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[Fanfic] Pandémonium [Terminée]

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 Auteur Message
Tyker MessagePosté le: Ven 21 Aoû 2015 15:46   Sujet du message: [Fanfic] Pandémonium [Terminée] Répondre en citant  
Tyker Modérateur


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Spoiler



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Prologue
Chapitre 1: Blessures de Guerre
Chapitre 2: La Roue Tourne
Chapitre 3: Evolution
Chapitre 4: Général Serpent

Chapitre 5: El Classico
Chapitre 6: Abigail Hobbs
Chapitre 7: L'Augure, Le Serpent et La Banshee

Chapitre 8: Légion Prothéenne
Chapitre 9: Blackwater
Chapitre 10: Le Psychopathe, la Succube et le Pyromane
Chapitre 11: La Loyauté du Vassal et la Voracité de la Survivante
Chapitre 12: Devoir Familial
Chapitre 13: Coeur d'Acier
Chapitre 14: L'Héritier de la Science
Chapitre 15: Renaissance
Chapitre 16: Les Affres de la Vengeance
Chapitre 17: All Hail X.A.N.A.
Chapitre 18: Rictus de Reptile et Soif de Revanche
Chapitre 19: Dragon et Démon
Chapitre 20: Le Pandémonium Virtuel
Chapitre 21: La Loi de Lyoko
Épilogue: La Chaîne



Prologue




Lieu inconnu, date inconnue, heure inconnue


Si l'on se fie au jugement de plusieurs médecins, lorsqu'un bébé vient au monde il dort durant toute la durée de l'accouchement, et ne se réveille qu'au moment de sortir. Une fois dehors le choc est assez violent pour le petit être, car la température relativement basse ainsi que la lumière particulièrement aveuglante dont il n'a jamais fait l'expérience l'effraient immédiatement. Il est intéressant de noter, que la peur sourde que ressent l'être humain lorsqu'il est confronté à quelque chose qui lui est inconnu n'est pas un mythe. Et que tout au long de sa vie, il connaîtra de nouvelles frayeurs similaires, mais généralement moins violentes. C'est cela que l'on appelle : « la naissance ».

Cependant, la personne allongée sur la table d'opération n'avait jamais fait l'expérience de pareil effroi durant toute son existence. Il ne ressentait rien, il ne voyait pas grand chose, et pourtant il était terrifié. Car tout ce qui était autour de lui, lui était inconnu.
Il s'était réveillé il y a quelques heures seulement, et la souffrance qu'il avait ressentie à cet instant avait été si intense qu'il avait poussé un rugissement désarticulé. Un de ceux qui vous glacent le sang, et hantent vos nuits durant des semaines. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait autour de lui, il ne pouvait même pas parler. Il avait tenté d'ouvrir la bouche pour réclamer à boire, mais ses lèvres avaient refusé de se séparer. Il ne savait pas ce qui lui arrivait, il ne savait pas où il était, et il ne savait pas qui il était. La seule chose dont il était sûr, c'était que des médecins -ou en tout cas ils en avaient l'apparence- s'occupaient de lui. Des heures durant, il vit de son seul œil valide, une armada d'hommes en blouse blanche se succéder les uns après les autres. Certains portaient dans leurs bras, d'étranges objets de métal dont la forme lui était inconnue. Il s'imaginait dans quel état il devait être, et surtout, il se demandait à quoi il avait ressemblé avant d'être dans cet état. Était-il un homme ? Une femme ? Avait-il de la famille ? Des enfants ? Une âme sœur ? Qui étaient ses parents ? Quel âge avait-il ? Toutes ces questions auxquelles il était incapable de répondre. Il ne pouvait que fixer sans interruption l'ampoule qui brillait au plafond, et de temps en temps, il observait ceux qui s'occupaient de lui, du coin de l’œil. Il ne ressentait rien, pas même sa propre respiration. Il vivait un cauchemar, un cauchemar dont il ne pouvait se soustraire en se réveillant. Il se sentait minable, impuissant, pris au piège. Malgré tout, lorsqu'il ferma ses paupières pour s'épargner la vue de cette maudite lampe, il sombra instantanément dans un sommeil profond.

Et il rêva, il rêva d'un monde magnifique pourvu d'une beauté à couper le souffle. Tout ce qui était autour de lui semblait respirer la sérénité et la paix. Il se trouvait dans une immense prairie, recouverte d'une herbe plus belle et plus vraie que nature. Au loin, d'immenses montagnes se dressaient devant lui, elles étaient si hautes que leurs sommets transperçaient les nuages. Il s'allongea doucement dans l'herbe douce et confortable, et il se mit à admirer le ciel. C'est alors que ce magnifique paysage s'assombrit brusquement, la pelouse se mit à sécher, les montagnes se changèrent en volcans, et un puissant orage vint éclater dans le ciel devenu noir et rouge. Le rêveur était pétrifié par l'horreur et la peur, il voulut s'enfuir, mais il ne vit rien d'autre que les ténèbres quelle que soit la direction qu'il aurait pu emprunter. Ses jambes étaient incapables de bouger, il restait là, immobile. Lorsque soudain, le sol sous ses pieds se fendit en deux, et une gigantesque créature mi-homme, mi-serpent sortit des entrailles de la terre et l'attrapa par le pied. Le rêveur poussa un hurlement de terreur devant ce monstre recouvert d'écailles noires. Un symbole ensanglanté représentant un étrange œil était peint sur son front. La bête leva sa tête hideuse et cracha un authentique torrent de flammes. Au même moment, un puissant éclair zébra le ciel. Le monstre approcha sa proie de sa gueule béante, prêt à l'avaler d'un seul coup. Le rêveur ne pouvait rien faire d'autre que hurler son horreur et son désespoir. Puis tout disparut, en à peine une seconde, le paysage cauchemardesque dans lequel il cru vivre sa dernière heure s'était évaporé, de même que la gigantesque créature qui s'apprêtait à le dévorer. Le rêveur se mit tout à coup à flotter dans un nuage de brume, la peur qui lui avait rongé les entrailles cinq secondes plus tôt avait déjà disparu. Ne laissant plus que de l'incompréhension et du soulagement. La personne qui faillie finir dévorée se mit à scruter les alentours, et c'est alors qu'elle le vit. Il crut d'abord qu'il s'agissait d'un oiseau, mais lorsque l'étrange silhouette qu'il apercevait se fit plus proche, il dut se rendre à l'évidence que ce qu'il voyait n'avait rien de naturel. Un ange, un être avec un corps d'homme doté de magnifiques ailes blanches. Il volait dans sa direction. Le rêveur ne pouvait pas bouger, stupéfié par la beauté de la créature. L'être céleste se posa devant lui, et plaça délicatement sa main sur son torse. Il se sentit alors empli d'une chaleur douce et apaisante. Ses yeux s'embuèrent de larmes.
- Il est temps de revenir à toi.

Le réveil fut brutal, lorsqu'il ouvrit les yeux, la première chose qu'il vit fut une lampe identique à celle qu'il avait vue dans la salle d'opération, par réflexe, il lâcha un faible juron. Avant de se rendre compte que l'endroit dans lequel il se trouvait n'avait rien à voir avec celui qu'il avait quitté durant son sommeil. Il se trouvait dans ce qu'on pourrait qualifier de « chambre d’hôpital », il n'y avait rien, mis à part le lit dans lequel il se trouvait, et la porte qui menait à la salle de bain et aux toilettes. Il voulut bouger, mais ses membres refusèrent de céder à sa volonté, en revanche, sa tête, elle, pouvait tourner.
Il voulut inspecter son corps, mais celui-ci était recouvert par une couverture blanche. C'est alors qu'il vit une main posée délicatement sur son torse, probablement dans le but de l'apaiser. Il remonta du regard le bras de la personne qui tentait de le calmer, et tomba nez à nez avec un jeune homme d'environ seize ans, dont les cheveux mi-bruns mi-châtains étaient impeccablement coiffés. Il dégageait une aura particulière, comme une prestance éclatante, il donnait envie de marcher à ses côtés. Mais plus encore, il avait trait pour trait le même visage que l'ange de sa vision.
Le rêveur écarquilla à nouveau les yeux, il ne savait pas où il était, il ne savait pas qui il était, il ne savait pas qui était cet homme, mais pour la première fois depuis son premier réveil, il se sentait vivant.
- Bienvenue parmi nous Serpent, murmura le jeune homme d'une voix envoûtante, tu as beaucoup dormi.

Un nom, il avait un nom.
Il était une âme perdue, ramenée des enfers par son ange gardien. Il était revenu sur Terre dans un but précis, un but pour lequel il allait devoir se donner corps et âme.
C'est cela que l'on appelle : « La renaissance ».

_________________

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"Introduce a little anarchy. Upset the established order and everything becomes... CHAOS"

-The Joker-


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Tyker MessagePosté le: Ven 21 Aoû 2015 15:49   Sujet du message: Répondre en citant  
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Chapitre 1 : Blessures de Guerre



27 mars 2001, Boulogne-Billancourt, 00h03

Assis devant un impressionnant pupitre de commande, un scientifique aux lunettes noires tapa d'un poing rageur pour la septième fois sur l'accoudoir de son siège. Il fallait le comprendre, pour lui comme pour tous les autres scientifiques, une invention est une œuvre d'art. Et quel artiste se réjouirait de voir son plus beau chef-d’œuvre saboté de la pire des manières ? Cet homme se nommait Waldo Schaeffer, mais dans le but de se protéger et surtout, d'oublier son ancienne vie, il s'était rebaptisé Franz Hopper. Hopper étant le nom de jeune fille de sa femme, ou plutôt de son ex-femme. En effet, notre cher Franz en avait connu des vertes et des pas mûres ces dernières années. Et ce soir avait été le dernier coup de hache qui avait fait tomber l'arbre.
En effet, en 1994, Franz Hopper finissait tout juste de mettre au point une machine surpuissante, et unique en son genre : le supercalculateur.

Cependant, il était convenu avec l'organisation pour laquelle il travaillait que son invention soit construite pour eux. Mais c'était mal connaître le quarantenaire, celui-ci avait décidé de jouer la comédie avec ses employeurs. Un jeu dangereux, surtout lorsque l'on savait que sa femme avait été enlevée par ces mêmes personnes dans le but de le faire chanter. Et que sa fille de treize ans avait été sous la menace constante de subir le même sort. Mais Franz s'était déjà résigné à mettre le sauvetage de sa femme de côté afin de mieux protéger sa fille. Une décision difficile, qui avait constamment continué de le hanter, jusqu'à aujourd'hui. Dans le but de mettre sa progéniture en sécurité -ainsi que de parvenir à réaliser son rêve-, il construisit son super calculateur dans les ruines d'une usine désaffectée, bâtie sur un petit îlot au milieu de la Seine, en banlieue parisienne. En se servant du réseau de l'organisation pour commander les pièces nécessaires à sa réalisation, il parvint à terminer son œuvre après cinq longues années de dur labeur. Un véritable exploit pour un homme seul, dont les moyens étaient limités.

Les deux années qui suivirent, son existence varia entre l'éducation de sa fille, et la construction d'un endroit unique en son genre. Franz Hopper créa un monde virtuel qu'il nomma « Lyoko », un véritable paradis pour lui et sa progéniture.

Bref, tout semblait aller pour le mieux pour le scientifique, jusqu'au début de l'année 1994, où l'organisation fit part de son mécontentement envers le manque de travaux sur le super calculateur qu'il leur envoyait. Il reçut alors une énième menace envers sa fille, ce fut celle de trop pour Franz Hopper. Il ne supportait plus de collaborer avec de telles ordures, et décida alors de leur rendre la monnaie de leur pièce. Son but serait d'anéantir le Projet « Carthage », et de mettre un terme définitif aux relations qui liaient son créateur à l'organisation. Pour se faire, il se pencha sur l'autre phase de son plan : l'arme qui annihilerait ses ennemis. Son nom était Xana.

Hopper mit un certain temps à le créer, presque six mois complets à vrai dire. Mais ce n'était pas tant la programmation qui avait prit du temps, en effet, Franz était beaucoup de choses, mais certainement pas un imbécile. Il n'allait certainement pas donner un tel pouvoir à un programme, sans s'assurer que celui-ci ne se retourne pas contre lui. Il mit au point un système ingénieux, qui lui garantissait d'obtenir de Xana, une fidélité et une obéissance totales. Ainsi, le programme multi-agents, malgré le fait qu'il ait une intelligence élevée, fut forcé sans même s'en rendre compte, d'obéir à tous les ordres de son créateur.

Une fois Xana terminé, Franz Hopper se retrouva face à un problème majeur : le temps. En effet, Lyoko ne disposait que d'un seul territoire « central ». Ce qui était insuffisant pour donner au programme multi-agents, la puissance nécessaire afin de terrasser l'organisation. Mais un seul territoire lui avait demandé déjà une année complète de travail, et il ne disposait plus d'autant de temps. C'est alors que la solution lui tomba du ciel, Franz Hopper découvrit une fonctionnalité de son super calculateur que lui même ne connaissait même pas : Le retour vers le passé.

Grâce à ce programme, il avait à présent la possibilité de recommencer la même journée autant de fois qu'il le désirait. Cela lui permit d'obtenir tout le temps nécessaire à la création complète de son monde virtuel. Ainsi, avec pas moins de 2546 retours vers le passé, il créa quatre territoires de surface. Pour chacun d'entre eux, il fit preuve d'un impressionnant sens du design. Il prit tout le temps nécessaire pour les peaufiner, autant en matière de graphisme qu'en matière technique. Xana avait à présent à sa disposition, une formidable source de puissance.

Cependant, tout cela était trop beau pour durer. Franz Hopper se rendit compte qu'il avait abusé du retour vers le passé, le super calculateur s'était mis à surchauffer, et la pile nucléaire qui l'alimentait avait fortement diminué. Le scientifique décida donc de ne plus utiliser ce programme pendant quelques temps, et mit donc son projet en suspens afin de laisser souffler son invention. Et décida de s'occuper un peu plus de sa fille, le dernier rayon de soleil de sa vie.

C'est là que les choses commencèrent à se gâter. En effet, après seulement quelques jours de repos, la vie de Franz Hopper prit un nouveau tournant. C'était un dimanche matin, alors que le scientifique préparait le petit déjeuner pour sa fille, il vit à travers la fenêtre une vision cauchemardesque. Plusieurs hommes vêtus chacun de costumes noirs se tenaient debout devant sa maison. Paniqué, il alla chercher sa fille en quatrième vitesse, et la conduisit dans son laboratoire à travers un passage menant aux égouts. Une fois arrivé, il ralluma son super calculateur qu'il avait provisoirement éteint, et se rendit compte de son erreur.

En effet, la machine avait encore plus mal encaissé les nombreux retours vers le passé qu'il ne l'avait pensé, et elle menaçait maintenant d'exploser à tout moment. Soucieux de ne pas perdre son travail, mais également de mettre sa fille en sécurité, il prit la décision d'accélérer ses plans. Il se virtualisa avec sa fille sur son propre monde virtuel, afin de se cacher un temps de l'Organisation. Non sans avoir, au préalable, enclenché deux comptes à rebours. Le premier servant à éteindre le super calculateur tout en laissant le temps au scientifique et à sa fille de se réfugier dans une tour. Et le deuxième aurait servi à le rallumer un mois plus tard une fois que tout danger aurait été écarté. Et si le premier fonctionna parfaitement, ce ne fut pas le cas du second.

Ainsi, Franz Hopper et sa fille Aelita restèrent prisonniers sur Lyoko durant près de sept ans, et cela sans que personne ne sut ce qui s'était passé.
C'est en ce jour de mars 2001 que le miracle se produisit, enfin, si l'on pouvait parler de « miracle ». Toujours est-il qu'une personne étrangère ralluma le super calculateur, et que très vite, une vingtaine de combattants appartenant à l'Organisation débarqua sur Lyoko dans le but de l'explorer.
La réaction de Franz Hopper ne se fit pas attendre, furieux de voir son précieux sanctuaire violé, il envoya Xana chasser ces intrus. Mais la situation se compliqua, lorsque plusieurs d'entre eux découvrirent Aelita et l'emmenèrent avec eux. La première réaction du père de la jeune fille fut de vouloir au plus vite exterminer ses ravisseurs, et la ramener saine et sauve. Mais il eut une autre idée, et commanda à Xana d'infecter leur sous-marin virtuel afin de remonter jusqu'à eux, et ainsi de détruire définitivement le Projet « Carthage ».
Il savait cependant que ces hommes ne repartiraient pas les mains vides, et prit donc la décision -douloureuse- de leur laisser Aelita. Du moins, le temps de frapper l'Organisation suffisamment durement pour qu'ils cessent toute recherche se rapportant à la physique quantique et aux mondes virtuels.
Au départ, tout se passa bien. Xana faisait des ravages aussi bien sur leur territoire que dans leur labo, et l'organisation n'était pas assez puissante pour repousser leurs assauts.

C'est alors que tout bascula. En moins d'une minute, la bataille prit une toute autre tournure. Et cela, Franz Hopper ne parvenait toujours pas à l'expliquer. Toujours est-il qu'une créature virtuelle aux pouvoirs gigantesques, avait balayé en une fraction de seconde, les combattants de Xana présents dans le monde virtuel. Pire encore, en se servant de la tour activée par Xana, elle pirata le système afin de télécharger de force le programme multi-agent dans le réseau de l'organisation, et ainsi le prendre au piège. Fort heureusement, Hopper parvint à déconnecter Xana avant que l'opération ne soit complète. Cependant, le programme si puissant fut scindé en deux, détruisant d'un seul coup tout espoir de victoire pour les habitants de Lyoko.

Le scientifique, malgré sa frustration, arriva personnellement dans le monde virtuel de l'organisation. Son but était bien entendu de récupérer Aelita, et de retourner sur Lyoko pour constater les dégâts et redéfinir sa stratégie. Mais une fois sur place, quelle ne fut sa surprise lorsqu'il vit aux côtés de sa fille, sa femme, Anthéa. Un temps ébranlé par cette vision, il finit par reprendre ses esprits. Et, sans jeter le moindre regard supplémentaire à son ancienne épouse, il s'empara de sa progéniture et replongea dans la Mer numérique. Et ce, malgré les supplications de la femme aux cheveux roses.

Une fois rendu, il fut contraint de plonger Aelita dans l'inconscience, afin de pouvoir se mettre à travailler sans avoir à trop se soucier du bien-être de sa fille. Bien que son acte le dégoûtât quelque peu.
Et c'est ainsi que nous le retrouvons, assis sur son pupitre de commande, la rage au ventre, et le cœur rempli d'amertume.
Il se frottait les yeux, comme pour se convaincre que ce qu'il voyait n'était pas réel. Tous ces mois de travail fichus en l'air le mettaient hors de lui.
- Ce n'est pas possible, se lamenta-t-il, c'est un cauchemar...
- Créateur ?
La voix qui sortait des enceintes était étrange, elle semblait... informatique.
- Créateur ?
- Qui y-a-t-il ?
Le ton d'Hopper était froid et triste, il semblait mécontent d'entendre cette voix.
- J'éprouve de grandes difficultés à garder mon programme stable au sein de Lyoko, pourriez-vous me reprogrammer ?
- Non. Répliqua le scientifique d'un ton cassant.
- Pardon ?
Franz l'ignora, il s'était déjà remis à pianoter sur son clavier.
- Créateur ? Que faites-vous ?
- Je t'effaces, lâcha-t-il en appuyant sur la touche « entrer ».
-Pourrais-je avoir une explication ?
Franz Hopper rejeta sa tête contre le dossier de son siège, visiblement las de tout ceci.
- La bataille d'aujourd'hui était capitale, tout aurait pu se terminer ce soir. Mais cet échec nous place dans une position délicate. Notre ennemi est toujours en vie, et maintenant il reviendra plus fort que jamais pour nous affronter. De plus, ils ont réussi à télécharger une moitié de toi. Ils vont sans doute l'étudier sous toutes ses formes afin d'en apprendre plus sur toi et de découvrir un moyen de te neutraliser. Par chance, ils n'ont qu'une moitié en leur possession. Je doute qu'ils puissent en tirer quelque chose qui soit véritablement capital, mais ce n'est pas non plus négligeable, et je ne dois rien laisser au hasard. Je n'ai pas envie qu'ils te trouvent une faiblesse dans ton code source.
- ...Créateur.
- Je suis navré Xana, mais ne t'en fais pas, ton successeur réussira, là où toi tu as échoué.
Le programme multi-agent n'eut pas le temps de répondre, il avait déjà été effacé de la mémoire du supercalculateur. Il avait cessé d'exister.
Franz Hopper ne perdit pas une seule seconde, et déjà, le remplaçant de Xana commençait à prendre forme.
Le scientifique était déterminé à continuer son combat, et pour cela, il devait mieux se préparer.
Se préparer à la guerre.



27 juin 2001, Lieu inconnu, 17h 13

La luminosité de la pièce dans laquelle se trouvait le professeur Alex Tanner était assez particulière, aucune lumière n'était allumée. Aucune ampoule, aucune bougie, et pourtant l'obscurité n'était pas totale.

En effet, le visage du professeur était faiblement éclairé par deux lueurs colorées, l'une rouge, et l'autre verte. Depuis une demi-heure déjà, Tanner avait les yeux fixés sur les sources de ces lumières providentielles. La pièce dans laquelle il se trouvait possédait deux particularités, d'une part, elle avait la forme d'une demi-sphère, d'autre part, elle était entièrement vide, à l'exception des deux cuves remplies de formol.

Tanner aimait bien contempler dans la plus parfaite intimité l'héritage que lui avait laissé son mentor. Bien sûr, il lui avait laissé bien d'autres choses, à commencer par son réseau d'information et ses complexes scientifiques. Mais les deux êtres qui baignaient chacun dans une cuve représentaient le but ultime du Docteur, son plus grand rêve, sa plus grande œuvre. Et bien entendu, sa plus grosse erreur, celle qui aura fini par causer sa perte. Tanner s'était toujours demandé ce qu'il était advenu de Seth, il l'imaginait perdu dans ce monde dont il ne savait rien, effrayé par tout ce qui l'entourait.

Mais il balaya bien vite cette image de son esprit. Après tout, c'est Seth lui-même qui s'était échappé, avec un peu d'aide certes, mais il s'agissait de sa propre intention. C'était sa décision, et celle de personne d'autre. Et les conséquences allaient être terribles, car c'est ainsi que cela fonctionne.

Aux yeux de Tanner, Seth n'avait été que le prototype pour mieux concevoir les autres. Et même si le test avait été bien plus intense qu'il ne l'aurait souhaité, l'écossais avait obtenu toutes les réponses à ses questions.
Il avait maintenant toutes les cartes en main pour réussir, et il allait réussir. Parce que c'était ce qu'il avait l'habitude de faire.

- Hum... Alex ?
Le scientifique se retourna, Sergueï Dragunov n'avait pas changé d'un pouce. Ses cheveux étaient toujours coiffés en queue de cheval, et il portait l'un de ses énièmes manteaux de cachemire noir.
- Qu'est-ce qu'il y a ? C'est à propos de ta nouvelle recrue ?
Le russe hocha la tête.
- Tu sais, je ne remets pas ta parole en doute, mais tu crois vraiment que c'est une bonne idée d'inclure... de l'inclure dans mon unité.
Tanner poussa un profond soupir.
- Mon cher Sergueï, dois-je te rappeler que malgré nos multiples demandes, le conseil refuse de nous procurer des soldats virtuels ? Nous n'avons personne à part ta petite bande.
- Je le sais très bien, mais tout de même...
- Je ne vois franchement pas où est le problème, ton chef d'unité a donné son accord.
- Il me semble que j'ai aussi mon mot à dire là-dessus, et je tiens à être clair, je ne lui fais pas confiance.
Tanner poussa un long soupir d'agacement, il aimerait que tout le monde se montre plus coopératif.

- Écoute, ton chef d'unité m'a certifié qu'il était OK à cent pour cent. Mais comme on n'est jamais trop prudent, j'ai moi-même pris mes précautions à son égard. S'il y a un problème, il sera vite réglé.
Dragunov voulu argumenter, mais il dut se résoudre à se ranger du côté de l'écossais. Il n'y aurait pas d'autres négociations possibles.
Tanner s'apprêtait à sortir, lorsque le russe ajouta :
- Serpent n'est pas à prendre à la légère, tu le sais aussi bien que moi.
- Si tu fais référence à « l'incident », je suis de ton avis rassures-toi. Mais je ne l'ai jamais pris à la légère, il est à moi, et j'ai bien l'intention de le garder.



13 août 2001, Lyoko, heure inconnue


Aelita Schaeffer émergea du pays des songes un peu plus brutalement qu'elle n'en avait l'habitude. Elle se trouvait au même endroit que la dernière fois qu'elle s'était réveillée : dans l'une des tours de Lyoko. Et comme la dernière fois, elle ne ressentit pas la moindre trace de fatigue. Comme si elle ne s'était jamais assoupie.

Pourtant, la jeune fille venait de passer près de cinq mois dans l'inconscience la plus totale. Mais cela, elle ne pouvait pas le savoir. Comme elle ne pouvait pas savoir que c'était son paternel, la cause de ce repos forcé, le scientifique ayant décidé de mettre un terme à cet acte indigne d'un père. L'elfe virtuelle s'assit, et passa ses bras autour de ses genoux. Elle fut tentée pendant une seconde d’appeler son paternel, mais elle finit par chasser cette idée. Elle n'avait pas envie de le voir, et elle ignorait pourquoi.

Peut-être parce qu'il n'occupait pas vraiment une place de choix dans le rêve étrange qu'elle avait fait. Ce rêve, qui pourtant lui avait paru si réel. Elle le revoyait, encore et encore, il passait en boucle dans son esprit. Aelita se revoyait, lovée dans les bras de sa mère. Celle-ci ne parlait pas, elle pleurait. Bien que la jeune fille ne se souvienne de la moindre larme, elle était certaine que sa mère pleurait. Ensuite, tout était assez flou. Elle se souvenait vaguement de quelques monstres étranges, d'un commando de soldats qui se balançaient dans les airs à l'aide de grappins. D'une tour presque semblable à celles qu'elle avait déjà vues, à l'exception que celle-ci avait un halo rouge. Et pour finir, d'un drôle de bonhomme multicolore, qui volait.

Quand elle y repensa, elle ne put s'empêcher de sourire tant cette partie-là était vraiment bizarre. Elle se demandait même qu'est-ce qui aurait pu l'amener à rêver d'une telle créature. Pour les autres monstres, c'était facile, ils ressemblaient à des crabes et des énormes insectes volants. Mais lui, elle ne parvenait pas à l'expliquer. Elle finit par hausser les épaules. Les rêves ça ne s'expliquent pas, ça se vit.

- Aelita ? Tu m'entends ?
La jeune fille sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine, elle mit quelques secondes à identifier la voix qui lui parlait.
- Papa ? C'est toi ?
Elle regarda autour d'elle, mais il n'y avait personne dans la tour excepté elle-même.
- Où es-tu ?
- Dans le laboratoire, j'ai quelques travaux à finir, ça va toi ?
Aelita s'allongea un peu paresseusement sur le sol, avant de répondre :
- Je vais bien, mais j'ai envie de manger quelque chose.
Cette dernière phrase fit hausser les sourcils du scientifique.
- Tu as faim ? s'exclama-t-il d'une voie qui trahissait son étonnement.
- Pas vraiment non, j'ai juste envie de manger quelque chose. Une pizza, ou une glace peut-être. Mais non, je n'ai pas eu faim depuis que je suis ici.

Franz Hopper poussa un soupir de soulagement, il avait vraiment cru à un bug de sa machine. Il prit quelques secondes pour se calmer, puis il reprit :
- Je t’emmènerai au Macdonald ce soir si tu veux, je dois d'abord finir de travailler.
Si le mot « Macdonald » avait enchanté la jeune fille, le reste de la phrase lui avait arraché un petit grognement. Ce que son paternel remarqua.
- Il y a quelque chose qui te dérange ?
Aelita hésita, mais elle finit par cracher le morceau.
- Je m'ennuie, avoua-t-elle, je n'aime pas être toute seule.

Le scientifique se gratta la tête, il fut tenté pendant une seconde de la renvoyer se coucher, mais il y renonça très vite. Cette façon de faire était indigne d'un père, et il devait beaucoup de choses à sa fille pour ce qu'elle avait vécu lors de l'attaque contre l'organisation. Il devait se rattraper, au moins pour lui-même.
C'est alors qu'il eut une petite idée, une idée qu'il s'empressa de mettre en œuvre.
Après quelques minutes, il reprit la parole.
- Je t'envoie quelqu'un pour passer le temps, sois gentille avec lui.
À cette annonce parfaitement inattendue, la jeune fille fronça les sourcils.
- Qui ?
- Tu vas voir.

Piquée par la curiosité, le petit elfe se leva, et fixa avec une attention toute particulière l'entrée de la tour. Les secondes passèrent, et elle se sentie gagnée par l'impatience. À tel point qu'elle avait commencé à se balancer d'un pied à l'autre.
C'est alors qu'un petit bruit attira son attention, et à sa grande surprise, cela ne venait pas de l'entrée de la tour, mais des parois au niveau supérieur.
Elle se dépêcha de monter à l'étage suivant, et ce qu'elle vit la fascina.

Là, devant elle, des centaines de petits hologrammes sous la forme de multiples « 1 » et « 0 » sortaient un à un des murs de la tour. Ils se concentrèrent en un point précis, et commencèrent à former une petite boule de lumière bleu. Mais qui grossissait à vue d’œil, et après quelques secondes de croissance, elle prit une étrange forme humanoïde. Elle ressemblait à une ombre composée de « 1 » et de « 0 » brillant d'une lumière bleue électrique. Aelita resta bouche bée devant l'étonnant spectacle qui s'offrait à elle. L'ombre lui fit un signe de la main, ce à quoi la jeune fille répondit de la même manière en souriant.

- Bonjour, dit-elle.
- Bonjour.
- Je m'appelle Aelita, comment vous vous appelez ?
- Tula.
Le petit elfe virtuel remarqua alors qu'elle parlait sans doute à une fille, étant donné sa voix et surtout le prénom qu'elle lui avait donné.
- D'où est-ce que tu viens Tula ? continua-t-elle curieuse.
- De Lyoko.
- Qu'est-ce que tu es exactement ?
- Je suis une prothéenne, une intelligence artificielle créée par le professeur Waldo Schaeffer, comme chacun des miens.
- Chacun des tiens ? s'étonna la fille aux cheveux roses. Vous êtes combien ?
- 23041. Nous vivons dans le programme de Lyoko, c'est là que notre créateur nous a dit d'attendre le moment où il nous offrirait nos propres corps virtuels.

Aelita était étonnée par ces révélations, mais elle se réjouissait de savoir qu'elle n'était pas toute seule dans ce monde. La curiosité la poussa à poser d'autres questions :
- Dis moi Tula, comment est ton peuple ?
- Nous sommes gentils et aimables envers les autres. Notre créateur nous a conçus pour que nous soyons la race parfaite, en temps normal, nous sommes toujours de bonne humeur. Mais depuis quelques mois, la tristesse nous a envahis.
- Ah, fit innocemment la jeune fille. Pourquoi ?
- Plusieurs des nôtres sont morts au cours de notre première bataille il y a quelques mois. Le créateur les a remplacés, mais ils nous manquent terriblement.
- Une bataille ? Quelle bataille ?
- Celle au cours de laquelle tu as été emmenée sur un autre monde virtuel.



18 juillet 2001, Lieu inconnu, 11h 54


Elle revoyait tout absolument tout, depuis près de quatre mois, les images défilaient devant ses yeux sans interruption. Physiquement, elle ne ressentait plus rien depuis longtemps. Mais psychologiquement, la souffrance qui l'avait envahie depuis ce jour était sans limite. Et une nouvelle fois, les images défilèrent devant ses yeux. Elle revoyait tout, Aelita qui disparaissait au loin une fois de plus, la tête broyée de Lloyd Tupin, les deux mains monstrueuses qui l'avaient pressée comme un citron. Le sourire carnassier de la personne à qui appartenaient ces mains, et pire que tout, la découverte.

« Non. Non ! N'y va pas ! » pensa-t-elle à l'adresse d'elle même.
Mais c'était trop tard, et elle ne contrôlait plus rien désormais. Elle se revit rester paralysée sur le sol pendant quelques minutes, près du cadavre de son ami, avant de se décider à se relever. Et à aller parler au Docteur de la situation. Elle avait supposé qu'il s'était barricadé dans sa chambre, c'était donc là qu'elle se rendrait.

« Arrête ! Je t'en supplie, arrête ! »
Elle arriva devant la pièce, et ce qu'elle découvrit la terrifia. La porte du Docteur était en titane renforcé, presque impossible à ouvrir sans les outils adéquats. Mais là, elle avait été littéralement arrachée et jetée plus loin. Elle tremblait de peur devant une telle vision.

« N'entre pas ! Pour l'amour du ciel ! N'entre pas ! »
Prudemment, elle pénétra dans la chambre du scientifique le plus craint de l'Organisation. La première chose qu'elle remarqua, c'était le fait que cette pièce qui était déjà intimidante en temps normal, était terrifiante lorsque les lumières étaient éteintes. Du bout des doigts, elle parcourut le mur, à la recherche d'un interrupteur.

« Va t'en ! sanglota la pauvre femme. Je t'en pris ! »
Lorsqu'elle entra enfin en contact avec ce qui semblait être la commande pour allumer la lumière, elle eut une légère hésitation, comme si une voix dans sa tête lui hurlait de ne pas faire ça. Mais elle finit par appuyer sur le bouton, et poussa un hurlement déchirant.
Là, à à peine quelques mètre d'elle, se trouvait un cadavre qui baignait dans une mare de sang.

« Mathilda ! Mathilda ! Je suis tellement désolée! »
Elle tomba à genoux, et cria de plus belle. Elle pleurait, hurlait sa peine et son chagrin. Elle s'approcha d'elle, et prit dans ses bras le corps glacé de la jeune fille. Et elle continuait de hurler, encore et encore.
C'était sans doute à ce moment-là, qu'Anthéa Schaeffer avait définitivement perdu la raison.

_________________

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"Introduce a little anarchy. Upset the established order and everything becomes... CHAOS"

-The Joker-


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Ikorih MessagePosté le: Dim 30 Aoû 2015 19:02   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Tiens, t'es tout seul...

Y avait longtemps qu'on t'avait plus vu dans le coin, en effet. Du coup tu nous ramènes la suite de ta fic...

Le prologue, couplé par la suite à la discussion Tanner/Dragunov dans le chapitre 1, sert principalement à dire "Coucou, Serpent est vivant et de retour dans l'Organisation!". La scène de sa "résurrection" était assez bien écrite, en passant.
Je suis quand même sceptique sur le cours des évènements, reste à voir ce qui s'est passé depuis la fin de DSSLN. Parce que aux dernières nouvelles, Serpent était en cavale...

Après, un gros bout du chapitre 1 sert à nous raconter ce qu'on sait déjà. Franz Hopper et tout ça. J'imagine que c'est nécessaire, mais du coup on s'emmerde un peu plus. Le point qui se démarque, c'est la race des "prothéens". Alors je connaissais le terme "Protéen", merci pokémon, qui signifie "changeant". Ce qui est cohérent avec l'idée que ce sont les monstres avant leur incarnation dans le monde virtuel, leur existence est une théorie originale. Par contre, je ne crois pas que le terme prenne de H, en fait (a). Il semblerait que tes vieux travers te collent au train!

Le dernier axe du chapitre un concerne Anthéa et Mathilda, cette dernière étant décédée. Là aussi, on a pas grand chose de concret au final, juste des bribes d'évènements. On a juste un flash-back qui relate la découverte, somme toute chargée d'émotion, du cadavre de la fille par la mère. Et nous informe qu'Anthéa a un peu perdu les pédales.

Bon bah voilà, on a posé les personnages, rappelé les évènements récents....
C'est quand qu'elle commence l'histoire?
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Icer MessagePosté le: Dim 06 Sep 2015 09:24   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Localisation: Territoire banquise
On l'attendait. Et le voilà, la suite indispensable à la première fic étant donné les 13 petits chapitres (Tiens tiens, 13 étant la moitié de 26...) et l'état du scénario.
Je ne reviendrais pas sur le prologue qui a l'utilité que l'on sait puisque tu ne peux pas écrire sans ce personnage, de la même façon que je suis obligé de mettre un homosexuel dans mes récits.
En revanche l'histoire de Franz est intéressante. Comme l'a dit Ikorih, le début n'est qu'un rappel de ce qu'on sait déjà. Mais c'était pour mieux prendre un chemin différent ! Non content au passage d'expliquer certains événements de dSslN, tu nous révèles que Franz est toujours de la partie en 2001. Déjà qu'on avait la mère...
Du coup les différents camps se mettent en place, et vu les forces en présence, ça risque de... saigner sec. Ça t'arrange bien hein salaud !

Allez vivement la suite qui s'annonce prometteuse Wink

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« Les incertitudes, je veux en faire des Icertitudes... »

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Tyker MessagePosté le: Lun 07 Sep 2015 01:15   Sujet du message: Répondre en citant  
Tyker Modérateur


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Spoiler



Chapitre 2: La Roue Tourne


18 juillet 2001, Lieu inconnu, 12h05


Les cris et les plaintes d'Anthéa Schaeffer résonnaient sans interruption depuis déjà une dizaine de minutes. Les quelques scientifiques présents autour d'elle s'efforçaient tant bien que mal, de la calmer à coups de sédatifs, mais à leur grande surprise, ceux-ci n'eurent aucun effet.

- Bon sang de bonsoir, gronda un homme à lunettes, grillez-la avant qu'elle ne nous claque entre les doigts !
Aussitôt, une femme d'une trentaine d'années se précipita vers l'un des ordinateurs de la pièce, et entra la procédure ordonnée. Le corps d'Anthéa fut parcouru de spasmes pendant plusieurs secondes, jusqu'à ce qu'elle sombre dans l'inconscience. La femme coupa le courant.
- Putain... soupira l'homme à lunettes en s'asseyant pour éponger la sueur sur son front, c'était vraiment juste cette fois.
- C'est déjà sa sixième crise en deux mois, remarqua un assistant, je persiste à penser que ce n'était pas une bonne idée de l'avoir mise ici.
- Ce sont les ordres du Professeur Tanner, rappela un autre, et il a été vachement strict là-dessus, à croire qu'il voulait la voir souffrir.

Tandis que les assistants discutaient entre eux, l'homme à lunettes ne put s'empêcher de jeter un regard désolé à la femme qui était allongée sur la table d'opération. Chaque jour passé dans cet endroit néfaste, qu'il devait qualifier de « lieu de travail », lui donnait de violentes nausées. Il ne supportait plus de faire ce qu'il faisait, il n'avait pas la force morale suffisante pour continuer à vivre normalement après les horreurs qu'il avait connues en travaillant ici. Il se sentait terriblement mou et fatigué, à tel point qu'il finit par s'avachir complètement sur sa chaise. Il offrirait volontiers son bras droit pour pouvoir retourner auprès de sa famille, et mener une vie paisible et heureuse. Mais plus jamais cela ne serait possible, et il le savait parfaitement. Il ne pouvait plus partir d'ici, et le plus étrange était qu'il ignorait pourquoi. Il serait si simple de faire ses bagages, et de quitter à jamais cet endroit maudit. Malgré tout, il restait. Et il resterait longtemps, peut être même trop longtemps. Il ne pouvait plus s'enfuir, il était retenu par quelque chose, quelque chose qu'il ne pouvait expliquer. Tout ce qu'il savait, c'était qu'il devait continuer son travail, car il avait une mission à remplir. Il soupira. Dans sa jeunesse, il avait choisi la voie de l'ambition, il voulait être parmi les meilleurs, il voulait faire de grandes choses. Tout ce qu'il avait si ardemment désiré au cours de sa vie, il l'avait. Et pourtant, tout autour de lui n'était que désespoir. Un bien triste sort pour un homme ayant fait tant d'efforts.

- Professeur Belpois ?
Le retour à la réalité fut brutal pour l'homme à lunettes, il regarda son assistante d'un air parfaitement idiot.
Celle-ci ne put s'empêcher de glousser discrètement en voyant le regard globuleux de son supérieur, mais elle finit par reprendre son sérieux :
- Vous savez pourquoi le Professeur Tanner l'a mise ici ?
Du bout du doigt, elle pointa Anthéa, dont le rythme cardiaque et la respiration étaient redevenus normaux. Norman Belpois la fixa une dernière fois, avant de se lever, et de répondre :
- Non, et je ne veux pas le savoir.
Mais ce n'était qu'un demi-mensonge.


13 août 2001, Usine, 20h32

Aelita Hopper était... déçue. Lorsqu'elle s'était réveillée dans un scanner, elle était assez enthousiaste à l'idée d'aller faire un tour dehors. Mais lorsque son père l'accueillit, elle eut la désagréable surprise de voir des sacs en papier avec le grand « M » jaune de Macdonald dessiné dessus. Franz avait déjà fait les courses, et visiblement la balade dont elle rêvait ne serait pas pour ce soir. La jeune fille de treize ans s'était assise dans un coin du labo pour manger son menu « Big mac ». Ce que son père remarqua.

- Ça ne va pas ? Demanda ce dernier avec une pointe d'inquiétude dans la voix.
- Si si, c'est juste que... J'aurais aimé pouvoir sortir dehors.
- Je comprends, je suis désolé ma chérie, mais je suis fatigué et il est tard. On ira une autre fois.
- Pourquoi pas demain ?
- Non.
Le refus lui avait échappé, il n'avait pas voulu être aussi brutal. Il prit le temps d'avaler la nourriture dans sa bouche, avant de reprendre :
- On verra, mais pour l'instant, je préférerais que tu restes ici. Là où tu es le plus en sécurité.
- Ça ne m'a pas empêchée de me faire kidnapper, lâcha la jeune fille. Avant de se rendre compte de son erreur.
Son père fronça les sourcils.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
Elle décela une pointe de fébrilité à travers les mots de son père, Tula lui avait donc dit la vérité. Elle délaissa ses frites -elle n'avait plus faim tout à coup-, puis se tourna vers lui.
- J'ai parlé avec Tula, annonça-t-elle sur un ton assez enjoué, elle est géniale.
Franz Hopper sembla se radoucir, et sourit à sa progéniture.

- Je savais qu'elle te plairait, je l'ai créée pour qu'elle soit ton amie. De quoi vous avez parlé ?
- D'un rêve que j'avais fait.
- Oh, fit le scientifique visiblement intéressé. Tu lui as bien expliqué ce qu'était un rêve au moins ?
- Oui, oui, mais ce n'est pas le plus important. Apparemment, elle connaissait mon rêve.
- Pardon ?
- Elle savait tout, chaque détail, chaque situation, voir même plus que ce que j'avais vu.
Cette fois, Franz fronça les sourcils, interloqué.
- Ce n'est pas normal.
- Si, répondit la jeune fille, c'est tout à fait normal puisque mon rêve n'en était pas un.
Hopper lança à sa progéniture un regard qui trahissait son incompréhension, celle-ci décida donc d'en venir au fait.
- Est-ce que j'ai vraiment vu maman ?
La réaction du paternel ne se fit pas attendre, et une bouchée de frites à moitié mâchées alla s'écraser contre le mur du labo. Aelita grimaça de dégoût.
- Papa, commença-t-elle pas très sûre avant de forcer le ton. Qu'est-ce qu'il s'est passé ce jour-là ?

Le scientifique était dans une impasse, il réfléchissait à cent à l'heure pour trouver une réponse crédible. Mais en fin de compte, ce n'était pas bien compliqué :
- Ma chérie, ce que tu as vu là-bas n'était pas réel, ce n'était qu'un piège. Et tu as eu de la chance que les semblables de Tula aient pu te ramener. Mais ce n'est pas de ta faute, c'est de la mienne.
- Papa, insista la jeune fille visiblement insatisfaite. Qu'est-ce qu'il s'est passé là-bas ?
Le scientifique haussa les épaules.
- Je ne sais pas vraiment moi non plus tu sais. Cet endroit a été conçu pour nous induire en erreur, il faudra du temps avant que je ne puisse faire la différence entre ce qui était vrai et ce qui ne l'était pas. Mais dès que j'ai la réponse, promis, je t'explique tout.
Franz Hopper était effrayé par l'aisance avec laquelle il arrivait à mentir si bien à sa fille. Quelque part, il avait honte de lui-même. Mais une petite voix lui disait que c'était pour son bien, et il la crut.

Aelita semblait être à nouveau concentrée sur sa nourriture, ce qui lui laissait une certaine marge pour trouver un nouveau mensonge pour la prochaine fois. Il but une gorgée de coca dans son gobelet en carton, mais, agacé de devoir boire avec une paille à son âge, il finit par retirer le couvercle de plastique.
- Est-ce qu'il y a quelque chose dehors que je ne devrais pas voir ? demanda finalement la jeune fille.
Cette fois-ci, Franz avait déjà terminé sa gorgée, il n'avait donc plus rien à recracher. Mais il ouvrit de grands yeux, ce qui suffit à sa fille.
Sans crier gare, cette dernière se précipita vers le monte-charge, et l'actionna. Son père voulut l'arrêter, mais dans sa hâte, il renversa son gobelet de coca et glissa sur un glaçon. Le scientifique se vautra sur le sol, au moment où les lourdes portes d'acier se refermèrent.
- Et merde, gronda-t-il en se tenant le front.
Pendant un instant, il fut tenté de bloquer l'ascenseur, mais il y renonça. Car le temps qu'il trouve la bonne commande dans le bazar monstre qu'était son bureau, Aelita serait déjà dehors. Mieux valait se lancer directement à sa poursuite.

À son tour, il actionna la commande du monte-charge, et y pénétra. Durant sa courte ascension, il réfléchissait à cent à l'heure sur l'excuse qui allait devoir sortir pour que la jeune fille abandonne l'idée de sortir. Mais il eut beau se creuser la tête, rien ne lui vint à l'esprit.
« Je trouverai bien. » songea-t-il.
La porte s'ouvrit, Franz Hopper émergea dans la salle cathédrale de l'usine, et se figea.
Aelita était bien là, mais elle n'était pas toute seule, et étant donné la situation, elle aurait sans doute préféré l'être.

La fille aux cheveux roses était emprisonnée dans les bras puissants d'un adolescent, âgé d'environ dix-sept ans aux cheveux noir ébène. Le long manteau noir ainsi que les gants en cuir qu'il portait lui donnaient un air ténébreux, qui aurait paru très séduisant devant des filles de son âge. Ses yeux bleus scintillaient d'une étrange lueur, il semblait satisfait de découvrir le scientifique.
L'autre personne qui se tenait à ses côtés semblait moins sûre d'elle, il avait l'air un peu moins âgé et était surtout plus petit que son comparse, mais sa carrure digne d'un boxeur faisait quand même son petit effet. Contrairement à son acolyte, il était habillé de façon plus décontractée : il portait une chemise blanche à laquelle il avait retroussé les manches, ainsi qu'un jean huilé de couleur noire. Ses cheveux blonds étaient impeccablement coiffés, mais son regard trahissait son malaise face à la situation présente.

Un temps surpris par cette apparition, Franz Hopper sentit la colère lui monter au visage. Les agresseurs de sa progéniture n'avaient pas l'air de voyous, étant donné l'élégance qu'ils arboraient. Sans doute quelques gosses de riches délinquants qui se croyaient au-dessus des lois. Sauf qu'ils étaient dans SON sanctuaire, et c'était ses lois qui s'appliquaient ici.
- Lâchez ma fille ! ordonna-t-il en s'avançant d'un air menaçant, nullement impressionné par les deux adolescents qui lui faisaient face.

Celui qui tenait Aelita laissa échapper un soupir d'exaspération. Puis, avec une rapidité étonnante, il envoya sa prisonnière dans les bras de son comparse, au moment où le scientifique arrivait à sa hauteur. L'adolescent attrapa le quarantenaire par le col de son pull, et le fit passer par-dessus son épaule avec une puissance impressionnante. Franz s'étala sur le dos, et perdit ses lunettes.
Le garçon au manteau noir posa alors une main sur le torse de sa victime, qui, malgré plusieurs essais, ne parvenait pas à lutter face à la force physique monstrueuse de son agresseur.
De son côté, Aelita était incapable de se débattre, et pourtant, ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Mais le blond la tenait fermement, et elle eut beau gesticuler dans tous les sens, elle ne parvint qu'à se fatiguer.

Le brun fixait Hopper dans les yeux, celui-ci était vraiment furieux, et désemparé. Il s'était réfugié dans cet endroit pour se protéger d'une organisation criminelle internationale, et il se faisait avoir par deux délinquants à peine pubères. Il lâcha un juron.
- Professeur Schaeffer ?
Franz se paralysa net, et ouvrit de grands yeux étonnés. Plus personne ne l'avait appelé comme cela depuis des années.
- Vous êtes bien le Professeur Waldo Schaeffer ? demanda à nouveau le garçon en manteau noir.
L'air éberlué de sa victime semblait lui indiquer que oui, mais il avait besoin d'être sûr.
- C'est bien lui, intervint alors le garçon blond pour la première fois.
- Tu en es sûr ?
- Xana vient de me le confirmer.
- Bien.
Xana. Le nom résonna dans le crâne du scientifique, celui-ci ne comprenait décidément plus rien.
- Qui... qui êtes-vous ? parvint-il à balbutier.
Le jeune brun lui répondit par un sourire.
- Nous ne vous voulons aucun mal, dit-il en retirant sa main pour permettre au scientifique de se relever.
Celui-ci s'assit sur le sol, encore sous le choc. Son interlocuteur lui tendit ses lunettes.
- Pourrions-nous discuter dans un endroit plus intime ?
Franz les regarda, l'un après l'autre, ces deux énigmes qui venaient de faire irruption dans son sanctuaire.

- Lâchez ma fille. demanda-t-il sur un ton beaucoup plus doux cette fois. Le brun fit un signe de tête à son acolyte, et celui-ci libéra Aelita qui alla se réfugier dans les bras de son père.
- Pouvons-nous entrer? demanda poliment le jeune homme en pointant le monte-charge du pouce.
Hopper qui ne savait plus où donner de la tête, finit par acquiescer, et se releva. Il pénétra dans l'ascenseur avec ses invités forcés, et fit en sorte de rester le plus loin possible d'eux durant toute la durée de la descente. Il ne savait pas ce qu'il se passait, mais le sourire en coin du garçon au manteau noir ne lui disait rien qui vaille.


20 juin 2001, Lieu inconnu, 08h30


Lorsque le geôlier ouvrit la porte de la cellule n°71, il eut l'impression idiote qu'il était venu chercher un gamin en retenue prêt à être reconduit à ses parents au moment où il découvrit celui qui s'y trouvait. Le jeune homme qui se tenait dans l'ombre avait à vue d’œil, un peu moins d'une quinzaine d'années. Il était sale, affreusement sale, et ses vêtements en lambeaux ne recouvraient plus rien à part ses parties intimes. Celui-ci affichait une mine étrange, presque boudeuse. Ce qui collait parfaitement à l'impression du garde.
- C'est l'heure.

Le jeune homme ne le regarda même pas, il se contenta de sortir de la pièce où il était confiné, et marcha tout droit sans s'arrêter.
Il arriva à un carrefour, et tourna à gauche. Il déboucha sur un escalier qu'il monta, et fit halte au troisième étage. Il s'engagea dans un couloir qui était vide, et s'arrêta devant une porte qu'il ouvrit. Il était dans sa chambre, en tout point semblable à toutes les autres. Il disposait d'un lit, d'un fauteuil, d'une petite télévision, et de sa propre douche. Il se débarrassa des bouts de tissus qui lui restaient sur le corps, et se glissa sous celle-ci. Et lorsque l'eau chaude ruissela enfin sur son corps, il ne ressentit absolument rien. Comme d'habitude. Il ne pouvait rien ressentir, ni le vent sur son visage, ni l'eau sur sa peau, ni même la chaleur du Soleil, rien. Il prit cependant son temps pour se laver, pour une raison qu'il ignorait, il haïssait la crasse plus que tout au monde. Et bien qu'il ne puisse sentir son odeur, il ne supportait pas sa vue. Il n'économisa donc pas le savon. Une fois propre, il retourna dans sa chambre, et se figea.

- Tu en as mis du temps, grinça un autre jeune homme un peu plus âgé que lui, je t'ai apporté des vêtements propres.
Là-dessus, il pointa du doigt un t-shirt, un caleçon, un pantalon, et une paire de chaussettes blanche, comme tout le reste. Tandis que le propriétaire des lieux s'habillait, son visiteur alla tranquillement s'installer dans le fauteuil marron, et croisa ses jambes.
- Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? Pourquoi t'en es-tu pris à Renarde ?
Aucune réponse. Il avait terminé de s'habiller.
- Assieds-toi, et réponds-moi.
Il s'exécuta, et se posa sur son lit.
- Elle m'a dit des choses, des choses que je n'ai pas appréciées.
Sa voix était lourde, et glaciale, comme... morte.
- Que t'a-t-elle dit ?
Il sembla hésiter quelques secondes, puis il répondit :
-Elle m'a dit... que je n'étais pas Serpent.
Le jeune homme plus âgé l'observait fixement, comme s'il tentait de le déchiffrer.
- Elle t'a dit cela avec quel ton ?
- Un ton assez doux, je crois qu'elle essayait de me rassurer.
« Hé bien, c'est réussi. »
- Que s'est-il passé ensuite ?
- Je lui ai dit que si, j'étais Serpent, et que c'était vous-même qui m'aviez donné ce nom. Elle m'a répondu qu'il s'agissait en réalité du nom de quelqu'un d'autre, et que vous m'aviez donné son nom car j'étais destiné à être son prolongement, son second « lui ».
« Renarde est une véritable idiote ».
- Ensuite ?
- Rien, je ne voulais rien entendre, alors je lui ai dit de se taire. Elle ne m'a pas écouté.
- Et elle s'est retrouvée à l'infirmerie avec une entaille profonde dans la cuisse.
Le plus jeune baissa la tête.
- Je suis navré, maître.
- Ce n'est pas grave.

C'était un mensonge, cet incident avait provoqué la colère de Tanner, et peut être même braqué les autres membres de l'unité contre Serpent. Ce qui n'arrangerait pas la cohésion du groupe.
De plus, le fait qu'il ait réagi aussi violemment n'était pas non plus encourageant. Il y avait encore beaucoup de travail de ce côté-ci.
- Est-ce que c'est vrai ?
- Quoi donc ?
- Est-ce vrai que ce nom est celui de quelqu'un d'autre ?
- Oui.
Le nier était dangereux à présent, car si jamais il venait à découvrir que son propre maître lui mentait, il serait impossible de prévoir sa réaction.
- Pourquoi ? Pourquoi me l'avoir donné ?
- Je l'ignore.
Encore un mensonge, en réalité, la raison était assez évidente. Il voulait avoir son propre Serpent, un qui le servirait corps et âme jusqu'à la mort. Lui donner le même nom n'avait été qu'un simple caprice à ses yeux. Mais il devait se rendre à l'évidence, ils ne seraient jamais semblables.
- Donnez-m’en un autre.
- Pardon ?
- Je veux un nouveau nom.
- Pourquoi ?
- Je ne veux pas avoir le même nom que quelqu'un d'autre. Vous m'aviez dit que j'étais unique, et je veux l'être.
Le maître réfléchit un petit instant, avant de répondre :
- Non.
- Mais... mais... pourquoi ?
- Assez.

Le ton employé était calme, mais ferme. Et Serpent savait que la discussion était désormais close.
- Tu as blessé l'une de tes équipières pour un motif ridicule. Et maintenant, tu viens pleurer devant moi en me demandant de céder à ton caprice. Tu n'agis pas en guerrier, tu n'agis pas en soldat, tu agis en enfant.
Il baissa les yeux, et acquiesça. Son maître attendit un temps, avant de reprendre.
- Ce nom que tu cherches tant, il te faudra le trouver par toi-même. Cependant, je t'interdirai de le porter tant que tu n'en seras pas digne. Et ce, même si tu l'as déjà choisi.
- Et que dois-je faire pour l'être ?
Le jeune homme se leva, et vint se pencher à l'oreille de son dévoué serviteur.
- Tu devras vaincre l'autre personne que l'on appelle Serpent. Pas le tuer, juste le vaincre.
Jamais il ne laisserait quelqu'un d'autre tuer son pire ennemi, il se réservait ce plaisir.
- Bien maître, je ferai selon votre volonté.
Il esquissa un sourire.
- Viens, dit-il en se relevant. Nous allons avoir une petite séance toi et moi.
- En quoi consistera-t-elle ? demanda Serpent intrigué.
Peter Warren ne répondit pas, il était déjà parti. Le jeune homme se précipita à sa suite.
« Tu es un bon serviteur. » songea le cannibale. « Mais il te faut à présent devenir un bon prédateur. »



13 août 2001, Usine, 20h35


- Je vois que vous ne faites pas les choses à moitié, dit le garçon au manteau noir en admirant le labo. Quel endroit fascinant.
Franz Hopper ne savait pas comment réagir, quelque part, il était terrifié. Si on lui avait dit que demain, deux adolescents dotés d'une impressionnante force physique débarqueraient dans son usine tout en invoquant le nom de Xana. Il aurait bien ri. Mais à présent que la chose se produisait, il ne voulait plus rire du tout.
Aelita non plus d'ailleurs, agrippée au pull de son père, elle n'avait pas quitté du regard ces deux intrus. Et elle se demandait si son père n'avait pas commis une énorme erreur en les laissant entrer. Le plus grand ne lui inspirait pas confiance du tout, avec son petit sourire malin, et cette manie de se déplacer comme s’il était le maître des lieux. Il semblait beaucoup trop confiant au goût de la jeune fille, et cela l'effrayait.

En revanche, le second était étonnamment calme depuis qu'ils étaient venus ici. Il semblait même un peu perdu, et jetait sans cesse de nouveaux regards à son comparse, dans l'espoir peut-être d'avoir de nouvelles instructions concernant la façon dont il devait se comporter. Aelita devait admettre qu'elle avait beaucoup moins peur de lui que son complice, elle avait même envie de l'engueuler copieusement. Mais c'était prendre le risque de voir l'autre s'énerver, alors elle se retint.
Franz Hopper prit la parole :
- Excusez-moi, mais je pense que vous nous devez pas mal de réponses.
- Pour cela, il faudrait d'abord que vous posiez des questions, railla le plus âgé en lui jetant un sourire moqueur. Mais vous avez raison, nous avons beaucoup de choses à nous dire. Cependant...
Il désigna Aelita.
- Je ne pense pas qu'il soit nécessaire qu'elle nous écoute, aussi, je vous prierais de lui demander de sortir.
La jeune fille n'aimait vraiment pas la façon dont il parlait d'elle, mais un regard vers son père lui fit comprendre qu'elle devait obtempérer. Elle se dirigea donc vers le monte-charge en grognant.
- Va avec elle, ordonna le garçon au manteau noir à son comparse.
Celui-ci ne semblait pas rassuré.
- Sois gentil, elle ne va pas te mordre. il se tourna vers Aelita. Tu ne vas pas le mordre, n'est-ce pas ?

L'elfe virtuelle fit une grimace, et attendit à contrecœur que le garçon en chemise la rejoigne. Une fois que la porte se fut refermée sur les deux plus jeunes, Hopper se sentit un peu plus à l'aise, et alla s'asseoir dans son fauteuil.
Son invité -qui n'avait pas cessé de sourire une seule seconde- s'adossa contre le mur.
- Bien, commença le scientifique avec un ton assez confiant, qui êtes-vous ? Que voulez-vous ? Et comment avez-vous trouvé cet endroit ?
Son interlocuteur prit le temps de s'étirer -ce qui eut l'effet d'agacer un peu plus Hopper- avant de répondre d'une voix douce.
- Je m'appelle Heath, et mon frère que vous avez vu, c'est Seth. Ce que nous voulons ? La même chose que vous. Et c'est Xana qui nous a conduits ici. Satisfait ?
À peine plus avancé, le scientifique comprit bien assez vite que le jeune homme ne faisait que s'amuser avec ses nerfs. Malgré tout, il conserva son calme, et enchaîna :
- J'imagine que si vous êtes venus ici, c'est parce que vous avez besoin de quelques services de ma part. Si vous voulez que je songe à vous aider, j'aimerais que vous vous comportiez un peu plus sérieusement.
A ces mots, le jeune homme leva son index droit, et le balança de droite à gauche.
- Tss tss, je ne recherche pas votre aide, je vous offre la mienne, nuance. Et tant que je n'aurais pas vérifié si vous valez la peine que je vous file un coup de main, vous ne m'êtes pas si indispensable. Aussi je vous conseille d'éviter de me menacer de quelque manière que ce soit.

Le scientifique nota alors un léger accent suisse dans la voix du jeune homme, ce qui lui donna l'idée de le questionner sur ses origines :
- Et si vous me racontiez pourquoi un enfant d'une quinzaine d'années aurait envie de m'aider dans ce que je fais, et surtout, comment il a su qui j'étais, et ce que je faisais ?
Franz Hopper s'était attendu à ce que le jeune homme se vexe devant l'emploi du mot « enfant » pour le définir, mais à sa grande surprise, ça ne sembla pas le gêner le moins du monde, il semblait même en être fier.
- Très bien, mais j'espère que vous avez un peu de temps devant vous. Car cela risque d'être long.
- Aucun problème.
Le jeune homme s'assit dans un coin, et commença alors à raconter son histoire, tout en prenant garde à conserver certains faits pour lui.


20 minutes plus tard, Usine

Adossé contre une poutre en métal qui soutenait le toit de la vieille bâtisse, le jeune homme en chemise blanche n'avait pas cessé de fixer Aelita. Ce qui avait pour effet d'exaspérer cette dernière, qui lui envoyait une ou deux grimaces par-ci par-là. La jeune fille n'était pas vraiment en colère, elle était plutôt vexée, et assez mal à l'aise. Elle se sentait comme nue devant ce type qui ne cessait de la regarder, c'était gênant, et surtout très impoli. Elle mourait d'envie de lui envoyer quelques remarques à la figure, mais elle avait un peu peur de lui, alors elle n'en fit rien. Elle jeta un coup d'œil au monte-charge, et se demanda si son père et l'autre garçon avaient bientôt fini.
- Pourquoi tu fais toutes ces grimaces ?
La jeune fille tourna la tête en direction du jeune homme, elle était assez surprise d'entendre pareille question.
- Qu'est-ce que ça peut te faire ? répliqua-t-elle avec méfiance.
- Bin, tu n'arrêtes pas de faire une drôle de tête depuis tout à l'heure. Je me demandais pourquoi, c'est tout.
- Ah, parce que chez toi, regarder les gens sans arrêt c'est normal ?

Le jeune homme réfléchit quelques secondes, avant de mettre une main sur sa bouche, comme s'il s'était rendu compte de son erreur.
- Est-ce que je me suis montré impoli ? Pardon, je suis désolé.
La jeune fille n'en croyait pas ses oreilles, il était sacrément bizarre celui-là. Mais elle le trouva suffisamment sincère pour répondre d'un banal « pas grave » avant de se renfrogner sur elle-même.
- Je m'appelle Seth.
Elle haussa les sourcils, il n'avait pas l'air de comprendre qu'elle ne voulait pas lui parler.
- Aelita... Murmura-t-elle pas très sûre d'elle-même.
- Pardon ?
- Je m'appelle Aelita.
Il sourit, ce qui étonna encore plus la jeune fille.
- C'est très joli.
Elle sentit ses joues s'empourprer, ce qui la mit d'autant plus mal à l'aise. Mais d'où il sortait ce grand type qui se comportait comme un enfant ? Elle nota cependant que c'était la première fois qu'un garçon lui faisait un compliment, et le fait que cela provienne d'un type aussi bizarre la gênait terriblement.
- J'ai dit quelque chose de mal ?
- Hein ? Heu... non, non.
- Pourquoi tu fais une tête pareille ?
- Parce que...
La jeune fille prit une grande inspiration, et se redressa.
- Parce que je n'aime pas qu'on me touche, lança-t-elle en faisant allusion au moment où il la tenait fermement dans ses bras.
- Ah, fit le garçon sans paraître pour le moins désolé, je ne savais pas.
- Hein ? Mais... T'es qui au juste ?
- Je te l'ai déjà dit.
- Oui... enfin... je te demande pas ton prénom...

La jeune fille réalisa qu'elle était en train de complètement s'embrouiller, elle éclata d'un petit rire nerveux. Le jeune homme fronça les sourcils.
« Pourquoi est-ce qu'elle rigole ? » songea-t-il.
« C'est un rire nerveux, elle rit de la situation. »
« La situation est amusante ? »
« De son point de vue, oui. »
« Est-ce que je dois rire aussi ? »
« Je ne pense pas. »
« Alors qu'est-ce que je fais ? »
« Rapproche-toi d'elle, essayes de faire en sorte qu'elle n'ait plus peur de toi. »
« Elle a peur de moi ?  Mais pourquoi elle aurait peur de moi ? »
« Les humains ont toujours eu peur de l'inconnu, tant qu'elle ne te connaît pas, elle aura peur de toi. »
« D'accord, je vais essayer de faire comme grand frère m'a appris. »


Là-dessus, il s'avança vers Aelita, celle-ci le remarqua, et ne se sentit pas très rassurée. Elle recula même de quelques pas. Une fois qu'ils ne furent plus qu'à quelques mètres l'un de l'autre, Seth fit un petit sourire tendre. Un sourire aussi adorable que celui d'un bébé.
- On peut au moins essayer de discuter ? Demanda-t-il de sa belle voix douce.

Aelita resta méfiante, ce garçon avait changé de comportement un peu trop vite à son goût. Malgré tout, elle s'adoucit un peu, et l'invita à s'asseoir. C'est alors qu'elle remarqua quelque chose de bizarre. (encore)
- Pourquoi tes yeux sont rouges ?
Le jeune homme se sentit un peu prit de court, mais il finit par hausser les épaules.
- Je ne sais pas, pourquoi les tiens sont verts ?
L'elfe virtuelle haussa les sourcils, elle le trouvait assez naïf dans le fond. Et même si elle le savait très fort, elle avait du mal à imaginer un garçon comme lui faire du mal à une mouche.
- Comment vous avez fait pour trouver cet endroit ? demanda la jeune fille en affichant une mine un peu plus douce, mais toujours aussi gênée.
- C'est Xana qui nous a montré le chemin.
Aelita tiqua à la mention de ce nom, elle l'avait déjà entendu, et pas plus tard qu'aujourd'hui en plus. Tula lui en avait parlé, selon elle, Xana était un prothéen qui avait été choisi pour devenir l'arme suprême de Franz Hopper. Mais d'après ce qu'elle avait compris, Xana avait été détruit dans une bataille il y a quelques mois. Elle ne comprenait pas vraiment comment il aurait pu leur dire où les trouver. Et même s'il avait pu, une question subsistait toujours.
- Et... où est-il ce Xana ?
Seth ne répondit pas, il se tourna vers son épaule gauche, et dit d'un ton tout à fait naturel :
- Tu viens dire bonjour ?
Aelita était à présent persuadée que son interlocuteur avait une case en moins, jusqu'au moment où, à sa plus grande surprise, une ombre à l'apparence partiellement liquide se détacha de l'épaule du jeune homme.
L'elfe virtuelle n'en croyait pas ses yeux, la masse noire prit la forme d'une petite tête, avec pour seul visage le symbole qui ornait le sol des tours sur Lyoko. Ce qui devait être un bras se détacha également de la chair de Seth, et se balança doucement de droite à gauche.
Pétrifiée par cette vision, la jeune fille répondit mécaniquement à ce salut inattendu, sans même avoir conscience de ce qu'elle faisait. Elle fixa la drôle de créature, puis Seth, qui souriait comme un enfant. Elle les contempla quelques secondes, avant de tomber dans les pommes.
- Mais... Qu'est-ce que j'ai fait ? Demanda Seth à Xana. Ce dernier répondit par un drôle de geste, que l'on pouvait définir comme étant un haussement d'épaule.


20 juin 2001, Lieu inconnu, 11h08

Camouflé derrière une fenêtre teintée, Peter Warren observait avec un intérêt tout particulier l'exercice auquel se livrait son vassal dans l'une des salles d’entraînement. Il put ainsi constater par lui-même les nombreux talents dont il disposait, mais malgré tout, ce n'était pas suffisant. Serpent lui obéissait, mais il manquait cruellement de motivation. C'était un problème qu'il fallait vite régler, car il ne voulait pas le voir désintéressé sur un champ de bataille. Il devait donc trouver un moyen de faire exploser son plein potentiel à son maximum, sans pour autant en perdre le contrôle. Il avait déjà renoncé à se servir de sa colère, c'était bien trop risqué (même si les résultats auraient pu être satisfaisants). Il réfléchit encore pendant de longues minutes, avant de sourire, il avait trouvé, c'était si évident qu'il aurait pu en rire. Et en plus, cela minimisait grandement les risques de rébellion. C'était la solution parfaite, une de celles qu'il trouvait très souvent.

Un raclement de gorge vint le tirer de ses pensées. Il se retourna, et découvrit trois jeunes filles vêtues chacune de la même tenue de combat. Il les identifia de droite à gauche : Corbeau, Renarde et Dragonne. Les trois membres de son unité personnelle, la dernière unité virtuelle de l'organisation. Peter leur fit signe d'approcher, mais avant qu'elles n’aient pu ouvrir la bouche, il gifla violemment Renarde.
- Tu as agi stupidement, dit-il sans pour autant laisser transparaître son mécontentement.
En temps normal, l'indienne aurait bouilli de colère si un homme l'avait frappée, mais là, elle ne répondit pas. Et pour cause, elle savait elle-même que c'était vrai. De plus, Peter était le seul homme sur cette planète à mériter son respect. Alors elle préféra se taire, et assumer en silence. Dragonne prit la parole :
- On a beaucoup discuté, on pense que c'est une mauvaise idée de l'intégrer dans l'unité. Et je crois que tu sais très bien pourquoi.

L'américain soupira, mais qu'avaient-ils tous à rejeter une arme aussi importante ? Il comprenait bien évidement les raisons qui les poussaient à ne pas vouloir travailler avec Serpent, mais il trouvait cela insuffisant pour ne pas l'intégrer. En revanche, cela risquait de poser un petit souci vis-à-vis de la cohésion du groupe. Il allait donc devoir faire en sorte qu'ils s'entendent tous. Il jeta un œil sur son vassal, avant de rétorquer :
- Que cela vous plaise ou non, vous allez travailler avec lui. Libre à vous de faire en sorte que cela se passe bien ou pas. Mais je ne me priverai pas d'un tel élément parce que vous ne voulez pas faire d'efforts. Je vais faire en sorte qu'il s'ouvre un peu plus aux autres, ensuite, ce sera à vous de vous arranger pour qu'il s'intègre. Nous sommes d'accord ?
Les jeunes filles acquiescèrent, pas vraiment ravies, mais pas non plus très embêtées. Elles ressortirent sans un mot. Peter jeta un dernier coup d'œil à Serpent, avant de les suivre.
« Ne t'en fais pas mon cher ami, tu seras toujours avec moi. »

_________________

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-The Joker-


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Icer MessagePosté le: Jeu 10 Sep 2015 15:17   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Bien, ton chapitre 2 a donc l'honneur d'ouvrir le bal des textes qu'avec la rentrée, je lis dans le bus, huhu. Et heureusement que tu as arrêté de poster en gris, tu étais le seul à me casser les couilles visuellement l'année dernière XD
Déjà, j'ai repéré une faute que je suis obligé de signaler : Sa voix était lourde et... glacial. Je m'y connais un peu en eau solide donc j'ai vite vu qu'il manquait le e Mr. Green

Tyker a écrit:
Ah, et faites bien attention aux balises temporelles, certaines sont importantes.


Tu avais prévenu... En effet, c'est le grooos bordel sur Pandémonium où l'action ne s'ensuit pas nécessairement de manière chronologie. De mémoire, sur ta première fic, il y avait déjà des enchainements chronologiques originaux, mais là je vais être obligé de me faire une frise pour resituer. En tout cas ça montre que tu as bossé ton projet, tu as une idée bien précise en tête et la façon de nous la faire partager a été minutieusement préparée.
Question scénario, la rencontre entre Seth, Heath et Franz Hopper s'avère très intéressante, même si il me manque le fameux bout d'histoire que le second doit raconter au savant et qui sera je l'espère pour le prochain chapitre. Avec bien sûr un soupçon de X.A.N.A...
... et deux Serpent ! Et oui, un n'était pas suffisant visiblement, alors maintenant on en fabrique un deuxième pour foutre encore plus la merde Mr. Green

Hey mais en fait, en parlant de merde...

Ils sont où les morts ? Sad

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« Les incertitudes, je veux en faire des Icertitudes... »

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Tyker MessagePosté le: Jeu 18 Aoû 2016 02:47   Sujet du message: Répondre en citant  
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Spoiler


Chapitre 3: Evolution



13 août 2001, Usine, 21h 02


Franz Hopper avait retiré ses lunettes, il se massait à présent les tempes dans l'espoir de réussir à soulager sa migraine. Il avait fallu une petite demi-heure à Heath pour raconter son histoire, c'était beaucoup d'informations pour peu de temps. Le scientifique essayait tant bien que mal de remettre les événements dans le bon ordre, histoire qu'il sache au moins par où commencer.

- Donc, reprit le scientifique qui trahissait des signes de fatigue mentale, si je comprends bien, votre frère et vous êtes des déserteurs de l'Organisation. Vous avez été recrutés dans un hôpital psychiatrique par un certain Sergueï Dragunov, puis vous avez été formés pour devenir des enfants-soldats. Vous avez ensuite été amenés dans le complexe principal afin de participer au Death Battle. Cependant, suite à ce que vous appelez « mon attaque », votre frère a fusionné avec Xana, ce qui vous a valu d'être arrêtés dans le but d'être étudiés plus tard. Mais grâce à la puissance de Xana, et à votre « intelligence », vous êtes parvenus à vous évader, et vous avez détruit le complexe. En passant, vous avez même tué deux des plus grands cerveaux de l'organisation. Vous avez ensuite voyagé par vos propres moyens depuis l'Allemagne, et grâce à Xana, vous m'avez trouvé. Me suis-je trompé quelque part ?

- À un ou deux détails près, c'est un bon résumé.
Franz Hopper éclata de rire, un rire nerveux, un rire moqueur, comme s'il ne croyait pas un traître mot de cette histoire à dormir debout.
- N'importe quoi...
- Je vous demande pardon ?
- C'est un tissu de mensonges !
- Vraiment ? Qu'est-ce qui ne colle pas dans mon histoire ?
- Vous osez le demander ?!
Cette fois, le scientifique avait élevé la voix. Heath soupira d'exaspération.
- C'est vraiment n'importe quoi, renchérit le savant. Comment deux enfants auraient-ils pu détruire « Silver Wings » ! Et votre frère aurait fusionné avec mon programme multi-agents ? Je n'ai jamais rien entendu d'aussi grotesque !
- Dois-je faire monter Seth afin qu'il vous montre la preuve qu'il vous faut ?
Hopper accusa le coup, mais continua de crier :
- Quand bien même ce serait vrai. Je ne peux pas croire que deux enfants aient réussi un tel miracle. C'est absolument impossible, il faut bien plus qu'un gamin amélioré par Xana et un autre avec un QI supérieur à la moyenne pour détruire un tel complexe.
- Sur ce point nous sommes d'accord, répondit le jeune homme. Et je vois qu'une démonstration est nécessaire.

Sur ces mots, Heath fonça avec la rapidité d'un serpent sur son interlocuteur, le saisit par le col, et le souleva du sol. Le scientifique, bien qu'impressionné, tenta de riposter en frappant le jeune homme au visage. Mais à sa grande surprise -et pour sa plus grande douleur-, lorsque son poing entra en contact avec sa cible, il eut l'impression de frapper un bloc de granit. Il laissa échapper un petit cri pitoyable, et se mit à secouer sa main dans tous les sens dans le but d'atténuer la souffrance qui lui irradiait les doigts.

Heath ne se fit pas prier, et le renvoya dans son fauteuil, tout en modérant sa force pour lui éviter davantage de souffrances inutiles. Franz Hopper mit quelques minutes à reprendre ses esprits, et lorsque ce fut le cas, il avait toujours du mal à y croire.
- Qui... qui es-tu vraiment ?
Le jeune homme retira le gant de sa main droite, pour permettre au savant de voir la chose la plus monstrueuse qu'il ait jamais vue. En effet, ce n'était pas un membre de chair et de sang qu’exhibait l'adolescent, mais une terrifiante main en métal argentée qui devait être aussi puissante que menaçante. Le bout de chacun de ses doigts ressemblait bien plus à une griffe qu'à autre chose. Voilà au moins qui expliquait sa force surnaturelle, mais pour ce qui était de sa résistance. Le jeune homme dû deviner ses pensées, car il se mit à balancer son index argenté de droite à gauche.
- Je tiens bien évidemment, à conserver certaines choses privées. J'espère que vous comprenez.
Franz Hopper lâcha quelques paroles inintelligibles. Heath prit ça pour un « oui », et renfila son gant.
- Bien, maintenant que j'ai parlé de moi, c'est à votre tour.
- Pardon ?
Cette fois, le jeune homme s'agaça, mais parvint à se maîtriser car il continua :
- Je vous l'ai dit, nous sommes ici parce que nous pensons qu'en travaillant ensemble, nous pourrions anéantir définitivement l'Organisation. Mais pour cela, j'ai besoin de savoir si vous en valez la peine.
Il marqua une pause, et vit avec satisfaction que le savant reprenait déjà des couleurs. Il reprit :
- Alors dites-moi Professeur Schaeffer, qu'est-ce que vous avez à m'offrir ?



22 juin 2001, Lieu inconnu, 13h 23


S'il y a bien une chose que Corbeau adorait faire, c'était la grasse matinée, et pour la première fois depuis bien longtemps, elle avait eu l'occasion d'en faire une. En effet, Peter ayant été retenu par une affaire à l'extérieur, il n'y avait personne pour remarquer son absence. Et l'américaine ne s'était pas privée. Elle jeta un coup d'oeil à son réveil, elle avait dormi presque quinze heures d'affilée. C'était presque le triple de son quota normal. D'excellente humeur, elle prit tout son temps pour se préparer, et sortit tranquillement se dégourdir les jambes. Le complexe dans lequel elle se trouvait depuis deux mois était, à la différence de « Silver Wings », à l'air libre. Elle pouvait donc se balader dehors sans trop de soucis. Mais la faim l'obligea d'abord à aller prendre une collation avant sa promenade, elle fit donc un tour par la cafétéria, et eut une (mauvaise?) surprise.
Assis à la table de l'unité, Serpent touillait doucement sa purée sans en prendre ne serait-ce qu'une bouchée. L'américaine maudit sa malchance. Techniquement, elle n'avait pas vraiment quelque chose contre le « bleu » de son groupe, mais elle aimait manger seule. Ça n'avait rien d'asocial, c'était seulement une préférence. Elle soupira, et s'assit en face de son collègue, elle hésita à le saluer, mais celui-ci prit les devants :

- Bonjour.
- Salut, répondit la jeune fille, tu ne manges pas ?
Une question stupide, elle se mordit la langue.
- Pas faim.
Il ne semblait prêter aucune attention à ce qu'il y avait autour de lui, sa purée était sa seule préoccupation.
Corbeau qui avait déjà abandonné l'idée d'avoir une discussion s'était, elle aussi, concentrée sur ce qu'il y avait sur son plateau, mais après quelques minutes, elle remarqua que Serpent ne touillait pas vraiment sa nourriture, il semblait tracer quelque chose avec son couteau.
Curieuse, la jeune fille se pencha en avant, et vit ce qui semblait être des lettres dessinées dans la purée en petits caractères.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je me cherche un nom.
La jeune fille fronça les sourcils.

- Pourquoi ?
- Le maître m'a dit que je pourrai me choisir un nouveau nom. Mais je ne sais pas lequel prendre.
- Pourquoi veux-tu un nouveau nom ?
- Parce que celui que j'ai est déjà à quelqu'un.
Corbeau sentit un frisson lui parcourir l'échine, elle tenta néanmoins de conserver une apparence neutre.
- Qui est-ce ?
Pour la première fois, Serpent releva la tête et la fixa dans les yeux. La jeune fille eu un mal de chien à ne rien laisser transparaître.
- Je ne sais pas, mais le maître veut que je le fasse disparaître, donc je le ferai.


13 mai 2001, Lieu inconnu, 01h 34


Heath se livrait en ce moment même à deux de ses activités préférées : le meurtre et la torture.
Comme à son habitude, il s'était habillé en gosse de riche, et avait traîné dans les quartiers les moins recommandés des différentes villes qu'il avait traversées depuis son évasion. Il lui suffisait ensuite de repérer le groupe de délinquants approprié, et de l'entraîner à coup de provocations dans la ruelle adéquate à son loisir.

Bien sûr, il devait éviter les scènes trop impressionnantes pour éviter de se faire repérer. Il se contentait donc de tuer à coup de couteau, et de torturer à l'aide d'un peu d'essence et d'un briquet. Puis il maquillait la scène en règlement de compte. Et s'en allait avec les nerfs relaxés. Habituellement, il ne tombait que sur des bandes de deux ou trois personnes. Mais là il avait tiré le gros lot : quatre victimes, dont une jeune fille, et Dieu seul sait à quel point il adorait torturer les jeunes filles.

Cette dernière avait repris connaissance il y a peu, elle était ligotée et bâillonnée. Comme toutes les victimes avant elle, elle attendait son tour, impuissante. Heath, venait tout juste de finir le dernier garçon de la bande, son regard fou et meurtrier était à présent tourné vers la jeune fille. Il s'approcha et lui retira son bâillon.
- Ne crie pas, ou je rendrai ça encore plus douloureux.
La victime était pétrifiée, jamais au cours de sa courte vie, elle n'aurait imaginé vivre ça un jour. Et encore moins des mains d'un type qui ne semblait pas avoir plus de quinze ans.
- Écoute, bredouilla-t-elle. Tu veux quoi ? Me violer ? Vas-y, fais-toi plaisir. Mais laisse-moi partir s'il te plaît...
Heath haussa un sourcil.
- Te violer ? Tu crois vraiment que c'est la seule chose qui importe chez une fille pour un homme ? Crois moi, il y a bien des façons de prendre son pied avec une femme. Et j'ai ma façon bien à moi.
Il marqua une pause, et retira son gant laissant à sa victime l'effroi de contempler sa main droite. Il sourit, avant d'ajouter :
- Mais si c'est ta cerise que tu veux perdre en premier, j'ai aucun souci avec ça, cependant, je préfère le métal à la chair.

C'est alors qu'une violente douleur lui transperça le crâne, et irradia son cerveau. Heath en fut si surpris qu'il s'écroula en poussant un hurlement, sa victime qui ne comprenait rien à la scène n'osa émettre le moindre son.
- Qu'est-ce que tu fais ?! gronda le psychopathe en se tordant dans tous les sens.
« Je te reprogramme », répondit une voix dans sa tête, « ton état mental est loin d'être stable. Je dois remédier à cela. »
- Je t'interdis de toucher à mon cerveau ! rugit-il. Ou je te jure que...
« Quoi ? Je fais partie de toi, tu ne peux rien me faire. Et Seth ne sera jamais à l'abri si tu continues à agir de la sorte. Il faut que je t'améliore. Je dois supprimer ce que tu appelles ta « soif de sang », tu n'en ressortiras que plus fort. »
- Intelligence, arrête !
« Désolé, mais c'est dans ton intérêt et celui de Seth, tu dois prendre soin de lui. »
Le psychopathe continua de gesticuler quelques instants de plus, avant de sombrer dans l'inconscience. Cinq secondes plus tard, ses paupières se rouvrirent, et il se redressa tout en se frottant le crâne.
« Cela devrait aller mieux maintenant, tu seras bien plus efficace. »
Heath ne répondit pas, l'excitation qui l'avait enveloppé depuis qu'il avait commencé sa tuerie avait disparu. Il se sentait bien, mais vide, et beaucoup trop calme à son goût. Intelligence, l'IA de « Silver Wings » qui s'était téléchargée dans son cerveau -grâce à son spectre- afin de survivre à la destruction d'Olympia venait tout juste de modifier sa personnalité. Et même après aussi peu de temps, il se sentait différent.

Mais il n'eut pas le temps de déterminer en quoi il avait changé, car un cri aigu vint lui transpercer les oreilles. Vif comme un serpent, il plaqua sa main gantée sur la bouche de sa victime.
- Qu'est-ce que tu m'as fait ?
Sa voix était calme, mais furieuse.
« J'ai supprimé les effets jouissifs que t'apportaient le sang et les tueries. »
Heath semblait bouillir, il saisit sa victime par le cou, et lui brisa la nuque sans effort. A sa grande surprise, il ne ressentit rien, absolument rien. Il était juste... indifférent.
- En quoi cela me rend meilleur ? vociféra-t-il.
« Tes pulsions t'empêchaient de raisonner intelligemment, elles auraient été un handicap sévère lors de nos futurs combats. »

Heath serrait ses poings si fort que ses griffes crissèrent contre sa paume. Mais il se calma, il valait mieux éviter de donner à l'I.A. autre chose à supprimer. Il ramassa son gant, et repartit en ruminant.
Sur le chemin, il tua un passant qui avait été alerté par ses hurlements d'un simple revers de main. Et comme pour la jeune fille, il ne ressentit rien de particulier. Intelligence venait de le priver de sa plus grande source de plaisir.


30 juin 2001, Lieu inconnu, 02h 54

Serpent ignorait où il se trouvait, ni pourquoi il était nu. Il ne voyait rien, n'entendait rien, mais il sentait une odeur étrange. Ce qui lui fit un drôle d'effet, car jamais auparavant il n'avait été en mesure de se servir de son sens de l'odorat. Intrigué, il accorda toute son attention à cet arôme bizarre qui envahissait ses narines. Il était fort, mais pas désagréable. Le plus étrange c'était que son origine semblait proche, mais il n'était pas en mesure de déterminer où exactement. Il resta là, immobile, à apprécier silencieusement ce sens nouveau. Jusqu'au moment où, il sentit un liquide chaud couler sur ses épaules, avant de le recouvrir complètement. Serpent ne bougea pas, même lorsqu'un peu de cette substance vint franchir ses lèvres et envahir sa bouche. Elle avait un goût étrange, un goût qui semblait proche de l'odeur qu'il avait sentie plus tôt. Son dos le gênait étrangement, comme s'il bougeait tout seul.

Serpent, eut alors l'impression que quelque chose était en train de pousser dans son dos. Comme si ses os tentaient par eux-mêmes de fuir son corps. Il ne ressentait aucune souffrance, seulement la désagréable sensation qu'il changeait et le sentiment d'impuissance de ne rien pouvoir y faire. Puis il eut l'étrange impression que son anatomie entière se déployait. Il ouvrit les yeux, et découvrit son nouveau corps. Il était entièrement couvert de sang, et le plus étrange, c'est que celui-ci semblait s'imprimer dans sa peau tel un immense tatouage. Dans son dos, deux immenses ailes de dragon brillaient d'un rouge éclatant, et une longue queue de reptile fouettait le sol frénétiquement.

Serpent ignorait totalement ce qui lui arrivait, mais pour la première fois, il se sentait lui-même. Jamais auparavant, il n'avait connu une telle sensation. La sensation que tout ce qu'il avait jamais souhaité était à présent à lui. Il leva le nez en l'air, et poussa un puissant rugissement, rapidement accompagné d'une gerbe de flammes rouges-orangées.
Il ouvrit alors à nouveau les yeux, sauf que cette fois, il se réveilla. Un profond sentiment de déception s'empara de lui, mais ce fut de courte durée. Il entendit quelque chose, comme une petite voix dans sa tête. Machinalement, il se leva, et sortit de sa chambre.


15 mai 2001, Lieu inconnu, 22h 09

Heath se sentait mal, mal dans sa peau.
C'était la première fois au cours de son existence que quelque chose de ce genre lui arrivait. Lui qui d'ordinaire avait toujours été si fier de lui, de ce qu'il était, de ce dont il était capable. Il n'était pas parfait, mais à ses yeux, il n'aurait jamais voulu être autrement. Heureusement, Seth n'avait rien remarqué, et étrangement, Heath ne voulait pas qu'il le remarque. En effet, la dernière chose qu'il pouvait souhaiter, c'était que quelqu'un le réconforte. Il était comme ça, il détestait paraître faible. Heureusement, le mutant passait la majorité de son temps à dormir et était donc resté à l'hôtel. Aucun soucis de son côté. Le psychopathe errait dans les rues tel un fantôme, son corps était étrangement mou. Il n'était pas fatigué, mais il se sentait vaseux, comme s'il était sur le point de faire un malaise. Ressentant l'envie pressante de s'asseoir, Heath entra dans le premier endroit dans lequel il aperçut des chaises. Il s'agissait d'un bar mais il s'en moquait pas mal, il alla s'asseoir à une table, et héla la serveuse.

- Bonsoir, vous me conseillez quoi ?
- Vous avez une drôle de tête, vous êtes sûr que tout va bien ?
Heath ravala sa colère, et esquissa un petit sourire.
- Dure journée, dit-il en soupirant, si vous pouviez m'apporter un truc qui détend je vous donnerais un joli pourboire.
L'argent n'avait jamais été un problème pour lui, dépouiller ses victimes et les torturer pour obtenir le numéro de leur carte bancaire n'avait pas été difficile. Par contre, la corvée d'aller d'un distributeur de billet à un autre à chaque reprise l'avait passablement agacé.
La serveuse lui répondit en souriant à son tour :

- Bien joué le coup de la barbe naissante, ça te donne l'air suffisamment vieux pour être servi.
Tandis qu'elle s'en allait lui chercher sa commande, le jeune homme fronça les sourcils.
- Quelle barbe ?
Il se leva, et prit la direction des toilettes. Une fois devant le miroir, il eut la surprise de découvrir pour la première fois de sa vie les bienfaits de la pilosité faciale. Ce n'était d'ailleurs pas la seule nouveauté, il semblait également plus grand d'au moins cinq bons centimètres depuis hier soir. Ses vêtement étaient serrés.
- C'est toi qui a fait ça ? Murmura-t-il le ton lourd de reproches.
« Ta poussée de croissance est une des améliorations que je t'ai donné, oui. »
Heath n'en croyait pas ses oreilles.
- Qu'est-ce que tu m'as encore fait ?!
« J'ai amélioré la solidité de ta peau et de tes os, j'ai supprimé tes symptômes psychotiques et j'ai rendu ton système immunitaire parfait. »

Le jeune homme se demandait s'il allait parvenir à conserver son sang-froid. Ce n'était pas tant ces améliorations qui le gênaient, mais le fait qu'elles aient été mises en place sans son consentement.
- Ne refais jamais ça sans m'en parler.
- Si tu veux.

Heath retourna s'asseoir en ruminant, et se frotta la barbe avec sa main gantée. Il se demandait comment les gens faisaient pour supporter un truc qui démangeait autant.
- Un verre de bourbon, annonça joyeusement la serveuse en déposant la consommation sur la table, vous voulez des glaçons ?
- Trois s'il vous plaît.
La jeune femme haussa les sourcils.
- Il y en a qui vous tueraient pour ça.
Heath leva la tête, une telle remarque ne pouvait que l'intriguer.
- Plaît-il ?
- On ne brutalise pas du whisky avec de la glace, toujours deux glaçons maximum, sinon on dilue le scotch.
- Navré, je n'ai pas l'expérience qu'avait mon père.
Cette dernière parole le fit sourire, il en gardait un excellent souvenir.
- Je suis désolée, bredouilla-t-elle confuse, l'influence de mon idiot de petit ami.
- Va pour deux.

Heath porta la boisson à ses lèvres, celle-ci était étonnamment bonne, et il ne ressentait pas le moindre effet. Il se demanda si Intelligence n'y était pas là aussi pour quelque chose.
- Je m'appelle Sabrina, dit la serveuse en lui tendant sa main.
Le jeune homme fixa le membre pendant quelques secondes avant de lever les yeux. « Sabrina » était une fille noire d'environ dix-sept ans, elle avait des cheveux courts bouclés et des pupilles marrons. Elle aurait sûrement fait craquer un paquet d'hommes avec sa jupe et ses jolies jambes, mais Heath n'était pas intéressé.

- Je crois que c'est à ce moment là que vous me donnez votre nom.
« Non, ça c'est le moment où je t'envoie chier »
C'était la réponse qu'il avait voulu formuler, mais pour une raison qu'il ignorait, aucun de ces mots n'avaient franchi ses lèvres.
- Je vous appellerai si j'ai besoin de quelque chose, merci pour le verre.
Sabrina bredouilla une excuse, et retourna travailler en baissant la tête.
Heath n'arrivait pas à le croire, lui qui était d'ordinaire si friand de méchanceté gratuite.
- C'est ton œuvre ça aussi ? gronda-t-il.
« Étant donné qu'aujourd'hui est le jour de ton anniversaire, j'ai pensé qu'il valait mieux te faire éviter les ennuis. »
- Mon... ?

Le jeune homme regarda sa montre, et ne put que constater la véracité des propos de l'IA.
Aujourd'hui bien qu'il paraisse quelques années plus vieux, il « fêtait » son quatorzième anniversaire. Il ne put s'empêcher de penser à tout ce qu'il s'était passé durant cette année écoulée. Absolument tout avait changé, son ancienne famille était morte, il avait d'ailleurs tué deux de ses membres lui-même. Sa vie passée avait été une longue et ennuyeuse époque, une époque dont il se fichait éperdument aujourd'hui. Jamais il ne prenait vraiment le temps de se concentrer sur son passé, seul l'avenir l'intéressait.

- À l'avenir, dit-il en levant son verre.
- Le seul avenir que je vois pour toi c'est le sale quart d'heure que tu vas passer.
L'allemand tourna la tête, un homme blond d'une vingtaine d'années carré comme un joueur de rugby se dressait devant lui de toute sa taille. Toutes les personnes présentes dans la salle les regardaient. Terrifiée, Sabrina pressa le bras de celui qui devait être son petit ami.
- Arrête Michel, supplia-t-elle. Tu te conduis comme un gamin !
A la mention de ce nom, Heath ne put s'empêcher d'éclater de rire.
- Michel ? haleta-t-il sans pour autant s'arrêter. En plus d'avoir une gueule de con t'as un nom de merde ?

Ces mots provoquèrent l'hilarité générale, Sabrina se figea sur place. Le blond quant à lui fulminait de rage.
- Mais tu cherches vraiment à t'en prendre une ?! rugit-il faisant ainsi taire les consommateurs.
Heath aussi s'arrêta de rire, mais pas de sourire, il avala le reste de son whisky avant de répondre :
- La seule chose que je vais prendre, c'est un deuxième verre.
Son regard se posa sur Sabrina.
- Tu veux bien me l'apporter ?
Michel se retourna vers sa copine, celle-ci n'osa même pas lever les yeux.
- Comment ça se fait qu'il te tutoie ?

Elle ne répondit pas, le blond leva son bras, bien décidé à la gifler de toutes ses forces. Mais une main surpuissante vint arrêter son geste, et commença à lui broyer le poignet.
Une douleur fulgurante lui envahit le membre, et il tomba à genoux.
- J'ai connu un mec dans ton genre quand j'étais encore à l'école, chuchota Heath en accentuant son mouvement de torture, il s'appelait Hans. Je l'ai expédié à l’hôpital avec les jambes et quelques côtes brisées. Est-ce qu'on doit en arriver à cette extrémité ? Ou est-ce que tu vas dégager d'ici avant que je ne t'expédie chez le croque-mort ?
Vaincu par la douleur, le blond émit un gémissement de soumission. L'allemand hésita, puis le relâcha. Sa victime tituba jusqu'à la sortie, et disparut dans la nuit. Un tonnerre d'applaudissements retentit dans l'enceinte du bar. Amusé, Heath salua son public.
- Vous êtes... Un grand malade, lâcha Sabrina les yeux embués mais le sourire retrouvé.
- Je crois avoir demandé un deuxième verre, répondit le jeune homme en montrant son récipient vide.

Toujours souriante, la jeune femme se précipita vers le bar pour revenir quelques instants plus tard avec la boisson réclamée.
- Vous ne m'avez toujours pas donné votre nom, dit-elle d'un ton poli.
L'intéressé leva les yeux, il avait apprécié la courtoisie de la serveuse.
- Heath.
- Tu es anglais ?
- Allemand.
Sur ce bref échange, elle le remercia et repartit travailler. Le jeune homme remarqua alors la petite note inscrite au feutre noir sur la serviette en papier qu'elle avait laissée.

« Je finis dans vingt minutes ».

Ces mots lui donnèrent la subite envie de partir immédiatement, mais la curiosité se fit plus forte. Il jeta un regard vers Sabrina qui lui fit un petit clin d’œil.
- Il faut savoir laisser une place à l'imprévu quand il se présente. Soupira-t-il en avalant cul sec le contenu de son second verre.


30 juin 2001, Lieu inconnu, 03h 12


Serpent savait qu'il n'avait en aucun cas le droit de se trouver ici, si jamais quelqu'un le surprenait, sa punition allait être terrible. Et pourtant, il n'avait pas envie de partir, ou pour être plus précis, il n'y parvenait pas. Il se trouvait dans une pièce immense et sombre, pourtant il y voyait comme en plein jour, et il n'arrivait toujours pas à en croire ses yeux. Voilà déjà cinq minutes qu'il ne cessait d'observer avec toute l'attention du monde l’aquarelle encadrée sur le mur en face de lui.

Il s'agissait de l'une des célèbres aquarelles réalisées par le peintre anglais William Blake entre 1805 et 1810, et plus précisément, de la première d'entre elles : « Le Grand Dragon Rouge et la Femme vêtue de Soleil ». Cette aquarelle représentait le Dragon Rouge de l'Apocalypse, tiré du dernier livre du Nouveau Testament. Celui-là même qui se tenait devant la femme qui allait enfanter, dans le seul but de dévorer l'enfant qu'elle allait mettre au monde. Serpent était fasciné par ce personnage maléfique sorti de l'Enfer, il le trouvait magnifique. Il se dégageait de cette œuvre une aura à la fois rayonnante et malsaine, voire terrifiante. Le vassal de Peter contemplait avec une admiration totale la magnificence que représentait cette créature. Il tendit la main... il désirait la toucher... ne serait-ce qu'une seule fois... rien qu'une.

Une alarme se mit à retentir, et les lumières s'allumèrent. La personne allongée dans le lit derrière l'intrus émit de légères plaintes en bâillant, avant de pousser un hurlement de peur.
- Mais qu'est-ce que tu fais ici ?! Rugit Alex Tanner au moment où des gardes armés firent irruption dans la pièce.
Mais Serpent ne répondit pas, il ne l'entendait même pas. Il ne faisait que caresser délicatement le verre qui protégeait l'aquarelle, tandis que la petite voix dans sa tête continuait à lui parler de l'honneur que lui, immaculée conception venue de l'Enfer, allait obtenir en tant qu'héritier du Grand Dragon Rouge.


15 mai 2001, Lieu inconnu, 23h 45

Lorsque Seth se réveilla, la première chose qu'il vit fut la faible lueur de sa lampe de chevet qui éclairait partiellement la pièce. Il l'observa quelques secondes, et esquissa un sourire en coin. Il adorait le monde dans lequel il vivait, à ses yeux, il était rempli de petites choses toutes plus magnifiques les unes que les autres. Un rien suffisait à captiver son attention, et pour cause, tout le fascinait.
Il se redressa sur son lit, et laissa échapper un long bâillement.

- Bonjour grand frère, dit il avec sa bonne humeur habituelle.
Caché dans l'ombre, Heath était tranquillement assis près de la fenêtre de leur maigre chambre d'hôtel. Seth n'avait même pas eu besoin de le voir pour le remarquer, son odorat était plus rapide que sa vue.
La présence de l'allemand à ses côtés était si naturelle qu'elle n'avait jamais réussi à le gêner. C'était en quelque sorte, un fragment de la vie du mutant, un fragment auquel il s’agrippait pour grandir.
Le psychopathe lui sourit pour le saluer, avant de reporter son attention sur la fenêtre. Une lueur rouge-orangée éclairait son visage.

- Qu'est-ce que tu regardes ?
Heath ne répondit pas, mais fit signe à son frère de venir voir par lui-même.
C'est ainsi que Seth pu observer le bâtiment situé à quelques rues de leur logement être rongé par un incendie. Une immense colonne de fumée s'élevait vers le ciel, et semblait lécher les étoiles. Une lueur apparut alors dans le regard du cadet, la même que celle de son aîné.
- C'est magnifique, murmura-t-il vraisemblablement ému.
- Oui, répondit Heath dont le regard était concentré sur la jeune femme clouée sur le toit qui brûlait en hurlant. C'est vraiment magnifique.
L'allemand se sentait transcendé par une émotion qu'il n'avait encore jamais ressentie, jusqu'à présent, ses macabres occupations ne lui avait procuré rien d'autre que du plaisir et de l'amusement. Maintenant que ce sentiment avait disparu, il en tirait autre chose. De la fierté, de la quiétude, et une certaine forme de satisfaction.
- L'évolution est vraiment quelque chose d'intéressant, dit-il en passant la main sur son visage fraîchement rasé. On ne sait jamais ce qui peut arriver, ou ce qu'on peut devenir.



25 décembre 1997, Amsterdam 00h 23

Allongée sur le toit d'un petit immeuble en piteux état, une jeune fille de quatorze ans se vissa une cigarette sur le bout de ses belles lèvres rouges et craqua une allumette. Elle tira une longue bouffée de fumée, puis une courte d'air frais, et recracha doucement le tout, laissant ainsi la fumée lui passer devant ces beaux yeux bleu ciel. C'était la première fois qu'elle fumait, elle tâcha donc de reproduire mécaniquement les gestes quotidiens d'un fumeur pour ne pas gâcher une miette de sa précieuse cigarette. Elle avait prit trop de risques pour pouvoir l'obtenir, elle ne se permettrait pas de la gâcher. La cigarette était forte, trop forte. C'était une Gauloise, une marque française.
- Putain de bouffeur de grenouilles, lâcha-t-elle en Néerlandais avant de tirer une nouvelle bouffée.

Malgré la température hivernal, elle n'était vêtu que d'un gilet en laine et d'un jogging par dessus ses sous-vêtements. Elle n'était pas très âgée, mais sa silhouette était déjà celle d'une jeune femme, et contrairement à la plupart des filles de son âge, cela ne lui convenait pas du tout. Elle se moquait bien de l'avis des autres, mais elle détestait entendre des remarques jalouses ou perverses vis à vis de son physique. Non pas qu'elle y attachait une quelconque importance, mais l'attention était quelques chose dont elle se serait volontiers passée.
Tandis que sa cigarette était déjà à demi consumée, elle poussa un profond soupir d'agacement en entendant les gémissement pitoyables de l'homme qui se trouvait dans le lit de sa mère. Cette dernière gémissait elle aussi, mais son expérience de prostituée ainsi que la drogue qu'elle avait probablement ingérée avant de travailler lui donnait un aspect plus sexy que son client. D'un autre côté, Abigail n'avait jamais compris si les hommes pouvaient gémir de façon sexy.

Un râle de plaisir se fit entendre, et la jeune fille s'empressa alors de terminer sa cigarette. Après quoi, elle descendit une échelle de fer, et s'engouffra dans l'escalier de service. Elle donna un grand coup d'épaule dans une grosse porte en fer rouge, et attendit quelques minutes devant la porte de son appartement. Quelques minutes, plus tard, l'homme d'une cinquantaine d'années, souriant et rassasié ouvrit la porte. La jeune fille bredouilla alors une excuse pour s'engouffrer tranquillement dans sa maison, et jeta un regard mauvais à l'homme qui observait avec une attention toute particulière ses jolies petites fesses.
- Te fatigues pas chéri. lança la jeune fille en lui collant son index sur le front. Je suis trop chère pour toi.
- J'en doute, répondit il avec un clin d'oeil tout en s'engageant dans la cage d'escalier.

Abigail referma la porte, et prit un temps pour mesurer son butin. La montre qu'elle lui avait prise était plaquée or, même si elle ne semblait pas hors de prix elle pourrait en tirer suffisamment pour s'acheter quelques habits. Elle mit la montre dans sa poche, et se dirigea vers la cuisine. Elle eut alors la désagréable surprise de découvrir que le visiteur avait bu au goulot d'une bouteille de son lait favori. Ce qui la dégoûta tellement qu'elle s'empressa de jeter ce qu'il restait dans l'évier. Avant d'en ouvrir une autre, et de s'en servir un grand verre.
Après quoi, elle se dirigea vers sa chambre, lorsque sa mère sortit de la sienne. Abigail eut toutes les peines du monde à se retenir de vomir devant l'état pitoyable dans lequel se trouvait sa génitrice. Celle-ci n'était habillée que d'une simple culotte, ses cheveux en bataille mélangés à son maquillage dégoulinant la rendaient plus affreuse qu'un cadavre après trois semaines de décomposition. Est-ce que les hommes la trouvaient vraiment attirante ?

- Tu as faim ? bredouilla-t-elle en tentant vainement de rajuster sa coiffure.
- Non.
- Tu veux qu'on sorte ce soir ?
- Pour que tu te serves de moi pour attirer un nouveau client ? Non merci.
- Ma chérie...
- Joyeux Noël.
Sur ces mots, Abigail ouvrit la porte de sa chambre. Mais sa mère lui posa une main sur son épaule. La jeune fille eut un haut le cœur.
- Joyeux Noël, répondit-elle en lui tendant une petite boite noire.
L'adolescente contempla le paquet, et jeta un regard interrogateur à celle qui le lui présentait.
Ce n'était pas dans les habitudes de la prostituée de faire des cadeaux, encore moins le jour de Noël. Curieuse, Abigail l'ouvrit, et découvrit un petit bracelet en cuir noir et en or blanc. Elle fronça les sourcils.
- Il ne te plaît pas ?
- Maman, c'est un bracelet d'homme.
- Oh je ne savais pas... Je suis désolée.
La jeune fille fit une petite moue, le bijou était quand même très joli, et elle n'avait aucun bijou.
- Tu l'as payé combien ?
- C'est un client anglais qui me l'a donné. Apparemment il est dans sa famille depuis longtemps, mais il s'est récemment disputé avec son père, alors il me l'a offert pour le provoquer.
Abigail esquissa un sourire en coin, ah les riches...

Finalement, elle enfila le bracelet. Il ne lui allait pas si mal en fin de compte.
- Merci.
- Je t'en pris, bonne nuit ma puce.
C'est alors qu'on frappa à la porte, la jeune fille poussa un soupir.
- Je croyais que c'était ton dernier client.
- Moi aussi, répondit sa mère. J'ai dû en oublier un. Fais le patienter pendant que je prends une douche s'il te plaît.
Abigail fut tentée de protester, mais elle finit par se laisser fléchir. Elle n'avait pas envie de faire des histoires le soir de Noël.
Elle se contenta d’acquiescer, et se dirigea vers l'entrée.
Mais lorsqu'elle ouvrit la porte, elle manqua de râler.
Ce n'était pas un, mais trois hommes qui se tenaient devant la porte.
- Bonsoir Abigail, dit le plus âgé en souriant.
- Vous êtes qui ? Demanda l'intéressée étonnée que l'on connaisse son prénom.
- Ton père.
La jeune fille se paralysa sur place pendant quelques secondes, après quoi elle claqua la porte aussi vite qu'elle le put.
Cependant, elle n'eut pas le temps de la verrouiller, car elle lui tomba dessus en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire.

- Imbécile ! Gronda son « père », ne lui faites pas de mal, et sortez-la de là.
Ce furent les dernières paroles qu'Abigail Hobbs entendit, avant de sombrer dans l'inconscience.


Dernière édition par Tyker le Dim 17 Mai 2020 03:12; édité 7 fois
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Ikorih MessagePosté le: Sam 20 Aoû 2016 13:41   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Citation:
-Te fatigue pas chérie, lança la jeune fille en lui collant son index sur le front. Je suis trop cher pour toi.

Ultimate best of du fail d'accord. o/

Décidément, malgré les délais, la fic tient le coup. J'ai même pas eu besoin de relire les chapitres précédents pour revoir le scénar', ce qui est plutôt bon signe. En tout cas, si maintenant tu as de la réserve en termes de chapitre, le rythme de parution devrait être plus régulier et le problème ne se posera plus.
Ce qui nous amène à ce chapitre. Globalement il porte bien son titre, de l'évolution psychologique (quand bien même le terme d'évolution a bouffé une sacré connotation négative...).
Dans les grands axes, on a le renouvellement de la personnalité de l'ex Serpent par le biais d'Intelligence. C'est peut-être l'occasion de développer le perso sur d'autres lignes de conduite que celles qu'on a pu observer dans DSSLN, à voir. Toujours est-il que fondamentalement ça ne change pas grand-chose pour le moment : avant il tuait des gens pour le fun, maintenant il tue des gens parce que ça fait joli. o/
Ah et apparemment il a accès à 35% de son cerveau. Le film Lucy a fait des ravages scientifiques, heureusement, même Wikipédia peut m'éviter un argumentaire.
Tout ça pour dire : cette histoire de 10 ou de 35%, c'est de la connerie.

Autrement, rapidement on a la recherche d'une nouvelle identité pour "Serpent", qui va probablement devenir "Dragon" (y aura-t-il une mise en lien avec Dragonne? La question reste ouverte). Les références bibliques étaient sympa à croiser.
Et puis on a Abigail dont on se demande globalement ce qu'elle vient faire dans ce bordel sans nom. Aucune théorie ne me venant à l'esprit, je me contenterai de dire que globalement c'est un bon chapitre, malgré le côté calme plat qui s'en dégage, et qu'on attend désormais la suite...
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Tyker MessagePosté le: Mer 24 Aoû 2016 23:20   Sujet du message: Répondre en citant  
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Chapitre 4: Général Serpent









3 Septembre 2001, Paris, 07h 00


La sonnerie stridente d'un vieux réveil bon marché vint tirer Aelita du cauchemar abominable dans lequel elle était plongée. Épuisée, elle se frotta les yeux, et se dirigea vers la salle de bain. Malheureusement pour elle, celle-ci était déjà occupée, elle toqua donc poliment dans l'espoir de ne pas tomber sur Heath.
- J'ai presque fini, répondit joyeusement la voix de Seth. Je me rince.
Soulagée, la jeune fille ne put s'empêcher de noter l'excitation dans la voix du mutant. Aujourd'hui était le jour de la rentrée des classes, et visiblement il y avait bien une personne sur cette Terre qui était folle de joie à l'idée d'intégrer le collège. Ce qui n'allait pas faciliter la tâche d'Aelita. En effet, la princesse de Lyoko avait reçu la consigne d'aider Seth à s'intégrer dans son nouvel environnement, et que pour ça, elle allait devoir rester avec lui pendant l'intégralité de leurs premiers jours de classe. Pire encore, Ils avaient tous les deux été enregistrés avec le même nom de famille, ce qui faisait d'eux des frères et sœurs. La jeune fille avait eu beau protester de vive voix, Heath s'était montré suffisamment convaincant pour qu'elle finisse par se laisser fléchir.

En fin de compte, pendant les trois semaines passées ensemble durant le mois d’août, Seth s'était montré beaucoup plus gentil et docile qu'elle ne l'aurait cru. Son principal défaut était surtout sa grande naïveté, et la fâcheuse tendance qu'il avait de croire tout ce qu'on lui racontait.
Mais au fond, Aelita l'aimait bien. Pas comme Heath.
Pourtant, l'allemand n'avait commis aucun acte qui aurait pu pousser la jeune fille à lui en vouloir (en tout cas pas depuis le jour où ils s'étaient rencontrés). En revanche, sa simple présence était aussi irritante que terrifiante. Son regard dur et froid la faisait cauchemarder, cette manie qu'il avait de demander un service de la même manière que s'il donnait un ordre l'agaçait. De plus, lui et Hopper passaient sans arrêt leur temps à l'usine, préparant avec sérieux un genre de bataille virtuelle à laquelle elle n'était pas conviée. Non pas qu'elle se sentait de taille à retourner sur Lyoko, mais elle détestait être mise de côté sans son consentement.

Heureusement pour la jeune fille, la figure souriante de Seth vint chasser ses pensées sombres de son esprit. Et quelque part, elle se réjouissait de reprendre une vie qui s'approchait de la normale. Bien que le retour à la réalité avait été brutal, elle avait passé beaucoup de temps à en apprendre un peu plus sur les événements qui s'étaient déroulés entre le jour de sa virtualisation et son retour sur Terre. Ce qui lui avait donné une raison plus que suffisante d'en vouloir fortement à son père de ne pas l'avoir mise au courant de suite quelle avait passé les sept dernières années sur Lyoko. De plus, d'après ce qu'elle avait compris, Franz Hopper était revenu quelque mois avant elle dans le but de travailler sur son supercalculateur. Ça ne l'aurait aucunement dérangée si il avait daigné la ramener elle aussi, plutôt que de la laisser dormir dans une tour pendant tout ce temps. Elle avait vraiment l'impression d'être une gêne auprès de tout le monde, et cela, elle ne le supportait pas.

Habillé d'un simple peignoir blanc, Seth sortit de la salle de bain avec un large sourire. Préoccupée par ses pensées, la jeune fille sursauta un peu.

- J'ai fini ! Dépêche-toi, on va être en retard.
- Je me dépêche, répondit Aelita en lui rendant son sourire. Ne t'inquiète pas, on a encore du temps.

Une fois lavée et habillée, la fille aux cheveux roses déposa son sac de cours fraîchement acheté dans l'entrée, et se dirigea vers la cuisine. Étrangement, la scène à laquelle elle assistait la faisait un peu sourire : Affamés comme jamais, Heath et Seth dévoraient leurs croissants à une vitesse hallucinante. En temps normal, le cadet n'imitait pas son grand frère, mais cette fois, il semblait décidé à en finir le plus rapidement possible afin de prendre immédiatement le chemin du collège.
De son côté, Franz lisait son journal en buvant un long café noir sans doute préparé par Heath, le jeune homme n'étant pas vraiment capable de réussir la moindre prouesse culinaire hormis celle-ci.

- Bonjour Aelita.
- B'jour, répondit-elle à son géniteur sans vraiment le regarder. Celui-ci poussa un petit soupir, en comprenant que sa fille était bien décidée à lui faire encore la tête pendant un moment.
Elle se servit un bol de céréales, et prit place comme à son habitude en face de Heath et à côté Seth.
Tout en mangeant, elle prit un temps pour observer la scène. L'espace d'un instant, elle se sentit envahie par un petit sentiment de satisfaction. Elle avait l'impression de faire partie d'une vraie famille, bien qu'elle allait sans doute mettre du temps avant de l'admettre.

- Allez, lança Franz une fois que sa fille eu fini son petit-déjeuner, il est l'heure d'aller à l'école.
Vif comme l'éclair Seth se leva brusquement, mais le bras puissant de son frère le stoppa net dans son élan.
- Qu'est-ce qu'on s'est dit ?
Seth fit une petite moue, mais il finit par répondre :
- Je ne dois pas montrer mes pouvoirs. Je dois rester poli et gentil sauf si on est méchant avec moi. Si on est méchant avec moi je dois me servir de ma force pour qu'on arrête, mais je ne dois blesser personne. Je ne dois pas attirer l'attention sur moi. Si on me pose des questions sur moi, je dois dire les réponses que tu m'as dites. Et je dois toujours écouter Aelita.

Heath haussa un sourcil, comme si la dernière obligation lui paraissait stupide. Comprenant où il voulait en venir, la jeune fille lui lança un regard noir auquel il répondit par un sourire moqueur.

- Tu as oublié le plus important, dit Franz en finissant son café. Vous devez faire votre possible pour être les meilleurs élèves de votre classe. Compris ?
- Oui !
- Allez, filez.

Au moment où Heath le lâcha, Seth reprit sa course effrénée vers la sortie.
- Attends-moi, lança Aelita en courant à son tour.
À sa grande surprise le jeune homme patientait à l'entrée, son sac sur l'épaule.
- Au moins tu m'écoutes, soupira-t-elle en ramassant le sien.
- Il ne manquait plus que ça, balança Heath depuis la cuisine.
La jeune fille serra les poings et ouvrit la porte avec force.
- Idiot !
Elle remarqua alors que Seth s'était mis la main sur le visage pour se retenir de rire. Sur les nerfs, elle partie d'un pied ferme et d'une mine boudeuse sur le chemin du collège. Son « frère » sur les talons.

Dans la cuisine, Heath s'essuya la bouche, et se leva en se craquant la nuque.
- Pour nous aussi Professeur il va falloir y aller, aujourd'hui est un grand jour.
Le scientifique remit ses lunettes en place, et se leva à son tour.
- Si tu le dis.







3 Septembre 2001, lieu inconnu, 09h 54


- C'est absolument hors de question !
Si il y a bien une chose que Peter Warren détestait, c'était qu'on hausse le ton. Or, Alex Tanner venait non-seulement de lui hurler au visage un refus qui ne l'enchantait pas. Mais en plus, la façon dont il l'avait prononcé l'avait mis dans une colère noire. Pourtant il s'efforça de se contenir.

- Cela fait plusieurs mois que j'attends ce moment, plusieurs mois que mon équipe et moi nous nous préparons. Et maintenant que nous avons enfin retrouvé le monde virtuel du professeur Schaeffer vous me privez de mon atout maître ? Dois-je vous rappeler le fiasco qu'a été la dernière exploration là-bas ?
- Dois-je te rappeler que Serpent a manqué plus de deux mois de préparation, et que de ce fait, l'emmener est complètement idiot ?
- Rappelez-moi qui l'a fait enfermer dans cette cellule, et a refusé de le faire sortir ?
- Il me semble que j'avais une excellente raison de l'enfermer.
- L'enfermer passe encore, mais ne pas l'avoir laissé sortir pendant deux mois était stupide. Il n'a rien fait de grave.
- Il était dans ma chambre, nu comme un ver.
- Ne soyez pas ridicule, il ne vous regardait même pas. Il était juste curieux de savoir ce qu'il y avait dans cette pièce.
- Ce n'est pas ça qui m'effraie, grinça l'écossais visiblement agacé par cette allusion vicieuse. C'est le fait qu'il ait passé la sécurité sans s'être fait repérer. Imagine seulement que son intention première ait été de me tuer.

Peter balaya cette hypothèse d'un geste de la main.
- Je ne l'envisage même pas, Serpent n'obéit qu'à mes ordres.
Tanner secoua la tête, visiblement pas convaincu.
- Tu surestimes l'emprise que tu as sur lui. Même s'il peut être une arme formidable, il reste dangereux. Et tant que les risques ne seront pas descendu au minimum possible, il est hors de question de l'utiliser. Ma décision est irrévocable.


L'américain serra les poings, mais avala difficilement l'affront. Il tourna les talons et se dirigea vers la sortie.
- Ton équipe et toi vous serez virtualisés à 10h 30. Je ne tolérerai aucun retard.
Une remarque inutile, il n'était jamais en retard.



Usine, Même moment.

Tranquillement assis sur son pupitre de commande, Franz se grattait la barbe tout en cogitant sur les chances de succès de son assistant. La tâche qui lui avait été demandée était tout sauf simple. Et il allait falloir une grande force de caractère au jeune homme pour réussir sa mission. S'il échouait, la guerre virtuelle qui se prépare s'annoncerait d'ores et déjà bien plus compliquée que prévu. Mais s'il réussissait. Il bénéficierait d'un avantage non-négligeable face aux forces ennemis.
- Ne rate pas l'ascenseur. Prévint le scientifique.
- Aucun problème.
Le créateur de Lyoko était en train de sentir son corps se crisper sur son siège. Il se sentait vraiment idiot d'être la personne qui obligeait Heath à corriger sa grotesque erreur.

De son côté, l'allemand venait juste de finir de sortir du cinquième territoire de Lyoko. La gigantesque sphère bleue qui composait ce territoire hors du commun se dressait dès à présent dans son dos. Le psychopathe s'avança tranquillement jusqu'au bord de la plate-forme sur laquelle il se trouvait, et leva les yeux.

- Convoquez-les.



Paris, Même moment.


Aelita se sentait assez mal à l'aise sur sa chaise, et pour cause, la plupart des regards étaient braqués dans sa direction. Sentant le rouge lui monter aux joues, elle croisa ses bras sur la table et y enfouit sa tête.
Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous à la fixer comme ça ? Est-ce qu'elle avait vraiment l'air si bizarre ? Elle avait pourtant fait attention à choisir des vêtements à la mode pour ne pas devenir un sujet de moquerie. Alors pourquoi ?
Tout à coup, elle sentit des doigts lui tapoter la main, surprise elle releva brusquement la tête.

- Désolé, s'excusa maladroitement une jeune fille brune assise à sa gauche, je voulais pas te réveiller.
- Je dormais pas, répondit gentiment Aelita en tentant de faire preuve d'un peu plus d'assurance. Il y a un souci ?
Sa voisine paru un peu hésitante, mais dit :
- C'est juste pour te dire de faire un peu gaffe... Mes copines te trouvent bizarre.
La mine de la nouvelle arrivante s'assombrit brusquement, elle l'aurait parié.
- Qu'est-ce que j'ai de si bizarre ?
- Bin y'a un super beau gosse dans la classe, et toutes les filles arrêtent pas d'en parler. T'es la seule à l'avoir à peine regardé.
Tout en parlant, elle pointa discrètement du doigt le garçon assis à côté d'Aelita. Qui n'eut pas vraiment besoin de se retourner pour savoir qu'elle parlait de Seth. Ce dernier lisait tranquillement un livre d'histoire offert la veille par Franz, en attendant le professeur. Il ne remarquait pas que, hormis Aelita, les quatorze filles présentes dans la classe le dévoraient des yeux.

Soulagée, Aelita se retourna vers son interlocutrice avant de souffler :
- C'est un peu normal, c'est mon frère.
La jeune fille ouvrit des yeux ronds, et ses joues rougirent. Sa voisine qui avait tout entendu rapprocha sa table pour pouvoir se joindre à la conversation.
- Sérieux ? Mais vous vous ressemblez pas vraiment. Et comment ça se fait que vous soyez dans la même classe ?
- On est des faux jumeaux, expliqua Aelita qui connaissait par cœur la version préparée par son père. On est nés le même jour, mais à l'inverse des vrais jumeaux on se ressemble presque pas.

Les deux jeunes filles semblaient impressionnées par cette information. Bizarrement Aelita ne put s'empêcher de sourire face à la méprise de ses nouvelles camarades. L'intégration n'allait pas être si pénible finalement.





Cinquième territoire, Même moment.


Heath n'avait pas bougé d'un millimètre depuis sa dernière parole. Rien autour de lui n'avait changé, si ce n'était les millions de 0 et 1 qui flottaient partout autour de lui. L'allemand était assez étonné par la forme de ces choses tout droit sorties des profonds murs bleu marine qui encerclaient la sphère. Cependant, il ne bougea pas, et attendit qu'ils prennent la parole en premier. Ce qu'ils firent tous tel un seul et même être.

- Qui êtes vous ?
- Un messager du créateur.
- Que faites vous ici ?
- Je suis venu vous parler.
- Où est le créateur ?
- Pas ici.
- Qu'attendez-vous de nous ?
- Que vous vous taisiez et que vous m'écoutiez.

Il avait prononcé ses dernières paroles d'un ton doux, mais la dureté présente dans sa voix forçait au respect. Il attendit quelques secondes afin de vérifier si les prothéens avaient écouté ses instructions. Avant de reprendre :
- Je suis venu vous demander le même service que votre créateur vous a demandé.
- Nous ne prendrons pas part à la guerre de notre créateur.
- Ce n'est pas sa guerre.
Nouveau silence, il avait toute leur attention.
- Que voulez-vous dire ?
- Cette guerre n'est pas la sienne, il aurait pu choisir de ne pas y prendre part.
- Il n'y prend pas part. Ce sont nos frères et sœurs qui se sont battus pour lui. Ce sont eux qui ont disparu pour toujours.
- Je le sais.
- Nous ne voulons plus voir aucun de nos semblables mourir, nous ne prendrons pas part à cette guerre.
- Savez-vous pourquoi votre créateur a décidé de prendre part à cette guerre ?
Pas un bruit, ils l'ignoraient complètement.
- Savez-vous qui sont ces gens qui veulent la guerre ?
Toujours rien, Heath sentait sa proie se rapprocher dangereusement de sa toile.
- Ces êtres immondes sont arrivés sur notre territoire dans le seul et unique but de le conquérir. Ils ont tué bon nombre d'entre-vous sans le moindre scrupule. Ils ont enlevés la fille de votre créateur, le forçant à demander l'aide de vos frères et sœurs afin de la sauver. Et ils ont recommencé à tuer, encore et encore. Hier encore, nous ignorions quelles étaient leurs motivations. Mais aujourd'hui nous le savons : ils veulent votre monde !
Les millions de 0 et de 1 qui flottaient dans l'air commencèrent à s’agiter, le discours faisait effet.

- Je ne peux pas vous forcer à me rejoindre, et je ne le veux pas. Mon seul et unique but est et sera toujours de protéger ce monde, votre monde, notre monde.
- Nous ne prendrons pas part au conflit !
- Mais moi je le ferai !
Un silence de cathédrale accueillit cette nouvelle, Heath reprit :
- Le créateur comprend votre peine, et il la ressent, autant que n'importe lequel d'entre vous, autant que moi je la ressens ! C'est pourquoi il a décidé de respecter votre décision, et m'a confié la tâche de combattre à votre place.
- Nous ne voulons pas la guerre !
- Je ne pars pas en guerre ! Je me dresse face aux envahisseurs dans le seul et unique but de vous protéger. Car tel est la volonté du créateur. Aucun d'entre vous n'aura à se battre pour sa vie ou celle de son frère ou de sa sœur. JE combattrai.
Nouveau silence, les prothéens semblaient cogiter entre eux.
- Nous ne savons rien de ces êtres venus d'ailleurs. Nous voulons connaître leurs motivations.
- Qu'il en soit ainsi mes amis, nos envahisseurs sont en route.
- Comment ?
- Vous m'avez bien compris, ils arrivent, et lorsqu'ils arriveront, ils ne vous apporteront rien d'autre que la violence. J'accepte de vous laisser une chance de vérifier mes dires. Allez à leur rencontre, tentez de communiquer. Et n'ayez crainte, je serai toujours là pour vous défendre.
- Qui êtes-vous ?

L'allemand, esquissa un léger sourire avant de se frapper le cœur de son poing droit, et de répondre à plein poumons :
- Heath Lancaster.



3 Septembre 2001, Réseau, 10h 46



Dans les tréfonds de la mer numérique, un sous-marin de bonne taille filait à travers les courants virtuels. L'engin n'avait rien d'un submersible classique, en réalité, il était assez difficile d'en faire une description exacte. Il ressemblait à une immense épée noire, dépourvu de poignée, avec un propulseur ancré à chaque quillon. Les passagers qu'il transportait étaient au nombre de cinq. Quatre d'entre eux se trouvaient allongés dans de petites cabines, situés le long de la gouttière de la lame, et protégés par de solides vitres. Le dernier d'entre eux était posté au niveau de la garde, dans ce qui ressemblait à une cabine de contrôle. Contrairement aux autres, il était assis, un tableau de bord rempli de commandes s'étalait devant lui. Ses mains étaient fermement agrippées sur le guidon qui devait servir à diriger le vaisseau. Devant lui, une gigantesque sphère d'une matière ressemblant au métal enveloppait le sous-marin de son immense ombre. La pointe de l'épée émettait depuis déjà quelques minutes un genre de petit laser qui filait droit sur la porte.

- Vous en avez encore pour longtemps ? demanda Corbeau depuis sa couchette. Je commence à avoir des fourmis dans les jambes.
- Menteuse, lança Dragonne. Tu n'as pas de telles sensations dans un corps virtuel.
- Oh ça va, j'essayais juste de détendre l'atmosphère.
- Vous allez vous taire ? gronda Peter depuis la cabine de pilotage.
- Apparemment je me suis loupée, chuchota l'américaine en poussant un petit soupir.

La porte finit par s'ouvrir au bout de deux minutes de patience supplémentaire, le sous-marin s'y engouffra presque aussitôt.

- Souvenez-vous de vos instructions, indiqua la voix du professeur Belpois. Le monde virtuel que vous allez découvrir est une gigantesque forêt. L'ennemi pourrait surgir de n'importe où. Gardez les yeux bien ouverts. Et prenez soin de « Noirsœur  »
- On est au courant, répondit Dragunov.
- Bien.

Tandis que le sous-marin émergeait, Corbeau ne put s'empêcher de faire une nouvelle remarque :
- « Noirsœur  », pas mal comme jeu de mot.
- Merci.
- Mais vous allez vous taire ? se plaignit Renarde avant de reprendre sur un ton plus simple. Professeur ? Nous avons un problème : il fait nuit.
- Comment ça ?
- On distingue clairement les plates-formes dont vous nous avez parlé. Mais le ciel est noir.
- Étrange.
- Débarquez-nous, ordonna Peter.

Les cinq passagers du sous-marin furent ainsi instantanément transportés sur le sol de Lyoko, mais à leur grande surprise. Ils ne virent aucune forêt.

- Il semblerait que ce monde soit en pleine ère glaciaire.
- Qu'est-ce que vous voulez dire ?
- Il n'y a pas d'arbre ici, on ne voit que de la glace à perte de vue.
- Peut-être que cet endroit possède différentes saisons ? suggéra Corbeau.
- Possible, en attendant cela change beaucoup de choses. Restez vigilant.
- Ça ira, rassura Dragunov. Avec un terrain comme celui-là, l'avantage est que l'on peut voir tout ce qu'il se passe à des centaines de mètres.
- Moi ça ne me rassure pas. répliqua Dragonne. Cela veut dire que nos informations ne vont pas nous servir à grand chose.

L'escouade de Peter était située sur un petit plateau étonnamment plat, devant eux, un pont de glace menait à une autre plate-forme un peu plus particulière. En effet, deux immenses icebergs s'élevaient à plus de quarante mètres d'altitude. L'un semblait avoir été sculpté à la main, puisque sa forme était étonnamment lisse et droite. Sans la moindre fissure ou excroissance de glace sur sa paroi à l'exception d'une brèche, dans laquelle coulait une petite cascade. Le second en revanche était plus grossier. Il n'était pas exactement droit, et des sortes de défenses d'éléphant semblaient avoir poussé séparément de différents côtés de la paroi pour se rejoindre au sommet. Les deux sculptures étaient reliées par un autre pont de glace. Au loin, on pouvait distinguer assez clairement d'autres icebergs formés de différentes manières.


- Tout le monde est prêt ? demanda Peter.
Chacun des soldats hocha la tête. Ils étaient tous vêtus de la même manière, une combinaison noire avec le logo de « Silver wings » cousu sur la poitrine et dans le dos. Mais leurs armes étaient très différentes. Dragunov était équipé d'un immense marteau de guerre, dont le manche à lui seul mesurait près de deux mètres. Peter possédait un long cimeterre à deux mains, avec une lame rouge partiellement dentelée. Les filles s'étaient contentées de leurs armes habituelles. Un arc pour Dragonne, un fusil sniper pour Corbeau, et deux pistolets pour Renarde. Leurs combinaisons conservaient les mêmes capacités que celles de leurs prédécesseurs : Des lances-grappins sur chaque poignet, et un disque générateur de bouclier dans le dos.


- Souvenez-vous que notre mission se résume seulement à la collecte d'information. Ni plus, ni moins. N'engagez le combat que si c'est absolument nécessaire. Compris ?
- Oui.
- Attendez ! prévint Belpois. Le radar détecte quelque chose sur la plate-forme en face de vous.
- C'est un humain ?
- Je ne pense pas, mais allez vérifier tout de même.

L'escouade se mit en mouvement, et traversa le pont de glace. Il ne fallu pas longtemps avant d'apercevoir un kankrelat qui allait à leur rencontre. Peter fit signe à son unité de s'arrêter.
- Beurk, fit Corbeau en apercevant le monstre. Il est super moche.
- Et petit, ajouta Renarde. Il ne doit pas être là pour nous empêcher de passer.
Le monstre s'arrêta devant Dragunov, mais celui-ci l'écrasa sans ménagement d'un coup de marteau.
- Qu'est-ce que vous faites ? s'étrangla l'américaine. Je croyais qu'on ne devait engager le combat que si on avait pas d'autres options.
- Ce truc n'est pas là pour combattre, mais pour évaluer notre nombre et nos armes. Ce qui veut dire que nous sommes déjà repérés, et qu'en plus nos ennemis sont renseignés à notre sujet. Le combat est inévitable à présent.

À peine eut-il le temps de finir sa phrase qu'une météorite tomba du ciel et écrasa Corbeau. L'impact fut tellement impressionnant que les autres combattants furent projetés sur plusieurs mètres. Furieux, Peter releva la tête, et ce qu'il vit ne lui plut pas du tout.
- Je vous ai manqué ? sourit Heath en arrachant un énorme morceau de glace du sol.
Prise d'une impulsion soudaine, Renarde dégaina ses revolvers, et tira quatre coups de feu. Mais contre toute attente, ses balles allèrent s'écraser contre la cuirasse de pierre dont l'allemand était recouvert.
- Toujours aussi inutile, c'est bien de voir que certaines choses ne changent pas.
- Éloignez-vous, ordonna Peter à ses troupes en allant se nicher au sommet d'un iceberg à l'aide de son grappin. Il fut rapidement imité par Dragonne et Renarde. Mais Dragunov se saisit de son marteau, et tenta d'asséner un violent coup sur la tête de Heath. Ce-dernier n'eut qu'à lever la main gauche pour parer l'attaque, et le repoussa d'un coup de pied dans le plexus. Le russe s'envola sur quelques mètres avant de retomber lourdement sur le sol, abasourdi par la puissance de son ancien apprenti. Ce dernier renvoya le marteau aux pieds de son adversaire. Et planta son morceau de glace dans le sol pour s'en faire une barricade. Il réitéra l'opération deux fois, jusqu'à n'être plus visible par aucun des membres de l'escouade.

Du haut de son iceberg, Peter analysa la situation. Heath était recouvert de la base du cou jusqu'aux pieds par une armure de roc. Une protection impénétrable, qui ne recouvrait pas sa tête, c'était là qu'il fallait frapper. De plus, à en juger par la violence de l'impact lors de son entrée fracassante, il devait peser une tonne. La vitesse n'était donc pas sa tasse de thé, une théorie qui ne faisait que se renforcer par la posture défensive qu'il avait adoptée. En plus, son armure le rendait trop confiant. Rendre le marteau avait été une erreur, il aurait mieux fait de le jeter dans la mer numérique.

- Dragunov, détruisez son rempart centrale pour que Dragonne et Renarde l'attaquent à la tête.
- On est trop loin, remarqua la coréenne. Ça ne va pas être facile.
- Faites ce que je dis !

Le russe ne se fit pas prier, et abattit son arme sur l'abri de fortune de l'allemand. Aussitôt, les deux filles tirèrent sans retenue à travers l'ouverture fraîchement créée.
Cependant, Dragonne s'arrêta net, car malgré la distance, elle remarqua aisément que Heath n'était plus là. En revanche, Renarde vidait ses chargeurs avec une telle hargne qu'elle fut incapable de faire preuve du même discernement que sa petite amie. Cette dernière la rappela à l'ordre d'un soufflet derrière la tête.
La situation n'avait pas échappé à leur chef d'unité.

- Dragunov ? Que voyez-vous ?
Le russe risqua un coup d'oeil dans la cavité qu'il avait créée avant de se retourner, visiblement alarmé.
- Il y a un... commença-t-il avant qu'une main de pierre ne surgisse du sol et ne l'attrape par la cheville. ...Trou !
Heath l’entraîna dans son tunnel de glace, le plaqua au sol, et éclata son crâne d'un coup de talon rocheux le renvoyant instantanément d'où il venait.
Peter pesta.

- Ne bougez pas ! ordonna-t-il avant de se prendre un laser dans le dos, l'envoyant s'écraser au pied de son iceberg.

Dragonne se retourna, une escadrille de six frôlions filait dans leur direction et une pluie de lasers les força à chercher refuge derrière les défenses de glace de leur iceberg.


Usine, même moment.


Confortablement assis devant son pupitre de commande, Franz Hopper assistait avec une joie non-dissimulée la réussite de son assistant.
- On dirait bien que nos amis ont fini par se choisir un camp.
- Ils sont déjà là ?
- Oui, ton discours ainsi que la mort de l'un des leurs ont fait leur effet.
- À la bonne heure, vous pouvez allonger le tunnel ?


Lyoko.

Peter grogna de rage face à la débâcle que prenait son escouade, même si celle-ci n'était pas une surprise. Après tout, une si petite escouade n'avait pour but que de collecter des informations. Ça avait toujours été leur objectif. Mais perdre contre Serpent une deuxième fois lui était insupportable. Jamais il n'aurait imaginé le trouver ici. Cependant, quelque part cela faisait ses affaires. Il allait pouvoir se débarrasser de deux de ses problèmes d'un seul coup.

Se fiant à son instinct, il planta son cimeterre dans la glace. Heath eut à peine le temps de s'écarter, mais la lame lui entailla la joue. Furieux, il brisa le sol sous les pieds de l'américain qui chuta juste devant lui. Les deux rivaux se faisaient face avec un calme terrifiant. Peter attaqua le premier, il tira son grappin sur la gauche de son adversaire et le rembobina pour se projeter plus rapidement sur lui dans le but de lui trancher la tête. L'allemand qui croyait la lame de l'américain trop grande pour un coup circulaire dans le tunnel, put heureusement lever son bras à temps pour bloquer l'attaque. Mais Peter lui asséna un coup de boule en plein visage.

Loin d'avoir été ébranlé par l'attaque, Heath répliqua par un coup similaire. Cependant, malgré sa puissance, son adversaire tint bon grâce à son grappin, et égratigna à nouveau le visage du psychopathe. Il en profita alors pour lui sauter sur les épaules, et tenta de lui perforer la tête. Heath balaya ses chevilles, le saisit par le pied, et l'envoya s'écraser au fond du tunnel. Peter voulut se relever, mais l'allemand l'en empêcha en plantant son pied dans son estomac.

Heath ramassa le cimeterre.
- C'est un bien beau jouet que tu as là, dit-il en observant le mur lézardé par le coup circulaire de son rival. Heureusement pour moi, je suis plus résistant qu'un bout de glace.
- Tu es aussi beaucoup plus rapide que je ne le pensais. Répondit le cannibale de son habituelle voix douce. J'imagine que tu peux contrôler ta masse, et par la même occasion la solidité de ton armure. Si je l'avais su, je t'aurais eu.
- Mais tu ne m'a pas eu, répondit le psychopathe avec un sourire moqueur. Dommage pour toi.
Peter observa la peau de son ennemi juré, elle semblait bien plus fine et fragile qu'au début du combat. Ce qui confirma ses soupçons. Heath ferma le poing, et une faux de pierre poussa sur son poignet. Il saisit l'américain par la gorge.
- Tu n'as rien gagné du tout mon pauvre Serpent. Je vais revenir, plus fort, avec plus d'hommes, et une belle surprise rien que pour toi. J'ai hâte de voir ce que tu...
Il n'eut pas le temps d'en dire plus, Heath lui avait tranché la tête.
- Pardon, je t'ai coupé ? Demanda-t-il avec humour.


Pendant ce temps, Renarde et Dragonne n'en menaient pas large face aux frôlions. L'indienne avait déployé son bouclier, ce qui lui permettait de tirer à découvert. Mais la coréenne était obligée de se servir de ses deux mains pour utiliser son arc.
Elle tenta de se montrer pour tirer, mais un des monstres qui guettait sa sortie l'accueillit par un laser en pleine poitrine. Dragonne perdit pied et tomba dans le vide, mais son grappin se planta dans la bête qu'elle attira vers elle pour lui planter sa flèche dans le front. Malheureusement pour elle, sa chute eut raison de ses derniers points de vie.

Renarde était seule face à encore quatre frôlions. Mais contre toute attente, les monstres arrêtèrent de tirer. L'indienne recula prudemment, avant de se faire empaler par une lame rocheuse.
- Je t'ai manqué ? susurra la voix de Heath avant de la laisser disparaître dans une flopée de pixels.




3 Septembre 2001, Usine, 12h 10


Le Professeur Franz Hopper réajusta ses lunettes, et se trémoussa sur son siège. La victoire était totale, mais leurs ennemis en savaient un peu trop à son goût. Il avait passé des jours à améliorer l'avatar de Heath, et savoir que la plupart de ses secrets avaient déjà été percés à jour le dérangeait.

- Dis moi, ton espion, tu es vraiment sûr qu'il est fiable ?
- Pour la sixième fois, oui ! Ces informations n'étaient-elles pas correctes ?
- Pour une petite bataille comme celle-ci, cela ne veut rien dire. Je veux être absolument sûr qu'il ne nous trahisse pas au pire des moments.
- Je comprends votre inquiétude, mais je réponds entièrement de cette personne. Elle n'a aucune raison de nous trahir. Ou plutôt, elle a toute les raisons de nous aider.

A moitié convaincu, Franz se gratta la barbe en réfléchissant.
De son côté, l'allemand n'était pas inquiet. Il traversa le cinquième territoire afin de terminer ce qu'il avait commencé plus tôt dans la journée. Une fois arrivé à la voûte céleste, il eut la satisfaction de découvrir que les prothéens n'avaient pas attendu son appel pour se présenter. Ce qui le mettait d'autant plus à l'aise.

- Alors ? Dites moi mes amis, qu'avez vous vu ?
Aucune réponse, parfait.
- Je vais vous le dire moi, vous avez vu une bande de monstres, de voleurs, de tueurs ! Ces choses sont venues sur ce monde, et elles n'y ont apporté que violence et misère !

Une clameur furieuse vint saluer ces paroles. Heath continua :

- Vous vous demandez sans doute ce qu'ils feront de vous si jamais ils venaient à prendre Lyoko ? En toute sincérité, moi-même je l'ignore ! Mais que pouvez-vous attendre de ces êtres répugnants qui n'ont pas hésité à tuer vos frères et vos sœurs ?

La clameur laissa place à un genre de grondement numérique, Heath tenait sa proie dans sa toile.
- Votre créateur n'est pas un combattant, il ne peut prendre part personnellement à cette guerre. Il ne peut que vous donner la force de défendre ce territoire qu'il a créé pour vous ! Il m'a envoyé dans le but de vous guider vers la voie de la victoire, la seule qui vous offrira la vie qu'il vous avait destinée sur ce monde ! Je vous le redemande donc : prendrez-vous part au conflit ? Vous battrez vous au risque de voir encore certains de vos semblables mourir ? Ou attendrez-vous que ces êtres vous exterminent tous et prennent ce monde qui est le votre ?

- Nous prendrons part au conflit !
Heath tendit son poing dans les airs, et se frappa le cœur.
- Je suis Heath le Serpent ! M'acceptez-vous comme Général ? Me laisserez-vous vous conduire au combat pour la liberté de votre monde ?!

- Général Serpent ! Général Serpent ! Général Serpent !

Un sourire triomphant s'afficha sur le visage de l'allemand, lui qui avait découvert ce monde moins de deux semaines auparavant, se sentait déjà chez lui.

De son côté, Franz retira ses lunettes, et se frotta les yeux. Bien qu'il fut soulagé d'assister à la réussite de son assistant, il ne put s'empêcher de pousser un profond soupir.

- « Général Serpent »... Ah, les ados...
- J'ai entendu.


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Chapitre 5: El Clasico



3 Septembre 2001, Paris, lycée Jean-Baptiste Say, 12h 36

De part sa nature, Aelita n'était pas quelqu'un de très sociable. La dernière fois qu'elle avait mis les pieds à l'école, c'était avant son long exil sur Lyoko. Elle ne gardait pas de fantastiques souvenirs de cette période : Solitude, moquerie à propos de ses cheveux roses, jalousie par rapport à ses bonnes notes, et tout le train-train habituel des élèves trop doués et trop fermés pour la majorité des adolescents de cet âge.

Mais cette fois, ce fut très différent. Elle était assise à l'une des plus grandes tables du réfectoire de son lycée. Celle-ci pouvait accueillir près d'une vingtaine de personnes, et aujourd'hui, toutes les places étaient occupées. Aelita n'avait pas encore été présentée à tout le monde. Mais elle s'entendait déjà assez bien avec les deux filles qui l'avaient abordée durant le premier cours. La première à lui avoir adressé la parole se prénommait Sylvie.

Aelita avait compris que c'était une adolescente assez normale, qui adorait faire du shopping et passer du temps avec ses amies, à discuter de tout et de rien. L'autre d'origine maghrébine se faisait appeler Sarah, et la plupart des conversations qu'elle tenait tournait autour de ses projets d'avenir et de la façon un peu loufoque qu'elle avait d'imaginer le comportement et la vie en général des gens qu'elle ne connaissait pas. Elle le faisait plus par jeu qu'autre chose, et Aelita s'était amusée à imaginer avec Sarah que leur professeur de mathématiques était l'incarnation du colonel Moutarde, venu tuer le professeur de SVT Violet à coup d'équerre et de compas.

La fille de Franz Hopper s'était tellement prise au jeu qu'elle n'avait absolument rien écouté du cours de mathématiques, ce qui n'était pas dans ses habitudes.
- Alors comme ça tu t'appelles Lancaster, dit Sylvie d'un ton qui trahissait son admiration. C'est super classe.
Cette remarque troubla Aelita pendant un petit instant. Lorsque Heath avait choisi leur nouveau nom de famille, il l'avait fait après avoir sévèrement critiqué l'idée que Franz avait eue de prendre le nom de jeune fille de sa femme pour changer d'identité la première fois. La jeune fille s'était mise en colère, sa mère lui avait toujours terriblement manqué, et porter son nom de jeune fille lui avait donné l'impression qu'elle était toujours à ses côtés et qu'elle veillait sur elle. Mais Heath avait balayé ses protestations d'un revers de main :
« Si tu continues à t'entourer de fantômes, tu finiras par en être un toi aussi. »
Après cette conversation, Aelita était allée s'enfermer dans sa chambre pour étouffer ses sanglots dans son oreiller. Elle n'était même pas sortie pour le dîner.
- Notre grand-père était anglais. dit-elle en jetant un coup d’œil à Seth. Notre père a hérité de son nom, et nous ensuite. Comme n'importe qui.

Le mot « hérité » avait allumé une bien étrange étincelle dans les yeux des jeunes filles présentes. Aelita supposa qu'elles devaient penser que Seth avait obtenu un peu plus qu'un beau visage et un nom peu commun de leur soi-disant « grand-père ». Étrangement, la plupart des adolescentes présentes avait discrètement bataillé pour s'asseoir aux côtés du mutant. Mais à leur grande déception, quelques garçons s'étaient également invités à leur table, et c'étaient eux qui monopolisaient la conversation autour de Seth.

Certaines jeunes filles, trop timides pour le « déranger », s'étaient tournées vers Aelita dans l'espoir que celle-ci les renseigne suffisamment. Elles avaient peut-être aussi l'intention de se lier à elle dans l'espoir d'être un jour invitées à leur domicile. Mais son père avait été très clair là-dessus : Aucun invité et ce quelle que soit la raison. Une information qu'elle avait volontairement lâchée durant une conversation sur son père. Les adolescentes qui étaient uniquement intéressées par Seth s'était alors renfrognées sur elles-mêmes, et n'avaient plus décroché un mot de tous le repas.
De son côté, le mutant se débrouillait assez bien auprès de ses nouveaux camarades. Comme Heath le lui avait conseillé -ordonné-, il s'était documenté autant qu'il le pouvait sur ce qu'aimaient les jeunes garçons de son âge. Il s'était donc choisi un groupe de musique préféré, quelques films d’anthologie, et bien sûr, il s'était assez bien renseigné sur le sport, le football en particulier. Ce qui tombait bien, puisqu'il s'agissait du sujet principal de la conversation.


- Alors t'aimes pas le foot français ?
Le garçon qui venait de parler se prénommait Luc, il avait une carrure athlétique pour son âge, et arborait fièrement un maillot du Paris-Saint-Germain.
Seth haussa les épaules.
- C'est pas que j'aime pas, c'est juste que je n'ai aucune équipe favorite dans ce championnat. Je suis plutôt fan d'équipes anglaises, comme Liverpool ou Manchester United.
En réalité, le mutant n'était pas vraiment intéressé par le football. Même s'il mourrait d'envie d'y jouer avec d'autres garçons, les championnats et compétitions ne l'intéressaient pas vraiment. Principalement parce qu'il ne comprenait pas ce qu'il y avait d'amusant à regarder d'autres personnes jouer quant on pouvait jouer par soi-même. Cependant il ne regrettait pas d'avoir fait l'effort de s'y intéresser un minimum, parler avec des garçons de son âge le rendait tout drôle.

Un autre adolescent prit la parole :
- Et si jamais t'étais forcé de choisir, tu prendrais l'OM ou le PSG ?
- Il n'y a personne pour me forcer que je sache.
Les garçons éclatèrent de rire.
- Allez quoi, sois pas vache ! Vas-y, dis nous quelle équipe tu choisirais.
- Mais oui, renchérit Luc. Alors ? OM ou PSG ?
Seth prit un air embarrassé, heureusement pour lui, quelqu'un vola à son secours.
- Laissez-le un peu tranquille avec vos histoires de foot, vous pouvez pas parler d'autre chose pour une fois ?
La fille qui avait prit la parole était la seule a s'être déplacée suffisamment vite pour réussir à s'asseoir à côté de Seth. Mais celui-ci ne l'avait pas remarquée jusqu'à présent.
Elle portait un gilet vert, et une élégante jupe qui lui arrivait jusqu'aux genoux. De ce qu'Aelita avait compris, elle s'appelait Valentine.

- Oh pardon, répondit Seth en lui faisant un petit sourire tendre. Tu voulais dire quelque chose ?
Complètement désarmée par l'attention soudaine que lui portait le mutant, la jeune fille eut toutes les peines du monde à trouver quelque chose de constructif à dire.
- Hey petite sœur, lança Luc en ricanant. Tu devrais fermer la bouche.
Les autres adolescents s'esclaffèrent, tandis que Valentine se mettait à rougir. Aelita décida de voler à son secours :
- Vous êtes de la même famille ? Mais alors pourquoi vous êtes dans la même classe ?
Luc pointa sa sœur du doigt.
- Ce petit génie a sauté une classe, du coup je suis obligé de me la coltiner toute l'année.

Ragaillardie par l'intervention de la princesse de Lyoko, la jeune fille répliqua :
- Tu parles, tu es bien content d'avoir quelqu'un pour t'aider à faire tes devoirs.
- Ou pour les faire à sa place, renchérit Seth provoquant ainsi un nouvel éclat de rire.
Aelita était étonnée de voir avec quelle facilité le mutant avait réussi à s'adapter. Mais quelque part, elle se sentait un peu jalouse. Elle se revoyait lors de son premier jour de collège, elle n'avait pas cherché à s'intégrer, autant par timidité que par crainte. Elle avait toujours eu une grande peur de l'inconnu, c'était quelqu'un d'ordonné, qui se retrouvait parfois complètement perdue lorsque ses habitudes étaient chamboulées. Aujourd'hui, c'était une crainte qui continuait de la prendre de court par moment, mais la présence de Seth à ses côtés avait changé pas mal de choses. Il se dégageait du mutant un sentiment de jovialité et de positivité constant. Avec lui, on avait toujours l'impression de voir le verre à moitié plein.

- Bon alors, on fait un truc ce soir ? Demanda une fille sans lâcher Seth des yeux. Histoire de fêter la rentrée.
L'un des garçons secoua la tête.
- Y'a vraiment que toi pour vouloir fêter la rentrée.
- Oh lala, soupira Sarah. Non mais vous êtes vraiment déprimants ! Vous avez pas envie de vous lâcher un peu ?
Luc sembla approuver l'idée, car il jeta à certains de ses camarades un regard défiant.
- Hé bin vu que le Clasico n'est pas avant plusieurs semaines, qu'est-ce que vous diriez, vous autres les marseillais, de régler ça sur le terrain?
Des lueurs qui ne plurent aucunement à Aelita s'allumèrent immédiatement dans les regards de ses camarades.

- Vous allez morfler ! lança le voisin de Seth, un jeune homme blond qui répondait au nom d’Étienne.
- Ouais ! renchérit un autre adolescent. On va vous mettre 9-0 !
- Du coup Seth, t'es dans quel camp?
Toutes les paires d'yeux se tournèrent vers le mutant, ce dernier haussa les épaules.
- Bah... Vu que le maillot marseillais est blanc, je jouerai avec les blancs.
Une colère sourde, mêlée à une déception intense brilla dans le regard de Luc. Étienne de son côté, mit une tape dans le dos du mutant, avant de balancer d'un ton moqueur à son rival :
- Tu m'étonnes, quel genre d'imbécile se collerait un torchon pareil sur le dos? Ah oui ! Luc !
À ces mots, les marseillais éclatèrent de rire. Le parisien incendia son rival du regard.
- On verra ça sur le terrain, répliqua-t-il avec confiance.
- Compte là-dessus.
- Bon ! dit un garçon à la peau noire et au crâne chauve en se frappant les mains. C'est décidé, on profite de l'heure d'études pour aller se taper un foot dans la cour?
- Et après, on peut passer la soirée à se foutre de la gueule des marseillais. ricana Luc qui prenait rapidement en confiance.
Valentine leva les yeux au ciel.
- T'es vraiment qu'un crétin, lâcha-t-elle d'un ton las. Tu sais quoi ? J'y serai juste pour avoir le plaisir de voir la tronche que tu tireras quand tu perdras.
- C'est gentil de soutenir ta famille petite sœur. Et vous les filles ?

Aelita échangea quelques regards avec ses deux nouvelles amies. Sarah hocha la tête, et Sylvie fit mine de ne pas être emballée, avant de finalement accepter. Les autres adolescentes présentes hésitèrent, et jetèrent quelque regards interrogateurs sur Seth. Mais le mutant semblait enthousiaste à l'idée de passer sa soirée à jouer au foot. Du coup, elles acquiescèrent. Dans l'obligation de veiller sur son frère, Aelita donna une réponse positive à son tour.

D'humeur radieuse, Luc joignit ses mains autour de sa bouche, et cria :
- Nous sommes les parisiens, et nous chantons en choeur. Nous sommes les parisiens, fidèles à nos couleurs !
Il fut immédiatement repris par une bonne dizaine d'élèves qui se mirent à chanter à leur tour.
Mais un garçon que Seth connaissait sous le nom de Matthieu se leva à son tour, et hurla à plein poumons :

- Aux armes !
- Aux armes ! Répliquèrent les supporters marseillais.
- Aux armes !
- Aux armes !
Cette fois, Seth s'était joint à eux. Visiblement pris d'une poussée d'adrénaline.
Matthieu prit un air solennel, et écrasa son poing sur son cœur.
- Nous sommes les marseillais !
- Nous sommes les marseillais !
- Et nous allons gagner !
- Et nous allons gagner !
- Allez L'OM !
- Allez L'OM !
- Allez L'OM !
- Allez L'OM !

Les fanas de football se mirent alors à frapper leur table respective du poing, et les supporters des différentes factions continuèrent leur duel d'encouragement tout en se lançant des regards défiants.
Au milieu de tous ce chaos, Aelita se demandait si c'était vraiment une bonne idée de se joindre à cette bande de fous furieux.




Même moment, Lieu inconnu

- Le vois-tu ?
- Oui... Est-ce ton pouvoir ?
- Notre pouvoir, toi et moi ne faisons qu'un, et nous nous comprenons.
Serpent était assis au sommet d'une gigantesque tour de pierre noire, qui semblait avoir été plantée au milieu de l'Apocalypse elle-même. Le Soleil était invisible, le ciel n'était que nuages rouges et noirs, une pluie de sang s'abattait calmement sur les montagnes de cadavres démembrés qui recouvraient l'intégralité du sol. Un éclair déchira le ciel. Serpent passa sa langue sur ses lèvres pour y goûter le sang qui coulait. Ses magnifiques yeux rouges dégageaient une aura maléfique, ses grandes ailes écailleuses étaient repliées dans son dos. Une grosse tête de serpent avait été plantée sur le dard situé au bout de sa queue. Il la prit dans ses mains, et la contempla.
- C'est notre ennemi ?
- Oui.
- Pourquoi veux-tu le tuer ?
- Pour me trouver un nom.
- Un nom ?
- Oui.
Serpent fixa un instant les yeux morts de son ennemi, avant de l'envoyer rejoindre les cadavres au pieds de la tour. Au loin, un gigantesque brasier venait de s'allumer. Les flammes venaient se refléter dans ses pupilles.
- Le maître m'a donné le nom de cet homme, si je le tue, je pourrai prendre un nouveau nom.
- Tu n'as pas besoin de nom, tu es le Dragon Rouge.
- Non. Il marqua une pause. Je veux un nom, un vrai nom. Je veux une identité, je veux être le bras de mon maître, celui qui tuera ses ennemis et qui le suivra jusque dans la mort. Je veux un nom.
- Nous sommes le Dragon Rouge, nous n'avons pas besoin de maître.
Serpent resta silencieux, le visage de Peter s'était imposé dans son esprit. Il vouait au cannibale une loyauté sans égale, il était prêt à tuer, violer, torturer, et mourir pour lui. Peu importe ce qu'en dirait le Dragon, jamais il ne le trahirait.
Jamais, jamais... Jamais.

Il ouvrit les yeux, et pour la première fois depuis plus deux mois, il vit la lumière.
La cellule dans laquelle il avait été enfermé était ridiculement petite, elle était même presque trop étroite pour qu'on puisse parler de cellule. Ce n'était qu'un simple lit rangé dans un grand placard.
Serpent releva la tête, et ce qu'il vit le fit sourire jusqu'aux oreilles. Pour finir par s'écrouler comme un château de cartes.
La moindre des choses que l'on pouvait dire à propos de Peter en l'observant, c'était qu'il n'allait pas très bien. Sa main gauche était agitée de tremblements, ses yeux gonflés par le manque de sommeil, de grosses gouttes de sueurs perlaient le long de son visage.
- Maître ? Tout va bien?
L'intéressé ne sembla même pas entendre sa question. Il se contenta de lui faire un signe de tête, et de lui ordonner :
- Sors d'ici, nous avons beaucoup de travail qui nous attend.
Serpent acquiesça, et le suivit. Les mots semblaient lui marteler le crâne de l'intérieur :
« Jamais... Jamais... JAMAIS ! »



Même moment, Lieu inconnu

Hors d'haleine, Dragonne s'écroula sur son lit, le corps nu, et couvert de sueur. Renarde se pelotonna contre elle.
- Dis donc, lâcha-t-elle entre deux halètements. Je ne t'ai jamais connue aussi sauvage. Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ?
Sa petite amie rechigna à répondre, la coréenne n'eut cependant pas à beaucoup forcer pour briser sa carapace.
- C'est Serpent, c'est ça ? C'est lui qui te met dans un état pareil ?
L'indienne grogna.
- Je t'ai dit ce qu'il m'a fait, tu t'en souviens sûrement.
Dragonne passa délicatement ses doigts sur les fesses de sa petite amie, et effleura une mince cicatrice qui filait jusqu'au centre. A l'intérieur, les dégâts avaient été bien plus importants.
- C'est notre ennemi à tous, Peter le hait de tout son être. On le fera payer... Au centuple.
Renarde secoua tristement la tête, et se pencha hors du lit pour ramasser sa culotte qu'elle enfila.
- On a tous vu de quoi il était capable. J'ai vu la vidéo, je l'ai vu brûler cinquante hommes. Je l'ai vu massacrer le visage de Peter. Il l'a fait et il le refera.
Dragonne roula sur le ventre.
- Nous ne sommes pas des hommes ma chérie.
Cette remarque eut le mérite d'arracher un sourire à l'indienne, qui revint se blottir dans les bras de celle qu'elle aimait.
- Peter... Il ne va pas bien lui non plus... Pas vrai?
La coréenne resta silencieuse. Après que Serpent l'ai défiguré, le cannibale avait eu recours à une longue opération chirurgicale pour se faire mettre un visage tout neuf, encore plus beau que le premier bien que tout de même semblable. Mais cela n'avait en rien suffi à le calmer. Depuis des mois, il mangeait de plus en plus de chair humaine. Avec une voracité que Dragonne ne lui avait jamais vue. Sa façon de manger était toujours aussi élégante et raffinée, mais ses portions étaient de plus en plus élevées, et l'accompagnement qui venait avec la viande avait, quant à lui, presque disparu. Il avait prit l'habitude d'affamer régulièrement ses loups, avant de leur jeter deux ou trois personnes vivantes pour les rassasier. La seule chose qui lui permettait de reposer ses nerfs, c'était le « nouveau » Serpent. Elle avait une opinion assez réservée à ce sujet, mais malgré tout, elle continuait de faire confiance à son leader. Car jusqu'à présent, elle ne l'avait jamais regretté.
- Est-ce que tu te souviens ? demanda Renarde le regard pensif. De cette chose qui était avec Serpent quand il s'est échappé ?
Un frisson parcourut l'échine de la coréenne, ça, elle ne risquait pas de l'oublier.
- On ne l'a pas vu aujourd'hui, tu crois qu'il l'a tué ? Qui sait ? Il a très bien pu en perdre le contrôle.
Dragonne n'y croyait pas une seule seconde, et pourtant elle avait très envie d'y croire. Mais elle n'y parvint pas, elle l'avait vu sur les caméras de surveillance. Cette créature hideuse et sauvage, et même après tout ce temps, son image continuait de la hanter. Intérieurement, elle espérait de tout son cœur qu'elle ne croiserait jamais sa route.




3 Septembre 2001, Paris, lycée Jean-Baptiste Say, 17h 11

Aelita observait avec un oeil inquiet la bande de garçons qui mesurait de manière archaïque les limites du terrain sur lequel ils allaient livrer bataille. Seth déposa son sac à dos là où les marseillais avaient défini le positionnement de leur but.

- OK ! déclara Étienne en lançant machinalement son ballon en mousse dans les airs. Parisiens contre Marseillais ! On se donne cinq minutes pour définir les postes ?
-Vas-y, approuva Luc.
Aussitôt, les deux camps se rassemblèrent chacun de leurs côtés pour définir leurs stratégies.
- Attendez ! s'exclama Aelita. Il manque un joueur aux marseillais.
Les deux capitaines froncèrent les sourcils, avant de compter les membres de leurs équipes respectives.
Il y avait onze joueurs parisiens, et seulement dix marseillais.
- Ah merde, grogna le leader des phocéens.
- Vous avez qu'à jouer avec Lucius, ricana Luc en pointant du doigt un jeune garçon aux cheveux argentées.
Ce dernier leva les yeux de son bouquin, et grimaça.
- J'ai pas envie de jouer, les informa-t-il poliment.
- Je préfère encore jouer à dix contre onze, grinça Étienne.
- Pas question de te laisser la moindre excuse pour justifier ta défaite, répliqua Luc. Vous le prenez, ou vous déclarez forfait.
- Mais j'ai pas envie de jouer ! insista l'intéressé.
- Ramènes ton cul ou je te le botte ! menaça l'un des marseillais.

Conscient qu'il n'y échapperait pas, Lucius rangea son livre dans son sac, et alla s'intégrer à l'équipe des phocéens en trainant les pieds.
- Bon... dit Étienne en tâchant de masquer la déception que lui inspirait sa dernière recrue. Qui se colle aux cages ?
- Lucius. décida l'un des olympiens.
- Non, pas lui. répondit simplement Seth.
Ce refus lui valu quelques regards interrogateurs.
- Tu veux t'y coller ? Demanda Étienne sincèrement surpris.
- Pas vraiment, c'est juste pas très malin de mettre le plus petit au goal.
Le capitaine observa sa troupe les uns après les autres, et valida sa remarque d'un hochement de tête.
- On le met où du coup ?
Seth ne répondit pas, et se tourna vers Lucius.
- Est-ce que tu cours vite ? demanda-t-il.
Le binoclard haussa les sourcils de surprise.
- Oui ou non ?
- Plutôt, ouais, répondit-il après une hésitation. Mais j'ai pas d'endurance.
Seth se gratta le menton d'un air pensif, avant de reprendre :
- Tu peux aller me chercher un bout de papier et un crayon s'il te plait?
Surpris à la fois par la demande et la politesse avec laquelle elle avait été effectuée. Lucius s'exécuta.
Tandis qu'il farfouillait dans son sac, un garçon aux origines africaines se tourna vers Seth.

- C'est quoi ton plan ? demanda-t-il curieux.
- Vous allez voir, répondit le mutant en prenant en main le matériel prêté par Lucius. Déjà, il me faut tous vos noms.
Une fois ces informations en main, Seth gribouilla onze petits points sur son papier. Ceux qui regardèrent par dessus son épaule, avaient suffisamment d'expérience pour comprendre ce que le mutant faisait.
- Ok ! annonça ce dernier avec enthousiasme. Je propose qu'on se fasse une compo en 3-3-3-1.
- Pourquoi pas un 4-3-3 comme Manchester United ? demanda l'un de ses coéquipiers.
Les autres semblèrent approuver cette idée, mais Seth la balaya d'un geste.
- United a des monstres au milieu avec Scholes, Beckham et Giggs. Y'aura pas une assez bonne cohésion dans notre équipe si on fait pas de lien entre le milieu et l'attaque.
- Ouais, mais le problème c'est qu'on a pas de latéraux, fit remarquer Étienne.
- Mais si, ils sont juste là.
À l'aide de son crayon, il entoura les deux points qui étaient à chaque extrémité du milieu.
- Pourquoi t'as collé les latéraux si haut ? s'étonna un garçon aux cheveux bruns nommé Arthur.
- C'est complètement con ! renchérit un africain du nom de Bacary.

- Mais non! répliqua Seth en tachant de ne pas s'énerver malgré l'insulte. C'est le meilleur endroit où ils pourraient être. Comme ça ils peuvent apporter le surnombre en attaque, ou passer dans une défense à cinq si besoin.
Bacary ouvrit la bouche pour émettre une objection, mais n'ayant aucun argument en tête, il la referma sans dire un mot.
- Du coup on met qui en latéraux ? demanda Étienne qui commençait à apprécier l'idée.
Le regard de Seth se posa sur Lucius.
- Mais je t'ai dit que j'avais pas d'endurance ! protesta ce-dernier.
- Alors tu restes en défense, et tu montes sur les coups de pieds arrêtés pour apporter le surnombre.
- C'est quoi les coups de pieds arrêtés ?
Cette question innocente lui valut une avalanche de regards méprisants de la part de ses coéquipiers.
- C'est les coups francs, les penalties et les corners. lui expliqua calmement Seth, avant d'entourer les cinq postes centraux horizontaux. Déjà il nous faut une colonne vertébrale solide. Sinon toute la stratégie ne servira à rien.
- On en revient au premier problème. grogna Arthur. On met qui au goal?
- Je propose Victor, déclara Seth en posant son regard sur un garçon aux cheveux bouclés.

- Pourquoi moi ? se plaignit celui-ci.
- Parce que tu es le plus grand.
Voyant que son ami s'apprêtait à refuser, Étienne choisit d'intervenir.
- On changera si on se prend un but.
- Pourquoi ? demanda Seth sincèrement étonné.
- Comme ça il reste pas collé au poste le plus chiant toute la partie.
Le mutant voulu faire remarquer que c'était surement le mieux placé pour assurer le poste, mais Victor répondit avant lui, tout en le pointant du doigt.
- Ok, mais si sa strat' marche pas, on le colle aux cages jusqu'à la fin de la partie.
Les approbations des autres joueurs choquèrent le mutant de tout son être.
- Vendu. répondit Étienne qui ne voulait pas passer des heures à discuter. il se tourna vers Seth :
- Fais voir le reste de ta compo.
Le mutant tendit le papier devant lui afin que chacun puisse découvrir son poste.

Étienne

Matthieu Seth Arthur

Jaime Bacary Lucius

Souleymane Adama Edward

Victor


- Vous allez vous magner ?! gronda Luc, dont le placement de l'équipe était plus qu'hasardeux aux yeux de Seth.
- Deux secondes ! répliqua Étienne. T'es pressé de te prendre une branlée ?
- Nique-toi, le marseillais !

Assise sur le bord de la cour en compagnie des autres filles, Aelita observait d'un regard blasé les garçons en train de s'invectiver. Elle eut une pensée pour Seth, qui semblait totalement perdu au milieu de toute cette haine.

- Pourquoi les garçons sont tous aussi cinglés ? demanda-t-elle à Sylvie.
Son interlocutrice haussa les épaules.
- C'est leur truc à eux le foot. Si ça les rend heureux d'être cons, je vois pas où est le mal.
- Mon frère n'est pas un con. grogna Aelita.
- Le mien si... bougonna Valentine. Désolée d'avance.
- Ah tiens, on dirait qu'ils ont enfin décidé de s'y mettre. fit remarquer Sarah.
En effet, grâce au calme imposé par Étienne, et aux directives précises de Seth. Le groupe de marseillais semblait enfin prêt à jouer.
Les deux capitaines décidèrent de l'engagement au pile ou face, remporté par le parisien.
- On engage. annonça ce dernier sûr de lui.
- Allez les gars ! lança Bacary à son équipe pour essayer de les motiver. Allez l'OM !

Seth avait collé l'africain au poste de milieu récupérateur, et bien qu'il ne semblât pas apprécier son positionnement, il était déterminé à gagner.
En y regardant de plus près, Aelita remarqua que seuls ceux qui avaient été placés en attaque semblaient satisfaits, les autres tiraient la tronche.
Luc et l'un de ses coéquipiers s'occupèrent de donner le coup d'envoi, dès que le ballon lui arriva dans les pieds, le parisien fonça droit comme une fusée vers le but adverse, en se débarrassant de l'un des ailiers revenus défendre. Mais il fut stoppé dans sa course par Bacary, l'africain récupéra le ballon d'une feinte, et l'envoya vers Seth.
Positionné en tant que meneur de jeu, le mutant amortit avec sa poitrine, laissa le ballon tomber derrière sa jambe, et effectua une talonnade en direction d'Arthur, son ailier droit. Ce dernier prit de vitesse le latéral gauche supposé des parisiens, et tira sans réfléchir. La balle en mousse passa largement à côté du but.
- Putain Arthur, te la joue pas perso comme ça !
Avant même que le concerné ait une chance de répondre, le gardien parisien effectua la remise en jeu sans que ses adversaires n'aient eu le temps de se remettre en place. Le ballon fila droit vers l'ailier parisien, un garçon assez petit aux origines portugaises nommé Roberto. Malheureusement pour ce-dernier, il perdit logiquement son duel aérien face à Mamadou, le défenseur sénégalais des marseillais. Luc avait cependant suivi l'action, et récupéra le ballon avant d'approcher du but phocéen. Hélas pour lui, il poussa trop sa balle vers l'avant, ce qui permit à Victor de le dégager d'un bon coup de pied.

Mohamed, l'un des milieux parisiens, contrôla le projectile d'un somptueux plat du pied. Avant d'être taclé par Seth, qui renvoya le ballon vers Lucius.
Le latéral ne su que faire de cette offrande, et paniqua à la vue des joueurs parisiens qui se précipitaient sur lui. Sans s'embarrasser, il tapa de toutes ses forces dans la balle en mousse.
Cette dernière alla s'écraser, elle et toute la crasse qu'elle contenait, contre le visage de l'ailier gauche parisien, ce qui provoqua l'hilarité générale. Tandis que le pauvre Maxime frottait ses yeux pleins de poussières, le ballon revint dans les pieds de Lucius qui réitéra son geste. Cette fois, la balle loba les défenseurs parisiens. Et Étienne effectua une reprise de volée splendide, qui passa sous le bras gauche du gardien.
- Yes ! exulta-t-il en brandissant un poing rageur.
Ses coéquipiers coururent vers lui pour le féliciter, à l'exception de Seth et Lucius. L'un avait peur de faire une maladresse, et l'autre n'avait aucune envie de prendre qui que ce soit dans ses bras.
Tandis que les marseillais fêtaient leur buteur, les parisiens s'étaient rassemblés autour de Maxime, qui tentait de nettoyer ses yeux à l'aide d'une bouteille d'eau.

Il fallut attendre quelques dizaines de secondes avant de pouvoir reprendre la partie. Mais le regard de Luc avait déjà perdu en confiance, et la frustration commençait à apparaître sur son visage.
Les parisiens donnèrent le coup d'envoi pour la deuxième fois, et à la surprise générale, Luc effectua une passe en retrait à l'adresse de Mohamed. Le tunisien déclencha un authentique boulet de canon, qui traversa la moitié de terrain marseillaise sans rencontrer de résistance, et franchit la ligne de but sous le regard passif du portier phocéen.
Les parisiens exultèrent à leur tour, tandis que Seth jetait à son gardien un regard consterné.

- Pourquoi tu ne l'as pas arrêté ?!
- Hé ! Ch'uis pas gardien moi ! répliqua le garçon avant de pointer le but du pouce. Allez, quelqu'un d'autre s'y colle.
- T'abuses Victor ! gronda Étienne. T'as laissé le ballon entrer sans rien faire !
- J'allais pas me jeter sur le goudron ! dit-il en donnant un coup de talon sur le sol. Allez ! On change de gardien !
Adama se désigna, et ce malgré le regard assassin qu'il lança à son coéquipier qui ne le calcula même pas.
Seth et Étienne se chargèrent d'effectuer la remise en jeu, le mutant effectua une passe en retrait à l'adresse de Bacary.
L'africain attendit que les parisiens s'engouffrent dans la moitié de terrain marseillaise, avant de servir Jaime, son latéral gauche.
Mais le colombien rata le ballon d'un cheveu, et dû se résoudre à abandonner la touche en faveur des parisiens.
Roberto s'empara immédiatement du ballon, et l'envoya de toutes ses forces vers Luc, son attaquant de pointe. Ce dernier se vit trop beau, et effectua un coup du scorpion totalement loupé, qui finit sa course en six-mètres.
-Chiotte ! gronda-t-il avant d'aller se replacer.
Adama effectua la remise en jeu droit sur Arthur. L'ailier droit remit directement le ballon de la tête sur Seth, qui laissa le projectile lui rebondir entre ses jambes, et arriver dans les pieds de Matthieu.
L'ailier gauche décala Jaime, son latéral qui centra aussitôt. Étienne surprit tout le monde, car au lieu de dévier la trajectoire du ballon dans le but adverse, il remisa sur Seth qui enclencha un tir puissant. Les phocéens crièrent de joie face à leur deuxième but, et s'agglutinèrent autour de Seth pour lui faire don d'une série d'accolades qui fit rougir le mutant jusqu'aux oreilles.
Luc et Roberto se placèrent immédiatement pour effectuer la remise en jeu, ignorant les remarques sournoises des marseillais.
Les parisiens effectuèrent alors une manoeuvre surprenante, en effet, leur capitaine dégagea le ballon en touche, à la limite du poteau de corner marseillais. Lucius se précipita sur le ballon pour le remettre en jeu, mais découvrit avec horreur, que tous les parisiens étaient montés en attaque, et qu'aucun de ses coéquipiers n'était démarqué.
Il envoya donc maladroitement le ballon sur Seth, mais Roberto intercepta le ballon à mi-parcours, et décala Luc qui ajusta Adama d'un plat du pied bien placé.
Les cris de joie résonnèrent aux oreilles de Seth tels des railleries de mépris, le mutant tenta d'effectuer la remise en jeu sans tenir compte des remarques de ses adversaires.
- Retourne chez ta mère, regard de braise !

Aelita inspira de terreur en apercevant la lueur assassine dans les yeux rouges de son "petit frère". Avant que les autres filles n'aient eu le temps de lui demander ce qui n'allait pas, Seth fila droit sur le but parisien, dribbla sans aucune pitié les quatre joueurs qui tentèrent de le stopper, et humilia le gardien d'un coup du foulard.
Un silence de cathédrale s'abattit sur la cour, avant que les marseillais ne laissent éclater leur joie.

- WOW ! C'qu'y vous a mis ! exulta Bacary hilare.
- C'est comme ça qu'on a eu l'étoile ! renchérit Étienne
- GOLAZOOOOO ! jubila Jaime.
- Dans vot'gueule les "Putes Sur Gazon" ! ricana Victor.
Le florilège d'insultes et de moqueries toutes plus choquantes aux oreilles d'Aelita eut l'effet escompté sur les parisiens. Ceux-ci bouillirent immédiatement de colère.
Luc s'empara du ballon, et s'avança vers Seth d'un pas menaçant. Les phocéens encadrèrent presqu'immédiatement leur coéquipier afin de le soutenir.
- Tu veux qu'on s'explique ? gronda Mamadou.
Le capitaine adverse ne lui répondit pas, il incendiait Seth du regard.
- Refais un coup pareil et je te brise les jambes, menaça-t-il.
- Tu n'es pas assez fort pour ça, répondit le mutant comme si c'était l'évidence même.
Luc rougit de colère à vu d'oeil, il serait certainement allé plus loin si sa soeur ne l'avait pas rappelé à l'ordre:
- Arrête ! lui dit Valentine depuis le groupe de filles. Tu te conduis comme un gamin !

Conscient qu'elle avait raison, le capitaine parisien se calma, et s'apprêtait à effectuer la remise en jeu, lorsqu'une nouvelle remarque le fit démarrer au quart de tour :
- Lopette ! lança Arthur sans réfléchir.
C'était plus que Luc ne pouvait le tolérer, il se retourna à la vitesse de l'éclair, et frappa le marseillais le plus proche de lui.
Malheureusement pour lui, c'était sur Seth que ce coup arriva. Et si le mutant ne bougea pas d'un cheveux, ce ne fut pas le cas des doigts du parisien, qui se brisèrent sur le coup.
Luc poussa un authentique hurlement de douleur. Et s'écroula au sol en serrant sa main brisée contre son torse.
Les marseillais l'observèrent sans qu'aucun (mis à part Seth) ne comprenne ce qu'il s'était passé, en revanche, la seule chose que les parisiens comprirent, c'était que leur capitaine avait été sauvagement blessé.
- Bande de sacs à merde ! hurla Roberto en se jetant sur Jaime qui n'avait rien demandé.
Cet acte fut l'étincelle qui fit sauter la bombe, et parisiens et marseillais se jetèrent les uns sur les autres en se traitant de tous les noms.
Certaines filles partirent à la recherche d'un surveillant, ce qui était inutile, car deux d'entre eux fonçaient déjà en direction de l'affrontement.
Valentine essaya vainement de sortir son frère de la mêlée, mais ce dernier était beaucoup trop lourd pour elle.
Aelita eut la mauvaise idée de tenter de tirer Seth à l'écart, elle reçut un coup de coude perdu en plein dans l'oeil.
En apercevant cela, Seth poussa un hurlement de rage, et dégagea violemment les bagarreurs pour se précipiter au chevet de sa soeur qu'il entoura de ses bras pour éviter qu'elle ne soit piétinée.

Terrifiée, les yeux larmoyants, la jeune fille se réfugia contre la chemise du mutant, et se mit à prier à qui pouvait l'entendre de la protéger contre la colère de Heath.



31 décembre 1997, Glasgow, 23h 55


A l'instar du seizième arrondissement parisien, le quartier Hyndland de Glasgow est principalement un endroit résidentiel. Situé dans le West End, -proche de la célèbre université de Glasgow- sa population est essentiellement composée de bourgeois bohémiens, d'artistes, et de footballeurs. Ce qui en fait l'un des quartiers les plus chers d’Écosse en terme d'immobilier. Certains habitants de l'endroit justifiaient son prix par le calme et la tranquillité qu'on y trouvait, arguant du fait qu'il n'y avait que très peu (voire pas du tout) d'incidents en moyenne par année. Cependant, l'année 1998 allait en compter au moins un. Puisque cinq minutes avant les premiers feux d'artifices, le ciel était déjà en train de rougir. Et le voisinage qui s'attendait à passer une soirée de fête était transporté d'horreur devant la scène à laquelle il assistait. L'incendie avait démarré si soudainement que lorsque le premier témoin appela les pompiers, la maison était déjà presque entièrement en train de brûler. Maintenant que le feu était à peu près maîtrisé, des murmures traversèrent la foule qui s'était agglutinée peu à peu autour de l'emplacement de ce drame. Certains disaient qu'il n'y avait aucun survivant, d'autres que seul le père de la famille avait survécu. Mais personne ne se doutait une seule seconde que le seul survivant de cette tragédie, était un petit garçon âgé de dix ans.
Celui-ci n'avait pas décroché un mot depuis que les pompiers l'avaient extirpé de l'Enfer qu'était devenu sa maison.
Il les regardait tous, les uns après les autres. Tout en se demandant pourquoi on le fixait avec un air aussi désolé, alors que lui-même était transporté de joie ! Jamais il n'avait été aussi heureux de toute sa vie, ses jolis petits yeux verts embués de larmes de bonheur semblaient leur hurler de fêter l'événement. Malgré la perte de sa famille, de sa maison, de sa chambre et de ses jouets ; il était le petit garçon le plus heureux de la planète ! Il avait mal, très mal... Un rideau enflammé lui avait fouetté le visage, lui laissant des marques abominables profondément incrustées dans sa chair, mais il se moquait de sa douleur, il se moquait de tout. Pour la première fois de sa vie, il était heureux.
- Tout va bien ?
Drake tourna la tête, et découvrit la fille la plus jolie qu'il ait jamais vue. Il fut si sidéré par sa beauté qu'il répondit par son plus beau sourire. Sourire qu'elle lui rendit.

- Comment tu te sens ? Tu veux quelque chose ? Tu vas bien ?
Le flot de question qui s'abattit sur lui manqua de provoquer une crise de panique, c'était la première fois qu'une fille aussi jolie lui adressait la parole ; et il ne savait pas quoi répondre.
Il se contenta alors d'enfouir sa tête dans la chemise de son interlocutrice, qui finit par lui caresser gentiment les cheveux. Ses mains étaient si douces.
- Je suis désolée, pour ta famille...
- Pourquoi ?
Abigail Hobbs haussa un sourcil, son petit protégé reprit :
- Pourquoi tu es désolée ? Pourquoi ? Mon papa et ma maman... Ils arrêtaient pas de me taper, de dire que j'étais un p'tit con bâtard... Ma sœur elle s'est toujours moquée de moi. Quand Mamie m'a acheté une glace, elle a craché dedans. Et quand Mamie elle est morte, Papa il a dit que c'était une vieille salope... Ils étaient tous tellement méchants. Alors j'ai demandé à Dieu de les envoyer en Enfer, et regarde !
Du bout de son petit doigt, Drake pointa les restes de l'incendie. Les pompiers avaient été très efficaces, les flammes étaient presque éteintes. Mais il ne restait de la demeure qu'un tas de ruines calcinées.
C'est alors que l'église la plus proche sonna les douze coups de minuit, et le premier feu d'artifice explosa dans le ciel.
Euphorique, Drake se dégagea de l'étreinte de sa bienfaitrice et courut jusqu'à l'entrée de son jardin.

- Merci Dieu, cria-t-il à pleins poumons devant la foule médusée.
Abigail lâcha un léger rire discret, avant de prendre la main du petit garçon. Elle le tira doucement à l'écart, et prit la direction d'une ambulance.
Aussitôt, deux ambulanciers vinrent les encadrer. Ils prirent la température du jeune roux, ainsi que sa tension. Puis ils appliquèrent un pansement de fortune sur son visage. Une fois les examens basiques terminés, l'ambulance démarra au quart de tour, et disparut dans la nuit.
Officiellement, Drake L. O'conner était mort en arrivant à l'hôpital. Officieusement, il rencontra pour la première fois de sa vie, une vraie famille. Sa vraie famille.


Dernière édition par Tyker le Dim 17 Mai 2020 04:08; édité 10 fois
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Ikorih MessagePosté le: Mer 07 Sep 2016 20:21   Sujet du message: Répondre en citant  
M.A.N.T.A (Ikorih)


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Bon, du côté des gars de Silverwing, ça piétine. Ils iront donc se faire cuire un oeuf pour ce com'.

Il apparaît que tu ne t'es visiblement pas décidé pour la scolarité de Seth et Aelita. Partis pour le collège il y a un ou deux chapitres je sais plus, ils se retrouvent maintenant au lycée puis dans un bar avec bagarres à l'appui, et propos sur les branlettes. Tout ça le même jour, j'ai vérifié les dates. Une explication à fournir? (a)
Vite fait, l'absence de Valentine au foot peut cacher une couille, et j'imagine que le corps du chapitre est là pour les footeux d'ailleurs. Je ne fais pas partie de ces gens totalement bizarres mais le point de vue d'Aelita qui les prend pour des aliens est tout à fait représentatif du reste de ton lectorat.
Les dates des évènements m'amènent d'ailleurs à proposer un 11 septembre 2001 pour les prochains passages.

Et dernière partie du chapitre. Déjà, Abigail m'a l'air bien en forme pour quelqu'un qui s'est fait kidnapper y a une semaine, ça a pas dû poser beaucoup de problèmes une fois une petite explication posée j'imagine.
Bon par contre, Drake, roux et dans ta fic (ce qui est un bon indicateur du rôle qu'il pourra jouer à l'avenir), je suis sceptique. Cette référence a été faite déjà trois ou quatre fois dans les fics du forum (un certain hugoe locké notamment), et de façon plus ou moins obvious mais on changeait les prénoms quand même quoi. D'ailleurs un Drake roux s'intéressant aux gonzesses est un paradoxe que je ne peux m'expliquer...

Bref, com' éclair, à la prochaine peut-être!
Bordel l'orthographe c'est toujours pas ça...
_________________
"Excellente question ! Parce que vous m’insupportez tous.
Depuis le début, je ne supporte pas de me coltiner des cons dans votre genre."
Paru - Hélicase, chapitre 22.
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Et je remercie quand même un(e) anonyme qui refusait qu'on associe son nom à ce pack Razz

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Icer MessagePosté le: Sam 10 Sep 2016 16:17   Sujet du message: Répondre en citant  
Admnistr'Icer


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Moi aussi j'ai rattrapé mon retard ! Et la première chose que je peux dire, c'est que je retrouve comme toujours sans problème ton style fait de football, de violence physique et verbale généralement gratuite, de sexe contre argent, de diverses maladies mentales, de plus de cadavres que de gouttes de pluie dans le désert, etc... On pourrait penser que ça va finir par tourner en rond mais jusqu'ici ça marche plutôt bien Mr. Green
Cela dit t'es un malin, avec le délai de publication, j'ai un peu oublié le détail de ce qui s'était passé avant Razz

Par rapport au scénario... Au début du sang sur la neige, je pensai que tu nous livrais ta propre version de la backstory, mais j'ai réalisé il y a peu, notamment l'alliance des deux frères avec Hopper, que c'était de plus en plus improbable et qu'il s'agissait d'une histoire originale. Ce n'est pas un mal loin de là, ça modifie simplement les perspectives... et te donne davantage de libertés !

Citation:
Il n'eut pas le temps d'en dire plus, Heath lui avait tranché la tête.
-Pardon, je t'ai coupé ?


Meilleure réplique de la fic XD
D'ailleurs de mémoire, par rapport à l'excursion virtuelle de Silver Wings, si elle ne s'est pas déroulée comme prévu, elle a quand même été plus productive que la précédente où j'ai un vague souvenir de fiasco Mr. Green

Dernière remarque plus tardive, j'ai cru voir que le match PSG - OM de 2001 contenait un sacré paquet de problèmes chronologiques, de l'insulte aux qataris à l'entraîneur de l'OM en passant par la plupart des joueurs. C'est voulu ?

Bref on ne peut que louer ta persévérance depuis le temps, continue comme ça Wink

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« Les incertitudes, je veux en faire des Icertitudes... »

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Tyker MessagePosté le: Jeu 13 Oct 2016 14:57   Sujet du message: Répondre en citant  
Tyker Modérateur


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Spoiler



Chapitre 6: Abigail Hobbs





3 Septembre 2001, Paris, 19h 18

Le 16ème arrondissement de Paris était principalement un quartier résidentiel. Les activités étaient peu nombreuses, et les jeunes du coin traînaient bien plus souvent aux Champs-Élysées qu'autour de leur propre quartier. La grande avenue ne se trouvant qu'à quelques stations de métro de leurs domiciles. Les nuits sur le seizième étaient donc généralement calmes pour la plupart, il n'y avait que les ricanements bruyants de quelques ados ou les moteurs ronflants des voitures pour venir chasser le silence des rues.

Ce soir, c'était le bruit des talons d'une jeune fille rousse de dix-huit ans contre le trottoir qui résonnait dans le quartier parisien. Elle portait un élégant chemisier blanc, ainsi qu'une petite jupe noire qui lui arrivait à la moitié des cuisses. Abigail Hobbs arborait la même coiffure depuis près de trois ans, ses cheveux roux comme le feu étaient très courts. Son teint blanc était resplendissant sous la faible lumière des lampadaires. A vrai dire, quiconque croisait sa route se demandait si elle n'était pas un ange descendu du ciel. Il fallait avouer que cette jeune fille était d'une beauté aussi rare qu'éblouissante. Et pourtant, son beau visage était légèrement déformé par une petite grimace qui trahissait son agacement.

En effet, elle était en train de descendre l'Avenue Mozart, dans le but de se rendre au lycée Jean-Baptiste Say. En temps normal, c'était à l'un de ses frères de s'occuper de pareille corvée. Malheureusement pour elle, ils étaient « occupés ». Et malgré la faible distance qui la séparait de l'établissement dans lequel étudiait son petit frère, elle se serait bien passé de cette sortie imprévue. Une fois arrivée, elle sonna à la porte du bâtiment, entra, et prit la direction du bureau du proviseur. Elle n'avait nul besoin de demander son chemin, elle était déjà venue dans l'établissement lors de l'inscription de son frère.
C'est au moment où elle ouvrit la porte qui menait au secrétariat du lycée qu'elle manqua de pousser un juron.
Une bonne douzaine de personnes étaient agglutinées dans le petit espace qui servait de salle d'attente, le surveillant qui gérait actuellement la réception était en train de se faire copieusement engueuler par un homme d'une quarantaine d'années habillé comme pour aller à un mariage. De ce qu'elle comprit, ce dernier se plaignait de la gravité de la blessure de son fils. Elle s'apprêtait à se diriger vers eux, lorsqu'une grande main poilue vint se mettre en travers de sa route.

- Va falloir patienter mademoiselle, l'informa un autre surveillant tout en reluquant sa poitrine.
Épuisée, la jeune fille se dirigea vers la salle d'attente. Heureusement pour elle, l'un des hommes assis eut la « gentillesse » de lui céder sa place place après avoir admiré ses jolies jambes.
Abigail se prit la tête dans les mains, elle ignorait combien de temps elle allait devoir attendre, et elle avait horreur d'attendre. Elle chercha donc un moyen de passer le temps, et se mit à observer les personnes présentes autour d'elle. La plupart d'entre elles semblaient être des parents assez fortunés, qui exhibaient leur richesse par des bijoux trop clinquants ou des vêtements trop beaux. Sans intérêt. D'autant plus que certains de ces hommes mariés lui lançaient sans arrêt des petits regards dont elle se serait passée.

Abigail était jolie, très jolie, et comme bon nombre de jolies filles : elle adorait séduire. Elle adorait manipuler les hommes et les femmes qu'elle attirait, comme des marionnettes. Elle en faisait ses jouets, ses bons amant(e)s dociles. Mais elle n'avait jamais rien offert de plus que de simples baisers souvent trop courts pour les pauvres amant(e)s. Ils ne représentaient pas grand chose, seulement des personnes trop faibles et trop superficielles pour soutenir le regard de braise d'une jeune fille plus belle que la moyenne. Ce qu'Abigail ignorait, c'était qu'elle sous-estimait sa beauté. Elle était beaucoup plus jolie que l'écrasante majorité des femmes de la planète, et les êtres humains qu'elle attirait n'étaient rien de plus que des personnes ordinaires, séduites dans la seconde par ce qui leur semblait extraordinaire.

Abigail jeta un coup d’œil vers la réception, et constata que le « gueuleur » de son arrivée s'en allait avec son fils sous le bras. Mais à son grand désespoir, aucun surveillant ne se dirigea vers la salle d'attente pour réclamer une nouvelle personne. Au contraire, le réceptionniste s'était tourné vers l'un de ses collègues, et était en train de lui raconter une histoire obscène dont la jeune fille ne croyait pas un traître mot.

Exaspérée, elle s'apprêtait à se lever, mais son voisin la devança, et fila d'un pas énervé. À sa grande stupéfaction, il frappa deux fois sur le guichet pour attirer l'attention du surveillant qui sursauta.
- Ça va ? Je vous dérange pas, Patrick Juvé ? Vous voulez un café ?
Le concerné, qui venait de passer à travers plusieurs engueulades avec des hommes de son âge, ne sembla pas apprécier qu'un adolescent d'à peine dix-huit ans lui parle également sur ce ton. Il se leva, et bomba le torse.

- Écoute gamin, tu vas...
- Non, toi écoute-moi vieux con. Qu'est-ce qui te ferait le plus plaisir ? D'être débarrassé de deux gamins en moins de cinq secondes ? Ou que j'aille dire au proviseur et à tous les parents ici présents que tu bois pendant que tu bosses ?
Le visage sûr du surveillant laissa rapidement place à une figure inquiète et confuse. De son côté, Heath Lancaster remercia intérieurement Intelligence pour son analyse.
C'est alors qu'il sentit une main se poser sur son épaule, il se retourna.
- Dis donc fiston. gronda un autre surveillant. Tu attends comme tout le monde.
- C'est bon Pat', lâcha le réceptionniste sans desserrer les mâchoires, je m'en occupe.
Ledit Pat jeta un dernier regard à Heath, avant de retourner finir son café. Satisfait, le jeune homme se reconcentra sur le premier surveillant.
- Les noms ?
- Aelita et Seth Lancaster.
- Et Lucius Hobbs.
L'allemand tourna la tête, et découvrit Abigail qui s'était tranquillement faufilée à ses côtés.
- J'ai entendu ton secret, sourit-elle en adressant un clin d’œil au surveillant.
Celui-ci lâcha un juron, et se retira rapidement dans les locaux du secrétariat. La rousse se tourna vers Heath.
- Merci pour l'info.
L'intéressé haussa un sourcil, et détourna le regard d'un air nonchalant. La jeune fille se sentit vexée.

- Dis donc, on ne t'a jamais appris la politesse là d'où tu viens ?
L'allemand poussa un soupir d'exaspération, et daigna regarder son interlocutrice.
- Je vais être direct; non, tu ne me fais pas d'effet, non j'ai pas envie de te sauter, et le seul moyen que tu pourrais trouver pour me donner ne serait-ce qu'un semblant de plaisir, c'est de te pendre au milieu de cette salle avec du fil barbelé après t'être ouvert les veines. Pigé ?
Sur ses mots, il détourna à nouveau le regard. Loin d'être impressionnée, la jeune fille croisa les bras.

- Hé bah dis donc, c'est du joli tout ça, tu serais pas homo ?
Les yeux de Heath manquèrent de jaillir de leurs orbites.
- Non mais ça va pas bien dans ta tête ?
- Non ? J'aurais cru pourtant.
Cette fois, le général de l'armée prothéenne était vraiment énervé. Il fusilla la jolie rousse d'un regard assassin qui ne sembla pas la déranger le moins du monde.
- C'est quoi ton putain de problème ? siffla-t-il entre ses dents.
Abigail haussa les épaules.
- Moi ça va, toi en revanche t'as un souci avec les filles. Laisses moi deviner... tu t'es fais larguer récemment ? Ou bien t'es peut-être encore puceau ?

Heath leva les yeux au ciel, jamais il n'avait entendu un tel ramassis de conneries.
- Non pour la première, et oui pour la deuxième. Mais je pourrais sans doute en dire autant de toi.
- Touché, répondit la jeune fille un peu déçue de constater qu'elle avait pris le mauvais chemin pour disséquer sa proie. Alors quoi ? Ta maman te battait quand t'étais petit ? Non mieux encore, elle te suçait !

L'allemand n'en croyait pas ses oreilles, c'était la première fois qu'il croisait une fille aussi cinglée.
- Non mais d'où est-ce que tu sors ? gronda-t-il. D'un bordel ?
Il eut alors la surprise de voir une petite lueur de détresse dans le regard de son interlocutrice, confiant, un sourire sadique se dessina sur son visage.
- À mon tour de deviner, ta mère était une putain de je-sais-pas quel quartier pourri de je-sais-pas quelle ville pourrie. Ton père était un sale con plein de fric qui avait payé le prix fort pour se la faire sans capote une bonne dizaine de fois.
Dommage pour lui, la pute a finit par te pondre, et t'as grandi avec elle sans qu'il le sache. Un peu plus tard, il a découvert que tu existais, et il t'a emmenée avec lui. Dis voir, t'es sûr que t'es encore vierge ? Ou est-ce que ton bouffon de géniteur s'est occupé de te cueillir la cerise moins d'une heure après t'avoir embarquée ?

Piquée au vif, Abigail garda cependant le contrôle d'elle-même et étouffa un petit rire.
- T'es tellement con, dit elle en riant de plus belle. T'es sûre que t'es pas un homo refoulé ? Je t'imagine bien en train de danser autour d'un poteau, le string plein à craquer de billets que des gros porcs de soixante dix ans t'aurais refilés après les bonnes pipes que tu leur aurait faites.
Comme prévu, Heath eut le réflexe idiot de s'imaginer la scène. Il frémit de dégoût.
- Mais tu vas la fermer oui ?

Abigail s'apprêtait à en rajouter une couche, lorsqu'un raclement de gorge fit tourner la tête aux deux adolescents.
Le réceptionniste était de retour, avec le proviseur à sa suite. Et à en juger par le sourire moqueur qu'arborait le premier et le visage sévère du second, ils ne venaient pas d'arriver. Honteuse, Abigail baissa la tête pour cacher ses joues qui rougissaient. Heath en revanche, était de plus en plus furieux.
- Pourquoi vos parents ne sont-ils pas présents ? demanda le proviseur sans prendre la peine de les saluer.
- Une affaire urgente a retenu notre "père", grinça Heath sans faire l'effort de paraitre poli.
- Nos parents sont décédés. répondit Abigail avec une voix triste.
Heath détecta immédiatement la fausseté de l'émotion, mais ce ne fut pas le cas du proviseur qui bafouilla:
- Oh... Mademoiselle Hobbs... Je suis navré...
- Ce n'est rien Monsieur Torélien, répondit la jeune fille sur le même ton, mais en ajoutant un sourire triste pour amplifier l'effet qu'elle faisait au directeur de l'établissement.
"Elle est douée", reconnut Heath.
- Qu'est-ce que mon petit frère a fait ? demanda-t-elle pour faire vite disparaître le malaise.
Le proviseur se racla la gorge, et prit un air désolé qui était d'une piètre qualité comparé aux talents de comédienne de la jeune fille. Heath le soupçonnait d'ailleurs d'effectuer cette petite mise en scène afin de garder son regard sur le décolleté de la rousse. Le surveillant ne s'embarrassait pas de faire preuve de discrétion.
- Votre frère s'est hélas retrouvé mêlé à une bagarre, dit le cinquantenaire d'un ton grave.
- Comment va-t-il ?
Cette fois, Heath ne fut pas en mesure de déterminer si son inquiétude était réelle ou non.
- Il va bien, comme je l'ai dit, il s'est retrouvé mêlé à une bagarre, il ne l'a pas déclenchée. Quelques ecchymoses sans gravité, rien de plus. Cependant, certains n'ont pas eu sa chance, l'un d'entre eux a eu la main brisée. Et nous tentons encore de démêler le vrai du faux dans cette affaire.
Son regard se posa sur Heath, l'allemand haussa un sourcil amusé face à cette piètre tentative d'intimidation.

- Je suppose que vous avez quelque chose à me dire.
- En effet, j'aurais cependant préféré discuter avec votre père.
- Je vous comprends, répondit le psychopathe d'un ton moqueur. Malheureusement pour vous, c'est moi qui suis ici. Alors veuillez éclairer ma lanterne je vous prie.
Ah qu'il était bon d'être adulte ! Ou en tout cas d'en avoir l'apparence. Les différences d'âge n'avaient désormais plus aucune importance aux yeux de la société. Et Heath abusait de ce respect qui lui était dû avec un malin plaisir.
- Monsieur Lancaster... commença le cinquantenaire. Notre établissement est respectable et le restera quoiqu'il arrive. Or, il se trouve que non seulement, votre frère a envoyé l'un de ses camarades à l'hôpital lors de son premier jour. Mais de plus, il ment de façon grossière et éhontée...
- Mon frère est beaucoup de choses, Monsieur Torélien, siffla le psychopathe comme un serpent. Mais ce n'est pas un menteur.
Le proviseur renâcla à ces paroles.
- Permettez-moi d'en douter, jeune homme, répliqua-t-il sur le même ton. Sachez qu'il prétend que son camarade se serait cassé la main en le frappant.
Quelques parents à portée d'oreille de la conversation, éclatèrent d'un rire moqueur. Heath fixa le cinquantenaire d'un regard profond.
- Avez-vous seulement lu son dossier médical lors de son inscription ?
Abigail était estomaquée par le calme meurtrier du jeune homme, on aurait dit un lion qui jouait avec un bout de viande.

Le proviseur ne se laissa pas impressionner pour autant, il répondit :
- Je ne vois pas ce que son...
- SI vous aviez pris la peine de lire ce putain de dossier, vous sauriez que mon frère est atteint d'une forme extrêmement rare de "Fibrodysplasie ossifiante progressive".
Le cinquantenaire fixait à présent son interlocuteur avec la même surprise idiote que le réceptionniste à ses côtés.
- Une... comment... ?
- Une "Fibrodysplasie ossifiante progressive", cracha Heath avec une hargne qui était aussi factice que la tristesse d'Abigail. Une ossification progressive des muscles squelettiques et des tendons qui les rattachent aux os, sauf que dans le cas de mon frère, ce sont les os eux-mêmes qui ont durci jusqu'à devenir aussi dur que l'acier ! Vous le sauriez si vous l'aviez écouté ou si vous aviez lu son PUTAIN de dossier médical !
Son haussement de voix ne tomba pas dans l'oreille d'un sourd, et n'était pas si factice que ça, Abigail en conclut que son agacement devait être bien réel.
Le proviseur tenta de reprendre le contrôle de la situation, mais Heath ne l'entendit pas de cette oreille :
- Écoutez...
- Non ! Vous écoutez-moi ! rugit-il de sa voix puissante. Cette information qui relève de la vie privée de mon petit frère, j'ai été contraint de la révéler à tous, car vous n'avez pas été foutu de lire un putain de dossier ! Vous traitez ce même garçon de menteur parce que vous n'êtes pas foutu de faire ce pourquoi on vous confie nos familles ! Et vous osez le traiter comme un voyou ?! Ouvrez donc ce foutu dossier ! Vérifiez cette information ! Et présentez vos excuses à mon frère !
L'ouragan qui avait surgi de ses poumons cessa au moment même où il referma ses lèvres. Abigail devait reconnaître qu'il avait un goût prononcé pour la mise en scène.
Sous le regard prédateur de Heath, le réceptionniste parcourut la longue liste d'élèves affichée sur l'écran de son ordinateur. Il cliqua sur le nom de Seth, et confirma les dires de l'allemand d'un signe de tête.

- Je vous prie de bien vouloir accepter mes... commença Torélien avant que le psychopathe ne lui coupe la parole.
- Je n'ai que faire de vos excuses, c'est à Seth que vous les présenterez.
Abigail manqua de pouffer face au drama un poil trop poussé du jeune homme, mais elle devait reconnaître qu'il avait du charisme.
Le proviseur acquiesça et disparut dans le couloir où les élèves patientaient, il revint quelques instants plus tard avec Seth, Aelita, et Lucius.
Cependant, lorsqu'Abigail remarqua l'oeil gonflé de la jeune fille, elle regretta de ne pas avoir un paquet de pop-corn sous la main pour profiter encore plus posément du spectacle.
Heath ne hurla pas cette fois, il se contenta de fusiller du regard le proviseur.
- J'ose espérer que le responsable de cet "incident", recevra une punition exemplaire. siffla-t-il entre ses dents.
- Bien sûr. répondit le cinquantenaire avant de se tourner vers Seth comme un toutou bien dressé. Je suis navré pour cette méprise Monsieur Lancaster. Veuillez accepter mes plus plates excuses.
- Parfait. dit Heath avant de faire signe à son frère et à sa soeur de les suivre.
Mais alors qu'il s'apprêtait à sortir, il s'arrêta, et se retourna vers le proviseur.
- Et la prochaine fois, faites en sorte que vos employés ne se bourrent pas la gueule pendant qu'ils bossent, si vous voulez que votre établissement reste "respectable". balança-t-il avant de sortir, les plaintes outrées des parents résonnèrent comme une douce musique à ses oreilles.
Abigail lâcha un sourire amusé, et lui emboîta le pas. Têtes basses, les trois collégiens les suivirent.

La seule fille du petit groupe de quatrième poussa un soupir de soulagement, et remercia intérieurement le Seigneur d'avoir exaucé sa prière. Elle en profita pour jeter un œil au plus jeune de la bande. Lucius Hobbs était un garçon de petite taille, portant des lunettes, et souffrant d'un problème de pigmentation capillaire. En effet, malgré son jeune âge, ses cheveux étaient gris. Mais cela ne semblait pas l'empêcher d'être très bien coiffé. À la surprise de la princesse de Lyoko, le jeune homme et sa grande sœur empruntèrent exactement le même chemin que les Lancaster. Le trajet parut soudain un peu plus long pour la fille de Franz.
- Tu vas me faire la gueule encore longtemps ? provoqua Abigail en se rapprochant à moins d'un mètre de l'allemand.

Celui-ci tourna la tête, et afficha un sourire mauvais.
- J'attends seulement qu'on soit un peu plus tranquilles pour t'encastrer la tête dans un mur.
Nullement impressionnée, la jolie rousse le prit par le bras droit et continua la route à ses côtés. Heath lui jeta un regard choqué, comme si elle avait tâché son manteau.
- Ah alors t'as peur des filles en fait, sourit-elle en l'enlaçant. Dis voir, t'es quand même pas effrayé par un petit bisou non plus ?
Sur ses mots, elle approcha ses belles lèvres rouges de la joue de l'allemand. Mais celui-ci la repoussa si violemment qu'elle tomba lourdement sur les fesses. Elle releva la tête, dans le but de se plaindre d'une telle brutalité. Mais ce qu'elle vit fit mourir les mots sur ses lèvres.

Heath la dominait à présent de toute sa hauteur, et ses yeux bleus acier s'étaient remplis d'une furieuse envie de meurtre. Pour la première fois ce soir, Abigail n'osa émettre le moindre son. Elle n'avait pas peur, non. Le sentiment qui l'envahissait se rapprochait assez de la fascination. Elle venait de rencontrer un garçon de son âge, très beau, vierge, et hétérosexuel. Et pourtant, celui-ci la regardait différemment. Elle ne voyait pas la lueur idiote qui brillait dans les pupilles des hommes, ceux qu'elle avait l'habitude de fréquenter quand elle s'ennuyait. Non, là elle voyait autre chose : de la haine, du désir, et... De l'horreur ? Du mépris ? Elle n'était pas sûre.

De son côté, Heath avait déjà imaginé plus de cinq manières différentes de la tuer. Pourtant, il s'efforça de réfléchir à nouveau. Il voulait quelque chose de spécial pour elle, une mort théâtrale, digne de son audace. Mais après réflexion, il en conclut très vite que la tuer ne lui apporterait que des problèmes. D'abord ils étaient trop près d'un commissariat de police, ensuite il y avait son frère comme témoin. Si jamais il le tuait lui aussi, la police viendrait le questionner. Après tout, ils avaient été vus en train de quitter l'établissement scolaire ensemble.
Il se contenta donc de s'accroupir, et de fixer la jeune fille droit dans les yeux. Leurs visages n'étaient qu'à une dizaine de centimètres l'un de l'autre.

- Si tu me touches encore une fois, UNE SEULE FOIS. Je ferai en sorte que le légiste qui ouvrira ta housse mortuaire vomisse dès qu'il t’apercevra.
Abigail hocha la tête, et laissa son frère l'aider à la relever. Aelita remarqua alors à quel point Lucius était choqué par ce qu'il venait de voir, mais il n'y avait pas de terreur dans ses yeux. Heath se redressa, et continua sa route. Seth le suivit presque automatiquement, mais sa « soeur » prit tout de même la peine de bredouiller une excuse et de saluer les Hobbs avant de les rejoindre.
Le plus jeune demanda à sa grande sœur si elle allait bien, mais celle-ci ne répondit pas, elle souriait.

Une fois qu'ils furent rentrés, Heath s'arrêta un instant, et saisit sans ménagement le visage d'Aelita.
- Ne bouge pas, ordonna-t-il avant de poser sa main gantée sur l'oeil enflé de la jeune fille.
Cette dernière se raidit sur place, et sentit tout à coup une douce chaleur envelopper sa douleur. Dès que l'allemand eut fini, elle eu la surprise d'avoir retrouvé sa capacité à dessouder ses paupières.
-Merci, dit-elle avec sincérité.
Heath ne lui répondit pas, il se dirigea d'un pas pressé vers sa chambre, mais Seth le rattrapa.
- Grand frère, je peux te poser une question ?
L'allemand soupira de fatigue, mais hocha la tête.
- Pourquoi est-ce que tu danserais autour d'un poteau avec un string plein de billets ?
Cette nuit-là, Aelita s'endormit après avoir passé près d'une demi-heure à étouffer son fou rire dans son oreiller.


4 Septembre 2001, Paris, 02h 01

Abigail poussa la porte de chez elle, et se dirigea vers la cuisine pour se servir un verre de lait. De son côté, Lucius se précipita vers un large couloir.
- Laisse-les tranquilles, lança la jolie rousse avant d'avaler sa boisson d'une traite.
Mais trop tard, le collégien était déjà parti. Épuisée, elle s'engagea a son tour dans le couloir dans le but de rejoindre sa chambre. Mais Lucius réapparut, avec à sa suite un jeune homme d'une vingtaine d'année, aux cheveux châtains et aux yeux gris.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Demanda-t-il en croisant les bras.
Nullement impressionnée par la taille imposante de son frère aîné, Abigail lui passa à côté tout en l'ignorant. Mais une main puissante se posa sur son épaule, elle soupira.
- Petite sœur, si tu as un souci il faut que tu nous en parle.
- Je sais Thomas, répondit-elle en souriant. Rassure-toi, tout va pour le mieux.
Lucius écarquilla les yeux.

- Tu es folle ou quoi ? Ce type allait te faire du mal !
- Est-ce qu'il l'a fait ?
- Quoi ?
- Est-ce qu'il l'a fait ?
Le collégien hésita, avant de répondre :
- Il t'a poussée.
Abigail éclata de rire, elle-même avait encore du mal à y croire.
- Il vaudrait mieux qu'on s'occupe de ce gars, dit Thomas en fixant sa sœur d'un air sévère. Mais celle-ci se planta en face de lui, et se mit à lui tapoter le nez avec son index droit.
- Personne ne l'approche, ordonna-t-elle d'un ton glacial. Il est à moi, à moi toute seule.
Son aîné fronça les sourcils.
- Et qu'est-ce que tu vas faire ?
- Me coucher, répondit-elle en leur claquant la porte de sa chambre au nez. Bonne nuit !

Les deux frères restèrent plantés comme des idiots pendant quelques secondes, avant que Thomas ne finisse par briser le silence.
- Dis donc, tu m'expliques comment tu t'es retrouvé chez le proviseur ?
Oubliant sa sœur, Lucius se mit à manifester un intérêt soudain pour ses chaussures.


4 Septembre 2001, Paris, 04h 48


Heath n'arrivait pas à trouver le sommeil, il ne faisait que se tourner et se retourner dans son lit depuis des heures. Agacé, il se leva, et se dirigea vers la salle de bain. L'espace d'un instant, il fut tenté de s'asperger le visage d'eau fraîche. Mais il se rappela bien assez vite que ses bras étaient en métal, donc peu adaptés et plutôt dangereux pour ce genre de pratique. Il se contenta donc de s'allonger dans la baignoire, et d'activer le jet d'eau. Le liquide brûlant qui lui arriva en pleine figure lui fit un bien fou, il se détendit un peu.

« Tu sais, ce n'est pas si étonnant qu'une fille te fasse un tel effet. »
Heath lâcha un soupir d'exaspération, on ne pouvait pas le laisser tranquille cinq minutes ?
« D'ailleurs, j'avoue ne pas avoir compris ta réaction. Pourquoi l'avoir repoussée ? Elle est pourtant très jolie. »
- C'est ça le problème justement, grinça l'allemand. Elle est née avec un incroyable physique, et elle se croit irrésistible aux yeux de n'importe qu'elle homme. Tous ceux qui tombent dans son piège sont des abrutis. Ils la désirent seulement parce qu'elle est jolie, mais ça s'arrête là. Peu importe le physique d'une femme, qu'elle soit grosse, maigre, moche ou jolie, un vagin ça reste un vagin. La sensation physique sera toujours la même. Si la beauté vient au premier plan, c'est parce que c'est une affaire d'égo. Si tu couches avec une jeune et jolie fille, tu seras beaucoup plus fier que si tu t'étais fait une vieille dégueulasse. Et bien sûr, les « canons » ont leur propre égo. Elles ne séduiront que des mecs qu'elles jugent « dignes » d'elles. En revanche, elles adorent voir les gars -avec qui elles ne parleront jamais- les reluquer comme si elles étaient des perles rares non-destinées aux simples mortels.

« Tu généralises beaucoup je trouve, tu n'as pourtant pas tellement d'expériences. »
Heath leva les yeux au ciel.
- Oh pitié, tu as vu comment ils l'ont regardée dans la salle d'attente ? De vrais chiens en chaleur, il y en avait même un qui bavait !
« J'en conviens, mais ce n'était vraiment pas nécessaire d'être aussi grossier quand elle t'a adressé la parole. »
- Je ne voulais pas perdre de temps avec ces bêtises, grogna-t-il. J'ai simplement voulu la faire dégager vite fait.
« Ça n'a pas vraiment marché », remarqua Intelligence.
- Non tu crois ?
« Donc c'est pour ça que tu l'as poussée ? Parce que tu ne voulais pas entrer dans son jeu ? »
Heath hocha la tête.
- Ça et le fait qu'elle m'ait touché. J'ai horreur qu'on me touche.
L'allemand profita alors du silence d'Intelligence pour arrêter le jet d'eau, et sortir de la baignoire. Il se sécha, se rhabilla, et retourna se coucher.
Mais c'est au moment où il allait se reconcentrer sur son sommeil que l'IA repris la parole :

« Je crois que j'ai compris pourquoi tu n'aimais pas les filles. »
- Ah vraiment ? Répondit-il amusé mais curieux. Je t'écoute.
« Ce que tu n'aimes pas c'est l'artificialité dont elles se recouvrent elles-mêmes. Toi qui adore les sensations fortes et la vérité, des choses tels que la beauté ou les attributs du corps ne t'intéressent pas. Je te trouve cependant un peu macho, parce que tu ne fais pas vraiment d'effort pour voir au-delà de leur artificialité. »
Heath éclata de rire.

- Si je ne fais pas d'efforts, c'est tous simplement parce que ça ne m'intéresse pas. Sérieusement, j'ai autre chose à foutre que de me chercher une copine. Et quand bien même j'aurais le temps, il n'y a rien qui ne me ferait plus chier que d'en chercher une. Maintenant fous-moi la paix, je veux dormir.
Cette fois-ci, il ne lui fallut pas plus d'un quart d'heure pour tomber dans les bras de Morphée, et à son grand soulagement, il ne rêva pas d'Abigail Hobbs.



4 Septembre 2001, Paris, 03h 02


La jolie rousse était confortablement allongée sur son lit, qui était assez large pour accueillir trois personnes supplémentaires. Sa chambre de trente mètres carrés était impeccable, tout était parfaitement rangé, et il n'y avait pas un grain de poussière qui traînait sur le bureau ou au-dessus de son immense armoire. Son regard n'avait pas quitté le plafond depuis qu'elle s'était installée, son esprit s'était depuis longtemps noyé dans ses pensées.

Abigail adorait son physique, elle l'avait toujours adoré, c'était le comportement des gens vis à vis de celui-ci qui l'exaspérait. Depuis quelques années, tout lui avait semblé trop facile : si elle croisait un homme dans la rue qui l'intéressait, elle n'avait qu'à l'aborder, et le reste venait tout seul. Elle avait assez d'argent pour se payer tout ce qu'elle désirait, mais récemment, elle s'était rendue compte qu'il lui manquait quelque chose. Il lui manquait le désir.

Bien sûr, elle avait sa vie « professionnelle », et un objectif bien précis. Mais en dehors de ça... Sa vie privée était d'un ennui abominable. Elle attirait le désir de tous ceux qu'elle rencontrait, mais jamais elle n'avait elle-même éprouvé de désir pour qui que ce soit. Résultat, elle passait son temps à séduire quiconque avait un visage convenable à ses yeux. Elle n'était pas si exigeante, pourtant ils l'avaient tous déçue. Aucun d'eux n'était jamais sorti du lot, même ceux qui résistaient parfois à ses charmes. Il y avait ceux qui se croyaient malins en lui faisant remarquer que les rousses aux yeux bleus étaient le mélange le plus rare au monde, et ceux qui eux-mêmes se croyaient irrésistibles et qui lui parlaient comme si elle n'était qu'une conquête de plus.

Et ce soir, Abigail venait de rencontrer un garçon de son âge, qui ne la désirait pas, et qui semblait même la mépriser. Au départ, la jeune fille avait cru qu'il était simplement macho ou alors qu'il s'agissait d'un homosexuel qui ne s'assumait pas. Mais son regard... Ça c'était quelque chose. Tout d'abord il avait de très beaux yeux, mais surtout elle y avait vu tellement d'émotions. Jamais elle n'avait vu quelque chose d'aussi... Humain... Et animal.
La bestialité avec laquelle il l'avait regardé l'avait clouée sur place, elle aurait pu rester par terre toute la nuit. Si c'était le prix pour tenter de déchiffrer ce regard, elle l'aurait sans doute payé.
Une chose était sûre pour elle, ce n'était pas la dernière fois qu'elle verrait Heath Lancaster. Et elle était bien décidée à le forcer à la rencontrer à nouveau.

Comment ? Peut-être grâce à la carte d'identité qu'elle lui avait dérobé pendant qu'elle le câlinait.
- "Miam". dit-elle en se léchant les lèvres à la vue du beau visage de l'allemand. Il ne lui fallut pas longtemps pour s'endormir. À son grand amusement, elle aperçut la silhouette d'Heath Lancaster dissimulée dans un coin de son rêve.


4 Septembre 2001, Lieu inconnu, 10h 32


Peter Warren n'avait jamais songé une seule seconde qu'il pourrait un jour se sentir aussi misérable de toute sa vie, et encore moins lors d'une simple visite médicale.
Il était assis dans le bureau de Christian Roche, l'un des meilleurs médecins de l'organisation. C'était un homme d'environ soixante-dix ans, dont les sourcils étaient affreusement longs, et qui souffrait d'une légère surcharge pondérale. Il affichait une mine désolée pour le jeune homme, mais celui-ci n'avait que faire de sa pitié.

- Comment vous pouvez en être aussi sûr ?
Le cannibale espérait de tout cœur qu'il s'agissait simplement d'un mauvais rêve, et qu'il n'allait pas tarder à se réveiller. Mais il eut beau se pincer de toutes ses forces, il était toujours assis sur la même chaise.
- Les symptômes ne trompent pas, dit le médecin d'une voix qui trahissait sa compassion. Je suis désolé Peter, le Kuru a finit par te rattraper.

Le mot résonna dans le crâne de l'américain pendant plusieurs secondes. Le Kuru était une maladie à priori très rare qui touchait les adeptes du cannibalisme. En foré, « kuru » signifie « trembler de peur », un symptôme qui était apparu chez lui depuis déjà plusieurs jours.
- Je ne comprend pas, je croyais que seuls ceux qui mangeaient le système nerveux central étaient touchés par cette maladie.
Le docteur Roche secoua la tête.

- On ignore encore pas mal de chose sur le kuru, les études qui ont été menées sur les villages de Nouvelle-Guinée démontraient que c'était surtout ceux qui consommaient les systèmes nerveux centraux qui étaient touchés. Mais ça ne voulait pas dire que ceux qui mangeaient muscles et organes étaient épargnés pour autant. Les cas étaient seulement moins nombreux, ou apparaissaient parfois jusqu'à cinquante ans plus tard suite à une période d'incubation beaucoup plus longue que la normale.

Peter l'écoutait à peine, il réfléchissait à cent à l'heure. Il devait trouver une solution, ou sinon...
-Qu'est-ce qu'il va m'arriver ?
Le médecin poussa un profond soupir, avant de répondre :
-Les tremblements ce n'est que le début du syndrome cérébelleux, tu vas rapidement avoir des troubles de l'équilibre, tes mouvements auront du mal à se coordonner. Et ensuite...
- Ensuite ?
- La démence, le décès suivra d'ici quelques années.

Peter poussa un juron, son monde entier était en train de s'écrouler.
- Quel est le traitement ?
- Peter...
- Le traitement !
- On peut essayer certains agents anti-prions comme le tacrolimus ou l'astemizole, mais les résultats ne sont pas garantis.

En rage, le cannibale se leva, et sortit du cabinet sans demander son reste.
Le docteur Christian Roche poussa un profond soupir.
- Adam, tu étais un gros con, mais j'avais un peu plus d'espoir pour ton fils.


Dernière édition par Tyker le Dim 17 Mai 2020 11:41; édité 6 fois
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Icer MessagePosté le: Sam 22 Oct 2016 20:07   Sujet du message: Répondre en citant  
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Bon super. Tout un chapitre qui tourne autour d'une salope. D'une salope rousse présentée comme une bonasse. Toutefois....

En plus comme ça fait un moment que toute cette histoire a commencé, j'ai du demander à Ikorih de me faire un rappel sur les personnages. Fort heureusement, ça va mieux maintenant Mr. Green

Peu d'avancée scénaristique ici, un chapitre focalisé sur un nouveau personnage au rôle que l'on anticipe déterminant à l'avenir et qui ne se fera pas juste crever par Heath. Mais disons que son introduction est purement dans l'esprit de la fic, c'est donc bien joué Mr. Green

_________________
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« Les incertitudes, je veux en faire des Icertitudes... »

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Tyker MessagePosté le: Ven 11 Nov 2016 15:37   Sujet du message: Répondre en citant  
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Chapitre 7: L’Augure, le Serpent et la Banshee



6 Septembre 2001, Banlieue Parisienne, 22h 34


Dans un modeste appartement du dix-septième arrondissement parisien, Norman Belpois s’adonnait à ce qui était devenu avec le temps son plus grand plaisir personnel: le don de cadeau à son petit neveu.
Le cinquantenaire adorait cet enfant comme s’il était son propre fils, n’ayant jamais eu de temps à consacrer à une femme depuis vingt-cinq ans. Il avait été un homme comblé lorsque sa belle-soeur avait donné naissance à ce petit être dont la simple photo suffisait à lui réchauffer le coeur. Depuis ce jour, Jérémie Belpois avait été l’une des principales raisons de vivre de son oncle. Ce dernier lui apprenait tout ce qu’il savait, ou en tout cas, tout ce que le petit garçon était en mesure de comprendre. Mais quand celui-ci ne parvenait pas à assimiler les complexes notions que son parent tentait de lui inculquer, et bien il travaillait nuit et jour pour qu’au prochain passage de son modèle, il soit capable de lui réexpliquer tout ce qu’il avait retenu de la physique quantique et de son utilisation. Oui, Jérémie avait pris son oncle comme idole. Qui pourrait le lui reprocher? A huit ans, le jeune homme ne connaissait aucun autre homme qui symbolisait à ses yeux la réussite.

Son propre père, frère de son oncle ne travaillait plus depuis près de trois ans. Pourtant, sa vie professionnelle avait très bien commencé. A la fin de ses bonnes études de finances, il avait monté avec trois de ses amis sa propre entreprise, qui avait démarré en trombe avec la signature de plusieurs contrats juteux. Ses belles premières années lui avaient permis de s’offrir un appartement de qualité dans le cinquième, ainsi que la possibilité d’élever son enfant dans un milieu plus que convenable. Mais tout avait volé en éclats lorsque ses anciens amis l’avaient remercié pour ses services devenus inutiles au sein de l’entreprise. Il ne lui avait fallu qu’un jour, un seul jour pour que toute sa vie s’écroule comme un château de cartes. Et aujourd’hui, il vivait principalement de l’aide financière que lui apportait son frère. Francis Belpois ne travaillait plus, il était trop occupé à noyer son chagrin et sa vie dans l’alcool. Martha, sa femme autrefois ravissante s’était enlaidie, telle une fleur flétrie par le temps. Son fils en revanche, restait la principale source de bonheur dans leur maison.

Il était toujours souriant, et bon vivant. Bien qu’il passât des heures enfermés dans sa chambre pour étudier les livres de son oncle. Il était sans hésitation la plus belle chose que ses parents aient jamais faite de leur vie, selon Norman en tout cas.
Celui-ci s’était installé dans un fauteuil de mauvaise qualité fait de faux cuir, face à face avec son frère. Francis était déjà saoul, pourtant il n’était même pas midi. Il semblait apprécier avec un plaisir non-dissimulé -si ce n’est trop voyant- le verre de bourbon qu’il portait à ses lèvres. Lorsqu’il eut finit de le déguster, Norman se rendit compte qu’il semblait plus enclin à apprécier les effets plutôt que le goût. Un frisson de répulsion lui traversa l’échine.

- C’est ton combientième verre de la journée ?
Francis ne répondit pas, il contemplait son verre avec étonnement, comme s’il venait de se rendre compte qu’il en avait un en main.
- Alors?
- Je sais… pas.
Le scientifique le considéra d’un oeil mauvais, chaque jour qui passait semblait de plus en plus court. Il avait un très mauvais pressentiment concernant ce qu’il faisait, et ce qu’il faisait c’était de l’espionnage contre ses propres employeurs. De l’espionnage pour un jeune psychopathe de même pas seize ans qui avait menacé de mort sa propre famille. Famille dont il avait obtenu les coordonnées grâce à Intelligence. Et si jamais il tentait de les mettre en sureté, alors il s’en prendrait aux amis de son neveu, et à la famille de sa belle-soeur.
Norman Belpois savait ce que cela impliquait si jamais il était découvert: La mort. Une mort atroce.
Mais l’Organisation ne ferait pas de représailles sur sa famille, ils ne l’avaient jamais fait pour qui que ce soit. Il n’avait donc que pas grand chose à craindre pour elle. En revanche, sa propre vie n’allait pas tarder à se terminer. De cela, il en était certain.

Il voulait donc régler tout ce qu’il avait mis de côté, de la triste vie de son frère, jusqu’à l’héritage scientifique qu’il laissera au monde. Et le plus tôt sera le mieux.
- Écoute moi bien Francis, il prit une profonde inspiration, j’ai décidé d’arrêter de te donner de l’argent.
Étonnamment, cette information là n’eut aucun mal à se frayer un chemin à travers le cerveau ramolli de l’alcoolique.
Il ouvrit la bouche pour prendre la parole, mais son aîné la lui coupa d’un geste de main.
- Laisse moi finir, j’ai décidé de te laisser de quoi vivre pendant encore un an. Après cela, tu ne pourras plus compter sur mon soutien financier. Tu as donc très exactement un an pour décrocher, et retrouver du travail.
Francis ne répondit pas, il semblait encore trop ivre pour comprendre l’ultimatum que lui avait imposé son frère. Ce-dernier se résigna à le laisser s'abrutir tranquillement, et pris la direction de la chambre de son neveu.

Assit devant son ordinateur dernier cri généreusement offert par son oncle, Jérémie tentait tant bien que mal de résoudre les problèmes que son idole lui avait gravés sur un cd. Lorsque celui-ci entra dans son espace privé, il laissa tout tomber, réajusta ses lunettes, et se tint prêt à boire la moindre des paroles que son oncle allait prononcer.
Norman lui sourit tendrement, avant de poser sur le sol un énorme sac de sport qu’on lui avait offert à Noël dernier, et dont il ne s’était servit que pour transporter ses affaires professionnelles.
Intrigué, Jérémie jeta à son oncle un regard interrogateur.

- Ce sont toutes mes notes, ainsi que tous les programmes que j’ai mis au point. Je te laisse le tout histoire que tu progresses plus rapidement. Si on se revoit un jour, tu sera en mesure de comprendre tout ce que je pourrai t’enseigner.
Malgré le clin d’oeil complice de Norman, Jérémie se sentit assez mal à l’aise.
- Comment ça « si on se revoit un jour » ? Tu vas partir loin ?
Le cinquantenaire se mordit la langue, il en avait un peu trop dit à son goût. Il posa un genou à terre, et prit la main de son neveu.
- Tiens, dit-il en lui mettant un CD de couleur bleue dans les mains. C’est mon journal professionnel, vois ça comme des cours par correspondance.
Sur ses mots, il serra son neveu dans ses bras, et ce dernier lui rendit son étreinte. Une larme coula sur le long de la joue du petit garçon, mais il l’essuya rapidement de peur de paraître faible devant son oncle.
Norman se redressa, lui sourit une dernière fois, et murmura :

- Au revoir, Jérémie.
Sur ce, il tourna les talons et s’en alla, non sans entendre le chuchotement dans son dos:
- Au revoir, Oncle Nono.
Les yeux emplis de désespoir, il fila le plus rapidement possible vers la sortie. Non sans avoir remercié poliment sa belle-soeur pour le repas, et ignorer copieusement son frère cadet.
Norman Belpois sortit de l’appartement, puis de l’immeuble, avant de s’enfoncer le plus possible dans la noirceur d’une nuit d’automne parisien.
Et lorsque Jérémie Belpois perdit son oncle de vue, il était trop jeune pour se douter qu’il ne le reverrait plus jamais.


7 septembre, Hong Kong 04h 47


Malgré ses soixante-neuf ans et sa taille relativement petite, Jet Yu avait une carrure de joueur de rugby. Son hygiène de vie ayant toujours été irréprochable depuis sa plus tendre enfance, son corps n'était composé que de 8% de masse graisseuse, ce qui était une véritable prouesse pour un homme à l'âge aussi avancé.
Chacun des vêtements dont il disposait était cousu sur mesure par le couturier de son village natal, un homme à qui Jet Yu devait énormément.
Sur son bureau, trônait une photo de Chen Yu, son paternel, et colonel de l'armée chinoise durant la Seconde Guerre Mondiale et la Guerre Civile Chinoise.

Une autre photographie le représentait aux côtés de Deng Xiaoping, un homme qu'il avait personnellement aidé dans son ascension au pouvoir.
La dernière était la plus récente, et ce bien qu'elle fut déjà vieille d'une vingtaine d'années. On pouvait le voir en train de serrer la main d'Herman Schaeffer, l'homme qui l'avait guéri du cancer du foie qui l'avait rongé pendant plusieurs années. Et qui avait bien failli lui coûter la vie.
Jet Yu n'avait jamais considéré le Docteur comme un ami, (personne n'avait jamais eu ce luxe) cependant, il était un homme d'honneur, un trait qu'il tenait de son militaire de père. Et les dettes qu'il devait, il les réglait, quel qu'en soit le prix à payer.

Son exil à Hong-Kong n'avait pour seul but que de préparer le terrain pour l'intégration de cette ville au territoire chinois. Il avait envisagé un temps de prendre le pouvoir, mais il avait renoncé à ce projet trop ambitieux pour son âge avancé, et qui mettrait non seulement ses enfants, mais son organisation en péril. Il avait donc décidé de se retirer partiellement des affaires, laissant son fils Xi effectuer son ascension politique par ses propres moyens. Sa fille Kyoukai, issue de son deuxième mariage, gérait d'une main de maître ses affaires en tant que seconde officielle, elle était l'héritière toute désignée.
Il ne lui restait qu'une seule chose à faire à présent; régler sa dette. Le vieux chinois s'installa à son bureau, et plongea son regard dans celui de son invité.
- Vos nouvelles installations sont-elles à votre convenance ? demanda-t-il dans un anglais impeccable.
- Elles sont parfaites, répondit l'invité à l'accent flamant prononcé. J'avoue avoir été particulièrement impressionné par l'efficacité de vos scientifiques. C'est pourquoi, je ne peux m'empêcher de me demander de combien d'installations similaires vous disposez.
- Très peu, relativisa le soixantenaire. J'ai toujours privilégié la qualité à la quantité. Et il est important pour nous que nos rivaux politiques et étrangers ne découvrent pas cette technologie. Rassurez-vous, ils seront utilisés à bon escient. Il y a tellement de façon plus intéressantes d'user de la physique quantique que la virtualisation. À ma demande, et moyennant finance et contribution, Herman m'a fourni les plans nécessaires à la reproduction de cette machine.
- Je vois. Je suppose que je vous dois des remerciements.
- J'apprécie votre politesse, cependant vous ne me devez rien. C'est moi qui avais une dette envers votre père. Celle-ci réglée, je doute que nous nous revoyons un jour. À moins, bien sûr, que vous ne désiriez faire appel aux services de mon organisation. Dans ce cas je vous présenterai mon héritière.
Thomas Von Kane observa le soixantenaire avec méfiance, il s'écoula quelques secondes de silence avant qu'il ne reprenne :
- Pourquoi vouloir jeter des bâtons dans les roues de vos alliés ?
Un sourire amusé apparu sur le visage ridé de Jet Yu, il secoua la tête.
- Ce ne sont pas mes alliés, simplement des associés qui n'ont plus aucun intérêt à le rester. J'ai obtenu tout ce que je désirais en m'associant avec eux. L'Organisation a fait son temps.




6 septembre, Boulogne-Billancourt 22h 04

Aelita « Lancaster » n’en menait pas large. Après le sermon que lui avait donné son père, elle pensait que ses ennuis avaient cessé.
Mais Heath ne l'avait pas entendu de cette oreille, et il avait profité de l'absence de Franz pour débouler dans sa chambre, lui jeter une tenue de sport à la figure, et la traîner dans le jardin de leur maison sans ménagement.
Cela faisait désormais presque deux heures que l'allemand lui faisait subir ce qu'il qualifiait "d'entrainement". Mais aux yeux de la jeune fille, le mot "torture" semblait mieux convenir à ce qu'elle subissait.

Son corps était couvert de bleus et d'estafilades, ses pauvres petits muscles étaient proche de la combustion instantanée tant ils brûlaient.
Aelita aurait volontiers vendu son âme au Diable pour une pause de quelques minutes, malheureusement pour elle, ce dernier la toisait du regard.
- Minable, grogna l'allemand. En quoi tu es faite nom de Dieu ? En carton ?
- Je suis pas un soldat, répondit la jeune fille en tentant vainement de reprendre le contrôle de sa respiration.
- Remercie le ciel pour ça, t'aurais pas tenu une minute.
Là-dessus, il la saisit par le bras, et la remit sur ses pieds sans ménagement.
- Bon... gronda-t-il blasé. Y'a du boulot avant que tu perdes ton physique de crevette. On reprendra demain à la même heure.
- Va te faire foutre ! cria la jeune fille au bord des larmes. Il est hors de question que je me tape une séance de torture pareille tous les jours.
Une étincelle de colère brilla dans les yeux bleu acier de l'allemand, Aelita n'eut pas les ressources mentales nécessaires pour soutenir son regard.
- Pourquoi tu fais ça ? lâcha la jeune fille en regardant ses chaussures. Je suis pas une combattante.

Heath déposa son énorme main sur son épaule, un frisson de terreur s'empara d'Aelita à son contact.
- Je ne tolèrerai pas qu'une fille que je suis forcé de qualifier de "soeur" soit aussi faiblarde, dit-il avec mépris. Alors tu vas me faire le plaisir de mériter ce titre à la sueur de ton front.
À ces mots, le sang d'Aelita ne fit qu'un tour. Ignorant ses douleurs, sa fatigue et sa raison elle-même, elle flanqua un coup de pied dans l'entrejambe du psychopathe.
Celui-ci n'avait absolument pas vu le coup venir, il se paralysa de douleur pendant quelques secondes, avant d'expirer de colère, et d'incendier sa "soeur" du regard.
Cette fois-ci, Aelita ne se laissa pas intimider, et ce bien qu'elle tremblât de peur. Elle prit une grande inspiration pour se donner du courage, et soutint le regard de l'allemand.
- Toi, si tu veux être mon frère, t'as intérêt à être plus gentil.
Heath la fixa comme si une deuxième tête lui avait poussé, puis il éclata de rire.

- Hé bah voilà ! Tu vois, quand tu veux tu peux te défendre un peu. Continue comme ça et dans cinq ans t'auras plus besoin qu'on te tienne la main pour marcher.
Aelita s'attendait à beaucoup de choses, mais pas à cette réaction. Heath posa sa main sur sa tête rose, et plongea son regard dans le sien.
- Si tu en as marre qu'on te marche dessus, crevette, il va falloir te trouver des arguments de poids.
Sur ces mots, il la dépassa, et rentra dans la maison. Laissant la jeune fille plantée comme un piquet dans le jardin.

7 septembre 2001, Lycée Jean-Baptiste Say, 11h 28

Seth s'ennuyait comme un rat mort. Lui qui était si content de venir à l'école il y a quelques jours, il était tout à coup très pressé de la quitter.
Le cours d'histoire était assommant, en plus d'être d'une stupidité sans nom. Aux yeux du mutant, Jeanne d'Arc était une simple folle qui avait trouvé une épée dans un champ, et qui avait eu la naïveté de croire que la seule explication était la volonté divine. Ses victoires contre les anglais n'avaient rien d'impressionnant aux yeux du mutant, à sa place, son grand frère aurait pu conquérir toute l'Europe en autant de temps.

"Que c'est long," songea-t-il
"Si c'était court il n'y aurait aucun intérêt à venir ici," répondit Xana.
"Parce que tu trouves ça intéressant ?"
"D'une certaine façon, il est fascinant de voir à quel point une simple adolescente a renversé le cours d'une guerre qui avait déjà duré huit décennies."
"Je comprends pas vraiment ce qu'il y a d'intéressant."
"L'impact qu'elle a eu sur le Monde est pourtant colossal. Si les anglais avaient remporté la guerre et conquis la France, les évènements des six siècles qui ont suivi auraient été totalement différent."
Seth prit un temps pour réfléchir, et admit son point de vue.
"N'empêche, cette femme était juste une malade mentale. Elle prétendait avoir des visions divines."
Xana se retint de faire remarquer au mutant que lui-même entendait une voix dans sa tête. Au lieu de cela, il répondit :
"Tu ne trouves pas ça fascinant ? Le fait que ce soit les fruits d'une maladie mentale qui aient inversé le cours d'une guerre qui semblait perdue ? Plus intéressant encore, cette maladie est avant l'une des très nombreuses conséquences de la vie et de la mort d'un homme crucifié quatorze siècle plus tôt. Jésus a tellement impacté le Monde, que deux mille ans plus tard, on use de sa date de naissance pour définir le calendrier mondial."
Cette fois, Seth était définitivement captivé par l'analyse de Xana. Il se gratta pensivement le menton.
"Et nous ? Tu crois qu'on aura un impact sur le Monde ?"
"Peut-être. Je ne sais pas vraiment comment cela fonctionne. Le moindre évènement peut déclencher une réaction qui changera le Monde. La première guerre mondiale est un autre très bon exemple. Le meurtre d'une seule personne fut l'étincelle qui déclencha un conflit qui fit trembler les fondements mêmes de la planète."
Seth écoutait le cours avec un tout nouvel intérêt à présent, passionné par la théorie et la réflexion de Xana. Il nourrissait même l'espoir, d'impacter le Monde par son existence.
Il était encore bien trop naïf pour comprendre que c'était déjà le cas, et que ce n'était pas près de s'arrêter de si tôt.


7 septembre 2001, Usine, 13h 34


Franz Hopper avait terriblement mal à la tête. Il ignorait si ses migraines résultaient d’un temps de travail trop intense, ou d’un manque de sommeil trop important. Qu’importe, il souffrait, et dans ces conditions il était incapable de travailler à cent pour cent de ses capacités. Ce qui provoquait chez lui un léger sentiment d’impuissance, et d’exaspération. Les programmes qui ne devaient lui prendre que quelques secondes devenaient des minutes, et l’organisation prothéenne avait durée une heure entière. Épuisé, il laissa tomber son dos contre le dossier de son fauteuil et soupira. Adossé contre la paroi du laboratoire, Heath s’ennuyait à en mourir.
-Vous en avez encore pour longtemps, bailla-t-il. Je commence à avoir faim.
Excédé, Hopper se tourna vers son assistant.
-Et bien va donc chercher le déjeuner, lança-t-il. Au moins tu te rendras utile. Des sushis seraient parfaits.
L’allemand leva les yeux au ciel.
- Et où est ce que je trouverai des sushis ?
- Tu n’as qu’à demander ton chemin à des passants. Allez file donc, j’ai faim moi aussi.

Heath grogna, mais emprunta tout de même le monte-charge.
C’est au moment où les lourdes portes se refermèrent que Franz lui cria:
- Attends !
Par réflexe, il coinça son bras gauche entre les deux énormes morceaux de métal. Un puissant grincement métallique vint violemment siffler dans leurs oreilles.
- J’espère que vous n’allez pas me demander de vous ramener de la sauce sucrée. gronda-t-il dans l’espoir de ne pas avoir ruiné la manche de son manteau pour rien.
Hopper ne répondit pas immédiatement, il déverrouilla d’abord l’ascenseur. Puis il se tourna vers son assistant.
- On a des intrus sur Lyoko.
- Combien ?
Franz jeta un coup d’oeil à la multitude de points rouges qui coloraient son écran.
- Beaucoup.


7 septembre 2001, Lyoko, 13h 37



Elles étaient des dizaines, des dizaines de créatures immondes qui polluaient son désert. Du haut de son pilier de roche, Heath les voyait toutes. Des salamandres, répugnantes et dangereuses. Incandescentes et rougeoyantes, une véritable vague infernale qui avait jaillit de la mer numérique. Cependant, l’allemand était peu impressionné par cette armée de l’Enfer. Il les contempla durant quelques secondes, avant de donner le signal de l’attaque. Au moment où il baissa son bras, une gigantesque nuée de frôlions recouvrit le ciel. Les salamandres attaquèrent les premières, crachant les unes après les autres une mortelle volée de boules de feu. Heureusement pour les frôlions, les tirs furent trop maladroits pour les atteindre. Amusé, Heath s’assit tranquillement, et profita du spectacle. Les frôlions se dispersèrent en deux escadrilles, l’une forma un cercle tournoyant dans le ciel numérique, et lâcha une véritable pluie d’acide sur les envahisseurs rampants. L’autre se contenta de voleter autour de l’ennemie, et d’achever ceux qui survivaient au poison à coups de lasers.
- Peter doit vraiment être à court d’idées pour faire appel à ces trucs.



Même Moment



Abigail Hobbs contemplait avec tristesse la sévère dérouillé que prenait son escouade. Assis derrière elle, Thomas, dont les yeux étaient gonflés par le décalage horaire, ne manquait pas une minute du spectacle, il se leva:
- Je vais y aller, sinon ça n’aura servit à rien.
D’un geste, la jeune fille rousse lui ordonna de se rasseoir, avant de pianoter sur son clavier.
- Ils ont effectivement besoin d’un leader, mais sans vouloir te vexer. Je préférerais que ce soit moi qui m’en occupe.
Sur ses mots, elle appuya sur la touche « Entrée », et murmura dans son micro:
- Intervention directe nécessaire : Prise de contrôle.


Même moment


La première chose que Heath aperçut, ce fut le spectre de fumée noire qui émergea de la mer numérique. Suspicieux, le psychopathe fit pousser une faux de pierre sur son poignet, la cassa, et l’envoya tel un boomerang sur l’objet de ses suspicions. Cependant, avec une dextérité surprenante, la chose se décala, laissant le projectile plonger dans l’eau virtuelle. Le spectre laissa alors échapper un étrange bruit robotique.
Heath en déduit assez facilement qu’il s’agissait d’un gloussement.

- Mais c’est qu’il se paie ma tête en plus.
L’allemand sauta alors de son perchoir, et se rapprocha dangereusement de sa cible. Tout en renvoyant au passage l’attaque de l’une des salamandres d’un simple revers de main.
Le spectre ne l’attendit pas, il plongea immédiatement dans le corps de l’un des reptiles. Aussitôt, la créature lâcha un râle de souffrance, qui fut rapidement suivi par une lumière aveuglante qui masquait partiellement la métamorphose qu’elle subissait. Elle se redressa sur ses pattes arrières, et sa gueule de reptile s’aplatit pour ressembler d’avantage à une figure humaine. Des ailes d’insectes poussèrent dans son dos, tandis qu’un dard semblable à un énorme crochet de serpent ornait désormais le bout de sa queue. Ses pattes avant avaient disparu, pour laisser place à des mains humaines griffues.

Une voix puissante et autoritaire vint résonner dans tout le territoire:
- Je prends le commandement.
Les salamandres baissèrent la tête en signe de respect, laissant leur nouveau leader volant prendre place à la tête de leur cohorte. Dérouté par cette apparition théâtrale, les frôlions avaient cessé de tirer, et se réfugièrent derrière leur général. Celui-ci avait durci son armure de pierre, et frottait ses faux l’une contre l’autre prêt à trancher dans la chair virtuelle de son adversaire.
- Frimeur.
Il jeta un coup d’oeil à ses troupes, les prothéens semblaient plus méfiants que découragés face à cet inconnu, mais leur moral ne semblait pas endommagé.
- Hey le mangeur de sushis, appela-t-il sans quitter son adversaire des yeux. J’aurais besoin d’un appui de mégatank si possible.
- Dis "S’il te plait professeur Hopper" et je te promets d’y penser, répondit le scientifique visiblement fatigué de l’insolence de son assistant.
Excédé, l’allemand se mit à gronder:

- À moins que tu ne veuilles que je balance toutes nos infos à l’ennemie. J’aimerais que tu fasses preuve d’un peu plus de jugeote, espèce de bouffon sénile.
- Inutile d’avoir recours à des procédés aussi ridicules, informa le commandant des salamandres. Le professeur Schaeffer peut très bien être appelé par son titre professionnel.
Heath haussa un sourcil et soupira, voilà qui était inquiétant.
Franz, qui n’avait évidement pas entendu les paroles de la créature se mit à brailler comme une perruche à l’oreille de son assistant exaspéré.
- Écoute-moi bien jeune homme ! J’en ai plus qu’assez de ton insolence et de ton manque de respect envers moi ! Je te ferais également remarquer que l’Organisation est parfaitement au courant pour moi !
- Sauf qu’il ne s’agit pas de l’Organisation, trancha Heath d’un ton haineux. Et qu’il est quand même au courant. Alors « s’il vous plait professeur Schaeffer » je peux avoir mes méga-tanks maintenant ?

Bien que toujours énervé, Franz comprit bien assez vite la gravité de la situation. Il obtempéra donc, avant d’en informer son assistant.
Celui-ci reporta alors toute son attention vers son adversaire.
- Reprenons depuis le début si cela te convient.
La créature hocha la tête, visiblement amusée par la situation.
- Je peux savoir qui tu es ?
Un ricanement à glacer le sang s’échappa de son coup de lézard, et les pupilles de ses yeux reptiliens virèrent au rouge.
- Je suis l’Augure de votre salut.
Heath laissa échapper un petit gloussement moqueur.
- Enchanté, moi je suis le Croque-Mort de ta carcasse répugnante.
« L’Augure » considéra l’allemand quelques secondes avant de s’approcher à pas confiants, Heath l’imita.


- On commence ? demanda la créature une fois qu’ils ne furent plus séparé que par quelques centimètres.
Le psychopathe n’eut pas le temps de formuler sa réponse, que déjà le dard de L’Augure fendait l’air virtuel.
Il le saisit à pleine main, à seulement quelques millimètres de son visage. Puis il attrapa son adversaire à la gorge, avant d’enchaîner par un coup de boule magistral. Profitant de son avantage, Heath se servit de son emprise sur la queue de son ennemi pour l’envoyer dans les airs à pleine puissance. Furieux, l’Augure déploya ses ailes d’insecte, se stabilisa rapidement, et fonça à toute vitesse sur le général de l’armée prothéenne. Celui-ci aperçut alors la sphère de lumière noire et or qui lui était destinée, il leva son bras de pierre et encaissa le coup sans broncher.
- C’est tout ? lança-t-il d’un ton moqueur.
Ce n’est qu’au moment où son membre émit un bruit chimique, qu’il put constater sa terrible erreur. En effet, la roche si solide dont il était si fier avait fondu comme neige au Soleil. Et en moins de deux secondes, la bouillie de pixels qu’était devenu son avant bras gauche s’écrasa sur le sol tel un fruit trop mûr.
- Salopard, cracha-t-il avant de s’alléger rapidement pour pouvoir éviter les autres projectiles qui lui étaient destinés.

Hors de portée dans les airs, l’Augure prit un malin plaisir à canarder son ennemi qui n’eut d’autres choix que de prendre la fuite en zigzagant entre les colonnes.
Dépourvu de chef, les frôlions hésitèrent un instant de trop à repartir au combat. Profitant de la désorganisation ennemie, les salamandres descendirent avec une facilité enfantine les insectes immobiles.
De son côté, Heath n’en menait pas large. Les attaques de l’Augure faisant fondre la base des piliers, ceux-ci s’écroulaient les uns après les autres. Obligeant ainsi l’allemand à régulièrement plonger pour les esquiver. Le leader des salamandres prenait un réel plaisir à acculer son adversaire en brisant chacune de ses échappatoires, jusqu’à le pousser vers le bord de la plate-forme.
- Je suis franchement déçu par cette piètre résistance, avoua l’Augure avant de se prendre un caillou de la taille d’un melon en pleine figure.
Les yeux rivés sur son ordinateur, Abigail fit un facepalm.
- Mais quelle conne !
Le chef reptilien vola maladroitement plusieurs secondes avant de se stabiliser, juste à temps pour esquiver le second projectile de Heath. Dans un bourdonnement à la limite du supportable, il fila à pleine vitesse sur son adversaire, et le canarda d'attaques. Heath eut beau s’alléger et faire preuve de toute sa souplesse, il ne put que reculer jusqu’au bord de la plate-forme. Un sourire triomphant apparut sur le visage de l’Augure, qui s’apprêtait à porter le coup de grâce. C’est alors qu’il remarqua le sourire narquois de son adversaire, ce qui le fit hésiter sur le coup. Heath n’attendit pas son attaque, il fit un grand pas en arrière, et tomba dans la mer numérique.

La créature eut bien assez vite la confirmation que son ennemi en avait réchappé, car il eut beau attendre, il ne vit aucun faisceau de lumière blanc s’élever dans le ciel. Indécis, il tourna la tête pour observer le champ de bataille. Les frôlions s’étaient visiblement ressaisis, et réemployaient la même stratégie qu’au début du combat. Acculées et maladroites, les salamandres perdaient de plus en plus des leurs et n’étaient déjà plus qu’une quinzaine. L’Augure s’apprêtait à filer dans leur direction, lorsqu’un cri sauvage inidentifiable vint lui siffler les oreilles. Il se retourna juste à temps pour voir un laser rouge, avant que celui-ci ne le frappe en plein visage. Fièrement installé sur sa manta bleue, Heath fonçait à une vitesse folle sur son adversaire. Celui-ci tenta alors de le détruire à coups de sphères, mais la créature faisait preuve d’une bien plus grande dextérité que son maitre, et évita chacun des projectiles sans difficultés. Heath se rapprochait très dangereusement, il n’était déjà plus qu’à une trentaine de mètres. Furieux, l’Augure poussa un rugissement déchirant, et leva sa main. L’allemand et sa monture furent alors frappés d’un éclair de lumière aveuglante, et se retrouvèrent paralysés dans les airs. Le général de l’armée prothéenne poussa un rugissement de rage, mais sa bouche étant fermée, l’Augure ne perçut qu’un pitoyable gémissement plaintif. La créature se mit à sourire de toutes ses dents, et chargea deux nouvelles attaques. Il détruisit simplement et cruellement la manta devant le regard rageant de son cavalier, qui se retrouva paralysé dans les airs L’Augure prit alors un malin plaisir à avancer lentement et inexorablement vers sa proie, prise dans sa toile.


Heath n’avait cependant aucune intention de se laisser descendre comme une bête, il s’alourdit le plus possible. Son armure de pierre se mit à s’épaissir à vue d’oeil, à tel point que sa main restante avait doublée de volume. L’Augure mit alors vite un terme à son jeu, et tira. Au moment même où la prison de lumière se brisa comme un miroir. La sphère noir et or passa à quelques millimètres des cheveux de l’allemand qui plongeait la tête la première vers le sol. Il s’allégea rapidement, s’écrasa contre le sol, et bondit sur le côté pour éviter les prochaines attaques. Son esquive fut cependant moins réussie que les précédentes, et une sphère le frappa à la jambe. Emporté par son élan, Heath se vautra lamentablement sur le sol.
La dernière salve le toucha à la tête, et le renvoya sur Terre.


Même moment


Abigail leva enfin ses yeux rougis de son ordinateur, et poussa un soupir d’exaspération.
- C’était long… Beaucoup trop long.
- Et alors ? demanda Thomas. Le but était de mesurer nos forces avec celles de nos adversaires. Nous savons désormais que nous sommes meilleurs qu’eux. Certes, le combat s’est éternisé, mais nous l’avons assez facilement emporté.
La rousse ne semblait pas vraiment partager son avis, mais finit par se laisser fléchir. Elle désactiva ses salamandres, ainsi que le programme « Contrôle », celui de l’apparition de l’Augure. Puis elle prit une « Gauloise », se la vissa sur les lèvres, l’alluma avec son briquet en argent massif. La fumée lui lécha les babines et se mit à danser devant ses yeux.
- Bon, dit-elle soudainement. Il me semble évident que notre cible devrait être l’Organisation. Ils sont plus forts, et plus nombreux. Je ne sais pas vraiment quoi faire concernant ceux-là, je doute personnellement que Waldo nous fasse confiance. Papa nous a prévenus le concernant.
- Il reste un membre de la famille, nous nous devons d'au moins essayer d'ouvrir le dialogue.
Abigail hocha la tête.
- Et si on allait voir où en est Drake ?


Quinze minutes plus tôt


Peter Warren était furieux, ou plutôt, il était enragé. Enragé contre tout ce qui l’entourait. Son père, Serpent, son unité incompétente, Tanner et sa paranoïa ridicule, sa maladie. Et plus récemment, l’être encapuchonné qui le contemplait de toute sa hauteur du haut de son planeur en forme d’ailes de chauve-souris. Peter se remémora comment tout cela avait commencé. L’alerte, puis l’arrivée de ce type, et pour finir, la pire des débâcles. Tous ses alliés avaient été sauvagement dévirtualisés, engloutis par des flammes bleues.
L’intrus était habillé comme un épouvantail, sa tenue noire, bien que d’un style légèrement futuriste était en lambeaux. Il portait une cape à capuche bleu marine, ainsi qu’une combinaison noire. Son visage masqué par un masque de crâne en métal blanc. Il avait incinéré tous les autres à l’aide des lances-flammes situés à l’avant de son planeur.
Peter ne parlait pas, il ne faisait que ruminer sa rage comme un animal.
- Comment veux-tu disparaître, lui demanda l’intrus. D’un simple coup? Explosé dans un feu d’artifice ? Ou brûler, tout en douceur ?
Peter siffla quelque chose entre ses dents, quelque chose d’à peine perceptible. Son visiteur ne se fit pas prier, il passa la main dans son manteau, et lui lança une bombe bleu sombre qui lui explosa au visage.

Drake L. O’conner prit alors un temps pour observer le monde dans lequel il se trouvait. Il le trouvait assez triste, pour ne pas dire laid. «Valkyria » comme il avait entendu l’une de ses victimes l’appeler, était une ville sombre, remplie d’immeubles inutiles aux vitres sans teint. Il n’y avait aucune couleur ici si ce n’était le noir, et un peu de gris par-ci par-là. Drake fut tenté de faire sauter tout ce qu’il trouvait ici, mais il se ravisa, sa mission était presque terminée.
Il allait se diriger vers une tour, quand soudain son planeur explosa sous ses pieds. Il en fut si surpris qu’il n’eut même pas le temps de se réceptionner, et heurta violemment le sol. Il se retourna.

La personne qui s’approchait de lui, lui jetait un regard à glacer le sang. Physiquement, il n’était pas très différent des autres: Il avait la même combinaison et environ le même âge. C’étaient ses armes qui sortaient du lot.
Sortis de ses avant-bras, de longues lames d’une souplesse étonnante dansaient tel des tentacules autour de lui. A vue d’oeil, Drake estimait qu’elles devaient mesurer une vingtaine de mètres chacune. Ce qui n’était guère rassurant.
- Tu es entré sur le territoire du maître, informa Serpent. Je suis ici pour t’administrer ton châtiment.
L’écossais éclata de rire, et dégaina une fourche télescopique.
- Le seul châtiment que nous recevrons sera celui de Dieu, et c’est le seul maitre auquel tu devrais répondre.
Lentement, il se mit en garde. Serpent l’observa de son regard vide pendant quelques secondes, avant que ses lames ne viennent s’abattre sur l’intrus. Drake effectua quelques moulinets, et repoussa les attaques de son adversaire dans un éclat métallique. L’encapuchonné sortit alors une bombe de son manteau, et tel un joueur de baseball, l’expédia d’un coup de fourche vers Serpent. Celui-ci n’esquissa pas le moindre geste, et laissa sa lame s’interposer pour le défendre. La bombe explosa, mais ne fit pas le moindre dégât.
- Le maître m’a ordonné de t’abattre, et quand le maître ordonne…
Serpent projeta sa lame gauche contre la base de l’un des immeubles, qui y pénétra comme dans du beurre.
- …j’obéis.

Le bâtiment s’écroula dans un épouvantable fracas, ne laissant aucune échappatoire à Drake.
L’intrus plongea à nouveau sa main dans son manteau, en tira trois bombes, et les projeta contre l’immeuble. Une explosion assourdissante résonna sur Valkyria, et éventra le bâtiment. Séparées en deux, les tonnes de débris s’abattirent autour de Drake. Indemne, celui-ci n’avait pas bougé d’un pouce.
- Mon maître à moi ne m’a rien ordonné, il ne fait qu’observer mes actions pour le jour où je devrai en répondre devant lui. Jusque-là, je suis libre de faire ce qui me semble juste.
Serpent faisait preuve d’une étonnante attention, il finit par répondre.
- Ton maître est un bon maître, mais…
La lame droite du valet de Peter sortie alors de terre, et se planta dans le torse de Drake, le réexpédiant d’où il venait.
- …je me fiche de qui il est, je ne réponds qu'au mien.


Même moment


Alex Tanner n’appréciait pas vraiment ce qu’il voyait. Certes, l’attaque avait été repoussée, mais la manière dont elle l’avait été ne l’arrangeait pas. Il ne faisait pas confiance à Serpent, de son point de vue, il était imprévisible. Et le fait qu’il n’obéisse qu’à Peter ne le rassurait pas, loin de là. Si ça ne tenait qu’à lui, il l’aurait déjà détruit depuis belle lurette. Mais voilà que celui-ci commençait à se montrer presque indispensable pour l’équipe, qui par ailleurs, était d’un niveau peu flatteur. Tanner avait promis d’améliorer les avatars de chacun des membres de l’unité de Peter, mais le procédé était long. Et Serpent avait pu profiter de cette intervalle pour montrer ses qualités virtuelles à tout le monde. Donnant ainsi de sérieux arguments à l’exigence de Peter de le réintégrer.
De son côté, le cannibale arborait un sourire satisfait. Il s’apprêtait à narguer Tanner, lorsque Serpent disparut des radars.
- Vous l’avez déjà rematérialisé ? demanda Peter d’un ton moqueur.
- Non.
Une atmosphère pesante vint s’abattre dans la pièce, au même instant, Serpent sortit de son sarcophage de métal.
- Un monstre ! cria-t-il à qui voulait l’entendre. Un monstre m’a tué !
Tous les regards se posèrent alors sur Tanner, qui en profita pour observer Peter d’un oeil déçu. C’était la seule chose qu’il avait trouvé pour masquer sa colère.
- Je m’en occupe, gronda-t-il doucement. Bien que furieux d’avoir à montrer l’un de ses atouts maîtres aussi tôt.


Même moment


Volant au dessus de la ville noire de Valkyria, l’Augure lui aussi était en colère. Ayant été obligé d’abandonner Lyoko suite à l’arrivée en force des méga-tanks, il n’avait pas pu mener sa mission à bien malgré la destruction du général ennemi. Heureusement, la défaite de Drake ici lui avait donné une chance de rattraper son erreur. Une fois arrivé sur ce monde, il n’avait eu qu’à tirer l’une de ses sphères noires dans la tête d’un Serpent qui avait rangé ses lames trop tôt. Sa garde relâchée, et n’ayant vu le tireur qu’à la dernière seconde, il avait été incapable de se défendre. Du gâteau pour l’Augure.
Le reptile volant aperçut alors une tour au halo bleu nichée au sommet de l’un des immeubles. Il se posa doucement, et y pénétra.
Avant de ressortir à une vitesse phénoménale qui l’envoya faire un vol plané sur plusieurs centaines de mètres. Il s’écoula peu de temps avant que ses ailes ne se mettent à bourdonner, lui permettant d’arrêter sa chute, et de se stabiliser. La chose qui l’avait repoussé sortit de la tour, et poussa un hurlement déchirant.
Partout autour d’elle, les vitres teintées des immeubles explosèrent à des kilomètres à la ronde. Incapable de bouger, l’Augure attendit patiemment que la tempête sonore passe. Puis il observa son adversaire, et ouvrit des yeux exorbités.

- Je rêve…
La chose, dont le corps n’était composé que d’électricité rouge leva sa main droite en direction du reptile.
- Abandon du contrôle ! hurla-t-il juste avant qu’un énorme éclair rougeoyant ne lui transperçe le corps. Le spectre de l’Augure fila droit vers la Mer Numérique sans regarder en arrière, évitant au passage une nouvelle attaque. Tandis qu’il disparaissait, la « Banshee » -comme Tanner l’avait nommée- poussa un nouveau hurlement strident, alors que le cadavre calciné de la salamandre de l’Augure s’effrita lentement en une poussière de pixels.


7 septembre 2001, Usine, 14h 10


Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Heath n’était pas en colère.
Bien sûr, lorsqu’il était ressorti de son scanner, son sang avait bouilli. Mais la nouvelle de la fuite de l’Augure l’avait quelque peu calmé. Et il s’était alors planté contre le mur du labo, et avait imaginé sa prochaine stratégie pour contrer les pouvoirs de son rival. Jusqu’au moment où quelque chose d’assez inattendu s’était produit, l’arrachant à ses pensées. Il s’était donc placé derrière Franz, qui de son côté ne savait pas comment réagir face à une telle nouvelle. Bien sûr, il s’attendait à ce que les prothéens réclament quelques garanties un jour ou l’autre. Mais ça, il ne s’y attendait pas.
- Vous croyez que c’est possible ? demanda Heath perplexe.
Franz retira ses lunettes, les essuya, et les remis sur son nez.
- Ça n’a rien de compliqué, c’est même assez simple. Mais…
- Il est impossible de prévoir leur réaction si ce qu’ils voient leur déplaît, compléta Heath.
Franz acquiesça doucement.

- Ce n’est pas tout, on doit également prendre en compte le fait qu’ils souhaitent découvrir le monde dans lequel nous vivons. Ou pire encore, qu’il désire prendre part au quotidien de Seth et Aelita pour savoir comment nous vivons. Une rébellion n’est pas à écarter, de même qu’une baisse de moral parmi les troupes.
Heath secoua la tête.
- L’effet inverse est tout aussi probable. Accordons-leur ce qu’ils réclament, mais je ne veux en voir qu’un seul. Ce sera déjà assez dur à gérer. Je m’occuperai de lui, à condition qu’il m’accompagne sur le terrain. ça me paraît assez évident.

Franz acquiesça une nouvelle fois, avant de transférer leurs conditions aux prothéens. Avant de se laisser reposer dans son fauteuil. Lorsqu’il les avait créés, il s’était attendu à ce qu’ils réclament deux ou trois choses. Mais un ambassadeur prothéen sur Terre, ça, il n’aurait jamais pu le prévoir.


Lieu inconnu, heure inconnue, date inconnue


La Banshee, contrairement à ce que son apparence pouvait laisser penser, n’était pas une forme de vie agressive. Comment pouvait-on se considérer agressive après avoir écrasé des insectes ? Et pouvait-on lui en vouloir pour de telles réactions, elle qui agissait contre son gré ? Non, elle n’était pas prisonnière, le fait qu’elle soit capable de vagabonder à travers le réseau comme maintenant en était sa preuve. Elle était simplement obligée d’obéir à tous les ordres d’Alex Tanner, et cela peu importe ce qu’elle en pensait.
D’ailleurs, elle n’avait aucun opinion sur ce que faisait l’écossais, ou ce qu’elle-même faisait. Elle le faisait parce qu’elle y était obligé, puis elle s’adonnait à sa balade quotidienne dans le réseau. Balade dont elle revenait toujours en début de journée, car telle était la règle que Tanner lui avait imposée.


La Banshee aimait beaucoup le réseau, il était tout simplement magnifique à ses yeux. A la fois calme et agité, aucun son n’était émis. Et pourtant, des multitudes de programmes étaient en activité partout dans le monde. Elle ne prêtait pas vraiment attention à leur contenu, elle se contentait de les regarder passer. Ils étaient suffisamment beaux et gracieux pour être remarqués.
Elle voyageait toujours loin, à chaque fois dans une direction différente, et sans jamais savoir où elle se dirigeait. Aujourd’hui, elle était dans l’un des réseaux situés en Allemagne. Et observait tranquillement des programmes informatiques appartenant aux banques de l’Ouest du pays. C’est alors qu’à sa grande surprise, elle entendit quelque chose et se figea sur place. La Banshee tendit l’oreille, c’était un son étrange, un son qui lui était complètement inconnu. Cela ressemblait à une plainte, ou un sanglot. Intriguée, elle remonta lentement jusqu’à sa source. Et elle découvrit un programme. Ou plutôt un morceau de programme, très endommagé, et trop incomplet pour pouvoir se mouvoir. La Banshee posa doucement ses mains rougeoyantes sur l’être informatique, et l’assimila brutalement. Des lignes de codes se mirent alors à défiler devant ses yeux, et elle les lut toutes sans exception. Il n’y en a qu’une, cependant, qui retint réellement son attention, la première :


Mon nom… est X.A.N.A.


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