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[Fanfic] Code Alpha 2.0 - Rainy Days [Chapitre 2]

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 Auteur Message
Pilorde MessagePosté le: Dim 13 Mai 2018 11:50   Sujet du message: [Fanfic] Code Alpha 2.0 - Rainy Days [Chapitre 2] Répondre en citant  
[Frelion]


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Localisation: Perdu dans le néant
Bonjour, ça fait longtemps !

Spoiler


Code Alpha 2.0 - Rainy Days

Code Alpha 1.0 Ancienne version: 1.0 - 2.0



Lexique
Ier Prologue - C'était dangereux mais...
IIème Prologue - Le Temps des Monstres
Chapitre 01 - Quelque chose s'est brisé
Chapitre 02 -
Chapitre 03 -
Chapitre 04 -
Chapitre 05 -
Chapitre 06 -
Chapitre 07 -
Chapitre 08 -
Chapitre 09 -
Chapitre 10 -
Chapitre 11 -
Chapitre 12 -
Chapitre 13 -
Chapitre 14 -
Chapitre 15 -
Chapitre 16 -
Épilogue -


______________________________


Ier Prologue : C'était dangereux mais...


Journal de Melvin, unique page remplie

Je me demande parfois si les premières semaines de mon année de seconde n'étaient pas un rêve. Elles étaient tellement... tellement étranges, tellement particulières. Après tout, la seule preuve que j'ai de leur existence, ce sont mes souvenirs et ceux des autres. Le problème c'est qu'on se parle de moins en moins désormais... Chacun est parti dans son coin et me voilà tout seul, comme avant. Dire que j'avais cru que je m'étais enfin fait un groupe d'amis... Enfin bref, je m'écarte du sujet. L'important, c'est ce qui s'est passé. Pour être sûr de ne rien oublier, j'ai décidé d'écrire tout ce dont je me souviens dans ce cahier.

Tout a commencé quand... c'est un peu compliqué de dire quand est-ce que tout a commencé. Peut-être dès qu'Antoine et Jean se sont retrouvés à devoir faire des travaux d'intérêts généraux pour le lycée ensemble. Ou peut-être est-ce quand Ambre est rentrée en scène. C'est un peu difficile pour moi de bien mettre le doigt sur un début précis, parce que je n'ai pas tout de suite prit part à tout ça.

Essayons tout d'abord de bien présenter le contexte. Oui, bonne idée. Antoine et moi étions dans la même classe depuis la sixième. C'est mon meilleur et seul ami. Ou plutôt... c'était. Il était très intelligent, mais m'écoutait rarement quand je parlais. Il pouvait être très antipathique, tout comme il pouvait être... oui, non généralement, il était très antipathique. Il était hautain et arrogant, croyait toujours tout savoir mieux que tout le monde. Pourquoi est-ce que je traînais avec lui si je le décris d'une manière aussi négative ? Parce qu'il a pas eu une vie facile, et je pense qu'il s'est lui même enfermé dans cette carapace. Au fond de lui, c'est quelqu'un de bien, et peut-être qu'un jour, il le sera aussi à l'extérieur. Et puis... si Antoine n'avait pas été là, j'aurais été vraiment tout seul tout ce temps.

Jean était un gars de notre classe. Il aimait bien se moquer de nous, un peu comme tout le monde. Non pas pour être méchant, mais... justement pour faire comme tout le monde. Je ne lui en veux pas. Bon d'accord, sur le coup, je lui en voulais beaucoup, mais avec ce qui s'est passé ensuite... Non, chaque chose en son temps. Quant à Ambre, c'était une fille adorable d'une autre classe, très timide et rejetée à cause de ça. Je dois avouer qu'elle était mignonne... très mignonne. Oui bon, je l'avoue j'ai été un peu amoureux d'elle, mais c'est normal à l'adolescence de ressentir une forte attirance pour quelqu'un de temps en temps... Elle était gentille, mais pas dans le sens négatif du terme. Bon, après c'est devenu compliqué entre nous et de toute façon, je n'aurai jamais eu la moindre chance avec elle. Moi je suis gros, roux et repoussant. Qui voudrait de quelqu'un comme ça ? Euh... je crois que je m'écarte du sujet.

Comme je l'ai dit plus haut, Antoine et Jean se sont retrouvés à faire des travaux d'intérêt généraux pour le lycée après s'être presque battus en classe. Et bizarrement après ça, les deux garçons et Ambre se mirent à traîner ensemble. Il n'y avait aucune raison apparente à ce rapprochement et je me suis senti délaissé. Et trahi aussi. Je suis resté tard sur une aire de jeu, assis sur un banc avec ma console de jeu portable, presque en larmes. Je dis presque parce que je n'ai pas pleuré, mais j'étais quand même vachement triste. Et puis Steve et ses gorilles sont venus. Steve c'est... oh, et il ne vaut pas la peine que je parle de lui ici, c'est juste un abruti. Bref à partir de là... mes souvenirs sont flous. Très flous.

Jusque là, tout semble normal. La vie d'un lycéen mal dans sa peau. Mais à partir de maintenant, le fun commence. Et l'aventure. Et le danger. Et la peur. Et beaucoup de peur.

D'après ce que j'ai compris, j'ai été possédé par une intelligence artificielle nommée XANA, qui m'a donné des super-pouvoirs et a tenté de tuer mes amis via mon corps. Ça fait pas très réaliste comme ça, même moi j'ai encore du mal à y croire. Une chose était sûre, j'avais bel et bien essayer de tuer mes amis. Un vieux type du nom d'Ulrich nous expliqua que cette IA cherchait à nous tuer pour... j'ai toujours pas compris pourquoi d'ailleurs, je crois qu'Ulrich avait refusé de nous expliquer ce point précis... il est un peu tard pour lui demander maintenant... Bref, le seul moyen de stopper cet adversaire, c'était de se rendre dans un monde virtuel pour désactiver des tours. Comme dans un jeu vidéo. Je vous avais bien dit que c'était génial !

Mais là, c'est vraiment devenu compliqué pour tout le monde. Ambre et Jean, qui avaient failli mourir de mes mains, étaient terrorisés. Ils voulaient plus prendre part à ça et se sont tirés. Antoine a fait son Antoine et s'est tiré lui aussi. Il ne restait plus que le vieux Ulrich et moi et j'étais bien décidé à ne pas me barrer ! Ouais, j'ai bien dû rentrer chez moi après, mais c'était une façon de parler. Toujours était-il que je voulais pas recommencer à essayer de tuer des gens. C'était... terrifiant comme idée. Je crois que j'en dormais pas de la nuit.

D'après Ulrich, X.A.N.A nous voyait tous comme des menaces et n'arrêteraient pas tant qu'il ne nous aurait pas tous tué. Il me demanda de revenir le lendemain pour m'entraîner sur le monde virtuel. Quand j'y retournai, une autre nana était avec lui, une certaine Mélissa, une « vieille amie à lui ». Ambre décida de revenir aussi, mais elle refusait de me parler, me tenant responsable de ce qui s'était passé. Antoine, lui, continua à rester chez lui, en travaillant apparemment sur comment détruire X.A.N.A.

Il y eut enfin la deuxième attaque que nous attendions tous. Alors que je me rendais à l'usine, je tombai sur Jean qui souhaitai nous rejoindre. Enfin, il voulait surtout rejoindre Ambre mais bon... passons. Ce fut un véritable carnage. Les deux adultes, Ulrich et Mélissa, perdirent la vie. Un type qui voulait nous tuer aussi, un certain William. Jean fut blessé à la jambe. Heureusement, Antoine eut le temps de mettre son plan à exécution. La victoire, si on pouvait appeler ça comme ça, était dans nos mains.

Les événements nous avaient tous énormément changés. Et rapprochés, malgré tout. On décida de se souvent se réunir à l'usine, pour vérifier que tout allait bien. On ne pouvait pas être sûr que X.A.N.A avait bel et bien était détruit. Antoine était très distant et restait souvent dans son coin. D'après Jean, il s'était pris un râteau de la part d'Ambre et c'était pour ça qu'il faisait la gueule. Ambre semblait ne plus m'en vouloir, même si elle ne parlait qu'à son amoureux de toujours : Jean. Parler, c'est un bien grand mot. Il se roulait des pelles en permanence, ça en devenait gênant. Jean resta fidèle à lui même, mais en beaucoup plus sympa. Il rigolait beaucoup avec moi et essayait même de communiquer avec Antoine qui ne répondait généralement pas. J'avoue que j'étais totalement jaloux de sa relation avec Ambre. Bref. J'avais des amis. Ils étaient particuliers, mais nous avions vécu quelque chose de particulier.

Tout les jours au début, nous nous rendions à l'usine, mais comme je l'ai dit plus haut, rien à signaler. Puis ce fut une fois par semaine, le jeudi pour être exact. Nous traînions aussi ensemble le reste du temps, mais finalement, ce fut l'un des rares moments où nous étions tous ensemble. Et finalement, un système de tour de garde fut mis en place. Et la vie normale reprit son cours. Nous nous éloignèrent, prenant chacun un chemin différent. C'est un peu triste, mais c'était inévitable. Le groupe s'était formé dans l'urgence et par besoin, pas véritablement par affinités.

Voilà. Ça doit bien faire un an désormais. Je ne pense pas que je revivrai quoi que ce soit d'aussi intense dans ma vie. C'était dangereux mais... putain, qu'est ce que c'était bien !Je n'oublierai jamais les quelques jours où Ambre, Jean, Antoine et moi étions une équipe.


______________________________


IIème Prologue: Le Temps des Monstres


???



Quand il était petit, Antoine avait peur des monstres sous son lit. Personne ne venait le voir pour le rassurer. Il était seul, avec les bruits étranges de la nuit. Ses parents étaient morts. Il l'avaient abandonnés. Pourquoi ? Est-ce que... Est-ce que c'était parce qu'ils ne l'aimaient pas ? Sa tante en tout cas, le détestait. Il ne savait pas pourquoi... Il devait bien y avoir une raison à cette haine. Peut-être qu'il était responsable du départ de ses parents.

Il pleuvait ce jour là. Cela faisait une semaine que les nuages recrachaient leur fureur sur la ville, inondant les caniveaux. Était-ce là les prémices d'un nouveau déluge ? Un autre liquide s'était peu à peu mélangé avec l'eau omniprésente dans les rues. Celui était beaucoup plus sombre. Il avait une odeur pestilentiel, presque répugnante. Surtout, il était rouge vif.

Il pleuvait aussi dans le cœur des gens. Car ce jour là, le monde allait changer et prendre une tournure différente. Plus rien n'allait plus jamais être comme avant. Personne ne s'en rendait encore compte, mais comme lié par un inconscient collectif, tout le monde ressenti une profonde mélancolie.

Il pleuvait enfin sur les joues du jeune homme qui n'en était plus un. Pas des larmes de tristesse, non, des larmes de soulagement. Il s'en était sorti. Il était vivant. L'adolescent éclata alors d'un rire sinistre qui résonna dans l'immensité vide de l'usine. Antoine resta bien une dizaine de minutes immobile et hilare, face à ce super-calculateur qui avait causé tant de souffrances.

« J'ai gagné... » dit-il finalement avec un sourire.

Lui, le petit intello du fond de la classe qui était la risée de tous. Il leur avait prouvé, à tous, qu'il n'avait besoin de personne. Que plus qu'un génie, il était quelqu'un de tout simplement exceptionnel. Bien sûr, il avait eu des doutes. Bien sûr, il avait eu des moments de faiblesse. La mort de Melvin avait été un premier coup à encaisser. A ce moment là, il avait eu l'impression de perdre l'une des deux dernières choses qui le rattachait encore à l'humanité. Il perdit la deuxième juste après, lors de sa confrontation avec la chose qui prétendait être sa sœur. Pire encore, le destin lui même avait semblé s'acharner sur lui. Ses adversaires avaient toujours un coup d'avance sur lui, semblait toujours prédire ses mouvements. Il avait eu l'impression qu'une force supérieure souhaitait le voir perdre.

Et pourtant... Alors qu'il était plus bas que terre, il était revenu sur le champs de bataille avec la vivacité d'un phénix. Désormais insensible, intransigeant, dur comme de l'acier, il avait tué tous ses ennemis un par un, dont certains de ses propres mains. Mais... il en restait un à abattre. Celui qui était au cœur de la tornade.

« Hannibal ! J'ai remporté ton petit jeu ! Montre-toi désormais !

Une lumière pâle éclaira l'écran de l'ordinateur central. C'était son Adversaire qui se manifestait. Celui que ses parents n'avaient pas réussi à vaincre et qui s'était caché dans l'obscurité jusque là. Depuis quand observait-il les moindres faits et gestes d'Antoine ? Le jeu avait commencé bien avant cette rentrée de septembre...

H : Me voici Antoine. Effectivement, tu es le vainqueur.

- Est-ce que tu as peur ? Demanda le blondinet à l'écran.

Autrefois, c'était Antoine qui avait peur. Peur des autres, peur de lui-même. Maintenant, il rayonnait. Maintenant, il triomphait.

H : Non.

- Tu devrais.

Oui, tout le monde devrait le craindre. D'ailleurs, tout le monde allait apprendre à le craindre... Plus jamais quelqu'un ne le regarderait avec mépris.

H : Si je t'ai proposé ce défi, c'était pour une raison bien particulière.

Antoine éclata de rire à nouveau. Il reprit un air sérieux en quelques instants et déclara d'une voix glaciale :

- Peu m'importe.

H : Pardon ?

C'était jouissif de prendre par surprise ce "H" qui d'habitude en savait tant. Le blondinet prenait littéralement son pied.

- J'ai dit que cela m'importait peu. Je m'en fous de savoir pourquoi tout ça. Je n'ai eu besoin de personne pour en arriver là. Je n'ai pas besoin de tes révélations pour aller plus loin. D'ailleurs, je n'ai pas besoin de toi non plus !

Et il tapota sur son clavier à une vitesse folle, aussi folle que le ton de sa voix, aussi folle que la lueur qui brillait désormais dans ses yeux.

H : Que fais-tu ?

- J'ai adapté le virus que j'avais créer pour XANA ! Je vais te tuer ! Tu m'entends ?! Je vais te tuer ! TE TUER !

Hannibal n'eut pas le temps de réagir. Le virus était déjà lancé. Antoine était seul à présent, face à un écran qui ne lui répondrait plus. De toute façon, il avait toujours été seul. Et maintenant, il le serait pour toujours.

- Personne ne peut s'opposer à moi... » comprit-il finalement en contemplant l'écran désormais éteint.

Et il avait raison.

Tout ce que le petit Antoine voulait, c'était qu'on l'aime. Alors à force de recevoir de la haine de la part des autres, il commença à l'amasser et à s'en faire une armure. Une véritable cuirasse de colère. Et à force de craindre les monstres, il décida d'en devenir un. Bien sûr, les début furent difficiles. N'est pas un monstre qui veut. Mais Antoine était déterminé. Il avait toujours su qu'il était promit à de grandes choses et il avait raison ! Il était destiné à devenir la créature la plus terrifiante qui n'avait jamais été et à ce moment là, tout le monde retiendrait son souffle. Tout le monde comprendrait qu'il aurait fallu aller voir le petit Antoine, regarder sous son lit et le cajoler.

Dès lors commencera une nouvelle ère.

Dès lors commencera le Temps des Monstres.


De toutes les conclusions que j'avais pu atteindre jusqu'à présent, celle là était décidément la pire. Alors que je regardais Antoine rire dans le noir, je réfléchissais à mes erreurs. Pourquoi est-ce que ça n'avait pas marché ? L'effet papillon était si dur à contrôler... Qu'avais-je fais pour provoquer cette fin ? J'avais l'impression que quoi que je fasse, l'issue en devenait de plus en plus sombre, de plus en plus terrifiante. Pourtant je ne perdais pas espoir.

«Je te sauverai Antoine. Je te sauverai des Monstres. Je te sauverai de toi-même. » murmurai-je dans le noir.

Et c'est reparti pour un tour...



______________________________


Chapitre 1 : Quelque chose s'est brisé


Ombre


Quelque chose au fond de moi s'est brisé. Je ne sais pas quoi. Je ne sais pas depuis combien de temps. Je sais juste que quelque chose s'est brisé.

Quand est-ce qu'on sait réellement ? Quand est-ce qu'on commence enfin à comprendre ? Est-ce que du jour au lendemain, on saute les pieds hors du lit en s'écriant : « Mais oui, mais c'est bien sûr ! » alors que tout devient clair dans notre esprit ? Où est-ce que ça va lentement, s'ancrant petit à petit au plus profond de nous même, sans que nous puissions nous en rendre compte. Et quand cette vérité s'impose à nous, il est trop tard. On ne peut plus l'oublier, même si on ne sait d'où elle vient. On tente d'ignorer son existence dans la vie de tout les jours, mais elle ne cesse de revenir nous hanter.

J'étais allongée sur le canapé poussiéreux et rempli de saleté de Jean, la tête posée sur le torse de ce dernier. J'entendais son cœur battre, ce genre de petites choses m'avaient toujours fascinée. La télévision était encore allumée, on s'était fait un marathon Doctor Who et ça avait duré toute la nuit. L'homme qui partageait mon quotidien avait fini par s'endormir, mais ce n'était pas mon cas. Il faisait encore sombre, il devait être quatre ou cinq heures du matin. Il pleuvait dehors. J'entendais les gouttes tapoter contre la vitre de la fenêtre. Ça me rappelait tant de souvenirs... Officiellement, j'étais Ambre Delmas, une jeune fille de bientôt 16 ans tout ce qu'il y avait de plus banal. Une fille ordinaire, rien de plus. Mais la réalité était bien plus complexe.

Reformulons tout ça sous la forme d'une question philosophique : y a t-il un quelconque mérite à être vivant ? La réponse est généralement non : personne n'a choisi de venir au monde ou fait quoi que ce soit dans cet objectif. Il arrive que certaines personnes gagne ce que j'ai appelé du mérite en s'accrochant à la vie, en refusant de la quitter. Dans mon cas, c'est même plus extrême : je suis venue dans ce monde par la seule force de ma volonté. Qu'étais-je à la base ? Une pensée ? Une idée ? Je n'étais même pas censée exister. L'univers n'avait pas de place pour moi, abomination sans nom. Alors j'ai regardé cet univers dans toute son immensité et je lui ai dit merde. Tout simplement merde. Tu ne veux pas de moi ? Et bien tant pis, parce qu'il faudra faire avec !

La pauvre idée que j'étais est devenue un songe. Le songe est devenu un espoir. L'espoir a prit forme, s'est approprié un nom. Si j'avais germé de la tête de cette Ambre, j'allais être son Ombre. Fidèle, la suivant partout où elle allait et la guidant à travers les obstacles qui allaient se dresser sur son chemin. Mais est-ce que mon ambition allait s'arrêter là ? Oh que non ! Devoir subir la compagnie de cette pré-adolescente insupportable était une véritable prison. J'avais besoin de plus, toujours plus, et ma soif de liberté ne pouvait s'arrêter.

Et finalement, l'opportunité de gagner mon autonomie me fut donnée. Et sans aucune hésitation, elle fut saisie. Ambre disparut à tout jamais. Quand je quittai cet étrange monde virtuel pour revenir dans son corps... enfin, mon corps, j'étais seule, pour la première fois de ma vie. Tout le monde quitta l'usine, j'avais la tête qui tournait et ne me sentait pas vraiment bien. Jean proposa de me ramener mais je refusai.

Il commença à pleuvoir. Une violente averse. Qu'est-ce qui n'allait pas ? Pourquoi je ne pouvais pas être heureuse ? Je venais d'accomplir ce pourquoi je m'étais si longtemps battue. Je venais de gagner ma liberté ! Personne ne me l'avait donné, j'avais dû l'arracher aux griffes du destin avec les miennes ! Alors pourquoi ne pouvais-je en tirer la moindre satisfaction ? C'est alors que je l'entendis. Ou plutôt, que je ne l'entendis pas. Le Silence. Immuable, Infini. Un vide que je pourrai qualifier d'éternel. Comment le décrire ? Comment l'expliquer ? J'avais vécu en colocation avec quelqu'un pendant toutes ces années, et je me retrouvais désormais toute seule. C'était tellement perturbant...

Je me souvenais avoir planifié des centaines de choses que je voulais faire après avoir gagné le « contrôle ». Je n'en fis aucune. Aux yeux de tous, je demeurais Ambre. J'essayais de ne pas croiser le regard de Melvin, car il était le seul à m'avoir déjà vue sur Lyoko, ni celui d'Antoine, tout simplement parce qu'il ne cessait d'essayer de me parler, d'attendre quelque chose de moi. Je n'avais qu'une envie, c'était de lui dire d'aller se faire foutre ailleurs, mais la gentille petite Ambre ne s'exprimait pas de cette manière. Je me contentais de converser le moins possible avec lui. Et heureusement notre groupe se fractura peu à peu et je demeurais uniquement avec Jean, qui accepta de m'héberger quand ma mère... enfin, celle d'Ambre me mit à la porte.

Foutue pluie qui me faisait repenser à tout ça... Je me levai en tachant de ne pas réveiller mon amant, et allais dans la cuisine me préparer un café. Je baillais en regardant l'heure en allumant la machine. Le bruit de la pluie m'était insupportable. Je me rendis compte que quelque chose de froid coulait sur ma joue droite. Une... une larme ? Mais pourquoi est-ce que je pleurerai ?

« Peut-être parce que tu vis dans un mensonge, me dit une voix désagréablement familière.

Personne d'autre que moi ne se trouvait dans cette pièce, c'était bien là le problème. Car la personne qui venait de me parler n'était autre que... moi. Enfin, en quelque sorte. C'était une représentation d'Ambre, un écho de son ancienne présence dans ce corps. Quelle ironie ! J'avais hanté Ambre pendant tant d'année, et désormais, c'était son fantôme qui me poursuivait. En l'apercevant, j'éclatais de rire.

- Ha ! Tu crois aux conneries que tu racontes ? Tu sais franchement à qui tu t'adresses ?

Bien sûr qu'elle le savait, vu qu'elle provenait de mon esprit... mais je ne voulais pas perdre la face contre elle. Il n'y a rien de pire que de perdre un argument face à soi-même. « Ambre » se rapprocha de moi, mangeant une pomme imaginaire qu'elle tenait dans sa main. Elle était belle, comme elle l'avait toujours été. Coquette à la perfection, à un point que même dans mes rêves les plus fou je ne pourrai atteindre.

- Oh oui, c'est vrai, je m'adresse à la terrible Ombre, celle qui n'a aucune limite, qui fait ce qu'elle veut...

D'un seul coup, elle se retrouva en face de moi, son visage pratiquement collé au mien. Je reculai par surprise et me retrouvai contre le mur. Son visage était déformé par une expression de haine à la limite du sadisme. Elle eut un sourire ressemblant plus à une grimace et mettant tout mes sens en alerte.

- Alors dit moi, usurpatrice, pourquoi fais-tu semblant d'être Ambre ? Pourquoi essaies-tu de l'imiter ainsi ?

Ce n'était plus des larmes, mais des gouttes de sueurs qui coulaient doucement sur mes joues.

- C'est parce que... c'est parce que ce serait bizarre de me comporter ainsi ! Les autres trouveraient ça louche !

Pourquoi m'étais-ce impossible de la contrôler ? Cette « Ambre bis » faisait partie de moi après tout, aucune autre personnalité n'était venue au monde dans ce corps. Alors pourquoi passait-elle son temps à me rappeler toutes ces choses... que je voulais oublier ? Était-elle... l'incarnation de mes regrets ? Non, impossible, je n'en avais aucun !

- C'est ça, essaie de te rassurer là dessus ma jolie. Imagine la tête de Jean quand il apprendra la vérité.

Merde... C'est vrai qu'elle pouvait lire dans mes pensées.

- Il... Il n'a pas besoin de le savoir.

- Comment dois-on t'appeler déjà ? Ah oui. Meurtrière.

Son visage changea à nouveau et ses traits s'adoucirent, exprimant désormais un mélange de surprise et de tristesse.

- Ombre, je... commença t-elle.

Elle imitait la véritable Ambre au moment de sa chute. Au moment de sa mort. Sa mort que j'avais provoquée. Il ne fallait pas que je l'écoute. J'étais heureuse d'avoir enfin put me débarrasser d'Ambre. Avant, j'étais prisonnière, l'oublier serait oublier pourquoi je m'étais battu jusque là. Je ne devais pas me laisser faire. Je la repoussais mais mes bras passaient à travers elle. Sa forme redevint brusquement monstrueuse. Elle me plaqua au sol avec une facilité déconcertante et commença à m'étrangler lentement.

- Qu'est-ce que tu comptes faire, Ombre ? Me pousser dans le vide ?

- Tu... n'es pas réelle... essayai-je de prononcer.

La douleur, pourtant, l'était.

- Pardon ? Je n'ai pas bien entendu, me répondit-elle avec une voix faussement narquoise.

- TU. N'ES. PAS. RÉELLE, hurlai-je de toute mes forces.

Et finalement elle lâcha prise. Je lui jetai un coup d'œil. Elle me regardait, toujours avec un sourire que je ne pourrais décrire que de mauvais. Elle ouvrit la bouche et déclara tranquillement :

- C'est vrai, je ne suis pas réelle. Et toi non plus d'ailleurs. »

Et aussitôt ces paroles dites, elle disparut, comme si elle n'avait jamais été là. Pourtant, je savais qu'elle était toujours quelque part dans ma tête, à guetter de la moindre faiblesse à sa portée pour continuer à me torturer avec. Je me relevai, essoufflée. Cela devenait de plus en plus rude de combattre cette pseudo-Ambre.

« Qu'est ce qui s'est passé ici ? Pourquoi t'as crié ?

C'était Jean, en t-shirt et caleçon qui venait d'arriver sur les lieux. Il fallait admettre que ma bataille contre moi même avait provoqué un sacré désordre, et que j'avais été loin d'être discrète. Un paquet de céréales s'était déversé sur le sol, ainsi qu'une bouteille de lait. Jean m'aida à me relever, toujours avec une expression de profonde surprise sur le visage. J'étais moi même assez confuse par ce qui venait de se passer, je n'avais pas le courage de lui d'inventer une excuse plus pertinente que : « j'ai trébuché ». J'avais besoin de prendre l'air, je ne pouvais pas rester avec lui et sa bouche béante d'incompréhension. J'allais m'habiller et faire un tour dehors, ça allait me faire le plus grand bien ! En me voyant enfiler mes vêtements, le grand ténébreux demanda avec une voix enroué :

- Mais... où-est ce que tu vas ?

- Simplement faire des courses, il y a plus de lait, non ? »

Je l'embrassai sur la joue, le laissant toujours aussi dubitatif en plein milieu du carnage que j'avais provoqué. Ne l'écoutant pas lorsqu'il me fit une réflexion sur les horaires d'ouvertures des magasins, je me précipitai vers la sortie. En quelques instants, j'étais dehors, sous cette pluie que je détestais tant. Jean était bien gentil, et j'étais sûre de beaucoup l'aimer mais... lui aimait Ambre. C'était d'elle qu'il était tombé amoureux, pas de moi. Je n'étais qu'une copie de cette fille qui l'avait séduite... Non, je ne devais pas laisser ce genre d'idées néfastes me remplirent le cerveau. Mais peut-être que...

« Peut-être que ce jour là, ce n'est pas Ambre qui a disparu. Peut-être que c'est toi. » ricana la voix dans ma tête.

Je ne devais pas l'écouter... mais d'un autre côté... La Ombre que j'étais il y a un an était morte, ça ne faisait aucun doute. Celle qui était prête à tout, celle qui voulait hurler à pleine voix qu'elle existait, celle qui aurait tout fait pour rester fidèle à elle même. Je m'assis sur un banc. C'était la rentrée des classes aujourd'hui, mais je ne pensais sans doute pas m'y rendre. J'allais faire comme tout les jours et vivre dans cette monotonie avec Jean et sa petite sœur. Sans passé, sans futur, sans rien.

Il pleuvait beaucoup. Il commença à pleuvoir sur mes joues. La rue était pratiquement vide, mais quelqu'un se dirigeait vers moi. Dans la brume on aurait dit... Ambre ? C'était impossible, elle était encore perdue sur Lyoko ! Après quelques secondes, je remarquai que la personne avait de long cheveux bleus... Quelle idée stupide de croire que c'était ma « moitié »... je devenais vraiment parano.

En tout cas, cette nouvelle arrivante s'arrêta juste devant moi. Elle était trempée, tout comme moi, mais si je grelottais de froid, elle, semblait rester insensible à ces intempéries. Elle pencha la tête sur le côté en me regardant.

« Quoi ? T'as un problème ? »

Elle ouvrit la bouche, comme si elle voulait dire quelque chose, mais se ressaisit. C'était quoi, une mendiante ? Franchement, est-ce que j'avais l'air d'avoir de l'argent ?! C'est alors que contrairement à toutes mes attentes et avec une rapidité fulgurante, elle me donna un coup de poing dans le ventre d'une force incroyable qui me projeta en arrière de quelques mètres. Encore sous le coup de la surprise, je me relevais. C'était... c'était pas possible, elle était toute frêle ! Comment pouvait elle avoir une telle puissance dans les bras ? Encore endolorie, je m'écriai :

« Mais ça va pas bien ? Si c'est la baston que tu cherches tu vas pas être déçue ma vieille ! »

Je savais toujours me défendre. Je n'étais pas prête d'oublié l'une des choses qui m'avait permis de m'en sortir jusque là. J'avais réussi à faire face à Melvin lorsqu'il était possédé par X.A.N.A., c'était pas une pauvre ado qui allait me chercher des noises. Elle allait voir ce qu'elle allait voir.

« Ombre, je vais te demander de me suivre. S'il te plaît. » dit-elle soudainement, avec une voix creuse, comme si c'était une récitation.

Co... comment m'avait-elle appelé ?! « Ombre »... ? Mais... personne ne connaissait mon existence, sauf Melvin, et il ne me considérait que comme un avatar d'Ambre ! Alors que mon agresseuse se rapprochait dangereusement de moi, je compris que quelque chose ne tournait définitivement pas rond. Tout mes sens étaient en alerte. Vu la force dont elle avait témoigné, je n'avais strictement aucune chance. Je me mis à courir, aussi vite que je le pouvais, une voix moqueuse résonnant dans mon crâne, répétant encore et encore :

« Tu vois ? Je te l'avais dit ! »


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Dernière édition par Pilorde le Mar 17 Juil 2018 14:14; édité 5 fois
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Minho MessagePosté le: Mer 23 Mai 2018 10:19   Sujet du message: Répondre en citant  
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Remarque préliminaire : Une fois n'est pas coutume, ce commentaire abordera plus la question de ton univers, ta décision de revenir une nouvelle fois, que l'intrigue en elle-même. Mais promis, je reviendrai très vite pour parler plus en profondeur du scénario, cela ne me semblait juste pas en adéquation avec tout ce que j'avais déjà à dire pour aujourd'hui Wink

Définir une fanfiction est une tâche compliquée car il existe un très grand nombre d'écrits d’un caractère très divers, de manière qu’on a du mal finalement à définir le terme, le style de ces univers plus ou moins attractifs selon les goûts de chacun.
Le constat que pose les lecteurs de ce forum est assez déstabilisant pour les critiques au vu de sa diversité mais malgré les difficultés, il y a eu des tentatives de circonscrire le genre (fan)fictionnel en ces lieux.
On va trouver certains commentaires qui vont se concentrer (exclusivement) sur le contenu, les rouages qui, une fois enclenchés, font tourner correctement cette vaste machinerie qu'est l'intrigue. Dans ces conceptions, la fanfiction apparaît parfois trop simplement comme un genre qui parle d’amour et d’aventure. Ceci est beaucoup trop restrictif car il y a des récits qui ne parlent ni d’amour, ni d’aventure et qui sont quand même des fanfictions autonomes.
Certains ont pensé à établir une typologie de la fanfiction basée sur le statut des personnages romanesques, de DA, desquels serait dérivé l'écrit en question. On peut dire que c’est à la rigueur possible jusqu’au moment où les auteurs n'utilisent pas les pinceaux des Nouveaux Romanciers. A partir de ces derniers où le personnage s’effrite, cela n’est plus possible de se baser sur les seuls protagonistes pour cerner un récit.
Certains ont essayé d’établir une typologie basée sur les formes. Là encore, cela ne parait pas satisfaisant puisque les formes que peut épouser la fanfiction sont extrêmement nombreuses (écrit poétique, fleuve, d4rk,…). Là encore, on a des types d’énonciation qui sont bien différents (à la première personne, 3ème personne, 2ème personne même dans certains cas,…).
Outre le fait que tous les types d’énonciations sont possible, l'auteur peut singer l’énonciation des autres genres, c’est-à-dire qu’il peut raconter comme un historien, un diariste, un commissaire de police, etc. La fanfiction a un côté caméléon, ce que tu représentes à merveille selon moi car Code Alpha est un patchwork d'émotions : on rit, on pleure, on frissonne... en particulier devant le personnage de Steve qui est particulièrement réussi (c'est dit très simplement mais c'est véridique, je suis passé par tout un tas de sensations plus ou ou moins agréables à la lecture. Cela n'est pas donné à tout le monde de provoquer chez le lecteur de la joie, du dégoût, de manière aussi puissante en tout cas).

Quand on regarde l’histoire littéraire du forum, on se rend compte que Code Alpha a eu tendance à se développer aux périodes où les autres écrits avaient tendance à se désagréger, avec des auteurs moins présents dans le coin ou une inspiration moins grande néanmoins. Toi, tu mélanges tout sur ton topic. Ta fanfiction va parodier tout un tas de genres (le drame côtoie la comédie grossière qui côtoie elle-même la science-fiction), tu va romaniser toutes ces tendances littéraires, tu vas les intégrer à ton œuvre. Tu vas mélanger tous ces genres, parfois inconsciemment sans nul doute, en dénonçant leurs conventions, leurs formes, leurs langages convenus. Tu emmènes ton lecteur là où on ne t'attend pas forcément. Il y a de l'action, du monologue intérieur, des adultes qui se joignent à la valse des adolescents, du scolaire terrifiant quoique parfois reposant, du journal intime, etc. Au fur et à mesure, ta fanfiction va éliminer certaines touches (l'humour se fait plus rare au fur et à mesure que les enjeux augmentent) et tu vas en profiter pour intégrer les autres rebondissements de force, parfois de manière trop brutale (comme la mort qui tombe à la fin du chapitre, l'exécution froide qui débarque sans que le lecteur n'y soit préparé). Tu vas successivement reprendre les thèmes et les procédés du thriller, du roman réaliste, de la satire qui se veut critique et moqueuse de son sujet. Pour ce dernier point, je pense particulièrement à tes personnages (Antoine en tête) que tu ne manques pas de juger sévèrement à la moindre occasion Et c'est ce que j'aime le plus chez toi, tes protagonistes sont tous des antihéros, mais tu ne tombes pas pour autant dans le travers d'en faire tous des psychopathes. Leurs parcours et leurs choix restent totalement cohérents avec leur âge, leur background et les dérives propres à l'adolescence sont correctement abordées selon moi.

Par contre, force est de constater que le critique qui veut analyser Code Alpha dans sa globalité est confronté à plusieurs problèmes :
- Il n’y a pas vraiment de règle formelle : ta fanfiction a un côté hors-la-loi, par opposition à la main de fer de certains qui en font un genre très codifié.
- Les origines de ton intrigue principale sont floues et discutées : quand est-ce que tout ça apparaît vraiment ? Est-ce qu’il faut considérer certaines formes qui semblent précéder la première version comme de simples erreurs du passé ? Dois-je lire ce que tu présentes comme "moins bon" en sachant que je vais être certainement spoilé sur quelque chose qui s'annonce meilleur ? C’est difficile à dire.
- L’objet principal du scénario et tes propres intérêts/envies ont énormément évolué avec le temps, ce qui ajoute à la difficulté à mon sens de te cerner amplement en tant qu'auteur.
- Les moyens employés et le ton de ton récit sont extrêmement variables.
- C’est le seul texte qui semble en permanence inachevé au sens où c’est un texte qui est encore extrêmement vivant, un topic qu’on continue à explorer avec plus ou moins de surprises à la clé.

C’est une tentative de cerner ton travail très discutable et pauvre, j'en suis bien conscient. Si elle est si pauvre, c’est parce qu’il est peut-être impossible de définir vraiment Code Alpha. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, les commentaires se sont succédé mais il faut croire que chacun vit de manière inédite l'expérience immersive que tu nous proposes. Le plus étonnant, c’est que Code Alpha va aller jusqu’à intégrer les critiques qui lui sont faites, en se renouvelant sur d'autres topics et en étendant le sous-forum un peu plus. Ta diégèse intègre donc une palette considérable de genres et va jusqu’à intégrer les critiques qu’on lui adresse, ce qui est honorable quand on constate que la tendance est plutôt à ne jamais se remettre en question.

Pour finir, je vais parler du nœud de tout ça selon moi, ce qui suscite sans aucun doute l'intérêt de ceux qui te lisent : le cas Ambre/Ombre. Ce mythe du double connait un très grand succès dans la littérature occidentale car cette thématique double offre beaucoup de possibilités, notamment du PDV du moi, dont les possibilités sont prolongées. Ombre est une sorte de deuxième « moi » qui va rentrer en conflit avec le « moi » original. A l’époque du Romantisme, le double va exprimer une crise de l’identité, ce qui est toujours le cas chez Maupassant (on peut le voir dans sa nouvelle "Le Horla"). Répercussion large dans la littérature qui suivra cette période, et encore aujourd'hui d'ailleurs. Outre les possibilités prolongées du « moi », le double est aussi une figure essentiellement narcissique qui permet d’incarner ses envies les plus secrètes : Ombre peut permettre à Ambre de réussir là où le « moi » original échoue. C’est une figure de la transgression qui permet au « moi » double d’assouvir ses pulsions. Si l'on prend l'exemple de Stevenson, Hyde permet au Docteur Jekyll d'effectuer toutes les recherches que la société victorienne de l’époque, particulièrement stricte, lui interdit de faire.

Le double altère toujours le « moi » original : il a un impact dessus. Presque dans tous les cas, un conflit mortel est mené entre le « moi » original et le « moi » transgressif. Le double essaie d’accaparer la place du « moi » originel (il veut l’expulser) et cela se vérifie dans ton intrigue. L’être originel ne peut se libérer qu’en tuant le double ; mais paradoxe car tuer le double, c’est au fond se tuer soi-même. Ré-identification de l’un et de l’autre au moment de la mort. C’est le prix à payer pour retrouver son intégrité... pas vrai Ambre ? Est-ce cela qui l'attend ? Le retour d'une fillette brisée par sa nature profonde ? L'avenir nous le dira !
Enfin, cette forme du double va aussi entraîner certaines particularités narratives : la dualité s’inscrit dans la matérialité du texte. C’est un thème que le fantastique va beaucoup exploiter. Renouvellement de la narration, il y a deux points de vue sur ce que vit Ambre/Ombre mais aussi deux versions à Code Alpha, un hasard ?

Au plaisir de lire la suite, bravo pour ta persévérance !
_________________
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Pilorde MessagePosté le: Mar 17 Juil 2018 14:13   Sujet du message: Répondre en citant  
[Frelion]


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Chapitre 2 : Rentrée des classes


Melvin



J'émergeais doucement en ouvrant les yeux. Le bruit désagréable d'enfants qui ricanaient m'avait tiré hors de ma torpeur. C'était Luc et Martin, mes deux affreux petits frères jumeaux avec qui je partageais ma chambre depuis... depuis leur naissance. Tous les matin, c'était la même chose, ils étaient debout une heure avant moi et foutaient le bordel. Aujourd'hui n'avait pas fait exception, il était cinq heures et demi du matin...

« Mais fermez-là...

- Hey, Grovin est réveillé ! Gloussa Luc. »

Ils étaient indissociables. Luc avait juste les cheveux plus courts que Martin. Et ils étaient tellement, mais alors tellement pourris gâtés ! Alors que moi, à leur âge, je n'avais le droit à rien, eux faisaient tout ce qu'ils voulaient.

« C'est pas possible de dormir au moins une demi-heure de plus ? Les suppliai-je.

- Grovin a besoin de beaucoup de sommeil.

- C'est pour être capable de bouger tout son gras ! »

Bon, ça ne servait à rien de rester davantage avec eux. Je savais pertinemment que ça n'était que des enfants mais c'était loin de tout excuser dans leur comportement. Je quittai la chambre en évitant les coussins qu'ils tentèrent de me lancer à la figure et courrait me réfugier dans le salon. Il faisait encore nuit, et un croissant de Lune brillait dans le ciel. On ne voyait pas d'étoiles, il y avait trop de gros nuages noirs qui les camouflaient. Aujourd'hui allait être une journée sinistre. Nous étions début septembre, et c'était la rentrée.

Personne n'aimait la rentrée. Enfin, pas grand monde, mais il devait bien y avoir des exceptions. Cependant, la plupart du temps, les gens avaient quelque chose à retrouver au lycée. Des amis, des amours, de la rigolade ou d'autres trucs du genre. Pas moi. Depuis la fin de notre « bande » qui n'avait duré que quelques semaines, je n'avais pratiquement plus adressé la parole à qui que ce soit qui ne soit pas un pote d'internet vivant loin ou un membre de ma famille.

J'étais invisible. Personne ne faisait attention à moi. J'aurais pu mourir ou disparaître, les gens ne sauraient même pas qui j'étais à la base. C'en était presque drôle tellement c'était pathétique. La question que j'étais en droit de me poser était : « pourquoi continuer ? » La réponse était simple : parce que je n'avais pas le courage de mettre fin à cette souffrance qui me tenait au quotidien. Et dire que... et dire que j'avais vraiment cru que tout ça prenait un sens l'année dernière, avec Antoine, Ambre et Jean, affrontant des intelligences artificielles maléfiques ! Mais tout ça c'était terminé. Ça avait été tellement rapide... tellement effrayant et tellement incroyable. Je savais que personne ne me croirait jamais. Les seules personnes à avoir partagé cette expérience étaient séparées de moi, j'allais donc devoir garder tout ça pour moi, dans un coin de ma tête.

C'était aussi une des raisons qui me faisaient continuer : le fait de savoir que dans ce monde d'adulte vide de magie et de rêve, des choses aussi surprenantes pouvaient survenir. Maintenant j'étais prêt à croire en tout. Des extra-terrestres ? Pourquoi pas ? Voyage dans le temps ? Sans doute ! Tout était possible, et j'étais l'une des rares personnes à en être consciente. Et c'était ma fierté, mon privilège, d'avoir été séparé de ce scepticisme qui nous habitait tous. C'était ça au final qui me rendais tellement supérieur à tout les autres gens de mon âge, qui avaient beau avoir une vie sociale, des petites copines et un avenir radieux.

Mais... c'est bien beau d'avoir cette connaissance, et de pouvoir me considérer comme supérieur. N'empêche que moi aussi je voulais avoir une vie sociale, une petite copine et un avenir radieux. Il semblerait qu'on ne pouvait pas tout avoir, malheureusement... Je n'avais aucun talent dans quoi que ce soit, je n'étais pas particulièrement intelligent, je me serais même décris comme tout juste dans la moyenne et niveau physique... j'étais gros et roux. Un combo qui n'était pas très populaire.

« Toi aussi, tu as du mal à dormir ?

C'était Lucie, ma sœur aîné. Tout comme moi, elle avait hérité de la part de nos petits frères d'un surnom assez horrible : la Folle. Sauf que dans son cas, ils n'avaient pas tout à fait tort. Lucie était vraiment particulière. Et elle avait bel et bien un trouble mental diagnostiqué, avec des cachets à prendre tous les soirs. Je comprenais pas trop ce qu'elle avait, mais je savais qu'elle avait fait beaucoup de mal à toute la famille lors de ses « crises ». Désormais, avec ses calmants, elle était assez amorphe et donnait tout le temps l'impression d'être dans les vapes. Ou complètement drogué. Elle allait à Kadic aussi, mais j'évitais de lui parler là-bas. Ma réputation était déjà assez basse comme ça.

- Ah, c'est toi. Ouais.

- Tu stresses pour aujourd'hui ? Me demanda t-elle.

- Non, mentis-je. Je ne voulais pas en parler avec elle.

- Tu as de la chance.

- Bon, je... je vais préparer le petit déjeuner, expliquai-je en m'éloignant.

- Je vais t'aider.

Lucie était pleine de bonne volonté mais... Elle n'apportait pas vraiment beaucoup de bonnes choses aux gens qui s'approchaient d'elle. Je préférais sincèrement garder mes distances.

- C'est vraiment pas la peine. »

Elle hocha la tête, pour me signifier qu'elle avait comprit et s'éloigna. Une vingtaine de minutes plus tard, la maison s'était totalement réveillé. Luc et Martin courrait partout, poursuivit par mon beau-père désespéré tandis que ma mère buvait son café en lisant le journal sur sa tablette. J'avalais mes tartines le plus lentement possible, voulant repousser le plus loin possible le moment où j'allai devoir repartir à Kadic.

« Melvin, je t'ai déjà dit de prendre de la confiture allégée, me sortit sèchement ma mère.

- Maman, le médecin a dit que je n'étais plus en dans la courbe d'obésité...

- Et tu souhaites y retourner, c'est ça ? Libre à toi. Mais ne vient pas te plaindre après.

Par dépit, je m'emparai de la dite confiture.

- Ah, et cette année tu pourras essayer de passer plus de temps avec ta sœur tout de même. Elle m'a raconté que tu ne lui avais jamais adressé la parole au lycée.

Lucie devint rouge comme une pivoine. Je lui lançai un regard noir tandis qu'elle murmurait :

- Maman... Tu avais promis de ne rien dire...

- Quoi ? Vous êtes tous les deux asociaux, vous pourriez vous entre-aidez tout de même. Ah, vous êtes tellement des empotés comme votre père ! »

Le repas se termina avec comme seule animation la bataille de céréales entre Luc et Martin.

Lucie et moi attendions à l'arrêt de bus. Avant, elle venait rarement en cours et je n'avais pas à me la coltiner. Alors que là, elle allait me coller toute la journée si je ne faisais rien ! On s'était déjà moqué de moi parce que j'étais son frère, j'avais déjà beaucoup de tares à supporter tout seul, je ne pouvais pas porter les siennes en plus !

« Lucie, j'ai oublié mon porte-monnaie, je vais aller le chercher !

- Tu veux que je t'accompagnes ?

- Noooon, pas la peine ! Si je ne suis pas revenu à temps, prend le bus sans moi !

- Je te garderai une place alors, on ne sait jamais. »

Et je parti aussitôt dans la direction du lycée. Il allait falloir marcher vite, mais j'allais y arriver à temps.

Au bout d'une vingtaine de minutes, j'apercevais Kadic. J'allai voir à l'entrée parmi la foule d'élève ma classe afficher sur un tableau et rejoignais aussitôt la salle qui allait m'accueillir pendant dix mois. Ça n'allait pas sonner tout de suite mais contrairement aux autres, je n'avais aucune anecdote à raconter et de toute façon personne pour les écouter. Et puis, je ne pouvais pas prendre le risque de tomber sur Lucie. J'arrivai donc dans la salle B22, qui allait être la pièce dans laquelle la seule classe de première ES de l'établissement allait passer son quotidien. Il n'y avait pratiquement personne, à part un vieux professeur que je n'avais jamais vu et... Antoine ? Oui. Pas de doutes possible, c'était bien lui, assit tout seul à une table. Il avait sacrément changé ! Dans mes souvenirs, il n'avait jamais été quelqu'un de très soigné mais avait toujours gardé un je-ne-sais-quoi de noble dans sa posture. Chacun de ses faits et gestes étaient accomplis avec l'ultime conviction d'être un être exceptionnel. Rien qu'en le regardant, on pouvait sentir la fierté et l'égocentrisme qui débordait en lui. Le garçon que j'avais en face de moi était comme une sorte de fantôme de ce que je venais de décrire. Il portait une vieille chemise couverte de tâches de café et... d'autres choses. Ses lunettes étaient totalement rayés et son visage était recouvert d'une manière archaïque par une barbe de pré-adolescent s'approchant plus du duvet qu'autre chose. Et surtout, il était maigre. Terriblement maigre. Déjà qu'il n'était pas bien gros avant... Était-il devenu anorexique ? J'allais aussitôt vers lui.

« Antoine ? demandais-je, comme pour être sûr que c'était bien lui.

Il sursauta, il avait du être perdu dans ses pensées et me regarda avec méfiance. Il resta quelques instants à me jauger de la sorte, comme s'il ne me reconnaissait pas. Finalement, il tendit la main dans ma direction. Je mis à quelques temps à comprendre que c'était sa manière de me dire bonjour, et je fini par la serrer.

- Comment ça se fait que tu es en section économie sociale ? Tu m'as toujours dit vouloir aller en scientifique... l'interrogeai-je.

Je me souvenais de conversations interminable où seul lui parlait, et à chaque fois il m'expliquait à quel point seul la S valait le coup et était une filière digne de l'accueillir. Pouvait-il avoir à ce point ravaler toute sa fierté ?! Il se racla la gorge et répondit brièvement :

- Je... hum. N'avais plus les résultats suffisant.

C'était assez difficile à croire. Qu'il n'est pas eu la moyenne en sport, ça c'était totalement plausible, mais qu'il ai échoué dans les matières dites scientifique qui étaient pourtant son point fort, je n'aurais jamais cru ça possible. Enfin, j'étais tout de même content de le retrouver. Peut-être que tout allait redevenir comme avant... en mieux ! Il avait peut-être appris l'humilité au travers de ce qui l'avait rendu comme ça, et nous allions peut-être pouvoir enfin avoir une relation d'égal à égal. J'allais m'asseoir à côté de lui mais il posa subitement son sac sur le siège à côté du sien et me lança un regard noir remplis de mépris qui me fit ravaler toutes mes espérances, avant de s'écrier d'une voix aiguisé comme un couteau :

- Je t'ai autorisé à t'asseoir à côté de moi ? »

Le « moi » était teinté du même narcissisme qu'avant, mais en plus puissant. Je n'étais pas psychologue et ne possédais pas la capacité d'analyser les faits et gestes des gens pour en déduire leur personnalité, mais une évidence s'imposait tout de même : Antoine était encore pire. C'était pas logique. Ce qu'on avait vécu lui avait pas appris les valeurs fortes de l'amitié, comme dans les films ? Il fallait croire que non.

Après m'avoir prononcé ces mots, il sortit un carnet de sa poche et se commença à le griffonner en plaçant ses bras de manière à ce que je ne puisse pas le lire. Je restai devant lui, bouché bée , avant de m'énerver intérieurement. Très bien ! Il voulait pas de moi ? Tant pis pour lui, je n'avais pas besoin de lui non plus ! Je m'écartais de sa table, allait m'asseoir à un endroit opposé et sortais mes affaires. Avant que je ne m'en rende compte, j'étais au bord des larmes. Et ça m'énervait encore plus, car je me trouvais ridicule. Mais bon, je venais de me faire jeter par l'une des seules personnes que j'avais pu appeler « ami », c'était comme une trahison, un coup de poignard là où je pensais que jamais il n'y en aurait. Et surtout pas de la part d'Antoine... parce que malgré son ego surdimensionné... ben il s'était toujours inquiété pour moi quand on traînait ensemble. Quand j'étais malade et cloué au lit, il m'appelait en criant et en m'ordonnant de venir illico au lycée. Il m'avait craqué ma Nintendo DS GX. Il venait souvent squatter chez moi pour bidouiller des ordinateurs. Il m'ignorait pas comme la plupart des gens. Et c'était tout ce dont j'avais besoin, juste une personne qui reconnaisse mon existence. Tout ça venait de voler en éclats. Il m'avait comme tout le monde, renié.

« Excusez moi... puis-je m'asseoir à côté de vous ?

Je relevai la tête. Debout devant moi se tenait un jeune lycéen que je ne connaissais même pas de vue. Il était très propre sur lui, en chemise avec une cravate, ce qui lui donné un air extrêmement distingué, ce qui était rare pour des ados de notre âge. J'espérais qu'il ne subissait pas trop de moquerie à cause de ce choix vestimentaire plutôt singulier. Les ados étaient rudes entre eux. Il avait une petite barbe de trois jours, bien plus élégante que celle d'Antoine. Ses cheveux bruns étaient soigneusement peignée sur le côté et le clou du spectacle était un sourire honnête qui illuminait son visage.

- Hum. Oui, pas de soucis.

Son sourire s'élargit. C'était la première fois qu'un élève totalement inconnu m'adressait la parole de cette manière... Il avait perdu un pari avec ses amis ou quoi ?

- Je m'appelle Augustin ! Et vous ? Enfin, puis-je vous tutoyer ? me demanda t-il une fois assit. Quelle étrange personnage...

- Ben euh... oui... !

Je crois que jamais je n'aurais pensé entendre ce genre de phrases sortir de la bouche d'un de mes camarades. Et encore moi avec moi comme interlocuteur !

- Vous... pardon, tu, es un ancien dans ce lycée ?

Je hochai la tête, sans véritablement savoir où il voulait en venir, ni même quoi ressentir face à lui. Était-il en train de se moquer de moi, ou était-il sérieux ? L'expression qui animait son visage semblait franche et sincère, mais on ne pouvait jamais être sûr. J'avais déjà été victime de plusieurs canulars qui m'avaient laissé de sacré séquelles.

- Mes sœurs et moi-même sommes nouveau dans le secteur, et donc j'aurais aimé savoir...

Je l'interrompais aussitôt.

- Écoute, si tu cherches à te faire des potes, t'es mal tombé, parce que tu as en face de toi le plus gros asocial du bahut.

Il s'approcha de mon visage et devint tout à coup presque effrayant, quand il me dit avec sa voix joyeuse comme à chaque fois qu'il ouvrait la bouche :

- Voyons... il ne faut pas te sous-estimer, Melvin !

Co... comment savait-il mon prénom ? Mais d'où sortait ce mec complètement louche ?! Après ce cours instant de panique, je me rendit compte que mon identité était inscrite en lettre capitale sur mon carnet de correspondance. Il avait sans doute dû l'apercevoir. Sans doute.

- Enfin bref, je suppose que tu comptais déjeuner tout seul ce midi ? Pourquoi ne pas te joindre à nous ? Nous pourrons ainsi faire plus ample connaissance ! Ou peut-être vais-je un peu vite ? Navré, je ne suis pas très doué pour les relations humaines.

Il eut un petit sourire gêné. C'était mignon. Il était un peu comme moi en réalité, solitaire, et ne cherchait qu'à se faire des amis. Après tout pourquoi pas, même s'il était très bizarre, c'était toujours mieux que de manger mon repas tout seul dans un coin. J'allais répondre par l'affirmative quand le professeur se leva et tapa de toute ses forces avec un livre sur son bureau. C'était un enseignant assez étrange, il était trapu, avait d'immense cernes noires sous les yeux. Ses cheveux mi-noir mi-gris était totalement en bataille. Il devait avoir la cinquantaine à tout casser. La salle était remplis, tout les sièges étaient occupés (sauf celui à côté d'Antoine), le cours pouvait commencer.

- Je me présente, cher élèves... Je suis le professeur Guidon... je vous enseignerai les mathématiques, et je serais aussi votre professeur principal... Si vous avez un problème... je pourrais sans doute vous aider. Si vous êtes un problème... je saurais aussi vous aider... d'une autre manière... qu'on soit bien clair ? Pour ceux qui se demande pourquoi vous ne m'avez jamais vu à Kadic... c'est tout simplement parce que c'est ma première année ici. Des questions ?

Sa voix était assez désagréable, on avait la constante impression qu'il se raclait la gorge. En tout cas, il n'avait pas l'air commode. Il fit l'appel rapidement, et s'arrêta sur le prénom : « Violette Hopper ». Apparemment, elle était absente. Quoi de mieux pour se faire remarquer que d'être absente le jour de la rentrée ? Ah oui, être en retard le jour de la rentrée ! Car une vingtaine de minutes plus tard, alors que monsieur Guidon nous distribuait la paperasse administrative habituelle, la porte s'ouvrit, et ce fut comme une vision de rêve.

Une adolescente aux cheveux bleus rentra dans la salle. Je... je ne saurais correctement la décrire. Elle ressemblait à une poupée en porcelaine, j'avais l'impression qu'au moindre choc, elle se fracasserait en mille morceaux. Elle était juste parfaite physiquement, comme le genre de fille qu'on voyait dans les films, sauf que ces dernières subissaient des heures et des heures de maquillages puis de retouches post-production pour atteindre ce seuil. Violette, elle, l'atteignait sans rien, car elle ne semblait par porter le moindre maquillage. Et là était le contraste, le paradoxe de sa beauté, car ses vêtements n'étaient pas du tout en accord avec son immense charisme qui avait retenu l'attention de toute la classe. Elle portait un vieux jean troué trop grand pour elle et un t-shirt « I Love Kadic » datant d'il y a au moins une quinzaine d'année. Voir plus. Elle se tourna vers l'enseignant, et parla d'une voix si basse que je ne pu l'entendre.

« Très bien, va à ta place. » lui répondit-il.

Et qu'elle ne fut sa place... à côté d'Antoine... le bâtard... Mais je fus encore surpris, car lorsqu'elle s'assit à ses côté, ils s'échangèrent des regards et se murmurèrent mutuellement dans l'oreille. Il l'a connaissait ? Je venais de comprendre ! C'était pour ça qu'il avait refusé que je vienne à sa table ! Moi aussi j'aurais préféré cette bombe à lui, ça c'était compréhensible. En revanche le fait que cette Violette parle à un misanthrope comme Antoine... ça me dépassait totalement.

L'heure de cours se déroula rapidement, et midi arriva. Mon voisin me regarda avec son sourire habituel, comme pour me demander « c'est toujours d'accord pour qu'on mange ensemble ? » Ou alors j'interprétais un peu trop et il était juste extrêmement souriant en toute circonstance. Quoi qu'il en soit ce n'était peut-être pas une mauvaise idée de traîner avec lui. Il me semblait de meilleure fréquentation qu'Antoine, qui de toute façon m'avait déjà remplacé. Qu'est-ce qu'elle avait de plus que moi cette fille, à part une paire de seins ? Bref, je fis comprendre à Augustin que j'étais prêt à le suivre. Enfin, plutôt à le guider, car il ne connaissait pas du tout la structure.

Après avoir remplis notre plateau de légumes divers et peu attirants, nous nous installâmes à une table de la cantine. C'était un des moments qui m'angoissait le plus : devoir trouver une place. Quand le self était vide, je m'installais rapidement à une table tout seul. C'était pas agréable, mais au moins c'était rapide. Par contre, quand il était bondé (ce qui était souvent le cas), je devais errer dans l'allée centrale avec mon plateau pour trouver une place vide à une table de gens qui me laisseront tranquille. Je me retrouvais rapidement entouré par pleins de gens qui rigolaient entre eux. Et ça, c'était le pire : être seul dans une foule.

« Tout va bien Melvin ? Me demanda Augustin.

- Ouais... Bon... On se mets où ?

- Il y a une table vide juste là. Je te propose, si tu es d'accord, que nous nous y installions.

- Euh... ouais, bonne idée. »

Je m'étais trompé sur un point : au moins, en ce début d'année, j'allais pas être tout seul. Personne n'avait mangé avec moi depuis qu'Antoine avait arrêté de me parler. Augustin avait l'air sympa, cependant je m'faisais pas trop d'illusion : tôt ou tard, il comprendrait que j'étais le gars craignos du lycée avec qui il fallait pas être vu. Ou alors... peut-être que non. Peut-être que cette année allait véritablement être celle du changement.

« Je peux m'asseoir avec vous ?

Lucie venait d'arriver, plateau en main. Oh non, il était pas question qu'elle vienne tout gâcher ! Jusque là, Augustin me voyait comme un type normal... Je pouvais pas déjà faire disparaître cette image !

- Ah ! Euh, salut Lucie, est-ce que je peux te parler seul à seul trente secondes ? Commençai-je à toute vitesse.

- Bien sûr !

Je me levai et la prenait à part, loin de notre table.

- Écoute, ça va pas être possible. Il est nouveau et il faut... Fin... Comment t'expliquer, c'est pas que je veux pas mais en fait...

- Tu sais, je ne suis pas stupide, Melvin. J'ai très bien compris, m'interrompit-elle avec un petit sourire triste. Je ne dirai rien à maman et je te laisserai tranquille. Comme les années précédentes. Tu n'auras plus à te soucier de moi.

- Non, mais c'est pas ce que je voulais dire !

- Ah vraiment ? Alors qu'est-ce que tu voulais dire, exactement ?

Je baissai la tête. Je ne pouvais pas m'empêcher de me sentir mal pour elle. D'autant plus qu'elle m'avait percé à jour.

- C'est bien ce que je pensais. Ne t'inquiète pas, je ne t'en veux pas. Je comprends totalement que tu ne veuilles pas être vu avec « la Folle ». Je te souhaite une bonne année scolaire, Melvin. »

Sans me laisser le temps de réagir, elle partit s'installer toute seule à une table, à l'autre bout du réfectoire. Je retournai à ma table, d'une humeur un peu moins joviale qu'au début du repas.

« Qui était-ce ? Une connaissance à toi ? Me demanda Augustin.

- Ouais, c'est ma sœur.

- Elle ne voulait pas venir avec nous ?

- Euh... non. Elle est plutôt du genre solitaire. On s'entend pas trop, on va dire.

- Ah, je vois. C'est malheureux.

Une autre fille s'arrêta devant notre table. Je ne la connaissais pas et je fus assez surpris par son style qui était... hors du commun. Il me semblait que c'était ce qu'on appelait gothique ou emo, je savais pas la différence. Je croyais que ce mouvement n'existait plus depuis des années, mais j'avais en face de moi la preuve vivante de son existence. Elle avait des cheveux noirs qui ne devait pas être naturellement de cette couleur. Elle portait un T-shirt d'un groupe de Death Metal dont j'avais vaguement entendu parler et dont l'écoute n'était pas loin de me faire saigner les oreilles et le reste de sa tenue était tout aussi sombre et inhabituel.

- Augustin, faut que je te parle.

Ce dernier eut l'air embarrassé. Il me demanda de bien vouloir l'excuser et alla à la rencontre de la gothique. Ils discutèrent quelques petites minutes. Je n'entendais pas ce qu'ils pouvaient bien se dire (et ça ne me regardait pas), mais mon nouvel ami n'avait pas l'air enchanté d'avoir cette conversation. C'était quoi, une ancienne petite amie ? Rapidement, il revint s'asseoir.

- Je te prie de bien vouloir m'excuser. Disons que c'est un peu le même problème que toi : une sœur avec qui je ne m'entends pas trop.

Je lui lançai mon regard le plus compatissant. Je connaissais. Il avait dû se prendre des brimades à cause du look de sa sœur. Le reste du repas se termina de manière agréable. Augustin parlait peu de lui, mais m'écoutait et me posait des questions sur tous les sujets, même les jeux-vidéos ! Et moi qui avait ce besoin immense de pouvoir discutait de mes passions, c'était parfait.

Cette année commençait bien, je le sentais.


Spoiler

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Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
Code Alpha : Partie 1 Partie 2 Partie 3 (Un jour, peut-être...)


Dernière édition par Pilorde le Mar 25 Sep 2018 17:06; édité 1 fois
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Icer MessagePosté le: Lun 06 Aoû 2018 20:31   Sujet du message: Répondre en citant  
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J'avais fini 25 ans plus tard il y a quelques mois, il est normal que je sois au rendez-vous pour la suite. Cela dit, en prime, les prologues sont autant d'habiles résumés permettant de resituer les grandes lignes du récit précédent. J'ai également eu le plaisir de retrouver ton style, assez connu, tu es l'un des plus vieux auteurs en activité, et j'ai déjà eu depuis longtemps l'occasion de lire et relire tes diverses versions de Code Alpha !
Minho a visiblement eu le temps de livrer son analyse très... personnelle, sur le sujet.
De mon côté, je souhaite souligner quelque chose de très intéressant : l'approfondissement du personnage de Melvin. Dans le précédent récit, si Antoine et Ambre tenaient logiquement la corde, les deux autres ne semblaient que de pauvres faire valoir, encore que Jean avait le statut de l'ancien connard repenti, c'était toujours quelque chose en plus de Melvin, qui lui avait celui peu enviable du pote par défaut de l'ancienne vie. Bon. Donc j'étais plutôt content que la rentrée soit plus focalisée sur lui.
Scénaristiquement parlant c'est encore trop tôt pour vraiment se positionner bien sûr, il va donc me falloir continuer à te suivre Wink

Bon courage pour la suite, à bientôt !

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