Je pense n'avoir jamais commenté un de tes textes Zéphyr mais il faut nous comprendre, ce n'est pas évident d'analyser le texte de quelqu'un qui passe déjà son temps à analyser !
J'avais lu le début il y a quelques années et ici j'ai tout repris, du début à la fin. Pour avoir passé mes dernières semaines sur l'ensemble du sous-forum pour lire tous les textes que j'avais ratés et ceux dont j'avais envie de poursuivre la lecture, je peux dire ceci : Chris White est le meilleur OC du sous-forum pour moi. Je trouve qu'on se le représente parfaitement : il est à la fois complexe, attachant et il décrit très bien son environnement. Notamment ses premières virtualisations (d'ailleurs pour moi le meilleur chapitre est le "Tourisme Virtuel", après il y a parfois de la surenchère dans les effets). ! Comme l'a dit Silius, twister le principe de l'OC en le faisant joindre « l'autre camp » pour en savoir plus sur Tyron est vraiment la bonne idée de la fic. Petit point sur la mise en page qui est belle et aérée.
J'ai moins accroché aux scènes d'action (il est dur de faire aussi bien qu'Icer sur ce point) mais tout ce qui concerne la Terre m'a vraiment scotché. Tu comprendras donc que j'ai préféré le premier tiers au reste. J'aurais voulu voir Chris interagir avec chaque perso (figurant ou non) de Kadic un à un tellement il est peu intéressé par eux à la base ! Voir les LG depuis son point de vue est un délice.
Bref, ce qui m'a fait aller au bout (car oui, il y a quelques longueurs), c'est vraiment ce protagoniste masculin qui avait un potentiel scénaristique dingue (foncer dans l'expérience Tyron malgré le quiproquo avec Chevalier, son air nonchalant et peu stable/fiable, il a quand même de sacrés grelots pour faire tout ce qu'il a accompli pour "pimenter" sa vie). J'ai par contre peu accroché avec Laura, mais je n'aime déjà pas le perso dans CLE ceci dit.
Good job et bravo pour avoir réussi à nous tenir en haleine sur 9 années !
On dit que le diable se cache dans les détails... j'aime bien ce titre pour un OS (a)
On a ici un texte assez bigarré qui réunit selon moi science-fiction, introspection philosophique, critique de la célébrité et réinterprétation de nos fameux personnages. Je ne peux que valider l'idée de confrontation entre G-I Jim et Odd, c'est assez original. Le thème est par contre un peu éculé : derrière la richesse, la gloire et la séduction permanente, il y a un homme profondément vide et hanté par son passé. C'est toutefois logique après un passé si traumatisant mais on aurait pu attendre un brin de folie supplémentaire.
Le grand point de l'OS est le décalage entre l’image extérieure et la vérité intérieure. Tout chez Odd est construit comme une façade : son appartement, son statut, ses relations, son personnage public. Mais Jim découvre que cette façade cache une souffrance ancienne. Le texte pose donc une question : peut-on réussir socialement tout en étant intérieurement détruit ?
L’écriture insiste beaucoup sur ces oppositions, petit-être un peu trop : lumière / obscurité, richesse / vide, gloire / solitude, apparence / réalité ainsi que plaisir / souffrance.
Le passage du tableau blanc est important : il devient un symbole du vide et de la dissolution d’Odd. Le blanc représente à la fois une forme de pureté absolue et une menace car il efface les repères.
« Incline-toi devant l’éternel et infini ! »
L’art devient une force qui dépasse l’humain, mais cette révélation est aussi terrifiante : elle fait perdre au personnage son identité. J'ai pensé à Dorian Gray et son fameux portrait. Ça colle avec l'arrogance et personnellement je vois bien le Odd adulte avoir ce défaut.
Jim, lui, joue le rôle du révélateur. Il vient confronter Odd à son passé et refuse de croire à son personnage public. Ce bon vieux prof de gym représente à la fois la mémoire, la conscience ainsi que la possibilité du changement. Jim n’est pas parfait non plus : il doute, il boit, il a ses propres failles. Mais il garde une forme d’humanité.
« La chère est bonne ici, je pense. »
Cette phrase n’est pas mauvaise, mais elle m’a semblé moins forte que beaucoup d’autres passages. Dans une scène très chargée émotionnellement, cette remarque de Jim paraît plus légère et casse un peu la tension dramatique.
Le texte est souvent dans une grande intensité philosophique, qui peut parfois dérouter le lecteur lambda. Sa grande force est l’utilisation des lieux et des objets comme symboles psychologiques. Le principal risque est parfois l’excès : certaines descriptions et réflexions sont très longues, ce qui peut ralentir le récit, mais cela correspond aussi au côté contemplatif et philosophique du texte.
C'est tout pour moi !
PS : il y a un problème de syntaxe ici "Il avait eu—en son for intérieur".
il n'avait rien trouvé qui puisse l'aider à amener la gosse sur terre.
Si seulement Belpois avait échoué aussi, on aurait pas dû se taper Aelita dans le virtuel ET à Kadic •/
Commençons à revenir sur cette fanfiction qui s'est plutôt faite discrète jusque-là, après le pourtant remarqué Dix ans après. Bon, l'époque n'étant plus la même et le support non plus : peut-être que certains n'ont pas été jusqu'au site fanfiction.net pour te lire. La mise en page y est pourtant clean.
Et si on inversait les rôles ? C'est un peu le postulat de base de cette fanfic. C'est bien trouvé de commencer par "L'attaque du gymnase". On s'attend à enfin savoir ce que les Lyoko-guerriers ont dû affronter ce jour-là et en fait... on découvre que dans ton univers, c'est le personnel éducatif qui en plus de se taper les cours, les parents d'élèves et l'administratif, ils doivent par dessus le marché sauver leurs élèves ! C'est sympa de savoir ce qu'ils pensent de leurs étudiants, de voir le quotidien double qu'ils mènent. Le retour de la médaille est que nous venons souvent découvrir des textes pour l'intérêt que nous portons à la bande originale des 5, ici ils se retrouvent presque figurants.
Nous voici aussi avec un autre monde virtuel dénommé « Gnosis ». Tu m'as parfois perdu avec des termes de créatures qui n'étaient pas toujours spécialement décrites en détails, on se demandait alors si, pour certaines, elles étaient semblables à celles de Lyoko ou pas.
Dès le début, j'ai vu le potentiel de Jim et Hertz dans ce rôle, tandis que Delmas m'apparaissait plus suspect, moins fiable... malgré son focus sur sa relation avec sa fille au début du chapitre 2. Gustave est un bon perso : complexe juste ce qu'il faut et j'ai eu l'impression qu'il avait plus de recul sur l'aventure que les autres.
Pas mal les incursions dans le passé comme au moment où on découvre la petite Suzanne. Autant je pouvais te reprocher un trop-plein de dialogues dans ta fanfic précédente, autant ici j'en aurais voulu davantage.
Par contre, j'ai décroché avant la fin (j'ai quand même terminé entre les lignes). On va peut-être se demander pourquoi je commente une œuvre non terminée de mon côté 1) pour te faire un retour car peut-être que d'autres ont eu le même souci que moi
2) j'avais tellement d'attentes (comblées) lors de la première moitié, que j'ai vraiment été délusionné au moment où d'autres protagonistes sont apparus, d'autres traumas plus graves qui étaient en décalage avec l'ambiance de base. En un coup, on avait perdu le ton CL dans ta narration pour une invasion de préoccupations qui viennent, à mon sens, desservir le récit.
Dommage, c'est un coup manqué pour moi pour cette fois mais je garderai quand même en tête cette originalité du basculement profs/élèves & l'approfondissement du caractère de ces enseignants dévoués
Ne me tapez pas le Pôle, après ce com' je retourne normalement définitivement dans ma grotte Edit d'Icer : Ben, j'ai rien dit moi !
mais comme j'ai découvert (et je me suis inscrit) après la clôture de cette fanfiction, je voulais la découvrir en tant que Perle du Net.
En fait, en lisant les dialogues, j'entendais les voix des persos tellement ce qui se disait collait à leur personnalité, pas de fausse note et c'est chouette de voir un auteur qui ne change pas totalement les persos car le lore se déroule dans le futur par rapport à l'animé de base. Le rythme (des lignes de dialogues notamment) était bon mais j'aurais aimé un peu plus d'introspections. Trop de répliques tuent la réplique !
Il y a énormément d'idées développées au fil des pages (193 selon le fichier PDF, bien que la policé d'écriture soit grande). Parfois trop. Mais lorsque l'idée touche juste, c'est vraiment remarquable (notamment le fait que Xana avait prévu sa résurrection 10 ans à l'avance).
Jérémie et Aelita sont, pour moi, les personnages les mieux écrits.
Leur lien est encore plus fort.
On comprend immédiatement qu'ils sont mariés depuis plusieurs années.
On voit qu'ils s'aiment énormément et qu'ils se disputent comme un vrai couple (et pas pour des niaiseries, quoi qu'il est quand même question d'une bête pizza à un moment).
Le fait que la fille de Hopper reproche à son conjoint de trop travailler... c'est le complexe d'Œdipe inversé, elle a pris un homme comme son père. Sauf que Hopper a détruit sa famille et cette fois Aelita est assez grande pour tenter (voire contrôler) que Jérémie ne commette pas les mêmes erreurs.
La phrase "Tu travailles trop/Tu ressembles à mon père", quand on pense au contexte, est lourde de sens... sans blague, le mec est devenu meilleur programmeur du monde, architecte, designer, hacker, inventeur, scientifique absolu et désormais lyokoguerrier... Fallait en laisser un peu pour les autres, non ? C'est d'ailleurs toujours cool de voir le Belpois virtuel quand c'est bien fait !
On visualise bien le "nouveau" Lyoko : on retrouve la magie mais avec 10 ans d'expériences en +, tu as fait du bon taf au niveau du redesign virtuel.
J'ai trouvé néanmoins que certaines scènes n'apportaient pas grand chose à l'intrigue, on aurait sans doute pu en faire 150 pages plutôt que presque 200.
J'ai remarqué aussi que le narrateur adore expliquer.
Il dit souvent explicitement ce qu'un personnage ressent alors que certaines émotions auraient sans doute gagné à être laissées au lecteur. Mais en se remettant dans le contexte de l'époque de publication et de l'âge des lecteurs potentiels à ce moment-là, je comprends ce choix.
Sissi n'est plus une caricature et son métier lui correspond bien. Aelita reste le cœur émotionnel du récit tandis que Odd est dans l'humour et Ulrich dans la mélancolie.
La scène où Jérémie rallume le Supercalculateur est réussie. Celle où on découvre son journal intime de l'époque aussi. Pour le coup, on sent réellement le poids des souvenirs.
Je voyais arriver un épilogue presque trop optimiste, ressemblant davantage à une utopie qu'à une véritable fin.
Tout semble avoir trouvé sa place.
Tout le monde paraît heureux.
Heureusement qu'il y a eu le twist ! J'aurais aimé une conclusion un peu plus douce-amère où on voit les conséquences sur les survivants car cela se termine un peu trop net mais bon ça c'est peut-être propre aux goûts de chacun.
Néanmoins, le texte ne manque jamais d'idées, et c'est précisément cette générosité qui le rend mémorable. Bien joué !
Nous espérons donc que, contrairement à cette intro, ce texte plaira aussi aux gens de gauche
On m'a appellé ? (a)
Hello !
J'étais passé totalement à côté de cette fanfiction, c'est en relisant l'index que je me suis dit que cette « chimère » ne me disait rien du tout ! J'ai pas mal traîné (comme pas mal de gens je pense) sur le forum lors de la pandémie mais beaucoup moins lors de la période post-confinements & cela m'a fait plaisir de redécouvrir un de vos textes après tout ce temps !
Spoiler
C'est possible aussi que j'ai eu la flemme de lire à la vision de Laura dans le triptyque initial de photos. Ma mémoire est assez embrumée
Posons les bases, la fanfiction s’inscrit dans une période de transition : après la victoire apparente contre X.A.N.A., ils doivent tous réapprendre à vivre dans un quotidien "normal". Pourtant, cette normalité reste fragile : les anciens conflits, les traumatismes et les sentiments non résolus continuent d’influencer les relations. En début de texte, j'ai vu en William la peur d’être exclu et en Jérémie l’incapacité à tourner la page.
Le conflit Jérémie/Laura est intéressant parce qu’il oppose deux visions :
Jérémie :
« On a gagné, il faut tourner la page. »
Laura :
« Le danger existe encore, donc l’histoire n’est pas finie. »
D'un naturel optimiste (smirk), je suis évidemment du deuxième avis !
Le style est plutôt différent de ce que je connais de vous (peut-être le mélange de vos 2 plumes ou l'aspect plus court que vos autres fanfics ?), avec une narration proche du roman young adult je trouve... pas de la dark romance non plus, n'exagérons pas mais + du style saga ado ! Notamment avec l'humour intégré dans les pensées, le ton narratif, le rythme plutôt rapide. Bon évidemment l'âge des persos aide aussi, vous qui avez parfois versé dans des protagonistes beaucoup plus adultes.
William m'a un peu gavé (mais bon je n'ai jamais été son plus grand partisan contrairement à certain.e.s ), notamment lors de la confrontation physique du dernier chapitre et je trouve que les remarques ironiques sur le physique ou les vêtements de Jérémie donnent un effet bizarre à la scène.
Je suis d'accord avec Zéphyr pour dire que les sentiments amoureux dans le texte sont expédiés même si j'apprécie assez l'idée d'un couple Laura-William ! (Pour les éjecter + facilement dans la mer numérique et en être rapidement débarrassés, une pierre deux coups). Non plus sérieusement, j'ai apprécié me plonger dans la psyché de Laura qui est assez peu représentée en ces lieux (aka le sous-forum). La relation avec Dunbar fonctionne particulièrement bien parce qu’elle ne repose pas sur leur simple attirance romantique. Leur opposition est exploitée avec un William plutôt instinctif, social, affectif tandis que Laura est fidèle à elle-même : cérébrale, méthodique, contrôlée. William lui apporte la spontanéité qu’elle n’a pas.
Le chapitre 2 exploite un thème central de Code Lyoko : la mémoire comme identité.
La question n’est pas seulement : « Laura oublie-t-elle des choses ? » mais « Que reste-t-il d’une personne quand une partie de son histoire disparaît ? ». C’est particulièrement intéressant parce que William sait ce qui s’est passé, mais ne peut pas lui dire et c'est toute la problématique du retour vers le passé qui n'est pas assez abordée dans l'animé. Ce genre de secret peut menacer un couple (la mémoire devient un enjeu émotionnel) et cela aurait été intéressant de voir l'un des protagonistes de l'animé en couple avec une personne de Kadic et voir comment il/elle aurait géré tous les mystères liés à leur double vie de Lyoko-guerriers.
J'ai bien aimé la phrase « Le cadre était aussi poétique que convenu. » parce que le narrateur reconnaît presque le cliché romantique tout en l’assumant et c'est vraiment le second degré qui plane tout du long qui est assez délicieux... comme le fameux "Il avait donc été jusqu’à mettre le monde en danger pour une meuf." Même si le risque est que parfois certaines blagues cassent l'immersion. L'équilibre humour-gravité est toujours un fameux jeu d'équilibriste.
Le reste du récit met bien en valeur le fait que la fin d’un loooong conflit (contre X.A.N.A) ne signifie pas forcément la fin des blessures qu’il a provoquées.
Pour finir, je ne peux que déplorer l'absence d'importance de Sissi, mais bon, on est dans CLE
Ce que je retiens du texte est la façon dont il traite des personnages après l’aventure : le vrai conflit n’est plus de sauver le monde mais d'apprendre à vivre après avoir été défini par une crise.
En bref, ce n'est pas la lecture la plus marquante de vos écrits respectifs (mais ça n'avait pas l'ambition à l'être) mais cela a le mérite de combler efficacement ce pan de l'histoire générale... jusqu'à une potentielle suite de CL
Malgré mes problèmes d'addiction, me voilà de retour sur le forum pour poster mon tout premier texte écrit sur l'univers, que je n'ai encore jamais montré aux yeux de quiconque. Peut-être qu'il aurait dû rester dans mon placard car il a été écrit il y a plus de 10 ans et jamais retouché depuis mais, voilà, l'envie m'est soudain venue de le mettre ici comme ça, tout écrit de ma part sur CL aura fini sur ce cher forum. La qualité n'est sûrement pas au rendez-vous mais retomber sur ce texte m'a rendu nostalgique. Vous me manquez énormément, comme a dit Draynes : sans Skype ce n'est plus la même chose !
~~
La première chose que Odd comprit, ce fut que la porte ne s’ouvrirait pas.
Il le sut avant même de l’admettre.
Il avait poussé une fois. Puis deux. Puis avec toute la force qui lui restait dans les épaules. Le bois avait gémi, les vieux gonds avaient tremblé mais la porte était restée immobile, bloquée par les gravats qui s’étaient effondrés derrière elle.
Au-dessus de lui, il y avait la maison.
Une vieille bâtisse familiale qu’il avait juré de vendre depuis des années. Une maison qu’il évitait de regarder trop longtemps parce que chaque pièce semblait contenir une version de lui-même qu’il avait essayé d’oublier.
Et maintenant, ironiquement, c’était elle qui le retenait.
La cave était petite. Trop petite.
Une ampoule suspendue au plafond clignotait encore, alimentée par un vieux câble qui sortait du mur. Elle éclairait des étagères couvertes de poussière, des cartons remplis de souvenirs, des outils rouillés.
Et au fond, posé sur une table, il y avait ce qu’il était venu chercher.
La boîte.
Celle qu’il avait cachée vingt-deux ans plus tôt.
Il n’aurait jamais dû revenir ici.
Il le savait.
Mais certaines choses qu’on enterre finissent toujours par trouver un moyen de remonter à la surface.
Même si elles attendent des décennies.
Odd s’assit contre le mur.
Son téléphone n’avait plus de réseau. Il avait essayé d’appeler les secours, des voisins. La batterie descendait lentement, comme une horloge qui comptait à rebours.
Il restait peu de temps.
Et devant lui, il y avait la boîte en métal.
Il n’osait pas l’ouvrir.
Parce qu’il savait que dès qu’il regarderait à l’intérieur, il ne pourrait plus faire semblant.
Le secret qu’elle contenait n’avait pas disparu.
Il avait seulement vieilli avec lui.
À vingt-deux ans, Odd était quelqu’un d’autre.
Il était impatient, arrogant parfois, persuadé qu’il aurait toujours le temps de réparer ses erreurs.
Il y avait eu cette nuit d’été.
Une nuit dont il n’avait jamais parlé.
Même pas à sa femme.
Même pas à ses enfants.
Même pas à sa meilleure amie Aelita, qui pourtant connaissait presque tout de lui.
Presque.
Il avait toujours laissé une pièce fermée dans son esprit.
Cette nuit-là, son meilleur ami était venu chez lui.
Ils s’étaient disputés.
Une dispute stupide au début. Une histoire d’argent, de jalousie, de promesses non tenues. Deux jeunes hommes convaincus d’avoir raison.
Puis la dispute avait pris une autre direction.
Des mots avaient dépassé leurs pensées.
Des mots qu’on ne reprend pas.
Odd se souvenait encore du moment exact où Ulrich avait quitté la maison.
Il se souvenait du claquement de la porte.
Du silence après.
Et ensuite…
Le bruit.
Un accident.
Un seul instant.
Une seconde.
Ulrich était tombé dans l’escalier extérieur derrière la maison.
Quand Odd l’avait trouvé, il était encore vivant.
Et c’était là que son secret était né.
Parce que Ulrich avait murmuré quelque chose.
Une phrase.
Une demande.
Et Odd n’avait pas eu le courage.
Il avait paniqué.
Il avait eu peur de ce qui arriverait s’il appelait de l’aide.
Peur d’être accusé.
Peur que tout le monde sache qu’ils s’étaient disputés.
Peur de perdre toute sa vie.
Alors il avait attendu.
Quelques minutes.
Puis trop longtemps.
Quand il avait enfin appelé, c’était fini.
Après, tout le monde avait parlé d’un accident tragique.
Et Odd avait laissé le monde le croire.
Il avait porté cette vérité en silence pendant plus de vingt ans.
Dans la cave, il regardait la boîte.
À l’intérieur, il y avait une lettre.
Et un enregistrement.
Parce qu’après la mort d'Ulrich, Odd avait voulu dire la vérité. Plusieurs fois.
Il avait écrit des lettres.
Il les avait détruites.
Puis il en avait écrit une autre.
Il avait même enregistré un message.
Mais chaque fois, il trouvait une raison d’attendre.
Il avait peur de faire souffrir les autres.
Il avait peur de détruire sa famille.
Il avait peur d’être réduit à cette erreur.
Alors il avait choisi le silence.
Un jour de plus.
Puis un autre.
Puis vingt-deux ans.
Il prit la boîte dans ses mains.
Elles tremblaient.
« Ulrich… »
Le nom sortit presque comme une excuse.
Il ouvrit enfin le couvercle.
À l’intérieur, il y avait une photo.
Les deux amis, jeunes, souriants, au bord d’un lac.
Des garçons qui pensaient que leur amitié durerait toute la vie.
Odd toucha la photo du bout des doigts.
« Je suis désolé. »
Il ne savait pas s’il parlait à Ulrich ou à lui-même.
Peut-être aux deux.
Le temps passa.
L’ampoule finit par s’éteindre.
La cave devint presque noire.
Odd avait froid maintenant.
Ses appels n’aboutissaient plus.
Il savait que quelqu’un finirait peut-être par le trouver.
Peut-être demain.
Peut-être dans plusieurs jours.
Mais lui n’y arriverait pas.
Et la chose la plus cruelle, ce n’était pas de mourir.
C’était de comprendre qu’il allait mourir avec la seule vérité qu’il avait voulu donner au monde.
Il serra la lettre contre lui.
Il aurait pu la laisser là.
Comme une nouvelle fuite.
Mais non.
Il prit son téléphone, presque sans batterie, et commença à enregistrer.
Sa voix était faible.
« Aelita… si tu trouves ça… »
Il s’arrêta.
Il recommença.
« Aelita, je suis désolé. »
Une larme tomba sur la lettre.
« J’ai passé ma vie à croire que me taire protégeait les gens. Mais en réalité, j’ai seulement protégé ma peur. »
Il ferma les yeux.
« Ulrich n’est pas mort comme tout le monde le croit. Pas complètement. Pas au début. »
Le silence de la cave semblait écouter.
« Il était encore là. Il m’a demandé de l’aide. Et j’ai eu peur. »
Sa respiration se coupa.
« Je l’ai abandonné. »
Ces mots étaient terribles.
Mais aussi étrangement légers.
Comme si les prononcer après tant d’années ouvrait enfin une fenêtre dans une pièce restée fermée trop longtemps.
« Je ne mérite pas qu’on me pardonne facilement. Je ne sais même pas si je le mérite tout court. Mais je ne veux pas que cette histoire meure avec moi. »
Il regarda la photo.
« Ulrich méritait qu’on se souvienne de lui autrement que par mon silence. »
Avant Kadic, Odd avait inventé une grande partie de l’image donnée à voir aux autres.
Il raconta qu’il avait toujours été populaire, qu’il avait toujours eu du succès, qu’il était « né pour être une star ». Mais la réalité serait différente : enfant, Odd était un garçon très isolé, souvent considéré comme bizarre à cause de son imagination débordante et de son besoin constant d’attention.
Un jour, il avait enfin créé LE personnage pour survivre socialement : le Odd drôle, confiant, irrésistible.
Le problème, c’est qu’avec le temps, il avait fini par ne plus savoir où s’arrête le personnage et où commence le vrai lui. La seule personne à qui il s'était confié sur ce paradoxe identitaire, c'était à Ulrich... lors d'une longue nuit de printemps dans le dortoir commun.
La batterie du portable clignota.
1 %.
Odd posa le téléphone sur la table.
Il savait que l’enregistrement allait peut-être s’arrêter.
Peut-être ne serait-il jamais retrouvé.
Peut-être que même après sa mort, la vérité resterait enterrée.
Mais pour la première fois depuis vingt-deux ans, il ne la cachait plus.
Il s’allongea doucement sur le sol froid.
Il pensa à Aelita.
À sa femme.
À ses enfants.
À Ulrich.
À ce jeune homme qu’il avait été.
Il aurait voulu avoir une dernière conversation.
Une dernière chance.
Mais certaines portes, comme celle de la cave, ne s’ouvrent pas toujours quand on le veut.
Dans ses derniers instants, Odd ne pensa pas à son propre jugement.
Il pensa seulement à une chose :
Il avait enfin arrêté de fuir.
Et dans l’obscurité de la cave, avec son secret posé à côté de lui, il attendit que le silence arrive.
Mais cette fois, le silence n’était plus un mensonge.
Je ne sais pas si tu laisseras un message pour me répondre, mais je croise les doigts !
Mieux vaut tard que jamais Tout d'abord, je tiens à m'excuser pour le délai : si je répondais d'office en fanfic au moment de poster un nouveau chapitre, je n'avais pas encore pris le temps de répondre à chaque OS donc je vais essayer de me rattraper maintenant que j'ai un peu de temps avec ce confinement Et puis, j'ai plus de recul sur la réception d'un texte en laissant les mois s'écouler : je trouve cela moins introspectif dans mon cas de réagir à chaud.
Zéphyr
Spoiler
Citation:
Début de transmission_
Coucou Zeph, je m'excuse également auprès de toi car tu m'as laissé pas mal de coms et pareil en OS je m'y mets seulement : j'espère t'éclaircir sinon n'hésite pas si un doute subsiste, je checke souvent mes mp.
Citation:
Qui a dit gauchiste ?
Il semblerait que je commence à avoir cette réputation effectivement
Citation:
C’est là que le bât blesse à mes yeux : ce qui va bien rouler dans un texte au long cours ne fonctionnera pas nécessairement dans un format court comme celui-ci. Dans tes fanfictions longues, les développements thématiques/engagés s’entremêlent à d’autres types de développements – scénario, intrigues, psychologie, personnages, vie quotidienne – ce qui permet de proposer un contenu plus complexe et riche.
Je suis assez d'accord. En fait, j'ai l'impression que pas mal d'auteurs ici ont commencé par des OS - ou du moins en ont fait à leurs débuts - et moi je fonctionne assez au pageturner, à la mécanique de la fanfic que j'ai pratiqué pas mal avant de me lancer dans les textes courts. Je pense peut-être une fois me lancer dans un OS plus long comme Astérisme pour voir ce que ma plume pourrait donner sous ce format.
Citation:
Plus important, à mes yeux une fois encore, il manque le ou les éléments qui me feraient me dire que ce texte n’aurait pas été tel qu’il est si les personnages n’avaient pas été Odd et Sam. Il y a une certaine interchangeabilité qui se dégage au niveau du choix du casting (peut-être pour souligner que ce type de situation peut arriver à tout le monde, si je voulais extrapoler)
Tout d'abord, ta parenthèse n'est pas infondée Si je suis assez d'accord sur cette critique pour pas mal de mes OS, ici je trouve que la "situation future" de Odd et Sam (surtout cette dernière) n'est pas si étonnante. On la voit déjà mal embarquée dans CL, si c'est Yumi qui avait fait tout d'un coup toutes les conneries de ce texte c'est vrai qu'il aurait fallu plus le justifier. Pour ce qui est de cette remarque en général, je suppose que cela vient aussi de mon expérience de lecture qui m'a poussé à forcer le trait d'un défaut peu souvent souligné ou subvertir carrément un personnage car on a vu beaucoup de Jérémie en parfait informaticien, Yumi en L, etc. C'est d'ailleurs pour cela aussi que dans Oblitération les deux personnages cités ont un caractère différent que celui qu'on peut leur retrouver dans CL. Plutôt que de verser dans certains caractères plus logiques mais éculés en fanfic, il est vrai que j'ai parfois tendance à les reconceptualiser à ma sauce pour faire vivre une expérience de lecture différente.
Citation:
En général, j’ai la critique plus facile sur les fanfictions que les OS
Eh ben, avec moi c'est l'inverse : tout arrive
Citation:
Fin de transmission_
Au plaisir de dialoguer avec toi, tes remarques m'aident à progresser ! Même si j'ai l'air obstiné comme un cube, j'ouvre quand même mes écoutilles et, quitte à essayer de nouvelles choses, autant tendre de temps à autre vers ce qu'on me conseille.
Youka
Spoiler
Citation:
Je crois qu'il s'agit du seul passage qui informe le lecture que ce texte parle d'un LG. En dehors de cela, Sam pourrait être en couple avec n'importe quel autre garcon de Kadic. Était-ce volontaire ?
De fait, Sam est plus marquée dans son caractère que son acolyte. Je pense aussi que, sous l'effet de tout ce qu'il consomme (car oui, tous les torts ne sont pas à sa compagne), la personnalité d'Odd telle qu'on l'a connu s'est effacée avec le temps. Quand on l'entend parler et raconter sa - pitoyable - vie, il n'est clairement plus le même... sauf dans ses travers de tout concéder à sa chère et tendre.
Citation:
Néanmoins, difficile d’être empathique envers le narrateur lorsqu'on peine à l'identifier.
Je comprends le sentiment et désolé si ça a endommagé ta lecture. Je dois avouer que le "je" était aussi le reflet du lecteur et je voulais que tout un chacun puisse se mettre un maximum à la place du partenaire de Sam.
Citation:
Cela signifie t-il que l’arrêt de la boisson est corrélé à l'abandon de la raison qui nous pousse à boire ? Nous devons changer notre identité lors de cette décision ?
C'est effectivement cela que veut faire comprendre le narrateur mais, selon moi et plus que tout, la phrase importante de la fin est celle-ci : "Boire est facile, et je ne suis pas une personne facile à aimer." On dit toujours que l'alcoolique a tous les torts, parfois on lui trouve des circonstances atténuantes mais quand on dit qu'une situation a poussé quelqu'un dans ce poison, on ne peut s'empêcher de penser qu'il n'avait peut-être pas un mental assez fort. Mais comment faire pour vivre avec quelqu'un qui vous trompe pendant tant d'années alors qu'on est éperdument amoureux de la personne ? Sur cela aussi, il faut méditer : on connaît Odd et ses travers également. Et, parfois, on verse dans des démons encore plus graves en ne buvant pas car l'alcool peut anesthésier aussi d'autres obsessions destructrices
Citation:
Je ne sais pas si tu laisseras un message pour me répondre, mais je croise les doigts !
Du coup, souhait exaucé ! Merci pour ton commentaire Youka
Le suspect est entré dans la pièce avec un air blagueur et serein. Il s’est docilement laissé mener par le policier, qui l’a finalement obligé à s’asseoir et qui est sorti en fermant la porte derrière lui sans dire un mot. Une fois seule, notre fripouille a mis les mains sur la table, et avec les doigts tapotant sur sa main gauche, semblant suivre le rythme d’une chanson quelconque. Dans le même temps, il regardait attentivement les murs et les coins de la salle, non sans quelque inquiétude naissante qu’il tentait de dissimuler derrière ses sourires succincts et assurés. La « loge » était moins lugubre qu’il ne l’aurait imaginé : la lumière n’agonisait pas dans une ampoule défectueuse et ne concentrait pas toute sa puissance au-dessus de la table pour laisser l’obscurité danser autour. Au contraire, la clarté était totale, presque chaleureuse et le sol au matériau réfléchissant était d’une propreté suspecte, rien à voir avec la porcherie des rues : même ses semelles ne l’avaient pas gâté. Sur un des murs tapait la trotteuse et notre salaud avait donc l’occasion de s’apercevoir que l’attente était objectivement longue et qu’il serait à peine déplacé de considérer malsain de la part de la police de faire attendre ses invités de la sorte, sans boisson chaude ni quatre-heure. Il prenait le temps de chantonner, de siffler assez justement quelques classiques, et de se contempler dans le miroir sans tain (car la réalité recèle quelques clichés). Il ressemblait à ce qu’on lui reprochait d’être, et n’était pas si moche pour un condamné en devenir (c’est bête du coup, il aurait pu vivre une vie de privilégié), même avec ce bandeau à l’œil gauche, qui ne prêchait pas son innocence. De temps en temps il manifestait son ennui par un soupir franchement exagéré ajouté à un croisement de bras exaspéré. À coup sûr, il faisait défiler dans son imagination les différents moyens qu’il pourrait déployer pour répondre aux questions sans se compromettre, et par là il ne faut pas entendre qu’il essayerait de se sauver, non ! C’était peine perdue ; tout le monde dans les médias était persuadé de son implication, même si lui pensait que l’affaire qui se jouait là n’était qu’une formalité et une excuse pour le faire couler définitivement avec sa petite coalition de hippies modernes. A ce stade, seul un imbécile pouvait encore espérer s’en sortir sans un miracle. Un imbécile heureux. Ce jour-là, son but était plutôt de raconter pépère comment il en était arrivé là, sans mentir, car cela l’aurait desservi ; mais, au fond, peut-être priait-il le ciel que l’inspecteur, qui avait déjà eu l’audace de le faire poiroter ainsi, se sente suffisamment cinglé - voire assez humain - pour assommer ou soudoyer les voyeurs, qui se gausseraient dans l’invisibilité du miroir, et pour le libérer discrètement. Car il était comme ça, notre antihéros : c’était un rêveur - vous le verrez plus loin - qui avait eu la mauvaise idée de fonder un grand espoir en l’Homme.
Dans d’autres circonstances, sans doute aurais-je applaudi ce mental d’acier et cette bêtise, mais compte tenu de sa propension à enquiquiner la société, ça ne se faisait pas (et ne saurait pas plus se faire aujourd’hui puisque j’ai les deux mains sur le clavier). Finalement, il a entendu son sauveur lui venir en aide : la porte s’est ouverte et les bottines claquaient sur le sol impeccable. Cependant, j’avoue déplorer la clarté absolue de la pièce, qui m’empêche de ménager le suspense auprès de mes lecteurs. Imaginez : j’aurais pu faire deviner progressivement la silhouette de l’inspecteur américain, le contour de sa cigarette tout juste entamée pour finalement totalement exposer, à la lumière d’une vieille ampoule, les pigments de son pardessus beige, de ses cernes bleu indigo et de sa chevelure brune ébouriffée. Mais je ne voudrais pas mentir ; l’inspecteur, égyptien, était chauve, non-fumeur, vêtu d’un pull en laine, et, chaque nuit, trouvait sans peine ses huit heures de sommeil. Il est vrai que les stéréotypes de fiction, ce n’était pas ma tasse de thé. En revanche, ce que le jeune inspecteur que j’étais adorait, c’était déstabiliser son interlocuteur. A quoi tu penses, Suzanne ? La question que j’ai posée le plus souvent pendant notre mariage, même si ce n’était pas à haute voix, même si ce n’était pas à la personne qui aurait pu y répondre. Je suppose que ces questions jettent une ombre funeste sur tous les mariages : A quoi penses-tu ? Comment te sens-tu ? Qui es-tu ? Que nous sommes-nous fait l’un à l’autre ? Qu’allons-nous faire ? Quelle étrange impression que le couple, qui finit immanquablement par nous faire sentir seuls à deux. Mais bon, faut bien une meuf pour se dégorger le poireau.
The feeling that you're giving really drives me crazy
You don't have a player about to choke
I was at a loss of words first time that we spoke
You looking for a girl that'll treat you right
You looking for her in the daytime, with the light
You might be the type if I play my cards right
I'll find out by the end of the night J’avais fait mariner le saligaud deux bonnes heures dans cette pièce exiguë avec cette musique en boucle, une technique qui avait fait ses preuves avec des cas précédents, mais qui ne semblait pas avoir été probante cette fois-là, du moins pas en apparence : quand il m’a vu, il était tout sourire et ne semblait pas avoir l’envie de m’adresser quelque reproche concernant mon retard, délibéré. Il était même agréable et poli, mais je me dis toujours aujourd’hui que les plus gros tordus le sont. Revenons à la chanson. Moi aussi, je l’avais entendue. Des journées entières. Pour me forcer à arrêter de bouffer, pour être « désirable » selon les canons de la société. Même un cochon ne veut pas de mon gras selon mes petits camarades de primaire.
Roses are red, some diamonds are blue
Chivalry is dead, but you're still kinda cute
Hey! I can't keep my mind off you
Where you at, do you mind if I come through?
I'm out of this world, come with me to my planet
Get you on my level, do you think that you can handle it? Je suis en thérapie pour mon trouble de l’alimentation depuis environ trois ans maintenant, dont deux en centre fermé. Il m'a fallu beaucoup de temps pour prendre mon trouble de l'alimentation au sérieux. Je me suis toujours dit d'arrêter de me plaindre, que c'était de ma faute si j'étais gros et que j'avais une relation si difficile avec la nourriture. Je suis vraiment content d’être finalement allé en thérapie.
Mais il y a encore des obstacles. Personnellement, j’aime beaucoup la positivité corporelle : j’essaie d’accepter mon corps tel qu’il est et j’abandonne l’idée que je dois perdre du poids, quoi qu’il arrive. Mais les médecins diront des choses comme: « Dès que vous arrêterez de manger de façon excessive, vous commencerez à perdre du poids. » C’est difficile pour moi d’entendre ces conneries car je ne veux pas me promener avec de faux espoirs et, surtout, je veux arrêter d’être si obsédé par la perte de poids. Tout ce que ces propos font, c'est déclencher des pensées profondément enracinées et malsaines associées à mon trouble de l'alimentation.
Ils ne réalisent pas que j'ai passé toute ma vie à essayer d'être aussi maigre que possible - comme des gens qui se rétablissent parce qu'ils sont en fait trop maigres. Pendant des années, j'ai limité mon alimentation et je passais par des phases où je mangeais à peine, même si vous ne pouviez pas le dire en me regardant.
Les gens pensent que seules les personnes maigres ont besoin de soins de qualité. Vous pouvez même dire que les salles de thérapie sont destinées aux personnes maigres: les chaises sont trop étroites pour les personnes grasses et ont des accoudoirs. J'ai même dû remplir un questionnaire qui me demandait si je me sentais gros. J'ai pensé: « Je le suis », être gros n’est pas un sentiment, c’est une bénédiction pour certains, une malédiction pour ceux qui veulent bien le croire. Quand j'étais adolescent, j'ai traversé des cycles d'alimentation restrictive, de frénésie alimentaire et d'exercice excessif de par mon métier. Une fois que j'ai commencé la thérapie dans cette clinique spéciale pour les personnes souffrant de troubles de l'alimentation, ils m'ont diagnostiqué une hyperphagie boulimique. Quand j'ai rompu avec Yolande et perdu soudainement un peu de poids, les médecins ont pensé qu'il se passait peut-être autre chose. One day u’re fat, the other a ‘skeleton’. Cela a conduit au diagnostic d'anorexie atypique, ce qui signifie que vous cochez toutes les cases pour l'anorexie, sauf l'insuffisance pondérale. Mes comportements destructeurs et malsains - comme restreindre la nourriture et faire de l'exercice excessivement - se sont avérés être les choses que nous encourageons les personnes grasses à faire. La thérapie de groupe était difficile. J'étais la seule grosse personne du groupe et j'avais l'impression que ma silhouette était le cauchemar vivant de chaque personne dans la pièce. Aucun de mes thérapeutes ne m'a demandé ce que cela faisait. Des brindilles et une branche, des merguez et une saucisse de campagne. Six mois plus tard, j'ai commencé une thérapie individuelle - heureusement mon thérapeute et moi nous sommes connectés. Mais il y avait encore des défis. Ils m'ont fait monter sur une balance une fois par semaine, par exemple, dans le cadre du programme. L'idée est de développer une attitude plus neutre à l'égard du nombre sur l'échelle, mais cela a simplement déclenché des pensées malsaines sur les régimes. J’ai mentionné à plusieurs reprises que je ne voulais pas monter sur la balance, parce que l’effet que cela avait sur moi était si grave qu’il a empêché mon rétablissement. Ils m'ont dit que les règles sont des règles pour une raison.
Cela m'a finalement amené à arrêter la thérapie plus tôt. Mais j’ai aussi senti que j’avais guéri de mon trouble de l’alimentation. Quand je suis parti, l’équipe de thérapie m'a dit qu’elle s’inquiétait pour ma santé, car j’avais pris du poids. Mais cela me paraissait parfaitement logique: pour la première fois depuis des années, j'avais commencé à manger normalement.
Lors d'une de nos dernières séances, ma thérapeute a soudainement commencé à parler des risques pour la santé associés à l'obésité, même si elle savait à quel point c'était déclencheur pour moi. J'étais tellement bouleversé que le sentiment de sécurité et de bonheur lié à mon rétablissement a été effacé. C'est ce qui arrive lorsque les soignants utilisent un modèle unique conçu pour les personnes minces.
Adolescent, j'utilisais secrètement mon argent de poche pour acheter de la nourriture - principalement des bonbons - pour manger en secret. Quand j'ai atteint la puberté, j'ai parfois traversé des phases où je mangeais à peine, mais je n'ai jamais réussi à maintenir ça. Alors au début de la vingtaine, j'ai commencé à utiliser des drogues et des laxatifs pour supprimer mon appétit. Je n’aimais pas manger devant les autres, donc je n’aurais pas beaucoup mangé quand j’allais dîner avec des amis, puis je me gavais le visage dès que je rentrais à la maison. Mon poids a incroyablement fluctué et j'ai toujours voulu être plus mince. C'était destructeur. Aujourd’hui, je dis juste « Je préfère ne pas en parler ». Et j’essaie tant bien que mal de me concentrer sur ce taf de justicier.
Revenons au dossier en cours. Cette affaire, plus qu’une petite enquête de province qui n’intéressait personne, concernait en réalité le pays tout entier, en raison de sa médiatisation et de la dimension politique qu’elle revêtait. Il fallait donc la classer au plus vite. Je devais le faire avouer coûte que coûte. On m’avait donné carte blanche sur ce coup, en me prévenant que ce serait sans doute l’interrogatoire le plus risqué de ma carrière et le suspect, le plus imprévisible de tous ; je devais me préparer assidûment et sans doute revoir mes techniques d’interrogatoire. Je ne pouvais pas me permettre d’enchaîner les écueils, et il était important que, le cas échéant, la première erreur ne vienne ni entacher mon professionnalisme ni me troubler un tant soit peu. Ainsi, je gardais mon calme sans penser aux deux heures qui venaient de passer, durant lesquels je l’avais observé de derrière le miroir sans pouvoir déceler la moindre information significative sur son comportement. Tout juste appréhendait-il l’entrevue comme tout citoyen lambda le ferait, un peu ennuyé du retard, curieux et indécis sur le fait de devoir ou non faire la réflexion. Nous nous sommes retrouvés tous deux assis l’un en face de l’autre et je lui ai dicté ses droits et autres bagatelles formelles.
J’ai commencé par la question qui me semblait la plus évidente :
— Savez-vous pourquoi vous êtes ici ou dois-je vous le rappeler ?
— Je suis au courant, monsieur. Hany Sleiman a enlevé la petite Shadya, aujourd’hui introuvable. Je suis suspect en raison de mes accointances passées avec le criminel, qui a été abattu lorsqu’il a résisté à l’arrestation en provoquant une fusillade. L’unique semblant de preuve qui existe me reliant à cette affaire serait une lettre, prétendument signée de ma main, dans laquelle je le sommerais de commettre le méfait. Mais avez-vous jamais vu ce document ? Il y a aussi le témoignage d’Haytham Atiyeh, un ami à moi, à qui je pardonne d’avoir menti - il avait sans doute ses raisons - qui certifie m’avoir vu rôder non loin de la demeure de la jeune fille, quelques jours avant l’enlèvement.
— Vous semblez en savoir beaucoup pour une personne qui s’est prétendue étrangère à toute cette affaire pendant son trajet jusqu’ici.
— Je vous l’ai dit : je n’ai rien à cacher et ne veux pas mentir. J’ai eu ces informations de quelques membres de ma communauté, qui en ont eu vent.
— Oui, c’était une remarque déplacée, vous deviez être au courant de toute façon. Dites-moi, quelles étaient vos relations avec monsieur Sleiman ?
— Il faisait partie de notre groupe, a-t-il dit, mais il l’a quitté il y a maintenant deux ans. Monsieur Sleiman - Isaac, comme nous l’appelions à l’époque - a été écarté de la fratrie en raison de ses excès de colère ponctuels. Il lui arrivait de devenir incontrôlable. Cela nous a profondément blessés de le mettre au ban, mais c’était pour un mieux.
Il parlait bien ; dans une prosodie sans coupe grossière, et sans que sa langue fourche. Depuis le début de l’interrogatoire, il avait la main droite posée sur la main gauche, et pour écouter mes questions, il déviait le regard, orientait légèrement la tête vers la gauche et la penchait en avant, tout en portant le haut de son corps vers moi.
— Quand est-ce que vous avez vu Sleiman pour la dernière fois ?
— Nous n’avons pas repris contact depuis son départ, a-t-il assuré. Croyez-moi, je n’ai aucune raison de mentir. La communauté a été dissoute en raison de cet incident, je n’ai plus rien à sauver sinon la vérité, mais il y a de grandes chances que la justice la torde en trouvant tous les liens, aussi ridicules soient-ils, entre moi et ce kidnapping.
— Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?
— Dieu me l’a dit, inspecteur. Tout cet interrogatoire n’est qu’une mascarade. Vous allez me faire avouer devant la caméra ce que je n’ai pas fait pour accélérer le processus et faire en sorte que le procès ne soit qu’une formalité. C’est chose commune dans ce pays. Vous vous moquez de retrouver la fille, du moins vos supérieurs s’en contrefoutent. L’issue est toute trouvée : on m’emprisonnera afin que la communauté n’ait aucune chance de se reformer. Le véritable problème qui ennuie ceux qui vous emploient et la majorité des gens qui nous combattent, c’est qu’ils voient dans la pratique de notre culte un blasphème dans le leur. S’ils pouvaient torturer chacun des membres, ils le feraient, mais aujourd’hui, il y a une manière moins choquante, plus acceptable, de présenter une injustice au public, et ça passe par la splendeur de cette pièce qui pourrait faire penser que jamais on y a torturé. J’ai tenu à ma liberté, et j’ai perdu. C’est la règle du jeu à laquelle je ne peux rien. Cependant, dites-moi, inspecteur, en quoi est-il pertinent de me faire venir ici, moi qui n’ai plus rien à voir avec Isaac depuis deux ans ? Je ne suis ni témoin, ni plaignant, ni coupable dans cette histoire.
Il était parano. J’étais certes persuadé de sa culpabilité et loin d’être neutre dans l’interrogatoire, mais il n’y avait pas de complot. Je faisais mon boulot, voilà tout. Je l’avais laissé digresser, sans prendre la peine de lui rappeler l’importance de cette lettre et du témoignage qui le liaient indéniablement et gravement à cette affaire, qu’il le veuille ou non. Il semblait ne pas s’en soucier, préférant manifestement les omettre. Je savais que c’était une arme à double tranchant, de le laisser s’exprimer avec autant de liberté : d’un côté, je lui accordais un pouvoir qui le mettait dans une position de supériorité, mais d’un autre côté, il finirait peut-être bien par se trahir. Il fallait retrouver la fillette le plus rapidement possible, et ce serait déjà fait si je ne me refusais pas la torture. Je le regardais attentivement et vins à conclure que de son discours ne s’était dégagée qu’une assurance extraordinaire, celle d’un homme convaincu par ses propos et certain de la bavure dont il clamait avoir été victime, laissant de côté les éléments qui le contredisaient ; autant de caractéristiques propres à ceux que l’on a trop vite tendance à appeler pervers narcissiques. Je savais qu’à ce stade, je n’arriverais à rien en le culpabilisant, même avec ingéniosité, et même si je connaissais l’histoire comme tout le monde, j’ai décidé de le faire parler de sa petite bande pour l’amadouer :
— Voulez-vous bien me parler de vous et de la formation de votre… communauté ?
— Bien sûr, monsieur. Il y a cinq ans, j’étais au marché Khan el Khalili, près de la Mosquée Al-Azhar. Là-bas, une fusillade a éclaté. J’ai reçu une balle à l’œil, ce qui m’a fait tomber sur le dos. Je me suis fracassé l’arrière de la tête sur l’arête d’une marche. J’ai été dans un coma profond, au bord de la mort, et, croyez-le ou non, inspecteur, j’ai connu une expérience formidable. J’étais dans un état de conscience bien différent : mon âme est sortie de mon corps et j’ai pu voyager dans l’hôpital, traverser les murs, écouter les conversations. Je suis passé par un tunnel au bout duquel il y avait une lumière chaleureuse. Une fois arrivé à cette nitescence exceptionnelle, je me suis retrouvé dans un grand jardin à l’herbe d’un vert clair éclatant. Autour, il y avait des champs ; j’étais à Ialou. Là, j’ai rencontré une sorte d’esprit. Son corps n’avait pas de limites bien dessinées ; elles étaient baveuses et filaires, comme si l’entité et l’environnement ne faisaient qu’un. Je savais que je faisais face à quelque chose de plus grand que moi, mais je n’ai pas eu peur ; je me sentais baigné dans un amour absolu et éternel. Cette essence m’a révélé être ce que nous avons la convention d’appeler Dieu. Il m’a dit que l’humanité l’avait déçu, et que si elle persistait, il la frapperait bientôt de trois catastrophes, en allant croissant dans la sévérité, comme un père aimant. Il m’a ensuite montré l’enfer, et j’ai senti toute la douleur du monde me broyer les épaules et les yeux. Finalement, avant de me laisser revenir à moi, il m’a accordé de pouvoir guérir une fois quelqu’un avec un miracle, en signe de bonne volonté. Je suis revenu à moi, je n’ai jamais partagé mon expérience, bien conscient des réactions que cela engendrerait. Quelques jours plus tard, au parc Al-Azhar, il y avait un enfant aveugle qui faisait la manche. Je n’avais pas d’argent à lui donner, mais j’avais l’appui de Dieu. J’ai mis mes mains sur ses yeux, et quand je les ai retirées, l’enfant pleurait. Il voyait la clarté du soleil et apprenait à la supporter. Les gens autour de moi ont reconnu le miracle, et ont choisi de me suivre. D’autres nous ont rejoints et nous avons fini par constituer 124 membres. Nous avions établi domicile dans une ville fantôme et y vivions en autarcie. Chacun avait un nom de membre et un rôle à jouer. Pour ma part, je me faisais appeler Salomon et je m’occupais de l’administration.
— Vous étiez donc ce que l’on appelle un gourou, dans cette communauté, Monsieur Salomon ?
— C’est vous qui dites que je suis gourou, et ce serait à raison si vous ne vous basiez pas sur une définition peu flatteuse. Sachez simplement que je n’ai jamais amassé la moindre pièce pour ma consommation personnelle ou joui de la moindre faveur sexuelle de la part de quiconque. Je n’ai toujours été là que pour partager la parole de Dieu à qui la veut entendre, sans jamais l’imposer à personne. Et c’est d’ailleurs encore en son nom que je suis là.
— Votre Dieu veut donc ce qui se passe aujourd’hui ? Vous ne lui en voulez pas ?
— J’accepte tout ce que souhaite Dieu. Par ailleurs, il vient régulièrement dans mes rêves me faire part de ses projets et de sa déception devant les sévices de l’homme. Savez-vous ce qu’il m’y dit souvent, dernièrement ? « Par trois fois, bientôt, le mois d’avril sera le mois de la faux : d’abord, j’aurai brûlé le champ sacré, ensuite j’aurai pestiféré deux millions de vos bêtes, et finalement j’aurai aspiré le monde ».
— Si vous acceptez tout ce qu’Il veut et qu’Il veut ce qui vous arrive, alors pourquoi continuer de nier la réalité et de mentir ?
— Parce que je ne mens pas, dit-il sans agacement, et qu’il me demande de me défendre en disant la vérité.
Quatre heures étaient passées, et je n’avais rien obtenu. Je commençais à envisager la torture, mais je ne m’en sentais pas capable. Alors j’ai laissé deux-trois autres le tabasser, pendant que je buvais mon café dans le hall. Quand je suis revenu, il avait les deux mains qui saignaient un peu. Mais bizarrement, aucune goutte n’est tombée pour entacher le sol. Je me suis rassis et je lui ai dit : « alors ? »
— Très bien, a-t-il semblé conclure sans façon, je suis satisfait de la conversation que nous avons eue et suis convaincu qu’on ne saura pas aller plus loin sans tergiverser vainement. Inspecteur, vous êtes quelqu’un de bien, vous faites votre travail comme vous pouvez, mais vous manquez d’indépendance d’esprit. Je ne tenais pas à vous convaincre de mon innocence aujourd’hui, mais j’aime à croire qu’un jour pas très lointain, vous repenserez à mon discours, et comprendrez. Je vais vous épargner un restant de discours sans intérêt. Veillez à ce que la caméra soit bien allumée, je regretterais de devoir répéter mon mensonge.
Il s’est redressé solennellement sur sa chaise, gigotant un peu pour se préparer et il a caché ses mains sous la table pour qu’elles soient hors-champ. Il a fermé les yeux longuement et les a rouverts tout autre.
— J’ai contraint Sleiman à kidnapper la fillette, oui. Je lui ai demandé par lettre. Cependant, je ne dirai jamais où elle se trouve et j’espère qu’elle est déjà morte de faim à l’heure qu’il est. Si elle s’en sort, j’irai la retrouver à ma sortie de prison pour aller la désosser, quand bien même je devrais passer au peigne fin tout le territoire égyptien.
Il avait avoué, mais à quel prix ? Nous n’avions pas obtenu l’information que nous recherchions : l’endroit où se trouvait Shadya. Je savais que je n’obtiendrais plus rien de lui et, parfois, il faut apprendre à se retirer ; j’ai fait montre de tout mon dépit. J’étais avachi sur ma chaise, conscient que j’avais échoué et que je ne pourrais rien y faire. D’un coup, un des deux policiers qui regardaient l’interrogatoire est entré pour se précipiter sur le suspect et le rouer de coups de pieds. Pris d’une hésitation de torpeur pendant une dizaine de secondes, je l’ai repoussé finalement. De toute façon, il avait bien usé du temps que je lui avais accordé ; il l’avait vachement amoché. Je l’ai fait sortir et je suis resté avec Salomon.
— Un jour, dit-il en haletant, la figure ensanglantée, j’espère que vous comprendrez que je n’étais qu’un martyr et que le seul point commun que j’avais avec les véritables criminels, c’est la recherche de mon bonheur.
On est venu le chercher. Une fois la porte passée, il m’a déclaré : « Ce que j’ai dit est la vérité ».
J’ai répondu : « C’est votre vérité. Mais quelle est la Vérité ? ».
Il est parti sans prononcer un mot.
Cela fait trente-trois ans. Les cloches sèment dans l'air des poussières de son, la cendre morte des années. Et mon corps est toujours là. Production journalière: 1 litre et demi d'urine, 200 grammes d'excréments, un litre de sécrétion nasale, 14 pets, 15 rots et 10 millions de pellicules de peau. C'est étonnant comme on a vite fait le tour d'un corps. J'ai bougé les jambes, les bras, la tête, je me suis assis, couché, j'ai sauté, j'ai dansé... mais le poids n'a pas bougé.
I'm a big boy I can handle myself
But if I get lonely I might need your help
Pay attention to me, I don't talk for my health
I want you on my team
So does everybody else
Baby we can keep it on the low
Aujourd’hui, trente-trois ans après les faits et l’assassinat d’Issa Al Sadat par le père de Shadya au sortir du tribunal, je mentirais si je disais que la vidéo de l’interrogatoire n’a pas fuité dans les médias, que je n’ai jamais été suspicieux et que je n’ai pas cherché, en vain, à consulter la fameuse lettre. Je mentirais aussi si je disais que jamais je ne repense aux mots vengeurs et marquants de son dieu, qu’il entendait dans ses songes : « Par trois fois, bientôt, le mois d’avril sera le mois de la faux : d’abord, j’aurai brûlé le champ sacré, ensuite j’aurai pestiféré deux millions de vos bêtes, et finalement j’aurai aspiré le monde ». Je mentirais, encore, si je disais que jamais je n’ai mis ce discours en rapport avec deux catastrophes majeures qui ont eu lieu en l’espace d’un an, pendant les mois d’avril : l’incendie de la cathédrale de Notre-Dame en 2019, et le cap du million de victimes du coronavirus, atteint en 2020. Peut-être suis-je moi-même celui qui nie le réel, ou le lâche qui, dans les dernières minutes de l’interrogatoire, avait fini par connaître intimement la vérité, mais qui savait aussi et surtout qu’il n’aurait de toute façon pas pu défier la toute-puissance des médias bien décidés à punir. Peut-être était-ce l’envie de garder l’espoir de retrouver la fillette qui me dirigeait, mais, finalement, je mentirais si je disais que je ne préfère pas, pour toutes ces raisons, garder d’Issa Al Sadat l’image d’un illuminé, d’un commanditaire, et d’un salaud - mon salaud Salomon parce que cette réalité m’apaise, m’évite de culpabiliser et me permet de revenir sur ces événements avec légèreté. Au fond, s’il y a quelque chose que je veux retenir de l’entrevue, c’est l’air blagueur avec lequel Al Sadat est entré dans la pièce. En y repensant, je comprends que, tout compte fait, le secret pour étouffer les conséquences insupportables d’un drame, c’est de s’en laver les mains dans des sourires résignés qu’on ne comprend pas.
Hormis mon amour profond pour moi-même, je suis amoureux d'un personnage de fiction. Je vous laisse découvrir de qui il s'agit aujourd'hui, vu qu'aucune sexualité n'est décriée ces derniers temps Petit OS sans prétention et promis le Pôle, je tripote plus qu'il ne faut ma plume en cette période de confinement donc ne lockez pas mes en-cours trop vite malgré ma longue absence Vous excuserez mes belgicismes. Wishing you plenty of love guys, stay strong!
UN AUTRE QUE MOI
Un dernier regard septuagénaire jeté dans l’eau du fleuve, mais il ne pourrait plus s’agir de faire le moindre vœu ; l’heure n’est plus à l’espoir, car dans ma traversée du long pont en bois qui mène à mon antique musée, privé d’avenir, je ne réfléchis qu’au présent et au passé. Je réfléchis à toutes ces années que je n’ai pas vues se lézarder comme les remparts délaissés d’un seigneur seul et sans suite ; je pense à ce que j’ai réussi ou failli devenir avec l’expérience, mais surtout à mon mentor, associé et ami Odd, dont je reviens de l’enterrement, et qui ne tuera plus volontiers le temps aux affaires de comptabilité, de compagnie et d’entretien du musée comme il l’a fait pendant plus de cinquante ans. J’avais seize ans quand je l’ai rencontré. Je sortais tout juste d’un traumatisme édifiant : la destruction de ma maison et la mort de mes parents. J’étais par conséquent tout ce qu’il restait de ma petite famille et, sans doute en raison de l’état de choc, je ne me souviens même plus de comment je m’en suis sorti. Le feu avait pris dans le garage, paraît-il, mais je n’ai jamais voulu m’informer davantage sur les circonstances ; j’avais besoin d’un nouveau départ et faire une croix sur mon passé m’était difficile, mais salutaire. Odd m’y a aidé en me recueillant. Ancien explorateur, il avait lui-même changé de vie après une vilaine blessure au pied qui l’avait rendu infirme pendant quelques mois. Pendant son rétablissement, il avait perfectionné ses compétences en guitare, et à la fin de sa convalescence, il s’est reconverti en conservateur free-lance d’un musée d’un nouveau genre. À cette époque, en effet, cela faisait déjà quelques années que l’on pouvait lire dans les journaux et sur internet qu’un nouveau type de musée avait fait son apparition en Occident : le Musée Cordial. Ce nouveau concept, importé des États-Unis, proposait de fonder des établissements éclectiques consacrés à l’exposition d’objets qui étaient chers au gérant, et qui l’avaient profondément marqué dans son existence. À l’ère des réseaux sociaux et du culte du moi, ce n’était pas étonnant de les voir pousser comme des champignons et, très vite, les conservateurs ont pris coutume d’installer leur résidence personnelle aux deux ou trois derniers étages. Odd s’était prêté au jeu, passionnément, et avait intitulé son bébé le Ka-musée, en référence à la notion de Ka, qui désigne grossièrement l’âme d’un être humain dans la mythologie égyptienne.
Je l’ai rencontré pas bien longtemps après l’incendie. J’avais fui le lieu du drame et je courais sans savoir où j’allais. J’ai fini par arriver sur les abords du fleuve, à quelques centaines de mètres de ma maison. J’ai vu un homme assis sur un banc de métal qui me regardait ; il avait déjà les cheveux excentriques et le regard perçant, le jeune Odd. Mais a-t-il au fond jamais connu la vieillesse ? Sur sa peau saignait la lumière orangée du crépuscule et à son cou pendait un appareil photo muni d’un immense objectif. Moi, j’étais encore haletant de peur et ces yeux qui me suivaient ne m’inspiraient pas confiance. Comprenant qu’il m’intimidait, il a dirigé son regard sur l’horizon couchant, et s’apprêtait à parler. C’est comme si c’était hier. Aujourd’hui, en ce dernier dimanche du mois de mai, il fait chaud, les oiseaux chantent, le ciel est d’un bleu régulier et l’eau du fleuve que je regarde en marchant est claire et fluide. Autant dire que le temps ne semble pas vouloir partager ma peine en perturbant les humeurs de la nature. Mais après tout, on ne demande pas au bourreau de pleurer : c’est bien le temps qui a déposé sur les mains de Odd les premières dunes ; c’est lui qui a asséché les terres de son crâne et fendu en virgules celles de sous ses yeux. Au fond, je pense que, comme le disait Odd, le grand horloger dont parlait Voltaire, ce Dieu qui est là sans qu’on le voie, n’est autre que le Temps lui-même.
— Quel beau temps, a-t-il dit, j’adore les couchers de soleil de cette période de l’année.
Il a pris son Canon en main, et l’a porté à son visage. Quelques oiseaux s’échappaient au loin, comme prêts à percer les nuages aux nuances ocre, et le vieillard les suivait attentivement d’un œil accroché. Il a pris la photo et a doucement déposé son appareil contre son torse avant de le lâcher. Il n’a rien dit, n’a rien fait paraître. Avait-il capturé un beau cliché ? Je n’en avais aucune idée. Il m’a de nouveau regardé, mais cette fois-ci avec une complicité telle que cela m’apaisait.
— Comment t’appelles-tu ?
J’ai répondu.
— Qu’est-ce qui ne va pas ?
Je me suis longuement confié.
— Bon, allons-y, a-t-il conclu.
J’arrive maintenant sur le domaine du musée sur lequel débouche le pont : c’est un grand terrain. L’établissement, haut comme un immeuble, renferme dix étages et est entouré d’un parc où sont plantés çà et là quelques arbres. C’est d’ailleurs à l’ombre de l’un d’eux que j’ai reçu mon premier baiser un soir d’hiver, mais passons... Les oiseaux, eux, continuent de chanter, et, de part et autre de la route de pavés de devant l’entrée, les fleurs sont joyeuses : les jonquilles et les soucis ne se sont jamais aussi bien portés. Je sens sur mon visage le feu, le poids et les railleries du printemps qui frappent fort. Je passe les portes automatiques qui s’ouvrent sur la salle d’accueil au bout de laquelle se tient l’ascenseur. Il n’y a personne, ici, hormis un employé zélé qui me salue depuis l’accueil. Malgré tout, je vois des fantômes, et plus que jamais, j’ai une envie soudaine de les enlacer et d’observer les pièces de mon musée avec une attention absolue, comme s’il s’agissait de la dernière fois. La toute première fois que je suis rentré dans le musée, une étrange sensation s’est emparée de moi. À peine a-t-on accordé la tutelle à Odd qu’il m’a emmené visiter son musée… Je n’avais jamais été au musée, moi, si ce n’est une fois, avec l’école. Mais tout me disait que celui dans lequel je venais de mettre les pieds était unique : des murs de marbre violacés, un sol en béton poli d’une propreté presque suspecte, des bancs blancs, un comptoir noir. Je ne saurais même pas dire aujourd’hui s’il s’agissait de couleurs qui s’accordaient bien ou pas, mais quelque chose de surréaliste s’en dégageait. C’était un drôle de rez-de-chaussée pour le dire sans trop descendre dans les détails. Je monte les marches. Elles se sont fissurées avec le temps, mais ont globalement tenu. Le niveau un, aux murs et au sol complètement noirs, est consacré aux photographies de Odd, bien protégées sous des vitrines rectangulaires. Sa dizaine d’appareils photo et sa vingtaine d’objectifs y sont aussi exposées. Il faut dire que, lorsqu’il était encore grand voyageur, il ne manquait pas une occasion de « saisir l’instant ». Il y a toujours eu un certain cliché qui m’intriguait : un polaroid flou, où l’on distinguait quelques touches jaune orangé. Pendant longtemps, Odd a réussi à me faire croire qu’il s’agissait d’un scarabée d’or immortel qu’il avait très maladroitement photographié en Égypte, et qui l’avait suivi jusqu’ici pour, depuis, veiller sur le musée. C’est le seul étage qui appartienne encore à Odd. À mes dix-huit ans, j’ai hérité du musée et on a échangé les rôles : il est devenu mon assistant (mais ça ne l’a pas empêché de continuer à m’interdire de me rendre dans le grenier, dont il m’avait toujours refusé l’accès). Il m’a laissé refaire toute la disposition du musée comme je l’entendais, avec mes propres souvenirs, et j’ai tenu à ce qu’un pan lui reste consacré à lui seul. Les murs, donc, ont gardé leur ardoise d’antan et servent encore aux visiteurs d’immense tableau où inscrire tout ce qui leur passe par la tête. Aujourd’hui, je pose ma main sur la vitre qui abrite des photos du temple d’Abou Simbel et du quartier Kabukichō. Je les contemple attentivement et m’imagine comme je peux les souvenirs de Odd (imaginer un souvenir…) : quel était son état d’esprit à l’époque ? Comment voyait-il les choses ? A-t-il assez profité ? M’étais-je aussi bien occupé de lui dans sa vieillesse qu’il s’était occupé de moi dans ma jeunesse ? Il a déjà répondu à toutes ces questions, pendant les soirées que nous avons passées ensemble devant la télévision, autour d’un jeu de société ou dans la salle de projection du dernier étage, sous l’intrigante trappe, mais aujourd’hui, j’ai comme l’impression que les souvenirs s’effritent, et que je les perds.
Pourtant, cela semble impensable d’oublier toutes ces sensations. Surtout la baise. Avec lui, c’était comme prendre le volant d’une Rolls-Royce après avoir passé des années à conduire une Kia. C’était découvrir la couleur après une vie passée en noir et blanc, Monroe après Mansfield, Margaux après HobNob, Uber après Tinder. Une seule giclée sous la langue suffisait. La rapidité de l’effet, la puissance choc, la qualité de l’envol. Oui, cela pouvait être dangereux : à un moment, on se retrouvait hors de son corps, flottant au-dessus de lui. C’était l’excitation d’une ultime chevauchée et il fallait être un excellent jockey pour ne pas être désarçonné.
Je gagne le deuxième étage : avant, c’est ici que Odd partageait ses œuvres musicales préférées avec, à chaque fois, une note apposée où il donnait son avis. Il avait vraiment vécu avec son temps : il adorait autant Maurice Chevalier que Charles Aznavour, Johnny Cash, David Bowie, Therapie Taxi ou des artistes plus récents. Et autant dire qu’il ne laissait aucun genre en reste : variété française, jazz, rock, hip-hop, country ; tout lui plaisait. Aujourd’hui, c’est dans cette même salle que j’expose des objets de mon enfance en tous genres, dont certains albums, justement. Il y a entre autres des lettres, billets d’entrée (musées, parcs d’attractions, concerts …), livres, bulletins, journaux de classe, tous accrochés aux murs dans des cadres et accompagnés d’une fiche explicative. Chaque page peut être consultée. Dans les vitrines, il y a quelques piles de jeux vidéo, des jeux de société, de vieilles bottines. Bien sûr, rien de tout cela ne date d’avant mes douze ans. De ce temps-là, rien ne subsiste… et c’est étrange, cette sensation qu’il en sera bientôt de même pour tout le reste.
— Qu’est-ce que vous avez fait aujourd’hui, à l’école ? m’a demandé Odd tandis qu’il venait de poser le journal qu’il lisait assis dans le canapé.
— J’ai eu un échec en math, ai-je répondu avec les larmes aux yeux. Je suis désolé…
Il est venu vers moi et m’a pris dans ses bras pour me réconforter comme un père. Il a ensuite pris sa guitare et a tissé quelques notes tandis qu’une araignée se reposait sur sa toile, en écoutant son arpège : « I’m on your side/ Oh, when times get rough /And friends just can’t be found/ Like a bridge over troubled water/ I will lay me down. » En haut, au troisième niveau, une seule œuvre est présentée et elle l’est en mémoire d’un événement charnière dans l’histoire du musée et de ma vie : une nuit que Odd dormait profondément, j’ai fait un tour du musée, comme il m’arrivait de le faire occasionnellement, pendant mes rares insomnies. Quand je suis arrivé au troisième étage, j’ai vu cette énorme fissure dans le mur, qui serpentait d’un coin à l’autre. Devant cette cruelle métaphore de l’inéluctabilité du temps qui passe, qui s’ajoutait à mes divers problèmes de harcèlements scolaires et à une crise existentielle, je suis devenu fou et j’ai voulu foutre le feu au musée. Oui, c’est bête, pour si peu. J’ai remonté les étages avec les yeux bestiaux et les ai redescendus, un Zippo à la main. J’ai pris le premier objet inflammable que j’ai vu ; comme c’était la bibliothèque publique de Odd, j’ai eu l’embarras du choix et les conséquences ne pouvaient qu’être dramatiques et irréversibles. Heureusement, Odd m’avait entendu pleurer dans ma course jusqu’au briquet, et m’avait suivi. Il m’a empêché de faire la plus grosse bêtise de ma vie. Depuis ce jour, par défense, je me suis promis d’éviter autant que possible de penser au temps qui passe. J’ai eu du mal à me pardonner ce que j’avais pensé faire et Odd, évidemment, est resté méfiant un moment. Je l’avais trahi dans mon égoïsme, mais avec mes piètres qualités de bricoleur et les conseils de quelques professionnels généreux, j’ai sculpté dans le bois un grand scarabée pour m’excuser. Pour je ne sais quelle raison, ce cadeau a permis à Odd de comprendre qu’il pouvait me refaire confiance et, depuis le réagencement du musée, c’est le seul objet exposé au troisième étage, au milieu du calme, et devant la fissure qui n’a fait que se creuser davantage. Le quatrième étage, l’ancienne salle de tennis de table (Odd adorait ce sport), concerne aujourd’hui un de mes loisirs principaux, que j’ai développé dans mon adolescence : les aquarelles. Je m’y suis mis par hasard, pour essayer. En fait, non, pas vraiment. Comme c’est le cas pour beaucoup de lubies, celle-ci m’a été inspirée par une fille… c’était une histoire d’amour qui n’a pas duré longtemps et qui m’a surtout appris à vivre seul, mais la passion, elle, a perduré. J’aimais beaucoup représenter les colibris et les piverts, deux espèces d’oiseaux que j’ai toujours trouvées fascinantes et qui ont élu domicile dans le parc, où je les observais. J’imagine que certains allaient et venaient, tandis que d’autres partaient pour toujours. Je me souviens de ces deux amis. Mes deux seuls amis, en fait. Ils étaient les seuls à me comprendre en plus de Odd. C’est avec eux que je passais mon temps libre l’après-midi, avant de rentrer, à dix-huit heures. Parfois, je les invitais à dormir. On s’est perdus de vue, bien sûr, quand ils ont été contraints de changer d’horizon. L’un a repris le boulot de pilote de bateau de croisière de son père et passe sa vie sur l’océan ; l’autre a repris l’hôtel de ses parents, situé bien loin, tandis que moi, je reste là, dans mon propre autel. Aujourd’hui, quand même, je m’interroge : pourquoi n’avons-nous jamais pris la décision ni le temps de nous retrouver ? Lequel est à blâmer ?
J’arrive au cinquième. C’est le pan consacré à une passion que j’ai contractée dans ma quarantaine : le modélisme ferroviaire. Je me souviens que j’avais découvert ce concept dans un magazine et ça m’avait fasciné. J’ai pris plus de vingt ans pour imaginer et créer le chemin de fer d’une petite ville côtière, et le résultat final occupe aujourd’hui toute une pièce. J’importais les éléments directement du Japon, parce qu’ils étaient plus solides qu’en Europe. Ils étaient aussi forcément plus chers, alors je devais souvent économiser. C’est entre autres pour cela que la durée de construction a été si longue. En tout cas, tout ça me rappelle ma première expérience en train : avec l’école, on allait passer un après-midi dans un parc d’attractions et, en y repensant, c’était sans doute l’une des plus belles journées que j’ai vécues. Aujourd’hui, amèrement, je regarde mon œuvre et m’imagine contemplant l’horizon, installé dans le minuscule train miniature enraillé sur le trajet éternel, et, au fond, je comprends que je ne suis pas beaucoup plus grand, et ma vie pas beaucoup moins balisée, si je me fie à l’échelle du monde. Oui !
L’univers est immense, et j’en rendais compte à mes visiteurs au sixième étage rempli d’objets en rapport avec l’astronomie : télescopes, oculaires, photos du ciel, fiches techniques. Quand j’étais jeune, il m’arrivait souvent de regarder les étoiles jusque tard le soir, couché dans l’herbe du parc. C’était un acte à la fois humble et apaisant, de se rendre compte de notre petitesse et du silence de la nuit. Comme pour beaucoup, la première constellation que j’ai repérée était celle d’Orion. J’ai petit à petit appris à me repérer dans le ciel : Sirius dans le prolongement de la ceinture, le Lion sous la Grande Ourse, les Pléiades près du Taureau. Plus tard, j’ai fait des recherches approfondies, notamment relatives à des aspects plus physiques et chimiques. Je m’étais pris d’une véritable sympathie pour ce domaine, au point que l’idée de faire des études en astrophysique m’était passée par la tête, mais j’étais conscient de mes grosses lacunes. Par conséquent, j’ai arrêté l’école à mes dix-huit ans pour reprendre le musée. Je dois dire qu’il m’arrivait de douter : j’aimais Odd comme personne et je ne l’aurais abandonné pour rien au monde, mais, parfois, je rêvais d’autre chose ; voyager comme il l’avait fait, découvrir l’ailleurs ; mais lui était trop vieux, et moi, sans doute trop terre-à-terre. Le dernier étage ouvert au public est sans doute le plus important, parce qu’il s’agit de la vidéothèque que nous avons établie ensemble, Odd et moi. Ce niveau nous lie plus que jamais ; le cinéma était notre passion commune. Sur les murs, il y a des posters de nos œuvres cinématographiques préférées, plutôt anciennes pour la plupart, encadrés et alignés parfaitement : Parasite, Shutter island, Joker 2, Interstellar (le remake sorti en 2026). Rien qu’à voir ces affiches, j’ai une envie soudaine de regarder un film. Je me tâte ; j’ai l’embarras du choix parmi les près de quatre cents Blue-Rays disponibles. Je consulte quelques-unes des fiches que nous avions faites, comme si ça allait vraiment m’aider à faire mon choix ; c’est finalement plus un prétexte pour revoir la magnifique écriture calligraphiée de Odd, à laquelle je me rappelle avoir essayé en vain de me confronter plus jeune. Je me décide à laisser le hasard choisir : je prends un DVD à l’aveuglette, et j’appelle l’ascenseur pour me rendre directement au dernier étage. Dans l’ascenseur, je me retourne pour me regarder dans le miroir qui reflète une vieille connaissance. Une torpeur m’envahit et je me revois petit garçon : les cheveux blonds ébouriffés semblant danser comme des flammes à chacun de mes mouvements, les lunettes toujours un peu de travers, et les yeux bleus comme deux saphirs propres. Je m’aperçois alors que je n’ai pas pris conscience à temps que l’existence humaine était aussi fugace ni que la porte de l’ascenseur s’était déjà rouverte depuis un bon moment. J’entre alors dans la salle de projection. Le jour où Odd me l’a montrée, il y a plus de cinquante-cinq ans, un élément m’a titillé : la trappe du plafond. Je me demandais ce qu’il y avait dans ce grenier. Plus tard, j’ai interrogé Odd, qui m’a dit qu’il n’y avait rien en particulier et m’a, dans la foulée, formellement interdit d’essayer d’y monter, certifiant que c’était dangereux. Toute ma vie, j’ai combattu cette curiosité latente et pas trop agressive, mais aujourd’hui, mon état d’esprit fait qu’elle s’exacerbe et qu’il me devient difficile de la contenir. Je crois que Odd m’autoriserait à y accéder et, de toute façon, j’ai toujours été têtu. Et puis, je pourrai enfin dire que je connais le moindre recoin de mon musée.
Décidé, je déverrouille la trappe en actionnant le levier ; elle se laisse tomber et découvre des escaliers escamotables. Je monte. Je vois des caissons réfrigérés, remplis de ce que les étiquettes qualifient de bobine de nitrate. J’ai l’impression d’avoir trouvé un trésor ; qu’est-ce qui inquiétait Odd ? Je prends un caisson et le descends, aussi rapidement qu’on le peut à soixante-et-onze ans ; je rembobine au hasard. Trop vite : une étincelle s’excite ! Surpris, je donne un coup malencontreux dans la bobine qui tombe et va rejoindre les autres pour s’enflammer ensemble. Le feu se propage vite à travers toute la pièce. Je comprends que c’est la fin du film. Acculé, et sans issue, je suis contraint de remonter au grenier, où je m’enferme. À travers le vasistas, je vois la pleine lune et je prends le temps qui me reste pour compter les étoiles comme on compte les moutons, tout en me rappelant ma vie, mon musée, et en espérant secrètement un miracle : mes deux amis d’enfance partis il y a longtemps, peut-être viendraient-ils m’aider à combattre le feu, car moi, je sais… je crois que j’aurais été là pour les faire sortir ou, au moins, pour sauver les meubles. Mais… oui, c’est vrai : moi, je suis cuit et je n’ai plus qu’à espérer qu’on épargne mon passé. Si l’on se souvient assez fort de moi, les flammes s’apaiseront peut-être avant d’avoir tout réduit en cendre. Mais même si ce miracle a lieu, je sais qu’un jour, quand le pont aura trop connu la dégradation du temps et de l’inattention, l’incendie détruira tout, et cette fois-ci, l’ardeur fleurie des cierges funéraires n’épargnera rien ni personne, pas même le scarabée d’or qui veille au grain. Que le destin fasse ce qu’il a à faire ; pour ma part, j’ai fait mon office.
Après, je respecte rien et je fais comme je veux, comme d'habitude.
Spoiler
Nous revoilà avec un texte icerien, ça faisait un moment ! Oui oui, c'est bien moi qui dit cela mais j'avais un diable de Tasmanie qui œuvrait quand même en schmet et qui ne respecte pas grand chose non plus ce tarba.
Déjà bon point, comme souvent chez toi, pour le graphisme qui est dingue ! C'est cool parce que ça fait resortir les persos importants qui sont autour du titre (Hervé <3) et pas de meuf par contre, too bad pour un nouvel épisode de Xana attaque à fond.
Bonne idée de mettre une sœur à notre boutonneux et je valide son prénom, cela fait très vieille France comme pour Hervé ! Elle n'était pas présente dans l’Échiquier si je ne me trompe pas ? Peut-être dans un autre texte de l'Unicer mais il est bien trop vaste pour mon pauvre onglet "rechercher" de Chrome.
L'intervention des figurants qui du coup n'en sont plus est toujours aussi savoureuse, alors qu'on entend à peine leurs noms dans le DA. Cela rend Kadic beaucoup plus vivant, malgré l'abondance de dialogues qui du coup oui les anime tous mais laisse peu de temps à l'introspection ou pour se concentrer sur un protagoniste en particulier. Néanmoins, cela donne un rythme propre à ton style et incontestable à la lecture, on a pas l'impression de piétiner dans la crasse comme chez moi.
"Les deux filles de la première ES 2 s'étaient regardées en chien(ne) de faïence dès que Barbier avait franchi la porte" <= c'est bien la féminisation des termes, ravi que tu y sois sensible Un bon point pour la présence de tous les italiques, même pour les marques ou anglicismes ; les bornes prennent du temps mais le résultat est satisfaisant.
Citation:
- BREF, coupa Ishiyama. Depuis qu'on a arrêté de jouer les héros sur Lyoko, j'ai envie de prendre du temps pour moi. Et je me sens beaucoup mieux maintenant.
- Excellent, sourit William. Je vois ce que tu veux dire.
Du coup, j'ai coupé le "Pas vraiment l'envie de penser aux filles" qui ruinait mon mème. De toute façon, on sait que Dunbar est un queutard et que s'il arrive vraiment à ne plus y penser il se tournerait inévitablement vers Odd pour vidanger (ce qui ne devrait pas déplaire à une partie de ton lectorat d'ailleurs). Maïtena n'a qu'à se faire Pichon tiens.
Du coup, voilà pour moi. J'ai dit beaucoup de bullshit mais l'intrigue se lance lentement mais sûrement donc inch'allah je serai plus pertinent la prochaine fois. 150 pages, ça te donne combien de parties/chapitres du coup ? Que je sache combien de fois je pourrai passer ici
A la prochaine camarade glacé et courage pour les relectures et mises en page à venir !
Bonjour tout le monde, petit texte du jour pour parler du monde de la nuit mais le thème devrait me lâcher d'ici peu (espérons). Je suis en train de développer de nouvelles obsessions dans mes écritures et j'espère vous montrer cela dès mes prochains textes !
Bon déconfinement à tous et enjoy
T R A N S M I S S I O N
̶ Dis-moi ce que je veux entendre, supplia Sam.
Elle venait de quitter la scène de fortune d'un bar de petite ville, après avoir trébuché - s'interrompant au milieu des histoires, s'enfuyant sur des tangentes, oubliant ce qu'elle disait au milieu de la phrase - à travers une performance qu'elle avait été embauchée pour faire. Elle était visiblement intoxiquée. Elle avait bombardé.
̶ Dis-moi que je suis drôle et que tu m'aimes.
Sam s'accrochait fermement à un verre de bourbon.
Je lui ai dit ce qu'elle voulait entendre : qu'elle était drôle, jolie et qu’elle avait totalement géré sa presta. Elle ne me croyait pas - je ne me croyais pas - mais elle a souri et est allée au bar. Je l'ai retrouvée une heure plus tard. Elle avait un autre verre à la main et s’apprêtait à enchaîner avec des shots.
Au moment où nous sommes rentrés à la maison, elle était tellement ivre qu'elle s'est évanouie sur le lit, sanglotant, dos à moi. Je ne savais pas quoi faire, alors je l'ai juste tenue. Je suis resté éveillé pendant des heures pendant qu'elle dormait.
Avant le spectacle, elle avait bu plusieurs nuits de suite. Je le sais, parce que je lui parlais tous les soirs, et chaque soir, elle était toujours au bar ou en rentrant du bar, sa voix était bordée de la langueur glissante et dangereuse qu'elle avait quand elle buvait. Quand je suis arrivé pour la voir cet après-midi-là, à trois heures de route à travers un col montagneux du nord, dans un voile blanc presque aveuglant, elle était toujours suspendue au divin nectar.
J'avais essayé de ne pas être blessé, mais je l'étais. Cela m'a donné l'impression qu'elle ne m'accordait pas de valeur : ni à mon temps, ni aux efforts que je faisais pour lui montrer que je la soutenais. Allongé là dans le noir, tenant son corps chargé d'alcool contre le mien, je me suis dit que ce n'était pas vrai. Sam a juste eu une semaine difficile. Bien sûr, je comptais pour elle.
Une fois que vous commencez à mentir à d'autres personnes, il devient plus facile de vous mentir. L’habitude.
Quand nous avons commencé à sortir ensemble, Sam et moi avons fait toutes les choses habituelles : dîner, danser, bars. Quand je venais visiter, nous sortions habituellement. Je sentais que ce que nous faisions était normal, mais depuis, j'ai commencé à repenser cela - il se pourrait que ce soit juste normal pour nous. Je travaille dans les bars depuis 15 ans, depuis que j’ai foiré mon bac. Ce que je considère comme une boisson « normale » ne l'est probablement pas.
Lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois après la période Kadic, Sam m'a dit qu'elle était sobre depuis six mois et qu'elle venait juste de recommencer à boire; elle s'était arrêtée, a-t-elle dit, parce que son partenaire précédent l'avait accusée d'être alcoolique « pour le contrôler ». C'était libérateur, me dit-elle, de sortir avec quelqu'un qui ne lui en voulait pas pour ses nuits folles ou un verre de vin avec le dîner.
Rétrospectivement, cela aurait dû être un drapeau rouge.
Ce n'est pas mon premier rodéo avec quelqu'un qui a une relation difficile avec l'alcool et les drogues. À la fin de l'année dernière, j'ai arrêté de parler à un ami de longue date parce que sa consommation d'alcool et de drogues était hors de contrôle. C’était tout ce qu’il lui permettait d’oublier Xana pour quelque temps.
Dans chaque relation que j’ai eu avec une personne comme celle-ci, ce qui m’a stupéfait, c’est la capacité de l’utilisatrice de substances à réécrire la réalité pour tenir compte de son comportement. Ce n'est jamais l'alcool ni la drogue. Ce n'est jamais elles les fautives. C’est toujours le monde, ou les circonstances, ou moi.
Je suis trop dur avec eux. Je ne suis pas assez doux. J'attends trop.
C’est toujours ma faute.
Et elles ont raison.
Le dénominateur commun, c’est moi.
Je ne suis pas en mesure de juger qui que ce soit, au-delà de dire comment leur comportement influe directement sur ma vie. J'ai une anxiété chronique et je sais que parfois, souvent, j'utilise l'alcool comme béquille pour réduire cette anxiété. Ma consommation d'alcool a été un problème pour moi dans le passé; c'était un trou dans lequel j'ai rampé quand j'étais déprimé, un trou qui m'a pris des années à ramper, dont je rampe toujours. Bien que ces jours-ci, je sois rarement ivre et que j'arrive à gérer le quotidien - factures payées, délais respectés, vie sociale saine (à distance en toute sécurité) - je continue à me soigner avec de l'alcool. Je travaille dur pour créer de meilleurs mécanismes d'adaptation pour le remplacer, et c'est quelque chose que mon thérapeute, mon médecin et moi gérons ensemble.
Ça va mieux, mais je sais que c'est un problème.
Je ne sais pas quand les choses ont commencé à glisser avec Sam, mais je sais que cette nuit de décembre a été un tournant. Je ne me souviens que d'une poignée d'occasions où je lui ai parlé ou que je l'ai vue quand elle était sobre après cela.
Sam s'est peu à peu retirée de notre cocon, déprimée. Elle buvait de plus en plus et utilisait souvent des produits comestibles très puissants; parfois, elle me parlait et la mauvaise herbe donnait un coup de pied au milieu de la phrase et elle s'arrêtait, donc lapidée elle avait oublié ce qu'elle disait, après quoi toute autre conversation avec elle était impossible.
Je me sentais seul d’être avec elle quand elle était comme ça. Comme si elle n'était même pas là. Comme si elle ne voulait pas l'être. Avec moi.
En janvier, les choses ont vraiment mal tourné, très vite.
Le soir du réveillon de nouvel an, Sam était tellement saoule qu’elle s'est évanouie pendant que je l'attendais. Elle a menti sur ses progrès en consommation d'alcool, rompant les promesses de sobriété pour moi, pour son médecin, même pour une amie qu'elle était allée aider à se remettre d'une opération. Elle m'a trompé alors qu'elle était ivre; le lendemain, elle était en gueule de bois et m’a suggéré un trio avec la personne qu'elle avait baisée. Elle a volé dans une crise d'insécurité - je ne l'aimais pas, j'allais l'abandonner, je n'étais pas attirée par elle - et elle s'est disputée avec le premier venu lorsqu'elle était ivre, ce qui était souvent le cas. J'avais peur qu'elle s'évanouisse quelque part et se fasse violer, ou qu'elle ait un accident de voiture.
Le jour de la Saint-Valentin, Sam m'a appelé à minuit, très ivre, et m'a dit qu'elle voulait coucher avec un couple qu'elle avait rencontré au bar. Quand j'ai refusé, elle est tombée dans le sanglot, le tournoi à la ronde se disputant des ivrognes, où aucune raison ne peut les atteindre; elle a affirmé qu'elle avait découvert qu'elle était poly, que je devais la laisser parce qu'elle le méritait, que mon refus était émotionnellement abusif. Elle buvait encore quand elle s'est écriée et s'est endormie.
Quand elle l'a fait, je me suis retourné, j'ai pris un Ativan et l'ai poursuivi avec ma dose prescrite d'antibiotiques. J'étais atteint d’une sale pneumonie, trop faible pour sortir du lit, fiévreux et toussant, depuis cinq jours. Sam le savait.
Je n'ai jamais eu l'impression d'avoir aussi peu d'importance pour personne.
J'ai essayé de parler à Sam; elle était une personne différente lorsqu'elle buvait et la façon dont elle me traitait lorsqu'elle me faisait du mal. Elle a oscillé entre le déni outragé - ce n'était pas vraiment comme ça, j'essayais juste de la contrôler - et la négociation, promettant de me traiter mieux, de boire moins.
Parfois, elle abandonnait toute prétention et se tournait vers la supplication. Elle m'aimait. Elle savait que je ne méritais pas ça. Elle avait besoin de plus de temps - pourrais-je lui accorder plus de temps?
Je t'aime, ma petite DJ hackeuse. Ne me quitte pas.
Je l'aimais, alors je suis resté.
Je lui ai donné plus de temps. Plus d'amour. Plus de patience. Plus de compromis.
Je lui ai donné exactement ce que voulait vraiment un buveur.
Plus.
Je repense à la façon dont Sam et moi nous sommes comportés ensemble - les nuits tardives au lit avec une bouteille de vin, de la bière après la pêche à la bière froide, tous les clichés au bar et le whisky dans notre café. Tout semble si normal.
Je vois maintenant que ma relation avec l'alcool a jeté les bases sur lesquelles elle et toutes les autres pouvaient me traiter quand elles buvaient. Tout le monde a droit à un bon moment, non ?
Cela tient en partie à la culture du Sud, dans laquelle boire, et boire fort, est une pratique courante acceptée, voire louée. Ce n'est pas seulement votre vendredi soir ici, c'est votre mardi, votre jeudi, votre dimanche. Année après année, le trouble du spectre de l'alcoolisation fœtale est un problème majeur... est devenu un problème majeur dans notre région, alors que cela ne l'était pas à la base. Et ça, à tel point que certains bars ont placé des tests de grossesse dans les toilettes des femmes. Notre département possède la troisième consommation d'alcool en France en 2018 et connaît plus de décès liés à l'alcool que les autres. La consommation d'alcool et de drogues a une place de longue date dans la culture du coin, mais en parler ouvertement est un anathème.
Le mois passé, j'ai décidé de me lancer dans le business de la kétamine. Marseille a la réputation d'être une ville de fête. Et de violence. La réaction de certaines personnes de la communauté du vieux port a été incroyablement défensive; Je ne savais pas comment m'amuser et j'avais besoin de me détendre. Il existe ici une culture du silence autour de la consommation d'alcool et de drogues dans le Nord qui rend certains comportements destructeurs, voire abusifs, intouchables.
Si tout le monde boit c’est problématique, alors personne ne va jamais rien changer.
Je me rends compte maintenant que cela, couplé à la culture du service d'alcoolisme que j'ai vécu pendant la majeure partie de ma vie d'adulte, a laissé un point aveugle dans mon jugement. Je ne sais même pas ce qu'est une boisson normale.
C'est probablement pourquoi je ne connais pas l'alcoolisme jusqu'à ce qu'il m'appelle à minuit, pleure et demande à coucher avec d'autres personnes.
Lorsque la rupture est finalement arrivée, c'était explosif. Ayant à peine contenu ma douleur et ma frustration pendant si longtemps, j'étais vicieux. J'ai honte des choses dures que j'ai dites. J'ai couché avec quelqu'un d'autre juste pour lui faire du mal.
Parce que Sam a bu, je ne lui faisais plus confiance. Parce que j'avais arrêté de dire à Sam ce qu'elle voulait entendre, elle ne me faisait plus confiance. Elle a répété le même refrain encore et encore : ce n'est pas ma boisson. Ce n'est pas ma boisson. Ce n'est pas ma boisson.
J'ai demandé à Sam catégoriquement si elle choisissait de boire plutôt que moi.
Je ne veux pas que l'alcool soit comme ça - une troisième personne dans mes relations, une ombre qui traîne derrière moi. Je ne veux plus poser cette question. Je ne veux jamais qu'on me pose cette question.
Finalement, Sam a choisi de boire. Ce n'était pas ce que je voulais entendre, mais cela m'a au moins aidé à voir plus clairement ma propre consommation d'alcool et la culture de l'alcool dans mon entourage. À certains égards, je ne blâme pas vraiment Sam pour son choix. Boire est facile, et je ne suis pas une personne facile à aimer - du moins, pas aussi facile qu'une bouteille de bourbon. Ce qui est difficile - ce qui est vraiment difficile - n'est pas la partie où l'on arrête de boire; c'est laisser derrière soi ce que signifie vraiment boire.
Boire, ce n'est pas vraiment boire. Il s’agit de vous refaire comme vous le souhaitez, de maintenir l’illusion de possibilité lorsque vous sentez que rien n’est possible.
Il s’agit de se retirer dans un monde où les choses ne vont pas si mal.
Je connais. Je l'ai fait. Je le fais toujours, parfois. Je vais probablement le refaire. Je ne suis pas seul là-dedans.
Hey, bienvenue Godrik !
C'est cool de voir des fans de l'animé (et de l'IFSCL!) faire encore surface en 2020, bienvenue à toi et j'en profite pour te dire que je valide totalement tes persos préférés
Eh bien, me revoilà. Je m'excuse profondément auprès des lecteurs de cette fanfic, il m'aura fallu 2 ans et une pandémie pour m'y remettre !
Petite réponse aux coms avant la lecture du jour (a)
Citation:
la section a explosé d'activité dernièrement
Le bon vieux temps ptin.
Citation:
je dois dire que j'aime bien ce que t'en as fait. Son côté "petit vieux mélancolique", et son désir de tout reprogrammer marchent bien.
Content que tu aimes mon Odd, je l’ai tellement exploité notre cher della robbia que j’ai essayé de développer encore une autre facette du perso héhé.
Citation:
Je me permets de relever cette phrase de Yumi :
"Pour ce que j'en sais, tu l'oublieras même et il sera totalement absent de ton passé ! C'est vraiment cela que tu veux ? "
Mais, le RVLP ça garde les souvenirs non?
Ils n’ont jamais testé un RVLP si conséquent auparavant, d’où la réserve de Yumi suite aux conséquences qu’un tel acte entraînerait o/
Citation:
Donc on attendra bien gentiment la suite de ce merdier, l'avantage d'une fic courte c'est qu'on se fera minder que peu de temps...
J’ai ri Je ne te réponds en rien sur Lola parce qu’en bon crevard que je suis, elle ne fait pas partie de ce chapitre mdr.
Merci pour vos commentaires ; Silius la réponse à tous vos points ayant été faite en MP il ne me reste plus qu’à vous souhaiter à tous un bon retour dans mon univers
Chapitre 2
Adorer et adhérer
Les longues journées tièdes et réconfortantes se raccourcissaient déjà. Elles laissaient de plus en plus rapidement place aux petits jours grincheux baignés dans la brise venant de la mer. Le mois de septembre touchait à sa fin mais ils étaient toujours là, comme durant tout l’été. Les jeux de ballons se répétaient sans cesse et ne semblaient pas les lasser. Tantôt utilisés pour dribbler, tantôt lancés bien loin pour amuser leur chien et parfois servant simplement de balle pour jouer au football, leurs ballons les suivaient partout. Ils avaient cependant un endroit fétiche, un petit terrain vague aux herbes hautes situé en bord d’une falaise. Elle offrait un point de vue irréel : l’écume rugissante se heurtait à la côte bretonne et, même si la paroi rocheuse les séparait d’elle, le bruit des vagues frappant les rochers rythmait leurs folles parties. Au loin, craignant les jardins d’écueils, passaient souvent des bateaux de croisière fascinés par les paysages du pays breton. Leur silhouette dont la sombre couleur se découpait dans l’aigue-marine des flots et l’azur du ciel glissait silencieusement vers la terre des Angles. C’est cet endroit qu’ils avaient choisi pour cette froide journée. Deux frères. Unis dans le meilleur comme dans le pire. Après tout, l'amitié n'est réellement possible que pendant la jeunesse alors que les paires d'hommes et de femmes ne sont pas encore formées, attaquant dans ses bases-mêmes cet esprit de société par lequel les rapport amicaux, s'ils sont tout à fait profonds, ne manquent pas d'être dominés.
L’année scolaire avait repris et les journées passées assis sur un banc étaient encore plus harassantes que de courir avec le chien. Les horaires de jeu en plein air le weekend s’étaient étendus : la petite équipe était là dès neuf heures du matin pour se passer la balle. La grand-mère de Basile et Xana, fervente amatrice de l’équipe brésilienne de football, leur avait offert cinq jours avant le ballon officiel de la coupe du monde 2002 remportée par ses idoles. Leur mamy ne venait que rarement jouer avec eux : « C’est dangereux mes amours ! disait-elle en s’adressant aussi au père qui était toujours un grand enfant. Et puis pensez à Georgiu, ajoutait-elle, il sentirait une piste alléchante ou verrait un oiseau planer au dessus de la mer que vous pourriez dire adieu à votre pauvre chien ! N’espérez même pas que je sauterais pour le récupérer. Non vraiment, je ne préfère pas assister à ça ».
Toutes les femmes avaient peur de cet endroit. Leur mère, elle, ne venait que lorsque le soleil brillait si fort que les vagues attrapaient des reflets flamboyants, elle affirmait que rien ne valait un tel spectacle. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils avaient emménagé en Bretagne il y a maintenant dix ans de cela : « Chéri, c’est superbe! La région n’a rien à envier à la côte d’azur, puis toi qui a tout le temps trop chaud ça te changera de Tarbes. » Le jeune couple avait quitté le sud pour se rendre dans la petite ville de Paimpol sur la côte nord de la Bretagne afin de permettre à Christian de changer de métier et d’être engagé comme employé à la commission du patrimoine et comme gardien des clefs de l’abbaye de la ville. Le coup de cœur avait été immédiat lorsqu’ils avaient vu les paysages verdoyants bien que rocheux qui entouraient la ville portuaire. C’est donc en plein pendant la dure grossesse de la future maman qu’ils avaient migré vers cette terre nouvelle où résonnent les chants et les légendes. Ils commencèrent leur journée de loisirs avec le schéma habituel. Pour commencer, tous les trois se plaçaient en ligne. Basile, situé au centre lançait toujours la première balle vers son fidèle compagnon qui la ramenait à son père puis le jeu continuait dans l’ordre logique. Passe, passe, chien, passe, passe, chien et ainsi de suite. En plus de les divertir, cette activité comportait un autre intérêt : elle permettait d’éduquer un tant soit peu l’animal.
Cela représentait un grand avantage, mais la tâche n’était pas aisée. Georgiu avait été adopté dans un centre roumain pour chiens errants car, depuis que Ceausescu avait fait raser les pavillons avec jardin pour entasser la population dans des « cités idéales », les chiens se retrouvaient en meutes dans la rue au bas des tours et devenaient agressifs avec les habitants pour pouvoir trouver quelques morceaux de nourriture. Ainsi, en adoptant l’animal il y a trois mois de cela, ils ont dû accepter deux choses : l’éduquer au plus vite et l’intégrer dans une grande famille qui deviendrait sa nouvelle « meute », ce qui était un problème pour la petite famille qu’ils étaient. Georgiu s’adaptait néanmoins mais avait toujours des comportements étranges comme mordre sans raison apparente... spécialement Xana qu’il ne semblait pas aimer beaucoup.
Toujours est-il que la plupart du temps, il était calme et acceptait joyeusement les jeux de ballons proposés par ses maîtres. La balle attrapée en plein vol par le clebs était le résultat d'une brève complicité entre la prévoyance et le hasard. Ce jour-là, après une bonne heure à se dépenser, Basile dont les boucles d’or collaient au front tant il s’était donné afin de lancer la balle de plus en plus loin, décréta avec son frère qu’une petite pause s’imposait avant de reprendre le même jeu mais dans l’autre ordre de passes. La joyeuse équipe s’assit donc sur de gros cailloux pour grignoter. Le goûter avait été préparé avec soin par la grand-mère : quatre sandwichs au crabe empaquetés dans des petites serviettes blanches à carreaux rouges étaient accompagnés de deux petites bouteilles d’eau et de trois brioches au sucre dont le chien raffolait. Après avoir ingurgité tout ça et partagé un beau moment père-fils, ils se lancèrent à nouveau dans une partie de passe-passe dans laquelle Basile et Xana donnaient toute leur énergie pour envoyer la balle à leur père qui les félicitait de leur entrain habituel. Mais malheureusement le cadet de la famille était bien plus distrait qu’à l’accoutumée, ce qui non seulement ralentissait le jeu mais, en plus, en arrivait même à énerver le père par moments. Après une dizaine de passes ratées, l’enfant décida de se ressaisir et dégagea le nouveau ballon brésilien le plus loin possible. Ils le suivirent des yeux jusqu’à ce qu’il ait disparu : le jouet tomba malheureusement de la falaise … Basile était extrêmement triste, son père essayait de le consoler par tous les moyens et Xana râlait de la perte de ce qui constituait leur seul passe-temps dans ce bled pourri. Il décida de quitter le terrain de jeu familial, mettant fin à cette brusque chute de conscience dans le magique.
L’air était trop humide, les bruits trop sourds et mon mollet bien trop chaud. Cet enculé de Basile avait tout fait foirer. Une fois de plus. Se mouvoir était bien difficile dans mon état qui ne faisait qu’empirer au fur et à mesure des minutes qui passaient. La rage montait, je peinais à me contrôler. Cela me rappelle la fois où je n’ai pas pu m’échapper lorsque la bête a rampé vers moi. Elle allait si vite. De derrière la vitre, cette ombre était bien moins impressionnante.
— C’est une manière efficace de réparer les vivants, sache-le mon petit…
— Ma tête… Elle est si douloureuse.
Je braillais comme un enfant et personne ne m’entendait : « Au secours ! Il y a quelqu’un ? »
Le silence. Écrasé par cette inquiétante tranquillité et par le sinistre environnement dans lequel je me trouvais, je me mis à cogiter : tous ces destins brisés à jamais comme je l’ai été pour une vengeance… Quelle vengeance? J’étais là, à agoniser entre deux buissons sur de la terre humide et puante et j’y pensais encore. Me venger n’avait servi à rien car, mourant, je pensais encore à Waldo dans cet endroit ridicule, lui qui avait abusé de mon innocence.
« Tu m’as volé mon enfance! », criais-je. « Tu m’as tué! »
L’écho de ma voix, pitoyable, me revint et, en entendant mes propres cris de détresse, je ressentis à quel point j’étais peu de chose. Moi qui avais toujours considéré ce labo comme ma maison puis comme mon terrain d’apprentissage, je me sentais trahi par celui-ci. Au final, personne ne sait l'ordre des morts ni celui des vivants, ni à qui reviendra la peine ou la peur. Le lieu m’était hostile et son propriétaire m’enterrerait un jour ou l’autre au beau milieu des fougères si je tardais trop à agir.
Une fois son frère parti, la tristesse de Basile fit place à de la colère. La haine de l'autre et l'amour de soi s'opposaient en son for intérieur. Il voulut récupérer son ballon à tout prix. La petite tête blonde décida alors de tenter la reprise. L’attention de son père détournée par le chien qui, venant d’apercevoir un chat, aboyait et courait dans tous les sens, permit au gamin d’entreprendre doucement la descente de la falaise afin de saisir le ballon avec son pied. Par chance, il n’était qu’à deux mètres en dessous du sol et était tombé dans des branchages sur un petit escarpement rocheux. La mission était donc délicate mais réalisable, le tout était de faire vite avant que le père ne vienne crier à la folie en le voyant descendre ainsi vers les vagues qui se brisaient avec fracas contre les rochers au pied de la falaise. Alors il s’assit au bord du gouffre marin, les jambes balançant dans le vide et le regard à moitié assuré. Puis, prudemment, il descendit sa jambe gauche jusqu’à un petit caillou accroché à la paroi et situé une vingtaine de centimètres plus bas. Soudain le caillou cèda sous le poids - bien qu’il soit plume - de la frêle petite jambe mais il fallait faire vite, son père allait bientôt revenir. Basile trouva un autre caillou qui, lui, tint bon le temps qu’il ait trouvé un appui pour sa jambe droite. Là, la gorge nouée et les larmes au bord des yeux, il se retourna doucement pour faire face à la surface rocheuse : il y était presque ! Sa main droite agrippée à des branchages qui avaient pris racine dans la roche et sa main gauche toujours posée à la surface, il entreprit de descendre encore plus bas ses pieds pour atteindre le ballon. Un petit blondinet dans les rochers. Qu’est-ce qui pouvait mal tourner ?
Demain je vais passer la nuit chez lui, mon sac est prêt depuis deux jours. J’ai mis exprès mes habits préférés à la lessive en début de semaine pour être certaine de pouvoir les mettre demain. J’ai regardé sur mon portable quel bus je devrai prendre pour y aller, j’ai noté tout sur un petit papier que j’ai rangé dans le livre que j’emporterai avec mes écouteurs pour le trajet. C’est assez loin : 1h40 et deux bus. Sa mère était à côté quand je l’ai eu au téléphone et elle a demandé si j’aimais les lasagnes car bien entendu je souperai avec toute la famille. Pour le moment la vie est spéciale, elle a un goût étrange qui est difficile à définir. Je suis souvent perdue dans mes pensées et mille petits chemins s’offrent à moi comme solutions mais il m’est impossible d’en désigner un bon. Je doute de ma capacité à me réconcilier un jour avec le groupe mais en parler avec lui ne changerait rien, je sais qu’il me faut faire moi-même les bons choix. Peut-être que ce serait plus facile dans une autre école. Je me retrouve actuellement en classe avec cette putain de bande. Heureusement, pour me changer les idées, j’ai une rage de réussir, alors je travaille pour avoir de meilleurs points que Belpois.
J’ai toujours aimé être au premier plan. À mes cours de danse il me faut être en première ligne pour me sentir briller. À mes cours de théâtre j’ai besoin de tenir un rôle des plus importants pour me sentir reconnue. Si j’allais voir un psychologue, un de ces spécialistes pour les jeunes perdus comme moi proposés par les écoles comme une récréation gratuite, il me dirait sans doute qu’avoir perdu ses parents n’aide pas trop.
L’été passé je pense avoir usé mon stock d’excuses « anniversaire » pour les sorties nocturnes à l’internat. Toutes les semaines, j’avais un anniversaire à l’approche du weekend. L’anniversaire c’est l’excuse parfaite quand on a seize ans, les éducateurs savent que si on se rend chez quelqu’un il y aura au moins une personne majeure. En plus, ils lâchent toujours un peu d’argent quand tu stipules une possible commande de pizzas ou un cadeau collectif. Ils trouvent cela normal de passer la nuit étant donné qu’on a davantage l’âge de regarder des films en mangeant des popcorns toute la nuit que de louer un château gonflable et partager un goûter égaillé de quelques bougies. Heureusement, j’ai beaucoup d’amis. Enfin à l’école, ce n’est pas la même chose, je vais aux cours sans trop m’intéresser à ce qui m’entoure, je subis parfois la facilité des cours qu’on nous impose. À côté des quelques amies avec qui je reste pour manger quand la cloche sonne pour nous laisser souffler, on ne peut pas dire que je me sente véritablement intégrée. Ma vie se trouve à l’extérieur, à mes cours d’art. C’est avec Lisa et Marine, des amies de mon cours de danse classique, que je suis sortie pour la toute première fois. Lisa a une grande sœur qui a deux ans de plus alors elle connait toutes les bonnes soirées. Sa maman nous laisse aller avec elle car Cassandre est responsable et elle sait très bien que si un problème arrivait elle en serait immédiatement prévenue. Les parents sont à peu près tous les mêmes, c’est exactement comme avec mes parents alors que Cassandre nous file toujours quelques jetons pour aller chercher des boissons alcoolisées en nous faisant promettre de nous tenir à carreau quand sa mère viendrait nous rechercher dans la nuit.
C’est avec Lisa et Marine que j’ai découvert la puissance de la nuit, le réconfort d’une foule en mouvement constant dans laquelle tu te fonds complètement, la pénombre générale qui fait l’effet d’une carapace protectrice, la musique qui va trop fort pour permettre une conversation normale mais qui t’isole tout en te connectant aux autres, et l’alcool. Quel pouvoir, il en existe de toutes sortes comme de petites potions magiques qui t’apportent le remède à tous les maux. La nuit, on ne dort plus, on rêve éveillé et le retour à la réalité devient d’autant plus brutal. C’est pendant la nuit que j’ai appris à embrasser, à danser, j’ai aussi appris à fumer, j’ai appris à laisser les règles de côté et aller chercher au plus profond de mon âme les folies enfuies bref j’ai appris tout ce qu’il y avait à apprendre pour sortir de la petite routine traditionnelle d’une adolescente de seize ans.
À l’école, j’ai l’impression que ce monde n’existe pour personne alors qu’avec Lisa et Marine, je vis des aventures d’un monde parallèle qui semble appartenir qu’à une série de gens bien définie qu’on appelle couramment « les fêtards ». Je veux faire la fête autant que possible jusqu’à ce ne soit plus possible.
Tous les matins, je me réveille et m’habille devant le miroir qui se trouve juste à côté de mon lit. J’allume la lampe, j’enlève mon pyjama que je fourre en dessous des draps et j’attrape les habits préparés la veille et déposés sur ma chaise de bureau. M’habiller devant le miroir m’oblige à me confronter à moi-même. Tous les jours, je vois ce corps que je trouve souvent trop gras, trop formé. Il y a encore deux ans tout ce que je vois à présent ne s’y trouvait pas. Quand j’étais encore une gamine, quand je pensais naïvement que Jérémie serait le seul et unique. J’ai bien réfléchi et je pense que c’est à cause de mes règles. Elles sont arrivées il y a un an et demi, Marine m’avait dit « Te voilà une femme à présent », une femme ? Étais-je vraiment une femme ? Si j’étais vraiment une femme…
Qu’est-ce que « femme » pouvait bien signifier ? Un corps d’un mètre soixante maigrelet, des pieds légèrement trop grands pour ma taille et mon âge, des longs cheveux de la teinte maternelle et une peau pâle hérité de mon père, quelques goutes de sang imprégnées dans le fond d’une culotte rose bonbon décorée d’un nœud sur l’élastique avant, c’était donc ça être une femme ? Maintenant, ma poitrine m’apparaissait tous les jours comme quelque chose de trop qui n’avait pas sa place mais qu’il fallait pourtant placer dans deux coques rondes que je m’empressais d’enlever une fois revenue à ma chambre vers 17h, mes culottes ne portaient plus de petits nœuds roses mais des élastiques cachés par de la dentelle noire dans une taille beaucoup plus grande afin de contourner mes hanches beaucoup plus larges, tellement larges qu’il m’avait fallu refaire deux fois ma garde-robe.
Moi qui ne connaissait pas encore l’existence des taille 36 et 38, « ce sont les tailles de dame » disait Lisa quand on parcourait les rayons alors que je n’avais jamais vu que des étiquettes portant mon âge en centimètre. Mes pieds sont toujours trop grands mais aujourd’hui un léger talon accompagne mes pas laissant un drôle de bruit de marteau quand j’avance dans un couloir vide. J’aime bien porter des bijoux et parfois je mets un peu de crayon noir en dessous de mes yeux, celui de Yumi m’allait super bien. Tous les jours cette image me semble inappropriée pourtant c’est bien moi, un moi qui apprend à être une femme jour après jour. Ce qui est le plus étrange, c’est qu’après cette expérience des premières règles qui devait me transformer drastiquement en femme, mon rapport au monde n’a pas changé. Je suis toujours la même avec un problème de plus à gérer. Avec le temps, j’ai bien compris que toutes les filles, enfin que toutes les femmes avaient ce problème mais il est quand même de mon devoir de m’en occuper comme une grande. Mis à part cela, je suis toujours moi. C’est avec le temps que j’ai vraiment compris ce changement. Petit à petit mon corps s’est mis en mouvement, silencieusement, sans que je ne lui autorise quoi que soit. C’est ensuite que les premières sorties sont arrivées et c’est là que mon rapport au monde a changé. Les premiers garçons que j’ai embrassés sur la musique impersonnelle, trop commerciale, qui excitait les quelques verres de bières qu’on était parvenu à se procurer nous donnant le sentiment d’être invincible; ces premiers garçons avaient le goût du changement. Encore aujourd’hui, j’aime plus que tout ce sentiment où la peur de l’échec et de passer inaperçue n’a plus aucun sens. Quand j’ai un verre en mains, que mes amies dansent autour de moi, j’ai l’impression qu’on me voit car tout m’apparaît calme, lisse et proche de moi. Les clopes qu’on arrive à mendier aux plus grands nous paraissent de précieux secrets d’adulte révélés et à notre entière disposition, on vit l’instant présent sans redouter le retour proche de la réalité. Avec Lisa et Marine on a même établi un code simple qui nous permet de contrôler les garçons que l’on bécote car si on s’amuse à les embrasser, il n’est pas question d’aller plus loin avec ces inconnus.
Quand un garçon nous propose d’aller faire un tour à l’extérieur de la soirée, on fait tomber notre verre à terre ou, faute de verre, notre sacoche contenant seulement notre portable et quelques sous pour tenir toute la nuit. De suite, une de nous arrive pour prévenir qu’il est l’heure de rentrer. C’est un plan infaillible qui nous amuse beaucoup. Une fois Marine a voulu jouer et elle a changé de plan, elle est arrivée pour ramasser ma sacoche et m’a embrassé en demandant au garçon de partir car on était ensemble. On a tellement rigolé, Lisa, qui avait assisté à toute la scène, était morte de rire et nous a dit qu’au moins on avait un plan B opérationnel maintenant.
Mon rapport au monde a changé au fil de ces soirées. Ce monde parallèle a commencé à toucher de plus en plus de monde autour de moi, les amis que j’ai de toutes parts, ont été de plus en plus présents à ces parties nocturnes. Les mondes se sont dilués et les pans de ma personnalité qui vont avec ont fusionné. J’ai compris que la personne que je suis durant la nuit est la même la journée et mes aspirations nocturnes ont commencé à déteindre sur ma vie de tous les jours. Avec les copines on va boire des verres en terrasse quand il fait beau, les garçons me regardent. L’envie de plaire dépasse le cadre des soirées et je porte des tops au col en V pour aller en cours. Même si Ulrich me dévisage et ose me dire qu’il ne me reconnait pas, que je fréquente les mauvaises personnes.
Le souci, et j’en suis consciente, c’est que je n’ai plus seulement besoin d’être supérieure, j’ai aussi besoin de plaire. Tout cela m’est apparu clairement juste avant l’hiver quand je me suis demandée quel gros pull me mettrait le plus en valeur. Bien que ce reflet dans le miroir ne me convienne pas, j’essaye toujours de trouver ce qui plaira aux autres une fois porté. Surtout qu’il y a un garçon. William Dunbar.
William ce n’est pas une histoire d’amour et ne le sera jamais. Ce n’est pas non plus un des premiers garçons embrassés en soirée sur de la musique commerciale. Ce n’est pas non plus une image erronée du prince charmant dont on nous apprend à faire religion dans les contes.
William avait été dans la même classe que moi, il avait aussi été prisonnier du même monde virtuel que moi quand la question des garçons n’effleurait aucunement mon esprit. Il avait repris contact avec moi malgré son changement d’école grâce à l’incroyable développement des réseaux sociaux dont ma génération bénéficiait pleinement. Il m’avait proposé d’aller faire un tour en ville au printemps, ce que j’avais accepté après une brève hésitation. Mais on avait des ennemis communs… alors pourquoi pas.
Jamais la couleur du t-shirt que j’avais à porter n’avait semblé recouvrir autant de sens alors que précisément rien ne justifiait de retourner à sa penderie. William n’était qu’un ancien camarade. Pourtant cette entrevue fut bouleversante. Une amitié s’installa et on décida de refaire plusieurs fois des tours en ville. Bizarrement, quand je suis avec William je n’ai pas l’impression d’être avec un ami, une connexion particulière circule et j’ai l’impression que de nouveau un petit monde apparait pour nous donner un sens différent. Jérémie savait-il que nous avions parfois discuté à deux sur Lyoko lors de ces moments où son libre arbitre resurgissait succinctement ?
Aujourd’hui, je le revois pour la première fois depuis des semaines.
« T’es dans le bus ? » apparait sur l’écran de mon portable à 14:32.
« Oui et toi ? » 14:33.
« Moi aussi, RDV sur le café de la place comme d’hab ? » 14:35.
« Ok, biz. » 14:35.
Le paysage est identique à celui de tous les jours quand je descends en ville pour aller en cours. Seulement, aujourd’hui, il m’est trop difficile de me concentrer sur mon livre alors j’ai mis mon album préféré des Subdigitals dans les oreilles et je regarde les arbres et les routes défiler avec un léger sourire en respirant des bouffées d’airs qui me semblent beaucoup plus oxygénantes que d’ordinaire. Il n’y avait que cinq minutes à pied entre la gare et le café de la place. En passant devant les vitrines, je réajuste mes cheveux. Je m’inspecte à chaque boutique comme si mon image avait changé d’un mètre à l’autre. J’aperçois « ENTRE POTES » écrit en bleu au dessus d’une porte ouverte où William attend l’épaule posée sur le rebord du cadre juste en dessous du « POTES ». Il me fait un léger signe en levant la main et je souris.
— Pas trop chaud dans le bus ? Ils oublient toujours de mettre la clim en été, le mien était un vrai four !
— Non ça va, j’étais assise près de la porte, ça faisait des courants d’air.
— Bonne idée ça, j’y penserais ! On commande un truc ?
Une bière pour lui et une bière au fruit pour moi, le serveur nous demande notre carte d’identité, on a donc l’air si jeunes que ça… Pourtant, depuis ce matin je me sens plus mature, plus accomplie. Toute la journée jusqu’à maintenant je l’ai passée face à mes pensées, repassant tout en revue en me demandant comment je me sens et la seule réponse satisfaisante est que je me sens grande.
Quand le serveur comprend qu’on a le droit de commander de la bière, il nous laisse à nos activités et pour ne pas avoir à revivre ce moment gênant on reste assis à la même table toute l’après-midi jusqu’à ce que le soleil décide qu’il était temps de gorger nos boissons d’ombre. On a sans doute sous-estimé notre consommation car en se levant on rigole tous les deux comme si l’après-midi avait été une très grosse blague. On marche pour rejoindre l’arrêt de son bus mais il m’arrêta à 200 mètres de celui-ci, dans une petite ruelle qui faisait raccourci. Mon cœur s’enflamme d’un coup, comme la flamme du briquet dans le noir des soirées, mes joues chauffent juste en dessous de mes yeux qui eux s’immobilisent pour regarder William qui avait placé ses mains de chaque côté de mon visage m’emprisonnant ainsi entre le mur et ses lèvres. Ses immenses yeux bleu ciel sont magnifiques mais son haleine sent la bière et les cacahuètes, quant aux manches de sa chemise légèrement retroussées, elles dégagent un léger parfum de lessive et de déodorant pour hommes.
— Je peux ? demanda-t-il avec un regard tout aussi immobile que le mien.
Il n’attend pas ma réponse, ou peut-être qu’il la déduit de mon langage corporel. William est le premier garçon qui m’embrasse en plein jour. Il n’a pas le goût des garçons de soirées, je ne pense pas non plus que ça goûte l’amour. D’ailleurs, il n’embrasse pas très bien mais je sens le désir et le feu qui consumaient mes joues descendre brutalement provoquer mes cuisses en remontant jusqu’à mon abdomen. Tout est exactement comme je l’ai imaginé depuis une semaine.
Quand William me proposa de rester dormir il y a quelques jours, j’ai accepté en comprenant que la connexion que j’avais eu du mal à définir depuis qu’on avait commencé à se voir nous amènerait à découvrir de nouveaux horizons. J’avais fondé mon hypothèse en silence et intérieurement toute la semaine et j’avais enfin la réponse. Ce que j’avais prédit allait se produire. On monte dans le bus ensemble. C’est son père qui vient pour nous récupérer à l’arrivée afin qu’on n’ait pas à marcher dans le noir jusqu’à sa maison. Sa mère, très contente de me rencontrer, nous dit que le dîner sera sur la table dans un quart d’heure.
— Ça marche m’man, on monte choisir un film pour après en attendant.
— Et n’oublie pas de changer les draps de la chambre d’invité pour ta copine.
— Oui m’man, rétorqua-t-il en me gratifiant d’un petit clin d’œil dont lui seul a le secret. A l’étage, sa chambre occupe la partie droite qui se trouve près de la salle de bain. De l’autre côté, une petite pièce réservée aux invités. Des draps propres sont repliés sur le bord du lit et attendent d’être mis en place.
— Viens, on fera ça après, t’aimes quoi comme films ? Pas de SF, je présume ?
— N’importe.
— Films d’horreur ?
— Ok mais pas trop gore…
Je ne sais pas s’il s’agit d’une tactique particulière pour attirer les filles dans ses bras mais le fait est que j’aime relativement peu les films d’horreur. Une fois le souper terminé, les fameuses lasagnes plat fétiche de la mère Dunbar, on monte en silence rejoindre son lit sur lequel son ordinateur portable nous attend. Il s’installe près du mur et moi près de lui. Tous les deux nous sommes très silencieux mais l’air semble malléable tout autour. Je ne sais pas si c’est les quelques bières de l’après-midi qui se dissipent où si mon hypothèse rentre en ébullition. Il place un bras derrière ma tête. Cinq minutes passent. Enfin, il m’embrasse. Je comprends que le film à lui seul est une excuse. Sa mère frappe à la porte et ouvre de suite me laissant une expression béate sur le visage quand lui se présente comme si de rien n’était.
— Bonne nuit les jeunes, dit-elle, sans rien laisser transparaitre.
— Bonne nuit m’man.
— Bonne nuit et merci pour le souper, réussis-je à dire en espérant qu’elle n’ait rien vu de compromettant.
Une fois la porte refermée, il reprit directement possession de ma bouche et commença à me caresser le ventre. Un frisson inconnu me parcoure. Il descend vers mon pantalon, essaye de défaire le bouton, je l’aide ensuite à faire descendre la fermeture éclair. Hier soir sous la douche j’avais rasé mes aisselles et mon pubis comme si cela allait de soi. Je sentis alors ses doigts sur ma chair nue. Mon t-shirt est maintenant par terre, mon soutien-gorge rose fuchsia est au fond du lit.
— J’ai toujours mon t-shirt moi, lâche-t-il entre deux baisers.
— Ben qu’est ce que tu attends ? dis-je en rougissant.
— J’attendais exactement ce genre de remarque, répliqua-t-il avec un petit rictus sournois.
Je m’aperçois alors que je parle que si lui-même s’exprime, je me laisse guider dans cette danse des corps encore inconnue. Il m’appelle « ma belle » comme il doit sans doute toutes les appeler, pour ne pas se tromper à mon avis, cela me ramène vaguement à la réalité. On finit par enlever nos jeans en même temps. Il s’occupe de ma culotte et de son slip. Il me demande si j’ai un préservatif, je lui dis que non. Il cherche quelques secondes dans ta table de nuit, sûrement la même que tous les garçons de son âge. Il me propose de placer la protection mais je lui demande de le faire. Quand je comprends qu’il a fini, je l’arrête.
— Tu sais… j’ai déjà fait quelques trucs mais jamais l’amour.
Il me répond en chuchotant de ne pas me tracasser, que c’est agréable. Il glisse en moi en m’embrassant, ça fait mal. Il me demande si ça va, il y va doucement mais ça continue à tirer. Je lui réponds que ça va aller. J’ai lu des articles sur internet, je savais que ça allait faire mal mais j’ai aussi lu que ça ne faisait pas mal longtemps alors je fais la grimace un moment en silence. Au bout d’un court instant, je sens un plaisir inédit s’immiscer lentement. Je l’embrasse à nouveau pour lui faire comprendre que tout va bien. Je commence à avoir chaud mais lui aussi. Mon chignon se défait complètement mais je n’y apporte aucune importance. Je vois dans ses pupilles satisfaites qu’il a peut-être mis fin à une obsession, à une quête qui le tourmentait depuis un moment… Est-ce que Xana était vraiment totalement sorti de son corps ? Était-ce une manière pour lui de finir la traque qu’il avait commencé sur Lyoko ?
Quand tout s’arrête, mon cerveau n’a plus d’interrogations : on se retrouve nus l’un dans les bras de l’autre, collés par la sueur, offrant ainsi l’effet d’un magnifique tableau ciré. Je sens d’un coup la fatigue m’envahir. Légèrement dans les vapes, les yeux encore fermés, nos corps toujours rapprochés, je suis parcouru d’une frayeur.
— Nous deux, c’était juste comme ça ou tu aimerais plus ?
Question classique, clichée, et je m’en veux même de la poser.
— Je ne sais pas, murmura-t-il, songeur. Et toi ? Tu as aimé ?
— Oui j’ai aimé… Mais je ne sais pas si je suis prête à aimer quelqu’un. Je ne connais pas vraiment toutes ces émotions que Ulrich a essayé de me décrire quand il parlait de Yumi.
William fait la grimace. Ce n’était probablement pas le bon instant pour mentionner ces deux prénoms…
— Tu sais, Aelita, on n’est pas vraiment obligé d’aimer pour faire l’amour, rétorqua-t-il comme pour changer de sujet. Moi je pense que l’amour ça prend plus de temps, le sexe c’est plus intuitif.
— Intuitif…
— C’est comme une pulsion tu vois ?
— Oui, je vois.
En fait, je ne voyais pas. On se rhabille à moitié et il se lève pour ramener la bouteille d’eau de son bureau à son lit. La fatigue s’accentue et il me laisse son lit pour aller dormir dans la chambre d’à-côté. Si ses parents nous trouvent tous les deux ici, demain le ton changera et je ne pourrai plus venir. Je soulève la couette, quitte le matelas chaud qui fut le réceptacle de nos fluides mélangés. En allant à la toilette, je découvre quelques gouttes de sang dans ma culotte... C'est donc ça, devenir une femme ?
Avant la réponse proprement dite, quelques petits faits insolites sur la fic, les scènes coupées (plus ou moins wtf/stylées), c'est ici !
Spoiler
Scènes coupées :
-Le cauchemar du 13 a été raccourci parce que j'étais encore parti en couille (oui, vraiment une scène X).
-Odd aurait pu être torturé via un scanner plutôt que directement dans une tour.
-Miséricorde : Agnès et Sissi ont échappé à une mort tragique aux mains des spectres de Xanadu ! De façon générale, la fin a été scénarisée après la rédaction du chapitre 11, d’ailleurs.
-On voulait une scène où Ulrich menace Odd dans leur chambre pour bien souligner l’ambiance toxique mais on a pas eu l’occasion…
-Odd n’était pas supposé se brouiller autant avec Jeanne, on s’est laissés emportés dans le drama.
-Dans le chapitre 1, le flash-back sur le journal de voyage de Yumi aux Pays-Bas aurait dû être…un flash-back d’une bagarre à l’école primaire où Yumi prenait la défense de Jérémie.
-Dans le chapitre 2, Sissi aurait dû écouter une conversation entre Jérémie et Aelita la figurante, mais la scène a été virée au profit d’un focus sur Jeanne. Ce dernier a souffert de certains élagages de paragraphes, je cite : « Mec j’ai montré ça à un pote, il a rien pigé, je t’avais dit d’arrêter d’écrire sous substances illicites ptain » « Mais, le car de personnalités multiples dans l’esprit, telle une colonie de vacances !!! »
-Scène jamais faite : Ulrich et Jeanne en train de flirter lourdement dans les douches juste au moment où Odd débarque pour vomir dans l’évier.
-Le chapitre 5 aurait dû comporter une scène sur l’intégration de Clara à la bande mais faute d’idée originale et novatrice sur la question, on a préféré s’abstenir.
-Le chapitre 6 aurait dû voir apparaître un traditionnel sermon des parents d’Ulrich, lequel aurait réagi en mode rebelle avant de se casser au skate-park.
-Clara aurait dû passer un coup de fil à Sissi avant son retour à Kadic, pas lui expédier des photos d’elle.
-Odd aurait dû voir l’ombre de Ludwig dans son flash-forward du Noyau.
-On devait à la base davantage exploiter le fait que Jérémie ait peur de Kiwi.
Réponse Minho Bien le bonjour Zéphyr (ou devrais-je dire Vulturnus ?).
Te voilà de retour sur Oblitération, je ne dois pas te cacher que c’était gratifiant de recevoir un commentaire abordant pas mal de thématiques scénaristiques et stylistiques de l’œuvre. Sans plus traîner, passons à tes remarques.
Citation:
En fait, je comprends tout à fait les raisons qui t’ont poussé à écrire sous un autre pseudonyme, Minho, pour ne pas être « labellisé ». Mais d’un autre côté, tu joues régulièrement sur le fait qu’il existe un « style Minho », et t’en amuses, comme ici :
Citation:
Eh bien voilà... les masques tombent. Après huit mois et demi. Le corbeau triple de volume et se transforme en Blok. J’espère que vous vous rendez compte : ONZE chapitres sans la moindre mort, sans sexe, sans soirée adolescente qui dérape, sans drogue ni même alcool.
Du coup, n’y a-t-il pas un léger décalage entre ce que tu souhaiterais et ce que tu fais ? Personnellement, je pense qu’il y aurait eu bien plus d’intérêt à ce que tu postes cette fanfiction sous ton pseudonyme originel, ça aurait bien plus efficacement cassé cette labellisation à laquelle tu voulais échapper (en particulier pour la première dizaine de chapitres), et ça aurait illustré ta flexibilité stylistique. Cela étant, si ta volonté était que « Minho » reste à 100 % lui-même et que tu voulais garder le style « Sorrow » à part, c’est réussi.
Pour répondre très sincèrement, il était bien plus facile pour moi de retranscrire sous une autre plume l’ambiance bien particulière de GK. Quand je sais que j’écris sous le masque du corbeau, je me coupe du Blok qui est aussi un personnage selon moi, se basant sur un ethos, une posture qui n’est pas forcément 100% fidèle à mon caractère (surtout en comparaison avec ce que j’ai pu/peux faire dans d’autres lieux). La volonté de Sorrow, personnage binaire, c’était avant tout de créer une œuvre bouleversante toute en pudeur, en sensibilité et en justesse. Loin de ce que j’avais pu faire sur le forum jusque-là. Je me suis donc rangé derrière cette ligne de conduite, pour servir au mieux ce projet commun.
Citation:
La seule chose à y ajouter est qu’il est très appréciable que beaucoup d’éléments soient simplement suggérés sans que cela ne nuise à la lisibilité et compréhension générale. Mieux encore : ça renforce leur poids sur l’histoire et le lecteur.
Ravi que tu aies relevé cela. D’où la facilité encore du DC. Si nos plumes conjointes avaient été annoncés dès le prologue, il y a fort à parier que le lecteur se serait attendu à quelque chose de plus... démonstratif dans la manière d’aborder l’intrigue. Du trash, de l’explicite, des scènes chaotiques où Kadic aurait été ravagé de feu, de sang et de sperme. Bref, tout ce qu’on ne voulait pas faire cette fois-ci.
Citation:
J’ai vraiment apprécié le thème filé tout au cours de la fanfiction pour ce personnage : le secret. Yumi est un personnage qui garde les secrets, aussi bien les siens que ceux des autres. J’y vois là un total écho au fait que, dans le pilote, c’est elle qui prononce « Can you keep a secret ? ». Une vraie réussite selon moi, et c’est très agréable de voir ce personnage mis en avant (en valeur, ça se discute par contre).
Personnellement, je trouve que ça fait longtemps que Yumi n’a pas occupé le devant de la scène, c’est pour ça qu’elle est fort présente ici, au détriment du temps d’antenne de Stern par exemple mais on ne va pas trop le plaindre, lui qui squatte le forum plus souvent que la japonaise. Ta dernière phrase me fait personnellement très plaisir, Ishiyama est assez ambivalente et sans doute pas mal responsable de tout ce bordel finalement. N’était-ce pas la seule qui aurait pu stopper à temps la détermination dévastatrice de Belpois ?
Réponse Iko
Citation:
Autrement, pourquoi ce choix de se révéler à partir du chapitre 12 et ne pas avoir attendu le post-épilogue pour lever les masques ? Tant qu’à vouloir poster sans être jugé sur ses antécédents, autant jouer le jeu jusqu’au bout !
Le schéma de base, c’était Minho se dévoile à l’avant-dernier chapitre, moi au dernier, et passée la hype on clôt définitivement le truc avec l’épilogue. Tu me diras : le chapitre douze n’est pas l’avant-dernier…et de fait non, mais ça ne s’est décidé…qu’après. Tu vois, ce moment où on a posté et où Minho vient me voir et fait « Au fait euh, la fin j’pense qu’elle ferait un chapitre 13 trop long, faut encore couper » ? C’est une partie de l’explication XD
Citation:
Juste pour savoir si j’aurais eu la compétence de vous griller
Tu nous as bien assez fait peur le soir où tu as annoncé que tu avais checké l’IP de notre DC ! Heureusement que je t’avais vu venir et que j’étais armée de mon fidèle proxy…
Citation:
Par contre, pourquoi ce choix d’en faire l’aîné de la bande, excepté pour que Yumi et Jérémie aient le même âge ?
Eh bien, le pilote laissait au moins croire que Yumi et Jérémie étaient dans la même classe (« Allez dépêche-toi Jérémie, on va être en retard ! »). Après, pour la différence d’âge d’Ulrich, c’était juste pour étaler un peu plus les persos, histoire qu’ils soient pas tous collés dans la même classe.
Citation:
Je pense que cet aspect détestable de Jérémie contribue fortement au renforcement de l’empathie que l’on peut éprouver pour Odd, dans une grosse partie de l’histoire.
Je profite de ça pour réagir sur Jérémie et Odd plus largement. Franchement, moi je les aime beaucoup tous les deux, mais c’est mon ressenti d’auteur, forcément. Au départ, ils sont construits très en opposition et de fait, Odd est celui qui attire le plus la sympathie. Forcément, c’est celui qui se fait taper. Mais Jérémie a une histoire plus dramatique niveau familial, et de fait, son père l’a énormément influencé. Quelque part, on peut presque dire que c’est pas sa faute.
Par contre sur la fin, autant Jérémie reste très égal à lui-même, autant Odd se pourrit jusqu’à la moelle ! Les pires coups de pute à la fin (bah déjà la fin elle-même), ils sont pour lui ! Et l’épilogue optimiste, c’est le sien aussi, moyen de signifier que c’est celui qui a la conscience la plus tranquille, malgré ce qu’il a fait. Ironiquement d’ailleurs, toute la mise en scène dudit épilogue est faite pour relier Odd à Jérémie, hiver en tête. En tout cas, le Odd de la fin de la fiction est vraiment la pire crevure du tas, largement, de mon point de vue. Après, il n’est pas figé, et a toutes les possibilités d’évolutions ouvertes dans la suite de sa vie…
Citation:
je ne peux m’empêcher de m’interroger sur l’intérêt de lui consacrer un passage dans l’épilogue, ou plutôt à sa maman, là où Agnès Belpois n’a rien eu, alors qu’un peu plus directement impliquée dans le final (et que, à titre personnel, j’aurais trouvé un tel focus un peu plus intéressant au vu du contexte !). Remarque, je pense qu’il y aurait eu des chances que cela donne un rendu proche de celui de Loess.
C’est drôle que tu dises ça, parce que à la base…bon déjà à la base, l’épilogue c’était Yumi/Odd point barre. Ensuite Minho a suggéré de rajouter un peu de monde, et de fait, au casting, il y avait Agnès Belpois. Mais personnellement, Agnès Belpois ne m’inspire pas des masses (mon côté Ludwig j’imagine), et on trouvait que Clara apporterait une teinte cool dans l’épilogue, parce qu’on l’aime bien mine de rien. Donc bah j’ai écrit l’épilogue sur Clara et sa mère, Agnès était encore en ballotage mais on s’est dit que ça ferait redondant xD Comme quoi…
Insert Minho : Sur ce point, je voulais juste ajouter aussi que cela nous a semblé finalement plus judicieux de laisser Agnès justement dans ce fameux implicite que tu évoquais dans ton commentaire. On imagine assez bien à quel point cela doit être terrible de perdre le mari puis le fils, cela aurait été assez "attendu" de finir sur un focus de la mère Belpois en train de chialer devant un portrait de famille. Alors que s'attaquer aux parents Loess, c'était opter pour une alternative qui nous permettait d'aborder le même genre de souffrance, avec la particularité qu'eux ne savent absolument pas ce qu'il est advenu de leur fille (on reste néanmoins dans la thématique du deuil familial, avec la disparition de l'enfant prodige en plein centre de notre viseur).
Citation:
Et je pense que ce « plus loin » est symptomatique du fait que vous ayez rendu l’ensemble moins intimiste que ce que le pilote laissait dégager.
Bien vu. Je crois que tu as mis le doigt sur ce qui me dérangeait un tout petit peu dans l’ambiance de la fic, qui de fait, n’est pas tout à fait celle du pilote. Maintenant que tu le dis, oui, l’ouverture doit avoir joué. Mais, tu l’as dit aussi (tu fais chier hein ?), c’était compliqué d’écrire avec juste ce cercle restreint de personnages, donc on a un peu élargi. A titre personnel, je trouve que c’est beaucoup plus simple de développer des persos au travers de leurs interactions plutôt qu’en autarcie, donc forcément, l’utilisation des personnages secondaires s’imposait un peu.
Citation:
C’est également un choix intéressant de ne pas avoir fait lancer d’attaque terrestre à Xanadu trop souvent, ça aurait certainement été ennuyeux à gérer (et ça aurait encore rallongé le tout). D’autant plus que pour les attaques auxquelles ont a eu droit, bah on a eu pour notre argent, en particulier sur le final ! J’ai adoré le principe de brouillage de frontières entre monde réel et monde virtuel.
De fait, je pense que c’est assez établi, le virtuel me les brise Ce constat étant fait, j’allais pas m’en imposer outre mesure, surtout que c’était effectivement pas le but. Pour le principe du brouillage, j’avoue que c’est un gros point que j’avais aimé dans le pilote, le moment où l’usine tremble et laisse nettement sous-entendre que Xanadu est beaucoup plus proche et plus menaçant que Lyoko.
Citation:
Je suis un peu déçu de ne pas avoir eu un clin d’œil ou représentation hommage à l’ombre sous l’usine dans le texte, dans sa forme (même si on peut considérer le final comme tel).
Mec, tu sais que j’étais totalement passée à côté de cette partie de l’illustration ? J’ai honte, vu le temps que j’ai passé à éplucher ce PDF XD !
Citation:
Une ultime question avant de conclure : est-ce que dans le IFU (Ikorih Fanfictional Universe), l’épilogue du point de vue d’Odd peut être considérée comme un prélude à Joyeux Noël Odd ? Ce serait foutrement ironique après tout ça.
On peut y voir un clin d’œil, et de fait, c’est rigolo de conclure Oblitération sur une allusion à mon premier OS, j’avoue que je l’avais un chouïa en tête. Dans les univers toutefois, cela créerait beaucoup trop d’incohérences, puisque Joyeux Noël est relié à la série et que ces deux Odd n’ont donc pas du tout vécu les mêmes choses…
Mais bien vu !
Citation:
Il y a eu un véritable final, sans queue de poisson.
J’en reviens pas moi-même !!!
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