbires, et Sam aurait certainement connu le même sort que moi si Derek n’avait pas commis l’erreur de bousiller mon lecteur MP3. Ça m’a mise hors de moi, je ne sais pas trop comment j’ai fait mais je me suis relevée pour me jeter sur Derek et je lui ai rendu ses coups. J’ai même cru que j’avais réussi à le vaincre quand je l’ai soulevé pour le jeter contre un arbre, sans voir qu’il s’était relevé et qu’il avait sorti un couteau, chose totalement interdite dans les bagarres de Matheson car ça risquait de dégénérer et d’attirer l’attention des forces de l’ordre. Mais Derek s’en fichait désormais, il voulait juste me faire la peau. Si Sam n’avait pas crié juste à temps pour m’avertir du danger, je ne serais peut-être plus là pour en parler. Il m’a tout de même écorché le visage, et lorsque j’ai vu le sang couler sur mes mains, mon instinct de survie a pris le dessus sur ma raison.
À partir de là, tout est allé très vite : Derek s’est à nouveau jeté sur moi pour me poignarder avec sa lame, mais en une fraction de seconde, j’ai visualisé tous les mouvements à effectuer pour intercepter mon agresseur, le désarmer, lui bloquer le bras dans le dos et lui trancher la gorge. J’ai machinalement reproduit cet enchaînement d’actions qui s’était dessiné dans ma tête, et l’instant d’après, le corps ensanglanté de Derek gisait au sol. Les cris des élèves autour de moi m’ont fait retrouver mes esprits et j’ai aussitôt lâché le couteau, mais c’était déjà trop tard. Je venais de commettre un crime que je ne pourrais jamais réparer.



Aelita prend un moment pour digérer le long récit de Naxxya, puis elle déclare :

– Effectivement, le contexte est particulier. Je n’aurais pas aimé grandir dans la jungle que tu as décrite.

– Ça n’excuse pas ce que j’ai fait, précise la géante, mais ça aide à comprendre comment on en est arrivé là, au terme d’une absurde escalade de violence et de fierté.

– Je me doutais bien que l’origine d’un tel drame ne pouvait pas se résumer à un simple lecteur MP3, commente ironiquement sa colocataire.

– C’était... C’était un cadeau de Sam... se justifie Naxxya.

– Je vois... Derek devait se douter que tu tenais beaucoup à elle...


La géante hoche la tête :

– Le pire, c’est qu’elle m’avait dit de faire attention, de ne pas affronter Derek si elle n’était pas avec moi... Elle m’avait dit qu’il essayerait sûrement de me provoquer, moi je ne voyais pas pourquoi car c’était elle qui dirigeait notre équipe donc il aurait dû s’en prendre à elle, et pourtant... Depuis le premier jour, elle le soupçonnait de s’être inscrit à Matheson dans le but de s’attaquer à moi... Et avec le recul, je crois qu’elle avait raison, il devait avoir une raison précise pour vouloir m’affronter, mais comme il est mort, on ne la connaitra sans doute jamais...


Aelita plisse les yeux :

– À propos de Samantha, elle a quand même une assez grande part de responsabilité dans ce que tu as fait, puisque les flashs que tu as visualisés dans ta tête juste avant d’exécuter Derek provenaient certainement de ce qu’elle t’avait appris.


Naxxya secoue la tête :

– Sam m’a appris entre autres à jouer de la batterie, à vaincre les boss des jeux vidéo, et à me battre contre les élèves qui cherchaient le combat, mais pas à me servir d’une arme tranchante ni à désarmer un agresseur qui tente de me poignarder. Honnêtement, je n’ai jamais compris d’où me sont venus ces flashs. J’en ai déjà discuté avec Yolande, elle pense que ces visions sont probablement issues de la violence médiatique contemporaine, d’un film ou d’un jeu vidéo dont se serait inspiré mon « subconscient » ou quelque chose comme ça. Elle a peut-être raison, mais ces visions semblaient si précises...

– En tout cas, reprend Aelita qui retrouve le sourire, c’est pas sur Lyoko que tu trouveras des scènes aussi violentes : les avatars virtuels ne saignent pas ! Allez, une dernière question chacune et après on dort. À ton tour !

– Ah ! Alors euh... pour changer de sujet... comment tu as su que tu étais amoureuse de Jérémie ?


Aelita lève les yeux en souriant :

– Ben déjà, dès la première fois où je l’ai vu en vrai, je l’ai trouvé « mignon » physiquement, mais ce qui compte, ce sont surtout nos soirées passées à discuter. Même si Jérémie est assez timide, j’aime quand il me parle, je me sens bien avec lui. J’ai vraiment l’impression qu’il me comprend. Depuis qu’on s’est rencontrés, il a toujours été là pour moi, et c’est pour ça que j’aime tellement passer du temps à ses côtés. Et puis, j’adore ressentir son amour pour moi malgré sa timidité qui l’empêche souvent de me déclarer ses sentiments et qui contraste avec son incroyable intelligence. D’ailleurs, on partage la même passion pour l’informatique de haut niveau, on se comprend facilement, on progresse ensemble... Enfin bref, c’est un peu de tout ça à la fois, mais même en essayant de trouver des raisons précises, ça ne s’explique pas vraiment : disons qu’à force de côtoyer Jérémie, je me suis mise à éprouver une irrésistible envie de l’embrasser quand on est tous les deux, et c’est là que j’ai compris que j’étais amoureuse de lui...


N’osant pas en dire davantage, elle trouve une manière habile de renvoyer la balle :

– ...Attends une seconde, pourquoi tu poses cette question ?

– Heu... Comme ça, juste pour savoir... balbutie Naxxya d’un air innocent.

– Mon œil ! reprend Aelita en riant. « Comment on sait quand on est amoureuse ? », c’est typiquement le genre de question qu’on pose quand on pense être soi-même amoureuse ! J’ai posé quasiment la même question à Yumi quand j’ai commencé à éprouver l’envie incontrôlable d’embrasser Jérémie !


La géante reste muette, mais sa colocataire ne la lâche pas :

– Laisse-moi deviner : dans ton entourage, il y a quelqu’un qui fait battre ton cœur tellement vite que tes mains tremblent légèrement et tu as du mal à parler quand il est près de toi ou quand tu penses à lui. Corrige-moi si je me trompe, tu es irrésistiblement attirée par lui et tu ne sais pas vraiment pourquoi !

– ...Ouais, répond Naxxya en s’asseyant sur le bord de son lit.

– Félicitations, tu es amoureuse ! conclut Aelita en riant.

– Ah... D’accord...

– Alors ? C’est qui ? questionne l’ange de Lyoko avec intérêt.

– C’est qui quoi ?

– De qui es-tu amoureuse !? reformule sa colocataire.

– Nan mais « amoureuse », tout de suite les grands mots...

– N’essaye pas de te défiler ! la menace Aelita. Tu as dit que je pouvais te poser n’importe quelle question ! Alors !? Qui est donc cette personne qui fait battre ton cœur !?


Naxxya baisse les yeux :

– Odd...

– Haha ! Quelle surprise ! s’esclaffe la jeunne fille aux cheveux roses.

– Ben quoi ? s’étonne la géante vexée.

– Ça crève les yeux que vous vous tournez autour ! Vous attendez quoi pour conclure !?

– Ben je sais pas, rétorque Naxxya. Tout le monde a l’air de dire qu’il n’a jamais hésité à aborder les filles qui lui plaisaient, du coup s’il ne m’a pas déjà abordée, peut-être que je ne lui plais pas tant que ça...

– Ou peut-être qu’il n’ose pas t’aborder simplement parce que tu l’intimides ! suggère Aelita toujours hilare.

– Tu crois ? s’inquiète la géante.

– Ça, tu ne le sauras que si tu prends le risque de l’aborder toi-même !

– Hein !? s’étrangle Naxxya rouge comme une tomate. Nan mais nan ! Je peux pas l’aborder !

– Et pourquoi pas ? renchérit sa colocataire qui s’amuse de l’incertitude émotionnelle dans laquelle se trouve la géante.

– Ben heu... bredouille la grande lycéenne aux cheveux bleus. Déjà, je saurais même pas quoi lui dire...


Aelita éclate de rire :

– Pourtant vous passez déjà pas mal de temps à discuter tous les deux il me semble ! lui rappelle-t-elle car elle voit souvent le félin et sa grande amie fourrés ensemble.

– Oui mais on discute de trucs normaux, de jeux vidéo ou de musique... précise Naxxya. J’oserais jamais lui dire que quand je le vois je... enfin, qu’il me plait quoi...

– Ben si vraiment t’as peur de te mettre à bégayer au moment de lui déclarer ta flamme, pas besoin de lui parler : il te suffit de le surprendre !

– De le « surprendre » ? répète la géante perplexe.

– C’est facile, regarde...


Aelita saisit le visage de Naxxya et l’embrasse par surprise.

– Je vois... déclare Naxxya figée en rougissant jusqu’aux oreilles. Mais... c’est pas un peu trop direct comme technique ?

– Peut-être, mais ça marche ! lui assure son espiègle colocataire. Demande donc à Jérémie.

– Ah c’est comme ça que tu l’as...

– Bon allez, il faut dormir ! la coupe son amie. Demain, t’as un match. Bonne nuit !

– Bonne nuit. ...Et merci pour tes conseils.


Mais au lieu de se coucher, Aelita se dirige vers la porte.

– Ben ? Tu sors ? s’étonne Naxxya.


La jeune fille aux cheveux roses lui répond avec un sourire malicieux :

– Oui, tu m’as donné envie d’aller voir Jérémie. Dors bien.







Scène coupée : Le Conseil des Anciens


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Dernière édition par Nelbsia le Dim 22 Nov 2020 11:29; édité 2 fois
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Nelbsia MessagePosté le: Lun 17 Aoû 2020 19:50   Sujet du message: Répondre en citant  
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(2/2)

Scène coupée : Le Conseil des Anciens



Sans faire de bruit, Aelita descend à l’étage des garçons et s’introduit dans la chambre de son amoureux, puis elle referme la porte derrière elle en laissant la lumière éteinte.

Elle s’assoit par terre entre Jérémie et Yumi pour compléter le cercle des cinq Lyoko-sauveurs d’origine, avant de déclarer à voix basse :

– La troisième réunion du Conseil des Anciens peut commencer.


Odd allume la lanterne électrique posée au milieu pour éclairer leurs cinq visages dans l’obscurité, puis l’informaticien se racle la gorge et prend la parole sur un ton solennel :

– Mes amis, l’objectif final de notre quête n’est plus très loin, mais les dernières épreuves qui nous attendent seront redoutables. La puissance et la fourberie de notre ennemi restent imprévisibles, le danger nous accompagnera jusqu’au bout. Je vous ai donc réunis ce soir pour que nous choisissions qui pourra se joindre à nous, et qui ne le pourra pas.


Jérémie ouvre son ordinateur portable sur ses genoux :

– Pour chaque recrue, vous devrez vous prononcer sur sa participation aux missions qui nous restent à accomplir, en choisissant l’un de ces trois avis : « Pour » si vous souhaitez que la recrue participe, « Réserve » si vous avez un doute ou si vous préférez que la recrue reste en renfort au labo pendant les missions, et « Contre » si vous vous opposez catégoriquement à sa participation. Une voix Contre est éliminatoire. En l’absence de voix Contre, la participation est déterminée par la majorité de Pour ou de Réserve. Pour ma part, je ne me prononcerai qu’afin de départager une éventuelle égalité. Je répète qu’une voix « Contre » est éliminatoire, alors ne la formulez pas à la légère.


Il tourne ensuite l’écran de son PC face à ses camarades pour leur montrer une photo de William, puis il les interroge tour à tour :

– Aelita ?


Celle-ci hoche la tête en signe d’approbation :

– Pour.

– Yumi ?

– D’après ce que vous nous avez révélé, répond la Japonaise, William va disparaître à moins qu’on arrive à détruire Xana. Il est hors de question qu’on l’empêche de se battre pour sa propre survie. William vient avec nous.

– Ulrich ?

– Pareil.

– Odd ?

– William est un bon pote, bien sûr qu’il vient ! Quatre voix Pour, zéro avis de Réserve, zéro voix Contre.


Jérémie passe à la photo suivante, révélant le portrait de Sissi :

– Aelita ?

– Oui.

– Yumi ?

– Sissi a fait des progrès impressionnants, et ses pouvoirs de guérison nous sont devenus indispensables. On ne pourra pas se passer d’elle.

– Ulrich ?

– On a combattu pendant des années sans la possibilité de se soigner, donc s’il le faut, on doit pouvoir se passer de notre « Lyoko-guérisseuse ». Je pense que la vraie question est de savoir si Sissi pourra garder son sang froid face à ce qu’on rencontrera sur le Sixième Territoire, sachant que nous-mêmes, nous ne savons pas ce qui nous attend là-bas. Je veux bien qu’on propose à Sissi de nous accompagner en la prévenant que le risque est grand, mais si elle hésite, il vaut mieux qu’elle ne vienne pas.

– Odd ?

– Sissi est une tigresse, elle ne nous abandonnera pas ! Et si ça devient vraiment chaud, William la protégera de toute façon. Trois Pour, une Réserve, zéro Contre.


L’informaticien passe à la dernière photo, celle de Naxxya :

– Tout d’abord, je dois vous faire part des résultats de mes recherches. La bonne nouvelle, ainsi que la mauvaise, c’est que Naxxya nous a dit la vérité : avant d’intégrer Kadic, elle était scolarisée à Matheson avec Samantha. Au cours d’une des fréquentes bagarres de cet établissement, son adversaire l’a blessée au visage avec un couteau, puis Naxxya a retourné l’arme de son agresseur contre lui et il ne s’est pas relevé. Le tribunal a retenu la légitime défense et le parcours sans histoire de l’accusée, ainsi que l’environnement violent qui caractérise Matheson, déjà pointé du doigt auparavant mais l’enquête a révélé que c’étaient les élèves eux-mêmes qui dissimulaient leurs activités de combats organisés. Bref, Naxxya a fait ce qu’elle a fait, et elle nous a caché ce secret jusqu’à aujourd’hui. À présent, il faut décider de son sort au sein de notre équipe.


Jérémie marque une courte pause pour que chacun intègre ces dernières informations, puis il se tourne vers sa voisine de droite :

– Aelita ?

– J’ai discuté avec Naxxya ce soir, elle m’a tout expliqué en détails, et même si ce n’est pas forcément de bon augure, elle nous suivra jusqu’en enfer. Bref, elle m’a convaincue : elle tient beaucoup à nous, et personnellement, je tiens beaucoup à elle. Je vote Pour.

– Yumi ?

– Après tout ce qu’on a vécu avec Naxxya, je suis partagée. D’un côté, elle s’est toujours montrée soucieuse de faire correctement tout ce qu’on lui demandait, et elle était prête à nous suivre partout où notre mission nous emmènerait. Mais d’un autre côté, durant tout ce temps, elle s’est gardée de nous révéler cet horrible secret. Même si ça n’est pas directement en rapport avec nos missions, ça remet en cause la confiance qu’on peut placer en elle. Peut-on compter sur elle en sachant qu’elle nous a caché une telle chose ? Et comment savoir si c’est vraiment la seule chose qu’elle nous a cachée ? Dans le doute, j’émets un avis de Réserve.

– Ulrich ?

– Parce que notre mission doit passer avant tout le reste, j’émets seulement un avis de Réserve, mais sans la pression de Xana, dites-vous bien que j’aurais voté Contre. La force brute de Naxxya est un atout la plupart du temps, mais lorsqu’elle s’énerve, elle devient vraiment dangereuse. J’en ai été témoin sur Lyoko : après avoir vu Sissi-Méduse dévirtualiser Odd, Naxxya est devenue enragée au point qu’elle aurait fini par détruire Sissi si je n’étais pas intervenu à temps pour l’en empêcher. C’est certainement dans cet état de rage incontrôlable qu’elle a égorgé sa victime à Matheson. Emmener Naxxya avec nous sur le Sixième Territoire, c’est prendre le risque que Xana se serve d’elle contre nous dans un moment crucial.

– Pour l’instant, ça fait une voix Pour et deux avis de Réserve, note Jérémie. Odd, quelque chose de plus intéressant à dire que « c’est mon amie donc elle vient » ?

– Il se trouve que oui mon cher Einstein ! Je pensais pas que la question se posait aussi pour Sissi et William donc j’avais rien préparé pour eux deux, mais pour Naxxya, je savais non seulement que vous alliez remettre en question sa place dans notre groupe, mais en plus, je savais que les rabat-joies habituels se manifesteraient pour fustiger notre plus grande amie !
Déjà, je comprends pas pourquoi vous vous méfiez d’elle après avoir appris un truc qu’elle a fait l’année dernière et qui ne nous concerne même pas ! D’accord, ce qu’elle a fait est grave, mais est-ce que ça annule tout ce qu’elle a fait de bien avec nous ?
Yumi, tu reproches à Naxxya d’avoir gardé son secret, mais tu es probablement la seule ici à ne pas avoir de secret « grave » ! Tes secrets à toi ne concernent que ta vie privée parce que tu es une fille sage et raisonnable, mais ce n’est pas le cas de tout le monde ! Pour ma part, j’estime que les secrets « graves » ne doivent être révélés que s’ils ont une importance dans la situation qui se présente ! C’est pour cela que quand Xana est réapparu, j’ai décidé de révéler à Jérémie une grosse bêtise que j’ai faite l’an dernier, et c’est pour la même raison que Naxxya, en apprenant que la finale nous opposera à Matheson, a décidé de nous révéler le crime qu’elle a commis dans ce lycée ! Pour moi, ça prouve qu’on peut lui faire confiance !
Ensuite, concernant ce qu’a dit Ulrich comme quoi Naxxya deviendrait dangereuse quand elle pète les plombs, je n’étais ni à Matheson quand elle a égorgé l’autre élève, ni sur Lyoko quand elle a menacé d’exécuter Sissi-Méduse puisque je venais de me faire dévirtualiser, mais dans ce cas précis, le but de Naxxya était-il de massacrer Sissi ou d’essayer de me sauver ? Ulrich, imagine que Yumi ait été en danger de mort comme je l’ai été, et mets-toi à la place de Naxxya qui a vu Sissi-Méduse me dévirtualiser : n’aurais-tu pas choisi de sauver la vie de Yumi quitte à mettre en danger celle de Sissi ? Après, c’est vrai que je n’étais pas là pour voir ce qui s’est passé, donc je raisonne simplement à partir ce qu’on m’a raconté, mais pour une fois que j’ai pris la peine de réfléchir à vos arguments avant d’y répondre, réfléchissez vous aussi à tout ce que je viens de dire !


L’argumentation qu’Odd s’est efforcé d’élaborer pour défendre Naxxya surprend ses camarades qui ne le croyaient pas capable de pousser ses réflexions aussi loin, mais Aelita sait que le félin peut faire preuve d’étonnantes facultés de raisonnement lorsqu’il a un intérêt amoureux quelque part :

– On dirait qu’on a une égalité de Pour et de Réserve, déclare-t-elle. Jérémie, c’est à toi de décider si elle viendra ou si elle restera en retrait.


L’informaticien réfléchit un moment avant de donner sa réponse :

– J’ai entendu vos avis, et je pense qu’effectivement, il serait préférable que Naxxya reste au labo pendant les missions dans un premier temps.

– Quoi !? s’étrangle Odd.


Jérémie lui fait signe de se taire pour le laisser développer son propos :

– Bien que Naxxya possède des pouvoirs défensifs utiles à l’équipe, les récentes informations que nous avons apprises à son sujet semblent indiquer que notre amie est en quelque sorte une bombe à retardement. Même William, qui n’en fait pourtant qu’à sa tête par moments, sait se contenir suffisamment pour ne pas dépasser certaines limites que Naxxya ne perçoit plus lorsqu’elle explose. Comme l’a dit Ulrich, il est peut-être trop risqué d’emmener Naxxya avec nous sur le Sixième Territoire, en sachant désormais à quel point elle peut devenir incontrôlable. Elle restera donc en renfort au labo durant les prochaines missions.

– Vous ne pouvez pas lui faire ça ! s’indigne le félin qui ne s’attendait pas à ce que l’opérateur tranche en faveur de l’avis de Réserve.

– Calme-toi, lui répond Yumi. On la laisse en retrait, mais elle fait toujours partie de l’équipe.

– Dis-toi qu’elle est « remplaçante » et qu’elle reste sur le banc jusqu’à nouvel ordre, ajoute Ulrich.

– Ne t’en fais pas Odd, le rassure Aelita en compatissant à sa déception. Naxxya comprendra, elle savait ce qui l’attendait en nous révélant son secret.

– J’en suis persuadée, approuve la Japonaise.


Le chat violet est dépité :

– Je vous comprends pas ! Pourquoi vous décidez de mettre Naxxya sur le banc alors que ça crève les yeux que même si vous n’êtes plus certains de pouvoir lui faire confiance, vous l’appréciez quand même et vous êtes bien contents qu’elle fasse partie de l’équipe !

– Bien sûr qu’on l’apprécie, confirme Jérémie. Le problème n’est pas là. Il faut que tu comprennes que notre mission nous oblige à faire ce genre de choix, à prendre des risques ou à les garder en dernier recours. On ne sait pas ce que Xana nous réserve dans son repaire, et c’est pourquoi...


Odd l’interrompt en se levant d’un bond pour tenter une autre approche :

– OK, oubliez tous les arguments ! Oubliez ce que Naxxya a commis l’an dernier à Matheson, oubliez ce qu’elle a accompli avec nous cette année ! Oubliez ses pouvoirs de protectrice, oubliez sa rage destructrice ! Videz-vous la tête ! Maintenant, pensez à Naxxya, n’écoutez que votre cœur et dites-moi si OUI ou NON elle est des nôtres !?


Le samouraï soupire :

– Je me demandais combien de temps on arriverait à rester sérieux avant qu’Odd se mette à faire n’importe quoi comme d’habitude...


Aelita tente d’apaiser le félin :

– Écoute, je sais ce que te dit ton cœur lorsque tu penses à Naxxya, mais tu ne dois pas te laisser aveugler par ce que tu ressens pour elle. Rappelle-toi ce qui s’était passé avec la correspondante de Sissi.

– De toute façon la décision est prise, reprend Yumi. De plus, il se fait tard, alors si tout a été dit, j’aimerais rentrer chez moi maintenant.


Jérémie s’apprête à clore la réunion, mais Odd insiste pour prendre une dernière fois la parole :

– Vous savez, je pourrais vous menacer de ne pas venir non plus si vous refusez que Naxxya nous accompagne, mais je ne le ferai pas, car moi, au-delà de notre mission, je tiens à ce qu’on reste unis ! Toutes nos aventures sur Lyoko nous ont énormément rapprochés, et je doute que quiconque puisse prétendre connaitre une amitié aussi forte que la nôtre à notre âge ! Mais à l’approche du combat final contre notre ennemi, on dirait qu’on devient de plus en plus méfiants les uns envers les autres, parce que la moindre erreur pourrait nous coûter cher... Or la seule erreur que nous risquons de commettre pour l’instant, c’est de diviser nos forces ! Comment pouvez-vous seulement imaginer partir à l’assaut du Sixième Territoire avec une équipe incomplète !? Vous savez très bien que depuis toujours, c’est en restant unis que les humains sont parvenus à surmonter les épreuves, et c’est en restant unis que nous aussi, nous avons tenu bon jusqu’à aujourd’hui ! Si ce soir nous décidons de ne plus croire en notre amitié, alors Xana a déjà gagné !



Le discours du félin ne laisse pas ses auditeurs indifférents. En effet, la pression croissante que Xana exerce sur eux influence négativement la confiance qu’ils ont en chacun des membres de leur équipe, alors que rester soudés constitue leur meilleur espoir de remporter la victoire. Par chance, Odd n’aurait jamais pu perdre de vue cet élément essentiel à leur succès, et il a donc mis tout son cœur dans son plaidoyer pour parvenir à ouvrir les yeux de ses amis.

Après quelques instants de flottement, les regards se tournent vers Jérémie qui finit par déclarer :

– J’ai déjà pris une décision, et selon les règles du Conseil des Anciens, je ne dois pas revenir en arrière...


Le félin s’apprête à faire un scandale, mais l’informaticien termine sa phrase en souriant :

– ...sauf si vous êtes tous d’accord avec moi pour inverser la décision ?


Odd s’exclame aussitôt :

– Je vote Pour !


Aelita approuve avec le sourire :

– Pour !


Yumi et Ulrich se regardent, hochent la tête pour se mettre d’accord, et finissent par répondre d’une seule voix :

– Pour.


Jérémie referme son ordinateur :

– Alors c’est décidé, nous serons huit jusqu’au bout. Le Conseil des Anciens a parlé.






À suivre...


Dernière édition par Nelbsia le Mar 25 Aoû 2020 12:02; édité 1 fois
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Nelbsia MessagePosté le: Lun 17 Aoû 2020 19:51   Sujet du message: Répondre en citant  
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Épisode #106 : Rempart et meurtrière - Partie 2/2

Résumé de l’épisode précédent :


Alors que Jim a recruté Naxxya pour être la gardienne de but de l’équipe de football de Kadic afin de renforcer sa défense avant la finale qui les opposera au lycée Matheson, Samantha Knight, venue rendre visite à Odd, a révélé aux Lyoko-guerrier le passé sanglant de la géante aux cheveux bleus. En effet, avant que Naxxya arrive à Kadic et que Sam déménage, les deux jeunes filles étaient pensionnaires à Matheson où elles prenaient part à de violentes bagarres entre élèves qui se sont malheureusement terminées par le décès tragique d’un lycéen nommé Derek Rourk lorsque Naxxya a retourné contre lui le couteau qu’il avait sorti pour la poignarder. Bénéficiant de la légitime défense, la géante s’en était sortie avec une simple cicatrice à l’œil gauche et avait dû changer d’établissement, mais elle va bientôt faire face aux élèves de son ancien lycée lors du match de football qui oppose Kadic et Matheson, ce qui laisse craindre que de vieilles rancœurs se réveillent. Tandis que les Lyoko-guerriers ont été aussi surpris que déçus en apprenant ce que Naxxya leur avait caché, Jérémie et Aelita ont construit un nouveau Skidbladnir qui leur permettra de se rendre dans le Sixième Territoire dès qu’ils l’auront localisé afin d’aller secourir Franz Hopper. Sentant que la confrontation finale avec Xana approche, les cinq Lyoko-sauveurs d’origine ont débattu de la participation ou non de leurs trois dernières recrues aux missions qui les attendent dans le repère de leur ennemi ; l’intégration de William a fait l’unanimité, celle de Sissi également, mais le cas de Naxxya posait problème car ses amis venaient d’apprendre qu’elle leur avait caché un horrible secret, et certains craignaient donc que malgré l’utilité de la géante lors des combats, ses explosions de rage incontrôlables la rendaient dangereuse car Xana pourrait s’en servir contre eux. Odd est finalement parvenu à persuader ses coéquipiers de ne pas exclure Naxxya en leur rappelant que leur union leur a toujours permis de triompher, et que si la méfiance ou la peur les pousse à diviser leurs forces avant le combat final, alors leur ennemi a déjà gagné. Nos héros ont donc conclu qu’ils avanceraient à huit jusqu’à la fin.




Partie 2/2 : Le retour du Skid




Le lendemain, Kadic accueille la finale du tournoi de football, et les spectateurs sont venus nombreux pour assister à cette rencontre très attendue car les deux équipes en présence ont facilement éliminé leurs adversaires jusqu’à présent, ce qui promet une finale palpitante pour les départager. Matheson reste favori car la défense de Kadic s’est parfois montrée fragile, et on s’attend à ce que Matt, le brillant attaquant récemment recruté par Matheson, en profite pour donner rapidement l’avantage à son équipe. Cependant, on a appris que Kadic aurait également effectué un recrutement de dernière minute pour se doter d’une gardienne de but plus solide que ses prédécesseurs, ce qui pourrait permettre à Kadic de créer la surprise et d’équilibrer le match.

Dans les vestiaires, Jim donne les dernières consignes à ses joueurs avant le coup d’envoi :

– Je ne vais pas vous mentir, vos adversaires ne vous feront pas de cadeaux ! On va donc resserrer le bloc défensif pour jouer les contres et en contrepartie tenter de les surprendre à leur propre piège ! Stern et Dunbar, je compte sur vous pour vous démarquer pour marquer... enfin, pour sauter sur l’occasion de vous créer des occasions dès que l’occasion se présente... Bref ! Il est temps d’y aller !


Acclamés par la foule, les joueurs arrivent sur le terrain, et les deux équipes s’observent.

Dans les tribunes, Yumi, Sissi, Aelita, Jérémie et Sam sont venus assister à la rencontre :

– Je crois que les joueurs de Matheson ont reconnu Naxxya, déclare la Japonaise en observant leur comportement.

– C’était couru d’avance, répond la jeune fille noire à côté d’elle.

– Regardez un peu leurs trois défenseurs qui complotent, remarque Sissi.


Jérémie se penche vers son amoureuse pour lui chuchoter :

– N’oublie pas que la menace prioritaire reste Xana. S’il profite du match pour attaquer, nous devons être prêts à foncer à l’usine.

– Et on en profitera pour tracer les monstres et localiser le Sixième Territoire, complète Aelita qui ne peut cacher son impatience.





Le match débute. Christophe passe à Odd qui évite un joueur adverse puis passe à Ulrich, mais ce dernier se fait tacler violemment par un défenseur.

– Ça commence... soupire Sam.


À la surprise générale, l’arbitre ne siffle pas et l’équipe de Matheson en profite pour remonter le ballon vers Matt, leur nouvel avant-centre. Celui-ci efface Matthias et tire au but mais Naxxya arrête sa frappe. Elle relance le ballon vers Nicolas qui se fait aussitôt tacler par Stéphane, un autre attaquant de Matheson. L’arbitre refusant toujours de siffler, Romain revient sur Stéphane et le tacle à son tour.

Celui-ci se laisse tomber et obtient un penalty, générant de vives réactions dans les tribunes comme sur le terrain.

– On nage en plein délire ! s’exclame Odd tandis que l’arbitre brandit un carton jaune pour avertir Romain.


Théo se précipite vers l’homme au sifflet pour protester, mais Ulrich rattrape son coéquipier juste à temps pour lui éviter de recevoir un avertissement à son tour.

– Le mec s’est jeté par terre tout seul ! Romain ne l’a pas touché du tout ! insiste Théo qui a tout vu.

– On ne discute pas les décisions de l’arbitre pendant le match ! rétorque fermement le samouraï en faisant signe à ses joueurs de se disperser.


Matt pose le ballon et recule de quelques pas ; Naxxya tente de se concentrer sur la balle, mais ses adversaires la regardent d’un air menaçant, tout en se caressant la gorge du bout du pouce.

L’attaquant tire et ouvre le score.

– L’arbitre a clairement choisi son camp, constate amèrement Yumi pendant que les joueurs de Matheson se congratulent.

– Ce n’est que le début du match, lui répond Sissi. Ils peuvent encore remonter.


Mais la rencontre se déroule, et le même schéma se reproduit inlassablement : dès que l’équipe de Kadic entame une action, les défenseurs de Matheson récupèrent le ballon avec brutalité puis l’envoient vers leurs attaquants pour provoquer des fautes. Malgré les arrêts de Naxxya, le score s’aggrave : deux à zéro, puis trois à zéro sur un nouveau penalty. Les joueurs de Kadic sont totalement frustrés.

Juste avant la mi-temps, ils tentent une dernière offensive : Christophe remet le ballon en jeu pour Odd qui, d’une talonnade bien placée, prolonge à droite pour Théo, et celui-ci s’apprête à passer à Ulrich. Comme prévu, les défenseurs commencent à courir vers le samouraï, et Théo renverse donc le jeu à gauche en direction d’Alexandre qui centre pour William, mais ce dernier se fait tacler par un défenseur avant même d’avoir reçu le ballon.

Hors de lui, le grand ténébreux se relève et empoigne son agresseur :

– Je vais te défoncer !


Christophe et Ulrich retiennent leur coéquipier avant que d’autres joueurs ne prennent part au conflit, puis l’arbitre sort le carton rouge pour exclure William et siffle la mi-temps.

– C’est de pire en pire... conclut Sissi en fermant les yeux.

– Tu ne crois pas si bien dire, reprend Jérémie en tournant l’écran de son PC vers Aelita pour lui montrer que Xana vient d’activer une tour.

– On va à l’usine alors ? chuchote la jeune fille aux cheveux roses.

– Il faut d’abord qu’on prévienne les autres, répond l’informaticien à voix basse.

– Je m’en charge, murmure Yumi avant de descendre des tribunes pour se rapprocher du terrain en attendant que le match reprenne.




Dans le vestiaire, Jim est furieux contre ses joueurs :

– Mais qu’est-ce que vous fichez !? Vous essayez de perdre ou vous refusez de gagner !? Vos adversaires cherchent à obtenir des fautes et vous, vous entrez complètement dans leur manège !

– Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre ? demande Christophe. Ils cassent toutes nos actions...

– Je vous l’ai dit en début de match ! répond le professeur de sport. Jouez les contres !

– Facile à dire, rétorque William. Dès qu’on a la balle, ils nous fauchent et après ce sont eux qui partent en contre-attaque...


Jim se tourne vers l’attaquant qui a été exclu juste avant la mi-temps :

– À ta place Dunbar, je ferais pas mon petit malin parce qu’à cause de toi on se retrouve à dix contre onze, comme si le match n’était pas déjà suffisamment compliqué !

– J’ai une idée ! s’exclame Odd. On remet Nicolas dans les cages et on fait jouer Naxxya en milieu de terrain pour qu’elle les balaye tous !

– Della Robbia ! Si tu continues, c’est toi qui vas finir en cage !

– Bon ben on peut dire adieu à la victoire, se lamente Julien.

– Si vous jouez la deuxième mi-temps comme la première, ça ne fait aucun doute ! reprend l’entraineur. En revanche, si vous arrêtez de commettre des fautes et si vous tentez des frappes lointaines pour obliger leurs défenseurs à se bouger, vous parviendrez peut-être à retourner l’avantage à votre situation ! Enfin, la situation à votre avantage !

– OK donc en gros, résume le félin, on passe le ballon à Alexandre, il marque un but de quarante mètres, et on peut rentrer chez nous, l’honneur est sauf ! Ça me plaît !


Jim s’apprête à le rabrouer à nouveau, mais Ulrich se lève d’un bond pour s’adresser à toute son équipe :

– Si vous comptez simplement « sauver l’honneur », vous pouvez rentrer chez vous tout de suite.


Ses coéquipiers restent silencieux tandis que le samouraï les fixe un par un :

– Même avec trois buts de retard, et même à dix contre onze, je vous interdis d’oublier qu’on vise la victoire quoi qu’il arrive. On dispute la finale du tournoi et on a enfin des adversaires à notre taille, alors si vous faites vraiment partie de cette équipe, préparez-vous à jouer la deuxième mi-temps à fond, contre vents et marées.

– Enfin un qui a tout compris ! conclut Jim avec satisfaction. Je ne vous le répèterai jamais assez : c’est la motivation qui apporte la victoire !




En sortant du vestiaire, Ulrich sent que Naxxya est un peu tendue :

– Il ne faut pas t’en vouloir pour les trois buts encaissés, déclare-t-il pour la rassurer.

– C’est pas ça, répond la géante. Le problème, c’est que dès que vous avez le dos tourné, les joueurs de Matheson me narguent et me menacent...

– Je les ai vus. Ignore-les.

– Chaque fois que je les vois faire exprès de tomber pour obtenir un penalty, j’ai envie d’aller les piétiner... Et quand ils se relèvent après que l’arbitre ait sifflé, ils me narguent à nouveau... Je vais avoir du mal à tenir une deuxième mi-temps à ce rythme...

– Il faut que tu te calmes, la menace son capitaine. Si jamais tu les touches, on finit le match à neuf contre onze. Et d’après ce que tu nous as dit, tu risques beaucoup plus qu’une simple exclusion si tu agresses un autre joueur. Donc évite de faire une bêtise.

– Ça va être difficile, insiste la géante.

– OK alors écoute-moi bien, déclare Ulrich en l’attrapant fermement par les épaules. Je me fous complètement de ce qui s’est passé à Matheson l’année dernière. Là, on a un match à gagner, on a une équipe à mener à la victoire, on a trois buts de retard, on a un attaquant en moins, et je ne te dis pas l’enfer qui m’attend si mon père ne me voit pas soulever la coupe...

– Ton père va venir ? s’étonne Naxxya car leurs amis lui ont déjà parlé de ce personnage autoritaire et de la pression qu’il exerce sur son fils.

– Il n’a pas pu se libérer, poursuit le samouraï, mais pour montrer qu’il s’intéresse à ce que je fais de bien entre mes « résultats médiocres », mon cher père nous a envoyé à sa place un recruteur chargé de nous observer pour trouver des jeunes talents et leur faire intégrer un centre de formation. Donc si jamais tu fous ce match en l’air en répondant aux provocations des abrutis de Matheson, je te jure sur la tête de Yumi que c’est la dernière chose que tu feras au sein de notre groupe ! Donc tu ranges tes nerfs, et tu te concentres sur le ballon ! C’est compris !?


La géante acquiesce en silence, mais son regard fuyant laisse de la place au doute.

Ulrich la relâche, mais aussitôt après, d’un geste trop rapide et précis pour être contré, il enfonce brutalement son poing dans le ventre de la géante qui tombe à genoux, le souffle coupé par ce coup foudroyant auquel elle ne s’attendait pas.

– C’EST COMPRIS !? répète-t-il bien décidé à ne pas la laisser s’en tirer avec une demi-réponse.



Toujours à genoux, Naxxya redresse péniblement la tête en serrant les dents, partagée entre colère et incompréhension tandis qu’elle regarde enfin son capitaine droit dans les yeux...

Debout devant elle, Ulrich soutient son regard furieux :

– Si tu veux riposter, reprend-il froidement, fais-le dès maintenant. Bats-toi contre moi. Mais après ça, je t’interdis de ruiner le match. Je t’interdis de compromettre la mission. Tout le monde compte sur nous. Je veux pouvoir compter sur toi.


La géante se relève et serre les poings, avant d’inspirer profondément pour enfin répondre :

– Compris.





William retrouve Yumi au bord du terrain, puis celle-ci fait signe à Odd de les rejoindre.

– Xana a activé une tour, les informe la Japonaise en leur donnant des Lyoko-morphers. Préparez-vous à vous transformer dès que les monstres arrivent, il faudra qu’on aille immédiatement à l’usine.

– Entendu, répond le félin en enfilant son bracelet.


Il transmet donc le message à Ulrich et Naxxya, puis il se replace en milieu de terrain.

Désormais seul en attaque, le samouraï s’aperçoit que ses adversaires le regardent bizarrement...





Le match reprend ; Christophe passe à Ulrich qui voit soudain toute l’équipe adverse lui foncer dessus. Il les esquive et se débarrasse du ballon mais ils continuent d’essayer de le tacler.

– Ils ont le droit de faire ça ? s’inquiète Sissi.

– Je ne crois pas, répond Aelita en regardant le samouraï qui se démène pour continuer d’esquiver les coups de ses adversaires.

– Monsieur l’arbitre ! s’insurge Odd. Faites quelque chose bon sang !


L’arbitre se tourne vers le félin et lui envoie un éclair d’énergie, surprenant les joueurs de Kadic ainsi que le public.

– Ils sont xanatifiés ! comprend Yumi.


Tandis qu’Odd se relève et qu’Ulrich continue d’éviter les attaques de ses poursuivants, William et Yumi se transforment pour leur venir en aide. Le public, effrayé par les éclairs, commence à évacuer le stade.

– Qu’est-ce qu’on fait Jérémie ? demande Aelita. On attend encore ?

– Non, il est temps d’aller à l’usine, se résigne l’informaticien presque déçu que Xana n’ait pas envoyé de monstres.

– Vous allez où ? interroge Sam en les voyant se lever.

– Trop long à expliquer, répond la fille du proviseur de Kadic. Va te mettre à l’abri, on s’occupe du reste.


Sissi et Aelita activent leurs Lyoko-morphers pour se transformer.

Malgré sa surprise, Samantha leur demande :

– Vous comptez les détruire ?

– Détruire qui ? Les élèves de Matheson ? Pas du tout ! explique Aelita. On va juste faire en sorte qu’ils retrouvent leurs esprits ! On est des héros tout de même !

– Dans ce cas, conclut la jeune fille noire, vous devriez peut-être calmer Naxxya. Je l’ai déjà vue avec ce regard, ce n’est pas bon signe...


Restée à l’écart de ses ennemis, la géante se transforme à son tour alors que l’un d’entre eux fonce droit sur elle. Aelita active ses ailes et voit le joueur xanatifié sauter sur Naxxya mais celle-ci l’attrape à la gorge puis sort une plasma-lame sans quitter son adversaire des yeux et s’apprête à le frapper...

Aelita arrive en volant et retient son bras juste à temps :

– Ne fais pas ça ! Il est xanatifié !


La gardienne de but finit par rétracter sa plasma-lame puis donne un simple coup de poing à son adversaire pour le projeter au loin, avant de se retourner vers Aelita :

– Excuse-moi, j’ai cru que c’était un spectre...

– Très drôle ! répond la jeune fille aux cheveux roses.


Jérémie et Sissi les rejoignent :

– Inutile de s’attarder ici, déclare l’informaticien. Il faut qu’on aille désactiver la tour, c’est le seul moyen de libérer les joueurs de Matheson de l’emprise de Xana vu qu’on ne sait pas comment ils ont été xanatifiés.


Ulrich, Odd, William et Yumi les rejoignent après avoir repoussé leurs ennemis :

– Dépêchons-nous ! conclut le samouraï. Ils vont sûrement nous poursuivre !


Ils courent donc à l’usine en évitant les éclairs lancés par les onze joueurs et l’arbitre xanatifiés.





* * *




Tandis qu’il virtualise ses camarades, Jérémie surveille les fenêtres de vidéo-surveillance et s’étonne qu’aucun de leurs poursuivants n’ait rejoint l’usine :

– C’est bizarre, pas un seul joueur xanatifié ne nous a suivis jusqu’ici...

– On va pas s’en plaindre ! répond Odd en apparaissant sur le territoire Forêt. Tu nous envoies les véhicules ?


L’informaticien obtempère tandis que William invoque sa Blackmanta, et les sept Lyoko-guerriers s’élancent en direction de la tour activée.

– À mon avis, déclare l’opérateur, vous ne rencontrerez pas beaucoup de monstres aujourd’hui...

– Pourquoi ça ? demande la Japonaise.

Mais un tir la surprend et touche l’Overwing.

– T’as encore parlé trop vite Einstein ! s’exclame le félin qui commence à slalomer avec son Overboard. Accroche-toi Naxxya !

– Yumi et Aelita, foncez à la tour ! ordonne Ulrich. William et Sissi, vous les escortez ! Je vais rester avec Odd et Naxxya pour ralentir les monstres !


Jérémie jette un œil à son radar :

– Quelques troupes de Kankrelats et une dizaine de Tarentules, rien de bien méchant.



Cinq minutes plus tard, les monstres sont détruits et Aelita a désactivé la tour.

– C’est déjà fini ? s’étonne Sissi en regardant aux alentours.

– On dirait bien que oui, confirme William qui trouve cela presque suspect.


Ulrich, Odd et Naxxya les rejoignent à la tour :

– Xana se moque de nous ! rouspète le félin. Interrompre le match de foot pour si peu, c’est vraiment lamentable !

– Jérémie ? demande Yumi. Comment tu as su qu’il n’y aurait pas beaucoup de monstres ?

– Je pense que Xana a compris qu’on essaye de localiser sa base secrète, explique l’informaticien. C’est pour ça qu’il n’a pas envoyé de renforts pour aider ses créatures locales à défendre la tour, et c’est aussi pour ça qu’il a xanatifié des humains au lieu de nous envoyer des monstres sur Terre. Il ne veut pas qu’on puisse tracer les troupes issues de son repaire pour remonter jusqu’à lui.

– Qu’est-ce qu’on fait alors ? interroge Naxxya.

– Fin de la mission et Retour vers le passé, répond Ulrich.


Aelita sort de la tour et propose en souriant :

– Et si on en profitait pour inaugurer le Skidbladnir II ?

– Le quoi ? demande Sissi.

– Vous avez reconstruit le Skid ? s’étonne la Japonaise.

– Reconstruit, et amélioré ! répond fièrement Jérémie. Dirigez-vous vers la bordure nord, je vous envoie le transporteur.





Les Lyoko-guerriers se rendent donc sur le Cinquième Territoire et empruntent l’ascenseur pour rejoindre le Garage Skid :

– Placez-vous sur les différentes plateformes pour rejoindre les postes de pilotage, indique l’opérateur.

– Je veux un Navskid ! exige Odd.

– T’inquiète pas, lui répond Jérémie. Maintenant, j’ai la possibilité de vous transférer entre les différents cockpits depuis mon ordinateur. Aelita, tu vas piloter le Skid. Ulrich, Odd, Yumi et William, vous prenez chacun un Navskid. Sissi et Naxxya, vous montez dans les tourelles défensives.

– Tout le monde est en place, déclare Aelita qui a indiqué à ses deux plus récentes coéquipières où se placer. On fait comme prévu Jérémie ? On va chercher une tour pour tester la procédure d’arrimage et faire le plein d’énergie ?

– Oui, direction la banquise, conclut l’informaticien.



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Ils quittent donc le Cinquième Territoire à bord du Skid et se dirigent vers le territoire Banquise.

– C’est nul, il n’y a aucun ennemi ! constate Odd. On ne pourrait pas plutôt aller dans le Réseau pour s’amuser un peu ?

– Ça y est, on est à la tour, annonce Aelita. J’arrime le Skid.

– Bien. J’active la tour et on commence l’approvisionnement en énergie, répond Jérémie.

– On peut aller faire un tour avec les Navskids en attendant ? demande le félin qui ne tient plus en place.


L’opérateur finit par accepter :

– D’accord, mais ne vous éloignez pas trop.


Odd, Ulrich, William et Yumi détachent leurs vaisseaux individuels puis font quelques manœuvres pour bien assimiler les commandes.

– Et nous alors ? demande Sissi. On peut pas bouger ?

– Non, répond Jérémie. Les deux tourelles sont fixées au Skid et servent à le protéger, car un Navskid détruit ça se reconstruit facilement, alors que si c’est le Skid lui-même qui est détruit, c’est plus compliqué. Par contre, les tourelles ont une puissance de tir supérieure à celle des...

– Je crois que quelque chose vient vers nous ! l’interrompt Naxxya en apercevant dans le ciel ce qui s’apparente à un essaim d’insectes.


L’informaticien vérifie son écran radar et découvre une multitude de points qui viennent d’apparaitre :

– Ulrich ! Revenez immédiatement ! Une nuée de Frelions arrivent pour attaquer le Skid !

– Enfin un peu d’action ! se réjouit Odd en suivant les autres Navskids pour porter secours au vaisseau-mère.

– Jérémie, j’interromps l’approvisionnement en énergie ? demande Aelita.

– Surtout pas ! répond son amoureux. Ça risquerait de faire bugger la procédure ! De plus, les monstres que Xana vient d’envoyer proviennent peut-être du Sixième Territoire, et si c’est le cas, je dois pouvoir le localiser ! Essayez de gagner du temps !

– J’active le bouclier ! conclut Aelita.


Les Frelions arrivent et commencent à tirer sur le vaisseau arrimé à la tour. Sissi et Naxxya ripostent avec leurs tourelles, mais les monstres sont nombreux et parviennent à endommager le bouclier.

– Tenez bon, la cavalerie arrive ! s’exclame Ulrich.


Les quatre Navskids reviennent enfin et commencent à décimer les Frelions, mais des Mantas arrivent en renfort.

Une formidable bataille aérienne s’engage alors entre les quatre Navskids et les monstres volants de Xana. Les Lyoko-Guerriers ne savent plus où donner de la tête, mais la dextérité des quatre pilotes mobiles et le soutien du feu nourri des deux tourelles défensives leur permettent de ne pas se laisser submerger, préservant ainsi le bouclier du Skid.

– Xana a mis le paquet pour venir détruire notre vaisseau, s’inquiète Jérémie en voyant les innombrables points sur son écran radar.


Au milieu de ce nuage de données, il ne remarque pas qu’un Xan-Eye a rejoint la bataille et s’approche dangereusement de la tour où est arrimé le Skidbladnir.

– Attention !! Là-haut !! s’écrie Aelita en repérant l’énorme sphère qui s’apprête à leur tirer dessus.


Ses coéquipiers n’ont pas le temps de réagir : le Xan-Eye décharge son large rayon d’énergie sur sa cible, endommageant sérieusement son bouclier. Tandis qu’Ulrich et Yumi rapprochent leurs Navskids du vaisseau-mère pour le protéger, le grand ténébreux fonce dans l’œil du Xan-Eye et y fait exploser son vaisseau pour anéantir le monstre.

Jérémie voit William qui remonte de la salle des scanners :

– Il faut me prévenir quand vous comptez vous sacrifier ! Je peux vous transférer dans une autre cabine de pilotage juste avant, ça vous évite d’être dévirtualisé quand votre Navskid explose !

– Le feu de l’action, ça te dit quelque chose ? réplique son coéquipier.

– Jérémie ! Le bouclier est à zéro ! s’alarme Aelita.

– T’en fais pas ! la rassure Ulrich. On vient d’abattre les dernières Mantas !


Mais un inquiétant tremblement ébranle soudain les environs, et derrière la crête d’une colline de glace, un monstre gargantuesque se dresse face aux Lyoko-guerriers :

– Le Kolosse !?! panique Odd qui ne s’attendait pas à voir cette créature démesurée surgir aussi subitement.

– Il vient vers nous !! s’alarme la Japonaise tandis que le titan avance de son pas lourd.

– Empêchez-le de toucher le Skid ! s’exclame Jérémie qui n’a pas oublié comment leur premier sous-marin a été détruit.

– Nos tirs n’ont pas l’air de le blesser ! observe Naxxya qui mitraille en vain la surface rocheuse recouvrant le monstre.

– Il faut frapper ses deux points faibles simultanément ! lui explique Ulrich.

– Einstein, prépare-toi à me transférer ! prévient le félin.

– Attention ! Il va frapper !! s’écrie Sissi terrorisée.


Le Kolosse lève son bras-lame et s’apprête à l’abattre sur le Skid, mais Odd fonce dans l’œil situé sur ce bras pour y faire exploser son Navskid, surprenant le titan.

– C’est maintenant ou jamais ! s’exclame le samouraï.


Ils concentrent donc tous leurs tirs sur la tête du Kolosse, et celui-ci finit par s’effondrer.

– Bien joué ! se réjouit Aelita.

– Odd, le transfert a fonctionné ? interroge Jérémie.

– Impeccable Einstein ! répond le félin en réapparaissant dans la tourelle de Naxxya.

– Hé !? s’écrie la géante en sursautant au moment où son coéquipier retombe sur elle.

– Oh t’es là aussi !? se réjouit le chat violet avec un grand sourire en se retournant vers son amie. Désolé si je t’ai fait peur, mais j’avais bien frappé avant d’entrer !

– Eh ben je suis pas mécontent d’avoir été dévirtualisé tout compte fait... commente William qui n’aurait pas aimé se retrouver sur l’un ou l’une de ses camarades.

– T’inquiète, je t’aurais envoyé dans la tourelle de Sissi... le rassure l’informaticien à côté de lui tout en analysant les données des monstres qu’ils viennent d’affronter.

– J’ai presque terminé l’approvisionnement en énergie, annonce Aelita. On va pouvoir partir.


Ulrich et Yumi rattachent leurs vaisseaux au Skid :

– Au fait Jérémie, demande la Japonaise, tu as pu analyser les monstres comme tu le voulais ?

– Les Frelions, les Mantas et le Xan-Eye étaient déjà sur le Territoire Banquise, répond l’opérateur. Mais le Kolosse, lui, provenait du Sixième Territoire...

– Tu veux dire que tu as localisé la base de Xana ? interroge le samouraï.

– Oui, confirme le cerveau de la bande. Et je crois qu’on a bien fait de reconstruire le Skid, car le Sixième Territoire se trouve bel et bien au fond de la Mer numérique, à environs quatre-vingts-dix degrés de la sortie de Lyoko.

– Cool ! On y va !? propose Odd.


Jérémie désapprouve :

– Hors de question que vous y alliez sans William. Et puis il faut attendre que les deux Navskids détruits soient à nouveau opérationnels car à mon avis, la Mer Numérique doit encore abriter pas mal de monstres...


Tandis que le Skid et son équipage rejoignent le garage dans le Cinquième Territoire, Odd demande :

– Einstein, pour le Retour vers le passé, tu pourrais nous ramener avant le match ?

– N’y pense même pas ! rétorque Ulrich à son colocataire. Revenir avant le match pour connaître tous les coups de nos adversaires et effacer leurs trois buts, c’est de la triche, et on n’est pas des tricheurs.

– Bon alors on pourrait revenir juste avant mon exclusion, propose le grand ténébreux. Comme ça, on joue la deuxième période à onze contre onze.

– Désolé William, maintient le samouraï, mais c’est de la triche aussi. On ne va pas commencer à se servir du Retour vers le passé pour nos intérêts personnels.

– Mais les joueurs de Matheson trichent en permanence, insiste Naxxya. Ils passent leur temps à simuler des fautes pour obtenir des penaltys...

– Je sais, c’est lamentable, reconnaît Ulrich. Mais l’arbitre a le droit de se tromper, ça fait partie du jeu.

– Il a peut-être le droit de se tromper, concède Sissi, mais il n’a pas le droit de se vendre à l’une des deux équipes !

– Et tu as une preuve pour affirmer que l’arbitre est un vendu ? demande le capitaine des joueurs de Kadic.

– Ben c’est évident ! s’exclame la fille du proviseur. Il siffle quand les joueurs de Matheson tombent par terre, mais jamais quand ils vous font tomber !

– C’est effectivement injuste, mais ça ne constitue pas une preuve, répond le samouraï.

– Je me trompe peut-être, poursuit Naxxya, mais il me semble que l’arbitre a été xanatifié avec les joueurs de Matheson pendant la mi-temps. Question : pourquoi se trouvait-il avec eux à ce moment-là ?

– Là, je crois qu’on tient une preuve... déclare Yumi en souriant.

– Alors Ulrich, qu’est-ce que tu décides ? lui demande Jérémie.


Le capitaine finit par céder :

– Bon, c’est d’accord, on annule l’exclusion de William. Mais par contre, on leur laisse leurs trois buts d’avance.

– Comme tu voudras, conclut l’opérateur. Retour vers le passé.




Le retour temporel ramène donc nos héros vers la fin de la première période. Alexandre centre pour William qui évite le tacle du défenseur, puis l’arbitre siffle la mi-temps.





* * *





En retournant sur le terrain après la pause, ils aperçoivent en effet l’arbitre qui sort discrètement du vestiaire des joueurs de Matheson, ce qui laisse supposer que l’homme au polo rayé a été soudoyé pour favoriser les visiteurs. L’ampleur de la fraude est bien plus importante qu’on ne pourrait le soupçonner, puisque cette simple finale entre lycéens fait l’objet de paris sportifs, et une véritable mafia organisée donne ses ordres à distance pour influencer le résultat du match sans se douter que l’appareil de télécommunication dont l’homme corrompu se sert pour recevoir ses consignes a fourni à un certain virus informatique le moyen de xanatifier tout un vestiaire.

Les deux équipes se replacent sur la pelouse, puis le match reprend.

Suivant les conseils de son entraineur, Odd envoie le ballon à gauche et Christophe le laisse filer pour Alexandre. Sans se poser de question, ce dernier tire du milieu du terrain et surprend le gardien de Matheson avec une trajectoire flottante.

– BUUUUUUT !! s’exclame Jim en sautant de joie. 3 à 1 !

– T’y crois pas ! Ça marche ! observe le félin stupéfait.


Les joueurs de Kadic félicitent chaleureusement Alexandre puis reprennent leurs places respectives.





La deuxième mi-temps se déroule, radicalement différente de la première puisque les joueurs de Kadic ont retrouvé confiance en eux, tandis que les défenseurs de Matheson doivent désormais surveiller les milieux de terrain en plus des attaquants.

Persuadé que la technique est miraculeuse, Odd ne cesse d’envoyer le ballon vers Alexandre, mais celui-ci est désormais marqué de très près et finit par perdre le ballon, offrant une occasion en contre pour les joueurs de Matheson qui font rapidement parvenir la balle jusqu’à Matt. Ce dernier efface Romain et Matthias, mais Nicolas arrive à lui reprendre le ballon tout en finesse et passe à nouveau à Alexandre qui prend son élan comme pour tirer. Deux des défenseurs de Matheson lui foncent dessus mais il les lobe et Christophe redirige le ballon en direction de William. Celui-ci effectue aussitôt un une-deux avec Ulrich pour se débarrasser des derniers défenseurs et inscrit un deuxième but d’une puissante reprise de volée en pleine lucarne.

– But de William ! s’exclame Sissi folle de joie.

– Il leur a mis un de ces missiles ! commente Samantha impressionnée par la puissante frappe du grand ténébreux.

– William aime tirer très fort, confirme Yumi, du coup il rate assez souvent le cadre mais par contre, quand il le trouve, bonne chance pour l’arrêter...

– 3 à 2, plus qu’un but de retard ! s’excite Aelita.

– S’ils arrivent à égaliser avant la fin du temps réglementaire, poursuit Jérémie, ils joueront les prolongations !

– ALLEZ KADIC !!! s’égosille Sissi.


Les joueurs de Matheson sont désormais tous repliés en défense pour empêcher à tout prix leurs adversaires de marquer. Les minutes passent, les joueurs de Kadic prennent de plus en plus de risques mais se heurtent au bloc défensif de Matheson. À quelques secondes de la fin du match, Ulrich reçoit le ballon mais se retrouve une fois de plus encerclé par les joueurs adverses. Il regarde brièvement le chronomètre, puis commence à enchaîner les dribbles et les feintes de frappe.

Ses opposants comprennent que le samouraï compte aller droit au but alors ils se resserrent devant lui pour lui barrer le passage et s’apprêtent à le tacler, mais Ulrich les a anticipés :

– Théo !! s’écrie le capitaine de Kadic en envoyant le ballon vers le corner droit pour désorienter les défenseurs.


Théo Gauthier effectue une accélération phénoménale et se jette pour sauver le ballon juste avant qu’il franchisse la ligne de sortie de but, le renvoyant devant les cages où Ulrich surgit à travers les défenseurs. En dernier recours, le gardien de Matheson saute sur l’attaquant de Kadic, mais celui-ci en profite pour tirer à ras de terre et glisser le ballon au fond des filets, faisant exulter ses coéquipiers et leurs supporters.

– Égalisation d’Ulrich !! s’exclame Yumi tandis que son amoureux court le long du terrain, poursuivi par ses coéquipiers euphoriques qu’il esquive habilement avant d’ouvrir grand les bras pour réceptionner Théo qui se jette joyeusement contre lui.

– 3 à 3, à quelques secondes de la fin ! jubile Aelita qui secoue son amoureux par le bras.

– Ils l’ont fait ! hallucine Sam. Au fait, ce sera prolongation classique ou but en en or ?

– But en or il me semble, répond Jérémie en redressant ses lunettes dont l’équilibre fut quelque peu perturbé par l’enthousiasme de sa copine aux cheveux roses.

– Ça veut dire que l’équipe qui marque le prochain but remportera le match, c’est bien ça !? demande Sissi qui doit désormais économiser sa voix.

– Exactement, confirme l’informaticien. Tu m’impressionnes Sissi, je ne pensais pas que tu t’y connaissais autant en football.


La fille du proviseur rougit :

– William a pris le temps de m’expliquer les règles en détail...





Après une courte pause, les joueurs reviennent sur le terrain et les prolongations commencent. Les deux équipes sont déterminées, la tension est presque palpable. Les joueurs de Kadic s’efforcent d’éviter les tacles adverses et de se créer des occasions, mais la pression du jeu violent de Matheson les oblige à reculer. Matt bouscule Julien pour intercepter une passe de Nicolas et se retrouve seul face à Naxxya. Celle-ci sort de ses cages et s’empresse de lui prendre le ballon, mais l’attaquant en profite pour se laisser tomber et obtient donc un penalty, ce qui ne manque pas de faire réagir les tribunes et les joueurs.

– Ah là là, quel comédien ce Matt ! s’exclame ironiquement Odd tandis qu’Ulrich sent la victoire leur échapper, à moins d’un exploit de la part de la géante qui n’a rien pu faire pour arrêter les deux précédents penaltys.


La géante fulmine intérieurement en retournant dans ses cages, et le capitaine de Kadic invite donc ses coéquipiers à se serrer les épaules pour former un mur solidaire symbolique tandis que Matt pose le ballon au point de penalty avant de prendre de l’élan.




Naxxya remarque alors que les onze joueurs adverses la foudroient du regard pour la déstabiliser. Mais elle voit aussi ses dix coéquipiers et son entraîneur qui comptent sur elle. Elle voit le public, qui retient son souffle. Elle voit ses amis, Ulrich, William, Odd, Jérémie, Yumi, Aelita, Sissi, et Sam, qui la soutiennent. Elle remarque enfin le félin qui lui sourit et rougit légèrement en croisant son regard. Elle se sent pousser des ailes...

Matt tire, et la gardienne s’envole pour capter le ballon avant qu’il n’atteigne la lucarne.

Les joueurs de Kadic sont soulagés et se replacent, à l’exception d’Ulrich qui rejoint Naxxya pour la féliciter de son arrêt et lui demande :

– Tu penses pouvoir centrer jusqu’au but adverse, d’ici ?

– Aucun problème, répond sereinement la géante prête à envoyer le ballon sur la Lune s’il le faut.


Le samouraï court donc se placer dans la surface de réparation de Matheson et fait signe à ses coéquipiers de le suivre. Comprenant la manœuvre, les joueurs de Matheson reculent tous pour défendre leur but. Naxxya pose le ballon et regarde ses coéquipiers à l’autre bout du terrain qui tentent de se démarquer devant les cages adverses.

– Elle va centrer sur Odd, parie Samantha.

– Tu crois ? demande Sissi avec inquiétude.


Yumi approuve :

– Odd n’est pas très grand mais il est vif et il saute assez haut.

– C’est vrai, confirme Sam, mais moi je disais ça par rapport au fait qu’elle est amoureuse de lui.

– Quel rapport ? s’étonne Jérémie en fronçant les sourcils.


La jeune fille noire sourit :

– Ça se voit dans son regard. Telle que je la connais, elle va essayer de lui offrir le but de la victoire.

– Mais c’est stupide, rétorque l’informaticien, si jamais ils ratent cette occasion ils vont se prendre une contre-attaque dévastatrice vu qu’ils sont tous de l’autre côté du terrain...

– Moi j’ai confiance ! s’exclame Aelita. VAS-Y NAXXYA !


La géante s’élance et tire ; le ballon décolle et commence à partir vers la droite, ce qui pousse les joueurs à le suivre de ce côté vers le corner. Mais l’effet d’enroulement le fait revenir à gauche, trompant les deux équipes sauf Odd qui était resté tout seul du bon côté car il avait en fait adressé un signe discret à sa coéquipière pour lui indiquer où il comptait se placer, et le félin démarqué se jette sur le ballon tête première pour enfin marquer le but en or.

Les joueurs de Kadic laissent éclater leur joie, acclamés par leurs supporters en délire.




L’arbitre n’a d’autre choix que de remettre la coupe à Ulrich qui rassemble son équipe pour permettre à Milly et Tamiya de prendre une photo des champions.

Yumi, Sissi, Aelita, Sam et Jérémie descendent des tribunes pour les rejoindre.

– Quel match ! s’exclame Jérémie.

– Quel but, surtout ! complète Odd.

– « Odd le magnifique » a encore frappé, s’esclaffe Samantha.

– C’est plutôt « Odd l’opportuniste » ! rétorque William avant que Sissi se jette dans ses bras pour l’embrasser.




Pendant qu’ils se congratulent joyeusement, Naxxya s’éclipse et retourne aux vestiaires.

Elle se passe de l’eau sur le visage en soufflant pour faire redescendre la pression accumulée en elle, puis en relevant les yeux vers le miroir, la géante voit Samantha qui lui sourit :

– Je venais te dire au revoir car je m’en vais ce soir, déclare la jeune fille noire en lui faisant la bise.


Naxxya soupire :

– Tu m’as tellement manqué, si tu savais...

– Toi aussi tu m’as manqué, répond Sam en lui donnant un petit coup de poing dans l’épaule, mais maintenant je ne suis plus inquiète parce que je sais qu’avec eux, tu es entre de bonnes mains. Et puis, je t’ai laissé mon nouveau numéro de portable pour qu’on reste en contact...

– Au fait... mentionne la géante en se souvenant d’un détail qu’elle n’avait pas pu aborder avec son ancienne camarade de Matheson. J’étais... J’ai voulu aller sur la tombe que tu m’avais indiquée pour y déposer des fleurs, mais l’année de décès était 1970 donc ça ne devait pas être la bonne...

– Ah ? s’étonne son interlocutrice en se rappelant qu’elle avait effectivement demandé à Naxxya de lui rendre ce service. Et du coup, t’as pas posé les fleurs ?

– Heu... Ben si, je savais pas où les mettre, alors je les ai posées là quand même...


Samantha sourit à nouveau :

– Dans ce cas, mission accomplie, conclut-elle satisfaite.

– Hein ? s’étonne Naxxya. Mais je croyais que c’était ta mère ?

– Cherche pas, lui répond la jeune fille noire en faisant un clin d’œil. On a tous nos petits secrets.


La géante finit par sourire à son tour ; les deux adolescentes sont sur le point de se quitter, mais avant cela, elles ne résistent pas à l’envie de se serrer dans leurs bras.





En sortant du vestiaire, Samantha croise Odd et en profite pour lui dire au revoir.

– Tu t’en vas déjà ? s’étonne le félin tandis qu’elle l’embrasse sur la joue.

– T’inquiète, on va sûrement se revoir dans quelques mois pour la prochaine compétition de skateboard.


Odd retrouve le sourire en apprenant la nouvelle :

– Tu vas participer à la Super Skate Kup !?

– Bien sûr, je serai là toute la semaine ! Et t’as intérêt à être là toi aussi !

– Évidemment que j’y serai ! Tu me prends pour qui !? D’ailleurs je t’avais envoyé plein de messages pour savoir si tu viendrais mais tu ne répondais plus...

– Ah oui, mon ancien portable a fini au fond d’une piscine et j’ai perdu tous mes contacts. Mais j’ai laissé mon nouveau numéro à Naxxya, tu n’auras qu’à le lui demander.

– Ben justement ça fait cinq minutes que je la cherche ! poursuit le félin qui se rappelle soudain pourquoi il est ici. Je voulais la remercier pour la passe décisive de tout à l’heure mais elle a disparu !

– Elle est dans les vestiaires, répond son amie en souriant. Bon, il faut que je file. À la prochaine !


Avec un étrange pressentiment, Odd regarde Samantha partir, puis il entre précipitamment dans les vestiaires mais se cogne contre la personne qui en sortait et tombe en arrière :

– Ah Naxxya ! Tu tombes à pic ! Enfin, je tombe à pic vu que c’est moi qui... bref, je te cherchais !


Elle l’aide à se relever puis demande ironiquement :

– C’est encore un prétexte pour t’introduire dans le vestiaire des filles ?

– Pas du tout ! se défend-il. Je venais te remercier pour... euh... et aussi il fallait que je te dise que...


La géante le dévore du regard en espérant qu’il finisse sa phrase, mais celui-ci se perd dans ses yeux :

– Je... Je... Attends, qu’est-ce que je voulais dire déjà ? ...Jérémie veut qu’on aille à l’usine, mais à part ça...?


Naxxya décide alors de mettre en pratique les précieux conseils que lui a donnés Aelita : elle saisit le visage du félin entre ses mains puis se penche sur lui pour l’embrasser longuement.

La géante finit par relâcher sa proie en souriant, et Odd retrouve peu à peu ses esprits en se mettant à sourire bêtement à son tour :

– Ouais voila, c’est à peu près ça que je voulais dire !


Toujours le sourire aux lèvres et le rouge aux joues, Naxxya tente de calmer sa respiration et son cœur qui bat à tout rompre, mais le félin lui saute au cou pour l’embrasser à nouveau.





* * *





Un peu plus tard, à l’usine, les héros sont réunis autour de l’holomap dans le laboratoire.

– C’est parti... déclare Jérémie en pressant une touche pour afficher le résultat de sa collecte de données.


Sous le regard inquiet des Lyoko-guerriers, la carte tridimensionnelle de Lyoko s’enrichit d’un sixième territoire qui se forme au fond de la mer numérique, parallèlement aux cinq premiers territoires.

– Le repaire de Xana... constate Yumi en contemplant la base de leur ennemi dont l’image imparfaite grésille.

– C’est quand même incroyable qu’il se soit construit une telle structure à notre insu, observe Ulrich.

– Avec les pouvoirs de Franz Hopper, Xana est capable de beaucoup de choses, répond Jérémie. Il nous a déjà montré qu’il peut créer des dizaines de monstres en quelques minutes, alors sachant que sa puissance ne cesse d’augmenter, imagine les légions innombrables qu’il pourra bientôt envoyer dans le monde réel...

– Raison de plus pour aller le détruire au plus vite, conclut William déterminé.

– On sait comment entrer dans cette « Xanabase » ? demande Odd, lui aussi pressé d’en découdre.

– Je n’ai pas de plan détaillé du site, explique l’informaticien, mais il y a certainement des accès directs par la Mer Numérique.

– Et tu penses qu’on pourra s’y aventurer prochainement ? interroge le samouraï.

– Le temps de préparer la mission et de réparer les Navskids, on devrait pouvoir tenter une première excursion vendredi soir, répond Jérémie.

– Alors c’est... on va bientôt... affronter Xana ? s’inquiète Sissi qui sent approcher la confrontation finale.


Le cerveau de la bande se contente de hocher la tête en silence...

Sissi frissonne en se cramponnant au bras de William, Naxxya resserre son étreinte autour des épaules d’Odd, Ulrich et Yumi échangent un regard plein d’appréhension, tandis que Jérémie se lève enfin de son fauteuil pour se joindre à ses camarades face à l’image holographique de leur future destination qu’Aelita ne quitte pas des yeux...

– Tiens bon papa, on arrive...







Scène coupée : Le symbole du phénix



Après avoir dit au revoir à ses amis de Kadic, Samantha Knight se rend à l’infirmerie pour y trouver Yolande :

– Bonsoir, je viens chercher les rapports concernant Naxxya Warven.

– Je te demande pardon ? s’étonne l’infirmière en dévisageant la jeune fille.

– C’est bien vous qui vous occupez de Naxxya ?

– Eh bien, oui, mais...

– Je suis chargée de récupérer les relevés d’observations sur Naxxya, on ne vous a pas informée de ma venue ?

– Si, bien sûr, confirme Yolande, mais je ne m’attendais pas à ce que vous soyez si... jeune ?

– Ne vous fiez pas à mon apparence, rétorque Samantha en cherchant quelque chose dans sa poche. Voici mon badge.


L’adolescente brandit un étrange insigne orné d’une silhouette d’oiseau assez singulière.

Reconnaissant le symbole du phénix noir, Yolande lui remet les dossiers avant de l’interroger :

– Puis-je vous demander à quoi vous servent toutes ces données médicales que vous me demandez de relever ?

– De toute évidence, répond Sam en se dirigeant vers la sortie, vous ne savez pas vraiment pour qui vous faites tous ces relevés. Un bon conseil : n’essayez pas d’en savoir davantage. D’ailleurs, ils ont dû vous donner ce conseil en même temps que vos consignes lorsqu’ils vous ont contactée. Bien, il faut que je vous laisse, bonne soirée à vous.


Yolande reste perplexe en regardant la jeune fille s’éloigner, avant de l’interpeler :

– Vous êtes Samantha Knight ? C’est vous qui étiez avec Naxxya l’année dernière à Matheson, n’est-ce pas ?


L’adolescente s’arrête et se retourne pour répondre :

– Et vous, vous êtes Yolande Perraudin, la gentille infirmière qu’on a chargée de surveiller le développement biologique de Naxxya sans poser trop de questions. Alors ne lui dites pas que je suis passée vous voir, et contentez-vous de l’aider à aller de l’avant comme vous l’avez très bien fait jusqu’à maintenant.


La jeune fille s’apprête à s’en aller, mais l’infirmière persiste :

– Pourquoi continuez-vous de vous occuper d’elle ? Vous vous sentez responsable de ce qu’elle a fait l’an dernier ?

– Croyez ce que vous voulez, répond Sam en haussant les épaules. Mais ne vous faites pas trop de souci à ce sujet. Vous avez l’air gentille, et ça m’ennuierait que vous soyez mêlée à toute cette histoire plus que vous ne l’êtes déjà.

– Que voulez-vous dire ?


Samantha lui sourit :

– Si je vous le dis, vous voudrez bien laisser tomber ?


Yolande reste silencieuse, et sa mystérieuse interlocutrice finit par lui confier :

– Ce qui s’est passé l’année dernière a en fait assez peu d’importance ; le vrai secret que recèle Naxxya n’est pas dans ce qu’elle a fait, mais dans ce qu’elle est.


L’infirmière est interloquée par cette révélation :

– Attendez, vous êtes en train de me dire que Naxxya cache autre chose dont elle ne m’a jamais parlé ?

– Elle ne risque pas de vous en parler, puisqu’elle-même n’en a pas connaissance. Et croyez-moi, c’est sans doute mieux ainsi. Pour elle, comme pour vous. Alors oubliez tout ça, et oubliez-moi. Bonsoir.





Les dossiers à la main, Samantha quitte l’infirmerie puis sort de l’enceinte de Kadic pour rejoindre la route. Une voiture aux vitres teintées s’arrête à sa hauteur, l’une des portières s’ouvre et la jeune fille monte dans le véhicule qui repart aussitôt.

Assis à côté d’elle, un colosse à la gorge de métal lui demande d’une voix terrible :

– Tu as les relevés ?


Sam lui tend les dossiers que lui a remis Yolande et déclare :

– Je m’étonne que vous ayez engagé une infirmière civile pour surveiller le développement de Naxxya.

– On t’a laissée choisir son lycée, c’est nous qui choisissons le reste. Raconte-moi plutôt : comment va notre chère Warven-50 depuis qu’on l’a placée dans cet établissement ?

– Mieux que tu ne le souhaites, mais elle est toujours persuadée de t’avoir tué.


Dernière édition par Nelbsia le Lun 23 Nov 2020 17:47; édité 2 fois
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Nelbsia MessagePosté le: Lun 17 Aoû 2020 19:51   Sujet du message: Répondre en citant  
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Épisode #107 : Un monde sans danger ? - Partie 1/3

Partie 1/3 : Dernière nuit



Après une semaine d’attente, d’angoisse et de préparation, le vendredi soir arrive enfin.

Impatients de se lancer à la découverte du Sixième Territoire, les Lyoko-Guerriers s’empressent d’embarquer à bord du Skidbladnir II :

– On décolle, déclare Aelita en menant le vaisseau hors de son garage pour quitter le territoire Carthage et rejoindre la surface de la Mer Numérique.

– Avant toute chose, leur rappelle Jérémie, n’oubliez pas que nous ne savons pratiquement rien de ce Sixième Territoire, à part qu’il abrite certainement de très nombreux monstres. Gardez à l’esprit que si Xana nous a caché l’existence de sa base, c’est certainement parce que c’est là-bas qu’il retient Franz Hopper captif, et l’endroit doit donc être bien défendu. Pour aujourd’hui, le but de la mission est d’entrer dans cette base afin de repérer le terrain. Mais si ça tourne mal, vous devez être prêts à vous replier immédiatement, c’est bien compris ?


Les Lyoko-guerriers approuvent d’une seule voix, puis Aelita fait plonger le Skid.




Tandis qu’ils s’enfoncent dans les profondeurs de la Mer numérique, de nombreux points commencent à apparaître sur leurs écrans radar.

– Des Kongres et des Rekins, annonce Yumi en apercevant les silhouettes des monstres.

– Ils sont très laids, observe Sissi.

– Ils n’ont pas encore détecté notre présence, remarque Aelita. On essaye de les contourner ?

– On va plutôt les traverser, répond le samouraï. Navskids, on se détache et on ouvre le passage ! Go !

– Lance les compteurs Einstein ! s’exclame le félin.


Ulrich, Yumi, Odd et William détachent leurs Navskids et ouvrent le feu sur les monstres.

– Restez quand même prudents, leur conseille Jérémie. Même si je peux vous transférer en cas de destruction d’un vaisseau, il y a toujours le risque de rester virtualisé dans la Mer numérique.


Aelita continue de faire descendre le Skidbladnir ; comme les Navskids anéantissent la plupart des Rekins et des Kongres, Sissi et Naxxya n’ont plus qu’à détruire les quelques monstres restants à l’aide de leurs tourelles. Les Lyoko-guerriers avancent donc progressivement tout en repoussant leurs ennemis pour ne pas se laisser submerger.
Bientôt, la voie est complètement dégagée, ce qui leur semble presque trop facile :

– Ben...? Y’en a pas d'autres ? s’étonne le félin après la disparition des derniers monstres.

– On dirait bien qu’ils ne s’attendaient pas à nous voir ici, déclare la jeune fille aux cheveux roses.

– Continuez à descendre, ajoute l’opérateur. Le fond n’est plus très loin.

– Restons vigilants, recommande Ulrich tandis que leurs vaisseaux s’enfoncent dans la Mer numérique. L’environnement est de plus en plus sombre, on risque de se faire surprendre par les renforts.


Soudain, le Skid est violemment secoué par l’arrivée sournoise d’un Kalamar qui s’accroche à la tourelle de Sissi et tente d’en percer le blindage, mais Naxxya fait pivoter sa propre tourelle et abat le monstre.

Pendant que la Lyoko-guérisseuse se remet de ses émotions et qu’Aelita vérifie que le sous-marin n’a pas été endommagé, Yumi aperçoit une immense structure sombre tout au fond :

– Je crois qu’on arrive...


À travers les eaux troubles de la Mer numérique, les Lyoko-Guerriers découvrent un gigantesque enchevêtrement de reliefs virtuels semblant recouvrir un labyrinthe de salles reliées par des couloirs qui s’entrecroisent de manière chaotique.

– Oui ! C’est là ! confirme Jérémie en analysant son radar. C’est le Sixième Territoire !

– Il y a une sorte de cavité sur le côté, observe le samouraï. On doit pouvoir entrer par là...


Ils détruisent les quelques Rekins à proximité, puis les quatre Navskids se rattachent au vaisseau-mère qui pénètre dans l’édifice abyssal et débouche sur une première salle à l’air libre.

Aelita immobilise le sous-marin, active le bouclier puis débarque ses passagers et déclare :

– En l’absence de tour ou de station d’arrimage, le Skid risque de tomber à court d’énergie donc on ne devra pas rester trop longtemps sur ce territoire.

– Ne t’inquiète pas, lui répond Jérémie. Je garde un œil sur les réserves d’énergie du Skid, mais avec l’augmentation de capacité que je lui ai apportée, vous avez du temps devant vous.




Une fois au sol, nos héros observent les alentours, intrigués par ce nouvel environnement. Les murs sont constitués de blocs massifs d’un noir métallique qui émettent pourtant une certaine lumière, notamment grâce à des interstices desquelles s’échappe une inquiétante lueur rouge.

– Alors c’est ça le Sixième Territoire ? demande Odd. Xana a vraiment des goûts discutables en matière de décoration !


La luminosité des fissures rouges s’intensifie et une voix aussi atroce que synthétique résonne :

– Qu’y a-t-il, Odd ? Tu n’aimes pas la couleur de votre tombeau ?

– Hein ? Qui a parlé ? s’inquiète le félin.


Les Lyoko-guerriers brandissent leurs armes et se regroupent, tandis que William finit par répondre :

– C’est Xana...

– Quoi !? s’exclame la Japonaise stupéfaite.

– Qu’est-ce qui te surprend, Yumi ? demande la voix. Le fait que je puisse parler comme un humain ? Sache qu’à l’heure actuelle, je peux faire beaucoup de choses comme les humains...

– Alors on avait vu juste... reprend le samouraï à voix basse. Xana cherche à prendre une forme humaine pour se matérialiser...

– Pour ton information Ulrich, précise la voix, la matérialisation est désormais la prochaine étape pour moi, puisque j’ai déjà acquis mon enveloppe corporelle humanoïde...

– La seule prochaine étape qui t’attend, c’est ta destruction définitive ! réplique le grand ténébreux. Si tu as un corps, viens donc te battre qu’on en finisse !

– Comment ? interroge la voix. C’est toi ? Toi, William, mon ancien pion, c’est vraiment toi qui me menaces ? Je vois que ton retour parmi les humains t’a restitué ton sens de la plaisanterie... Dis-nous plutôt si tu as fini par choisir ton camp, ou si cette fois encore, tu trahiras tes amis...


Sissi pose sa main sur l’épaule de son amoureux et répond pour lui :

– Tu n’as plus aucun pouvoir sur William ! Il s’est libéré de ton emprise par sa seule volonté, et il m’a libérée à mon tour !


La voix s’adresse désormais à elle :

– Ah, Élisabeth, j’allais t’oublier... Si tu savais comme je regrette de ne pas avoir réussi à te garder à mes côtés... Tu avais toutes les qualités requises pour devenir la reine sur mon échiquier, pour réussir là où William avait échoué... J’ai pris des risques pour te capturer, et voila le résultat : ma Méduse vous a révélé l’existence de mon repaire, et maintenant je vais devoir te tuer, comme les autres... Quel gâchis...

– Tu parles beaucoup pour un programme informatique, remarque Naxxya. Mais on verra bien si tu l’ouvres toujours autant quand on t’aura attrapé.

– Rassure-toi, lui répond la voix, même si je pourrais en dire long sur ton compte, « Naxxya Warven », je peux finalement te résumer à ceci : une grande sauterelle parmi les fourmis que je m’apprête à écraser...


Jérémie intervient :

– Arrêtez de lui parler ! Ne l’écoutez plus ! Xana cherche à vous déstabiliser ! Ne le laissez pas vous...

– Tu crois peut-être que je ne t’entends pas, Jérémie ? l’interrompt la voix. Tu te crois à l’abri, bien installé dans ton fauteuil derrière ton écran, à donner des ordres pendant que tes amis risquent leur vie ? Mais Xana entend tout... Xana voit tout... Et Xana sait tout...

– Si tu sais tout, alors dis-moi où est mon père ! s’exclame Aelita. Il est ici, n’est-ce pas !?

– Waldo Schaeffer alias Franz Hopper ? Bien sûr qu’il est ici... confirme la voix. Il a construit cet abri indétectable pour vous aider discrètement, sans se douter que son refuge deviendrait mon repère et que je l’agrandirais pour y générer mes innombrables légions de serviteurs qui déferleront sur votre monde dès que j’en aurai fini avec vous... Quant à Waldo, il m’a été extrêmement utile, mais très bientôt je n’aurai plus besoin de le garder en vie...

– Monstre... murmure l’elfe aux cheveux roses en fermant les yeux.

– Ton père compte beaucoup pour toi, n’est-ce pas Aelita ? poursuit la voix. Dans ce cas, ça t’intéressera peut-être de savoir à quel point il souffre en ce moment...

– Où est-il !? Qu’est-ce que tu lui as fait !!? s’écrie l’ange de Lyoko, les larmes aux yeux.

– Il n’est pas très loin de votre position... répond la voix. Je dirais même que vous pouvez le rejoindre en moins de cinq minutes en courant... D’ailleurs, dépêchez-vous, car passé ce délai, il mourra...

– Quoi !? s’exclame la jeune fille horrifiée.

– ...Et je précise que vous devez être sept sur la ligne d’arrivée, ajoute la voix, alors attention à ne pas vous faire dévirtualiser en chemin...

– Ne l’écoutez pas ! ordonne Jérémie. C’est un piège, je suis sûr qu’il ment !


La voix prend un ton sarcastique :

– Tiens Jérémie, je t’envoie un visuel ! Regarde-le et dis-moi encore si je mens...


Une fenêtre vidéo s’ouvre alors sur l’écran de l’informaticien qui découvre alors Franz Hopper non pas sous forme de sphère rose mais bien sous sa forme humaine portant une combinaison virtuelle bleue avec des bordures dorées, et le vieil homme est enfermé dans un champ d’énergie qui se resserre lentement sur lui, tout en lui envoyant périodiquement de douloureuses décharges d’énergie.

– Qu’est-ce que tu vois Jérémie ? s’inquiète Yumi.


L’opérateur hésite, mais il lui faut plus de temps pour tenter de comprendre pourquoi leur ennemi leur laisse une chance de retrouver le père d’Aelita, alors il se résigne :

– Courez, mais soyez prudents...


L’écho synthétique de la voix de leur ennemi s’évanouit dans un rire effroyable qui leur glace le sang, et les Lyoko-guerriers peu rassurés s’engouffrent dans le premier couloir devant en courant, mais déjà, plusieurs directions se présentent.

– Qu’est-ce qu’on fait ? On se sépare ? propose William.

– Non, surtout pas ! répond catégoriquement Ulrich.

– Jérémie, tu ne pourrais pas nous donner un itinéraire à l’aide de ton radar ? demande Sissi.

– Je n’ai pas accès au plan global de ce territoire, lui explique l’informaticien, je peux juste visualiser un périmètre restreint autour de votre position. D’ailleurs, je crois que je détecte des monstres qui viennent vers vous !


Les deux couloirs à leur gauche commencent à être investis par des Tarentules, ce qui force les Lyoko-guerriers à prendre le couloir de droite.

– Pourquoi on ne va pas vers les Tarentules ? s’étonne Odd. Dans les jeux vidéo, s’il y a des monstres c’est qu’on va dans la bonne direction !

– Parce que le temps nous est compté donc il faut minimiser le nombre d’affrontements ! répond Jérémie. Tournez à gauche, je détecte d’autres monstres venant de la droite !


Nos héros passent leur temps à courir et à changer de direction pour éviter les créatures qui arrivent de toute part, mais ils finissent par être encerclés. Les Lyoko-guerriers commencent donc à se battre, quand Aelita capte soudain une faible pulsation et se concentre pour parvenir à en localiser la source...

– Ils sont de plus en plus nombreux ! observe Yumi. Faut pas qu’on reste ici !

– Et on va où dans ce cas ? demande Naxxya.


L’elfe aux cheveux roses parvient enfin à repérer la provenance du signal :

– Par là !


Ses alliés détruisent les monstres qui leur barraient la route puis suivent Aelita, mais d’autres monstres arrivent en face :

– Tu es sûre de toi ? s’inquiète Sissi.

– Non, mais c’est tout ce que j’ai ! répond l’ange de Lyoko qui se fie à son instinct.

– Si ! C’est le bon endroit ! reprend Jérémie en détectant une importante source d’énergie sur son radar. Avancez encore un peu dans cette direction, il y a une salle sur la droite !


Les sept adolescents virtualisés entrent dans la pièce en question avant que les monstres ne les rejoignent, puis Aelita crée du décor pour barricader l’entrée.

– Pas de doute, c’est bien ici, déclare Ulrich en voyant Franz Hopper inconscient dans son champ d’énergie qui rétrécit.

– Papa ! Papa réponds-moi ! crie vainement Aelita sans oser toucher le dangereux champ d’énergie qui entoure son père.


Odd s’impatiente :

– Hé ho ? Xana ? On a gagné, on a trouvé Franz Hopper en moins de cinq minutes et on est tous là ! Dépêche-toi de le libérer espèce de mauvais perdant !


Jérémie intervient :

– Calmez-vous ! Que voyez-vous dans cette salle ? Décrivez-la-moi !


Sissi regarde autour d’elle :

– Ben, c’est une salle, avec une entrée, des murs, un sol, un plafond. Le père d’Aelita est au milieu, retenu dans une sorte de champ d’énergie...


Ulrich complète les observations :

– Les murs sont semblables à des écrans, je pense que c’est depuis cette salle que Franz Hopper nous observait sur Lyoko, et pouvait probablement aussi agir à distance...

– La salle est de forme octogonale, précise Naxxya, et un œil de Xana est affiché sur chaque mur-écran, seule la porte n’a pas de symbole.

– Ça fait donc sept symboles de Xana en tout, conclut Jérémie. Et Xana voulait que vous soyez sept...

– Je crois que j’ai compris ! s’exclame le félin avant de tirer une Flèche-laser sur l’œil de Xana affiché à l’écran derrière lui.


Mais le champ d’énergie se resserre brusquement sur Franz Hopper.

– Non en fait j’ai rien compris... s’excuse Odd.


Aelita s’approche d’un œil puis pose sa main dessus ; un interstice dans le sol au pied de l’écran s’illumine et le faisceau lumineux rectiligne passant sous les pieds d’Aelita rejoint le centre de la pièce où se trouve le champ d’énergie qui s’atténue légèrement autour de l’homme inconscient.

– Ça fonctionne ! constate l’elfe aux cheveux roses en maintenant sa main contre le symbole. Posez tous votre main sur un symbole de Xana !


Ses amis se placent donc chacun devant l’un des sept écrans et posent leurs mains sur les différents yeux de Xana, sauf Yumi qui hésite.

– On y est presque ! observe William en voyant que le champ d’énergie a quasiment disparu.


Le félin s’aperçoit que la Japonaise se tient devant l’un des murs mais sans poser sa main sur celui-ci :

– Ben alors Yumi ? Il ne manque que toi ! Pose ta main sur cet œil, on va pas y passer la nuit !


La geisha reste suspicieuse :

– Ça ressemble trop à un piège... Xana qui nous permet de libérer le père d’Aelita en cinq minutes, les montres qui nous ont pratiquement guidés jusqu’ici... Et puis qu’est-ce qui nous prouve que c’est vraiment Franz Hopper qui se trouve dans ce champ d’énergie ? Xana n’a-t-il pas dit lui-même qu’il avait acquis une forme humaine dans le but de se matérialiser bientôt ?


Le grand ténébreux se met à douter lui aussi :

– Maintenant que tu le dis, c’est vrai que tout ça est beaucoup trop facile... Même dans la Mer numérique, on n’a pas été vraiment agressés... Xana n’a pas pour habitude de nous faire de tels cadeaux...

– Le temps presse ! s’impatiente Aelita en voyant la cage énergétique se resserrer sur son prisonnier. Mon père va mourir si on ne fait rien !

– Jérémie, tu en penses quoi ? l’interroge Ulrich.

– C’est vrai que tout ça est louche, reconnaît l’informaticien qui se creuse la tête depuis tout à l’heure sans voir où tout cela les mène. Néanmoins, si Xana en personne se trouvait dans la même pièce que vous, je pense que je le verrais sur mon radar...

– Tu penses ou tu en es sûr ? interroge Yumi.

– Le champ d’énergie va écraser Franz Hopper ! s’exclame Sissi.

– Jérémie, tu ne peux pas déterminer qui se trouve vraiment là-dedans !? le presse William.

– Pas en si peu de temps, rétorque l’opérateur anxieux. Il faut prendre une décision...


Aelita se tourne vers sa camarade et l’implore :

– Je t’en supplie Yumi...


La Japonaise ne parvient pas à se décider, alors Ulrich à côté d’elle lui déclare à voix basse :

– Je ne sais pas à quoi joue Xana, mais si jamais c’est bien le vrai Franz Hopper qui est devant nous, il va mourir sous les yeux d’Aelita dans quelques secondes...


Yumi soupire, plisse les yeux avec appréhension, et pose enfin sa main sur le dernier œil, ce qui fait disparaître le champ d’énergie. Aelita se précipite aussitôt sur le corps inanimé de son père, mais soudain, elle s’arrête et recule.

– Qu’est-ce qu’il y a ? s’inquiète Ulrich.

– C’est... Ce n’est qu’une image ! répond la jeune fille stupéfaite.


L’hologramme de Franz Hopper disparaît sous leurs yeux.

– Un leurre !? s’étonne Odd.

– Xana a fait tout ça pour se moquer de nous ? demande Naxxya.

– Non, je pense que c’est bien pire... répond gravement William en observant sa main. Xana a dû profiter de ce contact avec ses propres interfaces pour changer quelque chose en nous...


Yumi s’alarme aussitôt :

– Jérémie ! Vérifie l’état du Retour vers le passé !

– J’ai pris des précautions depuis Sissi-Méduse, la rassure l’opérateur en allant quand même voir dans ses données. Je doute que Xana ait pu franchir... Mais...! C’est pas possible ! Le Retour vers le passé a été effacé !


Tandis que ses camarades sont déconcertés par la perte du Retour vers le passé, William fracasse brusquement le mur-écran situé devant lui :

– J’en ai assez ! Xana ! Montre-toi qu’on en finisse !

– Pas la peine de s’énerver ! le coupe l’informaticien qui avait pris plusieurs précautions. Même si mes programmes anti-intrusion n’ont pas suffi à arrêter Xana, j’ai mis en place d’autres systèmes de secours qui vont me permettre de restaurer le Retour vers le passé assez rapidement, et même instantanément si on récupère les codes sources dans les archives du Cinquième Territoire !


Ulrich s’apprête à décider d’aller les chercher immédiatement, mais Jérémie s’affole à nouveau :

– Attendez ! L’ordinateur a détecté d’autres anomalies liées à l’intrusion !... Xana vous a fait quelque chose ! William avait raison !


Les Lyoko-guerriers se regardent avec inquiétude jusqu’à ce que le cerveau de la bande finisse par comprendre les effets de l’opération effectuée par Xana :

– Il a supprimé la procédure de rematérialisation consécutive à une perte de 100% des points de vie ! C’est une catastrophe !!


Le samouraï écarquille les yeux :

– Tu es en train de nous dire que si on perd tous nos Points de Vie, on disparaît définitivement !?

– Je savais que c’était un piège... murmure Yumi en serrant les dents.

– Comment on va rentrer chez nous alors !? demande Odd angoissé.

– Il faut que je vous dévirtualise manuellement ! répond l’opérateur. L’ennui c’est que si je vous dévirtualise maintenant, on va perdre le Skid...

– Tant pis pour le Skid ! rétorque Yumi. On ne peut pas prendre le risque de perdre l’un d’entre nous juste pour aller sauver notre sous-marin !

– Tu ne comprends pas ! lui explique Jérémie. Je ne peux pas vous virtualiser directement sur le Sixième Territoire, donc si on perd le Skid et que je vous rematérialise maintenant, vous ne pourrez plus vous rendre dans cet endroit ! Xana sera alors hors d’atteinte et libre de finaliser ses projets !

– Et si l’un ou l’une d’entre nous reste ici ? propose Naxxya. Tu peux virtualiser les autres juste à côté, donc on n’aurait plus besoin du Skid...


L’informaticien voit où elle veut en venir :

– En effet, mais si on te laisse sur le Sixième Territoire jusqu’à demain, il y a de fortes chances pour que tu te fasses détruire par des monstres pendant la nuit donc ça reviendra au même ! Je suis formel, la meilleure option est de sauver le Skid !


La Lyoko-guérisseuse frissonne à l’idée de disparaître définitivement :

– Tu pourrais pas essayer de « réparer » la rematérialisation avant qu’on aille chercher le vaisseau ?

– Désolé Sissi, répond le génie, mais sans l’aide de Franz Hopper il va me falloir des semaines pour reprogrammer la rematérialisation systématique...

– Des semaines ? s’étonne Odd. Je t’ai connu plus performant que ça Einstein !

– Tu préfères que je vous sorte une version bêta bourrée de bugs ? rétorque le génie. On parle de la rematérialisation, là ! À la moindre erreur, personne ne réapparaîtra !

– Il a raison, confirme Aelita qui est la seule camarade de Jérémie à avoir une petite idée de la complexité du programme. Rien que pour coordonner le déclenchement du processus avec le...

– Bon assez discuté ! la coupe Ulrich en sortant ses sabres. Il faut qu’on retourne au Skid sans perdre personne et sans s’arrêter ! William et Odd, vous passez devant avec moi ! Aelita, Yumi et Naxxya, vous fermez la marche ! Sissi, tu restes entre les deux lignes et tu nous soignes en continu !

– C’est parti ! conclut le grand ténébreux en abattant le décor qu’Aelita avait créé pour barricader l’entrée.




Les sept Lyoko-guerriers foncent ensemble pour traverser les couloirs malgré les innombrables monstres. Pendant que William, Ulrich et Odd percent les lignes ennemies en recevant les soins quasi permanents de Sissi, les trois autres filles s’efforcent de bloquer les tirs arrivant tout autour, mais un Rampant agrippe la jambe d’Aelita pour la faire tomber et commence à la tirer en arrière. Naxxya se jette vers elle pour la rattraper par la main et Yumi lance un éventail pour détruire le Rampant, mais les autres monstres en profitent pour leur envoyer un déluge de tirs. Sissi peine à soigner tout le groupe sans relâche et finit par tomber à court d’énergie puis perd connaissance. Le grand ténébreux la porte dans ses bras, laissant à au samouraï et au félin la tâche d’ouvrir le passage à travers les monstres.

– Mon écran indique que le Skid est attaqué ! les prévient Jérémie. Dépêchez-vous de le rejoindre avant que son bouclier ne disparaisse !


Ses amis arrivent juste à temps pour éliminer les monstres qui tiraient sur le bouclier du vaisseau, puis ils s’enfuient enfin à bord du sous-marin, direction le garage dans le Cinquième Territoire où Jérémie les dévirtualise enfin.





* * *





Sans échanger un mot, nos héros éprouvés par ce qui vient de leur arriver retournent à Kadic, tandis que le crépuscule donne au ciel une teinte rougeoyante.

Une fois réunis dans la chambre de Jérémie, ses sept camarades revenus de Lyoko mais qui ont bien failli y rester sont incapables de décrocher un mot, car la seule conclusion qui leur vient à l’esprit est qu’ils sont fichus...

Restant muet lui aussi, l’informaticien se tient la tête en réfléchissant à un moyen de reprendre le contrôle de la situation, mais aucune solution viable ne lui vient à l’esprit, comme si son éternel ennemi l’avait mis échec et mat...

Odd tente de remonter le moral de son équipe, mais le cœur n’y est pas :

– Bon ben... mission accomplie ! On a « repéré le terrain » comme prévu...

– Tu parles... rétorque William en lui jetant un regard noir. On est arrivés, on s’est fait piéger, on s’est sauvés en courant, et maintenant on risque de mourir rien qu’en combattant des Kankrelats...

– Hé ! Fais pas comme si c’était moi le responsable ! J’y suis pour rien ! s’indigne le félin en se sentant accusé.

– C’est pas toi qu’as dit « Yumi dépêche-toi on va pas y passer la nuit » ?

– Ben et toi alors ? rétorque Naxxya. Pourquoi tu ne nous as pas empêchés de le faire si tu savais que c’était un piège ?

– Tu insinues quoi par « je savais que c’était un piège » !? s’énerve le grand ténébreux.

– Fermez-la ! intervient froidement Yumi sans même les regarder.


Sissi retient William par le bras pour l’apaiser, puis Jérémie se racle la gorge avant de leur exposer la situation :

– Comme vous l’avez compris, Xana nous a piégés, et il va maintenant tenter de nous éliminer un par un. C’est ce qui se passera si on continue à désactiver les tours au jour le jour en prenant le risque de voir l’un d’entre nous perdre tous ses points de vie. Ce qui était simplement regrettable lors de nos missions est désormais fatal. C’est pourquoi je pense que la seule solution qu’il nous reste est de retourner sur le Sixième Territoire et d’affronter Xana directement pour le détruire...


Les Lyoko-guerriers sont assez troublés en entendant la conclusion de l’informaticien, mais ils comprennent qu’ils n’ont pas d’autre choix et se contentent donc d’approuver en silence.

Le blondinet à lunettes remarque que le samouraï hésite à prendre la parole :

– Tu as quelque chose à proposer Ulrich ?


Celui-ci se lance à contrecœur :

– Ça m’ennuie de suggérer ça, mais... étant donné qu’on n’a plus le droit à l’erreur, je me demandais si... au lieu d’aller se jeter dans la gueule de Xana dans son repaire, on ne devrait pas plutôt lancer l’assaut final contre le Cœur de Lyoko dans le Cinquième Territoire pour détruire Lyoko et Xana à la fois ?


Aelita retient ses larmes, et Yumi la serre contre elle avant de réprimander son amoureux :

– Qu’est-ce qui te prend d’envisager un truc pareil ? Il n’est pas question qu’on abandonne Franz Hopper !


Le samouraï est de plus en plus embarrassé :

– Je suis vraiment désolé de poser cette question, mais... qu’est-ce qui nous prouve que Franz Hopper est encore en vie, après ce qui s’est passé tout à l’heure ?


William voit où son camarade veut en venir :

– Tu crois que Xana se serait servi de Franz Hopper pour nous attirer dans son piège, et il l’a exécuté ensuite car il n’avait plus besoin de lui ?

– En fait, répond Ulrich, ça fait des semaines que nous n’avons trouvé aucun indice permettant d’affirmer que Franz Hopper serait toujours vivant... Alors étant donné que Xana a utilisé une image de Franz Hopper et non le vrai, je crois qu’il s’est débarrassé de lui avant même qu’on vienne sur le Sixième Territoire... C’est pour ça que je propose d’aller détruire le Cœur de Lyoko car notre ennemi ne s’y attendra pas...


Le raisonnement d’Ulrich fait frémir ses amis, mais Jérémie ne se démonte pas :

– En allant détruire le Cœur de Lyoko sur le Cinquième Territoire au lieu d’aller affronter Xana sur le Sixième, effectivement on peut espérer augmenter nos chances de réussir. Mais j’ai déjà réfléchi à cette éventualité, et notre ennemi aussi. Xana ne pouvant plus s’échapper dans le Réseau, il devait alors s’assurer que le Cœur de Lyoko ne serait pas détruit, et on peut donc en conclure que Xana a dû considérablement renforcer la défense du Cœur de Lyoko, tout comme il a verrouillé l’accès au terminal des archives. Je manque d’informations pour faire des estimations précises, mais sincèrement, je ne pense pas que le Cœur de Lyoko soit actuellement aussi accessible qu’on le voudrait. Peut-être même que Xana s’attend justement à ce qu’on préfère lancer l’attaque sur le Cinquième territoire. Tout ça pour dire que de toute façon, nos chances de succès restent minces dans les deux cas, et que pour garder l’espoir de sauver Franz Hopper même si on ne peut pas être certain qu’il soit toujours en vie à l’heure actuelle, l’assaut final aura bien lieu sur le Sixième Territoire.


Sensible à ces arguments, le samouraï approuve en hochant la tête, puis le cerveau de la bande reprend :

– Ce sera certainement notre dernière mission. Ou bien nous vaincrons Xana, ou bien nous mourrons tous. Sachez que vous êtes libres d’abandonner maintenant, mais ce serait stupide car si notre ennemi parvient à se matérialiser, l’humanité entière sera menacée. Où que l’on se cache, il finira par nous retrouver...


Jérémie tend sa main :

– ...Alors je vous demande à tous : êtes-vous prêts à vous battre une dernière fois pour espérer retrouver un monde sans Xana, un monde sans danger ?


Aelita tend sa main :

– J’ai confiance en toi, Jérémie.


Ulrich tend sa main :

– Il est temps d’en finir.


William tend sa main :

– Que le cauchemar cesse.


Sissi tend sa main :

– Désolée, je tremble un peu...


Naxxya tend sa main :

– J’en suis.


Odd tend sa main :

– Je sais pas quoi dire...


Les regards se tournent vers Yumi qui finit par tendre sa main :

– Bien sûr que je viens.

– Parfait, conclut l’informaticien en se retournant vers son bureau. Je vais préparer la mission sur mon ordinateur. Quant à vous, je vous conseille d’aller dormir car demain, vous devrez être en forme à 200% pour affronter Xana.





En sortant de la chambre de Jérémie, la jeune fille aux cheveux roses s’excuse auprès de la Japonaise :

– Tu avais raison... C’était un piège évident, j’aurais dû t’écouter...

– Ce n’est pas de ta faute, la rassure Yumi. Personne n’a pu deviner ce que Xana cherchait à faire.

– Si je t’avais fait confiance, poursuit Aelita, on ne serait pas dans une situation aussi désastreuse... Je suis entièrement responsable de ce qui est arrivé... Depuis le début...


La geisha prend son amie par les épaules et la regarde droit dans les yeux :

– Écoute, peut-être qu’on aurait effectivement pu éviter ce qui s’est produit aujourd’hui en s’y prenant différemment. Mais je vois bien que tu ne voulais faire de mal à personne, tu as simplement agi précipitamment dans le but de secourir ton père, et je ne peux pas t’en vouloir pour ça. Je sais aussi que tu serais prête à te sacrifier pour sauver chacun d’entre nous comme tu l’as déjà fait par le passé, et c’est sûrement pour cette raison que Xana a fait en sorte de tous nous piéger en même temps, en mettant en jeu la vie de quelqu’un que tu ne peux pas te résoudre à perdre de nouveau.

– Yumi... murmure Aelita les larmes aux yeux car son pardon compte énormément pour elle.


La Japonaise la serre dans ses bras pour la consoler :

– Quoi qu’il arrive, tu es ma meilleure amie, et si Xana croit que ses machinations peuvent y changer quoi que ce soit, alors il n’a décidément rien compris aux humains...





* * *





La nuit est tombée sur Kadic. Yumi et William sortent et commencent à rentrer chez eux.

Avant de franchir le portail, le grand ténébreux s’arrête et regarde en direction du dortoir :

– À ton avis, combien de Lyoko-guerriers en herbe dorment dans ce bâtiment ?

– Où tu veux en venir ? demande la Japonaise.

– Que dirait Xana en voyant débarquer des dizaines de combattants dans sa base ?


La geisha secoue la tête :

– Laisse tomber, on n’a ni le temps ni les moyens de former autant de Lyoko-guerriers. Et les envoyer sur le Sixième Territoire reviendrait à les envoyer à l’abattoir car on ne peut plus se permettre de perdre tous nos points de vie.

– C’est pas faux, reconnait William. Mais d’un autre côté, aller affronter Xana tête baissée parce qu’on n’a plus le choix, c’est un peu du suicide aussi. On n’est pas assez préparés.


Sa camarade lève les yeux vers les étoiles :

– Si c’est ta façon de dire que tu appréhendes ce combat, sache que j’ai peur moi aussi. Mais j’ai surtout l’espoir qu’on puisse vivre en paix un jour. Si malheureusement on meurt demain, on aura au moins tenté de contrer Xana. Et je suis persuadée que si nous l’avons fait, alors d’autres viendront forcément après nous pour tenter à leur tour de vaincre Xana. L’espoir nous donne la force de nous battre pour un avenir meilleur, et c’est pour cela que malgré toutes les catastrophes et les guerres à travers les millénaires, l’espèce humaine est toujours là.


William reste silencieux, jusqu’à ce qu’il reçoive un SMS :

– Désolé Yumi, s’excuse-t-il en souriant, mais tu vas devoir rentrer sans moi.


Le lycéen retourne vers le dortoir, contourne le bâtiment et commence à escalader le mur vers la chambre de Sissi.

– C’est ça, va donc réconforter ta princesse, conclut Yumi avant de recevoir un SMS elle aussi.


Après avoir lu le message, la Japonaise lève les yeux en direction de la fenêtre de la chambre d’Ulrich et Odd, puis elle sourit à son tour...




Pendant ce temps, dans la chambre d’Aelita et Naxxya, la jeune fille aux cheveux roses quitte son lit :

– Je vais aider Jérémie à terminer les préparatifs. Bonne nuit.

– Bonne nuit, répond sa colocataire.


Aelita sort discrètement de sa chambre puis descend à l’étage des garçons et commence à traverser le couloir. L’œil collé contre la serrure de sa propre porte, Odd voit sa coéquipière passer dans le couloir, puis il sort à son tour et monte à l’étage des filles. Le félin ayant quitté sa chambre, Ulrich ouvre la fenêtre et Yumi commence donc à escalader le mur pour rejoindre son amoureux.





Aelita arrive à la chambre de Jérémie et frappe à la porte.

Le génie s’empresse de ranger son casque neuronal avant d’ouvrir à son amoureuse :

– Tu n’arrives pas à dormir ?


La jeune fille entre et referme la porte derrière elle :

– Je suis venue t’aider...

– Ce n’est pas nécessaire, répond l’informaticien en retournant sur son ordinateur. Tout est déjà prêt pour demain, je règle juste l’interface.


Aelita se déshabille :

– Dans ce cas, profitons-en...


Jérémie se retourne vers elle et sursaute en la voyant nue devant lui.

Satisfaite de son effet, la jeune fille retire les lunettes de son amoureux puis l’embrasse :

– Je t’aime, Jérémie...

– Aelita... murmure-t-il tandis qu’elle prend délicatement ses mains pour les promener sur sa peau découverte.


D’abord tremblants, les doigts de l’adolescent impressionné se laissent progressivement glisser à la surface du corps de sa bien-aimée qui relâche bientôt ses mains pour constater avec bonheur que son compagnon continue de la caresser tendrement :

– ...Ça te plait ? lui demande-t-elle à voix basse, et Jérémie réalise soudain qu’Aelita avait cessé de guider ses gestes.

– Pardon, je... Je voulais seulement m’assurer que tu étais bien réelle... plaisante-t-il en rougissant jusqu’aux oreilles.


Le jeune garçon s’apprête à retirer ses mains mais son amoureuse le retient doucement par les poignets et l’embrasse, avant de l’entrainer avec elle sur le lit où elle s’allonge...

Voir la fille de ses rêves entièrement dénudée et étendue devant lui pousse Jérémie à se déshabiller à son tour pour s’avancer sur elle...

Pourtant, il semble hésiter encore...

L’expérience que les deux amoureux s’apprêtent à partager ensemble est une première pour chacun d’entre eux, et Aelita devrait donc appréhender la douleur tandis que l’informaticien redouterait de ne pas être à la hauteur, mais leurs craintes sont en fait inversées : Jérémie a peur de faire du mal à sa bien-aimée, alors que celle-ci prend seulement soin de ne pas risquer de l’intimider...

Par ses gestes affectueux, la jeune fille met donc son partenaire en confiance en lui montrant qu’elle a vraiment envie de lui, et comme celui-ci la désire tout autant sinon plus, leurs corps finissent naturellement par s’unir...





Devant la chambre de Naxxya, Odd arrive discrètement et sursaute en voyant la silhouette de Jim qui patrouille à l’autre bout du couloir. L’élève se colle donc dos à la porte de la chambre pour ne pas être repéré, mais celle-ci s’ouvre subitement et il tombe en arrière puis roule sur le côté avant qu’elle ne se referme. Naxxya empoigne son coéquipier, le soulève du sol et le plaque contre le mur pour l’embrasser fougueusement.

Le félin en profite pour prendre appui avec ses pieds contre le mur et se propulse vers l’avant, faisant reculer la géante qui atterrit sur son lit, avec Odd sur elle qui lui sourit :

– J’ai gagné ! triomphe-t-il en la tenant fermement par ses poignets plaqués de chaque côté de sa tête.

– T’as encore triché... feint-elle de se plaindre en le laissant faire.


La lycéenne aux cheveux bleus et son camarade à la mèche violette ont en effet conclu que chaque fois que l’un d’entre eux parviendrait à mettre à terre les épaules de l’autre, il pourrait lui faire ce qu’il voudrait, et à ce petit jeu, Odd semble enchainer les victoires...

Le félin en appétit embrasse donc sa proie avant de descendre progressivement pour continuer de déposer des baisers tout le long du corps interminable de l’immense jeune fille à sa merci : il commence par quitter sa bouche pour glisser dans son cou, puis il soulève son débardeur afin de s’aventurer dans sa poitrine où il s’attarde un bon moment, et après un slalom ventral destiné à gouter chacun de ses muscles abdominaux, l’adolescent termine entre les épaisses cuisses de son amoureuse qui se resserrent autour de son crâne...

Lorsqu’il en ressort enfin pour remonter vers le visage extatique de sa partenaire secouée de soubresauts, elle se met à rire en découvrant la figure trempée du félin qui se pourlèche les lèvres comme s’il venait de se régaler, mais il lui arrache soudain un gémissement en s’introduisant subitement en elle...





William arrive à la fenêtre de la chambre de la fille du proviseur de Kadic et pénètre discrètement dans cette pièce plongée dans l’obscurité.

La lumière s’allume et il découvre Sissi en peignoir, adossée auprès de l’interrupteur :

– Je commençais à m’impatienter... déclare-t-elle avec un sourire malicieux.


Le grand ténébreux lui rend son sourire en s’avançant vers elle, puis la jeune fille laisse tomber son peignoir, dévoilant ses formes généreuses avant de se jeter dans les bras de son amant pour l’embrasser longuement...

Il la dépose ensuite sur son lit, et alors qu’il se débarrasse de sa veste et de son T-shirt, le lycéen toujours debout est tiré par la taille vers son amoureuse qui lui défait sa ceinture afin de baisser son pantalon pour révéler ce qu’elle attendait impatiemment...

L’adolescente surexcitée s’empare de l’objet de ses désirs, faisant glisser ses doigts le long de celui-ci avant d’y joindre ses lèvres tout en relevant ses yeux vers ceux du garçon qu’elle aime pour mieux observer dans son regard transi de plaisir le fruit de ses prouesses...

N’y tenant plus, le jeune homme renverse brusquement l’irrésistible lycéenne sur le lit pour l’attraper fermement par les hanches, et en rapprochant dangereusement son bassin du sien, il sent les ongles de sa partenaire s’enfoncer dans sa peau, mais la douleur est à cet instant la moindre des sensations qu’ils se procurent...





Ayant elle aussi escaladé silencieusement la façade du dortoir, Yumi atteint le rebord de la fenêtre d’Ulrich qui lui tend la main pour l’aider à se hisser.

La Japonaise enlève ses chaussures pour s’allonger sur son le lit de son amoureux, mais au lieu de venir s’étendre à ses côtés, le samouraï anxieux s’assoit simplement au bord en lui tournant le dos :

– Tu te rends compte ? déclare-t-il visiblement préoccupé. Demain, on va devoir affronter Xana en personne...

– Oublie Xana pour cette nuit s’il te plait... lui demande la geisha en se redressant pour poser sa tête contre son épaule.


Malgré son appréhension, Ulrich finit par chasser son ennemi de ses pensées pour se retourner vers sa bien-aimée et la serrer contre lui.

Le doux contact de sa joue contre la sienne suffit à le réconforter, pourtant la Japonaise entreprend à présent de lui ôter ses vêtements :

– Heu... balbutie le samouraï en se demandant si son amoureuse ne serait pas en train de se laisser influencer par les circonstances. Tu es sûre que le moment est bien choisi pour... ?

– T’inquiète pas... le rassure Yumi. On ne sera sûrement pas les seuls à le faire cette nuit... Notre dernière nuit...







Scène coupée : Promets-moi



La pluie d’étoiles filantes n’en finit pas de déferler devant les yeux pourtant clos de la belle Japonaise. Ses muscles se décontractent enfin, ses mains relâchent les épaules de son partenaire puis retombent lentement de chaque côté de son corps. Les battements de son cœur retrouvent un rythme plus tranquille, tout comme sa respiration dans le cou de son amant.

Le temps d’un instant, son esprit s’absente et se perd...

Des visages lui apparaissent, nombreux, se superposant de manière floue. Tous les yeux sont tournés vers elle, quand subitement, une ombre menaçante lui fonce dessus. Elle se sent tomber en arrière, avant qu’une main puissante et rassurante vienne la sauver de justesse. Mais un cri d’agonie derrière elle la fait tressaillir : une voix qu’elle connait s’est éteinte. Tout disparait autour d’elle, laissant la place aux ténèbres qui finissent par l’engloutir elle aussi...

Elle rouvre soudain les yeux, et de fines larmes s’écoulent sur ses joues pour se mêler à la transpiration qui recouvre sa peau. Allongé contre elle, son amant croise son regard et la dévisage avec incompréhension.

Yumi finit par murmurer :

– Ulrich, je vais te demander de me faire une promesse...

– Tout ce que tu voudras, lui répond-il sans hésitation.


La geisha se lance :

– Quand on affrontera Xana, si tu es amené à choisir entre me sauver moi et sauver Aelita, promets-moi de sauver Aelita.

– Quoi !? s’étrangle le samouraï.

– Tu m’as bien entendue. Je veux que tu sauves Aelita même si je dois y rester.


Son amoureux souffre intérieurement et peine à répondre :

– Je ne peux pas... Je ne peux pas sauver Aelita si ça implique de te voir disparaitre... Je ne peux pas sauver le monde si tu n’en fais plus partie...

– Écoute-moi bien, insiste Yumi. Si Aelita disparaît, tout sera perdu. On ne pourra même plus désactiver les tours. On ne pourra plus entrer le code Lyoko. Notre monde sera à la merci des attaques de Xana, et nous serons tous en danger, non seulement nous-mêmes mais aussi toutes les personnes que nous aimons. C’est pourquoi je veux que tu sauves Aelita. Si je dois disparaître, au moins je partirai avec l’espoir que mon frère, mes parents et tous les innocents seront sauvés. La vie doit continuer. Nous sommes responsables de tout ce qui est arrivé depuis qu’on a découvert Lyoko, à nous de faire notre devoir en menant à bien notre mission. Alors s’il te plait, Ulrich, promets-moi de faire ce qu’il faudra si jamais les choses tournent mal...


Le Lyoko-guerrier ferme les yeux et finit par accepter à contrecœur :

– Je te le promets.





À suivre...


Dernière édition par Nelbsia le Jeu 27 Aoû 2020 05:52; édité 1 fois
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Nelbsia MessagePosté le: Lun 17 Aoû 2020 19:52   Sujet du message: Répondre en citant  
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Épisode #108 : Un monde sans danger ? - Partie 2/3

Résumé de l’épisode précédent :


Voyageant à bord du Skidbladnir II, les sept Lyoko-guerriers ont pu s’aventurer dans le Sixième Territoire, mais Xana leur avait en fait tendu un piège : il les avait délibérément laissés venir dans son repaire, leur permettant même de retrouver Franz Hopper en leur faisant croire qu’ils pouvaient le libérer, mais il ne s’agissait que d’un leurre grâce auquel le virus maléfique a pu entrer en contact avec les combattants virtuels pour s’introduire dans les données de Jérémie et les priver à nouveau du Retour vers le passé, ainsi que de la possibilité de se rematérialiser en cas de perte de tous leurs Points de Vie. Nos héros ont alors dû rebrousser chemin en catastrophe, mais le mal était fait : désormais, chaque dévirtualisation par les tirs des monstres équivaudra à la mort d’un membre de leur équipe. Comprenant qu’ils ne pourraient plus continuer de lutter au jour le jour comme avant en prenant le risque de mourir les uns après les autres au cours des missions, Jérémie a pris la décision de lancer un ultime assaut dans le Sixième Territoire dès le lendemain dans l’espoir de vaincre leur ennemi une bonne fois pour toutes, tout en sachant qu’en cas d’échec, ils y resteront tous, et Xana se matérialisera pour envahir la Terre. Les quatre couples de Lyoko-guerriers se sont donc réunis pour passer en amoureux cette nuit qui pourrait bien être la dernière...




Partie 2/3 : Le sort du monde



Un rayon de soleil matinal vient caresser la joue de Sissi qui se réveille dans les bras de William. Elle se lève, s’habille et prend une feuille blanche pour y écrire quelques mots avant de la mettre dans une enveloppe qu’elle scelle en faisant couler de la cire.

Voyant que son amoureux commence à émerger de son sommeil, elle lui murmure à l’oreille :

– Je vais voir si Jérémie est réveillé.


La jeune fille sort, rejoint la chambre de l’informaticien et frappe à la porte :

– Jérémie ? Je peux entrer ?

– Euh... Oui... attends deux secondes, répond celui-ci.


Il finit par lui ouvrir sa porte, et Aelita en profite pour sortir :

– Salut Sissi ! À tout à l’heure !


Jérémie regarde sa bien-aimée qui s’éloigne, puis il demande à Sissi :

– Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?


La fille du proviseur de Kadic lui tend l’enveloppe scellée :

– J’aimerais que tu remettes cette lettre à mon père si jamais il m’arrivait quelque chose sur Lyoko...


Après un moment d’hésitation, le blondinet à lunettes saisit lentement l’enveloppe que lui confie sa coéquipière. Cette requête le met mal à l’aise car il sait qu’en cas de défaite, plus aucune vie humaine ne sera à l’abri de Xana, mais Jérémie n’ose pas empêcher Sissi de croire qu’elle peut laisser un message d’adieu à son père.

D’un hochement de la tête, la jeune fille remercie son camarade et s’apprête à s’en aller, quand il l’attrape par le bras :

– Attends Sissi...


Elle se retourne vers son interlocuteur qui décide de mettre les choses au clair :

– Je vais être franc avec toi : si les évènements sur Lyoko conduisent à ta disparition mais qu’on parvient à vaincre Xana malgré tout, je pourrai effectivement faire passer ton message, mais ce scénario me parait hautement improbable car sans tes pouvoirs de guérison, les autres ne tiendront pas longtemps avant de se faire dévirtualiser. Il faut que tu comprennes que si jamais nous échouons lors de notre ultime mission et que nous ne parvenons pas à empêcher Xana de se matérialiser, il n’y aura aucun survivant. Ni toi, ni moi, ni nos amis, ni nos familles. Je ne serai plus là pour transmettre cette lettre à ton père, et il ne sera plus là pour la lire. Mets-toi bien ça dans la tête. Nous n’avons pas le droit de perdre le combat qui nous attend. Aujourd’hui, nous jouons le sort du monde.


Sissi aimerait protester mais elle se contente de baisser les yeux tristement, car elle sait que Jérémie a raison : à la moindre erreur, tout sera perdu. Pourtant, elle voudrait tant protéger tous ceux qu’elle aime.

La gorge nouée, elle retient ses larmes et relève la tête pour demander au cerveau de la bande :

– Alors dis-moi comment faire la différence ! Dis-moi ce que je peux faire pour favoriser notre victoire ! Je suis prête à me sacrifier, mais tu dois me dire à quel instant ce sera le plus utile !


Jérémie reste sans voix devant le dévouement désespéré dont elle fait preuve en continuant de l’implorer :

– Je suis prête à mourir pour qu’Aelita survive, mais dis-moi si oui ou non ça servira à quelque chose !


Tout se bouscule soudain dans la tête du jeune garçon. Cela fait longtemps qu’il cache des informations à ses amis, sans vraiment savoir ce qu’il devrait leur dire, ou ce qu’il ne doit surtout pas leur révéler. Il mène seul un combat qu’il n’est pas certain de pouvoir gagner. Un combat contre le destin funeste qu’il doit à tout prix empêcher d’arriver. Mais comme chacune de ses actions semble l’enfermer dans le couloir qui mène à l’issue tragique, il se dit qu’il est peut-être temps de laisser quelqu’un d’autre lancer les dés.

Jérémie fait signe à Sissi de se taire, puis il s’approche de son oreille pour lui murmurer un ordre qu’elle ne peut comprendre :

– Si l’un d’entre vous disparait sur Lyoko, je veux que tu cristallises immédiatement...





La jeune fille aux cheveux roses arrive à sa chambre et frappe à la porte :

– Naxxya ? T’es réveillée ?...


N’obtenant pas de réponse, elle ouvre et voit sa colocataire qui s’empresse de s’envelopper dans sa couverture :

– Détends-toi, ce n’est que moi ! la rassure Aelita en refermant la porte derrière elle.

– Euh... bien dormi ? demande timidement Naxxya.

– On peut dire ça, répond l’ange de Lyoko en rougissant. Bon, je vais prendre une douche.


Aelita attrape ses affaires de toilette puis sort de la chambre et s’exclame :

– C’est bon Odd, tu peux sortir !


Elle referme la porte et se dirige vers les douches en riant, tandis que le félin sort la tête de la couverture pour reprendre son souffle :

– Mais comment elle a su que j’étais là !?

– Aucune idée, répond Naxxya en se levant. Bon, je crois que je vais prendre une douche aussi.


La géante réunit ses affaires et s’aperçoit que sur son lit, Odd reste allongé sous la couverture, les yeux fermés comme pour continuer de dormir.

– Je te rappelle qu’on a une mission, alors évite de te rendormir...

– J’y peux rien ! répond le paresseux sans même ouvrir les paupières. Ton lit est trop confortable...


Naxxya se penche juste au-dessus de lui en adoucissant sa voix :

– Je te donnerai mes tartines...


Odd se redresse pour l’embrasser, puis se laisse tomber à nouveau :

– Je me lève dans cinq minutes, promis.





Dans la chambre du samouraï, Ulrich se réveille, Yumi dans ses bras.

– Il est temps d’y aller, murmure-t-il en regardant l’heure qu’il est sur son radio-réveil.

– Encore une minute s’il te plait... répond la Japonaise sans ouvrir les yeux.


Les deux amoureux restent donc enlacés, espérant que cette minute se change en éternité. Ils se souviennent en silence de leurs moments passés. Leur première rencontre, leur premier baiser. Mais le temps qui s’écoule les ramène à la réalité. Ils se lèvent, sortent de la chambre, s’embrassent une dernière fois et s’éloignent chacun de leur côté.





La Japonaise arrive aux douches des filles et entend ses trois amies qui papotent entre les différentes cabines :

– Salut les filles, bien dormi ? leur demande Yumi en entrant dans l’une des cabines.

– Oh ? Salut Yumi ! répond Sissi en reconnaissant sa voix. T’es restée au lycée cette nuit ?

– Yep, Odd n’était pas dans sa chambre, alors j’ai pris sa place, explique la geisha.

– Si Odd n’était pas dans sa chambre, je me demande où il a bien pu dormir ! reprend Aelita ironiquement. Naxxya, tu ne l’aurais pas croisé cette nuit par hasard ?

– Je ne vois absolument pas de quoi tu parles, prétend la géante sous les rires moqueurs de Sissi et Yumi.





Ulrich arrive aux douches des garçons :

– Salut les gars ! déclare-t-il en entrant dans une cabine.

– Salut, répond le grand ténébreux dans celle d’à côté.

– Tiens ? William ? T’as dormi ici ? s’étonne le samouraï.

– Ouais, Sissi m’a demandé de rester avec elle cette nuit, explique le lycéen qui avait escaladé le mur pour rejoindre la fille du proviseur.

– Ulrich, t’as pensé à réveiller Odd ? demande Jérémie.

– Non, Odd n’a pas dormi dans notre chambre cette nuit, répond le colocataire du félin. J’espère qu’il arrivera à se réveiller tout seul...





L’adolescent paresseux finit par se lever :

– Bon allez, je vais prendre ma douche sinon Einstein va encore me reprocher d’être en retard ! Dire que ce sera peut-être la dernière fois...


Il sort de la chambre et se dirige sereinement vers la salle des douches.





Jérémie entend la porte qui s’ouvre :

– Ah, le voila. Bien dormi, Odd ?

– Quoi ? demande Nicolas qui vient d’entrer.

– Ah non, c’est pas Odd, c’est Nicolas, conclut William.

– J’ai un doute là, déclare Ulrich en fronçant les sourcils. Si Odd a dormi à l’étage des filles, est-ce qu’il pensera à redescendre à l’étage des garçons pour prendre sa douche ?

– De quoi ? demande Nicolas. Qui a dormi à l’étage des filles ?

– Personne, laisse tomber...





Le félin entre tranquillement dans la salle de douche sans se douter de rien.

Soudain, les cabines s’ouvrent et ses quatre coéquipières en sortent en serviettes de bain :

– Ne m’attendez pas pour manger, déclare Yumi. Je vais passer chez moi pour...


Elle s’interrompt en découvrant Odd qui les observe, l’air perdu, tentant de comprendre comment il s’est retrouvé dans cette situation. Aelita se cache derrière Naxxya en riant, tandis que l’intrus reste stupéfait devant elles en les dévisageant.

Sissi et Yumi, furieuses, s’avancent et arment leur poing conjointement :

– Espèce de...

– ...sale petit voyeur !!


Elles collent un puissant coup de poing à Odd qui termine son vol plané contre le mur du fond, puis elles le saisissent chacune par un bras pour le jeter hors de la salle de douche.

L’adolescent malmené retrouve ses esprits et voit sortir ses quatre camarades qui l’ignorent hormis Naxxya qui l’aide à ramasser ses affaires :

– Non mais ça va pas !? explose-t-il en invectivant les deux jeunes filles qui l’ont frappé. Vous venez prendre votre douche chez les mecs et vous osez me traiter de voyeur !? Attendez un peu !

– Non ! Odd ! panique la géante en le voyant courir vers ses amies.


Comme Yumi et Sissi méprisent ses paroles en s’éloignant sans même lui adresser un regard, il en profite pour attraper leurs serviettes qu’il leur dérobe brusquement avant de repartir en courant :

– Hé !?! hurle la fille du proviseur en couvrant son corps.

– Odd je vais te tuer !! renchérit la Japonaise furieuse tandis qu’Aelita hilare doit cacher ses deux copines dénudées dans le couloir.


Par chance, Naxxya intercepte le félin  :

– Idiot ! lui chuchote-t-elle. C’est toi qui t’es trompé d’étage ! T’as oublié de redescendre !

– Hein ?? s’étonne-t-il avant d’écarquiller les yeux. ...Ah mais oui ! Mince !


Il s’empresse donc de rendre à Naxxya les serviettes qu’il a volées à ses deux coéquipières tandis que sa camarade lui tend ses affaires qu’elle venait de l’aider à ramasser, puis il déguerpit en vitesse :

– Dis-leur que c’était pas moi mais mon double maléfique venu d’une autre dimension !





* * *





À l’heure du petit déjeuner, Jérémie s’impatiente :

– Bon sang mais que fait Odd !? Il dort encore ou quoi ?


Le félin arrive enfin :

– Désolé pour le retard, j’ai mis un peu plus de temps que prévu pour retrouver le chemin des douches car je me suis égaré dans une faille inter-dimensionnelle !


Naxxya lui donne ses tartines en souriant tandis que Sissi serre le poing.

L’informaticien regarde sa montre :

– Bon, rendez-vous à 11 h 30 à l’usine. Ulrich, tu préviens Yumi. Odd, ne sois pas en retard.


Jérémie et Aelita se lèvent de table et quittent la cantine.

Le samouraï se lève à son tour et va s’asseoir à la table de Milly et Tamiya :

– Salut les filles, j’ai un service à vous demander. Vous pourriez réimprimer une des photos de votre journal sur du papier photo ?





* * *





Arrivée chez elle, la Japonaise se glisse discrètement dans sa chambre pour noter quelques lignes dans son journal intime. Elle voudrait en écrire d’avantage, mais un SMS de son amoureux l’informe que le rendez-vous à l’usine est fixé à 11h30. Elle range donc son journal puis descend pour embrasser ses parents.

– Bien dormi ? lui demande sa mère.

– On ne t’a pas entendue rentrer hier soir, poursuit son père suspicieux.


Pour toute réponse, l’adolescente les serre tous les deux très fort dans ses bras.

– ...Tu es sûre que tout va bien ? s’inquiètent-ils.

– Oui, tout va pour le mieux, ne vous en faites pas, les rassure Yumi en souriant.


Elle passe ensuite devant la porte du salon où elle aperçoit Hiroki et Johnny en train de jouer à Babylon Ninja Fighter 6 sur la console ; les deux collégiens passent en effet de nombreuses heures sur ce tout nouvel opus qui permet à deux joueurs de parcourir le mode histoire en coopération à travers une quête palpitante pour sauver le royaume de Babylone contre l’invasion des momies.

« C’est ça, entrainez-vous bien à sauver le monde... », pense la lycéenne en s’éloignant.





* * *





Ulrich s’introduit discrètement dans les bureaux de l’administration de Kadic. Comme il s’y attendait, il y découvre une pile d’enveloppes contenant les bulletins scolaires du troisième trimestre, prêts à être envoyés aux parents des élèves. Le samouraï s’empresse de trouver son propre relevé de notes pour y attacher la photo de son équipe de football victorieuse au milieu de laquelle il tient la coupe, puis il remet le tout dans l’enveloppe avant de s’éclipser.





* * *





Ayant enfin terminé de manger, Odd regagne sa chambre et libère Kiwi de sa cachette en souriant :

– Viens mon chien ! On va se promener !


Kiwi agite la queue pour exprimer son enthousiasme ; l’adolescent dissimule son animal sous son gilet puis sort pour rejoindre la forêt.

Arrivé dans le parc de Kadic, Odd laisse sortir Kiwi puis il ramasse un bâton et commence à marcher dans les bois.

– Tu te rends compte ? demande le garçon en lançant le bâton. On nous a injustement séparés pendant des mois, puis j’ai profité des vacances pour te ramener à Kadic, et voilà qu’aujourd’hui on risque d’être séparés pour de bon à cause de Xana...


Kiwi lui rapporte le bout de bois avec fierté.

– Je sais bien que toi, tu ne te préoccupes pas de tout ça... poursuit Odd. Mais moi, je m’inquiète de ce que tu vas devenir...


Il lance à nouveau le bâton en continuant d’avancer dans la forêt.

– S’il devait m’arriver quelque chose, je pense qu’il faudrait que tu rentres à la maison. Même si mes sœurs sont parfois difficiles à supporter, Papa et Maman prendront soin de toi. Et puis, tu auras ma chambre pour toi tout seul...


Ils arrivent à la plaque d’égout. Kiwi rapporte le bâton, toujours aussi fier de lui.

Odd caresse son chien en souriant, saisit le bout de bois et se retient de verser une larme :

– J’espère que tu retrouveras le chemin...


Le cœur brisé, l’adolescent lance le bâton de toutes ses forces et disparaît dans les égouts.

Kiwi finit par trouver le précieux projectile et s’empresse de le rapporter, mais son maitre n’est plus là.





* * *





Sissi fait venir Hervé et Nicolas dans sa chambre :

– Je sais que je n’ai pas toujours été très cool avec vous deux, déclare-t-elle. Mais même si je ne l’ai pas montré, tout ce que vous avez fait pour moi m’a beaucoup touchée. Alors aujourd’hui, c’est à mon tour de faire quelque chose pour vous.


Hervé et Nicolas se regardent, hébétés.

– Bon, ne perdons pas de temps, reprend Sissi en installant les deux garçons devant son miroir. Hervé, je te lègue ceci : c’est la crème anti-boutons la plus efficace que je connaisse. Elle permet d’atténuer leur volume, leur rougeur et limite également leur réapparition.


Tandis qu’Hervé commence à s’appliquer de la crème miracle sur le visage, la jeune fille sort une brosse et de la laque :

– Nicolas, les cheveux, ça se coiffe ! Même sans en faire toute une œuvre d’art, tu peux au moins les brosser et tirer quelques mèches vers l’arrière. Regarde Hervé : sa coiffure est discutable, mais au moins il est coiffé, et ça montre qu’il prend soin de ses cheveux.


Sissi se recule pour mieux observer ses deux patients :

– Levez-vous s’il vous plait !


Ils s’exécutent et se tournent face à elle.

– Hervé, le bleu te va très bien, mais je suis sûre que tu as des vêtements plus décontractés ! À la limite, enlève ton veston et ta cravate, et détache un bouton de ta chemise. Sors-la de ton pantalon, d’ailleurs... Voila, c’est parfait ! Quant à toi Nicolas, pour l’amour du ciel, redresse la tête ! Non seulement ça te donnera de l’assurance, mais ça te permettra aussi de t’exprimer clairement, sans avoir une voix à moitié coincée !


Les deux comparses s’empressent de mettre en pratique les conseils leur amie, puis ils se tournent à nouveau vers le miroir et sont émerveillés par le résultat :

– Alors ? Qu’en pensez-vous ? leur demande Sissi en posant ses mains sur leurs épaules.

– Extraordinaire ! répond Nicolas d’une voix limpide.

– Comment est-ce possible !? ajoute Hervé en dévisageant son reflet.

– Ça va, n’en faites pas trop non plus, s’esclaffe Sissi néanmoins satisfaite car il est vrai que les simples détails qu’elle a retouchés chez ses deux camarades changent drastiquement leur allure. Bien, je dois vous laisser maintenant ! Mais je compte sur vous pour vous trouver chacun une cavalière pour la fête de fin d’année qui a lieu ce soir !

– Une cavalière !? s’étrangle Nicolas.

– Mais... et le fan-club ? interroge Hervé.

– Nouvelle règle ! répond la présidente de ce club en souriant. Les membres du fan-club de Sissi sont désormais vivement encouragés à s’intéresser à d’autres demoiselles que Sissi !


La fille du proviseur quitte sa chambre, laissant ses deux camarades pantois.

– Ça m’ennuie de l’admettre, déclare Hervé, mais depuis qu’elle traine avec la bande de Jérémie, Sissi est plus rayonnante que jamais.

– Surtout depuis qu’elle sort avec William, complète Nicolas qui ne peut s’empêcher de s’admirer dans le miroir. Au fait, tu sais quelle fille tu vas inviter pour la fête de ce soir ?


Son ami se gratte la tête pour cacher le fait qu’il rougit en songeant à la jeune fille blonde qui occupe ses pensées depuis un moment :

– Ben j’ai bien une petite idée, mais j’oserai jamais lui demander...





* * *





À l’infirmerie, Naxxya suit une dernière séance avec Yolande et tente de lui faire part de ses tourments sans lui révéler les activités secrètes qu’elle partage avec ses amis.

– Tu sais, déclare l’infirmière, c’est tout à fait compréhensible de ressentir ce genre d’angoisse en fin d’année. Chaque élève est heureux d’être bientôt en vacances mais reste dans l’incertitude de retrouver ou non ses camarades l’année suivante.


La géante secoue la tête :

– C’est pas vraiment ça... répond-elle avec embarras.

– Je disais ça pour l’exemple, précise la femme en blouse blanche. Si j’ai bien suivi ce que tu m’as dit malgré les nombreux points que tu refuses d’éclaircir, tu as l’impression d’arriver à une sorte d’« échéance », à la fin d’une période qui, rétrospectivement, te parait si belle que tu voudrais qu’elle perdure indéfiniment. Je crois même que tu aimerais revivre une période similaire encore et encore pour retrouver les mêmes lieux, la même ambiance, les mêmes personnes, les mêmes bons moments...

– Ben... J’avoue que ça ne me déplairait pas... reconnait Naxxya qui a adoré cette année passée à Kadic en compagnie des nouveaux amis qu’elle y a rencontrés.

– Mais le temps s’écoule, que tu le veuilles ou non, lui rappelle son interlocutrice. Chacun doit s’en accommoder. Cette année, tu es parvenue à tourner une page sombre de ton existence. Il est temps pour toi d’apprendre à tourner aussi les plus belles pages de ta vie, même si tu aimerais t’y attarder.


La grande lycéenne aux cheveux bleus reste silencieuse, et Yolande poursuit :

– Tu es encore jeune, et l’avenir te réserve certainement beaucoup de bonnes surprises. Là, on dirait que tu réagis comme si ta vie allait subitement s’arrêter, mais tu sais bien que tu n’en es qu’au début de l’histoire...

– Je crois que je vois ce que vous voulez dire... répond Naxxya avec appréhension en choisissant soigneusement ses mots. Mais quels conseils me donneriez-vous s’il s’avérait... que « l’histoire » touche à sa fin ?...





* * *





Perché sur le toit du bâtiment des sciences, William ramasse une barre de fer puis il ferme les yeux et commence à donner des coups dans le vide, comme pour simuler un combat.

En dehors du bruissement du vent dans les feuillages des arbres en contrebas, il n’entend à cet instant que les vifs sons que produit son arme à chacun de ses gestes, mais une voix résonne bientôt dans sa tête :

« – C’est ici que tu t’entrainais l’été dernier, n’est-ce pas ? »

« – ...Dans le but de te détruire... », répond mentalement le lycéen.

« – Me détruire ? », interroge la voix. « Voyons, tu ne peux pas me détruire... Tu es beaucoup trop faible... Aussi faible que les autres... »

« – C’est ce qu’on va voir... »


Les yeux toujours clos, le grand ténébreux continue de fendre l’air mais la voix poursuit :

« – Tu les trahiras... »

« – Tais-toi... »

« – Vous allez tous... mourir... »

– FERME-LA !!! hurle William en fracassant sa barre de fer contre la rambarde de sécurité.


Pour s’assurer que le bruit n’a pas attiré l’attention, le lycéen s’apprête à se pencher contre la barrière au bord du toit, mais il s’arrête juste à temps en réalisant avec effroi que son bras est passé à travers la matière...

Le grand ténébreux recule précipitamment puis observe avec inquiétude ses mains qui mettent de plus en plus de temps à réapparaître...





* * *





À l’usine, dans le laboratoire, Aelita regarde l’heure :

– 11 h 20. Les autres ne devraient plus tarder à arriver.


Jérémie prend sa main :

– Aelita, tu vas me promettre d’être très prudente quand vous serez sur Lyoko.

– Tu as l’air encore plus inquiet que moi... constate sa camarade pourtant anxieuse. Tu es sûr que ça va ?

– Pour être honnête, je doute sérieusement de nos chances de réussir cette ultime mission... lui confie-t-il tout en sachant qu’ils n’ont malheureusement pas d’alternative.

– Ce n’est pas la première fois qu’on se retrouve dans une situation critique, mais on est toujours parvenus à s’en sortir ! lui rappelle son amoureuse qui voit néanmoins que le cerveau de la bande ne partage pas son optimisme. Pourquoi ça serait différent cette fois ?


Jérémie soupire, avant de se résoudre à lui faire part de ce qu’il a sur le cœur :

– Il y a une chose dont je ne vous ai pas parlé... C’est difficile à croire, mais j’ai reçu un message du futur... Un futur dans lequel d’autres combattants ont pris notre place car Xana nous a tous tués après nous avoir tendu un piège, et j’ai bien peur que nous soyons déjà tombés dans ce piège hier soir... Aujourd’hui, Xana nous attend pour nous éliminer...

– Mais pourquoi tu ne nous en as pas parlé ? s’étonne Aelita qui reste calme malgré cette révélation car son compagnon semble déjà inquiet pour deux.

– Je comptais le faire, mais le DVD qui contenait le message a fini par se désintégrer. Plus rien ne prouvait que je vous disais la vérité, alors je ne vous ai rien dit, et puis... Je ne voulais pas vous inquiéter... Je ne voulais pas y croire...


La jeune fille le prend dans ses bras et lui répond sans hésiter :

– Moi je te crois Jérémie... Mais je crois aussi que tant qu’un futur ne s’est pas produit, nous avons le pouvoir de le changer...


Son amoureux la serre contre lui, puis ils mettent fin à leur étreinte lorsque l’ascenseur s’ouvre :

– On est tous là, déclare Ulrich accompagné par Yumi, William, Sissi, Odd et Naxxya.


Avec un pincement au cœur, l’informaticien regarde l’ange de Lyoko s’en aller rejoindre ses camarades dans l’ascenseur qui les conduit à la salle des scanners.

Tout en gardant ses mains cachées dans ses poches, le grand ténébreux entre dans l’une des cabines lumineuses et déclare :

– Quand tu veux, Jérémie...


L’opérateur virtualise les sept Lyoko-guerriers dans le Cinquième Territoire, puis ils rejoignent le Skidbladnir et plongent dans la Mer numérique.

– Méfiez-vous, leur recommande-t-il. Hier, les monstres vous ont quasiment laissés passer car ça faisait partie du piège de Xana, mais aujourd’hui, ils doivent être à l’affut pour vous anéantir.

– Effectivement, confirme le samouraï en voyant un banc de Rekins qui viennent à leur rencontre à vive allure. Navskids, en avant !


Yumi, Odd, William et Ulrich détachent leurs vaisseaux et commencent à tirer sur leurs adversaires pour couvrir le Skid qui descend.

– Soyez vigilants, répète Jérémie en surveillant son radar car il craint toujours ce que leur ennemi a pu préparer à leur insu depuis son repaire secret. Et surtout, prévenez-moi si vous avez besoin d’être transférés.



À mesure que nos héros s’enfoncent dans les profondeurs marines, les monstres se font de plus en plus nombreux et encerclent le sous-marin pour lui tirer dessus.

– Le bouclier a l’air de tenir, constate Aelita. Sissi et Naxxya, visez les Kalamars en priorité avec vos tourelles.

– Il faudrait descendre plus vite pour forcer les monstres à nous poursuivre, propose Yumi. Ça réduirait leur cadence de tir.

– Entendu, répond Aelita. J’active les réacteurs supérieurs.


Ulrich donne des instructions complémentaires :

– Navskids ! En formation « carré » à hauteur du Skid, et on plonge en spirale pour l’accompagner !


Le vaisseau-mère accélère donc sa descente dans la Mer numérique, entouré par les quatre modules individuels qui tourbillonnent autour de lui pour former un cône de rayons laser avec leurs tirs.




Les aventuriers aperçoivent enfin l’immense structure qui constitue la base de Xana dans les abysses, et ils commencent à se diriger vers la cavité latérale par laquelle ils sont entrés la veille, mais une ombre inquiétante tout au fond attire l’attention de Yumi.

– Navskids, on détruit les derniers monstres et on se regroupe sur le Skid ! déclare Ulrich.

– Attendez ! s’exclame la Japonaise. Il y a quelque chose en dessous ! Ne descendez pas !

– « En dessous » du territoire ? s’étonne William qui scrute les fonds marins.

– Oui ! confirme la geisha. J’ai vu une forme allongée disparaitre en dessous...

– Probablement un Kalamar, suggère Jérémie.

– Non, je vous assure ! insiste Yumi. C’était beaucoup plus gros ! Je crois que cette chose attend qu’on s’approche de l’entrée pour surgir et nous attaquer...


Aelita stabilise le sous-marin :

– Qu’est-ce qu’on fait alors ?

– Bougez pas, je vais voir ! répond Odd qui fonce vers le fond pour aller voir sous la structure.


Dans sa tourelle, Naxxya observe les profondeurs et voit soudain un énorme tentacule qui glisse le long de l’un des piliers soutenant le territoire.

– Odd !! Tire-toi de là !!

– Pourquoi ?... AAAAAAAH !!


Le Navskid du félin ressort à pleine vitesse, poursuivi par un gigantesque monstre armé de tentacules, et Sissi pousse un cri d’horreur.

– Qu’est-ce qu’il y a ?? s’inquiète Jérémie en voyant son écran-radar qui se brouille.

– Une pieuvre géante ! Monstrueuse ! répond Yumi abasourdie.

– Dégagez ! Dégagez !! ordonne Ulrich.


Les Navskids s’écartent de la trajectoire de la créature démesurée toujours à la poursuite d’Odd et commencent à lui tirer dessus. Aelita rapproche le vaisseau-mère pour permettre à Sissi et Naxxya de tirer aussi depuis leurs tourelles, mais tous leurs rayons semblent inefficaces contre le monstre.

– Qu’est-ce qu’on va faire !? interroge la Japonaise désemparée.

– J’ai trouvé ! s’écrie Odd qui continue de foncer.

– Vraiment ? T’as une idée pour le détruire ? espère Aelita.

– Non, mais j’ai trouvé un nom pour ce monstre ! répond le félin. Enfin, vous allez dire que ça manque d’originalité...


William essaye de deviner tout en mitraillant leur terrible adversaire :

– Kalamar Géant ? Poulpe Kolossal ?

– ...Kraken ! s’exclame Odd avant de s’apercevoir que le monstre est encore à ses trousses. Aaah !! Il me suit toujours !! Faites quelque chose !!

– Il y a trois yeux de Xana répartis autour de sa tête ! remarque Ulrich. Odd, tu continues de le distraire pendant que Yumi, William et moi, on s’attaque chacun à un œil !

– Des Kongres en approche ! signale Jérémie qui peine à maintenir son écran-radar opérationnel.

– On s’en occupe ! répond Sissi qui s’efforce de ne pas céder à la panique.


Le grand ténébreux parvient à endommager l’un des trois yeux du Kraken, et le monstre abandonne alors Odd pour s’en prendre à William.

– Il est vraiment immense... angoisse Yumi tout en essayant de tirer sur un des yeux de la créature. S’il bouge sans arrêt comme ça, on va finir par percuter un tentacule...


Le samouraï parvient à toucher un deuxième œil, ce qui ne manque pas de retourner le Kraken contre lui.

Aelita observe les déplacements du monstre :

– On dirait qu’il gagne de la vitesse à chaque fois qu’il perd un œil...

– Focalisez-vous sur le dernier œil ! ordonne Ulrich qui fait des vrilles et des zigzags pour échapper aux tentacules.


Odd, Yumi, William, Sissi et Naxxya font alors converger leurs tirs et atteignent le troisième œil du Kraken qui s’arrête net puis se met à se convulser sur lui-même.

– Yes ! On l’a eu ! s’exclame le félin.


Mais l’horreur aquatique étend à nouveau ses tentacules et ouvre une large bouche circulaire entourée de dents au fond de laquelle se cachait un dernier œil de Xana.

– Non ! Il y a un quatrième œil ! signale le grand ténébreux.


Le Kraken, furieux, déploie alors ses longs appendices vers les Navskids, les forçant à se déporter brusquement pour éviter d’être pulvérisés, puis il fonce sur le Skidbladnir. Le sous-marin n’a pas le temps d’effectuer une manœuvre d’esquive car l’extrémité d’un tentacule s’enroule autour de sa tige puis le Kraken l’entraine vers le fond. Pendant que Sissi hurle de peur et que Naxxya s’acharne à mitrailler le tentacule sans parvenir à lui faire lâcher prise, Aelita réalise que les réacteurs du Skid sont impuissants face à la force démesurée du monstre et appelle donc à l’aide :

– Jérémie ! Transfère-nous !


L’opérateur a juste le temps d’envoyer Aelita dans le Navskid de Yumi, Sissi dans celui de William, et Naxxya dans celui d’Odd avant que le Kraken fracasse violemment le vaisseau-mère contre le fond de la Mer numérique.

– Il faut qu’on entre dans le Sixième Territoire ! reprend Ulrich. Foncez !

– Y’a un tentacule dans mon Navskid ! s’exclame Odd écrasé sur son siège.

– Mais non, c’est moi ! lui répond Naxxya assise sur lui.

– Ah ! ...Bah prends les commandes s’il te plaît, là je vois rien du tout ! Einstein, tu aurais dû prévoir des cockpits plus spacieux en cas de transfert !


Les naufragés se dépêchent d’emprunter le passage étroit pour entrer dans la base de leur ennemi afin d’être à l’abri du Kraken, puis ils émergent à l’air libre et Jérémie les fait débarquer manuellement de leurs vaisseaux.

– Par où on va ? demande la géante en déployant ses boucliers.

– Je pense qu’il faut essayer de se rendre au centre du territoire, suggère Jérémie. Allez tout droit, je vous préviendrai si je détecte quelque chose sur le radar. Quoi qu’il se passe, restez sur vos gardes.


Ulrich dégaine ses sabres :

– Compris ! On reste bien groupés, et on fonce !


Les sept Lyoko-guerriers s’élancent donc à travers les couloirs du Sixième Territoire en maintenant leur cap et en détruisant tous les monstres qui se dressent sur leur passage.

– Je ne voudrais pas avoir l’air de me répéter, déclare Yumi, mais j’ai la désagréable impression que les monstres sont encore en train de nous guider...

– Pourtant ils nous tirent dessus, je peux te l’assurer ! rétorque William qui bloque les tirs avec son épée.

– Peut-être, mais aucun de leurs rayons ne vient vers moi... remarque Aelita habituée à être la cible privilégiée des créatures de Xana.

– Comment ça ? interroge Jérémie en plissant les yeux.

– Ben d’habitude, explique l’elfe aux cheveux roses, je me fais tirer dessus en priorité, mais là c’est comme si les monstres prenaient soin de m’épargner... Vous voulez que je passe devant ?

– Si tu veux, répond Sissi. Je suis prête à te soigner en cas de problème.


Aelita se positionne donc en tête du groupe, et les monstres devant eux sont contraints de retenir leurs tirs.

– On dirait que ça fonctionne ! observe Ulrich. Les monstres n’osent pas lui tirer dessus !

– Qu’est-ce que ça veut dire ? s’inquiète l’opérateur.

– Aucune idée, mais ça rend le parcours beaucoup plus facile ! répond Odd qui court juste derrière Aelita.

– Restez vigilants, se méfie le samouraï. Il y en a quand même qui tirent derrière et sur les côtés.




Nos héros progressent ainsi vers le centre du Sixième Territoire en conservant leur formation pour bloquer un maximum de tirs, tandis que Jérémie les guide tant bien que mal à travers le labyrinthe en s’efforçant de maintenir opérationnel son radar qui se brouille perpétuellement. En plus des monstres que les Lyoko-guerriers doivent combattre, il leur faut éviter les pièges qui ponctuent le décor :

– C’est encore pire que le Cinquième Territoire ! déclare Aelita en entrant dans une salle où les plateformes couvertes de monstres bougent dans tous les sens.

– Pourtant, affirme l’informaticien, je fais mon possible pour vous indiquer le chemin le moins dangereux !

– Assez discuté ! s’exclame Ulrich en contenant les monstres qui arrivent derrière eux. Maintenant on ne s’arrête plus ! William et Naxxya, vous passez devant !


Les deux brutes de l’équipe utilisent Supersmoke et Impulsion pour se jeter sur la première plateforme en heurtant les monstres qui s’y trouvent. Sans attendre, leurs camarades les rejoignent pour abattre les créatures restantes, puis tout le groupe avance rapidement de plateforme en plateforme. Soudain, des morceaux de décor ornés de pointes se détachent des murs et du plafond pour s’abattre sur les Lyoko-guerriers mais Aelita s’empresse de les bloquer en faisant apparaitre un relief au-dessus de son équipe. Odd se sert aussitôt de ce tremplin pour sauter sur une Manta et s’accroche à elle tout en tirant des Flèches-laser afin de détourner l’attention des monstres aux alentours, puis Ulrich et Yumi profitent de la diversion du félin pour surgir par surprise dans les rangs ennemis qu’ils déciment, tandis que Sissi veille à remonter les Points de Vie occasionnellement perdus par ses camarades qui progressent inlassablement.

– Vous approchez de l’objectif, annonce Jérémie en surveillant son écran-radar. Tous les chemins semblent converger vers une même salle, vous y serez bientôt...




Après avoir traversé encore quelques couloirs et antichambres en détruisant des monstres, les sept lycéens aperçoivent enfin le bout du tunnel.

– Je crois qu’on est arrivés... déclare Yumi avec appréhension.

– Mon radar se brouille à nouveau, dites-moi ce que vous voyez ! leur demande l’opérateur.

– On vient de pénétrer dans une salle gigantesque... répond Aelita subjuguée. Je t’envoie un visuel, Jérémie...


La sortie du couloir se referme derrière eux, mais ils n’y prêtent même pas attention car ils sont éblouis par l’immensité de la salle qu’ils contemplent tout en avançant. De nombreuses portes sont visibles le long des murs, et Aelita tente de percevoir un signal qui lui indiquerait où se trouve son père, mais rien ne semble parvenir jusqu’à elle, perdue avec ses amis au beau milieu de cette vaste salle.

– Cet endroit pourrait facilement accueillir un match de football et quelques milliers de spectateurs, observe Odd.

– Possible, mais pour le moment, c’est vide... constate Sissi qui se demande à quoi peut bien servir cette pièce.


Les interstices rouges dans les murs se mettent à briller et la voix de Xana résonne dans toute la salle :

– Rassurez-vous, l’arène va bientôt se remplir...


Les Lyoko-guerriers se mettent aussitôt en garde et se regroupent en tentant de dissimuler l’angoisse qu’ils éprouvent.

– Serait-ce de la peur que je perçois ? leur demande la voix. Laissez-moi donc mettre un visage sur cette peur...


Un rayonnement d’énergie se concentre au milieu de la salle, et une silhouette aussi sombre que massive se forme peu à peu, à quelques mètres devant les Lyoko-guerriers interloqués...

Deux fois plus haut que les avatars des humains qui le contemplent, le corps imposant de Xana arbore une peau écarlate recouverte du ventre aux jambes par une combinaison noire. Son symbole étincelant est présent sur son torse ainsi que sur les épais bracelets qu’il porte aux avant-bras et aux tibias. D’étranges appendices s’agitent sur ses épaules, de chaque côté de sa tête et sur son front, semblant se réunir en un dernier symbole situé juste au-dessus de ses yeux remplis d’éclairs de ténèbres.

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Nos héros luttent pour contenir la terreur que leur procure l’incarnation de leur ennemi dans sa forme humanoïde, tandis que celui-ci leur sourit de toutes ses dents pointues :

– Je dois remercier Franz Hopper pour m’avoir permis de me fabriquer ce corps, et pour m’avoir révélé comment me matérialiser...


La fille de l’architecte de Lyoko n’en croit pas un mot :

– Tu mens ! Mon père ne ferait jamais une chose pareille !


Jérémie tente de la calmer :

– Aelita, dis-toi que Xana a certainement torturé Franz Hopper pour le forcer à agir pour lui et à lui révéler ce qu’il voulait savoir...

– Exact... confirme le monstre sans quitter des yeux la jeune fille qu’il convoite. Mais malgré toutes les souffrances que je lui ai infligées, je ne suis pas parvenu à lui voler ses Clés de Lyoko qui me permettraient de me matérialiser dans votre monde... Je lui ai donc annoncé que je t’avais enfin éliminée, Aelita, et j’espérais qu’il se résignerait à me donner ses Clés puisque plus rien ne valait la peine de lutter... Mais il m’a alors ri au nez en m’avouant qu’il t’avait transmis ses Clés de Lyoko car je t’avais déjà volé les tiennes... Comme il te croyait morte, il pensait que je ne pourrais plus obtenir ses Clés, jusqu’à ce que je lui révèle que tu étais vivante... Tu aurais dû voir son visage se décomposer ! Pendant un instant, il était heureux que tu sois en vie, mais tout de suite après, il a réalisé que je savais désormais ce qu’il me restait à faire pour me matérialiser, et que tu serais la première à en subir les conséquences !


L’informaticien comprend alors :

– C’est pour ça que les monstres n’attaquaient pas Aelita ! Xana a besoin d’elle pour se matérialiser !

– Encore une bonne déduction de Jérémie, mais un peu trop tard, malheureusement pour vous... poursuit Xana en levant ses mains vers les côtés de la salle. Car lorsque la porte s’est refermée, vous étiez déjà morts !


Il laisse éclater un rire diabolique tandis que des centaines de Kankrelats, Krabes, Tarentules, Bloks, Frelions, Krapauds, Mégatanks et d’autres créatures inconnues sortent des murs pour envahir la salle.

– En cercle !! ordonne Ulrich à ses coéquipiers pour faire face aux monstres.


Les Lyoko-guerriers commencent à se défendre pour détruire les premiers ennemis qui arrivent vers eux mais ils réalisent rapidement qu’ils ne tiendront pas longtemps face au nombre incommensurable de leurs adversaires.

– Et ceci n’est qu’une infime partie de l’armada qui m’accompagnera sur Terre ! précise Xana en continuant de faire apparaitre des monstres.


Les lycéens encaissent de plus en plus de tirs et Sissi peine à remonter les Points de Vie de tout le groupe. Chacun fait de son mieux pour abattre tous les monstres qui les entourent afin de ne pas se laisser submerger, mais la crainte de mourir si par malheur leurs Points de Vie tombent à zéro les empêche de se battre pleinement.

– Si vous détruisez Xana, tous ses monstres disparaîtront avec lui ! leur rappelle Jérémie.

– J’attendais cette occasion depuis longtemps... déclare l’ancien Xana-guerrier qui concentre toute sa puissance dans son épée.

– William ! Non ! Attends ! s’écrie Yumi.


Sans écouter sa coéquipière, le grand ténébreux charge en direction de Xana, détruit quelques monstres sur son passage puis saute en brandissant son épée pour abattre sa lame sur le monstre humanoïde mais celui-ci tend son bras vers son assaillant :

– Xannihilation !


Un large faisceau noir et rouge s’échappe de la main de Xana et foudroie le Lyoko-guerrier qui disparaît devant ses amis horrifiés :

– William !!?

– Je... !? J’ai rien pu faire !! panique Sissi complètement traumatisée.

– C’est la « Xannihilation » ! explique Jérémie effaré en analysant le terrible pouvoir destructeur de leur ennemi. Cette attaque inflige des dégâts monstrueux ! Même Naxxya n’a pas assez de points de vie pour y survivre ! Si jamais ce rayon vous touche, vous disparaissez instantanément ! Impossible de vous soigner !

– Oh mon dieu... William... non... sanglote la Lyoko-guérisseuse en cachant son visage dans ses mains avant de cristalliser.

– Sissi ! Ne fais pas ça ! On a besoin de toi ! s’exclame Aelita tandis que les monstres commencent à les submerger.


Voyant que leur alliée s’est enfermée dans son cristal et ne peut plus les soigner, Naxxya déploie son Dôme Céleste pour envelopper le groupe dans une bulle protectrice.

Ulrich se tourne vers ses coéquipiers :

– Oubliez les monstres, envoyez tout sur Xana !!


Yumi lance ses éventails, Odd tire une rafale de Flèches-laser et Aelita envoie un Méga Champ de force, mais Xana fixe les projectiles :

– Choc psychique !


D’un simple regard, le monstre humanoïde neutralise les différents tirs des Lyoko-guerriers stupéfaits.

– Continuez de tirer ! ordonne le samouraï qui s’efforce de tenir les monstres à distance du Dôme.


Sa tâche se complique lorsque Trois Xan-Eyes arrivent par le plafond et commencent à charger leurs rayons...

– On va avoir un problème... annonce la géante en voyant les trois énormes sphères qui s’apprêtent à bombarder son rempart d’énergie.

– William avait raison ! s’exclame rageusement Odd en décidant de quitter son abri pour aller attaquer Xana directement. Allons régler son compte à cette espèce de tomate transgénique !!


Le félin s’élance donc hors du Dôme et bondit de monstre en monstre en tentant d’esquiver les tirs, malheureusement trop nombreux.

– Odd ! Non !! s’écrie Aelita en voyant son ami se faire abattre.

– Je n’en peux plus... murmure Naxxya presque à court d’énergie.

– Alors il ne nous reste plus qu’une seule solution, conclut amèrement Jérémie tandis que les trois Xan-Eyes libèrent simultanément leurs rayons sur le Dôme de la géante qui finit par plier.


Ulrich a juste le temps de porter Aelita dans ses bras et de s’enfuir avec elle en Supersprint avant que les trois rayons n’écrasent le dôme d’énergie, tuant Yumi et Naxxya.




Le samouraï court vers l’entrée de la salle avec Aelita dans ses bras en slalomant à travers les monstres qui n’osent pas lui tirer dessus car il porte la précieuse détentrice des Clés de Lyoko.

– Jérémie ! C’est quoi ton idée !? demande Ulrich qui s’efforce d’oublier que quatre d’entre eux viennent de mourir.


L’opérateur prend une profonde inspiration :

– Tu dois tuer Aelita.

– Quoi !? s’exclame son camarade en s’arrêtant au milieu des monstres.

– C’est le seul moyen d’empêcher Xana de se matérialiser, explique l’informaticien.

– Fais-le, Ulrich... lui murmure l’elfe aux cheveux roses.


Son coéquipier la regarde tristement :

– Non...


Jérémie serre les dents :

– Ulrich, écoute-moi bien... Nos amis ont été tués, tu ne peux rien y changer. Mais si on arrive à empêcher Xana de se matérialiser, ils ne seront pas morts pour rien...

– Il y a forcément une autre solution, rétorque le samouraï qui cherche désespérément un moyen d’éviter d’exécuter son amie de ses propres mains. Jérémie, tu as toujours trouvé une solution pour sauver Aelita, tu ne peux pas me demander une chose pareille après tout ce qu’on a fait...


L’opérateur s’essuie les yeux :

– Je suis désolé Ulrich... Je suis tellement désolé... J’ai toujours fait passer le sort d’Aelita avant celui du monde, et voila le résultat... Je vous ai conduits à la mort... J’ai joué avec vos vies, et j’ai perdu... Je ne voulais pas... Je ne voulais pas que ça finisse comme ça...


Son interlocuteur se mord la lèvre en regardant autour de lui, désespéré :

– Mais... Pourquoi je devrais... Yumi voulait que je sauve Aelita...

– Elle ignorait que Xana avait besoin d’Aelita pour se matérialiser... lui répond tristement Jérémie en comprenant que la Japonaise avait expressément demandé à son amoureux de préserver leur amie plutôt qu’elle.


Aelita pose sa main sur la joue de son sauveur :

– Ulrich... Que ferait Yumi si elle était à ta place ?


Connaissant pertinemment la réponse, le jeune garçon ferme les yeux pour retenir ses larmes :

– Elle aurait fait son devoir...


À contrecœur, il brandit lentement son sabre puis pointe sa lame sur le ventre de son amie en soupirant :

– Ne m’en veux pas...


Mais au moment où il allait la transpercer, Ulrich est violemment projeté sur le côté par un Choc psychique de Xana qui fonce droit sur eux.

Le samouraï n’a pas le temps de se relever car son ennemi enchaîne aussitôt :

– Xannihilation !!


Jérémie voit la carte de son coéquipier disparaitre de son écran :

– Ulrich !? ... Ulrich !!? ... Non !!

– C’est terminé Jérémie... répond Xana satisfait. Même si Ulrich a bien failli tout faire rater, il est aussi mort que les autres à présent...


Le monstre humanoïde se tourne vers l’elfe terrifiée et tend sa main vers elle :

– Approche, Aelita...


Elle tente de reculer mais les monstres derrière elle l’en empêchent.

– Inutile de chercher à t’enfuir... poursuit Xana qui avance vers sa proie. Tu ne peux ni t’échapper de cet endroit, ni échapper à ton destin...


Avant même que le bourreau soit assez près de sa victime pour l’attraper, une force invisible la soulève du sol puis l’attire vers lui, et la jeune fille se retrouve saisie à la gorge :

– Aelita !? ...Aelita !?! s’alarme l’opérateur catastrophé car celle-ci ne répond plus.

– « Je t’envoie un visuel, Jérémie » ! répond ironiquement Xana.


Une fenêtre vidéo s’ouvre sur l’écran de l’informaticien, lui montrant son ennemi qui d’une main tient la gorge d’Aelita, et de l’autre lui envoie des décharges d’énergie pour la faire souffrir.

– Plus tu lutteras pour m’empêcher d’obtenir les Clés de Lyoko, plus j’intensifierai ta douleur... explique froidement Xana. Vous n’avez pas l’habitude de souffrir sur Lyoko, n’est-ce pas ? Les dégâts virtuels ne sont pas très douloureux. Mais moi, je sais comment accentuer cette souffrance et la rendre aussi réelle qu’insoutenable. Ton père en a déjà fait les frais...


Aelita se met à pleurer :

– Pa... pa...

– Mais rassure-toi, il n’est pas encore mort ! lui annonce son tortionnaire avec un sourire qui n’inspire pas confiance.


La jeune fille entrouvre les yeux avec incompréhension, intriguée par l’espoir que vient de lui redonner Xana, avant que celui-ci révèle la fin de l’histoire :

– Tu te demandes pourquoi je garde ton père en vie alors que j’ai déjà obtenu de lui tout ce que je voulais ? Je vais te le dire... En ce moment, Franz Hopper est enfermé dans un compartiment tout près de la salle où nous nous trouvons, immobilisé face à un écran qui lui montre en temps réel tout ce qui se passe ici...


Aelita écarquille les yeux en comprenant le sombre dessein de Xana qui poursuit :

– Eh oui ! confirme-t-il en dévoilant l’étendue de sa cruauté. Depuis le début, je tenais personnellement à ce que Franz assiste à ta mort !!


Il éclate de rire et intensifie les décharges d’énergie afin que sa proie s’évanouisse de douleur.

– Mais... P... Pourquoi ??... gémit Aelita qui ne comprend pas ce qui pousse Xana à s’acharner sur son père et elle.


Le virus ne lui répond pas, se contentant de la foudroyer jusqu’à obtenir ce qu’il veut.

L’elfe martyrisée résiste encore quelques secondes avant de s’épuiser :

– ...Je suis désolée, Jérémie...


Elle perd connaissance, puis son bourreau la laisse tomber au sol. Une aura bleue émane alors du corps d’Aelita, et Xana absorbe cette extraction d’énergie pour enfin s’emparer des Clés de Lyoko.

– Jérémie ? Tu regardes toujours ? demande le monstre en souriant avant de tendre sa large main vers Aelita. Alors regarde ça : Xannihilation !!


Pétrifié devant son écran, l’informaticien assiste impuissant à la disparition de l’ange de Lyoko.

– Qu’est-ce qui t’arrive Jérémie ? jubile son adversaire. Tu ne dis plus rien ? Ah mais c’est vrai : tu n’as plus personne à qui parler maintenant que tous tes amis ont été tués !


Xana lève les bras vers le plafond et renvoie ses monstres d’où ils venaient avant de poursuivre :

– Mais ne t’inquiète pas, dans quelque minutes, je débarquerai dans ton monde, et je t’enverrai les rejoindre !


Utilisant les pouvoirs des Clés de Lyoko amplifiés par sa puissance, Xana commence à ouvrir un large vortex dans le plafond de la salle centrale de sa base.





Effondré devant l’écran de son ordinateur, Jérémie est anéanti :

– Tout est de ma faute... Hervé m’avait mis en garde... J’aurais dû prévoir ce qui allait arriver... J’aurais dû mieux préparer la mission... J’aurais dû mieux les préparer... Mais je les ai tous envoyés à la mort... Et Xana est sur le point de se matérialiser... Nous n’avons pas réussi à changer le futur... Nous avons échoué... Aelita... J’ai... échoué...




Soudain, il relève la tête vers son écran et voit la carte de Sissi, toujours Cristallisée.

– À moins que... ?


Une violente douleur secoue son crâne lorsque ses idées se remettent en place simultanément : sans en parler à personne, le cerveau de la bande des Lyoko-guerriers avait volontairement fragmenté son propre esprit à l’aide du casque neuronal qu’il a reconstruit et modifié pour pouvoir agir en parallèle à ses habitudes. À présent, il a pleinement accès à toutes les expériences qu’il a menées en secret, et à toutes les analyses qu’il a ensuite effectuées.

Sans hésitation, Jérémie actionne le raccourci qu’il avait lui-même programmé pour lancer une virtualisation différée ; il valide rapidement les coordonnées de la position de Sissi dans le Sixième Territoire, puis il se rend en vitesse à la salle des scanners, entre dans l’un d’eux et se virtualise enfin...






À suivre...


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Nelbsia MessagePosté le: Lun 17 Aoû 2020 19:52   Sujet du message: Répondre en citant  
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Épisode #109 : Un monde sans danger ? - Partie 3/3

Résumé de l’épisode précédent :


Condamnés à vaincre Xana ou à mourrir en essayant, les Lyoko-guerriers ont replongé à l’assaut du Sixième Territoire, mais cette fois-ci, un gargantuesque monstre marin les attendait dans les abysses : le redoutable Kraken qui a fini par pulvériser le Skidbladnir II dont les passagers ont heureusement été transférés vers les Navskids pour rejoindre leur destination. Les créatures et les décors du Sixième Territoire se sont montrés beaucoup plus hostiles que la veille envers les sept visiteurs, hormis Aelita que les monstres de Xana épargnaient délibérément. Arrivés dans une immense salle au centre du territoire, tous les accès se sont refermés derrière nos héros, et Xana s’est incarné dans son effrayant avatar humanoïde à la peau écarlate. D’innombrables monstres ont alors déferlé sur les Lyoko-guerriers, et malgré leurs efforts acharnés pour abattre leur terrible adversaire, les adolescents ont rapidement été éliminés par Xana et son armée de sbires. Avant d’exécuter Aelita, le terrible monstre humanoïde a récupéré sur elle les Clés de Lyoko nécessaires à sa matérialisation, puis il a ouvert un vortex dans le plafond de la salle en vue d’envahir la Terre avec ses légions de monstres. Ayant vu disparaitre sur son écran ses alliés tombés au combat, Jérémie était anéanti en comprenant qu’il n’a pas réussi à empêcher la victoire de Xana dont Hervé du futur l’avait averti. Mais tout à coup, l’opérateur a relevé la tête vers son écran pour s’apercevoir que Sissi n’avait pas été tuée car elle s’était enfermée dans son cristal de protection dès que les choses avaient commencé à mal tourner, comme il le lui avait demandé. En effet, cela faisait longtemps que Jérémie préparait secrètement un plan de secours pour reprendre l’avantage sur leur ennemi car il savait que celui-ci allait les piéger, et maintenant que le piège de Xana s’était refermé, il est temps pour le cerveau de la bande de se virtualiser dans le Sixième Territoire aux côtés de sa dernière coéquipière encore en vie...




Partie 3/3 : Réveille-toi, Jérémie



Dans sa tenue blanche de Lyoko-guerrier, Jérémie apparait au milieu de la salle, près du cristal dans lequel s’est réfugiée la Lyoko-guérisseuse paralysée.

Il s’approche d’elle et lui déclare :

– Tu peux sortir, Sissi.


Celle-ci décristallise et regarde autour d’elle :

– Jérémie !? s’étonne-t-elle en voyant son camarade sur Lyoko. Mais... où sont les autres ??

– Calme-toi, la rassure l’informaticien.

– J’ai fait ce que tu m’avais dit !! reprend la jeune fille qui reste inquiète. J’ai cristallisé dès que William a disparu !!

– Et c’est grâce à toi qu’on a encore une chance de gagner, lui répond son ami avant de se retourner vers leur adversaire qui laisse le vortex poursuivre son ouverture.

– Voyez-vous ça ? les interpelle Xana en souriant. Jérémie nous fait l’honneur de se déplacer en personne !

– Ce n’est pas une visite de courtoisie, répond sèchement l’adolescent. Je suis venu pour te détruire, Xana.


La détermination dans la voix de son interlocuteur ne laisse pas Xana indifférent, mais il continue de sourire :

– Les humains sont tellement sûrs d’eux, tellement prévisibles...

– Vraiment ? réplique l’opérateur virtualisé qui reste étonnamment serein face à son monstrueux ennemi. Dans ce cas, peux-tu deviner quels pouvoirs je possède sur Lyoko ?

– Très facile : tout d’abord tu n’as pas d’arme, car si tu en avais une tu serais en train de te cacher derrière elle, et ta caractéristique la plus élevée est ton énergie. J’en déduis que tu te bats avec des attaques d’énergie, rayons ou projectiles.

– J’ai effectivement le « Supprayon », reconnait Jérémie en faisant crépiter de petits éclairs blancs au bout de ses doigts. Mais tu passes complètement à côté de mon pouvoir principal, et donc de mon rôle pour l’équipe.

– Quelle importance ? rétorque Xana amusé par le discours de son petit adversaire. Tu n’as même plus d’équipe ! Il fallait venir plus tôt ! D’ailleurs, tu ne t’étais virtualisé qu’une seule fois auparavant et tu t’es enfuis face à mes Kankrelats ! Tu ne vas tout de même pas te prendre pour un Lyoko-guerrier aguerri alors que tu as toujours eu peur d’aller sur Lyoko ? Réveille-toi, Jérémie : tu as déjà perdu ce combat, car sans tes coéquipiers pour se battre à ta place, tu n’es rien !


Le monstre virtuel tend son bras vers le jeune garçon en s’apprêtant à l’envoyer rejoindre ses compagnons d’infortune, mais sa cible reste impassible :

– C’est vrai, je n’ai pas l’expérience de combat de mes amis. Et si rien n’avait changé, je serais venu sur Lyoko sans même connaitre mes pouvoirs. D’ailleurs, si tu avais éliminé Sissi, je n’aurais même pas pu venir ici, donc j’aurais probablement foncé dans le Cinquième Territoire pour tenter de détruire le Cœur de Lyoko, et je serais mort avant d’y parvenir... Bref, je n’aurais eu aucune chance de réussir... Tu nous aurais tués jusqu’au dernier...


Jérémie serre les poings, et de larges éclairs de foudre blanche jaillissent subitement autour de lui :

– ...mais le cours du temps a changé, Xana ! En secret, je me suis entrainé sur Terre grâce à mon Lyoko-morpher qui m’a permis d’expérimenter mes pouvoirs, en plus de mes analyses par ordinateur ! Et je sais que l’un de mes pouvoirs peut encore renverser l’histoire et nous mener à la victoire !

– Et quel est donc ce « pouvoir » si incroyable ? interroge Xana avec un large sourire tout en produisant des nuées d’énergie sombre dans un vaste périmètre tout autour de lui comme pour répondre, de manière disproportionnée, aux éclairs blancs dont la lueur évoque à présent une lanterne isolée dans la nuit noire.


L’informaticien sourit à son tour :

– J’améliore les pouvoirs de mes alliés, tout simplement. Par exemple, Sissi...


Jérémie pose sa main sur l’épaule de sa camarade afin d’accroitre ses pouvoirs puis il poursuit son explication en priant pour que les résultats théoriques de ses analyses soient corrects :

– ...en temps normal, son principal pouvoir lui permet de soigner ses coéquipiers. Eh bien quand je la booste, tout indique qu’elle deviendrait capable de les ressusciter !

– Impossible !! rugit Xana qui comprend enfin le plan de Jérémie.

– Renaissance !! lance Sissi pour ramener ses amis à la vie.

– Xannihilation !! hurle le monstre pour la tuer.

– Supprayon !! s’écrie le blondinet en s’interposant pour contrer le rayon mortel de Xana tandis qu’autour d’eux, Ulrich, Yumi, Naxxya, Aelita, Odd et William réapparaissent grâce au pouvoir amélioré de la Lyoko-guérisseuse.


Tout en maintenant son rayon d’énergie pour contrer celui de son adversaire, Jérémie regarde Xana droit dans les yeux :

– J’ai toujours su que tu ne nous laisserais jamais venir jusqu’à toi avant d’être certain d’avoir accumulé assez de puissance pour tous nous écraser facilement...


Ses amis incrédules reviennent à eux et se relèvent à ses côtés tandis qu’il poursuit sans faiblir :

– ...alors il a fallu que moi aussi, j’augmente secrètement notre puissance, encore et encore, afin de pouvoir rivaliser avec la tienne le moment venu... Et le seul moyen pour que tu ignores à quel point j’ai amélioré nos pouvoirs, c’était de faire en sorte que nous-mêmes, nous l’ignorions...


À travers le faisceau formé par leurs rayons opposés, Jérémie transmet à son ennemi des flashs de sa mémoire, révélant la double personnalité acquise par le jeune génie au moyen de son casque neuronal qu’il a utilisé à l’insu de tous pour parfaire ses pouvoirs et anticiper le potentiel qu’il pourrait libérer chez ses coéquipiers.

Maintenant qu’il a récupéré tout son savoir accumulé en secret, le cerveau de la bande des Lyoko-guerriers pense enfin pouvoir faire vaciller les certitudes du monstre numérique devant lui :

– Tu croyais jouer une partie d’échecs gagnée d’avance, mais l’issue se décidera finalement au poker : il est temps d’abattre les cartes et de mesurer nos véritables puissances respectives !

– ...Très beau discours d’ADIEU ! rétorque Xana sûr de lui en intensifiant son rayon de Xannihilation pour reprendre le dessus. Malheureusement pour toi, ta stratégie ridicule n’est RIEN face à ma TOUTE-PUISSANCE !!! MAINTENANT MEURS !!!


Le rayon mortel de Xana est sur le point d’engloutir Jérémie, mais William attrape celui-ci par le bras et l’écarte de justesse pour permettre à Naxxya de faire barrage avec ses boucliers.

– Qu’est-ce que tu fais sur Lyoko !? s’étonne le grand ténébreux en couvrant son camarade. C’est toi qui nous as ressuscités !?

– Je vous expliquerai tout ça si on s’en sort, répond Jérémie. Pour le moment, je vais te rendre toute la puissance que tu avais quand Xana te contrôlait, et même davantage...


Jérémie booste William, et ce dernier hurle pour rassembler les ténèbres du Supersmoke.

Ayant fait le plein d’énergie, l’ancien Xana-guerrier fonce sur le monstre humanoïde qui lui envoie une Xannihilation, mais le William l’esquive et riposte en lançant une Onde de choc sur Xana, puis il le charge à nouveau pour le frapper avec son épée mais son adversaire bloque son attaque et repousse son assaillant au moyen d’un Choc psychique. Le grand ténébreux se rétablit aussitôt en Supersmoke et se protège avec sa large lame pour contrer la Xannihilation que son ennemi lui envoie derechef.

Xana amplifie son rayon destructeur, mais l’arme de William ne faiblit pas, et celui-ci en profite même pour provoquer son adversaire tout en repoussant le faisceau mortel :

– Hé Xana ! Toi qui as passé des mois à nous cacher ton plan et ton repaire en attendant d’être beaucoup plus fort que nous tous réunis, ça te fait quoi de voir tes efforts réduits à néant maintenant que Jérémie peut me rendre encore plus puissant que toi ?


Pour toute réponse, le démon virtuel adresse à William un effroyable sourire et tend sa deuxième main vers lui en s’apprêtant à le submerger de Xannihilation, mais au dernier moment, Xana détourne brusquement sa main vers Ulrich qui lui fonce dessus à une vitesse foudroyante. Le samouraï croise aussitôt ses sabres pour bloquer la Xannihilation qui le fait tout de même reculer de plusieurs mètres, mais comme Jérémie vient de le booster, Ulrich parvient à contenir le rayon mortel en lui opposant ses lames croisées.

William reprend de plus belle :

– Ta défaite approche, Xana !


Le monstre interrompt ses deux rayons pour répondre de son atroce voix synthétique :

– Vous croyez vraiment que vous représentez un réel défi pour moi à présent ? Vous ne m’arrivez toujours pas à la cheville...


Ses mains se chargent d’éclairs de Xannihilation jusqu’aux avant-bras, et sa silhouette massive s’élève au-dessus du sol :

– ...Je vais vous montrer ce qu’est la véritable puissance !!


Alors qu’il était resté quasiment immobile jusqu’à présent, Xana se jette sur ses adversaires avec une rapidité ahurissante compte tenu de son imposant gabarit.

Ulrich et William s’écartent aussitôt de la charge dévastatrice de leur adversaire qui provoque deux explosions dans le sol avec ses poings chargés d’énergie. L’entité humanoïde rebondit aussitôt en direction d’Ulrich pour le fracasser en pleine tête, ce qui le fait disparaitre sur le coup... sauf qu’il ne s’agissait que de l’un des quatre clones qu’Ulrich vient de généré en utilisant Quintuplicata.

– Inutile et pathétique ! commente Xana en bondissant sur les clones pour les détruire un par un avant de mettre la main sur le vrai samouraï qui s’empresse d’esquiver le coup en activant son Hypersprint.


Le grand ténébreux en profite pour envoyer une série d’Ondes de choc, mais Xana les absorbe d’une seule main et se jette sur William qui s’évapore en Supersmoke.

– T’y crois pas comment ils bougent trop vite ! s’exclame Odd en essayant de viser Xana à distance pour lui envoyer une Flèche-laser mais sans réussir à verrouiller sa cible dans le tourbillon chaotique d’éclairs et d’étincelles que Xana forme avec Ulrich et William, respectivement en Hypersprint et Supersmoke.


Sissi leur envoie quelques éclairs verdoyants pour gonfler leurs points de vie au cas où, mais elle reste angoissée à l’idée qu’ils se fassent dévirtualiser par les terribles attaques de Xana :

– Vous croyez qu’Ulrich et William sont assez forts pour...

– Ils sont encore loin de pouvoir le vaincre, confie Jérémie en dissimulant péniblement son appréhension.

– Alors qu’est-ce que tu attends pour nous booster aussi !? lui demande le félin qui ne tient plus en place.

– Je viens déjà de booster trois d’entre vous, il faut que mon énergie se régénère pour que je puisse booster les suivants un par un. Si jamais je tombe à court d’énergie ou si je disparais, vos boosts prennent fin.

– En attendant on reste extrêmement vulnérables ! constate Yumi également frustrée de ne pas pouvoir aller aider ses camarades. Naxxya, prépare-toi à activer le Dôme si jamais Xana choisit de reporter son attention sur nous !


La géante acquiesce sans quitter des yeux l’impressionnant combat qui se déroule devant eux.

– Ils ne vont pas pouvoir tenir ce rythme très longtemps, s’inquiète Aelita en voyant l’Hypersprint et le Supersmoke éviter tant bien que mal les frappes fulgurantes de Xana.

– OK, à toi Yumi ! annonce Jérémie en posant sa main sur l’épaule de la Japonaise qui se remplit d’énergie à son tour et développe dans son dos une paire de bras énergétiques additionnelle.


Tandis que Xana affronte Ulrich et William avec toujours plus de férocité, ne leur laissant même pas le temps de contre-attaquer, il sent soudain ses coups gênés par une force invisible, comme si des cordes retenaient ses poignets.

En effet, Yumi, les yeux fermés et les quatre mains contre ses tempes, s’est avancée et se concentre sur les mouvements pourtant ultra-rapides de son ennemi afin de retenir ses attaques par Télékinésie, mais celui-ci s’en aperçoit et adresse aussitôt un Choc psychique à Yumi pour la renverser, sans toutefois y parvenir car la geisha a mentalement anticipé son attaque et l’a évitée en effectuant une simple souplesse arrière. Ce laps de temps permet à Ulrich de se jeter contre Xana avec ses sabres, mais leur tranchant ne fait qu’érafler la peau écarlate du monstre qui riposte d’un énorme coup de coude pour repousser Ulrich avant de s’apercevoir qu’au-dessus de lui, William saisit l’occasion d’abattre sa lourde lame. Xana lève son protège-bras in extremis, bloquant le coup d’épée dans un vacarme semblable à un coup de tonnerre, mais le grand ténébreux tenait en fait son arme d’une seule main car il gardait l’autre pour déverser un nuage de ténèbres sur son ennemi afin de l’affaiblir. Xana s’empresse d’écarter la lame de son ancien serviteur et envoie son poing pour riposter, mais William évite son coup plutôt facilement et reprend de la distance.

– Tu oses retourner le Supersmoke contre ton maitre !? rugit Xana en voyant tourbillonner à la surface de son corps cette sombre fumée qui ralentit ses mouvements et réduit la précision de ses coups.

– Tu voulais faire de moi un traitre, lui rappelle ironiquement William. Tôt ou tard, ça devait forcément se retourner contre toi !!


Ulrich et Yumi rejoignent leur camarade pour se mettre en garde à ses côtés :

– C’est terminé, Xana.

– Tu ne feras plus aucun mal à personne.


Le monstre humanoïde serre les dents et les poings :

– Oh oui, c’est terminé...


Il s’immobilise et contracte chaque fibre de son corps, faisant jaillir de toute part des éclairs qui dispersent rapidement le Supersmoke censé l’affaiblir :

– ...Ce petit jeu ne m’amuse plus, je vais vous renvoyer dans la mort, et cette fois aucun d’entre vous n’en reviendra !!


Xana lève ses bras vers les murs de la salle pour rappeler ses troupes, et les Lyoko-guerriers voient de nouveau déferler les innombrables monstres destinés à envahir la Terre. William et Ulrich brandissent leurs armes pour charger leur ennemi pendant qu’il semble vulnérable, mais ils sont repoussés par la tempête d’éclairs qui émane de son corps, le rendant temporairement insensible aux dégâts qui lui sont infligés.

De son affreuse voix synthétique, l’horreur virtuelle éclate de rire :

– Vos misérables attaques ne sont rien face à mes immenses pouvoirs !!


Les deux garçons se relèvent, isolés parmi les hordes monstres, mais désormais aptes à leur tenir tête malgré leur nombre.

Cependant, les créatures de Xana encerclent également Jérémie, Sissi, Odd, Aelita et Naxxya qui déploie le Dôme Céleste autour d’eux, avant que Yumi les rejoigne ; ressentant un nouveau pouvoir révélé par le boost de Jérémie, la Japonaise tisse le Lien de Dévastation, un faisceau d’énergie rouge qui relie ses quatre éventails, puis elle lance ceux-ci dans quatre directions différentes en les contrôlant par Télékinésie pour que le rayon tissé entre eux cause un maximum de ravages dans les rangs des monstres. Voyant que la geisha décime assez aisément les monstres alentour, Naxxya décide d’abaisser son Dôme pour éviter de tomber à court d’énergie et prêter main forte à Odd et Aelita qui s’occupent des rares monstres parvenus au corps à corps, mais Xana saisit cette opportunité pour lancer une Xannihilation vers Jérémie, qui heureusement active son Supprayon par réflexe afin de contrer le rayon mortel de de leur adversaire avant que Naxxya s’interpose avec ses boucliers.

– Insectes ! leur crie Xana en orientant ses deux mains vers un coin de la salle où les monstres s’écartent tandis que leur maitre fait apparaitre l’imposant Kolosse.


Toujours caché derrière sa grande coéquipière eux cheveux bleus, Jérémie frémit en voyant le gigantesque monstre s’avancer vers eux de son pas lourd qui fait vibrer le sol, et il décide donc de poser sa main sur l’épaule de Naxxya qui se met à grandir considérablement, jusqu’à atteindre une taille presque aussi démesurée que celle du Kolosse en approche. Tandis que ses lames se combinent à ses boucliers, la géante s’élance vers le monstre en écrasant plusieurs créatures au passage, et la salle tout entière tremble lorsque les deux titans s’entrechoquent. Le Kolosse tente d’abattre son bras-lame sur Naxxya mais elle le bloque en croisant ses lames-boucliers puis transperce successivement l’œil sur le bras du Kolosse et celui sur sa tête, faisant s’effondrer son corps massif sur les monstres derrière lui.

– Là c’est sûr on va gagner ! s’écrie Odd avec enthousiasme en voyant les ravages causés par Naxxya, Yumi, Ulrich et William.

– Mais que fait Xana ? s’interroge à mi-voix Jérémie qui fixe leur impassible adversaire, lui-même concentré sur la géante mais sans pour autant l’attaquer.


Les tirs des monstres ne semblent pas affecter Naxxya qui s’applique à les piétiner, lorsqu’un véritable essaim de Xan-Eyes se déploie autour d’elle pour la cribler de larges rayons tout en restant à bonne distance dans les airs, la forçant à se protéger avec ses lames-boucliers.

– Einstein ! Booste-moi tout de suite ! Je vais tous me les faire ! lui ordonne le félin qui veut aider sa copine en détresse.


Sans quitter Xana des yeux, Jérémie pose sa main sur l’épaule d’Odd dont l’aspect fait désormais penser à un lion avec ses crocs et sa crinière, puis le fauve enragé lève ses deux poings en direction des Xan-Eyes :

– Météores-Laser !!!


Au lieu des habituelles Flèches-laser, ce sont d’énormes projectiles chargés d’énergie qui s’échappent des poings du félin et fusent pour aller transpercer les volumineuses créatures sphériques. Euphorique, Odd se met à sauter partout en mitraillant tout sur son passage, fauchant en priorité les Xan-Eyes qui continuent de harceler Naxxya, et Sissi décide de le suivre pour remonter les points de vie qu’il perd bien qu’il esquive avec un instinct animal la plupart des nombreux tirs qui lui sont adressés.

Alors que les Lyoko-guerriers semblent désormais parvenir à éradiquer tant de monstres que les renforts n’arrivent plus assez vite pour combler les pertes dans leurs rangs, Xana, toujours focalisé sur Naxxya, fait soudain converger des émanations d’énergie juste au-dessus de la géante pour recréer l’une de ses créatures les plus terribles : la Méduse.

Jérémie comprend tout à coup ce que le virus préparait depuis un moment et crie pour avertir sa coéquipière :

– Naxxya ! Attention ! AU-DESSUS DE TOI !!


La géante relève la tête, mais trop tard : la Méduse venue d’en haut se jette sur son visage et s’y accroche avec ses tentacules, faisant apparaitre de sombres marques bleu foncé sur sa peau autour de son œil dans lequel se dessine bientôt le symbole de Xana.

– Oh non... Pas ça...


Le rire démoniaque de Xana résonne dans toute la salle tandis que la gargantuesque combattante boostée et xanatifiée s’avance vers les Lyoko-guerriers.

– Alors là, tu vas le regretter !! s’énerve Odd en fonçant sur Xana pour le pilonner à coups de Météores-Laser, mais celui-ci reste invulnérable dans son enveloppe d’énergie.

– Vise la Méduse ! lui crie Ulrich en continuant de pourfendre les monstres qui arrivent, vague après vague.

– Ça va pas, non !? Je risque de lui tirer dans la tête ! rétorque le félin qui ne veut pas risquer de blesser Naxxya, laquelle s’approche pourtant dangereusement de Jérémie et Aelita.


Yumi guide alors ses quatre éventails vers les jambes de la géante afin d’enlacer ses chevilles avec le lien de dévastation, ce qui lui fait perdre l’équilibre au point qu’elle tombe en arrière. William en profite pour monter sur la tête de Naxxya et tranche brutalement le corps de la Méduse qui disparaît du visage de la géante.


Le grand ténébreux se retourne vers Xana :

– Tu as encore raté ton coup !


Mais son ennemi conserve son horrible sourire car, toujours allongée sur le sol, la géante attrape William dans sa main, et ses amis réalisent alors qu’elle est toujours sous l’emprise du virus malgré la destruction de la Méduse. William s’évapore en Supersmoke pour s’échapper de la main de sa coéquipière xanatifiée, mais celle-ci commence à se relever tandis que des hordes de monstres continuent d’affluer dans la salle, et les Lyoko-guerriers sont de nouveau acculés. C’est alors que Sissi s’élève dans les airs au-devant de Naxxya, tout en chargeant de l’énergie verdoyante entre ses mains. Ses camarades retiennent leur souffle en voyant la géante lever le bras pour attraper Sissi, mais au dernier moment, la Lyoko-guérisseuse délivre une formidable tornade d’énergie verdoyante en plein dans le visage de sa coéquipière qui finit par retrouver ses esprits.

Bien que toujours invulnérable dans son enveloppe énergétique, Xana enrage en voyant qu’il ne contrôle plus Naxxya, et comme celle-ci s’avance à présent vers lui, il décide de se débarrasser d’elle :

– Puisque tu refuses de m’obéir, tu ne me sers plus à rien !


Réunissant droit devant lui ses deux poings débordant d’énergie, Xana décharge un énorme rayon de Xannihilation dont le large faisceau s’écrase contre les boucliers de Naxxya, l’obligeant à faire un pas en arrière pour ne pas tomber à nouveau. La géante est secouée par les vibrations de ses boucliers, mais elle utilise Impulsion pour repasser à l’offensive tout en contenant le rayon mortel.

– Elle va l’avoir ! s’emballe Odd en voyant que sa copine progresse vers Xana.

– N’oublie pas les monstres ! le réprimande Yumi.

– Recule, Aelita ! lui conseille Jérémie en posant sa main sur son épaule.


Tous redoublent d’attention lorsque Naxxya presque arrivée au corps-à-corps avec Xana s’apprête à se laisser tomber sur lui pour l’écraser, en se demandant si cela suffira à briser la barrière d’invulnérabilité qui protège leur ennemi.

Dans un fracas d’éclairs et de monstres désarticulés, la géante se jette sur le démon, boucliers en avant, et elle s’écrase sur lui en croyant l’aplatir sous son poids.

Dans la seconde de confusion qui suit, un torrent d’énergie transperce toute une ligne de monstres jusqu’à Jérémie qui sent soudain des bras l’entourer par derrière, mais c’est bien devant lui que le visage de Xana lui glace le sang en hurlant :

– JE TE TIENS !!!


L’informaticien ferme les yeux et ressent un terrible choc frontal qui le projette loin en arrière. Il ne peut plus bouger. Il ne ressent plus rien. Comme s’il était... mort ?


Soudain, le jeune garçon entend la voix de Xana qui le rattrape :

– ...SORS DE LÀ !!! QUE JE TE MASSACRE !!!


Des coups aussi violents que le précédent résonnent dans la tête de Jérémie, mais il n’a pas mal. Alors il ouvre les yeux.

Juste devant lui, Xana frappe à répétition pour tenter de fracasser le Cristal formé par Sissi autour d’elle et de l’informaticien qu’elle avait attrapé dans ses bras juste avant que Xana ne l’atteigne.

Les coups portés par le monstre humanoïde sont tellement brutaux que le Cristal de la Lyoko-guérisseuse commence à se fissurer, mais Ulrich et William interviennent pour empêcher leur ennemi de parvenir à le percer.

La géante se redresse, déçue en constatant que même si sa force titanesque aurait peut-être permis d’abattre l’enveloppe énergétique qui rend Xana invulnérable, jamais elle ne sera assez rapide pour l’atteindre.

– Naxxya ! lui crie Jérémie qui vient de sortir du Cristal que Sissi a fini par rétracter. Déploie le Dôme Céleste ! Maintenant !


Sans chercher à comprendre, la combattante démesurée lève ses boucliers-lames pour former un dôme d’énergie géant qui isole son équipe du reste de la salle.

Toujours aux prises avec Ulrich et William, Xana réalise que le rempart hémisphérique de la géante n’arrête plus seulement les rayons des monstres : il empêche carrément les créatures de pénétrer à l’intérieur du dôme de protection, et celles-ci se heurtent donc à cette barrière énergétique comme des mouches sur une vitre.

Tandis qu’Odd et Yumi se chargent d’éliminer les monstres qui étaient déjà présents dans le périmètre du Dôme avant son déploiement, Xana décide de repousser Ulrich et William avec des Chocs psychiques pour concentrer ses Xannihilations vers la géante qui constitue une cible facile maintenant qu’elle doit garder les deux bras levés. La surface du corps de Naxxya semble se dévirtualiser aux endroits où les rayons de Xana la touchent, mais la réserve de points de vie considérable qu’elle possède en étant boostée lui évite de disparaître d’un seul coup, ce qui permet à Sissi de la régénérer avec ses rayons verdoyants. Le virus s’entête néanmoins à essayer de dévirtualiser la géante en lui envoyant toujours plus de Xannihilations, tout en repoussant avec des Chocs psychiques Ulrich et William ainsi que Yumi qui laisse Odd s’occuper des derniers monstres sous le Dôme.

Soudain, la voix déterminée d’Aelita retentit dans les airs :

– Xana ! l’interpelle-t-elle de sa voix céleste. C’est à ton tour de souffrir !


Sans même interrompre les attaques qu’il envoie aux autres Lyoko-guerriers, le monstre humanoïde tourne la tête vers la forme boostée de l’ange de Lyoko dont les longues ailes roses illuminent le champ de bataille.

– J’ai déjà tes clés, tu ne m’intéresse plus ! répond Xana d’un ton méprisant en lui adressant un Choc psychique pour l’abattre en plein vol.


Mais l’elfe aux cheveux roses tournoie sur elle-même d’un battement d’ailes pour éviter l’attaque et termine sa rotation en ripostant avec un simple Champ de force.

Certain d’être protégé par sa barrière d’énergie, le démon virtuel laisse le petit projectile rose s’écraser contre son épaule, mais à sa grande surprise, l’impact du Champ de force lui cause une douleur foudroyante même à travers sa protection :

– Qu’est-ce que... !? s’étrangle Xana tandis que les autres Lyoko-guerriers sont aussi surpris que lui.

– Je t’avais prévenu ! lui crie Aelita en formant deux nouveaux Champs de force dans ses mains.


Le virus se retourne pour faire face à celle qu’il croyait inoffensive et décide de lui régler définitivement son compte en lui envoyant directement une Xannihilation, mais la jeune fille écarte les bras et forme une sphère d’énergie rose monumentale tout autour d’elle, déviant le rayon mortel de Xana.

L’ange de Lyoko réunit lentement ses deux bras dans la direction de son ennemi :

– Ça, c’est pour mon père ! Ultra Champ de Force !


La sphère géante se détache d’Aelita pour se précipiter droit sur Xana qui doit réunir son énergie pour la bloquer avec ses deux mains, laissant échapper un rugissement de douleur. Odd et William tentent d’en profiter mais leurs attaquent ne parviennent toujours pas à blesser leur robuste ennemi qui répond par des Chocs psychiques pour tenir ses agresseurs à distance tandis qu’il s’efforce de contenir la sphère d’Aelita malgré la sensation de brûlure qu’elle lui procure.

– Si seulement on parvenait à briser sa protection ! s’exclame Yumi qui désespère d’y arriver un jour.

– Naxxya pourrait réessayer d’écraser Xana pendant qu’il est occupé avec Aelita, suggère Ulrich à côté d’elle, mais dès qu’elle abaissera le Dôme, tous les monstres vont aussitôt nous tomber dessus...

– J’aime pas beaucoup cette idée ! répond Sissi avec inquiétude en voyant les amas de monstres agglutinés contre le rempart hémisphérique de la géante.

– S’il faut tous les contenir, on le fera ! reprend William qui vient de les rejoindre. Aelita ne pourra pas l’occuper éternellement !


Jérémie secoue la tête :

– Même si Naxxya parvenait à écraser Xana, ça l’enfoncerait dans le sol mais ça ne suffirait pas à fracturer sa défense !

– L’enfoncer dans le sol ?! crie Odd qui continue d’envoyer des Météores vers Xana en sautant partout pour esquiver les Chocs psychiques. Moi je trouve que ça vaut le coup d’essayer !


Les Lyoko-guerriers observent un moment leur ennemi qui résiste à l’Ultra Champ de force d’Aelita malgré les Champs de force qu’elle envoie encore et encore pour gonfler sa sphère principale tout en évitant les Chocs psychiques de son adversaire, sans cependant parvenir à submerger Xana qui demeure beaucoup plus endurant qu’eux, et il ne fait aucun doute qu’ils ne pourront pas l’avoir à l’usure.

À court de solutions, l’informaticien finit par proposer une technique qui leur donnera accès à la victoire en cas de réussite, ou à la défaite immédiate en cas d’échec :

– Ulrich, William, si vous me confiez vos armes, j’ai peut-être un moyen de vous permettre de percer la barrière énergétique de Xana, mais lorsque ce sera fait, vous n’aurez que quelques instants pour l’achever avant que vos boosts se dissipent !

– Alors préparez-vous à tout donner ! ordonne le samouraï en plantant ses sabres dans le sol malgré l’incertitude de Yumi et Sissi.


William plante sa large lame entre les sabres d’Ulrich, puis le génie du groupe tend ses mains vers les armes de ses coéquipiers pour les charger d’énergie jusqu’à ce qu’elles se mettent à léviter devant eux. De plus en plus de rayons lumineux scintillent autour des trois armes, et soudain, dans un éclair aveuglant, celles-ci se réunissent en une seule et unique épée à double tranchant resplendissante.

– Voici le « Destin de Lyoko », déclare Jérémie après s’être pratiquement vidé de son énergie pour forger la lame légendaire qui éblouit les Lyoko-guerriers. Je l’ai programmé moi-même. En théorie, rien ne peut lui résister.


Ulrich s’avance vers l’arme fabuleuse mais marque un moment d’hésitation, car cet artéfact appartient autant à lui qu’à William. Le samouraï sait pourtant que chaque seconde compte désormais, et qu’il devrait prendre la décision sans se poser de question, mais il ne peut s’empêcher de vouloir être sûr que celui qui utilisera l’épée sera bien celui qui aura le plus de chance d’atteindre sa cible.

– Qu’est-ce que tu attends ? le presse William derrière lui.

– Tu ne voulais pas assouvir ta soif de vengeance ? l’interroge Ulrich sans cesser d’admirer l’impressionnante lame qui déborde d’énergie.

– Je serai vengé dès que Xana sera détruit, alors dépêche-toi d’aller le tailler en pièces ! C’est toi le plus rapide, non ?


Le samouraï sourit et s’empare du Destin de Lyoko :

– Très bien, allons-y !


Aveuglé par l’énorme sphère d’énergie rose qu’il peine à contenir, Xana finit tout de même par s’apercevoir que ses ennemis se mettent à l’encercler. N’ayant plus le temps de prouver sa superiorité vis-à-vis des attaques d’Aelita qu’il tenait à repousser à mains nues, le monstre humanoïde se contracte à nouveau pour déclencher une explosion d’énergie qui éloigne enfin l’Ultra Champ de force dans les airs, tout en déchainant de la foudre autour de lui.

Les Lyoko-guerriers esquivent les éclairs de Xannihilation qui crépitent un peu partout et envoient sans succès des Météores-laser, Champs de force et autres Éventails vers leur ennemi qui se met à hurler :

– Vous avez déjà atteint vos limites mais vous ne pouvez toujours rien faire contre moi !! affirme-t-il en les mettant à l’épreuve. Approchez, et vous disparaitrez avant même de pouvoir me frôler !!


Il intensifie ses éclairs mais il distingue par moments Ulrich qui utilise Hypersprint pour parvenir à se rapprocher dangereusement, armé d’une énorme épée énergétique. Xana s’en veut désormais d’avoir perdu de vue ses opposants auparavant, et il décide alors de se jeter brusquement sur le samouraï pour le broyer avec sa main, avant de réaliser subitement qu’il ne s’agissait que d’un clone. Le virus fait volte-face et voit Ulrich utiliser Hypersprint autour de lui formant un triangle avec deux autres clones.

– Tu crois vraiment que ça fonctionnera sur moi !? hurle Xana en se sentant insulté au milieu de l’attaque Triangulaire du samouraï.


Sans même attendre que son adversaire lui porte des coups, vrais ou faux, le monstre humanoïde pulvérise le clone devant lui puis se jette sur les deux autres Ulrichs en les attrapant chacun à la gorge.

– Meurs !! triomphe le démon virtuel sous les yeux des autres Lyoko-guerriers qui ne peuvent même pas s’approcher pour secourir leur ami.


Xana referme ses doigts pour décapiter ses deux proies, mais en les sentant disparaître dans ses mains, il comprend soudain que les trois samouraïs de l’attaque Triangulaire étaient tous des clones.

– ULTIME IMPACT !!! hurle le vrai Ulrich qui se jette contre lui en Hypersprint.


Le virus a tout juste le temps de se retourner face à lui, mais trop tard : l’épée surpuissante portée par son assaillant transperce la barrière de protection ainsi que le corps de Xana de part en part. Le monstre, bien que frappé de stupeur, allonge ses poings pour frapper le samouraï mais celui-ci s’écarte aussitôt, laissant son arme plantée dans le ventre de son adversaire.

– Qu’est-ce que tu as fait à mon corps !? rugit Xana en s’apprêtant à retirer lui-même l’épée avant de la voir soudain s’enfoncer toute seule dans son ventre pour ressortir par son dos.


Le démon virtuel comprend que c’est Yumi qui déplace l’arme par Télékinésie pour l’extraire de son corps et la récupérer, alors il tend son bras vers l’épée volante pour l’intercepter, mais William apparait en Supersmoke et rattrape l’arme resplendissante qu’il abat aussitôt pour couper le bras tendu de Xana.

– NOOOOOON !! s’écrie le monstre en contemplant son membre sectionné.

– Tu n’es plus invulnérable ! lui annonce le grand ténébreux en jetant l’épée sur le côté avant de déverser à deux mains un flot de Supersmoke sur son adversaire pour l’affaiblir.


Ulrich en Hypersprint rattrape l’arme surpuissante et se rue à nouveau sur Xana, mais celui-ci le repousse par un Choc psychique réflexe.

– JE NE SUIS PEUT-ÊTRE PLUS INVULNÉRABLE, MAIS JE RESTE INVINCIBLE !!! enrage le monstre humanoïde en se concentrant pour faire repousser son bras.

– Tu n’as jamais été invincible et tu ne le seras jamais, déclare froidement Yumi en lançant ses éventails.


Le bras de Xana a entièrement repoussé mais ses doigts sont tranchés nets par le passage d’un éventail, puis un second entaille profondément son épaule.

– FERMEZ-LA !!! MOURREZ TOUS !!! hurle Xana en se mettant à envoyer des Xannihilations et des Chocs psychiques dans tous les sens.


Les Lyoko-guerriers esquivent aisément les attaques hasardeuses de leur ennemi qui tente d’en profiter pour refermer sa blessure au ventre, mais Odd se met à le bombarder de météores qui laissent des cratères dans sa peau en explosant. Avant que Xana ait le temps de se rétablir, il sent le Supersmoke de William l’affaiblir de plus en plus et les Éventails de Yumi le ligoter avec le Lien de dévastation, mais il s’efforce de rester debout et de continuer à envoyer des Chocs psychiques, jusqu’à ce que Naxxya, toujours occupée à maintenir le dome au-dessus d’eux, fracasse le sol avec son pied pour provoquer un tremblement si violent que Xana en perd l’équilibre et tombe sur le dos. Ulrich saute au-dessus de son ennemi et lui lance l’épée énergétique pour le clouer au sol en transperçant son torse, avant de s’éclipser pour s’écarter de la trajectoire de l’Ultra Champ de force qu’Aelita projette en plein sur le virus.

Submergé par la sphère rose qui dévore lentement son enveloppe corporelle sur toute sa surface, Xana, toujours maintenu au sol par l’épée énergétique, hurle de rage et de douleur sous les regards inquiets de ses assaillants : en effet, leurs boosts conférés par Jérémie prennent fin et les Lyoko-guerriers retrouvent leurs formes initiales, y compris Naxxya dont le Dôme de protection disparait.

– Oh non pas maintenant ! panique Jérémie en voyant les innombrables légions de monstres entassés les uns sur les autres se presser tout autour d’eux maintenant que le rempart de la géante ne les retient plus.


L’Ultra Champ de force d’Aelita s’évanouit à son tour, révélant Xana brûlé sur tout son corps mais toujours vivant, et celui-ci se met à rire en comprenant que ses ennemis n’ont pas réussi à le vaincre à temps. Les Lyoko-guerriers sont pétrifiés de terreur, encerclés par une véritable muraille de monstres qui les mettent en joue mais sans pour autant se décider à tirer.

Le démon virtuel se relève sereinement malgré l’imposante lame enfoncée dans son torse :

– Je vais vous détruire moi-même, et je vous promets que ça va faire très mal...


D’un simple Choc psychique, il renverse ses huit proies puis il lève ses mains qui se remettent à crépiter en rechargeant ses rayons de Xannihilation. Les Lyoko-guerriers se tordent au sol, criant de douleur sous les éclairs que Xana leur inflige, celui-ci étant bien décidé à les faire souffrir au maximum avant d’en finir.

Soudain, alors que tout semble perdu, une voix bienveillante murmure dans l’esprit de l’ange de Lyoko :

« Aelita... le Destin... de Lyoko... »


La jeune fille aux cheveux roses se redresse péniblement, et tend ses deux mains mains vers l’arme dont la lame s’illumine. Xana s’apprête à tous les dévirtualiser définitivement, mais une douleur ardente lui déchire subitement la poitrine : l’épée enfoncée dans son corps s’est mise à briller d’une aura rose de plus en plus éclatante.

– Qu’est-ce que... !?


Le monstre n’a même pas le temps de réagir : la lame resplendissante saturée d’énergie explose, provoquant une formidable déflagration aveuglante dont le souffle se répand dans toute la salle, balayant les hordes de monstres en les désintégrant jusqu’au dernier.


Stupéfaits mais indemnes, les Lyoko-guerriers se relèvent et voient ce qui semble être les restes mutilés du corps de Xana se fissurer tandis que de l’énergie s’en échappe, indiquant que sa stabilité est rompue.

– ...On l’a eu ?? interroge Odd qui n’en croit pas ses yeux.


Pour toute réponse, la voix synthétique se fait entendre une dernière fois :

– J’AI JURÉ QUE CET ENDROIT SERAIT VOTRE TOMBE, ET VOUS ALLEZ Y RESTER AVEC MOI !!!


Au plafond, le vortex qui devait mener les troupes de Xana vers la Terre se referme, puis les murs se mettent à trembler et des explosions commencent à secouer toute la salle où ils se trouvent.

– Qu’est-ce qui se passe !? s’inquiète Sissi.

– À présent que Xana est détruit, explique tristement Jérémie, le Sixième Territoire va disparaitre et nous avec.


Tandis que ses camarades se dévisagent, Ulrich comprend :

– Tu n’as aucun moyen de nous dévirtualiser sans qu’on disparaisse définitivement ?


L’informaticien confirme :

– Si j’étais resté sur Terre j’aurais pu vous rematérialiser, mais d’ici je ne peux rien faire pour nous sortir de là. Je suis désolé.


Aelita retient ses larmes, rongée par la culpabilité.

William prend Sissi dans ses bras :

– Au moins, nous avons vaincu Xana.

– Nos familles sont sauvées, ajoute Yumi avec abnégation. Notre monde est sauvé.

– Et nous allons mourir en héros, conclut Ulrich avec un demi-sourire.


Un silence de mort s’installe, ponctué par le bruit sourd des explosions de plus en plus rapprochées tandis que des débris commencent à tomber du plafond de la salle. Les mains sont enlacées, mais les regards ne se croisent plus. Chacun des Lyoko-guerriers observe l’horizon en silence, espérant y trouver une issue de dernière minute, mais il n’y a autour d’eux que les murs fissurés de ce qui semble être leur dernière demeure.

– Attention !! s’écrie William en tirant brusquement Sissi en arrière, juste avant que des morceaux du plafond s’écrasent au sol à l’endroit où elle se trouvait.


Les Lyoko-guerriers redoublent de vigilance en contemplant avec effroi le plafond qui craque de plus en plus, annonçant leur fin inévitable.

Blottie contre son amoureux, Aelita sort enfin de son mutisme :

– Jérémie, mon père est vivant...


Ses camarades se tournent vers elle avec incompréhension, et elle leur explique :

– J’ai entendu sa voix tout à l’heure... Il a su que nous étions en danger... Il m’a aidée...


Odd veut y croire :

– Si on le retrouve à temps, il pourrait nous permettre de quitter cet endroit vivants !


Jérémie est beaucoup moins optimiste :

– Franz Hopper ne peut plus rien pour nous : il a transmis ses clés de Lyoko à Aelita, et Xana les lui a volées tout à l’heure. De toute façon, le territoire va s’effondrer d’une minute à l’autre.


Aelita ferme les yeux pour se concentrer :

– Il faut au moins que j’essaye... Que j’arrive à lui parler...


Un morceau de décor se détache du plafond pour leur tomber dessus, mais Yumi dévie sa trajectoire par Télékinésie :

– Quoi que vous décidiez de faire, faites-le vite.


Ulrich brandit ses sabres :

– Puisqu’on est condamnés, ça vous dit de gagner du temps pour permettre à Aelita de dire au revoir à son père ?


Ses amis se mettent en garde à ses côtés et lèvent les yeux vers le plafond, prêts à recevoir tous les débris qui tomberont sur eux jusqu’à la fin.


Les yeux clos, les mains contre ses tempes, Aelita frissonne en entendant le choc des armes de ses gardes du corps qui fracassent inlassablement les fragments de décor s’abattant sur eux.

– Tout va bien, concentre-toi sur ton objectif, lui murmure Jérémie en restant auprès d’elle pour la rassurer tout en contribuant à écarter le danger grâce à son Supprayon.


Parcourant mentalement le dédale de couloirs qui entoure la salle où ses amis et elle se trouvent, Aelita désespère en réalisant que la périphérie du territoire est déjà détruite et que la Mer Numérique commence à engloutir les lieux, mais son père reste introuvable. Soudain, au détour d’un couloir partiellement submergé, une concentration de lumière blanche surgit hors de l’eau et fonce pour échapper à l’effondrement du décor derrière elle. Stupéfaite par cette apparition, Aelita poursuit mentalement l’étrange créature lumineuse qui s’enfonce à toute vitesse dans les profondeurs du territoire, jusqu’à emprunter une étroite fissure dans un mur derrière lequel se trouve une pièce obscure contenant en son centre le corps inerte du créateur de Lyoko. Le cœur d’Aelita fait un bond dans sa poitrine, sa vue par projection mentale se trouble, elle a juste le temps de voir la lumière blanche s’agiter autour du corps de Franz Hopper puis s’élever subitement vers l’étage supérieur par un trou dans le décor...

L’ange de Lyoko revient à elle et ouvre aussitôt les yeux :

– Il est juste en dessous de nous !!


Sans même prêter attention au déluge de débris que ses amis peinent à contenir, Aelita se laisse tomber à genoux et pose ses mains sur le sol de plus en plus fissuré lui aussi :

– Papa !! On est là !!! PAPA !!!


Mais sa voix est couverte par un grondement assourdissant : le plafond tout entier se détache du reste de la structure et s’apprête à s’abattre sur eux, tandis que les flots de la Mer Numérique se déversent tout autour. Ni les appels désespérés d’Aelita, ni le cri d’affolement de Sissi ne sont audibles désormais. Abasourdis et impuissants face à l’immensité de ce qui va les écraser, les Lyoko-guerriers contemplent au ralenti leur mort inévitable.



– Hé ? Pourquoi tout est au ralenti ? s’étonne Odd en apesanteur au milieu de son saut vers les bras de Naxxya.


Ses amis constatent que le félin dit vrai : le temps semble presque figé autour d’eux, même le plafond s’écroule très lentement.

– Je te tiens, déclare la géante en tirant le félin vers elle pour le ramener dans la zone où les mouvements semblent se dérouler à vitesse normale.

– Qu’est-ce qui se passe ? demande Ulrich incrédule en se tournant vers Jérémie.


Celui-ci remarque alors qu’Aelita est étendue sur le sol, inconsciente.

– Aelita !? Qu’est-ce qui t’arrive ??? s’inquiète le jeune garçon en la prenant dans ses bras.


Leurs camarades se rassemblent autour d’eux, et Sissi demande :

– Vous croyez que c’est elle qui ralentit le temps pour nous protéger ? Enfin... pour qu’on vive deux minutes de plus ?


Personne ne répond. Personne ne comprend ce qui se passe.

Aelita finit par ouvrir les yeux, et avant même que Jérémie puisse la questionner, elle déclare avec enthousiasme :

– Il arrive !

– Qui ça « il » ?

– Mon père ! s’exclame-t-elle en se relevant.


En effet, derrière eux, Franz Hopper en personne émane du sol en traversant le décor.

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– Papa !! s’écrie Aelita en se jetant dans les bras de son père, mais celui-ci ne peut serrer sa fille contre lui car il doit maintenir ses bras écartés pour figer l’environnement tout autour d’eux.

– Nous n’avons pas beaucoup de temps, les prévient l’homme en combinaison bleue à bordures dorées. Où était Xana quand vous l’avez détruit ?

– Juste là, répond William en montrant un cratère dans le sol laissé par l’explosion finale de leur ennemi.

– Aelita, tends tes mains vers ce creux... lui indique son père.


La jeune fille aux cheveux roses obéit, et à sa grande surprise, une émanation d’énergie bleue s’élève du cratère avant de se diriger vers l’ange de Lyoko pour venir fondre au niveau de son cœur.

– J’ai récupéré les Clés de Lyoko que Xana m’avait volées ! réalise Aelita en se retournant vers son père.

– Tu vas donc pouvoir m’aider à tous nous faire quitter cet endroit, lui annonce Franz Hopper sans baisser les bras car il doit continuer de ralentir le temps. Lorsque je poserai mes mains sur le sol, tu feras de même, ce qui nous permettra d’ouvrir un portail dans lequel nous devrons plonger aussitôt avant que tout s’effondre. Vous êtes prêts ?


Les Lyoko-guerriers se placent en cercle pour répondre d’une seule voix :

– Prêts !


Franz Hopper plaque alors ses deux mains à terre, sa fille en face de lui en fait autant, et un cercle lumineux se dessine dans le sol en reliant leurs mains.

Tandis que le grondement assourdissant reprend au-dessus d’eux, un portail s’ouvre dans le cercle lumineux qu’ils viennent de tracer :

– SAUTEZ !!! crie Franz Hopper.


Les Lyoko-guerriers s’exécutent aussitôt, sauf Jérémie qui avait deviné qu’Aelita ne partirait pas sans son père.

– Je dois partir le dernier pour maintenir le portail ! affirme le vieil homme. SAUTEZ MAINTENANT !


L’elfe aux cheveux roses tremble car elle ne peut se résoudre à lâcher le cercle lumineux, alors Jérémie la ceinture et se jette avec elle dans le portail avant que le plafond s’écrase sur eux.





* * *





Dans la salle des scanners, Ulrich, Yumi, William, Sissi, Odd et Naxxya patientent avec inquiétude face aux trois scanners qui restent clos, alors que Jérémie, Aelita et Franz manquent toujours à l’appel.

– On est sortis combien de temps après vous ? interroge William.

– Moins d’une minute, répond Ulrich qui est sorti des scanners en premier avec Yumi et Odd.

– Alors ils ne devraient plus tarder, déclare Sissi pour se rassurer.

– Ça fait plus de cinq minutes que les scanners se sont refermés, rétorque Naxxya.

– Pourtant on a tous sauté en même temps comme on avait dit ! reprend Odd.


La Japonaise secoue la tête :

– J’étais à côté d’Aelita, ses mains étaient toujours posées sur le sol quand j’ai sauté. Je crois qu’elle n’a pas voulu se séparer de son père qu’elle venait de retrouver.

– Mais Franz Hopper a dit qu’on allait tous sauter, donc il devait s’en sortir lui aussi ! insiste le félin.


Le grand ténébreux réfléchit à voix haute :

– Peut-être que Franz Hopper savait qu’il ne pourrait pas emprunter le portail, mais il nous a fait croire qu’il pouvait afin que sa fille saute avec nous, sauf qu’Aelita a deviné qu’il ne viendrait pas donc elle n’a pas sauté.

– Et Jérémie l’a compris aussi, soupire Ulrich. Il savait non seulement que Franz Hopper ne sauterait pas, mais aussi qu’Aelita ne sauterait pas non plus, et c’est pourquoi il a décidé de rester avec elle.

– Hé ! Il y en a un qui s’ouvre ! s’exclame Sissi en désignant l’un des trois scanners.


Les Lyoko-guerriers se regroupent devant la cabine lumineuse en action, et lorsque les portes s’ouvrent, ils tendent les bras pour rattraper le corps d’Aelita avant qu’elle ne tombe au sol.

– Aelita !? Tu nous entends ??


Au bout de quelques secondes, la jeune fille entrouvre les yeux :

– J... Jérémie ?


Les Lyoko-guerriers échangent un regard gêné.

– Euh... Il arrive dans pas longtemps ! répond Odd.


Ulrich lui donne un coup de coude, tandis que la jeune fille aux cheveux roses se relève :

– Il n’est pas encore revenu ?

– Ben... On pensait qu’il était avec toi...


Aelita a les larmes aux yeux :

– Je n’ai pas pu sauter... Je ne pouvais pas abandonner mon père à nouveau, pourtant je savais très bien qu’il le fallait... C’est Jérémie qui m’a sauvée... Jérémie...

– Je vous parie mon dessert qu’il arrive dans pas longtemps ! reprend le félin avec confiance en ignorant le regard noir que lui adresse Yumi.


Soudain, l’un des deux scanners encore fermés se met en marche, à leur grande surprise.

– Je vous l’avais bien dit ! triomphe Odd.


Le scanner s’ouvre, et c’est Aelita qui se précipite pour rattraper Jérémie qu’elle serre contre elle de toutes ses forces, mais il ne réagit pas. Les Lyoko-guerriers restent silencieux tandis que l’ange de Lyoko sanglote contre l’épaule de son sauveur inconscient.

– Allez Einstein, dis-leur que t’es pas mort ! s’exclame le félin. Sinon je vais perdre mon dessert...


William s’apprête à le frapper, mais Naxxya soulève Odd par la taille pour le reposer un peu plus loin.

Sissi passe sa main sur sa bouche pour retenir ses larmes. Yumi hésite à prendre le pouls de Jérémie, mais elle renonce à l’idée de devoir annoncer son décès si jamais il ne montre vraiment plus aucun signe de vie.

Aelita caresse fébrilement le visage éteint de celui qui aura tout fait pour la sauver :

– Réveille-toi, Jérémie... Je t’en supplie... Ne me laisse pas...


Personne n’ose prendre la moindre décision. Personne ne veut dire à Aelita qu’il n’y a plus rien à faire.


Soudain, Odd se met en garde et tente le tout pour le tout :

– Sinon je connais un vieux truc qui marchait à tous les coups : Einstein, dis quelque chose ?


Ulrich et William se retournent aussitôt vers le félin pour le massacrer, mais derrière eux, leur camarade mal en point desserre les dents :

– Qu... Quelque chose...

– Jérémie !!! hurle Aelita en l’étreignant de toutes ses forces avant de se remettre à pleurer mais de bonheur.


Tandis que ses amis poussent un soupir de soulagement, l’informaticien ouvre péniblement les yeux pour compter ses camarades, puis il relève enfin ses bras contre le corps de son amoureuse afin de lui rendre son étreinte.

– Désolé, je n’ai pas pu te laisser là-bas...


Pour toute réponse, Aelita l’embrasse longuement, car même s’ils n’ont pas pu empêcher la disparition de son père, ils sont rentrés sains et saufs.

Odd s’avance vers le dernier scanner fermé avec un grand sourire :

– Allez, je retente ma chance ! Sésame, ouvre-toi !


Les Lyoko-guerriers n’ont même pas le temps de réprimander le félin pour son humour douteux en de pareilles circonstances, car à la surprise générale, la cabine s’illumine. Tous retiennent leur souffle en voyant la fumée s’échapper des portes qui s’ouvrent lentement, mais l’excitation retombe aussitôt lorsqu’ils découvrent que malheureusement, le scanner est vide.

Odd baisse la tête, honteux et déçu :

– Ça n’a pas marché cette fois, désolé pour l’ascenseur émotionnel...


Jérémie propose à Aelita :

– Je peux monter au labo pour voir si... On sait jamais...


La jeune fille prend les mains de son amoureux :

– L’important c’est d’avoir vaincu Xana, et c’est déjà un miracle qu’on s’en soit sortis vivants... Et puis, j’ai quand même pu voir mon père une dernière fois...


L’informaticien insiste :

– Je vais quand même lancer un programme pour détecter une éventuelle trace de sa présence, juste au cas où...


Aelita se tourne vers Yumi qui finit par approuver :

– Entendu, mais si ton programme ne trouve rien, il faudra éteindre le supercalculateur définitivement.


Les Lyoko-guerriers quittent donc la salle des scanners et empruntent l’ascenseur pour monter à l’étage supérieur.


Lorsque les portes du monte-charge s’ouvrent sur le laboratoire, les huit passagers sont abasourdis : assis devant l’ordinateur, le créateur de Lyoko les accueille en souriant.

– Pardon de vous avoir fait peur mais Aelita a hésité un moment avant de sauter, alors j’ai dû réapparaitre ici au plus vite pour faire en sorte qu’elle et Jérémie reviennent sur Terre sans désagréments.


Submergée de joie, Aelita se jette dans les bras de son père en chair et en os, et celui-ci peut enfin serrer contre lui sa fille qui a tenu sa promesse : ne jamais l’abandonner.





* * *





Ayant détruit Xana et retrouvé le père d’Aelita, nos héros ont pleinement accompli leur mission, ce qu’ils fêtent joyeusement dans le laboratoire.

Jérémie demande à Franz Hopper ce qu’il compte faire à présent.

– Je pense m’installer provisoirement à l’usine, répond le vieil homme, mais je vais essayer de retourner habiter à l’Ermitage dès que possible, comme ça, je serai plus près d’Aelita.

– Vous ne craignez pas que quelqu’un vous retrouve, si vous retournez là-bas ? interroge le jeune garçon à lunettes.

– Ne t’en fais pas pour ça, explique Franz. J’ai été retenu plus de dix ans sur Lyoko, je pense que mes anciens ennemis ont fini par m’oublier, et j’espère donc pouvoir vivre tranquillement pour quelque temps.

– Si vous avez besoin de quelque chose, n’hésitez pas à nous contacter, déclare Ulrich.

– On devrait peut-être éteindre le supercalculateur maintenant, non ? suggère Yumi.

– Ce ne sera pas nécessaire, répond le créateur du monde virtuel. Cet ordinateur me permettra non seulement de surveiller Lyoko, mais aussi de m’informer des nouvelles du monde extérieur car j’ai quelques années d’absence à rattraper.


Odd hésite à demander à Jérémie s’ils devraient parler du « deuxième programme » à Franz Hopper, quand soudain, la porte de l’ascenseur s’ouvre, et Kiwi en sort en aboyant :

– Kiwi ! s’exclame le félin en prenant son chien dans ses bras. C’est promis, je t’abandonnerai plus jamais !!

– Attends une seconde... s’inquiète William. Tu peux m’expliquer comment ton chien a fait pour passer le système de reconnaissance ADN pour actionner l’ascenseur, sachant que Jérémie a réduit les paramètres de tolérance afin d’éviter que n’importe qui puisse entrer avec une simple poignée de cheveux ??

– En fait, explique Aelita, Odd avait déjà essayé de virtualiser son chien...

– Virtualiser un animal ? interroge Franz avec curiosité. Quelle drôle d’idée. Les animaux sont bien plus à leur place sur Terre, à mon avis.

– Entièrement d’accord avec vous, approuve Yumi.


Odd regarde sa montre :

– Hé ! La fête de fin d’année de Kadic n’a pas encore commencé !

– Oh là là ! Il faut que je me change !! panique Sissi.

– Allez-y sans moi, déclare Aelita. Je vais rester avec mon père, ce soir.

– Voyons Aelita, répond Franz en serrant sa fille dans ses bras. Tu sais que tu me verras demain, alors qu’une fête de fin d’année entre amis, c’est une seule fois par an, tu ne peux pas la manquer !

– Tu pourrais venir avec nous ? propose l’adolescente aux cheveux roses.

– Certains enseignants risqueraient de le reconnaître, rétorque Jérémie.

– Et même si mon corps n’a presque pas vieilli sur Lyoko, je ne me sentirais pas à l’aise au milieu de tous ces jeunes ! poursuit l’homme assez âgé. Il va me falloir un peu de temps pour me réadapter à la vie en société.


Tandis que ses amis se dirigent vers le monte-charge, Aelita est encore émue par ses retrouvailles avec son père et ne peut s’empêcher de verser des larmes de joie :

– J’arrive toujours pas à réaliser que tu es enfin revenu... J’ai attendu ce moment pendant des années, et aujourd’hui tu es enfin là...

– Et je te promets qu’à partir d’aujourd’hui je serai toujours là, répond Franz en serrant encore sa fille contre lui. Aujourd’hui, demain, et tous les jours d’après.


Aelita reste encore quelques instants auprès de son père, puis il la libère pour qu’elle rejoigne ses amis dans l’ascenseur, le cœur léger.





Une fois l’ascenseur parti, Franz Hopper, qui ne s’est pas levé une seule fois de son fauteuil depuis son retour sur Terre, se masse les jambes, mais aucune sensation ne lui revient. En effet, bien qu’il a pris soin de le cacher aux lycéens et à sa fille, ses membres inférieurs ne lui obéissent plus...

Et ce n’est pas la seule chose qu’il ait dissimulée : s’il a pris soin de réapparaitre directement au laboratoire et non dans la salle des scanners, c’était aussi pour se débarrasser d’un mystérieux appareil qu’il avait dans sa poche, ainsi que de son pull maculé de taches sombres...

Maintenant qu’il a fait partir Aelita et ses amis, le créateur de Lyoko peut s’occuper de ce qu’il a en tête, car contrairement à ce qu’il a affirmé à Jérémie, Franz Hopper est persuadé que ses anciens ennemis ne l’ont pas oublié...

Le vieil homme pianote sur le clavier de l’ordinateur pour ouvrir une étrange fenêtre de communication où il saisit une longue série de chiffres, puis il se repose dans son fauteuil en attendant que quelqu’un réponde à son appel...





* * *





Revenus de l’usine, les Lyoko-guerriers victorieux se sont apprêtés pour la fête de fin d’année qui a lieu dans le gymnase où ils se réunissent parmi les autres élèves :

– Tiens ? s’étonne William. Je ne savais pas que Christophe et Caroline sortaient ensemble.


Sissi sourit en apercevant Nicolas avec Taelia, et Hervé avec Heidi :

– Je crois que cette soirée sera pleine de surprises...

– Tu l’as dit, confirme Ulrich en attirant l’attention de Yumi pour lui faire remarquer qu’Hiroki est avec Milly, et Johnny avec Tamiya.

« Une chose est sûre, ils ont mis moins de temps que nous... » pense Yumi en observant son petit frère.

– Odd, tu as vu ? lui demande Ulrich. Alexandre a réussi à venir avec deux cavalières, t’es pas jaloux ?

– Certainement pas ! réplique le félin en attrapant Naxxya par la taille. Ma cavalière en vaut trois !

– Pour toi je me mettrais même en quatre... renchérit la géante en se penchant sur lui pour l’embrasser.

– Ah ? Y’a un concours de niaiseries au programme de cette soirée ?... demande ironiquement William tandis qu’Odd tire la langue.


Sissi remarque l’expression de béatitude figée sur les visages de Jérémie et Aelita qui se tiennent la main :

– Pourquoi vous souriez bêtement tous les deux ?

– Je sais pas, répond l’informaticien avec son étrange sourire. J’arrive toujours pas à croire qu’on ait vaincu Xana pour de bon.

– ...Et qu’on ait retrouvé mon père, complète la jeune fille aux cheveux roses qui sourit elle aussi en serrant le bras de son partenaire.

– Avouez que ça va vous manquer, les missions sur Lyoko ! poursuit Odd en mimant des coups de poings contre le ventre de Naxxya.

– On trouvera bien quelque chose à faire à la place... affirme la géante en bloquant les poings du félin.

– ...Et sans être obligés de sécher les cours, ajoute Yumi.

– Je vais avoir du mal à perdre cette habitude, reconnait William.

– Ouais ben évite de trop jouer à ça, rétorque sévèrement Sissi. Mon père a une liste d’élèves pas très assidus à surveiller et ton nom est dessus !

– Dans ce cas, répond le grand ténébreux en prenant son amoureuse par la taille, j’irai expliquer à Monsieur Delmas que s’il m’arrive de manquer quelques cours, c’est uniquement pour passer plus de temps avec sa charmante fille !



Aelita jette un coup d’œil vers la scène.

– Les Subdigitals devraient arriver d’ici une demi-heure, ça vous dirait d’interpréter une chanson en attendant ? propose-t-elle en souriant.


Ses amis se regardent, puis sourient à leur tour.




Quelques minutes plus tard, les lumières de la salle s’éteignent, surprenant les élèves. Dans l’obscurité, Aelita effectue quelques réglages sur la console puis fait un signe du doigt à Jérémie qui joue les premières notes du morceau sur le synthétiseur. Une première lumière les éclaire, puis une deuxième révèle Naxxya qui les accompagne à la batterie, et une rangée de projecteurs dévoile successivement William à la guitare, Ulrich à la basse, ainsi que sur Yumi jouant de la harpe électrique, formant un ensemble instrumental harmonieux qui envahit rapidement la salle.

À genoux sur le devant de la scène resté dans l’obscurité, le félin porte son micro à sa bouche et commence la chanson.

Odd : « Il existe un monde...


Puis il relève la tête et un spot lumineux vient l’éblouir.

Odd : ...virtuel et différent !


Le public se laisse conquérir par la musique et se met à encourager le groupe, puis Sissi apparaît enfin dans la lumière et complète les paroles :

Sissi : Où chaque seconde...


Elle s’avance à côté d’Odd et lui tend la main pour l’aider à se relever.

Sissi : ...fait de nous des combattants !


Puis ils se tournent vers les spectateurs et poursuivent tous les deux, tandis que la musique s’amplifie :

Sissi & Odd : Notre seul espoir... est de tout reprogrammer !

Odd : On ira ! On saura ! Sauver notre existence !
Sissi : Se donner ! Une chance ! De tout effacer...

Odd : On ira ! On saura ! Sauver notre existence !
Sissi : Pour refaire...

Odd & Sissi : ...Un monde sans danger !

Tous : Code Lyoko !
Odd : ...Tout reprogrammer !
Tous : Code Lyoko !
Sissi : ...Un monde sans danger !

Tous : Code Lyoko !
Odd : ...Tout reprogrammer !

Aelita : Code Lyoko... Un monde sans danger ! »






F i n
(de la saison 5)





- A... Allo...?
- Bonsoir, Anthéa.
- Waldo...? C'est vraiment toi...?
- As-tu fait ce que je t'avais demandé ?


Dernière édition par Nelbsia le Mar 08 Sep 2020 20:56; édité 2 fois
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Nelbsia MessagePosté le: Lun 17 Aoû 2020 19:53   Sujet du message: Répondre en citant  
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Spoiler


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Épisode #110 : Quoi qu'il arrive



– Cette histoire m’était complètement sortie de la tête avant que tu m’en reparles ! déclare Odd avec une certaine appréhension en suivant Jérémie à travers les bois du parc de Kadic dont le feuillage est bruni par le soleil de ce début d’été.


Plusieurs semaines après l’éclatante victoire que nos héros ont remportée contre Xana dans le Sixième Territoire de Lyoko pour enfin délivrer le père d’Aelita, les deux blondinets, accompagnés de Kiwi qui gambade en liberté car le collège-lycée est quasiment désert depuis la fin de l’année scolaire, arrivent à l’Ermitage qui ne semble plus délabré : des travaux ont en effet été entrepris par le propriétaire de la vieille bâtisse afin qu’il puisse à nouveau occuper son domicile.


En franchissant le portillon de la demeure, Jérémie précise à son camarade les raisons de leur présence ici :

– Aelita en a discuté avec son père, et apparemment il tient à découvrir ce qui est arrivé à Xilune...


Odd laisse son chien aller jouer dans le jardin dont la pelouse est désormais tondue :

– Je vois vraiment pas pourquoi vous avez besoin de moi ! J’ai déjà répondu à toutes vos questions !

– À nos questions oui, confirme son ami en sonnant à la porte, mais Franz en aura sûrement d’autres plus importantes...


Le félin soupire :

– Pendant ce temps-là, on laisse Sissi arbitrer la partie de babyfoot !

– Et alors ? rétorque Jérémie. T’as peur qu’elle avantage les filles au détriment des garçons ?

– Non, l’inverse : qu’elle avantage son copain au détriment de ma copine !


La porte s’ouvre :

– Salut ! les accueille joyeusement Aelita en les invitant à entrer. Essuyez-vous bien les pieds ! Papa vous attend dans le salon !

– Hmmmm ça sent bon ! s’exclame Odd en humant le doux fumet qui s’échappe de la cuisine.

– Dans le salon j’ai dit ! répète la jeune fille aux cheveux roses en poussant son invité dans la bonne direction.

– Bonjour les enfants, les salue le créateur de Lyoko.


Assis dans son fauteuil roulant, Waldo Schaeffer alias Franz Hopper a désormais l’allure d’une personne âgée : il apparait fatigué par sa santé physique en déclin, mais aussi ravi d’avoir de la visite en cette belle journée ensoleillée. Son regard reste dissimulé derrière ses lunettes aux verres teintés, tandis que sa barbe et sa moustache soigneusement taillées laissent transparaître son énigmatique sourire.

– Bonjour Franz, lui répond Jérémie en lui serrant la main. Vous allez bien ?

– Odd ! On attend les autres ! le réprimande Aelita à voix basse pour le dissuader d’entamer les biscuits apéritifs posés sur la table basse.

– À merveille, merci, affirme le vieil homme en hochant la tête. Comme vous pouvez le voir, les travaux du rez-de-chaussée sont terminés, et tout a été aménagé de sorte que je puisse y vivre en autonomie malgré mon handicap.

– Toujours aucune sensation dans vos jambes...? compatit le jeune garçon en face de lui.

– Peu importe, tant que j’ai de la force dans les bras... conclut Franz en montrant qu’il peut sans problème se hisser sur son fauteuil en se tenant sur ses mains. J’aurais du mal à monter l’escalier, mais de toute façon j’ai tout ce dont j’ai besoin en bas.

– Ça veut dire que j’aurai bientôt l’étage pour moi toute seule ! plaisante Aelita qui passe déjà ses journées à l’Ermitage pour être auprès de son père et l’aider au quotidien.

– Et tu pourras y inviter tes amis quand tu le souhaites, confirme le vieil homme. Tu n’auras cependant plus à t’occuper de moi car je compte embaucher une aide à domicile.

– Mais vous êtes riche en fait ? s’étonne Odd en constatant que le père de son amie semble pouvoir dépenser sans compter.


Le félin est en réalité la seule personne dans cette pièce à ne pas savoir d’où proviennent les ressources financières quasi illimitées du créateur de Lyoko qui s’amuse de cette remarque avant de s’expliquer à demi-mot :

– Disons que les protocoles de crypto-sécurité actuellement utilisés par les banques sont fiables tant que personne ne possède d’ordinateur quantique...

– ...OH ! s’exclame Odd en écarquillant les yeux. Mais c’est trop cool ! Ça veut dire qu’on pourrait...!?

– N’y pense même pas ! le coupe Jérémie qui redoute que son ami veuille utiliser à son tour le supercalculateur dans son propre intérêt.

– Les autres ne vont plus tarder, signale Aelita en rappelant qu’il leur reste peu de temps pour aborder ce dont ils souhaitent s’entretenir. Papa, tu voulais interroger Odd au sujet de l’entité virtuelle qu’il a découverte l’année dernière lorsqu’il a rallumé Lyoko pour s’y aventurer en secret ?


Waldo retrouve un air sérieux en s’adressant au félin :

– ...Ainsi donc, tu as rencontré Xilune ?

– Heu, oui, enfin, je crois... balbutie Odd. En tout cas, c’est comme ça qu’elle a dit qu’elle s’appelait...

– Et que t’a-t-elle raconté d’autre ? poursuit le vieil homme.

– Ben... J’ai pas tout compris sur le moment, et je pourrais pas me rappeler toute notre discussion, mais il me semble qu’elle était censée protéger Aelita, jusqu’à ce que Xana se rebelle... Après ça, elle s’est connectée à mes souvenirs pour changer quelques évènements récents dans la réalité, mais rien de bien grave...

– « Rien de bien grave » ? s’offusque Jérémie. Ressusciter Xana, c’était pas grave ?

– Elle l’a pas vraiment « ressuscité », se défend maladroitement Odd. Elle a juste un peu... annulé sa disparition...

– ...Parce que tu le souhaitais.


La jeune fille aux cheveux roses ne veut pas laisser une vieille querelle se réveiller entre ses deux amis :

– Peut-être que cette apparition était seulement un leurre de Xana, une illusion qu’il avait créée dans le but de nous berner pour qu’on l’aide à se restaurer...

– Possible, commente le félin en haussant les épaules. Elle avait une forme de nuage blanc, je pourrais pas dire si c’était bien elle ou pas...


Jérémie lève les yeux au ciel en soupirant :

– Parce que sous une autre forme tu aurais pu la reconnaître ?

– Heu... ben non, c’était la première fois que je la voyais...


Aelita se tourne à nouveau vers son père :

– À quoi ressemble Xilune en temps normal ?


Franz semble perdu dans ses pensées :

– À un petit nuage blanc, finit-il par répondre. Je l’ai créée en même temps que Xana, tous deux avaient pour mission de protéger Lyoko et Aelita...

– Ah oui ! se souvient Odd. Xilune m’a dit que Xana et elle étaient les deux moitiés d’un unique programme que vous aviez coupé en deux !


Le créateur de Lyoko hoche à nouveau la tête :

– Xanadu, confirme-t-il. À l’origine il s’agissait effectivement d’un programme unique, jusqu’à ce que je décide de le scinder en deux parties distinctes : d’un côté Xana, qui était simplement chargé de protéger Lyoko contre les menaces extérieures, et de l’autre, Xilune, destinée à tenir compagnie à Aelita et à veiller sur elle. En principe, seule Xilune était dotée d’une conscience évolutive, mais Xana a fini par développer sa propre conscience et s’est retourné contre nous...


Voyant que le vieil homme hésite à poursuivre, Jérémie l’interroge :

– Qu’est-il arrivé à Xilune après cela ?

– ...Elle s’est sacrifiée pour permettre à Aelita d’échapper à Xana, et j’ai donc été contraint d’éteindre Lyoko. Après cela, Xilune n’a plus montré aucun signe de vie, et le seul élément qui laisserait croire qu’elle n’avait en fait pas été détruite par Xana, c’est le témoignage d’Odd, ce qui reste assez mince...

– Je suis pas mince, je suis svelte... chuchote le félin entre ses dents.

– Je ne remets pas ta parole en cause, le rassure le maître des lieux. Seulement, si Xilune est vivante quelque part sur Lyoko, j’aurais dû en détecter des traces depuis longtemps...

– ...Même dans le Cinquième Territoire ? insiste Odd. Xilune m’avait attiré dans un coin bien planqué où je n’avais jamais mis les pieds auparavant !

– Je connais les moindres recoins du labyrinthe mouvant que j’ai conçu, affirme le créateur de Lyoko. Et depuis ma base secrète au fond de la Mer Numérique, je pouvais surveiller sur mes écrans tout ce qui s’y passait. Enfin...


Un doute s’empare du vieil homme qui marque une nouvelle pause, avant de se résoudre à poursuivre son interrogatoire :

– Odd, peux-tu me décrire précisément le lieu où tu as atterri cette nuit-là ?

– Eh bien... réfléchit le félin. Il y avait de grands murs rectangulaires bleus, comme dans tout le reste du Cinquième Territoire, mais il faisait sombre car il n’y avait aucune issue... Et au milieu, il y avait la plateforme sur laquelle je suis apparu, mais à part Xilune et moi, la salle était complètement vide...


Le père d’Aelita semble de plus en plus troublé, tandis que Jérémie interpelle son camarade à la mémoire fluctuante en fronçant les sourcils :

– Attends une seconde... Quand tu nous en as parlé, tu nous avais aussi dit qu’il y avait une sorte d’interface, non ?

– Hein ? Heu... Ah oui, avant que Xilune m’attrape, j’avais essayé de la faire fonctionner mais c’était bloqué...

– Une interface ? répète Franz en fixant Odd. Tu es sûr de toi ?

– Ben oui, il y avait même une sorte de fauteuil, et quand je me suis assis dessus, des écrans sont apparus tout autour, mais tout était verrouillé...

– Bon sang... souffle le créateur de Lyoko en massant sa mâchoire à travers sa barbe. Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt...

– Tu connais cet endroit ? s’enquiert Aelita.


Son père acquiesce :

– C’est un espace parallèle clos qui ne fait pas vraiment partie de Lyoko, on y accède via la tour du Cinquième Territoire... Je ne pensais pas que Xana pourrait y pénétrer et y séquestrer Xilune... D’un autre côté, voila qui expliquerait pourquoi Xana n’a que très rarement utilisé cette tour alors qu’elle est la plus puissante de toutes : il tenait à éviter qu’on s’intéresse trop à elle et qu’on finisse par retrouver Xilune...

– Et l’interface qui se trouve dans cette salle « parallèle », reprend Jérémie intrigué, à quoi sert-elle ?


Son interlocuteur en fauteuil roulant hésite encore un moment, avant de consentir à révéler ce que recelle ce lieu mystérieux enfoui tout au fond de Lyoko :

– Il s’agit de l’interface Carthage, celle que j’avais développée pour... pour mon « ancien employeur », dans le but d’intercepter et de contrôler toutes les données numériques dans le monde entier... Lorsque je me suis enfui, j’ai emporté le fruit de mon travail pour ne pas le laisser entre de mauvaises mains, puis, afin de veiller à ce que personne n’accède à cette interface au potentiel dévastateur, j’ai décidé de l’« enterrer » en construisant un monde virtuel tout autour...

– Lyoko... murmure Aelita.


Son père confirme en silence.

– En quoi c’est si terrible d’intercepter les données des gens ? s’étonne Odd. Les agences de renseignement espionnent nos communications en permanence, ça ne nous empêche pas de vivre...


Le vieil informaticien chevronné émet un rictus :

– Tu es bien naïf de croire que les systèmes de surveillance actuels n’ont pas de conséquences sur ta liberté, mais concernant Carthage, c’est un tout autre niveau... Il ne s’agit plus seulement d’écouter des conversations ou d’intercepter des messages non sécurisés, Carthage permet d’accéder à toutes, je dis bien TOUTES les données numériques reliées à un quelconque réseau électrique : codes de lancement des armes nucléaires, codes d’accès aux accréditations gouvernementales, codes de coupure des télécommunications, codes d’écriture et d’effacement des données bancaires... À l’époque où Carthage a été conçue, nous savions déjà que nous disposerions d’une arme terrible dans un avenir proche grâce à l’avènement du réseau Internet. Et aujourd’hui, vu l’omniprésence de l’informatique dans tous les domaines, posséder Carthage, c’est posséder le monde...


Le félin intimidé mesure un peu mieux la menace que représente l’arme conçue par Waldo Schaeffer :

– ...Mais alors pourquoi vous n’avez pas détruit votre bidule au lieu de le cacher s’il est aussi dangereux ?

– ...Parce que c’est probablement la seule arme qui pourrait un jour nous permettre d’arrêter l’homme qui m’a demandé de la créer : Zander Hopper.

– « Hopper » comme...? s’inquiète la jeune fille aux cheveux roses.

– Oui. Zander est le père d’Anthéa, ainsi que ton grand-père, Aelita.


Celle-ci semble alors troublée en se tenant la tête, comme si elle peinait à retrouver des souvenirs lointains qui lui permettraient d’identifier l’individu dont lui parle son père.

Jérémie prend la main de son amoureuse pour la rassurer, tandis qu’Odd demande :

– Pourquoi vous voulez arrêter votre beau-père ? Il a fait quelque chose de mal ?

– Tu n’as pas idée... lui répond le vieux scientifique sans entrer dans les détails. Il est le fondateur d’une organisation obscure appelée « Black Phenix » dont Anthéa et moi faisions partie, et lorsque nous avons découvert l’étendue des crimes dont Zander s’était rendu coupable, nous avons décidé de nous enfuir, mais le Black Phenix nous a pourchassés sans relâche, parvenant toujours à nous rattraper...

– L’interface que vous lui aviez subtilisée devait vraiment lui tenir à cœur... comprend Jérémie.

– Et il ne pouvait pas s’en refaire une lui-même ? poursuit le félin. Après toutes ces années passées à vous courir après sans jamais réussir à vous attraper, ça n’aurait pas été plus simple pour lui de fabriquer une nouvelle interface plutôt que d’essayer de récupérer celle que vous aviez volée ?


Aelita commence à craindre qu’Odd ait vu juste : cela fait plus de dix ans que son père et elle ont échappé aux hommes en noir en se virtualisant... Peut-être que durant tout ce temps, le Black Phenix a développé une nouvelle interface et qu’elle sera bientôt opérationnelle, si elle ne l’est pas déjà...

– Je doute qu’il y parvienne sans mon aide, les rassure Waldo qui était bel et bien le principal concepteur du projet Carthage. Néanmoins, pour être certains que notre ennemi cesserait d’accroître l’avantage technologique considérable qu’il possédait sur le reste du monde, nous avons également dérobé sa principale source d’énergie quand nous nous sommes enfuis : un appareil unique au monde, connu sous le nom de « Xénoformeur »...


Le sang de Jérémie ne fait qu’un tour :

– Le Xénoformeur ?? répète-t-il abasourdi tandis que ni Aelita ni Odd n’en ont jamais entendu parlé. Il existe réellement ??

– C’est quoi ? questionne le félin intrigué.

– D’après certaines légendes qui circulent sur internet, raconte Jérémie qui n’arrive toujours pas à croire que celles-ci seraient véridiques, pendant la Guerre Froide, un scientifique américain se serait enfui d’une base militaire avec une arme capable d’anéantir en quelques secondes tout ce qui se trouve à la surface de la Terre... L’homme et l’engin n’ont jamais été retrouvés, et trois agents de la CIA ont disparu en les recherchant, mais a priori les Soviétiques n’ont jamais pu mettre la main dessus non plus...

– Il a réussi à piquer une bombe atomique ? s’esclaffe Odd en imaginant un savant en blouse blanche courir à toutes jambes en portant une ogive nucléaire sur son dos.

– À vrai dire, précise Waldo qui n’a contredit aucune des allégations relayées par Jérémie, le Xénoformeur tient dans le creux de la main...

– Hein !? s’étrangle le jeune garçon à lunettes. Mais alors... Ce serait vraiment...??


Le créateur de Lyoko hoche la tête en silence, laissant Jérémie complètement interloqué.

– ...Ce serait vraiment quoi ?? demande Aelita qui aimerait bien comprendre pourquoi son amoureux est si tétanisé qu’il ne termine même plus ses phrases.


Après un moment de flottement, il retrouve péniblement l’usage de la parole :

– Selon les... « légendes » les plus absurdes qu’on trouve à ce sujet, le scientifique qui a volé le Xénoformeur se serait enfui de la base militaire de la Zone 51 dans le Nevada, et l’objet qu’il a emporté provenait des débris de l’incident de Roswell au Nouveau-Mexique en 1947...


La jeune fille aux cheveux roses ne peut croire à la conclusion qui s’impose :

– ...Une arme extra-terrestre ? déclare-t-elle peu convaincue.

– La première bombe H a explosé en 1952... lui rappelle Jérémie. Or, si ce qu’on raconte sur le Xénoformeur est vrai, ça voudrait dire que les Américains possédaient une arme de type « Doomsday Device » cinq années auparavant...

– Une arme de type quoi ? interroge Odd égaré par le jargon anglophone.

– « Doomsday Device », répète Aelita. Une arme capable d’éradiquer toute vie sur Terre...

– En réalité, reprend Waldo, les chercheurs américains ont mis près de vingt ans à percer une partie des mystères que renferme le Xénoformeur pour en comprendre l’utilité : grâce à cet appareil, les « visiteurs » qui l’ont apporté sur Terre pouvaient procéder à une destruction totale de tout ce qui se trouvait à la surface de notre planète, hormis un périmètre resteint autour d’eux. C’est le moyen le plus rapide de « coloniser » un nouveau monde pour se l’approprier dans un objectif de conquête spatiale. Fort heureusement pour nous, les êtres qui ont débarqué le 4 juillet 1947 ont « raté leur atterrissage », bien qu’on ignore précisément pourquoi. Certaines théories avancent que leur arrivée précipitée trahissait une mission désespérée, soit parce qu’ils étaient en fuite, soit parce que leur monde d’origine n’existait plus, mais dans tous les cas, les occupants de l’OVNI qui s’est écrasé ce jour-là ont tous péri avant d’avoir pu faire usage du Xénoformeur...

– Hé ben on a eu chaud... commente Odd en écarquillant les yeux.

– Comment vous savez tout cela ? se méfie Jérémie car l’histoire de ce scientifique qui a disparu en emportant le Xénoformeur avec lui ressemble fortement à ce que Franz Hopper a lui-même fait lorsqu’il s’est enfui du Black Phenix avec l’interface Carthage.

– Je l’ai entendu dire... commence Waldo avant de se résoudre à leur dévoiler la vérité. De la bouche même du savant américain qui a quitté les États-Unis en pleine Guerre Froide au péril de sa vie pour leur soustraire le Xénoformeur, car cette arme aurait selon lui fragilisé le dangereux « équilibre de la terreur » entre les deux superpuissances de cette époque. Mais mon confrère a malheureusement été « recueilli » par le Black Phenix, une organisation secrète basée en France où il s’était réfugié car la France venait de se retirer de l’OTAN sans pour autant s’allier à l’URSS. C’est ainsi que, dans le secret le plus complet, Zander Hopper est entré en possession du Xénoformeur, et plutôt que de s’en servir bêtement comme arme de dissuasion, il a eu la brillante idée d’exploiter l’énergie phénoménale qui en émane pour alimenter à long terme toutes les installations du Black Phenix, donnant à son organisation une complète indépendance énergétique et les moyens d’effectuer les progrès technologiques qui ont suivi, notamment le développement d’ordinateurs quantiques dès le début des années 1970...

– Je vois... conclut Jérémie en comprenant que si Waldo n’avait pas dérobé le Xénoformeur lorsqu’il s’est enfui, le Black Phenix aurait continué de réaliser des prouesses technologiques durant les années qui ont suivi, pour atteindre aujourd’hui un niveau de développement bien au-delà de tout ce qu’il pourrait imaginer. Et vous n’avez jamais songé à vous en servir à votre tour ?

– Bien sûr que si, confirme l’architecte de Lyoko qui aurait lui aussi pu bénéficier de cette source d’énergie intarissable. Mais c’était Anthéa qui conservait le Xénoformeur, et bien qu’elle ait pu m’assurer qu’il était caché en lieu sûr, les hommes du Black Phenix l’ont malheureusement capturée avant qu’elle puisse me le remettre. J’ai donc dû me contenter d’alimenter Lyoko avec des piles nucléaires, mais au moins, Zander en était lui aussi réduit à économiser l’énergie à sa disposition pour maintenir ses installations opérationnelles... Grâce à cela, j’avais la certitude que notre ennemi ne pourrait plus nous retrouver une fois que nous serions virtualisés, Aelita et moi...


Le vieil homme caresse doucement la main de sa fille, avant de lui déclarer comme pour s’excuser :

– Lyoko était le seul endroit où il ne finirait pas par nous rattraper...


Jérémie plisse les yeux :

– Vous pensez que ce Zander et son Black Phenix en avaient aussi après Aelita ?


Sa curieuse question met Franz quelque peu mal à l’aise car le jeune garçon a encore vu juste :

– ...Tout ce que je peux te dire, c’est qu’il veut le pouvoir dans son état absolu : le contrôle total de l’humanité, et l’éternité devant lui pour régner sans partage.

– « L’éternité devant lui » ? répète Jérémie. Vous voulez dire qu’il cherche à devenir immortel ?

– Il l’est déjà pratiquement, révèle Franz. Au cours de sa très longue existence, Zander a eu recours à toutes sortes de méthodes censées lui permettre de cesser de vieillir, voire même de rajeunir, avant que tout cela ne soit plus suffisant pour le maintenir en vie et qu’il lui faille donc une toute nouvelle forme de conservation : la virtualisation. Ayant personnellement découvert ce concept et inventé la technologie qui a permis de le réaliser, c’est de ma faute si Zander subsiste aujourd’hui encore dans son propre monde virtuel : le Next World. Au moins pour le moment, Zander ne peut pas s’échapper de son repaire, pas même pour voyager dans le réseau car c’est le Next World lui-même qui le maintient en vie malgré l’extrême dégradation de son corps qui a déjà largement dépassé l’espérance de vie des êtres humains. Mais même enfermé dans le Next World, Zander est toujours apte à tirer les ficelles de son empire technologique qui lui permettra tôt ou tard de revenir sur Terre, plus dangereux que jamais...


Le lycéen à lunettes réfléchit à son tour :

– ...Et vous pensez donc que l’interface Carthage pourrait vous permettre de le vaincre pendant qu’il est dans son monde virtuel ?

– Ce n’est malheureusement pas si simple, lui explique le créateur de Lyoko. Carthage est composée d’une interface mais aussi d’une personne conditionnée pour être capable de s’y connecter et de l’utiliser. Or ce programme a été développé dans les laboratoires de Zander, et si j’ai pu emporter l’interface Carthage quand je me suis enfui, la « personne Carthage », elle, est toujours là-bas, en attendant qu’ils parviennent à retrouver l’interface que j’ai dérobée ou à en fabriquer une autre sans mon aide.

– Donc pour le moment, conclut Jérémie, Carthage est inutilisable, pour « eux » comme pour nous ?


Franz hoche la tête :

– Nous avons l’interface, ils ont la personne. Ils n’ont donc pas accès à toutes les données du monde simultanément, mais la personne Carthage est déjà une menace en elle-même : elle est capable de traverser les mondes virtuels sans qu’aucun programme ne soit assez puissant pour l’arrêter, à part celui que j’avais conçu précisément dans ce but...

– ...Xana... comprend Aelita en frissonnant.

– Mais on a détruit Xana, soupire le cerveau de leur équipe.

– C’est pas grave ! renchérit Odd. Si on a battu Xana, on peut battre Carthage !


Le créateur de Lyoko n’en est pas si sûr :

– J’avais conçu Xana pour contrer Carthage à l’époque, mais ensuite nous avons été en sommeil pendant près de dix ans, pendant que le Black Phenix n’a cessé d’améliorer Carthage... Aujourd’hui, la personne qui incarne Carthage doit posséder un avatar virtuel quasiment invincible, sa seule faiblesse étant les pouvoirs spéciaux que j’avais développés pour Xana car j’avais encore en tête la programmation initiale de Carthage, et je pouvais donc rendre Xana capable de blesser Carthage directement malgré toutes ses protections...

– Et vous ne pouvez pas reprogrammer les pouvoirs de Xana ? suggère Jérémie.

– C’était il y a longtemps, répond le vieil homme en secouant la tête, et Xana a lui-même fait en sorte qu’on ne puisse pas retrouver les traces de sa propre programmation initiale afin d’empêcher quiconque de l’atteindre de cette manière. Mais si Xilune est en vie, elle doit encore posséder en elle un « miroir » des capacités de Xana, en moins puissant évidemment mais ça nous permettrait de ne pas être totalement démunis si nous devons un jour affronter la forme virtuelle de Carthage... C’est pour cela que nous devons impérativement la retrouver...


Un ange passe.


Aelita se lève car leurs invités arriveront bientôt :

– Je vais mettre le repas au four...


Odd la suit :

– Je viens t’aider !

– D’accord mais n’en profite pas pour goûter les plats !


Jérémie les regarde quitter la pièce et poursuit à voix basse :

– Franz, pendant qu’Aelita n’est pas là, il y a une question que je voulais vous poser...


L’homme en fauteuil roulant se penche légèrement en avant pour mieux écouter son interlocuteur qui se lance :

– Il y a trois ans, une nouvelle élève prénommée Taelia est arrivée à Kadic. Elle est orpheline et elle ne connaissait rien à Lyoko quand nous l’avons interrogée, mais... est-ce que par hasard, elle ferait partie de votre famille ?


Waldo se redresse :

– Comment l’as-tu appris ?

– Donc vous confirmez ?

– Taelia est la sœur jumelle d’Aelita, déclare le vieil homme.

– Sa sœur jumelle ? s’étonne aussitôt Jérémie car contrairement à Taelia, Aelita est restée une dizaine d’années sur Lyoko, ce qui a stoppé son vieillissement jusqu’à son retour sur Terre, donc Taelia devrait avoir actuellement environs dix ans de plus qu’Aelita.


Le propriétaire de l’Ermitage jette un regard en direction de la porte pour s’assurer que personne d’autre n’écoute les révélations qu’il s’apprête à faire :

– Zander a utilisé Aelita et Taelia pour faire des expériences sur elles en profitant de leur gémellité. L’une des conséquences est que leur vieillissement est désormais lié : tant que l’une des deux ne vieillit pas, l’autre ne vieillit pas non plus, une capacité très utile pour quelqu’un qui souhaite devenir immortel... Lorsque nous avons découvert que Zander s’était livré à de telles expériences sur nos filles, nous avons décidé nous enfuir. Durant notre fuite, Anthéa a confié Taelia à des amis avant d’être capturée quand nous avons tenté de nous retrouver. Maintenant veux-tu bien me dire comment tu as su que Taelia faisait partie de notre famille alors qu’Aelita elle-même semble l’ignorer malgré leur ressemblance évidente ?


Le jeune garçon comprend ce que son interlocuteur redoute : si Jérémie a pu découvrir la véritable identité de Taelia, le Black Phenix le pourrait aussi.

Il révèle donc quel indice l’a mis sur la voie :

– Les clés de Lyoko.

– Ah, conclut le créateur de ce monde virtuel avec un certain soulagement. Tu as analysé ses pouvoirs...

– Oui et non : l’an dernier, lorsque j’ai utilisé le supercalculateur pour analyser les compétences virtuelles de plusieurs élèves de Kadic afin d’en trouver un ou une qui possède le don de guérison, les pouvoirs de Taelia me sont effectivement apparus semblables à ceux d’Aelita mais les clés de Lyoko n’y figuraient pas au premier abord, et j’ai donc cru dans un premier temps qu’il s’agissait d’une simple coïncidence due à leur ressemblance physique. Mais plus tard, j’ai reçu un message provenant d’un futur alternatif dans lequel d’autres Lyoko-guerriers combattaient Xana pour empêcher sa victoire. Et parmi eux, Taelia était capable de désactiver les tours, tout comme Aelita était la seule parmi nous à pouvoir le faire. Et ça, ça ne pouvait pas être une coïncidence...

– Un message du futur ? s’étonne Franz. Tu l’as encore ?


Jérémie secoue la tête négativement :

– Le message n’existe plus, mais les mises en garde qu’il contenait se sont vérifiées lorsque nous avons failli être tous anéantis par Xana dans le Sixième Territoire. Nos successeurs se sont donc battus pendant un an depuis l’usine en désactivant les tours jour après jour pour empêcher Xana d’éradiquer les derniers humains sur Terre, jusqu’à parvenir à nous avertir du danger pour empêcher ce futur d’arriver.

– Les derniers humains sur Terre... murmure Waldo épouvanté par les désastres provoqués par la créature qu’il a lui-même engendrée. Je ne pensais pas que Xana irait jusque-là...

– Peut-être qu’il y avait d’autres survivants quelque part, mais les nouveaux Lyoko-guerriers étaient barricadés dans l’usine, coupés du reste du monde. Ils ont seulement pu se connecter à un satellite qui avait échappé à Xana pour diffuser un message de détresse, mais Xana a fini par détruire le satellite.


Le père d’Aelita semble soudain redoubler d’inquiétude à l’évocation du satellite :

– Une seconde... Le message qu’ils ont fait passer par le satellite, c’était quand exactement ?


Jérémie est étonné par cette question :

– Euh... Difficile à dire, c’était dans un futur alternatif, quelques semaines après la victoire de Xana, donc sûrement dans quelques jours par rapport à la date d’aujourd’hui... Pourquoi est-ce important ?

– Les données du supercalculateur sont protégées des retours dans le temps... lui rappelle son mentor. Donc même si le cours du temps à changé, le message de détresse va être envoyé...


Le jeune garçon ne voit toujours pas pourquoi le vieil homme en face de lui semble aussi inquiet à l’idée qu’un message provenant d’un futur alternatif soit émis dans le nouveau futur qu’ils traversent, à moins que ce message tombe précisément dans la mauvaise oreille...

– Que craignez-vous exactement ?


Franz s’explique enfin :

– À ma connaissance, le seul satellite immédiatement accessible depuis l’ordinateur de l’usine est celui dont j’ai gardé les codes d’accès afin d’espionner son véritable propriétaire : le Black Phenix. Si le message a été émis via ce satellite, il risque d’arriver directement dans leurs récepteurs, et ils enquêteront sur sa provenance...


Jérémie comprend alors que le danger est réel, et après un long silence de réflexion, le créateur de Lyoko retrouve subitement son calme habituel :

– Bon, je vais tâcher de trouver un moyen d’empêcher la transmission de ce message... Toutefois, si je n’y parviens pas à temps, il se pourrait que le Black Phenix remonte inopinément jusqu’à nous, et nous aurions alors intérêt à nous tenir à l’écart de l’usine pour quelque temps. Que dirais-tu de partir en vacances avec Aelita et tous vos amis ?

– Qu’on parte en vacances ? s’étonne le jeune garçon en dévisageant son énigmatique interlocuteur. Et vous ? Où irez-vous pendant ce temps ?

– Je n’aurai pas besoin de me rendre à l’usine, l’ordinateur que j’ai ici me permet d’accéder aux données du supercalculateur, et je pourrai donc m’efforcer de désamorcer l’envoi du message tout en restant à l’Ermitage pour superviser la suite des travaux. Mais ne t’en fais pas, nous resterons en contact pour pouvoir communiquer si jamais il se passe quoi que ce soit pendant votre voyage. Ça te va ? Bien entendu, je m’occupe de toute l’organisation : jet privé, destination de votre choix, et vous n’aurez pas à débourser un centime. Allez, je sais que vous souhaitez partir tous ensemble depuis un moment déjà, maintenant que Xana n’est plus là il est temps de réaliser ce rêve, tu ne crois pas ?


Sentant que le père d’Aelita tente de les éloigner pour les abriter d’un danger imminent sur lequel il ne s’étendra pas davantage, Jérémie devine qu’il ne pourra ni le pousser à s’expliquer, ni s’entêter à rester dans les parages sans savoir ce qui l’attend, aussi n’a-t-il pas d’autre choix que d’accepter les « vacances » offertes par Franz :

– Très bien, conclut le brillant élève de Kadic avec amertume. Nous en discuterons à table pour mettre au point ce voyage qui, j’en suis sûr, ravira tous mes camarades. Cependant, j’ai une dernière question à vous poser...


La sonnerie de la porte de l’Ermitage retentit :

– J’y vais ! s’exclame Odd en allant ouvrir.


Méfiant, Waldo se penche à nouveau en avant pour continuer à voix basse :

– À quel sujet ? lui demande-t-il en s’attendant à être questionné sur une quelconque étrangeté dans son comportement depuis son retour sur Terre.

– Au sujet d’Aelita...


Le vieil homme croise alors le regard de son jeune interlocuteur en tâchant de rester impassible, mais il s’aperçoit que celui-ci le fixe sans formuler son interrogation : en effet, Jérémie se contente d’observer la réaction du créateur de Lyoko face à ce silence pesant, ce qui suffit à indiquer la gravité de la question qu’il n’ose même pas poser...


Les voix des invités commencent à résonner dans l’entrée, à commencer par celle de Yumi qui déclare avec un grand sourire :

– Coucou c’est nous !

– Cette bonne humeur exagérée ne te va pas du tout, bougonne Ulrich dépité.

– Haha ! s’esclaffe Odd. Rien qu’à voir vos têtes, j’arrive à deviner qui a gagné au babyfoot ! Et surtout qui a perdu hahaha !


William le menace :

– Et tu arrives aussi à deviner qui va se prendre une baffe s’il continue de rire bêtement ?


Naxxya reste les bras croisés :

– Je pourrais facilement t’en empêcher mais tu frappes à côté de toute façon.


Le grand ténébreux l’empoigne aussitôt :

– Je peux te prouver le contraire tout de suite si tu y tiens !

– Ici ? s’étonne la géante prête à riposter. Ils viennent de refaire les murs, ça m’embêterait de te faire passer à travers !

– Et mon poing à travers ta face, ça t’embête aussi ou on peut y aller ? renchérit William.


Sissi les sépare :

– Stop ! C’est moi l’arbitre, on m’écoute ! Nous sommes venus ici pour manger tous ensemble autour d’une table comme des personnes civilisées, alors on se calme et on apprend à se comporter correctement !


Aelita arrive avec son tablier pour faire la bise à ses amis :

– Ceux qui veulent se bagarrer peuvent toujours rejoindre Kiwi dans le jardin, mais vous allez rater l’apéritif !

– ...L’apéritif !! se réjouit Odd qui a enfin l’autorisation d’attaquer la nourriture.


Juste avant que les bruyants invités envahissent le salon, Franz Hopper répond à Jérémie à demi-mot :

– Si tu l’aimes vraiment, protège-la quoi qu’il arrive.


Toutes les questions qui tourbillonnent dans la tête du jeune garçon sont instantanément balayées par le vieil homme qui conclut de manière catégorique :

– Elle ne doit jamais découvrir la vérité.




* * *



Deux jours après le repas qu’ils ont partagé à l’Ermitage, nos héros sont réunis à l’aéroport pour partir tous ensemble en voyage. Certains parmi eux auraient bien choisi une destination de rêve à l’autre bout du monde, mais comme ils sont encore mineurs, il aurait été difficile de leur permettre de quitter le territoire français sans être accompagnés, aussi ont-ils opté pour la Corse, l’Île de Beauté où réside toute une branche de la famille d’Odd du côté de sa mère : les Simeoni.

En avançant sur le tarmac avec leurs valises, Jérémie, Aelita, Ulrich, Yumi, William, Sissi, Odd et Naxxya dépassent plusieurs avions blancs de différentes tailles, avant d’apercevoir un appareil plus petit et entièrement peint en noir...

– Whaou !! s’exclame le félin en découvrant le jet privé à bord duquel ses amis et lui s’apprêtent à embarquer. La classe !! On dirait le roi des avions dans la Guerre des Véhicules !!

– Hé ben, commente Ulrich également impressionné par l’allure singulière de l’engin volant réservé par Franz Hopper, ton père a les moyens...

– C’est pour nous remercier de l’avoir délivré, lui répond Aelita en souriant.


Jérémie est le seul à savoir que le père de sa bien-aimée cherche en fait à les éloigner pour quelque temps, mais il se contente de faire part des quelques renseignements qu’il a glanés au sujet du vol qu’ils vont emprunter :

– La compagnie SkyPhantom n’est pas connue du grand public, elle est normalement réservée aux personnes importantes devant voyager en urgence avec rapidité, sécurité et discrétion.

– T’entends ça !? trépigne Odd en secouant Naxxya par le bras. On est des personnes importantes !!


La géante a du mal à partager son enthousiasme :

– La rapidité et la discrétion ça m’est égal, du moment qu’ils n’ont pas menti sur la sécurité du vol...

– On est des stars et on voyage incognito, renchérit Sissi en ajustant ses lunettes de soleil. Il ne peut rien nous arriver.


William passe sa main autour de la taille de son amoureuse :

– Qui sait ? L’un d’entre nous est peut-être un agent secret dont la mission serait de profiter de ce « voyage d’affaires » pour séduire la fille d’un chef de gouvernement afin d’apaiser les tensions internationales autour du bassin méditerranéen...

– Sortez vos portables, leur ordonne Yumi tandis que le copilote s’avance à leur rencontre.


Les futurs passagers brandissent alors leurs téléphones mobiles pour présenter l’étrange cryptogramme que chacun d’entre eux a reçu par SMS lorsque le père d’Aelita a commandé le voyage, et l’homme chargé de vérifier leurs identités utilise un étrange appareil pour scanner un par un leurs écrans afin de valider les billets virtuels.

– Là c’est clair, on est dans le futur ! s’extasie Odd fasciné par la technologie avant-gardiste.

– Bienvenue à vous, déclare le copilote. Vous pouvez monter à bord, nous nous occupons de vos bagages.

– S’il vous plait, conclut Sissi en lui tendant nonchalamment l’énorme valise à roulettes qui l’accompagne.


Les huit adolescents embarquent et s’émerveillent devant le luxe de l’habitacle : un tapis de velours recouvre l’allée centrale bordée de huit confortables fauteuils individuels, quatre à gauche et quatre à droite, chacun possédant son propre hublot ainsi que divers équipements.

Un large écran de télévision surplombe la porte du cockpit, et la voix monocorde du pilote s’échappe des hauts parleurs :

– Bienvenue à bord du vol 9206 à destination d’Ajaccio, n’hésitez pas à utiliser le bouton d’appel si vous avez besoin de quoi que ce soit. Arrivée prévue à 16 h 25, SkyPhantom vous souhaite un agréable voyage.

– Laisse ce bouton tranquille, menace Yumi en s’adressant au félin qui s’apprêtait à appuyer sur le bouton d’appel.

– Je veux juste regarder un film ! se justifie Odd.

– Le vol dure à peine deux heures, précise Ulrich. Choisis-en un court.


William parcourt le catalogue sur son écran :

– Apparemment ils ont même les films sortis cette année.

– Fais voir !? s’exclame le félin en bondissant de son siège pour se précipiter auprès de William.

– On reste assis et attaché pendant le décollage ! lui crie la Japonaise.


Sissi remarque que Naxxya resserre sa ceinture avec une mine angoissée :

– Hé ? Ça va ?


La géante s’efforce de contenir son appréhension :

– Ça ira mieux quand on aura atterri...

– Attends, t’as peur de l’avion ? s’amuse la fille du proviseur.

– Pas de l’avion, seulement du crash.


Sissi sollicite l’intello du groupe :

– Jérémie, explique-lui qu’on a plus de chances de gagner au Loto que de se crasher.

– Je confirme, approuve le génie à lunettes, l’avion est le moyen de transport le plus sûr au monde.

– ...Le moyen le plus sûr d’y rester en cas de pépin, rétorque Naxxya en fermant les yeux.


La capitaine des étoiles de Kadic reste positive :

– Mourir en première classe et entourée de ses amis, il y a pire !


Odd leur fait signe de se taire :

– Chut ! Le film commence ! Naxxya, ouvre les yeux sinon tu vas rater le début ! William, toi qui as l’air adulte, commande-moi du champagne !

– Mais naturellement ! répond ironiquement celui-ci. Tu veux du homard avec tes truffes ?


Pendant que ses camarades visionnent le film, Jérémie remarque l’air soucieux d’Aelita qui regarde par le hublot sans décrocher un mot depuis le début du vol :

– Tu t’inquiètes encore pour ton père ?


La jeune fille aux cheveux roses soupire :

– Il ne veut pas que je me fasse du souci pour lui, mais c’est la première fois qu’on est séparés depuis qu’il est revenu et j’ai peur qu’il lui arrive quelque chose pendant que je suis loin...


Le blondinet rassure sa bien-aimée en caressant délicatement ses phalanges :

– Ne t’en fais pas, malgré les mille kilomètres de distance, nous ne serons en réalité qu’à deux heures de vol de Paris, donc si jamais Franz a besoin de nous, nous pourrons rentrer aussitôt. Dès qu’on aura atterri à Ajaccio tu pourras l’appeler pour lui demander si tout va bien, et quand on rentrera de vacances, les travaux de l’Ermitage seront terminés et tu auras ta propre chambre chez ton père.


Aelita glisse ses doigts entre ceux de son amoureux pour étreindre sa main.

Ce dernier voudrait poursuivre cette étreinte le plus longtemps possible, mais il perçoit soudain un léger « bip » provenant de son ordinateur portable, rangé sous son siège.


– Je reviens, déclare Jérémie en déposant un baiser sur la joue de sa promise avant de s’éclipser vers les toilettes en s’étant assuré qu’aucun de ses camarades ne l’ait vu emporter son PC avec lui.

Enfin isolé, il ouvre l’ordinateur et découvre un message de Franz Hopper :

> Jérémie ? Tu me reçois ?


Le lycéen tape sur son clavier pour répondre :

> Oui, qu’y a-t-il ?


Jérémie espère naïvement que Franz soit simplement aussi inquiet qu’Aelita à l’idée d’être séparé d’elle durant plusieurs jours, mais au fond, il sait que le vieil homme énigmatique ne l’aurait pas contacté pour si peu. Un nouveau message de l’ancien professeur apparait, glaçant le sang de l’élève de Kadic :


> J’ai placé un émetteur dans la valise d’Aelita. Votre avion ne se dirige pas vers le sud-est mais vers l’ouest. Vous êtes en train d’être enlevés.


Comprenant que ses amis et lui sont victimes d'un enlèvement, le jeune garçon a les doigts qui tremblent en tapant sa question :

> Où nous emmène-t-on ??

> Les pilotes vous conduisent probablement dans un endroit appelé "le Centre", c’est le quartier général du Black Phenix. Pour vous sortir de là j’ai voulu lancer un Retour vers le passé mais ça n’a pas fonctionné.


Jérémie se rappelle pourquoi :

> Xana l’a rendu inutilisable avant qu’on puisse le vaincre... Vous pourrez restaurer le programme à temps ?

> Ce sera trop long, et l’endroit où ils vous emmènent n’est pas loin. Laisse-moi accéder à ton PC et connecte-le à l’avion pour que j’essaie d’en prendre le contrôle à distance.


Le jeune informaticien exécute les commandes nécessaires pour donner la main au créateur de Lyoko, puis il sort des toilettes l’air de rien afin de brancher son ordinateur à l’une des prises de l’avion.

Aelita s’étonne néanmoins de son comportement :

– Qu’est-ce que tu fais ?

– Hein ? Heu, rien, j’avais oublié de le recharger ce matin.


Mais les lumières et les écrans clignotent un bref instant, renforçant les soupçons d’Aelita, quand soudain, la porte du cockpit s’ouvre et le copilote s’avance en fixant Jérémie.

Les autres passagers s’étonnent de son entrée et se tournent vers Odd qui se défend :

– J’ai pas appuyé !


L’homme en uniforme pointe son doigt en direction de l’ordinateur :

– Veuillez débrancher cet appareil immédiatement.


Les regards s’orientent à présent vers le cerveau de la bande qui ne se démonte pas :

– Pourquoi mon PC vous pose-t-il problème ?


Le copilote s’avance :

– Il perturbe nos instruments de bord. Débranchez-le sur-le-champ.


Jérémie recule :

– Odd, que dit ta boussole ?

– Ma boussole ? s’étonne le félin en sortant de sa poche l’objet en question. Ben... le nord c’est par là, le sud c’est par là... Pourquoi ?


Yumi comprend aussitôt :

– On ne va pas du tout dans la bonne direction !


Le membre de l’équipage voit les passagers se lever :

– Votre boussole est cassée. Débranchez l’ordinateur ou je le débranche moi-même.


Ulrich, qui s’était glissé derrière le copilote, lui tord le bras dans le dos :

– C’est ton bras qui va être cassé si tu continues de nous prendre pour des...


Il n’a pas le temps de finir sa phrase car son adversaire le fait passer par dessus son épaule et le jette dans l’allée.

William se rue sur l’homme pour le plaquer au sol, mais celui-ci le repousse d’un coup de pied et se relève l’air de rien, avant que Naxxya lui enfonce son poing en pleine face ce qui lui cogne la tête contre la porte du cockpit dans un gros bruit métallique.

Malgré la violence du choc, le copilote se redresse à nouveau comme si de rien n’était, mais ses mouvements produisent désormais un grincement d’appareil électronique, et Jérémie réalise avec effroi qu’ils n’ont pas affaire à un humain mais à une machine :

– C’est un androïde ! Reculez !


Les adolescents se replient tous vers le fond de l’avion mais leur agresseur continue d’avancer vers eux en leur déclarant d’une voix de robot cassé :

– Tenez-vous tranquilles, nous arrivons bientôt...


Sissi l’interroge en s’efforçant de cacher sa peur :

– Où comptez-vous nous emmener !?

– Et qui vous envoie !? complète Yumi avec détermination.


Aelita interpelle soudain son amoureux :

– Jérémie ! Mes mains...! Elles brûlent !


Ses amis se tournent vers elle et constatent avec stupéfaction que d’étranges éclairs rouges parcourent ses mains tremblantes en crépitant de plus en plus.

– C’est le robot qui t’a fait ça !? demande Odd interloqué.


L’androïde se contente de répéter en boucle :

– Tenez-vous tranquilles, nous arrivons bientôt...

– N... Non ! panique la jeune fille aux cheveux roses tandis que les éclairs rouges se propagent dans le sol et dans le plafond de l’avion qui se met à vibrer à son tour...


Soudain, l’engin volant amorce un violent virage, ce qui projette brutalement contre les hublots l’androïde ainsi que les héros, hormis Aelita qui reste inexplicablement debout au milieu de l’allée.

Le deuxième androïde sort de la cabine de pilotage en fixant la jeune fille, puis il avance péniblement vers elle en se tenant aux sièges, mais elle lève sa main vers lui pour le foudroyer d’un éclair rouge qui l’envoie s’écraser contre le tableau de bord dans le cockpit

Le premier droïde se relève tant bien que mal et avance vers Aelita en répétant inlassablement :

– Tenez-vous tranquilles... nous arrivons bientôt !!


Aelita se contente d’écarter les bras en fermant les yeux pour se concentrer, le robot tend ses doigts métalliques dans sa direction et se jette sur elle mais il se heurte à un champ d’énergie enveloppant la jeune fille qui l’électrocute, puis il s’écroule au sol.

– Aelita !? s’inquiète Jérémie en se redressant avec peine. Qu’est-ce qui t’arrive !?


Sa bien-aimée garde les bras écartés et les yeux fermés, tout en desserrant les dents pour lui répondre :

– Je crois que je contrôle l’avion...


Ses amis se regardent, perplexes, et Odd déclare d’une voix quelque peu angoissée :

– J’espère que tu sais atterrir, parce que le pantin qui pilotait est encastré dans le tableau de bord...


Soudain, l’androïde par terre agrippe la cheville d’Aelita qui sursaute :

– AAAAAH !?


La foudre rouge submerge alors l’appareil, saturant tous les circuits électriques à bord, puis la jeune fille aux cheveux roses s’évanouit, heureusement rattrapée par Jérémie qui l’empêche de heurter le sol dans sa chute.

Ulrich tire sur le bras du copilote pour qu’il lâche la cheville d’Aelita et s’aperçoit que le robot a complètement cessé de fonctionner.

Mais l’extinction des lumières et des moteurs de l’appareil rendent la suite du voyage incertaine.

Sissi sort son téléphone de sa poche, mais il ne s’allume pas.

Yumi ramasse le PC portable de Jérémie, mais il est également en panne.

– Quelqu’un a pensé à apporter huit parachutes ? demande le félin.


Personne ne répond.

La fille du proviseur cède à la panique en se réfugiant dans les bras de William :

– On va tous mourir !


Tenant Aelita inconsciente dans ses bras, Jérémie s’efforce de réfléchir à une solution :

– Attendez... Euh... Quand les moteurs tombent en panne, on peut toujours piloter l’avion manuellement comme un planeur...


Yumi insiste sur la gravité de la situation :

– Ce ne sont pas seulement les moteurs qui sont en panne, c’est tout le circuit électrique qui est grillé !


Le jeune garçon à lunettes est un peu à court d’idées mais il tient à garder espoir :

– L’avion n’est pas très gros, donc peut-être que les commandes sont mécaniques... Au moins les gouvernes...

– Les quoi ? demande Odd.

– Les trucs pour contrôler la trajectoire, lui explique Jérémie.


William penche la tête d’un air peu convaincu :

– D’accord, donc on va planer jusqu’à trouver une route en ligne droite, et pour sortir les roues tu proposes quoi ?

– On descend dans la soute et on tape dessus ! répond aussitôt le félin.


Sissi cache son visage dans ses mains :

– Je suis trop jeune pour mourir...


Odd ne se démonte pas :

– On n’est pas encore morts ! Tant que l’avion plane, il reste un espoir !


Ulrich s’empresse d’entrer dans le cockpit pour prendre l’appareil en main :

– Tenez-vous bien ! Je vais essayer de tourner pour voir si les commandes répondent !


Son colocataire en tenue violette peine à ouvrir la trape de la soute :

– GNNNNN...!! C’est verrouillé !! Et vu qu’il n’y a pas de serrure, à tous les coups c’est un système électrique ! Le futur c’est pas si cool que ça en fait !


Naxxya s’avance pour lui prêter main forte :

– Attends, laisse-moi essayer...


Elle tire sur la poignée de plus en plus fort, mais celle-ci finit par casser.

– Ah, bravo ! soupire William.

– Ben aide-la au lieu la féliciter ! réplique Odd.

– Pousse-toi, renchérit le grand ténébreux.


William et Naxxya saisissent la trappe par les bords, et en tirant dessus de toutes leurs forces, ils parviennent à forcer le verrou. Odd descend aussitôt et sa camarade aux cheveux bleus veut le suivre mais elle est trop volumineuse pour emprunter ce passage étroit.

Après un bref geste de réconfort adressé à Sissi, William s’avance dans le cockpit pour interroger Ulrich :

– Alors ?

– Je ne peux pas tourner à gauche ou à droite, répond le samouraï. Je crois que j’arrive seulement à monter et à descendre...

– Génial, plus qu’à prier pour qu’on soit déjà dans l’alignement d’une route...

– Si on trouve un champ ce sera déjà bien, conclut Ulrich. Je vais continuer de descendre tout doucement, dis aux autres de se dépêcher de sortir les roues.


Odd vient de remonter de la soute :

– Justement à propos des roues, tu peux oublier, c’est coincé à mort...

– Eh bien réessaye jusqu’à ce que ça se décoince ! Parce que sans les roues on ne survivra pas à l’atterrissage ! William, vas-y aussi !


Ce dernier s’apprête à ressortir du cockpit mais soudain, une étrange sensation dans sa tête l’oblige à se tenir la tempe avec sa main :

– Aaargh...

– Hé ? Ça va ? s’inquiète Ulrich à côté de lui.


Le grand ténébreux continue de se masser la tête péniblement :

– Je... Il faut... remonter...

– Remonter ? Remonter où ?

– Pour... immobiliser... l’appareil...


Le samouraï ne saisit pas les propos décousus tenus par son camarade :

– Quoi ? Attends je comprends rien à ce que tu racontes, tu pourrais...


Soudain, William s’empare brusquement du levier et le tire en arrière, faisant cabrer l’avion pour qu’il reprenne de l’altitude, à la surprise de son ancien rival :

– Mais qu’est-ce que tu fais !? Lâche ça !!


Ulrich tente de repousser le levier en avant, mais son ami perturbé s’acharne :

– Il... faut... remonter !


Naxxya attrape alors William et parvient à le tirer en arrière pour le faire sortir du cockpit.

Voyant le grand ténébreux qui se débat maladroitement pour que la géante le lâche, Yumi les interroge :

– Qu’est-ce que vous fabriquez tous les deux ?? C’est pas le moment de vous battre !


Odd explique à la Japonaise :

– William s’est mis à tirer sur les commandes de l’avion, il dit qu’il veut remonter...


Celui-ci persiste :

– Il... FAUT... remonter... pour... immobiliser... l’appareil...


Sissi le regarde fixement :

– Ce n’est pas William ! Quelqu’un parle à sa place !

– Comment ça ? s’étonne Jérémie.

– Je vous dis que ce n’est pas lui ! s’entête la fille du proviseur.


Le grand ténébreux serre les dents :

– Remonter... Vite...


Yumi admet que leur camarade n’est pas dans son état normal :

– C’est peut-être le virus que Xana avait implanté dans William !

– Impossible, rétorque catégoriquement Jérémie. Ce virus a été effacé quand on a vaincu Xana, d’ailleurs William aurait déjà disparu s’il ne s’en était pas débarrassé...


Tout à coup, une étrange foudre blanche jaillit du corps du grand ténébreux, ce qui projette Naxxya et l’oblige à le relâcher, sonnée par l’éclat électrique.

Libéré de son étreinte, William se précipite vers le cockpit, Odd et Yumi le poursuivent mais il leur adresse un éclair blanc pour les repousser aussitôt.

Toujours en train de piloter, Ulrich n’a pas le temps de se rendre compte de ce qui se passe car le grand ténébreux le neutralise au moyen d’une autre décharge de foudre blanche, avant de le remplacer aux commandes de l’appareil.

La géante aux cheveux bleus tente d’entrer dans le cockpit à son tour mais subitement, l’avion se redresse à la verticale et ses passagers basculent en arrière puis dégringolent au fond de l’habitacle.

Jérémie serre Aelita contre lui. Naxxya est étalée sur Odd. Sissi se redresse pour appeler William à la raison. Yumi s’efforce de se hisser jusqu’au cockpit en escaladant l’allée à l’aide des sièges.

L’avion continue de monter en flèche, mais plus il s’élève en altitude, plus il perd de la vitesse...

– On va décrocher... panique le jeune informaticien en prenant conscience du funeste destin qui les attend.


Et au sommet de sa trajectoire, le jet au fuselage noir ayant perdu toute sa vitesse cesse son ascension en s’apprêtant à retomber, comme Jérémie le craignait.

C’est alors qu’au lieu d’amorcer une chute vertigineuse, l’engin volant semble s’immobiliser dans les airs, comme si une force mystérieuse le maintenait dans cet état d’apesanteur.

Et soudain, sous les yeux déconcertés des héros, l’environnement qui les entoure se courbe et se déforme dans un indescriptible tourbillon de couleurs.

En à peine quelques secondes, l’avion et ses occupants sont comme aspirés par un siphon invisible et disparaissent au milieu du ciel.


Dernière édition par Nelbsia le Lun 09 Nov 2020 23:10; édité 2 fois
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Nelbsia MessagePosté le: Lun 17 Aoû 2020 19:54   Sujet du message: Répondre en citant  
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Épisode #111 : Vacances forcées



Résumé de l’épisode précédent :


Plusieurs semaines après leur victoire contre Xana dans le Sixième Territoire, Jérémie, Odd et Aelita ont eu une longue discussion avec Franz Hopper, et celui-ci leur a fait part d’une ancienne menace qui les guette à nouveau : Zander Hopper, le père d’Anthéa et fondateur de l’organisation obscure appelée « Black Phenix » au sein de laquelle Franz a développé le terrible projet « Carthage », risque de les retrouver dans les prochains jours... Jérémie a donc accepté à contrecœur de partir en voyage avec ses amis pour s’éloigner du danger pendant que Franz s’assurera qu’ils ne risquent plus rien, mais le jet privé qui devait les conduire en Corse a été détourné par deux androïdes du Black Phenix déguisés en pilotes, et au terme d’une bagarre marquée par l’apparition d’étranges éclairs rouges et blancs projetés respectivement par Aelita et par William, l’avion et ses passagers ont soudain disparu en plein ciel...





Ulrich émerge lentement de son sommeil.

En ouvrant les yeux, il s’aperçoit qu’il n’est pas dans sa chambre...

Son corps tout entier est engourdi, ses tentatives de mouvements restent infructueuses jusqu’à ce que des fourmillements lui indiquent qu’il retrouve peu à peu l’usage de ses membres.

Lorsqu’il parvient à se lever, il doit se tenir aux deux sièges devant lui pour ne pas retomber aussitôt, et ses souvenirs lui reviennent enfin : l’avion.

Le samouraï est toujours dans le cockpit dont le pare-brise semble désormais recouvert de feuillages, comme si un arbre lui était tombé dessus.

Un des androïdes qui ont essayé d’enlever les passagers est toujours encastré dans le tableau de bord, tandis que William demeure inconscient, assis au poste de pilotage...

Son camarade le secoue par le bras jusqu’à obtenir un gémissement de sa part :

– Bon, t’es pas mort... soupire Ulrich soulagé. Bouge pas, je vais voir comment vont les autres...


En sortant du cockpit, le lycéen découvre ses amis inertes, entassés au fond de l’habitacle :

– Yumi... s’inquiète-t-il en titubant jusqu’à sa compagne étendue sur la carcasse du second robot. Yumi...? Hé...? Tu m’entends...?


La Japonaise ne réagit pas, mais elle respire et son cœur bat.

Le samouraï reste donc à genoux en la tenant contre lui, et par les hublots il ne distingue que des feuilles et des branches semblant indiquer que l’engin volant où il s’est réveillé se serait écrasé en pleine forêt...

Soudain, sous le corps volumineux de Naxxya, les bras d’Odd commencent à s’agiter en tâtonnant le sol à proximité, avant de se resserrer autour de la taille de la géante pour l’étreindre et s’immobiliser à nouveau.

– Odd, grouille-toi de te lever... lui ordonne Ulrich en comprenant que le félin allait se rendormir.

– Mmmh... gémit ce dernier. J’arrive dans cinq minutes...


Les uns après les autres, les Lyoko-guerriers se réveillent péniblement, en proie à d’étranges sensations qui engourdissent leurs corps pour un bon moment avant de se dissiper.

– ...On est vivants ? réalise craintivement Sissi.

– Il semblerait... lui répond Jérémie en veillant sur Aelita qui ne comprend pas plus que lui ce qui leur est arrivé ni par quel miracle ils ont survécu.

– « Le moyen de transport le plus sûr au monde »... bougonne Naxxya en se redressant.

– Où est-ce qu’on a atterri...? demande Yumi encore un peu fébrile.

– Probablement dans une forêt, lui répond son amoureux en l’aidant à s’asseoir sur un des fauteuils. Je vais essayer d’aller jeter un coup d’œil à l’extérieur.


William l’aide à forcer l’ouverture de la porte d’embarquement qui s’abaisse pour former un escalier, et une fois au dehors, les deux garçons s’aventurent jusqu’à l’orée du bois où leur avion a terminé son vol.

– Waow... déclare Ulrich en contemplant le paysage.

– Peut-être qu’on est vraiment morts finalement... commente le grand ténébreux également subjugué à la vue du spectacle paradisiaque qui s’offre à eux.


Les arbres d’où ils proviennent bordent en fait un lac d’eau claire dans lequel se reflètent le soleil du matin et le ciel bleu entouré de cols montagneux. De nombreux animaux sauvages, notamment des chevaux, broutent paisiblement la verdure sans prêter attention aux deux humains qui les observent.

– Le lac de Nino ! s’exclame soudain Odd qui vient d’arriver derrière eux.

– Tu connais cet endroit ? s’étonne Ulrich.

– Bien sûr ! J’y suis venu plusieurs fois avec mes cousins les années précédentes !

– Mais on est où exactement ? questionne William qui ne comprend toujours pas où ils se situent sur la carte. Il est censé être où ce lac ?

– Ben en Corse ! se réjouit Odd en rebroussant chemin. Je vais chercher mon maillot !




* * *




Malgré le temps splendide et le cadre idyllique de leur terrain d’atterrissage, nos héros n’iront pas se baigner : privés de tous leurs appareils de télécommunication, il leur faut à présent rejoindre la civilisation, aussi le félin doit-il mener ses amis à travers les somptueuses vallées du maquis corse où les sentiers visibles sont moins abondants que les cochons sauvages. Et dans cet environnement pas toujours praticable, les huit randonneurs sont ralentis par leurs bagages qu’ils ont décidé d’emporter avec eux.

– Tu es sûr que c’est par là ? finit par demander Yumi après avoir franchi un énième col. Ça fait des heures qu’on marche et toujours aucune habitation en vue...

– On est sur le bon chemin ! affirme Odd malgré son sens de l’orientation pour le moins approximatif. Mais je vous avais bien dit qu’en trimballant les valises on allait galérer !

– Pas question que je me sépare de ma garde-robe ! conclut Sissi qui doit pourtant laisser Naxxya transporter sur son dos sa volumineuse malle remplie de vêtements.

– J’espère au moins qu’elle contient ta nuisette, renchérit le félin, parce qu’à ce train-là on n’arrivera pas avant la nuit !

– Il ne s’agit pas de ça, explique Jérémie qui a lui-même insisté pour ne laisser aucun de leurs effets personnels derrière eux. Si l’avion venait à être découvert, il y aurait forcément une enquête, et je ne tiens pas à ce que nos affaires permettent de remonter jusqu’à nous.

– À mon avis ils ne sont pas prêts de retrouver le zinc, commente William. Tout l’électronique qu’il contenait à grillé comme nos portables, donc plus rien à bort n’émet de signal pouvant être détecté par un radar, et les arbres empêchent de le repérer par les airs...


Encore troublée par l’inexplicable expérience qu’elle a vécue, Aelita doute même que quiconque sache où chercher l’engin volant :

– Je ne comprends toujours pas comment on s’est retrouvés ici... Comme l’avion a été détourné peu après le décollage, on aurait dû s’écraser en région parisienne, pas en Corse...

– Hé ! Regardez ! leur signale soudain Naxxya en désignant le flanc de montagne en face de celui qu’ils longent.

– Des touristes ! observe Yumi qui aperçoit un homme et une femme équipés pour la marche. Il faut qu’on aille leur demander d’où ils viennent !

– Sûrement des Allemands ! parie Odd. Ou des Anglais, peut-être ?

– Pas de quel pays ils viennent, précise la Japonaise excédée par la bêtise du félin qui se croit en vacances, de quel VILLAGE ils sont venus pour arriver jusqu’ici !

– Bougez pas, j’y vais... conclut le samouraï en lâchant sa valise avant de s’engager à travers le val afin de rattraper les deux promeneurs de l’autre côté.

– ...N’empêche que si j’ai raison, reprend Odd en voyant son ami s’éloigner, Ulrich aura du mal à discuter avec eux vu les notes qu’il se tape en langues vivantes !

– Oh misère... soupire Yumi qui se résout à laisser à son tour sa malle pour traverser la vallée. Attendez-nous ici...


Après un aller-retour laborieux, les deux amoureux reviennent enfin auprès de leurs camarades qui les ont observés à distance :

– Alors ? s’enquiert Aelita.

– C’était des Allemands ? ajoute Odd.

– On a bavardé en anglais pour se comprendre, résume Yumi épuisée en s’asseyant sur sa valise, ils nous ont dit qu’ils sont partis tôt ce matin et qu’ils ont marché toute la matinée... Ils comptent planter leur tente ce soir au lac de Nino...

– Se lever tôt pendant les vacances... répète Naxxya à voix basse en levant les yeux au ciel.

– Typique des touristes allemands, approuve le félin.

– En tout cas ils étaient très sympas, reprend la Japonaise étendue sur le dos. Ils étaient prêts à nous donner des vivres au cas où on en manquerait, et ils nous auraient même laissés utiliser leurs téléphones si seulement il y avait eu du réseau dans ces maudites vallées...

– Hé ! s’indigne Odd. Respecte mes vallées !

– Qu’est-ce qu’on fait alors ? s’inquiète Sissi.

– Si on veut arriver avant la nuit, on a intérêt à se remettre en marche dès maintenant... conclut William.


Ulrich agite son doigt pour indiquer qu’il n’en est pas question :

– On vient de cavaler comme des fous dans la végétation et les rochers, laissez-nous souffler dix minutes...

– Ou une demi-heure... renchérit Yumi exténuée.


Jérémie regarde sa montre :

– Bon, pause déjeuner.

– Yes ! se réjouit Odd en ouvrant ses bagages pour en sortir une impressionnante quantité de nourriture.




* * *




Lorsque le soleil se couche et disparait derrière la crête des montagnes, les Lyoko-guerriers qui ont marché toute la journée aperçoivent enfin le village où habite le grand-oncle d’Odd, mais le chemin restant leur sera impossible à parcourir dans le noir complet, et ils prennent donc la décision de planter leur campement avant que la nuit tombe.

Par bonheur, la température est douce et le ciel est dégagé, un temps idéal pour dormir à la belle étoile.

Chacun se glisse donc dans son sac de couchage pour regarder disparaître au-dessus d’eux les dernières couleurs du jour laissant place à un voile noir parsemé d’une multitude de points scintillants, particulièrement nombreux et visibles en l’absence de pollution atmosphérique ou lumineuse.

– C’est magnifique... murmure Sissi en serrant contre elle la main de William.

– N’est-ce pas ? confirme Odd qui n’en finit pas de vanter la beauté de son île.

– Les deux touristes qu’on a croisés tout à l’heure doivent bien s’amuser au lac de Nino à cette heure-ci... plaisante Ulrich.

– Je parie qu’ils ont même eu le temps de se baigner ! ajoute le félin.

– Sûrement, approuve William. Ils ont dû atteindre leur destination bien avant nous vu qu’ils ne trainaient pas de valises avec eux...

– Manquerait plus qu’ils trouvent l’avion... redoute Naxxya bien que l’appareil soit dissimulé par la végétation.

– Jérémie ? l’interpelle Yumi sur un ton plus sérieux. À propos de cet avion, saurais-tu par hasard pourquoi des robots déguisés en pilotes ont essayé de le détourner et de nous kidnapper par la même occasion ?


Tous se taisent. Leur torpeur matinale et leur pénible marche les ont empêchés d’aborder le sujet plus tôt, mais il est désormais temps d’évoquer les évènements incompréhensibles qui leur sont arrivés la veille, et la Japonaise se doute que le cerveau de la bande sait quelque chose...

– Je n’ai pas encore rassemblé toutes les pièces du puzzle, répond Jérémie pour qui leur enlèvement cache encore des zones d’ombre. Tout ce que je peux vous dire avec certitude pour l’instant, c’est qu’en nous offrant ces vacances, Franz voulait en fait nous éloigner d’un danger potentiel...


Ses camarades écoutent attentivement ses explications :

– Le jour de notre repas à l’Ermitage, le père d’Aelita nous a révélé qu’avant de créer Lyoko, son épouse et lui travaillaient pour une organisation secrète appelée « Black Phenix » dont ils ont fini par s’enfuir, mais elle les a rattrapés et Franz a été contraint de se réfugier sur Lyoko avec Aelita pour échapper définitivement à ses poursuivants, le 6 juin 1994. Onze années plus tard, nous avons délivré Franz de son monde virtuel pour le ramener sur Terre, et ses anciens ennemis ignoraient qu’il était de retour, mais un détail risquait néanmoins de nous trahir...


Jérémie prend une profonde inspiration avant de dévoiler à ses amis l’existence d’un futur alternatif dont il n’a jamais osé leur parler, hormis à Aelita :

– Tout d’abord, sachez que durant notre dernière bataille contre Xana dans le Sixième Territoire, nous aurions tous dû mourir... Et les légions de monstres que préparait Xana auraient ensuite envahi la Terre...


Cette révélation laisse ses auditeurs sans voix tant elle leur parait invraisemblable, mais leur informaticien n’inventerait pas une histoire aussi abracadabrante pour le simple plaisir de les effrayer :

– Si je le sais, c’est parce qu’après notre mort, un petit groupe de survivants s’est réfugié à l’usine pour continuer de combattre Xana... Parmi eux, il y avait notamment Hervé Pichon...

– Hein !?! s’étrangle Sissi qui n’aurait jamais cru que son acolyte plutôt trouillard par nature affronterait le terrible virus de Lyoko.

– Tu as bien entendu, poursuit Jérémie. En modifiant le programme de Retour vers le passé, Hervé est parvenu à m’envoyer un message vidéo pour me prévenir de ce qui allait nous arriver... Xana était sur le point de nous tendre un piège, et nous allions tous y rester... Ce message a disparu et je n’ai donc pas pu vous le montrer, mais j’ai pris l’avertissement qu’il contenait très au sérieux, et j’ai donc construit un nouveau casque neuronal afin de « partitionner » mon esprit de sorte à pouvoir déjouer le plan de Xana car c’était selon moi le meilleur moyen de changer le futur : foncer tête baissée dans le piège tendu par notre ennemi afin de l’empêcher d’adapter sa stratégie à mes nouvelles actions, tout en gardant secrètement un coup d’avance sur lui dans le but de reprendre l’avantage le moment venu...


Ses coéquipiers comprennent mieux pourquoi leur opérateur qui restait habituellement derrière son écran semblait relativement bien connaître l’étendue de ses pouvoirs de Lyoko-guerrier lorsqu’il s’est virtualisé dans le Sixième Territoire afin de renverser ce combat qu’ils avaient perdu...

– Bref, reprend Jérémie, en battant Xana ce jour-là, nous avons réussi à annuler le futur apocalyptique pour vivre le présent que nous connaissons actuellement. Mais comme je vous l’ai dit, un détail anodin risquait de nous causer des ennuis : dans ce futur alternatif, Hervé s’était mis à diffuser en boucle un message de détresse à destination d’éventuels autres humains rescapés par l’intermédiaire d’un satellite ; j’en ai parlé à Franz, et il en a conclu que le satellite en question est probablement celui dont il se servait pour espionner le Black Phenix car cet appareil leur appartenait... Or, même si ce message a été envoyé depuis une « branche temporelle » que nous ne suivons plus, Hervé l’a généré depuis le supercalculateur de l’usine, et les opérations effectuées dessus sont justement maintenues en dépit des retours dans le temps lancés via cette même machine, donc le message de détresse va bel et bien être émis depuis notre présent à nous, et Franz redoute que cet appel audio parvienne aux oreilles du Black Phenix, ce qui leur révèlerait la position de l’usine où ils viendront forcément pour enquêter sur la provenance de ce message... Le problème, c’est que je ne connais pas la date précise du début de la diffusion du message, et Franz n’était pas sûr de pouvoir trouver un moyen d’annuler cette opération « invisible » avant qu’elle se produise, donc il a préféré nous envoyer en vacances le temps de trouver une solution afin de s’assurer qu’on ne coure plus aucun danger...


Certains de ses auditeurs ont du mal à suivre les explications de Jérémie, mais Yumi s’efforce de ne pas en perdre une seule miette :

– Donc ces deux robots qui voulaient nous enlever, conclut la Japonaise, ils étaient envoyés par ce « Black Phenix » dont Franz t’a parlé, ce qui voudrait dire qu’ils ont déjà reçu le message qui leur a révélé les secrets de l’usine...

– Des androïdes aussi sophistiqués ont manifestement été produits par une organisation disposant de technologies très avancées, confirme le jeune garçon à lunettes. Mais concernant l’envoi et la réception du message, j’ai encore des doutes... Si c’était bien le cas, le Black Phenix aurait dû s’en prendre d’abord aux personnes mentionnées dans le message de détresse ; or, à ma connaissance, aucun d’entre eux n’a été enlevé avant nous.

– Comment tu peux en être sûr ? s’étonne William. Tu les as tous mis sous surveillance ?

– En effet, avoue Jérémie qui n’en est pas particulièrement fier.

– ...Et à part Hervé, questionne Ulrich, on les connait ces « Lyoko-guerriers du futur » ?


Leur opérateur hésite un bref moment avant de les nommer :

– Il y avait aussi Nicolas, Milly et Tamiya, Taelia Leconte, Johnny Cleary, ...et Hiroki.


Le cœur de Yumi fait un bond dans sa poitrine :

– QUOI !?

– Chut ! chuchote Odd. Crie pas si fort !


La Japonaise ne se calmera pas :

– Mon frère risque d’être enlevé par une organisation secrète et tu ne m’en as rien dit !?

– En réalité, la rassure Jérémie du mieux qu’il peut, les individus cités dans le message de détresse ne risquent pas grand chose : comme nous avons annulé le futur apocalyptique où ils sont devenus des Lyoko-guerriers, ils n’en ont conservé aucun souvenir, et le Black Phenix ne pourrait rien tirer d’eux en les interrogeant. Seul Hervé pourrait faire l’objet d’un interrogatoire poussé car c’est bien sa voix qu’on entend dans le message qui pourrait être retransmis par le satellite. Et aux dernières nouvelles, Hervé se porte très bien depuis qu’il flirte avec Heidi Klinger.


Malgré la colère qu’elle éprouve à l’égard de Jérémie qui ne cesse de leur cacher des choses, Yumi comprend qu’il a raison : Hiroki et les autres ne risquent rien tant qu’ils ne se rappellent pas avoir été des Lyoko-guerriers, et à vrai dire, si la geisha se faisait capturer en voulant protéger son frère, elle les mettrait tous les deux en danger puisque contrairement à lui, elle possède tous ses souvenirs...

– ...Et mon père ? demande alors Aelita d’une voix blanche. Tu crois qu’il a été capturé ?

– Je n’en suis pas certain, lui répond son amoureux, mais en tout cas, Franz m’a contacté pour nous prévenir que notre avion n’allait pas dans la bonne direction, donc il était encore libre à ce moment-là. Et si les hommes du Black Phenix savaient où ton père se trouvait, ils seraient sans doute allés l’arrêter sur-le-champ, ce qui semble indiquer qu’ils ignorent encore où il est.

– Ils sont bêtes alors ! s’esclaffe Odd. Il leur suffirait d’aller jeter un coup d’œil là où ils ont failli le cueillir la dernière fois...

– Si Franz s’est réinstallé à l’Ermitage, rétorque Jérémie, c’est justement parce qu’il est persuadé que ses ennemis ne penseront jamais à retourner le chercher là-bas, et donc paradoxalement, cette maison est pour lui l’endroit le plus sûr après Lyoko. Mais peut-être que le Black Phenix n’est tout simplement pas au courant que Franz a réapparu... ou peut-être qu’ils sont bien au courant mais qu’ils ne sont pas parvenus à le localiser pour le moment, et ce serait précisément pour cette raison qu’ils ont cherché à nous capturer : ils veulent qu’on leur indique le lieu où il se terre...


Sissi fronce les sourcils :

– Mais s’ils ne savent pas où est Franz, ou bien s’ils ignorent carrément qu’il est de retour, comment ont-ils pu savoir qu’on le connaissait ?

– Probablement à cause d’Aelita, suggère Jérémie. C’est son grand-père qui dirige le Black Phenix : Zander Hopper, décrit par Franz comme l’être le plus abject qu’il ait jamais rencontré, et s’il tient tant à retrouver sa petite-fille, c’est parce qu’il a mené sur elle des expériences destinées à faire de lui le premier homme immortel...


Les amis d’Aelita n’imaginaient pas qu’elle avait tant d’importance pour ceux qui en ont après son père, mais Yumi reste circonspecte :

– Ça ne nous dit pas comment ce Zander et son organisation ont pu remonter jusqu’à nous, affirme la Japonaise. Et vu qu’ils ont réussi à placer deux de leurs androïdes à la place des pilotes qui devaient nous emmener en Corse, de toute évidence le Black Phenix connaissait parfaitement les détails de ce voyage que nous n’avions pourtant programmé que deux jours auparavant...

– Peut-être que... commence Jérémie avant qu’Ulrich lui coupe la parole pour l’empêcher de les endormir avec ses hypothèses confuses.

– Peut-être qu’il y a un traître parmi nous, conclut froidement le samouraï.

– Pas forcément, insiste son camarade à lunettes. Les sociétés secrètes possèdent généralement des pions au sein de chaque entreprise relativement importante, et on peut donc supposer que le Black Phenix a des liens avec la compagnie SkyPhantom qui leur aura sans doute transmis nos réservations, dont celle d’Aelita.

– Pour la discrétion ils repasseront, soupire Sissi déçue par les promesses que la luxueuse compagnie aérienne n’a pas su tenir.


Odd remarque dans l’obscurité le long bras de Naxxya tendu vers le ciel :

– Qu’est-ce qu’il y a ? s’étonne le félin en scrutant les étoiles. Tu as aperçu quelque chose ?

– Non, je lève la main parce que j’ai une question... répond la géante qui n’osait pas interrompre les débats.

– Et t’as attendu combien de temps comme ça ? commente William déconcerté. Allongés dans le noir, on risquait pas de te voir...

– Moi je l’ai vue ! rétorque Odd étendu à côté d’elle.

– Quelle est ta question ? lui demande Jérémie.

– Quand on s’est battus dans l’avion, pourquoi Aelita et William se sont mis à tirer des éclairs ?

– Qu’est-ce que tu racontes ? se défend le grand ténébreux qui avait en fait perdu connaissance avant d’électrifier quiconque. J’ai rien tiré, moi, y’avait qu’Aelita !

– Ah, je vous avais bien dit que c’était pas lui ! renchérit Sissi qui avait deviné que son amoureux n’était pas dans son état normal lorsque ces étranges phénomènes étaient survenus.

– Aelita ? l’interroge Yumi. Toi, tu te souviens de ce que tu as fait à ce moment-là ?

– Heu... Oui, confirme la jeune fille aux cheveux roses. Je ne sais pas trop comment je faisais, mais je pouvais foudroyer les deux robots, et je crois même que j’étais capable de contrôler l’avion...

– Peut-être que tu as aussi pris le contrôle de William ! poursuit Sissi.

– Ben... hésite Aelita. Si c’est le cas, je ne m’en rappelle pas...

– Et Franz alors ? remarque Ulrich. S’il a pu contacter Jérémie, peut-être qu’il pouvait aussi agir à distance ?

– C’était bien son intention, confirme le jeune garçon à lunettes qui avait justement connecté son ordinateur au système électrique de l’avion à la demande de Waldo Schaeffer afin de permettre à celui-ci de prendre le contrôle de l’appareil. Mais nous avons perdu le contact avant qu’il puisse faire quoi que ce soit, et les éclairs d’Aelita ont fini par griller tout ce qui permettait d’émettre ou de recevoir un signal distant.

– Alors ça veut dire... redoute Aelita en regardant ses mains.

– ...Que Xilune serait en fait en toi, termine son amoureux.

– Xi-quoi ?? demandent leurs camarades qui n’en ont encore jamais entendu parler.

– Xilune, répète Jérémie. Il s’agit s’un autre programme conçu par Franz Hopper en même temps que Xana. Franz croyait que Xana avait détruit Xilune car elle s’était interposée entre Aelita et lui lorsqu’il s’était retourné contre eux, mais apparemment, Xilune était simplement retenue prisonnière dans une salle secrète du Cinquième Territoire. Depuis que Franz est de retour sur Terre, il recherche activement Xilune mais sans succès jusqu’à présent, et d’après ce qui s’est passé dans l’avion, je suis persuadé que Xilune a trouvé un moyen de quitter sa prison pour se réfugier en Aelita lorsque nous avons vaincu Xana.


L’ange de Lyoko écarquille les yeux :

– Ça me revient maintenant ! s’exclame-t-elle en repensant à leur victoire dans le Sixième Territoire. Juste après la mort de Xana, j’étais partie explorer mentalement le labyrinthe à la recherche de mon père pendant que le territoire s’écroulait, et j’ai fini par apercevoir une étrange lueur blanche que j’ai suivie jusqu’à retrouver papa... Après ça, j’ai perdu la vision par projection mentale car le plafond commençait à nous tomber dessus, mais je crois bien que cette émanation de lumière blanche est aussitôt remontée vers nous, tout comme mon père !

– C’est là qu’elle a dû entrer en contact avec toi, approuve Jérémie. En tout cas, ça explique les jets de foudre que tu as produits dans l’avion.

– Et pour William ? reprend Naxxya.

– Quoi « William » ? réplique celui-ci. Laisse-moi tranquille à la fin !

– Tu te rappelles vraiment pas avoir tiré le levier en insistant pour qu’on reprenne de l’altitude ? s’étonne Ulrich.


Jérémie réfléchit à voix haute :

– Afin d’éviter qu’on s’écrase, Xilune a sans doute voulu nous « téléporter » vers le sol, mais pour cela il fallait d’abord immobiliser l’avion, sans quoi on aurait conservé notre inertie même après le saut spatial, donc je suppose qu’elle a pris le contrôle de William pour qu’on remonte jusqu’au décrochage...

– Ça ne nous a pas vraiment empêchés de nous crasher, rétorque Odd.

– Détrompe-toi, reprend Jérémie, j’ai examiné notre avion ce matin, et hormis les brûlures provoquées par les éclairs d’Aelita ainsi que quelques griffures dues aux branches des arbres, il est quasiment intact, ce qui indique qu’il a dû apparaître à seulement quelques mètres au-dessus du sol. Xilune a bien visé.

– Très bien visé, même... renchérit Yumi avec méfiance. Elle nous a téléportés précisément en Corse, quelle heureuse coïncidence, n’est-ce pas ?


Aelita et Odd restent muets tandis que leur camarade à lunettes pousse un soupir :

– Comme tu t’en doutes, concède-t-il à la Japonaise perspicace, ce n’est probablement pas dû au hasard. Il se trouve que l’année dernière, Odd a rencontré Xilune, et elle a accédé à ses souvenirs. J’imagine que c’est grâce à cela qu’elle a pu courber l’espace-temps pour nous faire atterrir au bord du lac de Nino en toute sécurité.

– Odd ? le questionne la geisha sur un ton faussement détaché. Peut-on savoir dans quelles circonstances tu as rencontré cette « Xilune », s’il te plait ?

– Ben... heu... En fait, ...

– ...Il avait rallumé le supercalculateur dans le but de s’aventurer sur Lyoko juste pour une nuit, le coupe Jérémie qui préfère encore dévoiler les faits tels qu’ils se sont déroulés plutôt que de laisser le félin inventer un mensonge ridicule.

– C’est pas possible... se lamente Yumi en se frottant les yeux avant de reprocher à nouveau les cachotteries dont leur opérateur s’est rendu coupable. Et bien sûr, tu étais au courant Jérémie...

– Odd est venu nous en parler de son plein gré lorsque Xana est réapparu par ma faute, le défend Aelita qui était aussi dans la confidence. Nous avons ensuite estimé que cet écart de sa part n’avait pas grande importance dans la lutte à venir, et qu’il valait donc mieux garder le secret pour éviter des tensions inutiles au sein de l’équipe...

– Ah oui c’est ce soir-là qu’on s’était... commence Odd avant de se raviser précipitamment. Heu... qu’on s’était juré de ne plus en parler...

– Quoi qu’il en soit, reprend Jérémie, la découverte de Xilune est plutôt une bonne nouvelle : si Franz tenait tant à la retrouver, c’est parce que selon lui, en l’absence de Xana, Xilune sera certainement notre meilleure arme dans la lutte contre Zander, et en particulier contre le programme que le père d’Aelita avait lui-même élaboré au sein du Black Phenix : Carthage...

– C’est quoi ça encore ? se méfie William. Un nouveau virus ?

– Un ancien programme, rectifie l’informaticien. Celui-ci était censé permettre de contrôler toutes les données numériques du monde, et Franz a donc emporté avec lui l’interface Carthage pour l’enfouir au fond du Cinquième Territoire de Lyoko afin que ses ennemis ne la retrouvent jamais, mais d’après ce que j’ai compris, il existe toujours au sein du Black Phenix une personne dotée des immenses pouvoirs du programme Carthage, et elle pourrait bien attaquer Lyoko afin de récupérer la précieuse interface maintenant que le virus chargé de protéger notre monde virtuel n’est plus...

– Xana... comprend Yumi en se souvenant que la mission d’origine du virus maléfique qu’ils ont vaincu était de protéger Lyoko et de vaincre Carthage.


Jérémie hoche la tête :

– C’est pour cela que nous avons besoin de Xilune : selon Franz, elle possède des capacités semblables à celles de Xana... Dans une moindre mesure évidemment, mais ça pourrait tout de même nous permettre de tenir tête à Carthage et au Black Phenix...


Son amoureuse contemple ses propres mains dans l’obscurité, inquiète à l’idée d’être habitée par une entité virtuelle...

– Hé ! se manifeste soudain Odd. Si Aelita a pu nous téléporter ici grâce aux pouvoirs de Xilune, elle pourrait peut-être aussi nous téléporter dans l’autre sens pour qu’on rentre à Paris !?

– Heu... balbutie la jeune fille aux cheveux roses. Je veux bien, mais je sais pas du tout comment faire...

– À mon avis c’est trop risqué, affirme Jérémie. Vous avez vu dans quel état on s’est réveillés ce matin ? Courber l’espace-temps dans la réalité n’est pas un processus à prendre à la légère, mieux vaut sans doute qu’on rentre en métropole par nos propres moyens.


Yumi approuve :

– Dès demain matin on descendra au village, puis on tâchera de regagner le continent pour remonter à Paris sans attirer l’attention du Black Phenix.

– Si seulement Xilune nous avait téléportés sur le terrain de foot de Kadic plutôt que dans ce trou perdu... murmure William.

– J’ai tout entendu !! rouspète Odd.

– Si elle avait fait ça, rétorque Jérémie, notre avion serait subitement apparu sur tous les radars de l’Île-de-France et on serait dans de beaux draps. Alors qu’ici, au moins, on est sûrs que personne n’a vu notre avion apparaître, et que le Black Phenix n’a pas la moindre idée d’où nous nous trouvons. À l’heure qu’il est, ils doivent être en train de chercher notre avion autour de la capitale...

– Haha ! ricane William. Effectivement, ils ne sont pas près de nous trouver...

– Bon, conclut Ulrich en bâillant, une longue journée nous attend demain, je propose qu’on dorme...

– Bonne nuit, déclare Aelita en se blotissant contre son amoureux.

– Bonne nuit, lui répondent Yumi et Sissi.

– ...Hé ?! sursaute soudain Naxxya en ressentant un corps se glisser dans son sac de couchage.

– Chut ! C’est moi... chuchote le félin.

– Taisez-vous maintenant, leur conseille calmement la Japonaise.


Personne n’osera remettre en question cette consigne, et les Lyoko-guerriers épuisés par leur longue journée de marche s’endorment paisiblement malgré l’incertitude qui plane sur leur avenir...



Mais dès le lendemain matin, les choses se gâtent :

– ...Oh non... murmure Ulrich en émergeant péniblement pour s’apercevoir qu’il s’est à nouveau réveillé dans l’avion cloué au sol près du lac.



En vérité, il ne s’agit pas du lendemain matin, mais du matin du même jour que celui qui vient de s’écouler : Franz Hopper a restauré le Retour vers le passé...





* * *




– Les touristes ne sont pas là ! s’exclame Odd en constatant que les deux promeneurs n’ont pas encore atteint la vallée où ils les ont croisés la veille. À ce rythme-là on arrivera chez mon grand-oncle pour le goûter !


Les Lyoko-guerriers ont en effet décidé de laisser leurs encombrantes valises dans l’avion cette fois-ci, ce qui leur permet de parcourir à nouveau le même chemin beaucoup plus rapidement car ils n’emportent avec eux que l’eau et la nourriture réapparus grâce au retour temporel.

Ainsi, nos héros traversent d’un pas léger les vastes étendues de végétation du maquis corse, gravissant l’un après l’autre les cols franchis la veille pour enfin apercevoir en milieu d’après-midi le village qu’ils n’avaient pas réussi à atteindre le soir précédent.

Bâties sur une plaine légèrement inclinée, les rues quasi désertes à cette heure serpentent entre des maisons de pierre séparées par quelques sentiers de terre sèche ou par des escaliers biscornus sur les marches desquels sont assoupis des chats qui profitent de l’ombre des murs pour s’abriter du soleil cuisant.

En avançant sur la grand-place, Odd salue chaleureusement un groupe de vieillards assis à la terrasse d’un café qui le reconnaissent aussitôt, et en voyant les huit adolescents essoufflés après avoir crapahuté toute la journée, le patron de l’établissement leur offre aussitôt des sodas bien frais.

Yumi insiste pour payer les boissons car elle serait gênée de profiter ainsi de la générosité des villageois à leur égard, mais Odd la rassure : son grand-oncle va leur donner de l’« argent de poche » qu’ils ne manqueront pas de venir dépenser au bar tous les soirs car le propriétaire et lui sont de très bons amis ; la femme qui tient le comptoir évoque d’ailleurs un couple de touristes étrangers ayant laissé des pourboires très coquets toute la semaine, sans se soucier des remontrances de son mari qui ne cesse de lui répéter qu’elle parle trop.

Faussant compagnie aux vieillards occupés à débattre entre eux du charme des femmes bavardes, les Lyoko-guerriers reprennent leur chemin pour atteindre, en lisière du village, le domaine appartenant à la branche corse de la famille d’Odd.

Un chien de berger noir et blanc se précipite à leur rencontre pour se rouler dans l’herbe devant eux en réclamant des caresses tandis que son maître apparaît sur le pas de la porte de la maison : un octogénaire aux cheveux blancs dégarnis et à la peau bronzée, vêtu d’un long pantalon droit et d’une chemise à manches courtes dont les boutons ne sont pas tous attachés.

– Qu’est-che que ch’est ? demande le vieil homme avec un accent prononcé en ajustant ses lunettes pour distinguer les arrivants.

– Salut tonton ! s’exclame Odd en étreignant son grand-oncle.

– Oh pas posshible ? se réjouit ce dernier en reconnaissant son petit-neveu. Odd, petit, ch’est bien toi ? Laisshe-moi te regarder, va !

– Les amis, je vous présente mon grand-oncle Charles-Antoine !

– Bonjour monsieur ! déclarent poliment les camarades du félin.

– Hé bé ! s’étonne l’aïeul en dévisageant les lycéens. Petit, j’allais te dire que tu as encore grandi, mais là tu as du chemin pour rattraper tes copains !


Ceux-si s’esclaffent, tandis qu’Odd les présente à son ancêtre :

– Lui c’est Jérémie, elle c’est Aelita, Yumi, Ulrich, Sissi, William, et Naxxya ! C’est ma petite-amie si tu veux savoir !


La géante rougit comme une tomate suite à cette déclaration, tandis que le vieil homme est hilare :

– Ta « petite-amie » !? répète-t-il en riant tout en leur faisant signe d’entrer dans sa maison. Hé bé je shais pas où tu as vu qu’elle était petite, ton amie !

– Il m’éclate, murmure William qui s’amuse de voir leur hôte mettre Odd et Naxxya mal à l’aise.

– Oh Lili ! reprend le vieillard en appelant son épouse. Odd et shes amis shont arrivés !

– Qu’est-ce que tu dis ?? demande celle-ci en apparaissant en haut de l’escalier.

– Viens voir la grande shauterelle qu’il a attrapée !! conclut le grand-oncle pour rappeler à son petit-neveu l’époque où il capturait des lézards et des insectes orthoptères dans le vaste jardin qui entoure la propriété.





* * *





Dans la grande chambre située au dernier étage de la maison de Charles-Antoine et Aline Simeoni, dont la nièce Marguerite a épousé un certain Robert Della Robbia avec qui elle a eu cinq filles et un garçon, les Lyoko-guerriers ont du mal à trouver le sommeil. Leurs lits sont pourtant aussi confortables que leur journée de marche fut éprouvante, mais une angoisse grandissante commence à peser dans leur esprit.

Aussitôt après être entrés dans cette demeure pour saluer la maîtresse de maison, Jérémie a demandé la permission d’utiliser un téléphone afin d’appeler Franz Hopper pour le prévenir qu’ils vont bien et qu’ils ont miraculeusement atterri en Corse, mais le créateur de Lyoko est resté injoignable. Aelita a sérieusement commencé à craindre qu’il soit arrivé quelque chose à son père, et le jeune garçon à lunettes a préféré en déduire que Franz avait simplement décidé de couper toutes les lignes téléphoniques dont il disposait à l’Ermitage ainsi qu’à l’usine afin d’empêcher le Black Phenix de retrouver sa trace par ce biais. Sissi a alors émis l’idée de contacter quelqu’un d’autre à Kadic pour que cette personne aille voir le père d’Aelita en personne, mais Yumi s’y est opposée catégoriquement car le Black Phenix doit justement être en train de surveiller leurs proches au cas où ils essayeraient de les joindre, et la Japonaise a donc dû elle-même renoncer à contacter ses propres parents, malgré l’insistance d’Odd car ce sont les Ishiyama qui gardent Kiwi.

Le savoureux repas du soir a ensuite permis aux huit voyageurs de reprendre des forces et d’expliquer au grand-oncle d’Odd pourquoi ils sont arrivés avec une journée de retard et pourquoi ils doivent impérativement repartir dès le jour suivant ; le vieillard et sa compagne ne comprenaient pas grand chose au récit confus de leur petit-neveu, mais ils acceptèrent volontiers d’aider leurs invités à regagner le continent au plus vite : le lendemain matin à la première heure, un ami les conduira à Bastia où ils embarqueront à bord d’un avion pour Paris sans que leurs noms ne figurent sur la liste des passagers.

Malgré ce plan de voyage sûr et discret, Jérémie se retourne dans son lit. Ces deux derniers jours, il n’a cessé de réfléchir à la situation inhabituelle que ses camarades et lui traversent malgré eux, et certaines intuitions commencent à s’imposer à lui, bien qu’il ne soit encore sûr de rien... Si c’est vraiment la compagnie SkyPhantom qui a transmis les détails de leur voyage au Black Phenix, comment ont-ils fait pour identifier Aelita aussi rapidement alors que celle-ci a disparu depuis de nombreuses années et n’a pas pris autant d’âge qu’elle dû grâce à sa virtualisation ? Ulrich aurait-il vu juste en affirmant qu’il y aurait en fait un traître parmi eux ?

« C’est impossible... Ça ne peut pas être l’un d’entre nous... », se dit le blondinet tiraillé entre le désagréable sentiment qu’une personne dans leurs rangs a forcément renseigné le Black Phenix au sujet du voyage qu’ils allaient entreprendre, et l’intime conviction que ses sept camarades ne feraient jamais une chose pareille... D’ailleurs, comment l’un des leurs serait-il capable de contacter le Black Phenix ?

« Il faudrait que cette personne fasse elle-même partie du Black Phenix depuis le début... », se méfie Jérémie en pensant à William et à Naxxya dont le passé est trouble, avant de songer à un autre moyen de contacter cette mystérieuse organisation qui surveille les réseaux de communication : « Ou alors... Il faudrait que cette personne sache diffuser un message virtuel de manière à attirer immanquablement l’attention du Black Phenix... »

Cette dernière idée lui glace le sang. La seule personne capable d’émettre un tel message à part lui, ce serait Aelita elle-même... ou bien...

« ...Franz ? » se demande le jeune garçon en s’apercevant qu’il n’y avait pas pensé plus tôt, or, le père d’Aelita peut très certainement contacter le Black Phenix directement puisqu’il a travaillé pour eux par le passé... sans compter que le vieil homme en fauteuil roulant a lui-même organisé le voyage de sa fille...

« Non... C’est ridicule... » se répète Jérémie en sentant qu’il ferait sans doute mieux d’arrêter se torturer l’esprit à force de soupçonner ses alliés. Franz a lui-même averti Aelita et ses amis que leur avion était en train d’être détourné, et apparemment il s’est ensuite empressé de restaurer le programme de Retour vers le passé pour tenter de les sauver...

Une nouvelle intuition inquiète le cerveau de la bande : « ...Si Franz cherche à nous retrouver tout en tâchant d’échapper aux hommes du Black Phenix qui vont venir fouiller l’Ermitage tôt ou tard, il va très probablement recourir à de multiples reprises au... »


Cette dernière intuition de la part de Jérémie est malheureusement bonne : une lumière aveuglante engloutit tout dans la nuit, et lorsqu’Ulrich rouvre les yeux, la sensation de son corps engourdi suffit à lui faire comprendre qu’il se réveille à bord de l’avion pour la troisième fois...





* * *





Debout au bord du lac de Nino, les Lyoko-guerriers n’en peuvent plus.

– Pourquoi il lance un Retour vers le passé toutes les nuits ? s’indigne Odd qui en a assez de parcourir le même chemin jour après jour avant que le père d’Aelita annule leurs efforts.


Jérémie a déjà deviné ce qui pousse le créateur de Lyoko à agir ainsi :

– La dernière fois qu’il a fait ça, c’était pour échapper aux hommes en noir du Black Phenix qui étaient venu le cueillir à l’Ermitage... On dirait que l’histoire se répète...

– Et ça va durer longtemps ce petit manège ? rouspète Sissi également excédée. Combien de fois on va devoir recommencer cette journée avant qu’il nous laisse rentrer à Paris ?

– Je n’en sais rien, lui répond le jeune garçon qui ignore la raison pour laquelle Franz mettrait fin aux retours dans le temps. Tout ce que je peux te dire, c’est que la date du 6 juin 1994 s’est répétée plusieurs milliers de fois...


Un vertige s’empare de ses camarades. S’ils ne parviennent pas à contacter le vieil informaticien qui s’est coupé du reste du monde, ils pourraient bien rester piégés plusieurs années dans ce jour sans fin...

– Il faut que j’essaye de me téléporter à Paris, conclut Aelita qui se sent responsable des actes de son père. C’est la seule solution qu’il nous reste.


Certains de ses amis hésitent à refuser qu’elle prenne un tel risque, mais ils n’ont malheureusement pas de meilleure idée à proposer pour mettre fin aux Retours vers le passé opérés par Franz Hopper, alors ils décident de courir ce risque avec elle :

– Je viens avec toi, déclare Ulrich en posant sa main sur son épaule.

– Heu...? balbutie la jeune fille aux cheveux roses en voyant ses coéquipiers se regrouper autour d’elle. Je ne suis vraiment pas sûre de réussir, peut-être vaudrait-il mieux que vous...

– Au contraire ! insiste Odd. Si on y va tous ensemble, il ne peut rien nous arriver !

– Je ne crois pas que ça fonctionne comme ça, rétorque Jérémie qui se demande si leur nombre risquerait au contraire de rendre la tâche plus compliquée...

– Parce que toi tu sais comment ça marche ? s’étonne Odd.


Son camarade à lunettes n’en a effectivement aucune idée, pas plus qu’Aelita qui doit se fier à son instinct en fermant les yeux, tandis que Naxxya resserre ses longs bras autour d’eux :

– Dans le doute, autant y aller tous ensemble...

– Me touche pas ! réplique William en repoussant la main de la géante.

– Taisez-vous ! leur ordonne Yumi. Laissez-la se concentrer...


La jeune fille aux cheveux roses s’efforce de penser à l’usine...

Ses amis rassemblés autour d’elle restent immobiles et silencieux en attendant que quelque chose se déclenche, mais les minutes passent, et rien ne se produit.

Le félin dévisage ses camarades en résistant péniblement à l’envie pressante d’éclater de rire, quand soudain un flash lumineux les aveugle...




Lorsque les Lyoko-guerriers rouvrent les yeux, leurs corps sont en proie à une sensation indescriptible, mais ils constatent avec bonheur qu’ils se trouvent bel et bien dans le laboratoire de l’usine.

– T’y crois pas ! hallucine Odd en regardant autour de lui. Ça a marché !

– Il y a quelque chose de bizarre... se méfie William sans pouvoir déterminer ce qui le tracasse.

– Franz n’est pas là ? s’étonne Ulrich qui pensait que le père d’Aelita se serait retranché dans cet endroit.


Jérémie se précipite sur l’ordinateur :

– Si ! s’exclame-t-il en découvrant les fenêtres ouvertes sur l’écran. Il vient de programmer une virtualisation différée !


Ses amis se retournent vers le monte-charge qui est fermé, et leur opérateur s’empresse d’ouvrir la vidéo-surveillance de la salle des scanners pour y voir le vieil homme de dos qui s’avance vers l’une des trois colonnes de métal.

– Papa !! s’écrie Aelita.

– Franz ! On est là ! le prévient Jérémie.


Mais le créateur de Lyoko ne semble pas l’entendre, et sans attendre que ses amis rappellent l’ascenseur, Aelita se précipite vers la trappe pour descendre à l’échelle.

– Hé ? s’inquiète Naxxya qui a malencontreusement posé le pied dans une petite tache de liquide sombre répandu sur le sol. C’est quoi ça ??

– Papa !! répète la jeune fille aux cheveux roses en atteignant l’étage inférieur. Attends !!


Son père qui vient d’entrer dans le scanner se retourne face à elle :

– ...À tout de suite, mon ange... conclut le vieil homme sur un ton qui se veut rassurant au moment où les portes se referment.


Aelita a juste le temps de s’apercevoir avec effroi que le pull de son père est maculé d’une large tache de sang :

– PAPA !?! hurle-t-elle tandis qu’un nouveau flash lumineux éclate, faisant tout disparaître autour d’eux.





* * *





Étendus dans l’herbe au bord du lac isolé entre les montagnes du maquis Corse, les Lyoko-guerriers ont du mal à comprendre ce qui leur est arrivé.

– Aelita ? l’interpelle Odd exaspéré. Ne me dis pas que tu nous as re-téléportés en sens inverse ?


Celle-ci a les larmes aux yeux tandis que son amoureux la prend dans ses bras pour expliquer à leurs amis :

– Je crois qu’en réalité nous n’étions pas à l’usine... Il s’agissait seulement d’un canal fantôme...

– Un quoi ? demande Sissi complètement perdue.

– Une sorte de bulle virtuelle qui donne l’illusion d’être quelque part, sans vraiment y être...

– Je me disais bien qu’il y avait quelque chose de bizarre, conclut William.

– Pourtant on a vu le papa d’Aelita, non ? insiste la fille du proviseur de Kadic.


Yumi percute :

– Il était debout !

– Exact, confirme Jérémie. Or, le Franz Hopper que nous connaissons est désormais en fauteuil roulant. Celui que nous avons vu ne pouvait donc pas être le vrai.

– Bon ! reprend Odd en s’étirant, prêt à retenter l’expérience. Cette fois, on essaye de se téléporter pour de vrai ?

– Ferme-la, le coupe sèchement Ulrich.


Le félin s’étonne de cette réponse abrupte, avant de s’apercevoir que dans les bras du cerveau de la bande, Aelita est en larmes.

– Ça va aller... lui murmure Jérémie en la câlinant tendrement pour la rassurer.

– Du sang... sanglote sa bien-aimée à voix basse. Il était couvert de sang...

– Ce n’était pas réel, insiste son amoureux. Tu ne maîtrises pas encore les pouvoirs de Xilune, c’est sans doute pour cela qu’en voulant nous téléporter à l’usine tu as finalement déclenché l’ouverture d’un canal fantôme, probablement conçu à partir de tes souvenirs car tu voulais absolument revoir ton père...


La jeune fille aux cheveux roses s’efforce de retrouver son calme pour mieux raisonner. Jérémie a sans doute raison : la phrase prononcée par le vieil homme dans le scanner était précisément celle qu’il avait déclarée à sa fille lorsqu’il l’avait virtualisée avec lui le 6 juin 1994... Et à cette époque, il marchait encore sur ses deux jambes, ce qui explique pourquoi il se tenait debout dans le canal fantôme... Mais qu’en est-il du sang ? Jamais, dans aucun de ses souvenirs de ce jour-là, Aelita ne se rappelle avoir vu la moindre trace de sang...


Face au lac à la surface duquel scintille le reflet du soleil, Naxxya soupire :

– On dirait bien qu’on est coincés ici pour un bon moment...





* * *





Suite à cette expérience troublante, les Lyoko-guerriers n’essayèrent même pas de rejoindre le village ce jour-là, estimant qu’il serait inutile de refaire tout le chemin puisque Franz Hopper les ramènera probablement en arrière de toute façon, et qu’ils feraient donc mieux de réfléchir à un moyen de le contacter avant de se mettre en marche une nouvelle fois.

Odd finit par faire part à ses amis d’un secret que Jérémie lui-même ne connaissait pas :

– Quelques jours après qu’on a battu Xana et délivré Franz, raconte le félin, il m’a chargé d’une mission top secrète qui consistait à m’introduire dans le vestiaire des filles à la piscine pour ouvrir un casier et y voler un collier !


Ses camarades le fixent avec circonspection :

– Je te préviens, le met en garde Yumi, si tu inventes cette histoire pour te rendre intéressant...

– J’invente rien du tout ! se défend Odd. Naxxya était là, elle peut témoigner !

– Hein ? s’étonne la géante. J’étais là ?

– Odd... le menace Ulrich.

– Mais si ! insiste le blondinet hyperactif en se tenant curieusement la poitrine tout en adressant un clin d’œil à sa copine aux cheveux bleus. Rappelle-toi...


Celle-ci écarquille les yeux :

– Ah oui !... se souvient-elle subitement en commençant à rougir. Oh !... Donc c’était pour ça...

– C’était pour ça que quoi ? l’interroge sévèrement la Japonaise qui a très bien vu le clin d’œil entre eux.

– C’est pas important ! répond Odd. J’avais demandé à Naxxya de m’accompagner à la piscine, mais elle n’était pas au courant que je comptais voler quelque chose ! Bref, je disais donc...


Mais Yumi en a assez qu’on lui cache des choses :

– C’était pour ça que quoi !? répète-t-elle fermement pour obliger ses camarades à dire toute la vérité.


Naxxya et Odd échangent un regard gêné, avant que le félin se décide à cracher le morceau :

– ...Pour m’introduire dans le vestiaire des filles, j’ai dû me déguiser...

– T’es sérieux ? s’esclaffe William qui imagine la scène.

– Je vous avais bien dit que c’était pas important ! se vexe Odd.


Sissi se tourne vers Naxxya :

– Et toi, tu étais complice ? la questionne-t-elle en s’étonnant que la géante l’ait laissé faire et ait même participé.

– Je trouvais ça rigolo, répond-elle en haussant les épaules. Et puis, comme ça, on pouvait aller dans le même vestiaire au lieu de se séparer...

– Et personne n’a rien remarqué ? renchérit William toujours hilare.

– Non mais comment vous avez pu accepter d’entreprendre une « mission » aussi insensée !? s’indigne Yumi effarée devant l’irresponsabilité dont ils ont fait preuve.

– Ben pour la récompense ! se justifie Odd. Si je réussissais et que je gardais le secret, Franz m’avait promis une Nintendo DS !

– T’es sérieux ? commente Ulrich qui ne croyait pas son colocataire si cupide. En plus tu en avais déjà une il me semble ?

– Ben oui, confirme le félin, comme ça je pouvais donner la deuxième à Naxxya pour qu’on joue ensemble la nuit, même en restant chacun dans notre chambre !

– Ah c’est comme ça que tu l’as eue ? comprend la géante qui avait été très surprise lorsque son amoureux lui avait offert une console portable toute neuve.

– C’est seulement maintenant que tu te poses la question ? soupire William.

– BREF ! reprend Odd qui tient à terminer son récit. Une fois dans le vestiaire des filles, j’en ai profité pour chourer le collier dans le casier que Franz m’avait indiqué, puis je l’ai remis à Franz comme convenu. Voila ! Fin de l’histoire !


Ses camarades le dévisagent à nouveau :

– Et c’est tout ? s’étonne Yumi. Tu n’as même pas cherché à savoir pourquoi il voulait ce collier ?

– Bien sûr que si, mais il n’a rien voulu me dire, affirme Odd en secouant la tête. Au contraire, il m’a demandé de n’en parler à personne...

– Mais quand il t’a envoyé le voler, poursuit Ulrich, il ne t’a pas donné plus d’informations ?

– Ben non, il m’avait seulement indiqué l’heure à laquelle la propriétaire du collier irait à la piscine.

– Ce qui veut dire que Franz devait certainement surveiller cette personne dans le but de déterminer le meilleur moment pour lui voler l’objet, comprend Yumi en réalisant que le créateur de Lyoko a vraisemblablement intercepté des conversations privées dans ce but.


Aelita sort de son silence :

– Odd, ce collier que tu as volé, il appartenait à qui ?


Le félin hésite à répondre, avant de livrer le nom :

– ...À Taelia Leconte.


William hausse les sourcils :

– Taelia, c’est bien la fille qui ressemble à Aelita ?

– Qu’est-ce que Taelia a à voir là-dedans ? ajoute Sissi déconcertée car elle ne voit aucun lien entre sa coéquipière des Étoiles de Kadic et le vieil homme mystérieux qu’ils ont libéré de Xana.


Ses amis ne sont pas plus avancés qu’elle, hormis Jérémie qui finit par leur dévoiler à son tour un secret que Franz lui avait demandé de ne pas répéter :

– Ton père tenait à ce que tu n’en saches rien, annonce-t-il à Aelita en tentant maladroitement de la préparer au choc qu’elle est sur le point de recevoir, mais il m’a confirmé que Taelia est en fait ta sœur jumelle...


Leurs camarades sont abasourdis tandis que la jeune fille aux cheveux roses reste sans réaction, se contentant de dévisager son amoureux avec un regard perdu autour duquel on distingue encore les traces des larmes qui ont séché sur ses joues.

Plus aucun son ne s’échappe de la bouche de l’ange de Lyoko qui semble incapable d’intégrer cette nouvelle information tant elle bouscule les fondations de ce qu’elle croyait savoir.

Taelia est sa sœur jumelle.

Son père le lui a caché délibérément.

Jérémie était au courant.

Tout cela semble impossible pour Aelita, à commencer par le fait que Taelia et elle aient toujours le même âge en dépit du long séjour qu’elle a passé sur Lyoko et qui a bloqué sa croissance durant près de dix ans.

Le cerveau de la bande caresse doucement la main de sa bien-aimée toujours sous le choc, en dévoilant le peu qu’il sait au sujet de sa sœur jumelle :

– Selon Franz, Taelia et Aelita ont été utilisées par leur grand père, Zander Hopper, quand elles étaient toutes petites car il voulait mener sur elle des expériences sur le vieillissement jumelé, de sorte que si l’une des deux personnes ne vieillit pas, l’autre ne vieillit pas non plus... C’est ce qui explique pourquoi Taelia n’a pas grandi pendant qu’Aelita était coincée sur Lyoko, et c’est de ce pouvoir que Zander veut s’emparer car cela l’aiderait à devenir immortel... Lorsque Franz et sa femme ont découvert que le père de celle-ci avait utilisé leurs filles pour les soumettre à des expériences, ils ont décidé de trahir le Black Phenix et de s’enfuir avec leurs deux enfants...


Ses auditeurs restent incrédules, tandis que Naxxya se rappelle leur discussion de l’avant-veille :

– Attends une seconde... L’autre soir, quand tu nous as appris qu’Hervé et une poignée de survivants ont combattu Xana dans un futur alternatif, tu n’avais pas dit que Taelia était parmi eux ?


Yumi s’étonne de ne pas y avoir songé elle-même, avant de se souvenir qu’elle avait perdu son sang froid lorsque le prénom de son petit frère avait été cité parmi les nouveaux Lyoko-guerriers qui risquent à présent d’être capturés par le Black Phenix à cause d’un message de détresse compromettant.

– Effectivement, confirme Jérémie à la géante. D’après le message qu’Hervé m’avait transmis depuis le futur, Taelia faisait partie de leur groupe de survivants, et apparemment elle possédait les mêmes pouvoirs qu’Aelita, y compris les clés de Lyoko permettant de désactiver les tours contrôlées par Xana, ce qui tend à confirmer qu’elle est bien sa sœur jumelle.


La Japonaise adresse un regard noir à son opérateur :

– N’avais-tu pas affirmé que ces Lyoko-guerriers « alternatifs » ne risquent rien puisqu’ils ne conservent aucun souvenir de ce futur qu’on a annulé ? lui demande-t-elle en sachant désormais que Taelia est certainement d’une grande importance pour le Black Phenix.

– Je maintiens ce que j’ai dit, insiste Jérémie. Aucune des personnes citées dans le message de détresse n’a été capturée avant nous, pas même Taelia.


C’est alors qu’Aelita se met à reculer en silence, avant de s’éloigner de ses camarades surpris par son comportement :

– Hé ? s’inquiète Sissi. Où tu vas ?


L’ange de Lyoko finit par articuler péniblement une réponse d’une voix blanche sans même se retourner :

– ...Je ne sais pas...





* * *


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Nelbsia MessagePosté le: Lun 17 Aoû 2020 19:54   Sujet du message: Répondre en citant  
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* * *





– Elle va bien, conclut Odd en sortant de l’avion en maillot de bain. Elle a seulement besoin d’être un peu seule. Bon ! Le dernier à l’eau est une poule mouillée !


N’ayant rien de mieux à faire en cette fin d’après-midi, ses amis le suivent pour aller se baigner dans le lac dont l’eau est particulièrement fraiche à cette altitude, bien que le félin affirme qu’« elle est bonne », selon ses propres mots.

Seul Jérémie reste à l’écart, tourmenté par ce que doit ressentir Aelita à cet instant.

La journée a sans doute été un peu trop riche en émotions pour la jeune fille aux cheveux roses qui s’est réfugiée dans l’avion, et son amoureux s’en veut de lui avoir livré plus de révélations qu’elle ne pouvait en supporter.

En fin de soirée, les Lyoko-guerriers aperçoivent les deux touristes venus planter leur tente de l’autre côté du lac au bord duquel tous s’endorment cette nuit-là, avant qu’un nouveau Retour vers le passé les renvoie au début de cette même journée pour la quatrième fois, comme nos héros s’y attendaient.





* * *





Perchée sur un rocher au sommet duquel elle médite les yeux fermés, Yumi simplement vêtue de sa tenue de baignade noire s’abandonne à la douce caresse du soleil dont la chaleur est atténuée par une légère brise au parfum d’été, avant de percevoir des pas qui se rapprochent derrière elle.

Son amoureux l’enlace tendrement :

– Ça finira bien par s’arrêter, lui murmure-t-il pour la rassurer.


La Japonaise n’en est pas si sûre :

– ...Et si ça continuait pendant des années ? redoute-t-elle en sachant que le créateur de Lyoko l’a déjà fait autrefois. Si on ne pouvait plus jamais rentrer chez nous ?... Même si les Retours vers le passé prennent fin et qu’on parvient à remonter à Paris, les hommes du Black Phenix nous traqueront partout où nous irons...

– On s’en occupera le moment venu, conclut sereinement le samouraï. Jérémie va forcément trouver un moyen de nous tirer de là, et ensuite on avisera. Chaque chose en son temps.

– Peut-être que... hésite Yumi elle-même effrayée par ce qu’elle s’apprête à déclarer. Peut-être qu’on n’aurait pas dû ramener Franz Hopper dans le monde réel...

– Allons, ne dis pas des choses pareilles...

– Je sais que c’est le père d’Aelita, concède la Japonaise, mais... il m’a toujours semblé à moitié fou et paranoïaque... sauf qu’il est vraiment poursuivi par cette organisation malfaisante, ce qui nous met tous en danger... et ce n’est pas notre combat... On peut se battre sur Lyoko pour sauver Aelita, mais on ne peut pas lutter contre une société occulte dans le monde réel...

– On verra... termine Ulrich qui a en réalité hâte d’en découdre avec cette obscure menace qui plane sur eux, dans l’espoir d’être enfin libres. En attendant, profitons de nos vacances !

– Hé !? proteste Yumi tandis qu’il la porte dans ses bras. Qu’est-ce que tu fabriques !? Lâche-moi tout de suite !!


Le samouraï la transporte avec un grand sourire :

– Parfois, il faut savoir se jeter à l’eau !

– Quoi !? panique-t-elle en réalisant qu’il l’emmène vers le lac.


Au bord de cette splendide étendue d’eau dans laquelle trois de leurs amis se baignent déjà, Sissi se prélasse au soleil.

– Ton bronzage sera annulé dès cette nuit, tu sais ? lui signale William en nageant vers elle. Viens plutôt te baigner avec nous !

– Tu plaisantes ? rétorque la fille du proviseur de Kadic cachée derrière ses lunettes fumées. L’eau est beaucoup trop froide...

– Mais non, regarde ! plaisante Odd en faisant claquer sa main à la surface de l’eau pour éclabousser Sissi.

– AAAAAH ?!? s’écrie-t-elle en recevant les projections d’eau fraiche. Je vais te tuer !!

– Bah viens, je t’attends ! s’esclaffe le félin qui se croit en sécurité dans le lac, avant de voir la jeune fille furieuse ramasser délicatement une bogue de châtaigne pour la lui lancer, l’obligeant à plonger précipitamment sous la surface de l’eau pour éviter la petite boule piquante. Non mais ça va pas !? Attends un peu !!


Odd s’apprête à repêcher la bogue de châtaigne afin de la renvoyer à son expéditrice, mais William retient son bras avant de faire basculer le félin par-dessus son épaule pour le rejeter à l’eau :

– Personne n’embête impunément ma copine ! menace le grand ténébreux.

– Et personne ne soulève mon mec sans ma permission ! réplique Naxxya qui s’avance rageusement vers William pour lui rendre la monnaie de sa pièce.

– POUSSEZ-VOUS !! annonce soudain Ulrich qui accourt joyeusement tout en portant Yumi paniquée tandis qu’elle se cramponne à lui.


Les deux amoureux sautent dans le lac et éclaboussent tous leurs camarades autour d’eux, y compris Sissi qui pousse un cri strident avant de les insulter.


Ayant observé toute la scène à bonne distance, Aelita elle-même ne peut s’empêcher de pouffer de rire...

D’un côté, elle se demande comment ses amis parviennent à s’amuser ainsi en dépit des circonstances, mais de l’autre, ils ne peuvent strictement rien faire de plus tant qu’ils sont bloqués ici, alors autant en profiter pour passer du bon temps tous ensemble.


Un peu plus loin, Jérémie s’est isolé pour réfléchir profondément à leur situation, sans se laisser distraire par les jeux aquatiques de ses comparses car il doit leur trouver une échappatoire au plus vite.

C’est pourtant en jetant un œil aux baigneurs qu’une intuition va émerger dans son esprit : lorsqu’Odd frappe la surface de l’eau avec ses mains pour générer des vagues destinées à arroser les autres tandis que Naxxya l’imite mais avec une amplitude telle qu’elle produit de véritables petits tsunamis, le cerveau de la bande commence à comprendre quelque chose... Quelque chose qui pourrait peut-être leur permettre de rentrer à Paris, mais qui, néanmoins, l’inquiète un peu...

Il interpelle alors le grand ténébreux :

– William ? Tu peux venir une seconde ?


Celui-ci sort de l’eau sous les éclaboussures de ses adversaires, et rejoint Jérémie à l’écart :

– Qu’est-ce que je peux faire pour toi ?

– J’ai bien réfléchi à la manière dont les évènements se sont déroulés dans l’avion, déclare le jeune garçon à lunettes, et je crois qu’en réalité, Xilune n’est pas en Aelita mais en toi...


Son interlocuteur affiche alors une étrange mine contrariée :

– En moi ? questionne-t-il. Et pourquoi ça ?


À cette réaction, Jérémie devine que le grand ténébreux avait des raisons de s’en douter :

– Est-ce que par hasard tu aurais continué de subir des phénomènes étranges, même après qu’on a vaincu Xana pour te débarrasser du virus qu’il avait implanté en toi ?


William hésite un long moment avant de répondre :

– Une seule fois, affirme-t-il catégoriquement. Suite à notre victoire dans le Sixième Territoire, les effets du virus de Xana ont totalement disparu, y compris la voix qui s’exprimait parfois dans ma tête, mais un soir, j’ai entendu une nouvelle voix...

– Et qu’est-ce qu’elle t’a dit ? poursuit Jérémie intrigué.

– Tu crois vraiment que j’avais envie de l’écouter ? rétorque l’ancien Xana-guerrier agacé. Je lui ai fermement ordonné de se taire, et je ne l’ai plus entendue depuis.


De plus en plus persuadé qu’il s’agissait de Xilune et qu’elle s’est donc bien manifestée à travers William pour leur sauver la vie quand l’avion allait se crasher, le jeune garçon à lunettes demande à son camarade de « convoquer » mentalement cette voix qui sommeillerait en lui :

– Il faut que je lui parle, conclut Jérémie. C’est très important.


Pas franchement ravi, le grand ténébreux se résigne à obtempérer en fermant les yeux pour se concentrer tout en se tenant la tête.

« Il y a quelqu’un ?... », se lance-t-il intérieurement. « Jérémie voudrait te parler... Si tu es bien là, montre-toi... »


Après plusieurs secondes d’efforts et d’incertitude, une étrange sensation s’empare de William, lui arrachant un bref cri au moment où la créature enfouie en lui prend le contrôle de son corps...

Alertés par cet éclat de voix, les autres Lyoko-guerriers accourent pour voir ce qui se passe, et à leur grande surprise, William se redresse et rouvre les yeux en produisant péniblement une voix double qui comporte la sienne au premier plan ainsi qu’une seconde voix féminine en un faible écho à peine perceptible :

– Je... suis... Xilune...

– Qu’est-ce qui lui arrive ?! s’alarme Sissi aussi interloquée que ses camarades.

– Comme je m’en doutais, lui explique Jérémie, Xilune est en fait dans William. Elle a sûrement pris la place laissée par le virus que Xana lui avait injecté.

– Exact... répond l’entité virtuelle.

– Ah mais oui ! s’exclame Odd en retrouvant le sourire. Je reconnais ta voix maintenant ! Comment tu va depuis la dernière fois ?

– Donc c’est bien toi qui nous as téléportés ici ? l’interroge Yumi.

– Oui... confirme l’étrange voix. J’ai vu... cet endroit... dans les souvenirs... d’Odd... et je l’avais... trouvé joli... J’ai pensé... que vous y seriez... en sécurité...

– Excellent choix ! la félicite le félin. Mais si je puis me permettre...

– On n’a pas le temps de bavarder ! le coupe Jérémie. Xilune, est-ce que tu pourrais nous re-téléporter à Paris ? Je sais que c’est un processus très dangereux, mais on n’a pas d’autre solution...

– J’ai déjà... épuisé... toute mon énergie... pour téléporter... l’avion... ici... répond-elle tristement. Je dois... retourner... sur Lyoko... sinon... je vais... disparaître...

– Quoi ? s’inquiète son interlocuteur.


Mais la créature n’en dira pas davantage : elle pousse un gémissement étouffé, et William s’écroule au sol.





* * *





Le voile noir parsemé de points lumineux a recouvert le ciel au-dessus du lac où s’endorment nos héros.

Perdu entre ses réflexions et ses rêves, Jérémie commence à désespérer...

Il n’a toujours aucune solution à leurs problèmes, et s’il n’envoie pas bientôt William sur Lyoko, ils risquent de perdre Xilune, c’est-à-dire leur seul moyen de se défendre contre Carthage d’après Franz Hopper maintenant que Xana est détruit.

Cependant, au fond de lui, le jeune prodige de l’informatique sait qu’il reste peut-être un dernier moyen de contrer Carthage et le Black Phenix malgré la disparition de Xilune et de Xana : Aelita. Car si Xilune est en William et non en Aelita, cela voudrait dire que les étranges pouvoirs que possède la jeune fille aux cheveux roses... les éclairs rouges qu’elle a générés, le canal fantôme qu’elle a déclenché... tout cela serait en fait...


– Jérémie !! l’interpelle subitement la voix d’Aelita qui le réveille en lui secouant le bras. Jérémie !! Le jour se lève !! Il n’y a pas eu de Retour vers le passé cette nuit !!





* * *





La nourriture qu’ils ont consommée chaque jour jusqu’à la veille n’est évidemment pas réapparue cette fois, et les Lyoko-guerriers doivent donc rejoindre la civilisation au plus vite, en espérant que les retours temporels aient cessé pour de bon. N’emportant avec eux que des bouteilles d’eau, nos héros entreprennent une dernière fois la longue marche jusqu’au village où ils rencontrent à nouveau le vieux Charles-Antoine et son épouse Aline en milieu d’après-midi. Franz Hopper reste injoignable, mais après un repas copieux, le grand-oncle d’Odd accepte d’aider ses jeunes invités à regagner le continent au plus vite.

Entassés à l’arrière de la camionnette d’un ami de la famille Simeoni, les huit adolescents parcourent à vive allure les routes sinueuses du centre de la Corse pour se rendre à l’aéroport de Bastia-Poretta où ils embarquent à bord d’un avion à destination de Paris, leur discrétion étant assurée par d’habiles astuces permettant aux Corses de se rendre des « services ».

Le vol nettement moins luxueux qu’à l’aller se déroule cette fois sans encombre, et après avoir atterri en métropole en début de soirée, un ultime trajet en bus ramène nos héros dans les environs du collège-lycée Kadic où ils n’ont plus qu’à marcher dans la lumière du crépuscule jusqu’à l’usine pour y passer la nuit.


– Ça aurait été beaucoup plus rapide en se téléportant, conclut Odd exténué par leur voyage, mais au moins, cette fois, on est sûrs de ne pas être dans un canal fantôme...

– J’espère qu’on n’a pas été repérés... s’inquiète Sissi angoissée à l’idée que l’organisation qui les poursuit soit déjà sur leurs traces depuis leur retour.

– Ou devancés... se méfie Naxxya qui redoute que leurs poursuivants surveillent déjà la vieille usine abandonnée.

– J’en doute, rétorque Jérémie en appuyant sur le bouton de l’ascenseur. Si c’était le cas, ils seraient déjà venus nous arrêter.


Quand la porte du monte-charge s’ouvre sur le laboratoire, Aelita est déçue de ne pas y trouver son père, alors elle décide d’aller jeter un coup d’œil dans la salle des scanners juste au cas où, et le cerveau de la bande fait signe William de descendre avec elle :

– Vas-y aussi, il faut que j’extraie Xilune de ton corps au plus vite.


Le grand ténébreux acquiesce d’un simple hochement de la tête tandis que les portes se referment.

Naxxya scrute le sol sans y retrouver les traces de sang qu’elle avait remarquées dans le canal fantôme, et lorsque Jérémie s’installe au poste de commandes, il constate qu’aucune virtualisation différée n’est en cours cette fois, et Aelita ne reverra donc probablement pas son père aujourd’hui :

– Vous y êtes ? demande l’opérateur aux deux personnes qui sont descendues tandis que le reste de ses amis observent en silence à ses côtés.

– Quand tu veux, confirme William en prenant place dans l’un des trois scanners vides au grand désarroi d’Aelita.


Le jeune garçon à lunettes entame donc une procédure compliquée destinée à retirer Xilune de son hôte avant de renvoyer cette créature virtuelle sur Lyoko.

Après plusieurs minutes d’attente, les portes du scanner se rouvrent et Jérémie annonce à son camarade :

– C’est bon pour toi, tu peux sortir.


Le grand ténébreux remonte donc au laboratoire en compagnie d’Aelita qui l’avait attendu, et ils se joignent à leurs coéquipiers occupés à contempler la re-virtualisation progressive de Xilune.

– Pour quelqu’un qui vient de Lyoko, commente Odd qui s’étonne de la lenteur du processus, elle a du mal à y retourner !

– C’est parce que je dois lui reconstruire un « support structurel », explique Jérémie. Elle a sans doute renoncé à celui qu’elle possédait dans le but de s’échapper de sa prison quand nous avons vaincu Xana, et pour ne pas disparaître elle a dû se réfugier dans William en prenant la place du virus qui était implanté en lui auparavant.

– Bon, je vais me coucher... déclare Sissi en bâillant.

– Vous pouvez y aller, conseille Jérémie à ses alliés fatigués, j’en ai pour un bon moment...


Ulrich, Yumi, Odd, Naxxya et William suivent donc Sissi vers le dortoir secret que Franz Hopper avait ouvert à son retour sur Terre afin d’y habiter en attendant de pouvoir s’installer à l’Ermitage, et les Lyoko-guerriers savent désormais que dans cette pièce dissimulée derrière un mur du laboratoire, Hervé et ses coéquipiers du futur alternatif apocalyptique ont survécu pendant environs un an...

Aelita reste auprès de Jérémie qui l’enjoint à aller dormir aussi :

– Tu as besoin de te reposer, lui murmure-t-il en la câlinant.

– Toi aussi, lui susurre-t-elle en retour.

– J’ai somnolé toute la journée, la rassure le jeune informaticien qui s’était en effet assoupi pendant le long trajet de retour. Avec tout ce qui tourne dans ma tête en ce moment, je ne pourrai pas fermer l’œil de sitôt. Va dormir, on cherchera ton père demain.


La jeune fille aux cheveux roses finit par accepter, laissant donc son amoureux seul aux commandes après avoir déposé sur sa joue un tendre baiser.

Devant lui, l’entité virtuelle qui apparait peu à peu sur Lyoko commence à prendre forme, jusqu’à ce que la douce voit qu’elle émet s’adresse à lui :

– ...Jérémie ?

– Heu...? Oui ? balbutie-t-il avec surprise.

– Est-ce que je pourrais... avoir un corps ?...


Cette requête inattendue laisse le brillant élève de Kadic pantois :

– ...Un corps ?

– Oui... Enfin... Un avatar... humanoïde...


Jérémie frémit un instant en se rappelant que la dernière créature numérique à avoir formulé un souhait similaire était Xana : celui-ci avait contraint Franz Hopper à lui fournir une enveloppe corporelle dans le but de se matérialiser dans le monde réel pour y diriger ses innombrables légions de monstres durant l’invasion de la Terre...

– Pourquoi veux-tu un corps ? lui demande-t-il avec méfiance.

– Pour mieux me comporter... comme les humains...


Les propos de Xilune déconcertent son interlocuteur : au fond de lui, Jérémie a l’impression que le désir qu’elle exprime cache quelque chose, mais paradoxalement, il reste persuadé que cette étrange IA est malgré tout bienveillante...

– Si tu ne veux pas... je comprendrais... le rassure-t-elle en l’étonnant encore davantage.

– Non non ! Heu... c’est juste que je ne suis pas sûr de savoir comment faire...


Bien qu’il suppose que Franz Hopper a pu confectionner un corps à Xana grâce à ses pouvoirs spéciaux d’architecte de Lyoko, le blondinet à lunettes ne possède pas lui-même de tels privilèges.

Cependant, son intelligence exceptionnelle et son expérience aux commandes du supercalculateur rendent Jérémie capable d’accomplir d’impressionnants exploits dans ce monde virtuel qu’il se contente pourtant d’observer sur un écran la majorité du temps :

– Attends, j’ai peut-être une idée...


Xilune étant passée par un scanner, ses données sont désormais entièrement accessibles de la même manière que celles d’un humain qui aurait suivi le même trajet, et le jeune prodige de l’informatique va donc essayer de les soumettre au processus grâce auquel le supercalculateur fournit habituellement aux lycéens virtualisés des avatars basés sur leur subconscient.

– J’espère que ça va marcher... appréhende Jérémie en lançant la procédure.


Et petit à petit, le nuage blanc que forme Xilune se condense par endroits, formant très progressivement les contours d’un avatar humanoïde...

Captivé par le phénomène qui se déroule lentement sous ses yeux, l’informaticien émerveillé finit par distinguer la morphologie de ce corps en pleine création : une silhouette blanche de jeune fille, étrangement semblable à celle d’Aelita...

Cette vision renforce certaines intuitions que le jeune garçon a eues récemment, et il ne peut s’empêcher d’interroger la créature en face de lui :

– Xilune ?... Les pouvoirs surnaturels qu’Aelita a montrés récemment... Ce sont bien...

– Oui... le coupe-t-elle car elle sait parfaitement ce qu’il en est, tout comme elle sait que Jérémie l’a deviné. C’est son père qui lui a confié ces terribles pouvoirs en même temps qu’il lui a restitué les clés de Lyoko que Xana lui avait volées dans le Sixième Territoire... Mais elle ne devrait pas y recourir autant... C’est dangereux pour elle...


Manifestement, Xilune se soucie de la santé d’Aelita, ce qui rassure quelque peu Jérémie qui reste cependant préoccupé par la confrontation imminente avec leurs nouveaux ennemis :

– Et si le Black Phenix nous rattrape... murmure-t-il avec inquiétude. Si les hommes en noir nous retrouvent ici, ou si Carthage attaque Lyoko... Les pouvoirs que possède Aelita seront notre meilleure arme contre eux, n’est-ce pas ?...

– Tu ne comprends pas... rétorque l’entité virtuelle. Ils ne sont pas seulement néfastes pour elle par leur utilisation... Le vrai danger de ces capacités en sa possession... c’est qu’ils pourraient mettre Aelita sur la piste... de ce qu’elle ne doit jamais découvrir...


Un frisson parcourt Jérémie tandis qu’il se rappelle les consignes similaires que lui avait laissées Franz au terme de leur discussion privée à l’Ermitage.

– Mieux vaut qu’Aelita ignore la vraie nature de ses nouveaux pouvoirs aussi longtemps que possible... conclut Xilune.


Jérémie approuve en silence, mais au fond de lui, il redoute évidemment que tôt ou tard, son amoureuse finisse malgré tout par apprendre la vérité.



Laissant l’avatar humanoïde de son interlocutrice virtuelle poursuivre sa lente constitution, le jeune garçon à lunettes décide d’entamer la recherche du père d’Aelita en commençant par remonter dans les listes d’instructions enregistrées dans la mémoire du supercalculateur afin d’essayer d’en savoir plus sur ce qui a bien pu se passer pendant leur absence.

Les rapports d’activité des derniers jours semblent vides, d’ailleurs les déclenchements des Retours vers le passé les plus récents n’y figurent même pas, comme si les données avaient effacées...

Jérémie commence même à craindre que, ne décelant plus aucun signe de vie des huit passagers de l’avion disparu en plein ciel, le créateur de Lyoko ait fini par abandonner tout espoir de les revoir un jour et aurait donc effacé toute trace de son passage avant de prendre la fuite définitivement.

Ce que le jeune garçon ignore, c’est qu’après avoir réparé le Retour vers le passé, Franz Hopper était persuadé qu’Aelita et ses amis avaient été capturés par le Black Phenix, et il a donc entrepris un plan de sauvetage pour aller les délivrer...


Dernière édition par Nelbsia le Lun 09 Nov 2020 23:15; édité 3 fois
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Nelbsia MessagePosté le: Lun 17 Aoû 2020 19:55   Sujet du message: Répondre en citant  
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Épisode #112 : Que des gamins


Résumé de l’épisode précédent :


Après avoir miraculeusement atterri en Corse, les Lyoko-guerriers se sont retrouvés piégés dans un jour sans fin car Franz Hopper s’est mis à lancer des Retours vers le passé chaque nuit sans que les huit adolescents aient aucun moyen de le contacter. En faisant quelques révélations à ses amis pour réfléchir avec eux à ce qui leur arrive afin de trouver une solution, Jérémie a fini par comprendre que Xilune, l’autre programme conçu par Franz Hopper, se trouvait en fait dans William, et que c’était elle qui avait téléporté l’avion en péril pour sauver ses passagers. Lorsque les retours temporels se sont enfin arrêtés, nos héros ont enfin pu rentrer à Paris et se sont précipités à l’usine, mais malheureusement, Franz Hopper a disparu. Laissant ses amis dormir, Jérémie a re-virtualisé Xilune avant d’accepter de lui fournir un avatar humanoïde, puis il a entrepris de fouiller dans la mémoire du supercalculateur pour tenter de savoir ce que le créateur de Lyoko a fait pendant leur absence, mais les opérations récentes semblent avoir été effacées...





(Quatre jours plus tôt, ou plutôt deux vraies journées et deux Retours vers le passé...)

Absorbé dans sa partie de « Penguin Taktik III », Jean-Pierre Delmas, proviseur du collège-lycée Kadic quasiment désert durant l’été, finit par réaliser qu’on frappe à la porte de son bureau, bien qu’il ne s’attendait pas à être sollicité de si bon matin.

Il s’empresse donc de mettre son jeu en pause :

– Hum... Oui ? Entrez ?


Nicole Weber, sa secrétaire, lui annonce une visite inattendue :

– Pardon de vous déranger, il y a là un ancien enseignant de l’établissement qui souhaiterait s’entretenir avec vous, mais il n’a pas pris rendez-vous.

– Un ancien enseignant ? s’étonne Jean-Pierre. De qui s’agit-il ?

– Le professeur Hopper.


Ce nom réveille aussitôt des souvenirs chez le proviseur de Kadic. Franz Hopper, l’éminent professeur qui enseignait les sciences avant de disparaître subitement en 1994, il y a plus de dix ans.

– Faites-le entrer et veuillez nous laisser je vous prie. Pas un mot de cette visite à qui que ce soit, je vous remercie Nicole.


La secrétaire s’éclipse, et Jean-Pierre est pour le moins surpris en voyant que l’homme qui franchit le pas de sa porte a à peine vieilli, mais il se déplace désormais en fauteuil roulant.

– Bonjour, Jean-Pierre.

– Franz ! Que vous est-il arrivé !? s’enquiert le proviseur.

– Un bête accident, mais je vais bien, rassurez-vous.

– Où étiez-vous passé ?? Vous êtes parti si subitement il y a dix ans, j’ai cru que vous aviez eu des ennuis...

– Ne vous en faites pas, je m’étais simplement caché pour échapper aux personnes qui en avaient après moi.


Monsieur Delmas ne sait que trop bien à qui son interlocuteur fait allusion :

– Toujours cette satanée organisation, la « brigade du phénix »...

– Le Black Phenix, corrige Franz. En effet, ils avaient retrouvé ma trace, et j’ai dû disparaître pour un moment.


Jean-Pierre est soudain gêné en se rappelant les circonstances de la disparition du professeur de sciences :

– C’était... C’était Hélène, n’est-ce pas ? C’est elle qui vous a...

– Je ne suis pas venu pour vous parler d’elle, l’interrompt son ancien collègue, mais de votre fille Élisabeth.

– Sissi ? s’inquiète Jean-Pierre qui n’a toujours pas reçu d’appel téléphonique de sa fille depuis son départ vers la Corse la veille. Attendez, qu’est-ce qu’elle a à voir là-dedans ?

– L’avion qui l’emmenait en vacances a été détourné par le Black Phenix. Élisabeth et ses amis on tous été enlevés.


Le proviseur est dévasté :

– Ma Sissi !? Enlevée par ces gens-là !? Mais non !! C’est ridicule !! Pourquoi s’en prendraient-ils à elle ??

– Parce que l’une de ses amies présentes dans l’avion se trouve être ma fille : Aelita.

– Aelita Stones est votre fille ? comprend Jean-Pierre qui avait déjà eu des doutes à ce sujet avant que Jérémie affirme que l’âge de son amie aux cheveux roses ne pouvait pas correspondre à celui de la fille du professeur Hopper qui avait enseigné à Kadic.

– En effet, et c’est pour m’atteindre moi qu’ils ont enlevé Aelita ainsi que ses camarades, dont Sissi.

– Alors il faut prévenir les autorités ! décide Jean-Pierre en saisissant le combiné du téléphone.

– C’est inutile, lui déconseille Franz. Le Black Phenix est une organisation très ancienne, elle possède des ramifications à tous les niveaux du gouvernement, et ils auront tôt fait d’étouffer votre requête, ou de vous faire taire si vous insistez.

– Mais alors que pouvons-nous faire !? trépigne le proviseur. Il n’est pas question que ma fille reste entre leurs sales mains une seconde de plus !

– J’ai un plan pour les libérer.

– Vous ? Pardonnez mes doutes, mais que pouvez-vous faire dans votre état ?

– Justement, c’est pour cela que je suis venu vous voir. J’ai besoin d’une dizaine de lycéens en pleine forme pour mener à bien l’opération de sauvetage...

– Pardon !? le coupe aussitôt Jean-Pierre. Vous voulez utiliser mes élèves pour affronter le Black Phenix !? Mais vous êtes complètement fou !? C’est hors de question, vous entendez !? Je refuse catégoriquement de mettre en danger le moindre élève sous ma responsabilité !!

– Calmez-vous, je vous assure que vos élèves ne courront aucun danger : la bataille qui les attend est strictement virtuelle, mais elle pourrait nous permettre de frapper le Black Phenix au cœur et de libérer ses prisonniers. Et si jamais les choses tournent mal, je vous donne ma parole que je me constituerai moi-même prisonnier de mon plein gré pour que tous les enfants s’en sortent sains et saufs. Mais s’il vous plait, laissez-moi au moins essayer.


Le proviseur se lève et regarde par la fenêtre pour réfléchir, tournant le dos à son interlocuteur :

– Je ne peux pas... Je ne peux pas faire ça... Ce sont mes élèves, je dois garantir leur sécurité quoi qu’il m’en coute...

– Même au risque de ne plus jamais revoir Sissi ? l’interroge Franz.


Jean-Pierre reste muet. De toute sa carrière de proviseur, jamais il n’avait eu à prendre une décision aussi difficile.

– Le Black Phénix nous a déjà pris nos femmes, lui rappelle Franz. Allons-nous le laisser prendre aussi nos filles ?


Le proviseur finit par se retourner :

– Bon, très bien, mais à une condition non négociable !

– Laquelle ?

– Jim vous accompagnera pour veiller sur les élèves !


Franz esquisse un sourire en acquiesçant :

– Entendu, il nous épaulera. À présent, si vous le voulez bien, je souhaiterais sélectionner les élèves les plus aptes à accomplir cette mission.


Jean-Pierre cherche à contrecœur la liste de tous les lycéens parmi ses dossiers :

– Bon, quel profil vous faut-il ? Des jeunes gens intelligents ? Doués en sport ?

– Oui, mais avant tout, je veux qu’ils soient capables de s’entendre et de travailler ensemble vers un but commun. Avez-vous des équipes sportives, par exemple ?

– Hum, oui, bien entendu, parmi les lycéens nous avons notamment une équipe de football, ainsi qu’une équipe de majorettes, toutes deux ont remporté leurs compétitions respectives cette année.


Jean-Pierre présente les onze champions de l’équipe de football et les sept Étoiles de Kadic à Franz qui prend soin de rayer non seulement les passagers de l’avion disparu, mais aussi les quelques élèves risquant d’être mentionnés dans le message du futur alternatif dont Jérémie lui avait parlé :

– Bien, voila déjà huit recrues de choix. Pour compléter l’équipe il me faudrait également un élève particulièrement talentueux en informatique.


Le père de Sissi pense aussitôt à Jérémie Belpois, avant de se rappeler que celui-ci a pris le même avion que Sissi. Celle-ci avait cependant un ami presque aussi doué que Jérémie :

– Hervé Pichon.


Franz reconnait le nom de l’auteur du message du futur alternatif, et demande donc une autre personne sans même expliquer son refus.

Jean-Pierre réfléchit avant de proposer :

– Émilie Leduc. Elle est plutôt solitaire et elle préfère encore les livres aux écrans, mais elle est très intelligente et studieuse. Si vous pouvez lui enseigner ce qu’elle doit savoir, elle apprendra vite. J’ajouterai enfin que, contrairement à Hervé et Jérémie, Émilie a des notes plus que convenables en EPS.

– Parfait, conclut Franz en inscrivant le dernier nom sur sa liste. Faites venir ces neuf élèves à Kadic dès cet après-midi.

– Heu... balbutie le directeur de l’établissement scolaire. Je vous signale qu’ils sont actuellement en congés d’été, certains d’entre eux ont peut-être même déjà quitté la région pour partir en vacances...

– Peu importe, insiste le vieil homme en fauteuil roulant. Trouvez un prétexte pour convoquer en urgence tous ceux qui sont encore dans les parages, nous n’avons pas une minute à perdre.

– Bon, se résout le père de Sissi en décrochant le téléphone pour contacter personnellement les élèves concernés. Par curiosité, comment comptez-vous les convaincre de vous suivre dans cette entreprise insensée ?

– Avec de l’argent et des jeux vidéo, répond l’ancien professeur non sans une pointe d’ironie. Les adolescents ont de l’énergie et des capacités à revendre, à nous de les valoriser pour révéler leur potentiel.





* * *





« Il n’y a personne... », se dit Matthias Burrel en arrivant l’après-midi devant le collège-lycée Kadic dépeuplé durant les vacances d’été.

Ce ne serait pas la première fois que le jeune lycéen étourdi se trompe dans la date d’un rendez-vous, mais pour une fois, il est à l’heure.

Matthias pénètre dans l’établissement et emprunte le couloir menant à la salle de projection où il est convoqué.

En arrivant devant la porte, il rencontre d’autres élèves qui patientent :

– Salut, lui déclarent simultanément Caroline Savorani et Christophe M’bala, deux élèves de sa classe qui attendent main dans la main.

– Euh... Salut, répond Matthias mal à l’aise comme à chaque fois qu’il arrive quelque part et que les regards convergent vers lui.


Émilie Leduc, également dans sa classe, reste froide et muette en croisant les bras.

Matthias sursaute presque en réalisant la présence d’un autre élève adossé au mur, mais celui-ci n’est pas dans leur classe : Alexandre Pépin, avec son étrange sourire impassible et son regard fatigué, adresse un simple hochement de la tête à Matthias en signe de bienvenue.

Une autre élève de la classe inférieure arrive, et Caroline s’avance aussitôt pour lui faire la bise :

– Salut toi !

– Salut, répond timidement Heidi Klinger. Euh... Est-ce que quelqu’un sait pourquoi on est là exactement ?

– Parce qu’on est convoqués par le proviseur, répond sèchement Émilie qui a reçu le même coup de téléphone évasif de la part de Jean-Pierre Delmas.

– Oui mais pour quel motif ? reprend Caroline qui ne connait pas non plus la raison précise de leur présence ici.

– Pour avoir triché à un contrôle d’histoire peut-être ? propose un nouvel arrivant.


Les regards se tournent alors vers Théo Gauthier qui vient d’entrer accompagné de Julien Xao et Romain Le Goff.

– ...Non ? C’est pas pour ça ? demande Théo en dévisageant ses camarades incrédules. Au temps pour moi.

– Moi j’ai pas triché, je vous ai juste donné les réponses, chuchote Julien.

– Ce qui fait de toi le cerveau de l’opération, bravo ! lui rétorque Théo.


Matthias s’inquiète : si ces trois-là sont convoqués pour une fraude lors d’un examen, serait-il lui aussi soupçonné d’en avoir fait autant ? Après tout, lui qui obtient des résultats moyens en dépit de ses efforts, il lui suffit d’une bonne note pour que l’on mette en doute son honnêteté...

– Vous avez vraiment triché pendant un contrôle d’histoire ? les interroge Matthias.

– Qui ? Moi ? Jamais de la vie ! réplique Théo. Romain ? T’as triché toi ?

– Bien sûr que non, répond innocemment Romain.

– Moi non plus, complète Julien impassible.

– Donc si aucun de nous n’a triché, conclut Théo, le tricheur est sûrement parmi vous autres ! Je me demande qui ça peut être... Émilie ! Tu as des bonnes notes, c’est très suspect !


La jeune fille se contente de rouler ses yeux derrière ses lunettes en signe de mépris, et Théo poursuit :

– Tu ne réponds rien ? C’est encore plus suspect ! D’ailleurs Alexandre, tu ne dis rien non plus mais on voit bien que tu caches quelque chose ! Et Heidi, trop innocente pour être crédible ! Pour finir, Caroline et Christophe, le couple diabolique qui... Oh ! Mais j’allais oublier le suspect le plus suspect de tous les suspects : Matthias ! Tout le monde sait que tu es une quiche dans toutes les matières, aurais-tu par hasard été tenté d’améliorer tes notes en TRICHANT ?!

– Quoi !? J’ai jamais triché de ma vie ! se défend Matthias qui est parfaitement sincère mais qui a l’impression de paraître suspect malgré lui.

– Ça va, laisse-le tranquille, s’interpose Caroline lassée de voir Théo prendre un malin plaisir à mettre Matthias mal à l’aise.


Théo continue à voix basse auprès de ses deux acolytes :

– Vous avez vu comment elle l’a défendu ? À mon avis, elle est dans le coup ! Les premières ont sûrement organisé une mafia de triche pour passer en terminale...


Julien renchérit :

– Elle a senti qu’il allait en dire trop et que ça risquait de les compromettre, alors elle est intervenue pour le couvrir...


Romain écarquille les yeux :

– Mais alors si j’ai bien compris, tout le monde triche en fait ?

– Tout le monde sauf nous évidemment ! précise Théo. On est le dernier rempart de la civilisation !


La porte de la salle s’ouvre enfin :

– Entrez et asseyez-vous en silence ! leur ordonne Jim Moralès, professeur de sport et surveillant général de Kadic.


Les neuf élèves obéissent et s’assoient sur les neuf chaises placées devant la scène où les rideaux écartés dévoilent le grand écran sur lequel sont habituellement projetées les vidéos approuvées par monsieur Chardin.

– On va regarder un film ? demande Romain.

– En silence j’ai dit ! le rabroue Jim.


Debout sur la scène, Jean-Pierre Delmas accueille brièvement ses invités :

– Bien ! Chers élèves, tout d’abord merci à tous d’avoir répondu à cette convocation extraordinaire en ce début d’été, je vais à présent laisser la parole au professeur Hopper, un éminent scientifique qui va vous expliquer pourquoi il a besoin de vous aujourd’hui. Sachez que vous n’êtes absolument pas tenus d’accepter la mission qu’il souhaite vous confier, mais avant de prendre votre décision, je vous demanderai de bien vouloir l’écouter très attentivement et jusqu’au bout. Encore merci à vous.


Le proviseur s’éclipse, les élèves échangent des regards inquiets :

– « Besoin de nous » pour « une mission » ?

– Un scientifique ? C’est pour faire des expériences ?

– Silence ! tonne Jim en poussant jusqu’à la scène le fauteuil roulant sur lequel est assis Franz Hopper qui reprend la parole :

– Bonjour à tous. Pardon de vous avoir dérangés durant vos vacances, mais j’ai une proposition très intéressante à vous faire : participer à un « jeu vidéo grandeur nature ».


Les chuchotements reprennent de plus belle, et sur l’écran s’affiche alors une vidéo montrant des décors numériques de différentes couleurs à travers lesquels se déplace la caméra.

– Voici Lyoko. Il s’agit d’un monde virtuel hébergé dans un super-ordinateur, et grâce à une technologie très avancée appelée « Virtualisation », vous allez bientôt pouvoir vous rendre dans ce monde.

– Aller directement à l’intérieur d’un jeu vidéo ??? s’étonne Matthias.

– Il est fou le papy, s’esclaffe Théo.


Caroline se tourne vers Christophe :

– On devrait s’en aller maintenant...

– ON RESTE ASSIS ET ON ÉCOUTE ! s’exclame Jim pour ramener le calme dans le public.


Franz Hopper reprend :

– J’ai besoin de vous pour tester mon « jeu vidéo », mais rassurez-vous, vous serez très bien rémunérés pour cela : cent euros chacun par jour, en sachant que le temps que vous passerez dans le jeu ne s’écoulera pas vraiment sur Terre. Ainsi, considérez cela comme un job d’été où vous serez payés sans devoir sacrifier vos vacances pour autant.


Romain est dubitatif :

– C’est trop beau pour être vrai, y’a forcément une arnaque...

– C’est surtout de la pure science-fiction, lui explique Julien. « Aller dans un monde virtuel », n’importe quoi.


Émilie se lève et se dirige vers la sortie, mais Jim lui barre la route :

– Leduc, tu es priée de retourner à ta place !

– Laissez-moi passer ou j’appelle la police, répond froidement celle-ci.


Franz Hopper l’interpelle en jetant un œil à son dossier scolaire qu’il a sous la main :

– Émilie Leduc : 18,03 de moyenne générale, rentre prochainement en Terminale S, n’as-tu pas envie de savoir pourquoi, au milieu de tous ces élèves en grande forme physique, je t’ai convoquée personnellement ?


La brillante élève se retourne vers son interlocuteur, le regard toujours froid mais la curiosité désormais piquée.

Le professeur poursuit :

– En effet, pour mon jeu vidéo j’ai besoin d’individus sportifs prêts à se battre, mais aussi d’une tête pensante capable de se servir du super-ordinateur pour guider les joueurs et les mener à la victoire, car il ne s’agit pas d’un simple ordinateur personnel mais bien d’un supercalculateur quantique.

Théo croise ses mains derrière sa tête :

– Pour ça vous auriez mieux fait de convoquer Jérémie ou Hervé.


La jeune fille à lunettes n’est pas de cet avis :

– Je suis largement meilleure qu’eux.

– Mais bien sûr, répond ironiquement Heidi à voix basse.


Émilie l’a entendue :

– J’ai sauté une classe et j’ai eu la meilleure moyenne générale à chaque trimestre. Hervé et Jérémie ont désormais un an de retard sur moi.

– Arrête, réplique Heidi. Tu sais très bien qu’ils avaient une meilleure moyenne que toi quand tu étais encore dans notre classe, et ils pouvaient sauter une classe eux aussi, d’ailleurs Jérémie a même failli intégrer une école pour surdoués, mais contrairement à toi ils ont préféré rester avec leurs amis.

– Preuve de leur faiblesse intellectuelle, conclut Émilie.

– J’adore quand deux filles se balancent des vannes, chuchote Théo.


Christophe et Caroline se lèvent et se dirigent à leur tour vers la sortie.

Matthias s’en étonne :

– Vous partez aussi ?

– Tu devrais en faire autant, lui répond Caroline tandis que Christophe émet l’idée d’aller manger quelque chose.


Théo se lève à son tour en s’étirant :

– Bon, désolé professeur Xavier, mais votre histoire ne tient pas la route. Bonnes vacances !


Matthias voit Julien et Romain emboiter le pas à Théo, bientôt imités par Heidi, mais Jim reste planté devant la porte pour leur barrer le passage.

– Allez, quoi ! leur lance Matthias. Écoutez au moins ce qu’ils ont à nous proposer ! Vous n’avez pas envie d’en savoir plus sur leur jeu vidéo avant de prendre une décision ?

– Ce n’est pas un jeu vidéo, murmure discrètement Alexandre à côté de lui.


Franz Hopper allume le microphone pour que sa voix envahisse la salle :

– Vous ne me prenez pas au sérieux, je comprends. Mais je peux au moins vous prouver que la virtualisation existe bel et bien. Jim, c’est à toi.

– Écartez-vous tous ! leur ordonne Jim en brandissant une étrange clé dans sa main et un curieux bracelet à son poignet.

Les élèves reculent avec inquiétude, et devant leurs yeux ébahis, le professeur de sport insère sa clé dans son bracelet et la tourne, ce qui génère des rayons lumineux tout autour de lui tandis que sa combinaison virtuelle se forme sur son corps : une sorte tenue de catcheur rouge et jaune avec un masque et une cape, ainsi qu’un tatouage représentant une tête de taureau enflammé sur son épaule, l’ensemble donnant au surveillant de Kadic une allure burlesque mais néanmoins impressionnante.

La surprise de ses jeunes spectateurs abasourdis provient surtout du fait que leur enseignant a revêtu cet étrange accoutrement coloré par un procédé inexplicable et manifestement surnaturel :

– Quooooi ??! s’étrangle Théo éberlué.

– Comment il a fait ça ?! ajoute Émilie en se retournant vers le professeur Hopper.


Satisfait d’avoir enfin réussi à capter l’attention des lycéens, le vieil homme en fauteuil roulant leur tend les bras :

– Le monde avance, mes chers enfants. Maintenant que vous savez cela, acceptez-vous de m’aider ?





* * *





Avec un vif intérêt mêlant excitation et angoisse, les neuf élèves intrigués ont finalement accepté de suivre leur professeur de sport ainsi que l’étrange personnage barbu qui les a recrutés. Leur appréhension se renforce lorsqu’ils arrivent devant l’usine abandonnée sur le fleuve et qu’ils apprennent que l’ordinateur quantique se trouve dans les profondeurs de ce bâtiment désaffecté, mais leur curiosité collective l’emporte sur leurs inquiétudes individuelles, et ils prennent donc place à bord du monte-charge qui se met en marche puis s’ouvre au niveau du laboratoire où Franz et Émilie s’installent au poste de commande, laissant les neuf autres occupants de l’ascenseur descendre à la salle des scanners.

Les lycéens sont impressionnés en découvrant les trois colonnes lumineuses dorées, tandis que la voix du créateur de Lyoko résonne :

– Vous allez entrer trois par trois dans les scanners. Jim en premier, avec deux volontaires.

– Pas moi ! s’exclame aussitôt Théo.

– Pas moi ! renchérissent Julien et Romain.


Les autres se dévisagent en hésitant.

– Honneur aux dames ? propose Théo en désignant Caroline et Heidi.


Mais Alexandre entre de lui-même dans un scanner.

– Bizarre, chuchote Théo, j’ai toujours cru qu’Alex était un mec.

– Allez ! s’impatiente Jim. Un dernier courageux se manifeste, sinon je désigne moi-même un volontaire !


Christophe sent que Caroline va se proposer alors il s’apprête à y aller avant elle, mais Matthias réunit son courage et passe devant :

– Je suis volontaire !

– Tu nous manqueras, le remercie Théo en le saluant.

– Bien ! conclut Jim. Fermez les yeux et gardez les bras le long du corps, ça va chatouiller un peu ! Wal... euh, Franz, tu peux nous vitalis... nous virtizua... tu peux y aller !

– Merci Jim, reprend Franz Hopper depuis le laboratoire avant de donner ses instructions à Émilie, installée au poste de contrôle. Vas-y, saisis les commandes dans l’ordre que je t’ai indiqué : transfert, scanner, virtualisation. Tape doucement au début pour être certaine de ne pas faire d’erreurs.

– Je ne commets pas d’erreurs, affirme Émilie en effectuant d’un geste sûr les différentes manipulations. Transfert Jim. Transfert Alexandre. Transfert Matthias. Scanner Jim. Scanner Alexandre. Scanner Matthias. Virt...

– Stop ! l’interrompt subitement son mentor qui vient de remarquer une anomalie sur l’écran. Tu as changé les coordonnées d’arrivée ?

– Pas du tout, rétorque Émilie, j’ai scrupuleusement recopié les coordonnées que vous m’aviez données.

– Oui mais tu as modifié les coordonnées qui étaient attribuées à chaque joueur, n’est-ce pas ? précise le professeur.

– Ben oui, confirme la jeune fille, parce que malgré les coordonnées entrées au départ, les valeurs attribuées étaient inexactes, alors je les ai toutes rectifiées pour mettre les bonnes.


Franz agite son doigt en signe de négation :

– Si les coordonnées attribuées individuellement varient légèrement par rapport à la valeur initiale, c’est pour que les joueurs atterrissent à quelques mètres les uns des autres. Là, si tu leur mets à tous exactement la même valeur d’arrivée, leurs avatars vont apparaître exactement au même endroit, ce qui va poser problème.

– Ah d’accord...

– Re-tape les coordonnées initiales et laisse l’ordinateur attribuer les coordonnées individuelles automatiquement.


Émilie obéit et achève enfin le processus :

– Virtualisation.





...

– Tu peux ouvrir les yeux, Burrel ! annonce Jim.


Matthias finit par ouvrir timidement un œil, puis l’autre, et il découvre alors le territoire du Désert, avec ses décors orangés et son ciel chaleureux.

Devant lui, l’avatar du surveillant de Kadic est identique à l’accoutrement bigarré qu’il a déjà montré sur Terre, mais avec une texture virtuelle rappelant celles des jeux vidéo ou des films en images de synthèse.

Subjugué par l’apparence de son professeur de sport, Matthias ne s’attend pas à ce que celui-ci le complimente en retour :

– Chouette armure !


L’élève surpris regarde alors ses mains et son propre corps pour s’apercevoir qu’il est vêtu d’une tenue métallique grise, à mi-chemin entre une armure de chevalier du Moyen-Âge et une combinaison de protection moderne.

Trois autres avatars se forment alors à proximité : Romain, dans un justaucorps complet marron orné de gros blocs incolores qui prennent soudain la teinte du sol du Désert lorsqu’il atterrit, Julien, armé d’un bâton et vêtu d’une tenue bleu ciel et orange avec des cornes sur la tête, et Théo, dont l’avatar brun et jaune pourvu de deux sabres ressemble beaucoup à celui d’Ulrich Stern dont les couleurs auraient été inversées, mais seul Franz Hopper aura fait le rapprochement.

– J’ai trop la classe ! s’exclame Théo en agitant ses lames.


Apparaissent enfin les trois derniers participants : Heidi, dans une robe blanche à bordures dorées avec une baguette magique étoilée, Christophe, dans une combinaison rouge, vert, et jaune, évoquant une tenue de sport futuriste, et pour finir Caroline qui ne comprend pas pourquoi tous les regards se tournent vers elle avant de s’apercevoir que sa tenue noir et rose est pour le moins affriolante.

– Hé !? Pourquoi je suis habillée comme ça !? panique-t-elle en cachant son corps avec ses mains tandis que Christophe se place devant elle pour empêcher les autres de regarder.

– C’est peut-être généré aléatoirement, suggère Julien. T’as juste pas eu de chance.

– On n’est pas là pour juger les apparences ! s’exclame Jim. Échauffez-vous bien, l’entrainement va commencer !

– Non mais il est pas question que je m’entraine comme ça ! rétorque Caroline.

– Bah sinon tu peux toujours faire le cyber-trottoir ! plaisante Théo.

– Un bon conseil : ferme-la, assène Christophe qui n’a pas du tout apprécié cette plaisanterie.


Mais Théo se sent invincible avec ses deux sabres :

– Haha ! Tu crois pouvoir te mesurer au terrible samouraï ambidextre !?

– Je veux changer de tenue ! s’écrie Caroline à l’adresse des deux opérateurs du supercalculateur.


Franz prend la parole :

– Vos avatars sont basés sur votre subconscient, il peut donc arriver que vous soyez déçus ou gênés par le résultat, mais c’est sans importance. Ce qui compte, ce sont vos capacités en tant que combattants virtuels.

– Et comment je suis censée me battre habillée comme ça ?! s’énerve Caroline qui n’accepte toujours pas le résultat de sa virtualisation.

– Arrête de faire ta princesse et écoute-moi, lui répond Émilie qui était en train d’analyser ses compétences. Tu possèdes deux fouets énergétiques attachés à ta ceinture, ils sont élastiques et ils se terminent en pointe, donc tu peux t’en servir soit pour frapper tes adversaires, soit pour t’accrocher à un objet et te tirer vers lui.


Malgré son mécontentement, Caroline se décide à saisir ses deux fouets et commence à donner des coups dans le vide pour se familiariser avec ses armes. Aussitôt, elle s’aperçoit qu’elle maîtrise pleinement la trajectoire de ses coups, et elle parvient à placer des claquements avec une précision chirurgicale.

Voyant l’habileté avec laquelle Caroline utilise ses fouets, Théo chuchote à ses comparses :

– Vous croyez qu’elle utilise aussi un fouet quand elle et Christophe font...


Sa phrase est interrompue par un claquement soudain à deux centimètres de son oreille :

– Aïe ! Non mais ça va pas !?


Caroline le menace :

– À partir de maintenant je ne veux plus entendre le moindre commentaire sur ma tenue, c’est bien compris ?

– Oh, madame fait la maligne parce qu’elle a deux fouets !? réplique Théo en se mettant en garde. Eh bien moi j’ai mieux : j’ai deux...


Mais la fin de sa phrase disparait encore dans un double claquement qui le dépossède de ses deux sabres.

– Euh... J’ai deux... balbutie Théo désarmé. J’ai deux amis qui ont le sens de l’humour, contrairement à toi ! Voila !

– Ouais ! approuve fièrement Romain.

– Non, moi je vous connais pas, plaisante Julien.


Jim frappe dans ses mains pour ramener la discipline dans les rangs :

– Hop hop hop ! Démonstration suivante !

– Christophe, l’interpelle Émilie, fais apparaître une boule avec tes mains.

– Quoi ? répond l’intéressé.

– Fais apparaître une boule avec tes mains, répète l’opératrice.

– Euh, ouais, d’accord, mais je fais comment ?


La jeune fille soupire :

– Tu mets tes mains devant toi, comme si tu tenais une grosse boule de la taille d’un ballon, tu te concentres et tu la fais apparaître. Je te rappelle que tu es dans un monde virtuel, donc c’est possible.

– OK... répond Christophe en mimant un ballon devant lui mais malheureusement rien ne se produit. ...Nan, ça marche pas.

– Donne-lui le nom de son pouvoir, suggère Franz en indiquant à Émilie le nom indiqué sur l’écran. C’est plus facile pour mémoriser la sensation.

– Christophe, dis : « Extra-Ball » pour voir ?


Celui-ci obtempère :

– « Extra-Ball »...


À sa grande surprise, une sphère lumineuse se déploie entre ses mains et grossit jusqu’à former un ballon métallique chargé d’énergie qui crépite à sa surface.

– OK, j’ai réussi ! annonce Christophe qui s’étonne lui-même.

– Bien, conclut Émilie. Tu peux lancer cette balle contre tes ennemis en la jetant avec ta main ou en la frappant avec ton pied.

– Comme au foot-balle aux prisonniers, observe Romain avec l’approbation de Jim.

– Merci Romain, tu pourras lui expliquer les règles du jeu à ma place alors, ironise Émilie avant de poursuivre. Christophe, tu peux aussi courir très vite et sauter très haut, et pour finir tu peux compresser ta balle pour lui donner une forme pointue afin d’augmenter sa vitesse de vol et sa puissance à l’impact.


Le grand gaillard aux dreadlocks écrase donc sa balle entre ses mains pour lui conférer une forme en pointe tout en la chargeant d’énergie.

– Ah ? Là c’est du rugby ! constate Romain.

– Ou bien du football américain, complète Jim.


Christophe appuie sur les pointes de sa balle pour qu’elle retrouve sa forme sphérique, puis il commence à la faire rebondir et à jongler avec, tantôt avec ses mains, tantôt avec ses pieds. Étant très doué en sport, il maîtrise sans peine son ballon énergétique et se permet donc quelques acrobaties d’autant plus spectaculaires qu’elles sont amplifiées par les déplacements améliorés de son avatar virtuel.

– Rien d’extraordinaire, commente Théo qui ne se laisse pas impressionner. On est tous bons en sport ici. Enfin, à part Matthias...


Christophe frappe alors son ballon pour l’envoyer très haut à la verticale, avant de mettre en garde Théo :

– Baisse-toi.

– Quoi ?


Le grand sportif bondit à la rencontre de son ballon qu’il percute d’une monumentale reprise de volée pour l’envoyer droit sur Théo, lequel a juste le temps de se jeter à terre afin d’éviter le projectile surchargé qui va s’écraser contre un rocher plus loin, laissant un cratère à l’impact.

– Bon ça suffit ! s’énerve Théo en se redressant. Si tout le monde a décidé de tester ses pouvoirs sur moi, je veux qu’on me donne les moyens de me défendre ! Émilie ! Je fais quoi avec mes sabres !?


La jeune fille était déjà en train d’analyser les pouvoirs de son interlocuteur :

– « Supersprint » te permet de courir à une très grande vitesse, « Triplicata » crée deux copies de ton avatar pour tromper tes adversaires, et « Impact » accroit la puissance de ton sabre au moment précis où tu le plantes dans ta cible.

– Triplicata ! s’exclame aussitôt Théo pour faire apparaître deux répliques de lui-même.

– Génial, soupire Caroline, maintenant on va devoir en supporter trois.

– C’est l’heure de régler les comptes ! se réjouit Théo. Supersprint !


Les trois samouraïs s’élancent en vitesse accélérée et encerclent Caroline et Christophe en tournant autour d’eux.

Ce dernier fait alors apparaître une nouvelle balle énergétique et la lance aussitôt pour percuter l’un des trois assaillants, tandis qu’un second s’écroule au sol car sa cheville a été attrapée par un coup de fouet de Caroline, avant que le vrai Théo bondisse sur les deux amoureux, prêt à les transpercer à l’aide de ses sabres :

– IMPACT !


Mais en un éclair, son élan est coupé par une main qui le saisit fermement au sternum pour le plaquer dos au sol :

– On ne frappe pas ses camarades ! le réprimande Jim qui vient d’utiliser son pouvoir « Coup de théâtre » pour intercepter Théo.

– Mais on est dans un jeu vidéo ! rétorque ce dernier qui ne comprend pas pourquoi on l’empêche d’attaquer les autres « joueurs ». Vous nous avez dit que si on meurt ici on réapparait juste dans le monde réel !

– Si vous perdez tous vos points de vie, explique le créateur de Lyoko, votre avatar disparait ce qui vous ramène dans les scanners, mais il faut ensuite attendre plusieurs heures pour que votre avatar se reconstitue et que vous puissiez retourner sur Lyoko. Donc cessez de vous entre-tuer, nous n’avons pas de temps à perdre.

– Mais alors on tape sur qui ? demande Théo tandis que Jim le relâche pour le laisser se relever.


Franz indique à Émilie comment activer une tour pour faire apparaître des monstres :

– On vous envoie des Kankrelats sur lesquels vous pourrez vous faire la main. Leurs rayons laser ont été paramétrés pour ne vous infliger aucun dégât, mais entrainez-vous à les détruire sans être touchés par leurs tirs.


Les Kankrelats apparaissent non loin des Lyoko-guerriers, et Théo fonce les combattre, suivi par Christophe et Caroline qui, bien que méfiants depuis le début, sont rapidement emballés par leur premier affrontement dans ce qu’ils croient toujours être un jeu vidéo.

– Ça a l’air trop bien ! les envie Romain en les regardant de loin.

– À mon tour ! Prem’s ! s’exclame Julien qui veut lui aussi être de la partie.

– Deuz’ ! ajoute précipitamment Romain qui n’a pas été assez vif pour être le prochain à connaître ses pouvoirs.


Émilie réduit la fenêtre de génération de monstres pour retourner sur l’analyse des capacités :

– Julien, tout réside dans ton bâton : le côté orange représente le feu, et le côté bleu c’est la glace. Si tu plantes le bout orange dans le sol ça déclenche une petite explosion pour te propulser, si tu plantes le bout bleu ça gèle le sol pour le rendre glissant.

– Frapper le sol c’est sympa, commente Julien qui vient d’essayer l’explosion et le gel, mais moi je veux frapper des ennemis !

– J’allais y venir, reprend Émilie sur un ton agacé car elle n’aime pas qu’on l’interrompe pendant ses explications. Les extrémités de ton bâton peuvent se détacher tout en étant reliées au manche par une chaîne, un peu comme un fléau ou un nunchaku : le bout orange en mode « nunchaku » inflige davantage de dégâts par une brûlure qui dure quelques secondes, et le bout bleu séparé gèle les ennemis ce qui ralentit leurs mouvements.

Julien actionne le détachement des extrémités de son bâton qui s’entourent alors d’un halo de feu et d’un halo de glace :

– C’est pas un nunchaku, c’est un shao-zi-gun ! corrige-t-il avant de se lancer à l’assaut des Kankrelats.

– À moi ! À moi ! trépigne Romain pour qu’on ne l’oublie pas.


L’opératrice est excédée par l’attitude puérile de ses « coéquipiers » :

– Pourquoi vous avez choisi ces gamins ? glisse-t-elle à Franz avant de reprendre la lecture des pouvoirs. Romain, les deux gros blocs sur tes mains peuvent s’allonger en pointe pour frapper tes adversaires à coups de poing. Tu peux aussi accroître le volume des blocs sur tout ton corps afin d’adopter une forme sphérique et ainsi percuter tes ennemis.

– Euh... Redis-le sans les mots compliqués ? balbutie Romain en déplorant l’absence de ses deux amis pour vulgariser les explications savantes de son interlocutrice.


Émilie se frotte les yeux avec lassitude :

– Tu peux te rouler en boule pour devenir un gros caillou et foncer dans le tas, là t’as compris ?

– Cinq sur cinq ! répond fièrement Romain en commençant à faire gonfler les blocs sur son corps.

– Et enfin, termine Émilie, tu peux poser tes deux mains au sol afin de devenir aussi solide et immuable que le décor... j’aurais pas dû dire « immuable »...

– Laisse tomber, il est déjà parti, déclare Heidi en voyant Romain rouler vers les Kankrelats.

– Tant pis pour ce boulet, conclut l’opératrice en passant à l’avatar suivant. Heidi, ta ridicule baguette magique te permet de lancer des étoiles lumineuses, débrouille-toi avec ça. Matthias, tu...

– HÉ OH !! l’interrompt sévèrement Jim. Non mais tu nous fais quoi là !? Ton rôle est de guider les troupes sur le terrain vers la victoire ! Alors tu vas me faire le plaisir de ravaler ton caractère de cochon, ensuite tu respires un bon coup et tu nous donnes les pouvoirs de Klinger en détail ! Et que ça saute !


Franz se montre plus compréhensif envers Émilie :

– Si tu souhaites faire une pause, je peux prendre le relai.


Émilie retrouve son calme :

– Inutile, j’ai juste essayé d’accélérer un peu les choses, mais bref, passons. Heidi, ta baguette magique te permet de tirer une étoile d’énergie vers un ennemi, ou bien vers le ciel pour que l’étoile reste suspendue, jusqu’à ce que tu abattes ta baguette magique afin que toutes les étoiles que tu as suspendues tombent en direction d’un adversaire. Les étoiles suspendues qui tombent sont des « étoiles filantes », elles infligent plus de dégâts, et lorsqu’elles détruisent un ennemi, celui-ci éclate en libérant des petits fragments lumineux qui remontent les points de vie de tes alliés lorsqu’ils les touchent. De plus, si tu te sers de l’étoile au bout de ta baguette pour repousser un rayon ennemi, le rayon repoussé devient lumineux et restitue alors des points au premier allié qu’il touche. Pour finir, tu as le « Luminéclat » : en faisant tourner ta baguette magique autour de toi avant de la dresser au-dessus de ta tête, ça génère une onde lumineuse qui éblouit les ennemis alentour, ce qui les aveugle pendant quelques secondes, à condition qu’ils soient tournés vers toi au moment où la vague lumineuse se propage. C’est bon ? T’as tout retenu ou il faut que je recommence point par point ?

– Ça ira, répond Heidi en se dirigeant sans se presser vers les Kankrelats tout en éparpillant quelques étoiles dans les airs.

– Tant mieux, conclut Émilie. Matthias ? Tu m’écoutes ?

– Euh... oui ? répond l’intéressé en tâchant de se concentrer.

– Bien. Tu possèdes une sorte de bâton très court et inoffensif en apparence, mais rassure-toi : lorsque tu frappes avec, ça déploie automatiquement une lame énergétique au bout du bâton, donc en fait tu mimes un coup et le bâton fait le reste. Essaye pour voir ?

– Euh... oui, d’accord...


Matthias donne alors un coup dans le vide avec son bâton, sans que rien ne se produise.

Il s’apprête à affirmer que ça ne fonctionne pas, mais la seconde d’après, une imposante lame d’énergie rouge en forme de hache apparaît momentanément au bout de son bâton, faisant sursauter son propriétaire :

– Aaaah ?!

– Je suppose que ça a fonctionné, en déduit Émilie. Maintenant, si tu tiens ton bâton horizontalement devant toi avec tes deux mains comme un guidon de vélo, ça devrait déployer des réacteurs pour te permettre de voler. Vas-y, essaye.


Matthias tient son bâton horizontalement, comme le lui a demandé la jeune fille, mais au lieu des réacteurs attendus, c’est une large roue énergétique rouge qui se forme devant lui, et lorsqu’elle touche le sol, Matthias est subitement emporté vers l’avant à une vitesse vertigineuse, comme entraîné par une monture incontrôlable :

– AAAAAAAAAAH !?!

– Qu’est-ce qui se passe ?? s’inquiète Émilie en voyant sur son écran le point de Matthias foncer tout droit.

– Jim ! Rattrape-le avant qu’il tombe ! s’exclame Franz.


Les cris de Matthias attirent l’attention des autres Lyoko-guerriers qui voient leur camarade traverser rapidement une grande distance tout en tâchant de tourner pour éviter les obstacles, ses jambes volant derrière lui à cause de la vitesse à laquelle le tube circulaire rougeoyant l’emporte.

– Hé ! Il va où ? s’étonne Romain.

– Il va tomber dans le vide ! réalise Caroline en envoyant Christophe à son secours.


Matthias continue de crier, agrippé à son bâton dont la roue énergétique qu’il génère va pourtant le précipiter dans la mer numérique, mais Jim l’intercepte à temps, lui faisant lâcher son arme qui tombe dans le vide.

– Pas de bobo ? demande le professeur de sport en aidant son élève à se relever.

– N... Non... Je... J’ai juste perdu mon bâton... répond fébrilement Matthias en tremblant comme une feuille.

– Qu’est-ce qui s’est passé ? demande Christophe qui vient de les rejoindre, bientôt rattrapé par les autres lycéens.

– Burrel devait avoir des réacteurs pour voler, répond Jim, mais finalement il s’est retrouvé avec une roue enragée qui a bien failli le conduire dans le ravin ! Leduc, une explication ?

– J’ai lu ce qui était écrit, se défend Émilie tandis qu’à côté d’elle, Franz Hopper est également dans l’incompréhension.

– Et tu n’aurais pas fait, comment dire... une ERREUR, par hasard ? suggère Théo qui ne rate pas une occasion de provoquer chacun de ses camarades.

– Oh, arrête !! s’énerve Émilie. J’ai tout fait correctement depuis tout à l’heure ! VOUS, vous faites tout le temps des erreurs, pas moi ! C’est pour ça qu’on m’a choisie pour ce poste, pendant que vous vous amusez dans votre bac à sable !


La dispute s’envenime, soutenue par l’arrogance d’Émilie et les provocations de Théo, jusqu’à ce qu’Heidi s’aperçoive qu’il manque quelqu’un depuis leur arrivée sur Lyoko :

– Hé !? Il est où Alexandre ??

– Quoi ?

– Alexandre ! Est-ce que quelqu’un l’a vu depuis qu’on a atterri ici ??


Chacun regarde aux alentours, Jim fronce les sourcils :

– Maintenant que j’y pense, j’ai vu Burrel apparaître, mais je ne crois pas avoir vu Pépin...

– Peut-être qu’il a raté sa virtualisation, déclare Caroline avec inquiétude.

– Ça voudrait dire que quelqu’un a commis une ERREUR, poursuit Théo en faisant évidemment allusion à l’opératrice qui s’est occupée de leur virtualisation.

– Ferme-la, il est juste à côté de vous, réplique froidement Émilie qui voit bien sur son écran le point du soi-disant « absent » se déplacer lentement près de ses coéquipiers.

Vêtu d’un long manteau gris clair et gris foncé, avec un très long fusil doré attaché dans son dos, Alexandre apparaît enfin aux yeux de tous :

– Bouh.

– ...Attends, t’étais invisible depuis tout à l’heure ?? l’interroge Caroline qui est aussi surprise que le reste de l’équipe.

– Il peut rester invisible tant qu’il n’attaque pas et qu’il se déplace lentement, précise Émilie en lisant les compétences d’Alexandre. Quant à son arme, c’est une « faux-sniper ».

– Un faux sniper ? s’étonne Romain.

– UNE faux-sniper, rectifie Émilie. Alex, montre-leur sinon ils ne vont rien comprendre.


Alexandre saisit alors son fusil dont l’épaisse lunette de visée et le pointeur lumineux indiquent qu’il s’agit effectivement d’un fusil de précision pour des tirs à longue distance, quand soudain, la lunette se rétracte et une longue lame courbée se déploie sous le canon perpendiculairement à celui-ci, formant une faux pouvant trancher des adversaires au corps à corps.


– Stylé, commente Julien.

– Bof, rétorque Théo en haussant les épaules. Si on trouve un champ de blé, il pourra tirer sur les oiseaux et faucher la récolte, mais à part ça...

– Bon, on peut retourner dégommer des monstres ? s’impatiente Romain.


Le créateur de Lyoko est toujours en train de chercher à comprendre pourquoi les pouvoirs de Matthias ne sont pas conformes à ce qu’indiquent les analyses, mais l’entraînement doit reprendre :

– Très bien, maintenant que vous connaissez tous vos pouvoirs, on va vous envoyer des monstres un peu plus gros, avec des attaques variées.

– Et pour mon bâton ? demande Matthias qui se voit mal affronter des monstres sans son arme.

– Il est déjà réapparu dans ton dos, l’informe Émilie tout en programmant les vagues de monstres à venir.

– Oh ? Ah oui, merci beaucoup ! se réjouit Matthias en brandissant son bâtonnet avant de se mettre en garde.

– Évite de t’en servir en mode horizontal avant qu’on ait découvert pourquoi ce pouvoir dysfonctionne, lui recommande Franz tout en faisant signe à Émilie de lancer la première vague.


Quatre Bloks et quatre Krabes apparaissent alors autour des Lyoko-guerriers, lesquels sont surpris par la taille impressionnante de leurs nouveaux adversaires, mais Théo ne se dégonfle pas :

– Ça tombe bien, je commençais à me lasser des Kankrelats ! Supersprint !





* * *


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Dernière édition par Nelbsia le Mar 01 Sep 2020 07:52; édité 1 fois
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Nelbsia MessagePosté le: Lun 17 Aoû 2020 19:55   Sujet du message: Répondre en citant  
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Sous la surveillance et les encouragements de Jim, les nouvelles recrues de Franz Hopper passent le reste de l’après-midi à combattre les vagues de monstres envoyées par Émilie, maîtrisant de mieux en mieux leurs différentes capacités. Théo, Julien et Romain se jettent sur les créatures dès qu’elles apparaissent, Christophe et Caroline combattent en duo pour surveiller leurs arrières mutuellement, Heidi reste à distance du danger mais place tout de même quelques étoiles filantes qui atteignent leurs cibles, et Alexandre se manifeste de temps à autre pour faucher des monstres isolés sans qu’ils l’aient vu venir, avant de disparaître à nouveau. Seul Matthias semble encore en difficulté avec son bâton, car sa hache énergétique rouge apparait toujours avec une seconde de retard sur le coup qu’il vient de donner, ce qui lui vaut quelques frayeurs face à ses adversaires, mais surtout les rires de Théo et Julien qui le surnomment désormais « Monsieur Mime ».

Caroline finit par soulever une question :

– Bon, détruire des monstres c’est amusant cinq minutes, mais en dehors de ça, c’est quoi le but du jeu ?

– Faire le meilleur score ! s’exclame Théo en bousculant Julien pour lui voler le dernier Krabe qu’il transperce avec son sabre.

– Même ici tu voles mes kills ? s’indigne Julien en rétractant les deux extrémités de son bâton.

– La question de Caroline est pertinente, reprend Matthias en se tournant vers Jim. On n’est pas censés avoir une mission précise ? Une quête à accomplir ? Un boss à vaincre ? Une princesse à sauver ?

– Ça, faut voir avec l’architecte, répond le surveillant de Kadic qui préfère visiblement ne pas en parler lui-même.


Franz Hopper prend donc la parole :

– Pour l’instant, Lyoko ne comporte que quelques terrains d’entrainement. Le vrai défi aura lieu dans un autre monde virtuel appelé le « Next World » où je vous enverrai quand j’estimerai que vous serez prêts.

– Moi je suis prêt ! affirme Théo certain d’avoir éliminé le plus grand nombre de monstres.

– J’en doute fort, rétorque Franz. L’entrainement d’aujourd’hui avait pour but principal de vous familiariser avec vos compétences virtuelles, et c’est pour cela que j’ai désactivé les dégâts des monstres qu’Émilie vous a envoyés, mais je peux voir sur les statistiques de vos combats que certains d’entre vous n’ont pas fait l’effort d’éviter les tirs ennemis.

– À mon avis il parle de nous, comprend Romain à voix basse.

– Oh mais s’il n’y a que ça pour vous faire plaisir, fanfaronne Théo en agitant ses sabres, vous n’avez qu’à envoyer une dernière vague de monstres en réactivant leurs dégâts, et je vous parie qu’ils seront tous détruits sans m’avoir enlevé un seul point de vie !

– Hé, on avait dit que c’était terminé pour aujourd’hui, lui rappelle Caroline qui a hâte de rentrer chez elle.

– Allez, rien qu’une dernière vague avec des dégâts ! insiste l’intrépide lycéen. De toute façon vous allez nous dévirtualiser pour nous ramener sur Terre, donc autant nous laisser affronter des monstres à balles réelles, comme ça, ceux d’entre nous qui se feront abattre n’auront même pas besoin d’être rematérialisés, ce qui évite de faire les frais d’une nouvelle erreur de la part d’Émilie !


Celle-ci s’apprête aussitôt à générer des monstres capables de faire taire Théo, mais Franz lui donne une consigne légèrement différente :

– J’ai une meilleure idée. Vous voyez la tour située au sud de votre position ?


Les regards se tournent vers l’édifice qui perce le ciel non loin de là, et le créateur de Lyoko poursuit :

– Au lieu de détruire de simples monstres d’entraînement, vous allez devoir défendre cette tour contre des adversaires un peu plus coriaces.

– Et si on réussit, vous nous envoyez directement dans l’autre monde virtuel pour le vrai défi ? propose Théo en sprintant jusqu’à la tour.

– On en rediscutera si vous parvenez effectivement à vaincre les adversaires qui arrivent, répond Franz en dictant à sa jeune élève des manipulations compliquées passant notamment par la mémoire du supercalculateur. Êtes-vous prêts ?


Les Lyoko-guerriers se réunissent au pied de la tour et se mettent en garde aux côtés de Théo sans forcément partager l’enthousiasme qui l’anime :

– Quand vous voulez !


Émilie finalise donc la procédure, faisant apparaître sur Lyoko quatre spectres reproduisant les capacités des tout premiers Lyoko-sauveurs dans leurs tenues d’origine : Ulrich avec son kimono et son unique sabre, Yumi maquillée de blanc dans sa robe de geisha, Odd le chat violet aux épaules apparentes, et Aelita en elfe des forêts avec ses oreilles pointues et sa jupe rose.

– ...C’est une blague ? demande Théo qui s’attendait à voir surgir des monstres terrifiants. C’est qui, ces minus ?

– Je les reconnais ! s’écrie Heidi. C’est la bande de Jérémie Belpois !

– Ah bon ? s’étonne Romain.

– Jérémie a des copains en maternelle ? renchérit Théo.

– Je suis sûre que c’est eux ! insiste Heidi. La petite avec les cheveux roses c’est Aelita Stones ! Le chat avec les cheveux en pointe c’est Odd Della Robbia ! Le garçon avec le sabre c’est Ulrich Stern, et la grande Asiatique c’est Yumi Ishiyama !

– Ah oui, maintenant que tu le dis ! reconnaît Matthias.


Émilie se retourne vers son mentor en fronçant les sourcils :

– Vous pouvez m’expliquer ce que ça signifie ?


Franz sourit :

– En effet, les spectres que vous avez devant vous reproduisent les avatars de quatre élèves de Kadic qui ont combattu sur Lyoko il y a des années, lorsqu’ils étaient au collège. Ils ont tenu tête à un virus informatique nommé Xana, et ont affronté des dangers que vous ne pourriez imaginer. Si j’ai décidé de vous mesurer à eux, c’est simplement pour vous montrer que vous manquez encore d’expérience, et surtout, d’esprit d’équipe.

– Frapper des petits collégiens à huit contre quatre, rétorque Christophe, ça demande pas tellement d’esprit d’équipe...

– On verra bien, déclare sereinement Franz. Si Aelita parvient à entrer dans la tour, vous avez perdu. Que la partie commence !


Théo s’élance aussitôt en Supersprint, mais il trébuche lorsqu’un monticule de décor apparait sous ses pieds, généré par le don de création du spectre-Aelita.

– Hé ! C’est quoi ce délire !? se plaint-il en se relevant.

– Attention ! lui crie Caroline pour l’avertir du danger.


Théo croise par réflexe ses sabres pour bloquer le coup du spectre-Ulrich qui s’apprêtait à le dévirtualiser :

– Bien essayé, microbe ! conclut-il en retirant un de ses deux sabres pour le planter dans le spectre qui disparait. Un de moins, au suivant !


Sa confiance en lui est cependant entamée lorsqu’il découvre le spectre-Ulrich bien vivant devant lui :

– Hein ? Comment il...AAAAH !?


Le vrai spectre-Ulrich transperce Théo par derrière, et celui-ci disparait en comprenant qu’Ulrich possède lui aussi le pouvoir Triplicata, et qu’il s’est donc fait berner par les deux répliques.

– « Un de moins, au suivant ! », répète ironiquement Émilie derrière son écran tandis que les nouveaux Lyoko-guerriers sont désormais inquiets face à l’efficacité des anciens.

– Ils ont eu Théo ! s’alarme Heidi.

– Hé ! Faites gaffe ! Il va faire quelque chose ! s’exclame Matthias en désignant le spectre-Odd dont le bras est tendu vers eux.


Trois flèches-laser s’échappent du poing du félin : Christophe évite habilement la première, Heidi panique en se cachant derrière sa baguette magique qui bloque la deuxième flèche par chance, mais la troisième flèche atteint Matthias en pleine tête alors que celui-ci tentait de la repousser d’un coup de hache dont la lame est encore apparue trop tard.

– Romain ! l’interpelle Caroline. Solidifie-toi pour qu’on puisse se cacher !

– Hein ? répond celui-ci.

– Fais ce que je te dis ! lui ordonne-t-elle en voyant le spectre-Odd qui s’apprête à tirer à nouveau.


Romain pose ses mains au sol, faisant gonfler les blocs de sa tenue et devenant solide comme le décor pour que ses coéquipiers s’abritent derrière lui tandis que les nouvelles flèches du spectre ricochent contre son corps immobile sans lui infliger des dégâts.

– Et maintenant ? demande Julien avant qu’un sifflement perce les airs.

– AAAH !! s’écrie Heidi dévirtualisée par l’éventail du spectre-Yumi dont la trajectoire a contourné Romain pour atteindre ceux qui se cachaient derrière lui.

– OK, on est fichus... se résigne Caroline en comprenant qu’ils ne sont en sécurité nulle part.

– Qu’est-ce que c’est que cette mentalité de perdants !? leur crie Jim qui observe l’affrontement depuis le début. Vous abandonnez sans même avoir combattu !? Au moins, avec Gauthier, il y avait du spectacle !

– Et on est censés faire quoi !? réplique Caroline. On se fait dévirtualiser en deux secondes, même en restant cachés !

– Eh bien il serait peut-être temps d’arrêter de se cacher pour contre-attaquer ! suggère Jim qui a maintes fois enseigné à ses élèves que la meilleure défense, c’est l’attaque.


Christophe approuve en faisant apparaître son ballon énergétique :

– Essayons d’en éliminer au moins un ou deux avant de partir...


Julien acquiesce :

– Si tu y vas, je te suis.


Caroline n’a pas de meilleure idée à proposer :

– Bon, en avant pour une dernière charge héroïque. Romain, tiens-toi prêt.

– C’est parti ! annonce Christophe en lançant sa balle très haut dans les airs.


Aussitôt, des flèches-laser fusent en direction de la balle de Christophe, puis celui-ci saute verticalement pour frapper son projectile énergétique en retournée acrobatique et l’envoie droit vers les spectres qui s’écartent de sa trajectoire avant que le ballon s’écrase en fracassant le sol.

– Yahaaa ! s’écrie Julien en fonçant vers les spectres destabilisés tout en faisant tournoyer son bâton avec un air menaçant.


Le spectre-Odd s’apprête à tirer sur Julien, mais voit soudain Romain roulé en boule qui lui fonce dessus, forçant le félin à bondir pour éviter d’être percuté, et Julien en profite alors pour asséner un coup de bâton flamboyant au spectre violet qui disparait.

– Je l’ai eu ! triomphe Julien avant d’être transpercé par le sabre du spectre-Ulrich. Oh non...


Voyant son camarade disparaître, Romain revient aussitôt à la charge en se jetant sur le spectre-samouraï qui l’évite sans problème, mais le robuste lycéen parvient tout de même à bloquer les coups de sabre grâce aux épais blocs qui protègent son corps.

De son côté, Caroline dispute un duel acharné contre le spectre-Yumi en interceptant les éventails grâce à ses fouets, mais sans réussir à atteindre la Japonaise qui esquive les coups avec une agilité déconcertante.

Entendant un éventail revenir derrière elle, Caroline décide de l’attraper du bout de son fouet avant de le projeter aussitôt vers le spectre-Yumi qui croit éviter un simple coup de fouet en faisant une souplesse arrière, mais l’éventail se détache du fouet et lui revient en pleine tête, dévirtualisant la Japonaise sur le coup.

Caroline regarde avec satisfaction la disparition de sa victime, mais elle ne voit pas le spectre-Aelita tendre vers elle sa main dans laquelle apparait une sphère d’énergie rose et lumineuse...

Christophe entend le cri de son amoureuse dévirtualisée par ce Champ de force, mais il ne peut même pas jeter un coup d’œil dans sa direction : le spectre-Ulrich vient de déclencher son attaque « Triangulaire » autour de lui et de Romain, isolés dos à dos au milieu des trois samouraïs qui se déplacent à toute vitesse.

Romain se penche en s’apprêtant à poser ses deux mains au sol dans le but de se rendre invulnérable, mais le spectre-Ulrich en profite pour fondre sur lui et planter son sabre entre les blocs de protection du combattant rocheux qui disparait avant même d’avoir pu se solidifier.

Le samouraï enchaine aussitôt avec un coup de sabre latéral visant à trancher Christophe, mais celui-ci n’est plus à sa place, ce qui surprend le spectre-Ulrich qui lève les yeux et voit son adversaire lui retomber dessus en l’écrasant d’un grand coup de balle énergétique.

Soulagé d’avoir enfin éliminé le redoutable samouraï, Christophe se relève et ne trouve plus personne autour de lui, hormis Jim qui lui rappelle son objectif en désignant la tour :

– T’aurais pas oublié quelque chose par hasard ?


Le grand sportif aperçoit alors le spectre-Aelita en train de courir tranquillement vers la colonne blanche et se souvient qu’il doit l’empêcher à tout prix d’y entrer.

– Attends un peu ! déclare-t-il en écrasant sa balle entre ses mains pour lui donner une forme pointue avant de la lancer en plein sur la jeune fille qui disparaît sous le choc. Et voila ! ...Hein !?


Réalisant avec effroi que la cible qu’il a atteinte n’était qu’un leurre puisque le vrai spectre-Aelita surgit de derrière un rocher pour courir vers la tour, Christophe s’empresse de générer une nouvelle balle énergétique qu’il s’apprête à lancer sur la jeune fille, mais une large lame s’enfonce subitement dans son dos :

– AAAAH !?


Tandis qu’il perd tous ses points de vie, le lycéen vaincu identifie le nouveau spectre vêtu de blanc et de vert qui vient d’arriver en Supersprint pour l’éliminer : William Dunbar.

– Mais d’où il sort, lui ?...

– J’allais quand même pas vous laisser gagner aussi facilement, se délecte Émilie qui a généré le spectre-William pour empêcher ses camarades d’accomplir leur mission. Allez, sans rancune.


Les pixels de Christophe disparaissent en remontant vers son visage déconcerté, avant qu’il se mette à sourire pour murmurer dans un dernier souffle :

– Ce n’est pas fini...


Le spectre-William lui-même semble quelque peu étonné suite à cette dernière déclaration, avant d’être subitement coupé en deux au niveau de la taille par une lame courbée venue de nulle part.

– Quoi ? s’inquiète Émilie en voyant disparaître la carte de son cinquième spectre avant de se rappeler qu’il reste un Lyoko-guerrier en vie.


Ayant éliminé le spectre-William, Alexandre rétracte la lame de sa faux pour viser le spectre Aelita qui arrive à la tour, et juste avant qu’elle y pénètre, un tir en pleine tête la pulvérise.

– C’est fait, conclut Alexandre en rangeant son arme dans son dos.

– Haha ! Bien joué ! l’applaudit Jim qui n’a rien manqué de la scène.


Au poste de contrôle, tandis qu’il indique à Émilie comment dévirtualiser manuellement Jim et Alexandre, Franz est surpris tant par l’issue de cette épreuve que par l’efficacité d’Alexandre qui a patiemment attendu le dernier moment pour se manifester et éliminer coup sur coup les deux derniers spectres afin d’offrir la victoire à son équipe.

– Bon, la journée est finie ? demande Émilie à moitié déçue et prête à rentrer chez elle.

– Pas tout à fait, il faut qu’on discute un peu, lui répond Franz en l’invitant à le suivre dans l’ascenseur.


Le monte-charge arrive à la salle des scanners où sont assis les Lyoko-guerriers vaincus, tandis que Jim et Alexandre réapparaissent dans les scanners.

– Tu les as eus ? demande Christophe.

– Et comment qu’il les a eus ! confirme Jim en tapant dans le dos d’Alexandre qui se contente d’arborer son mystérieux sourire. Tchak ! Pan ! Net et sans bavure !

– Alors la mission est accomplie !? s’exclame Théo en se retournant vers Franz.

– Vous ne vous en êtes pas trop mal sortis, reconnait celui-ci, mais vous êtes encore loin de prétendre pouvoir vous aventurer dans le Next World. Vos performances étaient très inégales, certains ont un peu oublié leurs pouvoirs face au danger, d’autres ont manqué de vigilance lorsqu’ils ont cru prendre l’avantage. Quant à toi Émilie, tu es très douée aux commandes de l’ordinateur et je t’en félicite sincèrement, mais tu es passée à côté de ton rôle lors de l’affrontement : aider tes camarades à remporter la victoire.

– Quoi !? s’indigne Émilie. Mais vous étiez d’accord pour que j’envoie le cinquième spectre il me semble !

– Absolument, et tu l’as virtualisé sans que j’aie besoin de te redonner les instructions, encore bravo à toi. Mais à aucun moment tu n’as jugé utile d’informer tes coéquipiers sur les capacités de leurs adversaires. Or, là où ils iront, le danger sera partout, et tu devras donc les avertir de la moindre menace à chaque instant. Ne perdez jamais cela de vue : vous êtes tous dans la même équipe, vous devez vous entraider quoi qu’il arrive. Certains d’entre vous l’ont très bien compris, ce qui vous a permis de contre-attaquer efficacement quand le combat semblait perdu, mais d’autres ont encore du mal à jouer collectivement.

– Pourtant ils le savent qu’ils faut jouer collectif ! ajoute Jim pour sermonner les membres de l’équipe de football de Kadic dont il est le coach.

– Bon, on peut rentrer chez nous maintenant ? demande Caroline pressée d’en finir.


Franz Hopper acquiesce :

– Cette nuit, je vais lancer un programme spécial pour qu’à votre réveil demain matin, la date soit toujours celle d’aujourd’hui. Au lieu de vous rendre à Kadic, vous viendrez directement à l’usine où vous poursuivrez l’entrainement. Je vous enverrai alors dans un autre niveau, où vous affronterez d’autres monstres. Émilie et Matthias, restez encore deux petites minutes ; les autres, vous pouvez partir.

– Moi ? s’étonne Matthias. Qu’est-ce que j’ai fait ?

– Je crois que tu es recalé, lui souffle Théo pour l’inquiéter en se dirigeant vers l’ascenseur.

– À demain, conclut Caroline en appuyant sur le bouton du monte-charge.

– ...Ou à septembre si on ne te revoit pas d’ici-là ! ajoute ironiquement Théo tandis que la porte se referme en emportant ses sept occupants qui rentrent chez eux, ne laissant dans la salle que Franz, Jim, Émilie et Matthias.


Ce dernier déclare aussitôt :

– Laissez-moi une deuxième chance ! Je vous promets que je peux m’améliorer !

– Calme-toi, le rassure Franz. Je ne compte pas t’exclure de l’équipe, je voudrais simplement comprendre d’où vient le dysfonctionnement de tes pouvoirs sur Lyoko.

– Comment ça ? demande l’intéressé.


Émilie soupire :

– Ce n’est pas parce que tu es habitué à être maladroit dans le monde réel que tes pouvoirs sur Lyoko doivent mal fonctionner.

– Hé ! Je le fais pas exprès ! se défend Matthias.

– Bien sûr que non, reprend Franz, mais tes coups se déclenchent avec un léger retard, et ton pouvoir de déplacement est radicalement différent de ce qu’indiquent les analyses.

– Mon pouvoir de déplacement ?

– La grosse roue rouge qui a failli te précipiter dans le vide, lui explique Jim.

– Oh, ça ? répond Matthias en haussant les épaules. Elle est un peu nerveuse, mais en m’entrainant je suis sûr de parvenir à la manœuvrer comme il faut !

– Ce n’est pas sa difficulté d’utilisation qui rend ce pouvoir problématique, poursuit Franz, mais le fait que tu aurais dû avoir des réacteurs pour voler et non une roue devant toi.


Matthias reste indifférent à ce détail :

– Dans la vie, on fait avec ce qu’on a. J’ai un pouvoir difficile, tant pis. Caroline a bien une tenue "légère", mais c’est pas un drame...


Ces dernières paroles font comprendre à Jim que derrière son indifférence apparente en dépit de ses soucis, Matthias garde un secret au fond de lui.

Le professeur de sport prend son élève par les épaules pour lui demander sur un ton paternel qu’il emploie rarement :

– Burrel, cette roue rouge... est-ce qu’elle représente quelque chose pour toi ?


Matthias dévisage innocemment ses interlocuteurs qui attendent sa réponse.

Il se met à secouer légèrement la tête en signe de négation, durant de longues secondes, avant d’être trahi par le plissement de ses lèvres et l’humidité qui envahit ses yeux.

Jim le serre aussitôt contre son épaule pour le réconforter tandis qu’il se met à pleurer à chaudes larmes :

– C’est rien, ça va aller.


Émilie ne comprend pas ce qui se passe mais reste muette, gênée par la situation.

– Ça va aller, répète Jim. Respire un bon coup.


Matthias s’essuie les yeux et reprend son souffle avant de donner enfin sa réponse :

– C’était... *snif* C’est mon grand frère...

– Ton frère ?

– Mon grand frère. Il s’appelait Yohann. Il est mort dans un accident de la route quand j’avais six ans. On a retrouvé son corps et son vélo dans un fossé, le chauffard qui l’a renversé n’a jamais été arrêté.


Émilie a du mal à voir quel lien cela peut avoir avec ce qui l’intéresse :

– D’accord... mais quel rapport avec tes problèmes de pouvoirs ?


Franz, lui, a très bien compris :

– La perte de son frère a affecté son subconscient au point que lorsqu’il va sur Lyoko, le modèle de son frère entre en conflit avec son propre avatar.

– Ah, comprend Émilie. En clair, Matthias veut inconsciemment ressembler à son frère, ce qui lui donne les pouvoirs de son frère au lieu des siens.

– Yohann était le plus fort et le plus cool de sa bande, rétorque Matthias, je pourrai jamais lui arriver à la cheville... Mais je veux juste... Être digne de lui, quoi... Ne pas me dégonfler face au danger... Surmonter tous les obstacles qui se présentent... Comme il le faisait toujours...

– C’est une très bonne philosophie, approuve Jim en lui tapotant l’épaule, mais si tu fais ça pour lui et non pour toi, tu risques de passer à côté de ton propre chemin. Bref, on t’attend demain à l’entrainement, comme prévu.


Matthias hoche la tête, ravi de faire toujours partie de l’aventure en dépit de ses difficultés, tout en sachant qu’il ne pourra pas facilement se défaire du fantôme de son frère disparu.

Franz se retourne vers Émilie et lui tend un étrange manuscrit rempli de lignes de code.

– Qu’est-ce que c’est ? demande la jeune fille en saisissant l’ouvrage à moitié chiffonné.

– Un manuel détaillant la plupart des commandes utiles du supercalculateur, répond le créateur de Lyoko.

– Vous ne voulez quand même pas que j’apprenne tout ça par cœur ? se méfie Émilie.

– Je ne t’en demande pas tant, la rassure Franz. Mais même sans retenir chaque ligne de chaque commande, lis-le au moins une fois en entier pour prendre connaissance des différents menus et options dont dispose l’interface. Ça te sera très utile par la suite. Pour finir, il faut que tu entres dans un scanner afin que le supercalculateur t’enregistre dans sa mémoire, de sorte que tu conserves tes souvenirs de cette journée.

Émilie ne cesse d’être surprise par les prouesses que le vieil homme en fauteuil roulant est capable d’accomplir, et elle a l’impression d’être la seule du groupe à saisir à quel point tout ce qu’ils sont en train de vivre est complètement fou. Mais malgré toute la méfiance qu’elle éprouve à l’égard du mystérieux scientifique qui les encadre, la brillante lycéenne ne peut s’empêcher de vouloir en savoir davantage sur tout cela, aussi accepte-t-elle de passer au scanner sans sourciller.



Tandis que Franz et Jim restent au laboratoire afin de programmer le Retour vers le passé qui sera déclenché au milieu de la nuit, Émilie et Matthias quittent l’usine pour rentrer chez eux, tout en restant silencieux.

Au moment où leurs chemins se séparent, Matthias s’arrête pour dire au revoir à sa coéquipière :

– Bon ben... À demain !


Émilie allait continuer sa route sans même saluer son camarade, comme à son habitude, mais un élan de compassion la pousse à lui répondre quand même, sans toutefois se retourner vers lui :

– À demain.


Cette réponse inespérée étonne Matthias qui se met à sourire avant de reprendre son chemin.

Après quelques secondes, la jeune fille jette un regard en arrière en pensant : « ...Et désolée pour ton frère. ».





* * *





Au laboratoire, Franz referme les fenêtres de l’ordinateur, puis Jim pousse son fauteuil roulant jusqu’à l’ascenseur.

Le créateur de Lyoko remarque alors la mine soucieuse de son assistant :

– Quelque chose te tracasse ?


Le surveillant de Kadic finit par livrer le fond de sa pensée :

– Tu comptes vraiment les envoyer là-bas, Waldo ?... C’est de la folie... Ce ne sont que des gamins...

– Nous aussi, rappelle-toi, nous n’étions que des gamins. Et pourtant, nous avons accompli de grandes choses, en bien ou en mal...


Dernière édition par Nelbsia le Mar 01 Sep 2020 07:53; édité 1 fois
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Nelbsia MessagePosté le: Lun 17 Aoû 2020 19:56   Sujet du message: Répondre en citant  
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Épisode #113 : Feu à volonté


Résumé de l’épisode précédent :


Persuadé qu’Aelita et ses amis ont été enlevés par le Black Phenix, Franz Hopper a décidé de recruter neuf élèves de Kadic pour en faire une nouvelle équipe de Lyoko-guerriers en leur faisant croire qu’ils jouent simplement à un jeu vidéo. Entrainés par Jim, les nouveaux combattants ont découvert leurs pouvoirs respectifs et appris à les utiliser, mais il leur manque encore l’expérience et surtout l’esprit d’équipe nécessaire pour envisager d’aller s’aventurer dans le Next World, c’est-à-dire dans le monde virtuel de Zander Hopper où Franz compte les envoyer afin de délivrer leurs prédécesseurs disparus...





Le lendemain matin, ou plutôt le matin du même jour après un Retour vers le passé, les neuf élèves de Kadic se présentent à l’usine comme convenu pour leur deuxième journée d’entrainement.

Ayant passé la soirée à dévorer le manuel d’utilisation du supercalculateur que Franz Hopper lui avait confié, Émilie virtualise ses camarades sans la moindre hésitation, et ceux-ci apparaissent trois par trois dans le Territoire Banquise dont les reliefs gelés confèrent une teinte bleu pâle aux blocs qui recouvrent la combinaison de Romain.

– Niveau 2 : le pôle Nord ! annonce Théo en contemplant ce nouvel environnement. Je parie qu’on va affronter des pingouins et des ours polaires !

– Et le boss de fin ça doit être le yéti, renchérit Julien.

– Le yéti ne vit pas au pôle Nord mais dans l’Himalaya, leur signale Heidi.

– Le père Noël alors ? propose Romain.

– J’en peux déjà plus, soupire Caroline exaspérée par les élucubrations sans queue ni tête de ses coéquipiers.

– Personne ne t’a obligée à revenir ! réplique Théo.

– Faut bien que quelqu’un soit là pour te remettre à ta place, riposte calmement la jeune fille.

– Tu veux qu’on règle ça en duel !? la provoque l’intrépide samouraï en agitant ses sabres.

– Pas la peine, conclut Christophe. Si ça se passe comme hier, le premier spectre venu te renverra sur Terre en moins de deux.

– Jamais de la vie !! rétorque Théo piqué au vif. Hier j’ai volontairement baissé ma garde car on affrontait des nains, mais aujourd’hui je ne leur laisserai pas une seule opportunité !!

– BIEN ! tonne Jim en apparaissant avec Matthias et Alexandre. On va pouvoir commencer !


Les lycéens entament donc leur journée d’entrainement par des exercices individuels sous les ordres du professeur de sport pour mieux se familiariser avec leurs pouvoirs, tandis qu’Émilie suit les consignes de Franz afin d’assister à distance les combattants sur le terrain.

L’opératrice active une tour qui fait apparaître des cibles immobiles en forme de sphères d’énergie bleues autour de ses coéquipiers pour leur permettre d’affiner la précision de leurs attaques, puis des cibles mouvantes vertes dans le but d’accroître très progressivement la difficulté de cette première épreuve, avant de proposer à chaque élève un défi adapté à ses capacités : des sphères jaunes se déplaçant rapidement en évitant les attaques de Théo qui leur court après, des boules oranges fonçant sur Julien qui doit les intercepter avec les extrémités de son bâton, des cibles rouges qui tirent des petits projectiles qu’Heidi doit repousser avec sa baguette en tâchant de les renvoyer vers ses coéquipiers, et des cibles violettes libérant des anneaux d’énergie qui se propagent dans différentes directions pour empêcher Christophe et Caroline d’arriver jusqu’à elles.

Ces ateliers assez simples permettent aux lycéens de répéter leurs attaques un grand nombre de fois dans le but de s’améliorer rapidement, car Franz Hopper sait que ses nouvelles recrues n’auront pas la patience d’endurer des dizaines de Retours vers le passé pour accumuler autant d’expérience que les Lyoko-guerriers qui ont longtemps lutté contre Xana, mais au moins, les membres de cette toute nouvelle équipe disposent d’une véritable période d’entrainement pour s’exercer dans de bonnes conditions sans se préoccuper du danger afin de maîtriser pleinement leurs pouvoirs avant la véritable mission qui les attend.

Ainsi, même Matthias finit par s’habituer à ses coups de hache énergétique à retardement, puisqu’après avoir détruit des dizaines de cibles bleues immobiles, il parvient désormais à fracasser des sphères vertes mouvantes en dépit du léger décalage entre le coup qu’il donne et l’apparition de la lame énergétique de son arme.

Malgré ses efforts, le jeune garçon ne peut néanmoins s’empêcher de se sentir « handicapé » par le dysfonctionnement de ses pouvoirs lorsqu’il voit l’aisance avec laquelle ses camarades pourchassent des cibles bien plus coriaces que les siennes.

– Ne faiblis pas ! l’encourage Jim. Continue de frapper ! C’est comme ça que ça rentre !


Son élève est essoufflé :

– J’ai beau anticiper le retard avec lequel ma hache apparait, une fois sur deux je tape à côté...

– Tu t’y prends mal ! lui explique son professeur. Ce n’est pas à toi de t’adapter à tes pouvoirs, c’est à eux de se plier à ta volonté !

– Mais j’essaye ! insiste Matthias qui s’efforce de se concentrer pour que la lame énergétique apparaisse dès qu’il engage un mouvement avec son bâton.

– Erreur ! rétorque Jim. Tu t’acharnes à vouloir maîtriser des pouvoirs qui te dépassent, au lieu de faire appel aux tiens ! C’est comme si tu t’entêtais à essayer d’écrire de la main droite alors que tu es gaucher : avec beaucoup d’entrainement tu y arriveras plus ou moins, mais jamais aussi bien que si tu écrivais de la bonne main !


Ces dernières paroles font réfléchir le jeune garçon qui contemple son arme. Son mentor a sûrement raison, mais au fond de lui, Matthias a peur de réussir à faire appel à ses propres pouvoirs, car cela l’obligerait à renoncer à ceux de son frère disparu à qui il se raccroche inconsciemment...

– Hé ? demande Heidi en repérant ses différents coéquipiers pour mieux leur renvoyer les projectiles lumineux destinés à remonter leurs points de vie. Il est où Alexandre ?

– Sûrement dans les douches des filles ! répond Théo qui tranche des cibles jaunes à un rythme effréné. En tout cas, moi, si je pouvais me rendre invisible...

– Il est au sud de votre position, les informe Émilie. Près du gros monticule de glace.


Les Lyoko-guerriers regardent dans la direction indiquée mais ne trouvent évidemment pas leur allié invisible, avant que Caroline remarque de drôles d’oiseaux dans les airs :

– C’est quoi ça ? s’étonne-t-elle en contemplant avec méfiance les créatures bleu et blanc qui ondulent silencieusement en décrivant des cercles autour de la position où Alexandre est censé se trouver, quand soudain, un rayon laser fulgurant pulvérise l’une d’entre elles.

– Ce sont des Mantas, déclare l’opératrice qui a fait apparaître ces monstres aériens que le tireur de précision s’entraîne à abattre depuis le sol, en veillant à disparaître derechef dès qu’elles ripostent.

– Trop cool ! s’extasie Théo lassé des inoffensives cibles énergétiques qu’il a abattues par dizaines. On peut en avoir aussi !?

– Et comment tu comptes les dégommer si elles sont dans le ciel ? s’étonne Julien car son ami n’a pas vraiment d’attaque à distance.

– Je sais pas encore, mais c’est justement ça qui rend le combat intéressant !! s’enflamme le samouraï. Émilie ! Sois gentille, sers-nous des Menthes à l’eau !!

– Des Mantas, corrige l’opératrice en se tournant vers Franz pour obtenir sa permission. Puis-je...?

– Envoie-leur aussi trois ou quatre Mégatanks, approuve le créateur de Lyoko en hochant la tête. Ça devrait leur plaire.

– C’est parti, conclut la jeune fille qui a hâte de voir ses camarades assaillis par les nouvelles créatures qu’elle leur envoie.





* * *





Mis en difficulté par les tirs aériens des Mantas, et surpris par les attaques sournoises des Mégatanks qui foncent sur leurs proies avant de s’ouvrir en deux pour libérer un large disque énergétique, presque tous les Lyoko-guerriers auraient sans doute été dévirtualisés dès le début du combat si leurs opérateurs n’avaient pas réduit au minimum les dégâts infligés par les créatures qu’ils ont générées. Certains auraient même chuté dans la Mer numérique sans l’intervention de Jim qui ne manque pas de leur rappeler qu’ils feraient bien de mettre en pratique les différentes techniques répétées durant l’entrainement précédent, et Émilie décide alors de renseigner ses camarades sur leurs adversaires en leur précisant que même si les Mantas sont inatteignables pour la plupart d’entre eux malgré les sabres que Théo leur jette maladroitement, la cadence de tir des créatures volantes est assez faible donc à cette distance elles ne représentent pas un grand danger, contrairement aux Mégatanks qui roulent sur le sol et qui ne sont vulnérables qu’au moment précis où ils s’ouvrent pour canaliser leur faisceau d’énergie.

Suite à ces précieuses indications, les lycéens s’organisent pour lutter efficacement contre les monstres : laissant Alexandre et Christophe abattre les Mantas perchées dans le ciel tandis qu’Heidi projette des étoiles filantes pour remonter les points de vie qu’ils avaient perdus, leurs coéquipiers reportent toute leur attention sur les Mégatanks en combinant leurs efforts dans le but de créer des diversions, et ils parviennent enfin à atteindre les points faibles des volumineuses sphères blindées dès qu’elles se rendent vulnérables.

Voyant que les lycéens s’en sortent plutôt bien tant qu’ils sont plus nombreux que les Mégatanks qu’ils détruisent un par un, Franz autorise Émilie à générer une plus grande quantité de ces monstres dévastateurs pour voir comment ses jeunes recrues vont réagir...

– Impact !! s’exclame Théo en perçant l’œil du dernier des quatre Mégatanks avant de s’écarter de celui-ci au moment où il éclate. Et voila le travail !

– Finalement c’est pas si compliqué une fois qu’on connait la technique, conclut Caroline qui avait distrait le monstre pour permettre à son coéquipier de le surprendre.

– Vous en avez mis du temps, commente ironiquement Christophe qui les observait après avoir terminé d’abattre les Mantas avec Alexandre depuis un moment déjà.


Matthias est un peu frustré car il n’a pu servir que d’appât à cause de son pouvoir défaillant qui l’empêche d’abattre lui-même un Mégatank durant le court laps de temps entre l’ouverture de sa carapace et la libération de son rayon destructeur :

– Émilie ? Tu pourrais m’envoyer un nouveau Mégatank s’il te plait ? Je voudrais essayer d’en détruire un moi-même...

– Oh, pour ça ne t’en fais pas, tu vas être servi... s’amuse l’opératrice qui termine de taper les instructions.


Et alors qu’ils croyaient en avoir fini avec les sphères blindées, les apprentis-Lyoko-guerriers voient apparaître une vingtaine de nouveaux Mégatanks qui se tournent lentement vers eux, prêts à leur foncer dessus.

– Heu... balbutie Matthias en reculant. J’avais dit « un », pas « vingt » !

– Aurais-je commis une « erreur » ? plaisante Émilie satisfaite de son effet de surprise.

– Courez ! ordonne Caroline à ses coéquipiers qui déguerpissent face aux menaçantes boules noires en surnombre roulant vers eux de plus en plus vite.


Les adolescents s’enfuient à toutes jambes à travers les plaines de la Banquise mais les Mégatanks sont plus rapides et parviennent toujours à les rattraper malgré les reliefs accidentés de ce territoire, jusqu’à ce que leurs proies s’engouffrent in extremis dans un étroit canyon de glace qui gêne la progression de leurs poursuivants car ceux-ci se bousculent à l’entrée du passage avant de réussir à l’emprunter un par un.

Le long couloir gelé débouche malheureusement sur une petite falaise abrupte au bord de la mer numérique :

– STOP ! crie Théo arrivé le premier. Demi-tour !

– Hein !? panique Heidi. Mais les monstres arrivent !!

– Alors on est cuits, se résigne Julien.

– Ou alors on escalade le mur pour sortir du couloir par en haut ? propose le samouraï en tentant de planter ses sabres dans la paroi gelée.

– Escalader un mur de glace ? s’esclaffe son camarade. Bonne chance.

– Alex s’est encore planqué ! s’indigne Caroline car leur combattant invisible a disparu comme à son habitude.

– C’est bizarre, remarque Émilie en cherchant l’absent sur son écran. La carte du territoire ne semble plus indiquer le point où se situe Alexandre...

– Je crois bien qu’il est capable de masquer sa position sur le radar en restant immobile, lui explique Franz sans s’inquiéter car la procédure de rematérialisation aurait de toute façon été activée si Alexandre avait eu un pépin.

– Et Romain ? s’inquiète Matthias. Il est passé où ?

– Ben heu... bredouille Julien en jetant un coup d’œil au bas de la falaise.

– Mais non ! rétorque Théo. Je suis arrivé en premier, je l’aurais vu s’il était tombé par là ! Donc il était forcément derrière nous ! Enfin, je suppose...

– Je croyais que c’était votre ami... leur reproche Heidi car Théo, Julien et Romain se considèrent inséparables.

– Il s’est sûrement égaré ! réplique le samouraï. Ça lui arrive tout le temps ! Je vous parie qu’il ne nous a pas vus tourner dans ce passage, et qu’il a simplement continué tout droit !

– Ouais ben n’empêche, vous auriez pu garder un œil sur lui ! insiste Caroline.

– J’étais occupé à ouvrir le passage ! se défend Théo. Et je vous rappelle qu’on est censés être une équipe, donc vous aussi vous auriez dû remarquer qu’il s’était trompé de route !

– Calmez-vous, les rassure Émilie depuis son micro. Romain ne s’est pas perdu, il est juste un peu lent...

– Ah oui, je le vois... commente Christophe en apercevant son camarade qui accourt péniblement, ralenti par sa lourde combinaison rocheuse.

– Je suis là...! s’exclame Romain tout essoufflé en les rejoignant. Pfouh... vous auriez pu m’attendre...

– Pourquoi tu ne t’es pas mis en boule pour rouler sur le sol ? l’interroge Julien. Ça aurait été plus rapide...

– Hein...? s’étonne Romain en reprenant son souffle. Ah mince, dans la panique j’y ai pas pensé...


Caroline écarquille les yeux :

– Ça me donne une idée !

– Au cas où ça vous intéresserait, précise Émilie en observant son radar, les Mégatanks arrivent...

– Romain ! l’interpelle Caroline. Mets-toi ici, on va tous se cacher derrière toi au bord de la falaise, et tu vas te solidifier pour encaisser le choc !

– Je dois me mettre où ? demande l’intéressé.

– Les voila !! s’alarme Matthias en apercevant à présent les terrifiantes boules noires qui foncent droit sur eux.

– Venez vite !! s’écrie Théo en se plaçant juste au bord du précipice pour permettre à ses alliés de se s’agglutiner derrière Romain qui pose ses mains à terre.

– AAAAAAH !! panique Heidi au moment de la collision.


Par bonheur, le combattant pétrifié tient bon, son corps solidifié étant aussi robuste que le sol auquel il est relié, et les vingt Mégatanks qui le percutent rebondissent sur lui pour s’envoler les uns après les autres par-dessus les Lyoko-guerriers abrités, terminant ainsi leur course dans la Mer Numérique.

– ...Tout le monde va bien ? demande Caroline une fois que le vacarme a cessé.

– J’ai l’impression qu’un TGV m’est passé dessus, déclare Romain en retrouvant sa forme normale, mais ça va !

– ...Et les monstres ? s’inquiète Heidi en ouvrant craintivement un œil.

– Apparemment ils ne savaient pas nager, commente Julien qui a vu les Mégatanks disparaître dans les flots virtuels.

– Bravo ! les félicite Jim posté en haut du couloir de glace. Bel esprit d’équipe ! Maintenant, formez une « échelle humaine » pour monter me rejoindre !


Les adolescents soulagés grimpent donc les uns sur les autres pour parvenir à se hisser au sommet des parois du couloir, et ils s’aperçoivent que cette idée leur aurait aisément permis de s’extraire de leur situation périlleuse car sur Lyoko, leur force est bien plus grande que dans le monde réel, ce qui les rend capables de se porter mutuellement sans difficulté.

Une fois sortis du canyon, les Lyoko-guerriers se retrouvent sur un plateau en bordure du territoire, et Alexandre réapparait les bras croisés.

– Ah ! Revoila le déserteur ! s’exclame Jim en le voyant apparaître.

– On peut savoir où tu étais passé ? l’interpelle également Caroline.

– Parti me promener, répond sereinement le combattant invisible en haussant les épaules.

– En pleine bataille on appelle ça « s’enfuir », lui signale Christophe.

– Ou bien « être une baltringue », renchérit Théo.

– Tu aurais au moins pu tirer sur les monstres ! ajoute Heidi.

– La fenêtre de tir n’était pas idéale, affirme Alexandre toujours impassible.

– Tu rigoles ? s’esclaffe Julien en désignant le bord du canyon. D’ici tu pouvais facilement canarder les Mégatanks qui arrivaient dans le couloir en file indienne !

– Pas forcément, rétorque Matthias en prenant la défense du grand absent. Les Mégatanks restent fermés quand ils roulent, donc même en étant posté ici, Alex ne pouvait pas les détruire tant qu’ils ne s’ouvraient pas.

– Très juste, confirme Émilie en suivant les instructions que lui donne Franz. Maintenant, dirigez-vous au bord du plateau, un transporteur va vous conduire ailleurs...

– Un « transporteur » ? demande Romain qui s’attend à voir un camion apparaître.

– Pour aller où ? se méfie Caroline en suivant néanmoins ses camarades jusqu’à l’extrémité du plateau où ils se trouvent.

– Sûrement vers le prochain niveau ! se réjouit Théo qui s’avance pour contempler l’horizon par-delà la Mer Numérique.

– Je vous envoie dans un niveau secret appelé « Carthage », annonce le créateur de Lyoko avant de s’adresser à la jeune fille assise à côté de lui au moment où la fenêtre sur son écran lui demande un mot de passe. Connais-tu le nom du général romain qui a détruit la cité carthaginoise ?

– Scipion ? propose Émilie.

– En latin je te prie, précise son mentor.

– Scipio, conclut-elle en tapant le mot de passe.

– Restez près de moi ! ordonne Jim à ses élèves qui s’empressent de se regrouper autour de lui, quand une énorme sphère blanche marquée d’un symbole bleu surgit silencieusement pour les engloutir.





* * *





Après avoir traversé les cieux de Lyoko pour rejoindre le territoire central de ce monde, le transporteur dépose ses neuf passagers dans l’Arena :

– Trop cool ! s’exclame Théo en retombant sur ses pieds tandis que Romain et Matthias trébuchent sur le sol. On peut refaire un tour !?

– Sans moi, répond Heidi secouée par le voyage.

– Vous avez mieux à faire, leur annonce Émilie. Empruntez le couloir devant vous, il devrait déboucher sur une salle où un ascenseur vous attend.

– Allez on ne traine pas ! conclut Jim en s’engageant le premier.


Ses jeunes recrues le suivent à travers un couloir dont les murs s’ouvrent sur leur passage jusqu’à ce qu’ils trouvent l’ascenseur dont leur a parlé l’opératrice : une plateforme rectangulaire bordée de deux larges barrières circulaires sur laquelle ils prennent place avant qu’elle s’élève pour les conduire au sommet du territoire.

– Y’a pas d’ennemis à dégommer par ici ? s’étonne l’insatiable samouraï qui ne voit aucune créature garder les blocs bleus du territoire qu’ils visitent.

– Pas encore, répond Franz Hopper en agitant son doigt négativement car Émilie s’apprêtait à leur envoyer des Rampants. Pour l’instant, votre mission consiste seulement à embarquer à bord du vaisseau virtuel que je vous ai préparé cette nuit.

– Un vaisseau ? répète Julien avec enthousiasme.

– Prem’s ! s’exclame aussitôt Théo.

– Deuz’ ! renchérit son camarade.

– Troiz’ ! complète Romain.

– Je sens que je vais en pousser un ou deux dans le vide... soupire Caroline excédée par leur attitude puérile tandis que l’ascenseur atteint enfin sa destination.

– Voila le vaisseau ! signale Matthias en désignant au-dessus d’eux l’étrange structure abritée par le Garage Skid où ils viennent de pénétrer.

– Waow... commente Christophe aussi émerveillé que ses camarades qui contemplent le majestueux véhicule virtuel flottant au centre d’une ceinture de plateformes au bord de laquelle l’élévateur termine son ascension.

– Voici le Skidbladnir III, leur annonce le créateur de Lyoko.

– « Trois » ? s’étonne Émilie à côté de lui. Il y en a eu d’autres avant celui-là ?

– Des versions moins performantes, explique Franz Hopper de manière évasive. Par exemple, la toute première version ne comportait pas les deux tourelles défensives situées sur les ailes.

– Et la seconde version ? poursuit la jeune fille intriguée.


Son mentor plisse sa moustache :

– Pour connaitre la principale amélioration qui différencie les versions II et III, tu vas devoir te rendre sur Lyoko afin de prendre les commandes du Skid.

– Hein !? s’étrangle-t-elle.

– Quoi !? proteste Théo qui a tout entendu. Pourquoi c’est elle qui pilote !? J’avais dit preum’s !!

– Gauthier tu te calmes !! l’avertit Jim.

– Ne vous en faites pas, répond le vieil homme en fauteuil roulant, chacun d’entre vous possèdera son propre vaisseau individuel appelé « Navskid », ou bien l’une des deux tourelles défensives.

– Mais il n’y a que quatre petits vaisseaux, observe Julien. Avec les deux tourelles et la cabine principale, ça ne fait que sept places...

– En effet, confirme Franz Hopper, mais le poste de pilotage du module principal dispose désormais d’une interface semblable à celle de l’ordinateur que nous avons ici, et c’est pourquoi Émilie va devoir en prendre le contrôle afin d’y entrer les instructions que je lui donnerai pour pallier le manque de places disponibles.


L’opératrice comprend que cette fonctionnalité constitue l’amélioration majeure dont bénéficie la troisième version du vaisseau, et qu’elle n’a dont pas d’autre choix que de se rendre sur Lyoko pour s’installer aux commandes de l’appareil comme son maître l’attend d’elle.

– Entendu, conclut-elle en dissimulant son appréhension au moment où elle se lève du fauteuil pour se diriger vers le monte-charge.

– Je te remercie pour ta coopération, la salue Franz en reprenant péniblement sa place devant l’ordinateur tandis qu’Émilie descend à la salle inférieure.


Lorsqu’elle entre dans le scanner qui l’attendait, son sang froid est mis à rude épreuve, mais la brillante élève s’efforce de ne pas laisser la peur de l’inconnu l’emporter sur sa raison et inspire profondément pour enfin déclarer :

– ...Je suis prête.

– Bien, conclut son interlocuteur en lançant la procédure qui referme les portes du cylindre où elle se trouve. Transfert Émilie. Scanner Émilie. Virtualisation.


Les Lyoko-guerriers ne manquent pas de dévisager leur coéquipière qui apparait près d’eux dans une combinaison grise ornée de bordures rose foncé. Une visière transparente recouvre ses yeux à la place de ses lunettes, mais celle-ci ne lui sert pas à corriger sa vue qui est déjà nette dans le monde virtuel : sur cet écran translucide apparaissent diverses données près des combattants situés dans son champ de vision, comme leurs points de vie et d’énergie restants.

https://i.imgur.com/5TACF3M.jpg


– Pourquoi elle nous regarde bizarrement ? s’inquiète discrètement Romain car leur opératrice les scrute un par un, avant de regarder ses propres mains qui tremblent légèrement.

– Elle a l’air moins à l’aise ici que planquée derrière le PC, ricane Théo.


Jim tapote la tête de la jeune fille pour l’interroger :

– Ça va là-dedans ?

– Heu... balbutie-t-elle car elle est encore subjuguée par les étranges sensations que lui procurent sa première virtualisation. Oui, je crois...

– Bon, le colis est bien arrivé ! signale le professeur de sport à son opérateur.

– Parfait, conclut Franz en observant brièvement les caractéristiques de la dernière Lyoko-guerrière. Vous allez à présent pouvoir embarquer à bord du Skid.

– Par ici ! s’exclame Jim en faisant signe à ses élèves de le suivre sur les sept plateformes circulaires. Ceux qui veulent une tourelle défensive, prenez l’un des deux plots du milieu !


Tandis que Théo, Julien et Romain se précipitent sur les stations d’embarquement, suivis par Christophe et Caroline qui complètent celles des Navskids, Heidi et Matthias occupent les deux plateformes conduisant aux tourelles défensives quand le surveillant de Kadic interpelle Romain qui s’est positionné sur la plateforme centrale :

– Le Goff ! Qu’est-ce que tu fabriques ici !?

– Ben vous avez dit que c’est pour aller dans une tourelle, répond celui-ci.

– Tu as mal compris ! rétorque Jim en lui faisant signe de quitter la plateforme. Le plot du centre, c’est pour aller au poste de pilotage ! Pour les tourelles j’ai dit que c’était les plots du milieu ! Au milieu à droite, et au milieu à gauche, là où sont Burrel et Klinger !

– Ah zut ! peste Romain déçu. Je voulais vraiment aller dans une tourelle...

– Tu peux prendre celle-ci, se dévoue Matthias en lui laissant sa place.

– Oh ? se réjouit son camarade surpris. Ben merci ! C’est sympa de ta part !


Laissant Matthias et Alexandre en retrait, leur enseignant s’avance sur la plateforme centrale :

– Leduc ! Avec moi !

– Hein ? s’inquiète Émilie en se rappelant subitement que c’est à elle de diriger le Skidbladnir. Heu... D’accord...


La jeune fille rejoint timidement son professeur qui annonce à son opérateur :

– Wal... heu, Franz ! On est prêts à monter à bord !

– Embarquement, conclut le créateur de Lyoko.


Des colonnes de lumière blanche engloutissent les occupants des plateformes, puis ils réapparaissent chacun dans l’un des quatre Navskids ou dans l’une des deux tourelles défensives, sauf Émilie qui se retrouve installée au poste de pilotage :

– Qu’est-ce que je dois faire maintenant ? demande-t-elle sans savoir si quelqu’un l’entend, et sans se douter que le cockpit du Skidbladnir III comporte assez de place pour accueillir quelques passagers supplémentaires.

– Bien ! commente Jim qui la fait sursauter car il est apparu derrière le siège où elle est assise. Alors si j’ai bien retenu, tu dois d’abord appuyer sur ces boutons-là pour ouvrir l’infer... l’imperf... l’espèce d’écran transparent avec tout plein de trucs qui clignotent !

– L’interface ? demande-t-elle en pressant les touches indiquées.

– C’est ça ! reprend-il tandis qu’autour d’Émilie se dressent trois rectangles holographiques. Allô allô ? Est-ce qu’on nous entend ?

– Yes !! répond Théo dans son Navskid.


Les autres passagers confirment leur présence, puis Franz s’adresse à celle qu’il a chargée de piloter le vaisseau :

– Émilie, comme tu peux le constater, les trois écrans dont tu disposes sont assez semblables à ceux de l’ordinateur de l’usine.

– Je vois ça, observe-t-elle en retrouvant rapidement ses marques sur cette interface dont elle parcourt les menus qu’elle connait.

– Je t’envoie une liste d’instructions que tu vas devoir entrer toi-même afin de rallonger le mât du Skid et générer deux Navskids supplémentaires.

– Bien reçu, conclut la jeune fille en s’attelant à cette tâche qui aurait rebuté ses camarades mais qui ravit l’opératrice satisfaite d’occuper un poste où elle se sent compétente au milieu de cet environnement virtuel assez déroutant pour elle.

– Et nous on fait quoi en attendant ? s’impatiente Théo.

– Je crois qu’on n’attendra pas longtemps, lui répond Julien en voyant les deux modules additionnels se matérialiser devant le sien.


En effet, le créateur de Lyoko s’est déjà occupé au préalable de toute la programmation de cette nouvelle fonctionnalité dont bénéficie le Skidbladnir III, afin qu’Émilie n’ait plus qu’à saisir quelques commandes pour déployer une rangée de Navskids supplémentaires.

– Matthias et Alexandre, les appelle Franz, vous pouvez monter sur les plots d’embarquement.

– Heu... lesquels ? hésite Matthias car aucune nouvelle station n’est apparue.

– C’est sans importance, les renseigne le vieil homme qui a déjà transmis les prochaines instructions à la jeune opératrice.


Les deux garçons s’avancent chacun sur une des plateformes circulaires, et depuis son interface, Émilie repère leurs positions pour ensuite les transférer vers leurs destinations respectives.

– Navskids 5 et 6, vous me recevez ? demande-t-elle aux deux nouveaux pilotes.

– Je te reçois ! confirme Matthias qui vient d’apparaître dans l’un de ces deux Navskids fraichement générés.

– Cinq sur cinq, ajoute Alexandre depuis le second.

– C’est qu’elle se débrouille plutôt bien ! la félicite Jim amusé en constatant qu’Émilie a manifestement surmonté son angoisse initiale dès qu’elle s’est à nouveau retrouvée devant un écran d’ordinateur.


Franz explique alors aux passagers comment manier leurs différents modules dont les commandes de pilotage sont heureusement assez simples, et sous la supervision du professeur de sport toujours posté derrière elle, la jeune fille aux commandes du Skidbladnir III procède au désarrimage du navire virtuel avant d’activer ses propulseurs pour s’extraire du Garage Skid et quitter le Cinquième Territoire.

Lorsque le vaisseau sort du tunnel qui débouche dans le ciel de Lyoko au-dessus de la Mer Numérique, Émilie pousse un soupir de soulagement, avant de connaître la suite des opérations :

– À présent, reprend le vieil homme en lui transmettant les commandes adéquates, tu vas activer le bouclier et le sonar, puis tu vas brancher les stabilisateurs ainsi que les propulseurs lasers.


La brillante lycéenne obéit aux instructions, mais elle a deviné leur finalité :

– On va plonger dans l’eau, n’est-ce pas ? demande-t-elle avec inquiétude.

– Hein ? s’étonne Caroline. Mais vous aviez dit qu’on ne devait surtout pas tomber dans la Mer Numérique sinon on risquait de rester virtualisés ?

– Vous ne risquez rien tant que vous restez à bord du Skidbladnir, la rassure Franz. Il va vous permettre d’évoluer dans les flots virtuels et de voyager à travers le Réseau en dehors de Lyoko, dans le but de rejoindre le Next World quand vous serez prêts.

– On est prêts ! clame aussitôt Théo.

– Sûrement pas ! rétorque Jim.

– Encore un peu de patience, déclare le père d’Aelita. Pour l’instant, vous allez vous entraîner à manœuvrer vos véhicules. Émilie, tu peux déverrouiller l’axe principal.


Celle-ci s’exécute, non sans appréhender sa première plongée, et en voyant ses mains tremblantes qui tiennent fébrilement les manettes, Jim l’encourage :

– Allez Leduc ! Jette-toi à l’eau !


La plupart des autres passagers sont presque aussi angoissés qu’elle, mais Matthias tient à lui témoigner sa confiance ainsi que celle de chacun de leurs camarades :

– Nav 5 à tout l’équipage ! Parés à plonger !?

– Eh bien en fait... bredouille Théo pas très à l’aise à l’idée de s’en remettre aux qualités de pilote d’Émilie.

– Nav 1, parée ! s’exclame Caroline pour répondre à l’appel de Matthias.

– Nav 2, paré ! renchérit Christophe.

– Nav 6 paré, ajoute Alexandre.

– Tourelle gauche parée ! lance Heidi en réunissant son courage.

– Ah ! Heu... Tourelle droite parée ! poursuit Romain.

– Bon ben... Nav 3 paré ! se rend Théo.

– Nav 4 paré ! complète Julien.


Émilie ne peut pas se dérober :

– Alors c’est parti, conclut-elle en amorçant la descente verticale pour précipiter le Skidbladnir dans la Mer Numérique.


Le vaisseau s’enfonce dans les eaux virtuelles, et Jim guide sa jeune élève vers le sas de sortie de Lyoko qui s’ouvre devant eux.

– Franz ? On est dehors ! annonce le professeur de sport.

– Waow... murmure Heidi ébahie en découvrant ce nouvel environnement subaquatique.

– Et on est vivants ! constate Théo avec bonheur. Bon, on peut piloter nos Navskids maintenant !?

– Un instant, répond le vieil homme, vous devez d’abord vous écarter un peu de Lyoko afin d’échapper à son champ d’attraction. Émilie, procède à une rotation de l’axe principal pour faire passer le Skid en mode horizontal, puis enclenche la turbo-hélice et les réacteurs auxiliaires.

– Entendu, approuve l’opératrice qui presse doucement les boutons pour effectuer ces différentes opérations sans se tromper.


Une soudaine poussée arrière surprend les passagers, puis le Skidbladnir s’éloigne tranquillement du monde virtuel d’où il provient, errant désormais sous l’étrange « ville renversée » formée par les serveurs de données interconnectés.

– Bien, conclut Franz. Émilie, tu peux larguer les Navskids.

– Largage, déclare celle-ci qui se tenait prête.

– Enfin ! se réjouit Théo tandis que son vaisseau individuel et les cinq autres se détachent du vaisseau-mère.


Les six pilotes des Navskids prennent le contrôle de leurs véhicules et tourbillonnent autour du Skidbladnir, certains avec prudence, d’autres à pleine vitesse.

Heidi et Romain, quant à eux, font simplement pivoter leurs tourelles défensives horizontalement et verticalement en s’entraînant à viser leurs alliés qui virevoltent autour d’eux.

– C’est tellement cool ! s’extasie Théo qui fuse dans tous les sens.

– Pour une fois, je suis tout à fait d’accord avec toi ! renchérit Christophe également conquis par cette séance de pilotage.

– Y’a pas quelques monstres à dégommer dans le coin ? interroge Julien qui aimerait beaucoup employer les armes dont disposent les Navskids.

– Je crains que non, explique le créateur de Lyoko. Je ne peux générer des répliques de créatures virtuelles qu’à proximité des tours de Lyoko.

– On n’a qu’à se tirer dessus les uns les autes ! propose l’intrépide samouraï.

– Gauthier !! l’avertit Jim. Si jamais tu t’avises de viser tes coéquipiers, je te garantis que...!


Trop tard : deux torpilles s’échappent des canons du Navskid de Théo qui ciblait un autre vaisseau devant le sien en caressant sa commande de tir...

– Oups...!! s’étrangle-t-il en réalisant sa maladresse.

– Aaaah !! panique Matthias en voyant les projectiles lui foncer dessus.

– Non !! s’écrie Émilie catastrophée au moment où l’impact déclenche une explosion sous-marine. Matthias !?!


Mais celui-ci est indemne, car un autre Navskid s’est interposé entre les torpilles et lui :

– Alex !? s’inquiète Caroline qui a reconnu le vaisseau numéro 6 détruit par les tirs accidentels.

– Je vous jure que je l’ai pas fait exprès !! se justifie Théo.

– Calmez-vous ! s’exclame Franz qui vient de s’assurer que le nouveau protocole de sauvetage qu’il a mis au point a fonctionné. Alexandre ? Est-ce que tu nous entends ?

– Oui... répond celui-ci qui a manifestement survécu à l’explosion de son Navskid.


Émilie et Jim se retournent aussitôt pour découvrir, au fond de l’habitacle du Skidbladnir, le rescapé qui se redresse péniblement sur une plateforme circulaire semblable aux plots d’embarquement.

En effet, réutilisant le transfert inter-modules que Jérémie avait implémenté dans le but de pouvoir sauver les passagers du Skidbladnir II juste avant la destruction de leurs vaisseaux, l’architecte de Lyoko a doté la troisième version du sous-marin d’un système de sauvegarde des membres de l’équipage pour leur permettre de réapparaître à l’intérieur du vaisseau-mère sans devoir anticiper l’annihilation de leurs véhicules individuels.

– Ouf ! reprend Théo aussi soulagé que gêné. Plus de peur que de mal ! Héhé...

– Et en plus il continue à faire le malin ! s’indigne Caroline car son acte inconsidéré aurait pu causer la perte de l’un d’entre eux. Je ne sais pas ce qui me retient de te réduire en miettes...

– À ta place je ferais pas ça, lui déconseille Julien en la verrouillant.

– Arrêtez ! s’interpose Matthias. L’essentiel c’est qu’Alexandre aille bien ! Théo ne voulait pas vraiment tirer, il a sans doute appuyé par erreur !

– Ben voyons... commente Christophe qui a mis en joue le Navskid de Julien.

– Je vous assure ! insiste Théo. La commande de tir est ultra-sensible ! J’ai à peine frôlé le bouton et...


La fin de sa phrase est interrompue par l’explosion de son propre Navskid, car l’un de ses camarades lui a malencontreusement tiré dessus à son tour :

– Oups...? murmure Romain lui-même surpris par le déclenchement des canons de sa tourelle qu’il orientait dans la direction de son ami.

– Bon c’est fini oui !? les réprimande Jim en criant sur le tableau de bord du Skidbladnir. Le prochain qui tire, il aura affaire à m...!

– FEU À VOLONTÉ !!! le coupe Théo qui vient de réapparaître dans l’habitacle du vaisseau-mère et qui réclame maintenant vengeance.

– GAUTHIER !! enrage le professeur de sport tandis que les tirs éclatent autour du Skidbladnir heureusement protégé par son bouclier.


Julien abat le Navskid de Caroline et échappe lui-même à la destruction car Matthias encaisse malgré lui les torpilles délivrées par Christophe qui voulait venger son amoureuse, mais le vaisseau de l’habile asiatique est tout de même pulvérisé avant de pouvoir tirer à nouveau car Heidi a fini par ouvrir le feu depuis sa puissante tourelle sont les salves d’énergie ont fauché les deux derniers Navskids.

– Bien, je crois que cette fois, c’est fini... soupire Émilie excédée par l’attitude de ses camarades entassés les uns sur les autres au fond de l’habitacle où ils sont réapparus après s’être entre-tués.

– Déploie les Navskids 7 à 12, lui demande Franz pour qu’elle s’exerce à rallonger le Skidbladnir et à générer des vaisseaux supplémentaires. Ensuite, transfère tes coéquipiers un par un vers les nouveaux modules, et vous pourrez faire demi-tour pour retourner sur Lyoko.

– Gauthier est puni, il reste ici ! tonne Jim en tenant fermement son élève perturbateur sous son bras.

– Pourquoi moi !? se défend Théo. Les autres ont tous tiré aussi !!

– Tu as tiré le premier et tu les as incités à faire de même !! lui rappelle son professeur en lui frottant le cuir chevelu avec ses phalanges.

– Aïe ! Hahaha ! s’esclaffe le samouraï. Hé, Julien !? T’en as dégommé combien !? ...Aïe !





* * *





Une fois rentré dans son monde virtuel d’origine, le Skidbladnir émerge sous le territoire Montagne vers lequel il s’élève avant de s’arrimer à une tour située sur un large plateau solitaire au bout d’un sentier étroit.

– Grâce à ce « relai énergétique », explique Franz en s’adressant à Émilie, tu peux recharger le Skid pour prolonger ton voyage dans l’Océan Numérique.

– Et on les trouve où ? demande la jeune fille qui ne connaît que les tours de Lyoko pour l’instant.

– Dans les mondes virtuels, lui répond son mentor. La création d’environnements numériques propices à la virtualisation d’êtres humains nécessite un certain nombre de sources d’énergie semblables à celle-ci, éparpillées dans l’espace à aménager afin de servir d’interfaces de contrôle entre le supercalculateur du monde réel, et le monde virtuel qu’il abrite.

– Je vois... murmure Émilie qui comprend assez bien les explications fournies, contrairement à la plupart de ses camarades totalement dépassés. Il y en a beaucoup, des mondes comme Lyoko ?

– À ma connaissance, il n’en existe que deux à ce jour : Lyoko, et le Next World.

– Seulement deux ? s’étonne l’opératrice. Parmi tous les centres de recherche de tous les pays, aucun n’a cherché à en construire ?

– Bien sûr que si, confirme Franz. Mais pour le commun des mortels, les ordinateurs quantiques tels que celui que j’ai installé dans les sous-sols de l’usine relèvent encore de la science-fiction. Enfin, il se peut que d’autres équipes de recherche très avancée soient déjà en mesure d’assembler de tels systèmes, mais cette technologie est jalousement gardée par ceux qui la possèdent, et je doute qu’un autre monde virtuel atteigne le niveau de développement et de complexité de Lyoko ou du Next World avant plusieurs années, voire plusieurs décennies...


Émilie devine que pour concevoir un monde virtuel aussi sophistiqué que Lyoko, Franz a certainement utilisé son programme de retour temporel durant des années, ce qui lui a conféré un avantage considérable sur tous ses « concurrents » potentiels, faisant de Lyoko un monde très en avance sur son temps, une entité virtuelle unique ou presque...

– Et le Next World ? reprend-elle. Qui le possède ?

– Mon ancien employeur, répond le vieil homme avant de servir un mensonge qu’il a soigneusement préparé. Si vous voulez tout savoir, ils m’a mis au défi d’attaquer son monde virtuel, avec une forte récompense à la clé si je parviens à briser ses défenses.

– C’est donc pour ça que vous nous avez engagés... comprend Caroline.

– Et comme promis, reprend Franz, vous serez rémunérés à la hauteur de vos résultats.

– Pourquoi on n’irait pas tout de suite !? propose Théo. Maintenant qu’on sait manœuvrer le sous-marin et utiliser nos pouvoirs, on n’a plus qu’à attaquer le Next World par surprise et à défoncer tout ce qui s’y trouve !

– Ce ne sera pas si simple, rétorque le créateur de Lyoko. Nous ne savons pas de quelles défenses nos adversaires disposeront, et notre seul véritable avantage c’est qu’ils ignorent également tout de vous, y compris vos capacités.

– C’est sûr qu’ils ne s’attendront pas à voir débarquer une bande de lycéens indisciplinés... commente ironiquement Émilie qui s’étonne néanmoins que Franz n’ait pas choisi de meilleures recrues.

– Précisément, poursuit ce dernier. Voyez-vous, la virtualisation que j’ai mise au point vous permet d’exploiter votre potentiel intérieur, en se basant sur votre subconscient pour révéler votre véritable valeur dans ce monde virtuel. Mon ancien employeur, lui, a fini par délaisser cette méthode qui accordait trop de place au facteur « humain », préférant programmer lui-même des unités implacables qui lui obéiraient au doigt et à l’œil.

– Ah, on va se battre contre des robots virtuels ? en déduit Christophe.

– En quelque sorte, confirme le vieil homme. Et de l’issue de ce combat dépendra certainement l’usage principal qui sera fait des mondes virtuels à l’avenir : des terrains de jeu merveilleux propices à la créativité, ou des champs de bataille pour les prochaines guerres...

– L’un n’empêche pas l’autre ! affirme Théo. On pourra se faire des guerres virtuelles comme dans les jeux vidéos en ligne !

– Et comme sur l’internet actuel, complète Franz, de véritables affrontements géopolitiques se dérouleront dans les profondeurs, à l’insu des populations qui en subiront pourtant les conséquences...


Ces sombres perspectives ne rassurent pas les Lyoko-guerriers :

– ...Bon, on peut en rester là pour aujourd’hui ? finit par demander Heidi qui aimerait bien rentrer chez elle.

– Je n’ai pas terminé de ravitailler le Skid, rétorque Émilie, et ensuite on devra le ranger au garage.

– On n’a pas besoin de tous rester pour ça, si ? remarque Julien.

– Non, mais on reste tous quand même car il serait injuste qu’Émilie soit obligée de rester plus longtemps que nous ! réplique fermement Caroline en devinant que certains étaient prêts à partir avant les autres.

– Elle avait qu’à pas piloter le Skid ! s’esclaffe Théo finalement ravi de ne pas avoir obtenu ce privilège.

– Hé, j’avais rien demandé, moi ! rappelle Émilie qui ne souhaitait même pas être virtualisée.


Jim prend alors la parole :

– Ceux qui veulent partir plus tôt n’ont qu’à m’affronter, je me ferai un plaisir de les réexpédier sur Terre ! rugit-il en fixant Théo.

– Hein ? s’inquiète ce dernier. Ah non mais moi je suis solidaire ! C’est Julien qui voulait...

– Émilie, fais-nous descendre ! conclut le professeur de sport en trainant son élève jusqu’au plot de débarquement au fond de l’habitacle.

– Laisse, Jim, j’ai une meilleure idée... intervient Franz qui était justement en train de programmer de quoi occuper ses jeunes recrues avant de les laisser rentrer chez eux. Émilie, tu peux débarquer tes camarades.


La jeune fille s’exécute, et les passagers des différents modules du Skidbladnir III réapparaissent sur la terre ferme, au pied de la tour à laquelle leur vaisseau est arrimé.

– Lorsque le Skid se recharge, déclare leur opérateur, son immobilité le rend particulièrement vulnérable aux agressions. Seul son bouclier le protège contre les attaques extérieures, mais si celui-ci finit par être brisé, le sous-marin est directement exposé aux dégâts, et vous ne pourrez pas plonger dans le Réseau à bord d’un véhicule endommagé ou carrément détruit. Votre dernière mission pour aujourd’hui consistera donc à protéger le Skid contre des assaillants aussi nombreux que vous...


Générés par la tour à laquelle le véhicule est arrimé, huit spectres apparaissent progressivement, dont trois qui semblent mettre un peu plus de temps à se former tandis que les cinq autres ne sont que des versions « évoluées » de ceux que les nouveaux Lyoko-guerriers recrutés par Franz Hopper ont affrontés la veille :

– Encore eux ? s’étonne Théo en reconnaissant les visages d’Ulrich, de Yumi, d’Odd, d’Aelita et de William. On les a déjà battus il me semble !

– La ramène pas trop, réplique Christophe. Tu t’es fait dévirtualiser en dix secondes, et on aurait sûrement perdu si Alexandre n’avait pas été là pour terminer le travail.

– Ils ne sont pas comme hier ! réalise Caroline en constatant que les cinq spectres semblent nettement moins petits que durant leur précédent affrontement et qu’ils arborent de nouvelles tenues.

– Hé !? se plaint Théo en observant le spectre Ulrich dont la combinaison est identique à la sienne, hormis les couleurs qui sont inversées. Pourquoi il a le même uniforme que moi !?


Émilie connaissait déjà la réponse :

– En fait c’est plutôt toi qui as le même uniforme que lui, lui révèle-t-elle. Sache qu’en réalité, ton véritable pouvoir consiste à imiter les capacités de la personne que tu considères comme ton « rival ». En l’occurrence, tu copies les pouvoirs d’Ulrich.

– Mais c’est n’importe quoi ! rétorque l’imitateur. J’en ai rien à cirer d’Ulrich !

– Je te répète simplement ce que j’ai lu sur l’ordinateur, poursuit son interlocutrice sur un ton neutre qui dissimule assez mal sa satisfaction de voir la jalousie de Théo vis-à-vis d’Ulrich exposée au grand jour.

– Alors l’ordinateur se trompe ! s’entête le combattant vexé. Personne ne m’arrive à la cheville, et surtout pas Ulrich !

– Pourtant quand on joue au football... remarque Romain avant d’être interrompu.

– Oh regardez ! s’exclame Matthias au moment où deux autres spectres prennent enfin forme.

– Sissi !? s’exclame Caroline en identifiant la fille du proviseur.

– Et Naxxya... murmure Alexandre avec méfiance.

– C’est pas si surprenant, commente Julien. Ça fait des mois qu’ils trainent ensemble, maintenant on sait pourquoi...

– Mais si toute leur bande fréquentait secrètement Lyoko... conclut Émilie qui observe toute la scène depuis le cockpit du Skidbladnir III. Ça voudrait dire que le huitième spectre... ce serait...?


La dernière réplique virtuelle générée par la tour achève de se constituer, provoquant la stupeur de ses adversaires :

– ...Jérémie !? s’étrangle Heidi.

– Sans blague ? s’esclaffe Théo en haussant les sourcils. Ce trouillard est déjà venu sur Lyoko ? Je l’aurais plutôt vu rester bien au chaud derrière le PC, un peu comme Émilie ! D’ailleurs, vous trouvez pas que leurs combinaisons se ressemblent ? Héhéhé !


L’opératrice reste muette, fulminant intérieurement avec la désagréable sensation que Jérémie Belpois l’a encore une fois devancée : alors qu’elle croyait l’avoir surpassé en sautant une classe tandis que le jeune blondinet à lunettes préférait rester au même niveau que ses amis, ceux-ci œuvraient en secret dans le monde virtuel caché au fond de l’usine abandonnée, et Jérémie était de toute évidence leur tête pensante. Cette occupation lui a probablement permis de développer son intelligence bien au-delà de ce qu’il pouvait apprendre à l’école ou même dans les livres, et d’acquérir une quantité de connaissances phénoménale dans le domaine très avancé des ordinateurs quantiques, une technologie encore méconnue mais qui révolutionnera immanquablement le monde dans quelques décennies.

La jeune fille à lunettes serre le poing en comprenant que c’est sans doute Jérémie lui-même qui a rédigé le manuel d’utilisation du supercalculateur que Franz Hopper lui avait demandé de lire, tandis que ce dernier reprend la parole :

– En effet, après avoir préalablement analysé ses propres pouvoirs par ordinateur pour mieux connaître l’étendue de ses capacités sans les dévoiler à son ennemi, Jérémie a fini par se rendre lui-même sur Lyoko afin de secourir ses amis, et tous ensemble, ils ont enfin pu vaincre le terrible virus « X.A.N.A. ». Si vous trouviez que les cinq collégiens d’hier étaient coriaces, attendez de voir ce dont sont capables les huit lycéens d’aujourd’hui, au terme de leurs innombrables combats livrés dans ce monde...


Les huit Lyoko-guerriers quelque peu intimidés se mettent en garde face aux huit spectres impassibles, et Jim déclenche les hostilités :

– Que les meilleurs gagnent !


Dernière édition par Nelbsia le Mer 02 Sep 2020 09:00; édité 1 fois
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Nelbsia MessagePosté le: Lun 17 Aoû 2020 19:56   Sujet du message: Répondre en citant  
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Épisode #114 : Lyoko-team-3.0


Résumé de l’épisode précédent :


Les nouveaux Lyoko-guerriers recrutés par Franz Hopper ont entamé leur deuxième journée d’entrainement : après avoir affronté des Mantas et des Mégatanks, ils ont embarqué à bord du Skidbladnir III piloté par Émilie, et leur première plongée dans le Réseau s’est terminée par un échange de tirs entre les Navskids qui se sont détruits mutuellement, leurs pilotes étant heureusement récupérés par le nouveau processus de sauvegarde des passagers du sous-marin. Une fois de retour sur Lyoko à bord de ce vaisseau destiné à les conduire plus tard dans le Next World, les combattants indisciplinés ont été débarqués pour être opposés à une dernière équipe d’adversaires : les spectres des huit Lyoko-guerriers qui ont vaincu Xana dans le sixième territoire...





– Que les meilleurs gagnent ! lance Jim aux deux équipes face à face.


Aussitôt, les spectres Odd, Yumi et Aelita ouvrent le feu en direction du Skidbladnir pour le mitrailler avec leurs projectiles, heurtant le bouclier du sous-marin à bord duquel Émilie est légèrement secouée par les impacts.

– CHAAAAARGEZ !!! hurle Théo en se lançant en Supersprint à l’assaut des spectres en compagnie de Julien qui glisse sur le terrain gelé devant lui grâce à son bâton et de Romain qui roule en boule.


Les répliques virtuelles d’Ulrich et de William s’interposent immédiatement en se contentant d’éviter Romain pour mieux se précipiter sur Théo et Julien contraints de reculer afin de ne pas être tranchés par les coups de lames qui leur sont adressés.

– Vous attendez quoi pour venir nous aider !? crie le faux samouraï au reste de ses camarades qui n’osaient même pas s’avancer en voyant passer au-dessus d’eux les projectiles adressés au Skid.

– On arrive ! s’exclame Caroline en se décidant enfin à passer à l’offensive, suivie par Christophe, Matthias et Heidi qui remarque qu’Alexandre s’est éclipsé.


Mais leur élan est coupé lorsqu’en face d’eux, le spectre-Naxxya parvient à bloquer entre ses mains la sphère rocheuse formée par Romain, avant de soulever celle-ci au-dessus d’elle pour la lancer sur les autres Lyoko-guerriers.

– On dégage ! s’alarme Christophe en voyant la boule de pierre jetée sur eux.


La lourde épée que le spectre-William tente d’abattre sur Théo oblige celui-ci à déguerpir pendant que Julien se démène pour parer les vifs coups de sabre du spectre-Ulrich à l’aide de son bâton, et les choses ne font qu’empirer lorsque le spectre-Jérémie utilise son pouvoir spécial pour booster le spectre-Odd qui se met à tirer de puissants Météores-Laser contre le bouclier du Skidbladnir qui vascille, faisant trembler le vaisseau tout entier.

– Mais faites quelque chose !! s’époumone Émilie commotionnée par les chocs à répétition tandis que son équipe est largement surclassée.


Malgré les Étoiles filantes qu’Heidi adresse à Julien pour remonter ses points de vie, son adversaire finit par le terrasser, quand le spectre-Odd qui bombardait le sous-marin virtuel est brusquement fauché par la lame courbée d’Alexandre qui est apparu derrière lui. Le spectre-Naxxya utilise alors Impulsion pour foncer immédiatement sur l’assassin furtif avant qu’il disparaisse à nouveau, mais celui-ci l’esquive habilement en transformant sa faux en fusil de précision qu’il pointe vers le spectre-Jérémie, avant d’être subitement pourfendu par le spectre-Ulrich revenu s’occuper de lui sans même lui laisser le temps de tirer sur sa cible.

– Oh non... murmure Caroline avec effroi en constatant que même leur meilleur combattant n’a finalement pas pu faire grand chose.

– Quel nul ! s’exclame Théo en continuant d’éviter les attaques du spectre-William. Il n’en a détruit qu’un seul avant de se faire avoir !


Mais Matthias a vu ce qu’Alexandre a essayé de faire juste avant d’être dévirtualisé : non seulement il leur fallait impérativement abattre le spectre-Odd boosté car les dégâts que celui-ci infligeait au bouclier du Skidbladnir étaient trop élevés, mais il faut aussi se débarrasser du spectre-Jérémie car c’est lui qui booste les autres.

– C’est Jérémie ! s’exclame Matthias résolu à achever ce que son coéquipier vaincu avait entrepris. On doit éliminer Jérémie !!


Et sous les regards incrédules de ses camarades, le grand maladroit tend son bâton à l’horizontale pour déployer devant lui l’incontrôlable roue énergétique rouge qui avait failli le précipiter dans la Mer Numérique et dont il se sert à présent pour foncer tout droit sur le spectre du jeune génie à lunettes.

– Burrel qu’est-ce que tu fais !? s’inquiète Jim car Franz lui a interdit d’employer ce pouvoir défaillant.


La charge menée par Matthias est si soudaine que ni ses alliés ni ses ennemis n’ont le temps réagir : le puissant tube cylindrique d’énergie rougeoyante annihile littéralement le spectre-Jérémie sur son passage, emportant Matthias vers le bord du vaste plateau qui leur sert de champ de bataille avant que le lycéen se décide à lâcher son bâton pour trébucher sur plusieurs mètres tandis que son arme chute dans la Mer Numérique.

– Matthias ! Attention !! crie Émilie en voyant le spectre-Naxxya courir vers lui.

– Houlà... déclare le jeune garçon désarmé en se relevant péniblement pour découvrir son adversaire qui accourt dans le but de le dévirtualiser.


Et en passant sa main dans son dos, Matthias réalise que son opératrice s’est empressée de lui restituer son bâton :

– Oh ? Merci ! se réjouit-il en se mettant en garde, avant de s’apercevoir que le spectre-Naxxya est résolu à lui foncer dessus pour l’éliminer. AH !?


Mais au moment où la géante virtuelle fond sur sa proie qui s’est simplement couchée sur le sol pour éviter d’être transpercée, c’est le spectre-Naxxya qui est sévèrement touché au flanc : en se jetant à terre, Matthias a en fait décrit un mouvement avec son bâton pour qu’une seconde plus tard, le couperet d’énergie rouge qui s’échappe de son arme à retardement tranche son assaillante par surprise à l’instant précis où celle-ci se jette sur lui.

– Et de deux ! triomphe Matthias en se relevant à nouveau.

– Non ! le prévient Émilie. Ses Points de Vie remontent !

– Ah mince ! panique son camarade en se remettant en garde face au spectre-Naxxya en train de se rétablir grâce à un rayon verdoyant délivré par le spectre-Sissi qui flotte dans les airs.


Tandis que le grand maladroit se défend du mieux qu’il peut avec son arme défaillante, ses coéquipiers unissent leurs efforts pour venir à bout du redoutable spectre-William : Théo croise ses sabres pour bloquer la puissante lame ténébreuse, laissant à Caroline l’opportunité d’enrouler ses fouets autour des épaules de leur ennemi commun qui se retrouve immobilisé sous une constellation d’étoiles qu’Heidi précipite sur lui, mais le spectre-Sissi lui rend assez de Points de Vie pour qu’il survive à cette attaque et disparaisse en Supersmoke, évitant ainsi d’être pourfendu par les katanas de Théo.

– Il faut abattre Sissi ! affirme Émilie en observant sur ses écrans l’impressionnante quantité de Points de Vie restaurée par les Régéné-Rayons du spectre de la fille du proviseur de Kadic. Vous ne pouvez pas vaincre les autres spectres tant qu’elle les soigne avec son pouvoir !

– Entièrement d’accord ! approuve Christophe qui était déjà arrivé à cette même conclusion en décidant de lancer son ballon énergétique pointu en pleine figure du spectre-Sissi pour le détruire, mais sa cible aérienne s’enveloppe aussitôt dans son cristal protecteur pour s’abriter des attaques.


Le grand combattant sportif voit son projectile rebondir contre la barrière transparente dans laquelle son adversaire s’est réfugiée :

– Nan mais là c’est pas du jeu ! s’indigne-t-il avant d’être lui-même pourfendu par l’épée du spectre-William réapparu derrière lui en Supersmoke. ARGH !

– Christophe !? s’écrie Caroline en voyant son amoureux disparaître.

– Et toi, Émilie ? reprend Théo déconcerté en voyant Romain se faire faucher par un éventail du spectre-Yumi au moment où il quittait sa forme de boule rocheuse. Tu n’aurais pas un pouvoir utile pour nous aider un peu par hasard ?

– Moi ? se méfie l’opératrice qui ne s’attendait pas à être sollicitée. Oublie, il n’est pas question que je sorte du Skid.

– Tu fais partie de l’équipe oui ou non !? s’énerve Caroline en reculant avec Théo et Heidi tandis que les spectres Ulrich et William avancent vers eux pour les empêcher de s’en prendre aux spectres Yumi et Aelita qui continuent de mitrailler le sous-marin arrimé à la tour.

– Et qu’est-ce que tu veux que je fasse !? réplique Émilie toujours dans le cockpit. Mon rôle c’est de vous guider depuis l’ordinateur ! Si je descends je vais me faire allumer en moins de cinq secondes !

– Pourtant Jérémie est venu aider ses amis, lui ! la provoque Heidi. Tu pourrais au moins regarder de quels pouvoirs tu disposes pour voir si l’un d’entre eux pourrait nous être aussi utile que le « boost » que Jérémie conférait à ses alliés !


La jeune fille à lunettes s’apprête à réitérer sa réponse négative, mais Matthias, toujours occupé à se battre contre le spectre-Naxxya dont il s’efforce d’éviter les coups jusqu’à parvenir à lui en rendre quelques uns, s’adresse à son tour à Émilie :

– Tu n’es pas obligée de descendre dans l’arène ! la rassure-t-il. Mais essaye quand même de trouver le moyen de nous aider d’où tu es !

– ...Bon, je vais voir ce que je peux faire... se résigne l’opératrice en ouvrant les menus sur les écrans du tableau de bord du Skidbladnir. Essayez de gagner du temps...

– Je propose qu’on se mette à courir dans trois directions ! suggère Théo car les spectres Ulrich et William sont prêts à leur sauter dessus.

– Non, j’ai mieux ! rétorque Heidi en faisant tourner sa baguette autour d’elle avant de la pointer vers le ciel. Luminéclat !!


Une vague lumineuse omnidirectionnelle s’échappe de l’étoile située au bout de sa baguette, éblouissant les deux spectres qui s’avançaient vers elle.

– Génial ! s’écrie Théo en profitant de leur aveuglement temporaire pour leur donner des coups de sabres.


Il ne parvient cependant pas à détruire ses deux adversaires qui se mettent en garde dos à dos afin de se protéger mutuellement en attendant de retrouver la vue, mais Caroline voit le spectre-Sissi quitter son cristal protecteur afin de restaurer les points de vie perdus par ses alliés, et la combattante en tenue légère étend aussitôt ses fouets pour attraper la guérisseuse par les chevilles avant de la plaquer brutalement au sol.

– Je crois que j’ai quelque chose ! annonce Émilie en prenant connaissance des capacités spéciales dont elle dispose sur Lyoko. Mon pouvoir « Synergie » me permet de vous relier par « affinités » pour accroître vos caractéristiques et surtout pour améliorer votre coordination en plein combat !

– Comment ça « par affinités » ? s’étonne Caroline tandis qu’un éventail du spectre-Yumi tranche les fouets grâce auxquels elle tenait le spectre-Sissi.

– Ben ça favorise les personnes habituées à faire des choses ensemble ! explique maladroitement Émilie. Par exemple : les groupes d’amis, les couples amoureux, ...

– Ah ! Dommage que Julien et Romain ne soient plus là ! commente Théo en reculant car les spectres Ulrich et William ont retrouvé l’usage de leurs yeux.

– Si seulement on avait connu ton pouvoir plus tôt... déplore Caroline qui aurait bien aimé profiter de la Synergie avec Christophe.

– Il n’est peut-être pas trop tard ! renchérit Matthias. Théo et moi, on joue dans la même équipe de football ! Et Heidi et Caroline, vous faites toutes les deux partie des étoiles de Kadic il me semble ! Donc le pouvoir d’Émilie doit quand même fonctionner un peu ! ...Non ?

– Heu... Je regarde... balbutie Émilie en déroulant le détail des effets de ses pouvoirs sur ses différents coéquipiers, avant de découvrir sous chacun d’entre eux une étrange mention. « Lyoko-team-3.0 » ? C’est quoi ce truc ?

– Triangulaire ! s’exclame Théo pour encercler les spectres Ulrich et William à l’aide de ses clones en Supersprint, mais l’illusion est malheureusement de courte durée et il doit reprendre de la distance pour ne pas être fauché comme ses deux copies fantoches.

– Émilie, si tu as quelque chose, c’est maintenant ! la presse Caroline qui ne parvient pas à remettre le grappin sur le spectre-Sissi s’élevant à nouveau dans les airs.

– Je ne vois pas comment faire ! désespère l’opératrice. D’après la description je suis censée vous « relier » depuis mon interface, mais j’ai beau toucher l’écran, ça ne fonctionne pas !


Voyant que sa jeune élève se démène pour venir en aide à ses coéquipiers, Franz Hopper décide de sortir de sa réserve et de lui donner un coup de pouce :

– Je crois que l’« interface » requise pour Synergiser tes camarades n’est pas celle de l’ordinateur, mais bien celle que tu es capable de déployer toi-même sur Lyoko.

– Hein ? Comment ça ? s’étonne Émilie avant de s’apercevoir qu’un autre de ses pouvoirs lui permet effectivement de générer une interface dans le monde virtuel par ses propres moyens. Oh ! J’avais pas vu !


La jeune fille s’empresse donc de « tracer » un rectangle avec ses mains devant elle, et un écran transparent apparait à l’endroit où elle l’a décrit, lui donnant accès à une nouvelle interface personnalisée sur laquelle elle voit les profils de ses quatre alliés restants qu’elle parcourt du bout du doigt pour les « relier » entre eux :

– Synergie !!!

– ...Heu ? Quelque chose a changé ? finit par demander Théo qui ne remarque aucune différence.

– J’en ai pas l’impression ! lui répond Matthias toujours en difficulté contre le spectre-Naxxya.

– Merci quand même d’avoir essayé... conclut Caroline tandis que les spectres Ulrich et William passent à l’attaque.


Heidi agite à nouveau sa baguette autour d’elle dans le but d’éblouir ses assaillants, mais ceux-ci reconnaissent ce mouvement de sa part et font aussitôt volte-face pour ne pas être aveuglés une seconde fois, tout en se tenant prêts à sabrer leurs adversaires qui seraient assez imprudents pour tenter de les attaquer pendant qu’ils ont le dos tourné.

Théo aurait d’ailleurs succombé sous leurs coups de cette manière, mais aussi incroyable que cela puisse paraître, il emploie une autre stratégie que celle qui consistait à se jeter sur ses ennemis faussement vulnérables : en une fraction de seconde, l’intrépide lycéen attrape sa petite coéquipière à la tenue étoilée puis fonce en Supersprint entre les deux spectres juste avant qu’Heidi, désormais située du bon côté de ses adversaires surpris, termine l’incantation de son pouvoir éblouissant :

– Luminéclat !!


La vague lumineuse prend les spectres au dépourvu, y compris le spectre-Sissi en lévitation, et Théo en profite immédiatement pour enfoncer ses deux sabres dans le torse du spectre-William aveuglé :

– Impact !!


Le redoutable spectre du guerrier ténébreux est enfin éliminé, mais celui du samouraï a eu le réflexe de détourner son regard in extremis :

– Heidi !! réalise son coéquipier en la voyant se faire dévirtualiser par le spectre-Ulrich, quand soudain celui-ci doit bondir en arrière pour éviter d’encaisser le corps du spectre-Sissi que Caroline abat une nouvelle fois grâce à ses fouets.


Théo en profite aussitôt pour exécuter la guérisseuse avant qu’elle se relève, et il aurait à son tour été transpercé l’instant d’après par le spectre du samouraï si Caroline n’avait pas sauvé son allié en l’attrapant avec ses fouets pour l’écarter vivement de la trajectoire de leur ennemi.

Le spectre-Ulrich se remet en garde, mais il doit bondir en arrière derechef lorsque Théo, ayant effectué un tour complet autour de Caroline qui le tirait avec ses armes élastiques, revient à la charge en étant projeté par sa coéquipière.

– Ça fonctionne... réalise Émilie en constatant que la Synergie entre ses camarades leur permet de combiner judicieusement leurs attaques dans le feu de l’action pour mieux surprendre leurs adversaires.

– Ah bon ? rétorque Matthias qui ne parvient toujours pas à frapper le spectre de la géante bloquant désormais chacune des attaques à retardement qu’il tente vainement de lui porter. Mais il faut faire quelque chose en particulier pour que ça marche ? Parce que pour ma part...

– Vous devez vous battre ensemble ! lui explique Émilie. Si tu restes isolé, tu ne bénéficies pas de la Synergie !

– Ben moi je voulais retourner avec les autres, mais c’est elle qui veut pas ! assure le grand maladroit à qui son adversaire ne laisse aucun répit.


En effet, le spectre-Naxxya garde Matthias à l’écart pour l’empêcher de déployer une nouvelle fois sa roue énergétique rouge incontrôlable qui lui avait permis d’aplatir le spectre-Jérémie en lui fonçant dessus. Et bien que le lycéen aux pouvoirs défaillants parvienne tant bien que mal à esquiver les coups puissants mais lents du spectre de la géante, il demeure incapable de se débarrasser d’elle.

De leur côté, Théo et Caroline prennent l’avantage sur la réplique virtuelle du samouraï en coordonnant leurs mouvements pour lui porter des attaques successives sans qu’il puisse riposter, mais deux éventails volants fusent soudain dans leur direction pour permettre au spectre-Ulrich d’attaquer ses deux adversaires surpris par les projectiles aux trajectoires courbées. Caroline parvient habilement à éviter les coups de sabre de son agresseur, mais les éventails que Théo et elle venaient d’éviter se croisent puis effectuent une seconde rotation, surprenant la jeune fille qui se fait dévirtualiser.

– Aaah ! s’écrie-t-elle en disparaissant.

– Et m...! peste son coéquipier sans pouvoir terminer son interjection car le spectre-Ulrich reporte aussitôt son attention sur son lui maintenant qu’il est seul.

– Théo ! l’appelle Émilie. Regroupe-toi avec Matthias ! À vous deux vous avez encore une chance de gagner !


Pourchassé par le spectre du samouraï, Théo s’enfuit en Supersprint et arrive juste à temps pour donner un coup d’épée au spectre-Naxxya qui s’apprêtait à dévirtualiser Matthias, puis les deux derniers lycéens encore debout se mettent en garde face à leurs deux adversaires virtuels :

– Émilie ? s’inquiète Théo en dévisageant son coéquipier du coin de l’œil. Ton pouvoir est activé, là ?

– Ben oui pourquoi ? s’étonne l’opératrice.

– Parce que je le sens pas... lui répond son interlocuteur.

– Ah, donc je suis pas le seul ! se rassure Matthias qui ne percevait aucune amélioration depuis le début.

– Mais qu’est-ce que vous racontez ? réplique Émilie qui ne voit pas ce que ses camarades reprochent à son pouvoir qui avait très bien fonctionné auparavant.


Les deux garçons n’ont pas le temps d’en dire davantage : leurs opposants virtuels se jettent sur eux, et tandis que Théo se défend comme il peut avec ses sabres, Matthias se roule au sol pour s’écarter du danger.

Voyant que ses alliés ne bénéficient manifestement ni de caractéristiques améliorées, ni d’un instinct de combat en équipe surdéveloppé tel que celui dont avaient fait preuve Théo, Heidi et Caroline un peu plus tôt, la jeune fille à lunettes est bien obligée d’admettre que sa Synergie ne fonctionne pas :

– Il y a quelque chose qui cloche... affirme-t-elle contrariée en parcourant son interface pour tenter d’identifier le problème.


Et en développant les profils de ses combattants sur son écran, la réponse lui apparait :

– Matthias ! l’interpelle-t-elle. J’ai trouvé ce qui ne va pas ! Les pouvoirs de ton frère empêchent la Synergie de s’appliquer, car contrairement à toi, il ne fait pas partie de notre équipe !

– Son frère ? s’étonne Théo qui ne voit pas le rapport, contrairement à Jim qui reste muet.

– Oui ! confirme Émilie. Les pouvoirs défaillants de Matthias sont en fait ceux de son frère décédé à qui il se raccroche inconsciemment ! Tant qu’il les utilise, la Synergie ne fonctionnera pas !


Matthias effectue une roulade arrière pour s’éloigner du spectre-Naxxya qui en a toujours après lui :

– Ne me demande pas ça s’il te plait... murmure-t-il à l’adresse de son opératrice en sachant très bien ce qu’elle attend de lui.

– Tu n’as plus le choix ! réplique-t-elle fermement. Il faut que tu utilises tes propres pouvoirs ! C’est votre seule chance de gagner !

– Allez Matthias ! l’encourage Théo poursuivi par le spectre-Ulrich en Supersprint. Il nous faut la Synergie ! Tu vas voir, c’est trop stylé !

– Mais si je fais ça... proteste leur coéquipier qui ne peut se résoudre à perdre le peu de choses qui le rattachent encore à son grand frère disparu.

– On n’a pas le temps de tergiverser ! insiste Émilie en observant sur les écrans du cockpit l’état du champ de protection du Skidbladnir qui faiblit dangereusement en encaissant continuellement les projectiles des spectres Yumi et Aelita. Le bouclier du Skid va tomber ! Dépêche-toi d’utiliser tes pouvoirs !


Théo n’ose plus rien dire car il voit bien que Matthias est particulièrement troublé en continuant tant bien que mal de faire face au spectre qui l’attaque sans cesse, quand Jim prend la parole :

– Burrel, si tu ne prends pas la bonne décision dès maintenant, tu continueras d’hésiter toute ta vie. Tu crois que tu fais honneur à ton frère en te raccrochant obstinément à sa mémoire quitte à négliger les personnes autour de toi ? ...Est-ce vraiment ce qu’il aurait voulu pour toi ?


Les mains tremblantes de Matthias se resserrent sur son arme, et pour ne pas éclater en sanglots à cause de ce qu’il s’apprête à faire, le jeune lycéen pousse un hurlement de rage en s’élançant brusquement contre son adversaire.

Le spectre-Naxxya qui avait jusqu’à présent pourchassé une proie vulnérable et incapable de contre-attaquer efficacement est particulièrement surpris lorsque Matthias bondit à sa rencontre tandis qu’à la place de la hache rougeoyante à retardement, son bâton génère instantanément une longue lame énergétique blanche à son extrémité, et cette lance resplendissante transperce violemment le spectre de la géante qui s’affaisse avant de disparaître.

– La vache ! commente Théo abasourdi, avant de réaliser que le spectre-Ulrich s’apprête à profiter de sa surprise. OUPS...!


Par chance, les sabres du samouraï virtuel se heurtent à la longue lance énergétique tendue immédiatement par Matthias entre les deux rivaux, et Théo en profite aussitôt pour se baisser afin de faire tomber son adversaire d’un balayage du pied, puis il rabat ses lames sur le spectre au sol mais celui-ci déclenche son Triplicata pour se scinder en trois exemplaires, évitant ainsi d’être détruit.

– Haha ! Il sait que sa défaite est proche ! s’esclaffe Théo tandis que le spectre-Ulrich forme avec ses clones une attaque triangulaire autour des deux derniers combattants humains.

– Non ! Il gagne du temps ! réplique Émilie en s’apercevant que l’enveloppe protectrice du sous-marin virtuel à bord duquel elle se trouve a quasiment disparu. Il vous tient à l’écart des deux autres spectres qui tirent sur le Skid depuis tout à l’heure ! Si le bouclier tombe on a perdu !!


Sans se préoccuper des trois samouraïs qui s’apprêtent à fondre sur Théo et lui, Matthias positionne son bâton à l’horizontale, générant à ses extrémités deux faisceaux énergétiques qui se relient à ses épaulières sur lesquelles apparaissent deux larges réacteurs, et le jeune garçon déterminé peut enfin s’envoler hors de l’attaque triangulaire pour foncer sur les spectres Yumi et Aelita.

La réplique de la Japonaise est détruite avant même d’avoir pu rattraper ses éventails, et bien qu’un Champ de force blesse Matthias dans sa course, le spectre aux cheveux roses est à son tour tranché en deux par la longue lance d’énergie blanche qui, contrairement à l’ancienne lame de hache rouge défaillante, apparaît à l’instant précis où son propriétaire frappe.

De son côté, Théo a brillamment éliminé les deux clones sans se laisser surprendre par le vrai spectre-Ulrich, mais il ne s’attendait pas à ce que ce dernier lui fausse compagnie pour aller s’en prendre à son coéquipier :

– Matthias ! l’avertit Théo. Fais gaffe ! Il vient vers toi !


Malgré cette alerte, le grand gaillard se contente de ranger son bâton dans son dos, en se retournant face à son agresseur qui lui fonce dessus, ainsi qu’à son coéquipier à qui il sourit :

– C’est à toi de le battre.

– HEIN !? s’étrangle Théo en voyant son camarade se faire transpercer sans même se défendre.


Émilie est tout aussi consternée :

– Pourquoi il ne s’est pas défendu !? panique-t-elle en réalisant que sans Matthias, Théo est désormais seul contre le spectre-Ulrich, et il ne bénéficie plus d’aucune Synergie.

– Heu... Professeur Hopper ? l’appelle le dernier combattant en tentant de trouver une échappatoire. On a éliminé tous les spectres qui tiraient sur le bouclier du Skid, donc on a gagné, non ?

– Je ne crois pas, répond le vieil homme. Le dernier spectre peut encore l’endommager avec ses sabres. Mais rassure-toi, j’ai fait en sorte qu’il s’acharne à te vaincre avant de s’en prendre au Skid, donc il ne cherchera pas à achever le bouclier avant de t’avoir dévirtualisé. Ceci étant établi, je considèrerai que le gagnant de votre duel donnera la victoire à son équipe.

– Ah... conclut Théo pas vraiment rassuré en se remettant en garde. Bon ben, d’accord...

– Émilie, reprend le créateur de Lyoko, tu peux ramener le Skid dans son Garage.

– Entendu... convient-elle en s’apprêtant à désarrimer le vaisseau.


Théo prend une profonde inspiration, bombant le torse pour se redonner du courage face au spectre-Ulrich :

– Bon ! s’exclame-t-il en le menaçant du bout de sa lame. Maintenant que tu t’es débarrassé de tous mes sous-fifres, tu as gagné le privilège de m’affronter en combat singulier ! Mais je te préviens : tu vas très vite déchanter car je vais...


Son adversaire ne le laisse pas terminer son discours, fonçant sur lui en Supersprint pour le frapper à répétition.

– Espèce de...! s’énerve l’orateur interrompu en se défendant comme un diable avec ses propres sabres.


Les coups et les parades pleuvent des deux côtés dans une danse de l’épée rythmée par le son du métal virtuel de leurs lames qui s’entrechoquent, jusqu’à ce que le spectre-Ulrich donne un fulgurant coup de pied au ventre à Théo pour le faire tomber en arrière, et ce dernier voit avec effroi son adversaire lui sauter dessus pour l’achever d’un puissant Impact pendant qu’il est au sol, quand soudain, un rayon d’énergie blanche repousse violemment le spectre qui est projeté sur plusieurs mètres.

Incrédule, le lycéen miraculé se redresse et découvre Émilie, le bras tendu en direction du samouraï virtuel qu’elle vient de foudroyer au moyen d’un Supprayon, pouvoir partagé par les « informaticiens » virtualisés infligeant assez peu de dégâts mais offrant un effet de choc dévastateur contre les structures numériques.

La jeune fille qui a finalement préféré descendre du Skid pour aider son coéquipier s’avance vers lui et déploie une interface :

– Je ne pourrai pas me battre à tes côtés, affirme-t-elle en étant parfaitement consciente de sa propre inaptitude au combat. Néanmoins, si je nous Synergise tous les deux, ça devrait au moins accroître tes caractéristiques suffisamment pour te donner de meilleures chances gagner...


Mais alors qu’elle s’apprêtait à relier leurs profils sur son écran transparent, la lame de Théo traverse l’interface pour l’empêcher d’achever le processus :

– Hé !? s’exclame-t-elle en sursautant tandis que Jim fronce les sourcils. Qu’est-ce que tu fabriques !?

– Désolé, s’excuse Théo, mais Matthias a raison : c’est à moi de battre Ulrich.

– Ne sois pas stupide ! rétorque l’opératrice. Sans ma Synergie tu n’as aucune chance de le vaincre !

– Peut-être, admet son camarade en souriant, mais si Ulrich est effectivement le modèle sur lequel mon avatar virtuel s’est basé par rivalité, alors j’ai vraiment hâte de voir comment j’évoluerai une fois que je m’en serai débarrassé, tout comme Matthias a fini par se débarrasser de l’avatar de son frère...

– Et pour ça tu es prêt à laisser la victoire nous échapper !? s’indigne Émilie.

– Ce n’est pas la victoire elle-même qui importe, déclare Théo, c’est ce qu’elle nous apporte. Et je suis persuadé qu’en remportant ce duel loyalement, notre équipe en bénéficiera davantage...

– Attends, tu essayes de me faire croire que tu fais ça pour l’équipe !? objecte son interlocutrice pas convaincue. Tu es juste égoïste et insatiable ! Même si tu réussissais à battre Ulrich, je parie que ton nouvel avatar copierait simplement celui de quelqu’un d’autre que tu considères comme ton nouveau rival !

– Ça me plait ! approuve son camarade dont les yeux s’illuminent à l’idée de maîtriser plusieurs avatars les uns après les autres afin d’être le meilleur combattant. Quoi qu’il en soit, merci d’être sortie de ta planque pour me filer un coup de main, mais maintenant tu peux aller garer le Skid, les autres sous-fifres nous attendent depuis bien assez longtemps !

– Sous-fifre toi-même ! réplique Julien à côté de Franz Hopper devant l’ordinateur autour duquel tous les lycéens vaincus se sont réunis pour assister au dénouement de leur mission du jour.

– Les perdants sont priés de garder le silence ! s’esclaffe Théo en agitant ses sabres tandis qu’Émilie se résigne à retourner au Skidbladnir pour enfin le reconduire dans son garage au sommet du Cinquième Territoire.


Le spectre-Ulrich se met en garde en face de lui, prêt à livrer l’ultime duel censé départager les deux équipes :

– Et maintenant, à nous deux !





* * *





– C’était bien la peine de nous faire attendre ! ricane Julien lorsque Théo sort du monte-charge avec Émilie et Jim.

– Fais pas le malin, toi tas même pas tenu deux minutes ! rétorque son camarade qui a malheureusement perdu son duel contre le spectre-samouraï.

– Un peu comme toi hier ! renchérit Christophe. Ah non pardon, hier tu n’as même pas tenu dix secondes !

– On s’en fiche d’hier ! réplique Théo qui en a assez qu’on lui rappelle sa première prestation ratée. Ce qui compte, c’est aujourd’hui ! Et vu mes progrès réalisés en à peine une journée, dès demain j’éclate Ulrich !


Franz Hopper n’ose pas leur dire que les spectres qu’il génère pour leur entraînement ne sont évidemment pas aussi puissants que ceux que Xana générait, et qu’ils ne rivalisent donc pas avec les véritables Lyoko-guerriers dont ils copient les techniques :

– Vous vous êtes plutôt bien débrouillés, les félicite-t-il. Votre performance du jour était bien meilleure que celle d’hier, chacun d’entre vous a pris de l’assurance au combat pour utiliser au mieux ses compétences, et la cohésion de votre groupe s’est nettement renforcée. Continuez à progresser ainsi, et je pourrai bientôt vous envoyer dans le Next World.

– « Bientôt » ? interroge Caroline. On va s’entraîner combien de temps comme ça ?

– Encore quelques jours, lui répond le créateur de Lyoko en programmant le Retour vers le passé qui se déclenchera dans la nuit. Mais n’hésitez pas à sortir pour vous changer les idées après chaque séance d’entraînement, car je vous rappelle que comme la date du jour varie pas, tout l’argent que vous dépenserez ce soir aura réapparu dans votre poche dès demain.

– Ah mais c’est vrai, ça ! réalise Théo.

– On pourrait aller boire un verre tous ensemble, propose Matthias. Ça vous dit ?

– Puisque c’est gratuit... commente Julien en haussant les épaules. On peut même choisir un bar huppé où les cocktails sont super chers !

– Je préfèrerais un endroit sympa, déclare Caroline.

– Chez Mado par exemple ? suggère Christophe.

– Ah oui ! approuve Heidi. Avec la terrasse côté jardin !

– Est-ce qu’ils font aussi des trucs à manger ? questionne Romain.

– Des pâtisseries et des sandwichs, confirme Christophe.

– Je crois que le soir ils font aussi des pizzas ! ajoute la blondinette qui connait bien cet établissement.


Franz les laisse repartir dans le monte-charge :

– Bonne fin de journée à vous tous, je vous attends ici demain à la même heure.

– Et ne soyez pas en retard ! complète Jim qui reste avec lui.


Les lycéens saluent les deux professeurs, puis ils sortent de l’usine pour se diriger vers le bar où ils ont convenu d’aller consommer, quand Matthias remarque qu’Émilie préfère emprunter un autre chemin :

– Hé ? Tu ne viens pas avec nous ? s’étonne-t-il en la voyant s’éloigner.

– J’ai des choses à faire, répond-elle en lui faisant un signe de la main sans se retourner.

– Comme tu voudras, conclut Matthias non sans une pointe de déception. À demain !


En se remettant en route avec ses camarades, il s’aperçoit que leur opératrice n’est pas la seule à leur avoir faussé compagnie : Alexandre s’est lui aussi volatilisé.





* * *





En réalité, Émilie n’est pas rentrée chez elle : après avoir fait semblant d’emprunter le chemin qui conduit à sa maison, la jeune fille est retournée à l’entrée de l’usine pour se cacher en attendant de voir Franz et Jim quitter ce lieu. Les deux hommes réapparaissent enfin, sortant du monte-charge puis effectuant un long détour pour rejoindre l’étage supérieur car le fauteuil roulant du créateur de Lyoko l’empêche de monter à la corde, et une fois qu’ils sont sortis du bâtiment désaffecté, Émilie s’introduit dans le monte-charge afin de redescendre au laboratoire.

Mais à peine s’est-elle connectée à l’ordinateur, qu’une présence derrière elle la fait sursauter :

– Alex !? s’exclame-t-elle en dévisageant son énigmatique coéquipier. Qu’est-ce que tu fais là !?

– Et toi ? lui demande-t-il en esquissant un sourire.

– Moi ? Heu... balbutie la jeune fille en cherchant une excuse. Je voulais... heu... je voulais simplement en apprendre un peu plus sur mes pouvoirs avant la prochaine séance d’entrainement !

– Tiens donc ? s’amuse son interlocuteur. Qui aurait cru que tu prendrais goût à la virtualisation et aux combats...

– Pas du tout ! se défend-elle. Mais si je suis amenée à participer aux affrontements, je tiens à y être préparée !

– Ah, je vois que ce que Jérémie a fait pour ses amis t’a inspirée...


Émilie rougit de colère, vexée d’être accusée de marcher dans les traces de Jérémie Belpois, mais elle se retient de répondre à cette insinuation et préfère revenir à sa question initiale en foudroyant du regard son camarade impassible :

– Tu ne m’as toujours pas dit ce que tu es venu faire ici.


Alexandre soutient son regard noir sans sourciller :

– Pourrais-tu m’apprendre à utiliser le supercalculateur ?

– ...Hein ? s’étonne la jeune fille qui ne s’attendait pas à une telle requête. Tu veux que je t’apprenne à te servir de l’ordinateur ?

– S’il te plait.

– Pas question, rétorque Émilie qui tient à conserver l’exclusivité de ses « privilèges ». J’ai été recrutée spécifiquement pour occuper ce fauteuil, et je ne compte pas le céder de sitôt.

– Je ne souhaite pas te remplacer, lui assure son camarade. Enseigne-moi simplement les commandes de base, l’architecture globale du système ainsi que quelques astuces à connaître, et je te promets que Franz ne saura pas que tu t’es servie du supercalculateur en son absence.

– Ah parce que tu comptes me balancer ? se méfie l’opératrice en comprenant qu’Alexandre menace de tout rapporter à leur mentor si elle refuse d’accéder à sa demande. Toi aussi tu es venu ici en secret il me semble !

– Moi ? répond innocemment le jeune garçon. Je n’aurai qu’à prétendre que ton comportement me semblait suspect et que je t’ai surprise en train de te réintroduire dans le laboratoire après l’entrainement. Alors ? Tu veux bien m’apprendre un truc ou deux ?


Émilie réfléchit un moment avant de se résigner :

– J’ai pas que ça à faire, soupire-t-elle en sortant de son sac la notice du supercalculateur que Franz lui avait confiée. Commence par lire ça, ensuite tu pourras me poser des questions.

– Je te remercie, acquiesce Alexandre en saisissant le précieux manuscrit pour le feuilleter avec intérêt.


Ayant enfin la paix, la jeune fille retourne à ses occupations sur l’ordinateur. En réalité, elle ne cherche pas à mieux connaître ses pouvoirs, mais à en savoir davantage sur ce que Franz Hopper leur réserve, car elle le soupçonne fortement de leur cacher des choses...

« Lyoko-team-3.0 », pense-t-elle en cherchant dans la base de données ce terme qu’elle a découvert sous les portraits de ses coéquipiers.

Les résultats apparaissent au fur et à mesure qu’elle tape les caractères, révélant d’autres équipes de Lyoko-guerriers en plus de la sienne.

La « Lyoko-team-3.0 » est en effet composée de ses huit camarades et elle, et la « Lyoko-team-1.0 » comporte les noms d’Ulrich Stern, Yumi Ishiyama, Odd Della Robbia, Jérémie Belpois et Aelita Schaeffer.

« Schaeffer ?? » s’étonne Émilie car la jeune fille aux cheveux roses se fait appeler « Aelita Stones » à Kadic.

Le nom de William Dunbar vient compléter la « Lyoko-team-1.3 », tandis que ceux d’Élisabeth Delmas et de « Naxxya Warven » s’y ajoutent pour former la « Lyoko-team-1.5 », puis une tout autre équipe retient l’attention de l’opératrice abasourdie : la « Lyoko-team-2.0 » dont les données semblent corrompues, et apparemment composée d’Hervé Pichon, de Nicolas Poliakoff, d’Hiroki Ishiyama, de Johnny Cleary, de Milly Solovieff, de Tamiya Diop, et de Taelia Schaeffer...

« Encore Schaeffer ?? » se dit la jeune fille à lunettes en réalisant que la lycéenne aux cheveux rose foncé qu’elle croyait connaître sous le nom de « Taelia Leconte » porte en fait le même patronyme secret qu’Aelita, indiquant que les deux demoiselles seraient de la même famille...

« Une anagramme... » constate la brillante élève en comparant les deux prénoms pour s’apercevoir qu’ils s’écrivent avec les mêmes lettres, ce qui tend à confirmer qu’Aelita et Taelia ont été nommées par des parents communs...

Émilie poursuit ses recherches en tapant à présent le nom « Schaeffer », et à sa grande stupeur, elle découvre que leur mentor s’est présenté à eux sous une fausse identité : Franz Hopper s’appelle en réalité Waldo Schaeffer, et il serait vraisemblablement le père des deux filles du même nom.

En saisissant quelques lignes de commandes pour développer en profondeur le portrait numérique du créateur de Lyoko, l’informaticienne y découvre la mention : « Next-World-team-0.0 ».

Le vieil homme a certes admis que le Next World appartenait à son ancien employeur et qu’il avait donc travaillé autrefois sur cet autre monde numérique, mais sa jeune élève ne se doutait pas que Franz, ou plutôt Waldo, avait lui-même fait partie d’une équipe de combattants virtuels.

La surprise grandit encore lorsqu’en voulant afficher les détails de cette mystérieuse « Next-World-team-0.0 », Émilie n’y trouve que des noms cryptés, hormis celui de Waldo Schaeffer, ainsi que celui de Jim Moralès.

Manifestement, les deux hommes qui supervisent leur « stage d’été » ne leur ont pas dit toute la vérité, et la lycéenne est désormais résolue à lancer une recherche approfondie sur eux, pas seulement dans la base de données du supercalculateur mais aussi sur Internet, quand Alexandre intervient :

– Qu’est-ce que tu fais ? l’interroge-t-il en scrutant avec inquiétude les fenêtres qu’elle a ouvertes sur son écran.

– Je veux savoir qui est vraiment le « professeur Franz Hopper » et d’où il sort... répond-elle en commençant à taper son nom sur Google.

– Arrête ! panique subitement son camarade en la saisissant par les poignets pour l’empêcher de lancer sa recherche. Si tu fais ça il va remonter jusqu’à nous !!

– Quoi !? s’étrangle la jeune fille surprise par cette réaction aussi vive qu’inhabituelle de la part d’Alexandre. Mais qu’est-ce que tu racontes !?


Soudain, une alerte sur l’écran indique que l’une des caméras de surveillance a détecté des mouvements à l’entrée de l’usine : Franz et Jim sont de retour, et le surveillant de Kadic pousse rapidement le fauteuil roulant de l’ancien professeur de sciences qui semble particulièrement pressé de redescendre au laboratoire...

– Oh non ! panique Émilie. Ils savent qu’on est là !

– Prends l’ascenseur et grimpe à la corde pour sortir ! lui ordonne Alexandre. Le temps qu’ils fassent le tour, tu devrais pouvoir t’enfuir sans qu’ils te voient !

– Hein ? s’étonne la jeune fille qui ne s’attendait pas à ce que son camarade insiste pour couvrir sa fuite. Mais... et toi ?

– Je trouverai une excuse à ma présence ici quand ils arriveront ! Dépêche-toi de te tirer !


Émilie ramasse alors son sac et emprunte le monte-charge, remerciant Alexandre d’un signe de la tête au moment où les portes se referment.

Après s’être assuré qu’elle avait pu quitter l’usine sans être vue, l’énigmatique lycéen qui a conservé le manuel d’utilisation du supercalculateur tape une série d’instructions sur l’ordinateur pour faire redescendre l’ascenseur et le maintenir bloqué afin de retarder encore un peu Franz et Jim qui tentent de rejoindre le laboratoire...





* * *





À la terrasse du café « Chez Mado », les sept autres Lyoko-guerriers bavardent tranquillement autour de leurs boissons rafraichissantes en cette fin d’après-midi estivale :

– Ouais, c’est ça la belle vie ! affirme Théo en croisant ses mains derrière sa tête avec un grand sourire. On est payés pour tester un jeu vidéo révolutionnaire, et après on a quartier libre pour se détendre comme on veut, sans même dépenser un centime !

– C’est quand même incroyable ce qui nous arrive... commente Heidi pour qui tout cela semble presque trop beau.

– On va pas s’en plaindre ! renchérit Julien. Des jeux vidéo, des boissons fraîches...

– Et des pizzas, complète Romain en mangeant la sienne.

– Les absents ne savent pas ce qu’ils ratent, conclut Christophe en faisant allusion à Émilie et Alexandre qui ont refusé de les accompagner.

– Ils auraient pu faire l’effort de venir, reprend Caroline. C’est important de passer des bons moments ensemble en dehors de l’entrainement, ça évite de se prendre la tête pendant les missions.

– Bof, rétorque Théo. Moi j’aime bien quand on se vanne, et puis de toute façon, Émilie fait toujours la tronche donc on va pas la forcer à venir si c’est pour casser l’ambiance.

– C’est sûr que si tu la tacles même quand elle n’est pas là, elle n’a pas besoin de venir... remarque ironiquement Christophe.

– Non mais c’est la vérité ! insiste Théo. Franchement, vous l’avez déjà vue sourire ?

– Il y a longtemps... répond Heidi dans un soupir.


Ses camarades se retournent vers elle ; la petite blonde était en effet la meilleure amie d’Émilie jusqu’au collège, et Matthias décide donc de la questionner à ce sujet :

– ...Est-ce que par hasard tu saurais nous dire pourquoi Émilie est aussi froide avec nous ?

– Elle est froide avec tout le monde, précise Heidi en haussant les épaules. Ne le prenez pas personnellement.

– Mais elle n’a pas toujours été comme ça, si ? insiste Caroline qui se rappelle avoir croisé une élève plutôt souriante dans la cour de Kadic, seulement quelques années en arrière.

– Effectivement, confirme la blondinette. Avant elle était sympa, enfin elle était déjà un peu orgueilleuse sur les bords, mais entre nous on rigolait bien. Et puis elle a essuyé plusieurs « déceptions » qui l’ont poussée à se replier sur elle-même, sans doute pour se protéger.

– Qu’est-ce que tu entends par « déceptions » ? poursuit Matthias visiblement préoccupé. Il lui est arrivé quoi exactement ?

– Rien de grave, le rassure Heidi. Des histoires de collégiens comme il s’en passe tous les jours. Par exemple, Émilie a mal supporté le fait que je devienne amie avec Taelia car l’une de nous trois serait forcément assise toute seule en classe, et on n’arrêtait pas de se disputer à cause de ça. Une autre fois, Ulrich a commencé à s’intéresser à Émilie, et elle était aux anges car elle en pinçait vraiment pour lui, mais finalement il a fait marche arrière pour rester avec sa bande. Même si elle s’efforçait de ne rien laisser paraître, je la connaissais assez bien pour sentir que ça l’avait profondément affectée. Et pour finir, alors qu’Émilie travaillait dur pour avoir les meilleures notes possibles dans toutes les matières, sa moyenne générale restait en dessous de celles de Jérémie et Hervé, ce qui l’agaçait au plus haut point. Du coup, pour s’éloigner de tout ça, elle a accepté de sauter une classe dès que les profs le lui ont proposé. Mais elle n’a plus jamais cherché à tisser des liens avec qui que ce soit, préférant s’enfermer dans sa solitude, et elle envoie promener tous ceux qui s’approchent d’elle.

– Hé ben... commente Matthias qui comprend mieux l’attitude de sa camarade de classe toujours glaciale. À la voir tout le temps plongée dans ses livres tout en obtenant des super notes à tous les contrôles, j’aurais pas cru qu’en fait elle était aussi... triste ?

– Ouais, enfin, elle s’est mise dans cette situation toute seule ! rétorque Théo beaucoup moins compatissant. Après tout, c’est elle qui a choisi de s’isoler et de rembarrer les gens pour qu’on la laisse tranquille !

– Vu ce qu’elle a traversé, c’est pas si étonnant... poursuit Matthias qui a véritablement de la peine pour sa coéquipière.

– Ça va, soupire Julien en levant les yeux au ciel, elle a pas été traumatisée non plus.

– Et puis pour une fille qui se croit intelligente, reprend Théo, c’était un peu stupide de sa part de vouloir sortir avec Ulrich alors que tout le monde sait qu’il n’a d’yeux que pour Yumi.

– Hé, réplique Heidi pour prendre la défense de son ancienne amie, c’est Ulrich qui est venu draguer Émilie, pas l’inverse.

– Non mais ça c’était une tactique évidente pour rendre Yumi jalouse ! s’esclaffe Théo. Ce que vous pouvez être naïves parfois !

– C’est pas une raison pour profiter des sentiments de quelqu’un, déclare Caroline qui ne rit pas du tout.

– Attendez, intervient Romain perplexe, y’a un truc que je comprends pas...

– Seulement un ? remarque ironiquement Julien.

– ...Vous dites qu’Ulrich n’arrivait pas à sortir avec Yumi, donc il est sorti avec Émilie pour rendre Yumi jalouse et finir par sortir avec elle... Mais alors comment il a réussi à sortir avec Émilie sans la rendre jalouse d’abord ?


Caroline cache son visage dans sa main, tandis que Christophe répond sur un ton faussement sérieux :

– Peut-être qu’en essayant de sortir avec Yumi, ça rendait déjà Émilie jalouse donc il pouvait sortir avec elle.

– ...Ah oui... comprend Romain. Pas bête...

– Et donc toi Christophe, renchérit Théo avec un grand sourire, t’es d’abord sorti avec Anaïs pour rendre Caroline jalouse, c’est bien ça ?

– N’importe quoi, répond l’intéressé. Ça n’avait rien à voir.

– Et mêle-toi de tes oignons, complète Caroline.


Satisfait de leur réaction, Théo cherche une autre histoire de couple dont il pourrait se moquer :

– Au fait Heidi, ça se passe bien avec Hervé ?


La jeune blonde rougit et manque d’avaler de travers :

– Hein ? De quoi tu parles ?

– Fais pas l’innocente ! On vous a vus à la fête de fin d’année !

– Et à la bibliothèque, ajoute Julien.

– Et aussi dans les Échos de Kadic ! complète Romain, fervent lecteur du journal tenu par Milly et Tamiya.

– Alors comme ça, poursuit Théo qui s’amuse à taquiner Heidi, t’as un faible pour les boutons ?

– C’est sûrement grâce à ses boutons qu’Hervé est si fort en calcul mental... murmure l’espiègle asiatique en ricanant.


Son comparse pouffe de rire en devinant la chute de la blague :

– ...Parce qu’il a une calculatrice sur le visage ?

– Oui... confirme Julien hilare.


Romain se retient de rire à son tour, tandis que le reste de leurs coéquipiers sont affligés par le niveau humoristique des trois inséparables plaisantins.

– Vous êtes vraiment des gamins... commente Caroline consternée.

– Et je vous signale qu’Hervé à beaucoup moins de boutons qu’avant, renchérit Heidi.

– Oh ça va, on plaisante ! répond Théo qui termine de s’esclaffer. Vous allez pas tous devenir des rabat-joie comme Émilie...


Celle-ci arrive justement derrière lui à ce moment-là :

– Ton compliment me va droit au cœur, déclare la jeune fille à lunettes sur un ton sévère, mais je dois vous faire part de choses plus importantes que j’ai découvertes en fouillant dans le supercalculateur...





* * *


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Nelbsia MessagePosté le: Lun 17 Aoû 2020 19:57   Sujet du message: Répondre en citant  
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* * *





Au laboratoire, Alexandre pianote frénétiquement sur le clavier de l’ordinateur. Lui qui ne savait pas s’en servir quelques minutes auparavant, le voila absorbé dans une tâche qu’il maîtrise parfaitement, et pour laquelle il a décidé de retenir Franz et Jim à l’extérieur afin de gagner du temps.

Soudain, des bruits métalliques se font entendre en hauteur : la porte du corridor a cédé.

Le jeune garçon s’empresse de refermer les fenêtres actives sur son écran, quand le surveillant de Kadic apparait par l’ouverture murale près du plafond :

– Pépin ! J’en étais sûr ! rugit Jim furieux en descendant à l’échelle. C’est toi qui as bloqué l’ascenseur !?


Alexandre prend un air innocent :

– L’ascenseur ? Ah oui pardon, j’étais en train d’apprendre les commandes de l’ordinateur, et j’ai dû bloquer le monte-charge en oubliant de le débloquer après...

– Ah vraiment !? s’exclame son professeur de sport en le menaçant du bout de son doigt. Eh bien tu vas me faire le plaisir de remettre cet ascenseur en marche, sinon toi aussi tu sauras ce que ça fait de ne plus avoir d’ascenseur quand on est en fauteuil roulant !

– Aucun problème, répond sereinement le lycéen en procédant au déblocage de l’appareil.


Le monte-charge s’actionne et s’élève en direction de la salle cathédrale où Franz Hopper l’attend toujours, tandis que Jim poursuit son interrogatoire :

– On peut savoir ce que tu trafiquais ici en notre absence ?!


L’énigmatique intrus conserve son air candide :

– Je vous l’ai dit : j’apprends à me servir du supercalculateur, au cas où Émilie déciderait de quitter le groupe. Vu son caractère, mieux vaut s’y préparer, vous ne croyez pas ?

– Mouais... conclut son interlocuteur peu convaincu. Tu expliqueras ça au professeur Hopper, et on verra ce qu’il en dira !


Les portes du monte-charge s’ouvrent justement sur le créateur de Lyoko, et celui-ci fait rouler son fauteuil vers les deux occupants de la pièce avant de brandir un pistolet à impulsion électrique en direction du lycéen :

– Éloigne-toi tout de suite de ce clavier, menace-t-il son élève en surprenant également Jim.

– Heu, Waldo... balbutie son collègue avec inquiétude. Tu ne devrais peut-être pas...

– Je sais très bien ce que je fais, s’entête le vieil homme avant de s’adresser directement à Alexandre. Ton aisance à assimiler autant de nouvelles compétences m’a beaucoup surpris, alors j’ai cherché à me renseigner sur toi, et tout ce que j’ai découvert, c’est que tu n’as aucun passé connu avant ton entrée au collège Kadic. Cela ressemble très fortement au profil d’une autre personne dont je sais avec certitude qu’elle a grandi dans les laboratoires... du Black Phenix...


Jim comprend soudain pourquoi Franz semblait si pressé d’attraper celui qui s’était introduit à l’usine, et surtout pourquoi il le menace à présent avec une arme :

– Attends, tu penses que Pépin vient du Centre ?? demande-t-il sans vraiment y croire car le jeune garçon fut son élève depuis la classe de sixième.


L’architecte de Lyoko reste impassible en attendant la réponse de l’accusé, et après un long silence durant lequel Alexandre reste muet en tentant de déterminer s’il peut encore raisonnablement faire croire à son innocence, l’énigmatique lycéen finit par confirmer les soupçons qui pesaient sur lui :

– Connaissez-vous le projet « Seed Sowing », professeur Schaeffer ?


En entendant le véritable nom de famille de Waldo de la bouche de son élève, Jim comprend avec stupeur que celui-ci est bel et bien lié au Black Phenix, mais le vieil informaticien est encore plus surpris que lui car il sait effectivement en quoi consiste le projet secret baptisé « Seed Sowing » :

– Oh mon dieu... réalise-t-il en dévisageant l’adolescent en face de lui.

– Heu... de quoi il parle ? demande le professeur de sport perplexe. C’est quoi le projet « Speed Boeing » ?

– « Seed Sowing » rectifie Alexandre. Littéralement : « semer des graines ».

– Des graines ? s’étonne Jim qui ne saisit toujours pas.


Sans quitter le lycéen des yeux, Franz prend la peine d’expliquer à son collègue de quoi il retourne :

– Des clones... souffle-t-il. Zander savait qu’il ne pouvait plus quitter le Next World car son vrai corps s’est trop détérioré donc la rematérialisation lui serait fatale, alors il a démarré le projet « Seed Sowing » consistant à fabriquer des embryons clonés à partir de ses propres cellules, afin de disposer plus tard de copies de son corps jeune et en bonne santé, dans lesquelles il pourrait ultérieurement transférer son esprit pour finir par revenir sur Terre...


Jim a encore du mal à interpréter ces révélations :

– Mais quel rapport avec Pépin ? demande-t-il avant de réaliser à son tour la véritable nature de celui-ci en le dévisageant pour finir par reconnaître subitement les traits du maître du Black Phenix en beaucoup plus jeune. OH BON SANG ! TU ES...!?

– Un clone, confirme Alexandre qui partage la même racine étymologique que le prénom Zander. Je suis le « Sujet 89-08d ».


Franz n’en croit toujours pas ses yeux, car dans ses souvenirs, aucun des clones que Zander avait tenté de créer n’avait dépassé le stade embryonnaire :

– Alors il a fini par réussir... constate-t-il amèrement en contemplant le jeune garçon.

– En effet, atteste ce dernier. Les tentatives de clonage de Zander échouaient systématiquement car les cellules-souches utilisées étaient déjà trop dégradées, tandis que les rares sujets dont le corps se développait convenablement finissaient par dépérir les uns après les autres sans raison apparente après seulement quelques années... Et pour tout vous dire, j’aurais certainement connu le même sort funeste si les biologistes du Black Phenix n’avaient pas constaté des résultats spectaculaires chez une créature issue d’un autre dispositif assez similaire : le projet « War Heaven », dont l’un des individus a été élevé comme un enfant « normal » au lieu de rester confiné en laboratoire avec les autres. Étant le dernier clone en vie, j’ai été extrait du Centre et inscrit au collège Kadic dans l’espoir que je m’y épanouisse normalement, au moins jusqu’à ce que j’atteigne l’âge adulte pour permettre ensuite à Zander de me reprendre mon corps et d’en faire le sien.


Le créateur de Lyoko finit par mieux cerner l’attitude du personnage singulier en face de lui :

– Est-ce pour cela que tu as intercepté les torpilles de Théo avec ton Navskid tout à l’heure ?


Jim reste perplexe tandis qu’Alexandre hoche la tête :

– Mes semblables et moi dépérissions en laboratoire car nous possédions des bribes de mémoire appartenant à Zander, donc nous connaissions d’avance le triste sort qui nous attendait. Quant à moi, j’ai eu la chance de vivre une jeunesse « normale » ce qui m’a permis de survivre avec l’espoir de pouvoir me soustraire à ce destin qu’on m’a imposé, mais au fond de moi, je savais que je ne pourrais jamais m’enfuir, car le Black Phenix finirait toujours par me retrouver... Néanmoins, grâce à vous, professeur Schaeffer, j’ai peut-être enfin trouvé une échappatoire...


Le lycéen s’avance lentement vers l’holomap qui brille au centre de la pièce, illuminant son visage devant lequel pivotent les territoires virtuels colorés :

– Je dois rester virtualisé sur Lyoko, afin que Zander ne puisse jamais me reprendre mon corps.


Après un long silence de réflexion pour tenter d’évaluer la sincérité du clone qui contemple l’holomap avec avidité, Franz Hopper finit par rengainer son arme :

– J’ai mieux à te proposer : aide-nous à vaincre Zander définitivement, et tu pourras enfin vivre libre.


Un sourire triste se dessine sur les lèvres d’Alexandre pour qui cette idée est aussi alléchante qu’irréaliste :

– Je sais parfaitement que c’est pour cela que vous nous avez recrutés, mais c’est impossible. Zander est beaucoup trop puissant pour nous. Même avec un entrainement sérieux, notre équipe ne pourra rien faire contre lui.

– Vous ne serez pas seuls, lui révèle Waldo. Votre première mission aura pour objectif de délivrer les anciens Lyoko-guerriers, ceux dont vous avez affronté les spectres pour vous entrainer. Ils sont actuellement retenus prisonniers par le Black Phenix, mais si vos deux équipes unissent leurs forces, alors nous aurons une chance de vaincre Zander.

– Battre Zander dans le Next World ? rétorque le jeune garçon en émettant un rictus. C’est son monde, il y règne en maître absolu. L’affronter là-bas serait du suicide, d’autant plus qu’il possède sous ses ordres de nombreux serviteurs dévoués, dont la redoutable « Carthage », autrement dit la seule entité qui pourrait rivaliser en puissance avec Zander... Et contrairement à lui, Carthage n’est pas obligée de rester dans le Next World pour survivre, donc si nous les attaquons, elle pourrait nous poursuivre à travers le Réseau, et remonter jusqu’à Lyoko...

– C’est moi qui ai conçu Carthage, lui rappelle l’ancien professeur de sciences. Mais j’ai aussi créé un programme appelé Xanadu dans le but de détruire Carthage, et bien que le virus Xana n’était qu’une forme amoindrie du Xanadu originel, Jérémie et son équipe ont néanmoins réussi à l’anéantir. Crois-moi, je ne vous enverrais pas sur le Next World si je n’avais pas de sérieuses cartes à jouer pour envisager d’abattre le Black Phenix une bonne fois pour toutes...


Fixant toujours l’holomap qui tourne devant lui, Alexandre avance son doigt pour désigner précisément sur le Territoire Banquise la caverne cachée derrière une cascade où il s’est secrètement aventuré en se rendant invisible et indétectable pendant que ses coéquipiers étaient pourchassés par des Mégatanks :

– Et ne craignez-vous pas qu’en vous acharnant à essayer de vaincre Zander avec ses propres armes, vous ne réussissiez qu’à lui restituer tout ce dont vous l’avez dépossédé en vous enfuyant ?

– Je suis bien conscient de ce risque, confirme Waldo, mais je ne peux pas laisser ma fille et ses amis aux mains du Black Phenix. Et si nous réussissons, Zander n’aura plus jamais l’occasion de faire du mal à qui que ce soit.

– ...Et si par malheur nous échouons, reprend Alexandre qui ne croit toujours pas en leur victoire, me permettrez-vous de me réfugier sur Lyoko ?

– À condition que tu donnes le meilleur de toi-même durant l’affrontement qui aura lieu dans le Next World, acquiesce le vieil homme en fauteuil roulant.


Le jeune lycéen accepte tacitement en se retournant vers l’architecte du monde virtuel :

– ...Au cas où ça tournerait mal, est-ce que vous pourriez m’apprendre à bâtir des structures numériques pour fortifier les territoires ?





* * *





Après qu’Émilie a exposé à ses camarades ses récentes découvertes au sujet de leur mystérieux employeur qui s’appelle en réalité « Waldo Schaeffer » et qui a probablement dissimulé de sombres desseins derrière leur soi-disant « stage d’été », les avis divergent quant à la réaction à adopter : d’un côté, Caroline, Christophe et Heidi partagent la méfiance d’Émilie et se demandent s’ils feraient mieux de tout arrêter pendant qu’il en est encore temps, mais de l’autre, Théo, Julien et Romain ne voient aucun problème dans ces « cachotteries » tant qu’ils s’amusent bien et qu’ils sont rémunérés pour cela.

Matthias reste indécis : les secrets de Franz Hopper couvrent sans doute quelque chose d’inquiétant, mais au fond de lui, le grand brun à lunettes a l’étrange sentiment d’avoir pris part à une mission importante, même s’il n’en distingue pas encore les enjeux.

– On devrait essayer d’en savoir plus avant de décider de continuer ou d’abandonner, affirme-t-il.

– Et comment on en saura plus ? réplique Caroline. En demandant poliment à Franz de nous révéler ce qu’il ne veut pas nous dire ?

– En tout cas, reprend Émilie, il a un système pour être averti quand quelqu’un utilise l’ordinateur de l’usine, donc impossible de fouiller dans les données en son absence.

– J’ai une idée ! s’exclame Théo. On n’a qu’à aller dans le Next World sans attendre que Franz nous donne son accord, comme ça on verra par nous-mêmes de quoi il s’agit réellement !


Ses camarades devinent que Théo est simplement impatient d’aller explorer l’autre monde virtuel, mais l’opératrice lui donne raison :

– C’est vrai que si on fait ça, on sera rapidement fixés et Franz ne pourra plus rien nous cacher...

– Quoi !? Pas question ! s’oppose Caroline qui ne s’attendait pas à ce qu’Émilie soutienne ce projet insensé. On ne va pas commencer à s’aventurer dans le Réseau sans surveillance ! C’est trop dangereux !

– Alors quoi ? demande Julien. On laisse tout tomber sans même chercher à savoir pourquoi on a fait tout ça ?

– Au pire, poursuit Théo, on fait comme on a dit mais les chochottes de service ne sont pas obligées de venir !

– Moi je viens ! s’exclame aussitôt Romain qui ne veut pas passer pour un poltron.

– Les courageux, levez la main ! renchérit le faux samouraï en levant la sienne.


Julien et Romain répondent à l’appel, imités par Matthias et Émilie, tandis que leurs trois camarades restent les bras croisés jusqu’à ce que Christophe accepte de participer.

– Hein !? s’étrangle Caroline qui se sent trahie par son amoureux.

– Désolé mon cœur, s’excuse-t-il en tentant de l’enlacer, mais j’ai vraiment envie de connaître le fin mot de cette histoire...

– Ce sera sans moi ! conclut-elle furieuse en se levant de sa chaise pour s’en aller.

– Voyons, Caroline ! l’interpelle Théo en ricanant. Je croyais qu’on était une équipe ?


La jeune fille à bout de nerfs se retourne vers lui pour l’insulter, mais elle se ravise en voyant Heidi lever timidement la main :

– Je veux bien venir si on y va tous... déclare la petite blonde en guettant à présent la réaction de son amie.


Celle-ci constate avec amertume que tous ses camarades sont d’accord pour tenter une excursion secrète dans l’autre monde virtuel :

– ...Et comment vous comptez faire ? les interroge-t-elle. On ne sait même pas où c’est, le « Next World »...

– Les coordonnées se trouvent certainement dans l’ordinateur, répond Émilie qui était déjà en train de réfléchir à l’organisation de leur mission. Demain matin, on vient à l’usine aux aurores, comme ça on pourra se virtualiser et se dépêcher de partir à l’aventure avant l’arrivée de Jim et Franz. Même s’ils détectent notre intrusion, on sera déjà loin quand ils descendront au labo.

– Oh, ça va nous faire lever tôt... soupire Romain.

– Moi je serai levée, reprend l’opératrice qui dort assez peu. Donnez-moi vos numéros de téléphone, et je vous appellerai pour vous réveiller.

– Hein ? se méfie Théo. Pourquoi tu veux nous appeler ? On peut juste mettre notre réveil plus tôt tu sais ?

– Non, rétorque Émilie, car le retour temporel de cette nuit annulera toutes vos actions de ce soir.

– Ah oui mince... comprend son camarade.

– Mais du coup, poursuit Julien, même si tu notes nos numéros dans ton portable, ils s’effaceront aussi cette nuit, non ?

– Qui a parlé de les noter ? réplique l’opératrice. Énoncez-les-moi à voix haute, ça suffira.

– Comment elle se la pète... chuchote Théo tandis que ses coéquipiers lisent leurs numéros de téléphone un par un.


Émilie fait sonner les différents portables en composant manuellement les sept combinaisons de dix chiffres qu’elle vient de mémoriser, puis Matthias s’enquiert du sort du neuvième membre de leur équipe :

– Et Alexandre, au fait ? On lui propose de venir ou pas ?

– C’est le plus doué d’entre nous, approuve Heidi, ce serait bien qu’il nous accompagne...

– Comment ça « le plus doué » ? proteste Théo.

– Déjà, est-ce que quelqu’un a son numéro ? demande Christophe.

– Ne vous en faites pas pour Alex, conclut la jeune fille à lunettes, je m’occupe de lui.





* * *





La nuit est tombée sur la vieille usine désaffectée.

Après avoir montré à Alexandre comment modéliser des reliefs virtuels sur Lyoko, Franz et Jim sont repartis en acceptant, en signe de confiance, de laisser le lycéen seul au laboratoire pour poursuivre ses créations numériques durant les quelques heures restantes avant le déclenchement du Retour vers le passé.

Ses compétences étant encore assez sommaires, sa manipulation de la matière virtuelle se résume à empiler de simples blocs cubiques pour former une sorte de hutte dans un coin du territoire Forêt.

Cette première construction achevée fait sourire Alexandre : l’impression de bâtir sa propre « prison » est à la fois rassurante et dérangeante, mais il sait que s’ils ne parviennent pas à vaincre Zander, Lyoko sera sa seule terre d’asile.

Tandis qu’il referme les fenêtres à l’approche de l’heure où le Retour vers le passé est censé se produire, un message apparait soudain sur son écran : « Mon numéro devrait s’afficher... »

D’abord perplexe à la vue de cette phrase, le jeune garçon finit par comprendre que quelqu’un d’assez astucieux tente de le joindre sans que la communication soit enregistrée dans l’ordinateur, et même sans que l’on sache que l’auteur du message initial cherche en fait à joindre la personne assise devant l’écran, car celle-ci n’est pas censée se trouver là.

Alexandre sort donc de sa poche son téléphone portable et compose le numéro associé à la provenance du message reçu : celui d’Émilie.

La jeune fille décroche innocemment :

– Allô ?

– C’est moi, déclare Alexandre pour confirmer son identité.


Émilie peut enfin lui révéler leur plan :

– Juste pour te prévenir : demain on viendra à l’usine juste avant le lever du soleil pour aller explorer le Next World. Tu peux nous accompagner si tu le souhaites, mais n’en parle pas à Franz et Jim.


Alexandre écarquille les yeux, mais il n’a pas le temps de protester : une lumière blanche aveuglante s’échappe du supercalculateur, et il devine qu’Émilie l’a délibérément appelé juste avant le déclenchement du Retour vers le passé afin qu’il ne puisse pas alerter Franz Hopper...


Dernière édition par Nelbsia le Lun 21 Sep 2020 21:22; édité 2 fois
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Nelbsia MessagePosté le: Lun 17 Aoû 2020 19:58   Sujet du message: Répondre en citant  
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Épisode #115 : L'autre monde


Résumé de l’épisode précédent :


Le combat en équipe contre les huit spectres a renforcé la cohésion des nouveaux Lyoko-guerriers et a même permis à Émilie d’expérimenter ses propres pouvoirs. Mais pendant que ses camarades ont terminé la journée en allant boire un verre tous ensemble, la brillante opératrice est secrètement retournée sur l’ordinateur de l’usine pour découvrir que Franz Hopper leur cachait des choses : il s’appelle en réalité « Waldo Schaeffer » et il aurait lui-même fait partie d’une équipe de combattants virtuels dans le Next World avec Jim... Les deux professeurs, quant à eux, ont découvert qu’Alexandre Pépin n’est pas un adolescent ordinaire : il serait en fait un clone de Zander Hopper qui l’a créé dans le but de lui prendre son corps jeune et en bonne santé afin de pouvoir enfin se rematérialiser... Alexandre est pourtant prêt à essayer d’anéantir le Black Phenix à condition de pouvoir se réfugier sur Lyoko si leur tentative tourne mal, et Franz a donc accepté de le laisser apprendre à se servir du supercalculateur, mais pendant ce temps, Émilie a fait part de ses découvertes au reste de ses camarades qui ont pris la décision d’aller s’aventurer dans le Next World dès le lendemain matin aux aurores, à l’insu de leurs encadrants...





– Deuxième vague en place, annonce Matthias dans l’un des trois scanners tandis que Christophe et Caroline occupent les deux autres.


Comme convenu la veille, Émilie, Théo, Julien, Romain, Heidi, Christophe, Caroline et Matthias sont arrivés à l’usine très tôt le matin pour tenter de se rendre sur le Next World avant l’arrivée de Franz et Jim. Mais alors que l’opératrice a déjà virtualisé six d’entre eux, leur neuvième combattant arrive à l’usine : ayant reçu l’appel téléphonique d’Émilie lui annonçant juste avant le déclenchement du Retour vers le passé qu’elle comptait mener une expédition secrète à destination de l’autre monde virtuel, Alexandre s’est réveillé en sursaut, et comme il n’avait aucun moyen de joindre les deux professeurs qui supervisent leur entrainement, le lycéen solitaire s’est précipité à l’usine pour dissuader ses camarades d’entreprendre leur aventure insensée.

– Stop ! Arrête ! ordonne-t-il à Émilie en débarquant au laboratoire. Le Next World n’est pas un terrain de jeu comme Lyoko ! Vous ne savez pas ce qui vous attend là-bas !

– Parce que toi tu le sais, peut-être ? rétorque la jeune fille en coupant le micro pour que les autres n’entendent pas leur conversation.


Alexandre ne peut pas lui dire d’où il vient, mais il peut au moins l’informer des réelles intentions de l’homme qui les a recrutés :

– Franz ne comptait vous en parler que lorsque vous seriez prêts, mais le véritable but de notre mission est de délivrer Jérémie et les autres car ils sont retenus prisonniers sur le Next World ! Il ne s’agit pas d’un bête pari entre Franz et son ancien employeur : c’est très sérieux ! Le maître du Next World est un criminel de la pire espèce, et il vous capturera vous aussi si jamais vous tentez de pénétrer dans son monde !


Comme l’opératrice le soupçonnait, son énigmatique coéquipier sait beaucoup plus de choses qu’il n’en a l’air :

– Tu comprends pourquoi je t’ai fait venir ? lui demande-t-elle en programmant trois virtualisations différées. Tu vas nous accompagner dans le Next World, et on va tirer tout ça au clair une bonne fois pour toutes.

– Mais je viens de te dire que c’est du suicide !! répète Alexandre consterné par l’entêtement dont fait preuve son interlocutrice qui ne croit manifestement pas à ce qu’il vient de lui révéler car elle est désormais persuadée qu’il est de mèche avec Franz et Jim depuis le début.

– Si tout ce que tu dis est vrai, répond calmement la jeune fille à lunettes en se levant du fauteuil pour se diriger vers le monte-charge, alors on le découvrira bien assez tôt et on n’aura qu’à rebrousser chemin. Mais vu qu’on va probablement s’attirer des ennuis, ce serait bien que tu sois avec nous pour nous couvrir si ça tourne mal, tu ne crois pas ? À moins que tu préfères rester ici pour attendre sagement l’arrivée de Franz...


À contrecœur, le lycéen s’engage dans l’ascenseur dont la porte se referme, et ses deux occupants descendent à la salle des scanners pour y retrouver Heidi, puis tous trois prennent place dans les scanners avant que se déclenchent les virtualisations différées programmées par Émilie.

Les neuf aventuriers apparaissent dans le Cinquième Territoire, rejoignent rapidement le Garage Skid et embarquent dans le sous-marin à bord duquel ils s’empressent de quitter Lyoko.

Aux commandes du Skidbladnir III, Émilie met le cap sur le Next World dont elle a récupéré les coordonnées dans l’ordinateur :

– Dorénavant, annonce-t-elle en coupant la liaison radio avec le supercalculateur de l’usine, Franz ne peut plus nous rattraper.

– Je ne trouve pas ça très rassurant... murmure Heidi qui commence à regretter de s’être embarquée dans cette aventure.

– Tant qu’on ne croise pas d’ennemis en chemin, ça devrait aller... conclut Caroline pas franchement sereine elle non plus.

– Tu plaisantes !? renchérit Théo avec enthousiasme car il n’attend que l’occasion de se battre. On part explorer des territoires inconnus, j’espère bien qu’on va trouver de quoi se défouler un peu !

– Pas dans l’océan alors, reprend Émilie en évaluant la distance qui les sépare de leur destination. Le vaisseau a juste assez d’énergie pour faire l’aller-retour, donc on n’a pas intérêt à trainer ici trop longtemps...


La jeune fille à lunettes ignore qu’en empruntant un hub, le trajet aurait été grandement écourté, et elle se contente donc de pousser les propulseurs du Skidbladnir III à plein régime pour foncer tout droit, fendant à grande vitesse les eaux virtuelles du Réseau. Les passagers du vaisseau contemplent les étranges structures sous-marines renversées qui défilent autour d’eux, et après de longues minutes, ils pénètrent dans une zone obscure où on ne distingue plus aucun relief.

Émilie est obligée de ralentir et d’allumer les phares de son navire subaquatique qui s’enfonce dans les ténèbres jusqu’à détecter une sphère solide monumentale, plus volumineuse encore que celle qui entoure Lyoko :

– Je crois qu’on est arrivés... déclare la pilote en vérifiant les coordonnées de l’objet massif qui se trouve devant eux.

– Le Next World... observe Matthias aussi impressionné que ses coéquipiers.


Alexandre tente encore de persuader ses camarades de renoncer :

– Si on fait demi-tour maintenant, il ne saura peut-être pas qu’on est venus jusqu’ici...

– Je ne partirai pas sans avoir vu ce qu’il y a là-dedans ! réplique aussitôt Théo.

– Pour ça, faudrait déjà qu’on puisse entrer... rétorque Caroline qui préfèrerait rebrousser chemin.

– Il y a un sas d’entrée en contrebas, reprend Émilie en faisant descendre le vaisseau vers le point d’accès qu’elle a détecté grâce à ses instruments de bord.


Le Skidbladnir arrive à hauteur d’une large excroissance qui dépasse de la sphère, bien différente du tube permettant de sortir de Lyoko :

– On dirait un hangar à avions, remarque Christophe avant de sursauter quand les phares du sous-marin éclairent subitement un immense symbole circulaire avec une silhouette d’oiseau recouvrant la vaste porte close.


En son centre, l’opératrice repère une sorte de serrure :

– C’est par là qu’on entre... conclut-elle en approchant son véhicule.

– À condition que ça s’ouvre, précise Heidi pour qui la porte semble solidement verrouillée.

– Si on tire tous dessus avec nos canons, ça finira bien par s’ouvrir ! suggère Théo.

– Surtout pas, rétorque Émilie en cherchant de quoi débloquer le sas sur son interface. Le blindage extérieur d’un monde virtuel est extrêmement robuste, et en tirant dessus on ne ferait que révéler notre tentative d’intrusion.

– T’as une meilleure idée peut-être ? renchérit Julien qui aimerait bien faire feu lui aussi.

– Je crois que oui... conclut la brillante élève en procédant à une rotation de l’axe du vaisseau avant d’enclencher la clé numérique qui relie le Skidbladnir au verrou, lequel renvoie une demande de code d’accès. Ah... L’ouverture est protégée par un mot de passe...

– Tu penses pouvoir le cracker ? s’enquiert Matthias.

– Apparemment il contient huit caractères, répond l’opératrice en analysant la composition du code requis. C’est faisable mais ça risque de prendre un certain temps...


Les réticents du groupe s’apprêtent à affirmer qu’il vaut mieux abdiquer et repartir, mais Émilie s’aperçoit que la tâche est beaucoup plus simple que prévu :

– Attendez ! Il n’y a pas de lettres, les symboles à trouver sont des chiffres !

– Ça fait encore cent millions de combinaisons à essayer, soupire Caroline.

– Oui mais avec la puissance de calcul dont on dispose, ce sera réglé en quelques minutes... insiste l’informaticienne en lançant la procédure.

– J’espère qu’on aura assez d’énergie pour le voyage de retour... s’inquiète Heidi en redoutant que le temps passé à essayer d’ouvrir la porte finisse par causer leur perte.

– Huit chiffres, remarque Matthias, c’est peut-être une date de naissance ?

– Y’a encore des gens assez bêtes pour utiliser leur date de naissance comme mot de passe ? s’esclaffe Théo.

– Pour un ordinateur familial ça passe encore, mais pour un monde virtuel, c’est pas sérieux... commente Julien.

– Précisément, reprend Émilie. Comment se fait-il que le sas d’entrée du Next World ne soit protégé que par un simple mot de passe à huit chiffres, alors qu’un monde virtuel repose sur l’existence d’un supercalculateur quantique capable de cracker des codes beaucoup plus compliqués en un rien de temps ?

– Peut-être qu’ils attendent notre visite ! se réjouit Théo.

– Ou alors la personne qui a conçu cette porte a fait preuve de négligence, suspecte Matthias. Peut-être même délibérément...


L’opératrice termine de taper quelques lignes de commandes :

– J’ai optimisé la recherche du code pour tester en priorité les dates de naissance à partir de l’année 1900, annonce-t-elle. Si le mot de passe en est bien une, le verrou devrait sauter d’une seconde à l’autre.

– Pense à essayer les différents formats de date possibles, lui recommande Julien car tous les pays n’écrivent pas forcément le numéro du jour puis le numéro du mois avant le numéro de l’année.

– Pas bête, approuve Émilie en implémentant les modifications adéquates.


Moins d’une minute plus tard, le verrou s’illumine et la grande porte s’ouvre en deux :

– Ça a marché ! constate la jeune fille à lunettes intriguée en observant le code trouvé sur son interface de recherche. « 19031811 »... 18 novembre 1903 ?

– Si c’est vraiment une date de naissance, conclut Caroline tandis que le vaisseau s’engouffre dans le large passage ouvert devant lui, la personne née ce jour-là aurait plus de cent ans aujourd’hui.

– C’est pas impossible, reprend Émilie. La virtualisation bloque le vieillissement, donc cette personne a très bien pu rester dans le Next World pendant plusieurs années pour prolonger son existence...


Alexandre n’en dira rien, mais Zander Hopper n’a pas attendu l’invention de la virtualisation pour user de tous les procédés possibles afin de repousser l’heure de sa propre mort, et d’après ce que le jeune clone sait de ce sombre individu à partir de qui il a été créé, s’il se trouve que la personne qui a défini le code d’accès du sas d’entrée emprunté par le Skidbladnir a effectivement choisi la date de naissance du maître du Next World, alors ce dernier ne serait pas né un 18 novembre mais un 19 mars...





* * *





Le sous-marin émerge lentement des flots virtuels, et les Lyoko-guerriers n’en croient pas leurs yeux : contrastant fortement avec les sombres profondeurs qu’ils viennent de traverser, la lumière éclatante du soleil au-dessus d’eux les éblouit tandis que sur les vitres de leurs modules dégouline l’écume de la mer où ils ont refait surface. Des vagues scintillantes déferlent en direction d’un rivage bordé de sable et de falaises qui s’étendent à perte de vue.

– Émilie, tu ne te serais pas trompée d’adresse par hasard ? demande Théo qui ne s’attendait pas à découvrir un environnement aussi accueillant.

– Non, j’ai vérifié... répond l’opératrice également surprise.

– Vous êtes sûrs que tout cela est bien... virtuel ? interroge Matthias subjugué par le réalisme de la mer numérique dont l’aspect visuel et sonore reproduit à la perfection le roulement des vagues que l’on peut observer sur les plages terrestres.

– Il y a même des mouettes, remarque Romain tandis que dans le ciel virevoltent des oiseaux marins au cri strident.

– Là-bas, on dirait un phare... ajoute Christophe en apercevant une haute construction qui dépasse de la végétation au sommet des falaises.


Avançant vers le rivage, Émilie conduit le Skidbladnir jusqu’à l’étrange bâtisse qui est en fait une tour de navigation quadrangulaire en brique avec des fenêtres :

– Qu’est-ce que c’est que ce truc ? s’étonne Théo car même les phares cylindriques du monde réel ont une allure plus moderne que cette curieuse habitation verticale.

– C’est un relais énergétique ! se réjouit Émilie en analysant la structure du bâtiment. On va pouvoir recharger le Skid avant de repartir !

– Comment ça « repartir » ? rétorque Julien qui ne compte pas s’en aller de sitôt.

– Au contraire ! reprend Théo. Maintenant qu’on a de quoi garer le vaisseau tout en le réapprovisionnant en énergie, on a tout notre temps pour aller explorer les environs !

– Oh, misère... se lamente Caroline tandis qu’Émilie arrime le Skidbladnir à la tour de navigation avant de débarquer ses passagers qui réapparaissent au pied de l’édifice.

– Hé !? Qu’est-ce qui m’arrive !? panique Heidi tandis qu’à la surface de son corps, sa combinaison virtuelle se change en une simple robe comme celles que portaient les paysannes autrefois.

– On dirait qu’on perd nos pouvoirs ! répond Matthias en constatant que leurs tenues de Lyoko-guerriers laissent place à des vêtements archaïques et que leurs armes se transforment en d’inoffensifs bouts de bois.

– C’est quoi ce délire ? s’inquiète Caroline dont les fouets élastiques ont été remplacés par des cordes.

– Je n’en sais rien, j’ai des bugs partout... répond Émilie contrariée de voir apparaître une grande quantité de symboles buggés sur ses écrans. Je vais essayer de décrypter tout ça, mais si ça vient de ce monde, je ne suis pas certaine de pouvoir y faire quoi que ce soit...

– En attendant on l’air malins, déplore Julien qui tient une branche d’arbre.

– Et c’est méga lourd, ajoute Romain bardé de gros cailloux.

– On devrait peut-être remonter dans le vaisseau, suggère Christophe.

– Quittons cet endroit au plus vite... approuve Heidi angoissée.

– Sage décision, acquiesce Alexandre dont la faux-sniper n’est plus qu’une faux agricole.

– Pas question ! riposte Théo avec détermination. On est venus ici pour découvrir ce qu’il y a dans le Next World, et je ne repartirai pas avant d’avoir réussi !

– Et si on rencontre des ennemis, réplique Caroline, tu comptes leur donner des coups de bâtons ?

– Absolument ! renchérit le samouraï en agitant les bouts de bois qui ont remplacé ses sabres. Je les défoncerai même à coups de poing s’il le faut, mais en tout cas, ces détails vestimentaires ne m’arrêteront pas !


Refusant lui aussi de se dérober au premier obstacle, Matthias soutient son camarade téméraire :

– On peut toujours avancer prudemment pour voir si on trouve quelque chose d’intéressant, et si jamais le danger est trop grand on n’aura qu’à faire demi-tour.

– Bien parlé ! le félicite Théo. Bon ! Les courageux, avec moi ! Quant aux lopettes, vous n’avez qu’à rester ici pour voir si vous trouvez quelque chose d’intéressant dans le phare !

– Y’a rien à voir dans le phare, rétorque Julien qui a déjà jeté un coup d’œil à travers le carreau d’une fenêtre pour s’apercevoir que l’intérieur est plein et que la tour de navigation ne peut donc pas être visitée.

– Parfait ! conclut le samouraï en partant à l’aventure. Vous n’avez plus aucune excuse pour ne pas me suivre !





* * *





Guidés à distance par Émilie qui les surveille depuis ses écrans dans le cockpit du Skidbladnir, les huit explorateurs s’enfoncent dans les terres qui bordent le rivage, suivant un chemin entre les champs avant d’arriver à l’orée d’un bois.

– C’est trop bizarre... affirme Caroline en s’arrêtant avec méfiance devant cette petite forêt bien différente du territoire éponyme de Lyoko.

– Tout semble tellement réaliste... ajoute Matthias en caressant le bout des feuilles.

– Le seul truc vraiment bizarre, rétorque Théo, c’est qu’on n’ait toujours pas croisé le moindre ennemi jusqu’ici !

– Vu l’état de notre équipement, on va pas s’en plaindre... commente Christophe qui se voit mal livrer un combat en étant affublé d’un short et de souliers.

– Attendez ! Taisez-vous ! ordonne soudain Alexandre qui croit entendre quelque chose.


Ses camarades obéissent et se figent en tendant l’oreille, mais ne perçoivent que le bruit du vent qui agite le feuillage des arbres.

– Moi j’entends rien, finit par déclarer Romain.

– Alex essaye encore de nous faire peur, s’esclaffe Théo pour se moquer de son camarade qui tentait de les dissuader de venir dans ce monde.


Julien n’entend aucun son suspect non plus, mais il a cependant perçu la même chose qu’Alexandre :

– C’est pas vraiment un bruit, remarque-t-il en regardant par terre, je crois que c’est plutôt des vibrations dans le sol...

– Dans le sol ? s’inquiète Heidi en scrutant le chemin sur lequel ils se tiennent.

– Émilie, t’as rien sur tes écrans ? l’interpelle Alexandre toujours préoccupé.

– Rien près de vous en tout cas, répond l’opératrice qui ne peut observer sur son radar qu’un périmètre restreint autour de ses coéquipiers.

– Y’a rien du tout ! reprend Théo. En tout cas, Franz s’est bien foutu de nous : il nous a fait croire que le Next World était un endroit terrifiant, alors qu’en fait on pourrait venir y pique-niquer tous les dimanches !


Brusquement, Matthias plaque sa main sur sa propre bouche pour se retenir de crier, écarquillant les yeux en direction d’une colline au loin : une gigantesque créature mécanique difforme patrouille à l’horizon, sa silhouette monstrueuse dépassant des lointains reliefs, et c’est en fait la lourdeur de ses pas que les Lyoko-guerriers perçoivent sous forme de vibrations dans le sol sous leurs pieds.

Regardant à son tour dans la direction indiquée par le grand brun tétanisé, Heidi s’apprête à hurler de peur, mais Caroline se jette sur elle pour couvrir sa bouche et l’emmener à l’abri derrière les arbres avec le reste de ses coéquipiers.

– C’est quoi ce truc !? chuchote Christophe paniqué.

– Une sorte de sentinelle... répond Alexandre en observant prudemment le titan de métal qui rôde par-delà les collines.

– Bon d’accord, reconnait Théo angoissé, il y avait bien quelque chose...

– Matthias, le sollicite Émilie qui ne perçoit toujours pas la menace sur son radar, tu peux jeter un œil dans sa direction pour que j’obtienne un visuel ?


Son camarade hésite un moment avant d’oser se montrer pour regarder à nouveau la terrifiante créature, transmettant ainsi ce qu’il voit à son opératrice grâce à sa visière.

La jeune fille toujours à l’abri dans le Skidbladnir est néanmoins parcourue d’un frisson lorsque sur son écran apparait le champ de vision de Matthias, montrant le profil d’une entité gargantuesque composée d’un enchevêtrement mécanique indescriptible dont dépassent de longues pointes de fer acérées.

Soudain, la sentinelle métallique interrompt sa lente marche et se tourne brusquement vers son observateur qui, malgré la distance qui les sépare, sursaute et se cache précipitamment en réalisant que l’horrible crâne d’acier servant de tête au monstre géant vient de regarder dans sa direction :

– Oh non... s’étrangle Émilie en retenant son souffle.

– Qu’est-ce qu’il y a !? s’inquiètent les autres Lyoko-guerriers abrités derrière les arbres.


Pétrifié de terreur, Matthias desserre péniblement ses dents :

– Je crois qu’il m’a vu...





* * *





– On aurait dû retourner au Skid ! regrette Heidi en courant dans les bois comme le reste de ses coéquipiers apeurés.

– On peut plus ! rétorque Théo. Le monstre va nous voir si on sort de la forêt !

– C’est bien pour ça qu’on n’aurait jamais dû quitter le vaisseau ! renchérit Caroline qui s’opposait à cette aventure depuis le début. Et si on m’avait écoutée, on ne serait jamais venus ici tout court !

– Stop ! annonce Julien en s’arrêtant au bord d’un cours d’eau assez large. Y’a une rivière !

– Vous avez un pont à cinquante mètres en amont ! leur indique Émilie pour leur éviter une baignade numérique.


Suivant cette indication, les aventuriers remontent le torrent et empruntent un vieux pont de pierre en demi-cercle qui leur permet de franchir la rivière.

Les arbres semblant de plus en plus espacés, Christophe devine qu’ils auront bientôt traversé toute la forêt :

– En ressortant par ce côté, peut-être que le monstre ne nous verra pas ?

– Et s’il y en a d’autres ? frémit Heidi.

– Bah on campera ici et on partira cette nuit... conclut Théo un peu à court d’idées.

– Qu’est-ce qui te fait croire que la nuit finit par tomber ? rétorque Julien. Je te rappelle qu’on est dans un monde virtuel.

– Vu les efforts investis pour rendre le Next World aussi réaliste que possible, déclare Émilie, ça ne me surprendrait pas que son créateur ait également implémenté l’alternance jour-nuit. Par contre, si la créature que vous avez vue tout à l’heure était bien une sentinelle chargée de surveiller les environs, vous pouvez être sûrs qu’elle voit aussi bien sous un ciel nocturne qu’en plein jour.

– Oh, venez voir ! s’exclame Julien qui a atteint la sortie du bois.


Dans la plaine devant eux, les lycéens découvrent un paysage pittoresque : des habitations de pierre bordent le cours d’eau qui traverse un vaste val verdoyant, et dans les champs aux alentours, des paysans travaillent la terre à la main ou nourrissent leur bétail, tandis que les rues du bourg sont peuplées d’individus aux vêtements anciens dont les maisons sont de plus en plus serrées à mesure qu’elles s’élèvent vers le château au sommet du village.

– Je n’arrive toujours pas à croire que rien de tout ça n’est réel... commente Matthias éberlué en transmettant ce panorama à Émilie.


En analysant le visuel reçu, la brillante jeune fille fait part de ses découvertes :

– C’est bien ce que je pensais, conclut-elle après avoir reconnu le château.

– Et tu pensais à quoi ? l’interroge Théo.

– Ce monde virtuel est en fait constitué de répliques de lieux existant dans le réel, explique l’opératrice. Les falaises et la tour de navigation à laquelle je suis arrimée, c’est le « Cap Arkona ». Le pont en demi-cercle que vous avez traversé, c’est le « Rakotzbrücke » ou « Pont du Diable ». Et le donjon en face de vous, c’est le « Château de Lichtenstein ».

– Et alors ? reprend le samouraï qui ne voit pas dans quel but Émilie se prend pour une guide touristique. Il y a un point commun entre tous ces endroits ?

– Ben déjà, ils ont des noms bizarres... affirme Romain.

– Et pour cause, confirme la pilote du Skidbladnir : bien que ces lieux ne soient évidemment pas aussi proches les uns des autres dans le monde réel, ils se trouvent tous en Allemagne, et ils datent du milieu du XIXème siècle.

– Donc l’architecte du Next World serait un « nostalgique de la vieille Allemagne »... conclut ironiquement Théo. « Nostalgique » avec un « N » comme « Nazi », n’est-il pas ?

– Je ne crois pas, rétorque Émilie car un fanatique du IIIème Reich aurait immanquablement modélisé des infrastructures modernes recouvertes de longs drapeaux rouges aux croix gammées. En fait, l’homme qui a bâti tout ça a très probablement...

– ...vécu à cette époque... la coupe subitement Caroline en terminant sa phrase à sa place car elle vient à son tour de comprendre à quoi rime cet environnement exagérément réaliste où ils se trouvent. Si le propriétaire du Next World est aussi âgé que nous le pensons, ça explique pourquoi il s’est appliqué à reproduire des lieux qu’il a visités autrefois...

– Y’en a qui ont du temps à perdre, commente Théo.

– Au contraire, réplique l’opératrice persuadée d’avoir deviné la raison pour laquelle le maître de ce monde virtuel a été contraint de s’y réfugier : il gagne du temps de vie en restant virtualisé, car il est devenu trop vieux pour survivre dans le monde réel.

– Et comme il ne peut plus quitter le Next World, complète Caroline, il le peaufine dans les moindres détails... C’est son monde, il en est le souverain absolu, et il le façonne à son image...


Alexandre reste muet, contemplant de son regard sombre le haut donjon qui surplombe le village.

Ses camarades, quant à eux, comprennent mieux pourquoi leur environnement semble si réaliste et archaïque à la fois, à commencer par les tenues vestimentaires qui leur sont imposées à la place de leurs combinaisons de Lyoko-guerriers :

– S’il se prend pour le roi de ce monde, reprend l’infatigable samouraï, peut-être qu’il habite dans le château qui est là ?

– On pourrait aller toquer à sa porte, propose Romain.

– Et lui demander poliment de nous restituer notre équipement, approuve Julien.

– Non mais ça va pas ? proteste Caroline. Vous avez déjà oublié le monstre de tout à l’heure ?

– Et alors ? poursuit Théo en haussant les épaules. Il viendra jamais nous chercher au village, sinon il risque de casser toutes les maisons en essayant de nous écraser.

– Tu crois vraiment que ça va l’empêcher de venir nous aplatir ? rétorque Heidi.

– Vu le temps passé à construire chaque décor minutieusement, suggère Julien, ce serait dommage de tout bousiller...

– Ce n’est que de la matière virtuelle, rappelle Émilie. Il la reconstruira en un rien de temps.


Matthias prend une nouvelle fois son courage à deux mains pour tenter d’amener son équipe vers une décision commune :

– Pour l’instant, déclare-t-il afin de rassurer ses coéquipiers, le monstre est encore de l’autre côté du bois. Et nous, nous sommes devant ce château où habite peut-être celui qui détient toutes les réponses que nous sommes venus chercher. Je pense que nous devons au moins tenter ce dernier coup avant de repartir.


Leur curiosité prenant le pas sur leur appréhension, les lycéens sortent de la forêt pour s’avancer à travers les champs qui entourent le village, tout en guettant l’horizon au cas où une autre créature géante surgirait.

Comme ils sont vêtus d’habits provenant de cette époque reculée que le Next World tente de reproduire, aucun des paysans occupés à travailler la terre ne s’étonne de leur présence :

– D’après vous, demande Théo à voix basse, ce sont des humains virtualisés ou des spectres ?

– Sûrement des spectres, répond Christophe en observant les individus absorbés dans leurs tâches répétitives. C’est déjà pas marrant de travailler dans le monde réel, alors je vois mal qui accepterait de venir se casser le dos pour labourer de la terre virtuelle.

– S’ils sont payés, ça revient au même... remarque Julien.

– Émilie, tu pourrais les analyser ? reprend le samouraï.

– Je n’ai que symboles buggés, soupire l’opératrice qui détecte les paysans sur son radar sans pouvoir les étudier.

– Bon ben quand faut y aller, conclut Théo en s’approchant d’un berger qui passait par là avec son troupeau de moutons. Pardon mon brave, pourriez-vous me dire sur quel monde vous êtes né ?

– Mais qu’est-ce qu’il fait !? panique Caroline effarée en voyant son camarade solliciter un habitant du Next World.

– Imbécile !! l’insulte Émilie. Pourquoi tu lui as parlé !?


Le berger accosté dévisage les adolescents un par un, avant d’énoncer d’une voix monocorde :

– Erreur identification ; intrusion signalée ; protocole de défense niveau 1 activé...

– ...Allons, ne le prenez pas comme ça ! balbutie Théo en reculant avec un sourire gêné.


Sous les yeux déconcertés des Lyoko-guerriers, les paisibles moutons se métamorphosent en loups affamés qui les encerclent, tandis que les vêtements de leur gardien se changent en une tenue de soldat semblant dater de la première guerre mondiale, son bâton de berger étant remplacé par un fusil à baïonnette qu’il braque sur eux :

– Tenez-vous tranquilles.


Pris au piège, les lycéens tétanisés brandissent pitoyablement leurs bouts de bois face aux loups qui se rapprochent d’eux en grognant :

– Heu... Émilie, tu pourrais venir nous chercher s’il te plait ? la supplie Matthias. Les spectres ont l’air plus méchants que prévu...


La jeune fille à lunettes était en train de décrypter les symboles buggés pour cerner la nature de leurs adversaires :

– Ce ne sont ni des spectres ni des êtres organiques ! réalise-t-elle en découvrant que les créatures qui attaquent ses camarades ont bien été virtualisées depuis le monde réel mais qu’elles ne possèdent pas d’ADN pour autant.

– C’est quoi alors ? s’étonne Romain.

– Et comment on s’en débarrasse ? renchérit Julien qui n’ose pas leur donner des coups de branche.


Soudain, Alexandre braque à son tour sa faux agricole sur l’homme qui les menace en la tenant comme un fusil, et de l’extrémité de celle-ci s’échappe un éclair qui foudroie sa cible en pleine tête, comme si le Lyoko-guerrier lui avait tiré dessus avec son arme habituelle, et le « berger-soldat » se met à grésiller en se dévirtualisant tandis qu’on entrevoit sa véritable apparence : celle d’un androïde.

– Comment il a fait !? s’exclame Théo surpris par le tir de son coéquipier.

– Vos vêtements ne sont qu’une illusion ! comprend Émilie en reliant leurs portraits sur son interface pour les Synergiser. Vous avez toujours vos pouvoirs ! Battez-vous !


Les loups enragés se jettent alors sur les jeunes intrus en rugissant, mais ceux-ci se défendent à présent avec leurs bâtons de bois qui cachaient en fait leurs vraies armes :

– Ça fonctionne ! se réjouit le samouraï qui constate qu’en frappant ses agresseurs, les lames de ses katanas sont réapparues.


Christophe matérialise un vieux ballon de cuir entre ses mains puis s’en sert pour percuter à répétition les bêtes sauvages qui les chargent, faisant résonner le bruit métallique de son véritable projectile sphérique qui heurte avec fracas les squelettes de fer des robots quadrupèdes.

– Aïe ! s’écrie Matthias avant de trancher en deux le loup qui l’a mordu au poignet pour lui retirer des Points de Vie, heureusement restitués par les étoiles filantes qu’Heidi génère grâce à sa brindille redevenue baguette stellaire.


Les illusions imposées par le Next World ne survivent pas longtemps au combat : les coups que les Lyoko-guerriers donnent ou reçoivent font progressivement disparaître leurs vieux habits au profit de leurs véritables tenues virtuelles, ce qui leur permet de se battre avec autant d’ardeur qu’au cours de leur bref entrainement.

Étendant ses cordes qui dissimulaient ses fouets élastiques, Caroline attrape fermement un carnassier pour le projeter violemment sur ses congénères, mais en voyant de nombreux soldats accourir vers eux, elle comprend que tous les villageois se sont mus en fantassins :

– Là on va avoir un problème...


Les premiers soldats arrivés posent un genou au sol tandis que les suivants restent debout tout derrière eux, et tous mettent en joue les intrus paniqués :

– Feu ! déclarent à l’unisson les militaires dont les vieux fusils délivrent des rayons laser jaunes en direction des Lyoko-guerriers contraints de se réfugier précipitamment derrière Romain qui a posé ses mains au sol pour se transformer en une épaisse statue de pierre.

– Il faut qu’on retourne dans la forêt ! affirme Caroline.

– On n’y arrivera pas ! rétorque Julien. Ils vont nous canarder dès qu’on sera à découvert !

– Je vous parie qu’au corps-à-corps ils sont nuls ! annonce Théo avant de déclencher son Supersprint pour se jeter sur les fantassins.

– Mais il est fou !? panique Heidi en générant de nouvelles étoiles filantes.

– Non, il a raison ! réalise Christophe. Si on se débarrasse de ces soldats assez rapidement, on aura une chance de s’enfuir avant l’arrivée des renforts !

– Alors allons-y ! approuve Matthias en s’élançant à son tour tandis qu’Émilie s’empresse de relier leurs portraits sur son interface pour les Synergiser.


Usant leurs pouvoirs du mieux possible, les courageux adolescents contre-attaquent avec acharnement pour détruire les troupes ennemies qui avancent vers eux, fracassant les androïdes robustes et implacables mais nettement moins imprévisibles que les jeunes humains virtualisés qui virevoltent en les décimant, à l’image de Julien qui fait des merveilles avec son bâton de feu et de glace.

Mais alors qu’ils croient prendre l’avantage en ayant sérieusement entamé le nombre de leurs adversaires, d’inquiétants sons de moteurs envahissent les airs : de bruyants avions de combat tournent dans le ciel autour de la position des Lyoko-guerriers pour les mitrailler à chaque passage, et un imposant char d’assaut blindé s’avance pour pointer son canon vers eux.

– Repliez-vous !! ordonne Caroline pour que ses alliés s’abritent avec elle derrière Romain qui se solidifie à nouveau.


L’assourdissante détonation produite par le tank secoue le sol et couche les plantations aux alentours au moment où l’énorme salve énergétique libérée s’écrase contre Romain avec une force telle que celui-ci se fissure, englouti dans une gerbe de flammes tandis que ses camarades derrière lui sont renversés par le souffle de l’explosion.

Projeté à plusieurs mètres comme le reste de ses alliés, Christophe se relève péniblement au milieu d’un brouillard de fumée et de poussière soulevée, puis il constate que le sol grésille, révélant sous l’herbe et la terre brûlées une structure grise aussi lisse et polygonale que les blocs qui composent le Cinquième Territoire de Lyoko.

« C’est quoi cet enfer ?... » s’interroge le grand sportif mal en point.

Matthias se relève à son tour et s’apprête à remotiver son équipe, mais une multitude de faisceaux lumineux d’un bleu fluorescent percent le brouillard et convergent soudain vers leurs corps, leur laissant comprendre que de nouvelles unités ennemies les ont mis en joue : postées partout aux alentours, y compris sur les toits des premières habitations et dans les arbres en bordure des champs, une cinquantaine d’impressionnantes silhouettes lourdement armées et protégées par des casques orientent simultanément les viseurs laser de leurs armes futuristes vers les lycéens, sans trembler une seule seconde, leur interdisant toute réaction combattive.

Tandis que les adolescents paralysés lèvent leurs mains tremblantes en signe de reddition, une voix d’outre-tombe déchire l’atmosphère :

– Bienvenue dans mon monde...


Cherchant autour d’eux d’où peut bien provenir cet écho, les lycéens apeurés finissent par apercevoir dans le ciel deux formes humanoïdes volantes : une silhouette fine entourée d’étranges appendices filamenteux, et une ombre aux longues ailes noires...

Ces deux présences aériennes atterrissent lentement devant le char d’assaut dont s’extrait un troisième individu à la carrure massive qui s’avance à leurs côtés, et une fois que la fumée s’est suffisamment dissipée, les Lyoko-guerriers découvrent les trois personnages aux avatars impressionnants...

https://i.imgur.com/bRn7ZKH.jpg

À gauche, une jeune femme à la peau presque grise dont la combinaison bleu foncé foisonne de câbles qui lévitent tout autour d’elle, tandis qu’une visière cache la partie supérieure de son visage, ne laissant voir que ses lèvres closes, sans émotion.

À droite, sorti du tank, un colosse à la gorge de métal dont la tenue rouge foncé comme du sang séché évoque celle d’un gladiateur, armé d’un couteau de boucher et d’une énorme machette tandis que son bras gauche est recouvert de plaques de métal à pointes jusqu’à l’épaule.

Au milieu enfin, un homme grand et svelte au teint livide, arborant une majestueuse tenue noire ornée de platine dans un style futuriste, ses longues ailes repliées lui donnant l’allure imposante d’un empereur qui régnerait sur une galaxie entière. Sa longue chevelure blanche fendue par des mèches grises sur les côtés contraste avec son visage aux traits jeunes malgré quelques sombres sillons de vieillesse autour de ses yeux d’un noir d’encre.

– Alex ? chuchote Théo. Le type du milieu, il te ressemble vachement...

– Tais-toi... lui ordonne Alexandre qui se tient derrière Christophe pour ne pas se faire remarquer. Il ne faut surtout pas qu’il me voie...


Le maître du Next World s’apprête à les questionner, quand la jeune femme à sa droite tourne subitement la tête en direction du ciel au-dessus de la forêt : une rafale de lasers s’abat brusquement sur le champ de bataille, produisant une série d’impacts autour des Lyoko-guerriers tétanisés, dévirtualisant plusieurs fantassins robotiques avant de couvrir de tirs les trois impressionnantes figures ainsi que le char d’assaut qui explose derrière elles :

– Émilie !? s’exclame Caroline en voyant le Skidbladnir III descendre vers eux.


En effet, au commandes du sous-marin volant dont les tirs ont soulevé un nuage de poussière suffisamment épais pour empêcher les pointeurs lasers de cibler quiconque s’y dissimule, l’opératrice vient de porter secours à ses camarades :

– Regroupez-vous ! leur ordonne-t-elle en approchant son vaisseau dans le but de procéder à un embarquement d’urgence.


Mais le voile de fumée qu’elle a engendré pour cacher les membres de son équipe empêche également ceux-ci de voir leurs ennemis arriver, et soudain, une énorme main de fer griffue surgit pour attraper le Skidbladnir :

– AAAAAH !? panique Émilie arrachée à ses amis, capturée par la gigantesque sentinelle de fer qui a contourné la forêt pour venir intercepter le vaisseau.

– Non !! s’écrie Matthias en déployant ses réacteurs.


Malheureusement, ni lui ni aucun de ses camarades ne pourra voler au secours de la jeune fille coincée dans le sous-marin, car les huit combattants au sol sont immédiatement assaillis et immobilisés par les redoutables soldats futuristes qui ont fondu sur eux en un éclair avant de les plaquer brutalement au sol.

Le nuage de poussière s’évanouit, révélant les trois personnages parfaitement indemnes car la femme aux filaments génère un large écran de protection, et le maître du Next World reprend de sa voix céleste :

– C’est donc grâce à cet engin que vous vous êtes introduits dans mon royaume ? demande-t-il en observant le Skidbladnir tenu par l’immense créature de métal. Puis-je savoir qui vous l’a fabriqué ?

– Moi, répond une nouvelle voix aérienne presque aussi résonnante que la sienne.


Les regards se tournent alors vers une étrange sphère d’énergie rose qui traverse lentement le ciel puis atterrit aux côtés des Lyoko-guerriers désemparés en voyant soudain l’amas énergétique se condenser pour reprendre sa forme humanoïde : celle de Franz Hopper, le vieil homme qui les a recrutés, désormais debout et vêtu de son avatar virtuel bleu à bordures dorées.

– Waldo Schaeffer ! se réjouit l’individu aux longues ailes noires en lui adressant un sourire effrayant. Voila plus de dix ans que je te recherche, et tu viens te jeter dans la gueule du loup !


Le colosse à sa gauche s’avance en aiguisant ses couteaux avant de demander d’une effroyable voix rauque :

– Puis-je l’accueillir comme il le mérite ?

– Voyons, rétorque son maître sans quitter des yeux son ancien employé, il serait dommage de l’abimer maintenant qu’on le tient enfin... CAPTUREZ-LE !!


La brute épaisse tend aussitôt son bras recouvert de métal, puis son large poing de fer s’en détache, projeté brusquement en direction de Franz qui évite de justesse ce « Grappoing », mais la mystérieuse femme impassible tend à son tour sa main vers lui, ce qui génère de redoutables tentacules de cristal l’obligeant a reprendre sa forme de sphère rose pour s’échapper dans les airs où il est rattrapé par les soldats futuristes propulsés par de courtes ailes rigides dont émane de l’énergie bleue, et les impressionnantes unités d’élite en armure complète menacent leur proie au moyen de leurs longs bâtons métalliques dont s’échappent des éclairs.

Encerclé mais néanmoins intouchable car ses adversaires ne peuvent prendre le risque de l’abattre, Franz s’adresse à celui pour qui il a longtemps travaillé :

– J’ai un marché à te proposer, Zander... J’accepte de reprendre mes travaux pour le Black Phenix et de ne plus m’enfuir, à condition que tu laisses partir tous les enfants.


Le maître du Next World serre son poing griffu, y faisant apparaître une large faux chargée de ténèbres tandis que le ciel tout entier s’assombrit, jusqu’à ce qu’un coup de tonnerre éclate et que la brève mais intense lumière émanant de la foudre qui fend les cieux laisse entrevoir un instant les plaques grises à travers le décor alentour, les visages aussi blafards qu’inexpressifs des étranges humanoïdes maintenant fermement les Lyoko-guerriers au sol, les squelettes métalliques à travers les uniformes militaires des fantassins immobiles, et l’effrayant corps cadavérique décharné sous l’allure faussement superbe du maître du Black Phenix qui émet un rictus :

– Tu crois pouvoir négocier avec moi, ici, dans mon domaine ? demande-t-il tandis qu’une véritable tempête de plumes noires acérées tourbillonne à présent tout autour du champ de bataille figé, provoquant un angoissant sifflement dans les airs auquel se mêlent les cris des adolescents soumis à des décharges de foudre de la part des grandes créatures humanoïdes qui les maintiennent à terre.


Sans céder face aux sévices infligées à ses jeunes recrues, le créateur de Lyoko s’efforce néanmoins de convaincre leur ravisseur de les épargner :

– Ces enfants ne te sont d’aucune utilité, laisse-les partir sans leur faire de mal et tu auras mon entière coopération. N’est-ce pas pour m’atteindre que tu as détourné l’avion qui emmenait Aelita et ses amis en vacances ? Eh bien me voila. Si tu libères tous les enfants, je reste pour de bon. À toi de choisir.


Zander plisse ses yeux noirs :

– Aurais-tu donc envoyé ces gamins dans mon repaire simplement parce que tu es persuadé que je détiens Aelita ?


Franz est étonné par cette question :

– Tu voudrais me faire avaler que tu n’es pour rien dans son enlèvement ?

– Oh, si, bien sûr, confirme le grand-père de la jeune fille aux cheveux roses qu’il a tenté de kidnapper quelques jours plus tôt. Après plus de dix ans j’avais enfin de ses nouvelles, et l’opportunité de lui mettre la main dessus, mais apparemment, ses petits camarades et elle se sont rebellés contre mes androïdes, et le jet qui devait me les amener s’est volatilisé.


Le vieil homme interloqué ne peut imaginer que les enfants qu’il voulait mettre à l’abri du danger aient disparu pour de bon :

– Tu mens...


Zander Hopper maintient ses déclarations :

– Je peux t’assurer que nous sommes toujours sans nouvelles de l’avion et de ses passagers depuis qu’on a perdu leur trace en plein ciel, affirme-t-il néanmoins satisfait en devinant que son ancien employé va vouloir se joindre aux efforts de recherche. Mais tu vas nous aider à les retrouver, n’est-ce pas ?


Après un long moment d’hésitation face au sourire triomphant de son abject interlocuteur, la sphère énergétique rose redescend lentement au sol en reprenant sa forme humanoïde, et les grandes unités en armure futuristes libèrent les Lyoko-guerriers qu’elles maintenaient au sol :

– ...On peut s’en aller ? balbutie Théo en redressant timidement la tête.


Tandis que ses coéquipiers se relèvent avec méfiance, Matthias s’approche de l’ancien professeur de sciences pour l’interroger à voix basse :

– Qu’est-ce qu’on doit faire maintenant ? s’inquiète-t-il alors que les troupes du Black Phenix s’écartent pour les laisser partir.

– Quittez cet endroit et ne revenez jamais, conclut froidement le vieil homme sans même se tourner vers lui. Oubliez tout ce que vous avez vu ici. Oubliez-moi.


Tandis que le créateur de Lyoko se joint à Zander et à ses deux acolytes aux avatars impressionnants, la titanesque sentinelle de fer relâche le Skidbladnir piloté par Émilie :

– Regroupez-vous, ordonne l’opératrice à ses camarades hagards.


Ceux-ci lui obéissent, et au moment où elle actionne la procédure d’embarquement pour les téléporter à bord de son vaisseau, Zander leur lance une dernière déclaration qui glace le sang d’Alexandre :

– À bientôt, Sujet 89-08d.


Le cœur rempli de remords, Matthias adresse un regard désolé à leur mentor avant d’être englouti comme le reste de ses alliés dans une série d’éclats de lumière blanche à mesure qu’ils réintègrent le Skidbladnir.





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Dernière édition par Nelbsia le Ven 04 Sep 2020 10:03; édité 1 fois
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