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[Fanfic] Dix ans après [Terminée]

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 Auteur Message
Codelyoko_feel-in-love MessagePosté le: Dim 22 Aoû 2010 14:33   Sujet du message: Répondre en citant  
[Frelion]


Inscrit le: 21 Juin 2010
Messages: 55
Localisation: Avec Undertaker, dans un cercueil double, en train de hurler de rire
Yaaaaa !!! *cri de la fille folle de détails*
J'ai adoré tes descriptions, notamment le 5eme Territoire ! ça doit être magnifique !
XANA amnésique, super. J'ai bien aimé le coup de la robe de mariée.
"ça sent la mort." Very Happy
La prochaine fois que je verrai un colibri, je me méfierai.
J'ai également remarqué que William a décalqué son caractère patient, discret et gentillet sur le mien. Smile
J'attends avec impatience la suite !!!
(puisque aujourd'hui on est demain) Smile
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DimIIy MessagePosté le: Dim 22 Aoû 2010 15:22   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kongre]


Inscrit le: 23 Oct 2009
Messages: 1044
Localisation: Dans mon lit , en train de manger des kinder Bueno !
Franchement bravo ! Bien trouvé l'idée de la France qui délare la Guerre a L'Amérique xDD ! Vivement que Odd et Ulrich rejoignent la bande ! Avec Odd qui se bourre sa promet lol !
Vivement la suite Smile

_________________
http://imageshack.us/a/img521/7369/signaturedimiiy.png


Merci me98 !!

Texte by me : Disparition (2eme version de préférence )
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Belgarel MessagePosté le: Dim 22 Aoû 2010 16:42   Sujet du message: Répondre en citant  
[Manta]


Inscrit le: 20 Aoû 2010
Messages: 527
Content de voir que personne ne regrette le départ de William.

Quater a écrit:
Entre Ulrich qui déprime tout seul et Odd qui se défonce régulièrement, ça sent la fine équipe.


Mais pourquoi tout le monde focalise-t-il tellement sur cet aspect-là ? en même temps, c'est vrai que j'en ai mis une sacrée couche, mais c'est pas parce qu'ils sont en train de passer une soirée à déprimer, ou à faire la fête, que c'est leur mode de vie !
Enfin, faut admettre qu'Ulrich n'a pas l'air très heureux, mais dans l'ensemble, ce qui me gêne, c'est que je n'avais pas prévu d'intégrer ça à la suite de l'aventure...j'arrive au dernier quart du deuxième "cycle" (je commence le chapitre Cool, et le bonheur d'Odd et d'Ulrich n'est absolument pas une donnée du scénario pour le moment...Allons, qu'importe, je trouverai bien quelque chose...

Quater a écrit:
Pour la section 3, je commencerai par un truc qui me dérange: pourquoi dire "secteur 5" alors que le terme employé est "5e territoire" ?

Ah, oui...eh bien, l'explication, c'est que je regarde la série en anglais. Je sais, c'est mal, mais les doublages ne sont pas ratés, c'est le principal. Il faut dire que quand je les regardais en français, la voix d'Odd était fun, mais elle me perçait les tympans...
Du coup, la traduction de "sector five", ça donne secteur5...

Une autre chose pourrait vous interloquer : je parle du "symbole de Hopper", et non du signe de XANA. C'est que je crois que l'oeil n'est pas la marque du programme, mais du créateur et de ses créations. Paradoxal, quand on pense que Hopper s'est fait descendre par des créatures qui portaient sa propre marque ! c'est toute la beauté de la traîtrise...

Quater a écrit:

Il y a autre chose que j'aimerai bien savoir: tu dis dans ta préface que tu posteras jusqu'à la fin de la semaine, mais à voir la quantité que tu écrit, je me demande si tu auras le temps de tout publier. Espérons que oui.

En fait, je pars dimanche prochain, retourner à Lyon, reprendre mes études. Puisque tu as fait prépa, tu sais ce que ça donne : pas de suite avant les vacances. Pour éviter ça, je comptais écrire à une vitesse importante, et poster en un temps record.
Vu les idées, les besoins, les choses qui viennent étouça, ça prendra sans doute plus de temps que prévu. La fanfiction resta en plan pendant des mois. Mais soyez sans craintes : vous avez encore un ou deux cycles bien remplis devant vous ^^

Je posterai la section 4 vers le début de la soirée, un peu plus tard.

Ah, et tant que j'y pense...Maths-spé, maths-sup, je le qualifie de "côté obscur" par blague ^^ (notamment parce que ces classent comprennent beaucoup de fans de SW, mais aussi du SdA, WoW, Matrix, CL, bref que des trucs biens)
J'ai beaucoup de respect pour la plupart des taupins, ils bossent correctement ; bien que ce ne soit pas du tout dans le même domaine, on peut souvent s'entendre. Certains, même, aiment sincèrement littérature ou philosophie, sont des cracks au piano etc (à côté des crétins les plus obtus, j'en ai vus).
Si il y a une classe que j'abhorre, c'est HEC scientifique. Chez nous, ils sont insupportables. Mais bon, ça, c'est une autre histoire...


Allez, go !




********



4

- Chéri, tu t'es réveillé !

Le jeune homme ouvrit les yeux. Ce furent les doux iris d'Aelita qui l'accueillirent. Son regard était inquiet. Jérémie essaya de remuer, il y parvint sans peine. Il se demanda un moment s'il n'avait pas rêvé le départ de William.

- Que s'est-il passé ?
- William m'a électrocuté. Je crois qu'il est parti, mais mieux vaut vérifier sur l'enregistrement.

Les caméras étaient formelles : William, une fois revenu à lui, avait bel et bien quitté les lieux en pétant les plombs, son discours était exactement tel que l'informaticien s'en souvenait ; mais les caméras ne montraient pas que Jérémie s'était réveillé. Il avait donc rêvé, mais ce qu'il avait rêvé n'était pas un rêve.

- Comment se fait-il que vous soyez là ?
- Comme nous n'avions pas de réponse, nous nous sommes dévirtualisées nous-mêmes, expliqua Yumi, près de l'écran de contrôle. C'était il y a environ cinq minutes. En voyant le bazar que XANA avait mis ici, nous avons eu tellement peur que nous n'osions pas lancer un retour vers le passé. On y va, maintenant ?
- Attendez, interrompit Jérémie en se levant. Il faut d'abord que je retire William de la mémoire des scanners.

Mais il n'avait pas fait deux pas qu'il chancela et tomba sur les genoux. Il constata que les verres de ses lunettes s'étaient brisés pendant la lutte.

- Ce n'est rien, c'est juste psychique, dit-il en se relevant. Le retour vers le passé va tout arranger.
- Rien ou pas, tu n'es pas en état, protesta Aelita. Tu restes là, je me charge des scanners et du retour vers le passé.

Le jeune homme laissa un moment son épouse pianoter sur le clavier, en comptant le nombre de cliquetis ; puis, au moment où elle appuyait sur la touche de lancement du programme, il annonça :

- Retour vers le passé.

***

Le fleuve s'écoulait lentement sous le pont qui menait à l'usine, mêlant aux teintes du crépuscule les reflets des premières ombres grisâtres de la nuit. La Seine continuait de danser entre ses berges de béton, paisiblement, entre les bâtiments plats qui se dressaient à droite, rouges et orangés, et l'usine, vieille masse fissurée, poussiéreuse et noire comme le charbon. Aelita regardait cette eau calme onduler, soulevant ses teintes changeantes, entre deux mondes – celui de son père, celui du passé, qu'elle croyait définitivement disparu, et celui où elle aurait dû vivre, qu'elle avait pu apprécier pendant dix ans. Dans un monde, elle était une sorte de super-héroïne secrète, qui chaque jour faisait des expériences incroyables qui défiaient la science, contrait les plans d'une entité maléfique presque invincible, sauvait des centaines de vie...dans l'autre, elle était Aelita Belpois, avocate prometteuse le jour, jeune musicienne talentueuse le soir, qui pouvait souvent donner un coup de main à tel ou tel ami, débugger un portable capricieux, faire les courses, apprendre à son mari que faire un steak de tournedos n'était pas plus compliqué que de préparer un plat de spaghettis le week-end...
Elle ne s'y attendait pas, mais le retour de XANA la poussait à reconsidérer sa vie. Elle avait enfin obtenu ce bonheur dont elle avait toujours rêvé, depuis que Jérémie était parvenu à la matérialiser, neuf ans plus tôt : vivre une vie normale, devenir quelqu'un, avoir un métier, des collègues, des amis ; elle avait pu faire des études, s'amuser, déclarer ses sentiments à Jérémie, tout en prenant son temps ; elle avait pu diriger les choses à sa convenance, profiter des plaisirs du monde réel...mais toutes ces années, d'abord invisible, un manque, un gouffre, avait grandi dans son cœur. Non, ce n'était pas seulement son père, c'était plus profond que cela : ce qu'elle était, d'où elle venait, était loin derrière elle, comme si elle avait oublié, renié ses origines. Après tout, Lyokô avait été, pendant près d'un an, le seul univers qu'elle connaissait. Et elle l'avait laissé derrière elle.

- Tu ne sais plus trop où tu en es, c'est ça ? demanda Jérémie, sortant de l'usine.

Il vint s'accrocher aux câbles du pont suspendu, aux côtés de son épouse. Aelita ne répondit pas tout de suite, le regard absent. Les derniers reflets du soleil couchant, accrochés aux éphémères vaguelettes, mouraient à petit feu. Enfin, la jeune fille aux cheveux roses avoua à son bien-aimé :

- C'est étrange, mais quand j'ai remis les pieds sur Lyokô, je me suis rendue compte que ça me manquait. Pas seulement les aventures et la lutte contre XANA ; ça, c'était toute une époque, mais c'était dangereux. Non, ce qui me manque, c'est ce secret de quelque chose d'extraordinaire, ce quelque chose...
- Qui faisait partie de notre amitié, compléta Jérémie. Il y eut un moment de silence. Dans les arbres qui bordaient toujours l'île de l'usine, des oiseaux se mirent à chanter.
- Ce n'est pas que Yumi se soit trompée, précisa Aelita. Elle refusait seulement de voir que le Supercalculateur, c'était tout de même ce qui rendrait notre amitié si forte et si unique. Le jour où nous l'avons éteint, nous n'avons pas disloqué le groupe ; mais nous avons tellement changé nos vies que nous sommes devenus des amis normaux. Rien de plus.

Le couple resta un moment immobile, songeur, devant les eaux brunissantes. Une humeur mélancolique flottait dans l'air. Le jeune informaticien regarda sa montre ; il était environ 20:35. Un coup de vent rafraîchit l'atmosphère.

- Tu sais, en réalité, j'ai été très contente de voir la robe que tu m'avais faite, confia Aelita sur un ton plus léger. C'est juste que devant Yumi...
- C'est cette robe qu'on aurait dû choisir pour la mairie. Tu avais raison : elle était plus simple, plus belle...
- Tu ne crois pas que c'était une erreur, le mariage ?

Jérémie la regarda d'un air surpris.

- Tu veux dire qu'on aurait dû se contenter du PAX, comme tout le monde ?
- Non. Ce qui m'ennuie, c'est ce concept d'union formelle. Une fois unis face à la loi, nous ne sommes plus ensemble parce que nous nous aimons, mais parce que nous avons signé un contrat. Et nous avons signé un contrat parce que nous étions ensemble et voulions profiter des avantages, pas par amour.

Le jeune homme éclata d'un grand rire joyeux.

- Lyokô nous a bel et bien ramenés dix ans en arrière ! voilà que nous nous remettons à penser comme des jeunes, et non plus comme des adultes !
- En matière d'amour, ce sont pourtant les jeunes qui ont raison, fit observer Aelita.

Son époux garda le silence. A présent, c'était le froid qui se reflétait sur les eaux bleues du cours d'eau. Soudain, tout lui parut clair. Il s'agenouilla, saisit la main de sa femme, et d'un ton solennel, fit sa demande.

- Mon amour, voudrais-tu divorcer ?

***

Yumi faisait les cent pas dans le labo, Jérémie regardait les écrans de contrôle d'un air maussade, et Aelita s'était endormie dans un coin. Cela faisait près de deux heures qu'ils attendaient.

- Et si jamais Ulrich et Odd ne venaient pas ? s'enquit Yumi A 19:10, ils pouvaient bien être en train de dormir.
- Odd peut-être, Ulrich jamais, trancha Jérémie.
- Ils pourraient être en voyage. Ulrich est devenu une sorte de cadre aux ordres de son père, n'est-ce pas ?
- Si Ulrich devait voyager pour la boîte, il n'y aurait de toute façon qu'une seule destination possible, et tu le sais très bien. Tu ne crois pas que si Ulrich devait se rendre au Japon, il t'aurait prévenue ?

Yumi prit la mouche et affirma que non. Jérémie haussa les épaules ; il était inutile de discuter. Il se contenta de prier Yumi de lui faire confiance et d'attendre encore. Cinq minutes plus tard, il eut le plaisir de voir apparaître sur ses caméras deux silhouettes qui ne trompaient pas. Odd, dans la tenue excentrique que nous avons déjà décrite, impressionnant surtout de par ses lunettes de soleil en pleine nuit, et Ulrich, en costume, tendu, s'avançaient sur le pont, regardant jusqu'aux derniers détails de ce décor qu'ils avaient laissé s'évanouir au plus profond de leur mémoire. Il appela Yumi, qui accourut aussitôt ; son visage s'éclaira.

- Ça fait plaisir de les revoir, après toutes ces années !

Jérémie surprit une larme au coin de son œil rieur, mais il eut la délicatesse élémentaire de ne rien signaler, et d'aller réveiller aussi doucement que possible la jeune femme endormie. A la nouvelle de l'arrivée du reste des Lyokô-guerriers, Aelita bondit au cou de son conjoint. L'excitation des retrouvailles était vraiment partout, pensa Jérémie, sentant les battements dans sa poitrine s'accélérer et devenir de plus en plus puissants.
Enfin, les portes de l'ascenseur se déverrouillèrent, et les deux compères apparurent. Lorsqu'ils virent leurs trois amis, qui les attendaient, tranquillement installés dans la salle, l'homme d'affaires et le squatteur demeurèrent un moment stupéfait. Mais une seconde plus tard, leurs réactions étaient on ne peut plus différentes. Odd se rua sur ses vieux potes, surexcité, serra dans ses bras les Belpois et Yumi, s'écriant que tout ça était trop cool, qu'on revenait au bon vieux temps et qu'il adorait l'idée de retourner sur Lyokô. En dix secondes, en était déjà à demander des tonnes d'explications, tandis qu'Ulrich n'avait toujours pas bougé d'un pouce. Parfaitement immobile, livide, le visage décomposé, il fixait Yumi. Il tremblait très légèrement, et il semblait qu'un rien aurait pu le faire tomber à terre.
Mademoiselle Ishiyama, pour sa part, lui renvoyait son regard, dur et impitoyable ; et pourtant, elle sentait monter dans ses jambes et sa poitrine comme une étrange faiblesse, presque une sorte de culpabilité ; regrettait-elle de faire souffrir ainsi un lâche qui n'avait pas osé la suivre à l'autre bout du monde, qui avait tout fait pour rester avec elle sauf affronter directement son père ? était-ce vraiment possible qu'elle éprouve encore des sentiments pour lui ? Après tout, se dit-elle, quand il s'agissait d'Ulrich, rien n'était impossible : vouloir jouer à l'innocente amie, tenter de se séparer, vouloir rester ensemble en dépit de tout ce qui pouvait se produire, être jalouse, faire semblant d'être jalouse...en dix ans, y avait-il eu une seule minute où la situation avait un tant soit peu ressemblé à ce qu'elle prétendait être ?

Yumi se ressaisit vite. Il n'y avait pas eu une minute ; pourquoi faudrait-il que cela change aujourd'hui ?

- Ulrich, ça alors ! s'exclama-t-elle, jouant à la bonne copine. Ça fait un bail, dis donc. Et donc, qu'est-ce que tu deviens, depuis mon départ ? Directeur chez ton père, une promotion sympa, ça : tu dois faire du bon boulot...
- Mouais, ça va pas trop mal, soupira monsieur Stern d'un air assez indifférent, passant un bras derrière sa tête pour se masser la nuque.
- Alors, comme ça, Aelita continue dans la voie du mix ! s'exclama Odd de l'autre côté du labo. Et tu bosses où ?
- En général, je vais faire un tour au géant vert, c'est plus sympa, plus...déjanté.
- Déjanté ? au géant vert ? ouais, l'ambiance fait un bon boulot – c'est pas pour faire le lèche-bottes – mais la clientèle va pas assez dans l'extrême, à mon goût...
- Je vois ça, constata Jérémie, rieur. Mais où est-ce que tu te dégottes des fringues pareilles ?

Près de l'ascenseur, l'atmosphère était toujours aussi fuyante et fragile que tout à l'heure.

- Mon boulot, ça va, mais ça me passionne pas vraiment, tu sais bien. Et toi, ton bar ?
- La grande préoccupation du moment, c'est surtout le restaurant. Je commence à lancer toute une petite chaîne, tu sais...

Ulrich ne put s'en empêcher, la question lui sortit de la bouche comme une fusée, sans qu'il y prenne garde :

- Tu penses que tu reviendras, un jour ?

Il rougit violemment. Yumi de même. A leur grand soulagement, Jérémie lança une annonce salutaire, à l'autre bout du laboratoire.

- Bon, allez, puisque nous sommes là tous les cinq, autant fêter ça. Je connais une bonne adresse, un endroit sympa, pas loin qui doit encore être ouvert à cette heure-ci ; je vous invite tous !
- Allez, on y va, dit Ulrich, retournant dans l'ascenseur.

***

Les onze heures approchaient, mais le patron de La Bonne Franquette n'avait pas le cœur de fermer : ce n'était pas tous les jours qu'il avait l'occasion de voir un groupe de cinq vieux amis se retrouver presque à l'improviste et raconter leur vie. Pour ce qu'il avait compris, les copains du petit blond informaticien et de sa femme aux cheveux roses remontaient à l'époque du lycée, où ils formaient une bande inséparable. La japonaise, après quelques années d'études, était retournée à son pays d'origine, où elle avait monté sa propre affaire dans la restauration ; elle faisait ce qu'elle aimait, ça se voyait, et les gens aimaient aussi ce qu'elle faisait : l'entreprise était vivante et florissante, l'ambiance entre les employés agréable et fructueuse, et, d'après les anecdotes qu'elle avait pu raconter, ce n'était pas tous les jours qu'on s'y ennuyait. Le grand bonhomme ténébreux en costume lui avait d'abord semblé taciturne et hautain, plutôt antipathique, mais il regretta bientôt ce jugement hâtif : après quelques dizaines de minutes, il l'avait vu se dérider, et donner de bon cœur dans le plaisir et le bonheur des retrouvailles. Ce pauvre type croyait de toute évidence que son métier lui correspondait, mais ça se voyait : il ne l'aimait pas vraiment, et si les choses continuaient dans cette voie, il s'aigrirait encore plus, irrémédiablement. Par ailleurs, avec son air de ne rien faire, derrière le comptoir, de se préoccuper de ses verres à essuyer et des taches dans les éviers, le patron était un observateur attentif : entre lui et la japonaise, il y avait, à chaque instant, une tension plus qu'évidente qui en disait long.

Mais le client qui procurait le plus de plaisir à l'assemblée et au patron semblait être cette sorte de fausse star, pleine d'humour et d'indélicatesse, un lourdaud habillé d'une façon on ne peut plus étrange et excentrique. Ça, se disait le patron en continuant d'astiquer machinalement un verre qu'il avait en main depuis dix minutes, c'était un vrai glandeur de première, qui passait ses journées à pioncer devant la télé et les jeux vidéos, et ses nuits à danser comme un fou, et plus si affinités. Lui-même, qui était plutôt intolérant et moraliste, se trouvait pourtant charmé par une sorte de magnétisme : quand ce type avec la mèche turquoise parlait, c'était tout simplement sympa, cool, rafraîchissant, une sorte de piment de la vie. Ce type n'avait ni angoisses ni problèmes, ni plans ni avenir, il se contentait d'être là et d'apprécier la vie. Et pour cause, d'après ce qu'il racontait, il avait des choses à apprécier : entre les blagues et les souvenirs de farces diverses, il ne pouvait pas dire un mot sans provoquer un éclat de rire général. En outre, face à ce client, le patron se sentait enclin à l'indulgence : il avait dû commander au moins deux bouteilles et une dizaine de plats, et tous étaient revenus vides, avec les compliments du mangeur. Un vrai bon vivant comme on les aimait dans les établissements, songea le patron en souriant – et là, comble de l'aubaine, le bon vivant était sans le sou, comme beaucoup de bons vivants, mais il était invité.

- Hé, m'sieur ! cria Odd tout d'un coup. Y'aurait pas encore un ou deux desserts que j'aurais pas essayés ?

Le patron était aux anges. Il proposa d'essayer de confectionner lui-même une recette spéciale et se retira en cuisine.

- Et voilà le travail, se vanta Odd Della Robbia, manifestement fier de lui.
- Admirablement discret, mais efficace, jugea Yumi avec un soupçon d'ironie.
- Très bien, maintenant, expliquez-nous : comment se fait-il que le Supercalculateur ait été remis en marche et que vous ayez lancé un retour vers le passé ?
- En fait, XANA n'a pas tout à fait disparu, contrairement à ce que nous croyons, expliqua Jérémie avec un ton gêné. Comme il savait que mon programme multi-agent était efficace, il a trouvé le moyen de se copier dans une clé USB avant que je le lance.
- Un peu comme un virus dormant, quoi, ajouta Aelita. Il existe toujours, mais il se cache, hors d'atteinte des médicaments, dans les tissus du cerveau ou autres. C'est pour ça qu'on ne sait toujours pas comment vaincre le SIDA, par exemple.
- Jérémie et Aelita ont tout de suite compris que XANA avait infecté le réseau mondial, grâce aux restes de l'ordinateur de Sissi.
- Quoi, c'était elle qui a inséré la clé ? suppose Odd.
- Tout à fait, confirma Aelita.
- Qu'est-ce qu'elle devient ? demanda Ulrich, curieux.
- Elle est toujours en Europe, si ça t'intéresse, lança Yumi aigrement.
- Bref, interrompit brusquement Jérémie. Nous avons donc remis la machine en route pour voir ce dont XANA est capable. Dans l'ensemble, pas beaucoup de changements, mais il faudra explorer la mer numérique pour voir si le programme est encore capable de créer des Réplikas.
- Et ce retour dans le passé ? s'enquit Ulrich.
- Obligatoire, répondit Jérémie. La France avait déclaré la guerre aux États-Unis.
- En outre, William avait blessé Jérémie.
- Je l'avais oublié, celui-là ! s'exclama Odd. Alors, il nous rejoint ?
- Pas vraiment, répondit Yumi. Il préfère sans doute retourner dormir sous les ponts. En tout cas, XANA a toujours un faible pour lui ; j'espère qu'il aura l'intelligence de fuir le plus loin possible, pour nous éviter d'avoir à le combattre de nouveau.

- Et donc, maintenant, que fait-on ? demanda Ulrich.
- Je propose de lancer une expédition dans la mer numérique dès demain. En attendant, mieux vaut rester sur nos gardes : XANA peut encore faire du dégât, même s'il n'a à sa disposition qu'un Supercalculateur et le réseau mondial.
- C'est là le plus gros problème. Il va falloir composer avec le travail. Et cette fois, ce sera encore plus difficile à gérer que du temps où nous étions à Kadic. Yumi va être obligée de s'absenter un certain temps, si elle veut rester ; Ulrich, il faudra compter une heure pour l'aller et retour depuis ton bureau. Quant à Odd...
- Héhé, la chance n'a rien à voir là-dedans, c'est l'intelligence pure ! fit ce dernier, provoquant un éclat de rire général.
- Quant à moi, estima Yumi, je peux bien me permettre quelques semaines de vacances, tout le monde saura se débrouiller sans moi ! espérons juste que ça ne durera pas trop longtemps, sinon il faudra que je trouve autre chose...
- Quoi qu'il en soit, je me sentirais plus à mon aise si nous avions, pour éviter le surmenage...un autre Lyokô-guerrier disponible, plus près de l'usine que nous.
- Tu penses à quelqu'un en particulier ? demanda Odd.
- Oui, confirma Jérémie. Je propose de soumettre à un test mademoiselle Élisabeth Delmas.

***

- Alors, qu'en dis-tu ? demanda Jérémie, confortablement installé sur le siège de commande.
- Je...je sais pas trop, avoua Sissi, tremblante. C'est tout de même un peu énorme...je suis contente de vous retrouver, ce n'est pas ça ; c'est juste que toute cette histoire...
- Hé oui, nous avions vraiment un vrai secret au collège ! s'exclama Odd en riant. Là, pour le sens de l'intuition, faut reconnaître : chapeau !
- Tu as juré de garder le secret quoi qu'il arrive, rappela l'informaticien, extrêmement sérieux, fixant l'infirmière du regard. Bien sûr, nous ne voulons te forcer à rien. Mais il faut que tu nous garantisses que tu garderas le secret.
- Le secret ? mais enfin, cette chose ne pourra pas rester un secret bien longtemps. Enfin, votre machin vient de détruire la moitié de mon école ! c'est dangereux.
- Ce n'était pas prévu. Quoi qu'il en soit, ce genre de choses est déjà arrivé et ne pose absolument aucun problème, il faut que tu le saches.
- Aucun problème ? répondit Sissi, étonnée.

Ulrich intervint calmement :

- Aucun. Le Supercalculateur a le pouvoir de reconstruire ce qui a été détruit.

Sissi réfléchit un moment. Enfin, elle demanda.

- Qu'est-ce qui se passe si je parle ?
- Techniquement, rien, répondit Jérémie d'un ton rassurant. Nous ne te demandons pas de te taire. Simplement, si tu veux alerter les autorités, joue franc jeu avec nous.

La jeune infirmière demeura encore pensive un moment. Enfin, elle dit « Désolée », se retourna, et entra dans l'ascenseur. Juste avant que les portes se referment, Aelita lui lança :

- Réfléchis bien, Sissi ! sois sûre de ta décision !

Mais les caméras de surveillance montrèrent qu'après une brève hésitation sur le pont, Élisabeth Delmas, des larmes coulant le long de ses joues, furieuse contre elle-même, se sentant trahie et traîtresse, se dirigeait en dépit de tout remords vers la ville.

- Pauvre Élisabeth, nous l'avons bien peinée ! remarqua Odd.
- On dirait bien, soupira Ulrich. Elle est tout de même incroyable, Sissi. A la fois assez bien intentionnée pour avoir envie de ne pas nous causer de soucis, et assez effrayée pour cafter en dépit de ses désirs.
- Je crois plutôt que c'est une sorte de sens moral, de prudence préventive. Qui sait, peut-être est-ce nous qui avons tort ? remarqua Yumi.
- En tout cas, Odd, j'espère que tu seras plus gentil avec elle cette fois ! ordonna Aelita.
- Pourquoi donc ? je parie qu'elle a toujours beaucoup aimé me chambrer !
- Retour vers le passé, murmura Jérémie.

***

- Salut, copine ! annonça Yumi à la cantonade en entrant dans l'infirmerie.

Sissi poussa un hurlement et se rua au cou de son amie japonaise, délaissant un petit garçon dont elle était en train de désinfecter le genou ; sa surprise fut encore plus réjouie quand elle vit que les Belpois la suivaient, et elle les embrassa tous deux chaleureusement.

- Nous amenons avec nous le reste de la bande, annonça Jérémie. Je sais qu'il y a beaucoup de passé, mais considérons que de l'eau a coulé entre les ponts...

Ulrich se fit aussi agréable et sincère que possible, et échangea des bises chaleureuses avec une infirmière troublée de retrouver aussi soudainement un de ses ex. Il poussa même la bonne volonté jusqu'à dire qu'il regrettait la façon dont ça s'était terminé entre eux.
Heureusement, ce moment gênant prit bientôt fin : Odd, qui suivait, jaugea la jeune femme d'un œil niais, et lui balança sans ménagements :

- Mais enfin, comment notre Sissi a-t-elle pu se trouver un look aussi déplorable ? Vous êtes bien sûrs que c'est elle, les Einstein ?
- Moi, je suis bien sûre que c'est toi, Odd, en tout cas, rétorqua Élisabeth, piquée. Une calvitie synaptique aussi remarquable, c'est caractéristique !
- Merci du compliment, répondit Odd avec fierté. Ah, Sissi, ça fait plaisir de te revoir ; honnêtement, un sens de la répartie comme le tien, ça m'a manqué. Au fait, c'est quoi, une calvitie symptomatique ?

La tension était électrique entre Yumi, Ulrich et Sissi, à tel point que l'air à l'intérieur du triangle semblait s'épaissir et grésiller. Entre les farces d'Odd et les remarques de Jérémie, destinées à expliquer la perte de l'ordinateur perdu, et les offres d'Aelita, qui fonctionnaient comme une indemnité, l'atmosphère parvenait à se délier de temps de temps ; mais le triangle infernal reprenait sans cesse tous ses droits, et les amis auraient eu bien du mal à calmer la situation. Enfin, après que le gamin, lassé d'attendre, soit parti jouer au foot sans avoir reçu son pansement, les Belpois et Odd y allèrent chacun de son prétexte :

- Bon, c'est pas qu'il se fait tard, mais Sarles va me tuer si je reste plus longtemps.
- J'ai un rendez-vous dans dix minutes, je n'y serai jamais à temps !
- Bon, ben, c'était toujours aussi sympa, Sissi ! Faudra qu'on se téléphone.

Enfin, Élisabeth, Ulrich et Yumi se retrouvèrent seuls tous les trois, à faire semblant d'ignorer la lourdeur des regards qui circulaient, des remarques qui s'appuyaient, des retraits dans la conversation. Le jeune directeur d'entreprise s'efforçait toujours de relancer la conversation sur les vies des jeunes amies, et elles, d'insister sur le passé, le mode de vie, les nouveaux loisirs, les états de cœur d'Ulrich, et c'était à qui le ferait céder la première. Cette lutte souterraine s'exacerbait bientôt jusqu'à l'insoutenable, et Ulrich s'obstinait à garder l'intérieur de son âme secret ; il suait à grosses gouttes, une veine palpitait sur son front, il se sentait serrer les dents...
En fait, elles lui demandaient un choix, elles lui demandaient d'être claire, et sous des aspects amicaux, se déchiraient violemment le droit de le posséder, pour en faire ce qu'elles voulaient : si Yumi gagnait, ce serait comme toujours, un refus perpétuel ; si Sissi l'emportait, ce serait une simple victoire, où il n'y aurait même plus d'amour ! Ulrich ne voulait pas parler, il ne voulait blesser aucune de ces deux filles qu'il connaissait et respectait, et il les voyait se rabaisser, se traîner mutuellement dans la boue, s'affronter comme des chiffonnières – oh, avec toute la discrétion du monde, certes, mais avec au moins autant de sournoiserie...

Enfin, il n'y tint plus : il se mit à chercher la première vacherie qui lui venait à l'esprit. Dès qu'il tint une idée qui lui parut convenable, il se mit à orienter la discussion vers les affaires de cœur. Il les sentit jouir, les andouilles : sur ce terrain-là, qu'il était facile de lancer la question nue, d'un air indifférent, presque amusé – c'était du passé, après tout.

- Tout de même, avoua-t-il enfin, il y a quelque chose que je regrette.
- Quoi ? demandèrent-elles, avec une curiosité faussement innocente.

Monsieur Stern se délecta d'avance de la phrase qu'il préparait depuis maintenant près d'une minute.

- C'est que vous ne soyez pas sorties ensemble. Vous auriez compris ce que j'ai enduré !

En parfait goujat, Ulrich Stern savourait sa victoire. Il les avait envoyées bouler, toutes les deux ! sous prétexte de compléter le triangle amoureux, avec une élégance suprême, il leur avait signifié sa colère, sa fierté, son dédain ! Enfin, il avait mis fin à cette lutte.
Mais, à sa grande surprise, Yumi goûta tout le piquant de sa réplique, et éclata de rire. Son masque tomba. La jeune japonaise posa ses yeux amusés sur lui. Alors Ulrich Stern s'évanouit dans leur noir profond et uniforme, si pénétrant au milieu de la pâleur paisible de sa peau ; alors Ulrich Stern comprit qu'il avait perdu.



Note : « calvitie synaptique », terme employé par Sissi pour caractériser Odd, est une sorte de private joke entre quelques médecins que je connais. Ça signifie littéralement : chauve des synapses, les synapses étant les poils à l'extrémité des neurones, qui leur permettent de communiquer entre eux. Imaginez qu'on rompe toutes les connexions dans le cerveau : les neurones deviennent aussitôt inutilisables. Autrement dit, quelqu'un atteint de calvitie synaptique, c'est un con.


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Quater MessagePosté le: Lun 23 Aoû 2010 10:21   Sujet du message: Répondre en citant  
[Blok]


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Localisation: Je ne saurais le dire...
Bon allez, ce coup-ci on va faire court.

Une autre très bonne section (pour changer ^^), avec les retrouvailles de nos héros préférés (et un superbe numéro de Odd, notemment le coup des desserts).

Donc le seul truc qu'il me reste à faire, c'est de demander la suite !!

PS: Graah ! Il va falloir attendre des mois avant de connaitre la fin ! Espèce de sadique !

PSS: J'avais bien compris que le côté obscur des taupins c'était de la blague. Le véritable ennemi c'est le HEC Cool .
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Belgarel MessagePosté le: Lun 23 Aoû 2010 10:41   Sujet du message: Répondre en citant  
[Manta]


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Si ça peut te soulager, j'ai une vague idée de la fin, mais pas encore des magnifiques péripéties qui nous attendent d'ici-là. Je serai autant sur les charbons ardents que vous.

Le HEC, attention, faut pas généraliser non plus Wink J'ai déjà rencontré une HEC ES, super sympa la fille - et intelligente, avec ça.

Bon, malheureusement pour ceux qui vont devoir se taper deux ou trois chapitres d'un coup, je commence déjà à poster le cycle 2, à présent fraîchement complet. Comme pour les épisodes, l'action qui a lieu dans un cycle forme pour ainsi dire une unité temporelle indépendante des autres - ça peut prendre place deux jours comme deux mois plus tard, il n'y a pas nécessairement d'indications...

Content que tu aies aimé le coup des desserts, car ce n'est pas tout à fait fini ^^



*****


5

Une fois de plus, la Bonne Franquette était tout à fait vide. A une heure aussi tardive, il ne restait que la bande de vieux copains, et le patron, accoudé au comptoir, qui ne faisait plus semblant de travailler et écoutait ouvertement la conversation rebondir de blague en blague, passant par des évocations de vieux souvenirs et de gens qu'ils n'avaient plus revus depuis des années. Il commençait d'ailleurs à bien la connaître, cette bande de potes : la japonaise, le grand blond maigrichon qui, dès qu'il ne mangeait pas, dépliait son ordinateur et ne le quittait pas des yeux, même en parlant et en riant, sa copine aux cheveux rose chewing-gum, qui parlait toujours de musique, le petit requin d'entreprise, qu'on aurait cru éternellement sérieux et taciturne, s'il n'avait pas ce penchant inattendu pour les allusions dignes des esprits les plus mal tournés qu'il ait jamais connus, et le blondinet au look bizarre, ultra-vantard et éternellement agité. Le patron avait l'impression de connaître leurs caractères, leurs goûts, même leurs histoires, comme s'il était lui-même leur pote depuis un bail.
Soudain, au milieu d'une longue tirade d'Odd sur la finale du concours Skate-Gourmet, le blondinet intervint en pointant quelque chose sur l'écran de son ordinateur :

- Regardez donc qui c'est, sur cette photo des anciens élèves !

La bande se massa tout d'un coup derrière le petit écran. Le patron fronça les sourcils. Il se demandait qui ça pouvait bien être, sur la photographie, pour attirer ainsi l'attention !

- Hé, patron ! cria soudain Odd d'un ton enjoué. J'ai encore la dalle, je prendrais bien deux desserts du chef !
- Ha ha, mon bonhomme, on veut m'envoyer en cuisine ? Mais c'est que je commence à bien te connaître, lança le patron avec un rire franc, sortant de dessous du bar deux assiettes déjà prêtes, dégoulinant de crèmes et coulis de mille parfums.

Un changement de stratégie s'imposait.

- Dis-moi, Odd, tu me laisseras goûter ? susurra Aelita à son oreille tandis que le patron servait.
- Hein, quoi ? tu veux picorer dans mon dessert ? Holà, pas touche : le dessert, c'est sacré ! affirma le jeune homme d'un ton sentencieux.
- Oh, je t'en prie, Odd, rien qu'un petit bout, surenchérit Yumi en lui coulant un regard doux.
- Maintenant, c'est toute une bande de morlafs qui me poursuit ? Rêvez toujours, c'est à moi, c'est pour moi ! Vous n'avez qu'à commander les vôtres !
- Dans ce cas, deux desserts pour les dames, patron ! commanda Jérémie.

De dépit, le chef de l'établissement jeta son torchon à terre et descendit l'escalier en maugréant quelque chose du style : « Pas de problèmes ! »
La table entière éclata de rire. Ulrich félicita les filles pour leur plan, Odd demanda de quel plan il s'agissait, et Aelita piqua une bouchée dans son fondant au chocolat pendant que Yumi lui expliquait que l'attaque menée à son dessert n'était qu'un prétexte pour éloigner le fâcheux.

- Bon, choses sérieuses, coupa Jérémie avant qu'Odd n'ait eu le temps de se demander pourquoi sa deuxième assiette avait comme un air différent d'avec la première. Le débriefing de la mission d'aujourd'hui promet d'être passionnant.
- Plus que la mission elle-même, j'espère ! lança Odd. Passer trois heures dans la mer numérique à chercher des fragments de données, je le ferai pas deux fois, non merci !
- Si tu veux, la prochaine fois, on peut prévenir XANA pour qu'il nous envoie des compagnons de jeu, ironisa Ulrich.
- C'était peut-être pénible, Odd, mais ça en valait la peine ! affirma Jérémie.
- Encore des informations sur XANA, ça me fait une belle jambe, ton bla-bla informatique !
- Tout à fait. J'ai en fait découvert que XANA ne peut pas encore créer de Réplikas. Il travaille à se développer, mais pour pouvoir créer un Réplika de Lyokô, il doit d'abord récupérer des données complètes sur chaque territoire. Sans ces données, il n'a aucune prise extérieure sur les Supercalculateurs, ni sur le monde réel.
- Et qu'est-ce qui l'empêche d'accéder à ces données ? demanda Yumi.
- Nous, tout simplement, répondit Jérémie. Pour qu'il récupère les données nécessaires sur un territoire, il doit en avoir activé toutes les tours au moins une fois. Depuis son retour, XANA n'a activé en tout que trois tours différentes. En outre, il doit les garder activées plus de dix minutes, ce qui ne s'est jusqu'ici produit qu'une fois.

- Mais cela ne règle pas le problème, remarqua Aelita. Réplikas ou pas, XANA est toujours dans le réseau mondial : à n'importe quel moment, il est en mesure de se télécharger dans une clé et de remettre ça. Allez savoir, peut-être est-ce déjà fait ! La seule solution, ce serait de lancer un SMA pérenne, n'est-ce pas ?
- C'est la solution pour laquelle je penche, confirma Jérémie. Mais il apparaît que XANA est différent...un peu comme si le programme s'était volontairement mutilé pour être moins vulnérable, vous comprenez ?
- Moi pas, déclara Odd en enfournant son deuxième dessert.
- Disons que le programme de Jérémie ne peut plus neutraliser XANA parce que XANA a changé, expliqua Yumi. Un peu comme si Achille s'était enlevé une jambe.
- Ben qu'est-ch'que cha fait ? interrogea Odd, la bouche pleine.
- Plus de jambe, plus de talon.
- Tout cha pour nous dire qu'on va encore devoir fouiller le réseau ! y'en ai marre, moi, ch'veux un peu d'action !
- Côté action, on va être servis, Odd : désormais, il faudra désactiver les tours dans un délai de moins de dix minutes.
- Attends une minute, Einstein ! interrompit Ulrich en fronçant les sourcils. En speedant, dix minutes, c'est le temps qu'on met pour aller à l'usine ! Comment veux-tu qu'on fasse ?
- C'est là que ça devient vraiment génial : désormais, grâce à un système de boucliers, le SuperScan nous avertira non plus quand une tour est activée, mais quand elle est attaquée par XANA : en gros, nous saurons environ vingt minutes à l'avance que XANA a l'intention d'activer une tour.
- T'aurais pas pu inventer ça il y a dix ans ? rétorqua Ulrich, de mauvaise humeur. Ça nous aurait tout de même facilité la vie !
- Et donc, c'est tout ? s'enquit Odd. XANA peut pas faire d'autres Lyokô avant d'activer des tours et il faudra retourner un aprèm' dans la capsule du Skid ? Tu parles d'un débriefing passionnant !
- Je crois que Jérémie s'attendait à ce qu'on lui donne quand même quelques avis en live sur le nouveau Skidbladnir, supposa Yumi. Pour ma part, je dois avouer : le bois sculpté façon vaisseau viking ancien avec la proue en tête de dragon, ça m'a bluffée...
- C'est gentil, Yumi, murmura l'informaticien en rougissant. Mais ce n'est pas l'affaire. En réalité, j'ai gardé le meilleur pour la fin.

Il prit la main de son épouse et s'abîma dans un regard amoureux.

- Vous vous souvenez cette espèce de fantôme que vous avez croisé dans la mer digitale ?
- Les traces de données, rappela Aelita. Tu as trouvé pourquoi elles ont subsisté ?
- Non. En revanche, je sais à quoi elles correspondent, affirma le génie. Cette nouvelle va tous vous étonner, mais surtout, il ne faut pas s'emballer. C'est un fragment d'ADN humain.

Un lourd silence se fit autour de la table. Odd en oublia de lécher son assiette. Insensiblement, tous les regards se tournèrent vers Aelita. Jérémie lui serra la main.

- Tu penses que c'est celui de mon père, soupira-t-elle.
- Bien sûr, c'est ce que j'ai tout de suite pensé, affirma-t-il avec autant de douceur que possible. J'ai effectué des tests de comparaison. D'après ce que j'ai pu reconstituer, c'est un bout du chromosome X, qui cumule plusieurs allèles rares. Incompatible avec les deux chromosomes de Yumi ; mais chez toi, ce morceau est compatible à 50% avec chacun des deux chromosomes. Étant donne que nous parlons d'allèles rares, je pense que...
- Tu penses, mais non ! s'exclama Aelita, qui se prit la tête entre les mains en pleurant. Si c'est un fichier fantôme, une trace, il peut très bien venir d'ailleurs. C'est peut-être d'une base de données ADN, ou d'un centre de recherches, que ce mystérieux fichier est originaire...
- Aelita, l'interrompit son mari, et, lui saisissant les poignets, il la regarda droit dans les yeux. Aelita, la nomenclature et l'écriture du fichier ne mentaient pas. Ce fichier est le résultat d'une virtualisation. Aelita, ce fantôme était une trace de ton père.

***

L'annonce laissa un silence pénible s'ancrer autour de la table. Aelita sanglotait dans les bras de son mari ; les trois Lyokô-guerriers demeuraient stupéfaits, comme pétrifiés. Enfin, timidement, Yumi osa rompre cet instant de malaise.

- Heu...Jérémie, tu as dit qu'il ne fallait pas...s'enflammer, c'est ça ? Pourquoi donc ?
- Ah, oui, oui, ne nous emballons pas, répondit distraitement Jérémie en passant une main compatissante dans la chevelure de sa femme. Il la redressa, elle tremblait. Il tenta de mettre autant de douceur qu'il en avait dans ses prunelles, et plissa des yeux ; il la vit sourire.
- Continue, insista-t-elle, la voix cassée, des pleurs séchés sur les joues.

Le jeune homme se redressa, et déclara gravement :

- La quête qui consisterait à ramener Franz Hopper à la vie, si nous l'entreprenons, n'est pas certaine d'aboutir. Des fichiers traces – c'est un véritable miracle qu'il en existe ! et plus encore, que nous les ayons trouvés. Allez savoir comment les autres fragments peuvent se comporter, pour peu que nous les trouvions – pour peu qu'il y en ait vraiment d'autres. J'insiste : c'est une entreprise qui nous prendrait énormément de temps, et qui aurait très peu de chances d'aboutir. Mais voici ce que je propose : faisons du sauvetage de Franz Hopper une de nos priorités, au même titre que la victoire contre XANA. Qui vote pour ?
- En gros, tu nous demandes des heures sup' dans le Skid ?
- J'ai compris, Odd : les prochaines fois, tu pourras sortir en solo, pour augmenter le périmètre de recherche.
- Je vote non, déclara Ulrich sombrement.

Tous se tournèrent vers lui, étonnés par sa décision rapide.

- Je suis désolé, Aelita, ajouta celui-ci. Je n'y crois pas trop. On dirait plutôt un piège de XANA. Et puis allez savoir si ce n'était pas précisément ce fragment que Franz Hopper passait sa vie à chercher dans la mer numérique.

Il ne restait plus que trois votes à faire. La tension était lourde. Chacun avait l'impression de tirer à la courte paille le droit de décider pour le groupe de la vie ou de la mort d'un homme.

- Je vote oui, annonça Yumi. La mort, c'est assez important pour tous les sacrifices.

La tension monta d'un cran. Enfin, Odd se décida :

- Je sais que c'est moralement mauvais, mais je crois qu'il n'y a pas d'autres fragments de quoi que ce soit là-bas. Je vote non.

La décision revenait donc toute entière à Aelita. Celle-ci avait déjà pris une décision ; elle s'y tint avec un calme sans remords.

- Je vote non.
- Hein ? quoi ? s'étonna Jérémie. Non ? mais qu'est-ce qui se passe si on trouve un autre fragment ?
- Je reconsidérerai mon vote, répondit Aelita avec la même impassibilité. Pour le moment, il faudra te contenter de ça.
- N'aie crainte, je m'y fais, dit Jérémie, sans parvenir à dissimuler le dépit dans sa voix. Allez, fin du briefing, place aux desserts ! Ils ne devraient plus tôt tarder, maintenant.

En effet, à peine le jeune homme avait fini sa phrase que la porte de la cuisine s'ouvrait, et que le patron arrivait avec les deux desserts des dames, riant et gai luron. Jérémie, qui se sentait mal à cause de la décision du groupe, regarda d'un air maussade les plats sucrés atterrir sur la table, en pensant que la note serait encore plus salée que d'habitude. Amer, il fit un signe discret au chef pour demander l'addition ; il préférait en finir au plus vite.
La discussion allait son train, quelques rires fusaient encore çà et là, Jérémie réglait en grimaçant les quelques 300 euros que coûtait le repas : la soirée se mourait lentement, tous avaient l'estomac bien rempli, et n'attendaient plus qu'une bonne nuit de sommeil pour terminer cette journée épuisante. Cela n'allait pas durer.

- Quoi ? s'écria Yumi en entendant l'alarme du SuperScan se mettre en route.
- C'est pas vrai, pas maintenant ! râla Ulrich.
- Oh, décadence ! vociféra théâtralement Odd. Y'a plus de respect, vraiment ! Franchement, ce bon vieux...
- On ferait mieux de se mettre en route tout de suite, coupa Jérémie en se levant, pour empêcher que l'autre commette une indiscrétion. Merci pour votre accueil ! lança-t-il au patron en franchissant la porte du restaurant.

Presque aussitôt, la porte claqua. Tout le monde était parti. Il ne restait que le patron dans la salle, seul, qui continuait d'astiquer son verre, stupéfait. Une fois de plus, la Bonne Franquette était tout à fait vide.

***

- Et ce n'est pas tout ! s'exclama Albert, enthousiaste. Cet ordinateur surpuissant, installé dans une usine complètement abandonnée à deux pas du collège, d'après ce que j'ai découvert hier soir, génère une sorte de monde virtuel en 3D ! Et je pense que les grands bidules à l'étage -2 ont un rapport avec ce monde virtuel !

Il attendit avec une certaine fierté la réaction de Kevin Bougnon, un petit gamin un peu fort, et d'Adèle Desanges, une fille aux traits fins, encadrés entre deux mèches rigides de cheveux rouge sombre. Il n'y avait rien à faire : ses deux copains ne comprenaient absolument pas où il voulait en venir. Il se demanda un moment si faire part de sa découverte à ses amis en valait vraiment la peine.

- Je suis désolé, mentit-il en serrant les dents. Je ne suis pas assez explicite. Ces tubes sont apparemment capables d'effectuer un scan complet de la structure moléculaire d'un corps ; mais cette technologie est tellement incroyable que j'ai du mal à y comprendre quoi que ce soit. En revanche, leur rôle me paraît évident : j'ai trouvé des programmes, dans l'ordinateur, dont le rôle semble être d'activer les scanners, et d'effectuer un transfert de data vers...ce monde virtuel, Lyokô. Et inversement.

Nouveau silence. Adèle et Kevin se grattèrent le tête. Enfin, Adèle osa prendre la parole.

- Écoute, Albert, nous sentons bien que nous passons à côté de quelque chose d'énorme, d'évident pour toi, mais nous ne comprenons toujours rien. Pense que nous ne sommes pas des passionnés d'informatique, nous ! C'est incroyable de trouver une installation pareille ici, mais faut admettre, ça fiche la pétoche !

Le petit bonhomme balança ses jambes d'un air agacé, puis sauta du vieux fauteuil.

- En gros, je n'en suis pas tout à fait sûr, mais l'idée c'est : tu montes dans le scanner, tu es désintégré, et tu réapparais dans un monde virtuel en 3D. Plus processus retour.

Les deux autres collégiens écarquillèrent les yeux. Ils n'en revenaient pas de voir Albert causer aussi tranquillement de choses aussi impressionnantes.

- Monde virtuel ? souffla Kevin.
- Désintégré ? soupira Adèle, la voix serrée.
- Je suis convaincu que vous n'avez aucune crainte à avoir, les rassura Albert en souriant. Je vous assure, aucun scientifique n'aurait laissé ça là si cette machine n'avait pas été conforme à ses vœux.
- Justement, je ne vois pas de scientifique dans le coin, objecta Adèle, méfiante. Tu penses vraiment que c'est un bon signe ?
- Peut-être est-il mort avant d'achever son œuvre, conjectura le petit mordu d'informatique. Dans ce cas, c'est à nous de reprendre le flambeau et de faire avancer la science.
- La science, tu parles ! tu ne comprends pas la moitié de ce qui se passe ici. Je ne suis pas sûre que tu comprends bien l'enjeu dont il s'agit, Albert ! sinon, tu monterais toi-même dans cette machine infernale avant d'essayer de nous y envoyer.

Le petit intellectuel tressaillit ; il ne s'attendait pas à une accusation aussi impitoyable. De mauvaise foi, il se convainquit qu'il n'avait jamais envisagé de les envoyer comme cobayes, et l'affirma bien haut.

- Je voulais seulement vous montrer ce truc. C'est vraiment géant, avouez !
- Tu sais, je comprends mieux pourquoi, à l'école, tu as peu d'amis, lui lança Adèle en pleine face. Je croyais qu'ils ne supportaient pas la différence ; je vois aussi que tu n'as aucun sens moral, aucune considération pour les autres. Il n'y a que toi, dans ton monde de savant fou. Envoie-toi tout seul dans ton monde si tu veux, je ne viendrai pas te chercher !

Elle fit demi-tour brutalement en enjoignant Kevin de la suivre. Mais celui-ci ne bougea pas. Il resta tout à fait immobile. Exaspérée, elle lança aux garçons qu'ils étaient aussi crétins l'un que l'autre, et se mit à grimper l'échelle.
Arrivée au rez-de-chaussée de l'usine, pleurant, bougonnant et traînant des pieds,les mains enfoncées dans les poches, Adèle se mit en chemin pour regagner sa chambre. Cette expédition méga-cool n'était en fin de compte rien d'autre que la preuve que ce n'était pas parce qu'on était marginal qu'on était forcément quelqu'un de bien et d'intéressant. Une sorte de grand désespoir s'empara d'elle, comme un doute qu'il y ait quoi que ce soit de bien dans le genre humain, sur cette planète, dans l'univers tout entier : rien d'ignoré à faire valoir, rien qui ne vaille la peine d'exister.
Elle se sentit secouée d'un rire ironique. Quoi ? encore des doutes existentiels ? Malgré toute sa fierté d'être une jeune adulte équilibrée et certaine de ses valeurs, Adèle n'était donc encore qu'une misérable adolescente, perdue entre espoirs et recherches. C'était donc ça, avoir treize ans : se croire adulte, et pleurnicher l'instant d'après. Valait-elle vraiment mieux que ce fou d'Albert ou cet idiot de Kevin ? après tout, outre son aspect sournois, c'était avant tout le fait qu'il se croie plus important que tout le monde qu'elle reprochait à Albert.

Mais elle fut soudain tirée de ses pensées songeuses par un bruit, comme des clameurs qui résonnaient dans l'air. Un groupe d'adultes entrait dans l'usine, et leurs voix qui résonnaient entre les murs semblaient venir de partout autour d'elle. Effrayée, Adèle se cacha dans un coin que formait le mur avec un bloc qui devait abriter une sorte de hangar, d'après ce qu'elle supposait. Elle entendit de grands bruits ; les adultes semblaient atterrir. C'étaient deux hommes en train de discuter.

- En tout cas, disait Ulrich, j'adore l'idée de ne plus avoir à se presser en se demandant quelle attaque XANA a encore bien pu lancer !
- Je compterais pas trop là-dessus, si j'étais toi. D'après ma montre, ça fait bien dix-huit minutes qu'on a quitté le resto ! répondit Odd. Et tu connais les machins de Jérémie : s'il dit « à peu près vingt minutes », entends un quart d'heure !
- Bof, moi je le trouve plutôt fiable, en général, répondit Ulrich.
- Malheureusement, Odd a raison, concéda Jérémie en arrivant à son tour en même temps que Yumi. XANA est assez fort pour contourner une partie des systèmes boucliers : la tour est activée depuis plus de deux minutes. Il n'y a pas une seconde à perdre : vous foncez aux scanners, je descends au labo par l'échelle.

Soudain, un grand bruit jaillit des profondeurs ; horrifiée, Adèle comprit qu'il s'agissait d'un ascenseur. Il apparaissait que ce laboratoire secret n'était pas si secret que ça, en fin de compte ; qui étaient ces hommes ? sans doute des sortes de savants fous, assez fous pour se désintégrer eux-mêmes. Elle n'osait même pas imaginer ce qu'ils feraient à ses amis quand ils les trouveraient. Peut-être Kevin serait-il poussé de force dans ces tubes, et Albert deviendrait-il lui-même un cobaye. Elle se recroquevilla dans son coin, et l'usine toute entière s'assombrit, se glaça tout d'un coup. Ce fut alors qu'elle vit une sorte de grand bonhomme maigre à la longue chevelure blonde, vêtu d'une blouse blanche de scientifique, surgir de derrière le bloc et courir vers l'échelle. Elle se mit à trembler ; elle n'avait aucune idée de ce qu'elle pouvait faire pour avertir ses amis. Ils seraient inexorablement découverts.
Adèle se ressaisit. Elle commençait à perdre la tête, ce qui était normal dans ce type de situation. L'important, c'était qu'elle n'avait pas été découverte, et que si vraiment ces gens étaient mal intentionnés, elle pourrait toujours aider Albert et Kevin en bénéficiant d'un effet de surprise. Elle attendit que la porte de l'ascenseur se soit refermée ; puis, aussi discrète que possible, elle se faufila à la suite du scientifique, vers l'échelle qui menait au labo.


Dernière édition par Belgarel le Lun 25 Oct 2010 09:38; édité 3 fois
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DimIIy MessagePosté le: Lun 23 Aoû 2010 12:37   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kongre]


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Messages: 1044
Localisation: Dans mon lit , en train de manger des kinder Bueno !
Super encore une fois Mr. Green
j'ai bien rie au retrouvaille d'Ulrich Sissi et Yumi mais je n'ai pas compris pourquoi l'ambiance était toujours aussi tendue,je croyais que c'étais fini tous sa 0__0 à moins que j'ai loupée quelque choses je vais relire ! En tout cas j'espere que posteras la suite au plu vite !

_________________
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Merci me98 !!

Texte by me : Disparition (2eme version de préférence )
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Belgarel MessagePosté le: Lun 23 Aoû 2010 13:29   Sujet du message: Répondre en citant  
[Manta]


Inscrit le: 20 Aoû 2010
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Pour être plus clair avec moi-même, j'ai fini par me créer une petite chronologie. Voilà pour la partie Yumi-Ulrich :

(selon le calendrier scolaire)
Année 0 : juin, le SC est arrêté. Fin de la série
Anée 1, Ulrich est en seconde, Yumi en première. Enfin, les choses se débloquent - les voilà qui sortent ensemble. Mais à cause de leur stupidité chronique, les choses s'étiolent, et à Noël, c'est déjà fini. Par la suite, Ulrich cèdera à Sissi, mais là encore, ça ne durera pas longtemps. Il n'était pas trop d'humeur à aimer.
Année 2, à la fin de laquelle Yumi et Ulrich se séparent.
Par la suite, ils ne se voient pas pendant quelques années.
Année 5, Yumi entre dans sa troisième année d'études et Ulrich à sa deuxième- à cette occasion, il change d'établissement. Retrouvailles. Après quelques mois, l'attraction usuelle reprend le dessus : les voilà de nouveau casés ensemble.
Année 6 : à Noël, mariage de Jérémie et d'Aelita.
Année 7 :
Année 8 : Yumi a terminé ses études. En novembre, Ulrich et Yumi se séparent. Peu après, elle quitte la France (je ne me pencherai pas sur les questions de causalité maintenant Mr. Green).
L'aventure commence en mars de l'année 10.

Voilà, je suis beaucoup plus content comme ça. C'était un vrai casse-tête par moment, mais au moins, comme ça, c'est plus clair que mes notes bizarres ^^

Fini ? Quoi, fini ? Tu sais bien qu'avec Ulrich, rien n'est jamais fini ! oh, Sissi n'y tient pas plus que ça, maintenant, surtout depuis qu'elle a copiné avec Yumi. Le truc, c'est que même après dix ans, une relation amoureuse aussi forte et durable, ça laisse des traces, il y a eu des choses vécues, des histoires partagées...et faire semblant de l'ignorer ne sert à rien.

Pour ceux qui en attendent plus sur Yumi et Ulrich, armez-vous de patience : ça reviendra dans la section 8 Smile Quant à Sissi, rien à signaler pour le moment.
_________________
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Premier commandement : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.
Troisième commandement : Tout individu a droit à la vie
Quatrième commandement : Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.
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Quater MessagePosté le: Lun 23 Aoû 2010 15:49   Sujet du message: Répondre en citant  
[Blok]


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Localisation: Je ne saurais le dire...
Effectivement, pour ce qui est des desserts, on est servi ! (ah, ah, le mauvais jeu de mots...)

Encore une super section, avec le retour de Franz Hopper (ou pas d'ailleurs, même si tu n'aurais pas beaucoup d'intérêt à le faire apparaître pour rien ^^), et des petits nouveaux en approche. Enfin un peu de sang neuf... De futurs Lyokoguerriers ?

La suite, la suite !
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Marla Singer MessagePosté le: Lun 23 Aoû 2010 16:00   Sujet du message: Répondre en citant  
[Frelion]


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Messages: 77
Ah ! J'ai adoré, vraiment ! C'est typiquement l'ambiance du D.A.. Aussi, j'aime bien les "futurs" des héros. Personnellement, j'aurai pas fait aussi bien. (: Brefouille.
Hâte de lire la suite, comme d'hab.
_________________
☜♡☞ Il y a un adage qui dit qu'on fait toujours du mal à ceux qu'on aime. Mais il oublie de dire qu'on aime ceux qui nous font du mal." (Fight Club)
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Belgarel MessagePosté le: Lun 23 Aoû 2010 18:04   Sujet du message: Répondre en citant  
[Manta]


Inscrit le: 20 Aoû 2010
Messages: 527
Toujours aussi content de recevoir les comms de mes lecteurs Mr. Green
En tout cas, "ambiance du DA", c'est un des plus beaux compliments que puisse recevoir une fanfic, à mon avis ^^ Merci encore.

Franz Hopper...figurez-vous que le scénario est encore très flou là-dessus. A priori, il devrait revenir, mais une petite idée m'est venue, qui, je dois dire, change tout à fait la façon dont je m'imaginais le récit...

Marla --> Bon, puisque je suis en train de te lire (échange de bons procédés, comme quoi lire est le meilleur moyen d'être lu Laughing ), je peux te répondre que ce n'est vraiment pas la peine de te dévaloriser comme ça. Je ne sais pas ce que tu entends par "aurais" et "bien", mais pour ma part, je trouve que tu arrives à être à peu près conforme aux personnages (même si Yumi a, du fait du narrateur intérieur, une sensibilité plus développée que dans la série, qui fait qu'on ne la reconnaît plus par moments) et à ce que peut donner la série (même si l'humanité asservie fait plutôt L.Turner que B.Regeste Razz)

Bon, allez, je tiens à poster plus vite que j'écris !


*****



6

Albert pianota un moment devant l'écran, après le départ d'Adèle. Il était pensif ; dans sa tête, des idées pleines de rancœur se mélangeaient à des échos des propos de son amie. Il n'avait pas besoin d'elle, mais il fallait reconnaître que c'était dangereux ; elle lui avait porté un coup bas en l'attaquant sur sa réputation, mais n'était-il pas vrai que la solitude l'avait aigri ? Et même si il avait l'impression de savoir ce qu'il faisait, aurait-il eu le courage de se mettre lui-même dans un de ces machins ?

- Envoie-moi, dit calmement Kevin en lui mettant une main sur l'épaule.

Albert le regarda avec de grands yeux.

- Tu es certain ? tu sais, je crois qu'en fait, elle n'avait pas tout à fait tort. Et qu'est-ce que je fais, moi, si tu es désintégré ?
- Envoie-moi, répéta Kevin. Je ne crois pas ses histoires. Je veux voir à quoi ça ressemble.
- Bon...OK, si tu insistes...marmonna Albert, surpris. Enfin, je sais pas si je devrais, mais...

Mais son copain était déjà parti, en train prêt à descendre à la salle des scanners.

- Très bien, grommela pour lui-même Albert en commençant à paramétrer le programme de matérialisation. Du calme. Rien de grave ne risque d'arriver. Tout est sous contrôle. De toute façon, une machine aussi puissante doit être dotée de procédures de contrôle...Tu es prêt, Kevin ? demanda-t-il après avoir branché les haut-parleurs du niveau inférieur.
- Je suis déjà dans un des scanners, répondit ce dernier. Le numéro 2.
- Très bien...alors on y va. C'est un grand voyage pour l'humanité. Tu seras le premier être humain à passer à travers une procédure de virtualisation.
- Tout à fait faux ! protesta une voix courroucée. JE suis le premier être humain à avoir fait ce voyage !

Albert fit pivoter son siège et manqua d'en tomber. Le mur du laboratoire venait de s'ouvrir, et derrière, il y avait comme une sorte de sas, dont sortirent deux hommes, un en costume noir et un autre vêtu...absolument n'importe comment. Un troisième homme, un grand gringalet en blouse blanche de scientifique, sauta de l'échelle.

- Techniquement, Odd, les premiers être humains à avoir fait le voyage sont Aelita et son père, rectifia le type en costume.
- Si ça c'est pas une surprise ! s'exclama le gars en blouse en s'avançant vers le collégien. Des jeunes ont envahi l'installation.

Vif comme une bête traquée, Albert Steigne sauta de son siège et bondit de l'autre côté du laboratoire, prêt à s'échapper.

- Réagis pas au quart de tour comme ça ! s'exclama Jérémie en prenant place sur le siège. Nous ne te ferons pas de mal ; pour le moment, nous avons d'autres chats à fouetter que vous, croyez-moi. En revanche, ce serait bien qu'on puisse parler un petit peu après avoir sauvé le monde. Si ça ne te dérange pas, tu peux rester dans ton coin une dizaine de minutes ?

Albert déglutit. Ces gens semblaient plutôt rassurants, mais en cas de conflit, il était certain de ne pas pouvoir s'échapper : le gringalet l'aurait rattrapé en deux enjambées.

- Bon, vous filez aux scanners, rejoindre les filles. La tour activée est dans le territoire de la banquise, au Sud-ouest de votre position de virtualisation, à deux minutes en véhicule. Cette manche sera serrée.
« Problème dans la salle des scanners ! » cria Yumi.
- Qu'est-ce qu'il y a ? s'écria Jérémie, suant à grosses gouttes face à ce coup imprévu qui rendait la lutte encore plus difficile.
« Soit le gamin est capable de lancer des éclairs avec les mains, soit XANA a trouvé le moyen de contrôler les êtres humains en dissimulant ses traces ! »

Jérémie jura.

- La cavalerie arrive, annonça-t-il. Le gosse en haut n'a pas posé de problèmes pour le moment. Aelita et toi, je vous envoie. Le gamin ne doit surtout pas
« Nous sommes en position, Jérémie. Dépêche-toi ! »
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Albert, inquiet. Je peux faire quelque chose pour aider ?
- Tu ferais mieux de te taire pour le moment, répliqua Jérémie en lançant les transferts, un rien sur les nerfs. Les explications, c'est pour plus tard.

Soudain, le collégien se rua sur l'informaticien et lui décocha une droite qui le jeta à terre et prit sa place devant les écrans de contrôle.

- Rien ne se fera ici sans mon accord ! décréta-t-il. Ces dames seront dévirtualisées dès leur arrivée !

Mais notre informaticien s'était déjà relevé, et ripostait, prêt à en découdre pour protéger Yumi et Aelita. Il fallait admettre que celui lui faisait un drôle d'effet de combattre un ennemi plus petit que lui ; mais derrière le garçon, il voyait clairement le spectre. Il délogea XANA de son trône et le lança contre le mur, où il se mit à grésiller, déformé par des bugs informatiques ; il profita du bref répit que lui accordait le KO du nouveau spectre pour terminer la virtualisation de ses amies et leur envoyer les bécanes.

- Odd, Ulrich, quelqu'un ! appela-t-il j'en ai un de plus sur le dos !
« Tu nous excusera, Einstein, mais notre cancrelat à nous, il est plus coriace, c'est une sorte de petit gros costaud ! » répondit Ulrich entre deux cris de douleur et de rage.

Ces manipulations n'avaient pris que quelques secondes ; c'était déjà assez de temps pour que le spectre se relève et revienne à la charge, les mains brûlantes et lançant des éclairs. Jérémie esquiva le coup et s'apprêta à riposter ; mais soudain, quelque chose tomba du plafond et écrasa Albert.

- Ça alors, mon vieux, je savais que tu avais tes défauts, mais une traîtrise pareille, je ne l'aurais pas cru ! s'exclama Adèle.

Elle aida Jérémie à se relever.

- Je ne sais pas ce qui lui a pris, tenta-t-elle d'expliquer d'un ton désolé. Sincèrement, je ne le croyais pas capable...
- Pas de désillusions pour le moment : ton copain n'est pas lui-même. Essaye de l'envoyer dans l'ascenseur, s'il te plaît. Je me charge de le bloquer. Quand on aura réglé tout ça, nous vous expliquerons tout.
- Réglé tout ça quoi ? s'écria Adèle, tout à fait paniquée. Comment ?
- Fais-nous seulement confiance, insista Jérémie en appuyant bien sur chaque mot. Ça se joue dans un monde virtuel. Explications pour plus tard !

Adèle hésita un moment, puis saisit son ami inanimé par les épaules pour le traîner dans l'ascenseur, incertaine de ce qu'elle était supposée faire. Peut-être faisait-elle confiance à ces inconnus ; en tout cas, elle agissait comme ils le lui demandaient, se rendit-elle compte à mi-chemin. Soudain, Albert remua ; son visage se crispa en une grimace particulièrement mauvaise, et il tenta de frapper la collégienne. Celle-ci recula en hurlant, horrifiée par son ami dont la main brillait de milles feux. Tout à coup, ce dernier s'effondra, assommé par le grand type en blouse.

- Allez, soupira-t-il, finissons le travail.

Jérémie aida la petite à porter le corps inanimé jusque dans l'ascenseur, puis, aussi vite qu'il put, regagna son siège, et verrouilla toutes les portes.

- Ulrich, Odd, comment ça se passe en bas ?
« Ça chauffe, dans le coin ! » répliqua Odd. « J'espère que Yumi et Aelita s'en sortent bien sur Lyokô ! »

***

Les deux femmes atterrirent dans un gigantesque tas de neige, dont chacun des flocons était aussi détaillé que les pétales des fleurs dans le territoire de la forêt. Elles les prirent dans leurs mains, où ils se mirent à fondre, laissèrent tomber l'eau qui se changeait en gouttes de glace, et regardèrent tout autour d'elles la pureté de la glace aux milles reflets, et du ciel nuageux.

- On dirait un tableau, soupira Aelita, émerveillée.
- Nous prendrons le temps de nous émerveiller plus tard, lança Yumi pendant que les véhicules apparaissaient. Pour le moment, on fonce à la tour.

Une petite surprise les attendait. Au lieu des usuels Overwing, Overboards ou Overbikes, deux luges sculptées dans la glace, véritables objets d'art, étaient apparues.

- Dis-moi, Aelita, ton mari est devenu un véritable poète avec le temps.
- Que veux-tu ? je l'ai bien formé, répliqua la jeune femme, riante, en enfourchant un de ces nouveaux véhicules.

Ce dernier se mit aussitôt à glisser à toute vitesse dans la direction qu'elle désirait, précédé d'un nuage de paillettes et de flocons volants. En regardant plus attentivement, notre héroïne put déceler dans cette nuée confuse comme des poils blonds et pattes de loup qui s'agitaient d'avant en arrière. Un moment après avoir acquis la certitude que ces nuées devaient être des ébauches de chiens de traîneau, elle osa enfin crier : « Yah ! » ; il y eut comme un claquement de tonnerre, et la luge, qui déjà allait à toute vitesse, accéléra brusquement, doublant sa vélocité. Yumi rattrapa Aelita en hurlant sa joie. La tour se dessinait déjà à l'horizon.

- C'est magnifique ! s'écria la japonaise, prise d'excitation.

Bientôt, les traîneaux s'arrêtèrent, projetant de grandes gerbes de neige et de glace pilée devant eux, qui dessinèrent de douces flammes bleues sur le sol uni de la banquise.

- Voyons voir ce que XANA nous réserve cette fois, siffla Yumi en dépliant ses éventails.
« Deux monstres inconnus et cinq colibris, tout autour de la tour ! on peut dire que vous avez été gâtées. Il ne vous reste que quatre minutes ; mais ce serait bien que vous ayez fini avant, Odd est au tapis et Ulrich ne pourra pas en encaisser beaucoup plus. » lança à toute vitesse la voix de Jérémie entre deux soupirs essoufflés.
- Reçu, Jérémie ! répondit Aelita. Elle déplia aussitôt ses ailes et fonça vers le halo rouge de la tour. Yumi, quant à elle, se téléporta juste au pied de la tour.

L'accueil fut rude. Outre les oiseaux cracheurs de feu, la japonaise dut éviter les attaques de deux espèces de pingouins gigantesques, qui lançaient en rafale des lasers de leur bouche en se dandinant sur leurs grandes pattes plates. Par bonheur, leurs grands ventres blancs étaient une cible facile ; après quelques cabrioles et roues, Yumi eut enfin l'occasion de lancer son éventail, qui se planta dans l'un d'eux comme dans du beurre ; l'oiseau bleu et blanc explosa aussitôt.

- Si c'est comme ça que tu as remplacé tes blocs, XANA, tu as perdu au change ! s'écria-t-elle, euphorique.

Malheureusement, les colibris demeuraient toujours aussi invisibles, et deux de leurs tirent atteignirent Yumi, au bras et à la cheville ; elle tomba, roula, et envoya son éventail restant à l'aveuglette, espérant toucher un de ses ennemis au hasard ; l'instant d'après, elle se téléportait, et ramenait ses armes à elle par télékinésie. Les monstres suivaient, visibles cette fois. Elle se jeta sur le côté. Ses éventails, avant d'arriver dans ses mains, firent deux victimes supplémentaires ; elle les lança ensuite dans la direction du pingouin : l'un d'eux explosa un des trois colibris, l'autre fonça droit sur l'ennemi ; mais celui-ci leva son aile, dans laquelle l'éventail se planta avec un bruit de métal.
Surprise, Yumi jura. Les ailes agissaient comme des boucliers ; cela compliquait la situation. Le grand oiseau pencha son bec vers l'arme, l'arracha, et d'un puissant mouvement de tête, la renvoya vers la jeune femme. Celle-ci tenta de le dévier par télékinésie, mais il était trop tard ; la dernière chose qu'elle vit avant d'être dévirtualisée, c'était un des champs de forces roses d'Aelita, qui entoura bientôt le monstre, et le fit exploser.

Aelita était désormais seule face à deux colibris. Une idée lui vint soudain. Elle monta en flèche, suivie par les deux oiseaux, qui lançaient leurs boules de feu ; elle monta aussi haut et aussi vite qu'elle put, au-dessus de la brume du décor, à travers les nuages ; puis soudain, elle s'arrêta, généra le plus grand champ de force qu'elle ait encore créé, et le lança contre ses assaillants. Elle redescendit aussitôt, sans croiser aucun ennemi. La voie semblait libre jusqu'à la tour.

- Jérémie, tu les vois ? demanda-t-elle. Il n'y eut pas de réponse. Elle ne voyait rien. Mais soudain, la voix de son amant lui répondit :
« Aelita, il n'y a plus un seul ennemi dans le secteur ! la tour est tout à toi ; il ne te reste plus qu'une minute pour la désactiver. Dépêche-toi ! »

L'ange de Lyokô sortir enfin de l'épaisse couche de nuages, et atterrit à une dizaine de mètres de la tour. Jérémie dégageait des torrents d'adrénaline, mais cela ne l'étonnait pas, étant donnée la situation dans le laboratoire – ce n'était pas la première fois qu'il subissait une attaque de XANA, et que la situation se rapprochait d'un stade critique. La jeune femme était confiante, elle était dans les temps ; elle s'avança sereinement vers la tour. Mais à peine avait-elle fait trois mètres, qu'à sa droite, il y eut comme un scintillement.
Aelita s'immobilisa, oubliant tout, la tour, le danger, XANA. Une sorte de voile pâle à demi translucide, troué et voletant, flottait à quelques pas de la tour. Un instant, elle crut que l'ombre grise allait s'évanouir dans la neige et la glace, mais son intensité revint. Un vent invisible l'agitait.

- Jérémie...murmura-t-elle.

Il n'y avait pas de réponse. Aelia sentait une étrange chaleur lui monter dans la poitrine – oui, une chaleur, sur Lyokô, la première qu'elle eut jamais sentie. Elle se dit que si elle avait été dans son corps, son cœur aurait battu la chamade, ses joues auraient viré au rouge, une fièvre folle se serait emparé d'elle...
Enfin, seule, la tête dans les nuages, elle brisa la réalité : comme si elle avait toujours su ce qu'elle devait faire, elle s'avança lentement vers le fantôme, en chantant, et posa ses mains sur lui, sans s'arrêter de chanter. Une lumière aveuglante envahit son champ de vision, et elle fut soudain comme envahie par une puissance extérieure, qui la possédait ; oui, c'était comme un torrent de force, un torrent qui coulait, furieusement, à travers elle, qu'elle devait avaler et qu'elle sentait descendre dans son chant ininterrompu, car le fleuve le gardait éveillé malgré elle ; plus encore, Aelita n'existait plus, elle était comme une étape ou un pont, un découpage artificiel du monde, qui ne durerait pas. Puis tout s'arrêta.

Do, do, sol, sol, la, la, sol. Les notes, métalliques, résonnaient avec la régularité d'un métronome. Aelita sentait ses doigts heurter les touches d'ivoire du piano droit, encore et encore. Mais tout d'un coup, elle s'interrompit, et se retourna.
Il y avait quelqu'un devant elle, mais elle ne savait pas qui, elle ne voyait rien dans ce blanc uni. Cette personne dit quelque chose. Puis elle n'était plus là. Ensuite, Aelita allait se retourner de nouveau, et se remettre à jouer au piano.
Tout disparut juste après. Aelita était seule, près de la tour. Le fantôme avait disparu, il était parti.

La jeune femme se dirigea sans y songer vers la tour. Elle était tout en haut, posait sa main sur l'écran numérique. La tour était désactivée, Jérémie lui disait qu'il allait la ramener. Enfin, ses pieds d'abord, ses jambes ensuite, tout se transforma en cartes scintillantes, tandis que l'architecture de son corps disparaissait. Ce ne fut qu'alors qu'elle osa le penser.
Son père l'avait oubliée.

***

Lorsque le scanner s'ouvrit, Aelita en pleurs se retrouva face à des visages épuisés et affligés. Seul Odd, allongé contre un des scanners, semblait souriant, malgré une grave brûlure au thorax qui le lançait péniblement à chaque inspiration. Ulrich, maussade, avait du sang qui lui coulait du haut du front ; Yumi, des traces de griffures sur la joue. Dans un coin, près des deux autres scanners, la silhouette de Kevin se brisait contre le mur ; plus loin, c'était celle d'Albert, contre la porte brisée qui laissait voir la cage d'ascenseur.
Jérémie descendit l'échelle, visiblement éprouvé et las. Ses lunettes étaient brisées, et ses cheveux indiquaient qu'il était en train d'être électrocuté quand la tour avait été désactivée. Les portes, dans le fond de la pièce, coulissèrent juste après son arrivée, ouvrant l'accès à l'élévateur, dont le sol avait été troué.

- Chérie, soupira-t-il en boitant vers elle, chérie, qu'est-ce qui s'est passé ? tu étais au pied de la tour une minute avant la fin du compte à rebours ; que s'est-il passé ?
- Je n'ai pas réussi à réactiver la tour à temps ? murmura la jeune femme, sentant ses pleurs jaillir comme si un barrage avait lâché en bas de ses yeux.
- Tu avais cinquante secondes de retard, répondit Jérémie, s'accrochant à ses épaules. Cinquante secondes ! et comme tu le vois, nous aurions bien aimé que le carnage s'arrête un peu plus tôt...Alors, qu'est-ce qu'il y a eu ? d'autres monstres ? un piège ? la méduse ?

Mais Aelita n'était sûre de rien. Elle insistait pour que l'équipe monte au laboratoire avant de révéler quoi que ce soit. Yumi et Odd parvinrent enfin à raisonner Jérémie et Ulrich, dont les nerfs faillirent lâcher. On transporta les deux collégiens dans l'ascenseur en les plaçant à distance respectable du trou qu'un des spectres avait fait dans le sol pour sortir, puis ce fut le tour de Odd (qui avait tenté en protestant de se mettre lui-même debout). Dans le laboratoire, les deux garçons inconscients furent allongés à côté d'Adèle, qui avait elle aussi donné du fil à retordre à Jérémie, et les Lyokô-guerriers s'assirent en cercle autour d'Aelita, qui tout en expliquant, pianotait fébrilement sur le clavier du centre de contrôle.

- Au moment de rentrer dans la tour, j'ai vu un autre fichier fantôme qui se promenait juste à côté. Sauf que ce fichier-ci était de dimensions bien plus considérables, et, qui plus est, il semblait instable. Je sais que je n'aurais pas dû, mais j'étais comme hypnotisée : je me suis approchée, je l'ai touché.
- Tu n'as pas fait ça, s'écria Jérémie, horrifié.
- N'aie pas peur, je chantais. Je suis vraiment navrée, mais je vous avais complètement oubliés ; j'avais même oublié la tour, j'avais oublié XANA. Ensuite, j'ai vu...des souvenirs de mon père...ou plutôt des fragments.

Elle demeura silencieuse un moment devant ses amis pensifs. Puis elle reprit :

- C'était très étrange. Je me souviens de cette scène, j'étais avec lui ; mais la voir de son point de vue, et constater que...je n'étais pas là...les informations me concernant...c'était comme incomplet...

Elle se leva du siège, et le présenta à Jérémie.

- Le fragment est là, sous tes yeux, dit-elle. Je l'ai récupéré.

Ce dernier se leva, comme en transe, sur le point de rentrer dans un monde sacré ; les autres le fixaient, comme si il allait toucher un cadavre dans sa tombe. Le silence fut si complet que les cliquetis du clavier résonnaient comme des barres de métal cognées les unes aux autres ; dans cette musique sinistre, pas un souffle humain, pas un bruissement de mouvement vivant, n'osait se faire entendre. Puis enfin, Jérémie cessa d'explorer les données. Il enleva ses lunettes et les posa sur le clavier, se passa une main sur le front en soupirant, et resta un moment sans rien dire.

- Qu'est-ce que ça donne ? demanda Odd dans un râle douloureux.
- Cela donne une bonne partie du patrimoine génétique de Franz Hopper, quelques éléments de son esprit, et surtout, le fonctionnement des fichiers fantômes.
- Traduction ? demanda Ulrich, qui comprenait ce que l'informaticien disait, mais pas où il voulait en venir.
- Le dossier Franz Hopper est complet à près de 30%, et nous serons bientôt en mesure de traquer les autres traces de son existence dans la mer numérique, expliqua Aelita en versant un pleur. Avec quelques efforts, nous avons un espoir...de le ramener à la vie.
- Je vote pour, définitivement, lança Jérémie.
- Je suis, ajouta Yumi.
- Il n'y a plus à hésiter, déclara Odd. La mort vaut bien tous les sacrifices, a dit Yumi.
- Pauvre chéri, ces heures sup' dans la mer numérique, tu n'y échapperas pas ! fit la japonaise, moqueuse.
- Alors nous avons un nouvel objectif, conclut Aelita avec une certaine émotion.
- Si vous y croyez, interrompit une voix amère.

Tout le monde se tourna vers Ulrich. Celui-ci était, de toute évidence, réprobateur face à cet engouement soudain. Il rappela, très froidement :

- Je n'ai rien contre l'envie de sauver Hopper ; mais je crois toujours que c'est un piège de XANA. Le fait que nous avons perdu une tour n'est pas un accident.
- Tu as peut-être raison, concéda l'intellectuel d'un ton tout aussi froid. Peut-être XANA souhaite-t-il utiliser les fantômes comme appât. Pour ma part, je ne change pas d'avis. Ça vaut la peine d'essayer.
- Je sais que je ne suis pas très neutre, mais je partage son avis, ajouta son épouse. Quand bien même nous serions seuls à le vouloir, mon mari et moi pourrions tout laisser tomber pour le sauver.

La décision était irrévocable, cette fois. Franz Hopper n'était pas mort.


Note : pour ceux qui n'ont pas l'oreille ou la connaissance musicales, l'air au piano est le même qu'on entend dans la série, à savoir « à vous dirai-je maman »


Dernière édition par Belgarel le Lun 25 Oct 2010 09:42; édité 2 fois
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DimIIy MessagePosté le: Lun 23 Aoû 2010 19:35   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kongre]


Inscrit le: 23 Oct 2009
Messages: 1044
Localisation: Dans mon lit , en train de manger des kinder Bueno !
Woaaaa si Franz Hopper n'est pas mort peut être que Les héros vont reussir à le ramener ! Mais si t'es sadique libre a toi Mr. Green Au faite jsuis impatiente de savoir a quoi vont ressembler Ulrich et Odd sur lyoko !
_________________
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Merci me98 !!

Texte by me : Disparition (2eme version de préférence )
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Belgarel MessagePosté le: Lun 23 Aoû 2010 22:38   Sujet du message: Répondre en citant  
[Manta]


Inscrit le: 20 Aoû 2010
Messages: 527
Eh ben c'est malheureux à dire, mais avec toutes les pages que j'ai écrites sous OpenOffice, Ulrich n'a toujours pas été décrit sur Lyôko !
Au moins, il reste un territoire à explorer. Et tant que j'y suis...
Vous y avez cru, hein ? Mr. Green pas question que je vous dise tous mes secrets, vous attendrez la section 8 ! Celle-ci, c'est du bien gras bon lourd, ça fait pas beaucoup avancer l'action, mais pour les fanas de la description, je promets du plaisir à l'état pur !
La section 9 n'est pas encore terminée ; mais comme j'écris vite, m'est avis que je pourrai la poster avant de repartir à Lyon. Cela dit, vu comment elle part, je pense que je ferai mieux de vous faire mariner et de poster le cycle 3 d'un coup aux vacances de fin d'octobre. Qu'en pensez-vous ?

Bon, demain, je suis pas là ; je vous laisse ça en attendant, pour vous amuser. Pensez bien à lire les notes en haut.


*****


7

Note : n'oubliez pas ce que j'ai évoqué en préface : le droit de sauter des lignes !
Note2 : je tiens à préciser d'avance que je n'ai pas d'oisillon à chérir, et qu'en conséquence, Adèle est un personnage purement fictif. Toutes ressemblance avec une personne réelle ne saurait être que fortuite ^^



- Il nous reste un problème à régler, souleva Ulrich en redressant. Que fait-on des jeunes après leur réveil ? Je suppose qu'on va d'abord leur demander des informations, et que ça va se terminer par un retour vers le passé, n'est-ce pas ?
- J'avais en fait une autre idée, avança Jérémie. Je tiens toujours à cette idée, qu'un Lyôko-guerrier supplémentaire ne nous ferait pas de mal.
- Quoi ? s'écria Odd. Mais ce sont des gosses !
- Ce serait tout de même malvenu de notre part de leur en tenir rigueur, rappela Aelita.
- Surtout de la part d'Odd ! rajouta Ulrich, ce qui amusa la bande toute entière.

- A qui penserais-tu en particulier ? demanda Yumi une fois le fou rire d'Odd calmé.
- La gamine, Adèle, précisa Jérémie. Albert m'a l'air d'un Hervé miniature ; il était tout de même prêt à envoyer un être humain avant de faire des tests sur quoi que ce soit d'autre.
- Pour ça, tu ne peux pas lui en vouloir, Einstein, lança le propriétaire dudit chien. Kiwi est si intelligent qu'il est tout à fait humain !
- Eh bien...marmonna Jérémie après un silence gêné, je ne pouvais pas le savoir à l'époque.
- Quoi qu'il en soit, coupa Ulrich, cet Albert ne m'inspira pas confiance : pour moi, c'est sûr, il est exclu.
- Tu dis ça uniquement parce qu'il t'a attaqué dans le dos, le taquina la jeune japonaise.
- Ça me paraît une raison suffisante, se défendit le jeune directeur de commerce froidement.
- Mais pourquoi refuserais-tu ce Kevin ? questionna Aelita.
- Je ne le refuse pas, expliqua son mari ; simplement, je pense que nous n'avons besoin que d'une seule nouvelle recrue, et que cette jeune fille fera très bien l'affaire. Pour moi, tout dépendra de sa réaction à notre histoire : soit elle sera des nôtres, soit elle sera une connaissance sympathique, qui nous aura aidé un jour à déjouer une attaque de XANA, mais ne nous aura pas rejoints.
- Aidés, aidés, c'est tout de même elle qui t'a mis les cheveux en pétard, rétorqua Odd en rigolant. Je t'ai déjà dit que ça t'allait bien ?

- Jérémie a raison, c'est l'intention qui compte, le soutint Yumi. Elle est partie avant cette histoire de virtualisation, mais pour le reste elle a été courageuse – au point même d'attaquer ses propres copains pour défendre des inconnus. Je crois qu'elle mérite sa chance.
- Ce sera à elle de nous convaincre, ajouta la jeune femme aux cheveux roses en guise d'accord.
- Pour moi, c'est bon, affirma Odd.

Ulrich paraissait toujours douteur. Enfin, il consentit à regarder avant de voter, bien qu'il ne vît pas l'utilité d'un nouveau combattant dans les rangs.
Ils attendirent encore quelques minutes avant le réveil des adolescents. La première à sortir de sa torpeur fut Adèle. Elle se braqua brusquement et se redressa, jetant des regards affolés autour d'elle, comme une bête en cage. En un instant, elle avait vu ses deux amis allongés à deux pas d'elle, et les adultes regroupés près de l'écran de contrôle, qui commençaient à remarquer qu'elle avait recouvré ses esprits.

- Qu'est-ce qui se passe ? cracha-t-elle rageusement aux cinq inconnus. Qu'est-ce que vous leur avez fait ? Qu'est-ce que vous nous avez fait ?

Jérémie fit pivoter le siège et sourit d'un air qui se voulait rassurant. Il avait été convenu que ce serait lui qui mènerait les opérations et les explications.

- Je vois que tu es revenue à toi, déclara-t-il d'un ton plaisant. Sache que tu es libre de partir à tout moment ; pour ma part, je préfèrerais que tu comprennes d'abord.
- Arrêtez votre bla bla et répondez à mes questions, rétorqua la collégienne, méfiante et agressive.

Jérémie manqua d'avaler de l'air. La petite ne manquait pas de répondant. Odd éclata de rire.

- Si tu veux qu'Einstein arrête de parler et t'écoute, embrasse la dame aux cheveux roses !

L'informaticien fronça les sourcils. Il n'aurait jamais cru que cette vieille histoire reviendrait le hanter un jour. Il se retourna vers Odd et lui siffla froidement qu'il ne regrettait toujours pas le coup de poing qu'il lui avait filé ce jour-là.

- Ça, un premier coup de poing, ça ne s'oublie pas ! plaisanta le cadre. Admets qu'il fallait bien ça pour te réveiller !
- Mes questions ! hurla Adèle, furieuse d'être ainsi ignorée.
- Désolé, fit précipitamment Jérémie en se retournant vers elle. Je sais que c'est un peu difficile à croire, mais tes amis d'abord, puis toi ensuite, avez été possédés par une entité maléfique que nous affrontons en secret depuis maintenant plus de dix ans grâce à cette installation. Pour plus de détails, tu devras attendre le réveil de tes amis.

- Mais qui êtes-vous ? interrogea la jeune fille, qui n'en démordait pas de sa curiosité.
- Juste une vieille bande de copains du collège Kadic, répondit l'adulte avec un rire engageant. Voici Ulrich Stern, Odd Della Robbia, Yumi Ishiyama, Aelita Stones Belpois, aussi connue sous le pseudonyme « Rolling », et moi je suis son mari, Jérémie.
- « Rolling » ? demanda Adèle, et son cœur se mit à battre à toute vitesse. La DJ de l'amour ?
- Elle-même, fanfaronna fièrement le brûlé, agitant au-dessus de sa tête une main en signe de célébration.
- Jérémie Belpois ? marmonna Albert. Il semblait émerger à moitié des vapes. Le premier prix ?
- La fierté de l'établissement, se souvint Ulrich. J'avais oublié. Mon père en avait été vert.
- Ridicule de sa part, trancha Yumi.

Quelques instants après, les deux garçons étaient debout et en savaient à peu près autant que leur amie.

- Vous resterez bien pour les explications, n'est-ce pas ?
- Qu'on en finisse, répliqua Adèle
- Bien, droit au but. Venez par ici, vous verrez comment toute cette histoire a commencé pour moi. Vous verrez, ça a sans doute un air de déjà-vu ! ajouta-t-il en clignant de l'œil.

Tandis que les adolescents approchaient, Jérémie pianota un moment sur le clavier et lança un vieux fichier, qui se lança sous les yeux des trois jeunes gens.

« Journal de Jérémy Belpois, élève de quatrième au Collège Kadic. 9 octobre. Il y a quelques semaines, je cherchais des pièces pour terminer mes petits robots. Impossible d’en trouver dans le coin…Du coup, je me suis décidé à aller fouiller l’usine désaffectée, pas très loin du collège. Je me disais qu’il devait y avoir là-dedans plein de vieux trucs mécaniques qui pourraient sans doute me servir…
« Je n’ai pas été déçu. Incroyable ! J’ai découvert une sorte de complexe informatique avec un labo, des scanners… et surtout, un ordinateur hallucinant ! Pour l’instant, je n’en ai parlé à personne. C’est mon secret. Le truc le plus génial qui me soit jamais arrivé.
« Et ce n’est pas tout. Ce soir, malgré ma trouille, j’ai décidé de rallumer cet ordinateur. C'était incroyable : j'ai vu s'afficher la plus belle femme qu'on puisse imaginer. Il semble que ce soit forme d'intelligence virtuelle qui habite cet ordinateur, enfermée dans une sorte de monde incroyable appelé Lyôko, rempli de monstres bizarres ! Comme elle se fait attaquer dès qu'elle sort, elle est pour le moment obligée de rester dans une sorte de tour.
« J'ai baptisé l'intelligence artificielle Maya avec son accord. Pour le moment, je ne comprends pas encore très bien à quoi correspond ce monde virtuel. Mais je compte bien le comprendre, et si cela s'avère possible...j'espère la ramener sur terre ! »

La fenêtre se ferma, laissant les trois adolescents dans l'attente de précisions. Jérémie reprit.

- Avec le temps, nous avons découvert que le véritable nom de Maya était Aelita ; en réalité, il ne s'agissait pas d'une intelligence artificielle, mais d'un être humain, une petite fille envoyée dans ce monde virtuel âgée d'à peine treize ans, dans les années 80.
- Une seconde ! interrompit Albert. Ça ne tient pas debout. D'abord, personne ne ferait quelque chose d'aussi cruel. Ensuite, un ordinateur quantique, il y a plus de vingt ans ? c'est actuellement une utopie pour le marché de l'informatique, alors à l'époque, c'était proprement irréalisable.
- Dans le monde que tu connais, tu as sans doute raison, concéda l'informaticien ; mais le Supercalculateur, Lyôko, et la virtualisation d'Aelita sont l'œuvre d'un seul et même homme que tu ne connais pas, un génie, savant fou, seul capable de mettre au point une machine pareille, dont les possibilités encore aujourd'hui dépassent l'entendement : il s'agit du père même d'Aelita, Franz Hopper. Crois-moi ou pas, pour des raisons que nous ne comprenons pas encore très bien, il a construit cet endroit, bâti Lyôko, et s'est virtualisé, ainsi que sa fille. Près de dix ans après, lorsque j'ai rallumé le Supercalculateur, Aelita était seule sur Lyôko ; quant à Hopper, il avait dû fuir dans le réseau mondial, après avoir orchestré l'extinction de cette machine infernale.

- En admettant que c'est possible, pourquoi aurait-il fait ça ? lança Adèle. Cela revenait à emprisonner sa fille dans une machine éteinte.
- Avant de créer Lyôko, Franz Hopper avait mis au point, pour raisons militaires, un programme multi-agents appelé XANA. Mais pour parfaire son intelligence artificielle (seul moyen de lui permettre d'accomplir sa mission, qui était d'anéantir un autre programme du même style), Hopper a commis l'erreur de le rendre pour ainsi dire humain. XANA s'est peu à peu affranchi, auto-reprogrammé, et, à l'insu de son créateur, est devenu maléfique. Comme le programme avait été enfermé dans le seul Supercalculateur, le seul moyen pour Hopper de l'empêcher d'agir à sa guise était de désactiver le complexe. A tout prix.
« Quand nous avons trouvé Aelita, elle avait perdu la mémoire : nous ignorions donc tout de l'affaire. Mais notre décision de laisser l'ordinateur allumé tout en procédant à des tests pour la ramener fut récompensée : nous avons en fin de compte réussi à la matérialiser, et à vaincre XANA. Mais entre-temps, le programme avait réussi à s'échapper de Lyôko, et à infester le réseau informatique mondial. Le Supercalculateur de l'usine était désormais notre seul espoir pour espérer vaincre ce fléau.

- Pourquoi ne pas l'avoir éteint ? questionna Adèle.
- Parce qu'une fois XANA sur Internet, tout devenait possible. En outre, nous avons bientôt découvert qu'il avait infecté d'autres Supercalculateurs, développés par des organisations secrètes, dans le monde entier. XANA pouvait agir et lancer des attaques aux quatre coins du globe.
- Comment un simple programme pourrait-il lancer des attaques comme nous en avons subies nous-mêmes ? interrogea Albert, sceptique.
- Sur Lyôko, il existe quelques dizaines de tours, qui sont des interfaces de communication entre le monde informatique et la réalité : par elles, XANA est en mesure de générer à proximité de la machine des spectres. Ces derniers sont capables de choses dont vous n'auriez même pas idée. Heureusement, XANA a beau vouloir jouer au plus fin, nous arrivons toujours à nous en sortir.

C'était beaucoup d'informations à assimiler d'un coup. La curiosité d'Albert et d'Adèle ne cessait de pousser plus loin les questions, ou de revenir sur des points qu'ils ne saisissaient pas très bien, de se faire répéter les choses, ou de se lancer dans des mystères dont parfois Jérémie était bien en peine de traiter. Quant à Kevin, il semblait bien en peine de comprendre quoi que ce soit ; en fait, ce gamin avait l'air de ne pas écouter.
Peu à peu, au fil des réactions gênantes, Jérémie put déceler des nuances qui différenciaient les deux adolescents. Albert, de toute évidence, semblait considérer que le risque était tout à fait énorme et inconsidéré, et en même temps que Jérémie sous-estimait les bénéfices qu'on pouvait retirer d'une telle expérience (il insistait particulièrement sur le plan commercial, sans vraiment préciser ce qu'il entendait par là). Adèle, en revanche, était plus admirative devant la vie secrète de nos héros, comme si elle mesurait mieux le danger et les enjeux. Mais ce qui lui permit vraiment de faire la différence, ce fut une remarque d'Albert.

- Mais pourquoi n'avez-vous pas fait part de votre secret aux autorités après qu'Aelita et XANA soient sortis de l'ordinateur ? N'était-ce pas l'option la plus sage ?

L'informaticien haussa les sourcils, l'air de le défier de deviner les raisons. Au lieu de chercher à comprendre, le petit intellectuel chercha à se défendre :

- En effet, ils auraient certainement traité le problème avec plus de compétence, et XANA aurait été éliminé en moins de deux, avec beaucoup moins de risques ! En outre, vous pouviez espérer une récompense, du prestige, peut-être même des droits sur cette formidable invention !

Le jeune homme jeta un regard discret au reste de la bande. Aelita dissimula une grimace d'écœurement dans une espèce de fausse toux grasse, Yumi se pinçait le nez comme pour le réchauffer (ce qui signifiait qu'elle ne pouvait pas le sentir), Ulrich posait ses deux doigts sur ses tempes et les faisait rebondir (ce qui figurait la grosse tête, le plus souvent à l'intention de Jérémie), et Odd jouait à dessiner de la main dans les airs une sorte de vaguelette, qui montait et descendait comme un serpent (façon de dire qu'il le trouvait sournois). Les amis étaient plutôt unanimes. Le jeune homme se pencha enfin vers Albert, et lui répondit, le plus froidement possible :

- Si nous n'avons rien dit, il y a plusieurs raisons. D'abord, étant donné que nous avions lutté contre XANA pendant plus d'un an, nous étions incontestablement les plus compétents. Ensuite, Aelita étant dotée d'une fausse identité, nous préférions rester discrets sur ses origines. Enfin, au cas où cela t'aurait échappé, la première chose que nous avions faite était jurer le secret. A présent, nous vous proposons de partir. Faites ce que vous entendez ; nous aimerions seulement avoir votre parole que vous ne nous trahirez pas.

Albert se ratatina littéralement devant ce discours prononcé sur un ton presque menaçant. En fin de compte, il s'empressa de promettre qu'il ne dirait rien à personne, pas même aux policiers. Le regard d'Adèle hésitait entre la bande d'amis et le petit intellectuel, un peu gêné et apeuré. Quant à Kevin, étonné de voir Albert agir ainsi, il jura presque machinalement. Enfin, Adèle, qui semblait avoir envie de rester, finit par monter l'échelle à la suite de ses copains, en jurant de ne rien dire.

Une fois les adolescents partis, Jérémie demanda aux autres ce qu'ils pensaient de cet entretien.

- Je crois que ça me convient, dit Aelita. Tu devrais la suivre jusqu'à ce qu'elle soit seule.
- Elle avait l'air d'avoir des doutes sur son copain crasseux, fit remarquer Odd. Et puis, elle semble plutôt sympa, cette gamine. Ça roule pour moi.
- Je pense qu'elle doit revenir, approuva Yumi. Ne serait-ce que pour que nous soyons sûrs.
- Je ne dis pas non, marmonna Ulrich. Mais je ne suis pas encore sûr qu'elle soit digne de confiance.
- Ça me convient pour le moment, répondit Jérémie.

Il se leva du siège, enleva sa veste avec un grand bâillement et la jeta en boule sur le siège.

- Quelqu'un a une idée de l'heure ?
- Plus d'une heure du matin, répondit Ulrich. T'as intérêt à nous ramener assez tôt pour nous offrir une bonne nuit de sommeil, Einstein.
- Ça dépendra de ce qu'elle nous révèlera.

***

Adèle serra Albert et Kevin dans ses bras en tremblant. Elle avait le sentiment désagréable qu'elle allait les trahir ; mais ces gens dans le laboratoire semblaient, après tout, honnêtes, droits et dignes de confiance. Puisqu'ils les avaient laissé partir, après tout, c'est qu'ils n'étaient pas mauvais – rien de ce qu'elle pourrait leur dire ne nuirait vraiment à aucun d'entre eux, espérait-elle. Elle regarda ses amis descendre l'échelle, enveloppés dans la noirceur des égouts souterrains ; puis elle referma l'entrée béante en tirant la plaque de métal rouillé, et resta un moment assise au milieu du pont, près du trou par lequel ses amis avaient disparu.
Enfin, elle se releva. La nuit était vraiment magnifique – à travers les épais nuages bleus de la pollution nocturne, le vent soufflait une douce musique et les étoiles perçaient la voûte céleste de leurs points dorés. L'eau fraîche reflétait la brillante lune, qui en était à son dernier croissant. C'était comme une fissure blanc qui tranchait également l'unité de l'eau noire comme de l'encre, et du ciel noir comme un plafond de mine, que rien ne parvenait à noyer ou à arrêter. C'était comme un espoir d'évasion.
Ses pensées des dernières heures la rattrapèrent. Dès l'instant où Albert avait exhibé sa découverte, ni lui ni elle n'avaient été les mêmes : seul Kevin était parvenu à demeurer indifférent, et le mérite ne lui était pas grand. Albert, lui, avait vu sa tête gonfler, et s'était grandi en une sorte de génie inégalable, responsable de l'avenir de l'humanité – c'était presque, en fait, comme si ce laboratoire avait été son œuvre à lui. Mais elle-même, qu'avait-elle été ? toute aussi certaine de porter d'immenses responsabilités devant cette découverte et l'engouement de son ami, toute aussi pétrie de principes et de valeurs, de fins qui excusaient les moyens. N'avait-elle pas été convaincue qu'il valait mieux renoncer à son amitié avec Albert que de le laisser utiliser le SuperCalculateur pour virtualiser Kevin ? N'était-elle pas convaincue, maintenant, qu'il valait mieux retourner voir ces adultes que de le laisser révéler leur secret, prendre une décision qui ne lui appartenait pas ? C'étaient ces doutes souterrains qui la paralysaient depuis plusieurs minutes, la laissaient immobile et vide d'idées devant une stupide plaque de fer. Adèle se redressa, et regarda vers l'usine.
Soudain, elle se rua vers le bord du pont, s'accrocha aux câbles qui le suspendaient, et hurla, tendue vers le fleuve impassible :

- Je voudrais que rien de tout ça ne soit arrivé !

Des sanglots la secouaient, elle ne savait plus quoi penser. Le monde était devenu si différent, elle se sentait tiraillée par tant de valeurs et d'idées contraires, que rien n'était plus clair, et qu'elle ne savait pas ce qu'elle devait faire.
Il lui fallut encore quelques minutes de calme et de silence. Elle se mit à faire les cent pas sur le pont, sans réfléchir, sans penser, sans s'enfoncer dans un brouillard de considérations bizarres. Soudain, elle s'arrêta. Une chose était claire : en dépit de son amitié, elle estimait qu'Albert faisait fausse route ; si elle se taisait, elle laissait faire, et les pires conséquences pouvaient en découler pour ces gens, qui s'étaient montrés amicaux et lui avaient fait confiance ; si elle faisait ce qu'elle estimait juste, elle leur rendait leur confiance et s'en montrait digne – et même mieux, elle pouvait espérer que l'expérience se révélerait en fin de compte aussi bénéfique pour Albert que deux mois d'amitié.
Elle comprit qu'elle n'avait que trop tardé : à l'heure qu'il était, le petit informaticien devait avoir atteint le lycée, et essayait peut-être d'avertir le principal. Espérant de tout son cœur que les anciens élèves du collège Kadic étaient toujours dans le sous-sol du laboratoire, elle se mit à courir vers l'usine.
Tout à coup, juste avant d'arriver à l'endroit où les cordes pendaient, elle vit sortir de l'ombre une silhouette grande et maigre, qui s'était confondue avec le mur, et l'avait observée pendant tout le temps où elle avait douté.

- Toutes mes félicitations, Adèle ! s'exclama la voix de Jérémie. Je savais que tu étais digne de confiance – autant pour tes amis que pour nous.

Le scientifique se retourna avant que la jeune fille ait vu son visage, saisit la corde et glissa dans le vide. La collégienne le suivit en courant, et lui lança :

- Attendez, monsieur ! Vous m'espionniez ?
- Appèle-moi Jérémie, répondit l'homme en appuyant sur le bouton rouge d'appel de l'ascenseur. Nous sommes amis, maintenant, si tu veux bien.
- Ma question ! insista la fille aux cheveux rouges.
- Plus exactement, j'attendais que tu sois seule pour te proposer de revenir. Mais quand je t'ai vu hésiter, j'ai pensé qu'il valait mieux que tu reste seule un moment ; ton attitude joue en ta faveur auprès de nous.
- Que voulez-vous dire ? s'étonna celle-ci, surprise.
- Tu es venue nous prévenir que ton ami nous fait courir un risque, et que tu doutes de lui, déclara l'informaticien avec une légèreté qui surprit fortement Adèle.

Elle suivit l'adulte dans l'ascenseur sans dire un mot, frappée d'une sorte de mutisme stupéfait. Enfin, à l'ouverture de la porte, elle osa lui demander :

- Vous êtes omniscient ou quoi ?

Jérémie éclata de rire et s'avança vers ses amis.

- Si elle apprend à nous tutoyer, définitivement, oui, c'est bon pour moi ! s'écria-t-il joyeusement en prenant place dans le fauteuil.
- Mais qu'est-ce qui vous a pris tant de temps ? soupira Odd, une main sur la poitrine. Je souffre le martyre, moi !
- C'est donc pour ça que tu parlais tant ? ironisa Ulrich en se déridant.
- Ce type est increvable : en deux heures, il s'ennuie tellement qu'il n'a plus mal ! observa Yumi.

Adèle Desanges était surtout ébahie par l'aspect détendu et reposé de ce groupe d'amis qui, tant que les garçons étaient encore là, étaient demeurés tendus ou sérieux, donnait soudain l'image d'une heureuse bande de gais enfants tout à fait décontractée.

- Mais enfin, vous n'avez pas regardé les écrans de surveillance ? s'exclama l'informaticien, outré.
- Si, Aelita a insisté ! lança Odd. On l'a regardé tourner en rond, puis soudain, elle est revenue. La belle affaire ; qu'est-ce que c'est censé nous montrer, sinon que tu nous a laissés poireauter ici ?
- Si tu essayes de te mettre un peu à sa place, Odd, ça montre tout ce que nous voulons savoir, expliqua Yumi.
- C'est moins évident quand on n'y est pas, tenta d'opposer Aelita, pour prendre la défense de son ami. Puis elle sourit à Adèle et ajouta : ne t'en fais pas, dans quelques minutes, tu comprendras où nous voudrons en venir.
- Pour moi, ce qui m'inquiète, c'est que vous ayez l'air de savoir qu'Albert pourrait vous dénoncer et que ça ne vous inquiète pas.

Le type allongé fut secoué d'un grand rire, qui se termina en toussotements. Il n'en était pas moins, en dépit de sa brûlure, extrêmement amusé.

- C'est donc pour ça qu'elle est revenue ? demanda Odd.
- Comme si c'était pas évident, soupira Jérémie.
- Dans ce cas, elle est digne de confiance, c'est le moins qu'on puisse dire, affirma Yumi.
- Elle a tout de même été capable de vouloir balancer un de ses copains, observa Odd.
- A ton avis, pourquoi a-t-elle tourné en rond pendant dix minutes ? marmonna Jérémie, presque déprimé.
- Oh ! s'exclama le blessé, illuminé.

- Je suis toujours assez peu enthousiaste face à ton idée, Jérémie, soupira Ulrich ; mais je donne mon feu vert.
- Bien : peu de mots, comme toujours, monsieur Stern, le taquina Aelita. Merci. Eh bien, il ne reste plus qu'à entendre la confirmation d'Odd.

Est-ce inattendu ? notre héros donna sa bénédiction. Les cinq Lyôko-guerrier savourèrent cet instant historique en silence. Chacun songeait à quel point ça leur ferait bizarre de ne plus être entre eux, d'accepter une fille qu'ils connaissaient à peine, dans leur groupe ; du coin de l'œil, ils la scrutaient, comme pour essayer de mieux savoir qui elle était, de mieux la comprendre. Adèle était une grande adolescente maigre, dont les baskets aux pieds, et tenue mauve ample pour le reste du corps, témoignaient d'un certain négligé discret et anticonformiste (la mode étant passée entre-temps à des tenues exclusivement moulantes et flashy). De ses traits puissamment creusés se dégageait une sorte de force mature et coléreuse, une assurance fière et courageuse qui n'était pas une simple apparence, mais davantage un espoir idéal vers lequel elle tendait en permanence. Sa bouche se tordait amèrement, son nez long nez osseux se dressait sans crainte, ses yeux noirs enfoncés dans leurs orbites perçaient de leur lumière sa peau dure avec décision, et les mèches rouge sombre de sa chevelure jetaient sur la peau pâle de son visage comme des secrets douloureux.
Preuve, s'il en faut, que l'on peut lire sur une physionomie absolument ce que l'on veut.

- Vous allez me dire ce que vous me voulez, oui on non ? s'impatienta la jeune fille.
- Tout de suite, répondit Jérémie, aux anges. Nous venons de décider de t'offrir une place dans notre groupe, pour lutter contre XANA.

Adèle ne s'attendait pas du tout à cela. Elle resta un moment interdite, incapable de réagir. Il eût été vain de nier, se dit-elle, qu'elle n'avait pas eu envie, en écoutant l'histoire de nos héros, de participer à cette lutte contre un fléau qui mettait le monde en danger, de découvrir ce à quoi pouvait ressembler un monde virtuel généré par un ordinateur ultra-moderne des années 80, d'en savoir plus sur ces adultes et leur vie cachée de super-héros ; mais cette vague envie n'avait été jusque-là rien d'autre qu'un rêve, une chose qu'elle n'osait même pas se figurer tant ça paraissait éloigné de la réalité. Et voilà que soudain, sa vie basculait. Ce fut un choc presque aussi important pour elle que la découverte du complexe souterrain et de la lutte contre XANA.

- Alors, qu'en dis-tu ? demanda Aelita, amusée.
- C'est juste...trop gros pour moi, avoua Adèle. Toute cette histoire me dépasse complètement, c'est si énorme...Et puis, si Albert...
- Ne te soucie pas de ça, ce n'est pas un problème, assura l'informaticien. Crois-tu que nous l'aurions laissé partir comme ça si nous l'avions redouté ?
- Et puis, tu as tort : cette histoire te va comme un gant, ajouta Aelita. Tu es courageuse, tu as un grand sens moral, et surtout, tu sais garder un secret ! C'est quelqu'un comme toi qu'il nous faut.
- Mais comment pourrais-je me retrouver embarquée dans une telle histoire ? Je ne suis qu'une ado comme toutes les autres, se lamenta Adèle.
- Tout comme nous l'étions quand ça a commencé, rappela Ulrich. Et je peux te dire qu'on vit très bien en sachant qu'après l'école, on peut courir sauver le monde en plongeant dans un monde virtuel où vit un sympathique programme humanoïde.
- Du reste, sache bien que devenir Lyôko-guerrière est un processus dangereux, mais réversible, précisa Yumi. Si tu veux partir et ne plus entendre parler de nous, tu peux le faire quand tu veux. Alors, que décides-tu ?

La collégienne entra dans une autre minute de doute, durant laquelle elle resta parfaitement silencieuse et concentrée, tentant de faire la part des choses. Enfin, une fois sa décision prise, elle redressa la nuque et annonça d'une voix extatique :

- J'en suis !

Un grand cri de triomphe unit Yumi, Aelita, Jérémie et, brièvement, Odd, dans une allégresse de bienvenue. Ils ne pouvaient s'en empêcher, cette petite, ils l'adoraient déjà. Même Ulrich ne put réprimer un sourire.

- Bon, maintenant, le programme est simple, déclara l'informaticien. D'abord, vous descendez tous à la salle des scanners, où nous l'accepterons officiellement dans notre groupe. Ensuite, vous remontez, je fais un bref briefing des missions en cours, puis nous lui révélons notre dernier secret, d'accord ?
- Bien reçu, Jérémie, approuva Ulrich en descendant l'échelle qui menait aux scanners.

Une heure plus tard, notre vieille équipe de Lyôko-guerriers était à jamais changée. L'espoir était revenu, Lyôko gagnait une deuxième jeunesse, et les affaires de l'usine continuaient, dans le secret.
_________________
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Premier commandement : Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.
Troisième commandement : Tout individu a droit à la vie
Quatrième commandement : Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l'esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes.
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DimIIy MessagePosté le: Mar 24 Aoû 2010 11:11   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kongre]


Inscrit le: 23 Oct 2009
Messages: 1044
Localisation: Dans mon lit , en train de manger des kinder Bueno !
Pas mal l'idée de choisir Adèle dans le groupe,quoique je trouve ca un peu risqué apres tout elle est un peu plus jeune ! J'attends la suite avec impatience
_________________
http://imageshack.us/a/img521/7369/signaturedimiiy.png


Merci me98 !!

Texte by me : Disparition (2eme version de préférence )
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Belgarel MessagePosté le: Mar 24 Aoû 2010 18:26   Sujet du message: Répondre en citant  
[Manta]


Inscrit le: 20 Aoû 2010
Messages: 527
Malheureusement, j'ai pas trop pris en compte la différence d'âge...manque de temps, et puis, aussi, ambiance du DA obligent ! Nos adultes semblent retomber en enfance, après tout...
Donc les problèmes d'âge, c'est pas encore à l'ordre du jour.

Ben cette journée à la plage m'a fait avoir plein d'idées que vous ne découvrirez peut-être jamais...ceci dit, j'espère toujours autant mener cette fic jusqu'au bout ! surtout que la suite promet...
Le souci, à présent, c'est que j'ai à peine fini la première moitié de la section 9. Donc, à mon avis, le prochain extrait de texte (le 8ème) sera le dernier, jusqu'aux vacances de Toussaint.
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Quater MessagePosté le: Mer 25 Aoû 2010 21:21   Sujet du message: Répondre en citant  
[Blok]


Inscrit le: 31 Mar 2010
Messages: 107
Localisation: Je ne saurais le dire...
Allez, hop ! P'tit commentaire !

Section 6: sympathique, une belle description du nouveau territoire banquise (complètement fou Jérémie de créer des trucs pareils...), les p'tits jeunes quelques peu agressifs envers leurs aînés ^^, et... des pingouins sur Lyokô ! Et avec ça le retour confirmé de Franz Hopper. Bien pensé le coup des résidus fantomatiques, d'ailleurs.


Section 7: très bien, intégration d'Adèle dans le groupe, mais t'aurais dû mettre ta note 2 à la fin, ça gache un peu le suspense. Par contre ça fait 3 LG à (re)découvrir...

Belgarel a écrit:
Preuve, s'il en faut, que l'on peut lire sur une physionomie absolument ce que l'on veut.

Enorme !! Laughing


Belgarel a écrit:
Ben cette journée à la plage m'a fait avoir plein d'idées que vous ne découvrirez peut-être jamais...

Ca va pas, non ? Essaie pas de trouver d'excuse pour ne pas terminer ta fic... Twisted Evil


Ah, et sinon, ben, euh... la suite, la suite!



PS: T'as fais une faute d'ortho ! Mouah, ah ah ah ah ah ah, euh...
Désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris. Hum, hum...
Mais par contre c'est vrai que t'as fait une petite faute:
Belgarel a écrit:
- Appèle-moi Jérémie, répondit l'homme en appuyant sur le bouton rouge d'appel de l'ascenseur.

Mais bon c'est pas grave, hein Wink
Il faut juste excuser mes délires psychotiques, ça peut arriver à tout le monde ^^.
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