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[Fanfic] Mondes Alternés

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VioletBottle MessagePosté le: Sam 09 Jan 2016 20:30   Sujet du message: Répondre en citant  
[Frelion]


Inscrit le: 08 Sep 2013
Messages: 83
Localisation: Nord - Nord/Ouest, Captain!
Saaaaaalut !

Eh bien, eh bien... J'aurais mis le temps, pour cette saison 3. Essentiellement parce que baisse de motivation autour de la fic, et envie de remettre à neuf ses plus anciens chapitres. Et accessoirement de la résignation : je ne suis pas quelqu'un qui arrive bien à tenir un planning.

Alors on y retourne. Nouvelle année (on change juste de chiffre, hein Bottle, pas de personnes, donc tes résolutions...), nouveau rythme. Ce qui ici consistera à reprendre le même que l'an dernier et essayer de le tenir plus longtemps. Yay.

D'abord, réponse rapide à tous ceux qui ont commenté (et probablement oublié ce qu'ils ont dit entretemps, c'est que ça fait des mois). Je dirais donc juste : merci de votre passage, et d'avoir été là sur deux mondes. Verso a été long à mettre en place, mais pour le moment le plus complet. J'aurais voulu, avec le recul, développer autant Solar Building. Qui sait, dans la remise à neuf peut-être...

Quant au monde suivant, eh bien vous verrez... Pas tout de suite. Ce qui arrive présentement est en fait un interlude. Mondes Alternés a en effet passé sa première barre symbolique avec la fin de la saison 2. Pour l'occasion, petite transition, qui je l'espère vous plaira avant de retourner dans le bain !

Bonne lecture à vous donc, ça m'avait manqué tout ça !

_____________

Monde ?
Interlude
Lights in a glass


L'épave d'un train encore fumante trônait sut des vieux rails en forme de lianes décousues. Les petites roues tournaient encore dans le vide, sifflant leur agonie dans l'air poussiéreux. En une fraction de seconde, les derniers cris désolés se turent, et le silence fit vibrer ses carillons. On pouvait même confondre une respiration douce avec le hurlement d'un loup en colère. Les grains de terre volatiles mordaient la peau, piquaient et brûlaient, la luminosité mourante forçaient à replier des paupières entravées par les volutes de fumées. D'un geste lent, Belpois remonta et ferma le col haut de son long manteau gris d'acier et repoussa ses lunettes pour leur préférer des homologues aux verres teintées. Qu'importait de ne pas voir clair, il tenait juste à garder son sens suffisamment intact pour la trouver. Il savait qu'elle était dans ce train. Seulement, il ignorait depuis combien de temps il avait été banni de son propre monde, alors que chercher ? Une jeune femme, une vieillarde ? L'idéal, quand on ne sait vraiment où est la proie, est de la devenir soi-même, le temps que le faux prédateur se déclare. C'était précisément ce que faisait le génie. Attendre au milieu de la ruine. Elle le reconnaîtrait et attaquerait. Sauf qu'après un tel accident, elle n'aurait clairement pas l'avantage. Lui n'avait été bringuebalé en tous sens, ses os craquant contre les parois, sa tête flottant dangereusement au bout d'un cou incapable de se maintenir, l'esprit confus par la corruption de son endroit et son envers... N'empêche, il n'aurait jamais songé provoquer un tel capharnaüm. Il s'était contenté de se montrer au conducteur, le plus naturellement du monde, après avoir légèrement assommé le gardien de sécurité du wagon. Son monde était-il revenu à son écoeurante sensiblerie de jadis pendant son absence ? Décidément, les humains n'apprennent jamais.

Soudain, une succession de bruits de pas, de plus en plus lourds, fit vibrer la plante de ses pieds, ancrés au sol. Il pouvait sentir tous les efforts de son futur assaillant pour se rattraper à un siège tordu sans alerter sa cible, mais c'était chose impossible. Imperceptiblement, ce dernier tendit la nuque en signe de satisfaction. Un sourire de pure jouissance le traversa. Pour un peu, il en aurait penché la tête et déployé l'échine. Tout son être anticipait le plaisir à venir... Une sourde tension grimpait le long de sa colonne, il percevait ses bras puissants contre son ossature. Ses oreilles se courbèrent presque en augmentant leur attention, son nez se retroussa, sa langue côtoya ses canines...

Il se retourna. Une volée de chaises au feutre troué fila autour de lui. Un cri perçant et surpris suivit. Ses yeux s'écarquillèrent sans retenue.

Le choc fit éclater quelques vitres, desquelles s'échappèrent quelques "armes". Le son caractéristique d'un corps tabassant une paroi crissa contre les dents de Belpois. Par habitude, il demeura coi jusqu'à la dernière note du chaos. Comme un capitaine attend le dernier râle de sa machine pour l'éteindre.

Un instant, son regard croisa le sien dans le reflet sale et brisé d'une vitre. Un peu de sang brun tâchait l'oeil droit de l'image et voilait une partie du rictus, qui se fana instantanément. Il ne put empêcher la dernière image de Jérémie, avant destruction de Verso, de lui parvenir. Lui aussi avait du sang sur les mains maintenant... Plus le temps passait, moins les deux versions était dissociables. Et puis, il y avait cette fille... Et ses étranges paroles. Qui était-elle, pour savoir tout ça ? Et même... Savoir ? Pourquoi avoir choisi ce mot ? Y avait-il une sorte de puissance qui lui murmurait ces mots, à l'encontre de ce qu'il pensait ? Car elle se trompait... Forcément qu'elle se trompait. Il ne devait rien à ce double moins bon que lui. Rien.

- Que fais-tu encore là ? Je te croyais occupé à sauver le monde avec tes amis... Croassa une voix trop connue derrière lui.

Ah oui. Elisabeth. Même l'échine pliée, elle semblait droite face à tout. Ca aurait pu l'impressionner... Si cela lui avait suffi pour sauver sa vie. On peut bien avoir l'arrogance de se tenir toujours droit, il n'empêche que c'est ainsi qu'on prête le flanc aux canons des bouchers. Et, dans le cas d'Elisabeth, qui a fait de cette apparence de condamnée en fin de course une seconde nature, c'était devenu risible.

Surtout quand, visiblement, elle n'avait même pas assez de neurones actifs pour différencier la lie commune d'un ancien maître en campagne de reconquête.

- Si tu parles de ton sauveur, je crains que tu ne parles dans le vide. Quelle tristesse qu'on ne se soit pas vus plus souvent auparavant. Maintenant, tu ne peux même pas reconnaître ta Némésis...

- ... Si tu est vraiment lui, alors tu es un fantôme et je n'ai rien à craindre. Tu es mort avec ta tyrannie, je l'ai vu de mes yeux... Souffla la jeune femme en tentant de se redresser davantage, signe qu'elle n'était pas aussi rassurée qu'elle voulait le faire croire. Mais pourtant, sa remarque glaça l'ancien tyran. Elle doutait encore de la véracité de son existence... Il pouvait le sentir dans le sarcasme persistant au creux de sa voix. Elle ne croyait qu'à moitié ses yeux. Il allait être temps de lui donner une preuve plus indéniable, plus frappante...

- Tu n'as que peu vu, crois-moi. Ceux en qui tu comptais sont peut-être perdus à l'heure qu'il est. Si tu avais vu le désastre de leur dernière escale ! Il en était dépité, pauvre petit Jérémie qui aurait voulu sauver tout le monde... Enfin, il a eu l'occasion de découvrir le peu de pertinence de sa présence dans un plan d'aussi large que...

- Et en quoi cela est-il censé m'effrayer ? Tu ne fais que parler, mais tu n'es rien ici. Tu as été détrôné, et si tu crois que tu peux retrouver un semblant de pouvoir en détournant des trains, tu te trompes. Tu ne devais ta putain de personne qu'aux machines et programmes. Montre-moi où sont les tiens, et j'envisagerai peut-être de m'inquiéter."

... Il fallait reconnaître à cette petite garce des éclats de génie. Comment faisait-elle pour ne pas comprendre ? Il était là, revenu d'entre les morts, capable de braver le gouffre lui-même. Il revenait sur son royaume, quasi assuré que son alter ne pourrait revenir de sitôt, il venait de démontrer sa détermination et son contrôle, et elle, cette inconsciente en qui la délectation d'une vengeance accomplie coulait encore, osait persister dans ses illusions ? Il était le maître de Solar Building, qu'elle le veuille ou non, et personne n'était son égal ou supérieur !

Soudain, elle prit appui contre un siège branlant, le seul de la rame a avoir conservé un relatif bon état, et s'élança par-dessus les corps vers Belpois. Ce dernier, perdu dans ses réflexions, n'avait pas remarqué que la jeune femme détaillait attentivement les lieux à la recherche d'une porte de sortie. Désarmée, elle ne pouvait rien, mais rester face à son ennemi ne lui assurait aucun avantage. Il se laissa donc pousser sur le côté, dépassé par ce corps rapide et brusque qui le repoussait vers les vitres brisées et s'éloignait en défonçant presque la porte coulissante du wagon. Le son sifflant de la surprise persista dans son oreille un temps, puis il se reprit et se redressa. Il tomba à demi en fonçant à son tour hors du wagon, et les jambes en appui, fléchies et parées à bondir sur le chemin de la proie, pour s'ériger en obstacle. Il ne la laisserait pas fuir, oh non...

... Mais en lieu et place de la rebelle, une autre silhouette se tenait de l'autre côté de la porte vitrée coulissante. Une présence immobile, droite et lointaine, que pourtant Belpois avait déjà vue. Il n'y avait pas si longtemps... Elle était à nouveau là. Et dans sa tête, le temps se suspendit assez pour lui laisser le temps de l'observer et de graver son image dans sa mémoire.

Le reflet de la vitre sembla éclater devant ses yeux alors qu'elle se dévoilait, droite et éclairée comme un lampadaire perdu dans une rue sans électricité. Deux étoiles océaniques le fixant, profondes et lointaines comme le large et les cieux. Des mèches flamboyantes et enflammées comme un désert sous le soleil de midi entourant une face entre éveil et épuisement, et un corps fermement ancré en terre, solide et puissant, dont le moindre tremblement semblait posséder le pouvoir de briser les vents. Sa tenue d'aventurière post-apocalyptique paraissant cousue par l'asphalte et la poussière, colorée par les immeubles d'une mégalopole à l'abandon et éprouvée par l'humanité et la politique.

Cette femme devait garder dans son être tout entier l'Histoire des Mondes Alternés, et elle était là, à l'observer comme une étrangère en fin de quête, qui sait le sens de son existence en voie de disparition et cherche en l'autre de quoi ne pas tomber vainement. Elle était là pour lui, elle avait fait s'agenouiller les frontières et les logiques, posé ses attaches et ses barrières psychiques aux pieds de la Mort et l'avait regardée les emporter sans dire un mot, elle avait tout fait pour ne pas être une parmi tant d'autres. Elle était l'avatar qui avait pris vie.

Celle par qui tout s'affrontait.

Belpois délaissa le fantôme exsangue d'Elisabeth et s'approcha de la vitre, posant une main contre un siège décharné pour s'assurer de ne pas trébucher. Il lui rendit son regard, sentant son coeur s'affoler et ses désirs de savant paniquer. Il était un pilleur de tombe devant qui s'exposait le Graal. Il ne laisserait pas filer ce trésor qui venait s'offrir à lui sans broncher ni se courber. Il ne lui ferait rien, non, il n'irait même pas assez près d'elle pour la frôler. Il voulait juste s'assurer qu'elle était ce qu'il espérait.

Mais voila que déjà, elle se détournait. Sans même lui rendre un semblant d'attention, comme si l'unique but de sa présence était de le voir.

- Attends !

Elle s'arrêta, tranquillement, ses pas frôlant le sol comme si elle s'attendait à l'entendre. Cependant elle ne se retourna pas et patienta. Belpois garda sa main tendue vers lui. Il ne l'approcherait pas, non. Mais tant que sa main la désignait, il avait l'impression de pouvoir la convaincre.

Elle ne bougea pas, arrachant au génie toute possibilité d'évaluer l'efficacité de ses actes. Mais à défaut de pouvoir la laisser partir, il tenta :

- Que me veux-tu ?

Elle se tourna légèrement, comme pour le rejoindre, mais quelque chose la retenait encore.

- Tu y penses ? A ton reflet ?

- Oui, tout le temps. Il est là, sa présence me gêne, et il m'empêche d'avoir un visage et un nom que je pourrais imposer au monde.

- Moi, je ne veux pas m'imposer au monde.

Elle reprit sa position initiale et leva doucement un pied pour repartir.

- Je veux juste qu'il persiste.

Elle allait partir... Non ! Il avait besoin de savoir ! Elle le suivait, elle le troublait, quelque chose lui échappait, et il n'aimait pas ça. Pas du tout.

- Je peux t'aider mieux que d'autres ne le feront ! J'ai déjà prouvé pouvoir supporter le pouvoir et être plus implacable que...

- Nous n'avons pas les mêmes intérêts, et je comprendrais parfaitement que tu tentes de te jouer de moi pour arriver à tes fins. Cependant je crains de ne pas l'apprécier, alors autant nous épargner la peine.

Belpois chercha un autre argument, quelque chose pour la retenir, mais rien ne vint. Elle ne semblait pas en bonnes dispositions pour le croire, et son regard dur n'indiquait aucune chance de fissure. Il pouvait toujours l'obliger à rester par la force... Il exécrait cette solution, tout juste bonne pour des subalternes qui ne savent gagner par l'intelligence et l'esprit, qui n'acceptent que la demi-victoire que représente un corps brisé malgré son esprit intact. Mais, au fond, il aurait l'avantage facilement, et ça restait une bonne solution de dernier recours... Il la voulait, il voulait ses réponses, et il ferait ce qu'il faudrait. Cependant, comment fait-on pour battre au corps un adversaire ? Belpois ne savait pas vraiment... Il avait toujours compensé avec son imposant Solar Building, démonstration de puissance lui épargnant d'avoir à réellement faire ses preuves, mais il ne pouvait plus se cacher derrière un immeuble... Et le détournement du train ? S'en servir comme d'un argument, pousser la jeune femme à s'identifier aux ruines fumantes des wagons couchés ? Et pourquoi pas...

Il roula discrètement des épaules pour se donner du courage et se dessina un long rictus sur le visage.

- Tu sais, je suis quelqu'un de puissant... Mon trône est peut-être en morceaux, mais je n'ai pas perdu l'accès aux commandes. Je peux encore maîtriser ce monde... Et tout ce qui s'y trouve.

Il laissa un temps de pause, jaugeant de l'impact de son effet. Mais l'évaluation prit des allures de gêne. Elle le regardait toujours avec le même air patient et transperçant, comme si elle regardait au-delà de lui. Un peu piqué, mais surtout désemparé, il essaya d'accélérer sa réflexion. Soit il s'accrochait à cet argument et l'amplifiait, espérant qu'il n'en avait juste pas assez fait, soit il en changeait, mais alors, qu'est-ce qui pourrait l'effrayer ? Si le fait de voir son sort comparé à un train détruit ne l'impressionnait pas, alors quoi ? Quoi ?

- Qu'est-ce que tu veux ? Tu viens à moi, tu veux quelques chose, alors quoi ?

- Je ne suis que de passage. Tu crois peut-être que je m'immisce sur ton chemin, mais de mon point de vue, c'est toi qui n'a de cesse d'être sur le mien. Tu veux voir quelque chose d'intéressant ? Approche.

Aussitôt, la jeune femme suivit les rails de la voie ferrée. Ne sachant que faire d'autre, Belpois la suivit. Ce ne fut chose aisée quand il se rendit compte qu'un épais brouillard s'était levé il-ne-savait-quand et dissimulait le paysage. Il n'aurait pas même remarqué ses propres pieds. Il ne faisait que percevoir sa guide au son de ses pas. Il avança à l'aveugle, le pas un peu trop méfiant pour ne pas trembler. Il essaya de réfléchir à sa destination le moins possible, quand soudain quelque chose l'interrompit. En se penchant, il reconnut la manche de la veste de la jeune femme. Cette dernière s'était arrêtée, droite comme un i, en plein milieu du chemin. Il nota également qu'elle tenait le col de sa chemise d'une poigne ferme. Brutalement, sans prévenir, elle arracha le premier bouton et le jeta à ses pieds. Le son significatif de l'imposant accessoire se fit entendre. Surpris, Belpois resta coi, ouvrant tout juste la bouche pour tenter de protester, mais déjà elle s'emparait du deuxième bouton et le jeta à nouveau, un peu plus loin cette fois.

- Mais qu'est-ce que...

Elle ne se soucia guère de ses vagues protestations et réitéra son manège, chaque bouton lancé un peu plus loin à chaque fois. Le troisième, au son toujours clair, le quatrième, un peu moins précis mais toujours audible, puis le cinquième... Rien. Pas un bruit. Comme s'il eut été lancé dans un puits sans fond... Pourtant, le bouton précédent s'entendait encore bien... Et sans transition naturelle...

- Si j'avais voulu te tuer, j'en aurais eu l'occasion. Il m'aurait suffi de te laisser avancer.

- Il y a un.. Vide ? Mais... Mais le train venait de là...

- Bien vu. Ce n'était pas là il y a quelques minutes. Ca a aussi commencé comme ça chez moi. D'abord un petit trou, soit disant que la terre n'était plus assez épaisse pour soutenir les structures. Puis des trous plus larges, "on aurait vraiment jamais dû construire si près du bord de la falaise"... Des gens ont commencé à avoir peur, le phénomène se répétait, on hurlait au complot, des professeurs cherchaient des explications, mais en vain. Le nombre de morts devenait significatif, et les ressources disparaissaient. La paranoïa est montée, des chercheurs ont été assassinés par des personnes apeurées et persuadées de l'existence d'une conspiration, certains ont essayé de les protéger, et sont tombés avec, alors tous ceux qui n'approuvaient pas se sont tus. Mais la terre a continué de s'effondrer. La folie augmentait, mais la place diminuait. J'ai réussi à partir avant qu'il ne soit trop tard, je suis entrée dans un des scanners de rue qui jonchaient mon monde, et je l'ai programmé pour créer une faille, juste assez petite, pour remonter dans le temps. Dans mon voyage, j'ai dû passer par le Pont, et tu y étais, à regarder des écrans d'un monde de paradis, mais je n'ai pu rester. Et je suis arrivée ici, dans un univers qui n'a rien à voir avec le mien, et qui pourtant constitue un passé pour moi. Mais tout juste arrivée, j'ai vu un immeuble s'écrouler devant moi, une gigantesque tour avalée par le vide... Alors je me demande. Ce qui a détruit mon monde n'est-il propre qu'au mien, ou n'est-ce qu'un maillon dans une chaine de destruction plus large ?

Belpois resta songeur, un peu stressé à l'idée que son propre monde pût lui échapper. Ainsi donc, quelque chose ou quelqu'un essayait de s'en prendre à son empire ? Comme s'il n'avait pas assez de l'autre imbécile qui lui a détruit sa meilleure arme... A moins que... La destruction de Solar Building intervenait après sa chute...

Soudain, une secousse. Au cerveau. Un choc. Ou une vibration. Ou...

Il passa sa main devant son visage. Il crut d'abord que la lumière ambiante vacillait, avant de réaliser. Quand il y voyait, c'était flou... Ses yeux...

- Mon corps se détériore...

- Ca me l'a fait aussi. Quand mon monde s'est effondré. Nous faisons partie de notre environnement, alors quand il se meurt, quoi de plus normal qu'il emporte avec lui ce qui y vit. Par exemple, mon ouïe a été usée à force d'entendre le sol s'ébouler. Où que je sois, j'ai toujours l'impression qu'une montagne s'effondre contre mes tympans. Remarque que cela force à être attentif... Et à mieux lire les personnes. Mais je crains que tu n'aie pas cette chance, toi. Les ténèbres von bientôt te dévorer les yeux. Tu ne verras même pas ta cité disparaitre sous tes pas.

Non... Il ne voulait pas tomber comme ça... Pas avant d'avoir récupéré son trône... Il devait trouver une solution, quelque chose, une logique, un plan...

Ca a commencé... Quand les autres sont arrivés, qu'ils ont voulu détruire le programme... Et si... S'ils étaient en train de tout anéantir... Si ces êtres bouffis de bonnes intentions étaient bien plus imbéciles qu'il ne l'avait envisagé...

Il devait les arrêter. Il devait les retrouver et les en empêcher, ou il ne vivrait pas assez longtemps pour être présent à leur défaite... Pour récupérer son royaume et leur faire payer le contretemps...

Par chance, il y avait elle. Elle avait l'air d'en savoir long. Il fallait qu'elle le sortît de là.

- Il faut que je m'en aille, que je le retrouve... Toi tu as réussi à venir, tu sauras bien comment repartir...

- Sage déduction, je suppose... Il va falloir sauter. Tu l'as fait, dans le paradis virtuel, non ?

- Je l'ai vu, après ma première "mort"... Le monde avec les écrans. J'avais cru au Paradis, puis je les ai trouvés en regardant les écrans. Quand je les ai rejoins, je n'ai pas eu peur, je me suis dit qu'en mourant, j'y aurais à nouveau accès... Bien sûr...

Belpois sourit. Toutes les issues n'étaient pas bloquées... Son plan pouvait continuer... Mais il allait y ajouter quelque chose...

Soudain, la jeune femme soupira et dit, comme s'il s'agissait d'une évidence absolue :

- Tu as juste voulu le pousser à l'erreur, sur Verso, n'est-ce pas ? Histoire de le tuer en gardant les mains propres ?

Il leva les yeux vers elle. Brillante... Intrigante et brillante. Il fallait qu'il la déchiffrât...

Il se leva et se redressa à côté de l'inconnue. Les deux égarés attendaient que le vide vint à eux. Et alors qu'il léchait leurs chevilles, la jeune femme ferma les yeux et sourit étrangement. Avec une sorte d'appréhension.

- Cela dit, personne n'a jamais prouvé que les Mondes Alternés étaient une science exacte...

Tout autour, les immeubles, rougis par le soleil de l'aube, s'effondraient.

_____________________________________________________________


Voila donc pour ce petit retour dans la fiction ! J'essaie de ne pas être trop lente pour la suite, et d'ici là, bonne année, plein de réussite et tout le tralala, et bisous !
_________________

« Plus personne ne pourra un jour dormir» Mondes Alternés, Saison 2 Final 3/3. Jeudi 25 Juin.


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Icer MessagePosté le: Mer 13 Jan 2016 13:24   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Localisation: Territoire banquise
Bon d'habitude je viens à la fin de chaque monde mais bon il s'agit d'un interlude, donc, je me suis permis Mr. Green
D'autant qu'après le monde 2 qui ne me captivait pas, ce petit extrait, avec le come back des personnages de Solar Building, est riche en révélations. Enfin, il fait planer beaucoup de mystères mais il indique bien comme on s'en doutait déjà un peu qu’au-delà des enjeux propres à chaque monde, il y en a un plus global qui donne l'impression de dépasser la simple menace X.A.N.A. À moins que tout cela ne soit lié à lui... C'est un peu difficile de mettre les éléments en perspective car la lecture du début de la fic date, il y a peut-être des indices qui m'ont échappé. Mais ça risque logiquement d'augmenter en intensité au fur et à mesure des "interludes" qui peut-être vont venir une tradition à la fin de chaque monde. Alors on verra...

Pour la forme, je m'exprime moins dessus mais tu sais déjà que tu es au poil à ce niveau là, et cet extrait montre que tu n'as rien perdu.

À la prochaine !

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« Les incertitudes, je veux en faire des Icertitudes... »
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Silius Italicus MessagePosté le: Sam 13 Fév 2016 18:54   Sujet du message: Répondre en citant  
[Krabe]


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Messages: 203
Localisation: à l'Est d'Eden
Bonsoir chère Violet Bottle,
C'est donc la fin d'un monde et l'entracte qui temporise cet anéantissement.

Le thème de ce dernier chapitre sur Verso, outre le chaos reprenant ses droits en un violent retour de balancier, c'est la perte de l'innocence, et ce à trois niveau distinct. Au niveau des personnages, symboliquement, et intertextuellement.
Verso était à bien des égards le monde de l'enfance. Créé par et pour une petite fille, c'était aussi un Éden. Sa chute, après le constat de ses défauts, errements et incohérences, est donc à la fois la sortie de l'enfance et la perte de l'innocence. Cela aurait pu être le cas déjà dans le premier monde. Mais celui-ci n'était qu'un reflet distordu du monde réel. Il était un possible, alors que verso est tout entier un symbole, presque primal.

Verso chute parce que ses habitants ont cru pouvoir contrôler et maîtriser leur origine, le cœur. Ce n'est pas sans rappeler la chute biblique, symbole puissant et évocateur s'il en est.
Jérémie et Aelita ont été jeté hors de Verso et vont devoir vivre avec la connaissance de sa destruction. Destruction qu'ils ont provoqué, sang qu'ils ont sur les mains. Ils ont d'ailleurs bien compris ce qu'il en était. Ils sont sorti, ou plutôt poussé—très littéralement— hors de leur innocence. Il est fort possible que cela les pousse à rechercher une rédemption, poursuivant ainsi la réflexion portée par Yumi durant leur passage sur Verso. Suivant la tournure à venir, la rédemption, la capacité à se pardonner et à vivre avec les actions que l'on a faite pourrait bien s'affirmer comme l'un des thèmes et des enjeux majeurs de Mondes Alternés.

l'interlude appelle à moins de commentaire. Il a pour principal intérêt, outre la présence de Belpois, de préciser les enjeux du récit. Plus qu'une petite quête contre Xana, et une poignée de mondes, c'est possiblement l'intégralité de l'univers qui est en jeu. Les enjeux s'élèvent, et Belpois semble de moins en moins à la hauteur. Lui qui semblait si bien parti, il ne lui reste plus guère que de beaux discours.

De discours d'ailleurs, il serait temps de parler. Votre style a connu, semble-t-il, une nette évolution par rapport aux débuts du récit, et même par rapport aux chapitres immédiatement précédents. En l'absence d'une lecture fine et extensive il ne s'agit cependant là que d'un ressenti. En quoi consiste cette évolution ? Principalement en un style plus volontiers, bien plus volontiers, épique et ésotérique. La question se pose de savoir si c'est uniquement le fait des deux derniers chapitres publiés ou si cela correspond à une évolution plus profonde de votre plume. Vous utilisiez déjà un vocabulaire varié, et des tournures qui penchaient vers l'emphase. Ici le trait est plus marqué, et surtout il est soutenu par un recours bien plus important aux images. Certaine sont plus osées, plus surprenantes, et aussi plus suggestives. Le vocabulaire a aussi un peu changé. Il se teinte de concepts philosophiques liés à l'être, à la liberté, et à la volonté. Là aussi c'est peut-être uniquement passager. À voir.

À la lecture ce style fait penser à une sorte de mélange ou d'entre-deux du gothique flamboyant et du baroque. C'est un régal à lire.

Au plaisir d'entrer dans un nouveau transept des Mondes Alternés.
_________________
AMDG

Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.
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Wolforyou MessagePosté le: Mer 02 Mar 2016 07:20   Sujet du message: Répondre en citant  
[Kankrelat]


Inscrit le: 25 Fév 2016
Messages: 4
Localisation: Quelque part entre un hub et un Replika
Cette fic est juste géniale (c'est pas original mais bon niveau écriture de message je suis nul).

Je suis passé par là parce que Sirix ma conseillée ta fic et je trouve la théorie des mondes multiples très riche pour créer des fictions et donc ... et donc je sais pas quoi dire !

Bon comme j'ai aucune expérience dans l'écriture d'histoires je vais pas pouvoir critiquer et donc (je dis beaucoup "et donc") je vais y aller.

A plus tard sur le forum.
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JCVgamer MessagePosté le: Lun 18 Avr 2016 09:55   Sujet du message: Commentaire Répondre en citant  
[Blok]


Inscrit le: 29 Aoû 2012
Messages: 167
Localisation: Dans le labyrinthe de mon âme
Bon...heu alors :
Jerem a écrit:
je suis en phase de reprise (enfin j'espère).


C'était lors du commentaire que j'ai laissé pour Sirix il y'a 1 mois et ensuite...aux abonnés absents. Pour une phase de reprise on aura vu mieux. Donc bon ceci n'est pas une phase de reprise (période d'examen en approche) mais j'ai besoin de me détendre un peu.
Pour ceux qui se pose la question ma Fanfic principale est en pause car manque d'inspiration, manque de temps, etc... Bref je reprendrai plus tard.

Pourquoi j'étais là moi déjà...ah oui !

Coucou VioletBottle,

Donc j'ai (enfin) lu ce chapitre de transition de MA et donc me voici.

L'ambiance globale peut se découper en deux parties, la première partie assez sombre et oppressante, en même temps on revient à Solar Building donc logique et la deuxième partie est mystérieuse, dans le sens où je trouve qu'on une sorte de mysticisme avec la jeune femme qui apparaît, mais toujours oppressante. Autant à ce niveau la première phase du texte rend plutôt bien, autant ce sentiment me semble inadapté dans la seconde partie. Après ce n'est que mon ressenti, si les autres n'ont ressenti aucune oppression (ça commence à faire beaucoup ^^), c'est que je suis peut-être plus impressionnable que les autres (ou plus sensible peut-être je ne sais pas).
Bref, mais toujours est-il que le résultat global est fort sympathique.

Descriptions, introspections et toutes ces sortes de choses sont toujours de qualités comme énoncé par l'admin des glaces.

Au niveau histoire, cet interlude soulève des questions mais révèle aussi certains points, qui certes pouvaient paraître évident au final mais dont la précision reste néanmoins nécessaire. Bref en tout cas ça commence à devenir sérieux et les enjeux ont l'air d'être plus importants que prévu, nous verrons bien.

J'ai vu deux coquilles pendant la lecture mais comme je ne les ai pas noté, bah j'ai oublié à quelle moment du texte elles étaient x) et j'ai la flemme de les rechercher donc on dira que je n'ai rien vu.

Bref, j'attends la suite et la cérémonie d'ouverture du Monde 3. Rappelons d'ailleurs que nous n'avons aucune nouvelle d'Ulrich depuis le début de Verso, donc je suis en droit de penser que le Monde 3 lui sera dédié.

Au plaisir et bonne journée.
_________________
S'il existe différents maîtres contrôlant chacun un élément, je m'exerce à devenir le maître de la lumière.

Une nouvelle attaque lancée contre ces enquiquineurs, enfin une parodie d’attaque, car après celle-ci je lance l’attaque fantôme, un projet que prépare déjà depuis quelques temps et qui les mèneras tout droit à leur perte. One-Shot à paraître

https://lh3.googleusercontent.com/-07EHZzPU0Ko/Vgzy9hJt4qI/AAAAAAAAH10/3EekCXHPMjg/s600-Ic42/moviewatchSeptember2015.png

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VioletBottle MessagePosté le: Ven 13 Jan 2017 00:05   Sujet du message: Répondre en citant  
[Frelion]


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Eh bien eh bien, ça fait sacrément bizarre de revenir par ici...

Bien le bonjour/bonsoir tout le monde ! Après plusieurs occurrences à la fois assurées et distraites de "non non, cette fic n'est pas morte, je la terminerai un jour", ainsi qu'une longue, très longue année de Master 1 qui ne m'aura que peu laissé le temps de respirer, et le démarrage d'un autre Master fait sur les chapeaux de roue, la motivation a fini par venir me faire coucou et j'ai enfin pu aboutir à quelque chose de satisfaisant il y a quelques jours. Je viens donc reprendre du service ici, avec un scénario tout réécrit, des corrections qui vont (finir par) arriver et sans doute une refonte de la présentation (mais c'est optionnel, ça après). Il va sans dire que je suis plutôt désolée du retard qu'à pris cette suite pour se pointer, j'essaierai de ne pas recommencer d'ici la fin de Mondes Alternés, haha.

(De manière générale, je passerai aussi à l'occasion commenter quelques textes, histoire de pas rester bloquée dans ce topic par flemme. Un peu d'implication, ça ne fait de mal à personne, tiens). J'en profite d'ailleurs pour remercier tous ceux qui sont passés commenter l'interlude, je suis très heureuse que ça vous ait plu, et j'espère que la reprise ne vous décevra pas !

Sur ce, voici donc le démarrage de la saison 3 de Mondes Alternés ! Bonne lecture à vous !

_____________

Monde 3
Parade
Coming Home



Elle respira longuement l'air familier des rues en travaux, chargées de poussière. Aussi toxique que cela devait être, elle reconnaissait volontiers que ça lui avait manqué. Des échafaudages poussaient partout autour de gouffres , des cordons jaunes empêchant qu'on y furète. Celui devant elle n'était pas là quand elle était partie... Mais ça ne lui faisait plus vraiment quoi que ce soit. Depuis le premier effondrement de terrain, il s'était passé plusieurs mois, elle commençait à avoir l'habitude. Toute son enfance paisible et somme toute des plus banales semblaient lui chatouiller les poumons et lui réchauffer le coeur, tout en enflammant sa gorge. Mais qu'importe, son corps était encore engourdi sous l'effet du décalage spatial, et bien que son apparence n'avait pris que tout au plus six mois, elle se sentait centenaire. Ses jambes étaient faibles, ses oreilles sifflaient par-dessus le coutumier son d'éboulement qui s'était installé dans ses tympans et sa tête s'échinait à réclamer une nuit de sommeil en pleine fin de matinée. Autant dire que l'irritation qui la faisait tousser avait au moins l'avantage de varier. Fort heureusement, si tout se passait bien, son dernier voyage serait réellement le dernier pour le moment du moins, il n'y avait pas lieu d'être pessimiste à ce sujet. Comme prévu, elle avait déposé le colis chez elle, ce dernier bien trop secoué pour protester ou poser des questions. Il s'était contenté de s'effondrer sur un canapé. Elle aurait donc la paix jusqu'au soir, au bas mot et s'il est plus résistant que ce qu'il en avait l'air. Juste le temps de boucler la dernière partie du premier acte, en somme. Pour une fois dans sa vie, tout était merveilleusement dans les temps.

Elle secoua ses épaules et reprit son chemin d'un pas d'acier et s'engouffra dans le bâtiment qui lui faisait de l'ombre, un sac sur ses épaules. Le panneau étincelant qui ornait la façade hurlait dans une typographie datée :

Garde-Anciens

Une nouvelle chance pour tout le monde !


Dans un coin de l'immense hall d'entrée de fer beige, elle repéra un guichet en faux bois, rutilant et suspendu au plafond par un système d'imposantes poulies. La jeune femme l'avait déjà vu à l'oeuvre, à neuf heures, midi, seize heures et vingt-et-une heures. Sans la moindre seconde de retard, la machine remontait le guichet vers le plafond, y restait immobile hors de la vue des visiteurs pendant exactement dix minutes, puis redescendait avec un nouveau guichetier, presque identique au précédent, à quelques détails près comme une moustache taillée différemment, ou deux centimètres en moins… Sans doute une grande fratrie, songeait-elle. Ce jour-là, il avait deux centimètres en plus que lui qui les avaient en moins (elle se promit de réfléchir là-dessus plus tard), et la moustache partait en boucle parfaitement ronde de chaque côté. Du reste, il était comme les autres, raide comme un stylo dans son porte-plume et endimanché comme un premier Lundi de travail. Long nez, long menton, cheveux en brosse et épaules en angles. Il écrivait avec une application bureaucratique sur un registre en parchemin dont le début tombait en accordéon sur le sol devant le guichet.

- Bonjour, tenta la jeune femme en se penchant à la recherche du regard du guichetier. Ce dernier ne lui accorda pas même un frémissement de moustache.

- Hm-bonjour ? Peu concluant à nouveau. Elle crut même voir l'écriture de l'homme s'accélérer. Elle soupira avec impatience et, d'un geste bien rodé, tira du pied le parchemin. Il s'écrasa en un petit tas désolant, la fin du mot «dividende » se perdant sur le bureau. Le guichetier annôna vaguement, puis aperçut la jeune femme. Son regard s'illumina. Il appuya sur un bouton qui lança aussitôt une petite musique guillerette à trois notes.

- Une cliente, soyez la bienvenue ! Que puis-je pour vous ? Chantonna-t-il tel un jingle radiophonique. Ladite cliente soupira à nouveau.

- Je vous en prie, je viens cinq fois par jour…

- Oh vraiment ? Permettez que je consulte le registre ! Continua-t-il sans se décontenancer, se penchant sur le bureau avec concentration.

Après un troisième soupir, la jeune femme ramassa le parchemin et le plaqua sous le regard du guichetier en pointant une ligne. Les yeux du bureaucrate passèrent de lampion de fêtes à étoiles de ciel d'été.

- Annda, Annda, Annda ! Bien sûr ! Cela fait si longtemps que je ne vous avais vue, hier déjà !

D'un air entendu, la jeune femme glissa deux tickets de transports verts non-poinçonnés sur le registre. L'homme ne pouvait sans doute être plus réjoui sans exploser instantanément.

- Il a déménagé au 3-Sérénité. C'est que des hommes sont venus, vous savez. Oh, rien d'inhabituel, mais il s'est senti incommodé, chuchota sur le ton du secret le guichetier en sortant un jeton carré bleu roi.

Annda hocha la tête et prit le jeton. Elle se dirigea alors vers la sortie du hall, débouchant sur une cour largement dominée par un gigantesque carrousel d'or et d'ivoire, monté en escalier. Annda glissa le jeton dans la bouche d'un cheval de parade rutilant de peinture vernie et monta en amazone. Aussitôt, le manège se mit en branle, les pièces du manège tournèrent et s'élevèrent en colimaçon. Le cheval passa un puis deux étages, puis s'arrêta à une porte du troisième étage et s'avança vers un marchepied blanc sculpté en forme de nuage. Une fois la jeune femme descendue du cheval, le carrousel fit demi-tour et les pièces retournèrent à leur place. Elle inspira longuement, sa migraine post-voyage spatio-temporel réclamant son futur dû. Elle sentait déjà l'odeur des centaines d'ingrédients pharmaceutiques qui embaumaient les résidences, comme si ces espaces avaient leur propre oxygène, leurs propres lois et écosystèmes.

Elle reprit sa marche, le regard tourné vers les étiquettes nominales des portes, suivant soigneusement la ligne verte au centre du couloir. A côté d'elle, des chariots de plateau-repas circulaient d'eux-même en tanguant doucement, ajoutant aux senteurs médicales des effluves de bouillon oxygéné en plastique. Cette manie de faire des économies sur l'alimentation donnait l'étrange image d'une installation précise et rutilante, courant dans un bâtiment désinfecté et lisse, soutenant avec nonchalance une flaque chimique. Elle rata de peu une nausée quand enfin, elle trouva le nom convoité. Elle ricana en constatant que ce vieux excentrique a choisi la seule porte gratifiée d'une poignée capricieuse. Elle força en grognant, prenant appui sur son pied, et enfin réussit à entrer.

Le vieil homme attendait, patiemment installé sur son bureau de ferraille vernie, incrusté dans un mur blanc d'ivoire, appuyé contre le dossier de sa chaise où il était assis à l'envers, dictant d'une voix éraillée à un jeune secrétaire. Le jeune homme, à peine plus âgé qu'Annda, avait les yeux clairs et les cheveux colorés d'un vert commençant à passer, dévoilaient des cheveux châtain terne. Malgré son travail laborieux, il gardait un inattaquable sourire, riant de temps à autres aux paroles du vieillard, ses pieds battant dans le vide au rythme du tic-tac d'une horloge à cadran poussiéreuse. Ce dernier leva le regard en apercevant la jeune femme. Aussitôt, elle sortit une paire de gants de son sac et le jeta sur les genoux du jeune homme, qui tiqua.

— Oh, te voila ! Comment ça s'est passé ? Chantonna-t-il en sortant un paquet de biscuits du sac.

— Long, et difficile. Mais derrière moi, répondit-elle en se laissant tomber sur le lit à baldaquin doté d'un rideau transparent, suspendu à une armature assortie au bureau. Elle enfila les gantsen plastique en les claquant consciencieusement contre ses poignets.

Le vieillard eut un sourire doux alors que le garçon s'extasiait sur les courses rapportées par la jeune femme. Il tenait un sachet de chips goût barbecue comme s'il eut s'agit d'une relique sacrée.

— Oh, alors ils en avaient vraiment ! C'est fantastique, ces choses sont de "pures merveilles apéritives", de ce que j'ai lu !

Et aussitôt, il entreprit de croquer avec enthousiasme dans lesdites merveilles. Annda regarda sa montre en fronçant les sourcils.

— On a que deux minutes de battement. Après, il va falloir filer, si vos calcules sont exacts. Vous avez fini vos notes ?

— Nous avons bien travaillé, avec Valdim. Je pense qu'il y a tout ce qu'il faut savoir.

La jeune femme hocha la tête et se dirigea vers le bureau, prit l'épaisse liasse de papiers qui y était soigneusement empilée, vérifiant chaque numéro de pages. Rien ne manquait, tout était en bon ordre. Satisfaite, elle sortit de son sac une couverture de livre en cuir et y glissa le manuscrit avant de le fixer avec deux ficelles et de le passer à Valdim, qui le glissa dans le paquet de chips qu'il venait de terminer avec contentement, et le fourra dans le sac au milieu des victuailles étrangères. Plus qu'une minute. Annda prit le réveil à cadran et une des chaises et se posta près de la porte tandis que Valdim jeta le sac sur son dos en sautillant sur place, un sourire expectatif sur les lèvres. Le vieillard, quant à lui, se redressa et s'empara de sa canne, étrangement épaisse. Il la toqua trois fois au sol elle se déplia alors et se changea en une trottinette grise métallique. Il y monta, prenant lourdement appui sur le guidon. Trente secondes. Le crissement d'un groupe de plateau-repas se fit entendre. Il fallait juste attendre qu'ils passent… Dès qu'ils auraient tourné dans l'angle, à l'instant où leur cri se ferait inaudible… Annda posa sa main sur la poignée, y cala son épaule, tenant fermement la chaise de son autre main. Valdim s'était replié, prêt à bondir.

Puis, silence.

Annda inspira et ouvrit la porte d'un coup sec. Le jeune homme sortit rapidement, suivi par le vieillard. Alors qu'il s'approcha de la porte, un clignotement rouge envahit le couloir alors qu'un voyant blanc s'alluma au-dessus de l'encadrure. Deux lourds panneaux en fer apparurent de chaque côté de la porte, glissant tels deux colosses sur le chemin de la trottinette. Annda se précipita et envoya la chaise vers le voyant blanc. Il éclata en mille morceaux. Elle ramassa alors le meuble et le jeta contre le lit. Les rideaux se déchirèrent et un pied en métal cabossa l'armature. Mais surtout, les lourds battants de la porte s'arrêtèrent net, laissant filer le vieil homme. Annda le suivit et aussitôt, le trio se précipita vers la plateforme du carrousel. Il attendait déjà, prêt à rattraper les fuyards. Annda sauta sur le cheval alors que Valdim s'engouffra dans un carosse en entrainant avec lui le vieil homme. La jeune femme se redressa et visa la porte vitrée du hall du bâtiment avec le réveil. Elle éclata en mille morceaux, donnant le signal pour l'ascenseur de redescendre. L'ensemble s'ébranla, d'une allure bien trop lente au goût de la jeune femme, qui entendait déjà les roues des véhicules de gardes traverser les couloirs du rez-de-chaussée. Elle aperçut, derrière son comptoir, le guichetier s'appliquer comme jamais sur son parchemin, ignorant obstinément le vacarme alentours, seul son bras droit était anormalement tendu derrière le comptoir. Le trio n'attendit pas que leurs supports eût touché terre pour bondir vers le hall, alors que le service d'ordre faisaient craquer les graviers de la cour, à l'opposé d'eux. Ils se glissèrent à toute vitesse dans l'ouverture béante de la porte vitrée, la lourde porte de sécurité bloquée dans une position semi-ouverte. Annda fouilla ses poches, laissant Valdim et le vieillard foncer devant eux, et plaqua sur le comptoir trois autres tickets de transports. Aussitôt, le guichetier sortit son bras de derrière le comptoir. Le hall trembla sous le hurlement des portes reprenant leur procédure. Des tirs claquèrent l'air dans le bâtiment, creusant le mur de l'entrée, courant près des oreilles et des jambes des fuyards pendant quelques secondes. Le volet de fer de l'entrée principale s'abattait plus rapidement… Annda se jeta au sol et se glissa dans son impulsion sous le panneau, tout juste assez rapide pour sentir l'asphalte brûlant contre le cuir de sa veste et la paume de ses mains. Elle souffla de soulagement alors que la couperet frappa le sol devant son nez. Elle se redressa prestement et rejoignit les deux hommes, au coin de la rue. L'alerte passerait vite dans la ville, et probablement que dans la panique, les citoyens participeraient tout autant aux recherches. Il fallait donc se couper de la civilisation au plus vite.

La course fut difficile, une trottinette sur des pavés n'étant ni rapide ni discrète, mais le vieillard était bien incapable de courir. Le groupe dût s'arrêter plusieurs fois, attendant haletant dans l'ombre d'une enseigne qu'un groupe de gardes citadins passèrent à côté d'eux, ou encore entrer dans un hall d'immeuble à la faveur d'un habitant négligeant de refermer de lui-même la porte. Durant tout ce temps, Valdim semblait aux anges, et Annda regardait partout autour d'elle, repérant monuments ou arrêts de transports pour s'y repérer. Plus le temps avançait, plus ils risquaient d'être exposés et devaient changer leur itinéraire en conséquence. Elle commençait sérieusement à redouter qu'ils se fussent perdus…

Après s'être cachés sous l'escalier d'une passerelle, elle put enfin souffler. Le bâtiment convoité était à l'autre bout de la rue, isolée des habitations mais coincée dans la masse des restaurants et autres boutiques. Rares étaient les façades qui cherchaient à imiter la pierre, créant une étrange continuité avec les pavés. Encore plus désaccordé, les portes résolument modernes, dans un acier discret mais éclatant au soleil. Il y avait trois étages, tout en hauteur, surmonté d'un toit en pointe comme s'il s'agissait d'un panneau de direction, indiquant à tout ami égaré qu'ils furent enfin à destination. Annda l'indiqua au vieillard et Valdim, et après avoir inspiré calmement, ils foncèrent vers l'entrée. La jeune femme manqua de défoncer la porte sous l'excitation, introduisant violemment le code et se jetant dans le couloir d'entrée, suivie de près par un Valdim exultant, riant de bon coeur. Leur protégé, lui, était essouflé. Il prit appui contre le mur en rabattant d'un coup de main habitué sa trottinette. Il toussa en tentant un sourire.

— Oh, ça faisait si longtemps que je n'avais pas fait ce genre de tour…

— Ne vous y habituez pas. Le plus gros de la mission, à partir de maintenant, ne consistera pas en beaucoup de voyages.

— Quel dommage, j'aurais bien aimé voir cette dimension… Souffla Valdim en se dirigeant vers les escaliers en bout de couloir. Il eut tout de même de quoi se consoler, en remarquant les marches d'ancienne facture. Il siffla des remarques ébahies sur le miracle que constituaient une telle conservation, puis s'arrêta devant une immense bibliothèque, encastrée dans le mur de gauche. Le vieillard sourit doucement en reconnaissant l'étagère, caressant doucement la structure en bois doré. Les livres avaient tous l'air d'un autre temps, les couvertures plastifiées pour protéger le papier taché par endroits reluisait étrangement. Ils portaient des noms, des mots, des signatures alignées à la perfection, de toutes les couleurs, de toutes les polices. Annda et Valdim restèrent en arrière, la première attentive aux mouvements du vieillard, le second fasciné par la collection d'antiquités. Puis, soudain, le vieillard arrêta sa main sur un livre sans titre ni nom, juste une série de formes, croisées, entrelacées gravées sur une tranche en cuir épais. Il appuya fermement, enfonçant le volume. Aussitôt, un bruit sourd ébranla le couloir et la bibliothèque se changea en porte, s'écartant pour dévoiler aux visiteurs une pièce plongée dans la pénombre. Seules de-ci de-là, des néons bleu nuit et des voyants oranges comme suspendus dans l'air. Annda huma le parfum de chaleur qui se dégagea. Des années qu'elle n'avait pas pu la sentir…

Valdim était aux anges, bondissant presque sur place. « C'est fantastique ! Et ça, ça se faisait souvent, d'où vous venez ? »

Le vieillard eut un petit rire. « Je ne pense pas que toutes les maisons en étaient dotées, non. Mais c'était le genre de chose qu'on voyait souvent dans les livres et les films. Et j'ai toujours trouvé ça… Classe »

Un sourire sur les lèvres, il invita ses jeunes amis à entrer, puis les suivit. Il claqua dans ses mains une fois, allumant une lumière blanche dans la pièce alors qu'Annda referma la bibliothèque sur eux.

_____________________________________________________________


La L&D Transports Company faisait partie de ses groupes que l'on aimait mettre en avant, en la cité de Parade. Pourtant, elle n'avait rien d'exceptionnel, dans la catégorie des petits miracles. Quoi de plus déjà-vu qu'un homme ayant judicieusement placé ses capitaux, s'étant fait des bons amis dans la haute sphère scientifique et a trouvé le moyen de combiner les deux ? Seulement il y avait une différence dont rares se souviennent. Avant lui, personne ne bougeait réellement. Le monde, autrefois vaste, avait perdu de ses couleurs alors qu'on en avait achevé l'exploration et l'explication, provoquant un ennui sans précédent. Les sociétés avaient alors bêtement amélioré leurs services et augmenté les tarifs pour pallier à leurs dépenses toujours plus vertigineuses, et ne se retrouvèrent qu'avec des avantages minimes alors que la population ne voulût plus engloutir son salaire de l'année dans deux pauvres jours de paradis en placebo. Puis il est arrivé, comme un sauveur, voyant dans l'ordre de la nature et les besoins de chacun une solution idéale. Tout n'était pas encore visité, au fond…

Le bruit sourd d'une plateforme gronda près des vitres géantes du bureau de Polzmann Levawki. D'un âge indéterminable, le regard d'un aigle et la silhouette d'un tigre, il se balançait avec satisfaction sur sa chaise, laissant éclaté un ricanement tranchant à chaque fois que la navette se faisait entendre. Sans regarder, il pouvait discerner la foule attendre en rangs devant la barrière, certains en costumes, d'autres en guenilles. Une population du quotidien, qui assurément n'avait pas eu à attendre longtemps avant de s'accoutumer à leur nouveau style de vie, à tel point que le monde d'avant n'était qu'une vague notion enseignée aux jeunes générations, pour la forme. Mais plus personne n'avait eu à la vivre. Comme le temps s'était vite écoulé…!

Trois hommes et deux femmes en file indienne entrèrent dans son bureau alors qu'il ricanait encore, la plateforme se repliant bruyamment. Le premier tenait une valise blanche rayée d'une croix rouge le second une tasse de thé et une plaquette de pilules, le troisième d'une seringue, d'un cathéter et d'une poche pleine d'un liquide rouge. Les deux femmes portaient une table sur roues munie d'un ordinateur. Ils étaient tous cinq habillés au plus neutre possible, veste et pantalon large d'un gris accordé avec l'aspect métallique de la pièce. Même le bureau restait dans ces tons, la seule note de couleur étant Levawki lui-même, vêtu d'un rouge éclatant. Sans attendre, ce dernier retira le veston de son costume, ouvrit deux boutons de sa chemise et abaissa le dossier de sa chaise, fermant les yeux avec confiance alors que le premier homme ouvrit la valise et en sortit un nécessaire de désinfection. Une fois la peau de sa nuque rendue poisseuse par le liquide jaunâtre de la bétadine, le second homme posa la tasse de thé dans la main de Levawski, qui sirota tranquillement en attendant que le troisième homme ne remplît la seringue et ne l'enfonçât dans la chair de son patron. Il frissonna en sentant l'aiguille, mais son sourire s'agrandit, laissant apparaître aux commissures de ses lèvres des molaires blanches comme la lune. Il s'assoupit paisiblement. Une des deux femmes plaça les patches sur les tempes de l'homme, qu'elle relia à l'ordinateur et, d'un ton plat, clama :

— Code XANA.

Aussitôt, une série de décharges fit bondir l'homme. On pouvait presque l'entendre ricaner dans son coma, alors qu'un œil rouge stylisé, encadré par des cercles et continuant à leur base sur trois branches, apparut sur le fond noir de l'écran. Il semblait pulser au rythme des décharges, brillant davantage à chaque seconde. Le quintet se tint en retrait, têtes basses et silencieux à un point religieux, n'osant regarder ailleurs que leur pieds.

Seule une des deux femmes avait l'oeil plus vivant. Les cheveux longs et blonds tirés en arrière, une mèche rose saumon pointant quelques cheveux de derrière sa nuque et de grandes lunettes carrées vissées sur son nez, elle avait le bras droit tendu derrière son dos, les muscles de son avant-bras en pleine action, comme si ses doigts s'agitaient… Sous sa veste, elle dissimulait un téléphone portable, un modèle qu'on ne voyait plus depuis de nombreuses décennies, à en juger par le fruit qui lui servait de symbole. On lui avait déjà dit comment cela s'appelait, mais impossible pour elle de retenir ce mot plus de deux minutes. Et peu importait, car l'avantage de cette petite machine ne résidait pas dans son packaging. Non, le principal atout d'un objet de technologie dont on croit savoir qu'il n'existe plus, c'est que personne ne déploiera d'efforts ou de moyens pour le pister. Et dans ce monde, la jeune femme ne connaissait qu'un homme encore capable de comprendre le fonctionnement de ce modèle antique. Son destinataire.

Un sourire de confiance retenu avec patience, elle envoya un concis :

"10 minutes"

_____________________________________________________________


Le vieillard tapait avec une dextérité naturelle, reproduisant de tête des formules dont le sens lui échappaient un peu mais dont il était capable de comprendre l'importance. Les souvenirs ne lui faisaient pas encore défaut, bien qu'il eut longtemps voulu croire à un délire. Ce n'était que lorsqu'il avait entendu le nom de son ancien patron, du temps où il avait la jeunesse et l'innocence de travailler dans les sphères du progrès commercial, qu'il avait compris que ce qu'il sentait au fond de lui était vrai. Et ces lignes de code, ces chiffres et ces lettres à la logique absconse pour lui réclamait qu'il les mît en usage. Elles avaient encore une mission à accomplir et l'avaient choisi comme transmetteur.

Il tapait vigoureusement pendant que Valdim, en fond, faisait bondir un ancien cellulaire dans sa main. Cette chose était lourde dans sa main, et claquait à chaque contact avec la chair. De quoi l'amuser pendant au moins une journée. Annda, elle, s'était trouvé un pouf un peu usé, où elle s'était enfoncée et achevait d'apaiser sa migraine. Elle somnolait, bercée par les efforts du vieillard et le jeu de Valdim, encouragée par la faible luminosité et la chaleur qui émanait de la machine en labeur. Une mèche bouclée couleur de terre dansait doucement contre son nez, au rythme de sa respiration.

Soudain, le téléphone de Valdim vrombit. Il le rattrapa adroitement, surpris mais pas décontenancé. Annda ouvrit un œil interrogatif.

— Dites, m'sieur, je dois faire quoi ?

— Bouton en haut à droite, glisse vers la droite et ouvre la notification qui est arrivée.

Annda se leva et s'approcha de Valdim. Ce dernier s'exclama en se redressant :

— Vite, il est temps ! Vous avez bientôt fini ?

— Oui, mon jeune ami, plus qu'une validation et nous devrions enfin en avoir fini avec cette étape…

Le vieil homme fixa l'écran en accélérant la cadence, les yeux s'écarquillant légèrement alors qu'il sentait le but s'approcher. Devant lui, l'encadrure de quatre des cinq lourdes portes devant lui commençant à s'illuminer. Il entrouvrit la bouche alors que Valdim et Annda le fixaient, tendus et pendus à ses actions. Il se courba légèrement, son coeur battant à tout rompre, de toute la puissance qu'il avait encore… Il y était presque, bon sang, sa mémoire en ébullition enchaînait les souvenirs avec frénésie, il pouvait presque voir les caractères se dédoubler et danser devant ses yeux, ses doigts valsant sur les touches, sûrs d'eux, guidés par son passé… Il allait y arriver, il allait accomplir l'exploit qu'il avait attendu toute sa vie…

Soudain, une fenêtre bleue s'afficha. De toute la force de son anticipation, le vieil homme fracassa la touche Enter avec son index, clamant « Vas-y, fais-le ! » en réponse à la question muette du programme. Aussitôt, les portes illuminées se mirent à siffler, tremblant légèrement, redoublant de lumière, respirant comme une première fois sur Terre. Le vieillard se leva, chancelant, s'approchant des portes, rejoint par Annda et Valdim, l'air happés par les convulsions des portes…

Puis, enfin, après une longue éternité, elles s'ouvrirent. A travers la poussière et la fumée, l'odeur d'incendie des machines essoufflées et le râle d'épuisement des portes coulissantes, apparurent quatre formes. Quatre silhouettes, prostrées, lâches comme au sortir d'un coma, calmes comme des poupées de vinyle. Annda s'avança alors vers l'une d'elle, toussotant en passant dans le nuage grisâtre, puis posa deux doigts sur un poignet qui se détachait vers la lumière. Derrière elle, le vieil homme et Valdim se penchèrent comme au bord d'un précipice, appréhensifs.

La jeune femme se retourna et, d'un fin sourire, hocha la tête. Ils avaient réussi. Le vieillard la fixa, sursauta légèrement, puis se mit à rire. D'un rire franc, libéré, exubérant. Il applaudit d'un même mouvement en se penchant en arrière, tandis que Valdim brandit son poing en l'air en signe de victoire. La jeune femme quant à elle se retourna vers la silhouette devant elle qui commençait à s'agiter. Alors que la poussière se dissipait, elle repéra quelque chose de brillant près de son visage. Des lunettes. Elle les ramassa et les posa sur les yeux de leur propriétaire, repoussant au passage une mèche blonde.

_____________________________________________________________


Voila donc pour cette reprise, j'espère que ça vous a plu ! Et quitte à être en retard partout, bonne année à tous, réussite et le reste, à la prochaine !
_________________

« Plus personne ne pourra un jour dormir» Mondes Alternés, Saison 2 Final 3/3. Jeudi 25 Juin.


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Silius Italicus MessagePosté le: Mar 21 Fév 2017 16:56   Sujet du message: Répondre en citant  
[Krabe]


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Bonsoir chère Violet Bottle,

D’un monde à un autre, distance infinie, temps infini ?

Reprise, nouveau chapitre, et surtout nouveau monde. Avec un changement par rapport à avant. En effet, dans les deux mondes précédents, les héros étaient des oiseaux de mauvais augure, des agents du chaos arrivant de manière inattendue. Ici, ils sont attendus, et non par Xana, mais par des opposants. Reste à savoir dans quelle mesure les objectifs des uns et des autres se recoupent. D’autant nos héros n’ont rien moins qu’anéantit Verso, ce qui est lourd à porter, et devrait les refroidir dans leur quête.
Évidemment, on ne peut que se demander comment les opposants pouvaient prévoir l’arrivée des héros. Plus les chapitres passent, plus il semble que les lyokôguerriers ne soient que des pions au sein des combats cosmiques dans l’envergure les dépasse de loin. Qui plus est, et comparé à tant d’autre, ne serait-ce que Belpois, ce sont des pions ignorants, sans être innocents. Reste que Xana ne semble pas beaucoup plus conscient qu’eux de ce qui est en jeu.

Pour ce qui est de ce nouveau monde, il laisse un sentiment étrange. Si chaque monde correspond à un héros, alors celui-ci est sans doute lié à Ulrich. Un monde monochrome, dominé par une firme unique, sans doute totalitaire, et qui enferme les anciens dans des hôpitaux prisons. C’est aussi un monde qui est allée jusqu’au bout d’une logique capitalistique.

Pour autant, l’essentiel de ce qui est offert à la lecture est centré sur le point de vue des opposants, autrement dit de marginaux, par définition éloigné du centre, de ce qu’est ce monde. C’est aussi un monde en proie à des soucis tectoniques, et donc en construction et reconstruction. Il y a aussi un étrange mélange des registres de l’enfance, notamment au travers de la trottinette ou de quelques autres éléments, mais mêlée aux tracasseries de l’administration, thème adulte s’il en est.

Enfin, ces effondrements de terrains, si l’on en croît les chapitres précédents, ne sont rien d’autre que les symptômes de la destruction du monde, de sa fin. La question étant de savoir si cette destruction trouve son origine dans la peste qu’est Xana, dans les actions des héros contre lui, ou dans une trame plus vaste.

Il est normal qu’une introduction à un nouveau territoire soulève plus de questions que de réponses.

Du point de vue du style, il reste égal à lui-même, encore qu’on sente une petite précipitation, au travers d’un léger manque de relecture. Il sera intéressant de voir si le fait qu’il s’agisse d’un monde nouveau amène des variations de style.

Au plaisir.
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Prophète repenti de Kane, vassal d'Anomander Rake, je m'en viens émigrer et m'installer en Lyoko.
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VioletBottle MessagePosté le: Dim 30 Sep 2018 17:15   Sujet du message: Répondre en citant  
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Plus d'un an plus tard, qui revoilà ?

A vrai dire, je n'ai que peu d'excuses, à part peut-être ma mémoire défaillante qui m'a fait croire pendant longtemps que j'étais la dernière à avoir posté ici. C'est en cherchant quelque chose sur le forum que oh surprise, finalement il n'en est rien. Qu'à cela ne tienne, donc. Elle va bien se finir un jour, cette fanfic.

Bref. Suite des évènements sur Parade, et on va tâcher de ne pas retourner trop vite dans les abysses après cette reprise. En tout cas, ça fait longtemps, et ça fait bizarre de revenir, mais ça n'est pas désagréable... Smile

Bonne lecture à tous !

_____________



Monde 3
Parade
Roads untraveled



Un fracas soudain secoua Ulrich. Sentant un vide atroce au-dessus de lui, il n'osa ouvrir les yeux, la poitrine compressée par une angoisse sans raison. Pris d'un frisson, son dos sursauta et retomba sur une surface douce et confortable. Douce… ? Confortable.. ? La dernière chose que ses sens avaient enregistré pour cette zone était, pourtant, la rigidité et la froideur de l'acier… Soudain alerte, il réalisa que sa tête était surélevée par quelque chose d'une texture semblable à ce qui soutenait son corps. Pour un peu… se croirait-il à l'internat de Kadic. Mais il manquait quelque chose, un lien entre son dernier souvenir, sa dernière sensation et ce que lui renvoyait l'instant présent. Les trois éléments étaient décousus, confus. Peu à peu, Solar Building lui revenait, la bataille dans la tour, les adieux à Elizabeth , le scanner… Puis le noir, le vide et cette voix, posée contre son oreille, murmurant des mots dénués de sens qui l'effrayaient. Il s'était senti seul, malade, incapable de riposter, redevenu un enfant et perdu dans des évocations de souvenirs qu'il s'était pourtant acharné à repousser… Mais pourquoi, pourquoi brutalement le traitait-on avec autant d'égards ? L'avait-on déplacé ? Sauvé ? Ses amis peut-être ? Jérémie, Aelita, Odd, Yumi… Ils avaient donc pu se sauver et le retrouver ?

Un nouveau bruit sourd lui parvint de loin, plus aigu cette fois, un mélange perceptible de rage et de peur. Lui répondit un crachat de venin, des mots venimeux mais contenus, voilé à demi par d'autres voix fermes. Du monde… Il n'était pas seul… Il devait aller vers eux, il devait trouver une issue, comprendre… Il devait y avoir une raison… Il se leva douloureusement, les yeux entrouverts par la crainte et la confusion.

_____________________________________________________________


Odd étira ses jambes, la brume autour de son esprit se dissipant avec douceur. Une sensation de chaleur l'enveloppa en échange, et il s'y lova, heureux comme un dimanche matin. Un coussin moelleux intercepta sa joue alors qu'il se retourna en grognant, un sourire béat aux lèvres. Il lui fallut un temps avant de se rendre compte des courbatures dans ses membres, de la sensation de décalage horaire qu'il le maintenait assommé et du vertige persistant alors qu'il était à l'abri dans son lit… Quelque chose clochait. Mais il se sentait tellement empâté…

Attendez une minute… Il pouvait sentir quelque chose à nouveau ? Quoi ?

Le coup de grâce de sa léthargie fut donné quand la porte de sa chambre claqua rudement le mur, accompagné d'un juron bien senti. Mais il ne s'agissait pas d'Ulrich, qui pourtant avait l'habitude des entrées fracassantes après un appel de son père ou une discussion avec Sissi… La voix était féminine, aux accents durs et aux « r » roulés. Surpris, il ouvrit les yeux… Et se retrouva coi, pris de court.

Devant lui, une inconnue d'une vingtaine d'année, aux cheveux fous et flamboyant comme de la terre désertique, emmêlés dans un bandana aux couleurs du ciel nocturne, la peau légèrement dorée et parsemée de taches de rousseur, les yeux d'un bleu d'océan perçant, le regard fatigué mais puissant, et une tenue couleur poussière et asphalte, le dévisagea, tout aussi prise de court que lui. Elle fronça les sourcils un instant, puis elle soupira en fermant la porte plus convenablement. Odd resta figé et la fixa. Même avec tous les efforts de mémoire du monde, il n'arrivait à se rappeler d'elle… La connaissait-il ? Et que faisait-elle dans sa…

Une minute. Ce n'était pas sa chambre !

Il se retourna, pivotant sur lui-même sans quitter le lit. La pièce était encadrée de murs de fer rouillé qu'on avait tenté de masquer maladroitement avec des tentures rouges bordeaux. Un autre lit, au squelette en fer tordu comme pour imiter un style ancien et couvert de draps décolorés légèrement défaits, était accolé au mur opposé au jeune homme. Des unités centrales, absolument futuristes pour Odd mais à l'air abîmées par le temps, jonchaient le sol de-ci de-là, vrombissant et diffusant leur chaleur dans la chambre. Il n'y avait en revanche aucune fenêtre, la seule lumière provenant d'une parade d'ampoules pendant paresseusement du plafond. Que… Où était-il ? Et où étaient ses amis, et où étaient les Versaliennes…

Les quoi ? La tête d'Odd se heurta à une migraine violente. L'effort de mémoire lui coûtait plus d'énergie que pendant ses contrôles de science ! Il avait l'impression de tourner au ralenti, de voir un monde qui lui semblait familier devenir soudain inconnu, et quand il pensait tenir un souvenir, il jurerait que son esprit voulût le lui arracher illico… Il se laissa retomber lourdement sur le coussin, sa tête paraissant peser des tonnes pendant la chute. A chaque clignement d'oeil, un flash lui parvenait, rappelant à lui l'immense tour de Solar Building et les paysages fantastiques de Verso… Et des visages, des noms, des paroles… Tout son passé plus ou moins récent lui roulait dessus…

Le lit s'affaissa près de lui, dans un autre soupir. Odd dirigea laborieusement son regard vers la jeune femme, qui scrutait attentivement le jeune homme d'un air vaguement compatissant malgré un voile de neutralité. Il voulut parler, mais sa gorge sèche s'incendia au premier son. Il toussa douloureusement en se repliant sur le côté. Un cliquetis se fit entendre, puis le matelas s'affaissa plus près de lui. La jeune femme tendait une flasque vers lui.

— Tiens, bois, ça va te réveiller, ordonna-t-elle.

Odd ne se sentit pas d'argumenter, et sans y réfléchir saisit la flasque et but. Une sensation de chaleur chocolatée passa dans sa gorge, se répandant dans les canaux de son nez et de ses oreilles. Il respira, l'inflammation s'atténuant. Il nageait encore en plein brouillard, aussi ne força-t-il pas et se contenta-t-il de tendre en retour la flasque et d'articuler, un son après l'autre :

— Où je suis ?

— Chez le Professeur, dans la région d'Auralvald. Et tu viens de loin.

— Je me sens complètement dans les choux…

— C'est normal, la machine du Professeur fait toujours ça, la première fois. Il faut un petit temps d'adaptation, mais tu devrais t'en remettre dans quelques instants. N'insiste pas trop en attendant, tes esprits vont revenir d'eux-même.

Il suivit le conseil et se redressa doucement, prenant appui sur le mur en grinçant des dents. Plus le temps passait, plus il avait des questions, mais n'avait pas la moindre idée d'où commencer… Bon sang, Odd le magnifique perdait sa contenance face à une fille ! Et ce n'était pas comme s'il n'avait jamais emprunté de scanner pour savoir ce que ça faisait… Ca avait été aussi dur, sur Solar Building ? Le souvenir était déjà flou… Il parvenait à reconstituer l'attaque, son alter et Elizabeth, la rageuse et persistante Elizabeth… Et ce Belpois, froid, implacable, tout ce qu'aurait été Jérémie s'il n'avait pas été… Eh bien, s'il n'avait pas été Jérémie. Doucement, Odd délia la pelote de fil, et revint sur Verso. Aelita et cette jeune reine, Eli… Le coeur et XANA, Asali… Le coeur…

— Verso ! Je ne me souviens pas de la fin de la mission, je ne sais plus ce qui…

La jeune femme désigna de la main la flasque d'un air entendu. Il crut apercevoir un froncement de sourcils contrarié, mais n'en était pas certain. Elle se cala contre le mur et annonça de but en blanc, d'une voix maîtrisée :

— Le Professeur n'a jamais pu retrouver Verso. Il y a consacré du temps et des recherches, mais à l'heure actuelle, ce monde est considéré comme disparu.

Une enclume s'abattit sur le crâne d'Odd. Aussitôt, il se souvint, la mission de Yumi, Asali, les Thalaam, et la sensation que tout s'effondrait, qu'il se déchirait, qu'il allait mourir… Ses amis ! Ils étaient au dehors quand la panique a commencé !

L'instant d'après, tout devint flou, et il n'était plus très sûr de comment réagir correctement, mais jamais il ne s'en était aussi peu intéressé.

— Les autres… Les autres, ils sont là, hein ?

Quelque chose de fugace passa dans les yeux de la jeune femme, quelque chose qu'Odd ne put interpréter, un étau commençant à enserrer sa poitrine. La panique se glissa le long de son dos et commença à lui tordre la nuque, quand il eut sa réponse :

— Jérémie, si le blond en bleu s'appelle bien ainsi, s'est réveillé il y a dix, ou vingt minutes. La fille en rose a suivi peu après. Ils sont chamboulés mais vont bien. Ton ami en vert s'est réveillé un peu plus sonné que les autres, mais il s'en remettait bien la dernière fois que j'ai vérifié. Ils doivent être tous dans une des chambres, à t'attendre.

— Mais… et Yumi ? Hoqueta-t-il, sa propre voix bourdonnant dans ses oreilles.

Soudain, un cri perça la porte de la chambre. Suivi d'un « Bong ! » sourd et d'un autre cri, plus terrifié. La jeune femme bondit hors du lit et se précipita dans la pièce d'à côté. Odd, perdu et craignant de comprendre, la suivit en ignorant ses jambes ankylosées. Il prit appui sur le mur, lançant son regard dans une espèce de grand salon de style XIXe, si ce n'était ces écrans d'ordinateur et ses plaques parcourues de circuits, empilées les unes sur les autres, ainsi que ces pièces de robot suspendues au mur par des crochets. Les murs en métal d'un gris hurlant étaient griffonnés et taggés de plans de ville et de machines, de notes éparses et occasionnellement de têtes de mort stylisées, le tout dans un improbable fouillis de couleurs passées tout juste lisible. Les yeux d'Odd furent si sollicité qu'il resta un instant figé dans le salon vide. Mais il sursauta à nouveau alors que la voix de la jeune femme s'ajouta à la cacophonie, depuis un couloir au fond de la pièce. Le jeune adolescent n'eut à le rejoindre que soudain, la dispute fit fracas dans le salon.

Ulrich, bien réveillé, raide de rage et vociférant comme jamais Odd ne l'avait entendu faire, plaquait un Jérémie visiblement secoué contre un mur, ses poings serrés autour de son col. Les lunettes du génie étaient tombées à ses pieds sous le choc, et il gardait la bouche ouverte, comme incapable de produire le moindre son. A côté d'eux, Aelita jetait son regard de l'un à l'autre, balbutiant quelque chose à Ulrich sans grand succès. Elle fut gentiment poussée en arrière par un jeune homme aux cheveux verts, légèrement plus jeune que l'inconnue. De son autre main, il saisit le poignet d'Ulrich et essaya de lui faire lâcher prise, ne parvenant cependant qu'à le retenir. Odd eut soudain la nausée en s'avançant vers ses amis. Quelque chose clochait… Il avait l'impression de ne pas les reconnaître, comme s'il avait devant lui une vision déformée de ses amis, comme si sa propre logique censurait leur image… Il savait que c'était eux, mais n'arrivait pas à les retrouver dans leurs mouvements, leurs voix…

— Qu'est-ce que tu as fait, hein ? QUOI ? Hurla Ulrich en fracassant le dos de Jérémie contre le mur, la colère gagnant des niveaux à chaque respiration.

La jeune femme se précipita sur lui et, avec l'aide du garçon aux cheveux verts, lui fit lâcher prise. Rapidement, elle se mit entre les deux garçons tandis que son camarade posa une main ferme sur l'épaule de Jérémie. Elle repoussa fermement Ulrich et tendit un bras vers lui pour le garder éloigné. Odd, sans trop réfléchir, la rejoignit et se tint en face d'elle, quoique trop tremblant pour être réellement impressionnant. Il ne sut pourquoi, mais il n'osait pas regarder Jérémie, pas plus qu'il ne se sentait capable de soutenir le regard d'Ulrich.

— Poussez-vous de là, siffla ce dernier en lançant un regard sans lucidité à la jeune femme. Elle ne broncha pas et resta campée sur sa position.

— Odd, pousse-toi bon sang ! Répéta-t-il en plantant ses pupilles dans celles de son ami, quoique chancelant encore sous l'effet de l'épuisement. Odd recula, incertain. Qu'Ulrich soit fatigué ne ferait aucune différence ; ils l'étaient tous les deux, et il connaissait assez le samouraï pour voir qu'il était aussi troublé qu'enragé.

— Mais enfin, qu'est-ce qui se passe ? Lança-t-il, ignorant le tambourinement de ses tempes qui s'acharnait à aller crescendo.

— Il va te le dire, tiens ! Il va te le dire, je te le garantis ! Grinça Ulrich entre ses dents.

Odd n'était pas si sûr de vouloir l'entendre, pourtant Jérémie murmura quelque chose, derrière lui, épuisé.

— On n'avait pas d'autres solutions, tu ne comprends pas…

— Ne t'avise SURTOUT PAS !

Ulrich amorça un mouvement vers Jérémie, mais aussitôt, le garçon aux cheveux verts tira la cible derrière lui. La jeune femme empoigna brutalement le jeune homme par le T-shirt et le maintint en place, les yeux rivés dans ceux d'Ulrich. Quelques minutes restèrent suspendues au plafond tandis qu'Odd alterna son regard entre un Jérémie tétanisé et un Ulrich fulminant mais faiblissant, dévisageant en retour la jeune femme, qui ne bronchait pas et maintenait sa prise sur lui.

— Vous êtes chez un vieil homme, vous seriez aimables de ne rien casser et de ne pas crier, trancha-t-elle, réveillant au passage Ulrich qui se redressa.

— Qui tu crois être pour me dire ça ?

— Je sais que vous avez perdu quelqu'un, et je sais que ça fait mal, mais ça ne donne aucunement le droit d'agir de la sorte, répondit calmement la jeune femme.

Machinalement, Odd s'avança et ramassa les lunettes de Jérémie. Il les lui tendit gauchement.

— Perdu… Qu'est-ce qu'on a… Où est Yumi ?

— Il n'y avait pas le temps, et plus les moyens, et tout aurait prit beaucoup trop de temps… Articula Jérémie.

Le garçon au cheveux verts lui frotta doucement l'épaule d'un air compatissant. Jérémie ne répondit pas, se passant une main sur le visage. Il avait l'air centenaire. Odd resta à la regarder, ébahi. C'était un mauvais drame, un de ces films sirupeux où on vous dit pour la trentième fois que le monde s'effondre autour de vous, que vous croyez à une blague ou que vous allez vous écrier qu'il doit y avoir une solution… Il se vit, dans sa tête, vivre toutes ses étapes, les anticiper avec angoisse, avoir tout juste le temps de les ressentir mais pas de les extérioriser. Il se souvint de la Terre, des éclats de rire, des courses contre le temps, du self, des pauses dans la cour et des fêtes… Tout à coup, ces souvenirs devenaient envahissant, malvenus, détestés. Quelque chose était en trop, dans chacun d'eux, et il ne savait pas quoi, et il ne voulait pas que ça se passe comme ça, et…

L'instant d'après, il s'entendit demander la direction vers les toilettes. Le garçon aux cheveux verts l'y guida avec une rapidité compréhensive. Odd ne prit même pas la peine de l'inspecter et tomba à genoux devant la cuvette, les bras en appui contre la surface en ferraille, le souffle erratique et l'estomac en sursaut. Il hoqueta une fois, puis deux, puis il cessa de compter, mais il n'y avait rien à vider et il se contenta de cracher, le ventre douloureux sous l'effort inutile. Son esprit n'était même pas soulagé, engourdi et incapable d'anticiper plus loin qu'une demi-seconde. Pourtant ce n'était pas sans précédent, déjà la première fois c'était Yumi, ils venaient tout juste de commencer, ils n'étaient pas encore tout à fait conscients de ce qu'ils tenaient au creux de leur petit secret, mais il se souvint que ce fut le pire des retours à la réalité. Ce n'était ni un jeu vidéo, ni un exercice scolaire, ils n'était encadrés par rien ni personne et tous les torts seraient les leurs… Sa mémoire bouclait confusément entre les paroles de Jérémie et celles de la jeune femme. Yumi était perdue sur Verso, du moins c'est qu'Odd avait cru comprendre. Mais Verso était perdue. Donc Yumi… Il continua à creuser, cherchant dans les conversations récentes le début d'un signe rassurant, quelque chose qui lui aurait paru obscur mais qui prendrait son sens maintenant, quelque chose d'utile, une faille dans le système… C'était comme ça, la première fois, ils avaient sauvé une vie comme ça, il n'y avait pas de raison... Puis il se souvint. Le génie, c'était Jérémie, pas lui. Lui, depuis le début, il faisait confiance à tout et tous, se contentant de songer qu'ils allaient s'en sortir tant qu'il y avait au moins une tête pensante, et que cette tête pensante n'était pas lui… Alors comment pouvait-il croire que du peu qu'il savait émergerait une solution… Son front heurta douloureusement le fer froid. Il n'avait aucune idée de ce qui était arrivé, ni de ce qui allait arriver. Tout ce qu'il pouvait supposer, c'est qu'ils s'étaient plantés, et en beauté. En retour, il n'y avait qu'à espérer que Jérémie trouve un plan pour la ramener… La mission n'était même plus dans son ordre du jour. Elle allait attendre. De toute façon, le peu qu'il en comprenait n'arrivait même plus à lui revenir, alors...

Laborieusement, il se redressa, et se heurta à quelque chose de fin. Au-dessus des toilettes était suspendu un miroir au cadre accidenté ; visiblement, il était de coutume de s'y cogner. Entre deux tournoiements, il vit les cheveux blonds et les yeux violets, mais là aussi, rien de précis ne se fixa. Il saisit le miroir et le stabilisa. Pas de doute, il était bien Odd Della Robia, mais tout dans ses traits étaient plus ferme et fatigué à la fois. Dans ses souvenirs, il n'était ni l'un ni l'autre. Mais surtout, il ne retrouvait plus les traits d'enfant qui remontaient ses pommettes quand il venait de blaguer. Quand il se détaillait, il avait l'impression de rater plusieurs épisodes. La nausée qu'il avait ressentie à la vue de ses amis le reprit, mais il ne s'y attarda pas. Pour la première fois peu désireux de rencontrer son reflet, il repoussa le miroir et rouvrit la porte des toilettes. De l'autre côté l'attendait toujours le garçon. Entre-temps, il s'était procuré un verre d'eau, qu'il tendit gentiment à Odd. Ce dernier le prit d'un geste fatigué.

— Ca s'est un peu calmé, là-bas. Si vous voulez, on peut vous laisser un peu de temps avant de tout vous expliquer, ça va sans doute faire beaucoup d'un coup…

— Non, on a pas le temps, répliqua depuis le salon la voix de la jeune femme. Job et Dana vont bientôt arriver, et tu sais comme c'est difficile pour eux de venir jusqu'ici, alors autant que leur visite soit efficace.

Le garçon soupira, mais ne s'opposa pas davantage. Il jeta un regard désolé vers Odd, qui n'eut à répondre qu'une profonde lassitude marquée sur son visage. Il n'avait plus l'énergie d'être Odd pour le moment.

Une fois de retour au salon, les deux garçons rejoignirent l'assemblée, déjà dispersée entre deux canapés en cuir noir. Jérémie était assis, droit comme un « i » entre l'accoudoir et Aelita, à peine moins tendue. Assis au sol, en face des deux adolescents, Ulrich fulminait encore visiblement, sans décrocher ses yeux de Jérémie, comme s'il n'attendait qu'un soupir plus haut que les autres pour fondre sur lui. Cependant le trio accusait clairement le coup ; les épaules étaient basses et les regards indécis.

La jeune femme était, elle, installée en tailleurs sur le canapé derrière Ulrich, le surveillant également de près. Le garçon aux cheveux verts la rejoignit et se laissa tomber sans aucune grâce sur le coussin restant. Il amorça un mouvement pour laisser Odd s'asseoir, mais ce dernier préféra le sol entre les deux canapés.

— Bien, posa fermement la jeune femme quand tout le monde fut présent, ne laissant même pas le temps à un silence pesant de les rejoindre. Je suis consciente que votre cerveau est embrumé, mais comme je disais, le temps nous est compté.

— Je ne veux pas perdre de temps non plus. Pas tant que nous ne savons pas qui vous êtes ni si nous pouvons réellement vous faire confiance, répondit Jérémie d'une voix clairement forcée.

Ulrich laissa échapper un rictus, faisant sursauter Aelita et Odd, mais que le chef fit de son mieux pour ignorer. Les deux étrangers en firent de même, mais le calme qu'ils inspiraient parvint à mobiliser la concentration d'Odd. Ca pourrait ne pas si mal se passer… La jeune femme reprit les rênes, passant son regard sur chacun des Lyoko-Guerriers.

— Mon nom est Annda, et à mes côtes, c'est Valdim, mon frère cadet. Ne nous cherchez pas de nom de famille, personne ne vous le donnera, et ce sera valable pour chacun de nos alliés que vous rencontrerez. Et oui, nous vous attendions. Vous faire venir ici n'a pas été une mince affaire, et je suis navrée du temps que ça a pris. Vous allez sans doute vous sentir dans un état second quelque temps, le décalage spatio-temporel est assez dur à encaisser quand on a pas l'habitude, mais vous retrouverez vite de nouveaux repères.

— Combien de temps… Commença Odd en se retournant vers ses amis, nauséeux à nouveau.

— Difficile de vous donner une date précise. Notre technologie ne permet pas encore d'établir les correspondances temporelles entre mondes, et personnellement, mes croyances me poussent à vous répondre que le temps est trop malléable pour que ce champ de recherches ait un avenir. Cependant, si je me base sur l'âge que vous donnait le Professeur et votre apparence, je dirais qu'il s'est passé au moins trois années physiques pour vous. J'en suis désolée, j'ai tenté de vous capter à Solar Building, mais vous n'y étiez déjà plus depuis longtemps.

Trois ans minimum… C'est pourquoi son reflet avait paru plus âgé… Odd regarda ses mains, la vue encore embrouillée. Il croyait y voir encore les lignes de sa jeunesse, mais soudain douta de lui. Et si son esprit n'arrivait pas à assimiler la réalité ? Il ne savait rien de ce fameux décalage spatio-temporel, mais une chose était sûre, il voulait que ça cesse.

— On ne l'a jamais ressenti jusque là… Tenta Jérémie, incertain.

— Verso est un monde virtuel, vous n'aviez pas de sensations physique tout court, n'est-ce pas ? Expliqua Valdim avec un petit sourire. Et vous n'avez pas fait d'écart temporel aussi violent entre votre monde et Solar Building. Là, on parle de plusieurs années passées à flotter dans le néant. C'est un peu comme une seconde naissance, avec tous les inconvénients. Annda n'a pas pu quitter le lit pendant trois semaines, après son seul essai de ce genre, ajouta-t-il en haussant un sourire taquin vers sa sœur aînée.

La jeune femme toussota, puis reprit : « C'est aussi pour ça qu'on ne perd pas de temps à vous dresser le contexte. Plus vous aurez de quoi appréhender votre environnement, moins vous vous sentirez dépassé. »

Les Lyoko-Guerriers hochèrent la tête. Jusque là, tout était plutôt logique… Mais de là à dire qu'ils se sentaient confiants, il y avait tout de même un monde.

— Alors… Où sommes-nous ? Se lança Odd en se massant les tempes.

— Comme je vous l'ai dit à tous à vos réveils respectifs, vous êtes dans la région d'Auralvald, mais plus largement sur la station-planète Parade. Nous sommes une plateforme de transition, un peu comme une station-service dans votre monde. Quand vous sortirez, vous verrez des espèces d'ascenseurs ; ils servent à passer d'une plateforme à l'autre…

— Attend, attend, interrompit Jérémie. Tu as dit… Planète ?

— Oui, enfin, le nom va vous paraître un peu déformé, relativisa Valdim en riant. Il est vrai que dans les textes anciens, une planète est un astre, mais après des années à l'utiliser à tort et à travers, le terme a été fixé pour les différents îlots artificiels de population qui gravitent les uns autour des autres.

— Îlots artificiels de…

— Hm, c'est sûr que ça ne doit pas être très clair dit comme ça… Ne vous en faites pas, je vous ferai visiter !

Odd répondit d'un sourire, bien qu'il n'était pas certain de vouloir sortir dans l'immédiat. Pour l'heure, il se contenta d'enregistrer chaque information telle quelle, espérant que tout prendrait son sens plus tard.

— Si vous êtes ici, c'est que le Professeur vous y a conduit, reprit Annda. Il vous recherche depuis de nombreuses années, et je le soupçonne d'avoir mené ses recherches illégales dans cet unique but. Vous êtes ici chez lui, mais il dort pour l'instant ; il n'est de retour chez lui que depuis peu. Mais il sera enchanté de vous voir.

— Et pourquoi devrions-nous être enchantés de le voir, lui ? Lança Ulrich en jetant un regard en biais à la jeune femme.

— Vous ferez comme bon vous semblera, rétorqua-t-elle en haussant un sourcil. Ceci dit, vous trouverez sans doute son histoire intéressante. Et enfin, sachez que nous ne sommes pas un groupe de pauvres hères en détresse, et que nous ne supplierons pas pour votre aide. Vous découvrirez bien assez tôt que, si vous pouvez en effet nous être utiles, votre survie ici est notre œuvre. Vous auriez pu continuer à errer pour des siècles avant d'être éventuellement interceptés par on ne sait quel savant fou sur un autre monde. Ca veut dire aussi, par extension, qu'on peut vous renvoyer. Nous ne serons pas votre pire cauchemar si vous n'avez pas l'intention d'être le notre.

Ulrich n'ajouta rien d'autre qu'un vague marmonnement.

— Donc, ce Professeur… Qui est-ce ? Reprit Jérémie, qui parvenait de moins en moins bien à cacher une certaine fatigue.

— Il a eu plusieurs noms. Quand je l'ai rencontré, il m'a dit s'appeler Ervin Nefic, mais il s'est présenté à Valdim sous celui de Yim Nravi. J'imagine que vous pourrez toujours lui poser la question, si vous tenez tant à le nommer. En tout cas, il vous connaît. Peut-être pas directement, mais en tout cas, plus que s'il vous avait juste vus en photo. Et assez pour juger nécessaire de risquer le bannissement en courant à votre recherche. Et d'embarquer des enfants dans des voyages intermondes.

Annda marqua une pause, un léger rictus sur son visage. Odd remarqua que la réponse n'avançait pas à grand-chose, mais ne chercha pas à le souligner. Il n'avait pas ce rôle dans le groupe, et de toute façon, il essayait encore d'ordonner tout ce qu'il venait d'entendre. Il se tourna vers ses camarades, qui bien que clairement secoués, semblaient tous s'en remettre mieux. Enfin, il n'en était pas sûr, mais…

Soudain, on toqua à la porte. Trois coups, qui aussitôt éteignirent les lumières, laissant pour seul éclairage un des robots suspendus au plafond. Sur les trois yeux qui ornaient son visage apparurent deux colonnes de trois points noirs. Certains virèrent au rouge, dans un code qu'Odd ne tenta même pas de déchiffrer. Par contre, Annda et Valdim en étaient clairement familiers ; la jeune femme soupira un « voyons voir » prudent tandis que son frère se releva avec enthousiasme et sortit de la pièce, chantonnant un « j'arrive j'arrive ! » d'une voix exagérément haute.

— Qu'est-ce qui se passe ? Lança Ulrich, sur ses gardes, loin d'être rassuré par le calme de la jeune femme.

— Oh, ça… C'est la sonnette d'entrée.

Un instant plus tard, et avant qu'un Lyoko-Guerrier n'ait le temps de répliquer, Valdim réapparut dans la pièce, suivi par trois nouveaux arrivants. La première, une jeune femme à l'allure élancée, des cheveux blonds et une mèche rose en cascade qu'elle libéra d'un chignon éprouvé, les laissant flotter autour de ses épaules le temps de retirer également le masque noir qui lui couvrait le nez et la bouche, fit une irruption lumineuse dans la pièce et salua ses occupants avec un naturel déconcertant. Son regard clair comme un matin d'été balaya avec une assurance tranquille la pièce, son sourire se renforçant au signe de main que lui adressa une Annda, pour la première fois depuis l'arrivée des Lyoko-Guerriers, fermement enjouée. Bien qu'Odd était davantage adepte des couleurs en vêtements, il devait reconnaître que la tenue teintée de noir et décorée d'une veste aux motifs treillis foncés par le temps faisait brillamment ressortir ses cheveux blonds. Du reste, elle respirait la confiance et l'expérience, ce qui capta l'attention et la méfiance d'Ulrich et Jérémie. Odd pouvait le comprendre ; la dernière fois qu'ils s'étaient retrouvés face à quelqu'un de semblable, le garçon avait provoqué la discorde dans le groupe avant de tomber entre les mains de X.A.N.A… Encore que la jeune femme, elle, semblait être bien plus mature que William à son arrivée...

Cette dernière se retourna et fit place pour le reste du groupe. Sur ses traces, un jeune homme à peine plus âgé qu'elle, noyé sous de larges vêtements gris terne, les yeux assombris par une casquette en laine noire bloquée contre ses tempes et une large écharpe assortie au masque de la jeune femme commençant à retomber nonchalamment, entra avec moins de panache. Depuis l'ombre de la visière, Odd le vit poser tranquillement son attention sur chacune des personnes du salon, peut-être davantage sur Jérémie, mais impossible pour le jeune homme d'en être sûr, ni d'en tirer une quelconque conclusion tant l'inconnu paraissait calme, voire inaccessible. Ce n'était pas l'assurance de sa compagne qui le rendait si imposant de tranquillité, mais davantage une neutralité qui se dessinait dans ses gestes patients. Il souleva sa visière pour saluer Annda, dévoilant des yeux sombres aux sourcils mélancoliques, mais son sourire était sincère. Il acheva de rejoindre le canapé, sans se presser. Sur son épaule gauche, il portait le troisième arrivant, visiblement, inconscient. Il reposa sa charge sur le canapé, une seconde à peine après qu'Annda n'ait libéré son coussin. Odd tendit le cou pour tenter d'y voir quelque chose, mais le troisième homme était enterré sous plusieurs manteaux et capuches sombres. Qui qu'il fut, il n'était visiblement pas prudent qu'il soit repéré… Jérémie remua sur son siège, mal à l'aise, et Ulrich fronça les sourcils. Visiblement, Aelita voulut parler, mais elle fut devancée par Annda.

— Est-il en vie ? Demanda cette dernière en levant un sourcil vers le garçon à la casquette.

— La dernière fois que j'ai vérifié, oui.

— Je vois. Trajet compliqué ?

— Comme un jour d'examen à l'Academia Vitae, reprit la jeune femme en noir, un léger accent roulant comme celui d'Annda trahissant ses « r ». On a eu à passer par une ou deux propriétés privées, rien de bien compliqué ni d'agréable.

Elle sourit d'un air entendu à Annda, puis prêta une attention plus appuyée vers les Lyoko-Guerriers.

— Vous êtes enfin arrivés ! On commençait à croire qu'on ne vous verrait jamais !

Elle tendit une main chaleureuse à chacun des adolescents. Odd la serra, un peu plus fébrile qu'il ne l'aurait voulu, mais elle ne lui en tint pas rigueur.

— Je suis Dana, reprit la jeune femme. Et mon compagnon s'appelle Job. On vous a déjà parlé du fonctionnement de notre groupe ?

— Ils ne sont pas réveillés depuis bien longtemps, on a à peine eu le temps de les briefer sur l'après-voyage spatiotempo et sur le Prof… Soupira Valdim avec amusement.

— On doit encore vous être obscurs, alors… Commenta le prénommé Job en débarrassant son protégé d'une première couche de manteau. Si vous avez des questions purement logistiques out sur les technologies de notre monde, adressez-vous à moi. J'ai appris les bases et les manœuvres de secours au reste du groupe, il paraît que je ne suis pas mauvais prof.

— Quant à moi, je suis la femme de terrain, en quelque sorte, expliqua Dana. S'il y a de l'action, je suis là pour garantir que tout se passera bien pour moi comme pour les autres, mais surtout que la mission sera menée à bien. En clair, je sais me battre. Je fais aussi un peu d'espionnage, mais en réalité, c'est davantage le rôle de Valdim.

— Yep ! J'ai le contact humain facile, et je sais autant attirer la sympathie que détruire tout soupçon. Les gens m'aiment bien, et je suis assez bon juge des caractères. Autant que ça serve ! Cependant, je fais aussi, disons, du sabotage des troupes ennemies. Une rumeur peut s'avérer plus handicapante que n'importe quel assaut de front...

— Et enfin, je suis la tête stratégique de l'ensemble, termina Annda. Celle qui monte les plans et s'assure que les dégâts soient entièrement reportés chez l'adversaire. Ce qui veut dire que je suis aussi souvent sur le terrain. Le meilleur moyen d'évaluer une situation est encore d'aller l'éprouver soi-même.

— Je suis d'accord, ponctua Ulrich en fixant Jérémie. Ce dernier se prit soudain de passion pour le protégé de Job, alors débarrassé de la moitié de sa carapace.

— Et… Lui ? Osa enfin demander Aelita, en s'approchant timidement de l'endormi.

— Quelqu'un d'utile, comme vous. Cependant, je vous prierai de ne pas vous énerver, il m'a fallu du temps pour le ramener et, pour ne rien vous cacher, c'était un coup de poker comme je déteste les approuver, prévint Annda.

— Et le retrouver, parmi toutes les stations-planètes de notre monde, n'a pas non plus été une partie de plaisir, compléta Dana en s'asseyant, jambe croisée, une étrange curiosité pointant dans ses yeux alors qu'elle observa les Lyoko-Guerriers.

Et, en effet, il fallut à Odd toute sa fatigue pour ne pas bondir quand enfin, la capuche qui recouvrait le visage du dernier inconnu fut enlevée. Dès l'instant où il le reconnut, il se dit qu'un jour prochain et à l'usure, il ne pourrait plus regarder Jérémie en face sans sursauter.

Quand bien même il savait qu'en face de lui ne se tenait pas Jérémie, mais Belpois.

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— Si j'entend encore un usager faire l'analogie entre la situation actuelle et une prise d'otage, je jure que je ferai le nécessaire pour qu'il sache vraiment ce que c'est que d'avoir sa vie en danger…

Les mains crispées sur le rebord de sa fenêtre, le bout de ses doigts noircis semant de fines trainées de poudre sur l'impeccable immaculée de l'encadrure. Même si sa concentration était toute mobilisée sur le reflet de ses assistants, pressés les uns contre les autres en attente du couperet qui décidera de l'ambiance de leur soirée, il pouvait encore entendre par la radio les voix agacées des usagers, se couvrant l'une l'autre pour exprimer avec une insupportable emphase à quel point n'avoir plus qu'une porte d'embarquement pour la prochaine station-planète avait gâché leur journée… Quoi, il avait négocié toute une partie de la matinée auprès des forces de l'ordre pour qu'au moins elles en laissent une de pratiquable ! Ce n'était certes pas tant pour les milliers de beaux yeux se pressant chaque jour que pour sa propre santé financière et mentale, mais tout de même… Croyaient-ils donc qu'il riait en ce moment ?

Retenant une menace vide supplémentaire, il remarqua les efforts appuyés des assistants pour ne pas bouger. Même malgré l'inexactitude d'un reflet dans une vitre, il percevait chaque ride d'inconfort, ce qui n'était en soi qu'une piètre consolation. Ils ne bougeraient pas tant qu'ils n'auraient pas d'ordre, et lui ne pouvait pas les renvoyer sous le simple prétexte qu'il voulait être seul. Pourtant, la situation n'était pas entre ses mains. Comment pouvait-il prendre le contrôle du problème ? Une évasion dans un centre de retraite ! Ce monde avait clairement perdu l'habitude des remous pour s'affoler pour si peu… Boucler la ville, tout de même, c'était excessif, peu importe l'identité du fuyard. Mais ce monde repose sur les fondations qu'il a lui-même en partie entérinées, et l'une d'elle était qu'une communauté soudée doit savoir s'arrêter pour venir en aide à l'individu. Ca avait été un formidable frein à tout embêtement : la bonne volonté n'avait duré qu'un temps, mais quand l'obligation avait repris le pas, l'agacement avait été tel dans la population que chacun redoublait d'efforts pour ne pas avoir à troubler l'ordre public. Quant à ceux qui n'y pouvaient rien, eh bien… C'est à peu près au moment où l'éventualité a été mise sur le tapis qu'il s'était retiré avec son affaire d'ascenseurs transplanètes. Dire qu'il n'en avait aucune idée serait exagéré, mais supposer que ça l'intéressait le serait tout autant. Sauf dans des jours comme aujourd'hui, où il goûtait au revers de sa propre stratégie. Il fallait limiter les dégâts pour sauver les apparences auprès de la population, mais elle ne semblait se satisfaire de ses tentatives jusque là…

— Qui est chargé du lien entre nous et les forces de l'ordre ? Tonna-t-il, conscient de monter d'un cran encore la tension parmi ses assistants. L'un d'eux sursauta vigoureusement et leva la main.

— Moi, monsieur Levawki. Ils m'ont dit que ça prendrait le temps que ça prendrait, mais…

— Parler pour ne rien dire, soupira l'homme. Connait-on l'identité du fuyard ?

— J'ai écouté la radio, monsieur Levawki, commença l'un des assistants avec un début de sourire triomphal. C'est un cas à problèmes apparemment, étroitement surveillé.

— Vous m'en direz tant, ricana Levawki. Soit. Et donc, son nom ?

— C'est ce qui est étrange, monsieur. Ils en ont donné plusieurs. Je les ai notés dans ce rapport, monsieur, conclut avec entrain le jeune garçon en secouant un duo de feuillets agrafés sous le nez de ses collègues difficilement impassibles.

Levawki aurait ri d'une telle scène si la dernière information n'avait pas rallumé un semblant de bonne humeur dans son esprit.

— Plusieurs noms, hein… Vieux brigand, est-ce possible que tu sois l'artisan de ce remue-ménage ?

D'un geste distrait, il renvoya ses assistants. Un sourire immense aux lèvres, il retourna à sa fenêtre d'un œil impatient, presque affamé, cette fois-ci réellement intéressé par la ville en ébullition.

— Si tu veux jouer, jouons. Il y a bien longtemps que nous n'avions plus de secrets entre nous, je suis curieux de savoir ce que tu me réserves, bourreau des coeurs.

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« Plus personne ne pourra un jour dormir» Mondes Alternés, Saison 2 Final 3/3. Jeudi 25 Juin.


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