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[Fanfic] Le risque d'être soi

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 Auteur Message
Dakota Browning MessagePosté le: Mar 17 Juil 2018 22:34   Sujet du message: [Fanfic] Le risque d'être soi Répondre en citant  
[Kankrelat]


Inscrit le: 17 Juil 2018
Messages: 9
Bonjour tout le monde, lectrice assidue sur ce forum mais jamais inscrite jusque maintenant je voulais vous proposer cette petite fanfiction écrite début d'année ! L'histoire part d'un constat simple : on en sait très peu sur la famille Schaeffer. J'ai voulu combler ce trou, en remontant en arrière. Attention, dans cette version, comme vous le comprendrez assez vite, Aelita ne rencontrera jamais la petite bande de l'animé. Son enfance est fauchée par un autre événement que la virtualisation forcée mais je vous laisse découvrir ça par vous-même, en espérant que certains lecteurs subsistent dans le coin. Je m'excuse d'avance pour le côté volontairement... narquois de la narratrice, ainsi que son "piètre" lexique, c'est voulu.
Bonne soirée et à bientôt pour le chapitre 1 si le staff me laisse continuer, il sera évidemment 3x plus long que ce court texte qui n'est, comme un traditionnel prologue, qu'une amorce à la suite des événements.


Prologue : Le fruit du désordre



Je m’appelle Dakota Browning. S’il vous plaît, ne m’appelez pas Dada. Sinon je saute. Ne croyez pas que je bluffe. C’est une chute de mille mètres et, bien que je sois grosse, je ne le suis pas assez pour rebondir. Je plongerai tête baissée vers les antiques affleurements granitiques de Whistlesbay, puis mon corps disloqué sera emporté par la mer. Je ne sais d’ailleurs pas pourquoi je fais du sport, vu que la prochaine personne qui me verra à poil c'est un médecin légiste. Bien sûr, si la marée ne va pas dans le bon sens, je resterai échouée sur les rochers en compagnie des mouettes qui me dévoreront les yeux. Je sais très bien qu’elles mangent n’importe quoi. Ce ne serait pas très malin de me suicider, mais tuer Aelita Schaeffer n’a pas non plus été très malin. Voilà quinze jours qu’on a découvert son corps, et dans l’ensemble je suis bien contente qu’elle ne soit plus là. Pourtant, même si c’est moi qui l’ai tuée, je n’arrive pas à croire qu’elle soit morte. Non. Exactement. J’ai tué Aelita sur ces mêmes falaises et je n’en reviens toujours pas que personne n’ait rien deviné. Quand on a repêché son cadavre, on a aussitôt conclu qu’elle était tombée par accident. Ah ah. (Sauf que je ne ris pas.) Pourquoi devrais-je m'excuser pour le monstre que je suis devenu ? Aucun de mes bourreaux ne s'est excusé quand ils m'ont transformé en monstre justement. Et puis, ceux qui se "préoccupent" de nous, c'est des couilles. Aussi simple que ça. Les amis, c’est comme les flocons de neige, quand on pisse dessus ils disparaissent.

Autre question. Lancinante. Pourquoi personne n’a-il deviné la vérité ? Les Allemands avaient raison, les habitants de cette île sont une bande de demeurés. En débarquant ici durant l’été 1940, ils ont dû croire qu’ils avaient déjà gagné la guerre. Ils ont baptisé Whistlesbay UN PETIT PARADIS. Excusez-moi, mais depuis quand une poignée de palmiers chétifs suffisent-ils à créer un paradis ? Et lorsqu’on découvrira mon crime, on ne fera plus semblant de prendre cette île pour le jardin d’Éden. Si vous voulez m’attraper, venez donc me chercher. Soyez sûrs de me trouver en pleine course sur Clarence Batterie, les mains tendues vers St Peter Port, toute prête à faire le grand saut. Si ces mots constituent mes dernières volontés et mon testament, par la présente je lègue à ma mère mes chèques-livres inutilisés obtenus à la distribution des prix de l’an dernier. Je crois qu’un regard clair nettoie la conscience comme un rayon de lumière purifie une eau infectée. Du coup, même si je suis coupable, j'espère que lumière sera faite à un moment ou un autre sur certains événements. Il est démontré scientifiquement que certains profils de personnalités, certains types d’individus, malgré l’emprisonnement ou l’internement sur une longue durée, conservent une dangerosité telle qu’il demeure trop risqué de leur permettre de revenir dans la société... le père Schaeffer est de ceux-là, lui aussi doit crever. C'est essentiel au Grand Dessein. Celui de Xana.

Mais n'en disons pas trop tout de suite, ça serait gâcher le plaisir. J’aimerais avant tout dissiper un éventuel malentendu : si ma disparition de ce misérable rocher coïncide avec Noël, elle n’a strictement rien à voir avec la nouvelle recette de dinde à la mexicaine qu’adore ma mère. Elle sera bien sûr bouleversée. Je devais être la première dans la famille à entrer à l’université. Mais j’aurai au moins atteint la une des journaux (enfin, presque…). Quatre jours d’affilée, la mort de la nunuche a fait les choux gras du Guernsey Evening Press et ils ont même utilisé l’une des photos que j’ai prises d’elle – à Candie Gardens, où on la voit adossée à un arbre, ses cheveux monstrueux étalés sur l’épaule. Ai-je dit qu’elle était belle ? Elle a eu droit à toute une page à cause de sa beauté. Quand on voyait son visage parfait, on avait du mal à croire qu’elle pouvait être une telle peste. Pourtant, c’était bel et bien une sacrée peste. Ma soi-disant meilleure amie était une menteuse et une traîtresse qui a mérité tout ce qu’il lui est arrivé. Je ne vais pas entrer dans les détails pour expliquer comment je le sais, mais c’est moi qui ai remporté le tournoi junior de Mastermind inter-îles, alors vous pouvez me faire confiance : je me trompe rarement.
Aelita Louise Schaeffer devait mourir. Comme tout le monde, mais elle en priorité. D’où la réplique cinglante à laquelle elle avait bien évidemment bronché : « A moins que tu ne sois une pizza, la réponse est : oui, je peux vivre sans toi. » Je comprends maintenant que nous n’aurions jamais dû devenir amies, même si certaines choses relèvent du destin, comme Shakespeare et ses tragédies. Quand elle m’a surprise ce soir-là, sur ces mêmes falaises, j’ai su qu’elle avait des intentions mortellement létales. N’allez surtout pas vous imaginer que je sois une fille violente. C’est pas parce que j’aime regarder des scènes d’une cruauté insensée à la télévision que je meurs d’envie de me balader en tranchant des gorges à tout va (je ne sais même pas comment on fait). Terrifiée, j’ai paniqué – qui me le reprocherait ? Il faisait nuit noire, il pleuvait tant que j’arrivais à peine à ouvrir les yeux. Quand elle a jailli des ténèbres vers moi, j’ai cru que c’était mon pire cauchemar qui me fonçait dessus. J’ai hurlé, mais le vent a emporté mon cri, et il n’y avait personne là-bas pour m’aider, le genre de situation qu’elle aimait particulièrement. On s’est battues, avec les mains et les pieds. Elle m’a tiré les cheveux, mais moi aussi je la tenais par les cheveux, parce que je suis loin d’être idiote. C’était comme dans Vendredi 13 (le premier ou deuxième épisode). Si seulement j’avais pu lui arracher la tête et faire jaillir un geyser de faux sang ! Mais bien sûr, rien ne se passe jamais ainsi. Je me suis contentée de la bousculer. Sincère. Et ça a suffi.
Une bonne poussée et elle a disparu.
Disparue...

J’arrive toujours pas à y croire. La voilà partie dans l’obscurité, et puis les vagues l’ont avalée. C’est pas cool, ça ? Heureusement qu’une partie de moi-même se réjouit. Les choses sont très bien comme ça. J’ai rendu un grand service au monde (ou du moins à Whistlesbay). Les sales petites pestes méritent d’être punies, pas vrai ? Elles ressemblent aux nazis, elles s’en prennent aux pauvres gens isolés pour les réduire en charpie. Ce que j’ai fait n’est pas une abomination (mot formidable). Je devrais même me sentir un tout petit peu heureuse et fière de moi. Alors pourquoi ai-je l’impression de m’être fait arnaquer ? Aelita est morte en me laissant cette culpabilité, et je sais que je devrais mourir moi aussi. Ensuite, quelqu’un d’autre sur cette saleté de rocher pourra se sentir coupable à ma place. Mais ne croyez surtout pas que je compte disparaître en silence. D’abord je vais écrire cette histoire pour que tout le monde la connaisse. C’est une histoire si palpitante que je pourrais en faire un livre, et peut-être qu’elle n’aura pas l’air si moche une fois que je l’aurai mise noir sur blanc. Après tout, le fait de tuer quelqu’un ne casse pas trois pattes à un canard sur cet îlot. Nous sommes à Whistlesbay, ne l’oubliez pas, un endroit bourré de secrets dont personne n’est censé parler.
Ici, on est comme des radiateurs au mois de janvier : très chauds, que ce soit en caractère ou en relations extraconjugales. Si vous êtes citoyen britannique, vous savez que nous autres habitants de Whistlesbay avons été accusés de toutes sortes de maux. D’habitude, nous faisons porter le chapeau aux Allemands. Et moi ? Moi, je fais porter le chapeau à papa . Les problèmes ont commencé après sa mort. Non, je ne l’ai pas tué, même si je reconnais y avoir pensé. Papa était un expert sur le Passé Coupable de Whistlesbay – il gardait des boîtes remplies à ras bord de documents sur ce sujet très précis. C’est lui qui m’a dit le premier que l’histoire avait la mauvaise habitude de se répéter, et lui-même avait la mauvaise habitude d’avoir toujours raison. Maman, en revanche, ne s’y est jamais intéressée, ce qui était/est un peu un problème. Maman ne fait pas grand cas des événements de la vie réelle, elle répète que les journaux sont beaucoup trop déprimants. Elle préfère ses romans policiers, qu’on brade au mètre linéaire à la vente de charité organisée par la paroisse. C’est drôle, parce qu’elle est prude comme pas deux, elle ne dit jamais de gros mots, mais elle est prête à patauger dans l’hémoglobine et les meurtres sordides pourvu qu’ils ne soient pas réels. Pour lui faire plaisir, j’aimerais bien faire comme si rien de tout ceci n’était réel. Ma pauvre maman ! Comment vais-je m’y prendre pour lui raconter ce que j’ai fait et pourquoi ?

Si papa était toujours de ce monde, il saurait comment réagir. Il commencerait par dire qu’il faut remonter très loin dans le passé. Peut-être que si maman l’avait fait plus tôt, elle aurait vu ce qui se profilait à l’horizon. Quant à moi, si j’écris ceci pour quelqu’un, je suppose que c’est pour elle. Elle sait ce qui est arrivé à papa, et ce qui est arrivé à papa est absolument lié à ce qui est arrivé au clan Schaeffer. Tout est lié, c’est vraiment incroyable. Mais à quoi d’autre pourrait-on s’attendre sur une île aussi minuscule ? Tout le monde se connaît. Pire, tout le monde est parent avec tout le monde. Nous parlons beaucoup de partir en voyage pour découvrir le monde, mais personne ne passe jamais à l’acte. Nous restons ici et commettons de nouveau les mêmes erreurs, encore et encore. Je suis une meurtrière, mais tout n’est pas de ma faute. Je peux m’en prendre aux Allemands, je peux m’en prendre à mes parents, je peux m’en prendre aux parents de mes parents. Vous ne comprenez donc pas ? Dès qu’on connaît son histoire, elle explique tout. Il se trouve que j’étais une meurtrière avant même ma naissance.
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Icer MessagePosté le: Mer 08 Aoû 2018 12:33   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


Inscrit le: 17 Sep 2012
Messages: 2216
Localisation: Territoire banquise
Hello !

Cela fait plaisir de voir un petit nouveau par ici ! Si tu n’as encore posté effectivement qu’une mise en bouche, tu nous annonces déjà cash la mort d’Aelita. J’imagine qu’on va vite avoir le droit à un petit retour en arrière... Et niveau style, il n'y a rien à redire, cela me semble très bon.
On imagine également sans mal la place prépondérante qui sera prise par ton OC, « Dada » puisqu’il s’agit également de ton pseudo... Et la petite mention de X.A.N.A, l'immortel, ça fait toujours plaisir !

Je te souhaite donc bien du courage pour la suite.

https://i.imgur.com/vVRoGhE.jpg
« Nous suivrons ta carrière avec le plus grand intérêt. »

_________________
http://i.imgur.com/028X4Mi.pnghttp://i.imgur.com/dwRODrW.pnghttp://i.imgur.com/mrzFMxc.pnghttps://i.imgur.com/X3qVFnj.gifhttp://i.imgur.com/h4vVXZT.pnghttp://i.imgur.com/gDzGjSF.pnghttp://i.imgur.com/x46kNev.png

« Les incertitudes, je veux en faire des Icertitudes... »

https://i.imgur.com/C4V4qOM.png
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Dakota Browning MessagePosté le: Jeu 09 Aoû 2018 11:45   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kankrelat]


Inscrit le: 17 Juil 2018
Messages: 9
Hello hello, merci Icer pour ton commentaire qui me permet de poster la suite. Alors, point de premier chapitre pour l'instant, je voulais d'abord vous présenter un résumé de l'intrigue (celle qui se déroule bien avant l'arc narratif de Dakota et Aelita), ainsi que la liste des personnages de l'époque. Le nombre de protagonistes est conséquent donc j'ai essayé de vous les présenter au mieux, tous n'auront pas un rôle majeur mais ils ont tous une utilité pour le grand dessein, ça c'est certain...

Résumé
Alors que la Science ne cesse d’évoluer de manière fulgurante en Europe et au pays de l’oncle Sam, il existe une région étrangement préservée par la modernité. Il s’agit du bout de caillou dans la mer nommé Whistlesbay, au nord de la Grande-Bretagne, des marécages qui l’environnent ainsi que du chapelet de petites îles qui la bordent dans l’Eden Bay. Le progrès « occidentalisé », on n’en veut pas, un point c’est tout !
Sur une presqu’île à l’embouchure de la rivière Manuxet se trouve un petit hameau abandonné, que domine un vieux Manoir. D’après les rumeurs du coin, l’édifice a été démoli et reconstruit à plusieurs reprises au cours de l’histoire, la dernière fois au début des années 1800. Mais toujours selon les rumeurs, sa première édification date de fort longtemps, bien avant l’arrivée des colons… et il aurait presque toujours été démoli par ses propriétaires successifs, apparemment frappés d’une inexplicable folie destructrice.
En 1937, l’honorable famille Schaeffer – de prestigieux médecins de Boston – achète la presqu’île et son Manoir. A la surprise des insulaires, les nouveaux propriétaires ne se contentent pas de s’y installer : dans une aile du Manoir, ils aménagent une clinique psychiatrique. La version officielle est que l’extrême isolement des lieux, loin du tumulte de ce monde en guerre, est propice à la guérison des patients du Dr. Schaeffer. Dans les faits, si on a pu noter que des patients ont bel et bien été transférés à la clinique, aucun d’entre eux n’a été vu en ressortir à ce jour.

Peut-être cela a-t-il un lien avec les ragots qui circulent : les habitants des villages voisins auraient observé d’étranges allers et venues, principalement de nuit ou par temps de brouillard – très fréquent sur ces îles -. Personne n’a jamais pu s’approcher d’assez près de ces insolites promeneurs pour les voir clairement, mais certains pêcheurs ont rapporté qu’ils portaient ou traînaient toujours de lourds fardeaux en se rendant au Manoir. D’autres ont assuré avoir entendu des gémissements étouffés. D’autres encore ont prétendu que ces visiteurs étaient, selon les versions, soit bien plus grands et plus forts qu’un homme, soit au contraire bien plus petits.
D’autres enfin s’étant risqués plus près du Manoir ont eu le sang glacé par des cris qui n’avaient rien d’humain. Mais ce ne sont que des légendes idiotes, que la famille Schaeffer a toujours traitées par le mépris, en qualifiant ces colporteurs de « pauvres fermiers ignares ». Du coup, ils ne sont pas toujours très aimés, les Schaeffer, ça c’est sûr.

Quarante ans après avoir acheté le Manoir, le Dr. Schaeffer est mort mystérieusement dans son bureau, lieu qu’il aimait plus que tout au sein de son établissement. Depuis, la clinique est dirigée par la veuve du Docteur, ainsi que par le personnel médical et administratif qui l’assiste.
Chaque année, à la même époque, Lady Schaeffer a pris l’habitude de réunir sa vaste famille – la plupart d’entre ses membres vit à Boston, seule la Lady et l'oncle Robert occupant encore la clinique à l’année.
Cette année, la vieille dame a particulièrement insisté pour que tous soient présents et précis. Le repas, qui doit traditionnellement réunir la famille avec tout le personnel et les patients, doit impérativement se tenir le 20 décembre. Ce soir-là et pas un autre. L’occasion, en outre, de rendre visite au benjamin de la famille, totalement autiste, enfermé à la clinique depuis sa naissance pour son bien.
Le personnel s’active depuis une semaine, les patients sont lavés et rasés de près, les convives arrivent. Le dîner hivernal de l’année 1971 s’annonce succulent, comme chaque année d’ailleurs…


Liste des personnages
La famille Schaeffer
Les propriétaires de la clinique et maîtres des lieux.
Cora Schaeffer (-Van Doorslar), 69 ans ♀
Lady Schaeffer, la matriarche, veuve du Docteur. Elle est la fille d’un riche industriel de Boston. Actuelle propriétaire de la clinique, où elle vit en compagnie de son ancien comptable, Edward, devenu son compagnon, et du frère de son défunt époux, Robert. C’est elle qui convie toute la famille Schaeffer pour « le repas de la Commémoration ». Conservatrice et autoritaire.

Edward Eyestone, 67 ans ♂
Ancien comptable du Dr. Schaeffer, il a toujours soutenu la famille, dans les bons comme dans les mauvais moments. A la mort du Docteur, il est encore là, et lorsque les forces de Lady Cora ont commencé à décliner, il était toujours là. Au point qu’une intimité a fini par les unir... Il est au sein de la clinique à avoir été engagé au Front lors de la seconde guerre, plus de vingt ans auparavant. Il en a gardé une infâme prothèse au niveau de la jambe gauche...
Mystérieux et plutôt effacé.

Robert Schaeffer, 66 ans ♂
Le nouveau Lord Schaeffer après la mort de son frère, le Dr. Owel Schaeffer. Bien que ce soit sa belle-sœur, Lady Cora Schaeffer, qui dirige la famille et est propriétaire du Manoir, c’est lui qui s’occupe de l’intendance et du personnel de la clinique. Médecin à la retraite, intelligent et diplomate, il préfère laisser la direction effective des lieux au directeur. Il a élevé les enfants de son frère avec bienveillance, peinant toutefois à ne pas voir en eux l’image de son frère qu’il détestait. Il n’a jamais évoqué les raisons de cette haine à quiconque.
Timide mais dévoué.

Nigel Schaeffer, 39 ans ♂
Le fils aîné de Owel et Cora Schaeffer. Il est l’aîné et sait le montrer. Il exige de ses cadets un respect quasi parental et se fait vouvoyer par eux. Il a brillamment réussi une carrière de chirurgien à Boston, où il s’est établi avec sa famille. Intransigeant, meneur d’hommes, il ne tolère pas qu’on discute ses décisions. Il est très protecteur avec sa sœur Mary, pouvant même se montrer agressif si quelqu’un s’en prend à elle.
Charismatique leader.

Rebecca Schaeffer (-Ashton), 38 ans ♀
L’épouse de Nigel Schaeffer. La seconde autorité matriarcale de la famille non seulement en raison de son âge et de son statut de femme du fils aîné, mais aussi parce qu’elle lui a donné deux beaux enfants. C’est elle qui a insisté pour emmener ses deux jumeaux à la Commémoration contre l’avis de son époux, et elle l’a emporté.
Diplomate et efficace.

Mary Brown, 37 ans ♀
Deuxième enfant de Owel et Cora Schaeffer et aînée des filles. Mary est une femme du monde, belle et raffinée. Elle est assez snob, se vêt des dernières toilettes à la mode et est sans aucun doute la personne la plus superficielle du clan. Très à l’aise en société, elle est d’une aimable nature, sauf à l’égard du personnel… Elle se repose beaucoup sur son frère aîné pour toutes les décisions importantes, même si elle ne cesse de comploter dans son dos dès qu’elle en a l’occasion.
Vive d’esprit et coquette pour les gens de la famille, garce acerbe pour les patients et les employés.

Matthew Brown, 43 ans ♂
L’époux de Mary, c’est un pilote automobile chevronné qui a fait fortune en remportant de prestigieuses courses aux États-Unis et en Europe. Il aime sincèrement Mary, mais il s’est petit à petit ruiné pour lui assurer son train de vie dispendieux. Très secret et solitaire, il semble être le seul à être proche de Robert, le frère du Docteur. Matthew critique en permanence la famille de son épouse qu’il juge trop faible, laxiste et permissive. Il prône pour des méthodes de traitement des patients plus invasives.
Courageux, provocateur, sombre et mystique.

Amanda Schaeffer, 36 ans ♀
La plus jeune des enfants Schaeffer (si on ne compte pas Waldo… mais personne ne compte jamais Waldo) et la plus féministe ! Elle milite pour les droits de la femme libre, forte, indépendante, raison pour laquelle elle a toujours refusé de se marier, encore moins d’avoir des enfants. Par conséquent, Amanda se fait sans cesse réprimander par les mâles de la famille – surtout Nigel – qui la somment régulièrement de cesser de leur faire honte, ils la soupçonnent d’ailleurs de préférer la gente féminine pour les moments intimes également mais rien n’a jamais pu être prouvé. La deuxième fille d’Owel et Cora n’en a cure et poursuit fièrement son combat, au demeurant peu suivi. Amanda est la seule membre de la famille Schaeffer à s'être engagée au sein de la communauté locale, en qualité d'infirmière à domicile.
Colérique, effrontée, (trop) ouverte d’esprit et polémiste.

Waldo Schaeffer, 24 ans ♂
Le cadet de le famille. On peine à se souvenir qu’il est un Schaeffer lui aussi, tant il est ignoré. Il faut dire qu’il n’a pas toute sa tête, raison pour laquelle la famille a jugé qu’il était préférable pour son propre bien qu’il soit traité comme un patient de la clinique, où il est enfermé depuis sa naissance. Gravement autiste selon le diagnostic de Robert, certains se demandent si cela a à voir avec le fait qu’il est né plus de dix ans après Amanda, alors que tous les autres frères et sœurs se sont succédés quasi année après année ? Ou est-ce lié à cet accident qui faillit le tuer lorsqu’il n’avait qu’un an et qui lui a laissé cette terrible cicatrice sur le torse ? Nul ne le sait.

Eliott & Ella Schaeffer, 11 ans ♂ ♀
Des jumeaux, fils/fille de Nigel Schaeffer, petit(e)-fils/fille d’Owel Schaeffer et donc les seuls représentants de la nouvelle génération Schaeffer. Normalement, les petits-enfants ne sont jamais conviés à la Commémoration, Cora s’y refusant toujours, invoquant les secrets de famille qui seraient trop lourds à porter pour de jeunes âmes. Leur mère Rebecca a toutefois tellement insisté que Nigel a fini par imposer leur présence, argumentant qu’ils venaient de passer le cap de la dizaine et qu’il était temps qu’ils apprennent les affaires familiales. Les jumeaux montrent une grande hostilité envers leur grand-mère Lady Cora (jugé trop sévère) et se chamaillent en permanence, ce qui excède les aînés.

Les domestiques
Loyaux et dévoués, ce sont eux qui font fonctionner le Manoir.
Charles Carson ♂
Le doyen des lieux, il est encore plus âgé que Lady Cora. Il a été engagé par le Docteur lui-même au moment de l’achat du Manoir pour en être l’intendant. Il a participé à tous les événements de famille et c’est d’ailleurs lui a qui a trouvé le corps de son maître, étendu au milieu des piles de notes du bureau. Il est aujourd’hui toujours officiellement le majordome de la famille, bien que son grand âge l’ait contraint à céder l’essentiel de ses fonctions au nouveau valet de pied, Alfred Nugent. Nul doute que Carson connaît nombre de secrets, à moins que la sénilité ne les lui ait fait oublier...
Très susceptible mais juste et droit.

Elsie Hugues ♀
La gouvernante, c’est elle qui dirige tout le personnel domestique du Manoir. Elle y travaille depuis plus de vingt ans et c’est donc la seconde en ancienneté parmi les domestiques. Secrètement – et platoniquement – éprise de Carson depuis des années, elle le chouchoute et prend sa défense chaque fois qu’elle le peut. Personne n’est dupe et tout le monde a saisi le charmant manège des deux aînés.
Compatissante, bonne, gentille, Elsie est toujours à l’écoute de tous.

Alfred Nugent ♂
Le garçon de salle, engagé il y a moins d’un an. Sous les ordres directs de Carson, dont il est le souffre-douleur. C’est lui qui amène, sert et dessert les plats concoctés par Miss Patmore, la cuisinière. Il semble détester sa fonction et passe tout son temps libre à s’absenter du Manoir pour une activité qu’il refuse de dévoiler, mais dont il rentre à chaque fois totalement épuisé. Il est amoureux de la petite aide de cuisine, Daisy, mais qui semble toutefois le dédaigner complètement. Timide, maladroit et romantique.

Beryl Patmore ♀
La fidèle cuisinière du Manoir et de la clinique, en poste depuis une quinzaine d’années. Elle fait deux cuisines différentes : l’une, variée et raffinée, pour la famille ; l’autre, pauvre, sans goût et monotone pour les patients. Elle déteste cette situation, mais elle lui est imposée par la direction de la clinique, qui considère qu’une nourriture trop riche nuit au traitement de ses pensionnaires. Truculente, exigeante, vociférante, mais avec au fond un vrai cœur d’artichaut.

Daisy ♀
La petite aide de cuisine. Elle ne comprend pas les différences sociales entre les nantis – la famille Schaeffer – et les pauvres – les domestiques – qui la contraignent à travailler pour les premiers plutôt que de siroter avec eux des vins capiteux dans les salons. Analphabète, elle semble chercher auprès de Carson et Patmore un peu de temps pour lui apprendre à lire, ce que ni l’un ni l’autre n’ont le temps de faire. Elle accepte alors parfois les leçons d’Alfred, mais elle le trouve niais et ne veut pas le blesser en lui donnant de faux espoirs. Révoltée, emportée et soupe-au-lait.

Le personnel médical
Ce sont eux qui exercent l'autorité effective sur la partie clinique du Manoir et dispensent les soins aux patients.
Dr. Richard Cawley ♂
C’est le médecin-répondant de la Clinique. Psychiatre de la vieille école pour ce qui est du régime carcéral imposé aux patients, il se déclare pourtant adepte de nouvelles méthodes dont il garantit l’efficacité. Il passe l’essentiel de son temps à ses recherches, pour lesquelles il demande régulièrement à Bates, l’infirmier-chef, de lui amener des patients qui en ressortent très éprouvés, mais « sur la voie de la guérison ». Il ne s’occupe que des soins, laissant la gestion des autres aspects de l’internement au directeur. Erudit et sans émotion, c’est un électron libre sur qui la famille Schaeffer n’a que peu de prise.
Nerveux, ironique et souvent blessant.

Norman Bates ♂ ♀
L’infirmier-chef de la Clinique. C’est un ancien patient du Dr. Cawley qui, selon ce dernier, a « totalement été guéri grâce à ses méthodes avant-gardistes ». Bates en a conservé une expérience douloureuse et nourrit maintenant un puissant sentiment de revanche à l’égard de cette clinique et de ses patients, qu’il traite au moins aussi mal qu’il l’a été, plus les intérêts ! Il fait froid dans le dos, surtout quand on sait qu’il avait été interné pour avoir enlevé plusieurs enfants en bas âge. On ne les a jamais retrouvés, et il a toujours nié ses rapts. Mais heureusement, il est guéri maintenant…
Cruel, pervers et sans scrupule.

Marino Sciutto ♂ ♀
Le stéréotype du maton, version clinique psychiatrique. C’est un être foncièrement stupide. Pas forcément mauvais, mais sa stupidité et son obéissance aveugle à Bates et à Friedrich le rendent dangereux. Son déficit intellectuel permet parfois à des patients de le convaincre d’alléger leur régime, mais le retour de manivelle a toujours été très brutal, à l’image de cette force de la nature dont cette dernière n’a manifestement privilégié que les muscles. Brutal, prévisible et influençable.

Les patients
La plupart sont très atteints. Ils suivent tous les méthodes "avant-gardistes" de traitement du Dr. Cawley.
Mia Love ♀
Mia est une jeune femme totalement déboussolée depuis qu’elle a commis un infanticide sur sa petite fille de 10 mois. A un tel point d’ailleurs qu’elle n’a même pas le souvenir de l’avoir fait. Elle s’est réveillée baignant dans le sang de sa fille, gisant à côté d’elle, un couteau ensanglanté dans sa main. Et sa folie est telle qu’elle nie même avoir jamais possédé cette arme. Pauvre enfant. Le Dr. Cawley a diagnostiqué une schizophrénie aigue. Elle est souvent enfermée car elle présente un danger pour les autres patients et le personnel.

Mrs Jones ♀
Tout le monde ignore le prénom de cette dame d’âge moyen, arrivée enceinte à la clinique pour des troubles dépressifs liés à la grossesse et heureusement diagnostiqués à temps par le Dr. Cawley. C’est Patmore qui l’a accouchée et elle a donné naissance à un beau et fort garçon. Malheureusement, alors qu’il allait avoir un an, il est inexplicablement tombé de son berceau et s’est brisé la nuque. Sans doute a-t-il dû pleurer et s’énerver si fort – sa mère ne l’entendant pas à cause des sédatifs – qu’il a fini par tomber. La dépression de Mrs Jones s’est évidemment aggravée de sorte que sa sortie n’est pas à l’ordre du jour.

Ivy ♀
Point d’histoire malheureuse avec l’enfant d’Ivy. Elle est enceinte, quasiment à terme, et son bébé va très bien. Elle doit accouchée incessamment sous peu. La raison de son internement est ailleurs : Ivy est opiomane et ses excès ont passablement brûlé son cerveau au point qu’elle est persuadée qu’un démon lui rend visite toutes les nuits pour palper son ventre et veut lui ravir son bébé. Le Dr. Cawley traite son complexe de persécution au moyen de ses nouvelles méthodes, et Ivy est maintenant beaucoup plus calme et docile. Elle a accepté que le Dr. Cawley pratique une césarienne, bien plus adaptée à son trouble pour le bien de l’enfant.

Kay ♂
Ce patient présente des symptômes très étranges. Crises d’angoisse, désir permanent de tuer, culpabilité, repentir, suivis de périodes de calme où il donne l’impression que les traitements de choc que lui inflige le Dr. Cawley font de l’effet… jusqu’à la prochaine crise !

Eni Fa'aua'a ♂ ♀
Un illuminé, un doux dingue, un gentil rêveur. C’est un indien, et il porte tout le temps des costumes traditionnels et des colifichets pour le protéger. Il dit sans cesse que « la bête est revenue » et qu’il faut « réveiller le gardien ». Ses objets et les incantations qu’il marmonne toute la journée sont pour ça. Mystique et inoffensif.

Owe ♂
Un dépressif à tendance suicidaire. Il dit tout le temps qu’il n’a pas mérité d’être recueilli par « ce bon Dr. Obed » (il se trompe, il a été admis par le Dr. Cawley), qu’il n’a pas pu racheter sa faute, « qu’elles ne lui pardonneront même pas dans l’au-delà », et que le sort dont il est digne est la mort. On lui a retiré ficelles, ustensiles, couteaux, etc.., et il est tout le temps suivi par l’infirmier. Assez déprimant à fréquenter.

Voilà, n'hésitez pas à consulter cette liste dès que le besoin s'en fait ressentir pour que vous puissiez vous y retrouver !
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Icer MessagePosté le: Sam 11 Aoû 2018 17:24   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Eh bien, on ne peut qu'être agréablement surpris. Une liste de personnages traduit déjà en général une fanfiction travaillée, mais celle-ci est déjà très fournie, ce qui est de bon augure... et effectivement, elle sera très utile.
Tu nous plonges dans ton univers, qui n'est d'ailleurs pas sans s'inspirer d'un certain roman, et dans les méandres de la famille Schaeffer, remastérisée à ta sauce. Je crois que personne ne s'était intéressé à cet aspect là à ce point, ce qui te permet déjà d'avoir la prime d’originalité. Plutôt pas mal pour un début...

Bon et ce chapitre 1 alors !? Mr. Green

_________________
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« Les incertitudes, je veux en faire des Icertitudes... »

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Ikorih MessagePosté le: Mar 14 Aoû 2018 20:35   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Bon, ça fait un moment que je lambine, mais il faut croire que mon retour de vacances sera l'élément déclencheur de ce commentaire.

Mine de rien, ta liste de personnages, même si elle fait très teasing, soulève effectivement des questions. Ton prologue aussi bien sûr, mais comme c'est moins récent, héhé...
Un mot quand même sur ledit prologue du coup, il a l'air de bien sortir les thèmes directeurs de la fiction, notamment le centrage sur les Schaeffer mais également le contexte historique, qui semble avoir son importance et être assez détaillé (en cela tu me rappelles Kerry). Comme Icer l'a souligné, l'OC principal porte ton pseudo,ce qui me laisse penser que ta fiction risque d'être le coeur de ton activité sur le forum. En tout cas, il y a également une sorte de notion de prédestination que je garderai dans un coin de la tête en lisant, c'est une thématique intéressante.

Dans les personnages, on distingue deux catégories d'intrigue potentielles : celles internes à la clinique psychiatrique, et celles propres à la famille Schaeffer. D'ailleurs le thème des hôpitaux psychiatrique de cette époque est selon moi très riche, au vu des méthodes proches de la torture qui peuvent y être employées, et la description du docteur Cawley laisse penser que tu vas partir dans ce sens.
Détail intéressant, je n'ai pas vu Aelita dans la liste des personnages! Mais vu la dernière phrase du prologue, il est possible que l'histoire se passe justement avant même leur naissance à elle et à Dakota... Et en fait, je dirais même que c'est sûr : le Résumé date l'intrigue en 1971, et Vendredi 13 2, auquel Dakota fait référence, n'est sorti qu'en 81 (j'en profite pour noter que vu le prénom de l'infirmier en chef, tu es fan de films d'horreur...)

Citation:
Pas forcément mauvais, mais sa stupidité et son obéissance aveugle à Bates et à Friedrich le rendent dangereux.

Je n'ai pas vu de Friedrich dans la liste des personnages! Oubli ou arnaque?

La description des personnages, notamment les patients, laisse passer des sarcasmes assez marqués du narrateur ("Pauvre enfant."), qui manifeste de ce fait bien plus de personnalité que n'importe quel personnage, ironiquement. Peut-être que le narrateur est du coup davantage qu'une voix désincarné qui sert d'outil à l'auteur, et pourrait être par exemple Dakota, mais c'est peut-être juste une marque de ton style et je ne m'avancerai pas trop à ce sujet du coup.

Citation:
Elle a accepté que le Dr. Cawley pratique une césarienne, bien plus adaptée à son trouble

Une césarienne à quelqu'un qui a peut qu'un démon lui vole son bébé, vraisemblablement en lui...ouvrant le ventre? Très ironique xD

Ce sera tout pour moi, je lirai le chapitre 1 avec grand intérêt o/
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Dakota Browning MessagePosté le: Sam 22 Sep 2018 12:35   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kankrelat]


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Messages: 9
Voilà, enfin, le premier chapitre. Une large portion de la fic (celle où les personnages sont notés dans la liste) se déroulera dans le passé, en 1971. Néanmoins, comme vous avez peut-être déjà pu le comprendre par le prologue, une structure enchâssante va encadrer le récit, à plusieurs dizaines d'années d'écart des agissements du clan Schaeffer, et c'est sur ce futur que nous allons nous pencher pour ce premier épisode... le passé dépravé arrivera bien assez vite, dans un deuxième chapitre qui s'annonce plus long que celui-ci.

PS pour Ikorih : Toute bonne liste de persos comporte potentiellement des trous pour le bien du suspense, du moins c'est comme ça que je vois les choses Wink Bonne lecture et merci pour vos deux commentaires.


Chapitre 1 : La stupeur d'être

2021


Là-bas, à Perugia où s'était écoulée son enfance, Odd représenta longtemps un blondin gracile, légèrement menacé d'anorexie, la physionomie réfléchie et concentrée, au large front bombé, aux joues d'un rose mourant, un feu précoce ardent dans ses grands yeux d'un bleu sombre tirant sur le violet de l'améthyste et la pourpre des nuées et des vagues au couchant ; la tête trop forte écrasant sous son faix les épaules tombantes ; les membres chétifs, la poitrine sans consistance.
La constitution débile du petit Della Robbia le désignait même aux brimades de ses condisciples, mais il y avait échappé par le prestige de son humour inépuisable, prestige qui s'imposait jusqu'aux professeurs. Mais ces moments de spectacle, de show continu où il se lâchait complètement, n’étaient rendus possibles que par une intermittence avec une profonde mais bienvenue solitude. Tous respectaient son besoin d’isolement, de rêverie, sa propension à fuir les communs délassements, à se promener seul dans les profondeurs du parc, n'ayant pour compagnon qu'un chien errant ou même, le plus souvent, se contentant de sa seule pensée.

Son état maladif augmentait encore sa susceptibilité. Souvent des migraines, des fièvres intermittentes le clouaient au lit et l'isolaient durant plusieurs jours. Une fois, comme il venait d'atteindre sa septième année, il pensa se noyer pendant une promenade sur l'eau, un de ses camarades ayant fait chavirer la barque. Il fut plusieurs semaines entre la vie et la mort, puis, par un étrange caprice de l'organisme humain, il se trouva que l'accident qui avait failli l'enlever détermina la crise salutaire, la réaction si longtemps souhaitée par ses parents dont il était tout l'amour et le dernier espoir, étant le cadet d’une fratrie jusque-là composée de jeunes filles. Et de fait, il avait appris, via les conseils de ses sœurs, comment faire succomber n'importe quelle proie, le moindre de ses regards faisait résonner tels des bongos tous les ovaires de l'assemblée. Du moins, c'est ce qu'il se plaisait à croire.
Sous les conseils de la grand-mère paternelle du jeune garçon, les Della Robbia avaient même fait le choix de ce pensionnat si éloigné (en France !), parce que celui-ci représentait, en même temps qu'un collège modèle, un véritable rifugio situé dans la partie la plus élitiste de l’hexagone, du moins c’est ce qu’ils imaginaient de loin. L'aïeule d'Odd avait donc compté sur le climat austère de cette maison d'éducation, pour rattacher à la vie, pour régénérer l'unique descendant d'une race illustre.
Ce petit-fils idolâtré, n'était-il pas destiné à échapper au destin de ces enfants brisés par un trop plein d'amour parental ?

Et ce fut bénéfique. Odd recouvra non seulement la santé, mais il se trouva gratifié d'une constitution nouvelle ; non seulement une rapide convalescence lui rendit ses forces anciennes, mais il se surprit à grandir, à se carrer, à gagner des muscles, des pectoraux, de la chair et du sang. Avec ce regain d'adolescence, il était venu à Kadic avec une candeur, une ingénuité dont son âme, à la fois trop nerveuse et trop réfléchie jusque-là, ignorait la tiédeur et le baume. Il est évident que sa malice tourne à son profit si, au lieu de s'en servir à de méchants tours, il l'emploie à quelques utiles faits d'armes.
Sarraute aurait même pu le décrire de cette manière : Un humour féroce. Macabre. Macabre ou candide. Une sorte d’innocence. Clair. Sombre. Perçant. Confiant. Souriant. Humain. Impitoyable. Sec. Moite. Glacé. Brûlant.

Autrefois contempteur des travaux athlétiques, à présent il se mit à s'y entraîner et finit par y exceller. Loin de bouder comme naguère aux péripéties des gageures violentes, il se distinguait par son intrépidité, son acharnement ; et lui qui, pour s'épargner la fatigue d'une ascension du Mont Subasio, se cachait souvent dans les caves de la demeure familiale, au fond des anciennes étuves de la maison de bains, brillait maintenant parmi les plus infatigables escaladeurs de montagnes… virtuelles. Il aurait sans doute pu être un grand héros, s'il n'avait pas en lui ce comportement "tout dans la queue, j'ai plus de sang dans la tête" qui s'accentuait en vieillissant.
Il demeura, en même temps qu’amuseur de la galerie, grand amateur de prouesses physiques et de jeux décoratifs, rappelant sous ce rapport les hommes accomplis, ceux pour qui la destinée s’annonce plus aventureuse que le commun des mortels.

Et pour cause, après une adolescence dédié à combattre Xana, il était maintenant sur le point de mettre le pied là où tout avait commencé, et cela se traduit dans notre histoire par deux brèves répliques, néanmoins capitales pour la suite du récit.
— Dakota Browning ?
— Elle-même. Bienvenue à Whistlesbay Odd.

***


Aujourd'hui, on poste un truc puis on s'assoie et on attend une réaction sur Internet. C'est instantané. Tout le monde peut le faire. On a tous une caméra ou un smartphone, et ça change notre perception des choses. On a tendance à faire quelque chose pour les autres, et non parce que c'est important pour nous. Tout est question de "like" et d'égo. Ce ne sont que des chiffres, ça ne signifie rien. Et pourtant on a peur de faire ou de ne pas faire quelque chose à cause de l'avis des autres. Il faut se dire que si les autres ont le temps de commenter tes aléas, c'est qu'ils ne font rien de bien passionnant non plus. Néanmoins, les réseaux sociaux peuvent s'avérer assez utiles pour joindre des gens éloignés, pour faire des rencontres avec des profils... particuliers, bien que spécifiquement visés depuis la découverte d'un passé accablant.
J'ai toujours été fascinée par l'idée de la servitude, mais je n'ai jamais sérieusement envisagé de demander à quelqu'un de m'attacher et de me hisser dans les airs. Un corps nu attaché peut paraître sexy, mais je ne peux pas m'empêcher de penser que ce doit être extrêmement douloureux pour la personne empêtrée dans les cordes – trop douloureux pour être véritablement excitant.
Afin de comprendre l’engouement autour du shibari, j'ai contacté Vincent Cawley, fils du feu docteur Richard Cawley, qui gère un centre de recherche expérimental dans l’Eden Bay. Âgé de 47 ans et originaire du nord de la Grande-Bretagne, il organise clandestinement des ateliers BDSM depuis 20 ans et se spécialise dans un certain type de bondage japonais, le bon maniement de liens étant assez pratique pour quelqu’un dont le père dirigeait autrefois une clinique psychiatrique.

Quelques jours après avoir contacté Vincent Cawley, je me retrouve dans son appartement. Les murs sont ornés de portraits de super-héros de bandes dessinées. Avant de commencer, nous nous asseyons sur sa terrasse et il me donne une leçon d’histoire accélérée sur son fétichisme préféré.
« Le shibari s’inspire des policiers japonais qui, il y a plusieurs siècles, utilisaient des cordes pour attacher et transporter les criminels », dit-il. « Les officiers ont dû apprendre à nouer des nœuds compliqués pour que les détenus ne puissent pas s’échapper. Ces mêmes officiers ont ensuite apporté leurs connaissances dans la chambre à coucher. »
Rien n’est plus sexy qu’un homme qui vous regarde dans les yeux quand il vous parle. Et qui sache vous écouter. Cette présence-là, rare, je trouve ça sexy. Beaucoup de gens vous posent des questions, mais se foutent complètement de la réponse. La seule chose qui les intéresse, c’est de parler d’eux. Vincent, lui, écoute ses interlocuteurs... peut-être un peu trop pour être totalement honnête d'ailleurs.

Sonia, la copine de Vincent, nous rejoint sur la terrasse. Je la reconnais immédiatement ; c’est elle qui pose sur les photos promotionnelles de sa revue clandestine. C’est la réalité brute de ces photos qui m'a permis de réaliser à quel point le BDSM est aseptisé dans des films comme Fifty Shades of Grey.
Selon Vincent, le soft porn donne une fausse impression de la véritable nature du bondage : « Les gens regardent le film et reviennent avec l’envie de suspendre leur partenaire au plafond, mais ils ne réalisent pas que c'est beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît. Les cordes peuvent se briser facilement. »
Là-dessus, Vincent décide de me raconter des anecdotes de personnes qui ont été blessées après que leurs cordes se soient cassées. Je commence à me demander si venir ici était une bonne idée. Apparemment, les lésions nerveuses constituent le plus grand risque.
« Mais la sécurité passe avant tout », me rassure Vincent, sentant peut-être ma réticence. Surtout pour les nouveaux arrivants, « il est important de s'assurer que rien n’est pincé… Si une partie de votre corps est engourdie, dites-le aussitôt, sinon vous risquez de causer de graves dommages à vos nerfs. »
Il est temps de commencer. Tout d'abord, Vincent doit tester ma flexibilité en tirant mes mains derrière mon dos. Est-ce que cela va être confortable, au moins un petit peu ? « Non », répond-il en riant, ajoutant que le bondage de suspension concerne principalement la douleur – pas forcément au niveau des cordes, mais des postures. « Il faut que tu respires et que tu supportes la douleur », dit Sonia. Selon elle, si je me laisse aller, je vais finir par entrer dans le soi-disant « espace de cordes » – une sorte de transe dans laquelle les endorphines se précipiteront dans mon cerveau.

Vincent commence à m’attacher les mains derrière le dos de manière contrôlée et rythmée. Je remarque qu'il commence à adopter une posture plus dominante. Je ne vois pas ce qui se passe derrière moi, mais je sens les cordes se resserrer.
Vincent m'attache de sorte à ce que je puisse bouger uniquement la tête. Alors que je suis là, complètement impuissante, il décrit calmement comment il a développé son fétichisme. Tout a commencé par une fascination pour les super-héros. « Quand j'avais huit ans, ma grand-mère m'a donné une bande dessinée illustrant une femme araignée emmêlée dans des cordes », dit-il, en donnant un peu de contexte à tous les tableaux accrochés à ses murs.
À l’époque, Vincent était trop jeune pour associer cette fascination au sexe, mais après avoir commencé à regarder du porno à l'adolescence, il est finalement tombé dans la catégorie BDSM. Depuis, il en parle ouvertement à toutes ses copines.
Je ne peux pas bouger, mais j'apprécie la conversation. Soudain, Vincent tire un côté de mon corps. Je crie. Ma plus grande inquiétude à ce stade est mon épaule, qui s'est disloquée quand j'avais 14 ans, alors que j’errais encore dans les bois en croyant être poursuivie par des loups, mais heureusement, mon bras reste dans sa prise. Je commence à avoir des vertiges alors Vincent me demande de bouger les doigts pour vérifier qu'aucun vaisseau sanguin n'est pincé.

Vincent aime vraiment les surprises. Quelques instants plus tard, sans aucun avertissement, il contorsionne mon corps dans plusieurs positions différentes de son choix. Je suis brusquement soulevée de plus en plus haut, jusqu'à ce que je puisse à peine toucher le sol, avant de retomber. J’ai l’impression d’être un gigantesque meuble ancien, suspendu à un système de poulie, hissé de force. C'est comme si j'étais un personnage dans le jeu de Vincent, et je ne sais pas si la douleur que je ressens est bonne ou mauvaise.
« C’est précisément ce sentiment que j’aime le plus », me dit Sonia, alors qu'elle sirote un thé à côté de nous. « Je m'abandonne lentement à la douleur et finalement, je l'accepte. »
Je demande à Vincent si ce processus n’est pas un peu compliqué, surtout quand Sonia et lui veulent un coup vite fait.
« Nous n'avons pas toujours envie de faire du bondage, mais nos rapports sexuels sont toujours un peu bizarres », répond-il.
Vincent attache des cordes autour de mes épaules. La douleur et la pression deviennent de plus en plus supportables, au point que je me sens plutôt à l'aise, comme si on me faisait un massage ferme sur un muscle tendu. Vincent le ressent et demande si je m'amuse. Je lui dis que oui, il y voit un prétexte pour tirer mes jambes jusqu'à ce que je sois suspendue dans les airs sous un angle, le sang se précipitant dans mon cerveau. La douleur revient.
Mon visage est aussi rouge qu'une betterave. Étant donné que Vincent n'est pas mon petit ami, l'ambiance dans la chambre n'est pas hyper sexy, mais au moins nous passons un bon moment. Maintenant que je suis suspendue dans les airs, je comprends mieux ce que les gens trouvent d’excitant à cela. Il s’agit de donner le contrôle total à quelqu'un qui peut faire de vous ce qu’il veut. Il est impossible de résister physiquement tant ça fait mal.
Vincent m’explique que les gens peuvent choisir d'aller plus loin.

« Le sexe peut être une partie importante du bondage », dit-il. « Par exemple, les femmes peuvent demander à avoir les jambes attachées de manière à ce qu’on les baise pendant qu’elles sont dans les airs. Vous avez également des jeux de bondage japonais où la femme est placée dans une position traditionnellement considérée comme dégradante, par exemple lorsque ses bras sont attachés derrière son dos et que ses seins sont mis en avant. Cette posture est plutôt banale en Occident, mais elle est humiliante au Japon. »
Vincent me retourne. Je me suis habituée à ses manœuvres et je commence à me sentir bien. Vincent remarque mon aisance et relâche la corde qui me serre la tête, ce qui me pousse à me retourner. Je ne peux néanmoins m’empêcher de m’amuser de la situation, il pense que je viens ici uniquement pour le plaisir, mais c’est surtout une rage interne qui m’habite… et qui me fait tenir face à la douleur.
Le vertige revient, mais cette fois, j’essaie de détendre mes muscles et je me sens progressivement plus légère. Je ne peux pas bouger, mais contrairement à ce qui s'est passé plus tôt, quand je me suis sentie anxieuse, je ressens maintenant un sentiment de liberté. On m’a dit que certains exercices de respiration pendant les rapports sexuels peuvent potentiellement prolonger et intensifier un orgasme, et je parie que les orgasmes peuvent être explosifs, même si je ne suis toujours pas particulièrement excitée.

Vincent va un peu plus loin : il détache mes cheveux roses et les rattache avec une corde. Il les tire ensuite vers le haut, ce qui incline mon cou. Mon corps entier est maintenant tendu.
« Je dois admettre que j'aime vraiment avoir le contrôle », remarque Vincent.
Il est temps de partir. Je sens le fardeau glisser de mes épaules, au sens propre comme au sens figuré. Je peux enfin bouger à nouveau et je suis soulagée de sentir le sol sous mes pieds. La corde a laissé des marques partout sur mes bras – des marques qui laisseront place à des bleus le lendemain.
Il est assez facile de comprendre comment le bondage peut améliorer votre vie sexuelle – c’est difficile, imprévisible et ça vous oblige à vous donner entièrement à votre partenaire. De plus, ça a l'air génial. Mais je pense que je vais en rester là. Je suis trop impatiente pour le bondage japonais. Il faut tellement de temps pour se mettre en place que je perdrais tout intérêt pour un quelconque acte sexuel. Personnellement, c’est plutôt la vengeance qui m’intéresse.
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Icer MessagePosté le: Mer 17 Oct 2018 11:57   Sujet du message: Répondre en citant  
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Localisation: Territoire banquise
Eh bien... c’est assez innatendu comme premier chapitre, même si naturellement tu nous avais dit d’ores et déjà habitué à faire les choses de façon un peu plus originale que les autres.
S’il est difficile de parler scénario à ce stade, ce chapitre 1 a au moins le mérite de mettre en valeur tes qualités sur la forme, déjà pressenties suite au prologue. Pour ce qui est du soin apporté aux détails, je pense qu’on ne devrait pas trop avoir de soucis à se faire...

Je te renouvelle mes encouragements pour la suite !

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Dakota Browning MessagePosté le: Mar 30 Oct 2018 19:09   Sujet du message: Répondre en citant  
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Un tout grand merci pour tes encouragements Icer ! Voici l'épisode deux, je vais essayer de m'en tenir à un chapitre par mois minimum ! J'espère que cela ne vous perdra pas trop par rapport à ce qui a été écrit auparavant, le portrait d'un protagoniste central se tisse peu à peu et j'espère que vous apprécierez ma version de ce perso légendaire de CL Mr. Green Toujours aussi ravie à chaque fois que je viens poster dans le coin en tout cas... je risque d'y rester un moment si vous voulez toujours bien de moi. Sur ce, je vais enfin aller bouffer mes pâtes carbo.


Chapitre 2 : Demain ne meurt jamais


Les cimetières, ces hôtels garnis de la mort, c’est bien là que j’ai failli finir. Un jour, à l’âge de dix ans, j’ai fait mon premier malaise : je jouais au foot et tout à coup je ne pouvais plus tenir debout. C’est, selon moi, ce jour-là que tout a commencé. Progressivement ces sortes de malaises se sont immiscées dans mon quotidien. J’étais comme ailleurs, séparé de la réalité, je devais m’asseoir et fermer les yeux pour que ça devienne supportable. Ces malaises étaient surtout visuels.
Au début, ils n’arrivaient que très rarement. Ils étaient effrayants à vivre, mais rien de bien inquiétant : une petite visite à l’hôpital et quelques tests standards nous orientaient vers des malaises vagaux. C’est en classe de première que tout a changé : j’ai commencé à juger les gens et à être très sélectif dans mes amitiés. C’est de là qu’est venu le retrait social.
Je n’allais à aucune soirée, je méprisais un grand nombre de personnes. J’ai aussi vécu à ce moment-là une relation fusionnelle avec ma meilleure amie de l’époque... Diane Dovry, aussi surnommée Dido. Ça a mal tourné et ça m’a beaucoup affecté. Petit à petit, j’ai perdu goût à toutes les activités qui me tenaient à cœur, je restais seul dans mon coin, à alterner entre tristesse et solitude, reclus dans le mutisme le plus total. Le silence obscurcit et cache bien souvent le parler difficile et l’absence d’esprit. Même ma sœur Amanda ne me comprenait plus, le dernier rempart contre cette famille ignoble s’effondrait en même temps que la confiance mal placée qu’elle me témoignait jusque-là. Elle s’était soudainement pris de passion pour un monde que je ne comprendrai sans doute jamais : les tableaux, la broderie, les tapisseries. « L’art conserve le périssable, embaume les morts, dresse leur statue, justifie la nature » disait-elle, j’en restais peu convaincu. Mais je continuais à vivre néanmoins.

Ensuite est arrivée la terminale : un cauchemar. Je ne suivais déjà plus totalement les cours des deux professeurs qui venaient spécialement à la clinique à la demande de ma mère, je préférais me référer à mes bouquins. J’étais devenu très différent de mes camarades (patients et autres membres de la famille), et les enseignants ne me comprenaient pas. J’étais aussi très triste, il m’arrivait fréquemment de fixer un point pendant un très long moment. Il y a dans ces instants une absence complète du mouvement, l’âme seule veille dans cette machine humaine, et encore pâle et tremblante, comme une lampe prête à s’éteindre.
Mes malaises, particulièrement visuels, étant devenus permanents, mon réflexe a été d’aller voir un ophtalmologue, ce type de spécialiste alors tout juste en vogue à l’époque. Mais rien d’anormal à signaler. J’étais persuadé que j’avais un souci au niveau des yeux. J’ai donc consulté un second ophtalmologue. Toujours rien. Je me revois retourner à Whistlesbay après cette consultation loin de mon quotidien, le cœur lourd. Je ne pouvais me résoudre à croire que tout ça était "dans ma tête" comme le répétait sans cesse le Docteur Cawley. Je ne souhaitais au fond qu’une seule chose, rayer définitivement de mon cerveau cette démence. Que tout cela s’oublie comme un mauvais rêve, s’efface comme les dernières étincelles qui courent sur le papier noirci, que tout cela s’évanouisse comme cette dernière fumée qui s’échappe de ces cendres muettes.
Cawley m’a annoncé au bout de quelques séances qu’il ne pourrait pas me guérir, uniquement m’aider à accepter les symptômes. J’étais dos au mur : personne ne me comprenait. J’avais beau expliquer à mon entourage mes symptômes, j’étais seul dans mon malheur. On me disait que c’était normal, ou alors sans doute une crise d’hypoglycémie.
Mon malaise était permanent. Je me souviendrai toute ma vie du jour où je suis tombé dans un bouquin de psychiatrie sur le concept "sensation de détachement". J’ai tout de suite dérivé sur le mot "déréalisation", qui m’a semblé presque comique au début. Et pourtant, c’était exactement ça que je ressentais : l’impression de vivre dans un rêve, comme si la réalité était loin devant moi et inaccessible. Il y avait aussi une question de métaphysique dans cette histoire, des questionnements existentiels tournaient en boucle dans ma tête : « Waldo, pourquoi es-tu né comme cela ? »
C’est à ce moment que je suis tombé sur le mot "schizophrénie". J’avais lu que la déréalisation pouvait être un symptôme de cette dernière. J’avais peur, je n’y connaissais pas grand chose. Je ne voulais pas être atteint de schizophrénie et pourtant, j’avais de gros doutes. En effet, après beaucoup de recherches, j’ai secrètement abouti à la conclusion que je l’étais sûrement. Le démon de la spéculation ne m’a heureusement pas hanté longtemps car peu après Cawley, suite aux observations de ses quelques « expériences », annonça de manière plutôt discrète cette nouvelle à Mère et moi. J’ai été très surpris par sa discrétion, vu la rancœur qu’il semble détenir envers le clan Schaeffer dont je fais partie. Faut croire que les hommes vraiment généreux sont toujours prêts à devenir compatissants, lorsque le malheur de leur ennemi dépasse les limites de leur haine.

Ce diagnostic ne m’a pas spécialement atteint, comme si j’avais déjà fait mon deuil. Avant d'être diagnostiqué, les premiers médicaments que l’on m’a prescrits furent des antidépresseurs. Cela m’a rendu assez triste, je me rendais compte de ce qui m’arrivait. Les prendre n’était pas facile au début, puis je me suis habitué. C’est rentré dans mon quotidien. J’ai ensuite commencé les antipsychotiques. À ce moment-là, j’ai tenté depuis la clinique des cours de Mathématiques, Physique et Informatique qui se sont soldés par un échec au bout d’un mois et demi. J’avais perdu toute motivation. J’ai donc alterné entre groupes thérapeutiques et ennui extrême.
Mais je me suis repris en main, je vais désormais tous les jours dans la salle d’études où les professeurs viennent enseigner des matières aux patients. Cette année fut difficile, beaucoup de symptômes dits "négatifs" persistent. On peut noter par exemple le manque de motivation, la perte d’envie, l’émoussement des affects de manière générale. Mais elle ne fut pas seulement difficile sur le point de vue symptomatique. En effet, je me sens très différent des autres. Je ne vis pas dans le même monde et n’ai pas les mêmes préoccupations que les étudiants de mon âge. Je suis en permanence dans ma bulle et je pense souvent au manque apparent de sens de notre société.
J’ai quand même bénéficié d’aménagements au niveau scolaire : j’ai eu le droit à un tiers-temps, à ne pas assister à tous les cours et à me reposer à l’infirmerie quand j’en avais besoin. Toutefois, les autres patients étaient assez désagréables envers moi à cause du tiers-temps que, selon eux, je ne méritais pas car je semblais normal.

Cependant, il n’y a pas que du négatif : j’ai rencontré quelqu’un durant l’hiver. Etrange période de l’année, propice à l’amour sans doute. La plaine, les haies, les ormes des clôtures, tout semblait mort, tué par le froid. Ni hommes ni bêtes ne sortaient plus : seules les cheminées des chaumières en chemise blanche révélaient la vie cachée, par les minces filets de fumée qui montaient droit dans l’air glacial. De temps en temps, on entendait craquer les arbres, comme si leurs membres de bois s’étaient brisés sous l’écorce, et parfois une grosse branche se détachait et tombait, l’invincible gelée pétrifiant la sève et cassant les fibres. Et c’est dans ce chaos naturel lors d’une de mes fugues que je l’ai rencontrée, le rose contrastant avec la poudre blanche. Depuis, je me sens nettement mieux. J’avoue que démarrer une relation amoureuse était l'un de mes objectifs de cette année. Comme quoi, il ne faut pas partir vaincu d'avance. La peur, cette rapide persécutrice, consentait à me laisser un peu de répit quand je pensais à Anthéa.
Globalement, j’ai décidé de ne pas parler de ma maladie aux employés de maison ou, tout du moins, de veiller à ne pas employer le terme "schizophrénie". Et pour cause : ce terme dérange et fait peur. Pourtant la plupart des gens n’y connaissent strictement rien et n'ont que des stéréotypes sur cette maladie. Ils savent que j’ai un souci, de l’asociabilité sans doute à leurs yeux, mais ils n’ont pas besoin d’en savoir plus.
Je suis néanmoins assez proche de ces domestiques, mais dès que je sors de ce cercle restreint, cela pose plus de problèmes. Je ne supporte pas bien le monde, je n’aime pas les réunions de famille, c’est épuisant pour moi. Je suis donc en retrait de la vie de famille élargie.
En ce qui concerne l’avenir, j’ai énormément de mal à me projeter. Je ne sais pas ce que je ferai l’année prochaine car j’ai déjà eu beaucoup de mal cette année, surtout pour me motiver. Je ne sais pas non plus comment va évoluer ma maladie, j’ai peur de perdre contact avec la réalité et ne plus pouvoir comprendre ce qui se passe. Cela fait suite à un épisode très étrange de confusion qui ressemblait à un état d’endormissement : mes propos étaient confus alors que j’étais pleinement éveillé. Au début, j’avais peur que ce trouble s’installe de manière pérenne mais heureusement, ce n’est pas le cas à l’heure actuelle.
Ce que je veux montrer, c’est que je vis dans la peur de ce qui peut m’arriver, personne ne peut le prévoir malheureusement. Tout de même, j’ai beaucoup de chance car j’ai été pris en charge tôt, l’avantage à être né dans un asile je suppose... J’ai donc le maximum de chances d’y arriver dans la vie. Je n’ai pas d’objectif particulier pour l’avenir, si ce n’est rendre ma petite-amie heureuse ainsi que moi-même.
De manière générale, tout a changé avec la maladie, ce fut comme un énorme coup de massue. Avant, j’aspirais à une bonne classe préparatoire puis à une école d’ingénieur prestigieuse. Désormais, j’ai tellement perdu en motivation que cela m’est impossible. En fait, c’est un peu comme si mon enveloppe corporelle était morte et que je vivais intellectuellement : je sais que certaines choses me font du bien mais je ne les ressens pas physiquement.
Maintenant, je suis condamné à vivre dans ma bulle, très loin de la réalité. Je ne réalise plus rien. J’ai conscience de beaucoup de choses mais je ne réalise pas, c’est comme si un câble était mal branché dans mon cerveau. J'oublie même parfois que je suis malade, jusqu'au moment où la cellule d'isolement vienne me le rappeler de la manière la plus cruelle qu'il soit.
À titre d’exemple, avant, il m’arrivait d’être très triste en pensant à ce que je devenais mais aujourd’hui, c’est devenu impossible. J’ai peur de perdre ma lucidité. Et ma bonne conduite. Si je venais à pécher à nouveau, qu’en dira-t-elle ? Que dira cette conscience affreuse, ce spectre qui marche dans mon chemin ? Seul l’avenir nous le révèlera.
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Icejj MessagePosté le: Sam 01 Déc 2018 19:00   Sujet du message: Répondre en citant  
Vé-Si


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Hey, je passe pour dire que j'aime beaucoup ton style. Aucune phrase n'est de trop, chaque paragraphe semble ciselé dans de la pierre noble.

Pour la partie d'Aelita, l'écriture lui donne un air réservé. Elle semble presque indifférente à ses propres actions.

La partie qui décrit Odd est très différente et s'adapte très bien au personnage gracile, malin.

Une question — si les Schaeffer sont des industriels américains, pourquoi portent-ils un titre de noblesse anglais ? L'ont-ils acheté ? I mean, "Lady" Schaeffer, really?

Sinon, "Dakota" est un prénom super américain. Je vois mal des anglais, même des anglais de classe populaire, nommer leur enfant comme ça. Elle a de la famille américaine ?

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Dakota Browning MessagePosté le: Mar 26 Fév 2019 19:27   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kankrelat]


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Messages: 9
Bonsoir à tous !
Me voilà de retour, eh oui tout arrive. Concrètement, ça va paraître con mais j'pensais que j'étais bloquée, je n'avais pas vu le commentaire d'Iceji jusqu'il y a peu et n'ayant pas vu de staffiens dans le coin depuis un moment je trainassais à envoyer un message de détresse pour que je puisse poster ce troisième chapitre.
Je suis assez d'accord avec ton analyse Iceji, bien que tu verras assez vite qu'Aelita n'est pas aussi réservée qu'il n'y parait ! Les Schaeffer sont nouveaux sur l'île, ils ont créé leur histoire en même temps que l'asile mais tout va sembler plus clair dès le début du cycle hospitalier.
Et effectivement, il n'y a pas plus américain que Dakota comme prénom ! Bien repéré, peut-être qu'elle n'est pas plus anglaise que toi et moi Wink

Chapitre 3 : Instant éphémère


Je suis au Musée d’histoire naturelle, avec mon amie Dakota. Un musée, oui. Après tout, l’art conserve le périssable, embaume les morts, dresse leur statue, justifie la nature. On est devant une réplique de bébé dans le ventre de sa mère, et on grimace en regardant son grand front, ses petits poings fermés et la longue paille rose par laquelle il aspire ses repas. J’avoue à Dakota que l’idée de sentir quelque chose remuer à l’intérieur de moi me dégoûte. « Ouais, approuve-t-elle. Ça doit ressembler à la scène d’Alien où la chose grise et gluante sort du ventre de Sigourney Weaver. » Elle laissa errer sur ses lèvres entrouvertes un rire silencieux.
On est d’accord sur tout : Jake Gyllenhaal est très sexy; l’accent des gens de Liverpool calme; pas question de donner une contribution volontaire au musée. On s’approprie les lieux, les œuvres nous semblent bien vite familières, comme si elles n’appartenaient qu’à nous… alors que beaucoup se les sont déjà appropriées auparavant. Etrange sensation. Comme quand on passe plusieurs nuits d'affilée dans un mauvais hôtel et qu'on fait sienne la crasse de ses prédécesseurs. Qu'on se fond dans la foule humaine qu'a abritée la chambre.

Dakota. Il est facile de parler avec elle, comme se glisser dans un bain moussant ou voler le vieux chandail Reebok d’un garçon après une histoire sans lendemain. Il est aussi facile d’oublier que Dakota est en fait payée pour être avec moi : 25 dollars l’heure, pour prétendre que je compte pour elle. Et elle le fait très bien.
J’ai trouvé ma partenaire de l’excursion du jour sur rentafriend.com, un site web sur lequel, pour 24,95 $ par mois, on peut choisir une personne avec qui faire des activités dans une banque de 621 585 personnes. Il a été fondé en 2009 par Scott Rosenbaum, qui se demandait pourquoi il y avait tant de sites web de rencontres amoureuses et si peu de sites de rencontres platoniques. Un démon de la spéculation parmi d’autres… here we go again.

Avec l’industrie de la location de famille au Japon et le nombre croissant de compagnies qui louent des pleureuses et pleureurs pour les funérailles, louer un ami semble être un de ces indices montrant que c’est le début de la fin. Pourtant, c’est idéal dans une société fragmentée par le surmenage et les médias sociaux. Une étude menée l’an dernier par la BBC a révélé qu’une personne sur trois est « socialement isolée » et que les adultes n’ont généralement que deux personnes dans leur entourage à qui ils sentent qu’ils peuvent se confier. Ce n’est pas la voie du bonheur. Un tiers d’entre nous se sent seul souvent ou très souvent. Est-ce que l’amitié ne coûte vraiment que 25 dollars l’heure ?

En attendant Dakota devant la gare de South Kensington, je reçois un sms d’elle : « Je serai en retard. Désolée ^^ » Quand elle arrive, on s’embrasse, j’ai le nez dans la fausse fourrure de son manteau avec un imprimé léopard. La veine de son cou est tellement tendue qu'un oiseau en piqué pourrait s'y couper en deux. L’angoisse, cette rapide persécutrice, ne s’attarde pas longtemps aux alentours de sa nuque. « Désolée », me dit-elle de nouveau. Je lui réponds que ce n’est rien, parce qu’en fait, j’étais soulagée : j’étais en retard moi aussi.

« Il n’y a pas de meilleure sensation que d’apprendre que l’autre personne est aussi en retard et qu’on peut arrêter de courir, ou que l’autre personne se désiste avant une activité avec elle dont on n’avait pas envie », dit Dakota en riant. Je l’aime déjà. Mais je sais que, qu’importe ce que je pourrais dire, elle serait probablement d’accord avec moi. Pendant les heures qui suivent, son travail est de veiller à ce que je passe un bon moment. J’ai pensé lui dire que j’aimais Piers Morgan juste pour voir sa réaction. Voilà, c’était fait. Une première fois de plus. Je venais de louer une amie.

On entre au musée. Devant une girafe empaillée, j’apprends que Dakota a la vingtaine et qu’elle étudie en finance à l’Université de Brighton. Dans ses temps libres, elle investit en bourse, un passe-temps qu’elle prévoit de changer en profession après avoir obtenu son diplôme. Que ses trois amis-clients habituels travaillent en finance tombe bien. Un d’eux lui a d’ailleurs offert de la formation gratuite.

Dakota est devenue une amie de location après avoir googlé « comment faire de l’argent rapidement », ce qui l’a menée au site web de Rentafriend. Elle rencontre chaque ami-client environ une fois toutes les deux semaines. À ces occasions, elle remplace les pizzas Domino’s et la révision de fichiers PowerPoint de sa vie d’étudiante pour du carpaccio de bœuf et des conversations avec des hommes portant une Rolex. Elle passe chaque fois de trois à six heures avec eux. Parfois, ce qu’elle gagne en une rencontre suffit à payer un mois de loyer.

Dakota compare son travail à celui de thérapeute : « Tellement souvent dans notre société, quand une personne qui compte pour nous demande “ça va?”, on ne répond pas “ça ne va pas bien, j’ai du mal à payer mes factures, ma mère me met en colère”, on dit juste “oui, ça va, et toi?”. J’ai beaucoup de clients qui veulent parler des problèmes dans leur vie. »

Je lui demande s’il y a plus d’hommes qui veulent l’embaucher. « Les femmes peuvent se plaindre à leurs amies, mais beaucoup d’hommes ne le font pas, m’explique-t-elle. Il y a encore trop de préjugés envers les hommes qui expriment leurs émotions. Souvent, mes clients ont trop honte de se montrer vulnérables. »
Il n’est pas surprenant non plus que ceux qui payent pour le temps de Dakota travaillent en finance. Ils quittent le bureau à 23 heures et y sont de retour à 7 heures le lendemain, ce qui leur laisse peu de temps pour socialiser. « Travailler en finance est déprimant, dit-elle. L’industrie est si compétitive qu’ils n’ont pas droit à l’erreur. Il y a des milliers de candidats prêts à prendre leur place. »

Alors que l’on passe devant des cerveaux violets et des diagrammes des minuscules veines qui parcourent le bras humain, je raconte ma vie à Dakota dans le détail : je suis presque sûre que je me suis contusionné le vagin à ma première séance de spinning; je mets du sel comme si c’était une sauce à trempette. Je sais que je suis ennuyante, mais ce n’est pas grave. Normalement, quand je suis avec des amis, j’essaie d’être intéressante, je veux désespérément qu’ils m’aiment. Comme je paye Dakota, je suis sûr que notre rencontre lui est profitable. C’est relaxant, l’amitié sans le besoin d’impressionner.

Souvent, les conseils de Dakota me donnent l’impression d’être avec Oprah. Ses livres préférés sont The 48 Laws of Power et What a Time to Be Alone : ceci explique cela. Je lui dis que je ne sors de chez moi que pour aller à l’épicerie. « On ne passe pas assez de temps à faire ce qu’on aime », me répond-elle. Je lui dis que les gens m’interrompent tout le temps pour parler, et elle me répond que c’est OK, parce qu’« on a deux oreilles et une bouche pour une raison : on doit écouter deux fois plus qu’on parle ». Je lui dis que j’ai pleuré récemment parce que j’étais en colère contre mon chum qui n’avait pas rangé son désodorisant dans le tiroir.

« Quand un homme et une femme se fréquentent, l’homme endommage la femme pour le suivant, mais la femme répare l’homme pour la suivante », dit-elle, comme une sorte de Yoda de la génération Instagram, ou de livre de table de salon avec une illustration pastel sur la couverture.
Je remarque qu’un imposant grain de poussière amorphe repose sur le blouson de ma nouvelle amie. Je n’ose pas y toucher. C’est trop tôt. Plus le temps passe, plus notre conversion ressemble à une confession. En regardant les yeux jaunes et vitreux d’un vélociraptor, Dakota me dit : « Je ne crois pas que les dinosaures ont vraiment existé. C’est un de mes secrets. Quand je le dis, on me répond que je suis folle. » Je lui demande ce en quoi elle croit alors.

« Je crois que nous vivons dans un univers holographique où tout ce qu’on vit fait partie d’une simulation. – Comme dans Inception? – Oui. J’ai vécu beaucoup d’expériences où j’ai vu que ce monde n’est pas tout. La vie, c’est plus que naître et passer tout son temps à travailler pour avoir de l’argent qui n’a même pas de sens : l’argent est juste un truc que les humains ont inventé. »
Je lui demande si elle parle de ce genre de réflexions avec ses clients ou si elle doit être plus réservée. « Si je disais ça à des clients, ils prendraient leurs distances. Parfois, si je vais prendre un verre avec eux, je deviens trop à l’aise. Une fois, en parlant du Brexit avec un client habituel, j’ai dit qu’on devrait avoir un deuxième référendum, parce que beaucoup des personnes qui ont voté pour le Brexit sont mortes maintenant. Ça l’a offusqué. Je pense que c’est parce que j’ai parlé de personnes mortes. Je me suis dit : “Oh, merde, j’aurais dû me la fermer.” »

On va prendre un café et deux roulés végétariens exagérément chers. Dakota me parle de son passé. « Le gars avec qui j’ai perdu ma virginité a disparu presque instantanément. J’avais le cœur brisé et j’étais terrifiée. Je pensais que personne ne m’aimerait jamais à cause de ce que j’avais fait. Culturellement, c’était grave pour moi, parce que mes parents sont religieux et ils pensent qu’on ne devrait avoir des relations sexuelles qu’avec la personne qu’on va épouser. »

J’aime que Dakota me raconte des choses qu’elle ne dirait probablement pas à un autre client. Je lui demande s’il y a une différence entre les amis loués et les vrais amis. « Les vrais amis disent ce qu’on ne veut pas entendre. Les gens n’aiment pas avoir tort. Ils se disent : “Oh, elle a vraiment osé me dire ça!?” Ils ne se demandent pas : “Quelle est la leçon à en retirer?” Une fois, une personne m’a demandé conseil à propos d’un problème personnel, et j’ai été trop sévère. Je lui ai dit : “Si ta femme ne répond pas à tes besoins, tu devrais t’en aller. Tu mérites quelqu’un qui contribue à te valoriser.” Il s’est vraiment mis sur la défensive. » dit-elle avec un de ces sourires qu’un peintre ne rendra jamais et qu’un physiologiste désespèrera toujours d’analyser.
« Quand on a un salaire du monde de la finance, on peut s’acheter ce que l’on veut, mais peut-être que cette situation éloigne ce dont on a besoin. Comme quelqu’un qui vous dit d’arrêter de regarder les photos de votre ex au spa sur Instagram. Quelqu’un qui vous dit que votre façon de mâcher est repoussante. Quelqu’un qui vous dit qu’une chambre décorée d’objets aux couleurs de votre équipe de sport préférée et d’une affiche d’une joueuse de tennis qui se gratte le derrière n’est pas un endroit où l’on amène une dame. Les amis réels vous remettent sur le droit chemin, mais les amis loués, non. » J’essaie de déceler dans son regard un brin de compassion, ne fut-ce qu’un petit éclat. Les yeux ne sont-ils pas l’endroit du corps par lequel passe la véritable altérité ?

C’est déjà le moment de se quitter. Une brève étreinte. Quelque chose semble s’être cassé. Ou alors c’est juste moi. Alors que je marche vers l’arrêt d’autobus, je reçois déjà un texto de Dakota : « Merci beaucoup pour cette journée Yumi ! C’était vraiment fun, à bientôt peut-être ! » Il est difficile de savoir à quel point elle le pense, ou si elle a révélé des détails de sa vie personnelle pour feindre un rapprochement. Quoi qu’il en soit, je me suis sentie moins seule. Je me demande si Dakota, quand elle travaillera à plein temps dans la finance, se louera un ami à son tour. Je crois qu’écrasée par le poids de la solitude devant un yakisoba, les yeux rouges à force de travailler tard, elle aura besoin d’un ami réel qui lui dira de travailler un peu moins.
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Icer MessagePosté le: Lun 03 Juin 2019 20:22   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Messages: 2216
Localisation: Territoire banquise
Citation:
comme une sorte de Yoda de la génération Instagram


Cette citation pourrait d'une certaine façon suffire à justifier la lecture des deux chapitres de retard que j'avais. Elle est vraiment bien trouvée !

La qualité est toujours au rendez-vous et le style, immersif. Même si scénaristiquement on débute à peine, on remarque quelques clins d’œils (c'est le mot) bien pensés, comme le fait que notre bon vieux (futur) savant semble avoir des problèmes oculaires, amorce peut-être d'explication sur les lunettes noires...

J’apprécie également la liberté de ton et la façon dont tu n'hésites pas à brosser des sujets tels que la dictature de certains codes sociaux, la solitude perverse que cela peut engendrer avec, bien sûr, le réalisme froid de notre monde qui a naturellement trouvé comme remède... la loi du marché. Finalement, es américains sont les seuls a avoir réellement gagné la guerre... même si dans vingt ans, on dira que ce sont les chinois, héhé.

Un grand bravo, continue comme ça.

En tout cas, maintenant que tu es débloqué, tu vas sûrement pouvoir poster la suite ! Very Happy

_________________
http://i.imgur.com/028X4Mi.pnghttp://i.imgur.com/dwRODrW.pnghttp://i.imgur.com/mrzFMxc.pnghttps://i.imgur.com/X3qVFnj.gifhttp://i.imgur.com/h4vVXZT.pnghttp://i.imgur.com/gDzGjSF.pnghttp://i.imgur.com/x46kNev.png

« Les incertitudes, je veux en faire des Icertitudes... »

https://i.imgur.com/C4V4qOM.png
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Dakota Browning MessagePosté le: Mer 28 Aoû 2019 13:26   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kankrelat]


Inscrit le: 17 Juil 2018
Messages: 9
Après tes interventions sur mes OS (qui m'ont bien encouragée à poursuivre je dois le dire), je te remercie également pour ton commentaire Icer !
J'espère que ce quatrième chapitre vous plaira tout autant, il permet -notamment- d'observer d'un point de vue extérieur la mentalité de ceux qui dirigent le Manoir... n'hésitez pas à vous référer à la liste des personnages en début de topic si vous êtes perdu(e)s Wink

C'est un coin perdu sur l'Atlantique
C'est exotique
C'est un coin secret sous les palmiers
C'est fantastique
Je pourrais te montrer pour y aller c'est très facile
Ferme les yeux et laisse s'entremêler tes cils
Déjà nous y voilà
Bienvenue sur la baie

Ce n'est pas Paris
Et ce n'est pas Londres
Ce n'est pas Berlin
Ni même Hong-Kong
Pas Tokyo et il fait si chaud
Bienvenue sur la baie

On est si bien... sur la baie
Les femmes sont nues
Les hommes aussi
Rien à se cacher
Rien à se cacher
Et le jus des fruits
Entre leurs doigts
Vient se glisser
Je pourrais te montrer
Pour y aller c'est très facile
Ferme les yeux et laisse s'entremêler tes cils

Déjà nous y voilà
Bienvenue sur la baie
Ce n'est pas Paris
Et ce n'est pas Londres
Ce n'est pas Berlin
Ni même Hong-Kong
Pas Sceaux et il fait si chaud
Je t'emmène, je t'emmène sur la baie
Pour y aller c'est très facile...


Chapitre 4 : Dans le cerveau des monstres

2021


Ce n’est pas sans raison si, lorsque vous sortez de l’ascenseur de la Sun Hung Kai au quarante-huitième étage, vous pouvez lire « WW Art Dealer » en lettres d’or sur la porte de verre teinté de mon spacieux bureau. Tout, depuis mon enfance, m’a conduit, tout s’est agencé pour que je sois à la place que j’occupe aujourd’hui. J’ai subi une éducation qui m’a semblé rigoureuse mais, tout au long de mon parcours, elle a certainement joué un rôle prédominant, à l’instar de ma situation familiale. Etre le fils d’un géant industriel ne fut pas toujours facile même si cette condition parait enviable. La « Belpois Corporation », créée par mon arrière-grand-père, n’est pas devenue un groupe pesant plusieurs milliards de livres sans sacrifices. C’est sûrement la raison du succès : le sacrifice.

J’ai tendance à me sentir à l’étroit à Hong Kong, gigantesque fourmilière coincée entre la Chine et la mer du même nom qui sent la moule comme une jeune fille qui se néglige. Ma ville natale et siège de l’entreprise dirigée par mon père est Sheffield, dans le nord de l’Angleterre. Ma famille a fait fortune pendant l’essor sidérurgique qu’a connu le Yorkshire en début de vingtième siècle. Mon statut d’enfant unique ne m’a pas laissé le choix quant à mon avenir : j’allais être élevé pour succéder à mon père, perspective qui ne m’a jamais enchanté. Mais Sheffield, malgré son passé industriel, regorge de constructions qui ne passent pas inaperçues comme le Weston Park, la Sheffield Town House et sa magnifique université.
Cette dernière m’a offert toutes les clés pour me hisser si haut dans le domaine que j’ai choisi d’exploiter. Je n’ai pas vraiment opté pour les sciences économiques : mon père l’a fait pour moi. En revanche, prendre une option de psychologie fut l’un des choix les plus judicieux que j’ai réalisé. Grâce à celle-ci, j’ai découvert à quel point l’être humain aime posséder. D'ailleurs, la une du canard de ce matin le prouve encore : "L’employé d’un hôtel prestigieux, proche de la retraite, démantèle un trafic d’êtres humains après avoir constaté des irrégularités entre les dépenses et les admissions de l’hôtel où il travaille." Quand je dis que l'accumulation de biens rend fou...

J’ai exploité ce désir de propriété en profondeur et c’est alors tout naturellement que je suis devenu marchand d’art. L’utilité des objets de ma galerie est inversement proportionnelle à leur prix… Etrange, n’est-il pas ? Ce juteux business permet déjà d’assurer la pérennité de ma descendance pour les dix générations à venir, au minimum. Et comme l’Angleterre ne proposait pas un marché suffisamment intéressant, j’ai migré jusqu’à Hong Kong, où presque chaque individu est présent pour faire affaire.
Je me suis ensuite spécialisé dans les objets issus du monde du sport, auxquels je prévois un avenir radieux. Les supporters fortunés sont prêts à dépenser des sommes astronomiques pour acquérir le matériel utilisé par leur sportif favori. J’envoie donc mes collaborateurs (ou mes sbires, comme j’aime les appeler) aux quatre coins de la planète afin qu’ils dénichent les pépites qui m’enrichiront davantage. Mais ma meilleure alliée, celle qui arrive à me redonner de l’énergie et du courage en tout temps, est indispensable à mes yeux. Elle est blanche comme la neige, délicate, douce et légère. Décidément, la vie serait toute autre sans cocaïne. Faut bien remplacer une addiction par une autre... même si je fais mon possible pour ne pas y songer. Il y a des lieux où il vaut mieux que l'esprit ne s'aventure pas ; parce qu'il s'y égare nécessairement. Et là, ça fait mal.

***


D'une certaine façon, les mariages célébrés au sein de l'Ordre, un groupe mormon polygame séparatiste situé à Whistlesbay, ont beaucoup de similarités avec les cérémonies régulières et séculières. « Il n’y a rien de bizarre : la fille a une robe blanche, elle descend l'allée. C'est assez typique », raconte Anthéa Johnson dans sa maison de retraire, elle qui a quitté l'Ordre à l'âge de 37 ans.

Il y a pourtant quelques différences majeures : contrairement aux mariages traditionnels, on ne dit pas « jusqu'à ce que la mort nous sépare », mais « maintenant et à jamais ».
« Et juste avant que vous prononciez vos vœux, la précédente épouse du marié prend votre main et la joint à celle de votre mari, ajoute Anthéa. Cela signifie qu'elle est d'accord avec ce qui se passe ; c'est une sorte de symbole qu'elle donne à son mari. »

Ces dernières années, les mariages de l’Ordre sont devenus encore plus atypiques : depuis que Robert Schaeffer et Nigel Schaeffer, deux des plus haut gradés de l'Ordre, ont été victimes de rumeurs d'inceste et viol – ils sont mariés à plusieurs de leurs propres nièces, demi-sœurs et cousines, dont certaines étaient mineures au moment de la cérémonie – le protocole a changé. « Maintenant, les fiancés et la personne qui doit les marier sont emmenés dans une pièce séparée du Manoir afin que personne ne puisse assister à leur mariage, explique Anthéa. Ainsi, il n’y a pas de témoins, car ces femmes sont souvent mineures et épousent un homme plus âgé, généralement de leur famille. Certains tiquent. Mais parfois, il vaut mieux éviter d'expliquer votre opinion à celui qui ne la comprend pas. Car de toute façon, il ne sera convaincu que par ce qu'il veut. »

La douleur a resurgi, intacte. En fait, elle était toujours là. Entre deux poignées de main et claques dans le dos, elle restait à côté de Anthéa, lui tapotait l'épaule, lui chuchotait à l'oreille, histoire de lui rappeler qu'elles étaient partenaires à vie. Et toutes ces questions posées par Dakota la minaient encore plus. Ses traits étaient tirés à présent, crispés presque. Et ses yeux, on aurait cru des billes de verre fêlées de l'intérieur.

« Épouser des mineures, ce n’est pas nouveau au sein de la secte. Si elles sont bien dressées, pas besoin de les faire taire par après... elles suivront le pas, la cadence imposée. »

Quand Anthéa avait 15 ans, elle a rêvé qu'elle devait épouser un fameux poisson au sein de la famille dirigeante: le petit dernier, Waldo Schaeffer. Parce que leur religion – une interprétation fondamentaliste du mormonisme traditionnel – croit que les prophéties de Dieu peuvent venir à vous pendant votre sommeil, comme ç’a été le cas pour le prophète mormon original Joseph Smith, les membres de l'Ordre accordent une importance particulière à l'interprétation littérale des rêves. « Ils élèvent l'interprétation des rêves à un niveau supérieur, dit Anthéa. Ils basent en quelque sorte leur vie dessus. » Après qu'elle a raconté son rêve à sa famille, le mariage arrangé s'est rapidement concrétisé. À l’époque, Waldo avait déjà une femme... et de fameux problèmes mentaux. Il parlait de fumée noire envahissante, de monstres cliquetants et de désert aride.

Bien sûr, les rêves en eux-mêmes sont influencés par la vie réelle. Une personne que vous avez vue au cours de la journée peut apparaître dans vos rêves la nuit – c’est tout simplement votre subconscient qui traite les événements de la journée. La théorie voudrait donc que le fait de rêver d'une personne ne signifie pas nécessairement que vous êtes censé l'épouser. « En y repensant, dit Anthéa, j’ai grandi avec lui, donc je le voyais beaucoup. » Cela pourrait expliquer pourquoi elle a rêvé de lui, d’autant plus que les filles et garçons de l’Ordre interagissent rarement avec des personnes du sexe opposé qui ne font pas partie de leur famille – bien que, pour être clair, la plupart des membres de l'Ordre sont apparentés d'une façon ou d'une autre, et beaucoup finissent par épouser un cousin proche ou même un demi-frère de sang.

Ils peuvent seulement discuter entre eux pendant les soirées arrangées de la secte. « Pour les couples mariés, ça peut être un rencard. Les hommes y vont pour danser avec chacune de leurs épouses. Et pour ceux qui ne sont pas encore mariés, c’est le moment de se séduire et d’apprendre à se connaître », explique Anthéa.

« Les hommes peuvent danser avec qui ils veulent, excepté les femmes mariées, poursuit-elle. Une fille mariée a seulement le droit de danser avec son époux, à la limite son père ou son frère. Mais les hommes mariés peuvent danser avec toutes les femmes célibataires. » Si un homme – marié ou célibataire – décide de courtiser une femme célibataire, il doit se présenter à elle en tant que choix. « Les filles ne peuvent épouser que les hommes mariés qui se présentent à elles en tant que choix ». Et pour devenir un choix, l’homme doit d’abord recevoir l’approbation et la permission des leaders de l’Ordre, explique Val, un ancien membre expulsé en raison de son homosexualité. Val travaillait comme cuisinier dans l’une des écoles de la secte et réalisait souvent les gâteaux de mariages polygames. « Une rupture est toujours décidée par l'homme et ressemble étrangement à une naissance – une épreuve douloureuse dont vous sortirez couvert de merde. » La femme, promesse d'évasion et d'ivresse, est paradoxalement représentée au sein de la secte comme un être sensible et indifférent à ses propres émotions, invincible muse et horreur qui doit être détruite.

Même si Anthéa a rêvé de son mariage avec Waldo Schaeffer, et qu’elle prenait cet aspect de sa religion très au sérieux, ce n’était pas quelque chose qu’elle voulait. « Plusieurs semaines avant, j’ai avoué à ma mère que je ne voulais pas de ce mariage. Elle m’a emmenée voir Waldo et sa mère, Lady Cora Schaeffer, et m’a dit : "Si tu ne veux pas le faire, tu n’as qu’à le leur dire". »

Mais Anthéa n’avait que 15 ans et n’était pas à l’aise devant ses leaders spirituels. « Alors que le mariage approchait, j’ai commencé à en parler à d’autres personnes, notamment à mes sœurs. Mais tout le monde me disait que j’allais apprendre à le connaître et à l’aimer. »

Le jour de son mariage, Anthéa s’est enfermée dans la salle de bains pendant deux heures. Elle pleurait et refusait de sortir. Ses sœurs ont essayé d’ouvrir la porte et de la réconforter, mais elle n’a accepté de parler qu’à Mary Brown, sœur de Waldo et de Nigel le principal leader de l’église. « Si tu ne veux pas le faire, sors de là et va dire à tous ces gens qui ont travaillé dur pour préparer ton mariage que tu ne veux pas te marier », lui a dit Mary.

« Aujourd’hui, c’est ce que j’aurais fait, mais à l’époque… Je ne voulais pas décevoir ma famille », dit-elle. Anthéa a donc fini par se marier, dans une longue robe blanche cousue par ses soins. « Tous les gens présents lors de la cérémonie savaient que je ne voulais pas me marier… Ils connaissaient mon âge ; ils connaissaient la situation, et ils sont juste restés assis et ont observé passivement, dit-elle. Je n’ai même jamais vu mes photos de mariage. Waldo les a peut-être développées. Je n’en sais rien. Et je ne le saurai jamais. J'ai été radiée de l'Ordre... en laissant mon véritable amour derrière moi. »

***


Je fume de l'herbe tous les jours depuis mes 17 ans environ, j'estime être dépendante. Je fume environ dix grammes par semaine, parfois un peu plus, parfois un peu moins. En moyenne, le gramme est à 8 euros, donc ça fait 80 euros par semaine. Il y a 52 semaines dans l'année, j'ai calculé, ça fait 4 160 euros par an. C’est énorme quand comme moi on est payé au SMIC. J’ai plusieurs dealers, j'en vois deux principalement mais j'ai d'autres contacts au cas où ces deux vendeurs ne sont pas disponibles quand j’ai besoin d'herbe.

Je le dis clairement : il y a des rapports de séduction entre dealers et clientes, et j’en joue. Ceux qui affirment que le monde est malade – notamment dans les relations hommes/femmes – ne se doutent même pas de l'ampleur des dégâts. Néanmoins, malgré une potentielle dangerosité, j'aime les jeux de regards où les yeux parlent plus que les mots. Je ne vais pas écarter les cuisses pour avoir ma weed, non, mais je sais que si je suis sympa avec le type, il va me mettre bien. Je parle avec lui, je lui pose des questions sur sa vie, je le mets à l’aise, je souris, je ris à ses blagues, je réponds à ses regards. Je joue de ce statut qu’on a, nous les femmes, pour profiter un peu de la situation. Et ça marche : j'ai déjà eu de la coke et de la beuh moins chères. Je le sais parce qu’une fois, j’étais allée voir un dealer, j’avais eu la coke à 70 le gramme, et la beuh à 6. Le lendemain, j’ai un pote à moi qui y est allé, et il a topé la coke à 80 et la weed à 7.

Je dois avouer que les premiers contacts avec le milieu sont flippants.

Mais bon... Affronter ses peurs c’est comme quand on plonge dans une piscine extérieure, au début c’est désagréable et froid mais une fois qu’on est dedans on se sent bien.

J’essaye toujours de garder le contrôle et de ne pas me mettre en danger, ça reste de la drogue, c'est bidon. Si je sens que le dealer attend plus que juste un peu de séduction, s’il me demande mon numéro ou mon Snap, je ne m’attarde pas et je me barre, voilà. Je fonctionne à l’instinct. Mais je ne me suis jamais sentie menacée. Et puis, en général, j'essaie de ne pas y aller toute seule, mais toujours accompagnée d’une copine. Si j'y vais avec un mec, c’est sûr que je ne bénéficierai pas de ristourne.

« Il n'aura rien de plus que quelques regards appuyés et sourires en coin, et les économies que je fais sont plus importantes que l'image qu’on peut se faire de moi »

Je ne comprends pas que certains puissent trouver ce que je fais choquant. J’ai déjà eu des copines avec qui j'allais toper qui, en sortant de chez le dealer, me disaient des choses du genre : « Mais pourquoi tu rentres dans son jeu ? », « Ce n’est pas un peu hypocrite ? », voire « Ça fait un peu pute à came, ton attitude, non ? ». C’est un échange de bon procédé : le dealer a le sentiment de plaire pendant un quart d'heure, ça fait du bien à son ego, et moi je paye moins cher mes produits. Il y a bien des filles qui attendent de leur date qu’il leur paye le restaurant, ou d’autres en boîtes de nuit qui n’adressent pas la parole à un mec s’il ne leur a pas offert un verre. Sauf que dans mon cas, le dealer ne lâche pas d'argent à proprement parler, il se fait juste un peu moins de bénéfice.

Je n'irais pas jusqu'à dire que ce que je fais est féministe, mais en tout cas je n’ai clairement pas l'impression de desservir la cause des femmes en faisant ça. Je veux dire, c'est mon corps, et si j’ai envie de l'utiliser pendant quinze minutes comme un outil de séduction qui me permet d'obtenir des avantages économiques, ça me regarde, non ? Je ne fais de mal à personne. Au contraire, ça me donne confiance en moi, ça me fait rire, et le dealer doit trouver ça plaisant aussi. On est dans une société sexiste de toute manière, alors plutôt que de subir les stéréotypes, je préfère les détourner pour qu'ils me soient utiles. Je m'en fous, que le dealer pense que je suis une pétasse ou une allumeuse : il n'aura rien de plus que quelques regards appuyés et sourires en coin, et les économies que je fais sont plus importantes que l'image qu’on peut se faire de moi. De toute façon, je suis célibataire... sans doute parce que je suis comme la dernière part du gâteau: tout le monde me veut mais personne ne me prend.

Je pense que mes deux dealers principaux ont bien compris que c’était un jeu, rien de plus. Avec eux, il n'y a pas de problème. Ça a presque évolué en taquineries, c’est de la drague mutuelle gentille, ils ne me plaisent pas vraiment, je ne suis pas sûre de réellement leur plaire non plus, c'est amusant et ça coûte moins cher, c'est tout. Ils me voient comme une cliente agréable, je les vois comme des dealers qui m’arrangent. Ça rend le moment plus sympathique pour tout le monde, mais dans nos échanges par SMS, c’est purement commercial : on se dit où, à quelle heure, combien, et basta. Il y en a d’autres où je ne suis allée qu'une fois, parce que j'ai justement joué de la séduction et qu’ils ont pris ça trop au sérieux : soit ils n'ont pas bien accepté le fait que je ne veuille pas prolonger les échanges avec eux après avoir eu ma beuh, soit j’ai senti qu’ils n’aimaient pas ce jeu de séduction un peu factice et qu’ils risquaient de mal le prendre.

Ça arrive aussi que j'aille voir un dealer que je ne connais pas et que je ne rentre pas dans ce jeu de séduction, parce que le mec n’instaure pas ce rapport, ou parce que je trouvais la situation un peu craignos : il y avait des potes à lui, ou le type n'avait pas l'air net. Je m'adapte vraiment aux situations. Dans tous les cas, j'ai calculé : en ayant en moyenne ma beuh à 6 au lieu de 8, j’économise plus de mille euros par an. Autant vous dire que le jeu en vaut la chandelle.

En gardant du fric malgré ma consommation, j'espère un jour retaper la pierre tombale de mon père. Il me manque, mine de rien. Ce serait sympa si le ciel avait ses heures d'ouverture pour me permettre de le revoir, un peu comme dans un musée: quelques heures d'échappement vers un autre lieu pour découvrir des choses inédites. Car oui, Waldo me manque... malgré ce qu'il a pu faire à ma sœur.
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Icer MessagePosté le: Dim 01 Sep 2019 15:49   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Excellent, c'est reparti. Quelques remarques en vrac :

Citation:
Mais ma meilleure alliée, celle qui arrive à me redonner de l’énergie et du courage en tout temps, est indispensable à mes yeux. Elle est blanche comme la neige, délicate, douce et légère. Décidément, la vie serait toute autre sans cocaïne.


Je suis ravi de voir que tu as gardé le meilleur de l'OS sur Hervé XD

Citation:
Parce que leur religion – une interprétation fondamentaliste du mormonisme traditionnel – croit que les prophéties de Dieu peuvent venir à vous pendant votre sommeil, comme ç’a été le cas pour le prophète mormon original Joseph Smith, les membres de l'Ordre accordent une importance particulière à l'interprétation littérale des rêves.


Hum... voilà qui me semble très...

Spoiler


Citation:
[Quasiment toute la troisième séquence]


Tiens, toi aussi tu es adepte des C/C d'internet à la Valérie ? Razz Enfin au moins, on sait que le cas est concret...

Enfin, en tout cas, c'était un chapitre fort sympathique...


https://i.imgur.com/PAPDcNN.jpg


Spoiler


Ah, c'est plutôt malin... bon eh bien du coup... à la prochaine !

_________________
http://i.imgur.com/028X4Mi.pnghttp://i.imgur.com/dwRODrW.pnghttp://i.imgur.com/mrzFMxc.pnghttps://i.imgur.com/X3qVFnj.gifhttp://i.imgur.com/h4vVXZT.pnghttp://i.imgur.com/gDzGjSF.pnghttp://i.imgur.com/x46kNev.png

« Les incertitudes, je veux en faire des Icertitudes... »

https://i.imgur.com/C4V4qOM.png
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Dakota Browning MessagePosté le: Mer 16 Oct 2019 16:16   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kankrelat]


Inscrit le: 17 Juil 2018
Messages: 9
Merci Icer pour ton commentaire, mine de rien cela m'encourage vraiment à continuer et je compte bien finir ce que j'ai commencé.
Me voilà de retour avec un nouveau chapitre, qui commence peu à peu à se diriger vers le cerveau du protagoniste principal de cette fanfic, j'espère que cela vous plaira !

Chapitre 5 : Belle du Seigneur

2001


L'accident est toujours dû à une certaine forme de malchance et, surtout, de hasard.
Certaines personnes pensent que le hasard fait bien les choses, je suis de celles qui pensent qu’il faut savoir profiter des occasions qui se présentent, et que ce n’est donc pas qu’une question de hasard et de chance.

Ainsi, en cette fin d’après-midi de mercredi, alors que je sors du métro et descends à pied l’avenue Maeterlinck pour rejoindre mon domicile, je croise Vincent qui semble revenir de faire ses courses. Pas facile la vie de célibataire, pas de femme au foyer dévouée (et surtout soumise) pour remplir le frigo ! Il me salue respectueusement et m’invite à prendre une boisson à la terrasse de l’un de ses bars ; j’accepte volontiers. Une fois assis devant nos consommations, nous parlons un peu de la météo, puis de sujets divers lorsqu’il me dit :

— Lynette, quel dommage que tu sois mariée, j’avais une proposition de sortie à te faire pour samedi soir.
Je réfléchis quelques secondes, puis lui dis
— Jean-Pierre est assez tolérant comme époux et accepte que je sorte seule de temps en temps. Il est assez débrouillard pour s’occuper de notre fille tout seul. Je peux donc m’organiser pour samedi soir.

Il me répond :
— C’est parfait. Je suis certain que vous allez apprécier cette soirée…

Je ferme les yeux et juste la manière dont il prononce ces mots, avec sa voix si… suave. Cela réchauffe mon bas-ventre et je serre fort les jambes pour contenir l’envie bestiale qui monte en moi. Je demande :
— Quel est le dress code de la soirée ? Imposé ou libre ?
Vincent me répond :
— Si vous avez une tenue en cuir, ce serait bien, ou alors quelque chose de très animal. Et impérativement un string !
Puis il ajoute :
— Je vous attendrai à 18h30 avec ma voiture près de la station de métro Jasmin.


Quelques instants plus tard, il me quitte en me disant qu’il a vraiment hâte de me retrouver samedi.
Faire accepter à Jean-Piere que je sorte avec Vincent n’a pas été trop difficile, mais le coquin y a mis des conditions. Tout d’abord, j’ai dû lui faire une belle fellation tous les soirs dans le salon avant qu’il m’honore comme il se doit dans la chambre conjugale. Par ailleurs, j’ai dû m’engager à demander à Vincent de faire quelques belles photos de cette sortie pour qu’il puisse les regarder par la suite. Enfin, il a décidé que c’est lui qui choisirait la tenue que je porterai pour cette soirée, dont nous ignorons tous les deux le contenu. J’ai d’ailleurs volontairement omis de parler des autres convives à Jean-Pierre. Le fait que j’ai un amant régulier l’excite… alors que plus… cela pourrait faire basculer son humeur je pense.

Pour éviter tout commentaire de nos voisins, c’est vêtue de mon léger trench-coat en toile de coton que je quitte notre appartement vers 18h20 en ce samedi soir. Je porte un grand sac à main où j’ai fourré quelques accessoires, dont une autre paire de chaussures. Ainsi habillée, très style XVIe, Porte de Passy, nul ne peut imaginer que je suis en route pour une soirée un peu particulière.
Lorsque j’arrive à la station de métro Jasmin, Vincent signale sa présence d’un discret appel de phare. Je rejoins sa voiture, une vieille Jaguar MK II blanche avec tableau de bord en ronce de noyer et sellerie en cuir. En m’asseyant, je veille à bien relever mon trench-coat pour que mes fesses soient en contact avec le cuir. Que c’est excitant !
Vincent porte une tenue de gentleman-farmer et, dès que je suis assise près de lui, remonte sa main entre mes jambes pour vérifier que je porte bien un string. Dès qu’il a effectué cette petite vérification, nous prenons la route et, après le périphérique, nous voici en direction de l’A13. Devinant mon appréhension de quitter Paris, Vincent me rassure en me disant que nous nous rendons dans la propriété d’amis dans la vallée de Chevreuse. Après une trentaine de minutes, la voiture ralentit en longeant le mur d’enceinte d’un parc, puis s’arrête devant un grand portail. Vincent sonne à l’interphone, le portail s’ouvre devant nous et se referme aussitôt la voiture entrée. Nous faisons encore trois cents mètres en véhicule puis la voiture se gare à côté de quatre ou cinq autres belles bagnoles. Tout en tenant un attaché-case d’une main, Vincent me donne le bras et nous entrons dans une vaste demeure.
Aussitôt, un homme vient vers nous :
— Bonsoir, Vincent, je suis ravi de te revoir en charmante compagnie ; la dernière chasse à laquelle tu es venu remonte déjà à quelques mois.
Mon chevalier servant lui répond :
— Bonsoir, Evan, oui, cela fait bien longtemps. Mais comme tu le sais, je suis célibataire et il n’est pas facile de trouver d’élégantes partenaires pour participer à tes soirées. Mais comme tu le vois, Lynette est particulièrement ravissante et elle est très joueuse.
Evan s’incline devant moi et me fait le baisemain en me disant :
— Ravi de vous rencontrer Lynette. Nul doute que vous serez un gibier de choix au cours de la soirée.
Ses propos me surprennent un peu, mais autant jouer le jeu, même si je n’en connais pas les règles pour l’instant. Je lui réponds donc :
— Très cher Evan, le gibier n’est peut-être pas si facile que ça à attraper. Et attention à ne pas lâcher la proie pour l’ombre.....
Notre conversation est soudain coupée net par le retentissement d’une sonnette nous appelant à passer à table.
Nous nous retrouvons à une trentaine de convives autour la table, dont seulement cinq femmes. Je remarque également que cinq chiens, des molosses noirs d’une race qui m’est inconnue, sont attachés dans un coin de la salle. Tous les hommes sont habillés comme Evan et Vincent, certains avec des pantalons de golf, mais tous ressemblent plus ou moins à des chasseurs. Les femmes sont d’âge divers, des plus ou moins jeunes, mais toutes sont habillées très sexy. Comme le dress code l’exigeait, trois sont en cuir avec minijupe et chaussures montantes. La quatrième est habillée d’un ensemble haut et jupe zébrée et est chaussée de baskets assorties. En ce qui me concerne, j’ai enfilé une robe léopard très près du corps qui dessine particulièrement mes formes et je suis chaussée de petites bottines en daim. Alors que l’on nous sert le dessert accompagné de champagne, Evan demande que l’on libère les chiens.

Aussitôt, cinq hommes – dont Vincent – se lèvent de table, détachent les chiens et reviennent à leur place pour finir le dîner. Au début, les chiens font quelques tours de la pièce puis disparaissent sous la longue table. Mes deux voisins de table posent une main sur mes genoux et me forcent à écarter les jambes, puis me les maintiennent bien ouvertes. Je remarque que les voisins des quatre autres femmes semblent agir de même, car ils ont tous une main sous la table. Bien vite, une truffe fraîche et humide se glisse entre mes jambes et remonte à ma chatte. Je ne peux rien faire, car mes deux voisins m’obligent à rester bien ouverte. La truffe remonte plus haut et une langue râpeuse effleure mon string, réussit à se glisser derrière le tissu et se glisse dans mon intimité. Cela ne dure que quelques secondes puis le chien repart. Mais, il est aussitôt remplacé par un autre, puis les trois autres se succèdent. J’imagine que les cinq chiens ont dû agir de même avec les quatre autres femmes.
Mais ce petit intermède animal n’empêche personne de finir son dessert et son champagne.
C’est alors que Evan, le maître de cérémonie se lève, fait tinter son verre pour obtenir le silence puis annonce :
— Mesdames, bien que vous soyez minoritaires autour cette table, c’est tout de même vous cinq qui êtes les reines de la soirée. D’ici quelques instants, vous pourrez sortir de table, et vous aurez trente minutes pour vous disperser dans le parc et vous dissimuler dans l’une des nombreuses caches réparties dans le domaine.
Je trouvais que la soirée avait été bien sage jusqu’à présent, mais je comprends dès à présent que cela va changer. Evan poursuit :

— La nuit n’est pas encore tombée et vous n’aurez donc aucun mal à vous déplacer dans le parc. Soyez tranquille, il est entouré d’un mur d’enceinte et vous ne risquez donc pas d’en dépasser les limites. Dans trente minutes, lorsque vous serez cachées, vous entendrez sonner un cor de chasse qui signifiera que nous partons à votre recherche. Nous serons répartis en cinq groupes de cinq chasseurs et chaque groupe disposera d’un chien pour vous pister. Lorsqu’un groupe trouve son gibier, il peut en disposer comme il le souhaite !
J’échange un petit regard avec les quatre autres femmes qui me répondent par un petit sourire. Comme moi, elles doivent être joueuses et apprécier la pluralité. Evan reprend la parole :
— Pour savoir quel gibier est attribué à quel groupe, le principe est simple.
Avant de poursuivre, Evan se déplace d’une femme à l’autre, la fait mettre debout, se met à genoux devant elle et lui retire son string. Je suis la dernière et, en se relevant avec mon string à la main, il me fixe longuement sans rien dire. Revenu à sa place, il ajoute :
— Mesdames, vous pouvez maintenant fuir pour aller vous cacher. Vos cinq strings vont être répartis au hasard entre les cinq groupes de chasse et ce n’est qu’au moment de l’hallali que les chasseurs découvriront quel gibier ils chassent. Pendant le dessert, les cinq chiens ont largement eu l’occasion de se familiariser avec votre odeur de femelle, nul doute qu’ils sauront vous retrouver maintenant dans la nuit.
Quelques instants plus tard, nous sommes cinq femmes à sortir par la grande porte et à nous précipiter dans le parc pour partir dans des directions différentes. Comme je suis sportive, je décide de couper à travers les bois en espérant trouver l’une des cachettes où attendre la suite des événements. Bien que la nuit commence à tomber, j’y vois suffisamment clair pour marcher d’un pas alerte sans prendre le risque de tomber. Au bout d’une vingtaine de minutes, j’arrive au bord d’un étang au milieu duquel, il y a une petite île avec ce qui semble être une cabane de pêcheur. Je saute dans une barque accrochée au bord, donne quelques coups de rames, saute à terre sur l’île et me précipite dans le refuge. Ouf, la porte n’est pas fermée à clé et il y a un tas de couvertures et de fourrures jetées dans un coin. Je m’allonge dessus et je me dis que je n’ai plus qu’à attendre.
Quelques minutes plus tard, le son du cor de chasse retentit dans la nuit et les nombreux aboiements qui brisent le silence des lieux me confirment que la chasse vient de commencer.
J’ai dû m’endormir, car j’entends soudain des jappements et des voix pas très loin. J’essaye de regarder dehors par les interstices entre les planches de la cabane, mais la nuit est trop noire. J’imagine que le chien a guidé le groupe jusqu’à la berge où la piste s’arrête, et que les chasseurs ont compris que leur gibier s’est caché sur l’île. Il doit y avoir une seconde barque, car j’entends des clapotis sur l’eau. Les voix sont de plus en plus proches, et maintenant un chien aboie et gratte à la porte. Ils m’ont trouvée !
La porte s’ouvre brutalement, et voici Vincent qui entre avec Stark, suivis de Evan et de trois autres hommes. Evan s’écrit :
— Alors Lynette, nous vous avons enfin trouvée ! Mon chien a eu du mal à vous débusquer, mais c’est chose faite. En retirant les strings des cinq femmes, j’ai compris que c’est vous que je voulais. J’ai donc triché un peu pour répartir les strings entre les cinq groupes et avec Vincent je me suis assuré que l’on vous aurait comme proie.
Puis s’adressant aux autres hommes, il leur dit :
— Cette belle salope est maintenant à nous, mais, auparavant, nous allons tout de même donner une petite récompense à mon clebs ; il le mérite bien !
Tandis que Vincent retient son chien, deux hommes s’approchent et se saisissent de moi, puis me retirent ma robe léopard ; je ne suis plus qu’avec mes bottines. On jette une couverture sur une caisse et on me fait mettre à genoux, le ventre sur la couverture. Evan me couvre le dos d’une épaisse fourrure puis, s’adressant à Vincent, lui dit :
— Le clebs peut profiter de son cul, nous nous réservons ses autres orifices.
Vincent lâche son chien qui se rue sur moi et sa langue se promène dans mon sillon fessier. Deux hommes me tiennent bien, le chien se met sur ses pattes arrière et se colle à ma croupe. J’essaie de me débattre mais il est déjà trop tard… qu’ai-je fait ?

***


1958


« Tiebia podbrossili »… c’est une des rares fois où je me souviens dans quelle langue Cora m’a parlé, elle parlait parfois français avec moi et toujours avec Ella et Eliott pour ne pas « embrouiller les petits avec deux langues »… mais cette fois je le sais, c’est en russe qu’elle me l’a dit… en anglais elle aurait dû dire « on t’a abandonné », ce qui ne serait qu’un mou, exsangue équivalent des mots russes… le verbe russe dont elle s’est servie…
— Mais où était-ce ? À quel propos ?
— Nous marchions côte à côte dans un jardin morne, sur le sable d’une allée qui sinuait entre des pelouses… ce ne pouvait être que le parc Montsouris… Cora très maigre et pâle, coiffée d’un large chapeau de velours marron, le cou entouré d’un boa, poussait le landau de Ella, quand elle m’a dit : « Tiebia podbrossili »… Mais alors à quel propos ? cela, je ne le retrouve pas… peut-être à propos de rien, comme ça, parce que ça l’a traversée tout à coup… elle n’a pas cherché à le retenir, ou elle n’a pas pu… les mots russes ont jailli durs et drus comme ils sortaient toujours de sa bouche… « podbrossili » un verbe qui littéralement signifie « jeter », mais qui a de plus un préfixe irremplaçable, qui veut dire « sous », « par en dessous » et cet ensemble, ce verbe et son préfixe, évoque un fardeau dont subrepticement on s’est débarrassé sur quelqu’un d’autre…
— Comme fait le coucou ?
— Oui, mais il me semble que dans l’acte du coucou il y a de la précaution, de la prévoyance, tandis que ce mot russe évoque un rejet brutal en même temps que sournois…
— Tu ne t’es sûrement pas occupé à ce moment-là à découvrir toutes les richesses que ce mot recèle…
— Je n’en étais pas émerveillé comme je le suis maintenant, mais ce qui est certain, c’est que je n’ai pas perdu une parcelle… quel enfant la perdrait ?… de tout ce que ce verbe et le « tu » qui le précédait « tiebia podbrossili », me portaient…
Et curieusement, en même temps que la rancune de Cora contre ceux qui se sont débarrassés sur elle de ce poids et qui l’obligent à s’en charger, en même temps que sa rage contre cette charge que j’étais pour elle… oui, en même temps que ces mots me blessaient, leur brutalité même m’apportait un apaisement… On ne veut pas de moi là-bas, on me rejette, ce n’est donc pas ma faute, ce n’est pas de moi qu’est venue la décision, je dois rester ici que je le veuille ou non, je n’ai pas le choix. Il est clair, il est certain que c’est ici et nulle part ailleurs que je dois vivre. Ici. Avec tout ce qui s’y trouve.
— Et tu savais déjà que le caractère de Cora, ses rapports avec toi n’étaient qu’une partie, pas la plus importante, de ce « tout ».

En entrant dans ma chambre, avant même de déposer mon cartable, je vois que mon ours Michka que j’ai laissé couché sur mon lit… il est plus mou et doux qu’il n’a jamais été, quand il fait froid je le couvre jusqu’au cou avec un carré de laine tricotée et on n’aperçoit que sa petite tête jaune et soyeuse, ses oreilles amollies, les fils noirs usés de sa truffe, ses yeux brillants toujours aussi vifs… il n’est plus là… mais où est-il ? Je me précipite…
« Adèle, mon ours a disparu.
– C’est Ella qui l’a pris…
– Mais comment est-ce possible ?
– Elle a réussi à marcher jusqu’à ta chambre… la porte était ouverte Waldo…
– Où est-il ? Où l’a-t-elle mis ?
– Ah elle l’a déchiré… ce n’était pas difficile, il ne tenait qu’à un cheveu, ce n’était plus qu’une loque…
– Mais on peut le réparer, suppliai-je malgré-moi.
– Non, il n’y a rien à faire, je l’ai jeté… »
Je ne veux pas le revoir. Je ne dois pas dire un mot de plus sinon Adèle, c’est sûr, va me répondre : Des ours comme ça, on en trouve tant qu’on veut, et des tout neufs, des bien plus beaux… Je cours dans ma chambre, je me jette sur mon lit, je me vide de larmes…
— Jamais il ne t’est arrivé d’en vouloir à quelqu’un comme à ce moment-là tu en as voulu à Ella.
— Après j’ai mis hors de sa portée les boîtes russes en bois gravé, la ronde et la rectangulaire, le bol en bois peint, je ne sais plus quels autres trésors, mes trésors à moi, personne d’autre que moi ne connaît leur valeur, il ne faut pas que vienne les toucher, que puisse s’en emparer ce petit être criard, hagard, insensible, malfaisant, ce diable, ce démon…

Je demande à Cora, je ne sais plus à quel propos, mais peu importe, « Pourquoi on ne peut pas faire ça ? » et elle me répond « Parce que ça ne se fait pas » de son ton buté, fermé, en comprimant les voyelles encore plus qu’elle ne le fait d’ordinaire, les consonnes cognées les unes contre les autres s’abattent, un jet dur et dru qui lapide ce qui en moi remue, veut se soulever…
« Parce que ça ne se fait pas » est une barrière, un mur vers lequel elle me tire, contre lequel nous venons buter… nos yeux vides, globuleux le fixent, nous ne pouvons pas le franchir, il est inutile d’essayer, nos têtes résignées s’en détournent.
— Est-ce qu’à un tel moment, l’idée ne t’est pas venue de te servir de ce que ta mère t’avait remis avant de te quitter… tu l’avais quelque temps conservé…
— Oui, ces paroles de maman dans la chambre d’hôtel à Berlin, le soir qui a précédé notre séparation : « Cora est bête »… un paquet qu’elle m’a donné à emporter, comme ceux qu’on remet à son enfant qu’on va placer comme interne au collège… Tiens, mon chéri, ça pourra te servir quand tu seras loin de moi, tu pourras en avoir besoin là-bas…
— Non, là il faut que je t’arrête, tu te laisses entraîner, jamais ta mère n’a songé à te donner ça comme ces provisions ou ces remèdes familiaux dont on munit les enfants qu’on amène en pension… C’est toi qui l’as contrainte par tes questions : « Qu’est-ce que l’oncle t’a dit, maman ? De qui il t’a parlé ? » C’est parce qu’elle a fini par te céder qu’elle t’a répondu : « L’oncle m’a dit que j’étais bête »… mais pendant qu’elle prononçait ces mots, elle t’a perdu de vue, elle ne te voyait plus, ce n’est pas à toi qu’elle pensait, mais à quelque chose qui lui donnait un air surpris et amusé… quelque chose de drôle que l’oncle lui avait confié et qu’un instant elle a regardé… c’est de cette façon qu’avec son insouciance, son inconscience de toujours, ne songeant pas à ce que tu en ferais, elle t’a laissée le prendre et l’emporter avec toi : « Waldo est bête. »
— Et pendant les premiers temps je l’ai gardé, ça en valait la peine, je n’avais jamais rien vu de semblable. Une grande personne affublée d’un bonnet d’âne invisible… Il est clair que mon père ne le sait pas, ni Cora elle-même, ni qui que ce soit d’autre, sauf moi et l’oncle qui vient parfois comme si de rien n’était les voir, elle et papa, et n’en laisse absolument rien paraître.
« Waldo est bête »… c’est quelque chose qui doit manquer dans sa tête et le pauvre ne s’en doute pas, il n’y a rien à faire, je suis ainsi fait… mais au-dehors à quoi est-ce qu’on s’en aperçoit ? Qu’est-ce que l’oncle voit ? Il me parle exactement comme à tout le monde… mais moi, quand il m’interdit ou me recommande de faire telle ou telle chose… quand il dit ce qu’il pense de quoi que ce soit… suis-je capable de penser ? puis-je comprendre les enjeux de notre famille ? Puisque je suis « bête ».
C’est pénible de ne pas pouvoir me fier à ce qu’on me dit, d’être obligé de toujours m’interroger et il n’y a personne à qui me confier. À qui peut-on révéler pareille chose ?
— Il me semble qu’un jour, peu de temps après ton arrivée, avant la naissance d’Ella et Eliott, quand elle s’occupait de toi le mieux qu’elle pouvait… est-ce que je rêve ? est-il possible que tu aies fini par fondre en larmes et que tu lui aies dit…
— C’est à peine croyable, mais je le revois… J’ai réfléchi comme j’ai pu à ce que Cora venait de me demander de faire, puisqu’il ne m’est pas possible de croire tout ce qu’elle me dit, j’ai trouvé qu’elle n’avait pas raison, j’ai donc refusé de l’écouter…
— Mais qu’était-ce donc ?
— Je ne sais pas, je ne retrouve pas mon désespoir, ma solitude, ce poids énorme dont j’ai besoin de me délivrer… elle m’interroge, elle ne comprend pas…

« Pourquoi es-tu si entêté ? Pourquoi est-ce que tu refuses de m’écouter ?…
– Je ne peux pas le dire…
– Mais si, dis-le…
– Non, je ne peux pas… et enfin, entre mes sanglots… Je ne peux pas t’écouter parce que… parce que… je… suis… trop bête… pour te comprendre… On me l’a dit…
– Mais qui ? »
Je ne sais pas combien de temps il a fallu à ces mots qui m’étouffaient pour se frayer un chemin et lui exploser au visage : « C’est l’oncle qui est venu me chercher à Berlin… il l’a dit à maman. »
Aussi invraisemblable que ce soit, il est malheureusement certain que ça s’est passé. Mais c’était au début de mon séjour à Paris, avant d’ arriver à l’asile, quand j’étais encore ce faible petit enfant titubant, à peine sorti de ses « idées », qui s’accrochait, se confiait, avouait, risquait d’exaspérer, de provoquer la rancune, l’hostilité pour ne pas rester seul, à l’écart, portant en lui-même quelque chose qu’il ne faut laisser voir à personne, et qui le ronge, le possède…
Mais je suis ici depuis près de deux ans, je ne suis plus cet enfant fou… Les mots « Waldo est bête » ne me reviennent plus… D’ailleurs aucun mot ne vient s’appliquer sur moi désormais.
En passant dans le couloir devant la porte de la chambre à coucher où Cora est allée se mettre au lit de bonne heure, comme elle aime le faire, pour « lire tranquillement un bon roman », tandis que mon père reste encore quelque temps dans son cabinet de travail, à compulser des revues de chimie, à prendre des notes, je perçois un bruit étrange… ça ne ressemble à rien de ce que j’ai jamais entendu… c’est comme des plaintes, comme des geignements… ou peut-être des sanglots retenus… mais il y a là quelque chose de si démuni, d’innocent… c’est comme une détresse, un désespoir d’enfant qui s’échappe de lui, il ne peut pas le retenir, ça s’arrache du fond de son âme… l’entendre seulement fait mal… J’ouvre la porte, la lumière est allumée, Cora est couchée dans son lit, tournée vers le mur, enfoncée jusqu’aux oreilles dans ses draps, on ne voit dépasser que ses cheveux châtains aplatis pour la nuit et réunis dans sa nuque en une natte qui lui donne l’air d’une petite fille…

Je m’approche, je me penche par-dessus le lit, je lui dis tout doucement :
« Qu’est-ce que tu as ? Tu ne te sens pas bien ? je vois son visage violacé, détrempé, gonflé, un visage de gros bébé… Est-ce que je peux t’aider ? Veux-tu que je t’apporte à boire ? »
Elle fait non de la tête, elle arrive à articuler : « Ce n’est rien, ça va passer »…
Je soulève un coin du drap, j’essuie son visage, je caresse sa tête soyeuse et douce, toute tiède… et peu à peu elle s’apaise… Toujours sans se retourner, elle sort une main, elle la pose sur la mienne, elle serre mes doigts… je lui demande si elle veut que j’éteigne la lumière… « Non, non, ce n’est pas la peine, ne t’inquiète pas, ce n’était rien, je vais bien, je vais encore lire un peu… » Et je pars en refermant doucement la porte…
— Jamais un mot n’a plus été prononcé entre vous qui puisse rappeler cela.
— Et jamais je n’en ai dit mot à personne.
Après, je n’ai pas pu dormir, j’essayais de comprendre… mon père et Cora n’avaient pas paru être en froid, comme cela arrivait parfois, quand ils avaient des visages figés, se parlaient à peine à table… Ce soir-là, ils avaient eu l’air de bien s’entendre… alors pourquoi ? d’où cela était-il venu ?
Et pour la première fois, j’ai vu quelqu’un d’aussi familier, bien visible, connu que l’était pour moi Cora, devenir sous mes yeux quelqu’un de tout autre… des images, des bribes de récits qui étaient passés comme à distance d’elle, très loin, comme quelque part au large, revenaient, se plaquaient sur elle, la recouvraient… Elle est très gaie, affectueuse, même tendre… sa famille, ses amis l’aiment comme elle mérite d’être aimée… elle est toujours la première à vouloir s’amuser, à proposer d’aller en bande dans la forêt cueillir des fraises des bois, des champignons, elle sait bien les trouver, les reconnaître… elle adore danser, personne ne valse mieux, ne danse mieux la mazurka qu’elle… parfois on l’applaudit, elle reçoit un prix… ses carnets de bal, j’en ai vu dans ses tiroirs, attachés par une faveur bleue ou rose, sont toujours remplis, toutes les danses ont été retenues d’avance… elle s’évente en renversant en arrière son visage encore tout échauffé, tout rose, comme autrefois lorsqu’elle m’a fait tourner rue Boissonade, elle hoche la tête en souriant… Non, elle ne peut pas, elle doit refuser la prochaine valse à un de ces superbes officiers revêtus de l’uniforme blanc que j’ai admirés en feuilletant son album de famille… il y avait aussi la photographie de sa mère qui a un visage très bon, Cora l’aime tant qu’elle laisse rarement passer un jour sans lui écrire, et celle de son frère, de sa belle-sœur qui s’appelle Varia… Cora n’a pas de meilleure amie qu’elle… Et elle a quitté tout cela, elle est à l’autre bout du monde… à Whistlesbay, là où elle est devenue si froide et cassante. Mais pourtant jamais je ne l’ai entendue regretter, se plaindre, même à son retour, quand elle était allée passer quelques jours à Moscou, près des siens… C’est qu’elle est si résolue, si dure pour elle-même… cette grande cicatrice qu’elle a sur son avant-bras à l’endroit ou à quatorze ans elle a été piquée par une vipère et où elle a aussitôt enfoncé ses dents, s’arrachant à elle-même un morceau de chair pour empêcher que le venin ne se propage… Il a fallu que ce soir elle soit amollie un peu, affaiblie, et c’est venu l’envahir, ce qu’elle a laissé là-bas, ça l’a emplie, ça s’est déversé d’elle en geignements, en larmes…

Et mon père lui aussi se transforme, je le vois plus âgé, plus sombre, plus austère… elle ne l’appelle jamais par son prénom… est-ce parce qu’elle le respecte trop ? ou le redoute un peu ? J’ai parfois cette impression… mais pourquoi, je me le demande… et tous ces gens qui sont ici, des gens comme elle n’en a jamais vu, si différents de ceux qu’elle a connus… des fous. C’est eux qui la rendent toute raide et muette, quand elle est assise derrière le samovar, leur versant le thé, surveillant leurs assiettes… Ce qu’ils disent ? Elle ne l’écoute pas, ce n’est pas à elle qu’ils s’adressent… d’elle ils doivent penser… Bien sûr, c’est ça… elle doit s’imaginer… tandis qu’ils continuent à parler entre eux, lui sourient, tendent leurs verres et leurs tasses vers elle, inclinent la tête en les recevant, la remercient très poliment, elle pense qu’ils la trouvent…
— Mais là, je crois que tu te trompais, elle ne songeait pas à elle-même, à l’impression qu’elle leur faisait… C’était eux seuls qu’elle devait voir, si audacieux, n’hésitant jamais à donner leur avis, à discuter, sûrs d’être bien instruits et compétents, si lucides, si intelligents, si justes, toujours du bon côté…
— Oui, maintenant je l’aperçois, c’était ce qui devait surgir dans son esprit, quand après leur départ elle disait, comme si elle constatait chez eux une particularité, un trait qui les rendait risibles… « Ils ont bonne opinion de soi... jusqu’à ce qu’ils fréquentent notre établissement. »
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Icer MessagePosté le: Ven 01 Nov 2019 12:33   Sujet du message: Répondre en citant  
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