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[Fanfic] À perdre la raison

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 Auteur Message
Minho MessagePosté le: Jeu 18 Juin 2026 16:50   Sujet du message: [Fanfic] À perdre la raison Répondre en citant  
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Inscrit le: 29 Jan 2016
Messages: 111
Bonjour,

Maintenant que mon OS intitulé "La cave" est sorti, je n'ai plus rien en carton. Sauf ce que j'ai écrit cette année et dont le processus a débuté l'an passé. Une fanfiction en huit chapitres qui ne sera peut-être lue par personne mais, vu que c'est écrit, autant le partager. Ce prologue, que j'ai intitulé "Une histoire que le temps n’a pas effacée" est lent, en total décalage avec le reste du récit qui sera lui plus mouvementé Mad

Je vous laisse donc avec... cette histoire que le temps n'a pas effacée.

Il y a des empires de joie, et des empires de glace. Il y en a qui
s’effondrent, d’autres se fondent. Certains meurent sous les
bombes, les suivants se reconstruisent. Long de dix ans ou de
millénaires, les empires s’imaginent et se façonnent dans la
tête des hommes et des femmes, unis par l’amour, la pitié ou
l’arrogance des gestes et des mots. Mais un empire n’en est
pas un sans ses guerres et ses assauts, des barbares, du temps
ou du climat. L’empire n’est qu’une petite pensée façonnant
toutes les autres, négligeant certains chemins pour des
destinations chaleureuses. Parfois les vandales pillent le
souverain ou la souveraine sur ces routes du soleil, parfois le
petit groupe arrive sans encombre. Lors des chutes de
capitales, certains ex-roitelets restent sur les lieux,
contemplant le désastre et pleurant des landes de pierres.
D’autres s’encourent s’exiler en Amérique, priant qu’il ne
reste que des cadavres sombres derrière eux, n’ayant ainsi
donc plus de raisons d’y penser. Les derniers finissent par
s’échapper, mais tel Ulysse, sa cité de Troie stagne toujours
dans la tête, et pourtant, il devra bien la brûler pour bâtir son
avenir à Ithaque, lequel sinon finira dévoré par le mari de
Perséphone.



__


Sissi a construit sa vie. Elle a connu d’autres personnes, elle a découvert de nouvelles choses, elle a avancé. Elle n’est plus la fille qui pensait que tout pouvait être réglé avec de la confiance en soi et un peu de charme. À 52 ans, Élisabeth Delmas a quand même gardé ce regard vif qui a toujours été le sien. Ceux qui l’ont connue autrefois se souviennent d’une jeune fille pleine d’assurance, parfois capricieuse, souvent en quête d’attention, mais aussi capable d’un courage qu’elle ne montrait pas toujours. Derrière ses airs de reine du collège, Sissi cachait surtout quelqu’un qui voulait être reconnue, aimée, et surtout ne pas être oubliée.
Les années ont passé. Le collège Kadic n’est plus qu’un souvenir lointain, les couloirs où elle marchait autrefois résonnent encore dans sa mémoire, mais le temps n’a pas effacé certaines images.
Elle se souvient de silences, d'un regard parfois froid, de réponses courtes d'un certain garçon qui la rendait folle quand elle était adolescente. Elle avait longtemps essayé d’attirer son attention, avec ses sourires, ses petites provocations, ses tentatives de se rapprocher de lui. À l’époque, elle ne comprenait pas toujours ce qu’elle ressentait réellement. Elle croyait que c’était juste un défi, une histoire d’orgueil.
Mais en vieillissant, Sissi a compris que certaines personnes marquent une vie sans même le savoir.
Ulrich était l’une de ces personnes.

Ce garçon avait quelque chose que les autres n’avaient pas. Une sorte de force silencieuse. Il était discret, parfois distant, mais il était aussi loyal, courageux et prêt à protéger ceux qui comptaient pour lui. Sissi le voyait plus qu’elle ne voulait l’avouer.
Elle voyait ses blessures, ses doutes, ses efforts.
Elle voyait Ulrich.
Pendant longtemps, elle a cru qu’elle aurait le temps. Le temps de changer, le temps de grandir, le temps de lui dire ce qu’elle ressentait vraiment. Mais l’adolescence est faite de moments qu’on pense éternels et qui disparaissent plus vite qu’on ne l’imagine.
Depuis qu’il a disparu, il existe un vide qu’elle n’a jamais réussi à combler. Les autres ont continué leur chemin, ont construit leur vie, ont changé. Mais elle, quelque part, est restée attachée à une question sans réponse : qu’est-ce qui lui est arrivé ? À lui... et aux autres.
Personne ne sait vraiment expliquer cette quadruple disparition, celle d'un triangle amoureux en somme. Et un +1. Ce n'était pas une simple absence. Pas un déménagement annoncé. Pas un départ avec des explications claires.
Une disparition. Certains disent que c’était une affaire du passé, quelque chose qu’il fallait laisser derrière soi. Mais Sissi n’y croit pas complètement. Elle a vu trop de choses étranges lorsqu’elle était jeune pour accepter simplement l’idée que certaines histoires n’ont pas de fin.

Au début, Sissi a refusé d’y croire, à cette absence qui allait sûrement s'avérer provisoire. Elle pensait qu’il reviendrait. Après tout, Ulrich avait toujours été celui qui apparaissait au dernier moment, celui qui semblait porter des secrets, celui qui disparaissait parfois sans donner d’explication.
Mais les jours sont devenus des semaines.
Les semaines, des mois.
Et les mois, des années.

Alors, chaque matin, elle pense à lui.
Elle se demande où il pourrait être. S’il a changé. S’il se souvient encore d’elle. Elle imagine parfois qu’il pourrait revenir un jour, pousser la porte d’une pièce comme si le temps n’avait pas existé, avec ce même air sérieux qu’il avait toujours.
Elle ne rêve plus de la même façon qu’à 15 ans. Ce n’est plus le rêve d’une adolescente qui veut conquérir le garçon qu’elle admire. C’est le rêve d’une femme de 52 ans qui aimerait seulement avoir une réponse.
Avec les années, Sissi est devenue plus calme. Elle a appris à reconnaître ses erreurs, à écouter davantage les autres, à comprendre que l’amour n’était pas une compétition. Elle repense parfois à la jeune fille qu’elle était et sourit doucement.

Parfois, ce n’est qu’une image qui traverse son esprit : Ulrich dans les couloirs de Kadic, son sac sur l’épaule, son regard sérieux, cette façon qu’il avait de faire comme si rien ne pouvait l’atteindre. Parfois, c’est un souvenir plus précis : une conversation, une dispute, un moment où il a montré une gentillesse qu’il essayait de cacher.
Ce sont de petits détails.
Mais ce sont ces petits détails qui restent.

Elle aurait aimé dire certaines choses à Ulrich.
Pas des déclarations grandioses. Pas des promesses impossibles.
Juste : J’espère que tu vas bien.
Et chaque soir, avant de dormir, une petite partie d’elle garde cette pensée :
Peut-être qu’un jour, Ulrich reviendra...

Elle aurait aimé que le dernier souvenir qu’Ulrich ait d’elle soit différent.
Elle aurait aimé qu’il sache.
Qu’il sache qu’au fond, derrière les provocations et les sourires sûrs d’elle, il y avait quelqu’un qui tenait réellement à lui.
Quelqu’un qui avait peur de ne pas compter.
Quelqu’un qui avait peur d’être oubliée.

Même après toutes ces années, lorsqu’on prononce le nom de son crush de l'époque (ce qui est devenu de plus en plus rare au fil du temps), quelque chose change dans son regard. Pas une obsession. Pas un simple souvenir nostalgique.
Plutôt une question qui n’a jamais trouvé sa réponse.
Où es-tu, Ulrich ?
Est-ce que tu vas bien ?
Est-ce que tu penses parfois à nous ?
Est-ce que tu te souviens de moi ?
Et, surtout, es-tu vivant ?

Il arrive à Sissi de retourner près des anciens lieux qu’elle fréquentait autrefois. Les bâtiments ont changé, les générations se sont succédé, et les nouveaux élèves ignorent totalement les histoires qui se sont déroulées là. Pour eux, Kadic n’est qu’un collège.
Pour Sissi, c’est l’endroit où une partie de sa vie est restée. Et elle a parfois l'impression qu'elle ne se remémore pas de tout ce qu'elle y a vécu. L'âge grandissant, à partir de la quarantaine, elle a eu tout un tas de flashs qui lui venaient : d'une usine, de monstres et autres cris dont elle ne pouvait expliquer la provenance. Elle a d'abord cru devenir folle, puis, elle s'était accommodée de cette étrange compagnie qui la laissait éveillée certaines nuits.

__

Elle s’arrêta devant une vieille photo posée sur une étagère de son appartement. Une photo de groupe prise des années auparavant. Des visages jeunes, insouciants, des personnes qui pensaient avoir toute la vie devant elles.
Son regard s’arrêta sur Ulrich.
Elle soupira.
— Toujours toi…
Une voix derrière elle répondit :
— Tu lui parles encore ?
Sissi se retourna.
Odd était là, tenant deux tasses de café. Lui aussi avait changé. Il n’était plus le garçon malicieux qui essayait autrefois de se faire remarquer sans cesse par ses vannes à deux balles. Il avait grandi, gagné en assurance, mais il gardait cette fougue un peu maladroite qui l’avait toujours caractérisé.
— Je ne lui parle pas, Odd, répondit-elle.
Il regarda la photo.
— Tu viens littéralement de dire “toujours toi” à une photo.
Sissi leva les yeux au ciel.
— Tu n’as pas changé.
— Et toi non plus.
Elle fronça les sourcils.
— Pardon ?
Odd sourit.
— Tu fais toujours semblant que tout va bien.
Cette phrase resta quelques secondes dans le silence.
Sissi détourna le regard.
— Je vais bien.
— Je n’ai pas dit le contraire.
— Alors pourquoi tu dis ça ?

Odd posa une tasse sur la table.
— Parce que je te connais depuis longtemps, Sissi.
Elle eut un petit rire.
— Personne ne me connaît vraiment.
— Moi si.
Elle resta silencieuse.
C’était rare que quelqu’un lui parle comme ça. Pas comme la fille du proviseur. Pas comme l’ancienne reine du collège. Pas comme quelqu’un qu’il fallait impressionner.
Juste comme Élisabeth.
— Tu penses encore à lui, n’est-ce pas ? demanda Odd doucement.
Sissi fixa la fenêtre.
La pluie continuait de tomber.
— Oui.
La réponse était simple.
Directe.
Elle ne chercha même pas à mentir.
— Tous les jours.
Odd baissa les yeux.
— Même après tout ce temps…
— Même après tout ce temps.
— Sissi… ça fait des années.
Elle hocha la tête.
— Je sais.
— Tu n’as jamais eu de réponse.
— Non.
— Tu ne sais même pas s’il reviendra.
Elle serra légèrement la tasse entre ses mains.
— Je sais.
Un silence.
Puis elle ajouta :
— Mais tu sais ce qui est le pire ?
Odd attendit.
— Ce n’est pas de ne pas savoir où il est.
Elle regarda la photo.
— C’est de ne pas savoir si j’ai compté pour lui.
Odd resta immobile.
Parce qu’il comprenait.
Il se souvenait de la jeune Sissi. Celle qui faisait tout pour attirer l’attention d’Ulrich. Celle qui se vantait, qui jouait la fille sûre d’elle.
Mais il avait aussi vu, après la disparition, ce que les autres ne voyaient pas.
Les moments où elle s’inquiétait.
Les moments où elle attendait.
Les moments où elle faisait semblant de ne pas être blessée.
— Tu l’aimais vraiment, hein ?
Sissi eut un sourire triste.
— Je crois que je ne l’ai compris que trop tard.
Elle s’assit.
— Quand j’étais jeune, je pensais que je devais gagner. Qu’il fallait qu’il me remarque, qu’il choisisse de me regarder moi.
Elle baissa les yeux.
— Je ne comprenais pas que ce n’était pas un jeu.
Odd s’assit en face d’elle.
— Tu étais adolescente.
— Peut-être.
Elle soupira.
— Mais certaines choses restent.
Elle regarda ses mains.
— Je me rappelle de la première fois où j’ai compris qu’Ulrich était différent.
Odd sourit légèrement.
— Quand il t’a ignorée pour Yumi ?
Sissi lui lança un regard.
— Très drôle.
— Désolé.
— Non, tu as raison.
Elle sourit un peu.
— C’est probablement ça.
Elle se perdit dans ses souvenirs.
— Tout le monde essayait de me faire plaisir. Tout le monde voulait être mon ami. Lui… il s’en fichait.
— Ça t’a énervée.
— Énormément.
— Et ça t’a attirée.
Elle soupira.
— Oui.
Odd rit doucement.
— C’est tellement toi.
— Tu veux dire quoi par là ?
— Que tu as toujours voulu ce qui semblait impossible.
Elle réfléchit.
— Peut-être.
Puis son expression changea.
— Mais Ulrich n’était pas impossible.
Odd la regarda.
— Non.
— Il était juste… perdu.
Elle marqua une pause.
— Tout comme moi.
Le silence retomba.
Pendant quelques minutes, ils ne parlèrent pas.

Puis Odd demanda :
— Si tu pouvais lui dire une seule chose aujourd’hui… ce serait quoi ?
Sissi regarda la photo.
Longtemps.
Puis elle répondit :
— Je lui dirais que je suis désolée.
— Désolée de quoi ?
— De ne pas avoir été plus honnête.
Elle avala difficilement.
— Je passais mon temps à essayer de lui prouver que j’étais quelqu’un d’important. J’aurais simplement dû lui dire qu’il était important pour moi.
Odd resta silencieux.
— Et je lui dirais merci.
— Merci ?
— Oui.
Elle sourit légèrement.
— Parce qu’il m’a changée.
Hervé haussa un sourcil.
— Ulrich Stern t’a changée ?
— Oui.
Elle regarda par la fenêtre.
— Avant lui, je pensais que montrer ses faiblesses était quelque chose de mauvais.
Elle sourit.
— Maintenant je sais que c’est humain.
Les heures passèrent.
Odd finit son café.
Avant de partir, il s’arrêta près de la porte.
— Tu sais, Sissi…
Elle leva les yeux.
— Oui ?
— Peut-être qu’il pense aussi à toi.
Elle eut un petit sourire.
— Tu dis ça pour me rassurer ?
— Non.
Il hésita.
— Parce que je connais Ulrich. Il faisait semblant de ne pas se soucier des choses… mais il se souvenait de tout.
Cette phrase resta dans l’air.
Après le départ d'Odd, Sissi retourna près de la photo.
Elle passa un doigt sur l’image.
— Tu vois, Ulrich…
Elle sourit doucement.
— Même Odd pense que tu ne m’as pas oubliée.
Elle posa la photo.
Puis elle éteignit la lumière.
Demain serait une nouvelle journée.
Une nouvelle journée où elle continuerait à vivre.

__

Le mariage aurait lieu demain et il n’était pas question que cette
histoire de photo s’approprie sa soirée. Eliott mit donc en place
un stratagème. Il fallait noyer la photo sous un flot d’autres
informations. C’est pour quoi une dizaine de journalistes était
également invitée au mariage, mais avec l’interdiction absolue
d’interviewer quelqu’un ou même de poser des questions trop
précises. Concernant la couverture médiatique, une entreprise
privée en communication fut engagée de nouveau. Elle aurait le
monopole des images et des informations transmises aux
journaux.
Milly Solovieff avait chaud. Les rayons du soleil couchant
caressaient sa peau. Nue sous sa robe de nuit, elle attendait son
futur mari pour leur dernière veille en tant que simples
compagnons. Apercevoir les fontaines du parc la rafraichissait.
Toute la journée, le couple avait chapeauté la mise en place de
la cérémonie. Il n’y avait pas eu de discussion sur la grandeur
du mariage. Cela allait de soi. Eliott offrirait à sa femme
l’un des plus fabuleux mariages. Et ça, elle en avait conscience.
La porte claqua. Son homme était rentré. Elle resta
devant sa fenêtre et attendit qu’il vienne la baiser dans le cou.
C’était une habitude qu’elle avait appris à aimer. Comme prévu,
il accomplit ce petit rituel. Sa peau contre la sienne, ses mains
autour de sa taille et la chaleur de son souffle parcourant sa peau,
il lui glissa un « je t’aime » au creux de l’oreille. Ses doigts remontèrent, frôlant la forme de ses seins, pour finalement
dégrafer sa robe. Tel un drap, elle tomba au sol. Entièrement nue
face à lui, costume d’apparat enfourré pour la répétition, elle se
sentait vulnérable entre ses mains.
Son regard plongé dans le sien, ses envies étaient trahies
à mille lieux. Eliott enleva sa veste sans jamais quitter les
yeux de sa future femme. La chemise en lin suivit. Torse nu, les
muscles bombés, il attrapa fermement ses cuisses et l’emmena
un peu plus loin sur une table. Milly se laissait faire.
Impressionnée, elle lisait toute la détermination dans les yeux
de son homme. D’habitude, l’Impératrice était plus
entreprenante, mais elle n’eut pas le temps de réagir. Respirant
fort et cherchant toujours plus loin, Milly sentait la rage qui
habitait son futur mari.

__


Les mariages impériaux étaient l’occasion de déguster des mets
devenus rares, tels que la viande et le foie gras. Or, la majorité
de la population proscrivait les produits animaliers de leur
régime pour des raisons écologiques, sanitaires ou éthiques.
Eliott décida alors de commander un menu exclusivement
végétalien afin de se démarquer des politiciens traditionnels et
ainsi, gagner la confiance des électeurs. Symbolique, certes,
mais chacune de ces décisions reposait sur cet objectif : devenir
l’unique figure politicienne en laquelle les gens feraient
confiance. À partir du moment où le peuple lui donnerait sa
confiance, il pourrait mener la danse comme bon lui semble.
Puis, Eliott entendit une secrétaire s’exclamer derrière lui. Il se retourna et découvrit sa femme. Depuis le haut de l’escalier, elle contemplait son monde. Sa robe de mariée se composait de deux parties. D’une part, une jupe tombante d’un blanc éclatant et d’autres part, d’un corset stylisé de la même
couleur. Dans ses cheveux, tel un soleil terrestre, une couronne
de laurier en or réfléchissait la lumière. Simplement divine.
Le futur marié était aux anges. Il n’en attendait pas tant.
L’attendant au bas de l’escalier, il lui prit la main et l’embrassa.
Le plus beau jour de leur vie commençait enfin.

__

À 50 ans passés, Aelita Schaeffer avait appris à vivre dans le vacarme.
La musique était devenue son refuge.
Chaque soir, derrière les platines, sous les lumières artificielles des clubs, elle disparaissait derrière un autre visage : celui d’une DJ reconnue, mystérieuse, presque inaccessible. Les gens venaient pour entendre ses morceaux, pour ressentir cette énergie particulière qu’elle mettait dans chacune de ses performances.
Personne ne savait vraiment qui elle était.
Personne ne savait qu’avant les grandes scènes, avant les nuits sans fin et les foules qui criaient son nom, elle avait été une fille enfermée dans un monde virtuel.
Personne ne savait qu’elle avait connu un autre univers.
Un univers appelé Lyoko.
Aelita avait passé des années à fuir son passé.
Elle avait coupé les ponts avec les anciens membres du groupe. Pas une dispute spectaculaire. Pas une trahison.
Juste… le silence.
Au début, elle répondait encore aux messages.
Puis elle a commencé à répondre moins souvent.
Puis plus du tout.
Les appels sont restés sans réponse.
Les invitations se sont arrêtées.
Et un jour, tout le monde a compris qu’Aelita ne voulait plus être retrouvée.
Elle avait disparu autrement.
Pas dans un monde virtuel.
Dans sa propre vie.
Dans son palais, après les concerts, le silence était toujours plus difficile à supporter.
Les murs étaient couverts de matériel audio, de vieux synthétiseurs, de disques, de souvenirs qu’elle ne regardait presque jamais. Sur une étagère, cachée derrière des objets plus récents, il y avait une vieille photo.
Elle.
Jérémie.
Ulrich.
Yumi.
Odd.
Kiwi.
Des sourires d’adolescents qui pensaient pouvoir sauver le monde.
Aelita prenait parfois la photo dans ses mains.
Puis elle la reposait rapidement.
Comme si la regarder trop longtemps pouvait réveiller quelque chose.
— Drôle d'époque… murmura-t-elle un soir.
La pièce resta silencieuse.
Évidemment.
Cela faisait longtemps que personne ne lui répondait.
Elle avait construit une vie entière autour du bruit pour ne plus entendre ce silence.
Le lendemain, elle devait jouer dans un grand festival.
Des milliers de personnes étaient attendues.
Sur scène, Aelita était une autre personne.
Ses cheveux roses avaient laissé place à une apparence plus sombre, plus adulte. Elle avait gardé cette sensibilité musicale qu’elle avait toujours eue, cette façon étrange de transformer ses émotions en sons.
Chaque morceau racontait quelque chose.
Une peur.
Un souvenir.
Une perte.
Une bataille.
Mais personne ne le savait.
Pour le public, ce n’était que de la musique.
Pour elle, c’était une conversation avec un passé qu’elle n’arrivait pas à enterrer.

Les retrouvailles avec les autres ne seraient pas immédiates.
Certaines blessures étaient trop anciennes.
Certains silences avaient duré trop longtemps.
Mais petit à petit, quelque chose changea.
Pas comme avant.
Ils n’étaient plus des adolescents qui couraient sauver un monde virtuel.
Ils étaient des adultes avec des regrets, des erreurs et des histoires compliquées.
Aelita resta DJ.
Elle continua à créer de la musique.
Mais elle commença à comprendre que le bruit n’était pas la seule façon de survivre.
Un soir, après un concert, elle ressortit la vieille photo.
Elle la regarda longtemps.
Puis elle sourit.
Pas un sourire heureux.
Pas un sourire triste.
Un sourire honnête.
— On était vraiment jeunes…
Pour la première fois depuis longtemps, elle ne rangea pas la photo immédiatement.
Elle la laissa sur la table.
Comme un souvenir.
Pas comme une blessure.
Et dans le silence de la nuit, Aelita Schaeffer comprit une chose :
Elle n’était pas seulement la fille qui venait d’un autre monde.
Elle n’était pas seulement son passé.
Elle était encore là. Contrairement aux autres.
Et peut-être que c’était le plus important.
_________________
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