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Inscrit le: 29 Jan 2016 Messages: 110
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Malgré mes problèmes d'addiction, me voilà de retour sur le forum pour poster mon tout premier texte écrit sur l'univers, que je n'ai encore jamais montré aux yeux de quiconque. Peut-être qu'il aurait dû rester dans mon placard car il a été écrit il y a plus de 10 ans et jamais retouché depuis mais, voilà, l'envie m'est soudain venue de le mettre ici comme ça, tout écrit de ma part sur CL aura fini sur ce cher forum. La qualité n'est sûrement pas au rendez-vous mais retomber sur ce texte m'a rendu nostalgique. Vous me manquez énormément, comme a dit Draynes : sans Skype ce n'est plus la même chose !
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La première chose que Odd comprit, ce fut que la porte ne s’ouvrirait pas.
Il le sut avant même de l’admettre.
Il avait poussé une fois. Puis deux. Puis avec toute la force qui lui restait dans les épaules. Le bois avait gémi, les vieux gonds avaient tremblé mais la porte était restée immobile, bloquée par les gravats qui s’étaient effondrés derrière elle.
Au-dessus de lui, il y avait la maison.
Une vieille bâtisse familiale qu’il avait juré de vendre depuis des années. Une maison qu’il évitait de regarder trop longtemps parce que chaque pièce semblait contenir une version de lui-même qu’il avait essayé d’oublier.
Et maintenant, ironiquement, c’était elle qui le retenait.
La cave était petite. Trop petite.
Une ampoule suspendue au plafond clignotait encore, alimentée par un vieux câble qui sortait du mur. Elle éclairait des étagères couvertes de poussière, des cartons remplis de souvenirs, des outils rouillés.
Et au fond, posé sur une table, il y avait ce qu’il était venu chercher.
La boîte.
Celle qu’il avait cachée vingt-deux ans plus tôt.
Il n’aurait jamais dû revenir ici.
Il le savait.
Mais certaines choses qu’on enterre finissent toujours par trouver un moyen de remonter à la surface.
Même si elles attendent des décennies.
Odd s’assit contre le mur.
Son téléphone n’avait plus de réseau. Il avait essayé d’appeler les secours, des voisins. La batterie descendait lentement, comme une horloge qui comptait à rebours.
Il restait peu de temps.
Et devant lui, il y avait la boîte en métal.
Il n’osait pas l’ouvrir.
Parce qu’il savait que dès qu’il regarderait à l’intérieur, il ne pourrait plus faire semblant.
Le secret qu’elle contenait n’avait pas disparu.
Il avait seulement vieilli avec lui.
À vingt-deux ans, Odd était quelqu’un d’autre.
Il était impatient, arrogant parfois, persuadé qu’il aurait toujours le temps de réparer ses erreurs.
Il y avait eu cette nuit d’été.
Une nuit dont il n’avait jamais parlé.
Même pas à sa femme.
Même pas à ses enfants.
Même pas à sa meilleure amie Aelita, qui pourtant connaissait presque tout de lui.
Presque.
Il avait toujours laissé une pièce fermée dans son esprit.
Cette nuit-là, son meilleur ami était venu chez lui.
Ils s’étaient disputés.
Une dispute stupide au début. Une histoire d’argent, de jalousie, de promesses non tenues. Deux jeunes hommes convaincus d’avoir raison.
Puis la dispute avait pris une autre direction.
Des mots avaient dépassé leurs pensées.
Des mots qu’on ne reprend pas.
Odd se souvenait encore du moment exact où Ulrich avait quitté la maison.
Il se souvenait du claquement de la porte.
Du silence après.
Et ensuite…
Le bruit.
Un accident.
Un seul instant.
Une seconde.
Ulrich était tombé dans l’escalier extérieur derrière la maison.
Quand Odd l’avait trouvé, il était encore vivant.
Et c’était là que son secret était né.
Parce que Ulrich avait murmuré quelque chose.
Une phrase.
Une demande.
Et Odd n’avait pas eu le courage.
Il avait paniqué.
Il avait eu peur de ce qui arriverait s’il appelait de l’aide.
Peur d’être accusé.
Peur que tout le monde sache qu’ils s’étaient disputés.
Peur de perdre toute sa vie.
Alors il avait attendu.
Quelques minutes.
Puis trop longtemps.
Quand il avait enfin appelé, c’était fini.
Après, tout le monde avait parlé d’un accident tragique.
Et Odd avait laissé le monde le croire.
Il avait porté cette vérité en silence pendant plus de vingt ans.
Dans la cave, il regardait la boîte.
À l’intérieur, il y avait une lettre.
Et un enregistrement.
Parce qu’après la mort d'Ulrich, Odd avait voulu dire la vérité. Plusieurs fois.
Il avait écrit des lettres.
Il les avait détruites.
Puis il en avait écrit une autre.
Il avait même enregistré un message.
Mais chaque fois, il trouvait une raison d’attendre.
Il avait peur de faire souffrir les autres.
Il avait peur de détruire sa famille.
Il avait peur d’être réduit à cette erreur.
Alors il avait choisi le silence.
Un jour de plus.
Puis un autre.
Puis vingt-deux ans.
Il prit la boîte dans ses mains.
Elles tremblaient.
« Ulrich… »
Le nom sortit presque comme une excuse.
Il ouvrit enfin le couvercle.
À l’intérieur, il y avait une photo.
Les deux amis, jeunes, souriants, au bord d’un lac.
Des garçons qui pensaient que leur amitié durerait toute la vie.
Odd toucha la photo du bout des doigts.
« Je suis désolé. »
Il ne savait pas s’il parlait à Ulrich ou à lui-même.
Peut-être aux deux.
Le temps passa.
L’ampoule finit par s’éteindre.
La cave devint presque noire.
Odd avait froid maintenant.
Ses appels n’aboutissaient plus.
Il savait que quelqu’un finirait peut-être par le trouver.
Peut-être demain.
Peut-être dans plusieurs jours.
Mais lui n’y arriverait pas.
Et la chose la plus cruelle, ce n’était pas de mourir.
C’était de comprendre qu’il allait mourir avec la seule vérité qu’il avait voulu donner au monde.
Il serra la lettre contre lui.
Il aurait pu la laisser là.
Comme une nouvelle fuite.
Mais non.
Il prit son téléphone, presque sans batterie, et commença à enregistrer.
Sa voix était faible.
« Aelita… si tu trouves ça… »
Il s’arrêta.
Il recommença.
« Aelita, je suis désolé. »
Une larme tomba sur la lettre.
« J’ai passé ma vie à croire que me taire protégeait les gens. Mais en réalité, j’ai seulement protégé ma peur. »
Il ferma les yeux.
« Ulrich n’est pas mort comme tout le monde le croit. Pas complètement. Pas au début. »
Le silence de la cave semblait écouter.
« Il était encore là. Il m’a demandé de l’aide. Et j’ai eu peur. »
Sa respiration se coupa.
« Je l’ai abandonné. »
Ces mots étaient terribles.
Mais aussi étrangement légers.
Comme si les prononcer après tant d’années ouvrait enfin une fenêtre dans une pièce restée fermée trop longtemps.
« Je ne mérite pas qu’on me pardonne facilement. Je ne sais même pas si je le mérite tout court. Mais je ne veux pas que cette histoire meure avec moi. »
Il regarda la photo.
« Ulrich méritait qu’on se souvienne de lui autrement que par mon silence. »
Avant Kadic, Odd avait inventé une grande partie de l’image donnée à voir aux autres.
Il raconta qu’il avait toujours été populaire, qu’il avait toujours eu du succès, qu’il était « né pour être une star ». Mais la réalité serait différente : enfant, Odd était un garçon très isolé, souvent considéré comme bizarre à cause de son imagination débordante et de son besoin constant d’attention.
Un jour, il avait enfin créé LE personnage pour survivre socialement : le Odd drôle, confiant, irrésistible.
Le problème, c’est qu’avec le temps, il avait fini par ne plus savoir où s’arrête le personnage et où commence le vrai lui. La seule personne à qui il s'était confié sur ce paradoxe identitaire, c'était à Ulrich... lors d'une longue nuit de printemps dans le dortoir commun.
La batterie du portable clignota.
1 %.
Odd posa le téléphone sur la table.
Il savait que l’enregistrement allait peut-être s’arrêter.
Peut-être ne serait-il jamais retrouvé.
Peut-être que même après sa mort, la vérité resterait enterrée.
Mais pour la première fois depuis vingt-deux ans, il ne la cachait plus.
Il s’allongea doucement sur le sol froid.
Il pensa à Aelita.
À sa femme.
À ses enfants.
À Ulrich.
À ce jeune homme qu’il avait été.
Il aurait voulu avoir une dernière conversation.
Une dernière chance.
Mais certaines portes, comme celle de la cave, ne s’ouvrent pas toujours quand on le veut.
Dans ses derniers instants, Odd ne pensa pas à son propre jugement.
Il pensa seulement à une chose :
Il avait enfin arrêté de fuir.
Et dans l’obscurité de la cave, avec son secret posé à côté de lui, il attendit que le silence arrive.
Mais cette fois, le silence n’était plus un mensonge. _________________
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