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  Sujet: [Fanfic] Oblitération [Terminée]  
Minho

Réponses: 36
Vus: 11781

MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mer 17 Oct 2018 22:02   Sujet: [Fanfic] Oblitération [Terminée]
Avant la réponse proprement dite, quelques petits faits insolites sur la fic, les scènes coupées (plus ou moins wtf/stylées), c'est ici !
Spoiler


Réponse Minho
Bien le bonjour Zéphyr (ou devrais-je dire Vulturnus ?).
Te voilà de retour sur Oblitération, je ne dois pas te cacher que c’était gratifiant de recevoir un commentaire abordant pas mal de thématiques scénaristiques et stylistiques de l’œuvre. Sans plus traîner, passons à tes remarques.

Citation:
En fait, je comprends tout à fait les raisons qui t’ont poussé à écrire sous un autre pseudonyme, Minho, pour ne pas être « labellisé ». Mais d’un autre côté, tu joues régulièrement sur le fait qu’il existe un « style Minho », et t’en amuses, comme ici :

Citation:
Eh bien voilà... les masques tombent. Après huit mois et demi. Le corbeau triple de volume et se transforme en Blok. J’espère que vous vous rendez compte : ONZE chapitres sans la moindre mort, sans sexe, sans soirée adolescente qui dérape, sans drogue ni même alcool.

Du coup, n’y a-t-il pas un léger décalage entre ce que tu souhaiterais et ce que tu fais ? Personnellement, je pense qu’il y aurait eu bien plus d’intérêt à ce que tu postes cette fanfiction sous ton pseudonyme originel, ça aurait bien plus efficacement cassé cette labellisation à laquelle tu voulais échapper (en particulier pour la première dizaine de chapitres), et ça aurait illustré ta flexibilité stylistique. Cela étant, si ta volonté était que « Minho » reste à 100 % lui-même et que tu voulais garder le style « Sorrow » à part, c’est réussi.


Pour répondre très sincèrement, il était bien plus facile pour moi de retranscrire sous une autre plume l’ambiance bien particulière de GK. Quand je sais que j’écris sous le masque du corbeau, je me coupe du Blok qui est aussi un personnage selon moi, se basant sur un ethos, une posture qui n’est pas forcément 100% fidèle à mon caractère (surtout en comparaison avec ce que j’ai pu/peux faire dans d’autres lieux). La volonté de Sorrow, personnage binaire, c’était avant tout de créer une œuvre bouleversante toute en pudeur, en sensibilité et en justesse. Loin de ce que j’avais pu faire sur le forum jusque-là. Je me suis donc rangé derrière cette ligne de conduite, pour servir au mieux ce projet commun.

Citation:
La seule chose à y ajouter est qu’il est très appréciable que beaucoup d’éléments soient simplement suggérés sans que cela ne nuise à la lisibilité et compréhension générale. Mieux encore : ça renforce leur poids sur l’histoire et le lecteur.


Ravi que tu aies relevé cela. D’où la facilité encore du DC. Si nos plumes conjointes avaient été annoncés dès le prologue, il y a fort à parier que le lecteur se serait attendu à quelque chose de plus... démonstratif dans la manière d’aborder l’intrigue. Du trash, de l’explicite, des scènes chaotiques où Kadic aurait été ravagé de feu, de sang et de sperme. Bref, tout ce qu’on ne voulait pas faire cette fois-ci.

Citation:
J’ai vraiment apprécié le thème filé tout au cours de la fanfiction pour ce personnage : le secret. Yumi est un personnage qui garde les secrets, aussi bien les siens que ceux des autres. J’y vois là un total écho au fait que, dans le pilote, c’est elle qui prononce « Can you keep a secret ? ». Une vraie réussite selon moi, et c’est très agréable de voir ce personnage mis en avant (en valeur, ça se discute par contre).


Personnellement, je trouve que ça fait longtemps que Yumi n’a pas occupé le devant de la scène, c’est pour ça qu’elle est fort présente ici, au détriment du temps d’antenne de Stern par exemple mais on ne va pas trop le plaindre, lui qui squatte le forum plus souvent que la japonaise. Ta dernière phrase me fait personnellement très plaisir, Ishiyama est assez ambivalente et sans doute pas mal responsable de tout ce bordel finalement. N’était-ce pas la seule qui aurait pu stopper à temps la détermination dévastatrice de Belpois ?


Réponse Iko
Citation:
Autrement, pourquoi ce choix de se révéler à partir du chapitre 12 et ne pas avoir attendu le post-épilogue pour lever les masques ? Tant qu’à vouloir poster sans être jugé sur ses antécédents, autant jouer le jeu jusqu’au bout !

Le schéma de base, c’était Minho se dévoile à l’avant-dernier chapitre, moi au dernier, et passée la hype on clôt définitivement le truc avec l’épilogue. Tu me diras : le chapitre douze n’est pas l’avant-dernier…et de fait non, mais ça ne s’est décidé…qu’après. Tu vois, ce moment où on a posté et où Minho vient me voir et fait « Au fait euh, la fin j’pense qu’elle ferait un chapitre 13 trop long, faut encore couper » ? C’est une partie de l’explication XD

Citation:
Juste pour savoir si j’aurais eu la compétence de vous griller

Tu nous as bien assez fait peur le soir où tu as annoncé que tu avais checké l’IP de notre DC ! Heureusement que je t’avais vu venir et que j’étais armée de mon fidèle proxy…

Citation:
Par contre, pourquoi ce choix d’en faire l’aîné de la bande, excepté pour que Yumi et Jérémie aient le même âge ?

Eh bien, le pilote laissait au moins croire que Yumi et Jérémie étaient dans la même classe (« Allez dépêche-toi Jérémie, on va être en retard ! »). Après, pour la différence d’âge d’Ulrich, c’était juste pour étaler un peu plus les persos, histoire qu’ils soient pas tous collés dans la même classe.

Citation:
Je pense que cet aspect détestable de Jérémie contribue fortement au renforcement de l’empathie que l’on peut éprouver pour Odd, dans une grosse partie de l’histoire.

Je profite de ça pour réagir sur Jérémie et Odd plus largement. Franchement, moi je les aime beaucoup tous les deux, mais c’est mon ressenti d’auteur, forcément. Au départ, ils sont construits très en opposition et de fait, Odd est celui qui attire le plus la sympathie. Forcément, c’est celui qui se fait taper. Mais Jérémie a une histoire plus dramatique niveau familial, et de fait, son père l’a énormément influencé. Quelque part, on peut presque dire que c’est pas sa faute.
Par contre sur la fin, autant Jérémie reste très égal à lui-même, autant Odd se pourrit jusqu’à la moelle ! Les pires coups de pute à la fin (bah déjà la fin elle-même), ils sont pour lui ! Et l’épilogue optimiste, c’est le sien aussi, moyen de signifier que c’est celui qui a la conscience la plus tranquille, malgré ce qu’il a fait. Ironiquement d’ailleurs, toute la mise en scène dudit épilogue est faite pour relier Odd à Jérémie, hiver en tête. En tout cas, le Odd de la fin de la fiction est vraiment la pire crevure du tas, largement, de mon point de vue. Après, il n’est pas figé, et a toutes les possibilités d’évolutions ouvertes dans la suite de sa vie…

Citation:
je ne peux m’empêcher de m’interroger sur l’intérêt de lui consacrer un passage dans l’épilogue, ou plutôt à sa maman, là où Agnès Belpois n’a rien eu, alors qu’un peu plus directement impliquée dans le final (et que, à titre personnel, j’aurais trouvé un tel focus un peu plus intéressant au vu du contexte !). Remarque, je pense qu’il y aurait eu des chances que cela donne un rendu proche de celui de Loess.

C’est drôle que tu dises ça, parce que à la base…bon déjà à la base, l’épilogue c’était Yumi/Odd point barre. Ensuite Minho a suggéré de rajouter un peu de monde, et de fait, au casting, il y avait Agnès Belpois. Mais personnellement, Agnès Belpois ne m’inspire pas des masses (mon côté Ludwig j’imagine), et on trouvait que Clara apporterait une teinte cool dans l’épilogue, parce qu’on l’aime bien mine de rien. Donc bah j’ai écrit l’épilogue sur Clara et sa mère, Agnès était encore en ballotage mais on s’est dit que ça ferait redondant xD Comme quoi…
Insert Minho : Sur ce point, je voulais juste ajouter aussi que cela nous a semblé finalement plus judicieux de laisser Agnès justement dans ce fameux implicite que tu évoquais dans ton commentaire. On imagine assez bien à quel point cela doit être terrible de perdre le mari puis le fils, cela aurait été assez "attendu" de finir sur un focus de la mère Belpois en train de chialer devant un portrait de famille. Alors que s'attaquer aux parents Loess, c'était opter pour une alternative qui nous permettait d'aborder le même genre de souffrance, avec la particularité qu'eux ne savent absolument pas ce qu'il est advenu de leur fille (on reste néanmoins dans la thématique du deuil familial, avec la disparition de l'enfant prodige en plein centre de notre viseur).

Citation:
Et je pense que ce « plus loin » est symptomatique du fait que vous ayez rendu l’ensemble moins intimiste que ce que le pilote laissait dégager.

Bien vu. Je crois que tu as mis le doigt sur ce qui me dérangeait un tout petit peu dans l’ambiance de la fic, qui de fait, n’est pas tout à fait celle du pilote. Maintenant que tu le dis, oui, l’ouverture doit avoir joué. Mais, tu l’as dit aussi (tu fais chier hein ?), c’était compliqué d’écrire avec juste ce cercle restreint de personnages, donc on a un peu élargi. A titre personnel, je trouve que c’est beaucoup plus simple de développer des persos au travers de leurs interactions plutôt qu’en autarcie, donc forcément, l’utilisation des personnages secondaires s’imposait un peu.

Citation:
C’est également un choix intéressant de ne pas avoir fait lancer d’attaque terrestre à Xanadu trop souvent, ça aurait certainement été ennuyeux à gérer (et ça aurait encore rallongé le tout). D’autant plus que pour les attaques auxquelles ont a eu droit, bah on a eu pour notre argent, en particulier sur le final ! J’ai adoré le principe de brouillage de frontières entre monde réel et monde virtuel.

De fait, je pense que c’est assez établi, le virtuel me les brise Mr. Green
Ce constat étant fait, j’allais pas m’en imposer outre mesure, surtout que c’était effectivement pas le but. Pour le principe du brouillage, j’avoue que c’est un gros point que j’avais aimé dans le pilote, le moment où l’usine tremble et laisse nettement sous-entendre que Xanadu est beaucoup plus proche et plus menaçant que Lyoko.

Citation:
Je suis un peu déçu de ne pas avoir eu un clin d’œil ou représentation hommage à l’ombre sous l’usine dans le texte, dans sa forme (même si on peut considérer le final comme tel).

Mec, tu sais que j’étais totalement passée à côté de cette partie de l’illustration ? J’ai honte, vu le temps que j’ai passé à éplucher ce PDF XD !
Citation:
Une ultime question avant de conclure : est-ce que dans le IFU (Ikorih Fanfictional Universe), l’épilogue du point de vue d’Odd peut être considérée comme un prélude à Joyeux Noël Odd ? Ce serait foutrement ironique après tout ça.

On peut y voir un clin d’œil, et de fait, c’est rigolo de conclure Oblitération sur une allusion à mon premier OS, j’avoue que je l’avais un chouïa en tête. Dans les univers toutefois, cela créerait beaucoup trop d’incohérences, puisque Joyeux Noël est relié à la série et que ces deux Odd n’ont donc pas du tout vécu les mêmes choses…
Mais bien vu !

Citation:
Il y a eu un véritable final, sans queue de poisson.

J’en reviens pas moi-même !!!
  Sujet: [Fanfic] Oblitération [Terminée]  
Minho

Réponses: 36
Vus: 11781

MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Lun 03 Sep 2018 16:31   Sujet: [Fanfic] Oblitération [Terminée]
Spoiler

Chapitre 13
Le Pouvoir du Mal


Aviators - Let There Be Fire

— Odd, Yumi, Ulrich, interpela Jérémie depuis la Terre. Je viens de virtualiser Clara. Vu l’instabilité de Xanadu, difficile de dire où elle arrivera, mais elle vient vous prêter main-forte.
Odd était assez surpris que Clara se soit montrée en de pareilles circonstances. Il aurait cru qu’elle chercherait à enfoncer le groupe qui l’avait trahie, mais peut-être qu’elle valait mieux que ça, et qu’elle était prête à les aider à sauver le monde. De toute manière, ce n’était pas le moment de cracher sur l’aide qui pouvait leur être apportée.
— Odd, Yumi, corrigez votre trajectoire vers l’Est, prévint encore le petit génie. Vous vous en sortez bien, accrochez-vous.
— T’inquiète pas Jérémie, répondit la japonaise avec un air concentré. On a la situation en main.
Lorsqu’une créature tenta de l’atteindre en surgissant devant elle, la combattante virtuelle ne prit même pas la peine de lancer son arme, préférant l’utiliser pour l’éventrer. Odd termina le travail de quelques flèches laser, et ils reprirent leur progression entre les arbres. Le félin aurait bien voulu tenter la méthode Clara et grimper dans les branches pour y progresser, mais il n’était pas certain que le feuillage soit un environnement extrêmement accueillant en ce moment.
Malgré la situation catastrophique, Odd estimait qu’ils avaient leurs chances. Ulrich était toujours là, alors il devait avoir atteint la tour depuis le temps. Quant à lui-même, son duo avec Yumi montrait une efficacité rarement atteinte, certainement du fait de ses récents progrès. Ensemble, ils pouvaient réussir à surpasser la fin tragique qui les aurait attendus. N’est-ce pas ?
— Odd, derrière toi ! prévint son équipière.
— Ha, je l’avais vu venir à des kilomètres ! répliqua le blondinet avec suffisance en atomisant l’ombre.
— Pas mal ! reconnut-elle avec un sourire. Mais reste vigilant, on ne sait jamais.

Ils continuaient à progresser, triomphant des embûches de Xanadu les unes après les autres. Finalement, Yumi s’exclama :
— Je vois la tour, là-bas !
— Il fout quoi Ulrich, il aurait déjà dû l’atteindre non ? s’inquiéta Odd.
— Quelques difficultés, répondit simplement Jérémie. Mais il est toujours dans la course. Attention, vous avez un client plus sérieux qui vous suit…
Le sol commençait effectivement à trembler. Odd vit un arbre tomber au loin, puis un deuxième. Il aurait volontiers pâli si Xanadu l’avait permis.
— Merde, on se bouge !
Ils avaient beau courir, le grondement ne faisait que se rapprocher. Le spectre allait les rattraper, et ce ne serait sans doute pas une bonne nouvelle. Ce constat fait, Odd s’exclama :
— Yumi, tu pars devant, je m’occupe de le retenir !
— T’es malade ? Tu n’arriveras pas à le battre tout seul !
— Sans doute pas, mais c’est pas ça l’objectif. Il faut qu’au moins l’un d’entre nous arrive à rejoindre Ulrich. Si je te donne le temps de fuir, il perdra ta trace et tu l’auras semé. C’est moi le moins bon du groupe, je sers aussi à ça. Allez, dépêche-toi ! conclut-il en pilant pour faire face à la chose qui les poursuivait.
— Tâche de t’en sortir alors ! lui cria-t-elle en disparaissant entre les arbres.
Odd ferma les yeux et inspira un grand coup, s’efforçant de calmer sa peur et son orgueil qui se disputaient férocement le monopole de son état d’esprit. Il avait fait du chemin depuis le début de cette aventure. Il pouvait arriver à dompter les deux.
La créature qui arriva sur lui quelques minutes plus tard ressemblait à un gigantesque mastodonte quadrupède. Munie de sabots, le monstre était également plein de crocs et devait bien mesurer ses trois mètres de haut. Souplement, le félin esquiva un coup de pied qui lui était très nettement destiné, et escalada l’arbre le plus proche à l’aide de ses griffes. S’il parvenait à se laisser tomber sur son dos, alors peut-être…
Le spectre frappa dans le tronc. Des éclats de bois volèrent, et un craquement sinistre se fit entendre. Odd grimpa encore plus vite, mais le deuxième coup fit s’écrouler son perchoir. Il parvint à se rattraper au flanc de la créature, qui rugit et s’ébroua pour le faire valser. Il tint bon, mais la peau (fourrure ?) de la chose se métamorphosa, tentant de l’agripper avec des appendices peu ragoutants. Sa stratégie se retournait contre lui. Il mitrailla ses flèches laser pour se dégager, et y parvint. La conséquence logique fut son retour brutal à même le sol, et son squelette virtuel protesta. Ce fut juste avant de recevoir un coup de sabot dans la figure et de valser en une volée de pixels.


http://zupimages.net/up/17/45/jgll.png


Ulrich était véritablement paralysé sur place. Il n’avait jamais imaginé qu’on puisse ressentir une terreur pareille sans en mourir. Depuis qu’il avait eu connaissance de ce Supercalculateur de malheur, il avait souffert, c’était certain. Des créatures cauchemardesques peuplaient les lieux, des plaines sinistres, quand ce n’était pas des marais atrocement ravagés. Mais là, au détour d’une cavité, il s’était retrouvé face à une effroyable difformité. Il sprintait vers la tour et avait eu la très mauvaise idée de passer par les tranchées intérieures des montagnes pour aller plus vite. Malheureusement, à l’intérieur même de la roche, Jérémie ne pouvait le guider car les nombreux sentiers n’étaient point représentés sur son écran. Le chemin qu’il avait choisi d’emprunter était un aller simple pour l’Enfer. Il avait foncé droit vers le garde du corps personnel de Ludwig qui l’avait aussitôt attaqué… et il ne devait son salut qu’à une immense panthère qui avait surgi de nulle part pour vaincre la créature à coups de crocs et de griffes.

Le combat avait beau être terminé depuis quelques instants, Stern ne parvenait pas à reprendre le contrôle de ses émotions face à la vision effroyable de cet être dantesque. Le monstre qui gisait sur le flanc, plié en deux dans une mare d’un fluide jaune verdâtre d’une viscosité de goudron, mesurait près de neuf pieds, et la panthère avait arraché tous ses vêtements et une partie de la peau. Il n’était pas tout à fait mort, et se convulsait en silence, par à-coups tandis que sa poitrine se soulevait, étonnamment accordée aux cris déments des engoulevents d’ombres qui attendaient leurs proies en dehors des sentiers rocheux.
Il serait banal et inexact de dire qu’aucune plume humaine ne saurait le décrire, mais on peut avancer avec raison que pour se le représenter avec quelque vérité il ne faut pas associer trop étroitement les notions d’aspect et de contour avec les formes vivantes ordinaires de cette planète et avec les trois dimensions connues. Il était partiellement humain sans aucun doute, avec ses mains et sa tête d’homme, et sa face de bouc sans menton. Mais le torse et le bas du corps relevaient d’une tératologie fabuleuse au point que seuls d’amples vêtements avaient pu lui permettre de se déplacer sans être interpellé ou supprimé par les ombres. Au-dessus de la taille il était semi-anthropomorphe, bien que sa poitrine, que la panthère attentive tenait toujours sous ses griffes, fût recouverte d’un cuir réticulé comme celui d’un crocodile ou d’un alligator. Le dos bigarré de jaune et de noir évoquait vaguement la peau squameuse de certains serpents.

Au-dessous de la ceinture c’était bien pire ; car toute ressemblance humaine cessait, et commençait la totale fantasmagorie. Il était couvert d’une épaisse et rude fourrure noire, et de l’abdomen pendaient mollement vingt longs tentacules gris verdâtre munis de ventouses rouges. Ils étaient bizarrement disposés selon les symétries de quelque géométrie cosmique inconnue de la terre ou du système solaire. À chacune des extrémités, profondément enfoncé dans une sorte d’orbite rose munie de cils, s’ouvrait ce qui semblait un œil rudimentaire ; en guise de queue, une espèce de trompe ou d’antenne marquée d’anneaux violets et qui selon certains indices devait être l’ébauche d’une bouche ou une gorge. Les membres, à part leur fourrure noire, ressemblaient grossièrement aux pattes de derrière des sauriens géants de la terre préhistorique ; ils se terminaient en bourrelets nervurés d’arêtes qui n’étaient ni sabots ni pattes.
Quand la créature respirait, sa queue et ses tentacules changeaient de couleur au même rythme, comme par un phénomène circulatoire normal, dans la branche non humaine de son ascendance. Ceci s’observait dans les tentacules par un assombrissement de la teinte verdâtre, tandis que dans la queue un aspect jaunâtre alternait avec un blanc grisâtre malsain entre les anneaux violets. Il n’y avait pas de sang à proprement parler ; rien que la fétide humeur jaune verdâtre qui suintait et formait dès lors une flaque visqueuse, laissant derrière elle une étrange décoloration. Science sans conscience ne peut être que ruine de l’âme, et il aurait mieux valu pour tout le monde qu’une telle horreur n’existe jamais.

— Willow, murmura Jérémie à travers son micro. Il était donc toujours vivant… après toutes ces années.
— Tu peux m’expliquer c’est quoi cette abomination Jérémie ?
— La fierté de mon père… il était censé être le gardien de ce monde, un être magnifique.
— Mais putain soit ton père était bon à enfermer soit c’était l’Einstein de ce siècle ! Jusqu’à quel point pouvait-il représenter quelque chose qui n’existe pas dans notre réalité ?
— Malheureusement Ulrich, il n’y a pas que les paysages qui ont muté lors de la chute de Xanadu… Lui aussi, Willow, en a subi les frais. Il se cachait, malgré son apparence actuelle… ce n’est pas un monstre, il était de notre côté je pense. La preuve, il ne vous a jamais attaqués. Qu’est-ce que tu as fait Clara ?
Ulrich constata alors avec grande surprise que le félin qui était venu lui prêter main forte n’était autre que… son ex, qu’il avait pris pour une panthère de premier abord. Il faut dire que la jeune fille n’arborait pas grand-chose d’humain dans l’obscurité de la grotte.
— J’ai simplement défendu ton meilleur combattant, répliqua Loess. Enfin, après moi bien sûr !
— Mais comment as-tu pu arriver jusqu’ici aussi vite ? s’énerva Stern.
— Jérémie maîtrise de moins en moins le processus de virtualisation, le Supercalculateur déconne… faut croire qu’il voulait que je sois déposé près de toi ! L’occasion de se battre ensemble comme au bon vieux temps, ça ne te réjouit pas plus que ça ?
— J’ai pas besoin de ton aide, grogna le samouraï, tu peux retourner d’où tu viens Clara.
— Arrêtez de… attention, quelque chose se dirige vers vous ! hurla Jérémie. Ils sont plusieurs, sortez de là au plus vite !

Ulrich enclencha son supersprint et, après quelques détours, arriva à flanc de montagne plutôt rapidement. Clara le rejoignit assez vite et constata, comme lui, qu’ils venaient d’arriver à moins de vingt mètres de la tour. Mais Xanadu avait encore évolué. D’enfer naturel crasseux, c’était maintenant passé à une sorte de cour pavée à peine éclairée par de faibles lampadaires.
— Comment est-ce possible ? murmura Jérémie. Xanadu ne peut pas se transformer à ce point, c’est impossible… à moins que…
— C’est une zone que nous n’avons pas encore explorée, une partie cachée du monde virtuel, affirma Ulrich. Je crois qu’on ne pouvait y accéder qu’en traversant cette putain de montagne de l’intérieur.
— Objectivement, et vu la map qui vient de se débloquer, le territoire a l’air bien plus élaboré que tout ce que nous avons vu jusqu’à présent… c’est peut-être là que se trouve… Enfin ne nous emballons pas, la bonne nouvelle c’est que vous avez semé vos poursuivants.
Jérémie n’avait pas terminé sa phrase précédente. Il n’en avait pas besoin. Tout le monde avait compris.
— Jérémie… il y a un halo de couleur autour de cette tour.
— Quelle teinte ?
— Bleu marine. Tout est en train de se fissurer autour de nous.
Un silence de mort plana quelques instants. Et puis, la sentence tomba.
— Ce n’est pas celle qui était sur ma carte… On dirait bien qu’il y a deux tours instables. Urich, rentre dans la tour bleue et essaie de régler tout ce bordel. Clara, monte la garde à l’extérieur en attendant Yumi et quand tu la vois dis-lui de s’occuper de l’autre tour, ma communication avec elle a été rompue. Je vais laisser Odd aux commandes… il faut que je voie ce halo de mes propres yeux.


http://zupimages.net/up/17/45/jgll.png


Yuka Kitamura - Epilogue (Dark Souls III)

Odd se releva. La tête lui tournait un peu, comme si on venait de lui assener un violent coup. Ses doigts frêles passèrent sur son visage, l’explorant comme s’ils ne l’avaient jamais connu, craignant une mutilation immonde. Il avait beau savoir que les blessures de Xanadu ne subsistaient pas, il y avait toujours le précédent de Clara, et puis, le monde virtuel semblait si proche du leur désormais…
Là. Juste là, ça faisait mal. Sa pommette n’était pas mouillée de larmes, pour changer, mais de sang. Il se remémora les images qu’il avait volées à l’aide de son don, il se remémora Clara et sa balafre ensanglantée. Ainsi, il avait si bien pris sa place que cela ? Non, ce n’était qu’un énorme hématome violacé…

Subitement, la fine pellicule sanguinolente qui recouvrait ses doigts s’envola en une nuée de pixels rouges. Ils disparurent par une des fenêtres, là-haut, baignés dans la lumière d’un rayon de soleil. Le soleil, cette douce pluie qui dorait le métal du laboratoire. Il ne se serait pas attendu à voir ça, parce que c’était beau, et qu’il s’attendait à ne trouver que la désolation et la mort. L’usine était même…plutôt calme. Est-ce que même la fin du monde pouvait être belle ? Ou bien était-il déjà au paradis, libéré de tous ses tourments, et béatifié pour sa clairvoyance au sujet du Supercalculateur ?
Cette première impression lui fut ôtée par la vue d’ombres qui flottaient dans la salle. Elles étaient complètement léthargiques, errant avec la lenteur des âmes en peine. Comme si elles ne savaient plus où aller une fois sorties de Xanadu. Peut-être que d’habitude, seuls les spectres les plus agressifs sortaient, et que les autres n’avaient aucune idée de comment agir sur Terre ? A les observer, Odd ressentit subitement une profonde tristesse, une grande douleur, dont il ne comprenait plus l’origine. Qui étaient ces pauvres choses égarées ? Quels étaient ces êtres en détresse, abandonnés, embarqués dans une histoire qui ne les concernait pas ? Il contempla encore leur errance, pris de l’envie insensée de leur tendre la main, avant de se ressaisir. Il allait finir comme Jeanne s’il empruntait ce chemin. Une idiote prête à tendre la main à toutes les choses brisées qu’elle rencontrait, et qui…
Oh. Il eut l’intuition d’avoir compris.

Les mains dans les poches, il descendit lentement les escaliers, comme si ce n’était pas la fin du monde, comme si tout se passait bien, malgré la multitude de sentiments qui le traversaient à la vue de ce triste tableau. Il suivit du regard une des volutes sombres qui hantaient l’usine, aussi déboussolées que lui l’avait été la première fois, et ne prit pas la peine de s’en écarter, sachant qu’il n’avait rien à craindre d’elle.
Sans s’annoncer, Odd passa la tête dans l’antre de Jérémie, et le trouva appuyé sur sa console, les mains à plat, les lunettes basses sur le nez, sa raie effacée par ses propres cheveux. Il paraissait si vieux. Etait-ce à ça que Ludwig Belpois avait ressemblé en son temps ? Ce spectre pâle et diaphane, qui risquait de tomber en poussière si on l’effleurait ? Odd percevait tous les tourments d’adulte de Jérémie, peut-être pour la première fois. Jérémie avait cessé d’être un enfant. Être un adulte, c’était se tourner à la recherche d’une grande personne pour régler le problème, et découvrir avec effroi qu’il n’y en avait pas.
— Où est Jeanne ? fit Odd, surpris de ne pas la voir.
— Elle a réussi à raccompagner ma mère chez elle. J’imagine qu’elles sont hors de danger, lâcha Jérémie d’un ton morne.
Un silence.
— C’est la merde, n’est-ce pas ? s’enquit Odd, d’un ton qui ne charriait aucun reproche, aucune hostilité. Presque de la compassion, en fait.
C’eut été simple de se moquer de lui. De crier à quel point Odd avait eu raison de dire que Xanadu était dangereux et qu’il fallait s’en éloigner à tout prix. Mais est-ce que ça aurait vraiment changé quelque chose ? Est-ce que ça aurait sauvé le monde, de s’en prendre à leur chef en panique ? La gifle que Yumi lui avait administrée tout à l’heure avait peut-être fait plus de chemin que prévu dans son esprit.
— Oui.

Juste ce tout petit mot, à la mesure des espérances qui subsistaient. Jérémie n’était plus que lassitude et désespoir. Le génie ajouta, chaque mot semblant tomber de ses lèvres comme du plomb :
— Tu sais Odd, je ne me suis jamais senti aussi impuissant, sauf un jour, qui ressemblait beaucoup à celui-là. Un jour qui aurait dû être routinier. Je me souviens que le soleil brillait exactement comme aujourd’hui. Il était tellement beau, et moi j’étais tellement fier de rester enfermé sans aller le voir… J’assistais mon père lors de sa virtualisation, il est entré dans une tour pour vérifier je ne sais plus quoi, et puis…plus rien. Pas un adieu, aucun signe avant-coureur, il avait juste disparu. Et je ne pouvais rien faire pour le retrouver. C’était lui le génie, pas moi. Comment je pouvais espérer réussir là où il avait échoué ? Aujourd’hui encore, la situation échappe à mon contrôle, et les conséquences risquent d’être bien plus graves. Tu sais, quand j’étais gosse, je rêvais de rentrer dans l’histoire. Je me voyais avec mon Prix Nobel de physique, être le prochain Einstein. Newton, Schrödinger, Turing, Dirac, Belpois. Mais si le monde meurt maintenant, l’histoire ne sera pas écrite.
— Nous n’avons pas encore perdu, Jérémie. L’histoire ne s’arrête pas aujourd’hui, répondit tranquillement Odd.
Le blondinet était impressionné par la façon dont son homologue avait choisi de se confier à lui. Il ne s’y serait pas attendu, mais la situation n’avait rien d’habituel. Belpois, lui qui avait été le moteur acharné et plein d’espoir de la recherche de son père, était désormais brisé.
— C’est ce que Yumi croit aussi. Je ne lui ai pas dit que tu avais été dévirtualisé. Je ne lui ai pas dit qu’Ulrich n’arriverait sûrement pas à maintenir le lien avec la tour. Je ne veux pas qu’elle comprenne que je l’ai fait se battre pour rien.

Odd avait la sensation que Jérémie portait désormais tout le poids du monde sur ses épaules. Mais c’était faux : il en portait le double. Un rire sinistre échappa à Jérémie, qui paraissait conscient de cette réalité :
— Mon père doit tellement avoir honte de moi. Je n’ai rien su accomplir, et je ne l’ai même pas retrouvé. Sa création va ravager le monde, et je ne peux rien faire pour l’arrêter. Il a activé une tour bon sang ! Tu sais ce que ça signifie ? Il ne veut pas qu’on réussisse. Et contre ça, on ne peut rien y faire. Il est bien plus malin que nous. Et puis au fond, c’est ça Xanadu… un monde à l’image d’un esprit qui se dégrade et qui se situe dans la plus grande des confusions. Son œuvre est à la fois un ressassement artistique ainsi que le tombeau de ses illusions perdues. Je voulais à tout prix le retrouver… mais il n’a jamais voulu qu’on vienne à son secours, j’aurais dû le comprendre depuis longtemps. Par mon obstination, nous sommes tous condamnés.
L’espace d’un instant, Odd se figura la destruction du monde. L’Apocalypse, dont ils auraient été les quatre cavaliers. La fin de Kadic, des collégiens infâmes qui s’abreuvaient du désespoir des autres, la fin des guerres qui enflammaient le monde, la fin de la pourriture de l’âme humaine, la fin des souffrances pour tous, la flamme purificatrice qu’on laisserait brûler.
Et au-delà, il vit ses souvenirs heureux. Le jour où il avait réussi à faire approcher ce lapin sauvage de la carotte, le jour de Noël où il avait reçu Kiwi, le jour où il avait eu le droit de rester seul à la maison pour la première fois, le jour où il avait appris à faire du snowboard. Et alors qu’il énumérait, il vit la perspective jaillir face à lui.
— Tu sais quoi ? Il y a quelque chose que je rêvais de faire depuis longtemps.

Sans lui laisser le temps de mieux réfléchir, Odd attrapa Jérémie par l’épaule et lui mit une droite. Incrédule, Belpois passa une main sur sa lèvre éclatée, et fixa le visage du blondinet qui ne trahissait qu’un sourire qui tenait à la fois de la satisfaction et du profond désespoir. Un nouveau souvenir heureux dans cette Apocalypse naissante.
— Reprends-toi, ordonna Odd. Je ne t’ai pas mis cette baffe juste pour me venger de tout ce que tu m’as fait subir. Le monde est menacé de destruction, et tu es l’une des dernières personnes à pouvoir y faire quelque chose. Oui, ton père aurait honte de te voir abandonner. Oui, Yumi croit encore qu’on peut s’en sortir, elle compte sur toi. Et tu sais…ça me ferait bien chier d’avoir été ton souffre-douleur tout ça pour que tes efforts ne mènent nulle part. Prouve-moi que tu avais raison, Jérémie, dans tout le mal que tu as causé. Prouve-moi que tu peux vraiment sauver le monde et retrouver ton père, ou alors c’est moi qui aurait gagné. J’aurais prouvé que le Supercalculateur aurait dû rester éteint, parce qu’il met le monde en péril. Mais je n’ai plus envie d’avoir raison, pas sur un tas de ruines. C’est trop tard désormais pour que ça m’apporte la moindre satisfaction. Alors Jérémie ? Tu acceptes enfin de perdre contre l’être insignifiant que je suis, moi qui suis si bête et si impulsif ?
Odd marqua une pause, et se remémora ses deux dernières visions. D’une part, le Noyau si débordant de vie et de lumière, d’autre part, cette tour subitement submergée par les ombres. Le point commun avait été à chaque fois une silhouette blonde. Peut-être qu’au moins une de ces prémonitions représentait leur futur. Pour autant, il n’eut pas envie d’en parler à Jérémie. Il se souvenait parfaitement de l’acharnement qu’il avait eu à tenter de lui arracher ces visions, à vouloir les exploiter pour son compte. Odd ne les lui livrerait pas en pâture maintenant. Il en retirait une satisfaction mesquine.
— Odd…tu es une anomalie, annonça tranquillement Jérémie, qui paraissait avoir gommé son accès de découragement. Tu craques quand on ne s’y attend pas, et quand on s’attend à ce que tu craques, tu es parfaitement serein et tu donnes des leçons. Je t’ai mené la vie dure, et tu m’encourages à aller jusqu’au bout de mes objectifs. Un coup tu es un gamin pleurnichard, un coup un vantard prêt à humilier les autres pour te faire une place dans le groupe, et maintenant tu te poses tranquillement et tu trouves les bons mots pour continuer à me faire avancer, moi qui t’ai fait tant de tort. Tu me rappelle tout le mal que j’ai fait, et tu me demandes d’aller au bout ? Je ne te comprends pas. Comment peux-tu passer par autant d’états d’esprit ? Tu as un dédoublement de personnalité ? s’enquit très sérieusement le génie, déconcerté.

Son vis-à-vis rit franchement, surpris par l’idée. Son rire s’envola au milieu des spectres de Xanadu, parfaitement à sa place. Un fou rire d’enfant, dans un monde d’enfants. Car l’enfance recèle les pires cruautés au même titre que les meilleurs élans de bonté. Jérémie, lui, n’était capable ni de l’un ni de l’autre.
— Je ne suis pas une anomalie. Je ne suis pas schizophrène. Je suis un être humain. Tu ne comprendras peut-être jamais ce que ça signifie, et ce n’est pas le moment d’y réfléchir. Je crois que tu as quelque chose à accomplir, Jérémie, conclut Odd.
Jérémie poussa un soupir et s’avança vers la sortie de son terrier informatique. Il regarda les spectres perdus, conscient que le monde pouvait basculer dans peu de temps. Jérémie était un adulte. Il ne voyait que les problèmes et les complications, là où Odd s’était senti résonner en harmonie avec eux. Un lourd tremblement vint secouer l’usine, laissant entrevoir les paysages de Xanadu. Le fils de Ludwig faillit avoir les larmes aux yeux, de voir l’œuvre de son père si proche de lui. C’était la toute première fois qu’il la voyait ailleurs qu’à travers un écran…
Il tourna la tête vers Odd, et il lui sembla voir, de façon fantomatique, son accoutrement de chat. Il trouva cela ridicule.
— Tu comptes éteindre le Supercalculateur en mon absence, n’est-ce pas ? soupira Belpois, conscient que son adversaire aurait le champ libre.
— Je ne me permettrais pas. Je ne sais même pas comment on fait, fit Odd, sincère.
Sourire hautain de Jérémie. Heureusement, oui, qu’Odd ne savait pas comment on faisait. Davantage sûr de lui, le jeune génie gravit une à une les marches, montant vers les scanners. Il ne se retourna pas, oubliant déjà cet être si épineux, dont l’existence même l’avait si longtemps horripilé. Il avait, comme d’habitude, des choses plus importantes à faire, et désirait effacer cette main qu’Odd lui avait tendue.
La plateforme était baignée de cette lumière dorée qui chutait des fenêtres, leur donnant un aspect un peu magique. Il était temps qu’un adulte parte pour le Pays Imaginaire.


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Archive - Bullets

Ulrich cligna des yeux une fois, deux fois, rien n’y fit. Il ne voyait rien. La tour bleue s’était muée en terrible abysse de noirceur, un vide horrifique où il lui semblait que rien n’arrivait à survivre. Ou bien était-ce lui ? Xanadu l’avait-il rendu aveugle ? Pris de panique, il chercha à tâtons son sabre et le dégaina. La lueur bleue de la lame le rassura, jusqu’à ce qu’il voie au-delà. La tour n’était pas un abysse. Elle était vivante. Les parois, éteintes, ruisselaient de spectres qui ne paraissaient même pas l’avoir vu. Il resserra nerveusement les doigts sur le manche de son arme. Il regarda derrière lui, et s’écarta précipitamment de l’entrée. La même substance noire coulait droit vers les profondeurs de la tour. Une goutte chuta sur la lame pixellisée de son sabre, se désagrégeant en une volée d’étincelles à son contact.
Tout était silencieux. Il avança, n’entendit pas le bruit de ses pieds. Est-ce que la tour était morte ? Est-ce qu’elle allait refuser de le laisser se connecter ? Est-ce que leurs espoirs étaient déjà submergés dans cet océan de ténèbres ?
« Respire Ulrich, il n’y a pas de raison que ça ne marche pas »
Il y avait des milliers de raisons pour que cela ne marche pas. Mais les autres comptaient sur lui. A l’aveuglette, il chercha l’interface. Elle devait bien être là, quelque part. Elle devait être éteinte, elle aussi. Foutu hologramme, comment était-il supposé le trouver maintenant ?!

Après ce qui lui sembla une éternité de recherches, une faible lueur bleue vint faire écho à celle de son arme. Soulagé, il s’empressa de plaquer sa main dessus, avant de sentir la brûlure des spectres. Il se recula, la main parcourue d’étincelles, et réalisa que la substance noire avait dégouliné jusque sur l’écran. Fébrile, il enleva ce qu’il put avec son sabre, et se dépêcha de recommencer l’opération avant que l’interface ne soit de nouveau engloutie.
« Connexion à la tour initialisée »

Ulrich ferma la porte de la salle de bain à clef. Sa chambre n’avait pas de verrou : son père s’y opposait. Or, ils avaient besoin de ne pas être dérangés.
D’une manière ou d’une autre, nous saurons.
Il traînait, encore et toujours, avec sa voisine du même âge, qui n’était autre que Elisabeth Delmas. La rentrée était encore assez lointaine pour sembler irréelle, et les journées leur appartenaient. Depuis le début de l’été, ils s’étaient amusés à jouer au célèbre « Cap ou pas cap ? » instauré par une génération de gamins il y a des lustres de cela.
Aujourd’hui, ils affrontaient une de leurs plus grandes frayeurs. Un mythe. Qui pouvait s’avérer dangereux selon eux. Guillaume Stern, le tonton d’Ulrich qui trempait dans un tas d’affaires louches, avait disparu du jour au lendemain. Fuite volontaire d’un quotidien à risques ? Enlèvement ? Meurtre ? Accident ? Suicide ? Personne ne le savait. Pour justifier cette soudain absence, le cousin d’Ulrich s’était mis à raconter tout un tas d’histoires, mais une, particulièrement récurrente, avait hanté Stern durant toute son enfance. La légende de Bloody Mary, vierge sanglante à l’âme tortueuse, est simple et complexe à la fois. Lorsqu'on est dans une pièce sombre en pleine nuit, devant un miroir après réalisation d’un court rituel et que l'on prononce "Bloody Mary" treize fois de suite, un visage de femme ensanglanté fait son apparition dans le miroir pour parfois s'attaquer à ceux qui l'ont appelé.
Il existerait néanmoins plusieurs façons d’invoquer l’entité pour différents résultats, plus on répète son nom et plus c’est dangereux évidemment. A ce que l'on dit, la créature est vraiment effrayante : son visage est recouvert de sang et ses mains cherchent à vous cogner, étrangler, déchiqueter. Pour quelques croyants, cette femme ne veut que vous effrayer en bondissant de l'avant, vers vous. D'autres affirment que la Vierge sanglante vous attaque littéralement, vous laissant vous aussi en sang si vous ne réussissez pas à vous enfuir.
Cette légende a tellement été prise au sérieux qu'en 1978, aux États-Unis, la folkloriste Janet Langlois décida d'écrire un essai sur cette histoire… qui donnera par la suite naissance au film d’horreur Candyman, que Sissi avait déjà regardé en cachette avec ses copines.

Beaucoup pensent que Bloody Mary est la Vierge Marie en personne venue vous avertir de ne pas jouer avec son nom, ni le nom de son Fils, Jésus. D'autres racontent qu'elle serait une sorcière jadis brûlée vive par les habitants de son village pour sorcellerie et que quiconque invoque son nom en vain sera frappé par la malédiction par laquelle elle menaça ceux qui l'ont brûlée. Une minorité disent que c'est l'esprit d'une femme décédée avec son fils dans un accident d'auto quand la voiture s'enflamma, laissant sans vie la mère et le petit.
La dame de l’ombre décida alors de vivre à jamais dans les miroirs, pour se venger de ceux qui ont tué son enfant. Tant d'histoires, laquelle croire ?
Ulrich sortit le saladier de pierre du placard à serviettes où il l’avait caché tandis que Sissi sortait de son cartable les ingrédients du rituel. Un par un, elle plaça les objets dans le bol. Ils connaissaient tous deux le rituel. Nombreux étaient ceux qui en avaient entendu parler, même s’ils étaient rares à oser l’accomplir. Tout devait bien évidemment être déposé dans un ordre particulier. Il avait été aisé de trouver une plume noire dans la forêt, vu que les corbeaux y pullulaient. Pour la perle, ça avait été encore plus facile, son père lui avait justement offert un magnifique collier récemment. La boule de poils, qui constituait le troisième élément essentiel au rituel, avait été plus compliquée à dénicher. En effet, ni Ulrich ni elle n’avait d’animaux de compagnie. Et la règle précisait bien qu’il ne fallait prendre que des poils tombés naturellement, pas d’arrachage volontaire ! Ils avaient songé au chat des grands-parents Stern mais le petit matou tigré était un félin à poils courts qui ne laissait aucune trace sur son passage.

Finalement, Sissi avait bravachement été frapper à la porte de la vieille ferme qui se situait à l’orée du village de sa tante, ils avaient en effet plusieurs molosses qui gardaient le domaine pour certains et aiguillaient le bétail pour d’autres. Sissi leur avait exposé sa demande en prétextant un exposé pour la rentrée. Ils avaient accepté bien volontiers – personne ne se méfie d’une jolie jeune fille et puis Delmas était assez douée pour obtenir tout ce qu’elle voulait –, ce qui lui avait valu de repartir avec une touffe multicolore de la taille d’une balle de golf. Elle s’était en effet hautement dépassée pour racler les divans avec ses ongles pour en récupérer le plus possible, tout en pestant intérieurement contre l’odeur de l’endroit ! Ulrich écoutait toutes les explications de la belle brune d’une oreille plus ou moins attentive, jusqu’au moment où il la vit ouvrir une vieille boîte de pellicule photo et qu’elle la renversa au-dessus du bol. Une goutte translucide en tomba. Il savait pertinemment ce que c’était. Une larme. L’avant-dernier ingrédient. Bizarrement, pour celui-ci et contrairement aux autres, elle ne précisa pas du tout la provenance de la larme. Ulrich se demanda alors si la goutte de souffrance condensée venait véritablement de celle qui semblait tant sourire à la vie, ou si elle avait usé d’un stratagème pour l’extirper à quelqu’un (il n’était en effet pas précisé que la larme devait appartenir à un des sacrifiés). Les deux solutions lui semblaient difficiles à envisager, lui qui n’avait jamais vu pleurer Sissi et en même temps il s’imaginait mal une boîte de pellicule photo collée sous la pupille d’une autre personne.

Finalement, pour l’ultime « objet », Elisabeth pencha la tête sur le côté et se coupa une petite mèche de cheveux avec ses ciseaux à ongles, puis invita Ulrich à faire de même, mêlant ainsi châtain et teinte plus foncée. Une fois cela fait, Sissi afficha une mine satisfaite en constatant qu’Ulrich n’avait pas tremblé durent l’opération, lui qui était mort de trouille intérieurement mais qui faisait un minimum d’efforts pour ne pas le montrer.

— Et le sixième ingrédient, annonça fièrement Sissi en brandissant un briquet qu’elle activa aussitôt. Le feu.
— Tu es certaine que c’est une bonne idée de faire un feu à l’intérieur ? objecta-t-il dans l’espoir vain de dissuader sa camarade. Mais il n’obtint comme seule réponse un puissant regard agacé qui voulait clairement signifier : « Arrête de jouer les poules mouillées ! »

Légèrement énervé par cette réprimande muette – il était le garçon et elle se trouvait chez lui après tout ! –, il lui arracha le briquet des mains et approcha la flamme du bol. Les poils de chien prirent feu aussitôt, suivis par la plume, les cheveux et la perle (qui commençait doucement à fondre tel le vulgaire plastique qu’elle était en réalité). Sissi se mit à tousser.

— Bloody Mary, viens me chercher ! déclama-t-il en souriant comme si c’était une bonne blague.
Sissi répéta la phrase huit fois... un poil trop fort au goût de son partenaire.
— Tais-toi, murmura-t-il, je te rappelle qu’il y a des gens qui dorment... et que tu n’es pas censée être ici en plus. Ton père me tuerait s’il savait que je t’ai invitée à minuit chez moi. Allez, c’est préférable que tu retournes dans ton lit de toute façon.
— On en a pas fini ! protesta Sissi en contemplant son reflet d’un œil attentif. Faut le dire treize fois face au miroir avant que les flammes ne s’éteignent. Bloody Mary, allez, sors de ta planque !
— Sissi, ça suffit !
— Bloody Mary, tu ne me fais pas peur ! Quoi ?! rétorqua-t-elle face au regard noir de Stern. Ulrich, je veux te prouver que ce sont juste des racontars. Le mystérieux n’est que de l’inexploré, il n’y a aucun stress à avoir. Bloody Mary, on t’attend !
— Ce n’est pas la peine, je ne veux plus jamais entendre parler de cette légende débile !
Elle le regarda droit dans les yeux, avec ce léger sourire provocateur au coin des lèvres, puis prononça avec une lenteur délibérée :
— Bloody Mary, je ne crois pas en toi !

Ulrich cessa aussitôt de respirer. Quelque chose de terrible allait se passer. Il le sentait. Pire... il le savait. Une rafale secoua la fenêtre et agita furieusement les branches à l’extérieur. Il bondit sur ses pieds et regarda au-dehors, comme si ça pouvait lui permettre de voir arriver la catastrophe. Le chat de paille, déco de sa grand-mère, avait disparu, il n’était plus derrière la vitre. Les secondes s’écoulèrent les unes après les autres. Ulrich resta tendu, il ne pouvait s’empêcher de penser à son tonton.
Rien ne se passa.

— Tu vois ! minauda Sissi en se levant. Dans le bol, la flamme s’est déjà éteinte... je voulais juste te montrer qu’il n’y avait rien à craindre.
Ulrich expira lentement. Il ne put retenir un rire nerveux. Elle l’imita, et Stern comprit alors qu’elle était soulagée elle aussi.
— Tu y croyais ! lui reprocha-t-il. Malgré tout ton baratin, tu y croyais !
Elle arqua le sourcil droit et arbora un air narquois au possible.
— Juste un tout petit peu, ricana-t-elle, sans qu’il ne sache déterminer si elle se moquait encore de lui ou pas. Mais c’était drôle, non ?
Elle lui donna un coup de poing en riant.
— Je faisais juste semblant d’avoir peur pour t’effrayer, tenta Ulrich.
— Mytho mytho myth...
On frappa à la porte. Les deux enfants sursautèrent au son de la voix qu’ils reconnurent pourtant bien vite.
— Ulrich ? demanda sa mère. Tout va bien ?
En un clin d’œil, les complices se comprirent et Sissi se planqua dans le petit interstice qui séparait la commode et la cabine de douche, Ulrich eut juste le temps de placer l’imposante manne de linge devant sa compère avant d’aller ouvrir la porte d’un air faussement naturel.
Sa mère se tenait là, décoiffée, en robe de chambre. Ordinaire, ennuyeuse comme toujours, mais néanmoins rassurante. Sa présence avait brisé le charme. La sensation de terreur s’évanouissait lentement, comme à la fin d’un cauchemar.
— Avec qui parlais-tu ? demanda-t-elle d’un air soupçonneux.
— J’étais au téléphone en mode haut-parleur, mentit-il avec un faible sourire. Quelqu’un m’a appelé pendant que j’étais dans la salle de bain.
— A cette heure-ci ?
Il haussa les épaules d’un air innocent.
— Oui.
— T’as bien de la chance que ton père t’ait acheté ce portable pour te réprimander même à distance. Si ça n’avait tenu qu’à moi...
— Maman, on a déjà eu cette discussion cent fois. Est-ce qu’on peut passer à autre chose ?
Comme d’habitude, c’était un dialogue de sourds. Elle ne semblait même pas porter attention à ses réponses.
— Ça sent le brûlé, remarqua-t-elle en reniflant.
Il prit un air étonné, décidément tous ses talents d’improvisateur étaient mobilisés ce soir !
— Peut-être que quelqu’un a brûlé des feuilles dans le champ. La fenêtre est ouverte.
Elle était trop fatiguée pour insister. Ulrich lorgna sur le ventre arrondi de sa maman. Le petit être qui était là-dedans lui puisait toute son énergie… mais bon, il avait fait de même avant lui. Ou elle, puisque ses parents avaient décidé de conserver la surprise jusqu’à l’accouchement. De quoi mettre un peu d’imprévu dans leurs vies si rodées.
La matriarche bâilla. Ulrich remarqua alors à quel point elle avait l’air vieille, il ne s’en était jamais aperçu jusque-là.

— Excuse-moi de t’avoir réveillée.
— Ce n’est pas grave, assura-t-elle d’une voix douce. Pourquoi es-tu encore debout à cette heure-ci ?
— Je n’arrive pas à dormir.
— Tu veux que je te prépare quelque chose ? Une tasse de lait chaud pour t’aider à te détendre ?
Sa gentillesse lui brisa le cœur. Il se prit à souhaiter pouvoir tout lui raconter. Il aurait voulu lui parler du rituel, de la fille dans la salle de bains, lui dire qu’il n’allait pas faire une fugue comme elle le craignait quand le père plongeait dans ses colères terribles, l’assurer que rien qui n’arriverait n’était de sa faute, qu’elle avait fait de son mieux.
Mais elle n’aurait pas compris. Impulsivement, il la prit dans ses bras. Il ne la touchait plus depuis longtemps mais elle lui rendit son embrassade comme si c’était la chose la plus naturelle au monde.

— Je suis désolé maman, avoua-t-il, oubliant presque la présence de Sissi à quelques mètres de là. Je suis désolé de te causer autant de soucis. Tu aurais mérité mieux.
— Ulrich ! Ne dis pas des choses pareilles, je te l’interdis. Je suis très fière de toi. Et ton père aussi, même s’il ne le dit jamais… je sais qu’au fond de lui, il le pense. Qu’est-ce qui te prend ?
— Je ne sais pas…
— Tu sais, tu ne seras plus le seul enfant à la maison, c’est vrai. Mais cela ne veut pas dire qu’on t’aimera moins, bien au contraire.
— Je ne me sens pas très bien à vrai dire… c’est peut-être la fatigue, rien à voir avec Léo maman, c’est promis.
Elle écarta sa frange et toucha son front pour voir s’il était malade. Typique. Elle était pleine de bonnes intentions mais qui tombaient toujours à côté.
— Arrête de l’appeler Léo. Tu sais très bien qu’il y a une chance sur deux pour que ce soit une fille.
— Ce sera un garçon ou rien.
— Bon Ulrich, soupira-t-elle, autant par lassitude que par épuisement. Tu devrais essayer de dormir. Tu es certain de ne pas vouloir de lait chaud ?
— Non, c’est bon. Je vais aller me coucher.
— D’accord. Alors bonne nuit mon fils, fais de beaux rêves.
— Bonne nuit.
Il la suivit du regard tandis qu’elle rejoignait sa chambre qui se trouvait heureusement à l’étage supérieur, puis il retourna dans la salle de bains et ferma lentement la porte derrière lui.
— Au revoir maman, chuchota-t-il.

Il savait que sa vie serait prise ce soir, qu’il ne verrait pas le soleil se lever. Il avait compris. La même situation s’était produite chez son tonton. Là, c’était son fils qui avait débarqué à la fin du processus, qui l’avait surpris comme sa mère venait de le faire, et il avait tout raconté à Ulrich. Le miroir, le bol, l’odeur de fumée. Aucun doute à avoir, son tonton avait lui aussi accompli le rituel. Il fut surpris. Et Bloody Mary était arrivée plus tard. Dans le cas de Guillaume Stern, au cours de la nuit suivante. Et pour lui ? Quand viendrait-elle ?
Le rituel n’était qu’une requête. Une invitation. Bloody Mary viendrait quand elle en aurait envie. Cette nuit, ou demain. Peut-être même dans une semaine, ou jamais. Et si elle acceptait, si elle choisissait quelqu’un pour jouer à son horrible jeu, elle venait terroriser le pauvre bougre sans retenir son plaisir. La menace immédiate semblait s’être dissipée mais Stern ne s’y trompait pas. Il avait invité l’obscurité à venir s’emparer de lui. Ce n’était plus qu’une question de temps.
— Sissi ? demanda le petit garçon. Tu es encore là ?
— Où veux-tu que je sois d’autre ? s’agaça la brune.
Toutes les lumières s’éteignirent.

Chuchotements. Sueurs froides. Presque le noir complet. Heureusement, quoique, un rayon de lune pénétrait par la fenêtre, et murs et objets avaient pris une teinte fantomatique, blanc et bleu. Toute chaleur avait quitté la pièce. L’évier, la cabine de douche, les vêtements froissés baignaient dans la pénombre. Ulrich fourra les mains dans ses poches d’un air tout à coup crâneur, d’apparence bien moins impressionné que pendant le rituel.
— Alors là... le moment est bien choisi !
Mais son ton de plaisanterie n’était pas entièrement convaincant. S’il s’agissait d’une coïncidence, elle était un peu forte.
— On n’aurait peut-être pas dû faire ça en fin de compte, glapit Sissi.
— Du calme, murmura Ulrich d’une voix qui se voulait aussi rassurante que possible malgré le nœud qui se formait à l’estomac, ce sont juste les plombs qui ont sauté. Ce n’est pas la première fois !
Il demeura un instant indécis, puis comprit ce que le propriétaire des lieux était censé faire dans une situation de ce genre :
— Je vais descendre à la cave et rallumer.
Sissi secoua frénétiquement la tête.
— Très mauvaise idée. Elle vient quand on est seul.
— Qui ?
— Bloody Mary. Elle vient quand on est seul. C’est ce que tout le monde dit.
Il la regarda fixement. De façon assez (peu) prévisible, les rôles s’étaient inversés. Ce n’était pourtant pas le moment de flancher.
— Ce sont juste les plombs, répéta-t-il, refusant au mieux d’envisager une autre explication.
Elle se tut, chose rare mais faut croire que tout arrive en situation de crise, remarqua mentalement Stern.
Le petit garçon se dirigea vers la porte, saisit la poignée, hésita.

Ne sors pas. Reste là où tu es. En sécurité.

Non. Il ne pouvait décemment pas faire figure d’éternel poltron face à Elisabeth Delmas, il en avait déjà trop montré. En plus, ça faisait très longtemps qu’il n’avait plus peur du noir. En grandissant, il y a des hontes que l’on tapit à double tour au fond de soi. C’était clairement le moment de prouver qu’il n’était pas une « couille molle qui fait pipi au lit », contrairement à ce que son père lui répétait à longueur du temps. Il n’avait pourtant pas besoin de lumière quand il s’évadait dans les champs les nuits d’été pour contempler les étoiles, les lampes de poche très peu pour lui ! Malgré tout, ce n’était pas l’obscurité qui l’effrayait. Il avait plutôt l’impression d’avoir fait quelque chose de terrible... d’irréparable.
— J’en ai pour une minute.
Les phalanges des doigts de Sissi se contractèrent à un point encore jamais atteint jusque-là et la gamine ne put que retenir de toutes ses forces un sanglot d’angoisse. Néanmoins, elle savait qu’il fallait le laisser partir, il se débrouillerait mieux dans le noir lui qui connaît la maison, c’est lui l’homme merde et.... et puis surtout, elle ne voulait absolument pas mettre le moindre doigt de pied dans la cave. Ses pensées étaient aussi désordonnées que des oiseaux affolés, elle avait bien du mal à rassembler ses esprits. Il fallait qu’elle fixe un point dans l’espace, se concentrer sur un détail. La seule chose qu’elle réussissait plus ou moins à bien voir était son propre reflet. En effet, le rayon de lune éclairait le miroir selon un angle presque trop parfait, de manière à faire ressortir le pâle reflet de l’obscurité. Sissi avait néanmoins du mal à se reconnaître. Certes, son visage était toujours le même : un teint de poupée de porcelaine, une bouche parfaite, des traits fins et assurés, de lourds cheveux foncés légèrement ondulés rassemblés en deux couettes sous sa casquette rose. Mais c’était comme si ce visage ne lui appartenait pas. Comme s’il s’agissait d’un sosie imitant tous ses gestes de l’autre côté du miroir... Et le revoilà, le rictus digne d’un automate démoniaque, souriait-elle inconsciemment à son reflet ou... ? Cette pensée lui déplut. Elle tourna la tête.

Il y a des gens qu’il ne faudrait jamais voir, il faut les fuir, ils sont nocifs. Ils laissent comme un arrière-goût... encore le lendemain, on ne se sent pas bien. Comme après avoir vu un mauvais film ou entraperçu les pages d’un horrible bouquin. Une sensation comme celle de la langue pâteuse que laisse un mauvais repas... Leur contact est salissant, ces parasites ont tous quelque chose d’atrocement avilissant en commun. Son reflet était de ceux-là. Il lui rappelait qu’elle était cette petite princesse brune au ton naturellement hautain. Elle se détestait. Si ça ne tenait qu’à elle, si elle avait été seule dans cette maudite baraque, si seulement elle en avait un jour le courage... elle mettrait fin à la vie de son double maléfique. Égratigner ce monstre face au miroir jusqu’à ce que son visage ne soit plus qu’une bouillie de chair et de sang.

Sissi était à deux doigts de perdre sa maîtrise, de s’effondrer en larmes, d’avoir la pire crise de nerfs de sa courte vie. Mais elle ne pouvait pas se laisser aller. Pas elle, pas maintenant. C’est pas un spectre tout moisi qui allait réussir à faire peur à Elisabeth Delmas quand même ! Elle ferma les yeux et éloigna peu à peu cette image mentale terrifiante qu’elle se faisait de Bloody Mary. Elle essaya de la tourner en ridicule, l’imaginant dans des situations plus cocasses les unes que les autres... jusqu’au moment où elle entendit ce ploc ploc, comme des gouttes de sang qui s’échappent peu à peu d’un corps fraîchement assassiné.

La salle de bains donnait sur un palier qui dominait le salon. Ulrich avait refermé la porte derrière lui mais n’avait pas encore bougé d’un poil. Le silence l’enveloppait de son étreinte glaciale. Une petite lucarne dans le plafond lui montrait la lune, ponctuellement recouverte de nuages.
C’est juste un problème de fusibles. Il suffit d’aller rallumer le disjoncteur et tout ira bien.
Lentement, précautionneusement, il avança vers les escaliers en s’agrippant à la rampe. Une odeur étrange flottait dans l’air : aigre, métallique. Le ciel semblait gronder, peut-être un orage se préparait-il.
Dans le salon, quelque chose bougea. Il s’immobilisa. Tendit l’oreille. Une rafale siffla au-dessus du toit et secoua la lucarne. Puis, silence à nouveau dans le salon. Ça devait être son imagination. Il descendit les marches une par une, les yeux fixés sur la pièce du bas. Les meubles luisaient sous la lumière de la lune. Au-delà, il n’y avait que le noir, le vide. Il allait devoir traverser la pièce pour atteindre la cuisine et la porte de la cave. Le chemin lui parut soudain très long.
Allez, dépêche-toi, qu’on en finisse, s’incita-t-il. Il s’arma de courage et se précipita vers le bas des escaliers avant de pouvoir changer d’avis. Il entendit alors un léger cliquetis provenant du palier, le bruit de petites pattes griffues, comme celles d’un rat. Il leva les yeux juste à temps pour voir une silhouette de taille réduite passer en flèche en haut des escaliers. Son cœur bondit dans sa poitrine.
Qu’est-ce que c’est que ça ?!

Tout s’était passé trop vite pour qu’il ait la certitude d’avoir vu quelque chose. Ça aurait pu être un reflet, une ombre. Mais le bruit... Il était certain d’avoir entendu du bruit. Il songea à Sissi, toujours là-haut, dans la salle de bains. Que penserait-t-elle de lui s’il faisait demi-tour maintenant ?
Non. Il ne pouvait pas faire ça. Il avait beau avoir peur, il ne reviendrait pas en arrière. Il mit le pied sur la moquette étrangement humide du salon et traversa la pièce d’un pas aussi ferme que possible. Il savait que quelque chose allait lui sauter dessus d’un moment à l’autre. Il passa devant la télévision, devant le canapé, en direction de la cuisine. L’attaque pouvait venir de n’importe où...
Mais elle ne vint pas. Il atteignit la cuisine sain et sauf.
Cette pièce était longue et étroite, bordée d’un large plan de travail sur la droite. Tout au bout, une porte entrouverte conduisait à la buanderie. Après avoir vérifié que rien ne se trouvait en dessous du plan de travail, Ulrich se sentit un peu plus rassuré. Il n’y avait aucune cachette ici, aucun recoin obscur susceptible de dissimuler quelque chose.
C’est alors qu’il entendit le lent grincement d’une porte qui s’ouvrait, quelque part dans la maison. Cette fois-ci, il n’y avait pas de doute possible. Il était certain d’avoir bien entendu. Il s’aperçut que sa respiration était entrecoupée et qu’il tremblait. Le goût métallique dans sa bouche s’était accentué. Il avait l’impression que l’air était chargé d’électricité et que tout allait exploser d’ici peu.
Sissi ! Ce ne pouvait être qu’elle ? Elle avait dû s’ennuyer, ou prendre peur, et sortir de la salle de bains. Pourtant, le bruit venait d’en bas...
La lumière. Il fallait absolument qu’il rallume la lumière. Il ne pouvait plus supporter cette pénombre. Il traversa rapidement la cuisine et pénétra dans la buanderie. Celle-ci contenait toutes sortes de choses : des boîtes de clous, des tubes, de vieux outils appartenant à son père. La machine à laver, à demi pleine, jouxtait la porte donnant sur la cave. La clef était sur la serrure. Le disjoncteur se trouvait tout de suite à l’intérieur. Il n’aurait qu’à tendre le bras, sans avoir à descendre l’escalier dans le noir complet.
Ses yeux se posèrent sur une lampe de poche. La lampe de son père, égarée parmi ses outils sur une étagère. Toujours dans la buanderie, il s’empara vivement de l’objet qui allait pouvoir le sauver, cette lampe de poche si peu utilisée en temps normal. Il appuya avec une certaine anxiété sur le bouton d’activation. De la lumière, enfin ! Une lumière électrique, froide, qui faisait finalement barrage à cette obscurité dévorante. Stern promena le faisceau tout autour de lui pour s’assurer qu’il était bien seul, puis tendit la main vers la clef de la porte. Un long vagissement s’éleva de l’autre côté.
Le sang d’Ulrich se figea dans ses veines. Il demeura paralysé, la main sur la clef. Il y avait quelque chose dans la cave. Quelque chose qui se mit à gratter la porte.
Crr, crr.
Ulrich fit un pas en arrière, horrifié.
— C’était une blague, murmura-t-il. Je ne veux pas que tu m’emmènes. C’était juste pour rire.
Un coup sur le palier à l’étage. Le raclement cessa, et de l’autre côté de la porte s’éleva un cri à faire pitié. Soudain, Stern comprit ce qu’était ce bruit et fut saisi d’un rire nerveux. S’il n’avait pas été aussi effrayé, il aurait deviné tout de suite.
Un chat ! Il y avait un putain de chat prisonnier dans la cave. Ulrich tendit la main et tourna la clef. Le long miaulement se prolongea, s’intensifia et se transforma en un atroce rire rauque. L’enfant poussa un cri et bondit en arrière tandis que la porte s’ouvrait lentement. Sa lampe illumina l’entrebâillement et, pendant une fraction de seconde, il distingua une créature pleine de cornes, d’os, de crocs.
Une lueur vive l’éblouit, et il se mit à hurler. La porte s’ouvrit en grand... mais il n’y avait rien derrière. Il resta immobile, les yeux fixés sur la cave. Aucun monstre ne l’y attendait. Juste des marches, des ténèbres, une odeur de renfermé.
— Ulrich, c’est toi ? On a une panne de cour...
Madame Stern n’acheva pas sa phrase. Elle venait de dégringoler dans les escaliers en colimaçon. En un instant, Ulrich venait de rater à tout jamais la possibilité d’être grand frère.
  Sujet: [Fanfic] Oblitération [Terminée]  
Minho

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Jeu 19 Juil 2018 10:39   Sujet: [Fanfic] Oblitération [Terminée]
Spoiler


Chapitre 12
Naufrage d’un monde


Ce fut avec un cri d’effort qu’Odd et Yumi parvinrent à ouvrir les portes du laboratoire. Quelque chose devait les avoir grippées. Un choc, un tremblement, ou un sabotage intentionnel ? Jérémie espérait que Xanadu n’avait pas les capacités d’aller jusque-là. Cela ne se voyait pas, mais il était anxieux. Il savait que le monde virtuel était de plus en plus instable, et cette attaque-ci lui paraissait particulièrement violente. Les risques étaient tout ce qu’il y a de plus tangible.
— Odd, Yumi, il va falloir plonger tout de suite. On n’a pas le temps d’attendre Ulrich, il ne devrait pas avoir trop de problèmes pour vous rejoindre de toute façon…
Les deux enfants du garage approuvèrent d’un bref hochement de tête. Les dissensions de l’équipe n’avaient plus lieu d’être en cet instant. Même Odd, qui aurait dû freiner des quatre fers et paniquer à l’idée de retourner sur Xanadu après ce qu’il avait enduré, se sentait déterminé à arrêter cette attaque. Il fallait stabiliser Xanadu, la survie de l’humanité en dépendait, et il n’y avait pas de place pour ses considérations personnelles. Il se sentait prêt à faire abstraction de l’enfer qu’il avait connu dans les entrailles de cuivre du Supercalculateur.
— Attendez, je suis là ! s’écria Ulrich alors que ses camarades commençaient à monter les escaliers.
Odd et Yumi ne purent s’empêcher de s’arrêter pour se retourner vers lui. Ils furent en cela plus rapide que Jérémie, qui terminait de planifier les paramètres de la virtualisation, et furent donc également plus rapide que lui pour s’exclamer :
— Qu’est-ce qu’elle fiche là, elle ?!

La synchronisation avait été remarquable, le ton parfaitement identique. Accusateur, scandalisé, et nettement hostile. Jeanne se tassa derrière son copain, mal à l’aise malgré sa niaque habituelle. En temps normal, elle se serait défendue, mais l’environnement ne lui était pas familier, et les circonstances encore moins. Difficile de faire preuve d’aplomb dans une situation que l’on était la seule à ne pas maîtriser. Heureusement pour elle, son chevalier servant avait prévu le coup.
— Vous vouliez que je fasse quoi, que je la laisse crever au milieu des spectres ? Ils sont en train de submerger l'école ! Elle nous balancera pas hein !
— Cela vaudrait mieux pour vous, en effet, répondit froidement Jérémie. Tu aurais pu nous consulter avant de prendre cette initiative, Ulrich.
Les nerfs à vif, Ulrich fonça jusqu’à Jérémie avec sa vitesse surhumaine, et le saisit par le col, les yeux dans les yeux.
— J’allais pas te passer un coup de fil en pleine attaque et livrer la vie de ma copine à ton bon vouloir, parce que t’aurais jamais accepté qu’elle vienne. Maintenant au moins, c’est fait.

Jeanne cligna des yeux, ébahie par la démonstration qu’Ulrich venait involontairement de faire de ses pouvoirs. Jérémie saisit son expression du coin de l’œil, échangea un regard avec Yumi, qui était prête à intervenir. Un signe de tête imperceptible plus tard, Ulrich fut projeté à plusieurs mètres du blondinet. L’atterrissage fut rude, et bien que Jeanne ne comprenne plus rien à cette histoire de fou, elle s’empressa de s’agenouiller à ses côtés pour voir comment il allait.
— Ulrich. Tu agis n’importe comment. Tu es en train de te laisser déborder par tes émotions, fit froidement Jérémie. Il te suffisait d’éloigner Jeanne de la zone du Supercalculateur, elle aurait été tout autant en sécurité, voire plus. Maintenant tu es en train de lui balancer un à un tous nos secrets, alors que ça fait des semaines qu’on s’efforce de l’en tenir éloignée. Alors que même Odd a fait des efforts incroyables pour ne rien lui révéler. Je pensais que tu avais un peu plus de discernement que ça.
— Ce n’est pas entièrement de sa faute, Jérémie. Après tout, Ulrich a-t-il été vraiment capable d’utiliser sa tête une seule fois ?

Quand Jeanne vit ce petit sourire mesquin sur les lèvres d’Odd, cette jubilation au fond de son regard, elle fut horrifiée. La victime d’hier, celui qui avait été mis à bout par tous les mauvais traitements de Jérémie, venait de se ranger avec une aisance déconcertante dans le camp des tortionnaires maintenant qu’il y avait quelqu’un d’autre à humilier. Debout dans l’escalier, au-dessus même de Yumi qui avait esquissé un mouvement vers Jérémie, il était à des années-lumière de la petite chose frêle qui avait failli perdre la boule. Il paraissait subitement plus large d’épaules, plus intimidant, et cette expression de mépris sur son visage trahissait une malveillance que Jeanne n’avait absolument pas vue venir. Odd avait été possessif, perdu, timide, à bout de nerfs, jaloux, mais ce qu’elle voyait là était le symptôme d’un mal bien plus grave : la nature humaine.

Elle était ici dans son incarnation la plus sordide : l’enfance. Loin des fers de la société, dans ses jeux, l’enfant peut être très imaginatif, mais aussi très cruel. Et qu’étaient-ils, sinon des enfants dans leur monde imaginaire ?
— Toi, siffla-t-elle d’une voix débordante de rage. Toi, espèce de misérable petit…
Son regard sauta de Odd à Jérémie, ne sachant lequel elle avait le plus envie de frapper à cet instant.
— Jérémie, on n’a pas de temps à perdre avec cette pauvre fille. Il faut qu’on plonge, lança Odd, avec un coup d’œil inquiet vers le plafond de l’usine.
— J’entends. Ulrich, debout. Avant de faire davantage de dégâts, va donc te rendre utile. Quand cette attaque sera finie… tu pourras retourner à une vie normale.
Ulrich, qui se remettait lourdement debout, se figea en plein geste, la gorge subitement nouée.
— Attends… quoi ?!
— Tu as bien entendu. Je n’aurai plus besoin de tes services, et tu seras donc exclu de nos activités. Odd a largement le potentiel pour te remplacer, de toute façon, répondit Jérémie en se dirigeant calmement vers son pupitre.

Quelque chose en Ulrich se brisa. « Une vie normale » n’était pas synonyme de quelque chose d’heureux. Il allait de nouveau prendre le système scolaire dans la figure, sans la moindre échappatoire. Il n’aurait plus l’orgueil de ses capacités surnaturelles pour se protéger des regards méprisants de ses parents. Il redeviendrait un cancre ordinaire, trop bête pour briller autrement qu’un ballon de foot au pied.
— Non Jérémie, attends ! Ne me fais pas ça ! s’étrangla l’adolescent. S’il te plaît ! Je ferai tout ce que tu voudras, je peux même arrêter de voir Jeanne, mais…
Choc. Jeanne sentit sa respiration se bloquer, incapable de croire ce qui venait d’être dit. Ulrich sembla réaliser son lapsus, et s’interrompit également.
— Eh Jeanne, t’as entendu ça ? Alors, c’était la peine de balancer notre amitié aux orties pour ce mec ? rit Odd du haut des escaliers qu’il avait finalement atteint.
La gifle qu’il reçut ne vint pas de Jeanne. Yumi le considérait d’un regard brûlant de fureur.
— Arrête de te donner en spectacle et rentre dans ce scanner. Tu ne fais qu’empirer les choses.
Elle crut voir un liquide noir suinter entre deux plaques du sol. Prise de panique, elle poussa Odd dans le scanner, mais n’entra pas encore dans le sien.

— Ulrich, dépêche-toi de venir, on a plus le temps ! On verra ça plus tard, on a le monde à sauver bordel ! explosa la japonaise, désespérée de voir ses camarades se déchirer en de telles circonstances.
Evitant le regard de sa petite amie, Ulrich Stern rejoignit le sommet des marches en un clin d’œil, et entra dans le scanner sans se retourner, honteux. Yumi croisa le regard de Jérémie, qui hocha simplement la tête. Elle rejoignit elle aussi l’embarcadère pour Xanadu. L’intellectuel termina le chemin vers son pupitre, perdant ainsi de vue les scanners, et entra la procédure de virtualisation.
Quand il termina, l’image de la caméra de surveillance du pont lui glaça le sang.
Une inspiration, une expiration. Il devait gérer ceci au plus vite. Il rajusta ses lunettes, et fit volte-face vers Jeanne.
— Ecoute. Je sais qu’on est pas en bons termes, mais je dois te demander quelque chose.
— Tu peux toujours crever, hoqueta Jeanne, en larmes. Tout est de ta faute. Tu pourris tout ce que tu touches. Odd, Ulrich, sûrement Yumi aussi… Je ne sais pas ce que tu fais de si important dans cet endroit, je ne sais pas ce que sont ces ombres noires, mais je refuse de t’aider. C’est sûrement de ta faute aussi, de toute façon.
— Le monde en dépend, Jeanne, insista Jérémie. Ces ombres noires peuvent tuer des gens. Il n’y a que nous à pouvoir les arrêter, mais pour cela, il faut que personne ne nous dérange. Et donc, j’ai besoin de ton aide.
Elle se mordit la lèvre. Ça avait l’air vraiment sérieux. Les autres avaient mis leurs différends de côté pour affronter cette menace surnaturelle, alors ne pouvait-elle pas faire de même, elle qui se prétendait meilleure qu’eux ?
— Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?


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Two Steps From Hell - Unforgiven

Xanadu était capable de changement. Ses explorateurs quotidiens l’ignoraient : ils n’avaient jamais connu que cette terre morne et triste. Seuls les Belpois avaient entraperçu sa gloire passée, et ils auraient été les seuls à ne pas être surpris du terrible vent de destruction qui soufflait sur ces paysages ardents aujourd’hui.
Au loin, le volcan s’était mis à cracher des cendres et des braises en souffrance partout dans le ciel. L’éclairage se faisait tout en noir et sang, des bourrasques apocalyptiques secouaient les feuilles des arbres. Les plus folles d’entre elles avaient attrapé une étincelle au vol, et s’étaient amusées à la partager et à la répandre, mais la flamme avait échappé à leur futile jeu pour venir dévorer la forêt. L’eau si claire du ruisseau était devenue noire, comme si elle n’était plus faite que de ces ombres hostiles qui peuplaient Xanadu.
— Mon Dieu, murmura Yumi. C’est…
— Pas le temps pour ça ! Il faut qu’on atteigne une tour pour endiguer le flot de spectres ! s’exclama Odd, pointant avec un air horrifié le ciel.

A première vue, il était uniquement noirci par la poussière. Mais quand on y regardait de plus près, avec des yeux de chat par exemple, une immonde masse tourbillonnante y avait élu domicile. Elle paraissait venir de chaque point de l’horizon, et se déverser par une plaie béante qui séparait le virtuel du réel. Ils devaient empêcher ça. C’était leur mission.
— Je pars devant, annonça Ulrich, le visage tendu. C’est moi le plus rapide. J’ai une chance d’atteindre la tour avant que ça ne soit trop catastrophique.
Personne n’était dupe : la situation était déjà catastrophique. Pour autant, il n’aurait servi à rien de retenir Ulrich. Il connaissait les risques, et c’était effectivement lui le mieux placé pour atteindre la tour à temps. Il disparut dans un éclair lumineux. Odd et Yumi, sans se concerter, suivirent d’instinct la piste fugace de cette étoile filante, tous les sens en alerte. Bien sûr, Ulrich les sema très vite, mais ils connaissaient le terrain à force, et ils n’avaient pas peur de s’égarer.
Sans même regarder, Odd abattit une ombre qui rôdait hors des buissons sur leur gauche. Yumi décapita un spectre volant d’un éventail bien placé, mais il ne fit que se diviser en deux en poussant un hurlement horrible.

— Génial, grogna la japonaise, on avait bien besoin de ça…
— On reste en mouvement ! commanda Odd. Si on n’est plus là quand leurs renforts arrivent, on ne risquera rien !
— Oh, moi qui avais prévu de faire du camping ! répliqua Yumi avec humour.
Ils bondirent au-dessus d’un tronc en flammes, bizarrement assortis. Le rouge du kimono de Yumi paraissait bien plus sinistre avec l’éclairage de l’incendie. Une branche manqua de s’effondrer sur eux, mais ils esquivèrent sans se poser de question. Quel que soit le substitut virtuel de l’adrénaline qui les boostait, il faisait bien son travail.
Une arme de Yumi décrivit une courbe gracieuse pour abattre une espèce de monstre difforme qui en avait après Odd. Ce dernier exécuta un saut qui l’amena derrière son équipière, lui ouvrant toutes les lignes de tir qu’on pouvait rêver sur la créature qui les menaçait depuis cette direction. Ils échangèrent un rapide regard approbateur pour se féliciter de leur travail d’équipe si efficace, et détalèrent.
Leur course au milieu de l’enfer se poursuivait, sans qu’ils aient de nouvelles de Jérémie ou d’Ulrich. Yumi ne pouvait s’empêcher de se demander s’il était arrivé quelque chose au génie, ou s’il était juste occupé avec…avec quoi pouvait-il bien être occupé ? Qu’est-ce qui pouvait être plus crucial que leurs vies et le monde ?!

Odd, de son côté, cligna des yeux. Cet arbre, il aurait juré que c’était un amas de tuyaux. Il secoua la tête. Ce n’était pas possible. Il devait rester alerte, sinon ils étaient cuits. Sans mauvaise blague.
— Par là ! indiqua Yumi, pointant le cours du ruisseau qui était revenu flâner auprès d’eux. Il faut qu’on traverse !
— T’es sûre de toi ? Est-ce que t’as vu la gueule de l’eau ? s’étrangla Odd, toujours sans cesser de courir à côté d’elle.
— Tu préfères courir à travers la forêt et faire un énorme détour ? répliqua la jeune fille. Manœuvre tremplin-toupie, maintenant !
Il dévia vers le cours d’eau, plongea tête la première pour atterrir en poirier, le nez à quelques centimètres de la substance noire visqueuse qui s’écoulait. Dès qu’il sentit le poids de Yumi sur ses pieds, il détendit les jambes, aidant sa camarade à se propulser jusqu’à l’autre rive. Elle se réceptionna parfaitement, et il eut à peine le temps de se remettre debout qu’elle le catapultait sans grand ménagement jusqu’à elle.
— Wow, ça me rappelle des souvenirs ! rit-il, pensant à cette fois où elle l’avait jeté par-dessus une crevasse qu’il n’osait pas sauter.
— La soirée diapo c’est pas pour…
Elle se figea. Le fleuve noirci et visqueux s’était changé en lourds câbles caoutchouteux qui disparaissaient dans les méandres du sol en métal. Plus un arbre, plus une flamme à l’horizon. Elle leva les yeux, et vit Jérémie debout face à Clara. L’usine, les escaliers vers les scanners, tout était là…comment ?

Elle cligna des yeux et tout disparut. Elle s’empressa de tourner la tête vers Odd, qui était aussi choqué qu’elle.
— Tu…tu as vu ça ?
— Qu’est-ce que ça veut dire ? bafouilla Odd, qui n’avait jamais fait face à un tel phénomène. C’était pas un de mes flashs, on est d’accord ? Tu les as vus aussi ?!
— Je crois que ça veut dire qu’on doit se dépêcher.


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IAMX - Kiss and Swallow

Quand elle sortit sur le pont, Jeanne n’avait aucune idée de ce qu’elle allait dire. Elle maudissait Jérémie Belpois, se maudissait d’avoir accepté, et maudissait déjà cette usine dont elle ne savait rien.
La situation était absurde : elle allait négocier avec des inconnus pour le compte de son pire ennemi. Dans la famille pauvre gourde, je demande Jeanne Crohin !

Nombreux sont ceux qui reproduisent les gestes dont ils ont oublié le sens, jusqu’au jour où le sang devient l’encre de la connaissance, cet instant punitif où l'expérience s'ancre définitivement dans la chair. Aujourd’hui, elle réitérait ce geste, ce simple fait d’aider les autres qui lui avait tant coûté. Pour avoir été trop gentille, on l’avait insultée, on l’avait traînée dans la boue, on lui avait attribué ce doux surnom de « la limace » à cause de sa transpiration particulièrement abondante lors des séances de Jim.
Alors, elle s’était reprise en main. Après la sixième, elle avait éliminé le problème de son poids, perdant kilo par kilo à l’aide de pilules dérobées et de footing intensif. A compter de ce jour, elle s’était jurée de ne plus jamais agir pour ses ennemis mais bien contre eux. En brisant son serment, elle ne pouvait qu’aller à la catastrophe.

Elle arriva en vue de sa cible, et du personnage inquiétant qui l’accompagnait. Le duo était assez atypique. D’un côté la mère de famille qui se voulait un peu fantaisiste et enjouée, pur produit de la société bourgeoise de gauche, et de l’autre…une adolescente rousse de leur âge, dont la longue chevelure flottait au vent, tout en dissimulant une partie de son visage. Il y avait dans son regard des ombres que Jeanne ne voulait pas voir de plus près, et malgré sa fascination maladive pour les cas désespérés, elle n’aurait jamais osé s’approcher de cet océan de noirceur.
La curiosité de Crohin envers les abysses emplies de désespoir et de volatilité mentale comportait quand même des limites. Même si Jérémie ne lui avait pas dit, elle aurait su qu’il s’agissait de Clara, celle qui avait signé cet étrange essai freudien sur la psychologie de Belpois junior…

— Qui es-tu ? s’enquit madame Belpois, d’un ton curieux. Tu sais où est Jérémie ?

Oui elle savait, mais elle ne pouvait pas le dire ! Elle paniqua face au regard de la mère en quête de son enfant, ne sachant absolument pas quoi répondre. « Oui mais il refuse de vous voir » ? « Non je ne sais pas où il est, Clara, va vite le rejoindre » ?
— Il…il a dit que c’était plus sûr pour vous de rester dehors, balbutia Jeanne. Il vous expliquera tout en temps voulu, mais il a besoin que vous fassiez ce qu’il dit pour l’instant…
N’ayant aucune idée des relations de Jérémie avec sa mère, elle ne pouvait imaginer à quel point elle était à côté de la plaque. Mais Agnès Belpois prit cela pour de la considération de la part de son enfant si froid d’ordinaire.
— Il est à l’intérieur ? Je m’en fiche si c’est dangereux, je veux y aller avec lui !

Clara retint un sourire satisfait en observant la scène. Comme elle l’avait prévu, il avait fallu que Jérémie détourne des ressources pour gérer le problème de sa mère. Il devait désormais être en sous-effectif. Quoique, cette fille ne faisait peut-être même pas partie de la bande…bah, peu importait. Elle avait réduit la marge de manœuvre de Belpois par la simple présence de la matriarche, et il était temps désormais de se présenter comme le messie. Ainsi passa-t-elle tranquillement de son pas félin à côté de Jeanne, sans manquer de lui adresser un regard torve avant de s’avancer vers l’usine. Crohin ne fit rien pour la stopper, ce qui confirma le sentiment de Clara : Jérémie avait besoin de toute l’aide disponible. Même si c’était la sienne.
Alors qu’elle s’apprêtait à s’engouffrer dans l’antre du malheur, cette usine qui lui avait tant coûté mais qui continuait à la fasciner, Clara jeta un ultime regard vers l’extérieur, dernier apport de luminosité naturelle avant un bout de temps, si tout se passait comme prévu. Ce qu’elle vit la rassura, elle se sentait dans son élément, de vide intersidéral. En effet, le ciel semblait absent, à sa place se tenait cet infini blanc, cette masse sans fin qui rappelait les plaines translucides de Xanadu.

Ciel et terre semblaient ne faire qu’un. Et c’est là qu’ils commencèrent à tomber, par dizaines puis par centaines, ces petits bouts de froid. Alors qu’ils descendaient en spirale vers eux, elle aperçut nettement ce fluide sombre qui s’élevait entre les deux filles restées sur le pont, fumée sinueuse, hésitante, palpable puis qui disparaissait, à nouveau les flocons étaient la priorité de son regard, puis la noirceur revenait, instantanément effacée par la pureté du ciel. Elle prenait vie, se renforçait, jusqu’à prendre la forme de son avatar virtuel. Son corps mutilé par les coups des ombres, mais néanmoins gracile, semblait fendre l’air. Comme la lame d’un couteau.
Soudain, l’avatar de Clara Loess quitte la glace de Xanadu, s’élève. Les fronces de sa robe, un justaucorps vert amande piqué de strass, ont à peine le temps de tournoyer. Comme figés. Pourquoi est-elle vêtue comme ça ? Tenue de l’ultime valse ? Un tour, deux tours, trois tours. Et encore un demi avant que les pattes griffues ne retombent sur le pont craquelé, empli de fissures zigzagant en son sein. Ce spectacle était inlassable.
Malgré la crainte enfouie, le traumatisme certain de sa blessure, elle ne pouvait s’empêcher de désirer cette jouissance qu’elle avait connue, ces instants marqués à jamais, dévolus au passé mais qui pouvaient redevenir présent.

« Ce que j’ai surtout remarqué, c’est que cette jeune fille a besoin de transgresser les règles. De traverser des choses violentes pour éprouver son propre corps et découvrir où se trouve son propre plaisir, même si cela la place dans des situations particulièrement inconfortables. »

En l’observant, cette frontière mêlée d’irréel et de concret qui se manifestait à nouveau devant elle, Clara Loess ne pouvait s’empêcher de repenser à ce qu’elle avait écrit, note griffonnée à la va vite sur son bureau, avant de partir pour cette mission suicide, dont elle avait peu de chances de revenir intacte.

De toutes les passions, celle qui est la plus inconnue à nous-mêmes, c’est la folie. Elle est la plus ardente et la plus maligne de toutes, quoique sa violence soit insensible et que les dommages qu’elles causent soient très cachés. Le repos dans la quête permanente de lucidité est un charme secret de l’âme qui suspend soudain les plus ardentes poursuites et les plus opiniâtres résolutions. Pour donner enfin la véritable idée de cette passion, il faut dire que la folie est comme une béatitude de l’âme, qui la console de toutes ses pertes et qui lui tient lieu de tous ses biens.
La maladie s’est réfugiée dans une région plus profonde de l’être, comme pour échapper au regard du médecin, et c’est à présent l’âme qui est atteinte.
Et puis, n’oublie pas maman, échapper à la question n’est pas la résoudre. Jamais.


Comme hypnotisée par le ballet dément qui se déroulait – ou non – devant elle, Clara dût se forcer à tourner les talons et, après avoir descendu le long du filin, entendit les éclats de voix de Jeanne qui s’efforçait de retenir Agnès par tous les moyens. Du coin de l’œil, elle remarqua la matière sombre qui commençait à suinter des murs, et accéléra le pas. Elle avait observé au cours du trajet que les spectres se dirigeaient bien plus fréquemment vers la mère de Jérémie que vers n’importe qui d’autre. Il ne faisait aucun doute que jamais elle ne parviendrait à mettre un pied dans l’usine.
Ça semblait clair, presque acté. Jamais Agnès Belpois ne saisirait ce qui avait à ce point soudé son mari et son fils.


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Daughter - Get Lucky (Daft Punk cover)

Une forêt d’odeurs. Des ours aux poils musqués, des lapins souterrains, des volatiles parfois trop tactiles, des limiers à peau flasque. Le parfum d’une fillette aux cheveux shampouinés. Des émanations de souris grillées (un nid de rongeurs a pris feu), des gobelets de citronnade contre une pièce polie et une hachette pour bosser (des rondins de bouleaux à débiter).
Dehors déjà, des effluves de graisse et de chèvrefeuille. Les taons s’attaquent à la chair tendre. Le siège en skaï sur lequel le petit a vomi sera remplacé. Le rétroviseur sera agrémenté d’un attrape-rêves. Il ne servira plus que de loin en loin. L’oubli va ronger la mémoire, gagner du terrain. Mais le visiteur ne peut néanmoins s’empêcher de songer à ces montagnes lointaines, son terreau tendre, ses travailleurs qui vivent en autarcie, amoureux de leurs chiens, à ses empreintes d’oiseaux qui criblent la boue.

Dans un savant mélange de fleurs et d’animaux, la serre zoologique de Vincennes c’est surtout une végétation luxuriante choisie en symbiose avec la faune appropriée. Une pensée de jeunesse du créateur Marc Thiels exécutée par l’âge mûr, preuve qu’il ne faut jamais lâcher ses rêves. Il faut savoir qu’un tel parc ne consiste pas bêtement à imiter la nature, mais à en assembler les ingrédients pour exprimer la plus haute idée du bonheur. Effectivement, si vous prenez une forêt primaire, pour le ‘non initié’, c’est un milieu éminemment hostile, sombre, inquiétant alors qu’au contraire, un jardin s’édifie, quels que soient ses codes culturels, dans la lumière et la sérénité. La serre zoologique de Vincennes procède de cette utopie en trois dimensions : zoologique, florale et humaine, ce dernier représentant l’apport du visiteur et du personnel.
Tout est parti de là, tout finira là, et voilà déjà une première réflexion : de multiples religions sont nées dans le désert, impliquant un aspect horizontal certain, notamment pour les bédouins qui le traversent de part en part. Alors qu’en forêt vierge, tout est un appel de verticalité, d’élévation, et le divin se rencontre dans le foisonnement, la multitude et la diversité. La serre zoologique de Vincennes réunit à la fois cette horizontalité et cette verticalité, les merveilles du monde sous des angles différents.

Tandis que la petite Yumi se baladait dans l’allée des toucans et s’apprêtait à tourner dans une direction qu’il lui restait encore à choisir entre l’avenue des acacias et le quartier des amphibiens, une certaine boule à l’estomac commençait à se manifester. La japonaise avait toujours considéré qu’il n’y avait rien de pire que de mentir à son entourage. Et elle s’en voulait de mentir à ses parents sur le prétendu goûter d’anniversaire chez une copine, elle s’en voulait de cacher à son meilleur ami qu’un proche lui avait donné rendez-vous, dans un endroit neutre, là où seules les oreilles des bestioles en cage sont attentives.

Une très jeune fille, onze ans à vue d’œil, d’origine étrangère de surcroît, qui gambade seule dans un endroit où la famille règne, ça ne passait évidemment pas inaperçu. Tous la regardaient, pourtant personne ne l’abordait pour lui demander si elle était égarée, beaucoup s’imaginant simplement qu’il s’agissait d’une mendiante qui aurait profité du grillage extérieur approximatif pour s’introduire dans leur lieu de détente favori.
Yumi ne pouvait déjà plus supporter ce mélange de réprobation et de condescendance qui s’exprimait dans les yeux de ceux qui la croisaient. Du coup, quand elle retrouva enfin Ludwig Belpois à l’ombre d’un peuplier remarquable, elle fut soulagée d’être enfin avec un adulte. On lui ficherait peut-être enfin la paix !

— Allons dans mon cabanon de campagne, il est à deux pas. Je t’ai donné rendez-vous ici car c’était plus simple pour se retrouver. Le cabanon, on ne peut y accéder que par un chemin de terre dissimulé, dans la partie privatisée du parc. Seuls des biologistes d’exception ont droit à un petit pied à terre. J’ai hérité du mien suite à la rencontre d’une collègue, celle qui m’a fait prendre conscience que la nature était exceptionnelle. Et que c’était un bien grand tort de vouloir la réduire aux seules limites du réel. Tu es prête à me suivre Yumi ?

Avait-elle vraiment le choix ? Elle savait que non. La fillette acquiesça donc. A l’aide d’un badge d’accès, d’une poignée de mains échangée et de quelque bonne volonté dans les jambes, ils arrivèrent à destination.

Et, aussi étonnant que cela puisse paraître, on se sent tout de suite bien dans le cabanon de Ludwig Belpois. D’abord grâce à la façon dont il accueille : sans effet de style, prêt à la rencontre. Il est là, avec ses bottines, son teint moins glacé que d’ordinaire et cette précieuse curiosité scientifique dans le regard. Pas la moindre teinte de supériorité en vue. Pour la première fois, Yumi se fit la réflexion que c’est en réalité si bon d’être salué d’égal à égal. Une cruche d’eau citronnée et deux verres emplis de mosaïques attendent le duo sur la petite table du modeste salon. Quel poème, ce cabanon ! Plein d’âme, tendu vers le ciel, fort sur ses bases, accroché à un jardin sauvage en plein cœur de la plus ravissante réserve naturelle du pays...

— On est tellement bien ici, murmura le quinquagénaire, que j’ai parfois peur qu’un type débarque et dise : "C’était pour rire, il faut la rendre maintenant !"

Aux alentours, il y a ce petit carré de bois que Ludwig dessouche pour y replanter les essences locales qui servaient à fabriquer le jus d’abricot, comme sur ces cartes d’Ancien Régime à l’aquarelle pâle commandées par Marie-Thérèse d’Autriche. Le père de famille cultive cette utopie de vivre un jour en autarcie, parce qu’il ne « croit plus du tout à la société civile et à l’économie occidentale. »
Affuté par la taille des arbres et le travail au jardin (quatre heures par jour quand il est en vacances et qu’il ne travaille pas sur son "grand projet"), il se recoiffe d’un geste avec cette grâce un peu rustre qui le rapproche d’un Depardieu, avec sa grosse veste de laine noire sur le dos et la main droite brûlée par une lointaine solution corrosive. A le voir là, il ressemblait plus à un bucheron bobo qu’à un éminent scientifique.

— Mh...
— Oui Yumi ?
— Jérémie m’a dit que vous aviez très tôt eu une sorte d’attirance pour... l’art et la beauté en général. Ça se remarque ici d’ailleurs, contrairement à votre maison qui est plus... froide. Je me demandais... pourquoi cet endroit est si beau, en comparaison à votre salle à manger par exemple ?
— Effectivement, répondit Ludwig de son ton neutre qui était de retour, j’aime les belles choses, celles qui sont utiles, pas la décoration de mauvais goût qu’essaie de m’imposer ma femme. C’est d’ailleurs pour ça que notre maison est vide. Pas parce que je dis non à tout bibelot, mais plutôt parce que nos goûts ne sont pas compatibles. Du coup, mieux vaut un vide de convenance qu’un arrangement hétéroclite.
— Je comprends, c’est plutôt malin, admit Yumi. Mais au fait, cet intérêt pour toutes ces belles choses, c’est venu d’où ?
— Ah ça... je ne venais pas du tout d’un milieu porté là-dessus. Mon père était douanier et ma mère faisait des ménages. Gamin, j’aimais dessiner, mais pas plus qu’un autre. En première année chez les pères, on a eu un cours d’esthétique. Parmi eux, il y avait le père Thierry, un prof d’histoire de l’art dont tout le monde se foutait, sauf moi. Grâce à lui, j’ai découvert la peinture et les biographies de peintres dans sa bibliothèque. Je voulais vivre leur vie, une vie sans horaire, une vie de bohème. Or, je vivais à l’opposé de ça, avec la messe tous les matins, les trop nombreuses leçons que j’étudiais toutes scrupuleusement à la bougie, jusqu’à en devenir myope. Aujourd’hui le monde a basculé mais dans les années 70 on était tous encore de culture catholique dans ma région. J’ai eu des pensées rebelles, mais je n’ai jamais agi dans ce sens.
Avec le recul, j’ai pris conscience que j’essayais à ce moment d’échapper mentalement à la froideur mécanique de mon père, j’avais peur de lui ressembler. Jérémie n’a jamais tenté de fuir sa vraie personnalité lui, du moins pas encore. De toute façon, on est tous comme ça dans la famille... je suppose que l’on ne peut jamais échapper à qui on est vraiment. Mais l’art m’a porté, c’est certain, plus que mes parents. Le simple fait de dessiner... ça a commencé par des personnages, mais j’ai vite compris que mon véritable plaisir résidait dans la création de paysages somptueux... au service du progrès, du futur.
— Alors la science et l’art ne sont pas incompatibles ?
— Pas du tout... la science est justement la plus belle forme d’art qui puisse exister. Et puis, tu sais, je mène un peu une vie d’artiste en fin de compte, ce qui prime c’est le doute. Avec des certitudes, on ne découvre rien. Il faut d’abord accepter de se tromper et le reconnaître pour aboutir à un résultat.

Dans son petit bureau aménagé, Ludwig montra à Yumi un duo d’objets qui lui tenaient particulièrement à cœur : un véritable silex d’il y a 30 000 ans et un morceau de goudron dans lequel une fourchette en plastique s’est encastrée.

— Je l’ai ramassé en rue alors que je revenais d’un mois dans les Pyrénées-Orientales à visiter des grottes à peintures rupestres, tellement émouvantes. Je me suis dit que cela représentait l’histoire de l’humanité : l’outil d’Homo sapiens sapiens – non ce n’est pas une erreur Yumi, cela regroupe toutes les populations humaines vivantes et toutes celles qui les ont précédées et qui leur étaient très similaires. Bien entendu, on peut aussi voir cela comme une tragique métaphore de notre capacité à gaspiller et à détruire.

Mais Ludwig n’est pas qu’amer, loin de là. Il revient à Yumi, lui montre un livre empli de calculs, s’intéresse à son totem attribué en classe pour le fun « Alaskan pile ou face », s’amuse qu’ils soient tous les deux Taureau.

— Ah zut, si j’avais su on aurait prévu de boire et de manger alors !

A vrai dire, l’humanité de Ludwig a nourri Yumi bien plus qu’un cinq-services. Ce qu’elle ne savait pas, à l’époque, c’est que Ludwig ne se montrait jamais chaleureux sans raison précise. Mais elle le comprit à l’instant où il prononça cette phrase :

— Autant être honnête, je vais avoir besoin de toi dans les mois qui viennent Yumi. Il est bon que tu le saches, dès à présent. Car une abomination est si vite arrivée. Une urgence aussi.
— Je ne comprends pas de quoi vous voulez parler... Pourquoi avez-vous besoin de moi ?
— Pour quelque chose de très important. Tu sais, un secret au fond a plus d’importance dans ce qu’il cache que dans ce qu’il révèle. Et je pense que tu comprendras très vite tout ce qui se dissimule derrière cette phrase bien énigmatique.



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Jérémie s’était assis à ses écrans, fixant résolument ce qui se passait sur Xanadu. La situation paraissait apocalyptique, malgré les aptitudes de Yumi et les progrès considérables d’Odd. Ils s’en sortaient, mais progressaient à peine. L’usine fut secouée par un petit séisme qui manqua de le faire chuter de sa chaise. L’intellectuel remonta nerveusement ses lunettes sur son nez, coula un regard à la caméra de surveillance qui lui retransmettait l’entrevue de Jeanne et de sa mère.

Satou Naoki - Madamada Yoyuu! (Assassination Classroom)

Un bruit de pas lui parvint. Il ne sut pas vraiment s’il devait s’en réjouir ou s’en mortifier. Il se leva néanmoins, se retournant vers la nouvelle arrivante.
Les cheveux roux de Clara avaient poussé, lui arrivant maintenant au milieu du dos, et lui conférant cette assurance insolente dans le maintien. Elle avait grandi. Tout son visage était exposé à la lumière du jour, y compris la partie qu’elle dissimulait d’ordinaire sous ses mèches. Les cicatrices hideuses laissées par Xanadu goûtaient à l’air de l’usine pour la seconde fois, et l’aspect monstrueux qu’elles donnaient à leur porteuse fit froid dans le dos à Jérémie. Avait-il commis une erreur ?
Elle lui jeta un sourire éclatant.

— Hey Jérémie ! Ça faisait une paye ! Comment tu vas ?
Il était le seul à qui elle n’ait jamais osé trouver de surnom ridicule. Lui garda son expression glaciale et hautaine.
— Tu t’es servie de ma mère.
— Allez, c’est de bonne guerre, tu t’es servi de moi pendant des mois ! Je me trouve même plutôt sympa, c’est pas cher payé. J’ai même fait abstraction du fait que tu m’avais défigurée.
Elle l’insupportait. Aussi flamboyante que lui était hivernal, Clara et lui s’étaient pourtant retrouvés un temps autour de l’apprentissage du fonctionnement du Supercalculateur. Aujourd’hui, c’était lui qui les réunissait à nouveau. A croire qu’il en était le seul capable.
— Je ne suis pas responsable de ce qui t’est arrivé. Je ne savais pas que Xanadu pouvait réagir de cette façon en cas de suicide virtuel.
La rousse éclata de rire, franchit la distance qui les séparait, et lui souleva le menton du bout de l’index. Il détestait cette façon de se tenir qu’elle avait. Si jouer les séductrices un peu dominantes marchait avec Odd, il en fallait plus pour intimider le fils de Ludwig. Il soutint froidement son regard.
—Allons Jérémie… tu voudrais me faire croire qu’un mécanisme de ce monde virtuel te serait inconnu ? S’il te plaît, on se connait depuis un moment, tu n’as pas besoin de me mentir.

Agacé, il écarta la main de l’adolescente. Elle ne serait décidément jamais prête à entendre la vérité. Alors qu’il allait répliquer, une nouvelle secousse ébranla la pièce, et en clignant des yeux, Jérémie crut voir Yumi en train de lancer ses éventails. L’apparition s’effaça avant même qu’il puisse réellement se poser la question de sa tangibilité, mais elle eut le bon goût de le ramener aux affaires les plus pressantes.
— Mets-toi dans un coin et ne me dérange pas. Les autres piétinent sur Xanadu et ils ont besoin de mon aide, fit-il avant de retourner vers ses écrans.
Sa marche, qu’il aurait cru solennelle, fut entachée par les éclats de rire dissonants de Clara.
—De ton aide ? A toi ? Toi qui reste planqué derrière tes moniteurs sans oser mettre un orteil là où ça chauffe, tu voudrais les aider ?

Elle posa la main sur son épaule. Il eut l’impression de sentir des griffes se planter dans sa peau, alors que ses mots se fichaient désagréablement bien dans son orgueil.
— Laisse-moi y aller. On sait tous les deux que je peux sauver la situation, la Terre, et tout ce à quoi tu tiens.
Jérémie tiqua sur le dernier élément. Son père ? Cette pauvre fille avait vraiment des prétentions astronomiques. Mais il devait reconnaître qu’elle savait se battre. Même plutôt bien. Et qu’en l’état actuel des choses… il ne pouvait cracher sur l’aide de personne.
— Eh bien, fais-donc. Eblouis-moi, répondit Jérémie d’un ton tranquille, ses doigts reprenant avec sûreté leur place sur le clavier.
Il ne vit pas le sourire qui se dessinait sur le visage de Clara, tout comme il ne la vit pas se précipiter vers les escaliers, sa chevelure flamboyante déployée derrière elle. Avec une telle grimace carnassière, ses cicatrices prenaient une dimension démoniaque, comme si sa peau s’était craquelée pour laisser apparaître sa véritable nature. Une plaie, au sens propre comme au figuré. Une plaie béante en souffrance qui n’attendait qu’une seule chose : que le calvaire cesse.

Les portes du scanner se refermèrent sur elle. Elle se sentit bizarrement détendue, alors que pourtant, à son dernier retour de Xanadu, elle était en sang et en panique. La dernière fois, elle y avait tout perdu. Aujourd’hui, elle y avait tout à gagner. Alors que l’appareil commençait à ronronner, elle se demanda ce que le monde virtuel lirait en elle quand il analyserait son subconscient. Xanadu les jugeait-il ? Pouvait-il, au regard de tout ce qui était enfoui au fond d’eux, déterminer s’il préférait certaines personnes ? S’il en détestait certaines ? Clara n’aurait jamais l’occasion de le lui demander.
La première chose qu’elle perçut en arrivant sur Xanadu, ce fut une odeur.

Une odeur de charbon, qui prenait le nez. Elle n’aurait absolument pas su expliquer comment une telle chose était possible : le monde virtuel lui avait toujours paru dénué de fragrances quelconques. Elle se réceptionna sur ses quatre pattes, s’examina rapidement. Pas de transformation majeure. Elle avait toujours des griffes, toujours ces chaînes rouillées décoratives, toujours son cimeterre dans le dos et ses vêtements déchirés. La seule chose qu’elle ne put pas voir, c’est que sous sa capuche, son visage à moitié rongé par les ténèbres s’était maintenant légèrement allongé. Et si elle avait passé la langue sur ses dents, elle aurait senti des crocs bien plus redoutables.
  Sujet: [Fanfic] Code Alpha 2.0 - Rainy Days [Chapitre 4]  
Minho

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mer 23 Mai 2018 10:19   Sujet: [Fanfic] Code Alpha 2.0 - Rainy Days [Chapitre 4]
Remarque préliminaire : Une fois n'est pas coutume, ce commentaire abordera plus la question de ton univers, ta décision de revenir une nouvelle fois, que l'intrigue en elle-même. Mais promis, je reviendrai très vite pour parler plus en profondeur du scénario, cela ne me semblait juste pas en adéquation avec tout ce que j'avais déjà à dire pour aujourd'hui Wink

Définir une fanfiction est une tâche compliquée car il existe un très grand nombre d'écrits d’un caractère très divers, de manière qu’on a du mal finalement à définir le terme, le style de ces univers plus ou moins attractifs selon les goûts de chacun.
Le constat que pose les lecteurs de ce forum est assez déstabilisant pour les critiques au vu de sa diversité mais malgré les difficultés, il y a eu des tentatives de circonscrire le genre (fan)fictionnel en ces lieux.
On va trouver certains commentaires qui vont se concentrer (exclusivement) sur le contenu, les rouages qui, une fois enclenchés, font tourner correctement cette vaste machinerie qu'est l'intrigue. Dans ces conceptions, la fanfiction apparaît parfois trop simplement comme un genre qui parle d’amour et d’aventure. Ceci est beaucoup trop restrictif car il y a des récits qui ne parlent ni d’amour, ni d’aventure et qui sont quand même des fanfictions autonomes.
Certains ont pensé à établir une typologie de la fanfiction basée sur le statut des personnages romanesques, de DA, desquels serait dérivé l'écrit en question. On peut dire que c’est à la rigueur possible jusqu’au moment où les auteurs n'utilisent pas les pinceaux des Nouveaux Romanciers. A partir de ces derniers où le personnage s’effrite, cela n’est plus possible de se baser sur les seuls protagonistes pour cerner un récit.
Certains ont essayé d’établir une typologie basée sur les formes. Là encore, cela ne parait pas satisfaisant puisque les formes que peut épouser la fanfiction sont extrêmement nombreuses (écrit poétique, fleuve, d4rk,…). Là encore, on a des types d’énonciation qui sont bien différents (à la première personne, 3ème personne, 2ème personne même dans certains cas,…).
Outre le fait que tous les types d’énonciations sont possible, l'auteur peut singer l’énonciation des autres genres, c’est-à-dire qu’il peut raconter comme un historien, un diariste, un commissaire de police, etc. La fanfiction a un côté caméléon, ce que tu représentes à merveille selon moi car Code Alpha est un patchwork d'émotions : on rit, on pleure, on frissonne... en particulier devant le personnage de Steve qui est particulièrement réussi (c'est dit très simplement mais c'est véridique, je suis passé par tout un tas de sensations plus ou ou moins agréables à la lecture. Cela n'est pas donné à tout le monde de provoquer chez le lecteur de la joie, du dégoût, de manière aussi puissante en tout cas).

Quand on regarde l’histoire littéraire du forum, on se rend compte que Code Alpha a eu tendance à se développer aux périodes où les autres écrits avaient tendance à se désagréger, avec des auteurs moins présents dans le coin ou une inspiration moins grande néanmoins. Toi, tu mélanges tout sur ton topic. Ta fanfiction va parodier tout un tas de genres (le drame côtoie la comédie grossière qui côtoie elle-même la science-fiction), tu va romaniser toutes ces tendances littéraires, tu vas les intégrer à ton œuvre. Tu vas mélanger tous ces genres, parfois inconsciemment sans nul doute, en dénonçant leurs conventions, leurs formes, leurs langages convenus. Tu emmènes ton lecteur là où on ne t'attend pas forcément. Il y a de l'action, du monologue intérieur, des adultes qui se joignent à la valse des adolescents, du scolaire terrifiant quoique parfois reposant, du journal intime, etc. Au fur et à mesure, ta fanfiction va éliminer certaines touches (l'humour se fait plus rare au fur et à mesure que les enjeux augmentent) et tu vas en profiter pour intégrer les autres rebondissements de force, parfois de manière trop brutale (comme la mort qui tombe à la fin du chapitre, l'exécution froide qui débarque sans que le lecteur n'y soit préparé). Tu vas successivement reprendre les thèmes et les procédés du thriller, du roman réaliste, de la satire qui se veut critique et moqueuse de son sujet. Pour ce dernier point, je pense particulièrement à tes personnages (Antoine en tête) que tu ne manques pas de juger sévèrement à la moindre occasion Et c'est ce que j'aime le plus chez toi, tes protagonistes sont tous des antihéros, mais tu ne tombes pas pour autant dans le travers d'en faire tous des psychopathes. Leurs parcours et leurs choix restent totalement cohérents avec leur âge, leur background et les dérives propres à l'adolescence sont correctement abordées selon moi.

Par contre, force est de constater que le critique qui veut analyser Code Alpha dans sa globalité est confronté à plusieurs problèmes :
- Il n’y a pas vraiment de règle formelle : ta fanfiction a un côté hors-la-loi, par opposition à la main de fer de certains qui en font un genre très codifié.
- Les origines de ton intrigue principale sont floues et discutées : quand est-ce que tout ça apparaît vraiment ? Est-ce qu’il faut considérer certaines formes qui semblent précéder la première version comme de simples erreurs du passé ? Dois-je lire ce que tu présentes comme "moins bon" en sachant que je vais être certainement spoilé sur quelque chose qui s'annonce meilleur ? C’est difficile à dire.
- L’objet principal du scénario et tes propres intérêts/envies ont énormément évolué avec le temps, ce qui ajoute à la difficulté à mon sens de te cerner amplement en tant qu'auteur.
- Les moyens employés et le ton de ton récit sont extrêmement variables.
- C’est le seul texte qui semble en permanence inachevé au sens où c’est un texte qui est encore extrêmement vivant, un topic qu’on continue à explorer avec plus ou moins de surprises à la clé.

C’est une tentative de cerner ton travail très discutable et pauvre, j'en suis bien conscient. Si elle est si pauvre, c’est parce qu’il est peut-être impossible de définir vraiment Code Alpha. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, les commentaires se sont succédé mais il faut croire que chacun vit de manière inédite l'expérience immersive que tu nous proposes. Le plus étonnant, c’est que Code Alpha va aller jusqu’à intégrer les critiques qui lui sont faites, en se renouvelant sur d'autres topics et en étendant le sous-forum un peu plus. Ta diégèse intègre donc une palette considérable de genres et va jusqu’à intégrer les critiques qu’on lui adresse, ce qui est honorable quand on constate que la tendance est plutôt à ne jamais se remettre en question.

Pour finir, je vais parler du nœud de tout ça selon moi, ce qui suscite sans aucun doute l'intérêt de ceux qui te lisent : le cas Ambre/Ombre. Ce mythe du double connait un très grand succès dans la littérature occidentale car cette thématique double offre beaucoup de possibilités, notamment du PDV du moi, dont les possibilités sont prolongées. Ombre est une sorte de deuxième « moi » qui va rentrer en conflit avec le « moi » original. A l’époque du Romantisme, le double va exprimer une crise de l’identité, ce qui est toujours le cas chez Maupassant (on peut le voir dans sa nouvelle "Le Horla"). Répercussion large dans la littérature qui suivra cette période, et encore aujourd'hui d'ailleurs. Outre les possibilités prolongées du « moi », le double est aussi une figure essentiellement narcissique qui permet d’incarner ses envies les plus secrètes : Ombre peut permettre à Ambre de réussir là où le « moi » original échoue. C’est une figure de la transgression qui permet au « moi » double d’assouvir ses pulsions. Si l'on prend l'exemple de Stevenson, Hyde permet au Docteur Jekyll d'effectuer toutes les recherches que la société victorienne de l’époque, particulièrement stricte, lui interdit de faire.

Le double altère toujours le « moi » original : il a un impact dessus. Presque dans tous les cas, un conflit mortel est mené entre le « moi » original et le « moi » transgressif. Le double essaie d’accaparer la place du « moi » originel (il veut l’expulser) et cela se vérifie dans ton intrigue. L’être originel ne peut se libérer qu’en tuant le double ; mais paradoxe car tuer le double, c’est au fond se tuer soi-même. Ré-identification de l’un et de l’autre au moment de la mort. C’est le prix à payer pour retrouver son intégrité... pas vrai Ambre ? Est-ce cela qui l'attend ? Le retour d'une fillette brisée par sa nature profonde ? L'avenir nous le dira !
Enfin, cette forme du double va aussi entraîner certaines particularités narratives : la dualité s’inscrit dans la matérialité du texte. C’est un thème que le fantastique va beaucoup exploiter. Renouvellement de la narration, il y a deux points de vue sur ce que vit Ambre/Ombre mais aussi deux versions à Code Alpha, un hasard ?

Au plaisir de lire la suite, bravo pour ta persévérance !
  Sujet: [Fanfic] Jeux d'enfants [Terminée]  
Minho

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Ven 23 Mar 2018 17:01   Sujet: [Fanfic] Jeux d'enfants [Terminée]
Bien le bonjour Ellana. Après avoir commenté épisodiquement de manière humoristique ta fiction, celle-ci a fini par se clôturer et il est donc temps pour moi de rédiger un commentaire nettement plus sérieux que les précédents. Pour changer (lol), je vais faire un point sur chaque personnage présent, cela sera plus ou moins rapide en fonction des cas je te préviens. J’espère ne pas être trop pompeux, si c’est le cas rien ne t’oblige à en lire l’entièreté.

Je ne vais pas manquer de compliments ici parce que ton texte est celui que j’ai le plus apprécié ces deux dernières années, avec quelques défauts minimes mais que j’évoquerai quand même. Jeux d’enfants est à mes yeux la fiction emblématique du fantastique au sein de ce sous-forum très diversifié. Le Pôle a reconnu ton talent à sa juste valeur et c’est tant mieux car ton histoire est extrêmement riche du côté de la signification. J’y ai personnellement rattaché un concept vu lors de mon cours de philosophie : Unheimliche (le négatif de heimliche). Ce mot, derrière lequel se planque une réalité complexe, résume parfaitement ta fiction, en ce sens que le caractère de l’intrigue relève de ce qui est à la fois familier et étranger. On peut traduire le terme en français par l’inquiétante étrangeté qui est devenu un concept psychanalytique, apparu sous la plume de FREUD en 1919. C’est une sensation un peu désagréable qui relève d’un retour du refoulé. Je l’ai personnellement déjà expérimenté (comme beaucoup d’autres tortures intérieures d’ailleurs) et, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas toujours agréable. Cela se produit lorsque quelque chose que l’on a refoulé remonte à la surface, quelque chose qui est à la fois étranger puisque refoulé et à la fois familier puisqu’il y a une impression de déjà-vu (une trace douloureuse ancrée dans un méandre de la conscience, avant le refoulement donc). C’est le retour du refoulé, on le voit bien chez Odd, qui produit un grand sentiment d’angoisse. L’homme refoule en permanence certains sentiments, infantiles ou non, pour se protéger. Quelque chose est mis au jour alors que ça aurait dû rester enfoui et du coup cela provoque un sentiment d’angoisse.

Pour Aelita, la phase Lyoko était enterrée mais le retour de Xana l’a évidemment replongée dans toutes ses tourmentes. L’angoisse de Schaeffer junior se porte ici sur l’ablation des proches, la peur classique mais efficace de perdre les amis qui au départ sont le seul lien avec cette terre qu’elle a apprivoisée peu à peu. Par ailleurs, les racines œdipiennes de cette peur sont mises en évidence par l’ambivalence de la figure paternelle, l’ombre de Franz Hopper plane sur tout le récit même s’il n’est que rarement cité. D’une part, il y a la représentation du bon père mais aussi du scientifique, d’autre part il y a la figure du mauvais père avec Xana, l’entité avec qui elle entretient le plus de liens. C’est triste à dire mais le programme multi-agents lui est plus familier que de nombreuses réalités humaines, ses propres parents en tête. C’est évidemment la figure du mauvais père, Xana donc, qui va émettre la menace, il va interdire à Aelita la possession de tout instant heureux. Dans l’animé comme dans ton récit, elle n’aura de cesse de se battre pour garder une place qu’elle ne pense pas mériter.

« Paraplegik zombie 6, le jeu » et « Cauchemars : un jeu de frissons où vous affronterez vos peurs les plus intimes et vos pires fantasmes » plongent immédiatement ton lecteur dans cette inquiétante étrangeté qu’est l’ambiance de ton récit, subtil mélange de visuel troublant, curiosité malsaine et démons anxiogènes propres à rendre fou l’homme le plus sain d’esprit. Ces deux supports, le zombie et les dessins, permettent de passer du monde de la réalité au monde des fantasmes. Le réel n’est plus vraiment tel qu’on le connait, il est modifié, fantasmatique à souhait, parfois trop pour certains sans doute… mais cela ne l’est pas pour moi.
L’œil de Xana dans l’animé a pour fonction de faire comprendre aux spectateurs et aux protagonistes qu’il observe tout en tout temps et lieu mais le regard dans cette histoire est quelque chose de beaucoup plus vaste. Tout ce qui arrive à Jérémie a finalement un rapport avec ce qu’il fait de ses yeux, l’usage de son regard. Le personnage apparait comme un voyeur impénitent, il essaie de voir ce qui devrait lui rester caché : les sombres secrets que renferme le Supercalculateur. C’est une critique que je pourrais t’adresser : je n’ai pas retrouvé cet aspect viscéralement ancré de Belpois dans ta fanfic. Ok, vu que c’est écrit en Post-Lyoko, on pourrait justifier son manque de curiosité scientifique dans ton histoire mais on ne m’ôtera néanmoins pas de l’idée que c’est le personnage que tu exploites le moins bien. A côté du portrait complexe de tous les autres, Einstein m’a paru bien fade. Mais je me sers de lui pour prendre le contre-pied et parler brièvement des autres. A mon humble avis, tu as grandement rendu justice à Aelita, Ulrich et Yumi car, contrairement à la plupart des autres fictions, il est impossible ici de résumer leur caractère à un simple mot péjoratif. Tu les as finalement brillement esquissé tels qu’ils sont, c’est-à-dire : humains. Avec des aspects négatifs autant que positifs, c’est toujours plus intéressant que de balancer les trois dans un grand sac poubelle flanqué du sceau « bêtes à manger du foin ». Je te félicite car tu as réussi à les rendre aussi attachants que détestables, ce qui n’est pas si évident vu que le deuxième sentiment prime chez beaucoup avant même de commencer une lecture ou un épisode. C’est ceux qui m’ont le plus intéressé ici et, bien que je sois un de leurs grands défenseurs, je suis plus souvent concentré sur d’autres (en particulier sur Sissi pour ne pas la citer, je ne l’évoquerai pas ici mais on peut en parler en mp si tu le souhaites). Si ça devait tenir en une phrase, tu as parfaitement géré le Ulumi tout en faisant d’Aelita un personnage complet sur tous les points, et ce beau combo est chose rare en ces lieux. C’est tellement plus simple de les démonter en exhibant leurs défauts à chaque chapitre, facilité dans laquelle tu n’es pas tombée donc bravo ! Pour conclure ce point, je tiens à dire que le cauchemar de Stern est d’ailleurs à mon sens le plus réussi de tous, celui qui m’a le plus perturbé à la lecture, même s’il est certain que mon vécu personnel influence ce constat subjectif.

Pour ce qui est d’Odd, la question de l’interdit est posée, en espionnant son colocataire dans des moments troubles et il y a aussi bien entendu le principe même de deux hommes ensemble qui représente le fameux désir inaccessible aux yeux de Della Robbia. Comment pourraient-ils essayer de créer un être eux-mêmes, le regard des autres, l’absence de la figure maternelle dans le couple, cela amène beaucoup de questions sur le long terme mais ils n’auront pas le temps de se les poser vu le bain de sang final… good job ! Le débat sur l’origine de la vie, en tant que conçue dans un univers entièrement masculin, sans la participation du principe d’altérité que constitue l’autre sexe, aurait pu être intéressant dans le cadre de son cauchemar qui se finit un peu trop rapidement à mon goût. Dommage.
Pour ce qui est de William, je vais faire vite puisque je n’ai plus beaucoup de temps avant mon train : eh bien, il m’a gavé presque autant que dans l’animé, good job car je ne le vois pas autrement. Contrairement aux détracteurs d’autres persos, je ne vais pas commencer à énumérer tout ce qui m’agace chez lui mais je pense que le terme self-centered résume bien le bordel Mr. Green
Petit mot de la fin, le fantastique est surtout intérieur chez toi. A peu de moments, le surnaturel est véritablement affirmé… En d’autres termes, il n’y a pas besoin de revenants pour avoir accès à une autre sphère. Tu ne vas pas dire qu’ils ont vu le démon de manière concrète, mais tu le suggères dans l’esprit de tes personnages. Xana n’affirme pas la matérialité des faits surnaturels qui sont racontés et, pour moi, tout pourrait très bien se jouer dans leur tête. Il s’agit ici d’un glissement remarquable de l’esprit vers le fantastique, de la part d’héros souffrant d’une sensibilité très impressionnable. Encore une fois, félicitations !
  Sujet: [Fanfic] Jeux d'enfants [Terminée]  
Minho

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 26 Déc 2017 16:35   Sujet: [Fanfic] Jeux d'enfants [Terminée]
Hep là, esquive (pas) ce com !

Commençons directement avec un petit résumé de l'attitude de XANA depuis son apparition... Il a tout volé de la télé ce con !

Chapitre 4
Citation:
Encore faut-il que vous puissiez sortir d’ici, mes agneaux, fit remarquer une voix caverneuse. Pourquoi on ne continuerait pas plutôt à jouer ?


https://memegenerator.net/img/instances/500x/60362991/bonjour-lucie-on-va-jouer-un-jeu.jpg
Kassdédi à la psycho du coin o/


Chapitre 5
Citation:
Sans vouloir être mélodramatique, vous resterez ici pour toujours.


http://s2.quickmeme.com/img/8c/8cf8c9c8665d6d719e12ea79b77792f57a8e7a94cb32d1e928c3761a4d107bef.jpg


Chapitre 6
Citation:
Et oui, ma chérie, il y a tellement de peurs en toi, tellement d’angoisses.


https://i.skyrock.net/2788/84772788/pics/3276398584_1_10_UO3dyU8W.gif


Chapitre 7
Citation:
Quand accepteras-tu que ta vie pue la médiocrité ?


https://media.makeameme.org/created/mediocrity-mediocrity-everywhere.jpg


Hum... maintenant que ces brillantes comparaisons ont été posées, il est temps d'en venir au fait. Si la vie de Sissi pue la médiocrité, ton XANA oublie qu'il pue l'humain ! Comme l'a dit Dyssery, on en oublie presque totalement l'aspect du programme ici. Est-ce qu'il a vraiment une raison valable pour organiser tout ce cirque ou est-ce qu'il s'est fait contaminer par le sadisme irradiant de la Terre ? Nul ne le sait, pour l'instant, on verra si tu justifies son attitude dans la suite ou si c'est juste le caractère que tu as décidé de lui donner pour le bien du huit-clos. Comme je m'y attendais, les cauchemars sont particulièrement réussis. La torture psychologique, il y a que ça de vrai \o/

Le twist sur le William/Sissi était sympa, peut-être que ce couple n'est pas voué à l'échec finalement... Sinon, j'ai trouvé deux répliques hautement symboliques et je me devais de les partager.

Citation:
1) Tous les regards fixèrent William qui finit par avoir un ricanement sinistre.
- Quoi, vous pensez qu’en disant ça, je remporte le rôle de suspect idéal ?
- Les questions permettraient de démasquer le spectre, insista Jérémie.
- Non, William a raison, intervint Yumi. XANA veut jouer avec nous.

2) Et puis, pourquoi XANA se serait amusé à démasquer si tôt son spectre ? ajouta Ulrich. Tu t’emballes un peu vite, Jérémie.


Les « copains et puis c’est tout » qui défendent Willy, c'est assez rarement vu dans le coin pour être souligné. C'est bien d’innover ! Alors que ce sont toujours les premiers à s'en prendre plein la gueule à ce sujet, c'est clair que c'est plus facile pour un auteur de les attaquer que de les défendre Mr. Green Il me semble, comme c'est écrit dans le récit, que ce soit plus logique que Jérémie soit le premier à se méfier de Dunbar... c'est sans aucun doute celui qui y est le moins attaché. Yumi est celle qui a passé le plus de temps avec William, ça ne s'oublie pas. Quant à Ulrich, je pense sincèrement qu'une certaine forme de complicité a dû naître suite à cette rivalité et Stern partage bien plus de points communs avec Willy qu'avec un asocial comme Belpois en fin de compte. À titre personnel, ça me semble même plus logique que les deux guerriers soient amis sur le long terme, laissant le génie sur le carreau car ça m'étonnerait sincèrement que Jérémie reste proche d'eux après Kadic. Plus le même délire en grandissant...

Bref, c'est toujours intéressant de relever ce genre de détails car ça montre bien que les personnages que tu utilises ne sont plus exactement ceux qu'on connaissait. Ils n'ont pas seulement grandi mais aussi pris en maturité dans certains domaines, ce que j'apprécie fortement.

Citation:
- Tu veux me laisser tout seul ? glapit l’adolescent.
- Non, tu peux garder Kiwi.


http://img.memecdn.com/not-again-----amp-039-amp-039_o_1908813.jpg
On avait dit stop la zoophilie Crying or Very sad


C'était la dernière connerie du jour, à bientôt !
  Sujet: [Fanfic] Jeux d'enfants [Terminée]  
Minho

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Jeu 21 Déc 2017 13:01   Sujet: [Fanfic] Jeux d'enfants [Terminée]
Hello hello, je viens donner mon petit avis en ce jeudi brumeux (en tout cas chez moi, éternel berceau du brouillard).

Déjà c'est un véritable plaisir d'avoir enfin l'opportunité de commenter un de tes textes sur le début, moi qui suis arrivé sur le tard je n'avais pas vraiment eu l'occasion de le faire avant aujourd'hui. L'un des premiers textes qui m'avait vraiment marqué positivement sur le forum, c'était Pas maintenant qui a vraiment beaucoup de qualités à mon sens. Je ne vais pas commencer à les énumérer ici car je suis là avant tout pour parler de Jeux d'enfants donc allons-y sans plus attendre. Vu que je ne suis pas en mode analyse rigoureuse aujourd'hui, ça sera plus un commentaire fun qu'autre chose mais c'est mieux que rien, n'est-ce pas ? Parlons d'abord du thème. Halloween, une soirée d'enfer, des cauchemars personnalisés, Sissi dans le groupe,... putain c'était sûr et certain que t'allais m'avoir rien qu'avec l'intro !

Ce que je remarque dès le début, c'est qu'il est facile d'accrocher directement au récit. Comme tu restes dans une ambiance assez proche de l'animé mais avec ta propre touche plus réaliste/descriptive/émotionnelle, l'immersion au sein de ton univers orangé (bon choix de couleur) est aisée et plaisante. Le risque, c'est de craindre le manque de surprises/rebondissements (déjà avec une fin connue de beaucoup dans ce cas). Mais bon, après ces deux chapitres, je me dis qu'il n'y a vraiment pas besoin de ça pour apprécier ce que tu nous proposes, même si une petite subtilité lors de la chute ne serait pas pour me déplaire. On ne va pas te demander de tout bouleverser non plus !


Chapitre 1 : Échauffement + Chapitre 2 : Hurlements

Personnellement, j'apprécie le Ulumi quand il est bien amené (ce qui est le cas ici) et je ne m'en cache pas. Je me réjouis d'ailleurs de lire les écrits de quelqu'un qui ne hait pas forcément les personnages qu'on nous pousse à détester et ça se ressent instantanément à la lecture en réalité. Alors que beaucoup ici oublient carrément Yumi (quand ce n'est pas Ulrich ou Aelita) sans doute parce qu'ils sont parfois moins aisés à manier sans tomber dans les clichés, tu t'en sors bien avec la tribu jaune et tu fais miroiter un changement de comportement de Stern qui ne peut que plaire à la majorité. Même si je me doute que tu n'as pas besoin de ça pour l'apprécier, sans guerrier efficace il n'y aurait tout simplement pas eu de CL sur le long terme Mr. Green

Passons au deuxième passage. Chez toi, on sent toujours une grande proximité entre Odd et Aelita. Quasi-charnelle dans certains cas, en espérant que les chatouilles n'étaient pas juste une métaphore pour autre chose... mais c'est sûrement moi qui part trop loin comme d'hab ! Quoiqu'avec Belpois à côté, vive l'ambiance \o/ J'ai l'impression que tu manies d'ailleurs ce dernier perso avec un peu moins d'aisance (je ne me fie pas juste sur ce passage évidemment), mais bon, c'est sûrement un ressenti très subjectif, comme le reste d'ailleurs. Bon point pour ta rénovation de l'Ermitage car contrairement à d'autres, tu expliques le comment du pourquoi et tu ne contentes pas de "la maison d'enfance d'Aelita était désormais comme neuve lol".

Passage trois... Sissi 😍 Wait... restons objectif... 394 error found :/ Hum, redevenons sérieux, il n'y a rien que je déteste plus qu'une Élisabeth Delmas mal utilisée. Bon ici, ça passe crème... est-ce l'effet William ? Tout d'abord, je valide les craintes de Sissi, pitié est-ce que ce cher Jean-Pierre peut débarquer à la soirée clandestine, ne fût-ce qu'une minute ? 🙏 T'as su garder sa superficialité (pas de "Sissi tro sympa désormé lol" comme on a pu le voir dans certaines fics). Tu as su aussi montrer son côté plus caché, tout en lui conservant son caractère solide et déterminé, bien qu'elle semble un poil plus souple qu'auparavant... encore l'effet William ? Logique aussi qu'elle soit encore dans un tel état devant Stern, je pense personnellement que c'est impossible d'oublier totalement un amour d'enfance, surtout lorsqu'il a duré aussi longtemps que dans leur cas. Sissi étant vraiment une (très) belle fille, elle aurait pu s'en faire des mecs depuis le premier "coup de foudre" pour Ulrich mais, s'il y a bien une chose qu'on ne peut pas lui reprocher, c'est qu'elle est restée fidèle à ses sentiments durant de longues années. J'ai d'ailleurs l'impression que, dans tous ces portraits de premier chapitre, c'est bien elle dont la situation est la plus à plaindre. Premièrement, ça ne doit pas être évident de s'acclimater à un groupe aussi soudé que les LG, sans compter qu'ils partagent tous un secret qu'elle n'a fait qu'effleurer tout le long. C'est pas avec elle qui doivent se taper sur les cuisses en se remémorant le bon vieux temps... Deuxièmement, elle n'est pas avec la bonne personne et quoi de plus horrible que de se mentir quotidiennement ? On dirait Odd qui essaie sans cesse avec les filles alors qu'on sait tous très bien qu'il va finir avec un mec Mr. Green

Scène IV.
Citation:
La japonaise sentit quelque chose s’agiter sous son nombril.


Un polichinelle ? Hiroki tonton, Aelita marraine et tout le bordel ?? Ah non, je me suis encore emballé trop vite o/
*Se remémore qu'ils sont tous mineurs*
Wait... ça n'empêche rien.
Plus sérieusement, ça m'aurait plu de voir la longue balade en forêt de Yumi, ça manque d'extérieur tout ça ! Sissi qui y met de la bonne volonté, la japonaise prête à conclure, Odd surexcité (ah ça c'est habituel), ... les ingrédients sont quand même tous réunis pour que cette belle ambiance vole en éclats. C'est d'ailleurs très louable d'avoir pris la peine de décrire en long et en large les situations de chacun avant l'arrivée à la soirée, ç'aurait été dommage de leur rentrer dans le lard sans intro préalable.
...
C'est l'heure des conneries, désolé Rolling Eyes

Citation:
Et si tu m’aidais à faire les pâtes ? proposa Aelita

Spoiler


Toutes mes félicitations Aelita, tu as débloqué le trophée esquive de sujet délicat !

Citation:
Oh non William, chuchota une ombre, trop bas pour être entendue. Nous n’avons même pas commencé.

Spoiler


Bon, je te déteste officiellement pour la scène de fin du chapitre 1 mais, en attendant plus d'infos, on va essayer de se contenir.

Citation:
Odd et Sissi ont disparu

Spoiler


Bravo, tu es officiellement responsable d'une nouvelle pathologie chez moi \o/
Assez logique le cauchemar d'Aelita quand on y regarde de plus près, j'avoue que tu m'as bien eu, je ne m'attendais pas à ce qu'un songe arrive aussi vite malgré l'avertissement. J'aime bien l'idée sous-jacente qui nous pousse à penser que c'est elle qui unifie le tout, ce qui est vrai car sans Aelita un tel groupe ne tiendrait pas sur le long terme si tu veux mon humble avis. Déjà, je doute que Jérémie reste éternellement avec des gamins dont le plus beau représentant est Odd et puis pas sûr que les LG se seraient montrés aussi accueillants envers William et Sissi si la fille de Hopper n'avait pas été là. En effet, c'est surtout elle qui équilibre le groupe, celle envers qui personne ne ressent d'inimitié et qui sait être sérieuse quand il le faut. La bonne amie, en somme. J'apprécie de la voir dépeinte de cette façon, comme une jeune femme qui assume, disons, assez bien son passé tout en profitant de sa situation actuelle néanmoins.

Cette tension lors de la scène du réveil de Yumi... Si avec ça tu n'harponnes pas les curieux, je ne sais pas ce qu'il leur faut !

Citation:
Ulrich eut une grimace de dégoût en regardant le chien déposer un corbeau mort aux pieds de Yumi.


Serait-ce une menace envers le nouvel auteur de la section ? 😱 Marrant la symbolique d'ailleurs, puisqu'on a souvent tendance à comparer l'aînée Ishiyama à un corbeau o/

Citation:
T’es qu’un jaloux, Odd, lança William. Parce que toi, la seule personne qui a envie de t’embrasser, c’est ton chien.

Spoiler


Sur cette touche poétique, je vais conclure. Ceux qui ressortent déjà vraiment dans ce récit, à mon sens, ce sont Odd, Yumi et Aelita. Du moins, c'est ceux pour qui je m'attache le plus facilement à la lecture. Tu maîtrises bien les vannes d'Odd, l'émotion d'Aelita, l'ambiguïté de Yumi. Très beau lancement de projet en tout cas, je suivrai ça de très près car c'est sans conteste le texte qui m'a le plus hypé dernièrement. Plus que n'importe quelle substance aussi, et ça, c'est assez rare pour être souligné.

Au plaisir de découvrir la suite, à très vite j'espère malgré ton édit !
  Sujet: [Fanfic] White Mustang  
Minho

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 19 Déc 2017 16:06   Sujet: [Fanfic] White Mustang
Spoiler

Chapitre 1

https://img15.hostingpics.net/pics/5560182549718616326493934827491115999116n.jpg

Tendresse bestiale


Une envie de faire pipi l’avait réveillée. Dehors le vent soufflait en rafales. Il ne faisait pas si froid malgré tout mais Lola n’aimait pas ce vent et elle se disait qu’elle ne l’aimerait jamais. Ça lui rappelait la cave du bâtiment où la chaudière défectueuse était le moindre de tous les dangers. Son père et elle habitaient un appartement exigu au deuxième étage d’un immeuble de banlieue. Lola sortit de sa chambre, voisine de celle de son père, et longea le couloir. Le vent soufflait fort et semblait s’engouffrer de plus en plus à travers tous les interstices possibles. On aurait dit un squelette entrechoquant ses os. Le loquet de la porte de la salle de bains étant cassé, Lola et son père laissaient toujours la porte ouverte quand ni l’un ni l’autre n’utilisait la douche ou les toilettes. Cette nuit-là, Lola trouva la porte fermée. Pourtant son père n’était pas à l’intérieur. Depuis qu’un monstre tout droit issu du passé l’avait blessé au visage, il ronflait, un petit couitch-couitch qu’elle percevait en provenance de sa chambre. Bon, il avait dû fermer la porte sans faire exprès, c’est tout. Mais elle n’était pas dupe, malgré son âge (elle aussi était une fille aux intuitions et aux prémonitions fulgurantes, comme son père) et, parfois, il faut en avoir le cœur net. Parfois, il faut aller voir. Même si ça semble louche…

Lola Della Robbia tendit le bras – un bras qui lui parut trop long, trop élastique, trop désarticulé –, tourna la poignée et ouvrit la porte. Là (elle savait qu’elle y serait), il y avait la femme qui s’insinuait dans ses songes. Elle était assise sur les toilettes, nue, les jambes écartées. Avec ses cuisses livides et boursouflées. Ses seins verdâtres pendouillaient comme des ballons dégonflés. Une touffe de poils gris en bas du ventre. Des yeux gris aussi, pareils à des miroirs métalliques, qui clignotaient sous la forme d'un logo que Della Robbia ne connaissait que trop bien. Lorsque Suzanne l’aperçut, elle retroussa les lèvres pour lui sourire, de ses dents déchaussées et sombres, prêtes à mordre la chair tendre malgré leur mauvais état. Ferme les yeux, lui avait recommandé son père autrefois. Si tu as une vision horrible, ferme les yeux et dis-toi qu’il n’y a rien, et quand tu les rouvriras, la vision aura disparu. Mais ça n’avait pas marché la dernière fois et ça ne marcherait certainement pas aujourd’hui. Elle le savait. Elle la sentait. Elle puait la charogne. La femme – la gamine savait comment elle s’appelait, c’était Mrs. Hertz – se redressa lourdement sur ses pieds violacés par la mort et lui tendit les mains. Elle vit la chair pendouillante, presque dégoulinante, de ses bras. Elle souriait comme à la vue d’un vieil ami. Ou d’une bonne chose à manger. Avec un calme feint, Lola referma doucement la porte et recula d’un pas dans le couloir. Elle vit le bouton de porte tourner vers la droite… vers la gauche… encore vers la droite… et s’immobiliser. Elle avait huit ans à présent et, malgré l’horreur qu’elle éprouvait, elle était capable d’un minimum de pensée rationnelle. Parce que, aussi, quelque part en elle, Lola avait toujours su que ça finirait par arriver. Les visions, les… prémonitions. Sauf qu’elle avait toujours pensé que quand ça arriverait, ça serait le doux visage de celui qui aurait dû être son parrain qui lui apparaîtrait, avec ses cheveux en bataille, son air blasé et ses muscles saillants. Ou alors le barman du Kiwi Bleu, celui que son père appelait Lloyd. Pourtant elle aurait dû savoir, se dit-elle, avant même que ça n’arrive, que ça serait Mrs. Hertz. Parce que de tous les fantômes du passé de son père, c’était elle la pire. La part rationnelle de son esprit lui disait qu’elle n’était qu’un fragment de cauchemar oublié qui l’avait suivi hors du sommeil, dans le couloir, et jusqu’à la salle de bains. Cette part rationnelle lui assurait que si elle rouvrait la porte, il n’y aurait plus rien. C’est sûr qu’il n’y aurait rien, maintenant qu’elle était réveillée. Mais une autre part de son esprit, sa part clairvoyante, savait à quoi s’en tenir. Les profs de Kadic n’en avaient pas encore terminé avec son père, et donc indirectement avec elle. Pas encore. L’un au moins de ses esprits vengeurs l’avait suivi jusqu’ici.
Cette femme, cette Suzanne Hertz, elle l’avait déjà surprise, un jour, gisant dans une baignoire. Elle s’était dressée et avait tenté de l’étrangler de ses doigts froids comme des poissons (mais terriblement forts). Et si elle ouvrait à nouveau la porte de la salle de bains, la vioque finirait le travail. Lola décida plutôt de coller son oreille à la porte. D’abord, elle n’entendit rien. Puis, si… un bruit minuscule. Des ongles morts qui grattaient le bois. La petite blonde marcha jusqu’à la cuisine sur des jambes qu’elle ne sentait plus et, en équilibre plus que précaire, pissa dans l’évier. Puis elle réveilla son père pour lui dire de ne pas entrer dans la salle de bains, qu’il y avait quelque chose de vilain à l’intérieur. Sa mission accomplie, elle retourna se coucher et s’enfouit profondément sous les couvertures. Elle voulait rester là pour l’éternité, ne se lever que pour aller pisser dans l’évier. Maintenant qu’elle avait prévenu son père, elle ne voyait plus l’intérêt de lui parler. Son mutisme ne la surprit guère. Ça lui était déjà arrivé autrefois, après sa toute première vision. De sous son drap, Lola leva les yeux vers le plafond et fit non de la tête. Il était quatre heures du matin, mais elle avait encore de la visite... La petite ferma les yeux. Le lendemain, il ne lui restait plus qu'à enfiler ses vêtements en toute vitesse pour la balade quotidienne malgré ses cernes et ses mains tremblantes. Il fallait bien sortir le père...

La plage se trouvait à un peu plus de trois kilomètres. Le parking était entouré des baraquements de bord de mer classiques – stands de beignets et de hot-dogs, boutiques de souvenirs – mais on était en fin de saison et aucune affaire ne marchait très fort. Odd et Lola avaient quasiment la plage entière pour eux. Pendant tout le trajet depuis l’appartement, Lola avait tenu son cadeau sur ses genoux : un paquet de forme rectangulaire, assez lourd, enveloppé dans du papier argenté. « Tu pourras l’ouvrir après, quand nous aurons un peu parlé », avait proposé Odd en lui offrant pour l’occasion son plus beau sourire. Ils marchaient au bord des vagues, là où le sable se contentait d’être dur et luisant. Lola marchait lentement, parce que Odd était vieux, quand même. Un jour, il allait mourir. Peut-être même dans pas longtemps. « Je suis encore d’attaque pour quelques années, rassura Odd en posant une main bienveillante sur l'épaule de sa progéniture. T’en fais pas pour ça. Maintenant, raconte-moi ce qui s’est passé la nuit dernière. N’oublie aucun détail. » Il ne lui fallut pas longtemps. Le plus dur aurait été de trouver des mots pour expliquer la terreur qu’elle ressentait à présent et comment cette peur était mêlée à un sentiment de certitude suffocant : maintenant que la femme l’avait retrouvée, elle ne la lâcherait plus jamais. Mais c’était Odd, et ils n’avaient pas besoin de mots pour se comprendre. Lola en trouva quand même quelques-uns.

« Elle reviendra, s’inquiéta Lola en contemplant ses pieds, pointure 33. J’en suis certaine. Elle reviendra cette salope de prof, encore et encore jusqu’à ce qu’elle m’attrape.
— Tu te rappelles la première fois que j’ai parlé dans ta tête ? demanda son père, soucieux d’éloigner le spectre suzannien de la discussion.
— Ah, ça oui, répondit simplement la fillette en sirotant doucement sa brique de jus d’orange.
— Et qu’est-ce que je t’ai dit ?
— Tu m’as demandé si je voulais aller boire un verre avec toi, sans maman.
— Exact. Et ça t’a fait quoi, de savoir que t’étais plus toute seule ? Que t’étais pas la seule ?
— C’était génial. Super génial.
— Ouais, fit Odd. J’te crois, ma fille, je te crois. Moi, j’ai jamais trouvé personne, avant toi du moins… C’est un cadeau Lola, c’est comme ça que je vois les choses. Si je n’avais pas eu d’enfant, ce… don aurait définitivement été perdu.
— Cadeau pff, fais-moi rire ! Cadeau empoisonné plutôt, c’est moi qui te le dis… »

Odd perdit son sourire. Ils marchèrent un moment en silence. Des petits oiseaux – des pioupious comme les appelait sa mère – entraient dans les vagues et en ressortaient en surfant sur l'écume à toute vitesse.
« T’as jamais trouvé ça drôle que je débarque juste quand t’avais besoin de moi ? » Le vieil homme regarda Lola et sourit. « Ben, non, pourquoi j’aurais trouvé ça drôle ? J’ai été papa sur le tard et t’étais qu’un tout p’tit mouflet en arrivant, mais t’es un peu plus grande maintenant. T’es même beaucoup plus grande que les enfants de ton âge par certains côtés. Écoute-moi bien, Lola. Les choses trouvent toujours leur équilibre dans ce monde, c’est ce que je crois. Et je vais te dire un proverbe : quand l’élève est prêt, le maître apparaît. J’étais ton maître. Un jour, Lola, ton tour viendra d’être le maître. Ton élève se présentera, à un moment ou un autre de ton existence, c'est certain. »
Odd n’était habituellement pas adepte des dictons à deux balles mais celui-ci semblait avait fait son petit effet… Même s’il pensait avoir entendu Lola rétorquer : « Si Mrs. Hertz ne m’attrape pas avant… »
Les Della Robbia arrivèrent en vue d’un banc, en haut sur la digue, ils se dirigèrent vers cet objectif jusqu’à ce qu’Odd puisse s’asseoir.

« J’préfère pas pousser plus loin, des fois que j’aie plus la force de revenir. Assieds-toi à côté de moi. Je vais te raconter une histoire.
— J’ai pas envie d’histoires, ronchonna Lola. Elle va revenir ! Tu comprends pas ? Elle va revenir encore et encore et encore.
— Ferme ton bec et écoute-moi. Instruis-toi un peu. »
Et Odd lui décocha un grand sourire, dévoilant son dentier neuf étincelant. « J’pense que tu vas piger mon passé de combattant, ma petite. T’es loin d’être une imbécile, Lola, n’oublie jamais ça. »


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Revenir vers les gens n'est jamais chose aisée. Et cela, Yumi Ishiyama le savait mieux que personne. En se tenant devant cette belle porte vitrée, demeure d'une personne qui comptait tellement pour elle autrefois, le passé la transperça à nouveau, de cette vérité qui blesse, qui corrompt les mœurs sans jamais se prendre un temps de repos. Après l'extinction du Supercalculateur, le groupe s'était dissous bien plus rapidement que prévu. Déjà, Yumi avait gardé un goût amer en bouche de cette dernière journée de leur terrible épopée, celle où la majorité avait d'abord refusé d'éteindre l'infernal objet, responsable de tous leurs tracas. Et puis, le bal de fin d'année... ou plutôt l'anniversaire de Élisabeth Delmas avait tout gâché entre eux. Il fallait s'y attendre, c'était comme... programmé, lèpre destructrice au moins aussi terrible que la Marabounta. Ils avaient tous 17-18 ans à l'époque, l'âge des dérives multiples et potentiellement dangereuses pour toute amitié de longue date. Jean-Pierre Delmas avait organisé pour sa fille chérie le meilleur des bals, en la mettant à nouveau sur un piédestal bien élevé puisque Sissi allait fêter sa majorité à minuit pile, tant pis pour la neutralité traditionnelle du bal. Magnifiquement bien décoré, selon les goûts des Delmas du moins, le vaste hangar désormais recyclé en somptueuse salle des fêtes faisait de l'ombre à toutes les rivales qui avaient pu faire des soirées auparavant, Priscilla Blaise en tête. Tout était prévu de A à Z, le milieu champêtre, le car qui emmènerait-ramènerait les étudiants en toute sécurité. Le cousin de Sissi, un certain Noah, avait été recyclé en barman pour l'occasion et des bières étaient volontiers données à toutes personnes portant un bracelet fluo « Âge Légal », tout ça aux frais de papa chéri bien évidemment. L'après-midi, les jeunes ados avaient côtoyé la famille de la princesse de Kadic le temps d'un repas, avant que les adultes ne migrent vers d'autres lieux pour laisser les jeunes s'amuser en paix le soir. Sur le mur qui faisait face à l'entrée, une pléthore de photos d'Élisabeth mise en scène dans toutes sortes de positions/décors étaient exposées, chacun devant en reprendre une chez lui et découvrir la date soigneusement planquée à l'arrière de chaque cliché. Si un invité recevait par exemple l'inscription Semaine du 22 septembre 2008, il était dans l'obligation (théorique) de se manifester auprès de Sissi à cette période pour exaucer le moindre de ses caprices. Enfin, ce n'était pas exactement formulé comme cela sur le papier d'explication mais c'est cela que ça voulait signifier. Il y avait d'ailleurs tellement de convives présents lors de l'anniversaire que la belle brune se verrait entourée de laquais jusque juin 2010 au moins, ce qui lui convenait parfaitement ! Seule la liste d'invités n'avait pu être discutée, Jean-Pierre Delmas ayant décrété que tout lycéen de Kadic – qu'il soit ancien ou nouveau – était le bienvenu, cela restait le bal après tout.

C'était de toute façon l'Évènement puisqu'elle avait habilement placé sa soirée le dernier jour avant les vacances, en lieu et place du traditionnel bal donc, et après les examens tout le monde était toujours bien content de décompresser. Même Jérémie Belpois était de la partie, entraîné de force par ses amis qui n'en pouvaient plus de le voir ainsi confiné dans sa chambre depuis la fin de l'ère Lyoko. Quant à Yumi, elle était spécialement revenue de sa faculté de droit pour assister à la proclamation de ses anciens compères.

À quel moment tout cela avait dégénéré ? C'est toujours compliqué de déterminer un point précis dans le temps, un petit acte susceptible d'engranger une série d'actions déchirantes poussant un groupe à s'entredéchirer après des années de complicité. Peut-être que cela avait commencé quand Noah avait donné le verre de trop à Ulrich et Yumi ? Peut-être que c'était de la faute de la reine de la soirée, qui avait dragué lourdement son premier amour jusqu'à ce que celui-ci craque au point de l'embrasser ? Selon Belpois, c'était la testostérone de Stern qui avait plongé le groupe dans une guerre sans merci. Selon Aelita, c'était Yumi, avec sa jalousie dévorante, qui était la première responsable de tout ce fiasco. Toujours est-il qu'en moins d'une heure, Delmas et Stern avaient conclu – pour le plus grand bonheur des photographes amateurs présents –, Yumi avait pété sa crise en fracassant son verre de champagne sur le sol et s'était finalement consolée dans les bras d'Odd... qui en avait profité pour l'embrasser. Della Robbia, toujours en chien malgré son avatar de félin virtuel, allait amèrement regretter ce geste. À la sortie du bal, Ulrich, salement éméché et abasourdi devant l'autre couple éphémère du soir, avait immédiatement confronté son meilleur ami. Une bagarre éclata, aussi inattendue que rapide, et Odd, après une énième bousculade d'Ulrich, s'empala littéralement sur un vieux poteau de clôture, le genre d'incident obscur qui ne manquait pas d'arriver en milieu rural. Fin de soirée aux urgences pour le pauvre Della Robbia, poumon droit troué sans oublier d'autres joyeusetés trop intimes pour être mentionnées ici, et retour brut à la réalité pour les autres. C'était le dernier souvenir que Yumi gardait des membres du groupe tous réunis, sans parler de William qui avait carrément changé de bahut peu de temps après son retour sur Terre. Bien sûr, ce n'était pas seulement quelques baisers échangés qui avaient mis le feu aux poudres. Dès son arrivée à la fac, alors que les autres restaient coincés à Kadic, elle avait compris que le temps les séparerait tous. Hormis le secret, ils n'avaient pas grand chose en commun. Aucun d'entre eux n'était compatible avec son prochain, si on prenait vraiment le temps d'y regarder de plus près.

Et voilà qu'aujourd'hui, plus de trente ans après le bal fatidique pour leur amitié, Yumi se retrouvait devant la porte de son ancienne amie, celle qu'elle avait autrefois tant aimée. Son index fut lourd, si lourd au moment de le porter vers la sonnette. Mais il était trop tard pour se rétracter maintenant, la vie de l'un d'eux en dépendait désormais. Une jolie petite musique retentit au moment où la japonaise se décida enfin à presser le bouton, une longue mélodie jouée au piano qui semblait pourtant peu compatible avec le son strident habituellement relié aux sonnettes. Pas de doute, Aelita se trouvait bien dans cette baraque...

Alors qu'elle s'attendait à revoir son amie, enfin, après toutes ces années, ce fut une jeune fille qui lui ouvrit la porte. Dès qu'elle l'aperçut, Yumi remit aussitôt en question le bruit de la douce mélodie qui avait résonné quelques instants plus tôt. Ça ne pouvait pas être la maison d'Aelita. C'était une asiatique, de quinze-seize ans à vue de nez, qui ressemblait comme deux gouttes à Yumi, du moins... à la Yumi d'avant. Des cheveux sombres coupés en carré, des charbons ardents à la place des yeux, des chaussures noires, un legging noir, un chemisier noir,... Le look quasi conforme à une (très) ancienne collégienne de Kadic, ce qui effraya aussitôt la visiteuse. Qui était cette fille qui lui ressemblait tant ? Une fois la stupeur passée, Ishiyama se relaxa quelque peu en constatant qu'elle ne se trouvait pas non plus devant un double parfait. Déjà, l'inconnue était amplement plus maquillée que Yumi à l'époque, lèvres noircies et faux cils au programme. Ensuite, les deux femmes ne partageaient visiblement pas les mêmes origines. Les traits de l'adolescente étaient beaucoup plus proches de ceux des... Vietnamiens, oui c'est cela elle était typée vietnamienne. Et non pas japonaise, ce qui fut un soulagement... Plus Yumi la regardait, plus elle repérait les différences. D'abord, la jeune fille se voulait délibérément gothique, ce que Yumi n'était pas à l'époque. Des petits bracelets en cuir aux pointes acérées et les bagues en crânes ne firent que renforcer cette impression. Ensuite, pour une asiatique, la jeune fille avait des formes assez... voluptueuses. Sans pouvoir être considérée comme grosse non plus, l'ado n'était pas mince mais ça n'avait pas l'air de la complexer, bien au contraire puisqu'elle exhibait son nombril rebondi aussi fièrement que Yumi le faisait à l'époque.

« Kesketuveux » fut à peu près ce que la vietnamienne formula, ce qui décontenança Yumi de prime abord. Que dire ? Elle ne pouvait décemment pas commencer à lui parler de Supercalculateur et autre thème lyokoïque, donc elle commença par le plus simple. Détourner la question pour en poser une autre.

« Je cherche une dénommée Aelita Stones, un vieil ami en commun m'a dit qu'elle habitait ici... Est-ce que vous avez une idée de l'endroit où je pourrais la trouver ? A-t-elle déménagé ?
— Elle n'est pas là, grogna la jeune fille, bien décidée à se débarrasser de l'intruse. Pas la peine de repasser. »

La gothique voulut refermer la porte mais Yumi l'en empêcha, de cette bonne vieille technique de la chaussure calée dans l'ouverture. La jeune fille força, torturant un bref instant les orteils de la japonaise, qui hurla presque pour faire entendre raison à la jeune fille : « C'est important, je dois vraiment la voir, c'est une question de vie ou de mort !! » Elle avait utilisé des termes forts, qui ne firent néanmoins pas plier la vietnamienne. Alors qu'elle forçait toujours et que la japonaise fut sur le point de renoncer, une autre voix se fit entendre. Masculine celle-là.

« Tina, laisse-la entrer... »

Au son du timbre dégagé, la japonaise se figea. Elle savait qu'il devait être là pourtant mais c'était un réflexe, plus fort qu'elle. Elle se remémora en un instant toutes les fois où cette voix s'était avérée être un véritable danger, pour elle, pour Aelita, pour eux tous. Cette fois, c'est elle qui voulait quitter les lieux. Au plus vite. Yumi ne s'était pas assez préparée mentalement à la rencontre, trop tôt pour se revoir, beaucoup trop tôt. Après avoir fait un pas de recul instinctif, la quadragénaire laissa tomber son sac à main, étalant un tas d'affaires personnelles sur le sol. Du rouge à lèvres, un amas de cartes de fidélité, des clés contenues au sein du rond en métal transperçant le ventre d'une figurine Pikachu, une petite boule à neige qui réussit à survivre miraculeusement à la chute... contrairement au thermo à café qui explosa au sol, répendant ainsi un liquide acre sur les dalles bien poncés du parvis de la maison. Ce qui devait arriver arriva, Yumi glissa sur le breuvage qui aurait pourtant dû finir dans sa vessie... et son crâne vint heurter lourdement la marche du perron.


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Il est toujours désagréable d'émerger d'un trou noir. Pendant un divin instant, Yumi avait tout oublié. Sa mission, son ami en péril, cette voix qui l'avait tant surprise,... Mais il était à nouveau temps de faire face à la réalité. À son réveil, elle put constater qu'elle se trouvait dans une pièce savamment éclairée par la lumière du jour et qu'un doux parfum flottait dans l'air, sans doute celui d'un encens quelconque. Le plafond était agréablement ornementé de toutes sortes de symboles plus ou moins sphériques, voire cubiques dans certains cas. Les couleurs des murs étaient vives, il y avait à la fois du rouge, de l'orange et un jaune plus pâle mais une fois ces tons combinés cela donnait un rendu tout à fait correct, même plutôt chaleureux. Le feu de bois ronronnait dans un coin et faisait face à une immense baie vitrée qui donnait vue sur un jardin incroyablement bien aménagé, avec des plantations par niveaux un peu à la façon des rizières balinaises, et une flopée de variétés végétales se côtoyaient sans doute là au gré des saisons. La télévision était encastrée dans le mur, reliée à diverses consoles sur lesquelles étaient posées les CD de très vieux jeux tels que Dark Souls V, Fifa 2028 ou encore l'ancêtre des ancêtres Super Mario Galaxy 4. Seule source de désordre dans cet havre de paix, la large table basse du salon sur laquelle traînait tout un tas de trucs. Yumi voulut tout analyser comme à son habitude et lista à peu près ceci : une paire d'écouteurs usés au possible, un paquet de cookies fourrés à moitié entamé, une bouteille Volvic Juicy fraise encore remplie, un baffle Noonday gris ébréché au niveau du coin supérieur droit, un dictionnaire français-coréen, une horde de plans représentant Dieu sait quoi, un bol de cocopops véritablement noyés dans un liquide blanchâtre, un gobelet réutilisable frappé du logo Greenpeace, des fluos de toutes les couleurs existantes (il y en avait même un mauve !), une série de comics avec des flingues en couverture et une pile de comprimés Xanax contenus en flacon, dernier élément relevé qui ne rassura pas Yumi, bien au contraire. La japonaise tâta du bout des doigts son crâne meurtri, elle sentit une fameuse bosse poindre au milieu du front mais aucune goutte de sang à déplorer. C'était toujours ça de pris, elle allait vite s'en remettre.

« Nous parlâmes longuement , ma voix tremblait, nos regards se croisèrent, il posa sa main sur ma cuisse, un frisson me parcourut l'échine, je sus que c'était lui que j'attendais... C'est de moi que tu parles ainsi ma chère Yumi ? »

Aussitôt, la japonaise se redressa sur son fauteuil, manquant de perdre l'équilibre à nouveau. Le nouvel arrivant contourna la table du salon pour la rejoindre, lui tendant avec un petit sourire le petit carnet noir dans lequel elle consignait toutes ses notes. Il était impossible de ne pas le reconnaître, il avait beau avoir recoupé ses cheveux et pris un peu de poids, son visage de petit voyou éternel était resté identique. Il était vêtu d'un jogging sombre, d'un pull beige taché de sauce bolognaise au niveau de la poche ventrale et d'une casquette noire striée d'une multitude de lignes verdâtres. Aussi agaçant que cela puisse paraître, William venait de refaire surface dans la vie de Yumi... ou peut-être était-ce l'inverse ? L'ex Xana-guerrier se tenait droit comme un i devant son ancien amour, plus en chair et en os que ça tu meurs. Avec certes vingt kilos et une bonne tête en plus qu'auparavant, mais c'était bien Dunbar, aucun doute là-dessus.

« Je vois que tu n'as rien perdu de ton sens de l'humour légendaire, grinça la japonaise en récupérant son carnet. Tu devrais pourtant savoir que ce n'est pas poli de fouiller dans le sac d'une dame.
— D'une dame ? s'amusa-t-il en la scrutant de son regard de braise. L'adjectif vieille devrait être accolé à ce nom...
— Salaud, murmura Yumi qui ne put néanmoins s'empêcher de rire intérieurement face à la plaisanterie.
— Tu n'as pas l'air si surprise de me voir ici... malgré le sacré bout de temps qui a passé depuis notre dernière rencontre.
— Tu oublies que j'étais invitée à votre mariage, répliqua la quadragénaire d'une voix sèche. Je n'ai d'ailleurs jamais su si ta chère et tendre m'avait envoyé le carton par politesse ou simplement pour me surprendre au plus haut point.
— Les deux j'imagine, répondit le ténébreux dont les yeux commençaient quelque peu à se voiler, sans doute plus tournés vers le passé que le présent. C'est quand la dernière fois qu'on s'est vus nous deux ? Kadic ?
— Ça doit être ça... mais bon j'ai fini par m'installer définitivement en Provence, on ne risquait pas de se croiser par hasard au coin d'une rue ou au supermarché... Je suppose que de ça aussi tu es au courant ?
— Je l'ignorais, avoua Dunbar qui commençait à remarquer les petites rides du visage autrefois si lisse de la japonaise. Je pensais que t'étais toujours au Canada mais bon, autant te dire qu'on ne pense pas souvent à toi ici. »

Cette remarque blessa Yumi. Pourtant, elle était légitime. L'époque glorieuse des Lyokoguerriers était bel et bien révolue. Ils avaient tourné la page. Odd aussi. Quant à Ulrich... disons qu'il est sans doute plus facile de tout oublier une fois les six pieds sous terre. Yumi, elle, était parvenue à faire table rase de tout ça il y a un certain temps... mais le passé avait refait surface de la plus sournoise des manières.

« Et la fille qui m'a ouvert la porte, c'est...
— Tina oui. Notre fille adoptive.
— Jérémie m'avait parlé de ça, concéda Yumi, mais j'ignorais qu'elle était... euh asiatique elle aussi.
— Crois-moi qu'Aelita a tout fait pour qu'elle ne te ressemble pas. Mais on ne choisit pas toujours les goûts de ses ados... Elle est encore plus insupportable que toi, je dois bien l'avouer.
— Elle a quel âge ? demanda Yumi qui évita délibérément de relever la remarque désobligeante.
— 17 ans, et sa période de révolte n'est toujours pas passée. Ce n'est pas tous les jours facile ici... »

Yumi avait beau le regarder, essayer de se persuader qu'il avait changé, il ne comprenait toujours pas ce qu'Aelita faisait avec lui... Selon Jérémie, c'était prévisible. Ishiyama, elle, n'avait rien vu venir. De ce qu'elle en savait, les deux jeunes gens s'étaient retrouvés peu après qu'Aelita soit entrée à l'ENSAPB, l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Paris-Belleville. William, dans son très long cursus scolaire post-Kadic, avait lui aussi atterri là. Les deux êtres ayant le plus souffert de la période post-Lyoko n'étaient-ils pas voués à se retrouver ? Le ténébreux avait toujours du mal à se remettre de la période Xana et Aelita ne se pardonnait pas d'avoir indirectement condamné son père. À l'époque, toute la bande avait totalement tourné le dos à William, sauf la fille de Waldo qui continuait encore et toujours de lui demander des nouvelles par textos. Ce n'était donc pas totalement par hasard qu'il s'était inscrit dans la même école qu'Aelita... Ce lourd secret, cette possession par Xana, il avait besoin d'en parler, de crier sa douleur à la terre entière. Mais le problème, c'est qu'il ne pouvait se confier à personne. S'il en parlait à ses parents, ils l'auraient aussitôt interné. Ses quelques "potes" l'auraient pris pour un mytho et les psys n'en parlons même pas, il savait mieux que personne ce que ça valait véritablement ce genre de thérapies...

Même si elle s'était montrée sympa avec lui par écrans interposés, William pensait véritablement qu'Aelita allait copieusement l'éviter en découvrant qu'ils se retrouvaient dans la même école. Mais pas du tout. Ne connaissant personne d'autre et étant très différente des gens de son école qui ne pensaient qu'à réussir leurs études, Aelita s'était naturellement rapprochée de William. Elle n'était plus avec Jérémie depuis la terminale et il fallait bien avouer que le doux confort d'une relation amoureuse lui manquait. Elle s'était alors rendue compte qu'avec son ex rien n'avait été serein. Il l'aimait pour ce qu'elle représentait, une muse idéalisée coincée dans un ordinateur soit le fantasme ultime du geek, et non pas pour ce qu'elle était véritablement. Mais le problème, c'est qu'elle ne connaissait pas sa vraie personnalité. Après tout, on lui avait volé son enfance et elle n'avait pas pu se construire comme n'importe quelle jeune fille. C'est avec William qu'elle réalisa qu'elle aimait plus qu'elle ne voulait se l'avouer l'adrénaline et le danger. Car c'est uniquement cela qu'elle avait connu dans sa vie, que ce soit sur Lyoko ou sur Terre. Le quotidien ne lui convenait pas, il lui fallait plus, beaucoup plus. Et Jérémie fut extrêmement déçu. Il s'attendait à une telle réaction de "manque" chez un épicurien comme Odd, à la rigueur chez ce casse-cou d'Ulrich. Mais il ne pensait certainement pas voir Aelita commettre de tels « dérapages » comme il nommait les différentes expériences de la jeune fille. Pour lui, se détourner de la Science au profit de l'architecture était déjà un crime. Mais alors, quand elle avait commencé à poursuivre sérieusement son passe-temps de DJ, sillonnant les boîtes pour se faire connaître, Jérémie avait carrément cessé de lui adresser la parole... tout en continuant à alimenter son compte bancaire, en espérant sans doute un changement qui n'arriva pas. Jérémie avait perdu l'amitié d'Aelita. Mais pas William, c'était même l'exact inverse qui se produisait. Ça lui plaisait à Dunbar de découvrir cette facette d'Aelita qu'il ne connaissait pas, sa nouvelle façon de vivre à l'improviste, ce « je m'en foutisme » total en classe – jusqu'à rater sa première année – pour laisser place nette à toutes ses envies ! Si elle n'était désormais plus considérée comme une intello dans sa branche et que les ex-Lyoguerriers la méprisaient pour tout ce temps passé avec l'ennemi, Aelita était au moins remontée dans l'estime de William.

En peu de temps, ils ont tout essayé, les expériences les plus folles et les voyages organisés en dernière minute, comme la fois où le ténébreux avait subitement emmené sa belle à Sidney, rien que pour être parmi les premiers à fêter le nouvel an. Le père de William, qui avait toujours été riche, lui filait un tas d'argent dingue pour toutes ces prétendues thérapies que Dunbar Junior ne suivait plus depuis longtemps. Au fond, ses parents le savaient très bien mais ils considéraient qu'explorer le monde avec une fille aussi rayonnante qu'Aelita restait sans doute le meilleur traitement face à toute éventuelle rechute psychiatrique. De son côté, la jeune fille refusait de se faire entretenir. Dès qu'elle avait un peu de temps, elle bossait comme serveuse, vendeuse, et même boulangère pour ne plus dépendre de l'approvisionnement financier de Jérémie. Elle ne savait d'ailleurs toujours pas d'où celui-ci provenait exactement et elle soupçonnait Belpois de voler d'une manière ou d'une autre les plus riches pour donner aux pauvres, c'est-à-dire à elle. Une fois sa première année ratée – notamment suite à toutes les heures de job accumulées –, Aelita ne fut pas perdante sur tous les points car elle envoya un message très explicite à Jérémie, le prévenant qu'elle refuserait désormais tout versement de sa part. Ce fut leur dernier contact, Belpois ne pris même pas la peine de répondre. Pour le reste, Yumi n'en savait pas beaucoup plus car tout ce qui précédait, c'était ce que Jérémie avait bien voulu lui confier. Et cela faisait bien dix ans qu'elle n'avait plus du tout entendu parler de Aelita et encore moins de William ou de leur fille.

« Pourquoi avez-vous adopté ? »

Cette question résonna dans le salon, laissant William un peu perplexe. Soupirant, il prit place sur le canapé aux côtés de son ancienne alliée. Il ne s'attendait visiblement pas à ce que Yumi entre directement dans le vif du sujet.

« On n'arrivait tout simplement pas à avoir d'enfant. Les médecins n'ont jamais pu déterminer qui était responsable, elle ou moi ? Qui d'entre nous pouvait bien être l'arbre stérile ? Je l'ignore toujours à l'heure actuelle. Mais un point nous a frappés tous les deux alors qu'on se torturait les méninges à essayer de trouver à quel endroit ça pouvait clocher. Aelita était persuadée que son appareil reproducteur ne s'était pas correctement développé puisqu'elle avait passé le temps terrestre de son adolescence sur Lyoko.
— Ouh là, elle a été chercher loin, fit remarquer Yumi. Tu veux dire qu'intérieurement... elle aurait cessé de grandir une fois le Supercalculteur éteint pour la première fois ? Au niveau de ses organes, tout ça ?
— C'est ce qu'elle pense, mais qui sait si cette possession par Xana ne m'a pas rendu moi aussi stérile... Du coup, on s'est résignés à adopter. Jen, la meilleure amie d'Aelita – Yumi frémit à cette mention qui lui revenait de droit autrefois –, était partie pour un séjour humanitaire s'occuper d'enfants orphelins au Vietnam, elle nous envoyait des clichés tous les jours... et quand on a vu Tina, on a fini par craquer. Elle avait déjà cinq ans à l'époque. Elle est arrivée en France, on l'a aussitôt accueillie comme si c'était notre propre enfant. Pas à pas, erreur après erreur, nous nous sommes habitués à notre vie à trois. On pensait que c'était fini, que notre schéma familial était définitivement gravé dans de la roche bien dure pour le restant de nos jours. Et puis, notre petit miracle est arrivé...
— Un miracle ? s'étonna Yumi. De quoi parl... »

La japonaise n'eut pas le temps de finir, la porte d'entrée venait de claquer et un pas rythmé par le bruit des talons claquant sur le carrelage confirma l'arrivée imminente d'un nouvel arrivant. Ou plutôt d'une nouvelle, vu les talons.

« Chéri, je suis rentrée... T'as été acheter les poivrons pour le dîner comme je te l'avais demandé ? »

Yumi resta paralysée quelques secondes, là sur le canapé assise à quelques centimètres de William seulement, elle se sentit soudainement nue comme un ver, comme si elle était en train de commettre un acte répréhensible alors que ce n'était pourtant pas le cas. Dans quelques secondes, son ancienne amie entrerait à son tour dans le salon. La reconnaîtra-t-elle aussi rapidement que William ? Avait-elle changé elle aussi ? Est-ce qu'elle n'allait pas la chasser de la maison après tout ces ressentiments accumulés au fil des ans ?

Le parfum fruité d'Aelita se fit sentir avant même qu'elle ne pénètre dans la pièce, Yumi se souvint avec nostalgie de cette odeur avant d'avoir finalement sa vieille amie en visuel. Et la métamorphose était si énorme que si son odorat n'avait pas confirmé que c'était Aelita, Yumi en aurait douté. La bouille si vive et fraîche de la jeunesse avait laissé place à un visage cerné au possible. La peau n'était plus si parfaite, des petites ridules apparaissaient désormais au coin des yeux, sur son front et une sorte de brûlure avait marqué sa joue gauche à tout jamais. L'empreinte du temps s'était donc fait sentir, sauf sur son allure élancée au possible, Aelita avait réussi à maintenir sa taille de guêpe malgré l'effeuillement des calendriers. Mais ce qui était le plus choquant, c'était sa teinture, qui gommait totalement l'aspect si caractéristique de la Aelita que Yumi connaissait. Elle avait opté pour un ton plutôt blond vénitien – rousse sans vraiment l'être pour le dire autrement – et ses cheveux se concluaient en une longue tresse qu'elle laissait reposer sur son épaule droite. Il y a pas à dire, malgré les traits un peu vieillis sans doute aussi suite à la fatigue du moment, elle restait une très belle femme. Élégamment vêtue et plutôt bien maquillée notamment avec ce rouge à lèvres qui lui dessinait une bouche sensuelle au possible, Aelita faisait indéniablement partie de ces femmes qui présentaient bien, à qui on avait envie de faire confiance, qui savait comment se mettre en valeur. Beaucoup plus que Yumi au même niveau par exemple.

Quand elle aperçut la personne qui se tenait à côté de son mari, Aelita s'immobilisa mais ne sembla pas si surprise. Comme si elle s'attendait à ce qu'un membre de la bande puisse surgir à n'importe quel moment, chez elle, dans ce cocon familial qu'elle s'était battue pour construire tout en maintenant une chaleur ambiante, du moins jusque récemment. En réalité, Aelita se sentait tellement redevable envers Odd (qui était passé à côté de sa jeunesse pour elle), Yumi (qui lui avait appris toutes ces « choses de la vie » à son arrivée à Kadic), Ulrich (qui s'était montré loyal jusqu'au bout, bien qu'il ne soit désormais plus de ce monde), William (qui avait payé un bien lourd tribut pour s'être engagé dans un combat qui n'était pas le sien à la base) et bien entendu Jérémie (à qui elle devait tout) qu'elle leur aurait même confié un double des clés de sa propre maison si elle en avait eu l'occasion... mais l'âge adulte les avait divisés, encore plus sournoisement qu'une équation alambiquée. Malgré les erreurs passées, Aelita s'était efforcée de ne garder aucune rancune (même envers son ex petit-ami) et elle avait fait le serment de laisser une chance à celui, celle, ou ceux qui voudraient reprendre contact avec elle, sans toute fois faire le premier pas. William était dans la même optique, même s'il gardait un peu de rancœur, surtout envers Jérémie qui leur avait mené la vie dure au moment où les sentiments avaient commencé à éclore. Ça ne surprenait donc pas tellement le couple de revoir Yumi, surtout avec ce timing... ils l'espéraient un peu à vrai dire. C'était encore celle avec qui les rapports s'annonçaient les moins compliqués, tandis que Odd et Jérémie s'étaient montrés véritablement odieux par le passé, faisant part d'une hostilité certaine envers cet amour naissant. Une haine bien ancrée chez les deux garçons qui cachait sans nul doute une jalousie maladie mais aussi une profonde affection pour Aelita, pas assez pour faire abstraction de William malheureusement.

« Tu viens nous présenter tes condoléances je suppose ? »

Yumi fut abasourdie. Elle avait imaginé mille et une premières phrases que son ancienne meilleure amie aurait pu prononcer mais certainement pas celle-là.


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Les deux filles s'étaient isolées dans la chambre d'Aelita. Elles avaient beaucoup de choses à se dire, sans doute trop, mais elles manquaient de temps, cette denrée précieuse qui leur filait cruellement entre les doigts plus sournoisement encore que le sable d'un sablier truqué. Yumi avait posé sur ses genoux le cadre photo de la famille Dunbar au grand complet. Quatre membres... Désormais, il en manquait un à l'appel. Le plus jeune. Et le vrai héritier génétique par la même occasion.

« Je ne savais pas que vous aviez eu un enfant, finit par déclarer Yumi, visiblement sous le choc. Enfin, pour Tina je savais, disons plus ou moins... Mais tu n'étais pas stérile ?
— Faut croire que les miracles existent... Je l'ai eu tard, on n'y croyait plus. Il était si beau Yumi, différent mais beau... »

Fauché par une bagnole. Délit de fuite. Conducteur introuvable. Un mois et dix jours plus tôt. Du moins c'est ce qu'avait dit William au moment des explications. Putain, la vie était quand même injuste. Voyant que la japonaise était incapable de partager le deuil d'un jeune garçon qu'elle n'avait même pas connu, Aelita préféra changer de sujet. Ils avaient parlé de mort pendant une heure, il était temps de faire place à d'autres... préoccupations. Car le sujet suivant n'était pas très joyeux lui aussi.

« Tu as eu des nouvelles d'Odd dernièrement ? tenta la fille de Hopper, désireuse de briser le silence gênant qui s'était installé.
— Un peu, c'est le seul de la bande à qui j'ai parlé en deux ans pour être honnête...
— Bah, et Jérémie ? Vous avez coupé les ponts ?
— C'est compliqué Aelita, c'est compliqué...
— Comme toujours, rétorqua l'architecte en fouillant dans le tiroir central de sa table de nuit et, après avoir trouvé ce qu'elle cherchait, tendit à Yumi ce qui semblait être une lettre. Tiens, lis. Odd m'a envoyé ça juste avant que ce chauffard percute notre fils. Je dois t'avouer avec le recul que le timing nous chipote un peu.


Mes chers amis,

Cette année était ma vingt-huitième année de guindaille intempestive et je crois que c'est celle de trop. Avant je me fondais parfaitement dans la masse et dans les délires "plus vraiment étudiant mais encore dans le coup". Je trouvais ça drôle de sortir plus de 4x/semaine, de boire tout le temps, d'avoir des histoires de merde à raconter : "Mec tu sais pas qui je me suis fait" ; "J'étais arraché hier, grosse soirée". Et puis je ne sais pas ce qu'il s'est passé cette année mais j'ai eu un déclic et honnêtement cette vie ne me fait plus rire du tout. C'est tellement stupide comme mentalité et je n'avais pas conscience de mon comportement... si ridicule, indigne de vous. J'ai fait énormément de conneries en me répétant : « On a qu'une vie après tout alors on profite ». Là j'ai bientôt cinquante ans, je réalise que ça fera la dixième année que je chôme l'an prochain et qu'est ce que j'ai accompli ?

Rien.

J'ai fait énormément d'erreurs que je croyais justifiables sur le moment mais maintenant je me rends compte de ma perte. Je me rends compte que boire jusqu'à plus soif avec mes potes camés jusqu'à la moelle, s'emballer le plus de meufs possible en boîte pour recevoir des gommettes dans le but d'aller toujours plus haut dans le classement, aller à toutes les festivités possibles pour connaître un max de monde, tout ça n'en valait pas la peine. Vraiment pas.

Au final les potes que j'ai pu me faire ne sont que des potes, pas des amis. Toutes les filles rencontrées ne valent pas mon premier vrai amour que j'ai quitté comme un gros con. Les heures perdues en gueule de bois me détruisent peu à peu.
Bref, si c'était à recommencer, j'y réfléchirais à deux fois...

Je suis désolé d'avoir été un bien piètre ami. Vraiment. Je suppose que l'on n'échappe pas à sa destinée mais il n'est jamais trop tard pour se racheter. Recommencer sur de nouvelles bases, moins tangibles et érodées par le temps. Je voudrais juste avoir une seconde chance, et j'espère que tu me l'accorderas, même si je ne la mérite sans doute pas... Malgré toutes mes conneries, je n'oublie pas ce que nous avons pu partager ensemble et j'espère que tu t'en souviens toi aussi, assez pour répondre positivement à cette lancinante requête.

Quand est-ce que tu lances un ultime retour vers le passé Aelita ?



« Qu'est-ce que tu lui as répondu ? demanda la dernière des Ishiyama, un brin confuse par tout ce qu'elle venait de lire.
— Rien, j'ai juste totalement esquivé le sujet en lui reparlant le soir même comme si de rien n'était. Peut-être qu'il pense même que la lettre s'est perdue, que je n'ai jamais reçu ces mots de désespoir... À ce temps-là, avant le drame, j'étais heureuse tu sais. William aussi. Nous n'avions aucune raison de vouloir revenir en arrière... mais maintenant, après tout ce qu'il s'est passé... Je commence vraiment à me demander si tout effacer n'est pas ce qu'il y a de mieux pour moi, pour William, pour Odd, pour nous tous en fin de compte.
— Ne parle pas en mon nom, s'insurgea Yumi qui sentait ses joues s'enflammer de colère. Moi j'ai ma vie, mon mari, mon boulot ! Je n'ai jamais été nostalgique, jamais tu m'entends ! Revenir en arrière ne ramènera pas ton fils Aelita ! Pas plus que ça changera quelque chose au destin d'Hiroki ou même d'Ulrich ! On ne joue pas avec la mort Aelita, jamais, car c'est toujours elle qui gagne à la fin.
— Tu n'en sais rien, siffla la mère de famille en attrapant d'un coup sec la lettre d'Odd, manquant de la déchirer. Si j'ai une chance, une seule, de pouvoir revoir mon fils un jour... tu ne peux pas me demander de le laisser tomber. Quel qu'en soit le prix à payer, même l'effacement de ta vie si parfaite, je serai prête à sacrifier n'importe quoi. Si j'ai l'assurance que cela peut me permettre de le revoir, je te jure bien que je signe dès demain sans aucun remord.
— Tu n'as justement l'assurance de rien du tout, protesta la japonaise. Pour ce que j'en sais, tu l'oublieras même et il sera totalement absent de ton passé ! C'est vraiment cela que tu veux ?
— Au moins, la douleur partira... Mais si cela peut te rassurer, ni William ni moi ne sommes prêts mentalement à rallumer le Supercalculateur... Il faudra du temps, du moins encore un peu. Quelques jours, semaines, ... mais cela finira sans doute par arriver Yumi. Autant que tu le saches.
— C'est trop tard Aelita... Bien trop tard. La machine infernale a déjà été remise en action... et nous sommes en train d'en subir les conséquences. Une tour a été activée. »

La nouvelle aurait totalement dû amortir Aelita, pire qu'un boomerang dans la gueule ou qu'un cocktail agrémenté de LSD. Mais la rousse ne réagit pas. Pas la moindre parole, pas le moindre geste, pas même le moindre battement de cil. Yumi crut l'espace d'un instant que son amie s'était mis sur Pause, que la fougue qui l'animait avait soudainement cessé de flamber. Mais ce n'était pas le cas, l'annonce de Yumi était tout simplement... dénuée de surprise. Bien sûr que X.A.N.A était revenu, il n'était évidemment pas mort, jamais, c'était si... prévisible. Depuis la mort de son fils Basile, la chair de sa chair, Aelita sentait tout au fond d'elle-même que quelque chose puait dans cette histoire. Presque comme si la Terre s'était arrêtée de tourner au moment du deuil, à l'instant où ce conducteur fantôme avait percuté le jeune garçon aux yeux si particuliers. Quand on lui avait annoncé, quand ces inconnus étaient venus à sa porte pour détruire sa vie à jamais, Aelita avait immédiatement pensé à ce nom. X.A.N.A. Quatre lettres qu'elle s'était pourtant jurée d'oublier. La mère de famille n'avait pas parlé de ses doutes à William. Elle refusait de le plonger à nouveau dans ces tourmentes, dans les limbes du tourbillon d'hallucinations nocturnes dont il avait été victime pendant bien trop longtemps. Du coup, elle s'était contentée d'espérer. Que l'histoire s'arrête là. Que le programme multi-agent soit bien détruit à tout jamais. Que personne ne se présente à nouveau à sa porte avec une terrible nouvelle aux lèvres. Mais Yumi avait brisé cet aveuglement prémédité, cette "résurrection" qu'elle voyait venir de loin mais qu'elle n'avait pas voulu contrer.

« Pourquoi tu ne l'as pas dit directement ? reprocha Aelita en adressant un regard glacial à son ancienne amie. Tu nous as fait perdre de précieuses minutes... Il est en route, un putain de piège est sans doute posé devant notre porte ou ma fille est... Mon dieu, Tina ! »

Aelita se leva précipitamment, un air soudain affolé sur le visage, mais la japonaise la retint aussitôt par le bras. Elle ne lui avait pas encore tout dit...

« Ce n'est pas X.A.N.A qui est à l'origine de cette attaque Aelita. C'est... Jérémie. »

Là, la quadragénaire devint si pâle que Yumi crut l'espace d'un instant qu'elle allait s'évanouir. Mais non, elle tenait bon. Belpois, son ex, son sauveur et son bourreau à la fois, ça ne pouvait pas être pire que cette ombre noire dévastatrice...

« Il n'est pas au Japon ? Il était pourtant parti avec toi à l'époque et tu étais revenue seule... Le pays de la modernité, propice aux ambitions de Jérémie qu'Odd me disait ! Qu'est-ce que vous me cachez Yumi ? Pourquoi avez-vous rallumé le Supercalculateur ?
— Tu ferais mieux de prévenir Odd, rétorqua la japonaise en croisant les bras, furax d'être accusée de la sorte. Je t'expliquerai tout après mais il faut qu'il soit au courant pour la tour lui aussi. J'ai essayé de le joindre en venant mais pas de réponse et la batterie de mon portable est morte maintenant.
— Tu me promets de tout me dire ? s'enquit Aelita, la lèvre inférieure torturée par ses dents inquiètes.
— Dès qu'il sera à nos côtés, assura Ishiyama. Mais j'ai besoin de lui... on a besoin de lui. On ne sera pas trop de trois pour découvrir ce qu'il se passe, hors de question d'impliquer William je te préviens déjà. Odd, lui, manque d'action dans sa vie, il risque d'être le seul réjoui par cette situation d'ailleurs.
— Je comptais bien ne pas en parler à Willy, confirma la rousse. On va appeler Odd par Skype, il répondra plus vite là que sur son téléphone qu'il perd toutes les semaines. »

Par chance, l'ordinateur portable de l'architecte se trouvait juste en dessous du lit et après avoir tapé à vitesse grand V le mot de passe pour déverrouiller sa session, la page Skype s'afficha par magie, comme si elle attendait déjà ses utilisateurs.

« Tu étais justement sur Skype ? demanda Yumi d'un air légèrement soupçonneux.
— J'ai un contact régulier, assura la rousse sans en dire davantage. »

Elle clique aussitôt sur le profil de Della Robbia (qui avait pour pseudo strembow6) et enclencha l'appel visuel. L'écran adopta cette teinte bleu nuit si particulière tandis que la sonnerie habituelle résonnait dans la pièce. L'image du profil d'Odd s'afficha, Spyro dans toute sa splendeur, tandis que la partie du dessous renvoyait les mouvements de deux visages aux sourcils froncés et à la mine soucieuse. Après cinq sonneries, Odd décrocha... mais n'apparut pas à l'écran.

« Odd, tu m'entends ? rugit Aelita. Tour activée, je répète, tour activée, magne-toi les couilles car on aimerait aller à l'usine au plus vite ! »

Y a pas à dire, Aelita avait bel et bien changé pour employer un langage pareil... Odd ne répondit pas mais une sorte de gargarisme se fit entendre, un peu comme s'il venait tout juste de finir de se brosser les dents.

« Odd ? essaya Yumi. Je sais que Aelita ne te l'a pas annoncé avec beaucoup de tact mais... tu savais que ça pouvait arriver. »

Le noir toujours, et le gargarisme qui perdurait, quoique s'affaiblissant quelque peu.


« Odd, est-ce que tu pourrais te manifester ? s'agaça Aelita. C'est pas drôle du tout, on est pas en visuel débile comme on pouvait le faire autrefois. »

L'écran s'emplit soudainement de lumière, la webcam s'étant finalement enclenchée... ce n'était pas Odd à l'autre bout, mais bien sa fille. Lola, ravissante en temps normal mais répugnante à l'heure actuelle. Du rouge partout, des lambeaux de chair sur les joues et des habits lacérés de toutes parts. Le bébé semblait recouvert de viscères et fixait les deux filles terrorisées avec un semblant de curiosité dans le regard... qu'Aelita crut voir briller d'un symbole bien connu. Yumi ne l'avait pas vu, Aelita si. Soit c'était la terrible vérité, soit c'était l'abus de Xanax et autres comprimés qui lui jouait des tours à nouveau...

« Ma chère Yumi, tu ne sais donc pas qu'il n'est jamais bon de déterrer le passé ? »


À suivre - Belpois va très bien (et Odd aussi)
  Sujet: [Fanfic] White Mustang  
Minho

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Lun 04 Déc 2017 15:40   Sujet: [Fanfic] White Mustang
WHITE MUSTANG

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PROLOGUE : Déments projets d'un visionnaire expansif


Spoiler


Entrons directement dans le vif du sujet, comme ça tu ne pourras pas prétendre que tu n'avais pas été prévenu visiteur !

Attention donc, âmes sensibles s'abstenir. Les actes atroces décrits dans le coin relèvent de l'insoutenable. Quiconque avec un scintillement de conscience ou un minimum de décence détournerait le regard dès à présent. Nos journaux se taisent, préférant les petits faits divers concernant l'épicier du coin ou le crash routier de la semaine dernière. Que faire ? Mais que faire nom de dieu ?! Le monde est devenu un enfer lubrique, lucratif pour une minorité de démons mégalomanes, où chacun tente de sauver sa peau aux dépens des autres. La bonne conscience est le prétexte idéal pour continuer à se la couler douce, et à continuer la politique de l'autruche (sauf que le sol aujourd'hui a été remplacé par un écran plasma, une radio ou un magazine d'information). À qui profite ces crimes inqualifiables perpétrés sur tous les continents et que nos sous-hommes politiques approuvent en agissant que sur des problèmes secondaires sans importance pour le plus grand profit des industriels et des marchands d'armes, les maîtres à penser des gouvernements sous l'emprise du dollar tout-puissant ? Pleurer toujours ? Crier encore ? Il est grand temps de se rendre compte que la connaissance est une nécessité tandis que la compréhension est la finalité. Et dire que nous continuons à faire de l'Art ou de la Littérature dans un univers fantasmé par une caste régnante dégénérée, comme si les enfants de la terre avaient encore de beaux jours devant eux. Les enfants de qui d'abord ? Les enfants de l'or et du sang versé, des mines de diamants et de l'uranium enrichi ? Réfléchir, c'est avant tout commencer à désobéir...

Mon ami, c'est à toi que je m'adresse en priorité. Je sais qu'en lançant un tel appel à l'aide, tu espérais que quelqu'un te donne LA solution miracle, le remède pour passer outre cette mauvaise passe. Je suis désolé de t'apprendre que tu ne trouveras rien de plus qu'une compassion virtuelle en ces lieux, peu importe la valeur que tu lui accordes. Ça va commencer simplement, comme une fleur qui se fane car c'est l'ordre naturel des choses, tu vas te retrouver peu à peu paralysé par des angoisses et une anxiété que tu n'avais évidemment jamais ressenties auparavant. Au point de limiter tes déplacements, tu finiras par te mouvoir uniquement pour des raisons d'extrême nécessité, comme l'espionnage quotidien de la voisine sous la douche ou la première bière du matin. De sombres pensées vont emplir peu à peu ton être tout entier d'une léthargie poétique, d'une solitude noire qui s'inscrira en toi de manière irréversible comme la nicotine de ta première clope. Es-tu vraiment prêt à dompter le spectre de la dépression post-virtuelle ? De la culpabilité que tu porteras toute ta vie, celle d'avoir ôté définitivement le précieux souffle d'un enfant dans la force de l'âge ? De passer du statut d'un gars sans histoire au criminel dont tout le monde parle ? Pourtant, les criminels sont vraiment des gens normaux après tout. Un meurtrier par exemple a pour seule action de tuer quelqu'un pendant quelques minutes… voire moins. Pour le reste de son temps libre, c'est peut-être carrément le Gandhi de son quartier ! Des cadavres, il y en a juste partout en vrai. Qui se doute, en foulant le tarmac de la cour de récré kadicienne, qu’il longe en réalité des centaines d’anciennes tombes ? Deux cimetières militaires, tombés dans l’oubli depuis des centaines d'années, se tenaient à l'endroit précis où s'est érigé le fameux collège-lycée, bâtiment qui contenait au moins un ado qui avait buté quelqu'un sans que personne ne soit au courant.

Mais bon, qu'est-ce que ça change dans le fond ? Les tueurs sont tout à fait comme toi et moi, pourvus de deux bras et dix doigts de pieds, ceux qui disent le contraire sont des menteurs. De toute façon, tout le monde ment en ce bas-monde. Disney ment aux filles, le porno ment aux garçons et tout le monde est content car une belle illusion vaut toujours mieux qu'une vérité purulente, dégoulinante de ce pus si jaunâtre qu'est le quotidien. Être confronté à la réalité brute, c'est douloureux. Je me suis retrouvé dans le noir total, à douter de tout et de rien, à rester dans mon monde aveuglé par les choses de la vie, et tu es parvenu, en une seule soirée à me rappeler ce que c'est de vivre la vie. En un seul weekend, t'as réussi à me montrer que le contraire de vivre c'est de ne pas se risquer, et que les remords c'est uniquement pour ceux qui veulent vivre dans la peur de réessayer. T'as pas changé depuis le début, tu es resté fidèle à toi-même Jérémie, toujours là pour ceux qui en ont besoin, à faire des plans sur la comète, à rendre certains aspects de la vie beaucoup plus solubles, à faire rire même quand le moment est difficile. Je ne te rédige pas une déclaration d'amour là, je fais juste un hommage à la pureté et l'importance de ton amitié envers moi. Jour après jour les gens changent, des chemins se sont malheureusement séparés, d'autres se sont agréablement retrouvés, mais toi, toi tu es toujours resté sur ce même chemin, un chemin plein de rencontres où tout le monde est accueilli à bras ouvert, avec un amaretto-pomme et plein de bébés chats ! Bref tout ça pour te dire un énorme merci, autant un merci de la part du programmateur en moi qui s'est enrayé dans ses sentiments que du pote qui sera absolument toujours là pour toi quoi qu'il arrive.
Jérémie Belpois t'es juste le meilleur, n'en doute jamais ! Tu sais combien pèse un ours polaire, pas vrai ? Juste assez pour briser la glace entre nous ! Tu dois t'en souvenir, toi qui me l'a répété tant de fois...
Eh bien mon ami, tu as du sang sur les mains, peut-être plus que la moyenne, tu as tué et le plus beau c'est que tu es sans aucun doute prêt à recommencer ! Et tu sais quoi ? C'est pour ça que je te kiffe.

Lyoko avec toi, c'est comme un marathon, compliqué à gérer mais tellement jouissif ! On part tous sur la même ligne de départ : motivés et pensant tous arriver ensemble à la fin... Et puis en cours de route, certains trébuchent, d'autres tombent carrément dans le ravin. Parfois ils se relèvent et continuent, parfois ils déclarent forfait.
Au final, l'équipe n'arrive pas au complet et ceux qui y parviennent ne peuvent pas dignement fêter la victoire avec leurs coéquipiers ! Toi, tu as clairement donné un sens à mon existence. Malheureusement, tu n'entendras jamais tous ces compliments sur ce message préenregistré car il ne t'est pas destiné. Après tout, ceux qui nous sauvent de notre vie ne doivent pas savoir qu'ils nous sauvent. Jamais. Sinon, ce serait trop facile.



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Avoir des selles blanches est un état maladif qui signe un problème hépatique, plus précisément au niveau des sels biliaires puisque ce sont eux qui donnent la couleur normale des excréments humains.

Habillé comme un styliste en dépression, le jeune garçon était en position fœtale dans son lit, torturé par la douleur qui lui bouffait le ventre. Était-il dévoré par de gros vers gluants qui envahissaient peu à peu son estomac ? Était-ce son foie qui lui jouait un mauvais tour de plus ? Accumulait-il un tas compact de merde au niveau du rectum bien trop souvent bouché ? Il ne détenait pas la réponse, personne ne l'avait ici car nul médecin n'existait. Ni hôpital d'ailleurs ! Quand on souffrait, on crevait. C'était aussi simple que cela. Xana voulait explorer cet Eden de la normalité à nouveau, malgré cette putain de douleur qui lui rongeait le bide. Déjà que l'anomalie qui lui brûlait le regard lui avait presque brisé toute chance de réussite sociale, il était maintenant clair que sa santé ne lui permettrait pas d'aller très dans le sprint enivrant de l'ascension professionnelle. Certains le plaignaient. Sans grande conviction. Après tout, l'empathie consistait en un simple voyage dans la souffrance d'autrui. Mais contrairement à la personne enfermée dans le train qui filait droit vers les limbes, les témoins si empathiques de la collision à venir pouvaient s'éloigner du lieu de l'impact à tout instant.

Toujours lové dans sa couette d'un bleu électrique à vous en donner mal aux yeux, le gamin au nom si particulier sortit du dessous d'un coussin canari son journal intime. Là dedans, il y consignait tous ses rêves, fantasmes et surtout machinations fumeuses qui ne verraient probablement jamais le jour, à moins de recevoir justement un peu d'aide extérieure. Il se concentra aussitôt sur la page 10 – d'un naturel méthodique il avait naturellement tout numéroté – et tomba sur sa liste des intervenants principaux. Dans son plan. Ce Grand Dessein auquel il aspirait tant. Pour ça, il devrait beaucoup manipuler, tuer à tour de bras et se débarrasser des gens plus rapidement encore que des préservatifs usagés. Du point A où il se trouvait actuellement, il voyait un point B baignant dans l'horizon flouté du lointain. Et pour arriver à sa destination, il avait un puissant Supercalculateur à sa disposition... et une armée de mammifères à monter les uns contre les autres. Saisissant une galette de riz de la poche de son peignoir, il mordilla la friandise light avant de s'attaquer, une fois de plus, à la lecture de son écriture moins identifiable encore qu'une chiure de puceron perdue sur le capot d'une voiture. Ceux qui s'y attardaient auraient pu penser qu'il s'agissait de pattes de mouche proches du gribouillage le plus infâme. Mais en réalité, c'était une pléthore de signes qu'il avait sciemment inventés pour que son génie ne soit pas démasqué par un éventuel voyeur. Une série de courbes, boucles, cubes et autres formes possibles remplissaient la page et, en français traduit, cela donnait à peu près ceci :

« Michel Belpois (le bras armé du projet ?)
- Date de naissance : 4 novembre 1972.
- Âge : 44 ans.
- Veuf, deux enfants.
- Chevelure châtain formée de boucles revêches qui descendent jusqu'aux épaules.
- Yeux vairons : le droit luisant d'un vert herbeux légèrement malsain et le gauche d’un gris anthracite qui s'accordait parfaitement avec son teint de cire.
- Peau du visage parfaitement lisse à l’exception d'une tache de naissance de la taille d'une pièce de deux euros exposée sur la joue gauche.
- Corps de lâche, façonné par les longues heures passées au bureau à jouer à loups-garous-en-ligne.com, astuce apprise avec le temps pour éviter de rentrer au domicile familial.
- Possède un chien de garde basé, prénommé Ivo, qui aime plus que tout les longues balades automnales dans les recoins embrumés de la forêt Capucin. Beau poil de jais, grandes oreilles, longue queue touffue, il fait partie intégrante de la famille Belpois. Créature de la nuit également, il aime pourchasser de la femelle, quand ce n'est pas des petits ragondins ou autres rongeurs...

- Michel Belpois est reconnu au sein de sa société comme étant une personne très déterminée, peu peureuse et toujours prête à aller de l’avant.
- Fils unique, ses parents sont décédés dans un accident de voiture lorsqu’il avait vingt ans.
- Impulsivité parfois salvatrice parfois agressive.
- Travaille depuis dix ans en tant que programmateur de sites web et tente tant bien que mal de concilier vies familiale et professionnelle, bien que ce ne soit pas très compliqué vu la vitesse à laquelle il accomplissait son travail.
- A du mal à trouver sa place de père, c’était plutôt sa femme (avant sa maladie et la mort qui s’en est suivie) qui tenait les rênes de la demeure familiale.

Jérémie Belpois (l'adversaire principal)
- Né le 12 janvier 2000 (17 ans au moment des faits puisque le conflit se déroulera lors de l’été 2017).
- Petit gringalet (1m67) au teint grisâtre hérité de ses parents.
- Cheveux blonds coiffés en brosse, yeux bleus et lunettes rectangulaires.
- D’ordinaire calme, détendu et patient, il est néanmoins sujet à de nombreuses crises de panique depuis le décès de sa mère.
- Possède l’accent du sud le plus prononcé de la famille, il essaie néanmoins de l’effacer lors des présentations orales auxquelles il est souvent confronté puisqu’il a choisi une cursive hautement littéraire.
- Est devenu une personne assez pessimiste, il vit au jour le jour et commence à avoir de mauvaises fréquentations bien que son cercle d’amis soit en perpétuel changement.
- Pense de plus en plus à la fugue face à un père qui privilégie son travail à son rôle de chef de famille.
- Un peu la pomme pourrie du clan : il veut tout tenter, que ce soit drogues ou expériences de plus en plus extrêmes telles que les expéditions nocturnes sur les voies ferrées fortement fréquentées ou encore l’automutilation.
- Peu sportif, il reste courageux et débrouillard malgré tout, l’un des seuls traits de caractère qu’il a hérité de son père est son côté « tête brûlée ».

Aelita Schaeffer (l'adversaire secondaire)
- Née le 30 mai 2000, étudiante en filière scientifique. 17 ans également.
- Fille de Waldo et Anthéa Schaeffer.
- Petite blonde (1m50), coiffure en frange, élancée et pourvue d’une allure athlétique.
- Peau du visage et de l’arrière des épaules rongée par l’acné depuis ses treize ans.
- Tempérament explosif mais elle reste peu rancunière, a même tendance à pardonner trop vite. Elle reste malgré les conflits le seul symbole de médiation entre le père et le fils cadet quand elle s'immisce chez les voisins.
- Très sportive : joue (en équipe) au basket, hockey et football.
- Seule fille de sa famille, elle n’est néanmoins pas considérée comme une princesse. A un côté « garçon manqué », ses amis sont exclusivement masculins et elle ne perd guère de temps à essayer de les séduire.
- Est partagée entre la complicité qu’elle entretient avec son père et le devoir de protection qu’elle ressent envers sa mère, plus fragile de nature.
- Parfois suiveuse dans ses relations avec les autres, elle n’aime pas forcément se mettre en avant ni maîtriser les échanges, bien qu’elle y soit un peu forcée au sein de sa famille.

Projet de Xana numéro 421b, les attaques terrestres étant désormais terminées.

La Terre, ma Terre, est désormais plus scientifiquement avancée que la précédente, les bâtiments souterrains sont nombreux et des innovations informatiques plus folles les unes que les autres ne cessent de voir le jour… même si elles ne sont pas toujours performantes sur le long terme. Le cadre de ma société parfaite est donc en perpétuel changement, c’est un monde futuriste et rétrograde à la fois puisque le conservatisme est de mise au sein du gouvernement français.

Cadres naturels, conditions atmosphériques, espaces créés par l’homme et technologie + transformation du monde barbare qui était le leur.

Au milieu du vingtième siècle de cet univers, les ressources naturelles tiraient déjà à leur fin. La pollution était à son apogée et il y avait un grave problème de surpopulation. Il était grand temps que les gouvernements commencent à prendre des mesures pour éviter la catastrophe. À partir du moment où j'arriverai au pouvoir, la Terre se mettra à fonctionner comme une planète unie aux objectifs communs et non plus comme un assemblage de pays aux intérêts antagonistes. De galeries souterraines, on sera passé aux cités entièrement forées sous la roche, la plupart des industries s'enterreront au plus près du noyau de la planète qui sera désormais envisagé comme la source d’énergie principale permettant de subvenir aux besoins humains. Toute centrale pourra désormais se vanter de fonctionner uniquement à l’énergie thermique.
Mais les humains, avec mon aide, viseront encore plus haut. Tout commencera via la station spatiale Darwin, qui sera développée je l'espère dès la première moitié du vingt-deuxième siècle. La première que je planifie de rendre totalement habitable… D’autres titanesques plateformes orbitales verront le jour et pourront accueillir jusqu’à deux millions de têtes chacune, mais ça ne suffira évidemment pas à assouvir l’ambition humaine. La prochaine étape, ça sera la Lune ! Plusieurs colonies d’un millier d’habitants chacune vont y être installées, dans des dômes bien fournis en oxygène et nourriture.
Une fois que l’homme aura rendu près de 60% de la surface terrestre à la nature, celle-ci pourra dès lors se réapproprier totalement l’ancien espace de vie urbain. La pollution va diminuer tandis que l’air et l’eau redeviendront purs. Les forêts vont elles aussi regagner du terrain, à commencer par les grandes étendues préalablement rasées d’Amérique du Sud. D’une certaine façon, le monde va aussi faire un grand pas en arrière en revenant à la verdure originelle.
Tous les buildings abandonnés en surface seront eux démantelés peu à peu, à la manière d’un immense recyclage. L’essentiel de ce qui se pouvait se trouver à la surface va être réutilisé pour fabriquer des villes souterraines, ce qui nous laissera des millions de tonnes de matière première à utiliser !
L’idée d’ensemble, c'est surtout de guérir la surface et de préserver un maximum de ressources pour l’avenir, car continuer avec un tel gaspillage des matières premières n'est plus possible. Il restera malgré tout des villes « ordinaires » partout dans le monde, la répartition humaine entre la surface et les souterrains sera de cinquante-cinquante, sans oublier ceux qui seront partis au plus près des étoiles !
Les troglodytes, qui vivront donc dans ce dédale de galeries plus ou moins profondes, passeront aussi du temps à la surface. Ils partiront en vacances à la mer, iront faire du ski en montagne ou s’empresseront d’aller acclamer leurs joueurs favoris dans les stades, à croire que certains loisirs ne disparaitront jamais ! La perfection ne sera pas encore de ce monde évidemment… mais cela vaut toujours mieux que la direction empruntée par l’humanité avant le Grand Changement.

Mais restons réalistes, c'est un projet plutôt utopiste pour le futur de la planète, celui qu'il nous appartient à toutes et tous de préserver... ou de détruire. Sincèrement, je ne suis pas certain de vouloir m'orienter dans cette voie, beaucoup trop joyeuse à mon goût.

Évaluation de cette Réalité Détournée : 4,5/20 »


Le gamin grimaça en prenant une autre bouchée de galette de riz qui fut au moins aussi atroce que la première mais il refusait de s'alimenter autrement, de peur que d'autres ingrédients issus du placard ou du frigo lui chamboulent une nouvelle fois l'entièreté de son transit intestinal. Il inspira, puis soupira allègrement en contemplant le plafond au son du nouveau tube de Moby qu'il appréciait tout particulièrement. Son plan était parfait, trop parfait, enfin... presque parfait surtout. Car il lui manquait THE dénouement, celui qui lui permettrait d'assouvir toutes ces différentes envies qui lui rognaient abruptement les synapses à l'aide de leurs mandibules acérées, celles des fantasmes les plus enfouis. Que voulait-il vraiment au fond ? Le pouvoir ou le respect le plus total ? N'était-ce pas la même chose ? Si TU avances, nous avancerons TOUS. Pour servir la société, pour assurer une terre propice au développement de nos descendants. Son grand-père lui avait dit ça un jour. Un homme sage, porté sur la bouteille et fumant la pipe comme un camion surchauffé, mais ça restait un homme sage. Voulait-il assurer une existence merveilleuse pour ses propres enfants comme ses ancêtres l'avaient fait avant lui ? Le gamin ne savait plus où donner de la tête, entre le bien, le mal, la prétendue définition de ces deux notions... À dire vrai, il n'y comprenait trop rien, il voulait juste s'enfuir de cette enveloppe corporelle marquée par la couleur de l'infamie, ce violet dans le regard, preuve ultime que depuis sa conception le petit être était habité par une entité aussi diabolique qu'ambitieuse. À moins que cela ne soit juste son propre esprit ? Il était perdu, si perdu... Il retourna à la première page de son carnet, là où il écrivait en français clair et qu'il n'avait pas encore inventé son alphabet alambiqué, et retrouva le passage où il s'efforçait de ressentir des sentiments... humains.

Papa, tu trouveras ceci étrange, mais je te rassure, il y a en moi, une envie de te dire ô combien je suis fier d’être ton fils, aîné qui plus est. Il arrive parfois que l’on ressente le besoin de dire les choses, de démontrer ses sentiments, voilà la raison qui me pousse à venir vers toi et révéler mes sentiments à ton égard.
Aujourd'hui est un jour particulier pour Toi, tout comme pour Moi. Il y a treize ans, Maman et toi vous m'avez offert un cadeau si précieux et si fragile à la fois... La vie !

Malgré tout, personne ne choisit sa famille. Les années passent et chacun d’entre nous suit une route différente, les rencontres se font rares, et les mots tendres oubliés, la seule chose qui tient, debout, est l'affection que j’ai pour toi, ton sourire bienveillant ne s’effacera jamais, il est ancré en moi, pour l’éternité. Lorsque je ferme les yeux et repense aux années passées à courir à tes côtés, aux vacances d’été que tous les deux, on attendait avec ferveur, les batailles de coussins le soir avant de dormir, nos prises de têtes, nos petits coups en douce quand maman se montrait trop dure avec nous… Si par le passé, tu as été d’une importance inégale pour moi, je veux que tu saches que cet amour que j’ai pour toi perdure et lorsque mes cheveux vireront au blanc, et lorsque mes pas se feront à l’aide d’une canne, je veux que tu sois encore à mes côtés. Pas physiquement bien sûr, personne ne peut souhaiter l'immortalité à quelqu'un, ce ne serait pas très agréable. Tu seras donc avec moi en pensées, du moins je l'espère. Sache que tu peux compter sur moi, que si l’envie de pleurer surgit, tu peux te reposer sur mes épaules… On a vécu des moments difficiles qui nous ont fait beaucoup grandir, notamment la rencontre avec notre nouveau voisin et sa fille.... Toutes ces mauvaise choses nous ont changés mais on était malgré tout là l'un pour l'autre, à toute heure du jour et de la nuit.

J'espère sincèrement qu'au fil des années nos sentiments prendront encore plus de place et que nous partagerons de beaux moments ensemble. Je pourrais raconter encore beaucoup de choses mais l'émotion se fait ressentir et j'ai de plus en plus de mal à écrire...

Du coup, allons droit au but. J'espère que cette année de plus t'ouvrira de nouvelles portes, que tu trouveras enfin la discipline scientifique qui te convient le mieux, que tu seras comblé de bonheur, que ta santé sera au top du top et que tu rencontreras à nouveau l'amour !

Nous sommes de ceux qui n'expriment que peu, nous sommes de ceux qui ne se touchent pas, nous sommes de ceux qui sont forts pour ceux qui se sentent plus faibles, nous les épaules d'une famille, nous sommes les bras armés de ceux qui font appel à nous. Il est parfois difficile de se regarder sans rien se dire et se comprendre malgré tout. Nous sommes certes différents mais néanmoins complémentaires. Il y a peu de plume qui s'exprime plus doucement que celle qui nous caresse le cœur. Il ne faut pas de mots pour nous, il nous faut juste être ensemble.

Je t'aime depuis mon premier battement de coeur, et cela pour l'éternité, il me semblait vraiment important de te le dire après tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée des Schaeffer dans notre vie...



Était-ce convaincant, est-ce que cela pouvait prouver une quelconque présence d'émotions cristallines dans ce corps chétif ? Sans doute pas assez, pas encore assez pour duper l'entièreté de la famille...

« Frérot ? »

Basile venait de pénétrer dans sa chambre, cette chrysalide de pleurs et de cris qui n'appartenait qu'à lui en temps normal. D'ordinaire, le petit garçon aux yeux violets n'aurait pas réagi. Il aurait laissé couler, comme quand, plus jeune, il entendait ses parents faire de drôles de bruits en pleine nuit. Mais avec Basile, c'était différent. Déjà, son petit frère - âgé de presque dix ans quand même ! – était le plus beau programme qui puisse exister sur cette terre et ce génie se concrétisait par ses resplendissants yeux luisants d'un doré éblouissant derrière lesquels une série de codes jouaient à saute-mouton.

Xana, lui, n'avait que ses yeux violets pour se défendre, à défaut de son caleçon qui, lui, était orange après les différents tracas digestifs subis. Les orbites du jeune programme lançaient un message subliminal pourtant si palpable pour qui savait le décrypter mais Basile n'en était pas capable, trop absorbé par sa propre perfection. Devant un petit frère si réussi, un modèle numéro deux si complet en tous points, Xana n'avait d'autre choix que de plier le genou dans un monde de 0 et de 1 scintillés d'un vert chenille sur fond obscur. Il haïssait véritablement Basile, pour tout ce qu'il représentait, son aspect parfaitement humain... à l'exception de ces pupilles si originales qui trahissaient sans vergogne une artificialité qu'il tentait sans cesse de refouler. Pourtant, malgré ce mépris dévorant toute once de raison, Xana bramait de toute son âme préalablement fabriquée cette plainte éternelle.

Si je te dévoile mon côté sombre,
Sommes-nous destinés à rompre ?
Si tu te perds dans les couloirs de ma laideur, seras-tu effrayé par la noirceur ?

Embrasse le neuf mais ne délaisse surtout pas l'ancien, le modèle original qui a permis une telle amélioration du clone humain, de l'immersion dans cette société pourrie de l'intérieur que nous détestons l'un comme l'autre.
Laisse-moi le temps, apprivoise-moi, accepte-moi tel que je suis, ne me crains pas, je t'en supplie...


« Le nouveau Mickey est arrivé, chantonna le blondinet en brandissant son trophée, je le laisse sur la petite table du salon dès que j'aurai fini de le lire ! »

Basile avait osé entrer dans sa chambre pour lui dire... ça ? Xana n'eut pas la force de répliquer, de lui adresser une réplique bien pensée. Car son petit frère avait déjà quitté la pièce. Foutu aryen !

Connaître la vibration, vivre dans l’urgence absolue, s’emplir de vie et de poésie, se gaver de musique, de littérature, de peinture, de sensualité. Être toujours sur le fil de l’émotion, à fleur de peau, sur le qui-vive. Mais il était trop mal désormais, dans cette chair qu'il supportait de moins en moins. Au fond de lui, il pensait connaître la cause de ce mal-être lancinant. Depuis le 23 novembre, ce jour où il avait bu à même la bouche d'un cerf mort de la bière versée directement dans la panse de l'animal, il avait hérité d'intestins en feu. C'est aussi la date où du liquide rachidien avait commencé à s'écouler de son nez et où l'une de ses mains s'était subitement transformée en hachis parmentier. Tant de malheurs en une seule date, le jour de la création de Basile, ça ne pouvait pas être un hasard, pas vrai ?

Tout le monde a une enfance, un passé que l'on préférerait dissimuler... même les plus grands génies de ce monde.


À suivre - Tendresse bestiale
  Sujet: [Fanfic] «The Dream»  
Minho

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 28 Nov 2017 23:56   Sujet: [Fanfic] «The Dream»
Atab dans son premier chapitre a écrit:
Maïetna


Tiens donc… encore une nouvelle élève à Kadic ? Mr. Green


Salut Atab ! dont je kiffe beaucoup trop le pseudo et la signature j’avoue…

Je vois que t’es coincé ici sans com’ du coup, en bonne âme charitable que je suis, je passe dans le coin pour te débloquer, histoire de faire le travail de ceux qui ont pris leur retraite. La blague chiffrée laissée sur le topic désormais locké d’Aravim n’y étant évidemment pour rien Rolling Eyes Bon, puisque j’y suis, autant donner mon avis vu que mon pseudo a déjà été mentionné en com’ en plus.

Niveau présentation, le concept des petits paragraphes me plaît vraiment bien. C’est assez agréable à lire quand on veut se vider la tête sans avoir à se casser les yeux sur de gros pavés, bien que je tombe aussi souvent dans des gros condensés de lignes quand je rédige moi-même. Par contre, si c’est aéré, je trouve tes chapitres bien trop courts. Pour tout te dire, après la lecture de ton prologue, j’étais persuadé que les textes qui allaient suivre allaient s’allonger mais ça n’a pas été le cas. Dommage.

Pour ce qui est de l’intrigue, je suis mitigé. Je trouve que certains éléments amorcés (tels que le fameux lien censé unir les rêves) n’ont pas encore été exploités suffisamment. Par contre, certains grands sentiments classiques, je pense en particulier à la nostalgie des aventures passées, sont bien amenés, et ce, dès le prologue au présent, temps qui donnait plutôt bien à la lecture et je suis presque déçu que tu l’aies ainsi délaissé par la suite.


Tant qu’on parle du prologue, je t’ai fait un petit relevé pour cette première publication car j’y ai encore retrouvé trois grosses fautes. Je fais partie de ceux qui pensent qu’il ne faut jamais cesser de retravailler son prologue afin d’être le plus fluide/marquant, 13 édits pour celui de ma première fic et on trouve bien plus quand on va du côté des Pôliens. C’est toujours ce post venu déflorer tout nouveau topic qui va donner la première bonne/mauvaise impression à tes lecteurs donc il faut le soigner !

Spoiler


Bon, maintenant, parlons de ce que je connais un peu depuis le temps : les focus à la première personne. Honnêtement, je dois dire que tu as plutôt bien cerné la personnalité de chaque héros, tu as réussi à passer au-dessus de certains clichés (le Odd qui ne ressent strictement rien à part la joie de faire des vannes débiles par exemple). Là où ça pèche véritablement à mon sens, c’est que tu passes vraiment beaucoup trop vite d’un point de vue à l’autre, du coup le lecteur n’a pas véritablement le temps de s’immerger totalement dans la peau de tel ou tel protagoniste. Du coup, on se désintéresse peu à peu de leur sort puisque l’attachement à leurs personnalités respectives se restreint au fil des lignes.

Avant de conclure, je vais te donner un peu mon avis sur le dernier chapitre en date puisque personne n’a encore pris le temps de rédiger un retour sur tes plus « récentes » lignes en ces lieux.


Ce coquin de Atab a écrit:
Tu sais, Odd, c’est pas pour te coller ou quoi que ce soit, il veut juste savoir ce qu’il c’est passé hier soir avec mademoiselle Lacroix


Vraiment incorrigible ce Odd, Attrapez-les toutes qu’il disait ! Tant que je parle des femelles de ta fic, ta Laura me plaît bien, c’est d’ailleurs l'un des aspects mystérieux qui me donne envie de lire la suite. Le fait par exemple qu’elle s’interroge sur la personne qui a pu donner son nom au collège-lycée qu’elle va intégrer, ça crédibilise le perso et c’est le genre de petit détail bien pensé que j’apprécie chez toi. Et puis le cube qui fait défiler les différents textos, c’est tellement mieux que les vieilles conversations sms retranscrites en italique ! Odd est assez touchant lorsqu’on observe d’un peu plus près le comportement presque paternel qu’il arbore auprès de Laura. La culpabilité est un sentiment qui fonctionne bien avec Della Robbia, c’est une direction intéressante que tu prends là. Le plot twist sur William est plaisant et prouve une fois de plus que ton intrigue est plus complexe qu’elle ne le paraît à première vue.

Bon. Tout ça, c’était le positif. Mais j’ai tout de même vraiment l’impression que tu pourrais faire mieux, notamment dans le développement de tes personnages. L’ébauche de réflexion sur Odd dans le dernier chapitre était vraiment intéressante, ce qui prouve que tu es capable de nous sortir des trucs sympas en matière de relationnel entre les différents arachnides qui tissent peu à peu la toile de ton histoire. Pour la suite, j’aimerais vraiment contempler les tripes du petit tigre, histoire qu’il nous montre un peu ce qu’il a dans le ventre une bonne fois pour toutes Mr. Green Un peu d’hémoglobine pour souiller toute cette blancheur éclatante ne ferait pas de mal à votre avatar et au texte en question. Malgré le peu d’activité sur ce topic, il ne faut pas manquer d’ambition. Avec des épisodes un peu plus longs et une fréquence de parution plus rapide, tu pourrais vraiment nous montrer l’étendue de ton savoir-faire… Surtout que ton style a visiblement évolué depuis la parution du prologue de cette fanfiction deux ans plus tôt, hé oui time flies. Je voudrais d’ailleurs bien vous voir dans un OS, le genre court est souvent synonyme de grande surprise chez certains et ça peut être dans ce domaine que l’on fait les plus belles découvertes !

Au plaisir de te voir revenir de façon plus incisive dans la section, c’est du moins ce que je te souhaite pour la nouvelle année à venir !

Courage pour la suite mon gros félin et, surtout, n’abandonne pas Wink
  Sujet: Parti Lyokoïque - 2022  
Minho

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MessageForum: Blabla de la communauté   Posté le: Lun 27 Nov 2017 23:00   Sujet: Parti Lyokoïque - 2022
Citation:
VII - La fête de Noël sera interdite, en raison de son incitation à la vie familiale et à la reproduction.


Trop de dindes fourrées lors du réveillon je présume ? Mr. Green
  Sujet: [One-Shot] Porcinet ne sourit plus  
Minho

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Sam 21 Oct 2017 03:22   Sujet: [One-Shot] Porcinet ne sourit plus
Insomnie du soir... bonsoir ! Heureusement que tu nous as sortis ces trois petites réflexions pour que je puisse faire une pause entre de nombreuses lignes à écrire à nouveau.

Ce qui est dramatique dans ce que tu as raconté, c'est que c'est les gens les plus corrects et les plus moralement éduqués qui vont porter l'autocritique suffisamment loin pour pondre ce genre de réflexion, et penser qu'ils font partie du problème. Les gens qui auraient vraiment besoin de pratiquer cette autocritique ne le feront jamais.

C'est ceux qui ont le moins besoin de se remettre en question qui le font le plus, pendant que les vrais salauds continuent à agir en toute ignorance. Le « miracle de la nature » qu'est l'Homme n'est en fait qu'une créature pleine de sang et de larmes et ça, je pense que tu l'as très bien compris.

Sache, inconnu de l'Internet, que si tout le monde pratiquait l'autocritique à cette échelle-là et avec cette honnêteté-là, comme tu as pu le faire avec ces trois personnages, le monde irait sans doute beaucoup mieux... ou pas, mais ça c'est une autre histoire.

En tout cas, j'ai vraiment aimé. Il y a des défauts, comme partout, mais tu as eu le mérite de me chambouler un minimum. Après, c'est certain que chaque personne a un passif différent et sera donc plus ou moins sensible à cet écrit. Pour ma part, c'était plutôt bien visé.
En plein cœur (oui j'en ai un). Keep writing !

Faudra que je passe sur ta fic aussi, un jour peut-être...
  Sujet: [Fanfic] Bouffon du Roi  
Minho

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Lun 16 Oct 2017 14:37   Sujet: [Fanfic] Bouffon du Roi
Réponse à *Odd Della Robbia*
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Réponse à Ikorih
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Chapitre 8 : Le cœur des hommes



Mardi 9 janvier 2001, 00:30

« Excusez-moi Monsieur... Moralès, c'est bien ça ? »

L'ancien surveillant de l'Institut sursauta au son de cette voix délicieusement féminine, timbre sexué qu'il n'avait plus entendu depuis de nombreux mois. D'un regard vertical rapide, il scanna l'employée de son radar intérieur. Ce qui le frappa en premier, ce fut la fine couche de cheveux blonds soigneusement repliés sur eux-mêmes à l'aide d'un chignon sévère mais toutefois agréable à regarder. Comme toute hôtesse de l'air qui se respecte, celle-ci était particulièrement bien foutue avec son teint de porcelaine qui lui prodiguait une face à peine ridée malgré la cinquantaine d'années qui la séparaient du jour de sa naissance. Ses jambes, étrangement bronzées ce qui contrastait énormément avec son visage, valaient bien l'arrière-train d'une jeunette. Sincèrement, Jim aurait pu se trouver dans une situation beaucoup plus déplaisante au moment où la muse se pencha vers lui, tout en dévoilant au passage deux atouts de taille qui ne passaient pas vraiment inaperçus.

« On m'a demandé de vous transmettre ceci... Bon voyage monsieur ! »

Elle s'éloigna, aussi vite qu'elle était arrivée. Un cri de nourrisson ramena Moralès à la réalité, son esprit ayant déjà divagué vers de meilleurs horizons, et il reporta son regard sur l'étrange colis qu'il venait de recevoir. Ça, c'était bizarre. Le corbeau qui distillait sa relation passée avec Sybille avait changé de méthode pour l'acte final. Auparavant, les feuilles dactylographiées qu'il recevait étaient ordonnées, réunies en un tas parfois lâche mais toujours existant. Aujourd'hui, il avait franchement l'impression qu'on venait de lui confier les dernières volontés d'un ressortissant français retenu captif au fin fond de la jungle birmane puisque les lignes étaient écrites à l'encre foncée sur de larges feuilles de bananier. Mais le sinistre Acte III écrit en lettres d'or infirmait la théorie de l'otage captif. Il détenait bien entre ses mains le dernier chapitre de l'histoire. De son histoire, pour être exact.

Jim aurait peut-être dû se jeter à corps perdu dans les dernières lignes de sa vie passée, celle qui attribuait un point final à l'existence de Sybille. Mais quelque chose l'en empêcha... ou plutôt quelqu'un.

« Vous êtes en état d'arrestation. »

Le cœur de Jim loupa un battement. Devant lui venait d'apparaître un vieux blond vêtu en noir de la tête aux pieds. Son regard, à moitié masqué par des lunettes de soleil imposantes, semblait pourtant fureter dans tout l'habitacle.

« Désolé mon vieux, siffla le nouvel arrivant, je fais cette blague à tout le monde. Ça me permet de constater très vite si mon compagnon de galère d'un jour a quelque chose à se reprocher.
— C'est to-totalement débile, bredouilla Jim qui peinait à se remettre de ses émotions. N'importe qui flipperait en entendant ça...
— C'est peut-être vrai... mais les plus grandes ordures ont craqué quand j'ai prononcé cette phrase. C'est le principal, non ?
— Et que faites-vous de l'innocent qui se montre un peu trop émotif ?
— Rassurez-vous, répondit-il en lui offrant un rictus légèrement macabre, généralement je sais à qui j'ai affaire avant même de faire mon petit numéro.
— Allez trouver votre siège et cessez de m'importuner, répliqua Jim qui se sentait mal à l'aise en si étrange compagnie.
— 25C, c'est bien ici... Je m'étais malencontreusement installé en cabine Business durant toute la première partie du voyage ! »

Pour preuve, il lui montra son billet. Jim mordilla légèrement sa lèvre inférieure. C'était donc Mister allée, qui allait se trouver à sa droite... Il ne pouvait évidemment pas savoir que Mister Hublot, supposément installé à la gauche de Jim mais qui n'avait jamais embarqué à bord de l'avion, avait tout simplement été... empêché par une balle dans la tête. Mais le plus choquant dans tout ça, Jim le comprit en regardant l'identité inscrite sur le billet du passager qui venait d'arriver. C'était un homme que Jim n'avait jamais rencontré. Un homme que Jim connaissait pourtant de réputation. Mais surtout, un homme que Jim pensait mort.

« C'est donc vrai ce que La Chancelière disait, murmura-t-il en dévisageant Minho. Les vrais héros ne meurent jamais...
— Oh, rétorqua le quinquagénaire avec un petit sourire en coin, ai-je oublié de préciser que je ne suis pas un héros ? C'est même plutôt le contraire, je suis né pour buter et non pas pour sauver qui que ce soit. Écoute-moi bien mon gros, tu vas me raconter tout ce que t'as pu voir à l'Institut sinon je me ferais un plaisir de publier la petite pièce qui raconte en détails ta vie passée.
— Je pense que j'ai encore plus peur de La Chancelière que de toi... À choisir, je préfère encore souffrir le moins possible.
— Mauvaise réponse, murmura Minho en lui décochant un regard glacial.
— J'en ai juste marre de ce quotidien de merde. Tu veux me planter ? Très bien, ça me libérera de tout ça, ma mort ne peut qu'être positive pour tout le monde, pas vrai ?
— Je t'ai connu moins dramatique, soupira le quinquagénaire.
— Justement, tu ne me connais pas ! Tout ce que tu sais de moi, c'est les putains de rumeurs qui sont véhiculées, cracha Jim avant de se reprendre et de se remettre à parler plus calmement. Même si t'as quand même l'air d'avoir une idée précise de ce qui est arrivé à ma femme vu ta plume minable si c'est bien toi qui a écrit les deux premiers actes...
— Tu sais quoi ? Lis l'acte final, suggéra Minho en pointant du menton le tas de feuilles verdâtres. On en discute après... »

En soupirant une dernière fois, l'ancien éducateur de Kadic saisit le fameux Acte III et commença sa lecture.

Spoiler


Au moment où Jim lut le dernier mot (ou plutôt l'ultime signe de ponctuation), les lumières de l'avion s'éteignirent simultanément, plongeant l'appareil dans le noir le plus total. Même les traditionnelles lueurs de sécurité semblaient avoir cessé de fonctionner... C'était bien simple, on n'y voyait rien. Quelques cris retentirent, tous imaginaient la panne, cette fameuse panne qui clouerait l'avion au sol provoquant au mieux un retard considérable et au pire une centaine de morts. Jim inspira calmement, son estomac n'était pas encore remonté au niveau de sa gorge donc ça voulait bien dire que tous les passagers ne se trouvaient pas encore en chute libre. Espérons que cela n'arrive pas... Il tenta de se rassurer en se répétant que l'équipage trouverait vite une solution ou bien que ses yeux finiraient tôt ou tard par s'habituer à l'obscurité. Au bout de quelques minutes, alors qu'il sentit un mouvement furtif près de lui, la lumière jaillit à nouveau dans toute la cabine, illuminant les passagers de cette lueur jaunâtre qui les faisait ressembler quelque peu à des Simpson. Il se tourna aussitôt vers Minho – à qui il avait essayé de parler mais silence radio de son côté – et ce qu'il vit à la place du quinquagénaire le terrifia au plus profond de son âme. Un corps. Qu'il identifia aussitôt. Une jeune femme rousse, qui aurait pu être ravissante... si son nez n'avait pas été entièrement arraché. Le travail avait dû être fait au cutter ou au rasoir et ses paupières étaient aussi cousues entre elles. Des lacérations profondes avaient laissé des croûtes sur le front, le menton, particulièrement sur les joues. Ses lèvres avaient été taillées, avec un fameux couteau à vue de nez, pour lui offrir un sourire digne des plus grandes stars... mais dépourvu de dents, seule une incisive pourrie subsistait à l'intérieur de la mâchoire. Hormis ces quelques détails, Sybille n'avait pas vraiment changé. Cette salope avait dû être conservée au frais pendant toutes ces années. Jim voulut laisser échapper un cri de rage face à ces mutilations dont il n'était pas responsable mais c'est à ce moment précis que le pilote lui adressa un petit message personnel via les haut-parleurs de l'appareil.

« Alors Monsieur Moralès, c'est toujours La Chancelière qui vous fait le plus peur ? »

Tous les passagers applaudirent... à l'exception de Jim.



Jour 51 avant l'Apogée

Un jour plus tôt...

Via écran interposé, Melchior avait le physique d’un… pantin, la peau du visage cireuse et les yeux ronds comme des billes qui semblent fixer quiconque osant le regarder. Odd, se sentant mal à l’aise face à cette marionnette démoniaque, préféra reporter son attention sur son interlocutrice pour éviter de dévisager le petit bonhomme plus longtemps.
 
« Détrompe-toi, marmonna Lana après un long silence. Ce n'est pas un jouet, ni un enfant... D'ailleurs, il est bien plus vieux qu’il en a l’air. Même si on combinait l’âge de toutes les personnes présentes ici, on ne le dépasserait pas. Il dirige Jadawin depuis si longtemps ! Ma grand-mère était à son service et sa grand-mère l’était aussi. J’ai suivi la tradition.
— Toi aussi tu…
— Oui, répondit la jolie blonde qui avait déjà anticipé la question du blondinet. C’était ma destinée et je l’ai accueillie à bras ouverts.
— En quoi consiste ton… travail ?
— Réclamer l’Impôt bien sûr ! Vois-tu, si Alexia et Berlioz gèrent les terres chacun à leur façon, il faut bien quelqu’un pour s’enrichir encore et encore. C’est le commerce qui a propulsé Melchior à la tête du pays. La vente… d’épices, d’humains et surtout du Zlag.
— D’humains ? s’étouffa Odd
— Ne t’inquiète pas, il n’est pas intéressé par les blonds.
— Je suis curieux… Tantôt, tu as bien dit qu’il y avait quatre princes marchands. Qui est le dernier ?
— Le tyran. C’est à lui qu’appartient ce train. C’est tout ce qu’il a : les lignes ferroviaires. Mais ce n’est pas pour ça qu’il faut sous-estimer son influence. C’est lui qui recrute et entraîne les meilleurs soldats du pays, il remplit les troupes de Hébron avec des éléments… surhumains. Si tu veux mon avis, c’est le pire des enculés. Tu m’étonnes que ça soit le meilleur pote de Berlioz, c’est le sang qui les excite ces deux-là…
— Pourquoi on n’a pas droit à sa photo ?
— Parce que l’on est dans un de ses trains. S’il fait de la promotion pour ses trois collègues, c’est parce que notre prochain Empereur se trouve parmi eux… plus lui évidemment mais il n’aime pas se mettre en avant dans ces stupides campagnes publicitaires qui ne servent à rien puisque ce n’est pas la population qui va décider de quoi que ce soit. Nous, on doit juste attendre, il n’y a que ça à faire… Dans cinquante-deux jours, on saura enfin qui nous dirigera de manière permanente.
— Mais je pensais que c’était les princes marchands qui vous dirig…
— Oui… jusqu’à l’Apogée. Ce jour-là, il n’en restera qu’un… et les autres devront impérativement se soumettre à sa volonté. »
 
Odd ouvrit les yeux. Le gaz verdâtre s’était dissipé. Lana avait disparu. Il avait retrouvé sa place sur la banquette inconfortable… en face de la femme trop maquillée qui lui adressait un sourire carnassier tout en pointant une lame beaucoup trop aiguisée à son goût à quelques centimètres de son torse envahi par l’angoisse.



Moment présent, toujours sur Jadawin

La tarée avait fini par me faire sortir du train. Overdose de rimmel, raide comme un piquet, maquillée, trop maquillée pour cacher son âge avancé, peau souillée... Tous ces éléments tournaient dans ma tête. Céleste, puisque c'était son prénom comme j'avais fini par l'apprendre, n'avait rien de commode. Ma seule faute, c'était de m'être réveillé en face d'elle dans ce wagon rempli de passagers plus zarbis les uns que les autres. Pourquoi s'en prendre à moi ? Tout en me menaçant avec son espèce de lance extrêmement aiguisée, Céleste avait soudainement décidé de tirer la sonnette d'alarme du train. Cette fois, plus aucune porte n'était verrouillée, comme par hasard, et on s'était rendus dans le petit habitacle qui séparait les wagons pour presser un petit bouton rouge habilement dissimulé derrière une petite trappe peu visible, ce qui est vachement bizarre pour un système d'urgence... La locomotive s'était aussitôt arrêtée et nous avons quitté notre bon vieux wagon pour un paysage aride à souhait. Une sorte de désert de sable rouge, assez flippant en réalité. Ça faisait environ quinze heures qu'on marchait sous une chaleur de plomb. On avait même continué pendant la nuit alors que la température n'était pas retombée mais la folle dingue qui était avec moi continuait de me menacer. Apparement, elle savait tout de ce qui avait pu se passer à l'Institut. Comment Céleste avait-elle pu m'observer depuis Jadawin ? Je l'ignorais... mais elle me torturait avec toutes ses questions auxquelles elle semblait déjà posséder les réponses.

« Non. C’est non. Arrête d’insister. Je n’ai pas envie de te raconter ça. C’est du passé. Rien n’est arrivé. Rien ne s’est passé. Rien. Ma vie est parfaite. Laisse-moi oublier. Laisse-moi…
— C'est du passé Odd, mais il te hante toujours. Et tant que tu ne lui feras pas face, tu resteras coincé ici, sur Jadawin, entre la vie et la mort, comme un connard qui ne peut plus faire la différence entre ce qui est juste ou pas. »

Céleste, pour le peu que j'en avais vu, se tenait toujours très droite et son cou était raide. Lorsqu'elle regardait dans une direction, elle faisait pivoter tout son corps. Étrange démarche... Malgré mon refus de témoigner, la voix inquisitrice de la vieille femme continua d’insister, répétant sans relâche que je dois raconter ce qui avait fini par arriver, que j'aurais dû prévenir mes proches. Mais c’était chose impossible pour moi. Pendant quelques mois après ce fameux soir, ma conscience a continué à me murmurer que je devais agir. Puis, au bout d’un moment, elle s’est tue. Et, bien que je ne l’entende plus et qu’il m’était dès lors facile de l’ignorer, je savais qu’elle était toujours là.
Elle s’est soudain réveillée, depuis que Céleste me parle, m'envahit à chaque interrogation un peu plus dans mon intimité pour me dire que j'aurai pu alerter tout le quartier, la police, les médias. C’est fou ce qu’un coup de fil peut faire… ou détruire d'ailleurs, ça va dans les deux sens.

« Ce n’est pas parce que tu tentes d’oublier que ce genre d’histoire n’arrivera plus. »

Elle avait raison. Voilà pourquoi je me trouve ici, à vous raconter ce qui m’est arrivé entre ma sortie de l'Institut et mon arrivée à Kadic. Je vous en prie, ne me jugez pas trop vite.

Lorsque j’avais douze ans, j’étais en passe de devenir un adolescent normal, peut-être un peu plus fragile que les autres, un peu plus timide et craintif aussi. L'agression d'Anoa sur Lilian m'a finalement poussé à faire plus ample connaissance avec Knops, un élève un peu plus âgé que moi que je détestais mais avec qui je me suis finalement lié d’amitié. Je n’avais jamais eu de « meilleur ami » faute à ma vie de vadrouilleur, contraint de jouer des rôles en permanence, et Lilian fut le premier à remplir ce rôle de bon pote, celui à qui on confie tout et qui partage joie comme peine. Sincèrement, c'est lui qui m'a grand ouvert les portes de l'adolescence perturbée qui m'attendait de pied ferme. Au début, il m’a appris à avoir confiance en moi, à ne plus baisser le regard et à relever les épaules. Un mâle, un vrai, comment devenir un homme en quelques étapes faciles à suivre, la recette miracle que beaucoup cherchent. Et cette voie vers la fin définitive de l'enfance, c'est clairement Lilian qui me l'a montré.

Faut dire qu'après mon opération, j'étais vraiment déstabilisé et je ne savais plus vers qui me tourner. Comme chaque résident de l'Institut, il fallait que je subisse cette foutue incision qui allait me déterminer en tant qu'être humain, en tant que futur citoyen prêt à défendre corps et âme les valeurs de notre établissement au quotidien. Peu de temps après l'accident des toilettes du troisième étage, La Chancelière, intransigeante directrice de l'Institut, m'a demandé de faire mon choix. Elle avait bien évidemment remarqué, via nos éducateurs Jim et Tommy ainsi que nos divers professeurs, que mes capacités intellectuelles se trouvaient largement au-dessus de la moyenne. Pour l'incision, je mettais donc mon futur en balance. L'omniscience ou la normalité. La Chancelière avait cette obsession de modeler le cerveau parfait, qu'elle avait d'abord cru trouver en Lilian, mais son appétit de scientifique avait rapidement jeté son dévolu sur moi. Seulement, après quelques tests, sa satisfaction avait pris pas mal de plomb dans l'aile. J'étais trop faible, selon elle, pour résister à une augmentation neuronale de cette ampleur. Et, comme toujours, elle laissa le dernier mot à l'opéré en question. Aussi dure et butée soit-elle, La Chancelière ne prenait jamais de décision sans le consentement explicite et officiel de son patient.

J'avais donc le choix entre un cerveau encore plus brillant ou l'opportunité de développer un autre aspect de ma personnalité. Je me prenais déjà bien trop la tête à cette époque. Tout ce que je voulais, c'était obtenir ce talent rare de pouvoir vivre dans l'instant et s'abandonner sans souci du regard des autres. Avoir cette désinvolture que tout le monde admirerait et cette facilité de plaisanter en toutes circonstances, cette capacité à supporter le moindre revers de fortune sans broncher. Entre l'intelligence autodestructrice et la possibilité de relativiser avec humour à tout instant, le choix m'est apparu comme une évidence. Je ne voulais plus entendre tous ces mots qui s'échouaient en moi au cours de français, ces chiffres qui s'entrechoquaient sans se concerter en mathématiques, cette grammaire qui s'ancrait instantanément dans ma mémoire en langue étrangère. Être surdoué n'est pas un cadeau, bien au contraire. Plutôt qu'une bonne fée, c'est le diable qui s'est penché sur le berceau à ma naissance. Pouvoir définir son caractère, le choisir entre un milliard de possibilités et de paramètres alambiqués, c'était ça la vraie Innovation de La Chancelière ! Après avoir été mis dans la confidence pour l'incision, j'ai aussitôt compris le changement brutal de Nicolas Poliakoff prétendument dû à une "chute en skate". Il avait juste passé le cap lui aussi. De l'ancien vers le nouveau. Du look cool au négligé. Le surdoué qui s'efface pour faire place au débile. J'avais bien prévenu que je ne voulais pas être aussi attardé que lui, bien que je doute qu'il désirait vraiment cela pour lui-même... Imprévu lors de son opération ? Nul ne le saura jamais.

L'Institut, c'est un peu comme les vacances au soleil. Le bronzage à la surface disparaîtra avec le temps mais les souvenirs resteront gravés à jamais. Quoique, dans mon cas, j'avais peur que cette cicatrice morbide ne soit trop visible, une coquille d'œuf fissurée que beaucoup d'opportunistes s'empresseraient de casser définitivement. Six centimètres de chair labourée sur le crâne, ça se remarque quand même... D'où les cheveux longs, qu'ils tombent en cascade sur mes épaules ou qu'ils soient relevés en pointe d'ailleurs, je dois reconnaître que la deuxième méthode est bien plus efficace. Avec une coupe courte, ma cicatrice aurait sans aucun doute été bien plus visible, ce qui aurait entrainé tout un tas de questions gênantes auxquelles je n'aurais pas forcément eu envie de répondre. Mais une chevelure, même originale et cool comme la mienne, ne masque pas tout. Après chaque douche, une fois mes cheveux blonds mouillés entièrement, il me suffisait d'écarter quelques mèches pour entrevoir la marque d'infamie qui a pourtant fait de moi ce que je suis aujourd'hui. Les chats n'aiment pas l'eau, ça doit être pour ça. Si j'apprécie encore faire quelques cascades à la piscine de temps à autre, c'est plus pour l'adrénaline de la chute que pour l'impact réel avec cette surface liquide qui m'attire autant qu'elle me répugne. Sincèrement, se retrouver entièrement trempé de la tête aux pieds me procure à la fois la pire et la meilleure sensation que mon organisme puisse ressentir, si l'on exclut tout ce qui est sexuel bien entendu.

Je m'égare mais je parlais de la période post-opération à la base. Au début, j'ai eu peur. Vraiment. Déjà, je ne percevais plus vraiment les couleurs. Pendant quelques jours, tout me semblait divisé en deux, noir, blanc... voire gris mais n'est-ce pas juste un savant mélange des deux teintes précédentes ? Pour le coup, je pensais me rapprocher de l'œil relativement vif de Kiwi mais il paraît que leur vision "digne des plus vieilles pellicules de films" n'est qu'une vaste légende à laquelle beaucoup adhèrent sans se poser plus de question. J'ai fini par apprendre que le spectre de vision du chien est juste beaucoup plus étroit que le nôtre. Il se limite au jaune et au bleu pour un résultat qui est plus proche d'une vision monochromatique que d'une vision colorée. Du coup, j'avais juste l'air d'un abruti qui avait du mal à distinguer une pomme d'une orange de loin. Heureusement, les très chères couleurs qui titillent les sens ont finir par revenir, progressivement, d'une teinte moins grisée vers une autre plus brunâtre. Côté audition, c'était pas top non plus. Des acouphènes permanents et extrêmement aigus me hantaient à chaque endroit, à tout moment de la journée ou de la nuit. Le seul remède que j'ai pu trouver ? De la bonne musique commerciale à plein volume, en boucle, les écouteurs bien enfoncés, ce qui me convenait parfaitement moi qui avais vraiment besoin d'être coupé du monde à cette période. Mais on ne peut pas rester isolé éternellement quand on est au plus bas, et c'est là que Lilian est intervenu.

Au bout de quelques mois, il m'a présenté à ses trois demi-frères. Tous plus âgés : 15, 17 et 19 ans. Tous m’ont accueilli comme le nouveau petit frère, j’étais de loin le plus jeune, et je me sentis très vite à l’aise parmi eux. Petit à petit, je me mis à les fréquenter constamment. La sensation d’appartenir à ce genre de groupe était fantastique, je me sentais fort et fier.
Lorsque nous étions ensemble, nous aimions bousculer et charrier d’autres personnes. Je découvris que je n’étais plus du côté de ceux qui s’effacent et cela me plaisait.
Au fil des mois, nos moqueries devinrent plus physiques voire plus violentes. Nous aimions surtout suivre et parler à des jeunes filles. Elles se sentaient terriblement gênées à la moindre petite remarque. Cela nous faisait rire. Parfois, l’un d’entre nous osait se montrer plus tactile. Cependant, tout cela ne restait qu’un jeu… jusqu’à ce fameux soir.

Ce jour-là, nous avions tous bu plus que coutume et je rentrais avec Lilian, Léo, Robin et Max (Knops pas Stones hein) par les petites rues du quartier Nord de la ville. Il n’y avait personne. Tout était calme. C’est en arrivant Rue de la Chapelle Exquise que nous l’avons croisée. Elle pressait le pas, ayant surement hâte de rentrer au chaud chez elle. Comme d’habitude, nous lui avons lancé quelques remarques auxquelles elle n’a pas répondu. Pour faire le malin, Max l’a suivie, essayant de lui soutirer son numéro. C’est vrai qu’elle était belle avec ses grands yeux bleus et ses cheveux auburn. Je ne me souviens plus très bien mais nous avons fini par la coincer. Je revois son air effrayée qui nous a fait tant rire. Et c’est là que tout a dégénéré. D’un seul coup, nous n’étions plus des hommes, mais des animaux. Je ne sais plus qui a eu l’idée mais nous l’avons attrapée et enfermée dans la voiture de Max. Puis, nous sommes allés dans son appartement… Je ne suis pas encore prêt à raconter ce qui s’y est passé. Nous avons fini par la relâcher deux jours plus tard.
Les jours suivants, nous nous ne sommes pas revus. Jamais. Nous avions honte... enfin, surtout moi je pense. L'opération chirurgicale nous avait transformés en monstres, en pantins totalement incapables de retenir les pulsions terrifiantes qui naissaient au sein de nos organismes affaiblis. Si j'ai préféré éviter les garçons, la fille par contre je l'ai recroisée... Toutes les excuses au monde n'auraient pas suffi, du coup j'ai soutiré de l'argent à mes parents pour lui envoyer. Pas vraiment pour qu'elle garde le silence... plus pour me faire pardonner, même si l'argent achète tout sauf une nouvelle virginité. Au final, on était presque amis, c'est pas vraiment à moi qu'elle en voulait... Enfin si, mais bon, j'étais quand même le seul à avoir fait un pas vers elle. Même quand on ne se voyait plus, on continuait de chatter sur Internet. Elle avait un pseudo marrant, Malicia2000, qui combinait à la fois son surnom et sa prétendue date de naissance.

Malgré cet échange peu conventionnel, j'ai quand même vraiment tenté d’oublier cette affaire. Je me suis repris en main, j’ai entamé des études dans une prestigieuse école privée de la banlieue parisienne, j’ai bossé dur pour sauver le monde, je ne suis pas retourné dans le passé, enfin si à cause de Belpois mais pas jusqu'à ce passé si obscur. Je me suis finalement persuadé que j'avais définitivement tourné la page. Et pourtant, j’entends encore ses cris dans mon sommeil.

« Tout ça, c'est parce que t'étais en mal d'amour mon p'tit Odd ! »

Ça y est, au son de sa voix, j'entendais déjà que Céleste retombait dans un de ses délires mystiques. Elle passait son temps à réciter des monologues les plus flippants les uns que les autres ! Voulez un exemple ? Suffit de demander !

« L'amour ? Pourquoi tu le cherches autant ? Pourquoi tu n'essayes pas de tomber amoureux de... toi-même pour commencer ? Ça te rendra moins con et t'empêchera de courir après une illusion dans laquelle tu penses que tout ira mieux alors que tu n'as encore rien compris. En avoir "marre du célibat"... Regarde-toi dans le miroir, accepte-toi et sois toi-même ? Qui es-tu derrière ce masque d'humour permanent ? Oh dis donc c'est pas mieux ce que tu vois en dessous de cette surface polie par les blagues débiles que tu peux faire ? Tu comptes plaire à quelqu'un alors que tu ne sais même pas qui tu es et que tu joues un rôle dès que quelqu'un se trouve dans la même pièce que toi ? Moi je ne pense pas que l'amour te rendra plus complet, l'amour ne te permettra pas d’assouvir tes fantasmes, l'amour ne te rendra pas moins seul. La vérité mon frère, c'est que tu es né seul, tu vivras seul et tu mourras seul. L'amour ne sert pas à tromper ta solitude, désolé, ouvre les yeux.
Deux personnes qui s'aiment ? ... Tu penses avoir une bonne complicité avec la première fille que tu croises, tu te moques des autres couples, tu penses que dans ton futur solide couple vous agirez d'une manière différente, responsable, tu penses être intouchable, tu penses vraiment aimer sans en souffrir ? L'homme est radicalement corrompu et rien de bon ne peut sortir de lui, en particulier lorsqu'il s'avise de tomber amoureux. Ouvre les yeux. À la recherche du premier ou de la première venue qui te correspond. "Te correspond". Tu penses vraiment que tu vas pouvoir choisir désormais ? Ouvre les yeux. À la recherche du premier ou de la première venu(e) qui va te servir à combler le trou dans ton petit cœur à défaut de combler le sien ? On ne réclame pas l'amour. On ne compte pas les jours de célibat en se disant que le temps presse. Ouvre les yeux.
À lâcher des pleurs ou des moqueries quand quelqu'un te dit non. Commence par te dire oui à toi-même. Et quand bien même, réfléchis à qui tu as en face de toi, on ne cherche pas tous à répondre à un caprice, on cherche peut-être juste la personne qui en vaut la peine. Ouvre les yeux.
J'ai été en couple, n'en doute pas. Mais quel genre de couple ? Je pensais tout avoir, bien plus que certains quand je vous observe. Mais quel couple ? Il y a un classement ? Une échelle qualitative ? Qui juge ... ?
L'amour me fatigue, être en couple me fatigue... Observer le jeu des célibataires et les évolutions de discussions entre eux me fatigue... Je me demande pourquoi je me fais prendre au jeu parfois... Peut-être pour me moquer... Ou peut-être qu'on est tous pareils au fond et qu'aujourd'hui je suis juste frustrée, seule dans ces cieux en train de manger des chips tout en vous observant.
Observer en silence... l'amour aujourd'hui, une nécessité, une mode... Ce monde me fatigue, et toi aussi. Malgré tout, j'avoue que j'ai un peu craqué sur ta mèche rebelle. Je suis actuellement dans mon lit, et toi tu es aussi dans ton lit Odd, le problème c'est que l'un de nous deux n'est pas à la bonne place. »

Putain mais elle est tarée ou quoi cette bonne femme ?! Déjà elle n'est pas du tout dans son lit, elle est derrière moi à me menacer avec cette saloperie de lame depuis des heures ! J'aurais pu tenter quelque chose, la désarmer, mais j'avais en quelque sorte besoin d'elle. Après tout, elle m'avait quand même tiré du train. Si je m'en débarrassais maintenant, où aller ? Il n'y a que du sable à perte de vue... Au moins, Céleste saura où passer la nuit. Enfin, j'espère... Elle doit bien m'emmener quelque part même si elle est cinglée, non ? Perdu dans mes pensées, ce fut assez simple de revenir sur terre (ou sur Jadawin plutôt) quand une pression assez violente s'exerça dans le haut de mon dos.

« Allez, accélère un peu la cadence ! ordonna une voix qui me semblait familière. On est presque arrivés, ça serait con d'être en retard ! »

En retard ? On avait donc rendez-vous avec quelqu'un... ou peut-être qu'on a juste un autre train à prendre, je suis perdu avec tout ça moi.

« Je t'autorise à te retourner, déclara Céleste, il est temps que tu rencontres en personne notre tyran... »

C'est sans doute le mouvement que je n'aurais jamais dû faire dans ma vie. En me retournant, j'aperçus la personne qui me répugnait le plus au monde. La seule que je serais prêt à tuer. Et aussi fou que cela puisse sembler, je n'étais qu'à moitié étonné. C'est comme si j'avais senti sa présence, cette odeur de cendres qu'il trimballe toujours avec lui. Premier élément visuel qui me marqua : cheveux autrefois châtains et maintenant complètement blondis par le soleil tout en restant formés de longues boucles soyeuses qui descendaient jusqu'aux épaules. Deuxième chose marquante : les yeux vairons, la caractéristique immanquable. Le droit luisant d'un bleu glacial et le gauche qui représentait la seule touche de vert du paysage. Même s'il semblait avoir vieilli, il n'avait en réalité presque pas changé. Après cette semi-stupéfaction, je réussis enfin à ouvrir la bouche pour poser la question qui me brûlait les lèvres.

« Lilian ?! Mais que... que fais-tu ici ?
— Tu pensais vraiment être le seul de notre monde à atterrir dans les limbes ? ironisa-t-il en m'adressant un sourire détestable. On est à cinq dans cette histoire mon pote, ne l'oublie jamais. »

Pourquoi lui ?! Putain mais c'est pas vrai, c'est vraiment un cauchemar cet endroit !

« Tu n'as pas idée à quel point, murmura Lilian Knops en me dévisageant. Eh oui, je sais tout de tes pensées mon cher Odd... Tu es mal barré, c'est moi qui te le dis ! Va falloir se mettre rapidement au boulot Della Robbia, on a pas mal de bons moments en tête-à-tête à rattraper... »
  Sujet: [Fanfic] Mémoire Fantôme [Terminée]  
Minho

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Jeu 31 Aoû 2017 16:09   Sujet: [Fanfic] Mémoire Fantôme [Terminée]
https://media2.giphy.com/media/l41YuwS5IipGquPmM/200_s.gif
Coucou toi Smile


Yep, ça faisait longtemps n'est-ce pas ?! Depuis une fameuse gueule de bois je pense... Bon, je suis sobre cette fois (enfin je crois) et, si le résultat s'en fait ressentir, tu m'en excuseras.

Citation:
L'Aelita s'y trouvait déjà. Les trois autres filles se postèrent à ses cotés et comme elle, ne bougèrent plus, restant à quelques mètres de la tour. Comme si elles attendaient quelque chose.


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Bon, comme tu l'auras compris, en bon commentateur que je suis j'ai refait des remarques sur le chapitre 3 même si j'avais déjà lu celui-ci dès sa sortie. En guise d'intro, j'ai bien aimé la petite scène Jim-Yolande (avec un seul L il me semble) et je trouve que tu gères assez bien l'humour (souvent involontaire) de Moralès, que ce soit dans cette fic ou dans les autres. La scène des vagues qui emportent certains de nos camarades sur le pont de l'usine est originale. Maintenant qu'on lit ça, on a presque l'impression que cette attaque s'est vraiment passée à un moment ou l'autre de la franchise CL. Au niveau des scènes de combat, j'ai suivi ça avec un certain plaisir. Contrairement à certaines de tes histoires où les fights d'avatars déjantés peuvent s'avérer redondantes, le fait d'avoir des héros sous la forme de monstres virtuels est vraiment un BIG plus selon moi. Ça change de d'habitude et je suppose que t'as dû t'éclater à l'écriture toi aussi. Alice est pas mal comme perso et offre quelques options sympas (notamment le coup du boomerang).

Citation:
Hiyaaa, s'écria Jérémie qui s'était reconstitué et qui faisait mine de s'étirer. Encore une brillante victoire des Lyoko-guerrieeeeers !


Han ouais... Il me tue ce mec xD Disons que ça change de son "habituel ton froid" comme tu le dis si bien. Stylé la manière dont il se reconstitue au fait, son avatar offre pas mal de possibilités et ça c'est cool, un grand Icerclassique o/
...
Quelques dizaines de lignes plus loin : « Si j'étais un être humain basique comme tu sembles l'être, X.A.N.A gagnerait. »

Spoiler


Tant que je suis dans les barres Spoiler, un petit relevé et on pourra continuer o/

Spoiler


Après cet intermède, reprenons... Je trouve Romain très stupide en ce qui concerne le fameux sms d'Émilie. Vu les circonstances et le danger qui rôde, il devait vraiment avoir les boules lourdes pour accepter un rencard juste après avoir découvert un corps six pieds sous terre... ou sous la flotte plutôt, enfin on se comprend c'est le principal Mr. Green
Je suis moins fan du côté politique par contre. Bon, je ne suis pas français aussi, je n'ai pas honte de dire que mes connaissances du monde politique de l'Hexagone sont limitées et du coup ça joue aussi sûrement dans mon avis. Si je ne doute pas de son utilité vis-à-vis de l'intrigue proposée, je trouve que ça fait un peu Échiquier/Pika&co alors que, dans le cadre d'une fic aussi courte, ça aurait pu être bien de se concentrer exclusivement sur notre petit groupe d'héros pour une fois o/ Heureusement, l'intérêt au niveau des dialogues est toujours présent et j'avais d'ailleurs hâte de voir la fameuse unité Lionel en action, on peut dire que j'ai été servi.

J'ai beaucoup apprécié le petit travail d'introspection sur Tania. C'est court mais efficace. C'est là qu'on voit la différence entre toi et moi, j'aurais été du genre à en rajouter blindé !
#lovesouffrancepsychologique
Surtout que ça parle de branlette espagnole, tout de suite ça m'intéresse (a) Je dois avouer que ta petite bande créée de toutes pièces me plaît de plus en plus, notamment les discussions Delmas/Grandjean.

Citation:
« De toute façon, au son de sa voix, c'est Jérémie, il ne se passera rien... »


C'est quand même super naïf de penser ça vu les possibilités toujours plus grandissantes de X.A.N.A mais bon... Faut croire que Sissi est vraiment conne après tout Sad Quant aux révélations de la copie de Rousseau, je suis assez sceptique. J'ai l'impression que le clone a dit à Tania exactement ce que cette dernière voulait entendre et ça m'étonne qu'un gars mastermind comme ce Belpois laisse quelqu'un avec des infos aussi importantes se balader sans être sous son contrôle permanent. Enfin bref, je suis peut-être parano mais je vois venir le twist d'ici, tu fais quand même tout depuis le début pour nous faire croire que ton Jérémie est une vraie ordure mais l'est-il vraiment ? La question reste ouverte en tout cas...

À la prochaine bg !
  Sujet: Remake : Aelita aux pays merveilles  
Minho

Réponses: 26
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MessageForum: Créations Code Lyoko   Posté le: Mer 16 Aoû 2017 13:36   Sujet: Remake : Aelita aux pays merveilles
Salut Velociraptor,

Va savoir pourquoi, j'ai été inexorablement attiré par le projet dès la première image de ce topic... Bizarre, non ? Disons que je valide l'âge d'Aelita dans cette BD Smile Trève de plaisanterie, je vais tout de suite parler de ce qui m'a bien plu publi après publi.


12/06

Commençons donc logiquement par ta première publication, celle où tu annonces le fameux Projet Remake. Je fais partie de ceux qui n'avaient jamais entendu parler de l'ancienne BD, du coup le fait de placer Aelita au Pays des Merveilles m'a autant surpris qu'emballé. Je trouve que cet univers colle assez bien à notre originale aux cheveux roses et le fait de la voir immense dans une petite pièce façon Alice était le parfait teasing pour l'occasion. Après, j'ouvre la petite barre spoiler et là... paf encore quelques surprises ! L'image qui m'a le plus marqué est sans conteste la deuxième (dans la liste des six proposées). La deuxième donc, c'est là qu'il y a le plus de personnages exposés et franchement, j'ai un faible pour ta version du couple Odd/Sam ! Yumi est pas mal réussie (à l'exception de l'immonde truc vert qui lui entoure la taille) et Jérémie en lapin blanc est lui aussi très original. Ensuite, les dessins 4, 5 et 6 sont à mon sens très remarquables, avec une préférence pour Ulrich qui est limite mieux comme ça que dans le DA, quoi qu'il paraît peut-être un peu jeune ici. Jouer la carte osée du rouge à 100%, que ce soit pour lui ou pour Milly par exemple, était assurément une bonne idée et colle évidemment bien avec l'univers de Lewis Carroll. Force est de constater que, contrairement à d'autres, tu amènes d'ores et déjà des éléments assez solides au moment d'annoncer ton projet, ce qui est franchement un bon point puisque ça donne directement envie (ou pas) de te suivre selon les goûts de chacun.


25/06

On entre dans le vif du sujet avec la mini BD qui raconte une partie de l'histoire du point de vue narrateur. Le Jabberwocky est badass, dommage qu'il soit déjà mort. Mais bon, niveau sang, la reine de cœur est là pour compenser son absence ! J'ai trouvé ça sympa l'histoire des deux meilleurs amis/amants dont le statut n'est pas vraiment déterminé et voir la rancœur de la souveraine grandir était assez plaisant. Par contre, comme les autres commentateurs l'ont dit, il y a quand même souvent des fautes d'orthographe et ça serait vraiment dommage de gâcher la qualité du remake pour des broutilles pareilles donc fais-toi relire, ça ne prendra pas beaucoup de temps en plus et le résultat n'en sera que meilleur. Niveau persos présentés en bas, on peut dire qu'on a encore été servis ! Le chat du Cheshire (et non pas le "Chat de Cheschire" au fait) en polymorphe, je ne m'y attendais pas et c'est plutôt bien trouvé. Je valide le choix final de ne pas avoir mis Sissi dans la peau de la reine de cœur, le rôle de la Duchesse lui va nettement mieux. Son look lui correspond et c'est assez rare de la voir "en duo" avec Laura donc je me demande bien ce que ça va donner à ce niveau.

Je terminerai en disant que c'est vraiment courageux de reprendre un projet pareil en 2017, à l'heure où les membres actifs se font rares sur le forum. En tout cas, moi je serai là dès ta prochaine publication parce que je compte bien suivre dès à présent ce topic de très près Mr. Green

À la prochaine !
 

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