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[Fanfic] Chacun sa chimère

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 Auteur Message
Icer MessagePosté le: Mar 26 Oct 2021 18:24   Sujet du message: [Fanfic] Chacun sa chimère Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Avant-propos : Ce texte ne fait PAS partie d'un univers encore plus froid que le nôtre. Cliquez sur l’icône pour en savoir plus.

https://i.imgur.com/W7IYdTl.png


Spoiler


https://i.imgur.com/dnKjuX3.png


Pour accéder à un chapitre, il vous suffit de cliquer sur le logo correspondant :

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Dernière édition par Icer le Lun 22 Nov 2021 18:26; édité 4 fois
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Icer MessagePosté le: Mar 26 Oct 2021 18:24   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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J + 1

Il régnait dans le bureau du proviseur une ambiance glaciale, admirablement assortie aux vitres émaillées de givre en cette matinée d’hiver. Embusqué derrière ses lunettes, Jean-Pierre Delmas fixait un à un ses invités du jour sans plus penser à son pingouin, qui se serait pourtant épanoui par pareille météo. Les choses étaient graves.
- Bien. Je vous ai convoqués tous les six car vous êtes probablement les seuls élèves à même de savoir quoi que ce soit. Il est très important que vous me répondiez clairement si vous avez la moindre information. Je ne veux pas vous affoler mais il s’agit peut-être d’une question de vie ou de mort.
Odd Della Robbia n’essaya pas de plaisanter.
- Mais... des informations sur quoi, monsieur ?
Le proviseur les balaya une nouvelle fois du regard, s’arrêtant plus longuement sur certains, puis s’expliqua :
- Il s’agit de Laura Gauthier. Elle n’est pas venue en cours aujourd’hui, n’est pas présente à l’internat, et ses parents ont semblé le découvrir quand nous les avons appelés. De ce que m’a dit Jim, votre groupe est le seul qu’elle fréquentait un minimum. Est-ce que vous savez quelque chose ?
Il parut sur le point de vouloir poursuivre, mais choisit prudemment de se taire. Mieux valait ne pas braquer ou intimider les adolescents s’il voulait des réponses, aussi maigres soient-elles.
William Dunbar et Aelita Stones foudroyèrent Belpois du regard, au point que même lui ne pouvait passer à côté. L’intéressé rajusta ses lunettes, qui glissaient sur le pansement qui lui couvrait le nez, et fit mine de ne pas les voir. Jean-Pierre ne voulait pas l’oppresser, mais il avait envie d’en déduire que l’adolescent savait quelque chose.
- Vous savez, même à nous, Laura ne parlait pas beaucoup, argumenta prudemment Odd. Vous pensez quoi, qu’elle a fugué ? Qu’on l’a enlevée ?
- Nous ne savons pas, et ce n’est pas à l’établissement de faire des suppositions sur le sujet, tempéra le proviseur. C’est le travail de la police.
Le mot avait le don de peser dans l’atmosphère une fois qu’il avait été prononcé. La police. Les choses graves. Le spectre des rocambolesques histoires de séries américaines, peuplées de tueurs en série et de moments plus sordides. Des situations qu’on imaginait rarement transposées dans la vie réelle.
- Laura est une fille sérieuse, avança Yumi sur le même ton. Je ne vois pas trop pourquoi elle aurait fait une fugue...
- Oui, je trouve ça bizarre aussi, appuya Ulrich.
Delmas ne répondit pas tout de suite, continuant à interroger ses élèves du regard. Ceux qui avaient parlé n’étaient pas ceux qu’il aurait souhaité entendre. Il s’arrêta plus particulièrement sur William, qui fixait le sol sans décocher un mot, étant pourtant le plus habitué à se retrouver dans ce bureau, les jours précédents l’ayant encore prouvé.
- Dunbar, vous étiez assez proche de mademoiselle Gauthier, il me semble.
- Elle ne m’a rien dit non plus, répondit laconiquement le jeune homme.
Il paraissait ébranlé. Impossible de trop le pousser, c’était sûrement difficile pour lui aussi.
- Belpois, Stones, vous faites aussi partie des meilleurs élèves de la classe... avez-vous remarqué une baisse de régime chez elle ? Des résultats moins satisfaisants que prévu aux dernières interrogations ?
- Non monsieur.
Il attendit encore, mais aucune information ne lui fut livrée. Comprenant que sa démarche était vaine, il retint un soupir et permit aux adolescents de retourner en cours. Ils sortirent tous les six de son bureau, le laissant seul face aux tracas de cette disparition préoccupante.

https://i.imgur.com/eVgwitq.png


Il fallut quelques mètres dans le couloir avant que le silence ne soit rompu chez les Lyoko-guerriers.
- Très bien, je vais le dire, trancha subitement Ulrich. Est-ce qu’on a des signes d’activité du Supercalculateur ? De X.A.N.A ? De Tyron ?
- Je n’aime pas ça, marmonna Yumi.
- Eh, du calme, intervint Odd. Le Supercalculateur, on l’a éteint. X.A.N.A, pour le moment, il est hors-course non ? Et puis si c’était bien lui, pourquoi s’en prendre à Laura et pas à l’un d’entre nous ?
- Ne sombrons pas dans la paranoïa, abonda Jérémie, le regard fixé sur le bout du couloir. Ce genre d’événement peut arriver sans qu’il y ait un lien avec Lyoko.
- Tu ne comptes même pas vérifier ?
La remarque était venue d’Aelita. Le ton incisif ne laissait aucun doute sur sa réprobation. Jérémie tourna la tête vers elle, laissa passer quelques secondes, puis rétorqua :
- Réveillez-vous. X.A.N.A ne peut pas être l’excuse à tout ce qui se produit. Il est hors de question de rallumer le Supercalculateur pour ça. Je suis persuadé qu’il s’agit d’une initiative propre à Laura, c’est tout.
Sa tirade terminée, il se remit en marche vers les salles de cours.
- Comment tu peux dire ça aussi calmement, Jérémie ?
L’intéressé aurait peut-être daigné répondre, malheureusement, comme les collégiens n’avaient jamais cours, Milly et Tamiya surgirent de l’angle et les aperçurent immédiatement. Il ne leur en fallut pas plus pour dégainer micro, caméra et même une toute nouvelle micro-caméra que la rouquine semblait avoir récemment acquise pour procéder à quelques tests.
- Oh, on vous cherchait ! Vous avez un mot à dire aux Échos de Kadic sur la disparition de Laura Gauthier ?
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Zéphyr MessagePosté le: Ven 29 Oct 2021 18:16   Sujet du message: Répondre en citant  
Z'Administrateur


Inscrit le: 16 Mar 2013
Messages: 1095
Localisation: Au beau milieu d'une tempête.
Vous êtes bien placés pour connaître notre politique en matière de retours publics sur les textes donc fatalement, il n'y a que moi pour représenter le Pôle et vous juger, en approchant l'air de rien mon compteur des 1100. Mr. Green

Ce Prologue est très accrocheur (une enquête, du moins en apparence, ça me plaît), avec le meilleur de vos deux mondes : un scénario léché, une belle présentation (le logo est plutôt classe mais c'est bien une plaque d'égout, je ne rêve pas ?), une syntaxe propre, une ambiance correctement posée et un style... bon c'était surtout du dialogue, difficile de vraiment juger mais j'ai foi en la plume efficace d'Ikorih pour faire le travail minimum.
Le scénario de base est propice aux embrouilles au sein du groupe des Lyokô-guerriers. C'est quelque chose qui n'est pas si courant que ça en fanfiction, alors que ça fonctionne diablement bien avec un peu d'imagination. Jurisprudence Léana.

D'autant plus que, je place pour l'heure une pièce sur le fait que Laura ne doit pas être si loin que ça. L'Usine est une première piste envisageable, notamment au vu de votre logo, qui semble être ce que je suppose plus haut.

Bref, j'espère que ce texte se/nous trouplera bien !
_________________
http://i.imgur.com/Z94MNN5.png

« Jérémie avait fait un superbe travail. Ce dernier voyage sur Lyokô promettait d'être inoubliable. »
Un jour, peut-être.
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Ikorih MessagePosté le: Jeu 11 Nov 2021 09:23   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


Inscrit le: 20 Oct 2012
Messages: 1522
Localisation: Sûrement quelque part.
Spoiler


https://i.imgur.com/BfvGGDI.png




J – 168

Il faisait sombre et il pleuvait à verse. Les bourrasques hurlantes menaçaient de fracasser les branches des marronniers de la cour, leurs feuilles rouillées par l’automne saisissaient l’occasion pour quitter le navire. Les gouttes tambourinaient aux fenêtres du deuxième étage du bâtiment de sciences, siphonnant l’attention des élèves de première. La pause de dix heures ne s’annonçait pas sous les meilleurs augures, mais il restait encore une vingtaine de minutes de cours. Peut-être qu’une éclaircie surviendrait ? Pour le moment, la seule lumière venait de l’éclairage électrique de la classe. Cela créait une drôle de démarcation avec l’obscurité qui régnait dehors.
Une frontière similaire existait au milieu de la table de la colonne de droite, au troisième rang. Côté rangée, on trouvait Yumi Ishiyama : rayonnante, attentive, buvant les paroles de Madame Hertz sans même se rendre compte de la tempête au dehors, tenant son cahier de sciences en ordre. Après tout, il était temps de profiter d’une vie normale et bien rangée, non ? Quelle meilleure occasion pour reprendre ses études en main ?
Côté fenêtre, il y avait William Dunbar, qui était d’une humeur plus similaire à l’orage. À vrai dire, il regrettait son placement qu’il pensait pourtant stratégique à peine un mois plus tôt. Lui aussi avait cru au retour de la vie normale. Il s’était dit que cette nouvelle année pouvait être l’occasion de finalement damer le pion à Ulrich, ou au moins de passer les cours de physique en bonne compagnie...
Mais non. La japonaise avait récemment officialisé sa relation avec son rival, et William héritait du rôle du sympathique voisin de table qui pouvait occasionnellement dépanner d’une paire de ciseaux. Il n’avait pas la tête à suivre les explications de la professeure sur l’interaction forte, et se doutait qu’il le regretterait plus tard. Le trou laissé dans sa scolarité par X.A.N.A était loin d’être réparé. Il avait atterri en filière scientifique un peu par défaut, désintéressé du reste et encouragé par ses parents et le corps enseignant, alors que ses résultats en maths avaient commencé à chuter de façon inquiétante dès son retour sur Terre. Comment un foutu spectre pouvait-il savoir résoudre des équations mais pas mener une conversation normale ?
Repenser à X.A.N.A n’arrangeait pas son humeur. Il aurait pourtant dû considérer que tout ça était derrière lui. Mais non, ça ne l’était pas. Il ne parvenait pas à s’en convaincre. Le Supercalculateur était éteint, X.A.N.A dormait dans un drôle d’entre-deux, et les autres parvenaient vraiment à s’en satisfaire ? Lui, non. Son compte à régler le tenaillait. Le danger était toujours là, alors pourquoi fallait-il que Yumi ait ce sourire niais sur le visage ?!
« Respire, William, respire... »
Non, décidément, tout ceci le dérangeait. Il copia distraitement le schéma du tableau sans nécessairement le comprendre, accéléra la cadence en réalisant que Madame Hertz commençait à l’effacer pour passer à la suite. Mais suite il n’y eut pas : la cloche la coupa dans son élan. Elle poussa un soupir en entendant ses élèves ranger leurs affaires avant même qu’elle se soit retournée, mais les laissa partir sans rien ajouter. Elle s’énerverait une autre fois pour leur manque de savoir-vivre.
Yumi fut parmi les premières à sortir, le regard rivé sur son portable. William retint une moue agacée, devinant bien ce qui pouvait la motiver, et lâcha sa trousse dans sa besace d’un geste contrarié. Cette journée s’annonçait aussi morose que la pluie qui battait encore les carreaux. Il n’était pas pressé d’être dehors. Peut-être qu’Odd pourrait raconter une blague ou deux, mais dans la pratique, il ne passait pas tant de temps que ça avec les Lyoko-guerriers. Ex-Lyoko-guerriers. Le souci, c’était qu’il n’avait pas tellement d’autre option, à part rester dignement seul.
Les arcades étaient subitement devenues très populaires. Elles étaient même noires de monde, contrairement au reste de la cour qui était davantage noir de pluie. Quelques rares outsiders avaient colonisé l’abri relatif des arbres et il fut tenté de faire de même pour s’épargner la surpopulation. Ceci étant, il pouvait aussi s’éclipser dans les couloirs pour son prochain cours…
L’option parvint à le convaincre. Ça lui éviterait de subir Ulrich et Yumi. Aussi discrètement qu’il était arrivé, il se faufila dans le bâtiment principal. Bien sûr, il n’était pas le seul à avoir eu l’idée : il croisa d’autres élèves dans les couloirs. L’une d’entre elle le regarda à peine avant de disparaître dans l’escalier, mais elle le laissa songeur.
Laura. Probablement l’un des problèmes les plus épineux qu’ils avaient rencontrés cette année. Il ne s’était jamais fait la réflexion, mais avant de fréquenter Jérémie pour le Supercalculateur, elle n’était probablement pas souvent accompagnée. La petite blonde faisait partie de ces électrons libres qui ne paraissaient pas souffrir de la solitude.
William repensa à leur improbable coopération qui avait tourné au cauchemar. Pourtant, elle partait d’une bonne intention. Il l’avait suivie de son plein gré. Et puis... les Lyoko-guerriers s’étaient débarrassés d’elle pour une erreur. Ça avait quelque chose de familier, maintenant qu’il s’en rendait compte. Une bévue, une xanatification, une sortie pointée. Bien entendu, cette règle ne valait pas pour les membres du groupe de base. Combien d’encouragements Jérémie avait-il reçu, le jour de l’anniversaire d’Aelita, alors qu’il enchaînait les catastrophes ?
Désormais debout près de l’entrée de la salle de français, William suivait du regard les gouttes sur le carreau. Allait-il finir comme Laura, tout seul ? Maintenant que X.A.N.A était « vaincu », combien de temps les autres se préoccuperaient-ils de lui ?

https://i.imgur.com/eVgwitq.png


J – 168

Officiellement, X.A.N.A était vaincu, enfin, bloqué dans une machine en sommeil dans l’attente d’être vaincu lors de sa réactivation pour être précis, et ce depuis quelques jours. Le bon élève en maths qu’était Jérémie n’avait d’ailleurs pas mis longtemps à se représenter les jours passés entre l’extinction du Supercalculateur... et son rallumage. 9 jours. Sous l’impulsion d’Aelita.
Il avait fallu 4 jours pour que sa belle se mette à le dévisager un peu trop du regard sans rien demander. 6 pour qu’elle commence à tapoter nerveusement avec sa main en classe comme si elle n’était pas satisfaite de quelque chose. Et les deux jours suivants... Belpois pouvait remercier le week-end familial prévu de longue date avec ses parents qui lui avait ôté la joie de la compagnie d’Aelita. Car au neuvième jour, le lundi, Stones venait lui demander s’ils pouvaient reprendre la recherche de sa mère. C’était aussi le moment où « Einstein » avait compris que, dans l’intervalle, elle avait tenté de mener ses recherches seule, depuis son ordinateur portable... sans succès logiquement.
Jérémie pouvait difficilement en vouloir à Aelita d’avoir comme objectif premier de retrouver sa mère. Après tout, son père mort quelques mois plus tôt, on ne pouvait pas lui reprocher de se raccrocher à sa seule famille connue. Et à dire vrai, celui qui avait lutté plusieurs années contre une intelligence artificielle élaborée sur un supercalculateur quantique pensait que cela allait être une formalité. Hélas. Ses propres tentatives depuis sa chambre n’avaient rien donné.
Ainsi, d’un commun accord, les deux intellos avaient décidé de rallumer la machinerie de l’Usine, une aide précieuse, alors que Tyron n’avait toujours donné aucun signe de vie, laissant supposer qu’il se débattait encore avec la merde dans laquelle la dernière visite des Lyoko-guerriers sur le Cortex l’avait plongé. Une situation relativement safe pour envisager d’utiliser la puissance de Lyoko sans risquer a priori une activation de tour de la part de X.A.N.A, ce qui signerait quand même son troisième retour. Mais pour le moment, cela n’avait pas suffi. Ce qui expliquait qu’ils soient encore coincés à l’Usine.
Il y avait quand même quelque chose de bizarre dans tout ça. Les Lyoko-guerriers savaient avec quasi-certitude que Tyron était en Suisse, certes un pays étranger mais d’une part, un petit pays et d’autre part, un pays dont le français était l’une des langues officielles. Il y avait quand même, sur le papier, plus difficile comme terrain de jeu. Pourtant... chou blanc donc. Le blondinet, le teint verdâtre en raison des murs de la même couleur du labo où il se trouvait actuellement avec Aelita, se disait justement qu’il était temps de passer à table, au sens métaphorique du terme :
- J’ai fini d’écumer tous les registres d’état civil des localités suisses grâce au Supercalculateur. C’est à n’y rien comprendre Aelita, ni ta mère, en tout cas sous son vrai nom, ni Tyron, en tout cas sous le nom qu’on lui connaît, n'apparaissent !
Stones, ordinateur portable sur les genoux, soupira, signe qu’elle n’était pas en position d’annoncer de meilleures nouvelles.
- Je ne comprends pas. Il s’est présenté à Kadic comme professeur, rappela la « belle-fille » de l’homme au centre de la discussion.
- Oui et puis le manège de Graven recoupe ça. Pour moi, il enseigne dans le supérieur, ou plus probable encore, il est à la tête d’une école, certainement privée.
- Mais Jérémie, comment un mec pareil peut-il disparaître d’Internet !?
Sa voix devenait aiguë. Elle commençait à perdre ses nerfs. C’était logique.
- Aelita. Tu as déjà essayé de retrouver ta mère par internet, et ça n’a rien donné. Je pense que Tyron mène...
Il hésita.
- ...une double vie. Son travail avec son supercalculateur, les ninjas... et donc ta mère qui est liée à ce projet, doivent être secrets, totalement déconnectés de l’estimé professeur, personnage public.
La fille à la crinière rose secoua pourtant la tête de refus.
- Non, je n’y crois pas. Il a donné Tyron comme nom au provo, et dans sa vidéo, ma mère révélait carrément son prénom, Lowel. Ce qui signifie que c’est Lowel Tyron son nom public. Sinon il aurait donné l’autre !
- Je sais bien, mais c’est précisément ce sur quoi j’ai basé mes recherches jusqu’ici. Un élément doit nous échapper. Mais je ne vois pas quoi. Et imagine qu’il ait aussi menti sur la Suisse au passage ?
Il s’attendait à une nouvelle protestation, mais la fille au contraire commençait à avoir les yeux brillants. Elle n’allait tout de même pas se mettre à pleurer ? Cette simple idée mettait Jérémie mal à l’aise, ainsi, il tenta de désamorcer la chose :
- Je vais lancer de nouvelles recherches pendant la nuit. Jusqu’ici, on s’est basé sur les noms mais pas les données personnelles comme les caractéristiques physiques. On va prendre les fourchettes qui collent à Tyron et Anthéa et on triera les résultats nous-mêmes. Ce sera un peu long mais...
- Super idée ! se réjouit Aelita en lui sautant au cou pour l’embrasser sur la joue.
Pas mal. Celui qui était moqué pour son absence de qualités diplomatiques il n’y avait pas si longtemps avait visiblement rattrapé son retard dans l’intervalle. Les deux tourtereaux prirent donc 45 minutes supplémentaires pour paramétrer ce nouveau scan. Puis, épuisés par l’heure tardive, ils quittèrent les lieux, jaillissant dans la nuit claire mais fraîche, la pluie de la journée ayant bien fait descendre la température.
Aelita lui donnait la main et était actuellement occupée à siffloter légèrement. Jérémie lui, ne parlait pas. Il était préoccupé. Cette idée de recherches via les données personnelles – il pouvait féliciter les Suisses d’avoir de belles archives informatiques, si Anthéa avait été au Ghana ou un autre pays du tiers-monde, cela n’aurait pas été la même musique – était certes un coup de génie, mais ce n’était pas non plus une recette miracle. Si cela échouait, il allait lui falloir un nouveau plan B. Sinon... le sourire discret mais bien réel actuellement perceptible sur le visage d’Aelita ne risquait pas de durer longtemps.

https://i.imgur.com/eVgwitq.png


J – 166

William était peut-être trop tendu. Ça ne lui était jamais arrivé de s’énerver sur la prof d’espagnol, mais enfin, si elle mettait les cours de soutien à des horaires plus décents, il n’en serait sûrement pas arrivé là. Une excuse à laquelle Monsieur Delmas serait sûrement peu réceptif...
Expulsé de cours pour les dernières vingt minutes avant la pause déjeuner, il était tenu d’aller se présenter chez Monsieur le proviseur, une expérience qui n’aurait certainement rien d’agréable et n’arrangerait pas la journée pourrie qu’il avait passée jusqu’ici. Son sac à l’épaule et son plus bel air maussade sur le visage, il arrivait en vue de la fameuse porte... pour constater qu’il n’était pas le premier à s’y être rendu. A priori, rien de révolutionnaire.
Oui mais voilà, qui se serait attendu à trouver Laura Gauthier devant la porte de Delmas ? À en juger par sa moue pincée, les choses ne se passaient pas comme elle l’entendait. Elle ne remarqua William que quand il fit part de sa curiosité :
- Laura ? Qu’est-ce que tu fais là ?
L’interpellée soupira, avant de s’expliquer :
- Des tracasseries administratives évidemment. Kadic s’est aperçu après coup qu’il manquait un élément à mon dossier d’inscription. Je suis là pour récupérer le duplicata signé de la main de Delmas au secrétariat... Mais Madame Weber n’était pas là quand j’ai jeté un œil. J’espère qu’elle reviendra d’ici midi, s’agaça-t-elle.
William haussa un sourcil, peu habitué à avoir une réponse que Laura ne possédait pas. Par contre, il dut en effet reconnaître que, pour être parfaitement exact et contrairement à son premier constat, Gauthier ne patientait en effet pas devant la porte du proviseur, mais plutôt devant celle juste à côté, de Madame Weber.
- Tu vas attendre longtemps : on est mercredi, c’est son jour de repos.
La jeune fille pâlit, peut-être d’agacement ou de honte d’être prise en défaut de la sorte. Elle marmonna entre ses dents :
- Quelle idiote, comment j’ai pu oublier ça ?
Elle ne distribuait pas les remerciements facilement. William fit comme si de rien n’était.
- Et toi, d’ailleurs, qu’est-ce qui t’amène ? poursuivit Laura pour détourner le sujet.
- Oh, euh... Je me suis pris le bec avec la prof d’espagnol, avoua-t-il avec un petit rire. Un truc bête, en plus, ce n’était pas très malin de ma part.
- Non, en effet. Enfin... au moins ça m’aura évité de poireauter là une demi-heure de plus, répondit Laura dans ce qui ressemblait presque à une maladroite tentative d’humour.
La blonde commença à s’éloigner, abandonnant William à son triste sort aux mains du proviseur. L’adolescent choisit cependant d’exploiter adroitement la brèche qui venait de s’ouvrir dans la muraille de glace habituelle de son interlocutrice. Autant assurer son avenir social hors du groupe des Lyoko-guerriers.
- On mange ensemble ce midi ? Enfin, si tu n’as rien de prévu, demanda-t-il en sachant pertinemment qu’elle était libre, vu son absence de fréquentations.
Laura le dévisagea pendant une seconde, un peu surprise par cette approche des plus directes. Après tout, William n’avait jamais été connu pour sa subtilité.
- Pourquoi pas, accepta-t-elle pourtant.
Ce fut donc à l’issue d’un remontage de bretelles dans les règles de l’art – le proviseur allant même jusqu'à lâcher le mot « voyou » à son endroit – que William se retrouva au self, plateau en main, à chercher la jeune fille du regard en espérant ne pas s’être fait poser un lapin. Mais non, elle était bien assise seule à une table dans un coin, évitée par le reste du monde.
Le brun coula un regard à la table bien remplie et très animée des Lyoko-guerriers. La simple perspective de manger face à Ulrich et Yumi lui fit froid dans le dos, et il se dépêcha de rejoindre Laura, qui avait attaqué ses haricots du bout de la fourchette. Elle lui parut encore songeuse, mais il lui était difficile d’imaginer ce qui pouvait trotter ainsi dans cet esprit si différent du sien.
- Les miracles existent, je n’ai pris aucune heure de colle ! lança-t-il en s’asseyant.
- Oh, j’imagine que Monsieur Delmas a réussi son niveau de Flipenguin avant de te recevoir, ironisa-t-elle.
- Son quoi ?
- Tu n’es pas au courant ? releva-t-elle. Le proviseur passe son temps libre sur une sorte de petit jeu débile à base de pingouins.
- Ce serait là le secret de la fameuse administration française ? plaisanta-t-il.
Laura esquissa un sourire, plus réceptive à son trait d’esprit qu’il ne l’aurait espéré. Il avait un peu craint de se faire aligner sur une notion de physique quelconque, mais ça n’en prenait pas le chemin. Rassuré par la tournure de la discussion, il s’accorda une pause le temps d’avancer dans le contenu de son assiette. La blonde jeta un coup d’œil à la table occupée par leurs anciens amis communs (bien qu’elle n’en ait aucun souvenir) et fit remarquer :
- Tu ne traînes plus avec la bande de Belpois ?
Le sujet était tout de suite moins léger. William prit son temps pour répondre, temporisant à l’aide de son steak.
- Non, plus tant que ça.
- Vous vous êtes disputés ?
- C’est beaucoup dire... Ils me saoulent un peu ces jours-ci, je me suis dit que c’était l’occasion de passer du temps avec d’autres personnes.
Il choisit prudemment de ne pas développer le fait qu’elle lui paraissait souvent seule et qu’il se reconnaissait là-dedans. Et, bien entendu, hors de question d’évoquer la série d’événements dont il était le seul des deux à se rappeler.
- Tu sais, tu peux le dire directement si t’as besoin d’aide en physique, soupira Laura. Tu serais pas le premier à me demander des explications. J’ai même un terminale qui est venu me voir l’autre jour, alors...
- Non, c’est pas ça, protesta William. Enfin, oui, je suis un manche en physique, mais ce n’est pas juste pour ça que j’avais envie de te parler. C’était un peu sur un coup de tête à la base, mais je te trouve sympa.
Ces explications un peu en vrac ne parurent pas totalement convaincre Laura. Peut-être était-elle en train d’analyser tout ça avec son grand esprit rationnel, en tout cas elle parut continuer à tolérer sa compagnie.
- Comment ça se fait que tu sois en S si tu es un manche en physique, d’ailleurs ? fit-elle remarquer.
- Euh...
William chassa de son esprit la période de sa réplique et tous les déboires dont il avait eu vent. Heureusement que ça s’était tassé bien avant l’arrivée de Laura...
- Un peu par élimination, l’économie et la philo c’était encore moins mon truc, avoua-t-il. Et puis mes parents trouvaient ça bien que je fasse S alors je suis allé dans leur sens.
- Ah, ça... abonda Laura avec un hochement de tête.
Il repensa à la seule fois où ils avaient eu vent du père de la jeune fille. Ça s’était assez mal terminé, mais grâce à ça il était conscient de la pression qui pouvait peser sur elle. Lui-même s’en tirait vraiment bien, tout compte fait.
Et cette conversation ressemblait enfin à quelque chose d’un peu personnel.

https://i.imgur.com/eVgwitq.png


J – 164

- Dites donc les supertronches, pour des cerveaux à la retraite, on ne vous voit pas beaucoup ces temps-ci !
Le propos, qui conjuguait habilement compliment et reproche, était signé Odd, alors que lui-même, Aelita et Jérémie – les deux visés par la réplique bien entendu – ainsi que Ulrich et Yumi – inséparables depuis peu – étaient réunis au réfectoire. Ledit propos était d’ailleurs suffisamment annonciateur de révélations croustillantes, pour que Stern et Ishiyama tournent le regard, majoritairement croisé entre eux jusque là.
Mais Jérémie n’était pas né du dernier système d’exploitation Windows (et heureusement d’ailleurs, puisque celui-ci était jugé par la majorité comme vraiment naze) : avec le niveau de difficulté pris par les recherches sur la mère d’Aelita, il en avait évidemment anticipé les conséquences concrètes dans la vie de tous les jours, même si ironiquement, il n’avait pas encore eu le temps de réellement redécouvrir la « routine ».
Il avait eu le temps en revanche de se demander si, confronté à ce type de questions, il devait la jouer honnête, pas trop, ou même pas du tout. Pour une raison inexplicable, la bande des Lyoko-guerriers avait tendance à considérer que le Supercalculateur, allumé, constituait une menace, ce qui n’était pas tout à fait vrai : la machine n'hébergeait d’une part plus X.A.N.A, et d’autre part, elle n’en était pas exactement à l’origine, c’était Franz Hopper qui l’avait créé dessus. Un nouveau danger n’allait pas éclore de lui-même... et le savant susmentionné était mort, ce qui était triste mais, toutes choses égales par ailleurs, diminuait fortement les probabilités qu’il utilise de nouveau ce Supercalculateur-là pour recréer un X.A.N.A bis.
Mais Belpois avait déjà suffisamment de soucis en tête pour ne pas s'embarrasser en plus des doutes et inquiétudes des autres s’ils apprenaient la vérité. Un deal passé d’un commun accord avec Aelita, pour qui la priorité numéro 1 était de retrouver une piste pour contacter sa mère. Aussi, les escapades à l’Usine étaient officiellement des escapades « en amoureux » en ville, ce qui suffisait à ne pas être suivi. Escapades qui pouvaient se terminer bien tard, comme la fois dernière, mais cela était excusé par toutes les années de lutte contre X.A.N.A qui avaient, aux yeux des trois autres, (trop) longtemps mis la relation entre les deux intellos entre parenthèses. De plus, la fermeture des grilles n’était rien pour ceux qui pouvaient continuer de profiter du passage des égouts... C'était certes un peu gros mais, pour les quelques jours de recherches prévisionnels – Jérémie espérait vraiment que cela n'irait pas au-delà – cela passerait. D'ailleurs, Aelita n'innova en rien en répondant à Della Robbia :
- Eh, Odd, tu pourrais nous accorder le droit de nous évader un peu avec Jérémie.
Jérémie avait souri en prêtant l'oreille à la réplique. Nul doute qu'Ulrich, Yumi et Odd interpréteraient cela comme une réaction mièvre. Il n'en était rien : la mimique de Belpois traduisait son amusement en constatant qu'Aelita était la première à le défendre, mais surtout quand ses propres intérêts étaient en jeu. C’était toujours ça.
- Bien sûr, bien sûr ! répondit le clown mauve en surjouant, comme souvent. Je sais ce que c’est.
- Ah bon ? réagit son camarade de chambre. Parce qu’aux dernières nouvelles, ça patine sérieusement avec Sam. Les roses devaient bien finir par faner...
- Oh ça va, je gère, c’est juste des complications mineures, assura le Don Juan. Tu sais bien qu’une fille amoureuse est rarement logique.
Le brun ne répondit pas, tournant à nouveau – cela relevait du réflexe pavlovien désormais – son regard vers la japonaise. Jérémie, qui pourtant n’avait jamais fait montre d’un grand intérêt pour les relations sociales, était surpris de constater qu’il anticipait – du moins l'espérait-il – parfaitement l’implicite qui devait se dérouler entre ses deux amis : Ulrich voulait sans doute faire comprendre à Yumi que elle, elle était différente, et que c’était pour cela qu’il l’avait choisie, un truc dans le genre. Tous les garçons faisaient ça. La plupart mentaient du coup, simple loi statistique élémentaire pour peu que la différence soit associée à la rareté. Ou alors, si chacun était si différent, comment pouvait-il y avoir des règles communes ?
Cette sérénité nouvelle et apparente dans les relations sociales de Belpois n'était en fait qu'une façon d'occuper temporairement son gros cerveau avec autre chose que son tout aussi gros problème du moment : le plan B dans la recherche d'Anthéa Hopper ou même de Lowel Tyron n'avait à nouveau rien donné. Un constat achevé hier soir lorsque, depuis l'ordinateur de la chambre de Jérémie, Aelita et lui-même avaient terminé de faire le tri dans les résultats des recherches menées au préalable depuis l'Usine.
L'heure tardive avait permis à Jérémie de jouer la montre en proposant à Aelita d'aller se coucher – séparément bien sûr, le règlement intérieur de Kadic avait été suffisamment violé pour la soirée, si l'on pouvait dire – parce que bien entendu, la nuit porterait conseil, qu'ils en reparleraient demain... c'est à dire aujourd'hui. Le fait que Stones ait répondu de la sorte à Odd semblait indiquer qu'elle y croyait encore. Sous-entendu, qu'elle attendait de lui un plan C lorsqu'ils auraient l'occasion d'aborder ce sujet. Mais de plan C, il n'en avait pas, à moins de considérer que Tyron avait en fait sciemment menti en parlant de la Suisse et qu'il se cachait en réalité dans un autre pays – la Belgique par exemple, moins classe, mais tout aussi proche, et ayant également le mérite de parler français. Du moins, un certain type de français...
Mais au-delà du fait que Jérémie ne croyait pas à cette théorie, cela ne ferait que repousser le problème. Non, la vraie solution, c'était qu'Aelita tourne la page définitivement. Alors oui, il savait que c'était dur. Oui, lui qui avait toujours eu ses deux parents, n'était pas le mieux placé pour lui dire de grandir, mais en attendant, c'était lui qui sacrifiait son temps dans le vide. Il l'avait déjà suffisamment fait, contre X.A.N.A, même si dans ce cas-là, c'était simplement le fait d'assumer ce qu'il avait lui-même provoqué. Et si Tyron finissait par trouver la solution au virus balancé dans son supercalculateur, la lutte virtuelle allait reprendre, raison de plus pour profiter du temps mort actuel. Jérémie avait bien besoin de repos, et il aurait aussi, en objectif secondaire non-négligeable, enfin voulu réellement faire avancer sa relation avec Aelita – qui était quand même à l'origine du début de la lutte susmentionnée, donc il fallait boucler la boucle. Mais les obsessions actuelles de la jeune fille pour sa mère l'en empêchaient totalement à ce stade. Bref, c'était la grosse impasse.
La journée de cours chargée permit toutefois à Jérémie de mettre entre parenthèses ce problème quelques heures, un état de fait facilité par la possibilité de s'asseoir à côté d’Ulrich au lieu d’Aelita dès la deuxième heure de cours. Odd, en effet, n’avait rien trouvé de mieux que de se faire expulser dès la première heure pour une tentative de drague en plein cours manquée sur Élodie – cocasse, mais révélateur pour celui qui venait de déclarer être encore sur le coup avec Sam – cumulée à une tentative de jeux de mots douteux lorsque Madame Hertz lui avait demandé ce qu’il faisait. C’était aussi l’occasion de profiter un peu de son pote brun, les temps de cours étant le dernier endroit où il n’était pas collé à Yumi en dehors des heures de couvre-feu du règlement intérieur.
Mais même une journée de cours dense – quatre heures le matin, quatre heures l’après-midi, une heure seulement de pause pour manger – avait ses limites et, au soir, Jérémie se retrouva en tête à tête avec Aelita au self. L’occasion pour lui de se souvenir que ladite journée dense était en fait celle du vendredi, que par conséquent, Ulrich avait pour habitude de faire le mur ce soir-là pour manger avec Yumi en ville et qu’Odd n’avait plus donné aucun signe de vie depuis son expulsion, y compris dans son secteur de prédilection, la cantine. Au regard lancé par Aelita à peine son plateau posé sur la table, il savait qu’il allait y avoir droit. Il n’était, cette fois, pas question de se dégonfler.
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TheresaMccoy MessagePosté le: Ven 12 Nov 2021 13:03   Sujet du message: Répondre en citant  
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Bonjour,

J'ai du mal à cliquer sur l'icone hors que j'ai vraiment envie de lire le permier chapitre, l'histoire est vraiment intéressant.
Je crois que j'ai un petit soucis avec la connexion.je vais essayer plus tard.
Sinon je vous remercie pour le partage. trop cool Smile Smile
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Icer MessagePosté le: Lun 22 Nov 2021 18:24   Sujet du message: Répondre en citant  
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J – 158

- Je maintiens qu’on aurait été mieux à la bibliothèque, souligna Laura d’un ton professoral en rajustant le pli de sa jupe.
- Tu parles, pour une fois qu’il fait beau !
William n’avait pas tort : le ciel était agréablement dégagé, ce qui n’avait pas toujours été le cas les jours précédents. Mais même avec un tel argument de poids, réussir à convaincre Laura de s’aventurer à l’extérieur relevait de l’exploit. Si elle n’était en rien hostile au charme de la nature, elle aimait avoir un cadre plus conventionnel pour travailler, même quand il s’agissait simplement de reprendre des notions de base.
- Beau, c’est un peu exagéré, corrigea-t-elle avec un regard méfiant pour le nuage gris qui dérivait dans un coin du ciel. Tu ne diras sans doute plus ça quand on se sera pris une averse.
Il avait prévu cette éventualité : ils étaient assis sous un arbre.
- La bibliothèque est blindée de monde à cette heure-ci, de toute façon, rappela William.
- C’est vrai, admit-elle.
Il n’avait pas été si difficile de trouver un argument auquel elle puisse être sensible : elle n’aimait ni le bruit ni les gens, deux choses qui allaient fréquemment ensemble. Aux pires moments de la journée, l’autorité toute relative de Jim ne suffisait plus à contenir le niveau sonore de la bibliothèque, tout spécialement quand Della Robbia entamait un tennis à l’aide d’une boule de papier.
Ici, peu de risque d’en arriver là, et c’était précisément pour ça que William avait suggéré de bouger. Au fond, il se fichait un peu de savoir dériver correctement une fonction ou de comprendre les dessous de la physique nucléaire. Il avait surtout envie d’avoir un moment seul avec Laura. Puisqu’ils avaient échangé à pas mal de reprises depuis l’épisode de la cantine, il avait conclu que la perspective de passer du temps avec lui ne la rebutait pas, ce qui était encourageant. Souffrait-elle plus de la solitude que ce qu’elle voulait bien montrer ? Il n’osait pas s’avancer jusque-là. Ce qui se passait dans l’esprit de la jeune fille était difficile à saisir, et pour le moment il n’en avait pas toutes les clés. Peut-être que ça changerait à l’avenir.
- Alors, qu’est-ce que tu voulais revoir ? s’enquit Laura qui ne perdait jamais le Nord.
- Ah, euh, attends...
Il s’acheta quelques précieuses secondes en partant à la recherche de son cahier de maths dans son sac, puis encore quelques autres en le feuilletant pour tomber sur la bonne page.
- Là, c’était cet exercice, j’ai pas bien compris comment j’aurais dû faire.
- Tu as l’énoncé ?
- Euh... attends.
Il était reparti pour une nouvelle fouille dans son sac. Elle soupira.
- William, il faut toujours commencer par recopier l’énoncé... C’est beaucoup plus simple quand tu veux reprendre l’exercice ensuite.
Peut-être était-ce son imagination, mais elle lui sembla plus amusée qu’exaspérée par cette erreur de débutant qu’il aurait sans doute pu arrêter de commettre maintenant qu’il était en première.
Une fois qu’elle eut sous les yeux les consignes et ses gribouillis confus, elle les examina pendant une fraction de seconde avant de pointer un index réprobateur sur une expression.
- Tu as dérivé un quotient sans utiliser la formule dédiée. Ton expression est fausse à partir de là.
Visiblement d’humeur magnanime, elle lui emprunta un stylo et inscrivit la fameuse formule dans une marge du cahier, allant même jusqu’à l’encadrer pour une visibilité optimale.
- Comme c’est la plus compliquée, les professeurs aiment certainement la ressortir, précisa-t-elle. Mieux vaut la connaître. Tu peux t’appuyer sur celle de la dérivée d’un produit, qui lui ressemble un peu dans l’esprit.
- Hum, sans doute, répondit prudemment William pour qui la similitude n’était pas évidente.
Il reprit malgré tout l’exercice avec cette nouvelle donnée en main, en prenant garde à ne pas s’embrouiller dans les termes désormais bien plus touffus de sa dérivation. Comme sa professeure du jour ne paraissait pas décidée à le stopper, il en conclut qu’il était sur la bonne voie et termina les simplifications avant de l’interroger du regard.
- Oui, ça m’a l’air bon, confirma-t-elle.
- Je m’attendais à ce que ce soit plus compliqué sur le fond, avoua-t-il.
- Pour arriver à calculer une dérivée, tu n’as pas trop besoin de t’interroger sur sa signification mathématique. Appliquer les formules du cours suffit et elles ne sont pas trop contraignantes. C’est juste une question de développement et de ne pas oublier de morceaux de l’expression.
Il ne s’étonna pas vraiment que Laura ne puisse s’empêcher d’analyser jusqu’à l’exercice lui-même, et esquissa un sourire. Sur certains points, elle était facile à... calculer.
- Ok bah j’en referai quelques-unes tout seul et je te rappellerai si j’ai des soucis, je vais pas te faire trop traîner. On regarde les polynômes ?
Elle l’invita à procéder d’un signe du menton. William tourna quelques pages, dut reprendre une fois encore son livre car l’énoncé n’était pas noté, et finit par être en mesure de lui exposer son problème.
- Là j’avais trouvé des racines à ce polynôme mais ça me semble bizarre vu l’expression, et puis Chloé disait qu’il était strictement positif alors je me suis dit que j’avais dû me planter quelque part...
- Montre.
Sans attendre de réponse de sa part, elle tira le cahier à elle et analysa le problème de son œil inquisiteur.
- Oui effectivement, ça c’est strictement positif... marmonna-t-elle. Ah, je sais, c’est encore un problème de formule, pour calculer le delta cette fois.
- Décidément, soupira William.
Il ne savait pas s’il devait se réjouir de ne pas être si stupide ou se désoler d’avoir une mémoire aussi douteuse. Son oncle lui avait toujours dit qu’un jour, il oublierait même comment nager.
- Je vais te la noter aussi, tant qu’à faire.
Laura était pleine d’assurance en parlant, pourtant le stylo s’arrêta à quelques millimètres du papier. La lycéenne arqua ses fins sourcils, en proie à un doute soudain que William n’osa pas interroger.
- C’est pas vrai, pesta-t-elle entre ses dents avant de replonger le nez dans le manuel. Pas moyen de m’en rappeler.
- Ça va, toi t’as jusqu’à l’année prochaine pour l’apprendre, risqua William. Les oublis ça arrive.
- Peut-être... mais ça m’arrive plus souvent que par le passé, répondit-elle sans se départir de sa mine contrariée.
Elle lui nota la fameuse formule avant de poursuivre :
- J’ai du mal à décrire ça, c’est comme si j’avais le truc sur le bout de la langue sans m’en rappeler. Et je suis quasiment sûre que ça ne m’arrivait pas l’an dernier. C’est un peu inquiétant, mais je n’ai pas encore osé googler les symptômes d’Alzheimer, conclut-elle avec une pointe d’humour.
Il en aurait eu froid dans le dos. Il se rappelait tout à fait de ce retour vers le passé si spécial lancé par Jérémie, supposé effacer seulement la partie de la mémoire de Laura en rapport avec la bande et le Supercalculateur...
- C’est peut-être le stress d’arriver au lycée, inventa William avant que le malaise ne devienne tangible. Tu en as parlé à tes parents ?
« Merde quel con, son père est un genre de dragon... » se rappela-t-il trop tard.
- Clairement pas, répondit-elle en riant un peu jaune. Mais tu as peut-être raison sur les causes, j’essaie de ne pas trop m’alarmer.
- Quelque part c’est rassurant pour les péons dans mon genre de voir que les génies aussi ont des trous de mémoire, lança-t-il avec un sourire.
Tout pour alléger la discussion. Cela parut fonctionner, puisqu’elle ne parvint pas à contenir une moue aussi flattée qu’amusée.
- Attention, péon, tu pourrais finir tes exercices de maths tout seul, répliqua-t-elle en se prenant au jeu.
- Tu as réfléchi aux conséquences que mon échec scolaire pourrait avoir ? demanda-t-il avec sérieux. Je veux dire, je pourrais redoubler, me retrouver dans ta classe et tu n’aurais plus moyen de t’épargner mes questions basses de plafond.
- Quelle horreur, évitons ça, approuva-t-elle sur le même ton.
- Eh, tu aurais pu faire mine de me détromper ! protesta William.
Il profita de l’ouverture pour lui adresser une petite tape réprobatrice sur l’épaule, transgression qui ne passa pas inaperçue. Laura fit de son mieux pour lui faire les gros yeux et l’inciter à se concentrer davantage, mais il aurait juré voir bouger la commissure de sa lèvre. Sans s’appesantir plus que nécessaire, il retourna à ce fameux exercice, qui lui paraissait somme toute moins rebutant que lorsqu’il était donné par Madame Meyer.

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J – 156

Bon, il s’était finalement dégonflé. Lors de son dernier tête-à-tête avec Aelita, Jérémie n’avait pas avoué ce qu’il pensait vraiment, parce qu’un accès de colère de la fille au beau milieu du self plein de monde ne lui semblait pas une excellente idée. Cela lui avait fait réaliser que le cadre avait son importance. Autant le tourner en sa faveur. Il fallait donc le préparer.
Ce fameux vendredi soir, il avait donc dit à Aelita qu’après l’échec de l’idée sur les données personnelles, il comptait sur une nouvelle idée assez « expérimentale » qu’il devait un peu fouiller durant le week-end avant de lui en dire davantage – pour ne pas la décevoir avait-il dit, mais quelle ironie quand même.
La semaine suivante, l’intellectuel devait admettre qu’il ne savait pas comment il avait fait, mais il ne s’était littéralement jamais retrouvé seul avec Aelita, y compris le vendredi soir, parce qu’Ulrich était cette fois présent. Comme Stones ne voulait visiblement pas s’abaisser à lui demander des nouvelles par SMS, le statu quo demeurait. Mais c’était précaire. Inconfortable. Insupportable.
Ainsi, Jérémie avait fait le choix de demander à son ami brun justement de venir le voir dans sa chambre dès le samedi matin, Odd dormant encore et, coup de chance, Yumi ayant un truc prévu avec Hiroki. Il lui avait alors expliqué ses difficultés à faire entendre raison à la jeune fille aux cheveux roses et qu’il préférait que son pote soit là lorsqu’il allait lui annoncer
« - Aucun souci Jérémie, les problèmes de couple, je sais ce que c’est.
- ... »

Belpois avait préféré ne pas réagir à cette énormité, un seul problème à la fois, c’était bien suffisant. De fait, dans l’après-midi, les deux garçons, toujours dans la chambre de Jérémie, convoquèrent Aelita Stones.
- Tiens salut Ulrich, qu’est-ce que tu fais là ? avait interrogé le bonbon rose en arrivant, refermant en même temps la porte.
- Il vient m’aider à gérer les conséquences de cette phrase : on ne retrouvera jamais ta mère, Aelita, annonça Jérémie.
D’un coup. Boum. Étonnant comment la présence de Stern avait permis à Jérémie de franchir le pas. Il avait d’ailleurs préféré balancer la révélation d’entrée avant d’éventuellement songer à la possibilité de se raviser. Efficace jusque-là.
- Comment...? Mais... ton idée de... ?
- Il n’y en a jamais eu, c’était pour gagner du temps d’ici à ce que je trouve le courage de te le dire.
- Attends, tu te fiches de moi !? houspilla Stones, un doigt vengeur pointé sur son (ex ?) amant.
- Non. Tu perds tout sens des réalités quand on parle de ta famille, reconnais-le. Ton attitude de ces derniers jours le prouve... Il a donc été difficile de te dire la vérité.
La fille ouvrit de grands yeux.
- Mais enfin, c’est donc comme ça que tu conçois notre relation Jérémie ? Quand on a un problème, il vaut toujours mieux en parler ! Je... euh Ulrich, tu devrais peut-être nous laisser, je vais aborder des choses assez personnelles.
- Il ne bouge pas, corrigea Belpois.
Jérémie était résolu. Aelita avait sincèrement l’air choquée par le procédé. Ulrich, lui, observait la scène, sûrement en se disant que finalement, les problèmes de couple, il ne savait pas du tout encore ce que c’était. Preuve en était par sa ridicule tentative d’intervention type casque bleu :
- Tu sais Aelita, on était d’accord. La priorité, c’était X.A.N.A. Je sais que c’est dur mais dans la vie, on n’a pas toujours ce que l’on veut.
La fille furieuse tourna son regard vers lui quelques secondes. Jérémie s’attendait à ce que son camarade se fasse allumer mais Aelita ne répondit rien. Lorsqu’elle dévisagea à nouveau le blondinet, ce n’était plus de la colère qu’il y avait dans ses yeux : c’était de la tristesse.
- Je voulais simplement... avoir une famille. Comme tout le monde.
Voix brisée. Yeux brillants. Larmes. Jérémie ne s’y attendait pas. Et pourtant, il aurait dû le voir venir : jouer les filles fragiles pour se faire aider, ce n’était pas la première fois qu’Aelita le faisait.
Il prêta attention à l’expression d’Ulrich. Allait-il marcher ? Sa japonaise n’était pas dans ce style-là, alors cette fois il pouvait pas faire genre qu’il maîtrisait le truc sur le bout des doigts. Même les yeux ronds d’Aelita, Yumi n’était pas la mieux placée pour les faire. C’était peut-être pour ça que l’ex-samouraï virtuel ne bougeait pas.
En tout cas, la fille Hopper venait de quitter la pièce.
- Elle va voir Odd, Jérémie... soupira Ulrich.
- Si ça peut l’aider à tourner la page, tant mieux. Tu sais, elle a vraiment été dure avec moi.
- Je comprends, mais...
Il ne pouvait visiblement continuer sa phrase. Ah bah, bravo le veau. Comme Jérémie le pensait, Ulrich était paumé face à la manœuvre, il hésitait. Si le brun n’était pas totalement fiable pour Jérémie, alors pas la peine de compter sur Odd, et pas davantage sur Yumi.
Mais ce n’était pas important pour l’instant. Belpois, d’une certaine façon, savourait. Il l’avait fait. Il avait réussi – avec un peu d’aide, certes – à être honnête envers Aelita. Il avait déminé le truc juste à temps avant de se laisser réellement emprisonner dans une spirale de mensonges, une situation très inconfortable qui l’aurait sans doute amené à regretter la période X.A.N.A. Comme quoi, se battre contre un ennemi mortel était une chose, mais se battre contre une amie, une amante même, pouvait finalement se révéler bien plus douloureux.
Toutefois, selon le garçon, ce n’était pas vraiment lui qui avait commencé. Il avait toujours voulu bien faire, en particulier avec Aelita : il l’avait quand même sortie d’un monde virtuel qui la retenait prisonnière ! Il avait ensuite sué pour essayer de lui ôter le lien qu’elle avait avec le Supercalculateur – bon ok même si finalement c’était pas exactement ce qu’il pensait et que c’était Franz Hopper qui avait réglé le problème. Il n’avait ensuite jamais abandonné lorsqu’il eut fallu gérer les conséquences de ce bordel, à savoir, un X.A.N.A dans le réseau mondial. Mais, toujours, Aelita avait été au centre du jeu. Amusant comment plus de deux ans de travail acharné pouvaient soudainement sembler bien fades juste parce que le vent avait tourné s’agissant de votre principale motivation...

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J – 149

La météo si orageuse qui avait obscurci Kadic ces derniers temps avait laissé place à quelques éclaircies. Des cieux si favorables un samedi avaient bien entendu conduit une bonne partie des élèves de l’internat à tenter de les rentabiliser au travers de diverses sorties. Bon nombre d’activités étaient envisageables : cinéma, terrasse, promenade dans un parc... Manu avait pour sa part réussi à mobiliser une partie des internes présents pour un foot, mais William avait été contraint de décliner l’invitation.
- J’ai vérifié et la patinoire était fermée de toute façon, fit valoir Laura d’un ton qui n’appelait aucune contestation.
- Comment ça, fermée ? C’est pas la saison, protesta-t-il, flairant une arnaque.
Une part de lui aurait donné cher pour voir la blonde en patins à glace, elle qui abhorrait les activités physiques et ne paraissait pas avoir un équilibre transcendant. Et puis, c’était la garantie de lui permettre de se rattraper à lui.
- Mouvement social, d’après leur site.
- Avoue que tu te payes ma tête et que tu n’avais juste pas envie d’y aller...
Elle se contenta d’un sourire malicieux et un brin supérieur, qui pouvait tout signifier. Soit elle s’amusait qu’il ne la croie pas, soit elle était fière de sa ruse.
- Le jardin des plantes est ouvert, lui, souligna-t-elle.
- Ça ira, grimaça-t-il. J’ai assez entendu Madame Hertz parler de plantes pour toute une vie.
Elle eut la courtoisie de ne pas faire remarquer qu’il n’en avait sûrement pas retenu grand-chose.
- Tu vois, juste prendre l’air c’est très bien, conclut-elle.
William devait bien reconnaître qu’au vu de leurs divergences d’intérêt, il aurait été compliqué de trouver une sortie qui leur convienne parfaitement à tous les deux. Ils vagabondaient donc dans les rues de Paris sans but précis en tête, se contentant de suivre les rues qui les inspiraient le plus tout en devisant sur une pléthore de sujets allant de la vie du lycée à leurs familles respectives en passant par quelques curiosités scientifiques ou l’histoire d’un jeu vidéo. Les deux derniers s’équilibraient remarquablement bien : il avait par exemple commencé à raconter les événements de Starcraft quand Laura l’avait arrêté sur un point technique qui l’avait complètement coincé.
Alors qu’ils passaient un pont, William égara son regard dans l’eau trouble de la Seine. Ça lui évoqua un autre pont. Les volutes verdâtres dessinaient des motifs parfaitement abstraits, dans lesquelles il crut reconnaître un instant un symbole familier. L’apparition disparut en une seconde, le laissant figé devant la rambarde, à se demander s’il avait rêvé, si son imaginait tournait à plein régime, ou si...
Il prit subitement conscience que Laura s’impatientait quelques pas plus loin et la rejoignit à la hâte. X.A.N.A était derrière eux et il devait s’en convaincre. Il devait se concentrer sur autre chose.
- Au fait, c’est quoi la vraie raison pour laquelle tu ne traînes plus avec Belpois ? demanda-t-elle alors qu’ils reprenaient leur chemin.
- Comment ça, la vraie raison ?
- Tu étais resté très vague l’autre jour, je me suis dit qu’il y avait autre chose.
Elle ne l’aidait pas beaucoup à tourner la page... comment lui expliquer que lui et les Lyoko-guerriers n’avaient finalement qu’une sorte d’alliance d’intérêt, qui avait récemment pris fin ? Il pouvait toujours rester évasif, mais ça impacterait la nouvelle relation qu’il était en train de nouer... Il laissa passer quelques secondes de réflexion puis demanda d’un air grave :
- Laura... Est-ce que tu peux garder un secret ?
Il connaissait déjà la réponse à cette question. Et à en juger par la façon dont elle était suspendue à ses lèvres, elle brûlait d’envie d’être mise au courant.
- En fait, Ulrich et Yumi me tapent sur les nerfs, confia-t-il avec un air complice.
- C’est tout ? J’aurais pu le deviner toute seule...
- J’ai répondu à ta question, tu en fais ce que tu veux, répliqua-t-il en haussant les épaules.
Malgré sa déception, Laura ne relâcha pas son attention de leur itinéraire et décida de les faire obliquer vers les quais de Seine. Cette fois, les spires du fleuve ne le troublèrent pas, ce qui avait de quoi le rassurer : ils étaient partis pour longer l’eau pendant un moment. Par chance, il y avait relativement peu de monde pour une telle journée ensoleillée. Ce n’était pas le top de l’intimité, mais on avait clairement vu pire.
- D’ailleurs, je trouve que tu parles beaucoup de la « bande de Belpois » justement. Tu fais une fixette sur eux ? fit-il remarquer d’un ton moqueur. Je ne pensais pas que mettre une raclée à Jérémie en maths t’aurait autant marquée...
- Simple question d’observation, tu avais l’air de passer tout ton temps avec et ce n’est plus le cas.
Elle avait balayé sa pique avec si peu d’effort que c’en devenait vexant, mais ça faisait son charme. À lui maintenant de trouver quelque chose d’intelligent à répondre, sinon...
- Tu ne crois pas que je gagne au change ?
- Si, bien sûr, abonda-t-elle avec sa fameuse moue contente d’elle.
William se rengorgea, satisfait d’avoir retourné la situation dans la direction qui l’arrangeait. C’était plus valorisant pour sa vie sociale de souligner le fait qu’il gagnait une nouvelle relation plutôt que d’admettre qu’il quittait un groupe de cinq personnes. Il n’était pas assez mauvais en mathématiques pour ignorer cela.
Quand le silence se fut installé plus que quelques secondes, les traits de Laura reprirent naturellement leur air pensif, comme si elle était absorbée dans une profonde réflexion qu’elle seule pouvait entièrement saisir. C’était peut-être vrai. En tout cas, il n’avait aucune idée de ce qui pouvait la travailler de la sorte.
- Quand je pense que si tu ne t’étais pas trompée dans les horaires de Nicole, on n’en serait pas là, fit remarquer William.
- Oh ça va, s’agaça-t-elle. Ça aurait pu arriver à n’importe qui.
- Bien sûr, mais es-tu n’importe qui ? glissa-t-il avec un clin d’œil.
La taquinerie la fit se renfrogner. Il éclata de rire et profita de l’occasion pour passer nonchalamment le bras autour de ses épaules.
- Tu sais, moi, je trouve pas que ce soit bien dommageable. Parfois il y a de petits hasards qui nous poussent dans une direction ou dans une autre, c’est comme ça.
« Parfois tu tombes amoureux et tu finis piégé dans les griffes d’un programme informatique pendant des mois... »
C’est en sentant le regard de Laura sur lui qu’il comprit qu’il avait l’air plus grave qu’il n’aurait voulu. Sa pensée parasite avait dû contaminer son expression. Il parvint tout de même à se rendre compte que la blonde n’avait pas fait mine de se défaire de son étreinte de personne intellectuellement dans la norme, ce qui était certainement bon signe.
En son for intérieur, il se fit la réflexion que s’il y avait une fille susceptible de le jeter dans les griffes d’un programme informatique, c’était techniquement elle. Rapport à son talent pour la création de virus...
Pourquoi fallait-il qu’il repense autant à X.A.N.A en plein milieu d’un rencard ?
- On va jusqu’au bout du quai ? s’enquit Laura avec un regard pour la localisation concernée.
- Sauf si tu es pressée de rentrer...
- Que veux-tu que j’aie d’autre à faire un samedi ?
- Je ne sais pas, bosser ? ironisa-t-il.
Elle leva les yeux au ciel et ils finirent les quelques mètres en silence. Il n’y avait plus vraiment de passants dans les parages, ils n’étaient cernés que par l’eau. Le cadre était aussi poétique que convenu. William se dit que c’était sans doute le moment ou jamais et se pencha pour embrasser Laura. Ce fut bref et furtif, plein de retenue, et elle ne se jeta pas à son cou dans la seconde qui suivit, pourtant elle lui sourit et se laissa aller dans ses bras.

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J – 146

On voit souvent l’amour comme une délivrance.
En effet, l’amour est le paravent bien utile pour dissimuler, ou du moins, faire oublier temporairement, l’inutilité de l’existence humaine. Car l’amour va au-delà, on l’aura compris, du concept bien plus pragmatique de reproduction.
L’amour est d’ailleurs souvent un axe fort, voire le centre d’une histoire, ce qui favorise la diffusion de la prétendue importance de ce concept au sein de la société, mais on remarque que cela est surtout vrai dans le monde occidental, preuve qu’il s’agit avant tout de raisons... commerciales.
Jérémie Belpois avait grandi dans le monde occidental. À ce titre, même son intelligence présumée ne l’avait pas protégé de ce concept nébuleux et il avait donc été jusqu’à mettre le monde en danger pour une meuf, ce qui d’un côté était révélateur d’une certaine emprise. Mais tout bon avocat sait qu’il y a toujours une forme d’emprise en amour, à défaut d’être inscrite dans le Code pénal – une revendication pourtant portée par les associations d’aides aux victimes de violences conjugales.
Imaginez donc ce que l’intellectuel avait pu ressentir lorsque il avait enfin réussi à se libérer des entraves morales qu’Aelita avait pernicieusement posées autour de lui, que ce soit volontaire ou non – la vérité étant en général entre les deux. Finalement, ce fut un immense soulagement, et un sentiment de liberté digne d’un ex-taulard pour meurtre. La psychologie avait quelque chose de fascinant... mais il s’en préoccuperait plus tard. Ses deux principaux ennemis (X.A.N.A et Aelita) vaincus, un cas de figure qui n’était pas arrivé simultanément depuis plusieurs années, il n’avait pas envie de muscler son cerveau ou de visser ses fesses sur son siège d’ordinateur, non il avait envie de profiter de la vie. Ce pourquoi, une grosse semaine après avoir simplement savouré sa propre existence, il lança soudain :
- Hey Ulrich, y a moyen de rejoindre ton club de karting ?
Stern failli avaler de travers – un risque, forcément, lorsque qu’il est l’heure du déjeuner et que l’on se trouve au self – car il ne s’attendait absolument pas à une demande pareille de la part de Jérémie.
- Euh ouais bien sûr, répondit finalement l’ex-samouraï après avoir repris contenance. Je crois pas que William ait prévu de venir à la prochaine séance donc y a moyen de te refiler exceptionnellement sa place à l'œil pour que tu essayes et si ça te plaît...
- Cool, génial ! fit Belpois en s’asseyant en face de lui. Pourquoi il est pas là William ?
- J’sais pas, il devait avoir mieux à faire, répondit Ulrich en haussant les épaules.
À côté de lui, Yumi ne pipait mot, et fixait Jérémie d’un œil noir corbeau (forcément). Les informations circulaient et sans surprise, la japonaise avait choisi son camp : Aelita. Son chéri semblait d’ailleurs nerveux à la simple idée qu’Ishiyama puisse lui en vouloir de discuter normalement avec le fautif. À l’occasion, il faudrait que Jérémie explique à Ulrich tout le bonheur que constituait le retour au célibat qu’il expérimentait actuellement, mais il serait certainement plus réceptif à la conversation sans Yumi dans les parages, par exemple au karting. À creuser à terme donc.
- Ce qui est déjà plus suspect, c’est l’absence d’Odd, analysa Jérémie pour penser à autre chose.
- Ouais, il rate rarement un repas depuis qu’on est à la retraite, confirma l’autre garçon. À mon avis, il est dans une magouille.
Au bout de quelques minutes supplémentaires de discussions badines, alors qu’elle n’avait toujours pas ouvert la bouche – sauf pour manger, en témoignait son plateau repas vide – Yumi quitta sans un mot la tablée, et de la même façon le réfectoire après avoir rangé la vaisselle. Sans surprise, après les quelques secondes de temps de réaction de bon aloi devant cette situation inattendue, Ulrich se leva à son tour.
- Désolé Jérémie, annonça-t-il simplement.
- C’est moi.
Il n’avait pas répondu ça simplement pour faire le beau, compte-tenu de son actuelle analyse des relations de couple, le blondinet était sincèrement désolé pour son ami. Il allait vraiment falloir qu’il lui vienne en aide...
Sa réflexion fut néanmoins interrompue par l’arrivée à la table de Della Robbia.
- Ah, te voilà enfin.
- Oui hum, navré, j’étais avec Aelita.
- Je vois.
C’était logique. Depuis la rupture, la jeune fille aux cheveux roses ne traînait plus au self, au mépris du respect scrupuleux, officiellement, du prix de la cantine par ses tuteurs légaux. Donc, officieusement, du montage financier mis en place par... Jérémie. Cette situation ne manquait pas d’ironie décidément.
- C’est bon t’inquiète pas, rassura Odd. Je suis pas Yumi.
- Heureusement, sourit Jérémie, effectivement soulagé. Ça t’évite d’avoir à sortir avec ton camarade de chambre.
- Ouais ouais je sais, c’est un peu devenu un légume mais c’est les débuts, ça lui passera, c’est toujours comme ça.
- Oh mais sur ce sujet, je respecte trop l’analyse d’un mec qui n’a justement jamais passé les débuts avec une fille, ricana l’intellectuel.
- T’es en forme aujourd’hui, souligna Della Robbia.
Jérémie prit le temps d’engloutir les deux tiers de son verre d’eau avant de lui répondre :
- Ouais. Mine de rien, ne plus avoir Aelita sur le dos fait un bien fou. Je sais pas ce qu’elle t’a raconté sur nous, mais je peux d’ores et déjà te dire que ce n’est sans doute pas la vérité.
- Eh bien justement, toi qui me taillais sur le fait que je suis rarement sorti longtemps avec une meuf. À l’inverse, tu ne pourras pas dire que je manque d’expérience dans les ruptures...
- En effet, admit Jérémie, l’invitant à poursuivre.
- Bien. Et je suis d’accord pour dire qu’en général, chacun a sa vérité sur le sujet. Oui ce que m’a dit Aelita n’est pas très glorieux sur toi et oui, à l’entendre, elle n’a rien fait de mal. Et si je te posais la question, j’aurais sans doute le sentiment inverse. En général, la vérité est quelque part au milieu, mais elle ne concerne que ceux qui ne veulent pas l’admettre.
- Hum, répondit simplement Belpois dans un premier temps.
Il devait reconnaître qu’il ne s’attendait pas à une analyse si profonde de la part du clown mauve. En théorie, il était d’accord avec lui. En pratique, sur le cas d’espèce qui était le sien, il avait beaucoup de mal à penser qu’il pouvait être aussi fautif qu’Aelita. Il faisait le maximum pour essayer d’être lucide et objectif sur la situation, mais paradoxalement, le problème fondamental d’Aelita n’était pas parti de lui ou d’eux, mais plutôt de sa famille, et surtout, de son absence de famille. Factuellement, il n’y pouvait rien, du moins pas au moment du clash – on pouvait, dans le passé, lui reprocher de ne pas avoir tapé la procédure pour ramener Franz Hopper suffisamment vite avant que William ne détruise le cœur de Lyoko. Mais si Aelita avait osé lui reprocher un truc pareil maintenant, elle aurait sans doute eu droit à quelque chose se rapprochant vaguement d’un « Oui bon bah merde hein !? ».
Dans tous les cas, mieux valait éviter de jouer les tatillons avec celui qui venait de se déclarer neutre en ayant uniquement la version d’Aelita. C’était un signe encourageant si jamais la princesse de Lyoko cherchait à retourner l’ensemble de la bande contre lui. Ce pourquoi il répondit finalement :
- Ouais. Le cœur a ses raisons que la raison ignore paraît-il.
La phrase était bateau. Elle ferait donc parfaitement l’affaire pour mener Odd de la sorte.
- Ce pourquoi j’essaye de privilégier le sexe, répondit, tout sourire, Della Robbia.
- Mais dis-moi, tu es toujours puceau aux dernières nouvelles non ?
La bouche d’Odd prit rapidement la forme d’un cul de poule. Il s’attendait certainement davantage à ce genre de réplique de la part d’Ulrich que de la part de Jérémie.
- J’y travaille ok ?
- Bien sûr. J’attends de voir le moment où tu seras suffisamment désespéré pour tenter le coup avec ta « cousine » désormais libre. Cela pourrait poser des problèmes éthiques.
- Et le pire, c’est que j’y ai déjà pensé, soupira Odd qui préférait visiblement en rire qu’en pleurer. Mais alors tu penses qu’entre vous, c’est fini fini ?
À nouveau, Jérémie se plongea dans un premier temps dans ses pensées. À vrai dire, il ne s’était pas encore techniquement posé cette question depuis la dispute. Nonobstant sa nouvelle philosophie de vie qu’il aurait voulue partagée par tous les mecs de la Terre et au premier chef duquel Ulrich, l’intellectuel n’aimait, par principe, pas livrer de réponse définitive sur un sujet à chaud. Et, en témoignait ce qu’Aelita avait dû balancer sur sa gueule à Odd, la fièvre, ici, n’était pas encore retombée. De plus, il n’avait pas encore envisagé la suite : si Aelita avait été la boussole de sa motivation ces dernières années, quelle pouvait être la nouvelle ?
Du coup, Jérémie ne répondit pas. Et Odd en déduisit certainement qu’envisager de taper dans sa « cousine » était encore un peu prématuré.
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