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  Sujet: [Fanfic] Code Lyoko Projet Carthage  
Silius Italicus

Réponses: 2
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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 06 Avr 2021 14:09   Sujet: [Fanfic] Code Lyoko Projet Carthage
Bonjour très cher Freeze_Be,

C’est toujours un plaisir que de voir de voir de nouvelles pierres apportées à l’édifice.

À le lecture, votre récit souffre de deux soucis majeurs, tant sur la forme que sur le fond. D’une part, il est court, d’autre part les règles du français, règles de grammaire, conjugaison, syntaxe, orthographes… ne sont pas respectées. La triste conséquence, c’est que votre récit devient rébarbatif et compliqué à lire.

On ne saurait trop vous conseiller de rédiger d’abord votre texte dans un logiciel de traitement de texte (Microsoft Office Word ou Libre Office Writer) et d’user de leurs correcteurs orthographiques pour vérifier votre texte avant de le publier.

Pour vous donner un exemple, j’ai mis en italique tout ce qui dans la phrase ci-dessous est une erreur ou une maladresse de style.

«La fois où tout à changer pour moi est se jour où comme à mon habitude j'accompagne mon père à son travail et d'habitude l'un des agents qui prend toujours de son temps pour venir jouer avec moi lorsque mon père assiste à ses réunions, outre le fait que cette agent était malade au moment des faits et que mon père est parti encore une fois à l'une de ses réunions je suis resté au bureau comme à mon habitude

Voici ce que donne cette phrase si je tente de la réécrire pour la rendre plus compréhensible :

« Le jour où tout changea pour moi, j’accompagnais, comme d’habitude, mon père à son travail. Normalement, un agent prend de son temps pour s’occuper de moi pendant que père est en réunion. Mais cet agent était malade. Aussi, lorsque mon père partit une fois de plus en réunion, je restais dans son bureau.»

C’est un exemple de formulation possible de ce qu’il me semble que vous avez voulu dire. Mais entre les répétitions, la syntaxe qui est mauvaise, la conjugaison instable… il est, il faut insister, extrêmement difficile de vous lire, et du coup, il est impossible de vraiment apprécier votre texte.

Voilà pour les remarques sur la forme.

Sur le fond, comme dit plus haut, ce texte est trop court, même pour un prologue. On sait trop peu de choses sur le personnage principal. Par ailleurs on voit mal pourquoi ce texte est un prologue plutôt qu’un premier chapitre.
Plus encore, le personnage à huit ans et pour tromper son ennui, il lit un rapport, un document technique. Plutôt que de… faire des avions en papier, prendre un stylo et gribouiller, sortir se promener…

À huit ans, terrifié par la perspective que sa famille soit mêlé à un crime, plutôt que de se taire, il jure qu’il va garder la preuve afin de pouvoir rétablir la justice ?

De plus, un dossier sensible, susceptible de l’inculper disparaît de son bureau, mais le père du héros ne s’affole pas, ne le recherche pas ? Pourtant interroger son fils serait un minimum.

enfin, qu’est-ce qui permet à Éric de savoir que les actions de sa famille sont illégales ? Ça se trouve, ces enlèvement étaient tout à fait légaux.

Par suite, Éric veut aller à Kadic ? Pour quoi faire ? Le savant a disparu il y a six ou sept ans, aussi il est improbable qu’Éric trouve quoi que ce soit sur cette affaire.

Bref, sur le fond votre texte souffre d’être trop rapide et de laisser de grosses failles dans le scénario. Il faut détailler plus. Nous faire lire ce rapport. Nous montrer les conclusions auxquelles le héros arrive. Nous donner plus de détail sur lui et sa famille.

En conclusion, ce texte a peut-être du potentiel, mais en état, nous ne pouvons le savoir. Est-ce un diamant ou de l’or des fous ? Pour cela il faudrait pouvoir le dégager de la solide gangue de terre et de crasse qui l’entoure. Vous devriez reprendre ce texte depuis le début, le corriger, lui ajouter des paragraphes, le clarifier, le faire relire, et alors seulement, venir le publier.

En espérant ne pas avoir été trop brusque ou ne vous avoir découragé.

Au plaisir de vous lire de nouveau.
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2020  
Silius Italicus

Réponses: 30
Vus: 14356

MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Lun 15 Fév 2021 21:33   Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2020
Bonjour cher Warrior93,

Tout d’abord, je voudrais vous remercier d’être passé nous commenter.

Ensuite, nous nous excusons pour la suppression de votre premier commentaire. Comme nous l’avons expliqué dans notre réponse à Zéphyr ci-dessus, nous avons fait un choix en termes de présentation et d’harmonie, choix qui s’est décidé eût égard à l’activité du forum à ce moment.

Enfin, il faut en venir à vos critiques, au nombre de deux :

- D’une part, des récits qui vous ont mis mal à l’aise car s’écartant par trop du ton du matériau de base, la série Code Lyokô.
- D’autre part, des récits qui vous ont paru tiré par les cheveux.

Pour ce qui est de ce dernier point, nous aurions aimé des exemples, afin de pouvoir affiner notre réponse et nous améliorer pour l’avenir. Cela étant, ce reproche est éminemment lié aux contraintes que nous nous étions imposés dans le cadre de ce calendrier de l’avent. Elles ont été détaillées dans la réponse à Zéphyr, mais pour les rappeler brièvement, nous avions fait des listes de thèmes, de genre et de modulateur et avions créé à partir de ces listes des trios de contraintes aléatoires. Ainsi, le but était pour chaque texte de répondre à ces contraintes qui étaient parfois quasiment contradictoires (pensez aux contraintes du texte Récursion par exemple).

La conséquence, c’est que ces textes n’ont d’autres raisons d’être que ce souci de contraintes. D’où parfois l’impression de peu de justification de l’intrigue. En tant que tel, ce que nous avons fait est assez proche de l’exercice assez commun en fanfiction des drabbles.





On peut aussi le voir comme un exercice d’écriture, ou un défi d’atelier, dans la mesure où on s’imposait en plus de ne pas trop rester dans le cadre de la série, histoire de ne pas se retrouver à faire du copié-collé d’épisodes déjà existants. Je veux dire, si ce qu’on veut c’est raconter ce qui se passe dans la série, autant la regarder directement, ça va plus vite. Bien entendu, écrire dans un fandom, c’est partir avec ses contraintes propres, mais je ne pense pas que s’y enfermer soit particulièrement intéressant, ou du moins pas pendant longtemps. A ce jeu-là, je ne suis pas persuadée que Demain nos Ruines ou Les Moutons du Berger soit moins dans le ton de Code Lyoko qu’un Mondes Alternés. Et puis, accessoirement, je ne qualifierais pas les épisodes où Aelita manque de mourir, avec scènes de défibrillation explicites (37 Intérêts Communs), l’enlèvement et la séquestration d’Odd et Yumi par leur proviseur XANAtifié (41 Ultimatum) ou des enfants qui meurent de froid (45 Guerre Froide) de « papillons roses et éléphants bleus ». Des moments durs, il y en a eu, même si naturellement on peut personnellement aimer Code Lyoko pour ses moments plus légers, et préférer des textes qui aillent dans ce sens. Comme on peut préférer évoquer les moments plus durs, ou développer des points plus concrets que la série a mis de côté, faute de place, de temps ou d’intérêt du point de vue des scénaristes o/ Ecrire autre chose qu’un Jerlita, imaginer que leur relation peut avoir une autre issue que des jours heureux, c’est possible, dans la mesure où nous ne sommes mêmes pas tous d’accord sur ce qu’est ce couple dans le fandom. Certains s’y identifient, d’autres non, mais ce qui pousse à écrire des scénarios alternatifs à la série, c’est la réappropriation qu’est la fanfiction. A mon sens, ce n’est pas détruire un matériau que de développer ce qu’il a tiré de la série, ou en testant des choses avec. Cellui qui écrit que la relation entre Jérémie et Aelita est vouée à l’échec n’a pas moins apprécié la série que cellui qui croit qu’elle a de l’avenir.




Le manque de paratexte pour introduire et présenter chaque texte a de plus l’effet que chaque lecture est une plongée la tête la première dans l’inconnu, avec parfois de fort mauvaises surprises. C’était à notre sens un risque qui allait avec l’exercice. Dans l’idéal nous voulions que les lecteurs et commentateurs tentent d’eux-mêmes, à partir de leur lecture et des trois symboles e début de texte de trouver les contraintes. D’où le fait de ne pas avoir de textes introducteurs en début de chaque nouvelle. Nous avions sur-estimé l’activité sur ce forum d’une part, et la clarté de notre premier post d’introduction d’autre part. C’est une erreur de communication que nous ne referons plus.

Après, ces textes sont-ils plus perchés que, pour citer dans le désordre : Code Univers ou William Dunbar l’histoire d’un héros, de Belgarel ? Que Les divagations d’un mégatank de Nyx ? Que Je suis l’Alpha et l’Oméga de Shaka ?

Tout d’abord, des genres comme la parodie ou le crossover impliquent par définition d’être perché. Ensuite des textes courts souvent in media res, ne peuvent par définition poser le décor, ainsi que les tenants et les aboutissants de l’intrigue à la manière d’un récit au long cours. Enfin, il y a effectivement des textes plus faibles que d’autres.

De toute façon, faire une fanfiction Code Lyokô c’est faire un récit dans un univers qui est théoriquement fini et fermé. La série a un début et une fin, après tout. D’une certaine manière c’est toujours être perché que de faire une fanfiction, c’est prendre une hypothèse, un point de vue, un élément de décor et broder quelque chose par-dessus, un quelque chose qui est forcément en plus, et donc un peu en trop dans un ensemble fermé.

Mais cela nous mène à la première est plus détaillée de vos critiques, celle relative au ton de la série et au ton de nos textes. Par une étrange coïncidence, elle se fait l’écho d’une conversation que nous avions eu ce week-end sur ce sujet.

En effet, nous nous sommes fortement éloignés de l’ambiance d’origine de la série. A titre d’exemple, dans la série, les personnages principaux ont autour de 13 ans physiquement (au début en tout cas), mais leurs manières de parler, de penser et d’aborder le monde seraient plutôt celle d’enfant de 11 ou 12 ans. Dans Code Lyokô Evolution, ils sont clairement des lycéens, et de fait cette série s’éloigne pas mal de l’ambiance du dessin animé. Le fait est que tant votre serviteur que Violet Bottle ou Dede7 — probablement du fait de notre prise d’âge — ne savons, ne voulons ou n’avons envie de faire parler nos lyokôguerriers avec les maniérismes du dessin animé. Cela était déjà manifeste dans nos autres écrits : dans Mondes Alternés de Violet Bottle, les personnages parlent comme de jeunes adultes ou des lycéens, mes propres écrits se passent souvent dans le futur ou se passent des lyokôguerriers…

Bref, rester dans le ton du dessin animé est quelque chose que nous ne savons pas vraiment faire et qui en fait nous intéresse peu. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas des auteurs qui le fassent, parfois très bien et que ce ne soit pas agréable à lire. A titre d’exemple, Replika on the Web de Sirix conserve une grande partie du ton et de la fraîcheur du dessin animé et est une fanfiction de fort bonne facture.

Cela étant, nous constatons que cette conservation du ton d’origine est plutôt rare sur le forum. Un rapide tour sur l’index des meilleures fanfictions montre assez bien ce point : Ikorih, Tyker, Minho… le temps passant ce sont des auteurs plus vieux, avec d’autres perspectives, questions et intérêts pour la série qui ont écrit sur ce forum. Clairement il y a eu un choix de la part du fandom quant aux thèmes privilégiés et à la manière de les aborder.

De manière plus générale, la fanfiction est une réappropriation. L’auteur de fanfiction s’empare d’un univers donné pour y mettre quelque chose de plus : idée, personnages, ambiance. L’auteur extrait des choses qui lui plaisent, en écarte d’autre et construit à partir de cela. La conséquence c’est que l’auteur soumet cet univers fictionnel (le canon) a ses questions, interrogations et point de vue. A titre d’exemple, sur ce forum, Icer a beaucoup questionné la manière de relier l’ensemble des éléments du canon et des apocryphes au monde réel pour faire un tout scénaristiquement cohérent. Tyker a fait de l’exploration de la backstory (qui désigne dans le jargon les éléments de Code Lyokô antérieurs au début de la série comme le passé de Franz Hopper), Zéphyr a retravaillé Code Lyokô Evolution. Ellana dans la Demande s’est penché sur la relation d’Ulrich et de Yumi, Belgarel a exploré des tendances mégalos de Jérémie, Icejj a traité du traumatisme des missions ou décrit des attaques aux fins funestes…
A force d’écriture par les auteurs, et de commentaire des auteurs entre eux, des tendances émergent. Sur ce forum la tendance dominante est à un traitement plus sombre que dans le canon. Cela n’exclut pas d’autres manières de faire, loin de là. Chaque pierre apportée à l’édifice compte en vue du plaisir de lire du Code Lyokô.

Mais nous défendons le droit de chaque auteur de poser la marque qu’il souhaite sur cet univers : tous les textes et auteurs susmentionnés ont ajouté quelque chose, permis d’imaginer des possibilités, révélé des potentiels… Parfois même, certaines inventions du fandom deviennent tellement courantes qu’elles sont presque canoniques : pensez au fait de qualifier Aelita d’ange de Lyokô, ou Yumi de geisha… Parcourez les récits et vous remarquerez de temps à autre des éléments qui reviennent chez la plupart des auteurs mais qui à y réfléchir ne sont pas issus du canon.

Après, tout auteur ne trouve pas lecteurs, et parfois un auteur a pu mettre beaucoup d’efforts ou de lui dans un texte et voir ce dernier se faire détester par les lecteurs. Cela arrive. Ce qui nous semble compter, c’est de ne pas se laisser trop enfermer dans une idée figée de ce que devrait être les fanfictions Code Lyokô.

Pour finir en revenant au cas plus précis de ce calendrier de l’avent et compléter vos remarques :

— « le fait de faire mourir Jérémie sans que personne ne soit à son chevet pour son dernier souffle, même pas sa très chère Aelita ». Il est tout à fait compréhensible que cela vous ait mis mal à l’aise. Ce n’est pas un texte joyeux. Néanmoins votre référence à Aelita indique que vous avez a priori manqué un des éléments du texte : le fait qu’Aelita ici n’aime pas Jérémie et l’a trahi (elle est plus proche de la Aelita de Code Lyoko Evolution que de celle de Code Lyokô). Notez que le Jérémie de ce texte n’était pas non plus quelqu’un de bien. Diable, il est même sous-entendu qu’elle l’a violé et que c’est ainsi que Jérémie a attrapé la syphilis (maladie qui se transmet surtout par voie sexuelle) ! Donc non, dans ce texte les amis de Jérémie l’ont ou trahi ou sont indisponibles. Mais il faut insister ce n’est pas un texte joyeux du tout, et il demande en effet d’avoir le cœur un peu accroché. Cela étant, en parcourant le forum, vous verrez qu’Ikorih fit mourir Ulrich de nombreuses fois (sa détestation de ce personnage est devenue proverbiale chez les anciens de ce forum), que Violet Bottle a une fâcheuse tendance à taper sur Jérémie pour lui préférer un pendant maléfique, et que Draynes ou Minho ne furent pas non plus tendre avec leurs personnages. Ce ne sont là que des exemples, mais ils montrent qu’il ne s’agit pas de quelque chose de vraiment nouveau ici.

— « de faire devenir Ulrich un meurtrier en tuant son père... ». Là encore il est assez compréhensible que ce texte vous ait mis mal à l’aise. Après tout Ulrich tuant ces parents de dix-sept coups de couteaux chacun…. Pour tout vous dire ce texte fut très éprouvant à écrire et la fin de la rédaction, qui s’était étendue sur deux ou trois heures un après-midi m’avait laissé pantois et sous le choc… Disons que les contraintes étant « crime » et « parent des héros », j’ai été à quelque chose d’assez simple et direct, et de pas si improbable que cela. Un spectre de Xana traque Ulrich et lui fait quelque chose. Ou pas. Puis Ulrich tue ses parents. Est-ce lui ? Est-ce Xana ? Qui sait ? j’ai choisi de laisser une fin assez ambiguë.

Ulrich après tout a de fort mauvaises relations avec ses parents. Que cela conjugué au stress puissant et important que représente la lutte contre Xana finisse par le faire craquer, c’est une possibilité ; que Xana tente de l’atteindre et de le détruire par ce biais en est une autre. Tout aussi valable. Ce sont des choses qui arrivent. Rarement, mais cela arrive.

Enfin, pour finir sur une note plus joyeuse, j’espère que maintenant que la liste des contraintes est publique (en première page du calendrier et dans la réponse faire à Zéphyr), vous pourrez piocher des textes plus susceptibles de vous parler et d’être dans vos goûts. Si vous vous êtes arrêté à Une pincée d’âme, vous manquez en effet quelques textes plus susceptibles — peut-être — de vous plaire. A titre d’exemple, Cher journal de Violet Bottle ou For honor, you monster de Dede7.

Au plaisir de vous retrouver en ce royaume
  Sujet: [One-shot] Transmission  
Silius Italicus

Réponses: 4
Vus: 3511

MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mer 20 Jan 2021 14:48   Sujet: [One-shot] Transmission
Bonjour très chère Minho,

Ainsi vous nous emmenez à la rencontre des paradis artificiels ?

Une fois encore, vous proposez un texte assez original par rapport aux standards du forum. L’originalité ici est dans le thème de l’alcoolisme. A ma connaissance il n’avait jamais été abordé auparavant en ces lieux.

La remarque liminaire, déjà faite par les autres commentateurs, c’est le manque d’ancrage de ce texte dans l’univers de Code Lyokô. Certes, il y est question de Sam et a priori d’Odd, mais cela semble un poil léger. C’est d’autant plus dommage que le lien entre Lyokô et l’alcool peut se faire sans peine majeure. Après tout Lyokô était une guerre, avec son lot de morts, de victimes, de sacrifices et de pression. Introduire l’alcool par ce biais-là offre une possibilité. Un texte comme la Bulle d’Icej pose les fondations de quelque chose dans ce genre. De fait, il y a une mention de cela dans le texte (« C’était tout ce qu’il lui permettait d’oublier Xana pour quelque temps. »). Le fait d’avoir réduit ce biais d’introduction à une simple phrase est assez éloquent. Bien évidemment, à procéder de tel manière vous auriez perdu une universalité. Or il semble que ce soit quand même là un des objectifs du texte que d’être universalisable.

Le titre du texte reste, malgré plusieurs lectures de la part de votre serviteur, assez énigmatique. « Transmission ». Le terme rappelle la mécanique ou l’héritage. S’agit-il pour Odd de cesser de transmettre l’alcoolisme autour de lui ? De cesser de reproduire de mauvaises habitudes ? S’agit-il d’un héritage de la maladie qu’il doit maintenant assumer ou répudier ? Il est difficile de trancher en l’état du texte, dans la mesure où il y a dans le texte fort peu d’occurrence du champ lexical de la transmission.

Cela étant, c’est un point de détail par rapport au reste du texte. Ce qui est plus frappant en fait, c’est la retenue qui semble affecter l’ensemble. Retenu qui ne cadre pas vraiment avec ce qui est dit par le narrateur. Le texte semble très contraint et pudique, effleurant plus que fouillant la situation ? Or le narrateur au moment où il écrit cela a dépassé et mis loin derrière-lui le cap de la retenue, « J’ai un problème avec l’alcool ». Comment dire ? L’état de reconnaissance et de traitement du problème qui est celui du narrateur ne semble pas si bien s’accorder avec l’exposition dans le texte. C’est dommage. Cela semble être une conséquence corolaire à la volonté d’avoir un texte universalisable. Un exemple gagne en intension ce qu’il perd en extension.

Ainsi, et en vrac, il est laissé à entendre que le travail de barman d’Odd a conditionné, en mal, son rapport à l’alcool. Mais ce thème n’est pas fouillé ou montré. De même, il est mentionné que les cultures méridionales et septentrionales n’ont pas le même rapport à la consommation d’alcool, mais le thème n’est pas fouillé. Ce sont des pistes qu’il eût été intéressant de montrer ou de développer et qui sont juste là, en passant…
Pour autant, ce texte ne peut être qualifié d’incomplet ou de squelettique. Il sait ce qu’il veut et fait ce qu’il veut. Mais au moment d’accrocher des yeux le point final, il semble un peu léger et incomplet, comme s’il avait mérité plus ou mieux.

Il y a une piste possible d’interprétation du texte. Au moins autant que de voir le déroulé d’une relation à trois entre Sam, Odd et l’alcool, on peut voir dans la relation entre Odd et Sam un reflet de la relation entre Odd et l’alcool. Comme une sorte de mise en abyme. Dès lors, le comportement de Sam n’est rien d’autre en fait que le paradis artificiel, empoisonné et corrompu de l’alcool. Un paradis qui vous tient par les sentiments. Un paradis séducteur. Vous voulez le quitter ? Il vous cajole, vous menace, tempête, en appelle à toutes les conséquences néfastes possible ? Il vous rassure que cette fois-ci, cela va aller, ce n’est pas grave. Ce n’est qu’une petite fois de plus. Bien sûr, il ment, et Odd se mentait à lui-même en le croyant.

Par exemple la phrase suivante en début de texte, prononcée par Sam : « Dis-moi que je suis drôle et que tu m'aimes. » Cette phrase si on suppose que dans ce texte la relation avec Sam n’est rien d’autre que la relation avec l’alcool lui-même, cette phrase prend un sens supplémentaire. L’alcool qui égaie, l’alcool qui rend drôle (ou le fait croire), l’alcool qui procure l’hilarité… N’est-ce pas là le côté positif de l’alcool ? Celui pour lequel on l’aime (rare sont ceux qui aiment l’alcool lui-même, en tant que goût). Mais l’alcool joyeux laisse vite la place à l’alcool triste et au sommeil agité. L’alcool est une ingrate maîtresse. Infidèle, vaine. Elle promet beaucoup à court terme et vous assomme par-derrière.

« C’était libérateur ». Dans cette interprétation, Odd était sobre depuis dix mois, mais cela requiert force discipline et efforts mentaux. Les abandonner, c’est se défaire d’un poids, se défaire de contrainte… se libérer.

Et l’alcool bien sûr n’est jamais responsable. C’est toujours le buveur qui l’est (en soi, c’est logique, non ?).



Quelques remarques d’orthographe et autre en vrac :

« un trou qui m'a pris des années à ramper ». Cette phrase n’est pas claire du tout. S’agit-il de ramper hors du trou ? De creuser le trou plus profond à force d’y ramper ?

« Drapeau rouge » : à vue de nez il s’agit d’une traduction mot pour mot de l’anglais « red flag ». En fait, il existe une expression française moins imagée pour désigner cette idée. Il s’agit de « signal d’alerte ». Après, il est tout à fait possible que « Drapeau rouge » soit un belgicisme.

« le tournoi à la ronde se disputant des ivrognes, où aucune raison ne peut les atteindre; » Ce morceau de phrase non plus n’est pas clair du tout.

Au niveau du style, il n’y a pas tant à en dire. C’est bien écrit, sans grandes envolée, morceau de bravoure ou autres. Ce qui est cohérent avec le fait qu’il s’agisse d’un texte de confession à la première personne : Augustin d’Hippone et Rousseau sont des exceptions, non la norme en la matière. En fait, les phrases qui résonne un peu le sont plus du fait de leur acuité psychologique.

Pour conclure, il s’agit d’un récit original à l’échelle du forum et rondement exécuté. Mais, il pêche peut-être un peu trop d’avoir voulu être large et universel, ce qui a probablement empêché une plus grande expressivité et un approfondissement du sujet.
  Sujet: [One-shot] Un autre que moi  
Silius Italicus

Réponses: 3
Vus: 2603

MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 19 Jan 2021 16:16   Sujet: [One-shot] Un autre que moi
Bonjour très cher Minho,

Ainsi, nous vous avons laissé seul deux mois durant ? Il faut s’employer à corriger cela.

Une remarque liminaire sera qu’en fait les musées cordiaux existe déjà plus ou moins, ou en tout cas ont existé sous la forme de cabinet de curiosité. Là, le propriétaire des yeux entassait maints objets pour le plaisir des yeux de ses invités, objets révélateurs de son goût et de sa personne.

C’est un texte intéressant. Le thème est évidemment celui de la nostalgie et du temps qui a passé, mais la manière de l’aborder est plus original. La forme du musée que l’on remonte comme on remonte à travers les souvenirs. Le parallèle entre la progression physique et le pèlerinage mémoriel est assez bien vu et donne une jolie perspective. A mesure que le narrateur remonte dans le musée, il remonte aussi dans ces souvenirs. A noter, cette remontée n’est pas temporelle. Elle ne va pas des souvenirs les plus anciens d’Odd vers les plus récent (ou le sens inverse d’ailleurs). C’est une remontée thématique qui va de l’extérieur vers l’intérieur, du public vers l’intime. D’ailleurs, les derniers étages du musée sont interdits au public. Ils restent des lieux d’exposition, mais sont réservés à des happy fews que l’on sait être de plus en plus réduit. D’ailleurs, le dernier étage est réservé à Odd lui-même. Et remontant dans le musée, le narrateur croise de plus en plus de lui-même et de moins en moins d’Odd : tantôt ce sont des étages à lui, tantôt des étages conçus comme réceptacles de souvenirs ou d’activité à deux. En partant d’Odd, le lecteur en est venu au narrateur, avant de revenir à Odd. Une dernière fois. Une ultime fois. Ce grenier, ce sont les derniers secrets, les dernières facettes privées de l’intimité d’un homme (un petit Oncle Ernest en somme). Consumées avant même d’être connues. Odd restera un mystère : il a vécu, s’est consumé, laisse les cendres de ses souvenirs derrière lui.

Car le feu est l’autre thème majeur. C’est lui qui permet la rencontre entre le narrateur et Odd, lui qui représente et aliment leur relation, lui qui a failli y mettre fin, lui qui clôt le récit : un cierge ne brille jamais aussi fort qu’en ses derniers rayons. La vie d’Odd et de son compagnon était comme un feu, et le feu réduit en cendre, à la fin, même les souvenirs sont brulés, et ils sont brûlés précisément dans un ultime éclat, dans une ultime tentative de vivre encore, de savoir plus.

C’était en effet là le tout de la vie du narrateur. Il a organisé toute sa vie et son être à travers Odd qui était à la fois son ami, son amant, son mentor, sa famille… Le début du texte laissait à entendre une relation de type disciple et maître. Le narrateur aurait été le dernier disciple d’Odd, celui qui allait partager sa vieillesse, mettre en ordre ses papiers, assurer et faire vivre l’héritage. Mais en fait, il était bien plus le compagnon d’une vie entière et en même temps, le fanboy absolu, la glace qui dix ans après reste les yeux rivés sur la grande personne.

C’est peut-être là qu’une réserve se glisse dans le texte. Car à bien y réfléchir, la relation entre Odd et le narrateur semble toxique. Le narrateur est adopté à douze ou seize ans, il semble y avoir une possible incohérence du texte là-dessus. Ensuite, il passe sa vie entière avec, par et pour Odd. Il a beau dire que la plupart des étages du musée n’appartiennent plus à Odd, il est toujours question de ce dernier au fur et à mesure de la remontée. Il n’est d’ailleurs pas anodin que le dernier étage, le plus intime, l’étage de l’origine en somme soit un étage privé d’Odd. On ne peut que se demander si les échecs amicaux, et possiblement amoureux ne sont pas lié à cette fixation sur le grand homme. Ce dernier avait d’ailleurs sans doute dix ou vingt ans de plus que le narrateur, donc même en admettant une rencontre et adoption à seize ans (et pas une émancipation ?), la possibilité d’être face à un cas d’abus est assez présente. Après tout, Odd disparaît, ses souvenirs mettent le feu et emportent avec eux le narrateur, qui n’as pas d’amis qui viendraient le chercher et le sauver. In fine, le narrateur n’était-il pas un Odd de substitution ? Un autre que lui-même ?

Une possibilité d’interprétation supplémentaire du texte se dégage à partir de là. Le narrateur n’est en effet autre que quelqu’un qui a passé sa vie à se dévouer à un autre. Métaphore d’un auteur qui se concentrerait trop sur un personnage alors que ce qui peut en être dit est infini ? Que le personnage échappe toujours à son ou ses auteurs, a toujours une part cachée ou à inventer ? Les étages du musée ne sont-ils pas autant de textes déposés là, rangés. Textes composés au fil des affinités personnelles de l’auteurs. Ces textes donc parle du personnage, le révèle, mais sont autant de portrait brisé qui reflètent le personnage, de même que les salles les plus personnelles dans le musée du narrateur, tout en étant représentations muséales des goûts du narrateur sont le reflet et le portrait d’Odd : elles respirent Odd. Cet appréciation et recherche du personnage de fiction ne finit-elle pas par isoler et consumer l’auteur ?

Un jour le temps emportera tout. Il emportera le pont qui donne accès au musée. Le temps dévore tout en effet, y compris la passion. Un jour ces textes, cet amour du personnage ne seront-ils pas exsangues sans force ? le personnage ne se sera-t-il pas trop éloigné de l’auteur, devenant trop lointain et différent d’accès ? Faut-il alors prendre garde à ne pas se faire consumer trop tôt, avant que ne vienne le jour ?

Cette interprétation s’appuie essentiellement sur le paratexte d’introduction.

Cela étant, c’était un bon texte, très plaisant à lire. Le thème est bien traité, la fin est assez surprenante tout en étant logique. Au niveau du style, il faut noter quelques phrases et tournures assez recherchées, et de manière assez caractéristique pour du Minho, une insistance sur les visages et les corps, mais d’une manière plus poétique que d’habitude. C’est un autre point notable du texte. Si on le rapproche de vos autres textes sur le forum, outre une mélancolie plus marquée qu’à l’habitude, et sans amertume, on trouve aussi un style qui s’est fait plus poétique qu’auparavant. Là où il tendant à osciller entre le réaliste et le fantasmatique, voir le fantastique. Il sera du reste intéressant de voir si ce style nouveau perdurera et comment dans vos textes à venir.

Au plaisir de vous retrouver dans d’autres textes en ce Royaume.
  Sujet: [One-Shots] Le poids du passé  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 19 Jan 2021 14:28   Sujet: [One-Shots] Le poids du passé
Bonjour très cher Warrior93,

Ainsi voici votre deuxième texte en ce royaume ?

Les drabbles sont, vous l’avez certainement vu, un format très rare sur ce forum. L’avantage, c’est que cela donne assez peu de comparaisons possibles quant à ce que donne ce format dans l’univers de Code Lyokô.

Cela étant, vous proposez quatre drabbles d’un coup et dans un seul post, aussi l’ensemble donne l’impression de n’être qu’une seule et courte nouvelle. Et c’est plutôt ainsi que vos textes vont être considérés ici.

Un texte donc, en quatre parties. Chacune se centre sur un personnage. Deux de ces personnages sont facilement et immédiatement identifiables, Aelita en partie 2 et Franz Hopper en partie 4. Les deux autres parties sont plus difficilement attribuables : Sissi ou Yumi pour la première, William ou Odd pour la deuxième, même si la balance penche un peu plus en faveur de Yumi et William.

Plus que les souvenirs, à la lecture de ce texte, un autre thème se dégage, enfin plutôt deux : l’espoir et l’attente. Parfois il s’agit d’attente contente, comme dans le cas d’Aelita ou de Hopper, parfois d’espoir déçus ou en voie de l’être, comme dans le premier et le troisième texte. Ce qui fait d’ailleurs une jolie alternance. Le texte a pour cadre la vie quotidienne, avec ses déceptions et ses réussites, avec les petits plaisirs de la vie. A ce titre, on note l’importance de la cantine d’une part, et d’autre part que la nourriture qui y est servie est visiblement fort bonne.

Dans l’ensemble, la tonalité de ces textes est plutôt positive : même les amours déçus sont finalement assez bien vécus ou contrebalancés.

Pour autant, ce texte fait une impression assez étrange. Si vous permettez l’usage de pareille métaphore, on a l’impression que vous êtes constamment en première ou en seconde, mais sans jamais réussir à passer à la vitesse supérieure.

L’usage de tournure tel que « gente » qui devrait s’orthographier « gent », ou bien « celui dont mot cœur a chaviré » en lieu de « pour lequel » laisse à montrer que votre niveau de maîtrise de la langue n’est pas encore tout à fait au niveau de ce que vous souhaiteriez écrire et faire. Dans ce texte, l’intention est là de bout en bout, vous savez où vous voulez aller et ce que vous voulez faire. En permanence à la lecture du texte le ressenti est du type « c’est bien, mais… ». Pour reprendre la métaphore automobile, vous êtes en première ou en seconde en ayant l’ambition de conduire comme si vous étiez en troisième ou quatrième. Autrement dit, le potentiel est là, il perce hors du cocon, mais vous n’avez pas encore un niveau de maîtrise de la langue française suffisant pour donner votre plein potentiel et faire vraiment marcher vos textes.

La bonne nouvelle, c’est que cela se travaille. D’une part en faisant, tout simplement des exercices d’orthographe et de grammaire. D’autre part en lisant. Lisez, lisez toujours et lisez encore afin de faire rentrer des formes, des expressions, des manières d’écrire dans votre tête. De préférence, lisez des choses bien écrite, même si cela semble plus difficile.
Enfin, au moment de la rédaction, un correcteur orthographique est toujours utile, Grammalecte est conseillé si vous utilisez Libre Office ou pour corriger, au moment om vous postez, sous forme d’extension de navigateur.

Au plaisir de vous revoir au détour d’un texte sur le forum.
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2020  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 08 Déc 2020 19:07   Sujet: Un petit coin bien au chaud

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Le sommeil, disait-on, lave tous les maux. Il est une bénédiction qui apaise les cœurs et raffermit les âmes. Car c’est à la nuit que l’homme s’endort, et c’est au jour qu’il se lève, sous les rayons d’espoir du soleil. Puisse le malheureux bénéficier d’un sommeil sans rêve ! Puisse l’éplorée trouver dans les bras de Morphée la consolation ! Puisse l’éprouvé trouver le répit de l’âme et du corps, afin de reprendre chaque jour la lutte !

BANG !

Une silhouette fusa à travers le couloir et alla s’écraser contre le mur.

— Vite ! Il nous faut des renforts. On a un 33 !

L’un des hommes présents avait commencé à hurler tout en pressant le bouton d’alerte par trois fois. C’était un signal codé précis, qui amenait une sonnerie particulière. Une sorte de tocsin. C’était une indication connue par tout le monde dans l’institution. C’était l’indication pour les résidents qu’il fallait rentrer dans leur chambre ou rester dans les pièces communes. En tout cas, plus de circulation dans les couloirs.

Dans le même temps, une équipe du personnel se mit en marche vers le lieu du drame. Le sonneur d’alarme leur donna les indications voulues sur la situation par talkie-walkie.

Ils arrivèrent vite. De toute façon, dès que l’alarme avait retenti, ils s’étaient engagé dans la bonne direction. Ils avaient eu comme une intuition, mêlée de l’expérience des derniers jours. Il n’y avait pas tant de pensionnaires que cela dans l’institution. Sans aller jusqu’à dire que tout le monde connaissait tout le monde —pour certains c’eût été impossible — on ne pouvait pas dire qu’il y eût de réels inconnus. Tout le monde était reconnu ou par le visage ou par la réputation.

C’est pourquoi il fallut fort peu de temps à l’équipe d’intervention pour arriver dans le couloir de la chambre 203 et constater que son locataire avait non seulement expédié un membre du personnel au tapis, mais était en train de passer le sonneur d’alarme à tabac. Ni une, ni deux, l’équipe intervint. Ils avaient été formés à cela, et des années à travailler ensemble les avaient rodés. L’affaire fut violente et brève. Promptement menée en somme. La menace n’était que parfaitement neutralisée, et le danger restait. C’est pourquoi, il fut décidé qu’il valait mieux déplacer 203 vers une autre chambre. Assurément plus confortable.

— Bordel, c’est quoi ? La quatrième fois en dix jours ?
— Tu l’as dit. Note ça dans le rapport. On n’est pas censé accueillir des pensionnaires dangereux ici, répondit Jean Dardieu. Mais, j’en ai déjà discuté avec le chef. D’après lui… eh bien, les « sponsors » de 203 sont de gros donateurs… L’Institution ne peut se passer de leur soutien. Donc, on ne peut réexpédier 203 ailleurs. Même si nous ne sommes pas vraiment équipés pour ce genre de choses.
— Ouais, ‘fin… tenta Pierre Lancedole, à ce rythme on va tous finir à l’hôpital. Aujourd’hui, c’était Jacques et Paul, et ce ne sont pas des petites contusions. Je sais pas où 203 a chopé pareils réflexe de baston, mais un jour on n’arrivera pas à calmer l’affaire, pas sans casse.
— Je sais. Mais… Qu’est-ce tu veux, je n’ai pas de solution. On va pas l’enfermer et jeter la clé quand même ?
— Je serais presque tenté tu sais.
— Allez, arrête les conneries, et vient m’aider à ranger… Ah… Tiens, il va falloir racheter une chaise.


203 avait donc été… calmée… Par l’usage d’un cocktail de produit chimiques prescrit par son médecin traitant. Mais, comme on était jamais sûr de rien, une petite chemise de contention avait été rajouté. Ce n’était que la quatrième fois en dix jours après tout. Et puis… cela rendait le transport plus facile. Si l’on était deux il fallait juste faire attention aux tentatives de gigotages, si l’on était seul… eh bien de même qu’un sac de patates se traîne… Il fut donc fort aisé d’amener 203 jusqu’à son nouveau domicile. Temporaire évidemment, même si les gardes l’eussent voulu permanent. Mais ils pouvaient difficilement perdre la clé, n’est-ce pas ?

À peine avait-il franchi le seuil de cette nouvelle chambre que 203 se débattit de plus belle. Même les médicaments ne suffisaient face à la pure terreur qui s’était emparée d’elle. De sa gorge jaillissait un cri horrible, ininterrompu, comme si elle essayait d’expulser son âme hors de cette prison.

En vain, bien entendu.

La chemise de contention était trop bien ficelée, les gardes trop expérimentés et fort, la pièce trop bien conçue. Chacun de ces éléments était fait pour résister à des efforts et pression bien plus important que ce que 203 était capable de mobiliser. De ce point de vue, le régime léger et équilibré de l’Institution faisait bien son office. Jean savait que d’ici quelques semaines la scène d’aujourd’hui ne serait physiquement plus possible. Il suffisait juste de tenir jusque-là, ce qui devrait être de plus en plus facile, pensa-t-il. Néanmoins, il s’interrogeait un peu sur les méthodes du médecin. L’Institution n’était pas faite pour accueillir ce genre de patient… et pour avoir recours à ce genre de méthodes. Même s’il ne se sentait guère de choix, Jean était troublé. Il aurait préféré que d’autres se chargent du sale boulot. Il y avait mieux à faire que de la manutention. Le dossier de 203… on ne leur avait rien dit, sur ce dont il retournait, sur ce qu’il fallait faire ou éviter. Cela étant, vu la violence de 203… il n’y avait pas vraiment mieux que contention, drogue et isolement. C’était un cocktail toujours efficace. Parfois plus vite, parfois plus lentement, mais toujours, ceux qui en étaient l’objet finissaient par s’y faire. Un jour venait pour tous où le traitement n’était plus utile ; pour 203 aussi, un jour le traitement serait rentré. Question de temps.

Jean prit quand même note de demander au médecin d’accroître le dosage des médocs. Histoire d’éviter les scènes comme celle de l’entrée dans la cellule d’isolement. Il faudrait aussi penser à trouver un bâillon. C’était tellement mieux quand ils ne faisaient pas de bruits et ne bougeaient pas.


— Ah ! Jean !
— Docteur Perverge. Nous venons de mettre 203 en cellule.

Le médecin entra dans la pièce. 203 était sur le lit, les contentions de celui-ci ajoutées aux contentions de sa chemise. De sorte que le mouvement était bloqué. Sortir de sa position allongée sur le dos était impossible. 203 ne voyait rien d’autres que le plafond molletonné. Non qu’il fût très différent du reste de la pièce. Celle-ci était éminemment impersonnelle. Du molleton solide partout. Un lit et des liens en cuir solides. Un néon au plafond, protégé par deux couches de plexiglas. L’interrupteur pour la lumière était situé à l’extérieur de la pièce.

— Oui, on me l’a rapporté. Vous savez ce qui a provoqué cette nouvelle crise ?
— Jacques est encore dans les vapes, alors c’est difficile à dire. Mais… 203 a quand même rétamé deux collègues. Vous pourriez augmenter ses doses ?

Amaury Perverge s’approcha de 203. Il vérifia de ses mains que les liens étaient bien en place. C’était chez lui, comme chez le reste du personnel, un réflexe. Il resserra une attache qui lui paraissait un peu trop lâche.

— Hmm, je vois. Oui, je vais vous faire une ordonnance pour ça dans la journée. Hmm, laissez 203 en cellule pour une demi-journée seulement, mais au vu de l’heure, cela attendra. Je pense que le petit-déjeuner pourra avoir lieu normalement, mais faites quand même attention.
— Très bien, Docteur. Mais… 203 a fait une nouvelle crise, plus violente encore en entrant dans la cellule. Et ce n’est pas la première fois. Il n’y a rien dans son dossier pour l’expliquer.
— Eh bien, 203 est un cas très particulier. Mais, ne nous en faisons pas. Nous savons tous les deux que le traitement va finir par prendre.

Disant cela, le docteur avait avisé qu’une mèche de cheveu de 203 s’était aventurée dans ses yeux. De la main, il balaya le front de 203 pour chasser cette mèche importune, et dégager fronts et yeux. Il se pencha un peu en avant et jeta un coup d’œil au fond des yeux de la personne attachée. Ils étaient fort beaux, pensa-t-il en soupirant.

203 arqua le dos et tenta de défaire les liens. Une nouvelle crise s’était déclenchée lorsque ses yeux avaient croisé le regard du médecin.

— Bon, 203 est bien en main. Merci Jean. Je vous fais cette ordonnance dès que possible.

Ils sortirent tout deux de la pièce, refermant derrière eux.

— Au fait, vous savez ce qu’il y a pour le dîner, encore du calamar ? Demanda le garde, en appuyant sur l’interrupteur.

Le médecin et le garde s’éloignèrent en devisant gaiement.


Les cris de 203 ne pouvaient leur parvenir, étouffés par le bâillon et par l’insonorisation de la cellule. De toute façon, pourquoi y auraient-ils prêté attention ?



_________________




Bientôt la gorge de 203 avait cédé. Son souffle aussi. Même avec de bons poumons, il y avait des limites à ce qui était possible avec un bâillon. Sa gorge avait rendu les armes, et sa voix s’était vidé de notes et d’esprit.

La pièce était froide. Les murs étaient molletonnés… afin d’endurer tous les désespoirs : épaules, dents, ongles… ils restaient impavides devant tout. Les corps s’affaissaient devant eux, et les esprits s’y écrasaient et se brisaient devant leur frigide indifférence.

La pièce était plongée dans les ténèbres. C’était un abysse froid qui engloutissait tout velléité d’intention. Pas de limites. Rien de visible. Pas même une raie de lumière sous une porte. Y-avait-il seulement une porte ? N’était-ce pas le dernier cachot ? Le purgatoire sans échappatoire ? Tentative de cri. Pas de voix à entendre. Pas d’éclat sur lequel accrocher le regard. Dans la cabine, il y avait eu des lumières… faiblissantes, s’éteignant… des commandes… sans réactions… inutiles. Lumières de désespoirs…

Les ténèbres s’étaient refermés sur 203 et l’entraînaient loin. Loin dans les souvenirs. Sous ses yeux ouverts se dessinaient des structures fantomatiques. Tours renversées, tubes aux lueurs bleues, anneaux de transport. Et 203 sentait, sentait que du dessous du lit venaient des ténèbres pires. Les lueurs bleues cédaient la place à des teintes rougeâtres, et se dessinaient lentement des cercles concentriques. Vaste pupille qui envahissait tout. Qui était partout. Partout où pouvait porter le regard de 203. Le Grand œil n’abandonnait jamais. Il était toujours là pour veiller. Il attendait le bon moment. Pour l’instant il guettait sa proie attachée, immobile, incapable de parler ou de détourner le regard. Bientôt, il dévorerait. Cela serait facile lorsque la coquille serait brisée et la volonté, battue, éparpillé aux quatre vents.

La mèche. Cette foutue mèche. Le médecin l’avait remise en place. Elle était retombée sur son front. Front luisant de transpiration. Front qui se soulevait avec chaque respiration hachée. Cette mèche. Il la remettait toujours en place. Pour dégager son front. Ses yeux… les cercles concentriques de ses pupilles… Ses yeux intenses. Les regarder, c’était hurler. C’était avoir tout le corps qui se tend, qui se contracte et s’arque. Frapper ! Frapper ! Éloigner le mal ! Les fuir, c’était voir sa bouche aux lèvres plissées et entrouvertes.

Alors 203 fermait les yeux. Tentait de se souvenir. Mais fermer les yeux c’était ajouter de la noirceur aux ténèbres, et c’était se rappeler le froid. Le Froid des abysses. Là où nulle tour renversée ne plongeait. Là où nul tuyau n’allait puiser… Les bas-fonds de l’Océan, sans vie, si froid. C’était se rappeler la jauge qui baissait. L’énergie qui manquait. C’était se rappeler le verre craquelé et voir la pression du vide agrandir les brisures. C’était voir la Mer cherchait à envahir la cabine et l’éparpiller aux quatre coins du néant. Et la vie s’échappait par chaque fracture. Et la cabine plongeait toujours plus bas, dans un abyme sans fond où même le Kalamar qui avait donné le coup fatal n’avait pu aller. Il aurait pourtant pu lui apporter de la mort la délivrance.


Cette mèche. Tombée sur le front. Qui glissait. Portée par la transpiration. Tombait dans son œil. Il fallait la déloger. Elle piquait. Elle grattait. Souffler dessus. Souffler vers le haut. Si faible. Si vain. Inefficace. Comme 203.


Mais non. Le sauvetage était venu.


Sur 203 les ténèbres se refermaient. Cette chute dans la Mer… sans que rien fut possible pour la freiner. Cabine sans commandes, sans mouvements. Rien que des pensées et des mots sans actions, incapables de changer quoi que ce soit. Le sauvetage était venu. Mais bien des choses avaient été abandonnées là-bas dans les ténèbres. Et la peur avait été emportée par le sauvetage. Plus jamais. Plus jamais sans sortie


Cette mèche. Seul chose que son esprit fixait. Seule sensation sur son corps. Plus de jambes. Attachées. Mortes. Envolées. Coincées. Dans la cabine. Restées là-bas. Pouvait plus marcher. Pouvait plus sortir. Les murs s’écroulaient sur le lit. Plus de souffle. Court, sifflant… Pas de mains à porter à la gorge. La main du médecin. Dernière chaleur. Révulsion. Yeux qui sortent… Peut plus hurler. Peut… plus… hurler… Mutique.


Sur 203 les ténèbres se refermaient. Dans les ténèbres payées par les sauveteurs. 203 flottait. Seul le lit retenait son corps et liait son esprit. Il fallait fuir ! Fuir le grand œil ! Fuir les teintes rougeâtres ! Fuir les regards ! Fuir les pièces !

Mais fuir était impossible. La pièce était fermée. Le corps attaché. Les mains immobilisées. La bouche pleine. L’esprit dans les rets de la médecine.

Et la chemise pesait sur son torse.


Corps qui se brise de vouloir se déchaîner. Corps qui démange. La sueur a coulé entre ses jambes. Entre ses cuisses. S’est accumulée… Gratter ! Se gratter ! Il le faut ! Insupportable… Ne peut rien faire… Ne… ne… peut… rien.

Sueur ou oubli ? Son nez sentait… les odeurs de sa terreur répandue sur son corps… Son corps était enrobé, enfermé… comme dans la cabine… mais le liquide était dans la cabine ! Il avait pénétré… Aucun contrôle… En nage… les odeurs venait de là d’entre ses cuisses toujours plus fortes… Se noyer dans la peur…


Alors il fallait fermer les yeux…

Et retrouver l’abyme. Et retrouver la cabine. Là, immobilité complète. Sans mouvement, sans espoir.

Là ! Un son ! Un son qui brisait le silence ! Quelque chose ! Quelque chose… d’extérieur ! Hors de son esprit !

Sa respiration hachée qui passe dans les trous du bâillon-boule. Sa respiration qui se hache, qui siffle, qui s’emballe…

Qui n’est plus entendue.

Le silence. Comme là-bas… La Mer… C’était la Mer… De retour là-bas… 203 était toujours dans cette cabine, jambe immobilisées. Tenues. Plaquées.

Plus rien.

Là où s’étendent les ténèbres.

Là où tout se délie.

Là où son esprit était prisonnier des ténèbres.

Je n’ai plus de bouche et il faut que je crie.
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2020  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 08 Déc 2020 19:07   Sujet: Pour la gloire !
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La fête battait son plein. Patrick était arrivé assez tardivement. Il faut dire qu’Odd et Ulrich l’avaient invité sur le fil de la lame. Toujours est-il qu’il y avait de l’ambiance. Et un certain cachet : une fête dans une vieille maison, visiblement abandonnée, ou à tout le moins pas entretenue depuis des années, et située en plein cœur de la forêt. Bref, l’endroit idéal pour attirer des ados, et faire bien des choses à l’abri des regards. L’alcool coulait à flot : de la kro’, de la 16’, par pack de vingt-quatre, et puis ces grands classiques qu’étaient la vodka-orange et le whisky-pomme. Il était déjà minuit, et tout le monde était passablement alcoolisé.

— Allez ! Ça va être cool ! Et t’en fais pas pour le retour, il y aura de quoi coucher sur place ! Lui avait dit Odd.

En effet, il y avait.

Des couches avaient été disposées à l’étage… et servaient présentement à coucher, avec plutôt moins que plus d’intimité. Patrick n’était pas resté longtemps à Kadic, mais il avait toujours été bon physionomiste et très fort pour se rappeler des gens. Il en reconnaissait beaucoup, s’adonnant à toutes sortes d’activité par-ci, par-là.

— Quelle gueule de chien battu ! Tiens ! Bois, ça ira mieux.

Quelqu’un qui n’était visiblement pas de Kadic venait de lui fourrer de force un verre entre les mains. À l’odeur, la pomme devait y être plus nominale qu’autre chose. Mais, cela ne ressemblait pas à du whisky pour autant… Allons bon, ils avaient déjà siphonné tout le normal et devaient se rabattre sur le bizarre ? Mouais, il valait mieux aller voir en cuisine. Il y trouverait peut-être des toasts en prime.

Patrick fendit la foule avec difficulté. Trop de monde. Trop d’alcool. Cela créait des paquets de gens se soutenant mutuellement, paquets à l’allure chaloupée et au rythme irrégulier. Patrick se fit accoster pas moins de quatre fois avec des propositions de boire quelque chose. Et une fois, d’aller à l’étage.

Enfin, il arriva dans la cuisine. Odd et Ulrich s’y trouvaient… occupés à tartiner des toasts. Ou à s’enfiler un truc bizarre… allez savoir. Ce qui semblait sûr, c’est qu’il y avait de la pomme dedans. Mais ce que venait faire la polonaise et la nantaise dans cette histoire…

Bref, Patrick se retrouva chargé de cuisiner, et surtout de protéger les toasts ainsi préparés contre la rapacité des fêtards qui voulaient se les approprier. Il ne savait pas très bien comment on en était arrivé là.

Mais était-ce important ? Il était juste préoccupé par le fait que la fête semblait avoir complètement dérapé. Il avait eu du mal à convaincre ses camarades de cuisine que l’ajout de petites herbes de l’espace sur les toasts n’était pas une bonne idée.

Peine perdue. Ceux qui avaient eu cette idée avaient décidé que puisqu’en cuisine on ne faisait pas les choses bien, alors il fallait faire une contre-cuisine.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Un atelier préparation de gâteaux de l’espace avait été improvisé devant la porte des toilettes de l’Hermitage. Assurément le meilleur endroit pour ça.

Faute d’alimentation électrique, la musique s’était tue : les batteries s’étaient vite épuisées à cracher à plein volume. Mais, quelqu’un avait avisé la présence du piano et commencé à jouer d’un répertoire assez… éclectique. À la marche funèbre de Chopin succédait L’apprenti sorcier. Ça manquait clairement de Requiem for a dream.

Patrick continua malgré tout à parler de jeu vidéo et à commenter les résultats du foot avec Ulrich et William. Cela l’occupait pendant qu’il tartinait ses biscuits. Il sirota tranquillement une kro’ qu’il avait réussi à choper quelque part. À un moment, ses deux amis s’éclipsèrent. Ils avaient commencé à parler d’un match contre une équipe au nom zarbi… Franchement, qui appellerait son équipe Xanax ?

— T’en… hic… fais pas, c’est complètement du made in Franz !

Sur ce, Odd explosa de rire. Très content de la blague qu’il venait de faire. Plaisanterie qui resta nébuleuse.

— Tu devrais, tu sais, quoi, tu devrais boire un coup d’eau pour faire passer la pilule. Le gin ça assomme, continuait Ulrich d’une voix pâteuse.
— Mais de quoi tu me causes ? Vous délirez ou quoi ?

Odd, lui, continua sur son histoire de foot  :

— Mais là, tu vois, Tarentula ! Entre moi et le but. Il fallait que je fasse passer l’objectif… hic. Alors, bon, on a joué un peu avec elle… j’ai fait une jolie glissade pour lui passer entre les jambes… T’aurais vu ça ! Odd le Magnifique en personne ! La Merveille Violette ! Avec ça, on a pu mettre Aelita dans le but, mais genre, la tête la première…
— Bon, les gars… je crois qu’il va falloir arrêter de boire, hein ?

Profitant du trou dans la conversation qu’avait créé l’anecdote d’Odd, Patrick décida qu’il était temps de se rendre aux toilettes. Évidemment, la pièce servant d’ordinaire à ça n’était pas disponible… il y avait embouteillage et bouchon. Aussi, il faudrait se rendre dehors. Ce qui permettrait au moins de se rafraîchir les idées.

Patrick se mit donc en quête d’un coin tranquille pour fertiliser les arbres. Il fit attention à ne pas trop s’éloigner pour autant. Il n’avait pas de téléphone, et l’obscurité du sous-bois avait vite fait de dévorer les lumières de la ville.

Toujours est-il qu’il eût du mal à trouver… Il croyait que le baisodrome, c’était à l’étage de l’Hermitage ! Pas sous les feuillages !

Il était passablement agacé, et n’avait pas vraiment envie de vider sa vessie en public. Mais enfin, il finit par trouver un coin à peu près tranquille à défaut d’être silencieux.

Lorsqu’il eut fini son affaire, il repartit en évitant le plus possible de déranger les autres occupants de la forêt. Sur le chemin du retour, il croisa plusieurs fumeurs rassemblés dans un coin, et qui s’échangeait de gros sous…

« Pas des cigarettes qu’ils se font là » Pensa Patrick.

Il trouvait déjà que cette soirée avait largement vrillé. Y mettre du shit par-dessus…

Il rentra dans la maison et à nouveau se battit à contre-courant pour revenir dans la cuisine. Rentrant dans la pièce, il éternua. Il avait les narines chatouilleuses, et il flottait dans l’air une odeur qu’il ne reconnut pas au premier abord. De la cannelle. Quelqu’un avait versé de la cannelle sur les toasts.

« Quel abruti a pu faire ça ? »

Ulrich et Odd étaient complètement faits. Ils passaient leur temps à rigoler dans le vide pour un rien.

Patrick trouvait ça bizarre. Alors, il souleva un des toasts.

— Touche pas au grisbi !
— Qu’est-ce que tu fais là gueux dans tes habits de bouffon !

Odd et Ulrich s’étaient levés en même temps et dans un même hurlement, bousculant Patrick et se saisissant du gâteau qu’il inspectait.

— Manant ! Tu oses t’asseoir à la table de tes seigneurs !
— Sale chien ! Nous allons t’apprendre ! À la garde ! À la garde !

Attirés par le bruit, plusieurs personnes rentrèrent dans la pièce, et aux ordres d’Ulrich et Odd se saisirent de Patrick.

— Allez, mettez-le dans un cul-bas-de fosse !

Ni une ni deux, Patrick empoigné par ses geôliers fut expulsé hors de la cuisine, et bientôt hors de la maison.

— Mais ? Que se passe-t-il ici ?
— Ce n’est rien, Ma Dame Enchanteresse, les seigneurs de céans nous ont demandés de jeter ce gueux dans les oubliettes.
— Mais, ce n’est pas un gueux, voyons. C’est le cousin de l’Archimage de Toursousleau. Voyons. Relâchez-le ?
— C’est que, Ma Dame…
— Suffit ! Vous tenez à danser avec mes éclairs, peut-être ?

Les deux gardes durent se dire que cela n’en valait pas le coup, car ils abandonnèrent Patrick à Aelita.

— Merci Aelita, mais, il se passe quoi là au juste ?
— Que vous soyez cousin de mon promis ne suffit pas à nous mettre en de telles familiarités seigneur Belpois. Je reste l’Enchanteresse de la cour, Gardienne des Chemins et Dame des Clés ! Vous ferez montre du respect qui m’est dû ou il vous en coûtera !
— Mais ? Qu’est-ce que... ?

Aelita s’était détourné de lui. Elle se rendit dans le salon et monta sur la table et commença à discourir :

— Braves chevaliers ! Gente Dame ! L’heure est grave ! Le mal assombri nos terres à nouveau ! Des dragons bleus, blancs et rouges ont été repérés près d’ici ! Il se dirige vers nous en ce moment même ! Notre quête, que vous acceptez tous, j’en suis sûr, avec le cœur le plus hardi , est de les empêcher d’atteindre ce château et de s’en prendre aux seigneurs régents, messires Rigide et Magistrats ! Aux armes ! Aux armes  ! Affûtez vos lames ! Et préparez vos sorts ! Allons ! Et que le ciel qui voit tout à travers son grand œil nous vienne en aide et fasse tomber les feux du ciel sur ses mécréants !
— Hourra ! Montjoie ! Saint-Denis !

Autour d’Aelita, la foule était en délire !

Ils se saisirent de tout ce qui leur passait sous la main : chaises, peignes, battes de base-ball, coussin de canapés, couteaux à sashimi… Certains commencèrent à fabriquer des torches. Et la foule sortit de la maison telle la vague déferlant le long de la grève. Tous hurlaient en chœur encouragements et insultes haineuses.

Inquiet, Patrick les suivit, mais avec un peu de retard. Lorsqu’il sortit, la troupe désordonnée était guidée par Ulrich et Odd, visiblement bombardés capitaines en même temps que seigneurs locaux… Des gens avaient été assommés, et quelqu’un s’était amusé à dessiner sur leur visage au feutre indélébile divers motifs. L’un était récurrent, présent sur chaque malheureux : une espèce de point entouré de deux cercles concentriques, dont l’épaisseur du trait était égale au rayon du point intérieur, avec quatre traits rattachés au cercle extérieur, répartis asymétriquement : deux de grande taille en haut et en bas, et deux de taille plus petite sur les côtés du trait du bas, à des angles d’environ 30°. Une sorte d’œil bizarre quoi.

Patrick vit du coin de l’œil le dealer et ses clients fumeurs de shit se rapprocher, intrigués par tout ce barouf. D’autres gens sortaient de la forêt, dérangés dans leurs activités diverses.


— Ténèbres plus noirs que le noir et plus sombres qu’une ombre ! Libérez votre puissance ! L’heure du déchaînement a sonnée ! Guidée par une justice aux infaillibles principes ! Qu’une intangible distorsion vous révèle ! Dansez ! Dansez ! Dansez et révélez ma puissance : Que se déverse une force destructrice ! Une force sans égal ! Réduis tout en cendre et ramène tout aux abysses ! Voici la plus puissante attaque connue de l’homme ! Celle qui brise les limites et offense Dieux et Déesses ! Voici le fléau de la rédemption et le rachat des opprimés ! Que dévaste la tempête ! Règne : Explosion d’éclairs !

Qu’est-ce que ? Aelita faisait des incantations à la noix maintenant ?

BANG !

À la noix, peut-être, mais il n’empêche que Patrick avait senti le souffle chaud d’une explosion sur son visage.

Au loin, il entendait des sirènes. Il se précipita dans cette direction. Hors de question qu’il reste plus longtemps avec ces fous !

Il courut comme un dératé, et enfin aperçut les gyrophares des voitures de police. Tiens, les ambulances et les pompiers sont déjà là aussi

— Saisissez le traître ! Il connaîtra les tourments éternels !
— Pour le seigneur Magistrat !

La foule avait réagi avec enthousiasme à l’appel d’un de ses chefs qui désignait Patrick. Ce dernier n’en menait pas large. Devant lui, la police qui avait visiblement décidé qu’elle avait à faire à une émeute de jeunes, et voyait en lui la principale tête brûlée à mâter. Derrière lui la foule assoiffée de sang, présentement du sien. Au fond, Aelita qui continuait à hurler des incantations et à déchaîner les puissances infernales et telluriques. Patrick ne savait plus très bien ce qui se passait. Il y avait des flammes, de la fumée… de la terre qui volait autour de lui.

Le chaos.

— Sus ! Sus aux monstres ! Égorgez-les !
— Attentions ! Des trolls ! Des trolls arrivent !

En effet, attirés par le bruit, des journalistes télé étaient là avec tout leur matériel. Le siège social d’une grande chaîne se trouvait tout près. Dire qu’elle se vantait d’être toujours la première là où il se passait quelque chose… Pour une fois, les autres ne pourraient pas râler sur leur vitesse de réaction exagérée.

Patrick en tout cas paniquait sévère et ne voulait plus qu’une chose : fuir le plus loin possible de ces fous. Ce qu’il était tout occupé à faire lorsqu’il fut heurté par quelqu’un. Il tomba par terre sur les fesses. Un bout de bois jaillit devant lui. Il eut le réflexe de mettre son droit devant et hurla de douleur lorsque bois et os s’affrontèrent en un bref et violent mach nul. Patrick roula sur le côté et envoya de toutes ses forces l’une de ses jambes dans les genoux de son adversaire. Un coup qu’il avait appris en pratiquant le sambo, même s’il n’était pas un élève très assidu. En tout cas, son ennemi avait été pris de court et chancelait. Patrick en profita pour se relever et se jeter sur la silhouette en noir. Un furieux corps-à-corps s’engagea. Patrick avait l’avantage de la masse et de la force brute, son adversaire avait visiblement de l’expérience et de la technique.

Pendant ce temps, la mêlée générale s’était déplacé loin d’eux. En effet, la police avait reflué : une petite dizaine de policiers ne faisait pas le poids face à trente ou quarante adolescents fermement décidés à castagner. Patrick et son adversaire se retrouvèrent dans l’obscurité.

À la fin des fins, Patrick finit par faire un croc en jambe qui étala son adversaire. Sans demander son reste, il s’enfuit aussi sec, cherchant à profiter des ténèbres pour se cacher. Une fois qu’il se pensa en sécurité, il s’arrêta pour reprendre son souffle et tenter de faire le point sur la situation. La foule se dirigeait visiblement vers Kadic.

Jérémie !

Patrick sortit son téléphone. Heureusement, et par miracle, il ne l’avait ni perdu ni cassé durant les échauffourées. Il composa le numéro de Jérémie.

— Patrick ? Qu’est-ce que tu me veux ?

Toujours aussi agréable, le cousin.

— Écoute, il se passe des trucs super-bizarre là. T’es en danger !
— Qu’est-que tu racontes ?
— Tu vois, j’étais à une petite fête dans une vieille maison, l’Hermitage, tout près de Kadic, quand Ulrich, Odd et les autres se sont mis à déconner sec. Je crois qu’ils ont abusé de gâteaux de l’espace. Ils sont persuadés d’être des chevaliers, des magiciens ou des trucs du genre… Et là ils ont commencé à dire qu’il fallait aller tabasser des gens. Ils vont vers Kadic. T’es en danger, je te dis.
— C’est bon, je te crois, je ne suis pas au collège de toute façon... Mouais, cela ressemble à du Xana, mais je n’ai rien sur mer écrans. Je vais lancer un superscan.

Jérémie avait commencé à marmonner pour lui-même plus qu’à l’attention de son cousin.

— Écoute, Patrick. Je ne suis pas en danger pour le moment, mais j’aurais besoin que tu m’amènes Ulrich, Odd et Aelita. Tu vois la vieille usine sur le fleuve ? Je suis là-bas. On y sera en sécurité, et j’ai les moyens de les faire décuver. D’accord ?
— T’es dingue ? Qu’est-ce que tu fais là-bas ? Et puis, ils veulent me faire la peau. Il paraît que je suis un mécréant et qu’il faut aller tuer les dragons qui ont envahi le pays.
— Je ne sais pas moi, invente une histoire, dis-leur qu’ils doivent aller à l’usine. Mais s’il te plaît, ramène-moi au moins Aelita.
— T’en as de belles, toi ! Enfin, je vais voir ce que je peux faire.

Patrick ne voyait pas bien ce que pourrait faire son cousin. En tout cas, cette histoire devenait encore plus bizarre. Ce qu’il n’aurait pas cru possible. Mais bon, ce n’est pas comme s’il avait une meilleure idée... Donc le but, c’était de retrouver Aelita.

Simple, se dit-il, il me suffit de suivre les bruits d’explosions..

Il se mit donc en quête de la princesse à libérer.

La traque ne fut pas longue, car la foule avait fini par se heurter à un vrai barrage policier. Mais visiblement, la haine de ceux qu’ils appelaient « des gobelins » poussaient les fêtards à se dépasser, et ce n’était pas quelques coups de matraques qui arrêteraient ces braves dans la défense de leur pays, de leurs terres, et de leurs seigneurs !

Par chance pour Patrick, Aelita restait en arrière à débiter incantation sur incantation.

Il décida de s’approcher, mais plutôt que de risquer de mourir brûler pour avoir tenté de la prendre par-derrière, il signala sa présence et se lança dans le numéro de bluff de sa vie : les dés étaient jetés !

— Oyez Gente Dame ! Ô puissante enchanteresse, daignerez-vous m’accorder audience, à moi, le Seigneur Belpois, qui vient de bien loin et brava moult dangers pour partager grandes nouvelles avec vous !
— Eh bien ! Parlez, mon cousin, quelles sont donc ces grandes nouvelles !
— Noble Dame, il s’agit d’une quête confiée par votre promis, le Grand Archimage !
— Je vous écoute, noble jouvenceau !
— Le seigneur des éléments, oncques ne vis meilleur magicien, m’a informé qu’un grave danger nous menaçait tous. Les dragons ne sont que piétailles comparées aux Ténèbres qui se lèvent. En effet, une grande lueur s’est levé à l’Est, et pour la combattre, mon cousin, votre promis, fait appel aux plus grands héros du Royaume. Un Roi Démon a fait son apparition et répand mort et désolation autour de lui. Pour le vaincre, votre promis a besoin de votre assistance. Votre présence m’a-t-il dit, est cruciale. Car un certain rituel doit être pratiqué en un lieu précis pour vaincre le Démon. Il demande en outre à ce que les Seigneurs Magistrat et Rigide soient vos sigisbées et vous escortent. En effet, il me sait indigne de figurer en si noble et insigne compagnie, moi dont les prouesses ne sont qu’insignifiances. C’est qu’oncques ne vit chevaliers plus adroits et hardis qu’eux, dont les moult exploits inspirent déjà les plus grandes chansons.

À peine Patrick eût-il fini qu’il se dit que là, vraiment, il en avait fait trop. Cela ne marcherait jamais. Bien sûr, sur un malentendu, tout passe, enfin quand même, ce n’était pas une couleuvre qu’il voulait faire avaler, mais un python.

— Fort bien, mon cousin. Ouvrez-nous donc la voie. Nous aurons besoin de vous pour nous guider, en ces contrées hostiles, jusqu’au lieu du rituel.

Que ? Quoi, genre, comme ça ? Mais elle est devenue complètement idiote ? C’est quoi c’te réussite de ouf!

Patrick était soulagé. Il s’attendait vraiment à ce qu’elle refusât tout net de le croire avant de l’éparpiller aux quatre coins de Paris façon puzzle.

— Eh bien ? Ouvrez la voie, mon cousin !
— Fort bien, Gardienne des clés !

C’est ainsi que Patrick Belpois, suivi d’Aelita Stones, se mit en quête d’Odd Della Robbia et d’Ulrich Stern. Car tel était le pré-requis nécessaire pour que la jeune fille acceptât de se rendre à l’usine.

Ils les trouvèrent bien vite, et fort heureusement, ce fut Aelita qui parla et convainquit ses deux gardes du corps. Ce qui alla très bien à Patrick, loin d’être convaincu qu’il pourrait réussir une deuxième fois son mensonge.

Tout ensemble, ils se mirent en chemin. L’usine était leur destination. Ils devaient éviter les forces de l’ennemi. Ne pas emprunter les larges plaines et routes découvertes, mais passer par-derrière, chercher les chemins et portes cachés dans l’ombre, afin d’attendre au plus vite le repaire du Roi et Empereur des Démons. Tous craignaient pour Jérémie et son rituel. Mais enfin, ils parvinrent à destination, alors que le téléphone de Patrick sonnait. Jérémie, pile à temps.

— Patrick, où en es-tu ? Tu les as trouvés ?
— Noble cousin, seigneur Archimage, ainsi que vous me l’avez mandé, j’ai trouvé la Gardienne des Clés, votre promise, et c’est escorté de ses preux chevaliers que nous nous rendons sur le lieu du rituel afin d’affronter le Roi Démon et accomplir votre rituel, répondit Patrick en jetant des coups d’œil vers son escorte.
— Patrick ? Qu’est-ce que tu racontes ? Tu as perdu la tête, toi aussi ?
— Que nenni, cousin, tout se fait suivant votre volonté. Bientôt nous serons auprès de vous pour vous aider à défaire le mal.

Sur ce, Patrick raccrocha. Il ne voulait pas que les autres se doutassent de quelque chose. Néanmoins, il profita d’un moment de distraction de leur part — l’apparition d’un troll rouge — pour écrire un bref sms à Jérémie et lui demander la suite des instructions. La réponse vint vite. Il fallait emprunter un monte-charge situé dans la grande salle de l’usine, descendre au deuxième niveau et faire entrer Aelita, Odd et Ulrich dans de grands tubes métalliques. Après, tout irait bien.

Alors qu’ils se rapprochaient de l’usine, le maillage policier devenait plus étroit, et la masse des fêtards avait fini par être dispersée en plusieurs petits groupes de quelques individus. Malgré tout, Patrick et ses comparses passèrent sans trop de casse. Juste un combat avec un trio de collégiens de Kadic, que vinrent interrompre les pompiers.

Ayant gagné la confiance des trois autres, Patrick n’eût pas de mal à les faire descendre dans le monte-charge et les mettre dans les tubes métalliques : c’était essentiel pour la tenue du rituel, leur dit-il en essayant d’avoir l’air de savoir pourquoi. Heureusement, Jérémie confirma ses dires par haut-parleur interposé. Après quoi, il renvoya Patrick, sans plus d’explication, dans la grande salle de l’usine. Il fallait empêcher des rôdeurs de s’approcher du monte-charge.

Dépassé par les événements, Patrick accepta.

Une échauffourée s’engagea. Patrick faisait face à deux solides gaillards, quand soudain, il ressentit un grand choc sur le crâne.

Tout devint noir.


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La fête battait son plein. Patrick était arrivé assez tardivement. Il faut dire qu’Odd et Ulrich l’avaient invité sur le fil de la lame.

Patrick se sentait bizarre. Il avait un léger mal de crâne. Comme s’il avait la gueule de bois avant même d’avoir bu. C’était étrange, mais il se dit que savourer la fête atténuerait ce sentiment. Il se rendit en cuisine, à la recherche de quelque chose à manger.
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2020  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 08 Déc 2020 19:06   Sujet: O come, all ye faithful

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« … Nous méritons toutes nos rencontres, elles sont accordées à notre destin et ont une signification qu’il nous appartient de déchiffrer… »

Mauriac



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La neige tombait. Il faisait bien froid dehors. Une vague de froid s’était abattue qui avait surpris tout le monde, à commencer par Météo France. L’hiver avait jusqu’alors été exceptionnellement doux, avec une température moyenne supérieure à dix degrés Celsius, quand les normales de saison étaient de 5 ou 6 !

Mais d’un coup, dans le temps d’une nuit sans vent, la température avait baissé de 5 degrés. Et rebelote la nuit suivante ! Terrible choc thermique qui avait mis le système d’approvisionnement français à genoux. L’ensemble du réseau avait commencé par tomber comme un château de carte… Très vite, EDF avait dû se résoudre à des délestages massifs afin de sauver ce qui pouvait l’être. Des départements entiers plongèrent dans l’obscurité et le gel. RTE put limiter la casse en arrêtant les exportations, ce qui en cascade amena des régions entières d’Allemagne et d’Italie dans le noir. Il fallut quelques jours pour redémarrer les centrales thermiques. Quelques jours de peurs et d’angoisses pour bon nombre de gens.

Les enfants cependant trouvèrent à se réjouir. Tombait la neige, rendant ainsi possible bien des jeux. Mais alors même que la température se maintenait juste au-dessus de zéro, on entendit s’élevait des cris de joie et de plaisir dans les jardins.

Mais pas dans les jardins de Kadic. En effet, l’établissement disposait — pour des raisons historiques mal éclaircies — de son propre groupe électrogène. Aussi, l’équipe pédagogique maniant la carotte autant que le bâton avait réussi à maintenir ses élèves au dedans. Au chaud, au sec, et en cours.

Le premier trimestre avait beau s’être fini de manière dramatique, il fallait maintenant passer au second. Et sans perdre de temps. Il y avait déjà trop peu d’heures pour transmettre l’intégralité du programme scolaire.

Il neigeait. Mme Hertz observait la neige qui tombait derrière la fenêtre de son bureau. Pensive, elle se saisit de sa tasse de thé. Il était encore trop chaud pour être agréable en gorge, mais elle en avait besoin. Rien que de voir les flocons tomber, elle frissonnait.

Très vite, elle se rassit. Elle n’avait passé que quelques minutes debout, mais elle était déjà éreintée. « Presque, c’est bientôt fini », pensa-t-elle. Enfin, ce qui viendrait après serait tout aussi épuisant, mais au moins, elle bougerait plus facilement. Elle soupira profondément. Elle se sentait exténuée, et grande était son envie de retourner sous ses draps, avec une bouillotte pour tenir ses pieds au chaud. Pour autant, elle en avait assez de tout ce temps passé couchée. Elle avait envie de se rendre utile, et de partager avec les autres en cette période. C’était — elle le savait — idiot, mais elle se sentait mise à l’écart. Elle restait là, dans son lit ou assise à son bureau pendant que d’autres étaient en cuisine, préparaient la soirée… Normalement, c’était un jour passé en préparation. Surtout en cuisine. Une occasion de partager de bons moments avec les autres. Mais, cette année, pour elle, se serait… spécial. Unique.
Il était 10h30, et la récréation venait de sonner. Elle entendait les cris dans la cour. D’habitude, c’était une distraction bienvenue. Ou elle n’était plus en cours et savourait le repos en salle des professeurs, ou elle laissait son esprit faire une pause dans ses corrections.

Une douleur la fit tressaillir. Ce n’était pas la première. D’autres allaient suivre. Elles étaient de plus en plus fréquentes et rapprochées. Elle le savait. D’ailleurs, elle s’attendait à recevoir sous peu la visite de sa collègue, Yolande. Bon, Yolande était infirmière et non professeure. Mais c’était une bonne amie, celle dont elle était la plus proche au sein de l’équipe pédagogique. Et puis, elles habitaient à côté l’une de l’autre. C’est qu’il y avait des avantages à vivre sur votre lieu de travail. Elle avait été sceptique au début. Mais, elle devait reconnaître qu’elle aurait difficilement trouvé mieux que Kadic, du moins pas avec son salaire de professeurs : les appartements étaient grands, les loyers modérés, il y avait un grand parc à proximité, et pour le coup, aucun problème pour aller au travail. Elle avait de la chance, lui avait-dit sa mère. Les appartements avaient été refaits et remis aux normes il y a peu. Avant, ils étaient froids et humides.

« Elle devrait bientôt rentrer d’ailleurs », d’ailleurs, il y avait intérêt. Car elle n’avait aucune confiance en Brigitte et Michel pour la cuisine. Pas plus qu’en Sissi d’ailleurs. Mais, Mme Hertz n’était pas en état d’aller aider en cuisine. D’un autre côté, il était peu probable qu’elle ait faim ce soir…

«Ah !», Mme Hertz vit la silhouette de sa mère traverser la cour de récréation. Elle était de retour de… de l’enterrement. Elle-même n’avait pu y aller, et sa mère le lui avait déconseillé. Ce n’était pas la meilleure occasion de découvrir sa famille. Et ce à plus d’un titre…

Un quintuple enterrement…

Une vague de chagrin s’éleva. C’était horrible, elle n’arrivait pas à se faire à cette idée… Ses petites nièces… Et surtout Lui… Si elle avait su…

Un nouvel série d’accès de douleur la saisit. Elle le savait, c’était pour bientôt.


— Ah ! Tu es là ! Comment vas-tu ce matin ? Demanda Suzanne.
— Je pense que c’est pour bientôt, répondit Mme Hertz d’une voix assurée.
— Comme prévu  ?
— Oui. 
— Parfait ! Je vais aller les empêcher de faire des catastrophes en cuisine. As-tu besoin de quelque chose  ?
— Non, je crois que cela ira. Mais toi, comment… comment cela s’est-il passé  ?
— Comme prévu. Mal. « Malheur au parent qui survit à ses enfants ». Et là… cinq d’un coup. Mon beau-fils était furieux. Après tout, il avait continué à me le confier, pour que je puisse veiller sur lui.
— Ce n’est pas de ta faute… je veux dire… Mourir à cause d’une patte de tarentule…


Rien que de dire cela, Mme Hertz se sentait doublement hypocrite. Des platitudes comme cela alors que sa mère avait perdu et son arrière-petit-neveu, et sa seule chance de renouer la famille. D’autant que… eh bien, c’était Éduardo Della Robbia qui avait insisté auprès d’Allesandro et de sa femme pour qu’Odd vienne à kadic.

«Il ne peut plus rester avec ses sœurs vu la situation, avait-il dit. Mettez-le à Kadic. Il y sera bien, et je connais quelqu’un là-bas qui pourra veiller à ce qu’il ne lui arrive rien».

Le patriarche Della Robbia était mort quelques mois après l’entrée d’Odd à l’internat de Kadic. C’était à cette occasion qu’Alessandro avait appris qui son grand-père connaissait là-bas.

Suzanne se remémorait la scène. Elle était arrivée en avance chez le notaire andorrien. Ils avaient échangé les banalités d’usage en attendant l’arrivée des autres. Le testament ne pouvait être ouvert qu’en présence de tout les membres de la famille. La fille de Suzanne était malade ce jour-là, et donc excusée. Le notaire transpirait beaucoup. C’était compréhensible. Il y avait beaucoup d’argent dans la succession — deux SCI parisiennes notamment —, et surtout, beaucoup de tensions familiales. Alessandro, le petit-fils et unique descendant reconnu d’Éduardo, et sa femme étaient arrivés. Ils étaient très décontractés. Indolent. Ils n’avaient que deux heures de retard après tout, ce que leur fit remarquer Suzanne d’un ton acide.

Ce n’était pas là le meilleur début de relation au sein de la famille. Alessandro avait balayé d’un revers de main la critique de Suzanne, avant de demander au notaire, d’un ton enjoué, qui elle était, et ce qu’elle faisait là… La suite avait été houleuse. Pour le moins. Apprendre que votre grand-père avait été infidèle, c’était un choc. Apprendre qu’il avait eu une fille, Marie, de ses infidélités, qu’il la reconnaissait, c’était un autre choc. Qui diminuait l’héritage disponible d’ailleurs. Les hurlements avaient commencé lorsque le notaire avait sorti le contrat de mariage entre Éduardo et Suzanne, rédigé il y a deux mois à peine, soit trois semaine après la mort de la mère d’Alessandro.

Communauté universelle des biens. Avec clause d’attribution intégrale.

Ultime coup du sort. Éduardo reconnaissait la fille de Suzanne. Ce qui lui ouvrait des droits à la succession.

On était pas passé loin d’en venir aux poings. D’un coup, c’était les rêves, les espoirs du couple Della Robbia qui fondaient. Leur carrière artistique ne leur rapportait guère. Et pour subvenir au besoin de leurs cinq enfants… Eh bien, cela faisait des années qu’ils dépendaient du patriarche de la famille… Et voilà que celui-ci leur coupait radicalement les vivres. Et plus ou moins définitivement. Car, bon, Suzanne avait encore quelques décennies devant elle, avec un peu de chance.

Bref, Suzanne était partie d’un très mauvais pied avec son petit-fils. Elle avait bien tenté de le contacter par la suite, et d’essayer de nouer des relations cordiales avec lui, mais c’était peine perdue. Il s’estimait floué, or c’était un homme fier. À quoi s’ajoutait que son caractère fantasque était radicalement opposé à la rigidité de Suzanne. Même sans cette histoire familiale, ils auraient sans doute été de ces gens qui se haïssent cordialement au premier regard.

— De mygale, Marie, de mygale, corrigea Suzanne. Les piqûres de tarentules ne sont pas empoisonnées. C’est d’ailleurs assez étrange cette histoire. Odd ? Tué par une tarentule, enfin une mygale ?
— Ça suffit, Maman. N’en parlons plus.


De nouveau Marie se sentait attristée. Elle ne voulait pas penser à Odd et à ses sœurs.

— Tu sais, repris Suzanne, j’ai failli les inviter à passer les fêtes avec nous.
— C’était une mauvaise idée. Comment tu voudrais leur expliquer ça, repondit Marie en pointant son ventre bombé.
— Je sais, je sais. Mais les laisser seuls dans cette… épreuve…»

Suzanne soupira. Elle était sûre que c’était la dernière occasion de se réconcilier avec la famille de son homme qui venait de se refermer. Mais sa fille avait raison. Il y aurait eu trop de tensions. Et trop à expliquer. Non, passer Noël ici, entouré de leurs amis était à tout prendre une bien meilleure perspective.


Toc. Toc. Toc


Quelqu’un avait toqué à la porte.

— Pardon, je suis entrée, mais c’était ouvert… Ah ! Suzanne, tu es de retour ! Je crois qu’il faudrait que tu ailles en cuisine, avant que Michel n’étrangle Sissi, et que Brigitte ne mette le feu aux truffes au chocolat.
— Comment peut-on mettre le feu à des truffes au chocolat, demanda Marie ?
— Je ne sais pas, mais on peut, répondit Yolande Perraudin, je t’assure que j’ai déjà vu Brigitte le faire. Malgré tout, elle s’obstine à essayer d’en faire à chaque Noël.

La professeure de Sciences du collège Kadic fila en direction de l’atelier culinaire imposé. Il fallait qu’elle fasse vite, sinon, ils seraient tous condamnés à manger les restes de la cuisine de Rosa. Un 24 décembre ! C’était impensable !

Marie Hertz, professeure de mathématique en seconde au lycée Kadic resta seule avec son infirmière attitrée.

— Comment vas-tu, commença cette dernière ?
— Les douleurs se rapprochent, répondit Marie.
De sa mère, elle avait repris l’art de la concision sarcastique.
— Tout va bien donc. De mon côté tout est prêt. Tu va voir, cela va bien se passer.
— Je sais, mais…
— Ne t’inquiète pas. Ce n’est pas ma première fois, d’accord ? Et nous avons tout préparé ensemble, non ?
— Oui, je sais, mais…
Une nouvelle contraction la saisit. Cette fois-ci, elle avait crié.
— Bon, je crois qu’il faut qu’on y aille.


Yolande offrit son épaule à son amie, pour l’aider à se rendre dans la salle de bain.

Bientôt. Bientôt.


_________________



Suzanne se rendait en cuisine. Il était hors de question que son Noël soit gâché par des incapables en cuisine. Des incapables elle en fréquentait déjà toute la journée. Ces diablotins hantaient jusqu’à ses rêves  ! Quant au pire d’entre eux ! Rahhh ! S’il n’avait pas été enterré aujourd’hui, elle l’aurait transformé en squelette et l’aurait pendu dans sa salle de classe, à titre d’avertissement ! Marie avait eu bien raison de ne rien lui dire avant qu’il ne soit trop tard, et Jean-Pierre avait réussi à lui expliquer qu’aller profaner une tombe n’était pas le mieux qu’elle puisse faire. Il faut dire qu’il avait déjà assez de problème comme cela… C’était le deuxième mort de l’année… puisque tout le monde était sûr que Jérémie Belpois ne passerait pas Noël. Suzanne se demandait d’ailleurs comment un garçon aussi sage avait pu choper ces maladies-là.

Elle avait d’autres choses à penser.

Le chapon et la bûche d’abord. Ah, non, empêcher la cuisine de prendre feu. Pensez donc, elle avait été refaite il y a une année à peine.

— Bon, ça suffit les bêtises. Sortez tous de là, ou je vous colle !

Oups. Réflexe professionnel. Qui n’allait pas prendre avec ses collègues professeurs. Ni avec Sissi, pour qui elle était comme une vieille tante ou une grand-mère.

Un grand éclat de rire avait accueilli sa remarque. Pour autant la pièce se vida, et bientôt il ne resta plus qu’elle et Michel.

— Michel, je me charge du chapon, toi tu nous fais le biscuit roulé.
— Comme tous les ans Suzanne, répondit le jardinier tout sourire. Au fait, ta fille, cela ira ?
— Yolande est avec elle alors…

Un grand cri les interrompit. Les appartements du personnel de Kadic avait été refait, mais l’isolation sonore au sein de chaque appartement restait limité.

— On dirait que cela commence, commenta Michel.
— oui, la journée va être longue.
— Suzanne, tu devrais être auprès d’elle. Moi, je vais me déplacer dans une autre cuisine, comme cela je travaillerais en paix. Jean-Pierre va m’aider. Avec lui, cela devrait aller.
— peuh ! Tu sais qu’il se débrouille comme un manche en cuisine. Il se faisait trop gâter par sa femme. Non, je vais rester ici. Elle n’a pas besoin de moi. J’en ais déjà discuté avec elle.
— Comme tu veux.

Suzanne se mit à fouiller dans le frigo, tandis que Michel Rouiller alluma la radio dans l’espoir de capter des champs de Noël.

O Come, All Ye Faithful, joyful and triumphant


Le son des chants envahit la cuisine, se mêlant, sans les étouffer, aux cris de Marie.


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— Suzanne, vas-y. Sissi peut rester pour surveiller la cuisson.
— Non Jean-Pierre, je t’assure…
— Suzanne, tu devrais, il n’y a plus rien à faire ici pour toit, et tu ne va pas attendre sans rien faire.
— Mais Brigitte…
— oh ! Écoute-nous un peu à la fin ! Tu va y aller. Yolande et Marie t’ont déjà dit qu’elles n’ont pas besoin de toi. L’accouchement se passe très bien.
— Bon, d’accord Gustave, grommela Suzanne. Mais tu me le paiera, tu peux en être sûr.
— je suis toujours volontaire pour te prendre au baby-foot tu le sais. Que dirais-tu de Toi et Jean-Pierre contre moi et Marie la prochaine fois ?
— À d’autre. On sait tous que Marie est bien plus forte que Jean-Pierre, quel que soit le jeu.
— et tu es plus forte que moi… Allez, laisse-nous nous bâfrer de petit gâteaux en ton absence.


Les deux professeurs continuèrent à se chamailler jusqu’à ce que Suzanne ait enfilé son manteau et sois sur le palier de la porte. Jean-Pierre était déjà parti réserver des places.

Suzanne regarda sa montre. Vingt heures cinquante. Elle allait devoir marcher un peu vite pour rattraper les autres. Mais en coupant à travers le parc, cela devrait aller. Et puis bon, pour la messe de Noël le père Grégoire ne commencerait pas en avance.

Suzanne s’enfonça dans la nuit, laissant derrière elle les lumières comme autant de soucis. À mesure qu’elle avançait, elle laissait les soucis derrière elle. Elle abandonnait la tension des préparatifs, et se laissait gagner par d’autres sentiments. Par une autre tension. Une forme d’impatience. Chemin faisant, elle commençait à fredonner :

Douce nuit, sainte nuit,
Dans les cieux, l’astre luit.


Oui, elle se laissait gagner par cette nuit fraîche et pourtant si pleine de chaleur. Elle était là avec ses amis : ses collègues et leurs enfants… sa famille depuis des années. Elle n’avait jamais partagé cette nuit si précieuse avec son défunt mari. Il ne pouvait pas. Mais, auprès des gens de Kadic, Suzanne avait trouvé des gens avec qui partager la joie de ce moment. Bientôt, elle serait dans l’Église, et unirait sa voix aux autres pour célébrer la nouvelle année qui s’ouvrait. Avec l’assemblée, elle partagerait quelque chose de… magique. Cela pouvait sembler cliché ou bateau, mais pour elle, oui, vraiment, la nuit de Noël n’était pas une nuit comme les autres.
Autour d’elle, le vent sifflait dans les arbres, composant une mélodie. Elle s’arrêta un instant. Ses joues avaient rosi sous l’effet du froid. Et de la buée sortait de sa bouche. Un écho lui parvenait comme rendu par ces montagnes urbaines, les immeubles.

Un transport joyeux la saisit. Et Suzanne Hertz, noble et digne professeur de l’auguste collège Kadic eût soudain envie de sautiller comme une gamine, et c’est en gambadant qu’elle s’en fut, portée par les chants, à la recherche de l’heureux endroit qui répandait joie sur le monde.

C’est tout essoufflée qu’elle arriva dans l’église chaude et bondée. Mais qu’importait. Elle était là. À l’heure, et surtout, elle était vraiment là.

Pour célébrer une naissance.



_________________



Le sauveur que le monde attend
Est clarté pour tous les vivants
IL EST NÉ, IL EST NÉ, LE DIVIN ENFANT


Suzanne, Jean-Pierre, et leurs amis sortirent de l’église Saint-Jean Baptiste de Sceaux au son des cloches et de la fière mélodie.

Ils étaient restés le temps de reprendre en chœur avec les autres les quatre couplets. Mais, quoique l’envie fut très grande, ils ne pouvaient rester plus longtemps.

Ils étaient attendus.

Le son des cloches les précéda à travers le parc. La neige crissait sous leur pas, et les flocons tombaient drus. Mais cela ne pouvait suffire à triompher de leur ardeur. Ils allaient le pas vif, mais en silence. Chacun recueillait encore en son cœur cette joie spéciale qui consacrait la nuit de Noël.

Bientôt, ils franchirent les grilles de Kadic. À peine étaient-ils à la porte des appartements que Sissi leur ouvrit. Sans plus attendre, Jean-Pierre se précipita et la serra dans ses bras… répandant de la neige partout sur elle. Sissi se mit à crier en se dégageant du contact glacial.

Suzanne n’en pouvait plus de ne pas savoir. Elle abandonna son manteau sur un meuble, ôta ses chaussures, et c’est en chaussette qu’elle se précipita à l’étage.

— Suzanne ! L’intercepta, Yolande. Dans le salon.
— Quoi ? Dé…
— Oui. Elle t’attends.

Ni une ni deux, Suzanne courut dans le salon.

— Marie !
— Chut ! Répondit doucement sa fille. Tu va la réveiller.
— La ?
— Oui, c’est une fille.
— Que… Comment ?
— comment s’appelle-t-elle  ? Odayiss. En souvenir de son père. Veux-tu la tenir entre tes bras, Maman ?

Suzanne ne se le fit pas dire deux fois.

Elle prit sa petite-fille entre ses bras. Délicatement. Elle ne voulait pas la réveiller.

Suzanne admira le bébé qui lui rappelait tant le jour où elle-même avait accouché de Marie.

Derrière Gustave avait commencé à mitrailler la scène de photos. Comme à son habitude, il voulait tout immortaliser. Surtout la joie et les sourires. Il avait des albums entiers de photos. Plusieurs pour chaque Noël, car il était aussi incapable de faire le tris.

— Tu es sûre, Marie. Ce prénom… Cela rappelle celui de…
— Je suis sûre, Maman. Je ne l’ai connu qu’une fois, mais je ne regrette rien, si ce n’est de ne pas avoir pu le lui dire.
— Cela aurait été…
— Je sais, interrompit doucement la jeune mère. Mais il aurait dû savoir, et maintenant ne le saura jamais. Je veux qu’il reste cette trace de lui. Odayiss.
— D’accord, accorda Suzanne Hertz.

Elle ne pouvait cesser de sourire comme une idiote.

Bientôt tous étaient au chaud et au sec, un verre de jus de raisin chaud à la main.
Un feu avait été allumé dans la cheminée, et le sapin orné de décoration trônait par-dessus une pile de cadeaux enrubannés aux couleurs et formats les plus divers.
Cliché ? Image d’Épinal ? Sans aucun doute.

Mais Suzanne n’en avait cure. C’était ainsi.

En cette nuit sainte.

Elle était avec sa famille. Heureuse.

Pour cette veille de Noël et pour tout les Noël à venir.


Accourez, fidèles, joyeux, triomphants :[…]
Embrassons pieusement ce Dieu devenu pauvre pour nous
et couché sur la paille;
Quand il nous aime ainsi,
Comment ne pas l’aimer à notre tour ?




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« Ô Mort, où est ta Victoire ? »
1Co, 15, 55


« Nos actes nous suivent. »
Paul Bourget
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2020  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 08 Déc 2020 19:06   Sujet: Samus
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Mon frere n’est plus dans les bermudes
Mon père est toujours sur la lune
Le président a parlé à la télé
Faut pas s’innnquièèètééé


Gold, Seul dans l’univers.



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Ce soir Ulrich avait un rendez-vous. Un date dans son appartement

Chez lui, ce qui ne gâtait rien, mais augmentait le stress.

Il lui avait donc fallu laver à grande eau, passer dans tous les coins et les recoins. Ranger… Bref, transformer sa grotte d’homme des cavernes en petit nid douillet… Ce que l’on ne faisait pas pour impressionner l’être aimé ou ne serait-ce que s’en faire bien voir. L’appartement, sans être immense, était plutôt grand pour quelqu’un qui vivait seul: soixante-dix mètres carrés. Il avait fait une affaire en l’achetant il y a trois ans. Les taux étaient bas, ce qui avait facilité son accès au crédit. Même si un coup de pouce paternel avait aussi pesé en augmentant ses fonds propres. Bref, toujours est-il qu’une cuisine, un grand séjour, une chambre, un dressing et un bureau bibliothèque, sans compter salle de bains et toilettes, cela prenait du temps à récurer convenablement. C’est pourquoi Ulrich avait réussi à arracher deux jours de congés. Il avait tout récuré le premier jour, puis une nouvelle fois le deuxième, afin d’être sûr de son coup. Non, il n’était pas du tout anxieux. Cela faisait quoi  ? Treize années ? Quinze  ? Depuis qu’il avait reçu dans son chez-lui dans un cadre romantique ? Est-ce que Yumi dans sa chambre d’internat cela comptait vraiment d’ailleurs ? Dieu, qu’il était content que cette partie de sa vie soit loin… Il n’aimait vraiment pas repenser à cette époque… Mais… Mais sans cette époque, il n’y aurait pas eu la grande occasion qu’était aujourd’hui… Ulrich faisait bon cœur contre mauvais fortune… facile quand la mauvaise fortune datait de plus de trois lustres.

Ensuite, il lui avait fallu se mettre au fourneau. Ulrich était médiocre cuisinier, mais il avait quelques atouts dans sa manche. Des plats peu compliqués, mais qui pouvaient donner l’impression recherchée. Au menu donc : filet mignon de porc sauce aigre-douce sur lit de haricots (autant essayer d’imiter le langage un peu ridicule des restaurants étoilés), suivi d’un plateau de fromage puis d’une tarte aux pommes. Choisir les fromages avait été difficile. Mais bon, il avait fini par trouver quelque chose d’à peu près équilibré : cantal, roquefort, chèvre frais et morbier. Il faudrait que cela convainque. Pour accompagner tout cela une bouteille de Marsannay. Il lui en restait une ou deux, cadeau de son père, qu’il conservait depuis quelques années. Il se les réservait pour les occasions. Mais si aujourd’hui n’en était pas une, alors il n’en connaissait pas. Pour arroser le dessert et la soirée, il avait mis au frais une bouteille de champagne. De l’Ayala, à défaut d’avoir pu trouver du Ruinard. Pour l’apéritif, il avait prévu des chips de légume et de la saucisse sèche. Comme boisson, il pouvait proposer au choix du gin, de la vodka, du cointreau ou de la suze. Il avait aussi de quoi composer quelques cocktails. Mais il espérait bien ne pas avoir à le faire. À quoi bon avoir du bon alcool si c’était pour en cacher le goût derrière des jus divers ? Pour faire de vulgaires kir ? Vraiment, il priait pour ne pas avoir à sortir de jus de fruit de ses placards ce soir. Enfin, c’était les risques du jeu, lorsque l’on recevait. Et un hôte — comme le lui avait inculqué sa mère — se devait d’être toujours prêt et capable de répondre aux désirs de ses invités. Pour la fin, il y aurait quelques petits fours pour la fin de soirée.

Bref préparer tout cela lui avait pris un peu de temps. C’était surtout le timing qui était compliqué. Comment savoir en effet si le courant passerait bien ? La conversation roulerait-elle toute seule ? Comme une rivière vive ? Ou serait-elle un ruisseau courant vers l’assèchement ? Il fallait pouvoir moduler la cuisson et le déroulé de la soirée en fonction de cela.

Stop ! Stop ! Stop !

Ulrich essaya de se reprendre.

« Garde la tête froide, tu peux le faire. Il faut juste réfléchir posément. Trois quarts d’heure de cuisson. Tu l’attends pour dix-neuf heures trente… On va prendre un peu de marge et appliquer le quart d’heure de politesse. Donc, huit heures moins le quart. Oui, je peux programmer le four pour un départ à cette heure-là… non, cela ferait trois quarts d’heure d’apéritif. Trop long… »

Ulrich se perdait en conjoncture sur l’horaire, avant de trouver une solution.

« Bon, je vais le mettre à sept heures et le quart. Cela fera entre un quart d’heure et une demi-heure d’apéritif. Suffisant pour en rester à un seul verre d’apéritif. Oui, cela me paraît bien. Du coup, je dois enfourner la tarte aux pommes avant sept heures moins le quart. Disons dix-huit heures trente. C’est bon, cela me laisse un peu de marge. »

Ulrich termina de changer ses draps, puis se rendit en cuisine pour couper les pommes. Une fois cela fait, il étala la pâte feuilletée dan le plat. Il n’était pas courageux et habile au point de la faire lui-même. Il s’était contenté d’en acheter en magasin. Il espérait que cela ne se verrait ou se sentirait pas. Ce point l’inquiétait un peu. Mais, il n’avait ni le temps ni la dextérité pour corriger cela. Il faudrait que ce défaut soit corrigé par le reste. Tout en pensant cela, il commença à disposer les quartiers de pomme dans le plat. Ensuite, il les saupoudra de cannelle.

« Bien, c’est prêt. »

Il regarda l’heure. Parfait, il était dans les temps. Juste comme il fallait. Il alluma le four — Quel idiot d’avoir oublié de le faire avant de commencer. Quelques minutes plus tard, la température requise était atteinte. Il put donc enfourner.

« Parfait. Maintenant, au bain ! »

Ulrich se fit couler un bain chaud. Il attendit un petit peu avant de rentrer dedans. Il ne le voulait pas trop chaud… Il eût été contre-productif de sortir transpirant d’un bain trop chaud, quelqu’agréable qu’eût été ce dernier. Néanmoins, s’immerger dans les volutes de qui s’échappaient de la baignoire lui fit un bien fou. Ce n’est qu’en entrant dans le bain qu’il prit conscience du degré de crispation de son corps.

« Allez ! Détends-toi, tout va bien se passer. Ce n’est pas n’importe qui que tu invites ! »


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À mesure qu’il se détendait, il se laissa aller et replongea dans ses souvenirs. Il se rappela la rencontre… soudaine. Brutale. Il avait été renvoyé de suite sur terre. Et ce n’était que la première d’une très longue série. Il ne pouvait pas dire que cela soit le meilleur début possible de relation. Franchement. Se faire rétamer par son ennemi… Bientôt pire ennemi… À cette époque, Xana trustait encore la place de pire ennemi. S’ils avaient su, ils se seraient plus méfiés de Tyron. Franchement ils auraient dû. Il n’y avait pas photo entre l’efficacité des monstres de Xana et celle des hommes de Tyron. Et puis… bah, ils étaient jeunes et cons à l’époque. Même Jérémie. Surtout Aelita. Ils n’avaient pas compris ce qu’impliquait le supercalculateur. Ils n’avaient pas compris que cela n’en finirait jamais. Pouvait-on seulement vaincre une machine retorse comme Xana ? Et quand bien même ? Il restait la question de Franz et Anthéa. Aelita n’aurait jamais abandonné. N’abandonnerait jamais. Et puis… il y avait tout les Tyron du monde. Ce que Hopper avait fait, d’autres pouvaient le refaire. Tyron avait juste de l’avance: voler les travaux de Hopper l’avait un peu servi. Mais c’était juste de l’avance. La boîte de pandore avait été ouverte ; la révolution pouvait-elle être arrêté ?

Mais… laisser le supercalculateur, avec les décisions et conséquences qui l’accompagnait, entre leurs mains, était-ce vraiment plus sûr ?

« Le pouvoir corrompt», lui avait appris son père, « et un pouvoir absolu corrompt absolument ». Ulrich avait compris, en arrivant à l’âge adulte, que son père n’avait pas été à l’abri des bénéfices insidieux du pouvoir… À la limite de la corruption légale, et souvent corruption spirituelle. Ulrich savait qu’il n’était pas meilleur homme — loin de là — que son père. Aussi ne pouvait-il que se demander s’il n’avait pas été corrompu lui aussi ? Après tout, peut-on imaginer plus absolu pouvoir que le supercalculateur ? Se penser capable de l’employer pour que d’autres ne déploient pas les pouvoirs des tours et du retour vers le passé, n’était-ce pas déjà tomber dans l’excès ?

Jérémie avait dû forger une fausse identité pour Aelita. Il lui avait fallu de l’argent. Ulrich n’avait jamais demandé d’où venait cet argent. Jeune, cela ne l’intéressait pas. Adulte… qu’aurait-il dit ? Que son chef était corrompu ? Mais aurait-il fait mieux ? Pouvait-il lui jeter la première pierre ? Il avait bien tenté de jouer au loto à l’aide du retour vers le passé dans le temps… Non… Ulrich savait qu’il était, comme son père, sensible aux ors des privilèges. Des accès aux loges du stade de France… Des séminaires dans le Lubéron… Des places à Avignon payées par la caisse de retraite… Des avantages en natures… des retours d’ascenseurs (tu m’as invité, alors je t’invite…), des réseaux professionnels fermés et bien placé… des clubs mondains…

Ulrich avait fait ce qu’il fallait. Il avait croqué à pleines dents dans la pomme dorée et empoisonnée. Il avait bien fallu. Pour Lyokô. Pour tout les Tyrons qui tentaient de développer des technologies similaires. Les lyokôguerriers avaient laissé un non-dit. La question d’user de Lyokô pour faire plus que d’empêcher l’existence d’autres supercalculateurs quantiques. Aider. Soulager. Éviter des catastrophes. Faire avancer la science… Bien sûr, ils savaient tous pourquoi ils ne l’avaient pas fait. Le pouvoir. Encore et toujours le pouvoir. Ils ne pouvaient s’en séparer. Mais… Ulrich avait peur. Chaque année qui passait, il sentait chez eux, chez lui, la tentation d’user plus du potentiel du supercalculateur. Un petit retour dans le temps, tantôt pour corriger une gaffe professionnelle, ou un échec amoureux de Yumi, ou pour faire un peu d’argent en bourse…

Ulrich s’ébroua. Non ! Il avait d’autres choses à faire que de s’endormir dans son bain !

Il sortit brusquement, et se frictionna avec force. Une fois que cela fut fait, il vida la baignoire et la nettoya. Enfin, il se tourna vers le miroir. Il fallait battre le fer tant qu’il était chaud, et se raser tant que sa peau était rougie par les vapeurs. Cela ne lui prit que quelques minutes. Il put ensuite mettre du déodorant et un peu de parfum. Il allait bien… Oh non ! L’heure  ! La tarte !

Ulrich se précipita nu à travers l’appartement, laissant des traces de pieds derrière lui… autant pour les sols. Il arriva juste à temps pour sortir la tarte. Ouf  ! Elle n’avait rien. Il poussa un soupir de soulagement, avant de sortir balais et serpillière  : il avait des dégâts à réparer. Une fois cela fait, il put s’habiller. C’était une occasion, mais il fallait être décontracté… pas son fort ça. Alors il opta pour un pantalon de costume noir et une chemise d’un blanc uni. Simple, sans doute un peu trop habillé, mais Ulrich avait toujours pensé qu’en la matière être trop bien habillé passait un peu mieux que le contraire. Et puis… bon… quoi… il avait le droit de vouloir lui en mettre plein les mirettes, non ? Et il n’était ni Odd, ni Yumi qui eux savaient séduire. Et hors de question de leur demander des conseils. Moins ils en sauraient, mieux se serait. Quant à Jérémie et Aelita… bah… comment parler de premier rendez-vous à des gens qui avaient franchi cette étape sans soucis majeurs il y a des lustres… Bon, d’accord… ils avaient dû le préparer ce rendez-vous… La matérialisation d’Aelita quoi…

Bref toujours est-il que c’était la première fois d’Ulrich. Il avait cessé il y a bien longtemps de compter Yumi. Entre eux… cela n’avait pas pu, et ça n’aurait pas pu marcher.


_________________



Ulrich s’était habillé. Il alla enfourner le filet mignon et allumer sous les haricots. Une fois cela fait, il se rendit dans le salon pour régler quelques détails: remettre droits les coussins, les battre un peu au besoin. Sortir les verres et boissons pour l’apéritif. Couper la saucisse sèche. Les ampoules projetaient une chaude lumière sur les murs dont la couleur se situait entre le moutarde et le bronze. Au moment d’acheter, il avait franchement hésité à faire repeindre le salon, mais avec le temps, il avait fini par trouver cette teinte chaleureuse et reposante. Le chaud des lampes sur le fauve des murs créait une atmosphère intimiste et claire à la fois.

Il se redressa pour admirer une dernière fois la pièce. Il en était, il fallait le dire, assez satisfait. Une fierté de propriétaire. Il savait bien qu’il n’avait aucun goût en matière de décoration intérieure, mais il ne pouvait s’empêcher de se sentir un peu vaniteux. Deux canapés de cuir
noir formant un angle. Une table basse entre eux. Une télé faisait face à l’un des deux canapés. Il y avait sur les côtés et derrière chaque canapé, des barres de sons. Il y en avait dans toute la maison. Il pouvait ainsi diffuser sa musique partout et s’y immerger en permanence, mais sans avoir à monter le volume. Pour mieux en profiter, il s’obligeait à ne pas écouter de musique ailleurs que dans son appartement. Dans un coin du salon, il avait posé un buffet. Dedans, le beau service, qu’il ne sortait que rarement. À Noël ou au Nouvel An. Éventuellement pour son anniversaire. Dessus, quelques photos. Souvenirs d’enfance: lui, ses cousins, mais aussi l’équipe des lyokôguerriers à divers moment de la vie d’Aelita. Son arrivée. Ses premières grandes vacances. Son brevet, ses fiançailles, son bac… Mais surtout, il y avait trois photos de famille. Une montrait Ulrich enfant, au retour d’une randonnée exténuante. Ses parents et lui étaient heureux. Une autre montrait Ulrich adulte et ses parents tout sourire, lors de la confirmation d’un petit-neveux d’Ulrich. Il était le parrain. La dernière montrait les deux parents d’Ulrich assis dans des fauteuils. Ils se tenaient la main, et leurs visages ridés s’aimaient.

Ils étaient morts dix jours après.

Ulrich referma le buffet après en avoir sorti les apéritifs. Il caressa la photo de ses parents d’un air nostalgique. Il aurait… il aurait voulu passer plus de temps avec eux. Il n’avait jamais pu tout leur dire bien sûr. Ils n’avaient jamais su pour Lyokô et la Lutte. Mais, Ulrich avait fini par se réconcilier avec son père. Le moment le plus dur, et à bien des égards le plus brave de sa vie. Il avait tant encore à apprendre d’eux. Si seulement…

Ulrich passa une dernière fois la main sur le cadre. Pour vérifier qu’il n’y avait pas de poussière.

C’était ridicule. Il se sentait nerveux comme jamais… et n’avait rien d’autre à faire que d’attendre. Il ne s’était pas senti comme cela depuis… Depuis… Yumi ! Il s’était pourtant juré que cela ne recommencerait pas  !

« Respire ! Tu es un peu stressé ! Mais cela va aller  ! C’est le premier rendez-vous, c’est vrai, mais il y a déjà des heures de discussions et de rire entre vous  ! Tu va t’en sortir. Tout va aller parfaitement bien. »

Il faisait les cent pas dan la pièce. Il n’arrivait pas à se calmer. Il envisagea presque de se servir un verre pour que ses mains arrêtassent de trembler et que se raffermisse son cœur. Mais préféra allumer la télé, sur une chaîne publique. Il n’y avait que de la pub en attendant l’allocution, traditionnelle, de ce soir. Il regarda encore une fois son appartement. Son petit royaume. Partout, il voyait la marque de ses parents. De son milieu et de son éducation. Il avait tenté d’y échapper autrefois. Mais, il avait fini par comprendre que pour lui, c’était un peu vain. Contrairement à Yumi ou William, il n’avait pas l’imagination et la volonté requise. Il n’était pas créatif. Néanmoins, il se sentait plein d’orgueil. Après tout, il avait bâti ce petit coin bien à lui. Il avait choisi, mis en forme, aménagé… Mais, aussitôt que son esprit commença à vagabonder dans cette direction, il se reprit. Non, il n’avait fait que reprendre les goûts de son temps, les affections de son groupe social, les services d’un architecte, d’entreprises du bâtiment… Pourtant… pourtant… c’était bien chez lui, non ? Ici, il pouvait faire retraite, loin du monde et de ses fracas. S’immerger dans la musique. Pas de Xana. Pas de lyokôguerriers, pas de Tyron. Il laissait aussi son boulot au début. Mais, il avait fait carrière, et cela venait avec des obligations : ne jamais être coupé du monde, toujours répondre. Il n’y avait guère de soirée où il rentrait avant neuf heure du soir, et bien souvent, il continuait à téléphoner et travailler jusque vers vingt-trois heures. Et il recommençait ce cycle en se levant à six heures trente le matin. Ses temps libres, c’était la Lutte qui les prenait.

Il se rasséréna. Il y avait quand même une chose qui n’appartenait qu’à lui, ou à peu près. La plus cachée. La plus secrète. La plus précieuse. Celle que nul ne soupçonnait. Celle qui avait su frayer son chemin dans son emploi du temps. Dans sa vie. Dans son cœur. Celle pour qui il s’était tant préparé ces derniers temps. Pour ce soir.


Une nouvelle fois, il dut réprimer la surexcitation en lui. Il se sentait redevenir un adolescent. Il tirait des plans sur la comète… Que se passerait-il ? De quoi discuteraient-ils ? Le repas serait-il bon ? Comment le courant passerait ? Se prendraient-il les mains ? Se… bécoteraient-ils  ? Oui, Ulrich se sentait redevenir un adolescent. Ce qui était mauvais signe. Car, vraiment, il se souvenait de ce qu’il avait été au collège, et il était très très loin d’en être fier. S’embr… Non, ne pas penser à ça. Et surtout pas en rougissant ! Pourtant, il ne pouvait empêcher son esprit de partir dans cette direction… de rêver et aspirer à plus osé encore…

Brusquement, Ulrich ouvrit la porte du buffet, et posa la main sur la bouteille de calvados.

La sonnette retentit.


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« Sauvé par le gong ! ». Juste à l’heure  ! Il rangea la bouteille et ferma à clé le placard. Il se rendit dans l’entrée, vérifia qu’il était convenablement vêtu et ouvrit. Son ninja était là. Et lui, si anxieux. Il sentait la transpiration couler dans son dos, et ses mains devenir moites.

Il repensa à leur relation. Voilà, cela le calmerait. Tout avait commencé par une pénétration, se dit-il avec un sourire. Transpercé — par-derrière — par sa longue lame. Les ninjas étaient redoutables, mais ce ninja l’était encore plus. Ils étaient tous identiques. Le même avatar assez plat. Alors il avait mis du temps à comprendre que c’était toujours le même qui le renvoyait à terre. À la longue, il avait fini par le distinguer. Une manière spéciale de se déplacer. Un style de combat différent. Il avait appris à combattre ce ninja. Et bientôt les combats perdus d’avance devinrent des égalités. C’est qu’il y en avait eu ! Le virus de Jérémie avait marché, mais Tyron avait déjà construit son supercalculateur une fois, non ? Il avait recommencé. Et avec les sauvegardes et l’expérience, il lui avait fallu peu de temps. Et tout avait recommencé. Lutte, longue et acharnée. Qui durait depuis des années. Tyron avait été un adversaire retors. Infiniment plus que Xana ou que les autres organisations. Il avait aussi été un allié dans certains cas. C’est à ces moments qu’Ulrich avait pu fréquenter son ninja… l’entendre parler pour la première fois… observer l’élégance et la puissance de son kenjutsu. Ils s’étaient sauvé la mise. À plusieurs reprises. Enfin… Enfin, ils avaient fini par échanger des grognements. Puis des syllabes, et enfin, de petits mots.

Jusqu’à ce jour, il y a deux ans. Où il avait appris son nom : Samus.

D’autres ninjas avait pu être agréable. Comme des professionnels. Bref des ennemis, mais sans haine. Ulrich avait compris qu’ils étaient des mercenaires embauchés par Tyron. Ninja était un boulot qui payait bien, et Tyron ne demandait pas de qualifications hors normes. En fait, le fait que Samus ait fait des arts martiaux avant d’arriver chez Tyron était plutôt exceptionnel. Cela expliquait cette redoutable efficacité qui avait fait mordre la poussière tant de fois aux Lyokôguerriers.

Un jour, enfin, Ulrich avait osé. Il lui avait demandé un moyen de contact. À voix basse, alors qu’ils étaient à couvert, subissant les tirs des monstres et que Jérémie parlait. Comme ça, il pouvait être sûr que personne n’entendrait. Il savait déjà que Tyron ne pouvait entendre ce qui se passait dans les mondes virtuels. Heureusement ! On était sur le Cortex : pas de rougissements, ni de cœurs battants à la chamade. Il avait presque réussi à avoir une voix ferme… mais il avait dû répéter deux fois sa demande avant d’être compris. Un léger éclat de rire lui avait répondu. Et il avait obtenu une adresse mail.

Ils avaient commencé à échanger, puis était venu l’usage d’une application de discussion instantanée… à l’abri des regards. À Samus il avait dit beaucoup, mais de manière prudente. Et jamais sa confiance n’avait été trahie. Même en des moments où Tyron en aurait tiré des victoires monstrueuses, définitives peut-être. En retour, il avait aussi appris bien des choses… qu’il n’avait jamais données à Laura ou Jérémie. Ils s’étaient beaucoup parlé. Ils avaient échangé de longues lettres manuscrites, discutant de tout, sauf d’une chose : leur relation. Et par extension, leurs sentiments. Ulrich… Ulrich avait conservé toutes ces lettres. C’étaient elles qui l’avaient supporté lorsque ses parents étaient morts. Elles qui l’avaient accompagné lorsqu’il avait accepté des postes à responsabilité. Elles encore qui lui avaient permis de résister à Jérémie lorsque celui-ci avait voulu user du supercalculateur.

Elles enfin, qui avaient fait de lui le début d’un homme bien et pas seulement un homme de bien.

Il savait qu’il lui avait aussi apporté beaucoup. Ils s’étaient tout deux entraidés, entraînés. Pour devenir plus accomplis. Car Samus aussi avait eu des choix à faire. Samus aussi avait eu besoin de consolation quand ses hommes étaient tombés dans les luttes de Tyron, réelles comme virtuelles. Quand le quotidien devenait trop dur. Quand la vie devenait morne.

Un jour, enfin, Ulrich, s’était lancé. Il avait appelé. Au milieu de la nuit. Enfin au milieu de sa nuit. Samus était alors en Asie centrale. Il avait laissé un message simple :

« Je voudrais te voir. »

Il n’avait jamais été aussi fébrile que cette nuit-là. Il n’avait pas pu trouver le sommeil. Il était resté là, dans son salon. Il avait affiché l’écran de son téléphone sur sa télé, et écoutait en boucle le Gloria RV 589 de Vivaldi suivi du Juditha Triomphans du même compositeur. Il avait eu besoin de courage. Enfin, enfin ! Il avait eu une réponse. Il était une heure et demie du matin en France.

« Moi aussi »

Deux mots. Simple. Qui l’avaient exalté plus qu’aucune autre chose dans sa vie. Plus que la plus grande des victoires contre Xana. Plus que le plus grande des accomplissements !

Bien sûr. Tout deux étaient affreusement timides et prudent. Il s’en était encore fallu d’une année complète avant que ne vienne le jour. Une année d’attentes et d’espérances.

Mais Samus était là ! Sur le pas de sa porte ! Il avait tant rêvé de ce moment !

Enfin, il saurait à quoi ressemblait Samus ! Il n’avait jamais vu que le ninja de Tyron. Il avait lu l’individu, mais jamais il n’avait entendu. Jamais il n’avait vu la personne réelle.

C’était l’ultime pas.

Le dernier instant avant la Vérité.

Ulrich fit une dernière prière, et ouvrit la porte.

Il aurait dû le faire plus tôt. S’il avait su que cela se passerait aussi bien. Ils s’étaient assis dans le canapé, et avaient pris l’apéritif. Tout de suite, ils s’étaient rapprochés. Épaules contre épaules. Genoux qui se touchaient presque… Mains qui se frôlent… s’écartent, se rapprochent… se cherchent enfin…

Ulrich se levait pour aller éteindre sous la viande, lorsque Samus, d’une main décidée quoiqu’hésitante accrocha sa chemise et le retînt. Leurs yeux se croisèrent. Ulrich se rassit.

Leur lèvres se trouvèrent.

Sous le bruit de leurs lèvres et sous les souffles de leurs amours, le président parlait à la télé, annonçant la prise de pouvoir éternelle de Xana :

« Alors, mes chers compatriotes, je vous souhaite une belle année 2021. Vive la République et vive la France! »

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 08 Déc 2020 19:05   Sujet: Une pincée d'âme
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And a rock feels no pain
And an island never cries

I am a rock, Simon and Garfunkel



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C’était une grande pièce qui faisait tout à la fois salon, salle à manger, bibliothèque et même cuisine. À droite du hall, courait un mur qui débouchait sur la cuisine. Celle-ci n’était séparée de la pièce à vivre que par un bar qui faisait face à la partie salle à manger et à sa grande table pour douze personnes. À gauche de l’entrée se déployait le salon. Un canapé en cuir rouge, des fauteuils, une table d’une surface de deux mètres carré. Le long du mur porteur de la maison, point de connexion entre le hall et le séjour, courait une coursive. C’était là-haut qu’était située la bibliothèque. La pièce était spacieuse et aéré. De larges fenêtres, ainsi que deux vastes velux encastrée dans le plafond incliné laissaient passer un flot de lumière. Dans l’ensemble, il s’agissait d’un style que l’on aurait pu aisément qualifier de scandinave, à la manière d’Ikea. Le séjour donnait sur une terrasse. Celle-ci, bâtie à flanc de colline offrait une vue orientée plein sud, en direction de la forêt et de ses fraîches frondaisons. Ici, Ulrich avait passé les temps les plus malheureux de sa longue vie. Tout respirait le confort, l’ouverture. La disposition de la pièce invitait à L’indolence. Ici, aucun réseau téléphonique.

Se poser dans un fauteuil et dormir bercé par le doux soleil.

Ulrich était en vacances. 

C’était malheureux.

Ulrich détestait les vacances. S’il l’avait pu, il serait resté tout du long à l’internat. La compagnie de Jim ou de Jérémie valait plutôt mieux que celle qu’il avait actuellement.

Comment dire ? Eh bien justement, il n’avait rien à leur dire. Et eux ne semblaient pas avoir grand-chose à lui dire. Lamentations et réquisitoire se succédaient. Ils étaient en forme d’ailleurs en ce moment. Avec le temps, Ulrich avait appris à entendre par-delà les mots. Désormais, il savait apprécier le jeu subtil des répliques, le canon formé par ses parents. Il avait aussi fini par comprendre qu’il n’était qu’un outil dans une querelle qui le dépassait de loin et de longtemps.

Rétrospectivement, il aurait dû avoir compris plus tôt. Il n’était pas vraiment normal à l’age de six ans de passer des soirées assis dans la cuisine, alors que — son père à sa gauche et sa mère à sa droite — ils lui donnaient tour à tour de petit mot qu’il devait lire à haute voix. Les mots quoiqu’emprunts de la plus grande courtoisie étaient durs et froids : il fallait blesser et faire mal.

Ulrich ne savait pas pourquoi ses parents étaient encore mariés.

Il ne savait pas pourquoi ils l’avaient conçu. À quoi bon, si c’était pour le confier à une nounou jusqu’au moment où ils avaient pu se débarrasser de lui et l’envoyer à l’internat toute l’année durant ?

Bref, cela ne faisait que dix minutes qu’il était parti du collège et déjà il priait pour rentrer. Avec un peu de chance, ils auraient épuisé leur besoin de s’épancher avant qu’il ne monte dans la voiture. Sinon… de longues et froides soirées l’attendaient. Et il reviendrait crevé de ses vacances. Xana en serait ravi.

Lui au moins jouait franc-jeu et direct. Après une bonne journée de lutte contre Xana, les nuits étaient douces et satisfaisantes.

Plaisantes.

Il se sentait alors revigoré tant de corps que d’esprit.

A contrario chaque minute passée auprès de ses parents semblait s’étirer à l’infini. Les secondes devenaient des minutes, les heures des jours, et les jours semblaient ne plus finir. À chaque instant qui passait, il sentait ses forces se faire drainer. Son corps se vidait de toute énergie et son esprit de toute volonté.

Subir son père, c’était souffrir un barrage de mots. C’était se faire remodeler, lentement, violemment, en autre chose. C’était mourir à lui-même chaque jour un peu plus. IL soufflait sur les braises, réorganisait le foyer, époussetait les cendres, rejetait les mauvaises bûches, brisait les branches qui ne rentraient pas, ajoutait meilleur combustible et soufflait sur les braises. Mais le travail ne progressait pas assez vite à Son goût. Alors IL employait le tisonnier. IL écartait des rondins, remaniait l’architecture de l’âtre, jusqu’à ce que la flamme qu’était Ulrich enfin brillât de la bonne couleur. IL la voulait rouge, apte à tenir dans la durée. IL voulait braise et cendre, plutôt qu’ardente consumation.

Être marathonien ne s’improvisait guère pour la vie.

Maintenir sa mère, c’était étayer un pilier qui aurait dû porter. C’était s’épuiser, lutter contre le cours inexorable des affects. C’était endurer le flux fulgurant de passions aigries, et étançonner suite au reflux apathique. C’était supporter les hauts et les bas, et toujours, toujours devoir physiquement tenir ou retenir. C’était un effort somatique et constant.

Être architecte de son chemin s’enseignait.


Ulrich devenait à chaque jour qui passait avec ses parents un autre garçon. Son armure s’effondrait. Tombaient ses défenses devant le siège constant qui assaillant son corps et son esprit ne visait moins que la réforme de son âme et sa transmutation.
Il était exténuant de vivre au côté de gens que l’on ne comprenait pas. De se sentir évoluer dans un monde voisin, si proche, si inatteignable ; si différent, inapprochable.

Weltanschauung.

Ulrich ne savait plus d’où il tenait ce mot. Sans doute d’un cours d’allemand. Mais il savait que c’était le mot qu’il cherchait pour exprimer ce qu’il comprenait quant à ses parents.

Pourtant, pourtant…Il ne pouvait pas dire qu’ils ne faisaient d’efforts. Bien au contraire. Eux, cherchaient à briser les barrières, cherchaient à parler, à divulguer. Ils s’épanchaient dans la recherche d’une communication. Mais rien ne pouvait y faire.
Et quand bien même ? Comment leur confier « mon secret, mes problèmes, c’est impossible ». Alors, il ne pouvait que rester là. Faire ce qui pouvait l’être. Sauver ce qui pouvait l’être. Soustraire un tant soit peu à leur attention.

Il devait être, était, demeurerait, le rocher.

Mais il le savait, en avait conscience.

C’est la rivière qui modèle le rocher.

Et le plus vaste des fleuves était à la manœuvre, lui auquel nul n’échappe: le temps. Dévoreur de substance.

D’une lenteur insondable s’écoulait un nombre infini de secondes sous la férule paternelle et les maternelles langes.

Ici, Ulrich avait appris à cuisiner.

Ici, Ulrich avait appris à entretenir une maison.

Là, Ulrich était devenu garde-malade et forçat.

Au mieux, il aurait des cours supplémentaires, toutes les vacances durant.

Sinon, il resterait. Avec sa mère, avec son père, roc immergé dans la rivière au fond de la vallée, flamme transbordée de lampe en lampe, tenue entre des murs de verres et maintenue par le serrement du bec.

C’étaient des ennuis différents.

Et lui de bouillonner.

Et lui de rager.

Et lui de fulminer sous son armure.

De loin il préférait Kadic et l’internat.

De loin il préférait le danger constant. La lutte et la blessure.

Dormir après avoir lutté contre Xana, c’était trouver un repos exquis et relâché.

Mais enfin, il était ici-bas, en deçà de la Loire, à des centaines de kilomètres du théâtre des opérations.

Loin de ses amis.

Loin d’Odd.

Loin de Yumi.

Loin de Jérémie.

Enfin loin d’Aelita.

Proche de son père tempétueux.

Proche de sa mère languide.

Proche des forêts, domaniales et lugubres.

Enfin proche du caveau familial.

Ici. Dans les sombres forêts de Tronçais, en bord de Sologne.

Ulrich détestait ces forêts stagnantes. Leur atmosphère imprégnait la maison. Semblait régner une couche d’humidité. Il se sentait contenu.

Chaque jour qui passait ici, la rage d’Ulrich grandissait, et ce n’était qu’à grand peine que Kadic la dissipait. Même si l’arrivée de William avait indéniablement fait du bien. Mais enfin, traiter un symptôme, ce n’est pas traiter le mal. Enfin les maux. Puisqu’il en comptait deux. Il aspirait à s’en libérer. À se défaire de ces douleurs qui jamais ne le quittaient, qui sans cesse le tourmentaient.

Il ne voulait pas.

Mais ses choix étaient eux aussi pris dans un mouvement de spirale : la haine corrompait tout, jusqu’à ce qu’il fut impossible de distinguer ce qui ne relevait pas d’elle. Et elle ne laissait à Ulrich d’autre possibilité que de se démettre. Car, il le savait, tout était vain. Tout finirait, avec temps et assaut, par être modelé dans le cours impérieux des événements.

Plus encore qu’à l’accoutumée la forêt était sinistre. Les froids de la morte saison ne régnaient pas encore en maître, et tout achevé de se décomposer au sol.

Il pleuvait depuis la veille. Et le temps d’arriver au tombeau, les chaussettes d’Ulrich faisaient déjà macérer ses pieds dans un bain de pluie. Il avait ouvert la porte massive en bois de chêne. Il utilisa une cale pour la retenir en arrière, puis sortant une allumette, il alluma sa lampe à pétrole pour y voir plus clair.
Tout était semblable à ses souvenirs. D’aussi loin qu’il se souvienne les lieux avaient toujours été ainsi, forteresse de pierre blanche et sèche, vivant témoin que la putréfaction des bois pouvait être repoussée.
C’était la dixième fois qu’il venait ainsi, un premier novembre.

La neuvième qu’il venait seul.

Il vérifia qu’il avait bien tous ses outils, puis entrepris de nettoyer les tombe une à une. Prenant une pelle et une balayette, il ôta plantes et poussières. À l’aide d’un chiffon imbibé d’eau il nettoya les impuretés qui s’étaient accumulées depuis l’an dernier. Il enleva les pots cassés et les remplaça. À chaque fois il s’arrangeait pour rendre leur brillant aux lettres dorées qui indiquait quel Busset était mort ici… quelles morts glorieuses… quelles vies vertueuses… quelles pensées ils avaient inspirées à leurs proches. À force de récurer les lettres d’or, Ulrich avait gravé en son cœur ces sentences d’autres temps.

Une fois encore, il venait enrichir sa mémoire.

Une fois encore, il profitait de cette occasion pour mesurer l’année écoulée à l’aune de ces temps passés.
Midi pointait hardiment ses rayons lorsqu’Ulrich s’arrêta pour déjeuner. Il s’était fait quelques sandwiches avant de partir. Il sortit du caveau, et s’asseyant sur une pierre, commença à lentement mastiquer le pain humide. La pluie continuait à tomber. Il avait encore quelques heures de travail devant lui.

Quand il entra à nouveau dans le caveau, quelque chose avait changé. L’atmosphère était devenue plus sèche, plus chaude.

Chaleureuse.

Une ombre se tenait devant lui.

C’eût pu être un fantôme.

Celui-ci avait forme humaine. Une forme rappelant l’une des matriarches représentée sur les vitraux du tombeau.

Ulrich regarda bouche bée l’apparition. Il tendit la main pour tenter de la toucher, mais ne put l’atteindre.

Le fantôme commença à parler. Des sons résonnèrent dans le caveau, mais Ulrich n’y comprenait goutte. C’était une langue chargée de mystère, comme si, ayant perçé d’insondables secrets, les Bussets tentaient de les communiquer à Ulrich. Lui ne comprenait pas. Mais il sentait les mots graver quelque chose en lui, laisser une marque sur son âme. Il ne comprenait pas et pourtant comprenait. C’était ineffable.
Résolu, Ulrich se précipita en avant. Il heurta de plein fouet le fantôme qui sembla vouloir entrer en lui.
Ulrich hurla alors que son esprit rejetait la substance étrangère. En vain.

Cela n’était qu’un spectre de Xana.

La créature s’en alla aussitôt rejoindre son maître, après être sorti de son plein gré du corps adolescent.

Mais il avait laissé quelque chose derrière lui.

Du sang.

Du sang qui ornait les tombes. Sur chacune il avait gravé un bout de message.

Ulrich était furieux de voir son travail ainsi détruit.

Il savait ce qu’il avait à faire.

Il saisit son éponge et recommença à soigner les pierres tombales.

La nuit était tombée depuis longtemps lorsqu’Ulrich rentra chez ses parents.

Il ouvrit précautionneusement la porte. C’est sans un bruit qu’il fila en cuisine.

Ses parents étaient assis dans le salon. Ils se regardaient en chien de faïence.

Ulrich découpa les légumes puis les mit à cuire. Il avait un peu de temps devant lui, alors il allait lancer une machine de lessive et changer les draps dans les chambres de ses parents.

Tout du long, le message de Xana n’avait pas quitté son esprit. C’était un message alambiqué. Conçu comme une énigme. Il avait tourné dans la tête d’Ulrich qui croyant aux forces de l’esprit l’avait retourné en tous sens. La signification avait fini par lui apparaître. Elle avait juste eu besoin de temps pour reparaître après avoir été déposé en lui.

Choix. Menace. Chantage.

Soumission.

Tuer ou mourir. Tel était le choix.

S’abandonner ou se désagréger.

Il avait un choix, et quel choix. Se soumettre ou se démettre.

Mais la démission est une soumission.

Et la vassalité une capitulation.

Mourir ou mourir ; « être ou ne pas être ». Ulrich se dit que pour la première fois il commençait à entrevoir le début de ce que Gide avait voulu dire.

Ulrich en avait fini dans la buanderie. Il remonta s’occuper de ses légumes.

Ils commençaient à être bons. C’était le moment de couper la viande en morceau, avant de l’intégrer au reste.

Tuer ses géniteurs, ces parents.

Accepter d’entrer au service de Xana.

Assassin !

Possédé !

Xana .

Ulrich.

Traître !

Félon  !

Le Père avait perdu. Volonté brisée qui s’épanchait en larme sur le tapis.

Sa Mère triomphante comme militante se retourna vers son fils et le sermonna avec l’assurance et l’expertise que procurent les années d’exercices.

Ulrich n’écoutait plus.

Car l’heure du choix approchait.

Xana avait promis. Et Ulrich savait que Xana avait toujours tenu ses promesses tacites comme explicites. Comme s’il était tenu par une forme de hauteur chevaleresque.

Ulrich avait le couteau en main.

Un bon et solide couteau à viande, à la lame de céramique parfaitement aiguisée.

Avec elle il tranchait les chairs les plus molles comme les plus solides.

Il fit revenir les morceaux dans l’huile, puis les ajouta à sa fondue de légume. Ayant ainsi dégagé son plan de travail, il commença à laver la planche à découper. Une fois que ce fut fait, il commença à laver les couteaux qu’il avait employés.

Enfin, il arriva au dernier.

Le couteau à viande.

Cadeau d’un ami d’antan. Un métayer du domaine, qui lui avait appris à vider le gibier, à tanner les peaux.

Ulrich se rappelait… dans le bureau en style moderne et transparent du notaire… la lecture du testament. Il ne savait pas pourquoi il devait être ici… c’était à la toute fin… il n’avait pas entendu les mots du notaire… mais le juriste lui avait tendu un étui… Dedans, le couteau de Jean. Son couteau.

Ce n’était pas une belle pièce. Ce n’était pas un laguiole ou un opinel. C’était une arme. Brute. Faite pour percer et couper les chairs animales et humaines. Il savait que Jean le tenait de son père, qui lui-même l’avait hérité de son père… Schéma répété pendant des générations.

Ulrich remua les légumes, puis contourna le bar. Il devait aider sa mère, car le reflux serait bientôt sur elle.

Tuer, mourir. Devenir, rester.

Il s’approcha de ses parents. Il saisit sa mère dans ses bras, et commença à la guider vers sa chambre en contournant le canapé. Le père lui lança un regard tout mêlé de contrition et de haine puis s’en retourna à la contemplation morose de la forêt.

Éclore, imploser.

Ulrich enfonça le couteau dans le dos de sa mère.

Les pensées s’entrechoquaient en Ulrich.

Il ressortit le couteau.

Se soumettre ou se démettre. Le choix tournoyait en lui, le laissant seul au milieu des abysses de son for intérieur.

Il abattit le couteau une dix-septième fois dans le corps maternel.

Vertu et gloire; le passé ne parlait pas.

Ulrich se rapprocha en silence de son père.

Il abattit le couteau.

Une fois puis deux.

Deux larmes avait coulées et séchées le long des joues d’Ulrich.

Dix-sept coups à nouveau. Égaux dans la mort et les sentiments.

Ulrich retourna dans la cuisine, éteignit sous les légumes, nettoya son couteau.

Il mangea, puis fit couler un bain. Après s’être lavé, il changea de vêtements et coupa ses cheveux.

Il se rendit au caveau.

Là, derrière la tombe. Il y avait une pierre descellée dans la tombe de Claude Busset.

Il y déposa le couteau immaculé, rangé dans son étui comme dans son esprit.
Il remis en place la pierre.

Il resta là encore quelques instants, s’imprégnant des sentences inscrites sur marbres et pierres.

Enfin, il ressortit et rentra dans la maison des parents.

Il appela la police.

« Jérémie, j’espère que tu pourras régler tout cela. Pour Aelita. »


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Novacula in totem
Le couteau sur la pierre

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  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2020  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 08 Déc 2020 19:04   Sujet: Caritas in mendacio
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Le soleil ne brillera alors sur aucune terre au-delà de nos frontières.



« Odd. Dégage.
— Mais, Jérémie…
— HORS DE MA VUE !»

Odd n’avait jamais vu Jérémie aussi en colère. Il ne l’avait même jamais vraiment vu lever la voix.

« Mais…
— Tu en as assez fait comme ça, non ?»
La voix de Jérémie était devenue glaciale.

« Maintenant, barre-toi. J’ai besoin de calme pour corriger tes bêtises.
— T’y crois pas… tu crois vraiment qu’il y a un risque ? Et puis, tu va tout faire disparaître…»

Jérémie n’accorda même un regard à l’impertinent. Il avait d’autres bourdes à rattraper qu’une ignorance crasse. Pourtant, il en avait passé du temps à leur expliquer. En long, en large et en travers… Et surtout en simplifié : on en parle pas. Rien. Nada. Xana n’existe pas. L’usine n’existe pas. Franz Hopper n’a jamais existé, et il n’y avait d’Aelita que Stones, comme le groupe de Rock. Il le leur avait dit et répété. Déjà qu’ils avaient failli avoir de la casse avec le journal intime d’Ulrich. Mais bon, ça, cela se réglait facilement.

Mais non, il avait fallu que cet idiot d’Odd aille se répandre sur Internet.

Bon, se répandre, c’était beaucoup dire.

Mais c’était déjà trop.

Maintenant, Jérémie allait devoir réparer les pots cassés. Ou les dissimuler. C’était ça la grande question. Faire disparaître ? Dissimuler ? Camoufler ? Jouer la lettre volée ?

Jérémie était informaticien. Pas espion, ou super-flic du FBI. Il ne savait pas retrouver des gens ou des informations. Il ne savait pas chercher ces petits détails. C’était une chose de faire un programme de veille sur Internet avec une alarme à chaque fois qu’un événement sortait par trop de l’ordinaire. C’était une approche holistique. On ramasse toutes les informations et on constate quel événement se produit.

Une approche individuelle, c’était une autre paire de manche, pour laquelle il n’avait pas vraiment les compétences. Et pas le temps de les acquérir.

Il n’avait que le degré zéro en la matière : ne pas chercher sur Google : « Comment disparaître  ». Mais au-delà… il ne savait pas.

Alors Jérémie hésitait. Il réfléchissait, mais le temps lui faisait défaut. S’il attendait trop, il n’aurait pas à se décider ; la décision lui serait imposée.

Les minutes s’égrenaient et Jérémie ne savait pas quel chemin était le bon.

Dès qu’Odd lui avait parlé de sa gaffe magistrale, il avait modifié ses bots de veille journalistique afin de savoir qui avait pu voir les informations compromettantes. Pour l’instant, il n’y avait rien de suspect. Mais, par acquit de conscience, il avait approfondi ses recherches. Et là, il avait trouvé des choses qui paraissaient plus inquiétantes. Odd n’avait pas été si imprudent. Du moins pas plus qu’un ivrogne en place publique à cinq heure du matin. Mais de ce que Jérémie avait pu voir au moins une personne avait copié sur un autre site les informations qu’Odd avait lâché. Partant de là… eh bien, la vitesse de propagation sur Internet était exponentielle.

Par acquit de conscience, Jérémie avait enquêté sur ce second site. À première vue, rien qui sorte de l’ordinaire. Une espèce de blog complotiste et ésotérique. Remplis d’allusion à de vastes complots mondiaux et à les lézards géants. Cependant, aucun des billets de ce blog n’était une création originale. Tout était récupéré ailleurs sur Internet… par des bots. Jérémie avait tenté de pirater le site. Il avait comme une intuition. Il avait réussi. En revanche, il n’avait pu masquer son intrusion. Le système de sécurité autour de ce site était très évolué. Pour être précis, le but en était moins d’empêcher une intrusion que de repérer toute tentative et de la remonter. Toute attaque étant une ouverture, la sécurité de ce site était organisée autour de l’idée de retourner les actions de l’attaquant contre lui-même. Et ça, ce n’était pas ordinaire. Jérémie avait une bonne expérience du piratage derrière lui : sécurité sociale, registre d’état-civil, bases gouvernementales diverses. Cela c’était facile. SWIFT en revanche, cela avait une autre paire de manche. Au début, il avait pensé s’en sortir en espionnant l’USDT. Mais ses besoins à lui avaient nécessité un peu plus que cela. Alors il avait dû pirater lui-même le réseau swiftnet. Bon, avec Lyokô et le retour vers le passé à sa disposition, il avait eu des jokers permanents.

Les pièges autour de ce pauvre blog complotiste étaient d’un niveau similaire aux protections bancaires qu’il avait dû forcer. Avec un avantage cependant… Contrairement à la BNP, le système était réactif et ne mettait pas des demi-journées entières à se mettre à jour. Franchement… mettre un peu plus de sous dans les poches de leur DSI, ce n’eût pas été de l’argent jeté par les fenêtres.

Bref. Il avait donc pu étudier les bots de veille du site complotiste.

Très intéressants.

Trop intéressants.

Il reconnut sans peine une partie de leurs codes. Hopper. C’était issu des travaux de Franz Hopper. Des travaux datant d’avant la période Lyokô d’ailleurs. Depuis Hopper n’utilisait plus ce style. Bien sûr, Jérémie avait peut-être trouvé par erreur ou chance une trace de Franz Hopper. Mais il n’en était pas sûr.

Alors, il avait continué à chercher. Il avait enquêté sur le propriétaire du blog. De là il avait remonté à un cabinet d’avocat. Qui n’était autre qu’une société écran. Sans doute une coquille vide. En croisant le peu qu’il avait avec les bases de données de swiftnet il avait trouvé un MT101. De là il avait déroulé la pelote de laine bancaire, jusqu’à tomber sur un paiement en faveur d’un cabinet d’avocat. Il savait que c’était un cabinet mi-véreux mi-honnête basé à Gibraltar. Il avait lui-même employé leurs services dans le passé. Continuant son investigation, il avait constaté que le cabinet avait payé pour la fabrication du site, mais n’avait pas été payé en retour. Du moins il ne trouva pas de MT102 correspondant. Pourtant, les comptes du cabinet, qu’il avait fait vérifié en une heure chrono par un autre cabinet véreux de sa connaissance, Constantin de Vaud, n’avait pas montré trace de blanchiment d’argent. Cela laissait une autre possibilité  : un paiement en compte courant au sein de la même banque. Dans ce cas-là lui avaient expliqué les frères Constantin, le plus probable était un paiement au sein d’un même ensemble juridico-financier. Jérémie avait donc cherché qui pouvait être associé ou lié au cabinet de Gibraltar. À l’aide de la transaction de change dont il avait le détail, grâce au moteur de recherche du Gleif, il avait pu remonter de parents directs en parents ultimes. Jusqu’à une dernière surprise :

Le cabinet commanditaire du site web et la boîte de webmaster appartenaient au même groupe financier. GF SE. Rapidement, Jérémie avait lancé tout ses bots à la recherche d’informations sur GF SE. Comme le temps pressait, il avait même mobilisé la puissance du supercalculateur.

Il était ensuite allé dormir. Sa recherche prendrait sans doute la nuit, et il aurait besoin d’avoir l’esprit clair pour réparer la bourde d’Odd.

Il s’était levé au petit matin. Sa recherche avait trop bien fonctionné. Il avait récupéré des tombereaux d’informations sur GF. En gros, il savait tout depuis leur facture d’eau en retard jusqu’au goût du PDG en matière de café et de filles — il préférait prendre les deux ensemble — ce qui lui faisait une belle jambe.

GF était juste un petit conglomérat financier — de la taille d’un groupe du SBF 120 — qui œuvrait dans des domaines assez divers : extraction minière au Niger, électronique de pointe, chimie lourde, optique de précision, LBO et fermeture de site en difficulté… Un ensemble assez éclectique quoi.

Jérémie découvrit aussi de multiples liens avec des entreprises peu légales, ou avec des pays pas franchement recommandables.

Il était bien parti pour se perdre dans les quelque 500 pages du document de références, puis dans les documents de référence des BU lorsqu’un nom anodin avait attiré son attention  : « Broulet et frères ». L’entreprise de BTP qui avait assisté Franz Hopper pour la création du supercalculateur. En remontant ce fil, Jérémie apprit que cette petite PME du BTP parfaitement anodine avait été rachetée et sorti de bourse en 1993. Cela faisait suite à son IPO en 1989. Les dates concordaient parfaitement avec les travaux d’aménagement de l’usine. Le principal souscripteur de l’entrée en bourse avait été Walter Stern, un avocat lié à la GF d’après les infos de Jérémie.

— Donc, marmonna à haute voix Jérémie dans la tiédeur de sa chambre, La GF finance Broulet et Frères via un homme de paille, puis rémunère cet homme de paille une fois les travaux de Hopper finis. Après quoi, l’entreprise est mise en difficulté, fermée et les ouvriers dispersés. C’est un montage complexe pour pas grand-chose. Il doit y avoir de quoi mettre quelques personnes en prison.
« En sus de quoi, la GF finance en sous-main un site de veille ésotérique et utilise des bouts de codes à la Hopper. Sauf que je sais que Franz Hopper n’a jamais travaillé pour une organisation de ce genre.
« Mouais, cela ne m’avance à rien tout ça. Et je ne sais toujours pas quoi faire de la gaffe d’Odd. »

Jérémie continua à réfléchir un jetant un coup d’œil distrait aux activités de la GF. C’était un écheveau compliqué de société enchâssées les unes dans les autres. Visiblement GF SE était elle-même possédée par Wright AceHAtorney participation et par la financière du Tibre. Cette dernière était possédée par la Cato Institution, elle-même possédée par… Jérémie ne comprenait pas vraiment l’intérêt de ce micmac d’entreprises de nationalités, juridictions et statuts différents. En attendant, il hésitait encore : Traiter la gaffe au niveau macro ? La traiter au niveau micro ? Si oui, comment ?

Au niveau macro, il lui suffisait de faire tomber les sites concernés : le blog de la GF et Facebook. Rien de très sorcier. Si ce n’est qu’il faudrait ensuite détruire les sauvegardes, et cela, c’était autrement plus dur. Et puis, s’il faisait cela, il se grillait tout de suite. Bien sûr, il pouvait tenter de dissimuler un peu plus ses traces. Avec Lyokô, il avait les moyens de faire tomber des pans entiers d’Internet. S’il faisait tomber Facebook et quelques autres, et en profitait pour faire une attaque généralisée sur la GF… Les dommages seraient terribles. Basiquement, ce qu’il envisageait revenait à réaliser au moins partiellement les objectifs du projet Carthage. Détruire les communications ennemies. Il allait mettre à l’arrêt l’économie.

Mais il y avait Xana. Xana dysfonctionnait, mais il avait quand même été créé pour stopper Carthage. Si Jérémie utilisait les techniques de Hopper pour faire sauter les réseaux sociaux et quelques autres sites, est-ce que cela ne susciterait pas une contre-réaction de Xana  ?

De plus, il restait le problème des sauvegardes. Il ne lui semblait pas complètement improbable que tant la GF que Facebook et consort fassent des sauvegardes tous les jours. Et si c’était le cas…

Bref, la présence de Xana rendait périlleux la solution maximaliste. Et une solution holistique de moindre ampleur n’était pas fiable. Sauf à la recommencer plusieurs fois sur plusieurs jours. Mais, s’il faisait cela, il attirerait sans doute l’attention. Et puis bon, il y avait peut-être mieux que prendre un bazooka pour tuer les mouches.

Donc, il fallait avoir une solution individualiste et méthodique. Il pouvait faire disparaître ou remplacer les informations dangereuses. Où les altérer plus ou moins subtilement. Il pouvait aussi laisser faire en se disant qu’au milieu de milliers de théories farfelues, le transfert sur un monde virtuel pour lutter contre une IA se perdrait dans la masse.

Franck.

Il aurait dû y penser plutôt. Franck pouvait l’aider. Il avait fait appel à lui pour créer de fausses traces d’Aelita Hopper. L’idée avait été de brouiller encore plus les cartes entre Schaeffer, Hopper et Stones, afin que quiconque enquêtant sur les premières soient persuadés qu’elles n’étaient pas encore mortes. Cela ne lui avait coûté que la bagatelle de 80 000 USD, mais il ne le regrettait pas.

Là, il devait faire disparaître des informations et non une personne. Donc il n’était pas dans le créneau particulier de Franck… Mais sait-on jamais…

Ayant pris sa décision, Jérémie se leva et sortit en courant de sa chambre. Tant pis pour le petit-déjeuner. Il avait d’autres chats à fouetter.

Il descendit en trombe les escaliers, s’enfuit sous les hurlements de Jim. Il parvint à semer le surveillant dans les bois, avant de faire route vers l’usine.

Le supercalculateur l’attendait, comme toujours. Il s’assit devant, ouvrit l’écran d’appel téléphonique et régla le synthétiseur vocal sur « Anthéa Schaeffer ».

« Franck Ahearn.
— Franck. J’aurais encore besoin de ton aide.
— On avait dit plus de contacts une fois l’opération finie.
— J’ai un problème. Il y a des informations dangereuses qui ont fuité sur Internet.
— Je t’avais pourtant dit de ne plus user Internet.
— Ce n’est pas moi. C’est un ado avec qui… je passe du temps.
— Moi, je fais disparaître les gens, tu le sais. S’il le faut, on recommence l’opération avec toi.
— Ce n’est pas possible ce coup-là. Il y a des choses qui ne peuvent disparaître ou bouger qui sont en jeu.
— Ta maison ? Une nouvelle famille ? Tu as déjà tout quitté une fois.
— Écoute Franck, c’est plus grave que cela…
— Je ne fais pas dans l’illégal. Tu devrais le savoir.
— J’ai des gars… des hommes en noir… au service d’une boîte appelé GF. Je ne peux pas les laisser faire.»

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Frédéric Dandelieu n’était pas en train de regarder ce qui s’était produit sur les réseaux durant la nuit. Bien sûr, il aurait dû. Il était le directeur du département de la communication informatique de la Financière de Zama. LE community manager du groupe GF en somme. Dans les aspects les plus réglementés — communications financières et institutionnelles — comme dans les aspects les plus sombres — Rang et honneur dans les Milieux — il s’occupait aussi de quelques broutilles de plus, comme le secrétariat du Comex.

Depuis qu’il avait pris son poste, il s’était juré que la nuit s’était sacrée. Aussi, contrairement à nombre de ses collègues, il éteignait tout ses appareils la nuit. Et ne rallumait rien avant que son ordinateur professionnel n’eût fini son démarrage. En cas d’urgence ? Il avait des subordonnées pour cela.

BANG !

La porte de son bureau s’ouvrit brusquement. Une femme en jaillit.

« DANDELIEU !
— Ma… madame
— Vous ne lisez jamais vos messages ? Il y a peut-être du nouveau.
— Au sujet de l’OPA sur Veolia ?
— Mais qu’est-ce que j’en ai à faire des déchets. Non, je vous parle de Carthage.
— Pardon ?»

Il était incrédule. Carthage était pour lui un mirage. Une obsession de la boss. Hopper avait disparu corps et âmes. Quant à Anthéa… un petit malin c’était amusé à multiplier les pistes. C’est en vain qu’il avait envoyé Suze et Cointreau au Mexique, en Italie, en Roumanie, en Tanzanie et Dieu sait où encore ! Idem, quelqu’un avait multiplié les pistes pour la fille Hopper. Si bien qu’ils avaient recensé pas moins d’une dizaine de d’identités différentes.

« Vos outils de veille ont vu un quelque chose d’intéressant. Hopper, virtualisation, contrôle des réseaux électriques… Cela vous dit quelque chose.
— C’est que…
— Je vous vois dans mon bureau dans soixante minutes. J’espère que vous aurez mieux à me dire.»

Et Dido de ressortir du bureau aussi vite qu’elle était entrée. Laissant un Dandelieu ébahi. Il se remit très vite, alluma ses appareils et ignorant tout le reste se concentra sur les références à Carthage.

Ce qu’il vit était doublement intéressant. La GF avait des années auparavant créé un blog destiné à recueillir tout ce qui pouvait concerner de près ou de loin le projet Carthage. Des bots se chargeaient de parcourir Internet et d’aller collecter des informations qui étaient ensuite laissées à disposition des limiers de la GPH. Non seulement la dernière trouvaille des bots était intéressante, mais en plus le jour même, quelqu’un avait tenté de s’infiltrer sur le blog. Et avait réussi. Pour le moment cet inconnu n’avait encore rien effacé. Mais plus intéressant encore, il s’était infiltré en utilisant des techniques qui, d’après les vétérans du service informatique de la GPH, étaient caractéristiques du style de Hopper. À quoi s’ajoutait que l’intrus s’était rendu compte qu’il avait été repéré et avait tenté de couvrir encore plus ses traces.

Mais la Firme et l’Organisation avaient plus d’un tour dans leurs sacs respectifs. Endossant sa casquette de la GF, Dandelieu contacta quelques entreprises spécialisées. À charge pour elle de passer des contrats avec Facebook et d’obtenir, au milieu de paquets de données, les infos sur la personne qui avait parlé de Carthage sur le réseau social. Frédéric, endossant son borsalino de la GPH contacta la CIA. Cette dernière avait eu recours à leurs services criminels dans le passé et devait donc quelques fleurs à la GPH. Ils auraient bien repéré des bricoles sur ce mystérieux intrus…

À l’heure dite, Frédéric Dandelieu se présenta devant sa chef avec plusieurs pistes et plans.

Dix minutes après cette entrée dans le bureau directorial, Suze recevait ses ordres.

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« La GF ? Tu es sûre ?
— Oui, mais je ne savais pas qu’ils en avaient après moi. Jusqu’à la bourde de ce gamin.
— Il a fait quoi au juste ?
— Il a posté des choses sur Facebook. Eux les ont repérées. J’ai remonté leur piste, mais ils ont pu détecter mon intrusion.
—… Moi je fais disparaître des personnes. Pas des informations. Cela n’est pas le même boulot.
— Je te payerai le même tarif que la dernière fois. Et te devrais une fleur. J’ai les moyens de réécrire des entrées entières de registres gouvernementaux, tu le sais.
— Tu pourrais faire de même avec tes foutus infos.
— Je ne veux pas attirer l’attention.
— Tu passe mon test. Bon, Ce n’est pas mon truc, et comme tu es débrouillarde et visiblement pressé… Sur Internet, le mieux, c’est de limiter la casse en fait. Il faut que tu décrédibilise. Détruire une info est presque impossible, et attire l’attention sur elle. Le mieux, c’est de procéder à des altérations mineures, ou de noyer le poisson. Les gens ne cherchent jamais au-delà de la première page google. Arrange-toi pour que les infos qui t’intéressent soient à la troisième.
— Je vois. Je multiplie les faux contre-feux. Comme ça, ils doutent, ne peuvent savoir ce qui est du bluff.
— Oui. Mais attention. S’ils sont vraiment décidés, ou s’ils ont déjà bien lancé leur hameçon, ils vont mouliner et te repêcher.»

Jérémie grimaça en entendant cela. Il était presque sûr qu’ils avaient déjà identifié la vraie source. Et il voyait mal comment il allait faire pour corriger le tir.

À moins que… Il lui restait des atouts en main.

Lyokô. Il n’en avait jamais utilisé tous les tours.

Il avait du se retenir. À cause de Xana. Mais d’un autre côté, l’opération William avait marché. Et puis… Électronique de pointe et exploitation minière au Niger.

Maintenant, Jérémie savait d’où venait le supercalculateur. Hopper avait sans doute négocié le financement de ses recherches. Ce qui voulait dire que la Green Phoenix savait de quoi il retournait. Mais ils n’avaient pas tous les éléments.

Et si…

Jérémie sourit.

Un plan commençait à prendre forme. Odd aurait l’occasion de se rattraper.

HAHAHAHAHAHHAHA !

Le génie éclata d’un rire dément.


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« C’est quoi le plan, Jérémie ? Demanda Ulrich quand le chef eût débriefé les troupes.
— Simple. J’ai eu le temps de faire des recherches. La Green Phoenix a un supercalculateur.
— Attends, intervint Yumi, donc on peut…
— Oui, vous allez y aller.
— OK, mais quel rapport avec Facebook ? Questionna Odd.
— On va leur faire croire que le compte d’Odd Della Robia est un faux.
— Un faux ?
— Hmm hmm. Créé par une intelligence artificielle à partir du réplika de la GPH
— Xana ?
— C’est ce que nous allons leur faire croire.
— Hein ?
— Pas le temps pour les détails. Je vous expliquerai en route. Voilà ce que vous devez retenir. Aelita doit accéder à une tour du réplika, et procéder aux modifications que je lui indiquerai. Pendant ce temps, je m’occuperai de Facebook et de quelques autres bricoles du même accabit. En route.»

Aussitôt dit, aussitôt fait. Toute la bande descendit dans les scanners. La virtualisation eut lieu comme à l’ordinaire. Et la traversée du réseau fut aussi agréable qu’une valse straussienne.

Trouver le code d’accès au réplika fut tout aussi aisé.

Les guerriers débarquèrent dans un terrain qui leur était inconnu, le skid s’étant attaché à une tour.

« Wooh ! Jérémie, ce n’est pas un territoire de Lyokô. Je t’envoie un visuel.
— Pas le temps pour ça aujourd’hui, Aelita.
— T’y crois pas ! Un territoire ville ?
— Hmm, ok. Cela confirme mon hypothèse. L’organisation a bien son propre réplika, différent de lyokô. Ah, voilà, j’ai trouvé une tour. Prenez sur la droite. Direction Sud-Sud-Est. Elle n’est pas loin.»

Aelita et ses gardes du corps commencèrent à courir dans la direction indiquée

« On la voit ! C’est quoi le plan Jérémie ?
— Aelita rentre dans la tour. Elle va implanter les programmes que je vais lui transmettre. Deux d’entre vous vont se translater. Vous allez devoir trouver les serveurs de la Green Phoenix et en détruire un maximum. Sans vous faire voir du personnel. S’ils vous repèrent, la mission est un échec.
— Hein ? Mais attends, si on fait ça… Xana, il va faire quoi ?
— C’est ça l’astuce. On attire Xana ici. La translation envoie des ondes de chocs à travers les mondes virtuels. Xana ne va pas manquer cela. Il va venir et attaquer pour tenter de nous mettre hors-jeu.
— Mais t’es dingue ! Hurla Yumi. Tu veux nous tuer ?
— Non, je veux mettre Xana dans les pattes de la Green Phoenix, le temps que cette affaire de Facebook soit oubliée. Odd. Je vais te créer un nouveau compte, et vider l’actuel de toute sa substance, sauf quelques infos et tes posts compromettants. Aelita pendant ce temps va altérer cet ancien compte, pour faire croire que c’est un faux créé depuis les ordinateurs de la Green Phoenix par leur intelligence artificielle maison, Osiris. En plus, on va pousser Xana à se manifester. Comme ça ils croiront que c’est Xana qui a perverti Osiris. Le temps qu’ils démêlent cet écheveau, plus personne ne se souciera de ces posts Facebook. Au passage, Aelita va infiltrer les serveurs de la Green Phoenix et faire deux chose. Un, elle va envoyer à des ONG les sales petits secrets que j’ai pu déterrer sur la boîte. Deux, elle va détruire le blog complotistes et quelques autres sites du même acabit. Compris ?
— D’accord, grommela Ulrich. Bon, qui s’y colle pour la translation ?
— J’en suis proposa William.
— Hein ?
— Écoute Ulrich, je suis nul sur Lyokô. Sur Terre, j’ai peut-être plus de chance. Et on a besoin que tu sois ici, au cas où.
— Bon, intervint Jérémie. Cela se tient. William, je t’envoie avec Odd.»

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Suze revenait d’une mission aux Pays-Bas lorsqu’il avait été appelé. Lui et Cointreau devait se rendre de toute urgence en France. En région parisienne pour être précis.

Ils s’étaient relayés au volant, et approchaient de la destination. Un établissement scolaire. Drôle de lieu pour une mission. Mais pour l’instant, ils avaient pris du retard dans les embouteillages de la A1 à hauteur de Roissy.

Après de longues heures, ils avaient enfin réussi à se dépêtrer et à emprunter l’A86. Pour aller à Boulogne, cela faisait plus de distance, mais moins d’embouteillages et donc de temps, que le périphérique.

La mission était simple. Cuisiner un gamin à propos du projet Carthage. Et au besoin le ramener vivant, ou l’éliminer. La chef leur avait donné carte blanche.


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Aelita était rentrée dans la tour. De là, elle n’avait eu aucune difficulté à percer les codes d’accès aux réseaux internes de la Green Phoenix. Se faisant passer pour Osiris, elle créa un compte Facebook.


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Odd et William avait été translatés dans un salle d’impression déserte.

« Rappelez-vous, vous devez faire du grabuge, mais pas vous faire repérer.
— Compris, Einstein. On commence par quoi ?
— Par prendre les escaliers. Vous êtes au quinzième. Il faut que vous alliez au sous-sol.
— T’es sérieux là ? râla William.
— On ne peut plus. Et maintenant, j’ai à faire.»

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Jérémie avait donné toutes les consignes qu’il pouvait. À lui de jouer sa partition en attendant. Il utilisa les deux tours qu’il contrôlait sur le territoire Ville pour réunir de l’énergie. Ça, c’était l’appât à Xana. Une fois cela fait, il perça la sécurité interne de Facebook. Il entreprit de dupliquer le compte d’Odd, puis de tricher avec les dates de modifications. Les bases de données du géant américain étaient mises à jour en permanence. Tout le monde n’y verrait que du feu. Dans le même temps, il commença à noyer le poisson. Il allait inonder le réseau de fausses informations à propos de mondes virtuels. Grâce à ses programmes multiagents, il ne lui fallut qu’une dizaine de minutes pour changer le top des hashtag de Twitter.

« C’est beau la modernité.»

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Ulrich s’ennuyait ferme. Au moins, translaté il aurait eu de quoi s’occuper. Mais ici… dans ce paysage lugubre… Et comme il ne voulait pas d’une énième prise de bec avec Yumi, il se taisait.

« Ulrich, je vois des choses sur le radar. Mais pas des monstres de Xana.
— Ok, Jérémie, on fait quoi ?
— Pour l’instant… Est-ce que vous pouvez vous cacher ? Si oui, faite, et n’intervenez que si Aelita ou la tour sont menacés.»

Ulrich partit se poster dans un immeuble visiblement en ruine. Il se mit au troisième étage derrière une fenêtre. Pendant ce temps, Yumi avait fait de même sur l’immeuble d’en face. Ils pourraient ainsi prendre les intrus sur les deux flancs à la fois.

Ils attendirent un peu avant de voir un groupe de quatre personnes. Des militaires semblait-il. En tout cas, ils portaient tous le même uniforme, et étaient armées de fusils. Ulrich en avait déjà vu de ce genre au cinéma. Sans doute le standard en dotation dans l’armée américaine.

Les hommes arrivèrent devant la tour. Mais visiblement, ils ne savaient pas quoi faire. Ils tournèrent autour, à la recherche d’une entrée. Puis se mirent à fouiller le périmètre. Visiblement, ils n’avaient pas d’instructions, ou pas aussi bonnes que celles que Jérémie donnait.

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Aelita était dans la tour. Celle-ci était comme une extension du système informatique de la Green Phoenix. À la fois en dedans et en dehors. Cela rendait la tâche un peu compliqué. Mais il fallait faire avec.

Aeliat faisait défiler devant elle fichiers, dossiers, programmes et codes. Lorsqu’elle se servait d’une interface numérique, elle pouvait brasser bien plus d’informations qu’en temps ordinaire. En fait, dans ces conditions, elle était infiniment plus rapide que Jérémie. Elle en avait parlé avec lui, et ils avaient conclu à une espèce d’héritage du temps passé sur Lyokô. C’était comme si elle avait développé une sorte d’affinité avec les programmes informatiques.

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Suze et Cointreau étaient enfin arrivés. Pas trop tôt. C’étaient deux grands gaillards, vêtus intégralement en noir. Ils se garèrent à proximité du collège Kadic, et descendirent de la voiture de Suze. Une Porsche 356A, un modèle de collection. Il l’avait récupéré lorsque son cousin et cadet japonais l’avait perdu en punition d’un échec. Une histoire d’hélicoptère de guerre dans le ciel de Tokyo… Enfin, Suze ne s’en préoccupait pas trop. Parfois, il valait mieux ne pas chercher à savoir. Les vrais savent. Les autres mentent. Ainsi en allait-il. Il avait emprunté cette philosophie de vie à un de ses anciens médecins qui portait un nom d’habitation :

« Vois-tu, lui avait-il dit, ils mentent tous et tout le temps. Les vrais savent juste quand ils mentent. Et parfois… parfois, ils mentent par amour.»

Ce qui était bien beau, mais il y avait une mission à remplir.

Il fallait commencer par repérer le gamin. Heureusement, Internet facilitait la tâche. Il sortit donc son téléphone et ouvrit Facebook.


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Odd et William avaient atteint le sous-sol. Aelita avait déverrouillé toutes les portes devant eux, et leur avait indiqué où étaient les serveurs de sauvegarde. Leur boulot était simple. Trouver un câble et brancher les sauvegardes sur les serveurs normaux pour qu’Aelita et Jérémie puissent achever de tout corrompre.

Ils avançaient lentement, veillant à ne pas faire de bruit. Autour d’eux la chaleur était étouffante. Des rangées d’armoires à serveur occupaient tout l’espace. Les murs étaient blancs. Les yeux d’Odd souffrient… si gris et monotone… aucune décoration, pas de couleur… Ah ! Si ! Sur le linteau de la porte. Un emblème vert. Un oiseau et des flammes. En dessous, un nom: Green Fénix.

« Mais, je croyais que c’était avec « PH ».
— GF c’est l’entreprise légale. GPH c’est l’organisation criminelle et mafieuse, intervint Jérémie. Mais ce ne sont que deux facettes de la même pièce. Je vous expliquerai plus tard. Vous avez trouvé les serveurs ?
—Oui, intervint William. Je suis en train de les relier.
— Mais attends, repris Odd. Les sauvegardes sont au même endroit que les serveurs ?
— Bah, répondit Jérémie, les mafieux ne sont pas meilleurs en sécurité informatique que la presse française… Je pense surtout qu’ils ne voulaient pas laisser à l’extérieur des informations compromettantes.
— Ça y est. On est branché.»

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Ulrich commençait à s’inquiéter. À ce rythme, il allait se faire prendre.

Soudain, il entendit un grondement bien connu.

Un mégatank !

La boule noire arriva en face de la tour, se déploya et tira…sur la tour !

« Jérémie, on fait quoi, Xana attaque la tour !
— C’était plus ou moins prévu. Attends la réaction de la Green Phoenix.»

Les agents avaient été surpris par l’irruption de cette boule noire. Leur surprise avait augmenté lorsqu’elle avait commencé à faire feu sur ce qui était « une infrastructure vitale de l’organisation ». Ils levèrent leurs armes et commencèrent à mitrailler l’adversaire.

Celui-ci eût le temps de tirer une deuxième fois avant de mourir.

Mais la relève arriva aussitôt. Deux autres mégatanks, deux tarentules, et des kankrelats.

La bataille s’engagea.


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Aelita avait presque fini. Mais l’important était dans les détails pour une opération pareille.

C’est à ce moment que quelqu’un se connecta à l’intranet de la Green Fénix en utilisant le code maître. Immédiatement, il procéda à des diagnostics systèmes. Il allait vite comprendre qu’Aelita était entrée dans le système, et ce qu’elle avait fait.

« Jérémie. Ça craint.
— Je vois ça. J’ai fini de mon côté. Où en es-tu avec Odd et William.
— La moitié. On a pas le temps là. Ils ne sont pas idiots. Ils vont couper les accès et roll-back sur les bases de la veille.»

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« Odd, vous en êtes où ?
La voie de Jérémie était passablement tendue.
— Ben, on a un peu cassé, mais à part ça…
— Foutez le feu.
— Pardon ?
— Odd, tu détruit les protections incendies. William, tu trouve un moyen de provoquer un court-circuit et de faire un joli feu de joie.
— D’accord.»

De son oncle, William avait appris quelques trucs en matière de feu. Il savait comment faire en sorte qu’un ordi surchauffe et ’enflamme. Et un serveur… ce n’était jamais qu’un ordi.


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Suze et Cointreau étaient rentré dans l’internat de Kadic. Ils avaient persuadés le proviseur de les laisser enquêter. Della Robia n’était pas dans sa chambre. Ils avaient fouillé les chambres de ses multiples copines. Sans succès. En revanche, ils avaient trouvé la chambre d’un de ses amis, Jérémie, qui avait du joli matériel informatique.

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BIIIP !

Une alarme s’était élevé. Jérémie ouvrit la fenêtre correspondante.

Des hommes en noirs !

Dans sa chambre !

Et lui qui n’avait rien fermé !

Ils allaient trouver toutes ses recherches sur la GF et la GPH !

«Aelita. Je vais être occupé. Il y a des hommes en noir dans ma chambre. Il va falloir faire sans moi pour le moment. Abandonne le fignolage. Xana est là. Barrez-vous une fois que le feu a bien pris.»

Jérémie raccrocha.

Il ouvrit une autre fenêtre et pris le contrôle à distance de son ordinateur. Il allait devoir le vider de tout indice, mais sans que les deux autres ne s’en rendissent compte. La partie allait être serrée. Il réarrangea rapidement quelques programmes et onglet, pour faire croire à un banal exposé.

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Wiliam avait démarré un joli feu de joie. Ensuite lui et Odd était sortis en courant de la pièce. Odd, avec un petit coup de main d’Aelita avait pu désactiver le système anti-incendie à cet étage. Le temps qu’il marche aux autres étages, les dégâts seraient considérables.

En sortant, ils croisèrent deux employés. Attirés par le bruit, ils avaient compris qu’il s’agissait d’un incendie. William les assomma du plat de la lame, leur ôta leurs extincteurs puis traîna les hommes derrière lui, afin de les mettre en sécurité.

« Hey. On s’est peut-être fait griller.
— tant pis, répondit Aelita. De mon côté, j’ai fini. Entre l’incendie et les fuites de données, ils vont avoir à faire. En prime, je les ais gratifié d’un faux ransomware partiel.»

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Frédéric Dandelieu s’était connecté à l’intranet avec le code maître. Tout déconnait de partout. En prime un mystérieux virus attaquait la Ville Fantôme !

Autour de lui, ses équipes paniquaient. Ils perdaient des pans entiers du système à la volée.

« Monsieur. On a tracé la cause. Osiris déconne.
— Quoi !»

Dandelieu faillit s’étrangler. Osiris avait accès à tout leurs systèmes, sans restriction.

« Qu’est-ce qu’il fait ?
— On ne sait pas, mais il a commencé par nous pondre des absurdités dans le système. Il semble qu’il ait envoyé une partie de nos comptes à des ONG et à l’USDT.
— On est foutu. Débranchez-le. Je me fous des pertes de données. Si ça continue, on est tous mort.
— Il a aussi largué des infos confidentielles sur Internet. Instagram et Twitter grouillent de messages à propos… de mondes virtuels. Visiblement, cela a commencé hier avec des posts sur Facebook.
— De mieux en mieux.»

Frédéric tremblait. Là, c’était un échec majeur. Il était mort. Au mieux, il pouvait faire en sorte que ses équipes vivent, en prenant tout le blâme pour lui. Même si tout le monde saurait qu’il n’y était pour rien. Enfin, il leur devait bien ça.

« D’accord. Je vais informer la Chef de la situation. Débranchez Osiris et la Ville Fantôme. Prévenez les community managers. Qu’ils fassent disparaître tout cela d’internet.»

Frédéric Dandelieu, Secrétaire Générale des Deux Green Phénix sortit de son bureau. Il se rendait à l’échaffaud. Il ne lui restait plus qu’une chose à faire en chemin.

Il décrocha son téléphone.

« Suze ? Opération annulée. C’était du flan. Merci pour vos services. Ce fut un plaisir. J’aurais aimé pouvoir boire une fois de plus avec vous. »

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Aelita, Ulrich et Yumi avait pu profiter du chaos pour revenir au skid. Ils avaient sans doute été vus par les agents de la Green Phénix, mais bon, ils semblaient les avoir confondus avec des pions de Xana.

Arrivés au skid, ils avaient attendu la dé-translation de William et Odd.

Ils étaient rentré tous ensemble vers Kadic.

Le Skid était plein de soulagements et de rires.
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2020  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Sam 05 Déc 2020 19:58   Sujet: Un coin oublié
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https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd avait le cœur qui battait à la chamade.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Dire qu’il était stressé était un euphémisme.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png C’était le Jour. Avec un grand J.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png C’était l’Heure. Avec un grand H.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Ces quelques minutes allaient déterminer tout le reste.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Serait-il un winner ou un loser pour le reste de sa vie ?

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Tout se jouait ici, dans l’Antichambre du Destin.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Bientôt la voix angélique allait résonner sous la voûte céleste, et alors…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png alea jacta est.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il ne lui reste plus qu’à assurer sa partition, et plus encore, à la transcender.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd fit croisa ses doigts et les fit craquer devant lui.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Ce serait bientôt l’heure. Celle du match et des duels.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il repassa dans sa tête toutes les leçons durement acquises ces derniers mois. Il avait appris à connaître ses adversaires. Bien sûr, c’était sûrement réciproque. Odd n’était qu’un petit joueur, c’est vrai, surtout à côté de poids lourd comme Sternich ou Imui, mais quand même, il commençait à s’être fait une petite place dans le classement du meilleur Lyokôguerrier.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png La voûte céleste cessa soudain de tourner. Aux quatre directions cardinales, des nombres apparurent. Le compte à rebours.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png 5…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png 4…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png 3…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png 2…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png 1…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png … Forêt  !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd esquissa un sourire. Le territoire de la forêt était une de ses spécialités. Il aurait vraiment pu tomber sur pire. Bien sûr, il restait la question du sous-terrain. Ce dernier pouvait être plus ou moins favorable.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Maintenant, un tout petit peu de chance restait nécessaire.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Mais Odd était confiant. Il avait toujours été assez bien servi par Fortune.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Un nouveau compte à rebours apparu.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png 5…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png 4…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png 3…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png 2…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png 1…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png … Imui !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd fit la grimace. Ce serait donc lui qui commencerait à choisir. Le souci était qu’ils étaient concurrents en termes de poste dans l’équipe. Il voudrait aussi jouer DPS distance. Pour Odd c’était une erreur. Imui était plutôt fait pour der rôles de support offensif. De couverture quoi. Il n’était pas assez bon comme damage dealer. Mais le sort lui avait été favorable et il pouvait maintenant choisir le personnage de son choix.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Cela étant, tout n’était pas perdu. Il resterait du choix, juste pas forcément son préféré.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Ce fut ensuite au tour de Sterich de faire son choix. Assez logiquement, il choisit d’être tank. Comme Odd ne jouait jamais ce poste, peu lui importait.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png La répartition des personnages se poursuivit, chaque tirage augmentant l’anxiété d’Odd ! Dire qu’il avait fallu que ce soit aujourd’hui que la malchance le frappa ! Passer en dernier !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Bon le point positif, c’est que le sort avait favorisé son équipe. Mis à part lui, ils avaient tous pu choisir avant l’équipe adverse.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Enfin ! Enfin ! C’était à son tour de choisir. Il ne restait plus le top tier des personnages, mais il lui faudrait faire avec. Odd choisit machinalement le dernier DPS un tant soit peu valable qui restait.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il restait encore quelques minutes avant le début. Le temps pour Odd de se concerter avec ses camarades sur ce qu’ils avaient compris de leurs adversaires, et les choix tactiques en découlant.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Alors c’est la forêt  ? Commença Sternich.
— Yep, pas mal de couvert de faible envergures, donc il va falloir rester très mobile. Passer d’arbres en arbres, développa Imui. Du coup, il faut que toi et Santa nous couvriez pendant nos déplacements. Attirez leurs tirs. Pendant ce temps, RV vous couvrira. C’est compris ?
— Donc, reprit RV, on fait une manœuvre en trois temps. Sternich et Santa sortent pour les attirer. Imui, toi tu les couvres, et pendant ce temps, Strange et moi on trouve des emplacements favorables. Ensuite, étape 2, nous couvrons le repositionnement des tanks. Enfin, étape trois, tout le monde s’étant repositionné, Imui a une ouverture favorable pour bouger à son tour et déstabiliser les gars d’en face.
— Tu as tout compris petit ! Réagit Odd.»

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Ces considérations tactiques l’agaçaient. À quoi bon ? Ils étaient tous expérimentés. Ils savaient tous ce qu’ils avaient à faire.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png BOUM !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Un boulet de canon avait jailli dans le ciel.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Aussitôt, chacun se prépara. Le transporteur allait arriver et les emmener sur les lieux du combat.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd sentit le monde tournoyer autour de lui. Dans le même temps, le transporteur s’empara de toute l’équipe et l’enferma dans le noir.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png D’un coup, ils réapparurent sous le ciel orangé de la Forêt, à plusieurs mètres du sol. Odd se laissa tomber et se réceptionna souplement malgré la nausée qui l’avait pris. Il n’avait jamais pris l’habitude du transporteur… Ce dernier l’avait transporté d’un bout à l’autre de Lyokô des milliers de fois, mais ce sentiment de nausée restait. Étrangement, il semblait être le seul affecté. Il n’avait en tout cas entendu personne d’autre que lui s’en plaindre.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il regarda le terrain autour de lui. L’atmosphère était moite et angoissante. Crépusculaire. Les arbres étaient couverts de moisissure. Tout donnait l’impression qu’ils étaient comme dans un sous-bois.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Super ! Lâcha d’un ton déprimé Imui. C’est un sous-terrain de la première saison.
— Tsss, compléta Sternich. Je déteste l’ambiance de la première saison. Heureusement qu’ils ont corrigé le tir après.
— De toutes façons, c’est ici que tout va se jouer, conclut RV. Alors, oui, la Montagne saison 1 nous en aurait mis plein les mirettes. Mais on n’est pas là pour ressasser les souvenirs de séquences mythiques. On a une attaque à contrer, je vous rappelle.
— Elle se passe comment d’ailleurs l’attaque ? Demanda Odd.
— Pas net pour le moment, répondit RV. Donc on a un peu plus de temps devant nous, ce qui est positif. Mais à partir du moment où l’attaque sera identifiée…
— On sait, lâchèrent les quatre autres en chœur.
— Bon, reprit Imui. En position tout le monde.»

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Dans le ciel, la voix de Chrisbaal retentit.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « ETTTTTTTTTTTTTTTT ! On y est ! Les révélations de cette soirée ! Ils débarquent de leurs provinces, mais ils vont vous emmener au plus haut des étoiles du classement !
« Les Chemins contre les Arkange !!!!!!!!!!!!»

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png La voix du caster était parti dans les aigus. C’est dire s’il était enthousiaste. Il faut dire… Il avait déniché des perles sur le net pour cette soirée. Des participants peu connus, mais ô combien prometteurs ! Et puis derrière ce tournoi amateur qu’il organisait et finançait lui-même, il y avait en jeu des places pour les Réplikas ! La porte vers les translations !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd et le reste des Chemins se mirent rapidement en position. Malheureusement, aucun d’entre eux ne se souvenait de ce sous-terrain particulier. Il faut dire que la saison 1 était si lointaine… Du coup, ils allaient devoir avancer à l’aveuglette. Avec seulement quelques vagues indications sur les objectifs. Avec un peu de chance, il se trouverait des sponsors généreux pour leur filer des coup de pouces géographiques. Ou des indications sur le déroulé de l’attaque et le temps avant résolution.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd fit appel à sa monture et commença à filer en direction de l’objectif sur son overboard.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Eh, on sait ce qu’ils vont jouer comme combinaison en face ?
— Bah, tu les connais ? Ils vont tout axer autour de la protection du Bonbon Rose. Ce n’est pas pour rien qu’ils sont les Arkanges. Pour le reste… Il va d’abord falloir les trouver.»

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png De chaque côté du terrain, les équipes enthousiastes se ruaient vers la tour centrale, principal enjeu de la partie.

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https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Pendant ce temps, Chrisbaal recevait un visiteur des plus prestigieux. Il vit apparaître face à lui une énorme boule d’énergie. Suffisamment lumineuse pour illuminer toute l’arena.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Mesdames et Messieurs, je vous avais promis une surprise, n’est-ce pas ? Je vous présente le grand, le célèbre, le mythique: FRANZ HOOOOOPER ! OUI ! Le créateur en personne a accepté d’honorer de sa présence mon modeste tournoi.
— Mais, c’est un grand plaisir pour moi, répondit Franz Hopper. J’ai beaucoup apprécié votre proposition. Un tournoi en une manche, où les joueurs risquent tout. Oui, c’était très original. Et le risque vaut bien une récompense à la hauteur.
— Eh oui, ce n’est rien d’autre que l’accès à la scène professionnelle qui s’ouvre pour les vainqueurs d’aujourd’hui ! À eux la richesse et la gloire ! Et s’ils perdent…
— Eh bien, leurs avatars seront détruits à jamais, et ils ne pourront plus jamais se reconnecter. Ce sera le game over ultime :  une défaite mortelle.
— Tout à fait, repris Franz Hopper. Mais voyons plutôt comment cela se passe sur le terrain. Histoire de rendre le jeu moins rapide, quoique tout aussi intense, nous avons choisi de les faire partir plus loin de l’objectif qu’à l’accoutumée. En fait, ils n’ont sans doute pas reconnu le sous-terrain car ils ont commencé hors des limites habituelles.
— Oui, mais cela nous donne du temps pour observer leur déploiement et leurs choix de personnages. Étrangement les Arkanges ont fait le choix de n’avoir aucun DPS. Vous avez été nombreux à le remarquer et à vous demander ce qui leur passait par la tête. Un avis Franz ?
— Eh bien, je suis perplexe comme vous. Parier sur la survie de leur healer me semble délicat. Bonbon Rose n’ayant pas fait le choix d’un personnage auto-curatif, elle est très vulnérable face aux puissants damage dealer du Chemin.
— Ah, mais il y a aussi les capacités cachées.
— Humm, humm, ils ont peut-être découvert certains des petits trucs disséminés dans les arbres de compétences.
— Il y a aussi la question du TP.
— Tout à fait, Chrisbaal. Même moi, je ne maîtrise pas l’attribution du Talent Personnel des joueurs. Pas plus que je ne maîtrise l’arbre de compétence de ce talent. Donc, ils ont la possibilité de nous surprendre. D’autant que deux membres des Arkanges n’ont jamais révélés leurs TP.
— Ah, mais attendez, ça y est, ils vont se rencontrer.»


https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Dans l’arène, Odd venait d’apercevoir du mouvement en face de lui. Selon toute probabilité, c’était Jimini. Il n’y avait que lui pour foncer tout droit sans se préoccuper du reste de son équipe.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd sauta de sa planche, se réceptionna sur un arbre, puis passa de branche en branche pendant que sa planche continuait à filer droit. Bientôt, il vit Jimini sortir à découvert, attiré par le bruit du véhicule. Il n’avait pas encore vu que ce dernier était vide, alors il se mit à sa poursuite.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « GÉRONIMOOOO !»

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd avait sauté du haut des arbres. Droit sur l’adversaire. Il envoya bordée après bordée de flèches laser. Face à un tel bombardement, Jimini ne put éviter de perdre des points de vie à la pelle. Heureusement pour lui, un monstre passait par là. Alors il utilisa l’une de ses capacités pour échanger sa place avec lui. Odd se retrouva donc à gâcher des munitions sur un ridicule petit monstre. Jimini ayant de la suite dans les idées, il utilisa confiscation pour récupérer la planche d’Odd qui avait buté contre un arbre et s’éloigna dard-dard.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Merde, il m’a eu là. C’est lui qui m’a piégé et nous a repéré.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd transmit l’information au reste de l’équipe.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « À votre avis, ils vont faire quoi ? Nous chasser, nous éviter ou nous piéger ?
— Leur méthode reste la protection de Bonbon Rose. Ils vont nous contourner et viser la tour à mon avis, répondit Imui.
— OK, du coup on fait quoi nous ? On continue vers la tour et on attend qu’ils se manifestent là ? Proposa Sternich.
— Négatif. On peut être plus vicieux que cela. Je propose qu’on se sépare.
— Tu pense à quoi Santa ?
— Simple, maintenant, je reconnais le terrain. Strange va continuer vers la tour. Il y a un étang dans le coin. Il va s’y cacher. Nous autres, on va contourner la tour. Les Arkanges arrivent du nord. Ils vont tourner pour essayer de prendre la tour et nous de flanc. Alors on va faire la même chose. Le but, c’est de se retrouver à attaquer la tour depuis le nord pour les surprendre. OK ? Pendant ce temps, Strange est notre carte piège. Les monstres ne vont rien tenter tant qu’il est sous l’eau. Il va attendre l’attaque des Arkanges, et les surprendre en plein milieu, si nécessaire ?
— Et si on tombe sur eux durant le contournement…
— Même à quatre on a l’avantage en termes de dégâts. On fera retraite en biais par rapport à la tour, afin que Strange puisse servir de support.
— d’accord.
— Ça roule.
— Pas mieux à proposer.
— T’y crois pas !»

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Sur ce, chacun se mit en chemin vers sa destination.


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https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Alors, Chrisbaal, votre avis sur cette première rencontre.
— Eh bien, Franz, je pense que les Arkanges ont joué gros, mais ils ont gagné leur pari. Jimini va se faire soigner, donc en somme c’est comme s’il n’avait reçu aucun dégât. En revanche, il a pris une monture à l’équipe adverse, et repéré leurs intentions.
— Je suis d’accord. Et que pensez-vous du plan de Santa ?
— Il montre que cette équipe n’en est pas vraiment une. Contrairement aux Arkanges, ils n’ont pas l’habitude de jouer ensemble, et n’ont pas de chef ou de vétéran. Ils ont donc perdu du temps à composer un plan.
— Juste, ce sont des minutes qui pourraient leur coûter très cher, alors qu’ils sont déjà en mauvaise passe. Leur individualisme leur ferait oublier que c’est un jeu d’équipe ?
— Cette décision de détacher Strange du reste est étrange. Et beaucoup trop dangereuse. Sans monture, il est à la merci de tout les monstres ou de l’équipe adverse, commenta Chrisbaal.
— Je sus d’accord. En même temps, c’est le plus individualiste et inconsistant de tous. Je me demande si Santa n’a pas privilégié la cohérence de l’équipe et du plan en se séparant d’un élément instable.
— Ce n’est pas ainsi qu’ils peuvent espérer réussir chez les pros, compléta Chrisbaal.
— Well, tout n’est pas joué. D’ailleurs, voyez, une nouvelle phase de jeu va s’ouvrir.»


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https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Sternich et Santa avançaient rapidement et sans guère se préoccuper des couverts. L’important, c’était la vitesse et la surprise. Pour l’instant, ils étaient menés et en mauvaise posture. Le seul point positif, c’était qu’aucun monstre de Xana n’était apparu. Il fallait prier pour que les Arkanges s’en soient pris sur le chemin.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Enfin, autant faire bon cœur contre mauvaise fortune. Au moins, ils savaient ce que Jimini avait choisi de jouer. Un personnage support. Spécialiste du placement. C’était un choix étrange. Cela inquiétait et réjouissait Santa. Du bon côté, la puissance de feu des gars d’en face était sans doute ridicule. De l’autre, cela voulait dire qu’ils avaient sans doute un ou deux atouts cachés dans la manche.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Bref, l’important c’était de progresser, de les prendre par surprise et de virer le Bonbon Rose du paygase. Sans elle, ils étaient finis.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Soudain, Sternich s’arrêta.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Qu’est-ce tu fous ? Demanda Santa. T’es à découvert !
— J’ai entendu du bruit, une sorte de bourdonnement.»

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il regardait autour de lui l’air inquiet.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Des projectiles fendirent l’air et s’abattirent tout autour de Sternich.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Celui-ci en encaissa un ou deux avant de réussir à sortir ces sabres. Il commença à parer. Ses lames étaient si rapides que Santa n’arrivait pas à suivre les mouvements. D’un autre côté, il s’était aussitôt mis à couvert. Il cherchait du regard l’ennemi. Au vu du bruit, c’était sûrement un escadron de Frelions. C’était bien leur veine ça ! Ni lui, ni Sternich n’était adapté à la lutte contre un ennemi volant. Il fallait attendre l’arrivée d’Imui et de RV. Mais ces derniers devaient d’abord se rabattre vers l’ouest. Ils avaient progressé en longeant la frontière est de la carte.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Le bourdonnement s’amplifia d’un coup. Santa se jeta à terre et fit un roulé-boulé en direction de l’arbre le plus proche. Bien lui en avait pris, car un cratère fumant se tenait désormais à la place de l’arbre qui lui avait servi de couvert.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Qu’est-ce que c’est que cette diablerie ? Aucun monstre de Xana ne peut causer un truc pareil !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png À nouveau, son corps agit par instinct avant que son esprit ne réagisse. Il était maintenant à découvert dans le dos de Sternich qui tenait tant bien que mal sa position. Un deuxième cratère ornait le terrain.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Bordel ! Tu fous quoi ? hurla le samouraï
— Et toi ? Pourquoi t’es pas à couvert ?
— Ils m’en empêchent. Si j’essaie de bouger, je casse le rythme des parades et me prend toute la sauce.»
https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Santa se redressa. À deux ils allaient peut-être pouvoir… Du coin de l’œil, il vit des silhouettes…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Imui et RV !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Une série d’explosion se firent entendre, et d’un coup, le barrage de tir qui occupait Sternich disparu.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Heureusement que vous êtes arrivés.
— On a fait aussi vite que possible, répondit Imui. En revanche, on a pas vu ce qui vous attaquait. On a tiré pour les éloigner, et cela a marché. Cela ne ressemble pas aux monstres de Xana.
— Mouais. En attendant on reste groupé, décida RV.»


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https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Pendant ce temps, Odd progressait vers la tour. N’ayant plus son véhicule, il se montrait prudent. Il passait de fourré en fourré, lentement, précautionneusement.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il se rapprochait de la tour, lorsqu’il entendit un bruit caractéristique. Une patrouille de Krabe ! Vite, il escalada un arbre. Il savait que ces monstres n’étaient pas bons pour détecter les cibles en l’air. En revanche, dans les fourrées, il se serait fait prendre tout de suite.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Comme il avait pris de la hauteur, il put observer attentivement le terrain. Il entraperçut au loin la silhouette blanche de la tour. Il décida de sauter de branche en branche afin de se rapprocher. Rapidement, il eut une vue dégagée sur la clairière. Sur sa droite, il y avait un camp de mercenaire. Il voyait aussi très bien la fameuse mare où il était censé aller se cacher. Il hésitait franchement à obéir. Ce plan n’était tout simplement pas à sa hauteur ! Lui ! La merveille violette ! La bête des bêtes ! Le Divin Sniper ! Se cacher ! Non, il pouvait, de là où il était, attirer les monstres à lui, puis les réduire un à un. Ensuite, il ne lui resterait plus qu’à garder la tour contre les Arkanges. Si ceux-ci n’étaient pas tués par le reste de l’équipe.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png C’est à ce moment que le tchat interne de l’équipe l’informa des récents développements sur l’aile droite. Il grommela.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png BANG !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png La branche sur laquelle il était s’effondra, et lui avait perdu quarante point de vie !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il réussit in extremis à se rattraper avec ses griffes. À cette hauteur, une mauvaise chute lui aurait fait perdre un paquet de point de vie !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Néanmoins, il était isolé, à découvert, et ne savait pas d’où était venu le tir. Ni qui avait tiré.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd se propulsa vers un autre arbre. Plutôt que de se rapprocher de la tour, il l’éloigna, décrivant une grande arabesque autour du camp de mercenaire. Une série de tir le força à rester en mouvement.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il vit aussi voler des têtes de pingouin explosives. De la fumée s’éleva tout autour de lui, lui déniant toute visibilité. Il ne devait qu’à la chance de ne pas perdre plus de point de vie. Ce genre d’assaut, c’était la marque de fabrique de CMACGM. Au moins pour les pingouins.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd tenta quelques tirs au hasard, mais il doutait d’avoir atteint quoi que ce soit.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Par chance, il vit filer vers lui deux boules roses. Il se baissa pour les esquiver et répliqua à l’attaque de Séraphine. Seule contre deux ou trois, il allait vraiment avoir du mal. Il décida de détaler. Il pouvait utiliser le camp de mercenaire comme couvert.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd détala à toutes pattes. Courir à quatre pattes était plus lent et moins pratique, moins facile même, qu’avec ses jambes, mais ainsi, il était bien plus dur à viser.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Néanmoins, un tir l’atteignit à la queue… Fichu appendice. Toujours dressée au mauvais moment.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il se réfugia derrière le camp. Il se savait poursuivi par Séraphine sur sa gauche.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png D’un coup, une tête de pingouin jaillit du ciel. CMACGM l’avait lancé par-dessus le camp.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd courut vers la droite. D’autres têtes de pingouin tombaient autour de lui. Il s’écrasa contre la barricade qui encerclait le camp.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Ce dernier avait une forme circulaire. Au nord se trouvait la tour. L’entrée du camp elle, était au sud. Lui avait fait le tour depuis le nord, par l’ouest. Il était poursuivi par Séraphine.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Sa seule option, c’était de continuer à faire le tour, jusqu’à pouvoir charger CMACGM. Il n’avait aucun moyen de se protéger au corps à corps. Enfin, s’il agissait comme d’habitude.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd se remit donc à courir. Toujours à quatre pattes.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Cela lui sauva la vie lorsqu’il heurta Jimini. Il put le faire tomber par terre et utilisa ses griffes pour lui infliger quelques dégâts.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Toujours est-il qu’il était coincé. Désespéré, il se précipita dans le camp de mercenaire, suivi par Séraphine et Jimini.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il prit à peine le temps de regarder quels monstres s’y trouvaient. Il sauta sur une patte de Krabe et de là sur la tête du monstre. Contrairement à ses attentes, CMACGM n’était pas au loin et à couvert. En fait, il avait suivi Jimini de près !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Dans sa panique, il avait parié et plus ou moins gagné. Ses adversaires avaient attiré l’aggro du boss qui se concentrait sur eux.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd avisa Séraphine qui volait en rase motte et tentait d’éviter les tirs du boss. C’était une occasion ! Odd sauta sur son dos, et sortant ses griffes, il lui arracha les ailes. Séraphine s’écrasa à terre. Mais Odd lui avait à nouveau bondi dans les airs. Il retomba sur la tête d’un blok.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il jugea bon de ne pas s’attarder, et usa de sa plate-forme improvisée pour sortir du camp.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Dans sa tête un plan avait germé.


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https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png En entendant le rapport quelque peu haché de Strange, RV s’était demandé à quoi jouait les Arkanges. En tout cas, il pouvait supposer qu’il avait en face de lui Bonbon Rose et EinGateStein.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Cela étant, vu le rythme auquel leurs couverts se faisait abattre, cela lui faisait une belle jambe… Quatre contre deux, et ils n’arrivaient pas à localiser l’adversaire ! À côté de lui, Sternich commençait à faiblir.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Imui, il faut qu’on sache où ils sont. Santa, fais-lui la courte échelle afin qu’il puisse escalader un arbre.»

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Aussitôt dit, aussitôt fait.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png BANG !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Imui fut percuté par un des mystérieux ennemis. Il retomba par terre, avant qu’un ennemi ne transforme le lieu en cratère fumant.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Dans le ciel, son portrait s’afficha brièvement avant de partir en cendre.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png L’équipe Chemin était maintenant réduite à quatre individus virtualisés.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Mais maintenant, RV avait pu apercevoir l’ennemi.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il s’agissait de petits robots. Basiquement un tronc avec deux hélices en haut. Des armes étaient stockés dans le tronc et pouvait être rangés à volonté. En dessous du tronc, une camera.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Des drones  ! Damn, ce doit être un de leur TP. Tu parles d’un truc cheaté !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Ah Ah Ah ! Vous avez fini par comprendre ce qui vous attaquait. Enfin, il vous aura fallu la mort d’un équipier. Quel dommage… le chemin s’arrête ici pour vous.»

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png RV se tourna sur la gauche. EinGateStein venait d’apparaître. Comme toujours, il portait des vêtements simples. Un pantalon marron et un pull bleu. C’était un petit blond à lunette des plus ordinaires. Ce type était étrange. Il y avait tant d’options de customisations et il choisissait… ça ! Il y avait même une rumeur comme quoi c’était l’apparence réelle de cet idiot profond.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Soudain, quatre drones firent leur apparition. Trois commencèrent à tire, pendant que le dernier chargeait RV.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Ce dernier se précipita sur le côté. Il tenta d’atteindre l’un des robots avec un fouet. Mais il vit avec horreur son arme se faire déchiqueter par les hélices de l’un des drones.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Pendant ce temps, Santa avait activé son pouvoir de charge afin d’attendre EinGateStein. Il avait acquis une vitesse phénoménale et renversa deux des drones qui tiraient sur RV. Se faire heurter de plein fouet par sa charge était mortel. Rien dans Lyokô ne pouvait résister à cela.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Mais au dernier moment, Santa trébucha et tomba dans un trou soudainement apparu.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Bon, ça, c’est fait, commenta EinGateStein. Merci Bonbon Rose.»

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Une silhouette sortie du couvert derrière EinGateStein. Elle aussi portait des vêtements des plus ordinaires. Une courte robe mauve, un tailleur rose et mauve, et par en dessous un T-shirt blanc. Elle avait le pouvoir rare d’altérer le terrain, pendant de court laps de temps. Elle s’en était servi pour faire un croc-en-jambe à Santa et le faire tomber dans une fosse de sa création. Maintenant, il ne restait plus aux drones d’EinGateStein qu’à mitrailler le pauvre tank pris au piège.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Ce qu’ils firent. Jusqu’à ce que dévirtualisation s’ensuive.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Pendant ce temps, Sternich luttait vaillamment. Ses lames lui permettaient de parer tant les pales des drones que leurs balles. C’était un ballet exotique autant que mortel qu’il dansait avec ses adversaires robotiques. Il se déplaçait sans cesse, tentant de se rapprocher d’ EinGateStein. À un moment, il faillit l’avoir à portée de sabre. Mais son adversaire se déroba et fit intervenir un nouveau drone.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png RV lui, tentait d’avoir la peau de Bonbon Rose. C’était la seule Arkange à pouvoir s’emparer de la tour. S’il la choppait, alors le match serait au pire un nul. Mais elle ne cessait de tourbillonner autour de la clairière. Elle passait de fourrée en drone, tout en maintenant RV à distance. Lui essayait tant bien que mal de l’avoir dans sa ligne de mire. Alors il la pourchassait. Agile comme une chatte, elle ne cessait de lui échapper. Depuis le temps qu’elle arpentait Lyokô, elle avait l’habitude d’être prise pour cible. Elle savait parfaitement que faire. Tirant la langue, elle le provoqua et le força à se déplacer sans cesse, jusqu’à ce qu’il perde trace de la situation d’ensemble.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Trop concentrée sur sa proie, RV fini par avoir Sternich dans sa ligne de mire, puis par le heurter. Ce fut ce moment que EinGateStein choisit pour faire détonner le drone qui se trouvait au corps-à-corps du samouraï.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Un cratère fumant s’éleva.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il ne restait plus qu’un Chemin encore dans la partie.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png EinGateStein et Bonbon Rose commencèrent alors à courir en direction de la tour.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Le temps leur manquait. L’attaque allait réussir.


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https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Les deux Arkanges se précipitaient en direction de la tour lorsque le ciel s’illumina.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Trois portraits.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Jimini.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png CMACGM.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Séraphine.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Autant de cendres.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Qu’est-ce que ?»

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png EinGateStein avait du mal à le croire. Strange n’était pas mauvais… mais à un contre trois… Et puis ces trois-là étaient des kongres, bien mieux classé que ce pauvre Mégatank.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il fit signe à Bonbon Rose. Ils ralentirent. Ils devaient être prudents.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png La tour était proche.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Étrange. Les monstres sont toujours là.
— Strange n’a pas les moyens de les dégager tout seul, commenta Bonbon Rose. Donc, il attend que nous fassions le sale boulot et ensuite il va nous prendre de vitesse. Ou nous attaquer par-derrière.
— Bien vu. Donc, il faut qu’on le…
— GÉRONIMOOOOOOOOOOOOO !»

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Le cri de guerre avait retenti !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Strange, perché sur sa planche, avait jailli de derrière la tour. Il attaquait les monstres qui montaient la garde. Ceux-ci, effrayés se dispersaient dans tous les sens sans contre-attaquer.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png D’un regard EinGateStein et Bonbon Rose se comprirent. C’était leur chance.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Elle s’élança en direction de la tour, et lui envoya ses quatre derniers drones sur Strange.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Ce dernier virevoltait dans tous les sens, enchaînant tonneaux et vrilles. Ses tirs partaient dans toutes les directions.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Bref, il était inefficace. Pour ainsi dire… inoffensif.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png EinGateStein envoya tous ses drones a sa poursuite.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Ils furent cueillis par un barrage d’artillerie.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Un monstre avait jailli de derrière la tour.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Une tarentule.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Elle s’était mise en position et avait commencé à tirer sans répit.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Bonbon Rose arrêta de courir et revint se mettre à couvert. Elle ne pouvait prendre de front pareil monstre. En revanche, EinGateStein en avait les moyens avec ses drones.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il activa leurs armes à distances et commença à mitrailler.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png À sa grande surprise, les tirs rebondirent.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Quoi ? Elle a un bouclier !»

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Profitant de cet avantage considérable, la tarentule, protégée par un champ de force, prit son temps pour viser les drones. Ces derniers avaient dû se stabiliser pour tirer. Deux explosèrent en mille morceaux, détruit par le monstre.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Strange stabilisa à ce moment sa trajectoire, et, passant entre les deux drones restant, les élimina chacun d’une fléchette.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd inclina sa planche vers le sol, puis sauta et se rétablit par terre.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png EinGateStein esquiva de justesse la monture devenue projectile. Mais avant qu’il ne puisse se ressaisir, une bordée de flèches lasers le dévirtualisa.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Eh bien, pépé, entonna Odd, il ne reste plus que toi et moi. Oh, et ma chère tarentula. Tes équipiers ont gentiment tué son escorte et amoché Tarentula avant qu’elle ne les tue… j’ai fini le boulot et récupéré cette gentille boss de fin de partie… Avec elle j’ai pu nettoyer les abords de la tour. Et j’ai installé son escorte autour, pour vous faire croire que les gardiens étaient encore là…»

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Tout en prononçant ce monologue explicatif, Odd arpentait le champ de bataille à la recherche de Bonbon Rose.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Bientôt, il la trouva.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Elle n’avait jamais su se cacher.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Et elle ne pouvait échapper à la multitude de tirs adverses.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Son corps s’évapora en cendres numériques.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Odd se tourna alors vers la tour et entreprit son ascension.


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https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Les Arkanges déchus n’avaient en fait pas été dévirtualisés à proprement parlé. Ils avaient juste été renvoyés dans l’Arena. De là ils avaient pu observer la fin du match.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Ils virent le Chemin vainqueur stopper l’attaque et s’emparer de son prix.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png À ce moment, une silhouette noire se matérialisa devant eux.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png William !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Le symbole de Xana gravé sur son front.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il leva sa flamberge :

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png « Que les témoins prennent acte ! Car voici le destin de ceux qui ont cru usurper l’accès au Replika ! Qu’ils soient renvoyés au néant dont ils sont porteurs !»


https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Ainsi débuta la carrière professionnel d’Odd sur la scène de Lyokô.


FIN

Spoiler
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2020  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mer 02 Déc 2020 20:25   Sujet: Néantifère
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Comme à l’ordinaire, il avait fait fort.

Très fort.

Une attaque vicieuse s’il en était. Enfin, il avait déjà fait ce coup-là pour être précis. Mais une fois n’est pas coutume, il avait appris de son passif. C’était… surprenant. D’habitude, il faisait plutôt preuve d’une obstination sans égal, suivi de brusques et complets changements opératiques.

De fait, cela présentait un avantage net en terme stratégique. Ses ennemis avaient renoncé à essayer de l’anticiper. Ils avaient aussi renoncé à le comprendre.

En somme il avait toujours et à jamais l’avantage de la surprise et de la mobilité.

C’était là chose étonnante pour quelqu’un qui sur Lyokô se caractérisait plutôt par sa lourdeur, par sa lenteur tellurique.

Xana les dominait stratégiquement et opératiquement. Mais il n’avait jamais réussi à transformer ces dominations en réels succès tactiques : ses monstres étaient pires que le dernier des frontoviki.

C’était ainsi que Jérémie avait toujours compris la situation et avait plus ou moins fini par s’y résigner. Il savait qu’il n’avait pas les moyens de mener une guerre contre Xana, grande ou petite.

Ni batailles rangées, ni embuscades.

Non, le destin se jouait à un niveau plus élevé. Mais aussi plus long. Le combat contre Xana était une lutte de très long terme, dans laquelle la stratégie des Lyokôguerriers n’était autre que de gagner du temps. Gagner du temps, encore et encore, jusqu’à ce que lui, Jérémie trouvât un antivirus. Une arme bactériologique définitive en somme.

C’était sa responsabilité. Il avait relâché le monstre et ne saurait trouver le repos avant de l’avoir renvoyé dans le néant d’où il n’aurait jamais dû sortir.

Lutter contre Xana, c’était comme lutter contre une colonie de fourmis. Les éliminer une à une n’avait pas de sens ni de fin. Mettre un coup de pied dans la fourmilière non plus.

En revanche, tout gazer d’un seul coup était possible. Non seulement possible, mais souhaitable.

C’était l’option stratégique. La seule possible. Celle qui jour et nuit mobilisait Jérémie.

Chaque heure éveillée voyait son esprit se tendre vers cet objectif, se contorsionner en calcul divers et variés. Chaque heure de sommeil n’était que ratiocination des idées et développements issus des calculs de la veille. Qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il vente, il réfléchissait. De la salle de classe à la cour de récré, de l’usine au cimetière il cogitait.

Chaque once de nourriture qu’il absorbait était consumé dans ce constant effort de guerre cérébral. Chaque excrément n’était que le soulagement évitant à son corps de se signaler à son esprit.

De sentiments, il n’en avait cure. Sauf s’ils renforçaient la haine, fanatique et froide qui motivait sa dialectique spirituelle de destruction de Xana.

Après peut-être il pourrait se reposer. Définitivement. Voilà. C’était logique après tout. On ne pouvait pas tirer indéfiniment sur la corde. Un jour, on arrivait au bout. Le fil alloué par les Parques égrenait ses dernières cendres et la flamme qu’il avait supportée, cessait.


Jour après jour, Jérémie travaillait. Il mettait à contribution son corps autant que son esprit. Il le sentait changer, s’informer sous sa volonté. Au début, il lui avait été difficile de se conformer à ses exigences. Mais, cela lui été venu. Petit-à-petit, son corps avait ployé face à la nécessité. Un nouveau Jérémie avait émergé. Pauvre Hervé. Il pensait qu’il y avait une compétition entre eux… s’il avait su… Jérémie mettait dans ses résultats scolaire autant d’effort qu’il en mettait dans la respiration ordinaire. Tout cela n’était pour lui que la façade nécessaire: il achetait du temps pour poursuivre son incessante réflexion.


Ce que ses amis n’avaient jamais compris, c’est que, tout comme Aelita, ils n’étaient que des pions sur l’échiquier dantesque de sa lutte contre Xana. Ses pions les plus précieux. Dans le sens où les remplacer, trouver quelqu’un puis le former pour qu’il atteigne un niveau suffisant, serait une tâche longue et délicate. Trop longue pour qu’il puisse les traiter comme de vulgaires frontoviki. Xana à tout le moins n’avait pas à se poser se genre de questions. Ses monstres étaient autant de rouages dans la mécanique. Parfaitement remplaçable et destructibles. L’un tombait ? Le suivant reprenait son arme et continuait à avancer vers les lignes adverses.

Jérémie, lui, avait des soldats autrement plus précieux. Efficaces, il est vrai. Chacun de ses pions était infiniment plus valeureux. Après tout il les avait vu mettre en déroute des armées entières de monstres de Xana.

Valeureux, oui. Mais fragile. Ou plutôt vulnérables. Tant de choses pouvaient les affecter, altérer leur jugement et leur puissance. Tantôt c’était des soucis scolaires, tantôt des soucis avec leurs proches. C’étaient là d’agaçants impondérables pour Jérémie. Une solution eût été de les virtualiser à jamais. Mais le « cas Aelita » avait bien montré à quel point cette solution n’en était pas une. D’où, d’ailleurs, le temps perdu à lui composer une fausse identité et affermir sa persona au collège.

Bon, il restait vrai qu’elle était parfois un peu utile dans ses recherches. Quoique pas vraiment d’une manière attendue. Elle n’avait pas besoin de s’en douter cependant.

La lutte continuait. Exigeante. Exténuante. Accaparant chaque seconde de sa vie. Que les autres ne se rendent pas à cet effort ne cessait de le sidérer. Ne comprenaient-ils pas la nécessité ? Qu’importe  ! Pour eux il fallait continuer. Pour eux, pour leur libération. Peut-être que ce peu d’innocence qu’il leur restait en valait le coup ?

En attendant, il y avait encore tant à faire.

Alors Jérémie continuait. Staline n’avait pas abattu l’Allemagne nazie en un jour après tout.

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Au plus sombre de la nuit, une silhouette sortit de sa chambre et foula d’un pied discret le seuil du couloir de l’internat. Elle fendit les ténèbres jusqu’aux escaliers, et descendit un étage. Continuant à faire preuve de discrétion, la silhouette se rendit jusqu’à une porte. Sous le seuil, un regard acéré et avertit pouvait entrapercevoir une lueur bleutée. D’aucun y verraient juste la clarté de la lune, mais la silhouette savait ce qu’il en était. C’était la lumière bleue d’un écran d’ordinateur.

Aelita sentit une vague de mécontentement la parcourir. Jérémie devrait dormir à cette heure ! Pourtant, si elle était descendue pour le voir, si elle avait bravé les règles de l’internat, c’était bien en sachant que son ami ne dormirait pas encore, bien au contraire. Sinon, elle n’aura pas voulu le déranger dans son sommeil. Elle le connaissait. Il ne dirait rien, lui sourirait, et sortirait du sommeil pour elle, gardant le poids de la fatigue pour d’autres nuits.

Souvent Aelita se demandait quand Jérémie dormait… et même parfois, s’il dormait.

Elle ouvrit la porte sans toquer. C’était inutile à cette heure.

Jérémie ne sursauta ni ne se retourna. La porte n’ayant pas été claquée, et aucun beuglement n’ayant retenti, il devait savoir qu’il s’agissait d’Aelita, et non de Jim ou de Monsieur Delmas. Le cliquettement des touches de clavier n’avait donc pas ralenti d’un iota.

Aelita se rapprocha de lui et le prit dans ses bras.

« Jérémie, tu devrais dormir tu sais, glissa-t-elle d’un ton taquin alors que son visage venait se caler dans le creux du cou de son amant.  »

Un marmonnement lui répondit. Il était semble-t-il question de matrices et de dérivées, ainsi que d’attrition. Ses doigts continuaient à parcourir le clavier, et sa symphonie de claquement formait un texte hypnotique sur l’écran.

Aelita attendit quelques instants encore, que ses mots viennent au cerveau encombré de Jérémie. Mais, ne voyant pas venir la réaction, elle cessa de regarder l’écran d’ordinateur pour remonter le regard vers le visage de son sauveur.

Du sang coulait le long de son nez.

Une rivière rouge coupait en deux ses lèvres, avant de cascader sur le pull bleu en tombant du menton. Au vu de la largeur des tâches et de leur couleur, cela faisait longtemps, quelques heures au moins que la rivière coulait rouge et marquait d’une boue couleur de rouille cet azur si emblématique de Jérémie.

Aelita soupira ; une larme coula à la commissure de l’œil.

« Allons, Jérémie, tu ne devrais pas te laisser en arriver là ».

Saisissant les mains de son ami, elle les retira de son clavier. Elle sauvegarda les activités en cours, puis éteignit l’écran d’ordinateur.

Enfin, se calant entre Jérémie et la machine, elle entreprit de lui ôter son pull et son T-shirt, tous deux pareillement souillés. Elle posa les lunettes du jeune homme sur son bureau avant de le soulever hors de sa chaise. Elle le porta autant qu’elle le traîna jusqu’à son lit. Cette nuit, il coucherait avec son plumard.

Saisissant deux mouchoirs, elle les roula en cylindre et les installa dans les narines de Jérémie, afin de limiter les dégâts potentiels.

L’ayant posé sur le lit, elle constata que les éclats de sang avaient touché le pantalon. Saisissant le pyjama — installé sous l’oreiller, comme toujours — elle prépara son amant pour la nuit qui l’attendait. Elle retira le pantalon et le boxer du jeune homme, puis le contorsionna pour qu’il puisse revêtir son bas puis son haut de pyjama.

Une fois cela fait, il ne restait plus qu’à le manipuler pour qu’il se retrouve sous la couette, tête couchée sur l’oreiller, le visage pointé vers le plafond. Elle savait qu’il préférait dormir sur le côté, mais c’était là une position trop compliqué à maintenir pour quelqu’un qui était encore en transe.

« Tu sais, ce n’est peut-être pas Xana qui va finir par te vaincre, mais toi. S’il te plaît, Jérémie, fais attention. Nous avons besoin de ton sourire, pas seulement de tes inventions.»

Aelita déposa un baiser sur le front de Jérémie. Deux gouttes d’eau salé glissèrent sur le visage du doux jeune homme.

« Dors, Jérémie, et rêve. Rêve d’un temps meilleur, avant Xana, avant tout »

Après l’avoir serré une dernière fois dans ses bras, Aelita se releva et s’en fut. Elle avait annoncé son message, et s’en retournait là-haut.

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Ainsi s’écoulait la vie de Jérémie. Sans qu’il le sût, à l’ombre de ses mouvements de pions, on veillait sur lui. Il avait invoqué un ange, et, aveugle, en jouissait.

Ainsi coulait la vie, d’attaque de Xana en transe nocturne apaisés par de doux baisers.

Ainsi se tarirait la guerre.

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« Une attaque. Territoire banquise.
— D’accord Einstein, répondit Ulrich au bout du fil. Tu sais à quoi elle ressemble sur terre  ?
— Pas encore. Ramène-toi. Et vite. Si on ne le sait jamais, c’est que ce n’était pas grave et que vous avez été assez bon.
— Compris ».

Jérémie coupa l’appel et se reconcentra sur Lyokô et la bataille imminente. Dans le même laps de temps, il réfléchissait à des optimisations du Skidbladnir. En réduisant le poids en mémoire du programme, il pourrait enfin fourbir les navskid des améliorations qu’il avait en tête depuis le début.
Il réfléchissait aussi à la question du virus anti-Xana, à l’amélioration du clone de William, à un programme libérateur de William, et deux ou trois autres idées du même acabit.

En somme, il était en sous-régime. La faute à ces attaques distrayantes… trouver la tour, trouver la forme terrestre de l’attaque, virtualiser les pions, les guider, surveiller leurs bêtises, entretenir leur moral en ayant du répondant sur leurs blagues… Tant de taches auxiliaires qui l’empêchaient de se concentrer pleinement.

Encore heureux qu’il eût suffisamment formé les autres pour qu’ils se débrouillent sans lui sur le champ de bataille. Enfin, à peu près sans lui… Vraiment, il allait falloir leur faire inculquer quelques notions sérieuses de tactique… Parce que bon… les acrobaties suicidaires, cela ne va qu’un temps.
Enfin, en attendant ils savaient à peu près faire, et il ne pouvait guère en attendre plus. Il fallait qu’il fasse avec les outils qu’il avait sous la main. Et cesser de rêver qu’il puisse en avoir qui soient à la hauteur. Il pouvait cependant encore espérer qu’il soit possible de les améliorer un peu  : une petite mise à niveau par-ci, un rabotage par là… À plus long terme, régler quelques détails comme ces histoires de cœurs qui les rendaient instables ou se révélaient une gêne. En particulier Odd et Aelita. Mais ça, c’était un plan déjà à l’œuvre. Il se trouvait juste être beaucoup plus long que prévu… Autant pour les vantardises d’Odd. On lui servait la cible sur un plateau d’argent, et lui ne le voyait pas… Pourtant, on parlait d’Aelita, quelqu’un d’autrement plus facile qu’Anaïs ou Christophe… Au moins, ils feraient bien la paire. Encore du travail en perspective pour Jérémie.

Si seulement, ils avaient pu être efficaces. Il aurait pu alors se concentrer sur l’utile, plutôt que de se perdre dans le superflu.

Ah ! Il venait de faire une erreur de frappe dans son code d’optimisation du Skidbladnir. Il s’était visiblement emmêlés avec la préparation du retour vers le passé. Rien de grave, mais qu’il était pénible de recommencer dix ou vingt commandes plus haut à chaque fois. Cela aussi il fallait qu’il l’améliore. Hopper n’avait visiblement pas eu le temps ou l’inspiration pour se créer de vrais outils moderne sur le supercalculateur… Et à son tour, Jérémie n’avait pas eu le temps d’y porter Bash.

Que de pertes de temps !

Du coin de l’œil il voyait les arabesques de ses pions sur la carte.

Ils avaient tous encore tout leur point de… Ah non, un point venait de clignoter et de disparaître en dessous d’un point rouge.

« Que s’est-il passé ?
— L’overbike s’est fait tacler par une patte de krabe. T’aurais vu se revers… répondit Odd.
— Ulrich est tombé et a roulé en dessous d’un autre krabe. Il essayait de se relever lorsque le Krab l’a dévirtualisé d’un coup de laser sortant de son ventre, poursuivit Yumi.
— D’accord. Et vous deux ?
— On tient le coup, Einstein ! Répliqua la voix survoltée d’Odd. La Princesse est presque à la tour… Au fait ? C’était quoi l’attaque ce coup-là ?
— Aucune idée. Je n’ai rien sur les réseaux sociaux, à la télé ou ailleurs… Mais ce n’est pas la première attaque à blanc. Xana nous joue sans doute un sale tour.
— Nous rendre malades d’ennui à force de refaire la même journée, comme la dernière fois ?
— Possible. Du coup, on va sans doute éviter le retour vers le passé. Je n’ai aucune envie de savoir quelles tours il a encore en réserve avec plus de puissance.
— Tour désactivée, intervint la voix douce et aimante d’Aelita.
— Bon, affaire close. On ne saura pas ce que voulait Xana… C’est sans doute mieux ainsi.

_________________


Jérémie s’éveillait lentement. Ses yeux peinaient à s’ouvrir. Il était dans cet état où son corps et son esprit ne s’accordaient pas sur la marche à suivre : dormir encore ou s’éveiller.

Une fois n’est pas coutume, il semblait que c’était son esprit qui voulait rester au pays des rêves et son corps qui voulait forcer l’ouverture de ses yeux et qu’au noir porteur du néant salvateur, succèdent d’aseptisées blancheurs.
Il s’éveilla dans son pire cauchemar.

Revenu dans ce couloir blanc, poursuivi par les tentacules noirs de la folie d’Hopper et de Xana.

Revenu à l’époque où il avait employé ce casque pour améliorer ses capacités cognitives.

Du blanc, encore du blanc… un Soulages inversé.

Non !

Là ! Un trait non-blanc. Une irrégularité. Une excroissance. Une plinthe… et une rampe pour aider les faibles à marcher… Un hôpital… il devait être dans un hôpital.

Frottant ses yeux embrumés, il tenta de se redresser pour mieux fixer cette chose qui fuyait à la lisière de son regard.

Il se répandit en une quinte de toux dantesque. Comme une multitude de trous semblèrent ornés son drap blancs, lui donnant l’air d’avoir été mangé de vers. Et Jérémie regardait, comme sourd «sa bure où je voyais des constellations ». Ses yeux s’embuèrent de larme, et la douleur le transperça comme un coup de poignard alors qu’un dernier amas de glaires rouges venaient s’écraser sur les draps, laissant Jérémie plié en deux, les yeux ramenés au niveau de la carte de géographie qu’il venait de projeter.
Sa première carte de géographie.

Mais à peine eut-il le temps de penser cela qu’une nouvelle quinte de toux le reprit.

Et au fur et à mesure que les anglais débarquaient sur son lit, Jérémie se prit à désirer ses tentacules noirs de folie, ceux qui portaient le néant.
Nul cri ne pouvait sortir de sa gorge secouée de spasmes, et alors que sa vie s’écoulait, était expulsée hors de lui, la douleur prenait sa place, et les regrets s’effaçaient devant la rage.

Car il savait ce qui lui arrivait.

Ses pions, ses outils ainsi que ses ordinateurs et ses machines. Aucun n’avait été à la hauteur des taches qu’il leur avait demandés. S’ils l’avaient été, alors, il n’aurait pas à nouveau eu recours à cet engin de malheur.

Encore une fois, ils l’avaient laissé tomber.

Et sa rage devint haine.

Un outil inefficace devait être reformé. Ou rejeté. Mais dans tous les cas, un chien qui avait mordu son maître devait être abattu. Tout comme un cheval à la jambe brisée.

Il allait devoir trouver de nouveaux outils.

Et vite, car Xana n’attendait pas.

Il commença à réfléchir à la manière de présenter la chose à Aelita. Car d’elle, il ne pouvait vraiment se passer. Et contrairement à un démon qu’il aurait invoqué, il ne pouvait pas vraiment la contraindre. Du moins pas directement.

Néanmoins, il savait que Christophe en pinçait pour elle. Peut-être qu’en œuvrant à leur rapprochement…

Le plus important, c’était de faire au plus vite. Afin qu’il puisse reprendre ses recherches et anéantir Xana.

Une nouvelle quinte de toux le saisit et le laissa pantelant et épuisé.

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Le temps passait.

Enfin, il le devait. Mais malade, le dos brisé par la toux, Jérémie ne savait plus suivre son écoulement. L’avait-on seulement nourri depuis qu’il était ici ?
À un moment, il se sentit assez en forme  ; il eût l’esprit assez clair pour appuyer sur la sonnette, et être encore conscient le temps qu’arrive une infirmière.

Le voyant réveillé, celle-ci procéda à un léger examen de son état de santé. Jérémie résista à grand peine à la tentation de lui aboyer d’accélérer et de le mener chez un responsable au plus vite. De toute façon son regard dur et sombre, et la morgue de son sourire ne poussèrent pas l’infirmière à s’attarder. D’ailleurs la condescendance avec laquelle il daigna répondre à ses salutations lui retira toute envie et de converser et de le revoir.

« Il est pourtant beau garçon, et avec une bonne bouille, pensa la jeune femme, mais avec un tel caractère, on comprend bien que personne ne soit venu le voir ».

Quelques agonies plus tard, Jérémie reçut la visite de celui qui ne pouvait qu’être le médecin en charge. Du moins si la clique d’étudiant qui l’entourait était un bon indicateur.

« Eh bien, ce n’est pas trop tôt  ! Lâcha Jérémie en le voyant entrer.
— Navré jeune homme, mais nous sommes quelque peu occupés avec toutes ces demandes aux urgences.
— Oui, enfin, allez-vous finir par cracher pourquoi je suis ici  ?
— J’aurais pensé que vos toux sanglantes justifiaient une présence dans un lit d’hôpital.
— Ah ? Mais ce sont des désagréments mineurs, non ?
— M. Belpois, je crains que ces désagréments passagers, comme vous dites, ne soient appelés à rester. Vous êtes la proie d’une forme particulièrement nocive de tuberculose. Nous vous avons déjà traité au BCG, mais la souche qui s’en prend à vous y a résisté. Il s’agit d’une souche non-repertoriée, et inconnue à ce jour, mais particulièrement violente. En outre, nous avons détecté, chez vous la présence d’une autre maladie. La syphilis. Là encore cette souche est inconnue. Elle… Pour le moment, notre traitement à la pénicilline n’a rien donné.
— Rien ?
— M. Belpois, je peux vous assurer que nous prenons votre cas très au sérieux, à dire vrai… vous êtes hors norme…
Le médecin avait eu l’air, tout la conversation durant, assez déstabilisé.
— Et eux, pourquoi sont-ils là ?
— Votre cas est… très particulier. Et en France, tuberculose et syphilis sont des maladies… eh bien, rares, si ce n’est éteinte.
— Eh bien, qu’ils fassent leur boulot, et vous le vôtre. Dans combien de temps je sors ?
— Vous n’y pensez pas ! Vous êtes contagieux. Quant au traitement… rien ne marche pour l’instant. Pour la tuberculose, nous avons un traitement expérimental, à base de pneumothorax. Pour la syphilis, nous allons renforcer les doses de pénicilline et voir l’évolution.

Jérémie réfléchit pendant un moment.

— Bon, pour combien de temps pensez-vous que je sois coincé ici  ?
— Je ne peux rien vous garantir, je suis désolé. Mais une chose est sûre. Vous devez être au repos absolu. Je ne sais ce qui vous préoccupe à ce point, mais cela devra attendre.

Une quinte de toux secoua Jérémie, expectorant son agrément.

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Jérémie se réveilla.

Il ne savait combien de temps avait passé depuis la visite de son soi-disant médecin. Il n’avait que des flashes, de vagues souvenirs. Il se souvenait de séries de quintes de toux. À un moment, il avait perdu le contrôle de sa vessie et de son rectum. Incapable d’atteindre la sonnette, il avait croupi dans ses déjections. Il avait dû s’endormir, car dans le souvenir suivant, il était à nouveau propre. Il avait aussi senti sa peau se déchirer. Ses mains s’étaient couverte de plaque rouges, et des lésions étaient apparus sur ses lèvres.

La fièvre ne le lâchait plus. Il transpirait sans cesse, et grelottait sous ses couvertures. Sa gorge s’était irrité sous les glaires sans cesse expulsées. Chaque toux, quelque petite qu’elle fût, lui arrachait des grognements de douleur. Chaque expectoration lui fendait le crâne juste au-dessus des yeux. Des flashes blancs et noirs se succédaient derrière ses yeux. Sa vision était déchirée, les images réduites en lambeaux, tronquée, floues et instables. Il était sûr d’avoir halluciné sous l’effet d’une forte poussée de température.
Jérémie s’était réveillé, l’esprit presque clair, sur un chariot ambulatoire. Il avait tenté de lever le torse, mais la douleur l’avait immédiatement remis à terre. Un infirmier avait perçu le mouvement.

— T’en fais pas, gamin, on est presque à la salle d’opération. Ils vont te soulager là-bas. Tu vas voir, tu seras en pleine forme après.

Jérémie en doutait. Il savait ce qu’il en était.

XANA.

XANA l’avait atteint. C’était ça les attaques sans symptômes. Xana avait trouvé des versions modifiées, par l’armée ou des services secrets, de virus particulièrement violents. Ou il les avait fait muter lui-même. En tout cas, il avait infecté Jérémie.

Il vit, du coin de l’œil, des portes s’ouvrir. La salle d’opération.
Une tête se pencha sur lui.

— Mon garçon, il va falloir que tu sois fort, d’accord ? On va te faire un pneumothorax, enfin, une phrénie pour être exact, afin de soulager ton poumon tuberculeux. On va provoquer l’affaissement et la mise au repos de ce poumon, en appuyant sur le nerf. Pour cela on va t’entailler. En altérant les mouvements du poumons, on va lui donner du temps pour cicatriser correctement. Mais...Pour ne rien te cacher, cela va faire mal. Très mal.

Le médecin saisit une longue aiguille creuse — le trocart — la glissa entre deux côtes, et l’enfonca dans la plèvre. Un aide ouvrit la valve d’une bouteille d’azote reliée au trocart, et lentement le médecin insuffla le gaz dans la plèvre. Gonflée, celle-ci comprima le poumon qui, ayant ainsi moins d’activité, risque de mieux se cicatriser. Dans le même temps il commença à tirer sur le nerf phrénique afin de mettre au repos le poumon.

Sonné, Jérémie n’avait su que répondre. Machinalement, il avait dû hocher la tête. En tout cas, le médecin sortit de son champ de vision et laissa la place à quatre aveuglantes lumières blanches.

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Jérémie avait hurlé.

Encore.

Encore.

Et encore.

Jérémie avait hurlé.

Il avait imploré.

Il avait crié merci.

Il avait demandé grâce.

Enfin, ils en avaient eu fini.

Il avait alors vu le médecin arriver, un fil à la main, un cathéter derrière lui, dessus, il crut lire un mot : pénicilline.

On relia le câble à son bras. Le liquide descendit vers lui. En lui.

Dans un abîme de souffrance.

Jérémie hurla.

Encore.

Et encore.

Et encore.

Jérémie hurla.

Il implora.

Il supplia.

Il demanda pardon.

Le liquide coula.

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Jérémie était réveillé.

Conscient.

En possession de ses moyens.

Une quinte de toux le déchira.

Presque en possession de ses moyens.

Putain de Xana ! Cet enculé lui avait refilé les pires merdes qui soient !
Tuberculose pour le plaquer contre un lit d’hôpital, le rendre incapable et empêcher d’approcher un clavier d’ordinateur. Incapable de se concentrer.
Syphilis, pour faire de lui une plaie purulente. Et surtout, pour le rendre complètement fou.

Jérémie savait.

Il savait qu’il allait mourir. Mais qu’avant cela, son cerveau allait sombrer.
Il allait mourir deux fois. Et il était sûr qu’il resterait une part lucide de lui, quelque part, tout au fond, une part qui assisterait impuissante à sa transformation en épave la bave aux lèvres.

Une quinte de toux le déchira. Sa vision fut transpercée de lignes blanches et noires. Il revit à nouveau ce couloir blanc, et les ombres, les tentacules le pourchassant. Au fond du couloir, il y avait eu la Vérité. Le Savoir. La clé laissée par Franz Hopper pour vaincre Xana. Si seulement il avait su user correctement de ce casque cérébral. Derrière lui, les échecs de Hopper. Les tentacules de Xana. Ils venaient, ils emportaient son esprit, le tourmentaient, et venaient y déposer leur graine machiavélique. Ils déposaient la noirceur au milieu de son esprit. Pour qu’elle le ronge de l’intérieur. Le rende creux.
La maladie n’était que l’ultime étape.

Une attaque sur son corps et sur son cerveau après avoir visé son esprit. Bientôt, il n’y aurait plus rien derrière les prunelles de ses yeux. Déjà, il se prenait à les fermer toujours plus. Il voulait ce noir complet, absolu, de l’absence de vision. Ce calme si doux, ce baume apaisant. Il fuyait couleurs et lumières qui ne cessait de déchirer les images qu’il voyait à chaque quinte de toux. Il fuyait les images claires induites par la fièvre.

Il se refermait sur ce qui était vrai et sûr.

Oh ! Pas le savoir maudit de Franz Hopper. Non, le calme paisible et froid des abysses. Là où tout cessait.

Nul n’était venu pour lui.

Mais qu’avait-il besoin d’outils, de pions défaillant. Ils ne pouvaient rien pour lui. Même lorsque les maladies s’étaient déclarées, ils avaient passé depuis longtemps les limites du retour vers le passé. Et le temps que Jérémie comprenne cela, il s’était retrouvé à l’hôpital, alors… adieu la possibilité de se virtualiser sur Lyokô pour gagner du temps.

Mais surtout, il avait vite compris : il avait été remplacé.

Ses outils avaient trouvé un nouveau cerveau pour le remplacer.

C’était sûr, car sinon, Xana se serait manifesté.

Alors, il était là.

Seul.

Comme il s’étonnait de cela, il s’était rappelé que son père était dans le coma, suite à un accident de voiture il y a quelques mois. Cela n’avait pas été une attaque de Xana intéressante, alors Jérémie l’avait mise de côté. Quant à sa mère, elle se remettait toujours de l’accouchement, et les médecins lui avait interdit de sortir de sa chambre.

Alors Jérémie était seul. Trahi et abandonné par ses amis, ses proches sa famille.

Bah ! C’était un inconvénient mineur. Ce qui lui manquait, c’était un ordinateur pour poursuivre ses recherches. Sans cela, il était coupé du monde et de tout. Le reste n’était que mirages et distractions.

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Toc toc toc.

Tiens, quelqu’un qui frappait ?

Le foutu personnel hospitalier ne frappait jamais lui.

Pas plus que le médecin entouré de ses étudiants qui venait observer le cas extraordinaire du patient immunisé à la pénicilline et au BCG…

« Bonjour Belpois.
— M. Delmas ! Qu’est-ce… que… que faites-vous là ?
— Allons Belpois. Je n’allais pas laisser un de mes élèves sans visite. Surtout quand l’infirmière m’a glissée que personne ne venait vous rendre visite.
— À quoi bon ? Tout le monde sait ce qu’il en est.

Jérémie n’avait pas réussi à retenir l’amertume dans sa voie. Aucun de ses pions n’était venu le voir. Ulrich, Yumi… Pas même Aelita. La salope. Il la faisait revenir dans le monde des vivants, et elle le remerciait comme ça ! En crachant sur sa tombe ! D’autant, que bon… il n’y avait pas trente-six façon de choper la syphilis. Et il n’avait pas souvenir d’avoir jamais consenti à aucune d’elles.

Jean-Pierre Delmas poussa un léger soupir. Il avait amené avec lui des fleurs ainsi qu’une petite corbeille de fruit. Il entreprit d’arranger les fleurs dans un vase vide et laissa les fruits à côté du malade. Il vint ensuite s’asseoir à côté du lit.

Il ne put retenir un frémissement en voyant le visage de Jérémie. Autrefois franc et ouvert, beau et solaire, il était désormais fermé. La bouche était tordue dans un rictus qui mêlait douleur et suffisance. Le front et les joues étaient recouverts de plaies coruscantes. Du pus suintait et se mêlait à la transpiration qui imbibait les draps.

— Belpois, comment… Enfin, pondéra Delmas, vous tenez le choc ?
— Et vous ? Vous tiendriez  ? Après tout, je ne vais que mourir. Ah, non ! Je suis défiguré, et je vais devenir dément. Donc, oui, tout baigne. Vous voulez une orange ? Ajouta-t-il en désignant la corbeille de fruit.
— Oui, merci.

Le proviseur saisit une orange et mordit dedans.

— Vous devriez essayer. Celle-ci est très bonne.
— Comment faites-vous pour la manger comme ça ?
— Quoi ? Elle est excellente, je vous le dis.
— Mais, vous n’ôtez pas la peau  ?
— Du tout, c’est plein de nutriments, et rajoute un petit zeste de goût.
— Un zeste ? C’est amer comme tout, et va vous exploser les dents.
— Mais, non, mais non. Voyez-vous, Belpois, c’est une légende urbaine ça. Qui génère plein de gâchis en plus. C’est bien dommage pour ces pauvres oranges.
— Oh ? Parce que vous les plaigniez  ? Elles sont quand même mangées au final.
— Je ne sais pas vous, mais moi, quitte à être mangé ou utilisé, je préférerais que cela soit le plus entièrement, le plus pleinement possible.
— Dites, M. Delmas, avec tout le respect que je vous dois. Vous n’avez rien d’autre à faire que de déblatérer des inepties sur les sentiments des oranges.
— Belpois, Belpois. Il faut apprendre à voir au-delà du littéral.
— Hin hin… Voyons voir… une orange… serait-ce une image de la terre, cette sphère bleue, aplatie aux pôles, comme une orange bleue. Très originale comme idée. Oui, chapeau. Alors voyons, l’orange mangée entièrement, comme la terre exploitée par l’Homme. Mais, bon, là, votre image tombe à l’eau… comme quoi, comparaison n’est pas raison.

Jérémie eût un rire triste, âpre et rogue.

— Franchement, Monsieur, n’avoir rien de mieux à faire, c’est d’une tristesse. Je ne vous savais pas papa pingouin départant de sa banquise. Vous devriez peut-être ramener votre tête auprès du foyer. Ici, ce n’est ni la Méditerranée, ni l’été. Je me sens plutôt assez loin dans les frimas.
Jean-Pierre explosa de rire avant d’avaler un autre bout d’orange.
— Allons, Belpois. Si vous en voulez, il suffit de le demander. Mais, je peux aussi monter la température dans la pièce. Le radiateur est juste là.
— Merci, mais non. Je m’en voudrais de vous contaminer. J’ai cru comprendre que j’étais assez contagieux. Enfin pour la tuberculose. Il est assez dur de choper la syphilis sans… contacts intimes… très intimes. Je ne pense pas que nous en soyons là… pas encore…
— Qui sait… un jour peut-être nos esprits feront la communion spirituelle.
— En attendant, moi je n’aime pas les lundi.
Nouveau rire du proviseur.
— Ah, vous avez saisi… c’est d’une tristesse, ils ignorent toujours ce genre de référence… Et puis…

Il poussa un profond soupir avant de reprendre.

— Lorsque l’on assume une position d’autorité, ou qu’on doit l’assumer, il est difficile de maintenir la distance et le respect. Une blague qui n’est pas comprise, c’est…
— Dommageable.
— N’est-ce pas ?
— Vous ne pouvez pas quitter votre poste pour autant.
— Oh, ce n’est pas si compliqué, vous savez Belpois.
Sur ces entrefaites, le proviseur regarda sa montre.
— Ah, il est l’heure.
— Pardon  ?
— Je suis navré, Belpois, mais il me faut y aller. Voyez-vous j’attendais qu’un ami ait fini son service à la chapelle pour le visiter.
— Qu’est-ce que  ?
— J’espère vous revoir rapidement parmi nous. »

Et Jean-Pierre de se lever, de remettre son manteau et de sortir en fermant soigneusement la porte derrière lui, afin que la lumière de la pièce ne se déverse pas dans les doucereuses ténèbres du couloir.

Jérémie, médusé, ne sut que dire. Et de toute façon, une quinte de toux brisa le fil de ses pensées pour lui rappeler qu’il n’était que plaie.

Delmas n’était qu’un bip anonyme dans le cours des évènements. Une simple variation gênante dans les équations directrices qui régissaient la lutte contre Xana.

Néanmoins, de cette visite Jérémie pouvait-il faire quelque chose ?

Oh oui ! Il y avait beaucoup à en tirer. Delmas, c’était une ouverture vers l’extérieur. C’était des informations. Et, utilisé correctement, le moyen de nettoyer son outillage. De faire place nette en se séparant des équipements rouillés ou périmés.

Jérémie recommença à planifier. Son esprit, c’était la seule chose qui tenait presque la route. Et pour planifier, il n’avait pas besoin de lumières. Il pouvait se réfugier au fond des abysses, là où le froid engourdissait même la douleur.

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— Plus vite, on va le perdre !

Le médecin, Zied de son prénom, hurlait tandis que les soignants se précipitaient. La respiration du gamin s’était faite erratique. Son rythme cardiaque et son encéphalogramme étaient au point mort, enfin presque.

— Ramenez une couverture chauffante ! Et faites-lui boire quelque chose !

Comment ce petit pouvait-il mourir de froid dans une pièce où le thermomètre indiquait vingt-huit degrés ?

Le médecin en charge avait été rappelé au milieu de la nuit par l’infirmier de garde, débordé.

Voilà pourquoi il faut mettre des infirmières en charge. Elles au moins, prennent des initiatives. Enfin, je peux comprendre. Quand on voit ce qui reste du corps de ce petit… Cela ne donne pas envie de le toucher, même avec des gants.

Du pus suintait de toute part et se mêlait au sang qui avait remplacé la bave sur la commissure des lèvres de Jérémie. Sa peau était devenue une carte de géographie. Un ensemble de terres désolées et déchiquetés. Des crevasses la parsemaient, bordées d’éruption cutanées. Çà et là, des boutons coruscants luisaient d’un jaune malsain. La combinaison du froid et de la pourriture avait entraînée la nécrose de certains tissus. Déjà, deux doigts de pieds et un pouce manquaient.

Cela étant, l’arrêt cardiaque était une possibilité plus préoccupante. C’était ça la priorité. Ensuite on verrait pour les amputations. Quant au fait qu’il délirait depuis quelques jours… On verrait en temps et heures. Qu’importe que le personnel le trouvait plus agréable ainsi que lorsque son esprit semblait sain. Cela étant, le fait que les seules choses qui franchissent ses lèvres gercées fussent des mentions de violences et de morts avait quelque chose d’effrayant.

Le fringant et solaire garçon amené par l’ambulance semblait désormais un cadavre ranimé par la morgue.

En matière d’arrogance, il en jetait pas mal d’ailleurs. Au point qu’au début, un ou deux infirmiers avait évoqué une punition divine dans les maladies qui l’affectaient. Il fallait dire que vu la combinaison d’infections qu’il se coltinait… S’il avait de la chance, il allait le faire cet arrêt cardiaque, à cause du froid ou d’autre chose. Sauf que… il avait l’air plutôt solide comme garçon. Plus que ce à quoi on s’attendrait au vu de son seul physique. Surtout, il manifestait une volonté adamantine. Zied ne savait pas ce qui le faisait tenir ainsi. Mais il aurait bien aimé que tous les condamnés médicaux qu’il avait eus à suivre eussent eu la même opiniâtreté.

— C’est bon ! Il est hors de danger pour le moment !

La conclusion de l’infirmière le ramena sur terre.

— Très bien. Ses constantes ?
— Aussi bonnes qu’on peut l’espérer.
— Parfait. Vous venez prendre un café avec moi, Colette ?

Une fois dans la salle de repos la plus proche, Zied put poser la seule question importante :

— On se connaît depuis quoi deux lustres, trois ? À votre avis, il en a encore pour combien de temps  ?
— Vous n’avez aucun espoir de le guérir  ?
— Aucun. Les traitements habituels ne marchent pas. Alors on essaye des vieilleries ou des traitements expérimentaux… mais Ces saletés résistent. Et si on augmente les doses, c’est la douleur qui va le faire clamser.
— Alors… quelques semaines je pense. Tout au plus. Peut-être moins. Ce soir semblait être… un laisser-aller.
— Vous pensez qu’il a trouvé le moyen de baisser la température de la pièce  ?
— Non, il s’est juste… mis en hibernation, ou quelque chose comme ça. Un arrêt progressif de la mécanique.
— Surprenant. Rajoutez ce qu’il faut à son cocktail médicamenteux pour empêcher ce genre de sommeil.
— Je vais faire ce qu’il faut.

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Jérémie émergea hors des profondeurs océaniques. Autour de lui l’enfer. En lui, le feu brûlant qui lavait la chair et écorchait l’âme. Son corps, il le savait n’était plus le sien. Il était en train d’être refait, pièce par pièce  : préparer à rejoindre le destin. Mais, lui, lui, le refusait.

Il en était hors de question. Xana n’aurait pas le dernier mot ! Non, il l’emporterait avec lui dans la tombe. Et s’il fallait arpenter le septième cercle des enfers, alors Xana l’y précéderait et y subirait son pouvoir !

Qu’importaient les autres ! Ils étaient les moyens de cet objectif. Ils avaient été les moyens d’Aelita, ils seraient ceux de sa revanche contre Xana  !

Et Jérémie d’éclater d’un rire dément, traçant sous une pluie de sang une nouvelle constellation rubiconde dans ses draps détrempés !

Bientôt son rire se transforma en une longue lamentation. Ses oppresseurs ont le dessus et ses ennemis prospèrent. Lui, lui n’est qu’un cerf sans pâture qui s’en va sans force devant celui qui le poursuit. Tous ceux qui l’honoraient le méprisaient, car ils ont vu sa nudité, et lui, Jérémie, détourne la face.

Le joug de mes iniquités a été lié dans sa main ; unies en faisceau, elles pèsent sur mon cou ; il a fait chanceler ma force. C’est pour cela que je pleure, que mon œil, mon œil se fond en larmes ; car il n’y a près de moi personne qui me console, qui me rende la vie ; mes fils sont dans la désolation, car l’ennemi l’emporte.

Mais Jérémie n’avait plus de larme. Il n’avait plus que du sang à donner, derniers bouillons de fraîcheurs à pouvoir un tant soit peu lui rappeler que le monde n’est pas le foyer d’un grand brasier.

On toqua à la porte. C’était son médecin, un dénommé Zied.

— Bonjour M. Belpois. Vous nous avez fait peur cette nuit. Mourir de froid comme ça… Enfin. Voyez-vous, cela montre que nos traitements ne sont pas encore assez efficaces. Alors, nous allons renforcer les doses.

Le temps de son discours, le médecin avait entrepris de changer le cathéter. Jérémie le vit prendre une poche de liquide. Dessus, il y avait marqué « pénicilline ».

— Malheureusement au vu de l’épisode de cette nuit, nous ne pouvons vous donner d’analgésique.

Il termina les réglages. Le médecin lui prit ledit bras et le sangla au lit, il procéda de même avec les jambes et le dernier bras, avant d’ouvrir la vanne.
Jérémie vit le liquide couler vers lui.

Jérémie vit la mort du virus s’introduire et infuser en lui.

— Bien, le traitement semble efficace. Cet après-midi, il y aura une nouvelle séance de pneumothorax, à ce moment, on renouvellera ton cathéter.

Et il hurla quand son corps devint l’enfer d’un champ de bataille acharné entre les hordes innombrables.

Pharmacopée. Larmes.

Alors Jérémie cria à s’en fendre la voix, jusqu’à ce que même ses cordes vocales renoncent, brisées.

Et les ténèbres le fuyaient. Il les avait perdues cette nuit, lorsqu’il avait été ramené en enfer. Lui qui souhaitait revenir à l’origine.

Quelques heures plus tard… ou quelques jours, d’ailleurs, Jérémie ne savait. Jérémie n’avait plus vraiment la perception du temps. En tout cas, il faisait nuit dehors. Donc, il était plus de dix-sept heures, et moins de neuf heures. Ce devait être ça. Mais, s’il pouvait réfléchir à cela, c’était en soi une source de joie. Cela voulait dire qu’’il avait un peu de répit. Que chaque camp en lui préparait une prochaine grande bataille. D’ailleurs, les infirmiers n’allaient sans doute pas tarder à venir recharger le cathéter et nettoyer un peu Jérémie.

La porte s’ouvrit.

Une silhouette se dessina dans l’encadrure. Sous l’effet de la lumière drue du couloir, elle ne se détachait qu’en noir. Jérémie vit à travers ses yeux dévastés de larmes des traits noirs avancer… Des bras. Soudain, la lumière fut. Deux poignards de feu transpercèrent les yeux et le front de Jérémie, lui arrachant un hurlement de douleur.

— Jérémie, mon pauvre… Tu vas bien ?

Il put reconnaître la voix de sa créature. Aelita. L’ange qu’il avait fait descendre de Lyokô sur terre. Mais sa réponse ne put être qu’un râle.

— Je suis désolé. Je n’ai pas pu venir te voir plus tôt. Tu comprends, avec mon père dans le réseau, et son ancien associé qui nous fait des siennes. Mais, tu veux savoir la bonne nouvelle ? J’ai retrouvé ma mère ! Et elle se souvient de moi ! Envoyer Laura là-bas a été une très bonne idée. Mais, je parle, je parle… Peut-être veux-tu quelque chose à boire ? Ou à manger ?

Disant cela, elle alla chercher un verre d’eau dans la salle de bain attenante à la chambre de Jérémie.

Elle ne revint que quelques minutes plus tard.

— Pardon, je me suis permise d’utiliser tes toilettes. J’espère que cela ne te dérange pas trop  ?

Jérémie grommela vaguement.

— Où en étais-je ? Ah, oui. La lutte contre Xana avance bien. Heureusement que tu étais si près du but. J’ai repris tes travaux, et j’y suis presque. Sans toi, je n’aurais eu aucune chance de revoir ma mère, et d’avoir des nouvelles de mon père. Oui, oui, il est revenu. Il m’a envoyé un message sur Facebook. Il m’a donné rendez-vous dans la chapelle de Kadic. Tu sais, celle qui est en rénovation ?
— Que ? Qu’est-ce que ?

Jérémie avait réussi à retrouver un peu de forces vocales et de présence d’esprit.

— Tu vas quoi ?
— Calme-toi, Jérémie  ! S’écria Aelita, posant sa main sur son torse pour l’empêcher de se relever.

Elle reprit  :

— Oui, maintenant, que, grâce à toi, Xana pourra presque être vaincu, tout va pour le mieux. Tu as vraiment été le meilleur. Comme Odd. Mais, lui aussi, a été victime d’une attaque de Xana. Dommage, il y avait de bonnes nouvelles, d’heureux événements pour lui.
— Odd !
— Oui, cela a foutu un coup à Yumi. Déjà qu’Ulrich n’était plus vraiment… enfin, tu vois. Mais ne t’en fais pas, j’ai trouvé de quoi assurer la relève de tes vétérans. J’ai pu mettre Milly et Tamiya dans l’affaire. Et avec elle Christophe. Bon il me tourne un peu autour… Mais, tu sais, tu es le seul pour moi. Lui, je pense qu’il irait mieux avec Milly, une fois qu’il y aura un peu de cresson autour de la fontaine bien sûr. Je pense recruter Hiroki aussi. Il prendrait facilement la place d’Ulrich. Comme tu vois, on s’en tire bien sans toi. Tu n’as pas à t’en faire.

Aelita ponctua cette tirade d’un grand sourire.

— Aelita, ta mère…
— Quoi, tu penses que c’est un piège ? Allons, allons, tu t’en fais trop. La fois précédente, oui, mais celle-là… tout est prévu et planifié. Comme pour le recrutement des remplaçants pour assurer la relève des troupes. S’il-te-plaît, Jérémie, fais attention. Nous avons besoin de ton sourire, pas seulement de tes inventions.»

Et Aelita de se pencher sur Jérémie. Elle saisit une de ses mains, puis pencha sa tête vers la sienne, et l’embrassa sur les lèvres, glissant sa langue dans la bouche de son amant. Jérémie se souvint soudain du dernier baiser d’Aelita. Comme la syphilis, une idée le frappa pendant ce contact intime… Elle n’avait quand même pas…

— Merci, Jérémie, tu as été parfait. Maintenant, tu devrais te reposer.
La jeune fille se releva. Fit le tour du lit, et récupéra son manteau qu’elle avait laissé sur une table à côté de la porte.
— Oh ! Ils m’ont dit qu’il fallait rouvrir la vanne de ton cathéter avant que je ne parte.

Elle se rapprocha du lit et procéda, ainsi que les infirmiers le lui avaient montré.

La jeune femme ouvrit la porte, tourna l’interrupteur, et quitta la pièce.
Les ténèbres engloutirent Jérémie.

« La salope ! Hurla-t-il »

Elle savait qu’il était contagieux, mais elle l’avait quand même embrassé… Il s’en doutait déjà à dire vrai… Il n’y avait pas tant de manières que cela d’attraper la syphilis, et seule Aelita avait la clé de sa chambre.

C’est à ce moment, que la pénicilline atteignit les tréfonds de Jérémie dont les imprécations se perdirent dans un torrent de douleur.

_________________


Jérémie se réveilla. Il avait senti une présence auprès du lit. Il ouvrit les yeux et secoua la tête pour en chasser les larmes.

Il peina à se faire une idée de cette silhouette.

— Belpois, je vous ai réveillé ? Je suis navré
— Que ? Delmas ?
— Monsieur Delmas. Je reste votre proviseur, voulez-vous, Monsieur Belpois. Mais foin de tout cela. Voulez-vous une orange ?

Delmas lui tendait un quartier d’orange déjà pelé et découpé. Sachant qu’il mangeait habituellement ses oranges avec la peau, Jérémie en déduisit une attention spéciale envers lui. Pour ne pas décevoir son visiteur, il tendit le bras, sans parvenir à réprimer un grognement de douleur. Mais cela le força à sortir son bras du drap. Il vit bien le mouvement de recul et de dégoût de Delmas. Il lui en voulut. Il n’avait rien demandé. Et surtout, il n’avait pas demandé à voir son corps réduit à l’état de charogne.

— Eh bien ? Aboya-t-il. Vous me la donnez cette orange?
— Allons, chaque chose en son temps. Je n’ai pas l’habitude de peler et découper les oranges. Je voudrais éviter tout gâchis.
— Bah… Pour ce que cela change.
— Ne dites pas cela. J’ai passé du temps dans un lit d’hôpital et je ne garde pas un souvenir ébloui de la qualité des repas. Jamais assez de sel, comme si mettre en tant soit peu de goût c’était risquer de que les patients fassent de l’hypertension.
— D’un autre côté, c’est le cas pour pas mal de malade.
— Mais pas pour vous Belpois… Profitez-en !
— Youpi ! Profitez-en ! Profitez-en qu’y disaient ! Les hôpitaux forment la jeunesse ! Pour quoi déjà ? Ah oui… quelques jours encore…
— Eh bien, il y en a sans doute pour un peu plus que cela. Je veux dire. Cela dépend pas mal de vous…
— Parce que vous croyiez que je le veux ?

La voix de Jérémie avait enflé. Il hurlait à plein poumons.

— Vivre plus longtemps ? À quoi bon ? Il n’y a pas de remèdes à ces saloperies. Vivre, c’est attendre que mon corps se gangrène et se réduise à un tronc assisté. Vivre, c’est attendre le jour où la démence va me prendre. Vivre, c’est voir les autres m’éviter. C’est voir leur dégoût profond ! À la hauteur du dégoût que je m’inspire moi-même, d’ailleurs. Je ne peux plus me regarder dans une glace. Je ne peux plus bouger sans hurler. Et même rester immobile est une torture ! Une torture raffinée par les glaires et le sang ! Une torture rythmée par un luxe de quintes de toux ! Je ne veux plus vivre ! Je ne veux plus de cela !

Jean-Pierre Delmas avait calmement écouté cette tirade amère. Il avait continué à découper son orange. Il mit un quartier dans la main de Jérémie, et en enfourna un autre de sa bouche. Il le mastiqua lentement.

— Belpois.

Il soupira.

— Pourquoi ne pas vous être laissé aller il y a trois nuit alors ?
— Comment le savez-vous ?
— Bruits de couloir. Votre résistance a forcé l’admiration et continue de le faire.
— Je n’ai rien décidé cette nuit-là. C’est eux. Et ce traître de corps qui ont décidé.
— Donc vous n’aviez pas vraiment tenté d’en finir. J’aurais, à dire vrai, trouvé impressionnant que vous ayez su maîtriser votre rythme cardiaque consciemment à cette fin.
— C’est du pareil au même. Je réfléchissais. Je voulais le repos. Cette nuit-là… je l’ai trouvé.
— Et pourtant, vous êtes revenu.
— Je ne l’ai pas choisi !
— Ah ce n’est pas l’avis des médecins, semble-t-il. Pour eux si vous ne vous étiez pas battu, ils n’auraient rien pu faire.
— Je n’y peux rien, si ce bâtard de corps, lui, veut continuer à… à perdurer…
Jérémie expulsa ces derniers mots en une pluie de crachats sanglants, avant que son corps ne se remette à raidir et trembler sous l’effet d’une quinte de toux.
— Vous pensez donc que ce n’est que du réflexe ?
— Et quoi d’autre !
— Je ne sais pas. Mais… cela me semble assez étrange. Votre vie entière jusqu’à présent ne serait qu’une continuation mécanique ? Les simples desiderata de votre corps souhaitant s’entretenir ?
— Vous êtes débile ou quoi ! Cela n’a aucun rapport. Avant je choisissais. Je décidais. De manger, d’aller, de courir ! Je pouvais programmer ! Vous avez vu mes mains !

Jérémie leva ses deux bras pour les mettre sous le nez de Delmas. Trois doigts et un pouce étaient aux abonnés absents.

— J’en ai perdu un avant-hier. Il a fallu attendre ce matin pour qu’un infirmier daigne passer vois si je vivais encore et me nettoyer un peu. À ce rythme, je ne pourrais plus faire d’informatique de ma vie. Et difficilement écrire. Bah, de toute façon, tôt ou tard, je vais mourir. Autant que tout s’arrête maintenant !

Il tenta de se lever pour faire face au proviseur, mais une quinte de toux le rabattit en plein vol.

— Nous mourrons tous un jour. Et pour la plupart d’entre nous, le plus tard, le meilleur. Mais franchement, quand tout va, c’est vous qui voulez continuer, quand ça ne va plus, c’est votre traître de corps qui s’impose à vous ? Un peu facile, non ? répliqua Delmas.

— Vous voulez ressassez des évidences, ou quoi ? L’interrompit Jérémie.
— Je ne suis pas convaincu. S’il en allait ainsi, vous auriez recommencé ce qui s’est passé l’autre nuit. Jusqu’à réussir. Que ce soit par insuffisance ou par lassitude du personnel médical.
— Et donc ?
— Rien. Vous n’avez pas recommencé. C’est tout.
— Et donc ?
— Je ne sais pas. À vous de me le dire, Belpois.
— Hin hin… vous pensez que cela témoignerait d’une envie mal cachée de continuer à vivre ? Plutôt que de m’enfoncer dans l’obscurité ? Vous êtes d’un naïf.
— Pas de mensonge entre nous, Belpois.

La voix du proviseur avait claqué. Ferme et autoritaire. Incontestable.

— Nous n’avons ni le temps, ni l’énergie pour ce genre de mondanité, vous ne croyez pas ?
— Oh ! J’ai peur ! Chassez-le, le proviseur revient au galop ! Vous allez faire quoi ? Me tuer ? Faites, faites… Je vous en prie.
— Vous tuez ! HAHAHA ! Je pourrais juste vous laisser seul. Mais oui, vieille habitude de proviseur, j’ai du mal avec les mensonges de mes élèves. Or, vous êtes encore un de mes élèves. Jusqu’à votre diplôme.
— Oh ? Vous viendrez me chercher dans la tombe pour que je passe mon brevet ?
— Ne me tentez pas ! Il serait drôle de voir la réaction de vos camarades à la présence d’un squelette dans la salle d’examen, assis au milieu des élèves.
Jérémie se laissa gagner par la bonhomie de son proviseur et de cette histoire absurde. Un début de rire franchit ses lèvres secouées par la toux.
— C’est sûr que ce serait mieux que mon état actuel. Moins distrayant. Moins de bruits et d’odeurs pour les déranger.
— Allons Belpois, je suis sûr que vos petits camarades sauraient surmonter cela.
— Oui, comme ils ont su se remettre de mon départ…

À nouveau l’humeur de Jérémie avait repris de sombre couleurs.

— C’est triste et désolant en effet.
— Non pas possible ! Ils vous tournent le dos dès que quelque chose cloche ! Du jour au lendemain, pouf ! Plus rien ! Plus rien sur quoi compter !
— Ils ont pensé — nous avons tous pensé — que vous reviendriez très vite. Puis après… ils ont eu peur. Peur de mourir aussi.
— Et alors ? Je m’en moque ! Ils auraient dû être là ! J’ai toujours été là pour eux, moi !
— Leur attitude, commença Delmas, peiné, est compréhensible. Injuste, aussi. Mais compréhensible. Ils ont peur. Comme vous vous avez peur.
— Je n’ai pas peur  ! Au contraire ! Je veux ! Le repos !
— Je ne parlais pas de peur de la mort.
— Pardon ?
— Il n’y a pas que cette peur, vous savez. Il y en a d’autres. Moins connues. Moins universelles, mais tout aussi efficaces.
— Mais encore ? lâcha Belpois d’un air sceptique.
— La peur d’être trahi. La peur d’être abandonné. La peur d’être et de rester seul.
— Franchement, vous n’avez rien de mieux à faire de votre vie… Genre, diriger un collège ?
— Je ne suis pas si bon administrateur ou pédagogue. Mais, quand il faut, il faut.
— C’est-à-dire ?
— Belpois, vous avez peur d’être seul. Vous l’avez été, à votre arrivée à Kadic. Vous avez peur de le redevenir, en voyant qu’il n’y a eu ni famille, ni ami pour vous visiter. Et que même les médecins ou infirmières ne vous parlent pas. À leur décharge, la période est un peu chargée, entre la météo et les mondanités.
— Vous ne voulez pas en finir avec ces oranges et vous casser là ? J’aimerais bien finir de tousser d’agonie tranquillement.
— Oh ! Ne vous en faites pas. Je ne compte pas rester. Juste le temps de finir ces oranges. Il en reste seulement 10. Elles m’ont été envoyée par un ami, Jérémiah Gottwald. Il s’est reconverti après une carrière militaire ma foi assez brillante dans la cavalerie.
— Et que voulez-vous que cela me fasse ? C’est une manière de me dire que je devrais me reconvertir, arrêter l’informatique ? Que tout le monde peut prendre un nouveau départ dans la vie ?
— Non. Nous avons dit, «pas de mensonges.» Dans votre cas, il me semble qu’il n’y a pas de reconversion. Sauf peut-être en squelette dans la classe de Mme Hertz.
— Je crois que le poste est déjà pris par une espèce d’étrange animal, répliqua Jérémie goguenard.
— Vous voyez, vous avez besoin de conversation. Même en essayant de me jeter hors de la chambre, vous n’arrivez pas à ne pas vous prendre au jeu.
— Mais… mais… Allez vous faire foutre !

Cette fois une baffe partie qui alla rafraîchir la joue de Jérémie.

— Surveillez vos manières, Belpois.

Le proviseur avait prononcé cela d’un ton bonhomme.

— Ah, en voilà une de faite. Vous voulez un autre quartier ?

Jérémie ne sut que répondre. Et de toute façon, il n’en eût guère l’occasion, puisque le proviseur lui fourra un quartier dans la bouche.

— Pardon, j’étais sûr que vous en vouliez une de plus. Et puis, il serait dommage qu’elles se gâtent une fois épluchées. Enfin, où en étions-nous ? Ah oui. Le problème, voyez-vous, Belpois, ce n’est pas d’avoir peur. Encore moins d’avoir peur de la fuite des autres. Je suis passé par là, voyez-vous. Ce n’est pas agréable, mais cela passe. À condition de rester stoïque.
— Que  ?
— Je vous ai un peu observé voyez-vous. Enfin, plus ces messieurs Stern et Della Robbia. Surtout lui dernièrement. Des profs tuant un élève, cela aurait fait désordre, non ? Je ne peux laisser Madame Hertz tuer Della Robbia après ce qu’il a fait. Mais tout semble maintenant s’orienter vers un heureux événement ou dénouement. Enfin bref. Cela m’a permis de voir quelques petites choses. Vous étiez le chef de la bande. Plutôt un bon chef d’ailleurs. Réussir à fédérer des individus aussi divers et individualistes que Mlle. Ishiyama, M. Stern, M. Della Robbia et Mlle. Stones… Il fallait le faire. Vous n’avez pas eu l’air d’avoir eu de problèmes politiques. Vous avez su être un chef et en endosser le manteau. Ce qui est bien. Je trouverai dommage de vous voir renoncer si près du but.
— De quel but ? De quoi parlez-vous ? Vous avez… keuf… keuf… le mystère ?
Jérémie s’alarmait. Le proviseur aurait-il tout compris ? Mais une quinte de toux avait avalé sa phrase.
— Mystère ? Je ne suis pas gnostique voyez-vous. Je veux juste dire que vous avez vécu en chef, et vous pouvez continuer à le faire.
— Et alors ? Sous peu je suis mort.
— Et ? La mort ne conditionne pas tout. C’est à vous de faire quelque chose de votre vie. Laissez votre mort à d’autres.
— Et c’est moi le dément !
— Vous avez des choix à faire, Belpois. Comment vivre ce qui vous reste de temps. Vous pourriez vous laisser aller. Ou vous laisser mourir. Ou trouver un moyen d’être tué. Vu votre intelligence, c’est tout à fait dans vos cordes. Vous pouvez aussi vous battre fougueusement.
— Super ! Autant de chouettes options ! Tant de chemins qui s’offrent à moi ! Et au bout, quoi déjà ?
— Je ne sais pas. C’est à vous de voir. Mais, bon, pourquoi vous laisser tomber plus bas que terre. Vos amis sont partis ? Remplacez-les, faites sans. Endurez. Vous avez-été trahi ? Supportez. Et rendez ce qui vous a été donné. Faites la part des choses. Mourir, bien mourir, c’est se battre. Se battre contre vous-même qui à la toute fin renoncez à qui fit que vous étiez vous !
— C’es intéressant. Inconsistant et inutile. De même que sentimental et parfaitement irrationnel. Mais, si cela vous fait du bien, faites, M. Delmas.
— Mais tout à fait, Belpois. Je fais. Mais vous-même ? Êtes-vous prêt à partir ? Vraiment ? Moi je ne vois qu’un gamin geignard. Pas le chef décideur que vous avez montré être.

Malgré lui, Jérémie se sentit pris dans l’enthousiasme de son aîné. Il y a quelques jours à peine, il parlait de remplacer son outillage. Oui, il l’avait oublié, il avait laissé quelque chose d’aussi insignifiant que la douleur et quelques doigts perdus le ralentir. Mais sa force, c’était son cerveau. Sa force n’était pas dans son corps. Il lui suffisait de maintenir ce dernier à flot. Un pas à la fois.

Jérémie se sentit s’enflammer à nouveau. Et il n’était pas question de fièvre cette fois-ci. Il pouvait encore ! Il pouvait encore rattraper le coup ! Aelita ! Xana ! Tyron ! Sérieusement, ces faibles pensaient qu’il allait être défait par la maladie. Oh non ! Oh que non ! Et s’il le fallait il ferait en sorte que Delmas ramène son squelette sur le trône qui lui revenait de fait et droit ! Devant le clavier du supercalculateur !

À nouveau, du sang gicla hors de Jérémie. Mais il n’en avait cure. Cette fois-ci, il combattit le réflexe de son corps qui avait commencé à se raidir en l’attente de la prochaine quinte de toux. Non, il allait l’exploiter. Il utiliserait les spasmes de son corps pour se ranimer, pour se lever, et pour marcher vers leur fin. Ce qu’il avait donné, il pouvait le reprendre ! Tel était le pouvoir de celui qui gouvernait. Le Dispensateur de bénédictions pouvait tout aussi bien les retirer ou les maudire. Mais pour tout cela, il lui fallait un ordinateur.
Oui, maintenant, il savait que faire.

— Pourriez-vous me donner un autre morceau d’orange, M. Delmas ?
— Bien sûr. Vous avez l’air plus décidé. Vous avez fait un choix.
— Oh que oui. Je vivrais jusqu’à la dernière des secondes possibles, et j’achèverais tous mes objectifs. Même les bonus.
— Et ensuite ?
— Alors je pourrais mourir l’air apaisé et serein, et cracher dans l’œil de la mort la défiant de venir m’emporter.
Une lueur fière et hardie brillait dans l’œil de Jérémie. Elle avait remplacé la fièvre de la folie.

Son cœur n’était plus vide et désemparé.

Il n’était plus déstabilisé. Son cœur n’était plus froid. Au contraire, il battait et pompait un sang chaud de détermination dans ses artères. D’un coup, son lit lui paraissait plus agréable et accueillant. Qu’importait la transpiration et le sang. C’étaient les siens. Ils étaient une partie de son foyer.

Aborbé dans ses sentiments chaleureux, il n’entendit pas son visiteur sortir. Ce n’est que bien plus tard qu’il revint dans le monde réel, un début de plan en tête.

Avant toute chose, il allait lui falloir un ordinateur.

Il se tira dans son lit, sans prêter attention aux hurlements douloureux de ses articulations.

Par chance, quelqu’un avait déposé un vieux fauteuil roulant dans la chambre. Il s’y assit, et partit à la recherche d’un ordinateur qu’il pourrait voler.

Il fendit la foule sans prêter attention aux expressions choquées des gens qui apercevaient son visage. En chemin, il croisa des enfants assis devant une sorte de spectacle. Jérémie passa rapidement, n’apercevant la scène que du coin de l’œil. Sous l’effet des larmes qui coulaient perpétuellement dans ses yeux, il ne vit qu’un ensemble de taches rouges et vertes. Les enfants eux aperçurent sa figure déformée, et son œil fiévreux de détermination.
Une série de cris et de pleurs s’élevait dans son sillage ; ainsi qu’une traînée sanglante. Mais il n’en s’en souciait guère. Il avait eu son content de cris et de pleurs, et savait désormais qu’ils étaient d’inutiles blessures qu’il se devait de canaliser.

— Enfin !

Il avait trouvé ce qui devait être la salle informatique. Il n’espérait pas trouver un matériel performant dans un pauvre hôpital, mais cela serait suffisant pour avoir accès à internet et au fonds secrets qu’il avait mis de côté. Le loto, ça rapportait.

Avisant une boule pendant à une guirlande, il s’en empara. Il la brisa contre son fauteuil afin de récupérer l’attache métallique. Avec elle, il pourrait crocheter la serrure.

Jérémie se mit à la tâche avec ardeur. Pour la première fois depuis Dieu sait quand, il se concentrait pleinement et utilisait ses mains en même temps. Ce faisant, il mettait au repos ses sens ; il repoussait au loin les appels de son corps. Quelque chose semblait toquer au pavillon de ses oreilles. C’était assez similaire au fait d’avoir un mot sur le bout de la langue. Mais ce n’est qu’une fois son crochetage fini qu’il s’autorisa à la résolution de ce mystère.

De la musique.

Il lui semblait avoir déjà entendu ce morceau.

Il releva la tête. Le mouvement calme et ample, très harmonieux de la mélodie l’intriguait, l’attirait. Tout d’un coup, des voix retentirent qui attisèrent sa curiosité.

Il progressa dans le couloir, appelée par le chœur. Il y avait des décorations partout.

Il ouvrit en grand la porte entrouverte afin de pouvoir rentrer avec son fauteuil.

La musique l’absorbait.

Enfin, il reconnut le morceau.

Le cœur, et la bouche, et l’action, et la vie.

C’était le 24 décembre.

Jérémie Belpois perdit la vie, dans la chapelle de l’hôpital Ambroise-Paré.

Jérémie Belpois mourut le sourire aux lèvre à l’écoute de la musique mariale.

Jésus demeure ma joie, Consolation et sève de mon cœur

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«— Je te promets de t’obéir comme au Chef, de t’aimer comme un frère aîné, et d’être loyal à la Patrouille. »

Le juge avait un fils, Serge Dalens.
  Sujet: [One-shot] Weak  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Jeu 24 Sep 2020 20:26   Sujet: [One-shot] Weak
Spoiler




— … Désireux de faire taire les critiques le qualifiant « d’effacé » face à l’occupant de la Place Beauvau, le Premier Ministre aurait déclaré : « J’entends assumer la part qui est la mienne. Le rendez-vous sera avec les français ». Il faut dire que le Ministre de l’Intérieur accumule les annonces-chocs, comme sa promesse de « nettoyer au Kärcher » la cité des 4000 ou ses récents propos contre les magistrats. Le pari du chef du Gouvernement s’annonce difficile... Passons à la page divertissements à présent, alors que le lancement de Paris Plage le 21 juillet prochain se prépare, et devrait être placé sous les couleurs du Brésil…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Jérémie éteignit la radio en baillant pesamment. Le silence qui se joignit aussitôt à sa fatigue l’embrassa dans une totale libération. Tout un après-midi à entendre la nation raconter sa vie en boucle sur les ondes avait quelque chose d’usant, malgré l’accoutumance du jeune homme. Il ne se résolut pas immédiatement à regarder l’heure ; il n’était pas encore décidé à quitter son repaire. Encore quelques minutes, juste quelques lignes en plus à son code et, promis, il quitterait la salle des machines de l’Usine et reviendrait à la civilisation et à ses devoirs de collégien.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Le temps avait passé bien trop vite, ces derniers mois : le soleil brûlait et venait, rappelant que les jours au sein de l’internat du collège Kadic ne duraient que quelques saisons, et qu’à la fin il faudrait toujours céder aux langueurs estivales. Le jeune homme n’avait qu’à peine assimilé la fin des averses de Printemps que déjà le voilà, à la veille des vacances d’été, à essayer d’ignorer que dans quelques heures, son père viendrait le chercher pour l’emmener au repos forcé, loin de ses amis et de leur secret. Enfin… Cette année, son ennui ne durerait que deux semaines. Entre ses brillants résultats et son comportement exemplaire, il avait gagné le droit de revenir à la ville dès la mi-juillet, où lui et ses camarades seraient hébergés chez Yumi, le temps d’un voyage dans le Japon natal de ses parents. La maison serait tout entière à eux, à condition d’en prendre soin. Pour une occasion pareille, Jérémie était même prêt à assumer toutes les tâches ménagères ! Car cet été, sa lutte contre XANA ne connaîtrait pas de dangereuse pause, enfin ! Oh, bien sûr, quoi qu’il arrivait, il avait son ordinateur portable, mais ce n’était que peu de choses face à la puissance d’un Supercalculateur. En cas de gros soucis, ça ne suffirait pas. En clair, quand l’ennemi est étranger à la notion de congés, les vacances s’apparentent vite à un cauchemar... Sauf pour cette année, donc. Plutôt fier d’avoir pu mener cette mission secondaire à bien, et soulagé à la pensée que la lutte ne s’arrêterait pas, il se laissa aller un instant sur le siège central où il trônait. Les machines devant lui ronronnaient agréablement, affinant la torpeur qui prenait le sanctuaire informatique. Il pouvait s’accorder une pause, tout compte fait…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Quoique. Quatorze heures, déjà ? Certes, le dernier jour de cours était toujours très détendu, et son absence n’avait sans doute pas été plus remarquée que celle qu’il avait cultivée pour les cours de sport, mais il avait promis de rejoindre ses amis au foyer du collège, après leur dernier cours d’anglais… Plus qu’une demi-heure. Bon, tant pis. Il aurait bien cédé au perfectionnisme en consolidant quelques pare-feux qu’il venait d’installer, mais la compagnie de ses camarades était un délice difficile à refuser. Un dernier coup d’œil sur son écran de surveillance, chargé d’articles d’actualité allant d’une montée surprise du CAC40 au Times livrant les sources de ses journalistes aux autorités, confirma qu’aucune urgence n’était sur le feu. Jérémie ferma sa session et, d’un pas tranquille, emprunta l’ascenseur qui le guidait hors de sa salle de contrôle, vers la sortie de l’Usine.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Dans la ville, les rues étaient chargées d’une tension grandissante. Les enfants finissaient plus tôt, les premiers départs en villégiature s’organisaient, les promeneurs s’arrêtaient plus volontiers pour se baigner dans les chauds rayons du soleil... A peine sorti de la torpeur éternellement nocturne de l’Usine que Jérémie se frotta les yeux. Il était resté trop longtemps dans son antre, le monde extérieur lui avait plus échappé que ce qu’il pensait. Et déjà, sur les rives de Boulogne-Billancourt, la nouveauté du Paris-Plage de cette année se préparait : de ce qu’il avait entendu cet après-midi à la radio, des navettes permettraient de rallier la ville au centre de la capitale, droit vers les rives aménagées pour l’été. L’animation était si entraînante que, pour une fois, Jérémie s’autorisa à faire le chemin à pied. En avance sur lui de quelques pas, son esprit vagabonda, l’imaginant traverser les rues aux côtés d’Aelita, le rose de ses cheveux s’accordant avec les mèches solaires du crépuscule, son rire chantant avec la rumeur des boulevards, et sa main s’approchant de la sienne… Tout rêve à part, la seule soirée qu’ils avaient passé ensemble, c’était après la première virtualisation réussie d’Aelita. Ce serait difficile d’avoir une meilleure occasion… Mais là aussi, Jérémie avait réfléchi à la question. Ces derniers temps, la jeune femme affichait une mine légèrement chagrine dès que quelqu’un évoquait ses futures vacances à la plage. Il était vrai que la métropole n’était pas une ville particulièrement côtière, mais peut-être que Paris Plage pourrait donner à la jeune fille un avant-goût, le temps que le génie propose à ses parents une semaine ou deux à la mer, et invite Aelita au passage… Oui, ça lui ferait sans doute plaisir ! Et maintenant que des navettes s’installaient à Boulogne…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Son esprit n’eut le temps de se prélasser dans sa rêverie que, déjà, les hauts toits du collège Kadic apparurent. Il jeta un coup d’œil à sa montre. 14h45. Presque pas en retard. Un rapide SMS d’Ulrich le prévenait que le cours s’était achevé, et que le groupe allait attendre dans le foyer que Jérémie les honore de sa présence. D’un sourire en coin, le jeune homme rangea son cellulaire et traversa les quelques mètres qui le séparaient de sa bande. Il circula entre valises et dernières accolades, salua Jim qui tenait son éternelle place à l’entrée de l’internat, et pénétra dans le sanctuaire de ses nuits blanches. Juste un rapide passage dans sa chambre, le temps de déposer un peu de matériel qu’il avait emmené avec lui à l’Usine, pour l’année. Il n’aura peut-être pas le temps d’y repasser avant de partir pour ses vacances, et ça l’encombrerait de passer l’après-midi avec. Il s’arrêta un instant sur les murs céladons, d’une régularité discutable comme toute infrastructure scolaire, mais c’était là que tout avait commencé. Le lit simple sur sa gauche, où il bavardait avec ses amis le soir, avant qu’ils ne tombent de sommeil, surplombé par la langue malicieusement tirée d’Albert Einstein, comme une idole à la science ; les armoires sur sa droite, remplies de matériel informatique, petite originalité comparativement à celles de ses camarades, occupées par des vêtements. Et enfin, en face de lui, les bureaux surchargés d’ordinateurs allumés en quasi-permanence, largesse que la direction kadicienne lui accordait pour « encourager son excellence ». Tel un ambon où le chef de la bande orchestrait les attaques, les plans de défense, les recherches stratégiques, en somme la vie de ses amis et la sécurité du monde, il y trônait de jour comme de nuit, quand ses cours ne l’accaparaient pas. Jérémie respira à pleins poumons l’air réchauffé par les machines en travail. Ça lui ferait bizarre de mettre l’ensemble en veille, pour l’été...

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Mais il n’y était pas encore. Jérémie vida son sac dans son armoire, ne gardant que son ordinateur portable et un chargeur, puis quitta son office dans un petit soupir. Il passa devant la salle des douches, où quelques étourdis cherchaient des affaires égarées avec l’aide un brin moqueuse de leurs camarades. L’ambiance y était plutôt bon enfant, dans le ton léger d’un dernier jour. L’écho de l’endroit amplifiait les vannes et les répliques, donnant une allure de joyeux bordel à l’ensemble. Jérémie sourit. A n’en pas douter, lui et ses amis y seraient ce soir, quand Odd se rendrait compte que quelque chose manquerait. Il semait toujours ses affaires partout…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Quand il atteignit le rez-de-chaussée, Jérémie eut un petit regard pour la cour. L’agitation n’avait pas changé en quinze minutes, mais le jeune homme se sentit surpris d’y trouver beaucoup de têtes connues. Lui, qui avant Lyoko, ne prêtait pas plus d’attention que les autres ne lui en accordaient, ne pensait pas pouvoir reconnaître et nommer tant d’élèves, y compris hors de sa classe. A force de les protéger, sans doute avait-il fini par développer de l’affection pour cet écosystème fait de rires, de chamailleries, de parties de foot ou de petits drames quotidiens. Il avait eu son lot, lui aussi, dans le fond… Visiblement, Anaïs Fiquet s’était trouvée un nouveau copain. Elle et Christophe Mbala ne décollaient pas. Jérémie se demanda s’ils devaient ça à une attaque de XANA. Après tout, il n’y avait pas de raisons que l’hostilité de l’Intelligence Artificielle n’ait d’effet que sur les Lyoko-Guerriers, non ? En tout cas, Emilie Leduc ne voyait pas ça d’un bon œil… Même Jim, rejoint entre temps par Mme Hertz, l’avait remarqué. Face à l’air désapprobateur de la professeure, il lâcha de sa voix trop enjouée pour ses propos cryptiques :

— Oh vous savez Suzanne, ce genre de chose, j’en ai connu dans le passé, à leur âge. Et puis, ‘faut que tout change pour que rien ne change !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Bon, inutile de chercher à comprendre. Jérémie avait l’habitude, aussi se contenta-t-il d’un sourire amusé. Et en ce qui concernait le drama kadicien qui se profilait… Affaire à suivre en Septembre.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Ah, Sissi et sa bande marchaient d’un pas décidé vers le foyer. Est-ce que Jérémie avait envie de rater une bonne vieille chamaillerie entre elle et Odd, voire Ulrich s’il était en forme ? Certainement pas. Ça aussi, ça faisait partie de l’écosystème. Il ricana d’avance, puis passa enfin la porte du foyer, d’où les voix de ses amis se distinguaient au milieu d’une affluence record. En effet, à l’intérieur on pariait sur le futur vainqueur d’une partie de babyfoot ou on profitait des premiers programmes d’été à la télévision… Mais aucune conversation n’était aussi animée que celle du canapé central où trônaient gaiement Odd, Yumi, Ulrich et Aelita. A en juger par l’hilarité générale, et l’air vexé de Sissi et ses sbires s’éloignant avec fracas, Jérémie avait dû arriver juste après la joute verbale. Zut, ça s’était fait trop vite… Bah, Odd se ferait sans doute un plaisir de la lui raconter. Le jeune homme fit signe à ses amis tout en se dirigeant vers eux. Odd le repéra et lui répondit d’un large geste de la main.

— Ohé Einstein, bon retour parmi les vivants ! Lança-t-il avec entrain.
— Tu as bien avancé sur tes préparatifs ? Demanda Aelita en lui laissant un peu de place auprès d’elle.
— Oui, je pense qu’on ne risque rien de majeur avant notre retour ici, souffla le génie en se laissant tomber sur le canapé. Et si jamais XANA tente un mauvais coup, mon ordi portable est sur le qui-vive.
— En clair, t’as bien mérité tes vacances, sourit la jeune femme. Ça va me faire bizarre de ne plus vous voir pendant deux semaines !
— A ce propos, tout est prêt à l’Ermitage ?
— Oui, on a réussi à récupérer des fruits à la cantine cette semaine, et avec notre argent de poche on a acheté le reste, répondit Yumi.
— Il y a justement une cave dans la maison, avec plein de rangements, compléta Ulrich. Enfin, si on fait abstraction de l’humidité… On a déjà déblayé une partie, ça devrait le faire pour du stockage.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png La conversation continua vers les distractions offertes à Aelita, Odd faisant même don de sa toute nouvelle console, une Nintendo DS que ses parents lui avaient offerte à sa sortie. L’ambiance s’installa dans son confort adolescent, à la fois mêlée à la menace XANA et à la perspective que tout se passerait mieux que redouté. Ce fut à peine si, lové dans les rires de ses amis, Jérémie manqua le signal d’alerte de son ordinateur.

— Jérémie ? Je crois qu’on te sonne… Le secoua Aelita de sa douce voix.
— Hein ? Oh euh… Mince, tu as raison ! Bredouilla le génie en sortant la machine de son sac.
— XANA ? Il veut nous souhaiter bonnes vacances, c’est ça ? Ironisa Ulrich.
— J’en ai bien peur. Tour activée, mais pas d’évènements bizarres annoncés pour le moment. Bon, on y va quand même.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Dans une parfaite chorégraphie, le groupe abandonna à grands regrets le canapé et trottina vers la sortie. Odd et Aelita prirent de l’avance, suivis de près par Yumi. Jérémie voulut les suivre, mais Ulrich lui fit un signe rapide. Ils laissèrent un peu d’avance au groupe, qui déjà glissait vers le gymnase avec enthousiasme. Visiblement, pour leur dernière de l’année, ils voulaient s’amuser un peu et prendre le passage de la chaufferie. Soit, soit… Il y avait trop de monde dans le parc pour être discrets, donc l’idée se défendait, mais surtout c’était rare d’avoir autant d’entrain sur le chemin du champ de bataille. Après tout, c’était… Rafraîchissant.

— J’ai profité de l’aménagement de la cave à l’Ermitage pour préparer « ce que tu sais », lança Ulrich en retrouvant l’attention de son ami. Elle trouvera bien les billets de bateau dans sa chambre, quand vous vous y rendrez. Pour le reste, ce sera à toi de jouer !
— Oh ! Merci Ulrich, tu me rends un fier service, je n’aurais jamais eu le temps avec…
— Ouais ouais, t’inquiète, je sais ce que c’est. Et t’aurais fait pareil pour moi et… Enfin, pour moi, si ça se présentait.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Jérémie eut un petit sourire. L’approche du mois de Juillet avait remonté Ulrich à bloc concernant son histoire avec Yumi, à tel point qu’il en avait perdu toute discrétion. Naturellement, la jeune femme était la seule à ne pas l’avoir noté, mais les internes du groupe commençaient à remarquer l’impatience de l’adolescent les matins, juste avant 9 heures et l’arrivée des externes au collège. A priori, il n’avait rien de prévu pour lui et l’élue de son cœur, mais Jérémie espérait qu’en prenant son courage à deux mains concernant Aelita, il servirait d’exemple. Et qui sait, il pourrait même lui venir en aide à son tour…

— Allez, t’auras tout l’été avec Yumi, je suis sûr que vous pourrez vous organiser un truc aussi, non ?
— Ha. Ha. Encore faudrait-il que je puisse lui en parler. J’sais même pas si elle accepterait. Je préfère patauger que me prendre un « copain et puis c’est tout » de plus.
— Tu n’es pas obligé de la demander en mariage, mais passe juste du temps avec elle, sans disputes. Ça vous changerait, déjà.
— Ouais, t’as peut-être raison… On verra si je me sens d’attaque ou pas.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Une tapote amicale conclut la conversation. Le groupe venait d’entrer dans les égoûts. Ne manquait plus que leurs bécanes terrestres. Odd lançait déjà force provocations à ses camarades, dont l’une semblait avoir pour thème « des jambes aussi rapides que le cerveau de Sissi ». Ulrich, comme toujours, céda à la pique et accéléra le mouvement pour coiffer au poteau son ami et plaquer la paume de sa main sur son skateboard.

— Oh hé, j’étais pas prêt ! Maugréa Odd en giflant sa planche plus vivement, manquant visiblement de peu de se faire mal.
— Mais oui, mais oui… Dis plutôt que t’en as plus dans la bouche que dans les jambes, ricana Ulrich en s’élançant dans les couloirs des égoûts.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Le reste du groupe se regarda avec un air gentiment exaspéré, puis suivit leurs camarades. Yumi prit le dernier skateboard, Jérémie et Aelita leurs trottinettes attitrées, et ils filèrent dans le dédale de béton. La route fut rapide, inchangée depuis le premier jour, et ce fut sans encombre que le groupe émergea des sous-sols de la cité pour ressortir sur le grand pont donnant vers l’Usine. La fin du chemin se fit tout aussi normalement, pas d’alerte supplémentaire, juste cette tour qui s’embrasait à l’écran et les appelaient aux armes. Le faible niveau d’urgence de la situation décida rapidement de la répartition : Ulrich, Odd et Aelita seraient envoyés sur Lyoko, Yumi resterait en arrière pour assurer ceux de Jérémie tant que la nature de l’attaque n’était pas identifiée.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Sauf si…

— Non, attendez ! Il y a quelque chose…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Sous l’œil soudain horrifié de Jérémie, sa confiance en la situation vira au rouge. La tour était bien dans le territoire de la Montagne, mais il y avait autre chose… Une brume pesant soudain sur l’ambiance légère de vacances au sein du groupe…

— Le cœur… XANA a envoyé ses sbires dans le cœur ! Bon, Odd, tu restes avec Aelita, la priorité est encore l’attaque pour le moment. Ulrich, tu changes de mission.
— L’attaque, une priorité face au cœur ? Tiqua Aelita, le ton dubitatif.
— Pour le moment, il y a la cavalerie, mais elle ne fait rien. Et je préfère que tu aies une escorte. Trois monstres, je pense que c’est à la portée d’Ulrich.
— Sinon, je peux m’y rendre aussi… Hasarda Yumi, mais le chef l’interrompit.
— Quand on connaîtra la nature de l’attaque, peut-être. Pas avant.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Les trois guerriers acquiescèrent face au ton confiant de Jérémie, puis se laissèrent emporter par l’ascenseur. Yumi, elle, posa une main sur l’épaule de son ami.

— Tu as sans doute raison. Mais le cœur, ce n’est pas rien. N’hésite pas à m’envoyer, au besoin je me dévirtualiserai.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Le génie approuva distraitement, accaparé par le déploiement de ses troupes sur Lyoko. Il se tendit, redoutant un premier signe d’attaque pendant la virtualisation, mais tout se passa correctement. Odd et Aelita atterrirent dans la Montagne, Ulrich dans le 5ème Territoire. A peine se mirent-ils en route que la confiance déjà fragilisée de Jérémie s’effrita encore. Son logiciel espion vint aux nouvelles avec un appel aux polices de la cité : un poteau électrique s’était effondré dans la Seine. En parallèle, un homme avait été emmené aux urgences dans un état grave, après une électrocution survenue alors qu’il remontait le fleuve dans sa péniche...

— … Tu penses que c’est lié ? Se crispa Yumi derrière le siège du chef.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Ce dernier se reprit rapidement et alluma toutes les chaînes d’information sur son écran secondaire :

— Peut-être. Mais électrifier l’eau ? Il suffit juste d’éloigner les gens de la Seine, et la menace perd de son poids… A quoi joue-t-il ?

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Au fond, Jérémie avait bien une idée, mais elle ne présageait pas encore de quoi que ce soit. Il y avait bien Paris Plage en préparation sur les bords de la Seine, mais personne ne s’y baignait encore… Même pour une diversion, le temps d’attaquer le Cœur, ça manquait de subtilité… XANA n’avait clairement pas montré tout son jeu. Il y avait autre chose.

— Les amis ? Lança-t-il dans le micro le diffusant dans tout Lyoko. Il semblerait que notre ennemi ait piégé le fleuve. Je n’ai pas d’infos plus précises pour le moment, mais nous sommes déjà sur place, donc profitons de cette avance.
— Bien reçu Einstein ! Confirma Odd d’un ton enjoué. Aelita et moi on fonce à la Tour, XANA aura même pas le temps de dire « ouf » que Odd le Magnifique…
— Oui oui, allez-y, ne traînez pas !
— Roger, lança sobrement Ulrich en s’engouffrant dans le dédale vers le Cœur virtuel.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Yumi serra le cuir du siège dans son poing. Jérémie sentait son regard transpercer l’air par-dessus son épaule pour n’être dédié qu’aux écrans d’information. Elle était la seule externe du groupe, la seule dont la famille vivait en ville. Quand une attaque éclatait, elle avait un point de pression supplémentaire. Mais rien ne pourrait la rassurer, le chef le savait. Il fallait juste que tout se passe bien, ou qu’au pire il n’y ait aucune conséquence qu’un Retour vers le Passé ne pourrait arranger. Pour le moment, rien ne permettait d’être alarmiste. Mais au fond de lui, Jérémie trouvait ça pire. Avec le peu d’infos dont il disposait, comment pouvait-il s’organiser efficacement…

— J’y suis Jérémie, je suis au Cœur, annonça soudain la voix d’Ulrich. Et je confirme : au moins quatre Rampants sont sur place. En allant vite et par surprise, je peux gérer.
— Fais au mieux. Odd, Aelita, où en êtes-vous ?
— On s’approche. Mais j’ai comme l’impression qu’on a un comité d’accueil… Des Frelions, et peut-être un Mégatank. Tu les vois ?
— Hm… Oui, oui, je les vois. Faites attention, la Tour n’est plus très loin.
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https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png A l’écran de gauche, les informations glissaient, après un retour sur les incendies qui ravageaient le Midi et la Corse, ainsi que l’assassinat de membres de forces spéciales russes au Daghestan, vers l’affaire du poteau électrique dans la Seine. Certains témoins affirmaient avoir vu des sortes d’arcs électriques émerger de la surface du fleuve. Un début de rumeur commençait à grouiller dans les esprits tendus des riverains. Mais même si la situation était inquiétante, il n’y avait toujours rien de…

— Jérémie… Rappela Ulrich, un pic de stress dans sa voix. Y’a pas que des Ramp...

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png La seconde suivante, le guerrier fut brutalement interrompu. Signe qu’on venait de l’attaquer. Jérémie reporta son attention vers la fenêtre du Cœur. Face à l’icône d’Ulrich, il y avait celle, douloureusement implacable et connue du chef…

— William, grinça Yumi. XANA passe à la vitesse supérieure.
— Ulrich ? Relança Jérémie en observant la valse assassine des deux guerriers. Tu m’entends toujours ?
— Je sais pas si tu as remarqué, mais je suis occupé ! Railla Ulrich.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Ce n’était pas bon. Même au pire du pire, le samurai répondait toujours. La vigueur du combat à l’écran ne rassurait pas le chef. Un William qui nargue et déstabilise, c’est un William plus lent et enclin à l’erreur. Mais jamais il n’y allait franchement, sans préavis…

— Ulrich, attention au Cœur !
— Je suis au courant, Jérémie ! Mais… Aouch !
— Bon sang, il vient de te mettre quarante points de vie dans la vue !
— Il m’aura pas, je te dis ! Occupe-toi des autres, je gère !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Jérémie partagea son écran entre les deux arènes de combat, la crispation de Yumi irradiant dans son dos. Il revint à la situation dans la Montagne, incertain de ce qu’il devait voir…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Soudain, la voix d’Aelita résonna dans ses écouteurs :

— Jérémie ? On a eu les Frelions, mais le Mégatank nous pose quelques… Ah non !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Pas la peine de chercher plus loin pour deviner la raison du cri de l’Ange : trois Bloks fonçaient droit sur eux, sans laisser le moindre répit à Odd et Aelita. Ce dernier, d’ailleurs, avait déjà perdu trente points de vie… XANA voulait les surcharger. Il était rare qu’il envoie une aussi grande variété de monstres, surtout petit à petit. Mais même là, les craintes de Jérémie étaient contrebalancées par le niveau des sbires envoyés. Des Bloks, vraiment ? Où était la Méduse ? Quitte à occuper le seul Lyoko-Guerrier qui accompagnait Aelita, pourquoi ne pas saisir l’occasion pour s’en prendre à l’Ange de ce monde ? L’Intelligence Artificielle en faisait à la fois trop et pas assez. Et Jérémie avait l’impression d’en faire autant, par ricochet. Trop inquiet face au niveau de menace encore faible, pas assez troublé face au manque d’info…

— Nous sommes en direct du bassin de la Villette, où la situation est aussi incompréhensible qu’incontrôlable, tonna soudain la voix d’une présentatrice télé sur l’écran de gauche. Des arcs électriques parcourent désormais la Seine. Les forces de l’ordre sont sur place et demandent à la population de ne pas s’aventurer au bord de… Attendez, il y a de l’agitation…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Jérémie et Yumi se tournèrent d’un coup vers le direct. Alors qu’Ulrich et Odd perdirent ensemble vingt points de vie, le plan de XANA se révéla sous son vrai jour : la Seine était soudainement en crue ! Les arcs, poussés par la surface de l’eau, dépassaient les badauds et les camions de télévision, alors que le fleuve sortait de son lit dans une lenteur menaçante, envahissant lentement le trottoir. La foule commençait à fuir, sous les rappels à l’ordre fébriles des pompiers, alors que la journaliste et son cameraman suivaient le mouvement.

— Il va inonder la ville sous une eau piégée… Souffla Jérémie.
— De… Quoi ? C’est vicieux, ça ! Répliqua Odd en évitant de justesse le tir du Mégatank.
— Jérémie… Murmura Yumi, la voix blanche. L’eau monte trop vite, les pompiers…
— Non, il faut croire en nos amis, ils vont y arriver ! Ils peuvent encore désactiver la Tour !
— Jérémie, on a établi cette règle pour ce genre de situations… Je ne dis pas qu’on doit le faire tout de suite, mais je pense que…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Oh, le génie savait très bien de quoi elle parlait. Il se souvenait encore de la douloureuse conversation qui avait mené à l’établissement de cette règle, un garde-fou contre un espoir trop brûlant. Depuis cette fameuse attaque où XANA avait voulu court-circuiter la centrale nucléaire, le groupe avait toujours redouté la mission où la mort serait au rendez-vous. Afin de la garder éloignée le plus possible, ils avaient établi que, si un tel niveau de danger devait se représenter, la possibilité d’aller prévenir les autorités, quitte à régler la question au Retour Vers le Passé ensuite, devrait être étudiée. Mais non… Pour le moment, ils n’y étaient pas encore. Certes, le niveau de l’eau montait prodigieusement vite, mais… Non, ils avaient encore le temps, ils n’en étaient pas encore au point de non-retour…


— Ulrich, écoute-moi, reprit Jérémie en se redressant sur son trône. La situation devient critique sur Terre. Odd et Aelita s’en sortent, mais il faut à tout prix que tu l’emportes. On ne va peut-être pas virtualiser Yumi, tout compte fait.
— T’inquiète, c’est pas comme si je l’avais pas déjà fait. Je ne laisserai pas William gagner.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Sous ses yeux, Jérémie vit le point désignant Ulrich tourner et provoquer William, lui échapper et se glisser derrière lui. Le chef du groupe n’avait jamais vu son ami se battre, mais les fanfaronnades des guerriers après les missions lui donnaient quelques idées. Tous étaient d’accord sur un point : contre le sbire de XANA, il fallait être mobile. Et Ulrich était rapide. S’il lançait son triplicata, il pouvait même devenir excellent. Et pourtant, les Rampants continuaient d’attaquer le Cœur, fragilisant sans pitié ses boucliers, écrivant petit à petit le scénario catastrophe… Jérémie retourna son regard vers Odd et Aelita.

— Et vous deux, où en êtes-vous ?
— Oh, il n’est rien que je ne puisse vaincre ! Chantonna Odd qui venait effectivement d’achever un Blok.
— On avance bien, Jérémie, répondit Aelita d’un ton plus sérieux. On est devant la Tour, on doit juste passer la garde et on y est.
— D’accord. Odd, n’oublie pas de faire attention à Aelita. Ça devient urgent, ici, elle ne doit pas tarder à lancer le Code Lyoko.
— Chef oui-Aïe ! Mais prends ça, espèce de…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Plus que trente points de vie pour Odd… Ça chauffait vraiment, malgré ses vantardises. Et les nouvelles à l’écran de gauche n’étaient pas plus réjouissantes… L’eau électrique envahissait les rues de plus en plus vite, et à ce rythme, elle finirait par s’engouffrer dans les bâtiments… Yumi poussa un juron et se pencha sur le chef, l’air déterminé.

— Jérémie, laisse-moi y aller. Ne serait-ce que pour assurer nos arrières ! De toute façon on va lancer un Retour vers le Passé !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png L’idée ne plaisait toujours pas au jeune homme. Au-delà de son principe même — n’était-ce pas admettre qu’au fond, les Lyoko-Guerriers étaient plus irresponsables que ce qu’ils voulaient bien voir ?—, le risque était trop grand. Et si Yumi était contrainte de trop en dire, et que les autorités arrivaient à l’Usine avant même que Jérémie n’ait pu lancer le programme temporel ? Le laisserait-on faire ? Il en doutait. On l’éloignerait du panneau de commandes, on le traiterait comme un gamin dangereux, on les emprisonnerait, on lui enlèverait Aelita, et les victimes seraient toujours des victimes. Il s’était toujours un peu raccroché à l’idée que prévenir les autorités pouvait être un chemin plus direct vers la mort d’innocents que de s’enfoncer dans le secret. Mais ça n’était valable que si Yumi ne parvenait pas à arrêter les adultes… S’il faisait confiance à ses amis partis au front, pourquoi pas à elle ?

— Promets-moi de ne pas trop en dire. Et qu’ils ne viendront jamais ici.
— Je ferai au mieux, Jérémie ! Promis, je te tiens au courant !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Sans attendre, la jeune femme fila vers l’ascenseur. Le chef se frotta les yeux alors que la lourde ascension de la cage de fer grondait dans la salle. Il n’était toujours pas sûr de son choix… Mais se serait-il pardonné d’en avoir pris un autre ?

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Jérémie prit une grande inspiration et, du ton le plus stoïque qu’il avait en réserve, héla ses soldats :

— Yumi est allée prévenir les autorités, pour anticiper tout scénario catastrophe. Il faut à tout prix que vous en finissiez rapidement, ou du moins avant qu’elle ne revienne avec des adultes. Ulrich, tu n’as plus que dix points de vie. Tu te refais toucher, et c’est fini. Quand à toi Odd…
— T’inquiète, même à un point de vie, je… Houlà !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png A l’écran, le point d’Odd évita de peu un tir. Aelita essayait de passer les lignes ennemies, parvenant même à éliminer un Blok. Plus que deux, et ce foutu Mégatank qui la forçait à reculer à chaque fois qu’il envoyait son onde… Dans le fond, c’était un miracle qu’ils soient toujours sur Lyoko, alors que la bataille s’éternisait. Pourvu que Dieu, ou Franz Hopper, ou peu importe, en ait encore en réserve…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Soudain, William fonça à toute vitesse sur un Ulrich occupé à parer les assauts d’un Rampant. Jérémie le vit fondre sur le Lyoko-Guerrier, à bout de vie et proche du vide..

— ULRICH !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png En un instant, le point de l’ennemi recouvrit celui du soldat, le rouge s’abattant sur l’or. Jérémie retint son souffle, le cœur au bord des lèvres. D’un instant à l’autre, il allait voir la carte d’Ulrich s’effacer, et les rapprocher de la défaite…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png … Mais le point rouge ne s’arrêta qu’une demi-seconde. L’instant d’après, il continua sa course vers le vide. Puis il s’y noya. Ne laissant derrière lui que le point d’Ulrich, encore debout, ses dix points de vie encore affichés.

— OUI ! Bien joué ! S’écria Jérémie de tout son cœur sauvé de justesse.
— Ouais, il était coriace… Mais c’est pas fini, soupira Ulrich en s’avançant vers les Rampants.
— Attention, pas le droit à l’err…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Mais Jérémie n’eut le temps de finir son avertissement que, déjà, le guerrier s’élançait vers les sbires de XANA, à la vitesse d’un Supersprint. Il zigzaguait avec une vélocité folle, évitant adroitement les tirs que le premier Rampant lui dédiait. Rapidement, il fut sur lui et le faucha. Le coup fut si fort que, aussitôt après, toute attaque contre le Cœur fut redirigée vers le soldat. Ce dernier ne ralentit pas, toujours impitoyablement rapide et précis, transperçant un deuxième monstre…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Soudain, un violent cri perça les tympans de Jérémie sur l’autre canal. Odd. Bon sang, faites qu’il ne soit pas…

— YES ! Je te l’avais bien dit Einstein, rien ne me résiste !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png En effet, sur la Montagne, la situation semblait également se débloquer. Il ne restait que le Mégatank, qui continuait à viser Aelita mais toujours sans succès. Elle était si proche de la tour, plus que quelques mètres, mais cette foutue boule d’acier virtuel…

— Bon, à nous deux la grosse baballe ! S’exclama Odd en se faufilant entre le monstre et l’Ange.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Alors qu’Ulrich venait d’atteindre victorieusement le troisième Rampant et filait vers le quatrième et dernier, Odd évita de justesse un tir du Mégatank et tira en représailles. Malheureusement, la flèche ricocha sur la surface impénétrable, mais cela suffit à distraire le monstre. Aelita sembla comprendre la manœuvre et fonça tout droit vers la Tour. Elle allait la passer dans quelques instants… Et Yumi n’était pas encore arrivée. Ça pouvait le faire…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Dans la ville, le niveau de l’eau montait encore et encore, des riverains paniqués fuyaient ou tentaient tant bien que mal de monter sur le toit de leur voiture alors qu’ils étaient encerclés par la crue et ses arcs électriques… Il ne restait que quelques minutes, pas plus…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Le Mégatank chargeait un tir. Odd en ligne de mire… Et Ulrich était presque sur le Rampant…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png En une seconde, le tir passa sous le félin, qui riposta. Il poussa un long cri, pris dans son propre élan…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Et toucha le Mégatank en plein cœur, alors qu’Ulrich effaça le dernier Rampant d’un coup d’estoc.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Jérémie se tendit, retenant de justesse un cri de victoire. Le Cœur était sauvé, oui ! Ulrich et Odd avaient réussi, mais il restait Aelita… Il la vit entrer dans la Tour, enfin, alors que son index chargé d’adrénaline était posé sur la touche entrée, prêt à déclarer le Retour Vers le Passé, prêt à sauver son secret, et le monde avec…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Le Code Lyoko apparut. La Tour quitta sa funeste parure de rouge pour préférer le voile immaculé de la paix. Elle était désactivée. Et aucun adulte en vue.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Ils avaient réussi.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png D’un coup, un pilier de lumière froide illumina la pièce. Il gonfla et devint un dôme qui les engloutit tous dans une grande blancheur...

— Retour vers le passé.



https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png C’était comme si le flash temporel avait englouti le second 1er Juillet 2005 de Jérémie pour le rendre plus brillant. Remettre en place les protections anti-attaques en ayant déjà en tête ce qu’il devait faire avait même eu des allures de tranquille loisir. Il avait pu finir plus vite, rejoindre ses amis plus tôt et, sous les encouragements furtifs d’Ulrich et moins discrets d’Odd, inviter Aelita à une petite balade nocturne. L’internat serait encore ouvert jusqu’au lendemain pour les départs en vacances les plus tardifs, et Jérémie avait réussi à négocier avec son père qu’il vienne plutôt le chercher au matin. L’air ravi et joliment touché de la jeune femme lui donna une dernière poussée de courage, et c’est avant l’aurore, après que leurs amis étaient retournés à leurs familles, qu’ils étaient partis en ville. Il lui avait payé une glace sur les premiers stands qui fleurissaient au bord de la Seine, elle lui avait fait écouter son dernier remix pendant qu’ils étaient assis sur l’herbe rosissante, ils s’étaient arrêtés pour écouter les musiciens de rue et finalement, avaient été surpris par Notre-Dame sonnant la fin du jour. Le temps avait été trop court, Jérémie était persuadé qu’il aurait dû en faire et dire plus, mais pas question de rentrer trop tard à l’internat…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Et les voici, face au soleil déclinant qui peignait les couleurs de l’Ange de Lyoko dans le ciel du soir, ajoutant dans un collage surréaliste le squelette métallique du pont de l’Usine. Jérémie planait dans le tableau de l’aurore : Aelita à ses côtés, lui souriant, le faisant rire… Il savait que jamais il ne s’en lasserait. Elle était comme un rêve qui restait encore à approcher et représenter. Un tableau qu’il devait peindre à ses côtés, quitte à créer des nuances de roses qui n’appartiendraient qu’à elle. Aussi familières que la liqueur de cerisier ou le rosé qui trônaient dans le salon parental, subtil et liquide, miroitant des reflets à la surface du verre si délicat. A chaque fois qu’il la revoyait, elle était toujours plus proche de ses fantasmes les plus doux et poétiques…

— Jérémie ? A quoi penses-tu ?
— Que j’ai passé une très bonne soirée, avec toi, répondit le jeune homme automatiquement, sans même penser à son habituelle timidité, comme si la douceur du soir abaissait ses inhibitions et déliait sa langue.
— Oui, moi aussi. Merci beaucoup, Jérémie.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Il s’arrêta un instant dans sa rêverie. Le ton d’Aelita était soudain voilé de peine. Oui, la fin de la journée approchait, et demain elle serait seule dans la maison de son passé, en attendant le retour de ses amis. Il fallait relever le jeu, sortir la bouteille des grandes occasions. C’était sans doute le moment de lui remonter le moral en lui parlant de son projet…

— Tu sais Aelita, je sais que tu rêverais de faire comme nous, et de pouvoir partir en vacances. J’y ai beaucoup réfléchi ces dernières semaines, et je me dis que tu mérites d’avoir la même vie que nous, et les mêmes occasions…

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png La jeune femme n’ajouta rien, se contentant de pencher la tête sur le côté, attentive et curieuse. Jérémie suivit son rêve et posa doucement sa main sur celle d’Aelita, et ajouta dans un sourire :

— Tu vois les préparatifs qu’ils font, au bord du fleuve ? A la fin du mois, des navettes permettront d’aller jusqu’à Paris Plage depuis ici. Tu devrais voir ça ! Par exemple, il y a des bassins où se baigner à la Villette, et plein d’activités et de choses à voir… Ou, si tu préfères, tu peux juste t’installer au bord de la Seine et profiter du soleil. Bien sûr, ce n’est pas une vraie plage, mais en attendant que nous puissions aller au bord de la mer, nous pourrions prendre le bateau, descendre le fleuve, et passer beaucoup d’après-midis comme celui-ci… Qu’en dis-tu ?

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Aelita serra sa main plus fort. A la lumière mourante du jour, ses yeux semblaient étinceler. Des étoiles incandescentes à faire pâlir de honte le soleil.

— Ce serait avec plaisir, Jérémie ! J’aime beaucoup l’idée. J’ai hâte qu’on y soit !

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Jérémie rosit de plus belle à l’enthousiasme d’Aelita. Le temps se suspendit entre ses lèvres, le calice de la félicité prêt à être savouré. Il avait réussi, il avait ouvert son cœur, et son rêve se rapprochait de lui, irradiait de chaleur entre ses doigts. Le rose aux joues de l’élue de son cœur l’associa encore au ciel, pour les dernières secondes du soir. Il but l’instant présent, le laissa réchauffer sa gorge et son ventre. Rien que pour que cette vision l’accompagne toujours à partir de maintenant, il se montrerait fort.

https://i70.servimg.com/u/f70/11/34/80/05/49x710.png Derrière lui, l’Usine brillait, temple de son secret, genèse du chapitre le plus important de sa vie. Ça ne faisait pas si longtemps, mais il avait l’impression que c’était ainsi depuis toujours. Le début de son existence ne serait pas ce qui lui reviendrait en mémoire quand il s’éteindrait. Aelita tenant sa main, ses amis à ses côtés pour affronter leur ennemi, et la certitude qu’il serait, un jour, totalement maître du Temple et du destin du monde, et qu’entre ses mains le danger et la mort céderaient, ça c’était ce qui resterait après lui. Comme pour lui répondre, le ciel fit scintiller ses premières étoiles pour cette nuit, narguant le sombre goudron. Non, Jérémie n’était plus juste un passager de ce monde. Quand Aelita était là, il tutoyait les astres, frôlait les secrets de la vie et de la création. L’amour lui donnait des ailes plus grandes que ce qu’il pensait. Avec elles, il serait fort.

  Sujet: [Fanfic] Code Alpha 2.0 - Rainy Days [Chapitre 8]  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Ven 11 Sep 2020 13:06   Sujet: [Fanfic] Code Alpha 2.0 - Rainy Days [Chapitre 8]
Bonjour très cher Pilorde,

Ainsi, contre vents et marées, vous avancez ? En tout cas, ces dernières ont mis en retard le présent commentaire.

Il semble utile de commencer par parler du paratexte en tête de ces chapitre sept et huit.

Chacun a son approche propre, mais à titre personnel, c'est toujours le texte qui est pesé, et non son la personne réelle qui l'a écrit. Et s'il se dégage une atmosphère assez sombre du récit, il n'y a là rien qui permette de la rattacher à la vie de cette personne. S'il peut être intimidant de s'exposer en public de la sorte, il faut quand même garder en tête que le lecteur a une vision très différente du texte, n'y applique notamment pas les mêmes clés de lecture que l'auteur. Aussi ce qui est découvert et ce qui est celé ne sont pas si évident que cela.

Les chapitres sept et huit, donc. Nous voici rendus à la moitié du récit en somme. Cela commence à se ressentir : le décor achève d’être posé, les événements s’accélèrent.

A la réflexion, il est étrange d’avoir couplé les chapitres sept et huit plutôt que les chapitres six et sept. En effet, le thème du chapitre sept est incontestablement la mort et le deuil, faisant suite en cela à l’assassinat du chapitre six. En revanche le chapitre huit porterait plutôt sur la naissance : il n’est autre que le parcours de Violet devenant un individu, ce qui est une forme de naissance.

Pour en rester à ce point de vue thématique, Melvin et Ombre représentent ici deux manières d’aborder le deuil. De manière intéressante, Ombre n’est pas affectée par le fait qu’elle ait assassiné Jean. Non, la mort de ce dernier n’est que le catalyseur d’un mal-être plus profond. D’où l’intérêt du flash-back. Il vient montrer ce qui était en germe et permettre d’expliquer l’état d’esprit d’Ombre. Ombre représente de ce point de vue quelqu’un que la mort renferme sur elle-même. En même temps, Melvin a une réaction inverse : il cherche à partager et épancher. Dans les deux cas, ils sont mis face à l’absurdité final du monde qu’est la mort, ainsi que le dénote l’usage répété du mot « logique ».

Melvin doute. Il doute de sa valeur, de la nécessité de continuer. Pour lui, cette mort est le grand révélateur. Révélateur du grand jeu dans lequel malgré lui il est partie prenante. Révélateur de la qualité réelle des gens l’entourant, et de la vacuité des liens qu’il entretient avec eux. Melvin est trop creux de l’intérieur, ne s’attribuant de valeur qu’au travers des regards et attentions des autres. Ombre est trop pleine d’elle-même, elle déborde, et ces débordements tuent et l’isolent du reste du monde. Melvin se révolte ; Ombre voit sa révolte se briser.


A travers l’absurdité de la mort, Ombre doit faire face au doute final : quelle nécessité existe ou n’existe pas guidant à sa création, à son existence dans le monde ? Elle a goûté au fruit de cette liberté première et en trouve la leçon bien amère. Elle s’est posée seule et auto-suffisante face au monde. Ce faisant elle a vidé le monde autour d’elle. Et maintenant, tout bascule dans un vertige existentiel.

Cette attitude d’Ombre fait le lien avec le chapitre huit et son thème de la naissance par l’émancipation. Violette sait comment elle est née et pourquoi, et c’est après coup qu’elle éprouve les limites posées à sa naissance et se les approprie ou les défaits, ces limites n’étant autre que les connaissance et ordres fournis par Antoine. Elle transforme ces conditions initiales tout en restant dedans. C’est pourquoi elle cherche à renvoyer malgré tout l’ascenseur à Antoine. Ombre quant à elle s’est plus ou moins auto-créée ab initium. Par un acte de sa propre volonté elle est venue au monde. Et par d’autres actes de sa propre volonté elle n’a cessé de s’affirmer, en se coupant toujours plus de la source initiale sa naissance. Malheureusement, elle ne se débarrasse pas si facilement de son péché originel, ni de sa condition d’origine. Faute de l’avoir testé d’abord, elle s’y ramène toujours.

Au niveau du scénarios, ces chapitres sont une bonne avancée. Des choses dont on pouvait se douter sont confirmées : le fait que la fratrie doive battre Antoine sur Lyokô et non dans le monde physique entre autres. Ce qui suppose qu’ils arrivent à avoir un accès à un supercalculateur et des scanners. L’autre point sur lequel le doute est levé, c’est Alpha. Il semblait un peu étrange que ce dernier n’ait pas d’agenda propre. En somme, il y a là des avancées substantielles, tout en maintenant le voile de mystère nécessaire. De plus la fin du huitième chapitre annonce la reprise des activités virtuelles. De mémoire, 25 ans plus tard n’avait compris que quelques attaques, il est probable qu’il en soit de même ici. Il reste aussi à voir si et comment la fratrie va manipuler Ombre.

Vraiment, il s’agissait là de deux bons chapitres. Avoir un chapitre du point de vue de Violet était une agréable surprise. La suite se fait déjà attendre.

Avant d’en finir, peut-être une hypothèse. Dans la mesure ou Violette est un corps relativement fonctionnel créé artificiellement à partir des scanners, qu’est-ce qui empêche Antoine d’utiliser le cadavre de Jean ? Il dispose de son cadavre, des données de ses précédentes virtualisations, des talents acquis lors de la création de Violette, il ne devrait dès lors pas être compliqué de récupérer ce cadavre, de le soigner et d’y implanter un esprit. De sorte qu’Antoine pourrait récupérer un pion de plus avec un corps plus robuste et fonctionnel que celui de Violet (quoique n’ayant peut-être pas ses extraordinaires pouvoirs).

Enfin, deux petites remarques d’orthographe relevées dans le texte, à défaut d’un relevé systématique :

- « de part ma jalousie », en fait « De par ».

- « Ca lui avait beaucoup plus », en fait kle participe passé de « plaire » est « plu »

Au plaisir de vous retrouver encore.
 

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