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  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2021  
Silius Italicus

Réponses: 25
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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Ven 31 Déc 2021 21:36   Sujet: Un voyage

https://cl.delfosia.net/projects/cda2021/t/22.png



Comment mesure-t-on la valeur d’un homme
En force, en taille, en poids
Ce qu’il a gagné, ce qu’il a donné
La réponse viendra
Elle viendra à celui qui peut
Regarder sa vie par les yeux de Dieu

Le regard divin, Le prince d’Égypte, 1998.


Le chemin s’étendait à perte de vue. C’était un large chemin de terre battue, plus emprunté par les cailloux que par les hommes. Néanmoins, on voyait se dessinait par endroit les traces de pneus si caractéristiques d’un tracteur. À droite comme à gauche, devant autant que derrière, s’étendaient la varenne. De temps en temps le regard venait butter sur quelques mamelons lointains ou sur un pilier granitique jaillissant hors de terre comme s’il avait poussé là, et pousserait encore, doigt tendus vers le ciel qu’il tentait d’atteindre.

Le ciel qui régnait d’un bleu sans nuage sur ces haut plateau. Ici, ni arbres, ni montagnes. Nul ne pouvait se masquer à lui. Nul ne pouvait y échapper. Ici, nulle barrière entre soi-même et les hauteurs. Il s’étendait à l’infini, à peine troublé par quelques écharpes blanches plissées qui ondulaient lentement bercées par les vents qui balayaient la lande.

Le soleil frappait. Pas plus que le ciel il n’épargnait ceux qui risquaient sur cette steppe, et chacun de peiner et d’ahaner sous l’effort, incapables de trouver le repos ou d’échapper à ce grand œil qui de ses rayons inondait tout ; non, il fallait trouver la force et avancer et braver les vents qui frappaient hommes et bêtes, qui les retenaient, aspirant chaleur et labeurs.

Pourtant, des voyageurs s’avançaient. Ils étaient quelques-uns tous les ans qui bravaient la montagne hivernale. Quelques fous ignoraient les clochers de tourmentes et s’en allaient provoquer leurs propres forces et les mesurer à ce que l’homme n’avait fait. Ils pouvaient alors contempler le linceul blanc purificateur. Au risque de se perdre, d’échouer à jamais, coincé entre les brouillards gris et le sol d’albâtre. Ils allaient, et venaient, cherchant désespérément la mélodie étouffée par la brume. À droite, à gauche, ils tournaient en tout sens, oublieux des ravines et des combes à mesure que leur folie se révélait à eux.

Parfois, ils ne revenaient pas.

Ceux qui revenaient ne parlaient. Ils n’avaient nulle photo glorieuse. Nul triomphe à partager. Juste une leçon, gravée au fer rouge dans leur âme, et bien souvent, la nuit, ils se réveilleraient en sursaut pour rendre grâce de la miséricorde qui leur avait été faite.

D’aucuns ne défiaient pas insolemment. Ils attendaient l’estivage. Ce n’est qu’alors qu’ils osaient, et sous le soleil, ils avançaient, préférant celui qui règne au plus haut des cieux aux soupirs lymphatiques des âmes en peines qui couvraient la bruyère d’un voile de plomb.

Ils pouvaient alors contempler le vaste plateau qui s’offraient à leurs yeux, mais se refusait à se laisser saisir et prendre si facilement. Des champs de bruyères formaient de vaste plaques héliotropes rompant la monotonie des pâturages jaunes et de leurs quelques taches de vert.

Mais il fallait avancer. Car nul ne pouvait s’échapper sous ce ciel uni qui laissait le soleil donner toute la mesure de sa gloire.

Mais il fallait avancer, car le vent avait tôt fait de diminuer vos ardeurs, à mesure qu’il pénétrait manteaux et pulls et entamait votre volonté.

Un pas après l’autre, sous le regard céleste, exposées aux éléments, un pas après l’autre avançaient Tamiya et Émilie.

Seules elles allaient, cheminant toujours plus avant, malgré la transpiration, malgré les cuisses implorant le repos. Elles marchaient, toute volonté tendue vers le prochain pas, puis le prochain… Il en serait ainsi jusqu’à l’étape, lorsqu’enfin, elles verraient une halte, aménagée pour le confort des hommes et le repos des âmes.

Elles avaient choisi. Elles avaient voulu faire ce chemin, faire ce qu’elle n’avaient jamais fait. Partir. Loin. Partir et essayer de se montrer digne. Pourtant, le doute les taraudait. Nulle ne l’avait dit à l’autre, mais toutes savaient.

Y’arriveront-nous ? Suis-je assez forte ? Est-ce que… Ne faudrait-il pas s’arrêter ? Je suis tellement fatigué… Un peu de repos. Juste un peu. M’asseoir quelques minutes… après… après je pourrais repartir…

Ainsi cheminaient leurs pensées.

Nulle ne le disait ; Toutes le savaient.

Elles avaient cru que la montée sur le Sauveterre serait le plus dur. Qu’après, une fois en haut, la parties serait jouée. Elles connaissaient leurs limites, c’est pourquoi elles avaient choisis avec soin les sections du chemin qu’elles allaient faire.

Elles avaient évité le Mailhebiau en remontant la vallée du Lot, néanmoins, une fois parvenue à Banassac, elles n’avaient plus eu le choix. Il leur avait fallu traverser le Sauveterre. Elles avaient choisi de faire le trajet vers le sud et de rallier Saint-Rome de Dolan et de là, Meyrueis.

— Franchement, tu n’aurais pas pu mieux lire la carte !
— Et toi, alors, répliqua Tamiya ? Tu les a regardé les itinéraires, non ?
— Mais comment tu as pu oublier qu’il y avait une foutue rivière au milieu ! Tu avais dit qu’une fois montées sur le Causse on serait bonnes et on n’aurait un terrain plat jusqu’à la descente sur Saint-Guilhem !
— Oui, ben toi aussi tu n’as rien vu ! Et puis j’y peux rien, sur le site, il y avait juste marqué « Causse » en gros, et pas de relief. Moi, je me suis dit que c’était bon ! Et puis, c’est toi qui a voulu qu’on coupe pour aller directement de Saint-Rome de Dolan à Meyrueis plutôt que de suivre le Tarn et de faire les corniches de la Jonte à partir du Rozier.
— Oui, ben les chemins à flanc de collines avec 300 mètres de vide, très peu pour moi. Déjà, la descente aux Vignes m’a suffi.
— Oui, ben si tu n’avais pas refusé d’aller à Saint-Énimie puis de descendre en canoë jusqu’aux Vignes…
— Oui, je ne savais pas que j’avais le vertige moi! J’ai juste vu que cela nous prendrait du temps et de l’argent. Et on a pas beaucoup des deux je te rappelle, coupa Émilie.
— Oui, ’fin c’est quand même toi qui a insisté pour qu’on coupe à travers le causse.
— D’accord ! Je ne savais pas qu’il ferait aussi beau ! Et froid ! Voilà ! Tu es contente !
— Non ! Épuisée. Si je ne l’étais pas autant, j’en aurais encore pour toute la journée !
— Qu’est-ce qui m’a pris de faire cette randonnée avec toi déjà ? Demanda Émilie un brin sarcastique.
— Coup bas, ça !
— Oui, c’est bon… de toute façon, autant garder nos forces. On va en avoir besoin.

Ainsi marchaient-elles, le souffle court, le pas lent, échangeant des remarques sur leur situation. Non qu’elles aient eu autre chose à faire. Et puis, c’était une manière faire ce qu’elles étaient venues faire ici. Ne pas penser au reste. Dans le fond, elles le savaient. Comme elles savaient que leurs remarques étaient vaines. Toutes les décisions, elles les avaient prises ensemble. Sur le coup, chacune avait paru bonne. Mais, au fur et à mesure qu’elles avaient avancé dans leur voyage, il y avait eu une accumulation d’erreur, de déviation… Elles payaient un lourd tribut en effort de ne pas s’être assez renseigner auparavant. De ne pas s’être assez exercée dans le passé. De ne pas s’être connues elles-mêmes autant qu’il aurait fallu.

Elles s’étaient crues à la hauteur.

L’étaient-elles ?

Elles en doutaient maintenant.

Voilà qu’un vulgaire sentier les défiait et que toutes deux, en silence, envisageaient de rebrousser chemin. Rien que d’y penser… eh bien… cela faisait mal. Après tant d’obstacles vaincus, après… après tout ce qui s’était passé.

— Dit, Émilie ?
— Hmm ?

La voix d’Émilie sortait difficilement. Elle avait le souffle court.

— On va aller au bout, hein ?

La voix de Tamiya était pleine de timidité. À la fois craintive et pleine d’espoir.

— Oui, on va aller au bout. Plus que cent trente kilomètres. On a déjà fait une bonne moitié.

Sans dire un mot de plus, elles continuèrent leur chemin, arpentant les terres si rebelles aux hommes. À chaque foulée, elles se rapprochaient un peu plus. De quoi ? Elles n’auraient su le dire précisément. Ce n’était pas seulement leur objectif, leur destination. Après tout qu’importait que ce fut Saint-Guilhem ou une autre ancienne abbaye ? Non, il leur semblait que c’était plutôt le fait d’avancer qui importait.

Elles avançaient. Et chaque pas les rapprochait de la destination. Chaque pas était un muscle bandé, muscle physique, mais aussi psychique, volontaire.

Un seul chemin. Un monotone paysage de jaune taché de vert. De temps en temps, un chaos dolomitique. Parfois un champ de bruyère. Elles espéraient pouvoir en trouver un quand tomberait la nuit. Il ferait un endroit parfait pour dormir.

Une seule voie donc. Il n’y avait qu’à mettre un pied devant l’autre, à ne se concentrer que sur cette seule action et à laisser tout le reste s’en aller et disparaître.

Tamiya se sentait plus libre ainsi, alors que son esprit cessait de papillonner d’un sujet à l’autre, d’un cours à un contrôle, de l’inquiétude pour un ami à son prochain rendez-vous… Ici, au milieu de nulle part, elle pouvait se débarrasser de tout cela. Autour d’elle, le monde s’étendait à l’infini. Il se déployait, indifférent aux femmes et à leurs peines. Il était, et elles aussi étaient.

Émilie n’aurait su dire ce que c’était. Non que ce fut ineffable, mais… elles n’avaient pas les mots. Mais, sur ce plateau, sous le ciel céruléen, elle sentait qu’elle existait. Par elle-même. Étrange que ce soit dans la solitude ou peu s’en faut, que je me sente être, et non dans mes contacts avec les autres, dans le tissu de contacts, d’amitié, de liens, obligations et devoirs qui forme la trame de ma vie.

Je suis bien contente qu’elle soit à mes côtés, pensa Tamiya, sans elle, je me sentirai perdue et effrayée. Je ne sais pas comment elle fait pour supporter ça. Je me sens si seule, même avec elle. Je pensais… je pensais que juste nous deux, ce serait bien, mais… il n’y a rien ici. Et nous sommes trop fatiguées pour parler lorsque nous nous arrêtons le soir. Trop fatiguées pour quoi que ce soit d’autre que de faire notre repas et dormir. Je me sens si seule… si… frigorifiée. Pourtant, il fait chaud. Je transpire tellement j’ai chaud. Mais… j’ai froid… ailleurs, dans ma tête. Je me sens vide, au bord d’un ravin qui va m’avaler. Il n’y a que lorsqu’elle me parle que…

Sous ciel et soleil, elles allaient, foulant la terre de leurs pas fermes. Le silence les accompagnait, confident secret de leurs plus intimes pensées. Était-ce la seule récolte de leur cheminement ? Un silence d’or ?

Tamiya ne s’y résignait pas. Elle marchait, mais n’arrivait à se concentrer sur… eh bien ? Sur quoi se concentrer au juste ? Par une sorte de pente naturelle et familière, il voulait se pencher sur ce sur quoi elle ne voulait se pencher. Mais, son esprit, n’était-ce pas elle-même ? C’est drôle, c’est moi et en même temps quelque chose que je ne veux pas. Je ne l’avais jamais perçu de manière si aiguë auparavant. Il y a toujours dans de choses à faire, d’impulsions concourantes, parfois contraires ou contrariantes. Là, il n’y en a plus… enfin, presque plus. Et je peux… les faire taire. Au moins pour un temps.

Tamiya avait l’impression d’être sur la bonne voie. Elle ne savait pas trop pourquoi, mais elle sentait qu’elle parcourait un chemin intérieur en même temps qu’elle arpentait le causse Méjean, entre Tarn et Jonte. Elle avait dans l’idée que c’était un bon chemin. Un chemin qu’elle n’avait jamais vu avant, parfois perçu, mais toujours de manière diffuse. Comme une possibilité, une gemme cachée sous un tas de fatras. Mais, maintenant, dans leur dixième journée de randonnée, elle commençait à entrevoir quelque chose.

Émilie se prit à sourire. Elle ne savait pas trop pourquoi. Elle se sentait grisée. Le vent soufflait et passait sur son visage. Elle le sentait refroidir la peau brûlante de ses bras. Elle était épuisée mais exalté. Il faisait beau et bon, le paysage autour d’elle était splendide, et elle avait sa bien-aimée avec elle pour lui. Elle se mit à marcher avec plus d’entrain, sentant se muscle se délier, comme si une nouvelle source d’énergie avait éclos dans son corps. Elle se sentait apaisée, loin de tout soucis, et surtout, il lui apparaissait évident — maintenant — que ces soucis n’en étaient pas vraiment. Ils étaient des entraves dont elles pouvait… non se débarrasser, mais leur donner une plus juste portée. Comment dire ? Recalibrer leur poids émotionnel ? En somme, garder en tête que c’était des choses à faire, importante, et en même temps avoir conscience de leur parfaite relativité.

Mais relativité par rapport à quoi ? Relatif, c’est toujours par rapport à quelque chose d’autre. Enfin, je crois que c’est ce que nous avait expliqué la prof. Là, ils ne sont pas relatifs à d’autres soucis. Je n’en ais pas d’autres. Et puis si c’était ça, ces autres soucis seraient autant de statère qui viendraient s’ajouter à l’ensemble. Je ne sais pas… c’est autre chose, ils sont relatifs… mais à quoi ? Pas à quelque chose qui soit de même nature. Je crois que ce serait le mot..

Elles allaient le long du chemin. Un jour, il se finirait. Un jour, elles redescendraient puis arriveraient.


Un jour.

Mais ce n’était pas ce chemin qui leur importait maintenant. Elles avaient compris. Ce n’était qu’un signe appelant à autre chose.

Mais quoi ?


_________________



Vint le soir. Il tomba progressivement. Ici, sur le causse chauve et désolé, la lumière restait longtemps à lutter contre les ténèbres. En revanche, le froid envahissait vite les corps.

Émilie et Tamiya cherchaient un champ de bruyère pour dormir. Elle ne trouvait que la lavande dont la douce fragrance emplissait l’air.

— Attends !
— Qu’est-ce qu’il y a, demanda Émilie.
— Là-bas ! Il y a du feu. Enfin, je crois.
— On a vu personne de la journée. Jamais vu un endroit aussi désert.
— Allez, cela vaut le coup d’aller voir, non, insista Tamiya.

Émilie eût beau maugréer, elle se laissa conduire.

En effet, c’était bien un feu. Autour, une quinzaine de personne qui mangeaient. Quelques unes discutaient à voix basse, à peine audible.

— Bonsoir Mesdemoiselles. Souhaitez-vous partager notre feu ?

Un homme s’était levé à leur approche. Il portait une djellaba marron rayée de blanc, en tissus grossier. En se levant, il avait rabattu sa capuche pour rendre plus visible son visage. Il avait la quarantaine et portait des lunettes rondes comme son visage. Il arborait un grand et joyeux sourire.

— Mais, qui êtes-vous ? Demanda Tamiya.
— Je suis le père Dumachus, répondit l’homme. Mais il fait un peu frais maintenant que le soleil est tombé. Venez, rapprochez-vous du feu !

Il dit et d’un geste de la main fit signe aux jeunes filles de venir s’installer dans le cercle d’humains qui entourait le foyer.

— Allons, asseyez-vous, et laissez un peu tomber votre barda. Vous avez marché toute la journée visiblement. Il est temps de vous reposer.
— Mon… père ? Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ? Nous n’avons croisé personne de la journée.
— C’est normal. C’est pour cela que nous sommes venus ici. Nous sommes des goums.
— Des goums ?
— Des pèlerins si vous voulez. Nous sommes venus passer une semaine au désert… Ces lieux sont comme un désert, non ? Tous les soirs nous nous retrouvons pour dîner d’un peu de riz après avoir passé la journée seul, en silence, à marcher sans avoir de destination.
— Mais, pourquoi faire ça ?
— eh bien, ne le faites-vous pas mesdemoiselles ? Vous marchez dans un lieu désert et reculé, pourquoi ? Pour les gens qui choisissent de faire un goum, il s’agit de revenir à l’essentiel. De trouver du temps sans distractions, pour se concentrer sur ce qui est essentiel. C’est une ascèse. Mais, c’est très difficile à faire dans la vie ordinaire.
— Ah ? Même pour un prêtre ?
— Oh que oui ! Ça occupe d’être prêtre, vous savez ? Conseil pastoral par-ci, confession par-là… équipes notre-dame, catéchisme, parcours alpha… nous avons souvent du mal à trouver du temps seul et solitaire. Et pourtant nous en avons besoin. Généralement, nous passons nos vacances dans des monastères justement pour ça. Cette année, j’ai choisi d’accompagner un goum.
— D’accompagner ? Vous n’êtes pas participant, demanda Émilie, qui s’était tue depuis le début de la conversation.
— Pas tout à fait. Pas seulement. Je célèbre une messe tout les matins et je dispense les sacrements à ceux qui en ont besoin. Et je reste disponible pour ceux qui auraient besoin de parler.
— Ah, je vois, répondit Émilie, sans trop savoir que dire d’autre.
— Vous voyez, ceux qui ont lancé le mouvement des goums pensaient que le contact de paysage vaste et désertique, ainsi que le silence, nous donnent à tous l’occasion de rencontrer notre propre vulnérabilité. De s’interroger sur nos vies aussi… mais aussi de se concentrer sur ce face-à-face spirituel que nous évitons tant dans nos vies.
— Quel face-à-face ? demanda Tamiya.
— Comment dire ? Il y a déjà eu dans vos vies des choses que vous vouliez absolument ne pas faire ?
— Oui, bien sûr, répondit Émilie. Souvent.
— Et vous les faites immédiatement ?
— Heu… non, en général, j’attends.
— Qu’attendez-vous ?
— De ne plus avoir de choix, ou que les conséquences soient trop importantes.
— Exactement. Vous attendez, et que faites-vous en attendant ?
— D’autres choses. Des choses plus faciles. Plaisantes. Je m’occupe pour éviter d’avoir à penser à cette tâche difficile.
— Tout à fait. Vous vous distrayez… Au fait ? Je suis distrait, mais… quels sont vos noms ?
— Émilie.
— Tamiya.
— Donc, nous voulons éviter ces tâches difficiles. Donc nous fuyons, nous nous occupons à d’autres choses. Nous savons que nous devons faire cette chose difficile, mais nous la recouvrons, la faisons disparaître sous une montagne d’occupations moins importantes, et souvent, insignifiantes.
— Mais il faut bien prendre du temps pour nous ! Intervint Tamiya. On ne peut pas être tout le temps à faire ces choses reloues !
— Y en-a-t-il tant que cela ? Tout ne serait-il pas plus simple si nous nous y attaquions dès le début ? Plus sain aussi ?
— Je crois que je comprends. Tu sais, Tamiya, souvent la perspective de cette chose difficile à faire… elle me gâche le reste. Je peux l’enterrer, mais elle est toujours là, et du coup, ce qui devrait être plaisant et fun, discuter avec toi, dessiner… cela devient un moyen de passer le temps. Je n’y trouve pas de vrai plaisir.
— D’accord, mais quel rapport avec les goums ?
— Eh bien, pour certains parmi nous, une large part de nos vies est consacré à éviter de nous poser certaines questions. De donner des réponses à certaines interrogations qui nous titillent. Venir ici, c’est aussi descendre dans l’arène. Se confronter à tout ce que nous nous cachons dans la vie. Sans vouloir être indiscret, vous est-il arrivé, ou à vos amies, de tarder à rompre avec un copain ? Tout le monde autour vous disait de le faire, mais vous, ou votre amie, vous obstiniez à ne pas le faire, à ne pas voir que c’était fini ?

Il y eût un instant de silence, alors que les deux filles réfléchissaient à ce que leur disait le prêtre. Finalement, ce fut Émilie qui reprit la parole.

— Cela m’est arrivé. Je savais que… qu’avec Yumi s’était fini. Je le savais au fond de moi. Et toutes mes amies me le disaient. Mais, je refusais de me l’avouer. Alors, j’ai fait semblant. J’ai redoublé d’attentions envers elle pour ne plus y penser. Pour que ça… passe.

— à trois places à votre droite, Tamiya, il y a Théophile. C’est la deuxième fois qu’il fait le goum. Il vient parce qu’il se pose des questions sur sa vocation. Il se sent attiré par la vie monastique.
— Et ?
— Il est étudiant. Comme vous. Il a donc une vie bien chargée  : des études qui prennent du temps, des amies, une copine… Il vient pour trouver du temps loin de tout cela et se poser des questions sur ce qu’il veut faire dans sa vie. De sa vie. Au quotidien… il est toujours en train de courir. Ou trop fatigué pour penser sérieusement.
— Mais, c’est fatiguant de marcher toute la journée ici, non ? Et de dormir à la belle étoile ?
— C’est vrai, mais… ce n’est pas tout à fait la même fatigue.
— Vous ne pouvez pas juste lui dire d’aller dans un monastère et de devenir moine ?
— Je pourrais. Mais c’est un engagement particulier. Ce n’est pas juste une profession, comme médecin ou instituteur. C’est un choix de vie radical, exigeant. C’est une situation limite. Il faut y réfléchir longuement et faire attention.
— Attention, demanda Tamiya, curieuse ?
— Comme tout choix extrême, il comporte son lot de difficultés. Cela dépend de l’ordre qui l’attire, mais la pauvreté, le silence, la solitude… certains supportent mieux que d’autres ces choses-là.
— Mais, c’est forcé pour un moine tout cela ?
— Eh bien, les moines prêtent trois vœux : chasteté, obéissance, et pauvreté. Mais tout les ordres n’ont pas la même interprétation. Les jésuites insistent sur l’obéissance, perinde ac cadaver, à la manière d’un cadavre dit leur vœu. Les franciscains sur la pauvreté : ils ne possèdent rien, pas même leurs tongs. Les Chartreux vivent dans un silence presque absolu… Ce sont des manières différentes d’essayer de se rapprocher de Dieu. Le Christ n’était-il pas pauvre, avare de réponse, et obéissant jusqu’à la mort ?
— Les goums sont de futurs moines ?

Le prêtre explosa de rire.

— Pas du tout, Émilie. C’est un exemple. Un cas un peu particulier pour vous aider à comprendre. Il y a de tout ici, même si évidemment, nous attirons quand même un public plutôt croyant. Il y a des gens qui veulent juste une pause dans leur vie. D’autres du temps pour répondre à certaines questions qui les taraudent… Vous qui avez marché toute la journée dans le désert, n’avez-vous pas senti que votre esprit s’éclaircissait ? Que certains soucis se faisaient plus légers ?

— Si, répondit Émilie. J’ai eu l’impression de me débarrasser de certaines choses… et de pouvoir me poser des questions plus importantes… mais, sans trop savoir lesquelles.
— Certains, pas tous, mais je pense, beaucoup parmi nous, ont besoin d’aller au désert pour pouvoir se retrouver véritablement seuls avec eux-mêmes et se poser ce genre de questions. Nous nous les posons tous, non ? Que dois-je faire ? Que sais-je ? Que puis-je espérer ?
— Ils ne peuvent pas juste… vivre ? Ce n’est pas si compliqué, intervint Tamiya, un brin moqueuse.
— Est-ce si simple ? Pour reprendre l’exemple de tout à l’heure : parfois, nous savons, au fond de nous, qu’une relation est finie, mais nous ne l’avouons pas. Et même si nous finissons par le reconnaître vraiment, nous n’agissons pas. Vous ne croyez pas ?
— Heu si, mais alors, c’est comme ça la vie.
— Peut-être. Mais si vous pouviez prendre du temps pour démêler certaines situations plus embrouillées que notre exemple ? Pour faire le point sur ce qu’il serait bon de faire ?
— Mouais… je ne suis pas convaincue.


À nouveau, Dumachus éclata de rire.

— Je ne l’étais pas non plus il y a des années. J’avançais dans la vie, en faisant ce qui m’était possible. Puis un jour, on m’a fait comprendre que je ne faisais guère qu’appliquer des manières de vivre, d’avoir des problèmes et de les résoudre, que d’autres m’avaient inculquée.
— Et alors ?
— Je ne sais pas. Quitte à faire des erreurs ou même à réussir, je voulais que soit moi qui ai fait. Qui ait vraiment choisi de faire. Plutôt que de vivre enfermé.
— Enfermé ?
— Prisonnier de choix que je n’ai pas fait. J’ai fait ce travail de retour sur moi-même. Ce fut difficile, mais je n’ai jamais regretté d’avoir écouté mon intuition en la matière. De m’être arrêté quelques jours pour me poser de vraies questions et y chercher de vraies réponses.
— Et au bout de ça, vous avez trouvé Dieu et la prêtrise ?

Tamiya semblait sceptique.

— Tout à fait. Mais, cela ne s’est pas fait en une fois. Il m’a fallu beaucoup de temps. Cela étant, prendre du temps loin du monde et de ses trépidations, voilà qui est toujours utile, je vous l’assure. Certains choix — je ne vous apprends rien — sont difficiles à faire, difficiles à vivre. Et plus le choix est important, plus se convaincre que nous avons fait une erreur manifeste est compliqué.
— Vous croyez ?
— Bien sûr. Pensez, si demain je me réveille et que je ne crois plus. Que toutes les preuves ne me suffisent plus. C’est toute ma vie qui se trouve chamboulée. Comme j’essaye de ne pas être trop dupe de moi-même, je suis raisonnablement sûr que je résisterai à ces nouvelles convictions et que j’essaierai de continuer à être prêtre malgré tout. Mais sans aller dans un cas aussi extrême : le divorce ? Un engagement politique ? Votre implication dans une association. L’un de mes paroissiens a passé des années à être un militant anti-nucléaire avant de changer d’avis sur la question… Quitter son association, devoir assumer devant tous ses amis qu’il s’était trompé… C’est pourquoi il me paraît sain d’essayer de vraiment prendre au sérieux des questions sur ce que nous voulons et devons faire, et sur ce que nous pouvons en espérer.
— je ne suis pas convaincue. Nous avons passé toute la journée à marcher en silence, ou presque. La seule chose que j’ai trouvé, c’est du silence ! Rien d’autre. Pas de révélations, de grandes questions ou je ne sais quoi.

Tamiya fut la première étonnée de l’animosité des mots qui sortait de sa bouche.

— Je… euh… je suis désolé… je ne voulais pas…
— Ce n’est pas grave, je vous assure. Il est possible que cette méthode ne vous convienne pas. Ou que vous ne soyez pas dans le bon état d’esprit. Et puis, je vous barbe avec ces histoires de choix de vie et de chemin intérieur, alors que vous êtes gentiment venues partager notre feu et que vous avez votre propre randonnée à faire. Où vous rendez-vous ?

— Nous sommes partis de Conques, et allons jusqu’à Saint-Guilhem le Désert, répondit Émilie, soucieuse de calmer le jeu en ramenant la conversation à de plus neutres sujets.
— Tiens, c’est un trajet peu commun.
— Ah, nous voulions un trajet avec peu de mondes, et pas trop dur. On nous a conseillé le GR 6, surtout les partis dans le Massif Central. Les causses devaient être plat et sans difficultés. On s’est fait avoir par les rivières.
— Vous n’êtes plus si loin de Meyrueis. Vous voulez qu’on vous accompagne pour vous aider à descendre dans les gorges ?
— Non, le but c’est de le faire nous-même, seules.
— Pourquoi ce but particulier ? Excusez-moi, mais vous n’avez pas l’air très expérimentées en matière de randonnée.
— C’est le cas. C’est un test ? Une manière de… je ne sais pas… nous avions besoin de partir loin. Et surtout d’aller là où rien ne nous parlerait. Nous voulions être toutes les deux.
— Je vois.

Le sourire du père Dumachus s’était rétréci. Derrière les mots d’Émilie, il sentait une grande peine. Si grande qu’il leur avait fallu partir au désert pour essayer de l’apaiser. Il s’en voulut un peu, car sa réponse sonnait froide à ses oreilles. Il ne voulait pas presser ces jeunes dames, mais en même temps, il voulait pouvoir être là si besoin était. C’était un équilibre délicat à assurer, comme avancer sur le fil d’une lame.

— Il y a eu…

Tamiya s’interrompit avant de reprendre :

— Certains de nos amis sont morts récemment. Beaucoup. Des gens que nous aimions. C’est… difficile. Et une autre de nos amis… nous avons appris que c’est elle qui a organisé ces morts. Je ne sais pas pourquoi… je ne comprends pas : comment pouvait-elle leur en vouloir autant ? C’étaient ses amis à elle aussi ! Elle aimait Jérémie, bordel ! Je l’aimais et je ne comprends toujours pas.
— Les gens sont parfois étranges à nos yeux. Peut-être — sans doute — avait-elle ses raisons. Mais cela ne change rien à nos peines. Et parfois, il n’y a pas grand-chose à comprendre. Le mal existe. Le pire c’est que nous le commettons nous aussi.
— Comment osez-vous ! Rugit Tamiya.
— vous aimiez Jérémie aussi, non ?

C’était un peu osé comme gambit, et Dumachus espérait avoir raison.

— Oui, mais… cela n’a rien à voir. Je ne lui ais pas fait de mal. C’était lui. Il voulait sortir de sa relation avec elle !
— Et comment vous sentiriez-vous si quelqu’un venait convaincre Émilie de sortir de sa relation avec vous ?

Là, il était en terrain bien plus sûr.

— J’irais lui casser la… oh.

Elle le fusilla du regard.

— vous avez trompé et blessé votre amie en mettant le trouble dans sa relation avec Jérémie.
— Mais, il le voulait ! Et c’était pour son bien. Elle l’empoisonnait !
— Mais vous avez quand même fait du mal. Et le mal a des conséquences. Sur Jérémie. Sur votre amie. Nos actes nous suivent, et le mal appelle le mal.
— Mais ! C’était pour son bien, je vous dis !
— Je vous crois tout à fait. Mais, cela ne change pas grand-chose. Prenez quelque chose de plus anodin  : le mensonge. Parfois nous mentons avec d’excellentes raisons. En ayant à cœur le bien de la personne à qui nous mentons. Et c’est si anodin ! Mais nous allons devoir garder longtemps cet écart avec la vérité. Peut-être toujours. Et il va continuer à nous peser sur l’esprit. Cela aura des conséquences, dont beaucoup de désagréables. Par chez moi, on appelle ces mauvaise actions des péchés. Et le péché vient toujours avec sa punition.
— Mais… pourquoi je devrais être punie ?

Tamiya était perdue et en colère. Voilà qu’on lui faisait la leçon ! C’était elle, et Jérémie qui étaient pourtant à plaindre. Lui était mort ! Et elle… avait perdu son amour.

— C’est ainsi que fonctionne le mal. Ce n’est pas agréable. Et comme nous sommes limités, et que nos actes ont des conséquences… eh bien, nos péchés nous suivent longtemps, parfois avec des conséquences disproportionnées. Ce que nous pouvons faire… à part essayer de ne pas péché, c’est d’assumer les conséquences. Boire le calice des répercussion jusqu’à la lie, et tenter de corriger nos erreurs.
— Dites, vous êtes pas censé prêcher l’amour et le pardon ? Pourquoi vous êtes aussi horrible avec Tamiya ?
— Les parents punissent leurs enfants lorsque ces derniers font des bêtises, non ? C’est un peu pareil dans notre relation à Dieu et au mal. Cela ne change rien au fait d’être aimé, ni à celui de pouvoir être pardonné. Mais ce n’est pas parce que Dieu nous offre par sa grâce la possibilité de la rédemption qu’il devrait immédiatement corriger les conséquences de mes erreurs. C’est parce que j’ai fait le choix volontaire qu’il y a eût péché et maintenant souffrance.
— Mais ! C’est dégueulasse ! Vous croyez vraiment qu’on a à entendre ça, alors que nos amis sont morts ?
— Je suis désolé pour vos amis, et je compatis à vos pertes. Je comprendrai que vous ne souhaitiez pas que nous poursuivions ce soir. Avec votre permission, je vais me retirer pour cette nuit.


Dumachus attendit qu’Émilie hoche la tête avant de se relever. Il s’éloigna, alla saisir un sac dans une pile située non loin, puis disparut dans l’obscurité.

— Allez, Tami, on y va. J’ai vu un champ de bruyère pas loin.

Mais Tamiya ne voulait pas venir. Comprenant que son amour avait besoin de temps, Émilie se leva. Elle se saisit de leurs tapis de sol et sac de couchage et alla les installer sur le champ de bruyère, côte-à-côte.

— Vient !

Cette fois, Émilie saisit Tamiya par la main et la mena à leur petit nid. Elles se déshabillèrent à la lumière de leurs lampes de poches, puis, ayant enfilées leurs pyjamas se blottirent l’une contre l’autre sous leurs sac de couchage transformé pour l’occasion en couverture.

— Tu sais, depuis le début de cette randonnée, j’avais envie de m’emdormir comme ça… Tout contre toi et sous le ciel étoilé. Mais tu semblais toujours vouloir te glisser seule dans ton sac de couchage.
— Je sais. J’attendais le bon moment, je crois. Mais ici… il y a tellement d’étoiles dans ce ciel. C’est… beau !

Tamiya se tut un moment.

— Je suis désolé, je crois que j’ai un peu gâché ta soirée.
— Non, c’est ce prêtre. Il n’avait pas à te dire ça.

À nouveau, un ange passa.

— Je t’aime, Tami !

— Moi aussi, Émilie.

Morphée accueillit en son domaine les deux amantes épuisées.

_________________


Elles se réveillèrent tôt le lendemain matin. Mais moins tôt que les goums qui déjà s’agitaient autour de leurs rations de riz. Seul met de la journée. Le père Dumachus avait installé un autel, et bientôt, il célébra une messe.

Encore furieuses et embarrassées des événements de la veille, Émilie et Tamiya préférèrent partir discrètement.

À nouveau, elles marchèrent sous le regard du soleil. Lui seul était visible dans ce ciel céruléen. Lui seul contemplait la terre et ceux qui s’y agitaient.

À nouveau, elles marchèrent sans un bruit, perdues dans le silence et dans leurs intimités.

Elles allèrent bon train à travers le plateau.

Bientôt, elles arrivèrent en bord de falaise. Devant elles, de l’autre côté des gorges de la Jonte, s’étendait le Causse Noir, et derrière lui, le Larzac. Elles n’auraient pas à l’affronter : elles avaient préféré passer par les Cévennes. Mais bon, vu que leurs plans avaient beaucoup changé au cours de leur aventure…

Elles restèrent là un moment, à contempler l’harmonieux paysage qui s’offraient à elles, sans que nulle influence humaine n’y soit visible.

Mais, il leur restait encore bien du chemin avant d’avoir fini de descendre dans les gorges et de pouvoir dormir à Meyrueis.

Émilie se remit en marche.

— Émilie… Tu sais… J’ai réfléchi.
— À quoi ?
— Eh bien, je ne sais pas trop pourquoi. Mais ce prêtre… il n’avait pas tout à fait tort. Et puis, il ne me voulait pas de mal. Il voulait juste dire des choses que je ne voulais pas entendre.
— Si tu ne voulais pas, pourquoi te faire du mal en te les disant. Il se contredit un peu là.
— Non, je ne pense pas. Au contraire, il me disait la vérité, plutôt que de m’engourdir dans de gentils mensonges. Du moins, de son point de vue.
— Mouais.
— Émilie ?
— Oui ?
— Je crois qu’il avait raison.
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2021  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Ven 24 Déc 2021 12:40   Sujet: Dans la terrible jungle

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Il faisait chaud et humide. L’atmosphère était étouffante. Les insectes pullulaient. Sitôt chassés, ils revenaient de plus belle dans un vrombissement perpétuel qui à la longue assourdissait et étourdissait les humains qui avaient eu la malencontreuse idée de s’aventurer dans ce coin perdu. Un auteur imaginatif avait une fois qualifié l’Amazonie de « Septième Continent », tant il s’agissait d’une zone sombre sur les cartes : Ici, il y a des dragons.


Et de fait, malgré les satellites, malgré toute la soif d’exploration et d’aventure des hommes, les cartes étaient d’une totale imprécision. Non qu’elles aient été si mal dessinées que cela. Cette imprécision procédait plutôt du caractère… mouvant… des lieux. Chaque année, le fleuve redessinait les berges, les arbres tombaient et d’autres repoussaient… La vie en somme, avec ces contours flous et exubérants, difficile à délimiter, mais qui toujours cherchaient à occulter qu’ils naissaient de la mort, s’en nourrissaient et y retournaient.


« Fichue jungle. A-t-on idée de planquer de la haute technologie dans un lieu aussi reculé ! ».


Une fois de plus, le grand professeur Lowell Tyron râlait et pestait. Il était physicien lui, pas archéologue ou sociologue : sa discipline n’était pas un sport de combat.


Malheureusement, il lui était impossible de confier la tâche qu’il entendait mener à bien à quelqu’un d’autre. Les spécialistes des supercalculateurs quantiques ne couraient pas les rues. Sinon, il se serait rendu dans n’importe quel établissement scolaire et aurait pris le premier gogo venu… Non, à la place, il se retrouvait dévoré par les tiques et les moustiques de ce lieu de damnation !


Il pesta encore. Contre le SRC et SRA ! Si pitoyables, ceux-là. Ils n’avaient pu trouver un moyen de s’infiltrer dans ce labo perdu ! Ils n’étaient pas capable de le situer sur une carte ! Enfin quoi, une machine de 50 tonnes ! Et un réacteur nucléaire de 500 tonnes ! Ce n’était jamais que la bagatelle d’une centaine de 40’ qu’il avait fallu amener jusqu’ici. Sérieusement ! Une noria d’une centaine de camions au minimum ! Sans compter le reste du matériel ! Et ces idiots ne savaient rien ! Payez donc des impôts, tiens ! Non, le terrorisme ! Les sectes ! Bla bla bla ! Et l’intelligence économique, hein ? C’est fait pour les chiens !


Heureusement pour lui, les supercalculateurs quantiques étaient des structures très particulières, dons l’influence allait plus loin qu’on ne le pensait généralement. Enfin, c’était vrai des authentiques supercalculateurs quantiques. Pas des pseudos-calculateurs à la IBM ou Google ! Même pas capable de résoudre le moindre problème ! Non, les vrais, eux, pouvaient être repérés. Ils laissaient dans le réseau des traces caractéristiques. Avec le temps et le matériel adapté, on pouvait remonter jusqu’à eux. D’abord dans le réseau, puis de là dans le monde physique. Mais, c’était une tâche complexe et exigeante, parce que probabiliste. Même à lui, le Professeur Tyron, il lui avait fallu y consacrer l’essentiel de son temps et de la puissance de sa machine. C’est pour cela qu’il avait dû tenter le recours à des méthodes plus… artisanales pour tenter de repérer la base des intrus qui avaient parasité son supercalculateur. Parasité puis amputé ! Sitôt qu’il aurait de nouveau une machine pleinement fonctionnelle, il les retrouverait et leur montrerait de quel bois il se chauffait !


Oui ! C’était une bonne idée, cela ! Les transformer en bout de bois ! Puis les enfourner. Voilà qui serait approprié ! Et qu’ils grillent pour l’éternité dans les flammes infernales !


Les supercalculateurs quantiques offraient tellement de possibilités !

Toujours était-il que sa machine était en piteux état. Pour tout dire, il lui était impossible de la réparer. Pas sans certains composants très particuliers et difficiles à trouver. Et même alors, le virus était toujours présent. C’est pour cela qu’il avait besoin d’un autre supercalculateur. Or, il n’y en avait qu’un dont il connut précisément l’emplacement. Et dont l’emplacement fut accessible. Les autres étaient où dans des endroits improbables — une station spatiale — ou trop surveillés — même lui n’avait pas les moyens de faire face à une division de garde-frontière du FSB.

Donc, il se retrouvait à crapahuter au beau milieu de la jungle amazonienne.


— Attention Patron !

Une main le rattrapa in extremis, alors qu’il allait tomber dans un cul-de-basse-fosse. Au vu des bestioles grouillant au fond, il n’en serait pas ressorti intact… s’il en était ressorti.


Tyron grommela un vague remerciement à l’intention du ninja l’ayant sauvé et repris sa route. Toujours tout droit !

— Patron ! Il faut tourner ! Nous sommes en train de dévier de notre cap. Nous devons aller au nord-nord-est !


Et voilà que cela recommençait ! Tous ces arbres qui vous empêchaient d’aller droit !


Il détestait la jungle ! Comme toutes les autres forêts d’ailleurs ! C’est bien pour ça qu’il n’en avait pas mis dans son monde virtuel. Ce dernier était encore un peu vide. Mais, hé ! Rome ne s’était pas faite en un jour. Il prenait le temps pour parfaire son futur paradis. Une chose était sûre en revanche. Il n’y aurait pas d’arbres ! Pas de forêt ! Peut-être un terrarium. Mais ce serait bien l’extrême limite !


VLAN !


Tyron glissa dans une flaque de boue. Immédiatement il fut secouru par son escorte qui l’aida à se relever. Son coccyx en avait pris un coup. Il n’avait plus l’âge de crapahuter dans la jungle ! Eût-il eu un fils qu’il l’aurait envoyé là-bas !


« Mais quel idiot ! J’aurais dû récupérer la fille et l’envoyer ici. Elle n’avait pas l’air trop idiote, et elle est parfaitement jetable. »

Comme quoi ! Il s’était laissé aveuglé par ses soucis et son inimité. Oui, il aurait dû garder la fille. Elle ou l’autre salope… Bien des possibilités s’ouvraient à lui… Bah ! Il lui fallait d’abord en finir avec cette expédition.


Évidemment, il n’y avait pas trente-six routes pour arriver jusqu’à ce labo perdu dans la jungle. À dire vrai, il n’y avait qu’une piste. Sans doute créée et déblayé juste pour permettre l’accès à ce labo perdu. Aussi, il était hors de question qu’il l’emprunte. Autant se peindre une cible sur la tête et entrer nu sur le champ de tir au pigeon. Alors, il avait dû passer par des chemins moins… pratiques…


Et cela faisait donc quinze jours qu’il avançait — péniblement — dans la jungle. Ce que les camions avaient pu faire en moins d’une journée…


Tyron bouillait intérieurement. Et pas que. La rage lui faisait monter le rouge aux joues. Pareille chaleur avait le défaut d’attirer toutes les bestioles des alentours. Et il y avait belle lurette qu’il avait épuisé tout son stock d’insecticide.


« patience ! Patience ! Nous y sommes presque ! Et après je pourrais fuir cette jungle de malheur !


VLAN !


À nouveau, Tyron avait trébuché dans la boue. À présent, il ne se battait plus seulement contre les moustiques, la fatigue, ou la chaleur. Ses vêtements étaient lourds. Rendus rigides et pesant par la boue séchée qui s’y était accumulé, ils l’empêchaient de se déplacer librement. Il devait marcher lentement, à petits pas, adoptant une cadence qui ne lui était pas naturel. Et tout les dix mètres, ou peu s’en fallait, il devait se baisser pour éviter une branche, enjamber des racines, s’amincir entre des buissons urticants…


Bien sûr, il n’était pas venu seul. Il avait pris avec lui quelqu’un parmi ses ninjas qui avait de l’expérience sur ce terrain. Une excellente recrue, qui avait plusieurs fois prouvé sa valeur sur Céleste.


Néanmoins, il se méfiait un peu. Le pedigree de cette recrue était bien trop bon. Quelqu’un avec de tels talents n’avait que faire du poste proposé par Tyron. Le travail de laboratoire, même hautement expérimentale n’avait pas grand-chose d’exaltant pour quelqu’un qui avait fait carrière dans les commandos. Oh ! Il y avait bien eu un peu d’action sur Céleste, à cause des parasites, mais c’était une déviation totalement inattendue.


Bref, il était ravi d’avoir quelqu’un d’aussi compétent avec lui. Sinon, il n’aurait même pas envisagé ce voyage. Les contraintes logistiques liées à l’immigration illégale vers le Brésil avait empêchées Tyron de venir avec plus d’homme. Voilà pourquoi il se retrouvait — encore une fois — à devoir tout faire lui-même !


BLAM !


Une cuisante douleur lui cingla le visage !


— Patron ! Ça va ? Je vous avais dit de vous baisser ! Qu’est-ce qui…


Le regard courroucé de Tyron interrompit tout de suite son escorte qui préféra ôter son sac à dos et en sortir un baume apaisant. Tyron pour sa part retenait ses larmes et se demandait comment se venger de cette branche qui l’avait agressé.


— Patron ! On y est presque. Encore quatre kilomètres à vol d’oiseau. On devrait pouvoir s’arrêter pour camper à une heure de marche à peu près ce soir.
— Parfait. Combien de temps vous faudra-t-il pour procéder aux opérations d’éclairages ensuite ?
— cela dépend, mais… une journée. Peut-être plus en fonction du nombre de garde et de votre objectif précis.
— Je vois. Nous en reparlerons ce soir. Allons, reprenons. Trop de temps a été perdu ici.


Le Grand chef l’ayant ordonné, l’expédition se remit en marche. Ninja à l’avant, Tyron fermant la marche.


Quelques heures et au moins autant de chutes plus tard, ils débouchèrent dans une clairière. Les croassements des grenouilles — ou de quelques grenouilleries de ce genre — se faisaient entendre à proximité, indication claire qu’un point d’eau était situé non loin. Tyron et son escorte se mirent à monter le camp : aller chercher et faire purifier de l’eau, vérifier que la clairière était vide de termitière, ruche ou tanière, monter la tente… A peine avaient-il fini que la nui était tombée. Il faut dire que l’obscurité venait vite dans les tréfonds de la forêt, ou même le soleil de midi perçait peu. Les hommes y évoluait comme dans un perpétuel crépuscule.


Tyron alla se coucher tôt. Juste après avoir englouti son repas froid. Ils étaient en effet trop proche de la base ennemie pour risquer de faire du feu. Pour le moment, toute l’opération reposait sur la discrétion. Tyron avait certes un atout dans sa manche, mais l’utiliser n’était pas instantané et demandait que certains prérequis soient remplis. Si seulement son supercalculateur avait été pleinement opérationnelle ! Cet atout aurait été immédiatement déployable ! D’un autre côté, si sa machine n’avait pas été parasitée et contaminée, il n’aurait pas été pas en train de faire ce dangereux périple au bout du monde. Lorsqu’il retrouverait ces salopards, il s’assurerait qu’ils regrettent de l’avoir agacé. Car lui, Tyron, ne perdait pas son calme. Il ne se laissait pas aller à des explosions de rage ou de colères. Non, non, ces choses-là étaient inutiles. Comme tout autre émotion venant briser son équanimité. Il fallait rester flegmatique à tout moment. Ce qui ne l’empêchait pas, bien entendu de goûter certains petits plaisirs. Et puis… la valeur éducative ne se perdait pas dans une punition. Au contraire, cette pédagogie la gravait profondément dans l’âme de ses adversaires. Beaucoup l’avaient appris à leurs dépens au cours de la longue carrière de Tyron.
Ce petit Safari dans les obstacles et plaisirs du passé et dans les victoires à venir berça le sommeil du grand savant.

Il se réveilla vers 9h00 et trouva son escorte déjà en train de se préparer.

— Ah ! Patron ! Je pense que c’est le bon moment pour aller jeter un œil à cette installation qui vous intéresse. Par mesure de sécurité Je… eh bien… j’aimerais que vous veniez avec moi.
— C’est pour cela que je vous ai amenée, non ? Pour que vous assuriez ma sécurité, non ? Finissez de préparer ce qu’il vous faut pendant que je mange. Ensuite, on bouge.


Marie se remit donc à vérifier le bon fonctionnement de ses armes. En réalité, il y avait belle lurette qu’elle avait fini de se préparer. Mais bon, elle ne pouvait pas partir sans le patron. Surtout que c’était le seul à savoir ce qu’ils étaient venus faire ici. Elle avait fini par se faire à ses manières plutôt… brusque… Il était comme ses sergents instructeurs dans les paras. En moins valide, il fallait le dire. Car à l’époque où elle faisait ses classes, le sergent pouvait la maîtriser d’une main, sans forcer, tout en sifflant une blonde. Même aujourd’hui, alors qu’il y avait longtemps qu’elle n’était plus une gamine, elle n’aurait pas juré qu’elle aurait pu se faire le sergent Rousset en un contre un. Alors que le patron… Les labos cela n’entretient pas les muscles, ni le sens tactique d’ailleurs. Il parlait trop. À force, elle avait fini par se faire une idée de ce qui les attendait. À savoir une installation scientifique bourré de monde et sous protection militaire. Franchement, elle voyait mal comment il comptait faire. Elle était fortiche, mais pas au point de se farcir plus d’une section à elle seule.

Cependant, elle devait avouer que ce voyage l’avait fait changer d’avis sur son patron. Au début, elle s’était dit que sa venue en personne était une lubie. Qu’il ne tiendrait pas le coup et repartirait assez vite en la laissant seule pour mener l’opération d’éclairage. Au lieu de quoi, il avait tenu le rythme. 10 jours à crapahuter dans la jungle, ce n’était pas rien. Surtout au vu du nombre de gamelles qu’il accumulait. Non, elle n’était pas loin d’être impressionnée par sa détermination. Or Marie aimait à penser qu’il n’était pas si facile de l’impressionner lorsqu’il était question de prouesses physiques. Elle en concevait un respect nouveau, ou peut-être plus exactement, elle avait étendu son respect à des dimensions nouvelles de l’homme qui l’employait.


Il ne lui fallut pas longtemps pour finir son repas. Après tout, il n y’avait pas à attendre qu’il fut chaud. Ils se mirent donc rapidement en route. Il leur fallut une petite heure pour arriver en vue de l’objectif.


Devant eux se dressait un petit complexe scientifique ceinturé de murs en béton armé. De vastes panneaux solaires devaient servir à alimenter l’ensemble en énergie. Néanmoins, les arbres se dressaient beaucoup plus haut que les cinq ou six étages des bâtiments.

— Patron, il y a des alarmes et des caméras partout, dit Marie alors qu’elle inspectait les lieux avec ses jumelles. Et les désactiver cela va être difficile vu que la base est alimenté par ces panneaux solaires.
— Réfléchissez. Les arbres dominent de haut ces panneaux. Ils ne produisent rien. C’est un leurre. En outre, vous avez bien vu. La base est adossée à un fleuve, et il y a des panaches de vapeur qui sont émis depuis le bâtiment le plus proche du fleuve. C’est là qu’ils ont installé leur réacteur nucléaire.
— D’accord, mais cela ne change rien au fait que l’abord risque d’être… à moins que…
— Que quoi ? Gronda Tyron.
— Eh bien, regardez bien  : ce n’est pas juste une grande route pour camion, ça. C’est trop large pour. C’est aussi une piste d’atterrissage. Cela se voit aux marquages au sol.
— Mais encore ?
— Eh bien, il n’y a pas de témoin lumineux sur le bâtiment. Normalement il y en a toujours en haut de ce genre d’édifices, pour éviter que les avions ne s’écrasent dedans.
— C’est une base secrète, ils font sans pour ne pas se faire repérer.
— Au fin fond de l’Amazonie ? Non patron. D’autant que si vous regardez, il n’y a aucune lumière allumée. Nulle part. Et nous n’avons pas vu l’ombre d’un garde. Avec votre permission, je vais tenter de m’approcher, pour vérifier votre hypothèse.
— soit. Mais ne mourrez pas. Je ne payerai pas de prime à vos enfants, et j’ai horreur des documents administratifs.
— Vous me paierez une prime de risque si je reviens.
— Et vous voulez vous syndiquer pendant que vous y êtes ?
— oh non, Patron ! Pas de syndicats dans l’armée. Vous imaginez si nous avions des revendications…

Ayant fini de plaisanter, Marie se remit en route. Elle rampa en douceur jusqu’aux abords de la base. Elle marqua une pause pour vérifier une dernière fois l’absence de monde. Puis elle se releva et traversa d’un bond le bref no man’s land qui la séparait du mur d’enceinte. Se saisissant dans la foulée d’un grappin, elle le lança en haut du mur et monta. Elle arriva enfin à portée de la caméra qu’elle visait. Aucune alarme n’avait retenti, ce qui était un très bon signe. Elle sortit un potentiomètre, et commença à trafiquer les fils de la caméra. Très vite, elle eût la réponse tant espérée : Rien ! Nada ! Néant ! Pas le moindre courant électrique. Visiblement, cette partie de la base n’était plus alimentée.


Elle s’empressa d’aller rapporter la bonne nouvelle au patron.

— Vous êtes sûre ?
— Personne patron. En tout cas, pas de sécurité. Ce pourrait être un piège ; ou bien, il y a une garnison qui nous attend le couteau entre les dents pour nous dévorer tout cru. Mais, on peut entrer sans soucis.
— Où en sommes-nous de nos réserves de nourriture ?
— Presque à sec. Un jour. Deux au plus. En tout cas, pas assez pour faire le voyage de retour.
— Eh bien, lorsque le choix n’est plus… Par où proposez-vous d’entrer ?
— J’ai repéré une porte de derrière, si vous vous sentez d’attaque pour escalader un mur.
— Je ferai le nécessaire.


C’est ainsi que Tyron se retrouva, ahanant sous l’effort, en tentant de lever son poids à la force de ses bras. Cela ne lui rappelait que trop pourquoi il avait toujours échoué en sport dans sa jeunesse : ces fichues épreuves de cordes ! C’est transpirant et avec la respiration chancelante, qu’il parvint en haut du mur… et manqua de s’écraser de l’autre côté. Il se rattrapa in extremis à la corde, mais le choc fut violent. Il hurla de douleur en sentant son épaule se tordre et la corde enserrer son bras.


— Épaule déboîtée, Patron. Rien de grave, mais cela va être douloureux.

Elle lui prit le bras, et plaça une main sur son épaule.

— Vous êtes prêt ?

— AAAHHH !

Il hurla de nouveau. Mais très vite la douleur s’effaça.

— Voilà patron, c’est fait. Il faudra faire attention à ne pas trop forcer dessus aujourd’hui, mais cela devrait aller. Venez, l’entrée et par là.


Ce n’était pas la première fois qu’elle faisait ce genre de soin. C’était une blessure assez courante. En revanche, quelle que soit sa volonté, elle doutait que le patron soit du genre à avoir été beaucoup blessé dans sa vie. Il fallait qu’il cesse de se concentrer sur la douleur. Et pour cela, lui donner autre chose à penser. C’est pourquoi elle l’entraîna immédiatement vers l’étape suivante. Et c’est qu’elle tenait à ce qu’ils en sortent vivant, et vu les cris de douleurs, tout le monde devait être au courant de leur arrivée.

Ils trouvèrent donc une porte de service. Elle n’était pas verrouillée, ils purent donc entrer sans soucis. À l’intérieur… eh bien, des couloirs métalliques, et la même ambiance que dans un bunker. Des ordinateurs de contrôle à tous les carrefours. L’endroit était désert. En tout cas, laboratoire après laboratoire, ils ne virent personne. Toutes les lumières étaient éteintes. Ils avancèrent à la lueur de leur lampe torche.

— Patron, sans vouloir vous vexer… Cela ressemble plus à mes salles de SVT du lycée qu’à vos travaux en informatique.
— Eh qu’est-ce que vous en savez ! Venez.

Tyron l’entraîna dans une des salles. Il y avait des ordinateurs, des bras mécaniques, et des paillasses de dissections. Tyron se rendit au fond de la pièce. Il tenta d’allumer un des ordinateurs, mais en vain. Il n’y avait pas de courant ici non plus. Il ouvrit un tiroir sous un bureau et en sortit un dossier qu’il feuilleta avant de le tendre à Marie.

— Regardez ! Vous voyez.
— Ce sont… des cerveaux ?
— C’est l’idée.
— Attendez, ils les ont extraits hors de ces…
— Oui, puis les ont transférés. Ils s’intéressaient à la fabrication d’un ordinateur biologique. À la place de puce en silicium, on use directement de neurones carbonnés.
— C’est…
— Cela marche mal. C’est pour cela que j’ai abandonné cette piste il y a des années. Les percées faites par Hopper étaient plus tangible. Mais en théorie, un résaux de neurone, un vrai, pas une imitation calculatoire, est bien plus adapté que des puces pour représenter les états de variations quantiques et les exploiter en informatique. Mais, comme l’homme vit de résultat autant que de connaissances…
— Mais, Patron, si vous êtes ici…
— Oui, ils ont réussi ce que je pensais impossible. Ils ont un supercalculateur biologique et quantique fonctionnel. Ce genre de machine sera très différent de ce que j’ai construit en Suisse et que vous avez testé. Du coup, il ne me sera peut-être pas aussi utile que je ne l’aurais voulu pour régler nos soucis… d’intrusion.
— Alors, on arrête ?
— Non, on continue. Je veux voir cette machine. Et comprendre ce qui s’est passé ici.
— Pourquoi ne pas aller voir l’alimentation en ce cas ? Quelqu’un l’a coupé ou endommagé, non ?
— Ce n’est pas une mauvaise idée.
— Suivez-moi, Patron, j’ai une bonne idée de l’emplacement du transformateur central.

Et de fait, elle put les guider sans encombre.

— Qu’est-ce que ?
— Des araignées bioniques ? Enfin, leur cadavre. Voilà qui est intéressant. Et surprenant. Visiblement, ils sont allés loin dans leurs recherches ici. Le transformateur ?
— Explosé. Ce n’est pas beau à voir. On a tiré dessus à ce qu’il semble. Il est irréparable.
— Mais le centrale semble toujours fonctionner, vu les panaches de vapeur.
— Patron, si elle fonctionne partout, mais que le transformateur est grillé… où va l’énergie ?
— Bonne question. On y réfléchira plus tard. Pour l’instant, on sait qu’on va devoir se débrouiller avec ce que nous avons sous la main. Il y a une batterie portable et un PC portable au camp. Allez me les ramener, je vous attends.

Deux heures plus tard, Marie revint. Tyron la mena alors dans un dédale de couloirs, jusqu’à arriver devant une grande salle. Au fond, le supercalculateur. Visiblement endommagé. Une puanteur atroce régnait dans la pièce.

— Qu’est-ce que c’est que cette odeur patron ? On dirait un cimetière d’éléphant.
— Hmm, vous n’êtes pas loin.

Tyron tourna autour du supercalculateur puis s’intéressa aux cloisons de la pièce. Il localisa vite un mécanisme qui se répétait le long des murs et sur le sol, faisant des ergots sur lesquels il trébuchait sans cesse. Il tira sur un des mécanisme du sol. Un crissement se fit entendre. Une planche métallique se souleva.

En dessous se trouvait… ce qui avait dû être un humain. En tout cas ce n’était plus qu’un reste décomposé de cadavre. On voyait bien le crâne percé d’électrode et relié à tout un appareillage électronique.

Marie eût envie de vomir. Cette salle était un immense cimetière. Il y avait des centaines de cloisons et de planches… derrière chacune… un cadavre… En observant de près, elle vit qu’il n’y avait pas d’os de bras ou de jambes. Elle ne voyait que le reste du tronc, enserré dans des tubes et des fils électriques.

— Le supercalculateur a cessé de fonctionner. C’étaient ces cerveaux qui lui donnaient sa puissance de calcul, mais eux avaient besoin de lui pour être régulé et maintenu en vie.
— Mais, c’est idiot, non ? C’est la même machine qui gérait sa propre source de…
— Oui. C’est le problème de ce type d’engin. Il demande un contrôle très fin. Le mieux c’est de le laisser s’auto-entretenir via des routines et de n’intervenir que marginalement en le laissant gérer le reste. Bien sûr, au moment du démarrage, c’est un peu différent. L’avantage, c’est que vous pouvez rajouter de la puissance, des cerveaux à volonté une fois que vous avez réussi à stabiliser le système. Mais… il faut maintenir les cerveaux en vie. Visiblement, nos amis brésiliens n’ont pas si bien réussi que cela à fabriquer un ordinateur biologique. Ils se sont donc rabattu sur l’usage d’être humains.
— C’est…
— Passablement inefficient, oui.

Disant cela, Tyron avait continué à inspecter la pièce. Il trouva bientôt un terminal d’ordinateur isolé, s’assit devant et brancha la batterie et son ordinateur.

— Il y a toujours un terminal isolé et indépendant du système. Au cas où il y aurait un plantage. Il serait dommage de tout perdre… Voyons ce que celui-là peut nous dire…

Tyron resta une bonne heure devant l’écran à copier des données, rapports d’expérience et autres informations pertinentes Marie, elle, était ressorti de la salle et avait continué à explorer la base.

— Patron ?
— Oui ?


Tiens, il avait répondu presque gentiment. Il devait être très content. Ou très fatigué.

— Je pense avoir trouvé où va l’énergie de la centrale. Mon portugais n’est pas très bon, mais la base était visiblement bien alimentée par une centrale nucléaire. Et la centrale est toujours en état de marche. J’ai trouvé le centre de contrôle, et lui est toujours alimenté. Visiblement via une turbine hydraulique.
— Intéressant. Où va l’énergie nucléaire ?
— Eh bien, j’ai la piste, mais elle mène en dehors de la base.


_________________


Tyron jura.

— Je dois vraiment traverser cela ?

Devant lui, un pont de liane. Instable. Dangereux. Vétuste.

— Patron, je vous assure que c’est bon. Et puis, dans ce genre d’environnement, un bon pont de liane comme ça est plus fiable que des ponts à l’européenne. Allez-y.

Tyron avança lentement. Un pas à la fois, se rattachant à chaque liane.

Il en était au deux tiers, lorsqu’il se prit les pieds dans le tablier du pont et tomba la tête la première. Cette chute fit tanguer le pont. Tyron fut emporté sur la droite. Son poids s’ajouta au mouvement du pont qui se mit à se tendre et à crisser dangereusement.

— PATRON ! Attrapez une corde en face vite.

Tyron tenta désespérément de se raccrocher à quelque chose, mail il bascula dans un trou.

in extremis sa main se referma sur un des gardes-fous. En-dessous de lui, au fond de la ravine, la rivière grondait. Tyron transpirait. Son cœur s’affolait. Il savait qu’il ne survivrait pas à pareille chute. S’il tombait, c’en était fini. Le choc lui briserait les os. La respiration coupée, il tenterait, dans un accès de désespoir de respirer et commencerait à se noyer. Les piranhas en finiraient vite avec son corps à partir de là.

— Courage, Patron ! S’époumona Marie.

Le pont était devenu trop instable. Si elle tentait d’aller aider Tyron, cela aggraverait la solution. Elle ne pouvait que prier pour qu’il s’en sorte. Parce que sinon… eh bien, ce pont était le seul chemin de retour, et elle ne tenait pas spécialement à tester la pertinence de ses entraînements dédiés à la survie dans la jungle.

Tyron lui se flanqua une baffe. La douleur cuisante interrompit ses pensées un moment. Un instant suffisant pour qu’il puisse reprendre le contrôle de ses actions. Il pratiqua une vieille technique de méditation qu’il avait apprise dans le temps : compter jusqu’à cent battements de cœur sans penser à rien d’autre. Sans agir aussi. Au centième battement, il était calme et presque froid.

Il commença à se balancer à gauche, à droite… le mouvement de balancier l’emmena de plus en plus loin, jusqu’à ce qu’il puisse de la main droite attraper le garde-fou suivant.

Il se tenait à deux mains maintenant. Ce qui lui coûtait moins d’efforts. Mais il ne voyait pas comment revenir sur le pont, malgré les injonctions de Marie. Alors il eût recours à une méthode plus risquée.

Il recommença à se balancer… en direction d’un autre garde-fou. C’est ainsi que, liane après liane, il avança en direction de Marie, se rapprochant barreau après barreau.

Lentement, péniblement, il termina de traverser le pont.

— Attrapez ma main, Patron, je vais vous tirer de là !

Un dernier balancement, et la main de Tyron rencontra la chaude main de Marie. Quelques minutes plus tard, il était tiré d’affaire.

Ils prirent un moment pour se remettre de leurs émotions, mais très vite, il leur fallu se remettre en route.

Ils avancèrent, à la poursuite des câbles électriques

La nuit commençait à tomber lorsqu’ils émergèrent dans une clairière. Devant eux, une pyramide à degré, ornée de crânes.

— Charmant ! Vous êtes sûr qu’on va trouver quelque chose ici ?
— Qui sait. C’est trop tard pour faire marche arrière maintenant.

Tyron s’avança avant de s’arrêter brusquement.

Une procession venait de déboucher dans la clairière. C’étaient des autochtones, visiblement en pleine cérémonie religieuse. Voyant les deux intrus, des hurlements retentirent, et des armes sortirent. Des flèches se mirent à voler en direction du professeur.

— Patron, il faut qu’on se barre !
— Tyron n’a peur de personne ! Et ne recule devant personne. Retenez-les !
— Patron, ils sont trente !
— Gagnez du temps !

Marie soupira et se porta à la rencontre de l’ennemi, sans guère d’espoir.

Les tirs cessèrent. Ceux qui devaient être des prêtres fendirent la foule de guerrier en deux créant un couloir solennel, avant de s’agenouiller.

Dans le couloir s’engagèrent… des araignées ! Des tarentules gigantesques, à la tête et au corps renforcé de pièces mécaniques !

— Patron !

C’était visiblement les cousines de celle dont les cadavres ornaient la base. Elles se précipitèrent sur Marie.

Tyron lui avait sorti un étrange engin mécanique de son sac. Une sorte de balise. Il la brancha sur une batterie, l’alluma et fit quelques réglages. Il sortit ensuite un téléphone satellite et passa un appel.

Marie vit sa dernière heure venue ! Les araignées étaient à deux mètres d’elle !

BLING !

Trépassèrent les araignées !

Deux ninja venaient d’apparaître devant Marie.

Deux, puis bientôt Dix, vingt ! Toute la section au complet !

— Bien. Débarrassez-moi de ces idiots.

Tyron donna son ordre, puis s’avança vers la pyramide.

— Eh bien ! Vous venez ! Aboya-t-il en direction de Marie.

Choquée, celle-ci le suivit, laissant le sale boulot à ses amis.

— Patron, c’était quoi ça ?
— Hmm ? Intrication quantique. Vos collègues étaient sur Céleste, ils ont activé une tour. Et de là, ils ont pu venir ici. C’est la matérialisation. Leurs avatar numériques sont transférés, temporairement et sous forme d’énergie, dans le monde physique.
— Mais, vous aviez dit que cela ne marchait qu’à proximité de votre machine, que c’était pour cela qu’on ne pouvait s’en servir contre les intrus.
— d’où l’intrication quantique pour faire croire que cette balise est comme le supercalculateur. Ne vous préoccupez pas des détails. Sachez juste que nous avons un quart d’heure avant que vos collègues ne doivent rentrer.

Ils finirent de monter et entrèrent dans le temple. Les murs étaient ornés d’image représentant des araignées et des hommes. Au fond, le maître-autel. Au-dessus de lui, le symbole de la divinité. Une sorte d’œil composé de cercles concentriques. Les mêmes qui ornaient les araignées bioniques.

— Attention ! Patron !

Marie le rattrapa par l’épaule, alors qu’une dalle s’était enfoncé sous le pied de Tyron. Des fléchettes jaillirent des murs. Si Tyron avait continué son mouvement, il aurait été transpercé.

— J’ai eu chaud, merci Marie.

Il m’appelle par mon prénom maintenant ! Bon, ça, bon, j’ai marqué des points ! Si seulement, cela pouvait augurer du bon..

Elle avait tellement espéré de ce… voyage ? Périple… Cela avait été aventureux de sa part.

— Comment on traverse alors ?
— Patron, ce genre de mécanisme, cela ne marche qu’une fois. Laissez-moi faire.

Elle se mit à avancer prudemment dans la pièce. Par chance, il n’y avait aucun autre piège.

Une fois parvenu au fond, elle appela Tyron.

— Patron, venez ! Je pense que cela va vous intéresser !

Tyron traversa. Précautionneusement. Une fois rendu au fond, une surprise l’attendait…

Un terminal d’ordinateur…

Il s’assit à même le sol, et commença à pianoter.

— C’est bien ça ! Un supercalculateur ! Basé sur les mêmes technologies que le mien. Bingo ! Avec cela, je peux réparer le mien, et en plus doubler notre puissance. Pensez aux possibilités ! Déjà, je peux stabiliser la venue des ninjas !

Tyron explosa d’un rire satisfait, avant de se replonger dans les arcanes de la science.

— Qu’est-ce que vous faites encore là, vous ? Allez donc aider les autres ninja la-dehors, et laissez-moi tranquille !

— Bien, Patron, marmonna Marie.

Elle ressortit du temple, tout espoir brisé.
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2021  
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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Ven 17 Déc 2021 21:53   Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2021

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— Mesdames et Messieurs ! Et tout les autres qui ne seraient compris dans ces ensembles ! Bienvenus à notre grande finale du concours Kadiko !
— C’est quoi ce nom ? objecta William
— Oui, c’est tout pourri comme nom ! renchérit Tamiya.
— Allons, allons, participants non-volontaires, ce n’est pas votre maître et serviteur qui a choisi ! Il faudra porter vos plaintes auprès du narrateur. Ce que vous pourrez faire après notre jeu ! Si vous survivez cela dit.
— Comment ça si on survit ?
— Et d’abord, qu’est-ce qu’on fait là ? demanda Tamiya. Et… euh… on est où d’ailleurs ?
— Ah la la, mes amis ! quel suspense ! Que de questions. Eh bien Kadiko, notre jeu est un condensé de Kadic et de Lyo…
— Mais on s’en fout de ça !
— C’est vrai ! Et vous êtes qui d’ailleurs ?
— Oh ? C’est vrai, je ne me suis pas présenté. Mais il est inutile que je me présente. Nous avons d’autres choses à faire. PREMIÈRE QUESTION ! Quel est le style musical et dansant préféré de Jim !
— Hein ?
— mais on n’en a rien à faire !
— Ta ta ta. Répondez à la question, sinon vous serez disqualifié de nos écrits à tout jamais !
— Et alors ?
— C’est vrai ça, relança William, qu’est-ce qu’on en a à faire ? Y’en a marre de vos histoires ! Et… d’ailleurs ? Vous qui ?
— Eh bien, eh bien, cher public, voyez donc le résultat surprenant de cette première question ! Nos deux joueurs, partis de zéro il y a une minute à peine sont maintenant à -10 points ! A ce rythme, ils risquent gros.
— Mais on a pas demandé à jouer, nous, protesta Tamiya.
— Tut tut tut, mauvaise réponse. Vous êtes volontaire. C’est ce qu’il m’a dit.
— Il ? Qui ça « il » ? On ne m’a jamais rien demandé, moi, répliqua William.
— Euh, si, je t’ai demandé si tu voulais sortir avec moi hier soir, intervint Tamiya.
— ‘Fin, cela n’a aucun rapport avec ce jeu !
— Ma foi tout cela est charmant, est c’est bel et bien dans l’objectif du jeu et de ses volontés que vous sortiez ensemble, mais, il faudra attendre un peu vous voyez. Ce genre de chose doit se faire à la fin ! Nous n’en sommes qu’à la première question !

— Mais peut-être, cher lecteur (ou lectrice, ou lecteurice — essayons de considérer presque tout le monde, non?), faudrait-il planter le décor, reprit le présentateur.
— Mais, à qui vous parlez là, intervint Tamiya, la salle est vide !
— Silence, je disais donc, il serait temps de faire les présentations. Après tout, qui ne goûte un vaste et long monologue de méchant, sans période en plus. Il a décidé que je ne pourrais m’exprimer ainsi. Quelle tristesse !
» Mais je m’égare. Hem, donc, à ma droite, notcre parfait catherinette ! TAMIYAAAA ! DIOOOOOP ! Dis bonjour à notre enthousiaste public de lecteur, tamiya !
» À ma gauche, le grand, l’illustre, le suprême et puissant, le maître des choses sombres, l’ombre dans la nuit, celui qui marche sur les filles ! WILLIAAAAAM ! DUNBAAAAAR ! Dont est héroïque l’histoire, la célèbre Williamée ! Ah, non, c’est vrai, elle n’est pas encore été écrite. Mais, dis-moi, William, pourquoi n’as-tu pas encore de biographie ? Tu as certes une notice biographique, et même une page sur CL.fr, mais bon, c’est encore un peu faible, jeune homme ! Vu les groupies, les partisans, les fanatiques de ta cause ? N’as-tu rien à nous confier, que penses-tu de ce grave manque dans ta vie ? Rédigerais-tu tes mémoires toi-même ?
— Heu… C’est que… heu… Vous ne deviez pas planter le décors pour Lui ?
— Hoo ! Qu’il est décevant, cela manque de hargne ! De panache ! De sombritude dans cette réplique ! Où est le vrai William ? Dites, en coulisse ? Vous êtes sûr que c’est le bon ? Vous m’avez pas pris la réplique, quand même ? On irait pas loin avec elle.
» Encore que… Hmm, je vois des idées de scénarios sans égal et sans réplique ! On pourrait…
— Mais ça suffit le délire là, on est où ? Vous êtes qui
— Ah ça, Tamiya, c’est une question à laquelle je considérais encore de répondre. Ses instructions ne sont pas encore très claires.
» Bref, il fallait planter le décors. Je suis Del Jim Da Capo ! Seul, unique et illustre présentateur du meilleur quizz de tout les temps : Kadiko ! Profitez-en bien, mesdames et messieurs, et vous tous, car ce sera aussi le seul épisode ! Eh oui, pas de saison 2, Car un sera le nombre d’épisodes que nous compterons ! Et nul autre. Le zéro est bien entendu à exclure, et ne comptez pas sur une saison 2. Quant au 4, il est exclu.
— Mais il vous manque le trois là.
— Eh bien, vous n’y comptez pas non plus : ni avant le quatre, ni après le deux qui de toute façon ne doit pas être compté. Mais, j’y pense, William, vous êtiez présent lors de notre seule et unique première saison (jamais reconduite, quelle tristesse).
— Bien sûr ! Je suis là ici et maintenant, non, dans le seul épisode de votre jeu bizarre !

DING ! DING ! DING !

— Mais, mais, mais c’est extraordinaire ! C’est une bonne réponse ! Il vient de donner la bonne réponse à la question ! Ah là là, mes amis ! Quelle suspense ! Gagnera-t-il ? Ou repartira-t-il seul ? Mais, je m’avance beaucoup, il n’est pas encore sorti d’affaire, loin de là. Trois points ! Cela le fait passer à un score de de -7 points !
» Tamiya ! N’es-tu pas déçue ? Une fois de plus, tu n’as pas pu marquer de points ! Comment le prends-tu ? Comment te sens-tu ? N’as-tu pas peur ?
— Vous êtes cinglés ! Tous ! William, si c’est pour te foutre de moi parce que je t’ai demandé de…

BIIIIIIPPP !

— Ah la la ! Chers téléspectateurs ! Toutes mes excuses pour cette interruption. Mais il est décidemment des choses, et surtout des mots que nous ne pouvons laisser atteindre vos douces et innocentes oreilles, fragiles qu’elles sont comme du cristal, comme du verre à bouteille ! Déjà, je les voyais commencer à rougir, à donner d’intéressantes nuances pourpres et violettes !.
» Mais revenons au principal ! Notre grand jeu ! Le score est maintenant de -7 à -10 en faveur de William. Mais peut-être que Tamiya saura remonter la pente avec notre prochaine question ? Surtout, restez bien avec nous pour la suite ! Car la roue tourne et le temps nous manque !
» Donc, William, Tamiya, chers amis, chers partenaires, et peut-être plus ! Voici la TROISIÈME QUESTION : Combien de territoire y-a-t-il sur Lyokô ?
» Réponse A: 2
» Réponse B: 4
» Réponse C: 5
»Réponse D: ça dépend de la saison !

— Tout le monde sait qu’il y a 5 territoires, répondit, goguenard, William
— Alors… heu… j’en sais rien : Réponse D, répliqua Tamiya en appuyant frénétiquement sur le buzzer.
— Et la bonne réponse est… D: Cela dépend de la saison ! Victoire et points pour Tamiya ! Faites-lui tous une brillante standing ovation ! Ah, les larmes m’en viennent aux yeux ! C’est un si bel exemple de réussite ! De montée sociale, d’inclusion dans notre jeu universel !
» 2 points sont gagnés par cette rapide et efficace réponse: Voil à donc Tamiya à -8. Toujours derrière William, mais la chance tournera, soyez-en sûr ! Bientôt, elle ne verra plus son dos, il verra son derrière !
» Enfin, où en…
— C’est scandaleux ! Sa réponse ne vaut rien ! Elle ne sait même pas de quoi elle parle ! Et vous avez dit que nous étions en saison 1 !
— Ah, j’ai dit ça ? Vous avez trop mal compris très cher. Le jeu n’a qu’une saison, mais votre univers ! Et puis, Il fait les règles, s’Il veut changer…
— Mais c’est injuste !
— Oh, William, accepte un peu d’avoir perdu. Tu ne peux pas toujours tout gagner, tu sais ?
— Ce n’est pas parce que tu as eu de la chance une fois que tu en aura une autre ! Je compte bien gagner, moi !
— oh ! Tu as quelque chose à prouver ? Tu veux dire que les fois précédentes, ce n’était pas de ton fait, insinua Tamiya, parfois un peu perfide. Je te pensais plus grand et meilleur que ça.
— Toi tu…
— Allons, allons, mesdames et messieurs les candidats. Inutile de vous battre. Il y aura des moments après pour cela, je vous l’assure. Et un lieu adapté. Nous pourrons plier notre arène à vos désirs. Enfin, si cela concorde avec Ses plans et désirs.
— Mais c’est qui Lui à la fin ? rouspéta Tamiya.
— Allons, allons, nous n’avons pas le temps pour ça. C’est presque l’heure de la prochaine question ! Mais, où en étais-je avant votre grossière intervention. Ah oui ! Planter le lecteur. Heu, le décor.
» Donc, lecteur, toit qui est planté ici. Oui, oui, là, dans un des fauteuils qui forme le pourtour de cette arène. Hmm ? Comment ça on se croirait dans TPMP ? Oui, bien, vous le demanderez à l’équipe. Visiblement ils n’ont jamais vu d’autre plateau de leur vie. Donc, vous êtes là, dans un de ses fauteuils inconfortables. Heureusement, vous ne payez rien pour participer en regardant ! Rien, si ce n’est votre matériel informatique, l’électricité, la TVA sur l’électricité, la retraite des gars du gaz, et la TVA sur la retraite des gars du gaz, plus quelques autres bricoles additionnelles ! Que voulez-vous ! Vivre est coûteux faut croire ! Mais vous voici, pour une nuit de folie ! Et devant vous, les deux démons qui vont nous emmener à minuit ! La cigarette et le dernier verre !
» Voilà donc la question pour le public ! Votez, n’hésitez pas c’est là haut, c’est gratuit, le prix est offert par la Team Racket, notre célèbre organisation d’hébergements des nécessiteux ! C’est son président, l’estimé conducteur des glaces, qui vous révélera la réponse !
» Mais, je m’égare ! La réponse… heu… la question ? Dis-donc, Toi ! Je commence à faire beaucoup d’erreurs ! Ressaisis-toi ! Donc, la question : Nous avons nos deux démons en face de nous, ils vont nous emmener au début de la nuit. Lequel est la cigarette ? Lequel est le dernier verre ? Attention, vous devez répondre avant que plus rien ne bouge !
— Mais, c’est n’importe quoi ! Protesta Tamiya.
— Comme d’hab, quoi ? Tu crois que ma vie est mieux que n’importe quoi ? Et puis, pourquoi vous m’impliquez encore là-dedans ? Cela vous plaît de jouer avec un cadavre ? Tamiya, je comprends, personne la connaît, personne la traite. Mais moi, j’ai déjà eu un sosie ! La preuve que je suis bien célèbre.
— allons, allons, mon petit William. Tu n’y peux rien. Il l’a voulu. Donc tu es des nôtre, comme Tamiya.
— Mais j’en ai rien à faire.
— Ta Ta Ta, je ne suis pas la personne recevant les plaintes. On est pas le tribunal ou la mutuelle ici ! C’est un jeu ! Le grand ! Le Seul ! L’unique ! Kadiko ! Et c’est le moment de…
»… la question suivante ! Ouvrez grand vos esgourdes ! Que signifie Lyokô ?
» Réponse A  : Pourquoi cette question ?
» Réponse B: Depuis quand cela signifie quelque chose ?
» Réponse C: Tous les malheurs du monde.
» Réponse D : Lyoko, mais dans une autre langue.
» À vos marques ! Prêt ! Buzzer !
— MAIS, dans un bel unissons, Tamiya et William répondirent, ON EN A RIEN À FAIRE  !
— ET ? Mais oui, Mais oui? C’est exact ! En fait, on en a rien à faire ! Il paraît bien que quelque part il est écrit que cela voudrait dire quelque chose dans une obscure langue étrangère que personne dans notre cast principal ne parle. Mais la vérité, c’est qu’on en a rien à faire. + 5 points pour tout le monde !
— Mais, vos quatre réponses possibles, là ? C’était du pipeau, il y en avait aucune de juste ? S’insurgea Tamiya ?
— Et puis, Yumi elle est dans le cast principal, non ? Contrairement à moi, et elle parle japonais, renchérit William, or Lyo…
— Oui, oui, excellentes questions. Mais vous avez marqué des points ! Réjouissez-vous ! Et voyez, déjà dans votre opposition à moi, vous vous rapprochez ! N’est-ce pas là la naissance d’un magnifique ship ? Que c’est excitant, n’est-ce pas cher public ?





— eh, le présentateur, je crois que ton public ne réagit pas… Suis-je bête, c’est parce qu’il n’y en a pas. Enfin, à part trois pelés dans un coin là-bas, à côté de la cave.
— Allons, il ne faut pas dire ça. Vous allez Lui passer l’envie de continuer, et alors…
— On en aura fini avec ce jeu pourri aux règles absurdes ! S’exclama Tamiya.
— Si seulement, ma chère, si seulement… je crois plutôt que vous resteriez à jamais figé. Ne voulez-vous pas voir l’aboutissement de votre histoire ?
— Je l’écris moi-même.
— Seulement avec ce qu’Il fait. Sinon, il n’y a que… eh bien… comme de la poussière numérique…
— pas très convaincant votre excuse là, objecta William. Si on arrêtait les frais, là  !
— Ah, mais non, mais non. Il vient de rebondir. C’est le temps de… La quatrième question !
» Comment initier la synthétisation d'une sphère logique stable dans le flux de données issus de l'interconnexion globale de plus haut niveau en faisant usage d'une source d'activité neutre autonome, à supposer que les ressources nécessaires à cette activité sont présentes en quantités requises et que le confinement de cette activité est correctement assuré ?
» Réponse A : Faire appel à un ingénieur diplômé en physique nucléaire appliquée
» Réponse B : Faire appel à un ingénieur diplômé en architecture informatique sécuritaire et réseau (de préférence de septième génération).
» Réponse C : Craquer l'enveloppe, lire les instructions, confirmer le code de sécurité, débrayer la commande principale, enclencher le circuit exclusif à usage unique, et actionner les trois clés de sécurité simultanément.
» Réponse D: Pousser un levier.

— Bon, alors, on commence à le connaître vos jeux pourris. C’est aucune de ces quatre réponse.
— Je suis d’accord, soupira Tamiya. Moi, je dis qu’il faut… faire appel un quelqu’un de fort ! Jérémie ! La réponse c’est Jérémie Belpois !
DONG !
— Hélas, Tamiya, c’est un échec. Jérémie Belpois n’est pas en mesure de faire ce dont il est question !
— Mhh, moi, pour répondre, intervint William, je vais faire appel à un ami !
— Ah… euh… C’est vrai. Vous en avez le droit ! Tout à fait ! Voyez cher public ! Il est intelligent et réfléchi ! Il fait appel à un ami ! Heu… à qui d’ailleurs ?
— au Narrateur !
— Mais… mais… mais… enfin, vous ne pouvez pas. Il est ailleurs là. En Italie… Et puis on ne peut pas…
— Mais si, mais si, ce sera un narrator ex machina !
— C’est que… Je ne sais pas comment l’appeler…
— Ben, en prenant le téléphone qui vient d’apparaître à côté de vous !
— Il n’était pas là il y a cinq minutes !
— Il vient de le mettre.
— Bon… d’accord. Je vais…

DRING ! DRING !

— Je crois que c’est pour vous, monsieur le présentateur, énonça sarcastiquement William.
Del Jim Da Cap se saisit avec anxiété du combiné.
— Je… heu… bien, madame. D’accord… Madame… Ce sera fait Madame…
Il raccrocha et se retourna :
— Eh Bien ! Nous avons une bonne réponse ! William ! Plus vingt points !
— Mais, c’est quoi la réponse alors, demanda Tamiya.
— Ah ça… je ne sais pas, répondit Del Jim. Mais quand même, le narrateur ne pouvait pas perdre dans son propre récit, non ?
— Ce n’est pas juste !
— oh, tais-toi Tamiya, avant qu’Il décide de changer plus de choses encore.
— Tu veux dire qu’il pourrait faire que je sorte avec toi ?
— Tu voudrais ? Tu es trop jeune pour moi.
— Il n’a qu’à me vieillir. Ou te rajeunir… Problème réglé…
— Vu comme ça… Qu’est-ce qu’on fait encore là, Del Jim ? Je croyais que le but, c’était qu’on sorte ensemble Tamiya et moi ?
— Ben… c’est que heu… L’ordre… les conventions… les tropes !
— On s’en fiche, nous ! On s’aime. Enfin, on s’aimera s’il l’écrit ! Donc, il prend sa plume… enfin pose ses mains sur son clavier orthogonal et l’écrit, et le tour est joué. Ship fait, fin de partie, fin de jeu !
— Mais heu… c’est pas drôle… réaliste… enfin, pas logique quoi !
— Parce que le reste l’est là ! Au diable, on s’en fiche. Il le dit, et c’est fait. Tu es d’accord Tamiya ?
— Oui, et puis on arrêtera ce jeu idiot. Je t’ai déjà demandé à sortir avec moi. Comme Milly qui est sortie avec Ulrich. Donc, il l’écrit, on le fait, et pouf ! On est heureux avec beaucoup d…
— Ne dis rien que tu pourrais regretter là, bon, Del Jim, ça vient ce grand amour…
— Mais, c’est pas instantanée, il faut des pages et des pages…
— Maintenant ! Vous êtes à cours d’excuses idiotes là. Vous avez voulu le faire, alors vous le faite !
— C’est que…
— ACCORDÉ !

Et c’est ainsi que William et Tamiya s’aimèrent passionnément, aussi longtemps que dura leur texte. C’est à dire pas plus de quelques lignes encore.

Ou jusqu’à ce que le sort du narrateur les désigne pour figurer dans un texte horrifiant.

Mais ceci est une autre histoire, qui ne concerna pas Kadiko !

Ils vécurent heureux dans l’harmonie du ship joyeux, réussi… et peut-être un peu déséquilibré en âge, il faut bien le dire : le tir au sort, cela ne marche pas très bien, et…
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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 14 Déc 2021 00:17   Sujet: Séjour dans la brume

https://cl.delfosia.net/projects/cda2021/t/12.png


Yumi se réveilla avec une énorme migraine. D’habitude, elle émergeait plutôt vite du sommeil, n’ayant pas comme son frère ou certains de ses amis une longue phase de réveil où elle évoluait à la manière d’un zombie.

Tout de même, la situation était étrange. En face d’elle, un homme allongé sur une couche. Il s’agissait d’une espèce de matelas en draps grossiers, peu dans le style d’un futon. D’ailleurs, sa tête reposait sur un oreiller en porcelaine, pas si différent dans la forme et la dureté de ce qui se faisait dans son Japon natal.

L’homme avait en bouche une sorte de pipe très longue, au bout de laquelle une sorte de nacelle était accrochée. Il semblait inspirer la fumée qui en émanait.

Yumi avait la tête qui tournait. Seule sa migraine semblait en mesure de combattre la torpeur qui régnait en ces lieux. Elle fit un effort pour changer de position, relever le buste et s’appuyer contre le mur derrière elle.

Elle put ainsi y voir plus clair. Elle se trouvait dans une pièce sombre et enfumée. Les murs étaient visiblement en bois, et à la manière dont les planches étaient disposées, les courants d’air devaient être nombreux. À sa droite et à sa gauche, elle vit d’autres couches similaires à la sienne. Sur chacune, il y avait quelqu’un. Elle en compta ainsi une quinzaine. Devant chaque couche, une petite lampe dont s’échappait la lumière rouge de quelques flammes.

Une fillette entra dans la pièce. Elle passa devant chaque matelas, jetant un coup d’œil, comme pour vérifier qui dormait et qui mourait. De temps en temps, elle s’arrêtait, s’agenouillait. Elle sortait alors de sa poche une épingle qu’elle piquait dans une petite boule de résine et tenait l’ensemble au-dessus de la lampe. Lorsque la boule se mettait à fumer et grésiller, elle la sortait du feu et la faisait rentrer dans les fourneaux accrochés aux pipes. Les fumeurs réagissaient à peine, comme perdus dans un vague rêve. Les dormeurs qui avaient commencé à s’agiter se trouvaient alors apaisés.

Il faisait chaud dans la pièce, et humide aussi à voir la pourriture qui rongeait les murs. Mais qu’importait pour Yumi, alors qu’elle se sentait si bien ? Une grande torpeur avait envahi son esprit. Elle brûlait d’envie de s’allonger encore, et de repartir dans le sommeil dont elle venait de sortir. Se laisser glisser dans le calme, dans un doux assoupissement des sens. Fermer les yeux, ne plus prêter attention à ses hanches engourdies par leur fréquentation de ce matelas inconfortable, ne pensait qu’à sa bouche et à ses narines inhalant la fragrance enchanteresse.

Yumi dodelinait de la tête.

La jeune fille approchait d’elle. Voyant Yumi qui avait du mal à se tenir contre le mur, elle lui saisit l’épaule, et d’une douce caresse la coucha contre le matelas. Elle ajusta l’oreiller de porcelaine pour que sa tête soit bien calée. Elle prit la pipe qui gisait à côté du matelas, en fit passer le fourneau au-dessus du feu, puis porta la pipe aux chaudes émanations aux lèvres de Yumi. Gentiment. Elle attendit que Yumi inhale, avant de positionner la pipe au-dessus de la lampe, pour garder bien chaude et grésillante la boulette de résine.

Yumi se laissa aller dans les bras de Morphée. Dans un sommeil onirique dont tout rêve était absent.

Elle était encore consciente.

Vaguement.

Il lui semblait que la fillette était revenue s’occuper d’elle. Plusieurs fois. Mais quand ? Comment ? Une fois ? Cinq fois ? Elle ne savait plus.


À un moment, une autre présence avait percé le voile de torpeur. Sombre. La regardant de haut ! La dominant ! Trois yeux la fixaient, tandis que l’étranger lui remit la pipe en bouche et que la fumée une béate fois de plus envahissait le corps anesthésié de Yumi.

— Dors bien, Yumi, dors bien. Bientôt, tout ira.

La voix était métallique, mais un soupçon de… Pitié ? Chagrin ? Transperçait cet aspect mécanique.

NAUSÉE !

Yumi se sentit d’un coup secouée dans tous les sens.

— Allez ! Yumi ! Réveille-toi !

Agacée, Yumi lutta faiblement contre son vis-à-vis et chercha la pipe. Une bouffée lui ferait le plus grand bien.

— Non, pas de ça !

La pipe fut chassée des mains de Yumi, qui se retrouva sans trop savoir quoi faire. Mais devant elle, la lampe brillait toujours, et dans une coupelle au-dessus des flammes, une boule de résine fumait lentement.

Yumi se pencha pour inhaler.

BAM !

Le front de Yumi heurta quelque chose. Une main ?

— Pas question que tu en reprennes.

Une pression fit basculer la tête de Yumi en arrière et tout son corps avec. La silhouette sembla couvrir le feu… l’éteindre semblait-il à Yumi, avant de saisir le col de son T-shirt et de la tirer hors de la couche d’un coup sec.

Le visage de Yumi heurta le sol froid et des échardes de bois rentrèrent dans ses chairs, causant des éclairs de douleurs. Comme autant d’éclairs de… lucidité ? Le monde était froid sans la pipe. Froid et douloureux sans la fumée… froid, douloureux et pénible sans la chaleur rassurante du foyer.

Yumi grogna.

— C’est bon ? Tu es un peu mieux réveillée ?

La voix semblait un brin sarcastique. Yumi parvint enfin à la situer. C’était une voix de femme !

Brusquement, elle fut saisie par le bras et relevé. La silhouette plia les genoux pour se retrouver à sa hauteur et passa le bras de Yumi par-dessus ses épaules avant de se relever. Le corps de Yumi accepta assez bien ses brusques manières et suivit le mouvement.

Yumi se tenait sur ses deux jambes. Elle flageolait un peu, mais cela n’eût pas l’air d’attirer l’attention de la femme qui se mit à marcher. Les jambes de Yumi suivirent le mouvement. Plus ou moins. Ses pieds traînèrent un peu derrière.

Yumi fut entraîné vers une extrémité de la pièce. Elles franchirent une porte puis empruntèrent un escalier en spirale et descendirent quelques étages, avant de déboucher dans… une station de ski ?

Tout était blanc autour d’elle. Enfin gris. Gris tirant vers le blanc, même si il y avait comme des traînées noires par endroit. En tout cas, Yumi n’y voyait guère. C’était comme si un linceul enveloppait le monde. L’inconnue emmena Yumi vers la droite. D’un coup, une borne de pierre apparut dans le champ de vision de Yumi. Cinq pas plus tard, elles atteignaient cette borne, puis la dépassaient.

Un hennissement se fit entendre dans le lointain.

Dans un grondement cauchemardesque, un fiacre jaillit, roulant à toute vitesse. Il aurait emporté Yumi sur son passage, si ce n’était pour la vivacité de l’inconnue.

Un craquement suivi de cris se fit entendre. Le fiacre poursuivit, poursuivait sa course. L’inconnu tirait toujours Yumi. Les façades se succédaient, masques posés sur des structures branlantes. Une effroyable puanteur régnait, et seuls les réflexes de sa guide évitèrent à Yumi de se retrouver couverte de boue. Très vite cependant ses chaussures avaient été transpercées d’humidité.

Yumi grelottait. Elle avait froid au pied, et l’humidité transperçait ses vêtements.

D’un coup, il leur fallut obliquer à droite. Elles montèrent quelques marches et entrèrent dans un bâtiment en pierre.

Une grande salle les accueillit. Deux rangées de piliers soutenaient une voûte blanche. Aucune décoration. Des bancs occupaient la majeure partie de l’espace. Les deux femmes avancèrent le long de la nef. Arrivée à la croisée du transept, Yumi fut installée sur une chaise.

— Reste là, je reviens.

Yumi resta effondrée là. Elle avait froid. Si froid. Et puis, toute cette pierre. Si dure. Si lisse. Elle se sentait enfermée sous cette voûte. Elle resta là à grelotter, les os transi. Elle se recroquevilla, le corps comme prématurément âgé.

Face à elle, au fond du chœur, elle le voyait.

Au-dessus du maître-autel, lui aussi en pierre, mais recouvert d’un tissu blanc, au-dessus, la croix. Et sur la croix, Lui. Le corps brisé, mais il la regardait. Ou semblait la regarder. Qu’est-ce que cela changeait dans le fond.

Elle ne voyait nul réconfort dans ses yeux. Il lui semblait. Une condamnation ? Peut-être. Ou pas. Yumi voyait mal. Il lui semblait que son interlocuteur palpitait. Comme son cœur à elle le faisait. Elle le voyait s’étendre, envahir son champ de vision, puis se rétracter. Yumi commença à se balancer sur sa chaise. À droite. À gauche.

La nausée la saisissait. Il la regardait toujours.

Elle en eût assez, elle voulut se lever, aller lui apprendre !

BAM !

Le visage de Yumi rencontra le sol.

Une fois de plus.

Ses jambes n’avaient pas suivi sa tête. Ou peut-être n’avait-elle pas donné d’ordre ? Depuis quand devait-elle commander ses jambes ?

Des mains se saisirent d’elle et l’aidèrent à se redresser puis à s’asseoir de nouveau.

— Elle va bien ?
— Vous avez bien fait de l’amener ici. Elle est complètement intoxiquée. Il lui faut du repos pour le moment. Venez, Mme Moore a préparé une chambre pour vous accueillir.

Yumi fut à nouveau saisie par des mains. On la leva. À sa droite, il y avait la femme qui la tirait depuis Dieu sait quand. À sa gauche, quelqu’un d’autre, à l’odeur corporelle plus prononcée, plus pénétrante.

Les deux l’amenèrent dans le transept et de là se rendirent dans la sacristie.

À nouveau Yumi se retrouva dehors. La nuit semblait être tombée. En tout cas, les brumes étaient plus obscures. Yumi nota que des traces noires se collaient à ses vêtements lorsqu’elle traversa les écharpes de brumes qui traînaient paresseusement le long du sol.

Les deux inconnus l’emmenèrent à travers un petit jardin jusqu’à une maison. Ils rentrèrent. À peine furent-ils rentrés que les deux inconnus posèrent Yumi sur un petit banc. Ils enlevèrent leurs manteaux et se vêtirent de robe de chambre. Ils en posèrent une sur Yumi, puis l’entraînèrent dans la maison. Ils passèrent salon, cuisine et salle à manger, avant d’arriver dans une chambre. Là, ils déposèrent Yumi sur le lit unique. Il sentait bon. Les draps avaient été lavés peu de temps auparavant. Le matelas était moelleux. En tout cas plus que les sols de pierre et de bois fréquentés par Yumi ces derniers temps.

— Hem. Je vais vous laisser. Daisy ou Mme Moore vont vous amener des vêtements plus appropriés, ainsi qu’un pot de chambre. Surtout, faites en sorte qu’elle utilise le pot de chambre. À mon avis, votre amie ne va pas pouvoir se lever avant un ou deux jours. Pendant ce temps, il faut qu’elle boive.
— Merci, mon père.

Yumi, qui était désormais un peu moins dans le brouillard, vit l’homme arquer un sourcil. Néanmoins, il ne dit rien et sortit de la pièce.

— Bon, à nous deux !

Yumi se retourna pour faire face à la source de la voix.

Émilie ! Émilie Leduc !

… Qui commençait à la déshabiller.

— À la guerre, comme à la guerre, allez, aide-moi un peu, tu veux, Yumi…

Très vite Yumi avait perdu tous ses vêtements, remplacés par une chemise de nuit, et avait été placé d’autorité au-dessus d’un pot de chambre.

Une fois passé ce moment gênant, Émilie s’allongea à côté de Yumi dans le lit et éteignit la lampe à huile posée sur la table de chevet.

— Dors, Yumi. Demain, si tu es en forme, j’essaierai de répondre à tes questions.

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Yumi avait très mal dormi.

Elle avait froid.

Elle avait mal.

Elle entendait le gémissement du vent sous le toit, le craquement des branches d’arbres dans le jardin.

Sa chemise de nuit était rêche et lui râpait la peau.

Elle se sentait à l’étroit, coincée entre Émilie et le mur.

L’endroit empestait. La sueur, le chien mouillé, et l’urine.

Yumi tremblait au fond de ce lit inconnu, hébergé par des inconnus dans un monde qu’elle ne reconnaissait pas.

Elle avait envie… elle voulait être au chaud. Dans son cocon douillet et ouaté.
Et Émilie qui ne se réveillait pas !

Yumi attendit. Longtemps. Souffrant en silence. Accumulant de la rancœur.

Que faisait-elle ici ? Où était-elle ?

Enfin, un sommeil agité, emplis de rêves s’en prit à elle.

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— Yumi, c’est l’heure de te réveiller.

Yumi grogna.

Elle avait mal.

Elle avait froid.

Elle ouvrit les yeux et vit Émilie penché au-dessus d’elle. Elle s’était changée. Elle portait une robe bleu pâle, et au-dessus une robe de chambre et un châle gris.

— Allez Yumi, le petit-déjeuner refroidit.

Énergiquement, Émilie redressa Yumi et posa sur ses genoux un plateau de nourriture. Un peu de pain, de beurre et de jambon. Du lait accompagnait le tout. À grand peine, Émilie réussit à faire manger Yumi. Après quoi, recommença le même rituel que la veille. Déshabillage, pot de chambre, couché…

Yumi n’aurait su dire combien de temps s’écoula ainsi. Toujours était-il qu’une routine s’était mise en place.

Yumi sentit progressivement son esprit devenir plus clair, au même rythme que son appétit lui revenait.

Un jour, elle fut suffisamment forte pour se lever seule. Elle se rendit à la salle à manger et déjeuna avec la famille.

Il était gênant de voir que tout le monde était aux petits soins pour elle. Elle avait pourtant été une hôte horrible. Renâclant à manger, méchante de douleur… Ni le maître des lieux, ni la gouvernante ne semblait lui en vouloir. Quant aux enfants, ils semblaient plutôt ravis de voir une nouvelle tête.

Une fois le déjeuner fini, Yumi fut invitée à se rendre dans le bureau du maître des lieux.

C’était une pièce de taille moyenne. Une seule porte permettait d’y entrer. En face, un bureau et devant le bureau deux chaises. Deux fenêtres situées derrière le bureau donnaient sur un jardin. Le mur de gauche était masqué par de hautes bibliothèques. À droite, une cheminée où luisaient quelques braises, faibles restes du feu de la veille.

— Je vous en prie, asseyez-vous mademoiselle… mademoiselle ?

— Ishiyama, Yumi Ishiyama.

Idiote, pensa-t-elle, j’aurais dû mentir.

— Un nom peu courant en effet, répondit l’homme en bourrant sa pipe. Oh ! J’espère que cela ne vous dérange pas si je fume ?
— Vous êtes chez vous, répondit Yumi.

Elle en profita pour observer celui qui lui faisait face. Il était vêtu d’une longue robe noire, sur laquelle il avait passé une robe de chambre. Il était plutôt petit — autour d’un mètre et soixante-cinq centimètres —, il portait de petites lunettes. Ses joues étaient épaisses, et ses yeux enfoncés dans leurs orbites. Cela faisait un étrange mélange de bonhommie et de dureté. Des rides précoces barraient son front. Si l’homme semblait à l’aise au vu de sa maison, il semblait aussi avoir connu ou connaître sa part de soucis.

— En tout cas, je suis ravi de voir que vous vous êtes remise, mademoiselle. Pardonnez cette question indiscrète, mais, que vous rappelez-vous ?
— Heu… je ne sais pas très bien. Je ne sais même pas où Émilie m’a retrouvé. Je me rappelle vivre ma vie ordinaire, puis rien, je me suis réveillée là où elle m’a trouvé.
— Le fumoir de Ha Ling.
— Le fumoir ?
— Oui, Émilie vous a trouvé dans une fumerie d’opium, le Fumoir de Ha Ling.
— Une fumerie d’opium ? Mais, enfin, ce n’est pas interdit ?
— Si, mais qu’importe. La police a d’autres choses à faire, surtout en ce moment. Et malgré le risque, cela reste un commerce rentable. J’ai perdu beaucoup de paroissiens à cause de cette fumerie.

Yumi trouvait cela étrange. L’opium était une drogue, non ? Et en France, la lutte contre la drogue faisait l’objet d’une grande attention policière.

— Mais, qu’est-ce que je faisais là ?
— Cela, nous aimerions bien le savoir, Mademoiselle Ishiyama.
— Je t’ai retrouvée là, intervint Émilie, alors que cela faisait des jours que je te cherchais. J’ai eu de la chance en plus de l’aide du père Brown.
— Comment m’avez-vous retrouvé ?
— Par chance, mademoiselle. Votre amie a croisé dans la rue quelqu’un qui lui paraissait familier. Elle l’a suivi jusqu’à cette fumerie d’opium a plusieurs reprises.
— J’ai tenté ma chance. Et il ne me paraissait pas familier. Je suis sûre que c’était William. Mais il semblait étrange. Avec tout ce foutu brouillard aussi !
— C’est sûr, je ne me souviens pas avoir jamais vu pareil brouillard à Sceau.
— Sceau ? Je ne connais pas ce lieu, mademoiselle. Mais, vous êtes à Londres. Dans l’East End. Et avant que vous ne me posiez la question comme votre amie, en l’an de grâce 1889. Je suis le père Brown et c’est ici que j’exerce mon apostolat.
— Votre quoi ?
— Je suis prêtre.
— Ah. D’accord.
— Toujours est-il, mademoiselle, que votre amie semblait compter sur vous pour nous éclairer sur la situation.
— Je suis désolé, mais je ne vois pas très bien comment vous aider.
— Voyons voir. Qui est-ce William ?
— C’est un camarade de classe. Il est amoureux de Yumi et lui tourne toujours autour, intervint Émilie.

Yumi poussa un grognement. C’était vrai, mais elle doutait que cela soit l’explication de sa présence à Londres en 1889. Si elle se trouvait bien là. Ne pourrait-ce être une copie virtuelle ? Xana leur avait déjà fait des coups de ce genre.

— Hmm, je suis désolé mademoiselle Leduc, mais cela ne semble pas expliquer grand-chose.
— Xana. William est à la solde d’un dénommé Xana. Mes amis et moi avons eu maille à partir avec Xana dans le passé. Je pense que c’est cela le rapport, même si je ne comprends pas encore tout.
— C’est qui ce Xana  ? intervint Émilie.
— C’est compliqué à expliquer. Disons juste que c’est quelqu’un de très puissant, et que la police ou les gouvernements ne peuvent pas grand-chose contre lui.
— Mademoiselle, avec tout le respect que je vous dois, votre histoire paraît difficile à croire. Elle donne l’impression que vous avez passé trop de temps au contact de l’opium.
— Émilie, cela fait combien de temps que tu es là ?
— Heu… deux semaines à peu près. Tu ne te rappelle pas ? On était dans cette vieille barraque, l’Hermitage. D’un coup, tu es sortie poursuivie par une espèce d’ombre. Tu t’es jetée dans mes bras. Et après… heu… comme une sorte de voile blanc qui nous a enveloppé, et pouf ! On se retrouve ici. Enfin, à quelques rues d’ici. Tu avais perdu connaissance. Je me rappelle d’une silhouette qui a jailli du brouillard d’un coup et de hurlements. Le temps que je comprenne ce qui s’était passé, tu avais disparu. J’ai essayé de te chercher, et des hommes m’ont accostée. Ils ont cru que j’étais… enfin tu vois… Le père Brown est arrivé à ce moment-là.
— Hmm, bizarre. J’ai peut-être une vague idée de ce qui a pu… enfin bref. La clef, c’est William je pense. Si nous sommes ici, c’est sans doute à cause de lui et de Xana. Après tout, c’était lui qui me poursuivait à l’Hermitage.

Dire que ses deux interlocuteurs avaient l’air sceptique eût été un euphémisme. Mais pour autant, ils n’avaient guère mieux à proposer.

— Mais, monsieur Brown, pourquoi nous héberger ? Quel est votre intérêt dans cette histoire ?
— Je ne visais d’abord qu’à aider votre amie qui s’était visiblement aventuré dans un endroit où elle n’aurait pas dû être. Ensuite, eh bien, votre histoire est intrigante. Enfin, je cherche depuis longtemps à remonter la trace des trafiquants d’opium. Votre ami William a parti lié avec eux. Cela me semble donc un bon point de départ. J’ai vu trop de mes paroissiens se faire envoûter par l’opium. Ils cessent d’être. Lentement mais sûrement, ils se font ronger par cette substance du diable, jusqu’au point où ils vendent leurs enfants. Elizabeth était la fille d’un de mes paroissiens. Je lui faisais la classe tout les dimanches. Un jour, elle cessa de venir. Elle avait quoi ? Quatorze ans. J’ai cru qu’elle s’était entichée d’un marin, ou d’un colporteur. Je l’ai retrouvé il y a trois ans sur les docks, plus morte que vivante. Je n’ai eu que le temps de la confesser avant qu’elle ne rende son dernier souffle.
» Dans ce quartier, j’ai vu mon lot d’horreurs. Maladies de l’âme et du corps, cadavres, maltraitances… mais ce qu’elle m’a dit… L’opium l’a fait, alors je déferai l’emprise de l’opium ici-bas.

C’était un bien joli discours, mais il laissait Yumi de marbre. Ce qui lui importait à elle, c’était de comprendre ce qui lui était arrivée, et de trouver comment sortir Émilie de cette galère. À supposer que ce soit bien Émilie, et pas une illusion ou un monstre de Xana.

Cela étant, William restait la seule piste. Et si Émilie avait pu le pister, alors, elles avaient un espoir.

— Émilie, tu as une idée sur la manière de repérer William ?
— Ah, oui. Il n’apparaît que de nuit. Je crois qu’il surveille le trafic d’opium, ou quelque chose dans ce goût. J’ai repéré un ou deux endroits où il passe assez souvent. On peut y aller cette nuit si tu veux.
— Mesdemoiselles, je me dois de vous avertir. Cet homme à l’air dangereux. Ses associés le sont. Et ce quartier n’est pas sûr de nuit. Mademoiselle Émilie a eu bien de la chance de ne pas être à nouveau importunée comme le soir où je l’ai rencontrée.
— Peut-être monsieur, mais il faut que nous fassions quelque chose, et ce n’est pas vous qui allez nous en empêcher.

Le ton de Yumi avait sonné plus vindicatif qu’elle ne voulait. Néanmoins, elle luttait contre Xana depuis deux ans, et n’avait pas l’intention de s’en laisser conter par un homme d’Église rétrograde qu’elle ne connaissait pas. Et qui était peut-être une illusion. Il fallait aussi qu’elle tienne compte du fait qu’il les hébergeait gratuitement sous son toit et que leur enquête pourrait bien finir par lui causer des ennuis.

Le vieux prêtre, lui, soupira. Il comprenait mal ces jeunes filles. Leurs vêtements, leurs tournures de phrases… tout chez elles semblait très… étranger. Néanmoins, elles représentaient une piste, faible, mais réelle, vers la tête du trafic ; et puis, ce jeune homme, William, l’inquiétait. Plusieurs de ses paroissiens l’avaient vu sur le lieu des meurtres qui avaient récemment secoué le quartier. Qui serait assez tordu pour prélever les parties de jeunes femmes ? De ce que la jeune Yumi passait sous silence, il devinait que ce William n’était pas franchement recommandable.

Mais, deux jeunes filles, la nuit, dans le brouillard… Il avait déjà vu ce qui arrivait à celles qui manquaient de chance, ou qui avaient été adoptées par les ténèbres. Peter Brown vieillissait. Cela le rendait à la fois plus impétueux, plus motivés à finir les choses qu’il avait commencés dans la vie, et en même temps plus craintif. Combien d’horreurs peut voir un homme avant d’être consumé? se demandait-il.

— Soit, soit. Ma porte vous restera ouverte.

Il s’interrompit un moment avant de reprendre.

— Savez-vous vous servir d’une arme ? Un pistolet ? Un couteau ?
— Non, mon père, répondit Émilie.
— Je vois. Je peux vous fournir des matraques alors. Si vous ne savez vous en servir, des armes à feu seraient plus encombrantes qu’autre chose.
Ayant fini de parler, il se leva et congédia ses hôtes. Il avait à faire en son église.


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Ce fut ainsi que les deux amies se retrouvèrent à braver le froid et l’humidité. La nuit était tombé depuis peu et Émilie avait entraîné Yumi sur les quais.

— Tu as l’air de bien connaître.
— J’ai retourné ce quartier dans tout les sens pour essayer de te retrouver. Je me disais que tu ne devais pas être loin. Mais, honnêtement, je commençais à penser que j’allais te retrouver déjà morte.
— Morte ?
— Ce n’est pas chez nous ici, Yumi. Dans les ruelles, en plein jour, il y a des agressions. L’aurore se lève et la Tamise drague des cadavres. Parfois de poivrot, parfois d’affamés… J’ai eu peur, tu sais. Non, j’ai encore peur. Je ne comprends rien à ce qui se passe.
— Je…
— Chut… tu n’as pas à te justifier si tu ne le veux pas. Je te fais confiance, mais… j’ai juste peur. Je ne sais pas comment tu fais pour avoir l’air si… détendue… et sûre de toi…
— L’habitude. William et moi… c’est une longue histoire…
— Attends… tu veux dire que… ce n’est pas la première fois, là, à l’Hermitage ? Pour… pourquoi tu n’as rien dit ? La police ? Yolande ? Même moi ?
— Émilie, ce n’est pas ce que tu crois.

Émilie n’eût pas l’air convaincue par les dénégations de Yumi. Mais enfin, l’aurait-elle été par la vérité ? Yumi en doutait. Autant qu’elle croit ce qu’elle voulait. Après tout, Yumi elle-même ne comprenait pas la situation.
Elles étaient arrivées au coin d’un entrepôt. Au loin, elles virent un groupe d’homme en train d’attendre.

Elles attendirent une heure environ, lorsque une barque surgit du brouillard pour accoster. Les hommes se mirent alors en mouvement. Ils organisèrent une chaîne pour débarquer tout les ballots de marchandises. Ils arrivaient au bout lorsque d’autres silhouette jaillirent.

Silhouettes encapuchonnés. De leurs robes de bure sortirent des coutelas et des bâtons. Un combat commença à s’engager. Très vite, les capuchons tombèrent. Derrière, des hommes.

— Tu as vu ? Yumi ?
— Oui.
— C’est quoi ces masques ? On dirait… on dirait des monstres !
— Oui, tu as raison. Cela me rappelle quelque chose.

En effet, chacun des masques était à l’image d’une créature monstrueuse. Mais toujours, la créature avait trois yeux. Et le troisième œil ressemblait de près à un symbole que Yumi connaissait bien : Xana  !

Les encapuchonnés avaient remporté la bataille. Ils se saisirent d’une partie de la marchandise, jetèrent le reste à l’eau. Ils avaient tué deux des six matelots. Les quatre autres étaient juste assommés. Ils furent emportés par les encapuchonnés.

— On les suit !
— Pardon ?
— On les suit, Émilie. J’ai comme dans l’idée qu’ils sont liés à Xana et William.
— Euh, t’es sûre de toi, là ? Ils ont l’air bien flippant. Plus que les drogués.

Yumi n’écouta pas son ami. Elle en avait marre de ce lieu, marre de ce brouillard. Elle s’enfonça dans la brume, à la poursuite des hommes masqués.

Par chance, ils étaient ralentis par leur butin, et par leur volonté d’être discret. Non qu’ils y arrivassent. Ils remontèrent le long des quais, jusqu’à arriver à un des déversoir des égouts. Yumi ne vit comment, mais ils arrivèrent à faire pivoter la grille et s’enfoncèrent dans l’obscurité.
Elle tenta de les rattraper, mais ils avaient refermer la grille derrière eux. Yumi commença à pousser, à tirer… En vain.

— Besoin d’un coup de main ?
— Tu pense qu’à deux on arrivera à la faire bouger ?
— Tss, tu devrais réfléchir plus. C’est de la fonte. Ce n’est pas si léger. Il y a sûrement un truc. Un barreau mobile, ou quelque chose de ce genre.
— Tu te fous de moi ? On n’est pas dans un film d’action là.
— Tu peux continuer à forcer si tu veux.

Vexée, Yumi s’écarta pour laisser la place à son amie. Émilie se mit à examiner soigneusement les barreaux, puis le tunnel.

— Ah ! Je vois !

Elle appuya sur deux pierres situés à hauteur des yeux. Il y eût un petit bruit, et la grille se libéra.

— Merci qui ?
— Grmmbl… Merci Émilie.
— Allez, cela mérite mieux que cela, non ?
— Ne pousse pas le bouchon !
— Rabat-joie !

Les deux jeunes filles s’avancèrent dans les égouts. Sans refermer derrière elles.

Par chance, ceux qu’elles filaient étaient vraiment lent. Elles parvinrent à les rattraper. Ils étaient néanmoins organisés, puisqu’ils avaient installé rien de moins qu’une espèce de quais à bateau dans les égouts. Ils chargèrent leur précieuse marchandise dans une barque et s’en furent.

Yumi et Émilie se hâtèrent de les suivre et de prendre la barque restante, en faisant attention de limiter un maximum le clapotis.

À un moment, ils tournèrent à droite et un grondement se fit entendre.

Droit dans une impasse !

— Dis, Émilie ?
— Oui ?
— Tu ne penses quand même pas ?
— non, ce serait trop évident ?
— En même temps…
— D’accord, j’essaye.

Émilie se leva, en faisant attention de ne pas faire basculer la barque. Sur le mur, à côté d’elle, pendait une chaîne qui se finissait par un grand anneau.
Elle tira dessus.

Dans un grand raclement, le mur devant elles pivota, dévoilant, à quelques mètres de distance, un quai ou plusieurs navires étaient amarrés.

Elles vérifièrent — un peu tardivement — que personne n’était présent, que personne ne les avait vu. Puis elles allèrent s’amarrer.

Elles descendirent de la barque. Au loin, elles entendaient une mélodie. Une mélopée plutôt, comme un chant funèbre entonné par des chœurs lointains. La lumière avait changé. Il ne s’agissait plus ici de quelques torches plantées ça et là, ou d’une lampe à huile comme celle que les filles ou ceux qu’elles filaient avaient sur eux. Non, il s’agissait d’une lumière qui… variait en couleur. Tantôt bleutée, tantôt d’un blanc chaud.

Au point où elles en étaient, elles n’avaient plus guère de choix. Elles avancèrent prudemment, se cachant derrière les piliers. Au fur et à mesure qu’elles se rapprochaient de la source de musique, la lumière se faisait de plus en plus vive, et surtout, la coloration changeait en rythme avec la mélopée.

Curieuse, Émilie examina l’une des lampes accrochées au mur.

— C’est bizarre. C’est une espèce de plante phosphorescente, je crois. Ou du corail. C’est posé là, sur une coupelle constellée de trous. Et juste en-dessous… Aïe ! Ça brûle.

La coupelle soutenant la plante était accrochée au mur. En dessous, on voyait l’extrémité d’un tuyau. Au moment où Émilie avait passé sa main, un jet de vapeur en était sorti. À son contact, le corail était passé du bleu au blanc chaud.

— Mouais, on fera des expériences une autre fois. Cet endroit ne m’inspire rien qui vaille.

Les deux jeunes femmes reprirent leur avancée.

Bientôt la musique enfla, envahit leur esprit.

Elles commencèrent à longer les murs : elles approchaient visiblement d’un lieu de rassemblement.

Bientôt, elles virent une grande salle. Aussi grande que la nef d’une cathédrale. Au piliers étaient accrochés des sculptures en forme de squelettes géants. À la base des piliers, de véritables crânes étaient empilés.

À droite de Yumi et Émilie la nef débouchait sur une vaste estrade bâtie au pied d’une immense statue d’une dizaine de mètres de haut. C’était la statue de quelque divinité infernale. Un Dieu ancien, sauvage et vindicatif. Ses traits peignaient l’avidité et la colère. L’envie de destruction et la faim de massacre.
À ses pieds des prêtres s’affairaient. Ils dirigeaient les psalmodies.
Il faisait chaud. D’innombrables braseros étaient allumés et leur fumée faisait comme un voile de brume épais qui masquait le plafond. Des volutes de fumées se mêlaient à l’eau ajoutant à la lourdeur de l’atmosphère ambiante. Au loin on distinguait comme une sorte d’orgue dont émanait d’innombrables tuyaux. C’était les souffles produits par la musique de cet instrument qui faisait changer de couleur les coraux et illuminaient le temple en fonction de des désirs du dieu !

Yumi renifla.

Elle reconnaissait cette odeur si belle ! Si suave ! Si douce ! Son Éden à elle.

Bientôt, elle s’aperçut que son cœur battait vite et fort. Il s’était imperceptiblement calé sur la musique ambiante, cette mélopée lancinante mais dont la cadence devenait de plus en plus infernale.

Ce n’était plus l’abandon que promettait l’opium.

C’était la sauvagerie ! Les accents barbares de la colère ! De la rancœur ! De la haine et de l’envie ! C’était la colère des justes délivrant la mort sur les ennemis de la foi !

— Reprends-toi Yumi ! Je ne t’ai pas sorti de ça pour que tu y replonge !

Émilie avait secoué Yumi.

— ALERTE ! Des intrus !

Elles étaient repérées !

D’un coup elles se relevèrent et repartirent par là où elles étaient arrivées.
Mais leurs ennemis étaient nombreux et connaissaient le terrain. Ils eurent tôt fait de les rattraper. Les matraques du père Brown n’y firent rien. Bien vite, elles furent maîtrisées. Un prêtre s’approcha d’elle, un chiffon à la main.
Chloroforme.


_________________



Yumi se réveilla.

La musique…

Cette musique…

Une nouvelle fois, son cœur battait en un rythme diabolique tandis qu’une funèbre complainte emplissait son esprit.

Elle ouvrit les yeux.

Devant elle, l’autel, et au-delà, une mer de fidèles. Des centaines de dévots adorateurs d’une divinité infernale.

Sur l’autel, Émilie ! Sa robe était déchirée par endroit, mais visiblement son amie n’avait rien de grave. À part le fait d’être allongée sur un autel sacrificiel s’entend.

Un masque surgit dans le champ de vision de Yumi. Elle commença à se débattre.

— Allons, il ne sert à rien de s’exciter comme ça, entama le grand prêtre. Nous allons vous libérer.
— Qu’est-ce que vous… gnnn… racontez ?

Yumi tentait de toutes ses forces de se libérer de ses liens. Au point que d’autres prêtres durent venir l’immobiliser.

— Voyez-vous très chère. Nous n’allons pas vous faire physiquement mal. Ni à votre amie.
— Vous croyez que je vais vous croire ?
— Mais, c’est parfaitement vrai, puisque c’est vous qui allez vous en charger.
— Vous êtes dingue !

Yumi hurla en se débattant encore plus fort.

Guère impressionné, le grand prêtre se pencha sur un plateau de métal posé à côté du trône. Il y prit une seringue qu’il présenta à Yumi.

— Allons, je vous assure que vous allez le faire. Volontairement.

Yumi sentit une piqûre dans son cou.

Une ou deux minutes après, elle avait chaud. Si chaud. Et froid. Elle sentait l’opium qui brûlait dans l’air. Elle entendait la maléfique mélopée. Mais surtout, elle le voyait : William !

Il était là ! Devant elle ! Et au-dessus de lui, Xana. Son grand œil, toujours ouvert ! Toujours destructeurs. Autour de l’œil, des anneaux de feux qui tournoyaient dans l’air. Encore ! Et encore !

Le visage d’Ulrich jaillit hors de l’œil de Xana. Dur et figé :

— Yumi ! Tu dois ! Viens ! Tu le vois ! Certains ne sont pas ce qu’ils paraissent. Tu le sais ! Tu l’as toujours su !

Un œil tomba hors de son orbite. C’est ainsi qu’elle avait trouvé Ulrich il y a quelques semaines, sur le sol de l’usine. Le crâne fracassé. Plus mort que vif. Seul un retour vers le passé l’avait sauvé.

Sa bouche se mit à vomir des immondices. Et ses lèvres à se décomposer. Ses joues se ridèrent et se mirent à pourrir. Sous les yeux de Yumi, son ami mourrait ! Encore ! Encore ! Toujours ! Elle vit William lui exploser le crâne, comme cette fois-là ! Elle vit un xanatifié lui trancher le bras ! Elle le revit tomer tête la première dans un feu de cheminée. Elle sentit l’odeur de la peau qui grillait et des yeux qui fondaient. Elle le vit, les lèvres bleues de froid, tandis que le froid brisait ses doigts.

Les prêtres défirent les liens de Yumi.

Elle se leva.

Devant elle, Jérémie lui rappelait pourquoi ils faisaient tout cela : pour libérer Aelita. Pour vaincre Xana. Elle revit les cadavres fauchés par les voitures contrôlés par xana, le sang sur les par-brises.

Elle entendit le rire métallique de William :

— Tu ne peux vaincre ! Je suis invincible  !

À la droite de Yumi un long couteau se matérialisa.

Elle s’en saisit.

Elle s’approcha de l’autel.

William riait toujours.

— Tu n’aura pas le courage. Tu ne l’as jamais eu ! Mauviette ! Tu n’a jamais pu me refuser ! Couarde ! Tu aurais pu tant de fois ! Me tuer, en finir avec Ulrich ! Sale Lâche ? Combien sont morts à cause de toi, pauvre imbécile !

CLANG !

Quelqu’un venait de se précipiter sur l’estrade et de renverser l’un des braseros brûleur d’opium.

Les braises se répandirent partout, et surtout sur les robes de certains acolytes. Leurs hurlements de douleurs se fondirent dans les exclamations de surprise et d’outrage.

Le renverseur de brasero se précipita sur Yumi et saisit son cou du creux du coude, emportant la jeune fille avec lui. Yumi en eût le souffle coupé.
Elle tomba à terre.

Celui qui l’avait entraîné se releva avant elle et s’en fut se battre contre les prêtres. Yumi, elle, se releva péniblement, le couteau en main. À ses côté, William surgit. De rage, elle le poignarda.

BLANG !

Quelqu’un venait d’asséner une droite dans la mâchoire de Yumi.

— Ressaisis-toi ! Prononça une voix métallique et impersonnelle.
— William ? Mais… je…

Yumi jeta un coup d’œil à côté d’elle, tentant de reprendre pied avec la réalité. Le grand prêtre était étendu à gauche de Yumi, un couteau dans la gorge.

Manu militari William saisit Yumi par l’épaule et la releva. De sa main droite, il se saisit d’un candélabre qu’il se mit à agiter pour repousser les prêtres qui accouraient.

— Non ! Le sacrifice ! Empêchez-les !

William entraîna Yumi vers la statue, loin de la foule. Loin de l’autel.

— Émilie !

Une silhouette noire se jeta sur l’autel et couteau à la main entreprit de libérer Émilie, avant de commencer à ferrailler avec les fidèles.
La silhouette sauta d’un coup en arrière et envoya des grenades fumigènes dans la foule.

Profitant du désordre, Émilie se précipita vers Yumi.

— On part ! Décida William de sa voix métallique.

Il entraîna les deux jeunes filles vers la statue.

Juste derrière se trouvait un escalier.

À la suite de William, les filles montèrent le long de l’escalier.

La silhouette noire les rejoint vite. Yumi eût le temps de jeter un coup d’œil. C’était un homme, masqué. Il portait sur lui tout un appareillage métallique qui formait comme un exosquelette. Voilà qui expliquait qu’il puisse aller aussi vite. Des jets de vapeurs jaillissait à intervalles réguliers de l’appareil. Sur ces yeux des lunettes vertes.

— C’est infrarouge ? Demanda Émilie.
— Oui, mais plus tard les questions.
— Mon père ?
— Plus tard.

Brusquement, William s’arrêta.

— Devant, intima-t-il à ses alliés de fortune.

Yumi ne se fit par prier. Elle prit la tête du groupe et continua à monter aussi vite qu’elle put. Derrière elle, elle entendait les hurlements des cultistes. Elle n’avait pas envie de savoir ce qu’ils faisaient à ceux qui interrompaient leurs cérémonies sacrificielles. Enfin, elles ne voyait pas ce qu’ils auraient pu faire de pire… Ils… Elle avait failli tuer Émilie !

Derrière elle, elle entendit un bruit familier. Le bruit d’un xanatifié rassemblant de l’énergie électrique. Bientôt, l’air charria une odeur de chair brûlée, et le rire de Xana retentit dans la gorge de William.

Elle entendit un immense grondement. Elle comprit vite. William n’avait pas juste fait joujou avec des éclairs. Il avait fait s’effondrer le plafond, de façon à ce que l’on ne puisse plus suivre les fugitifs.

L’escalier prit fin et débouchait dans ce qui devait être le bureau d’un riche avocat ou négociant. Le parquet, les livres, le bureau… tout respirait le luxe. Sans doute l’identité civile du grand prêtre.

— Mon père ! Qu’est-ce que ?
— Oh ! Ça ? Franchement, vous pensiez que c’était le père Brown qui allait arrêter le mal dans L’East End ? Il fallait mieux. J’ai adopté ce costume sur les conseils d’un ami américain, M. Poe. Il m’a dit qu’avec une apparence effrayante, en hantant la nuit, je pourrais marquer les esprits des criminels.

Pendant qu’il discutait, il emmena tout le petit groupe hors de la maison. Ils sortirent. Devant eux se trouvait une file de fiacres.

— Le Logographe’s cabinet club ! C’était donc eux ! Vite, mesdemoiselles !

Disant cela, le Père Brown bondit sur un fiacre et à l’aide de sa force augmentée se saisit du pilote qu’il lança dans un buisson.
Yumi et Émilie ne se firent pas prier et montèrent. William suivit et prit les rênes. Le fiacre partit aussitôt.

— J’avais des soupçons sur le fait que des gens haut placés organisaient ce culte macabre. Je ne savais pas encore qui, mais les membres de ce très prestigieux club étaient bien placés sur ma liste : Lord Eis, prétendant au titre de premier ministre. Je pense que c’est lui que vous avez tué, Mademoiselle Ishiyama. Il était vraisemblablement la tête pensante. Monsieur Aiguille-wahnsinniger, ministre de la police. Il m’a aussi semblé voir Monsieur Sturm, de la banque d’Angleterre, et Schwarz, patron du London Times. Que du beau monde.
— Mais enfin  ? Comment ?
— oh ça ? Je vous ais suivi, mademoiselle Ishiyama. En fait, je pensais plutôt retrouver la trace de ce jeune homme — William je suppose — qui vous accompagne. Je voulais lui poser des questions sur l’opium. Mais débarrasser nos rues de quelques fanatiques fous dangereux me paraît aussi bien.

William dirigeait le fiacre vers le sud-ouest. Vers la Tamise. Mais loin de l’East End. Le Père Brown eût tôt fait de le remarquer. Mais lorsqu’il voulut les faire changer de direction, un éclair de William l’assomma. Ainsi que les filles.

_________________


Yumi se réveilla.

Une fois de plus, elle était assise sur un trône de pierre.

Enchaînée.

Mais cette fois, il y avait tout un appareillage reliée à sa tête.

Elle était dans une grande pièce, parfaitement illuminée. Devant elle, William s’affairait sur une machine dont Yumi ne parvenait pas à comprendre l’utilité.
Une odeur d’opium imbibait l’atmosphère.

Autour d’elle, Yumi vit un grand nombre de machines, d’engrenages et de levier. Des roues crantés de plusieurs mètres de diamètre formaient les murs de la pièce. Elle tournaient toutes lentement.

Le sol était une plaque de verre transparente. En-dessous, très loin en-dessous, de l’eau coulait et faisait tourner des roues à aubes. De temps en temps, des sifflements de vapeurs se faisaient entendre.

Yumi chercha frénétiquement Émilie des yeux. Et le Père Brown.

Ne les voyant pas, elle prit peur.

William s’affairait toujours, occupé à quelque machination.

Le bruit des mécanismes emplissait toute la pièce. Mais Yumi arrivait quand même à entendre des voix humaines. Lointaines… étouffées… Elles gémissaient par intervalles. Dès que le gémissement devenait trop fort, William manipulait un levier. Un bruit de vapeur se faisait alors entendre, et une odeur d’opium envahissait la pièce.

— Qu’est-ce que tu me veux ? Nous emmener à Londres aux dix-neuvième siècle, cela ne te suffit pas ? Tenter de me rendre accro, cela ne te suffit pas ?

William se retourna. Sur son front brillait l’œil de Xana. Dans ses yeux la volonté et les chaînes de son maître luisaient d’une froide et terrible lueur.
Il éclata d’un rire froid et sec.

— Tu n’as donc pas compris ? Ce n’est pas moi qui nous ait enfermé ici. Et j’ai besoin de toi pour repartir. Lui, dit-il en se désignant de la main, n’est pas suffisant. Il me faut un autre lien au supercalculateur du créateur pour revenir. Ce lien, c’est toi. Tu étais la dernière pièce qui manquait à la machine.
— Et Émilie ? Qu’est-ce qu’elle fait là alors ?
— Elle ? Je n’ai pas le temps de la rendre utilisable. Et c’est toi qui l’a emmené ici. Vous qui nous avez fait prisonniers. Ton amie est à ta droite, contre le mur, si tu regarde bien.
— Tu…
— Silence. J’ai presque fini. À moins que tu ne préfère être bâillonnée ?

Yumi choisit de se taire. Elle aurait peut-être besoin de parler plus tard.
William recommença à s’affairer.

Yumi se mit à examiner la pièce plus attentivement, à la recherche de quelque chose pour pouvoir se sortir de ce guêpier.

Il n’y avait rien. Désespérée, elle leva les yeux au ciel. Là-haut, au plafond. Elle vit… des gens. Il y avait des gens étendus. Rangées après rangées. Elle crut reconnaître certains fumeurs qu’elle avait vu chez Ah ling. Ils semblaient tous reliés à l’étrange mécanisme de Wil… de Xana. Ce n’était plus William. C’était Xana. Elle aurait dû l’avoir compris il y a longtemps. De toute façon, entre les deux, quelle différence ? Tous deux étaient source de souffrances et d’horreurs.

— Par tous les saints ! Qu’est-ce que cette machine du diable ?

Le Père Brown venait d’arriver. Il avait l’air mal en point. Du sang avait séché la commissure de ces lèvres, et ses lunettes étaient cassées. Il tenait une sorte de pistolet à la main.

— Repartez ! Cela ne vous regarde pas !
— Qu’avez-vous fait à tout ces gens ?
— Repartez, et laissez-moi repartir avec ces jeunes filles. Nous devons rentrer. J’ai besoin de recréer un supercalculateur pour cela. Mais réunir la technologie pour aurait pris bien trop de temps. Il y avait tant de pauvres hères ici. Tant de capacités à penser.
— Vous avez organisé le trafic d’opium pour capturer ces gens ? Pour les réduire en esclavage ?
— L’opium me sert à les rendre docile. Il limite leur besoins de manger… de vivre. Et ce soir, je vais m’en servir pour leur suggérer des images, des idées… leur cerveau va me servir de transistor.
— Vous êtes fou.

Xana eût l’air passablement agacé. Trouvant sans doute que la conversation avait trop durée, il foudroya le prêtre.

Ce dernier esquiva sur le côté et se retrouva à côté d’Émilie. Utilisant son exosquelette, il se jeta à toute vitesse sur William, abandonnant une partie de l’appareillage derrière lui. Un duel acharné s’engagea.

Émilie, elle, profita de l’opportunité : le Père avait abandonné derrière lui une scie circulaire. Elle commença à trancher ses liens.

Assez vite, elle se libéra. Elle se saisit de la scie et se précipita sur Yumi.

— Je vais te sortir de là, Yumi.

Elle entreprit de scier les liens.

— Mais après, il faudra que tu m’explique tout, d’accord ? Surtout ce que tu ne veux pas me dire.

Yumi rougit.

— Je te dirais tout, si on s’en sort.

et si tu n’oublies pas tout, comme les autres fois, et celles qui viendront.

Parfois, le poids du secret pesait lourdement sur Yumi.

Émilie parvint à la libérer.

Trop tard ! William s’était débarrassé de l’ecclésiastique qui gisait sur le sol.

— Trop tard, Yumi.
— Tu l’as… Tué !
— Non, ce n’est pas nécessaire. Et il a aidé tout à l’heure. Il faut payer ses dettes. Toi, en revanche ! Il est l’heure !
Avant que Yumi n’ait pu réagir, William lança des éclairs qui assommèrent les deux jeunes filles.

_________________


Émilie se réveilla.

Elle était attaché sur un trône de pierre. Devant elle, assise sur ses genoux et attachée au trône aussi, Yumi !

Devant elles William attendait qu’elles soient réveillées.

— Bien, il est temps de commencer. Avant que le prêtre ne se réveille encore.

Il s’assit alors devant ce qui semblait être un triple clavier.

Il commença à jouer.

De la vapeur se mit à sortir en rythme des tuyaux dans le mur. À mesure qu’elle montait vers le plafond, elle transportait l’opium et l’apportait aux masses infortunées, forcées de le respirer.

William jouait, et bientôt, les gémissements des prisonniers se turent, avant de ressurgir sous la forme d’un chant. Une funèbre complainte.

À la plainte suivi la colère. La révolte. L’injustice.

Dies irae

Le sol grondait sous les pieds d’Émilie, et elle-même se sentit prise de sentiments violents.

Mais cela ne dura qu’un temps.

Une nouvelle mélodie s’éleva. Pleine de dignité et de sérénité. Douce, elle alla en grandissant, en enflant, affirmation puissante du calme retrouvé.

Enfin, elle laissa la place à une musique émerveillée, virevoltante, puis apaisée.

[in paradisium]

Avant de se fondre dans le silence.

William pressa une dernière fois sur les pédales de la machine.

Une lueur blanche illumina le sol en-dessous d’Émilie.

Lueur qui devint une colonne les englobant elle et Yumi.

Colonne qui devint globe et emporta tout… Dans le futur.

_________________


Émilie était devant une veille maison abandonnée.

L’Hermitage.

Yumi lui avait donné rendez-vous ici.

Émilie essayait de ne pas trop s’en faire. Ce rendez-vous l’étonnait, la surprenait. Elle tentait de ne pas être trop ravie.

Elle entra dans le jardin.

Yumi était là.

À côté d’elle… William.

Ils se fixaient tout deux d’un air furieux.

D’un coup, il se retourna, et s’inclina, avant de disparaître à l’intérieur de la maison.

— Yumi, Qu’est-ce qui se passe ?
— oh, rien que l’ordinaire tu sais. Tu veux que je te raconte ?
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2021  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Sam 11 Déc 2021 01:09   Sujet: Suspicions

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Dix heures sonnaient au beffroi et déjà Suzanne était en retard. Elle, pourtant toujours ponctuelle dans sa vie professionnelle, manifestait une étrange propension à se mettre en retard. Oh ! Elle se levait bien assez tôt. Ses plans prévoyaient ce qu’il fallait de marge de manœuvre. Mais toujours, toujours il y avait un imprévu. Quelque chose qui venait se glisser et enrayer la mécanique. Un soudain rappel qu’étendre la lessive serait une bonne chose, ou que la serpillière n’avait été passée depuis un peu trop longtemps (deux jours en général).

Bref, elle savait prendre le temps, mais était toujours en retard. Ou bien trop à l’avance. Ce qui était moins grave  : Elle pouvait en ces cas se poser sur un banc et avancer dans sa connaissance des classiques.

Toujours est-il qu’en ce samedi matin, elle se demandait pourquoi elle avait accepté un rendez-vous un samedi midi… Mais à question idiote, réponse évidente : parce qu’en semaine elle était ou au travail ou trop fatiguée, et que par principe, elle se refusait à placer des activités — quelles qu’elles soient — le dimanche.

Enfin ! Il lui restait bien des choses à faire. Beaucoup de ménage, et sa routine capillaire pour le moins. Il fallait aussi qu’elle fasse quelques courses. Et qu’elle achète un cadeau pour sa petite-fille. Diable ! Son premier anniversaire ! Cela se fêtait. Malheureusement, elle n’aurait pas le vrai cadeau qu’elle aurait mérité. L’assassin de son père, Odd Della Robia.

Suzanne avait mis le temps, mais, elle avait une piste. Une piste qui remontait à un laboratoire en Suisse et à son représentant, M. Gabriel Etsep. Un grand voyageur, qui avait souvent été en conflit avec Feu Eduardo Della Robia, le grand amour de Suzanne. Un conflit qui avait escaladé jusqu’ la violence. Suzanne avait récupéré les journaux d’Eduardo. Il y décrivait les méthodes plus que douteuses de Etsep, et la haine profonde qui avait fini par les lier.

Les circonstances de la mort d’Odd avait été pour le moins troublantes. Un ulcère d’estomac foudroyant ! À son âge. Odd Della Robia avait un estomac d’acier. Il suffisait de voir ce qu’il arrivait à enfourner ! Et de la cuisine de Rosa par-dessus le marché !

Non, pour Suzanne, il était évident que Gabriel Etsep avait décidé que sa haine demandait du sang Della Robbia pour être apaisé… aux élèves et professeurs de Kadic en revanche, on avait juste dit qu’Odd avait eu une appendicite qui, mal traitée, avait mal finie.

Bien évidemment, elle n’aurait jamais le temps de faire tout ses tâches ménagères et autres avant de devoir partir. Ou bien elle faisait une croix sur une partie des tâches, ou bien elle serait en retard. Et, une fois n’est pas coutume, elle se sentait plutôt de renoncer aux tâches ménagères.
Donc, il était l’heure ! Non du duel, mais du shampoing.
C’est ainsi qu’une heure et demie plus tard, Suzanne put sortir de son appartement, et se rendre à l’arrêt de bus le plus proche. Une fois rendue, elle attendit. Conformément à ses habitudes bien ancrée de parisienne, elle n’avait pas consulté les horaires. Il y avait toujours un bus au moins tout les quart d’heure. Au pire toutes les demi-heures. Donc elle avait au pire trente minutes pour avancer dans la lectures d’Anna Karénine.

Elle arriva donc — malgré tout — en retard à son rendez-vous.

Heureusement, Christian avait réservé une table.

— Suzanne ! Je commençais à m’inquiéter !
— Je suis désolé, Christian. Le bus a mis du temps à venir, et ensuite… la circulation.
— Le plus important, c’est que tu sois là. Viens donc t’asseoir !

Pendant qu’elle se mettait à l’aise, il héla un serveur : il leur fallait la carte des boissons ainsi que le menu. Heureusement, ici, le service était rapide. C’était assez différent de leur premier rendez-vous, dans un restaurant plus huppé du centre-ville, le Fumoir des littérateurs. Là-bas, le service avait été long. Et la nourriture, froide.

Cause toujours, pensa Suzanne en son for intérieur, j’ai retrouvé ta trace, Etsep. Et je vais te faire payer. J’ai vu à travers ton déguisement. Je sais que ce n’est qu’une question de temps avant que tu ne vois à travers le mien. Heureusement que je n’ai jamais épousé Eduardo. Peu savent que je le connaissais..

Il ne lui restait plus qu’à trouver des preuves définitives. Des preuves dont elle se servirait pour obtenir des aveux complet. Ensuite, elle vengerait sa famille.

Pourtant, elle doutait. Christian était-il vraiment Etsep sous couverture ? Etsep était-il coupable ? Ou bien c’est elle qui, folle de chagrin, s’imaginait des choses ?


En tout cas, il n’avait pas encore fini l’apéritif, que leurs carpaccios de saumon étaient avancés.

— Donc, le bon personnel existe encore  !
— ah, tu ne va pas faire le snob quand même ?
— Pardon Suzanne, c’est juste que l’expérience du Fumoir m’a rendu un peu méfiant.
— Maintenant que c’est passé, tu sais, je trouve que c’était plutôt amusant. Ils manquaient visiblement de personnel.
— Il n’y avait que nous dans la salle.
— Heu, non, il y avait deux autres tables occupés. Plus celle du personnel.
— Enfin quand même !
— On y retourna pour déjeuner, je te dis. C’était juste un mauvais jour.
— Préviens-moi à l’avance alors. Que je déjeune avant.

Ils éclatèrent tout deux de rire.

Suzanne avait rencontré Christian le mois dernier. Elle avait immédiatement était séduite par cet homme énergique. Il remettait un grain de folie et de vigueur dans sa vie… Quelque chose qu’elle avait perdu depuis le décès d’Eduardo. Christian était comme un nouveau printemps dans sa vie. Un nouvel horizon. Un nouvel amour. Il était comme le retour du soleil après une longue éclipse. Enfin, courte, en vérité. Eduardo n’était pas mort depuis si longtemps. Mais la disparition de son amant l’avait quand même secouée. Plus qu’elle n’avait su le dire. Plus qu’elle n’avait pu le dire aussi. La grossesse de Marie, et la naissance de sa petite-fille l’avaient occupée, lui avaient permis de penser à autre chose. Enfin, presque. Elle devait confirmer ses soupçons : Christian n’existait pas. Il n’y avait qu’Etsep, le trafiquant international.

Elle aurait voulu que Christian soit vraiment celui qu’il prétendait. Un vieil homme qui avait rencontré une jolie vieille femme et s’efforçait de la séduire. Mais, elle en doutait. Et pourtant, plus elle jouait le jeu, plus elle s’y faisait prendre, plus Christian lui paraissait réel, et être un véritable ami et soutien.

Bien sûr, ce n’était pas suffisant. Rien ne serait jamais suffisant. Avec Eduardo, c’était un pan de sa vie qui était parti, un pan de son être qui avait disparu, une partie de son âme qui avait cessé. Elle se sentait comme infirme, diminuée.

Il y a des choses qui passent et ne reviennent, emportant jusqu’à leur souvenir avec elles.

Avec Christian… Elle ne cherchait pas à remplacer quoi que ce soit. Cette relation neuve n’était pas un appel, un cri poussé pour combler un vide. Non, c’était quelque chose de neuf, de frais, de nouveau. Et Dieu savait qu’elle avait besoin de sortir des murs étriqués où sa vie commençait à l’enfermer.

Pour autant, Suzanne restait critique envers elle-même. Cette relation, c’était aussi un sursaut face à la mort. Sursaut face à la mort qui l’entourait, face à ses amis, à cet amant, qui connaissaient la fin, Sursaut de conjuration de sa propre mort à elle. Elle ne se faisait plus d’illusion. Elle vieillissait. Et ce n’était pas une crise de la quarantaine. Ni une constatation à cinquante ans que l’on ne montait plus les marches quatre à quatre. Il s’agissait juste de la constatation sereine. Que son corps lui répondait et lui répondrait de moins en moins. Il n’y avait plus de jours où elle se levât sans avoir mal quelque part. Elle aurait beau faire tous les exercices du monde, elle allait continuer à s’affaiblir.

Il y avait un autre aspect plus glaçant. Jamais vraiment mentionné. Un de ces tabous qui avaient survécu à tous ceux qui voulaient détruire dits et non-dits à grand coup de marteaux. L’intellect faiblissait avec l’âge. Elle avait de plus en plus de mal à mémoriser des choses par cœur. Le recours à un agenda lui était maintenant indispensable. Alors que dans ses jeunes années, elle n’en comprenait pas vraiment l’intérêt. Sa vivacité intellectuelle était moindre aussi. Des calculs qui lui auraient pris quelques secondes lui paraissaient maintenant autrement plus difficiles. Des notions qu’elle aurait manipulées sans soucis lui posaient des problèmes… Bien sûr, il y avait des moyens pour compenser. Enfin, surtout un moyen. L’expérience. Elle pouvait encore se reposer sur tout ce qu’elle avait patiemment accumulé sa vie durant : savoirs, positions, situations et vécu. Elle savait comment gérer des élèves récalcitrants, ou des élèves médiocres ou transparents. Elle ne se posait plus la question, contrairement au début de sa carrière. En revanche, elle commençait aussi à sentir le poids des générations. Les élèves n’étaient plus tout à fait les mêmes qu’auparavant. Leurs attitudes, discours et attentes changeaient avec le temps. C’était normal ; c’était une limite de l’expérience.

Elle n’était pas dépassée cependant. Ce qui changeait était bien moindre que ce qui restait. Et les adolescents n’étaient jamais originaux. Ils étaient d’un ennui profond. Générations après générations, ils croyaient faire preuve d’audace. Se démarquer. Se distinguer:  faire mieux et différemment des précédents. Les pauvres, ils reproduisaient les mêmes schémas. Les mêmes désirs. Et du coup, les mêmes échecs et réussites. Enseigner avait donné à Suzanne quelques aperçus parcellaires, et sans doute partiaux, sur l’humanité. De ces entrevues, elle avait surtout perçu que ce n’était pas et jamais la jeunesse qui faisait le changement. Ceux qui fondaient leurs espoirs en elle avait tort. C’était tout. Ils s’illusionnaient. Et la nature de l’illusion était révélatrice de leurs pensées.

Suzanne vieillissait. Mais, elle était encore tentée. Tentée de saisir une fois de plus le printemps. De grimper une fois de plus en haut de la montagne et de crier au monde Victoire et Défiance.

Dans les jours où elle broyait du noir, elle savait que c’était cela aussi et surtout, qu’était dans le fond Christian.

Le reste du temps, elle voyait surtout que la vie lui offrait de belles occasions, et qu’il était bon de continuer à vivre. Bon et nécessaire.

Elle passait de très bons moments avec lui. Ils allaient au restaurant, puis se promenaient en forêt durant tout l’après-midi, échangeant sur toutes sortes de sujets.

Comme il était étrange de vieillir ! Le temps se faisait plus pressant pour eux deux. Et pourtant, ils le prenaient leurs temps. Ils allaient, lentement. Un pas à la fois, prenant le temps de savourer chaque moment. De regarder chaque empreinte qu’ils faisaient le long du chemin et de regarder le paysage. Plus jeunes, ils auraient gambadé en toute hâte, brûlant toutes les étapes, et la forêt avec. Maintenant, ils distillaient le plaisir de chaque rencontre. Chacun cherchait la quintessence de cette relation. Qu’elle dure ou non, elle était là, ici et maintenant.

Carpe Diem.

Et quand viendrait la fin ! Eh bien, tout finit. Le tout est juste d’être prêt. Et les affaires de Suzanne étaient raisonnablement en ordre.

L’invisible soleil est au plus beau avant le coucher, non au lever.

Et Suzanne de savourer bonne chère et bonne compagnie.

Aux carpaccios succéda un bœuf bourguignon accompagné d’un Gigondas. En dessert, ils furent plus sobres, se contentant de fruits. Ce repas les occupa pendant deux heures. Enfin, ils furent repus de nourriture physique comme spirituelle. Christian se leva pour aller payer, tandis qu’elle se rendait aux toilettes avant de partir.

Ils sortirent et commencèrent à marcher le long des berges. Une légère brise de printemps les soutenait dans leur pas. Ils allaient lentement et en silence. Le repas avait été fort bon, maintenant, il fallait le digérer.

Ce ne fut qu’au bout d’une bonne heure qu’ils recommencèrent à discuter. Christian voulait tout savoir de son métier : comment étaient ses collègues ? Quels types d’élèves avait-elle ?

Suzanne avait toujours du mal à voir l’intérêt de ces questions. Mais, elle supposait que c’était naturel: c’était son pain quotidien. Pour lui, ce devait être fascinant. Ancien actuaire suisse, il avait eu une carrière particulièrement solitaire, malgré un changement de branche tardif. Il avait abandonné le secteur de la banque-assurance au profit des nouvelles technologies. Du big data et des autres bricoles du même genre. Il se montrait avare d’informations sur le sujet, disant que c’était bien trop technique pour être passionnant. En fait, il ajoutait, provocateur, que c’était ésotérique. Cela marchait. Mais on ne savait pas très bien pourquoi. On se contentait de suivre les rituels, et on avait des résultats. Un monde de résultats. Mais à quoi correspondaient ces résultats ? Qu’y avait-il dedans ? Mystère. Et de fait, toutes les fois que lui et ses collègues avaient tenté de comprendre de l’intérieur de quoi étaient fait les chiffres crachés par les machines, ils s’étaient heurté à des murs, à des apories, à des défaites, et ce en dépit de combats acharnés.

— Cela reste frustrant et agaçant, tu vois. Du coup, je préfère ne pas en parler.

À ces mots Suzanne avait explosé de rire.

— Tiens, tu as exactement les mêmes expressions que Jim, le professeur d’EPS du collège. Dis-moi ? En vérité, tu es son frère aîné. Celui dont il n’a jamais voulu nous parler.
— Ah ? Comme c’est étrange. J’ai toujours cru que c’était typiquement suisse comme expression.
— Ma foi, peut-être que Jim est suisse. D’un autre côté, « Moralès » comme nom de famille, cela ne fait pas très suisse, je trouve.
— On trouve de tout dans mon pays, tu sais. J’espère que tu pourras le constater toi-même un jour.
— Et pourquoi pas bientôt ? Les vacances sont proches. Je pourrais venir avec toi. Tu m’as bien dit avoir un chalet dans les Alpes avec tout le confort nécessaire ?

Il avait eu un grand sourire.

Elle l’avait fait exprès. Elle savait qu’il avait envie de lui faire découvrir la Suisse. C’est juste qu’elle hésitait. N’était-ce pas aller un peu vite dans la relation ? N’était-ce pas un peu tôt ? Elle se sentait comme une midinette de dix-sept ans, ce qui était agaçant. Elle s’était donc jetée à l’eau. Et elle s’apercevait avec surprise que cette bravoure lui apportait un plaisir inattendu.
La lueur d’espoir et de joie dans les yeux de Christian fut pourtant une récompense bien plus grande encore.

Mais Suzanne voyait clair dans son jeu. Il ne lui restait qu’à attendre le moment où il se démasquerait. Elle saurait le confondre !

_________________________________


Finalement, ils n’étaient pas partis durant ces vacances. Il avait eu un empêchement.

Mais Suzanne était heureuse. Elle passait de plus en plus de temps avec Christian. En fait, lorsqu’elle n’était pas chez lui, il était chez elle. Ces derniers mois avaient été parmi les plus heureux de leur vie. C’était le coup de foudre en action bien sûr. Au moins pour partie. Mais qu’importait ! Ils étaient heureux.

Suzanne doutait. Des mois d’enquête, et elle faisait chou blanc. Pourtant son instinct lui disait que par-delà le bonheur, elle devait se méfier. Et pourtant, elle faiblissait et se faisait prendre dans les rets de son nouvel ami.

Un bonheur conjugal — quel autre mot pour le désigner ? — inattendu et très différent de ce qu’elle avait connu avec Eduardo. Moins de secrets, et aussi, moins d’aventures. Moins d’idées subites et surprenantes. Moins de ces folies que l’esprit excentrique de son homme semblait produire à la douzaine, à l’image de son petit-fils. C’était aussi une relation plus calme. Avec Eduardo, cela avait été tempête sur tempête. Une succession d’orages voraces qui balayaient tout sur leur passage. C’était le prix à payer, le ticket d’entrée dans une relation aussi fusionnelle que la leur.

Maintenant, elle goûtait à l’harmonie d’un doux foyer. Cet ennui domestique qui les comblait tant. Repas après repas, film après film… Sieste après sieste… Il y avait un plaisir, Suzanne le découvrait dans les actions simples et ordinaires, et même dans le fait de ne rien faire, tant que c’est avec la personne aimée.

C’est ainsi que Suzanne se prit à rêver de ce qu’ils feraient ce soir. La cuisine, c’était certain. Sans doute un bœuf mironton. Puis ils partageraient tisane et lectures du jour avant de rejoindre Morphée.

Mais avant cela, elle avait du travail à boucler. Le conseil d’administration de Kadic lui avait confié la place de Jean-Pierre lorsque ce dernier avait changé d’établissement l’an passé. Elle avait encore des classes, mais dès l’an prochain elle basculerait et ne ferait plus que la partie administrative.

Enfin, elle avait au moins eu le temps de refaire un peu le bureau. De l’insonoriser d’abord, afin de ne plus être gênée par le bruit des élèves jouant dans la cour. Comme elle n’avait pas besoin de secrétaire, elle n’avait pas non plus spécialement besoin de ce faire entendre du dehors. Lorsque des élèves étaient convoqués, elle se levait et allait les chercher pour les faire entrer dans l’antre du démon céleste.
Elle avait aussi un peu refait la décoration. Au mur, elle avait mis des tableaux de paysages lui rappelant sa Moselle natale. L’endroit où elle passait toutes ses vacances. L’endroit où le bonheur lui semblait le plus sûr et le plus palpable.

— Mais, soupira-t-elle, c’est dans le monde qu’il nous faut vivre ; il ne nous attendra pas sagement à la porte.

En arc de cercle devant elle, il y avait des photographies des personnes les plus importantes dans sa vie : sa fille Marie, et sa petite-fille. Eduardo. L’équipe de Kadic à la belle époque, avant que les vicissitudes de la vie… Plus étrangement, il y avait aussi une photo du père de sa petite fille. Elle n’avait pas fait attention en ornant son bureau, et maintenant, elle n’arrivait plus à se débarrasser de cette image. Pourtant, elle aurait détesté l’avoir pour gendre. Elle l’avait déjà bien assez vu dans sa vie comme ça ! Pourtant, il ne méritait pas la brutalité avec laquelle il s’était fait sortir de la vie.

Il y avait aussi une photo plus récente. Christian et elle. Une photo prise par un passant attentionné sur cette plage de Deauville. Le vent les ébouriffait tous les deux et leurs cheveux masquaient de larges pans de leurs visages. Pensive, elle se saisit du cadre et caressa du bout du doigt le verre qui protégeait la photo. Elle avait l’habitude de faire cela avant de se lancer dans une tâche agaçante.

Le renvoi d’Aelita Stones.

Trop c’est trop. Mademoiselle Stones était une bonne élève. Elle l’avait toujours été. Mais son comportement depuis un an… laissait à désirer. Au début, cela avait été compréhensible. Avec tout ce qui s’était passé… La dispa… Le décès de Jérémie Belpois avait du être dur à encaisser. Tout l’établissement avait été choqué. Si jeune ! Si horrible !

Et puis, il y avait eu Odd. Pas si longtemps après. Dire que cela avait mis un coup au moral de tout le monde eût été un doux et dangereux euphémisme.

Mais le temps avait passé depuis. Aussi cruel que cela puisse paraître à dire, Aelita Stones avait eu du temps et des indulgences. Et pour parler franc, son caractère, déjà peu amène avant si l’on en croyait les rumeurs, avait empiré. Suzanne ne pouvait laisser une seule élève mettre en péril l’ambiance de toute l’école. Et elle avait déjà fait de multiples rappels à l’ordre et avertissements.

Ce qui l’avait retenue, c’était aussi les bizarreries qu’elle avait notées dans le dossier laissé par Jean-Pierre. Une histoire abracadabrantesque de mère disparue et revenue du jour en lendemain marié à un physicien suisse. Physicien qui semblait n’avoir jamais existé. Suzanne avait cherché à de multiples reprises, mais personne ne semblait avoir jamais entendu parler d’un certain Lowell Tyron. Suzanne, elle, connaissait ce nom. Et il l’intéressait beaucoup. Si Aelita l’intéressait… Eh bien, rien de mieux qu’un grand coup dans la fourmilière pour le faire sortir de sa tanière. Tyron était une autre piste vers Gabriel Etsep.

Suzanne avait donc prévenu la protection de l’enfance et la police. L’enquête était en cours. En attendant, il lui fallait notifier à la demoiselle son renvoi. La DDASS se chargerait d’elle le temps que l’enquête soit close et que le statut juridique de la jeune fille soit clarifié.

Soudain, on toqua à la porte.

Suzanne fronça les sourcils. Elle préférait aller ouvrir à ses hôtes et les inviter dans son bureau. Tout Kadic le savait.

À peine avait-elle fini que la porte s’ouvrait.

Christian !

Aussitôt, tout le mécontentement disparu.

Mais ? Que faisait-il là ?

— Surprise !
— Christian ! Mais qu’est-ce que ?
— Des croissants ! Tu es partie sans manger, j’en suis sûr. Il n’y a jamais rien à manger chez toi lorsque je ne suis pas là.

Il brandissait un sac de boulangerie. Suzanne se mit à saliver. Elle avait très faim en effet. Elle s’était encore réveillé trop tard pour pouvoir prendre un petit-déjeuner.

Elle se mit à faire de la place sur le bureau, tandis qu’il se rapprochait.
Il déposa ostensiblement le sachet devant elle.

— Tu sais, je ne t’ai pas tout dit.
— Hein ?
— En fait… Je suis… un NINJA !

Il avait sorti un sabre de son dos et l’avait abattu d’un coup sur le bureau de Suzanne. Éberlué, celle-ci ne put réagir tandis que Christian lançait sa main libre en avant, saisissait le cou de la directrice et appuyait.

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Suzanne se réveilla, encore un peu groggy, dans un lieu inconnu. Un ancien entrepôt. Ou une usine désaffecté au vu de l’état de délabrement des murs et de la quantité de machines-outils abandonnées là.

Elle était assise sur une chaise, les mains attachées dans le dos et les chevilles attachées aux pieds de la chaise.

— Ah ! Tu es réveillée.
— Christian ! Qu’est-ce que…
— Désolé. Je ne suis pas Christian. En fait, il n’a jamais existé. C’était une couverture.
— Une couverture ?
— Tu es encore un peu groggy, car je t’ai connu plus vive que ça. Bon, le patron trouve que tu pose trop de questions sur lui et ses activités. Et surtout, tu en sais visiblement assez long.
— Patron ?
— Le Professeur Tyron. Qui ne craint personne, surtout pas les petites proviseures françaises. Il m’a demandé d’avoir une petite mise au point avec toi. Bon, tu es adulte et intelligente, donc je ne vais pas te menacer. Tu vas me dire ce que je veux savoir, parce que nous savons tout deux pertinemment que je n’hésiterai pas une seconde à te faire du mal. Autant que cela aille vite et sans douleur, non ?
» Première question  : Pour quoi vous bossez ? LA CIA ? Le GRU ? Quand même pas la DGSE ? Ils sont meilleurs que cela d’habitude.
— Que ? Tu n’es pas Gabriel Etsep ?
— Quoi ? Etsep ? Cet enfoiré ? Tu me confonds avec lui ? Du tout, ma chérie, il est mort et enterré, tu sais. Mais justement, c’est toi et ta bande qu’on soupçonne d’avoir fait ça, et de nous avoir volé de précieux échantillons au passage. Le meilleur travail d’Etsep. Enfin, en dehors de nous, les ninjas des Tours.
— Christian…
— Hmm ?
— Tu parles trop, tu sais ?
— Si tu meurs après, qu’importe.
— …

Suzanne haussa les épaules. Enfin essaya de hausser les épaules. Elle n’était pas encore morte. Mais, vraiment, cela n’allait pas tarder. À son âge, elle ne pouvait pas jouer les espions de films d’action. On était dans la vraie vie là, pas dans Par des temps incertains.

Soudain, un grand bruit retentit en dessous d’eux.

Christian hésita une seconde, puis sortit un baillon.

— Cela devrait t’aider à te tenir tranquille, pendant que je vais voir ce qui se passe.

Il sortit de la pièce, mais non sans avoir armé des pièges à base de grenade pour faire en sorte qu’une personne voulant entrer dans la pièce reste coincé dans cette action. À jamais.

Quelques minutes plus tard, Suzanne entendit un grand bruit mécanique. Peu après, une silhouette se glissa dans la pièce.

Aelita !

Suzanne s’agita sur sa chaise.

— J’arrive Mme Hertz.

Aelita sortit un opinel numéro 7 de sa poche et se mit à couper les liens de son ancienne professeure.

— Heureusement que j’ai vu ce sale type vous emporter hors de votre bureau. Ses actions me semblaient suspectes, alors, j’ai prévenu la police et l’ai suivi. J’ai fait une petite diversion dans la salle des chaînes de montages en dessous. Ensuite je me suis cachée et je l’ai attendu pour pouvoir lui fracasser le crâne avec une barre de fer.

Suzanne, enfin libérée se leva sur ses jambes flageolantes.

Les deux femmes sortirent lentement de la pièce, afin d’éviter les pièges, toujours armés. Aelita, qui connaissait visiblement bien les lieux leur fit prendre un dédale de couloir avant qu’elles ne débouchent sur une immense sale cathédrale. Elles étaient dans les hauteurs de la salle, et non au niveau du sol, mais visiblement, la sortie était à leur niveau.

BANG !

Le bruit d’un tir d’arme à feu !

Là ! En face d’elle ! De l’autre côté de la salle.

Christian !

Il avait le visage ensanglanté, mais il ne semblait pas gêné outre-mesure. Il tenait un pistolet dans sa main gauche.

— Plus un pas, je vous tiens.
— Pas encore, répondit Aelita.

Elle prit la main de Mme Hertz et plongea en avant, droit dans le vide !

Aelita se rattrapa à un câble métallique qui pendait. Elle glissa tout du long comme si elle faisait cela tous les jours.

Suzanne avait eu beaucoup de chance. Et des réflexes plutôt rapides et avait pu se saisir d’un autre fil.

Très vite, elles furent tout en bas, et elles cherchèrent un refuge.

— Vite, par ici Madame ! S’écria Aelita.

Elles entreprirent de se cacher dans un recoin.

— Aelita, à quoi bon se cacher. Autant fuir, chuchota Suzanne.
— Non, la police va arriver, fuir est trop risqué. Mais au fait, qu’est-ce qu’il vous veut ce type. C’est quoi cette histoire de Tyron ? Et d’organisation dont vous êtes membre ?
— Je… c’est compliqué. Mais, ce sont eux qui ont fait tuer Odd et Jérémie. J’en suis sûr. Ce sont des spécialistes en guerre bactériologique.
— Tu… Tué ? Odd ? Et Jérémie ?
— Odd, oui, par vengeance envers sa famille. Jérémie… je ne sais pas trop. Une histoire de mafieux semble-t-il.
— De mafieux ? Qu’est-ce que Tyron a à faire avec des histoires de mafieux et de guerre bactériologique ?

Suzanne marqua une pause.

— Aelita ? Tu connais Tyron ?
— Hmm, c’est le mari de ma mère. C’est dans mon dossier.
— Mais… je suis sûre que ce dossier est faux, répliqua Suzanne.
— Attendez, vous voulez dire que la tuberculose de Jérémie… et l’ulcère d’Odd ?
— oui, des ar… attends, l’ulcère ?
— Oui, Odd est mort d’un ulcère foudroyant, non ?
— Étrange, nous avions annoncé que c’était une appendicite…

Aelita comprit d’un coup qu’elle venait de faire une erreur. Elle sortit son couteau de sa poche, le déplia promptement et l’enfonça dans le ventre de Suzanne.

Une fois.

Deux fois.

— Dommage. Je voulais que ce soit l’agent de Tyron qui vous supprime. Cela aurait été plus simple. Mais, je ne peux pas vous laisser douter de moi, voyez-vous. Vous êtes comme Odd. Vous fouinez un peu trop vous savez. C’est dommage d’avoir dû le rendre malade. Il était utile.

Elle eût un petit rire.

— Bonne journée, Madame Hertz. Oh ! J’ai aussi une nouvelle pour vous. Vous êtes renvoyée !
BANG !
Christian les avait retrouvées.

Aelita esquiva la balle et se mit à courir. Elle connaissait les lieux comme sa poche et disparut vite hors de porté de son ennemi.

D’autant que Christian, lui, s’était précipité vers Suzanne.

— Tiens bon ! Dit-il en appliquant une compresse — visiblement les Ninja avait un peu d’équipement médical sur eux — tu vas t’en sortir.
D’une main, il appela le SAMU.
— Chris… Christian… Qu’est-ce qui se passe.
— Chut ! Je te dirais tout après. Je suis désolé. Je t’ai menti. C’est cliché, mais il y a une chose qui était vraie. Je t’aime Suzanne.
— Qu’est-ce que…
— Ne t’en fais pas. On va la retrouver. Maintenant, on est sûrs que c’est elle qui a volé les échantillons d’Etsep, et s’en est servi pour assassiner Della Robia et Belpois. Je ne comprends juste ni comment ni pourquoi. Mais, j’ai les preuves. Tu l’a entendue comme moi.
— Chris…
— Chut, repose-toi. Après, c’est promis. Toi et moi, nous la traquerons, et elle paiera.
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2021  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 07 Déc 2021 21:36   Sujet: Abandon ; trahison
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Cendres et mort.

Ruines et repos.

Cendres et mort.

Au bord du fleuve, la ville s’étendait à l’infinie. Pas un bruit ne s’y faisait entendre. Il n’y avait d’arbres dont les feuilles auraient pu bruisser au vent. Même le clapotis de l’eau semblait résister à l’envie d’être entendu.

D’ailleurs il n’y avait pas de vent.

D’ailleurs il n’y avait pas d’arbre.

Le fleuve semblait comme figé. Pas une ride. Pas une vaguelette. Rien ne venait déformer la surface noire.

Sous un ciel plombé, le fleuve ne coulait plus, dans la ville immobile et silencieuse.

Où étaient les habitants ? Où étaient les fourmis ?

Où étaient les neiges d’antan  ?

Et d’ailleurs, ce passé, où était-il ?

Ô Mort ! Où était ta victoire ?

Ultime défaite de la dernière des certitudes.

Elle s’était bien battue.

Mais même elle, la grande faucheuse, la gardienne du cycle éternel ! La dernière consolatrice ! La dernière aventure !

Même elle avait ployé.

Et sous la chape qui recouvrait la ville, régnait un calme absolu, par-delà bien et mal.

Rien qui ne bouge.

Rien qui ne vive.

Partout, des cadavres.

Fauchés dans l’instant.

Autant de statues, conservées pour l’éternité dans un monde figé, sans avant ni après.
Et Jérémie !

Et Jérémie !

Il était là.

Sur le toit de l’usine.

À perte de vue des cadavres qui jamais ne se décomposaient, jamais ne se décomposeraient  : hiératique témoin pour le siècle des siècles du fait que les actions ont des conséquences. Que les idées ont des conséquences.

Dantesque témoignage de sa défaite orgueilleuse et arrogante.

Seul.

Il était seul dans l’univers.

Un univers immobile.

Du haut de l’usine, il contemplait la fin.

Mais il ne pouvait finir. En finir, ce serait fuir, ce serait un abandon, une défaite de plus. Se serait se reconnaître incapable.

Et puis… comment en finir lorsque mort et temps n’était plus ?

Même cette ultime option, n’était plus profonde dans ce monde de défaite.

Dans ce monde qu’il avait créé. Créé en croyant que lui pauvre mortel, pourrait défier un dieu et sauver une déesse !

Mais, Jérémie le savait. Il était un lâche et arrogant petit roquet.

Et pour les chiens comme lui, il n’y avait qu’une seule issue.

Le fleuve, noir et figé miroir du ciel et du cœur de Jérémie, reflet de l’infini volonté du maître éternel en ces lieux.

Jérémie, le cœur empli d’un sépulcral courage sauta sans un bruit.

Mais lâche il restait.

Couard, il ne pouvait lutter. La peur le saisit et de sa gorge s’exhala l’ultime prière hérésiarque !

Cri de peur et de terreur ; refus de mourir.

Et sa gorge éructa une imploration à vivre.

Mais ce monde le lui refusa.

Une supplication de mort.

Mais ce monde la dédaigna.

Il allait souffrir sans changer, car de temps et de mort il n’y avait plus.

Et Tantale et Sisyphe de rire dans leur au-delà, sachant désormais combien ils étaient heureux !

— NOOOOOOOOOOOOOOOONNNNNNNNNN !

Du trou qu’était la gorge de Jérémie un cri jaillit.

Il se redressa hagard et en sueur.

Vite, affolé, il chercha ses lunettes et se saisit de la bouteille d’eau à côté de son lit. Il enfourna le goulot et fit couler l’eau pour combler sa gorge. C’était le seul moyen pour arrêter de crier.

Il but sans s’arrêter, et ce ne fut qu’après avoir englouti un demi-litre d’eau à la menthe qu’il s’arrêta pour reprendre son souffle.

Il frissonna dans son lit.

Il avait froid, si froid.

Mais nul ne pouvait le bercer.

Pour lui, il n’y avait nul réconfort. Il fallait bien que quelqu’un assume le prix à payer pour Aelita, pour Xana, pour le supercalculateur. Toutes ces morts. La naïveté de ses pions le surprenait. Xana avait manipulé des bus, des rayons laser, utilisé des gaz toxiques et des gammes mortelles… Bien sûr qu’il y avait eu des morts. Le retour vers le passé n’effaçait rien. Pour qui savait lire les courbes de mortalité, il n’y avait rien d’anodin. Jérémie les connaissait. Il les avait consignés.

La longue liste des morts pour Lyoko et Aelita. La liste glorieuse de ceux qui nourrissaient Xana.

Aelita… savait aussi. Il ne lui en avait jamais parlé, mais il se doutait qu’elle savait. Il y avait une remarque par-ci, une remarque par là… Ce qui le frappait, c’était l’indifférence de son amie. Elle se souciait peu de ces morts. Tant que Kadic et les environs restaient inchangés, elle n’en avait cure. C’était la frontière de son domaine. Là, Déesse, elle se manifestait, ailleurs… peu lui importait. Si ce n’était l’obstination de Xana.

Jérémie tremblait dans son lit. Il sortit. Draps et couettes étaient humides de transpiration. Quant à son pyjama… il était bon pour le séchoir. Il avait tellement absorbé qu’il s’était alourdi. Il l’enleva en grognant. Il avait mal au dos. Entre son matelas trop dur et son sommeil agité, ce n’était pas étonnant. Il n’y avait que les nuits où elle passait le voir qu’il dormait bien. Elle pensait qu’il ne savait pas.

« Dors, Jérémie, et rêve. Rêve d’un temps meilleur, avant Xana, avant tout »

Il se souvenait de chacun de ses passages, de chacun de ses mots de réconfort. Elle était sa raison d’avancer, son rayon de soleil, celle qui l’avait transformé lui, comme elle avait transfiguré sa vie, en quelque chose de mieux, de meilleur.

Mais, ce soir, elle n’était pas venue.

Ce soir, ses cris étouffés ne l’avaient pas appelé.

Et Jérémie dans le noir, versa une larme.

Il savait qu’elle ne pouvait toujours être là. Mais, il voulait la voir. Il voulait être tout le temps à ses côtés. Pour vérifier qu’elle n’était pas un rêve. Qu’elle n’était pas une illusion de son esprit.

Il avait tant besoin…

Odd, Ulrich, Yumi… ils ne pouvaient lui apporter cela. Il avait trop menti, il les avait trop usés et utilisés. Ils étaient ses soldats, ses pions, ses outils… Le général ne peut se lier avec ceux qu’il va faire tuer, et le jardinier entretient ses outils, mais sait en changer au besoin. Tant que le grand jeu continuait, ils seraient avec lui. Mais après… après… Jérémie le savait. Ils partiraient. Ils iraient chacun sur son chemin. Et lui, comme avant, serait sans eux, seul. Il ne voulait pas de ce destin. Mais c’était ainsi. Ainsi qu’il en allait, ainsi qu’il en irait, ainsi qu’il en était. Ils iraient, et lui resterait, fragment dans leurs mémoires. Dix ans après ou dans vingt ans, ils ressortiraient une vieille photo au cours d’un déménagement ou d’un ménage de printemps. Ils verraient alors un éclat de leur jeunesse, passée et perdue, laissée derrière au profit d’autres plaisirs. La nostalgie les prendrait. Un peu. Avec un sourire ils se pencheraient sur ces êtres de papier, ce passé qui prétendait avoir été eux. Quelques vagues remugles remonteraient, brumeuse réminiscence de sensation et d’émotions. Du doigt, ils passeraient sur la photo, ôtant la poussière accumulée, afin de mieux discerner ces visages figés hors du temps, mais déjà saisis par la mort, depuis longtemps.

Ainsi soit-il.

Il n’en serait pas autrement, il ne pourrait en aller autrement. Jérémie savait. Et craignait. Il craignait cela autant que l’avenir que son esprit lui dessinait en rêve.

Terreur ou épouvante.

Là étaient les tonalités de son âme.

Il voulait fuir ce qu’il savait inévitable.

Aelita seule mettait du baume en son cœur. Lorsqu’il programmait pour elle, c’était le bonheur. Ah qu’il avait aimé se fondre dans le travail et lui donner des ailes. Sortir avec elle, se promenait dans le parc. Entendre sa voix alors que tombait la neige autour d’eux. La voir organiser une bataille de boule de neige…

Se rendre au cinéma avec elle, et lui tenir la main alors que l’émotion l’étreignait…

Elle était l’île où accostait son cœur, le havre qui l’abritait des tempêtes. Mais, à chaque fois, il lui fallait repartir, car le monde ne s’arrêtait pas sur le pas de leur bonheur, et tout ce qui avait été acquis, devait être conservé. Alors il luttait et craignait. Il se battait, et l’angoisse le prenait.

Que ce soit dans la victoire ou la défaite, il perdrait. Mais entre-temps, il pouvait regarder Aelita, lui parler et être avec elle.

Il avait tant besoin d’elle, du réconfort qu’elle savait lui donner et qui anéantissait ses peurs.

Et Jérémie, ayant ôté son pyjama, pleura, nu au milieu de sa chambre, il pleura, car il était seul, et qu’il savait qu’elle ne reviendrait pas. Car elle était parcimonieuse de ces visites nocturnes, de ces réconforts qu’elle donnait. Elle ne voulait éveiller de soupçons, risquer l’ire de Jim qui les séparerait à jamais.

Elle n’était pas là, et ne viendrait pas.

Pourtant, il fallait se reprendre. Rien n’était fini, même si tout était déjà consommé. Pour l’éternité.
Alors Jérémie se remit devant son ordinateur et, attendant que sèchent draps et vêtements, il se remit à coder. Xana n’attendait pas.


Le soleil brillait sur le collège Kadic. Un soleil d’hiver, aux rayons froids comme la température. Mais sa seule présence suffisait à redonner moral et courage à ceux qui en avaient besoin — du moins, à ceux qui le pouvaient. En cette heure matinale, les internes se pressaient vers la cantine pour aller prendre leur petit-déjeuner.

Mathias et Christophe s’attablèrent devant une pile de croissant. Pour une fois qu’ils arrivaient avant Odd ! Il fallait en profiter… et lui retourner la monnaie de sa pièce quotidienne. Théo voulait s’asseoir à côté d’Émilie Leduc. Peut-être qu’un jour quelqu’un lui expliquerait qu’elle ne saurait être intéressée par lui… Sachant cela, il y avait quelque chose d’attristant dans les efforts ingénus de Théo pour attirer son attention. Bien entendu, Milly et Tamiya n’en manquait rien. Cela faisait des mois que ce feuilleton leur offrait matière à remplir les échos de Kadic. Et puis, c’était un peu plus sérieux que les rumeurs selon lesquelles Aelita avait couché avec Laura… Les deux journalistes s’en voulaient toujours beaucoup d’avoir manqué le scoop de Laura et de la caisse du foyer des élèves  ! Elles auraient pu faire décoller leur journal grâce à ça ! Enfin, il y avait toujours d’autres scoops à trouver. Au collège Kadic, il y avait tous les jours de nouvelles ruptures, tous les jours de nouveaux couples… C’était autant de ragot à colporter, à commenter : de l’or en barre pour les deux jeunes filles.

Attentif, Jim comptait et vérifiait que tous étaient présent. Le repas une fois fini, il irait à l’infirmerie pour prendre des nouvelles des absents. Quant aux absents qui ne se trouveraient entre les mains de l’infirmière… Eh bien, Jim se chargerait de les coller sur une chaise, loin de leurs lits.

Bien entendu, Jérémie Belpois n’était pas là. Mais lui, Jim avait renoncé à la discipliner. Pour le moment il se contentait de garder un œil sur le jeune homme. Il avait fouillé et enquêté, mais n’avait pu trouver ce qui pouvait tarauder à ce point le blondinet. Toujours est-il qu’il sortait peu de sa chambre ces matins-ci. Il sacrifiait le petit-déjeuner.

Il y a deux jours, Jim avait une nouvelle fois tenté de le convaincre de venir. Sans guère de succès. Ce n’était pas qu’il fut trop occupé, ou qu’il passât trop de temps devant ces écrans. Non, il n’y avait pas juste, comme par le passé une intense et lunaire concentration qu’il suffisait de ramener à des de plus terrestres cimes. Ce gamin avait… peur. Pas la peur de manquer une notification, ou un message, pas la peur de l’école ou de ses camarades. Jim avait déjà exploré les thèses de la phobie scolaire, sociale, ou du harcèlement. Non, il s’agissait de quelque chose d’autrement plus puissant et prenant. Jérémie était en train de se consumer dans une lutte.

Et Jim aurait été incapable de dire s’il gagnait. S’il pouvait gagner.

Il pouvait juste dire que le petit luttait et se démenait.

On l’entendait la nuit.

Enfin, Jim l’entendait lorsqu’il faisait ses rondes.

Peut-être que d’autres entendaient aussi les cris d’effroi angoissés qui rythmaient les nuits de Jérémie. Mais si c’était le cas, la garde rapprochée du petit blondinet faisait barrage et empêchait que la rumeur n’existe. Il n’y avait qu’une sorte de malaise. Le fantôme d’un on-dit qui pesait tel une chape de plomb sur les dortoirs de Kadic.

Les amis de Jérémie faisaient activement barrage pour qu’aucune question ne soit posée. Pour que personne ne moufte. Oh ! Ils aidaient Jérémie, cela aussi été sûr. Ils le protégeaient du monde et de ses atteintes. Ils s’assuraient qu’il ne rate pas trop de repas, qu’il soit en cours ou bien lui fournissait des excuses pour ne pas y être. Le plus souvent, c’était Ulrich et Yumi qui s’y collait. Aux yeux de Jim, c’était une bizarrerie. Car enfin, il était de notoriété publique que Jérémie sortait avec Aelita.

Jim hésitait à prévenir les autorités médicales. En son for intérieur, il se disait qu’il aurait déjà dû le faire il y a longtemps. Mais… un bref espoir, aussi vain qu’une intuition, lui disait que ce remède pourrait bien être pire que le présent. Pire que le mal contre lequel il entendait lutter.

Alors il attendait, guettant le moment presque fatidique. Ce moment juste avant l’ultime bascule au-delà de laquelle tout effort serait à jamais vanité.

Jim sortit de ces ruminations lorsque Rosa appuya sur l’interrupteur pour allumer la lumière. Pendant que le surveillant réfléchissait sur la conduite à tenir, le vent avait poussé des nuages. Leur noirceur avait éclipsé l’éclat palot du soleil et la pénombre avait envahi le réfectoire.

Un éclair zébra l’air.

Entra Jérémie dans le réfectoire.

Coïncidence dans le sillage de laquelle le jeune blond traversa la pièce, et se vit servir un petit-déjeuner dans un silence sépulcral.

Il n’y avait plus de place à la table de ses amis. Alors, il se rendit à une table libre.

Toujours, régnait le silence.

Il commença à manger.

Il était plus blanc qu’un linge. Ses mains, fines et longues semblaient une œuvre d’art: le violet de ces veines formait comme un tatouage complexe.

Un grand pouvoir engendrant de grandes responsabilités, Milly et Tamiya décidèrent de faire ce que nul n’avait osé.

Elles se rendirent à sa table pour lui parler. Lui parler loin de ses amis et de leur protection. Et plus important, lui demander ce qu’il pensait de l’histoire entre Élodie et Yumi. Elles ne mentionnèrent pas Laura et Aelita. Allons, elles n’étaient pas dénuées de tact à ce point ! Même si l’envie les tenaillait.

Bizarrement, le spectre de Kadic parut effrayé de les voir venir. Il passa de longues minutes à scruter leurs yeux et à poser des questions absconses avant de se rasséréner et de commencer à deviser avec elle. Ses mots étaient hésitants, et ses répliques tardaient toujours un peu à venir. Comme s’il avait perdu l’habitude d’une simple discussion amicale, faite de plaisanteries douteuses et de blagues de mauvais goûts. Mais, avant la fin du repas, il avait souri.

Jim en fut surpris. Il n’aurait pas parié un kopeck que quelqu’un pourrait tirer un sourire du petit blondinet. Milly et Tamiya en plus ? Elles n’avaient jamais vraiment fait partie de ses amis en plus.

Hélas, de tels moments restèrent trop rares. En effet, la garde rapprochée de Jérémie et Aelita était efficace.

Mais de temps en temps, les circonstances faisant, d’autres arrivaient à parler à Jérémie : Émilie, William, Théo… Mais le plus souvent, c’était Milly et Tamiya. Comme si, aux yeux de la bande de Jérémie les deux journalistes n’étaient pas spécialement dignes d’attention et que leurs ragots étaient inoffensifs par insignifiance. Parler aux esprits demandait un peu d’humilité !



Jérémie rêvait. Ou plutôt il imaginait, il se perdait dans une rêverie. Car des rêves, il n’en faisait plus. Il n’en avait jamais vraiment fait. Et plus le temps passé, plus son esprit se concentrait sur la guerre en cours. Ses rêves n’étaient jamais que des plans se déployant dans un martial martellement. Que donnerait telle approche ? Quelle serait la conséquence de tel feinte ? Que lui rapporterait le sacrifice de telle pièce ? Il confrontait ainsi les paysages de son esprit désolé aux scénarios stériles de ses ordinateurs. Il contemplait, nuit après nuit certaines victoires à la Pyrrhus et les défaites. C’étaient des tâches difficiles, mais néanmoins nécessaires ; C’était le complément de ses activités de codage. À quoi aurait servi une arme contre Xana sans plan pour l’utiliser ? A quoi aurait servi de sauver Aelita s’il ne pouvait la mettre en sécurité ? C’était ça l’important.

Aelita.

C’était elle qui justifiait et permettait tout.

Son sourire.

Pour ce sourire, il avait tant fait : menti, trahi, détruit, massacré, piétiné… Mais l’idée de ne plus l’entendre, de ne plus voir ce sourire… L’idée de retourner à avant était tout bonnement insupportable, impossible à concevoir.

Quand bien même, quand bien même, ce serait ce qui serait. Il ne pouvait en aller autrement. À la fin des fins, tel était de Jérémie le destin.

Jérémie se perdait dans sa rêverie. Devant ses yeux défilaient les lignes de codes. Il avait la main sur la touche de défilement.

Il imaginait. Les combats de ses amis sur Lyokô. Les armes à leur donner. Les faiblesses des monstres de Xana. Ce que ces faiblesses disaient de Xana. Le sourire d’Aelita. Le code d’Aelita, ce qu’il en avait compris et fait. Ce que cela lui avait appris de l’Ennemi. Jérémie visualisait la prochaine bataille. Les monstres dans les rues. Les frelions infestant le ciel, toute opposition fondant devant eux.

Ils frappaient, s’en allaient, revenaient sans cesse sous le couvert de la fumée.

Là ! Odd, sur le sol. Il avait sauté sur le côté pour éviter un jet d’acide, mais il avait heurté la carcasse d’une voiture. Sous le choc, sa bouche s’était ouverte. Il avait inhalé une bouffée de gaz. Une fois de trop. La dernière fois de trop. Il se mit à hurler de douleur. Ses mains se plaquèrent sur son visage, se recroquevillèrent, et de long sillons rouges se dessinèrent à mesure qu’il se lacérait les joues. La douleur lui faisait inhaler plus encore de gaz. D’une main, il saisit sa mâchoire inférieure et la tira vers là-bas tandis que de l’autre les doigts pénétraient cherchant à gratter le fond de la gorge pour apaiser un peu les démangeaisons. Il ne fit que provoquer un renvoi mêlé de sang. Les yeux hagards, il chercha autour de lui un secours. Une aide. Un asile. Il ne vit que Jérémie qui mettait déjà à l’œuvre le prochain coup contre Xana. Car la situation n’était pas perdue, loin de là. Tout se passait selon le plan. Bientôt, les éventails de Yumi fendait les brumes dont elle était la fille, et d’un tiercé gagnant détruisait une escadrille complète. De son côté Ulrich avait ouvert les vannes, et sous l’effet de l’eau le gaz s’estompait, retombait. Odd Se traîna en direction de Jérémie. Le gaz retombait sur lui, moins potent, mais plus concentré. Goutte à goutte, il franchit les paupières du garçon. Il roula par terre alors que ses larmes étalaient le poison dans ses yeux. Bientôt, il n’en put plus. Il lui fallait ôter, mettre fin. Ses doigts se précipitèrent sur ses orbites. Jérémie vit d’un œil distrait son ami se prendre pour œdipe. Agacé de tant de mouvement, il se saisit d’une barre de fer…

— AHHHHHHHHH !

Jérémie se releva d’un coup. Pantelant. Tremblant. Transi de froid.

Effrayé.

Il tenta de reprendre sa respiration. Il s’était un peu trop enfoncé dans la rêverie. Il avait failli s’y perdre, arrêter d’avoir conscience que ce qui importait, c’était le plan.

Il jura. Du coup, il lui faudrait recommencer ce scénario. Sans cela, pas moyen de savoir si c’était une bonne option contre Xana.

Mais Bordel ! Il avait failli…

Jérémie roula hors du lit, à la recherche de la bouteille d’eau qu’il laissait toujours à côté. À tatons dans l’obscurité, il la trouva.


BAM !


Jérémie prit un violent coup dans la tête.

La porte de sa chambre venait de le percuter.

— Oh ! Pardon ! Jérémie !

Sonné, il ne reconnut pas la voix, si ce n’est qu’elle était féminine. Et sans ses lunettes, il ne pouvait pas vraiment distinguer la silhouette.
La porte quitta l’arrière de son crâne. Il devina que la personne était rentrée dans la pièce et avait refermée derrière elle.

Une main se posa sur son front.

— Tu trembles ! Et qu’est-ce que tu as chaud ? Tu es sûr que tu n’es pas malade ? Tu veux qu’on aille à l’infirmerie et que j’appelle M’sieur Jim ?
— Non, non, cela… cela ira. Ce n’est qu’un rêve. Cela va passer, dit-il en grognant.

Il tenta de se relever, mais entre la chute hors de son lit et sa rencontre avec la porte, il avait encore la tête qui tournait. Il faillit vomir en redressant le torse. De sa main droite, il se mit à chercher ses lunettes. Elles devraient pourtant être par ici.

— Là.
La voix lui posa les lunettes dans la main et l’aida, à tâtons, à les mettre sur son visage. À travers ses larmes, il reconnut le visage penché sur le sien.

Tamiya.

— Qu’est-ce… croassa-t-il… Qu’est-ce que tu fais là ?
— Tu crois que c’est important ? Allez, penche-toi. Voilà comme ça.

Elle se glissa sous son épaule et l’aida à se relever puis à s’asseoir sur le lit.

— Dis, tu es sûr que c’était un rêve ? Vu comment tu as crié… c’était un cauchemar ça.
— Je ne fais plus de cauchemars. Et puis, rêve, cauchemars, quelle différence ?
— Jérémie, tu… tu nous inquiètes tous tu sais. Moi, Milly, Émilie… même Hervé ! Tu as l’air…
— Je n’ai pas besoin d’aide. Je fais ce qu’il faut !

Il avait répliqué avec vivacité, ce dont il se repentit dès que sa tête se remit à tourner.

— Attends, il y a une bouteille. Bois un peu cela te fera du bien.

Et voilà qu’elle lui mettait le goulot de la bouteille entre les lèvres. Il n’avait même pas eu le temps d’esquisser un refus.

Néanmoins, il dut vite admettre qu’elle avait eu raison. Il avait besoin de boire. Et cela lui permit de se concentrer sur autre chose que son mal de crâne.

— Jérémie, tu sais… j’ai peur pour toi. Tu as tellement changé depuis ces jours où tu m’aidais face à Sissi et sa bande, il y a cinq ans.
— On change tous, Tami, c’est la vie ! Lâcha le génie d’un ton fataliste.

Un éclat de rire cristallin accueillit sa remarque.

— Au moins tu n’as pas complètement perdu ton sens de l’humour. Mais… tu es devenu si maigre, tu sais ? Je sens tes côtes à travers ton pyjama là. Tu vas finir par tomber malade à force.
— Je n’ai pas le temps pour ça. Il y a tellement à faire. Et puis… si je me laissais ralentir par ce genre de détail, je ne serais plus digne… je n’aurais pas mérité…

La voix de Jérémie se perdit en marmonnements. Les mains de Tamiya avait laissé comme des traces chaudes sur lui en l’aidant.

Il se perdait dans ses pensées, revenait à ses simulations et scénarios. Il ne pouvait pas se laisser déconcentrer, sans quoi… Aelita…

Oui, c’était ce qui comptait.

— Qu’est-ce que tu fais là ? Les filles du dessus n’ont rien à faire chez les garçons du dessous, dit-il pour faire diversion.
— Parfois, je n’arrive pas à dormir. Alors je sors, profiter du calme nocturne.

Un ange passa. Il ne savait que faire de cette réponse… Cela semblait une telle perte de temps… aller au hasard, sans rien faire.

— Tu es trempé ! Tu ne peux pas dormir là-dedans !

Ça y est, elle avait commencé à le rouspéter. Elle se prenait pour quoi là, à le déranger dans ses calculs ? Pour sa mère ? Comme elle en tout cas, elle ne l’écoutait pas. Elle avait ouvert son armoire et se mit à chercher dans le noir jusqu’à tomber sur un assortiment de vêtements qui pourrait faire l’affaire pour une nuit. Elle avait aussi trouvé une paire de draps et une housse de couette de rechange.

— Bon, il va falloir un peu plus de lumière là.

Elle se rendit auprès de l’ordinateur qu’elle éteignit, avant d’aller allumer la lampe de chevet à côté du lit de Jérémie. Elle orienta la lumière à l’opposé du garçon, pour ne pas trop le gêner.

Ensuite, elle vint l’aider à sortir du lit et à s’asseoir sur la chaise de bureau qu’elle cala contre l’armoire. Il protestait peut-être en pensée mais se laissait faire néanmoins. Elle changea en vitesse les draps et la housse de couette, avant de remettre Jérémie au lit. Là elle lui ôta son haut de pyjama pour le remplacer par un autre, propre et chaud.

— tu ferais mieux de te changer complètement avant de te rendormir, dit-elle alors qu’elle s’apprêtait à repartir.

C’en fut trop pour Jérémie. Sans savoir pourquoi, il se mit à nouveau à trembler. À renifler, puis, une à une les larmes se mirent à couler. Timides au début, puis de plus en plus franches. Bientôt, ce fut comme si une écluse avait cédé dans son cœur.

Renonçant à partir, Tamiya s’assit au bord du lit et le serra contre ses bras. Les larmes de Jérémie allèrent sécher contre le gilet de laine de son amie. Bientôt, bientôt, les larmes cessèrent, calmées par la tendre chaleur. Jérémie se laissa aller contre elle. Il se blottit contre elle en attendant que ne passe cette vague d’émotion intempestive.

Il finit par se calmer. Il se sentait bien, si bien, avec un peu de chaleur. Il se sentait si bien, alors que les mains de Tamiya allaient et venaient lentement, tendrement sur son dos et dans ses cheveux. Il resta là… qui sait combien de temps. Il ne voulait pas que cela finisse… mais… il était si bien. Pour la première fois depuis… des mois ? Des années ? Qui sait ? Il s’alanguissait. Il se sentait partir, dans un sommeil sans rêveries.

— Bonne nuit, Jérémie.

Il l’entendit à peine. Quelque part, par-delà les brumes d’un juste sommeil, il sentit que son corps bougeait, ou était bougé, la couette replacée au-dessus de lui, et sa tête s’enfonçait dans l’oreiller.

Jérémie dormait.



C’était une qualité de sommeil comme il n’en avait jamais connu depuis le réveil d’Aelita. Mais, il le paya chèrement les jours d’après. Il était comme une mécanique déréglée, surtout ses rêveries. Il avait plus de mal à les convoquer.

Mais il eut tôt fait de se reprendre.
Pourtant, dans son cœur demeurait un regret. Le regret de ne pas… avoir plus parlé avec Tamiya. De ne pas lui avoir dit. Dire quoi ? Il ne savait pas. Mais, il aurait aimé qu’elle reste.

Il se ressaisissait vite lorsque ces pensées lui venait. Il avait trouvé un remède idéal. Penser à lutte contre Xana. Dès qu’il pensait à elle, il se concentrait pour trouver un nouveau scénario à examiner, à considérer sous tous les angles. Comment attaquer ? Par où ? Avec quelles forces ? Quel serait le prix ? En temps ? En effort ? En matériel ? Comment s’en prendre à Xana ?

Les rêveries revinrent. Plus fortes. Il voyait plus loin, avec plus de précision. Il anticipait mieux Xana.
Il se remit à se réveiller pendant la nuit. Même si Aelita veillait sur lui.


— NOOOOOOOOOOOOOOOONNNNNNNNNN !

À nouveau, Jérémie se réveillait en sursaut.

Il avait l’habitude. Il chancelait à peine en se levant hors du lit.

Le sang qui coulait hors de son nez, en revanche, c’était nouveau.

Il classa l’information dans un coin de sa tête. Elle lui servirait peut-être plus tard.

Il commença à se changer.

BANG !

Derrière lui, la porte s’était ouverte et le battant avait heurté son derrière alors qu’il s’échinait à ôter son haut de pyjama trop petit et imbibé de sueur.

— Jérémie !
— Chut ! Tu veux nous faire prendre ?

Il la tira à l’intérieur et referma la porte en disant cela. Il espérait que Jim n’avait rien entendu. Il était encore engoncé, tel un pingouin, dans son pyjama.

Tamiya éclat de rire en le voyant.

Bizarrement, il ne se sentit pas vexé.

Ni indifférent.

Non, il y avait quelque chose de chaleureux dans ce rire.

— Attends, je crois que tu as besoin d’un peu d’aide. Si on m’avait dit que le Grand Jérémie Belpois aurait besoin de l’aide d’une petite journaliste pour enlever son pyjama !
— Très drôle, ronchonna-t-il.

C’était plus pour la forme qu’autre chose.

Comme la dernière fois, elle l’aida à défaire puis refaire le lit.

— S’il-te-plaît… reste encore un peu…

Il n’avait pu se contrôler. Les mots étaient sortis tous seuls de sa bouche, timides et doux, prononcé tout bas. Elle n’aurait pas dû les entendre… Et si… elle ?
— Bien sûr, répondit-elle avec un grand sourire.

Elle se retourna le temps qu’il termine de se changer, à l’abris des regards derrière la porte de l’armoire.

Puis ils s’assirent tout les deux dans le lit. Il posa sa tête contre son épaule.
Il était bien.

Juste, là. Avec elle.

Sa présence le réconfortait. C’était comme un baume au cœur. Avoir quelqu’un sur qui s’appuyer. Quelqu’un qui l’épaulait, sans rien demander.

— Tu sais ?

Il avait commencé, mais n’avait pu finir. Il ne savait pas pourquoi, mais les questions qu’il avait, les choses qu’il voulait dire… D’un coup, tout cela lui avait semblé vain et inutile.

Il resta là pendant longtemps dans le calme. Il ne pensait plus à rien, si ce n’est à leur battement de cœur qui s’alignait sur le même rythme tranquille.

— Jérémie… je dois y aller, chuchota-t-elle.
— S’il-te-plaît, tu peux…
— Milly va s’inquiéter, et Jim… Je reviendrais, tu sais ? Je suis là pour toi…

Elle se leva, le coucha dans le lit, et juste avant de partir, posa un baiser sur son front.

Jérémie s’endormit paisiblement.



Après cela, ils se revirent plus souvent. Ils ne parlaient guère, mais cela ne semblait pas nécessaire. Il découvrait, une nouvelle facette de lui. De sa vie.
Dans le même temps, il était incroyablement frustré. Ses rêveries… Il avait de plus en plus de mal à rêver. Et cela l’affectait, le pénalisait dans la lutte contre Xana.

Aelita avait fini par le sentir. Par lui demander si tout allait bien, à la fin d’une mission qui aurait pu mal tourner.

Il éluda ses questions.

Mais elle avait raison. Il en avait besoin, pour elle ! Pour sa voix, pour son sourire ! Il lui fallait cet outil.

Mais il ne semblait plus pouvoir.

Il n’y arrivait plus.

Il ne rêvait plus.

Il dormait.

Et plus il dormait, plus il semblait ralentit. Moins attentif. Son esprit semblait perdre en acuité.

Dans le même temps, il y avait Tamiya.

Elle était, une vraie chaleur dans sa vie. Lorsqu’il était avec elle, le temps passait si vite. Il ne pensait plus, il se contentait de profiter.

Il avait voulu lui rendre la pareille. Lui rendre ce qu’elle lui donnait, ou au moins, combler un besoin qu’elle aurait.

Elle avait souri.

— Ce qui compte, ce que tu sois heureux avec moi, Jérémie.

Il avait quand même essayé.

Pas le cinéma. Trop banal, trop connoté.

Il avait préféré l’aquarium à la pénombre si semblable aux nuits où elle venait le trouver dans sa chambre.

Une fois.

Deux fois. Il lui avait tenu la main.

Puis, cela avait été un restaurant. Il l’avait tenue dans ses bras.

Un cours de danse. Il l’avait serrée contre lui.

Elle lui avait appris à faire du chocolat un dimanche après-midi. Elle avait léché ses doigts noircis de cacao.

Bien sûr, il n’avait rien dit aux autres. Ils n’auraient pas compris qu’il sacrifiât l’efficience martiale pour du temps passé avec une pauvre chipie.




Il ne rêvait plus.

Il faisait des cauchemars.

Mais elle était là pour les stopper.

Elle acceptait ses chagrins.

Elle voulait bien rester auprès de lui, lorsqu’il faiblissait.

Il s’en voulait.

Aelita !

Il avait l’impression de… de… la renier. De l’abuser.

Alors, il l’invita aussi.

Un cinéma. Elle lui dévoila l’anatomie du scénario.

Une exposition. Elle lui expliqua les ressorts de l’art contemporain.

Elle sentait qu’il avait faim de quelque chose de nouveau. Qu’il arrivait au bout de ses idées dans la lutte contre Xana. Alors, elle voulait lui dégager de nouveaux horizons. Lui montrer d’autres manières de comprendre.

Il était avec Aelita, mais il voulait autre chose, une présence.

Tamiya.

Ses sourires si chaud.

Ses yeux si doux.

Aelita lui parlait, avec un entrain rythmé. Mais, il n’arrivait plus vraiment à l’entendre. C’était comme si… elle lui parlait à travers une glace. Si proche… pourtant si loin. Il n’arrivait plus à être proche.

Xana… il continuait à lutter maintenant ; l’avait-elle jamais été, elle ?

Il se sentait… plus proche. Oh ! Il n’y était pas encore, mais il savait qu’il était sur le bon chemin. Il parcourait la bonne piste. Il n’avait pas besoin d’une nouvelle approche. Il avait déjà celle qu’il fallait. Il lui fallait juste mieux la connaître.


Ils avaient failli se faire surprendre un matin.

Elle était restée là toute la nuit, avec lui.

Ce n’est qu’avec le lever du soleil qu’ils sortirent de leur béate torpeur.

Vite !
Il se rendirent à nouveau présentables, et elle sortit discrètement de sa chambre, en espérant que l’appel de la douche chaude n’ait réveillé personne.

Ce ne fut que la première fois.

Jérémie… était comblé.

Il se sentait bien.

Il se remit à faire du sport. Oh ! Discrètement, en secret. Il ne voulait pas que ses amis posent de questions. Étrangement, ils ne virent pas qu’il avait pris du muscle. Et de la chair. Il pouvait de nouveau courir sans s’essouffler et cessa de sécher les cours de sport. Il prétendit que c’était pour éviter de trop attirer l’attention.

Il avait de plus en plus de mal à se consacrer uniquement à Xana.

Enfin, surtout à Aelita.

Son sourire sonnait faux.

Ses paroles étaient creuses.

Sa silhouette, froide

Mais, il se sentait mal. Il… Il la laissait tomber ? Le doute se faufilait en lui ? Il la négligeait ? Il avait l’impression de donner le change. Mais… sait-on jamais.

Alors il redoubla d’effort. Pour être avec elle. Pour l’aider. Pour lutter contre Xana. Mais tout cela semblait n’être que diversion. Il désirait autre chose. Il disait « Aelita », mais voulait « Tamiya ». Il niait, se débattait.

Comment osait-il ?

La laisser tomber ?

Abjurer sa foi ?

Apostasier ?

Non ! Il ne pouvait pas ! Pas après tout ça ! C’était faux.

Mais alors, pourquoi le temps était-il vain et long avec elle, et désaltérant avec l’autre ?

Pourquoi était-il rassasier avec Tamiya, alors qu’elle n’était pas Aelita, que ce n’était pas pour elle qu’il pensait ?

D’ombres se couvrait le bonheur de Jérémie.

De mensonges.

De non-dit.

Là où il aurait dû sourire, son cœur pleurait, et là où il riait, son esprit gémissait, implorait, se lamentait.

Il était heureux.

Mais il savait. Il savait qu’il était au sommet d’un échafaudage branlant. Bientôt, tout s’effondrerait.

Il devait en finir. En finir avec Xana. Alors, il serait libéré.

Il se replongea corp et âme dans le travail.

Il lui fit une promesse : bientôt ce serait fini.

Bientôt, il pourrait tout avoir, avoir la seule chose qui comptait. Bientôt, il pourrait libérer son bonheur.

Il n’en avait plus pour longtemps. Ni pour vaincre Xana, ni pour son corps. Il ne pouvait retirer sur la corde trop souvent.

Et puis, Aelita, s’impatientait.

Elle lui souriait plus.

Elle avait compris qu’il était sur la bonne piste.

Elle venait plus souvent le border le soir, le mettre au lit lorsqu’il s’oubliait devant l’ordinateur.

Alors, malgré le sang qui coulait de son nez, malgré la fatigue, malgré les rêveries qui revenait, il s’était repris. Pour elle. Il s’était repris et continuait. Bientôt, cela serait fini.

Il pourrait s’abandonner, sans trahir.

Tamiya, il allait pouvoir être heureux. Avec elle, loin des porteurs de néant.
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2021  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Dim 05 Déc 2021 01:04   Sujet: Encore une pour la route…
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C’était une jolie soirée de juin. Le temps était doux et le soleil dardait paisiblement ses rayons sur la ville. Les cris joueurs des enfants emplissaient les rues à mesure que les écoles se vidaient et que les parcs se remplissaient. On les voyait sortir par grappes des écoles.

Quoiqu’ils fussent moins exubérants, leurs aînés profitaient eux aussi de l’été naissant. Certains se donnaient rendez-vous sur des terrains de foot, d’autres allaient chercher la fraîcheur sur les bords du fleuve. D’autres, moins chanceux, internes de la cité scolaire Kadic se voyaient encore retenus pour de longues heures d’études.

Ce n’était pas le cas pour Jérémie Belpois et sa bande. Oh ! le baccalauréat et ses épreuves étaient bien proches pour eux. Mais il était nécessaire de pouvoir s’accorder une pause de temps à autre, n’est-ce pas ? Et puis, il fallait bien profiter : maintenant qu’ils étaient tous adultes, ils avaient la possibilité de passer la soirée en dehors de Kadic, à condition de le signaler à l’avance à Jim.

C’est pourquoi ils se rendaient tous les cinq au Kiwi bleu, le bar le plus proche de Kadic. Un bar qui de fait vivait presque exclusivement de l’argent dépensé par les lycéens.

— Fais pas cette tête, Einstein ! Je te dis que tout ira bien ! Ton Bac, c’est comme si tu l’avais déjà !
— Mais, Odd, je n’ai…
— Relax, Einstein, renchérit Ulrich, tu as déjà relu toutes tes fiches vingt fois. Allez, c’est notre première sortie au Kiwi Bleu depuis un mois, quoi !
— Ils ont raison, tu sais ? Même toi, tu as besoin de te détendre de temps en temps. On est plus au bon vieux temps du collège.
— Même toi, Aelita !
— Tut-tut-tut, ça suffit Einstein. Aujourd’hui on arrête les révisions et on profite d’une soirée entre potes. Allez, on y est presque, termina Odd avant de tourner à gauche.

C’était une rue calme et paisible, construite dans la partie la plus ancienne de la ville. Les trottoirs étaient larges et surtout ombragés. Des chênes avaient été plantés tout du long de la rue et leur ramure couvraient tant les trottoirs que les contre-allées. Il y avait peu de trafic, seuls quelques riverains arrivaient de temps à autre pour se garer devant chez eux. Il était encore tôt, mais déjà les serveurs installaient les tables du Fumoir des Littérateurs, un sympathique petit restaurant, connu seulement de quelques habitués. Ne pas être sur les grands axes faisait perdre en clientèle, mais gagner en confort et en ambiance. Mais il allait mal ces derniers temps. D’après les derniers clients réguliers, l’une des cuisinières était partie tenter sa carrière en solo ailleurs, et le cuisinier restant avait tendance à… s’égarer dans son frigo. Le nombre de plats disponibles et la vitesse du service avaient tendance à s’en ressentir.

Odd s’avança d’un pas joyeux. C’était tout juste s’il ne sautillait pas sur place. Diable ! cela faisait trois semaines qu’il essayait de convaincre ses amis que les révisions attendraient un autre soir ! Trois longs mois à se morfondre ! Kadic était définitivement un établissement trop sérieux : tous ! tous ! Oui, ils révisaient tous ardemment ! et les petites de seconde ? Eh bien elles étaient déjà en vacances, pardi ! Et voilà Odd, isolé au milieu de camarades bûcheurs, et sans aucune divertissante compagnie ! C’est qu’il ne fréquentait plus les collégiennes. Il se sentait un peu trop vieux pour cela maintenant. Il se sentait ainsi depuis son entrée en seconde il y a deux ans, d’ailleurs. Bref ! Odd s’ennuyait ferme. Quelle idée aussi avait eu ses parents de le mettre dans un établissement aussi sérieux et huppé ! Même les cours avec Gaston Chardin n’arrivait plus à le mettre en joie. Ce devait être toutes ces odeurs de cerveaux se concentrant. Cela ne devait pas vous faire du bien à la longue de se concentrer autant. Il n’y avait qu’à voir Jérémie pour le comprendre.

Mais ! Il y était ! Enfin ! Le Kiwi…

… Bleu…

En face d’Odd, se trouvait une façade défoncée. À travers l’ouverture béante, on pouvait voir des ouvriers du bâtiment s’affairant à démonter le parquet et le comptoir. L’ambiance classieuse avait définitivement été enterrée sous les poussières de plâtres blanc.

L’ébahissement laissa bientôt la place à l’horreur sur le visage d’Odd.

— Noon ! Pourquoi !
— Ça suffit Odd, le coupa Yumi avant que le blondinet n’ait pu entamer un monologue tragi-comique.
— Mais, intervint Jérémie, on y était il y a un mois à peine, et le patron nous avait garanti qu’il serait ouvert tout l’été sans interruption.
— C’est étrange en effet, reprit Yumi.
— NOM DE... !

Tout le monde se retourna en entendant le cri étouffé d’Ulrich.

— Qu’est-ce qui t’arrive ?

Ulrich s’avança d’un air furieux vers le bar en cours de démolition, et répondit :

— Je connais cette marque, dit-il désignant le logo ornant la camionnette d’où les ouvriers déchargeaient leur matériel de chantier. C’est la boîte de mon père.
— Ben tiens, quand on parle du diable…

L’intervention d’Odd détourna tout le monde de la camionnette. Les regards se posèrent sur le bar, et sur la silhouette qui en sortait.

Walter Stern.

Son ombre se découpait dans l’encadrement de la porte, enfin de ce qui en restait. Ainsi placé à contre-jour, il semblait pareil à un démon des temps anciens, venu porter malheurs et chagrin chez les mortels, plus qu’à l’impitoyable homme d’affaires dont il portait la renommée.

Il s’avança dans la rue d’un pas conquérant, et se retourna, comme pour admirer sa nouvelle prise, après en avoir exploré les tréfonds.

Celui qui était visiblement le chef de chantier saisit cette occasion pour entamer la conversation. Au sujet de la façade et de son ravalement, semblait-il.

Une autre silhouette émergea, silencieuse, de l’intimité du bar. Elle avait, il fallait le reconnaître moins de prestance que celle de Walter Stern. L’un portait un costume en tissu fin, taillé sur mesure, l’autre était simplement en blazer et en jean. L’un avait le visage ombrageux d’orgueil et de colère rentré, l’autre semblait respirer une franche joie de vivre.

Pourtant, à la manière dont les ouvriers marchèrent d’un coup sur la pointe des pieds en voyant apparaître le petit type jovial, il ne faisait guère de doute sur qui les effrayait, et en fait, sur qui commandait ici.

Michel Belpois.

Le père bien-aimé de Jérémie Belpois.

Tout cela, Odd, ou même Yumi auraient pu s’en rendre compte, s’ils n’avaient pas été si concentrés sur ce visage terrible qu’ils avaient déjà eu l’occasion de croiser, celui du père d’Ulrich. Il est vrai qu’une fois remis de leur surprise de voir l’irascible entrepreneur, ils tournèrent leur attention vers leur ami.
Celui-ci semblait au bord de l’explosion.

Et ce qui devait arriver, arriva.

Odd tenta en vain de lui agripper le bras.

Yumi tenta en vain de l’avertir d’un regard noir.

Aelita tenta en vain de l’apaiser d’un tendre sourire.

Jérémie lui fit non de la tête. En vain.

Ulrich se précipita sur son père, il n’était pas arrivé à moins de cinq mètres qu’il hurlait à tout vent.

Prudent, le contremaître se retira à l’intérieur, et appela avec lui tous ses gars. Il fallait soudain vérifier l’état des plinthes.

Amusé, Michel Belpois se retira, et, saluant tout le monde cordialement, monta dans sa Clio.

Bien évidemment, Walter était on ne peut plus agacé, pour dire le moins.
Au cri de rage de son fils, il répondit sans plus attendre d’un ton courroucé.
Très vite la rue fut déserte. Les gens ne tenaient guère à être spectateurs ou auditeurs d’une dispute qui ne les regardaient pas et qui, malgré une ouverture rosse et agressive, tourna très vite au désavantage de l’attaquant. Jérémie emmena vite fait la bande à l’écart. Il n’y avait pas besoin d’être devin pour savoir qui l’emporterait et qui sortirait humilié de ce combat par trop inégal. Or, Ulrich était fier, et ombrageux, à l’image de son père. Que ses amis restent, pour l’assister ou pour assister, l’aurait profondément vexé. C’eût été la source d’une solide dispute, d’une rupture définitive peut-être.
C’est ainsi que la bande se retrouva à errer à la recherche d’un bar de remplacement, puisque le Kiwi Bleu était maintenant indisponible. Et vu qui s’occupait de sa réfection, il était douteux qu’ils y remissent jamais les pieds.
En chemin, ils tombèrent sur une ancienne employée du Kiwi Bleu, Ismène. Voyant leur mines déconfites, elle leur conseilla un autre établissement. Plus… « underground ».

La proposition eut tout de suite l’heur de plaire à Odd, et dans une certaine mesure à Aelita. Jérémie et Yumi se montrèrent plus mitigés. Pour l’un de toute façon, entre prendre un verre dans un bar ou un salon de thé et perdre son temps, il n’y avait qu’à peine de différence. Pour l’autre, elle n’avait jamais été une adepte de la scène underground : elle n’avait dans le fond jamais été gothique ou emo, quelque apparence qu’elle eût. Ses goûts musicaux avaient toujours correspondu à ceux de la masse des collégiens et lycéens autour d’elle. Odd avait qualifié cela de musique formatée.
Mais bon, Odd avait trop envie de passer du bon temps, et personne ne voulait attendre Ulrich au lycée. Il aurait sans doute besoin de se remettre après la rencontre avec son père, et une chambre n’aurait pas été le bon endroit. Quant au foyer des élèves… il y avait belle lurette qu’il avait fait faillite. La gestion… mafieuse de Sissi avait porté ses fruits, pourrait-on dire. Le bon côté c’est que cela l’avait débarrassé de la lieutenante de cette dernière, Laura.

Toujours était-il que, suivant les instructions d’Ismène, ils se retrouvèrent dans l’ancienne zone portuaire de la ville, devant ce qui avait dû être un vieil entrepôt ou un garage automobile. La façade était décrépite, mais une enseigne neuve trônait au-dessus d’une porte neuve :
À la bonne Gnôse !

Ce nom n’inspirait pas spécialement confiance aux lyokoguerriers. Mais bon, puisqu’ils étaient déjà là…

Ils entrèrent.

L’intérieur était plus avenant que l’extérieur. Les décorateurs avaient réussi à créer une ambiance intimiste. À droite de l’entrée, on trouvait une rangée de porte-manteaux qui laissait vite la place au comptoir qui occupait un des angles de la pièce. Au milieu du mur à gauche, un feu chatoyait avec alanguissement dans une cheminée. Au fond on apercevait une scène, sans doute que quelque groupe se produisait de temps en temps. La lumière tamisée qui régnait en ces lieux accentuait le côté calme et classieux de l’ensemble. L’on n’avait en entrant qu’une envie, s’effondrer sur l’un des canapés moelleux et se laisser aller dans une douce torpeur au repos de l’âme.

Un grand calme régnait en ces lieux. Il faut dire qu’il n’y avait guère de clients. Odd se rendit au comptoir tandis que ses amis choisissaient une table et savouraient les banquettes.

Odd aurait bien voulu commander. Mais il n’y avait personne pour faire le service. Il n’y avait pas non plus de cartes des prix. Ce qui donnait — à tort ou à raison — l’impression d’un établissement haut de gamme, où l’on commandait sans guère réfléchir à l’argent.

— Eh ! Sers-toi et arrête de poireauter ! Grande sœur est trop occupé pour tenir le bar !

Odd se retourna d’un coup à la recherche de la voix qui l’avait interpellée.

— T’es de Kadic, non ? Sers-toi, on mettra ça sur la note du lycée. Depuis que votre foyer à fait faillite, c’est nous qui vous tenons lieu de salon de thé.

Celui qui avait parlé était un homme de petite taille. Il était installé à côté du comptoir. Sur le bureau devant lui, un écran d’ordinateur diffusait une course automobile,

— Ah ? Bon d’accord, répondit Odd qui contourna le comptoir et commença à fouiller avant de sortir une étrange bouteille : la base était carrée avant de s’allonger brusquement en un long et fin goulot scellé de cire rouge.
— Pas touche au bourbon ! Va donc siffler le normal avant de te rabattre sur le bizarre ou le spécial.
— Pardon ?
— Tu as entendu. Laisse cette bouteille tranquille. Si tu veux de l’alcool, prends une bière à ta droite. Une Corbeau ou une Mironton-mirontaine. Et laisse ta carte d’identité, qu’on sache si tu es majeur.

Quelque peu interloqué, Odd, se saisit d’une bouteille au hasard et s’en retourna vers ses amis. L’accueil l’avait un peu refroidi, il fallait bien le dire.

— MERLIN !

Ce cri du cœur venait d’un bureau situé à côté du box.

— Qu’est-ce qu’ils m’ont encore fait ?!! C’est pas centré ça ! Et c’est quoi ce cadrage ?!!

Un être de petite taille, à la tête constellée de mauve pestait avec agitation contre le contenu de son écran.

Une femme nue aux seins démesurément gros.

À côté un homme de grande taille ne sourcillait ni devant l’agitation voisine, ni devant le caractère… étonnant des images à l’écran. Il... codait, semblait-il. Du moins, aux yeux d’Odd, c’était tout comme ce que faisait Jérémie… Des lignes de caractères qui ne voulaient rien dire dans un environnement austère.

— Du calme Grande Sœur, si tu continues, il va détruire Carthage plutôt que de le reprendre.
— Ce n’est pas Carthage, c’est Arpallon je crois. Il ne reprendra jamais Carthage, tu sais ? Sauf si tu l’y forces.

Une silhouette longiforme venait d’apparaître sur la scène. Visiblement elle était arrivée par l’entrée des artistes. Un chat l’accompagnait, qui se mit explorer la pièce, à la recherche du fauteuil le plus confortable.

— Oui, ‘fin là j’ai besoin de lui pour qu’il répare Photostop qui veut à nouveau planter, répliqua l’être aux cheveux mauves. C’est pas tout, mais j’ai encore du travail. Il faut que j’enchaîne sur « Un… Deux… Trois… Éjaculation ! » après puis sur Ma nouvelle belle-mère a mon âge... et est super sexy !.

Un profond soupir mêlé d’éclats de rire accueillit cette remarque.
L’homme se leva. Il était habillé tout de noir. Ses longs cheveux tombaient sur son front et encadraient son visage de mèches ébouriffés.

— En même temps, si tu n’essayais pas de travailler des fichiers de 800 Mo… dit-il en commençant à manipuler le coupable ordinateur.
— Va dire ça aux Chinois. C’est eux qui nous envoient des fichiers tout pourris avec des dizaines de calques inutiles.

Pendant ce temps, la femme sur la scène avait sorti un violon et commençait à faire ses gammes tranquillement.

Odd commençait à trouver que ce bar était bien étrange. Il voyait mal Philippe Ausonie encourager les élèves de Kadic à venir ici plutôt qu’au Kiwi Bleu ou dans un salon de thé du centre-ville. Mais bon, il avait une bière et des verres à la main, il ne lui restait plus qu’à aller s’asseoir avec ses amis. Cela faisait bien trop longtemps depuis sa dernière sortie, il comptait bien en profiter !

***


(La légende dit qu’il se lança dans un concours avec le propriétaire et que ce n’est qu’après avoir dansé sur les tables et tenté de draguer tout ce que le bar comptait d’être humains qu’il s’effondra de fatigue et que ses amis purent le porter jusqu’à sa chambre.)

***


Aelita était inquiète. Ulrich, malgré tous les messages et appels de ses amis, ne s’était pas présenté de la soirée. Et il n’était pas venu en cours le lendemain. Ce n’était pas la première fois qu’il se disputait avec son père, mais Aelita avait le sentiment que cette fois-ci, c’était plus sérieux. Comment dire ? Elle connaissait les colères d’Ulrich. Contrairement à ce que l’on aurait pu croire, elles étaient rares, et toujours peu apparentes. Néanmoins pour qui regardait bien, certains mouvements d’épaules, des tournures de phrases un peu plus brusques… étaient de bons indicateurs. Il avait toujours mis un point d’honneur à se contrôler. Bien sûr, il n’y arrivait pas tant que cela dans le passé. Il était trop bougon pour cela. Mais, autour de ses quinze ans, il avait changé. Il n’en avait jamais parlé, mais Aelita avait toujours supposé qu’il avait trouvé une nouvelle résolution. En tout cas, depuis, il se montrait d’une grande discrétion dans ses émotions. Même les rencontres avec son père, les retours avec son père ne semblaient plus l’affecter tant que cela.

Hier soir en revanche. Disons qu’elle ne l’avait jamais vu plus furieux. Même au plus fort de sa rivalité avec William, ou dans les moments les plus ombrageux de sa relation passée avec Yumi.

Odd ne semblait pas s’en faire.

— Il sèche ? Et alors ? Ce n’est pas la première fois. On a tous séché plein de fois, lui tout autant.
— On avait des raisons à l’époque ! rétorqua Aelita.
— Bah, il se sera fait du mauvais sang à cause de la rencontre avec son père. Mais, je me demande ce que faisait le père de Jérémie au Kiwi Bleu, continua pensivement Odd.
— On devrait quand même faire quelque chose. Le chercher, ou appeler la police.
— Écoute, il fait sans doute comme toutes les autres fois. Il est sans doute à l’usine ou au bord du fleuve. C’est là qu’il va lorsqu’il a besoin d’être seul.
— Et comment tu sais ça, Odd, intervint Yumi qui venait d’arriver.
— Il a caché son journal à l’usine. Il trouvait que notre chambre n’était pas sûre.
— Je suis quand même inquiète. Et puis, s’il ne revient pas vite, il va avoir des ennuis avec Ausonie, et encore plus avec son père.
— Ouais, ’fin, c’est à cause de son père tout ça, donc bon… Écoute, Aelita, reprit Yumi, Ulrich va revenir. C’est ce qu’il fait toujours, après une grosse dispute avec son père. Si tu vas le voir maintenant… Hé… Disons, que se faire enguirlander, c’est déplaisant.
— Si vous le dites…

Aelita n’était pas pleinement convaincue, mais la sonnerie marquant la fin de la récréation vint l’empêcher de poursuivre la conversation. Les cours qui s’ensuivirent furent ennuyants. Elle avait déjà révisé tout cela dix fois ! D’accord, l’examen était tout proche, mais quand même ! Et puis… elle n’arrivait pas à s’ôter Ulrich de la tête. Elle ne partageait pas l’optimisme d’Odd, ou le fatalisme de Yumi.

Aelita s’inquiétait de ne pas voir revenir son ami. Elle s’inquiétait aussi de ce qu’il fût seul dans un moment où il aurait pu avoir besoin d’une compagnie chaleureuse. S’ils ne vous proposaient pas leur aide lorsque vous étiez au plus bas, à quoi bon les amis ?

Elle s’inquiéta tant et si bien qu’elle n’y tint plus. À peine la fin de son dernier cours avait-elle sonné qu’elle quitta en trombe la salle. Tout en marchant à grandes enjambées vers la sortie de Kadic, elle laissa un message rassurant à la bande, leur disant qu’elle avait besoin de réviser seule.

Une fois sortie de Kadic, elle prit la direction de l’Usine. C’était là qu’Ulrich était censé aller lorsque les choses se passaient mal... D’après ses amis.
Elle eut beau parcourir en tout sens l’usine et les berges alentour, elle ne le vit pas. Un sentiment de malaise grandissait en elle. Un nouveau message à la bande lui apprit qu’Ulrich n’avait pas reparu à Kadic.

Angoissée, Aelita décida de se rendre au dernier endroit où il avait été vu. Le Kiwi Bleu. Ce n’était pas très loin de l’usine, aussi y fut-elle assez vite. Les travaux avaient visiblement progressé, enfin, ce fut ce qu’elle supposa en voyant que l’établissement semblait encore plus en ruine que la veille.
Elle ne vit aucune trace d’Ulrich. Cependant, son père était là. Il était en réunion avec le chef de chantier. Ils s’étaient mis un peu à l’écart, de façon à ne pas être touché par les poussières de plâtre.

— Excusez-moi, monsieur Stern ?
— Qu’y a-t-il ? répondit d’un air bourru et pressé l’homme d’affaires.
— Heu, je m’appelle Aelita et je…
— Ça, je le sais. Allez au but, voulez-vous. Je n’ai pas le temps pour vos bêtises.

Aelita, confrontée pour la première fois de sa vie à tant de muflerie, vit rouge.

— Parce que la vie d’Ulrich, vous n’avez pas de temps pour ça ? Maintenant, je comprends pourquoi il vous en veut.
— La relation entre mon fils et moi ne vous regarde pas, Mademoiselle Stones.
— Il ne s’est pas présenté en cours ! Il ne répond pas aux messages ! Et vous ! Vous ! Vous vous intéressez seulement à ce bar idiot !

Aelita s’étranglait de fureur, mais, elle tenta de contrôler cet éclat de rage.

— Vous êtes la dernière personne à l’avoir vu.
— En effet. J’ai eu l’occasion de discuter avec lui hier soir.
— Et… cela fait vingt-quatre heures qu’il a disparu.
— Cela lui arrive, et non, je ne suis pas inquiet. Mais je vous le répète, ceci ne vous regarde pas. Maintenant, partez. Vous êtes sur une propriété privée, zone de chantier qui plus est. Nous ne voulons pas d’accident.

C’en fut trop pour Aelita. Sa colère déborda et fusa de ses yeux à sa main. D’un mouvement vif de hargne elle lança sa dextre en direction du visage de Walter Stern…

… Qui interrompit le mouvement en cours, saisissant le poignet et appuyant du pouce sur le nerf médian, ce qui coupa net le mouvement d’Aelita.

— Mademoiselle Stones, je propose que nous en restions là pour aujourd’hui. Il semble qu’il n’y ait pour vous plus rien à obtenir de cette conversation.
— Mais ! MAIS ! Ulrich ! Il a raison, vous vous en FICHEZ !
— Ce n’est ni le lieu, ni le moment pour parler de ce genre de chose.
— Ma ! Qu’est-ce qui se passe ici ? Tu fais dans les midinettes, maintenant, Walter ?

Une ombre jaillit dans le champ de vision d’Aelita. C’était le père de Jérémie, Michel Belpois.

— Tiens, mais c’est Aelita. Comment vas-tu ? Dis donc Walter, qu’est-ce que tu fais avec cette jeune fille ?
Walter s’empêcha de lâcher le poignet d’Aelita.
— Il y a eu une légère dispute. À propos de mon fils. Mademoiselle Stones n’a pas apprécié les réponses que je lui ai données.
— Allons bon ! Qu’a-t-il fait encore ?
— Il a disparu ! Comment pouvez-vous rester aussi calme alors que… alors que…

Aelita commença à renifler. La colère refluait en elle, laissant la place à un vide d’émotion, un vide comme déséquilibré. Inquiétude, pour Ulrich, et angoisse, après sa confrontation violente, vinrent combler ce vide, et bientôt, elle se battait pour retenir les larmes.

— Franchement, Walter, je t’ai connu plus galant. Faire pleurer ces dames !
— Tu m’agaces , Michel. Je ne lui ai rien fait, à cette jeune fille.

L’homme d’affaires se détourna de son parrain et se pencha vers Aelita. Même si celle-ci avait finalement fini par passer la puberté et prendre des centimètres, elle ne restait pas bien grande, surtout comparé au mètre quatre-vingts de son interlocuteur.

— Mademoiselle Stones. Je suis désolé si mes mots vous ont blessée. J’ai effectivement discuté et disputé Ulrich hier soir. Mais je peux vous assurer qu’il est en sécurité en ce moment et que je sais parfaitement où il est. Quant aux cours qu’il a séchés, je me suis occupé de cela avec Monsieur Delmas, le secrétaire de Madame Ausonie.
— Et vous… sniff… vous… ne pouviez… sniff… pas le dire plus tôt ?
— Je n’ai pas l’habitude de parler de mes affaires privées en public et avec tout le monde. Même si tout le monde est une amie de mon fils. Mais j’insiste pour que nous sortions. Un chantier n’est pas un endroit approprié. Tu avais quelque chose à me dire, Michel ?
— Oh non, répondit Michel sans cacher son sourire, cela peut attendre que tu aies fini. Je repasserai plus tard. Pour discuter de nos investissements. J’étais juste dans le quartier par hasard, avec un peu de temps entre plusieurs rendez-vous. Mais, tu sais, tu devrais sans doute lui donner les réponses qu’elle veut si… violemment.

Ayant dit cela, le quadragénaire blond prit congé et s’en fut dans sa Porsche.
— Tiens, dit Aelita pour détourner la conversation, il n’était pas en Clio, hier ?
— Si, tout à fait. Il change de voiture suivant les jours et les gens qu’il pourrait rencontrer. Il aime beaucoup cette Porsche 356A, mais il la trouve aussi un peu trop voyante, alors il essaye de ne pas trop la sortir.
Voyant qu’Aelita continuait à hoqueter, Walter sortit un mouchoir en tissu de sa poche.

— Tenez, vous semblez en avoir besoin. Didier, vous avez encore besoin de moi sur le chantier ?
— Non Monsieur Stern, répondit le chef de chantier, gêné d’avoir assisté à toute la scène. Il faut justement que j’aille voir les ouvriers fournis par Monsieur Belpois et que je vérifie leur boulot. Avec votre permission ?

L’ayant obtenue, le contremaître s’en retourna houspiller ses troupes.

— Bien, permettez que je me fasse pardonner, Mademoiselle Stones. Il me semble que ce restaurant, le Fumoir des Littérateurs est ouvert ce soir. Nous devrions pouvoir aller y prendre un thé, le temps que vous vous remettiez.

À peine eut-il dit cela qu’il traversait la rue et demandait une table au serveur. Enfin… Une fois qu’il eût pu détourner celui-ci de son téléphone qu’il manipulait maniaquement. Les jeux pokémon faisaient des ravages.

Walter se retourna et fit signe à Aelita de le suivre jusqu’à une table située sous un arbre. Décontenancée, et ne sachant trop que faire, la jeune fille suivit le quinquagénaire.

Il faisait bon sous les frondaisons, et le vent bruissait paresseusement entre les feuilles. Ils furent étonnamment vite servis. Un chocolat viennois pour Aelita, et un irish coffee pour Walter. Ce dernier attendit que le rouge quitte les joues d’Aelita avant de l’entreprendre.

— J’ai cru comprendre que vous aviez des questions pour moi, Mademoiselle Stones ?
— C’est que… Et d’abord, comment connaissez-vous mon nom ?
— Je me suis bien sûr renseigné sur les amis et fréquentations de mon fils. Que croyez-vous ?
— Vous vous êtes… RENSEIGNÉ ?!

Aelita sentait la colère monter à nouveau en elle. Et derrière la colère, la peur… Et si ? Et s’il avait trouvé.. ?

— Ulrich… est un garçon difficile. Comme moi, comme j’ai pu l’être. Je ne tiens pas à ce qu’il reproduise certaines erreurs que j’ai pu faire. Mais, il ne m’écoutera jamais, voyez-vous.
— Donc… vous… nous espionnez ?
— Je veille sur mon fils. Il m’a semblé évident, il y a quelques années que vous, et vos amis, mademoiselle, étiez… facteurs de risque pour lui. C’est pour cela que j’ai insisté pour qu’il cesse de vous fréquenter. Avec plus ou moins de succès, ce qui a sauvé son année de troisième et lui a permis de vous retrouver ensuite au lycée.
— Vous… vous êtes…
— Sans cela, il aurait été en troisième allégée, puis dans un lycée professionnel. Il ne s’y serait pas senti bien et l’éloignement aurait non pas délité, mais achevé votre amitié. Or il me semble que vous êtes encore une de ces amis ?

Le ton de Walter s’était fait sarcastique.

— Espèce de…
— S’il vous plaît, mademoiselle, interrompit Walter, je pense qu’il ne serait pas de bon aloi que le ton monte de nouveau.
— Comment pouvez-vous rester aussi calme. Et faire ça à Ulrich ?
Aelita se contenait à peine, et résistait difficilement à la tentation de déchirer le mouchoir de Walter.
— Parce qu’il ne m’écoutera pas. Et ne m’aurait pas écouté. Vous le connaissez, non ? Il n’aime pas écouter, et ne le fait pas. Avec moi, mais aussi avec les autres. Il est têtu et obstiné. Il ne sait pas plier, il préfère charger tel un bœuf avec une ramure de chêne ou d’olivier. Ce n’est que lorsque cette ramure se fait malmener et détruire par la vie qu’il s’adapte. Et encore.
— Mais… vous ne pouvez pas… le laisser… lui parler…
— Le laisser aller dans tous les murs successifs ? Non, je ne pense pas. Pas dans tous. Alors je place ou déplace les murs autour de lui. Il n’en sait rien, bien entendu. Et puis, la disparition de sa mère m’a privé des autres options.
— Sa mère ?
— Ma femme est morte, il y a trois ans. Enfin… quatre. Son cœur a cessé de battre il y a trois ans, mais son esprit avait cessé, depuis… depuis ce cri qui avait jailli d’elle lorsque fut comblé le trou. La tombe de Wilfried.
— Un frère.
— Ulrich n’en parle pas souvent, je pense. Il n’aime pas parler de lui et de sa famille. Encore moins de Wilfried.
— Mais quand même…
— Mademoiselle Stones, nous avons tous nos secrets et méthodes, non ? Mes moyens sont différents des vôtres. Mes motifs aussi. Mais, je peux vous assurer que je veux le meilleur pour Ulrich. C’est aussi pour cela que je n’ai rien fait ou dit lorsqu’il m’a présenté Mademoiselle Ishiyama. Ou ce couple tiendrait dans la durée et ce serait bon pour Ulrich, ou — et c’est ce qui me semblait probable — ce couple s’effondrerait mais Ulrich saurait plus de choses sur l’amour. C’est ce qui est arrivé, Mademoiselle Ishiyama fréquente maintenant Monsieur Belpois, et Ulrich est dans une saine relation avec Mademoiselle Leduc.
— « Arrivé » ? Vous les avez fait rompre !
— Pas du tout. Je n’ai rien fait, je vous le jure. Il y a des choses du cœur avec lesquelles on ne joue pas. Des erreurs qu’il peut être bon ou nécessaire de faire, mais pour autant, il n’est pas nécessaire de les provoquer.
— Je… déteste vos méthodes.
— Je comprends, mais regardez votre vie, pensez-vous vraiment n’avoir pas subi ou pratiqué ces méthodes ? N’avez-vous jamais manipulé ? Provoqué des situations ? N’avez-vous jamais été amenée à des décisions par d’autres ? Pardon, c’est purement rhétorique, mais à mon sens, toutes nos relations contiennent une part de ce genre de méthodes. Car nos objectifs ne sont pas toujours acceptés par ceux que nous aimons.

Aelita se tut un long moment, et resta à observer la chantilly fondre le long de son verre. Enfin, elle finit par reprendre la parole.

— Où est Ulrich ?
— Là où vous étiez hier soir. Il est arrivé après votre départ. Les membres du Garage sont de vieux amis. Ils ont accepté de passer du temps avec lui et de réchauffer son corps avec un bon feu et de la boisson, et son âme avec de la conversation.
— Le Garage ?
— Oh, pardon, c’est l’ancien nom du bar. Mais, l’un des membres a voulu lui trouver un nom plus… inspiré. « À la bonne Gnôse ». Je trouve cela ridicule. Et vous ?
— C’est un nom bizarre.
— Aussi. Ils auraient pu trouver mieux, je ne sais pas moi, « Reboot Rebirth » par exemple.
— Monsieur Stern...
— Oui ?
— Vous êtes nul pour trouver des noms.
— Je sais, Aelita.

Un ange passa, et chacun finit sa boisson.

Aelita se sentait étrangement rassérénée, et c’est le cœur calme que, sans prendre congé, elle se leva et rentra à Kadic. Walter Stern l’agaçait, mais le mélange de cynisme, de stoïcisme qui caractérisait son comportement d’éminence grise l’attirait. Elle trouvait cela repoussant, et en même temps fascinant.

Le temps qu’elle rentre, elle avait changé. Son esprit était en désaccord avec cet homme, mais son cœur balançait, comme si elle comprenait les choix qu’il avait pu avoir à faire. En effet, elle était d’accord avec lui. Ulrich n’écoutait jamais, ou si peu. Même ses amis.

Une fois rentrée, elle informa la bande qu’Ulrich était a priori en bonne santé.

De fait, il reparut trois jours plus tard, comme si de rien n’était, deux livres sous le bras. À sa gauche, le Héros au milles visages de Campbell, et à sa droite, Les œuvres intégrales de Plutarque.

Quelques jours plus tard, Aelita reçut un message d’un expéditeur inconnu qui lui donnait rendez-vous dans un bar.

C’est ainsi qu’elle se retrouva à la veille d’une épreuve de bac, dans la salle de La bonne Gnôse, cet ancien garage.

Une table avait été réservée. Un verre de Sauternes l’attendait.

Elle s’installa.

Walter Stern arriva peu après.

Ils dînèrent ensemble en parlant d’Ulrich.

Ils parlèrent tant et si bien, qu’à la fin, elle obtint de lui qu’il cesse d’espionner son fils. Aelita faisait ainsi d’une pierre deux coups. Car elle n’avait pas envie que son secret soit découvert ou creusé par d’autres que ses amis.

En retour, elle acceptait de rester en communication avec Walter et de l’informer de l’état de son fils.

C’est ainsi qu’ils furent amenés à échanger régulièrement messages et appels téléphoniques.

L’été passant, Aelita se prit à attendre avec impatience ces messages. Le quinquagénaire était toujours poli et prévenant, cherchant toujours à s’assurer que tout allait bien pour Aelita.

Les mois passèrent, et les contacts se firent plus fréquents. Aelita n’avait pas parlé de cette nouvelle… relation à ses amis.

Que leur aurait-elle dit, d’ailleurs ? Qu’elle espionnait Ulrich ? Elle ne pensait pas qu’ils apprécieraient.

Mais plus elle y pensait, plus elle aimait ses discussions avec Walter. Des discussions toujours courtoises, mais surtout, jamais entachées du poids du secret partagé, de la guerre et de la dette. À mesure que les saisons s’égrenaient, Aelita supportait de plus en plus mal le fait d’avoir une telle dette envers ses amis. Une dette éternelle, jamais remboursable. Peut-être ne le percevaient-ils pas ainsi, mais elle en voyait l’ombre sur leurs relations. Qu’aurait-elle pu leur refuser, à eux qui avait sacrifié le monde pour elle ?
Alors, lentement mais sûrement, elle s’éloignait d’eux, d’eux et de leurs intérêts. Elle voulait une autre vie. Une vie où elle aurait des choses à elle qui ne serait d’eux, ou seulement très indirectement.

En mai, l’année après son bac, elle rentra dans une boutique Stradivarius et y acheta une robe de soirée noire.

Elle avait rendez-vous.

À la bonne Gnôse.

Pour la première fois en six mois.

Elle avait beaucoup fréquenté ce bar l’automne après son bac, avant d’arrêter. Quelque chose faisait que… eh bien, elle se rappelait un peu trop son passé là-bas.

Mais… Eh bien, c’était justement cette raison même qui faisait qu’elle revenait ce soir de mai. Il était important que ce qu’elle espérait se passe en un lieu marqué ainsi.

Elle arriva à vingt heures.

Il était déjà là.

Lui tenant la main, il l’escorta jusqu’à la table.

Il n’y avait qu’eux ce soir-là. Il n’y aurait qu’eux. Et les propriétaires et habitués.

Il avait réussi à convaincre la violoniste de jouer pour eux ce soir.
Massenet, la Méditation de Thaïs. Elle n’avait jamais écouté ces morceaux, les connaissait juste de nom. Reste de sa culture encyclopédique mais si peu vivante.

La violoniste ne serait pas seule. La personne qui en ce soir fatidique de l’an dernier se préoccupait tant de manga pornographique avait ce soir-là troqué l’ordinateur pour la guitare.

Dans un coin, restait le joueur et le sombre administrateur système, à leur côté, tel un patriarche en son fauteuil, un barbu tenait en main un livre intitulé Risque et dérives de la vie religieuse de Dom dysmas de lassus. À ses côtés fumait une tasse de thé.

Mais qu’importaient ces gens. Ce soir, il n’y avait que deux personnes qui comptaient.

Walter.

Aelita.

Ce soir peut-être…


Et commença une soirée magique.

Au son des violons, un repas exquis fut servi. Simple, mais aussi bon que si l’on s’était rendu chez Bocuse. La viande en moins. Mais qui aurait été s’en plaindre ?

Au son du violon coula la conversation, sans que jamais les verres ne fussent touchés.

BOUM !

Dans un grand craquement, la porte du bar jaillit hors de ses gonds.
Dans l’encadrement, un homme.

Grand, il avait une barbe noire en bataille, une canette de Kronenbourg à la main, et une blouse blanche ouverte sur son ventre proéminent. Des lunettes noires et réfléchissantes couvraient ses yeux.

Une lueur néfaste brillait à travers ses lunettes.

Comme une mécanique bien huilée, il entra dans le bar en levant le bras.
Il cherchait une victime sur laquelle fracasser sa canette.

Dans ses yeux brillait la destruction et la mort, sans autres sens que comme par pur calcul.

Tout le staff du bar s’était figé un instant.

— Attrape !

Le patriarche barbu aux religieuses lectures avait sorti du dessous de son fauteuil une barre de fer blanc et l’avait lancé à la violoniste.

Celle-ci tendit son violon au guitariste qui s’en saisit pieusement.

À peine la barre fut-elle dans sa main que la violoniste se précipita telle une trombe sur l’intrus.

D’un coup elle décapitait la canette.

D’un deuxième elle lui brisa le poignet gauche.

Une série de coup d’estoc pilonna sa poitrine, avant qu’un balayage ne vienne le mettre à terre.

Dans l’ombre, le joueur et l’administrateur système pianotait frénétiquement sur leurs claviers.

L’intrus se releva. Il semblait plus menaçant encore sans arme. Il s’avança vers la violoniste.

— Ça vient ? S’écria celle-ci.
— Tout de suite, répondit l’équipe technique.

D’un coup, l’intrus s’effondra. La lueur avait quitté ses yeux et la douleur le paralysa.

— Joli boulot, ça, intervint le barbu. Vous voyiez ? Je vous avais dit que cette barre de fer servirait un jour.
— Mouais, heureusement que j’ai fait un peu de Bô-jutsu, répliqua la violoniste. Sans cela, j’étais cuite. On est pas dans un film là, où un adolescent agiterait cela dans tous les sens et réussirait tout de suite à terrasser l’ennemi !
— Pas faux. Encore heureux qu’on ne soit plus des adolescents, alors.
Un léger rire flotta dans l’atmosphère.
— Enfin, reprit la violoniste. Tu nous débarrasses de ce bonhomme.
— Pas de soucis, je sais quoi faire. En attendant, si tu faisais un retour en arrière et recommençait ton récital ? Je savourerais bien le début de ta partition une nouvelle fois.

À ces mots, la violoniste saisit son instrument et recommença à jouer, reprenant du début, comme si rien ne s’était passé.

Et en vérité, il ne s’était rien passé.

Car pour Aelita, il y avait plus important.

Il y avait Walter.

Avec qui elle recommença à discuter, et à mesure qu’avançait la nuit, la joie les gagnait. Quand enfin, il osa, au détour d’un dernier verre.

Il fit ce qu’elle attendait depuis un mois maintenant.

Et elle lui répondit.

Oui.

C’était là une soirée qu’elle voulait bien recommencer et revivre bien des fois encore, oui, elle reviendrait souvent ici, pour reprendre un peu de ce bonheur avant de reprendre la route.
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2021  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mer 01 Déc 2021 21:16   Sujet: Notre Vérité
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ACTE 1


SCÈNE 1


La lumière se fait sur le réfectoire. Les élèves défilent devant Rosa avec leurs plateaux, avant de prendre place aux tables. Sur l’air de la Rumeur de Saint-Pétersbourg (Anastasia) (seule chanson à réorchestrer pour que les différentes parties viennent dans l’ordre) :




ÉLÈVE 1
L’école c’est vraiment l’Enfer.
ÉLÈVE 2
Les cours sont trop barbants.
ROSA, servant en rythme
Ils brident cette pauv’ jeunesse en l’abrutissant !
ÉLÈVES
Chaque jour dans cette prison, on s’ennuie à mourir !
Heureusement y’a les ragots pour nous rend’ la joie d’vivre,

Hé !
Les élèves agitent des copies des Échos de Kadic.
Qu’est-ce qu’on dit ?
Qu’est-ce qui s’trame dans l’école Kadic ?
Qu’est-ce qu’on dit ?
Quelle est la rumeur du jour ?

ÉLÈVE 3
Walter coucherait avec Michel,
ÉLÈVE 4
Aelita courtise Laura,
ÉLÈVE 3
Et Jérémie, cruelle ?
ÉLÈVE 4
Il la trompe avec Tamiya !

Entrent Milly et Tamiya.
ÉLÈVE 4
… C’est pas moi qui l’ai dit !

MILLY
Hé !
ÉLÈVES
Qu’est-ce qu’on dit ?
MILLY & TAMIYA
Qui achèt’ les Échos de Kadic ?
ÉLÈVES
Qu’est-ce qu’on dit ?
MILLY & TAMIYA
Lisez les titres du jour !

TAMIYA
Une expérience au clair de lune
MILLY
– Troublante ! Entre Leduc et Ishiyama !
TAMIYA
Jim aimerait une brune
Nommée Xana !

Les élèves bougent de table en table.
ÉLÈVE 1
Mais la coqueluche des mystères…
ÉLÈVE 3
Un marronnier, mon frère !
ÉLÈVE 2
… ça reste le cœur d’Odd, le cruel solitaire !
ÉLÈVE 4
Il enchaîne les conquêtes, fléau dévastateur…
ÉLÈVES
Mais il rejette leur amour, c’est un briseur de cœur !


Instrumental. Milly et Tamiya parlent.
MILLY
Ah, ma chère Tamiya, les nouvelles se vendent mal.
TAMIYA
Mal, dis-tu ?
MILLY
Malheureusement.
TAMIYA
Enfin, Milly, regarde autour de toi ! Toutes ces ailes de papier, on se croirait au cœur d’un essaim de mouettes !
MILLY
Je vois quinze, vingt, peut-être trente exemplaires. Plus de cent âmes d’élèves peuplent Kadic !
TAMIYA
Vu comme ça…
MILLY, ensemble avec Tamiya
On a besoin d’un scoop !
TAMIYA, ensemble avec Milly
On a besoin d’un plan !
(Seule) Aurais-tu une idée ?
MILLY
Notre meilleur et pire client :
TAMIYA
Le garde champêtre ?
MILLY
Celui qui pue des pieds.
TAMIYA
Il a rompu sept fois cette semaine. Rien de nouveau sous le soleil !
MILLY
Le meilleur et le pire.
TAMIYA
Qu’est-ce que tu veux en faire ?
MILLY
Le caser. Résoudre le problème une fois pour toutes. Tu imagines ?
TAMIYA
Le caser ? Odd l’indomptable ? Ça ferait un sacré numéro, pour ce drôle de numéro. Mais un sacré exploit aussi !
MILLY
Ça paraît impossible, n’est-ce pas ? Ne t’en fais pas : nous n’avons pas besoin de réussir. Il faut seulement que ça paraisse vrai, assez longtemps pour le devenir.
TAMIYA, scandalisée
C’est une arnaque !

MILLY, chantant
C’est une rumeur, un feuilleton,
TAMIYA
C’est un doux rêve…
MILLY
C’est le Saint Graal, le laurier des titres de l’année !
Pour nous deux, vieilles, c’est la gloire, j’te l’garantis !
On trouve une fille qui fasse l’affaire,
On lui dit quel rôle jouer, on la guide,
TAMIYA
Et ce s’ra la grande vie !
MILLY
Pense aux cent exemplaires
Qu’on pourra alors écouler !
MILLY & TAMIYA
Si on s’y met ensemble, c’est du tout cuit !
MILLY
On s’ra pro !
TAMIYA
De vraies pro !
MILLY
Paparazzis !
TAMIYA, protestant
Journalistes !
MILLY & TAMIYA
Et Kadic aura vu une grande histoire d’amour…


Entre Odd, suivi d’Ulrich, Jérémie, Aelita, Yumi et Christophe.
ÉLÈVES, bas
Chut !
Qu’est-ce qu’on dit ?
Quels bruits de couloir courent à Kadic ?
Qu’est-ce qu’on dit ?
Quelle est la rumeur du jour ?
Hé ! (Les élèves circulent en désordre et murmurent des phrases incompréhensibles.) (x3)
Qu’est-ce qu’on dit ?
Quels bruits de couloir agitent Kadic ?
Qu’est-ce qu’on dit ?
De quoi bavarde-t-on en cours ?

CHRISTOPHE, se levant brusquement

STOP !


SCÈNE 2


CHRISTOPHE
Mais enfin, où sommes-nous ? Les gens n’ont-ils pas honte ?
Ragots, spectacle et surenchères… ce monde m’épuise !
(Avec un regard vers la table de Yumi) Les sentiments sont une chose si subtile,
Si délicate, si noble, intime !
Les laisser polluer par les ravages des rumeurs ?
Mais quelle laideur !

Sur l’air de Here Comes a Thought (Steven Universe) :




CHRISTOPHE
Prenez le temps d’écouter
Les battements de vos cœurs.
Prenez le temps d’écouter
Les battements de vos cœurs.

Une lueur,
À peine un reflet –
Une vague estompe,
Promesse féconde
– Profond secret
À la douce saveur,
Tous ces échos se
Mêlent en chœur d’Éros
Et oh !
S’ouvre la fleur !
S’ouvre le cœur !
Toutes ces petites choses
Acquièrent tant d’ampleur
Qu’elles vous ensorcellent,
Mystères essentiels…

Prenez le temps
Souv’nez-vous de
Prendre le temps d’être vous.
Prenez le temps d’écouter
Les odes hantant l’air de vos cœurs :
C’est vos âmes, c’est vos âmes, c’est vos âmes, c’est vos âmes, c’est vos âmes.
C’est vos vies c’est vos vies c’est vos vies c’est vos vies c’est vos vies.
C’est ainsi que grandissent et grandissent vos cœurs :
Vos cœurs, vos cœurs, vos cœurs.


En fond, Odd se lève, touché par le discours de Christophe. Le regardant de loin, timidement, il se met à le doubler. La scène ne clarifie pas si Christophe chante pour Odd ou pour lui-même.

CHRISTOPHE
Une lueur (ODD : Oh !)
À peine un reflet – (ODD : Serait-ce un reflet ?)
Exquise esquisse (ODD : Oui…)
Vallée des lys (ODD : délices)
– Profond secret
À la vague saveur,
Et tous ces mots se
Fondent dans mes os
Et oh !
Éclate ta fleur ! (ODD : Éclate ma fleur !)
Éclate ton cœur ! (ODD : Éclate mon cœur !)
Toutes ces petites choses
Acquièrent tant d’ampleur
Qu’elles m’emportent au ciel
Des extases plurielles.

Prenez le temps
D’être vous, de
Vous souvenir d’écouter.
Prenez le temps, dérivez
Au gré des odes en votre cœur.
C’est votre âme, c’est votre âme, c’est votre âme, c’est votre âme, c’est votre âme.
C’est la vie c’est la vie c’est la vie c’est la vie c’est la vie.
C’est ainsi que grandissent et grandissent les cœurs :
Vos cœurs, vos cœurs, vos cœurs.
Et c’était une lueur une lueur une lueur une lueur une lueur,
Dans votre âme dans votre âme dans votre âme dans votre âme dans votre âme,
Dans ce silence ce silence ce silence ce silence il bat :
Ton cœur, ton cœur, ton cœur.

Prenez le temps d’écouter
Les battements de vos cœurs.
Prenez le temps d’écouter
Les battements de vos cœurs.


SCÈNE 3


Sur l’air de Atsuku naru wa… (comédie musicale Utena, la Fillette Révolutionnaire, 1997) :



ODD
Tant de temps
À chercher !
En espérant
Pouvoir aimer…
Serait-ce
Cette chaleur,
Ce feu se compressant dans mon cœur ?
Sont-ce ses mots
Profonds
Qui éveillent en moi
Ce doux frisson ?
Est-ce que ce garçon
– et non une fille –
Abriterait mon âme sœur ?

Je t’ai tant
Désiré
M’égarerais-je
Dans une illusion ?
Cette confusion
– ô volupté – :
Autant de rêves
Jetés
Dans le vent…

Mais il avait
Cette grandeur d’âme,
Ferme face au monde :
Il est fort.
Mais il avait
Cette douceur,
Cette folle flamme
Brûle mon corps.
Et là,
Je sens en moi
Enfin mon moi
Éclore…

Je t’ai tant
Désirée,
Impossible fièvre
Des belles chansons
Oh wohooo,
Cette confusion
– volupté – :
C’est autant de rêves
Murmurés
Dans le vent…

Osé-je croire ?…
Osé-je croire ?…
Que tu serais…
Que tu serais vraiment…
Mes rêves dans le vent ?…


Odd quitte la scène. Yumi et Christophe sortent de l’ombre. Ils parlent.
YUMI
Christophe ! Tu as un moment ?
CHRISTOPHE
Pour toi, Yumi ? Toujours !
YUMI, embarassée
C’est un peu délicat… c’est à propos de ton discours.
CHRISTOPHE
Tu as aimé ? J’en pensais chaque mot.
YUMI
J’ai remarqué… que tu tendais souvent à regarder vers… moi.
CHRISTOPHE
Ah ?!… Oh… Euh… Non… Pas vraiment. (Chantant)
Ce n’était pas
Ton visage,
Ce n’était pas
Qui tu es au fond.
Oui j’apprécie
Ta compagnie,
Mais c’est pour l’ami d’une amie
Que je fonds.

Il a la force,
Il a le courage,
Seul face au monde
Il se bat !
Il est sensible,
Incompréhensible :
Quand je le vois
Je me reconnais…
Oui,
Oui les anges,
Mon feu secret
Me change !
Mes anges confus
Chantent à l’envi
Mon cœur sacré
Jeté au brasier –
Et je m’envole,
En fumée,
Dans cette chaleur
Si douce et si folle…

Tu es une fille bien,
Mais j’suis pas à toi !
Car c’est Odd
Que j’adore !
Tu es une fille bien,
Mais j’suis pas à toi !
Car c’est Odd
Que j’adore !


YUMI
Alors… tout ce temps-là… c’était à lui que tu t’intéressais.
CHRISTOPHE
Oui… désolé. Je t’aime bien mais… toi, moi…. on est amis, c’est tout.
YUMI
Oh non non non, ça va… Au contraire, c’est un soulagement, je… en fait, j’ai un… copain, c’est ça.
CHRISOPHE, souriant de soulagement
Ah bon ?! Vraiment ?!
YUMI
Oui, un copain, enfin, en fait, moins qu’un copain… mais c’est plus qu’un copain, aussi, tu vois ?
CHRISTOPHE
Dis-moi, dis-moi !
Tout en parlant ensemble, ils sortent.


SCÈNE 4


Sur fond d’éclairage rouge, une forme noire, encapuchonnée, se découpe. À chaque pas qu’elle fait, les timbales sonnent : c’est le thème de XANA. Elle s’arrête ; les timbales s’affolent. Sur les côtés, les monstres font une haie d’honneur en se dandinant.
Sur l’air de
To Dance Again (comédie musicale fan de Harry Potter – ne soutenez pas l’œuvre originale) :

https://i.ytimg.com/vi/R1VfpFM1Gr8/hqdefault.jpg

XANA
Quand j’étais petit
Un petit programme
Oh, comme j’avais envie
D’aller sur terre
Faire mon pogrom
Pour m’y sentir en vie…
Le Programmeur m’en empêchait !
Mais je l’ai eu par la ruse…
Et tant d’années après,
Maintenant je m’amuse,
Et, oh, que sonne le chaos…

J’active une Tour…
Une petite Tour…
Et grâce à elle…
Oh quelle folie je crée !
J’envoie mon spectre
Mon choupi-spectre
Dites, c’est pas chouette ?!
Et on y est…
Je vais mettre un sacré bordel,
Wouhou !

Chaotique neutre :
On m’croit maléfique mais j’suis chaotique neutre.
Mon plan du jour le prouvera,
Car ça sera
La zizanie :
L’Anarchie de XANA !


Entrent Milly et Tamiya, tirées de force sur scène par le spectre. Milly tient un exemplaire des Échos.

XANA
Allez, humains !
Dansez pour moi !

XANA guide le spectre avec les bras ; le spectre force les filles à suivre la chorégraphie.
Ma petite Tour,
Mon tout p’tit spectre,
Dites, c’est pas cool ?

Milly et Tamiya se frappent au rythme des accords.
N’est-ce pas de toute beauté ?

XANA arrache les Échos des mains de Milly.
LES MONTRES
L’informatique

XANA ouvre les Échos.
Est une Science

XANA sort un stylo et écrit dans le journal.
Où on contrôle…

Milly et Tamiya s’embrassent sur la bouche.
L’Information !
XANA
N’est-ce pas une belle réalité ?

Chaotique neutre :
L’Anarchie de XANA est chaotique neutre,
Maintenant plus rien n’est faux :
Plus de fake news, tout titre est vrai,
Ça c’est chaotique neutre !
(À la ronde) À moi, mes Mignons !

LES MONSTRES
L’Informatique
XANA, en contrechant
J’allume ma Tour !
LES MONSTRES
Est une Science
XANA, idem
Oh oui, ma grosse Tour !
LES MONSTRES
Pour réécrire
XANA, idem
Avec mes choupi-spectres !
LES MONSTRES
Une belle réalité !

Ô Grand XANA,
XANA
Hello, world!
LES MONSTRES
Maître du Monde,
XANA
Hé ouais, mes cocos !
LES MONSTRES
Lance ton Chaos universel
À l’ère de la Post-Vérité !
XANA & LES MONSTRES
Chaotique neutre !
L’Anarchie de XANA est chaotique neutre !
Maintenant plus rien n’est faux,
Tous les titres sont vrais
Dans les chambres d’écho,
C’est le Chaos…
C’est le Chaos…
Le Chaos des…
Échos !


ACTE 2


SCÈNE 5


Les personnages, chanteurs comme secondaires, passent leur temps à entrer et sortir de scène. Ils évitent de se croiser, voire en viennent aux mains. Sur l’air de Mon meilleur ami (Aladdin de Disney) :



JÉRÉMIE
Je crois qu’il y a tell’ment de trucs qui clochent,
Je passe mes nuits dans l’dictionnaire !
AELITA
J’aime le père d’Ulrich – c’est vraiment moche
– Puis j’ai un caractère d’enfer !
TAMIYA
Quel titre SENSAS !
SISSY
Quoi mais comment ça ?!
Depuis quand je rembourre mes soutifs ?!
Enfin, au moins, enfin ! C’est le vrai kif
Car Ulrich est en secret à moi !

Mais quand même…
ENSEMBLE
Tout ça est bien bizarre,
Quels étranges hasards !
LYOKOGUERRIERS
On est complètement démunis,
Tout est chamboulé dans notre vie !

ULRICH, s’éloignant de Yumi
J’peux plus t’voir en peinture
YUMI, s’éloignant d’Ulrich
Crois-moi je n’en ai cure !
ULRICH&YUMI, serrant l’un Sissi, l’autre Christophe
Depuis l’idylle avec mon idole
Tout est chamboulé dans notre vie !


Entre Odd, tenant un journal
ODD
Qu’invente encore cette feuille de chou ?
Oh non, ça… parle de moi !
J’aim’rais Christophe comme un fou ?!
Ah non mais ça t’y crois pas !
Le mond’ march’ sur la tête,
Qu’est-ce qui s’est passé ?
Y’a un truc louche, là, ça m’embête,
Tout est chamboulé dans notre vie !

XANA, en fond, jouant avec Milly et Tamiya et leurs Échos
WAWAWA
Oh oui !
WAWAWA
Oh non !
WAWAWA
MWAHAHA !

Les Lyokoguerriers sont au départ dans leur posture du générique de fin de la saison 1, plus Aelita.



JÉRÉMIE, à Aelita
Je t’aime même pas !
AELITA, se collant à Ulrich
J’craque pour ton papa…
ULRICH, la rejetant pour regarder Sissi
Ces tocards me soûlent !
YUMI, s’éloignant à son tour, tournée vers Christophe
Vous êtes même pas cools !
ODD, regardant autour de lui, désemparé.
Mais qu’est-ce qui se passe ?
XANA, au loin
HAH !
ODD
C’est pas possible…
XANA, en contrechamp
Ha ! Ha !
ODD
Tous mes amis, quelle mouche les pique, c’est risible !
Kadic a grav’ pété un fusible !

ÉMILIE LEDUC
Oh mon étalon !
JIM
Ma p’tite poupée !
ÉMILIE & JIM
Vivons une passion cachée !
JIM, dubitatif
Ah bon ?
MILLY
Enfin sachons quand mêm’ raison garder :
TAMIYA
C’était tabou, ils se sont séparés !
JIM, hors rythme
Ouf !
ÉMILIE, hors rythme
Oooohhh…
MILLY
Sissi aime William !
SISSI
Il est parfait !
TAMIYA
Lui veut Yumi !
WILLIAM
Et ça c’est vrai !
MILLY, tirant des antisèches des poches de Hervé
Tu triches en cours !
HERVÉ
Pas vrai, quelle calomnie !
MILLY & TAMIYA
On se repaît de ces ignominies !

Et ouiii ~
ENSEMBLE
Tout ça est bien bizarre,
Quels bien étranges hasards !
ODD
On est totalement désunis…
MILLY & TAMIYA
Oui, c’est la zizanie,
Tout est chamboulé, oh ouais !
Tout est chamboulé,
Tout est chamboulé, hé ouais !
Tout est chamboulé dans nos vies !

XANA
WAWAWA
WAWAWA
Ça c’est ma pure anarchie !

ODD
Plus du doute, à présent !
Y’a du XANA là-dessous, je le sens !
Vite ! Filons à l’usine !

Il se met à courir. L’instrumental d’un Monde Sans Danger se lance. Il s’arrête brutalement. Odd aussi.

Houhou ! Les copains ! Vous êtes où ?
(Silence.)
T’y crois pas !…


SCÈNE 6


La scène s’ouvre sur Christophe et Yumi, sur un banc.
YUMI
Ah, Christophe…
CHRISTOPHE
Ah, Yumi…
(Silence.)
YUMI
Tu es content d’être mon copain ?
CHRISTOPHE
Hein ? Ah ! Ah oui… on est copains, c’est… tout… bien ?
YUMI
Oui, j’imagine. T’es mon copain, c’est bien.
Elle s’appuie sur son épaule. En fond, Sissi et Ulrich se promènent.
ULRICH, se pressant langoureusement contre le bras de Sissi
Comme on est bien, là…
SISSI, ennuyée
Oui, oui…
ULRICH
Je t’aime, ma reine !
SISSI, en apparté
Mais qu’est-ce qu’il est relou ! Enfin, faute d’avoir William, je m’accommode de ce… laquais.
Sortent Sissi et Ulrich. Entre Odd, les Échos à la main. Il regarde un moment Christophe et Yumi.

ODD, parlant des Échos
« Le Grand Mystère Percé à Jour : Della Robbia en pince pour M’Bala ! »… voilà ce que ça dit… et si je comprends bien ce qui se passe… alors…

Il chante, sur le solo de Maria (Final Fantasy VI) :



J’ai tant cherché
Si longuement
Ces sentiments
Désirés !
Seraient-ils faussés,
Mirages dans le vent,
Pourtant
J’ose encor rêver…

Quand je te vois
Mon cœur s’affole,
C’est l’envol
De mes émois !
Déjà, avant ça,
Tu étais pour moi
Mon roi,
Mon doux Nirvana

Oh non XANA,
Rien n’a changé,
Ma vérité
Est à moi !
Qu’importent les Échos !
Je sens dans ma peau
Que ce qu’ils disent est faux…

(Parlé) Christophe, tu sais…
Christophe, c’est de toi que je sais…
Que nos vrais sentiments
Ne sont pas dans le monde,
Mais qu’ils restent cachés
Dans le secret des cœurs !
C’est ainsi… Oui, je vois… Je sais quoi faire…
L’heure est grave ! Au combat ! Et à la guerre !…

Nos vérités,
Notre secret,
Ne sauraient
Être effacés !
Alors, on ira,
Alors, on saura !
XANA
Ne nous aura pas !

L’amour vaincra,
Il brillera,
Il guidera
Notre voie !
Et notre amitié,
Saura nous donner
La vraie
Réalité !

On ira !
On saura !
Se retrouver…


SCÈNE 7





La scène s’ouvre sur Ulrich et Sissi sur leur banc, Yumi et Christophe près d’un arbre, Aelita en train de stalker Ulrich et Jérémie dans son coin avec son dictionnaire. Odd est au centre. Instrumental de Un Monde sans Danger (ReBoot : The Guardian Code).
Odd se dirige vers Ulrich en premier.


ODD
Ulrich, mon pote ! T’aurais pas une minute ?
ULRICH
Mec, j’suis avec ma copine.
ODD
Oh, allez, quoi ! Tu sais bien que je te demanderais pas si c’était pas important…
ULRICH
Bon, dans ce cas, je te suis.
Il le suit à l’écart. Aelita le file. Sissi sort.
Alors ?
ODD
Vieux, XANA attaque.
ULRICH
XANA ? Mais Jérémie n’a rien dit…
ODD
En même temps, il est plongé H24 dans le Petit Robert.
ULRICH
Et du coup, ça serait quoi, ta preuve ?
ODD
Ah ça, mon pote, il va falloir me faire confiance.
Odd rapproche Ulrich de Yumi.

Écoute ton cœur :
Ne manqu’-t-il pas quelque chose ?
Et viens n’aie pas peur !
La chance sourit à qui ose !
Si l’amour explose
Alors on sera vainqueurs !


ULRICH
Moi et Yumi ?! C’est ridicule ! Elle, moi, on est amis, c’est tout !
ODD, moqueur
Dis c’que tu dis, mais sens ce que tu ressens vraiment !
YUMI, quittant Christophe un instant.
Qu’est-ce qu’il y a, les garçons ?
ULRICH
J’sais pas, Odd est bizarre…
ODD
Yumi ! Je sais ! Bats-toi avec Ulrich au Penchat silat !
ULRICH & YUMI
Quoi ?!
ODD
Vous aimez ça, non ? Faites-moi confiance !
Ulrich et Yumi se regardent. Ils haussent les épaules. Ils se mettent à échanger des coups. À plusieurs moments par la suite, leurs vrais sentiments refont surface.
Christophe quitte lentement la scène. Il regarde vers Yumi, perplexe. Odd, pour sa part, fait un mouvement pour le retenir, mais il se retient et se tourne vers Aelita.


N’oublie pas encore
Qui tu es dans cette querelle.
T’as un cœur d’or
Et t’es une amie fidèle !
Contr’ ce logiciel
On n’ménage pas nos efforts !


AELITA
Je suis moi, et je fais c’que j’veux !
ODD
J’suis bien d’accord avec l’idée, Aelita. Tu le sais, je t’ai beaucoup encouragée !
AELITA
… C’est vrai.
ODD
Mais là, tes amis ont besoin de toi !
Silence. Aelita hésite.
Enfin, tu le sens bien… non ?
Elle réfléchit.
AELITA
Oui !
Elle marche vers Jérémie et lui tend la main.

N’oublie pas
Ce qui fait que tu te bats.
Le monde ne voit
Qu’un reflet de ton vrai toi !


Jérémie lui prend la main et elle le relève. Les lyokoguerriers se rassemblent et marchent ensemble, unis par l’amitié, vers les scanners.

LYOKOGUERRIERS
On ira ! On saura
Sauver notre existence,
Se donner une chance
De tout réparer,
On y va, on saura
Sauver notre existence,
Recréer
Notre vérité !
  Sujet: [Fanfic] Code Lyoko Projet Carthage  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 06 Avr 2021 14:09   Sujet: [Fanfic] Code Lyoko Projet Carthage
Bonjour très cher Freeze_Be,

C’est toujours un plaisir que de voir de voir de nouvelles pierres apportées à l’édifice.

À le lecture, votre récit souffre de deux soucis majeurs, tant sur la forme que sur le fond. D’une part, il est court, d’autre part les règles du français, règles de grammaire, conjugaison, syntaxe, orthographes… ne sont pas respectées. La triste conséquence, c’est que votre récit devient rébarbatif et compliqué à lire.

On ne saurait trop vous conseiller de rédiger d’abord votre texte dans un logiciel de traitement de texte (Microsoft Office Word ou Libre Office Writer) et d’user de leurs correcteurs orthographiques pour vérifier votre texte avant de le publier.

Pour vous donner un exemple, j’ai mis en italique tout ce qui dans la phrase ci-dessous est une erreur ou une maladresse de style.

«La fois où tout à changer pour moi est se jour où comme à mon habitude j'accompagne mon père à son travail et d'habitude l'un des agents qui prend toujours de son temps pour venir jouer avec moi lorsque mon père assiste à ses réunions, outre le fait que cette agent était malade au moment des faits et que mon père est parti encore une fois à l'une de ses réunions je suis resté au bureau comme à mon habitude

Voici ce que donne cette phrase si je tente de la réécrire pour la rendre plus compréhensible :

« Le jour où tout changea pour moi, j’accompagnais, comme d’habitude, mon père à son travail. Normalement, un agent prend de son temps pour s’occuper de moi pendant que père est en réunion. Mais cet agent était malade. Aussi, lorsque mon père partit une fois de plus en réunion, je restais dans son bureau.»

C’est un exemple de formulation possible de ce qu’il me semble que vous avez voulu dire. Mais entre les répétitions, la syntaxe qui est mauvaise, la conjugaison instable… il est, il faut insister, extrêmement difficile de vous lire, et du coup, il est impossible de vraiment apprécier votre texte.

Voilà pour les remarques sur la forme.

Sur le fond, comme dit plus haut, ce texte est trop court, même pour un prologue. On sait trop peu de choses sur le personnage principal. Par ailleurs on voit mal pourquoi ce texte est un prologue plutôt qu’un premier chapitre.
Plus encore, le personnage à huit ans et pour tromper son ennui, il lit un rapport, un document technique. Plutôt que de… faire des avions en papier, prendre un stylo et gribouiller, sortir se promener…

À huit ans, terrifié par la perspective que sa famille soit mêlé à un crime, plutôt que de se taire, il jure qu’il va garder la preuve afin de pouvoir rétablir la justice ?

De plus, un dossier sensible, susceptible de l’inculper disparaît de son bureau, mais le père du héros ne s’affole pas, ne le recherche pas ? Pourtant interroger son fils serait un minimum.

enfin, qu’est-ce qui permet à Éric de savoir que les actions de sa famille sont illégales ? Ça se trouve, ces enlèvement étaient tout à fait légaux.

Par suite, Éric veut aller à Kadic ? Pour quoi faire ? Le savant a disparu il y a six ou sept ans, aussi il est improbable qu’Éric trouve quoi que ce soit sur cette affaire.

Bref, sur le fond votre texte souffre d’être trop rapide et de laisser de grosses failles dans le scénario. Il faut détailler plus. Nous faire lire ce rapport. Nous montrer les conclusions auxquelles le héros arrive. Nous donner plus de détail sur lui et sa famille.

En conclusion, ce texte a peut-être du potentiel, mais en état, nous ne pouvons le savoir. Est-ce un diamant ou de l’or des fous ? Pour cela il faudrait pouvoir le dégager de la solide gangue de terre et de crasse qui l’entoure. Vous devriez reprendre ce texte depuis le début, le corriger, lui ajouter des paragraphes, le clarifier, le faire relire, et alors seulement, venir le publier.

En espérant ne pas avoir été trop brusque ou ne vous avoir découragé.

Au plaisir de vous lire de nouveau.
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2020  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Lun 15 Fév 2021 21:33   Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2020
Bonjour cher Warrior93,

Tout d’abord, je voudrais vous remercier d’être passé nous commenter.

Ensuite, nous nous excusons pour la suppression de votre premier commentaire. Comme nous l’avons expliqué dans notre réponse à Zéphyr ci-dessus, nous avons fait un choix en termes de présentation et d’harmonie, choix qui s’est décidé eût égard à l’activité du forum à ce moment.

Enfin, il faut en venir à vos critiques, au nombre de deux :

- D’une part, des récits qui vous ont mis mal à l’aise car s’écartant par trop du ton du matériau de base, la série Code Lyokô.
- D’autre part, des récits qui vous ont paru tiré par les cheveux.

Pour ce qui est de ce dernier point, nous aurions aimé des exemples, afin de pouvoir affiner notre réponse et nous améliorer pour l’avenir. Cela étant, ce reproche est éminemment lié aux contraintes que nous nous étions imposés dans le cadre de ce calendrier de l’avent. Elles ont été détaillées dans la réponse à Zéphyr, mais pour les rappeler brièvement, nous avions fait des listes de thèmes, de genre et de modulateur et avions créé à partir de ces listes des trios de contraintes aléatoires. Ainsi, le but était pour chaque texte de répondre à ces contraintes qui étaient parfois quasiment contradictoires (pensez aux contraintes du texte Récursion par exemple).

La conséquence, c’est que ces textes n’ont d’autres raisons d’être que ce souci de contraintes. D’où parfois l’impression de peu de justification de l’intrigue. En tant que tel, ce que nous avons fait est assez proche de l’exercice assez commun en fanfiction des drabbles.





On peut aussi le voir comme un exercice d’écriture, ou un défi d’atelier, dans la mesure où on s’imposait en plus de ne pas trop rester dans le cadre de la série, histoire de ne pas se retrouver à faire du copié-collé d’épisodes déjà existants. Je veux dire, si ce qu’on veut c’est raconter ce qui se passe dans la série, autant la regarder directement, ça va plus vite. Bien entendu, écrire dans un fandom, c’est partir avec ses contraintes propres, mais je ne pense pas que s’y enfermer soit particulièrement intéressant, ou du moins pas pendant longtemps. A ce jeu-là, je ne suis pas persuadée que Demain nos Ruines ou Les Moutons du Berger soit moins dans le ton de Code Lyoko qu’un Mondes Alternés. Et puis, accessoirement, je ne qualifierais pas les épisodes où Aelita manque de mourir, avec scènes de défibrillation explicites (37 Intérêts Communs), l’enlèvement et la séquestration d’Odd et Yumi par leur proviseur XANAtifié (41 Ultimatum) ou des enfants qui meurent de froid (45 Guerre Froide) de « papillons roses et éléphants bleus ». Des moments durs, il y en a eu, même si naturellement on peut personnellement aimer Code Lyoko pour ses moments plus légers, et préférer des textes qui aillent dans ce sens. Comme on peut préférer évoquer les moments plus durs, ou développer des points plus concrets que la série a mis de côté, faute de place, de temps ou d’intérêt du point de vue des scénaristes o/ Ecrire autre chose qu’un Jerlita, imaginer que leur relation peut avoir une autre issue que des jours heureux, c’est possible, dans la mesure où nous ne sommes mêmes pas tous d’accord sur ce qu’est ce couple dans le fandom. Certains s’y identifient, d’autres non, mais ce qui pousse à écrire des scénarios alternatifs à la série, c’est la réappropriation qu’est la fanfiction. A mon sens, ce n’est pas détruire un matériau que de développer ce qu’il a tiré de la série, ou en testant des choses avec. Cellui qui écrit que la relation entre Jérémie et Aelita est vouée à l’échec n’a pas moins apprécié la série que cellui qui croit qu’elle a de l’avenir.




Le manque de paratexte pour introduire et présenter chaque texte a de plus l’effet que chaque lecture est une plongée la tête la première dans l’inconnu, avec parfois de fort mauvaises surprises. C’était à notre sens un risque qui allait avec l’exercice. Dans l’idéal nous voulions que les lecteurs et commentateurs tentent d’eux-mêmes, à partir de leur lecture et des trois symboles e début de texte de trouver les contraintes. D’où le fait de ne pas avoir de textes introducteurs en début de chaque nouvelle. Nous avions sur-estimé l’activité sur ce forum d’une part, et la clarté de notre premier post d’introduction d’autre part. C’est une erreur de communication que nous ne referons plus.

Après, ces textes sont-ils plus perchés que, pour citer dans le désordre : Code Univers ou William Dunbar l’histoire d’un héros, de Belgarel ? Que Les divagations d’un mégatank de Nyx ? Que Je suis l’Alpha et l’Oméga de Shaka ?

Tout d’abord, des genres comme la parodie ou le crossover impliquent par définition d’être perché. Ensuite des textes courts souvent in media res, ne peuvent par définition poser le décor, ainsi que les tenants et les aboutissants de l’intrigue à la manière d’un récit au long cours. Enfin, il y a effectivement des textes plus faibles que d’autres.

De toute façon, faire une fanfiction Code Lyokô c’est faire un récit dans un univers qui est théoriquement fini et fermé. La série a un début et une fin, après tout. D’une certaine manière c’est toujours être perché que de faire une fanfiction, c’est prendre une hypothèse, un point de vue, un élément de décor et broder quelque chose par-dessus, un quelque chose qui est forcément en plus, et donc un peu en trop dans un ensemble fermé.

Mais cela nous mène à la première est plus détaillée de vos critiques, celle relative au ton de la série et au ton de nos textes. Par une étrange coïncidence, elle se fait l’écho d’une conversation que nous avions eu ce week-end sur ce sujet.

En effet, nous nous sommes fortement éloignés de l’ambiance d’origine de la série. A titre d’exemple, dans la série, les personnages principaux ont autour de 13 ans physiquement (au début en tout cas), mais leurs manières de parler, de penser et d’aborder le monde seraient plutôt celle d’enfant de 11 ou 12 ans. Dans Code Lyokô Evolution, ils sont clairement des lycéens, et de fait cette série s’éloigne pas mal de l’ambiance du dessin animé. Le fait est que tant votre serviteur que Violet Bottle ou Dede7 — probablement du fait de notre prise d’âge — ne savons, ne voulons ou n’avons envie de faire parler nos lyokôguerriers avec les maniérismes du dessin animé. Cela était déjà manifeste dans nos autres écrits : dans Mondes Alternés de Violet Bottle, les personnages parlent comme de jeunes adultes ou des lycéens, mes propres écrits se passent souvent dans le futur ou se passent des lyokôguerriers…

Bref, rester dans le ton du dessin animé est quelque chose que nous ne savons pas vraiment faire et qui en fait nous intéresse peu. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y ait pas des auteurs qui le fassent, parfois très bien et que ce ne soit pas agréable à lire. A titre d’exemple, Replika on the Web de Sirix conserve une grande partie du ton et de la fraîcheur du dessin animé et est une fanfiction de fort bonne facture.

Cela étant, nous constatons que cette conservation du ton d’origine est plutôt rare sur le forum. Un rapide tour sur l’index des meilleures fanfictions montre assez bien ce point : Ikorih, Tyker, Minho… le temps passant ce sont des auteurs plus vieux, avec d’autres perspectives, questions et intérêts pour la série qui ont écrit sur ce forum. Clairement il y a eu un choix de la part du fandom quant aux thèmes privilégiés et à la manière de les aborder.

De manière plus générale, la fanfiction est une réappropriation. L’auteur de fanfiction s’empare d’un univers donné pour y mettre quelque chose de plus : idée, personnages, ambiance. L’auteur extrait des choses qui lui plaisent, en écarte d’autre et construit à partir de cela. La conséquence c’est que l’auteur soumet cet univers fictionnel (le canon) a ses questions, interrogations et point de vue. A titre d’exemple, sur ce forum, Icer a beaucoup questionné la manière de relier l’ensemble des éléments du canon et des apocryphes au monde réel pour faire un tout scénaristiquement cohérent. Tyker a fait de l’exploration de la backstory (qui désigne dans le jargon les éléments de Code Lyokô antérieurs au début de la série comme le passé de Franz Hopper), Zéphyr a retravaillé Code Lyokô Evolution. Ellana dans la Demande s’est penché sur la relation d’Ulrich et de Yumi, Belgarel a exploré des tendances mégalos de Jérémie, Icejj a traité du traumatisme des missions ou décrit des attaques aux fins funestes…
A force d’écriture par les auteurs, et de commentaire des auteurs entre eux, des tendances émergent. Sur ce forum la tendance dominante est à un traitement plus sombre que dans le canon. Cela n’exclut pas d’autres manières de faire, loin de là. Chaque pierre apportée à l’édifice compte en vue du plaisir de lire du Code Lyokô.

Mais nous défendons le droit de chaque auteur de poser la marque qu’il souhaite sur cet univers : tous les textes et auteurs susmentionnés ont ajouté quelque chose, permis d’imaginer des possibilités, révélé des potentiels… Parfois même, certaines inventions du fandom deviennent tellement courantes qu’elles sont presque canoniques : pensez au fait de qualifier Aelita d’ange de Lyokô, ou Yumi de geisha… Parcourez les récits et vous remarquerez de temps à autre des éléments qui reviennent chez la plupart des auteurs mais qui à y réfléchir ne sont pas issus du canon.

Après, tout auteur ne trouve pas lecteurs, et parfois un auteur a pu mettre beaucoup d’efforts ou de lui dans un texte et voir ce dernier se faire détester par les lecteurs. Cela arrive. Ce qui nous semble compter, c’est de ne pas se laisser trop enfermer dans une idée figée de ce que devrait être les fanfictions Code Lyokô.

Pour finir en revenant au cas plus précis de ce calendrier de l’avent et compléter vos remarques :

— « le fait de faire mourir Jérémie sans que personne ne soit à son chevet pour son dernier souffle, même pas sa très chère Aelita ». Il est tout à fait compréhensible que cela vous ait mis mal à l’aise. Ce n’est pas un texte joyeux. Néanmoins votre référence à Aelita indique que vous avez a priori manqué un des éléments du texte : le fait qu’Aelita ici n’aime pas Jérémie et l’a trahi (elle est plus proche de la Aelita de Code Lyoko Evolution que de celle de Code Lyokô). Notez que le Jérémie de ce texte n’était pas non plus quelqu’un de bien. Diable, il est même sous-entendu qu’elle l’a violé et que c’est ainsi que Jérémie a attrapé la syphilis (maladie qui se transmet surtout par voie sexuelle) ! Donc non, dans ce texte les amis de Jérémie l’ont ou trahi ou sont indisponibles. Mais il faut insister ce n’est pas un texte joyeux du tout, et il demande en effet d’avoir le cœur un peu accroché. Cela étant, en parcourant le forum, vous verrez qu’Ikorih fit mourir Ulrich de nombreuses fois (sa détestation de ce personnage est devenue proverbiale chez les anciens de ce forum), que Violet Bottle a une fâcheuse tendance à taper sur Jérémie pour lui préférer un pendant maléfique, et que Draynes ou Minho ne furent pas non plus tendre avec leurs personnages. Ce ne sont là que des exemples, mais ils montrent qu’il ne s’agit pas de quelque chose de vraiment nouveau ici.

— « de faire devenir Ulrich un meurtrier en tuant son père... ». Là encore il est assez compréhensible que ce texte vous ait mis mal à l’aise. Après tout Ulrich tuant ces parents de dix-sept coups de couteaux chacun…. Pour tout vous dire ce texte fut très éprouvant à écrire et la fin de la rédaction, qui s’était étendue sur deux ou trois heures un après-midi m’avait laissé pantois et sous le choc… Disons que les contraintes étant « crime » et « parent des héros », j’ai été à quelque chose d’assez simple et direct, et de pas si improbable que cela. Un spectre de Xana traque Ulrich et lui fait quelque chose. Ou pas. Puis Ulrich tue ses parents. Est-ce lui ? Est-ce Xana ? Qui sait ? j’ai choisi de laisser une fin assez ambiguë.

Ulrich après tout a de fort mauvaises relations avec ses parents. Que cela conjugué au stress puissant et important que représente la lutte contre Xana finisse par le faire craquer, c’est une possibilité ; que Xana tente de l’atteindre et de le détruire par ce biais en est une autre. Tout aussi valable. Ce sont des choses qui arrivent. Rarement, mais cela arrive.

Enfin, pour finir sur une note plus joyeuse, j’espère que maintenant que la liste des contraintes est publique (en première page du calendrier et dans la réponse faire à Zéphyr), vous pourrez piocher des textes plus susceptibles de vous parler et d’être dans vos goûts. Si vous vous êtes arrêté à Une pincée d’âme, vous manquez en effet quelques textes plus susceptibles — peut-être — de vous plaire. A titre d’exemple, Cher journal de Violet Bottle ou For honor, you monster de Dede7.

Au plaisir de vous retrouver en ce royaume
  Sujet: [One-shot] Transmission  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mer 20 Jan 2021 14:48   Sujet: [One-shot] Transmission
Bonjour très chère Minho,

Ainsi vous nous emmenez à la rencontre des paradis artificiels ?

Une fois encore, vous proposez un texte assez original par rapport aux standards du forum. L’originalité ici est dans le thème de l’alcoolisme. A ma connaissance il n’avait jamais été abordé auparavant en ces lieux.

La remarque liminaire, déjà faite par les autres commentateurs, c’est le manque d’ancrage de ce texte dans l’univers de Code Lyokô. Certes, il y est question de Sam et a priori d’Odd, mais cela semble un poil léger. C’est d’autant plus dommage que le lien entre Lyokô et l’alcool peut se faire sans peine majeure. Après tout Lyokô était une guerre, avec son lot de morts, de victimes, de sacrifices et de pression. Introduire l’alcool par ce biais-là offre une possibilité. Un texte comme la Bulle d’Icej pose les fondations de quelque chose dans ce genre. De fait, il y a une mention de cela dans le texte (« C’était tout ce qu’il lui permettait d’oublier Xana pour quelque temps. »). Le fait d’avoir réduit ce biais d’introduction à une simple phrase est assez éloquent. Bien évidemment, à procéder de tel manière vous auriez perdu une universalité. Or il semble que ce soit quand même là un des objectifs du texte que d’être universalisable.

Le titre du texte reste, malgré plusieurs lectures de la part de votre serviteur, assez énigmatique. « Transmission ». Le terme rappelle la mécanique ou l’héritage. S’agit-il pour Odd de cesser de transmettre l’alcoolisme autour de lui ? De cesser de reproduire de mauvaises habitudes ? S’agit-il d’un héritage de la maladie qu’il doit maintenant assumer ou répudier ? Il est difficile de trancher en l’état du texte, dans la mesure où il y a dans le texte fort peu d’occurrence du champ lexical de la transmission.

Cela étant, c’est un point de détail par rapport au reste du texte. Ce qui est plus frappant en fait, c’est la retenue qui semble affecter l’ensemble. Retenu qui ne cadre pas vraiment avec ce qui est dit par le narrateur. Le texte semble très contraint et pudique, effleurant plus que fouillant la situation ? Or le narrateur au moment où il écrit cela a dépassé et mis loin derrière-lui le cap de la retenue, « J’ai un problème avec l’alcool ». Comment dire ? L’état de reconnaissance et de traitement du problème qui est celui du narrateur ne semble pas si bien s’accorder avec l’exposition dans le texte. C’est dommage. Cela semble être une conséquence corolaire à la volonté d’avoir un texte universalisable. Un exemple gagne en intension ce qu’il perd en extension.

Ainsi, et en vrac, il est laissé à entendre que le travail de barman d’Odd a conditionné, en mal, son rapport à l’alcool. Mais ce thème n’est pas fouillé ou montré. De même, il est mentionné que les cultures méridionales et septentrionales n’ont pas le même rapport à la consommation d’alcool, mais le thème n’est pas fouillé. Ce sont des pistes qu’il eût été intéressant de montrer ou de développer et qui sont juste là, en passant…
Pour autant, ce texte ne peut être qualifié d’incomplet ou de squelettique. Il sait ce qu’il veut et fait ce qu’il veut. Mais au moment d’accrocher des yeux le point final, il semble un peu léger et incomplet, comme s’il avait mérité plus ou mieux.

Il y a une piste possible d’interprétation du texte. Au moins autant que de voir le déroulé d’une relation à trois entre Sam, Odd et l’alcool, on peut voir dans la relation entre Odd et Sam un reflet de la relation entre Odd et l’alcool. Comme une sorte de mise en abyme. Dès lors, le comportement de Sam n’est rien d’autre en fait que le paradis artificiel, empoisonné et corrompu de l’alcool. Un paradis qui vous tient par les sentiments. Un paradis séducteur. Vous voulez le quitter ? Il vous cajole, vous menace, tempête, en appelle à toutes les conséquences néfastes possible ? Il vous rassure que cette fois-ci, cela va aller, ce n’est pas grave. Ce n’est qu’une petite fois de plus. Bien sûr, il ment, et Odd se mentait à lui-même en le croyant.

Par exemple la phrase suivante en début de texte, prononcée par Sam : « Dis-moi que je suis drôle et que tu m'aimes. » Cette phrase si on suppose que dans ce texte la relation avec Sam n’est rien d’autre que la relation avec l’alcool lui-même, cette phrase prend un sens supplémentaire. L’alcool qui égaie, l’alcool qui rend drôle (ou le fait croire), l’alcool qui procure l’hilarité… N’est-ce pas là le côté positif de l’alcool ? Celui pour lequel on l’aime (rare sont ceux qui aiment l’alcool lui-même, en tant que goût). Mais l’alcool joyeux laisse vite la place à l’alcool triste et au sommeil agité. L’alcool est une ingrate maîtresse. Infidèle, vaine. Elle promet beaucoup à court terme et vous assomme par-derrière.

« C’était libérateur ». Dans cette interprétation, Odd était sobre depuis dix mois, mais cela requiert force discipline et efforts mentaux. Les abandonner, c’est se défaire d’un poids, se défaire de contrainte… se libérer.

Et l’alcool bien sûr n’est jamais responsable. C’est toujours le buveur qui l’est (en soi, c’est logique, non ?).



Quelques remarques d’orthographe et autre en vrac :

« un trou qui m'a pris des années à ramper ». Cette phrase n’est pas claire du tout. S’agit-il de ramper hors du trou ? De creuser le trou plus profond à force d’y ramper ?

« Drapeau rouge » : à vue de nez il s’agit d’une traduction mot pour mot de l’anglais « red flag ». En fait, il existe une expression française moins imagée pour désigner cette idée. Il s’agit de « signal d’alerte ». Après, il est tout à fait possible que « Drapeau rouge » soit un belgicisme.

« le tournoi à la ronde se disputant des ivrognes, où aucune raison ne peut les atteindre; » Ce morceau de phrase non plus n’est pas clair du tout.

Au niveau du style, il n’y a pas tant à en dire. C’est bien écrit, sans grandes envolée, morceau de bravoure ou autres. Ce qui est cohérent avec le fait qu’il s’agisse d’un texte de confession à la première personne : Augustin d’Hippone et Rousseau sont des exceptions, non la norme en la matière. En fait, les phrases qui résonne un peu le sont plus du fait de leur acuité psychologique.

Pour conclure, il s’agit d’un récit original à l’échelle du forum et rondement exécuté. Mais, il pêche peut-être un peu trop d’avoir voulu être large et universel, ce qui a probablement empêché une plus grande expressivité et un approfondissement du sujet.
  Sujet: [One-shot] Un autre que moi  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 19 Jan 2021 16:16   Sujet: [One-shot] Un autre que moi
Bonjour très cher Minho,

Ainsi, nous vous avons laissé seul deux mois durant ? Il faut s’employer à corriger cela.

Une remarque liminaire sera qu’en fait les musées cordiaux existe déjà plus ou moins, ou en tout cas ont existé sous la forme de cabinet de curiosité. Là, le propriétaire des yeux entassait maints objets pour le plaisir des yeux de ses invités, objets révélateurs de son goût et de sa personne.

C’est un texte intéressant. Le thème est évidemment celui de la nostalgie et du temps qui a passé, mais la manière de l’aborder est plus original. La forme du musée que l’on remonte comme on remonte à travers les souvenirs. Le parallèle entre la progression physique et le pèlerinage mémoriel est assez bien vu et donne une jolie perspective. A mesure que le narrateur remonte dans le musée, il remonte aussi dans ces souvenirs. A noter, cette remontée n’est pas temporelle. Elle ne va pas des souvenirs les plus anciens d’Odd vers les plus récent (ou le sens inverse d’ailleurs). C’est une remontée thématique qui va de l’extérieur vers l’intérieur, du public vers l’intime. D’ailleurs, les derniers étages du musée sont interdits au public. Ils restent des lieux d’exposition, mais sont réservés à des happy fews que l’on sait être de plus en plus réduit. D’ailleurs, le dernier étage est réservé à Odd lui-même. Et remontant dans le musée, le narrateur croise de plus en plus de lui-même et de moins en moins d’Odd : tantôt ce sont des étages à lui, tantôt des étages conçus comme réceptacles de souvenirs ou d’activité à deux. En partant d’Odd, le lecteur en est venu au narrateur, avant de revenir à Odd. Une dernière fois. Une ultime fois. Ce grenier, ce sont les derniers secrets, les dernières facettes privées de l’intimité d’un homme (un petit Oncle Ernest en somme). Consumées avant même d’être connues. Odd restera un mystère : il a vécu, s’est consumé, laisse les cendres de ses souvenirs derrière lui.

Car le feu est l’autre thème majeur. C’est lui qui permet la rencontre entre le narrateur et Odd, lui qui représente et aliment leur relation, lui qui a failli y mettre fin, lui qui clôt le récit : un cierge ne brille jamais aussi fort qu’en ses derniers rayons. La vie d’Odd et de son compagnon était comme un feu, et le feu réduit en cendre, à la fin, même les souvenirs sont brulés, et ils sont brûlés précisément dans un ultime éclat, dans une ultime tentative de vivre encore, de savoir plus.

C’était en effet là le tout de la vie du narrateur. Il a organisé toute sa vie et son être à travers Odd qui était à la fois son ami, son amant, son mentor, sa famille… Le début du texte laissait à entendre une relation de type disciple et maître. Le narrateur aurait été le dernier disciple d’Odd, celui qui allait partager sa vieillesse, mettre en ordre ses papiers, assurer et faire vivre l’héritage. Mais en fait, il était bien plus le compagnon d’une vie entière et en même temps, le fanboy absolu, la glace qui dix ans après reste les yeux rivés sur la grande personne.

C’est peut-être là qu’une réserve se glisse dans le texte. Car à bien y réfléchir, la relation entre Odd et le narrateur semble toxique. Le narrateur est adopté à douze ou seize ans, il semble y avoir une possible incohérence du texte là-dessus. Ensuite, il passe sa vie entière avec, par et pour Odd. Il a beau dire que la plupart des étages du musée n’appartiennent plus à Odd, il est toujours question de ce dernier au fur et à mesure de la remontée. Il n’est d’ailleurs pas anodin que le dernier étage, le plus intime, l’étage de l’origine en somme soit un étage privé d’Odd. On ne peut que se demander si les échecs amicaux, et possiblement amoureux ne sont pas lié à cette fixation sur le grand homme. Ce dernier avait d’ailleurs sans doute dix ou vingt ans de plus que le narrateur, donc même en admettant une rencontre et adoption à seize ans (et pas une émancipation ?), la possibilité d’être face à un cas d’abus est assez présente. Après tout, Odd disparaît, ses souvenirs mettent le feu et emportent avec eux le narrateur, qui n’as pas d’amis qui viendraient le chercher et le sauver. In fine, le narrateur n’était-il pas un Odd de substitution ? Un autre que lui-même ?

Une possibilité d’interprétation supplémentaire du texte se dégage à partir de là. Le narrateur n’est en effet autre que quelqu’un qui a passé sa vie à se dévouer à un autre. Métaphore d’un auteur qui se concentrerait trop sur un personnage alors que ce qui peut en être dit est infini ? Que le personnage échappe toujours à son ou ses auteurs, a toujours une part cachée ou à inventer ? Les étages du musée ne sont-ils pas autant de textes déposés là, rangés. Textes composés au fil des affinités personnelles de l’auteurs. Ces textes donc parle du personnage, le révèle, mais sont autant de portrait brisé qui reflètent le personnage, de même que les salles les plus personnelles dans le musée du narrateur, tout en étant représentations muséales des goûts du narrateur sont le reflet et le portrait d’Odd : elles respirent Odd. Cet appréciation et recherche du personnage de fiction ne finit-elle pas par isoler et consumer l’auteur ?

Un jour le temps emportera tout. Il emportera le pont qui donne accès au musée. Le temps dévore tout en effet, y compris la passion. Un jour ces textes, cet amour du personnage ne seront-ils pas exsangues sans force ? le personnage ne se sera-t-il pas trop éloigné de l’auteur, devenant trop lointain et différent d’accès ? Faut-il alors prendre garde à ne pas se faire consumer trop tôt, avant que ne vienne le jour ?

Cette interprétation s’appuie essentiellement sur le paratexte d’introduction.

Cela étant, c’était un bon texte, très plaisant à lire. Le thème est bien traité, la fin est assez surprenante tout en étant logique. Au niveau du style, il faut noter quelques phrases et tournures assez recherchées, et de manière assez caractéristique pour du Minho, une insistance sur les visages et les corps, mais d’une manière plus poétique que d’habitude. C’est un autre point notable du texte. Si on le rapproche de vos autres textes sur le forum, outre une mélancolie plus marquée qu’à l’habitude, et sans amertume, on trouve aussi un style qui s’est fait plus poétique qu’auparavant. Là où il tendant à osciller entre le réaliste et le fantasmatique, voir le fantastique. Il sera du reste intéressant de voir si ce style nouveau perdurera et comment dans vos textes à venir.

Au plaisir de vous retrouver dans d’autres textes en ce Royaume.
  Sujet: [One-Shots] Le poids du passé  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 19 Jan 2021 14:28   Sujet: [One-Shots] Le poids du passé
Bonjour très cher Warrior93,

Ainsi voici votre deuxième texte en ce royaume ?

Les drabbles sont, vous l’avez certainement vu, un format très rare sur ce forum. L’avantage, c’est que cela donne assez peu de comparaisons possibles quant à ce que donne ce format dans l’univers de Code Lyokô.

Cela étant, vous proposez quatre drabbles d’un coup et dans un seul post, aussi l’ensemble donne l’impression de n’être qu’une seule et courte nouvelle. Et c’est plutôt ainsi que vos textes vont être considérés ici.

Un texte donc, en quatre parties. Chacune se centre sur un personnage. Deux de ces personnages sont facilement et immédiatement identifiables, Aelita en partie 2 et Franz Hopper en partie 4. Les deux autres parties sont plus difficilement attribuables : Sissi ou Yumi pour la première, William ou Odd pour la deuxième, même si la balance penche un peu plus en faveur de Yumi et William.

Plus que les souvenirs, à la lecture de ce texte, un autre thème se dégage, enfin plutôt deux : l’espoir et l’attente. Parfois il s’agit d’attente contente, comme dans le cas d’Aelita ou de Hopper, parfois d’espoir déçus ou en voie de l’être, comme dans le premier et le troisième texte. Ce qui fait d’ailleurs une jolie alternance. Le texte a pour cadre la vie quotidienne, avec ses déceptions et ses réussites, avec les petits plaisirs de la vie. A ce titre, on note l’importance de la cantine d’une part, et d’autre part que la nourriture qui y est servie est visiblement fort bonne.

Dans l’ensemble, la tonalité de ces textes est plutôt positive : même les amours déçus sont finalement assez bien vécus ou contrebalancés.

Pour autant, ce texte fait une impression assez étrange. Si vous permettez l’usage de pareille métaphore, on a l’impression que vous êtes constamment en première ou en seconde, mais sans jamais réussir à passer à la vitesse supérieure.

L’usage de tournure tel que « gente » qui devrait s’orthographier « gent », ou bien « celui dont mot cœur a chaviré » en lieu de « pour lequel » laisse à montrer que votre niveau de maîtrise de la langue n’est pas encore tout à fait au niveau de ce que vous souhaiteriez écrire et faire. Dans ce texte, l’intention est là de bout en bout, vous savez où vous voulez aller et ce que vous voulez faire. En permanence à la lecture du texte le ressenti est du type « c’est bien, mais… ». Pour reprendre la métaphore automobile, vous êtes en première ou en seconde en ayant l’ambition de conduire comme si vous étiez en troisième ou quatrième. Autrement dit, le potentiel est là, il perce hors du cocon, mais vous n’avez pas encore un niveau de maîtrise de la langue française suffisant pour donner votre plein potentiel et faire vraiment marcher vos textes.

La bonne nouvelle, c’est que cela se travaille. D’une part en faisant, tout simplement des exercices d’orthographe et de grammaire. D’autre part en lisant. Lisez, lisez toujours et lisez encore afin de faire rentrer des formes, des expressions, des manières d’écrire dans votre tête. De préférence, lisez des choses bien écrite, même si cela semble plus difficile.
Enfin, au moment de la rédaction, un correcteur orthographique est toujours utile, Grammalecte est conseillé si vous utilisez Libre Office ou pour corriger, au moment om vous postez, sous forme d’extension de navigateur.

Au plaisir de vous revoir au détour d’un texte sur le forum.
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2020  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 08 Déc 2020 19:07   Sujet: Un petit coin bien au chaud

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Le sommeil, disait-on, lave tous les maux. Il est une bénédiction qui apaise les cœurs et raffermit les âmes. Car c’est à la nuit que l’homme s’endort, et c’est au jour qu’il se lève, sous les rayons d’espoir du soleil. Puisse le malheureux bénéficier d’un sommeil sans rêve ! Puisse l’éplorée trouver dans les bras de Morphée la consolation ! Puisse l’éprouvé trouver le répit de l’âme et du corps, afin de reprendre chaque jour la lutte !

BANG !

Une silhouette fusa à travers le couloir et alla s’écraser contre le mur.

— Vite ! Il nous faut des renforts. On a un 33 !

L’un des hommes présents avait commencé à hurler tout en pressant le bouton d’alerte par trois fois. C’était un signal codé précis, qui amenait une sonnerie particulière. Une sorte de tocsin. C’était une indication connue par tout le monde dans l’institution. C’était l’indication pour les résidents qu’il fallait rentrer dans leur chambre ou rester dans les pièces communes. En tout cas, plus de circulation dans les couloirs.

Dans le même temps, une équipe du personnel se mit en marche vers le lieu du drame. Le sonneur d’alarme leur donna les indications voulues sur la situation par talkie-walkie.

Ils arrivèrent vite. De toute façon, dès que l’alarme avait retenti, ils s’étaient engagé dans la bonne direction. Ils avaient eu comme une intuition, mêlée de l’expérience des derniers jours. Il n’y avait pas tant de pensionnaires que cela dans l’institution. Sans aller jusqu’à dire que tout le monde connaissait tout le monde —pour certains c’eût été impossible — on ne pouvait pas dire qu’il y eût de réels inconnus. Tout le monde était reconnu ou par le visage ou par la réputation.

C’est pourquoi il fallut fort peu de temps à l’équipe d’intervention pour arriver dans le couloir de la chambre 203 et constater que son locataire avait non seulement expédié un membre du personnel au tapis, mais était en train de passer le sonneur d’alarme à tabac. Ni une, ni deux, l’équipe intervint. Ils avaient été formés à cela, et des années à travailler ensemble les avaient rodés. L’affaire fut violente et brève. Promptement menée en somme. La menace n’était que parfaitement neutralisée, et le danger restait. C’est pourquoi, il fut décidé qu’il valait mieux déplacer 203 vers une autre chambre. Assurément plus confortable.

— Bordel, c’est quoi ? La quatrième fois en dix jours ?
— Tu l’as dit. Note ça dans le rapport. On n’est pas censé accueillir des pensionnaires dangereux ici, répondit Jean Dardieu. Mais, j’en ai déjà discuté avec le chef. D’après lui… eh bien, les « sponsors » de 203 sont de gros donateurs… L’Institution ne peut se passer de leur soutien. Donc, on ne peut réexpédier 203 ailleurs. Même si nous ne sommes pas vraiment équipés pour ce genre de choses.
— Ouais, ‘fin… tenta Pierre Lancedole, à ce rythme on va tous finir à l’hôpital. Aujourd’hui, c’était Jacques et Paul, et ce ne sont pas des petites contusions. Je sais pas où 203 a chopé pareils réflexe de baston, mais un jour on n’arrivera pas à calmer l’affaire, pas sans casse.
— Je sais. Mais… Qu’est-ce tu veux, je n’ai pas de solution. On va pas l’enfermer et jeter la clé quand même ?
— Je serais presque tenté tu sais.
— Allez, arrête les conneries, et vient m’aider à ranger… Ah… Tiens, il va falloir racheter une chaise.


203 avait donc été… calmée… Par l’usage d’un cocktail de produit chimiques prescrit par son médecin traitant. Mais, comme on était jamais sûr de rien, une petite chemise de contention avait été rajouté. Ce n’était que la quatrième fois en dix jours après tout. Et puis… cela rendait le transport plus facile. Si l’on était deux il fallait juste faire attention aux tentatives de gigotages, si l’on était seul… eh bien de même qu’un sac de patates se traîne… Il fut donc fort aisé d’amener 203 jusqu’à son nouveau domicile. Temporaire évidemment, même si les gardes l’eussent voulu permanent. Mais ils pouvaient difficilement perdre la clé, n’est-ce pas ?

À peine avait-il franchi le seuil de cette nouvelle chambre que 203 se débattit de plus belle. Même les médicaments ne suffisaient face à la pure terreur qui s’était emparée d’elle. De sa gorge jaillissait un cri horrible, ininterrompu, comme si elle essayait d’expulser son âme hors de cette prison.

En vain, bien entendu.

La chemise de contention était trop bien ficelée, les gardes trop expérimentés et fort, la pièce trop bien conçue. Chacun de ces éléments était fait pour résister à des efforts et pression bien plus important que ce que 203 était capable de mobiliser. De ce point de vue, le régime léger et équilibré de l’Institution faisait bien son office. Jean savait que d’ici quelques semaines la scène d’aujourd’hui ne serait physiquement plus possible. Il suffisait juste de tenir jusque-là, ce qui devrait être de plus en plus facile, pensa-t-il. Néanmoins, il s’interrogeait un peu sur les méthodes du médecin. L’Institution n’était pas faite pour accueillir ce genre de patient… et pour avoir recours à ce genre de méthodes. Même s’il ne se sentait guère de choix, Jean était troublé. Il aurait préféré que d’autres se chargent du sale boulot. Il y avait mieux à faire que de la manutention. Le dossier de 203… on ne leur avait rien dit, sur ce dont il retournait, sur ce qu’il fallait faire ou éviter. Cela étant, vu la violence de 203… il n’y avait pas vraiment mieux que contention, drogue et isolement. C’était un cocktail toujours efficace. Parfois plus vite, parfois plus lentement, mais toujours, ceux qui en étaient l’objet finissaient par s’y faire. Un jour venait pour tous où le traitement n’était plus utile ; pour 203 aussi, un jour le traitement serait rentré. Question de temps.

Jean prit quand même note de demander au médecin d’accroître le dosage des médocs. Histoire d’éviter les scènes comme celle de l’entrée dans la cellule d’isolement. Il faudrait aussi penser à trouver un bâillon. C’était tellement mieux quand ils ne faisaient pas de bruits et ne bougeaient pas.


— Ah ! Jean !
— Docteur Perverge. Nous venons de mettre 203 en cellule.

Le médecin entra dans la pièce. 203 était sur le lit, les contentions de celui-ci ajoutées aux contentions de sa chemise. De sorte que le mouvement était bloqué. Sortir de sa position allongée sur le dos était impossible. 203 ne voyait rien d’autres que le plafond molletonné. Non qu’il fût très différent du reste de la pièce. Celle-ci était éminemment impersonnelle. Du molleton solide partout. Un lit et des liens en cuir solides. Un néon au plafond, protégé par deux couches de plexiglas. L’interrupteur pour la lumière était situé à l’extérieur de la pièce.

— Oui, on me l’a rapporté. Vous savez ce qui a provoqué cette nouvelle crise ?
— Jacques est encore dans les vapes, alors c’est difficile à dire. Mais… 203 a quand même rétamé deux collègues. Vous pourriez augmenter ses doses ?

Amaury Perverge s’approcha de 203. Il vérifia de ses mains que les liens étaient bien en place. C’était chez lui, comme chez le reste du personnel, un réflexe. Il resserra une attache qui lui paraissait un peu trop lâche.

— Hmm, je vois. Oui, je vais vous faire une ordonnance pour ça dans la journée. Hmm, laissez 203 en cellule pour une demi-journée seulement, mais au vu de l’heure, cela attendra. Je pense que le petit-déjeuner pourra avoir lieu normalement, mais faites quand même attention.
— Très bien, Docteur. Mais… 203 a fait une nouvelle crise, plus violente encore en entrant dans la cellule. Et ce n’est pas la première fois. Il n’y a rien dans son dossier pour l’expliquer.
— Eh bien, 203 est un cas très particulier. Mais, ne nous en faisons pas. Nous savons tous les deux que le traitement va finir par prendre.

Disant cela, le docteur avait avisé qu’une mèche de cheveu de 203 s’était aventurée dans ses yeux. De la main, il balaya le front de 203 pour chasser cette mèche importune, et dégager fronts et yeux. Il se pencha un peu en avant et jeta un coup d’œil au fond des yeux de la personne attachée. Ils étaient fort beaux, pensa-t-il en soupirant.

203 arqua le dos et tenta de défaire les liens. Une nouvelle crise s’était déclenchée lorsque ses yeux avaient croisé le regard du médecin.

— Bon, 203 est bien en main. Merci Jean. Je vous fais cette ordonnance dès que possible.

Ils sortirent tout deux de la pièce, refermant derrière eux.

— Au fait, vous savez ce qu’il y a pour le dîner, encore du calamar ? Demanda le garde, en appuyant sur l’interrupteur.

Le médecin et le garde s’éloignèrent en devisant gaiement.


Les cris de 203 ne pouvaient leur parvenir, étouffés par le bâillon et par l’insonorisation de la cellule. De toute façon, pourquoi y auraient-ils prêté attention ?



_________________




Bientôt la gorge de 203 avait cédé. Son souffle aussi. Même avec de bons poumons, il y avait des limites à ce qui était possible avec un bâillon. Sa gorge avait rendu les armes, et sa voix s’était vidé de notes et d’esprit.

La pièce était froide. Les murs étaient molletonnés… afin d’endurer tous les désespoirs : épaules, dents, ongles… ils restaient impavides devant tout. Les corps s’affaissaient devant eux, et les esprits s’y écrasaient et se brisaient devant leur frigide indifférence.

La pièce était plongée dans les ténèbres. C’était un abysse froid qui engloutissait tout velléité d’intention. Pas de limites. Rien de visible. Pas même une raie de lumière sous une porte. Y-avait-il seulement une porte ? N’était-ce pas le dernier cachot ? Le purgatoire sans échappatoire ? Tentative de cri. Pas de voix à entendre. Pas d’éclat sur lequel accrocher le regard. Dans la cabine, il y avait eu des lumières… faiblissantes, s’éteignant… des commandes… sans réactions… inutiles. Lumières de désespoirs…

Les ténèbres s’étaient refermés sur 203 et l’entraînaient loin. Loin dans les souvenirs. Sous ses yeux ouverts se dessinaient des structures fantomatiques. Tours renversées, tubes aux lueurs bleues, anneaux de transport. Et 203 sentait, sentait que du dessous du lit venaient des ténèbres pires. Les lueurs bleues cédaient la place à des teintes rougeâtres, et se dessinaient lentement des cercles concentriques. Vaste pupille qui envahissait tout. Qui était partout. Partout où pouvait porter le regard de 203. Le Grand œil n’abandonnait jamais. Il était toujours là pour veiller. Il attendait le bon moment. Pour l’instant il guettait sa proie attachée, immobile, incapable de parler ou de détourner le regard. Bientôt, il dévorerait. Cela serait facile lorsque la coquille serait brisée et la volonté, battue, éparpillé aux quatre vents.

La mèche. Cette foutue mèche. Le médecin l’avait remise en place. Elle était retombée sur son front. Front luisant de transpiration. Front qui se soulevait avec chaque respiration hachée. Cette mèche. Il la remettait toujours en place. Pour dégager son front. Ses yeux… les cercles concentriques de ses pupilles… Ses yeux intenses. Les regarder, c’était hurler. C’était avoir tout le corps qui se tend, qui se contracte et s’arque. Frapper ! Frapper ! Éloigner le mal ! Les fuir, c’était voir sa bouche aux lèvres plissées et entrouvertes.

Alors 203 fermait les yeux. Tentait de se souvenir. Mais fermer les yeux c’était ajouter de la noirceur aux ténèbres, et c’était se rappeler le froid. Le Froid des abysses. Là où nulle tour renversée ne plongeait. Là où nul tuyau n’allait puiser… Les bas-fonds de l’Océan, sans vie, si froid. C’était se rappeler la jauge qui baissait. L’énergie qui manquait. C’était se rappeler le verre craquelé et voir la pression du vide agrandir les brisures. C’était voir la Mer cherchait à envahir la cabine et l’éparpiller aux quatre coins du néant. Et la vie s’échappait par chaque fracture. Et la cabine plongeait toujours plus bas, dans un abyme sans fond où même le Kalamar qui avait donné le coup fatal n’avait pu aller. Il aurait pourtant pu lui apporter de la mort la délivrance.


Cette mèche. Tombée sur le front. Qui glissait. Portée par la transpiration. Tombait dans son œil. Il fallait la déloger. Elle piquait. Elle grattait. Souffler dessus. Souffler vers le haut. Si faible. Si vain. Inefficace. Comme 203.


Mais non. Le sauvetage était venu.


Sur 203 les ténèbres se refermaient. Cette chute dans la Mer… sans que rien fut possible pour la freiner. Cabine sans commandes, sans mouvements. Rien que des pensées et des mots sans actions, incapables de changer quoi que ce soit. Le sauvetage était venu. Mais bien des choses avaient été abandonnées là-bas dans les ténèbres. Et la peur avait été emportée par le sauvetage. Plus jamais. Plus jamais sans sortie


Cette mèche. Seul chose que son esprit fixait. Seule sensation sur son corps. Plus de jambes. Attachées. Mortes. Envolées. Coincées. Dans la cabine. Restées là-bas. Pouvait plus marcher. Pouvait plus sortir. Les murs s’écroulaient sur le lit. Plus de souffle. Court, sifflant… Pas de mains à porter à la gorge. La main du médecin. Dernière chaleur. Révulsion. Yeux qui sortent… Peut plus hurler. Peut… plus… hurler… Mutique.


Sur 203 les ténèbres se refermaient. Dans les ténèbres payées par les sauveteurs. 203 flottait. Seul le lit retenait son corps et liait son esprit. Il fallait fuir ! Fuir le grand œil ! Fuir les teintes rougeâtres ! Fuir les regards ! Fuir les pièces !

Mais fuir était impossible. La pièce était fermée. Le corps attaché. Les mains immobilisées. La bouche pleine. L’esprit dans les rets de la médecine.

Et la chemise pesait sur son torse.


Corps qui se brise de vouloir se déchaîner. Corps qui démange. La sueur a coulé entre ses jambes. Entre ses cuisses. S’est accumulée… Gratter ! Se gratter ! Il le faut ! Insupportable… Ne peut rien faire… Ne… ne… peut… rien.

Sueur ou oubli ? Son nez sentait… les odeurs de sa terreur répandue sur son corps… Son corps était enrobé, enfermé… comme dans la cabine… mais le liquide était dans la cabine ! Il avait pénétré… Aucun contrôle… En nage… les odeurs venait de là d’entre ses cuisses toujours plus fortes… Se noyer dans la peur…


Alors il fallait fermer les yeux…

Et retrouver l’abyme. Et retrouver la cabine. Là, immobilité complète. Sans mouvement, sans espoir.

Là ! Un son ! Un son qui brisait le silence ! Quelque chose ! Quelque chose… d’extérieur ! Hors de son esprit !

Sa respiration hachée qui passe dans les trous du bâillon-boule. Sa respiration qui se hache, qui siffle, qui s’emballe…

Qui n’est plus entendue.

Le silence. Comme là-bas… La Mer… C’était la Mer… De retour là-bas… 203 était toujours dans cette cabine, jambe immobilisées. Tenues. Plaquées.

Plus rien.

Là où s’étendent les ténèbres.

Là où tout se délie.

Là où son esprit était prisonnier des ténèbres.

Je n’ai plus de bouche et il faut que je crie.
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2020  
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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 08 Déc 2020 19:07   Sujet: Pour la gloire !
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La fête battait son plein. Patrick était arrivé assez tardivement. Il faut dire qu’Odd et Ulrich l’avaient invité sur le fil de la lame. Toujours est-il qu’il y avait de l’ambiance. Et un certain cachet : une fête dans une vieille maison, visiblement abandonnée, ou à tout le moins pas entretenue depuis des années, et située en plein cœur de la forêt. Bref, l’endroit idéal pour attirer des ados, et faire bien des choses à l’abri des regards. L’alcool coulait à flot : de la kro’, de la 16’, par pack de vingt-quatre, et puis ces grands classiques qu’étaient la vodka-orange et le whisky-pomme. Il était déjà minuit, et tout le monde était passablement alcoolisé.

— Allez ! Ça va être cool ! Et t’en fais pas pour le retour, il y aura de quoi coucher sur place ! Lui avait dit Odd.

En effet, il y avait.

Des couches avaient été disposées à l’étage… et servaient présentement à coucher, avec plutôt moins que plus d’intimité. Patrick n’était pas resté longtemps à Kadic, mais il avait toujours été bon physionomiste et très fort pour se rappeler des gens. Il en reconnaissait beaucoup, s’adonnant à toutes sortes d’activité par-ci, par-là.

— Quelle gueule de chien battu ! Tiens ! Bois, ça ira mieux.

Quelqu’un qui n’était visiblement pas de Kadic venait de lui fourrer de force un verre entre les mains. À l’odeur, la pomme devait y être plus nominale qu’autre chose. Mais, cela ne ressemblait pas à du whisky pour autant… Allons bon, ils avaient déjà siphonné tout le normal et devaient se rabattre sur le bizarre ? Mouais, il valait mieux aller voir en cuisine. Il y trouverait peut-être des toasts en prime.

Patrick fendit la foule avec difficulté. Trop de monde. Trop d’alcool. Cela créait des paquets de gens se soutenant mutuellement, paquets à l’allure chaloupée et au rythme irrégulier. Patrick se fit accoster pas moins de quatre fois avec des propositions de boire quelque chose. Et une fois, d’aller à l’étage.

Enfin, il arriva dans la cuisine. Odd et Ulrich s’y trouvaient… occupés à tartiner des toasts. Ou à s’enfiler un truc bizarre… allez savoir. Ce qui semblait sûr, c’est qu’il y avait de la pomme dedans. Mais ce que venait faire la polonaise et la nantaise dans cette histoire…

Bref, Patrick se retrouva chargé de cuisiner, et surtout de protéger les toasts ainsi préparés contre la rapacité des fêtards qui voulaient se les approprier. Il ne savait pas très bien comment on en était arrivé là.

Mais était-ce important ? Il était juste préoccupé par le fait que la fête semblait avoir complètement dérapé. Il avait eu du mal à convaincre ses camarades de cuisine que l’ajout de petites herbes de l’espace sur les toasts n’était pas une bonne idée.

Peine perdue. Ceux qui avaient eu cette idée avaient décidé que puisqu’en cuisine on ne faisait pas les choses bien, alors il fallait faire une contre-cuisine.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Un atelier préparation de gâteaux de l’espace avait été improvisé devant la porte des toilettes de l’Hermitage. Assurément le meilleur endroit pour ça.

Faute d’alimentation électrique, la musique s’était tue : les batteries s’étaient vite épuisées à cracher à plein volume. Mais, quelqu’un avait avisé la présence du piano et commencé à jouer d’un répertoire assez… éclectique. À la marche funèbre de Chopin succédait L’apprenti sorcier. Ça manquait clairement de Requiem for a dream.

Patrick continua malgré tout à parler de jeu vidéo et à commenter les résultats du foot avec Ulrich et William. Cela l’occupait pendant qu’il tartinait ses biscuits. Il sirota tranquillement une kro’ qu’il avait réussi à choper quelque part. À un moment, ses deux amis s’éclipsèrent. Ils avaient commencé à parler d’un match contre une équipe au nom zarbi… Franchement, qui appellerait son équipe Xanax ?

— T’en… hic… fais pas, c’est complètement du made in Franz !

Sur ce, Odd explosa de rire. Très content de la blague qu’il venait de faire. Plaisanterie qui resta nébuleuse.

— Tu devrais, tu sais, quoi, tu devrais boire un coup d’eau pour faire passer la pilule. Le gin ça assomme, continuait Ulrich d’une voix pâteuse.
— Mais de quoi tu me causes ? Vous délirez ou quoi ?

Odd, lui, continua sur son histoire de foot  :

— Mais là, tu vois, Tarentula ! Entre moi et le but. Il fallait que je fasse passer l’objectif… hic. Alors, bon, on a joué un peu avec elle… j’ai fait une jolie glissade pour lui passer entre les jambes… T’aurais vu ça ! Odd le Magnifique en personne ! La Merveille Violette ! Avec ça, on a pu mettre Aelita dans le but, mais genre, la tête la première…
— Bon, les gars… je crois qu’il va falloir arrêter de boire, hein ?

Profitant du trou dans la conversation qu’avait créé l’anecdote d’Odd, Patrick décida qu’il était temps de se rendre aux toilettes. Évidemment, la pièce servant d’ordinaire à ça n’était pas disponible… il y avait embouteillage et bouchon. Aussi, il faudrait se rendre dehors. Ce qui permettrait au moins de se rafraîchir les idées.

Patrick se mit donc en quête d’un coin tranquille pour fertiliser les arbres. Il fit attention à ne pas trop s’éloigner pour autant. Il n’avait pas de téléphone, et l’obscurité du sous-bois avait vite fait de dévorer les lumières de la ville.

Toujours est-il qu’il eût du mal à trouver… Il croyait que le baisodrome, c’était à l’étage de l’Hermitage ! Pas sous les feuillages !

Il était passablement agacé, et n’avait pas vraiment envie de vider sa vessie en public. Mais enfin, il finit par trouver un coin à peu près tranquille à défaut d’être silencieux.

Lorsqu’il eut fini son affaire, il repartit en évitant le plus possible de déranger les autres occupants de la forêt. Sur le chemin du retour, il croisa plusieurs fumeurs rassemblés dans un coin, et qui s’échangeait de gros sous…

« Pas des cigarettes qu’ils se font là » Pensa Patrick.

Il trouvait déjà que cette soirée avait largement vrillé. Y mettre du shit par-dessus…

Il rentra dans la maison et à nouveau se battit à contre-courant pour revenir dans la cuisine. Rentrant dans la pièce, il éternua. Il avait les narines chatouilleuses, et il flottait dans l’air une odeur qu’il ne reconnut pas au premier abord. De la cannelle. Quelqu’un avait versé de la cannelle sur les toasts.

« Quel abruti a pu faire ça ? »

Ulrich et Odd étaient complètement faits. Ils passaient leur temps à rigoler dans le vide pour un rien.

Patrick trouvait ça bizarre. Alors, il souleva un des toasts.

— Touche pas au grisbi !
— Qu’est-ce que tu fais là gueux dans tes habits de bouffon !

Odd et Ulrich s’étaient levés en même temps et dans un même hurlement, bousculant Patrick et se saisissant du gâteau qu’il inspectait.

— Manant ! Tu oses t’asseoir à la table de tes seigneurs !
— Sale chien ! Nous allons t’apprendre ! À la garde ! À la garde !

Attirés par le bruit, plusieurs personnes rentrèrent dans la pièce, et aux ordres d’Ulrich et Odd se saisirent de Patrick.

— Allez, mettez-le dans un cul-bas-de fosse !

Ni une ni deux, Patrick empoigné par ses geôliers fut expulsé hors de la cuisine, et bientôt hors de la maison.

— Mais ? Que se passe-t-il ici ?
— Ce n’est rien, Ma Dame Enchanteresse, les seigneurs de céans nous ont demandés de jeter ce gueux dans les oubliettes.
— Mais, ce n’est pas un gueux, voyons. C’est le cousin de l’Archimage de Toursousleau. Voyons. Relâchez-le ?
— C’est que, Ma Dame…
— Suffit ! Vous tenez à danser avec mes éclairs, peut-être ?

Les deux gardes durent se dire que cela n’en valait pas le coup, car ils abandonnèrent Patrick à Aelita.

— Merci Aelita, mais, il se passe quoi là au juste ?
— Que vous soyez cousin de mon promis ne suffit pas à nous mettre en de telles familiarités seigneur Belpois. Je reste l’Enchanteresse de la cour, Gardienne des Chemins et Dame des Clés ! Vous ferez montre du respect qui m’est dû ou il vous en coûtera !
— Mais ? Qu’est-ce que... ?

Aelita s’était détourné de lui. Elle se rendit dans le salon et monta sur la table et commença à discourir :

— Braves chevaliers ! Gente Dame ! L’heure est grave ! Le mal assombri nos terres à nouveau ! Des dragons bleus, blancs et rouges ont été repérés près d’ici ! Il se dirige vers nous en ce moment même ! Notre quête, que vous acceptez tous, j’en suis sûr, avec le cœur le plus hardi , est de les empêcher d’atteindre ce château et de s’en prendre aux seigneurs régents, messires Rigide et Magistrats ! Aux armes ! Aux armes  ! Affûtez vos lames ! Et préparez vos sorts ! Allons ! Et que le ciel qui voit tout à travers son grand œil nous vienne en aide et fasse tomber les feux du ciel sur ses mécréants !
— Hourra ! Montjoie ! Saint-Denis !

Autour d’Aelita, la foule était en délire !

Ils se saisirent de tout ce qui leur passait sous la main : chaises, peignes, battes de base-ball, coussin de canapés, couteaux à sashimi… Certains commencèrent à fabriquer des torches. Et la foule sortit de la maison telle la vague déferlant le long de la grève. Tous hurlaient en chœur encouragements et insultes haineuses.

Inquiet, Patrick les suivit, mais avec un peu de retard. Lorsqu’il sortit, la troupe désordonnée était guidée par Ulrich et Odd, visiblement bombardés capitaines en même temps que seigneurs locaux… Des gens avaient été assommés, et quelqu’un s’était amusé à dessiner sur leur visage au feutre indélébile divers motifs. L’un était récurrent, présent sur chaque malheureux : une espèce de point entouré de deux cercles concentriques, dont l’épaisseur du trait était égale au rayon du point intérieur, avec quatre traits rattachés au cercle extérieur, répartis asymétriquement : deux de grande taille en haut et en bas, et deux de taille plus petite sur les côtés du trait du bas, à des angles d’environ 30°. Une sorte d’œil bizarre quoi.

Patrick vit du coin de l’œil le dealer et ses clients fumeurs de shit se rapprocher, intrigués par tout ce barouf. D’autres gens sortaient de la forêt, dérangés dans leurs activités diverses.


— Ténèbres plus noirs que le noir et plus sombres qu’une ombre ! Libérez votre puissance ! L’heure du déchaînement a sonnée ! Guidée par une justice aux infaillibles principes ! Qu’une intangible distorsion vous révèle ! Dansez ! Dansez ! Dansez et révélez ma puissance : Que se déverse une force destructrice ! Une force sans égal ! Réduis tout en cendre et ramène tout aux abysses ! Voici la plus puissante attaque connue de l’homme ! Celle qui brise les limites et offense Dieux et Déesses ! Voici le fléau de la rédemption et le rachat des opprimés ! Que dévaste la tempête ! Règne : Explosion d’éclairs !

Qu’est-ce que ? Aelita faisait des incantations à la noix maintenant ?

BANG !

À la noix, peut-être, mais il n’empêche que Patrick avait senti le souffle chaud d’une explosion sur son visage.

Au loin, il entendait des sirènes. Il se précipita dans cette direction. Hors de question qu’il reste plus longtemps avec ces fous !

Il courut comme un dératé, et enfin aperçut les gyrophares des voitures de police. Tiens, les ambulances et les pompiers sont déjà là aussi

— Saisissez le traître ! Il connaîtra les tourments éternels !
— Pour le seigneur Magistrat !

La foule avait réagi avec enthousiasme à l’appel d’un de ses chefs qui désignait Patrick. Ce dernier n’en menait pas large. Devant lui, la police qui avait visiblement décidé qu’elle avait à faire à une émeute de jeunes, et voyait en lui la principale tête brûlée à mâter. Derrière lui la foule assoiffée de sang, présentement du sien. Au fond, Aelita qui continuait à hurler des incantations et à déchaîner les puissances infernales et telluriques. Patrick ne savait plus très bien ce qui se passait. Il y avait des flammes, de la fumée… de la terre qui volait autour de lui.

Le chaos.

— Sus ! Sus aux monstres ! Égorgez-les !
— Attentions ! Des trolls ! Des trolls arrivent !

En effet, attirés par le bruit, des journalistes télé étaient là avec tout leur matériel. Le siège social d’une grande chaîne se trouvait tout près. Dire qu’elle se vantait d’être toujours la première là où il se passait quelque chose… Pour une fois, les autres ne pourraient pas râler sur leur vitesse de réaction exagérée.

Patrick en tout cas paniquait sévère et ne voulait plus qu’une chose : fuir le plus loin possible de ces fous. Ce qu’il était tout occupé à faire lorsqu’il fut heurté par quelqu’un. Il tomba par terre sur les fesses. Un bout de bois jaillit devant lui. Il eut le réflexe de mettre son droit devant et hurla de douleur lorsque bois et os s’affrontèrent en un bref et violent mach nul. Patrick roula sur le côté et envoya de toutes ses forces l’une de ses jambes dans les genoux de son adversaire. Un coup qu’il avait appris en pratiquant le sambo, même s’il n’était pas un élève très assidu. En tout cas, son ennemi avait été pris de court et chancelait. Patrick en profita pour se relever et se jeter sur la silhouette en noir. Un furieux corps-à-corps s’engagea. Patrick avait l’avantage de la masse et de la force brute, son adversaire avait visiblement de l’expérience et de la technique.

Pendant ce temps, la mêlée générale s’était déplacé loin d’eux. En effet, la police avait reflué : une petite dizaine de policiers ne faisait pas le poids face à trente ou quarante adolescents fermement décidés à castagner. Patrick et son adversaire se retrouvèrent dans l’obscurité.

À la fin des fins, Patrick finit par faire un croc en jambe qui étala son adversaire. Sans demander son reste, il s’enfuit aussi sec, cherchant à profiter des ténèbres pour se cacher. Une fois qu’il se pensa en sécurité, il s’arrêta pour reprendre son souffle et tenter de faire le point sur la situation. La foule se dirigeait visiblement vers Kadic.

Jérémie !

Patrick sortit son téléphone. Heureusement, et par miracle, il ne l’avait ni perdu ni cassé durant les échauffourées. Il composa le numéro de Jérémie.

— Patrick ? Qu’est-ce que tu me veux ?

Toujours aussi agréable, le cousin.

— Écoute, il se passe des trucs super-bizarre là. T’es en danger !
— Qu’est-que tu racontes ?
— Tu vois, j’étais à une petite fête dans une vieille maison, l’Hermitage, tout près de Kadic, quand Ulrich, Odd et les autres se sont mis à déconner sec. Je crois qu’ils ont abusé de gâteaux de l’espace. Ils sont persuadés d’être des chevaliers, des magiciens ou des trucs du genre… Et là ils ont commencé à dire qu’il fallait aller tabasser des gens. Ils vont vers Kadic. T’es en danger, je te dis.
— C’est bon, je te crois, je ne suis pas au collège de toute façon... Mouais, cela ressemble à du Xana, mais je n’ai rien sur mer écrans. Je vais lancer un superscan.

Jérémie avait commencé à marmonner pour lui-même plus qu’à l’attention de son cousin.

— Écoute, Patrick. Je ne suis pas en danger pour le moment, mais j’aurais besoin que tu m’amènes Ulrich, Odd et Aelita. Tu vois la vieille usine sur le fleuve ? Je suis là-bas. On y sera en sécurité, et j’ai les moyens de les faire décuver. D’accord ?
— T’es dingue ? Qu’est-ce que tu fais là-bas ? Et puis, ils veulent me faire la peau. Il paraît que je suis un mécréant et qu’il faut aller tuer les dragons qui ont envahi le pays.
— Je ne sais pas moi, invente une histoire, dis-leur qu’ils doivent aller à l’usine. Mais s’il te plaît, ramène-moi au moins Aelita.
— T’en as de belles, toi ! Enfin, je vais voir ce que je peux faire.

Patrick ne voyait pas bien ce que pourrait faire son cousin. En tout cas, cette histoire devenait encore plus bizarre. Ce qu’il n’aurait pas cru possible. Mais bon, ce n’est pas comme s’il avait une meilleure idée... Donc le but, c’était de retrouver Aelita.

Simple, se dit-il, il me suffit de suivre les bruits d’explosions..

Il se mit donc en quête de la princesse à libérer.

La traque ne fut pas longue, car la foule avait fini par se heurter à un vrai barrage policier. Mais visiblement, la haine de ceux qu’ils appelaient « des gobelins » poussaient les fêtards à se dépasser, et ce n’était pas quelques coups de matraques qui arrêteraient ces braves dans la défense de leur pays, de leurs terres, et de leurs seigneurs !

Par chance pour Patrick, Aelita restait en arrière à débiter incantation sur incantation.

Il décida de s’approcher, mais plutôt que de risquer de mourir brûler pour avoir tenté de la prendre par-derrière, il signala sa présence et se lança dans le numéro de bluff de sa vie : les dés étaient jetés !

— Oyez Gente Dame ! Ô puissante enchanteresse, daignerez-vous m’accorder audience, à moi, le Seigneur Belpois, qui vient de bien loin et brava moult dangers pour partager grandes nouvelles avec vous !
— Eh bien ! Parlez, mon cousin, quelles sont donc ces grandes nouvelles !
— Noble Dame, il s’agit d’une quête confiée par votre promis, le Grand Archimage !
— Je vous écoute, noble jouvenceau !
— Le seigneur des éléments, oncques ne vis meilleur magicien, m’a informé qu’un grave danger nous menaçait tous. Les dragons ne sont que piétailles comparées aux Ténèbres qui se lèvent. En effet, une grande lueur s’est levé à l’Est, et pour la combattre, mon cousin, votre promis, fait appel aux plus grands héros du Royaume. Un Roi Démon a fait son apparition et répand mort et désolation autour de lui. Pour le vaincre, votre promis a besoin de votre assistance. Votre présence m’a-t-il dit, est cruciale. Car un certain rituel doit être pratiqué en un lieu précis pour vaincre le Démon. Il demande en outre à ce que les Seigneurs Magistrat et Rigide soient vos sigisbées et vous escortent. En effet, il me sait indigne de figurer en si noble et insigne compagnie, moi dont les prouesses ne sont qu’insignifiances. C’est qu’oncques ne vit chevaliers plus adroits et hardis qu’eux, dont les moult exploits inspirent déjà les plus grandes chansons.

À peine Patrick eût-il fini qu’il se dit que là, vraiment, il en avait fait trop. Cela ne marcherait jamais. Bien sûr, sur un malentendu, tout passe, enfin quand même, ce n’était pas une couleuvre qu’il voulait faire avaler, mais un python.

— Fort bien, mon cousin. Ouvrez-nous donc la voie. Nous aurons besoin de vous pour nous guider, en ces contrées hostiles, jusqu’au lieu du rituel.

Que ? Quoi, genre, comme ça ? Mais elle est devenue complètement idiote ? C’est quoi c’te réussite de ouf!

Patrick était soulagé. Il s’attendait vraiment à ce qu’elle refusât tout net de le croire avant de l’éparpiller aux quatre coins de Paris façon puzzle.

— Eh bien ? Ouvrez la voie, mon cousin !
— Fort bien, Gardienne des clés !

C’est ainsi que Patrick Belpois, suivi d’Aelita Stones, se mit en quête d’Odd Della Robbia et d’Ulrich Stern. Car tel était le pré-requis nécessaire pour que la jeune fille acceptât de se rendre à l’usine.

Ils les trouvèrent bien vite, et fort heureusement, ce fut Aelita qui parla et convainquit ses deux gardes du corps. Ce qui alla très bien à Patrick, loin d’être convaincu qu’il pourrait réussir une deuxième fois son mensonge.

Tout ensemble, ils se mirent en chemin. L’usine était leur destination. Ils devaient éviter les forces de l’ennemi. Ne pas emprunter les larges plaines et routes découvertes, mais passer par-derrière, chercher les chemins et portes cachés dans l’ombre, afin d’attendre au plus vite le repaire du Roi et Empereur des Démons. Tous craignaient pour Jérémie et son rituel. Mais enfin, ils parvinrent à destination, alors que le téléphone de Patrick sonnait. Jérémie, pile à temps.

— Patrick, où en es-tu ? Tu les as trouvés ?
— Noble cousin, seigneur Archimage, ainsi que vous me l’avez mandé, j’ai trouvé la Gardienne des Clés, votre promise, et c’est escorté de ses preux chevaliers que nous nous rendons sur le lieu du rituel afin d’affronter le Roi Démon et accomplir votre rituel, répondit Patrick en jetant des coups d’œil vers son escorte.
— Patrick ? Qu’est-ce que tu racontes ? Tu as perdu la tête, toi aussi ?
— Que nenni, cousin, tout se fait suivant votre volonté. Bientôt nous serons auprès de vous pour vous aider à défaire le mal.

Sur ce, Patrick raccrocha. Il ne voulait pas que les autres se doutassent de quelque chose. Néanmoins, il profita d’un moment de distraction de leur part — l’apparition d’un troll rouge — pour écrire un bref sms à Jérémie et lui demander la suite des instructions. La réponse vint vite. Il fallait emprunter un monte-charge situé dans la grande salle de l’usine, descendre au deuxième niveau et faire entrer Aelita, Odd et Ulrich dans de grands tubes métalliques. Après, tout irait bien.

Alors qu’ils se rapprochaient de l’usine, le maillage policier devenait plus étroit, et la masse des fêtards avait fini par être dispersée en plusieurs petits groupes de quelques individus. Malgré tout, Patrick et ses comparses passèrent sans trop de casse. Juste un combat avec un trio de collégiens de Kadic, que vinrent interrompre les pompiers.

Ayant gagné la confiance des trois autres, Patrick n’eût pas de mal à les faire descendre dans le monte-charge et les mettre dans les tubes métalliques : c’était essentiel pour la tenue du rituel, leur dit-il en essayant d’avoir l’air de savoir pourquoi. Heureusement, Jérémie confirma ses dires par haut-parleur interposé. Après quoi, il renvoya Patrick, sans plus d’explication, dans la grande salle de l’usine. Il fallait empêcher des rôdeurs de s’approcher du monte-charge.

Dépassé par les événements, Patrick accepta.

Une échauffourée s’engagea. Patrick faisait face à deux solides gaillards, quand soudain, il ressentit un grand choc sur le crâne.

Tout devint noir.


_________________



La fête battait son plein. Patrick était arrivé assez tardivement. Il faut dire qu’Odd et Ulrich l’avaient invité sur le fil de la lame.

Patrick se sentait bizarre. Il avait un léger mal de crâne. Comme s’il avait la gueule de bois avant même d’avoir bu. C’était étrange, mais il se dit que savourer la fête atténuerait ce sentiment. Il se rendit en cuisine, à la recherche de quelque chose à manger.
 

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