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 Auteur  Message
  Sujet: le nom d'aelita  
Silius Italicus

Réponses: 2
Vus: 374

MessageForum: CL Évolution   Posté le: Mar 28 Aoû 2018 13:15   Sujet: le nom d'aelita
Bonjour Tarkgrod,

De toute façons cette scène pose de nombreux problèmes.

D'abord il faudrait établir la filiation entre Aelita et Anthéa.
Ensuite il faudrait établir qu'Anthéa a bien le droit de garde sur Aelita. Ce qui est douteux. En effet, Anthéa a disparu pendant des années, il y a donc abandon d'enfant. D'autre part il n'est pas impossible qu'Anthéa ait été déclarée morte.

Enfin, il y a la question du lien juridique entre Tyron et Anthéa. Si ce dernier n'est que le compagnon, n'est pas marié à Anthéa, alors le proviseur de Kadic n'a pas le droit de lui laisser Aelita sauf si Anthéa a émis et signé une autorisation. Ce qui nous ramène au problème de la garde.

En plus de cela, il y a bien la question de l'âge d'Aelita (même si la filiation avec Anthéa pouvait être prouvée, cela ne réglerait pas ce problème) et de sa fausse identité.

De fait, les scénaristes sont passés sur tout cela, pour aller au plus simple et faire ce qui les intéressait.

Cela tend à confirmer ce qu'Icer disait déjà des scénaristes de Code Lyokô, à savoir qu'ils ont eu par moment les yeux plus gros que le ventre et n'ont pas les moyens de gérer ce niveau d'intrigue.

Comme le dit Theoph, ce problème n'est que l'un des nombreux qui parsèment cette série, et c'est même l'un des moindres.
  Sujet: [One-shot] Ravages  
Silius Italicus

Réponses: 2
Vus: 1315

MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Dim 10 Juin 2018 15:21   Sujet: [One-shot] Ravages
Bonjour très chère Kerry,

Ainsi, vous vous penchez sur la décrépitude ?

Cette nouvelle est intéressante et pose beaucoup de pistes, mais la fin semble par trop abrupte pour tout vous dire. Certes, la fin d’une nouvelle, la chute, a souvent pour objectif d’être une ultime pique ou un retournement de situation, mais ici, elle semble venir sans avoir été ancrée dans ce qui précédait.
Comment dire ? Il y a un écart entre ce qui était suggéré comme enjeu du texte, et ce qui est affirmé comme l’enjeu final par la chute. D’où une impression de léger déséquilibre et de manque à la fin : le lecteur tend à rester sur sa faim.

Vous aurez noté, cela me met en décalage avec le commentaire d’Ikorih… à vous de voir comment vous prenez la chose.

Dans l’ensemble la structure, et une partie du thème sont identiques à ce qu’il en était dans votre nouvelle précédente, d’où la possibilité de lire en miroir. Mais il y a quand même des déplacements.
Reprenons. Dans les deux cas, le récit se structure en deux parties. L’une représente le passé, l’autre le présent. Dans les deux cas, c’est l’âge et les souvenirs qui sont le moteur du récit. Cela étant, ici l’âge est l’enjeu même de la chute, tandis qu’il ne l’était qu’indirectement dans l’autre nouvelle.
Un autre déplacement important a eu lieu. La première partie ici, tout en introspection part certes des vacances et de leur bonheur, mais ne fait qu’en partir, quand c’était le tout de la première partie dans l’autre nouvelle. Les variations sont donc assez importantes.

Ce qui est amusant, c’est le retournement de situation par rapport à ce qui avait été posé dans le dessin animé à l’origine. C’était alors Sam qui était insouciante, et Odd qui était responsable. Ce qui ne l’empêchait d’ailleurs pas d’être un Casanova. Ici, c’est elle qui aspire à la maturité et la stabilité de l’âge adulte, et lui qui ne peut s’y résoudre. Sentiment alimenté par l’aristocratie naturelle d’Odd, qui fait de lui un roi et un maître du monde. En fait, le portrait qui est fait de lui ressemble d’assez prêt à la définition du pervers narcissique. Cela étant, même au vu des années, il semble difficile d’imaginer Odd en adepte de la méticulosité et du rangement.

Pour aller plus loin, le rapprochement que fait Sam avec la situation de sa mère est intéressant, et laisse à penser que la différence tient au type d’homme.
En effet, il faut être honnête, Sam en se mettant en couple avec Odd, qu’elle connaît quand même depuis le collège, savait ce qu’elle faisait, à quoi elle s’exposait. Pourtant, elle semble se réveiller à 28 ans et comprendre qu’on ne dompte pas un lion si facilement. Plus encore, les même traits de caractère qui avait rendu Odd intéressant à ses yeux dans le passé sont aussi ceux qui font qu’elle ne peut envisager de se caser – et non de se mettre en couple, ce qui est déjà fait – avec lui.
Autrement dit, Sam a peut-être été naïve, mais surtout, et à tout le moins, elle n’a pas su prendre la mesure de ses propres désirs. Après tout, Odd fut sa fenêtre, son ouverture lorsqu’elle était à l’université, univers qu’elle décrit comme « étriqué ». Maintenant, elle se dit qu’elle a troqué une prison contre une cage… Une cage qui se double du fait qu’il l’empêche de vivre, de briller par elle-même (« elle avait le sentiment que sa nature, plus sauvage, était comme assourdie »). D’où la mort de la spontanéité, de l’authenticité.
Cependant, le rappel de sa mère pose une autre question. Samantha ne serait-elle pas en train d’essayer de se conformer à un script, un scénario déjà éctrit : l’ami d’enfance, puis le copain de toujours, avec qui on forme un couple, on a une folle jeunesse, puis, on se case, parce qu’il le faut, et on a des enfants. Par conséquent, Samantha se trouve prise entre plusieurs injonctions, celle de se caser, celle de continuer à vivre la vie de folie avec Odd, sans arriver à bien trancher entre les deux. Elle a joué le jeu, tel que la société, et donc un peu elle-même, le concevait, mais sans réussir à en prendre correctement la mesure.

En comparaison de ce qui vient d’être dit, la deuxième partie du récit semble un peu moins riche en remarque et réflexions. Surtout, la chute semble moins bien amenée qu’elle n’aurait pu l’être. À moins que votre serviteur n’ait pas su lire les signes, ce qui est loin d’être impossible.

Pour finir quelques remarques.
Au niveau du style, il n’y a rien à redire. C’est très agréable à lire et très expressif.

Cela étant, pourquoi l’emploi de « la jeune black », plutôt que de « la jeune noire » ? Il y a sans aucun doute une raison de préférer l’anglicisme, mais je ne suis pas sûr de bien la saisir… encore que cela peut n’être qu’une expression de mon purisme outrancier.

En outre : « Elle avait confiance en cet homme, bien qu’elle détestait cet endroit. ». Le verbe « détester » est ici mal conjugué. Il devrait être au subjonctif : « bien qu’elle déteste » ou « bien qu’elle détestât », suivant votre volonté ou non d’une concordance des temps stricte.

Au plaisir de vous voir un jour célébrer leur amour.
  Sujet: [Fanfic] Information war  
Silius Italicus

Réponses: 68
Vus: 37465

MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Dim 10 Juin 2018 14:35   Sujet: [Fanfic] Information war
Bonsoir très cher Robin2553,

Ainsi, vous continuez à nous tenir au courant ?

La première question qui vient à le lecture de vos dernières publications, c’est : pourquoi deux publications, plutôt qu’une ? En effet, sans particulièrement démériter, vos deux publications ne pèsent guère par elle-même et ne sont pas très nourrissante. Disons que de réunir les deux en un seul chapitre rendrait la lecture plus fluide et plus intéressante.

De fait, il s’ensuit que les parties les plus stimulantes sont en fait les notes de début, à l’exemple de celle sur Carthage. Cela étant, on peut se demander aussi pourquoi cela n’a pas été intégré dans le corps du texte.

Pour la petite histoire, sans être très calé en science et en physique, je répondrais juste à votre réponse faite à Ikorih : « ces saroumanes des chercheurs ont réussi à définir leur notion d’un espace sans une seule fois s’en référer à l’espace de notre plan matériel. ». En fait, il s’agit historiquement d’une invention de physicien, de Galilée pour être précis, nécessaire à la conception du principe d’inertie, lui-même à la base d’une large partie de la physique moderne.
Eh oui, l’une des intutions fondamentale de notre physique moderne a été de rejeté toute l’évidence, le bon sens et l’observation et de partir de l’idée d’un monde imaginaire… à l’encontre de la physique aristotélicienne – dont il est vrai qu’elle était alors dans une impasse.
Plus largement, c’est ensuite devenu un attribut des mathématiques : en mathématique vous pouvez partir de n’importe quel ensemble de règle basique – axiome – et ensuite en déduire des propriétés. La question de l’application ou du réalisme de cet ensemble de règles et des propriétés qui s’ensuivent est absolument secondaire, du moins du point de vue de la seule recherche mathématique.

Bon, c’était une parenthèse peu utile par ailleurs, puisqu’elle ne me met en aucun cas en position de contredire vos propositions, dont il est bien probable que je ne les comprenne pas vraiment.

Comme dit plus haut, l’histoire de Carthage est assez intéressante. Cela étant, on peut se demander dans quelle mesure elle n’est pas issue de notre histoire récente, et de nos soucis politiques actuels. Puisque dans le fond, Carthage n’est jamais qu’une extrême-droite nationaliste et anti-droit de l’homme, face à l’humanisme fédéré, le tout saupoudré d’un peu de complotisme. Bref, l’extrême-droite particulariste face à la gauche universaliste (et donc non-communiste).

Ces chapitres en fait ont pour centre de gravité une séquence d’exploration, d’abord avec le Skid, puis sur un réplika, c’est pour cela qu’il serait logique de regrouper le tout. Du reste, on retrouve, sous le verni procédural, quelque chose des anciens héros de Code Lyokô, ce qui est intéressant au demeurant et donne un peu de vie et de vigueur au récit.

La phase d’exploration était plaisante. Elle montre un ennemi qui n’est tout de même pas à négliger. Cependant, et paradoxalement, on a l’impression de se retrouver dans un jeu vidéo : des hordes d’ennemis, des résistances aux chutes… Alors même que l’on pourrait dire de votre récit qu’il est justement la sortie de cette ambiance de jeux vidéo. Du coup, on est assez curieux de voir comment cela va évoluer, et comment vous allez équilibrer l’ensemble.
Il est aussi amusant de voir que cette exploration fait choux blanc. C’est prendre à contre-pied ce que l’on attendrait. De fait, dans un récit classique, toute action des héros est significative, donc toute exploration débouche sur quelque chose de peu ordinaire, là au contraire, rien.

Pour le reste, vous continuez à mettre en place bon an mal an le reste des fils de votre intrigue. Peut-être de manière un peu trop elliptique eut égard à votre rythme d’écriture et de développement.

Le point positif, c’est que l’on aborde la contre-attaque adverse, ce qui devrait donner l’occasion pour des développements intéressants.

Au plaisir de vous retrouver, dans cette trame temporelle ou une autre.
  Sujet: [Fanfic] Human  
Silius Italicus

Réponses: 15
Vus: 4949

MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Dim 10 Juin 2018 12:09   Sujet: [Fanfic] Human
Bonsoir très chère Kerry,

Ainsi vous continuez à explorer les destinées individuelles ?

Ces trois derniers chapitres continuent en effet de tisser votre toile, sans que les points d’aboutissement de celle-ci ne soient encore bien visible. Il faut cependant saluer votre talent dans l’art d’éviter la dispersion par la poursuite de certaines trames narratives déjà actives.

Il en ressort une grande diversité de situation, d’âges et de parcours. De ce point de vue, aucun personnage ne semble ressembler aux autres.

Cela étant, le parcours de William semble s’arrêter de manière assez brutale, ce qui n’est pas sans poser de soucis. Il est peut-être intéressant de noter que William le chasseur, s’il s’agit bien du même William, ce sur quoi un doute existe, meurt à côté d’une forêt. Mais aucun élément ne semble permettre de réellement trancher. Si ce n’est la vague mention d’un chasseur et de ses meurtriers.

Le plus intéressant ici est peut-être la structure du chapitre, en particulier l’inclusion de deux parties versifiées. Deux chansons – à défaut d’un autre mot – donc, qui sont deux regards sur la fête, le regard de celui qui s’en retourne, encore ivre d’ambiance autant que de boisson, et celui qui commence à s’éveiller au lendemain d’un amour.

Autant il est facile de mettre en opposition la première chanson et le corps du texte, à savoir la lettre ouverte des parents de William, sur le thème de la fête et de ses excès. Autant, la deuxième chanson semble être là un corps étranger. Elle vient briser la lecture de la lettre en deux parties, et ne fait guère écho à ce qui venait d’être dit ou à ce qui suit. De la même manière elle n’est liée que par la forme à la chanson d’introduction.
Il s’ensuit un chapitre assez baroque dans sa composition, où les genres se mélangent sans que les tenants et aboutissants ne soient bien clairs, si ce n’est le plaisir de nous faire admirer vos talents de parolières et donner une couleur de plus à votre récit au travers de la notion d’indignation.

Comment dire ? Ce chapitre donne, sous cet abord sans doute partiel et quelque peu fourvoyé, l’impression de vouloir gonfler un peu artificiellement le volume dédié à la nouvelle de la mort de William.

Le chapitre suivant est celui d’un changement complet de ton. De ce point de vue, il contraste nettement avec son prédécesseur. Le chapitre 6 appelait à l’indignation, au refus, à la révolte ; le chapitre 7 est celui de l’acceptation et du destin. Cette seule opposition explique d’ailleurs sans doute la présence de deux chapitres – certes relativement courts – au sein d’un seul message.
En tout cas, c’en est fini ici du style vif et incisif qui caractérisait la lettre ouverte. La narration reprend le premier plan, et surtout fait la part belle à l’introspection. À voir le contenu de ce chapitre, et en le comparant aux autres, la question ne manque pas de se poser : tous ces personnages vivent-ils dans le même monde ?

En tout cas, l’indignation, le volontarisme porté par le chapitre précédent semble bien loin ici.

Qui plus est, le personnage central ici est une nouvelle venue dans la mesure où elle n’était qu’à peine mentionnée dans la série d’origine. Cela étant, il semblerait qu’elle soit condamnée à très court terme. La scène n’est pas sans rappeler et réactiver de vieilles idées ritualistes et religieuses. Il ne s’agit après tout de rien de moins que le sacrifice au dragon tel que l’évoque par exemple le mythe d’Andromède. Il s’entremêle avec le thème de la lèpre et de l’exclusion sociale qu’elle représente, ce qui confère une originalité certaine à l’ensemble.

Il semble d’ailleurs que ce soit la première mention formelle de Xana, dont on peut raisonnablement penser, à la fois pour des raisons externes, et pour son rôle présent, qu’il soit l’antagoniste principal.

Le chapitre 8 nous ramène à ce qui est pour l’instant le seul fil suivi de ce récit, l’histoire d’Ulrich. Pour autant, cette histoire ne semble pas prête de rejoindre l’une des autres. C’est à bien des égards le chapitre le plus classique parmi ceux dont il est question ici.

Ulrich qui n’est visiblement pas sorti d’affaire, ainsi que le titre, élégant au demeurant, du chapitre le laissait à prévoir.

Ce qui était cependant le plus étonnant, c’était de voir Ulrich s’exprimer dans un style assez formel et ampoulé. Cela correspond assez peu à l’image que l’on a du personnage original. Jusqu’ici c’est peut-être le plus grand écart fait, du point de vue des personnages, à dessin animé d’origine. Cela étant, le fait d’associer le caractère d’Ulrich à celui des montagnards est clairement bien trouvé.


Dans le même ordre d’idée, ce chapitre contient le seul écart de style dommageable : la note de l’auteur. Il est assez dommage d’avoir eu recours à ce procédé qui brise l’immersion dans la lecture, et ce alors que vous avez fait plus que montre des moyens dont vous disposiez pour introduire des éléments explicatifs.

Pour le reste, le chapitre est dans l’esprit, ironique, si ce n’est cynique du titre. La tradition, celle des clans et de l’honneur, familial ou viril, qui détruit les vies pour des raisons plus que discutables, mais aussi la tradition telle que transmise par la grand-mère, celle des racines et l’identité, mais même ce discours se termine sur une note sanglante, tout comme le chapitre. Il est à ce titre intéressant de noter qu’Ulrich est déjà un exilé, et que son enfance est déjà marquée, partiellement par le cosmopolitisme, son premier maître ayant lui-même longuement voyagé dans le passé, et le deuxième étant un turc. Ce point est étrange d’ailleurs au regard des traditions d’apprentissage auxquelles Ulrich se plie : ce type de tradition privilégie nettement l’endogamie et le communautarisme. Comme on l’a vu les différentes ethnies ont déjà du mal à se supporter entre elles, mais dans cette région du monde, les Turcs sont encore plus étrangers, envahisseurs qu’ils ont été avec l’empire Ottoman.

Reste le dernier chapitre, et la bizarrerie notée par Ikorih de cet intermède lyrique. De fait, ce passage est splendide, de même que le titre du chapitre, qui fait très Baudelaire.

Le reste du chapitre est assez intéressant, même si à force, au bout de neuf chapitres, on en vient à se demander s’il y a autre chose qu’une grande et belle galerie de personnages et de caractères dans ce récit.

Ce chapitre a donc pour cadre Noël. Le Noël le plus traditionnel, presque rêvé qui soit. Ce côté est bien rendu par la présence de la famille nombreuse, de la messe de minuit, mais aussi par la famille de Sissi. Famille dont le conservatisme rappelle plus les années 1930, éventuellement 1950 que les générations ultérieures. Bref, la France bourgeoise traditionnelle dont on peut se demander si elle a jamais existé. Ce qui contraste nettement avec le début et la fin du chapitre : un bar assez ordinaire, à tendance plutôt populaire. Cet effet d’encadrement renforce nettement le caractère onirique de ce récit de Noël. Il en fait une parenthèse, une bulle pétrifiée et lointaine. Et de fait, on peut se demander si aucun des deux interlocuteurs a jamais pu bouger au-delà de cette bulle.

Le plus flagrant ici, c’est peut-être le fait que toute l’empathie est centrée sur Hervé, et non sur Sissi, sur le vivant, et non sur la morte. Il y a quelque chose dans la beauté et le lyrisme de cette mort qui ôte l’empathie, la tragique que l’on s’attendrait à ressentir. Ce n’est pas là petite prouesse, et de fait, c’est assez surprenant en y réfléchissant. Le fait que cela n’apparaisse pas au premier regard étant d’ailleurs tout aussi intéressant.

Pour l’instant, il faut noter qu’entre le titre de ce récit, Human – pourquoi diable l’anglais d’ailleurs ? – et le contenu, il y a une nette adéquation. Ce sont des moments d’humanité que l’on observe : dans la souffrance ou la vie quotidienne, dans ces petites choses qui sortent de la grisaille. Étrangement, c’est la partie avec Sam qui est le moins en accord avec ce titre, alors que c’est elle qui ouvrait l’ensemble.

Au plaisir de vous retrouver au détour d’un univers.
  Sujet: [One-Shot] Protège-moi  
Silius Italicus

Réponses: 5
Vus: 1642

MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Sam 09 Juin 2018 08:15   Sujet: [One-Shot] Protège-moi
Bonjour très cher Tazz,
Ainsi vous explorez des limites ?

Ce texte est assez étrange, et étrangement insatisfaisant dans la mesure où il laisse plus de question que de réponse. C’est insatisfaisant dans la mesure où il laisse des questions en suspend n’est pas ici l’enjeu du texte comme cela pouvait l’être dans le cas du film Jeune et Jolie qui traite d’un sujet quelque peu similaire.

Pour autant, c’est un texte qui a une certaine logique comparé à vos autres textes. Il continue d’explorer un thème qui vous est cher, celui de la pudeur. Mais il le fait d’une manière un peu différente. En effet il s’agit à la fois de l’expérience d’une situation-limite, d’un cas presque extraordinaire en somme, et d’une manière extrêmement intellectuelle.

Cela est alimenté par deux étrangetés. D’une part, pourquoi avoir choisi le personnage d’Odd. Certes, il est difficile d’imaginer Jérémie dans cette situation, mais Ulrich oui. Dès lors se pose la question de savoir pourquoi l’un plutôt que l’autre. Cette question n’a pas de réponse, ce qui est sans doute lié au point suivant.

C’est un texte extrêmement abstrait et théorique. Il est émaillé de réflexions à teneur philosophiques. La conséquence, c’est que l’on perd le côté chair à vif, expérience, qui était pourtant celui annoncé par Odd comme étant son objectif. Il cherchait à ressentir, mais ne fait qu’abstraire.

J’en aurais presque l’impression de lire, toute vanité mise à part, l’un de mes propres textes.
Odd cherchait en somme à se trouver, à se fortifier au travers de la transgression et d’une certaine manière à se purifier. Mais il comprend, une fois parvenu au bout du voyage, qu’il n’en est rien. Qu’au bout il n’y a rien que le néant dans lequel il est tombé. En somme, il n’a pas avancé, et aucune des raisons pour son mouvement n’est racheté par ses fins.
Que ce soit la pulsion auto-destructrice qui s’est ensuivi de sa rupture amoureuse et de la perte de confiance subséquente, ou la volonté de se stimuler, de vivre à fond en brisant un interdit afin de se sortir du marasme de la dépression, aucune de ses intentions n’a été accomplie, n’a atteint son objectif. Odd aurait bien raison à ce stade de se demander : à quoi bon se connaître soi-même ?
Le problème, c’est qu’il ne renonce pas à ce pari optimiste de la connaissance de soi. Alors même que tout le texte devrait l’inciter à y renoncer, qu’il n’y a pas un seul indice permettant de justifier cette confiance qui fait la note finale du texte.

Du reste, le texte explore la logique de la prostitution, des rapports de domination et du rapport de la chair à l’esprit, et il n’y a guère à redire. Que l’on soit ou non d’accord, c’est clair, l’enchaînement est logique et bien pensé, et les réponses aux objections données avant même que le lecteur n’y pense.

Le message que porte réellement le texte semble plus être d’ordre méta-textuel. De même qu’Odd a voulu essayer, de même ce texte est un essai une expérience de style. C’est, à ma connaissance, le premier de vos textes écrit à la première personne, le premier aussi qui plonge autant dans les abysses de la psychologie et ses méandres contradictoires. À mon sens, ce texte ressort beaucoup de l’expérience d’écriture. De fait, à la différence de vos précédentes nouvelles, il n’est pas dit que ce texte s’intègre d’une manière ou d’une autre dans votre univers principal. Et pourtant, il n’y a là rien d’impossible. Peut-être est-ce une erreur d’interprétation de ma part, mais il me semble qu’à trop vouloir rendre vos nouvelles indépendantes de votre récit au long cours, vous avez perdu les liens et synergies que l’on pouvait établir entre eux.

Reste le style. Ce dernier m’a semblé hésitant. Entre des moments très recherchés, en début de texte surtout, avec des effets de déplacements, et d’autres paragraphes très plats, sans que l’on put voir ce qui justifiait cet écart. Le texte n’en reste pas moins facile à lire, sans hésitations ou coupures de rythme, en somme très plaisant, indépendamment du fond.

Au plaisir de vous retrouver au détour d’un miroir.
  Sujet: [Fanfic] Trepalium, Familia, Patria  
Silius Italicus

Réponses: 6
Vus: 2152

MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Ven 08 Juin 2018 16:01   Sujet: [Fanfic] Trepalium, Familia, Patria
Bonsoir très cher Draynes,

Ce serait donc dans les vieux pots que se font les meilleurs soupes ?

Un petit propos liminaire néanmoins :
Ce qui est ironique, c'est que ce récit qui devait combler les espaces intersticiels entre la publication de deux chapitres de Game of Power a lui aussi fini par créer de tels écarts...

De la même manière, on reviendra sur vos essais latins :

Spoiler


Dans l'ensemble on n'a des messages qui rappellent fortement le roman noir et ne surprennent pas trop. La question est plus de voir comment tout ces fils vont se relier et s'intégrer tant entre eux dans la résistance et dans le plan de Carthage.
Cela étant, le choix du latin se comprend : après tout Carthage et Rome furent de grandes ennemies. Et le phénicien est assez mal connu de nos jours.


Pour en revenir aux choses sérieuses, ce récit laisse un peu sur sa faim, malgré le paradoxe intéressant qu'il propose. En effet, ce texte propose quelque chose de rare en étant la suite d'un récit qui s'était éloigné, tant dans le propos que dans l'ambiance de la série d'origine. En proposant une suite, il y avait moyen de marquer le coup, de rentrer dans quelque chose de très différent. Pourtant, sur le début, cela n'est pas évident, entre autre du fait de l'ambiance de lycée qui fait que l'on reste fort proche de la série. Encore que. Donc on a tout ce qu'il faut pour stimuler la curiosité, pour une certaine originalité, mais pour l'instant cela ne s'est pas encore tout à fait manifesté.
Dans le même temps, votre style s'il a évolué depuis la famille, que ce soit depuis les premiers ou les derniers chapitres, reste similaire à ce qu'on lui connaissait. De fait, il serait difficile de voir les différences avec Game of Power, mais surtout avec Arcadia. Autant cela se comprend dans le cas du Projet Arcadia, qui a beaucoup en commun ici, autant c'est plus troublant d'observer cette grande ressemblance avec Game of Power qui a quand même des enjeux bien différents. Dans tout les cas, on a affaire à quelque chose de consistant et satisfaisant. Ce n'est peut-être pas le grand frisson stylistique, mais la base reste assez solide, même si l'ami Sorrow a su remarqué des points d'améliorations.

Heureusement, le deuxième chapitre vient faire monter le récit en puissance. Dans l'ensemble cela se met en place sans trop de surprise, mais fait déjà nettement ressortir le potentiel du récit. L'intrigue se développe, même s'il est difficile de voir ce qu'il en est du front politique, et de son articulation avec les deux autres. Dans le même ordre d'idée, il est intéresant de voir Odd basculer dans la folie, mais étrange de ne voir aucune réaction d'Aelita, sa concubine - le texte usant de ce terme qui fait un peu étrange.

Les qualités de ce récit sont celles que l'on vous connaît : le travail des personnages, de leurs attitudes et raisons. On notera quand même une appréciation certaine pour le whisky, d'ailleurs tout le monde boit, même Odd qui ramène de la bière dans un établissement scolaire publique (ce qui est illégal. Il y a indubitablement quelque chose de très vivant dans leurs dialogues. On notera la commentaire méta-textuel sur la qualité du latin employé... les remarques de Sorrow ont portées visiblement.

Reste à voir ce que vous allez faire de ces fondations de style.

Quelques points étonnent cela dit à la lecture de ce récit. Notamment le fait que tout le monde, "toute la France" précise même le récit est au courant de l'existence du supercalculateur et du combat avec la Famille. Certes ma lecture est lointaine, mais il ne me semblait pas qu'il en fut ainsi à la fin du récit précédent.

De même, la porosité de Lyokô, c'est une quasi constante dans les récits, mais quand même.

William ne prévient pas non plus ces amis Odd et Aelita qu'il y a du nouveau.

Au fait : "Et qui sont Carthage ?", il faudrait corriger cette erreur. Ou bien l'assimiler à une sorte de tic de langage; parce que en l'état c'est un peu décevant.


La seule vraie question ici, c'est de savoir quand est-ce que Sean viole Odd, histoire de finir le boulot qu'il a si bien commencé.

Au plaisir de vous voir semer le chaos.
  Sujet: [Fanfic] Un exil forcé  
Silius Italicus

Réponses: 77
Vus: 21870

MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 05 Juin 2018 11:07   Sujet: [Fanfic] Un exil forcé
Bonjour cher Lhetho,

Ainsi se finit votre exil ?

Tout d'abord, il est bon de noter qu'après si longtemps sans publication, les événements restent raisonnablement clairs.

Commençons par quelques points chagrins. Tout d'abord, le piratage de Jérémie paraît assez hasardeux. En 2007 Android venait tout juste d'être lancé, et Apple devait en être à la deuxième mouture de son téléphone. Autrement dit bien loin des performances actuelles, sans parler de l'état du réseau. Du coup, penser qu'il arrive à pirater en deux ou trois mouvement les communication de la police, même en supposant que celle-ci ne se protège guère (assez normal pour l'époque d'ailleurs)... Disons que Jérémie vient de ridiculiser à jamais MacGyver. Du reste le choix de tromper la police sur la direction employée est assez bon.
Ensuite, il y a le souci de la puce implanté dans Odd. Autant on voit bien comment elle peut le tuer, autant l'idée qu'elle puisse le transformer en surhomme est assez étrange. Mais il y a peut-être une bonne explication.

Mais ce n'est pas là le principal intérêt de ces deux chapitres.

Ce qui attire l'attention ici, ce sont les personnages, leurs comportements et dialogues. D'une manière générale, une certaine gouaille se dégage. Que ce soit Voronov, Alexander ou les agents russes. Cela donne des dialogues enjoués et agréables à lire. En outre ils amorcent des évolutions intéressantes. En particulier le rôle de Hopper. Celui-ci en effet n'a pas tout dit à ses protégés, en outre, le voir perdre son calme lors d'un interrogatoire était très surprenant et donne une nouvelle dimension au personnage. Il cesse un peu d'être un mythe figé.

Cela reste à voir, mais c'est peut-être là que vous sortez le plus de l'univers de la série et commencez à écrire le vôtre.

Côté russe, il y a quand même des points à relever. Tout d'abord l'usage par les agents d'un vocabulaire entrepreunarial à base de "business", de "comité exécutif"... alors qu'ils sont a priori plus proche d'une organisation para-militaire. A titre personnel, j'ai trouvé que cela brisait un peu l'immersion. Mais c'est peut-être en phase avec le plan de Voronov.

Dans le même ordre d'idée, je n'ai pas souvenir qu'il y ait une justification qui fût donnée à l'emploi d'adolescent par Voronov pour la virtualisation. Du coup, pourquoi ce choix d'enfants, plutôt que d'agents expérimentés ?

Enfin, le jeu sur les clichés du grand méchant en fin du chapitre 17 est somme toute sympathique : ainsi du choix de la longue table justifié in peto par Voronov, ainsi de son choix classique mais potentiellement intéressant.

Il manque encore d'un peu de recul pour savoir si votre plume a évoluée au cours des derniers mois. A première vue, il semble que non. Mais cela ne se manifestera peut-être que dans les prochains chapitres. De même, votre récit manque peut-être un peu de chair, notamment du côté des adolescents : il n'y a pour l'instant qu'un frémissement d'évolution de leur part. Rien de comparable à ce que l'on voit chez Hopper cela dit. Il va falloir voir comment cela va tourner.

Au plaisir de vous retrouver pour votre allocution télévisée.
  Sujet: [Fanfic] Projet Renaissance  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Dim 03 Juin 2018 20:33   Sujet: [Fanfic] Projet Renaissance
Bonsoir très cher Pikamaniaque,

Ainsi, le dénouement est proche ?

Commençons par ce qui vous tient le plus à cœur : le retournement de situation. En effet, j’ai lu l’encart mis en balise de spoiler dans le chapitre 21 sans attendre la publication du chapitre 23. Pour une raison simple. Si cet encart est là, c’est à ce moment qu’il appartient, à cette borne dans la chronologie et l’ordre de la lecture. Advienne que pourra.

Malheureusement, et pour diverse raisons, je suis l’une des personnes les moins bien placées pour vous en parler. En fait, le scénario, son analyse, et son jugement qualitatif ne font pas partie de l’arsenal de mes maigres talents. Aussi ne suis-je capable de répondre avec suffisamment de pertinence à la question de savoir si ce « twist » est surprenant, bouleversant…

Je pourrais vous dire qu’il ne m’a pas surpris. Non que je l’eusse anticipé, ou qu’il fît partie de mes hypothèses sur les chemins de votre récit, mais juste parce que mes intérêts et l’angle de mes lectures m’amènent à une certaine indifférence en la matière. Comprenons-nous bien, cela ne veut dire que ce passage est raté, décevant, ou autre, juste que je ne suis pas celui qui saura le mieux rendre justice à vos interrogations en la matière.

En tout cas, ces derniers chapitres lèvent les derniers doutes que l’on pouvait avoir sur la méthode de Dimensio. Celui-ci est adepte des gambit dits « de Xanatos », autrement dit il fabrique des situations telles que ses opposants ne peuvent que choisir des options menant à sa victoire et non à la leur. Qui plus, en cela il est fidèle à l’archétype qu’il est censé être, ces choix sont construits de manière à torturer durablement l’opposant : il ne s’agit pas juste de le piéger ou de le désespérer, mais bien de le voir s’auto-détruire. D’où la recherche par Alexandre d’une troisième voie. Las ! Il est caractéristique de ce genre de situation que de laisser l’esprit de la victime prisonnier et concentré sur l’existence de deux seules solutions, mutuellement exclusives.

Mais ce qui était le plus surprenant dans ces chapitres était sans doute la récurrence de schèmes très classiques : ainsi de la mise en scène de la maladie psychique, du rôle de l’innocence et de la corruption, du mort enterré vif… Il s’agissait là d’éléments relativement courant et connu en narration. Alors même que Thiercelieux, son rythme imposé par les retours vers le passé, et le plan même de Dimensio pour subvertir les gardiens étaient, dans les chapitres précédents d’une certaine originalité. Disons qu’il était étrange, après ces éléments de retomber sur des choses qui pour être efficaces et sans failles sont autant de rappels, d’idées récurrentes dans notre culture.

De fait, le motif du faux hôpital psychiatrique et du faux malade était très réussi. Les hallucinations en particuliers et les mouvements de l’esprit balançant entre deux pôles de croyances très bien rendus et stimulants à lire. Il est presque regrettable que cela n’ait pas duré plus longtemps. Mais : « the show must go on ».

Le point intéressant ici, est d’ailleurs développé ultérieurement, se situe dans le discours du Docteur Leroy : elle mentionne et explicité les références parcourant votre récit, ce qui est d’ailleurs un fort bel exemple de méta-texte, très bien intégré, à l’exception d’au moins une pourtant non-négligeable : Lyokô. Mais il y aura des occasions pour en reparler.

Autre mention intéressante en rapport, l’idée d’un traître parmi les programmes, qui n’est pas sans faire écho à Xana.

Enfin, le point central des chapitres 19 et 20 était de boucler la boucle et de résoudre la question du paradoxe temporel. Paradoxe qui est lui-même pris dans les boucles temporelles de Thiercelieux.

En même temps, les chapitres 20 et 21 amorcent l’arc final. Clairement, ils marquent la fin de l’initiation d’Alexandre. Celui qui jusqu’alors enquêtait se doit maintenant d’agir, et cela lui laisse un goût de cendre. C’est là l’enjeu autour de la mort de son mentor. Mort qui est une transmission sacrificielle. Il s’agit là d’un autre thème particulièrement prégnant dans notre culture.
Ces chapitres prenaient dès lors une saveur étrange pour du Pikamaniaque. Plus que tout autre auteur en ce Royaume, vos écrits sont des écrits réalistes, anti-idéalistes. Pourtant, la question de l’idéalisme ne cesse de traverser ces derniers chapitres, en conjonction avec la question du solipsisme et de l’être.

Alexandre est un idéaliste. Clairement, de là ses réflexions autour de l’innocence et de la corruption, et de là sa propre corruption. À ne plus vouloir voir que la fin, il ne pense plus aux moyens, perds de vue ce qui le justifie. C’est bien ce que lui fait remarquer Florent. Les rôles entre le Bien et le Mal sont inversés : le Vrai n’accompagne plus le Bien qui perd alors ses raisons.
Alexandre, c’est l’idéaliste avec les méthodes du réaliste, en un mot, un fanatique.

Un fanatique qui s’est laissé prendre au jeu d’ombre de son adversaire : ne nous leurrons pas, Alexandre est au bord du solipsisme. Toutes ses interrogations sur l’être, la réalité et l’identité, auxquelles il ne répond pas montrent bien qu’il s’est détaché du réel. Ce qui est assez ironique lorsque l’on repense au chapitre 19, où Gabriel était dans un hôpital psychiatrique.

Cela nous mène au rôle de Gabriel. Ce dernier est l’ancrage dans le réel. Il est l’un des rares éléments vrais dans ce théâtre du monde. Et pourtant… Et pourtant, Alexandre le dénonce à juste titre comme tout aussi faux : il n’est jamais qu’une création, la création de la Division de l’Espoir. Jugement sévère. Surtout, jugement que l’extrême fin du chapitre 21 vint à contredire radicalement et assez étrangement : d’où vient cette empathie étrange de Gabriel. Empathie d’autant plus surprenante qu’elle était censément un attribut régulier et porté à son acmé d’Alexandre.

Ce point est d’autant plus étrange que Gabriel est égoïsme : en cela il ressemble à ce qu’Alexandre est devenu. Il fut façonné pour la survie et l’accomplissement de sa mission, rien d’autre ne devait lui importer. Un sommet d’égoïsme en somme, et bien plus encore en considérant sa mission : fossoyeurs de mondes, arrogant qui joue avec le temps.

Étrange duo que ce porteur d’espoir et ce héros légendaire. De manière intéressante, et ce pourrait bien être l’ultime inversion de ce récit qui en compta plein, Alexandre incarne bien plus le porteur d’espoir que Gabriel pour le moment.

Ultime motif à mentionner, celui du garçon blond aux yeux bleus qui fait beaucoup penser à Jérémie. Il pourrait y avoir là une pierre intéressante à ajouter à l’ensemble de votre construction.

Pour finir, il faut mentionner le style. Je vous ais rarement vu aussi bon que dans ces chapitres, avec deux passages en particuliers. Tout d’abord la maladie de Gabriel, et ensuite la description particulièrement réussie pour son lyrisme de l’Apocalypse au chapitre 21. Apocalypse qui n’est pas sans rappeler le livre biblique. Mais ce motif a déjà été discuté dans les premiers chapitres.

Au plaisir de vous retrouver pour la Bataille pour l'Espoir.
  Sujet: Projet Forum Code Lyoko 2018 : Appel aux bénévoles  
Silius Italicus

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MessageForum: Blabla de la communauté   Posté le: Jeu 17 Mai 2018 15:58   Sujet: Projet Forum Code Lyoko 2018 : Appel aux bénévoles
Bon, reprenons calmement.

Vous nous proposez, Kaiyo3, de venir vous rejoindre et vous aider à relancer une communauté Code Lyokô sur un autre site. Pour cela vous faites appel à un certain nombre de compétences et de gens.
Les raisons de votre mouvement, encore que je puisse me tromper ou mal vous interprétez, sont au nombre de trois dans le fond :

1) Un site et un forum vus comme archaïques.
2) Une communauté vue comme défunte.
3) Un encadrement vu comme répressif, toxique et délétère.

Prenons et développons un peu plus ces trois arguments.

1) Le site et le forum vous apparaissent archaïque pour les raisons suivantes : des bugs, une technologie ancienne (le PHPBB 2), le manque de renouvellement (pas de changement d’interface ou d’apparence), et sans liens avec les réseaux sociaux.

On a donc deux reproches techniques, un reproche de goût (esthétique) et un reproche de connectivité.

Les bugs font partis de la vie normale des programmes informatiques : c’est le rocher de Sisyphe. Il y a alors à les signaler à l’encadrement. Il est vrai qu’il manque d’un fil dédié. Ce pourrait d’ailleurs être une suggestion concrète pour améliorer l’ensemble et le faire vivre.
Le reproche sur les technologies employées n’est fondée que si l’une des deux conditions suivantes est remplie : des failles rendant instable ou dangereux le site, ou une ancienneté qui rend la connexion difficile sur un ou plusieurs navigateurs. À titre personnel je n’ai aucun problème à me connecter avec Firefox , opera, vivaldi, Chrome, Edge, et Internet Explorer 11. Idem sur téléphone portable (Android, Ios, Windows 10), nonobstant l’absence de responsive design qui se surpasse (ainsi l’un des écrivains du forum publie tous ses textes à partir de son téléphone). En conséquence on ne peut arguer d’une obsolescence technique rendant nécessaire le changement de technologie. Reste la question des failles de sécurité. Sur ce point, je dois avouer mon ignorance.

Pour ce qui est du reproche lié à l’apparence, outre la subjectivité fondamentale de ce genre d’appréciation, il faut bien avoir en tête que ce n’est pas parce que changer est possible que c’est souhaitable. Pour être plus précis, le site est relativement bien personnalisé, avec une charte graphique qui le rend reconnaissable. Ce qui pourrait motiver le changement, c’est une amélioration sur l’ergonomie, autrement dit rendre plus simple ou accessible quelque chose sans détériorer le reste du site.
On pourrait considérer la question du passage au responsive design.

Reste que l’on cerne mal ce que vous entendez par « plus souple, plus attractifs » et « beaucoup plus pro et dynamique » : vous ne donnez pas plus de définitions ni d’exemples, aussi ne sait-on pas à quoi vous comparez. Cela est bien dommage puisque cela empêche de se faire une réelle idée de votre vision et proposition.

Enfin, il y a la question de la connectivité aux réseaux sociaux. Soyons honnête, cela ne sert que si le site a sur ces réseaux une activité. Comme vous l’avez noté vous-même, le site est plus un repère d’habitué tranquille que de jeunes chiens fous. Il s’ensuit que la connexion aux réseaux sociaux n’apporterait rien en l’état. Pour aller plus loin, à quoi sert de pouvoir lier directement ces réseaux au site. Qui veut publier du site vers des réseaux sociaux peut parfaitement faire des copier-coller, non ?


2) Cela étant, les deux derniers points, connectivité et téléphones prennent leur racine dans le point numéro 2 à savoir l’état de la communauté. Votre hypothèse est que la communauté est dans le coma mais que des forces vives existent encore et sont mobilisables. L’hypothèse de l’encadrement actuel est que la série étant ancienne et passée, il est normal que la communauté s’assoupisse et que ceux qui reste goûtent à la tranquillité : le site tel quel répond à leur besoins et ils ne cherchent guère plus.

Vous-même le reconnaissez, il n’y a plus guère à faire, et c’est dire beaucoup, du côté de Code Lyokô. Reste les activités liées au forum : concours, jeux. Ces activités ont existé : concours de dessin, guerre des fans… Si elles ne sont plus, c’est parce que la flamme n’y était plus côté participation ou plus assez d’activité.

Pour autant, ce forum que l’on donne mort depuis des années voit encore des gens arriver. Certes il n’y a plus guère que les fanfictions et l’IFSCL. Mais c’est là.

Pourquoi ne pas proposer de votre côté des activités ?


3)Surtout ce deuxième point mène au troisième et dernier, à savoir le cas de l’encadrement.

Vous avez commencé par accuser l’ « l’ancien staff » d’être « arbitraire et extrêmement dur ». Vous avez par suite ajouté le reproche d’un manque de souplesse et le refus de continuer à faire vivre la communauté (« Les staffiens actuels ne proposeront plus rien en terme d'améliorations, d'animations, d'élargissement de la communauté »).

Cela étant votre message du 17 mai va plus loin. Outre des attaques directe ad hominem (pas complétement déméritées, mais quand même), vous accusez l’ensemble de l’encadrement d’avoir une « attitude perverse à vouloir enterrer les autres sites ».

Dans le même ordre d’idée, que vient faire ici l’adjectif « nauséabond ». Pour être plus précis, en quoi « une vitrine française » est une expression si négative qu’elle mérite cet adjectif, par ailleurs extrêmement connoté aujourd’hui ?

Le fond de votre accusation semble être le suivant. L’encadrement étouffe volontairement toute activité, par la médisance (contre les autres sites) ou par le rejet (contre ceux qui proposent des projets ici). Il agit ainsi afin de conserver ses illusions et son autosatisfaction.

L’accusation de sectarisme et d’autoritarisme n’est pas nouvelle. Cependant, pourquoi ne pas donner plus d’éléments concrets en la matière ?
Que trouvez-vous mal adapté au juste ? Quel est votre vision du fonctionnement juste et bon d’un forum ?

Votre argument c’est que les méthodes de l’encadrement, leur attitude et leurs actions découragent et font fuir. Pour autant, vous avez commencé par dire qu’en vieillissant les intérêts changeaient et que la vie pouvez nous détourner de ce lieu. Pourquoi ce deuxième argument que vous appliquiez à l’encadrement d’origine ne pourrait s’appliquer à la participation globale du forum.

Certes, l’ironie d’Icer n’est pas toujours agréable ou sympathique, néanmoins de là à y voir une expression de mépris, surtout en vous voyant répondre avec une attitude équivalente à ce que vous reprochez. Les histoires de dictatures, de gouvernements et autres sont des plaisanteries, d là à les prendre au pied de la lettre comme vous semblez le faire, n’est-ce pas un peu exagéré.

Ajoutons qu’à suivre au bout votre raisonnement, la mort définitive du forum n’aurait aucune importance pour l’encadrement. Pourtant, vous leur faite le reproche de le conduire à sa mort.
C’est là, à mon sens, l’ambiguïté de votre démarche. Vous postez ici, pour confirmer la mort des lieux et appeler à aller ailleurs. Si ce lieu est mort, pourquoi y venir ?

Je trouve éminemment dommage la tournure et le ton de votre dernier message dans la mesure où ils ne donnent pas particulièrement envie de vous rejoindre. À quoi bon partir si c’est pour se retrouver avec ce type de comportement.

Au plaisir de vous retrouver avec plus d’idées et de détails.
  Sujet: Projet Forum Code Lyoko 2018 : Appel aux bénévoles  
Silius Italicus

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MessageForum: Blabla de la communauté   Posté le: Mer 16 Mai 2018 12:48   Sujet: Projet Forum Code Lyoko 2018 : Appel aux bénévoles
Bonjour,

Il y a quand même un problème. Outre le fait de ne pas répondre à toutes les questions, pourquoi dire que la structure est obsolètes ? Pour le moment, sauf erreur de ma part, vous n'avez pas avancé de preuve de ce point ou de comparaison tangible.

J'irais plus loin. Que le forum ne vous convienne pas, que sa politique de modération vous hérisse, soit. Mais il n'empêche que c'est ici que vous venez faire votre annonce et votre recherche, plutôt que de rendre votre propre site suffisamment attrayant pour que vienne la relève que vous voulez.

Au demeurant, pourquoi ne pas tenter une approche réformiste. Si l'encadrement, tel que vous le dite n'a plus le goût, l'envie, la passion, et dans la mesure où c'est votre cas, proposez, faite vivre... Bref, reprenez les rennes, assurez la succession.Suggérez des améliorations, indiquez les points de désaccord. Si vous ne parlez pas de ce qui ne vous semble pas aller, alors évidement rien ne changera.

Plus fondamentalement, démontrez par l'exemple ce que vous avez à apportez.

Du coup, il serait bon que vous développiez plus vos points. Indépendamment même de ces lieux, plus vous serez en mesure de parler de vos projets, d'expliquer vos envies, plus vous serez apte à les accomplir.
  Sujet: Projet Forum Code Lyoko 2018 : Appel aux bénévoles  
Silius Italicus

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MessageForum: Blabla de la communauté   Posté le: Mer 16 Mai 2018 10:07   Sujet: Projet Forum Code Lyoko 2018 : Appel aux bénévoles
Bonjour,

J'espère que vous vous portez bien, Kaiyo3 ?

Quand même, iln'est pas très courtois de vouloir faire une annonce pour la concurrence en ces lieux, d'autant plus lorsque l'on justifie cette annonce par la médiocrité des lieux en questions et de leur tenanciers et habitués.

Surtout, c'est le succès qui crée le succès. Si vous animez votre site, le faite vivre, alors vous attirerez assez naturellement les talents dont vous avez besoin.

Ce qui nous mène à la question suivante. Pourquoi ne pas proposer votre aide et vos talents ici ? Ce site est la communauté majoritaire et de référence sur Code Lyokô. Loin devant les autres.

D'autant que ce site vit. Le coeur bat encore. C'est essentiellement le fait de l'IFSCL, du travail de titan d'Immu. Mais c'est aussi le fait du sous-forum de fanfictions. Avec une moyenne qui doit s'établir à deux ou trois publications de chapitres par mois et à peu près le même nombre de commentaires, il y a de l'activité. Certes ce n'est pas foisonnant, mais ce n'est pas non plus un désert morne.
Surtout, cela fait des années que l'on annonce la mise en état de mort clinique de ce site et de ces sections, et ils sont encore là. Le vivier de créateur se maintient.

Donc les méthodes de la sous-sections fanfiction font débat, mais elles ont quand même quelques réussites à leurs actifs et des auteurs de qualité continuent d'émerger. Ce qui n'est pas les cas sur A3O ou sur FF.net pour prendre en exemple les monstres du genre.

Mais soyons plus sérieux.

Je ne suis pas spur de comprendre les reproches que vous faites :

1) l'infrastructure technique : que lui reprochez-vous au juste et que voudriez-vous faire ou améliorer ?

2) Qu'entendez-vous par manque de place ? et par entassement des rubriques ? Pourriez-vous mieux déployer votre pensée, éventuellement en l'accompagnant d'exemple (en se rappelant qu'un exemple à lui seul ne prouve rien).

3) qu'entendez-vous par modernité et en quoi cela serait-il utile, bon ou nécessaire ?

Au plaisir de vous recroiser.
  Sujet: [Fanfic] Le futur nous appartient  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Dim 06 Mai 2018 22:22   Sujet: [Fanfic] Le futur nous appartient
Bien le bonsoir,

Cela fait presque un an, jour pour jour, que ce récit n’avait avancé. Je tiens à m’en excuser auprès de mes lecteurs. La vie m’a tout simplement ralenti dans mes projets. Cependant, ce récit ira bien jusqu’à son accomplissement. Par ailleurs, et pour des raisons diverses, ce chapitre fut compliqué à rédiger, même si je pense que cela ne se verra guère au premier regard.

Spoiler



Chapitre 4 :
il y a loin de la coupe aux lèvres




Lundi 11 juin, 7h00, abords de la cité scolaire Kadic.


Ge Mingtai était plutôt fébrile à l’approche de la cité scolaire Kadic. Outre la tension inhérente au fait de projeter un enlèvement en territoire ennemi, ou assimilé comme tel, elle subissait le contre-coup d’une pression hiérarchique soudainement accrue. Cela se doublait de la très désagréable impression que la situation lui échappait. Pourtant, en deux jours son équipe avait eu le temps de faire le point sur la cible. Le jeune homme — elle avait son nom sur le bout de la langue, sans trop savoir comment — avait pour habitude de se lever tôt et de sortir par le parc avant que les cours ne commençassent. En fait, sa grande chance avait été que ce délicieux garçon restât à l’internat le week-end durant. Certes, elle n’avait pas eu autant de temps qu’elle l’aurait souhaité pour préparer son opération. Mais bon, il faudrait faire avec. De toute façon, elle émargeait à la section Action, non au Renseignement ou à la Protection. Dans sa partie des services, on ne posait pas trop de question : « Droit au but et sans histoires » comme disait le grand chef. Cela marchait. Neuf fois sur dix en tout cas. En effet, l’attente et l’observation mettaient en jeu un autre type de risque. Celui de se faire repérer ou prendre. Risque décroissant passé un certain temps, il est vrai. En revanche, prendre son mal en patience permettait des opérations propres, nettes, et sans bavures. En somme tout était affaire de calculs de risques, de tempéraments et de l’état de la situation globale.

À condition du moins que la victime respectât les règles du jeu et acceptât d’avoir une vie à peu près réglée. Selon Ge, c’était un point trop incertain. De fait, aucun individu assez intéressant pour que l’on veuille l’enlever, l’exploiter puis l’exécuter — même un idéaliste ne relâcherait une personne qu’il venait de capturer et d’interroger — n’avait une vie monocorde : hommes d’affaires, syndicalistes, barons de quelques trafics, espions… tous à des degrés divers échappaient à la monotonie. Les opérations bien planifiées laissaient donc bien trop de place au risque et à l’incertitude : pour monter une embuscade, il fallait d’abord avoir l’assurance que la victime tournerait à gauche et non à droite !

C’est pourquoi Ge avait adopté la philosophie de son service… ou y avait été adopté. C’était difficile à dire. Un peu de reconnaissance, une évaluation des différentes portes de sortie, puis une action rapide et brusque. Si échec il y avait, il y aurait toujours le temps et la possibilité de revenir plus tard.

En ce moment précis, le charmant jeune homme était une cible compliquée. En bon étudiant, il n’était pour ainsi dire jamais seul. Jamais assez au goût de Ge Mingtai. Que lui importait qu’il n’eût pas d’amis et fut toujours seul. Il n’en restait pas moins qu’il serait toujours ou en cours, ou au milieu d’une cours de récréation, ou dans une chambre partagée. Malheureusement, au vu de l’insistance de la hiérarchie, il n’était pas envisageable d’attendre une semaine de plus. De même, sa faible dotation en homme et en matériel ne rendait pas possible l’idée de le capturer avec son colocataire dans leur chambre. S’ils avaient été des femmes, elle aurait peut-être pu s’accorder avec ses contacts locaux, qui versaient dans la traite des blanches, mais non, la cible était un plaisant garçon.

Il fallait donc l’avoir maintenant. En pariant sur cette habitude de promenade matutinale dans le parc de l’établissement.

Cela donnait une excellente occasion de s’emparer de lui et de le jeter dans une voiture. Bien sûr, il était possible qu’il ne respectât pas ce schéma de comportement. Auquel cas elle disposait quand même d’une marge suffisante pour rentrer dans l’internat, et s’emparer de lui au lit. Ce qui était le plus mauvais plan envisageable. En effet, il faudrait alors se préoccuper de son camarade de chambrée, puis des forces de l’ordre.
Visiblement Kadic n’était pas mono-éthnique. Pour autant, les Asiatiques y étaient rares, et donc tous étaient connus et repérables. Et quand bien même : en dépit de son aspect poupon, de son visage de porcelaine et de l’impudente innocence de sa bouche charnue, nul être censé n’aurait pu prendre Ge Mingtai pour une élève. Physiquement, cela aurait presque pu se faire. Mais il y avait dans ses yeux… des yeux trop vieux pour sembler être ceux d’un étudiant au sein de cet établissement cossu : elle avait vécu. Vu des choses qui auraient brisé ces mignons adolescents. Les avait infligées aussi. Après tout, il n’y avait meilleurs bourreau que les victimes.

Un obstacle supplémentaire rendait bien aléatoire le fait d’aller chercher la cible dans son lit. Certes, ils avaient pu repérer sa chambre, avec une raisonnable certitude. C’était la seule dont la lumière s’était allumée ce samedi matin, et une nouvelle fois le dimanche. Deux occurrences suffiraient pour avoir une certitude. Au pire les journaux mentionneraient l’intrusion d’un pervers dans un internat respectable. Non, le problème était sexuel.

La cible était un garçon. L’internat ne pouvant pas ne pas séparer les sexes, arriver jusqu’à cette chambre supposait de s’introduire dans une partie du bâtiment utilisée par la gent masculine, et donc interdite à celles qui ressortaient du sexe féminin. Non que violer ce type de tabous gênât l’agente chinoise, mais il était probable que sa présence ne serait pas admise, pour quelque raison que ce soit. Et connaissant la piètre qualité des hommes sous ses ordres, elle préférait ne pas confier ce genre de tâches délicates à leur balourdise.

Quoique, au vu de la promiscuité qui avait cours dans l’Occident décadent…


C’est pourquoi, il valait mieux pour elle qu’elle n’eût pas à employer cette seconde option. Le plan était donc simple. Tendre une embuscade à quatre. Assommer la cible, puis l’embarquer dans une voiture conduite par le dernier membre du groupe.

Mais elle avait dû in extremis faire varier son plan.

Le quartier tout entier était bouclé.

Ambulance, voiture de police, hélicoptères… la totale. Il ne manquait que l’armée et les médias. Lesquels ne sauraient manquer de se précipiter. Du moins, après l’écoute des émissions matinales à la radio. Le Nabot comptait plus qu’un lycée.

Du peu qu’elle avait pu comprendre de la situation, il y avait eu une série d’accidents de voitures, et des comas soudain en pleine rue. Pire que tout, certains de ces événements avaient eu lieu juste devant Kadic. En conséquence, aucune voiture ne pouvait circuler librement.

Deux des membres de son équipe était à compter au titre des victimes de cette vague d’événements. Ils ne s’étaient tout simplement jamais réveillés. Deux morts incompréhensibles… Du moins sans cause que l’espionne put identifier. Sa formation en la matière était pourtant extensive, tant dans la pratique que dans la théorie. Ils les avaient juste trouvés là, dans Leurs lits. Leurs corps avaient comme… cessé soudainement de fonctionner : quelqu’un avait trouvé et tourné le bouton « off ». En soi, cela eût mérité une enquête… mais la mission passait avant tout.

Il s’ensuivait qu’elle disposait de moins de matériel que prévu au regard de son plan initial. Un vieux proverbe disait qu’aucun plan de bataille ne tenait au-delà du premier coup de feu. Mais là, son plan était en lambeau avant même qu’un début d’hostilité ne se soit matérialisé. Au point que c’en était suspect.

Enfin, les ordres étaient les ordres.

Aussi étrange et absurde qu’ils pussent lui apparaître. Mais elle n’était qu’une exécutante. La vision d’ensemble, ce plateau de billard aux multiples bandes n’était pas son affaire. Sauf à vouloir rejoindre ses racines avant l’heure.

Et les ordres disaient qu’il fallait couper l’herbe sous le pied des Américains. La situation était simple. Les Américains en avaient après le mignon. Ils allaient sans doute le convoquer dans la journée, ou le lendemain. Elle estimait qu’il y avait une chance sur deux pour qu’ils le fassent disparaître de suite. Elle s’était laissé dire qu’il y avait un scandale en cours dans l’établissement. Une histoire d’émigré clandestin rattrapé par la police alors qu’il était scolarisé. Un certain…_M’Rama… Non, ce n’était pas ça.
Ah, voilà. M’Bala, Christophe M’Bala. De Côte d’Ébène — obscur pays d’Afrique occidentale dont elle ignorait l’existence jusqu’alors. Toujours était-il que les Américains, au vu de leur couverture, pouvaient utiliser cette affaire pour extraire le mignard et le faire disparaître. Vu l’efficacité consubstantielle à la bureaucratie, personne ne s’en rendrait compte de suite. Quant à Ge Mingtai, il ne lui resterait plus alors pour seule option que l’attaque du convoi enlevant le jeune homme. Or, une chose était un plan bancal pour enlever par surprise un jeune garçon, une autre de reprendre un prisonnier à un groupe de professionnels.


Bien sûr, raisonnait-elle, il se pouvait qu’ils se contentassent de le garder à l’œil. Mais alors elle ne pourrait plus s’emparer de lui sans griller sa couverture : cette option la faisait passer de chasseur à proie. Chose qui ne lui était ni familière, ni désirable. Donc, sa meilleure chance c’était de s’emparer de la cible maintenant.


Toujours est-il qu’elle devait faire avec trois personnes, elle incluse, et non cinq. En théorie, cela restait faisable. Un homme s’emparait de la cible, un autre faisait le guet, et le dernier préparait la sortie de terrain. En pratique, alors que le quartier était paralysé et toute voiture fouillée, la manœuvre était plus compliquée.

En substance, elle ne pouvait plus se servir de la voiture pour quitter le théâtre des opérations directement. En même temps, il lui était — c’était l’évidence — impossible de se promener avec un lycéen inconscient sur l’épaule. Elle ne pouvait pas non plus jouer le coup de l’ambulance pour évacuer. Il lui restait par chance une voie de sortie. Les égouts. Le système de retraitement des eaux était aménagé de manière peu habituelle : accès aisé, voies larges et hautes. Elle comptait donc escamoter la cible par les égouts, sortir du quartier dans un endroit discret et récupérer la voiture préalablement garée à côté d’une plaque. Bref, ces égouts étaient un don du ciel, pour un peu elle eût été prête à croire qu’ils avaient été creusés pour faciliter ce genre de déplacements secrets.


Elle avait donc envoyé l’un de ses hommes avec la voiture. Il les rejoindrait en route dans les égouts, au cas où des renforts seraient nécessaires. Évidemment, dans le cadre de l’enlèvement d’un lycéen, c’était prendre bien des précautions. Mais au regard de cette extraordinaire collusion de contingences, elle estimait que trop de précautions ne saurait trop nuire.

Elle était loin de se douter que ses contingences étaient des nécessités.

Ge Mingtai et Da Qi s’enfoncèrent dans l’obscurité rance des égouts. Il leur faudrait quelques minutes pour accéder à la sortie sise dans le parc de la cité scolaire Kadic. Ensuite, ils se fondraient dans les buissons et tendrait leur embuscade. Il ne resterait plus qu’à repartir. L’affaire ne devait donc pas prendre plus d’une demi-heure.
Elle ne pouvait s’empêcher de penser aux deux hommes qu’elle avait perdu. Il était assez inhabituel de perdre des hommes dans son arme. En perdre deux en une nuit, sans cause connue suffisait à la faire frissonner.


Même jour, horaire similaire, semblable lieu.


Vladimir avait pu faire l’expérience pratique de la vie d’espion, enfin, de celle des membres de service action. De l’observation et de la tension. Beaucoup de tension, à l’approche du moment fatidique. Les hommes qui lui avaient été donnés étaient des professionnels, élite parmi les élites. Ils n’avaient eu aucun soucis à identifier les agents infiltrés dans l’établissement — à priori les Américains — et les agents qui rôdaient autour, notamment dans le parc — sans doute les Chinois.

Bien sûr, il était plutôt difficile en temps normal d’identifier des espions… C’est là que l’art russe était rentré en action. L’astuce pour faire sortir les loups du bois était tout simplement de leur présenter une opportunité…

Quoi de mieux en la matière qu’une inspection administrative. On provoquait des vagues autour d’une histoire montée de toute pièce d’immigration illégale, ce qui ouvrait la porte de l’établissement scolaire à des personnes extérieures… Pour ceux qui avaient été identifiés comme États-uniens, c’était une merveilleuse occasion. Cerise sur le gâteau, elle leur permettrait d’exfiltrer leur cible, quelle qu’elle fut, de l’établissement, sous le prétexte de vague de vérifications d’identités.

Pour parer à cela, leurs concurrents devraient agir les premiers. Dans des délais réduits. Or la précipitation était rarement bonne conseillère.


Le problème était plus de savoir que faire à partir de là. Les Américains avaient établi ce qui semblait être une surveillance assez large. Autrement dit, il ne savait pas vraiment ce qu’ils recherchaient. Du moins au début. En fin de semaine et le week-end durant, leur surveillance s’était concentrée sur le parc, et sur une certaine partie du parc en particulier. Du moins s’il fallait en croire les observations faites sur les mouvements des Chinois.

Mais il était difficile d’être plus précis que cela. L’intervention de la Fédération avait été trop tardive et trop brusque. C’était d’ailleurs sans doute ce qui avait motivé l’envoi d’une équipe action plutôt que d’agents du renseignement proprement dit. Autrement dit, Vladimir et son équipe étaient mal implantés. Le trop grand nombre d’espions sur leur garde les empêchaient de s’infiltrer à leur tour pour mener une enquête en bonne et due forme. À la place il fallait se contenter de surveiller la surveillance que les Chinois faisaient des Américains. En somme, les yankees étaient les maîtres du jeu : leur prochain coup déterminerait la cascade de réaction. Le problème était de savoir qu’est-ce qui était un coup. Partant de là, une autre difficulté surgissait, celle de savoir quelles seraient les réactions. Isolés en terrain hostile, Vladimir et ses hommes avaient véritablement besoin de se livrer à ce jeu d’échec mental au terme duquel ils pourraient dégager les voies les plus sûres.


Un autre problème était de savoir s’il fallait viser les Américains proprement dit ou les Chinois au moment où ils auraient ravi l’initiative. La surprise ne marchait qu’une fois, et n’atteignait que les chefs, multipliant par trois leur temps de réaction.
En sus de quoi, il n’était pas impossible que les autochtones aient vent de certaines choses. Après tout, les Français à défaut des moyens avaient le talent pour jouer dans la cour des grands. Jouant à domicile, leurs moyens étaient étendus bien au-delà de ce que les autres forces en présence étaient en mesure de supporter. La conclusion de cette suite de prémices était simple : pour tous, il fallait agir vite et avec vivacité. Vite pour échapper au risque de détection et surprendre, avec vivacité pour ne pas laisser aux indigènes l’occasion de se mettre en branle. Vladimir estimait que le prochain coup se jouerait en milieu de semaine. Le capitaine Andropov, en bon commando, penchait plutôt pour le tout début de la semaine. Une bouteille de vodka reconnaîtrait celui qui aurait raison.

En attendant, il fallait maintenir une surveillance serrée. L’équipe avait donc été divisée en deux. Un groupe surveillait les Américains. Un autre s’était embusqué dans le parc autour des Chinois. Ces derniers avaient visiblement mené une reconnaissance extensive des environs au cours des deux derniers jours. Cette reconnaissance s’était centrée autour d’un point particulier.

Un jeune homme. Un lycéen tout ce qu’il y avait de plus banal. Tant Vladimir qu’Andropov en avaient vu des centaines comme lui chez eux. De taille moyenne, aux cheveux de jais. Il était plutôt beau, le port altier, l’allure de quelqu’un qui se sait maître. Son visage était tout aussi banal. Celui d’un adolescent déchu, qui avait découvert que le monde ne se plierait pas à lui, ne lui ferait pas de place. En somme, il avait déchanté, ce que tout un chacun finissait — certains tôt, d’autres tard — par faire. Il n’y avait rien concernant ce garçon dans l’enquête sur Kadic qu’avait pu lire Vladimir. Il n’était donc a priori pas une célébrité, ou le fils de quelqu’un de particulièrement important. Il s’ensuivait que les mouvements chinois et américains étaient suspects. Au point que Vladimir envisageât toute cette opération comme une intoxication. Éventualité qui restait plus spéculative qu’autre chose. Après tout, elle aurait requis une alliance, même de circonstance, entre la Chine et les États-Unis d’Amérique. Chose qui paraissait hautement improbable. Mais, c’était en examinant jusqu’aux possibilités les plus folles que l’on pouvait se prémunir de la surprise. C’était ainsi que les agents russes étaient devenus suprêmes dans leurs arts.

Il n’en restait pas moins que le centre d’intérêt des Chinois, et a fortiori des Américains était un jeune lycéen. Il était difficile de voir le lien avec l’affaire en cours. Sauf à supposer que ce jeune homme ne fut à la tête d’une organisation internationale d’envergure. Quoiqu’il en fut, Vladimir n’avait pas les moyens et le temps de mener une enquête dans les règles et d’agir en fonction de cela. Pourtant, c’était la clé du succès en matière d’espionnage. Ils allaient donc devoir agir dans la précipitation, et ce alors que tout le quartier était en proie à un chaos paniqué.


« Enfer ! Pensa-t-il, nous n’avions pas besoin de cela, pas plus que de perdre deux hommes du jour au lendemain ».

C’était sa première opération, et il avait déjà à renvoyer deux cadavres à la Mère Patrie. Et deux lettres à écrire.

« Mouais… je laisserai Andropov s’en charger, après tout, c’est lui leur officier supérieur, marmonna-t-il dans sa barbe. »

Il continuerait bien à se passer cet exercice pendant encore quelques décennies. Le médecin légiste de l’ambassade, contacté en urgence, s’était déclaré incompétent. Toujours était-il qu’une mystérieuse épidémie de cadavre affectait les alentours de la cité scolaire Kadic au vu de ce qu’ils avaient pu saisir de la situation.

Le problème n’était même plus de rester discret, mais de garder un certain contrôle sur les cibles alors que des attroupements se formaient et se dissipait sans cesse. Ce ruissellement de gens, se croisant et se recroisant, tel un fleuve s’épuisant en une multitude de cours d’eau, voici son ennemi ! La veille il n’aurait pas eu assez d’homme pour faire face à une telle situation.

« Réfléchis… après tout, tes adversaires évoluent dans les mêmes conditions… sauf s’ils ont volontairement organisé pareille situation… »

Hypothèse qu’il pouvait raisonnablement éliminer. Si cela avait le cas, les autres seraient déjà passé à l’action. Or, pour l’instant, ils ne l’avaient fait.

La conclusion, c’était qu’ils n’avaient pas de support parmi les multiples intervenants. Il leur fallait donc ou reporter leurs activités jusqu’à des jours plus calmes, ou entrer et sortir dans une absolue discrétion.

Les égouts… puis une voiture. Ce devait être le plan chinois.

« Capitaine ? Votre avis sur notre situation ? »

Un grognement lui répondit.

« Mauvaise. Le mieux serait de nous replier.
— Avec de forte chance de perdre nos pistes actuelles, sans garanties de pouvoir sauver la mission ultérieurement.
— Mais avec des chances tout aussi élevées de nous faire prendre. Nous ne pouvons à la fois jouer les observateurs, fracasser les plans ennemis, et échapper aux regards, pas alors que le quartier semble bouclé. Plus encore. Nous avons déjà perdu des hommes sans savoir ni comment ni pourquoi. La situation est trop délicate, dangereuse et instable pour continuer.
— Nous avons déjà reçu confirmation de mener l’enquête jusqu’au bout suite à ces morts : Papa est d’avis que c’est le signe que nous ferrons dans le bon bassin.
— Vous voyez un commissaire politique ici ?
— Quand bien même, reprit Vladimir, si nous étions réellement repérés, nous serions déjà tous mort ou en fuite.
— Faire retraite… pardon, prendre la fuite, serait pourtant la chose à faire.
— Papa a déjà tiré un joker de son chapeau pour nous donner cette opportunité.
— Alors, marchons. À quoi pensez-vous que nous devrions renoncer ?
— Je parie sur les Chinois, lui répondit Vladimir.
— Et non les amerikki ? Demanda Andropov, intrigué.
— Nous avons établi qu’ils ne pensaient pas intervenir si tôt.
— Un plan ça s’effondre et se change. Dès le premier coup de feu. Et là, il y en a eu des coups de feu à ce que l’on dirait.
— Hmm… Contrairement à nous ou au Chinois, ils sont déjà introduits dans la place. Ils n’ont donc pas besoin de se presser. Au contraire, ils n’ont rien à faire à cette heure dans les parages de Kadic.
— Da, sauf que nous ne sommes pas chez nous… ces Français sont… indolents. Ils ne feront pas attention à ce type de détails.
— Mais les États-uniens, si.
— Hum ?
— Les Américains sont comme nous. Des agents envoyés en zone étrangère pour une opération ponctuelle. Ils sont sur leur garde… et feront attention à ces détails.
— Ah. C’est bien vu. »

Le capitaine Andropov hocha la tête d’un air approbateur. Il se laissait convaincre par ce jeunot. Son dernier point était loin d’être idiot, même si du point de vue de son aîné c’était une hypothèse peu fondée. Hypothèse dont il allait se servir pour justifier la suite de l’opération.

Non qu’ils eussent beaucoup de choix en la matière. Le vieux spetsnaz avait d’ailleurs apprécié que son interlocuteur sût se jouer le jeu tout à l’heure. Si les choses tournaient au vinaigre — ce qui était toujours possible — ils pourraient tout deux rapporter en toute bonne foi que la question de reporter l’action avait été débattu et que c’était un ordre du supérieur direct qui avait clôt ce sujet. Ainsi, un seul porterait le blâme.

Il reprit :

« Les Américains ne sont donc pas vraiment un souci. L’idée reste donc de pirater l’opération chinoise.
— C’est mon intention. Le plan reste similaire à ce que nous avions déjà envisagé ces derniers jours.
— Sauf que la situation n’est pas la même. Avec autant d’agitation, il va être difficile de repérer l’ennemi, plus encore de l’intercepter.
— Le terrain joue autant contre nous que contre eux. Nous connaissons leur cible. Et leur méthode.
— Ils n’ont pas l’habitude des visites de courtoisie, ces barbares, agréa le Capitaine.
— Il leur faut donc un moyen sûr de repartir avec leur colis. Je pense avoir une idée.
— Les égouts ? Cette plaque dans le parc.
— Oui, c’est mon avis.
— La présence de cette plaque est étrange d’ailleurs. J’aurais aimé pouvoir plus l’inspecter.
— Ah ? s’étonna Vladimir.
— Peut-être que les Français font les choses différemment, mais chez nous les urbanistes n’ont pas pour habitude de placer des plaques d’égouts au milieu des espaces naturels, quand bien même ceux-ci sont en ville.
— Peut-être bien, mais quelles conclusions en tireriez-vous ?
— Dites, l’analyste, ce n’est pas censé être vous, se moqua gentiment le militaire. Il n’y a pas, reprit-il, trente-six mille raisons. Quelqu’un voulait un moyen d’entrer ou de sortir discrètement.
— Entrer dans Kadic ? Ou en sortir ? Étrange, ce n’est qu’un lycée après tout.
— Un lycée qui a attiré l’attention de trois services de renseignements en même temps, et dont l’un des élèves est devenu cible d’un service action. Mais, peut-être que nous nous focalisons trop sur Kadic. Après tout, cette grille se sert peut-être pas à se déplacer en fonction de Kadic, mais à rentrer ou sortir d’un autre lieu sans rapport avec cet établissement scolaire. Enfin, dans ce cas je ne vois pas l’intérêt du gamin. »


L’universitaire prit le temps de réfléchir sur les perspectives que son compagnon d’opération venait de lui ouvrir.

« Lui, ou certains de ses amis, peuvent être des témoins de l’usage de cette grille.
— Mais en ce cas, pourquoi les Chinois et les amerikki se concentrent-ils la-dessus plutôt que sur la grille et le chemin auquel elle donnerait accès.
— En effet. »

Il marqua une pause avant de reprendre :

« Je pense que nous faisons fausse route. Cette grille est suspecte, mais sans doute pas dans notre affaire. De toute façon, un tien vaut mieux que deux tu l’auras. Le garçon est une piste sûre, pas la grille, et nous n’avons pas les moyens de mener deux opérations de front. »

En somme, ils étaient revenus à la case départ. Néanmoins, ils avaient évalué leur situation et leurs possibilités, aussi étaient-ils loin d’avoir perdu du temps.

« En somme, nous capturons le garçon, puis on voit venir.
— Da, répondit Vladimir, la principale difficulté, c’est de faire en sorte que l’on ne puisse nous savoir qu’il s’agit de nous.
— Ce n’est pas quelque chose sur quoi nous avons main. Peut-être qu’ils mènent une déception à notre encontre. Si c’est le cas, ils savent forcément, ou du moins se font une certaine idée des poissons présent dans la mare. Dans le cas contraire, ils ne peuvent avoir de moyen de savoir qui leur a mis des bâtons dans les roues, sauf à ce que l’opération foire.
— Du coup, Capitaine, votre avis ?
— On n’y va. Un tien vaut mieux que deux tu l’auras, et surtout le pied dans la fourmilière révèle les fourmis.
— Bien. Vos hommes sont prêts ?
— Oui, mais avec notre… baisse récente d’effectifs, je vais avoir besoin que vous preniez part à l’opération. »
Vladimir ne put s’empêcher de lui rendre un regard inquiet et interloqué.
— Rassurez-vous, éclata de rire le militaire, je sais que vous n’êtes pas formé pour ce genre d’actions. Mais vous savez conduire une voiture. À tout prendre, il vaudrait mieux éviter de mêler le personnel de l’ambassade à nos histoires.
— Bien. Donc vous avez une idée de plan ?
— Toujours, sourit le vieil homme. »


Lundi 11 juin, 7h10, avenue de Stalingrad.


Le brigadier Paul Durand maudissait sa malchance. Celle-ci était presque légendaire au sein du corps de police. Ou qu’il aille, cet homme se trouvait confronté à toutes les tracasseries possibles et imaginables :

« Vous allez voir, Rodez, une préfecture de montagne paumé, il ne s’y passe jamais rien… »

Résultat, courses-poursuites sur l’autoroute avec des dealers de drogues espagnoles. Des semaines de planques, des opérations musclées. Ainsi qu’une rétrogradation. Enfin, était-ce sa faute, si les gars avaient décidé de brûler toute la saisie de cannabis en plein champ ? Était-ce de sa faute si le vent s’était alors levé plein ouest, vers le village voisin ?

Il avait parcouru le Sud, d’inondation en glissement de terrain, en passant par les antifas ou les skinheads. Où qu’il allât, un problème grave survenait dans les quelques semaines.

Désespéré, il avait fini par se résigner, et commettre une hérésie.

Il avait demandé une mutation au nord de la Loire.

Six mois plus tard, la région parisienne lui ressortait viscéralement par les yeux. Rien n’y faisait. Il faisait trop froid, trop humide… Le seul point positif était le peu de problèmes ethniques, comparé au Var ou à l’Hérault. Enfin, six mois… peut-être en avait-il fini avec la poisse ? Il s’était pris à espérer.

Jusqu’à ce lundi de juin.

La situation n’était pas nette. Plusieurs morts, juste devant un lycée. Et des accidents de voitures. Bref, une pagaille monstre qui paralysait tout le quartier. S’y ajoutait des manifestants… La totale. Mis à part une attaque à la bombe, il ne voyait pas très bien comment sa situation aurait pu empirer.

« Mon brigadier !
— Eh bien, qu’y’a-t-il, Serge ? »
Il lui fallait en plus se coltiner des bleus pour assurer la sécurité. Au milieu de tout ce bazar, il semblait être le seul à ne pas avoir perdu le nord.
— Sur… l’avenue, répondit le gamin en haletant…
— Eh bien quoi ? Le reprit-il brusquement. On n’a pas toute la journée tu sais.
— Des manifestants… ils tentent de forcer le barrage.
— Nom de… Va dire à Ramirez de prendre sa section, qu’ils aillent contenir ça. Puis signale à Paul qu’il faut qu’il se sépare de trois bonhommes qui vont aller faire la circulation et dresser un barrage puis une dérivation. On bloque l’avenue. Sur cinquante mètres de chaque côté. »

Serge, jeune stagiaire tout frais émoulu de l’école, ne se le fit pas dire deux fois et fila, tout en se demandant ce qui le mettait dans cet état le vieux schnock.

« Claire ! Rugit ce dernier. Ces ambulances ! C’est pour demain ou pour la Noël !
— Elles arrivent, chef !
— Eh bien dis-leur… »

Le Brigadier fut alors interrompu par une vieille femme. Les traits durs, la soixantaine bien passée, elle semblait pourtant largement capable de mettre à terre toute la section de Paul et d’en redemander.

— Quoi encore ! Hurla-t-il… Oh, pardon, mon Capitaine.

La femme avait tranquillement sorti une carte plastifiée. Outre un portrait, ce qui avait capté l’attention du policier n’était autre que la mention suivante : « Obligation faite à toutes les autorités civiles et militaires de faciliter l’exécution des missions du titulaire ».

« Bien le bonjour Brigadier. Je vais avoir besoin d’installer un poste opérationnel ici. Une camionnette devrait arriver sous peu, conduites par mes hommes. En attendant, quelle est la situation au juste ?
— Mais, vous vous prenez pour qui ? Ce n’est pas une stupide carte à la noix…
— Certes, certes, mais, et je pèse mes mots, vous allez bientôt recevoir des instructions de la part de votre hiérarchie. Combien de morts ? Et comment ? »

Paul durant avait fait l’armée. Il y avait croisé toutes sortes d’hommes, depuis la vieille baderne indifférentes jusqu’au sergent instructeur d’un autre temps. Ils avaient cependant tous en commun ce ton de commandement. Ils n’exigeaient pas d’être obéis. Non, que leurs ordres soient accomplis était leur dû. Une obligation sans contestation possible.

Mais Paul n’était plus dans l’armée.

Alors qu’il allait répondre sèchement à cette outrecuidante, il fut interrompu.

« Quel est donc la cause de toute cette anarchie ? Entonna un homme courtaud en soufflant comme un phoque.
Le commissaire Didier de la DST. Paul Durand avait eu l’occasion de le croiser lors d’un cours donné aux officiers à l’école de police.
— Commissaire. C’est un plaisir de vous voir.
— Vous êtes déjà ici… ces moustaches… vous êtes toujours très fort pour arriver vite.
— Nous avons nos moyens, éluda la capitaine Ygrek.
— Enfin, je vous ai connu plus discret…
— Ce désordre, je pèse mes mots, a précédé mon arrivée.
— Alors que faites-vous ici, à empiéter sur nos affaires.
— Ainsi qu’il avait été convenu mercredi, cette opération serait conjointe.
— Je ne vois ici, que désordre de voitures et anarchie de manifestants. Rien qui n’ait à voir avec votre domaine.
— Alors pourquoi êtes-vous là aussi, Monsieur le Commissaire ? »

Les deux se jaugèrent du regard. Cela faisait des années qu’ils se croisaient au gré des missions et des aléas du service. Tous deux avaient passé leur vie à servir la France. Dans l’ombre pour l’une, plus près de la lumière pour l’autre, souvent en rivalité dans tous les cas.

De toutes ces rencontres, le commissaire avait retenu une chose. Depuis que l’autre plaisantin avait contaminé Corinne, il n’avait jamais réussi à emporter une joute verbale.

« Pour la même raison que vous, je pense, plaida-t-il donc. Brigadier ! Que se passe-t-il. Et où sont vos officiers ?
— Je suis le seul en charge pour le moment, monsieur. Nous avons pas moins d’une quarantaine de morts confirmés, et peut-être plus. Pour certains, aucune blessures apparentes. Pour d’autres accidents de voitures. Pour l’instant, on ne sait pas à quoi sont du ces accidents.
— Je vois, grogna le commissaire à la manière d’un phoque.
— Vous avez fait bouclé, et je pèse mes mots, le quartier ? Intervint la militaire.
— Oui, mon capitaine. Enfin, nous essayons. Pour l’instant, nous bouclons l’axe principal devant l’établissement scolaire. C’est là que se trouve le gros des dégâts. Il y a d’autres zones d’accidents, mais plus loin, sous la charge d’un autre commissariat, et une sur le côté du lycée. Mais je n’ai pas assez d’homme pour boucler efficacement le quartier et empêcher les manifestants de se répandre.
— Les manifestants, releva le commissaire Didier ?
— Contre l’expulsion de M’Bala, je suppose.
— Oui mon capitaine.
— C’est rapide comme mobilisation. Un lundi si tôt dans la journée en plus ?
— On ne peut rien exclure, commissaire, répondit Corinne, mais pour autant il n’y a là — je pèse mes mots — rien de tangible.
— Mais trop de coïncidence.
— Oui. La presse ne va sans doute pas tarder. Je préférerais ne pas être aperçue.
— Brigadier !
— Oui, commissaire ?
— Nous allons devoir investir votre voiture et vos communications pour le moment. Débrouillez-vous pour maintenir la foule à distance, et faites venir ces ambulances.
— À vos ordres, commissaire.
— Une minute, intervint la vieille femme, comment se fait-il que vous soyez à ce point en manque d’hommes ?
— Eh bien… je ne sais pas très bien. Beaucoup manquent à l’appel. Nous avons pu joindre certaines de leurs femmes…
— Et donc ?
— Toutes la même réponse. Morts. Leurs maris sont tous morts dans leur lit, sans aucune raison apparente.
— Bon, des attaques cardiaques, rien de bien étonnant, grogna le commissaire à la manière d’une orque.
— Vraiment, Didier ? Intervint Corinne. Brigadier. Combien manquent à l’appel ?
— Quinze hommes, Mon Capitaine.
— Vous trouvez toujours que ce n’est pas étonnant, Didier ? commenta la militaire en se tournant vers son collègue.
— Quinze hommes ? La même nuit ?
— Alors qu’il se passe des évènements suscitant notre présence. Il n’y a pas de coïncidence dans notre métier.
— Cela n’explique pourtant rien, Corinne.
— Si. Quelqu’un voulait — Je pèse mes mots — la désorganisation.
— Pour une manifestation et des accidents routiers ? pondéra le commissaire. »

Les deux agents se turent un moment. L’affaire avait en effet de quoi les laisser perplexes dans sa tournure. C’est pour cette raison qu’ils firent ainsi que tout officiers face à une situation inattendue et surprenante.

Ils ordonnèrent à leurs subordonnés de prendre en main.

Ce n’était qu’une fois déchargés du tout venant qu’ils pouvaient prendre le temps de réfléchir… enfin, d’attendre que les hommes de terrain apportassent indices et réponses. Pour autant, en vieux routiers qu’ils étaient, tant le commissaire divisionnaire que la capitaine savaient que le temps jouait contre eux. Leurs options étaient limitées.

C’était pourquoi, trente minutes après leur arrivée à proximité de Kadic, le commissaire tenta une manœuvre d’ouverture envers sa collègue.

« Corinne, entonna le commissaire Didier, nous nous connaissons depuis de longues années. Sans entrer dans les détails, vous avez dit que votre service avait déjà opéré ici. Quelle fut la conclusion ? »

Ils étaient tout deux assis à l’intérieur d’une camionnette banalisée. Deux fauteuils, une cafetière, des tasses fumantes, et un fatras d’informatique et de matériel de communication formait leur environnement immédiat. Scène dont ils avaient déjà vécu d’infinis variations au cours de leurs longues années de services.

« Notre homme a disparu.
— Il vous a glissé entre les doigts ou vous l’avez fait bouger ? »
Le commissaire était pour le moins surpris. Il connaissait le haut niveau d’excellence du SNIF.
— Nous ne parlons pas de Roche-Verger. Cet homme était vraiment, et je pèse mes mots, un fugitif.
Le capitaine fronça des sourcils et reprit d’un ton âcre :
« Il nous a échappé, mais plus encore, il a tout simplement disparu. Nous connaissions ses voies de retrait. Nous manquions de personnel pour créer un encerclement hermétique, mais là… il s’est volatilisé.
— Et si quelqu’un était en train de nous refaire ce coup-là ?
— Notre cible s’était évaporé par un jour tout à fait ordinaire. Rien de comparable à aujourd’hui.
— Pour autant, il y a trop de coïncidence ici. Le lieu, les acteurs cachés ou non…
— Votre idée, Didier ? Interrogea Corinne, soucieuse d’aller au but.
— Deception.
— Quelle cible ?
— Kadic. »
La militaire prit le temps de peser ses mots avant de répondre.
« Pour rentrer ou pour sortir ?
— Cela ne change pas grand-chose à notre réaction.
— Boucler les sorties ? Cela change la direction de nos hommes. Hmm… Ils visent les deux, entrer et sortir. Ils veulent quelque chose à l’intérieur.
— Donc, ils savent que nous sommes là.
— Nous ou d’autres.
— Et ils sont pressés.
— Notre fenêtre de tir est donc, je pèse mes mots, étroite.
— Les arrêter maintenant, ou ferrer plus dans le futur ?

Tous deux s’interrompirent. Le choix, sans être cornélien, n’en restait pas moins délicat.

« Il n’y a pas tant d’options que cela, reprit la Capitaine. Ils viennent chercher quelque chose. Ce peut être ou un équipement de notre savant, ou notre savant lui-même, ou un résident local.
— Je concours. Ce doit être quelque chose qu’ils ne peuvent aller chercher qu’ici. Mais, vous connaissant, vous aviez déjà fouillé tout l’établissement, d’une manière ou d’une autre suite à vos… déboires.
— Nous avons pu manquer la cible.
— Et d’aucuns viendraient la chercher des lustres après ? À mon avis, c’est un élément nouveau, et précis. Sinon, ils auraient pris le temps d’enquêter.
— Ils l’ont peut-être, je pèse mes mots, pris.
— Qu’importe. Il nous faut les empêcher de partir avec ce quelque chose.
— Je ne suis pas d’accord, Didier. Il se peut que les laisser partir en gardant l’œil ouvert soit une meilleure option.
— Il y a eu mort d’homme, Corinne. Des agents de polices, des automobilistes… Et même au sein de vos agents.
— Rien n’est encore prouvé.
— Qui me parlait de coïncidence tout à l’heure ? »

Ils se défièrent du regard un long moment avant que Corinne ne renâclât.

« Bien. Vu l’état de congestion du lycée, je ne vois qu’un endroit pour sortir et rentrer en discrétion. Les égouts. »

Le commissaire releva un sourcil.

« Les tunnels d’évacuation sont particulièrement larges et anciens dans ce secteur. Ils permettent de circuler aisément. Il y a un passage entre les égouts et la chaufferie du lycée. Nous pensons que notre cible s’en servait pour aller et venir discrètement. Ce passage n’est pas sur le cadastre. Cependant, il ne mène pas non plus à l’ancienne maison de la cible qui se trouve de l’autre côté du parc.
— Si vous m’en parlez, c’est que vous avez déjà un homme qui guette.
— En effet, annonça Corinne en souriant. Elle a vérifié que le passage existait toujours et se tient en surveillance. Mais, elle n’a relevé aucune activité. La porte est ouverte à tout vent, et l’éclairage actif. Certains dominos ont été changés par des modèles assez récents. En tout cas postérieur à la fuite de notre cible précédente. »

Sous la moustache du commissaire, un grand sourire se fit jour. Ce n’était pas tous les jours qu’il arrivait à obtenir une confidence du SNIF, à leur faire cracher une de leur cachotterie, même pour une opération conjointe. Ils avaient toujours poussé un peu loin la rivalité entre services.

La capitaine continuait :

« Puisque nous en sommes là, je propose que vous alliez rendre visite au proviseur de Kadic, Capitaine. Pendant ce temps, mes hommes vont cerner et surveiller.
— Bien, je laisse un groupe en action rapide. »
Se tournant vers un communicateur, la militaire appuya sur un bouton :
« 342, au rapport. »
Pendant ce temps, le commissaire commença à organiser ses troupes tout en surveillant que ce fichu brigadier ne faisait pas trop de gaffes. Un attaché de presse allait aussi être nécessaire au rythme où allaient les choses.


Lundi 11 juin, 7h50 sous Kadic.


« Ô Fortuna […] toujours tu croîs et tu décrois ». Ge Mingtai était mal à l’aise en formulant cette prière. Mais, comme tout bon espion, elle ne pouvait de Fortune nier l’existence, l’influence, la puissance. Un bon agent, c’était un agent chanceux. Ou un ambitieux violeur. Elle-même hésitait encore sur la catégorie où on l’aurait rangée. En l’état, elle devait reconnaître qu’elle avait été plus que bien servie. Elle en salivait presque. Après tout, ce n’est pas tous les jours que vos souhaits s’accomplissent, que votre repas marchait tout seul vers vous.

Mal en point d’ailleurs le repas. Pour tout dire, il n’avait pas l’air très stable et sain d’esprit. Il était même un poil effrayant. Après tout, il n’était pas normal que la cible d’un kidnapping impromptu connût et attendit ses agresseurs. Non ?

Son subordonné et elle s’étaient dissimulés dans les buissons. Le plan initial était simple. La cible devait passer entre eux. À ce moment, ils sortaient des fourrés, l’un devant, l’autre derrière. En effet, le réflexe immédiat de toute personne face à un individu menaçant était de se retourner et de fuir. Le plan exploitait donc ce réflexe pour prendre à revers le mignon et s’en emparer.

Tout avait bien commencé. La cible était arrivée à leur dite. Alors que Ge commençait à se demander s’il ne valait mieux pas passer au plan 2, aller chercher la cible dans son lit (ou mieux, dans sa douche).

Mais non, le garçon c’était présenté. Il avait marché droit dans le piège. Arrivé pile à équidistance entre les deux chinois, il avait légèrement tourné le buste, en sorte que son regard se posât à peu de choses près sur la cachette de l’espionne. Il avait marqué une pause, l’air anxieux. Puis il avait fait un pas de plus.

À ce moment Da Qi était sortit du bois. Au même instant, Ge Mingtai jaillit, faisant face à sa proie.

Le garçon se recroquevilla. Ses yeux, enfoncés dans leurs orbites, s’agitèrent frénétiquement. La crainte s’y lisait. Soudain. Ils semblèrent arriver à une décision, croisèrent le regard de la femme, et s’emplirent de désespoir.

La terreur s’empara de lui. Ses jambes amorcèrent un bien étrange mouvement. Elles commencèrent par tourner sur elles-mêmes comme pour fuir, avant que leur ancien propriétaire ne s’effondrât sur place. Son regard restait fixé dans celui de Ge Mingtai, comme s’il était transpercé sur place. Un tremblement irrépressible le prit. Une plainte résignée franchit ses lèvres :

« Gemaîtressemingtaiencoreattendutoujourscombienencorepitiéayeznoircauchemarenferéchappéeprisonnier… »

Un ensemble décousu de mots accolés les uns aux autres. Ce récital fut interrompu par la matraque de Da Qi.

Ge Mingtai était sûr d’avoir entendu son nom franchir à plusieurs reprises les lèvres de son prisonnier.

« Parano ! Comment pourrait-il le connaître. Il a juste déraillé, pensait-elle ».

Mais, elle était troublée. Ce petit ne ressemblait pas à celui qu’elle avait vu quelques jours auparavant. Loin de là. Il ressemblait plus à…

Un souvenir remonta du fond de l’abysse mémoriel : Elle avait treize ans alors. Son grand-père l’avait emmené. C’était sa punition, pour un mensonge véniel. Une tentative d’échapper à une corvée. Ils étaient partis, avaient marchés pendant deux heures. Enfin, ils étaient arrivés à une clôture. Barbelés en haut, miradors à intervalles réguliers. Des hommes en uniformes rayés.

« Laogai », avait dit son grand-père.

Elle avait vu ces êtres brimés. Leurs corps harassés de travail. Leur regard, non pas vide, ni vidé, mais terrien, aussi bas que le sol. Cette scène l’avait marqué au fer rouge. Un des travailleurs c’était approché d’elle, de l’autre côté du grillage. Il l’avait tout d’abord à peine regardé, puis son regard s’était posé, longuement, sur elle. Un regard bas, tourné vers le sol.

Elle avait baissé les yeux, pour savoir ce qu’il… rouge. Une tache rouge sombre, poisseuse, s’étendait sur le devant de son pantalon, et semblait continuer à s’étendre.
Le prisonnier avait souri. Un sourire sans âme, sans faim de vie. La honte, une honte inconnue, sans qu’elle en eût su la raison, l’avait envahie, marquant au fer rouge dans son âme cette scène.

Le mafieux rangea son arme et chargea le paquet sur son épaule.

Il ne restait plus qu’à redescendre par la bouche d’égout située à quelques mètres. L’affaire était presque jouée. Un « presque » détestable. C’était toujours à ce moment que déraillaient les choses. Jamais dès le début ou à la toute fin d’une opération. La planification était là pour y veiller. En particulier, cette phase était rendue délicate par le fait qu’ils étaient maintenant chargés, ce qui d’évidence les ralentissait. Il n’en fallait pas moins se déplacer avec célérité. Le temps de savourer et les moments de repos viendraient ensuite.


Lundi 11 juin, 8h00, dans les égouts.


Alyosha et Andropov attendaient. Seul le bruit des gouttes troublait pour la quiétude morose de ces lieux. Étrangement, il n’y avait pas d’odeur particulière. En revanche, la moisissure avait trouvé à s’incruster dans la pierre des quais et par endroit semblait pouvoir s’accrocher au métal. Des lignes nettes laissaient à deviner qu’un entretien plus ou moins régulier des lieux avait cours.

Ils usaient de l’ombre des égouts pour se dissimuler. Ils avaient repéré le trajet de sortie de leurs ennemis, ils se tenaient donc en embuscade à une intersection. Leurs armes étaient prêtes. Il s’agissait de faire un carton, mais sans atteindre le paquet des Chinois. C’est pourquoi ils auraient recours à des seringues hypodermiques plutôt qu’à des munitions classiques. Les hommes avaient grommelé, mais le capitaine avait décidé que c’était l’occasion de faire un gros coup.

Les Chinois devaient arriver sur la gauche. Si tout se passait bien, ils continueraient tout droit en passant sur une espèce de passerelle qui devait faire dans les trois mètres de long.

Alyosha se sentait moins à l’aise. À trop vouloir, on ne récoltait que du vent. Il doutait que l’affaire se présentât si bien. D’autant que leurs effectifs étaient déjà sévèrement endommagés. En fait, eussent-ils été sur un champ de bataille, dans le Caucase par exemple, qu’ils auraient déjà été retirés du front : avec un tel pourcentage de pertes, une unité militaire n’était plus opérationnel. Sauf dans les situations les plus graves.
Soudain, des pas.

Discrets, mais dans le calme sous-marin de ces tunnels, ils étaient comme le souffle d’air qui actionné par une touche montait le long du tuyau d’orgue, et dont une note grave et sourde sortait.

Alyosha sentit le capitaine se raidir pendant une petite seconde. Puis ses muscles se relâchèrent. Il cala sa respiration sur le bruit des pas. À défaut de pouvoir voir monter et descendre la pomme d’Adam de ses ennemis, il faisait avec sa mauvaise fortune.
Les pas se rapprochaient.

Le spetsnaz aurait aimé dire que la tension était palpable. Mais, si cela avait été le cas, cela aurait signifié que l’ennemi s’attendait à une embuscade… Il retira le cran de sécurité de son arme.

Les pas se rapprochaient.

Il mit en joue.

Il avait passé des heures à s’entraîner pour ce genre de situation. Des embuscades à l’arme légère dans les lieux les plus improbables.

Il entrevit les silhouettes. Il fallait qu’elles avancent encore un peu. L’optimum ici était de tirer lorsqu’ils seraient au milieu de la plateforme, bien en vu, sans couvert possible.
Ça y était.

Il pressa la gâchette. Un étrange grondement de roue résonna à ce moment dans les tunnels.

BANG !

Trois détonations retentirent à peu près simultanément. Deux visaient la plus petite des cibles.

Mais ce fut la troisième qui sembla atteindre son objectif. La plus grande des deux silhouettes chancela et mit un genou à terre.

Ge Mingtai sentit deux traits de douleurs s’enfoncer dans ses côtés. Elle n’eût pas le temps ni l’occasion d’approfondir cet état de fait. Les réflexes gravés dans son corps, tel un contrat de sang et de sueur, prirent le relais. Dans un seul mouvement fluide, elle sortit son arme et se jeta ventre à terre.

Elle savait que les coups venaient de ses flancs. Ils ne pouvaient venir de derrière, du fait de la configuration des lieux, et elle n’avait rien vu au-devant.

Elle se contorsionna pour pointer son arme sur la droite, même si elle savait qu’il s’agissait d’un pari. Rien ne lui permettait de dire où précisément se trouvait l’ennemi. Mais il lui semblait évident que le mal ne pouvait venir que de la droite. Elle entendait comme un grondement de roues qui semblait se rapprocher.

Alyosha commença à bouger. C’était à lui qu’incombait la charge d’aller récupérer le paquet, afin d’éviter qu’il ne tombât au fond de l’eau.

Il sortit donc des ténèbres pour basculer dans la pénombre. Voyant que la plus grande des cibles semblait résister au sommeil, il lui tira dessus une fois de plus avec son .22 Long Rifle.

Un instant après, il sentit comme une déchirure au niveau du poumon gauche, et s’effondra dans un râle de douleur.

La Chinoise avait eu la chance de voir un ennemi se précipiter vers elle. Elle n’était pas de celles qui refusent les cadeaux de Fortune. Se faisant, elle avait roulé sur le côté, la moitié du corps suspendue au-dessus de l’eau.

D’autres coup de feu retentirent. Le son se réverbérait sur les murs, amplifiant l’impression que plus d’une dizaine de gens se battaient dans une fusillade digne des combats de Grozny.

Soudain, une silhouette montée sur un skateboard apparu dans le champ de vision de Ge Mingtai.

La seconde d’après, elle se prit la planche lancée à toute vitesse dans la figure. Le propriétaire du jouet avait envoyé la planche vers l’avant à toute vitesse.

Kolya avait vu son ami de toujours se faire descendre sous ses yeux. En tout cas, il s’était pris une balle. Voilà ce que cela donnait de se battre avec des somnifères. Ses trucs n’étaient pas instantanés et un ennemi bien entraîné pouvait se mithridatiser. À ses yeux, rien ne valait un bon vieux gros calibre. Dans l’idéal avec suffisamment de force pour décapiter la cible. Mais bon, on ne faisait qu’assez peu de modèle portable et compact de ce genre d’armes. Il fallait se contenter de moins.

Enfin, Kolya était un dur. Il avait enduré le pire, et y avait survécu. Il avait survécu à la Tchétchénie, aux conflits larvés dans l’ancien Turkestan. Des amis, même proche, fauché comme les blés par la mort ou par ses anges les snipers, il en avait vu. Son cœur s’était à chaque fois pincé, mais pour autant, il n’avait pas ressenti l’envie de s’imbiber d’alcool ou de monter à l’ennemi pour délivrer une juste et vengeresse colère.

Pourtant, pour la première fois, il se demanda si le chagrin ne le rendait pas fou.
Il vit une silhouette, mince et petite, presque un enfant, montée sur un skateboard et charger droit sur les Chinois. Le skate parti en avant. La silhouette continua. Elle s’arrêta brièvement face au deuxième Chinois, puis, tournoyant sur elle-même l’atteignit à la tempe avec un formidable coup de pied tourné.

Le Chinois et le paquet basculèrent dans l’eau. La silhouette les suivis, s’empara du paquet et se mit à nager. Ses gestes étaient dignes de ceux d’un nageur-sauveteur expérimenté.

« Bon sang, La cible, pensa le Capitaine Andropov. »

Il mit en joue l’imprudent gamin qui avait joué du skate au milieu d’une fusillade.

À ce moment, il cria de douleur.

Un éclair blanc venait d’illuminer violemment les lieux.

Péniblement, l’officier rouvrit les yeux et tenta de déchiffrer la situation malgré les points noirs rémanents devant ses pupilles.

Il vit Kolya s’élancer à la poursuite de la cible… et se faire faucher un plein vol par ce qui semblait être une boule de foudre de couleur… violette. Il remonta à la source de cette incongruité et vit une sorte de…

Il n’avait pas vraiment de mots pour cela. L’être avait une main en l’air qui semblait générer ou maintenir une sphère lumineuse qui éclairait violemment les lieux. L’être semblait avoir quatre oreilles. Deux humaines. Deux félines sortant de sa tête et de couleur violette. Des traits de camouflages s’étendaient entre sa mâchoire et ses pommettes, d’un mauve tirant vers le rose. Ses sourcils étaient surmontés de deux autres traits violets.

Il portait une combinaison en lycra moulant. Au centre haut de sa poitrine, s’étendait une sorte de blason jaune contenu dans un cercle fuchsia. Trois lignes, fuchsia elles aussi, partaient de ce cercle Deux allaient en direction d’épaulettes à tête de chien. La troisième descendait vers la taille. Au niveau des côtes, deux encoches jaunes et fuchsia venaient briser le moulage du costume en creusant le tissu, tel un ravin déchirant la terre. Les cheveux jaunes de la chose, dressé sur sa tête, semblait plus raides que des barres d’aciers.

Un spectacle improbable, et surtout d’un absolu mauvais goût, même au regard de la décadence actuelle de la jeunesse occidentale.

« En fait, pensa Andropov, cette apparence est sans doute l’arme la plus puissante de cette chose ».

Il venait de voir son subordonné se relever. Ce qui laissait à penser que les éclairs de la chose n’étaient pas mortels, et n’assommait pas, du moins pas les gens entraînés.
Il n’empêche, la chose recommença. Un éclair sortit de son poignet, enfin, plutôt une sorte de boule, de projectile d’énergie. Andropov eût tout juste le temps de se baisser pour esquiver. Visiblement, il faudrait en finir par la manière forte, et surtout en vitesse, puisque la cible était en train de se faire la malle pendant ce temps.

Kolya grogna. Il avait l’impression qu’un camion était passé sur son crâne. Il ramassa son arme, visa, et tira sur la chose violette qui l’avait frappé.

Enfin, il supposait que c’était elle, vu qu’elle venait de tirer une sorte d’éclair violet sur son supérieur.

Il toucha la cible au bras. Il avait visé la tête. Visiblement il était plus atteint par le coup qu’il ne l’avait pensé.

Il vit le bras tendu de la chose se brouiller, comme s’il implosait, avant de se stabiliser à nouveau. La boule de lumière qu’il maintenait avait clignoté avant de se maintenir. La chose ne parut pas plus affecté que cela. Elle émit une nouvelle salve d’énergie ciblant tout ce qui se tenait debout dans le tunnel.

Kolya jura.

Il le sentait mal ce combat.


Lundi 11 juin, 7h45 avenue de Stalingrad.


Corinne Ygrek allait rentrer dans la cité scolaire Kadic lorsqu’un bruit d’agitation se fit entendre. Une jeune femme en uniforme, visiblement une employée des égouts tentait d’expliquer quelque chose à l’un des policiers posté en faction.

L’espionne se rapprocha.

« … Mais puisque je vous dis qu’il y a des gens suspects et armés qui sont descendus dans les égouts… Enfin, faites quelque chose !
— C’est n’importe quoi et surtout, ce ne sont pas nos oignons votre histoire, ma petite, Allez, circulez, il n’y a rien à voir. »

L’employée avait l’air bien jeune. Mais il était souvent difficile de le savoir avec les génotypes asiatiques. Après tout, la taille ou les hanches n’étaient pas très probants dans ces cas-là. Cependant, le port et les yeux ne mentaient pas.

Corinne avait appris à se fier à ces éléments. En face d’elle, malgré une figure enfantine, et un corps qui ne respirait pas la volupté, la jeune femme avait la manière de se tenir d’une adulte, d’une personne qui a des responsabilités, ou y a fait face. Il n’y avait rien là des rondeurs de l’enfance. De même, dans ces yeux noirs on ne lisait pas la futilité des enfants qui n’avaient pas encore vécu.

Et puis, cette histoire l’intriguait.

« Excusez-moi. Que se passe-t-il ?
— Rien dont il faille vous occuper, mon capitaine, répondit le policier.
— Je crains bien que si. Madame, pourriez-vous me redire ce dont il s’agit.
— Eh bien, je suis employée des égouts, je venais pour faire une inspection pas loin d’ici. Les tunnels sont larges et moisis. Au moment où j’arrivais près de la plaque, j’ai vu des types louches y entrer. Ils étaient armés.
— Où se situe cette plaque ?
— Là, dans le parc du lycée. »

Ces mots furent comme électrochoc pour l’espionne.

« Bien, je vous remercie, votre avertissement va nous être très utile, conclut la capitaine en s’éloignant vivement. »

Elle se précipita vers la camionnette et faillit rentrer dans le commissaire Didier.

« J’ai la confirmation. Il y a bien des suspects dans les égouts.
— La chaufferie de Kadic ?
— Non une plaque dans le parc.
— Bon Dieu ! Allez-y avec vos hommes. Je prends les miens pour passer par les autres plaques à proximité.
— Bien. Bonne chance, commissaire. »


Lundi 11 juin, dans les égouts.


Cette fusillade commençait à s’éterniser. Les inconnus se canardaient entre eux, les uns à coup d’énergie violette, les autres avec des armes à feu plus classiques. Ge Mingtai était dans un état trop précaire pour courir, aussi faisait-elle profil bas.

Soudain, la lumière qui illuminait les environs vacilla puis disparu. C’était sa chance. Elle se leva péniblement. Elle rebroussa chemin sur le pont et prit la tangente sur sa gauche. Un éclair de chaleur frôla sa joue. Elle s’abaissa immédiatement, juste à temps pour voir un autre éclair, puis une balle frapper le mur là où sa tête se trouvait un instant auparavant.

Furieuse, elle sortit son arme et répliqua sur le violet.

La balle le toucha en plein torse, mais il ne semblait pas plus affecté que cela. Il riposta en tirant une salve doublée. Ge Mingtai se précipita en avant pour esquiver.
Il fallait qu’elle avance. Ces tunnels se transformaient en piège mortel.

Andropov tira une fois de plus sur le violet. Sans effet. Kolya était visiblement K-O, et Alyosha n’avait pas l’air plus dans son assiette. Le capitaine éprouvait une répugnance certaine à abandonner ses hommes, mais il ne lui restait plus guère que cela au vu du fiasco actuel.

Seulement, tous ses mouvements de sortie étaient contrariés par le violet qui canardait sans répit tout ce qui bougeait. Ce truc n’était définitivement pas humain. Sauf si humain allait avec le fait de pouvoir encaisser plus d’une dizaine de balles dans le torse et continuer à se tenir debout.
« Bordel ! Même avec un gilet pare-balle il devrait être au tapis depuis longtemps. »

Soudain, le violet s’évapora.

Tous les agents encore conscients et présent se demandèrent si c’était le signe de leur victoire. Mais ils ne se posèrent pas cette question longtemps.

Se tournant sur sa gauche, Andropov mis en joue son adversaire inconnu qui tentait visiblement de filer à l’anglaise.

L’inconnu avait fait de même.

Entre eux, l’eau coulait mollement vers le fleuve. Seuls quelques râles étouffés venaient agiter le silence.

Andropov se servit de son maigre français :

« On en a assez fait pour aujourd’hui, non ? Vous avez perdu votre objectif, et moi aussi ».

Il attendit. Le temps pour son cœur de battre une trentaine de fois.

« Si je vous mets hors service, et vous ramène, cela atténue cet échec.
— Dans votre état ? Vous étiez déjà en train de nous quitter… Si je tire, vous ne pourrez sans doute pas repartir… pas sans attirer l’attention.
— Si je suis mourante, il ne me reste qu’à vous avoir. »

Une voix de femme. Jeune visiblement. Andropov se faisait petit-à-petit une idée de son adversaire. Une vieille aurait déjà ou tiré ou accepté sa proposition. Celle-ci, il faudrait plus pour la convaincre. Quelques mètres à peine les séparaient, et il avait encore son couteau de lancer.

« Si c’était le cas, vous auriez déjà tiré. J’ai déjà deux hommes à terre. Je voudrais les récupérer et repartir. Un échec est un échec, autant en rester là.
— Rien à faire. »

Andropov se baissa lentement.

« Je lâche mon arme dans le fleuve, vous baissez la vôtre, et on s’en va chacun de notre côté. Cela vous va ?  »

Ge Mingtai hésitait. Ce qu’il avait dit été vrai. Elle n’était pas sûre de pouvoir l’avoir du premier coup, encore moins de survivre à sa riposte. Qui plus est, il était improbable qu’il ait vu son visage et puisse faire un portrait-robot. Mais, rentrer au pays avec un tel échec… La punition ne se ferait pas attendre, et personne ne croirait jamais l’histoire de ce qui venait de se passer.

Son bras commençait à s’engourdir. Ce qu’vint opportunément résoudre son dilemme.

« J’accepte. »

Elle le vit lâcher son arme dans l’eau. Mais, en plissant les yeux, elle pût constater que son autre main avait saisit quelque chose dans sa poche.

Elle lâcha son arme, pariant sur le fait qu’il ne se servirait pas de son couteau.
Il ressortit sa main, et se traîna vers une silhouette étendue tout près, sans plus faire attention à elle.

L’espionne entreprit de se remettre debout puis de partir.

Sitôt qu’elle fut sur ses pieds, des lumières se firent voir devant elle.

Elle se retourna, d’autres arrivaient par-derrière.

Elle était piégée. La fusilla de avait attiré l’attention des forces de l’ordre, même dans un endroit aussi reculé.

« Police ! Rendez-vous ! Vous êtes cernés ! »

Ge Mingtai obtempéra. Elle s’assit, le temps d’attendre que les flics viennent à elle.
Sa journée risquait d’être bien longue.
  Sujet: [Fanfic] White Mustang  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Dim 22 Avr 2018 16:37   Sujet: [Fanfic] White Mustang
Bonsoir très cher Minho,

Ainsi, vous souhaitez brouiller les frontières entre le réel et le virtuel ?

« Tiens donc, ça faisait longtemps… Enfin deux semaines mais pour moi c’est interminable, surtout en cette période. Avant de balancer le contenu d’aujourd’hui, je vais répondre à Ikorih. » Cela fait maintenant 17 semaines. Soit une éternité, presque un trimestre.

Que dire suite à la lecture d’un prologue et d’un chapitre ?

Tout d’abord qu’une question fait immédiatement jour. En effet, c’est votre troisième récit en ces lieux, et il est indéniable que vous avez une plume relativement caractéristique. Au point de se demander à quel point elle serait reconnaissable à l’aveugle.

À défaut, il est possible de se livrer à des comparaisons et de noter des points communs entre vos différents textes. Le point commun semble bien être l’incertitude du scénario, du point de vue du lecteur en tout cas, et le côté toujours un peu dément que prennent vos histoires. Disons que vous lire, c’est sauter à pied joint dans l’inconnu : nul ne sait ce qui va s’y trouver.

En revanche, du côté du style, le jugement est plus simple. En effet ce dernier a évolué. Certes, c’est aussi lié au fait qu’il y a un indéniable lien entre un type de récit et la manière de le raconter — on ne raconte pas White Mustang comme on raconte les Liens du sang — mais cette évolution est aussi et surtout qualitative, du moins entre Bouffon du Roi et White Mustang. Il y a comme un mûrissement. Votre plume est désormais comme un fruit bien mûr, gorgée de suc et de sucre, riche… jusqu’à l’excès peut-être. C’est en tout cas un risque que vous courrez désormais.

Du reste, les thèmes centraux ne s’éloignent guère pour le moment de vos habitudes : mort, vieillesse, décrépitude, trahison de la chair… comme un besoin de faire vivre à plein l’incarnation dans Code Lyokô. Ce qui expliquerait d’ailleurs le peu de séquence virtuelles chez vous. Le traitement du retour vers le passé, cet ultime destructeur et réparateur est dès lors assez logique. N’est-il pas la plus puissante et la plus veine manière de lutter contre le temps et ses ravages ?

De fait, les deux thèmes centraux de ce prologue et de ce chapitre sont bien l’incarnation et le temps. Le problème du temps qui passe, de la mort, et de l’irréversibilité de ce grand fleuve sont en général la question centrale de vos écrits. Aussi n’y a-t-il rien de surprenant à vous voir aborder encore l’idée du retour vers le passé. La différence cette fois-ci, c’est que l’histoire prend comme point de vue l’origine du retour vers le passé, autrement dit le futur, et non l’arrivée, c’est-à-dire le temps de la série.

À ce titre, l’intrigue imaginée concernant la vie à venir des héros est à la fois profondément classique et originale. L’idée de la séparation, d’Odd le perpétuel fêtard… rien de bien neuf. Pour autant, les couples créés sont surprenants, et surtout, il y a ces touches de détails qui rendent l’ensemble si vivant. À titre d’exemple, la soirée qui voit la fin du groupe. Il est à noter que le thème de la soirée adolescente, de ses excès et conséquences a aussi était vu et perçu de manière similaire dans Bouffon du roi.

L’autre grand thème, c’est donc l’incarnation. Ce thème est surtout abordé au travers de cette rareté : Xana a un corps. Plus encore, il a un corps qui souffre, qui chie, qui se corrompt. Certes, le rapport au corps est un point de style récurrent chez vous, mais là, il est emblématique. À la suite d’Ikorih, on ne peut manquer de s’interroger sur ce que cela veut dire : humain, non humain ? Les indices sont ici aussi bien distribués que brouillés.
Ce thème se retrouve aussi au travers du personnage de Lola. La donne est ici un peu différente. Ce qu’elle voit, ce sont des morts. Il est d’ailleurs suggéré qu’Odd est responsable de ces morts, professeurs dans son lycée. Elle voit donc avec un grand luxe de détails physique et corporels des choses qui sont justement fantomatiques, caractérisées donc par l’absence de corps.

Cela étant, il y a un lien entre ces deux chapitres. Le frère cadet de Xana s’appelle Basile, ce qui est incidemment le nom du défunt fils d’Aelita et de William. Il semble que cela soit le lien entre les deux. L’un est mort, l’autre soudainement né. Du fait que l’usage des dimensions multiples est déjà attesté chez vous, il n’y a pas d’impossibilité en tant que telle à ce que cela soit le même personnage, ainsi que l’a remarqué Ikorih.
L’autre lien réside dans l’emploi de la couleur bleu respectivement pour les premiers paragraphes du prologue et pour la dernière phrase du premier chapitre. Ce qui laisserait à penser que l’auteur des passages en question est ou Xana ou Jérémie. À titre personnel, j’inclinerai plus pour ce dernier.

Reste le titre. Tout d’abord, il y a à s’interroger sur le choix de l’anglais. Plusieurs interprétations sont possibles. La mustang est un modèle de voiture. Aussi le titre pourrait-il n’être qu’une référence automobile — un clin d’œil à Retour vers le futur ?
Une autre option est peut-être plus en lien avec l’histoire. Le cheval blanc est la couleur de la Conquête ou de la pestilence (suivant les analystes), l’un des quatre cavaliers de l’Apocalypse, et le cheval pâle est celui de la Mort au sein du même groupe. Sachant que Xana est lui-même malade, et que la mort rôde tout au long de ce récit, il est bien possible que cela soit le sens de ce titre.

À titre anecdotique, la phrase suivante : « Disney ment aux filles, le porno aux garçons », est un étrange écho d’une phrase d’Icejj, dans Une vie plus légère : « En revanche, la société a historiquement comploté pour convaincre les jeunes filles que les garçons les utilisent pour baiser—et les jettent comme des chaussettes après l’acte. Ledit complot sévit aussi chez les jeunes garçons, inséminant l’idée insensée que les filles ne veulent pas baiser—et les jeter comme des chaussettes après l’acte—mais souhaitent les piéger dans une relation à durée indéterminée. ». Phrase moins ramassé, mais dont les idées sous-jacentes sont les mêmes. Serait-ce le début de votre corruption par ce Royaume ?

Félicitation pour l'emploi du jeu de mot facile, mais à ma connaissance non fait jusqu'alors entre Xana et Xanax.

Pour finir, deux erreurs repérées :

« une cursive hautement littéraire ». Le mot à employer était sans doute « un cursus ».

« À qui profite ces crimes », en fait « profitent ».

Au plaisir de vous retrouver dans le passé.
  Sujet: [One-Shot] Aiguille grise et perle fine  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Dim 15 Avr 2018 17:09   Sujet: [One-Shot] Aiguille grise et perle fine
Bonsoir très cher Tazz,

Ainsi vous explorez le passé ?

Cette nouvelle est assez étrange sous ces dehors de normalité. Outre les remarques précédemment faites par Icer et Zéphyr, quelques point peuvent être notés.

Tout d’abord, ce texte a une sorte de position intermédiaire parmi ceux que vous avez pu publier en ce royaume. Stylistiquement il est assez loin de Numéro 3 ou d’Aiguille rouge et flocon sombre. Il serait beaucoup plus proche de Porcinet ne sourit plus. Mais, pour autant, il n’a pas le côté presque militant que peut avoir ce dernier. Cela étant, il n’en est que plus efficace à certain point de vue.

Sur le fond, ce texte présente juste une enfance, la petite enfance de William au travers d’une journée ordinaire qui est devenue extraordinaire. La difficulté à partir de là, c’est de relier ce William, visiblement retardé mentalement, à l’adolescent tout ce qu’il y a de plus commun qui est présent dans le dessin animé. Difficulté que le lien à vos autres récits n’abolit pas. En fait, il pourrait tendre à le compliquer d’une part vis-à-vis de la nouvelle suivante, et d’autre part du fait que Numéro 3 a pris le parti de repartir du dessin animé quoiqu’en prenant un tournant fort.

Porcinet ne sourit plus abordait la question du harcèlement et de la pudeur féminine. Ici, ce serait plutôt la condition féminine actuelle qui est globalement en question. Cette mise en question se fait autour de deux axes.
— d’une part la mère célibataire, seule, débordée, et surtout jugée. La scène du médecin est ici primordiale. Elle montre bien les limites de l’émancipation, Ophélia n’étant pas jugé pour elle-même mais au travers de son fils et de ses actions. De la même manière, elle se maquille avant de sortir, pour maintenir les apparences.
— D’autres part la femme libérée, produit du féminisme. Que ce soit au travers de « Girls just want to have fun » (en gras et isolé dans le texte), ou du rapport aux hommes.

Alors que Porcinet ne sourit plus dénonçait, ce texte lui illustre sans juger ni donner de solutions, il ouvre ainsi un point de fuite et de réflexion vis-à-vis de la condition féminine.
Par exemple, Ophélia note que son fils aurait besoin, a besoin d’une figure paternelle, pour autant elle ne peut accepter — même cinq après — le retour d’un homme dans sa vie. En somme elle est prise dans un dilemme entre ce que son amour pour son fils la pousse à faire et ce que son impératif féministe lui fait repousser. Pour autant, aucune solution n’est ici amorcée.
Il en va de même lorsqu’elle regrette de n’avoir la force de lui dire qu’il n’y arrivera jamais. Cette phrase est en dissonance complète par rapport au reste du texte, à l’affection affichée pour son fils. Dès lors, suivant Zéphyr il est possible de considérer que tout le texte est une hallucination causée par la scarification. Ou bien, il faut considérer cela comme l’expression de valeurs et système contradictoires, entre la mère et la femme pourrait-on dire.

Il faut cependant noter que c’est la mère qui a besoin de souffrir pour se sentir vivre, elle qui semble s’éteindre, alors que son fils reste plein d’une inépuisable énergie.
Bref, il est entièrement possible de lire tout le texte au travers de l’opposition entre la femme et son fils.

Pour conclure, ce texte est assez paradoxal. Il est de bonne facture, offre des perspectives intéressantes, mais semble pêcher par deux endroits. D’abord, il semble manquer d’ambition, même vis-à-vis de l’univers dans lequel il est censé s’inscrire. Ensuite, pour rejoindre la critique de Zéphyr, pourquoi faire ? C’est-à-dire, quel lien avec Lyokô ? Quel besoin y avait-il pour ce texte de s’inscrire dans cet univers-là ? Il est bien dommage que ces questionnements viennent à amoindrir le plaisir d’une lecture par ailleurs plaisante et originale.
Au terme de la lecture de vos nouvelles, il semble bien qu’il manque encore une, si ce n’est deux étapes dans le parcours de William. Mais alors se pose la question de l’unité. Pourquoi ne pas avoir composé qu’un seul texte, réunissant toutes ces nouvelles pour développer sur le long terme ce personnage ?

Au plaisir de vous retrouver au détour d’une maladie.
  Sujet: [One-Shot] Aiguille rouge et flocon sombre  
Silius Italicus

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Dim 15 Avr 2018 16:25   Sujet: [One-Shot] Aiguille rouge et flocon sombre
Bonjour très cher Tazz,

Ainsi, vous vous essayez à l’art de l’univers à plusieurs entrées ?

C’est pourtant un texte bien étrange que voilà. Un texte qui se laisse difficilement, en l’état, relier à ces prédécesseurs. En fait, s’il n’était d’une part le paratexte, et d’autre part le passage avec Jérémie, le lecteur ne se poserait pas la question du lien. Pour lui, il n’y en aurait pas, si ce n’est, et c’est plus un détail, la continuité des ennuis mentaux de William.

Ce texte se compose donc de trois parties et de sept intermèdes. Sur ces trois parties, deux sont liées directement entre elles puisqu’elles représentent le passé mort de William et le souvenir de celui-ci après sa mort. La première partie, avec Jérémie et Jim semble liées plus lâchement, si ce n’est qu’il s’agit encore de trouver William. Dès lors, ce récit semble être une quête autour du personnage de William, qu’il soit cherché par les autres, ou se cherche lui-même. Exilé dans la mort, dans Xana, ou dans ses souvenirs.

Les sept intermèdes quant à eux semblent être autant d’admonestation dont il devient progressivement clair qu’elles sont des souvenirs de mots que William a répété ou prononcé, à l’exception de la septième admonestation qui reprend une chanson française sur le thème de l’enfance. Il est difficile de savoir qui furent les auteurs exacts de ces mots, néanmoins on devine l’importance de Sissi, et l’importance du thème de l’enfance et de la santé mentale.

Dans l’ensemble ce texte ne s’accorde qu’assez lâchement avec la série, du moins la partie sur l’enfonce de William. En effet, le portrait qui est fait des parents de William ne colle pas avec ce qui a pu en être vu. Certes, l’hypothèse d’un remariage, d’une sortie définitive de l’alcool et une ascension sociale est acceptable, mais quelque peu tirée par les cheveux.

Du point de vue du style, il faut noter que les trois passages sont assez différents. Entre la mégalomanie de Jérémie dans un univers déchu, le veuvage dépressif de Sissi et l’étrange regard extérieur sur une enfance malheureuse, on a autant de variations différentes. Elles ont cependant en commun la grande attention faites aux états mentaux, à l’expression des troubles. L’autre grand thème qui semble hanter votre plume est évidemment la corruption. Il s’ensuit que votre plume traite essentiellement de la déchéance, tant physique que mental, mais sans qu’il soit possible de faire de l’un la cause de l’autre. Il semble bien plutôt que les deux aillent de pairs, apparaissant ensemble. Sous cet angle-là, la chute de la nouvelle qui résonne comme une note d’espoir apparaît bien étrange. D’autant plus étrange qu’elle est portée par un homme venu relever le décompte du temps et tirer — pour le compte d’autrui — les dividendes du passé. C’est donc un agent du corrupteur par excellence, le temps, qui vient apporter le renouveau possible. Possible, mais partiel : après tout, il ne s’agirait que d’une fois l’an. Comme un remède qui ne maintiendrait en vie que pour donner au mal plus d’occasion de vivre.

Ce qui est sûr, c’est que cette plume qui est la vôtre réunit ici les deux versants de style que vous aviez manifesté, avec une pointe en plus de ce qu’avait manifesté — y compris en thème — la nouvelle Porcinet ne sourit plus. Vu les dates de publications rapprochées, et la volonté d’écrire un univers coordonné, il est assez normal de retrouver ces similitudes et de ne pas vraiment dégager d’évolutions. En tout cas, cela tendrait à illustrer qu’en effet il y a un écart entre votre écriture spontanée et votre écriture raisonnée. Cependant, les deux gardent en commun une certaine extériorité dépersonnalisé du personnage narré à un instant donné. Une extériorité très neutre au demeurant.

Avant de finir, il faut quand même noter que la quatrième phrase de votre texte est relativement peu claire.
« Vivre avec tout ce que cela comporte comme sentiments et expériences d’être Humain par nature. »

Il y a comme une rupture syntaxique entre « expériences » et « d’être Humain ». Rupture liée à une ambiguïté non-tranché entre « être humain » au sens de l’individu appartenant au genre des animaux rationnels mortels, ou au sens de l’action d’être un humain. Rupture redoublée par la question de savoir si le génitif est ici objectif ou subjectif.
Si le génitif est objectif, alors les sentiments et expériences sont propres à l’être humain ou au fait d’être humain. S’il est subjectif alors ces mêmes sentiments et expériences sont l’origines du fait d’être humain.
À quoi s’ajoute que l’adjonction de « par nature » semble maladroite, mal rattachée à ce qui précède.

Il se peut que j’aie fort mal compris et lu cette phrase, mais il me semble qu’elle mériterait un travail de reformulation.

Au plaisir de vous retrouver une cinquième fois.
 

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