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[Fanfic] Continent Noir

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 Auteur Message
Kerry MessagePosté le: Sam 23 Juin 2018 14:45   Sujet du message: [Fanfic] Continent Noir Répondre en citant  
[Kankrelat]


Inscrit le: 26 Déc 2017
Messages: 14
Continent Noir

Spoiler

https://zupimages.net/up/18/25/kslh.jpg

Exaltation calme et lucide. Délectation inconnue jusqu’à ce jour. Écrit trente pages de vie, sans hésitation, sans ratures. Comme un paysage nocturne à la lueur soudaine d’un éclair, tout le drame surgit de l’ombre, très différent de ce que je m’efforçais en vain d’inventer. Les livres que j’ai écrits jusqu’à présent me paraissaient comparables à ces bassins des jardins publics, d’un contour précis, parfait peut-être, mais où l’eau captive est sans vie. A présent, je veux la laisser couler selon sa pente, tantôt rapide et tantôt lente, en des lacis que je me refuse à prévoir.
L’univers (que d’autres appellent la Bibliothèque) se compose d’un nombre indéfini, et peut-être infini, de galeries hexagonales, avec au centre de vastes puits d’aération bordés par des balustrades basses. De chacun de ces hexagones on aperçoit les étages inférieurs et supérieurs, interminablement. La distribution des galeries est invariable. Vingt longues étagères, à raison de cinq par côté, couvrent tous les murs moins deux ; leur hauteur, qui est celle des étages eux-mêmes, ne dépasse guère la taille d’un bibliothécaire normalement constitué. Chacun des pans libres donne sur un couloir étroit, lequel débouche sur une autre galerie, identique à la première et à toutes. A droite et à gauche du couloir il y a deux cabinets minuscules. L’un permet de dormir debout, l’autre de satisfaire les besoins fécaux. A proximité passe l’escalier en colimaçon, qui s’abîme et s’élève à perte de vue. Dans le couloir il y a une glace, qui double fidèlement les apparences. Les hommes en tirent conclusion que la Bibliothèque n’est pas infinie ; si elle l’était réellement, à quoi bon cette duplication illusoire ? Pour ma part, je préfère rêver que ces surfaces polies sont là pour figurer l’infini et pour le promettre...Des sortes de puits sphériques appelés lampes assurent l’éclairage. Au nombre de deux par hexagone et placés transversalement, ces globes émettent une lumière insuffisante, incessante.
Comme tous les hommes de la Bibliothèque, j’ai voyagé dans ma jeunesse ; j’ai effectué des pèlerinages, en Allemagne notamment, à la recherche d’un livre et peut-être du catalogue des catalogues ; maintenant que mes yeux sont à peine capables de déchiffrer ce que j’écris, je me prépare à mourir au centre de l’hexagone, car c’est là que réside ma destinée. Mort, il ne manquera pas de mains pieuses pour me jeter par-dessus la balustrade : mon tombeau sera l’air insondable ; mon corps s’enfoncera longuement, se corrompra, se dissoudra dans le vent engendré par la chute, qui est infinie. Car j’affirme que la bibliothèque est interminable. Pour les idéalistes, les salles hexagonales sont une forme nécessaire de l’espace absolu, ou du moins de notre intuition de l’espace ; ils estiment qu’une salle triangulaire ou pentagonale serait inconcevable. Quant aux mystiques, ils prétendent que l’extase leur révèle une chambre circulaire avec un grand livre également circulaire à dos continu, qui fait le tour complet des murs ; mais leur témoignage est suspect, leurs paroles obscures : ce livre cyclique, c’est Dieu... Qu’il me suffise, pour le moment, de redire la sentence classique : la Bibliothèque est une sphère dont le centre véritable est un hexagone quelconque, et dont la circonférence est inaccessible. Mais moi, Agim Saliu, je n’aurai de répit de rendre cet hexagone accessible, de l’ouvrir aux « étranges ». Cette souffrance xénophobe semblable à celle des vieilles putes du showbiz qui racontent des saloperies sur les petites jeunettes qui viennent d'arriver dans le métier, pour les salir à défaut de les égaler, si tant est qu'elles aient été en capacité de le faire un jour, je ne la connaîtrais plus. C’est fini. Désormais, il est temps de vivre.



Prologue : Sur les sentiers de ta vie



« Les enfants… j'ai à vous parler, toi aussi femme, assieds-toi. »

Talia, Fadil et Sania revenaient à l'instant de l'école et avaient été surpris de trouver leur père à la maison en plein après-midi. Face au ton péremptoire du chef de famille, ils étaient maintenant inquiets de ce qu'il allait leur annoncer et s'installèrent en silence autour de l'unique table de leur modeste demeure. Agim Saliu et ses grands yeux noirs fixaient son auditoire, ces trois personnes qui s’apprêtaient à boire ses paroles. Sans ciller, il sortit de la poche intérieure de son veston croisé un étui à cigarette en or jaune, s'assit sur un des deux fauteuils club de la chambre, posa une cheville habillée d'un bas nylon noir sur le genou de l'autre jambe, lissa son épaisse moustache et alluma une cigarette avec un Zippo qu'il tenait de sa main droite où brillait une imposante chevalière, héritée de sa grand-mère, une des seules richesses de la famille.

— Voilà, préparez vos affaires, dites au-revoir à vos amis, j'ai décidé, on part s'installer en France.
Lentement la nouvelle se matérialisa dans le cerveau de chacun, tous se lancèrent des regards plein d'interrogations jusqu'à ce que l'un des enfants, Fadil, osa la première remarque.

— Mais babi, pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe ? On part pour longtemps ?
— C'est simple, vous faites mieux d'oublier tout de suite qu'il y aura un retour. Je ne sais pas comment ça se passera là-bas mais ici je ne m'en sors pas, le magasin ne rapporte rien et il n'y a pas de possibilités d'emploi ailleurs. En plus, maintenant qu’avec notre merde de passeport serbe il n'y a plus besoin de visa pour entrer dans l'espace Shengen autant en profiter, répondit Agim Saliu à son fils. Pour une fois qu'il y a un avantage pour nous, étrangers de la flamboyante patrie ! ajouta-t-il rageusement.
— Mais, risqua timidement Fadil, et l'école ? Je dois passer mon Bac à la fin de l'année moi !
— Tu crois que je ne le sais pas ? J'ai dit on part un point c'est tout. L'école on verra ça quand on aura un pied en France. On logera chez ma nièce en attendant de trouver un travail, un toit à nous et de régler tous les autres petits détails comme ton Bac. Allez maintenant dégagez et laissez-moi avec votre mère.

Tout le monde avait compris que tenter d'exprimer un point de vue différent ne servirait qu'à déclencher une colère paternelle. Les enfants se retirèrent donc sans un mot de plus et sortirent prendre l'air, même si, en ce mois de janvier, la neige, accompagnée d'un vent glacial, tombait à gros flocons sur les plaines du Kosovo.

La famille Saliu vivait à Presheve, une petite ville de la partie serbe du Kosovo, depuis de nombreuses générations.
« Bien avant que les slaves ne viennent au septième siècle envahir nos terres, répétait régulièrement Agim avec fierté. On a accueilli ces gitans blancs, et ils nous ont humiliés, torturés. Ils ont voulu tous nous éradiquer. C'était mal connaître notre peuple. »
La famille Saliu avait participé activement à la guerre du Kosovo en 1999, Agim avait organisé le transport clandestin des armes pendant que sa femme cuisinait dès l'aube afin de ravitailler les forces de l'UCK implantées aux abords du village. Le résultat se révéla à la hauteur des gros risques qu'ils avaient encourus quand la province du Kosovo fut enfin en 2008 déclarée par la communauté internationale l'Etat indépendant du Kosovo. La revanche était prise sur des années de discrimination, et les Serbes avaient fui, à l'exception de quelques vieillards inoffensifs, laissant le village à 90% d’Albanais. Cependant, malgré cette nouvelle liberté retrouvée, liée à la reprise du pouvoir des Albanais dans leurs terres, Agim ne rêvait que d'expatriation pour lui et sa famille. Cette idée fixe qui était sur le point de se concrétiser paniquait sérieusement Lushe Saliu, la femme d'Agim. A cinquante ans, Lushe n'avait jamais quitté son bourg, pas même pour se rendre à Prishtina, la capitale du Kosovo. Une de ses sœurs résidait en France, une autre en Suisse et elle avait bien eu l'intention de leur rendre visite un jour mais au grand jamais elle n’avait envisagé un séjour à durée indéterminée.

— Agim, tu es sérieux ? Tu veux qu'on abandonne tout ici, notre chez-nous depuis tant d'années, pour tout reconstruire dans un pays inconnu ? Apprendre une autre langue, d'autres coutumes, d'autres rues, d'autres mentalités ? A notre âge ???
— Ecoute femme, toi tu ne connais pas le cœur de l'Europe, moi j'ai vécu deux ans en Allemagne et je peux t'assurer que ces années auront été les plus constructives de ma vie. Alors maintenant que les frontières sont ouvertes, ne compte pas sur moi pour nous laisser moisir ici encore longtemps.
Lushe prit une moue sceptique et rétorqua vivement :
— Tu parles de ton petit bout de vie en Allemagne, mais cela remonte à 15 ans ! Tout a certainement changé depuis et je te rappelle que les autorités allemandes t'ont expulsé pour cause de travail illégal ! Le problème reste le même aujourd'hui, notre passeport nous autorise seulement à séjourner trois mois maximum dans l'Union Européenne mais pas à y travailler. Alors de quoi allons-nous vivre ? Je ne suis pas prête à risquer d'être emprisonnée avec les enfants dans l’un de ces horribles refuges que nous ont décrits tous ceux qui ont été refoulés.

Agim ignora l'animosité dans la voix de sa femme. Il en connaissait l'origine. Ses deux ans d'absence réveillait toujours le même sentiment de jalousie. Elle le soupçonnait de s'être beaucoup amusé en Allemagne, elle l'imaginait dans les bras d'autres femmes alors qu'elle accouchait en solitaire de leur dernier enfant. Il savait que cette blessure ne se cicatriserait sans doute jamais. Pourtant aucune de ces accusations n'étaient réelles. Il n'avait pas, c'est vrai, pu être présent lors de la naissance de leur fille Sania, et ce souvenir lui causait encore aujourd'hui une grande douleur, mais il avait travaillé sans relâche, des petits boulots en tant qu'ouvrier du bâtiment, afin de subvenir confortablement aux besoins de sa famille et dans l'espoir d'obtenir une carte de séjour qui lui aurait permis de rapatrier femme et enfants à ses côtés.
En outre Agim Saliu respectait sa femme et les vœux prononcés lors de leur mariage. Fjala, fjale, une parole est une parole, rien ni personne n'aurait pu le détourner de ses engagements et des responsabilités qui incombaient à tout chef de famille digne de ce nom.

— Nous n'avons pas le choix soupira Agim. Depuis dix ans qu'est-ce que je fous ? Tout l'été à suer aux champs et ne récolter que de quoi remplir nos assiettes. L'hiver je veillais toute la nuit à servir quelques malheureux clients dans notre café. Toute cette fatigue pour reverser la moitié de la caisse à cet Etat de voleurs, et finalement assister impuissant à la disparition de notre établissement sous les flammes. Aujourd'hui voilà deux ans que je tiens cette foutue boutique d'abat-jours allemands qui n'a pas encore remporté la moindre commande... J'en ai assez de me battre pour rien et de constamment dépendre de l'argent que veut bien m'envoyer mon frère d'Allemagne. Je veux avancer à mon âge, comme tu dis, et offrir à mes enfants autre chose que des rues défoncées, des hôpitaux délabrés, des écoles surpeuplées, des coupures d'eau et d'électricité arbitraires...
— Tu es vraiment prêt à abandonner notre terre, et celle de nos ancêtres, Agim ? demanda tristement Lushe.
— Je suis désillusionné, je ne crois plus à un futur ici, j'ai été naïf de penser que l'après-guerre offrirait des opportunités aux gens simples, honnêtes et travailleurs comme moi. Je te le répète femme, notre seule porte de sortie s'appelle France, alors ne revenons plus là-dessus et boucle les valises. Ceux qui changent d’avis sont comme ceux qui se convertissent avant de mourir… tout ce qu’ils méritent, c’est de crever la gueule ouverte.

Sur ses derniers mots Agim se leva, s'installa sur le divan imitation cuir noir du salon et Lushe comprit que le départ serait inéluctable. Elle épia discrètement son époux. Agim fumait et regardait par la fenêtre les enfants, tout en fronçant ses sourcils épais, comme très souvent ces derniers temps, même si ce tic facial se retrouvait fréquemment parmi les hommes albanais. Il a vieilli, pensa Lushe. Elle le détailla. Sa chevelure noire se clairsemait de blanc et la base du front se dégarnissait dangereusement formant deux arcs de cercle symétriques ; les expositions répétées au soleil avaient abîmé sa peau mate et des rides profondes fripaient le contour de ses yeux bleus alors que d'autres accentuaient les sillons nasaux-géniens. Il gardait toutefois son allure sportive d'ancien boxeur malgré un léger relâchement de la ceinture abdominale et un affaissement des épaules qui tassait un peu plus sa taille déjà peu élevée. Et 41 ans à peine, songea Lushe qui en accusait trois de plus. Il est temps que la vie prenne soin de lui, France alors... Inch'Allah.

Agim s'était retourné, il demanda abruptement à sa femme :
— Qu'est-ce que tu as ? Pourquoi tu me regardes comme une vache qui n’a plus donné de lait depuis lustre ?
— Rien zemer (cœur), je me demandais seulement si les gens en France vieillissaient moins rapidement qu'ici, répondit Lushe joyeusement.
— Mais de quoi tu parles ? Aucun sens, tu n'as donc rien à faire ? Pff les femmes, pesta Agim en allumant la télévision. Cheveux longs, esprit court.

Lushe ne se formalisait jamais des remarques acides de son mari. Après vingt ans de mariage, elle savait que cette carapace de rustre n'était que l'expression d'une pudeur extrême, et que au sein de leur intimité la plus privée il se dévoilait tendre et sensible. Agim formait un bon mari se disait-elle souvent. Il ne se plaignait jamais de son dur labeur, il ne touchait pas à l'alcool ou pire à la drogue, il ne la battait pas, il ne jouait pas l'argent du ménage aux cartes et en bon musulman il ne manquait jamais l'appel de la prière du vendredi. Beaucoup de ses voisines ne pouvaient se vanter d'être aussi bien loties et Lushe se considérait chanceuse. La gueule de bois de leurs maris ferait passer Pinocchio pour un vrai petit garcon.
Agim et Lushe s'étaient rencontrés pour la première fois le jour de leurs noces. Leurs familles respectives s'étaient chargées de les unir, et le choix avait été heureux, ils s'aimaient raisonnablement. Ils souhaitaient le même sort pour leurs enfants et l'idée d'un mariage arrangé les concernant ne faisait aucun doute. Le choix d'un partenaire pour la vie était une affaire trop sérieuse pour la laisser aux mains de la jeunesse, par définition passionnée et irréfléchie.
En effet cette entreprise exigeait une compréhension objective du tempérament des deux protagonistes ainsi qu'une solide expérience du genre humain. Clés que bien évidemment seuls les parents pouvaient détenir. Et les Saliu, père et mère, étudiaient déjà dans ce sens quelques pistes prometteuses en faveur de l'aînée des filles, Talia.

Talia Saliu copiait à quelques détails près le physique de sa mère. Le mètre 65, le cheveu dense de teinte auburn (voire même rose !), le visage rond aux joues pleines, le front étroit, les yeux noirs en forme d'amande surmontés de sourcils touffus à la ligne droite, le nez fort, la bouche charnue équipée d'une dentition parfaite, le cou large et court, la silhouette de type gynoïde à la poitrine avantageuse et l’air naturellement hautain.
A dix-huit ans Talia ne se qualifiait pas de beauté parfaite, même si son sourire lumineux et ses expressions avenantes dégageaient un certain attrait, mais elle possédait un charme indéniable, qui lui venait sans nul doute bien plus de son tempérament que de ses traits. De l'héritage génétique paternel elle avait reçu la peau étrangement claire, les pieds plats, la force ainsi que les atouts de son caractère, tels que l'ambition, la curiosité, l'optimisme, le bon sens, la vivacité d'esprit et l'obstination.
Père et fille s'entendaient merveilleusement, rares étaient les moments libres qu'ils n'occupaient pas ensemble, à promener les bêtes, à cultiver les champs, à chasser le gibier, à rénover la maison, etc. Talia adorait ces travaux d'extérieurs en compagnie d'un père qu'elle admirait sans bornes.
Ainsi cet après-midi quand elle écouta son père annoncer un déménagement à plus de 2000km de leur ville, elle eut naturellement confiance en son jugement. Cette assurance qu'il ne pouvait s'agir que d'une décision sensée ne l'empêchait pas de ressentir un mélange d'angoisse, de tristesse et de peur à l'idée de se séparer de tout ce qui avait été sa vie depuis dix-huit ans déjà.
Toujours installés sous l'abri en taule destiné à la vieille Volkswagen familiale, elle prêta un peu plus attention à ce que disaient Fadil et Sania.

— Il n'est pas question que je parte moi, j'en ai rien à faire de la France, je veux rester chez moi, dans mon pays, avec mes amies et continuer à fréquenter mon lycée. Je vais demander à mami de me laisser habiter chez grand-mère, je suis sûre qu'elle n'a pas envie de partir elle non plus, elle me comprendra, tempêtait la cadette Sania les larmes aux yeux.
— Arrête de rêver tu sais bien que babi n'acceptera jamais, ce n'est pas mami qui décide. Moi aussi j'aimerais passer mon Bac et partir avec toute la classe pour le voyage de fin d'année en Albanie, mais tu as entendu babi aussi bien que moi, l'école c'est le cadet de ses soucis pour le moment, raisonna Fadil les mains dans les poches de son blouson trop léger pour protéger du froid son corps chétif.
— Tu n'as même pas essayé de le convaincre, c'est toi le garçon, qui se doit de protéger ses sœurs et veiller à l’accomplissement de leurs ambitions, c'est à toi de parler en notre nom, s'il te plaît Fadil, vas-y, dis-lui de réfléchir encore. Je le vois, il est seul au salon, c’est le moment, s'il te plaît.
— Tais-toi, ça suffit, tu as quinze ans, grandis un peu. Tu réagis comme une gamine, tu ne sais pas ce que c'est de devoir gagner de l'argent. Moi, après les cours, je me crève tous les jours avec huit heures de service au restaurant d'Arian pour 150€ par mois et je ne pourrais pas espérer plus même dans dix ans avec un diplôme en poche, alors plus je réfléchis et plus je me demande si babi n'a pas raison, peut-être que là-bas j'aurais un avenir meilleur. Toi tu ne penses qu'à tes copines et ta cour de récréation, parce que tu ne me feras pas croire que ce sont les études qui t'intéressent, jusqu'à présent tes résultats sont quasi égaux à zéro. En France tu vas apprendre ce que c'est la vie, tu devras trouver un job pour contribuer aux frais de la famille et tu cesseras de ne penser qu'à toi, cria Fadil avant de se diriger à grands pas vers la maison.
Talia regarda Sania, elle déformait le capot de la voiture en y faisant reposer sa forte corpulence et fixait le bout de ses bottes, les joues humides de larmes. Talia s'approcha, lui caressa la tête et joua avec ses boucles noires. Elle était un tout petit peu moins avantagée physiquement que son aînée, avec son corps solidement charpenté et généreusement enrobé, mais aucune jalousie ne venait ternir leur relation, jusqu’à présent du moins. Sania était presque trop grande pour qu’on lui conte une histoire, mais il n’est jamais trop tard pour faire rêver les jeunes filles. Alors, Talia commença à narrer ce qu’elle avait appris par cœur il y a bien longtemps ;
— Babi va embellir notre vie par une sorte de mythe fondateur. Nous, les humains, avons besoin de donner un sens à ce que nous faisons. Le mythe qui explique sa démarche est le suivant : il fut un temps – celui que les anciens appellent le temps du rêve – où la Beauté, la Vérité et l’Harmonie entouraient la terre comme un miroir, un miroir ondoyant brisé par un chasseur qui a décoché sa flèche. Dans chaque partie du monde, les hommes qui recueillent un fragment de ce miroir pensent, du coup, détenir la vérité. L’utopie des Saliu est de réunir les tessons de ce miroir éparpillés aux quatre coins de la planète et de les réunir comme la mosaïque d’un âge d’or, celui de la nature et de la culture des hommes, si diverse, si riche, si complémentaire.

— Ah oui ? Tu crois vraiment à ce que tu racontes ? Depuis quand tu parles français toi pour bavasser avec tes nouvelles copines de là-bas ? s'emporta Sania.
— Moi j'apprendrais, et toi tu feras pareil, répondit Talia en gardant difficilement son calme.
— Et si vraiment on devait tous travailler pour survivre et n'être jamais capable d'achever notre scolarité ? T’aurais l’air maligne hein, si je finissais comme clocharde ou prostituée ?

Elle se plaça face à sa sœur. Sania, mis à part un embonpoint conséquent, aurait pu sans complexes participer à un concours de Miss. Son visage fin aux pommettes hautes, le bleu de ses yeux accentué encore par ses longs cheveux noirs bouclés, sa peau laiteuse et sans la moindre imperfection, son petit nez retroussé atypique dans cette contrée, sa bouche délicatement ourlée, son imposante stature d'une tête supplémentaire à celle de son aînée ainsi que son allure extrêmement féminine ravissaient tous les hommes qui la rencontraient. Les larmes coulaient, intarissables, et Talia cherchait des paroles de consolation quand sa sœur releva la tête, la bouche mimant le départ d'un mot mais dont aucun son ne sort.

— Qu'est-ce qu'il y a Sania ? Tu as un problème ? commença Talia afin d'encourager sa sœur à se confier.
— Oui mais je ne peux rien te dire. Aide-moi Talia, je ne dois pas partir, pas maintenant, propose à babi de me laisser chez grand-mère jusqu'à la fin de l'année scolaire, toi il t'écoutera, je t'en prie, fais ça pour moi, suppliait Sania désespérée.
— Mais qu'est-ce que tu as ? Pourquoi tu te mets dans un tel état ? C'est quoi tout ce mystère ? Dis-moi et on trouvera une solution ensemble.
— Rien, je n'ai rien, je ne veux juste pas tout quitter si vite. Tu vas parler à babi ?
— Ecoute, demain c'est samedi et j'accompagne babi au marché, alors je ne te promets rien mais s'il est dans de bonnes dispositions et pas nerveux comme ces derniers jours je lui parlerais. On rentre maintenant, tu es gelée, il est presque 17h et il va bientôt faire nuit.

Talia lavait la vaisselle alors que Sania aidait leur mère à préparer le repas du soir composé d'une soupe de lentilles, d'un byrek aux poireaux accompagné de kos, une sorte de yaourt bulgare, et d'un riz au lait comme dessert. Talia jetait par moment quelques regards rapides en direction de sa sœur, elle avait encore les yeux rouges mais semblait avoir toutefois recouvré un semblant de calme. Qu'est-ce qui peut bien l'effrayer à ce point ? se demandait-elle tout en continuant à frotter les assiettes sales du déjeuner, cela ne lui ressemble pas, généralement la nouveauté l'enthousiasme, en plus elle est de nature ultra-sociable et n'a jamais eu de difficulté à s'intégrer nulle part. A peine arrivée au lycée elle avait déjà une flopée de copines, bien plus que moi alors que j'ai pourtant plus d'années de vie qu'elle... Je m'inquiète sans doute pour rien...elle est lunatique, et si ça se trouve demain elle sera ravie de cette nouvelle aventure dont elle pourra ensuite se faire mousser auprès de ses amies. Tiens demain je prendrai un café avec Valentina et Albana, faut absolument que je leur raconte ce qui nous arrive. Qu'est-ce qu'elles vont me manquer !

— Vous êtes bien silencieuses mes filles...ne pensez-plus à tout ça, le jour J viendra bien assez tôt alors profitez en riant de ces moments et ne les gâchez pas avec des larmes inutiles, murmura Lushe.
Elle ne voulait pas entamer de débat, et afin d'éviter les multiples questions qui ne manqueraient pas de surgir elle ajouta, avant que ses filles n'aient eu le temps d'ouvrir la bouche :
— Appelez les hommes, le dîner est prêt.

Le dîner se déroula tranquillement, les discussions se concentrèrent sur la météo des prochains jours, les dernières frasques de la chanteuse albanaise Big Mama, les commentaires sur les fiançailles récentes de leur petite voisine et la liste des courses à ne pas oublier pour le déjeuner du lendemain. Des sujets neutres qui allégèrent l'ambiance. Tous rirent, sauf peut-être Sania dont la gaieté et même l'appétit s'étaient évanouis.
Lushe aimait tous ses enfants, mais elle réservait à sa dernière fille une affection particulière. Elle réunissait tous les attributs qu'à son sens une femme devait posséder afin d'épouser un homme de tradition et de bonne éducation. Elle l'encourageait à parfaire depuis l'enfance sa beauté, sa démarche, ses talents culinaires, son chant, son vocabulaire, sa connaissance de l'Islam, ses manières et son style vestimentaire, selon un mélange de codes sociaux turco-albanais un peu démodé. Les meilleurs produits cosmétiques, les plus belles robes, les bijoux les plus précieux que la famille Saliu héritait ou à l'occasion se permettait étaient naturellement destinés à Sania. De la même manière que les sorties mondaines lui étaient réservées si jamais le budget n'autorisait qu'à un enfant de se joindre aux parents. Lushe lui prédisait un avenir brillant, ce qui sous entendait une très belle alliance, et se flattait d'avoir mis au monde une fille d'une telle perfection. Aucun des deux autres enfants ne se révoltaient contre ce traitement de faveur, Fadil, parce qu'en tant que garçon unique il avait lui-même un statut avantageux et Talia, parce qu'elle jugeait ce rôle de potiche en représentation plus fastidieux qu'enviable. Sa mère avait d’abord jeté son dévolu sur l’aînée pour être la carte de visite de la famille, mais avec son foutu caractère, Talia s’attirait plus d’ennemis que d’amis. Du coup, à la naissance de la petite troisième, Lushe avait misé tous ses espoirs sur Sania.
La matriarche avait remarqué les yeux rougis de sa fille chérie et son manque d'entrain, elle doit être tellement déçue, j'ai peur qu'elle ne se fane loin de son environnement. En même temps il y a une grande communauté albanaise en France, ils doivent certainement organiser de nombreuses fêtes...Qui sait le bon parti se trouve peut-être parmi ces gens-là ! réfléchissait Lushe soudain très enthousiaste à l'idée d'entreprendre ce voyage.
Sania était montée plus tôt que d'ordinaire prétextant un furieux mal de tête. Elle s'enferma à double tour dans la salle de bain et vérifia pour la énième fois de la journée son portable. Toujours rien, mais qu'est-ce qu'il fait ? Serait-il encore à Prishtina ? Il est 21h, normalement à cette heure-ci il est de retour depuis longtemps...il se moque moi c'est cela ? A cette dernière pensée, Sania sentit la boule qui lui bloquait l'entrée de l'estomac se contracter, elle en avait la nausée, cette attente devenait insupportable. Une semaine qu'on ne s'est pas vus, après ce qui s'est passé il aurait pu au-moins m'envoyer un texto, à défaut de téléphoner. Je n'en reviens pas que ça m'arrive à moi, je me suis laissée bernée par ses beaux discours... Non ce n'est pas possible, il m'aime, il tiendra parole. Demain quand babi sera au marché avec Talia j'en profiterai pour me rendre au stade de football, avec un peu de chance il sera rentré pour son entraînement. Sania se rendit dans la chambre qu'elle partageait avec sa soeur, elle se glissa sous les couvertures et s'endormit presque aussitôt, épuisée par les émotions de la journée.
Elle ne pouvait évidemment pas savoir que, dans quelques semaines à peine, une poignée de jeunes et une usine désaffectée allaient changer son existence à tout jamais.
_________________
http://zupimages.net/up/17/43/62ac.jpeg
Certains ont des monstres dans le cœur... c’est comme ça, on ne peut rien y faire.
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Ikorih MessagePosté le: Mer 27 Juin 2018 21:16   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


Inscrit le: 20 Oct 2012
Messages: 1490
Localisation: Sûrement quelque part.
Est-ce que ça fait cinq jours que je me dis que je dois faire un com' mais que je le fais pas?
Oui.
Autre chose? Mr. Green

Bon, je ne m'attendais pas à te voir écrire une seconde fiction. Forcément, je vais avoir l'autre dans un coin de la tête pour mon analyse, surtout que la démarche reste finalement assez proche : le background historique/culturel est toujours aussi fourni. Je note d'ailleurs que c'est la deuxième fois que tu nous sors l'Albanie, qui était déjà la partie la plus développée dans ta première fiction. Un passif particulier avec la région? Enfin, même si ce n'était pas le cas, je trouve que tu te mets très bien à la place des gens qui sont dans ce modèle culturel : j'en veux pour preuve l'éloge du mariage arrangé qui est fait par la mère de Talia, jamais on ne verrait la chose comme ça avec nos yeux d'occidentaux.
Tant que j'y pense, tu m'as presque fait douter de ma santé mentale avec tes pensées écrites en rose qui se confondent si bien avec le blanc du récit T-T J'ai vraiment dû aller checker le code de la page pour éliminer le doute parce que j'étais pas certaine que le récit changeait de couleur XD (après c'est clair qu'une couleur flashy c'était un coup à finir comme l'Echiquier avec des répliques en couleur partout...).

Après, je m'étonne de la façon dont tu vas connecter ça à l'univers de la série : Talia a déjà dix-huit ans dans le récit, ne semble pas avoir connu l'usine, et il est mentionné qu'elle ne rencontrera les LG que "dans quelques semaines". Mais je pense que tu sais ce que tu fais.
Pour le reste, le début de ton prologue m'a fait penser à Minho (comme je le lui disais justement l'autre jour héhé) : un truc complètement perché qui n'a a priori aucun lien avec CL ni notre monde. Enfin si, le terme de l'Allemagne est mentionné, et le nom du gars qui écrit ce début est celui du père de Talia. Mais à ce stade, c'est petit pour faire des conclusions, et heureusement d'ailleurs, sinon que resterait-il à écrire? XD

Bref du coup comme le début de ton texte me rappelait Minho, j'ai fini par faire un com' comme je lui en fais à lui : pointer toutes les questions que le texte soulève, et ne rien analyser Mr. Green
(Je ne suis pas une feignasse, j'économise de l'énergie, ça n'a rien à voir)
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"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Kerry MessagePosté le: Jeu 28 Juin 2018 10:24   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kankrelat]


Inscrit le: 26 Déc 2017
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Cinq jours ce n’est rien en cette période de marasme ensoleillé Ikorih, c’est déjà très gentil d’avoir pris de ton temps pour me rédiger un commentaire Wink. Eh oui, seconde fiction mais je n’en oublie pas Human pour autant, c’est promis ! J’étais juste enthousiaste à l’idée de poster ce premier chapitre car je pense que vous pourrez commencer à percevoir des liens ici et là (avec mon autre texte ? le DA ? Vous verrez bien Razz).
Effectivement, pour moi la chose la plus importante d’une fiction est le background sociopolitique de l’intrigue, j’essaie que cela ne se fasse pas au détriment des personnages, auxquels j’essaie d’attribuer une profondeur et la mentalité adéquate, cohérente avec le contexte, véritablement intégrée dedans en quelque sorte.
En ce qui concerne l’Albanie, ainsi que tous les autres pays exploités dans Human notamment (le Japon, la Grèce et ses îles, etc.), cela vient de mon désir d’universalité, de rencontres, de recherches sur le net et en librairies. Attention tout de même, ici le récit suit la vie d'une famille albanaise... au Kosovo, c'est donc la même partie du globe mais un pays différent et quelques subtilités dans le code de l'honneur, le cadre n'est donc pas le même que celui des chapitres 1 et 8 d'Human (qui recouvrent pour le moment la partie Stern), même si les flux migratoires entre les deux pays sont fréquents évidemment Wink. Le conflit interne de ce bout de Terre est particulièrement intéressant car certains Albanais installés au Kosovo (parfois depuis plusieurs générations) demandent que le Kosovo soit une république à part entière alors que certains Serbes se plaignent de cette indépendance, affirmant qu'elle lèse les droits de la Serbie et l'empêche de protéger la minorité serbe qui s'y trouve menacée. C'est en premier lieu ce qui m'a poussé à creuser l'histoire de la région. J’avoue néanmoins que la grand-mère de ma meilleure amie est originaire d'Albanie, ce qui facilite la vérification de certaines informations (et qui explique un minimum mon obsession pour cette culture et ses traditions que je trouve fascinantes). C’est ce que j’aime avec la création de mes histoires, elle m’ont poussé à découvrir des témoignages, à faire parler les gens sur un passé on ne peut plus enrichissant. Et puis, suite à l'activité de mes parents, je bouge aussi tout le temps, évidemment ça aide à adopter un regard bien loin de nos préoccupations occidentales !
Ravie de voir que tu as finalement pu démêler le blanc du rose ^^ Le procédé sera encore utilisé lors de ce chapitre mais cela devrait s’estomper au fil du temps.
Je ne répondrais évidemment pas à tes questions car l’histoire y répondra d’elle-même mais je tiens encore à te remercier pour ce relevé (et pour la comparaison avec Minho que j’aime beaucoup en tant qu’auteur!).
Bonne lecture et bonnes vacances aux concerné(e)s Smile.

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Cette structure particulière du bâtiment, je l’ai déjà évoquée. Mais force est de croire que je n’y ferai jamais assez référence. Qu’il me suffise, pour le moment, de redire la sentence classique : la Bibliothèque est une sphère dont le centre véritable est un hexagone quelconque, et dont la circonférence est inaccessible. Chacun des murs de chaque hexagone porte cinq étagères ; chaque étagère comprend trente-deux livres, tous de même format ; chaque livre a quatre-cent-dix pages ; chaque page, quarante lignes, et chaque ligne, environ quatre-vingts caractères noirs. Il y a aussi des lettres sur le dos de chaque livre ; ces lettres n’indiquent ni ne préfigurent ce que diront les pages : incohérence qui, je le sais, a parfois paru mystérieuse. Certains résumés vantent les mérites d’un bouquin « merveilleux » alors que le roman s’avère en réalité être un véritable navet. Avant de résumer la solution finale, celle que nous recherchons tous (et dont la découverte, malgré ses tragiques projections, est peut-être le fait capital de l’histoire) je veux rappeler quelques axiomes.

Premier axiome : la Bibliothèque existe ad aeterno. De cette vérité dont le corollaire immédiat est l’éternité future du monde, aucun esprit raisonnable ne peut douter. Il se peut que l’homme, que l’imparfait Bibliothécaire, soit l’œuvre du hasard ou de démiurges malveillants ; l’univers, avec son élégante provision d’étagères, de tomes énigmatiques, d’infatigables escaliers pour le voyageur et de latrines pour le bibliothécaire assis, ne peut être que l’œuvre d’un dieu. Pour mesurer la distance qui sépare le divin de l’humain, il suffit de comparer ces symboles frustes et vacillants que ma faillible main va griffonnant sur la couverture d’un livre, avec les lettres organiques de l’intérieur, ponctuelles, délicates, d’un noir profond, inimitablement symétriques.
Deuxième axiome : "Le nombre des symboles orthographiques est vingt-cinq". Ce fut cette observation qui permit, il y a quelque trois cents ans, de formuler une théorie générale de la Bibliothèque, et de résoudre de façon satisfaisante le problème que nulle conjecture n’avait pu déchiffrer : la nature informe et chaotique de presque tous les livres. L’un de ceux-ci, que mon père découvrit dans un hexagone du circuit quatre-vingt-quatorze, comprenait les seules lettres M C V perversement répétées de la première ligne à la dernière. Un autre (très consulté dans ma zone) est un pur labyrinthe de lettres, mais à l’avant-dernière page on trouve cette phrase : « O temps tes pyramides. » Il n’est plus permis de l’ignorer : pour une ligne raisonnable, pour un renseignement exact, il y a des lieues et des lieues de cacophonies insensées, de galimatias et d’incohérences. (Je connais un district barbare où les bibliothécaires répudient comme superstitieuse et vaine l’habitude de chercher aux livres un sens quelconque, et la comparent à celle d’interroger les rêves ou les lignes chaotiques de la main... Ils admettent que les inventeurs de l’écriture ont imité les vingt-cinq symboles naturels, mais ils soutiennent que cette application est occasionnelle et que les livres ne veulent rien dire par eux-mêmes. Cette opinion, nous le verrons, n’est pas absolument fallacieuse.)
Pendant longtemps, on crut que ces livres impénétrables répondaient à des idiomes oubliés ou reculés. Il est vrai que les hommes les plus anciens, les premiers bibliothécaires, se servaient d’une langue toute différente de celle que nous parlons maintenant ; il est vrai que quelques dizaines de milles à droite la langue devient dialectale, et quatre-vingt-dix étages plus haut, incompréhensible. Tout cela, je le répète, est exact, mais quatre cent dix pages d’inaltérables M C V ne pouvaient correspondre à aucune langue, quelque dialectale ou rudimentaire qu’elle fût. D’aucuns insinuèrent que chaque lettre pouvait influer sur la suivante et que la valeur de M C V à la troisième ligne de la page 71 n’était pas celle de ce groupe à telle autre ligne d’une autre page ; mais cette vague proposition ne prospéra point. D’autres envisagèrent qu’il s’agit de cryptographies ; c’est cette hypothèse qui a fini par prévaloir et par être universellement acceptée, bien que dans un sens différent du primitif. La vérité, telle qu’il en est, c’est que derrière ces combinaisons de lettres qui dictaient sans répit la suite de notre destinée, se trouvait un programme informatique. Redoutable, inconscient, mais surtout destiné à anéantir notre chère Talia.


Chapitre 1 : Fais de moi ta plus belle insomnie


A sept heure tapantes, les membres de la famille Saliu prenaient déjà leur petit-déjeuner, excepté Fadil qui avait été de service au restaurant Tek Arian (Chez Arian) jusque tard dans la nuit et qui profitait donc encore du repos du guerrier, amplement mérité cela dit. Comme tous les samedis matin, les suxhuk, de succulentes saucisses grillées, accompagnés d'œufs brouillés, de fromage de chèvre, de quelques tomates et de pain complet se trouvaient prêts à être dévorés sur la table à manger, ce menu régalait tout le monde et pas une miette n'était épargnée. Sauf ce samedi 23 janvier 2010, premier matin où Lushe se désolait de débarrasser des assiettes à moitié pleines. Elle n'a rien mangé ce matin non plus, elle va tomber malade si elle continue à jeûner... bon pas de quoi s'inquiéter, se reprit Lushe qui ne voulait pas troubler la bonne humeur qu'elle avait retrouvée la veille au soir, d'ici quelques jours ma petite Sania sera redevenue elle-même. Son chagrin sera avalé par les âmes de nos ancêtres qui ne peuvent que nous accompagner dans cette épreuve d’adieux.

Talia et son père déambulaient dans les rues du marché de Presheve. Par chance le temps était ensoleillé, le sol sec et une fois n'est pas coutume en cette saison hivernale, la foule n'était pas obligée de slalomer entre les mares de boue ou de neiges noircies par les centaines de visiteurs. Les jours de marché étaient quotidiens à Presheve mais le samedi réunissait un nombre accru d'exposants, ils arrivaient de tous les villages alentours. Kosovars, Serbes, Macédoniens, Gitans se réunissaient dans un total chaos pour vendre au meilleur prix leurs produits ou leurs productions artisanales. Cela passait du commerce alimentaire, à celui des animaux, du prêt-à-porter incluant la lingerie et les accessoires, des cosmétiques divers le plus souvent trafiqués, mais encore des articles de maison, électroménagers, informatiques, sans oublier les étals de livres d'occasion et de CDs piratés.
Talia et Agim, après avoir marchandé tous les achats inscrits sur leur liste de courses, s'installèrent satisfaits à la terrasse d'un café des abords de la place du marché. Talia jugea son père relativement détendu et choisit d'aborder le problème concernant sa sœur immédiatement après que leur commande de deux cafés turcs fut servie.

— Babi, as-tu remarqué que Sania est très perturbée par l'idée d'habiter en France ?
— Oui, et alors, on l'est tous, perturbés, qu'est-ce que ça change ? Le mystérieux n’est que de l’inexploré, une fois sur place nous nous accoutumerons très bien à l'air français... c'est une certitude que personne ne pourra m'enlever. Notre petite princesse s'y fera, comme le reste de la famille d'ailleurs.
— Oui babi, mais elle, ça la chamboulera plus encore. Fadil et moi y voyons un futur possible mais pas Sania, elle a l'impression de perdre tout ce à quoi elle tient. Peut-être qu'il lui faudrait plus de temps qu'à nous autres pour se ranger à cette idée.
— Ah bon ? Et à quoi tu penses ? interrogea Agim alors qu'il allumait une cigarette sans perdre du regard les yeux de sa fille.
— Elle pourrait s'installer chez grand-mère jusqu'au mois de juin, cela lui permettrait de terminer son année et de s'habituer au changement à venir. Pour grand-mère aussi ce sera un choc moins difficile à supporter si elle gardait un de nous auprès d'elle, répondit Talia qui de nervosité brisait un à un les sous-verres en carton posés sur la table.
— Hum... ma fille, ce n'est une bonne solution pour personne, nous aurons suffisamment de soucis que pour en plus nous tracasser à distance du bien-être de ta sœur, ensuite je crois qu'il vaut mieux une douleur intense mais brève que souffrir un peu chaque jour et c'est ce qui se passera pour Sania si elle reste seule ici. Quant à ta grand-mère, elle n'a ni l'âge ni la santé pour endurer la surcharge de travail que causerait la gestion d'une adolescente sous son toit, conclut Agim avant de déposer deux euros sur l'addition et de se lever en repoussant bruyamment sa chaise en bois.

Talia n'insista pas plus, ramassa les achats et suivit son père. Sania va être déçue de ce refus, elle semblait tellement attendre de cette décision... hiiiii, il faut que je me dépêche j'ai déjà rendez-vous dans une heure avec Valentina et Albana !


Sania avait repéré Ulrich au milieu du terrain de football, elle admirait son habilité à jongler avec le ballon d'un pied à l'autre sans laisser le temps à l'adversaire de s'interposer puis, sans rompre le rythme, à la faire glisser d'un coup de talon vers un de ses coéquipiers planté un mètre plus loin en diagonale. Je crois que là j'ai trouvé la bonne place, en plein dans son champ de vision dès qu'il pivotera sur sa droite. Ah ça y est...mais c'est quoi ce demi-sourire alors que j'ai mis une heure à élaborer la tenue parfaite ? Je sais que cette petite jupe en jeans me tombe parfaitement sur le haut des hanches, me moule le creux des reins et assortie avec ce col roulé noir à fines côtes et mes bottes à talon noires je fais un malheur... peut-être que je devrais m'acheter un autre manteau, celui-ci est un peu passé mais tout de même pas de là à se détecter de si loin. Qu'est-ce qu'il dit ? Bouge pas je te rejoins après le match à l'endroit habituel ? Bon voilà qui est mieux.. si j’ai bien compris son message.
En attendant, Sania s'égara dans le souvenir de leur première rencontre. Elève brillante à l’époque, elle avait une année d’avance et venait de commencer le lycée, elle avait 14 ans, lui 17, elle l'avait immédiatement remarqué, il occupait toute la place, même au milieu d'un millier d'élèves. Une tête d'ange sur un physique diablement proportionné, il avait surtout un style et une assurance peu commune à cet âge ingrat. Toujours impeccable, habillé de marques américaines que lui envoyait une tante d'Amérique, il portait les cheveux mi-longs sans diminuer en rien sa virilité, il arborait cet air ennuyé, presque blasé, en permanence et ne s'intéressait qu'au football et à sa bande de copains. Personne ne lui avait connu d'aventures féminines, jamais aucune fille n'avait été vue seule en sa compagnie et pourtant il n'aurait eu que l'embarras du choix, il traversait la cour et filles comme garçons se retournaient, il appartenait à cette mince catégorie de gens au puissant magnétisme que tout le monde admire, envie et craint à la fois. Un jour, en retard tous les deux, ils attendaient le début des cours suivants dans le hall d'entrée de l'école. Il ne s'était pas aperçu de la présence de la cadette Saliu quand il était entré, s'était adossé au mur, avait balayé la salle du regard et finalement arrêté ses yeux marrons foncés sur sa personne. Elle s'en souvenait comme si c'était hier de ce regard pénétrant qu'elle avait soutenu jusqu'à ce qu'il entame la conversation.
— Qui es-tu, toi ?
— Moi, je m'appelle Sania Saliu, et toi ? demanda-t-elle innocemment.
— Enchanté, Ulrich Boga, lui répondit-il en souriant.
— Boga, s’étonna la jeune fille légèrement confuse. Euh… excuse-moi du trouble, c’est… c’est juste que ce n’est pas ce nom que j’avais entendu à ton propos.
— Mhh, je vois que les sales langues ont déjà fait leur boulot. Pas de bol, je suis coincé maintenant, démasqué comme un débutant, répliqua-t-il en lui adressant un clin d’œil malicieux, officiellement… mon vrai nom c’est Ulrich Stern, comme tu as sûrement dû l’entendre dans les méandres d’une rumeur plus ou moins fondée. Ma mère a trouvé cela utile de changer de nom à cause de ce qu’avait fait mon père, qui porte d’ailleurs aussi le même prénom que moi, mais c’est une autre histoire. Longue, fastidieuse et qui n’a toujours pas connu de dénouement d’ailleurs. Cette démarche Boga était tâche bien inutile puisque, aussi petite est la région, aussi grands sont les ragots. Enfin, on s’en branle de ces médisances, pas vrai ? Dis-moi… dans quelle classe es-tu ? Moi je suis en dernière année, comme tu dois certainement le savoir Miss Holmes.
— Quelle chance tu as, bredouilla-t-elle en évitant soigneusement de le relancer sur la question de son identité. Moi je ne suis qu'en première année de lycée, encore trois ans avant de décrocher enfin ce foutu diplôme, si convoité et précieux mais si compliqué à obtenir quand on doit cumuler les jobs comme mon frère. Sais-tu déjà quelles études tu choisiras l'année prochaine ?
— Oui je suis déjà inscrit à l'université de Tirana, en faculté de droit. Je veux devenir magistrat, comme mon père, énonça-t-il nonchalamment juste avant que le hall ne soit assailli d'étudiants pressés de rejoindre le parc pour enduire leurs dents de nicotine avant la suite des cours.
— Tu fumes ? demanda innocemment le jeune garçon.
— Merci, dit Sania en repoussant l’étui que Ulrich lui tendait déjà.
Elle refusait par timidité, bien que très désireuse de goûter à ces fines cigarettes ambrées, russes sans doute, qu’elle voyait rangées dans l’étui. Mal à l’aise, elle voulut clôturer cette discussion au plus vite en se promettant d’être plus aguerrie la prochaine fois qu’elle oserait l’aborder, si néanmoins une prochaine fois devait se produire :
— Excuse-moi Ulrich, j’étais ravie de te rencontrer mais je dois vraiment y aller. J’espère qu’on aura l’occasion de discuter à nouveau, murmura-t-elle en rougissant avant de s’éclipser.
— A la prochaine, lui lança le beau gosse avant de s'éloigner vers sa salle de classe.
Donc oui. Il y aurait une prochaine fois. Et même, des prochaines fois… malheureusement pour eux.

Des mois passèrent pendant lesquels Sania se remémorait en boucle les paroles échangées, les expressions d’Ulrich, ses intonations, ses mimiques et tous les petits détails que seule une adolescente sous le charme peut avoir mémorisés. Elle s'apprêtait de plus en plus soigneusement le matin avant de partir à l'école, Talia lui criait de se rendormir et d'éteindre la lumière, que c'était insensé de mettre deux heures pour se préparer à s'asseoir sur des bancs de classe, que ça promettait le jour de son mariage ! Mais elle voulait absolument être à son meilleur avantage au cas où il l'approcherait à nouveau, peut-être alors l'inviterait-il à sortir, elle, fille de paysan. Elle attendit le moment, en vain. Elle le croisait devant la porte du Lycée, dans les couloirs, à la cour de récréation, elle le voyait partout mais lui ne laissait jamais errer son regard ailleurs que sur son entourage proche, les élèves ainsi que tout le personnel de l'établissement scolaire s'écartaient de son chemin et lui, marchait droit devant sans se soucier de qui que ce soit. Puis, ce fut le mois de juin et la fête de fin d'année. Sania portait une robe noire évasée à partir de la taille et longueur genoux, ses formes généreuses étaient atténuées par la couleur sombre et la coupe évasée du bas de la robe, les bras étaient dénudés et le décolleté plongeant, incrusté de paillettes, concentrait l'attention sur cette partie de son anatomie qu'elle jugeait flatteuse tout en faisant oublier son excessif embonpoint... bien que c’était plutôt synonyme de beauté au Kosovo. Son visage, pensait-elle, était mis en valeur par un maquillage appuyé dont sa mère était l'artiste, rien ne manquait : le fond de teint, le fard à paupière de la même teinte que le bleu de ses yeux, le mascara effet volume noir, le trait de khôl sous l'œil, le crayon à sourcil marron foncé, le rouge à lèvre gloss brillant et la poudre pailletée posée sur les pommettes. A ce souvenir, Sania rit intérieurement. Je ressemblais à un clown sur scène comme Ulrich me l'avait gentiment fait remarquer, sympa la phrase d’accroche !
Elle se servait un coca au buffet quand il l'avait ENFIN accostée.
— Salut, tu vas bien ?
— Bbbien, et toi ? avait-elle bégayé sous l'effet de la surprise.
— Hum, tu as quelque chose de changé, ajouta-t-il en la dévisageant de haut en bas, c'est rare les filles qui s'exposent avec de telles rondeurs de nos jours, ça me plaît, je n'aime pas cette épidémie d'os et peau sur patte. Samedi soir tu es libre ? On sort ? Je t'attendrai sur le banc de l'entrée du parc à 18h, ok ?
— Heuuu, oui, ok, accepta Sania sans savoir encore comment elle trouverait une excuse d'ici deux jours qui l'autoriserait à sortir seule.
— C'est entre nous d'accord ? Je n'ai pas envie d'être le centre des commentaires de la ville. Autre chose, abstiens-toi de peinture, on dirait un clown sur scène, balança-t-il avec son tact habituel avant de disparaître.

Le surlendemain elle fut à son grand regret incapable de s'échapper, les parents reçurent une visite impromptue et accompagnée de sa sœur elles durent servir les cafés, cuisiner les petits en-cas, rester à disposition jusqu'au départ tardif des invités. Elle savait qu'il s'entraînait tous les weekends au stade de la ville, c'est ainsi que le dimanche elle inventa une course à faire et se rendit vers 11h du matin au stade pour lui fournir une explication. Il courait, elle s'approcha de la piste d'athlétisme, il la vit et lui décocha un franc sourire tout en avançant dans sa direction. Il lui prit la main, et ne lui demanda rien au sujet du rendez-vous manqué de la veille.
— Salut bukuroshe (petite beauté), tu m'attends ? Je prends une douche en vitesse et ensuite je t'emmène en pique-nique dans un petit coin tranquille derrière le stade, ça va pour toi ? lui proposa-t-il.
— Oui très bien mais je ne peux pas m'absenter plus d'une heure, répondit Sania troublée.
— On a largement le temps, j'en ai pour cinq minutes.

Après ce délai et une fois une odeur convenable retrouvée pour Stern, les deux jeunes gens s'assirent sur le gazon d'un petit jardin ombragé et entouré d'un haut muret, qui les mettaient à l'abri aussi bien du soleil brûlant de ce mois de juin que des curieux aux langues pendues. Dans son sac il avait emporté un pain gris rond, du fromage de chèvre, deux grosses tomates, du hajvar, des cerises et une grande bouteille d'eau plate. Il avait pris l'habitude, dès le début des beaux jours, de déjeuner en solitaire après sa course de 8km sur ce petit bout de pelouse au pied d'un grand chêne. Ils partagèrent ce frugal repas, discutèrent beaucoup, et rirent aussi. Ulrich avait un rire fort et contagieux, l'entendre la rendait joyeuse. L'heure passa comme l'éclair, elle fit le mouvement de se lever, il l'en empêcha d'une pression ferme de sa main sur sa cuisse, et l'attira à lui pour leur premier baiser. Tous les jours suivants de cet été-là ils répétèrent en secret cette belle journée, puis le lycée reprit, lui partit vivre la semaine sur le campus de l'université de Tirana, ils limitèrent alors leurs rencontres uniquement au samedi et au dimanche, l'hiver ou les jours de mauvais temps ils se rencontraient dans une des salles désertées du stade. Il lui disait qu'elle était belle, qu'elle était l'amour de sa vie, la femme de ses rêves, qu'ils allaient se marier, avoir dix enfants. Il l'appelait bukuroshe, lui offrait des pâtisseries, lui envoyait des messages d'amour dans la nuit quand il était certain que sa maisonnée dormait et l'embrassait encore et encore. Leur liaison cachée durait depuis un an et demi quand elle arriva ce matin-là pour la énième fois le retrouver au stade.
— Salut bukuroshe, ça va ?
— Pourquoi tu ne m'as pas donné signe de vie depuis une semaine ? Pas un appel, ou un mini texto ! lança-t-elle contrôlant au maximum sa colère.
— J'ai été très occupé, lâcha Ulrich, lui enlaçant la taille d'une main, et de l'autre lui soutenant la tête afin d'approcher ses lèvres des siennes.
— Tu te moques de moi ? Je me suis donnée à toi toute entière et toi tu es trop occupé ?! s'emporta Sania tout en se dégageant de son étreinte.
— Qu'est-ce que vous pouvez être chiantes vous les bonnes femmes ! Qu'est-ce que tu crois, que je vais commencer à te rendre des comptes parce qu'on a couché ensemble ? Désolé bukuroshe mais non. Allez arrête de jouer la mégère, viens près de moi.
— Non, je t'ai offert ce que j'avais de plus précieux, mon honneur, et je pensais que tu en valoriserais le prix. Tu me disais que tu m'épouserais, que j'étais la femme de ta vie, alors prouve-le !
— Quoi ? J'ai 18 ans depuis une semaine, tu espères vraiment que je vais me passer la corde au cou ? J'ai besoin de ma liberté, j'ai encore des tas de choses à apprendre et à découvrir, je n'ai pas l'intention de m'encombrer d'une femme à mon âge. Je sais d'avance comment ça fonctionne une femme avec la bague au doigt. Elle commence par poser mille questions, veut tout savoir, le pourquoi, le comment, le quand, et ensuite elle dirige complètement ta vie jusqu'à te dire à quelle heure tu dois rentrer pour dîner et si tu as l'autorisation de sortir ou pas. Très peu pour moi, en tout cas pas tout de suite, on en reparlera dans quelques années. Et puis c'est quoi cette envie soudaine de te marier, tu es jeune, on est jeunes, éclatons-nous, non ?
— Tu fais semblant de pas comprendre ou quoi ? Tu m'as déshonorée, si tu ne m'épouses pas, ma vie est foutue, personne ne voudra de moi. Une dépucelée ne trouve le bonheur qu’auprès de son premier amant. Sais-tu que si j'allais expliquer cette situation à tes parents ils organiseraient le mariage avec ou sans ton consentement, de peur que ma famille ne t'enlève la vie prématurément ? Tu es fils unique, pas vrai ?
— Tu me menaces Sania ? Sache que ni toi ni le fusil de ton père ou de qui que ce soit d'autre ne me fera changer d'avis. Alors rentre chez toi et oublie-moi ok ? rétorqua furieux Ulrich déjà la main posée sur la porte du vestiaire, prêt à sortir.

Sania le regarda s'en aller et son monde s'effondra, elle pleura sans interruption toutes les larmes de son corps jusqu'au retour chez elle. Elle sécha ses yeux, se composa une bonne figure et se dit que maintenant, foutue pour foutue, la France serait un moindre mal. Finalement, malgré ce qu’elle avait essayé en vain d’occulter, tout n’était pas parfait dans leur histoire. Assez vite, Sania avait réalisé qu’Ulrich faisait partie de ces êtres épuisants qui trouvent dans l’opposition leur assurance. Une putain d’assurance agaçante, celle qui fait craquer les filles bien malgré elles. Mais s’il n’y avait que ça… Toujours dans la compétition, Stern ne supportait pas que quiconque puisse prendre l’ascendant sur lui et, plutôt que de céder devant l’influence extérieure, il regimbait. Aujourd’hui, et pour la première fois, les défauts de leur situation semblaient prendre le pas sur tous les avantages.
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Certains ont des monstres dans le cœur... c’est comme ça, on ne peut rien y faire.
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Ikorih MessagePosté le: Sam 21 Juil 2018 13:14   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Citation:
le centre véritable est un hexagone quelconque

Je viens de me faire une réflexion : si toute la bibliothèque est si régulière, que chaque fois tous les côtés de toutes les salles portent le même nombre de livres, comment se fait-il que l'hexagone soit quelconque, et non pas régulier? L'hexagone régulier aurait en plus le bon goût d'être inscrit dans un cercle, ce qui fait assez sens vu que la bibliothèque est une sphère. Pourtant la précision est là : l'hexagone EST quelconque.

Bon en vrai j'ai pas la masse à dire sur ce chapitre, mais vu que personne n'a l'air de se décider à venir commenter, faut bien que je fasse une intervention XD Du coup bah Ulrich est, sans surprise, un connard (en même temps c'est Ulrich). En ça, l'ambiance globale du chapitre jure un peu avec le titre qui laisse à penser à une romance idéale. Au moins ça a le mérite de vite régler le souci de la gamine qui voulait pas partir en France.
Evidemment, Ulrich ici soulève une incohérence avec l'environnement de la série, ce qui me conforte dans l'idée que lorsque la connexion à l'univers de CL s'opèrera, ça impliquera plein de trucs chelou et de noeuds d'univers alternatifs. En ça, la bibliothèque peut peut-être servir de point de repère : elle paraît avoir un caractère si absolu qu'elle pourrait être reliée à tout. Le Supercalculateur est également une option : il est mentionné que c'est la rencontre avec les LG qui changera la vie de Talia, alors peut-être que c'est eux qui seront à l'origine d'un basculement vers l'univers que l'on connaît dans la série.

Citation:
je tiens encore à te remercier pour ce relevé (et pour la comparaison avec Minho que j’aime beaucoup en tant qu’auteur!).

Mon dieu, s'il se met à faire des émules on est pas rendus (a)
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Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
http://i39.servimg.com/u/f39/17/09/92/95/signat10.png
Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Kerry MessagePosté le: Sam 18 Aoû 2018 18:13   Sujet du message: Répondre en citant  
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Spoiler


Chapitre 2 : Mon silence te parlera


Talia avait rejoint ses deux meilleures amies à la pâtisserie Palma, ce lieu célèbre pour la qualité de ses gâteaux traditionnels et son décor typique était devenu leur point de rendez-vous favori. Elle repéra la petite brune Albana et la très imposante blonde Valentina, toutes les deux un serre-tête placé au milieu du crâne et des lunettes de vue sur le nez, occupées à étudier attentivement le menu. Elles avaient choisi les places banquettes près du feu de cheminée, Talia les rejoint et elles commandèrent un sheqer pare, une sorte de gâteau de semoule enrobé de miel, un baklava, un ravanije qui était leur cake favori ainsi que trois cappuccinos.

Talia avait rencontré les deux filles, déjà très amies depuis l'école élémentaire, quand elle entra en première année de Lycée, isolée de ses copines d'enfance. Elle ne connaissait personne et avait été soulagée après trois semaines de cours de se lier enfin avec des filles de sa classe. Depuis, les trois filles formaient un trio inséparable, toutes les trois avaient la même curiosité inquisitrice de la vie des autres, la même propension à juger les comportements marginaux selon une morale étroite que toutefois leur jeune âge excusait et le même souci de paraître irréprochables aux yeux de leur société plutôt conservatrice.

— Vous avez vu qui est assise près du comptoir ? demanda à voix basse Valentina à ses deux amies.
— Oh mais oui c'est Diana Lana, mais que fait-elle ici ? Elle ne vit pas en Angleterre ? chuchota Albana.
— Oui, je me souviens de son mariage il y a deux ans, ma sœur et ma mère y étaient, il paraît que c'était grandiose, 800 invités ! Elle a épousé Elvis Fidani, un boss d'Angleterre qui possède des salles de jeux à Londres. Sania n'en revenait pas des robes somptueuses et des bijoux sertis de pierres précieuses qu'elle arborait, elle m'en a parlé pendant un mois de cette sortie, la plus belle réception à laquelle elle aurait assisté m'a-t-elle dit, raconta Talia.
— Je constate que vous ne connaissez pas toute l'histoire, je vous mets au parfum. Sa mère a raconté à ma mère qu'elle s'inquiétait beaucoup pour sa fille, parce qu'elle s'était mise en tête la folle idée de divorcer, annonça Valentina attendant la réaction de son auditoire.
— Allah-allah, mais pourquoi ? réagirent Talia et Albana en cœur.
— Voilà le problème, Diana dit qu'il a des maîtresses mais elle ne peut pas le prouver. Pour les parents c'est un gros souci, parce que Elvis est très généreux, il leur a construit une maison, celle tout en pierre avec le jardin aux arbres fruitiers, juste à côté de chez moi, vous voyez ? Il leur offre des voyages et en plus il couvre tous les frais des études d'Agron, le petit frère de Diana. Il était même prévu qu'il rejoigne sa sœur à Londres pour y poursuivre ses études universitaires. Ma mère pense qu'elle devrait penser au bien-être de sa famille au lieu de vouloir tout gâcher à cause de soupçons non-vérifiables. C'est vrai non ?
— Oui, tant qu'elle n'a pas de preuve certaine, elle devrait se taire. Et puis s'il reste discret quel est son problème ? ajouta Albana. De toute façon, l’amour et même la passion en général... ce n’est qu’un déferlement de sensations irrésistibles qui va toujours mener l’être humain à sa perte.
— Mais lui qu'est-ce qu'il dit ? demanda Talia.
— Oh il dit qu'elle est beaucoup trop jalouse, qu'elle voit le mal partout, il croit que quelqu'un lui a fait une magie... c'est possible, vous avez vu comme elle est devenue ? Elle est toute maigrichonne, et c'est à peine si elle se soucie de son apparence, regardez elle s'habille avec un simple jeans, de vieilles baskets, un blouson trop large et elle sort les cheveux en bataille. C'était une des plus belles filles du Lycée, la claaaasse qu'elle avait...elle n'a que 24 ans et déjà l'air usé, constata Valentina d’un air un peu hautain.
— Moi si j'avais ses moyens je m'habillerais autrement, faites-moi confiance ! rit Albana
— Oui elle a subi un maléfice c'est sûr, son comportement n'est pas logique, c'est peut-être même quelqu'un de sa propre famille qui l'a ensorcelée par jalousie ! se moquait Talia en riant de ses amies.

D'une voix triste, elle changea brutalement de sujet et murmura :
— Vous allez me manquer.
— Qu'est-ce que tu dis ? On va te manquer ? Mais pourquoi, où penses-tu aller ? s'étonna Albana.
— Ma famille et moi partons vivre en France, mon père nous en a informés hier.
Les deux amies se regardèrent sans mot dire, se demandant si elles avaient bien entendu toutes les deux la même chose, puis fixèrent Talia, encore sous le choc de son intervention.
— C'est une blague ? Comme ça, d'un coup, ton père décide de tous vous emmener à l'étranger ? s'alarma Valentina.
— Mais qu'est-ce que vous allez faire là-bas ? Tu n'as même pas encore terminé tes études ? Vous allez vraiment émigrer ? renchérit Albana sur le même ton inquiet.
— Oui, on a pas trop le choix, les affaires de mon père vont mal et il croit que ce sera mieux pour nous tous, répondit un peu gênée Talia.
— C'est fou, il devrait partir seul et vous envoyer de l'argent, tu achèverais au moins tes études, sinon tu vas terminer comme tous ces émigrés, sans éducation et avec un travail de sous-fifre, conseilla Valentina d'un air dédaigneux.

Talia regrettait de s'être confiée. Que pouvaient-elles comprendre ? Elles appartenaient toutes les deux à des familles beaucoup plus aisées que la sienne, leurs parents étaient fonctionnaires et leur salaire suffisamment élevé que pour ne pas s'inquiéter d'assurer les besoins de base tels que se nourrir, se vêtir et se chauffer. Ils bénéficiaient en plus de réductions diverses sur de nombreux services et le gros avantage d'une pension à l'âge de la retraite.

— Oui, vous avez raison, je vous en ai parlé mais rien n'est encore définitif, alors s'il-vous-plaît gardez-ça pour vous, d'accord ? rusa Talia.
— Oh mais bien sûr ma chérie, ne t'inquiète pas, la rassurèrent Valentina et Albana.
Elles s'échangèrent en vitesse la liste des leçons à réviser pour le lendemain et se quittèrent chaleureusement.


Le lundi matin, Talia marchait à vive allure les 2km qui la séparaient du Lycée. Elle avait trouvé le sommeil difficilement la veille et s'était levée très en retard.
J'ai intérêt à presser le pas si je ne veux pas louper le début du premier cours. Zut, c'est philo ce matin, ce prof ne me laissera jamais entrer s'il est déjà en classe. Je ne peux pas courir, je vais me casser la figure avec tout ce verglas, 5 minutes putain, vite j'y suis presque.
Talia arriva dix minutes après Monsieur Saraj.
— Bonjour Talia, on ne t'attendait plus, on te croyait tous déjà partie pour Paris. Assieds-toi, il serait dommage que tu manques un de mes cours tant que tu résides parmi nous, l'invita froidement le professeur.

Talia rougit violemment et resta un moment bouche bée, consciente des trente paires d'yeux qui scrutaient sa réaction. Elle les regarda tous, grimaça et s'assit à son banc. Incapable de se concentrer elle ressassait sa douleur.
Les traitres, elles ne perdent rien pour attendre. Pour qui elles se prennent, je vais leur montrer qui, d'elles ou de moi, sera le sous-fifre sans éducation… rendez-vous dans 10 ans !
Cette pensée la torturait comme un poignard tourné et retourné dans son ventre.
— Aujourd’hui, c’est au tour de Jahir de nous présenter son exposé, je vous demande d’être tous attentifs à la thématique sociologique qu’il a décidé de vous présenter.
Le garçon au premier rang se leva. C’était l’intello de la classe, une vraie tête. Cela ne faisait aucun doute qu’il allait encore remporter le prix de la meilleure présentation.
— Avant toute chose, je tiens à préciser que je n'ai jamais été personnellement victime de situations semblables à celles que nous allons aborder aujourd'hui en classe. Il fallait que je précise ce point pour que vous ne puissiez pas remettre en cause mon objectivité dans ce contexte. Il me semblait juste essentiel de pointer du doigt un crime qui ne sera jamais trop dénoncé. D'avance, je vous demande de bien vouloir garder vos questions pour la fin de l'exposé et je vous remercie d'ores et déjà pour l'attention que vous allez me consacrer.

Phénomène en recrudescence, le harcèlement scolaire est un ensemble d’interactions complexes, qui ne pourrait se résumer à une "pauvre victime" qui doit être protégée et un "méchant agresseur" à punir, à exclure.

Le harcèlement scolaire est un phénomène multiforme et particulièrement vicieux qui échappe très facilement à la pseudo-vigilance des adultes. Quand il n’est pas nié, banalisé, minimisé par les institutions scolaires... Il est important de savoir que victimes et agresseurs ont en commun des vulnérabilités psychiques. C'est triste à dire mais la brebis est en réalité tout aussi coupable que le loup. La vie a toujours été un jeu de pouvoir et seules les personnes aux dents les plus longues tirent leurs épingles du jeu !
Murmures, le prof tapa du poing sur la table pour rétablir le silence.

— Tout peut être résumé par un cercle, continu, puissant, indestructible tant que la règle du silence prime. Si l’estime de soi de l’enfant harcelé s’érode avec les humiliations, les injures, les moqueries, les coups… la violence des agresseurs a néanmoins pour fonction de réparer leurs propres blessures. Si ces "sales bâtards" agissent ainsi, c'est parce que c'est eux les malades en premier lieu. En effet, les agresseurs dans la plupart des cas souffrent eux-mêmes de failles narcissiques profondes. La violence leur permet d’évacuer l’autre de la relation, de se dégager de ce que la victime représente, ils ne la voient plus que comme un ténia, un cloporte, bref une chose totalement insignifiante à leurs yeux.

Le harcèlement scolaire n’est pas seulement cantonné dans les écoles à discrimination positive et aux quartiers sensibles. Il concerne tous les établissements, le nôtre aussi. Il s’installe et se développe lorsque les adultes ne posent pas de limites claires à la toute-puissance de l’enfant et lorsqu’ils hésitent à sanctionner les écarts à la règle.
Mais, la question qu'on se pose tous au fond, c'est celle-ci : Qui sont ces enfants, ces adolescents qui harcèlent leurs condisciples et quelles sont leurs motivations ?

On pouvait désormais entendre les mouches voler à chaque pause de son exposé, Jahir avait réussi à captiver ses camarades.

— Pour faire le point sur la motivation des harceleurs, je me suis servi de la typologie de Hélène Romano. Selon elle, il y a trois grandes catégories d'ennemis potentiels pour tout jeune adolescent qui débarque dans la jungle du lycée. Tout d'abord, on peut distinguer les harceleurs-suiveurs. Ceux-ci n’ont pas de statut particulier dans la classe et se fondent dans la masse. Leur estime d’eux-mêmes est dépendante du regard des autres et donc instable. Ils ne sont généralement pas à l’initiative du harcèlement, ce sont des spectateurs "bon public" qui gloussent de l’infortune d’un camarade comme ils rigoleraient devant un bêtisier de fin d’année. Ils sont motivés par l’appartenance au groupe, être populaire à tout prix et ils vont donc harceler pour prouver leur valeur personnelle au clan, par peur d’être rejetés.

Il y a ensuite la catégorie des harcelés-harceleurs qui représente une minorité des élèves concernés par le harcèlement. Ce sont souvent des jeunes un peu paumés, ils écopent d’une double peine sans comprendre leur comportement envers les plus petits et sans non plus comprendre la sanction que des plus grands/costauds leur infligent. Ils n’ont pas de motivation particulière, ils agissent par réflexe dans une logique de compulsion. Leur violence peut même s’exercer sur l’un de leurs agresseurs dans un moment de faiblesse mais le déchaînement réel tombe évidemment plus souvent sur les plus jeunes de la fratrie ou de l’école.

Enfin, la catégorie la plus charismatique et la plus dangereuse, celle des leaders. Ces derniers ont une image d’eux positive et leur agressivité cache leurs failles narcissiques. Leur motivation est d’assujettir l’autre. Ils doivent impérativement dominer pour ne pas paraître faibles. Leur intention est de faire souffrir, de nuire dans le but d’annihiler, contrôler la victime qui est vécue comme dangereuse pour eux. La violence est leur seule stratégie face à la frustration. Ils peuvent être qualifiés d’élèves sans problème, voire de bons élèves. Dans ces cas-là, ils/elles manipuleront les adultes de façon à légitimer, par le comportement « bizarre » de la victime, leurs agressions. Certains enseignants, ainsi manipulés, entretiennent et cautionnent le harcèlement.
Depuis quelques années, les parents des victimes de harcèlement ont pris conscience des répercussions dues au traumatisme et de la nécessité d’un suivi. Par contre, les harceleurs sont encore trop souvent stigmatisés comme des enfants à problèmes sans que l’on prenne en compte ce qui est à la source même de leurs comportements.

Plus le leader harcèle et moins il peut faire preuve d’empathie. Pour maintenir sa sécurité psychique et son estime de soi, il n’a pas d’autre stratégie que de réagir agressivement. Il ne supporte pas la frustration, la sanction le fragilise et pour retrouver un sentiment de puissance et réparer son estime, il aura recours à la violence. Sans soutien approprié, le harceleur va néanmoins s’inscrire dans une spirale de l’échec à un moment ou un autre de son existence.
Les parents des enfants appartenant à cette catégorie n’ont pas toujours conscience des faiblesses de leur enfant et de la nécessité de les accompagner dans un travail de réassurance et d’acquisition de compétences psycho-sociales. Fréquemment, le principal reçoit des parents fiers des bêtises de leur rejeton en les justifiant par le fait que « la vie est une jungle ! » Ce sont clairement des parents qui minimisent ou nient même la gravité des faits et n’écoutent pas la souffrance qui s’exprime au travers de ces comportements.
Des études sur le long terme montrent une corrélation entre harcèlement scolaire et l’augmentation des conduites à risques : consommation de drogue et alcool. Ils sont aussi plus sensibles à la dépression et rencontrent des difficultés à développer des relations de couple et de parentalité positives : violence conjugale et recours aux châtiments corporels dans l’éducation des enfants sont monnaie courante.
Chez les harceleurs du type suiveur, on retrouve des dépressions sévères liées au sentiment de culpabilité, celles-ci mènent dans certains cas au suicide...

Un silence de mort plana dans la salle de classe. Tout le monde se dévisageait, scrutant les regards à la recherche du moindre renard qui aurait pu se planquer dans le poulailler depuis le début.

— Bon allez, ça suffit Jahir, déclara sèchement Monsieur Saraj avant de se pincer les lèvres comme il savait si bien le faire. J'ai une leçon à donner moi, il est inutile d'effrayer tes camarades plus longtemps. Je suis de toute façon certain que ce sont tous des étudiants parfaitement respectables !
— Si je peux me permettre, répliqua Jahir, je vais répondre à d'éventuelles question avant de vous laisser vaquer à vos occupations.
Mais la sonnerie retentit, il était trop tard…
Une fois le cours terminé, Valentina et Albana s'approchèrent de Talia.
— Talia, comme on est contentes que tu sois encore là, ne te voyant pas ce matin on s'est dit que peut-être vous aviez décidé de voyager plus tôt que prévu, c'est pour ça qu'on a averti le professeur de ton possible départ pour la France, sinon on aurait rien dit, tu t'en doutes, mentit Valentina, Albana à ses côtés.
— Oui je m'en doute, répondit sarcastiquement Talia, en se saisissant des deux têtes de ses amies par les cheveux et en les cognant l'une contre l'autre de toute sa force, que la rage décuplait encore.

Valentina et Albana tombèrent, sonnées, à demi conscientes sur le sol carrelé. Talia entendit des applaudissements, des cris indignés de filles, des bravos de garçons, des « qu'est-ce qui s'est passé ? », des « venez voir, y a de la bagarre », des rires... En moins de quinze secondes, une trentaine d'élèves s'étaient amassés autour d'elles trois. Talia fendit la foule et décida de ne pas suivre les prochains cours.
Le Lycée autrefois si adoré... c'était fini pour elle.
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Certains ont des monstres dans le cœur... c’est comme ça, on ne peut rien y faire.
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Icer MessagePosté le: Jeu 30 Aoû 2018 16:25   Sujet du message: Répondre en citant  
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Okayyy !

J'ai vite été captivé par l'intrigue. Utiliser Talia, j'en avais également eu l'idée, mais de façon rapide avant de l'écarter, pour mieux en souligner l'incohérence de base liée à l'existence du personnage, qui était un problème en soi pour moi. Je n'avais pas eu l'ambition de lui créer un background justificatif. Cela semble être ton cas, et c'est très intéressant à lire.

Y a vraiment un bac aussi au Kosovo ?

Les pensées en rose c'est original. Effectivement on peut un peu douter par rapport au blanc au début mais je trouve que sur le fond bleu ça se démarque assez facilement.

Pas mal le lien avec l'autre fic avec l'apparition d'Ulrich, ça m'a bluffé je dois dire. Et je ne serais pas étonné si le brusque changement d'attitude d'Ulrich était lié à un évènement inattendu comme... oh je sais pas, un départ pour l'île-de-France ? Bien entendu, la banlieue du côté de Sceaux est connue pour son importante communauté albanaise n'est-ce pas ? Mais je m'égare..

Bon. En tout cas la fic promet d'être longue, vu le temps que met le simple départ en France. Tu accordes toujours autant de soin aux détails, et effectivement ton fanatisme pour l'Albanie transparait vite. Cela a le mérite d'être très original, on pense toujours avoir tout vu, et en fait...

Je ne manquerai pas de lire la suite, c'est de l'excellent travail, bon courage et à la prochaine !

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