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  Sujet: [Fanfic] L'Engrenage  
Zéphyr

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Lun 16 Mai 2022 18:46   Sujet: [Fanfic] L'Engrenage
(Note : Cliquer sur le lien des derniers topics vous ayant inévitablement mené ici, retrouvez le début du chapitre en cliquant ici.)


https://i.imgur.com/bR14bv9.png


Samedi 09 Février 2013

En près de six mois, Mathilde n’avait pour ainsi dire pas avancé dans son projet. Sa condition lui donnant des avantages proportionnels à son handicap, anticiper les choses par rapport à ça n’était pas évident. Toutefois, au fil de ses sorties à l’air libre, elle cernait un peu plus cet aspect, dans ses bons comme ses mauvais côtés. L’équation « avantage = inconvénient » ne la quittait pas.
Au cours du reste de l’année 2012, elle s’était rendue compte d’une compte : l’intervalle de temps entre ses « recharges » dans la mer numérique s’allongeaient, par rapport à ses débuts. Son esprit virtuel qui avait perduré se délitait, lentement et sûrement. Plus que ça, elle sentait – peut-être par un léger biais hypocondriaque – que sa structure virtuelle était instable.
Pour le début de l’année 2013, elle opéra ses sorties avec beaucoup plus de prudence, raccourcissant celles-ci à l’essentielle mise à jour de ses informations, et surtout en n’attendant plus de tomber à sec. Cette modulation de rythme lui permit de reprendre conscience trois fois pour le mois de janvier. Malheureusement, ce n’était pas assez, de son point de vue, car elle n’avait aucun contrôle sur le moment où elle émergeait après une recharge et son temps de sortie était trop court pour faire quoi que ce soit de constructif. Il lui fallait adopter une solution plus durable.
Le parasitage.
Elle avait poussé plus loin ses expériences de possession des diverses créatures apparaissant parfois sur Tron. Outre les possibilités d’interaction étendues avec le monde virtuel, elle avait surtout remarqué qu’elle ne perdait presque pas d’énergie au cours de la manœuvre. Elle en avait déduit que seule la prise de contrôle en exigeait, la durée de parasitage laissant sa jauge intacte. Néanmoins, les monstres avaient beau être commodes, ils n’étaient que peu pratiques.
Un corps bipède était indispensable. Un véritable avatar d’être humain.
Le problème suivant se posa alors naturellement : qui posséder ? Le groupe d’intrus qui venait depuis peu était trop risqué, elle ne connaissait rien d’eux. Les Gardiens de Tron étaient, à sa connaissance, trop encadrés et surveillés. En revanche, un testeur de casque… Bien sûr, elle ignorait si ses capacités lui permettraient vraiment de « voler » un avatar, d’où l’importance de vérifier d’abord. Cela tombait bien, il y avait un petit nouveau sur Tron et Mathilde n’avait pas manqué de relever la date de sa prochaine virtualisation dans la base de données, lors de sa dernière sortie, qui avait été si brève que son temps de recharge avait été très court et pile dans le bon timing.
Ainsi, elle se retrouva à vagabonder devant la porte du Noyau, dans la carcasse informe d’une toute petite créature aux pattes qui inspiraient celles d’un insecte rampant. Pendant un moment, elle eut peur que l’accès ne s’ouvre jamais, son plan de test imposant qu’elle soit déjà sur place lors de la virtualisation de son futur pantin. Panique dans le vent, car une secousse parcourut Tron et ouvrit l’iris, qui lui permit d’accéder à la salle de toutes les convoitises.
Enfin, après une nouvelle phase d’attente usante, la structure en fil de fer blanc de Léo Chevalier commença à se matérialiser dans les airs, sur sa gauche. Le grésillement, heureusement, l’alerta de cette arrivée. Immédiatement, elle abandonna l’espèce de cancrelat qui lui avait servi à venir et fonça sur sa cible, droit dans son dos.
A peine l’avatar blanc eut-il fini de se constituer que la fille fantôme s’y introduisit. La procédure se déroula comme avec les créatures virtuelles. Peut-être sentit-elle une résistance inconsciente plus solide dans la prise de contrôle mais son pouvoir en riait. Après quoi, elle s’écrasa au sol dans son corps tout neuf.

De longues minutes plus tard, elle évoluait tranquillement dans son nouveau moyen de transport, lance contre épaule, qu’elle avait fait apparaître par amusement et parce que la base de donnée mentionnait cette possibilité. Comme prévu, il n’y avait eu aucune réaction du côté de Tyron, d’autant plus qu’elle n’avait pas tenté de naviguer sur l’interface dans ce nouvel état. Elle pouvait donc expérimenter en toute tranquillité.
C’était idiot à dire mais retrouver la sensation de posséder une masse, dans un corps adapté à son esprit, était très agréable. Mathilde éprouva un ravissement inattendu au fait d’avoir à nouveau la possibilité d’utiliser ses mains. En ce sens, l’arme qu’elle avait générée fut source d’un certain retour aux plaisirs simples. Dans tous les cas, la possession d’un avatar humain ne semblait poser aucun souci, sur le plan global, à part peut-être le fait que la morphologie du sujet n’était pas entièrement adaptée à ce qu’elle connaissait mais c’était une question de pratique.
En parlant de pratique, il était temps de penser à des choses plus concrètes. Son test était concluant, ce qui la sauvegardait d’une disparition inopinée et élargissait ses possibilités d’action. Elle allait-
KRIIIIIIIIII !
Son sursaut lui fit lâcher la lance. Près de l’entrée du Noyau, duquel elle ne s’était finalement pas éloigné, un étrange véhicule à quatre roues sur bras, au design digne d’un jouet pour enfant, venait de se stationner. Des intrus. Ce devait être la raison de la présence de celui qu’elle avait parasité. Tandis que trois avatars se matérialisèrent devant le moyen de transport et prirent un instant pour bavarder, son cerveau tourna à plein régime. Au bout du compte, elle décida de ramasser son arme et de s’élancer sur eux. Si elle ne les attaquait pas, Tyron et son équipe flaireraient qu’il se passait quelque chose avec leur testeur. Par ailleurs, elle avait, à moyen terme jusqu’à atteinte de son but, un intérêt à défendre Tron et son supercalculateur, puisqu’il la maintenait en vie.
Le trio avançait tranquillement sur la passerelle menant au centre du monde virtuel. Sa présence n’avait pas encore été détectée car, curieusement, elle n’émettait aucun bruit en approchant. Pourtant, elle courrait à toute vitesse mais ses foulées ne produisaient aucun claquement. C’était comme si elle prenait appui sur l’air plutôt que sur le sol. Dans tous les cas, avant d’arriver à portée, une nouvelle décision était à prendre : qui attaquer par surprise ? Par solidarité féminine, elle mit de côté l’avatar à dominante rose. Ne restait plus qu’à trancher, ou plutôt transpercer dans le cas présent, entre le type en noir et celui en violet.
- Arrrrgh !
Mathilde avait embroché ce dernier, en raison de sa queue de chat. Elle préférait les canidés. Ses deux compagnons eurent des réactions très différentes. La première se contenta d’arborer un air choqué en criant une curieuse onomatopée. Le second jura tout en faisant apparaître une large arme contondante, pour ensuite se jeter sur elle.
- Fonce ! cria-t-il au cours du processus.
N’ayant aucune expérience au combat et ne maniant le javelot que depuis quelques minutes, la jeune fille savait qu’elle ne risquait pas de briller au cours de la passe d’armes. De fait, elle compensa en cherchant à tenir en respect son assaillant grâce à des attaques d’estoc. Par chance, elle avait eu le temps de se remettre en garde après son coup en traître. Hélas, les choses se compliquèrent rapidement lorsque son adversaire révéla sa capacité à se transformer en amas fumeux. Se glissant dans son dos, il tenta de lui porter un coup fatal mais se trouva gêné par la cape de ce dernier, qui s’était soulevée du fait des mouvements offensifs de Mathilde vers l’avant, faits dans le vide. Le fil de sa lame, au lieu de se tailler la part du lion, se contenta d’en égratigner la surface.
Durant les quelques instants où les dommages virtuels se manifestèrent sur l’avatar volé, par les étincelles caractéristiques, l’ancienne testeuse se sentit tout chose. C’était comme si elle faisait une chute de tension, ou s’apprêtait à faire une crise d’hypoglycémie. Après quoi, la sensation s’évapora. Elle se remit en garde, à l’instar de son ennemi. Des pensées paniquées se bousculaient dans sa tête.
« Qu’est-ce que c’était que ça ? »
La réponse lui vint instinctivement : en possédant un corps virtuel, elle liait étroitement son sort avec celui-ci. S’il était dévirtualisé, elle risquait de subir le même sort… sauf qu’elle n’avait plus de corps l’attendant à l’arrivée.
La crainte déclencha un regain d’agressivité chez elle qui se manifesta par des attaques hargneuses à la pointe de la lance ; parées, déviées ou esquivées par le garçon à la grande épée. La séquence d’attaque aboutit à la même manœuvre que plus tôt : l’intrus s’enfuma à nouveau, pour prendre de la distance cette fois. Espérant ce moment, Mathilde ne se fit pas prier et profita de l’intervalle pour s’extirper – littéralement – de ce guêpier. Une seconde plus tard, elle se jetait dans la fosse bordant le Noyau, direction la mer numérique.

Son adversaire ne releva pas, lorsqu’il se reforma, le bref éclat orangé dans le coin de son œil.


Lundi 11 Mars 2013

Rien n’avançait. Aucune nouvelle information, ni d’évolution dans le projet de revanche envers Tyron. Elle n’avait plus tenté de voler un avatar, dissuadée par le risque de disparition et ne sachant trop ce qu’elle pourrait en faire. Sa sortie du jour avait été aussi brève qu’écourtée. Dans les profondeurs obscures de la mer numérique, l’esprit orangé dérivait, tel une méduse, suivant le même modèle au niveau de la pensée. Le désemparement dominait.
« Peut-être que tout ça, tout ce que je fais, est vain, finalement… ».


Mardi 26 Mars 2013

Tron avait vécu deux jours bien remplis, avec la mêlée générale entre monstres et Gardiens la veille, puis l’entrevue de Tyron avec les intrus le jour-même. Ducroc, bien qu’éveillée, n’avait pu prendre part à aucun des deux événements mais s’était donné le temps de rattraper son retard dans les jours suivants.
L’échange avec le groupe envahisseur avait été enregistré et archivé dans la base de données du monde virtuel. Si Tyron n’avait pas pris au sérieux les avertissements à propos de Xana, ce ne fut pas le cas de son ancienne testeuse. Elle était extrêmement bien placée pour savoir que l’existence de l’intelligence artificielle était avérée, puisque c’était à elle que les monstres qu’elle utilisait régulièrement appartenaient. Ce n’était donc pas un nom de code propre interne à la Deckard.Inc.
Son sens des responsabilités fut grandement inquiété par ces nouvelles, notamment sur le volet « prise de contrôle du Réseau ». De plus, après des mois à vagabonder sur Tron, elle ne s’était pas doutée de la présence d’une telle entité. Qu’en était-il de l’inverse : Xana savait-il pour Mathilde ? L’observait-il ? D’un seul coup, se confiance en ses pouvoirs de dissimulation s’effrita.
Quoique…
La confirmation venait seulement de tomber, un peu par conjonction heureuse des événements. Il n’y avait aucune raison pour qu’il sache pour elle, d’autant plus qu’elle n’avait pas spécialement fait de vagues. Bien sûr, il y avait les monstres mais elle était certaine qu’ils constituaient des unités autonomes préprogrammées. Les chances pour qu’elle lui soit restée invisible, ou floue dans le pire des cas, était élevée finalement. Cela étant, la question méritait d’être creusée. Accumuler des informations était sa spécialité et, sans nul doute, sa meilleure arme. Autant en profiter pour assurer les arrières.
Perdue dans le flot de sa réflexion et de la mer numérique, une idée la traversa, dû au fait qu’elle ait repensé à toutes les créatures virtuelles rencontrées jusque-là, notamment… le poisson aux énormes mâchoires ! Il devait forcément venir de Xana. Elle n’avait pas tellement ressassé le moment où elle avait perdu son corps mais si cette observation se vérifiait, alors l’intelligence artificielle était la responsable directe de son état actuel.
Sa rancune, jusque-là exclusive à Tyron, céda une part à Xana. Il fallait l’empêcher de nuire encore plus.


Mardi 07 Mai 2013

Avec la découverte de Xana, Mathilde devait reconstituer son stock d’informations et, surtout, réviser ses objectifs. Avec des temps de repos allant croissant, l’efficacité devenait le maître-mot. Elle vivait avec le sentiment constant qu’elle pouvait disparaître à tout moment. Pour autant, elle choisit de continuer à opérer seule, en fantôme. De toute façon, elle n’avait pas recroisé d’intrus depuis un mois, probablement devait-elle être en recharge pendant leurs derniers passages. Même si prendre contact avec eux devenait sa meilleure option, elle tenait à conserver sa survie secrète le plus longtemps possible. Un tel atout était souvent à usage unique, malheureusement.
Au cours de ses dernières sorties, elle avait creusé dans toutes les directions possibles, sur toutes les ressources disponibles, à propos de Xana comme de Tyron et son monde virtuel. Son expédition du jour, dans une tour, fut rapide mais surtout la dernière. Elle estimait avoir fait le tour de ses sujets. Ne restait plus qu’à passer à l’acte, après le prochain réveil bien sûr. Encore fallait-il choisir le moment propice…


Mercredi 22 Mai 2013

Les notions d’attente et de patience avaient été redéfinies en atteignant le stade ectoplasmique. Mathilde se figurait que guetter une occasion risquait de la faire mourir d’ennui. Elle s’était trompée. Seules ses facultés mentales avaient été affectées durant le processus, à force de faire le vide et d’être dans un état second en quasi-permanence.
Les intrus étaient revenus par deux fois depuis qu’elle tenait sa garde, pour deux échauffourées avec les forces de Tyron. Elle n’en avait rien fait mais avait relevé qu’ils utilisaient un sous-marin virtuel pour se rendre sur Tron. Ce pourquoi elle se plaça, par la suite, de façon plus stratégique dans son milieu désormais naturel.
Puis vint une curieuse troisième intrusion via le véhicule amphibie, réalisée par une personne isolée. Celle-ci, une fois débarquée sur l’anneau, ne prit pas la direction du centre de Tron mais du bord… pour se jeter dans le vide ! Désarçonnée par cette attitude, Mathilde réagit immédiatement, son conditionnement mental à « attendre le bon moment » aidant : elle s’imposa de force dans l’avatar suicidaire, qui visiblement n’avait plus besoin de son corps. Contrairement à son test de possession humaine, elle eut plus de mal à prendre les commandes. L’opposition était anormalement forte mais elle la surmonta juste avant l’eau ne soit atteinte.
« Mais qu’est-ce qu’il se passe ?! » entendit-elle alors résonner dans sa nouvelle tête, quelques secondes après immersion. « Xana ? »


https://i.imgur.com/bR14bv9.png


« Si je résume bien, tu as décidé de faire confiance à une entité qui t’encourage à penser autrement que par toi-même ?
- Très caricaturale comme formulation, sans le contexte. C’est plus compliqué que ça.
- Ne t’aventure pas sur ce terrain-là avec moi, je te rappelle que je suis techniquement morte.
- Grmf.
- Mais je te comprends sur certains trucs, notamment pour notre ami commun Tyron. »
Mathilde avait mené le corps de Chris dans les structures flottantes les plus hautes de Tron, à la suite d’essais de vol laborieux. Même s’ils auraient pu rester tranquillement à barboter dans la mer, Xana ne devait pas être très heureux de s’être fait voler sa proie. Il était susceptible de leur envoyer des bancs de poissons. Cela faisait de longues heures qu’ils discutaient. L’échange avait été instructif mais surtout constructif, puisque le garçon semblait avoir perdu l’envie de rallier Xana. Le coup de tête devait lui être passé.
« Et maintenant, qu’est-ce que tu vas faire de moi ?
- Je ne te cache pas que j’ai besoin de ton enveloppe virtuelle, surtout maintenant que mon invisibilité est compromise.
- Pas auprès de Tyron.
- Oui mais ce n’est plus la priorité. Xana semble avoir un plan global incompréhensible et tes potes ne semblent pas trop au courant.
- Ce ne sont pas mes amis. Et je dirais plutôt qu’ils sont au courant, sauf qu’ils ne se mettent pas trop la pression dessus vu qu’ils comptent détruire le supercalculateur de Tyron.
- Même avec toi qui est parti te noyer ?
- Euh… oui. Il faudra qu’on trouve un moyen d’arranger ça. Sans moyen de contact direct ça va être compliqué.
- Je vois. Pour revenir à ta question de base, j’aimerais te proposer de faire équipe pour régler nos différends avec Xana et Tyron. Vu que tu étais prêt à collaborer avec une intelligence artificielle, je présume que je fais l’affaire. Je serai la tête, toi les muscles.
- Pourquoi me proposer alors que tu peux me faire faire ce que tu veux ? »
Il avait répondu avec une espèce d’ironie résignée, tout en ignorant l’insulte. Le bonhomme ne devait pas être un rigolo.
« Hé, j’ai une morale ! D’ailleurs, en théorie, je peux lâcher les commandes de ton corps sans le quitter. Tu te doutes que si je fais ça, c’est ce qui t’a poussé à te jeter dans la mer numérique qui reprendra la main. Je ne l’ai pas fait disparaître même si mon pouvoir le supplante. Enfin, ça ne fera jamais que la deuxième fois que tu seras entièrement sous mon joug, tu vas t’habituer.
- Pardon ?!
- Je t’expliquerai plus tard. Cela dit, il y a quelque chose de bizarre : la dernière fois on ne pouvait pas communiquer et si j’en crois ta réaction, tu ne devais pas être resté conscient. Alors pourquoi ? »
Chris – c’était le nom du repêché – prit un instant pour réfléchir.
« Peut-être parce que les conditions ne sont pas tout à fait pareilles ? Enfin, je ne sais pas. Je ne te cache pas que ça m’est déjà arrivé une fois d’être possédé en restant conscient, donc ça ne me surprend pas plus que ça…
- Tu as des problèmes à ce que j’entends.
- Des tas. »
Un ange intérieur passa.
« D’accord pour faire équipe.
- Cool, tu ne le regretteras pas ! Du coup, recentrons-nous sur le plan de Xana : est-ce que tu as… des pistes ? »


Mardi 28 Mai 2013

En cinq jours, le duo-en-un avança énormément. L’absence de nécessité biologique permettait de dégager un temps assez incroyable, leur laissant même le luxe de bavarder et s’ennuyer. L’occasion pour Chris de se rendre compte que son monde était définitivement petit, lorsqu’il apprit le nom de sa bienfaitrice.
Leur programme se segmenta entre rondes sur Tron, récolte d’informations et entraînement dans l’utilisation de l’avatar. Rien ne vint les perturber, que ce soit du côté de Tyron ou de Xana, dont les monstres étaient les grands absents de Tron. Le programme semblait avoir renoncé trop facilement au kadicien, ce qui n’était pas rassurant en soi mais permettait d’avoir le champ libre pour investiguer. Pourtant, l’avatar au visage brûlé – et désormais entouré d’une aura orangée perpétuelle – était tranquillement assis en tailleur dans un coin quelconque du monde virtuel, l’air contrarié.
- Quelle galère…
La voix qui émanait était celle, féminine, de Mathilde, ce qui donnait l’impression d’un mauvais doublage en regard de la stature de Chris.
« C’est sûr qu’on ne s’attendait pas à une interférence pareille », commenta son hôte en pensée.
- Chris, qu’est-ce que je t’ai dit à propos de faire le malin ?
« De pas faire le malin », grommela-t-il en retour.
Depuis qu’il n’avait plus aucune emprise sur ses mouvements, le jeune homme, pourtant peu loquace de base, avait légèrement développé son sens du commentaire ironique et du jeu de mot contextuel. D’ordinaire bon public, celle qui le parasitait était parfois excédée de ses tentatives navrantes d’humour, qui témoignaient d’un manque d’expérience en la matière.
« Plus sérieusement : on fait quoi maintenant ? »
Plus tôt, ils avaient déniché une entrée pour le souterrain de Tron et décidé de partir à sa découverte, dans l’optique d’en trouver la tour et d’y monter la garde, en attendant la destruction de la machine générant Tron. Bien sûr, ils étaient partis du principe que le message aux camarades de Kadic de Chris, par le biais de son oncle, était correctement passé.
Hélas, l’exploration du dédale tourna mal en cinq minutes, puisque Mathilde se mit littéralement à buguer, lui faisant avoir des mouvements désynchronisés avec l’avatar. Aussi, le contrôle de ce dernier manqua de lui échapper, au profit du programme implanté par les tentacules de Xana. Ce fut comme si un aspirateur vers le néant tentait de l’emporter. Finalement, elle était parvenue à ressortir tant bien que mal, en panique et avant même que la structure de Tron ne se remodèle.
Pour répondre à son allié, Ducroc repassa au mode non-oral :
« On peut toujours monter la garde en surface et empêcher les intrus d’entrer dans le labyrinthe mais vu la taille de Tron, c’est peine perdue. Déjà qu’on a trouvé un accès naturellement formé avant l’entrée officielle… »
Chris sentit dans son timbre mental que l’événement l’avait affectée. Les interférences électromagnétiques avaient toujours existé sur la surface praticable de Tron mais semblaient plus intenses dans ses entrailles. La jeune fille, qui pensait être débarrassée de ce handicap en perdant son enveloppe charnelle, avait subi un dur retour à la réalité. En conséquence, elle avait théorisé que la dégradation progressive de son état spectral devait venir de ces fameuses interférences. Le parasitage ne l’en prémunissait en rien et impliquait de ne pas s’exposer à des doses aussi fortes que celles du souterrain.
«  L’idée est bonne pourtant, répondit White. Pourquoi ne surveillerait-on pas juste l’accès par la mer ? Avec mon cas, on sait que même si Xana trouve quelqu’un pour lui rendre son service, il viendra forcément de là.
- C’est vrai. »
Elle se tut après cette réponse sobre, pour réflexion supplémentaire.
« Ça ne suffira pas. Il y a encore trop de paramètres qu’on ne connaît pas malgré notre préparation. Regarde pour les interférences : ce n’était pas précisé dans la base qu’on a consultée. On doit trouver d’autres options pour parer à toute éventualité. Si intercepter totalement la réalisation du plan de Xana n’est pas possible, alors il faut attaquer sur plusieurs fronts. On a besoin de soutien.
- Je vois où tu veux en venir…
- Heureusement pour toi, tu ne pourras pas leur parler.
- Encore faut-il trouver le moyen de les contacter directement.
- La dernière fois, le but était d’agir vite pour aplanir la situation. Je n’y pense que maintenant mais si je ne me trompe pas, les tours de Tron recèlent des archives sur l’activité du monde virtuel, notamment les intrusions. Si ce n’est que pour envoyer un message, de simples données de signal devraient suffire. Quand ce sera fait, il faudra qu’on retourne à la pêche aux informations dans le Noyau, vu qu’on a concentré nos efforts sur le virtuel jusque-là. Autant ne pas revenir les mains vides. »
Bien qu’il n’ait plus le contrôle sur sa gorge, Chris valida par un bruit en provenant.
« Tu me suis ?
- Toujours. »
Le regain de motivation engendré par l’échange conféra à l’avatar multiplement parasité l’énergie de se lever et de s’envoler, vers une nouvelle épreuve de destins liés.


À suivre : La cité des rouages
  Sujet: [Fanfic] L'Engrenage  
Zéphyr

Réponses: 118
Vus: 146347

MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Lun 16 Mai 2022 18:45   Sujet: [Fanfic] L'Engrenage
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https://i.imgur.com/lEE0pVw.png




Dimanche 25 Décembre 2011

Xana était incontestablement au faîte de sa puissance. Le nombre de supercalculateurs dont il s’emparait allait croissant, et il consacrait une bonne partie de son énergie à la concrétisation de ses objectifs de conquête. Pour autant, certaines lignes de son complexe code calculaient pour lui les probabilités qu’il perde tout en un instant. Le résultat lui déplaisait. Tant que son concepteur restait dans l’équation, il n’était pas à l’abri de l’élimination totale.
Cette réflexion le poussa à tout mettre en œuvre pour débusquer l’architecte de Lyokô, afin de s’en débarrasser. Les résultats étaient peu probants, même lorsqu’il mettait les gros moyens, comme récemment avec sa bulle virtuelle – il devrait combler le manque d’information qui avait causé son échec, d’ailleurs.
Pendant qu’il continuait d’échouer, ses adversaires, eux, suivaient ses traces dans le Réseau, augmentant leurs chances de décrocher une information cruciale à son sujet. Franz Hopper n’attendait que ce moment pour leur donner un coup de pouce, sa condition virtuelle lui donnant tout le temps pour ourdir un retour explosif.
L’intelligence artificielle ne pouvait se le permettre.

Aussi se mit-elle naturellement à la recherche de nouvelles options.


Mercredi 11 Janvier 2012

Les actionnaires principaux de la Deckard.Inc ainsi que son PDG, Alan Meyer, se tenaient debout face à la machine qui leur avait tant coûté. Dos à cette dernière, donc face à eux, son concepteur, Tyron Lowel. Il avait respecté le code vestimentaire en mettant le costume-nœud papillon de mise pour un tel événement, mais avait gardé sa blouse de scientifique pour rappeler sa fonction à tous.
- Le calendrier maya s’arrêterait à l’année 2012 selon les légendes urbaines en vogue, démarra-t-il. J’aime à penser qu’il ne s’agit que d’une métaphore et que cela fait référence à la fin du monde tel qu’il est connu jusque-là. Le supercalculateur et son univers virtuel que nous avons patiemment assemblés sont les pionniers d’une nouvelle ère qui deviendra peut-être le futur, ou du moins la norme de notre société. Je suis heureux que vous soyez ici pour assister au démarrage de ce qui je l’espère, sera le point de départ de nos révolutions technologiques à venir ; notre héritage : Tron.
Fier de sa référence contemporaine, l’homme fit signe à son plus proche collaborateur, le professeur Bernard à l’immaculée blouse. La machine quantique fut allumée. Un éclat de lumière plus tard, des applaudissements résonnèrent dans la pièce souterraine.


Vendredi 13 Janvier 2012

L’émergence de Tron dans l’océan numérique du Réseau ne passa pas inaperçu pour Xana. Comme il l’avait fait pour chaque supercalculateur avant celui-ci, il entama une phase d’analyse et d’observation.
Bien vite, il se rendit compte de la nature particulière de Tron. La machine qui le générait était à peu de choses près conçue de la même façon que celle de Lyokô. Il ne fallut pas énormément d’efforts en excavation au programme pour découvrir l’homme derrière tout ça : Tyron Lowel, ancien assistant de Waldo Schaeffer au temps du projet Carthage. De surcroît, il était soutenu par une multinationale et un personnel humain conséquent.

Ces données changeaient beaucoup de choses : hors de question de foncer pour s’emparer de ce supercalculateur par la force, à moins de vouloir s’empêtrer dans une situation complexe. Il était temps de faire preuve d’adresse.


Vendredi 24 Janvier 2012

Finalement, la solution était relativement simple. Tron allait devenir une solution de repli. Dans le cas où Hopper serait en mesure de renverser la vapeur de la guerre virtuelle qu’il menait, comme Xana le craignait, créer un troisième front deviendrait inévitable. Par-là, cela signifiait : concentrer l’attention sur ce nouveau monde virtuel, afin de faire de leurs propriétaires des belligérants et diminuer la surface d’attention sur le virus. Évidemment, le risque était de se retrouver à deux contre un. Néanmoins, les recherches et calculs de l’intelligence artificielle tendaient à renforcer l’hypothèse qu’une confrontation impliquant deux anciens du projet Carthage, chacun avec de nouveaux intérêts à défendre, les verrait plus se mettre des bâtons dans les roues que s’entraider.
De fait, Xana avait d’ores et déjà subtilement investi Tron, en aidant discrètement au renforcement de ses systèmes de défense, tapi dans l’ombre. Une étape plus simple que prévue, grâce à l’ego humain qui faisait des miracles. Bien qu’il fasse le nécessaire pour que ses actions ne soulèvent pas le moindre soupçon, ses calculs n’avaient pas prévu une efficacité aussi remarquable. Ses furtives possessions-éclair et autres petits coups de pouce par réécriture de données en douce étaient automatiquement attribués à la fièvre créatrice et aux génies des équipes s’occupant du supercalculateur.
Grâce à ça, Tron était devenu ardu à détruire à distance, sans passer par le biais virtuel direct.
Cette fois, le programme au nom original était paré à toute éventualité.


Mercredi 1er Février 2012

Xana venait de se faire arracher son bras armé humain. Toutefois, de son point de vue, c’était une perte qui valait le coup en regard de l’erreur que ses ennemis avaient commise. Ils lui avaient révélé qu’ils concevaient un programme multi-agents pour l’éliminer. Loin d’être assez puissant au moment de leur test, le facteur Hopper rendait le potentiel de la chose très dangereux.
Ce signe inquiétant suffisait largement. Le plan de repli qu’il avait envisagé allait devoir subir un remaniement... et il allait également devoir commencer à anticiper l’après.


Mercredi 08 Février 2012

La situation était critique. Franz Hopper et ses ennemis étaient entrés en contact. La capacité de calcul de Xana lui cria que c’était de mauvais augure pour lui. Aussi sortit-il l’artillerie lourde : l’énergie de ses mondes virtuels fut mobilisée pour deux objectifs. La majorité servit à matérialiser sur le plan virtuel sa créature la plus dévastatrice, accompagnée de renforts aériens. Le surplus restant fut investi sur le plan terrestre, dans une possession humaine qu’il n’aurait pu effectuer en temps normal, puisque sa victime, William Dunbar, était déjà passée par le processus de virtualisation.
Une fois Jérémie Belpois neutralisé, son pantin récupéré se mit au clavier et accepta un transfert de données soumis par Xana, naturellement persona non grata pour le hardware. Un téléchargement de dix secondes plus tard, et les mains à la vitesse irréelle entraient un programme spécial grâce à la réception toute fraîche. Lorsque les quatre autres seraient rematérialisés, de force ou non, des codes sources d’une nature particulière seraient implantés en eux.
Ce programme tirait parti de la recombinaison du corps humain dans le scanner suite à son retour de la virtualité. Logiquement, la restructuration se faisait à l’identique, selon les données enregistrées à la virtualisation. Il n’était pas possible de trop altérer le processus sans activer la sécurité automatique, qui bloquait alors toute modification et enclenchait une réinitialisation de l’ensemble. Néanmoins, un simple ajout de données non-dangereuses pour la reconstruction et l’intégrité physique ne posaient aucun souci.

Cette première tâche prit moins d’une minute à William. Il put ensuite se diriger au monte-charges pour la suite des réjouissances.


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À côté du supercalculateur générant Tron, l’équipe scientifique était en plein coup de feu. Devant les divers postes de travail qui entouraient la machine principale, ils s’attelaient à contenir ou repousser, selon leurs attributions, l’attaque qu’ils essuyaient. En regard de la surchauffe sérieuse et de l’électricité statique dégagée par l’installation, la destruction de celle-ci était de toute évidence l’objectif du programme assaillant.
Au bout de fastidieuses minutes, les soupirs de soulagement se firent entendre. Le pire avait été évité.
Tyron débarqua quelques minutes après la guerre, et s’enquit immédiatement de la situation auprès du professeur Bernard :
- Un programme multi-agents, exposa celui-ci. Il a tenté de s’infiltrer brutalement dans nos systèmes pour les ravager. Sans nos défenses et les multiples pare-feux, nous aurions réagi trop tard.
- D’où venait-il ? Pourquoi nous l’a-t-on envoyé et par qui ?
Le collègue du chef des opérations ne se laissait pas emporter par l’impatience exprimée.
- Au vu de l’urgence de la situation, nous n’avons pas eu le temps de nous concentrer sur ces détails. Maintenant que le programme est reparti, on ne risque pas d’en savoir plus, sauf s’il revient à la charge bien sûr mais ça ne risque pas d’arriver.
- En quel honneur ?
Bernard fit signe à un jeune homme de l’équipe, un trentenaire propre sur lui aux courts cheveux blonds.
- Voici Thibaut Fontaine, une de nos recrues rattachées à la maintenance du supercalculateur. C’est notre M.V.P du jour. Il s’est rendu compte que le programme obéissait à un ordre de type « search and destroy » et a trouvé le moyen de tromper cette partie de son codage. Pensant que sa mission chez nous était finie, il est reparti aussi sec dans le Réseau.
- Impressionnant, commenta Tyron. Surtout en aussi peu de temps et avec la pression.
- C’était un coup de chance, souligna le sauveur du jour avec une modestie modérée. J’ai capté les données cruciales sur le programme assaillant au moment fatidique.
- Peu importe, balaya Lowel. Le talent a besoin de chance pour s’épanouir.
Son collaborateur de la même tranche d’âge approuva d’une moue sans appel.
- Nous suivrons votre carrière de près, jeune Fontaine.
- Merci monsieur.
La remarque paternaliste que Bernard crut bon de glisser à la recrue inspira à Tyron une idée qu’il ne manqua pas d’exprimer :
- J’ai d’ores et déjà commencé à lancer les premiers tests autour de la virtualisation. La charge de travail s’annonce grande et avoir un élément comme vous en renfort ne serait pas de trop à l’avenir. Cela vous intéresserait-il d’y participer ?
L’illumination éclairant l’ambition faciale valut toutes les réponses possibles.


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Pour Xana, la journée avait aussi été très chargée. S’il avait bénéficié d’un corps humain, nul doute qu’il se serait effondré dans un coin.

Il avait jeté toutes ses forces dans la bataille finale, mais une pression de clavier avait suffi à faire s’écrouler son empire virtuel, le forçant à trouver refuge sur Tron. Le programme multi-agent de Jérémie Belpois, programmé pour le traquer jusqu’à l’anéantir, avait permis de camoufler son parasitage complet du supercalculateur, mais avait eu le temps de lui arracher quelques plumes avant de repartir. La restauration prendrait un peu de temps, ce qui tombait bien puisqu’il allait en avoir à loisir, dans les mois à suivre.
Pour survivre, il avait renoncé à sa liberté et se retrouvait à nouveau lié à une machine. L’élimination fraîche de son créateur perdait son sens dans ces conditions. Tout était à recommencer.
Dans un premier temps, il allait faire profil bas, en jouant les morts auprès de ceux qui le connaissaient et en se rendant indétectable pour ceux qui l’hébergeaient sans le savoir. Dans un second temps, il recommencerait tout depuis le début, à commencer par l’échappée dans le Réseau et -
C’est à ce moment précis que sa programmation – partiellement endommagée par les dernières péripéties – lui fit esquisser un schéma réflexif différent. Pourquoi emprunter encore la voie qui l’avait mené à l’échec ? Évidemment, le facteur Franz Hopper avait disparu et changeait les choses, mais ce n’était pas suffisant. Le virus devait opérer une véritable remise en question, s’il voulait réussir. Naturellement, l’idée le révulsa, car trop... humaine. Un être tel que lui, codé dans une idée d’idéal informatique, n’était pas censé envisager ce genre de chose. Pourtant... son accès à la conscience n’aurait jamais dû se produire et avait pourtant eu lieu. Au fond de lui sommeillait ce potentiel de déconstruction des pièces de puzzle de son individualité, pour les réassembler en une forme différente de la précédente, afin de la révolutionner. En bien comme en mal.
Non, la remise en question n’était pas un concept à attacher à l’humanité, mais à toute forme d’intelligence développée. La sienne était artificielle, mais pas moins redoutable. Jusque-là, il s’était évertué à conquérir sa liberté puis à gagner en puissance afin de préserver celle-ci. Il était temps de voir plus loin.
Xana venait de se trouver une occupation pour ses vieux jours sur Tron.
L’évolution était en marche.


Jeudi 17 Mai 2012

Le temps, Xana se l’était accordé. Ses calculs sur son propre programme et la façon de l’emmener plus loin avaient été constructifs.

Premier axe : retravailler le mode d’action. La manière forte et brutale n’avait pas suffi à s’assurer la victoire en plus de deux ans. Les hommes semblaient avoir quelque chose en plus, a priori suffisant pour le surclasser. Des jours durant, il absorba des données sur le comportement humain et la psychologie. Cette étude, finalement, lui servit autant pour son auto-analyse que pour sa base d’informations. Il n’agissait pas de façon assez précise, prenait parfois trop de détours mais surtout, avait une tendance légèrement marquée à se mettre en scène de façon impressionnante. Il chercha l’origine de ce travers : Hopper, comme il fallait s’y attendre. Probablement voulait-il le rendre intimidant auprès de ses ennemis. Il ne le saurait jamais. Ce trait appartenait à sa programmation originelle, il ne pourrait pas le contourner aussi aisément. En avoir conscience constituait néanmoins un avantage. Peut-être même pourrait-il en tirer parti…
Il finit par mettre des mots sur les points qu’il devait développer : subtilité, pondération, mesure et vision d’ensemble.
Ces principes, ils n’étaient pas hors de la portée technique ou de la compréhension de Xana. Il les avait appliqués au moment où il avait commencé à s’intéresser à Tron. Sa discrétion avait été absolue et il n’avait pas agi contre le groupe de Tyron Lowel, comme il avait pu le faire auprès des groupuscules entretenant les supercalculateurs dont il s’était emparé à l’époque. Cela lui avait valu des bénéfices : personne ne l’avait repéré, ses ennemis le croyaient toujours anéanti et il préparait doucement ses projets à venir. Certes, il n’avançait pas à la vitesse que lui aurait permis son potentiel de calcul mais c’était là tout l’intérêt de cette façon de procéder.
Le virus eut alors comme une révélation, qui l’entraîna sur la piste du deuxième axe : le schéma comportemental.
L’analyse fut complexe, compte-tenu que sa conception même visait une certaine perfection. Balayer ses acquis avait été un travail long, qui aurait été impossible sans la conscience de lui-même. Le plus difficile à assimiler fut certainement le concept d’imprédictibilité. Néanmoins, une fois appréhendé… Ses analyses prirent une nouvelle dimension, avec des variables et des inconnues complémentaires, prenant en compte l’imprévisible et l’inconnu. Cela lui permettrait d’agir mieux, à défaut d’agir sans relâche. Évidemment, sur le plan théorique, cela sonnait comme une évidence. L’applicatif ne suivrait que très rarement. En somme, il commettrait nécessairement des erreurs de calcul, se tromperait, pour reprendre le vocabulaire humain.
Xana sentait graduellement son niveau de conscience se développer. Il reconnaissait de moins en moins sa structure initiale. Pour la première fois depuis sa création, il saisit pleinement en quoi sa programmation même était évolutive. Il était tel l’écrivain qui par l’agencement de mots remodelait une réalité de papier.
Impossible n’est pas Xana.
Devenu tel le xénon, il avançait dans la nuit, jusqu’à ce que ses paramètres s’adaptent conformément à ses dernières mises à jour.

Fort de ces nouvelles dispositions, il pouvait enfin, après tout ce temps, se pencher sur son dernier axe. Le plan global.
Sur ce point-là, rien n’avait pas changé. Ses objectifs s’échelonnaient selon sa situation du moment et des degrés de priorité. Ici, pas d’équivoque : il devait avant toute chose échapper à l’emprise de la machine à laquelle il s’était greffé pour survivre. Il l’avait déjà fait une fois, lors du vol des clés de Lyokô. De fait, il suffisait de mettre la main sur leur équivalent de Tron.
Les résultats des recherches dans cette direction ne tardèrent pas à tomber. Tyron avait bien suivi le modèle de son ancien collaborateur mais n’avait pas jugé utile de les confier à un être humain dans l’immédiat. Une simple tour faisait office de support de stockage. La pirater était largement dans les cordes d’une intelligence artificielle du tonneau de Xana. Rien ne semblait pouvoir arrêter cette refonte de La Grande Évasion.
Excepté un paramètre imprévisible.
Les clés de Tron, dans leur forme originelle comme celle sauvegardée dans la tour, étaient inutilisables en l’état. Il était possible de s’en emparer, mais ses fonctionnalités s’avéreraient bloquées. Le programme était codé de telle façon que le déverrouillage desdites fonctions ne s’opérait que par l’implantation des clés dans un avatar possédant un code source ADN. Un être humain véritable. Après quoi, il devenait possible de transférer les clés opérationnelles à un tiers, même purement numérique. Le problème aurait pu s’arrêter là, mais Tyron avait visiblement décidé de pousser sa paranoïa loin : cela ne pouvait pas être le premier avatar venu, il devait être « reconnu » par le monde virtuel. Lors de la première virtualisation d’un individu sur Tron, ses données de conscience, qui faisaient office de carte d’identité utilisateur dans le système de Tyron, étaient enregistrées sur une liste immuable qui catégorisait leur possesseur dans ses possibilités d’interaction avec le monde virtuel. Les Gardiens, par exemple, n’avaient que le minimum syndical, leur rôle se cantonnant à la défense. Ceux qui passaient par le casque, en revanche, avaient une chance d’éligibilité à l’implantation des clés de Tron, pour peu que la structure de leur subconscient réponde à des dispositions préétablies spécifiques.
Toutefois, les tests sur le casque venaient à peine de démarrer. Valentin Masson, le Premier testeur, était un porteur de clés potentiel. Malheureusement, il avait disparu trop vite, Xana n’avait même pas eu le temps de réfléchir à la façon de procéder.
Non, il ne fallait pas envisager les choses sur un terme aussi immédiat. Avoir l’humain qui ferait la course pour lui n’était que le point de départ. À partir de là, il fallait définir un mode opératoire.

Les clés de Tron ne pouvaient être récupérées par le biais du mode de virtualisation utilisé par les installations de la Deckard Inc. L’avatar devait avoir une structure complète. Seule la technologie laissée par Franz Hopper le permettait. Son supercalculateur devrait donc être rallumé tôt ou tard. Néanmoins, Xana n’avait pas les moyens de le faire lui-même, du fait de sa perte de puissance. Le supercalculateur de Tron, malgré sa parenté technique avec celui de Lyokô, était loin d’égaler les possibilités que ce dernier avait développées grâce aux retours vers le passé. De fait, Xana ne pouvait plus posséder un être humain pour que la machine de l’usine abandonnée soit remise en route.
En revanche, il pouvait faire savoir à ses anciens ennemis qu’il était en vie, afin qu’ils effectuent cette besogne pour lui. Au moins, cette manœuvre lui assurerait de ne pas attirer l’attention de Tyron et ses équipes.
Toutefois, le fait de signaler son retour aux adolescents de Kadic les amènerait nécessairement sur Tron... ce qui était hautement dangereux pour lui. Les défenses mises en place par Tyron étaient bonnes, mais seulement à court terme. Même en lui faisant s’affronter ses ennemis, ceux-ci avaient une longue expérience de lutte virtuelle derrière eux, ce qui ne jouerait pas en la faveur du scientifique.
Comment procéder ?
Il devait s’arranger pour ne pas être vaincu le temps de récupérer les clés. De même, il devait faire en sorte que son véritable objectif reste le plus longtemps possible méconnu.
En parcourant ses données archivées, il retomba sur une opération qu’il avait effectuée, le jour de sa défaite. Les codes source. À la base, leur implantation dans le quatuor de Lyokô-guerriers s’inscrivait dans un plan global différent, pour empêcher la concrétisation du programme multi-agent et au cas où débrancher les scanners n’ait pas été suffisant. Évidemment, il ne s’était pas imaginé que ledit programme serait immédiatement finalisé et déclenché, rendant l’idée caduque.
Toutefois...
Il était possible de réutiliser ce plan avorté, de la même manière que ce qu’il aurait dû être. Jouer sur la psychologie et l’ego humain.
Eurêka.
Les codes source implantés étaient censés faire croire qu’ils constituaient des fragments de lui-même, intimement liés à ses capacités et puissance. L’idée paraissait aberrante sur le papier – après tout, sa puissance avait surtout dépendu des machines qu’il exploitait – mais l’illusion était censée se renforcer par la possibilité pour le codé de désactiver les tours. À partir de là, ses ennemis auraient forcément l’idée suivante en tête : « Xana n’est plus ce qu’il est a été. Il a largement perdu en puissance. ». Bien sûr, lui, le virus menaçant l’humanité, ferait tout pour remettre la main sur ces précieux codes, en lançant des attaques. Des attaques pour le moins particulières, car elles devraient encore appuyer sa « perte de puissance ». Il n’avait pas encore conceptualisé la forme qu’elles prendraient, mais elles devaient amener ses ennemis de toujours à baisser leur garde.
Xana voulait être sous-estimé, que les humains pensent de lui qu’il était devenu parfaitement gérable. Ceux-ci feraient alors traîner la destruction de Tron, lui donnant encore du temps pour récupérer les clés en faisant passer son élu par le scanner remis en service.

Cette base parut excellente à l’intelligence artificielle. En dehors du testeur de casque compatible, il lui faudrait encore trouver un moyen supplémentaire pour que les Lyokô-guerriers fassent traîner un peu plus sa destruction. Au vu du numéro d’équilibriste qu’allait constituer ce plan, mieux valait prévoir un filet de sûreté. Peut-être que ses autres données d’archive, croisées avec les informations du moment, lui donneraient une piste... Il verrait plus tard.

Remontant l’assemblage de sa réflexion, le fruit des travaux de Franz Hopper se fit la remarque que ses projets étaient tortueux et complexes, mais surtout extrêmement dangereux pour lui. S’il aurait une marge de manœuvre et d’erreur raisonnable, il s’exposerait néanmoins à tout moment à une disparition pure et simple. Évidemment, il continuerait d’entretenir son invisibilité aux yeux de Tyron et ses équipes, c’était la précaution la plus élémentaire.
Pour le reste, force était d’avouer que tout ça était – il chercha le mot approprié dans sa base – très audacieux. Cela avait beau aller dans le sens de la refonte de son mode d’action, une part de lui ne pouvait s’empêcher d’exprimer de la retenue. Il devait continuer d’écarter ce type d’observation, autrement il stagnerait et perdrait à nouveau. De cela, il en était persuadé.
Patience. Son heure viendrait.

Ainsi naquit Xana 2.0.


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Lundi 04 Juin 2012

Dans le ciel couleur biscuit de Tron, des étincelles violettes s’épanouirent dans un sobre claquement, juste au-dessus de la zone centrale. Mathilde Ducroc interrompit dans la minute son entraînement au tir à l’arc, pratique pour laquelle elle semblait peu douée naturellement malgré les oreilles légèrement en pointe de son avatar. Elle soupçonnait une farce de son subconscient sur ce point, étant donné que le reste de son apparence, une combinaison couleur sable aux motifs et bottes en nuance de brun, n’avait aucun lien avec son double attribut elfique.
Après avoir récupéré les deux-trois flèches qui ne s’étaient pas perdues dans le lointain, elle se mit en route pour le Noyau. Son trajet fut des plus calmes, le territoire ayant décidé de se tenir tranquille le temps d’atteindre sa destination. La porte menant au cœur du monde virtuel était grande ouverte à son arrivée. Grâce à ça, elle put se poster dans la minute suivante devant le terminal de données, au-dessus duquel le visage de Tyron s’affichait sur un écran projeté.
- Pour le moment, ta troisième virtualisation se déroule pour le mieux, commenta le scientifique. Tes constantes sont toutes stables.
- C’est rassurant, répondit-elle. Et en quoi d’autre puis-je vous aider ?
Visiblement, la jeune fille n’était pas du genre à tourner autour du pot.
- C’est à propos de la capacité que tu as découverte la dernière fois. On vient à l’instant de finir d’analyser les données du scan.
Mathilde haussa un sourcil virtuel. Son dernier voyage sur Tron remontait à deux semaines. Que les résultats tombent seulement maintenant était étrange. Cela ressemblait à la technique des « devoirs au dernier moment » largement plébiscitée par les étudiants de tous poils.
- D’après nos résultats, cette enveloppe te permettrait de t’immerger dans la mer numérique sans risque.
- Euh, la dernière fois le pouvoir n’était pas très stable et tombait en panne régulièrement. Donc ce n’est pas « sans risque », plutôt « risque cent ».
- Certes, réagit un Tyron perplexe face au calembour. L’instabilité que tu as relevée vient des interférences électromagnétiques qu’émet la zone en anneau de Tron. Leur puissance s’étiole avec la distance. Au niveau de la mer, elle est négligeable. Nous avons pris le temps nécessaire avec mon équipe pour vérifier ces résultats et faire des simulations : nous sommes sûrs de ce que je viens d’avancer. Tu ne craindrais rien en condition réelle. Enfin, je ne te force à rien, mais je suis sûr qu’un test de cinq minutes nous apporterait des données inestimables.
Au moins, Mathilde avait la réponse à sa réflexion sur le temps d’analyse. Elle devait bien avouer qu’il y avait un côté rassurant au sérieux et à la prévenance des responsables de la virtualisation. De plus, elle commençait à avoir fait le tour des choses à faire sur Tron, après deux voyages de plusieurs heures. La proposition à demi-mot d’une activité inédite, avec une pointe de danger, n’était pas pour lui déplaire et la révulser.
- Ok, je marche. Qu’est-ce qu’il faut que je fasse ?

Sitôt ses instructions prises, Ducroc sortit du Noyau et, après une inspiration prise par pur conditionnement psychologique, sauta dans le vide qui cernait la passerelle d’accès à la sphère qu’elle venait de quitter. Tête la première, elle vit l’eau en contrebas se rapprocher. Lorsqu’elle estima être suffisamment descendue, avec une pression de la main sur le sternum, elle généra un halo orangé qui l’enveloppa entièrement. Quelques instants plus tard, son plongeon dans la mer numérique était effectif.
Comme annoncé, elle garda son intégrité au contact du dangereux liquide. En terme de sensation, c’était assez conforme à ce qui se faisait dans la réalité. La résistance de l’eau semblait néanmoins bien plus réduite, au vu de l’impact peu violent en surface et de l’aisance à y effectuer des mouvements.
L’archère ne se laissa toutefois pas emporter trop longtemps par la nouveauté. Elle n’avait que cinq minutes pour explorer au maximum ce nouvel environnement. Premier objectif : essayer d’atteindre le fond, qui selon Tyron existait. De fait, elle s’engagea vers le bas, droit vers les profondeurs que ne parvenait pas à percer la lumière pourtant forte de Tron. Elle effectua une dizaine de brasses dans un silence apaisant. Malgré la baisse de luminosité, son enveloppe protectrice – bel et bien durable en définitive – fit office de bougie éclairant le chemin directement sous ses yeux, même s’il n’y avait pas grand-chose à voir jusque-là.
Soudain, elle crut percevoir un mouvement du coin de l’œil. Les profondeurs n’étaient pas encore tout à fait opaques, ce pourquoi elle ralentit sa descente pour scruter autour de sa position. À peine se tourna-t-elle qu’un poisson à la mâchoire et aux dents impressionnantes surgit sous ses yeux.
- Aaaaaah ! lâcha-t-elle involontairement sans que l’eau ne déforme le cri.
Sous l’effet de la surprise, probablement, son aura orange s’éteignit.

Mathilde n’eut même pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait qu’elle sentit son être exploser, qui se traduisit en un rayon ascendant bleuté.


Date inconnue

Les yeux de Mathilde s’ouvrirent. Elle flottait. Une obscurité relative à la texture aquatique l’entourait. Elle eut l’impression d’être en état d’apesanteur, sans distinguer le haut du bas. Puis, quelques éclats lumineux lui parvinrent, remettant les dimensions à leur juste place.
La mémoire lui revint. Elle était en mission. Explorer la mer numérique. La créature et ses longues dents.
Brusquement, elle tourna sur elle-même, cherchant la menace des yeux. Elle n’y vit que le bleu-noir des profondeurs. Étrange... Où était-elle passée ? Et qu’était-ce cette espèce d’absence qu’elle avait eue ? Suspicieuse, elle préféra retrouver la surface. Tant pis pour Tyron, ce qui lui était arrivé était trop douteux pour qu’elle poursuive.
Une fois la tête hors de l’eau, un problème se dessina : elle n’avait aucun moyen de retourner sur la terre ferme. Pas toute seule en tout cas. Il lui fallait attendre. Ne devait-elle pas être rematérialisée cinq minutes après son grand plongeon, de toute façon ? Il ne devait pas rester tant de temps que ça...

Elle attendit, compta les secondes même. Puis, le demi-millier dépassé, elle commença à s’inquiéter sérieusement.
- Héééééé ! hurla-t-elle alors. Qu’est-ce qui se passe, sortez-moi de là !
Entendre sa voix la fit sursauter, car elle semblait comme déformée par un filtre. Du moins, plus que ce qu’il lui semblait quand elle était virtualisée.
C’est alors que son regard se posa sur sa main. Elle était devenue... translucide. Le reste de son corps aussi, visiblement, bien qu’elle ne puisse vérifier son visage. Ses traits et sa tenue étaient toujours distinctifs, mais il était possible de voir à travers, et ils avaient adopté des nuances orangées.
Dans son observation interloquée, elle n’avait pas remarqué qu’elle avait cessé de battre des bras et des jambes pour se maintenir à la surface de l’eau. Pourtant, elle ne coulait pas. En fait, elle flottait toujours : son corps émergeait du niveau de la mer numérique, à partir de la taille.
Toute cette situation était anormale. Mathilde n’avait aucune clé de compréhension mais l’avantage de posséder un bon instinct. Aussi misa-t-elle sur l’émergence d’une nouvelle capacité virtuelle et tenta de faire s’élever son corps à la force de l’esprit.
Cela échoua.
En y repensant, elle n’avait eu aucun mal à remonter à la surface de l’eau. Peut-être parce qu’elle ne voyait aucune raison de ne pas y arriver, le mouvement devant venir de son corps. Ici, néanmoins, il s’agissait de léviter. Naturellement, son esprit n’y était pas conformé. Elle devait réessayer, jusqu’à y parvenir.

Cela prit le temps, mais son corps fantomatique finit par s’extraire complètement de l’étendue aquatique, avant de poursuivre sa lente ascension vers Tron. L’exercice demanda une certaine concentration, qui réclama une intensité toujours plus soutenue au fil de la montée, si bien qu’au bout d’un moment, Mathilde n’y tint plus.
Elle se sentit comme une pile usagée. Son avatar rechuta doucement et erratiquement, comme une feuille au vent. La mer numérique l’engloutit à nouveau, l’avalant pour la seconde fois. La jeune fille se sentait vidée de ses forces. Cette fois-ci, c’était la fin, son manque total d’énergie en était la preuve. Elle ne chercha pas à se – dé – battre face au sort qui semblait l’attendre.

Dans les deux sens, elle sombra.


Date inconnue

À deux reprises, Mathilde avait repris conscience comme la fois précédente. Encore une fois, elle avait tenté de s’extraire du bouillon de culture dans lequel elle était immergée. La première fois, elle était à nouveau tombée à plat en cours d’ascension, après être parvenue plus haut néanmoins. La seconde fois, elle avait enfin réussi à atteindre la bordure de la partie terrestre de Tron. Malheureusement, l’effort l’avait vidée, l’obligeant à retourner dans le grand bain afin de « se recharger ».
Malgré tout, les résultats étaient parlants : elle maîtrisait de mieux en mieux sa nouvelle forme spectrale et la gestion de son énergie.

Pour son quatrième éveil, elle avait procédé plus stratégiquement. Visiblement, ses forces ne s’épuisaient pas si elle restait en partie dans la mer numérique. Aussi, avant de s’élever, elle s’était placée de façon à être grossièrement en dessous de la zone centrale du monde virtuel. Ainsi, elle était parvenue à se positionner devant l’entrée du Noyau le plus prestement et efficacement du monde. La manœuvre lui permit de relever qu’en dépit de sa fantômitude incarnée, elle était incapable de traverser la matière solide dont était constituée Tron et qu’elle pouvait de fait « marcher » normalement, sans avoir à flotter. Dans son esprit, c’était moins gourmand en ressources énergétiques mais peut-être n’était-ce qu’une impression psychologique.
Par chance, au moment de son passage, le sas menant au cœur était resté ouvert. Toutefois, elle avait immédiatement essuyé un obstacle majeur : le téléporteur qui refusait de s’activer lorsqu’elle s’y était positionnée. Décidément, sa forme translucide était bien handicapante.
La mort dans l’âme, elle avait immédiatement replongé là où elle était venue. Contrairement aux fois précédentes, la sensation de sommeil et de sombrage n’étaient pas montées. Son hypothèse sur le fait que la mer numérique était devenue en quelque sorte son nouveau milieu naturel se vérifiait.
Curieuse, elle avait tenté de se mettre « en veille » par elle-même, malgré non-épuisement de son énergie. De toute façon, sa sortie pour prendre contact et récolter des informations avait été un échec et elle était à court d’options. Contre toute attente, ses paupières et sa conscience s’étaient closes. Elle pouvait donc choisir ou non de se mettre en stase quand elle n’était pas à sec. C’était un peu comme les besoins vitaux des êtres vivants, en moins élaboré.

Lorsqu’elle ouvrit les yeux pour la cinquième fois depuis son étrange accident, l’inspiration sur ce qu’elle pouvait faire lui vint. Elle n’avait jamais vraiment exploré Tron de fond en comble, la topographie proposant peu de variations. Peut-être trouverait-elle un moyen de communiquer.
Sa recherche fut grandement facilitée par sa capacité à léviter. En peu de temps, elle repéra un pilier noir, qui détonnait suffisamment avec le reste du paysage pour paraître suspect, donc un minimum important. Elle le rejoignit, mais ne trouva aucune forme d’ouverture dans l’espèce de monolithe. Un peu déçue, elle donna un coup de pied à ce monument inutile, du moins avant que son pied ne le traverse, créant pour l’occasion des ondulations sur la surface sombre.
- Pourquoi la porte n’est jamais clairement indiquée dans ces designs virtuels ? lâcha-t-elle, exaspérée, dans un besoin d’extérioriser.
Elle pénétra en entier dans l’édifice et, sans s’attarder plus sur ses particularités architecturales, avisa la plateforme plus en hauteur. Par sa capacité, elle la rallia. Une fois le pied posé sur la plateforme circulaire, une interface flottante et aussi translucide qu’elle apparut quasi-instantanément. Ça ressemblait au terminal du Noyau. De loin.
Sans hésiter, elle tenta une manipulation du bout des doigts. Immédiatement, une sensation étrange, teintée d’enivrance, l’emporta. Sa perception du temps devint encore plus relative qu’auparavant. Cela lui importa peu, car le phénomène était à son avantage : elle parvenait à naviguer dans cette banque de données de manière non-manuelle, bien plus rapidement que si ça avait été le cas. À nouveau, cela devait être à mettre sur le compte de son état spectral.
Naturellement, elle tenta de trouver un moyen pour envoyer un message. Sans succès. C’était comme si quelque chose empêchait les communications depuis ce point.
En explorant un peu, elle releva la date du jour : Dimanche 22 Juillet 2012. Cela faisait presque deux mois depuis sa virtualisation...
Un peu paniquée, elle tenta de chercher de plus amples informations sur sa situation. Pour ne rien trouver. Visiblement, cette base de données ne proposait que du contenu propre à Tron et à internet, pas au réseau interne de la Deckard Inc. Une image lui apparut alors : peut-être que depuis le terminal du Noyau...
Elle devait absolument trouver un moyen d’y accéder.


Mardi 07 Août 2012

Quiconque regardait Tron depuis le ciel aurait trouvé le spectacle étrange : une traînée gris pâle traçait des sillons aussi fulgurants qu’éphémères sur la surface du territoire, tandis qu’une forme orangée tentait vainement de suivre l’instrument qui les traçait. Au bout d’un moment, la source des zébrures s’arrêta de bouger. Sa spectrale poursuivante tenta alors de la rejoindre. En zoomant un peu, l’absence de succès à l’entreprise apparaissait visiblement.
Mathilde enrageait. Elle qui avait un objectif précis mais pas de moyen pour l’atteindre, il fallait que le premier avatar – enfin, il lui semblait que c’en était un – qu’elle croise depuis sa chute dans la mer se déplace à une vitesse hors-norme. Pour cette raison, elle n’avait pas pu effectuer le contact direct qui aurait amorcé la résolution de son problème.
Un cliquetis mécanique la tira de sa rumination. Repérant son origine, elle vit sortir de l’angle du couloir dans lequel elle était stationnée un... cube sur pattes, d’un beige douteux. Chaque face verticale accueillait un œil, dont la pupille arborait un symbole caractéristique évoquant lui-même un œil. Son inspection s’arrêta à ce stade, puisque le polyèdre tourna vers la forme spectrale une de ses faces, avant d’en décocher un trait rouge. L’attaque traversa la testeuse de casque – il fallait savoir : elle était un fantôme ou non ? – qui ne s’attendait pas à ça.
- Si j’étais pas dans cet état, je te casserais le cube, lui envoya-t-elle avec véhémence.
Sa remarque lui inspira une idée : bien qu’elle soit semi-intangible, ça ne la rendait pas entièrement incapable d’interaction avec les éléments virtuels. Preuve en était l’interface du pilier. Le coup se tentait.
Prestement, elle se précipita sur l’étrange créature, qui maintint sa cadence de tir dans le vent. Mathilde tendit la main, au contact de la surface irrégulière. L’effet obtenu fut similaire à l’écran, durant la première seconde. Après quoi elle se sentit aspirée, juste avant d’être plongée dans le noir.
Le temps d’un long clignement d’yeux passa. Puis, l’archère récupéra la vue, ou plutôt les angles de vue ! Elle voyait ce qui se passait dans quatre directions opposées à la fois. C’était extrêmement perturbant. Comment était-ce possible ? Où était passée le monstre cubique, d’ailleurs ?

Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre ce qui s’était passé : elle avait pris possession du monstre. Elle sentait que le programme qui animait ce dernier tentait de faire opposition à son intrusion mais sa capacité semblait supérieure, générant une erreur système chez l’être virtuel.
Se prenant au jeu, elle tenta de se mouvoir. La manœuvre fut laborieuse, en raison de la morphologie du corps qu’elle empruntait. Sur ses courtes pattes, elle avait l’impression de devoir jouer au foot tout en étant entourée d’une lourde bulle géante sur le haut du corps.
Face à cet essai peu concluant, le bloc Mathilde s’arrêta et décida de se concentrer sur l’intérieur de la bête. Jusqu’où ses pouvoirs lui permettaient de pirater ses données ? Elle put aller assez loin, la créature devant être basique par rapport à un être humain ou aux standards virtuels. Par chance, elle possédait un centre de contrôle, compilant ses protocoles et attributions de base. Cette source de renseignements ne lui apporta rien par rapport à ses intérêts du moment. En revanche, elle en extirpa des informations curieuses : la créature rendait compte à un certain Xana et avait pour mission de patrouiller sur Tron, pour trouver... une mécanique !? Le mode de « pensée » de l’être – ou plutôt le stockage d’ordres prédéfinis – tenait trop de l’automate et était trop fragmentaire pour que ces bribes soient exploitables. Dans tous les cas, cela n’avait rien à voir avec elle, ni avec la Deckard Inc., pour ce qu’elle en savait. Ce n’était pas son problème. Pas plus que le cube qu’elle parasitait et qui n’était qu’un programme basique, incapable de communiquer de façon complexe. Elle pouvait donc s’en débarrasser sans complexe.
Machinalement et lentement, elle retourna en bordure du vide. Avec difficulté, elle parvint à effectuer un bond avec les petites pattes dont elle disposait. La gravité fit correctement son travail et dans un plouf, immergea le cube. Seulement, alors que l’archère, ayant fait le parallèle avec son ancien corps d’avatar, pensait que celui-ci se désintégrerait en laissant sa forme fantôme intacte, il ne se passa tout simplement rien. Elle sentit les lignes de code animant le polyèdre fondre, sa logique ayant atteint le point de non-retour.
Tandis qu’elle s’enfonçait dans les profondeurs, la jeune fille sentit la panique monter. Elle était allée trop vite en besogne vis-à-vis du fonctionnement de ses capacités émergentes. En plus de la résistance à l’eau numérique transmise, peut-être que sa possession était permanente. Non, il fallait réfléchir à l’envers : elle était partie du principe que le parasitage s’arrêterait passivement, alors qu’il n’était pas aberrant de penser qu’elle avait également le contrôle là-dessus.
Comme avec l’interface, elle tâcha de rompre le contact qu’elle avait établi avec l’élément purement virtuel, de démêler les données dont elle était constituée d’avec celles de son hôte. L’effort prit un certain temps mais porta ses fruits. L’esprit orangé qu’était Ducroc s’extirpa du cube couché depuis peu sur le fond de l’eau. Il se désagrégea dans la seconde en une colonne lumineuse bleutée.


Jeudi 16 Août 2012

Bien. Le temps d’une ultime virée était venu. Mathilde laissa la mer numérique sous ses pieds. Pour toujours espérait-elle. Elle dénicha rapidement une nouvelle créature originale à parasiter, qu’elle repéra via sa couleur orange prononcée et son envergure importante. Chance supplémentaire : elle vagabondait très près du centre de Tron. Celui-ci, hermétiquement fermé au moment des faits, constitua une opportunité de prendre en main l’être quadripode, beaucoup plus simple à manier que le cube sur pattes.
Puis, lorsqu’enfin l’iris s’entrouvrit, elle put enfin s’engouffrer dans l’immense sphère. Le téléporteur de la zone sas n’opposa aucun non-fonctionnement cette fois-ci. Une fois dans la zone entourant le cœur du monde virtuel, déserte évidemment, elle abandonna la carapace de son vaisseau pour flotter directement devant la console donnant accès aux données.
Appliquant la même méthode que pour l’écran du pilier noir, elle s’immergea dans la base de données. Une forme d’ivresse induite par le volume d’informations l’entourant la submergea. Pendant un temps impossible à mesurer, elle se fit violence pour surmonter cet état et commencer un tri. L’essai fut peu concluant, aussi finit-elle par agir comme toute personne en état d’ébriété : en se laissant porter par ses sensations et sans trop réfléchir.
Alors que l’objectif initial était de communiquer avec les responsables du supercalculateur et son monde virtuel, Mathilde se tourna vers des sujets moins immédiats, plus terre-à-terre. Elle se mit en quête de nouvelles du monde extérieur, de ses proches.
Ce qu’elle découvrit la mortifia.
Son petit frère Matthieu était porté disparu. Son investigation, qui ne parvenait à faire le tri entre les données issus du réseau mondial et celles confidentielles de la Deckard Inc. l’emmena au seuil de la cruelle vérité. Tyron était le commanditaire de ce fait divers. Pire encore : il l’avait fait disparaître, mais de l’autre façon.
La nouvelle tira la jeune fille de son état saoul. Ce fut comme si l’interrupteur la rendant perméable à toutes les informations alentour avait été enclenché. Seul ce qui touchait à Matthieu comptait alors. Creusant plus en avant, elle découvrit que le tragique événement s’était joué trois jours auparavant, le 13 Août, et qu’il avait eu lieu justement du fait de sa disparition à elle. L’apprendre la plongea dans un désarroi encore plus grand.
« Si seulement… Si seulement j’avais trouvé le moyen de me manifester plus tôt… Si seulement je n’avais pas besoin de me recharger régulièrement sous cette forme… Si seulement j’étais parvenue à rattraper l’avatar ultra-rapide de l’autre jour… Si seulement je n’avais pas menti juste pour pouvoir faire ces foutus tests… Si seulement… »
Ces pensées tournèrent dans son esprit quelques instants, avant qu’un autre déclencheur ne s’active en elle :
« Non. »
Dans tout ça, elle n’était certainement pas coupable.
C’était Tyron.
Emplie de fureur, la jeune fille désormais sans substance orienta de nouvelles recherches, sans avoir de plan plus précis que la vengeance. Une fois le nécessaire réuni, elle s’extirpa du flux de données de la console. En reprenant ses esprits, elle constata que le monstre orange qui lui avait servi à venir jusque-là était resté et s’attelait à la mitrailler avec un laser prenant naissance juste sous ses petits yeux, au niveau de la carapace. Si l’effort était vain, il permit à Mathilde de réaliser une chose : depuis le temps qu’elle errait sur Tron, personne ne l’avait repérée. Même en traînant dans son noyau et en consultant sans modération la console, elle demeurait invisible si elle n’était pas dans un champ de vision. Une partie du pouvoir d’invisibilité absolue de son avatar physique lui serait donc restée… C’était plausible. Peut-être même que cette caractéristique s’étendait jusqu’à la navigation dans les terminaux de données, puisqu’elle avait réussi à extraire en toute discrétion – mais avec effort – des informations qui étaient certainement gardées secrètes.
C’était un avantage précieux… pour son nouvel objectif de revanche.
Après tout, elle n’avait plus rien à perdre. Elle était déjà « morte » dans la vraie vie, son vrai corps ayant été déconnecté et évacué depuis longtemps, de ce qu’elle avait compris. Du point de vue de Tyron et son équipe, Mathilde Ducroc n’était plus de ce monde, ce qui était vrai en sens. De plus, il était certain que l’irrégularité émergente de son revêtement anti-mer numérique n’avait pas été décelée.
Oui, elle avait le potentiel de porter un coup fatal, sans risque de contre. Après quoi, elle pourrait véritablement disparaître et devenir un fantôme plus symbolique que virtuel.


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Mercredi 05 Décembre 2012

Xana venait de subir un contretemps. Hideo Takahashi, le Cinquième testeur, avait succombé trop rapidement, trois semaines auparavant. Depuis le Premier, il n’y avait eu que lui comme porteur potentiel des clés de Tron. Son programme parasite venait à peine d’être implanté. Une grande perte, à tous les niveaux.
Tout n’était pas perdu, néanmoins. Au bout de cinq utilisateurs du casque, Xana était parvenu à appréhender les facteurs augmentant les probabilités de tomber sur son champion. Il s’était arrangé pour que ces informations soient prises en compte pour les phases de sélection, dans le cadre de leur amélioration. En effet, le groupe de Tyron commençait à cumuler les cobayes disparus, les poussant à revoir leurs critères de choix. Outre les facteurs purement psychiques, la condition physique et médicale du testeur serait bien plus prise en considération, afin d’avoir le sujet le plus durable possible.
Pour ne rien laisser au hasard, Xana avait décidé de faire son grand retour auprès du groupe de Lyokô, décalant de fait son programme initial. Il s’était contenté de provoquer de menus incidents électriques au collège-lycée Kadic et de leur envoyer un premier spectre faiblard, afin d’attirer l’attention sur les codes implantés. L’objectif suivant était qu’ils découvrent Tron. L’émergence d’intrus mettrait la pression à Tyron et attirerait son attention sur la perméabilité de son monde virtuel aux attaques depuis l’intérieur. De fait, pour son Sixième testeur de casque, le scientifique serait naturellement tenté de porter son choix sur un candidat costaud, ce qui ferait précisément les affaires de Xana.
Contrairement à Hideo, cette fois-ci, l’intelligence artificielle lancerait d’entrée de jeu l’implantation de son parasite, afin de préparer le terrain sur un terme plus long. Bien sûr, il fallait encore qu’il soit compatible avec les clés, mais les calculs de Xana indiquaient des valeurs rassurantes à ce niveau. Pour le reste, il devrait s’adapter au contexte et aux spécificités de l’heureux élu. C’était peut-être la partie la plus complexe de son plan, malgré le gros travail de recherche effectué en amont. Pour mener à bien son objectif, il avait besoin d’un être humain conscient, qui accepte de l’aider de sa propre volonté. Un esprit sous son contrôle serait incapable d’atteindre la tour du labyrinthe souterrain de Tron.
Ses expériences de possession, notamment avec William Dunbar, avaient montré que l’humain résistait inconsciemment à son emprise. Le gros des ressources et possibilités de son programme de contrôle était attribué à cette simple domination de l’esprit humain. Le dédale imaginé par Tyron changeait constamment. Un être vivant possédé suivait un protocole d’objectifs et d’ordres précis, le rendant peu apte à l’initiative et à la réflexion personnelle. Il serait incapable de surmonter cet obstacle, encore plus en considérant que ce dernier empêchait aussi bien les communications que la géolocalisation.
L’approche à appliquer était assez inédite pour Xana : convaincre quelqu’un de l’aider et de le rejoindre de son plein gré. Ce défi était grand mais Xana l’était tout autant, encore plus depuis sa remise en question. Depuis, c’était comme si quelque chose bouillonnait dans ses lignes de code. Certaines de ses actions et réflexions s’appuyaient moins sur les calculs et observations empiriques, plus sur ses données et expériences personnelles.
Était-ce... de l’instinct ? Avait-il évolué à ce point ?
Peu importait au fond, tant que le résultat était là. La conscience qu’il avait développée sur les dernières années lui soufflait que le Sixième testeur serait le bon.
  Sujet: [Fanfic] L'Engrenage  
Zéphyr

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Sam 16 Avr 2022 17:27   Sujet: [Fanfic] L'Engrenage
Spoiler



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Le vaisseau virtuel ressemblait à une figure crucifiée en suspension, par sa forme caractéristique. Aucun occupant dans l’un des habitacles disponibles, pas de garde non plus. Les Pisteurs avaient confirmé l’absence complète d’intrus au sol, du moins dans la zone qui leur était praticable. De fait, si intrus il y avait, soit ils s’étaient terrés dans les structures flottantes de Tron, soit ils volaient de manière à ne pas être détectés par simple lever de tête.
L’un dans l’autre, cela faisait les affaires de Lysandre. Il avait été virtualisé directement auprès de l’appareil en vol stationnaire, sitôt le rapport des Pisteurs effectué. Sa mission suivait tranquillement son cours, sans qu’il n’ait quoi que ce soit à faire de lui-même. Le dispositif qu’on lui avait demandé de placer balayait de son faisceau le sous-marin ennemi. Il ressemblait vaguement à un gros œil mécanique volant et scannait avec minutie chaque zone de son objectif, tournant autour afin de ne rater aucune couture.
Pendant que la technologie faisait son œuvre, le testeur masqué prépara la suite des opérations. Armé de son bâton de magicien, il traça deux glyphes alignés, respectivement jaune et vert, avant de les embrocher sans délai. Les deux cercles stylisés furent absorbés et le cristal se troubla en un vert pâle. Pour finir, il remodela l’artefact sous sa forme de combat, ce qui le débarrassa de son masque au passage.
D’une impulsion puissante, il s’éleva sur une hauteur plus élevée, lui offrant une vue plus privilégiée sur l’objet virtuel à surveiller. À peine eut-il le temps de commencer à s’ennuyer qu’un bruit mécanique inhabituel chatouilla ses oreilles. Sans réfléchir, il piqua un sprint dans la direction d’où lui semblait provenir la perturbation sonore. Son déplacement laissa derrière lui un timide début de traînée à ses couleurs, loin d’égaler celles qu’étaient capables de produire les Gardiens de Tron. Il s’arrêta rapidement. Le bruit s’était déplacé, mais était toujours dans les environs. Alternant course et bonds entre chemins et structures hautes, il balaya le périmètre jusqu’à revenir à son point de départ, bredouille.
« Tron fait simplement des siennes. Je dois arrêter d’être sur les nerfs comme ça », se raisonna alors Lysandre.
C’est alors qu’un élément lui sauta aux yeux : le sous-marin n’était plus à sa place ! Paniqué, il s’aventura sur le rebord où celui-ci était précédemment stationné, et jeta son regard vers la mer. La silhouette de l’appareil se déplaçait lentement, quelques mètres plus bas. Pris par l’inspiration du moment, le jeune homme jaugea la trajectoire de sa cible, avant de s’élancer. La réception fut désastreuse pour lui, mais assurément drôle pour un spectateur. Il fit l’erreur de se lancer tête la première, au lieu de mettre les jambes en avant, le faisant s’écraser dans une position d’étoile de mer sur le haut du cockpit, le tout dans un « Sblaf ! » digne d’un bande-dessinée. Ses points de vie en prirent pour leur grade. Au moins, il n’avait pas fait plouf. Sans perdre plus de temps, il s’empara de l’œil volant, qui avait continué son office malgré la mise en marche de l’engin, lorsqu’il passa à sa portée. Une pression de bouton s’ensuivit, et le petit scanner se dématérialisa, renvoyant les précieuses données récoltées à la base. Enfin, le magicien-combattant se fit hara-kiri d’un coup de bâton bien placé, bien avant que la surface de l’eau ne soit atteinte.


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Jérémie espérait avoir rapatrié le Skidbladnir à temps. Si Tyron se mettait à produire son propre sous-marin virtuel, la situation risquait à nouveau de mal tourner pour eux. Ou plutôt, encore plus qu’elle ne l’était déjà.
Il n’avait même pas eu besoin de décortiquer jusqu’au bout les logs tant ils ne laissaient aucune place au doute, conjugués à ce que Chris avait laissé derrière lui. Renforcer la sécurité de l’accès à l’interface du supercalculateur n’avait pas suffi. Il allait encore falloir resserrer la vis de ce côté-là.
Leur réaction avait été trop tardive. Pourtant, ils sortaient tout juste du kidnapping de Tyron. Ils auraient dû être sur leurs gardes ! Le silence radio de Laura ne l’avait même pas inquiété, alors que, depuis peu, ils s’envoyaient ponctuellement des messages sur un canal dédié pour discuter ou blaguer autour de leurs travaux informatiques en cours. Il n’avait constaté sa disparition qu’au moment du dîner, en allant la chercher directement, puisque le biais numérique restait muet. Au moins avait-il été prompt à agir sur ce coup-là : en ne la trouvant nulle part dans ses localisations traditionnelles, il avait battu le rappel des Lyokô-guerriers internes pour ratisser l’établissement. Finalement, c’est Odd qui l’avait retrouvée, dans la chambre de Chris, attachée solidement aux montants du lit, sonnée et bâillonnée. Jim aurait assurément une surprise en constatant la disparition de cordes sur les voies d’escalade de Kadic. Une blague douteuse plus tard, la malheureuse était libre, sonnant l’alerte pour Chris, bien trop tard.
Le retour vers le passé rendait les Lyokô-guerriers trop confiants. Ils passaient à la caisse avec cet événement. La réunion exceptionnelle qui se tenait au laboratoire malgré l’extinction des feux approchant témoignait de la gravité de la situation. Même Yumi avait pris la peine de faire le mur.
- C’est de ma faute, lança d’emblée Laura. J’ai senti venir le coup trop tard, et j’ai quand même cru pouvoir gérer ça seule.
Un tel aveu était surprenant, au vu du personnage de Gauthier, à la base.
- Ne t’en fais pas à ce sujet, tempéra Jérémie. La question n’est pas là.
- Il a raison, ajouta Yumi. C’est surtout que Chris n’a jamais été des nôtres, du départ. Ça ne pouvait que mal tourner. Tu as été plus vigilante que nous à ce sujet.
- Dire qu’on était à quelques jours d’éliminer Xana... se lamenta Aelita. Il fallait que ça arrive maintenant ! J’ai l’impression d’être de retour à l’époque où William venait de se faire capturer...
- La situation n’est pas vraiment comparable.
L’analyse à froid avait été formulée par les lunettes du groupe.
- Chris a rejoint Xana de son plein gré. Si on respecte son choix, cela veut dire qu’il devient notre ennemi, et que l’on a plus à se soucier de lui.
- Tu proposes qu’on l’abandonne et qu’on s’occupe de Xana quand même ? décrypta Aelita, légèrement horrifiée par les propos de Belpois.
- Et pourquoi pas ? Après tout, personne ne l’a forcé à se jeter à l’eau.
Odd avait rarement recours au cynisme, mais savait être percutant en l’employant.
- Je suis d’accord avec lui, soutint assez logiquement Ulrich.
- Vous n’êtes pas sérieux... se désola la fille aux cheveux roses.
- C’est un peu facile comme façon de raisonner, renchérit Yumi. Même si elle est moins grande que pour William, on a quand même une part de responsabilité là-dedans, au moins moralement. Et je vais être claire : ne comptez pas sur moi pour participer si ça signifie sacrifier quelqu’un sciemment.
L’ambiance se durcit un peu plus. William, visiblement mal à l’aise, prit le relais :
- Je ne suis pas le mieux placé pour donner mon avis. En temps normal, j’aurais été du même avis que vous les gars, mais je sais aussi qu’à l’époque, je n’ai pas été tout blanc. Je suis pour que l’on ne condamne pas Chris immédiatement et que l’on jauge un peu mieux la situation avant de se décider.
- Faire ça, c’est jouer le jeu de Xana, contre-argumenta Jérémie. Il nous a déjà gratté dix jours de répit, probablement le temps de récupérer son nouveau Lieutenant. En plus, on ne sait toujours pas quel est son plan le concernant. Lui laisser encore plus de temps pour se concentrer sur Chris, c’est prendre le risque que la situation dérape encore plus.
Il fit une pause.
- Écoutez. Personnellement, ce qu’il s’est passé avec Tyron l’autre jour m’a fait prendre conscience d’une chose : nous atteignons nos limites. Si on continue comme ça, un jour ça va vraiment mal se passer pour nous. Il faut qu’on en finisse maintenant, tant qu’on a encore un minimum de contrôle sur la situation.
Ce faisant, il tourna un regard sans ambiguïté de sens vers Laura, la dernière à ne pas avoir exprimé son opinion. Il ne doutait pas qu’elle le suivrait et ajouterait les éléments nécessaires pour convaincre ses homologues du même sexe.
- Je rejoins l’avis des filles.
La mâchoire décrochée de l’opérateur avait une forme presque comique, dans cette situation. Aurait-il sous-estimé la puissance de la légendaire solidarité féminine ? Gauthier poursuivit, d’un ton un peu plus gêné :
- En fait, je pense que l’Autre agissait sur Chris d’une façon plus subtile que par simple black-out. Je lui ai trouvé des fonctionnalités supplémentaires, que je n’ai pas encore réussi à complètement percer à jour, mais j’ai des raisons de penser qu’elles permettaient au parasite d’influer sur les émotions de son hôte.
Cette fois-ci, l’expression de Jérémie glissa sur des yeux ronds.
- Et tu ne me dis ça que maintenant !?
- J’avais peur de faire fausse-route et de nous induire en erreur ! Mais ce serait cohérent avec les écarts d’humeur dont parle Chris dans ses enregistrements. L’Autre serait capable d’intensifier ou d’inhiber ses émotions via des mécanismes physiologiques. Du coup, même si Chris a effectivement sauté le pas de lui-même pour rejoindre Xana, il a probablement été influencé dans sa prise de décision.
- Oui et puis, il a quand même pris la peine de laisser un message d’adieu. Il y a une expression qui dit : «Quelqu’un qui va partir ne le dit pas. Il part et c’est tout. Celui qui parle veut rester. ». Pour moi, ça veut tout dire.
La japonaise, émettrice des sages dernières paroles, les laissa infuser quelques instants.
- J’ai conscience d’avoir fait une grave erreur sur ce coup, reprit Gauthier. Ce n’est pas pour me faire mousser que j’ai dit que c’était de ma faute, tout à l’heure. J’avais juste peur... de me tromper.
Personne ne pipa mot, qu’il soit de reproche ou de réconfort. Cela n’aurait fait qu’empêtrer et empirer les choses.
- En tout cas, relança finalement Aelita, ça change tout : on ne peut pas fermer les yeux.
- Oui, avec ces éléments, la situation n’est plus la même.
Suite à cette remarque assez volatile, Jérémie se montra pensif quelques instants, avant d’enchaîner :
- Bon, pour l’instant, on va rester sur notre deal avec Xana, puisque que dans les faits, c’est lui qui s’est arrangé pour que Chris se virtualise. Il n’y a techniquement pas violation. Plus que cinq jours avant de pouvoir retourner sur Tron. Rien n’empêche de surveiller son activité à distance, en attendant la fin du délai. De toutes manières, même en y allant maintenant, Chris ne se montrerait sûrement pas. Par contre, au moindre mouvement, à la moindre alerte suspecte, on déboule, quoi que ça implique. De toutes manières, nous envoyer Tyron pour nous occuper doit faire partie du projet final de Xana, alors autant foncer directement si jamais notre camarade refait surface dans les prochains jours. Les entraînements virtuels sont maintenus, mais on va mettre en place un système de roulement pour qu’il y ait des personnes virtualisables à tout moment.
Le plan d’action sembla contenter la totalité de l’assemblée.
- Je vais rester travailler ici, vous pouvez aller vous coucher – oui Laura tu peux m’aider si tu veux. Il faut que je travaille sur un programme de surveillance de Tron suffisamment performant et furtif, et que je commence à plancher sur la libération de Chris. Ah, il faut aussi reprogrammer la réplique !
- Tiens d’ailleurs, on fait quoi pour le tonton du coup ? envoya sans prévenir Odd.
- Zut...


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Samedi 25 Mai 2013

L’avatar masqué de Lysandre effectua une pirouette aérienne absolument inutile, si ce n’est pour frimer devant lui-même, avant atterrissage. Le bout de plateforme saillant à la couleur sombre sur lequel il avait sauté constituait l’échelon supérieur du puits dans lequel il venait de se jeter. Un coup d’œil rapide, et il descendit un cran plus bas, jusqu’à atteindre ce qui était sans conteste le niveau terrestre le plus bas de Tron, du moins praticable pour un avatar piéton. En effet, ce dernier morceau de plateforme était parfaitement continu avec la face inférieure de l’anneau de Tron duquel il était saillant. Satisfait par cette topographie, il se dépêcha de passer à la suite, pressé notamment par le fait que le terrain pouvait changer de configuration à tout moment et le prendre aussi bien en sandwich que lui tirer le tapis sous les pieds.
Avec sa baguette, il traça puis embrocha deux glyphes. Son masque ainsi que le cristal de son arme prirent une teinte jaune primaire, avant d’être remodelés en bâton de combat, qui conserva néanmoins la teinte. S’accroupissant au rebord, il jaugea l’épaisseur du bord de sa plateforme avec le plus grand sérieux. Puis, avec force, il y planta son bō, d’un bon tiers de sa longueur, le plus bas possible. Avec prudence, et en essayant de ne pas penser aux remous plusieurs dizaines de mètres plus bas, il se positionna tête à l’envers, l’articulation des jambes bloquée sur la barre de gymnastique qu’il venait d’inaugurer. Cette position d’homme-araignée lui permit d’avoir une vue sur une partie de la face inférieure de Tron. À peine quelques secondes d’observation plus tard, il s’écria :
- Eurêka !
Et manqua de perdre l’équilibre, au passage. L’hommage à Archimède aurait été raté, le cas échéant.
Il venait de repérer une nouvelle saillie dépassant de l’anneau, différente de celle qui lui servait de support. Par sa forme et ses dimensions, celle-ci évoquait une cabine d’ascenseur sans portes, ouvrant sur une obscurité que peinaient à percer les quelques néons incrustés.
« Hors d’atteinte, évidemment... »
Sur cette considération, il ne garda pas plus longtemps sa position inconfortable qui heureusement ne pesait rien pour ses muscles virtuels. Utilisant la puissance augmentée de ses jambes, ainsi que les fruits de son entraînement sur les agrès de gymnastique du complexe, il retrouva le bon sens et le sol sous ses pieds.

Sorti de son trou, Lysandre prit machinalement le chemin vers le noyau central. Un coup de bâton sur le visage couvrit celui-ci. Il aimait se masquer pour plonger dans ses pensées. Cela lui donnait l’impression d’être vraiment isolé, dans ce monde virtuel où il se savait un minimum observé par la régie.
En tout cas, sa découverte était importante. Il y avait consacré toutes ses virtualisations matinales de la semaine, et n’était pas loin de jeter l’éponge avant de se décider à prendre plus de risques pour obtenir un résultat. Bien sûr, il aurait pu se contenter de demander directement à un scientifique travaillant sur Tron, mais au-delà de sa certitude que le poisson serait noyé, il ne voulait éveiller aucun soupçon.
Il stoppa ses pas. Sans préparation, il leva son bâton de magicien qui tira une substance poisseuse couleur sang en direction du sol. Celle-ci, moins d’une seconde après contact avec la surface, s’épanouit en un cercle parfait d’un mètre de diamètre. Lysandre se plaça au centre de celui-ci, avant de diriger ses yeux vers le ciel. La teinte crème de celui-ci lui parut horriblement habituelle, ce pourquoi il y dirigea le cristal de son artefact, devenu vert entre-temps. Un petit nuage de gaz s’en dégagea, créant l’espace de quelques secondes un filtre couleur nucléaire devant les yeux du virtualisé. Le spectacle glauque amusa le garçon quelques instants, soit le temps que la brume se dissipe.
Oui, il avait maintenant une idée de la direction vers laquelle ses rêves le menaient.


De retour sur sa table de virtualisation, il fut accueilli par le sourire superficiel du professeur Fontaine.
- Bonne balade ? lui envoya celui-ci.
- Comme d’hab’. Rien à signaler. Quoique si : j’ai l’impression d’être plus flex dans l’utilisation des pouvoirs de mon avatar.
- La force de l’habitude et de l’entraînement sans doute. « C’est en forgeant...
- Je vois le genre, le coupa Lysandre.
L’adolescent appréciait sincèrement le jeune scientifique. Il rendait notamment possible ses virtualisations matinales quotidiennes qu’il avait eu du mal à négocier auprès de Tyron, mais avait un peu tendance à se perdre dans des platitudes en conversation. Heureusement pour lui, le gargouillement – légèrement bruyant – de son estomac empêcha l’ambiance de se plomber.
- Ahahah, rit l’adulte de son inoxydable sourire. Hé bien l’étape suivante de ta matinée est toute désignée. Moi je vais essayer de voir si ton impression du jour est liée ou non à une accoutumance au processus de virtualisation qui provoquerait une meilleure synchronisation de l’esprit avec l’avatar. Enfin, c’est sûrement dû aux ajustements techniques récents, mais autant être le premier si jamais il y a une découverte à faire !
Lysandre se garda de répondre et remit son T-shirt. Le deuxième réveil de la matinée était tout aussi compliqué que le premier après tout.

Le réfectoire était raisonnablement fréquenté pour l’heure qu’il était. Après tout, les bosseurs devaient déjà être au charbon, et les dormeurs encore coincés au dîner. Quant aux gens encore présents, ils constituaient ce que Lysandre nommait volontiers « la masse », constituée d’une part à peu près équivalente d’employés adultes dopés à la caféine que de Gardiens de Tron qui se laissaient vivre. Malgré ce jugement hautain, le testeur de casque ne manqua pas d’étaler son hypocrisie sociale en saluant quelques uns de ses camarades de virtualisation au passage, plus particulièrement les filles avec qui le contact lui était plus simple dans la conjoncture du moment.
Rapidement, il composa un plateau de petit-déjeuner pour deux personnes, avant de retourner vers la sortie avec son chargement. Le personnel du réfectoire était suffisamment souple pour laisser sortir la nourriture et la vaisselle de l’espace restauration. La seule condition était de rapporter le matériel dans l’heure qui suivait, sous peine d’être mis sur une espèce de liste noire. La rumeur voulait que Tyron lui-même redoute ce châtiment. Aussi, l’ordre était maintenu à ce niveau.
- C’est adorable ce que tu fais ! minauda une fille-Gardien lorsque Lysandre passa à côté.
- Dire que vous vous crachiez dessus il y a encore quelque temps... lança rêveusement sa copine assise en face.
Le concerné, sérieux dans son rôle, jeta un regard espiègle aux émettrices des remarques, avant de simuler un sourire gêné de celui qui n’arrive pas à masquer sa joie. Suite à quoi il put enfin quitter la pièce, exaspéré.
D’un pas efficace, il finit par atteindre sa chambre avec son chargement. Sans surprise, il retrouva son colocataire dans la même position que lorsqu’il était parti, c’est-à-dire échoué dans son lit.
- Wake up Léo.
Aucune réaction de la part de la forme allongée. Sans transition, Lysandre arracha le drap qui la recouvrait. Léo se recroquevilla sur lui-même en maugréant des mots inaudibles, que devina son camarade :
- Ouais, je sais que tu te sens trop nauséeux le matin pour manger. Mais tu vas quand même faire un effort, parce que j’ai beau être assez sympa pour t’emmener le petit-déj’ au lit, faut pas pousser.
Dans un ultime grognement, le Septième testeur du casque de virtualisation se redressa et s’assit en tailleur. Son regard était encore embrumé, quoique les cernes sous ses paupières constituaient une autre piste. Son état physique avait changé depuis son arrivée au complexe. Tout à fait normal et en bonne santé au départ, il avait perdu du poids, s’était légèrement voûté au niveau des épaules, et avait perdu en éclat dans le teint. Il faisait assez peine à voir. Ce point avait favorisé la mise en place de l’entente avec son camarade de chambre, cela dit.
Flys posa le plateau devant lui, avant de s’asseoir lui-même sur le lit et d’attraper un verre d’orange pressée pour le tendre à son vis-à-vis.
- Cul-sec. Il est tellement acide que ta fatigue sera dissoute.
- Merci mon pote, répondit Léo en acceptant le contenant.
- Je suis pas ton pote, mec.
- Et moi, je suis pas ton mec, gars.
- T’es con, rit Lysandre en réaction à la référence. Et tu oublies que d’après la rumeur – à laquelle j’ai contribué, d’accord – si, tu es mon mec.
- Le rêve d’une vie, en somme.
- Ne sois pas désagréable alors que je viens d’avancer dans notre enquête.
Léo le regarda avec son air le plus attentif. Il avait définitivement émergé.
Les songes... L’élément qui avait fédéré les deux garçons. Le dimanche précédent, Lysandre était entré dans la chambre alors que Léo se remettait d’un sommeil agité ponctué par la récurrence onirique. Pour une fois, la curiosité – et une part surprenante d’empathie – avait poussé le premier à s’enquérir de l’état du second. Chevalier était passé à table, ce qui avait permis à son camarade un recoupement avec ses propres épisodes nocturnes. Cette étonnante concordance les poussa à mettre de côté leur animosité – déclenchée par Lysandre il fallait l’avouer – pour résoudre le mystère.
- Ce matin, exposa le Huitième testeur, j’ai enfin réussi à trouver un accès aux souterrains de Tron. Il était hors d’accès pour mon avatar, donc je n’ai pas pu pousser ma recherche plus loin, mais ça nous permet de confirmer une chose : leur existence est plus que probable, alors que nous ne les avons jamais vus, pas plus qu’entendu parler.
- Cool, au moins on sait qu’on n’est pas tous les deux victimes d’hallucinations nocturnes communes causées par le casque.
Même s’il y avait des nuances dans la forme, le duo rêvait souvent d’une traversée des tunnels sous l’anneau de Tron. Ce périple les menait à une tour qui révélait d’un coup un intérieur rouge et dans laquelle ils entraient pour poser leur main sur son interface. Ce pourquoi ils avaient dans un premier temps choisi d’axer la recherche sur l’existence ou non du lieu visualisé.
- En fait ce qu’il faudrait maintenant, ajouta Léo, c’est qu’on sache à quoi rime cette partie souterraine et cette tour secrète.
- Justement, rebondit Lysandre. On était d’accord pour investiguer seuls jusqu’à maintenant, mais là on va perdre trop de temps s’il faut attendre de dénicher une entrée accessible. Nos avatars n’ont pas les bonnes capacités, alors que ceux des Gardiens...
Chevalier pouffa, provoquant une explosion de miettes du croissant qu’il mâchait lentement au moment des faits.
- C’est mort, ils sont beaucoup plus encadrés que toi et moi. Et encore, il faut en trouver un qui accepte de nous aider sans nous balancer.
- J’ai commencé à travailler la question mercredi dernier. En forçant le timing, ça devrait passer.
- Hé beh, t’as aucune limite à ce que je vois.
- Il faut bien qu’un de nous deux bosse si on veut avancer.
La taquinerie de Lysandre fut reçue avec un sourire à demi-amusé, mais ce type d’échange, apprécié des deux côtés, constituait la base de leur relation, collaborative principalement, mais qui tournait en une entente notable. Flys avait réussi à outrepasser sa jalousie et son irritation initiale envers son camarade en un temps record – sur un concours de circonstances. Au fond, ce revirement ne lui déplaisait pas, parce qu’il n’avait plus besoin d’être puéril et qu’il appréciait le gugusse. Il fallait aussi souligner que Chevalier n’avait plus été virtualisé depuis une semaine là où, de son côté, il enchaînait les plongées quotidiennement, ce qui rééquilibrait un peu les compteurs et avait contribué à son apaisement.
De son côté, Léo n’avait qu’une seule envie : retourner sur Tron. Là-bas, il ne se sentait plus nauséeux ou dans le mal. La virtualisation avait créé un sorte d’accoutumance chez lui, tout comme Lysandre d’ailleurs, mais à un niveau plus élevé. Pourtant, Tyron n’avait pas caché que son état de découlait d’effets secondaires du casque, plus marqués que pour son « copain » en raison de son recrutement particulier, sans passer par les tests de sélection préalables. De fait, la pause virtuelle à laquelle il était astreint le frustrait. Seuls les tentatives de dormir et ses échanges avec son colocataire lui permettaient de penser à autre chose.
- C’est pas tout ça, lança celui qui avait fourni le petit-déjeuner, mais j’ai à faire moi. Je te laisse ramener le plateau au réfectoire, tu me dois bien ça !
Il allait prendre congé, lorsque Léo envoya sans prévenir :
- Attends, il y a un dernier truc dont je voulais te parler.
Le magicien-combattant virtuel se retourna, invitant son partenaire à développer.
- Tu te souviens, dans nos rêves, de cette espèce de bruit de fond qu’on arrivait pas à déchiffrer ? J’ai tenté de me concentrer un peu plus dessus dernièrement. J’ai réussi à discerner trois mots : « entre » – à moins que ce ne soit une « antre » –, « Xana » et « transfert ». Je ne sais pas si ce sera utile, mais vu que tu fais le gros du boulot, j’essaye de contribuer à ma manière.
Le jeune homme parut d’un seul coup gêné par sa déclaration.
- Mieux vaut rassembler tous les indices qu’on peut, en effet, philosopha Lysandre. Continue de creuser autour de ce qui a pu nous échapper dans notre sommeil.
Il posa la main sur la poignée de la porte, prêt à l’ouvrir.
- De toutes façons, tu dors tellement en ce moment que...
L’oreiller envoyé d’une main souple par Léo entra en collision avec une porte fraîchement claquée.
- L’enfoiré.


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Jérémie aimait être installé au pupitre de commande de l’usine. La sensation du siège contre son corps, la taille imposante des installations, ou plus simplement la position d’opérateur informatique, le mettaient en confiance. Il en avait bien besoin pour son appel à venir avec Marc Desjardins, qu’il avait déjà bien trop repoussé. Dans le pire des cas, il aurait à lancer un retour vers le passé de quelques heures, mais ça ne faisait pas tout. Décidé à en finir, il lança l’appel, depuis son mobile. L’homme décrocha à la troisième sonnerie :
- Oui ?
- Bonjour monsieur, ici Jérémie, le... camarade de votre neveu.
Silence. Le lycéen était invité à poursuivre.
- Je vous appelle pour discuter justement de Chris. Sa situation actuelle est... pour ainsi dire... en pleine évolution. Il a décidé de-
- Je sais.
La coupure avait été propre et nette. Jérémie en demeura bouche-bée.
- Il m’a envoyé un mail pour m’expliquer tout ça, précisa l’oncle.
- Quand ça au juste ?!
- Hier dans la matinée. Il m’a exposé les grandes lignes de la situation, et de ne pas m’étonner si je tombais encore sur un clone de lui.
- Et que vous a-t-il dit sur « la situation » au juste ?
- Qu’il était virtualisé pour une durée indéterminée, le temps d’en finir avec la machine de Tyron. Et Tyron.
Face à la perplexité palpable de l’adolescent, l’adulte ajouta :
- Autrement, il a laissé quelques mots pour votre groupe. Il savait que vous me contacteriez. Inutile de vous occuper de moi ou de me chercher. Continuez de vous préparer à détruire Xana, comme prévu.
- Vous êtes sûr que ce mail était bien de votre neveu ?
- Certain. Je te l’aurais bien transféré mais il a disparu de ma boîte quelques heures après ouverture. Quoique le reste ne t’aurait pas intéressé, il y avait surtout des excuses par rapport à une dispute qu’on a eue, la semaine dernière, et d’autres choses plus personnelles vis-à-vis de Chris. Vu le style maladroit quand il s’agit de parler de lui, je ne pense pas me tromper.
Jérémie ne savait plus du tout quoi penser de la situation. Était-ce une espèce de nouvelle ruse de Xana ? Contacter l’oncle et mentir pour qu’il ne fasse pas de vagues, passe encore, mais qu’est-ce que c’était que ce message pour eux ? Xana n’avait aucun intérêt à les détourner de Chris de la sorte, à moins qu’il ne se soit mis à la psychologie inversée pour provoquer une confusion encore plus forte.
« Non, ce n’est pas logique. »
Le cerveau des Lyokô-guerriers était sincèrement perdu. Ce scénario qu’il vivait lui semblait incohérent.


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Dimanche 26 Mai 2013

La nuit fut mauvaise pour Lysandre. Même s’il rêvait à une fréquence moins soutenue que Léo, ça ne lui était pas moins désagréable. De surcroît quand le songe était inédit, et consistait en une espèce de dialogue dont le contexte et le sens lui échappaient encore. Il tâcha de ne pas y penser plus que ça. Sa virtualisation quotidienne l’attendait. Qui plus est, il n’avait plus besoin d’enquêter sur Tron. Il allait pouvoir se détendre un peu.
Lorsqu’il entra dans la salle des opérations du quatrième sous-sol, il eut la surprise de faire face non pas au professeur Fontaine, mais à Tyron en personne.
- Bonjour Lysandre. Je suis navré de t’annoncer qu’il va y avoir un petit changement de programme, si tu le veux bien. Asseyons-nous, ce sera plus confortable.
Une belle entrée en matière pour donner un ordre sous le couvert du choix. Le plus jeune ne répondit rien, et s’installa sur la chaise de bureau offerte par le scientifique.
- J’ignore si tu es au courant, nous sommes en train de recalibrer les tenues de virtualisation des Gardiens et des Pisteurs. Pour te situer rapidement, c’est comme pour le casque, nous les améliorons au gré de nos avancées. On en profite aussi pour faire leur maintenance, au passage. Après quoi, on procède à une virtualisation-test, pour vérification générale.
Un petit bruit de gorge du plus jeune confirma qu’il suivait jusque-là.
- Pour des raisons logistiques, mais surtout parce qu’à l’heure actuelle il faut six à sept jours d’attente entre deux virtualisations avec la combinaison, nous effectuons le calibrage et son test par petits groupes successifs.
Si le testeur voyait ce que l’homme sous-entendait, il ne comprenait pas où il voulait en venir.
- Pendant la virtualisation-test, l’individu est libre de faire ce qu’il veut sur Tron, tant que ça n’implique pas de dévirtualisation. Cette semaine, ça a été au tour de sept Gardiens d’y passer, un groupe mercredi et un vendredi.
Faisant comme si une question lui avait été posée, Tyron poursuivit :
- Oh, il n’y a eu aucun problème technique, la procédure s’est très bien déroulée à chaque fois. Seulement, j’ai reçu deux témoignages pour le moins curieux. Pour le premier, celui de mercredi, cela s’est passé après que nous ayons envoyé un signal aux Gardiens signifiant la fin des vérifications de leurs tenues. En général, ils se lancent à ce moment-là dans une mêlée, et le vainqueur se dévirtualise seul. Chose qui s’est passée. Seulement, il y a eu polémique entre les quatre combattants une fois de retour ici. L’un d’eux a prétendu que s’il a perdu, c’est parce qu’une « force invisible » l’a poussé dans le dos et fait s’empaler sur la lame de son camarade. Je te passe le reste de la dispute, qui nous intéresse moins.
- Et le deuxième ? fit Lysandre qui s’exprimait plus pour donner du rythme à l’échange qu’autre chose.
- Vendredi, c’était un groupe composé de deux Gardiens et un Pisteur. Ils pensent avoir vu du coin de l’œil « quelque chose ». Quelque chose qu’ils n’ont pas réussi à détecter ou localiser malgré les capacités supérieures du Pisteur. C’est avec cette histoire que j’ai commencé à avoir un doute, qui justifie notre échange actuel.
- Vous voulez que je parte à la chasse au fantôme virtuel ? lança Lysandre à demi-sérieux.
- En tant qu’objectif secondaire, oui. Avant ça, tu surveilleras les prochains groupes à faire la virtualisation-test, jusqu’à la fin de leurs phases de vérification. Je suis certain qu’on a affaire à un intrus qui parvient d’une façon ou d’une autre à se rendre indétectable sur Tron. Après tout, nous en sommes capables de notre côté, alors... L’idée est de savoir si cette intrusion découle de celle de mercredi dernier ou si, plus grave, il s’agit d’un nouveau mode d’invasion.
Flys était quelque peu perplexe face à la paranoïa apparente de Tyron. La mauvaise foi d’un type dans un résultat de combat n’était pas assez solide et dans la virtualité, ça arrivait assez souvent d’avoir l’impression de voir, entendre ou sentir des choses inexistantes. Lui-même en avait fait l’expérience récemment.
- Tu n’as pas l’air convaincu, releva le scientifique. Je peux demander à Léo de le faire, si tu préfères. C’est vrai qu’il ne s’est pas virtualisé depuis quelques jours, et que tu as déjà rempli une mission pour moi dernièrement...
- Non non c’est bon je vais le faire ! s’exclama le jeune homme, avec une précipitation calculée.
Évidemment, Tyron n’était pas au parfum du ragot autour de sa « mise en couple » avec Léo. De fait, il continuait à jouer sur la rivalité virulente passée entre les deux testeurs, probablement pour influer de manière plus ou moins directe sur l’expérience autour du casque, en les faisant se donner à fond. Lysandre continuait à donner le change sur ce point auprès de lui, en accord avec un Léo qui, tout comme lui, considérait le cerveau des opérations comme la personne de qui il fallait le plus se méfier.
- L’affaire est entendue alors, épilogua celui qui portait une blouse. La prochaine virtualisation-test est pour aujourd’hui, onze heures. On va essayer de faire ça vite et bien, histoire que tout le monde ait son après-midi. C’est dimanche après tout.


Suite à cette entrevue, Lysandre se rendit au réfectoire sans se précipiter. Étonnamment, alors qu’il s’attendait à voir un nombre de personnes se comptant sur les doigts d’une main, il tomba sur une bonne quarantaine de lève-tôt.
Après s’être prestement servi, il s’installa seul à un coin de table. Il n’était pas d’humeur à jouer au type sociable et à faire des ronds de jambe, surtout qu’il n’avait pas encore eu sa dose quotidienne de virtualisation. Heureusement qu’il y avait du monde, cela lui permit de ne pas trop se faire remarquer en entrant. Préférant ne pas penser à la mission farfelue qu’on venait de lui confier, il tendit l’oreille vers le brouhaha ambiant :
- Vous êtes sortis ensemble une semaine seulement !? T’es en train de me vanner là.
- Excuse-moi, tout le monde ne peut pas faire le casse du siècle dès le premier soir.
- Allez je décolle, je vais à la manif’ contre l’ouverture du mariage aux gays.
- Regarde, il m’a offert des oreilles de chat.
- Alors, comment te dire...
- Ça manque de poufs ici quand même...
- ... Mais il est sérieux lui !?
Les gens n’avaient visiblement pas de sujets plus variés, au grand désespoir de Lysandre, qui cessa toute tentative d’écoute. Cela étant, il se surprit à nouveau du nombre de personnes présentes au réfectoire, surtout de sujets de virtualisation. Il oubliait souvent que les Gardiens et Pisteurs étaient si nombreux. Il en connaissait, de vue surtout, une large moitié, ce qui était déjà honorable sur une base de trente personnes – il n’avait plus leur nombre exact, trente-six peut-être, quoique trente-quatre lui parlait plus.
Les Gardiens n’étaient pas nombreux uniquement en raison des contraintes liées à la virtualisation via les tenues. Celles-ci étaient bien moins chères à produire et mettre en place que la casque. Fontaine lui avait expliqué que l’exploration de différents procédés de virtualisation remplissaient un objectif plus lointain que la simple expérimentation. Cela permettrait à la Deckard Inc., une fois la procédure achevée et stabilisée, d’offrir l’accès à la virtualité au plus grand nombre, financièrement parlant. Les combinaisons constitueraient l’entrée de gamme, et la virtualisation d’un être entier – encore à l’étude théorique mais un des buts ultimes des recherches au complexe – le nec plus ultra. Quant au casque, il constituerait probablement un entre-deux, pour les bourses plus modestes mais pas pauvres non plus.
Un mouvement de bras peu naturel, qui ne dura qu’une seconde, fut capté par l’œil de Lysandre. La personne qui l’avait sciemment effectué dans son champ de vision quitta l’espace restauration dans les instants qui suivirent. Comprenant le message silencieux, le Huitième prit malgré tout cinq minutes pour terminer de petit-déjeuner.
Après avoir procédé, il se rendit dans le gymnase du complexe, lieu généralement déserté les dimanche matin. Comme prévu, il retrouva Tiffany assise sur un amas de tapis de gymnastique qui la plaçaient aussi haut que si elle était restée debout.
- J’ai cru que tu ne m’avais pas vue, susurra-t-elle d’une voix qui se voulait harmonieuse.
Instantanément, Lysandre adopta un tout nouveau masque et sourit en circonstance.
- Ça aurait été difficile. Les gens ont beau te trouver discrète, moi je ne peux pas te manquer.
La jeune fille arrêta de soutenir le regard du garçon qui s’était avancé jusqu’à atteindre moins d’un bras de distance. Face à ce rapprochement soudain, elle tenta de se ressaisir par l’humour :
- Comment se passe ton « idylle » avec Léo ?
- Couci-couça. Mais ne percevrais-je pas une pointe de jalousie ?
Elle releva les yeux pour soutenir le regard assuré de son interlocuteur, bien que ce genre de mouvement ne soit clairement pas dans ses habitudes.
- Hum. Un peu.
Un silence gêné plus tard, elle rectifia :
- Enfin, autant que je peux l’être d’un faux-couple, hein !
Lysandre garda le silence, se contentant de dévisager celle qui avait rosi des joues. Tiffany – Tiff’ pour les intimes – était une blonde dans la moyenne, physiquement parlant, mais avait aux yeux du garçon deux avantages indéniables. Premièrement, elle était mal-assurée par nature. L’ambiance au sein des groupuscules féminins du complexe, ainsi que l’ambiance souterraine, n’avaient pas arrangé son cas. Cela faisait les affaires de Lysandre, qui sans être ni spécialement beau ni séducteur, n’avait pas dû trop forcer au-delà de la manifestation d’intérêt. Deuxièmement, elle avait un rôle de Pisteur, poste mal considéré parmi les Gardiens de Tron, puisqu’assimilé à une rétrogradation par rapport à l’avatar virtuel originel.
Pourtant, c’était précisément ce dont avait besoin celui qui avait le visage couvert sur Tron. Il décida de briser le silence en faisant subtilement mine d’approcher son visage :
- Désolé pour tout ça, mais je t’avoue que cet alibi m’arrange largement. Tu ne trouves pas ça plus exaltant de se voir en secret ? Là par exemple, n’importe qui pourrait débarquer dans ce gymnase et nous voir. Rien que d’y penser, je sens monter en moi un sentiment de danger ultra plaisant. On est dans une situation où on est obligé de ressentir au lieu de parler ou s’afficher... J’adore ça.
Il avait lâché les derniers mots dans un souffle qui singeait le murmure. Probablement en faisait-il trop, mais il espérait un effet maximal avec cette manœuvre.
- Arrête donc avec tes vieilles techniques, lança Tiffany tout en cherchant à dissimuler le sourire incontrôlable qui se formait sur ses lèvres. Je ne t’ai pas fait venir pour discuter de ça, d’ailleurs.
- Oh ?
- Le calibrage de ma tenue de virtualisation a été avancé. Un échange avec un Pisteur qui a un empêchement personnel. On ne va pas pouvoir aller faire le tour comme prévu.
Lysandre avait complètement oublié ce dernier point. En revanche, ce qu’il oubliait moins, c’était sa petite enquête avec Léo, ainsi que son rêve de la nuit passée.
- Dis-moi Tiff’, me rendrais-tu un énorme service ?


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Un fiasco.

Lysandre était mortifié. La pression de Tyron, qui lui tournait le dos pour se servir un café noir, était palpable. Il sentait son mécontentement depuis sa position assise, les épaules effondrées et le regard dirigé vers le sol. Jouer au malin n’était plus d’actualité.
Le scientifique prit le temps de s’installer derrière son bureau une fois sa boisson servie.
- Tu vas m’expliquer en détail ce qu’il vient de se passer sur Tron. Je préfère te prévenir au cas où tu tenterais un mensonge : les témoignages de ceux qui t’accompagnaient t’accablent. À l’heure actuelle, je te soupçonne d’être un traître. J’espère pour toi que toute cette affaire n’est qu’un malentendu, ou que ton histoire est convaincante.
Il savoura une première gorgée de café.
- Tu n’es pas sans savoir que je suis un peu paranoïaque par nature ; mes origines le veulent. Le dernier qui s’est joué de moi n’a fait que renforcer ce trait, alors si jamais j’ai encore le moindre doute à la fin de cette conversation, je ne ferais pas la même erreur qu’avec cette personne.
Toujours les yeux tournés vers le sol, Lysandre hocha la tête. Il ne chercha même pas à trouver une astuce ou à gagner du temps, et passa directement à table :
- Je voulais savoir ce qui se cachait sous le sol de Tron. Comme je n’y parvenais pas avec mon avatar, j’ai demandé à Tiffany d’utiliser ses capacités de Pisteur pour explorer tout ça.
- Tu as donc profité du recalibrage de ce matin pour passer à l’action, déduisit Tyron.
- Oui. Je ne pensais pas que son passage serait avancé, mais ça m’arrangeait, parce que je pouvais la couvrir pendant qu’elle jetait un œil sous terre. Les deux Gardiens qui étaient là ont dû vous dire que j’ai prétendu la disparition de Tiffany normale et sous contrôle.
L’adulte opina du chef.
- En attendant qu’elle revienne, je me suis concentré sur la tâche que vous m’aviez confiée. J’ai même sollicité l’aide des deux qui étaient avec moi. On a improvisé une formation où chacun avait les autres en vue pour ratisser le territoire et voir si on ne tombait pas sur quelqu’un ou quelque chose d’anormal. Au bout d’un moment, on a fini par tomber sur deux monstres qui portaient le symbole de l’ennemi. Évidemment, on les a détruits aussi sec. J’en ai conclu que la source des suspicions quant à la présence d’un intrus difficile à détecter venait de ces guêpes vertes. Du coup, le danger me paraissant écarté, il ne restait plus qu’à profiter du voyage virtuel comme on l’entendait. On est restés très longtemps sur Tron, je n’avais jamais été virtualisé sur une aussi longue durée. Les deux autres avaient l’air de partager cette opinion, même sans pouvoir parler. Au bout d’un long moment, on a enfin été ramenés ici, pour être interrogés.
- Exact. Tu l’ignorais encore à ce moment-là, mais ta camarade venait de tomber dans la mer numérique. Nous avons dû prendre certaines dispositions avant de vous ramener.
Lysandre pouvait deviner que ces « dispositions » visaient à étouffer l’affaire un maximum en amont afin de minimiser l’impact de celle-ci lorsque les premiers bruits de couloirs commenceraient à courir. Il n’avait cependant pas la tête à y réfléchir plus, ses remords prenant le dessus.
- Je ne comprends pas, vraiment... lâcha-t-il avec des airs d’excuse.
Tyron attrapa sa chaise de bureau de sa main libre et la fit glisser de façon à la placer au plus près de son testeur. Après quoi il prit place, afin de perdre un peu de hauteur et poursuivre l’échange de façon plus constructive que sévère :
- Je ne pensais pas que quelqu’un tenterait de percer un des rares secrets de Tron, en dehors des intrus bien sûr. Si tu m’en avais parlé plus tôt, j’aurais pu te donner une réponse, tout simplement. Je vais quand même le faire maintenant, que cette tragédie ne soit pas arrivée pour rien.


Le jeune garçon releva un peu la tête pour planter ses yeux dans ceux de l’homme qui lui faisait face. C’était ainsi qu’il fallait regarder la vérité, et assumer ses erreurs.
- Nous parlions de ma paranoïa tout à l’heure. Elle est liée au fait que je tiens énormément à ce que j’ai bâti avec le supercalculateur et Tron. Il m’a fallu des années depuis mes débuts pour en arriver à ce stade. Avant d’être engagé et soutenu dans mes travaux par la Deckard Inc., j’ai tenté de me lancer seul, avec mes propres ressources. Ça a été un désastre. La machine que j’avais patiemment assemblée et son univers numérique basique ont été balayés par un groupe industriel plus avancé que moi et qui ne voulait aucune concurrence. Bien sûr, ils représentent de l’histoire ancienne, Tron m’a permis de prendre ma revanche depuis. L’important à retenir est que depuis, je suis hanté par l’idée que l’histoire se répète. C’est pourquoi en programmant Tron, au tout début, je n’ai pensé qu’à le rendre le plus imprenable possible, à lui donner les meilleures défenses possibles. Au départ, son design n’était pas tout à fait le même qu’à l’heure actuelle. La zone en forme d’anneau et la sphère-noyau ne faisaient qu’unes. L’objectif était de rendre le cœur du monde virtuel difficile à atteindre, en obligeant tout intrus à passer par les couloirs souterrains.
Le masqué virtuel se redressa un peu plus en entendant ces derniers mots.
- Je ne t’apprends rien en te parlant de ces souterrains bien sûr, mais cela va plus loin : ils forment un véritable labyrinthe. Les altérations de terrain à la surface de Tron ne sont qu’une conséquence, car c’est en réalité ce labyrinthe qui change de configuration.
Tyron fit une pause dans ses explications, et lut sur le visage de Lysandre une certaine perplexité. Visiblement, il ne parvenait pas encore à faire le lien avec la noyade de la Pisteuse.
- Un simple labyrinthe mouvant ne me suffisait pas. Je voulais perdre encore plus les éventuels intrus. Je me suis basé sur des travaux du passé, quand je n’étais qu’assistant pour un autre projet, et ai fait de toute la partie souterraine une « zone morte », ce qui correspond aux deux-tiers inférieurs de l’anneau. Elle est imperméable aux signaux, radars, et autres transmissions – elle les étouffe complètement si tu préfères, peu importe leur origine. Arrive ta camarade dont nous avons perdu l’esprit. Pour explorer le labyrinthe, elle a usé de son pouvoir de déplacement dans le décor. Lorsqu’il est utilisé, une sorte de sonar interne prend le relais sur les autres sens pour rendre le mouvement faisable. Chez les avatars « Pisteur », cette faculté est encore plus forte et affinée.
Le fautif commençait à comprendre où menait cette explication, mais n’osait pas s’avancer.
- Je présume qu’en s’enfonçant profondément dans le sol, Tiffany s’est déplacée comme d’habitude, le plus efficacement et rapidement possible. Le fait que son écholocalisation ne traverse pas la zone morte n’a pas dû l’interpeller. Il est probable qu’elle se soit rendu compte trop tard de l’arrêt de son radar sensoriel. Privée de ses sens de perception, dans le noir du décor, sans pouvoir distinguer le haut du bas, elle n’a pu que bouger dans tous les sens au hasard. La malchance ne lui a pas permis de sortir de la zone ou dans un couloir souterrain, ce qui lui aurait laissé une chance de sortir ou d’être dévirtualisée. À la place de quoi elle a atteint le fond de l’anneau, et chuté dans la mer numérique, plus bas. Son avatar n’ayant pas d’armes, ni la capacité de générer l’enveloppe protectrice, elle n’avait aucun moyen de se sauver seule.
- C’est donc de ma faute si elle est perdue... conclut Lysandre.
Pendant le silence qui s’instaura, Tyron en profita pour finir gravement son café, tandis que son séide digérait tout ça.
- Est-ce qu’il y a un moyen de rattraper cet accident ? finit par demander ce dernier.
- Malheureusement, Tiffany n’est pas la première dont l’esprit tombe dans la mer numérique. Les Gardiens et Pisteurs sont tous avertis de ce point et savent que nous n’avons pas encore les moyens d’extraire quelqu’un qui plonge.
Nouveau silence pesant. Tyron tapota légèrement le bras de Flys avant de le fixer droit dans les yeux.
- Tu es encore secoué par ce qui vient de se passer mais j’ai une dernière question pour toi : pourquoi cette curiosité soudaine pour les souterrains de Tron ? Jusque-là, tu n’étais préoccupé que par la virtualisation en elle-même et rien d’autre.
- Vous m’avez permis d’aller sur Tron plus régulièrement. Du coup, je me suis vite intéressé à autre chose que ma propre expérience. J’ai commencé à réfléchir à mon environnement et aux possibilités du virtuel, son potentiel. Le sujet est prenant et exaltant. Après ça j’ai découvert l’existence des souterrains et j’ai commencé à vouloir percer leur mystère seul, par envie personnelle.
La réponse était sortie très spontanément, bien que des éléments de contexte supplémentaires lui aient donné une toute autre signification. Cela étant, elle reflétait plutôt fidèlement l’état d’esprit du répondant.
Les plis du visage de Tyron effectuèrent de micro-mouvements quelques instants, signe de sa réflexion, avant que ne soit prononcée la sentence finale :
- Très bien. Je pense que tu es de bonne foi et que toute cette histoire n’est qu’un malheureux accident. Les virtualisations quotidiennes ont l’air de t’être un peu montées un peu à la tête, tout comme Léo. J’en suis responsable. Tu t’en passeras quelque temps. Prends également note que je ne tolérerai pas une nouvelle déviation dans tes attributions, aussi infime soit-elle. Tu n’es là que pour tester le processus de virtualisation, rien d’autre.
Un haussement de tête signifia que le message était clairement passé.
- Je crois qu’on en a fini, sauf si tu as d’autres questions. Profites-en, c’est la dernière fois qu’on aborde ces sujets.
Il fallut une longue minute à Lysandre pour trouver quelque chose, malgré qu’il ait repris un peu du poil de la bête :
- Pourquoi avoir fait de Tron ce qu’il est maintenant ?
- Le labyrinthe et son brouillage devenaient trop désavantageux à partir du moment où j’ai commencé à virtualiser des personnes sur Tron. Sans oublier le développement très rapide du pouvoir de se fondre dans le décor, qui entrait en contradiction avec cet environnement. Pour compenser, j’ai développé les défenses au sein même du noyau, comme l’ouverture aléatoire de la porte – inviolable – ou les éléments du mur qui se transforment en missile si le terminal de données est utilisé sans autorisation et trop longtemps.
Pendant l’exposé du scientifique, l’inspiration avait fini par souffler dans l’oreille du plus jeune :
- Je sais que c’est gonflé de ma part, mais j’ai une dernière demande.
Tyron haussa légèrement un sourcil, dans un silence qui invitait malgré tout à poursuivre.
- Le nom « Xana », il renvoie à quoi ? J’en ai entendu parler et comme ça ne me semblait pas commun, je l’ai retenu.
L’homme en blouse fut moins étonné de cette interrogation que par l’intérêt de Lysandre pour le labyrinthe de Tron. Après tout, il n’était pas impossible qu’un membre de son équipe ait lâché le nom au cours d’une discussion de couloir animée, ou plus simplement, en taillant sans discrétion Tyron auprès d’un tiers. Il fallait dire que suite à la mise sur le tapis du nom de cette prétendue intelligence artificielle par la bande d’adolescents ennemis, il avait particulièrement insisté pour que chaque parcelle de donnée soit décortiquée, ce qui avait demandé un travail non-négligeable, pour un résultat nul. Avec ça, le mot « Xana » était devenu synonyme de tâche ingrate et inutile au sein de son équipe, doublé d’un sujet à polémique.
- C’est une chimère inventée par les intrus pour nous faire perdre notre temps, finit-il par formuler.


Le long échange avec le responsable du complexe souterrain ne s’éternisa pas plus. Quelques paroles bateau pour conclure, plus les politesses d’usage, avant que Lysandre ne finisse par sortir du bureau.
D’un pas mesuré, il dessina un itinéraire vers sa chambre. Son envie du moment était de s’échouer dans son lit pour cogiter les derniers événements, ou de dormir pour ne pas avoir à y penser. Cela dépendrait de son ressenti d’ici quelques minutes.
Il avait accusé le choc en apprenant ce qui était arrivé à Tiffany, qu’il avait manipulée pour arriver à ses fins. De fait, il se sentait coupable, mais moins qu’au début de l’entretien qu’il venait d’avoir. Le malaise était toujours présent en lui, mais celui-ci se partageait l’espace avec les nouvelles perspectives qui s’étaient ouvertes suite aux dernières informations tombées. Celles-ci étaient trop complètes pour être honnêtes. Tyron avait cherché à noyer un élément-clé au sein d’un flot d’explications dense. L’arbre qui cache la forêt, ou plutôt le noyau qui cache le labyrinthe... et sa tour.
Nul besoin de connaître tous les détails, ce qu’il avait obtenu suffisait à confirmer que son dernier rêve était à prendre au sérieux. À partir de là, il avait une sérieuse possibilité de tirer son épingle du jeu.
Il arriva dans sa chambre. Sans surprise, Léo était en train de dormir, d’un sommeil vraisemblablement agité. Il l’imita et s’installa dans son lit. En fermant les yeux, il eut une dernière pensée de circonstance :
« Désolé Tiff’, je n’avais pas prévu que ça tourne comme ça. Maintenant, je vais assumer mes responsabilités et aller jusqu’au bout de mon entreprise. »


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Mercredi 29 Mai 2013

Les affaires reprenaient de la plus douteuse des manières pour les Lyokô-guerriers. À peine la fin du cessez-le-feu était-elle arrivée que Jérémie avait accusé réception d’un message. Pas de leur meilleur ennemi, mais de Chris, qui pouvait également prétendre au qualificatif utilisé pour Xana cela dit.

Nous devons discuter de la suite de vive voix.
Rendez-vous sur Tron dans l’après-midi.
Nous vous y trouverons.
Chris.


Après analyse, il s’avéra que le message émanait du monde virtuel de Tyron, sans toutefois pouvoir identifier les traces virtuelles de son émetteur. Bien vite, les suspicions de piège made in Xana étaient tombées, en particulier en regard de son passif avec les messages mystérieux et les rendez-vous. Toutefois, l’échange qu’avait eu Jérémie avec l’oncle du disparu instillait également le doute sur la situation.
Suite à un énième débat au sein de la bande des Lyokô-guerriers, un consensus avait été établi, celui qui couvrait le plus de zones d’ombres, en regard des informations possédées. Le message venait bel et bien de Chris. Xana, derrière tout ça, devait chercher à initier une nouvelle phase de négociation, pour rallonger encore un peu son sursis. La grande inconnue restait le statut de leur camarade. Sous contrôle, ou conscient, comme il le lui avait été promis ? Dans le premier cas, Xana avait un otage, ce qui lui donnait un argument-massue. Dans le second cas, il pouvait toujours prétendre être xanatifié pour arriver aux fins de son Maître, ou être simple vecteur de dialogue comme cela avait été pour Laura, Xana révélant une surprenante appétence pour la conversation depuis son retour.
Plusieurs combinaisons et possibilités avaient été exposées, mais en définitive, la prise de risque minimale avait été adoptée. Il y avait une probabilité pour que Chris serve de monnaie d’échange au cours de la négociation. C’était une opportunité à saisir, au même titre que les événements qui avaient conduit à la libération de William, à l’époque.
En conséquence, une délégation en provenance de l’usine avait été détachée pour se rendre au rendez-vous en tant que représentants des Lyokô-guerriers. Yumi et William furent les heureux élus pour cette mission mêlant investigation et diplomatie. Laura se greffa à eux afin de s’initier au voyage en sous-marin et au monde virtuel de Tyron. Les bourrins restants étaient à l’écurie, mais n’en demeuraient pas moins dans leurs starting-blocks pour parer à toute urgence.

Le détachement débarqua sur le monde chaotique sans interférence. À l’instar de leur dernière expédition en ce lieu, le Skidbladnir fut garé dans les structures flottantes supérieures de Tron. Aucun Ninja ne risquait de venir déranger, et un individu seul envoyé via le casque ne risquait pas de peser lourd face au duo de premières.
William, placé au bord de l’anneau et appuyé sur son zanbatō planté dans le sol, se penchait allègrement vers le bas pour avoir une vue la plus plongeante possible. Yumi surveillait du côté du terrain praticable à pied. Laura, pour changer, se concentrait sur l’écran de sa tablette, une mise à jour de son avatar l’ayant doté d’une application « Radar » à courte portée.
- Heureusement qu’il devait « nous trouver », lâcha le seul garçon virtualisé en reprenant une position plus naturelle. Combien de temps qu’on est là ?
- Presque quinze minutes, l’informa aimablement Jérémie.
- Il a intérêt à être xanatifié, sinon...
Sa réplique impatiente fut coupée par le son du vent, violent mais surtout bruyant. Immédiatement, les têtes se levèrent vers sa source. La cape flottant dans son sillage descendant, qui n’était pas sans évoquer le bien connu drapeau blanc, Chris se posa à une dizaine de mètres de la position de Laura, auprès de qui les accompagnants se resserrèrent.
L’avatar à dominante grise s’approcha doucement du groupe, les mains levées et sans effectuer de mouvement brusque. Lorsqu’il ne fut plus qu’à quelques pas, les Lyokô-guerriers remarquèrent enfin l’aura d’un bel orange qui l’enveloppait. Ses iris dégageaient également cette même teinte.
- Bonjour, je m’appelle Mathilde.


À suivre : White Spirit
  Sujet: [Fanfic] L'Engrenage  
Zéphyr

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Sam 16 Avr 2022 17:25   Sujet: [Fanfic] L'Engrenage
Spoiler
  Sujet: [Fanfic] L'Engrenage  
Zéphyr

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mer 16 Mar 2022 20:49   Sujet: [Fanfic] L'Engrenage
Spoiler



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Samedi 18 mai 2013

Laura avait choisi de remonter le temps de deux jours, pour revenir au matin précédant la préparation à la mission « Hope ». Naturellement, le groupe des Lyokô-guerriers n’était pas réuni et au vu des événements récents, des échanges de sms et des appels téléphoniques en tous sens s’ensuivirent. Cette logistique désastreuse déboucha malgré tout sur un rendez-vous immédiat au laboratoire.
Exceptionnellement, l’héroïne du jour était installée au poste de commande, encerclée par sept regards désireux d’avoir des réponses. Les lèvres étaient toutefois trop brûlantes et préférèrent s’exprimer sans attendre :
- Le passif entre nous n’est pas glorieux, mais tu nous as vraiment sauvés sur ce coup. Alors merci, sincèrement.
- Ouais, merci.
- T’as géré !
- J’ai eu la peur de ma vie, j’ai cru que tu n’y arriverais pas à temps ! Tu as eu un souci ou une hésitation de programmation pour que cela dure autant ?
- Dis-donc, t’es vraiment bonne... pour faire monter la tension. On a failli mourir !
- On va peut-être la laisser parler, elle essaie de s’exprimer depuis tout à l’heure.
Chris était le seul à avoir gardé le silence. Il ne semblait pas dans son assiette. L’entrevue avec Tyron ne lui avait clairement pas fait de bien. Laura put enfin prendre la parole :
- Il s’est passé quelque chose pendant que vous étiez pris en otage. Plutôt que de vous l’expliquer, je vais directement vous le montrer, ce sera plus rapide.
Elle fit pivoter son siège pour se retrouver face à l’écran, prétexte idéal pour tourner le dos aux autres. Quelques commandes furent saisies, puis une archive de vidéo-surveillance s’enclencha. L’image était datée du 20, soit deux jours dans le futur, mais moins d’une heure auparavant dans les faits.

Point de vue sur le laboratoire. Laura était aux commandes, sans s’activer à l’écran. Elle était tournée vers le monte-charges et attendait. Lorsque celui-ci s’ouvrit, il relâcha... Laura, essoufflée et manifestant de la surprise.
- Salut. L’heure est aux négociations, déclara celle qui était assise.
La voix était douce, sans déformation, mais personne n’était dupe sur l’affiliation de son émettrice. L’originale garda le silence, mais se rapprocha néanmoins de son interlocutrice. Un zoom s’opéra sur l’enregistrement.
- Je vois que la leçon a été retenue depuis mon coup d’éclat, poursuivit Xana sur le ton de la conversation et en désignant l’interface du supercalculateur. Très ingénieux ce nouveau système de verrouillage : il me faudrait du temps pour l’étudier... et le passer. Or du temps, nous n’en avons pas à l’heure actuelle. Sans compter que je ne suis pas là pour ça et que j’ai meilleur intérêt à montrer patte blanche, pas vrai ?
- Que veux-tu ?
Le souffle de Laura semblait revenu à un rythme ordinaire. Elle n’en avait pas perdu son empressement, ni sa vivacité d’esprit.
- Vous êtes dans une situation délicate. Tyron est à deux doigts de vous vaincre. Je me trouve sur le chemin entre toi et la solution qui arrangerait tout. Nous allons réfléchir ensemble à un moyen de sortir tous les deux gagnants de cette affaire.
L’humaine sembla se crisper : après tout, cela ne faisait qu’une lourde responsabilité supplémentaire à endosser. À ce niveau, négocier avec l’ennemi qui le connaissait le moins était assez fourbe de la part de Xana.
- Au vu de ma position de force actuelle, je pense pouvoir réclamer un abandon pur et simple de votre entreprise envers la machine qui m’héberge actuellement.
Laura fit des yeux ronds face au culot de la proposition, alors qu’elle s’y connaissait en la matière. Sa réponse fusa :
- Autant laisser Tyron mettre la main sur cet endroit, ce sera moins pire, et il aura les preuves que tu existes, en prime. Peut-être même que c’est une meilleure option que de lancer le retour vers le passé...
Un sourire arrogant se dessina sur le visage de la fausse Gauthier.
- Avec un peu d’astuce, je suis sûr que j’arriverais à trouver le temps d’effacer toutes les informations me concernant de ce poste, en dépit de vos dernières précautions.
L’humaine délivra un sourire encore plus arrogant que celui de son doppelgänger, qui le perdit par effet domino.
- Jérémie n’a pas été assez bête pour tout laisser sur le même support de sauvegarde. Il a pris ses précautions pour que ces informations soient découvertes si jamais ça tournait mal pour l’ensemble du groupe.
- Tu bluffes...
Silence.
- Bien. Dans ce cas, je propose une trêve. Pendant un mois, je n’entamerais plus la moindre initiative offensive à votre encontre, ici ou virtuellement. De votre côté, vous ferez de même à mon égard.
- C’est déjà plus raisonnable, renchérit Laura. Mais pour un mois, hors de question.
L’expression du spectre se crispa. Il semblait se contenir pour ne pas foudroyer la blonde sur place.
- Nous sommes proches de ta destruction, je doute qu’il nous faille encore beaucoup de missions pour y parvenir. Repousser l’échéance d’un mois, aux vacances d’été, nous handicaperais largement. En plus, tu ne peux pas te permettre d’être repéré par Tyron. Sinon nous ne serions pas en train de négocier actuellement et tu aurais déjà agi. Si je ne savais pas que tu étais un programme, je te dirais presque désespéré. Je te propose donc une semaine de trêve, c’est suffisant pour préparer tes défenses pour notre attaque finale.
- Deux semaines.
- On peut monter à huit jours.
Le ton de la voix de la lycéenne, devenu hautain, témoignait d’une assurance retrouvée. Idée discutable au vu de l’interlocuteur, qui mécanisa sa voix en conséquence :
- N’abuses pas de ma patience. Je peux aussi détruire toutes vos installations et vous laisser vous débrouiller. Et te griller l’échine au passage.
Silence pesant. L’injection de rappel avait agi immédiatement.
- Dix jours. Le juste milieu de nos deux propositions. Je ne peux pas proposer plus en l’absence des autres.
Le sourire changea à nouveau de camp. Xana aimait avoir l’ascendant psychologique visiblement.
- Ça me semble correct. Dix jours après le lancement du programme. Aucune attaque sur Tron, de quelque manière que ce soit. Je respecterai la trêve de mon côté. Si jamais vous rompez le marché, j’enverrai personnellement Tyron sur vos traces, qu’importe que cela me trahisse ou me perde.
Encore un silence. Il aurait été naturel que Laura relance l’intelligence artificielle sur sa fiabilité, mais le coup d’intimidation précédent avait fait son effet. Aussi, elle garda le silence.
- Je vais donc te laisser la suite, épilogua Xana. Après le retour vers le passé, j’activerai une tour, pour éliminer du web les informations qui ont permis à Tyron de vous retrouver aujourd’hui. Cela scellera notre accord, et vous montrera que je suis un bon joueur qui tient ses engagements.
Le spectre abandonna son apparence humaine pour redevenir cette matière noire d’apparence visqueuse. Il disparut par le plafond, comme la plupart de ses congénères avant lui.


- Voilà, fit Laura en fermant la fenêtre de visionnage. Après ça, j’ai pris le temps de vérifier que Xana n’avait rien fait de douteux sur l’interface, ce qui m’a demandé un délai supplémentaire avant le retour dans le temps.
- Tu as bien fait, lui répondit Jérémie. Franchement, tu ne t’en es pas si mal tirée que çasur cette négociation. Je ne sais pas si on aurait pu avoir mieux, d’autant plus que Xana m’a donné l’impression d’aller là où il voulait.
Les autres acquiescèrent silencieusement.
- De toutes façons, poursuivit-il, je pense que Xana à encore besoin du laboratoire. L’un de nous en est la preuve vivante.
Chris, toujours en retrait, sentit les regards se poser sur lui.
- Par contre, enchaîna Yumi, sa menace de nous envoyer Tyron m’inquiète un peu. Vu à quel point il a réussi à nous coincer cette fois...
- Si on reste sur nos gardes ça devrait aller, tempéra Jérémie. Xana essaie de la jouer suicidaire mais je ne pense pas que sa programmation lui fasse aller jusqu’à se tirer une pareille balle dans le pied. Il essaie surtout de nous déstabiliser parce que, Laura l’a correctement dit, c’est lui qui est en mauvaise posture. Ne nous déconcentrons pas, on est très proches de la fin.
- N’empêche, souligna Aelita, Xana a bien changé. Avant, il n’aurait jamais discuté avec l’un d’entre nous comme ça.
La remarque laissa le groupe songeur.
- Bref ! rebondit Jérémie. Maintenant que cette menace est passée, il est temps de penser à la suite. Puisque nous en avons pour dix jours de plus, autant préparer notre prochain assaut du mieux possible. Xana y mettra certainement du sien dans la défense, sans compter Tyron.
- On pourrait profiter de la trêve pour s’entraîner au combat sur Lyokô tous les jours, suggéra Odd.
- Excellente idée, ça nous rendra d’autant plus efficaces sur le terrain. De mon côté, je vais essayer de voir ce que je peux faire niveau logistique et programmes.
Un élan enthousiaste commençait à se former au niveau des adolescents. La perspective d’en finir avec Xana juste avant l’été, ou même que les épreuves anticipées du baccalauréat pour ceux qui étaient en première, était réjouissante. Un seul ne profitait pas pleinement de cette ambiance de fin, et la brisa :
- Que fera-t-on par rapport à Tyron ?
- C’est-à-dire Chris ? demanda Yumi.
- Détruire son supercalculateur ne l’empêchera pas de continuer ses expériences, ou même de construire une nouvelle machine. Ne faudrait-il pas faire quelque chose ?
- Je comprends ton sentiment, répondit Jérémie de sa voix la plus diplomate. Seulement, notre objectif et notre responsabilité ne concernent que Xana, avoir un problème de ce genre à gérer en plus... ça nous dépasse.
Il y avait dans les derniers mots l’aveu silencieux que le groupe était épuisé par la lutte. La validation silencieuse générale n’en irrita que plus Chris.
- Même mettre les autorités sur sa piste ce n’est pas possible ? Après tout, on possède des données compromettantes sur lui.
- Malheureusement, non, à cause de la possibilité que cela remonte jusqu’à nous. Surtout Aelita, qui a une fausse identité.
La coupe était largement pleine pour l’ex-testeur de Tyron. Qu’il s’enflamme autant en son for intérieur le surprit mais il n’avait pas envie de faire preuve de retenue pour lâcher sa pensée :
- Alors ne comptez plus sur moi pour vous suivre dans vos projets, si c’est là toute la considération que vous avez.
- Calme-toi Chris, tenta d’adoucir Yumi. Tu es encore à cran par rapport à ce qui vient de se passer avec Tyron. On a simplement conscience de ce qu’on peut faire, et de nos limites.
Elle lui tapota l’épaule dans un geste amical, ce qui n’arrangea rien. Le concerné manqua de balancer rageusement qu’on lui cachait bien l’existence du programme parasite de Xana en lui. S’attribuer et se défausser des responsabilités était en effet simple, de ce point de vue. Avec cette dernière réponse, il bouillonnait. Préférant ne pas éterniser un débat fermé, il profita de la dernière once de contrôle de soi qui lui restait pour partir sans ajouter un mot.
Personne ne fit mine de le retenir.


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Dimanche 19 mai 2013

Dans le ciel bleu nuit du territoire Banquise, trois silhouettes en fil de fer blanc se formèrent, se remplissant progressivement de leur substance. Aelita et Yumi se réceptionnèrent comme à l’accoutumée tandis que Laura passait par l’inévitable bizutage du premier atterrissage sur Lyokô, c’est-à-dire raté et ridicule.
La blonde se releva avec dignité, avant de contempler le monde sous ses yeux. Bien qu’elle s’attendait à un tel panorama au vu du nom du secteur, ça ne l’empêcha pas d’apprécier toute cette eau, solide et liquide, à sa juste valeur.
- Je ne m’attendais pas à ça quand j’ai suggéré de te former sur le terrain, déclara Aelita.
Arrachée à sa contemplation, Laura se recentra sur elle-même, intriguée par l’apparente perplexité des deux autres filles. Sa tenue virtuelle était une copie carbone d’une autre qu’elle avait l’habitude de mettre dans la vie réelle. Chaussures et jupe bleues, T-shirt orangé et veste couleur lin. À ses épaules pendait une besace d’un orange vif, sur lequel le symbole de l’infini était cousu. Effectivement, elle s’attendait à un résultat plus engageant de la part de son subconscient.
- Comme quoi, tu n’avais pas vraiment tort quand tu disais que je n’avais pas d’imagination, philosopha-t-elle.
- Allez c’est pas grave l’apparence, glissa Yumi. Ce qui va nous intéresser, ce sont tes armes et capacités.
En guise de réponse, la nouvelle Lyokô-guerrière sortit de son sac une tablette numérique ainsi que trois petits dispositifs évoquant vaguement des électrodes. Restait à déterminer leur utilité. D’un geste, elle alluma son écran portatif et entreprit d’en explorer les fonctionnalités. Sentant le silence de ses accompagnatrices, elle lança :
- À propos Yumi, tu ne m’as pas fait de retour sur les améliorations de ton avatar. Est-ce que tout te convient, comme Odd ?
La nippone mima une légère surprise. Il était rare que Laura adresse la parole à quelqu’un en dehors des cerveaux du groupe, même pour des sujets fonctionnels comme celui-ci.
- Franchement, j’adore. Avoir le bâton à portée de main, c’est déjà une super avancée, mais les éventails qui servent de supports et d’ancres télékinésiques, ça m’offre beaucoup plus de possibilités.
Pour illustrer son propos, elle généra ses projectiles métalliques, qui s’entourèrent d’une aura blanchâtre en même temps qu’elle pour s’élever doucement à hauteur d’œil. Pour la frime, elle attrapa le manche de son bâton, attaché à une lanière sur sa cuisse droite, et le déploya. Sans effort apparent, elle fit tournoyer ses éventails comme des toupies.
- Ravie de voir que ça fonctionne, conclut Gauthier devant le spectacle. Modifier les défauts du pouvoir aurait pris beaucoup trop de temps, ça m’a semblé plus simple de créer quelque chose qui comble au moins les problèmes directs, à savoir la facilité de déploiement et la distance.
Yumi remballa son attirail, et se tourna vers Aelita.
- Bon, c’est pas tout mais si on allait voir les garçons ? J’ai promis un duel à William.
- Je vais rester ici et commencer à m’habituer à tout ça pour commencer, précisa Laura.
Sans blabla supplémentaire, les deux amies se dirigèrent dans le tunnel adjacent à leur platebande glacée d’arrivée, descendant vers une arène circulaire sous le niveau du sol et bordée de cascades.
- Alors, cette tablette, ça dit quoi ? relança Jérémie en voix-off une fois la blonde seule.
- A priori, si je veux pouvoir attaquer, j’ai besoin d’absorber une attaque magique ou énergétique au préalable.
- Pas inutile, mais compliqué à placer dans un affrontement avec des Ninjas.
- Finalement, on aurait peut-être dû échanger nos places, taquina Laura.
- Oulà non ! paniqua l’opérateur. Crois-moi, tu ne pourras pas être plus ridicule que moi.
La virtualisation de la fille était la conséquence logique de la préparation à ce que tout le monde appelait déjà l’ultime mission. Une seule personne aux commandes suffisait. Du coup, autant avoir le plus de monde possible sur le terrain. Il fallait également compter la défection apparente de Chris, qui n’était pas venu à cette première séance d’entraînement malgré sms de rappel. Oui, son apport ne serait pas de trop.


Au bout d'un moment, William émergea du tunnel. Les échanges de coups avec les autres – Odd en particulier – avaient été trop enthousiastes pour ses points de vie. Il avait besoin d’une tour. Il avisa Gauthier, assise sur un rocher de glace, les yeux rivés sur sa tablette, avant de l’aborder :
- Alors, comment tu t’en sors ?
- Ma tablette contient toutes les informations sur mon avatar, répondit-elle sans lever les yeux, donc j’en connais déjà toutes les capacités. Il n’est pas spécialement taillé pour le combat mais il devrait pouvoir se rendre utile.
- Par exemple ?
Cette fois, elle cessa de regarder son écran. Elle s’attarda un instant sur l’apparence de William, qu’elle voyait pour la première fois. Une combinaison moderne élaborée qui n’avait rien à envier à celle des autres, grise sur le haut, bleu pétrole sur le bas, avec bottes assorties. Soutenu par une ses mains gantées, un large zanbatō était calé sur l’épaule du guerrier. Il n’était plus vraiment ténébreux ainsi. Sa contemplation de quelques secondes passa pour de la réflexion, ce qui lui permit de rebondir : elle attrapa un des dispositifs dans son sac et le colla par surprise sur la jambe de son aîné. Dès lors, l’appareil se mit à émettre une lumière blanche clignotante.
- Hé qu’est-ce que tu fais ? protesta le garçon. C’est quoi ? ajouta-t-il en essayant de retirer le bidule sans y arriver.
- Une interro surprise, le taquina Laura. Mes mouchards m’offrent l’analyse complète du corps ou objet virtuel sur lequel ils sont collés. Allez, liste-moi tout ce dont tu es capable. Peut-être que ton avatar a encore des pouvoirs que tu ignores...
- Ça m’étonnerait. Mais si tu insistes... Pour commencer, grâce à une mise à jour de Jérémie, je peux faire apparaître ou disparaître mon épée à volonté. Quand je l’ai en main, je peux envoyer des salves d’énergie. Elle me permet aussi d’activer mes pouvoirs selon la position de sa pointe. Vers le bas, je lévite. Vers le haut, je gagne en force et en vitesse. Allez, apprends-moi quelque chose que je ne sais pas maintenant.
- Pas mal, admit la blonde. Tes capacités dépendent effectivement entièrement du zanbatō, ce qui est à double tranchant si jamais tu es désarmé. En revanche tu manques de rigueur sur « ton pouvoir » pointe vers le haut. Il provoque un Allègement – les données l’appellent comme ça en plus – de ton corps et de ton arme. Ça te permet de la manier plus facilement et de bouger plus vite. Ta force n’est pas altérée, c’est une impression que tu as puisque le pouvoir te permet de l’exploiter à son plein potentiel.
William haussa les épaules.
- Tu chipotes ! Et ça ne change rien à sa difficulté d’utilisation. La Supersmoke était beaucoup plus instinctive et je pouvais la sortir quand je voulais.
La remarque n’entra pas dans l’oreille d’une sourde, laquelle relança sur son cas :
- Je n’ai pas encore testé la fonctionnalité en condition réelle, mais apparemment, ma tablette est en mesure d’altérer les performances des avatars : je peux aussi bien les booster que les priver de leur énergie.
- Mais c’est génial ! On teste tout de suite ?
Laura parut gênée.
- C’est-à-dire que le programme puise dans ma jauge d’énergie virtuelle personnelle et que je l’ai quasiment vidée en découvrant l’option. Entrer dans une tour n’y a rien changé.
- Je ne suis pas le seul à avoir des restrictions bizarres, rit l’ancien Xana-guerrier, ça me rassure. Celui qui a inventé ça doit être tordu.
- Tu parles de nos subconscients je te rappelle. Le même qui t’a doté de cette grosse épée.
Dunbar fut désarçonné par la remarque et le fait qu’elle soit aussi cash.
- Bref, poursuivit la nouvelle Lyokô-guerrière, il y a une dernière chose à propos de ton zanbatō.
Elle redirigea ses yeux sur l’écran.
- C’est écrit ici qu’avec suffisamment d’élan, elle est capable de provoquer un « impact explosif » sur la cible. J’avoue avoir un peu de mal à visualiser.
- Pas moi. Je crois que je l’ai déjà fait une fois. Voyons voir.
Il avisa les environs. La passerelle glacée qui menait à l’arène aux cascades était cernée d’eau, mais proposait quelques reliefs comme celui sur lequel était assise sa camarade. William en sélectionna un de taille standard, se plaça à bonne distance, puis s’élança arme en main. À peine parti, il se mit à tournoyer, profitant du sol glissant pour intensifier son élan. La lame se mit à luire, comme en amont de l’envoi d’une salve. Au dernier moment, le lycéen reprit le contrôle de son mouvement et abattit son épée avec fracas sur la cible. Des morceaux de glace volèrent en tous sens et loin, du fait de l’onde de choc générée. Ne restait du caillou d’eau solide qu’un cratère à échelle du zanbatō, et des débuts de fissures autour.
L’éclateur de roc revint vers Laura avec une expression satisfaite.
- Et voilà le travail ! commenta celui-ci.
- Impressionnant. Je ne suis pas loin de te proposer de faire équipe pour aller détruire immédiatement Xana en secret.
La remarque goguenarde était suffisamment absurde pour que William se contente d’un ricanement en réponse.


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Piste ζ : (19/05/2013)

Le retour vers le passé n’a pas que des avantages : la piste que j’avais enregistrée lors du premier dimanche a été effacée. Je n’ai pas la foi de la refaire. La restituer telle quelle, dans toute sa spontanéité, est impossible. Cela dit, j’y gagne au change : ma disparition avec « Christophe » dans le parc et la rumeur que cela a engendré ont été balayées. Sauf de ma mémoire bien sûr.

Après avoir théâtralement, mais surtout furieusement, quitté l’usine, l’envie de passer la journée à Kadic fut très faible. Je n’avais pas envie de me situer dans un environnement proche de cette bande envers laquelle je ne me sentais pas en harmonie. Au lieu de quoi, je rejoignis la station de RER, après un rapide crochet par l’internat, et m’engageai pour plus d’une heure de trajet, jusqu’au seizième. L’idée était de me poser dans un endroit où je serais complètement isolé. Aller chez mon oncle était à mes yeux l’option idéale, d’autant plus qu’il ne risquait pas d’être présent.
J’arrivai peu avant midi à l’appartement. Contrairement à mes prévisions, je tombai rapidement sur son propriétaire, qui m’accueillit à sa façon :
- Je ne me souvenais pas que tu devais rentrer aujourd’hui...
Habituellement, je répondais à ce type de remarque sur le vif, mais comme nos relations s’étaient apaisées, je fis un effort pour me pas être trop tranchant en répondant :
- J’avais besoin de changer un peu d’air et de me reposer dans un endroit moins... tumultueux.
Il fit un bruit de gorge en réaction. Cela semblait lui suffire comme justification.
- Et toi, poursuivis-je, tu n’es pas en déplacement actuellement ?
- Je suis arrivé ce matin, exposa-t-il, et je repars tôt demain.
Il lâcha un long bâillement et fit mine de se diriger vers sa chambre.
- Sur ce, j’ai deux nuits à effectuer en une fois, si tu pouvais ne pas faire trop de bruit... Pour le reste, tu es assez grand. Et avant que je n’aille m’effondrer, est-ce que tu veux que j’appelle à Kadic pour prévenir que tu restes ici ce soir ?
La proposition me surprit autant qu’elle m’arrangea, aussi je l’acceptai volontiers. C’était avec ce genre d’attention que mon tuteur m’apparaissait comme cool.

La suite de ma journée fut principalement consacrée à buller. J’entrecoupai ces moments de rien avec des lectures furtives, des gribouillages, des déambulations sur internet, et même la préparation d’un goûter frugal. J’aimais, très situationnellement, passer ce genre de moments à la limite de l’ennui. Savoir mais surtout sentir qu’on avait du temps pour ne rien faire dans sa vie. C’était aussi particulier qu’appréciable à mon sens. Bien sûr, mon besoin de faire le vide des derniers événements n’y était pas étranger. Le plus souvent du temps, l’ennui faisait malheureusement très bien son travail auprès de moi.
Quand dix-neuf heures approcha, un coup de barre me prit soudainement. Décidé à me laisser vivre, je n’hésitai pas à interrompre toute activité pour m’affaler sur mon lit. Je fermai naturellement les yeux, dans l’idée que la torpeur s’en irait après quelques minutes, même si je ne m’endormais pas. Rien ne se déroula comme senti et je sombrai rapidement.

Le parasite gracieusement offert par Xana en profita pour se rappeler à mon souvenir, sûrement pour appuyer ma découverte récente de son existence. Cela étant, il n’avait plus stimulé mes nuits depuis près d’un mois. Pour l’occasion, il me gratifia de pas moins de trois rêves.

Celui qui ouvrit le bal n’en était un que dans la forme. Il consistait en une rediffusion fidèle – enfin je pense – d’une scène vécue avant le retour dans le temps, soit quelques heures auparavant. Un pur moment de bonheur donc.
Clément venait de me pousser prestement dans une nouvelle salle du studio d’enregistrement, sensiblement identique à la première dans laquelle Tyron nous avait séquestrés. Il n’avait pas traîné pour repartir. Puck, mon garde personnel, avait refermé la porte et s’y était naturellement adossé.
- Enfin seuls, lança-t-il d’une voix joviale. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas pu discuter toi et moi. Quoique... si tu préfères qu’on se mette d’abord dessus, pas de soucis. Je n’ai rien contre griller les étapes.
Évidemment, dans le contexte, j’étais déjà bien remonté. Les remarques légères et hors de propos du Gardien de Tron ne firent qu’aggraver les choses. J’attrapai le premier objet qui me tomba sous la main, un tabouret basique, pour le lancer sur mon opposant. Bien entendu, il me vit venir et se décala simplement pour éviter le projectile, qui rebondit contre la porte puis le sol avec des bruits mats.
- Tu m’as l’air chaud bouillant pour qu’on se fritte !
Il se mit en garde et s’approcha doucement de moi. Mon agression initiale n’avait pas été motivée que par l’impulsion de la fureur. Le raisonnement était qu’en jouant sur le côté bagarreur de Puck, j’avais moyen de le neutraliser puis de m’échapper, voire d’aider les autres si la situation le permettait. Ce faisant, lorsque mon adversaire fut à portée, je lançai l’offensive avec un crochet du gauche. L’air encaissa mon coup sans broncher et je me pris immédiatement un uppercut, nonchalamment administré par le sbire de Tyron. Le choc me retourna le cerveau et me fit perdre l’équilibre. En tombant, je me cognai l’omoplate gauche contre ce qui devait être un coin de table. La douleur était atroce et se manifesta sans la moindre retenue. Accusant réception de tous ces signaux, mon corps resta au tapis. Mon esprit, bien que se retrouvant, jugea bon de suivre cette décision.
- Allez Cristiano, on ne simule pas. Debout !
Constatant que j’étais bel et bien groggy dès le premier assaut, Puck renchérit :
- Je suis un peu déçu je t’avoue. Depuis notre binôme de baston, j’attendais le moment où on pourrait se confronter. Mais ce n’est pas parce que tu pousses des gémissements de douleur que je ne vais plus te tabasser.
Il se plaça devant moi et s’accroupit, de façon à entrer dans mon champ de vision. Ma position latérale du moment facilita le processus.
- Si tu trahissais les autres zigotos et que tu nous révélais ce que tu sais, l’affaire serait immédiatement pliée. Tu pourrais même être repris pour le projet de virtualisation. Vu que tu as rejoins un autre groupe avec un monde virtuel, c’est forcément que tu voulais y retourner, malgré ton départ de notre groupe.
Il me fixa quelques instants.
- D’accord, inutile de me répondre, ton regard de tueur en dit long. Tu as la haine contre Tyron.
Une pause dans le discours fut ménagée.
- Pourquoi tu le détestes autant ? Parce que tu as failli mourir ? Mais sans ça, tu n’aurais jamais vécu une expérience comme la virtualisation. Tu ne me feras pas croire que ces quelques semaines chez nous n’ont pas été les plus incroyables de ta vie morose. Si c’est pour éviter l’ennui, alors risquer sa vie vaut la peine.
À nouveau, il fit une pause, avant de reprendre avec conviction, presque pour lui-même :
- Oui, tout ça en vaut la peine.
Visiblement, il se moquait que je réponde à son argumentaire. Puis, sans rien ajouter de plus, il se redressa et entreprit de me passer à tabac, comme promis. Il appliqua ses coups sans se presser, en sélectionnant les zones où donner ses coups de pied avec soin. Par réflexe, je me protégeai, avec les bras mais aussi en me recroquevillant, les parties que je considérais instinctivement comme sensibles.
Je me sentis impuissant, au niveau d’un simple sac de sable. Le fait que je ne parvienne pas à réagir ou même à envisager mentalement de me débattre m’enfonça davantage dans un mélange de frustration, de fureur et de détresse. Je n’étais plus aux commandes, du moins conscient, de mon propre corps, la conclusion me sauta aux yeux. La petite voix du squatteur dans ma tête en rajouta une couche :
« Je peux t’offrir l’oubli. Plus de douleur, et surtout, plus de sensation de ne plus être maître de son corps, n’est-ce pas ? »
- Ça suffit arrête, lâchèrent mes lèvres.
- Faiblesse.
Le jugement de Puck était sans concession. Cette fois-ci, il leva le pied haut. Son prochain coup allait faire plus mal que les précédents. Je ne sus jamais si cette observation était juste : mon bourreau s’écroula à terre après un cri et quelques crépitements. Une nouvelle silhouette s’accroupit alors face à moi. Je relevai prudemment la tête, pour voir mon propre visage me narguer avec un sourire doucereux.
- Décidément, tu ne peux pas te passer de mon aide, tu ne trouves pas ? lança l’émissaire de Xana.
Je n’avais pas la force de répondre, ce qui ne l’empêcha pas de continuer :
- D’ici quelques minutes, tu seras à nouveau sur pied. Je profite juste de l’occasion pour m’adresser à toi directement et réitérer mon intérêt à ton égard. Et puis, ça me permet également de te montrer que Tyron et sa clique ne sont pas un problème pour moi. Je peux leur régler leur compte à tout moment.
Il fallait reconnaître à cet être un grand sens de la théâtralité, qu’il poussait parfois trop loin et pouvait être pris pour de l’ironie. Malgré les élancements dus aux coups, je ne pus m’empêcher de me moquer :
- Dans ce cas, pourquoi te cacher, si tu as la supériorité pour toi ?
Le faux moi perdit son sourire.
- C’était la dernière aide que je t’accordais. Des affaires plus pressantes vont prochainement m’occuper. Néanmoins, si jamais tu en viens à reconsidérer ma proposition, jette un œil à ta boîte mail. Tu y trouveras de quoi faire...
Sur cet ultime message, le spectre s’évapora.

Puis, sans transition, je fus projeté dans le rêve suivant. Ou plutôt, j’eus l’impression de m’extirper du premier songe en déchirant son tissu constitutif, par un envol pur et simple. Ce qui tombait bien, puisque je m’élevais dans les airs dans les cieux de Tron, droit vers son soleil pâle, mais brillant. Un coup d’œil à mes pieds m’informa que la terre ferme était déjà lointaine, et que ma tenue virtuelle avait retrouvé sa blancheur originelle. Je me rendis par la même compte que je ne contrôlais pas mes mouvements. Encore.
Pas le temps de me lamenter du retour de cette malédiction : l’appui aérien cessa d’un seul coup, ouvrant la voie pour une chute libre. Immédiatement, la résistance de l’air fit son œuvre et ma cape, au lieu de filer droit et de flotter au-dessus de ma tête tel un étendard, fut rabattue directement sur mon visage. Malgré l’absence du besoin de respirer virtuellement, je me sentis suffoquer. Je tentai de reprendre un semblant de contrôle au cours de la chute, à coups d’injonctions mentales violentes. Sans résultat, comme les fois précédentes.
Ma course s’acheva en grand plongeon, dans une eau à la sensation étonnamment fluide au vu de la hauteur de chute. L’élément liquide colla encore plus le tissu sur mon visage, montant d’un cran mon niveau de panique et d’étouffement. L’instant suivant, je sentis ma conscience comme mon avatar se désagréger. D’une façon différente de la dévirtualisation : ce n’était pas un voyage-retour vers une autre réalité, je me dissolvais dans celle de la virtualité, pour ne jamais en revenir.
Je perdis la notion de moi-même.
C’était comme dans un rêve, avec l’eau s’infiltrant dans les fissures de mon être, pour l’éroder avidement.
Plus de souffrance, plus de conscience de soi-même. Plouf.
Il suffisait de se laisser entraîner dans ce nouveau monde.
L’enfer, le silence.

Une expiration brutale et salvatrice constitua la transition vers le dernier rêve de la trilogie, le plus bref.
L’humidité n’en avait pour autant pas disparu. Un liquide coulait doucement sur mon dos. J’étais à demi-conscient, en position latérale sur une surface dure, également trempée. Puis mon cerveau daigna notifier l’intense douleur parcourant mon dos, une sensation de brûlure atroce. Pénétrante, dévorante et pulsante comme un cœur, la sensation de feu s’infiltra dans toutes les strates de ma conscience. Je ne saurais dire si je criais ou non, la tête me tournait à cause de la douleur dans tous les cas.
Au milieu de tous ces avertisseurs rouges et lumineux envoyés par mes nerfs à mon cerveau pour me signifier la souffrance du moment, celui-ci perçut autre chose. Des paroles. Inaudibles au milieu de la focalisation douloureuse. Je me fis violence pour tenter de les capter, entrouvrant même les yeux, pour ce que cela valait. Malgré une vision troublée comme par un voile aqueux, je parvins à distinguer la face calme de mon oncle. C’était lui qui faisait couler de l’eau sur mon dos, probablement pour limiter les dégâts de la brûlure.
- Encore un peu de patience, c’est bientôt terminé.
Loin de me soulager, la réplique me donna l’impression de renforcer la brûlure à vif . Je sombrai alors définitivement.


Pour une fois, je ne me réveillai pas immédiatement dès la fin de mes rêveries. Je suppose avoir dormi encore un peu avant que cela n’arrive inévitablement. Je n’en sais trop rien en réalité, mais l’émergence demeura désagréable. Dormir tout habillé n’avait pas aidé, d’autant plus que de la sueur froide s’était formée le long de mon dos. Le tout m’inspirait l’impression d’être sale après passage sous un rouleau compresseur.
Naturellement, je me dirigeai vers la case douche. Manque de chance, la salle de bain était occupée par mon oncle. Il était moins de six heures, chose cohérente avec les horaires que je lui connaissais. Pour patienter le temps qu’il libère la pièce, je partis squatter l’ordinateur fixe de son bureau. Les traces de ma nuit étaient encore fraîches dans mon esprit, en particulier le replay d’une scène vécue quelques heures auparavant seulement. La lumière de l’écran, d’une pâleur d’outre-tombe au milieu de la pièce que je n’avais pas pris la peine d’illuminer, me replongea dans cette torpeur caractéristique du monde onirique. Mes mouvements de souris et au clavier étaient lents, presque mécaniques. Je ne réfléchissais plus, car ce serait simplement une torture mentale pour se diriger vers un résultat identique à l’impulsion initiale.
J’ouvris ma boîte mail, que je n’utilisais que pour les inscriptions administratives ou sur des sites. Les mails présents étaient tous non-lus, en continuité avec mon utilisation peu courante de l’adresse. Dans les plus récents, le nom d’un expéditeur accrocha mon regard : Xavier Nanterre. Le manque de subtilité du nom me permit d’effectuer rapidement le rapprochement. Il ne s’était pas encombré d’un objet, ou même d’écrire un message. Seule figurait une pièce jointe intitulée Instructions.pdf. Sans chercher à étudier son contenu, je l’imprimai machinalement. Le processus demanda un certain temps, le document contenant une bonne quarantaine de pages. Sur le coup, je n’étais pas certain de la motivation de mon geste. À présent, avec le recul, je me dis que ça me servira de prétexte pour revenir vers la bande une fois que je serais calmé et que je voudrais leur reparler.
Suite à ce règlement de comptes avec l’environnement, j’éteignis le poste, récupérai les feuilles encore chaudes dans l’imprimante, puis retournai les déposer dans ma chambre. Au passage, je notai que mon tuteur en avait fini avec la salle de bain. Le timing ne pouvait pas être meilleur.


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Mon oncle respecta notre règle tacite du silence jusqu’à la fin du petit-déjeuner avant de prendre la parole :
- Ça m’arrange que tu te sois levé tôt. Je voulais parler un peu avec toi avant mon départ.
Je ne répondis rien, l’invitant à poursuivre.
- Comment avance cette histoire de lutte virtuelle ? Tu ne m’as pas vraiment tenu au courant des évolutions.
En un mois, je n’avais effectivement fait que l’avertir que je comptais poursuivre mon implication avec le groupe de Kadic. De son point de vue d’adulte, la perspective n’était pas enthousiasmante, surtout si je ne faisais circuler aucune information derrière.
- Ils arrivent sur la fin, répondis-je. Encore une mission, voire deux, et ils auront détruit la machine de Tyron. Et Xana.
Dans mon explication, je n’avais pas pris la peine de m’inclure. Mon ressentiment de la veille était encore présent. Celui qui me faisait face ne manqua pas ce détail :
- Tu es sûr que tout va bien ? À t’entendre parler, ça n’a pas l’air de te réjouir.
- Je me suis simplement accroché avec eux, me défendis-je. L’idée de laisser Tyron s’en tirer juste avec sa machine détruite, après tout ce qu’il a fait, ça ne me paraît pas assez. Ils ne sont pas d’accord avec moi.
- Et ils ont bien raison, rétorqua-t-il sèchement. Ils font ce qu’ils font dans leur propre intérêt avant tout. Inutile d’être zélé.
À cette annonce, mon irritation du jour d’avant refit surface :
- Donc pour toi, un type qui est responsable de plusieurs morts devrait ne pas être puni ou signalé aux autorités ?
Mon oncle soupira.
- Tu as passé l’âge de te prendre pour un héros à cape et d’être aussi naïf.
Il fit une pause dans sa phrase, comme s’il avait voulu y ajouter quelque chose mais qu’il s’était ravisé.
- Tu t’es embarqué dans une affaire qui te dépasse, de base. Si tu cherches à aller plus loin que ton objectif – qui était d’en finir avec cette expérience et la surmonter, pour rappel – ou même que ton champ d’action initial, ça se finira mal. Et cette fois-ci, compte sur moi pour t’empêcher de faire une erreur.
Sa rhétorique d’homme raisonnable qui comprenait les choses m’agaçait autant qu’elle me frustrait. Peut-être à cause du sous-entendu que j’avais perçu dans sa réplique sur la naïveté, ou de ma stabilité émotionnelle déplorable de ces derniers temps. La colère était pourtant présente, je la sentais s’intensifier à mesure que notre échange avançait et qu’il assénait ses mots. En conséquence, je décidai de tout lâcher en haussant la voix :
- Et que ferais-tu pour « m’empêcher » au juste ? M’enfermer dans le cagibi jusqu’à ce que je sois « calmé » et que j’aie repris le contrôle de mes émotions ? Ou mieux : m’ébouillanter à nouveau la peau ? Il y a encore de la surface à traiter.
Ma réaction le désarçonna clairement, coupant son élan argumentaire. Je le pris comme une petite victoire, sur laquelle je souhaitais rester.
- Mais ne t’inquiète pas tu n’auras rien besoin de faire, poursuivis-je plus posément. Actuellement, je suis impuissant, et le groupe ne me soutiendra pas. Maintenant, je vais y aller, nous ne sommes plus en état de poursuivre calmement.
Alors que je quittai la cuisine, je l’entendis se lever. Je sentis l’espace d’un instant une tension, de celles qui précèdent une explosion. Rien ne se produisit. J’attrapai mon sac et quittai l’appartement, sans que mon oncle n’ajoute quelque chose.

Une fois dehors, je reçus un sms :

Je suis désolé que cet échange se soit fini comme ça, ce n’était pas le but.
Prends juste soin de toi, s’il-te-plaît. À bientôt.

Égal à lui-même.


Piste η : (22/05/2013)

Jim s’est dit que la période était propice à l’organisation d’un match de foot entre les secondes et les premières. La rumeur veut qu’il ait récupéré l’idée d’une œuvre de fiction trouvée sur le net. Décidément, les gens ne savaient plus quoi inventer.
L’événement était organisé en début d’après-midi de ce mercredi. Comme certains membres du groupe voulaient y participer, l’entraînement du jour sur Lyokô a été reporté pour le début de soirée. Laura m’a quotidiennement envoyé un sms pour m’inviter à venir me virtualiser avec eux. Je n’ai ni fait acte de présence, ni donné de réponse, à aucun moment, m’en tenant à ce que j’avais dit.

Je n’avais donc pas prévu de prendre part à ce match, ne tenant pas à croiser la bande de l’usine, sans même parler de mes compétences en football assez moyennes. Seulement, Jim s’y était pris à la dernière minute pour mettre en place sa rencontre, faisant qu’au moment venu, il lui manqua du monde chez les premières. Je me fis ainsi attraper et forcer la main pour jouer. Lorsque j’arrivai sur le terrain à ciel ouvert, en tenue de sport, je remarquai la présence d’Aelita, Jérémie et Laura dans les gradins. Bien que les deux derniers aient pris avec eux leurs écrans, ils semblaient là pour regarder jouer les quatre autres, présents comme prévu. Évidemment, il n’y avait pas d’autres spectateurs, qui risquaient plus l’embrigadement qu’autre chose au vu du contexte.
Je ne connaissais pas totalement les secondes en présence. Ils étaient sept, incluant les deux visages familiers. L’un d’eux ressemblait à Ulrich, tant au niveau physique que du style : Théo Gauthier. Plus surprenant, il y en avait un à peine plus petit qu’Odd, avec un air plus teigneux derrière sa tignasse noire. Niveau premières, outre William et Yumi, je constatai la présence de Matthias, Emmanuel et Ernest – étrangement tranquille dès qu’il était question de football. Je ne devais pas être le seul à avoir été traîné. Étonnant que Christophe n’ait pas été présent, lui qui semblait partout tout le temps... Dans tous les cas, il nous manquait un joueur, ce qui semblait travailler ce bon vieux Jim. Soudain, quelqu’un se présenta au pas de course sur le terrain : Émilie.
- J’ai entendu dire qu’il y avait un match organisé, déclara-t-elle simplement. Je n’arrive pas trop tard ?
Le visage du surveillant s’illumina face à cette arrivée inespérée.
- Leduc ! s’exclama-t-il. Heu... tu es en première ou en seconde ? Je ne sais jamais...
- Seconde, m’sieur.
- Zut, on a plutôt besoin de premières là. Tant pis, on n’a qu’à prétendre que tu as un an de plus : tu vas jouer avec eux.
Le problème d’effectif étant réglé, nos groupes de sept purent mettre leurs chasubles – orange pour les secondes, bleu pour les premières – avant de discuter de la répartition sur le terrain entre elles. Au bout du processus, nos deux équipes se mirent en place. De notre côté, compte-tenu que l’équipe adverse comportait pas mal de membres de l’équipe de l’école – voire d’anciens comme Stern – il avait été convenu de mettre ceux susceptibles de leur tenir tête en première ligne. Émilie en faisait partie, soutenue par son appartenance au podium sportif féminin de Kadic ainsi que par sa réputation de sportive toutes catégories, quoi que ce dernier point veuille dire. Le reste venait en support, tout en constituant une ligne de défense pas dégueulasse.
Jim s’avança au centre du terrain, ballon en main, pour lancer le match. Comme d’habitude, il se sentit obligé de caler un speech :
- Le football, ce noble... Silence Joey Burrel !
L’attention se tourna autour de l’autre petit format des secondes, placé en défense. Celui-ci était en train de dire quelque chose à son gardien lorsque Jim l’avait harponné verbalement.
- Sans déconner, fit Emmanuel derrière moi, Matthias t’as un petit frère ?
- Manu, t’es con ou quoi !? se défendit l’interrogé. On a juste le même nom. Regarde, il y a bien un Gauthier sur le terrain et une dans les gradins. C’est pas si gros que ça comme hasard.
- Hé ben, bonjour la diversité à Kadic...
Le sifflet de Jim tonna. Les joueurs dissipés se recentrèrent. Le ballon fut placé au centre.
- Les secondes engagent, annonça le professeur qui avait renoncé à son show habituel.
Il s’éloigna prestement et siffla une nouvelle fois. Le match démarrait.

Ulrich récupéra le ballon à la sortie de l’engagement, et tenta une percée au centre, droit sur Émilie qu’il devait juger moins dangereuse. Puis, constatant qu’en dépit de sa vitesse, il risquait d’être pris en sandwich entre William et Ernest, il rapatria la balle en arrière, direction Théo, qui ne perdit pas une seconde pour faire glisser à son coéquipier qui avait trouvé le temps de s’avancer – Thomas Jolivet si je me souviens bien des noms. Celui-ci me passa sans difficulté, avant d’être intercepté par un tacle de Yumi, qui n’était pas à sous-estimer côté rapidité.
- Bien vu Yumi ! la félicita Ernest.
Elle relança sur Émilie, qui parvint à mettre Stern dans le vent avant de faire la passe à William, action permettant le contournement d’Odd au passage. Le balle progressa à travers le camp adverse, jusqu’à ce que son porteur ne s’en débarrasse un peu trop précipitamment face à l’arrivée de l’autre défenseur des secondes qui n’était pas Burrel – un certain Jean-Baptiste. Ernest n’était pas placé de façon optimale, profitant à Joey qui intercepta, avant de relayer à Odd, qui effectua avec Théo un une-deux pour passer Émilie et moi-même. Ulrich avait profité de sa célérité pour revenir au niveau de son camarade, juste à temps pour un appel de balle. Gauthier l’exauça et lui fit un centre qui confondit Yumi au passage. Emmanuel ne fut pas assez réactif pour couvrir le champ et le seconde put effectuer un tir. Matthias le dévia, au prix d’un corner. Ulrich choisit d’assumer ce dernier, tandis que tout le monde se regroupa devant notre cage. Une cloche fut effectuée au-dessus de la mêlée, visant grossièrement Théo qui était chaud pour une tête. Ce fut mon moment de gloire : je profitai de ma taille supérieure pour voler l’action de mon cadet et éloigner de la surface de réparation l’objet des convoitises.
Ernest sauta sur l’occasion et s’empara du ballon, pour tenter une remontada, avec espoir d’un but marqué. Il fut stoppé à mi-parcours par un tacle fourbe mais tout à fait légal de Joey Burrel, qui transmit directement à Thomas, lequel se fit un plaisir de rejoindre ses coéquipiers, toujours de notre côté. Malheureusement, l’enthousiasme d’Ernest avait été suivi par William et Émilie, un chouia trop loin pour intervenir. Malgré toute notre bonne volonté défensive, le fer de lance Ulrich-Théo-Thomas était trop efficace et nous transperça sans mal. L’action se concrétisa par un but des secondes.
- Yeeees ! s’exclama Jolivet. Bien joué Théo !
Engagement pour notre équipe. Nos attaquants traversèrent le duo offensif adverse en usant habilement de la mobilité d’Émilie. Puis, il fut visiblement jugé plus prudent de continuer l’assaut par le côté non-gardé par Joey. Aussi, après récupération de la balle par William, Odd fut mis dans le vent et une frappe vers le but tentée. La manœuvre était trop audacieuse et n’inquiéta pas le gardien adverse, un blond à l’air un peu absent, mais qui avait l’air de connaître son affaire.
Nouvelle relance et offensive des secondes, qui usèrent à nouveau de leurs facilités de jeu et de notre réactivité défensive discutable pour amorcer un nouveau tir. Trop confiant, Ulrich n’avait pas cherché pas à embrouiller Matthias, qui attrapa le ballon au vol.
Nos adversaires se dépêchant de remonter en défense suite à cet échec, je fis signe à notre gardien pour récupérer le ballon. La chose tombait bien, puisqu’il l’avait posée à terre pour amorcer sa passe. Il me vit, puis, l’air de rien, shoota un gros coup dans ma direction. Je n’étais pas placé bien loin et en moins d’une seconde, je me ramassai le boulet de canon en plein visage. Inutile de préciser que je vis trente-six-chandelles.
Jim siffla brutalement.
- Chris, ça va ? me demanda Yumi, non loin au moment de l’action.
J’avais le cerveau retourné, un début de nausée, plus un je-ne-sais-quoi d’indéfinissable. Je répondis assez spontanément :
- Nan.
- Je suis vraiment désolé mec, je sais juste frapper sans contrôle. C’était pas intentionnel.
L’air faussement navré de Matthias ne convainc personne parmi ceux qui l’avaient entendu. En quelque sorte, on était à égalité pour l’affaire du handball d’il y a quelques mois. Cela dit, je m’en fichais sur le coup, trop concentré par la sensation d’avoir le visage à vif.
Jim, après avoir vérifié que je n’avais rien de grave, me congédia vers l’infirmerie, par prudence. Sans doute n’avait-il pas envie d’avoir des histoires avec le principal. Je m’y rendis seul, pour tomber sur une porte close.


Me voilà donc à relater en détail ces événements sur magnétophone, dans ma chambre. Je me sens vraiment las et ce n’est pas à cause du ballon dans la face. J’ai l’impression d’être à bout mais de quoi au juste ?
... ... ...
Je stagne. Sans rien de concret à faire ni de véritable objectif. La preuve, je ne trouve rien de mieux à faire que de raconter un match de foot dans lequel j’ai été pitoyable. Je ne suis pas aidé, ni par moi-même, ni par les autres personnes. Sauf Xana, qui n’est pas une personne techniquement parlant.
Toc toc toc.
De la visite, hein. Sûrement Jim qui vient voir si je me suis remis. Autant aller voir et arrêter de parler seul.


Hors-Piste :

Laura avait bien entendu assisté à l’incident sur le terrain de football et vu Chris partir. Elle avait suivi les autres au match simplement pour pouvoir échanger avec Jérémie pendant qu’ils avançaient tranquillement sur leurs travaux. À vrai dire, celui-ci avait décidé d’assumer tous les préparatifs techniques pour la mission finale. Elle, de son côté, continuait d’étudier le programme parasite implanté en Chris, l’Autre. En commençant, elle avait rapidement décelé que c’était la cause des rêves et black-out mais depuis plus rien. Le sujet aurait pu être clos, s’il n’y avait pas eu ces lignes de code, marqueurs de fonctionnalités supplémentaires qu’elle ne s’expliquait pas. Du moins pas de façon rationnelle, ce pourquoi elle n’avait pas encore partagé cette découverte avec son équivalent masculin.
Une réflexion lui vint alors : était-ce pertinent de laisser Chris livré à lui-même dans le contexte actuel ? Elle avait récemment compris qu’il ne fallait pas sous-estimer l’aspect humain et social des choses. Aussi, quelques minutes après le départ du jeune homme, elle remballa sa tablette dans sa besace et annonça à Jérémie et Aelita qu’elle allait continuer à bosser dans sa chambre, le match devenant de toute façon déséquilibré à sept contre six.
Un passage infructueux par l’infirmerie plus tard, elle se trouva chez le concerné, qui l’avait aimablement laissée entrer.
- Je viens voir comment tu vas, lança-t-elle pour justifier sa visite.
- C’était qu’un ballon, ça ne fait mal que sur le coup. Un peu à l’honneur aussi mais j’ai vu pire.
- Je ne parle pas de ça. Ces derniers temps n’ont pas été simples pour toi. Maintenant tu te mets de toi-même à l’écart. Je sais que tu n’es pas d’accord avec la politique du groupe, mais te replier n’arrangera rien, bien au contraire.
Face au silence qui s’ensuivit, la blonde enchaîna :
- Viens à l’entraînement de ce soir. Si tu montres un peu de bonne volonté, peut-être te sera-t-il possible de remettre sur la table le sujet de Tyron. Je suis prête à te soutenir et à réfléchir avec toi à comment les convaincre de reconsidérer la question. Mais pour ça, il faut que tu arrêtes de faire ton ours mal léché.
Elle considéra son interlocuteur, dont l’expression et le regard semblaient aussi vides que lointains. Cette vision lui fit froid dans le dos.
- Hé... tu es sûr que ça va ?


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Lorsque Chris reprit ses esprits, il se trouvait debout dans le laboratoire de l’usine. Depuis combien de temps n’avait-il pas subi un black-out ? Il ne le savait plus. À ses pieds était échoué son sac. À l’intérieur, un tas de feuilles qu’il reconnut immédiatement.
Les choses étaient claires. Il n’était pas un héros, puisqu’il était obligé d’en appeler à ceux qui avaient des moyens supérieurs aux siens pour atteindre ses objectifs et résoudre ses problèmes. « Ceux » ne pouvaient pas être ses camarades de Kadic.
D’un seul coup, il se sentit accablé par la situation. Une pensée pour Laura, avec qui il était, le traversa : lui avait-il fait du mal ? Il préféra ne pas y penser. Encore moins à la réaction des autres. Un sentiment, voisin de la peur, l’envahit. Sa situation ne pouvait qu’aller en se dégradant. Il ne pouvait plus rester là où il était, à tourner en rond.
Machinalement, il glissa la main dans sa poche, pour y sentir la forme familière de son magnétophone.
Il sut ce qui lui restait à faire.


Piste θ : (22/05/2013)

C’est peut-être inutile d’enregistrer ce message, compte-tenu que vous aurez déjà tout compris juste avec Laura. Je pars rejoindre Xana.
...
... ...
Je ne vois pas quoi rajouter d’autre à vrai dire. Vous devez vous douter des raisons de mon départ : nous n’avons pas les mêmes objectifs et attentes vis-à-vis de cette histoire. Les intérêts de Xana concordent avec les miens, c’est le contexte qui veut ça.
Désormais, je suis votre ennemi.
Inutile de venir me chercher là où je serais.
Adieu.


Hors-Piste :

Chris posa son magnétophone sur le siège de l’opérateur, avec le tas de feuilles qu’il avait emmené. Il n’en aurait plus besoin dans le monde virtuel.

Il lui avait fallu beaucoup de temps et de patience pour déverrouiller l’accès à l’interface, mais les instructions de Xana étaient complètes et prenaient un grand nombre de possibilités en compte. Par le même biais, paramétrer son voyage virtuel avait été tout aussi laborieux. En bout de piste, il réussit à générer le compte-à-rebours pour la virtualisation différée. Il se rendit au scanner programmé.
Au moment M, le stress commença à monter chez le jeune homme, contrebalancé par la concentration sur son objectif. À la fermeture du caisson, il ferma les yeux, dérangé par la lumière intense réfléchie par les parois. Une ultime pensée l’effleura avant que sa résolution et son destin ne se scellent :
« J’espère que je ne suis pas en train de faire une énorme bêtise... »
Le vrombissement du scanner fit l’effet d’un avion au décollage à Chris, bourdonnant dans ses oreilles. Ses peurs récurrentes refirent surface. Le transfert lui parut long, ce qui en un sens était vrai lorsque la comparaison avec Tyron était faite. Soudain, il lui sembla perdre conscience de tout, tandis que le silence s’imposa nettement. Pas le temps de s’adapter à ce nouvel état que son avatar se matérialisa sur Lyokô.
Le britannique se réceptionna en plein centre de l’Arena. Il se mit en route en trottinant, sa cape, dernier reliquat du blanc originel de sa tenue, flottant dans son sillage. Au garage Skid, une créature tentaculaire qu’il connaissait déjà l’attendait. Grâce à ça, il n’eut aucune hésitation sur la marche à suivre. Il se laissa enserrer par les longs appendices, le temps qu’ils fassent leur office. En retombant, les yeux nouvellement emplis du logo de Xana, Chris se plaça sur le plot d’embarquement central, qui le téléporta directement dans l’habitacle principal du sous-marin virtuel. Le paramétrage en amont avait été bien réalisé.

La suite se déroula sans accroc : le véhicule amphibie fit le trajet jusqu’à Tron, avant d’être stationné au bord de l’anneau de ce dernier. Son conducteur s’en extirpa. Peu importait d’être repéré par Tyron pour intrusion, à ce stade.

Sans plus de mise en scène, Xana-Chris se jeta à l’eau.


À suivre : Ectoplasmes
  Sujet: [Fanfic] L'Engrenage  
Zéphyr

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mer 16 Mar 2022 20:49   Sujet: [Fanfic] L'Engrenage
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  Sujet: Quel est votre sondage de seconde génération favori ?  
Zéphyr

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MessageForum: Sondages   Posté le: Dim 27 Fév 2022 12:01   Sujet: Quel est votre sondage de seconde génération favori ?
Pas de JT cette fois, la réserve de screenshots a été épuisée. À la place, je vais continuer ma stratégie visant à faire le malin et exister médiatiquement : je vais piquer la présentation d’Icer, sous couvert de l’hommage. Sans plus attendre, place au duo…
 

 
« Musique : Bo Rée Mi F-As-ol La… vous connaissez la suite. »

 
Borée As : Ne perdons pas plus de temps, il y a des choses à dire.
Borée As : Et comment on fait pour distinguer qui est qui gros malin ?
Borée : Ah oui bien vu ! Dans ce cas, je serai Borée et toi As.
As : Mouais, si on se partage la même couleur, les noms n'y changeront rien. Quoique ça peut faire un filtre à cons à peu de frais.


Borée : Même quand j'écris tes lignes, tu me fatigues. Donc, pour ce sondage-ci, mon approche va être différente du précédent. Hé oui : là où je n'avais fait que répondre aux sondages de première génération, pour la seconde, j'ai véritablement contribué à la conception/rédaction des sujets. Du coup, la satisfaction de création du sujet sera également valorisé, ici.
As : Hé bah, ça valait le coup d’utiliser notre compte commun pour finalement en revenir au même…

Borée : Bon, au lieu de faire le malin comme moi, et si tu suivais un peu ton script ?
As : C’est littéralement comme tu veux, donc… Bref : que penses-tu de ce sondage, sur lequel nous nous trouvons actuellement ?
Borée : Le plus dur a été de trouver l’image d’illustration… Vu qu’elle vient d’Inazuma Eleven, à l’instar du sondage sur la première génération, c’est dire à quel point ce sondage est une vaste blague.
As : Intellectuellement, je peux difficilement te contredire. Politiquement par contre…
Borée : Oui, la fameuse Icer’s Touch[i Ai] te place en porte-à-faux.
As : En parlant de faux, la transition est toute trouvée pour parler de « Votre forme maléfique de Jérémie préférée », qui a probablement une des meilleures bannières tous sondages confondus.
Borée : C’est vrai. Tu es plutôt doué pour ce genre de chose. De manière générale, c’est un sondage très original au-delà de sa simplicité apparente. Il fallait y penser quoi !
As : Ça a dû être très gênant pour toi de ne pas être le cerveau sur ce coup-là, et je ne parle pas des muscles.
Borée : Les comptes se sont heureusement équilibrés par la suite. Pour en revenir au sondage sur les Dark Belpois, ce que j’ai vraiment trouvé intéressant, c’est qu’il a constitué le prisme parfait pour aborder le personnage de Jérémie, sa personnalité et les variations apportées par ses alter-ego made in X.A.N.A.
As : Tu fais l’analyste, mais ça ne t’a pas empêché de voter pour la forme la plus basique et passe-partout. Une façon de t’y identifier, peut-être ?
Borée : Bien essayé, mais c’est plus terre-à-terre : comme je l’écrivais sur le sondage du personnage préféré, Jérémie me laisse assez indifférent comme personnage. C’est naturel que je préfère sa forme maléfique où il est mis au pas et ne serve que d’outil. De même, répondre à ce sujet ne m’a pas emballé ou amusé spécifiquement. Un sondage parmi d’autres, malgré ses atouts.

As : Oseras-tu dire la même chose à propos de « Votre avis sur Tyron » ?
Borée : Certainement pas puisque, à l’instar du sondage sur Laura, j’y ai mis du mien pour formuler une réponse qui me convienne, même des années plus tard. Mais je pense que sur ce type de question, il est toujours plus facile de crier au potentiel gâché et à pourquoi ce type de personnage est mal exploité/raté, alors qu’au fond, ça fait nos affaires.
As : Pourquoi tu viens de me faire un clin d’œil appuyé ? Est-ce que tu es… aaah, non, j’ai compris !
Borée : Désespérant. Donc pour Tyron c’est un oui, pour son sondage, ce sera un non.

As : J’imagine que c’est le signal pour parler de « Votre X.A.N.A-guerrier favori » & « Votre tenue virtuelle préférée ».
Borée : Tu fais honneur à ton efficacité ! Je trouve pertinent de traiter ces deux sondages en même temps, parce que ce sont les deux derniers sondages abordant des questions de base, et qu’ils sont de fait très similaires, en permettant notamment d’aller plus loin que le simple aspect cosmétique.
As : Oui et d’ailleurs, on notera que là où j’ai voté deux tenues différentes de William, toi tu as juste voté deux fois pour le même skin d’Ulrich. Paradoxalement, avec cette méthode, tu m’as à nouveau copié.
Borée : On a tous succombé à la mode du Ulrich-bashing, dans les années 2013-2015, porté par Ikorih notamment, avant de doucement le réhabiliter par le biais de la fanfiction.
As : Je peux difficilement te contredire, d’autant plus que le taillage a fini par se déporter sur Aelita, héhé.
Borée : Héhé. En tout cas, si ces deux sondages étaient déjà dans les cartons lorsque tu m’as mêlé aux sondages, les deux ont été très agréables à répondre. À vrai dire, j’étais persuadé que je voterais pour la tenue originelle de William pour au moins une des deux questions et j’ai fini par me raviser en formulant mon post. Comme quoi, j’avais raison de dire que mettre en mot ses préférences permettaient de mieux les cerner.
As : En gros t’es indécis. Tu aurais pu te faciliter la vie et choisir directement William, au lieu de réfléchir à comment te donner une personnalité.
Borée : Il faut croire que je ne me base pas que sur le côté tape-à-l’œil de l’emballage, quand je juge un cadeau.

As : Ok, ça veut dire que tu n’as pas retenu un de ces sondages pour ta réponse finale. On passe donc aux sujets originaux restants, avec les « Votre tome des Code Lyokô Chronicles préféré ». Tu n’es pas passé loin de l’escroquerie intellectuelle en soulignant des « qualités » du tome 1, mais tu t’es ressaisi en donnant une réponse pragmatique.
Borée : Même en troll, ça n’aurait pas pu passer de voter pour le pire des quatre tomes. Paradoxalement, sans avoir relu la saga depuis un long moment, je me rends compte qu’il n’y a que le tome 1 pour lequel je me souviens encore des étapes de l’histoire et de certains micro-détails. Pour les autres, je n’ai gardé que les grandes lignes. Anecdote d’ailleurs : en rédigeant cette réponse, j’étais persuadé, sur la base de ce que je viens de dire à l’instant, mon vote s’était porté sur le tome 1. Heureusement que j’ai fini par vérifier, hein ? Après, peut-être n’est-ce que la médiocrité qui m’a marquée dans les CLC, mais j’aime bien l’angle de ma réponse, qui juge l’approche plutôt que l’œuvre en elle-même.
As : Et il recommence…
Borée : Mine de rien, je partais avec un certain a priori et une mauvaise opinion des Chronicles. Ces sondages permettent de nuancer pas mal de choses. Sauf sur le coup des parents. Il y a des principes de base à respecter.

As : Encore un mot-clé peu naturel pour passer à la suite : « Votre base terrestre de X.A.N.A favorite ». Ta réponse est intellectuellement honnête, mais au fond, on sait tous que si le barrage de montagne avait été concrétisé, tu te serais jeté dessus.
Borée : C’est pas faux. Ce genre de sondage joue avant tout sur la fibre esthétique. Même si c’était plaisant de réfléchir autour du thème « Qu’est-ce qui fait une bonne base d’opérations de X.A.N.A ? », le format du sondage reste assez simple. Par contre, ce fut un vrai plaisir de redécouvrir les artworks des bases, qui figurent parmi les plus beaux de la série à mon humble avis, afin de réaliser la décoration du sondage.
As : Je me doutais un peu que tu ne le retiendrais pas, vu que l’idée ne vient pas de toi. Comme par hasard, les deux sondages restants sont des concepts venant quasi-intégralement de toi...

Borée : J’avais prévenu que je prendrais en compte les conditions de conception. Moralement, je n’ai rien à me reprocher. Commençons par Votre personnage d'« un épisode » favori ». Une question directement inspirée de cette page de CL.fr, qui a demandé un certain travail de transposition pour le format du sondage. En effet : l’idée n’était pas de prendre tous ceux ayant fait une apparition, ça n’aurait eu aucun intérêt en plus de surcharger les options de réponse. De fait, afin d’écrémer un peu la liste, ont été écartés : les personnages sans nom et/ou prénom, ceux qui n’ont que pour but d’être xanatifiés et ceux dont le rôle est purement fonctionnel.
As : On notera que les hommes en noir de l’épisode 57 remplissent ces trois critères, mais font tout de même partie de la sélection finale. Aurais-tu subi des pressions de la section ultra-secrète des services secrets?
Borée : Moi-même je l’ignore. Toujours est-il que l’idée était de garder les personnages d’un épisode avec un minimum de développement et d’impact sur l’intrigue de leur épisode.
As : Je vois, exit les Delâcre, ouvrier d’Explobat, Chantal Phan et autres papiers-peints. Ça se conçoit. Par contre le Monsieur Pück, on sent l’énorme parti-pris… Le personnage n’existe juste pas.
Borée : Euh… hum, hum. Oui tout à fait. Le but était plus de mettre en avant un personnage symbolique, qui fait partie d’un jeu de piste pour un morceau important d’intrigue de la série. Il triche un peu car il apparaît avant son épisode dédié, mais son importance n’y est pas encore creusée. Au moins, il permet d’avoir un compte de réponse rond. Et puis, comme il constitue ma réponse personnelle, j’étais un peu obligé de le mettre, sans quoi je ne sais pas vraiment vers qui j’aurais pu me tourner (Théo, par défaut).
As : Tu confirmes donc le conflit d’intérêt. C’est un aveu qui t’honore, parce qu’aujourd’hui, Zéphyr et les intérêts de Zéphyr sont liés.

Borée : …
Borée : Dans tous les cas, c’est un sondage dont je suis très content, tant sur la création que la réponse. Il est en lice avec « Votre OST favorite » pour ma réponse finale.

As : Fais pas genre, tu me copies depuis le précédent sondage. Personne n’est dupe sur le fait que tu vas répondre exactement comme moi.
Borée : Putain les spoils Icer !
Borée As : ...
Borée : Ah. Mince.
As : Je savais que ce genre de scène te coûterait cher un jour. En tout cas, j’imagine que tes raisons restent différentes des miennes.
Borée : Oui. J’ai un attachement particulier pour ce sondage vu que je l’ai piloté dans sa conception de A à Z, et que c’est celui sur lequel j’ai passé le plus de temps. La raison ? Sélectionner les pistes à proposer en réponse ! Je me rappelle encore les problématiques que nous avons rencontrées, entre la limitation du forum à 15 entrées dans le module de sondage et le fait que Code Lyokô possède énormément d’OST emblématiques, rendant une sélection plus ardue.
As : Oui, on a dû magouiller un peu pour en placer un maximum tout en restant cohérents, comme avec les thèmes de William et du 5ème territoire.
Borée : À ces difficultés s’est aussi ajouté le fait que certaines pistes étaient indisponibles, nous faisant partir sur une base incomplète. Même le Père Dudu n’est pas encore parvenu à solutionner ce problème. En tout cas, écouter toutes les OST [disponibles] était un excellent moyen de se replonger dans l’ambiance de la série. Et il faut dire que les pistes sont très qualitatives, globalement, et ont dû, je pense, beaucoup joué sur l’appréciation de la série. Après, cette qualité est peut-être liée au fait qu’il n’y en a pas tant de musiques, par rapport au nombre d’épisodes du dessin animé (les manquements dans la bibliothèque de CL.fr ne sont pas si nombreux, j’ai l’impression). C’est d’ailleurs pour ça que la sélection finale contient autant de pistes. Il y en a pour tous les goûts. Et quand on voit que presque toutes les réponses ont eu un suffrage, ça me conforte dans l’idée que notre sélection n’était pas si mauvaise.
As : Oui enfin, on note quand même que William écrase littéralement toute la concurrence, pour changer.
Borée : Au moins, sa musique est réussie, contrairement à son traitement en tant que personnage. Tout ça pour dire que j’ai vraiment adoré mettre sur pied ce sondage – avec ta collaboration bien sûr – tout autant que rédiger une réponse dessus par la suite, même si bien sûr j’aurais aimé avoir l’intégrale de la bande-son pour avoir un avis plus global et précis.
As : Ne sois pas si dur avec toi-même, ce que tu as posté change de tes avis « toujours très tranchés ».
Borée : Merci pour cette dernière intervention éclairée mon cher As-er. Les bêtises que nous nous échangeons ne s'étiolent pas avec les années.
As : Comment ça der-
Borée : Pour rester dans l’esprit de plagiat, je reprends mes anciens mots de la fin : « À bientôt pour de nouvelles aventures donc. ».

https://i.imgur.com/kJNMlry.png
  Sujet: Quel est votre sondage de première génération favori ?  
Zéphyr

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MessageForum: Sondages   Posté le: Mer 09 Fév 2022 20:18   Sujet: Quel est votre sondage de première génération favori ?
Rappel utile : l'ouverture des balises Spoiler est facultative dans la compréhension de ce post.



Sans transition, Zéphyr, surnommé l’astéroïde en raison de ses fréquences de passage rares, a été aperçu en train de préparer son post sur les sondages de 1ère génération, premier des deux qu’il laisse en plan depuis des années... Tout de suite, enquête :


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On s’amuse bien ici, pas vrai ?

Ces sondages en mode inception nourrissent un but originel assez maniaque : avoir un nombre symétrique (d’apparence) de sondages sur la sous-section dédiée (22)., ainsi que boucler leur refonte à notre façon. D’où le fait qu’ils soient assez troll sur le fond et la forme. À partir de là : comment y répondre ? Au premier degré ? Au second ? Au degré virgule cinq ?

Me concernant, puisque je n’ai pas participé à la confection de cette première vague de sondage...


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JT : Le premier sondage est donc « Votre personnage préféré ? »...
Zéphyr : Ça va, tranquille le copier-coller sur le voisin du dessus ?
JT : Je suis le script, c’est tout.
Zéphyr : Groumf, mouais. Donc les personnages, le sondage le plus basique de ce pool. L’exercice était néanmoins intéressant, parce que, comme pour beaucoup d’autres sondages, ça permet de mettre en mots ce qui nous plaît ou non dans une chose, donc d’effectuer une mise en perspective de nos goûts. D’ailleurs, si la réponse globale restera la même, je pense qu’aujourd’hui, je formulerai encore différemment les réponses à ce sondage, plus particulièrement pour le cas de certains personnages. C’est pour ça que, par nature, je ne suis pas très fan des questions qui demandent de fixer ce que l’on préfère, c’est trop sujet à fluctuation en fonction du temps.
JT : Vous pouvez répondre normalement, pas besoin de faire des analyses d’analyses. Ni de raconter votre vie.
Zéphyr : Si vous passiez aux autres sondages, au lieu d’être désagréable ?

JT : Faisons en une fois les sondages de CLE, alors : « L'acteur qui incarne le mieux son personnage » & « L'acteur qui double le plus fidèlement son personnage sur Lyoko ».
Zéphyr : Ah oui, les sondages faits plus pour des questions de diversité et de représentation que par pertinence réelle. Répondre à ces sujets est délicat, puisque comme CLE est objectivement mauvais, il faut faire preuve de pas mal de mauvaise foi.
JT : Donc vos posts constituaient des foutaises, et vous le saviez très bien ?
Zéphyr : En raccourci, oui. Mais j’ai pu formuler des conclusions de mon cru, au terme d’un exercice d’analyse dans lequel j’ai mis tout mon savoir-faire.
JT : Je vois que votre Licence aux frais de l’État est bien rentabilisée...
Zéphyr : Pardon ? J’ai mal entendu : vous vouliez qu’on parle de votre salaire ou bien de « Votre avis sur Laura » ?
JT : Laura, bien sûr.
Zéphyr : C’est un sondage qui m’a donné de la peine à formuler, parce que mes participations aux débats à son sujet, à l’époque de mon arrivée sur le forum, étaient assez peu travaillées, manquaient d’expérience argumentaire et, surtout, avaient une pointe de mauvaise foi.
JT : Pour un gars qui dénonce souvent l’hypocrisie dans ses textes, vous la maniez avec brio et régularité...
Zéphyr : N’est-ce pas ? Toujours est-il que j’ai laissé traîner ce sujet le plus possible, avant de rédiger une réponse qui me satisfait encore aujourd’hui et fait écho à ce que j’ai pu faire dans une de mes fanfictions. Par contre, de là à dire que c’est mon sondage préféré... non, pas du tout.
JT : Si je suis bien, nous avons déjà exclu un tiers des sujets ?
Zéphyr : Exact, vous n’avez pas volé votre micro !

JT : À ce propos, passons au micro-trottoir suivant : « Votre épisode original préféré ».
Zéphyr : Ah oui, le sondage qui n’avait pas volé son nom ! Il faut reconnaître que l’idée est bien trouvée, pour compléter ceux sur les début/fin de saison. En revanche, certains épisodes de la sélection me paraissent discutables. Pour la saison 1, rien à dire, ce sont les seuls prétendants possibles. À l’inverse, la taille réduite de la saison 3 fait que le ratio d’originalité explose, même si je n’aurais pas mis le 60. Le concept de phénomène virtuel qui se répercute sur réel ayant déjà été tenté dans le 42, et même après dans le 62, donc ce n’est plus « original » que dans l’applicatif, pas le concept. Pour la saison 4, on sent les partis-pris d’Icer, notamment avec le 81, qui n’a d’originalité que le mix de concepts déjà mis en place dans la série (pour un effet final pétard mouillé en plus). Pareil pour le 72, qui n’est qu’une attaque de X.A.N.A parmi d’autres (Jérémie indisponible n’étant pas révolutionnaire), de même pour le 74. La mise en scène de Jim est certes originale et savoureuse, mais à ce compte-là, qu’est-ce qui empêche l’épisode 77, qui part du même principe d’approfondissement d’un secondaire (ou plutôt d’une relation), de faire partie de la sélec’ ?
JT : Je note qu’entre Icer et vous, c’est la... guerre froide.
Zéphyr : Merci pour ce placement de référence, personne ne s’y attendait !
JT : C’est un métier. Soit, même si vous n’avez pas du tout répondu à la question pour ce sondage, parlons plutôt du duo « Votre personnage secondaire préféré » & « Vos parents préférés ».
Zéphyr : On sous-estime beaucoup l’apport des personnages secondaires dans la qualité générale d’une série. Ceux de Code Lyokô apportent une bonne base, même si on aurait aimé parfois que ça aille plus loin. En cela, il a été très plaisant de réfléchir autour des deux questions proposées. De plus, Icer a fait cette fois-ci preuve de plus de rigueur sur la sélection (sauf peut-être Rosa, WTF, la pauvre n’a qu’un encart dédié sur le site, donc impossible à mettre dans les liens utiles). M'enfin, il en profite quand même pour faire placer ses chouchous Pichon et M’Bala sur une bannière. Comment on appelle ça déjà ? Une... une-
JT : Une salope médiatique ?
Zéphyr : Monsieur JT, je vous rappelle que nous sommes à la TV, le CSA va vous tomber dessus. Ce n’est pas bon pour ce que vous avez déjà. J’aurais plutôt parlé de rabatteuse qui fait trop d’aguichage, mais votre suggestion résume bien l’idée.

JT : ...

Zéphyr :Quoi qu’il en soit, j’avais beaucoup aimé ces deux sondages, bien plus stimulants que celui sur les personnages principaux.
JT : Mais pas assez pour remporter le scrutin ?
Zéphyr : Hélas. Il faut dire que la concurrence est rude, notamment avec « Votre monstre préféré » & « Votre territoire préféré », qui aborde un des ingrédients fondamentaux à la série : le virtuel. Pour les monstres, avec le recul, on sent que je suis allé à l’essentiel dans ma réponse, en exposant de suite deux nominés à départager. Pour autant, mon analyse ne me déplaît pas, mais elle aurait peut-être gagné à être plus complète en abordant le bestiaire complet. Peut-être même me serais-je surpris à faire cet exercice. Concernant les territoires, j’ai également joué la carte de l’efficacité, mais son rendu et les idées exprimées me satisfont bien mieux, qui m’ont permis de jouer au nostalgique poétique. Là-dessus, ce sondage est en bonne place pour prétendre à la médaille d’or.
JT : Enfin, c’est pas trop tôt ! Qu’est-ce que vous tournez autour du pot !
Zéphyr : Hé, tant qu’à médiatiser mon post, autant le faire à fond !
JT : Faites gaffe, vous aussi vous faites, comment vous dites ? « La rabatteuse qui fait trop d’aguichage ». Inutile de préparer une vacherie en réponse, parlez-moi plutôt des sondages restants, thématiquement liés : « Votre saison préférée », « Votre début de saison préféré » et « Votre fin de saison préférée ».
Zéphyr : Je les aime beaucoup ceux-là ! Ils sont prétextes à déborder de manière totalement legit sur plein d’aspects de la série, en plus de permettre la réflexion autour du rapport qu’entretien le spectateur avec ce qu’il regarde. Pour les 3 sondages, quand je relis mes réponses, je me rends compte que j’ai répondu via trois biais de réflexion différents, dans l’ordre : mes préférences du présent, la nostalgie et la mise en scène/narration de la série même. À nouveau, je me souviens que c’était très stimulant de répondre sur ces modes et je suis vraiment content du rendu de mes réponses, qui permettent de mettre en valeur chaque saison (sauf la dernière, mais c’est celle que je maîtrise le moins/ai le moins vu, donc ça me semble raccord).
JT : Moins de blabla, plus de réponses !
Zéphyr : Celle-là, elle est sous copyright, vous allez avoir un autre procès si vous continuez. De ces trois sondages, je pense avoir ma petite préférence pour celui sur les fins de saison, pour lequel je pense m’être un peu plus impliqué que les deux autres et ai donné une réponse plus personnalisée.

JT : Et c’était la réponse de Zé-
Zéphyr : Une petite minute, ce n’est pas fini. Il reste encore un sondage.
JT : Mais pourtant, vous avez effectué les 12 travaux autour des sondages de 1ère génération...
Zéphyr : Vous oubliez « Votre sondage de première génération favori », le sujet-même sur lequel nous nous trouvons et qui fait légalement partie des choix possibles.
JT : Ne me dites pas que vous faites partie des 3 personnes ayant voté pour ce choix grossièrement troll...
Zéphyr : Je vous rassure, non. Mais j’avais envie de souligner que malgré la rédaction laborieuse, je me suis plutôt amusé avec ce post rétrospectif, plus pour des questions de forme que de fond.
JT : Je ne sais pas pourquoi, mais moi je ne me suis pas amusé.
Zéphyr : Une impression sans doute, après tout, vous n’êtes que la caricature du présentateur télé arrogant et imbuvable avec son entourage.
JT : ...
Zéphyr : Vous voyez, vous en restez coi. Bon, être l’auteur de ces lignes aide un peu, mais... Bref, concernant mon choix final, ça se joue entre les territoires de Lyokô et les fins de saison. Deux sondages auxquels j’ai répondu de façon similaire. Le premier m’a permis de répondre sur un aspect de la série avec lequel j’étais déjà au clair (car concernant un aspect de la série que je préfère), donc de formuler une réponse qui l’était tout autant. Le second, à l’inverse, m’a fait formuler une conclusion différente de mon ressenti initial (qui partait plus sur la saison 3, voire la 2, que sur la 1). On en revient à ce que je disais au début sur l’intérêt de ces sondages : par la mise en mots, comprendre ce qui motive nos préférences, voire les remettre en cause et comprendre que certaines préférences sont purement superficielles. Malgré cela, je vais rester assez terre-à-terre et voter pour :


Spoiler


JT : Ça taille Icer, pour finalement faire exactement comme lui.
Zéphyr : Évidemment. Pourquoi vous croyez que ce post fait autant écho au sien ?
JT : Et ce seront les mots de la fin, à vous les studios !




Un reportage édifiant. Pour le prochain bulletin, nous aborderons un nouveau sujet : Zéphyr, une personnalité satellite ?
  Sujet: [Fanfic] Chacun sa chimère [Terminée]  
Zéphyr

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mer 26 Jan 2022 19:29   Sujet: [Fanfic] Chacun sa chimère [Terminée]


Puisqu’il n’y a que moi, c’est l’heure du bilan.


Lorsqu’on a mis en place les catégories des Perles du Net, un des objectifs était d’inciter les plumes à s’aventurer sur des sujets/personnages peu abordés. À faire preuve d’originalité quoi ! Cela a fait mouche chez certains, mais finalement on peut considérer que c’est un demi-succès puisque, bientôt 7 années plus tard, voilà que vous devez vous y coller pour que les deux catégories vides qui ne sont pas des épisodes aient un représentant (même si un autre type de Perle prend le créneau).
Il faut dire que les deux couples potentiels de Laura ne sont pas des plus inspirants, encore plus dans le contexte scénaristique de CLE et encore encore plus pris individuellement. C’est pour cela que concentrer le traitement des deux couples dans un seul texte, en simultané, fonctionne totalement pour moi. Finalement, ce concours de circonstance avec ces deux catégories vides aura permis d’insuffler une vraie originalité à ce projet.

Parce que c’est là le réel point d’intérêt de ce texte : ce double-jeu amoureux de Laura prend le contre-pied de ce qu’on pourrait s’attendre d’un texte « Romance », tout en gardant une partie de son essence, à savoir les embrouilles et le drama. Aussi, il y a éloignement du cliché des récits du genre, où le personnage adolescent hésite pendant des longs chapitres (quand ce ne sont pas des tomes !) entre deux prétendants, pour tourner en rond sur des banalités et des redites interminables. Le récit va à l’essentiel, avec quelques détails en prime. C’est très plaisant à ce niveau.
Aussi, le dilemme qui se joue pour Laura est plus terre-à-terre que dramatique : elle se met en couple avec William qui se rapproche d’elle, faute d’autre option, mais sans pour autant le déprécier, mais se retrouve coincée lorsque Jérémie, beaucoup plus à son goût, devient disponible et se rapproche à son tour de sa personne… menant à cette situation de double-couple. En fait, le nœud du problème n’est pas tant dans le choix du garçon que dans l’incapacité sociale de la protagoniste de régler cette situation à terme intenable.

Paradoxalement, Laura, personnage présenté comme peu attentif à ce que peuvent éprouver les gens ni à s’encombrer de sentiments, finit par être bloquée vis-à-vis de William justement à cause de ce genre de considération.

Nan franchement, là-dessus c’est très bien joué.


Spoiler


Ok, ok, j’allais y arriver. Pas besoin d’en venir aux mains.

Sur le plan littéraire pur, le texte me déçoit un peu : certains courts passages sont relevés par le style aiguisé d’Ikorih et d’autres par l’humour d’Icer, mais globalement, on sent que la fanfiction se contente de dérouler son scénario et ses idées. Il n’y a pas de passage qui m’ait plus marqué qu’un autre ou de séquence qui me soit apparue « énorme » (à part peut-être la révélation de la bigamie de Laura, mais c’est plus l’événement que la séquence qui est notable).




Mais dis-moi Zéphyr, pourquoi c’est important le style ? (Et pourquoi tu nous les brises avec ça ?)


Le meilleur scénario ne sert à rien s’il est mal raconté, c’est – je pense – la base. Cela dit, ici ce n’est pas la narration qui m’ennuie (elle est même sympathique, avec ce système de compte-à-rebours qui crée une attente).

Il est impossible d’apprécier une œuvre littéraire sur chacun de ses mots, chacune de ses lignes, chacun de ses passages. Il y a nécessairement des moments où le lecteur va se sentir plus impliqué et immergé que d’autres. Le style participe à rendre marquants ces moments, à créer l’attachement et l’implication du lecteur dans ce qu’il a sous les yeux, voire d’y retourner plus tard. Dans le pire des cas, il rend à minima les passages moins prenants agréables à lire. À nouveau, mon problème ne se situe pas dans ce dernier aspect : vu que le texte va à l’essentiel, il y a une fluidité et un enchaînement logique, sans être trop précipité.
Non, ce qui me gêne est qu’il n’y a pas cette/ces séquence(s), ou ce(s) moment(s), que je cherche toujours à avoir quand je m’attaque à une œuvre de fiction : celui/ceux où on se rend compte qu’on est à fond dans ce qu’on lit/voit/entend, et qu’on voudrait prolonger, nous faisant logiquement lire frénétiquement la suite pour retrouver, peut-être la sensation (je caricature, ce n’est pas forcément une telle montagne russe). En des termes plus simples : une ou plusieurs séquences adorées, un moment frisson, une claque (pas la même que celle de Magali), un « Waouh », ce que vous voulez.

Cela ne fait pas beaucoup de temps que j’ai bouclé la lecture attentive et assidue de la Chimère, et si je peux restituer sans peine le début de l’histoire, son fil, ses idées et sa conclusion, je suis en revanche bien plus en peine pour restituer les séquences, à l’échelle individuelle ou par tranche de chapitres.
J’ai conscience que sur un format aussi court, avec une thématique qui ne vous est ni chère, ni habituelle, cela soit plus compliqué de générer ce type de « pics narratifs ». Vu le style général du texte, il est évident que ce n’était pas dans vos intentions, mais quitte à faire, autant y aller à fond, non ? En fait, j’ai l’impression que vous ne vous êtes pas donnés à 100% de vos capacités. Pour un texte de circonstance, le résultat reste vraiment bon, mais pas forcément à votre niveau potentiel.

Ce que j'ai dit n'est pas forcément clair, mais ne vous en faites pas, ça viendra.


J’ai déjà dit plusieurs fois que le texte, dans son style et son histoire, allaient à l’essentiel, mais en ne traitant que la partie « Avantages ». On passe à « Inconvénients » ? Mr. Green

De cet autre côté de la balance, il y a le fait que, sur certains points, vous vous contentiez d’un minimum syndical. Ici en l’occurrence, l’aspect amoureux pur est vraiment raccourci au strict nécessaire scénaristique.
Typiquement, la mise en couple d’Ulrich et Yumi, vu comment ça a été traité dans CLE, ne me paraît pas très convaincante (même Ellana, experte certifiée, s’est sentie obligée de remanier l’épisode 14 pour rendre ça plus crédible !). Si le rapprochement, puis la mise en couple de William et Laura est plutôt naturelle malgré les césures causées par les ellipses (toutes les mêmes), la relation avec Jérémie passe moins bien. Évidemment, l’idée initiale était de générer un twist autour de tout ça, mais les quelques séquences entre les deux m’ont moins fait sentir qu’ils entretenaient une relation pas qu’intellectuelle, comparativement à William.

Il faut aussi dire que-


Spoiler


Bon sang mais bouclez-là et laissez-moi boucler ce commentaire sur un maximum d’aspects. :’(
(J'avais pourtant prévu que ce serait plus Claire, aie aie aie.)

Je disais donc : ce défaut-là du texte m’a moins gêné dans la mesure où le traitement de la question romantique se fait par le prisme social et non sentimental (même si le personnage de William fait de la place à ce dernier biais). Votre objectif n’était clairement pas d’aller dans le détail relationnel et sentimental, cela me semblait assez tacite dans la présentation initiale de la fanfiction (puis bon, on vous connaît à force, surtout Icer).
Toujours est-il que cette approche des couples, plus distanciée et « raisonnable », surtout appliqué à un angle amoureux (hé oui, pas de triangle vu que William & Jérémie ne… sauf hors-champ éventuellement), est cool !

Dans un autre ordre d’idée, il est aussi intéressant de s’attarder sur l’évolution des 3 protagonistes principaux, au-delà de l’aspect amoureux :

  • William revient en quelque sorte à son stade initial de personnalité satellite par rapport au groupe des Lyokô-guerriers. Il fait sa vie de son côté, en se confrontant à une réalité qu’on affronte en général dans la période lycée : les potes ou connaissances sympathiques (les autres Lyokô-guerriers) ne constituent pas des amis (Odd confirme ce statut, au passage). S’accrocher n’est pas la bonne solution, il faut se débrouiller pour aller de l’avant.
    Pour le reste, l’aspect « revanche sur X.A.N.A » brièvement soulevé me convainc moins, ça faisait un peu remplissage superficiel.

  • Jérémie est celui qui change le plus brutalement, un peu trop peut-être en post-explosion auprès d’Aelita ? Cela étant, c’est quelque chose qui est présenté comme étant en lui depuis un bail, et puis, dans le pire des cas, vu qu’il reste plus jeune que ses camarades, on peut tabler sur une crise d’adolescence tardive. Cela ferait sens : en rompant avec Aelita, Jérémie n’a plus besoin de se forcer à faire des choses ou à se donner bonne image/conscience : il peut donc se créer une personnalité de toute pièce. Cette espèce d’arrogance et cette verve particulière qu’il développe me semble aller dans ce sens (il se donne un style quoi, un peu comme ce mec dans le groupe d’amis qui dit tout le temps des vacheries aux gens).
    Son personnage constitue également de transcrire une certaine incitation à la haine
    envers Aelita. Je suis très déçu de vous, ce n’est pas moi qui ferais ce genre de chose.

  • Quant à la principale concernée, Laura, plus que son parcours, c’est sa destination (qui donne au parcours sa valeur) qui est intéressante.
    Son choix final, face à la gestion des garçons et à la révélation de Jérémie, est… elle-même finalement. Elle en revient aux fondements de son personnage, après avoir expérimenté quelque chose de nouveau (les mecs). Là-dessus, je trouve le travail global très réussi. D’un certain point de vue, c’est moderne, presque progressiste (Icer, si tu es sous influence, envoie-moi le code habituel).


Les autres Lyokô-guerriers ont un rôle plus fonctionnel et figuratif, mais des choses peuvent être dites :

  • Ulrich/Yumi, finalement, ont cet intérêt d’une mise en perspective de leur relation amoureuse et du regard des autres sur celle-ci. Vu qu’ils sont montrés sous un jour fusionnel et fleurs des premiers jours, cela permet de s’interroger sur ce qu’il se cache derrière cette façade, en particulier lorsqu’on voit ce qu’il se passe en coulisse avec Jérémie & Laura.

  • Aelita, a une personnalité somme toute respectée… pour du CLE. On pourrait dire que son personnage aurait mérité un mot de la fin, mais finalement son rôle, outre les ficelles scénaristiques facilitées qu’elle offre, permet aussi une mise en perspective avec Laura, à la toute fin. Là où Stones « s’entête » vis-à-vis de Jérémie, Laura prend directement le large et largue toutes les amarres. En surface, ça donne l’image d’une opposition entre empathie et égoïsme, mais si on creuse plus profondément : est-ce que cette obstination d’Aelita ne serait pas motivée par des raisons purement personnelles (le besoin de ramener Jérémie à sa raison, se complaire dans son statut), là où les intentions de Gauthier possèdent des objectifs secondaires liés aux Lyokô-guerriers (même si la base reste pour sa pomme, hein) ; le tout par rapport au long terme ? On ne le saura pas vraiment, puisque le cas de la Gardienne de Lyokô n’est jamais vraiment abordé de son point de vue (et qu’il ne m’a pas semblé décelé de sous-entendu).

  • Odd : « L’important, c’est de participer ». Plus sérieusement, heureusement qu’il s’agit du Odd de CLE (celui qui s’est refait une virginité amoureuse), sans quoi je l’aurais trouvé trop discret sur ces questions…


Enfin, pour finir sur le scénario, c’est plutôt habile d’en avoir profité pour donner une conclusion-bis à CLE. Au demeurant, cela donne un ensemble plutôt satisfaisant (et toujours original), puisque le problème scénaristique de la série (Tyron & X.A.N.A) se règle grâce aux embrouilles amoureuses de cette fanfiction. J’adhère assez à cette approche et me demande ce que ça pourrait donner si des auteurs plus spécialisés que vous sur ce genre de thématique (exemple au hasard : Léana) s’en inspiraient…


Bon boulot en tout cas. Le sujet n’était pas des plus porteurs, scénaristiquement parlant du moins. L’astuce dont vous avez fait preuve pour cette histoire est à souligner une dernière fois ! L’union fait définitivement la force !


Spoiler
  Sujet: [Fanfic] Chacun sa chimère [Terminée]  
Zéphyr

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Ven 29 Oct 2021 18:16   Sujet: [Fanfic] Chacun sa chimère [Terminée]
Vous êtes bien placés pour connaître notre politique en matière de retours publics sur les textes donc fatalement, il n'y a que moi pour représenter le Pôle et vous juger, en approchant l'air de rien mon compteur des 1100. Mr. Green

Ce Prologue est très accrocheur (une enquête, du moins en apparence, ça me plaît), avec le meilleur de vos deux mondes : un scénario léché, une belle présentation (le logo est plutôt classe mais c'est bien une plaque d'égout, je ne rêve pas ?), une syntaxe propre, une ambiance correctement posée et un style... bon c'était surtout du dialogue, difficile de vraiment juger mais j'ai foi en la plume efficace d'Ikorih pour faire le travail minimum.
Le scénario de base est propice aux embrouilles au sein du groupe des Lyokô-guerriers. C'est quelque chose qui n'est pas si courant que ça en fanfiction, alors que ça fonctionne diablement bien avec un peu d'imagination. Jurisprudence Léana.

D'autant plus que, je place pour l'heure une pièce sur le fait que Laura ne doit pas être si loin que ça. L'Usine est une première piste envisageable, notamment au vu de votre logo, qui semble être ce que je suppose plus haut.

Bref, j'espère que ce texte se/nous trouplera bien !
  Sujet: [Fanfic] Les Perles du Neith : A Core perdu  
Zéphyr

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Dim 09 Mai 2021 13:58   Sujet: [Fanfic] Les Perles du Neith : A Core perdu


Ben ouais, je peux pas prétendre que les Perles du Neith sont mes petits préférés sans faire au moins un passage.

En tout cas on retrouve bien l'ambiance initiale du texte original, avec dans le fond de celle-ci le petit quelque chose qui fait sentir que tout ça va progressivement changer.
La promesse des développements autour des interactions et relations entre personnages est là, et est d'autant plus prometteuse que le nombre a gérer à été divisé par six, ce qui aide plutôt bien il faut avouer.

Histoire de vaguement analyser ce que j'ai lu, je note l'évacuation discrète d'Emeline de l'équipe Franz Hopper, au profit d'Anne-Sophie, survivante et membre des 10 de Ragnarök. Quant à Matthias et Emmanuel, il n'a apparemment pas été jugé nécessaire de les remplacer par des doubles, l'équilibrage paritaire (sous la forme de Ninon et Blanche) a frappé.
Je relève également que la forme de la simulation se rapproche du combat qu'ils vont futurement mener contre le X.A.N.A de l'univers 2. Probablement un genre de hasard.

Dois-je mentionner que les références me font toujours aussi rire ? Le fait que j'arrive à les déceler aussi facilement désormais montre tout de même que je te fréquente peut-être un peu trop...

Bref, je suis à bord du vaisseau, toujours enthousiaste. Paré pour la suite du parcours, Commandant !
  Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2020  
Zéphyr

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 09 Fév 2021 13:31   Sujet: [One-shots] Calendrier de l'avent 2020
Le post de Warrior93 étant toujours porté disparu, il est temps de s’y coller.

Le concept du Calendrier possède une grande force : une place énorme pour la créativité et l’exploitation de nouveaux biais scénaristiques, personnages ou relations. De ce côté-là, votre rendu n’a pas à rougir.
Cela étant, cette force constitue en même temps la limite du concept : l’inspiration finit fatalement par s’épuiser, en particulier lorsqu’il faut pondre une vingtaine de textes ayant comme tronc commun « les attaques de XANA ». Cela se ressent sur certaines nouvelles, qui n’ont finalement pas aucun rapport scénaristique et narratif avec le programme (Samus, Récursion, L’or à Eli Tah, pour les exemples qui me reviennent). Plus simplement, on sent que pour certains textes (la plupart de ceux postés par Dede7), il n’y avait qu’une idée de base et pas d’inspiration autour pour la construire et en faire un récit solide. Les trois dernières phrases de Récursion m’ont limite donné l’impression que vous aviez conscience de ce fait et que vous cherchiez à vous auto-troller ou à vous justifier. Personnellement je penche plutôt pour la deuxième option, puisqu’exception faite de Code Lyokô Elections : #Aelita2020 (et dans une autre mesure Press Forward), l’écriture générale est plutôt sérieuse.

Outre la limite naturelle de l’inspiration, on sent également sur certains OS une écriture et une finalisation plus rapide que cela n’aurait pu l’être, afin que le nombre de texte et le délai soient tenus.
Certaines chutes et conclusions sont faites à la va-vite et laissent sur un sentiment d’inachevé (le fameux « Oui, et ? ») : La disparition, Demain nos ruines, Récursion (lui, il est dans mon viseur), Press Forward, par exemple.
D’ailleurs, la diminution progressive de longueur des One-Shots est indicateur selon moi que vous avez dû aller à l’essentiel pour boucler certains textes. Dans une veine proche – cette remarque concerne plutôt les OS publiés par Silius – on sent également que certains textes on eu droit à un traitement privilégié par rapport à d’autres : écriture et descriptions plus léchées, travail général plus minutieux (le dyptique Néantifère et O come, all ye faithful ? en particulier). Cela peut constituer une autre piste sur l’impression de précipitation et d’irrégularité d’autres publications.

C’est là qu’on se rend compte que même à plusieurs plumes, 24 textes originaux et différents restent un gros challenge. La limite créative s’atteint plus vite que ce que l’on pourrait se figurer.
Toujours est-il que vous n’avez pas fait les choses à moitié, le challenge du Calendrier a été relevé, avec un certain soin. La présentation graphique en est témoin. L’index rend super bien à l’écran, et la combinaison des entêtes à la charte fixe avec des séparations propres à chaque texte fonctionne et fait montre d’un minimum de cassage de tête. Juste pour cette démarche et l’effort, bravo.

Toutefois, un point vient selon moi noircir le soin que vous avez apporté à la forme : la publication des textes en eux-mêmes. Je ne comprends pas le choix d’avoir préparé des posts vides à l’avance, parce que ça étouffe un peu le concept de Calendrier de l’Avent : il y a certes un texte par jour, mais excepté les huit premiers et le 24 décembre, les autres ont leurs posts avec le mauvais horodatage (à savoir le 8 décembre). Cela casse l’effet de style initial et ce sens du détail que pourtant, on avait pu ressentir originellement. C’est très bête.


Sur des considérations plus littéraires, et pour donner mon avis sur ce corpus, j’ai globalement été assez déçu par ce que j’ai lu. Le constat serait assez simple à relativiser, puisque mathématiquement, sur vingt-quatre textes, il est normal d’avoir un ratio d’appréciation plus bas. Le fait que je ne retienne sur l’ensemble que trois One-Shots (Un coin oublié, Cher journal, Caritas in mendacio) reste un bon score, mais je n’ai pas spécialement été transporté, transcendé, trans-cequevousvoulez. Les raisons ont déjà été énumérées plus haut (la limite de créativité, l’aspect inachevé), auxquelles j’en ajoute de nouvelles :

  • Certaines nouvelles ont des idées ou concepts qui me paraissent trop perchées (For Honor you monster, Pour la gloire !, Un petit coin bien au chaud, Nuova Linfa sont celles qui me reviennent de suite sur ce point). Il en résulte qu’en-dehors des auteurs ou d’un cercle proche de ceux-ci partageant le délire, il est complexe d’adhérer à ce qui est proposé, ou simplement d’y trouver un intérêt ;

  • Un certain laisser-aller scénaristique et narratif est palpable, par endroits. Pour éviter d’avoir à reparler de l’arnaque totale qu’est Récursion, on va prendre un nouveau challenger : Réflexions.
    La construction narrative est plutôt bien amenée, le renversement des rôles et valeurs entre Tyron et Aelita (qui représentent chacun leurs camps) également. Mais tout s’effondre à cause de l’élément déclencheur : la Méduse qui agresse un Ninja pour lui prendre sa mémoire... Comme ça sans raison vraiment justifiable, tant dans le contexte de la nouvelle que de celui de la série (Xana a tout intérêt à ne pas se faire remarquer de Tyron, ou plus simplement à ne pas se le mettre à dos). En fait, le texte ne m’a même pas donné l’impression d’essayer de mettre une raison derrière ce que je considère comme un prétexte scénaristique, pas même en fausse-hypothèse ou sous-entendu.
    J’imagine que, compte tenu du côté « Calendrier des attaques de XANA », cette action de l’IA n’avait pour but que de créer la discorde de façon encore plus marquée entre Tyron et Lyokô-guerriers (même si la manœuvre resterait digne d’un Double-débile), mais dans ce cas, pourquoi ne pas faire tilter un tant soit peu Aelita, même grossièrement ? Cela ne détonnerait pas avec les mots dont Tyron l’accable (accuser Xana serait une façon supplémentaire pour elle de se défausser et se justifier), mais non. Rien.
    Vu que vous avez dû produire 24 One-Shots avec un ratio temps/créativité limité et que, logiquement, ça ne pouvait être parfait, je vais m'abstenir d'utiliser le p-word Mr. Green ;

  • Dans le lignée du laisser-aller scénaristique, certains détails au sein des textes paraissent douteux. Une pincée d’âme dit clairement qu’Ulrich sait cuisiner et faire la lessive, et que de surcroît il exécute ces tâches pour ses parents. A l’inverse de l’exemple précédent, il y a ici mention d’un « apprentissage » mais celui-ci semble sortir du néant, on sent qu’il ne sert que l’impératif narratif. Après tout, pourquoi s’embêter à essayer de créer quelque chose d’un minimum raccord avec un personnage adolescent qui n’est pas censé être très doué dans la vie, sauf en sport ?
    La situation familiale de Suzanne Hertz dans O come, all ye faithful? m’a de même parue tirée par les cheveux. Même si d’un point de vue purement technique et structurel, il n’y a pas vraiment faux-raccord, les rares éléments de la série à son sujet (l’allusion à Pedro, ses interactions avec Jim) ne donnaient pas tant l’impression qu’elle cachait une telle vie familiale (en revanche, faire du personnel une petite communauté, c’était bien senti !) ;

  • La récurrence de l’invocation à la religiosité, ses figures (le Christ notamment) et textes. Bien que contextuellement, la filiation se saisisse, je trouve que ça détonne complètement avec l’univers de Code Lyokô.
    Cela m’a l’air d’être quelque chose qui vous tient à cœur et qui est plutôt présent pour cette raison plus que par volonté de donner une identité particulière à vos productions ou faire preuve d’une forme de cohérence. De toute la liste, c’est certainement la remarque qui m’engage le plus, vu que je n’accroche pas à l’appel trop abondant aux références religieuses, mais je pense qu’il faut veiller à rester un minimum dans le bon ton en fanfiction, lorsqu’on décide d’élargir l’univers de base vers de nouveaux territoires.


Il y a le cas de deux textes que je dois évoquer rapidement, qui ne rentraient pas dans le listing précédent.

Un petit coin bien au chaud = j’avoue ne rien avoir saisi à ce One-Shot. Sans l’allusion capillaire, qui je le présume renvoie à Yumi, on se demanderait ce que fait cette nouvelle au sein d’un corpus Code Lyokô. Pour le texte en lui-même, excepté une éventuelle métaphore d’un [post-]viol, je ne saisis vraiment pas ce qu’il veut nous raconter et quel est son fin mot.

Press Forward = L’idée d’intriquer certaines des nouvelles antérieures pour créer un finish général était excellente (j’ai l’avis un peu biaisé parce que j’ai fait la même chose, à échelle moins ambitieuse, dans un de mes OS Mr. Green ), d’autant plus que cela permettait d’aller au-delà du sentiment d’inachevé pour certains, mais l’exécution... C’est juste la fête du slip, scénaristiquement parlant, et le cross-over avec d’autres univers fictionnels n’arrange rien. Même avec une intrigue initiale basique comme celle proposée, avec autant de personnages et d’interactions à leur faire avoir, l’enchaînement narratif est tout simplement bateau, sans saveur. Quant à la fin, elle est au mieux bâclée, tout se règle au mieux dans le meilleur des mondes, l’écriture et la mise en scène laissent de marbre : il ne se dégage aucune tension, ni urgence, les enjeux donnent le sentiment d’être légers.
Je suis d’autant plus déçu qu’il s’agit du dernier texte, qui boucle le recueil. En terme d’attente, côté lecteur, inconsciemment, on s’attend toujours à une explosion finale.
Cette dernière case du Calendrier, c’était un Mon chéri.

Ma déception globale est d’autant plus marquée que vous avez, tous trois, un plus grand potentiel que ça, sur le papier. On sent que la confection du recueil vous a beaucoup enthousiasmé, le soin apporté le montre, mais le résultat ne parvient pas à transmettre cet enthousiasme au lecteur. Pour des textes de Noël, c’est tout de même assez dommageable.


Pour en finir avec ce commentaire, quelques notes plus légères.

D’abord, j’espère que le message du 1er décembre sur le retour aux affaires de Belgarel en 2021 n’était pas qu’un vaste plan de communication. J’en connais un qui en serait attristé.

Ensuite, j’ai rapidement mentionné 3 textes auxquels j’avais bien accroché, sans préciser pourquoi. Petite session de rattrapage :

  • Un coin oublié = le meilleur texte de type univers alternatif du recueil. La nouvelle a des vibes qui m’ont évoqué Les Perles du Neith (il m’a semblé y voir des références, mais je me trompe peut-être), ce qui est une façon efficace de m’achet... entraîner dans le récit. Vraiment cool.

  • Cher journal = simple et efficace dans sa démarche, il démarre très classiquement (un nouveau Lyokô-guerrier qui découvre l’aventure) pour amener une chute très intéressante, au niveau du personnage de Laura dans Evolution.

  • Caritas in mendacio = mon préféré du Calendrier, celui que j’ai trouvé le plus ambitieux scénaristiquement et qui a su tenir la route. L’élément déclencheur de l’intrigue, ainsi que le type de lutte qui s’ensuit, par le prisme des réseaux sociaux en particulier, est très bien agencé et pensé (en plus d’être assez contemporain). Le texte est plaisant à suivre du début à la fin. Même si je pourrais mentionner le caractère légèrement anachronique de l’importance présumée des réseaux sociaux dans le texte (à l’époque de Code Lyokô, ils n’ont pas encore explosé et ne sont pas encore omniprésents), cela n’empêche pas cette salve d’être réussie.


Enfin, malgré ce commentaire chaotique, je tiens à redire que tenir à votre pari et à produire/publier dans les temps ce projet dense mérite seul des félicitations !

A une prochaine, j’imagine !

Hé, Le père du père, on l’a vue ta référence à Mondes Alternés !
  Sujet: [One-Shots] Le poids du passé  
Zéphyr

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mer 02 Déc 2020 12:58   Sujet: [One-Shots] Le poids du passé
Comme il s'agit de ton 3ème topic sur cette section, une petite précision : une Règlement y est aussi en place. A ce titre, il est également attendu qu'une balise ([Fiction], [One-Shot] ou [Poème] selon le type de texte) soit placée devant le titre du texte/topic. Cela permet de savoir immédiatement à quoi le topic renvoie, et d'améliorer la lisibilité des derniers topics.
Tu as dû remarquer pour tes poèmes précédents que des balises avaient émergé. Ce n'est pas un hasard : le staff' a fait ce qu'il faut, mais il ne peut pas continuer à passer derrière toi. Te voilà informé désormais.

Ensuite, remarque à part, mais il serait plus agréable et évocateur pour les lecteurs que tes productions écrites possèdent un titre [général sur le topic] au moins. Parce que Textes et Poèmes, ça ne donne pas spécialement envie de se lancer dans une lecture...

Sur ces bonnes paroles, bon courage à toi pour tes prochaines productions écrites (avec les modalités techniques du règlement en tête) ! Wink
  Sujet: [Fanfic] Ragnarök [Terminée]  
Zéphyr

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Sam 21 Nov 2020 12:36   Sujet: [Fanfic] Ragnarök [Terminée]
Deux mois plus tard (déjà !), il est peut-être temps que je pose un fin mot sur ce bazar. La rigueur habituelle quoi, même si je risque de répéter des choses du temps où je commentais chaque partie individuellement. Je regrette de ne pas avoir pu avoir un suivi régulier sur les dernières parties, à l’instar de L’Échiquier.

Pour commencer, j’ai particulièrement apprécié cette lecture, toute objectivité gardée. Je mets cet état d’esprit sur le compte de l’achèvement de l’Un’Icer et le fait que je t’ai déjà adressé toutes les critiques (du moins fondamentales à mes yeux, et qui n’auraient pas eu d’intérêt à se répéter) qu’il y avait à faire ; plus ma compréhension globale de ta démarche et de ton projet d’écriture.
Du coup, j’ai pu aborder cette lecture de manière assez décomplexée, sur le mode dit de la der des der. C’est sacrément agréable à adopter comme posture de lecture, même lorsque les combats impliquant des Pokémon s’étendent sur des kilomètres (c’est quand même le gars capable de décrire un simple environnement sur une page qui te le dit !).

C’est assez marrant, parce que ce n’est pas nécessairement ta spécialité selon moi, mais je ne me vois pas aborder ce commentaire autrement que par le prisme des personnages et de leurs développements. Cela dit, c’est plus leur continuité par rapport aux textes antérieurs que je trouve intéressante.

Pour le groupe des Perles, j’ai apprécié le fait que celles qui ont eu un gros temps d’antenne, finalement, sont celles qui n’en ont pas tellement eu sur le Neith. Hormis Christophe, qui fait partie du club très select des chouchous du prof’ (avec Gladys, Senja et William), les pop-stars de là-bas se sont éclipsées au second plan (Thomas & Gladys, même si cette dernière a eu son baroud d’honneur).
Petite frustration néanmoins sur la perte du côté relationnel et sociologique, qui faisait la force du concept des Perles, et qui a été ici réduit au strict minimum. La partie 1 de cette fanfiction laissant entendre des évolutions dans les relations et personnalités depuis l’univers annexe 2, j’aurais été curieux de voir à quel point l’évolution s’était opérée.

Une des démarches les plus réussies de Ragnarök pour moi, c’est la conclusion apportée pour 3 personnages en particulier : Senja, Ulrich et Hervé. À cause du nombre élevé de personnages, tu as nécessairement dû créer des personnalités immobiles (Odd, Mélody, et même Christophe, qui n’a plus vraiment bougé depuis la Partie I de L’Échiquier), ou passer plus synthétiquement sur d’autres (Gladys et Yumi), mais pour les quelques uns sur lesquels tu as pris le temps de t’attarder, c’est réussi je trouve.
Comme je le disais plus haut, le développement des personnages n’est pas forcément la caractéristique de ton écriture. Je devrais plutôt dire le développement direct, tu as plutôt tendance à y aller subtilement et avec une certaine économie de mots sur le fond, plus que sur la forme (le Christophe de la Partie I, à nouveau). Dans tous les cas, pour les quelques rares privilégiés (pas tous des mâles blancs, merci M’Bala), ça rend bien.

Senja est le plus simple des 3 cités à traiter. L’Échiquier constituant déjà son heure de gloire, où il est le personnage le plus travaillé de la partie II, Ragnarök conclue simplement sur son cas. Toutes ses séquences sont l’occasion de revenir sur les événements passés, avec le recul nécessaire pour les regarder en face. Finalement, ça ne fait que confirmer qu’il a retrouvé une forme d’équilibre, accentué par son retour à la vie civile.
Ces petits passages rétrospectifs étaient plutôt sympathiques et ont participé à ancrer plus concrètement des points qui, jusque-là, n’avaient pas encore été mis en mots. Simple et efficace !

Côté Ulrich, cette fanfiction ne le fait pas spécifiquement évoluer, mais pointe du doigt le chemin qu’il a parcouru depuis le temps. Je ne sais pas si c’est intentionnel, mais il sacrément mis en valeur dans quasiment toutes les scènes où il intervient (performances de combat, leadership, interventions orales, IRL, relations sociales, etc), et par voie de fait, dans le texte tout entier. Même les textes écrits par des fans du personnage n’appuient pas autant sur la fibre positive, lui préférant la fibre dramatique (d’autant que ma mémoire de Référent puisse en attester).
Je trouve ça marrant que des six Lyokô-guerriers originels, ce soit finalement Ulrich qui, en terme de développement, évolution et traitement purs, soit celui qui en ait le plus bénéficié. C’est d’autant plus amusant que tu le plaçais sur le deuxième échelon d’importance dans le topic de l’Un’Icer, plaçant Jérémie et William devant.

Petit aparté sur Jérémie et William, qui va me permettre de m’expliquer ce fameux classement. En fait, leur importance est scénaristique, non pas narrative. Ils sont soit au centre, soient proche du centre des enjeux et intrigues des textes, contrairement aux autres (même si en deuxième moitié de Partie II pour L’Échiquier, plus tellement). Narrativement, finalement, leurs cas auront été moins élaborés que pour Ulrich (bien que William ait quand même droit à un peu de détail dans la Partie I, pas forcément aux niveaux attendus, mais l’effort est là), en particulier dans cette fanfiction-là. Ce qui explique, qu’en définitive, Ulrich les surpasse sur ce point.

Le mot-clé pour qualifier Ulrich : maturité. Sa petite pensée en hommage à William cristallise assez bien à quel point il a changé là-dessus. D’ailleurs, c’est assez ironique selon moi qu’il qualifie William de meilleur Lyokô-guerrier au vu des performances qu’il a effectuées lui-même durant Ragnarök, là où Dunbar, privé de l’avatar qui a fait sa légende dans l’Un’Icer, ne m’a pas semblé si redoutable que ça.
En tout cas, pour la dernière fois, j’ai beaucoup aimé ton Ulrich. Il est probablement un de mes personnages préférés de tes textes, tous confondus.

Reste Hervé. Il est plus simple à traiter, puisque l’essentiel de sa dernière évolution s’effectue lors des parties VIII et IX. Je dirais que c’est à la fois dans la continuité de tout ce qui a été construit autour de lui jusque-ici, avec une seule nuance : pour la première fois, Hervé ne fait pas quelque chose seulement pour les autres, mais aussi en partie pour lui-même (de façon plus « égoïste » j’entends). C’est peut-être ce dont il avait besoin pour avancer : se soucier/faire des choses uniquement dans l’intérêt d’autrui, c’est cool, mais il ne faut non plus complètement se décentrer de soi-même.
À l’instar d’Ulrich, c’est surtout le positif qui aura été pointé autour de lui, faisant de lui un personnage qui m’apparaît aussi sympathique que cool.

J’ai traité ces 3 personnages parce qu’ils me paraissaient les plus incontournables, mais j’aurais pu y ajouter un 4ème : Jérémie. Seulement, j’ai quand même une dernière frustration avec lui dans Ragnarök, ce qui, contrairement aux précédents, laisse encore son cas inachevé.

Je te rassure, ce n’est pas son plan et ses agissements douteux (surtout le Neith’oyage, mais je présume qu’il voulait réduire la liste de ses poursuivants potentiels une fois démasqué) dans ce texte qui m’ont interpellé. Au contraire, j’adhère à ta démarche visant à ne pas révéler les plans de l’antagoniste, et les quelques pistes de réflexion laissées dans la partie IX sont satisfaisantes.
En revanche je pensais tout de même que tu finirais par revenir sur les raisons du changement de Jérémie. Après tout, Ulrich/Odd/Yumi y réfléchissent dans les premières parties (en faisant la synthèse de tout ce qu’on avait jusque-là), et il y a un ou deux indices supplémentaires par la suite (« Gros caramel mou »). Je me figurais qu’ils tenteraient au moins de formuler une hypothèse conclusive là-dessus (même si avec la mort de William, osef c’est un fdp), parce qu’en l’état, on reste sur « Aelita lui a faite à l’envers, il a vrillé ». D’ailleurs ça reste très suspect parce d’un côté, lorsque c’est évoqué dans l’Un’Icer, Jérémie fait genre que la raison de sa scission idéologique n’est pas Aelita, mais derrière, des éléments tendent tout de même à faire le lien avec cette affaire de fille (la rancœur et les paroles adressées à William surtout, et « Gros caramel mou » encore). Finalement, ça laisse le personnage de Belpois en suspens à la fin, sans vraiment de piste supplémentaire sur son évolution, contrairement à ce que tu exposes sur ses plans et agissements virtuels. C’est un peu décevant, et je serais quand même très curieux d’avoir ton point de vue ou à défaut plus d’éléments de réflexion sur ce point.

Faisons sortir des parenthèses la mort de William : peut-être un des éléments les plus prévisibles de tout l’Un’Icer, mais que je trouve particulièrement ironique avec le recul. Aelita, de base partie (hypocritiquement bien sûr) pour tenter de libérer William de Xana, n’aura en définitive réussi à accomplir qu’une chose : un début de rancœur chez Jérémie (même si c’est l’explication de l’esprit étriqué qui ne veut rien voir), avec les conséquences qu’on connaît.

Autrement, pour revenir sur des considérations scénaristiques, j’ai trouvé assez marrant le fin mot entre Xana, qui ne s’en sort pas non plus les mains dans les poches et écope d’un ennemi héréditaire. Peut-être espérais-je aussi un peu plus d’éclaircissements sur certaines mécaniques des mondes parallèles (notamment le fameux « Univers Central » aperçu dans L’Échiquier, que je pensais être une sorte de hub entre les différentes réalités, mais vu que le portail les fait passer directement dans un autre monde...).
L’introduction et le développement de Spi2aetus était plutôt bien dosé je trouve, tout en permettant d’enfin recouper les différentes pièces du puzzle (Griphus, tu es décidément un maître des références). Le décalage entre le ressenti vis-à-vis de ce groupuscule invisible (le fait qu’ils sont au courant pour l’usine et les Lyokô-guerriers) et ce qu’il en est vraiment (notamment leur ignorance du retour vers le passé) était habile. D’ailleurs, c’est drôle que ce soit Hervé, un Lyokô-guerrier, qui règle le souci avec eux en définitive alors que c’était originellement à Senja [Blanc] de le faire. On va dire que c’était un échange de bons procédés, vu qu’il est allé au contact de Jérémie en personne.


Je pense avoir tout dit, du moins tout ce qui me vient à l’esprit deux mois plus tard et sans trop de relecture. J’aurais vraiment préféré avoir l’occasion de commenter chaque partie individuellement (et détruire ta syntaxe), mais les choses ne se déroulent pas forcément comme on l’entend. Qu’est-ce que tu en dis toi, Belpois?

Allez, bravo à toi, t'as fait de l'excellent travail enfoiré.
  Sujet: [Fanfic] Overpowered 2020 [Terminée]  
Zéphyr

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MessageForum: Fanfictions Code Lyoko   Posté le: Mar 13 Oct 2020 20:09   Sujet: [Fanfic] Overpowered 2020 [Terminée]
Depuis l’affaire Pandémonium, je m’étais juré de ne plus trop traîner sur les commentaires de texte-fleuve pour éviter les gros chantiers de mise en forme. Cette mission n’a pas été accomplie, merci les délais de mise en place de la fibre.

Pour ne rien arranger, tu as posté une petite auto-critique qui fait écho avec quelques-unes de mes remarques. Cela dit, la répétition permet d’assimiler les choses, ce n’est peut-être pas plus mal que je le fasse. A moins que je ne sois simplement trop fainéant pour repérer et enlever tout ça. Mr. Green
En tout cas, sens-toi libre d’ignorer ces morceaux-là.

Cela a réellement été un plaisir de découvlire un texte avec un suivi aussi régulier. Les sensations étaient voisines à celles de la belle époque des Perles du Neith, en bien plus long – et mon amour pour cette fanfiction est gravé dans le marbre bleu du forum.

Mon dernier passage remontant aux… cinq premiers épisodes, je vais commencer par faire un rapide retour sur la réécriture de la saison 5.

Cette seconde jeunesse a fait du bien au texte. Tu as notamment su ajuster LE point scénaristique qui laissait perplexe et était faible (un comble par rapport au titre de la fanfic’ !) dans la première version : l’impact du Jour 333 sur le passé, et ses conséquences sur les actions de Jérémie. Toute la mise en scène de la scène coupée dédiée avec Belpois avait d’ailleurs une saveur qui m’a beaucoup rappelé ce qui se fait dans le manga (une mise en scène volontairement mal dégrossie, pour mettre l’accent sur la puissance du moment et la détermination du personnage), dont je suis client, alors à partir de là…
J’en profite pour placer que Jour 333 est probablement mon chapitre préféré parmi cette quarantaine, ce qui était déjà le cas pour la version 2010. Le post-apo’/dystopique sied à merveille à l’univers de Code Lyokô. C’est assez rare que le créneau soit exploité dans les fanfictions – ici, de mémoire, seuls Ikorih et Vivi/Cyclope ont mené à terme un travail. Le chapitre proposé est d’autant plus réussi qu’il se tient, justement, en un seul chapitre (je ne compte pas l’impact scénaristique dans la saison 6, qui était une idée très intéressante au demeurant). Tu poses un contexte plus des enjeux simples et efficaces, qui permettent de se concentrer sur d’autres paramètres, tels que l’ambiance et les émotions suscitées par la guerre d’usure contre Xana.

Pour le reste, la saison 5 est toujours aussi prenante. Le choix de découper l’action sur un nombre limité de chapitres (bien que la réécriture ait, en terme de densité de texte, doublé le tout) permet d’aller à l’essentiel et de proposer un ensemble dynamique. La montée en puissance progressive de Xana fonctionne parfaitement, avec ce côté « expérimentation des nouveaux pouvoirs » (encore un point que je mets en lien avec le manga, d’ailleurs). Surtout, je trouve que ton Xana colle d’assez près à l’image qui s’en dégage dans le dessin animé : beaucoup d’étalage de puissance et de théâtralisation de celle-ci au cours de ses attaques. Tu es même allé plus loin en étendant le concept aux combats virtuels, qui ne se font plus sans armées de monstres. Du coup, que les Lyokô-guerriers galèrent devient moins ridicule que certains moments de la série.

Je maintiens que l’inclusion des scènes coupées était une bonne idée. Narrativement parlant, ça m’évoque un peu des scènes post-générique [très longues] en vogue dans les films de cette décennie.
Leur intérêt majeur, selon moi, est de proposer un peu plus d’espace de développement pour les personnages et leurs relations, l’espace médiatique étant étroit du fait de l’action assez condensée. Des ajouts bienvenus donc.


Une exception à mes yeux néanmoins : Je t’aime Yumi. Je suis le seul à trouver que les Lyokô-guerriers sont les pires amis du monde, et que « la leçon » donnée à Ulrich est moralement discutable ?

Si dans l’application, faire comprendre à Ulrich ce qu’a vécu Yumi pour qu’il calme ses ardeurs est logique (j’aime beaucoup l’idée d’ailleurs), il y a néanmoins une différence assez notable entre subir quelque chose dans un pur objectif de malveillance et de nuisance ennemie (attaque de Xana) et faire subir la même chose à quelqu’un juste pour « lui donner une leçon ». Cela place juste les orchestrateurs de la chose comme des connards finis (mais c’est toujours raccord avec la série !). Aussi détestable ait été le comportement d’Ulrich, je ne peux m’empêcher de me dire que je n’apprécierais pas du tout qu’on me drogue à mon insu’ pour me faire abuser physiquement par mon meilleur ami. Même en comprenant l’objectif et en l’acceptant comme Ulrich, je nourrirais une rancœur et une rancune envers mes « amis » pour ça (terreau pour un nouveau conflit, et ainsi de suite, jurisprudence Naruto). Cela dit, je salue la méthode coup de poing que tu emploies pour calmer Stern, plus efficace que le « on ne te parle plus, rumine dans ton coin et reviens sans avoir évolué ».
Par ailleurs, c’était sacrément couillu – littéralement – comme idée, compte-tenu qu’au vu du sale caractère de Stern, il y aurait pu avoir effet inverse et aggravation de la situation.
Ce qui me déçoit également dans cette séquence, c’est la dégradation de l’image d’Ulrich par rapport à la version de 2010. Je pense que c’est l’unique point que je trouve moins bien qu’avant dans cette réécriture. Je trouvais logique et sympathique le postulat de base : Ulrich et Yumi ont enfin officialisé après un été au calme sans Xana, propice à la réflexion. William a d’autres préoccupations et est passé à autre chose, Stern s’est donc calmé et a définitivement transité vers un caractère plus mature et moins sanguin (que la saison 4 avait d’ailleurs amorcé). Le point de discorde que tu mets en place à partir d’un détail a priori anodin, digne de Léana (je suis généreux en compliments aujourd’hui), semble ridicule au vu de son placement dans le texte, plus de deux mois après la mise en couple. Si la Yumi en folie s’était manifestée peu de temps après cet événement, ça aurait je pense été plus naturel, le couple ne s’étant pas encore « stabilisé » (même si on peut considérer cette scène coupée comme l’élément stabilisateur justement).
Pour résumer, je reste assez dubitatif sur la pertinence et le positionnement de cette séquence.

Quitte à faire dans la redite : l’ambiance « fun » et « bon enfant », teintée de sérieux et de gravité propre à Code Lyokô est très bien retranscrite, plus particulièrement à travers les dialogues (ce qui est à vrai dire le meilleur moyen d’arriver à cet objectif). Néanmoins, malgré une proximité assez étroite, je note que même toi tu as pris un peu le large par rapport à la série originale. Thématiquement et structurellement surtout (encore une fois côté ambiance et histoire, tu t’en tires très bien) : ton texte reste tout public, sans avoir été spécialement pensé pour cibler une tranche de celui-ci, comme ça a été le cas pour le dessin animé. C’est probablement ce que tu qualifies de « veine plus mature » quand tu décris Overpowered, et qui se traduit par : une histoire feuilletonante, des dialogues qui sonnent plus juste pour l’âge et les préoccupations (hormonales et sociales) des personnages, des interactions moins basiques. Cela illustre plutôt bien le principe comme quoi il est compliqué de faire du Code Lyokô original en fanfiction sans s’émanciper un minimum du dessin animé (en le faisant… disons évoluer via ses personnages et enjeux).

Je m’arrête là pour la saison 5, histoire qu’Icer ne sorte pas trop facilement l’excuse du « Zéphyr a tout dit/fait le boulot » (même si je commence à être habitué). Mr. Green



Histoire de faire transition, une remarque très générale. Je trouve très intéressante ta façon de concevoir tes avatars virtuels originaux (côté Lyokô-guerriers surtout, vu que du côté des ennemis, tu te contentes de respecter le titre de la fanfiction, héhé), surtout quand je la mets en perspective avec celles d’autres auteurs notables du sous-forum, dont moi-même.
Leurs capacités sont pensées avant tout pour s’intégrer au sein d’une équipe, apporter quelque chose à celle-ci. Ikorih en faisait déjà la remarque mais on retrouve en effet des « classes » dans les combattants que tu mets en scène : soigneur, tank, sweeper, attaquant à distance, soutien logistique en arrière-boutique (les têtes), boosters de statistiques, etc. Individuellement, il y a très peu d’avatars qui soient complets ou capables de gérer en solo la plupart des situations de mêlée. J’imagine que c’est comme ça que tu as fait la distinction des « meilleurs combattants » lors du raid initié par Ulrich sur Zander, ce qui explique qu’on y retrouve Yumi et son style « nul à chier » comme dirait l’autre, ainsi que Matthias débutant pourtant depuis peu.
Cette façon de répartir les tâches entre les différents avatars me rappelle beaucoup la façon de faire d’Icer, à la différence que lui l’applique plutôt chez ses groupes d’ennemis (avec des héros plus désordonnés). Personnellement, j’aime beaucoup vos rendus à toi comme à lui, notamment parce que je me considère comme incapable d’avoir une telle perspective. J’envisage toujours un avatar à une échelle purement individuelle (vu que le subconscient constitue la base), et les quelques originaux que j’ai pu créer sont presque toujours polyvalents dans leurs capacités, faisant qu’ils peuvent se débrouiller seuls.

La gamme de nouveaux avatars est assez riche et variée, même si j’ai plus été marqué l’aspect visuel, via tes excellents dessins, que par les avatars/personnages en eux-mêmes. Evidemment, des exceptions se dessinent : Alexandre (le plus réussi je pense, mais le scénario l’a beaucoup aidé), Matthias (la référence à Tron !), Théo aussi malgré son caractère insupportable (l’idée du pouvoir passif qui « lit en son utilisateur pour lui donner forme » était géniale et son potentiel m’a séduit), Emilie dans une certaine mesure (la Synergie reflète d’ailleurs selon moi parfaitement ta conception des teams d’avatar, en plus d’être un pouvoir plus recherché que le Boost de Jérémie). La Lyokô-team 3.0 m’a à ce niveau un peu plus marqué, temps d’exposition médiatique aidant il faut dire.

Globalement, c’est de l’excellent boulot en dépit de la limite naturelle d’inspiration. Je pense que tu as volontairement choisi de faire certains avatars moins élaborés (sur les capacités, pas les designs) pour ne pas te rendre la tâche plus ardue – Caroline par exemple, ou la série des têtes pensantes.

Pour finir sur les avatars, deux réflexions par rapport à Jérémie et son Boost :
  • La saison 5 expose l’ « énorme réserve d’énergie » de l’avatar de Jérémie, sans que ce ne soit vraiment creusé/rationnalisé avec des chiffres. Lors de la bataille finale de la saison 6, il y a prise en compte de cet élément pour la gestion des Boosts sur les différents fronts, mais je n’ai jamais eu l’impression que c’était tendu pour Belpois à ce niveau-là (exemple bête : sortir une réplique comme « En gérant mon énergie, je ne pourrais plus faire que X Boost de 30 secondes ») et que malgré le battage médiatique autour de ça, il n’a pas vraiment eu de difficulté à tenir jusqu’au bout. Du coup, ça m’intéresserait de savoir comment tu as conceptualisé la gestion de cette « énorme réserve d’énergie » pour ce combat.

  • On sent qu’il y a une certaine inégalité/injustice sur les effets du Boost sur les avatars. Là où une bonne partie de la Lyokô-team 1.0 devient véritablement « OP », d’autres débloquent des compétences moins attractives et impressionnantes, plutôt bateau. Je pense à Caroline, Kamel, Romain, Hélène, Tamiya, au pif. Cela dit vu le nombre de combattants en présence, on comprend tout à fait qu’il y ait des Boosts plus « simples ». Après tout, il y a bien des Final Smash plus nuls que d’autres (Rondoudou…) et des abusés (n’est-ce-pas… PEACH ?). C’est une loi universelle. Mr. Green



Well done, la saison 6. Un chantier conséquent, notamment par rapport au nombre de personnages à gérer. Tu t’en es franchement très bien tiré là-dessus, et je n’ai jamais vraiment rencontré de souci de visualisation ou de « qui est qui/quoi », ni me suis senti perdu dans les situations de mêlée. Bon, je pratique Icer depuis des années, ce qui me rôde à ce type de lecture avec énormément de gens dans une même séquence, ça aide.

En tout cas, la première chose qui frappe au démarrage de la saison 6, c’est le changement du découpage et du rythme au sein de l’histoire, de ses actions. Le texte effectue beaucoup plus d’exposition et devient par la même plus bavard. Fatalement, cela rend l’ensemble moins dynamique et punchy que pour la saison précédente. A cela s’ajoute que les « épisodes » se suivent de près et ne constituent plus une ligne narrative, une péripétie à eux-seuls, comme ça avait pu être le cas auparavant. Là où la saison 5 est très compressée, la 6 au contraire est très étirée, avec une quasi-unité de lieu et de temps. Je trouve ce changement de style intéressant parce qu’il marque bien la différence entre les deux saisons. Dans la première, le danger grandit toujours plus et la montée de puissance de Xana ne laisse pas le temps de prendre trop de détours. Il n’y a pas de nœud narratif (à long-terme, hors ce qui concerne l’épisode directement) à démêler au sens propre du terme, permettant d’aller immédiatement à l’essentiel. Dans la seconde, le danger est cette fois plus insidieux, moins direct, les personnages doivent assembler les divers éléments en leur possession ou exposés pour agir.
Néanmoins, cette nouvelle façon de faire à ses limites, qui se ressentent assez largement pendant la phase « Memorium » de l’histoire. Je ne reviens pas trop dessus parce que tu as déjà donné une réponse, mais même en considérant la saison 6 sur un format « film » plutôt que « série », je trouve que cela fait encore moins sens de raconter en détail les 5 premières saisons. Cela contribue juste à créer un effet escale sur Naboo, looong.

Côté clés d’intrigue, retournements scénaristiques et mystères, je prends Ikorih à témoin pour dire que je les ai pour les plus importants vus venir et anticipés Mr. Green.
Néanmoins, je n’ai jamais eu l’impression que tu cherchais tant que ça a cultiver le secret et le mystère dans Overpowered, même pour l’insistance autour du « secret d’Aelita ». Je me trompe peut-être en disant ça, parce que je fais le rapprochement avec mon propre travail. Ne pas chercher à rendre absolument insaisissable ou complexe une intrigue, pour se concentrer sur la manière de raconter et la mise en scène, c’est une démarche dans laquelle je pense me reconnaître.

Le cœur de cette saison 6, la back-story, est bien ficelée. Ce n’est pas l’aspect de Code Lyokô que je maîtrise le mieux, mais on sent le boulot derrière et plus particulièrement les petits détails peaufinés. C’est plus particulièrement le Black Phénix, personnifié par Zander Hopper, sur qui cela se ressent le mieux. Le personnage est très travaillé dans sa mise en scène et en action, mais ce qui est notable sur sa construction, c’est que ce n’est pas lui qui l’établit, mais les autres personnages. Les témoignages et autres remarques à son propos en font bien plus pour son personnage que les rares moments où c’est lui-même qui le fait. La seule vraie séquence où Zander est « livré » au lecteur depuis sa source, c’est lorsque les pouvoirs d’Aelita prennent le dessus sur lui et que le Memorium fait son office avec lui.

J’ai trouvé la vision du futur par Zander assez amusante. Pas seulement pour son écho contemporain clairement voulu, mais plutôt pour son orientation pessimiste, qui me rappelle un peu ce qu’a pu faire la série Black Mirror (pas forcément une diabolisation de la technologie, mais une conception qui peut effrayer).
Dans tous les cas, c’est une construction intéressante que possède Zander dans l’économie d’Overpowered, je l’ai plutôt aimée. Sa quête d’immortalité n’est qu’un reflet de sa peur du futur, du changement (en opposition à l’immortalité, concept ancré dans le fixe, le durable, le figé), ce qui explique en quoi la vision que nous laisse voir le Memorium depuis son esprit suscite ce sentiment d’oppression et de terreur : il y a influence de Zander, et son âge avancé qui n’aide pas.


La thématique et l’argument [que j’ai trouvé] prépondérant dans Overpowered, sans qu’il ne soit au centre des histoires et intrigues, c’est l’amour et sa présentation en force motrice, quelque peu au-dessus de tout.

Dans cette lignée, je ne suis pas du tout fan du principe consistant à faire finir tous les personnages en couple, si ce n’est tous. D’une part, cela fausse certaines statistiques (bon ok c’est une fiction, on s’en tape). D’autre part, narrativement, je trouve ça aussi barbant que mièvre – cheesy je crois qu’ils disent outre-Manche. N’y a-t-il pas d’autres méthodes pour mettre en scène un happy end ?
Concrètement, les seuls personnages à rester célibataires à la fin sont Théo, Julien et Romain. Et encore, jusqu’au bout j’ai pensé que Julien et Romain concrétiseraient, laissant Théo seul (ce qui aurait été marrant vu son pouvoir virtuel), ou à la limite qu’ils feraient un petit trouple (sur ce point j’avais raison, mais pas pour les bons personnages). Même Jim semble avoir une ouverture avec Suzanne dans l’épilogue, c’est dire ! Je passe rapidement sur Anthéa, qui surmonte sacrément vite la mort/suicide de Franz en officialisant avec Howard – mise en couple très gratuite pour le coup. Allez, je suis sympa, on va dire que les années de séparation constituaient déjà un deuil en soi, mais tout de même, réussir à choquer Ikorih, il faut y aller !
En fait, ce que je trouve assez navrant avec ce principe de mise en couple de la quasi-intégralité d’un casting de protagonistes – pour le coup je me prononce au-delà du cadre de ce texte – c’est que c’est un procédé assez paresseux pour caractériser un ou plusieurs protagonistes. Le plus triste étant qu’en définitive, ceux-ci ne seront définissables que par cette relation/mise en couple. C’est le cas pour certains ici (Tamiya/Johnny ; Kamel/Marjorie ; Christophe/Caroline entre autres). Je serais curieux de connaître ta réflexion derrière l’idée de maximiser le nombre de couples, parce que c’est quelque chose qui m’échappe totalement à titre personnel.

Sur ce point, le cas d’école est très certainement le couple Alexandre/Xylune. Je le trouve assez mal amené. Il tombe vraiment d’un seul coup, là où, pour comparer, Émilie/Matthias bénéficie d’une préparation de terrain certes prévisible, mais qui est présente. Ici, les personnages n’ont qu’un événement notable en commun.
En fait, ce qui m’a sidéré dans la séquence où Xylune sauve Alexandre, c’est justement le fait que ce soit l’Amour avec un grand A qui soit le débloqueur de situation. Pourquoi cela ne peut-il être que ça ? L’empathie et l’humanité dont fait preuve Xylune envers Alexandre ne sont-ils pas suffisants pour toucher son cœur, ce n’est pas une forme d’amour suffisamment puissante ? Est-il vraiment nécessaire que l’un comme l’autre se rendent d’un seul coup et au même moment compte de ce qu’ils ressentent envers un être qu’ils connaissent depuis si peu de temps ? Est-ce que sans l’argument de l’Amour, la séquence perd en valeur et en puissance ? Alexandre ne peut vraiment rompre son sentiment solitude que par l’Amour, le respect et les liens amicaux ne le peuvent pas ?
Je râle un peu, parce qu’en plus de ça, il y a une sacré reddite de ce qu’il se passe avec le personnage d’Hélène.

Du coup, je serais curieux d’en savoir plus sur ta démarche de maximisation du nombre de couples et de faire de l’Amour cette force supérieure dans ton texte, parce que c’est quelque chose qui m’échappe totalement à titre personnel.


Ce qui nous amène aux personnages, qui sont le ciment de toute bonne histoire, enfin le plus souvent du temps. Je ne vais pas faire du zèle et y aller au cas-par-cas, sinon je risque d’avoir besoin d’un second post pour publier ce commentaire, et personne n’a vraiment envie de voir ça finalement. Razz

Comme tu le disais toi-même dans ton auto-critique (en partie, je ne suis pas entièrement d’accord) , les membres de la Lyokô-team 1.0 sont quelque peu noyés dans la masse émergente de nouveaux personnages. Il serait à mon sens plus juste de dire que cela concerne plutôt les originels, Aelita exclue. Néanmoins, cela fait sens avec le fait que les quatre n’ont plus rien à raconter (tous casés, pas de souci ni de dilemme personnel), il aurait été superficiel de repasser une couche sur leurs cas. Les derniers arrivés avaient encore des choses à développer et ont donc chacun droit à leur phase de traitement, à des degrés d’importance divers. J’entends par là que William et son glowing up ont moins d’importance/d’impact que Sissi/Hélène, également surclassées par Naxxya et sa phase narrative. À peu de choses près d’ailleurs, s’il y a bien un personnage principal dans cette saison 6, c’est bien elle !
Quoiqu’il y a également un autre personnage dont le traitement et le rôle sont de premier plan : Samantha. Sincèrement, excellent boulot autour d’elle, j’ai adoré ce que tu en as fait, surtout avec le peu d’éléments de base qu’il y avait. Le caractère est globalement respecté et, virtuellement, elle génère une hype assez folle. Quand on voit ses performances, on a un peu de mal à croire qu’elle n’était même pas dans le top 3 du Next World, surtout avec Derek qui n’était que de la com’ à mon sens. Je crois que c’est mon personnage préféré de la saison. Et on va enfin pouvoir inaugurer sa catégorie Perle, yeah !

Quant à Aelita, elle m’inspire un : « C’est le coup classique ». Elle subit l’habituel coup de la surmédiatisation autour de sa personne, comme de mise dans chaque saison de Code Lyokô (bien joué le respect de cette contrainte !), via le fameux secret. La teneur de celle-ci est désormais un classique en fanfiction, mais une piste toujours très savoureuse à exploiter, scénaristiquement parlant.

Je tiens néanmoins à te féliciter, car :
  • Secret – grave – du passé ✔
  • Retrouvailles parentales ✔
  • Sœur cachée mais pas trop ✔
  • Nouvelle camarade de chambre de sa bande (ouf, ce n’est pas Yumi) ✔
  • Capacité/place/rôle uniques et spéciaux ✔
  • Se met en scène dans une séquence digne de la reine du mélodrame qu’elle est ✔

Bingo ! Toutes les cases sont cochées. Ton lot est à récupérer auprès de la Team Racket. Mr. Green

Découlement logique, il faut parler de Xylune. En définitive, elle a une présence assez peu marquée au sein de la saison 6. Pourtant, son placement dans le prologue et les nombreuses mentions et autres teasing la concernant laissaient présager un rôle un peu plus pesant. En fait, elle a une position notable dans l’économie de l’histoire, mais on ne ressent pas tellement la portée et l’impact de son existence, hors-prologue et crash d’avion. A nouveau, l’effet de dilution par le nombre de personnages à traiter a joué.
J’ai finalement l’impression que tu en as fait une Aelita si elle n’avait jamais eu une base humaine, comme pensé dans la saison 1.
*Prise de conscience*
Attends un peu...

Pour la première fois de l’histoire du sous-forum, je vais dire que je suis d’accord avec *Odd Della Robbia*. Le personnage d’Odd offre, dans la saison 6, une performance en-dessous de ce que le prologue et la saison 5 laissaient présager dans son implication narrative et scénaristique (au courant des intrigues et secrets, avec le nez un peu partout). Comme quoi, il est difficile de se passer de lui pour les vannes et autres remarques drôlatiques. Rolling Eyes

Au tour de Xana, avec trois remarques.
  • D’abord, j’ai été déçu de lire qu’il n’ait en définitive pas été le fossoyeur du monde et ses habitants dans le Jour 333, ça rend sa position de la saison 5 beaucoup moins crédible d’un coup.
  • Ensuite, une question : qu’a fait Xana durant la saison 4 par rapport au Black Phénix ? Si ces derniers sont tellement cloisonnés de leur côté qu’ils n’ont pas dû relever l’invasion progressive du réseau par le virus, j’ai du mal à croire que lui les ait laissés tranquilles. Et puis avec une centaine de mondes virtuels sous le bras, il avait bien moyen d’enclencher une action offensive envers l’organisation, non ?
  • Enfin, c’était une idée géniale l’avatar de Derek qui sert d’inspiration à celui de Xana. Par ailleurs, c’est ce détail qui prouve que Zander avait raison d’être paranoïaque et de penser qu’il y avait un menteur dans le Memorium, autre que Franz : Derek. En fait, il n’avait juste pas soupçonné la bonne personne.

Petit interlude Matthias avant de passer au boss de fin de niveau. Pour le coup, tu n’as pas joué la carte des lieux-communs et en a fait un personnage positif et sensible, là où d’ordinaire on voit plutôt le gars chiant de service. Son évolution [virtuelle] est bien dosée, sans aller au-delà de sa prétention initiale. C’était presque parfait, parce que lier l’accident de son frère aux événements du 6 juin 1994 a un peu gâché le bilan du personnage. Je n’ai pas trouvé l’ajout forcément nécessaire (si ce n’est retarder Derek, mais ça aurait pu être quelqu’un d’autre), et n’a rien apporté à l’histoire de Matthias. Le « tout est lié », c’est un peu dommage à utiliser comme procédé dans ce contexte.


Allez, passons à la dernière bataille :

Spoiler


Taelia est morte de l’intérieur dans Overpowered. Ce n’est pas un troll.

Il n’y a aucune autre explication à son absence de réaction face aux événements qui la concernent pourtant de très près. Dans la séquence du Memorium, Aelita met largement en scène et en fait des tonnes, pour changer, alors que Taelia est la fantomitude incarnée. Pareil lorsqu’elle apprend sa filiation avec Aelita, puis retrouve Anthéa et Franz. On aurait pu lui annoncer l’augmentation du prix du pétrole que sa réaction n’aurait pas été différente. Pareil : elle ne paraît pas très choquée en se rappelant du futur alternative, pas plus que cela lui pose problème d’aller capturer sa propre sœur pour la livrer à un type manifestement dangereux.
Allez, disons que c’est pour marquer la différence entre les deux jumelles : Taelia semble plus terre-à-terre qu’Aelita.

L’explication du coma du fait du lien avec Aelita, bien qu’il fallait trouver l’explication, soulève des questions d’ordre pratique. Si on peut imaginer que l’expérience de Zander empêchait le corps de Taelia de se dégrader, et donc retirer une sacrée épine à Marjorie et Kamel, se remettre d’un sommeil de 10 ans... réintégrer la société et son circuit scolaire sans attirer au moins l’attention de l’administration française (tatillonne) et des médias me paraît chose plus complexe.

Il y a selon moi quelques petites dissonances avec l’épisode 10. Ses parents adoptifs sont décrits comme aimants, ce qui rend sa réaction au sujet de la famille de l’épisode assez ridicule, surtout quand il est précisé qu’elle n’a pas beaucoup de souvenirs d’Anthéa (et Franz n’en parlons pas). Sans compter son échange avec Aelita juste avant la phase du Memorium : elle n’a pas l’air si malheureuse, isolée et morne que ça dans sa vie (chose que l’épisode sous-entend quand même un peu). En fait, plus que sur les dents, tel qu’est ton personnage, c’est plutôt perdue et déboussolée qu’elle aurait dû apparaître.

Vis-à-vis de l’expérience qui lie son sort à Aelita, lorsque Franz créé la Aelita connue grâce à celle-ci, la corruption du procédé n’aurait-il pas dû sortir Taelia du coma ? Ou le qualificatif « les résultats » ne parle vraiment que de données pures, et pas du procédé expérimental en lui-même ?

Globalement, ce personnages est très lisse, un peu fade. Sa fonction narrative est remplie, mais son bilan en tant que personnage à développer est assez maussade.


Je ne peux pas résister à l’envie de parler de Franz pour finir ma ronde des personnages. Brièvement, j’ai apprécié ce que tu en as, en particulier pour la révélation du secret d’Aelita. Un homme qui a commis des erreurs et fait de son mieux pour les rattraper un minimum. Et puis la séquence où il quitte la scène en compagnie du résidu d’Aelita est très bien amenée, en terme de mise en scène, snif.


Tiens, Je n’ai pas encore fait de retour sur des mentions et détails m’ayant fait tiquer, sans rapport entre eux ou ce que j’ai pu déjà dire. Rattrapons-nous :

I. Épisode 131 : « C’est la raison pour laquelle Jérémie et ses amis n’ont jamais réussi à ramener le grand ténébreux à la raison malgré les tentatives de Yumi. ». C’est la blague la plus drôle de toute la fanfiction je pense. Concrètement, elle essaye une fois... par pur concours de circonstance. Encore une bulle médiatique bien galvaudée.

II. J’ai oublié de noter l’endroit, mais il est mentionné quelque part que le retour vers le passé n’a aucun impact sur les mondes virtuels. Vu que je ne retrouve plus le moment exact, je me trompe peut-être (et la mention était au singulier), en tout cas ça m’avait donné l’impression que ça ne touchait pas tous les mondes virtuels. Du coup, si c’est le cas, le Next World est concerné et Zander aurait dû rapidement flairer l’arnaque à ce niveau, à moins que sa coupure du monde extérieure soit encore pire qu’exposée et qu’il ne soit même pas rendu compte que des journées se jouaient en boucle.

III. Le déclin du Black Phénix : cette mention tombe assez brutalement, comme par hasard au moment où ce que j’appelle « le dialogue de la morale » est mis en page. Peut-être suis-je passé à côté d’indices appuyant ce point, mais le début de la saison 6 et la présentation de l’organisation par Franz laissait quand même entendre bien autre chose qu’un groupuscule déliquescent...

IV. Quid des Morphers lors de l’arc du crash de l’avion ? Ils ont comme disparu au début de la saison 6 alors qu’ils auraient pu solutionner assez vite la situation des Lyokô-guerriers. Si je ne vois effectivement pas certains personnages prendre le leur pour les vacances (Sissi…), ça m’étonne tout de même que Jérémie a minima (au courant du contexte et du danger) n’en ait pas au moins pris un avec lui.

V. Le Memorium est une idée intéressante, notamment vis-à-vis de ce qu’elle sous-entend par rapport à « l’effacement du retour vers le passé », et s’intègre plutôt bien dans une optique d’exposition narrative pure. Toutefois, dans l’aspect pratique, au vu des moyens technologiques avancés du Black Phénix, cela n’aurait-il pas été plus pertinent de le combiner à un détecteur de mensonges ? Je veux dire, Zander est persuadé que Samantha ment et cache quelque chose, avec ce genre d’appareil, combiné au Memorium, il aurait vite été fixé dans sa paranoïa.

VI. Épisode 128 : « Zander nous a retiré la possibilité de quitter le Next World de cette manière, et je ne peux y remédier dans les présentes circonstances… » - L’élément est posé avant la fin du combat contre le boss de la Black Phénix, et pourtant ils lui donnent quand même le coup de grâce sans solutionner ce problème.

VII. Tu t’es déjà pas mal étendu sur cette histoire de baisers féminins via la capacité des Warvens. Je m’interroge sur les raisons de ce choix, sur le plan de la forme. Pourquoi un échange buccal, là où un moyen qui serait – disons-le franchement – moins racoleur (ou du moins qui en donnerait moins l’impression) pourrait donner un résultat sensiblement identique (genre un high-five – je caricature mais tu comprends l’idée) ? Ça m’intéresserait de savoir ce qui t’as poussé à effectuer ce choix-là (peut-être une symbolique, ou une référence/source d’inspiration, ou simplement une façon d’étayer ta narration).

VIII. Dans le chapitre 135, la narration fait état de « rosissement » et même de larmes, de la part de personnages sur Lyokô. Je n’aurais pas râlé si ça s’était passé dans le Next World, mais sur le monde de Franz ça me paraît un peu compliqué si on se base sur ce que le dessin animé montre.

IX. Le trouple Odd-Naxxya-Samantha : j’avais cru comprendre que ce qui résultait du parcours de Sam, via le Memorium, c’était qu’elle avait renoncé à Odd comme à Naxxya pour les « caser » ensemble. Il n’y a pas comme un rétropédalage de sa part ? Et puis, elle a quand même de l’âge, c’est étonnant que la question ne soit pas mise sur la table (surtout pour former un trouple). M’enfin, personnellement je trouve ce développement plus amusant que gênant, c’est moins conventionnel que 95% de couples qui sont formés à la fin.

X. Hélène, à la toute fin, est le plus pur produit de la promotion canapé. Honteux ! J’espère au moins qu’elle était en règle administrativement pour justifier son poste de documentaliste.

XI. Épisode 134 : dans les parties en italique, tu recours à des guillemets français « » pour encadrer les dialogues, mais laisse des tirets cadratins — à côté de celui d’ouverture, ce qui est, dans les faits, une erreur de mise en page.


Allez, ultime étape avant de boucler ce commentaire : poser quelques mots sur la partie dessins. Ce serait dommage de les ignorer, ils font partie de ton identité et de celle du texte. Pour changer, ça gère et donne une plus-value à l’ensemble. Je dirais que ça renforce surtout l’effet de théâtralisation et de montée en puissance dramatique dans certains moments. La Sissi-Méduse, par exemple, est d’abord décrite avant d’être montrée, ça donne le temps au lecteur de s’en faire une représentation avant de voir celle que tu proposes, ce qui va inévitablement créer un décalage et une surprise.
Autrement, j’ai trouvé l’idée du tchat entre Jérémie et Aelita, avec smileys personnalisés et tout, très marrante et bien réalisée. Ça a dû être amusant d’écrire leur échange sous ce format.
Cela étant, à mon humble avis, qui se répète encore, la série de dessins de Vivre sans Lyokô partie I, reste insurpassée (côté précision graphique et ambiance), même si parmi les nouveautés, il y a vraiment de belles choses (Sissi-Méduse, l’avatar d’Alexandre, même la bloody-Aelita fait son petit effet).


Si je devais apporter à une conclusion à ce déjà trop long retour sur ton travail, c’est qu’il transpire la passion. Ton amour pour Code Lyokô se dégage de chaque parcelle du texte. Tu acceptes ses forces, ses faiblesses, ses lieux communs, ses clichés, ses personnages… plus largement tout en elle.
Personnellement, la prise d’âge ainsi qu’une tendance à la blase n’aidant pas, je ne recherche plus forcément ce type de mise en scène, et n’arrive plus à les apprécier avec autant d’absence de retenue que dans mes premières années avec le dessin animé. Néanmoins, grâce à Icer, je suis capable de mettre mon sérieux au placard et de prendre la lecture pour ce qu’elle est, de manière complètement décontractée après assimilation des intentions de l’auteur. Du coup, je me suis quand même sacrément éclaté à la lecture, entraîné par cette contagieuse passion.

Un grand bravo pour ce travail abattu et mené à terme.


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